Guerrière et Amazone

11 juillet 2017

L'été sera chaud !

mar

Gaby retrouvée (!) et Fryda toujours relectrice, cela veut dire : beaucoup de lecture !!

Voici donc 4 chapitres de Cible Mouvante (oui, comme vous avez longtemps attendu, je pense que vous méritez de ne pas attendre une mise en ligne chapitre par chapitre :O) )

Et en bonus, la deuxième partie du Festival, traduction de Fryda.

Bonne lecture estivale !

Kaktus

Posté par bigK à 21:21 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Le Festival, partie 2

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 2ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


La pluie avait diminué pour devenir un crachin agité tandis qu’elles traversaient l’enceinte venteuse, et Xena laissa sa compagne marcher un peu en avant avec Ephiny pour étudier son environnement. Il y avait une énergie perceptible dans le village, facilement ressentie et différente de l’atmosphère habituelle et elle décida que c’était probablement plus dû à la célébration de la Moisson qu’à autre chose. C’était un sentiment tendu et agité, augmenté par les voix qui montaient tout autour, tandis que les Amazones allaient de-ci de-là, apportant des provisions vers la salle centrale et roulant des barriques de bière et de vin vers la zone libérée autour du feu géant.

Tout semblait plus… coloré, songea Xena, et elle entendait plus de rires que de plaintes, une chose rare dans ses visites antérieures. D’un côté de l’enceinte, des Amazones installaient des plateformes basses qui seraient couvertes de fourrure pour que tout le monde puisse s’asseoir, tout en regardant les danses et les diverses démonstrations d’artisanat qui se dérouleraient au dîner du lendemain.

Xena posa son regard lorsqu’elle repéra plusieurs silhouettes familières et elle observa avec circonspection Cait qui arrivait au bout de l’enceinte, suivie par leur ennemie d’autrefois, Paladia. Le bras de la grande femme était toujours dans une attelle, mais elle portait une tenue de cuir complète sans fioritures, et des bottes abîmées et bien usées ; son corps avait aussi perdu beaucoup du moelleux qui le recouvrait la dernière fois que Xena l’avait vue. Elle vaquait dans le village sans contraintes, ce qui surprit légèrement la guerrière. La chef des renégats gardait les yeux baissés, concentrée sur sa destination et elle hocha la tête à une remarque de Cait.

Je présume que ça marche mieux que je ne l’avais prévu. La guerrière cligna des yeux, légèrement surprise. Je présume que Gabrielle avait raison après tout. Elle sourit pour elle-même et se fit une note mentale de complimenter sa compagne pour son intuition. Tandis qu’elles se rapprochaient de la salle à manger, de plus en plus de gens levèrent les yeux et les reconnurent, et des voix s’élevèrent dans des saluts amicaux et respectueux.

Gabrielle leur fit signe en retour, un sourire sur les lèvres et elle jeta un coup d’œil derrière elle, invitant Xena à la rattraper d’un battement de cils. « Hé… » Elle mit une main autour du bras de la guerrière lorsque celle-ci la rejoignit. « Tout le monde est de bonne humeur, hein ? » Dit-elle à voix basse.

« Mm », approuva Xena tandis qu’elles approchaient de la porte de la salle à manger. « Des Amazones, des fêtes… tu sais comment c’est. »

« J’ai entendu », dit Ephiny, mais elle sourit tout en tenant la porte ouverte pour qu’elles entrent. « On pourrait penser qu’on vit pour ça. »

« Ce n’est pas le cas ? » Gabrielle et Xena parlèrent en même temps.

« Trrrrèèèèèès drôle. » L’Amazone leur lança un regard tolérant. « Et bien, on verra bien comment vous vous sentirez après ça… peut-être que vous apprendrez à aimer ça vous aussi. » Elle secoua un doigt vers elles. « Vouées au travail et pas de jeu… vous savez ? »

Les regards bleu et vert se croisèrent et étincelèrent. « Hé… on aime les fêtes », protesta Gabrielle. « Vraiment… Xena est un animal de fêtes… elle connaît plein de trucs à montrer aux gens. »

« Un animal de fêtes ? » Marmonna Xena, presque entre ses dents. « Oh… oui… c’est vrai… c’est vrai… hum… jongler par exemple. »

Ephiny fit une pause et mit les mains sur ses hanches. « Jongler ? » Sa voix était emplie de doute. « Heu… bien. C’est sûr. »

La guerrière fit une pause tandis qu’elles traversaient la pièce occupée et elle prit trois noix de coco puis continua à suivre Ephiny et son âme sœur qui riait, jusqu’à la table principale où Eponine et Solari attendaient déjà. Les autres Amazones se levèrent à l’approche de Gabrielle et lui firent une petite courbette.

« Salut. » Gabrielle leur sourit puis elle cligna des yeux en voyant qu’on tirait son fauteuil pour elle. « Merci. » Son regard alla vers Xena, à demi dans l’ombre de la salle éclairée par les torches et elle rougit un peu à la vue du sourire de la guerrière. Xena avait posé ses noix de coco et elle s’assit à son tour à côté de Gabrielle, s’adossant au siège en posant ses avant-bras sur les accoudoirs du fauteuil, regardant la barde prendre une profonde inspiration et se réaccoutumer à l’examen des Amazones. Discrètement, elle gratta le dos de sa compagne, sentant la chaleur de la peau de Gabrielle à travers le tissu de sa tunique.

Elle recevait elle-même des regards furtifs, mais elle était plus qu'habituée à ça et ils n’étaient pas aussi hostiles que la dernière fois ; en fait, elle ne vit que peu de regards inamicaux, principalement de la part de Menelda et ses suiveuses, ainsi que quelques autres qui n’avaient aucune raison de se souvenir en bien de Xena.

Mais ça lui allait, décida-t-elle. Elle était ici, elle était la compagne choisie de leur Reine et si elles n’aimaient pas ça… c’était bien dommage pour elles. Elle tourna la tête quand Eponine la tapa dans les côtes. « Oui ? »

L’Amazone brune se rapprocha. « C’est pour quoi faire les noix de coco ? »

Xena la regarda solennellement. « Des armes. Juste au cas où. » Elle les prit et jongla un moment, attirant des regards incrédules de leurs voisines de table, incluant Solari, qui renversa un pichet entier d’eau en se penchant en avant pour regarder.

Eponine écarta les narines et plissa les yeux. « Arrêteavecça. »

« On n’est jamais assez prudente avec vous les Amazones », insista Xena en continuant à jongler. « Jolies noix de coco, pas vrai ? » Elle les laissa tomber sur la table et les arrangea en un triangle.

L’Amazone les fixa. « On dirait des culs de singes poilus », répondit-elle pince-sans-rire.

« Et tu saurais ça comment ? » Répondit Xena d’un ton neutre. Elle prit une des noix et la secoua doucement. « Elles font de bonnes armes… des munitions de catapulte, parce qu’elles explosent quand elles frappent et tranchent tout le monde. » Elle réussit à garder un visage impassible et sérieux, ayant inventé ça.

Eponine la regarda. « Vraiment ? » Sa voix était teintée de doute.

Xena hocha la tête. « Bien sûr… et le jus éclabousse partout et fait se coller les choses entre elles. »

La jeune femme fronça ses sourcils noirs tandis qu’elle réfléchissait à ces mots. « Heu… oui… peut-être… » Elle eut une moue. « Peut-être que je devrais envoyer un groupe de cueilleuses pour en rapporter… »

Les yeux de Xena brillèrent de pure espièglerie. « Tu sais, le lait… si tu le laisses fermenter… » Elle baissa la voix jusqu’à un simple grondement. « C’est un aphrodisiaque. »

Les yeux couleur caramel se fixèrent sur son visage. « Ah oui ? » La voix d’Eponine était soudainement pleine d’intérêt. « Sans rire ? »

Xena hocha la tête, faisant la moue judicieusement. « Mmmhmmmm… » Une pause tandis que les yeux bleus la regardaient pensivement. « Tu… euh… as des problèmes ? » Demanda-t-elle timidement.

Eponine ricana et eut un mouvement de sa tête sombre. « Non ! » Aboya-t-elle férocement, faisant s’agrandir les yeux de Xena. « Par Hadès, sûrement pas, pas même… n’y penses pas, madame. »

« D’accord… d’accord… » La guerrière leva la main, se mordant l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de rire. « Je demandais juste… calme-toi. »

Elle sentit une main s’enrouler autour de son poignet et elle tourna la tête pour voir les yeux vert brume de Gabrielle fixés sur elle. Un sourcil blond haussé, la barde avait une expression à la fois espiègle et sévère sur le visage. « Tu sèmes des ennuis ? » Demanda-t-elle soupçonneuse.

« Nooooooooon », répondit Xena, de sa voix basse grondante. « Nous… discutions juste d’armes… hum… de leur potentiel. » Elle entendit Eponine ricaner. « Et de… hum… stratégie non conventionnelle. »

« Oui oui », dit la barde d’un ton traînant, ne croyant visiblement pas un mot de ce qu’elle disait. « Je vois. »

« Hé, Majesté… » Lança Eponine. « Tu aimes les noix de coco ? »

Gabrielle plissa le front. « Hum… bien sûr… je les adore, pourquoi ? »

La maîtresse d’armes hocha sagement la tête. « Ça explique beaucoup de choses. »

« Quoi ? » La voix de Gabrielle montrait de la perplexité et elle regarda son âme sœur maintenant rougissante. « Tu vas les ouvrir ou bien jongler avec, à propos ? » Elle montra les noix de coco. « J’aimerais beaucoup avoir du lait si tu décides de les briser. » Ceci, pour une certaine raison, fit rougir encore plus la peau de la guerrière vers une nuance de bronze. « Tu vas bien ? » Murmura la barde en la regardant avec inquiétude.

Xena lâcha un souffle et secoua la tête. « Oh oui… ça va bien. » Elle tapota la main de la barde et lui fit un sourire engageant. « Parfait… génial… merveilleux… pas de problème. »

Gabrielle lui lança un regard étrange puis elle secoua la tête et retourna son attention vers Ephiny. « Alors… c’est quoi le plan ? »

La régente se versa une coupe de vin fruité et fit de même pour la barde. « Et bien… » Elle prit une gorgée et sourit. « Il est bon cette année. » Elle s’interrompit, attendant que Gabrielle essaye. « Vas-y… je pense que tout le mauvais temps de l’an dernier a aidé à bonifier le raisin. »

Gabrielle prit la coupe et la renifla puis elle lança un regard à son âme sœur. Xena leva une main de la table et écarta un peu son pouce et son index. Elle sourit de reconnaissance et prit une minuscule gorgée. « Ouaouh… c’est bon. » Elle avait pleinement l’intention de mettre Ephiny au courant de son petit secret, mais pas au milieu d’une salle de banquet pleine de gens, alors que des explications étaient nécessaires.

« D’accord… » Ephiny prit sa coupe et se pencha en arrière. « Voilà l’agenda proposé… ce soir, juste un repas ordinaire. » Elle porta un toast à la pièce remplie d’Amazones affamées et bruyantes. « Demain, journée entière de démonstrations, compétitions et de jeux… et demain soir, trois différents groupes entreront en compétition pour le titre de meilleures danseuses. » Elle s’interrompit. « Demain soir, c’est le grand puits pour rôtir, aussi, et quelques cérémonies seront tenues. »

« Ça semble génial… quel genre de compétitions ? » Gabrielle se pencha en avant sur ses avant-bras.

« Oooh… » Ephiny leva les yeux vers les serveuses qui arrivaient à leur table, déchargeant deux grandes mijoteuses et trois plateaux avec une sélection d’oiseaux rôtis, des morceaux de poissons et des légumes. « Et bien, des compétitions de cuisine… » Elle sourit à Gabrielle. « Tu veux être juge ? » Elle blagua doucement. « Du tissage, de la manufacture d’armes, de la sculpture sur bois, de la pêche, de la lutte, du tir à l’arc et une compétition de bâton. »

« Ouaouh… » Gabrielle se mit à rire. « Ça promet beaucoup d’amusement ! »

« Mm », acquiesça Ephiny, savourant l’expression de délice sur le visage de la barde. « Nous avons environ une douzaine de jeunes filles qui doivent être formellement confirmées dans la Nation et quelques unions à célébrer. » Ses yeux brillèrent doucement pour Gabrielle. « Nous avons aussi un paquet de jeu à planifier pour les enfants, des courses, cache-cache, ce genre de choses. »

Voyons voir… Ephiny a dit que Xena ne pouvait pas entrer dans la compétition, mais… « J’aimerais participer à la compétition de bâton », déclara fermement Gabrielle.

Ephiny cligna des yeux, visiblement surprise. « Heu… » Elle réfléchit à la requête. Que Gabrielle fût compétente ne posait pas de question. La barde l’était, très certainement, en fait, elle avait habilement battu une bonne partie des meilleures combattantes au bâton l’année précédente. « Bien sûr… je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas… » Décida la régente avec un sourire. Ça pourrait être bon pour tout le monde, songea-t-elle…  Peut-être que ça pourrait ouvrir des yeux à certaines… et tant que j’y suis… « En fait… tu peux dire à la… à Xena, qu’elle peut participer à tout ce qui n’est pas lié au combat, d’accord ? »

Un haussement de sourcil blond. « Très bien… marché conclu. » Elle sourit, songeant à au moins une compétition dans laquelle sa compagne aurait une bonne chance. Elle allait se servir de la bonne soupe aux légumes quand une louche apparut et en versa dans son bol, et elle leva les yeux pour voir le clin d'oeil tranquille de la guerrière. « Merci. » Sa voix était basse, mais elle savait que Xena l’avait entendue.

Elle prit plusieurs morceaux sur le grand plateau et servit la même chose à Xena, ignorant le roulement des yeux de la guerrière quand elle ajouta des haricots et des pois à son assiette, ainsi que des graines à la vapeur. Les habitudes de nourriture de son âme sœur la rendaient occasionnellement dingue ; Xena avait tendance à privilégier les douceurs et les viandes épicées, bien que, en tant que guérisseuse, elle savait bien qu’elles n’étaient pas ce qu’il y avait de mieux pour elle. Gabrielle menait une campagne obstinée pour lui faire manger plus de légumes et appréciait des dîners comme celui-ci où la guerrière parfois récalcitrante consommerait ce qu’on lui mettait devant elle et sans protester.

Pas assez, en tous cas, elle en rit en saisissant Xena qui remettait une carotte sur l’assiette de la barde. Elle réprimanda la guerrière du regard et reçut un sourire charmeur en retour qui fit venir une réponse similaire sur son propre visage. Ephiny s’éclaircit la voix après un moment de cet échange, et elle se tourna vers la régente à nouveau avec un sourire penaud. « Désolée, Eph… tu disais quelque chose ? »

« Je disais… » La blonde Amazone posa son menton sur une main et mordit une autre aile de pigeon. « Un bœuf  a donné naissance à deux lapins dans le foyer. »

« Vraiment ? » Répondit Gabrielle puis elle marqua un temps d’arrêt. « Quoi ? » Elle fronça immédiatement les sourcils. « Comment est-ce arrivé ? »

Ephiny se mit à rire et remua son aile de pigeon vers la barde. « Ça n’est pas arrivé… mais c’est comme ça que j’ai su que tu rêvassais… tu n’y as pas réagi. » Elle secoua la tête avec un peu d’incrédulité. « Alors comment vont les choses à la maison ? »

« Hmmm… et bien… est-ce que… ‘Tante Ephiny’ ça te parle ? » Répondit Gabrielle avec espièglerie.

Un haussement de sourcil. « Argo est enceinte ? »

Gabrielle éclata de rire. « Oh dieux… Eph… d’où est-ce que ça sort ? Non… non non… Xena pense que… »

Ephiny se redressa sur son fauteuil. « Xena est enceinte ? » Elle s’interrompit en baissant la voix. « Gabrielle… c’est fabuleux… je ne pensais pas… »

La barde mit brusquement la main sur la bouche de son amie. « Nooooon. » Elle soupira. « Xena pense que… Gran l’est. »

« Ofmn. » Ephiny hocha la tête puis elle se lécha un peu les lèvres quand Gabrielle la relâcha. « Sans blague ? » Ses yeux s’allumèrent de ravissement. « Ouaouh… c’est génial… bien que je me demande si elle le pense elle. »

Gabrielle se pencha un peu en avant. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Demanda-t-elle avec curiosité, lançant un regard vers son âme sœur. Xena était engagée dans une conversation aimable avec Solari et Eponine, dans laquelle les mots ‘unité de bataille’ et ‘sang’ figuraient abondamment. Elle se retourna vers Ephiny. « Tu ne penses pas qu’elle veut avoir des enfants ? »

« Oh… » La régente remua la main. « Oui… oui… je pense qu’elle le veut… ou qu’elle en aura… je veux dire une fois que tout se sera passé… je ne sais juste pas si elle… y a réfléchi. » Elle fit une pause et prit une fourchetée de son dîner qu’elle mâcha pensivement. « Je veux dire que… » Elle avala. « Tu n’as jamais pensé avoir des enfants, n’est-ce pas ? »

Gabrielle mordilla un morceau d’oiseau rôti et baissa les yeux. « Oui… en fait oui », répondit-elle honnêtement. « Nous en parlions avant de quitter la maison l’année dernière. »

Elle sentit une main sur son poignet et elle leva les yeux pour voir une expression d’excuse dans les yeux clairs d’Ephiny. « Gabrielle… je suis désolée… je ne voulais pas… »

Un haussement d’épaules. « Non… ça va… les choses… » Un tout petit sourire recourba ses lèvres. « Ont avancé. » Elle soupira. « Je pense que Gran et Toris voulaient vraiment des enfants, bien que… j’en ai parlé à Gran quand nous étions à la maison. » Elle prit une autre petite gorgée de son vin. Il était frais avec une touche de pomme et de poire par-dessus le goût léger et sucré du raisin. « Xena a dit que quand elle a mentionné la possibilité à Toris, il est devenu complètement dingo. »

« Et bien. » Ephiny sourit, visiblement soulagée. « C’est génial d’entendre ça… il faudra que je leur rende visite… elle adore recevoir des conseils de Grandmaman Eph. » Elles rirent ensemble puis Ephiny relâcha un souffle. « Parfois je pense à… » Elle se tut, puis se contenta de hausser légèrement les épaules. « Bref, on va avoir des répétitions des danseuses pour demain. » Elle leva la main et fit un petit signe et deux des Amazones plus jeunes firent un signe à leur tour et disparurent par la porte. « Je pensais que tu aimerais les voir. »

Gabrielle étudia son visage. « Oui… j’aimerais bien. » Elle s’adossa dans son fauteuil, mit ses doigts en pyramide et y pressa ses lèvres tandis qu’elle laissait son regard naviguer dans la pièce.

Un bruit de tambours dans un son profond et rythmé qui emplit la salle et fit taire le bourdonnement des conversations détendues. Xena sentit le changement d’atmosphère et posa sa tête contre le dossier du fauteuil, reconnaissante que les Amazones aient pris en compte son conseil et aient banni les bancs sans dossier pour les longs dîners. L’énergie dans la pièce devint presque sensuelle tandis que les danseuses entraient, en pleine tenue de cérémonie, et qu’elles commençaient à bouger dans des pas convenus. La guerrière leva son gobelet et sirota une gorgée, savourant paresseusement la vue des danseuses gracieuses et musclées tandis qu’elles bougeaient dans une danse issue des traditions Amazones depuis de nombreuses générations.

Une brise fraîche entourait les danseuses et les spectatrices, faisant vaciller les torches dans le périmètre de la pièce et soulevant les longs cheveux, entremêlant quelques mèches quand les femmes faisaient un cercle. Le sourd gémissement d’une flûte s’éleva et un doux chantonnement s’ensuivit pour s’y joindre, tournoyant vers le plafond, faisant émerger un rythme insistant. Les danseuses se mirent par deux et firent avec aisance des batailles chorégraphiques, des passes fantaisistes et des parades qui glissèrent en réactions exagérées tandis que la musique s’écoulait à travers les spectatrices aussi séduisantes que le vin qu’elles buvaient.

Gabrielle sentit que son imagination était saisie par la danse, son esprit de barde tordant et formant les vues et les sons dans une poésie qui la fit souhaiter avoir ses plumes et un parchemin pour les écrire. C’était très primal et avait une énergie riche et terrienne qui l’intrigua et elle fit une pause pour réfléchir, avant de tirer sur la manche de son âme sœur.

Xena se pencha, entourant la barde de sa senteur familière et repoussant ses pensées pendant un long moment sensuel. Puis elle entoura le haut du bras de sa compagne d’une main et se redressa sur son fauteuil, mettant ses lèvres près de l’oreille de la guerrière. « Tu peux te souvenir de quelque chose pour moi ? »

Les yeux clairs prirent une teinte violette dans la lumière de la torche et brillèrent, un sourire sur les lèvres de la guerrière. « Bien sûr. » La voix de Xena était plus basse et plus ferme que les tambours et cela provoqua un frisson le long du dos de la barde. « Vas-y. »

Doucement, elle répéta le poème, formant les mots avec une assurance tranquille.

Xena sourit quand elle eut fini. « Je pense que je peux m’en souvenir », dit-elle à la barde. « Tu aimes ? » Sa mâchoire montrait les danseuses.

Gabrielle bougea délibérément de place de façon à s’appuyer contre l’épaule de la grande femme et elle frotta sa joue contre le haut du bras de Xena. « Mm. » Elle soupira doucement. « J’aime bien. »

Xena haussa légèrement un sourcil, tandis qu’un sourire bref et sensuel passait sur ses lèvres. Autour d’elle, les autres Amazones regardaient avec des expressions masquées et une grande partie des spectatrices étaient maintenant installées par paire dans des coins tranquilles, tandis que les torches faiblissaient et que les tambours ralentissaient et devenaient plus rythmiques. Après tout, c’était le Festival de la Moisson, dédié à la fertilité de la Terre et à la fécondité de la population. Les Amazones le célébraient peut-être un peu différemment que disons, Amphipolis, mais…

L’intention y était très certainement. Xena pouvait sentir la respiration chaude de sa compagne contre la peau de son bras et elle sourit tranquillement tandis que l’intense attraction animale qu’elle avait toujours ressentie envers la barde grondait profondément et sortait dans la lumière vacillante, faisant jouer ses nerfs au rythme des tambours et au chantonnement bas et tonal.

Gabrielle cilla et elle leva les yeux. « Tu penses que je pourrais essayer de danser comme ça ? » Murmura-t-elle d’un ton taquin, regardant le mouvement de la lumière alors que les muscles de la mâchoire de Xena remuaient.

« Nan », répondit la guerrière. « Parce que si elles te regardaient comme elles regardent les autres danseuses… » Elle laissa sa voix tomber à son plus bas registre. « Il faudrait que j’y fasse quelque chose. »

Un léger sourire sensuel passa sur les lèvres de Gabrielle. « Vraiment ? »

« Oh oui », l’assura Xena, s’empêchant de peu de mettre le nez sur la peau douce de la barde. « Il y aurait des plumes partout, compris ? »

Gabrielle ressentit une vague chaude de satisfaction aux paroles de la guerrière. Elle avait toujours su que Xena défendrait sa vie, mais ceci était entièrement autre chose et c’était coupablement bon. Elle était consciente des regards jaloux dans sa direction et pendant un simple moment, elle s’autorisa à les savourer. « Compris. » Elle énonça le mot avec plaisir.

Xena s’adossa et rit doucement, posant sa tête contre celle de la barde. Elle leva les yeux quand Eponine lui donna un petit coup. « Oui ? »

L’Amazone montra du menton la barde blottie. « Je peux avoir vos noix de coco ? Par le téton gauche d’Héra, vous n’en avez pas besoin. » Les cheveux châtain de l’Amazone bougèrent quand elle secoua vigoureusement la tête.

La guerrière lui lança un regard puis rit ironiquement. « Bien sûr. »

Gabrielle regarda d’un air inquisiteur. « Quoi ? » Elle tira sur l’oreille de son âme sœur. « C’est quoi ce truc avec les noix de coco ? »

« Je te le dirai plus tard », murmura Xena avec un sourire.


Gabrielle leva les yeux tandis que la lune émergeait des nuages éparpillés suite à la tempête. Le vent s'était un peu levé et il faisait même un peu frais alors  elle était contente de porter une tunique longue plutôt que son haut court. Elle lança un regard vers la jeune femme blonde élancée qui marchait près d’elle et elle passa en revue des ouvertures de conversation possibles. « Sympa le dîner », se décida-t-elle finalement d’un ton neutre.

Ephiny prit une inspiration de l’air frais et hocha la tête. « Merci… j’ai toujours aimé cette période de l’année… les fruits de la moisson, tout ce truc… tu vois. »

Elles marchaient sur l’un des chemins étroits et argentés juste à l’extérieur du village, près du ruisseau qui fournissait de l’eau fraîche aux Amazones en plus de la rivière plus large à l’est et qui était la source de leurs autres besoins de liquide. La danse avait duré un moment jusqu’à ce qu’Ephiny en prononce à contrecœur la fin, disant à tout le monde d’aller au lit et de se reposer pour le lendemain. Des rires bas avaient répondu à ses paroles et elle leur avait juste fait un geste de la main pour les renvoyer, puis elle avait fait une pause et regardé Gabrielle avec incertitude.

C’était aussi bien d’en finir avec ça, avait décidé la barde, se penchant en avant pour dire à Xena qu’elle allait la retrouver dans ses… non, dans leurs quartiers. Puis elle avait souri à Ephiny et dit qu’elle était fatiguée… et est-ce que la régente aimerait l’accompagner pour une petite balade pour se rafraîchir la tête.

La régente était d’accord, bien sûr.

Et elles en étaient là. « Je… j’aime bien aussi cette période de l’année », répondit Gabrielle en repoussant ses cheveux clairs de ses yeux. « Ce n’est pas aussi collant… plutôt rafraîchissant. » Elle tourna ses pas vers un surplomb rocheux et s’y assit, tapotant la pierre près d’elle. « Ça devrait être une nuit agréable… merci de nous avoir invitées, à propos. »

Ephiny se détendit un peu tout en s’installant sur la surface fraîche. « T’inviter ? Gabrielle… réfléchis un peu… tu n’as pas besoin d’une invitation, tu te souviens ? Tu es chez toi. » Elle fit un sourire à son amie. « Tout le monde est content que tu sois là… tu aurais dû entendre ces gamines tout excitées à l’idée de danser devant toi… il y a eu une émeute. »

Gabrielle la fixa, ses yeux verts un peu noisette dans la lumière argentée de la lune. « Ah oui ? Et qu’est-ce qu’elles pensent de mon choix de consort ? »

Un moment de silence pensif puis Ephiny rit doucement. « Direct au but comme d’habitude, hein, Gabrielle ? » Elle mit la main sur l’épaule de la jeune femme. « Je me suis fait un point d’honneur de passer en revue nos lois aussitôt que je suis revenue ici, juste pour vérifier… et j’ai trouvé qu’il y a avait trois conditions pour une consorte royale. »

Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine et leva le menton. « Et ? »

Un léger sourire passa sur les lèvres d’Ephiny. « Premièrement, elle doit être en bonne santé. » Elles échangèrent des regards connaisseurs. « Deuxièmement, elle doit adopter et soutenir les normes guerrières de la Nation. » Un autre échange de regards et cette fois Gabrielle cligna un peu des yeux. « Troisièmement… » Ephiny se mordit la lèvre. « Elle doit publiquement te jurer fidélité… en tant que représentante de la Nation. »

Gabrielle se massa la mâchoire pensivement. « Et bien, je ne pense pas que les deux premiers posent problème. » Elle sourit et regarda l’eau en constant mouvement du ruisseau. « Elle est totalement en bonne santé et je ne pense pas qu’il y ait un doute sur ses talents de combattante. » Elle souffla. « Quant au dernier… et bien, je lui demanderai… on verra bien ce qu’elle en dit. » Elle se mâchouilla la lèvre. « Si ça ne dépendait que de moi, je ne… et bien, je ne pense pas qu’il y ait de problème, mais devant tout le monde… je ne sais pas. »

La régente pinça les lèvres et hocha lentement la tête. C’était plus ou moins ce à quoi elle s’était attendue. « Je me le disais aussi. » Elle fit une pause. « Quant à ce que tout le monde pense… par Hadès, Gabrielle… il n’y a pas une seule personne dans la Nation qui ne sait pas que vous êtes inséparables… je veux dire… » Elle soupira. « Oui, il y a des gens qui lui en veulent pour beaucoup de choses… pour de vieilles histoires, pour Vélasca… pour ce qui est arrivé l’an dernier… ce qui s’est passé cette année… mais quand je me tiens devant elles au conseil et que je leur dis… » Elle fit une pause, étudiant le sol. « L’attitude principale était que c’était mieux pour nous de l’avoir comme alliée… comme une citoyenne de la Nation… que de la forcer à rester en dehors de nous… de la forcer à rester à l’extérieur… surtout vu votre relation. »

La barde relâcha un long souffle. « Et bien. C’est mieux que ce que je pouvais espérer, je pense. »

Ephiny mit ses mains l’une contre l’autre. « Ecoute… Gabrielle… je sais que tu veux que tout le monde la voie comme tu la vois toi… mais ça n’est simplement pas possible et je pense que tu le sais. »

Un léger signe de tête. « Je sais ça », admit tranquillement la barde. « Mais ça ne veut pas dire que je vais un jour arrêter d’essayer. »

La régente la fixa avec un sourire nostalgique. « Après cette petite escapade au pain de noix, je ne pense pas vraiment avoir besoin de demander ça, mais est-ce que tout se passe bien entre vous deux ? » Son regard étudia le visage de la barde avec attention. « Vous avez l’air toutes deux plus détendues. »

Gabrielle laissa un sourire plus naturel plisser ses traits. « Il faut que j’admette, Eph… qu’il y a eu un moment où j’étais convaincue que ce ne serait plus jamais pareil. » Elle ferma les yeux et inspira profondément. « Mais j’avais tort et tu n’as aucune idée de combien c’est merveilleux de pouvoir dire ça. »

Ephiny la fixa. « Je pensais que c’était peut-être le cas… ces petites étincelles sont de retour dans tes yeux et elles me manquaient la dernière fois que je t’ai vue. » Elle pressa le bras de la barde. « Et ça, mon amie, c’est plutôt bon à voir. »

La barde hocha lentement la tête. « Merci. » Elle lança un regard de côté au visage tendu de la régente, encadré d’argent, et elle décida d’avoir une approche directe. Ça marchait habituellement avec Xena. « Ephiny, qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’Amazone sursauta puis la regarda à nouveau avec une expression peu assurée. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Elle plissa le front. « Qu’est-ce qui te fait penser que c’est le cas ? Tout va merveilleusement bien, Gabrielle… si on excepte les disputes mineures habituelles et les trucs de ce genre. » Elle lâcha un petit rire.

Un petit haussement d’épaules de la part de Gabrielle. « C’est juste mon intuition qui parle, je présume… tu as l’air un peu triste. »

« Nan. » Ephiny sourit et la secoua légèrement. « Ta fameuse imagination, hein ? »

« Mmm… oui… » La barde se tourna à demi pour lui lancer un regard direct. « Sauf que Xena le pense aussi, et… »

Un soupir. « Et elle n’a aucune imagination, pas vrai ? »

Gabrielle sentit le malaise de son amie et elle ressentit une difficulté à la pousser trop loin. « Et bien, ce n’est pas vrai… » Elle rit doucement. « Elle en a… elle est habituellement concentrée sur des plans et de la stratégie et des trucs comme ça, pas sur des choses personnelles. » Elle fit une pause. « Elle peut imaginer ce à quoi ses opposants pensent et travailler dessus, ou imaginer des solutions à des problèmes… mais habituellement elle ne voit pas des choses qui ne sont pas là. » Sur ces dernières paroles, elle regarda Ephiny droit dans les yeux. « Mais si tu ne veux pas en parler, c’est bon… je voulais juste que tu saches que je suis là pour toi si tu en as besoin. »

Ephiny garda le silence puis soupira. « Merci », finit-elle par répondre. « Je vais bien… je… j’ai vraiment eu une mauvaise période après… ce qui est arrivé et je pense que ça m’a… » Une pause. « C’est juste différent. »

Gabrielle tira sur une jambe et mit les bras autour, son menton posé sur un genou. « Tout va bien entre Pony et toi ? » Demanda-t-elle en gardant une voix neutre.

« Oh… oui… » La régente souriait maintenant. « Oui, ça a été… ça m’a vraiment aidée… je veux dire… ce n’est pas comme ce qu’il y a entre vous deux… nous sommes plutôt bonnes amies, avec un peu de … » Elle recourba ses lèvres. « Bref, pas comme vous… mais de l’avoir près de moi était génial… ça a pris du temps, mais… »

La barde hocha un peu la tête. « Eh bien, nous n’avons pas commencé non plus en étant aussi proches, Eph… ça a grandi au fil du temps… peut-être que… »

« Non… non… » Interjeta rapidement l’Amazone blonde. « Aucune de nous… nous… Gabrielle, ne le prends pas mal, d’accord ? Mais ce que Xena et toi avez… c’est tellement fichument intense… si… submergeant… c’en est presque effrayant. » Elle hésita. « Ça m’effraie… je ne suis pas sûre de pouvoir gérer quelque chose comme ça et je ne pense pas que Pony le puisse. »

Gabrielle se redressa, la fixant pensivement. « Ah. » Elle se mordilla la lèvre. « C’est… oui, quand ça va mal, c’est vraiment très mal, Ephiny… je ne te mentirai pas là-dessus. » Elle fit une pause. « Mais crois-moi quand je te dis que tous les mauvais moments importent peu quand je pense aux bons moments. » Elle tendit la main et massa doucement le bras de la régente. « Eph, ça vaut la peine de prendre le risque. »

Mais la jeune femme secoua la tête. « Non, mon amie… je suis contente de juste vous regarder toutes les deux… c’est le plus près que je puisse avoir dans ce truc de sens dessus dessous. » Elle rit tranquillement. « Ecoute… merci à toi… ça me fait vraiment du bien de savoir que tu penses à moi… je l’apprécie beaucoup. »

Le regard vert l’étudia avec une lueur de défi, mais Gabrielle se contenta de sourire. « A ton service. » Elle concéda le round avec grâce. « En parlant de ça… tu te souviens de quand nous parlions de Tante Ephiny ? »

La régente pencha sa tête bouclée en arrière et rit, visiblement très soulagée du changement de sujet. « Oh oui… j’ai trop hâte de blaguer Gran à ce sujet… c’est une bonne chose qu’elle ne se soit pas montrée par ici – elle serait dingue à l’idée de ne pas pouvoir concourir dans les jeux. »

« Non ? » Gabrielle mit sa nouvelle de côté pour quelques instants. « Pourquoi pas ? Elle n’est enceinte que d’un mois ou deux… »

Ephiny secoua la tête. « Oh non… oui oui… ce n’est pas juste – elle serait la première à en convenir. Il faut dire si on est handicapée d’une façon ou d’une autre et ça compte… ses adversaires se retiendraient et ça servirait à quoi ? La grossesse change un peu l’équilibre… parfois la perspective… j’ai été un peu aveugle aux couleurs pendant la mienne. »

« Oh. » La barde se frotta la mâchoire. « C’est vrai pour tout le monde ? »

La régente haussa les épaules. « La plupart… rien de bien méchant, mais tu sais combien le timing importe, surtout dans des trucs comme la lutte et le bâton… ses adversaires seraient nerveuses… ça n’en vaut pas la peine. En plus, nous nous amuserions plus à la pouponner et à la faire s’asseoir sur des coussins moelleux… elle nous aurait toutes tuées avant la fin du festival. »

Gabrielle pianota sur sa jambe. « Xena a dit qu’elle avait combattu jusqu’à la dernière minute. »

Ephiny leva les yeux au ciel. « Pourquoi je ne suis pas surprise ? » Marmonna-t-elle. « C’est un cas spécial, Gabrielle… elle a tellement de talents qu’elle peut compenser toute faiblesse ou erreur avant que quelqu’un n’en tire avantage », expliqua-t-elle. « Elle est aussi vraiment forte, alors elle peut se frayer un chemin puissant à travers des problèmes momentanés d’équilibre et aussi si son timing est un peu en baisse… ça n’a pas trop d’importance. » La régente fit une pause puis regarda son amie attentivement. « Tu me parlais directement là, hein ? Elle n’est pas enceinte, si ? »

« Euh… non… non… elle ne l’est pas », répondit Gabrielle honnêtement. « Je l’utilisais juste à titre d’exemple… pas un bon, je présume. » Elle sourit d’un air penaud. « Alors… vous auriez banni Gran de la compétition ? »

« Oui », l’assura Ephiny. « Et ça la rendrait dingue… elle adore concourir. » Elle fit une pause. « Tu voulais me dire quelque chose à son sujet ? Tu as commencé. »

Gabrielle prit une inspiration. « Euh… non je… réfléchissais… à quoi lui offrir pour le bébé… un cadeau… peut-être que tu aurais des idées. »

Ephiny eut un sourire détendu. « Moi ? Bien sûr. » Elle se leva et s’étira complètement. « Allons… je me gèle les fesses par ici… est-ce que je peux te tenter avec du cidre chaud et des gâteaux ? » Elle tira sur la manche de la barde et lui lança un regard sévère. « Je me rends compte que ce n’est pas ta chemise probablement, mais tu as l’air plutôt mince. »

La barde ajusta sa ceinture avec un petit rire. « Nous avons été plutôt actives ces derniers temps… ça demande de l’énergie. » Elle se leva. « Des gâteaux, c’est pas mal… et il fait un peu frais. » Elle fit signe à Ephiny de passer devant sur le chemin étroit et elle la suivit, ses yeux verts très pensifs.


Xena était allée aux écuries, calme maintenant dans les heures de la soirée tardive et elle avait passé du temps avec Argo, peignant sans qu’il en soit besoin, la robe brillante de la jument et elle avait vérifié son seau de nourriture de ses doigts curieux. Arès l’avait rejointe et il était blotti dans la paille, ses grandes oreilles bougeant d’avant en arrière pour capturer les sons légers qui s’élevaient autour d’eux. « Hé ma fille… tu es tendue. » Elle fit un claquement avec sa bouche et travailla sur l’entremêlement avec ses doigts, laissant la présence calme du cheval l’apaiser, tandis qu’elle s’appuyait contre le gros corps chaud et respirait la senteur de l’été remuée par les sabots d’Argo.

Un léger bruit de pas attira son attention et elle leva les yeux, les mains posées sur le large dos d’Argo tandis que la porte de l’écurie s’ouvrait et que Solari entrait.

« Je savais bien que je te trouverais ici. » L’Amazone sourit et se rapprocha, une expression de conspiration sur le visage. « Je suis chargée de la fête dans la fête, pour ainsi dire. »

Xena sourit en retour. « Est-ce que je veux connaître les détails ? » Elle haussa les sourcils.

Solari tapota la robe soyeuse d’Argo. « Mmm… tu pourrais… on a prévu une petite présentation… quelques gamines ont écrit une chanson… »

« Oh par les grands dieux de l’Olympe. » Xena tressaillit en se couvrant les yeux. « Elle va me tuer. » Elle regarda l’Amazone. « Elle m’a fait promettre de ne pas vous dire que c’était son anniversaire. »

Solari ricana. « Autant pour ça. »

La guerrière haussa les épaules. « Elle ne me l’a fait promettre qu’hier… c’est un peu tard, hein ? » Elle rit. « Merci d’avoir gardé les cadeaux que j’ai pris pour elle… elle les aurait trouvés autrement. »

« Pas de souci… je pense qu’Ephiny lui a pris un jeu de chobos… des jolis, tout sculptés tout ça… et j’ai vu pas mal de trucs pratiques emballés comme des herbes, des plumes et des machins. » Elle caressa le dos d’Argo. « Argo va nous détester, c’est sûr, parce qu’elle va devoir tout porter. »

Xena s’appuya contre la jument. « Peut-être qu’on pourra en laisser un peu ici », dit-elle d’un ton songeur. « C’est sa deuxième maison après tout. » Son regard alla vers la robe dorée sous sa brosse tandis qu’un silence embarrassé s’installait entre elles.

« Hum. » Solari finit par faire glisser ses pieds sur la paille. « Ce ne sont pas mes affaires, mais je pense personnellement que heu… elle est bien plus attachée à toi qu’à nous. » L’Amazone s’éclaircit la voix sans regarder Xena. « Et… elle ne considérerait aucun endroit où tu n’es pas la bienvenue comme son foyer du tout. »

Le regard bleu l’étudia dans un silence pensif.

« Alors… » Solari lutta bravement pour continuer.  « Je pense que si tu ne veux pas te coltiner une tonne de trucs, tu ferais mieux de t’habituer à aimer l'idée d’être ici, tu sais ? » Une pause. « Parce que nous on est d’accord pour que tu sois ici. » Une autre pause. « D’accord ? »

Xena posa son menton sur son avant-bras posé sur le dos d’Argo. « Je… pense que je saisis le point. » Elle réfréna un sourire circonspect.  « Merci. »

Solari lâcha un soupir de soulagement visible. « Bien. » Elle eut un brusque mouvement de la tête à l’intention de la guerrière. « Bon… c’est quoi sa couleur préférée ? »

La guerrière fronça les sourcils. « Hmm… il y en a plusieurs… le rouge… ce genre de pourpre profond… le vert océan… pourquoi ? »

« Le gâteau », répondit l’Amazone succinctement. « Elles en ont fait un grand, avec plusieurs couches et des fruits dedans… la cuisinière va le faire décorer avec un joli glaçage. » Elle recourba soudain les lèvres. « Hé… en parlant de ça… »

Xena leva la main. « Non… non… j’ai juré de garder le silence. »

Solari sourit diaboliquement. « Hé… alors c’est vrai… merci, Xena. » Elle rit. « Il faudra que je m’en souvienne. »

Une idée frappa l’esprit de la guerrière. « Mais tu ne l’as pas entendu de ma bouche. » Elle observa paresseusement la femme brune. « Vu comme les choses se passaient, je n’ai pas pu résister. »

Solari se détendit et joua avec la queue d’Argo. « Oh oui… je l’ai vu arriver, on l’a toutes vu arriver, vraiment… Pony lui tourne autour depuis des années… tout ce qu’il fallait c’était une poussée judicieuse, dont on te remercie toutes à propos. Ephiny a été seule tellement longtemps… elle a vraiment mal accepté la mort de Phantès. »

« Mmm… je me souviens », compatit la guerrière. « Ce court moment qu’on a passé avec elle en Thessalie. » Elle réfléchit un moment. « Elle pensait que tout était de sa faute… parce que Phantès était mort en la protégeant. »

Solari soupira. « Oui… je pense que… peut-être que c’est pour ça que… » Elle garda le silence un moment. « Elle était vraiment éprise de lui. »

Des pièces du puzzle se mirent bien en place derrière les yeux brillants de Xena. « Hmm… c’est dur quand on perd ça… on ne veut pas le risquer à nouveau. » Elle fit cette déclaration calmement, presque désinvolte, et elle attendit que Solari réponde.

L’Amazone la regarda avec quelque chose comme du soulagement. « Oui… c’est dommage, tu sais ? C’est comme si elles voulaient passer plus de temps ensemble et elles ont peur. » Elle fit une pause. « Tu es plutôt maligne sur ce sujet, Xena. »

La guerrière prit une expression indéchiffrable. « Déjà vu, déjà fait », commenta-t-elle d’un ton ironique.

Solari fronça les sourcils puis elle leva les yeux. « Oh oui. Je présume que oui, hein ? » Sa voix comportait de la surprise.

« Oui oui », acquiesça Xena, brièvement.

« Mm. » Un pianotage sur le dos de la jument. « Hé… écoute… quelques-unes d’entre nous vont se retrouver au feu des éclaireuses… on a mis du vin à chauffer… ça te dit ? »

Haussement brusque des deux sourcils, pratiquement jusque dans la frange de Xena. « Tu es sûre que tes amies vont apprécier ? »

Solari sourit et mit les mains sur ses hanches. « Tu ne connais pas bien les Amazones, pas vrai ? » Elle jaugea la grande femme d’un air appréciateur. « Avant que ce petit problème ne devienne la discussion numéro un autour du feu, notre conversation préférée c’était vous deux. »

Xena modifia son expression en une sévérité solide. « Je ne fais pas dans les ragots, Solari », l’avertit-elle.

Un mouvement de la tête brune de Solari. « Pas des ragots, de la stratégie », corrigea-t-elle fermement la guerrière. « Allez… si tu la brosses encore plus, son pelage va tomber. »

La guerrière l’observa un long moment puis elle mit le peigne dans le sac d’Argo et se leva, se frottant les mains. Oh bon… un peu de relations publiques ne peuvent pas nuire… Gabrielle sera contente… peut-être assez contente pour ne pas me tuer quand elle découvrira pour sa fête. « Un petit moment, d’accord. » Elle accepta à contrecœur puis s’agenouilla à nouveau, fouillant dans ses affaires. Elle en sortit un sac en peau qui bouillonna dans une invitation. « Je vais apporter ça. » Elle se leva et se passa la main dans ses cheveux, faisant signe à l’Amazone de passer la première, tandis qu’Arès se levait et s’étirait, puis se collait près de son genou.

Solari lui prit le sac et l’ouvrit, reniflant délicatement. Elle fit un bond en arrière de surprise. « Ouaouh ! » Elle prit une gorgée avec prudence. « Par la Grande Héra, Xena… c’est quoi ça ? »

La guerrière rit. « Un truc que j’ai pris en Britannie… ils le font à partir d’orge. » Elle prit une gorgée à son tour et sentit la brûlure tandis que le liquide glissait le long de sa gorge et dans son ventre, se faisant vivement connaître. « Tu aimes ? »

L’Amazone reprit le sac et prit une gorgée plus longue, se concentrant. « Mm… ça tape… ça descend rudement… mais après quelques secondes… » Elle fit une pause, réfléchissant. « C’est bon. »

Xena sourit, presque invisible dans l’obscurité quand elles sortirent des écuries et se dirigèrent sur le sol maintenant sec vers le feu de garde qui vacillait et qu’on pouvait voir entre les arbres. La visite devenait assurément intéressante.


Gabrielle étouffa un bâillement tandis qu’elle retournait dans le noir vers le bout du camp. Elle avait passé une bonne heure à discuter avec Ephiny au sujet d’affaires Amazones ; elles étaient restées loin toutes les deux de sujets personnels comme mues par un consentement mutuel. Eponine était venue les rejoindre à la fin, secouant sa cape et parsemant le sol de quelques aiguilles de pin  suite à ses rondes de garde de la soirée. Elle prenait la sécurité du village très sérieusement et elle avait, avec sérieux, informé du calme ambiant à la fois la régente et la reine qui lui avait souri béatement et lui avait tendu une coupe de vin.

Puis la barde avait ressenti la morsure de la longue journée sur ses réserves et elle s’était excusée, ne désirant rien d’autre qu’un lit chaud et la présence de son âme sœur absente, qui s’était faite rare depuis le dîner. Gabrielle se demandait dans quels ennuis la guerrière se fourrait, puis elle sourit quand elle ouvrit la porte de leurs quartiers et vit la forme à demi assombrie à demi éclairée étendue sur le banc bas capitonné près de la fenêtre. « Salut. »

« Salut », répondit Xena en clignant des yeux paresseusement.

Elle se blottit sur le banc près de la guerrière et elle s’appuya contre sa cuisse. « Alors… qu’est-ce que tu as fait ? »

La grande femme lui sourit. « J’ai soûlé tes Amazones. » Elle agita l’outre maintenant vide devant les yeux surpris de la barde. « J’ai été méchante. »

Gabrielle rit doucement. « Ah oui ? » Elle leva doucement la main et attrapa le menton de son âme sœur, lui tournant la tête vers la lumière pour la regarder dans les yeux. « Tu en as pris un peu toi aussi, pas vrai ? » Pas trop vitreux, vraiment, juste un peu inattentifs, un état dans lequel Xena pouvait fonctionner presque normalement. « Est-ce que je vais en entendre parler demain matin ? »

« Par moi ? » Demanda la guerrière. « Nan… j’ai pris quelques gorgées… et je me suis arrêtée parce que tout devenait vraiment brouillardeux », expliqua-t-elle. « Quand je suis partie, Solari mettait un œuf en équilibre sur son nez. »

« Ah oui ? » Gabrielle réfréna un rire.

« Et bien… » Xena se mit aussi à rire. « Elle essayait en tous cas. » Elle entoura la barde d’un bras et l’attira plus près. « J’ai appris quelques trucs. »

« Moi aussi », répondit la barde en s’enroulant volontairement autour de la forme détendue de Xena. « Eph a peur. » Elle se mordit la lèvre. « Elle veut prendre beaucoup de recul… elle a peur d’être blessée. »

La guerrière hocha solennellement la tête. « Pony a été très attirée pendant des années… maintenant elle ne sait plus quoi faire d’elle-même… elle est totalement confuse. »

Gabrielle reposa calmement dans les bras puissants de la guerrière. « Voyons… après tout ce que nous avons fait, je pense que nous pouvons gérer ce petit problème, n’est-ce pas ? » Elle sourit. « Des titans, des géants, des dieux, des seigneurs de guerre… deux Amazones folles amoureuses ne devraient pas poser de problème, non ? »

Xena la fixa. « Tout ce qu’il leur faut, c’est trouver le courage de saisir la chance », murmura-t-elle en levant la main pour caresser affectueusement le visage de son âme sœur. « Ça ne devrait pas être si difficile, pas vrai ? » Son regard étudia le visage de la barde éclairé par la chandelle avec une nostalgie désabusée. Ça ne nous a pris que deux fichues années, soupira-t-elle silencieusement.

« C’est vrai », répondit Gabrielle dans une compréhension paisible. « On peut faire ça… nous sommes des expertes. » Elle prit l’outre de la main de Xena et la renifla. « Beuh… c’est quoi ça ? » Elle mit le bout de sa langue contre le bord du goulot et tressaillit quand il s’ankylosa. « Xena, tu n’as pas vraiment bu de ce truc, si ? »

Le regard bleu se tourna vers elle avec un air penaud. « Ça n’avait pas si mauvais goût… tout le monde en a pris aussi. » Sa voix eut une note d’excuse, étrange aux oreilles de Gabrielle. « Ça… allait… pour elles. Nous nous sommes… bien amusées. »

La barde lui prit doucement le visage. « Hé… c’est génial… tu n’as pas idée de combien je me réjouis que ça aille bien avec elles, d’accord ? » Elle rit doucement. « Voilà que je m’inquiète de comment je peux les faire se détendre en ta présence et tu y vas et tu gères toute seule en les soûlant... c'est génial, Xena, non ? »

Un sourire détendu passa sur les lèvres de son âme sœur. « Génial, hein ? »

Par les dieux… elle est saoule. Gabrielle rit en silence. « Allez, tigresse… mettons-nous au lit… on a une longue journée demain, je pense. »

Complaisamment, Xena se leva, s’arrêtant un instant pour reprendre son équilibre avant de décider de traverser la pièce vers ses sacoches. Elle se laissa tomber près d’elles, tapotant la plus proche avec une expression intense sur le visage. « Attends… »

Gabrielle s’arrêta pour caresser Arès qui était blotti sur le lit, avant d’aller près de sa compagne pour s’agenouiller. « Qu’esse tu fais ? » Elle mit le menton sur l’épaule de la guerrière.

Xena bâilla puis mit les doigts d’une main dans ses cheveux noirs. « Cherche quelque chose. » Elle continua à farfouiller dans le sac, puis, impatiente, elle se contenta de vider le contenu entre ses jambes écartées. « Ah. » Elle prit un petit paquet, enveloppé dans un épais parchemin marron. « Tiens. » Elle le tendit à la barde.

Gabrielle le prit puis s’installa près d’elle, au milieu du contenu de la sacoche. Elle regarda le paquet un long moment, le retournant entre ses doigts puis elle leva les yeux vers Xena qui attendait patiemment. « C’est pour quoi ? » Demanda-t-elle doucement.

Un double clignement des yeux bleus. « C’est… ton anniversaire », répondit la guerrière. « Tu… n’as pas pensé que j’allais oublier, non ? »

Gabrielle lui prit la main qui était posée sur sa cuisse musclée et elle la pressa contre ses lèvres. « Xena, j’ai déjà ce que je voulais », dit-elle doucement. « Je nous ai nous à nouveau. »

Cela lui valut un sourire tranquille de la grande femme. « Oui… je sais… mais tu ne peux pas le porter, alors… » Elle haussa un peu les épaules. « Ce n’est pas grand-chose… on a été plutôt occupées ces derniers temps. »

La barde lui sourit et tira sur l’emballage. « C’est bon, je… je veux dire que cette surprise que j’ai reçue l’an dernier était vraiment gentille, mais un peu… » Sa voix traîna pour s’éteindre tandis qu’elle étudiait la rose minuscule et joliment gravée posée dans sa paume. Les pétales étaient un mélange de rose et de rouge profond, sanguin, et les petites feuilles parfaites étaient d’un vert brillant. Elle en toucha une du bout de son doigt. « Oh… comme c’est joli », dit-elle faiblement.

Xena se gratta la mâchoire. « Pas d’épines », dit-elle d’un ton solide. « Elle ne va pas se flétrir ni mourir… ça me semblait pratique. » Elle haussa les épaules, replongeant dans les profondeurs du contenu du sac. « J’ai un ou deux trucs encore… je vais juste attendre demain, je pense. » Elle finit sa tâche et se remit debout, puis elle s’arrêta, consciente des yeux vert pâle qui l’observaient avec une expression d’amour profond. « Tu aimes ? »

Gabrielle attrapa le bord de sa tunique puis se releva le long de la forme solide de Xena jusqu’à ce qu’elle termine avec les bras fermement attachés autour du cou de la guerrière. « Oui. » Elle attendit un moment, regardant les yeux bleus légèrement surpris. « Merci. » Une douce pression et Xena pencha la tête puis leurs lèvres se rejoignirent. Elle pouvait sentir l’alcool étrange, mais plus encore, les soupçons de miel et d’épice du dessert qu’elles avaient partagé plus tôt, et elle ferma les yeux de joie pure. « Mmm. »

Elles tombèrent sur le lit, délogeant un Arès surpris et Gabrielle se retrouva enveloppée dans des bras puissants qui la soulevèrent aussi facilement qu’une enfant et elle s’abandonna volontiers, faisant confiance à sa compagne, à son cœur et au lien de leurs âmes.


Un oiseau gazouilla. Gabrielle ouvrit un œil difficilement et à contrecœur et elle regarda à travers la faible lueur vers la fenêtre ; elle pouvait à peine voir les contours de l’intrus plumé sur la lumière presque grise au dehors. Elle était blottie sur un côté, le dos contre le corps de Xena, les bras de la guerrière endormie l’enveloppant et elle n’était pas d’humeur à bouger d’un pouce.

L’oiseau ébouriffa ses plumes et ouvrit le bec, gazouillant sans honte.

« Arès », marmonna Gabrielle en regardant la forme à peine éclairée du loup bouger tandis qu’il se tournait pour la regarder. « Regarde… petit déjeuner… » Murmura-t-elle en pointant un doigt vers la fenêtre.

« Aggrrr ? » Le regard d’Arès alla vers la fenêtre et il dressa les oreilles. Prudemment, il rampa sur le sol, gardant son corps au plus près jusqu’à ce qu’il soit accroupi devant le banc, sa queue remuante.

L’oiseau fit claquer son bec puis lâcha un son dur, bougeant ses minuscules pattes à trois doigts sur le rebord et picorant au bout de celui-ci.

Arès s’arrêta puis plongea, soulevant son corps sur le canapé et à moitié hors de la fenêtre, sa mâchoire largement ouverte capturant l’oiseau hurlant avec efficacité, puis il revint dans la hutte avec un reniflement.

« Brave garçon. » Gabrielle tressaillit à la vue des plumes qui dépassaient de la gueule du loup. Il trotta vers elle et se redressa, ses pattes sur le lit. Elle sentit Xena bouger derrière elle et la prise de la guerrière s’accentua. « Chh… rendors-toi, tigresse… il n’y a même pas de lumière encore. »

« Mmm », reçut-elle en réponse d’une voix endormie, mais Xena bougea un peu et cligna des yeux. « Hé Arès… qu’est-ce que t’a attrapé ? » La voix de la guerrière était rauque de sommeil et elle s’éclaircit un peu la gorge.

Le loup ouvrit la gueule et l’oiseau tomba, couvert de bave, atterrissant devant Gabrielle avec un cri. « Roo ? » Une grande langue rose balança d’un air joyeux.

« Beuh. » La barde fit une grimace tandis que l’oiseau mécontent se secouait, envoyant des bouts de plume et de salive sur elle. « Arès… »

« C’est son cadeau d’anniversaire », marmonna Xena en mettant le nez dans sa nuque. « C’est mignon. »

L’oiseau lâcha un cuicui et s’envola, battant des ailes au-dessus du lit. Les sourcils d’Arès se haussèrent brusquement et il plongea après lui, rampant sur le lit et se lançant en l’air, ce qui les fit s’écraser ensemble contre le mur avec un bang, puis ils retombèrent sur les occupantes du lit, la mâchoire du loup en mouvement et l’oiseau en pleine course pour sauver sa vie sur les couvertures.

« Hé ! » Cria Xena en attrapant l’oiseau. « Ouille ! Maudit truc… » Elle retira brusquement sa main lorsque l’oiseau la piqua puis elle l’attrapa mieux et balança son bras vers l’avant, l’envoyant dehors par la fenêtre. Arès s’assit avec un air déçu. « Gabrielle… il m’a piqué », marmonna la guerrière avec un ton de surprise contrariée.

La barde prit la main insultée dans les siennes et l’examina. « Ouille. » Elle tressaillit de sympathie en voyant que l’oiseau avait piqué son âme sœur juste dans l’endroit sensible où le pouce rejoint la main. « Désolée… j’essayais d’empêcher ce fichu truc de te réveiller. » Elle porta la main à ses lèvres et embrassa doucement le point, puis elle tira le bras de Xena sur elle et remonta les couvertures un peu plus haut. Une pensée lui vint et elle tourna un peu la tête. « Tu te sens bien ? »

Xena prit un temps pour répondre. « Oui… plus ou moins », finit-elle par grommeler, s’étirant avant de se blottir à nouveau contre la barde. Elle bougea ses mains et chatouilla le ventre de la barde. « Tu as parlé à Eph ? » Elle sentit Gabrielle prendre une inspiration tandis qu’elle modifiait son chatouillis en un doux massage.

« Mm. » La barde se contenta d’apprécier la sensation un moment avant de faire appel à son courage et de rouler sur le côté pour faire face à sa compagne. « Non… non, je ne l’ai pas fait », admit-elle. « Et… je… heu, je vais attendre ce soir… avant de le faire. » Elle était consciente des bras de Xena qui la retenaient légèrement tandis que la guerrière la regardait les yeux mi-clos.

« D’accord », lui parvint la réponse légèrement intriguée. « Il y a… je veux dire, y a-t-il un problème ? »

Gabrielle mit ses mains à plat sur la peau de son âme sœur. « Non… ce n’est pas exactement… il va y avoir un tas de compétitions demain. »

Xena plissa le front. « Oui…Solari m’en a parlé. »

La barde étudia la fine cicatrice à peine visible le long de la gorge de sa compagne et qui se faufilait le long de sa clavicule de la largeur d’une main. « Je vais faire le défi du bâton. »

Xena bougea et elle retira une main du dos de la barde pour lui attraper le menton et lui lever le visage pour que leurs regards se croisent. « Quoi ? »

Une main levée. « Attends… attends… ne t’énerve pas sur moi, d’accord ? » Gabrielle scruta le regard bleu clair et y vit s’amonceler des nuages de tempête. « Ecoute-moi… ce n’est pas grand-chose… je ne le fais pas pour battre tout le monde, je veux juste… »

« Gabrielle, tu ne vas pas te mettre dans cette situation », énonça Xena, d’une voix très sérieuse. « Tu es folle ? »

« Xena, calme-toi, d’accord ? « La barde déglutit. « Je veux vraiment le faire… ce n’est pas dangereux, c’est bien moins dangereux que de se battre pour de vrai et je l’ai fait dans cette cité, tu te souviens ? »

La guerrière ferma les yeux. « C’était différent… tu ne… tu devais le faire, Gabrielle… tu n’as pas à faire ça… les Amazones ne s’attendent pas à te voir le faire. »

Gabrielle ressentit un besoin irrationnel de se reculer, de ramper pour descendre du lit et de s’éloigner, mais par la force de sa volonté, elle résista. Au lieu de ça, elle se rapprocha, peaufinant ses arguments. « Ecoute… j’ai toujours ressenti… je sais qu’elles m’écoutent, Xena… elles font ce que je dis parce que j’ai accepté ce masque… mais j’ai toujours ressenti que j’étais… et bien, elle ne pense pas vraiment que je l’ai gagné. »

« Ce n’est pas vrai », protesta Xena. « Gabrielle, elles respectent ton autorité et tes talents… tu le sais… tu n’as pas besoin d’aller les battre… tu vaux mieux que ça. »

La barde soupira et posa doucement sa tête sur la poitrine de son âme sœur. « Xena… elles me respectent ici. » Elle se tapa le front. « Pas ici. » Elle toucha la peau au-dessus de son cœur. « Pas de la façon dont elles te respectent. » Elle leva les yeux. « Ne me dis pas que ce n’est pas vrai parce que je sais que ça l’est… j’ai juste besoin de les observer t’observer. »

« Et alors ? » La voix de Xena prit une teinte blessée. « Ce que je peux faire… ce fichu truc violent… ça ne vaut pas grand-chose, Gabrielle… rien comparé à ce que tu apportes aux Amazones… tu n’as rien à prouver. » Elle caressa le visage de la barde avec nostalgie. « Ça ne compte pas. »

« Ça compte pour elles », répondit doucement Gabrielle, en lançant un regard implorant à son âme sœur. « Je veux juste faire quelques combats… je peux gérer ça, Xena… tu as dit toi-même que je pouvais en donner à chacun pour son argent… »

Un long soupir. « Je sais que je l’ai dit… et je le pensais… c’est juste que… » Xena soupira et laissa sa tête retomber sur l’oreiller. « Gabrielle, ça pourrait être dangereux… si on te cogne dans le ventre… quel sens y a-t-il à risquer cela ? »

Les épaules de la barde s’affaissèrent dans une défaite tranquille. « Je… » Elle n’avait aucun argument pour ça, sachant au fond de son cœur que ses raisons pour vouloir entrer dans les jeux reposaient surtout sur sa propre fierté. Elle soupira, enfouissant sa tête dans le creux du bras de Xena. « Je voulais faire ça depuis un an… juste revenir ici et leur montrer, selon leurs propres termes, que j’étais réellement capable. « Elle ferma les yeux. « Je présume que j’arrive quelques semaines trop tard. »

Xena se sentait très mal. Pas seulement parce qu’une vague de nausée la traversait, mais parce qu’elle comprenait trop bien ce qui motivait sa jeune compagne à vouloir prouver ses talents, que c’était un désir brûlant avec lequel elle était très familière, et de voir Gabrielle si abattue, faisait de mauvaises choses à ses tripes dans ses symptômes partagés. Elle caressa affectueusement les cheveux doux de la barde et lutta avec sa conscience.

Est-ce que quelques échanges allaient vraiment poser problème ? Gabrielle était douée et prudente et si elle s’assurait que personne ne passait sa garde…. Est-ce que ce serait plus dangereux que leurs sessions d’entraînement ? La guerrière soupira. C’était vraiment une chance parfaite pour la barde de se mettre en valeur, dans un endroit sécurisé, et en s’amusant… et dieux, c’était son anniversaire… elle voulait juste s’amuser un peu. « Hé. » Elle prit sa décision avec certaines réserves. « Gabrielle ? »

Lentement, la barde ouvrit les yeux et la regarda. « Hmm ? »

Xena mit un doigt sur le bout de son nez. « A deux conditions. »

Les yeux verts brillèrent avec circonspection. « Oui ? »

« Un, tu sens un simple pincement, un simple claquement, ou le moindre essoufflement, tu t’arrêtes », lui dit la guerrière sévèrement.

Un doux sourire se fraya un chemin sur les lèvres de la barde. « Très bien. »

Xena leva la main. « Deux, tu parles à Ephiny avant que ça ne commence et tu obtiens son approbation. »

Gabrielle pâlit. « Xena, ça gâche tout. »

La guerrière se pencha et posa son front contre le sien, la regardant de très près. « Elle n’a pas besoin de le dire à tout le monde. Mais c’est leur tradition, Gabrielle et tu demandes à être acceptée dans leur société… je pense que tu peux la persuader de garder ça pour elle si tu veux vraiment le faire. » Elle fit une pause. « En plus, elle serait plutôt blessée si tu ne te confiais pas à elle… tu sais qu’elle t’aime bien. »

La barde pinça les lèvres et passa un moment à réfléchir aux paroles de son âme sœur. Xena avait raison, admit-elle à contrecœur. Non seulement la régente serait blessée, elle-même s’était sentie vraiment mal à l’aise de garder le silence sur sa condition après avoir entendu les commentaires des Amazones sur Granella. L’honnêteté était un meilleur choix, songea-t-elle. « D’accord », finit-elle par admettre, en regardant le visage peu éclairé en face d’elle. La lumière de l’avant-aube montrait clairement le profil de Xena et elle vit le mouvement soudain lorsque celle-ci serra la mâchoire, les muscles jouant sur sa peau tendue. « Attends… » Elle tapota l’épaule de la guerrière puis roula hors du lit pour traverser la pièce, trouver le kit de soins de Xena au toucher et en sortir les herbes dont elle avait besoin.

Un rapide arrêt au bassin d’eau et elle les tourna dans une tasse, puis elle revint au lit et s’y glissa à nouveau tandis que Xena s’asseyait en tressaillant. « Et voilà. » Elle tint la tasse tandis que Xena sirotait puis elle mit une main derrière la nuque de la guerrière et travailla sur la tension. Elle regarda sa compagne terminer la tasse puis elle appuya sa tête sur la surface fraîche. « Ça va ? »

Xena tendit la main et posa la tasse sur la table de chevet puis elle s’allongea de nouveau sur le lit, attirant la barde plus près. « Oui… je survivrai », marmonna-t-elle.

Gabrielle s’enroula autour d’elle, attirant sa tête sur son épaule à elle et caressant ses cheveux pour la réconforter. « Cette partie dure combien de temps ? Je déteste te voir comme ça. »

La guerrière soupira. « Ça varie. » Elle serra la barde contre elle. « Deux, trois mois je pense. » Son regard passa derrière la barde vers la fenêtre où l’aube faisait son apparition dans une trace de gris clair. « Tu penses que Pony va être là dehors à m’attendre ? »

Gabrielle ricana doucement. « Oui… probablement. »

Un clin d’œil bleu. « Bien », répondit Xena en lâchant un soupir d’aise tandis qu’elle installait les couvertures autour des épaules de la barde et se blottissait près d’elle. La literie Amazone n’était pas aussi confortable que celle de la maison, mais après avoir dormi une semaine sur le sol, c’était merveilleusement décadent et elle n’allait surtout pas bouger.

« Tu es vraiment méchante », dit Gabrielle en riant calmement tout en bâillant et en fermant les yeux. « Hé… Xena ? »

« Hmm ? »

« Merci. »

« Pour quoi ? » Murmura la guerrière, accueillant la douce léthargie qui s’abattait sur elle.

« Juste… merci », répondit doucement Gabrielle. « De me comprendre. »

Xena rouvrit lentement les yeux  et regarda la jeune femme enroulée autour d’elle avec une légère interrogation. La comprendre ? Il était temps, mon amie, je pensais n’avoir aucune chance au monde d’arriver aussi près que ça. « De rien », murmura-t-elle puis elle redressa son regard et passa la langue à l’aube naissante.


« Où vas-tu ? » Ephiny garda les yeux bien fermés et se contenta de saisir un bout de plume errant. « Il fait noir, il pleut et nous avons une journée sacrément longue devant nous. »

« Bah. » Eponine perdit l’équilibre et retomba sur le lit, emmêlée dans les bras et jambes de son amante. « Laisse-moi… je vais juste… je… »

« Tu vas sortir et courir dans la boue pour essayer de battre Xena », l’informa la régente d’un ton cocasse. « Tu n’y arrives jamais, tu finis juste par être frustrée et couverte de merde de Centaure. » Elle assura sa prise sur la jeune femme, ignorant ses trémoussements. « Allez… allez… lâche un peu le vieux cheval de guerre, d’accord ? »

Eponine fronça les sourcils et se détendit, avec un regard noir vers le toit en chaume à peine éclairé de leurs quartiers conjoints. « C’est pas juste, Eph… tu l’as bannie des jeux… qu’est-ce que je suis supposée faire ? »

La régente lui tapota la tête. « Ne t’inquiète pas… tu vas avoir de la compétition… Gabrielle va entrer dans le combat au bâton. »

La maîtresse d’armes roula et la fixa avec surprise. « Gabrielle ? »

Un œil clair émergea. « Oui… un peu plus petite que moi, des cheveux blond-roux, des yeux verts… joli corps… elle traîne avec la grande ténébreuse dangereuse, avec ces yeux bleus d’enfer. »

« Merci. » Pony leva les yeux au ciel. « Je savais de qui tu parlais… j’étais… juste un peu surprise, c’est tout. » Elle haussa les épaules. « Elle ne semblait pas… je veux dire, merde, Eph, je sais qu’elle est bonne avec ce bâton, mais… »

Ephiny roula à son tour de façon à ce qu’elles soient face l’une à l’autre. Dans la lueur de l’avant-aube, elle pouvait à peine deviner les traits et le nez retroussé de son amante, mais son imagination remplissait aisément les détails. « Mais quoi ? » Elle mit la tête sur une main. « Tu sais qu’elle botte des fesses… ça pourrait être bien pour quelques têtes à plumes de le voir. »

« Mm. » Les yeux couleur caramel d’Eponine étaient à peine des lueurs dans l’obscurité. « J’ai du mal à penser à elle comme ça… je veux dire… j’en sais plus que ça, pas vrai ? » Les derniers mots furent dits dans un murmure. « Elle a l’air d’aller plutôt bien. »

La régente soupira en jouant paresseusement avec la couverture qui la recouvrait. « Oui… c’est sûr… bien mieux que quand on l’a vue le mois dernier… et je suis tombée sur elles en train de jouer comme deux gamines… comme elles le faisaient autrefois. » Un léger sourire tira ses lèvres. « Est-ce que Solari t’a dit que Xena avait traîné autour du feu de camp des éclaireuses hier soir ? »

« Bon sang… j’ai raté ça ? » Pony grogna. « Et comment Solari a réussi à faire ça ? »

« Elle a juste demandé, je pense. » Ephiny haussa les épaules. « Elle a apporté une sorte de breuvage digne des Bacchantes et elle les a à moitié soûlées, elle n’a pas beaucoup parlé, mais… Soli a dit que ça s’était bien passé. » Elle fit une pause et rit doucement. « C’est-à-dire, après que Soli a abandonné l’idée d’essayer de mettre un œuf en équilibre ou de sucer le contenu, je ne peux pas être plus précise. » Elle vit l’éclair de blanc lorsqu’Eponine sourit en réponse et se dit à nouveau que c’était agréable d’avoir quelqu’un avec qui échanger sur ces sujets. Elle ne s’était pas rendu compte de combien ça lui avait manqué jusqu’à ce que sa relation avec la maîtresse d’armes coriace évolue d’une amitié turbulente à quelque chose de plus proche.

Qui était, elle soupira, le début d’un autre problème, parce qu’elle savait que les sentiments d’Eponine étaient plus profonds que les siens et elle avait volontairement laissé les choses à un niveau solide, mais superficiel entre elles. Elle se sentait mal parce que parfois, quand elle regardait dans les yeux désarmants et francs de Pony, elle y voyait un écho de quelque chose de calmement familier et elle avait envie de s’y laisser aller, mais quand elle était au bord… »

Quelque chose l’arrêtait. Peut-être que c’était la crainte, peut-être que… Artémis savait combien elle voyait encore l’horreur de la mort de Phantès dans ses bras, et si ce n’était pas suffisant… il y avait les souvenirs hantés de Gabrielle mise en pièces, pas une fois, mais deux.

Elle était la régente des Amazones. Sa vie était déjà trop compliquée et elle ne pouvait pas ajouter une charge personnelle et émotionnelle à tout ça.

Pas question. Pas même quand elle ressentait un sentiment submergeant de nostalgie en voyant la proximité amoureuse des deux couples qui allaient être unis par elle ce soir. Ou quand elle voyait Gabrielle et Xena ensemble, quand la grande guerrière baissait sa garde et que la force de leur connexion était si apparente qu’elle semblait les faire briller toutes les deux.

Elle soupira, mettant la pensée de côté. « Alors oui, tu as raté une occasion de t’amuser, je pense. » Elle ébouriffa les cheveux noirs en pagaille d’Eponine. « Hé… je vais te dire une chose… je vais faire une exception… elle pourra entrer dans la compétition de tir à l’arc… je sais que ça te chatouille d’avoir ta revanche. »

Eponine lui lança un regard grognon. « Et bien… au moins j’ai une chance de gagner celle-là », dit-elle en grommelant.

La régente rit et passa les doigts dans les longs cheveux noirs de son amante. « Qu’est-ce qui t’inquiète ? Tu vas probablement en gagner la plupart… j’ai hâte de poser la couronne sur ta tête ce soir. »

Un petit silence. « C’est pour ça que tu as écarté Xena des jeux ? »

Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Pas exactement, non », finit-elle par répliquer. « Ça s’est amélioré… l’attitude de tout le monde envers elle… mais autant de compétitions… les choses dérapent parfois et je ne veux aucun accident. » 

« Mmpf », grogna Eponine. « Ce n’est pas faux. »

« Tch… tu as vraiment pensé que j’avais arrangé tout ça juste pour que tu gagnes ? » La réprimanda Ephiny. « Lâche-moi un peu, Pon. »

Elles se regardèrent dans la lumière grise, deux guerrières Amazones futées. « Très bien… j’avais cette idée derrière ma tête blonde et frisée, alors fais-moi un procès », grogna Ephiny, un léger sourire coupable sur ses lèvres. « Tu es en colère ? »

Eponine plissa son nez retroussé dans un sourire timide. « Nan… mais merci d’avoir pensé à moi. » Elle réfréna un bâillement. « Bon sang… il faut que je me lève et que je bouge. » Elle lâcha un soupir agacé. « Cette réputation de dure à cuire, ça craint un maximum parfois, tu sais ? »

Ephiny lui tendit un piège en l’enserrant paresseusement dans les couvertures et dans ses bras et elle commença un léger mordillement sur son oreille. « Lâche un peu ta réputation… laisse Xena sortir et se faire tremper… j’ai mieux à faire avant que le soleil se lève. »

Pony capitula, désarmée, espérant que la guerrière jamais fatiguée présumerait qu’elle était juste en train de chercher un moyen de la surprendre. Ouais. Qu’elle s’inquiète.


Cait traversait le camp d’un pas volontaire, la lumière du soleil matinal tombant sur son corps tandis qu’elle tournait un coin. Elle portait l’équipement Amazone typique, bien qu’avec quelques excentricités qui lui valaient souvent les regards sévères des aînées qui étaient responsables de l’éducation des plus jeunes.

Comme les deux dagues qu’elle portait dans le creux de son dos, par exemple. Mais, n’étant pas née Amazone, on lui autorisait certaines libertés que n’avaient pas ses sœurs, et d’être une protégée de Xena  d’une certaine façon, ne nuisait en rien.

Elle était fière d’être d’Amphipolis et de son association avec la grande guerrière souvent taiseuse. Même dans les mauvais moments, après la mort de Solan et l’éloignement entre ses deux héroïnes, elle avait été contente de rester avec elles, ne parlant jamais contre Xena et défendant souvent la réputation de la guerrière avec ses poings.

Xena était venue pour elle, c’était ce qui s’était passé et maintenant tout le monde devait s’excuser en quelque sorte pour avoir été tellement mordant. C’était bon et souvent elle voulait simplement leur tirer la langue et leur dire « Je vous l’avais bien dit. »

Mais elle ne le faisait pas parce que ce n’était pas ce qu’elle était. Au lieu de ça, elle s’était lancée dans le projet actuel, qui était de garder leur ancienne captive et ennemie, Paladia. Ça avait pris plutôt pas mal de temps, mais elle avait fini par décider que la grande renégate avait des possibilités et que ça valait plus la peine de la sauver que de la tuer purement et simplement. Mais, il lui avait fallu longtemps pour se décider et parfois quand elle voyait Ephiny et se souvenait d’avoir bercé la tête battue de la régente sur ses cuisses, ça la démangeait de changer de décision.

Xena avait dit que… tout le monde mérite une chance. Et qu’elle-même serait morte si Gabrielle n’y avait pas cru. Cait ne mettait pas une seule seconde la grande guerrière et la renégate dans la même catégorie, mais elle comprenait que son héroïne avait fait des choses plutôt terribles et que la foi de Gabrielle en elle importait vraiment.

Elle avait aussi rendu visite à Gabrielle dans la hutte de transpiration et avait vu combien sa jeune reine était dévastée sans l’amour qui les avait liées elle et Xena. L’expression perdue et angoissée dans ces yeux verts avait brisé le cœur de Cait et elle avait pris ses affaires, s’était préparée à quitter les Amazones pour aller à la recherche de Xena, quand la guerrière avait fini par rentrer. Même à travers la colère et la peur, elle avait su que leur seule chance était d’être ensemble. Et elle avait eu raison, oh oui. Toutes les deux l’avaient rendue fière, pas seulement en survivant, mais en renouant leur lien encore plus puissant qu’avant.

Elle pouvait tirer la langue en effet. Et elle avait eu une embrassade de Xena la veille, ce qui était toujours une friandise, juste pour rendre les choses plus plaisantes. Bon, elle carra les épaules avant de mettre la main sur la porte de la petite hutte assignée à Paladia et elle la poussa.

Comme elle le soupçonnait, la grande femme dormait toujours, sur la paillasse étroite qui faisait partie des quelques meubles de la pièce. Il y avait aussi une table de travail vers la petite fenêtre, une commode basse pour ses quelques vêtements, un bassin et un fauteuil confortable contre le mur opposé. Tout comme les propres quartiers de Cait, en fait, puisque Paladia était traitée pratiquement comme n’importe qui d’autre qui aspirait à rejoindre la Nation.

Elle passa un moment à étudier son projet. Les cheveux courts de Paladia avaient un peu poussé, et il était temps de les couper, car l’avant avait tendance à lui tomber devant les yeux. Elle portait un bandage sur son bras, là où la cassure guérissait lentement et il ressortait fort sur sa peau brûlée par le soleil. Elle était plus grande que la plupart des autres et presque gauche maintenant qu’elle avait perdu une bonne partie du poids superflu qu’elle s’était laissé prendre quand elle vivait dans son repaire montagneux. Mais elle n’était pas laide et à la voir dormir ici, sans son froncement habituel, Cait la trouva plutôt jolie.

Puis le tableau fut ruiné quand l’ex-renégate sentit sa présence et ouvrit les yeux, reprenant son expression sévère habituelle en un clin d’œil pour relever sa garde. « C’est toi. »

Cait haussa les épaules. « Tu attendais qui ? Platon ? » Elle alla à la table de travail et y jeta un coup d’œil. « Oh… c’est pas mal ça. » Elle regarda par-dessus son épaule d’un air encourageant. « C’est un endroit réel ? » Le dessin, à demi fini avec du charbon de bois, montrait une cascade qui tombait sur des rochers avec un feuillage épais à l’arrière. La renégate avait un talent indéniable pour le dessin, bien qu’elle refusât avec perversité de le faire sur demande, disant qu’elle ne le faisait que pour son propre amusement.

Paladia se frotta les yeux et s’assit, tenant son bras avec maladresse. « Nan. » Elle passa ses longues jambes par-dessus le bord de la paillasse et les regarda tandis qu’elles s’écartaient sur le tapis de sol. « C’est la fête aujourd’hui, hein ? » Lentement, elle avait laissé tomber ses commentaires méchants, soit qu’elle n’avait reçu aucune réponse de la jeune fille élancée, soit une réponse qui la faisait frémir de peur, tandis qu’elle testait la patience de Cait et goûtait de sa lame d’acier pour ça. En son for intérieur, elle était persuadée que Cait était un peu cinglée et quand elle eut entendu d’où elle venait, et bien... cela l’avait clouée.

Mais… si on la forçait à l’admettre, elle devrait être d’accord avec le fait que les Amazones n’étaient pas si mal. Sa sentence pour une année de captivité avait été civilisée, plus organisée pour qu’elle soit productive plus que pour la punir, ce qui avait franchement surpris la renégate. Pragmatique, avait dit Solari. Elles n’avaient pas les ressources de la mettre sous bonne garde tout le temps et elles avaient besoin de bras supplémentaires.

D’un bras, en tous cas. Paladia ricana pour elle-même. Elle s’était habituée aux regards de glace de la part des Amazones, mais ces derniers temps… et bien, elles étaient plutôt directes et semblaient penser qu’elle pourrait apporter sa contribution si elle le voulait et elles étaient prêtes à mettre de côté leurs sentiments sur ce qu’elle avait fait à leur précieuse régente. Elle avait pensé, très brièvement, essayer de s’échapper, mais une petite discussion avec Eponine l’avait convaincue que, du moins pour l’instant, ce serait une mauvaise idée. L’Amazone bourrue l’avait informée, avec des mots clairement destinés à l’intimider, que si elle quittait le village, Eponine la poursuivrait et la mettrait en pièces. Elle avait regardé ces yeux froids et noirs et l’avait crue, surtout quand tout le monde lui avait bien dit combien la femme tarée nommée « Pony » était attachée à sa précieuse Ephiny.

Et pour l’agacer encore plus, elles lui avaient affecté la jeune Cait comme chienne de garde. Elle avait grogné intérieurement, préférant n’importe qui d’autre, qui au moins donnerait ses instructions en quelques syllabes courtes sans parler encore et encore et encore… par les dieux, la fille était persistante et agaçante et totalement incapable d’être intimidée ou ignorée.

Elle leva le regard à contrecœur pour regarder la jeune fille qui détaillait son travail, et dont la silhouette était dessinée par la lumière du soleil matinal qui faisait ressortir le rose de ses joues et la structure délicate des os de son visage. Comment une personne pouvait-elle avoir l’air si fragile et être si foutûment forte ? Songea Paladia, et pas pour la première fois ces temps-ci. Cait pouvait mettre une raclée à pratiquement n’importe qui et était supposée passer le test d’entrée dans la Nation ce soir à leur petite célébration.

Elle ne l’avait jamais admis, mais elle avait en fait hâte que ce jour arrive. Les jeux semblaient être amusants et elle aimait danser et quand elle était simplement assise de côté ici, elle pouvait presque ressentir ce que ce serait vraiment de faire partie des Amazones.

Et elle se rendait compte que… dans des circonstances différentes, cet endroit aurait vraiment pu devenir son foyer. Une Nation de gens forts et indépendants, qui se protégeaient les uns les autres, et essayaient d’avoir la vie la plus confortable possible. Elle avait regardé les danses la veille au soir et elle avait ressenti un regret intense de ne pas pouvoir revenir en arrière pour changer quelques choses. Comme ce qu’elle avait fait à Ephiny, par exemple. Pas les coups… elle croyait vraiment que les Amazones, étant des guerrières, pouvaient lui avoir pardonné ça.

Mais l’autre chose. Une chose qu’une société de femmes férocement indépendantes haïssait et vomissait par-dessus tout. Si elle avait battu Ephiny en combat, elles l’auraient probablement admirée. Idiotes. Comme elles admiraient Xena, qui avait, à ce qu’on dit, fait des choses bien plus nauséabondes à la fois à elles, et à d’autres gens, mais qui était acceptée ici de droit, selon leurs standards ridicules.

Paladia soupira. Quand elle aurait fini sa sentence, après la fin de la saison, elle serait probablement virée, et ensuite ?

Bon, elle s’en inquiéterait à ce moment-là. Cait commençait à parler et par Héra, elle ferait mieux de comprendre la première fois pour éviter de lui demander de répéter.

« Oui… une sacrée fête, en fait. » La fille élancée s’assit et mit ses coudes sur ses genoux dans une pose qui rappelait celle de son héroïne grande et sévère. « Il va y avoir beaucoup de choses. »

« Tu vas avoir des plumes ou quoi ? » Demanda Paladia, un peu intéressée.

Cait hocha la tête. « Oui… en général elles attendent une année de plus, mais je suppose qu’elles me considèrent comme une adulte maintenant. » Elle étudia ses mains jointes. « Mais je suis contente que ce soit à ce festival. »

Un sourire connaisseur et narquois apparut sur les lèvres de Paladia. « Parce que Xena est ici pour le voir ? » Elle avait déduit que sa jeune gardienne avait une certaine toquade pour la grande ex-seigneur de guerre et elle ne perdait pas une seule chance de la taquiner avec ça.

Cait lui lança un regard agacé. « Est-ce que tu dois penser que tout ce que je fais l’implique ? Non… je suis juste contente parce que cet hiver, je vais faire des trucs sympas et pas être coincée à l’intérieur à tisser des tapis de sol, c’est tout. » Mais intérieurement elle sourit, parce que le commentaire de Paladia avait bien atteint son but. Elle était contente que Xena soit là et la Reine aussi, parce qu’elles étaient en fait ses marraines chez les Amazones. « Est-ce que tu as besoin qu’on change ton bandage ? »

La grande femme tourna la tête et observa son bras. « C’est bon. » Elle bougea le bras et tressaillit. « C’est un peu mieux aujourd’hui… hier ça me tuait. » Elle prenait habituellement soin de ne pas l’admettre quand d’autres Amazones étaient tout près, parce qu’elles lui disaient généralement qu’elle avait vraiment de la chance qu’elle n’ait que ça, sachant que c’était Gabrielle qu’elle avait tenté d’étouffer. Elles étaient drôles avec ça. Un instant, elles grognaient que Xena était cette personne dangereuse et imprévisible, qui avançait comme une arbalète armée, un danger pour les Amazones qui était à peine toléré, puis l’instant d’après, elles racontaient ces histoires étranges et bizarres sur elle et comment elle avait combattu pour elles, et avait sauvé leur Reine, et bla bla bla… et comment elle était dévouée à Gabrielle.

Bizarre. Elle n’était pas sûre de savoir si elles haïssaient Xena ou si elles l’aimaient, ou quelque chose entre les deux. Peut-être un peu des deux. Mais ce sur quoi elles étaient toutes d’accord, c’était que Gabrielle était tellement complètement, aveuglément, incroyablement amoureuse de cette femme, que ça allait au-delà de tout ce qu’elles avaient vu. Et elles aimaient presque toutes la petite reine, la respectaient pour sa capacité à négocier et avaient un grand respect pour son courage à se dresser devant ses ennemis et les leurs. Elles pensaient aussi qu’elle était quelqu’un pour avoir capturé le cœur de la sévère ex-seigneur de guerre, mais c’était une autre histoire.

Des histoires. Elle en avait assez entendu pour lui durer toute une vie. La préférée de Cait était le conte sentimental où Xena plongeait pour se mettre devant une flèche à la toute dernière minute, sauvant Gabrielle de quelqu’un qui n’avait pas aimé le style de la jeune reine. Après que cette fichue femme avait été piégée par un groupe d’Amazones, rien de moins. Ça faisait partie de la bizarrerie. Amour, haine… la renégate se contenta de secouer la tête. C’était trop compliqué pour elle.

« Et bien, cela prend du temps pour guérir », commenta Cait. « Quand Xena fait quelque chose, elle est habituellement minutieuse. » La jeune fille se leva. « Allez viens, habille-toi. On a beaucoup de choses à faire aujourd’hui. »

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Elles émergèrent dans la lumière du soleil, Paladia portant ses vêtements en cuir qui se coordonnaient plus ou moins avec la tenue pratique de Cait. Tandis qu’elles se dirigeaient vers la salle à manger, Cait ralentit son pas volontaire puis elle sourit en voyant Xena et Gabrielle qui allaient aussi dans cette direction.

Paladia lança un regard rapide et s’arrêta, haussant les sourcils de surprise. Au lieu de ses habituels vêtements de cuir noir et son armure, l’ex-seigneur de guerre portait du cuir, pas comme le sien, mais d’un rouge sang profond qui exposait la plus grande partie de son corps musclé au soleil chaud. Elle ne portait pas d’arme, mais la confiance totale avec laquelle elle se mouvait le faisait oublier et se concentrer sur la présence féroce et vivace qui semblait couler d’elle sans effort. « Hou », marmonna-t-elle, impressionnée malgré elle.

« Bonté divine, je l’adore dans cette tenue », dit Cait en riant. « Je pense que tout le monde l’adore aussi… dieux… pauvre Solari… elle vient de se cogner contre le mur. »

« Mm. » Paladia, pour une fois, l’approuva, continuant à regarder Gabrielle qui, s’étant arrêtée pour parler à une Amazone qui passait, marchait plus vite pour rattraper Xena, tirant un peu sur sa propre tenue couleur rouille et regardant la guerrière alors qu’elle lui posait une question. La barde avait l’air… la renégate plissa le front. Un peu plus vieille, habillée comme ça, que quand elle était dans son domaine. Ainsi dévoilé, le corps compact de Gabrielle montrait une force sinueuse, et tandis qu’elle bougeait, ses muscles bien définis remuaient sous sa peau dorée avec une intensité souple.

Ephiny s’avança à ce moment-là et les appela, et les trois femmes restèrent brièvement au centre du camp, échangeant quelques mots. Xena poussa doucement Gabrielle dans la direction d’Ephiny et la petite barde lui lança un regard ironique puis obéit, emmenant la régente vers la salle à manger. Xena attendit un instant et secoua sa tête sombre, puis elle jeta un coup d’œil et vit qu’Eponine s’approchait, l'esprit visiblement occupé.

Paladia regardait avec une franche fascination la guerrière s’avancer vers l’Amazone bougonne, son corps semblant se mouvoir au rythme de la nature, avec le vent et les feuilles qui bougeaient constamment dans le village. Finalement, elle se trouva tout à côté d’Eponine, bien que l’Amazone n’ait aucune idée que quelqu’un la suivait. Xena tendit une main et tira sur une mèche errante, puis elle se glissa de l’autre côté d’Eponine tandis que l’Amazone se retournait, la guerrière toujours silencieuse et souriant avec espièglerie. Elle tira sur une autre mèche et finalement, avec un cri, Eponine la repéra, ce qui la fit trébucher contre une racine et manquer de s’affaler.

Un léger rire s’échappa de la poitrine de la renégate, ce qui attira l’attention de Cait. « Y a quelque chose de drôle ? » Demanda la jeune fille, d’un ton sec, ayant raté le petit jeu.

« Nan. » Paladia jeta un coup d’œil vers une Eponine maintenant furieuse, les mains sur les hanches et elle se mordit la lèvre. « Alors… c’est quoi la suite des trucs à porter, boucher, nettoyer ou réparer ? »

« D’abord le petit déjeuner », l’informa Cait. « Viens avec moi… je pense qu’elles font des biscuits aujourd’hui… on n’a plus de céréales depuis qu’on a appris que la reine les déteste. »

Un léger ricanement. « Hé…. Elle peut venir quand elle veut alors. »

« Ce n’est pas si mauvais », la reprit Cait. « C’est… »

« De la colle », proposa Paladia d’une voix sèche. « Ce truc durcit et on l’utilise pour faire tenir des murs, je les ai vus faire. » Elle bougea son bras dans son attelle.

Cait leva les yeux au ciel et poussa la porte de la salle à manger. « Viens, ou je vais leur demander de t’en faire. »

****************************************

« Alors, où est-ce que va la grande et sombre femme en cuir ? » Demanda Ephiny tandis qu’elles s’asseyaient à la table principale au milieu d’un bourdonnement de discussions amicales et excitées. « Elle a peur de provoquer une émeute ici ou quoi ? »

Gabrielle ricana doucement. « Elle est tellement frustrante parfois… c’est comme… OK, alors elle enfile ces trucs et elle a l’air… dieux, Eph. » La barde se couvrit les yeux. « Quoi qu’il en soit, et elle est comme…. ‘qu’est-ce que tu fixes comme ça ?’ »

Ephiny fit signe à une serveuse et la soulagea d’une assiette contenant des viandes grillées, des biscuits, des œufs et des tranches de fruits. Elle la posa devant Gabrielle avec un grand geste. « Tiens… elles savaient que tu venais. »

Inopinément, la barde rougit. « Hum… merci. » Elle avait très faim comme d’habitude et elle s’interrompit, tandis qu’elle se décidait par où commencer à dévorer les bonnes choses odorantes.

« Oui… je sais ce que tu veux dire pour Xena », continua Ephiny, en se servant. Elles étaient relativement isolées et le bruit de fond autour d’elle leur apportait un bon degré d’intimité. « Elle est vraiment inconsciente du fait qu’elle fait baver la moitié de la Nation quand elle passe. » Elle s’interrompit, étalant une épaisse confiture de fruit sur un biscuit. « Au milieu de ce groupe d’égoïstes déchaînées, c’est plutôt sympa. »

Gabrielle sourit. « Vous n’êtes pas des égoïstes déchaînées. » Elle mordit dans un pain couvert d’œuf. « Mm. » Elle avala. « Ecoute… Eph… je heu… tu te souviens de ce dont nous parlions hier ? »

La régente prit une chope et y versa une rasade de cidre odorant qu'elle passa ensuite à sa compagne de table. « Oui… et bien, je veux dire que nous avons parlé de beaucoup de choses. » Ayant rempli son gobelet, elle leva les yeux et prit une longue gorgée. « Quelque chose en particulier ? »

La barde finit son biscuit et s’en prépara un autre pendant qu’elle réfléchissait à la façon de procéder. « Hum… la compétition. » Son estomac grognant se calma un peu et elle commença à prendre le temps de mâcher sa nourriture avant de l’avaler.

Ephiny haussa les sourcils de soulagement. « Ah… oui, je me souviens… écoute, si tu as décidé de ne pas participer, c’est parfaitement OK, Gabrielle… personne ne s’attend à ce que tu le fasses. »

Un mordillement. « Non…non… je le veux… je le veux. » La barde prit une gorge. « Mais… tu te souviens de ce que tu disais sur les handicaps ? »

La régente pencha la tête, intriguée. « Euhhhhoui… » Puis elle eut une expression inquiète. « Tu vas bien, pas vrai ? » Elle scruta la jeune femme de la tête aux pieds. « Qu’y a-t-il ? »

« Détends-toi… c’est… » C’en est presque drôle, songea Gabrielle. « Je n’ai pas de souci, exactement je… »

Ephiny était maintenant vraiment alarmée. Mille choses lui vinrent à l’esprit, allant des effets de l’une des nombreuses blessures qu’avait endurées Gabrielle, jusqu’à un héritage de tout le truc avec Dahak. « Hé… » Sa voix s’adoucit, mais il y avait une touche distincte de tension sous-jacente. »Ecoute… si c’est une chose dont tu dois parler aux guérisseuses… je sais que Menelda a demandé à te voir dans tous les cas… quoi que ce soit, on peut s’en occuper… est-ce que… je veux dire, assurément, Xena… »

« Ephiny. » Gabrielle posa son biscuit et sa tasse et fit face à la régente, les deux mains sur ses épaules. « S’il te plaît, tais-toi. »

Les yeux ambre inquiets scrutèrent son visage. « Mais… »

« Je ne suis pas malade, je suis juste enceinte », finit la barde.

Le visage d’Ephiny était une palette d’expressions, changeant nettement de soulagement à intrigue, d’incrédulité à de la simple confusion. « Quoi ? » Son regard alla vers le ventre de la barde puis revint vers son visage, puis de chaque côté avant de cligner. « Quoi ? Tu veux dire enceinte comme dans… enceinte ? »

« Oui. » Gabrielle dut batailler ferme pour réfréner un sourire à la confusion évidente de son amie. « C’est ce truc d’avoir un bébé, tu sais… neuf mois et tout et tout. »

« Je me souviens. » Ephiny secoua la tête, choquée. « Heu… je… ga… euh… beuh… » Elle se lécha les lèvres. « Qu… » Son regard passa par-dessus l’épaule de Gabrielle puis alla vers la fenêtre. « Est-ce que… euh… je… »

« Bien sûr qu’elle sait. » La barde interpréta correctement la question. « Nous l’avons programmé. »

« Programmé. » La régente analysa le mot. « Toutes les deux ? »

Gabrielle hocha doucement la tête. « Oui. »

Avec hésitation, un sourire apparut sur les lèvres d’Ephiny. « Ouaouh. » Une pause. « Alors… c’est elle le père ? »

La barde éclata de rire. « Ephiny ! ! ! » Elle se couvrit le visage d’une main. « Allons donc… réfléchis un instant, d’accord ? ? ? »

L’Amazone haussa les épaules. « Je ne m’interdis rien avec elle », objecta-t-elle. « Hé… je veux dire… tu es sérieuse ? Tu es vraiment enceinte ? Depuis quand… pas longtemps vu ton allure. »

« Quelques semaines », confirma Gabrielle avec un sourire timide. « Je suis vraiment… je suis excitée, et… dieux. » Elle prit les mains de la régente dans les siennes. « Et elle aussi. »

Ephiny eut un vrai sourire cette fois. « C’est fantastique. » Elle serra les mains de Gabrielle. « Oh ouaouh… hé, écoute. Deux questions. La première… qui est…. heu… tu sais. Et la seconde, pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant ? »

Ah. Gabrielle prit une inspiration. « Et bien, pour la première, c’est Toris. »

Ephiny écarquilla les yeux. « Nom d’une merde de Centaure… » Elle réfléchit à ces mots un moment. « Par les dieux, Gabrielle… c’était malin… le plus près que tu puisses avoir, hein ? » Elle sourit. « Il doit se pavaner comme un coq vainqueur. »

« Il ne sait pas encore… » La barde sourit. « On s’en est juste rendu compte il y a une semaine ou deux… et… » Elle fixa son regard sur celui de la régente. « Je ne te l’ai pas dit hier à cause d’une chose que tu as dite. »

Un froncement d’intrigue des sourcils blonds. « Hein ? »

« Eph… je veux vraiment faire la compétition », dit Gabrielle, doucement. « Je ressens le besoin de prouver quelque chose ici et c’est très important pour moi. » Elle regarda l’expression changer dans les yeux de la régente. « Assez important pour que j’envisage de ne pas t’en parler. »

Un souffle. « Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? » Demanda tranquillement Ephiny. « Tu sais qu’il y a de fichues bonnes raisons pour que cette règle s’applique, Gabrielle… et que tu sois la reine ne te donne pas les mains libres pour l’ignorer. »

Un léger sourire passa sur les lèvres de la barde. « J’en ai parlé à Xena… il fallait que je la convainque elle d’abord et ensuite elle a mis deux conditions, que j’ai dû approuver. » Elle hésita. « La seconde était que je te le dise et que tu sois d’accord. »

Ephiny soupira et se pencha un peu en arrière. « Elle est d’accord avec ça ? »

Un hochement de tête.

« Il me faut du temps pour y réfléchir », dit sobrement la régente. « Je… Gabrielle, je comprends pourquoi tu veux le faire… crois-moi… et je soutiens cette idée, parce que je pense qu’il est temps que la Nation comprenne quel genre de personne elles ont à gérer en toi. » Elle secoua la tête. « Mais… te mettre délibérément en danger… à quel point est-ce responsable ? »

Gabrielle fixa pensivement le banc sur lequel elle était assise. « Je pourrais dire que… la vie est parfois irresponsable, ou te rappeler comment nous t’avons retrouvée en Thessalie, ou mentionner Xena qui a combattu jusqu’à ce qu’elle accouche, ou te dire que je me suis tenue, avec elle, face à environ deux cents soldats il y a juste une semaine ou deux. » Elle leva les yeux. « Ce ne sont que quelques entraînements, Eph… c’est aussi dangereux pour moi d’aller marcher dans les bois, et nous le savons toutes les deux. »

Un haussement de sourcil ironique. « Pour toi, ça peut être fichument dangereux », rappela-t-elle à la barde qui eut un bref sourire. « Je vais devoir garder ça secret jusqu’après la compétition, tu t’en rends bien compte. Est-ce que c’est juste ? » Elle soupira. « Et si quelque chose se produit ? »

Un mouvement de tête. « L’autre chose que j’ai dû promettre à Xena, c’est que si je ressens le moindre pincement, je dois m’arrêter tout de suite et déclarer forfait. » Elle eut un regard ironique pour Ephiny. « Un des effets collatéraux de tout ce truc, c’est que sa fibre surprotectrice a grimpé au plafond. » Elle leva la main et la mit le plus haut qu’elle pouvait. « Vraiment. »

Ephiny pianota sur la table. « Je vais me faire botter les fesses pour ça, si je te laisse faire, tu le sais, pas vrai ? »

Le regard vert se posa sur elle avec une douce prière et Ephiny eut soudain une bonne idée de comment sa jeune amie arrivait à enrouler un ex-seigneur de guerre coléreux si fermement autour de son petit doigt. « Ta principale compétition c'est le bâton avec Eponine. Et si tu la bats et qu’ensuite je dois lui dire la nouvelle, je n’ai pas fini d’en entendre parler », protesta-t-elle.

« Je vais la laisser gagner », lui dit Gabrielle d’un ton raisonnable. « Je ne cherche pas à battre tout le monde… juste à démontrer une petite compétence. »

La régente l’étudia pensivement. Ça semblait sans risque… mais, c’était de Gabrielle qu’il s’agissait, qui pouvait transformer une tartine en zone de guerre. Une moitié d’elle disait pas question… pas de passe-droit… tiens t’en aux règles. L’autre moitié…

Ephiny soupira. « Tu vas m’être sacrément redevable, mon amie. Infiniment. Je vais passer quelques marques de chandelles à trouver ce que ça va te coûter. »

Un doux et gentil sourire passa sur les lèvres de Gabrielle, éclairant son visage et dansant dans ses yeux vert clair avec un pur délice. « A ton service », promit-elle. « Merci, Eph. »

Un léger ricanement. « Les dieux savent que tu ne demandes jamais beaucoup, pas vrai ? » Elle leva la main et attrapa l’épaule solide de la barde. « Sois prudente, c’est ce que je te demande. Ne me fais pas le regretter et m’en vouloir, d’accord ? »

« Je te le promets », répondit la barde tout aussi sérieusement.

Lentement, Ephiny sourit. « Petite sournoise… tu m’écoutais parler de Gran hier soir… c’est vraiment ce que tu allais dire, n’est-ce pas ? » Elle tapota la joue de Gabrielle. « Des cadeaux, hein ? »

La barde rougit légèrement et sourit. « Oui… et bien… je devais penser à quelque chose… » Pfiou. Ça a été plus facile que je ne l’aurais cru. Elle étudia ses mains puis leva les yeux vers la régente. « Tout va bien se passer, Eph… je me sens très bien. »

Un sourire recourba légèrement les lèvres de l’Amazone. « Ça explique la brillance, alors… » Elle la taquina doucement.

Gabrielle leva les yeux au ciel. « Oh non… ne commence pas avec ça aussi… c’est assez que ça vienne de Xena. »

« Quelqu’un m’a appelée ? »

La voix basse et vibrante lui répondit et elle se tourna pour voir son âme sœur les rejoindre et s’installer près d’elle avec un sourire indulgent. « Salut. »

Xena l’étudia puis se pencha en avant et saisit le regard d’Ephiny. « Elle t’a parlé, hein ? »

La régente haussa les épaules d’un air désabusé. « Elle est douée pour ça. » Elle eut un sourire tranquille pour la guerrière. « Félicitations, à propos. »

« Oh oui, tu m’en diras tant », répliqua la guerrière, recevant un coup dans les côtes pour ça. « Hé… tu es vraiment douée. » Puis elle retourna le sourire à Ephiny. « Merci. » Pendant un instant, elle s’autorisa à montrer sa joie, puis elle baissa le regard et composa son expression.

Gabrielle se remit à son petit déjeuner, le partageant avec sa compagne. « Qu’est-ce qui arrive en premier sur la liste, Eph ? » Elle avala une bouchée d’œufs et tendit une tranche de melon à Xena qui attendait aimablement et qui le mangea aussi vite.

La régente les regarda avec un sourire indulgent, puis elle soupira. « La course… on a mis en place un parcours qui contourne la montagne à mi-chemin et retour. Les participantes doivent aller au point final, trouver un objet spécial et le rapporter pour prouver qu’elles étaient les premières arrivées. »

« Oh. » Gabrielle mordilla un biscuit. « Hé… ce n’est pas un truc où on se bat… tu peux y aller. » Elle donna un petit coup à sa compagne.

Xena battit des cils et rit, posant sa tête sur une main. « Pas après ce petit déjeuner, je ne peux pas », dit-elle à la jeune femme. « Que les gamines s’amusent. » Elle mordit proprement dans une autre tranche de melon, la coupant en deux. « En plus… Eponine m’a attirée dans la compétition de tir à l’arc. » Son regard trouva celui d’Ephiny avec un amusement ironique. Elle avait brièvement pensé à entrer dans quelques-unes des compétitions, mais… peut-être que c’était la chaleur du soleil… ou l’alcool de la veille au soir, ou quoi que ce soit… son corps rejetait sévèrement la pensée de mettre en avant tous ces efforts à cet instant et elle n’était pas d’humeur à en discuter avec lui.

Ce qu’elle avait vraiment envie de faire, c’était de s’échapper avec Gabrielle et de passer la journée à se blottir et à jouer avec elle, mais elle savait que ça n’allait pas se produire. Et ça ne la dérangeait pas vraiment de regarder les jeux des Amazones, mais elle n’avait aucun désir de les rejoindre, ce qui était un sentiment étrange pour elle, mais elle soupçonnait que ça allait être comme ça pour les prochains mois. C’était une sensation puissamment paisible et après un moment, elle décida qu’elle aimait ça.

Un doigt pointé vers elle. « C’est de ma faute », admit la régente, un peu surprise que la guerrière décline toute autre participation. « Tu veux aller voir ? » Demanda-t-elle. « Elles vont lutter au même moment, ici dans le village. » Un rire. « Les compétitions de bâton sont juste avant le déjeuner. »

La barde finit de manger et se frotta les mains. « Ça me va parfaitement… allons-y. »


A suivre – 3ème partie

 

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Cible mouvante, partie 15, chapitre 31

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 15

Traductrice : Gaby

 

 

Chapitre 31

 

« Tu es d'accord pour finir à pied, matelot ? » Céci gara le camion dans le parking et observa attentivement à travers la vitre en direction du port. « Ou tu veux que je te dépose à l'intérieur ? »

« Nan. » Andy ramassa son casque et un petit sac posé sur le siège à côté de lui. « C'est parfait ici. Je ne veux pas que ces idiots se posent des questions. » Il s'arrêta pour observer la lignée des vieux navires qui s'étendait sur la jetée, et il tira sur un fil qui dépassait de la couture de ses jeans.

Céci l'observa en souriant. « Bon, alors va t'amuser. » Elle haussa une épaule. « Mon mari l'espion de grandes compagnies. »

Andy ricana, tournant la tête pour lui donner un léger baiser sur les lèvres. « Je rends juste un service à Dardar. » Il ouvrit la porte et sortit, tapant sur le côté du pick-up avant de se diriger vers le port.

« Hmm. » Céci s'appuya sur le volant, posant son menton au sommet. « Je ne sais pas qui fait une faveur à qui. » Se dit-elle. Son cher mari était à la retraite, mais Céci le connaissait assez bien pour savoir qu'un peu d'action était un véritable soulagement.

Le fait que ce soit vraiment intéressant, et que ce soit une tâche importante ne faisait qu'ajouter à ça. Dar le savait-elle avant de lui demander ?

Bon. Céci réfléchit. La pomme n'était pas tombée très loin de l'arbre, comme le disait le vieil adage, et très certainement sa fille avait une connaissance intime du comportement mentalement et nerveusement hyperactif, qu'elle-même n'avait heureusement pas.

Dans tous les cas, Andy était excité comme un gosse avec une nouvelle fronde,  et elle se retrouva étonnement reconnaissante que Dar lui ait donné cette distraction. Elle observa les alentours, apercevant Bayside juste à sa droite. Hmm.

Peut-être qu'elle pourrait trouver un cadeau pour Dar pour la remercier. Avec un vif hochement de tête, elle démarra le pick-up et fit un rapide virage à cent quatre-vingt degrés, traversant les six voies de circulation avec une calme nonchalance.

Andrew s'avança lentement le long de la jetée, hochant brièvement la tête vers les quelques hommes qui se dirigeaient eux aussi vers leur lieu de travail. « 'lut. » Il salua le contremaître, qui était posté près de la passerelle, à boire une tasse de café.

« Hé, le tout moche. » Répondit le contremaître avec un sourire qui enleva le piquant de sa remarque. « Écoute mon ami. Les gars ne m'ont dit que du bien de toi. »

Andrew s'arrêta au bord de la passerelle et s'appuya à la chaîne. « Ouaip ? » Répondit-il. « C'est vrai ? »

L'homme hocha la tête. « Ce Norskie à dit que c'était sympa d'avoir quelqu'un qui parle anglais mais qui sait garder sa bouche fermée pour changer. »

Andy ricana. « Ya quelques bavards là-dedans, c'est vrai. » Dit-il. « Et ils ne sont pas très organisés non plus. » Ajouta-t-il avec désinvolture. « Y'a du bordel partout. »

Le contremaître soupira et secoua la tête. « Ouais, je sais. J'en ai entendu parler. » Il fronça les sourcils. « Le problème, c'est que les personnes qui ont commandé tout ça pour les réparations n'ont rien mis sur palettes. »

« Ouaip. » Andy hocha la tête.

« Du coup on mélange la vaisselle et les fournitures de plomberie. Quel bordel. » Il montra son bloc-notes à Andrew, qui maintenait des reçus de facture. « Regardez ça. Vous allez avoir encore plus de bordel qui va arriver aujourd'hui. »

Vu que c'était gracieusement offert, Andrew prit la plaque et examina les papiers. « Bon. » Il s'appuya contre la chaîne et pointa une des lignes d'un doigt plein de cicatrices. « Vous voyez ça là ? »

« Ouais ? » L'homme regarda la ligne prudemment. « Et alors ? »

« Dans la Navy, on avait l'habitude d'appeler ça une case ressource. » Lui dit Andy. « J'ai pas la moindre idée de ce que font ces gars dans les bureaux, mais toutes les commandes avec le même numéro vont arriver ensembles. »

Le contremaître regarda rapidement autour de lui. « Ouais ? » Il étudia les numéros, puis feuilleta quelques pages avant de regarder une autre facture. « Bon Dieu de merde ! Regarde-ça ! Les tasses, les soucoupes, l'argenterie... tous dans la même ! » Sa voix monta d'excitation. « Si on pouvait avoir un ou deux marqueurs magiques pour mettre de l'ordre dans tout ce bordel... ça serait parfait... Je reviens dans un instant.. Tout-moche, t'es un génie ! »

Andrew le regarda se sauver. « Seigneur. » Il partit à la recherche d'un stand de café, et il en aperçut un sur le trottoir en face. « Je me demande bien à quoi sont payés ces gens. Ma gamine aurait mis ce bordel sans dessus dessous. »

Il y avait une petite foule devant le chariot et il s'y joignit, prenant sa place dans la file pour attendre son tour, puis il pointa silencieusement le café et leva une pomme qu'il avait prise sur le stand quand il était passé devant. Le vendeur lui tendit sa coupe et prit l'argent qu'il lui donnait, puis il se tourna vers la personne suivante dans la file alors qu'Andrew posait sa tasse pour y ajouter autant de choses que possible pour qu'il n'ait plus le goût de jus de chaussette.

Il faisait déjà chaud, et il transpirait sous son tee-shirt, mais alors qu'il s'avançait de nouveau vers la passerelle en prenant une gorgée de son café, il se sentit heureux d'être là malgré tout. Il s'appuya contre l'énorme serre-câble auquel le navire était amarré, et il croisa ses chevilles, ses bottes de style militaire contrastait sur le béton blanc.

Deux silhouettes s'approchèrent sur la jetée en contrebas, attirant son attention. Il resta tout de même à sa place, et mâcha paresseusement sa pomme pendant que les deux femmes s'avançaient. Elles discutaient en marchant, observant les alentours mais sans vraiment prêter vraiment attention aux hommes sur la jetée.

Alors qu'elles s'approchaient de lui cependant, Andrew baissa les yeux vers sa tasse en gardant les oreilles bien ouvertes.

« Je vais te dire, Shari. Ca va nous prendre trois semaines pour recevoir ce fichu équipement sans fil jusqu'ici, et même avec ça, le meilleur que je puisse espérer c'est un tuyau de 2 mégabits pour ce bureau qu'on a loué. »

« On ne va pas donner un seul dollar à ces salopes, Michelle. » Rétorqua la plus grande des deux femmes. « Je me fiche que nous devions bouger le bureau jusqu'ici. Tu n'as qu'à louer cette fichue roulotte Catholique. J'en ai vraiment rien à faire. J'ai des gens qui travaillent pour déboulonner ILS, alors je ne vais pas m'asseoir tranquillement en attendant de me faire torpiller par eux. »

« Bon sang. » Répondit l'autre femme. « Je propose juste que nous enterrions la hache de guerre assez longtemps pour obtenir une connexion, pour l'amour de Dieu. J'ai besoin d'un accès au système, Shari ! Je ne peux pas faire marcher le réseau avec une foutue boîte de conserve et un rouleau de ficelle ! »

« Bien. » La grande femme s'avança d'un pas décidé sur la passerelle, frôlant Andrew au passage. « Fais donc ce que tu veux. Va baiser cette petite blonde idiote que tu essayes de draguer. Peut-être que tu arriveras à tes fins. »

La plus petite des deux femmes s'arrêta au bord de la passerelle. Elle jeta un regard furieux à l'autre femme derrière elle avant de tourner la tête vers Andrew.

« Bonjour. » Andrew leva sa tasse vers elle.

Avec un regard dégouté, la femme se tourna et s'éloigna, ses talons cliquetant bruyamment sur le béton. Andrew détacha un pépin de pomme et le cracha derrière elle, l'observant rebondir sur la jetée, dans son sillage.

 

* * * * *

 

« Allez... allez... » Dar était très concentrée sur l'écran, son corps arqué vers l'avant et recroquevillé sur l'ordinateur portable. Elle avait trois fenêtres ouvertes et elle travaillait sur les trois en même temps, utilisant une quatrième pour s'occuper du hacker alors qu'il essayait de se frayer un passage dans le réseau.

C'était un équilibre compliqué, il fallait essayer de suivre le hacker dans le réseau sans pour autant révéler sa présence, et en même temps trouver toutes les traces possibles qui pourraient lui faire découvrir son identité.

D'instinct, elle avait installé une zone autour du routeur qu'il attaquait, et bloqué la sécurité de l'ouverture avec uniquement son login, restreignant toute la circulation interne pour le dévier vers son analyseur. Alors il n'y avait aucun danger dans le fait de lui permettre de farfouiller aux alentours, parce qu'il n'y avait littéralement aucun endroit pour lui où aller.

Et peut-être qu'elle pourrait en apprendre un peu plus sur ce qu'il cherchait si elle le laissait se balader. Mais ses explorations ne semblaient pas avoir un but particulier – le hacker cherchait quelque chose... n'importe quoi, comme s'il cherchait simplement une opportunité pour trouver une faille.

Ce qui, se dit-elle, rendait le défi encore plus intéressant pour elle au final.

Sans même regarder, Dar attrapa la bouteille de Yoohoo et en prit une gorgée, puis la déposa rapidement quand sa Némésis décida de renoncer et de se sortir par le portail qu'elle avait créé. « Ah ah ah... » Dar jeta un coup d'œil à la trace et gloussa d'un ton méchant. « Ah, je te tiens. »

Elle suivit sa retraite, loin de leur point d'entrée principale, à l'arrière du centre principal par lequel il était entré, juste derrière sa propre entrée.

Il s'évanouit, son adresse IP disparaissant derrière un pare-feu, mais avant qu'il ait fini, Dar réussit à récupérer un dernier bout d'information sur lui à laquelle elle ne s'attendait pas, un port inhabituel qu'elle tenta d'utiliser, et elle put le suivre.

Elle ne s'était pas attendue à ce que ça marche, mais la seconde suivante, elle était dans le routeur de passage du pirate, et elle se retrouva en face d'un simple et innocent écran avec un logo qui fit sonner des alarmes tellement fort dans sa tête qu'elle dut vérifier qu'elle ne les entendait pas réellement.

Pendant un moment, elle se contenta de rester là, le bout des doigts posés sur le clavier, laissant les battements de son cœur se calmer.

Okay. Dar prit une profonde inspiration. De là où elle était, elle pouvait faire à peu près n'importe quoi, bien plus en fait que tout ce que le hacker aurait pu faire à son réseau s'il était arrivé aussi loin qu'elle.

Ça semblait être une opportunité parfaite – elle pourrait découvrir d'où venait ce gars, et quelles étaient ses motivations... peut-être même inverser la vapeur ? Il avait été assez vaniteux pour penser qu'il pourrait la berner – maintenant elle pouvait aller jusqu'à retrouver son bureau et ...

Lui faire payer ? Dar fit tambouriner ses doigts sur le clavier, et elle sentit monter un instinct qu'elle savait par expérience devoir moduler pour son propre bien.

Avec soin, elle fit une capture d'écran de l'endroit où elle était, puis tout à fait délibérément elle cliqua sur l'onglet 'x' sur la barre d'état de la fenêtre et elle sortit du réseau étranger.

Si elle pouvait mettre un piège en route, alors lui aussi, et les enjeux étaient beaucoup plus importants pour elles si elle se faisait attraper à l'intérieur du réseau de quelqu'un d'autre. Si Mark l'avait fait, et bien.... il était le chef de la sécurité. Mais ça aurait été différent si la DSI d'ILS avait été prise la main dans le sac.

Non. Même si ses doigts la démangeaient, ce routeur ouvert avec un mot de passe pré-programmé... c'était trop facile. Et bien qu'il y ait toujours une chance que quelqu'un soit assez stupide pour ça, Dar se retrouva à se demander à quel point ça dépassait la limite. 

« Je présume que je ne suis plus la punk extrémiste d'avant. » Annonça Dar aux routeurs clignotants qui n'avaient pas changé la couleur de leurs placides LED pour elle. « Bon. » Elle soupira.

Puis elle se redressa pour attraper son sac en prenant une gorgée de sa boisson, et elle sortit une pomme. Elle la posa sur ses genoux et sortit son couteau suisse, coupant la pomme en deux. En gardant un œil sur les moniteurs, elle sortit un tube de beurre de cacahuètes, en étala un peu sur la pomme et en prit un morceau en tapant une commande de l'autre main.

Alors. Elle pouvait en apprendre plus sur le hacker. Elle avait l'IP factice qu'il avait utilisé, mais le routeur par lequel elle était entrée était réel, et trouver à qui il appartenait était relativement...

Dar cligna des yeux vers son écran. Une petite fenêtre clignotait au centre de son écran, avec un simple cœur rouge au milieu qui battait doucement.

Puis un message apparut. Okay, bon ce n'est pas un gopher Dar, mais ça exprime bien mes pensées, non ?

Dar cliqua dessus et répondit. Assurément. Où es-tu ?

A ma réunion. On revoit les tarifs.

Dar regarda son message partir, puis elle souffla doucement en plissant les yeux. Telegenics vient juste d'essayer de nous envoyer un hacker.

Quelle surprise. Elle put presque entendre les mots de Kerry.

Non, ça n'en était pas une, mais c'était définitivement une attaque sur deux fronts, réalisa Dar. Si elles venaient la chercher, comme elle le soupçonnait, en essayant de la piéger – qu'est-ce qui arriverait si elles se rendaient compte qu'elle les avait déjà piégées elle-même ?

Hé, Dar ?

Dar prit une autre bouchée de sa pomme, et elle tapa sa réponse d'une main. Ouais ?

Mark dit que son moniteur d'alerte est en train de devenir dingue, et que personne ne peut plus rentrer dans le routeur principal. Tu sais ce qui se passe ?

Oups. Dis-lui de se détendre. J'étais en train de faire un truc. Dar posa sa pomme et tapa rapidement sur les touches, elle re-régla la sécurité du routeur et rendit l'accès aux systèmes automatisés. C'est mieux ?

Quelques secondes de silence et puis... Il n'est plus en train d'hyperventiler. Ça doit être un oui. Tu peux faire une pause et venir ici pour écouter le récapitulatif ?

Dar finit son YooHoo en regardant pensivement la question. Oui. J'arrive.

Elle avait besoin de réfléchir à ce qu'elle venait de voir de toute façon.

* * * * *

« Qu'est-ce que tu en a pensé ? » Demanda Kerry tandis qu'elles marchaient toutes les deux dans le couloir jusqu'à son bureau.

Dar la regarda. « Sur tes talents de présentation, sur le plan ou sur combien tu es mignonne dans cet ensemble ? » Lui dit-elle avec un sourire coquin.

« Que... » Kerry soupira, faussement exaspérée. « Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de toi ? » Elle secoua la tête en faisant signe à Mayté. « Rentre là-dedans. » Ajouta-t-elle en poussant la porte avant de se mettre sur le côté pour laisser passer Dar.

« Ou ? » Dar entra et attendit que Kerry la suive avant de fermer la porte. « Tu vas me donner une fessée ? Tu aurais dû le faire dans le couloir. Ça aurait donné du grain à moudre aux moulins des rumeurs pendant des semaines. » Elle avança jusqu'au petit canapé du bureau et s'assit en posant ses coudes sur ses genoux.

« Tu es vraiment un petit démon parfois. » Kerry la suivit et s'installa à côté d'elle, préférant la place restante sur le canapé plutôt que sa solitaire chaise de bureau. « Et non, je parlais du plan. Je sais déjà ce que tu penses des deux autres choses. » Elle donna à petit coup dans l'épaule de Dar.

Dar épousseta quelques morceaux de routeur du bout des doigts. « Je le trouve bien. »

Kerry attendit. Mais rien ne suivit. « Et ? »

« Et ? » Dar se baissa et rattacha le lacet de sa botte. « Je pense que tu vas te présenter avec une proposition solide – il va rester la question du prix. »

« C'est sûr. » Acquiesça Kerry. « Mais tu penses que de la façon dont c'est présenté, ça pourrait marcher ? »

Dar s'installa dans le canapé et croisa les bras, lançant un regard oblique. « Je peux te demander quelque chose ? »

Kerry s'installa elle aussi. « Bien sûr. »

« Tu as fait, et facilement, quatre douzaines de comptes sans mon aide. » Dit Dar. « Alors pourquoi est-ce que tu penses que tu en as besoin sur celui-là ? »

Hmm. Kerry croisa les bras à son tour et baissa les yeux d'un air pensif vers le tapis, en donnant à la question une vraie délibération. Puis elle finit par hausser les épaules. « Je ne sais pas. » L'admission la surprit elle-même, peut-être même plus que Dar. «Peut-être parce que je sais à quel point c'est important. »

« Ils sont tous importants. » Dar décroisa ses bras et étendit le droit sur les épaules de Kerry. « Laisse couler, Ker. Ne t'inquiète pas de ce que je pense. Fais simplement ce qui te semble juste. »

Kerry traça de son index un léger dessin sur le jeans qui couvrait la cuisse de Dar. « Facile à dire, difficile à accomplir. » Elle sourit brièvement. « Alors, quoi qu'il en soit... qu'est-ce que tu faisais dans le placard ? »

« Je n'ai jamais été dans le placard. » S'insurgea Dar en acceptant le changement de sujet. « Mais je suis contente que tu poses la question. Viens là. » Elle se leva et entraîna Kerry vers son bureau, se glissa dans le fauteil et fit rouler la trackball de Kerry. « Je suis peut-être cinglée. Mais je pense que j'ai sauvé mes fesses d'un gros piège. »

« Toi ? » Kerry s'appuya sur le bureau à côté d'elle. « Piégée par qui ? »

Dar leva les yeux vers elle et sourit d'un air sérieux. « Quelqu'un qui adorerait nous ridiculiser et étaler tout ça dans la presse. Regarde. » Elle appela l'écran de son écran portable, qu'elle avait enfermé dans le placard. Il avait encore les captures d'écran qu'elle y avait fait, et ses notes.

Kerry s'approcha, et posa ses coudes sur le bureau pendant qu'elle lisait, ses lèvres bougeant silencieusement. Elle était consciente de la présence proche de Dar, sa respiration chauffant la peau du bras de Kerry. « Attends, tu étais là-dedans ? » Dit-elle. « Dans ce routeur ? Par tous les saints ! »

« Hmm hmm. » Dar grogna doucement.

« Wow. Je parie que tu as eu envie de foncer et de leur botter les fesses. » Songea Kerry. « J'aurais pu le faire. Qu'est-ce qui t'a fait croire que c'était un piège ? Et si ce n'en était pas un ? Et s'il était vraiment stupide ? »

« Ker. »

Un soupir. « Ouais, je sais. Mais je ne peux rien y faire. » Kerry donna une chiquenaude au moniteur du bout de l'ongle. « Je n'arrive même pas à croire que j'ai pu suggérer ça. Je pense que mon éthique professionnelle tombe aux oubliettes quand il s'agit de ces deux garces. » Elle baissa les yeux vers son bureau. « C'est peut-être pour ça que je ne suis pas à l'aise avec ce truc, Dar. »

« Hmm. » Dar leva les yeux quand l'intercom de Kerry bourdonna.

« Kerry ? » La voix de Mayté s'éleva. « J'ai cette Michelle Graver sur la ligne un. » Bien que polie, la voix de Mayté contenait un ton définitif de désapprobation, vraiment semblable à celui que sa mère avait parfois.

« Est-ce que je suis là ? » Kerry se tourna et se coucha sur le dos, ses jambes dépassant du bureau. « Je dois réfléchir à ça une minute. Dis à Michelle de rester en ligne, hmm ? » Elle tourna la tête vers Dar.

« Bien sûr. » Mayté raccrocha.

« C'est vraiment pas professionnel de ma part de vouloir la faire attendre pendant des plombes ? »

« Non. » Dar posa ses coudes sur le bureau et s'avança, penchant la tête pour capturer les lèvres de Kerry avec les siennes. « D'un autre côté... » Elle l'embrassa de nouveau, cette fois plus longtemps. « La faire attendre pour ça n'est vraiment pas professionnel. »

« Oh. » Kerry croisa les mains sur son ventre et ferma brièvement les yeux alors que Dar continuait à agir de manière extrêmement contraire à l'éthique professionnelle. « Si quelqu'un rentre, je pense qu'on mériterait sérieusement de se faire virer. » Dit-elle finalement avec un petit soupir.

« Probablement. » Acquiesça Dar. « Mais je devrais faire venir Alastair jusqu'ici pour nous virer, et le temps qu'il arrive, un nouveau désastre aura surgi et il nous demandera juste de revenir. »

Les yeux de Kerry scintillèrent, mais elle grimaça avant d'appuyer sur le bouton de l'intercom. « Okay, passe-la-moi, Mayté. »

« Okay. » Répondit Mayté. « Mais vous êtes sure ? Je pense qu'elle apprécie la musique. »

Dar ricana doucement. « Mayté, tu ressembles de plus en plus à ta mère chaque jour. » Ajouta-t-elle en observant Kerry plisser les yeux en souriant.

« Merci. » Dit Mayté. « Mama aimera ce que vous dites, j'en suis sûre. »

« Allez, passe-la-moi, Mayté. » Dit Kerry. « Même Michelle ne mérite pas une aussi grosse dose de Muzak régurgitée en musique d'ambiance. »

Mayté raccrocha, et après une seconde, un léger bourdonnement la remplaça. Kerry tendit la main vers le bouton de réponse. « Opérations, Stuart. » Elle s'adressa au plafond.

« Bonjour Kerry. » La voix de Michelle était un mélange de cordialité et de frustration voilée. « Désolée de vous déranger. »

Dar s'avança et traça le bord de l'oreille de Kerry, l'observant virer au rose après quelques secondes.

« Ah, pas de problème. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? » Répondit courageusement Kerry. « Ou est-ce que vous appelez simplement pour m'insulter encore un peu ? Ça a été une matinée calme. » Elle ignora les légers miaulements tout près de son oreille.

Un soupir audible traversa le téléphone. « En fait, je vous appelle pour m'excuser et je sais que vous allez l'apprécier, et vous demander combien vous voulez pour louer une partie de votre circuit. »

Kerry s'agita un peu, couchée sur le dos, en faisant une petite danse de joie. « Pour être honnête Michelle... »

« Oh oui, je sais que vous le serez. »

Le miaulement avait changé, il était devenu plus profond jusqu'à devenir un grondement bas. Kerry tourna la tête vers sa compagne, pas du tout surprise de trouver les yeux bleus clairs réduits à deux fentes. Elle leva une main, et, juste pour vérifier, elle toucha la lèvre de Dar, la poussant légèrement pour inspecter une canine bien formée juste dessous.

Dar haussa un sourcil vers elle et cessa de grogner.

« Le prix de connexion plus cent. » Dit Kerry. « A prendre ou à laisser. » Elle traça une ligne jusqu'au centre du nez de Dar, observant ses yeux loucher pour essayer de le suivre, et elle sourit en imaginant qu'elle pouvait entendre Michelle grincer des dents de l'autre côté du fil.

« Parfait. » Répondit Michelle, en coupant court. « De quoi avez-vous besoin pour le faire marcher ? »

« Une vérification et un circuit de terminal. » Répondit Kerry. « Envoyez quelqu'un voir Mark Polenti à notre bureau sur la jetée à 10h demain, il s'en occupera. »

« Parfait. » Dit de nouveau Michelle. « Merci. Au revoir. »

Elle raccrocha. Kerry soupira. « Et bien, chef – on fait presque quatre pour cent de profit sur la police d'assurance... pas mal, non ? »

« Brillant. » Souffla Dar dans son oreille. « Très brillant, je vais laisser cet autre problème entre tes mains... parce que quand je suis sortie de ce routeur parce que je ne voulais pas que la DSI d'ILS se fasse attraper en train de pirater – je me suis rappelé que j'avais mis un espion de terrain chez Telegenics. Qu'est-ce qui arrivera si ça venait à se savoir ? »

Kerry se releva, son dos n’appréciant pas particulièrement la surface dure du bureau. Ça lui donna le temps de réfléchir à la question de Dar, et d'en considérer l'impact. « Et bien. » Elle sauta du bureau  et en fit le tour. « Comment ça se saurait ? Ce n'est pas comme si il ne faisait pas son boulot là-bas, pas vrai ? »

« Hmm. »

« Shari ne l'a jamais rencontré, je présume, ou elle serait réduite à l'état de mangue écrasée sur la route 95 en ce moment. » Continua Kerry. « Alors à moins que... »

« Qu'il les entende parler de nous. » Dar se leva et passa une main dans ses cheveux. « Et qu'il agisse comme d'habitude, on est en sécurité. C'est ça ? »

« Oh, mon Dieu. »

Dar se dirigea vers la porte qui conduisait au couloir reliant leurs bureaux. « On s'en inquiétera quand ça arrivera. » Elle fit un signe de la main à Kerry. « En attendant, je vais voir si je ne peux pas trouver un moyen de rendre la monnaie de sa pièce à notre petit copain. »

Kerry s'assit dans son fauteuil, le cuir gardant encore un léger parfum de Dar qui l'entoura quand elle s'installa. Qu'est-ce qui arriverait réellement, se demanda-t-elle, si Andy était repéré ? Est-ce que ça serait vu comme un acte criminel scandaleux, ou juste comme une partie du boulot ? Ce n'est pas comme si, comme elle l'avait dit à Dar, Andrew avait eu le travail sur de fausses recommandations.

Il était qualifié et bien plus que ça pour faire ce pour quoi ils le payaient. Si il faisait le boulot, alors qui aurait quoi que ce soit à dire au final ?

Kerry pouvait tout de même voir l'ironie de la situation. Elle savait que c'était quelque chose que son père aurait fait sans réfléchir, et en fait, il aurait vraiment approuvé ses méthodes.

Elle grimaça.

Ce n'était vraiment pas un sentiment plaisant. Et encore – Andrew n'avait pas sembler y voir d'objection lui non plus. Il avait tout de suite accepté, et il semblait même penser que c'était une bonne idée.

Alors où était le 'juste' dans tout ça ? Kerry ouvrit son tiroir et attrapa un abricot sec dans une poche, le mettant dans sa bouche avant de mâcher pensivement. Est-ce qu'il y avait une bonne réponse ?

Hmm.

 

* * * * *

 

Kerry s'approcha de la zone de construction au centre du navire et observa les alentours. Elle repéra l'entrepreneur en électricité d'ILS à l’extrémité de la pièce et elle s'avança rapidement jusqu'à l'endroit où il était, entouré par le personnel du navire. « Jack. »

L'homme se tourna et la vit. « Ah, Ms. Stuart. Ravi de vous voir. » Il attendit qu'elle le rejoigne. « Il semble qu'on ait un problème par ici. »

Seulement ici ? Kerry sentit sa cape de diplomatie lui tomber sur les épaules. « Qu'est-ce qui se passe les gars ? »

« Qui est responsable de tout ça ? » Demanda un des gars qui attendait tout près. « J'ai entendu cette personne dire qu'il avait besoin de couper le courant sur plusieurs ponts du navire. »

Kerry l'observa pensivement. « Oui, bien sûr. » Dit-elle. « C'est ce qu'il doit faire pour pouvoir avoir plus de puissance, et installer le  câblage dont nous allons avoir besoin pour les nouveaux systèmes des ordinateurs. Il ne peut pas faire ça avec le courant branché. »

« Qu'est-ce qu'on est supposé faire ? » Demanda l'homme. « On vit ici. Vous voulez vraiment qu'on reste dans cette foutue chaleur sans électricité ? »

« J'y étais moi-même, du moins pendant un petit moment en fait. » Dit Kerry « Non, ce n'est pas agréable. Mais c'est la seule façon pour que le travail soit fait, alors qu'est-ce que vous pensez que l'on doit faire ? Je suis sûre que Jack va pouvoir s'arranger avec vous et couper une section à la fois, pas tous les ponts d'un coup. » Elle se tourna. « Pas vrai ? »

Jack hésita, puis hocha la tête. « Oui. »

« Mais nous avons du travail à faire nous aussi. » Continua l'homme. « J'ai des personnes à diriger, des services à gérer... Et je ne peux pas faire ça sans électricité. »

« Nous pouvons vous déplacer vers une zone avec du courant. »

« Certainement pas ! J'ai beaucoup trop de choses importantes dans mon bureau ! » Répondit l'homme d'un ton catégorique.

Kerry croisa ses bras sur sa poitrine. « Okay. » Elle le regarda droit dans les yeux. « Je comprend. »

« Bien. » L'homme sourit.

« Donnez-moi simplement votre nom, que je puisse aller voir Mr Quest et lui dire pourquoi nous ne pouvons pas travailler sur son projet. » Kerry lui sourit en retour. « Je suis sûre que lui aussi va comprendre. »

L'homme cligna des yeux, choqué, puis il se raidit. « Je n'ai pas dit que vous ne pouviez pas travailler ! »

« Bien sûr que si. Vous avez dit que vous ne pouvez pas travailler sans courant. Nous avons besoin de tout éteindre pour pouvoir avancer. Alors si vous ne pouvez pas travailler sans courant et que vous ne voulez pas déménager vers une zone avec du courant, alors nous ne pouvons pas avancer. »

Le reste de l'équipe semblait se satisfaire d'observer l'échange, leurs yeux passant de l'homme à Kerry comme s'ils regardaient un match de ping pong incroyablement excitant. Ils donnaient tous l'impression de dépendre de l'homme, dont l'attitude indiquait qu'il était habitué à l'autorité et à l’obéissance.

Ce qui était une bonne chose. Et Kerry l'était aussi, mais d'une façon tout à fait différente. « Alors, je peux avoir votre nom ? » Demanda-t-elle gentiment. « Parce que Jack et moi avons d'autres choses à faire si nous ne pouvons commencer ici. »

« Tout à fait, m'dame. » Jack glissa ses pouces dans les poches de ses jeans, et il se balança sur les talons de ses bottes. « On a pas mal de projets à commencer. »

« A moins que peut-être nous puissions nous arranger avec vous – peut-être que notre équipe pourrait aider la votre à déménager leurs affaires quand ils en auront besoin. » Kerry put lire le langage corporel de l'homme et décida que lui donner une porte de sortie serait peut-être une bonne idée. « Nous serions heureux de faire ça. »

Jack grimaça.

L'homme ricana et leva une main. « Parfait. » Il céda. « Si vous devez le faire, faites-le. Mais vous devrez me prévenir si vous éteignez quoi que ce soit,  que je puisse m'assurer que rien ne soit perturbé. »

« Bien sûr. » Dit Kerry. « Jack, pouvez-vous assigner quelqu'un de votre bureau pour faire la liaison avec... » Elle lança un regard interrogateur à l'homme.

« Pieter Oshousen. » Dit l'homme. « Capitaine de l'équipage. » Il leur fit un signe de tête puis se tourna et s'éloigna, le dos raide.

« Bien. » Kerry observa le reste de l'équipe se disperser, leur attitude à la fois amusée et mécontente. « Oh, tout ceci va devenir vraiment amusant. » Ajouta-t-elle une fois qu'ils furent partis. « C'est comme d'être dans une zone de construction habitée. »

« Ça c'est sûr. » Jack soupira et se gratta la tête. « Par quoi on est censé commencé ? A chaque fois que j'essaye un truc, je me retrouve coincé. »

Kerry secoua la tête. « Oui, je sais. Allez, je pense que je nous ai trouvé quelque chose que l'on pourra utiliser pour le serveur central, vu que mon premier choix ne va pas marcher. » Elle se dirigea vers l'escalier et commença à descendre. « Ils n'aiment pas trop cette idée non plus, mais ça n'empiète pas sur l'espace réservé à l'équipage, alors au moins ils ne seront pas dans nos pattes et la direction du navire l'a approuvée. »

Jack ricana. « J'imagine. » Il suivit Kerry qui descendait les marches, passant une série de portes avant qu'elle ne s'arrête devant l'une d'elles. Elle l'ouvrit et se recula pour lui montrer l'intérieur. D'un air soupçonneux il lui passa devant et entra dans la pièce. « Ah. »

Kerry entra après lui. « Ouais. »

Jack tourna sur lui-même. « C'est une cabine. »

« Oui. Mais c'est une cabine intérieure, et ils m'en ont donné deux. » Acquiesça Kerry. « Celle-là et la suivante, et elles sont reliées par une porte intérieure. » Elle ouvrit la porte en question et laissa son regard errer à l'intérieur.

Les deux cabines avaient connu des jours bien plus glorieux. La moquette était d'une couleur indéterminée, peut-être bleue dans un lointain passé, et la tapisserie déchirée des murs étaient du même ton grisâtre. Il n'y avait pas de lit, mais sur un des murs un sommier branlant était chevillé.

L'odeur était horrible.

« On va devoir revoir ces deux pièces, mais je pense que ça pourrait marcher, et ce mur... » Kerry s'avança et tapota sur la cloison interne, près de la couchette. « Donne directement vers les ascenseurs et tous les conduits internes. »

Jack semblait maintenant bien plus satisfait. « Hé ? Vraiment ? Là ça pourrait marcher. » Il s'avança et inspecta le mur, puis il se dressa sur la pointe des pieds pour toucher le plafond. Il se désintégra sous ses doigts, la peinture s'effrita et les recouvrit tous les deux de débris indescriptibles. « Oh... Désolé. »

Kerry épousseta sa chemise pour faire disparaître les saletés et passa ses doigts dans ses cheveux pour enlever le reste. « Pas de problème. » Répondit-elle. « Il y a quelque chose d'intéressant là-haut ? »

Son collègue leva une petite lampe de poche et observa attentivement l'espace. « On a de la chance. » Ce n'est pas un mur pare-feu. Ça devrait être plus facile. » Il tourna la tête. « C'est un bon choix, madame. On va pouvoir travailler avec ça. »

« Merci. Maintenant. » Kerry posa les mains sur ses hanches. « Vous pouvez commencer à calculer le câblage pendant que je vais trouver un entrepreneur capable de rendre cet endroit vivable. Je ne peux pas installer une baie ici tant que nous n'avons pas un substrat et une clim supplémentaire. »

« Ouaip. » L'entrepreneur en électricité hocha la tête. « Je vais faire venir le responsable de la fibre optique et les gens du câblage. Vous choisissez où vous mettez les armoires sécurisées ou il va falloir se battre pour ça aussi ? »

Kerry soupira. « Qu'est-ce que vous en pensez ? »

« J'ai besoin de le savoir pour pouvoir commencer à calculer la fibre optique. » Dit Jack en sur un ton désolé. « J'ai fait le tour des bureaux avant que vous arriviez... Je pense que j'ai vu une sorte de local technique où vous pourriez mettre un ou deux commutateurs, et qu'ils n'utilisent apparemment pas pour le stockage. »

« Vraiment ? Montre-moi ça. » Kerry le suivit jusqu'à la porte ouverte et dans le couloir. Est-ce qu'elle avait de la chance ? Un local technique aurait déjà une ventilation, et bien sûr il y avait du courant – elle pourrait éviter d'avoir à se battre contre l'équipage déjà hostile pour un espace vraiment précieux ?

Ils remontèrent les escaliers, grimaçant légèrement quand leurs chaussures collèrent au sol. Des hommes vêtus de bleus de travail de l'équipage les croisèrent sans leur jeter un seul regard, mais de les voir fit soudain s'interroger Kerry.

Andrew était sur le bateau de Shari et Michelle. Et si elles avaient fait la même chose ici ? Pourrait-elle s'en rendre compte ? Elle se retourna pour observer les ouvriers, ils avaient à peu près tous la même allure, et la plupart lui renvoyèrent son regard. Et bien, elle pourrait leur demander à chacun leur identifiant et faire une vérification, mais...

« Voilà. » Jack l'amena jusqu'à un palier à l'entrée d'un couloir, avec des cabines de chaque côté. Il trouva une porte sans marquage et l'ouvrit pour révéler un  placard mal éclairé qui contenait une grande boîte et autres câbles électriques.

C'était petit et sale, mais Kerry sortit un mètre et trouva un endroit relativement propre sur un des murs du placard. « On peut faire passer une moitié de baie ici. » Dit-elle. « Il y en a combien d'autres comme ça ? »

« Deux sur chaque pont. »

Kerry referma son mètre. « Vendu. » Elle rangea le mètre. « Vous pouvez rajouter un pourcentage sur votre estimation, Jack. Vous avez résolu un gros problème. Ça m'aurait coûté un paquet de devoir trouver un autre endroit pour ranger tous ces trucs. »

Un immense sourire apparut sur le visage de l'entrepreneur. « Vous savez, c'est pour ça que j'aime travailler avec vous. Je n’ai jamais l'impression de devoir faire du donnant-donnant, ou de tourner autour du pot. » Il lui tendit une main. « Et ça me facilite la vie à moi-aussi – il y a déjà des conduits que je vais pouvoir utiliser. »

Kerry lui serra la main d'un air solennel. « Okay. Installez-moi une fibre optique de huit fils à chaque local, qui vont jusqu'à notre super cabine, et faites courir des câbles de cinq sur tous les plans. Quand est-ce que je peux avoir une estimation ? »

Jack gloussa tandis qu'ils descendaient le couloir. « Demain, peut-être. Hé, je pense  à un truc – la plupart du système électrique n'est pas codé. Ce ne sont pas vos affaires, mais le matériel que je vais installer le sera. Et pour le reste ? »

Bonne question. Elle se demanda si ça faisait partie du plan de Quest, vu que la construction devra passer l'étape de l'inspection à un moment donné. « Je ne sais pas... Je vais vous mettre en relation avec le personnel de l'administration. Peut-être qu'ils vous laisseront vous en occuper s'ils n'ont pas déjà un entrepreneur. »

« J'apprécie, merci. » Il lui sourit.

Ouais, je parie que oui. Kerry cacha un sourire. Elle aimait bien Jack mais elle savait qu'il savait vers où se penchait son intérêt principal. Cependant, ça ne pourrait pas lui faire de mal de lui obtenir un peu plus de boulot, et peut-être qu’il serait d'accord pour ajuster ses prix s'il pouvait avoir plus de commandes.

Le business était comme ça. Si vous donniez des faveurs, parfois vous pouviez avoir des faveurs. Parfois vous n'en aviez pas, mais elle avait appris qu'en dépit de ce que Dar disait souvent, et ce qu'elle faisait, vous pouviez attirer plus de monde avec du miel qu'avec du vinaigre. « Okay, je vais aller appeler Roberto. A bientôt, Jack. » Elle fit un signe de la main à l'entrepreneur alors qu'ils retournaient vers le bureau principal.

« Oh, Ms. Stuart. »

Kerry s'arrêta et se retourna quand elle vit la responsable de la jetée se diriger vers elle. Par rapport à son attitude hostile de la veille, la femme semblait maintenant anxieuse d'être polie avec elle. Kerry attendit qu'elle la rejoigne et se demanda si sa petite discussion avec le capitaine d'équipage avait quelque chose à voir avec ça. « Bonjour. »

« Bonjour. » La femme lui sourit. « Écoutez. Je voulais juste m'excuser à propos d'hier. Je sais que vous êtes juste là pour faire votre travail, et c'était totalement déplacé de ma part de réagir comme ça. »

Hmm hmm. « Pas de problème. » Répondit Kerry. « Je comprends que ça doit être bizarre pour vous de nous voir débarquer ici et commencer à faire tout ça – nous ne savons pas vraiment comment vous organisez tout ça. » Elle se détendit, prenant une posture plus décontractée. « Et maintenant que j'ai fait le tour du navire, je peux voir à quel point tout est à l'étroit. »

La femme se détendit et sourit un peu plus. « Wow, je suis contente que vous compreniez. J'ai entendu dire que vous aviez trouvé un autre endroit pour votre matériel ? Ça va aller ? » Elle se rapprocha « Écoutez, j'ai un peu de café au mess, je peux vous en proposer une tasse ? »

Et bien, à cheval donné, on ne regarde pas les dents. « Bien sûr. » Kerry acquiesça et suivit sa nouvelle amie. « Peut-être que vous pourriez m'expliquer un peu comment les choses fonctionnent ici ? Qu'on puisse repartir du bon pied. »

« Ah, j'en serais ravie. » Drucilla sembla bien plus confiante. « Vous allez être coincée avec moi. »

Hmm hmm. Kerry sourit. Voyons voir où ça va nous mener, on ne sait jamais.

 

* * * * *

 

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Cible mouvante, partie 14, chapitre 30

 

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 14

Traductrice : Gaby

 

Chapitre 30

 

Il y avait des avantages certains à travailler à la maison. Kerry se pencha dans son fauteuil et posa ses pieds sur la table, son clavier sur ses genoux dans une position confortable. Ce n'est pas quelque chose qu'elle pouvait faire au travail, du moins pas pendant les heures réglementaires, et elle apprécia la différence tandis qu'elle regardait son écran tout en continuant à taper.

« Comment marche la ligne ? » Dar entra, avec son ordinateur portable. Elle s'installa sur le petit canapé à côté du bureau de Kerry et ouvrit son ordinateur. « Je l'ai modifiée ce matin. » Chino flâna jusqu'à elle et se pelotonna sur le tapis près du bureau de Kerry.

Kerry leva les yeux. « Très bien. C'est vraiment plus rapide depuis que tu as mis l'ADSL. Mais je pensais que tu avais des appréhensions avec la sécurité. »

« Hé. » Dar se concentrait sur son propre ordinateur. « J'ai testé le tunnel Internet Protocol Security. Ça marche bien, autant que n'importe quelle connexion. » Répondit-elle. « Et la navigation est beaucoup plus rapide. »

« Ça c'est sûr. » Kerry observa sa compagne travailler pendant un moment, puis elle prit le temps de réfléchir à pourquoi elle avait quitté sa place confortable sur le canapé en bas pour la pièce bien plus petite du bureau de Kerry. Elle ne croyait pas vraiment au besoin de la questionner à propos du circuit, vu que Dar semblait satisfaite d'être maintenant installée devant son écran.

Une simple envie d'être plus près ? Kerry se trouva à sourire à cette pensée, vu qu'elle avait regretté de ne pas avoir les données nécessaires sur son portable pour pouvoir descendre elle-même dans le salon.

Elles avaient pris un léger dîner, puis elles étaient parties à la gym, mais le sujet du travail de Dar sur le projet n'avait pas été abordé depuis qu'elles étaient rentrées. Il y avait pourtant encore des choses à régler – et Kerry suspectait que la discussion les avait instinctivement menées à être dans la même pièce au même moment pour que lorsque les mots viendraient, elles puissent en discuter ensemble.  

En attendant, elle était satisfaite de simplement continuer à travailler, pianotant son rapport initial sur le projet du navire pour la réunion d'équipe qu'elle avait programmée le lendemain, pendant que Dar s'occupait de son projet sur la programmation. Elles travaillèrent toutes les deux dans un silence confortable, brisé uniquement par le cliquetis des claviers et les gémissements rêveurs de Chino.

« Tu sais ce que j'aimerais ? » Demanda paresseusement Kerry en attendant que les plans du pont du navire soient chargés sur son document.

« Hmm ? » Grogna Dar en une question.

« J'aimerais qu'on soit au chalet. Je suis d'humeur pour un bain de minuit à l'eau de mer. »

Dar s'arrêta et leva les yeux. « Hmm. » Elle poussa légèrement son ordinateur. « On peut aller à la piscine. » Offrit-elle. « Ce n'est pas aussi romantique, mais il n'y a ni les algues ni le sable. »

Kerry tapa sur 'entrée' et continua à pianoter. « Heu... Ce n'est pas assez privé pour ce que j'avais en tête. » Elle entendit les cliquetis du clavier de Dar s'arrêter, et elle attendit une seconde avant de lever les yeux vers sa compagne, pour trouver des sourcils haussés et un léger sourire qui lui faisaient face. « Ne me regarde pas comme ça. C'est de ta faute. Tu m'as transformée en hédoniste. »

Dar pointa un pouce vers sa poitrine et élargit les yeux.

Kerry lui tira la langue.

Elles retournèrent toutes les deux au travail, mais le léger sourire resta sur les lèvres de Dar alors qu'elle tapait. Après quelques minutes, elle s'arrêta de nouveau. « Tu sais ce que j'aimerais ? »

« Est-ce que ça implique du caramel chaud ? » Murmura Kerry, en effaçant une phrase, tambourinant ses doigts contre le clavier en cherchant quelque chose pour la remplacer.

« Héhé. » Dar ricana doucement. « Garde ça pour plus tard. Non – j'aimerais revenir trois semaines en arrière et tout recommencer. »

Ah. Kerry bougea son gros orteil. « Avant Orlando ? »

« Ouais. »

Kerry ajouta un nouveau paragraphe, puis elle s'arrêta de nouveau. « Qu'est-ce que tu aurais fait différemment ? » Demanda-t-elle. « Je veux dire, à propos de l'expo ou de la manière de les traiter ou ... » Elle garda une voix décontractée et les yeux sur son écran, ne voulant pas étouffer une révélation.

Dar était étonnante sur ce point. Si elle disait quelque chose, et que vous répondiez  'qu'est-ce que tu veux dire par là ?' - elle arrêtait souvent sa pensée et échangeait pour quelque chose de totalement différent. C'était presque comme si, à un niveau personnel, elle ne voulait pas être défiée quand elle voulait exprimer quelque chose. Une sorte de mode semi duplex, en quelque sorte.

Dar changea de position, bougeant ses épaules pour trouver un endroit plus confortable sur le canapé. « J'aurais fermé ma grande bouche pour commencer. » Elle fit défiler son touchpad d'un doigt et passa son autre main derrière sa nuque, étirant ses muscles avec une grimace. « J'aurais  mieux géré les deux autres, peut-être. »

« Ah. » Kerry enclencha le correcteur d'orthographe sur son document. « Je ne sais pas chérie. Je ne pense pas que tout ça vienne de nous. Elles sont arrivées armées avec leur merde. »

« Mmh. Et bien, je ne pense pas que ça va s'arranger. » Répondit sa compagne. « C'est une des raisons pour lesquelles je ne veux pas m'impliquer. »

Kerry réfléchit à ça pendant qu'elle regardait la fin de la vérification. Elle remonta à la première page du rapport et le relut rapidement. « Peut-être que tu as raison. » Dit-elle finalement. « Pourquoi est-ce qu'on ne mettrait pas tout ça de côté pendant un moment... laisse-moi démarrer tout ça et nous verrons ce que tu en penses. »

Elles continuèrent en silence pendant un petit moment. Dar se baissa et gratta le ventre de Chino, puis elle releva la tête pour jeter un œil à son écran. « Ce que j'en pense c'est que... ça sonne bigrement comme ce que je t'ai dit quand tu ne voulais pas être vice-présidente des opérations. »

Kerry regarda par-dessus son épaule et cligna des yeux.

Dar sourit et secoua la tête.

« Dar, ne t'inquiète pas de ça. » Dit la jeune femme blonde. « On va le gérer. »

Chino se réveilla et se retourna en éternuant. Elle se leva, vint à côté de Kerry et elle se mit debout sur ses pattes arrières pour lui donner un bisou mouillé sur la joue.

« Merci, chérie. » Kerry attrapa son museau et lui embrassa la tête. « J'aime recevoir des bisous de toi presque autant que j'aime en recevoir de ta maman Dar. »

Un moment plus tard, elle se retrouva dans les bras de Dar. Des dents se fermèrent gentiment sur le lobe de son oreille, et elle put sentir l'intensité de l'émotion derrière l'embrassade qui lui coupa presque la respiration.

« Mon Dieu, je t'aime. » Chuchota Dar.

Kerry se redressa, prit le visage de sa compagne entre ses mains, et elle l'attira plus près pour l'embrasser sur les lèvres. Elle colla ensuite sa joue contre celle de Dar et soupira, un long soupir de contentement qui provenait du fond de sa gorge. « Mon Dieu, je t'aime. » Dit-elle.

« Tu sais ce que je pense ? » Dar se redressa et tira le clavier sans fil des mains de Kerry pour le poser sur le bureau. « Je pense que le travail est terminé. Tu veux me rejoindre moi et une coupe de champagne dans le jaccuzzi ? »

Kerry abandonna son ordinateur sans une seule pensée. Elle descendit ses jambes du bureau pour se relever, elle accrocha ses doigts à l'intérieur de la ceinture des shorts de Dar et la suivit quand elle sortit du bureau et qu'elle descendit l'escalier. Chino passa devant elles, arrivant sur le palier, tournoyant en cercle en attendant qu'elles la rattrapent.

Alors qu'elles rejoignaient le chien, cependant, le téléphone sonna. Dar jeta un coup d'œil à l'horloge du salon, et elle haussa les sourcils. « Qui peut bien nous appeler ici à cette heure-ci ? »

« Il n'y a qu'un moyen de le savoir. » Kerry s'approcha du guéridon, elle attrapa le téléphone sans fil, et elle décrocha avant d'amener le téléphone à son oreille. « Allô ? »

« Hé, sœurette. » Répondit la sœur de Kerry, Angela. « Tu es occupée ? »

Dar avait penché la tête pour écouter. Elle tapota Kerry sur les fesses et montra leur chambre à coucher, mimant un déshabillage en marchant.

« Un peu. Quoi de neuf ? » Kerry leva le pouce vers sa compagne, puis se laissa tomber dans le canapé. « Comment tu vas ? Comment vas le munchkin ? »

Angie s'éclaircit la gorge. « Munchkin et moi allons bien. » Dit-elle, avant d'hésiter. « Mais on est en quelque sorte en train de chercher un nouvel endroit pour vivre. »

Kerry cligna des yeux. « Hein ? »

« Richard a appris pour Brian. » Dit Angie. « Il a demandé le divorce. »

« Il veut divorcer ? » Kerry se releva, et elle haussa la voix. « Sans blague... vraiment ? »

Dar garda une oreille dans la conversation dans le salon en enlevant son tee-shirt et ses shorts. Elle était à moitié contente que la famille de Kerry fournisse une distraction, pour chasser le sujet qui flottait entre elles depuis un moment.

Ça serait plus facile, pensa-t-elle, si elle-même savait quel était son fichu problème. Comme l'avait sous-entendu Kerry, elle croyait qu'elle avait dépassé toutes ces conneries. Kerry croyait qu'elle avait dépassé toutes ces conneries. Alors pourquoi faisait-elle tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de s'occuper de ce projet sur le navire ?

Dar lança un regard noir à son reflet dans le miroir. Les yeux d'un bleu orageux la regardèrent en retour, et elle grimaça, sentant grandir un sentiment mélangé de frustration et d'impatience contre elle-même. Est-ce qu'elle pouvait vraiment laisser le projet reposer sur les épaules de Kerry, sachant à quel point c'était important, et combien Alastair comptait sur elle ?

D'un autre côté, pouvait-elle vraiment dire qu'elle ne faisait pas confiance à Kerry pour gérer tout ça ? Dar soupira. « Fais chier. » Dit-elle. « Je pense que tu as besoin d'un lavage de cerveau. »

« Ouille. » Kerry interrompit son auto-châtiment. « Pauvre Angie ! » Elle entra dans la chambre à coucher et elle s'arrêta quand Dar se tourna, son expression changeant pour afficher son intérêt. « Hmm. Peut-être que je devrais la convaincre d'essayer autre chose que les mecs pendant un petit moment. »

Dar posa une main sur sa hanche. « Oh, je suis sûre que ça serait une suggestion très populaire. Surtout pour Brian. » Dit-elle. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Kerry enleva son tee-shirt. « Angie pensait qu'elle avait caché les tests de sang d'Andy, mais je pense que Richard est devenu suspicieux. Il a fait des tests ADN sans qu'elle le sache. »

Dar grogna. « Sympa ! » Elle se glissa derrière Kerry et dégrafa son soutien-gorge, la grattant entre ses omoplates bronzées. « Alors elle va rentrer à la maison ? »

« Non. » Kerry plia son soutien-gorge et le posa sur la commode à côté de son tee-shirt déjà plié. « Oh, ma mère lui a proposé, bien sûr, mais Angie... elle veut se débrouiller par elle-même. »

« Avec Brian ? »

Kerry ne répondit pas pendant un moment, puis elle se tourna et fit face à Dar. « Elle n'en est pas sûre. »

Dar pencha la tête.

Un haussement d'épaules. « Elle dit qu'elle ne veut pas que ce soit... qu'il ait besoin de prendre soin d'elle. Elle veut s'en sortir toute seule. » Kerry posa les mains sur la taille de Dar, et elle frotta ses pouces sur la peau douce. « Peut-être que j'ai lancé une tendance dans la famille. En tout cas, elle m'a demandé à quoi ressemblaient les prix du logement ici. »

« Ah. »

Kerry s'avança et glissa ses lèvres sur la courbe du sein de Dar. Elle sentit les doigts de Dar monter et descendre le long de son dos, et ça l'encouragea à s'approcher plus près, se collant contre le corps nu de Dar, et se délectant de la secousse sensuelle qui la parcourut. « T'sais... l'eau me semblait bien... »

« Il y a de l'eau dans ce lit. » Suggéra Dar en l'embrassant dans le cou.

« C'est exactement ce que je pensais. » Kerry renonça volontiers à l'idée du bain chaud et à la place, elle se mit à explorer la peau de Dar. « Mmh... peut-être que je devrais dire à Angie... »

« Chhhhut. » Dar la poussa contre le lit. « Si on commence à le dire aux hétéros, ils vont tous devenir gays. » Elle tomba avec Kerry au centre du lit, en gloussant toutes les deux.

 

* * * * *

 

« Hé, Col. » Kerry porta sa tasse de thé dans la salle de pause et la posa. « Quoi de neuf ? » Demanda-t-elle, attendant son tour près de la bouilloire.

« Toujours pareil. » Répondit son amie, avec un sourire. « Hé, j'ai une chance de vous voir à la plage le weekend qui arrive ? On a organisé une petite fête. »

Kerry plongea son sachet de thé de haut en bas plusieurs fois. « Hmm... laisse-moi vérifier. Peut-être. Hé, écoute – est-ce qu'il y a des logements disponibles dans l'immeuble ? »

« Dans le mien ? » Demanda Colleen, d'un ton légèrement surpris. « Deux je crois. Pourquoi ? »

Kerry versa un peu de lait dans son thé et remit la bouteille dans le réfrigérateur. « Ça serait pour un emménagement rapide. » Expliqua-t-elle. « Tu retournes à ton bureau ? Je te mettrai au courant. »

Colleen ramassa sa tasse de café et suivit Kerry dans le couloir. Elle marcha quelques pas avec son amie. « Alors, qu'est-ce qui se passe ? »

« Ma sœur. » Dit Kerry avec un sourire triste. « Elle suit mon très mauvais exemple... viens, et je te raconterai tout. » Elle entra dans son bureau, saluant Mayté nouvellement arrivée avec sa tasse. « Bonjour ! »

« Bonjour, Kerry. » Mayté lui sourit, en se dirigeant vers son bureau pour se glisser derrière.

Colleen suivit Kerry, elles entrèrent toutes les deux dans le bureau intérieur et Kerry ferma la porte avant de se diriger vers son propre bureau pour s'asseoir. « J'ai eu un appel la nuit dernière. » Dit-elle. « Ma famille va encore faire la une. »

« Oh, non. » Colleen s'assit en face d'elle. « Et pourquoi ? Ton neveu est un alien ? »

« Pire. » Kerry prit une gorgée de thé. « Un bâtard, et son père vient de l'apprendre. » Elle observa les yeux de Colleen s'écarquiller de stupéfaction. « Est-ce que j'aurais oublié de te préciser que ma sœur a une histoire avec mon ex petit-ami ? »

« Seigneur. » Colleen se couvrit le visage d'une main.

« Hmm. J'étais certaine de t'avoir parlé de ça. Quoi qu'il en soit, Richard l'a appris et il intente un procès à Angie pour  divorcer. Elle me demandait des renseignements sur les lieux ici et je pensais... »

« Je vois le tableau. » Colleen leva la main, paume vers l'extérieur. « Laisse-moi appeler le propriétaire – voir ce qu'il a de libre. Je sais qu'il a des T2, mais un T3 serait mieux, non ? Comment elle va s'en sortir – je pensais que tu m'avais dit qu'elle était femme au foyer. »

Kerry soupira et se pencha contre la chaise. « Elle l'est. Elle peut faire quelques petits travaux de bureau, je pense, et elle n'est pas stupide. Elle sait comment utiliser un ordinateur, faire de la compta, ce genre de choses. »

Colleen fit la grimace.

« Je sais. » La jeune femme blonde acquiesça. « Honnêtement, Col, elle ferait mieux de retourner à la maison de ma mère, mais je ne suis pas vraiment la bonne personne pour dire ça, pas vrai ? »

« Hmm. » La jeune rousse hocha la tête. « Je sais. Est-ce qu'elle est prête pour Miami ? »

« Est-ce que je l'étais ? »

« Tu n'avais pas d'enfant, et tu étais douée. » Dit Colleen avec honnêteté. « Pas que je doute qu'elle cherche quelque chose de nouveau, hein ? C'est juste que je pense qu'elle ne se rend pas compte que tu es arrivée où tu es parce que tu l'as gagné. »

Kerry regarda autour de son bureau, des objets donnés par Dar un peu partout, avec des petits bibelots mignons, les symboles muets de leur vie ensemble. Un bref sourire traversa son visage tandis qu'elle prenait une autre gorgée de thé. « Vrai. » Reconnut-elle. « Mais je pense qu'elle veut se débrouiller toute seule, avant de permettre à Brian de revenir dans sa vie et de revenir à son ennuyeux traditionalisme. »

Un léger coup fut frappé à la porte. « Oui ? » Kerry éleva la voix.

La porte s'ouvrit et Mayté passa la tête. « Kerry, la salle de conférence est réservée pour votre réunion à neuf heures, mais M. Mark m'a dit de vous dire qu'il serait un petit peu en retard. Il a dit quelque chose à propos d'un essuie-tout. »

« Oh oh. » Kerry grimaça. « Je pense qu'il parle de nettoyage. Ça n'a pas l'air bon. Okay – merci Mayté. Je vais commencer la réunion sans lui. J'espère qu'il va bien. » Elle secoua la tête et rafraîchit sa page de mails, la plupart marqués d'un drapeau rouge urgent. « Ouille. Quelle façon de commencer la journée. »

Colleen se contenta de glousser d'un air narquois. « Et bien, mon amie, j'allais commencer ma journée, et j'espère qu'elle ne sera pas aussi rude que la tienne. Je te ferais savoir ce qu'en dit le propriétaire. » Elle remua les doigts vers Kerry et se dirigea vers la porte.

« Bye Col. » Kerry retourna son attention vers sa boîte de réception, cliquant sur le premier drapeau rouge. C'était un appel du marketing sur un nouveau compte. Elle se pencha en avant et l'étudia pensivement, puis elle déplaça la fenêtre et cliqua sur le diagramme du réseau. Quand il apparut, elle tapa un indicateur dans le circuit et scanna les résultats.

Ses doigts tambourinèrent légèrement sur le clavier. « Marginal. » Elle se mordilla l'intérieur de la lèvre. Le nouveau compte voulait une garantie sur la quantité de bande passante, et le tuyau mineur qu'ils avaient, un rejeton du réseau principal dans une lointaine partie de l'Oregon, était déjà à la limite de la saturation.

Devait-elle accepter, et espérer que tout se passe bien ? Devait-elle demander une augmentation de la bande passante ? Ils ne recevraient pas plus d'argent si elle devait mettre un tuyau plus gros, à moins qu'ils puissent faire plus d'affaires dans cette zone.

Après un moment à tambouriner du bout des doigts, Kerry retourna à son courrier. Elle cliqua sur 'répondre' et tapa sa réponse. « Okay, John. Je donne la garantie, mais vous feriez mieux de comprendre que c'est une zone très serrée. Il n'y a aucun autre client existant, et les tuyaux resteront de cette taille-là jusqu'à ce que vous me proposiez plus d'affaires. »

Elle l'envoya puis s'assit. Après une seconde, elle entra dans son dossier de courrier envoyé et cliqua sur la note qu'elle venait d'envoyer, fournissant une copie pour Dar. « Juuuste au cas où. »

Puis elle continua avec le message suivant, une autre demande, un autre compte, une autre décision. Kerry se demanda combien de temps ça avait pris à Dar pour se lasser de ce genre de travail ? Elle avait développé une technique en effrayant tout le monde, à tel point que plus personne ne lui demandait de faveur, ce qui fait qu'elle avait beaucoup moins de courrier à gérer que Kerry.

Kerry était perçue comme 'sympa' – elle le savait, et elle savait aussi que ça jouait souvent en sa faveur, mais dans des cas comme celui-là, elle devait souvent passer des appels qu'elle n'avait pas à passer, simplement parce que les gens savaient qu'ils pouvaient l'approcher et lui demander.

Alors – est-ce que la méthode de Dar était vraiment très efficace ?

Hmm. Kerry inspira, puis sursauta quand un Gopher Dar apparut, dansant pour elle sur sa fenêtre mail. « Hey. Petit monstre. » Elle rit, cliquant sur le Gopher Dar avec sa souris. Aujourd'hui son petit copain avait un tee-shirt et une salopette, et il portait une casquette de baseball avec la lettre K dessus.

Gopher Dar secoua un doigt vers elle, puis  sortit une pancarte, l'agrandissant sur l'écran pour que Kerry puisse la lire. « Les Lois de l'Informatique ? » Gloussa-t-elle. « Dar, Dar, Dar. »

« Oui ? »

Kerry sursauta de nouveau. Elle se tourna et lança un regard furieux à sa chef. « Pirate. »

Dar s'avança. Elle était de nouveau vêtue de jeans, et elle portait un sac rempli de différentes choses d'informaticien sur son épaule. « Je vais dans la salle de stockage. Si quelqu'un me cherche, dis-leur que j'ai la tête dans un routeur quelque part. »

Kerry la regarda affectueusement. « Tu vas encore passer la journée allongée par terre ? Viens-là. » Elle tira un petit oreiller en laine du grand tiroir de son bureau et le tendit à Dar. « Installe-toi là-dessus. »

Sa compagne accepta la chose en peluche et la leva devant ses yeux. « Tu veux que je marche dans les couloirs avec ça ? » Dit-elle en riant. « Kerry, je n'ai pas besoin d'un manchon en poil de mouton. »

« Et bien, dis-leur que c'est mon manchon. » Répondit Kerry avec un clin d'œil. « En fait, c'est pour ta tête. Ce n'est pas bon pour toi d'avoir la tête sur du béton froid, chérie. Je ne veux pas que tu tombes malade. »

Dar glissa l'oreiller sous son bras et esquissa un salut vers Kerry en se dirigeant vers la porte. « Oh. » Elle s'arrêta en ouvrant la porte. « Bonne décision pour l'Oregon. » Puis elle sortit et ferma la porte derrière elle, laissant Kerry dans un silence momentané.

« Merci. » Dit Kerry à la porte fermée. « Joli chapeau sur le gopher. » Ajouta-t-elle avec un sourire, en venant déranger le Gopher Dar qui dormait maintenant au coin de son écran, le chapeau baissé sur ses yeux.

Avec un hochement de tête elle retourna travailler, regardant sa montre pour vérifier l'heure. Il était presque huit heures, et elle devait s'occuper du reste de son courrier urgent avant sa réunion de neuf heures, et pendant une minute elle regretta de ne pas travailler avec Dar sur le projet à la place.

« Mauvaise Kerry. » Elle cliqua résolument sur le prochain mail.

 

* * * * *

 

Ça faisait vraiment très longtemps que Dar n'avait pas mis les pieds au rez-de-chaussée de leur immeuble dans la grande pièce de la base centrale telecom. Elle poussa la porte avec un geste de grande habitude, accrochant un vieux morceau de câble Ethernet attaché autour d'un conduit pour maintenir la poignée de la porte, et elle entra.

C'était loin d'être un endroit séduisant, les murs de béton recouverts de moniteurs les uns à la suite des autres, de cartes de circuits, de câbles et de routeurs. Il y avait aussi deux grandes unités UPS pour fournir la pièce s'ils tombaient en panne d'électricité, avec sa propre unité de climatisation et un plancher relevé qui lui permettrait de ne pas avoir à se coucher sur le béton.

Les murs étaient couverts de conduits d'acier qui menaient chacun à un étage différent du bâtiment, et un ensemble de tuyaux aux lumières rouges brillantes indiquaient les lignes qui arrivaient de l'extérieur. Ils avaient de petites caméras attachées sur le côté qui permettaient de pénétrer le tuyau par le haut, et qui donnaient au département de la sécurité une visibilité du conduit jusqu'au terminus extérieur.

Il y avait aussi des caméras pointées sur eux à l'intérieur de la pièce, une petite assurance de plus que Dar avait installé il y a un peu plus d'un an. Il n'y avait pas de raison de prendre des risques, et l'accès à cette pièce était réservé à seulement quatre personnes dans la compagnie, dont elle faisait partie.

Kerry et Mark étaient les deux autres, et la dernière clef était à Plano, dans les mains du responsable de la sécurité de l'entreprise, en cas de désastre.

Dar posa son sac et parcourut des yeux les moniteurs pour se re-familiariser avec la configuration des lieux. Elle avait supervisé l'installation originale de cette pièce, mais ça faisait un moment qu'elle n'avait pas vu le matériel. Elle fit courir ses doigts sur les tableaux de bords, jetant un coup d'œil à l'arrière pour vérifier les prises jacks.

Tout paraissait en ordre. Dar fit le tour de la pièce une autre fois, puis elle choisit un endroit sur le sol, et elle s'agenouilla, sortant son ordinateur et un ensemble de câbles. Elle brancha l'extrémité du câble dans un des deux routeurs maîtres, et elle s'assit, s'appuyant contre le moniteur avant de glisser l'oreiller de Kerry derrière sa tête.

Ça ajouta un peu de confort inattendu bienvenu considérant le nombre d'heures qu'elle suspectait passer assise sur le sol pour travailler. Dar sourit, prit un câble Ethernet de son sac et attacha l'arrière de son ordinateur au réseau avec. Kerry était si gentille parfois.

Okay, la plupart du temps. En fait, il y avait des fois où Dar se demandait ce qu'elle avait bien pu faire dans une vie antérieure pour mériter d'avoir rencontré Kerry dans cette vie-là.

Bon. Elle alluma son ordinateur et tira une canette de Yoohoo de son sac, elle l'ouvrit et la posa à côté d'elle, en violation directe avec la règle stricte qu'elle avait elle-même mise en place interdisant toute boisson dans cette pièce.

L'écran s'alluma et elle démarra son programme d'analyse, puis elle lança le moniteur de réseau. Elle fit craquer ses articulations et commença à taper, appelant la configuration du routeur sur un écran pendant qu'elle laissait courir le moniteur sur un autre.

Une alerte flasha. Dar s'arrêta et la regarda, surprise. « Qu'est-ce que... » Elle approcha le moniteur et agrandit la fenêtre en plein écran et elle fouilla les lignes des yeux. Son attention fut attirée par un compteur qui grimpait, et avec un juron, elle échangea l'écran du routeur et commença à taper comme un diable.

« Sale fils de connard de foutu hacker.. attends que je t'attrape... »

 

* * * * *

 

A suivre.

 

 

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Cible mouvante, partie 14, chapitre 29

 

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 14

Traductrice : Gaby

 

Chapitre 29

 

Le crépuscule était déjà tombé quand Dar traversa la jetée jusqu'au bâtiment que Kerry lui avait indiqué. La chaleur avait légèrement diminué, et une brise agréable venait de l'eau.

Dar prit une inspiration d'air marin et s'arrêta pour voir ce qu'elle pourrait apercevoir du navire. « Hmm. » Elle se balança une ou deux fois sur ses talons. « Ah ben, on dirait des bouts de bateaux  collés avec de la peinture écaillée. »

Les attaches du drapeau sur la barre nue cliquetaient dans le vent, alors qu'elle continuait le long de l'herbe jusqu'aux marches du bâtiment. Quand elle arriva près des portes en verre, l'une d'elle s'ouvrit et un garde en uniforme l'étudia d'un air suspicieux.

« Bonjour. » Dar lui tendit son badge d'identification. « Je peux entrer ? »

L'homme étudia attentivement sa carte, puis il la détailla avant de faire un pas en arrière pour lui ouvrir la porte et la laisser entrer. Dar s'avança jusqu'au bâtiment de la jetée, plissant le nez à l'odeur de moisissure qui pointait malgré la climatisation.

Le bâtiment avait vu des jours meilleurs, décida-t-elle. Les murs étaient couverts d'une couche de peinture relativement fraîche, mais il était évident que cette couche n'était que la dernière d'une longue série, et le tapis sous ses pieds n'avait pas connu le luxe d'un nettoyage, ce qui n'était pas l'idéal contre l'humidité persistante.

Il avait cette ambiance particulière de bâtiment gouvernemental. Dar se frotta le nez en étouffant un éternuement. Elle traversa rapidement l'arrière-salle et passa la tête dans l'alcôve où était le bureau, notant d'un air approbateur la porte fermée, et, encore mieux, le garde de la sécurité assis devant. « Bonsoir, Don. »

Le garde leva les yeux de son livre, surpris. « Oh, Ms. Roberts. » Il l'accueillit avec un sourire. « Je ne pensais pas voir quelqu'un ce soir. Ils ont fermé le bureau il y a une heure. »

Dar s'avança et inspecta la porte. « Vous pouvez ouvrir ? »

Le garde se leva rapidement et fit ce qu'elle demandait, déverrouillant la porte avant de l'ouvrir. « Voilà. »

Dar entra et alluma les lumières d'un geste négligent de la main. Elle fit le tour de la pièce, examina l'équipement nouvellement installé, puis elle laissa échapper un grognement d'approbation avant de faire demi-tour pour faire un signe de la main au garde. « Je plains quiconque va devoir travailler ici. »

Don plissa le nez. « Ça sent comme une brioche vieille de trois semaines. » Acquiesça-t-il. « Vous êtes venue ici pour vérifier tout ça, madame ? J'aurais pu vous le dire par téléphone. » Il leva son téléphone portable.

« Je ne suis pas venue pour ça. » Dar se dirigea vers l'escalator qui menait jusqu'à la passerelle du navire. L'escalator étaient éteint à cette heure tardive, mais elle le gravit sans réel effort jusqu'à la porte arrière, et elle eut son premier aperçu du navire. « Seigneur. »

Elle s'arrêta et s'appuya contre la rambarde en métal, la peinture écaillée rugueuse sous ses doigts. Son enfance dans une base naval lui avait fait voir son quota, et plus encore, de vieilles carcasses rouillées, des simples bateaux de pêche aux navires de guerre. Mais le dernier vaisseau qu'elle avait vu dans cet état était en route pour servir d'épave marine dans un récif artificiel. 

Dar se tourna et s'avança rapidement jusqu'à la longue passerelle. A quai ou pas, eau profonde ou pas, que Kerry soit sur cette chose lui donnait des sueurs froides, et plus vite elle sortirait sa compagne de ce dangereux rafiot, mieux elle irait.

Quand elle atteignit l'entrée du navire, elle se mit à chercher Kerry, qui sortit au même moment. « Quoi ? » Elle se tourna quand un homme lui bloqua la route, et elle lui lança un regard noir avant de réaliser qu'il voulait simplement vérifier son identité. Elle leva sa carte, puis le contourna au moment où Kerry ouvrait la porte intérieure et sortait sur le pont pour l'accueillir. « Hé. »

« Hé. » Kerry lui lança son sourire le plus chaleureux. « J'allais justement sortir pour te retrouver. Tu es en avance. »

Dar lui prit le bras et la tira en arrière, jusqu'à ce qu'elles soient toutes les deux en sécurité sur la passerelle en métal. Puis elle s'arrêta. « On a quelqu'un d'autre de notre équipe sur cette chose ? J'espère que non. »

Kerry se tourna et regarda le navire avant de fixer le visage de sa compagne. « Hein ? »

« Il va couler. »

« Oh, allez, Dar. Pas du tout. » Gloussa Kerry. « Ce n'est pas si mal à l'intérieur. Allez, laisse-moi te faire faire le tour. » Elle accrocha un doigt dans la boucle de la ceinture de Dar pour la tirer.

« Je ne monte pas sur ce fichu truc. » Dar résista à la traction. « Tu as vu les fissures ? Regarde ! » Elle pointa le côté du navire, qui arborait plusieurs fissures de bonne taille dans le revêtement en métal. « J'ai vu des baignoires plus aptes à naviguer que ça. »

Kerry s'appuya conter le rail en métal. « Chér, 'ça' a traversé l'océan. » Lui rappela-t-elle. « Je suis sûre qu'il est en sécurité dans le port de Miami... en plus, il y a à peine 13 mètres de profondeur ici... même s'il coulait, j'aurais le temps de m'installer sur le pont et de bronzer avant qu'il arrive au fond. »

« Mmph. »

« Viens. » Kerry tira sur sa ceinture. « Ce n'est pas si mauvais, Dar. Une fois que tu es habituée au chaos à l'intérieur... J'ai eu droit à une visite très sympa, et franchement, c'est mieux que ce à quoi je m'attendais. »

« Hmm hmh. » Dar se laissa tirer vers le pont. « Et tu as vu combien de navires pour pouvoir comparer ? » Demanda-t-elle avec un sourire ironique. « Que dirais-tu de me laisser juger par moi-même à quel point ce rafiot est pourri ? »

« Okay, moussaillonne. » Kerry la guida à travers le pont vers la porte intérieure. « C'était comment au bureau ? »

« Ennuyeux, comme d'habitude. » Dar s'arrêta une fois à l'intérieur, pour observer les alentours. L'aire de réception à l'élégance fatiguée et en loques, lui rappelait ces vieux hôtels de plage dans lesquels elle allait de temps en temps quand elle était jeune, avec cette même odeur de vieillesse et de désillusion.  

Elles étaient au centre du navire, une grande pièce ouverte qui s'étendait sur plusieurs balcons maintenant cachés par les échafaudages et le papier peint déchiré. Il y avait des tâches d'humidité sur les murs autour d'elles, et les poutres exposées étaient épaissies par la rouille. « Première chose. » Dit Dar. « La pluie à l'intérieur – mauvais point. » Elle lui indiqua les poutres.

Kerry leva les yeux. « Ça ne peux pas venir de l'humidité de l'air marin ? »

« Non. » Sa compagne la détrompa. « Mais c'est une bonne chose, ça signifie qu'ils vont devoir arracher tout le plâtre, et ça veut aussi dire que nous pourrons faire l'installation électrique à un prix inférieur que ce que nous avions prévu. »

« Hmm... ouais, j'ai parlé de ça avec le chef de la construction. Il a dit qu'ils seraient prêts dans une semaine environ pour tout nettoyer. » Dit Kerry alors qu'elles passaient devant les ateliers de travail pour traverser la grande porte vitrée au fond de la salle.

A l'intérieur, Dar trouva une autre pièce à demi détruite. Il y avait quelques vieux bureaux, et les murs étaient couverts d'une tapisserie typique que vous trouviez souvent dans les bâtiments de bureaux. « Des bureaux ? »

« Hmm hmh. Tu veux voir où ils ont suggérer de mettre le centre du système informatique ? » Kerry lui prit la main et la conduisit plus loin, elle ouvrit une petite porte cachée, juste assez grande pour laisser passer sa petite silhouette, puis elle recula. « Là. »

Dar lui lança un regard suspicieux, puis elle passa lentement la tête à l'intérieur. « Et la blague c'est... ? » Son ton prit un air interrogatif. « Kerry, on ne pourrait pas mettre notre chien là-dedans, encore moins notre centre de direction pour faire marcher tout ça, et il n'y a même pas l'air conditionné. »

« Exact. C'est un placard à balai. » Acquiesça Kerry. Elle observa attentivement la pièce, un placard de 90 centimètres de large sur 1,80 mètre de long, sans compter les tuyaux d'eau chaude qui couraient sur tout un pan de mur. « Je leur ai dit qu'on pourrait l'utiliser pour stocker du matériel supplémentaire, mais seulement s'ils installaient l'air conditionné avec une bouche d'aération sur le côté. »

« Bonne réponse. » Dar secoua le tête en observant Kerry refermer la porte. « Ils ne pigent rien à tout ça, pas vrai ? »

« Non. » Kerry s'appuya contre la porte. « Je leur ai dit que nous allions plutôt avoir besoin de cette pièce. » Elle montra l'espace plus grand. « Ils ont flippé. »

Kerry traversa la pièce, levant les yeux quand quelqu'un appela son nom à l'entrée extérieure. « Oh, Tally. » Elle se tourna. « C'est mon chef, Dar Roberts. Dar, voici Tally. Il m'a fait faire le tour du propriétaire. « Elle sourit à son nouvel ami. « Et il m'a regardé effrayer à mort les ouvriers. »

« Salut. » Tally sourit rapidement à Dar. « Hum, Kerry... écoutez, vous les avez vraiment, vraiment rendu dingues. Au sujet de cette pièce. » Il lui montra l'endroit. « C'est le bureau du chef de cabine. »

Kerry se percha sur le coin d'un vieux bureau sale. « Et ? » Dit-elle.

« Ah. » Dar se gratta la joue. « Les chefs de cabine dirigent tout en quelque sorte, Ker. »

Tally se tourna vers Dar avec un air reconnaissant. « Vous avez été sur des navires ? »

« Non, pas du genre de ceux-ci. » Dar lui sourit légèrement. « Mais ouais... assez pour savoir comment ça marche. » Elle se leva et mit les mains sur ses hanches. « Mais le problème, c'est que Kerry a raison. On va avoir besoin de cette pièce pour le système que veut votre patron. »

Tally parut atterré. « Mais l'ancien système tenait sous le bureau de Drusilla. » Il pointa l'endroit. « Vraiment ! »

« Okay, laissez-moi vous donner une idée de tout ça. » Kerry se leva à son tour. « D'abord, on va devoir installer deux gros commutateurs de cette taille... » Elle écarta les bras sur les côtés, puis elle en leva un et baissa l'autre. « Et comme ça. »

Perdu, Tally se contenta de hocher la tête.

« Et ensuite, deux moniteurs d'ordinateur de deux fois la largeur d'un réfrigérateur et de cette taille. » Ajouta Kerry. « Et je ne parle même pas de tout l'espace pour les câbles. » 

Tally soupira et s'assit sur le bureau. « Je ne sais pas ce qu'on va pouvoir faire. Ils ne vous laisserons pas utiliser cette pièce. Je vous le dit tout de suite. Ils parlaient de commencer les travaux ici et pendant un mois. » Il regarda autour d'un air un peu inquiet. « C'est le plus grand bureau du navire. »

Kerry s'arrêta et regarda autour d'elle. Puis elle leva les yeux vers Dar.

« Okay. » Dit Dar. « Alors on va vous donner les mesures de l'espace que va prendre l'équipement, et vous pourrez nous dire où on pourra s'installer. On ne peut rien rétrécir. C'est leur taille. » Elle marcha vers un des murs, jetant un coup d'œil sur le côté pour voir une personne qui attendait à l'entrée. Elle sortit un marqueur de sa poche et nota un X sur le mur. « Les moniteurs vont de là... » Elle fit une autre marque. « A là. Ça c'est pour les serveurs. Ensuite le cœur du réseau va aller de là... » Elle poussa une grande boîte contre le mur. « A là. »

« Pourquoi avez-vous besoin de tout ça ? » Demanda le nouveau venu.

« Oh, salut Drucilla. » Dit Tally.

« C'est votre patron qui le veut. » Répondit Dar. « Ajoutez à ça les consoles et les stations des moniteurs... et vous aurez besoin de tout cet espace. » D'un geste théâtral, elle engloba le mur du fond, puis elle fit six grands pas jusqu'au centre de la pièce. « Jusque là. »

« C'est ridicule. » Drucilla entra dans la pièce. « Vous n'avez pas besoin de tout ça ! On travaillait très bien avec ce qu'on avait, le système d'enregistrement NCR et ma machine. » Elle montra les marques. « Nous n'avons pas de pièce pour tout ça ! Et c'est pour quoi faire, de toutes façons ? »  

« Le point de vente. Les emails. Un ordinateur pour chacun. La télévision interactive. De la téléphonie sur IP, et Internet. » Kerry énuméra chaque chose sur ses doigts.

« Ici ? » Demanda la femme d'un ton incrédule. « Vous êtes probablement en train de blaguer. »

« Nope. » Dar vint près de Kerry et appuya son bras contre l'épaule de sa compagne. « Pas du tout. On nous a demandé d'installer tout ça. » Elle montra le mur. « Ici. Maintenant... si vous ne voulez pas nous donner cette pièce, on va devoir se réunir pour décider où mettre tout ça. »

« Oh mon Dieu. » La femme porta une main à sa tête. « C'est de la folie. Je dois y aller. » Elle se tourna et partit avec d'une démarche rapide et agitée.

Kerry et Dar échangèrent un regard, puis elles se tournèrent toutes les deux vers Tally.

« Internet ? » Tally haussa les sourcils. « Vraiment ? »

« Voilà quelqu'un avec les bonnes priorités. » Gloussa doucement Kerry. « Viens, Dar. Laisse-moi te montrer le reste. »

Dar enjamba soigneusement un vieux bout pourri de tapis enroulé en les suivant à l'extérieur, soupçonnant que le reste ne serait pas mieux.

 

* * * * *

 

« Et voilà. » Kerry était à l'extrémité du pont arrière du navire, seule avec Dar après leur tour. Il faisait noir maintenant, et la lumière colorée des néons encrassés de la jetée éclairait tout autour d'elles, faisant presque disparaître les étoiles dans le ciel. « Qu'est-ce que tu en penses ? »

Dar évalua prudemment la rambarde avant de s'appuyer dessus. « Je pense que ça va être un putain de bordel. » Répondit-elle en croisant les bras. « Quelque soit la manière dont on s'y prendra. Il n'y a pas assez d'espace... » Elle leva un doigt. « Pas assez de câblage... » Un autre doigt. « Ou pas assez de patience dans mon corps pour gérer tous ces phoques énervés qui font passer mon père pour un libéral. »

« Hmm. » Kerry la rejoignit contre la rambarde et regarda par dessus. L'eau de mer lapait doucement le métal rouillé, produisant de petits bruits de succions quand elle s'engouffrait dans une fissure. « Donc, ce que tu es en train de dire, c'est que nous n'allons pas le faire ? »

Dar soupira lourdement.

« Dar, personne n'a dit que ce que nous faisons devait être facile. » Kerry la poussa doucement. « C'est un défi. Ce n'est pas ce que tu m'as dit il y a bien longtemps ? »

« Ouais, je sais. » Dar sourit d'un air narquois. « Allez. Rentrons à la maison. »

Kerry la suivit alors que Dar retournait vers l'avant du navire vers la passerelle. Il faisait noir à l'extérieur – seules quelques hublots étaient allumés sur les ponts supérieurs.

Un bateau avança dans le canal, et le navire se balança légèrement dans son sillage. Les grincements et les gémissements de la vieille coque n'étaient absolument pas réconfortants, et Kerry se demanda si au fond, Dar n'avait pas raison.

Y avait-il une raison à tout ça ? Quest voulait-il vraiment remettre ces vieux rafiots en état pour des clients modernes habitués à tout le confort sophistiqué que l'on pouvait trouver dans des bateaux comme celui qui était derrière elle à la première amarre ?

Kerry tourna le tête et considéra le mastodonte. Il était tout en verre et en métal luisant, à l'opposé total de l'état rouillé de leur vieille carne. Il avait quatre ou cinq ponts de plus, et était au moins une demi-longueur plus grand que celui sur lequel elle se tenait, et les différences étaient tellement frappantes qu'elle se demanda à quoi elles avaient bien pu penser.

Elle secoua légèrement la tête tandis qu'elles quittaient le navire, hochant la tête en direction du garde quand elles échangèrent le léger roulement du navire contre le calme de la passerelle. « Je ne sais pas. » Kerry pointa les fissures qu'elle avait notées en venant. « Je pense que ce navire est en meilleur état que cette jetée. »

Dar inspecta les fissures, puis elle s'approcha du bord et sauta plusieurs fois sur place de manière expérimentale.

« Dar ! » Cria Kerry.

Sa compagne gloussa puis s'éloigna. « Relax. » Dit-elle. « Il y a des tiges métalliques partout à l'intérieur. Ça ne va pas... » Dar s'arrêta, revint vers la rambarde et elle s'appuya contre en jetant un œil à la jetée sous elle. « Ah. »

Kerry vint à côté d'elle et regarda à son tour. « Oh oh. » Elle reconnut la silhouette de Shari qui marchait lentement le long de la coque de leur navire. « On doit lui dire quelque chose ? »

« Nan nan. » Dar recula dans l'ombre de la promenade et tira Kerry avec elle. Elle restèrent silencieuses pendant que leur Némésis se promenait le long de leur navire en l'examinant.

« Dar ? » Chuchota Kerry.

« Mmh ? » Dar passa un bras autour d'elle , posant sa joue contre la tête de Kerry.

« Est-ce que le fait que j'ai envie de la poussée vers Sa Majesté des Océans signifie que je vais aller en enfer ? » Demanda Kerry. « Qu'est-ce qu'elle fait là, elle examine le bateau ? »

« Navire. » Dit sa compagne. « Ouais, elle ne peut rien faire de plus de là. L'écoutille est fermée. » Elle montra la coque, où, plus tôt dans la journée, une écoutille avait été ouverte pour charger la marchandise reçue. « Peut-être qu'elle veut comparer ce que nous avons reçu et ce qu'elles ont eu ? »

Comme pour conformer sa pensée, Shari atteignit la fin de la jetée, puis elle se tourna pour revenir en arrière, sans apparemment plus d'intérêt pour le navire. Dar et Kerry se tournèrent et continuèrent d'avancer, invisibles dans l'ombre jusqu'à ce que Shari atteigne au bout du navire, et qu'elles arrivent à la fin de la passerelle.

Shari s'arrêta et se retourna, posant ses mains sur ses hanches avant de secouer la tête et de continuer le long de la jetée jusqu'au navire qui avait été assigné à Telegenics. Par pur hasard, c'était celui juste derrière le leur, et Dar se demanda soudainement si elle ne les avait pas aperçues à l'arrière du pont pendant qu'elles parlaient.

Mais pourquoi diable Shari serait-elle venue sur les docks pour ça ? Dar chassa l'idée, et conduisit Kerry vers les portes de l'escalator. Il ne marchait toujours pas, alors elle le descendirent dans un silence tranquille, le bruit de leurs pas alertant le garde posté devant le bureau.

« Bonsoir ? » Le garde se dirigea vers le bas de l'escalator, une main sur la hanche.

« Ce n'est que nous. » Dar lui fit un geste de la main. « Roberts et Stuart, qui causent des problèmes, comme d'habitude. »

L'homme laissa retomber sa main et sourit en lui rendant son salut. « Oh, bonsoir, mesdames. » Dit-il, clairement soulagée. « Désolé, j'avais oublié que vous étiez là. » Il attendit qu'elles soient descendues à son niveau. « J'ai quelques personnes de l'équipage qui essayent de... passer des coups de fils gratuits, je pense. »

Kerry tapota l'épaule du garde quand elle passa devant lui. « C'est bon. » Dit-elle. « On va essayer de vous monter quelque chose d'un peu mieux très bientôt. C'est plutôt rustique. »

L'homme revint vers sa chaise en métal et se rassit, récupérant son livre avant de l'ouvrir. « Pas de problème madame. On va survivre. »

Dar et Kerry avancèrent jusqu'aux portes extérieures et elles se dirigèrent ensuite vers les portes d'entrée, le silence du grand bâtiment brisé uniquement par leurs pas et l'air conditionné. « C'est vraiment un endroit crasseux pour des gens qui veulent organiser des croisières de luxe, non ? » Commenta Kerry.

« Hé. Ce n'est pas pire que la plupart des aéroports. » Dar haussa les épaules, poussant la porte d'entrée pour laisser passer Kerry.

Il faisait vraiment noir dehors, et elles s'arrêtèrent toutes les deux quand plusieurs silhouettes près du bâtiment bougèrent et regardèrent dans leur direction. Il y avait une rangée d'arbres près de la porte de la jetée, et l'endroit été apparemment utilisé par les sans-abri qui campaient dessous.

Le rythme cardiaque de Kerry s'accéléra légèrement, mais les hommes se retournèrent et continuèrent leur conversation, pas du tout intéressés par elles. Elle se sentit un peu irritée contre elle-même d'avoir pensé à mal, et admit qu'elle n'avait pas tout effacé de son éducation.

C'était bizarre, ces petits partis pris qui réapparaissaient de temps en temps. Elle aimait à penser qu'elle était une personne juste, mais elle savait aussi qu'elle n'avait parfois pas eu les bonnes expériences pour être capable de passer outre toutes les années vécues dans l'environnement familiale qu'elle avait eu.

Ça la tracassait. Elle l'avait compris quand elle avait commencé à travailler avec les filles à l'Église, qui avaient des vies tellement étrangères à la sienne, et elle se demanda à quel point elle avait pu les toucher.

« Ker ? »

La voix de Dar la surprit. Kerry leva rapidement les yeux, pour trouver le clair de lune qui se reflétait dans les yeux clairs de Dar. « Oooui ? »

« Tu es calme. »

« Je réfléchissais. » Kerry soupira. « Longue journée. »

Dar glissa ses mains dans ses poches. « Et bien, je t'ai proposé de ne pas venir ici. » Dit-elle. « Ça n'a fait que la rallonger, et je doute que ça nous ai aidées dans nos plans. »

Toutes ses pensées d'égalité et de sa sensibilité de WASP s'envolèrent de l'esprit de Kerry. Elle prit une des bras de sa compagne et s'arrêta, obligeant Dar à s'arrêter elle aussi. « Pourquoi tu continues à dire ce genre de choses ? Tu ne veux pas faire partie de tout ça ? »

Elles n'étaient qu'à quelques mètres de leurs voitures, Dar s'étant garée juste à côté d'elle dans le parking maintenant vide. Ça ne semblait pas être le lieu idéal pour discuter, mais aller ailleurs signifiait être séparées, et Kerry voulait vraiment entendre la réponse à sa question avant qu'elles partent. « Dar ? »

Dar haussa une épaule, puis leva une main avant de la laisser retomber. « Franchement ? Non. »

Kerry inspira, prise un peu par surprise. Elle pensa un moment à la réponse, puis elle décida que peut-être ce n'était pas vraiment une surprise. « A cause de tout le boulot qu'il y a à faire sur le navire ? »

« Non. » Dar s'avança jusqu'à la voiture de Kerry pour s'appuyer dessus et croiser ses jambes au niveau des chevilles. « Je ne veux simplement pas avoir à faire à Telegenics. » Elle étudia le tarmac, craquelé et plein de mauvaise herbe.

Kerry la rejoignit, s'appuyant contre la voiture à côté de sa compagne, leurs épaules se touchant. « Je pensais que tu avais dépassé ça. »

Dar haussa les épaules.

Kerry ne savait pas vraiment quoi dire après ça. Elle se sermonna un peu pour ne pas avoir vu la réticence de Dar avant, et elle réalisa qu'elle s'était peut-être délibérément mis des œillères face aux allusions pas très subtiles.

Finalement, elle soupira. « Je pense qu'on devrait rentrer à la maison. » Elle sortit ses clefs et déverrouilla les portières. « Quoi qu'il en soit, merci d'être venue et de m'avoir donné ton avis. Ça a vraiment aidé. »

Dar resta appuyée contre la voiture, l'observant à son aise à travers ses paupières à demi-closes.

Vu que leurs voitures étaient garées côte-à-côte, Kerry dût se frayer un chemin jusqu'à sa portière, elle glissa ses pieds entre ceux de Dar, et la frôla légèrement, posant une main sur son ventre pour maintenir son équilibre. 

Dar attrapa sa main, la maintenant. Elle attendit que Kerry se tourne et lui fasse face, mais elle écarquilla les yeux de surprise quand la jeune femme se contenta de s'appuyer contre elle, et qu'elle lui caressa le côté. « Je deviens peureuse. » Murmura-t-elle. « Pardon, Ker. »

« Tout va bien. » Dit Kerry, écoutant les battements de cœur sous son oreille. « Rentrons, et on pourra en parler. Je suis fatiguée de ce sauna, et j'ai mal aux pieds. » Elle étreignit rapidement Dar puis se repoussa, contente de voir un faible sourire traverser les ombres sur le visage de sa compagne. « On fait la course ? »

« C'est parti. » Dar déverrouilla sa voiture et elles se séparèrent pour se diriger vers la maison.

 

* * * * *

 

A suivre.

 

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Cible mouvante, partie 14, chapitre 28

MOVING TARGET par Melissa Good

CIBLE MOUVANTE

Partie 14

Traductrice : Gaby

 

 

Chapitre 28

« Okay. » Kerry enleva ses lunettes de soleil en entrant dans le bâtiment du port, observant les alentours, et elle trouva un agent de sécurité près de la porte du fond. « Hé, John. »

« Ms. Stuart. » L'homme se dépêcha de la rejoindre. « Je suis content que vous soyez là. Il y a certaines personnes dans le bureau qui causent des problèmes. Les gens du port les ont amenés. »

Kerry soupira, et glissa ses lunettes dans la poche de la chemise rouge qu'elle avait enfilée pour sa visite au port. « Je vous suis. » Elle lui fit signe d'avancer. Le bâtiment était beaucoup plus bruyant que lors de sa dernière visite, et elle pouvait entendre les bruits de différents outils alors que les techniciens assemblaient leur bureau temporaire.

Ils traversèrent l'entrée jusqu'à la porte arrière. Kerry aperçut la silhouette distinctive de Michelle Graver à l'embrasure de leur bureau, avec son caméraman, et elle parvint difficilement à retenir un grognement. « Qu'est-ce qui se passe ici ? » Demanda-t-elle à la place, mettant une note abrupte dans sa voix.

Michelle se retourna, en même temps que le caméraman et l'agent de port. Celui-ci eut la grâce de paraître désolé, mais certainement pas Michelle.

« Nous étions simplement en train de filmer la première des nombreuses tentatives d'ILS pour saboter les efforts de tout le monde. » Dit Michelle brusquement. « Dans le cas présent, en prenant toutes les paires de câbles disponibles du port, et en nous empêchant d'installer nos circuits. » Dit-elle en s'avançant d'un air agressif vers Kerry en la pointant du doigt. « Vous pensiez qu'on ne verrait rien ? »

Kerry attendit que Michelle ait fini d'avancer, puis elle prit avantage des quelques centimètres de plus que sa taille lui conférait. « Si vous arrêtiez les commentaires à la Jessica Fletcher, je vous louerai une de nos lignes. Sinon, sortez de mon espace administratif, s'il vous plaît. J'ai du travail à faire. » Elle était tout à fait consciente de la caméra centrée sur elle, et du regard des personnes présentes dans le bureau, mais elle garda les yeux rivés sur le visage de Michelle. « Et pour information, mon anticipation n'égale pas votre sabotage. Maintenant sortez. »

« Votre anticipation ? Personne ne savait dans quel bâtiment nous serions. » Renvoya Michelle.

« C'est vrai. C'est pour ça que j'ai demandé qu'on tire des lignes dans chacun d'eux. » Répondit Kerry. « Maintenant, si vous êtes intéressée pour cette location, nous pouvons parler du prix. Sinon, au revoir. »

« Et vous aider à compenser le coût que vous allez annoncer au client ? Pas avant un bon siècle. » Michelle la contourna et fit signe au caméraman de la suivre. « On trouvera un autre moyen. » Elle  effleura Kerry, l'approchant presque jusqu'au contact physique avant de s'éloigner vers la porte. L'agent de port se dépêcha de la suivre, mais pas avant d'envoyer un regard fatigué à Kerry.

« Jolie manière de commencer la journée. » Soupira Kerry en se tournant vers le bureau. « Brenda, appelez les deux autres jetées. Offrez-leur d'utiliser ces lignes pour un prix moyen, avec deux pour cent de charge administrative pour notre prise en charge et le paiement de leurs factures. »

« Oui, madame. » Brenda sortit immédiatement son téléphone et composa un numéro après avoir consulté son annuaire.

« Bien joué, chef. » Commenta Mark. « Super idée de leur mettre des bâtons dans les roues. »

Kerry s'assit sur le bord d'une des tables pliantes. « Ce n'était pas vraiment le plan. J'avais juste besoin d'être sûre qu'on aurait une ligne prête... Je ne savais absolument pas qu'ils étaient courts sur les paires. » Admit-elle d'un air narquois. « Bon. Comment ça se passe autrement ? »

Mark se rapprocha et s'assit à côté d'elle. « Très bien. La ligne est montée dans le bureau, et je viens de mettre le routeur en place. Cette pièce est une merde niveau sécurité par contre. »

Kerry regarda autour d'elle et acquiesça. Le bureau était fait de légers murs en placoplatre, et la seule porte n'avait qu'une simple serrure. Pas d'alarme, pas de panneau renforcé, rien. Ils installaient six ordinateurs et un équipement de réseau principal pour les soutenir, et mis à part le fait de protéger les données de l'entreprise, il y avait aussi le fait de protéger le matériel lui-même des vols. « Est-ce qu'on peut installer un moniteur de surveillance par là ? »

« Bien sûr. » Dit Mark. « Mais quand l'alarme sera enclenchée, on aura vingt minutes pour  arriver ici. Sans préciser que la ligne est reliée à un réseau télécom public. »

Eurk. De pire en pire. « Okay, mets une sécurité complète pour les données. » Soupira Kerry. « Je vais voir ce qu'on peut faire pour sécuriser ici. Autrement on sera obligé de connecter ces boîtes de réseau et de tout garder au bureau. »

Mark hocha la tête. « Je vais voir ce que je peux faire. » Il se leva et retourna travailler. Kerry resta où elle était pendant quelques minutes, observant les gens s'activer, puis elle se leva et quitta le bureau pour se diriger vers le navire.

L'agent de port entrait juste au moment où elle se dirigeait vers l'escalator, et elle s'arrêta en haut pour que la femme puisse la rattraper. « Bonjour. »

« Écoutez, je suis vraiment désolée pour ça. » S'excusa-t-elle. « Je ne pensais pas que Miss Graver allait faire ça, ou qu'elle viendrait avec ces hommes ! C'était quoi d'ailleurs ? » La femme semblait vraiment agitée. « Le port n'a absolument rien dit là-dessus. »

Par où commencer ? Kerry décida qu'aucune explication ne serait pertinente. « Ce sont les affaires. » Dit-elle succinctement. « Essayez simplement de rester en dehors de ça. »

La femme la regarda. « Est-ce qu'elle avait raison ? Vous avez fait ça pour empêcher ces gens de pouvoir travailler ? »

Kerry cligna des yeux. « Ça n'est vraiment pas vos affaires. » Répondit-elle. « Je vais vous dire, n'essayez pas de vous mêler de ça. Ça va simplement devenir vraiment très compliqué pour le port s'il devait s'impliquer là-dedans. »

La radio de l'agent grésilla, et elle écouta avec attention. La voix d'un homme appela, il semblait plutôt désemparé, lui demandant de venir pour calmer une autre dispute sur la jetée voisine. « Ça pourrait être plus facile à dire qu'à faire. » Dit-elle à Kerry. « Apparemment tout ce que vous semblez apporter ici, ce sont des problèmes. » Elle se tourna et descendit les marches deux par deux, en parlant dans sa radio.

« Waouh. » Avec un hochement de tête, Kerry poussa la porte et émergea dans la lumière aveuglante du soleil scintillant.

Elle avait tout le temps d'observer le bateau à la lumière du jour tandis qu'elle avançait le long de la promenade qui la conduisit jusqu'à la passerelle. Le bas était peint en bleu foncé, et la partie supérieure avait apparemment été blanche – mais elle était maintenant recouverte de rouille sur une bonne partie, et c'était plus d'une couleur jaunâtre tachetée.

Il semblait vieux et usé, et elle se demanda une fois de plus si tout le travail qu'ils allaient engendrer pour le rendre fonctionnel en valait vraiment la peine. Elle fit courir sa main le long de la rampe, les tâches de peinture écaillée paraissant dures et presque piquantes sous ses doigts. Il était resté à quai des années apparemment – c'était clair qu'il avait été touché par le vent et la pluie, et  la passerelle avait des fissures le long de la rampe et encore plus près du mur.

Kerry observa une large fissure sous ses pieds et se dit que si une légion de passagers avaient déjà embarqué sur le navire par la passerelle, elle pourrait probablement soutenir sans problème ses cinquante kilos – mais elle accéléra l'allure, juste au cas où.

Il y avait un garde posté au bout de la passerelle, mais il se contenta de hocher la tête quand Kerry lui montra son badge de la compagnie et il recommença à observer le bout de la jetée, où des hommes déplaçaient des conteneurs à l'aide de monte-charges.

Kerry remonta la passerelle et traversa le pont en métal qui menait jusqu'au navire. La grille avait été rabattue et elle se retrouva sur le pont extérieur, au milieu du bateau.

Elle baissa les yeux pour trouver des planches de bois attaquées par le sel – certains endroits étaient si décolorés qu'il était presque impossible de voir le grain. Mais c'était néanmoins du teck, elle pouvait le reconnaître grâce à son expérience sur le Dixie, et ça la rassura un peu tandis qu'elle marchait jusqu'aux portes intérieures.

Derrière les portes, sa première impression fut celle d'une moisissure écrasante. Elle retint son souffle et étouffa un éternuement, observant attentivement autour d'elle avec incrédulité. L'intérieur du navire était, pour dire les choses franchement, une épave. Elle était apparemment dans ce qui avait été l'aire de réception, et tout ce qu'elle pouvait voir était cassé, les meubles étaient plein de poussière, le plafond était en morceaux, certains bouts pendaient presque jusqu'au sol, et une douzaine de caisses en bois étaient pourries.

La puanteur était horrible. Elle pénétra à l'intérieur de sa gorge, et elle put la goûter à l’arrière de sa langue, avec une nuance d'eau des égouts qui s'attardait sur la fin. « Beurk. » Kerry avala sa salive, contente de ne pas s'être arrêté pour déjeuner avant de venir. Après un moment, elle contrôla son estomac et elle avança, marchant précautionneusement entre les débris. L'intérieur du navire était un désastre total, et il lui apparut que tout allait devoir être reconstruit avant de pouvoir être utilisé.

Ce qui l'arrangeait, vu qu'elle allait devoir faire passer des câbles dans les plafonds et les murs, et qu'il était toujours plus facile de le faire pendant la construction. Mais elle se demanda encore une fois dans quel but Quest voulait rénover ces vieux bateaux. Ça coûterait probablement plus d'argent que ce que ces vieilles choses seraient capables de rapporter.

Un homme apparut, vêtu d'une salopette blanche. Il aperçut Kerry et s'arrêta, l'observant de haut en bas pour l'évaluer. « Vous voulez quelque chose ? » Demanda-t-il, avec un accent bizarre légèrement allemand.

« Contractant des systèmes d'information. » Répondit brièvement Kerry en levant son badge.

L'homme grogna et lui tourna le dos, poursuivant son chemin sans un mot de plus.

Kerry longea le vestibule partiellement encombré, et faillit heurter un autre corps vêtu d'une salopette blanche. « Oh, désolée. »

« Salut. Je peux vous aider ? » Le corps se tourna, révélant un homme à la silhouette mince et aux cheveux blonds frisés. « Vous cherchez quelque chose ? »

Kerry fit un pas en arrière. « Pas vraiment. » Dit-elle. « Je suis de la compagnie des systèmes d'information qui a répondu à l'offre. Je jetais juste un œil pour voir ce qu'on allait avoir à faire. »

L'homme se gratta le nez. « Oh, okay. » Dit-il. « Ça a l'air pire que ça n'est en réalité. » Il se tourna et regarda attentivement l'endroit d'où elle venait. « Cette vieille demoiselle à vraiment les os solides. C'est surtout des trucs de déco. »

Kerry se souvint des trous qu'elle avait vus dans la coque, et elle réserva son jugement. « Vous faites partie du personnel du navire ? » Demanda-t-elle poliment.

« Oui ! » Acquiesça-t-il. « Je suis Tally Johnson, et je suis l'assistant personnel du capitaine. Et vous êtes... ? »

« Kerry Stuart. » Répondit Kerry. « De chez ILS. Vous auriez quelques minutes à me consacrer pour me montrer ces os dont vous parliez ? »

L'homme rayonna de joie. « Bien sûr. Vous êtes les gens de l'informatique, c'est ça ? On a entendu dire que vous alliez installer des ordinateurs. » Il commença à conduire Kerry vers l'intérieur du navire. « Le capitaine n'était pas vraiment chaud pour ça, mais j'ai cru comprendre qu'on allait pouvoir avoir un système de courrier électronique. C'est vrai ? »

Et bien, avoir quelques amis à l'intérieur était décidément une bonne chose. Kerry décida qu'elle aimait bien le guilleret M. Johnson. « C'est très possible, oui. On a prévu un satellite, et un nouveau système de chargement, peut être aussi des téléphones pour la voix IP. »

Tally rit. « Okay, là je suis dépassé, Ms. Stuart... »

Kerry, s'il vous plaît. » Kerry lui lança un sourire charmant. « Nan, ce n'est pas si compliqué, ce sont juste des téléphones que passent par le réseau informatique. Vous n'avez rien de tout ça pour le moment, hein ? »

« Absolument pas. On a des caisses enregistreuses manuelles et un vieux PC que le commissaire de bord à l'habitude d'utiliser pour la gestion des pax folis. »

Kerry gloussa. « Maintenant c'est moi qui suis dépassée. » Dit-elle. « Qu'est-ce qu'un commissaire de bord, et qu'est-ce qu'un pax ? »

Tally la conduisit dans un autre couloir, avec des marches qui montaient et qui descendaient. La destruction semblait moindre ici. Tally se dirigea vers les escaliers et lui tendit la main. « Le commissaire est le type qui s'occupe de tout l'argent, et les pax, c'est le terme qu'on utilise pour désigner les passagers... venez. Laissez-moi vous montrer ce que la vieille demoiselle à dans le ventre. »

Kerry le suivit, évitant les grilles et la couche épaisse de poussière qui les recouvrait, très contente d'avoir mis ses jeans et ses chaussures de randonnée pour négocier les trous dans la moquette déchirée et les marches cassées. Alors qu'ils descendaient, les sons des travaux, des coups de marteaux et autres, augmentèrent, et elle eut la soudaine sensation de descendre dans un autre monde.

* * * * *

Le contremaître cochait les noms sur la passerelle, jetant brièvement un coup d'œil à chaque ouvrier qui se dirigeait vers son bureau. Il regarda le dernier d'entre eux, un grand gaillard qui portait un sweatshirt sans manche et un jean usé. « Suivant ? »

L'homme s'avança et lui présenta plusieurs papiers.

Le contremaître les passa en revue rapidement. « Travaux généraux. » Lut-il. « Vous avez une carte de marine ? » Il leva les yeux vers l'homme qui hocha la tête. « Service ? »

« Navy. »

« Vous faites quoi ? »

« Un peu de tout. »

Le contremaître observa attentivement l'ouvrier potentiel, notant les cicatrices et l'air résolument compétent. « Très bien, Roberts. Donnez ça au gars de la rampe, et allez-y. Le contrat dure aussi longtemps que les navires sont à quai. Vous comprenez ? »

« Ouaip. »

Le contremaître écrivit une note sur une carte et la lui tendit. « Ici. » Il tripota son stylo tandis que le nouveau s'éloignait, et il se tourna ensuite vers l'homme assit à côté de lui. « J’ai du mal à croire que certains gars arrivent à passer à travers le contrôle de sécurité, pas vrai ? »

L'autre homme secoua la tête. « Vous voulez que j'aille vérifier pour celui-là ? Je peux mettre Alberto dessus. »

« Nan. » Le contremaître fit un geste de la main. « Du moment qu'il travaille, j'en ai rien à faire. On a vu pire sur les docks, et au moins ce gars est propre. »

« Et il parle anglais. » Rajouta son second.

Le contremaître ricana et fit un geste vers le dernier arrivant. « Ouais. Je pourrais probablement en faire un superviseur rien que pour ça. »

* * * * *

Dar installa son clavier un peu plus confortablement sur ses genoux, puis elle tapa une autre demande. Elle était allongée sur le dos sous l'un des moniteurs, un câble bleu clair s'étendait depuis la jungle des équipements jusqu'au dos de sa machine.

Le sol était froid contre sa peau, mais elle avait trouvé une pièce de métal à peu près de la bonne taille pour poser sa tête, et au moins pour le moment, la position bizarre ne l'avait pas empêchée de se concentrer correctement.

« Ms. Roberts ? »

Les techniciens, d'un autre côté... « Oooui ? » Gronda Dar.

« Hum... je peux monter un câble pour vous ? Ça ne semble vraiment pas pratique. »

Dar gigota son pied. « C'est mon style de dactylo qui vous fait dire ça ? »

« Et bien, c'est plutôt le sol, madame. Ça ne doit vraiment pas être confortable, nan ? »

Dar tapa une autre commande, et observa son effet. Elle grimaça et l'annula, tapant sur la touche 'entrée' avec plus de force que nécessaire. « Vous avez déjà essayé ? » Elle lui jeta un rapide coup d'œil avant de retourner son attention vers son travail. « Couché sur le sol ? »

Il y eu un moment de silence, puis un grincement quand le technicien bougea sur sa chaise en cuir. « Hum... et bien, oui, bien sûr... on doit faire ça tout le temps là -dessous. C'est pour ça qu'on vous... hum... » Il s'éclaircit la gorge. « Madame, c'est inconfortable. »

« Et bien, j'aime bien ça. » L'informa Dar. « C'est bon pour le dos. »

« C'est vrai ? »

« Bien sûr. » Dar essaya d'ignorer l'objet ennuyeux entre ses omoplates, qu'elle soupçonnait être une vis du moniteur tombée et jamais remplacée. « Mieux que mon lit à eau, en fait. »

Les deux techniciens bougèrent, provoquant d'autres bruits de cuir. Le plus jeune des deux, avec des cheveux blonds coupés en brosse, Dave, posa ses coudes sur ses genoux et regarda Dar. « Vous aimez les lits à eau ? J'ai essayé une fois, mais ça bouge trop pour moi. Ça m'a rendu malade. »

« J'ai un semi lit à eau. » Répondit Dar, distraite par une lecture qui lui renvoya une réponse à laquelle elle ne s'était pas attendue. Elle échangea pour un autre écran et vérifia le moniteur qu'elle utilisait, puis elle fronça les sourcils encore une fois et essaya quelque chose d'autre. « Bon Dieu. »

« C'est celui qui ne bouge pas, madame ? » Dit Dave. « Pas du tout ? »

« Pas vraiment. » Marmonna Dar en se mordant la lèvre quand elle se trompa dans une commande et qu'elle dut recommencer. « Ça dépend de ce que vous y faites. »

Il fallut que le silence total dure quelques secondes pour qu'il pénètre sa concentration. Puis Dar tourna la tête pour voir deux visages choqués la regarder, les mâchoires béantes. Elle prit un moment pour se repasser sa dernière phrase, puis elle sentit un sourire naître sur son visage. « Trop d'informations, hein ? »

Les deux techniciens hochèrent la tête. « Oui, oui. » Dave se reprit. « Sans offense, Ms. Roberts. »

« C'est bon. » Répondit gracieusement Dar. « Je ne voulais pas vous faire peur. »

Ils la laissèrent tranquille pendant un moment, bougeant et grinçant juste en dehors de son champ de vision, derrière les moniteurs, et elle en profita pour continuer le lent processus qu'elle avait commencé deux heures plus tôt.

Elle laissa le moniteur travailler de nouveau et essaya une nouvelle commande, envoyant un algorithme compliqué dans une de leurs interfaces extérieures. L'appareil l'accepta, et commença ensuite à régler le trafic avec l'instruction, faisant clignoter de façon insensée son autre écran. « Hmm. »

« Madame ? »

« Pas vous. » Dar tapa une note pour elle-même sur l'autre fenêtre qu'elle avait ouverte, puis elle revint vers l'application et enleva la commande. « C'est juste un truc que je fais. »

« Hum... Vous ne nous effrayez pas vraiment vous savez. »

Dar s'arrêta de taper au milieu de son mouvement, et tourna de nouveau la tête. « Non ? »

Dave avait poussé sa chaise vers elle. « Non, je veux dire... vous êtes vraiment cool, et tout. On s'en est rendu compte cette dernière semaine. »

« Merci. » Un petit bip interrompit cette surprenante conversation. « Excusez-moi. » Dar attrapa son pda et regarda l'écran. « Ah, hé. »

Hé, chérie. Je parie que tu ne devineras jamais où je suis.

Dar sortit son stylet et écrivit une réponse. Est-ce que tu es couchée sous un moniteur de routeur en train de t'expliquer sur nos activités dans le lit à eau devant l'équipe des opérations ? Elle envoya le message, puis attendit patiemment jusqu'à ce qu'elle voie la lumière clignoter.

Hum... non. Pas du tout. Comment c'est arrivé ?

Ah, bonne question. Ça m'est tombé dessus sans que je m'en rende compte. Enfin bref, où es-tu ? Tapa Dar. Je pensais que tu étais sur le navire.

Je suis à la morgue.

Dar s'arrêta, cligna des yeux, et laissa tomber son pda pour attraper son téléphone. Elle tapa rapidement le numéro de Kerry, et tapota impatiemment sur le coin du moniteur avec son pied jusqu'à ce qu'elle ait une réponse. « QUOI ? »

Sa compagne s'éclaircit gentiment la gorge avant de répondre. « Salut chérie. »

« Où es-tu ? » Dar se dispensa des gentillesses.

« Dans un endroit où j’ai moins de problèmes que toi apparemment. » Répondit Kerry avec un petit rire. « Je suis dans la morgue du navire. Tu savais qu'ils avaient des morgues ? » Demanda-t-elle. « Ainsi que plein d'autres endroits étranges ? »

« Hum... » Dar retrouva son calme, dispersé en plein de petits morceaux sur le sol autour d'elle. « Et bien, je pense que oui. Je veux dire, ils en ont forcément – que veux-tu qu'ils fassent si quelqu'un claque pendant une croisière ? Ils le mettent au congélateur ? »

Un son à mi-chemin entre le gloussement d'un poulet et un éternuement lui parvint de la console voisine. Dar l'ignora. « Ça serait grossier. »

« C'est sûr. » Dit Kerry. « Maintenant, parle-moi de cette histoire avec notre lit à eau. » Sa voix prit un léger écho, comme si elle avait mis sa main autour du téléphone pour parler. « Tu ne leur parlais pas vraiment de... » Une pause. « Tu sais. »

Dar jeta un œil aux techniciens, qui avaient savamment détourné le regard. « Ce qu'on fait au lit ? Non. » Admit-elle. « Ils voulaient me rendre service et je leur ai fait passer un mauvais moment. Alors – ça donne quoi ? »

Kerry soupira. « C'est le bordel. » Répondit-elle. « Dar, ça va être un vrai calvaire de câbler tout ça. Il va falloir qu'on perfore des murs pare-feu en acier. »

« Beurk. »

« Et tout doit être conforme aux standards de pression et de température. »

Un soupir. « Ouais. J'imagine. C'est un navire de la Navy. » Dit Dar. « Bien que je pense qu'il y aura moins d'interférence à le transformer en bateau de croisière que les autres. »

« Si tu le dis. » Dit Kerry. « Je vais faire venir l'équipe technique et commencer à estimer le câblage, mais Seigneur, Dar – ils ont à peine le téléphone ici ! Ils utilisent encore des combinés reliés par des fils ! »

Dar grimaça. « Ça va être comme de câbler le mémorial du Général Grant. » Dit-elle. « Okay, dis aux gars de faire ça bien. Trouve tous les endroits où ils vont en avoir besoin... et annonce d'abord les mauvaises nouvelles. »

« Je vais le faire. » Dit Kerry. « Hé, Dar ? »

« Hmm ? » Dar bougea, croisant les chevilles et levant les yeux vers les boutons du routeur. « Tu savais que tu peux voir les leds GBIC sous ces trucs ? Ça ressemble à un sapin de Noël. »

Silence. « Hum... mon cœur, pourquoi est-ce que tu ne laisses pas les gars monter les lignes en série pour toi ? » Demanda Kerry. « Plutôt que d'avoir à t'allonger sous les moniteurs ? »

« Ça serait trop facile. » Marmonna Dar en jetant un coup d'œil aux techniciens. Ils lui jetèrent des coups d'œil nerveux en retour. « Alors, qu'est-ce que tu voulais ? »

« Hein ? »

« Tu as dit 'Hé, Dar'. »

« Oh. » Kerry réfléchit une minute. « Tu m'as distraite... et je réalise que je voudrais le lit à eau et toi dedans. Mais ce n'est pas à ça que je pensais au départ... donne-moi une seconde. »

Dar observa les leds clignoter au-dessus de sa tête, rêvant paresseusement de l'odeur de lin propre tandis qu'elle écoutait Kerry respirer lentement de l'autre côté du circuit. « Heureusement que je porte des jeans aujourd'hui. » Commenta-t-elle. « Ou ça aurait pu être vraiment scandaleux. »

Kerry étouffa un petit rire. « Tu es si mauvaise. Okay, je me souviens maintenant. J'entends de la musique au Hard Rock à chaque fois que je quitte le port. Ça te dirait d'aller dîner là-bas quand tu viendras tout à l'heure ? »

« Bien sûr. » Répondit Dar, en retournant son attention vers son moniteur. « Mais tu es sûre que tu as besoin que je vienne ? J'ai l'impression que tu t'en charge très bien. Je pourrais simplement passer te prendre. » Elle cala le téléphone contre son oreille et tapa une commande. « Non ? »

Kerry ne répondit pas pendant un moment, puis sa voix changea, laissant place à une pointe d'incertitude. « Ouais, c'est possible. » Dit-elle doucement. « Mais tu ne veux pas voir l'endroit par toi-même ? »

« Pas vraiment. Je te fais confiance. »

« Dar, tu as dit que c'était vraiment important. »

Dar relâcha son clavier et reprit son téléphone. « Ça l'est, et tu es vraiment bonne à ce que tu fais, et je suis très heureuse de le laisser gérer... ça te pose un problème ? » Demanda-t-elle, pas très sûre de ce qui n'allait pas avec sa compagne. « Ker ? »

Une légère inspiration traversa la ligne. « Non, ce n'est pas un problème du tout. » Répondit Kerry d'un ton chaleureux. « Merci pour ta confiance... je sais à quel point la situation est critique, et je suis heureuse de m'en occuper. »

Dar attendit. Mais rien ne vint ensuite. « Mais ? » Dit-elle finalement.

Un soupir.

« Mais tu veux que j'aille quand même jeter un coup d'œil ? »

« Tu as plus d'expérience maritime que moi. » Expliqua Kerry, ne s'inquiétant absolument pas de confirmer sa supposition directe. « C'est un nouveau monde pour moi, et je veux être absolument sûre de bien faire du premier coup. J'apprécierais ton point de vue, oui. »

Et bien, c'était tout à fait vrai, admit Dar. Kerry en savait assez sur les bateaux pour sortir le Dixie du port, mais ça n'avait rien à voir avec le temps que Dar avait passé dans son enfance autour de ces grands bateaux, et elle en savait simplement beaucoup plus sur leurs particularités. « Tu marques un point. » Céda-t-elle avec grâce. « On se voit là-bas à six heures ? »

« Okay. » Kerry semblait bien plus heureuse maintenant. « Je te retrouverai devant. Oh... » Elle s'éclaircit la voix. « Au fait, je suis le Démon des Docks, je te préviens. »

« Vraiment ? »

« J'ai délibérément pris toutes les paires de la jetée pour empêcher les autres de commencer à travailler, et je suis en train de faire un profit scandaleux en les louant. »

« Bahahahahah... » Dar commença à rire, se cognant presque la tête contre les moniteurs. « Si je m'arrête pour t'acheter une paire de cornes de démon, tu les mettras pour le dîner ? »

Pff. Juste pour ça, je vais devoir te piquer avec ma fourche. »

« Juste pour ça, je vais devoir attraper ta... »

« Dar, tu n'es pas au centre des opérations ? » L'interrompit innocemment Kerry.

« Ahem. »

« Je te vois plus tard. J'ai un tour à finir avec mon nouvel ami Tally. » Gloussa Kerry. « J'irai voir le mess de l'équipage après ça. Ils veulent qu'on leur branche Internet. »

Dar ricana elle aussi. « Amuse-toi bien. » Dit-elle. « Je te vois plus tard. » Un moment après avoir raccroché le téléphone, elle leva les yeux vers la console. Les deux techniciens étaient tellement penchés sur leur écran qu'elle craignit qu'ils absorbent le champ électrique directement par la peau.

Bon. Dar retourna à son routeur. Ça ne ferait qu'une histoire scandaleuse en plus...

* * * * *

A suivre.

 

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03 juin 2017

Avis de recherche

mar

Comme vous le savez sûrement, si vous suivez les écrits traduits de Missy Good, nous sommes en panne depuis un très long moment dans la série Dar et Kerry, avec la FF intitulée Cible mouvante.
En effet, c'est Gaby/fanny qui est en charge de la traduction et Fryda qui s'occupe de la relecture. Mais après de nombreux mails, soit de ma part, soit de celle de Fryda, nous n'avons plus de nouvelles de Gaby...
Donc, si par hasard, elle passe par ici, ou si quelqu'un a des informations plus précises à ce sujet, merci de vous signaler.
En cas de non réponse, Fryda s'est portée volontaire pour reprendre le flambeau ;O)

 

Kaktus

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31 mai 2017

Festival !

mar

Première partie du Festival, de Missy Good, avec des vraies Amazones dedans :O)

Merci Fryda

 

Kaktus

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Le Festival, première partie

Avertissement standard de l’auteure : Ces personnages, la plupart, appartiennent à Universal et Renaissance Pictures, et à quiconque a un intérêt dans Xena : Princesse Guerrière. Ceci est écrit pour s’amuser et aucune règle de copyright n’a été enfreinte volontairement.

Avertissements spécifiques (de l’auteure) à l’histoire :

Violence – Et bien… il y a plus ou moins de violence légère dans cette histoire. Bon… on y trouve Xena et les Amazones, et Gabrielle avec ce bâton… alors tout n’est pas douceur et légèreté, mais personne n’a la tête coupée (désolée MaryD).

Subtext : Est-ce que je dois vraiment faire un avertissement pour le subtext ? Quelqu’un m’a demandé si je pensais que Xena : Princesse Guerrière était une série romantique. Ma réponse fut, quand un personnage principal déclare dans des termes certains à l’autre personnage principal qu’elle mourrait à ses côtés plutôt que vivre sans elle, cette série ne peut pas être désignée autrement que comme un conte romantique. Oui, il y a du subtext… du maintext… du sous la table texte… ou tout comme vous voulez l’appeler.

Il y a de la censure en dessous de 13 ans (NdlT aux USA), pas plus. Ça ne change jamais… pour ceux qui s’attendent à ce que j’introduise de la franche hilarité, pas de limites pour des scènes d’orgie illustrées, assurez-vous que vous avez beaucoup de café et de doughnuts à portée de main. Et un fauteuil confortable.

Alors, après avoir lu cet agréable avertissement, si vous lisez l’histoire et que vous êtes choqué que Xena et Gabrielle s’embrassent, je ne peux pas vous aider. Si vous en êtes offensé, envoyez-moi votre adresse et je vous enverrai un buisson de citrons. On aime bien faire ça ici (Note de la Traductrice : Miami), il faut qu’on s’en débarrasse au maximum.

Tous les commentaires sont toujours les bienvenus à l’adresse :

mailto:merwolf@bellsouth.net

(NdlT : ou à fryda@orange.fr)

 


Le Festival – 1ère partie

Par Melissa Good (1999)

Traduction : Fryda (2017)


La cascade tombait sur des rochers usés et rendus lisses et glissants par des années passées sous le poids du flot qui les sculptait en formes bizarres et sinueuses. De la mousse épaisse poussait sur les rives et l’eau qui tombait dans la petite mare était froide et claire, et elle luisait dans le soleil de fin d’après-midi brisé uniquement par les ombres tachetées des feuilles des arbres qui la bordaient.

A la base de la cascade, sur un rocher réchauffé par le soleil, un grand loup était enroulé, sa queue bien installée sous son museau et ses yeux jaunes cloués sur le haut avec un air d’attente. Derrière lui, dans une petite clairière ouverte, une jument couleur du beurre paissait, tirant d’épaisses touffes d’herbe verte avec des reniflements d’aise.

On pouvait voir un petit campement juste derrière le cheval, un cercle de feu soigné avec une grande fourrure noire étalée d’un côté et un tas de sacoches posées contre un grand chêne. Ça ressemblait à un agencement confortable, mais pour l'instant il était complètement vide alors que ses occupantes étaient perchées bien au-dessus, au sommet de la cascade.

« Xena, je ne sais pas trop. » La voix était celle d’une jeune femme de taille moyenne et musclée, présentement nue et dégoulinante d’eau. Elle se tenait sur un rocher, ses bras pliés autour de sa poitrine, le soleil faisant briller les gouttelettes d’eau, éparpillées sur sa peau richement bronzée, comme des diamants. Elle soupira et repoussa les cheveux blonds dorés mouillés de son front d’une main et regarda l’objet de sa frustration avec un froncement de doute.

« Allons… Gabrielle… c’est drôle. Est-ce que je pourrais mal te conseiller ? » La grande femme aux muscles élancés qui répondait était assise sur un rocher plat dans l’eau courante, son poids posé sur ses deux mains et ses cheveux noir de jais collés sur son dos. Des yeux bleus vivaces, exactement assortis à l’eau bouillonnante du flot, brillaient vers la barde réticente.

« ‘Drôle’ pour toi n’est pas toujours ‘drôle’ pour moi, c’est à ça que je pense », répondit Gabrielle avec ironie. « On ne peut pas simplement passer au-dessus de la cascade, Xena… et s’il y a des rochers et d’autres trucs là-dessous… on va se blesser. »

La guerrière leva les yeux au ciel. « Gabrielle… j’ai fait ça un million de fois. Allez… je vais te tenir… rien ne va arriver », tenta-t-elle de la convaincre, tout en laissant un sourire plisser son visage et apporter une touche espiègle dans ses yeux. « Tu vas adorer ça… je te le dis. »

La barde pianota contre sa cuisse puis leva les deux mains et les laissa retomber. « Une fois. » Elle lança un regard d’avertissement à la grande femme. « Juste une fois. » Prudemment, elle se fraya un chemin vers l’endroit où Xena était allongée et elle plongea dans l’eau qui coulait rapidement, flottant un peu jusqu’à ce qu’une main chaude se referme fermement sur le bas de sa jambe et la stabilise. « Merci. » Elle tapota la tête de Xena tout en s’asseyant avec prudence en face de la guerrière, laissant l’eau froide et pétillante passer sur ses jambes. « Oooh… c’est bon. »

« Oui oui. » Xena se rapprocha d’elle par-derrière et mit ses longs bras autour de sa fine taille. « Qu’est-ce que tu en penses ? »

Gabrielle ferma les yeux et se laissa aller dans le contraste entre le froid de l’eau et la chaleur de son âme sœur. « C’était quoi la question déjà ? » Finit-elle par demander en posant sa tête contre la poitrine de Xena, levant les yeux pour la regarder.

Un léger rire lui répondit. « D’accord… non… je vais pousser… et on va glisser le long de cette chute jusque dans la mare. Tu es prête ? » Murmura Xena dans son oreille.

« Je ferme les yeux alors tu ferais bien de conduire », répondit la barde avec fermeté.

Xena relâcha un bras et le tendit derrière elle, poussant le rocher sur lequel elles étaient assises avec un mouvement puissant qui les fit tomber dans le courant rapide qui arrivait maintenant à hauteur de poitrine. L’eau les poussa tout du long jusqu’à une chute entre les rochers glissants et la guerrière reprit son emprise alors qu’elles atteignaient le bord de la cascade et plongeaient par-dessus.

« YAAAAAAAAAA ! ! ! ! »Gabrielle lâcha un cri de surprise tandis qu’elle se retrouvait soudainement dans les airs, retombant à travers un flot rapide d’eau avec la prise ferme de Xena qui la maintenait. L’eau rugissante bloqua son audition et battit doucement son corps, cependant, dans une sensation pas déplaisante.

Elle garda les yeux fermés juste au moment où elles atteignirent l’eau claire comme du cristal et elles plongèrent dans le rugissement de la cascade tout autour d’elle. Elle sentit que Xena touchait le fond et elle resta tranquille tandis que la guerrière les propulsait vers la surface, sentant la force de la guerrière se dérouler dans un élan impressionnant.

Elles émergèrent dans la lumière du soleil hors de l’eau qui se brisait et Xena la relâcha, flottant et secouant la tête pour écarter les cheveux de ses yeux. « C’était pas génial ? ? ? »

Il y eut un long moment tandis que les yeux vert brume la fixaient. Puis le visage de Gabrielle se détendit dans un grand sourire. « Oui… c’est vrai », admit-elle, se lançant en avant pour plonger sa tête, puis refaisant surface, l’eau coulant de ses cheveux. « On peut le refaire ? »

Xena rit joyeusement. « Je te l’avais dit. » Elle mit les mains derrière sa tête et nagea en marche arrière, poussant des pieds pour ne pas couler. Le soleil et les ombres tachetaient alternativement son corps bronzé dans des dessins fantaisistes, qui se brisèrent quand elle plongea sous l’eau et émergea brusquement, poussant son corps dans un saut sauvage qui la fit atterrir avec une énorme éclaboussure.

« Hé ! » Gabrielle passa sous le mur d’eau et sortit du chemin en riant. Elle attendit que Xena émerge puis elle l’éclaboussa. « Arrête ça ! »

La guerrière cligna des yeux et ricana puis elle l’éclaboussa à son tour. « Vaurienne ! »

« Moi ? » La barde mit ses mains en coupe et envoya une double ration de l’eau froide vers elle. « Oh… je ne pense pas, Xena… » Elle plongea tandis qu’une vague venait vers elle et elle nagea vigoureusement, se dirigeant vers l’eau plus bleue. Elle pouvait sentir la présence de Xena derrière elle et elle se poussa pour nager plus vite, plongeant sous une souche immergée, évitant une truite qui lui jeta un seul coup d’œil et bondit se mettre à l’abri, ses nageoires froufroutantes agitées.

Ah… Elle repéra un rocher qu’elle pouvait contourner et nagea dans sa direction, sentant la soudaine poussée d’eau derrière elle alors que Xena la rattrapait. Elle se dirigea vers la surface, émergea et prit une énorme goulée d’air tandis qu’elle atteignait le rocher, puis elle glissa autour et le mit entre elle et la guerrière. « Hah ! »

Xena s’arrêta, les mains sur la surface du rocher, un sourire sauvagement espiègle sur les lèvres. Elle feinta d’un côté et la barde partit immédiatement dans la direction opposée. Une feinte de l’autre côté, même résultat. « Malin… très malin… Gabrielle… » Ronronna-t-elle.

« Hé », gloussa la barde. « C’est un vieux tour que je faisais avec Lila… elle n’a jamais deviné que si elle voulait m’attraper, elle devait me garder loin des arbres. »

« Ah oui ? » Chantonna la guerrière. « T’sais… je parie que Lila ne pouvait pas faire… » Une poussée soudaine tandis que Xena surgissait de l’eau et que ses deux mains touchaient le dessus du rocher, la soulevant pour l’amener dans l’eau si près de la barde que l’impact la fit plonger. Puis Xena la saisit et elles trébuchèrent dans la mare, riant à demi, haletant à demi, jusqu’à ce qu’elles émergent près d’un vieux chêne dont les branches tombaient près de l’eau, et qui leur effleura la tête de ses feuilles odorantes. « Ça », finit-elle triomphalement, serrant la barde d’une main ferme.

Gabrielle reprit son souffle puis posa la tête sur la peau de Xena rafraîchie par l’eau et elle sourit. « Hum… non », dit-elle tranquillement dans un souffle. « Les bons jours, elle pouvait sauter à la corde. Les mauvais… ehhh… » Elle lécha une gouttelette froide sur la poitrine de Xena puis elle se blottit un peu plus, soupirant d’aise. « C’était drôle. » Cette part d’elle qui était toujours une enfant montrait le bout de son nez de délice et elle sourit joyeusement vers les yeux bleus de sa compagne de jeu. Dieux… qu’est-ce que ça m’a manqué.

Xena prit une profonde inspiration et la relâcha. « Oui », acquiesça-t-elle doucement, en prenant un moment pour savourer la brise bruissant qui remuait les feuilles et effleurait leur peau. Puis elle remua les sourcils vers la barde dans une invitation. « Tu veux le refaire ? »

La barde hocha la tête. « Oh oui. » Elle attendit que son âme sœur la relâche puis elle nagea vers les eaux moins profondes et le petit chemin rocailleux qui menait au sommet de la cascade.


Le campement était une oasis paisible, ombragée et calme avec le bruissement des feuilles et les reniflements d’Argo à l’arrière. Gabrielle réfréna un bâillement tout en tordant ses cheveux presque secs pour les écarter de son visage. Elles étaient sorties de la mare et avaient passé un peu de temps au soleil, se séchant dans la lumière tardive du soleil et la brise fraîche. Alors qu’elles atteignaient leur campement tout proche, elle trotta devant et examina le contenu bouillonnant de la marmite de ragoût qu’elle avait laissée. « Mmm… C’est presque prêt. »

« Ah oui ? » Xena vint derrière elle et renifla. « Ouaouh… ça sent super bon. » Elle complimenta la barde. « Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » Elle regarda la soupe qui bouillonnait avec intérêt.

« Ah… c’est mon secret », l’informa Gabrielle, d’un air hautain. « Mais ne t’inquiète pas, tu vas aimer. » Elle se pencha en arrière et cogna la grande femme. « T’sais, ce truc de partager les symptômes, c’est génial… j’ai enfin réussi à te faire essayer des choses que tu m’aurais jetées à la tête auparavant », remarqua-t-elle d’un ton taquin.

« Ha Ha. » Xena leva les yeux au ciel. « Très drôle. » Elle tapa les fesses de la barde de son morceau de coton et reçut un cri de surprise en retour.

« Vaurienne. » Gabrielle se massa l’endroit en question et tira la langue. Elle regarda la grande femme rire puis elle alla vers leur paquetage, s’agenouilla près des sacoches et fouilla à l’intérieur. Elle prit un moment pour admirer le dos musclé de la guerrière et nota les cicatrices en cours de guérison de leur dernière rencontre, un ours devenu fou à cause de la faim et qui avait attaqué une famille juste un peu plus haut du cours d’eau où elles avaient décidé de s’arrêter.

Un petit garçon avait été blessé, mais Xena avait réussi à distraire l’ours pendant que Gabrielle mettait le reste de la famille hors de danger et puis elle s’était retournée pour voir l’animal renverser son âme sœur, sa mâchoire pleine d’écume blanche et ses yeux aussi rouges que le soleil couchant qu’elle regardait actuellement.

Elle s’était précipitée, cognant le bout de son bâton dans sa bouche et l’arme lui avait été enlevée des mains quand l’animal avait mordu et secoué son énorme tête. Mais cela donna à Xena l’opportunité de mettre ses deux pieds sur le poitrail de l’ours et de pousser, renvoyant la bête contre un tronc d’arbre qui lui coupa le souffle.

Xena avait bondi, le sang coulant le long du cuir noir qui couvrait son dos, et elle avait dégainé son épée, avançant sur l’ours avec une intention meurtrière. Ça avait été absurde, vraiment, l’ours faisait plus de deux mètres de haut une fois debout et probablement deux cent cinquante kilos, et il était menacé par cette humaine relativement chétive.

Il avait rugi.

Xena avait feulé et relâché son cri.

Et ce maudit ours s’était enfui en courant. Gabrielle avait failli rire de surprise et d’un profond soulagement, et elle avait vu à l’expression sur le visage de Xena qu’elle était tout aussi surprise de la retraite de l’ours. Elle avait fait passer son épée d’une main à l’autre puis regardé Gabrielle avec un léger haussement d’épaules étonné.

La barde était juste très contente qu’il soit parti et elle avait lutté pour que sa compagne accepte l’offre pathétique d’un repas chaud par la famille reconnaissante, tandis qu’elle nettoyait et protégeait les marques de griffes qui s’affichaient sur une omoplate, alors que Xena s’occupait des blessures du petit garçon.

Leur admiration avait été douce aussi quand elle avait révélé qui elles étaient et les yeux de l’enfant s’étaient illuminés comme de minuscules étoiles. Elle avait raconté quelques histoires et les enfants s’étaient approchés avec prudence de Xena, finissant pratiquement sur ses cuisses, demandant s’ils pouvaient toucher son chakram, son épée… son armure… la pauvre guerrière avait presque eu l’air alarmé devant le flot des requêtes.

Et à la fin, il ne restait plus que quelques égratignures pour le montrer, songea la barde. Elles avaient voyagé vers le territoire des Amazones depuis une semaine maintenant et elles se rapprochaient, tandis que le paysage commençait à grimper dans des collines qui se transformeraient finalement en montagnes qui abritaient la tribu. Une semaine de voyage quasiment paisible, avec du beau temps et quelques distractions, elles deux seules dans la nature, la paix, et la solitude qu’elle avait commencé à voir comme une amie chère.

Xena était toujours plus… ouverte. Plus joueuse quand elles étaient seules. Il n’y avait pas d’ennemis à intimider et pas de réputation à sauvegarder. Les chouettes se fichaient de qui elles étaient… et les criquets sautaient sur la main tendue de la guerrière sans savoir sur qui ils faisaient une telle transgression aventureuse.

Là, elle jeta un coup d'oeil vers la grande femme qui s’était laissé tomber sur leur couchage commun et s’interrogeait sur un petit objet en bois qu’elle tenait à peine dans sa main. « Tu y arrives ? » Elle gloussa en secouant la tête. Une petite caravane ambulante de marchands avait proposé un set de six casse-têtes joliment sculptés dans le bois et elle les avait achetés avec bonheur pour sa compagne. Xena en avait déjà résolu trois et était maintenant plongée dans le quatrième, une étoile à six branches avec des parties à verrouiller qui se détachaient quelque peu.

« Hmm ? » Xena leva les yeux, surprise. « Oh… hum… pas encore. » Elle eut un sourire penaud pour la barde puis retourna à son casse-tête sans en bouger une pièce, l’étudiant sous tous les angles de ses yeux attentifs et intéressés.

Gabrielle rit pour elle-même puis remua brusquement le ragoût, saupoudrant quelques épices séchées. Une fois satisfaite, elle sortit son journal et rejoignit sa compagne sur son couchage, se blottissant sur un côté avant de retirer une plume de sa boîte. Elle ouvrit le parchemin relié, datant son entrée d’une écriture soignée, avec une pause tandis qu’elle collectait ses pensées.

Aujourd’hui j’ai sauté d’une cascade pour la première fois. C’était plus drôle et moins effrayant que ce que je pensais, mais aussi, Xena me tenait, alors comment cela aurait-il pu être dangereux ?

Je pensais… il y a eu un moment où je pensais que je ne me sentirais plus jamais comme ça, mais… je ne peux pas rester là et le nier, je suis revenue au moment où il n’y a pas d’endroit plus sûr au monde pour moi que dans ses bras. Je sais… je sais que j’aurais dû m’en souvenir autrement, parce que j’ai déjà vécu ça. Je sais ce qu’elle est et de quoi elle est capable, et ce qu’elle m’a fait quand elle était si furieuse et blessée… mais… c’est comme si mon esprit forçait ce souvenir à s’en aller, parce que je ne peux pas me résoudre à y penser. Je sais que c’est mal.

Mais je ne peux pas l’empêcher et ce qui est encore plus important, je ne veux pas l’empêcher. Je désire tellement ce sentiment de sûreté, de sécurité, que je suis prête à… tout risquer. Encore une fois. Mon cœur n’acceptera rien de moins.

Alors je présume que c’est ce que je vais faire. Nous verrons bien ce qui arrive.

Nous sommes presque arrivées chez les Amazones, mais… je dois admettre que j’ai tellement apprécié ce voyage que je regrette peut-être d’être si près. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de voir quiconque, bien sûr que si – et le festival va être joyeux et tout ça, mais…

Mais.

Au moins, la pauvre Xena a eu moins de moments à gérer cette nausée prégnante… elle la supporte avec une meilleure humeur que je ne l’aurais fait moi-même, mais je sais que ça la tracasse. J’ai pris l’habitude de garder une bourse avec des herbes tout près pour que quand nous nous réveillons, je n’ai qu’à la regarder  pour savoir. Et préparer rapidement quelque chose.

En ce qui me concerne… et bien, pas grand-chose de neuf. J’ai toujours atrocement faim tout le temps et je suis plus facilement fatiguée que d’habitude. Xena dit que c’est parce que mon corps est vraiment occupé à faire des trucs, alors ça demande plus d’énergie. J’ai décidé de marcher la plupart du temps pour garder mes forces intactes même si j’ai l’impression de manger toute la journée ou presque, c’est comme si je gardais à peine la forme. Je pensais que j’allais avoir un problème de poids… et bien là maintenant, mon problème c’est que j’en perds… Xena dit qu’elle va commencer à me faire monter Argo quand nous voyageons si ça continue comme ça, elle dit que c’est dangereux de priver mon corps de ce dont il a besoin pendant qu’il fait toute cette mystérieuse comédie.

Pfiou. C’est compliqué. Mais intéressant et on n’a pas forcé jusqu’ici, avec beaucoup de repos et d’arrêts tôt l’après-midi, comme aujourd’hui, alors je ne me sens pas trop fatiguée, ce qui est bien.

« Hé, Xena ? » La barde suçotait nonchalamment le bout de sa plume. « Le voyage a été agréable jusqu’ici, pas vrai ? »

La guerrière leva les yeux en l’entendant et s’arrêta un moment. « Oui… ça a vraiment été… » Répondit-elle avec une note légèrement surprise dans la voix. « Pas trop de choses à s’inquiéter… le temps a été génial… oui. » Un léger signe de tête. « Pourquoi ? » Elle roula sur le dos et croisa paresseusement les chevilles, regardant la barde avec intérêt.

« Non… et bien, rien vraiment… j’ai juste apprécié, c’est tout », répondit Gabrielle avec un sourire. « Vraiment. »

La brise souleva une mèche de cheveux noirs et la fit effleurer le visage de Xena et elle la recoiffa nonchalamment avec ses doigts. « Ouuuuuiiii. » Elle traîna sur le mot. « Je présume que moi aussi. »

La barde rit et posa son journal. « Viens par ici… il est temps de te couper les cheveux », ordonna-t-elle en tapotant ses cuisses. « Allez… allez… ça t’a rendue folle aujourd’hui alors finissons-en avec ça et tu seras tranquille. » Elle se pencha en avant et tira sur une de leurs plus petites sacoches, fouillant à l’intérieur pour en retirer les petits ciseaux qu’elles utilisaient toutes les deux pour couper les cheveux désordonnés.

Loin de protester, Xena posa son casse-tête et se trémoussa pour se rapprocher et poser la tête sur les cuisses de la barde, les mains croisées sur son estomac avec un air complaisant. « Fais-les tout droit, s’il te plaît. »

« Tch tch tch… écoute toi. » Gabrielle passa les doigts dans les mèches noires et en souleva une bonne poignée. « Et si je coupais le dessus très court et que je laisse cette partie-là se dresser comme ça ? » Elle reposa les cheveux. « Comme… c‘est quoi cet oiseau ? »

« Un pivert », répondit Xena pince-sans-rire. « Xena pivert guerrière… oh oui ça sonne plutôt bien. »

Gabrielle gloussa. « Ooohhh… ce serait mignon. »

Un haussement de sourcil. « Eeeeet bien… je vais te dire ma barde… nous n’avons pas de miroir dans le coin, alors c’est toi qui va le regarder. » Les lèvres de Xena se courbèrent en un sourire. « En plus, je vais devoir me battre avec tout ce qui vit à cause des mauvaises blagues. »

« Hmm. » La barde lui ébouriffa les cheveux. « Peut-être pas. » Elle rit puis se mit au travail, coupant avec soin les brins noirs et brossant de la main les légères mèches sur la peau de sa compagne. Elle saisit l’opportunité pour détailler les traits anguleux avec amour, regardant le soleil tacheter son visage de notes de cramoisi et d’or.

Il avait fallu ce qui semblait être une éternité, mais les ombres noires avaient disparu de sous les yeux de son âme sœur et l’expression  tirée et tendue avait diminué, effaçant le pli toujours présent sur son front, diminuant l'air hanté qui avait pratiquement été gravé sur elle ces quelques mois passés. Elle semblait, du moins pour le moment, en paix et cela mettait du baume au cœur de Gabrielle parce qu’elle savait que beaucoup de ça avait à voir avec elles. Avec elle.

Elle finit son travail de coupe puis s’amusa à passer ses doigts dans les cheveux de Xena, dans une recherche attentive.

« Tu en as trouvé ? » Demanda paresseusement la guerrière, après quelques minutes de ce traitement.

La barde la fit attendre, grattant le crâne propre d’un air taquin, recevant un murmure d’aise en retour. « Nan », finit-elle par répondre, se penchant pour toucher le front de la guerrière de son nez. « Pas un seul. »

Xena ouvrit lentement les yeux et fixa le regard vert de la barde de tout près. « Un jour ou l’autre », grommela-t-elle. « J’en ai vu sur Toris avant qu’on parte. »

Gabrielle effleura doucement les lèvres de la guerrière des siennes puis revint pour un contact plus prolongé. « Je ne sais pas, Xena… maman a toujours les cheveux plutôt noirs… et il est plus vieux que toi… je pense. » Elle l’embrassa à nouveau. « Tu cherches juste un peu de sympathie de ma part. »

« Ah oui ? » Xena entrelaça ses doigts avec ceux de son âme sœur qui avait bougé pour venir se poser contre sa poitrine. « Ça a marché ? » Demanda-t-elle avec espoir.

« Oh… » La barde libéra une main et lui prit doucement la joue, la regardant avec une fausse inquiétude ironique. « Espèce… de… pauvre chose… » Elle laissa ses doigts glisser le long de la peau chaude, traçant la mâchoire de Xena. « On va devoir te trouver une canne bientôt. » Elle goûta le soupçon léger de métal laissé par la source tandis qu’elle continuait son exploration. « Ou bien Arès pourra te tirer dans une petite carriole… qu’en penses-tu ? »

Xena éclata de rire. « D’accord… d’accord… d’accord… » Elle leva les yeux au ciel puis s’assit et attira la barde dans une position plus confortable tandis qu’elle se détendait sur le côté et laissait ses mains voyager gentiment sous le tissu lâche de la chemise que Gabrielle avait enfilée. Ses doigts voyagèrent sur la taille musclée de la barde et tracèrent ses côtes, ce qui fit s’arrêter la guerrière qui produisit un regard intense et neutre sur sa jeune compagne. « Tu chevauches demain. » Elle mordilla le nez de la barde. « Pas de discussion, Gabrielle. »

Celle-ci soupesa les pour et les contre d’un débat puis elle hocha tranquillement la tête. « D’accord. » Elle caressa la joue de la guerrière puis rapprocha son visage et reprit son baiser jusqu’à ce qu’elles soient toutes les deux sans le souffle. Puis elle s’arrêta et soupira, la tête posée contre l’épaule de la grande femme. « Parfois, être dehors, ça craint un maximum, Xena. »

Xena laissa un léger rire évoluer proprement pour devenir un soupir d’approbation. « Oui… je sais… mais Arès est parti chasser et je ne connais pas assez cette zone… » A regret, elle passa une main chaude sur la cuisse de Gabrielle et massa de son pouce la peau de son genou. « Nous aurons tout le temps voulu une fois à la maison, ma barde. »

« Mm. » Gabrielle fit la moue puis roula sur le dos pour regarder la canopée de feuilles. « Tu sais comment je me sens ? »

« Comme une personne chaude et très sexy ? » Répondit la guerrière pour l’aider tandis qu’elle traçait un chemin en remontant le côté de la barde, laissant des traces de frissons derrière elle.

Gabrielle tourna la tête et la regarda affectueusement. « Merci… mais en fait, je pensais plus à… des figues. » Elle plissa le front. « On en a ? »

Un haussement de sourcil. « Hum. » Xena pianota sur leurs fourrures de couchage, réfléchissant furieusement. Elle finit par lever les yeux. « Ne va nulle part. »

« M… Xena… » Cria la barde tandis que la guerrière se mettait debout et récupérait ses bottes pour les enfiler et les lacer avec des gestes rapides. « Reviens ici… je ne voulais pas que tu…oh pour… Xena ! ! »

Trop tard. La guerrière sourit et cligna de l’œil puis elle serra une ceinture autour de la vieille chemise qu’elle portait et elle partit dans le sous-bois.

Gabrielle soupira et regarda les feuilles, pianotant sur son estomac. « Ne fais jamais ça, Gabrielle… tu sais bien… c’était très bête… c’était comme de crier ‘au feu’ au Palladium pendant un festival d’été. » Un bruissement dans l’herbe détourna son attention de sa compagne et elle roula sur son estomac, se repoussant d’une main pour attraper automatiquement son bâton de l’autre.

« Roo ? » Arès trottina en sortant du sous-bois, avec l’air très satisfait de lui-même. Quelques plumes errantes étaient collées à son museau et il éternua, les envoyant voler sur la fourrure sombre.

Gabrielle lâcha son bâton et se détendit, se laissant tomber sur les fourrures avec un grognement. « Arès… ne me fais pas ce coup-là, d’accord ? » Elle s’installa sur un côté et mit sa tête sur une main, l’autre main jouant paresseusement avec une des plumes. « Hé… on dirait des plumes de poulet. » Elle lança un regard direct au loup. « Où est-ce que tu as trouvé des poulets ? »

« Agrrroo ? » Arès pencha sa tête sombre d’un côté et la regarda, pointant sa langue tout en haletant.


Xena se glissait parmi les arbres, son regard passant automatiquement sur les branches. Elle ne savait vraiment pas si elle pouvait trouver un figuier à proximité, mais sortir de ces agréables et chaudes fourrures avait semblé être une bonne idée à ce moment-là. Autrement… elle soupira avec un air désabusé. Autrement elle aurait été en chemin pour briser leur Règle et ce n’était pas… malin. Ces derniers temps, cependant, elle avait laissé le bon sens quelque part derrière elle et elle avait permis à son côté plus impulsif de faire surface pratiquement sans contrôle.

Le jeu ravissait Gabrielle, elle s’en rendait compte, ayant vu la barde devenir presque étourdie par leur divertissement dans l’eau un peu plus tôt, et pour être honnête, elle ne pouvait pas prétendre qu’elle ne l’avait pas apprécié elle-même tout autant, mais ça, combiné avec le désir presque irrésistible de se blottir avec elle… Xena soupira. Elle se sentait maladroitement hors de contrôle et plus ouverte que ce avec quoi elle était vraiment confortable. Ce n’était pas un bon mélange en direction du territoire des Amazones.

Elle savait que la grossesse de Gabrielle avait beaucoup à voir avec ça, mais elle savait aussi qu’elle devait trouver un moyen de gérer ça avant de les mettre toutes les deux en danger. Ou bien avant qu’elles n’arrivent chez les Amazones, où elle serait sujette à tellement de taquineries…

Un soupir et une pause, tandis qu’elle regardait à travers les branches. Fausse alarme. Tout le monde s’attendait toujours à ce qu’elle se comporte d’une certaine façon et elle ne pouvait pas se retrouver à marcher partout toute la journée dans le brouillard. Tout d’abord, Pony saisirait l’occasion de lui tendre une embuscade, et bien qu’elle sache qu’elle n’était pas en danger avec l’Amazone fougueuse… la laisser avoir l’avantage comme ça…

Beuh. Xena s’arrêta à nouveau, cette fois laissant sa tête dans le vent. « Ah », marmonna-t-elle pour elle-même. « J’ai de la chance. » Elle se fraya un chemin dans le sous-bois, évitant avec soin le sumac vénéneux autour du tronc d’arbre et elle arriva au pied d’un figuier bas avec un sourire satisfait. « Parfait. » Elle jeta un coup d’œil rapide à ses mains puis à l’arbre et elle cogna doucement sa tête contre une branche basse. « C’est bien que tu aies réfléchi comme d’habitude et que tu aies pensé à emporter quelque chose pour les transporter, pas vrai ? »

Avec un soupir, elle mit ses mains sur ses hanches  et fit un tour sur elle-même, regardant le feuillage. Des toutes petites feuilles. Nan. Elle regarda les figues, les évalua. Elles étaient grandes et dodues et elle saliva juste à les regarder, ce qui élimina la possibilité qu’elles ne valaient pas l’effort déployé. « Parfait exemple, Xena… parfait exemple que ton cerveau est ailleurs… bon sang. »

Son regard alla vers sa chemise puis elle pencha la tête et rit. « Et bien… elle est vieille. » Elle attrapa fermement la demi-manche d’un côté et tira dessus, la déchirant au niveau de l’épaule. Puis elle fit un nœud dans la partie basse et évalua son panier.  « Je pense que ça va aller. »

Grimper dans l’arbre et en retirer les figues ne prit pas longtemps bien que ça aurait pris moins de temps si elle n’en avait pas mangé une à chaque fois qu’elle en mettait une dans la manche. La friandise goûteuse restaura sa bonne humeur tandis qu’elle imaginait le ravissement de Gabrielle et finalement, elle sauta joyeusement de la branche basse, atterrissant sur le sol couvert de feuilles, son butin en sécurité.

Elle se fraya un chemin pour retourner au campement, se forçant à s’empêcher de siffloter et elle s’arrêta juste au bord pour regarder sa compagne, momentanément inconsciente de sa présence. La barde était appuyée contre l’arbre sous lequel leurs couchages étaient étalés et elle avait son journal sur ses genoux. Elle regardait au loin le coucher de soleil, mâchouillant une plume avec une expression rêveuse sur le visage et un léger sourire sur les lèvres. Arès était blotti contre elle, ses yeux jaunes scrutant le campement.

Xena ne bougea pas, n’émit aucun son, mais tandis qu’elle l’observait, Gabrielle revint de l’endroit où ses pensées l’avaient emmenée et elle fit le tour des yeux, son regard se fixant instantanément sur la guerrière. Une expression à demi d’accueil, à demi de remontrance s’installa sur son visage expressif. « Xena ! »

La guerrière s’avança puis se laissa tomber à genoux sur la fourrure avant de tendre la manche. « Des figues ? » Elle sentit un sourire arriver sur ses lèvres sans permission. « Elles sont jolies. »

« Tu es… » La barde posa ses outils d’écriture et roula sur le dos pour prendre la bourse improvisée. « Tu n’avais PAS à faire ça », la réprimanda-t-elle en jetant un coup d’œil dans le sac. « Oooh… mais je suis contente que tu l’aies fait. » Elle choisit une figue et mordit dedans, ses yeux brillants pardonnant aisément à sa compagne. « Mm… elles sont géniales… hé… est-ce que tu as vu des poulets dans le coin ? » Marmonna-t-elle la bouche pleine, regardant la guerrière qui allait vers le feu pour examiner le ragoût.

Xena jeta un coup d’œil vers elle. « Des poulets ? Gabrielle, nous sommes au milieu de la forêt… où, par Hadès t’attends-tu à ce que je trouve des poulets ? » Elle plissa le front, se demandant si son âme sœur allait lui en demander ensuite.

La barde leva une plume. « Au même endroit qu’Arès. »

La guerrière avait rempli deux de leurs bols en bois de ragoût brûlant et elle les apporta pour en tendre un à la barde tout en gardant l’autre. Elle s’installa jambes croisées près de Gabrielle et choisit un morceau de viande dans son bol. « Des poulets », dit-elle d’un ton songeur en mâchant. « Des poulets sauvages ? » Elle regarda la barde avaler goulûment son ragoût et elle rit. « Hé… c’est permis de mâcher… ralentis, Gabrielle. »

Celle-ci s’arrêta et avala. « Décide-toi… je ne mange pas, tu cries, je mange, tu cries. » Elle montra la guerrière de sa fourchette.

Xena cligna des yeux, sentant un pincement irrationnel la blesser. « Je ne… criais pas… je… ne voulais juste pas que tu t’étouffes », protesta-t-elle.

La barde leva les yeux au ciel. « Xena, j’ai mangé toute ma vie et j’ai réussi à le faire sans m’étouffer jusqu’à maintenant… tu veux bien te calmer, s’il te plaît ? Tu me rends dingue. »

Elle se rendit compte que c’était la mauvaise chose à dire une seconde après que ça ait quitté ses lèvres. Elle vit le flot d’émotions passer sur le visage de sa compagne puis son expression fit place à une immobilité calme et pensive.

« D’accord. » Un haussement d’épaules et Xena tourna son attention sur son propre bol. « Désolée. » Bon sang. Il faut que j’arrête ça… c’est une adulte parfaitement compétente, tu te souviens ?

Gabrielle soupira intérieurement. « Hé… je n’ai pas eu l’intention de ressembler à une truie peu reconnaissante… c’est juste que tu ne devrais pas t’inquiéter autant… d’accord ? » Elle posa sa fourchette et tendit la main pour encercler le poignet de Xena de ses doigts chauds. « Tu vas t’épuiser. »

Xena hocha légèrement la tête. « Compris », répondit-elle en tapotant sa nourriture sans lever les yeux. Elle prit une inspiration et carra ses épaules, levant les yeux avec un effort visible. « Alors… qu’est-ce que tu écris ? » Demanda-t-elle d’un ton égal et intéressé.

Le regard vert captura le sien sans effort. « Tu es en colère contre moi ? » Demanda Gabrielle tranquillement. « Je suis désolée… c’est sorti bien plus vachard que je ne le voulais. » Elle passa son pouce sur le poignet de Xena, le pressant doucement dans une excuse muette.

Un soupir. « Non… je suis… je sais que j’ai agi comme une poule couveuse. C’est juste que je… » Xena soupira et se frotta les yeux. « Je ne vois pas comment l’empêcher. » Elle mit un coude sur son genou et posa son menton sur son poing, son autre main poussant sa nourriture sans but, prise dans la légère emprise de la barde.

« Et bien… » Gabrielle hésita. « Je veux dire… tout va bien se passer, pas vrai ? » Demanda-t-elle d’une petite voix, sentant que son âme sœur avançait sur un équilibre délicat.

Xena déglutit. « Peut-être que c’est ça le problème. Chaque fois que les choses se passent bien, je... » Une longue pause. « Je présume que je m’attends à ce que le pire arrive, parce qu’on dirait que c’est toujours le cas quand je suis impliquée. » Elle leva alors les yeux. « Et cette fois, je ne le veux pas. Je ne veux pas que quelque chose de mal t’arrive… je… »

La barde émit un léger son de surprise puis elle posa son bol et rampa plus près, passant les bras autour de la grande femme pour l’étreindre. « Tu ne peux pas penser comme ça. »

La guerrière soupira. « Oui, je sais bien… mais c’est comme si je n’osais pas être heureuse… parce que chaque fois que je me laisse aller, le désastre frappe. » Elle leva les yeux quand elle sentit la tension dans le corps de Gabrielle. « Hé… hé… je suis désolée… écoute-moi dire toutes ces bêtises. » Elle serra doucement la barde. « Je n’avais pas l’intention de décharger tout ça sur toi. » Bon sang, Xena… prends le contrôle… ça suffit maintenant.

Gabrielle soupira, la tête posée sur l’épaule de sa compagne. « Non… c’est bon… si tu couves quelque chose, je veux le savoir », objecta-t-elle tranquillement. « Je suis désolée… je ne voulais vraiment pas avoir l’air aussi hargneux… » Elle passa la langue et la mordit. « Méchante barde. »

Cela lui valut un sourire. « Tu vas me tuer d’être une telle truie inquiète ? » Le ton était léger, mais il y avait une note mélancolique dans la voix de la guerrière.

La barde lui massa le bras. « Non… sauf que tu vas me tuer si je te demande de le faire de temps en temps », répondit-elle ironique.

Un clignement de paupières. « Marché conclu. » Elles se touchèrent le front puis Gabrielle changea de position et vola un autre baiser, goûtant la riche saveur du ragoût. « Mm… » Elle poursuivit sa douce attaque. « C’est meilleur sur toi que dans le bol », dit-elle à la guerrière d’un ton taquin tandis qu’elle se reculait, une main caressant son visage. « Xena… » Son ton était devenu sérieux. « S’il te plaît, n’aie pas peur d’être heureuse… si quelque chose doit arriver, elle arrivera… savoure l’instant. »

Un silence puis un signe de tête hésitant. « Je vais essayer », promit la guerrière. « Maintenant… mange. »

Gabrielle fit une pause puis elle rit doucement et prit son bol, restant où elle se trouvait appuyée contre le corps chaud de son âme sœur, tandis qu’elle reprenait sa tâche.

Xena glissa un bras sur ses épaules et mangea le ragoût d’une main. « C’est génial », commenta-t-elle en s’arrêtant un instant. « Tu avais raison… j’aime beaucoup. » Elle fit le compliment avec un sourire.

« Merci », marmonna Gabrielle, occupée à avaler, mais elle leva le regard et eut une expression affectionnée envers son âme sœur. « Venant de toi, c’est vraiment agréable à entendre. » Elle saisit le léger rougissement de Xena avec un clin d’œil et changea de sujet par merci. « Alors… nous y sommes presque. » Elle mordit dans une carotte et la mâcha. « Maintenant que ça fait une semaine que tu me taquines, à quoi ressemble vraiment le festival ? »

Xena sourit et mordit sa fourchette. « Hum… En fait, Gabrielle, je n’en ai aucune idée. »

La barde la scruta.

« Non, vraiment », insista la guerrière. « Ma… » Une pause. « première implication avec les Amazones n’était pas… pas vraiment… disons que je n’étais invitée à aucun de leurs festivals, d’accord ? »

Gabrielle gratta le fond de son bol. « Première implication… c’était… pendant la guerre des Centaures ? »

Xena garda les yeux strictement sur ses mains. « Autour de cette période, oui. » Elle prononça les mots avec prudence, sa bonne humeur s’évanouissant.

La barde se leva et alla vers le feu pour remplir à nouveau son assiette et elle revint s’installer à côté de sa compagne. « D’accord. » Elle traîna sur les mots quand il devint évident que Xena n’allait pas continuer. « Si tu… » Elle se tut. « Si jamais tu veux… en parler, tu peux, avec moi… tu le sais ça, hein ? »

La guerrière posa sa tête contre celle de la barde. « Je sais… c’est juste que je… ne veux pas mettre ça sur le tapis là maintenant. » Ou jamais. Pas même pour elle. « Mais… quoi qu’il en soit, je ne sais pas vraiment quelles sont leurs traditions. »

Gabrielle accepta le changement de sujet avec grâce, écartant sa curiosité pour plus tard. « Et bien, si c’est idiot, je dirai à Ephiny d’oublier ça. Je ne vais pas laisser les Amazones te soumettre à des tours stupides. »

Xena la regarda avec un sourire. « Qui est surprotectrice maintenant ? » La taquina-t-elle gentiment. « Allons, Gabrielle… je suis une grande fille… je peux le supporter. » Elle haussa les épaules. « Et à quel point ça pourrait être méchant ? Je ne vais pas me plier en quatre à cause de certaines règles amazones idiotes. »

La barde fit la moue. « Et si c’est quelque chose comme tu as dit l’autre fois… que je dois embrasser tout le monde dans le village ? Franchement, Xena… Je préférerais que tu sois outrée, d’accord ? »

« Oh. » Le bras chaud autour de ses épaules resserra sa prise. « Et bien, Gabrielle… tu es la Reine, tu te souviens? Tu peux juste refuser. »

Inexplicablement, les épaules de Gabrielle s’affaissèrent. « Oui, je présume. »

Xena la regarda, intriguée.  Qu’est-ce que j’ai bien pu dire ? Puis elle réalisa et faillit se taper sur l’arrière de la tête. Par Hadès… je suis une idiote. « Euh… d’un autre côté, je pourrais leur proposer le même marché qu’à Toris à ta fête d’anniversaire », dit-elle en réfléchissant vite.

Gabrielle fronça les sourcils. « Je ne me souviens pas… qu’est-ce que c’était ? »

« Elles sont les bienvenues si elles veulent t’embrasser… mais elles doivent me battre en combat singulier avant. » La guerrière rit. « De cette façon… tu te plies à la tradition… mais… »

A contrecœur, un minuscule sourire tira le coin des lèvres de la barde. « Je présume que ça résoudrait le problème… personne n’oserait. »

« Quoi ? Tu veux rire ? Je me dis que je finirais par me battre avec toute la Nation. » La voix de Xena devint très sérieuse. « Gabrielle ? »

Le regard vert vint se poser sur elle. « Oui ? »

« Est-ce que tu pensais vraiment que j’allais me tenir à l’écart et laisser tout un village d’Amazones déchaînées t’embrasser ? » Elle leva la main et prit le menton de la barde. « Est-ce que tu penses que je resterais à l’écart et laisserais UNE SEULE Amazone t’embrasser ? »

Les sourcils clairs battirent tandis que la barde clignait de l’œil pour enlever quelque chose. « Non ? »

« Eph aura bien de la chance si elle peut ne serait-ce que te serrer la main. » Une pause. « Avec des gants. »

A la fin, un sourire fronça le visage de Gabrielle. « Je suis trop sensible, c’est ça ? » Demanda-t-elle ironiquement. « Nous le sommes toutes les deux. » Et d’où cette petite touche d’insécurité provient-elle ? Dieux… pauvre Xena.

Est-ce que c’est le cas ? Xena soupira intérieurement. Oui, je présume que oui. « Si tu veux la vraie vérité… » Admit la guerrière calmement. « Je pense que je préférerais rester ici, seule avec toi, plutôt que d’aller là-bas. » Elle soupira et regarda vers les arbres. « Je sais que les choses… sont différentes de la fois dernière, mais… peut-être que ça m’énerve un peu. »

« Moi aussi. » Une admission encore plus calme. « J’ai hâte de revoir tout le monde, mais… j’ai toujours l’impression que je suis en parade là-bas. » Elle s’interrompit et réfléchit. « Je ne sais pas si… pour une certaine raison, ça m’effraie cette fois-ci. » Elle se sentit immédiatement mieux, ayant déposé ce fardeau et elle put voir une lueur de soulagement dans les yeux de la grande femme également. « Est-ce que ça a du sens ? »

Xena hocha la tête. « Parfois… » Elle s’interrompit et réfléchit. « Je me sens comme un oignon dont on aurait enlevé une couche de trop quand je suis avec elles. »

Gabrielle cligna, surprise par le commentaire. « Xena, il y a beaucoup de personnes dans la tribu amazone qui ne t’aiment pas seulement, elles t’admirent… je pense que tu le sais, pas vrai ? » Elle mit la main sur le bras de son âme sœur, sentant les muscles se contracter un peu sous ses doigts. « Et tu n’as rien à prouver à quiconque là-bas, tu m’entends ? »

La guerrière garda le silence un instant, jouant avec le lacet de sa botte. « Ce n’est pas ça… c’est… » Xena soupira. « La plupart des endroits où nous allons… les gens considèrent qui je suis… ce que je suis… comme acquis. Je… avec les Amazones… c’est comme si elles me testaient toujours… me poussaient… comme si elles voulaient prouver que je ne suis pas aussi bonne que je pense l’être. »

La barde fut honnêtement choquée. « Tu ressens vraiment que… » Puis elle s’interrompit et réfléchit, se souvenant des défis constants de Pony, et des autres. « Chérie… je ne pense pas qu’elles te testent… je pense qu’elles se testent, elles », répondit-elle pensivement. « C’est un peu comme ces gens qui grimpent des montagnes pour s’amuser, juste parce qu’elles sont là. Je pense que tu es un peu ça pour elles. »

Xena plissa le front d’étonnement. « Hein ? »

Gabrielle mâchouilla sa lèvre. « Ce sont des guerrières. » Elle traça une ligne sur le sol près de la fourrure. « Elles sont nées pour ça… se sont entraînées pour ça… pas comme des soldats ordinaires du tout… et toi… Xena, tu es la meilleure guerrière qu’elles aient jamais connue, ou ne connaîtront… tu es leur sommet. » Elle s’interrompit. « Ce à quoi elles aspirent… alors bien sûr, elles doivent se mesurer à toi. » Elle haussa un peu les épaules. « Elles sont jalouses… et tu les défies de manière incroyable. »

Xena réfléchit calmement, son front plissé. « Tu te rends compte qu’une armée entière de mercenaires dépenaillés est plus facile à gérer que tes Amazones, pas vrai ? » Fit-elle remarquer ironiquement. « J’ai juste eu à leur botter les fesses une fois et j’en étais débarrassée. »

La barde eut un sourire en coin et s’appuya contre elle. « Je vais te dire une chose, partenaire… tu gardes les Amazones amoureuses loin de moi et je mettrai un frein aux embuscades d’Eponine, d’accord ? »

La guerrière relâcha un soupir. « Très bien… ça me va. »

Gabrielle l’étudia. « Ah oui… j’oubliais presque… veux-tu me promettre quelque chose ? »

Xena cligna des yeux. « Hum… d’accord. »

Elle sentit le contact d’un doigt fin sur son nez. « Tu ne leur diras PAS que c’est mon anniversaire après-demain. »

Une lueur dans les yeux bleus. « Très bien, Gabrielle, je te promets de ne pas leur dire que c’est ton anniversaire après-demain quand nous arriverons. » J’ai dit les bons mots… si on considère que je l’ai dit à Eph avant qu’on ne parte la dernière fois. « D’accord ? »

La barde plissa les yeux en étudiant l’air innocent de sa compagne. « Ou bien n’importe quand, QUAND nous serons là-bas », ajouta-t-elle d’un ton soupçonneux, voyant cette lueur jubilatoire imparfaitement masquée dans les yeux bleu clair.

« Ou n’importe quand, quand nous serons là-bas, compris. » Xena hocha brusquement la tête. « Je le promets. » Elle tapota sa poitrine au-dessus de son cœur.

Xena sentit le pianotement des doigts sur son genou. « Pourquoi j’ai le sentiment que tu prépares quelque chose ? »

« Moi ? » Un pouce pointé sur sa poitrine couverte. « Gabrielle… nous n’y sommes même pas encore… comment je pourrais préparer quelque chose ? » Protesta la guerrière avec un ton raisonnable. « Je n’ai pas vu ou parlé à Eph ou aux autres depuis que nous avons quitté Amphipolis et tu le sais bien. »

Calmée, la barde s’installa pour finir son ragoût, non sans jeter quelques regards méfiants vers son âme sœur. « Tu as promis, d’accord ? » Insista-t-elle. « Je veux dire… je ne veux pas qu’on en fasse tout un plat, Xena… tu sais comment elles sont. »

Xena hocha la tête solennellement. « Je promets. » Elle nettoya son assiette puis la posa et s’appuya contre l’arbre, tirant Gabrielle à nouveau contre elle, puis entourant la barde de ses bras tandis qu’elles regardaient le soleil se coucher. « Joli », dit-elle paresseusement, fixant le ciel peint de rayures colorées, qui les baignaient d’une douce lueur.

« Mm », approuva Gabrielle, les yeux fermés et ses doigts se pliant doucement contre la peau de la guerrière. « Très joli. »

Xena sourit d’aise.


Un léger bruissement fit brusquement sortir Xena de son sommeil, lever la tête et immédiatement la faire scruter de ses yeux clairs l’obscurité environnante. Elle pouvait distinguer les braises finissantes du feu et voir le faible reflet de la lumière sur la robe claire d’Argo, mais la jument semblait dormir et ne bougeait pas.

Lentement, elle concentra ses sens, entendant à nouveau le faible bruissement après une minuscule attente. Sa main alla à son chakram, placé près de sa hanche et elle enroula ses doigts autour de sa forme familière. Elle chercha Arès du regard, mais le loup était invisible et elle sentit son battement de cœur accélérer. Près d’elle, Gabrielle continuait à dormir, le corps de la barde emmêlé avec le sien et elle hésita et décida de ne pas la réveiller encore.

A la place, elle tourna la tête avec prudence, repérant le bruit suspect et amenant son regard sur le point, qui était une tache sombre dans la forêt environnante.

Le bruissement augmenta et Xena sentit son pouls accélérer, tandis qu’elle restait parfaitement immobile, seul son pouce bougeait, caressant doucement le métal tandis qu’elle attendait. Un bruit de pas étouffé et elle raidit les muscles de son épaule.

Un léger clic et les muscles de son avant-bras se contractèrent, son poignet se penchant légèrement.

Un autre bruissement. Les yeux de Xena s’étaient maintenant ajustés à l’obscurité et elle pouvait voir une ombre bouger.

Puis, dans un élan, quelque chose piqua vers elle et elle réagit, des réflexes acérés répondant sans hésitation tandis qu’elle lançait le chakram en avant d’un mouvement du poignet.

Il y eut un son étouffé puis un bruit sourd tout près et la guerrière cligna des yeux tandis qu’une plume s’élevait et atterrissait, avec une précision exquise, sur le nez de Gabrielle. La barde ouvrit brusquement les yeux et elle regarda sa compagne, puis vers le feu. « C’était quoi ? » Elle se baissa alors que le chakram revenait dans la main de la guerrière.

Xena se redressa sur un coude et examina leur attaquant. « Hum… » Un corps blanc chiffonné se tenait entre elle et le feu. « Le petit déjeuner », marmonna-t-elle en se grattant la tête. « C’est un poulet. »

Gabrielle la relâcha puis roula et l’examina. « Beuh… un poulet vraiment mort, Xena… est-ce que tu devais… hum… » Elle regarda par-dessus son épaule. « Le couper en deux ? » Elle vit la grimace sur le visage de son âme sœur. « Oups… mauvais timing ? »

Xena se roula en boule et lutta pour garder le contrôle sur son estomac. La nausée était telle qu’elle dut serrer la mâchoire tandis que son corps protestait violemment. Elle resta ainsi pour ce qui lui sembla être une éternité avant qu’un doux toucher sur sa mâchoire lui fasse cligner des yeux. Gabrielle était agenouillée près d’elle, une tasse de voyage dans la main. Avec gratitude, elle laissa la barde verser quelque chose dans sa bouche et elle avala rapidement, serrant à nouveau la mâchoire quand ça menaça de remonter directement.

Mais ça ne le fit pas, et après un moment, elle fut capable de boire le reste, tandis que les spasmes diminuaient et que son corps se détendait. « Bon sang. » Elle haleta faiblement. « Ça empire. »

La barde lui caressa les cheveux. « Je suis désolée. » Elle glissa et attira la guerrière à demi sur ses cuisses, la berçant doucement. « Je suis tellement désolée, Xe. » La voix de Gabrielle se brisa d’angoisse. « Tout est de ma faute. »

« Non… ne sois pas désolée », soupira Xena en se déroulant pour apaiser son âme sœur inquiète. « Ça ne durera pas une éternité… c’est juste un petit mal d’estomac… c’est tout. » Elle regarda par-dessus l’épaule de la barde. « D’où est-ce que vient ce poulet, par Hadès ? »

« Et plus précisément, pourquoi nous attaquait-il ? » Demanda Gabrielle, le front plissé. « Je n’ai jamais entendu parler de poulet violent, Xena. »

« Tu n’as jamais rencontré Sparky », l’informa la guerrière d’un ton blagueur. « Je ne pense pas qu’il nous attaquait… je pense que quelque chose l’a effrayé. » Elles regardèrent ensemble vers les bois. « Hum… »

Gabrielle la relâcha, sentant le mouvement tandis que les muscles de sa compagne se contractaient pour l’amener à genoux, une main autour du chakram, l’autre à la recherche de son épée.

Argo sursauta violemment et recula, hennissant de surprise. Ce qui fit se lever Xena et elle avança de trois pas vers la jument puis elle écarquilla les yeux. « Ouaouh ! »

Avec un rugissement tempétueux, un nuage de poulets roula vers elles comme une vague.

Par pur instinct, Xena se retourna et se jeta au-dessus de la barde, atterrissant sur ses coudes et genoux, faisant tomber Gabrielle au sol avec un hoquet de surprise. Des corps volants la frappèrent et des griffes acérées mordirent sa peau, tandis qu’une série bruyante de cris assaillirent ses oreilles sensibles.

Puis, comme une brume, ils furent partis.

Xena cracha une plume de sa bouche et s’assit, abasourdie. « Par les eaux troubles de la rivière Styx, c’était quoi ÇA ? » Elle examina son bras qui portait une longue et méchante éraflure, puis elle regarda Gabrielle, qui était allongée paisiblement immobile, ses chevilles croisées et ses mains sur son estomac.

« Je m’en fiche… ça peut revenir si ça signifie que je vais être entourée de beaucoup de guerrière chaude, à la respiration forte et au cœur battant », l’informa la barde avec un sourire. Elle chatouilla le ventre de Xena à travers le tissu doux de sa chemise. « Viens par ici, poulette… »

« Gabrielle, je… » Sans réfléchir, Xena se retrouva au côté de sa compagne, tandis que Gabrielle s’enroulait autour d’elle. « Je devrais… je… » Une chaleur paisible l’enveloppa. « Mais les… les poulets… » Ses bras s’enroulèrent autour de Gabrielle et elle oublia les poulets… tout ce qui importait, c’était la peau douce sous ses doigts, toute pensée de danger évaporée dans un brouillard chaud qui la submergea et la fit s’arrêter de s’inquiéter de tout sauf de ce qu’elle ressentait.

« Xena. » Une voix douce dans son oreille et une secousse sur son épaule. Sursautant, elle se réveilla et cligna des yeux avant de les ouvrir dans la lumière brumeuse de l’avant-aube, croisant des yeux verts légèrement inquiets.

« Heu », croassa-t-elle, très confuse.

« Tu vas bien ? » Demanda la barde doucement. « Tu parlais dans ton sommeil… quelque chose sur les poulets. » Elle hésita. « Je ne… je veux dire… tu ne fais pas ça habituellement. »

Xena se frotta les tempes d’une main. « Un rêve », marmonna-t-elle. « Vraiment étrange… que… » Elle s’assit à demi et repéra Arès bien enroulé à ses pieds, son regard posé sur elle. « Arès… je me suis réveillée… il… était parti… mais il y avait ces bruits… et… » Elle mit la main sur sa poitrine, désorientée. « C’était si réel… j’ai entendu un bruit… puis ce poulet nous a attaquées… et… »

« Oh… oh… tigresse… » Gabrielle la fit s’allonger, pressant ses épaules. Elle s’était réveillée pour trouver le corps de son âme sœur secoué et agité, et des légers murmures en émanaient, ce qui avait fichu une frousse bleue à la barde. « Doucement… » Elle se mit à côté d’elle, glissant un bras réconfortant sur l’estomac de la guerrière. « Ce n’était qu’un rêve. »

« C’était si réel », dit Xena doucement. « Je… j’avais des nausées et toi… » La confusion était douloureusement évidente dans ses yeux. « Je ne fais pas ce genre de rêve habituellement », songea-t-elle sobrement. « Je ne pense pas que j’aime ça. »

La barde pinça les lèvres. « Et bien… ce ragoût était plutôt épicé hier soir… peut-être que… » Elle tapota le ventre de son âme sœur. « Après tout, tu en as mangé deux assiettes… ça aurait pu être quelque chose là-dedans ? Je sais que j’avais mis des champignons… mais c’était les bons que tu m’avais montrés. »

Xena soupira en réfléchissant. « Peut-être bien », reconnut-elle désabusée, puis elle bâilla tout en regardant l’aube brumeuse. « Et bien, il est temps de se lever quoi qu’il en soit… nous devrions arriver chez les Amazones aujourd’hui. » Elle prit son chakram et l’examina avec curiosité. Pas de traces de sang dessus. « J’ai tué un poulet dans mon rêve. »

« Ecoute… tu as dû te souvenir que tu m’avais entendue t’en parler hier soir, c’est tout. » Gabrielle rit. « Je t’ai dit qu’Arès en avait attrapé un… et tu m’as demandé ce que des poulets pouvaient faire dans la forêt, tu te souviens ? »

La guerrière ricana doucement. « Oui. » Elle s’assit et vérifia son épaule, pour y trouver de la peau douce et sans marque, et elle se contenta de secouer la tête. « C’était tellement vivace… peut-être que tu as raison… je n’aurais pas dû reprendre du ragoût. » Elle soupira d’un air désabusé. « Mais il était vraiment bon. »

La barde s’étira puis pressa doucement sa cuisse. « Merci… mais je mettrai moins d’épices la prochaine fois, je pense… si ça doit te causer des problèmes. » Elle leva les yeux. « Je ne pense pas que tu auras ce problème au village. »

« Ah… non. » Xena eut un large sourire. « Pas avec tes cuisinières Amazones, ma barde. » Elle se leva puis tendit la main à sa compagne. « Viens… on y va. »


« Eponine, qu’est-ce que tu fais là ? » La garde Amazone aux cheveux châtains lança un regard à la sévère maîtresse d’armes. « Tu es en manque d’étudiantes à tabasser ou quoi ? »

Elles étaient accroupies sous une canopée serrée, qui couvrait le petit poste de guet. Une pluie lourde et épaisse frappait de toute part, secouant les feuilles avec enthousiasme. Le poste de guet était installé dans un arbre bas qui se trouvait sur un petit promontoire au-dessus de la vallée et était le point d’entrée principal du territoire des Amazones. Un chemin sinuait en s’éloignant d’elles en bas d’une colline et disparaissait dans le feuillage épais.

Eponine s’adossa au tronc, entourant ses genoux de ses bras forts tandis qu’elle était solidement assise à regarder dehors. « Je pensais juste passer dans le coin… tu as un problème avec ça ? » Dit-elle, une note de défi dans la voix. « Vous jouez aux cartes ou quoi là-dedans ? J’interromps quelque chose ? » Ses yeux couleur caramel allèrent d’abord vers la petite femme puis vers la grande brune élancée derrière elle.

« Sors d’ici », lâcha la petite femme, en lui donnant une tape sur le genou. « Mais tu es venue ici quatre fois ces trois derniers jours… qu’est-ce que tu attends, par Hadès ? »

Le regard acéré d’Eponine se concentra sur quelque chose et un petit soupir de soulagement releva le coin de ses lèvres. « Ça. » Elle montra le chemin du menton et elles se tournèrent pour regarder.

Un cheval jaune clair se frayait un chemin prudemment sur la piste boueuse, suivi par un loup mouillé et couvert de boue. « Ah ah. » La sentinelle gloussa. « Le mystère est résolu. »

Eponine sourit tout en étudiant Argo qui balançait sa tête dans la pluie. Xena était assise très en arrière sur la selle de la jument et Gabrielle était devant elle, blottie contre la cape de la grande femme, seule sa tête ressortant. Elle était appuyée contre la guerrière et tournait occasionnellement la tête pour la regarder, comme si elle expliquait quelque chose.

La maîtresse d’armes soupira dans un soulagement silencieux. Même de là, elle pouvait voir le sourire sur le visage de la barde et l’attitude détendue dans les épaules de Xena qui signifiait que tout allait très bien… Pas qu’elle s’attende à autre chose, mais… on ne savait jamais. Pas avec ces deux-là, en tous cas… et elle était vraiment contente de les revoir. Tandis qu’elle les observait, Gabrielle dit une chose qui fit éclater de rire la guerrière, à laquelle elle se joignit.

De toute évidence, Xena la tenait parce qu’elle l’attira plus près et la barde leva les yeux vers son visage avec une telle expression d’adoration totale que c’en était presque embarrassant à regarder. « Dieux », marmonna Eponine. « Elles forment une publicité ambulante pour Aphrodite, pas vrai ? »

Les sentinelles se mirent à rire et secouèrent la tête, tandis que la grande guerrière retournait le regard avec un sourire affectueux et effleurait de ses lèvres les cheveux décoiffés et mouillés de sa compagne. Puis son regard clair et acéré se leva et elle regarda directement Eponine bien que la maîtresse d’armes fût sûre qu’elle ne pouvait pas la voir. Mais ce regard continua jusqu’à ce qu’elle jure doucement et se penche en avant, remuant la main vers Xena qui arborait un sourire narquois évident. « Cette maudite femme voit à travers les rochers, je le jure », marmonna-t-elle en recevant un rire étouffé des sentinelles.

Gabrielle remuait maintenant un bras nu qui sortait de sous sa petite grotte de tissu, vu que les mains de Xena étaient apparemment occupées. Avec un soupir agacé, Eponine tira la capuche de sa cape et sortit de dessous la canopée feuillue, sautant dans les feuilles mouillées et courant à petits pas sur le chemin vers les arrivantes.

« Hé… regarde qui on a gagné comme escorte », commenta Gabrielle tout en regardant Eponine qui émergeait des arbres. « C’est un compliment. »

Xena garda ses pensées pour elle, mais elle se serra plus fort contre la barde, savourant la chaleur de leur contact et le mouvement souple de Gabrielle sous son bras couvert et protecteur. En fait, songea-t-elle, elle était contente que ce soit Eponine qui les attende, parce qu’elle avait développé une affection pour l’Amazone habituellement revêche et elle se sentait plus à l’aise avec elle qu’avec les autres. Elle laissa alors un demi-sourire pointer sur ses lèvres tandis que la femme musclée marchait sur le chemin pour s’arrêter en glissant un peu sur la boue près de l’épaule d’Argo. « Bien bien… regardez ce que la pluie a poussé en bas de la colline », dit-elle d’un ton traînant en échangeant des hochements de tête brefs et guerriers avec Eponine.

« Hé ! » Gabrielle repoussa la capuche de l’Amazone et lui ébouriffa les cheveux, souriant dans un salut honnêtement heureux. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Elle réfléchit brièvement à sauter à bas du dos de la grande Argo, mais elle était vraiment à l’aise où elle se trouvait et il ne semblait pas non plus que Xena allait la laisser aller où que ce soit pour l’instant, alors… Elle s’adossa contre la sécurité solide derrière elle et rit lorsqu’Eponine remit sa capuche.

« Ma reine. » Eponine sourit d’un air espiègle. « Eph m’a envoyée pour garder un œil dans les environs pour vous guetter. » Elle tapota l’épaule d’Argo. « Elle espérait que vous arriveriez à temps… mais  nous n’étions pas sûres de savoir quand vous aviez quitté Amphipolis, alors… » Elle leva la tête. « Salut, Xena… tu ressembles à une belette à moitié noyée. »

Un haussement de sourcil noir et mouillé. « Pareil ici », dit la guerrière en traînant, poussant Argo un pas plus près de la femme robuste. « Comment va Eph ? »

Eponine regarda au loin puis revint vers elle. « Elle va bien… elle a hâte de vous voir », répondit-elle tranquillement. « Tout le monde a hâte… on ne les a pas entendu parler d’autre chose depuis une quinzaine de jours à part le festival. »

Les doigts de Gabrielle trouvèrent la main de sa compagne et elle la pressa, recevant en réponse une flexion des muscles. « Génial… allons-y… nous avons chevauché une grande partie de la journée sous la pluie… je me sens comme un raisin sec. »

Plus loin sur le chemin, elles arrivèrent à une garde d’honneur, alertée par un signal du poste de guet, qui se reforma autour d’elles avec une efficacité détrempée tandis qu’Eponine les menait le long du chemin étroit et long qui menait au village. Gabrielle maintint un flot de discussion, échangeant des plaisanteries avec la garde et racontant une histoire ou deux tandis qu’elles avançaient.

Xena garda le silence, écoutant la voix claire de son âme sœur et observant la forêt autour d’elles. Ses défenses étaient au plus haut et solidement en place malgré le fait qu’elle allait dans un camp d’alliées. Trop d’histoire, songea-t-elle ironiquement. Je ne pense pas que je me sentirai jamais à l’aise ici, plus maintenant. Elle relâcha un petit soupir et posa sa joue sur les cheveux mouillés de la barde. Gabrielle le sentit et sa voix faiblit un moment, mais elle continua tandis que ses doigts se mêlaient à ceux de son âme sœur.

Finalement, elles passèrent l’arche à travers laquelle une scène active, bien que détrempée, se produisait tandis que le village se préparait pour dîner, des travailleuses courant sous la pluie avec des nattes tissées sur leur tête et des éclaireuses se précipitant partout vêtues de capes imperméables.

Le village des Amazones était artisanalement fait de deux grands cercles joints en leur centre par la salle à manger communale. Autour du centre des deux cercles se trouvaient les quartiers de vie et les huttes dédiées aux guérisseuses, aux artisanes, et à un bout, aux quartiers de la régente et de la reine.

Des cris de bienvenue s’élevèrent quand elles furent repérées et Xena, plus grande, eut l’avantage de voir la silhouette d’Ephiny qui courait sans cérémonie, quelques secondes avant son âme sœur. « Salut… » Elle poussa l’épaule de Gabrielle. « Tu veux descendre ? »

Gabrielle se tourna à demi et la regarda droit dans les yeux. « Non », dit-elle fermement. « J’aime bien être où je suis. »

Xena cligna des yeux, légèrement surprise.

« Mais je présume que je devrais, hein ? » Continua la barde avec un soupir, tandis qu’elle relâchait les bords de la cape de Xena et laissait la pluie la frapper. Elle passa une jambe par-dessus le cou d’Argo et prit le bras tendu de la guerrière, qui la fit descendre proprement sur le sol. « Hé Eph ! » Elle se hâta pour aller à la rencontre de la régente, passant les bras autour d’elle joyeusement. Ephiny rit en l’étreignant à son tour.

« Bien bien… tu es là alors. » La régente sourit en lui prenant les épaules pour la tenir à distance de bras. « Gabrielle, tu as l’air resplendissante. » Elle lança un regard d’approbation à la jeune femme. « Mouillée, mais resplendissante. »

Gabrielle lui sourit. « Toi aussi. » Elle retourna le compliment. « C’est une nouvelle tenue en cuir, hein ? J’aime bien… cette couleur te va parfaitement. »

Xena les regarda un moment puis sortit les pieds des étriers d’Argo et glissa à bas, atterrissant avec une légère éclaboussure sur le sol boueux tout en ajustant sa cape.

Ephiny écarta doucement la barde du chemin et se dirigea vers sa grande compagne, une main tendue. « Salut, Xena… bienvenue… c’est bon de te revoir. »

C’est définitivement différent de la dernière fois, songea la guerrière ironiquement en saisissant le bras de la régente, surprise quand la jeune femme l’attira dans une brève embrassade. Elle la rendit avec un léger embarras, puis elle relâcha un souffle retenu. « C’est bon aussi de te revoir, Ephiny. » Elle sourit et fit un signe de tête sur la gauche. « Merci d’avoir envoyé un groupe d’accueil. »

La régente rit. « Pas de problème… mais sortons de cette pluie avant d’être toutes malades. »

« Oui… bonne idée », dit Eponine d’un ton joyeux. « Tu n’avais pas une cape la dernière fois que je t’ai vue ? »

Ephiny prit un air innocent tout en prenant le bras de Gabrielle pour l’emmener au bout du cercle. « Alors… Gabrielle… quoi de neuf ? » Elle sourit à son amie.

Xena se mit derrière elles, menant Argo tandis qu’Eponine la rejoignait, secouant la tête en marmonnant. « Hé. » La guerrière lui donna un petit coup. « Tu parles toute seule. Ce n’est pas bon. » Elle tourna son regard en entendant des pas approcher. « Salut Cait. »

« Salut. » La jeune fille s’arrêta en lui faisant un grand sourire. « C’est génial de te revoir… je peux m’occuper d’Argo ? » Elle avait un peu grandi, remarqua Xena, et elle commençait à s’étoffer un peu sous le dur régime des Amazones. Ses cheveux blond clair étaient retenus par une tresse à l’arrière et ses yeux gris brillaient.

« Viens par ici. » La guerrière lui fit signe de s’avancer et quand elle les rejoignit avec joie, elle mit un bras autour d’elle et la serra. « Bien sûr… tu vas bien ? »

Cait rendit l’étreinte avec enthousiasme. « Dieux, tu es horriblement mouillée… tu as été sous la pluie toute la journée ? » Demanda-t-elle. « Tout va super bien, merci. » Elle sourit. « Je peux la prendre ? Je vais m’assurer qu’on la sèche et qu’on lui enlève les morceaux de boue des sabots.”

« Elle va aimer ça », répondit Xena en lui tendant les rênes avant de décrocher les sacoches que portait la jument. « Attends un peu… que je prenne ça. » La guerrière les passa par-dessus une épaule. « Et voilà… merci Cait. »

« Génial… je passerai plus tard pour vous saluer, d’accord ? » La jeune fille fit un bruit de langue à Argo qui la poussa familièrement du museau. « Allez, Argo… on a du bon foin sec pour toi. »

Xena les regarda partir dans la brume et se retourna vers Eponine qui attendait tranquillement. « Tout s’est bien passé ici ? » Demanda-t-elle d’un ton ordinaire, tandis qu’elles repartaient rejoindre la barde et la régente qui se trouvaient hors d’écoute.

Une légère hésitation. « Oui… tout va bien… et bien, je veux dire, tu nous connais, Xena… des chicaneries comme des foies de volaille en boîte, mais… » La maîtresse d’armes leva une main et la laissa retomber. « Ça a été tranquille… paisible pour changer, vraiment. » Elle regarda le visage anguleux tourné vers elle. « Nous avons toutes hâte que le festival commence… je suis contente que vous soyez venues pour ça. »

« Contente de le pouvoir aussi. » La guerrière tria mentalement plusieurs options puis modula son ton vers un calme intérêt. « Alors… comment va Ephiny ? » Tout en marchant, elle regarda un petit oiseau qui passait au-dessus de leur tête, avec les plumes remuées et la tête baissée face à la pluie. « Elle guérit bien… pas de maux de crâne ? » Elle regarda l’Amazone aux cheveux noirs du coin de l’œil, sachant qu’elle avait une raison légitime de poser la question, puisque c’est elle qui avait soigné la régente après son attaque vicieuse dans le camp des esclavagistes.

« Oh… oui… oui… elle va très bien », répondit Eponine. « Génial… pas de mal de crâne… en fait, elle n’a pas eu plus qu’un ongle cassé depuis qu’on est revenues… ça a été génial. »

Xena fit encore quelques pas, regardant un lézard passer vite près de ses bottes noires couvertes de boue. « Mais ? » Demanda-t-elle calmement.

Une pause. « Mais quoi ? » Répondit lentement Eponine.

Xena la regarda, un sourcil haussé. « Mais tu es nerveuse comme une jument en rut dans un troupeau d’étalons, alors… y a-t-il un problème ? » Répondit-elle carrément.

Eponine soupira bruyamment. « C’est pas juste, Xena… tu n’es pas supposée faire la conversation sensible… tu me fiches la trouille. »

Elles firent quelques pas silencieusement. « Tout va bien… honnêtement », ajouta finalement l’Amazone avec fermeté. « Je… je présume que j’ai suivi ton conseil… après que nous sommes rentrées, et les choses se sont arrangées… je… ça a été bien. Bien. Vraiment. »

Xena mit les mains dans son dos et hocha aimablement la tête. « C’est bon à entendre. »

« Alors… comment ça va ? » Demanda Ephiny en penchant la tête pour regarder son amie et reine.

Gabrielle sourit tranquillement. « Vraiment bien. » Elle fit une pause, rassemblant ses idées, ouvrant la bouche pour préciser sa pensée, puis elle la referma. Un léger haussement d’épaules. « Vraiment bien… nous… venons de quitter une cité à l’ouest… ils avaient plein de problèmes que nous avons dû régler et il y avait cette armée que Xena a dû arrêter, et ensuite… »

« Oooh. » Ephiny mit une main sur la bouche de la barde. « Une armée. Xena. Arrête. » Elle s’interrompit. « Des détails. »

La barde rit. « Plus tard… je te raconterai toute l’histoire… elle est longue », assura-t-elle à l’Amazone. « Je me sens très bien, Xena se sent très bien… que puis-je dire de plus ? » Elle regarda la régente pensivement. « Alors… toi, comment tu vas ? Tu te sens bien ? Tu as l’air d’aller mieux.”

Ephiny fit une pause puis hocha lentement la tête. « Je vais bien », déclara-t-elle sobrement. « Je heu… j’ai eu une mauvaise petite période quand nous sommes rentrées au début, mais Pony a vraiment été là pour moi, et… ça s’est arrangé… elle m’a vraiment sauvé la vie. » Elle jeta un coup d’œil derrière elle avec un sourire chaleureux et appréciateur, puis elle retourna son attention vers Gabrielle. « Tout va bien. »

Gabrielle mit le bras autour de ses épaules. « C’est bien de l’entendre, Eph… j’étais un peu inquiète à ton sujet… Xena aussi. » Elle sourit à la régente. « C’est bien que Pony ait été là pour toi… c’est si important », dit-elle tranquillement. « Je suis tellement contente que vous vous soyez rapprochées autant… je suis contente pour vous deux. »

La régente sourit avec nostalgie. « Oui. »

Le regard de la barde alla sur son visage, y lisant des émotions conflictuelles et elle plissa légèrement le front. « Ça va bien pour vous deux ? »

« Oh oui ! » L’expression d’Ephiny s’éclaira d’un coup. « Personne ne veut le croire, mais… oui, nous… ça a été génial. » Elle se retourna brusquement. « Hé… en parlant de ça, où sont-elles ? Ne me dis pas que Pony a déjà traîné Xena à l’armurerie… »

Puis elle repéra les deux guerrières brunes qui marchaient lentement derrière elles. « Hé vous deux ! » La voix d’Ephiny résonna et elles regardèrent toutes deux la régente et la barde qui se tenaient devant les quartiers assignés de Gabrielle avec les mains sur les hanches. Xena lâcha Eponine temporairement et allongea ses foulées pour les rattraper rapidement.

« D’accord… d’accord… » La guerrière leva ironiquement une main. « Je devais m’assurer qu’on s’occupait bien d’Argo. »

Arès les rejoignit et se secoua vigoureusement. « Hé ! » Cria Ephiny en évitant la boue volante.

Elles passèrent sous l’auvent devant la hutte de la reine et se tinrent là un moment, contentes d’être sorties de sous la pluie. « Ecoutez… pourquoi vous ne vous installeriez pas avant de nous rejoindre à la salle à manger… le dîner est presque prêt. On pourra discuter là-bas, d’accord ? » Ephiny se passa la main dans ses cheveux blonds bouclés et en secoua un peu d’eau. « Je pourrai vous expliquer les plans pour le festival. »

« Ça me paraît bien. » Gabrielle sourit en tapotant son estomac. « Surtout la partie sur le dîner. » Elle leur fit un petit signe de la main tandis qu’elles ressortaient sous la pluie et couraient côte à côte, puis elle se tourna vers sa compagne et pencha la tête. Les regards bleu et vert eurent une compréhension ironique.

« Il se passe quelque chose avec ces deux-là », dirent-elles simultanément, puis elles rirent doucement. Xena poussa la porte et fit signe à Gabrielle d’entrer. « Allez, Rouquine… je suis trempée. » Elle suivit la barde et referma la porte, contente d’être sortie de sous la pluie. La hutte n’avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois, un lit sommaire, mais confortable était poussé contre le mur du fond ; il y avait une petite zone où plusieurs personnes pouvaient s’asseoir et parler autour d’une table basse et un bureau avec une chaise solide se trouvait derrière elle. La guerrière lâcha leur équipement sur le sol près de la fenêtre et s’agenouilla, sortant son matériel pour allumer un feu.

Gabrielle la regarda allumer les chandelles de la hutte et l’intérieur prit une couleur dorée. « Alors… tu as réussi à sortir quelque chose d’Eponine ? » Demanda-t-elle, en se glissant derrière elle pour détacher sa cape qu’elle prit et mit dans la petite pièce connectée à leurs quartiers et qui contenait un bassin pour se laver et une zone pour se nettoyer. « Je ne pense pas que ce soit… et bien, je ne sais pas quoi penser, vraiment. Qu’est-ce que tu en penses, toi ? »

Xena sortit des vêtements secs pour elles deux et lança les siens à la barde. « Je pense que tu ferais mieux de sortir de ces habits mouillés, voilà ce que j’en pense. » Elle haussa un sourcil pensivement vers son âme sœur. « Et pour ce qui est de ce qui se passe… je ne sais pas… peut-être qu’elles ont un point à régler. » Elle prit un morceau de tissu bien usé et frotta avec énergie le pelage trempé d’Arès, le faisant se dresser dans toutes les directions. « Et voilà, mon gars. »

Gabrielle s’arrêta dans son geste d’enlever sa jupe et pencha la tête d’un côté. « Un point à régler ? » Elle étendit avec soin le tissu pour le mettre à sécher dans la petite antichambre et ajouta son top court. « Qu’est-ce que tu entends par là ? »

La guerrière leva les yeux, un sourire recourbant ses lèvres tandis qu’elle regardait le corps nu et éclairé par la chandelle de sa compagne. « Sais pas… mais ça semblait bien, non ? » Marmonna-t-elle, en se relevant pour enlever sa cuirasse. « Peut-être qu’elles travaillent encore sur ce qui est arrivé à Eph, ou un truc comme ça. » Elle haussa les épaules. « On finira bien par le savoir. »

La barde avança à grands pas vers elle et tira sur les attaches de sa combinaison en cuir trempée. « Tiens… laisse-moi faire ça. »

« Gabrielle… je suis parfaitement capable de me déshabiller moi-même », dit Xena, mais elle baissa les bras quand même.

« Oh… je sais bien », l’assura la jeune femme. « Mais tu n’as pas… » Elle baissa une des attaches et embrassa la peau nue qu’elle révélait. « Autant d’amusement. » L’autre attache et un autre baiser. « A le faire que moi. » Elle fit maintenant glisser la combinaison et se rapprocha. « Mmm. »

Xena regarda la chair de poule le long du bras de la barde. « Tu as froid ? » Dit-elle doucement d’un ton rauque, tandis qu’elle entourait Gabrielle et la rapprochait dans un contact solide.

« Non non », souffla la barde, réchauffant une partie de la peau de Xena autour de sa clavicule. « Pas du tout. » Elle laissa ses mains remonter lentement le long du dos de Xena, sentant l’ondulation du mouvement tandis que la guerrière prenait une inspiration irrégulière, à peine intriguée par le fait qu’après tout ce qui s’était passé, elles pouvaient encore se faire cela sans plus d’effort. Ce fut son tour de hoqueter tandis que Xena bougeait et qu’elle-même s’appuyait contre une cuisse musclée dont la chaleur envoya des frissons à travers son corps.

Et bien, elles avaient du temps avant le dîner, pas vrai ?

Avec un léger haussement d’épaules, Gabrielle relâcha ses défenses et libéra pleinement son corps qui répondit avidement au doux toucher de son âme sœur. Elle sentit une main sur sa nuque et elle pencha volontiers le visage pour rencontrer les lèvres de la guerrière qui captura les siennes, puis continua à explorer chaque pouce de sa mâchoire, mordillant légèrement son lobe d’oreille, ce qui fit sortir un doux son des profondeurs de sa gorge.

Xena recula un peu, l’observant, ses cils battant sur sa peau sensible. « Tout va bien ? » Le murmure était presque à l’intérieur de son oreille et les sons semblèrent la traverser tout entière.

« Ou… oui. » Elle réussit à balbutier, se pressant un peu plus. « Je… je… » Des doigts dansèrent sur sa peau et sa gorge se noua, arrêtant sa phrase.

« Tu aimes ça ? » La question de Xena réchauffa le côté de son cou tandis qu’elle la caressait doucement. Sa réponse fut un mot doux et incohérent. Il y avait un banc capitonné bas sous la fenêtre et elle y porta la barde puis elle s’allongea complètement dessus, sans jamais arrêter ses touchers. « Monte la garde, Arès… » Elle s’interrompit un instant, la respiration irrégulière. « Si une fichue Amazone s’approche, tu lui mords les fesses, compris ? »

Le loup éternua puis trotta vers la porte et s’allongea devant.


Encore quelques minutes, se promit Xena. Ensuite on se lève, on s’habille et on va faire le spectacle pour les Amazones. Elles auraient vraiment dû s’affairer il y a une demie marque de chandelle, mais c’était tellement confortable d’être allongée là, emmêlée avec le corps endormi de Gabrielle, qu’elle n’avait pas pu se pousser elle-même suffisamment pour bouger.

En plus, raisonna-t-elle, connaissant les Amazones, ça allait être une longue nuit. Il valait mieux que Gabrielle se repose un peu avant, pas vrai ? Elle était allongée sur le dos, à demi redressée contre le côté capitonné du canapé bas avec la barde étalée sur elle, ses cheveux blond-roux tombant ébouriffés sur sa poitrine et ses épaules.

Les quelques minutes passèrent paisiblement, tandis que la guerrière regardait nonchalamment la chandelle tout près vaciller. C’était risqué, Xena le savait, tandis qu’elle réfrénait un bâillement paresseux. Tôt ou tard, Ephiny ou Eponine ou bien les deux, ou l’une de leurs lieutenantes viendrait renifler à leur recherche. Personnellement la guerrière n’avait pas d’objection à être prise en train de se blottir nue avec leur jeune reine, mais elle savait que ça avait de l’importance pour Gabrielle.

Elle rougirait à mort, en fait, et elle se plaindrait à sa compagne pour l’avoir laissée dormir aussi longtemps. Alors… A contrecœur, Xena passa un doigt sur le dos de la barde. « Gabrielle ? » Elle garda sa voix basse pour éviter de surprendre la jeune femme.

Un bruit étouffé s’échappa de la barde qui resserra sa prise. « Gabrielle n’est pas là… vous pouvez lui laisser un message », marmonna-t-elle en mettant un nez ensommeillé sur la peau nue de Xena.

« Allons… il faut qu’on aille voir les gens. » La voix de Xena portait un léger rire.

« Ils peuvent voir mes fesses », répliqua Gabrielle, en gardant les yeux fermement clos.

« Bien. » Xena leva la tête avec une observation légèrement amusée. « Si elles entrent ici maintenant, elles le feront sûrement. » Elle tendit la main et chatouilla la partie en question. « Et elles sont mignonnes. »

Un œil vert apparut et se fixa sur elle. « Tu es méchante », grommela la barde.

Haussement des deux sourcils noirs. « Moi ? J’essaie juste de t’éviter les ennuis, mon amour… imagine Eponine qui entre à l’instant. »

Gabrielle soupira et ouvrit l’autre œil. « Tu t’évites les ennuis à toi aussi », rouspéta-t-elle. « Dis-moi que tu ne serais pas embarrassée. »

Xena rit et laissa avec emphase son regard se balader sur leurs corps emmêlés. « Nan », répliqua-t-elle joyeusement. « Tu es la plus belle chose de cet endroit… ça ne me gênerait pas du tout. » Elle eut un sourire pour la barde rougissante. « Et sans compter que ça rehausserait ma réputation. »

Gabrielle s’éclaircit la voix. « Alors. Qu’est-ce qu’on va faire d’Eph et Pony ? » Elle changea de sujet avec une intention énergique, tandis qu’elle attendait que sa rougeur diminue.

Sa compagne se mit à rire.

« Ce n’est pas une réponse. » La barde la poussa dans les côtes. « Nous devons avoir un plan. » Elle insista. « Et quoi qu’il en soit, peut-être que si on les maintient suffisamment occupées, elles oublieront qu’elles doivent prendre leur revanche sur ce truc de nappage bleu. »

Xena leva les yeux au ciel. « Vrai… j’avais oublié ça… mais… » Elle écarta les boucles errantes des yeux de Gabrielle. « Elles en avaient après moi pour ça… pas toi… tu te souviens ? »

Gabrielle la regarda sérieusement. « Xena, il n’y a pas de moi et de toi ici. Juste nous deux. » Elle caressa la mâchoire de la guerrière, la respiration coupée, puis elle reprit. « Et elles le savent bien. » Elle posa la tête sur la peau douce pendant un instant, se contentant de savourer la proximité.

Xena l’étreignit un long moment. « Allez », finit-elle par dire doucement. « Je pense que j’entends la voix d’Ephiny qui se rapproche. »

Pendant un instant, elle pensa que Gabrielle allait se rebeller. La barde restait immobile, seules ses mains étaient tendues, comme si elle ne voulait pas relâcher sa prise. Puis elle soupira doucement et se redressa avant de se lever et d’aller vers leurs sacs pour prendre un jeu de vêtements.

« Ordinaire ce soir, hein ? » La barde regarda par-dessus son épaule avec un air mélancolique. « Je ne suis pas d’humeur à mettre les trucs en cuir. »

« Tu es la Reine », lui rappela Xena avec un sourire, en tirant une tunique en coton de son propre sac avant de l’enfiler. Elle laissa les plis s’installer sur son corps puis elle serra la ceinture usée autour de sa taille. Les bouts du vêtement tombaient à mi-cuisses et elle ajusta un peu les manches tandis qu’elle regardait Gabrielle passer une de ses vieilles chemises, qui arrivait à hauteur des genoux sur la jeune femme, qui dut également rouler les manches. « Je vais juste devoir demander aux tisserandes de faire tes nouvelles chemises avec deux tailles supplémentaires, c’est tout. » Elle rit.

« Tch. » Gabrielle serra le tissu doux et large contre elle. « Ce n’est pas la même chose, Xena, et tu le sais bien. » Elle renifla sa manche puis sourit. « Elles sentent comme toi… et je sais que tu les as portées… c’est… je ne peux pas l’expliquer. »

Xena rit, se leva et alla derrière elle, puis elle l’entoura pour une brève étreinte. « Tu pars en avant… je pense que tu es mignonne là-dedans. » Puis elle secoua un paquet devant les yeux de la barde. « Hé… je me demande ce que ça peut être ? »

Le regard de Gabrielle s’éclaira et elle tendit la main, mais la guerrière recula l’objet et dansa loin de sa portée. « Où est-ce que tu as eu ça ? » Demanda la jeune femme en tournoyant pour lui faire face.

La guerrière sourit en faisant passer le paquet d’une main à l’autre. « Oh… je ne sais pas. »

Un œil noir. « Est-ce que c’est ce que je pense ? » La barde mit les mains sur ses hanches.

Xena battit innocemment de ses cils noirs. « Peut-être. »

« Xeeeeennnnnaaaaaaaa… » Gabrielle bondit en avant. « Ce n’est pas gentil de me taquiner avec ça… surtout quand j’ai faim. »

La guerrière glissa d’un pas en arrière, reniflant le paquet. « Hmmm… je pense que je sens… des noix… de la cannelle… »

La barde plongea en avant et tendit la main vers le paquet, grognant quand elle manqua la forme fuyante de sa compagne. « Reviens par ici, méchante. »

Les yeux jaunes d’Arès s’agrandirent et il fonça sous le lit, clignant des yeux depuis une place relativement sûre.

Avec détermination, Gabrielle suivit sa proie, plongeant d’avant en arrière avec une attaque calculée pour piéger son âme sœur dans un coin. Elle la repoussa au-delà du bureau et vers l’arrière de la pièce, puis elle sourit en entrant dans l’espace entre le lit et la zone de travail, bloquant toute échappatoire. « J’tai eue. »

Xena rebondit plusieurs fois et remua le paquet, ses yeux brillant de pure espièglerie et un sourire taquin sur les lèvres.

La barde avança de deux pas puis elle attaqua soudainement, visant non pas le paquet, mais sa grande compagne, la faisant tomber pour les faire atterrir sur le tapis du foyer tandis qu’elle chevauchait la forme riante de Xena avec triomphe, et elle plongea à nouveau vers sa récompense. « Ahhhh HAH ! ! ! »

« Gabrielle… c’est de la folie. » Xena rit impuissante, clouée au sol.

La barde attrapa le paquet. « Salut delafolie. Je m’appelle Gabrielle et nous allons être de grandes amies », la salua-t-elle joyeusement, en arrachant un bout de l’emballage. « Pendant une courte période, jusqu’à ce que je te mange. » Elle eut un sourire démoniaque. « Oooh… il y a des petits morceaux de fruits là-dedans, et des noix… et des épices… Xena, c’est mon préféré. »

La guerrière mit les mains derrière sa tête et la regarda affectueusement. « Non… vraiment ? » Demanda-t-elle ironiquement, l’ayant demandé spécifiquement au boulanger qui avait voyagé avec la caravane de marchands qu’elles avaient dépassée deux jours avant.

Gabrielle bondit faisant crier la guerrière. « Oh oui, vraiment. » Elle attrapa la dague de Xena, posée sur le bureau, et mit le pain aux noix sur la poitrine de la guerrière. « Reste tranquille, delafolie… ne remue pas partout », s’adressa-t-elle sérieusement au pain aux noix tandis qu’elle en coupait une tranche avec soin. « Mmmm… » Elle mordit dedans joyeusement, faisant tomber des petites miettes partout sur sa compagne.

« Tu pourrais me laisser me lever maintenant », dit Xena.

« Nf pquoi. » Gabrielle secoua la tête et rebondit. « Confrrtbl. » Elle brisa un morceau et le tendit. « Tnveu ? »

« Non… non… delafolie est tout à toi. » La guerrière rit, croissant les chevilles et se relaxant du mieux qu’elle pouvait. Une grande partie du poids de la barde reposait maintenant sur ses propres genoux, permettant ainsi à Xena de respirer et elle se contenta de regarder les miettes voler et se loger dans les plis de sa tunique. Elle prit avec soin un morceau et le mordit avant de hausser un sourcil.

Elles entendirent un raclement de gorge tout près et elles se tournèrent pour voir Ephiny qui se tenait dans l’encadrement de la porte, une expression d’intrigue mélangée à de l’incrédulité et un peu d’embarras pour faire bonne mesure. « Tout va bien ici ? » Elle les étudia, notant la posture détendue de Xena malgré le fait que Gabrielle soit accroupie au-dessus d’elle avec un couteau acéré dans la main. Cette scène menaçante était cependant amendée par la miche de pain brun aux noix posée méticuleusement au centre de la poitrine de la guerrière.

« Bien sûr, Eph », dit la guerrière d’un ton traînant. « Je joue la table tout le temps. Viens par ici et joins-toi à la fête. » Elle rit un peu en voyant la rougeur monter sur le cou de Gabrielle tandis que la régente traversait la pièce avec prudence et s’installait jambes croisées sur le tapis de fourrure.

Gabrielle couvrit sa gêne d’être prise en plein jeu, en coupant une autre tranche de pain. « Tiens… prends un morceau de mon amie delafolie. » Elle le tendit à Ephiny.

Celle-ci prit l’offrande avec précautions, les regardant tour à tour tandis qu’elle en mordillait un bout. « Tu as donné un nom à ton pain ? » Ses sourcils blonds grimpèrent d’un coup, puis elle décida de ne pas continuer avec ce concept. « Nous… sommes sur le point de… heu… dîner, tu le sais, hein… pas vrai ? »

La barde mordit joyeusement dans un autre morceau. « Et tu entends quoi exactement par là ? »

Ephiny haussa les épaules et sourit. « Je suis encore émoussée, apparemment. » Elle les regarda avec intérêt. L’expression de Xena, discrète comme toujours, ne montrait rien d’autre qu’une tolérance affectueuse, et les yeux bleus allaient sans cesse vers le visage de Gabrielle avec une petite étincelle. Cette dernière, pour sa part, était assise sur la guerrière dans une profonde insouciance, complètement à l’aise. Quelque chose a encore changé, songea la régente, en réfrénant un sourire tandis que Xena prenait opportunément avantage du manque d’attention de la barde pour lui chatouiller le côté.

Gabrielle cria. « Hé ! » Elle eut un faux froncement de sourcils pour sa compagne. « Tu es dans une position plutôt compromettante, mon amie… sans mentionner vulnérable. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu crois ça, hein ? »

« Oh… oh… oh… » Ephiny se mit debout, reconnaissant la lueur dans ces yeux très bleus. « Je vais me mettre hors de portée si vous comptez commencer à vous chamailler », avertit-elle. « Mais faites vite parce qu’on nous attend dans la salle à manger. »

La barde et la guerrière échangèrent un regard puis Gabrielle retourna la dague et toucha le nez de Xena de sa poignée. « Tu t’en sors bien. » Elle prit le pain et le serra contre sa poitrine puis elle se leva, laissant la guerrière rouler pour se mettre debout dans un mouvement souple et aisé.

Xena se secoua et tira sur sa tunique dans un semblant d’ordre tandis que les miettes tombaient en cascade autour d’elle et rebondissaient joyeusement sur le sol. Arès saisit l’occasion pour ramper de dessous le lit et renifler à ses pieds, léchant les morceaux de pain aux noix avec enthousiasme. « Désolée, Ephiny… nous allions justement y aller. »

« Oui oui. » La régente rit en regardant Gabrielle ranger sa prise avec soin. « Nan…  c’est bon de vous voir vous amuser… les dernières fois que nous avons passées ensemble étaient un peu… euh… »

« Stressantes ? » Gabrielle la regarda tout en passant ses doigts dans ses cheveux clairs pour les redresser. « Oui… nous avons hâte de passer du temps agréable et détendu ici cette fois… pas vrai ? »

Ephiny hocha la tête. « Oui… demain j’aurai des affaires à traiter avec toi… des amendements et des traités, ce genre de choses… mais nous avons prévu une grande fête et pas mal de compétitions arrangées pour ton… mm… amusement. »

La barde sourit. « Ça me paraît génial. » Elle remua les oreilles. « Des compétitions ? » Inconsciemment, son regard passa au-dessus de l’épaule d’Ephiny vers la grande femme aux cheveux noirs. « Comme quoi ? »

La régente rit et lui prit le coude, la guidant vers la porte tandis que Xena les suivait en se balançant. « Tu verras… et toi… » Elle se retourna et lança un faux regard sévère à la guerrière. « Tu dois promettre de rester en dehors de ça pour donner leur chance à toutes les autres. »

Gabrielle sentit un léger sourire narquois sur ses lèvres. Avoir cette admission de la part des Amazones c’était… très bon. Le visage de son âme sœur resta plus ou moins sans expression, mais elle vit les légères rides au coin de ses yeux et la tension des muscles de sa mâchoire, qui signifiaient que Xena réfrénait aussi un sourire. Jusqu’ici, songea-t-elle, tout va bien. Cette visite ne présageait définitivement que des bonnes choses.


A suivre 2ème partie

 

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15 avril 2017

Edition pascale

mar

Dernière partie de Chose promise chose due. Et à nouveau un grand MERCI à Fryda pour la somme de travail accomplie !

 

Kaktus

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