Guerrière et Amazone

Laissez un mot !!!

mar

Les statistiques du blog me disent qu'il y a BEAUCOUP de lectrices/teurs qui passent par ici, je sais même plus ou moins d'où vous venez ;O) Mais j'aimerais bien en savoir un petit peu plus, histoire de mettre des noms, à défaut de visages sur ces fameuses statistiques !

Alors, je vous propose de laisser un petit commentaire sur ce post, du style :

"Hello, moi c'est Kaktus, je vis en Suisse, j'aime le chocolat et les FF de Missy Good, ..."  et tout ce que vous avez envie de dire d'autre !

Chiche ?!!

Kaktus

 

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02 juillet 2019

Missy is Good ! (bis)

mar

Encore une édition entièrement consacrée à Missy Good !

- Le Cercle de la vie, cinquième partie

- Cible mouvante, partie 16, chapitre 35

En ce qui concerne Cible Mouvante, cette partie était la dernière traduite par Gaby et relue par Fryda. N'ayant plus de nouvelles de Gaby depuis vraiment TRES longtemps (coucou Gaby, si tu passes par ici, fais-moi signe), et trouvant dommage d'arrêter la traduction de cette FF, Fryda s'est proposée pour continuer le travail.  Je n'aurai qu'un mot, MERCI !!

Bonne lecture !

Kaktus

Posté par bigK à 20:05 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Le Cercle de la Vie, cinquième partie

Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-5ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2019)


 

Il faisait vraiment noir quand Gabrielle se sentit sortir du sommeil, seules quelques-unes des torches brûlaient avec agitation dans leur support encastré, l’air était quasiment nettoyé de la fumée envahissante. Elle mit le nez dans l’épaule réconfortante de Xena, inhalant une bouffée de l’odeur familière qui lui était propre, celle du cuir et de la peau chaude, et de la sueur qui les recouvrait toutes deux. Son corps était blotti dans la sécurité des bras de la guerrière et elle ressentit un moment plaisant de paix profonde tandis qu’elle bougeait la tête pour regarder sa compagne endormie.

Les cheveux en désordre amenèrent un sourire ironique à ses lèvres, et elle leva la main pour les repousser, exposant le front bien fait. Alors les yeux bleu clair clignèrent et la fixèrent, avec une franchise totale qu’elle n’avait plus vue depuis les mois passés depuis son retour.

Combien de chances vais-je encore avoir ? Se demanda Gabrielle silencieusement, tandis qu’elle passait le bout de ses doigts sur les pommettes hautes. Elle est toujours tellement inquiète de me faire du mal… combien de fois va-t-elle se dévoiler autant pour que je la déchire ? « Salut. » Elle recourba ses lèvres en un sourire. « Nous avons maintenant un bazar véritablement honnête, pas vrai ? » Elle montra la grotte par-dessus son épaule d’un coup d’œil.

« Mmmhmm », acquiesça Xena en enroulant une boucle de cheveux blonds autour de son doigt pour jouer avec. « Ça c’est sûr… on a des vampires, qui vont se réveiller affamés, un risque d’invasion de moutons, des personnes hautaines qui ont certainement fini avec moins de hauteur et mon frère qui a très possiblement rejoint la Nation Amazone. »

Gabrielle suçota doucement un lobe d’oreille tout proche. « Coflf fibe wofs », marmonna-t-elle.

Xena dégagea son oreille et mit le doigt sur ses lèvres. « Chhut. » Elle demanda le silence à sa compagne pour un long moment. « Ne tente pas les Parques, d’accord ? »

« D’accord », concéda la barde. « Je n’étais pas d’humeur à accoucher là maintenant de toutes les façons. » Elle eut un sourire penaud pour Xena tandis que la guerrière haussait les deux sourcils. « J’adore quand tu fais ça. »

« Fais quoi ? »

« Le truc avec les sourcils. » Gabrielle passa un doigt le long des cheveux noirs. « Ton visage est tellement expressif… tu dis des choses rien qu’en bougeant un muscle ici… » Elle toucha le côté de la bouche de Xena. « Ou ici… » Son doigt alla au bord d’un œil bleu, qui se plissa tandis que Xena souriait. « Tu vois ? » Elle rit. « Comment va ton dos ? »

Le regard de Xena s’intériorisa pendant un moment, puis elle bougea les épaules. « Bien. » Elle haussa les épaules, s’enfonçant dans les fourrures et étirant tout son corps. « J’avais juste besoin d’un peu de repos. »

La barde se souleva et tira une des épaules de la guerrière vers elle. « Roule par ici. »

Xena obéit, trouvant un morceau de peau goûtu à mordiller.

Gabrielle réfréna un rire tandis qu’elle regardait la peau lisse de sa compagne. Les coupures étaient refermées recouvertes d’une croûte, même la plus grande. Un sentiment de soulagement la traversa et elle embrassa affectueusement l’épaule qu’elle tirait. « Ça a l’air bien. » Elle tapota le côté de Xena et la guerrière roula de nouveau à contrecœur. « Alors. C’est quoi le plan ? »

Xena leva les mains et haussa les épaules. « Je sais pas. » Elle sourit. « Ce n’est pas comme s’il y avait une section dans le Guide des Seigneurs de guerre pour conquérir la Grande Grèce sur ‘être piégé dans une grotte sous l’eau avec un troupeau de moutons et un village rempli de fanatiques religieux sous l’influence de jusquiame’, Gabrielle », fit-elle remarquer judicieusement.

La barde éclata de rire, enfouissant son visage dans la poitrine de son âme-sœur. « Par les dieux, c’était drôle ça », finit-elle par dire en soupirant. « D’accord… alors on improvise… ou bien…  ?”

La guerrière s’étira et bâilla, puis elle farfouilla dans leurs sacs à la recherche d’une chemise. « Et bien… chaque chose en son temps… je vais aller voir cette fichue grotte qu’ils ont trouvée… qui sait… peut-être qu’on aura de la chance. » Elle regarda son âme-sœur. « Vois si tu peux trouver les Amazones, hein ? »

« Oh bien sûr. » Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine nue. « Tu me laisses faire le truc le plus tendancieux. »

« Tch… tu es la Reine, gamine », lui rappela Xena. « Ce sont TES Amazones. »

« Et TU es une de mes Amazones, mon amour », répliqua la barde avec un léger sourire narquois. « Ou bien tu as déjà oublié ça ? »

Un haussement de sourcil. « Non… mais tu sais où je suis », répondit la guerrière d’un ton pratique, tandis qu’elle enfilait une botte. « En plus… tu es bien plus diplomate que moi. » Elle passa le bout de sa langue puis se leva et attacha la ceinture sur sa tunique.

Gabrielle se pencha en arrière en prenant appui sur ses mains et elle étudia la grande femme. « Tu es de bonne humeur », la complimenta-t-elle. « J’aime bien ça. »

Xena s’arrêta au milieu d’un geste, réfléchissant, puis elle sourit. « Oui… c’est vrai », dit-elle avec une pointe de surprise dans sa voix. Elle se pencha en avant et prit son cadeau avant de le mettre dans sa ceinture. « A tout de suite. »

La barde la regarda partir, en restant près de la paroi pour éviter les corps qu’elle pouvait à peine voir dans la faible lueur. « D’accord. » Gabrielle soupira en sortant une chemise propre pour elle-même et la passa par-dessus sa tête. Le tissu sentait la maison et… elle le pressa contre son visage et inspira. Cette légère pointe de cuir et de musc qui venait du contact avec Xena.

Bien sûr… Elle renifla sa peau. Elle portait aussi cette odeur. Un sourire passa sur ses lèvres à cette pensée séduisante et elle s’entoura de ses bras brièvement avant de se lever, s’aidant d’une fissure dans la paroi rocheuse. Un grognement attira son attention et elle se retourna pour voir Solari trébucher dans le cercle de caisses et se laisser tomber en se tenant la tête. « Salut. »

Des yeux bouffis se tournèrent vers elle dans un regard noir et amer. « Chhhut. »

La barde pencha la tête et passa un peigne dans ses cheveux. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle, un peu inquiète quand elle reçut un gémissement en retour.

« J’vais la tuer », marmonna Solari.

Gabrielle s’assit sur la caisse près d’elle. « Tuer qui ? »

« Ta foutue, qu’Artémis soit damnée, cul de Centaure, tête de cochon, de compagne », gémit l’Amazone. « J’vais la tuer… où elle est ? »

La barde se brossa soigneusement les cheveux et fit des tresses pour dégager sa nuque. « Solari, tu ne peux pas tuer Xena », dit-elle à l’Amazone. « Et en plus… elle n’a rien fait… alors pourquoi tu veux faire ça ? »

« N’a rien… t’étais où par Hadès ? » Gémit Solari. « tu sais avec qui j’ai fini… oh attends… laisse-moi deviner… vous avez passé un grand moment, les deux tourtereaux, pas vrai ? » Elle lança un regard noir et accusateur à Gabrielle. « Tu parles. »

Elle reçut un gentil sourire en retour. « Bon, Solari… » Gabrielle lui tapota la main. « Xena a juste fait ce qu’elle pouvait pour régler notre problème de chauves-souris… elle n’a rendu personne idiot exprès. » La barde regarda autour d’elle. « En fait… elle cherche un moyen de sortir d’ici en ce moment. »

Un gémissement. « Pourquoi tu es aussi joyeuse ? » Solari se prit la tête. « J’ai l’impression qu’un Centaure me déverse deux tonnes de merde sur le crâne. »

« Hm… » La barde réfléchit. « Et bien, Xena ne semblait pas se sentir mal avant qu’elle parte… et je ne… peut-être qu’on était loin de la fumée ou un truc comme ça… vous étiez tout près, vous tous. » Elle leva les yeux pour voir Aileen arriver péniblement, portant un petit agneau dans ses bras. « Euh… »

La jeune Amazone se laissa tomber. « Elle est mignonne, hein ? »

Solari regarda Gabrielle qui la regarda à son tour. « Adorable », dirent les deux à l’unisson.

« Oui… je l’ai sauvée de ce berger… » Dit Aileen en soupirant. « Je ne me souviens pas de grand-chose après ça… dieux… que j’ai mal au crâne. »

« Pfiou. » Gabrielle se frotta le front silencieusement. « Xena est allée examiner cette grotte… et voir s’il y a un autre moyen de sortir d’ici. » Un long gémissement lui fit lever les yeux. « Quoi encore ? »

Matthias arrivait en balançant, ses vêtements attachés à son corps avec le minimum. « Vous… êtes… des démons ! » Accusa-t-il. « Isaac a été méchamment piégé… vous venez de l’obscurité… tous. » Il les montra d’une main tremblante, puis il tomba à genoux et finit au sol, écrasant une chauve-souris.

« Hmm… » Gabrielle se gratta la mâchoire. « Je me demande avec qui il a fini ? » Elle regarda dans la faible lueur pour voir le visage de Sarah apparaître avec anxiété. « Sarah ? »

« Oui, as-tu… oh. » Elle vit son mari et soupira de soulagement. « Que le Seigneur soit loué… j’avais peur qu’il fasse quelque chose d’idiot… il est parti tellement en colère. » Elle soupira et s’agenouilla près de Matthias, posant une main sur sa tête.

« Hum… » La barde hésita. « C’était heu… un peu inattendu, je veux dire… les chauves-souris et ensuite cette fumée… est-ce que tu as… euh… »

Sarah leva les yeux. « Très déroutant, oui. » Elle soupira. « Quand Matthias m’a rejointe, je savais à peine quoi… et bien… » Elle rougit délicatement. « C’était une telle surprise. »

« Ah… alors vous deux… heu… » Gabrielle agita une main. « Vous avez fini ensemble ? »

« Oui bien sûr… on est mari et femme, non ? » Sarah sembla un peu insultée puis son regard bougea et tomba sur quelques corps endormis et emmêlés autour d’elles. « Qu… »

Gabrielle se massa les tempes. « Tout le monde n’était pas… heu… au bon endroit au bon moment, pour ainsi dire », marmonna-t-elle. « Mais… si vous deux… alors pourquoi il était tellement en colère ? »

Sarah arracha son regard du couple inattendu près d’elles et cligna des yeux. « Oh… et bien, il… Matthias a senti une force diabolique tomber sur nous, parce qu’il appréciait ce qui se passait », informa-t-elle la barde d’un ton sérieux. « Les Ecritures nous disent que cet acte nous a été donné par le Seigneur pour nous permettre d’avoir le cadeau des enfants et qu’il devrait être honoré comme une obligation sacrée. »

Solari ouvrit des grands yeux vers elle. « Et… vous pensez qu’à cause de ça, vous ne devriez pas l’apprécier ? » La voix de l’Amazone était épaissie par l’incrédulité.

La femme la fixa. « S’il y a de la joie, la tentation serait trop forte d’utiliser cet acte pour son plaisir et pas pour la gloire du Seigneur. » Elle fit une pause. « Ce serait diabolique. »

Un clignement des yeux verts. « Vous le croyez vraiment, pas vrai ? »

« De tout mon cœur, oui », répondit Sarah sérieusement. « Je sais que tu penses que nous sommes… arriérés… je le vois sur ton visage… mais la parole du Seigneur nous donne la structure et la stabilité dans notre vie et je suis en paix de vivre sous sa main qui nous guide. » Elle hésita. « Même si je ne sais pas lire comme toi… et que je n’ai jamais voyagé hors des confins de mon peuple… comme toi. Je suis heureuse. Peux-tu en dire autant ? »

Solari gardait le silence, son regard passant du visage de Gabrielle à celui de Sarah, curieuse de voir ce que la barde allait répondre. Il y avait tellement de couches dans la personne complexe que la jeune barde de Potadeia était devenue, elle n’avait vraiment aucune idée de ce que Gabrielle allait exactement répondre à ça.

Mais Gabrielle se contenta de sourire. « Oui. » Ses yeux se ridèrent autour des coins. « J’avais un choix à faire, Sarah… j’aurais pu être comme toi. » Elle réfléchit et se souvint. « Mais je suis allée partout dans le monde… j’ai vu la beauté, et l’horreur… j’ai vu la guerre et la paix, la vie et la mort… j’ai rencontré des gens dont les vies ont changé le monde et d’autres qui ont juste changé ma vie… je me suis fait de bons amis. » Là elle mit la main sur l’épaule de Solari. « Et je me suis fait quelques ennemis… et j’ai souffert de douleur et de tristesse… et j’ai eu le cadeau d’un amour dont seuls les poètes rêvent. » Elle soupira. « Alors, Sarah… oui, je suis heureuse… je ne voudrais pas que ça soit différent. »

La femme l’étudia. « Je ne te comprends pas. »

La barde haussa légèrement les épaules. « C’est bon… je ne te comprends pas vraiment non plus. » Elle soupira. « Tu veux de l’aide pour le réveiller ? » Elle montra Matthias. « Honnêtement, nous ne l’avons pas fait exprès… Xena essayait juste de calmer les chauves-souris. » Elle regarda alors autour d’elle avec malaise, tandis que les petites créatures remuaient. « Et j’espère qu’elles vont rester calmes. » Elle repéra une boule semblable au cuir toute proche et l’animal siffla vers elle, dévoilant ses crocs minuscules. « Beuh. »

« Je présume qu’elle n’a pas apprécié avec qui elle a fini », commenta Aileen en caressant son agneau.

« Bouh. » Jessan bâilla, montrant ses énormes crocs tandis qu’il avançait à pas lents dans le cercle, retirant des bouts de chauve-souris morte de dessous ses griffes. « Et bien, ça a été une sacrément bonne sieste… rappelle-moi de remercier Xena. » Il lança un regard à Gabrielle.

« Sois content de l’avoir raté », grommela Solari. « C’est devenu un peu ‘lapinesque’ par ici. »

Jessan regarda autour de lui. « Ils ne sont pas un peu petits pour ça ? » demanda-t-il intrigué. « Bon sang. »

La barde se couvrit les yeux pendant un moment puis s’éclaircit la voix. « Jess, peux-tu ramener Matthias à sa famille ? » Demanda Gabrielle. « Je vais tenter de retrouver le reste de notre groupe… Xena est allée explorer votre grotte. »

« Oh bien sûr… c’est elle qui s’amuse », grommela l’être de la forêt. « Par le Grand Arès, il fait la taille de ce cochon avec lequel j’ai dû lutter pour le dîner l’an dernier. » Mais il se dépêcha de rejoindre Matthias tandis que Sarah reculait, et il le souleva entre ses bras. « D’accord… on va où ? »

Sarah fit une grimace. « Tu manges du porc ? »

Jessan cligna de ses yeux dorés. « On les cuisine d’abord », la rassura-t-il rapidement. « Vrai. »

« Ce sont des animaux sales. » La femme secoua la tête. « On ne les touche pas. »

« Madame, j’ai des nouvelles pour vous », dit Jessan en riant. « Tous les animaux sont sales… il faut les laver d’abord. » Il enjamba un jeune homme affalé dans un abandon joyeux avec une jeune femme. « Ma mère les frotte avec du savon. »

Sarah détourna le regard. « Doux Seigneur… que diraient leurs parents ? » Murmura-t-elle, puis son regard tomba sur deux hommes un peu plus âgés, enroulés dans une boule joyeuse. « Oh bon sang », dit-elle d’un air choqué. « Matthias avait raison… c’est le mal absolu. »

« Non, pas vrai », désapprouva Jessan. « Si vous croyez ça, alors vous ne connaissez pas le mal absolu. » Il évita un bélier qui chargeait.

Sarah jaugea du regard ses deux mètres trente poilus. « Tu ne peux pas oser me dire ça », répondit-elle. « Le Seigneur nous a appris ce qu’est le mal… ses paroles sont claires. » Elle fit une pause. « Mais tu n’es pas humain… tu ne peux pas comprendre. »

« Non c’est vrai », acquiesça Jessan en montrant ses crocs dans un sourire. « Et bon sang, que je suis content de ne pas l’être… vous les humains vous vivez dans des esprits tellement étroits… c’est un miracle que vos têtes n’explosent pas. » Il posa Matthias sur un tas de peaux dans un coin où sa famille avait posé leurs affaires. « Ne t’inquiète pas… tu peux toujours te dire confortablement que c’est la fumée qui a causé tout ça… pas vrai ? » Il se redressa et la regarda droit dans les yeux, un sourcil velu haussé dans une connaissance ironique.

Elle détourna son regard et regarda au loin dans la faible lumière.

Jessan soupira et secoua la tête, sortant de leur zone pour retourner à la grotte. « C’est la seule espèce sur terre qui pense qu’elle va être punie pour savourer la vie. » Il sauta par-dessus un couple de formes blotties, puis il s’arrêta et regarda de plus près. « Oh bon sang… ça va être un choc quand ils vont se réveiller. » Ses crocs brillèrent dans un sourire puis il avança.

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L’odeur était… Xena soupira. Bon, elle devrait y être habituée, pas vrai ? C’était quoi un peu de merde de chauve-souris après ce qu’elle avait traversé dans cette autre grotte ? Son estomac se tordait malgré tout et elle prit un moment juste pour déglutir plusieurs fois avant de passer sa torche dans la grotte que l’éboulis avait ouverte.

Des battements d’ailes, surpris dans leur mouvement récompensèrent son action et elle se baissa instinctivement, avec une sensation inconfortable tandis qu’une chauve-souris passait au-dessus de sa tête pour aller dans l’autre grotte. « Génial », marmonna-t-elle en baissant les yeux pour placer ses bottes avec soin, ne souhaitant pas glisser dans ce truc.

Une paire d’yeux refléta sa lumière et fila, rejointe par plusieurs autres. « Terrifique. Des chauves-souris et des rats », soupira la guerrière. « Deux de mes machins préférés. » Un rat trotta sur sa botte et elle secoua sa jambe par pur réflexe, l’envoyant voler dans ce qui semblait être un autre groupe de rats à en juger par le couinement outragé qui s’ensuivit. « Oups. » Un rapide éclair de blanc tandis que Xena souriait. « Désolée. »

Elle s’avança, soulagée quand le toit de la grotte se souleva et qu’elle put sentir l’air frais autour d’elle. Elle leva la torche et vit un peu de reflet de la lumière sur les rochers au-dessus et un grand nombre d’yeux brillants tournés vers elle. « Tout doux, les gars… heureusement je ne fais que passer. »

Un grand morceau de guano tomba juste devant elle et elle fit la grimace. « Merci. » Elle le contourna puis se dirigea vers l’arrière de la grotte, qui devenait à nouveau plus étroit. S’il y avait des chauves-souris, elle savait qu’il y avait un chemin pour sortir pour qu’elles aillent chasser, elle devait juste le trouver. Les parois se rapprochaient et elle s’arrêta un instant, respirant régulièrement, puis elle avança jusqu’à ce qu’il devienne évident qu’elle était près de la bouche d’un tunnel.

Elle soupira. « Ce n’est pas mon année, hein ? » Un doigt passé sur la roche fut recouvert d’années d’huile visqueuse des ailes de chauves-souris tandis qu’elles passaient l’ouverture et elle s’agenouilla, regardant devant dans le trou obscur avec la torche un peu en arrière pour qu’elle envoie sa lumière devant elle.

Assez large pour qu’elle passe, si elle s’accroupissait. A peine assez large pour Jessan, s’il se comprimait, reconnut-elle, ensuite avec une profonde inspiration, elle s’avança. Ses épaules frottèrent la surface visqueuse et elle l’ignora en grimaçant, tandis qu’elle continuait de quelques mètres dans le tunnel.

Un puissant flashback la fit sursauter et elle serra la mâchoire, repoussant avec force les souvenirs de l’éboulement qui l’avait ensevelie (NdlT : événement qui a dû se produire dans Reflections of the Past/Reflets du Passé il me semble), inspirant profondément et avançant pas à pas avec les yeux bien fermés, jusqu’à ce qu’elle sente une arrivée douce d’air frais remuer ses cheveux. Elle cligna des yeux et les ouvrit, pour détecter un éclair de lueur devant elle et elle lâcha un soupir de soulagement.

Encore une dizaine de mètres puis le passage tournait vers la gauche et elle put voir un soupçon de lumière, qui se déversait et saisissait des lueurs de la pierre qu’elle voyait maintenant autour d’elle. La brise soufflait à nouveau, apportant une légère odeur de terre et une forte odeur d’eau, que la guerrière pouvait maintenant entendre, un son agité qui l’attira vers l’avant jusqu’à ce que le passage s’ouvre dans un espace bien plus grand.

Xena sortit du tunnel dans une grotte ouverte dont les parois s’élevaient autour d’elle et descendaient vers un cours d’eau rugissant qui émergeait de la roche et se déversait en cascade à travers un fossé. A travers l’ouverture, elle pouvait voir le ciel et elle pencha la tête en arrière, inspirant une délicieuse goulée d’air frais. « Bon sang que c’est bon. » Elle soupira et descendit tant bien que mal la rive vers l’endroit où le cours d’eau quittait la grotte.

Elle sauta sur un petit escarpement et un autre, posant soigneusement ses bottes sur les rochers couverts de mousse, jusqu’à ce qu’elle soit à l’embouchure du cours d’eau, une main sur la roche. Xena regarda, savourant la lumière du soleil avec un sentiment de profond soulagement et elle examina leur possible chemin de sortie.

Ce serait dur, se rendit-elle compte, et ils ne pourraient pas emporter beaucoup d’affaires. La cascade couvrait la plus grande partie de la paroi rocheuse, mais juste à l’endroit où elle se trouvait, un petit chemin à peine praticable descendait le côté de la montagne. Dur, mais faisable, surtout pour ses compagnons, qui pourraient passer les premiers et poser des cordes tout le long pour aider les autres.

Xena sourit et mit ses mains sur ses hanches, prenant un moment supplémentaire pour juste savourer le fait d’être dehors avant de reprendre le trajet de retour étouffant dans la montagne. Elle se regarda, voyant la saleté et la boue, voire pire, qui couvrait la plus grande part de son corps, et elle regarda l’eau d’un œil spéculateur, puis elle haussa les épaules et repartit à l’intérieur, s’asseyant pour enlever ses bottes avant de se redresser et de retirer sa tunique.

L’eau était glaciale et son impact envoya des ondes de choc à travers son corps, lui coupant presque la respiration jusqu’à ce qu’elle s’y habitue. Elle mit les jambes contre un escarpement rocheux et s’abaissa dans l’eau courante, laissant le cours d’eau froid se déverser sur elle dans une vague rafraîchissante.

C’était un état merveilleux et elle rit un peu, baissant la tête pour rincer ses cheveux avant d’écarter les bras et de savourer simplement le massage de l’eau. L’odeur piquante de la mousse chatouillait ses narines et elle ferma brièvement les yeux, la respirant pendant un long moment.

Puis un léger juron lui fit ouvrir les yeux et elle écouta, un sourire ironique sur les lèvres tandis qu’elle reconnaissait l’intrus. « Salut, Jess », cria-t-elle.

« Oh, Xena… il fallait que tu trouves le pire et le plus sordide moyen pour sortir de là, hein ? » Se plaignit l’être de la forêt. « J’ai des trucs dans mon pelage si horribles que ma mère me raserait si elle me voyait. »

Xena entendit le raclement de ses griffes sur le rocher et elle s’assit, puis elle se repoussa pour se relever, trempée et nue dans la lumière qui se déversait dans la grotte. « Désolée… si ça peut te consoler, je ressens la même chose. »

« Et bien, je ouah… » Jessan posa brusquement ses mains sur ses yeux. « Pour l’amour d’Arès. »

« Allons… ce n’est pas si terrible à regarder. » La guerrière sourit tout en s’avançant vers lui.  « Si ? »

Un œil doré apparut à travers les doigts velus. « Tu sais parfaitement que ce n’est pas ce que je voulais dire », la reprit l’être de la forêt, faisant comme s’il n’appréciait pas la combinaison de beauté et de puissance qui caractérisait tellement son amie. Humaine ou pas, c’était assurément une belle vue, soupira-t-il intérieurement.

Xena rit et remit sa tunique, puis elle s’assit sur un escarpement rocheux et secoua ses bottes avant de les remettre. « J’ai trouvé un moyen pour descendre, c’est hasardeux mais si on installe quelques cordes, c’est praticable. »

Jessan s’avança pour regarder vers le bas. « Joli », complimenta-t-il la vue. « Génial de pouvoir sortir de cet endroit. »

« Oui… » Approuva Xena. « Et on ferait mieux de faire sortir tout le monde d’ici avant que ces chauves-souris ne se réveillent vraiment… je n’ai aucune intention de me frayer un chemin à travers avec mon épée. »

L’être de la forêt tourna la tête, regardant la vision de Xena assise dans la lumière du soleil, l’eau brillant sur sa peau bronzée et coulant en cascade autour d’elle telle une douche tandis qu’elle secouait la tête et tirait ses cheveux en arrière. « Ces gens sont plutôt agacés là-dedans », dit-il en regardant la lumière saisir des reflets de ses yeux bleu clair tandis qu’elle le regardait. « Tu devrais peut-être les laisser là-bas. »

La guerrière secoua la tête. « Je ne peux pas faire ça, Jess… je ne peux pas empêcher ce qui s’est déjà passé, tout ce que je peux faire c’est de les sortir de là et ensuite de les laisser continuer leurs vies. » Elle se leva et alla vers lui. « Et je sais que tu veux rentrer retrouver Elaini et les enfants. »

« Oh pour sûr. » Jessan soupira. « Ecoute… je n’ai pas pris le temps de te remercier… d’être venue nous chercher. » Il posa une main velue sur son épaule, sentant le mouvement du muscle et de l’os sous ses doigts. « Je l’ai vraiment apprécié. »

Un sourire chaleureux plissa les lignes angulaires du visage de Xena. « Allons, Jess… bien sûr qu’on est venus vous chercher… c’est à ça que servent les amis, pas vrai ? » Elle lui tapota le côté. « Allons-y… je veux en finir avec cette grotte le plus tôt possible. »

Il hocha la tête pour acquiescer. « Bien… » Puis il pencha sa tête poilue. « Tu es de très bonne humeur. »

Le regard bleu clair se posa sur lui. « C’est un crime ? »

« Non non non… » Jessan remua la main. « Je… » Il plissa le front, tout en concentrant sa Vision sur elle, voyant un feu brûlant qu’il avait presque vu se calmer depuis que la barde était revenue. « Pas un crime… c’est juste bon à voir. »

Xena baissa le regard sur les rochers pendant un moment puis elle releva la tête. « Ça a été une année terrible, par Hadès », admit-elle tranquillement. « Je pense que je suis juste contente que ce soit fini. » Un léger mouvement de la tête. « Je me suis rendu compte hier soir que les cauchemars ne partiraient pas tant que je n’aurais pas décidé d’avancer… et je l’ai fait. »

« Je pense que tu as fait le bon choix », répondit Jessan.

La guerrière hocha un peu la tête puis sursauta et elle commença à avancer vers le tunnel, tandis qu’un sursaut de crainte profond et effrayant la touchait dans les tripes. « Gabrielle a des ennuis », cria-t-elle en guise d’explication tandis qu’elle plongeait la tête la première dans l’obscurité sans hésitation.

« Et tu vis pour ça, pas vrai, mon amie ? » Répondit doucement Jessan en trottinant derrière elle.

************************************

« Très bien, maintenant écoutez. » Gabrielle leva la main, bougeant pour tenir la foule en colère dans son champ de vision. « Il y a une incompréhension. »

« Pas d’incompréhension… » Répliqua l’homme le plus proche. « C’est très clair pour moi… d’abord, vous nous piégez ici, ensuite vous nous séduisez tous avec vos tours de magie… et maintenant ta soi-disant sœur et cette créature ont disparu… ça me semble parfaitement clair ! »

Un murmure d’approbation traversa la foule. « Pensiez-vous que nous allions abandonner notre foi aussi facilement ? » Lâcha une femme. « Notre Seigneur est un berger de nos cœurs plus puissant que ça. »

« Ecoutez… nous n’essayons pas de faire que quiconque abandonne quoi que ce soit », argumenta Gabrielle. « Nous sommes piégés ici aussi, vous vous souvenez ? Xena et Jessan sont juste partis essayer de trouver un chemin pour sortir. » Elle sentit Solari et Aileen bouger pour se mettre près d’elle ; les Amazones se positionnèrent pour la protéger si les choses dégénéraient.

Encore plus, en fait. « Essayons de garder notre calme et attendons qu’ils reviennent. »

« Ils ne vont pas revenir… vous essayez vraiment de nous le faire croire ? » Le premier homme secoua la tête. « Ou alors avec ce seigneur de guerre peut-être… maintenant que nous sommes sans défense ici… nous sommes des cibles de choix… et ils vont tout prendre. » Il leva un scythe. « Je dis que nous allons prendre des otages pour avoir de la monnaie d’échange quand ils arriveront. »

« Ce n’est pas une bonne idée. » Gabrielle sentit son cœur se mettre à battre plus fort. « Ils ne sont partis nulle part et ils vont revenir d’un instant à l’autre… gardons notre calme, d’accord ? » Un regard derrière elle lui montra la silhouette de Toris qui la surplombait sur sa gauche avec Johan derrière lui et la toute petite mais pugnace Frendan près d’elle. « Nous ne sommes pas vos ennemis. »

« Ah oui ? » Demanda Sarah. « Tu penses que nous ne nous sommes pas rendu compte de ce que tu essayais de faire avec nos enfants ? » Elle montra la barde. « Saper les paroles du Seigneur ? Vous avez été trompés tous… ce n’est pas Xena le danger… c’est elle. »

Gabrielle écarta les narines. « Un danger ? Parce que je leur ai raconté des histoires ? »

« Des histoires qui détournent leurs esprits du Seigneur, oui », lança Matthias. « Sarah a raison… tu cherches à nous empoisonner avec tes mensonges. »

« Je n’ai dit aucun mensonge », répondit doucement la barde. « Mais qui êtes-vous pour parler de ça ? Vous avez kidnappé mon frère et mon ami… parce que vous pensiez qu’ils ne suivaient pas VOS enseignements ? » Elle avança d’un pas et fut consciente du mouvement des Amazones et de Toris en même temps qu’elle. « Si vous n’aviez pas fait ça, nous n’aurions jamais eu besoin de venir ici… qu’est-ce qui vous donne le droit d’essayer de les ‘soigner’ ? »

Un instant de silence. « Le Seigneur nous a donné la tâche de diffuser ses enseignements », dit Matthias sérieusement. « Nous ne cherchions qu’à les instruire avec les voies du Seigneur. »

« Oh… alors vous avez le droit de mentir… mais moi pas ? » Gabrielle sentit sa colère monter. « Qu’est-ce qui rend vos histoires plus vraies que les miennes ? »

« Nos enseignements nous viennent de Dieu… les tiens du Diable », accusa Sarah. « Nous ne voulons pas que les esprits de nos enfants soient détournés… nos traditions dénaturées, parce que tu penses qu’ils ont besoin de leçons… tes pensées… tes façons sont diaboliques pour nous. » Elle pointa à nouveau Gabrielle. « Regarde-toi… vous êtes tous comme des animaux… et toi… ce pauvre enfant en toi… qui naîtra sans un père, parce qu’aucun homme n’acceptera quelqu’un comme toi. »

La barde plissa ses yeux verts et prit une profonde inspiration, mais des mains se posèrent sur ses épaules et elle s’arrêta tandis que Toris passait près d’elle et baissait les yeux sur Sarah, ses yeux clairs brûlants et ses mains serrées en poings.

« Tu ne parles pas comme ça à ma sœur, espèce de crottin de cheval moralisateur. » Sa voix descendit en un profond grognement tellement semblable à celui de Xena que c’en était incroyable. « Ou bien je vais prendre les enseignements de ton Seigneur et te cogner sur la tête avec. » Il se retourna et fit face aux hommes assemblés. « Ça vaut pour vous tous… un pas de plus, une main levée sur elle et je vous prends tous, et vous feriez mieux de prier votre dieu après ça. »

Solari s’avança près de lui et sortit son épée, saisissant la lumière du feu sur toute sa longueur argentée. « La nation Amazone ne supporte pas très bien les menaces contre sa reine… alors si vous devez le faire, vous feriez mieux d’être prêts à mourir », leur dit-elle d’un ton ferme.

Johan mit les bras sur les épaules de Gabrielle. « Comme ils ont dit », gronda-t-il.

Gabrielle faillit se mettre à rire et elle l’aurait fait si elle n’avait pas été si furieuse. Elle se demanda si la surprotection de Xena était contagieuse. « Vous êtes dépassés, Matthias », déclara-t-elle tranquillement. « Et où est Isaac ? Il n’a pas son mot à dire dans tout ça ? Xena lui a sauvé la vie… ça ne compte pas ? »

« Un tour de magie », répliqua Matthias. « On l’a trouvé froid et mort après que ta drogue a fait son effet… un messie, avait-il dit ? Quel fou il était. »

La barde tressaillit. « Je suis désolée », dit-elle doucement. « Mais ça n’a vraiment pas été un tour. »

« Mensonges. » L’homme leva une main. « Avancez… ils ne sont que six… avec la puissance du Seigneur derrière nous, nous allons les défaire. »

« Non, vous ne le ferez pas. » La voix calme fit écho dans la grotte, accompagnée par un grondement sourd.

Les têtes se tournèrent pour voir Xena perchée sur un rocher, avec Jessan près d’elle, le pelage de l’être de la forêt pratiquement dressé et ses yeux dorés enflammés.

« J’ai trouvé un chemin pour sortir », continua la guerrière tranquillement. « Et on ferait mieux de le prendre avant que ces chauves-souris se remettent ou que cette porte lâche. » Elle fit signe derrière elle. « A travers cette grotte et le long d’un petit tunnel… il y a une paroi que nous pourrons descendre. »

Un silence figé puis tous les regards se tournèrent vers Matthias. Il fixa Xena dont la silhouette sur le rocher ressortait dans la lumière de la torche, les ombres peignant un masque menaçant sur ses traits figés. « On règlera ça dehors », finit-il par dire. « Prenez vos affaires… mais ça ferait bien de ne pas être un piège. »

Xena ne prit même pas la peine de répondre. Elle sauta de son rocher et avança à grands pas dans la grotte, s’attendant à ce que les gens se mettent hors de son chemin.

Ce qu’ils firent.

Elle eut un sourire pour Toris en se rapprochant et donna une tape dans le dos à son frère. « Joli… je ne pense pas que j’aurais pu être plus menaçante que ça. »

Toris grogna. « Pas aussi fort, sœurette… ma tête va exploser. » Il s’appuya contre elle. « Et je suis de très mauvaise humeur par Hadès…qu’est-ce qui s’est passé la nuit dernière ? »

La guerrière entoura les épaules de Gabrielle d’un long bras et soupira. « Tu ne te souviens pas ? » Elle regarda autour d’elle pour repérer Cesta qui restait invisible.

Toris secoua la tête. « Non… je me souviens des chauves-souris, puis tout est devenu épais et enfumé… ensuite je me suis réveillé avec ce qui ressemble fort à une gueule de bois. »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « Et bien, tout le monde est dans le même bateau. » La guerrière brossa légèrement son vêtement. « Ne t’inquiète pas. »

« Tu es mouillée », dit Gabrielle en touchant ses cheveux. « Est-ce que le plan pour s’échapper comprend de la natation ? » Elle regarda la foule qui se rassemblait. « Parce que je pense que ça va être dur avec ces moutons. »

« Non. » Xena la fixa. « Tout va bien ? »

Gabrielle soupira. « J’ai une ou deux contractures, mais autrement ça va bien… je présume que tu avais raison, Xena… ils ne veulent vraiment pas de notre aide. »

La guerrière l’embrassa affectueusement sur la tête. « Le simple fait que nous soyons ici change les choses, Gabrielle… ils peuvent dire tout ce qu’ils veulent, mais ces gamins nous ont vus… nous ont parlé… ils s’en souviendront un jour. »

« Je pense aussi. » Gabrielle soupira. « Tu sais, je pense que parfois les gens ne veulent pas connaître la vérité, Xena… c’est plus facile de croire un mensonge, si on est à l’aise avec ça. »

Elles se regardèrent dans une compréhension mutuelle. « C’est vrai », reconnut la guerrière. « Ou parfois c’est bien moins douloureux de s’accrocher à une croyance plutôt que de faire face à la vérité. »

Un léger hochement de tête. « Tu penses que beaucoup de gens vont les suivre ? »

Xena soupira. « J’espère que non. » Elle alla à leurs affaires et échangea le coton contre le cuir, ajoutant son armure dans des gestes rapides et pratiques. « Mais la notion qu’il y a quelqu’un là haut… qui prend soin de toi et te dit quoi faire… comment vivre ta vie… c’est vraiment réconfortant pour certaines gens, Gabrielle… c’est plus facile à croire que de vivre avec des décisions que tu as prises qui causent de la souffrance à toi-même et aux personnes que tu aimes. »

Gabrielle réfléchit à ces paroles tandis qu’elles traversaient la grotte, studieusement évitées par les villageois qui les regardaient avec une suspicion effrayée. Puis son regard tomba sur un petit visage qui regardait de derrière le dos de Sarah.

Rebekah lui sourit et mit un doigt sur ses lèvres, puis elle se remit derrière sa famille.

Gabrielle sourit pour elle-même.

Les chauves-souris commençaient à se réveiller et à s’agiter, et les moutons s’agitaient aussi, les bergers ayant du mal à forcer les animaux nerveux à entrer dans le tunnel jusqu’à ce que Jessan se mette derrière eux et lâche un rugissement sourd. Alors ils filèrent rapidement et le reste des gens les suivit, lâchant des bruits de dégoût en se dirigeant vers la grotte aux chauve-souris maintenant éclairée.

Gabrielle était contente que la main stabilisatrice de sa compagne soit sur son dos tandis qu’elles avançaient dans l’espace obscur et étroit, et elle tendit la main pour tapoter une cuisse musclée en retour. « Je parie que tu adores cette partie ? »

« Oh oui », répondit Xena ironiquement.

Elles sortirent dans la caverne extérieure où plusieurs hommes étaient déjà près de la source de la cascade, regardant le chemin en contrebas. Ils semblaient travailler sur la mise en place d’un guide de cordes alors la guerrière emmena son âme-sœur vers l’eau et s’assit sur un escarpement rocheux, aidant Gabrielle à la rejoindre.

« C’est génial de respirer de l’air frais », commenta la barde tandis qu’elle se penchait et remuait les doigts dans l’eau. « Ouaouh… c’est froid. »

Xena mit ses mains en coupe et prit de l’eau pour la lui offrir.

Gabrielle sirota le liquide glacé avec prudence, embrassant les doigts de Xena au passage, regardant les yeux bleus tournés vers elle s’adoucir et se plisser légèrement tandis qu’un sourire creusait des rides aux commissures des lèvres. Elle laissa son esprit vagabonder vers la maison et elle se rendit compte qu’elle avait hâte de retrouver sa paix.

Maintenant, plus que jamais. « C’est une de nos aventures les plus étranges, pas vrai ? » Demanda-elle à son âme-sœur ironiquement.

Xena ricana puis passa la main dans ses cheveux noirs, les repoussant de son front. « Dit comme ça », fit-elle remarquer. « Il faut qu’on trouve un chariot pour rentrer à la maison. »

« Pourquoi ? » Demanda la barde en lui lançant un regard. « Tu es si fatiguée que ça ? »

« Gabrielle. » La voix de Xena tomba d’une octave.

« Allons, Xena… j’ai juste dû gérer une inondation, une panique de moutons, une attaque de chauves-souris vampires et une pendaison toute proche… je peux marcher jusqu’à Amphipolis, pour l’amour d’Artémis », répliqua Gabrielle. « Reprends-toi, d’accord ? Je suis enceinte, pas handicapée. »

La guerrière soupira. « Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

Un sourire brillant. « Tout ce que tu veux. »

« Très bien… alors il faut qu’on trouve un chariot pour Johan. » La guerrière réfléchit vite. « Il a subi beaucoup… ce n’est pas juste de le faire marcher jusqu’à la maison, pas vrai ? »

« Je vais lui demander », contra la barde avec un sourire mauvais. « Je vais voir ce qu’il en dit. »

« Gabrielle. » La guerrière soupira à nouveau.

« Tu ne vas pas gagner cette fois, tigresse. » Gabrielle secoua la tête. « Allons… c’est vraiment ma dernière chance de pouvoir marcher activement… on va y aller doucement. » Elle tendit la main et gratta la peau du genou de Xena légèrement. « Tu me fais ce plaisir ? »

« A une condition. » Les yeux bleu clair la regardaient avec ironie. « Tu dois promettre d’abord. »

Gabrielle se mordilla la lèvre. Promettre d’abord était toujours risqué mais elle savait au fond de son cœur que quoique l’oreiller chéri surprotecteur et farcie de cuir demandait, c’était probablement pour son propre bien. « D’accord… je promets. » Elle entoura son genou de ses mains et haussa les sourcils. « C’est quoi ? »

Elle reçut en réponse un sourire diabolique. « Je ne sais pas… je n’ai pas encore trouvé… mais ne t’inquiète pas, ça va venir. »

« Xena ! » Protesta la barde. « Ce n’est pas juste ! »

« Souviens-toi, tu as promis. » Les yeux bleus brillèrent de joie. « Allez… ils ont fini de poser la corde… lançons la parade. » Elle se mit debout et tendit une main à son âme-sœur.

« Sale gamine. » Gabrielle prit les doigts tendus et laissa Xena la mettre debout. Puis elle sautilla un peu tandis qu’un rat passait entre ses bottes. « Hé ! »

Xena cligna des yeux. « Bon sang… » Elle regarda l’animal filer puis elle regarda vers le tunnel. « Qu’est-ce que… » Un flot de rats se déversait de l’ouverture et se dirigeait vers l’escarpement rocheux. Puis elle réalisa. « Tout le monde, tenez-vous bien ! ! ! » Cria-t-elle à tue-tête. « La porte a cédé ! ! » Elle attrapa Gabrielle et la tira vers la paroi rocheuse, donnant des coups de pied aux rats tandis qu’elle accélérait.

Elles atteignirent la pierre au moment où un rugissement sauvage s’élevait dans la grotte et un flot solide d’eau explosa hors du tunnel, balayant une vague de rats devant et avançant avec une vitesse mortelle le long de l’escarpement sur lequel ils se trouvaient. « Tenez bon ! ! ! ! » Hurla Xena en tenant Gabrielle d’une main puissante et les rochers de l’autre. La barde s’enroula fermement autour de sa compagne et nicha sa tête contre l’armure de la guerrière.

Des cris leur annoncèrent que d’autres étaient moins chanceux, balayés de l’escarpement. Elle sentit l’eau la frapper comme un marteau, tirant sauvagement sur son corps, mais la prise de Xena était d’acier et la guerrière ne vacilla pas un instant.

Des corps volaient, attrapés par d’autres, plus près de la cascade, puis elle sentit Xena commencer à bouger pour se frayer un chemin le long des rochers, se retenant face à la puissance de l’eau. Gabrielle se concentra simplement pour garder son équilibre, faisant confiance à la force de Xena pour la protéger.

Les moutons n’eurent pas autant de chance. Ils volèrent par-dessus le bord de la cascade, entraînés par la pression de l’eau en bêlant. Un berger les suivit, ses bras et ses jambes battant l’air dans les flots rapides.

« Commencez à descendre le chemin », cria Xena, sa poitrine se soulevant et s’abaissant avec force, tandis que Gabrielle baissait la tête pour ne pas être assourdie. « Sortez de l’eau… vite ! »

Puis Jessan fut là, ses longs bras de chaque côté de son âme-sœur, son corps entre elles et l’eau. « Les Tarés sont déjà tous en haut », cria l’être de la forêt par-dessus le fracas. « Ton frère et Johan sont partis les premiers… avec le groupe qui installe la corde… ils essayent de leur parler. »

« Merci », cria Gabrielle à son tour, alors que Xena était occupée à crier elle-même des instructions.

Un cri fit écho et derrière le bras de Jessan, elle vit un petit corps qui déboulait. « Xena ! » La barde saisit l’attention de son âme-sœur. « Regarde ! »

Les yeux bleus étincelèrent en suivant la silhouette minuscule. « Bon sang… »

Le temps s’arrêta. Xena le sentit ralentir comme ça lui faisait toujours… elle leva les yeux et croisa le regard doré de Jessan dans un moment déchirant où la compréhension passait en lui. Puis elle retira ses bras de sa compagne et le regarda prendre le relais. Elle passa ses lèvres sur la tête dorée mouillée. « Je reviens tout de suite… » Murmura-t-elle puis elle passa sous le poignet musclé de Jessan et plongea vers l’enfant, se repoussant de la paroi de son pied et étirant son corps, tendant une main vers une cheville qui était presque… à… portée.

« Non ! » Gabrielle se tortilla dans la prise de Jessan et plongea, luttant contre sa poigne.

Xena attrapa le garçonnet… elle sentit ses doigts se refermer sur la chair et elle tira en arrière, mais l’assaut de l’eau la repoussait et la roche à laquelle elle se retenait se détacha.

Puis l’eau la saisit et elle agrippa l’enfant tandis qu’ils étaient tous les deux envoyés par-dessus le bord de la cascade et commençaient un long voyage vers le bas.

« NON ! » La voix rauque de la barde trancha le cœur de Jessan. Il la retint de toutes ses forces. « NOOON ! ! ! ! ! » L’agonie résonna dans son crane et il fut sur le point de lâcher.

De la lâcher.

Comprenant ce qu’elle ressentait, comme aucun de ces aveugles le pourrait jamais.

« Lâche-moi. » Le murmure était si bas qu’il faillit le rater. « Oh par les dieux, s’il te plaît… lâche-moi. »

Sa vision suivit la guerrière dans sa descente, sentant sa puissance, si unique parmi les siens, respirant dans sa lumière féroce. « Elle est toujours avec nous, tiens bon, petite sœur », murmura-t-il à la forme maintenant relâchée et calme dans ses bras. « N’abandonne pas. »

Des doigts saisirent son pelage, et loin de là, il pouvait sentir la présence soudaine et vivace d’Elaini, qui répondait sans aucun doute à sa détresse.

Un cri parvint du haut du chemin. Il leva la tête pour voir la tête sombre de Solari.

Leurs regards se croisèrent.

L’Amazone sourit et secoua la tête, puis elle leva le pouce.

« Elle va bien », murmura-t-il, à sa charge silencieuse. « Gabrielle ? »

Lentement, les yeux verts se levèrent vers lui. « Je sais. » Elle tapota son pelage. « Désolée d’avoir perdu la tête… c’est arrivé si vite. »

« Tout va bien. » Il relâcha un peu sa prise. « Je suis content d’avoir été là pour toi… que l’un de nous l’ait été. »

« Je suis contente que tu ais été là aussi », répondit Gabrielle, tandis que son cœur commençait à ralentir. « Tu comprends. » Elle regarda le haut du chemin où un groupe de personnes se frayaient un chemin vers le bas, loin des eaux rugissantes. Elle pouvait voir Solari qui se tenait toujours là, d’un côté, la regardant avec une expression inquiète et elle leva une main pour faire un signe.

L’Amazone leva un poing pour lui rendre son salut.

« Viens… » La barde commença à traverser l’eau avec précautions. « Je veux voir ce qui s’est passé. » Et mettre la main sur une certaine grande héroïne aux yeux bleus de ma connaissance.

***********************************

L’eau les chahutait tous les deux tandis que Xena était brièvement désorientée, ne sachant pas où était le haut jusqu’à ce qu’elle se torde en plein air, ramenant l’enfant près d’elle, un bras enroulé autour de lui.

Ils tombaient et elle savait qu’elle n’avait que quelques secondes pour prendre une décision, pressentant la roche dure de la montagne juste en dessous d’elle et se souvenant des rochers escarpés en contrebas.

Instinctivement, elle ramassa son corps puis donna un coup de pied vers le haut, sentant l’impact tandis que ses bottes frappaient les rochers et le choc soudain quand ils sortirent brutalement de l’eau qui tombait dans l’air moite, voyageant de côté pendant un long moment.

Une branche se détacha tout près et elle l’attrapa, les tirant tous les deux dans un entremêlement de branches solides qui la cognèrent tandis qu’elle tournait son corps pour protéger l’enfant qu’elle tenait sous son bras. « Ne bouge pas », dit-elle difficilement tandis qu’ils rebondissaient sur une branche mousseuse qui faillit lui faire perdre conscience lorsqu’elle la toucha à la tête.

Elle s’accrocha désespérément à l’écorce puis elle sentit un choc violent quand ses bottes touchèrent une branche plus basse, arrêtant momentanément leur mouvement. C’était suffisant pour qu’elle s’agrippe à une branche plus épaisse que celles qui éclatèrent sous elle, et elle se cogna contre le tronc d’un arbre avec un hoquet, l’entourant de son bras libre et s’y accrochant.

Pendant un long moment, tout ce qu’elle entendit fut le battement de son cœur, cognant dans ses oreilles avec une force telle qu’elle eut l’impression qu’elle lui faisait dresser les cheveux à chaque coup. Tout son corps tremblait et elle prit la précaution de verrouiller ses genoux, ses bottes contre une branche légèrement recourbée qui remuait dans le vent causé par la cascade.

Alors l’enfant prit une inspiration fait à demi d’un sanglot à demi d’un cri et elle baissa les yeux pour voir les yeux terrifiés de Ruben cloués sur elle. « Hé… tu vas bien ? » Réussit-elle à murmurer.

Il s’accrocha désespérément, entoura son corps de ses bras et de ses jambes, tremblant violemment.

« C’est bon… tout va bien », le rassura-t-elle avec une respiration saccadée, puis elle leva les yeux pour voir une ligne de visages choqués qui la regardaient de tout en haut, loin. « Tu vois ? Fais leur signe à tous, parce que moi, je ne peux pas, d’accord ? »

Le garçonnet se retint un moment puis il regarda en haut et écarta lentement et péniblement une de ses mains, pour la remuer faiblement un très bref instant, avant de se rattacher au cou de la guerrière.

Xena entendit le cri venu d’en haut et elle s’appuya contre l’écorce de l’arbre, avec une envie forte de vomir. Pire que la chute, ce fut la sensation nauséeuse de la terreur de Gabrielle, qui l’avait traversée avec une force inattendue, apportant des souvenirs rudes de ses propres émotions à la vue du corps de son âme-sœur qui disparaissait dans le puits de Dahak.

Bon, pas besoin de s’attarder là-dessus, décida-t-elle, en se concentrant sur sa respiration et l’arrêt de ses tremblements plutôt. Ils allaient bien et c’était tout ce qui comptait. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle à Ruben.

Le garçonnet renifla puis se frotta le visage du dos de sa main tout en la regardant. « J’ai peur. »

Xena lui fit un sourire en coin. « Oui, moi aussi. » Elle leva les yeux. « C’était un sacré saut, pas vrai ? » Elle s’étira un peu, testant ses membres pour des dommages éventuels et elle fut soulagée de ne trouver que des élancements mineurs. La chance, à nouveau. Combien de fois cette chance va-t-elle durer, se demanda-t-elle brièvement, tandis qu’elle bougeait ses pieds avec précautions en avançant vers le haut. Un de ces jours, elle le savait, son corps allait juste lever les mains de dégoût pour tous les abus et tomber en pièces.

Ce serait horrible. Xena soupira. Mais pour l’instant, ils étaient intacts tous les deux. « D’accord… écoute, nous allons descendre et aller nous asseoir sur ce gros rocher », dit-elle à Ruben. « Et nous allons attendre que les autres prennent la longue route. »

Il suçota son pouce pensivement. « D’accord », acquiesça-t-il aimablement.

Xena lui sourit. « Tiens bon maintenant. » Elle sautilla sur la branche suivante et attendit qu’elle s’arrête de bouger avant de continuer à descendre de l’arbre, faisant le tour du tronc dans un cercle avant d’être assez bas pour simplement sauter la courte distance vers le sol.

C’était bon de sentir la terre solide sous ses bottes et elle marcha jusqu’au rocher qu’elle avait repéré et posa Ruben, puis elle s’installa sur la surface chauffée par le soleil et se pencha en arrière, écoutant le flot de l’eau et le doux bruissement des arbres dans le vent froid. Son regard alla vers le chemin escarpé et elle repéra Jessan et Gabrielle immédiatement, qui se frayaient un chemin vers le bas, l’être de la forêt tout à côté de son âme-sœur.

« Peluche », déclara Ruben, qui levait également les yeux. « Ours. » Il regarda Xena. « Ours qui parle. »

« Non… ce n’est pas un ours. » La guerrière secoua la tête. « C’est une personne. »

Un plissement du petit front. « Ours. »

« Nan », l’assura Xena. « Personne. »

Ruben fit la moue puis il se tortilla pour venir s’installer sur les cuisses de Xena et commença à jouer avec son armure, puis son regard bougea et il se focalisa sur la poignée de l’épée visible juste derrière sa tête. « Tu te bats ? »

Xena l’étudia pensivement. Elle n’avait pas connu Solan à cet âge-là et elle souhaita soudain en avoir eu l’occasion. « Oui », répondit-elle tranquillement. « Je me bats. »

Il prit sa main et la bougea puis il plia son bras et regarda le biceps se former avec une expression sérieuse et attentive. « Bang », conclut-il, en examinant le poing légèrement fermé de Xena, tapotant ses phalanges de sa paume. « Bang bang. »

« Oui », acquiesça Xena avec un rire ironique. « Je fais ça aussi. »

Il bougea rapidement sur le rocher et se blottit contre elle, sa tête posée sur sa cuisse, les yeux fermés. « Toi gentille. »

Xena lui ébouriffa légèrement ses cheveux mouillés. « Parfois », reconnut-elle, en se penchant en arrière, absorbant la chaleur du soleil qui les couvrait. La brise fraîche repoussait ses cheveux en arrière, les séchant et la chaleur commença à sécher sa combinaison en cuir, qui prenait toujours une éternité.

Elle fit un pari mental avec elle-même que Gabrielle insisterait pour qu’elle se change quand elle serait là. Et qu’elle devrait faire changer d’avis à la barde, parce qu’il y avait toujours des dangers par ici. Gabrielle accepterait à contrecœur mais enlèverait sa cape et la ferait porter par la guerrière.

Xena sourit à la vue des nuages moelleux qui planaient dans le ciel. La prédictibilité était aussi réconfortante qu’une soupe chaude par une nuit froide. Elle soupira, passant en revue ce qui allait probablement être leur dernière aventure avant un bon moment.

Et très certainement une aventure intéressante et elle en était sortie finalement sans se battre.

Bon, sauf ces chauves-souris mais ça ne comptait pas, songea-t-elle. Et quelques menaces mais elles ne comptaient pas non plus. Elle leva les yeux alors que les premiers atteignaient le bas du chemin et elle reconnut la silhouette familière de Toris qui déboulait vers elle. Elle avait été tellement fière de lui un peu plus tôt, quand il s’était dressé pour défendre Gabrielle. « Salut. »

« Xena ! Tu vas bien ? » Il glissa avant de s’arrêter et s’agenouilla sur le rocher. « Tu m’as fichu une trouille bleue. » Il regarda derrière lui. « Sans parler de Gabrielle… par la grande Héra ! »

« Du calme… je vais bien », l’assura-t-elle calmement. « Je n’avais pas la patience de descendre par le chemin de toutes les façons. »

Il secoua la tête. « Xe… »

Elle eut un rire ironique. « Toris, je n’ai pas sauté par-dessus la cascade exprès, d’accord ? » Elle regarda le garçonnet qui sommeillait. « C’est devenu une sorte d’habitude. »

Toris s’assit près d’elle et mit un pied sur les rochers. « Ça semble étrange ? »

Les yeux bleus se tournèrent vers la cascade avec un peu d’éloignement. « Quand je pense à tous les gens que j’ai tués et à combien de vies j’ai ruinées ? Je te veux que c’est étrange », répondit-elle doucement.

Son frère l’observa. « La vie a une façon de maintenir l’équilibre… peut-être que ça en fait partie », dit-il.

« Peut-être », répondit paisiblement Xena. « Être malfaisante ne m’a rien apporté… tout ce à quoi j’aspirais a soit disparu, soit a été en-dessous de mes attentes… ça n’était jamais assez… jamais satisfaisant… » Elle soupira doucement. « De changer de chemin a été bien plus douloureux, mais en quatre ans, ça m’a apporté plus de moments de joie pure que toutes les années précédentes. » Son regard se tourna vers Toris. « Et le moindre n’a pas été de retrouver ma famille. »

Toris mit un bras autour de ses épaules. « Je t’aime aussi, sœurette. » Il sourit en la voyant froncer les sourcils. « Ne me frappe pas, d’accord ? »

Ils se mirent à rire ensemble avec ironie, tandis que des bruits de pas attiraient leur attention.

Matthias déboulait par-dessus les rochers, ses vêtements couverts de boue et tachés de la mousse qui recouvrait amplement les pierres qui bordaient la cascade. Son regard était sur son fils, blotti paisiblement sur les cuisses de la guerrière, les mains de Xena l’entourant pour le protéger. Il s’arrêta à quelques mètres et l’observa avec circonspection.

Xena soutint son regard puis elle secoua doucement l’épaule de Ruben. « Hé… réveille-toi… ton papa est ici. »

Le garçonnet ouvrit les yeux à contrecœur et les frotta d’un poing sale, puis il regarda son père. « Abba. » (NdlT : je jure que je n’invente rien, Abba désigne le père en hébreu J)

« Viens ici, Ruben », dit Matthias d’un ton bourru. 

« D’accord. » L’enfant se mit debout puis il se retourna et trottina vers l’avant, mettant avec prudence ses bras autour du cou de Xena tout en l’embrassant sur la joue. « Gentille », dit-il solennellement en la regardant droit dans les yeux.

Xena sentit une rougeur chauffer sa nuque et elle réussit à lui produire un demi sourire. « Merci. »

Il la tapota sur le côté de la tête puis il se retourna et s’assit sur le bord du rocher, poussa sur ses pieds et sauta sur le chemin qui menait à son père.

Toris attendit un instant puis il tourna son regard vers sa sœur. Le regard bleu glacial se tourna vers lui.

« Pas un mot », l’avertit Xena, en haussant un sourcil. « Ou tu vas te mouiller. » Elle tourna son attention vers Matthias qui avait récupéré son fils et l’étreignait. « De rien », dit-elle en mettant une pointe sarcastique dans son ton.

Il la regarda, ses yeux noirs hagards, la tension des derniers jours était évidente sur son visage. « Tu n’es pas le messie. »

Xena lui sourit ironiquement. « Je n’ai jamais dit ça. »

Matthias garda le silence un moment. « Et pourtant, quelque part tu as été touchée par le Seigneur… il t’a utilisée comme outil pour sauver nos Ecritures, pour nous guider et maintenant pour sauver mon fils. » Un très petit mouvement de la tête. « Ses voies sont vraiment impénétrables. » Une pause. « Qu’il continue toujours à poser une main de grâce sur toi. » Sur ces mots, il se retourna et se mit à reprendre son chemin vers Sarah et les deux autres enfants qui attendaient.

« Pauvre aveugle. » Toris soupira. « Il ne leur est jamais venu à l’esprit que tu n’avais pas besoin d’aide pour faire ces trucs ? »

Xena posa la tête contre la roche, ses yeux cloués sur une silhouette aux cheveux clairs presque arrivée en bas des rochers, une ligne de villageois entre elle et la barde l’empêchant de simplement se frayer un chemin vers le haut. « Toris, si tu ne me connaissais pas… est-ce que ça te viendrait à l’esprit ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine.

Toris garda le silence pendant un long moment. « Question intéressante », finit-il par marmonner. « Ecoute… » Il changea de sujet avec embarras. « Est-ce que… je suis allé… quelque part… hier soir ? »

Xena le fixa. « Je n’en ai aucune idée, Toris… j’étais occupée », lui dit-elle franchement. « La dernière fois que je t’ai vu, Cesta t’emmenait et ensuite… je vais te dire, frérot… cette grotte aurait pu me tomber sur la tête sans que je ne remarque rien », répondit-elle honnêtement. « Où étais-tu à ton réveil ? »

Il réfléchit. « Dans un coin… tout seul. »

Xena absorba ces mots. « Tu te souviens de quelque chose ? »

Il secoua la tête. « Non… pas du tout… pas même un soupçon… juste… je pensais que je… je me souvenais de… avoir été un peu idiot, et… je , heu… semblais me rappeler avoir dit quelque chose de stupide sur les rotules de quelqu’un. »

La guerrière rit doucement. « C’était de moi que tu te moquais », le rassura-t-elle.

« Toi ? ? ? ? » Couina son frère. « Oh dieux… tu blagues… on n’a pas… heu… » Il secoua vaguement les mains.

« Non », dit Xena dans un ricanement. « Lâche-moi, tu veux bien ? »

Il soupira. « Bon… en tous cas c’est la seule chose dont je me souviens, alors… je n’ai pas besoin de raconter ça à Granella, pas vrai ? »

« Quoi…. Que tu faisais du gringue à ta sœur ? » Les yeux de la guerrière brillèrent légèrement. « Oh… je dirais probablement que non… mais je pense que ça ne ferait pas de mal si tu le disais… je suis plutôt déjà prise. »

« Oh dieux… c’est trop embarrassant même d’y penser », grogna Toris. « D’abord Jessan, ensuite toi… ma réputation vacille. »

« Tu survivras. » Xena se repoussa de son rocher et sauta sur le sol. « Excuse-moi. » Gabrielle avait atteint le bas de la piste et elle se dirigea rapidement vers la barde, la rattrapant juste au moment où elle arrivait à la petite ouverture entre les rochers qui menaient au sol solide. « Hé… désolée d’avoir dû… »

Gabrielle se contenta de passer ses bras autour de sa compagne, arrêtant son discours avant de lâcher un soupir tremblant. « Dieux. »

Xena lui massa le dos. « Oui… ça a été dur », blagua-t-elle faiblement. « Encore une fois que je dois à un arbre. » Elle relâcha sa compagne et lui prit la joue. « Je sais que ça t’a effrayée. »

La barde hocha plusieurs fois la tête. « Oui, c’est sûr que ça l’a fait… » Elle tapota la poitrine de la guerrière. « Mais j’aurais dû m’y attendre… tu es plutôt bien casée dans le département de l’impossible. » Elle fronça alors les sourcils. « Tu es mouillée. »

« Oui », approuva Xena. « C’est une cascade. Je suis tombée dedans. »

« Tu devrais te changer », dit Gabrielle sérieusement.

« Trop dangereux », répliqua Xena tout aussi sérieusement.

« Je vais chercher ta cape. » Une minuscule lueur apparut dans les yeux verts. « On maîtrise bien le sujet, pas vrai ? »

Cela lui valut un sourire ironique de la part de sa compagne, qui diminua rapidement. « Tu vas bien ? » Demanda Xena à voix basse, tandis qu’elle sentait les vibrations dans le corps de Gabrielle et la serrait plus fort. « Hé… »

La barde prit une inspiration tremblante et caressa le cuir trempé. « J’avais… un peu volontairement oublié ce que ça faisait de presque te perdre », murmura-t-elle. « Je n’y étais pas préparée. »

Xena posa son menton sur les cheveux clairs de son âme-sœur. « Oui… je sais exactement ce que tu veux dire », murmura-t-elle. « Allons… partons d’ici. » Elle regarda Jessan qui avait suivi son chemin avec prudence pour les rejoindre. « Merci Jess. »

Il hocha tranquillement la tête. « Sacré saut. »

Elle haussa les épaules. « Il fallait bien que je te donne une histoire à raconter aux enfants, pas vrai ? »

Ils se retournèrent et prirent la pente étroite et rocailleuse vers une petite clairière, où les villageois s’étaient réunis, examinant la situation.

Tout le village était parti. Xena se tint sur la crête pour regarder où il s’était trouvé et surveilla l’eau qui clapotait, maintenant siphonnée par la rivière à travers le système de la grotte et depuis la cascade. Le vent frais, qui devenait de plus en plus froid, repoussait ses cheveux et soulevait les bords de sa cape légère, et elle tira avec reconnaissance les pans sur sa combinaison toujours trempée. « Bon sang. »

Matthias et deux anciens du village se tenaient tout près, la résignation sur leurs visages. « C’est la volonté de Dieu », déclara Matthias. « Nous n’étions pas supposés être là. » Il se tourna et observa le train triste de son peuple, avec des caisses et des sacs attachés sur leur dos et quelques-uns sur le dos des moutons. « Nous allons trouver un autre foyer, quelque part plus bas sur la route. »

Xena le regarda. « Cette partie du pays n’est pas très peuplée… c’est plutôt vide plus vous vous enfoncez jusqu’à ce que vous atteigniez les montagnes, et le pays des Amazones. »

Matthias lui lança un regard amer, regardant sur sa droite le groupe des Amazones qui se tenaient près de Gabrielle assise, tandis qu’elles attendaient tranquillement. Le cuir de leur tenue luisait d’un chaud doré dans la lumière du soleil, contre la peau bronzée et les corps minces ornés de plumes et d’armes. « Non. Nous ne souhaitons pas aller par-là. »

« Ce ne sont pas des gens mauvais, Matthias… elles ont juste leurs coutumes tout comme vous », commenta la guerrière. « Comme nous tous… mais plus loin à l’ouest vous allez trouver un groupe de petits villages… je pense que leurs traditions seront plus proches des vôtres. »

Il hocha brièvement la tête. « Et vous ? D’où venez-vous ? »

« D’une cité marchande dénommée Amphipolis, à environ une demi-journée de cheval d’ici », répondit Xena. « Ma mère est aubergiste là-bas… Johan est son mari. La femme de mon frère Toris attend leur premier enfant dans quelques mois. » Elle soupira. « Nous avons une foire d’hiver dans quelques jours… vous êtes les bienvenus… venez voir si vous pouvez échanger contre une partie de ce que vous avez perdu. »

« Ce n’est pas une mauvaise idée, Matthias… nous allons vraiment manquer de tout », dit l’autre homme.

Matthias fit un signe du pouce par-dessus son épaule vers Gabrielle. « Et elle ? » Demanda-t-il. « Qui raconte des histoires à nos enfants qui leur font faire des cauchemars ? »

Xena le laissa attendre un peu, tandis qu’elle le dévisageait. « Gabrielle est Reine des Amazones… notre négociatrice principale à la cité…. Une barde talentueuse… et ma compagne », déclara-t-elle sèchement. « Qu’est-ce que tu visais en particulier ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine. « Et ces histoires n’étaient pas pires que ce que nous venons de traverser. »

Le silence tomba tandis qu’ils la dévisageaient. « Viens », finit par dire Matthias avec un ricanement dégoûté. « Nous devons nous abriter… demain nous partons. » Il se retourna et partit à grands pas, les deux hommes sur ses talons.

La lèvre de Xena se recourba. « Pauvre idiot », marmonna-t-elle en tournant les talons pour descendre la pente, vers l’endroit où attendaient ses amis et sa famille. On ne peut pas toujours gagner, se rendit-elle compte, tandis qu’elle regardait les villageois restants se regrouper autour de Matthias et lui tourner ostensiblement le dos. Elle sentit le vent tirer sur sa cape et elle se redressa pour lui faire face et le laisser fouetter ses cheveux en arrière tandis qu’elle s’éloignait d’eux à grands pas pour aller vers un regard vert qui attendait patiemment. « Et bien… je présume qu’on décampe. »

« Pas même un merci, hein ? » Ricana Johan. « Culs de porc… la moitié s’rait morts ou pire si on n’était pas là. »

« Et pour l’or et les gemmes là-dedans, Xena ? » Demanda Gabrielle en se mettant debout, tirant sur sa tunique. « Est-ce qu’ils sont enterrés sous toute cette eau pour de bon ? »

Xena jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. « Probablement… ils sont convaincus que leur Dieu ne les veut pas dans le coin et je ne vais sûrement pas raconter ce qu’il y a dans cette grotte… et le lit de la rivière a changé de direction suffisamment pour que la plus grande partie de cet or soit recouverte à nouveau. » Elle mit le bras autour des épaules de la barde. « Tu as ta pépite, pas vrai ? »

« Mm. » Gabrielle hocha la tête. « Je pense que je vais en faire une petite amulette… peut-être un ours ou un cheval. » Elle regarda son âme-sœur et sourit. « Avec de la place pour une date de naissance dessus. »

Xena lui sourit en retour. « Bien vu. » Elle mit son sac sur son épaule et attrapa celui de Gabrielle avant que la barde ne puisse le soulever, le passant aussi sur son épaule.

« Xena. »

« Ouuui ? » La guerrière répondit en ronronnant, les deux sourcils haussés. « Tu as dit que tu allais marcher… pas que tu allais marcher en portant tout notre attirail. » Elle prit une inspiration. « Très bien… si nous partons maintenant et que nous suivons la route, et que nous avons de la chance avec le temps, nous pourrions être à la maison à la tombée de la nuit. »

« Nous y arriverons. » Les yeux de Gabrielle brillèrent. « J’ai promis à une connaissance un petit déjeuner au lit pour son anniversaire et je serais maudite si je ne tenais pas cette promesse. »

« Oh… hé… c’est vrai ça ! » Croassa Solari. « C’est le Solstice demain, pas vrai ! » Elle poussa le bras de Xena. « Quelle bonne excuse pour faire la fête. »

« Oh non », commença Xena, secouant la tête. « Pas de fêtes… et depuis quand les Amazones ont besoin d’une fichue excuse ? » Elle regarda son âme-sœur. « Désolée que les choses ne se soient pas très bien passées avec ces gens. »

Un haussement d’épaules. « Oh… je ne sais pas, Xena… j’ai eu la visite de Rebekah avant qu’ils ne chassent tous les enfants… » Elle glissa son bras autour de la taille de la guerrière. « Je l’ai renvoyée avec quelques parchemins. »

« Gabrielle. »

Elle reçut un regard sans repentir en réponse. « Tu avais raison… ces gens ne veulent pas de notre aide… mais cette fillette oui. » Elle leva le menton. « Je lui ai donné une leçon basique sur notre alphabet… et les sons… et quelques histoires faciles à lire quand elle pourra. »

Xena soupira puis se mit à rire. « Ça c’est ma Gabrielle. »

« Et la direction pour venir à Amphipolis », murmura la barde, en la regardant. « Au cas où. »

« Je me demande ce que Baracus va penser quand il finira par se montrer et qu’il ne verra plus de village », songea Toris. « Tu penses qu’il va les chercher ? » Demanda-t-il à sa sœur. « Ça pourrait apporter des ennuis. »

« On verra quand on y sera », répondit brièvement Xena. « Rentrons simplement. »

**********************************

C’était à peine le crépuscule quand la route se mit à faire un angle, menant à l’entrée principale d’Amphipolis.

Gabrielle était extrêmement reconnaissante pour ça, parce qu’elle se disait que si elle devait entendre son âme-sœur bien aimée lui demander si elle allait bien encore une toute petite fois, elle allait complètement perdre le contrôle. D’accord, le trajet avait été éprouvant et elle avait beaucoup manqué de souffle mais ça ne voulait pas dire qu’elle allait s’évanouir.

Le village avait plein de gens pour avertir de leur approche et tandis qu’ils entraient dans la cour principale, un flot de personnes se dirigea vers eux, allant de Cyrène à Elaini, et à une Granella très anxieuse.

« Hé mignonne. » Cyrène l’étreignit. « Tout s’est bien passé ? »

Voyons voir. Des chauves-souris, des rats, une inondation, des fanatiques, des seigneurs de guerre et des moutons. « Tout s’est super bien passé, maman… tout s’est bien terminé. »

« Nous sommes contents que vous soyez de retour… et au bon moment », la taquina Cyrène en lui pinçant les cheveux. « Comment va la grognonne ? »

Gabrielle regarda son âme-sœur qui s’affairait à saluer Eponine. « Elle va bien… nous avons eu un ou deux petits incidents… mais rien de bien grave. » Elle échangea un regard avec Cyrène. « En fait, je pense que je dois la faire se changer… sa combinaison en cuir est probablement encore mouillée de ce matin… nous avons eu un petit accident. »

Pour une fois, l’aubergiste ne posa pas de question. « Ça me semble être une bonne idée, mignonne… vous vous changez et vous revenez après… je pense que tu vas aimer ce qu’il y a au dîner. »

Les yeux verts passèrent à l’ambre dans le crépuscule. « Je parie que oui. » Elle s’avança et prit le coude de Xena, souriant pour saluer Eponine. « Salut Pony… contente que tu ais pu venir… comment s’est passé le voyage ? »

« Génial… » Eponine se balança sur ses talons. « Et vous ? »

« Bien… bien… écoute, je dois emprunter Xena… elle a un rendez-vous avec des vêtements secs. » Gabrielle sourit à sa compagne. « Pas vrai ? »

La guerrière lui lança un regard.

« Et je raconterai tout sur nos aventures quand on reviendra », ajouta la barde, ceci dit pour Eponine. « D’accord ? »

« C’est super », acquiesça Eponine d’un air aimable. « J’ai des notes d’Eph… et des trucs à raconter aussi. »

« Est-ce que Cait n’était pas censée venir avec toi ? » Demanda Xena en cherchant la jeune fille du regard.

« Oh… oui… elle est ici… elle et Pal sont quelque part où elles peuvent… euh… installer la foire, je pense… c’est ce qu’elle a dit. » Pony se gratta la mâchoire. « Elle sera de retour ici pour le dîner, j’en suis sûre. »

« En parlant de ça… » Gabrielle tira sur son âme-sœur. « Allons… j’ai faim. »

Xena se laissa conduire aimablement dans les confins familiers d’Amphipolis, après la cour ouverte et devant l’auberge, leurs bottes envoyant un léger nuage de poussière tandis qu’elles avançaient dans l’air maintenant froid. De l’autre côté de l’arche près de l’auberge et dans la zone derrière elle, là où se trouvait la maison de son frère dans un coin, et à gauche, niché entre deux grands chênes, se trouvait leur chalet.

La maison. Xena sourit tandis que leurs pas résonnaient familièrement sur le porche bas en bois, puis elle se tourna à demi et elle entendit le grattement de pattes qui couraient. « Tiens-toi… » Avertit-elle Gabrielle tandis qu’Arès se précipitait sur le porche et sautait avec jubilation contre elle. « Salut mon garçon… ouhaou ! »

« Rooo ! ! ! ! » Le loup rejeta sa tête en arrière et yodla. « Arggrroooo… » Il poussa sa tête contre la poitrine de Xena et renifla, tandis qu’elle ébouriffait son pelage et l’étreignait. « Grrr… »

« Hé… moi aussi je suis contente de te revoir », dit la guerrière en riant. « Mais tu devrais nous être reconnaissant d’avoir été laissé ici cette fois, mon garçon… tu aurais détesté cette situation. »

« Grrrroooo… » Il haleta puis regarda Gabrielle qui le regardait avec amusement et il changea de cible, en direction de son visage bien plus accessible.

« Atteeeends un peu… » Gabrielle vacilla sous son poids lorsque ses pattes atteignirent ses épaules et que sa tête fut au niveau de la sienne. « Doucement là, Arès… tu vas me faire tomber… je ne suis pas un arbre comme ta maman là. »

« Roo ? » Le loup lui lécha délicatement le visage.

« Oui, je t’aime aussi. » Gabrielle l’embrassa sur le museau. « Viens… il faut qu’on passe des vêtements secs à ta maman. » Arès trotta devant elles jusqu’au chalet et courut tout autour d’elles en reniflant avec intérêt. « Ouaouh… c’est bon d’être à la maison. »

« J’y pensais justement », répondit Xena tandis qu’elle accrochait sa cape et débouclait son armure, la soulevant au-dessus de sa tête avant de la laisser tomber avec un soupir de délice. « Il va falloir un après-midi tout entier pour la remettre en forme. « Fichus arbres. »

« Excuse-moi… » Gabrielle souleva une pièce, examinant une bonne inclusion. « Je préfère que ce soit là que dans toi. » Elle remua l’armure vers la guerrière. « En plus, tu t’agites toujours avec ce truc… même quand il n’y a pas besoin. »

Xena détacha ses bracelets aux bras et rit d’un air désabusé. « Oui… je présume que c’est vrai… c’est l’habitude plus qu’autre chose. » Elle se frotta les poignets là où l’armure en cuir la marquait. « Je me demande où ces gens ont fini ce soir ? »

Gabrielle s’assit et mit son pied sur la table basse toute proche de l’âtre pour retirer ses bottes, vu que se pencher n’était pas une option confortable. « Ça t’embête aussi ? Je ne sais pas, Xena… je… j’ai juste l’impression que tout ça n’est pas… fini. »

« Mm. » La guerrière s’assit pour enlever son armure de jambes, détachant les boucles en fer usé derrière ses genoux avant de soulever les plaques pesantes. « Oui… ça m’embêtait de les laisser comme ça… mais je ne voyais pas ce qu’on pouvait faire… ils ont décidé de partir dans une direction différente et ne voulaient pas d’escorte… je… » Elle soupira. « Je sais qu’ils ne nous aimaient pas, mais… » Elle délaça ses bottes et les ôta, tressaillant en voyant toute la saleté qui les recouvrait. « Beuh. »

« Oui… » Gabrielle regarda ses propres pieds tachés de boue. « Beurk… je pense qu’un bain est une bonne option, qu’en dis-tu ? »

Xena ne réfléchit pas à deux fois, elle se dirigea simplement vers la petite salle de bains et grogna presque de soulagement reconnaissant quand elle vit les seaux pleins déjà placés contre l’arrière du mur de l’âtre. « Oh oh… rappelle-moi de faire un gros câlin à ma mère pour ça », cria-t-elle tandis qu’elle vidait les seaux dans la baignoire.

Gabrielle s’adossa dans sa chaise, les mains croisées sur son ventre, fixant le plafond avec un sourire. Elle remua les pieds de contentement, ravie d’être enfin assise. « Oh, je vais le faire… » Dit-elle aux poteaux de bois.

La guerrière finit de remplir la baignoire en bois puis elle revint dans la pièce principale et prit un sac de sels de bains qu’elles avaient trouvé va savoir où. « On y va ? » Elle tendit la main à son âme-sœur.

Sentir l’eau chaude était merveilleux et Gabrielle grogna en la laissant l’envelopper, puis elle failli grogner à nouveau pour une raison différente quand des mains couvertes de savon commencèrent à la frotter partout, grattant la mauvaise boue collée de son corps en même temps qu’un léger mordillement progressait le long de son cou et de son oreille. Elle garda les yeux fermés mais tendit la main pour prendre du savon à son tour et elle commença une exploration elle aussi. « Dieux, que c’est bon », murmura-t-elle.

« Mmhmmm », approuva Xena volontiers, souriant quand elle sentit un coup contre sa main. « Le bébé le pense aussi. »

« Le bébé est content d’être sorti de cette mauvaise grotte humide et dégoûtante autant que moi », l’informa Gabrielle. « Hé… roule un peu… voyons voir ton dos. » Elle inspecta les entailles et passa doucement un doigt sur la plus profonde, toujours sensible et visible. « Celle-là a été plutôt effrayante. »

« Oui. » Xena posa le menton sur le bord de la baignoire. « Un peu trop près », songea-t-elle sobrement. « Peut-être que je dois penser à mettre plus d’armure sur ce point. »

Gabrielle cligna des yeux. « C’est une très bonne idée », complimenta-t-elle sa compagne puis elle l’embrassa légèrement sur le nez. « Je pense qu’on va avoir du temps maintenant… ça me semble être un bon projet. »

« Oh oui. » Xena enroula un bras protecteur autour de son âme-sœur. « C’est mon tour maintenant de te gâter pourrir. »

Gabrielle se rendit compte combien elle était épuisée et elle se rendit aux signaux d’alerte de son corps avec grâce. « D’accord… je pense que je me suis bien débrouillée, à te retenir pendant six mois », reconnut-elle. « Je vais commencer à ralentir un peu », promit-elle en réfrénant un bâillement. « Dieux… d’accord, sortons d’ici et allons dîner… ou je vais m’endormir sur place. »

Xena la regarda affectueusement. « Je vais te chercher quelque chose à la cuisine… nous avons quelques jours pour être avec toute la foule… tu as une excuse pour être lasse ce soir. »

Le regard vert brume la dévisagea d’un air désabusé. « Non… j’aimerais vraiment voir Cait… et passer quelques minutes avec maman et Gran… nous pouvons rentrer tôt. »

« Tu en es sûre ? » Demanda la guerrière. « Tu sais bien qu’ils vont te pardonner. »

Oh non, ils ne vont pas le faire. « Oui… j’en suis sûre… » Elle chatouilla sa compagne dans les côtes. « Allons… maintenant qu’on n’a plus l’air et qu’on ne sent plus comme des chiots de boue. »

Elles s’habillèrent sans chichi puis passèrent leurs capes pour le court trajet vers l’auberge, où des flots de lumière passaient par les fenêtres pour la plupart fermées et se déversaient sur le sol dur et froid.

Xena mena la barde en haut des marches et sur la basse plateforme devant la porte de l’auberge, puis elle tendit la main vers la poignée de porte mais fut devancée par sa petite compagne. « Hé. »

« S’il te plait…. Je peux ouvrir une porte », lui dit Gabrielle plaisamment, et elle ouvrit la porte et se mit sur le côté. « Après toi. » Elle lui fit signe d’entrer.

Xena avait son regard sur sa compagne et saisit le léger sourire narquois juste avant d’entrer dans l’auberge.

Et d’être accueillie par un tonnerre de voix. « SURPRISE ! »

Et d’être frappée par une cascade de minuscules oiseaux de papier colorés, qui flottèrent depuis le plancher et vinrent se nicher sur sa cape, tandis qu’elle se tenait dans l’entrée, trop choquée pour bouger.

« Hé. « Gabrielle ferma la porte et lui tapota les fesses. « La vengeance se mange froide, hein ? »

Xena réalisa qu’elle regardait pratiquement chaque ami qu’elle avait en ce monde, et qui lui souriaient maintenant tout en se tapant dans le dos pour une surprise réussie. Autolycus, Salmoneus, la moitié de la Nation Amazone… elle repéra Tyldus à l’arrière, ainsi que le visage couvert de cicatrices de Palimon. Toris lui souriait, son bras entourant Granella tandis que Jessan et sa famille riaient derrière lui.

Elle ne pouvait même pas parler, pas même répondre lorsqu’Autolycus s’approcha en se pavanant et lui prit le menton.

« Joyeux anniversaire, Xena… j’allais voler pour toi la couronne de bijoux d’Egypte mais heu… » Il brossa sa moustache et se rapprocha. « Ils m’ont dit que Cléo et toi vous étiez comme ça. » Il croisa les doigts. « Et je ne voulais pas finir momifié si tu vois ce que je veux dire. »

« Je vois ce que tu veux dire », répondit faiblement la guerrière puis elle ne put s’empêcher de rire et elle leva les mains avant de les laisser retomber. « Très bien… très bien… vous m’avez eue. »

Ephiny s’approcha pour l’étreindre. « Tu parles qu’on t’a eue. » La régente se mit à rire. « Tu aurais dû voir ton visage. » Elle tendit à Xena une grande chope de quelque chose qui sentait comme si ça allait enlever les poils des fesses d’un Centaure. « Essaie ça… c’est Pony qui l’a fait. »

« Xena… Xena… écoute… tu te souviens de ce savon ? » Salmoneus se glissa entre elles, son visage barbu tout sourire. « On a une franchise ! » Il tira sur son bras. « Viens voir par ici… »

Des mains la tirèrent vers l’avant, vers une table remplie de cadeaux et des petits gâteaux de sa mère. Elle eut la présence d’esprit de tourner la tête pour trouver le regard de Gabrielle, et de voir que la barde la fixait avec un grand sourire sur les lèvres. Xena tendit la main vers elle et lui fit signe d’avancer avec un mouvement de la tête. « Je t’aurais pour ça », murmura-t-elle tandis que Gabrielle se blottissait sur son côté droit.

« Promesses, promesses… tu n’y arriveras jamais. » La barde sourit d’un air triomphant, sans voir le haussement arqué de sourcil ou le sourire diabolique rapidement masqué.

Ensemble elles rejoignirent leurs amis tandis que la fête commençait.

Bien plus tard ce soir-là, deux silhouettes qui marchaient doucement se frayèrent un chemin vers une cabane confortable et éclairée par les chandelles.

« Alors… tu vas finir par me pardonner ? » Demanda Gabrielle, en cognant doucement sa grande âme-sœur.

« Ne fais pas ça sauf si tu veux me ramasser, Gab », dit la guerrière d’un ton traînant. « J’ai bu deux chopes de bière de trop. »

« Désolée. » La barde étouffa un rire, s’étant tenue à du jus de pomme toute la soirée, savourant de voir sa compagne se faire bombarder de souhaits, de taquineries de la part de leurs amis, et de cadeaux.

Et de bière, bien entendu, et de quoi que ce soit, par Hadès, qu’Ephiny avait apporté avec elle et qui avait assommé même Autolycus pendant un moment. Le regarder ainsi que Sal essayer de développer une arnaque aux bijoux de sucre cristal avait été une sacrée expérience. « Tu vas bien ? » Elle mit la main autour du coude de Xena au cas où.

La guerrière soupira lourdement. « Oui… mais j’ai le sentiment que je vais regretter ceci demain matin … » Elle regarda sa compagne. « Depuis combien de temps tu avais planifié ça ? »

« Depuis que nous sommes allées chez les Amazones », confessa la barde. « Et bien… je veux dire qu’en fait… depuis l’année dernière, mais… j’ai fait marcher les choses… j’ai envoyé des messagers, ce genre de choses. »

« Mmph. » Xena réfléchit. « Et bien, j’ai été surprise. » Elle négocia avec prudence les quelques marches vers leur porche et alla à la porte, tendit la main vers la poignée, puis s’arrêta et regarda Gabrielle. « D’aut’ surprises ? »

« Non. » La barde lui sourit affectueusement. « Et bien… j’ai quelques trucs emballés pour toi pour demain matin, mais ça ne compte pas. »

La guerrière hocha solennellement la tête et ouvrit la porte. « Bien… j’ai une surprise pour toi alors. » Elle suivit Gabrielle à l’intérieur puis alla vers ses armes, posées avec soin sur la commode et elle les fixa. Avec un très grand sérieux, elle prit l’épée et le chakram et alla vers le grand coffre fermé d’un côté du lit, souleva le couvercle et posa les armes dedans.

Puis elle le ferma et le verrouilla, étudiant la clé un long moment avant de se redresser avec peine et d’aller vers Gabrielle. « Tiens. » Elle lui tendit la clé. « Et avant que tu me le demandes… je ne suis pas assez soûle pour ne pas savoir ce que je fais. »

Gabrielle regarda la clé en cuivre dans sa paume. « Tu es vraiment sérieuse là ? »

Les mains de Xena tombèrent légèrement sur le ventre de sa compagne et y restèrent. « Je veux connaître cet enfant. » Elle fit une pause, comme si elle réfléchissait à ses paroles. « J’ai trois mois pour voir si je peux être autre chose qu’une tueuse… pour voir si je peux laisser les combats et la mort derrière moi pour un moment.

La barde prit une profonde inspiration et referma sa main sur la clé. « Et si tu ne peux pas ? » Demanda-t-elle avec honnêteté. « Tu as un côté obscur, Xena… mais nous savons toutes les deux que ce côté obscur a apporté de la lumière à beaucoup de gens. »

« Et apporté de la douleur et de la souffrance aux gens que j’aime le plus au monde », répondit doucement la guerrière. « Je ne veux pas que cet enfant connaisse la Destructrice de Mondes, Gabrielle. » Elle baissa la tête et soupira d’un air las. « Je sais que je ne peux pas laisser tout ça derrière moi pour toujours, mais juste pour un petit moment, j’aimerais essayer. »

La barde étudia le visage assombri de sa compagne pendant un long moment avant de hocher tranquillement la tête. « Très bien… je garde ça pour toi. » Elle sentit le froid du cuivre se réchauffer contre sa peau, une confiance bizarre et sombre. « Allons… » Elle tapota la poitrine couverte de laine de sa main libre. « La journée a été vraiment très longue et tu sais qu’on va être occupées demain. »

Xena sourit et l’entoura de ses bras avant d’embrasser le dessus de sa tête affectueusement. « Merci Gabrielle », marmonna-t-elle. « J’ai adoré la fête. »

La barde sourit tranquillement, son visage enfoui dans le tissu chaud.

********************************

Amphipolis deux mois plus tard.

La cabane était tranquille ; seul le bruissement sec des branches mortes de l’hiver dehors remuait l’air, calqué sur le doux grattement d’une plume sur un parchemin à l’intérieur. Des chandelles éclairaient l’intérieur d’une lueur chaude, faisant ressortir le profil pensif de Gabrielle tandis qu’elle se trouvait à sa table d’écriture, la tête posée sur une main et sa plume tournant paresseusement dans l’autre tandis qu’elle relisait ce qu’elle avait écrit.

La dernière foire a été un tel succès que nous avons décidé d’en avoir une autre et ce sera dans environ trois semaines. J’essaie d’arranger quelques trucs maintenant parce que j’ai le sentiment que dans trois semaines, je serai bien trop occupée pour m’inquiéter des espaces marchands.

Pas que j’ai beaucoup d’énergie à déployer là maintenant, bien sûr… parfois, je suis là assise, épuisée, et je pense à ce par quoi Xena est passée quand elle était enceinte… je veux dire, elle menait une armée sur le champ de bataille, pour l’amour de Zeus… comment faisait-elle ? Je peux à peine faire mes petites affaires ces jours-ci et elle, elle chevauchait et se battait jusqu’à la dernière minute.

Gabrielle secoua la tête et mit une main sur son estomac, tandis que le bébé bougeait et qu’une crampe la traversait. « Ouille. » Elle tressaillit, bougeant un peu et grimaçant jusqu’à ce que la crampe disparaisse. « Beuh… tu n’es pas content là-dedans, bébé ? » Demanda-t-elle à son enfant à venir, en massant doucement la surface gonflée. « Ou bien Xena te manque tout simplement, hein ? Comme à moi ? »

Elle retourna son attention à son journal. Xena était partie à contrecœur, franchement, pour un voyage de trois jours pour aller chercher « des trucs » dont elle avait dit qu’elle les avait commandés plus tôt dans l’année, et elle avait promis de rapporter des parchemins neufs en passant. Vas-y, avait dit Gabrielle à son âme-sœur nerveuse. Vas-y maintenant parce que nous sommes presque au bout là, avait-elle dit doucement en poussant la guerrière sur le chemin.

Pas qu’elle voulait s’en débarrasser, bien entendu… mais alors que la barde se rapprochait de plus en plus du terme, le besoin envahissant de la surprotéger était progressivement devenu pire, jusqu’çà ce que Gabrielle pense sérieusement à droguer son thé du matin juste pour avoir un peu de répit de l’attention trop forte.

Je me sens comme un ornement en verre. Et ce n’est pas que ce ne soit pas agréable d’être chouchoutée, un peu, mais parfois elle agit comme si j’allais me briser en un million de morceaux, quand en fait, je me sens vraiment très forte et étonnamment énergique la plupart du temps.

Et bien, pas tard la nuit, comme maintenant… ou si j’ai dû m’activer beaucoup, mais en général, je me sens super bien. Ce qui a mis Granella en colère contre moi, mais je ne peux pas l’empêcher… elle a été mise au lit ces deux dernières semaines, parce que le guérisseur était inquiet sur une naissance prématurée et elle s’est évanouie deux fois à l’auberge avant ça. Chaque fois que je vais lui apporter quelque chose, elle me lance ce regard vraiment irrité, même si je sais qu’elle souhaite simplement que tout soit terminé.

Je présume que je me dis la même chose… ça fait presque huit mois après tout, et je suis un peu fatiguée de ne pas pouvoir faire des choses simples, comme de mettre mes bottes. Et mon dos me fait mal, bien que loin de ce que vit Gran, mais Xena fait de meilleurs massages que Toris, alors je présume que ça explique aussi des choses.

Et vous le croirez ou pas… on n’a toujours pas choisi de nom pour le bébé… Oh, nous en avons passé plein en revue… mais on dirait qu’on n’en a pas trouvé qui nous plaise à nous deux… je présume qu’on pourrait simplement l’appeler ‘Hé toi’. Jusqu’à ce qu’on se décide, mais je suis plutôt sûre que Maman et tout le monde ne vont pas accepter ça plus d’un quart de chandelle.

Ces deux mois ont été très tranquilles… Xena… j’avais vraiment des doutes, mais elle a tenu sa promesse et elle n’a pas touché une arme depuis le Solstice, sauf son bâton pour continuer à amuser les Amazones et la milice. Ils pensent tous que c’est tellement étrange, mais… et je dois admettre que je ne pensais pas qu’elle le ferait mais j’avais tort, et ça a produit un changement chez elle auquel je ne m’étais pas vraiment attendue.

Elle dit que ça ne lui manque pas. Je m’interroge. Elle continue à courir et les entraînements au bâton, elle dit que c’est surtout parce qu’elle se sent bien en le faisant, ou peut-être qu’elle est trop fière pour perdre de sa forme, surtout avec les Amazones dans le coin… je ne suis pas sûre. Peut-être un peu des deux.

Elle m’a raconté une blague l’autre jour… comme ça venu de rien et elle m’a presque fait sortir le jus de pomme par les narines tellement c’était drôle. Cette tendance drôle et espiègle revient et je pense que je me fais une bonne idée de qui elle aurait été si Cortese n’était jamais venu. Ça fait mal de penser aux couches nombreuses sous lesquelles c’est enfoui… et comme ça disparait rapidement quand elle doit retrouver son côté obscur.

Je pense que nous savons toutes les deux que ça ne durera pas toute la vie… je le vois dans ses yeux parfois, une sorte de… oh, c’est étrange, mais une joie teintée de tristesse, comme quand on voit les belles feuilles de l’automne et qu’on sait que l’hiver arrive.

L’obscurité fait bien trop partie d’elle pour la laisser en paix pour toujours. Je pense que j’en suis venue à accepter ça et je sais qu’il y aura un jour où je devrai lui rendre cette clé et prendre mon bâton pour affronter cette obscurité à nouveau. C’est inévitable en quelque sorte… je pense. Mais pour l’instant et pour le temps que ça durera, je vais accepter ceci comme un moment magique dans ma vie et me contenter de le savourer. On ne peut pas s’inquiéter pour ce qui aurait pu être ou qui pourrait advenir… il faut juste prendre le présent et le rendre aussi bien que possible.

Ouaouh… c’était une digression profonde, pas vrai ? Bref, je me sentais vraiment mal à l’aise plus tôt parce que le bébé bougeait beaucoup, presque comme si elle s’entraînait au salto arrière, mais elle s’est calmée maintenant et est descendue on dirait… c’est beaucoup plus confortable, mais c’est un peu étrange. Et les crampes que j’ai ressenties cette dernière semaine sont revenues… elles me rendent folle ce soir… j’aimerais que Xena soit là… elle me distrait et je les oublie.

Des noms… des noms… une part de moi souhaiterait la prénommer de quelqu’un que nous connaissons… mais… je ne sais pas… je ne suis pas sûre de vouloir offrir à notre enfant les attentes de tout le monde… Xena dit que ça va être assez dur comme ça, parce que nous sommes plutôt bien connues, au moins dans ces contrées.

La barde fit une pause et écouta les premiers raclements d’une pluie glacée sur le toit et elle resserra son châle moelleux autour d’elle. Elle espérait que Xena se trouvait dans une auberge, loin de ce mauvais temps, bien que depuis que la guerrière portait des vêtements tout neufs à l’occasion de son voyage, il y avait de fortes chances qu’elle soit dans la boue à hauteur de genoux.

Ça ne manquait jamais.

Une autre crampe et elle s’appuya sur le bureau, fermant les yeux jusqu’à ce qu’elle passe, la laissant légèrement nauséeuse. Elle prit un morceau d’abricot séché et le mordilla, laissant la senteur forte apaiser son estomac.

Au mouvement, Arès la regarda depuis l’endroit où il était enroulé sur la douce peau d’ours sous ses pieds.

« Non, pas de fruit… tu te souviens comme tu as été malade la dernière fois, quand ton autre maman t’a donné ces cerises ? » Avertit-elle le loup plein d’espoir, puis elle leva les yeux lorsque la grêle racla la fenêtre et qu’un long gémissement de vent sortit à travers les arbres. « Génial. » Elle lança un regard au bois pour le feu que Xena avait stocké avant de partir. « Au moins, nous en avons beaucoup. » Elle posa sa plume et se frotta les yeux. « Arès, je suis vraiment fatiguée… je pense que je vais juste rester assise devant le feu un moment… qu’en penses-tu ? »

« Roo ? » Le loup la regarda d’un air inquisiteur.

« Oui, toi aussi », répondit Gabrielle tandis qu’elle se mettait debout avec précautions, attendant de retrouver son équilibre avant d’aller vers son nouveau cadeau, un fauteuil agréable et confortable que Xena avait construit, avec des coussins capitonnés et des patins arrondis sur le bas qui permettait de balancer d’avant en arrière d’une façon apaisante.

Gabrielle l’adorait et elle s’installa dans sa douceur avec un sourire, entourant ses genoux d’un quilt coloré tout en se balançant légèrement. « Bon… attention à ta queue », avertit-elle Arès qui se blottit près d’elle. « Souviens-toi de l’autre soir. » Elle s’était accidentellement posée sur l’appendice sombre et broussailleux du loup et avait compati à son hurlement d’outrage qui en était advenu. Elle posa sa tête d’un côté, observant la petite table posée dans le coin, près de l’âtre, et sur laquelle se trouvaient des petits jouets en bois de tailles variées, à divers stades de réalisation.

Les projets de Xena, qui allaient de minuscules soldats à des ours et à un petit cheval qui se balançait. Gabrielle sentit un sourire se former tandis qu’elle les fixait. D’un côté se trouvait un dragon en peluche pourpre et bleu avec des boutons à la place des yeux, un cadeau amusant de Cyrène pour remplacer Flameball usé jusqu’à la corde, le jouet de l’enfance de Xena que Gabrielle refusait de rendre.

La barde prit une inspiration tandis qu’une autre crampe tendait son corps, cette fois plus longue et douloureuse. « Ouaouh. » Elle soupira. « Peut-être que je devrais faire de ce thé que Xena m’a montré l’autre jour. » Elle passa en revue les ingrédients. « Je pense que j’ai tout ici… » Elle commença à se lever mais s’interrompit, tandis que des bruits de sabots éclipsaient la grêle, en provenance de la route principale.

Des bruits de sabots qui allaient vite et étaient accompagnés de la chaleur familière qui la fit cligner des yeux de surprise. Xena n’était pas attendue avant encore trois jours au moins… à moins que quelque chose ne se fut passé. Avec anxiété, elle écouta la porte de l’écurie s’ouvrir et se refermer, et le silence tomba, puis ce qui lui sembla juste quelques moments plus tard, elle entendit à nouveau la porte et puis des bruits de pas bottés dans sa direction à une vitesse régulière.

Arès se précipita à la porte et l’atteignait au moment où elle s’ouvrit violemment, un courant d’air froid et de grêle révélant la haute silhouette sombre de sa compagne. Xena… » La barde mit les mains sur les accoudoirs. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La guerrière entra, sa poitrine se soulevant, et elle referma la porte derrière elle, une main caressant la tête d’Arès d’un air absent. « Tu vas bien ? »

Décontenancée, Gabrielle regarda la cabane. « Oui… je vais bien… » Elle regarda son âme-sœur. « Qu’est-ce qui se passe chez toi, par Hadès ? » Elle fixa la guerrière trempée et boueuse. « Par les dieux, enlève ces vêtements avant de prendre froid… et qu’est-ce que tu fais ici ? »

Xena avança dans la cabane, retirant sa cape pour la pendre sur les crochets près de la porte. Elle portait des leggins lourds de cheval en laine de couleur bordeaux avec une tunique en laine assortie qui la couvrait jusqu’à mi-cuisses et ses nouvelles bottes, qui étaient largement couvertes de saleté.

Son armure et sa combinaison en cuir étaient tranquillement pendues dans l’armoire à vêtements, inutilisées depuis deux mois et elle ne portait pas d’arme sauf son couteau de ceinture. « Je… heu… » Xena se passa une main dans ses cheveux mouillés et s’approcha, s’installant dans le fauteuil en face de son âme-sœur. « C’est dingue, je présume… j’ai juste eu le sentiment que je devais être ici », confessa-t-elle. « Ça doit être les nerfs. » Elle fit une pause. « Tu es sûre d’aller bien ? »

Les yeux verts roulèrent ironiquement. « Xena… oui, je vais très bien… à l’exception de quelques crampes et d’un dos douloureux », admit-elle. « J’allais justement faire de ce thé que tu m’as montré l’autre soir. » Elle soupira puis grimaça tandis qu’une autre crampe se produisait. « A moins que tu n’aies quelque chose de mieux à l’esprit. »

Xena se leva lentement puis alla vers elle, s’agenouilla et mit une main chaude sur son poignet. « Des crampes ? »

Gabrielle hocha la tête. « Oui… comme j’ai pu en avoir… seulement celles-ci sont un peu plus persistantes… elle me rendent un peu folle ce soir… alors je suis plutôt contente que tu sois rentrée. »

Son âme-sœur posa doucement une main sur son épaule. « Assieds-toi. » Elle toucha avec prudence le ventre de la barde, testant avec soin, puis elle lâcha un long souffle régulier. « J’ai quelque chose pour ça, oui… mais tu ne vas pas aimer. »

« Non ? » La barde jouait avec une mèche de de ses cheveux noirs avec agitation.

« Non… ça implique de pousser beaucoup. » Xena posa une main sur son genou et la regarda.

« Pousser ? Je ne… » Gabrielle s’arrêta et la fixa. « Qu’est-ce que tu voulais dire exactement par-là, Xena ? »

« Ce ne sont pas des crampes… ce sont des contractions… le bébé arrive », lui dit Xena avec un léger sourire ironique. « Je présume que mon instinct était juste cette fois-ci. »

Gabrielle se sentit très choquée, avec un mélange de frisson de peur et d’anticipation. « Oh dieux… tu es sérieuse ? » Elle mit les mains sur son estomac. « Mais c’est… » Son regard se posa droit sur Xena. « Ce n’est pas trop tôt ? »

Xena pinça les lèvres. « Les bébés pensent par eux-mêmes parfois… et vu que c’est ton enfant… » Elle la taquina doucement. « Je sais qu’elle aura cette capacité. »

Une main dans ses cheveux noirs mouillés. « Notre enfant », la corrigea gentiment la barde. « Tu en es sûre ? »

Les doigts de la guerrière tracèrent un chemin autour de la courbe inférieure de l’estomac de sa compagne. « Tu vois comme le bébé a bougé ? En bas et devant ? »

« Oui… je l’ai aussi senti un peu plus tôt aujourd’hui. » Gabrielle se regarda avec fascination, puis elle se tendit alors qu’une douleur l’agrippait. « Ouille. » Elle prit une inspiration quand ce fut passé et regarda son âme-sœur. « C’est la partie difficile maintenant, hein ? » Des souvenirs flashèrent dans son esprit, d’une étable étrangère et d’une peur submergeante qui avait saisi son corps et son âme. « J’ai un peu peur. »

Xena mit une main sur son épaule. « Ça va faire mal un petit moment… si je bloque la douleur trop tôt, tout pourrait s’arrêter. »

« Comme avec Aileen », se souvint la barde.

« Oui… alors tu te contentes de rester assise ici et tu me laisse faire les préparatifs, d’accord ? » Xena se tourna à demi. « Je vais chercher le guérisseur, et… » Une main sur son bras l’arrêta et elle se retourna pour voir un regard sérieux posé sur elle. « Quoi ? »

« Juste toi », murmura doucement Gabrielle. « Je ne veux personne d’autre ici que toi. » Elle resserra sa prise sur le bras de Xena quand la guerrière ouvrit la bouche pour protester. « S’il te plait… Xena, tu es la meilleure guérisseuse que je n’ai jamais connue… et… je ne veux personne d’autre ici. »

Xena lui caressa le visage. « Gabrielle, Renas est un très bon soigneur… et tu sais que ce n’est pas toujours une bonne idée que quelqu’un de très proche s’investisse… »

« Tu ne t’étoufferas pas. » Un petit sourire triste apparut sur les lèvres de Gabrielle. « Nous le savons bien toutes les deux. » Son regard scruta le visage de Xena. « S’il te plait ? »

Perplexe, la guerrière s’assit sur ses talons et posa les mains sur les accoudoirs du fauteuil. « Si… si c’est ce que tu veux vraiment, Gabrielle… très bien… mais… » Un petit mouvement de la tête. « Je pensais que… je veux dire, je pensais qu’on avait déjà discuté de ça. »

« Je sais », répondit doucement sa compagne. « Mais j’y ai réfléchi et c’est ce que je veux vraiment, Xena… je veux qu’il n’y ait que nous deux… juste toi et moi. » Son regard bougea pour se poser fermement sur celui de Xena. « Je veux que tu sois celle… qui la mette au monde. »

Xena serra les muscles de sa mâchoire soudainement, tandis que la signification des mots la frappait.

Une confiance qu’elle n’avait pas gagnée et elle savait au fond de son cœur, qu’elle ne la méritait pas, et tout ce qu’elle pouvait faire, c’était l’accepter. « Très bien », réussit-elle à dire. « Si c’est ce que tu veux vraiment. »

Gabrielle sentit la confusion en elle et la douleur, et elle leva une main forte pour presser ses lèvres contre les phalanges. « C’est ce que je veux », affirma-t-elle. « Bon… on commence où ? »

Xena pencha la tête un long moment puis elle la releva. « Je vais faire chauffer de l’eau et préparer mon kit… te faire du thé pour t’aider à te détendre. » Elle regarda autour d’elle. « Ce serait mieux que tu marches un petit peu… tu commences à t’ouvrir. »

« Ça me parait bien », approuva doucement Gabrielle. « D’accord… si tu m’aides à me lever, je vais t’aider à choisir des herbes… qu’en penses-tu ? »

D’une manière curieuse, marcher l’aida bien, se rendit compte Gabrielle, tandis qu’elle bougeait avec beaucoup de précautions dans le chalet pour ce qui lui sembla être une douzaine de marques de chandelle, mais plus probablement moins de trois… Elle aida Xena à tout préparer puis regarda sa compagne mettre une chaise dans une petite alcôve, puis un tabouret contre le mur opposé. « C’est pour quoi faire ? »

« Pour toi. » Xena se tourna juste au moment où la barde hoquetait et se pliait en deux, et elle traversa la pièce dans un saut pour l’attraper. « Hé… » De l’humidité l’alerta. « Tu perds les eaux ? »

« Oui », siffla Gabrielle, surprise. « Oh… c’était tellement bizarre. »

« D’accord… d’accord… viens par ici et assieds-toi. » La guerrière la mena à la chaise qu’elle avait recouverte de tissus doux et la fit s’asseoir, lui levant doucement les pieds pour qu’ils soient posés contre le tabouret. Elle laissa Gabrielle lui agripper le bras tandis qu’une contraction la frappait et les doigts de la barde se resserrèrent contre sa peau. « Bon… quand tu ressens ça, tiens bon. » Elle tapota les cuisses de la jeune femme. « Utilise ça. »

« Oh dieux… » Gabrielle fit ce qu’on lui disait et ses jambes puissantes faillirent la soulever de la chaise. « Comme ça ? »

« Ouaouh… essaie de ne pas t’envoler dans le chalet, mon amour », la guida doucement Xena.

« Ça fait mal. » Le visage de la barde se contracta de douleur. « Tu peux l’arrêter ? »

« Bientôt. » La voix de Xena était basse et apaisante. Elle vérifia les progrès de l’enfant. « D’accord… tu t’ouvres vraiment bien, Gabrielle… je peux… oh… »

« Tu peux quoi ? » Lâcha la barde, nerveusement. « N’arrête pas de parler comme ça. »

« Je vois le haut de la tête du bébé », la rassura rapidement sa compagne. « C’est bon… le bébé est dans la bonne position pour naître… pas tête-bêche ou retourné. » Elle prit un long bassin d’eau chaude et le mit sous sa compagne, puis elle arrangea avec soin des longs rubans de coton propres sur la table tout près. « D’accord… quand ça fait mal, pousse. »

« Facile à dire pour toi », grogna la barde tandis que son corps semblait vouloir se déchirer en deux. « Oh dieux… » Elle prit prise sur le bras de Xena et serra fort. « Ouhhh. »

Xena tressaillit elle-même tandis que les doigts puissants serraient. « C’est ça… bon travail. » Plus de la tête était apparu, dans son sac protecteur, assez pour rassurer Xena que le bébé était bien dans le bon sens. « D’accord… encore. » Elle avala presque sa langue tandis qu’une prise bien plus puissante qu’elle ne l’avait réalisé se ferrait sur son poignet. « Oh… bien… bonne fille. » Elle inspira en voyant des yeux minuscules apparaître. « Gab, lâche mon bras. »

« Quoi ? » Faillit crier la barde. « Oh non… si je dois traverser ça, toi aussi… »

« Gabrielle… j’ai besoin de cette main pour des points de pression », lui rappela la guerrière. « Pour la douleur, tu te souviens ? »

« Oh. » Gabrielle la relâcha puis sentit un coup puis deux autres et soudain elle put respirer. « Désolée… oui… merci… je t’aime… tu es une déesse… oh… » Ça faisait toujours mal et elle pouvait sentir le désir de pousser de plus en plus fort, mais elle n’avait plus l’impression de se fracturer. « Oh… » Elle appuya sur le sol. »

« C’est ça… » Xena la regardait avec une excitation à peine retenue tandis que la petite tête apparaissait et elle passa une main dessous pour la soutenir. Le sac protecteur argenté se déchira et elle l’aida à ça, essuyant la matière gluante du visage du bébé. « Encore une bonne poussée… allez. »

« Je vais te pousser toi. » La barde serra les dents et sentit la contraction arriver, elle s’arqua, utilisant des muscles rendus puissants par des années de labeur. La tension monta et encore et elle poussa jusqu’à ce qu’elle ait l’impression que sa tête allait exploser. Puis dans un moment soudain, la pression se relâcha et son corps se détendit et ce fut fini. Elle se laissa retomber sur les oreillers et essaya de reprendre son souffle.

« Ouaouh ! » Xena baissa son autre main juste à temps pour attraper la minuscule forme qui glissait pour se libérer et se trémoussa dans sa prise. « Oh oh doucement… » Elle le mit gentiment dans l’eau chaude, rinçant le sang et les fluides de naissance, puis elle souleva la petite silhouette et attrapa un morceau de tissu pour la nettoyer. « Oh… Gabrielle… c’est une fille… »

La barde ouvrit un œil puis siffla lorsqu’une dernière contraction la traversa, et elle sentit le sac de protection du bébé la quitter. « Une fille ? » Murmura-t-elle doucement.

Xena retira le sac avec précautions. « Oui, je… »

Un cri vigoureux et audacieux lui fit presque lâcher le bébé tandis que celui-ci prenait conscience de son environnement et décida qu’elle n’aimait pas être tenue la tête en bas.

« Ouaouh… quelle paire de poumons dis donc, jeune dame », réussit à dire la guerrière, ses yeux écarquillés. Elle redressa l’enfant en colère puis l’enroula dans un morceau de tissu. « D’accord… d’accord… tiens bon… » Le bébé se trémoussa et lâcha un autre cri. « Bon sang… tu as les poumons de ta maman, hein ? » Elle berça l’enfant dans ses bras et la regarda, sentant une douleur dans sa poitrine qui fit monter une grosse boule dans sa gorge et la fit taire.

Gabrielle lutta pour se mettre assise puis elle regarda le paquet bruyant. « Elle va bien ? »

Xena nettoya les derniers fluides sur le visage du bébé et l’amena tout près de sa mère. « Tiens… » Elle tendit l’enfant à Gabrielle. « Dis bonjour à ta fille. » Elle ne put empêcher sa voix de se briser un peu tandis qu’elle retournait à sa tâche, nettoyant et soignant son âme-sœur. « Tu n’as même pas besoin d’agrafes… bon travail. » Elle mit une couverture soyeuse autour des genoux de la barde puis fixa l’enfant qui se trémoussait. « Elle est belle, Gabrielle. » Mille souvenirs la hantaient, lui faisant baisser le regard vers le sol dans un silence pensif.

Gabrielle sentit le léger poids et elle entoura l’enfant de ses bras tout en la regardant avec émerveillement. Elle toucha doucement le visage du bébé qui se calma bien que ses poings continuaient à remuer. « Oui, c’est vrai… bonjour, ma douce », murmura-t-elle avec incrédulité tandis qu’elle passait un doigt sur la touffe soyeuse de cheveux noirs sur la tête du bébé. « Je sais d’où ça vient, ça… » Elle rit doucement et jeta un coup d’œil à son âme-sœur.

Les yeux bleus étaient presque gris avec un mélange d’émotions, principalement une tristesse tranquille et douce, qui disparut lorsque Xena se rendit compte qu’elle la regardait. « Elle est parfaite », acquiesça tranquillement la guerrière. « Elle est grande vu qu’elle est arrivée à l’avance. » Elle tendit un doigt et toucha un pied minuscule.

Gabrielle hocha doucement la tête. « Je parie qu’elle va grandir joliment. » Elle saisit un petit poing et regarda les doigts s’enrouler autour des siens dans une prise solide. Le corps du bébé était couvert de rides rouges et ses yeux étaient fermés. « Elle est si mignonne. »

Xena posa son bras sur l’accoudoir et mit son menton sur son poignet, fixant le bébé. « Oui… » Son doigt traça un endroit sur le dos du bébé. « Elle a tes fesses. »

« Tch… Xena… » La barde étouffa un rire, contente de cette tentative d’humour. Elle retourna le bébé avec précautions et examina la partie en question. « Oh… je ne pense pas, non. » Puis son regard tomba sur le dos de l’enfant et elle devint très tranquille.

« Oh si », désapprouva Xena. « Le même petit arrondi. »

« Xena… est-ce que c’est une marque de naissance ? » La voix de Gabrielle avait pris un ton étrange.

« Heu… oui… je l’ai remarquée. » Xena examina la colonne vertébrale du bébé. « C’est plutôt intéressant… comme un oiseau… regarde, il y a les ailes ici… je n’en ai jamais vu de pareille. »

Gabrielle garda le silence quelques battements de cœur, savourant le moment alors qu’elle n’en avait pas eu beaucoup dans sa vie auparavant. « Moi si. » Sa voix se brisa

Le regard bleu se leva, un peu intéressé mais surtout surpris. « C’est vrai ? »

Un hochement de tête solennel. « Oui… je connais quelqu’un que j’aime énormément qui en a une juste… exactement… comme celle-ci… au même endroit précisément. » Gabrielle sentit le sourire étirer ses lèvres tandis qu’elle regardait la lente progression de réalisation se faire sur les traits expressifs de Xena.

« Tu ne veux pas dire que… » Dans un réflexe purement humain, Xena tendit une main tremblante vers son dos. « Mais non. »

« Si… et oui, c’est ce que je veux dire. » Gabrielle rendit une main pour prendre le visage de son âme-sœur. « Je ne pense pas que ce bébé est prématuré… je pense qu’elle arrive juste à temps. »

La guerrière s’affaissa sur le sol, déglutissant. Sa bouche bougea plusieurs fois mais aucun son n’en sortit. Elle réalisa soudain que parler de quelque chose et être frappée en plein visage avec des preuves étaient des choses très différentes. « Je… »

« Tiens. » Gabrielle lui tendit le petit paquet, regardant les yeux de son âme-sœur s’arrondir. « Dis bonjour à ta fille », murmura-t-elle dans un triomphe exultant. « Vas-y… »

Xena entoura l’enfant de ses mains, sentant son poids et elle la fixa, si choquée qu’elle trouva difficile même de respirer. Le bébé remua et elle la berça instinctivement, étudiant la forme trapue avec attention.

Gabrielle avait raison. Le bébé n’était absolument pas prématuré, vu sa tête couverte de cheveux noirs soyeux. Les mains et les pieds étaient complètement formés, avec de jolis petits orteils et des ongles, et le bébé était de bonne taille, avec un corps long et des membres ronds bien dessinés.

Les toutes petites mains montraient déjà de longs doigts et une prise assurée. Et une marque de naissance dont elle savait que ni son frère, ni sa mère ne l’avaient.

Une partie d’elle voulait se dissoudre dans l’hystérie sur le sol en bois du chalet. Une partie d’elle voulait se précipiter à l’extérieur et réveiller tout le village. Une grosse partie d’elle se contentait de trembler. Sa fille. « Gabrielle, je pense que c’est mieux que tu la reprennes. » Xena lui tendit le paquet, sentant le sang quitter son visage.

« Pourquoi ? » La barde la regarda, inquiète. « Elle va bien ? »

« Elle va très bien. » Xena sentit la pièce commencer à se dissoudre. « Mais je pense que je vais… »

« Dieux ! » Gabrielle regarda son âme-sœur avec un choc quand elle s’affaissa au sol, évanouie. Elle fixa sa fille, qui remua un poing vers elle. « Ma douce, tu viens de faire ce que la moitié de la Grèce s’est contentée de rêver. » Elle soupira doucement, se penchant pour frotter son nez contre celui de l’enfant. « Si ce n’est pas une façon prometteuse de démarrer, hein ? »

**************************************

La première chose dont elle eut conscience, c’est que quelque chose de froid et de mouillé était posé sur son front. Un filet d’eau froide coulait sur sa joue et elle devint lentement consciente du tapis épais et doux sous son oreille, et du son amical du feu tout près.

« Xe ? » La voix de Gabrielle était un mélange d’amusement, d’inquiétude et d’impatience. « Ma chérie… il faut que tu te lèves… si je dois appeler ton frère pour te mettre au lit, aucune de nous ne va s’en tirer pour longtemps. »

Debout. Xena fronça les sourcils. Par Hadès, qu’est-ce que je fais au sol ?Intriguée, elle essaya de se souvenir de ce qui se passait, puis ses yeux s’ouvrirent brusquement comme des pierres bleues jumelles et elle se redressa d’un bond, causant une frousse bleue à son âme-sœur.

« Eeeh ! » Gabrielle mit une main protectrice autour du paquet remuant et cligna des yeux. « Je ne voulais pas dire aussi vite… doucement là, tigresse. »

« Hum. » Xena se frotta la tête, se sentant encore retournée. « Désolée… je… je ne pense pas avoir jamais fait ça auparavant. » Elle prit le tissu mouillé que sa compagne avait posé sur son visage et l’examina, puis elle tourna son attention vers le bébé qui murmurait maintenant. Elle se glissa plus près et sourit. « Ouaouh. »

Gabrielle lui caressa les cheveux pour leur donner un semblant d’ordre. « Ça va ? Tu es encore pâle. »

« Combien de temps j’ai… euh… » Xena se frotta les yeux. « Bon sang… »

« Juste quelques minutes, c’est tout », la rassura Gabrielle. « Hé… regarde… elle ouvre les yeux. »

Elles regardèrent l’enfant qui clignait en effet des yeux minuscules, désorientés et bleu-vert.

« Hé ma douce », murmura Gabrielle. « Comment vas-tu ? »

Le bébé passa une petite langue et fit un léger bruit, ses yeux regardant le visage de Gabrielle avec fascination.

« Qu’est-ce que ça signifie, je me demande bien ? » Dit la barde d’un ton songeur.

« Et bien. » Le grondement profond de Xena attira l’attention de l’enfant et les yeux se tournèrent vers elle, s’ouvrant encore plus. « Si on considère que c’est ta fille, je présumerais que ça veut dire qu’elle a faim. »

« Ah ah. » La barde leva les yeux au ciel. « Est-ce que c’est vrai, ma chérie ? Tu as faim ? » Elle se sentit un peu nerveuse. Avec Hope elle n’avait jamais… Xena avait dit que c’était parce que son corps n’était pas prêt pour la naissance à ce moment-là, alors elle n’avait jamais eu de lait. Mais cette fois c’était différent. Elle délaça sa tunique et avec l’aide de Xena, elle positionna doucement le bébé, guidant sa tête vers son premier repas. « Voilà… allez, tu peux… ouaouh ! »

Le bébé s’accrocha à elle avec enthousiasme et trouva parfaitement l’endroit, faisant s’agrandir les yeux vert brume de Gabrielle à la succion puissante. « Bon sang… » Elle regarda l’enfant qui tétait joyeusement puis son âme-sœur, qui luttait pour empêcher un sourire narquois de venir sur ses lèvres. « Et bien… je sais très certainement d’où elle tient ce trait de caractère. »

Xena regarda le bébé, puis elle rougit légèrement mais elle sourit. « Elle est tellement mignonne. » Elle posa son menton sur l’accoudoir et regarda l’enfant avaler.

La barde leva sa main libre et traça gentiment la pommette de sa compagne. « Alors… comment va-t-on l’appeler ? Je sais qu’on a dit qu’on déciderait quand tu reviendrais, mais heu… l’appeler l’Agitée jusqu’à ce qu’on se soit remise n’est probablement pas la meilleure idée au monde. »

« Et bien… » Xena tendit la main et joua avec le petit pied qui donnait des coups en rythme avec la tétée. « Elle est plutôt fougueuse… »

« Pourquoi pas Doriana ? » Gabrielle passa un doigt sur les cheveux noirs qui ornaient la petite tête du bébé.

« Un cadeau ? » La guerrière sourit doucement. « C’est ce qu’elle est, pas vrai ? »

« Mm… » Son âme-sœur approuva doucement. « Dori, comme diminutif… Ça semble si mignon. » Elle fit une grimace quand le bébé se mit à téter plus fort. « Je présume qu’on n’a pas de raison de s’inquiéter, elle ne va pas se laisser mourir de faim, hein ? J’espère pouvoir suivre. »

La guerrière rit. « Plus elle en veut, plus tu en produis, Gabrielle… ça ira très bien. Crois-moi. » Son visage prit une teinte un peu pensive. « Je n’ai pas eu beaucoup d’occasion… juste un petit moment, mais… »

« Ça semble si étrange. » Son âme-sœur prit une inspiration en étudiant l’enfant sérieusement. « Je peux à peine croire que je vois ça. »

Le bébé ralentit ses efforts et cligna des yeux, soufflant une minuscule bulle laiteuse tandis qu’elle penchait la tête en arrière et tirait un peu la langue. Un petit poing s’enroula et elle hoqueta, ses yeux s’ouvrant encore plus de surprise.

« Hé… » Gabrielle la bougea vers le creux de son bras. « Tu as fini ? »

Un autre petit hoquet. « Je présume que oui », murmura la barde, puis elle regarda sa compagne qui suivait tout avec avidité. « Tiens… tu peux la prendre un peu ? »

« Bien sûr », répondit immédiatement Xena en prenant le paquet enveloppé dans du tissu pour le mettre au creux de son coude. « Tu vas bien ? »

Gabrielle referma sa tunique puis elle soupira et s’étira, enroulant ses jambes vers le haut avant de poser un bras sur son genou. « Tu n’as absolument aucune idée de combien je me sens bien de pouvoir faire ça. »

Le regard bleu se détourna à regret du petit sourire laiteux et se posa sur elle. « Heu… oui, en fait si », informa-t-elle son âme-sœur d’un ton ironique. « Tu te sens bien ? »

« Oui en fait… » Répondit la barde en posant ses pieds sur le sol avant de se mettre debout avec précautions. Son corps essaya de s’ajuster pour un équilibre qui ne pesait plus à l’avant et elle dut se retenir au fauteuil pour un soutien rapide. « Ouaouh… » Elle resta ainsi un moment pour s’habituer à la sensation. Elle avait mal partout et elle était très sensible là où le bébé était sorti, mais l’un dans l’autre, elle ne se sentait pas vraiment trop mal.

« C’est sympa de pouvoir voir mes genoux », fit-elle remarquer ironiquement en baissant les yeux. « Je me sens bien plus légère, c’est sûr. » Elle regarda Xena. « Tu pourrais la mettre dans le berceau une minute ? »

« Bien sûr. » Xena se leva sans effort et regarda les yeux du bébé s’agrandir tandis qu’elle regardait partout dans un brouillard. « Tiens bon… » Elle alla vers le berceau près de l’âtre, déjà couvert de linge propre. La guerrière posa très doucement le bébé et la recouvrit légèrement. « Je parie que tu es fatiguée, hein ? »

Comme mu par un signal, le bébé bâilla, faisant rire Xena, et elle chatouilla une petite paume d’un doigt avant de se lever et de faire face à son âme-sœur, qui attendait patiemment. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Gabrielle s’avança, tressaillant un peu, et elle mit les bras autour de sa compagne, l’enlaçant pleinement pour la première fois depuis des mois. « Oh dieux… que ça m’a manqué de faire ça. »

Xena l’entoura de ses bras et l’étreignit fort, puis elle la souleva avec précautions et elle sentit la colonne de Gabrielle craquer sur toute sa longueur, accompagné par un gémissement sincère d’appréciation. « Ça t’a fait du bien ? »

« Est-ce que je t’ai dit récemment combien je t’aime ? » Répondit Gabrielle avec un soupir d’aise. « Ça a été génial. » Elle s’appuya simplement contre la guerrière pendant un court moment, puis elle leva la tête et la regarda. « Xena, nous avons une fille. »

Le regard de Xena était posé sur le berceau occupé. « Je sais… c’est tellement difficile à croire. » Elle tint Gabrielle contre elle et pressa ses lèvres sur la tête de la barde. « C’est incroyable. » Elle passa les mains sur le dos de Gabrielle lui prodiguant un massage léger, auquel répondirent des sons plutôt incohérents de plaisir. « Je parie que tu es fatiguée aussi, hein ? »

Gabrielle réfléchit. Elle leva la tête et posa le menton sur la clavicule de Xena, regardant le profil anguleux. « En fait… j’ai faim », répondit-elle un peu penaude. « Avec toutes ces crampes… excuse-moi, contractions et tout ça, je ne me sentais pas trop bien toute la journée et je n’ai pas mangé grand-chose. »

« Pas de problème », répondit Xena. « Je peux aller faire un raid à la cuisine… tu vas t’asseoir et je reviens tout de suite. » Elle étreignit la barde une dernière fois puis la relâcha, se retournant pour voir deux oreilles noires et poilues dessous le lit. « Oh oh… je me demandais où tu te cachais. »

Un museau renifla l’air. « Roo ? »

« Allons, Arès… viens voir une nouvelle amie. » Gabrielle rit en tapotant sa cuisse. « Viens ici. »

Une patte à la fois, le loup sortit de sa cachette, les regardant avec un air soupçonneux.

« Je pense qu’il est stressé parce que tu me criais dessus », dit Xena tandis qu’elle passait sa cape sur ses épaules.

Gabrielle eut un air intrigué. « C’était quand ? »

« Quand je t’ai dit de lâcher mon bras et que tu m’as dit que j’allais mourir », répondit Xena d’un ton neutre, ses yeux brillant. « Et tu as dit que si tu devais traverser toute cette douleur, alors moi aussi. »

Choquée, les yeux verts clignèrent. « Pas possible. »

Xena rit et alla vers la porte. « Ne t’inquiète pas pour ça… je reviens tout de suite. » Elle sortit, pas sans lancer un dernier regard à l’enfant qui dormait paisiblement.

« J’ai dit ça ? » Gabrielle mit les mains sur ses hanches et regarda le loup. « Vraiment ? »

« Roo. » Les yeux jaunes clignèrent avec un air de reproche.

« Ouaouh. » La barde alla lentement vers le rocking chair et s’assit avec beaucoup de prudence, contente de sentir les coussins soyeux tandis qu’elle s’appuyait sur l’accoudoir pour regarder le bébé dormir. « Tu vois, Arès ? C’est une nouvelle amie pour toi… viens par ici. »

Le loup était venu sur le bout des pattes, reniflant le berceau avec précautions. Il passa le museau à l’intérieur et sentit le petit poing sorti de sous la couverture, puis il remua la queue. « Agrrooo. » Le bébé bougea dans son sommeil et il sauta en arrière avec un reniflement.

« Quel froussard. » La barde leva les yeux au ciel puis elle mit le menton sur sa main et se contenta de regarder son nouveau-né dormir, un sentiment de paix s’installant sur elle.


Suite et fin 6ème partie

 

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Cible mouvante, partie 16, chapitre 35

CIBLE MOUVANTE

Partie 16

Chapitre 35

Auteure : Gaby

Relecture : Fryda

*************************************

La journaliste entra derrière Maria et la suivit jusqu'au bureau de Dar. C'était une grande femme noire très belle, et elle répondit à la poignée de main de Dar d'un geste ferme avant de s'asseoir sur le fauteuil qui lui était proposé.

« Merci Maria. » Dar se dirigea vers son fauteuil et s'y installa puis laissa tomber. « Donc, Mlle Cruickshank, de quoi vouliez-vous discuter ? » Elle s'adossa et croisa les doigts, observant la journaliste s'installer dans son fauteuil avant de prendre un carnet de notes.

Un carnet. Dar haussa un sourcil. Les dernières fois qu'elle avait été interviewée, ça avait été au minimum avec un enregistreur. Il était intéressant de voir que la journaliste avait choisi de se contenter des outils de base dans le centre directionnel d'une des compagnies les plus techniques au monde.

« De quoi je voudrais discuter ? » Répéta la journaliste d'une voix calme et cordiale. « Et bien, Mlle Roberts, comme vous devez le savoir, certains de mes collègues travaillent dur pour faire un reportage sur les efforts de Peter Quest pour redorer le blason des croisières américaines. » Elle étudia son carnet et leva les yeux vers Dar. « Et tout le monde essaye de vous faire passer pour la méchante. »

Dar lui fit un large sourire.

« Vous êtes la méchante ? » Demanda la jeune femme. « D'après les recherches que j'ai pu faire, vous êtes Cruella d'Enfer ou Jeanne d'Arc, selon l'heure, du jour, de la lune ou de la personne à qui j'ai parlé. » Elle se pencha un peu vers l'avant. « Alors, quel est le vrai scoop ? »

Jeanne d'Arc ? Dar écarquilla un peu les yeux. « Je ne suis pas sûre qu'il y ait un scoop. » Répondit-elle. « Je suis juste là pour faire un travail. Je n'utilise pas de tactiques bizarres, juste un sens du business, et le temps que je passe à apprendre les toutes dernières technologies. »

Cruickshank gribouilla une note. « Très bien, laissez-moi vous dire ce que j'ai et ensuite vous pourrez me dire si vous pensez toujours que vous ne méritez pas la une. » Elle tourna une page. « Vous êtes native de Floride. »

« Mmh. » Dar acquiesça d'un grognement. « C'est digne d'une Une, j'en suis sûre. »

La journaliste sourit. « C'est ce que j’ai entendu dire. Vous avez grandi dans des bases de la Navy, c'est ça ? »

Dar hocha la tête.

« Vous n’avez travaillé que pour une seule compagnie, celle-ci, ILS, que vous avez rejointe quand vous aviez... quinze ans? »

Dar hocha de nouveau la tête. « Je pense que ça me rend plus ennuyeuse qu'autre chose. » Fit-elle remarquer. « Je n'ai jamais eu de raison de changer de compagnie – j'ai juste changé de travail en son sein. »

La journaliste écrivit une autre note. « Vous aimez votre travail ? » Elle étudia le visage de Dar. « Celui que vous avez actuellement, j'entends. »

Pendant une seconde, Dar considéra l'idée de lui répondre honnêtement, puis elle reconsidéra l'idée et réalisa qu'il y avait des choses auxquelles elle ne pouvait pas échapper. « La plupart du temps, oui. » Répondit-elle finalement. « Je pourrais me passer des rigolos qui cherchent la publicité en me faisant passer pour la méchante toutes les trois minutes, mais en général, oui, j'aime ce que je fais. »

Cruickshank parut intriguée. « C'est comme ça que vous considérez vos compétiteurs ? Des rigolos qui cherchent la publicité ? »

« Et bien... » Dar la regarda dans les yeux. « Je peux vous dire que je n'ai jamais demandé à une équipe de télé de me coller aux basques pendant une affaire. Je n'ai également jamais saboté une convention pour pouvoir arriver en héroïne et sauver le monde juste pour me faire un coup de pub et essayer de discréditer mes rivaux. »

La journaliste se redressa et parut réellement intriguée. « Certaines personnes diraient que c'est juste de la compétition futée. »

« Certaines personnes sont des abruties. » Répliqua Dar. « Je trouve plus facile d'être juste très bonne à ce que je fais et de laisser le fun et les jeux pour le week-end. »

Elles s'observèrent pendant un moment, puis la journaliste sourit. « Vous savez quoi Mlle Roberts ? »

Dar haussa les sourcils d'un air interrogateur.

« Vous êtes mon genre de méchante. » Lui répondit la jeune femme. « Je peux vous offrir à déjeuner ? »

Dar avait des habitudes particulières au déjeuner. Soit elle grignotait à son bureau, ou, si Kerry était là et était libre, elle déjeunait avec elle. C'était pour elle un moyen de souffler quelques minutes, et de déstresser un peu au milieu de la journée.

Cependant, vu que Kerry n'était pas là et que ça pouvait être l'occasion de donner une autre image que celle, horriblement sombre, qu'elle avait actuellement sur ce projet de bateau de croisière, Dar décida de faire une exception. « Bien sûr. » Accepta-t-elle. « Vous vous en sortez bien. Le reste de vos collègues se coltinent des journées entières avec mes compétiteurs. »

La jeune femme se mit à rire. « En tant que journaliste professionnelle, je me dois de rester neutre, Mlle Roberts, donc je ne partagerai aucun des commentaires faits par mes collègues. » Elle fit une pause et laissa les mots prendre tout leur sens.  « Mais je suis sûre que l'on trouvera d'autres sujets de discussion. »

Dar vérifia l'heure sur son écran d'ordinateur. « Probablement, mais il faut que ce soit maintenant, j'ai des conférences qui commencent dans une heure et demie. » Elle se leva, s'arrêtant juste pour taper un message rapide et l'envoyer. « Quel est votre poison ? »

« Ce que vous voulez. » Répondit promptement la journaliste.

Dar leva les yeux et eut un sourire diabolique. Elle observa la femme faire une grimace.

« Oh, je n'aurais pas dû dire ça. » Déplora Cruickshank. « Je sais que je vais le regretter. Il y a une chose sur laquelle tout le monde est d’accord, vous avez un sens de l'humour très particulier. »

« Nan. » Dar lui fit signe d'avancer vers la porte. « La plupart pense que j'en suis totalement dépourvue. » Elle ferma son PC et fit le tour du bureau. « Il y a un resto de sushi pas loin, ils servent vite et ce n'est pas bruyant. »

« Pffiou. » La journaliste la suivit vers la sortie. « J'ai voulu essayer ce resto à coté de mon hôtel hier, et je l'ai vite regretté. Je pense que la graisse de cuisson était plus vieille que moi. »

Dar lui tint la porte et la suivit. « Ça ressemble à un endroit que je pourrais aimer. » Dit-elle d'un air joyeux avant de faire un petit signe à Maria. « Déjeuner. »

Maria lui répondit d'un petit geste et s’éclaircit la gorge. » Dar, par chance, avez-vous pu parler avec... »

« Oui, elle va bien, elle n'a besoin de rien, elle aimerait être là, et j'ai envoyé ma mère pour lui tenir compagnie. » Répondit Dar en se dirigeant vers la porte. « Mais si tu veux lui envoyer de la glace au chocolat, pas de problème. »

Maria étouffa un rire en se couvrant la bouche, et les regarda partir. Elle secoua la tête puis se tourna pour regarder dans son annuaire téléphonique jusqu'à ce qu'elle trouve le numéro qu'elle cherchait. Au moment où elle allait taper le numéro, la porte intérieure du bureau s'ouvrit et Mayté se glissa à l'intérieur. « Bueno, je suis contente que tu sois là. Prends des notes, comme ça tu sauras ce qu'il faut faire la prochaine fois, okay ? »

Mayté fit le tour du bureau et s'installa pour l'observer. « Mama, l'amie de Kerry, Colleen, vient d'arriver au bureau et a dit de dire à tout le monde que Kerry n'a pas été frappée par Dar. Tu savais que les gens parlaient de ça ? »

Maria s'arrêta net et raccrocha le téléphone. « Si je savais que les gens en parlaient ? Je n'y avais même pas pensé. Il y a vraiment des gens qui disent ça ? »

« Elle a dit que oui, mais je n'ai rien entendu de tel. » Dit Mayté. « Les gens ne me disent pas ce genre de choses parce qu'ils ont peur que tu viennes les frapper. »

« Bien. » Répondit simplement Maria. « Je vais envoyer une note à Conchita et Rose, et à tous les autres, comme ça quoi qu'ils disent, ils finiront par se taire. Je les ai bien enchaînés. »

« Entraînés, mama. » Murmura Mayté. « Mais je suis contente que ça ne soit pas vrai. Je n'aime pas penser que Kerry pourrait être blessée comme ça. »

Maria se pencha sur son bureau. « Je vais te dire quelque chose. Dar est peut-être beaucoup de choses, et certaines personnes pensent qu'elle est dure, et méchante, et qu'elle pourrait faire quelque chose comme ça. Mais je sais au fond de mon cœur qu'elle ne ferait rien qui pourrait blesser Kerry, elle préférerait sauter du haut du building. »

Mayté hocha la tête. « C'est aussi ce que je pense. » Elle hésita. « Mais mama, j'ai entendu quelque chose qui me tracasse vraiment. Certaines personnes disent qu'elles vont se séparer, et qu'elles ont entendu Kerry dire qu'elle allait partir. Tu penses que c'est vrai ? »

Maria se tourna sur sa chaise et fixa sa fille. « Como ? » Dit-elle, interloquée. « Ils t'ont dit ça ? Qui te l'a dit ? »

Mayté secoua la tête. « Non, ils ne m'ont rien dit, mama, je les ai entendues. J'étais aux toilettes. » Expliqua-t-elle. « Une des deux c'est la femme qui travaille à côté du petit bureau avec tous les livres, et l’autre je ne la connaissais pas. »

Maria resta silencieuse pendant un moment, réfléchissant. « Mayté, no, je ne pense pas que ce soit la vérité. » Dit-elle finalement. « Mais on doit trouver qui dit ça, et pourquoi. »

« Okay. » Acquiesça sa fille. « Et comme ça on pourra leur jeter de la nourriture, okay ? »

« Tch. » Maria lui lança un regard. « Ce n'était pas drôle. »

« Mama, ça l'était. » Lui dit Mayté. « Kerry a dit que c'était drôle. Elle était triste qu'il n'y ait pas de photo. » Elle se redressa. « Mais oui, on devrait trouver qui peut dire des choses méchantes et les faire taire. Je sais que ça blesserait beaucoup Kerry si elle entendait ça. Je pense qu'elle est vraiment dévouée. »

« Si. » Acquiesça sa mère. « Premièrement, laisse-moi faire ce que je voulais te montrer. Tu as déjà déjeuné ? »

Mayté remua un peu. « J'allais déjeuner avec quelqu'un, Mama. »

Maria leva les yeux vers elle, puis gloussa. « Ce n'est pas cette personne avec tous les pins, hein ? »

Mayté secoua la tête.

« Dios Mio. »  Maria composa le numéro. « J'espère que tu vas trouver quelqu'un de bien comme Kerrisita sans que j’aie à m’inquiéter qu’elle ne se transforme en pelote à aiguilles. »

Mayté soupira. « Ça serait bien si Kerry avait une jumelle. » Dit-elle d'un ton plaintif.

Sa mère fit une pause avant de la regarder.

« Tu n'es pas d'accord ? »

« Dios Mio. » Maria leva les yeux au plafond, puis les baissa quand on répondit à son appel. « Bonjour, Senor Clemente ? Si, c’est Maria. J’ai un service à vous demander. »

* * * * *

Andrew leva les yeux en entendant la porte claquer et il reconnut une des deux femmes en charge des ordinateurs. Elle s’arrêta et jeta un coup d’œil autour d'elle avant de se diriger vers lui. Pas étonnant vu qu’il était le seul restant dans le mobil-home. Il se retourna pour lui faire face et attendit en silence.

« Je cherche le chef d’équipe. » Dit la femme en s’arrêtant devant lui.

Andrew tourna la tête pour regarder autour de lui. «Il est pas là. » Dit-il poliment d’une voix trainante.

« Je peux voir ça. Où est-il ? J’ai besoin de le voir tout de suite. » Dit Shari d’un ton sec.

« Et bien » Andrew renifla. « Il me semble qu’il a dit qu’il allait se chercher à manger. »

Shari regarda sa montre. « Quand ? »

« Environ une demi-heure. »

Visiblement dégoutée, Shari se tourna pour observer le mobil-home. « Est-ce qu’il a dit où ? » Elle se retourna pour observer Andrew. « Avec tout ce qui se passe, comment il a pu juste partir ? »

« Il avait faim ? » Les yeux bleus la regardèrent tranquillement. « Ce type a le droit de prendre une pause déjeuner. »

« Pas quand je le paye. » La femme fit une pause. « Est-ce qu’on s’est déjà rencontrés avant ? Ou vous êtes peut-être du coin ? »

Andrew retint un petit sourire en coin. « J’pense pas qu’on se connaisse. Je m’en souviendrais. »

« Bref. » Shari se tourna vers la porte. « Quand il revient, dites-lui de m’appeler. Sinon il pourra se chercher un autre travail. » Elle s’arrêta sur les marches. « Vous vous en souviendrez ? »

« J’pense que je peux faire ça. » Dit Andy. « Si le type revient, je lui transmettrai le message. »

A mi-chemin de la sortie, Shari s’arrêta. « Si ? »

Andy se leva et s’étira, ses mains touchant le plafond du mobil-home alors qu’il essayait de détendre les courbatures de sa grande silhouette. « Ouais. Il a pris tous ses papiers avec lui, et je m’suis dit qu’il allait probablement retourner à son bureau ou ailleurs. »

« Merde. » Shari claqua la porte et descendit le reste des marches rapidement, faisant trembler les murs du mobil-home.

Andrew baissa les bras et ricana, se retournant quand l’autre porte s’ouvrit et le superviseur entra en s’essuyant les mains sur sa chemise.

« Hey, j’ai bien entendu, elle était là ? » Demanda le superviseur.

« Ouais. » Acquiesca Andy. « J’lui ai dit que vous étiez parti pour la journée. »

Le superviseur se mit à rire. « Vraiment ? » Il s’avança et donna une claque dans le dos d’Andrew. « Bon sang, je t’aime bien Tout-Moche. J’vais te donner une augmentation. » Il se dirigea vers son bureau et regarda par la fenêtre. « Là voilà qui s’envole… s’en va je veux dire. Qu’est ce qu’elle voulait ? »

Andrew retourna à son tri, mettant des croix sur une feuille de papier. « J’sais pas. » Répondit-il honnêtement. « Elle voulait juste vous parler. »

« Ah… ça attendra. » Le superviseur s’assit à son bureau. « La dernière fois elle m’a demandé d’envoyer une demande six fois d’affilée. Genre, sérieusement ? Il faut être taré. »

Andy haussa un sourcil. S’il y avait bien une chose dont il était sûr, c’est que quoi que cette femme ait voulu faire, il y avait une raison, et cette raison était probablement quelque chose qu’il n’allait pas aimer.

Juste comme il n’aimait pas la femme elle-même.

*****

« Quoi ? » Kerry fronça les sourcils en écoutant la voix de Mark au téléphone. « Répète ça ? » Elle leva les yeux quand Céci revint dans le salon. « Ils ont dit quoi ? »

« C’est des bobards, chef. » Mark semblait agité. « Le fils de pute…je les ai appelés pour connaître le statut de notre commande et ils m’ont dit qu’elle était en attente parce qu’ils étaient en rupture de stock. »

Kerry plissa son bon œil. « Tu ne l’as pas vu quand tu as commandé ? »

« Non. J’avais une estimation de livraison à 7 jours. » Dit Mark. « J’ai appelé notre correspondant mais il m’a répondu qu’il ne pouvait rien y faire – une rupture de stock est une rupture de stock… mais qu’il pouvait nous mettre en lien avec un fournisseur.

« Au prix catalogue. » Dit Kerry.

« Oui. »

« Un problème ? » Céci s’assit sur la causeuse et attrapa sa tasse de thé, buvant une gorgée tout en observant Kerry. Sa bonne humeur habituelle avait disparu, et les courbes de son visage se durcirent jusqu’à lui donner un air sévère.

« Les bâtards. » Murmura Kerry. « Mark, ça ne peut pas être un accident. On utilise tous le même matériel. Quelqu’un a fait jouer ses relations. »

« C’est ce que je pensais. » Acquiesça Mark.  « Mais notre correspondant ne veut pas bouger. Il a dit que quelqu’un au-dessus de lui avait redéployé les commandes – pour un gros client apparement. »

Kerry croisa les bras sur son ventre et regarda dehors à travers les baies vitrées. « On est des gros clients, Mark. »

« C’est ce que je lui ai dit. Encore. Et encore. » Lui répondit son MSI. « Je ne pense pas qu’il puisse y faire grand-chose, Kerry. J’ai même demandé à parler à son chef, et on m’a dit qu’il était à l’étranger. » 

« Pff. » Kerry poussa un grognement de dérision.

« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On commande de nouveau ? Peut-être qu’on peut réduire les coûts ailleurs… ? »

Kerry soupira, se demandant quelles étaient leurs options. S’ils perdaient l’avantage que leur donnait leur discount, est-ce qu’elle pouvait le rattraper ailleurs ? Ce projet était si important – est-ce qu’elle pouvait le risquer ? »

Que ferait Dar ?

Kerry tourna la tête et se concentra sur la photo juste à côté de la télévision, celle où Dar regardait droit vers la caméra et apparemment directement vers elle.

Hmm.

« Mark ? »

« Toujours là, chef. » Dit Mark à travers le cliquètement incessant du clavier. « Tu as une idée ? J’ai même regardé dans notre inventaire pour voir si on pouvait se servir de notre stock, mais on n’a simplement pas assez d’unités pour toute une commande. »

« Rappelle cet idiot et dis-lui que si il n’arrive pas à nous livrer, on ira trouver un autre vendeur d’équipement. »

Un silence. « Hum…. Okay. » Hésita Mark.

« Pour toute la compagnie. »

Un silence plus long. « Tu rigoles, pas vrai ? »

« Non. » Dit Kerry. « Ils veulent perdre un client important ? Pas de problème. Je peux avoir deux autres compagnies d’équipement qui peuvent me faire une offre d’ici le week-end, et crois-moi mon ami, ils seront non seulement heureux de me donner un meilleur prix, mais aussi de le clamer à la presse aussi fort que possible. »

Un autre silence.

« Tu veux que je l’appelle ? » Demanda Kerry.

« Non, je vais le faire. » Se reprit rapidement Mark. « Pas de problème. En fait je vais probablement aimer ça. Je te rappelle quand je lui ai parlé, okay ? »

« Okay. »

Kerry referma son téléphone et le posa sur son ventre, poussant un grand soupir avant de tourner la tête vers Céci. « Des fois il faut savoir être une garce. »

Céci s’appuya sur l’accoudoir de la causeuse, ses yeux gris pleins d’ironie. « Kerry ne le prends pas mal, mais il faudrait que tu arrives à imiter la Sorcière de l’Ouest en pleines règles pour te rapprocher du mode garce. Tu es juste trop mignonne pour ça. »

Elle avait toujours l’estomac noué, mais Kerry réussit quand même à sourire. « Oui, je sais. Dar dit la même chose. » Admit-elle. « Même le fait que j’ai un tatouage ne m’a pas rendue plus intimidante. »

« Toi ? » Céci se redressa. « Tu as un tatouage ? »

« Yep. » Kerry se releva et avança jusqu’au fauteuil sur lequel était installée sa belle-mère avant de faire descendre son tee-shirt sur son épaule. « Tu vois ? » Elle observa l’expression perplexe puis charmée sur le visage de Céci, et elle sourit quand elle croisa son regard.

« Qu’est-ce qu’a dit Dar en voyant ça ? » Demanda Céci. « C’est absolument magnifique. Tu as trouvé un excellent artiste. »

« Mmh. » Kerry prit un instant pour se souvenir du moment. « Elle n’a pas dit grand-chose. Mais elle l’a aimé. » Elle se redressa et retourna s’affaler sur son canapé.

« J’en suis sûre. » Dit Céci. « Qu’est-ce qui t’a décidé à faire ça ? Je ne pensais pas que tu étais du genre à aimer souffrir. » Elle se réinstalla dans son fauteuil et glissa ses pieds nus sous elle, s’appuyant contre l’accoudoir tout en regardant Kerry se tortiller sur le canapé.

« Et bien… » Kerry s’étira et posa sa tête sur l’accoudoir rembourré. « Pas vraiment. Je déteste les aiguilles presque tout autant que Dar. »

« Ce n’est pas peu dire. » Commenta Céci d’un ton ironique. « Je programmais toujours ses ckeckups quand Andy était à la maison, parce qu’il était le seul qui arrivait à la garder calme assez longtemps pour qu’elle ait ses vaccins. »

Kerry prit un moment pour imaginer la scène. Sa compagne avait de la force et elle pouvait facilement l’imaginer en train de terroriser les infirmières. « Et bien, considérant ce qui s’est passé la dernière fois à l’hôpital, on ne peut pas vraiment la blâmer. J’étais une adulte quand j’ai eu mon propre cauchemar et je sais que ça m’a beaucoup affectée, alors… » Elle jeta un coup d’œil à Céci, qui arborait un air pensif. « Quoi qu’il en soit, j’ai fait ça quand Dar était à New York. Je venais de finir mon cours de boxe, et je pense que la soirée avec les autres, l’odeur de la nouvelle Harley… Je ne sais pas, je pense que j’ai eu un coup de folie cette soirée là. »

« Ah. » Céci hocha la tête.

Elles gardèrent le silence pendant un moment. Puis Kerry soupira. « C’est juste quelque chose que je voulais faire. » Dit-elle. « Et tu sais, j’étais inquiète de ce que Dar allait dire. »

« Dire de quoi ? » Céci haussa les sourcils d’un air surpris.

« Du fait de me faire tatouer. » Kerry se retourna et attrapa son téléphone quand il se mit à sonner. « Oui ? » Répondit-elle en poussant une mèche hors de son visage. « Hey Mark, qu’est-ce qui se passe ? Tu as pu avoir la personne ? »

Mark avait l’air d’être en dehors du bureau pour une fois, elle pouvait entendre le trafic derrière lui, plutôt que le bourdonnement habituel du centre des opérations. « Oui, chef. Il doit me rappeler. » Lui dit-il. « Il n’était pas ravi. »

« Je ne suis pas ravie. » Rétorqua Kerry. « Alors on est à égalité. Il pensait vraiment pouvoir s’en tirer comme ça ? »

« Je ne sais pas. » Soupira Mark. « Je suis juste allé me chercher un truc à manger – j’ai croisé la big chef en route pour le restaurant à sushis avec cette journaliste – je suis contente qu’elle n’ait pas été là quand les choses se sont dégradées. »

Mmh. Des sushis. Kerry retint un sourire, en se rappelant ce petit endroit qu’elle avait trouvé, il était là depuis des années sans que Dar le voit. Ce n’était pas grand, mais le service était bien et les serveuses les reconnaissaient toujours et les installaient toujours à la même table tout au fond. « La journaliste est là pour le contrat des navires. » Dit-elle à Mark. « Je suppose qu’elle n’a pas dû trop énerver Dar si elle l’emmène au restaurant. »

« Yep. » Acquiesça Mark. « Elle avait l’air assez sympa, pas comme l’autre débraillé qui est venu la dernière fois. » Une sirène retentit. « Dès que j’en sais plus sur la commande, je te tiens au courant, okay ? J’arrive à la pizzeria. »

« Bien. » Répondit Kerry. « Bonne pizza, Mark. » Elle raccrocha et elle sentit ses narines se contracter quand elle reconnut un bref pincement au coeur à la pensée que Dar était en train de déjeuner avec une autre femme.  Ce n’était pas franchement classe, stupide et inutile, alors elle attendit un instant que la douleur passe et elle pu mentalement lever les yeux au ciel en se moquant d’elle-même.

S‘il y a bien une chose dont elle était sûre, c’était qu’elle pouvait faire confiance à Dar là-dessus. Sérieusement, Dar avait refusé des avances alors qu’elles étaient à peine amies, pas du tout engagées l’une envers l’autre. Elle était loyale et honnête et Kerry était inquiète d’avoir ne serait-ce que l’ombre d’un doute à ce sujet.

Elle soupira avant de chasser cette pensée. « Bref, c’est comme ça que j’ai fini avec un tatouage. »

Céci était restée silencieuse à l’observer. « Est ce que ça a dérangé Dar que tu fasses ça ? Je ne pense pas qu’elle ait dit quoi que soit, je sais qu’elle en voulait un quand elle était plus jeune, mais son père et sa propre aversion des aiguilles l’ont dissuadée. »

« Non. » Kerry secoua la tête. « Je ne pense pas que ça la dérange. Elle pense que c’est … hmm… » Elle rougit légèrement. « Enfin… »

« Son nom est écrit sur ta poitrine. » Les yeux gris se mirent à briller. « Je suis sûre que c’est plutôt sexy. »

« Oui. » Kerry rougit encore plus et elle passa une main sur sa joue. « Mais ce n’est pas que ça je pense… je pense que ça veut aussi dire autre chose. »

Céci pinça les lèvres. « Je pense que pour elle ça signifie une pérennité qu’elle recherchait. » Répondit la mère de Dar soudainement. « C’est quelque chose que je n’ai pas compris pendant un long moment. »

Kerry hocha la tête et sentit une boule dans sa gorge. « C’est ce que je voulais. » Elle pouvait entendre le ton enroué de sa voix et elle s’arrêta de parler pour s’éclaircir la gorge.

Céci joua avec sa tasse et le silence s’installa. « Tu en veux plus ? » Offrit-elle. « Je te proposerais bien de faire des cookies mais on sait toutes les deux comment ça se finirait. »

Kerry sourit. « Sûr. Et si tu t’occupais du thé pendant que je m’occupe des cookies ? J’ai un œil au beurre noir, pas une jambe cassée. » Elle se redressa du canapé, avec le soudain besoin de faire quelque chose. « Et puis je suis sûre que les restes ne seront pas perdus si on ne mange pas tout. »

« Hé. » Céci la rejoignit. « Ça c’est sûr. »

« Hé, il y a une chance que papa s’arrête nous voir après le travail ? »

« Si on parle des cookies ? Je n’aurais pas à lui tordre le bras, même si je pouvais le faire. »

Kerry se mit à rire et éloigna ses inquiétudes pour le moment. Elle aurait tout le temps d’y penser plus tard.

* * * * *

A suivre

 

 

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26 mai 2019

Missy is Good !

mar

Au programme :O)

- Le Cercle de la vie, quatrième partie

- Cible mouvante, partie 16, chapitre 34

Bonne lecture !

Kaktus

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Cible mouvante, partie 16, chapitre 34

MOVING TARGET

Partie 16

Chapitre 34

Auteur : Gaby

Relecture : Fryda

**********************************************

« Lève les yeux, ma petite. »

Kerry fit de son mieux, louchant vers le Dr. Steve avec son œil à moitié ouvert, à présent gonflé et très sensible.

Le Dr Steve fit claquer sa langue. « Je ne sais pas ce que je vais faire de vous, les enfants. Vous ne pourriez pas faire du bowling ? Qu'est-ce que ça vous apporte ce truc de combat de toute façon ? »

« C'est bien plus sympa que le bowling. » Protesta faiblement Kerry. « Vraiment. Je ne me fais pas taper dessus habituellement. »

Elle était allongée sur la table d'examen, toujours complètement habillée pour lutter contre la fraîcheur du bureau peu éclairé. Dar était blottie sur un tabouret au pied de la table, ses bras appuyés sur le cuir, tandis qu'elle observait le Dr. Steve d'un regard de faucon.

« Hmm hmm. Excuse vraisemblable. » Dit le docteur. « Sauf que je me suis occupé de réparer la miss aux yeux bleus qui est là depuis qu'elle est gamine, et elle n'a toujours pas eu l'idée de se mettre au croquet après toutes ces années. » Il toucha doucement le visage de Kerry. « Bon, chipmunk, tu as une jolie contusion juste là, mais apparemment il n'y a rien de cassé. »

« Mmpff. » Kerry grogna de soulagement. « Ma tête me fait mal. »

« Ça sûrement. » Gloussa le Dr. Steve. « Tu as de la chance d'avoir eu un casque sur la tête, sinon tu aurais pu te casser ce joli petit nez je pense. En tout cas, tu as juste besoin d'un pack de glace et d'antidouleurs. » Il se tourna et regarda Dar. « Tu t'occupes de ça, pas vrai ? »

Dar posa son menton sur son poing et fit un demi-sourire. « Ouais, je pense que je peux gérer. »

« Tu crois ? » Kerry la poussa du genou. « Je vais te dire, tu peux venir avec moi au travail demain et expliquer pourquoi j'ai l'air d'avoir affronté une escouade de combat. Autrement je vais devoir porter un écriteau autour du cou. »

« Mon ange, si tu as toujours ce mal de tête, tu restes loin du bureau demain. » Lui conseilla le Dr. Steve. « Tu ne t'es rien cassé, mais si tu cherches à faire monter ta tension, ça rendra ta contusion encore pire. » Il s'appuya à deux mains sur la table d'examen et étudia Kerry. « En parlant de ça, laisse-moi vérifier ce vieux truc. »

Kerry essaya de complètement détendre son corps alors qu'elle attendait qu'il revienne avec le brassard de tension, elle n'était pas vraiment inquiète, mais elle n'était pas vraiment confiante non plus. Elle avait fait attention ces derniers temps, en réduisant le sel et la caféine, mais elle n'était pas sûre que l'aggravation récente ne se manifesterait pas sur l'appareil rigoureusement exact du Dr. Steve.

Elle avait atteint une limite à son dernier examen, et si c'était mieux qu'avant son départ en vacances, les résultats n'étaient pas au goût de son médecin, et elle-même ne se sentait pas vraiment bien. A présent, après avoir passé le stress de l'appel d'offres, elle était sûre que ça allait être au moins aussi mauvais.

En espérant que ça ne soit pas pire. Avec un petit soupir elle baissa le regard vers Dar. La grande femme la regarda avec une sympathie désabusée et elles échangèrent de brefs sourires.

Elle sentit les doigts de Dar autour de son mollet qui lui caressait doucement l'intérieur du genou. Une surprenante tension la quitta soudain, et elle leva un regard presque bienveillant quand le brassard fut enroulé autour de son bras et que la tension augmentait.

La pression augmenta encore, se maintint, puis se relâcha après quelques secondes. « Très bien. » Dit le Dr. Steve. « Tu as été sage, je vois. »

Légèrement surprise, Kerry hocha la tête. « J'ai essayé. » Acquiesça-t-elle. « Contente que ça ait marché. »

Le docteur lui tapota l'épaule en réconfort. « Continue comme ça, Kerry. Je ne veux pas être le vieux docteur qui radote trop souvent. » Il se tourna et regarda Dar. « Okay, ramène cette petite championne de combat à la maison, et mets-la au lit. »

Dar détendit ses longues jambes de sous le tabouret et se releva, visiblement soulagée. « Ne vous inquiétez pas, je vais le faire. » Promit-elle. « On ne peut rien faire mis à part la glace ? »

« Non. » Le Dr Steve se tourna et examina la radio du crâne de Kerry une dernière fois. Il fit glisser son doigt le long de l'arrête osseuse autour de l'œil de Kerry et se pencha en avant. « C'est bon, ma belle. Juste un œil au beurre noir qui va la rendre dingue pendant quelques jours. »

Dar soupira.

« Je vais survivre. » Kerry s'assit et sauta de la table d'examen. « Hé, je n'ai jamais eu d'œil au beurre noir avant. Ça t’est déjà arrivé à toi ? » Demanda-t-elle à sa compagne.

« Oui. » Répondirent Dar et le Dr. Steve à l'unisson. Dar plissa les yeux en direction du vieil ami de la famille, avant de rire et de simplement hocher la tête.

« Cette petite fripouille s'est retrouvée mêlée à plus de combats qu'un Chihuahua dans un box rempli de Dobermans. » Dit le Dr. Steve. « Il ne se passait pas une semaine sans qu'elle débarque ici avec une blessure ou une autre... bras cassé, cheville cassée... fracture du crâne, tu n'as qu'à demander. J'ai été à cours de sucettes une semaine quand elle est venue trois fois. »

Dar posa ses mains sur ses hanches. « Allez. Ce n'était pas si terrible. »

« Ma jolie, ton dossier est juste là. » Pointa le Dr. Steve. « Je n'invente rien. »

Kerry glissa ses bras autour de Dar et lui fit un câlin. « Allez. Tu pourras me raconter toutes tes courageuses batailles pendant que je poserai ce steak sur mon œil. »

Dar retourna l'embrassade, et déposa affectueusement un baiser au sommet de la tête de Kerry, puis elle s'arrêta avec embarras quand le Dr. Steve étouffa un petit rire et secoua la tête. Après un froncement de sourcil, elle finit par hausser une épaule et serrer de nouveau Kerry contre elle en lui frottant doucement le dos. « Que dirais-tu si on cuisinait le steak et que je te donnais mon pack de gel à la place. Ça sera moins sale et Chino n'essayera pas de le grignoter sur ton visage. »

« Okay. » Acquiesça Kerry. « Tout ce que tu veux, bébé. Tu as les commandes. »

Le Dr. Steve les accompagna jusqu'à la sortie, à travers le bâtiment silencieux et sombre. Quand ils atteignirent la porte, Dar donna une petite claque affective sur le bras de son vieil ami. « Merci de nous avoir reçues. J'apprécie. »

« C'est quand tu veux, Dar. » Le docteur lui tapota le bras et ébouriffa doucement les cheveux de Kerry. « Tu prends soin d'elle, okay ? »

« Toujours. » Kerry répondit avant que Dar puisse le faire. « Merci, Dr. Steve. » Elle relâcha sa compagne et étreignit brièvement le docteur. « Faites attention. »

« Toi aussi, Kerry. » Répondit le vieil homme en leur tenant la porte. « Conduisez prudemment, hein ? »

« Promis. » Répondit Dar alors qu'elles s'avançaient dans la nuit tropicale et se dirigeaient vers la maison.

* * * * *

Peu de temps après, Kerry se retrouva allongée dans leur canapé en cuir, le pack de gel promis posé sur le côté de son visage tandis qu'elle écoutait Dar qui récupérait la livraison de leur dîner à la porte. Sa tête lui faisait encore mal, mais la douleur avait baissé d'un cran et le reste de son corps était bien plus confortable, blotti contre le cuir qui réchauffait doucement sa peau.

Elle n'avait jamais eu d'œil au beurre noir avant, et d'après le rapide coup d'œil qu'elle avait jeté dans le miroir avant que Dar ne la conduise fermement vers le canapé, le sien était assurément spectaculaire. Le gonflement s'étendait tout autour de son œil et jusqu'au milieu de sa pommette, et c'était un peu effrayant.

Elle n'était pas pressée de devoir expliquer ça à tout le monde. Ça lui rappela soudainement une camarade de classe au lycée, qui s'était retrouvée impliquée dans les affaires douteuses de son petit ami, et qui ...

Elle s'appelait Sarah, se rappela Kerry. Elle était arrivée en classe un jour avec un énorme œil noir, et elle expliquait à tout le monde en riant qu'elle s'était cognée en attrapant quelque chose dans le réfrigérateur.

Personne ne l’avait crue. Tout le monde pensait que son petit ami l'avait frappée. Kerry soupira et haussa une épaule. Au moins tout le monde savait qu'elle faisait des arts martiaux, alors ça serait simplement plus embarrassant qu'autre chose, d'autant plus qu'elle n'avait pas de petit ami aux tendances criminelles.

« Très bien. » Dar s'assit à côté d'elle sur le bord du canapé, et posa quelque chose sur la table. « Comment tu te sens ? »

Simplement une épouse aux touchantes manières surprotectrices. « Nase. » Répondit honnêtement Kerry. « Dar, je ressemble à un enfant sur un poster pour la ligue anti-violence. » Elle leva la main pour toucher le pack de glace. « Effrayante. »

« Nan. » Dar déballa leur dîner.

« Oh si. » Kerry enroula une main autour de la cuisse de sa compagne. « Qu'est-ce que tu as pris ? »

« Ouvre et tu sauras. »

Docilement Kerry ouvrit la bouche et attendit, fermant instinctivement quand quelque chose fut placé à l'intérieur. Elle mâcha et avala avant de sourire. « Mmh. Du poulet à l'orange. » Elle était contente de goûter un de ses plats favoris.

« Ouais, je me suis dit que ça serait plus facile pour toi à mâcher qu'un aloyau. » Dar toucha doucement le côté du visage de Kerry. « Tu as dit que c'était un peu douloureux par là. »

« Mmh. » Kerry bougea lentement sa mâchoire. « Ouais, ça l'est. Qu'est-ce que tu as d'autre ? »

Dar ôta momentanément le pack de gel, puis le reposa doucement un peu sur le côté. Malgré le dégonflement, la blessure était horrible, et l’œil vert sous la compresse était gonflé jusqu'à être quasiment fermé. « Des haricots verts et de la polenta aux piments. »

« Ah, du maïs épicé. » Kerry commença à se relever sur un coude. « Mon préféré. »

« Reste couchée. » Dar posa les mains sur ses épaules et la recoucha sur le dos. « Laisse ce pack de glace faire son travail. » Elle attendit jusqu'à ce que Kerry obéisse, puis elle se remit à arranger les plats. Il n'y avait aucun moyen facile pour elle de nourrir sa compagne souffrante, mais en fait elle ne faisait jamais les choses de la manière simple, alors l'improvisation était à l'ordre du jour.

Soulevant son plat avec précautions, elle se redressa et enjamba les jambes de Kerry avant de s'installer entre le dos de sa compagne et le canapé.

« Mmh. » Kerry s'installa confortablement en gigotant un peu, et donna un peu d'espace à Dar pour qu'elle puisse poser l'assiette sur son estomac.

« Voilà. » Dar appuya sa tête sur une main et utilisa l'autre pour attraper un bout de poulet de sa fourchette. « Comment c'est ? » demanda-t-elle doucement directement dans l'oreille toute proche de Kerry.

Kerry se contenta de sourire en réponse. Elle avait pris de l'Advil et elle avait son pack de glace, mais il n'y avait rien de comparable à la présence si proche de Dar. Elle accepta un bout de poulet avant de soupirer. « Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai été aussi stupide. »

« Ker. »

« C'est vrai ! »

« Il a fait un mauvais mouvement, pas toi. » Argumenta Dar.

« Tu dis ça comme ça. » Kerry piqua dans un haricot vert et le mordilla. « Tu n'as rien vu, pas vrai ? »

Dar grogna.

« Tu vois. »

« Je sais que tu n'as rien fait de mal. » Insista Dar. « Ce gars est un crétin. Il a les réflexes d'un playmobil. » Grommela-t-elle. « J'aurais dû lui botter les fesses au dernier round et peut-être que... »

« Dar, Dar Dar. » Kerry tapota sa compagne sur la tête. « Arrête. » Elle laissa glisser sa main dans la nuque de Dar et massa la zone. « Dis-moi comment tu as pu finir aussi souvent dans le bureau du Dr Steve, hein ? Fais-moi penser à autre chose. »

Dar lui offrit une fourchettée de polenta. « Je me bagarrais. » Admit-elle succintement. « Je me battais avec quiconque se mettait sur mon chemin, et quelque soit leur taille et leur poids. » Elle haussa les sourcils. « Et je finissais souvent à terre. »

« Toi ? »

« Mmh mmh. »

« Je trouve ça difficile à croire. Tu es d'une élégance agaçante. »

Dar se mit à rire. « Maintenant oui, du moins la plupart du temps. » Dit-elle. « Mais j'ai grandi de quinze centimètres entre la cinquième et la quatrième. Je me cognais toute seule rien qu'en entrant dans la voiture. » Elle offrit à Kerry un autre haricot. « Ce n'était pas beau à voir. »

« Mmh. » Kerry observa le corps collé au sien. « Je présume qu'être petit à ses avantages parfois. Je pense que le plus que j'ai grandi en un an, c'est... de trois centimètres peut-être. » Elle tendit la main et caressa la pommette de Dar du bout des doigts. « Mais je parie que tu étais toujours aussi jolie. »

Dar secoua la tête de façon négative.

« Si. » Un pouce traça les lèvres bien dessinées. « J'ai vu des photos, Dar. Pas la peine de bouder. » Kerry se souvint d'une en particulier, une photo de plein pied de Dar à treize ou quatorze ans, vêtue d'un short et d'un tee-shirt plein de terre, avec une mèche de cheveux noir qui obscurcissait son visage, mais pas ses yeux bleus ni son sourire hésitant vers la caméra, ce qui lui faisait dire que le photographe devait probablement être son père.

Magnifique. Même à cette époque, le visage de Dar était déjà unique et la boue qui tachait sa joue ne faisait qu'amplifier le sentiment.

« Kerry ? » Murmura Dar dans son oreille. « Allô ? La terre à Kerry ? »

« Désolée mon cœur. » Kerry sentit que son mal de crâne commençait à diminuer. « Je suis juste tellement amoureuse de toi que parfois je peux pas m'empêcher de rêver éveillée. » Elle tourna la tête pour que son œil valide puisse rencontrer ceux de sa compagne.

Dar cligna des yeux, une expression de plaisir perplexe sur le visage. « Vraiment ? »

Kerry traça de nouveau le contour des lèvres de Dar et acquiesça. « Merci de prendre soin de moi. » Elle sentit un sourire étirer ses propres lèvres. « Et je pense que tu as raison. Il a mal bougé. J'aurais juste aimé pouvoir l'arrêter avant qu'il ne me frappe avec son pied. »

Dar souleva le pack de glace et se pencha pour effleurer la zone blessée du bout des lèvres avant de replacer le gel. « Je lui botterai les fesses la semaine prochaine pour ça. » Promit-elle solennellement. « Et ensuite je t'apprendrai à esquiver. »

Kerry soupira de satisfaction, oubliant l'incident pour le moment. « Hey, j'ai une idée. » Dit-elle en prenant un accent trainant. « Et si je portais un cache devant mon œil demain... un peu comme une pirate ? »

Dar gloussa silencieusement.

« Yaaarr... A l’abordage ! »

* * * * *

Dar se laissa tomber dans son fauteuil en jetant un coup d'œil embarrassé à la pendule accrochée au mur. Elle secoua la tête et se pencha pour appuyer sur le bouton de l'intercom. « Maria, qu'est-ce qu’il y a sur mon emploi du temps aujourd'hui ? »

« Uno momento, Dar. J'arrive tout de suite. » Répondit promptement Maria.

« J'espère qu'il n'y avait rien qui commençait à huit heures. » Fit remarquer Dar à son bureau vide. Elles s'étaient toutes les deux endormies sur le canapé, et s'étaient réveillées en sursaut à huit heures en réalisant qu'elles avaient oublié de mettre un réveil.

Le pack de glace de Kerry avait eu le temps de fondre, et il avait glissé de son visage pour révéler une zone gonflée et tendre. Son œil était presque complètement fermé et Dar n'avait pas eu de mal à la convaincre de rester à la maison et de se détendre une fois qu'elle avait pu voir son reflet dans le miroir.

Alors voilà où elle en était, à juste neuf heures, après une arrivée tardive, à essayer de rassembler ce qui restait de sa journée. Elle espérait simplement qu'elle n'avait rien raté de trop critique. Dar croisa ses doigts quand Maria entra, portant un bloc-notes, et elle sourit à son assistante. « Bonjour. »

« Bonjour, Dar. » Maria s'assit. « Est-ce que Kerrisita va bien ? Mayté a dit qu'elle ne serait probablement pas là aujourd'hui. »

Dar soupira. « Il y a eu un incident au cours de kickboxing hier soir. Kerry a été frappée à la tête alors je l'ai persuadée de rester à la maison. Ce n'est pas si mauvais, mais elle ressemble à quelqu'un qui s'est pris une balle de baseball. »

« Dios Mio ! » S'exclama Maria. « La pauvre ! »

« Ouais. » Acquiesça sa chef. « J'aurais aimé... » Elle s'arrêta, gênée. « Bref, qu'est-ce qui est prévu ? J'ai raté quelque chose ce matin ? »

Maria lui sourit et baissa les yeux vers son bloc. « Ah, no no. Vous avez un rendez-vous après le repas avec le gentleman d'AT &T, et une conférence téléphonique à seize heures pour l'international. »

Zut. Dar soupira de nouveau. La conférence de seize heures avait tendance à s'éterniser, et elle... « Okay. » Elle coupa court à ses plans d'évasion et se rappela à elle-même qu'elle était un des chefs de l'entreprise. « Merci, Maria... je vais travailler sur ma boite mail. Dites à Mayté de transférer les appels de Kerry vers mon bureau. »

« Oui, bien sûr. » Maria se releva. « Vous voulez du café, Dar ? »

« J'ai l'air d'en avoir besoin ? » Demanda Dar avec un sourire. « Oui, je veux bien. »

« Je reviens de suite. » Dit la femme plus âgée. « Pendant que vous vous installez. »

Dar l'observa partir, puis elle actionna sa souris, ouvrant sa boite de réception dans l'espoir que cela la garde occupée et qu'elle arrête de souhaiter d'être à la maison à la place.

Une note attira son regard et elle l'ouvrit, scannant son contenu rapidement. Ses doigts tapotèrent légèrement les touches du clavier, puis elle cliqua sur 'répondre 'et se mit à écrire.

En espérant que Kerry lui pardonne pour ça.

* * * * *

Kerry savait qu'il y avait une multitude de choses qu'elle pourrait faire. Cependant, elle était confortablement installée dans leur lit à eau, les stores baissés, à écouter un livre audio qu'elle avait lancé sur leur lecteur cd. Son œil était toujours gonflé et complètement fermé, et essayer de lire quoi que ce soit, n'était vraiment pas une bonne idée.

Alors elle s'était repliée dans leur chambre à la place, gardant son ordinateur portable à proximité au cas où des mails arrivent, mais simplement allongée à profiter de l'air conditionné.

Ça faisait du bien de ne rien faire. Kerry se sentait un peu coupable, mais pas assez pour qu'elle se lève et qu'elle remédie au problème.

Chino s'approcha et posa sa joue sur le matelas, reniflant vers la main de Kerry jusqu'à ce qu'elle tende le bras pour caresser la tête du labrador. Elle lécha les doigts de Kerry, puis sauta sur le lit à eau, faisant bouger la surface jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un endroit où s'installer, en boule, contre sa maîtresse.

Kerry soupira de contentement, et à l'inspiration suivante elle put sentir le parfum de Dar encore imprégné sur l'oreiller sur lequel elle était installée. Elle fut un peu surprise d'entendre le téléphone sonner, mais elle tendit le bras pour l'attraper et ouvrit le clapet avant de le bloquer entre son épaule et son oreille. « Allo ? »

« Hey, Ker ! » La voix de Colleen se fit entendre. « Tu es là ? »

« Euh... » Kerry s’éclaircit la gorge. « Tu as appelé à la maison et j'ai répondu, non ? »

« Ah ah, oui. » Répondit son amie. « Alors, qu'est ce qui s'est passé ? J'ai entendu dire que tu étais blessée ? »

Kerry rit doucement. « Ouais... j'ai fait ma godiche hier soir au cours de kickboxing. Le gars avec qui je m’entraînais a dérapé et m'a frappée à la tête. »

« Oh, Jésus ! » S'écria Colleen. « Alors c'était quelqu'un d'autre ? Ce n'était pas Dar ? »

« Dar ? Bien sûr que non. Elle a bien plus de contrôle que cet idiot de prof. » Elle s'arrêta. « Pourquoi ? »

« Ah, ça paraît plus sensé. » Répondit Collen. « Non, c'est juste que de la façon où je l'ai entendu, ça pouvait donner l'impression que Dar était impliquée... bon sang, elle devait être bien en colère. »

« On peut dire ça comme ça. » Kerry fronça les sourcils en pensant aux derniers mots de son amie. « Elle m'a emmenée chez le médecin, m'a fait faire une radio, a maudit l'idiot qui m'a frappée, avant de me bercer sur le canapé la nuit dernière... Je n'ose même pas imaginer ce qu'elle aurait fait si c'était elle qui m'avait frappée. »

« Oooh. » Le sourire de Colleen était clairement audible à travers le téléphone. « Elle est trop mignonne. »

Kerry se détendit. « Oui. » Elle soupira. « Bref, j'ai un œil au beurre noir et j'arrive à peine à lire quoi que ce soit. Dar m'a dit de rester à la maison. »

« Elle a bien raison. » Dit Colleen. « Tu as besoin de quelque chose ? Je dois aller récupérer ma voiture, je pars plus tôt aujourd'hui... Je peux passer. »

« Nan, tout va bien. » La rassura Kerry. « Ecoute, tu pourrais me rendre service ? Tu peux dire à tout le monde ce qui s'est vraiment passé hier soir ? … Si Dar entend les gens raconter que c'est elle, elle risque de faire une crise cardiaque. »

« Pas de problème, ma belle. » Dit son amie. « Je m'en occupe. »

Kerry soupira. « Bon sang. »

« Quoi ? »

Sa colère éclata. « Pourquoi diable les gens penseraient que c'est elle ? Ça m’énerve ! »

La ligne se brouilla légèrement, comme si Colleen avait bougé. « Hey, hey, doucement. » Dit-elle d'un ton plus calme. « Ecoute, je ne pense pas que les gens se soient dit qu'elle avait fait exprès Kerry. C'était juste un accident, tu vois ? »

« N'importe quoi. » Kerry roula sur le dos et jeta un regard noir vers le plafond.

« Kerry, » Répondit Colleen. « Tu veux bien essayer de te calmer ? Vraiment, personne n'a dit ça méchamment. C'était juste … je ne sais pas, je pense que les gens trouvaient ça drôle que... »

« DRÔLE ? » Grogna Kerry. « Il n'y a rien de drôle. Et même si ça avait été Dar, ça n'aurait pas été drôle. Les gens qui sont blessés sont drôles ? Le fait que je souffre est drôle ? Woohoo. Sympa. »

Il n'y eu aucune réponse pendant quelques secondes, puis Colleen soupira. « Ce n'est pas ce que je voulais dire. »

Kerry joua du bout des doigts avec la couverture douce sur le lit. « Oui, je sais. Ce n'est pas de ta faute. » Admit-elle. « C'est juste que je déteste quand les gens disent n'importe quoi, surtout à son propos. »

Colleen s'éclairçit la gorge, « Mmh, je sais bien Kerry. C'est comme ça que j'ai su que tu avais un faible pour elle à l'époque. Tu as failli m'arracher la tête quand j'ai osé mal parler d'elle. »

Vraiment ? Kerry étudia le relief du plafond, un léger sourire aux lèvres. Oui, elle l'avait fait. Même au tout début, après que Dar et elle se furent disputées une fois ou deux, elle avait commencé à la défendre. Beaucoup de ses collègues avaient pensé, et le pensaient probablement encore, qu'elle ne faisait que du fayotage.

Peut être que même elle pensait que c'était le cas à ce moment-là, ou peut être que c'était juste une question de survie. Mais cet instinct de protéger Dar était apparu très très vite. « Ouais. » Dit-elle. « Et c'est vraiment douloureux, surtout après toutes les attentions de Dar la nuit dernière. J'ai eu l'impression d'avoir été emballée dans de la soie. Et je ne te parle même pas de ce matin. »

« Pas de problème. » Colleen semblait soulagée. « Écoute, laisse-moi finir ce rapport que je dois rendre.... Je t'appelle plus tard, ok ? »

« Bien sûr. » Acquiesça Kerry. « Merci d'avoir appelé, Col. » Elle raccrocha, sa bonne humeur évaporée malgré les mots d'encouragement de son amie. « Ça m'a bien énervée. » Elle tendit la main pour pouvoir caresser la tête de Chino. « Pourquoi les gens font ça, Chi ? Pourquoi ils ne peuvent pas être juste gentils ? »

« Grouf. » Chino lui lécha les doigts avant de se réinstaller contre elle.

Kerry observa le plafond pendant quelques instants encore, puis elle attrapa son téléphone et pianota le numéro du bureau de Dar sans même regarder. Elle eut une réponse au bout de la deuxième sonnerie. « Hey. »

« Hey. » La voix de Dar semblait presque joyeuse. « Comment tu te sens ? »

« Comme un vieux phacochère. » Répondit Kerry. « Comment ça va là-bas ? »

Un léger bruit de craquement se fit entendre quand Dar s'assit dans son fauteuil en cuir et s'y adossa. « Je dois être interviewée dans une demie-heure. » Dit-elle. « Mark essaye toujours de tracer l'origine du boitier, on a eu une douzaine d'autres attaques, et il n'y a plus de lait à la cafétéria. » Elle fit une pause. « Alors comment se passe ta journée jusque là ? »

Au moment de lui avouer ses inquiétudes, Kerry hésita, en entendant le stress dans la voix de sa compagne. « Ennuyeuse. » Dit-elle. « Je ne peux pas vraiment utiliser mon ordi, alors Chi et moi on est allongés dans le lit à écouter les Tendances Modernes en Conception de Réseaux. »

« Ah. Sans prise de tête. » Rit Dar. « Tu pourrais aller regarder Animal Planet... comment va ton mal de tête ? »

« Ça va mieux. » Kerry se sentit un peu embarrassée d'avoir embêté Dar qui avait beaucoup de choses à faire. « Écoute, je suis désolée de t'interrompre... J'étais juste... hum... » Elle fit une pause. « Bref, pourquoi tu vas être interviewée ? »

« Ah. » Dar grogna d'un ton dégoûté. « A cause des retombées de cette stupide chasse à la gloire de Telegenics avec Discovery Channel, ou quoi que ce soit d'autre. Et maintenant cette femme du Washington Post veut discuter avec moi. »

« Oooh, assure-toi qu'elle prenne une jolie photo pour faire la couverture. » Lui dit Kerry en rigolant. « Étant donné ce qu'ils ont habituellement à se mettre sous la dent, tu es définitivement un changement pour le mieux pour eux. »

« Pff. » Dar émit un grognement de mécontentement.

« Oui oui. » Répondit Kerry. « Hey, je vais te laisser travailler. Je vais traîner encore un peu au lit, et ensuite j'irai peut-être prendre un peu le soleil sur le porche. » Elle s'étira un peu. « A tout à l'heure ? »

« Absolument. » Répondit Dar en souriant. « Et tu ne me déranges pas. Je suis contente que tu aies appelé. »

Kerry raccrocha en souriant, mais elle prit une expression plus sombre après un moment. Elle se redressa et s’assit au bord du lit puis se pencha en avant en posant ses coudes sur ses genoux. Après avoir observé le sol pendant 3 minutes de son œil valide, elle se redressa et se traîna jusqu’à la salle de bain.

Elle n'avait pas vraiment envie de regarder dans le miroir, mais elle leva quand même les yeux et fit une grimace en examinant son reflet. Il y avait autour de son œil, un cercle noir presque parfait, gonflé et marbré. Ça aurait pu être comique si ça ne faisait pas aussi mal.

Son œil était bouffi et à moitié fermé, mais c'était déjà un mieux par rapport à la nuit d'avant. Avec un soupir elle utilisa les toilettes, puis elle se dirigea vers le séjour et Chino sauta du canapé pour venir la rejoindre.

Maintenant qu'elle s'était levée, l'idée de rester allongée au lit était devenue presque intolérable. A la place Kerry se dirigea vers la cuisine et fit infuser un peu de thé, puis étouffa un bâillement avant d'ouvrir le réfrigérateur pour se trouver quelque chose à grignoter.

Elle attrapa une bouteille de jus pour se verser un verre avant de la ranger, et elle se tourna, surprise, quand elle entendit quelqu'un frapper à la porte. « Qui ça pourrait bien être ? » Demanda-t-elle, suivant Chino qui bondissait dans le séjour jusqu'à la porte pour la protéger. « Oh, zut. J'ai dû oublier de prévenir Clemente de ne pas venir aujourd'hui. »

Elle s'avança jusqu'à la porte et l'ouvrit sans prendre la peine de vérifier par le judas. « Oh. » Elle cligna des yeux, surprise de se retrouver non pas face au trapu agent d'accueil, mais à Ceci. « Hey. »

« Hé. » Ceci se tenait les mains derrière le dos, et semblait incertaine. « Je peux entrer ? »

« Bien sûr. » Kerry recula et la laissa passer. « Désolée, je n'attendais personne... mais tu es toujours la bienvenue. »

« Mmhmm. » La petite femme s'avança pour lui passer devant. « Souviens-toi de ça après que je t'aie dit pourquoi je suis là. »

« Oh oh. » Kerry rit doucement. « Tu veux du thé ? »

La mère de Dar hocha la tête. « Avec plaisir. Joli coquard que tu as là. » Elle s'approcha et examina le visage de Kerry. « Je suppose que je ne peux pas vous convaincre d'essayer plutôt le croquet ou autre chose d'aussi inoffensif plutôt ? »

« Ah, donc tu sais déjà tout, hein ? »

« Mmhmm. »

« C'est Dar qui t'envoie ? » Tenta Kerry.

« Mmhmm. » Acquiesça Ceci. « Vu que je suis la seule mère qu'elle connait dans le coin, oui. Elle m'a demandé de venir et d'exercer mes inexistants talents maternels sur toi. » Elle sourit à Kerry. « Alors pourquoi tu n'irais pas t'allonger le temps que j'aille chercher ce thé et je pourrai dire que j'ai au moins essayé. Hmm ? »

Kerry s'avança jusqu'au canapé et s'assit avant d'étendre ses jambes sur les coussins. « Sûr. » Acquiesça-t-elle. « Je me vengerai plus tard. »

Ceci leva les mains, pouces levés pour lui montrer son approbation avant de disparaître dans la cuisine.

« Petite chipie. » Dit Kerry en fixant le plafond. « Je me vengerai. Chacune son tour. » Elle étendit le bras pour attraper la télécommande et alluma la télévision, choisissant une chaîne au hasard avant de se réinstaller dans le canapé.

Bon, ça aurait pu être pire. Kerry jeta un œil en direction de la cuisine. Ça aurait pu être ma mère.

*****

A suivre.

 

 

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Le Cercle de la Vie, quatrième partie

 

Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-4ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


« Et bien, c’était intéressant », fit remarquer Cesta d’un ton sarcastique, tandis qu’elles se dépêchaient d’aller dans l’air frais nocturne. « Le moment où je me suis le plus amusée, c’est quand j’ai regardé cette femme se faire attaquer par ce scarabée deux rangs devant nous. »

« Hé… comment j’étais supposée savoir que ça allait se tenir dans une langue différente ? » Protesta Gabrielle. « Le chant était un peu… heu.. » Elle remua les mains. « Et Isaac chantait… heu… »

Mal, comme le pensait Xena, son audition parfaite lui ayant valu des contractures sévères dans la tête et le cou. « Considérez ça comme une bonne leçon », leur dit la guerrière, lançant un regard noir vers les Amazones par-dessus la tête de son âme-sœur. « En plus, nous n’avions pas grand-chose de mieux à faire. »

« J’aurais pu penser à… » Cesta s’arrêta au milieu de sa phrase et ferma brusquement la bouche, ayant été la destinataire du regard direct spécial de la Princesse Guerrière. « Alors, on mange quoi ce soir ? » Elle jeta un coup d’œil derrière elle. « Vous pensez que les gars vont nous rejoindre ? »

« Leur partie est plus longue », lui dit Gabrielle. « Ils parlent de trucs importants. » Le sarcasme était très évident dans sa voix. « Les femmes retournent chez elles et s’occupent des enfants et de la maison et elles préparent un bon petit dîner pour quand ils rentrent. »

« C’est une mauvaise chose ? » Plaisanta Solari. « Par Hadès, je peux vous dire que je suis contente d’être sortie de cet endroit renfermé… ils peuvent agiter leurs mâchoires toute la nuit s’ils veulent. »

Gabrielle se contenta de secouer la tête et elle soupira tandis qu’elles atteignaient la grange et que Xena ouvrait la porte. « Et bien, je suppose qu’on partage nos victuailles, voyons ce que nous avons. »

Ce n’était pas grand-chose. Du bœuf séché, des fruits secs, plusieurs noix et quelques barres de voyage. Gabrielle étudia la petite pile. « C’est mieux que cette fichue soupe hier soir et je suis assez affamée pour commencer à mâcher le foin, alors… »

Xena se tenait dans le coin et elle se rapprocha alors. « Il y a un petit brasero par ici. » Elle pointa du doigt. « Solari, allume un feu là-dedans. »

« Pourquoi ? » Demanda l’Amazone. « Il ne fait pas si froid. »

Xena compta jusqu’à dix. « Parce que je le dis », répliqua-t-elle d’un ton égal, avant de marmonner entre ses dents et de sortir, claquant la porte derrière elle.

Les Amazones se regardèrent. « Qu’est-ce qui se passe chez elle ? » Demanda Solari, mettant les mains sur ses hanches tout en se tournant pour regarder Gabrielle. « Elle s’est comporté comme une g… »

La barde leva la main. « Attends. » Son visage était sérieux. « Xena a toujours une raison pour faire ce qu’elle fait… et si elle vous demande de faire quelque chose, c’est qu’il y a une raison derrière ça. Pas parce qu’elle s’est dit que ce serait bien que vous fassiez quelque chose, d’accord ? Dans ce cas, elle voulait probablement qu’on allume un feu parce qu’on va finir par avoir du poisson ou du lapin ou quoi que ce soit, au dîner. »

« Oh. » Solari plissa le front. « Pourquoi elle ne l’a pas simplement dit ? »

Gabrielle soupira. « Elle déteste qu’on la remette en question. Elle déteste vraiment que tout le monde la remette en question, ce qui est basiquement ce qui s’est passé toute la journée. Je veux dire… elle n’a demandé à personne de s’impliquer dans tout ça et maintenant nous sommes là, et elle est responsable de nous tous. » Elle s’avança et s’installa à la table artisanale. « Alors… fais ce qu’elle demande et démarre un fichu feu là-bas… d’accord ? »

« D’accord », acquiesça Solari docilement, lançant un regard à Cesta et Frendan puis au petit four. « Je vais chercher du petit bois. »

« Je vais avec toi », dit rapidement Cesta tout en rejoignant Solari à la porte.

Un petit silence tomba alors sur la pièce tandis que Frendan avançait péniblement et s’installait sur le banc près de Gabrielle qui écrivait. Ailee, s’accroupit et examina le four, tandis qu’Ellis et Lista rangeaient l’espace pour installer des couchages et arranger leurs affaires.

« Est-ce que Xena est vraiment furieuse, Majesté ? » Demanda tranquillement Frendan.

La barde la regarda, mâchouillant pensivement le bout de sa plume. « Et bien… agacée, oui… pas furieuse comme dans vraiment en colère, non », répondit-elle. « Il en faut beaucoup pour la rendre vraiment furieuse. »

« Oh », dit la petite femme. « Tu sembles être vraiment douée pour gérer ça. »

Gabrielle s’interrompit et pencha la tête. « La gérer, tu veux dire ? Et bien… nous avons traversé beaucoup de choses… j’ai appris un truc ou deux. » Elle sourit d’un air désabusé. « Nous avons eu des moments… je pense que je me suis finalement rendu compte que le mieux c’est d’être honnête… nous étions furieuses l’une contre l’autre et ensuite nous attendions que l’autre dise quelque chose… et avec Xena, tu peux attendre un an, tu sais ? »

Frendan rit et pencha la tête.

« Alors je suis vraiment honnête et je lui demande ce que je veux savoir… et ça marche », finit la barde tout en reprenant son journal.

« Tu as déjà eu peur d’elle ? » Demanda doucement l’Amazone.

Gabrielle s’appuya sur ses coudes et fit tourner sa plume entre ses doigts. « C’est une question difficile… parce que, bien sûr, il y a eu des moments où j’étais morte de peur par des choses qui sont arrivées, et, oui, des choses qu’elle a faites. » Elle fit une pause, réfléchissant sérieusement à la question. « Je pense pouvoir dire que j’ai été effrayé par elle un bon nombre de fois, mais je n’ai jamais eu peur d’elle, si ça a du sens. »

« Oui », répondit tranquillement Frendan. « Mais je pense que tu es très courageuse. »

Gabrielle lui fit un petit sourire. « Merci. » Elle soupira et relut son entrée, puis elle gribouilla une note en bas.

Cesta et Solari revinrent avec du bois bien taillé et allèrent vers le four, le stockant avec expertise avant d’ajouter du déclencheur. L’Amazone brune fit une étincelle et le feu se mit à brûler régulièrement. « Ils pensent que nous sommes des païennes pour faire ça, à propos », cria-t-elle par-dessus son épaule à la Reine qui écrivait fermement.

« Bien… je vais être une païenne accomplie », marmonna Gabrielle. « Tu peux leur dire que ma religion me dicte de ne pas avoir faim après qu’on a œuvré pour leur sauver les fesses toute la journée. » Elle leva le regard quelques battements de cœur avant que la porte ne s’ouvre pour révéler le corps dégoulinant et couvert de boue de son âme-sœur. « Hum… salut. »

Xena passa la porte puis secoua la tête pour écarter les cheveux mouillés de ses yeux avant de révéler une brochette de poisson. « Quelqu’un veut bien prendre ça ? »

Des corps trébuchants faillirent submerger la guerrière et elle cligna tandis que des mains prenaient possession des poissons qui bougeaient toujours ; elle regarda par-dessus la tête des Amazones vers l’endroit où son âme-sœur refermait son journal et se levait. Le regard vert croisa le bleu et Gabrielle sourit chaleureusement, roulant un peu les yeux vers les autres femmes. « J’ai trouvé quelque chose d’intéressant dans la rivière. »

« Autre que ça ? » Demanda la barde en lançant un regard appréciateur aux truites.

Xena hocha la tête et s’avança, dégoulinant d’eau et de boue sur le sol couvert de paille. Elle se rapprocha de la barde et tendit la main. Obéissante, Gabrielle lui tourna la paume vers le haut et cligna en y voyant une petite pierre de la taille d’un gland.

Puis elle regarda de plus près et nota que la lueur de la chandelle se reflétait dans une ombre intense, riche et dorée. « Bon sang… ce n’est pas ce que je pense que c’est ? » Elle leva les yeux vers sa compagne. « Une pépite d’or ? »

La guerrière boueuse hocha la tête. « Ouais. » Elle regarda Solari. « Ça explique ces sacs et ces paniers lourds. »

Les Amazones se mirent autour d’elle et fixèrent la main tendue de Gabrielle. « Par la coiffe d’Artémis », dit Cesta dans un souffle. « Il doit y avoir ici assez d’or pour acheter Athènes. »

Xena ricana. « Essaye Rome, si ça te donne une indication. » Elle alla vers un coin de la grange et commença à retirer son armure et à la poser sur une cloison de stalle.

Gabrielle fit la grimace puis elle regarda les Amazones qui écarquillaient toujours les yeux. « Nettoyons et séchons tout ça… je ne sais pas pour vous mais moi je meurs de faim. » Elle les regarda s’éparpiller avant de refermer la main sur la pépite et d’aller vers sa compagne. « Tiens… » Elle essaya de rendre la pépite.

Xena la regarda puis vers les Amazones qui étaient agglutinées autour du four. « Non… c’est pour toi », murmura-t-elle doucement. « Tu pourrais demander aux marchands de la foire d’hiver d’en faire un collier si tu veux. »

« Tch Tch », énonça la barde en se rapprochant. « Tu vas ruiner ton image de grincheuse de cette façon, Xena. » Elle sourit et tapota le côté couvert de cuir humide. « Merci beaucoup d’avoir rapporté quelque chose pour le dîner, à propos. »

Le regard bleu se radoucit et un sourire ironique trouva son chemin sur les lèvres de la guerrière. « Ça m’a donné une occasion de me détendre un peu », admit-elle d’une voix basse tandis qu’elle délaçait et enlevait ses bottes. « Je vais aller rincer cette boue. »

Gabrielle s’agenouilla avec soin et retira la tunique bleue légère de leurs bagages avant de la lui tendre avec un sourire. « Je vais aller m’assurer qu’ils ne brûlent pas ces trucs. » Elle se releva puis s’agrippa à la cloison séparatrice tandis qu’une vague de vertiges faillit faire s’entrechoquer ses genoux. « Ouaouh. »

Les bras de Xena l’enserrèrent instantanément, la retenant et ôtant le poids de ses jambes tandis qu’elle clignait des yeux. « Doucement. »

La barde attendit un moment puis hocha la tête. « C’est bon… je vais bien. Ouaouh… je n’ai pas eu ça depuis un moment », murmura-t-elle. « Je présume que c’est parce que je n’ai pas mangé de la journée. »

« Bien vu. » La guerrière lui lança un regard sévère. « Avance là et assieds-toi… » Elle alla vers l’endroit où se trouvait leur pile de nourriture commune et elle en sortit deux de leurs barres de voyage, qu’elle tendit à la barde. « Tiens… mâche ça. »

Pour une fois, Gabrielle ne discuta pas. Elle prit une bouchée du snack sucré et fruité et elle mâcha, puis elle alla tranquillement jusqu’au banc que Xena lui montrait et elle s’assit, gardant un œil sur les Amazones affairées. Cesta, nota-t-elle, savait apparemment comment nettoyer et cuire le poisson et elle semblait faire du bon travail. Avec un soupir de soulagement, la barde s’installa pour attendre.

Xena la regarda, puis elle effaça l’air inquiet sur son visage et sortit à pas lents, se dirigeant vers l’abreuvoir. Elle était contente d’avoir attrapé le poisson et plus qu’un peu surprise et décontenancée de trouver la pépite dans le fond de la rivière, qui scintillait pour elle.

Cela signifiait des ennuis, ça c’était sûr, et pas juste avec Baracus. Si l’information fuitait qu’il y avait de l’or dans la région, il y aurait une ruée pour venir le chercher, des Grecs et d’autres et elle savait que si sa petite milice pouvait gérer un seul seigneur de guerre, c’était différent pour toute une armée.

Elle remplit un seau de l’eau froide et la versa sur sa tête, frottant ses cheveux pour en retirer les grains de sable du fond de la rivière. Elle fit ensuite une série d’éclaboussures, frottant la boue noire des rives de ses bras et jambes.

Des bruits de pas lui firent lever le regard et elle mit sa tête en arrière, rejetant les cheveux noirs mouillés hors de ses yeux avant de se concentrer dans la lumière faible et trouble. Une pause, puis. « Rebekah ? »

« Oui. » La voix de la jeune fille semblait nerveuse et peu sûre d’elle. « J’ai apporté ceci de la part de ma mère. » Elle s’avança un peu et tendit les mains, qui contenaient ce qui sembla être une miche de pain. « Elle a dit qu’elle se sentait mal à l’aise que vous fassiez tout pour nous sans avoir de souper. » Son regard fixa la forme trempée de Xena, couverte seulement de ses sous-vêtements en cuir et ses yeux s’écarquillèrent.

La guerrière posa le seau et s’avança, puis elle s’accroupit pour se mettre au niveau de la fillette. « C’est vraiment gentil de sa part. » Elle regarda par-dessus son épaule. « Tu veux bien l’apporter à l’intérieur ? J’ai les mains plutôt mouillées. »

Rebekah hocha la tête, un peu incertaine. « Je n’ai jamais vu quelqu’un prendre un bain comme ça », dit-elle, la curiosité l’emportant. « Ce n’était pas froid ? »

Xena sourit. « Oui… un peu… mais je viens d’aller pêcher dans la rivière… et c’était plutôt boueux… on n’a pas de baignoire là-dedans. »

« Tu es allée pêcher la nuit ? » Demanda la jeune fille, incrédule. « Tu as attrapé quelque chose ? »

La guerrière hocha la tête. « Assurément. » Elle se leva et montra la porte de la grange. « Viens… il faut que je me sèche. » Elle ouvrit la porte et regarda la jeune fille entrer avec précautions, regardant autour d’elle vers les environs plutôt étranges, puis elle la suivit. Son regard capta celui de Gabrielle et elle montra la fillette. « Sarah nous a envoyé du pain. »

Les Amazones levèrent les yeux et sourirent, tandis que Gabrielle allongeait ses jambes et se relevait pour aller vers Rebekah. « C’est vraiment gentil, Rebekah… merci de l’avoir apporté. »

La jeune fille lui tendit la miche de pain, qui était emballée dans un tissu. La barde le retira et exposa une surface marron brillante de ce qui apparut être deux tresses de pain. « Oh… comme c’est joli », complimenta-t-elle la jeune fille. « Je n’ai jamais vu du pain comme ça. »

Rebekah sourit et se détendit un peu. « Les mères le font… il y a des œufs, des raisins secs dedans… c’est mon préféré. »

« Ah oui ? » Gabrielle posa le pain sur sa table, consciente de l’odeur crépitante du poisson cuit qui se répandait maintenant dans la grange. « Et bien, ça doit être bon alors. » Elle prit le petit couteau qu’elle utilisait pour tailler ses plumes et elle coupa un morceau du petit bout, goûtant prudemment. « Mm. » Elle eut un son surpris, ravie du goût riche et sucré. « C’est bon. »

Une chaleur dans son dos s’avéra être une Xena curieuse qui regardait par-dessus son épaule. La barde coupa une autre petite tranche et la tendit à son âme-sœur qui la prit entre ses dents avec une expression circonspecte. « Vas-y… c’est bon. Tu vas aimer. »

Xena lui lança un regard mais mâcha le petit morceau et cligna des yeux. « Ah oui c’est bon. » La guerrière s’était changée pour sa tunique sèche et ébouriffait ses cheveux noirs pour les sécher dans la lumière de la chandelle. « Tu veux te joindre à nous pour le dîner ? » Demanda-t-elle à Rebekah.

La fillette eut l’air surpris. « Oh… je… heu… » Elle regarda autour d’elle. « Je n’ai jamais… » Ensuite elle s’interrompit et réfléchit. « C’est ça que tu fais quand tu es seule dans les bois ? » Demanda-t-elle à Xena en la regardant avec une franche curiosité.

« En quelque sorte », répondit la guerrière. « Nous sommes habituellement dehors, pas dans une grange, mais nous attrapons des choses et nous les cuisinons, oui, si c’est ça que tu veux dire. » Elle poussa doucement son âme-sœur vers la table basse artisanale que les Amazones avaient fabriquée et où elle se tassaient. « Allons… ça ne te fera pas de mal. » Elle sourit à Rebekah.

La jeune fille se rendit et avança timidement vers la table. « Très bien… » Elle s’assit à un bout, les yeux écarquillés vers les Amazones, qui lui souriaient en retour. « Bonté divine, vous êtes toutes nues. »

Gabrielle rit doucement tout en s’asseyant près d’elle, très consciente de la main chaude sur son dos. « Pas vraiment. » Elle posa le pain sur la table, près des planches en bois qui contenaient le poisson et un assortiment d’autres nourritures qu’elles avaient trouvées.

« Vous dites une prière pour remercier le Seigneur avant de manger ? » Demanda Rebekah.

« On devrait la dire à Xena », dit Solari en riant. « C’est elle qui a pêché le poisson. » Elle tendit la main et trancha proprement le pain avec son couteau de ceinture. « Et elle nous botterait sûrement les … »

« Solari. » Gabrielle lui lança un regard.

« Euh… rotules. » L’Amazone sourit à sa Reine, prenant une tranche de pain pour y ajouter un peu de truite à son tranchoir, avec quelques fruits secs.

« Tiens. » Feldan posa une assiette de voyage devant Rebekah et partagea du poisson pour elle. « Ta maison, c’est la grande au coin, n’est-ce pas ? »

La jeune fille hocha la tête et prit un morceau de poisson, le goûtant avec précautions. « Oh… » Elle mordilla avec plus d’entrain. « C’est vraiment bon… mère nous fait toujours du poisson bouilli. »

Tout le monde tressaillit. « Et bien… » Dit Gabrielle d’un air songeur. « Si tu le manges froid avec de la sauce, ce n’est pas si mauvais. »

« Non… on le mange chaud », lui dit Rebekah. « Avec de l’aneth. »

Xena goûta son poisson, puis elle eut un signe de tête approbateur pour Cesta. « Beau travail. »

« Merci. » La rouquine se rengorgea. « Notre village est côtier, alors nous avons beaucoup de fierté pour nos poissons… et nous avons les meilleurs coquillages en été. » La conversation tourna sur les différences entre leurs villages et Rebekah écouta à peine, mordant son poisson en regardant les visages avec fascination jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que des voix mâles profondes s’élèvent. Elle se raidit, les yeux agrandis.

« Il est temps que vous reveniez les gars. » Xena regarda par-dessus son épaule pour voir son frère, Johan et un Jessan à l’air très grognon. « Qu’est-ce que vous avez fait par Hadès… un mariage avec l’un d’eux ? »

« Ha ha. » Toris lui lança un regard noir. « Non… on a été coincés dans un débat. » Tous les trois se rapprochèrent à grands pas lents et se laissèrent tomber de l’autre côté de la table. « Hé… d’où vient le poisson… » Le regard bleu cilla et croisa son jumeau de l’autre côté de la table. « Oh… question idiote… merci, sœurette. »

Xena s’appuya sur le support de stalle et lui fit un signe de tête gracieux. « A ton service. » Elle remarqua que Rebekah fixait Jessan la bouche ouverte et elle sourit tranquillement. « C’est mieux que d’être dans cette cage, pas vrai Jess ? »

« Oh s’il te plait », marmonna l’être de la forêt, la bouche pleine de truite. « C’était pire que la fois où notre groupe d’entraînement est resté bloqué dans un marais à cochons et a dû être sauvé. » Ses yeux dorés trouvèrent Rebekah et il cligna. « Hé… c‘est une gamine », fit remarquer Jessan. « Tu ne vas pas me demander de te montrer mes griffes, hein ? »

La jeune fille secoua la tête avec emphase.

Jessan sourit, montrant toutes ses dents blanches impressionnantes. « Génial. »

« Rebekah nous a apporté ce pain. » Gabrielle masqua un sourire et montra le pain à moitié mangé. « Essayez… c’est vraiment bon. » Elle s’étira un peu. « La journée a été longue… »

« Je suis d’accord avec ça. » Johan soupira intérieurement, mâchant une tranche de pain couverte de poisson. « Fillette, ça fait plus d’aventures que ces os ont vues dans une vie de chien. »

« Et ce n’est pas fini », dit Solari en soupirant. « Je devrais le savoir… je me suis dit, hé… deux jours, on sort les gars, on file d’ici. » Elle secoua la tête. « J’ai oublié qui on avait avec nous. »

« Hé ! » Protesta Gabrielle. « Ce n’est pas de ma faute si les choses sont devenues si compliquées ! »

Tous la regardèrent.

La barde fit la moue et regarda son âme-sœur. « N’est-ce pas ? »

Xena la laissa attendre un moment puis elle sourit et l’entoura de ses bras, l’attirant pour l’amener contre sa poitrine. « Non », lui dit-elle. « C’est de ma faute », lui dit-elle, puis elle lança un regard vers les autres. « Compris ? »

Tout le monde rit et reprit le repas. Quand ils eurent terminé, Xena regarda de l’autre côté de la table. « Aileen, tu veux bien ramener Rebekah chez elle, s’il te plait… et dire à sa mère qu’on la remercie pour le pain ?

« S’il te plait ? » Un léger murmure chatouilla ses oreilles et elle sentit un petit coup dans ses côtes.

« Bien sûr… » Aileen sourit à la fillette. « Viens… » Elle emmena Rebekah à la porte et l’ouvrit ; la jeune fille se tourna vers eux.

« Merci », dit-elle avec précautions.

Ils lui firent signe et regardèrent la porte se refermer.

Gabrielle se nicha un peu plus et la poussa à nouveau. « C’était très subversif. »

Le regard bleu battit des cils innocemment. « Subversif ? Mais Gabrielle… tout ce que j’ai fait c’est l’inviter à manger avec nous. » Puis la guerrière sourit et regarda autour d’elle. « Alors… l’hébergement est intéressant. » La grange était haute de plafond et bien faite, avec des alcôves de foin dans chaque coin, et des stalles bien solides dans le périmètre. La zone au centre était dégagée et avait des poutres avec des anneaux épais en acier pour attacher les animaux. La plupart des stalles étaient occupées par des bêtes qui mâchaient placidement, dont quelques-unes lançaient des regards en coin vers Jessan.

« Relax », leur dit-il, en rotant légèrement et en tapotant son estomac. « J’ai déjà mangé. »

Tout le monde rit un peu puis ils se regardèrent les uns les autres. « Alors… on tire à la courte paille ou quoi ? » Finit par demander Solari avec ironie.

Xena lâcha un rire bas. « Dix ans à être un seigneur de guerre m’ont appris une chose importante. » Elle se mit sur un genou puis pris dans ses bras une Gabrielle surprise et elle se releva. « Quand on parle de dormir… ne tirez jamais à la courte paille. » Elle traversa la pièce au sol jonché de foin et grimpa l’échelle fine vers l’alcôve de foin la plus proche, les balançant toutes les deux avec une grâce fluide et puissante tandis qu’elle montait. Une fois au sommet elle se retourna, les observant tous qui avaient la bouche béante, puis elle leur sourit. « Bonne nuit. »

Elle se fraya un chemin avec précautions sur la surface inégale et elle installa son fardeau dans le coin au fond, sur un tas particulièrement confortable de foin.

« Tu sais. » Gabrielle la regardait affectueusement. « Il y a des moments où j’aime vraiment beaucoup ce truc du seigneur de guerre qui transparait. »

Xena mit les mains sur ses hanches et haussa un sourcil. « Oh vraiment ? » Ronronna-t-elle.

« Viens par ici. » La barde lui fit un signe d’un doigt replié.

La guerrière se laissa lentement tomber sur un genou, puis elle s’étira sur un côté, allongeant ses longues jambes, la tête posée sur une main, assez près de son âme-sœur pour sentir la chaleur qui émanait de sa peau. « Ouuuuuuui ? » Elle traîna sur le mot par taquinerie.

Gabrielle l’étudia dans la lumière très diffuse qu’apportaient les chandelles qui vacillaient en bas. Elle tendit la main et caressa doucement la joue de la guerrière, laissant ses doigts glisser dans les cheveux noirs tandis qu’elle se mettait sur un coude, se penchait en avant et l’embrassait.

Avec le goût des épices utilisées par Cesta et le soupçon piquant de raisin du pain, elle sentit les cheveux doux et soyeux qui bougeaient sous ses doigts tandis qu’elle se rapprochait, glissant une main le long de sa hanche. Elle ouvrit les yeux lorsqu’elles se séparèrent un instant et elle vit les yeux bleu clair s’assombrir et le léger sourire taquin sur les lèvres de Xena tandis que la guerrière l’étudiait.

Elle se sentait si attirante, reflétée dans ces yeux. C’était un très bon sentiment, qui mit des patches solides sur l’insécurité qu’elle avait ressentie après avoir commencé à afficher sa grossesse, et qu’elle était embarrassée et peu sûre de savoir quoi attendre de sa compagne. Mais Xena ne l’avait jamais laissée tomber… ne lui avait jamais fait sentir qu’elle était affreuse ou non voulue, pas même une seconde. Elle l’aimait pour cela.

Elle l’aimait pour beaucoup de raisons, bien sûr. Mais ça en était une d’elles. « Tu sais que je t’aime vraiment », murmura-t-elle en laissant son regard le montrer.

Xena écarquilla un peu les yeux et cilla. « Même quand je suis ronchonne ? » Demanda-t-elle d’un ton léger.

« Oui », répondit la barde simplement, se penchant en avant pour l’embrasser, et se retrouvant, de manière inattendue, enveloppée dans une chaleur emplie de l’odeur du coton tandis qu’elle se sentait soulevée et blottie dans des bras puissants. Elle laissa ses doigts parcourir la peau de Xena, écartant les bords de la tunique pour les glisser en dessous, tandis qu’elle sentait la chaleur de leur connexion l’imbiber comme la lumière du soleil.

Je me demande… se dit-elle tandis que la main de Xena traçait un chemin excitant le long de son dos. Si le bébé peut ressentir cela.

Elle l’espéra.

Elle espéra aussi se souvenir de ne pas couiner. Autrement, ça allait être un de ces matins embarrassants par Hadès.

Xena s’appuya contre son matelas impromptu et regarda paresseusement la lumière de la lune qui traversait les hautes fenêtres de la grange. C’était l’aube bientôt et elle était confortablement blottie avec Gabrielle, savourant ce petit moment de paix avant le démarrage de ce qu’elle savait être une journée frénétique.

Tout le monde dormait. Elle pouvait compter trois ronflements masculins et quatre féminins, et elle pensa nonchalamment accorder chaque ronflement avec son propriétaire, puis elle décida qu’elle s’en fichait un peu. Elle seule était réveillée pour entendre le doux hululement d’un hibou dans les poutres, ses yeux translucides se tournant en permanence vers elle et saisissant la lumière faiblissante de la lune.

Elle seule était réveillée pour sentir l’odeur forte de la pluie dans l’air et entendre le léger grondement du tonnerre qui pourrait, possiblement, leur offrir un peu de répit, dépendant de si Baracus décidait de chevaucher dans une tempête ou pas.

Elle seule était réveillée pour sentir le mouvement subtil sous ses mains protectrices, tandis que le bébé de Gabrielle se réveillait aussi et remuait, bougeant dans des culbutes paresseuses qui pressaient inégalement contre le ventre de la barde.

C’était un beau moment de la matinée. Xena sourit à la lune et embrassa affectueusement la tête posée sous son menton. Un crépitement au-dessus de sa tête attira son regard tandis que la pluie commençait à tomber et que la brise apportait une senteur riche d’eau et de terre, et de l’humidité du bois. Le bébé bougea à nouveau et elle se demanda s’il pouvait entendre le tonnerre et sentir la pluie comme elle… personne ne le savait vraiment.

Personne ne se souvenait, du moins pas quand ils étaient éveillés. Xena se souvint d’un enfant qui avait grandi avec elle à Amphipolis et qui était, depuis ses premières années, effrayé par les orages presque au point d’en être irrationnel. Elle avait appris plus tard de Cyrène que l’enfant, à moins d’un mois de sa naissance, avait vécu une des pires tempêtes de l’histoire du village et que la moitié des bâtiments avait été détruite y compris celui dans laquelle sa mère s’était abritée.

Alors… qui savait ? Peut-être que le bébé pouvait entendre le grondement… elle semblait assurément entendre les chants et elle roulait sur elle-même quand Xena commençait à chanter pour elle.

Elle. Oui, elle. La guerrière leva les yeux au ciel. Elles avaient tendance à faire ça toutes les deux, comme si ce n’était pas dû à la chance mais à une connaissance qu’elles avaient. Des désirs pour des réalités, mais Xena se retrouvait intensément curieuse au sujet du bébé, se demandant à quoi il pensait, ce qu’il faisait… est-ce qu’il serait intelligent ? Joli ? La guerrière regarda Gabrielle et sourit. Oui, probablement les deux… s’il tenait de sa mère.

Elle essaya de ne pas être trop excitée mais parfois elle ne pouvait l’empêcher, souhaitant que les mois passent plus vite pour qu’elle puisse, enfin, rencontrer cet enfant et enfin tenir sa propre enfant dans ses bras, sans crainte ou bien… Xena pinça les lèvres. Sans s’inquiéter de vouloir la tuer.

Elle se demanda si Gabrielle pensait à cela. Si la barde la laisserait à contrecœur faire partie de la vie de l’enfant à cause de ça. Ou bien Gabrielle avait-elle peur elle-même étant donné ce qui était arrivé auparavant ?

La guerrière soupira en silence. Cette fois c’était différent. Il n’y avait pas de Dahak, ni d’influence surnaturelle, juste une grossesse normale, très ordinaire, qui se passait étonnamment bien. Même Lila en avait été envieuse.

« Je te veux là-bas avec moi », avait déclaré Gabrielle, tandis qu’elles marchaient sur la route de Potadeia.

« Gabrielle, c’est juste ta famille… je sais qu’ils vont bien le prendre », avait argué Xena. « Viens maintenant. »

« Xena… » La barde avait tiré sur une de ses épaules cuirassées, la forçant à se retourner dans la selle et à la regarder. « S’il te plait ? » Elle avait adouci sa voix. « J’ai besoin de toi là-bas. »

Elle s’était un peu penchée et avait embrassé la barde sur le front. « D’accord. » Elle avait contenté sa compagne. « Je vais me mettre derrière toi et je vais leur faire le numéro « du regard menaçant », d’accord ? »

« D’accord. » Gabrielle avait repris sa prise serrée et pressé son visage sur le dos de Xena, la laissant en place jusqu’à ce qu’elles arrivent sur la place principale de Potadeia, aux cris d’accueil joyeux des habitants. Lila les avait repérées et s’était précipitée vers elles.

« Gabrielle ! » Avait-elle couiné en attendant que la barde se glisse à bas du dos élevé d’Argo pour l’embrasser. « Hé… on ne t’attendait pas… mais c’est génial que tu sois là. » Puis elle avait levé les yeux. « Bonjour, Xena. »

« Bonjour. » La guerrière lui avait souri tandis qu’elle descendait de cheval. « On était sur le chemin de la maison, on s’est dit qu’on allait passer. »

« C’est génial… et crois-le ou pas, nous allions envoyer un mot là-bas, sœurette… on espérait que tu nous aides avec un petit problème », lui avait dit Lila, tout en regardant Xena passer Argo à un garçon des écuries et mettre leurs sacs sur son épaule. « Alors notre timing est parfait. »

« Vraiment ? ». Gabrielle avait eu l’air flatté. « Bien sûr… je vais vous aider si je peux… de quoi s’agit-il ? »

Lila lui avait pris le bras tandis qu’elles avançaient à pas lents vers la maison de leurs parents. « Tu te souviens de ton amie Seraphim ? On dirait bien qu’elle a fugué pour rejoindre une espèce de secte bizarre… ses parents espéraient que tu puisses la retrouver et voir ce qui se passe là-bas. »

« Seraphim… dieux… je ne l’ai pas revue depuis… » Gabrielle avait réfléchi. « Des années… elle était chez ses tantes quand je suis partie… » Elle avait tourné son regard vers Xena, qui avançait silencieusement à côté d’elles. « Ça ne devrait pas demander beaucoup de temps pour la retrouver… elle est vraiment gentille, Xena… je me suis beaucoup amusée avec elle en grandissant. »

« Bien sûr », avait dit Xena d’un ton ordinaire. « Ça semble facile. » Ne sachant pas à l’époque combien ces mots reviendraient la hanter. « Tu penses qu’elle va se souvenir de toi ? »

Gabrielle avait ri. « Oh oui… on se mettait dans plein d’ennuis elle et moi… elle va se souvenir. »

Elles étaient allées au domicile de la famille où Hécube les avait chaleureusement accueillies, serrant sa fille dans ses bras et lançant un regard à Xena qui avait convaincu la guerrière qu’elle recevait presque le même traitement.

« Par la Grande Athena… c’est bon de te revoir, ma fille… » Hécube les avait poussées à l’intérieur. « Venez… je préparais justement le repas… on dirait bien que vous en avez besoin toutes les deux. » Lila était partie chercher son fils et elles s’installèrent dans la petite salle à vivre après qu’Hécube se fut affairée avec des assiettes de caille froide en tranches et de racines grillées.

« Alors », avait-elle dit, en s’asseyant avant de prendre une bouchée. « Comment ça va vous deux ? »

Les regards vert et bleu s’étaient croisés avec ironie. « Comme d’habitude… » Avait répondu Xena, après qu’il fut apparent que son âme-sœur ne le ferait pas. « Nous étions à l’ouest d’ici… un petit problème à régler… ensuite nous nous sommes dirigées vers la maison. »

« Oh ? » La femme aux cheveux gris avait penché la tête. « Vraiment ? Nous ne pensions pas vous revoir aussi tôt… vous vous installez pour l’hiver ? »

Gabrielle avait mordillé une racine. « Heu… on peut dire ça, oui… nous… heu… » Elle avait pris une inspiration et l’avait relâchée. « Nous avons décidé de traîner là-bas pendant quelques temps… peut-être jusqu’au printemps…. On verra. »

Les yeux de sa mère avaient brillé. « Ce sont de bonnes nouvelles. » Elle avait souri. « Je veux dire, je sais que tu apprécies les aventures, Gabrielle, mais ça me fait plaisir d’entendre que tu penses à te poser un moment… tu ne sais pas comme je m’inquiète pour toi quelquefois. » Son regard était passé sur Xena. « Ne le prends pas mal, Xena… je sais que ma fille est entre de bonnes mains. »

Xena lui avait retourné son bref sourire et avait mis un bras autour de la taille de son âme-sœur, sentant la tension dans le corps près d’elle. « Je ne le prends pas mal, Hécube… » Avait-elle répondu d’un ton neutre. « C’est dangereux là-dehors et je suis contente que nous rentrions à la maison, surtout en ce moment. »

Gabrielle lui avait donné un coup de coude dans les côtes avec outrage, mais Xena s’était dit que soit elle démarrait cette conversation soit elles allaient échanger des nouvelles sur le temps avec sa mère pour le reste de l’après-midi, et elle rayonna innocemment à la vue de l’air déconcerté de son âme-sœur.

« Surtout en ce moment ? » Hécube avait saisi rapidement. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Hum. » Gabrielle s’était éclairci la voix, repoussant ses cheveux derrière ses oreilles un peu nerveusement. « Et bien, en fait ce sont de bonnes nouvelles… »

« Tu as fini par avoir des vêtements corrects ? » Avait demandé sa mère avec délice. « Oh Gabrielle… je suis tellement contente… j’ai remarqué que tu portes une chemise vraiment jolie et je pensais que c’était juste le temps… »

La barde avait automatiquement baissé les yeux vers la chemise blousante douce et couleur vert d’eau que Xena lui avait joyeusement trouvée après qu’elle eut fait un commentaire de plus sur quand ça commencerait à se voir. « Heu… et bien, merci… c’est gentil… oui… mais… heu… »

« Je pense que ça rehausse vraiment la couleur de ses yeux… pas vrai ? » Avait ajouté Xena innocemment. « Tu ne penses pas que ça l’entoure d’une certaine lueur ? » Elle avait reçu un autre coup de coude pour ça et un regard noir bardique en même temps que des dents qui grincent.

« Et bien, oui… en fait. » Hécube s’était levée et s’était avancée, posant une main sur le menton de Gabrielle pour lui tourner le visage vers la lumière. « J’avais remarqué… mais ma chérie, pourquoi tu tapes la pauvre Xena ? Je suis sûre que tu lui fais mal… qu’est-ce qu’elle a fait pour mériter ça ? »

Gabrielle avait soupiré. « Elle essaie de m’aider. » Elle avait levé les yeux vers une guerrière au sourire qui lui fendait le visage. « Rappelle-moi ça la prochaine fois que je te demande d’être avec moi pour une conversation sensible, d’accord ? »

Sa mère avait eu l’air très intrigué. « Gabrielle, qu’y a-t-il ? Tu as décidé d’ouvrir un commerce ? »

« En quelque sorte. » La barde avait regardé par la fenêtre puis vers sa mère. « Je suis enceinte. »

Le visage d’Hécube était une combinaison de confusion et de délice. « Oh ? Vraiment ? Tu veux dire que tu… oh bon sang. » Elle s’était assise brusquement sur la chaise près d’elles. « Oh bon sang. »

Elles avaient attendu un moment, juste pour voir si elle allait dire autre chose puis elles avaient commencé à parler en même temps. « Nous sommes vraiment… » Avait sorti Gabrielle.

« C’est génial… » Avait balbutié Xena au même moment, puis elles s’étaient regardées et avaient ri. « Tu es la première de la famille à le savoir », avait tranquillement ajouté la guerrière. « Nous ne nous sommes pas encore entraînées. »

Hécube cligna des yeux à ces mots et prit une inspiration. « C’est vrai ? » Elle s’était recomposée et avait attrapé la main de Gabrielle. « C’est merveilleux… je ne pensais pas que tu… » Ensuite, enfin, elle sembla faire le lien et son regard alla vers Xena. « Ah… »

C’était toujours le mauvais moment à passer avait songé Xena. Quand ils s’apprêtaient à se rendre compte que les Princesses Guerrières, peu importe leurs talents, ne donnaient pas ‘paternellement’ naissance à des enfants. « Mon frère nous a fait le grand honneur », avait-elle aisément répondu, s’étant entraînée pour cette partie au moins.

« Oh ! Bien sûr… comment… euh… euh… » Hécube avait vainement cherché le mot.

« La logique ? » Avait hasardé Gabrielle. « Je veux dire… » Elle passa ses doigts dans les boucles noires de Xena et les souleva. « Ils se ressemblent non ? »

« Oh… oui, oui, c’est vrai… » Sa mère avait vigoureusement hoché la tête. « Oui, et bien… ça a du sens… C’est merveilleux, Gabrielle… tout simplement merveilleux. »

Une pause.

« C’est merveilleux, pas vrai ? »

« Oui, ça l’est », avait répondu sa fille dans un soulagement tranquille. « Je ne pourrais pas être plus heureuse », avait-elle rassuré sa mère. « J’ai vraiment hâte que ça se termine… et je sais qu’il ou elle va avoir deux grands-mères vraiment géniales. »

« Oh bon sang… c’est vraiment dur à absorber… » Hécube avait soupiré. « Je ne suis toujours pas habituée à ça avec ta sœur. » Elle avait levé les yeux. « Est-ce que tu prends soin de toi, ma chérie ? Tu m’as l’air très mince… tu veux un peu de soupe ? Et pourquoi pas du pudding au fruit… pourquoi tu ne mets pas tes pieds en l’air… »

« Maman… » Avait protesté Gabrielle.

« Et bien, tu dois prendre soin de toi… pas vrai, Xena ? » L’avait interrompue Hécube.

Un grand sourire de la part de la guerrière. « Absolument, Hécube… je ne pourrais pas être plus d’accord avec toi », avait déclaré Xena avec un hochement ferme de la tête. « Dis-lui. »

« Ne commence pas ! » La barde avait secoué un doigt dans sa direction. « Je ne vais pas être chouchoutée pendant neuf mois ! » Leur avait-elle dit d’un air sévère. « Alors… arrêtez ça. » Un autre mouvement du doigt. « Arrête de faire cette grimace, Xena. » Une pause. « Xena… je te préviens. »

Mais à la fin elle avait cédé et s’était nichée contre la poitrine de la guerrière avec un soupir, regardant sa mère d’un air désabusé. « Je pense que j’en ai fini avec les aventures pour un moment, maman. »

Hécube avait hoché la tête. « Je suis bien d’accord… et assure-toi qu’elle va bien, Xena. »

La guerrière avait ri. « Oui, maman. »

Cela causa un petit silence surpris. « Et bien, j’appelle Cyrène maman », avait dit Gabrielle en sentant l’agacement. « Alors je présume que c’est juste… pas vrai ? »

Il avait fallu un moment puis Hécube avait souri. « Oui, je suppose que oui. » Son regard s’était adouci tandis qu’elle observait la compagne de sa fille. « Je suppose que oui. »

Xena sourit en se souvenant avec tristesse, se rappelant de la fois suivante où elle avait vu les parents de Gabrielle. Après qu’Hope fut venue là-bas et se fut nourrie de leur cauchemar, les convainquant qu’elle…

Et bien, c’est ce qu’ils avaient toujours pensé, non ? Xena déglutit. Le départ de Potadeia n’avait pas été plaisant et elles n’avaient plus parlé à la famille de Gabrielle depuis. Peut-être que maintenant elles auraient une chance de remettre un peu les choses en ordre.

Le bébé bougea à nouveau, faisant apparemment des culbutes dues au contact et Gabrielle remua un peu, perturbée. Xena l’attira un peu plus contre elle, puis elle se mit à chanter une mélodie basse et douce de son enfance. Il fallut quelques minutes mais le bébé se calma et la guerrière sourit.

C’était résolument différent cette fois. Le tonnerre roulait au-dessus de leur tête et la pluie redoubla, le bruit au-dehors passant du battement de l’eau sur la terre à un léger éclaboussement alors que des mares se formaient. Xena posa sa tête sur la paille et s’offrit un court instant un sentiment d’aise.

Gabrielle cligna d’un air ensommeillé et tourna la tête pour pouvoir regarder sa compagne. « Salut. » Elle bâilla en faisant un léger bruit. « C’est la pluie que j’entends ? »

« Mm hmm », confirma Xena. « Ça vient de commencer. »

« Tu penses que ça va tout mouiller ? » Demanda la barde.

Un haussement d’épaules. « Sais pas… peut-être. »

« Tu n’étais pas en train de chanter, si ? »

« Oui oui. »

« Tu sais, Xena… je me souviens de jours où toi et moi nous n’avions pas autant de conversation entre le lever et le coucher du soleil. »

Xena soupira. « Oui. »

« Tu deviens une vraie pipelette », murmura Gabrielle, en riant un peu. « Qui l’eut cru. » Elle sourit en sentant le rire trembler dans le corps de sa grande âme-sœur. « Mm. » Elle ferma les yeux dans une joie tranquille, savourant seulement la sensation de peau chaude sous elle et le bruit régulier du cœur de Xena. Elle était en sécurité ici.

C’était la maison.

La mienne.

Elle faillit se remettre à rire malgré la pluie.

Ou peut-être à cause d’elle. Tout ce qu’elle savait c’était que c’était très bon d’être avec Xena et de ressentir leur relation, leur amitié qui les enveloppaient si solidement. Soudain, elle sentit une vague presque irrépressible d’excitation et elle souhaita pouvoir accélérer les deux mois à venir, juste pour voir le visage de Xena quand on lui présenterait leur enfant.

Elle pouvait presque le voir si elle fermait fort les yeux. La guerrière aurait d’abord ce genre de sourire narquois et satisfait, ensuite, Gabrielle le savait, ces yeux bleus se concentreraient sur le bébé et toutes sortes de choses intéressantes passeraient sur le visage expressif de la guerrière. Elle finirait avec ce sourire franc et ouvert que la barde voyait rarement et ses yeux s’éclaireraient.

Oui. Je veux le voir. Avec un soupir satisfait, elle leva les yeux. « A quoi tu penses ? »

Xena bâilla. « A comment le temps passe fichument lentement », admit-elle, en caressant le ventre de la barde. « Je me demande si le bébé va arriver plus tôt si je lui tends du pain aux noix ? » Dit-elle d’un ton songeur et sérieux.

« Ha ha ha… et si on lui tendait des boulettes sucrées ? » Répliqua la barde en donnant un petit coup dans les côtes de son âme-sœur. « Ça marche dans les deux sens. »

Un rire. « Oui, c’est vrai », admit aisément Xena.

Elles s’interrompirent et se regardèrent, on n’entendit plus dans l’alcôve que leurs deux respirations. Puis Gabrielle reposa sa tête et ne dit rien du tout, de crainte que les mots apportent des dénégations et elle n’en voulait pas. Le silence serait parfait.

La pluie tomba encore plus fort, battant avec un rythme insistant.

La chouette hulula, les regardant avec contentement.

Une brise fraîche souffla, lourde d’humidité et de possibilités.

********************************

Xena était debout contre l’encadrement de la porte et regardait les torrents d’eau qui tombaient et qui trempaient le village, envoyant des flots rapides d’eau sur le sol détrempé. Derrière elle, ça bougeait affreusement.

Les Amazones faisaient les cent pas, Johan déprimait et Jessan travaillait avec Toris pour nourrir les chevaux affamés.

Seule Gabrielle était calme, installée à sa table, la tête posée sur une main tandis qu’elle écrivait dans son journal. De temps en temps elle levait les yeux et étudiait les mouvements agités, secouait la tête, jetait un coup d’œil à la silhouette calme de son âme-sœur et se remettait à écrire.

Xena se contentait de regarder la pluie, plutôt bien convaincue que Baracus n’allait pas chevaucher dans ce mauvais temps, d’une part, et d’autre part, il avait à traverser deux grandes rivières, et avec cette averse puissante, il risquait de trouver des flots impromptus. Qui pouvaient emporter cinquante hommes et cinquante chevaux en moins de temps qu’il n’en fallait pour y penser, et de ce qu’elle savait de ce seigneur de guerre, il n’était pas stupide.

Malheureusement, cela les maintenait ici, avec peu de choses à faire à moins qu’elle ne lance des entraînements pour lesquels elle n’était pas d’humeur, ou qu’une urgence inattendue arrive.

Xena retint son souffle alors que les mots se formaient dans son esprit, tressaillant et jetant un coup d’œil alentours avec une expression de douleur.

Rien ne se passa. Elle se détendit à nouveau et retourna son regard vers la cour. De l’autre côté de la place boueuse, elle pouvait voir la salle de prières, bien éclairée de l’intérieur, et si elle se concentrait, elle pouvait presque entendre les voix qui montaient et descendaient des gens à l’intérieur.

Cela lui semblait étrange qu’ils passent toute la journée enfermés, à réfléchir et à parler des dieux. Ou leur dieu unique dans ce cas présent. Xena ne trouvait jamais les dieux assez intéressants et elle mettait ces gens dans la même catégorie que celle des autres fanatiques religieux.

Comme les Vierges d’Hestia. Ça c’était une drôle de dévotion. Xena rit pour elle-même et secoua la tête. Mais elles semblaient en paix, comme l’étaient la plupart des dévots qu’elle avait jamais rencontrés, alors peut-être qu’il y avait quelque chose derrière ça. Elle se retourna en sentant Gabrielle s’approcher et elle regarda la barde qui vint se mettre près d’elle et s’appuyer contre son épaule. « Salut. »

« Il pleut toujours, Xena », dit Gabrielle.

« Je sais », répondit son âme-sœur. « Ça ne devrait pas baisser avant un moment… nous allons probablement avoir un peu de répit jusqu’à ce que ça change. »

Les yeux verts passèrent lentement sur les Amazones qui faisaient les cent pas puis de nouveau sur elle. « Et… tu considères ça comme un répit, si je comprends bien ? »

La guerrière eut un rire ironique. « Je pourrais leur donner quelques leçons, je présume… mais je n’avais pas vraiment le cœur à ça. » Elle dirigea son regard au loin. « Le mauvais temps peut-être… mais je suis juste d’humeur paresseuse aujourd’hui. »

Gabrielle soupira. « C’est vraiment une bonne journée pour rester à l’intérieur… à griller quelques pommes… » Son regard passa sur la grande silhouette de Xena. « A raconter quelques histoires. »

Leurs regards se croisèrent et elles sourirent ensemble. « Mm… je pense que j’aime bien cette idée », répondit Xena. « Je souhaite que tout ce fichu truc soit derrière nous. »

« Jessan… pourquoi tu as la tête dans un seau ? » La voix intriguée de Toris attira leur attention. « Qu’est-ce que tu fais ? »

« Corlffrnf ofsf. » Les mots sortirent comme des bulles, suivis par une tête velue et détrempée. « Ah… c’est mieux. » Il se retourna et eut un regard noir pathétique et désabusé pour Xena et Gabrielle. « Il faut que je vous parle à toutes les deux au sujet de… hum… l’énergie… une fois. »

Les regards bleu et vert se croisèrent et deux paires de sourcils se haussèrent. « Et bien… » Xena montra le mauvais temps. « Maintenant c’est aussi bien. Vas-y. »

Jessan lança un regard vers les Amazones, vers Toris, vers Johan puis vers elles deux. « Euh… maintenant c’est peut-être pas aussi… heu… »

« Allons Jess… il n’y a que des amis ici. » Xena alla vers une barrique d’eau et se percha dessus, balançant ses longues jambes avant de les croiser aux chevilles. « On a le temps… et il n’y a pas grand-chose d’autre à faire à moins que vous les gars, vous vouliez faire une démonstration de lutte. » Elle garda son visage sans expression.

Un couinement. Jessan ferma sa mâchoire sur ses crocs en entendant le son bizarre. « Euh… et bien… d’accord… si tu le dis. » Il passa un doigt dans son pelage mouillé et secoua la tête. « Vous… heu… vous savez comment mon peuple… peut ressentir en quelque sorte… des émotions puissantes, pas vrai ? »

Gabrielle s’était approchée et s’appuyait maintenant sur la cuisse de Xena, l’observant. « Oh oui… bien sûr qu’on le sait. » Elle traça paresseusement un dessin sur la peau bronzée et sentit la main de la guerrière qui démarrait un massage léger dans son dos.

Jessan toussa puis s’assit, croisant les jambes en s’éclaircissant la voix. « Laissez-moi… essayer d’aborder ça sous un autre angle. » Il se gratta la mâchoire, conscient des regards maintenant intéressés des Amazones et de Toris. « Non… oubliez… juste heu… »

« Non non… continue. Tu te débrouilles bien », protesta Xena en descendant son massage, sentant le corps de la barde pressé contre elle. « Vraiment. »

Jessan leva les yeux vers elle et se mordit la lèvre. « Tu fais ça exprès… » Aboya-t-il d’un ton accusateur.

Xena lui sourit diaboliquement, se mettant à rire tandis que Gabrielle levait les yeux vers elle avec une expression intriguée.

« Quoi ? » Demanda la barde. « De quoi il parle, Xena ? »

La guerrière se contenta de rire, se tenant les côtes, appuyée contre la paroi. Finalement, elle s’avança et murmura dans l’oreille de sa compagne. Qui vira promptement au rouge betterave en même temps que le reste du visage de Gabrielle.

« Oh… pets de Centaure. » La barde se couvrit les yeux. « Ça explique que ta mère ait fait une remarque pendant notre union », accusa-t-elle Jessan, dont le museau avait pris une teinte de rouge brique profond. « Disant qu’on était une bonne chose pour le développement de votre population. »

Solari et les Amazones bougeaient le regard pour suivre ce discours confus et l’Amazone brune leva la main. « Oh oh oh, je suis perdue ! »

« On les excite », expliqua sérieusement Xena, ignorant le hoquet de son âme-sœur. « C’est un truc énergétique. »

Solari se mit à rire. « Par les tétons d’Héra, Xena… pas besoin d’être une boule de poils pour le ressentir… pourquoi tu crois qu’on est toujours si fichument contentes de vous voir ? »

« Oh bon sang. » Gabrielle se contenta de se cacher le visage dans la combinaison de Xena.

« Excusez-moi… c’est quoi une boule de poils ? » Leur parvint une voix enfantine depuis la porte.

Dix adultes et ladite boule de poils s’éclaircirent la gorge. « Euh… c’est moi. » Jessan leva une main velue. Il tira un peu de ses poils de torse. « Tu vois, poilu. »

« Oui… mais pourquoi la boule ? » Demanda Rebekah innocemment, tirant son petit frère dans la grange avec elle.

Tout le monde regarda Xena. Le regard bleu leur rendit la pareille. « Oh non. » La guerrière secoua la tête. « Je l’ai fait la dernière fois… » Elle donna un petit coup à son âme-sœur. « C’est ton tour. »

Gabrielle prit une inspiration pour protester puis elle soupira. « C’est juste une façon de parler, Rebekah… oublie ça. » Elle se repoussa de la barrique de Xena et alla vers les enfants. « Vous êtes venus dans le mauvais temps ? »

La fillette hocha la tête. « Tout le monde est au service… maman m’a laissée à la maison pour préparer le dîner du Sabbat mais j’ai tout fini et Ruben voulait voir les chevaux, alors j’ai pensé que ça irait si je l’amenais ici. » Elle fit une pause. « On a couru sous les porches et les chariots, alors on n’est pas trop mouillés. »

Le petit Ruben cligna des yeux tel un hibou, absorbant l’image des Amazones et de Xena couvertes de cuir avec un intérêt qui lui faisait écarquiller les yeux.

« Et je pensais que peut-être, si je te le demandais, tu nous raconterais une histoire. » Rebekah eut un tout petit sourire pour Gabrielle. « Celles que tu as racontées l’autre jour étaient tellement intéressantes. »

« Bien sûr. » Gabrielle s’avança et tendit la main. « Venez… on va s’asseoir par-là. »

Ruben libéra sa petite main et alla vers Xena en trottinant ; il s’arrêta à un mètre d’elle et pencha sa tête en arrière pour la regarder de bas en haut. Il mit un doigt dans sa bouche et le mâchouilla, en clignant des yeux.

La guerrière se mit sur un genou et posa son coude sur l’autre. « Salut. »

Elle reçut en réponse un « Salut » presque silencieux.

« Tu aimes les chevaux ? » Demanda calmement Xena.

L’enfant hocha vigoureusement la tête.

« Viens. » Xena lui montra les stalles. « Tu veux t’asseoir sur un cheval ? »

Rebekah sourit puis se tourna vers Gabrielle. « Ça t’ennuie si quelques amis viennent aussi ? Ils m’ont envoyée en avant pour ainsi dire… un peu pour… »

« Vérifier que tout va bien ? » La barde sourit. « Bien sûr… plus on est de fous plus on rit. » Elle regarda la fillette courir vers la porte et faire un signe de main, puis elle écarquilla les yeux quand un barrage d’enfants se déversa depuis l’entrée. « Oh bon sang », murmura-t-elle en regardant les Amazones reculer alors qu’elles étaient cernées. « Salut tout le monde. »

La foule était surtout faite de jeunes filles et de jeunes garçons et tous fixaient les Amazones, Jessan et Xena avec des grands yeux. « Ouaouh… tu avais raison, Bek », murmura l’une d’eux en poussant un peu la fillette aux cheveux bruns. « C’est trop top. »

« D’accord… asseyons-nous tous par-là. » Gabrielle s’assit sur une meule de foin et prit une inspiration. « Alors…  quel genre d’histoire vous voulez entendre… une autre sur David et Goliath ? »

Les enfants se regardèrent puis l’une des fillettes plus âgées montra Solari. « C’est quoi elles ? »

Un haussement de sourcil noir et Solari mit les mains sur ses hanches.

Gabrielle réfréna un sourire. « Ce sont des Amazones. »

Un murmure bas passa parmi les enfants. « Tu connais des histoires sur elles ? » Demanda la même fillette avec un sourire grivois. Trois des enfants sortirent du groupe et allèrent vers Xena qui était occupée à montrer un grand sabot à Ruben. « Ou sur lui ? » La fillette montra Jessan.

« En fait, j’en ai oui. » Gabrielle sourit. « Et pourquoi pas une de chaque ? » Elle reçut une acclamation et nota que les Amazones s’installaient dans la paille aux confins du groupe. « D’accord… et bien, on peut commencer avec les Amazones et je vais vous raconter comment je les ai rencontrées pour la première fois… »

Xena laissa le son familier et captivant de son âme-sœur flotter sur elle, tandis qu’elle dirigeait son petit public vers le grand cheval de trait, lui montrant les différentes parties de l’animal et essayant de s’habituer aux petits visages qui surveillaient tous ses mouvements. C’était… agréable. Elle souleva le petit Ruben et le posa sur le dos du cheval.

« Voilà… tu peux te tenir mais tu chevauches vraiment avec ça. » Elle lui tapota le genou. « Tu serres avec tes jambes et de cette façon, ça libère tes mains pour… hum… » Elle se mordilla la lèvre. « Lire un parchemin par exemple. »

« Lire un parchemin… pourquoi tu ferais ça en chevauchant ? » Demanda le petit garçon à terre. « Ton cheval ne risque pas de se cogner ? »

Xena rit. « Non… les chevaux savent où ils vont… je me suis endormie quand je chevauchais et mon cheval s’est assuré que j’aille où je devais », leur dit-elle. « Ils sont plutôt futés… on peut leur apprendre des tas de choses. Ma jument Argo vient vers moi quand je la siffle et elle sait quoi faire si je suis blessée ou bien si j’ai besoin d’aide pour monter sur elle. »

« Ouaouh », répondit le garçonnet, impressionné. Puis il s’avança et lui toucha le genou cuirassé. « C’est lourd ? »

« Et bien… un peu… mais j’y suis habituée », lui dit la guerrière. « Ça me protège les jambes. »

« Quand tu te bats ? » Demanda le petit garçon, en jetant un coup d’œil à Ruben.

Xena fit une pause. « Oui. »

« Est-ce que tu as peur ? » Demanda la fillette, qui se rapprochait aussi.

« Parfois », admit Xena. « Quand il y a beaucoup de combats ou quand un ou une de mes amis est en danger. »

« Je n’ai jamais entendu parler de femme combattante avant », objecta le garçonnet. « Mon père dit que ce n’est pas bien. »

Xena s’agenouilla et le regarda. « Pourquoi pas ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonnable.

Il dut réfléchir. « Parce que les filles doivent s’occuper de la famille… et on doit avoir des mamans. »

La guerrière soupira, repoussant un éclair violent de culpabilité. « Et bien, parfois, il faut juste faire ce qu’on doit faire… quand j’étais plus jeune, des mauvaises gens ont attaqué mon village et j’ai dû aider à protéger ma famille. »

Il réfléchit à ces mots. « Oh. »

« Mon père était parti à la guerre et il n’était pas là… mais moi si », lui dit Xena. « Et j’ai dû apprendre à me battre. »

Un frétillement de cils blonds dans la lumière basse. « Tu sais bien te battre ? »

Xena hésita puis elle lui fit un demi sourire. « Oui. »

« Est-ce que ta famille va bien ? »

Un autre soupir. « La plupart… mon jeune frère a été tué mais mon grand frère c’est l’homme qui se tient là-bas… et ma mère a une auberge là où on habite. »

Il l’étudia. « Oh. Ben, je présume que tu es okay alors, pour une fille. »

D’une façon bizarre, c’était un compliment touchant. Xena rit. « Merci. » Elle lui ébouriffa les cheveux et se leva, croisant un regard vert brume qui trouva le sien par-dessus la paroi de la stalle. Elle y lut l’amusement de Gabrielle et lui fit un haussement d’épaules penaud en retour, ensuite elle emmena les enfants hors de la stalle, soulevant Ruben avec facilité. « Vas-y et écoute l’histoire… je vais voir si nous sommes encore inondés. »

Elle traversait la grange quand son ouïe saisit le son de pas qui couraient et elle redressa brusquement la tête tout en se figeant. « Des ennuis. »

La porte s’ouvrit brutalement et un homme grand et élancé entra, haletant. « La rivière. » Il aspira de l’air difficilement. « Elle est sortie de son lit et arrive par ici. »

Xena tournoya et montra Gabrielle. « Reste ici », l’avertit-elle. « Garde les enfants ici, aussi », ajouta-t-elle. « Jusqu’à ce que je voie combien d’ennuis on a vraiment. » Elle passa près de l’homme pantelant et passa la tête par la porte, regardant à travers l’averse et se protégeant les yeux d’une main.

Et oui, elle pouvait voir les bords montants de l’eau en bas de la route et il lui apparut que le village était situé dans un demi-cercle de hautes falaises. « Oh… bon sang. » Elle fonça sous la pluie et courut vers la route, puis elle tourna sur elle-même et regarda le village.

L’eau n’avait nulle part d’autre où aller. Elle allait cogner les rochers, frappant le village en même temps avec tout ce qu’il comportait, et il était trop tard pour s’enfuir par la route. Les gens couraient partout en portant des affaires personnelles et les animaux bondissaient de ci-de là. Avec un juron, Xena fonça de nouveau dans la grange et fit face à la petite troupe qui s’y trouvait. « Il faut qu’on aille dans la grotte. » Elle fit une pause et prit une inspiration. « Maintenant ! »

Tout le monde se précipita et Xena passa rapidement près d’eux, pour aller vers les chevaux agités qui frappaient le sol du sabot. Elle déboucla leurs rênes principales et ouvrit les portes de la stalle d’un coup de pied, espérant qu’ils allaient reculer sans chercher à foncer en avant. « Jess… Toris… prenez vos affaires », cria-t-elle par-dessus le vacarme. « Il ne restera peut-être pas grand-chose ici après que l’eau aura frappé. »

Gabrielle s’affaira à tout mettre dans leurs sacs et elle les balança sur une épaule tout en essayant d’empêcher les enfants de paniquer. « D’accord tout le monde… vous l’avez entendue… allons dans cette grande caverne au bout du village, ok ? »

« C’est le donjon ! » Protesta Rebekah. « Il n’y a que les méchants qui y vont. »

« Et bien, là maintenant, nous allons y aller, pour que l’eau ne nous rattrape pas… d’accord ? » La barde prit quelques inspirations profondes ensuite elle poussa doucement Rebekah. « Vas-y. »

« Tu t’en sors ? » Solari se mit à sa hauteur, un des sacs d’Amazone sur son épaule. « Je peux prendre celui-là. »

La barde eut un sourire de gratitude. « C’est bon pour moi, merci… allons juste là-bas… Xena a cet air de ‘on est sacrément dans le caca’. » Elles suivirent les enfants dehors et l’eau les frappa. Gabrielle mit la main sur son visage et lutta contre le vent, son autre bras autour de Ruben. « D’accord… venez… par ici. » Elle cria tandis que les Amazones se regroupaient autour d’elle. « Prenez soin des enfants… venez… » Elle repéra plusieurs femmes qui couraient. « Hé ! Par ici ! » Elles la regardèrent puis l’ignorèrent et continuèrent avec ce qu’elles faisaient, portant des sacs d’un côté à l’autre de la cour.

Matthias courut vers eux, secouant les mains. « Nous n’avons plus de place… retournez à la grange. »

« Quoi ? » Gabrielle se mit près de lui. « Vous ne pouvez pas rester dans vos maisons… l’eau va entrer partout par ici… il faut qu’on aille à la caverne. » Elle avait de plus en plus de mal à respirer et elle luttait contre le désir de se frotter les yeux.

Toris mit son bras autour de ses épaules. « Elle a raison… vous êtes dans un caniveau ici… l’eau arrive par cette crête… le seul endroit en sécurité, c’est la caverne. »

« Mais… » Matthias regarda autour de lui, ses yeux affolés. « On ne peut pas… »

« Venez… il faut qu’on y aille… nous manquons de temps », insista Toris.

« Nos maisons… on ne peut pas les abandonner », protesta l’homme.

« Matthias… mec, vous allez mourir dedans si vous v’nez pas », lança Johan, sa barbe foncée et collée par la pluie. « Allez maintenant, sois raisonnable… bouge. »

Il hésita puis relâcha une longue inspiration. « Très bien… » Il se retourna et leva les bras. « Tout le monde… tout le monde… prenez vos affaires… allez à la caverne ! ! ! »

Pendant un long moment, ils le fixèrent, puis commencèrent à bouger, glissant et trébuchant dans la boue et la pluie, trainant des caisses et des sacs vers l’arrière du village.

« Ça va ? » Demanda doucement Toris à Gabrielle.

Elle hocha la tête. « Oui… je manque juste de souffle… allons-y. » La pluie était battante, frappant son dos, et elle était contente de la présence sécurisante de Toris tandis qu’ils glissaient et trébuchaient sur le sol boueux, avec un son inquiétant dans leur dos. Ils glissèrent au coin de la salle de prière mais se figèrent.

« Qu’est-ce que… » aboya Toris.

Deux hommes essayaient désespérément de faire passer une trentaine de moutons dans la petite ouverture, pressant chaque animal un par un. « Pas le temps pour ça ! » Cria Johan.

Les bergers levèrent les yeux. « On ne veut pas les perdre… ça ne prendra qu’une minute. » Un autre animal laineux sauta par l’ouverture.

Des bruits de pas lourds derrière eux les avertirent de l’arrivée de Xena. « Que… » La guerrière glissa et s’arrêta. « Dégagez ces moutons du chemin… l’eau arrive. »

Un autre mouton entra. Les bergers la fixèrent d’un air buté.

Xena dégaina son épée et avança la tête baissée, sa main serrée en un poing. « Les enfants sont plus importants que ces fichus moutons », grogna-t-elle en levant son bras armé d’un air menaçant. « Maintenant vous fichez le camp du chemin ou il va y avoir des petits morceaux de moutons partout sur cette paroi montagneuse. » Elle amena le plat de son épée brusquement sur l’arrière-train d’un mouton qui bêlait et qui sauta sur le côté, donnant des coups de pied en arrière qui frappèrent le genou armé de la guerrière.

Xena grogna sur le mouton et le frappa à nouveau, et il s’avança contre ses congénères, s’écartant brusquement de la guerrière. « Allez… suivez-moi », cria-t-elle derrière elle, puis elle se mit à pousser les moutons.

« Hé ! » Les bergers coururent derrière les animaux qui filaient.

Les enfants entrèrent en trébuchant dans la caverne et le groupe de Xena les suivit, mais la guerrière s’arrêta à l’entrée et regarda derrière elle. « Bougez ! » Cria-t-elle, encourageant les retardataires.

Le grondement de l’eau était plus fort maintenant, un roulement profond et coléreux qui fit trembler le sol. Des hommes et des femmes passèrent près de Xena, plus effrayés par la rivière que par la femme brune à l’air menaçant. Matthias monta en trébuchant, un énorme sac sur ses épaules. « C’est fini ? » Xena étudia le village, ne voyant aucune autre silhouette humaine, uniquement les quelques moutons isolés qui couraient et un éparpillement de caisses et de sacs.

« Oui », haleta Matthias. « Ferme la porte. » Il entra.

La guerrière hésita, scrutant chaque endroit du village qu’elle pouvait voir, puis elle passa la porte à contrecœur dans le bruit et l’obscurité de la caverne, et elle la ferma derrière elle.

C’était… oh par les dieux. Xena recula contre la porte. La caverne était remplie à ras de provisions, de gens et de moutons ; un mélange d’enfants qui pleuraient, d’adultes qui criaient et d’animaux qui bêlaient faillit la submerger. Elle ferma les yeux et se concentra, ratant presque l’impact soudain d’une main sur sa combinaison. Elle ouvrit brusquement les yeux pour voir le visage effrayé de Leah. « Quoi ? »

La femme âgée recula. « Je ne trouve pas Isaac. » Elle leva des mains tremblantes. « Je ne le trouve pas… il n’est pas ici. »

Xena regarda par-dessus son épaule. « Comment peux-tu en être sûre ? Il fait sombre ici, Leah… il pourrait être à l’arrière. »

Leah secoua la tête et essaya de passer près de la guerrière. « Non… non… il n’est pas ici… je dois aller le chercher. »

Xena l’agrippa. « Reste ici. » Elle soupira et ouvrit grand la porte, passant la tête au-dehors. Le rugissement de l’eau était maintenant si fort qu’il faillit blesser ses oreilles sensibles et elle réfléchit un instant. « Est-ce qu’il pourrait vouloir récupérer vos parchemins ? » Cria-t-elle à Leah. « Dans le temple ? »

« Oui ! » La femme tira sur la combinaison de la guerrière. « Oui… il ferait ça… »

Xena prit une inspiration puis se retourna et attrapa Solari qui se tenait près d’elle. « Ecoute… tu surveilles cette eau… si je ne suis pas revenue quand elle frappe le bord de cet édifice, tu fermes cette porte, compris ? » Dit-elle farouchement à l’Amazone.

Solari déglutit. « Non. » Elle prit une inspiration tremblante, effrayée mais pas convaincue. « Tu reviens ici, Xena, parce je ne vais pas dire à ma fichue reine que je t’ai enfermée dehors. »

Xena jura puis se contenta de secouer la tête et fonça pour traverser la cour emplie d’eau, là où la première vague instable de la rivière courait déjà. Ses bottes firent des éclaboussures et elle sentit qu’elles étaient piégées dans la boue, mais elle l’ignora tandis qu’elle se dirigeait vers la salle de prières.

Elle atteignit les portes alors que les premières vagues de rochers cognaient les bâtiments extérieurs et elle entra, son cœur battant et ses sens en éveil, le regard scrutant partout le bâtiment puis se concentrant sur l’autel à l’avant. Elle avança avec puissance le long de l’aile, ses bottes cognant les planches en bois, puis elle se retrouva sur la plate-forme et elle repéra Isaac, agenouillé près du placard carré. « Isaac, on n’a plus le temps ! »

Le vieil homme se retourna et leva la main. « Repars… tu ne dois pas être en présence du Saint des Saints. »

La guerrière ne ralentit pas. Elle sauta par-dessus la table basse qui les séparait et elle attrapa son bras. « Je n’ai pas le temps de discuter. » Elle le souleva et de son autre main, elle attrapa la boite en bois sculptée qu’il remplissait. « On doit y aller. »

Il la fixa avec choc.

« Maintenant ! » Xena tira sur son bras et se dirigea vers la porte arrière. Il la suivit en trébuchant et ils tracèrent leur chemin le long de l’aile, juste au moment où la porte s’ouvrait brusquement sous la pression de l’eau et elle entra en cascade balayant Isaac et envoyant Xena contre la paroi. « Bon sang. »

Elle se remit péniblement debout et reprit son bras pour l’attirer vers elle. « Reste tranquille… » Elle mit son autre main sur lui et le souleva, l’envoyant comme un sac de pommes de terre par-dessus son épaule. « Tiens bon… ça va être rude. »

Xena lutta contre la pression de l’eau, avançant pas à pas jusqu’à la sortie, où elle vit l’eau commencer à lécher le mur de la caverne. Un regard derrière elle lui montra un mur de rivière sale et froide qui arrivait sur elle, et elle se rendit compte qu’elle n’arriverait pas à la caverne avant d’être rattrapée.

Son regard alla vers la porte de la grotte et trouva un regard vert, agrandi par l’anxiété et tourné vers elle.

Le temps se figea tandis qu’elle regardait Gabrielle bouger son regard vers l’eau qui arrivait, puis celle-ci sortit résolument de la caverne.

Xena fonça, envoyant toute l’énergie qu’elle pouvait trouver dans chaque pas, fendant l’eau comme si elle ne se trouvait pas là. Le rugissement grandissait dans son dos et elle sentit la piqûre d’une roche qui la frappait. Puis une autre. Une troisième, qui griffa l’arrière de ses cuisses et la fit presque tomber.

Elle ne sentait pas le poids d’Isaac. Elle ne sentait pas l’eau qui tirait sur ses jambes. Tout ce qu’elle savait, c’était ces yeux verts et la distance qui diminuait entre elle et son âme-sœur.

Une branche cogna ses épaules.

Le rugissement l’assourdissait. Elle sentit une douleur poignante le long de son dos.

L’eau jaillit et elle sut qu’elle allait la faire tomber, alors elle poussa sur le sol, sautant la distance restante avec sa charge pour les envoyer elle et son âme-sœur, dans l’obscurité au-delà.

La porte se referma derrière elle et elle entendit un corps lourd se jeter contre le bois avec un grognement, puis le bruit glissant tandis que la barre solide se mettait à sa place et retenait l’eau et les débris. Xena prit une inspiration puis leva la tête pour voir Gabrielle allongée près d’elle, et elle cligna des yeux un peu surprise. « Tu vas bien ? » Dit la guerrière d’une voix rauque, essayant d’ignorer la douleur dans son dos.

Gabrielle hocha la tête en tremblant. « Oui… est-ce que tu… dieux, Xena… tu saignes. »

La guerrière se souleva doucement sur ses coudes, tressaillit et regarda derrière la barde vers le mélange chaotique d’ombres et de lumière vacillante. Isaac était entouré de six ou sept hommes, tous agenouillés près de l’endroit où il était tombé quand Xena avait plongé dans la caverne.

La grotte était pleine de gens et d’animaux, et les sons et les odeurs assaillirent les sens aiguisés de la guerrière. Chaque inspiration s’appuyait contre ce qu’elle avait dans le dos et elle eut très envie de baisser la tête et d’essayer de tout bloquer. Une main douce toucha sa nuque et elle regarda la barde inquiète. « Tu allais les laisser t’enfermer dehors. »

Les yeux verts devenus cannelle brillèrent dans la lumière basse. « Nous », la corrigea-t-elle doucement. « En plus, je savais que tu pouvais y arriver… tu avais juste besoin d’un coup de pouce. » Elle tendit la main et repoussa les cheveux mouillés des yeux de Xena. « Les Amazones sont dans ce coin… elles essaient de nous préparer un petit endroit. » Gabrielle regarda dans cette direction. « On ferait bien de t’y emmener pour que je puisse nettoyer ces coupures… ta combinaison est trempée et ce n’est pas de l’eau. »

Xena hocha la tête. « Oui… on dirait bien. » Elle roula à demi et sortit la boite qu’elle avait sauvée, passant un doigt paresseusement sur la sculpture fine. « Joli. »

Un silence étrange lui fit lever les yeux soudainement, consciente qu’il n’y avait que le bruit de sabots et le léger bêlement des moutons. Isaac s’avança et elle se mit assise, soulevant la boite d’une main pour la lui tendre. « Tiens… désolée d’avoir dû l’attraper. »

Une inspiration collective fit bouger l’air et le vieil homme se mit à genoux, se penchant d’avant en arrière dans un mouvement oscillatoire. Puis il se redressa et la regarda. « Le Seigneur a parlé. Ses voies sont mystérieuses mais sa prophétie a été remplie. » Il continua à bouger devant elle. « Devant moi, le Seigneur a placé son Messie. »

Xena résista au besoin de regarder derrière elle. « Pardon ? » Elle haussa un sourcil interrogatif.

« Tu escelle dont on parle. Le Messie… qui peut boire dans la coupe de la vie et tenir le Saint des Saints sans être blessée », psalmodia Isaac d’une voix chantante. Puis il passa à son propre langage, balançant de haut en bas, et le groupe d’hommes autour de lui se joignirent au mouvement.

Oh, ça n’est pas drôle. Xena ferma les yeux et essaya d’ignorer le visage pincé de Gabrielle. « Isaac, je ne suis pas une sorte de… quoi que tu penses que je suis. » Elle soupira. « Tiens… prends ta boite. » Elle tendit son bras.

Toujours bondissant, il prit la boite avec révérence, marmonnant au-dessus. « Le Seigneur a parlé… je sers le Seigneur. » Il embrassa la boite, puis se tourna vers les hommes qui l’entouraient. « Vous allez servir le Messie et répondre à tous ses désirs. »

Il fit signe à deux d’entre eux. « Nous devons mettre ceci sous les couvertures saintes… venez. »

Xena marmonna un juron entre ses dents et s’assit. « Arrête de rire », gronda-t-elle doucement pour sa compagne.

« Je ne peux pas m’en empêcher », murmura Gabrielle en retour, tandis qu’elle regardait les anciens restants qui se positionnaient attentivement autour d’elles. « Viens… je pense que Solari est prête là-bas… on va s’occuper de toi. »

« D’accord. » Xena se mit lentement debout, de l’eau et des gouttelettes de sang coulant à l’arrière de ses jambes en courants chauds. Elle regarda les anciens bondissants qui psalmodiaient doucement entre leurs dents. « Heu… c’est bon là… merci. »

« Quels sont tes désirs ? » Demanda le plus âgé en la regardant par-dessous ses sourcils gris.

« Je suis… » Xena s’arrêta de parler et soupira. Pas besoin de les énerver à nouveau. « Je vais aller m’asseoir par-là, d’accord ? » Elle leur fit un sourire forcé puis se retourna et étudia la porte juste derrière elle. Le panneau de bois fuyait, des gouttelettes d’eau coulaient du haut et des bords, mais c’était une fuite lente vu que le bois avait gonflé pour remplir l’encadrement et l’avait efficacement scellé. Elle mit la main sur la surface et sentit le froid à travers, entendit les vagues et l’écrasement de l’eau contre les rochers au-dessus et de chaque côté.

Ils étaient coincés ici pour un bon moment… au moins jusqu’à ce que l’eau se retire. Xena espérait que ce ne soit pas long. Elle passa près des hommes âgés et plusieurs moutons et elle se dirigea vers le coin le plus reculé de la grotte où un minuscule cul de sac donnait un peu de place dégagée. « Vous… hum… pourquoi vous ne feriez pas une pause un moment… d’accord ? Je vais bien », dit-elle aux anciens qui la suivaient.

« Le Messie a parlé », chantonna le chef, en sautillant. « Amen. »

Xena soupira et secoua la tête, puis elle suivit Gabrielle avec joie vers l’espace que les Amazones avaient préparé.

« Tout va bien, Xena ? » Demanda Solari alors qu’elles s’approchaient. « Ça a été un sacré saut. »

« Oui », grogna la guerrière. « J’ai pris quelques échardes, c’est tout… et on est coincés ici jusqu’à ce que l’eau se retire. » Elle leva les yeux en sentant Gabrielle lui prendre le bras et la tirer vers la paroi rocheuse où leurs sacs avaient été déposés.

« Assied-toi », la pressa la barde. « Je vais chercher ton kit… » Elle poussa Xena vers un rocher près de la paroi puis elle s’agenouilla et fouilla dans le sac de Xena. Elle en sortit le kit médical puis elle se mit debout péniblement et contourna Xena assise, tressaillant à la vue des blessures rougies qu’elle pouvait voir à travers le cuir arraché de son âme-sœur. « Je dois enlever cette armure, Xena. »

« Oui. » La guerrière passa la main sous un bras pour déboucler les attaches, puis elle se mit à l’œuvre sur l’autre bras, inspirant un souffle silencieux tandis que le geste poussait sur ses blessures. Les plaques d’armure furent soulevées de ses épaules et elle sentit les doigts de la barde contre sa combinaison en cuir. « C’est mauvais ? »

Gabrielle ne répondit pas pendant un moment. « Des petits morceaux de pierre acérés et fins sont gravés partout ici, Xena », murmura-t-elle. « C’est un vrai bazar… et il y en a un gros tout près de ta colonne. »

« Très bien. » La guerrière se mordit la lèvre. « Prends mes outils d’armure et enlève tout. » Elle fit une pause. « Commence avec le gros. »

A contrecœur, Gabrielle fit comme elle lui disait, tressaillant à chaque fois qu’elle sentait la peau de sa compagne sursauter sous son contact. Elle nettoya les petites coupures et mit quelques points de suture sur les plus grosses, incluant l’entaille profonde et rougie qui était très près de la colonne de Xena. Quand elle eut fini, elle répandit du baume médicinal sur les coupures et mit un bandage dessus, avant de poser sa main sur l’épaule de Xena. « Alors, messie… c’est quoi le plan maintenant ? »

« Quoi ? » Solari était assise contre la paroi, regardant la foule avec morosité, et elle tourna alors son regard vers Xena. « Comment elle t’a appelée ? »

« Ils pensent que Xena est leur messie », l’informa la barde. « Elle a attrapé leur boite magique et elle n’a pas été désintégrée. » Elle passa ses doigts sur la peau abimée, sachant par le silence de son âme-sœur combien elle souffrait.

Solari ricana. « Et ben… leur dieu gagne des points pour savoir quand il ne faut pas s’en prendre à quelqu’un. »

« Mm », approuva la barde, laissant ses mains glisser le long de la nuque de Xena et tester doucement son crâne. Elle fut soulagée de ne pas sentir de coups à cet endroit et eut un regard encourageant pour sa compagne tandis que les yeux bleus la regardaient, interrogatifs. « Ça va mieux ? Ce gros morceau était particulièrement méchant, mon amour. »

« Je sais », répondit tranquillement Xena. « Je commençais à m’ankyloser un peu », admit-elle doucement. « Tu as fait du bon boulot pour l’enlever. »

Gabrielle faillit s’arrêter de respirer. « Xena, pourquoi tu n’as rien dit ? » Murmura-t-elle avec passion.

Le regard bleu l’étudia. « Je ne voulais pas que tu sois nerveuse… tu as bien travaillé. » Elle plia les mains et se frotta les doigts. « Le chatouillis est presque parti. »

La barde baissa lentement la tête pour la poser contre celle de Xena. « Dieux. »

La guerrière lui tapota les mains. « Détends-toi. » Elle jeta un coup d’œil à la caverne bondée. Les moutons s’aggloméraient, regroupés avec inconfort dans un enclos improvisé formé de tonneaux d’eau et de caisse de provisions. Les hommes étaient regroupés dans un grand cercle, leurs têtes toutes baissées, et les femmes avaient conduit les enfants vers l’autre côté de la grotte, près de l’arrière. Elles marchaient entre les caisses de provisions, ramassant de la nourriture et de l’eau et discutaient entre elles. L’odeur de tous ces gens et de tous ces moutons était presque indescriptible.

Xena soupira et souhaita brièvement être à la maison. Elle ne se sentait pas l’âme d’un messie aujourd’hui. Ou n’importe quel jour. « On est coincés ici », les informa-t-elle tous, hochant la tête pour Toris et Jessan qui étaient revenus avec des outres d’eau pleines, qu’ils firent passer.

« Et bien, le bon côté des choses c’est qu’on n’a pas à s’inquiéter de Baracus », commenta Gabrielle.

Un mouton s’échappa de son enclos et fonça vers eux, bêlant frénétiquement tandis qu’un jeune berger le pourchassait. Les pieds du garçon glissèrent sur la roche humide et il s’affala, cognant un panier plein de noix qui s’éparpillèrent sur le sol. Deux femmes portant des paniers de fromages glissèrent dessus, envoyant des morceaux de vieux fromage qui s’effritait sur tout le monde avec une précision âcre.

Xena en enleva un morceau des cheveux de sa compagne et haussa un sourcil. « Est-ce que l’expression ‘le moindre de deux maux’ signifie quelque chose pour toi, Gabrielle ? »

« T’sais, Gabrielle… j’ai jamais vraiment aimé les moutons », dit Solari, tandis qu’ils se frayaient un chemin à travers la grotte étroite et bruyante, vers l’endroit où les femmes du village avaient installé un point de distribution de nourriture. « Ils sont si… si… » Elle repoussa une brebis d’un pied. « Si… penauds. »

Gabrielle épia un bélier, qui l’épiait de son côté. « Non… c’est juste qu’ils ont l’air si mignons, mais ils ne le sont pas », lui dit la barde. « Potadeia vit particulièrement des moutons, tu sais… et laisse-moi te dire que ce sont des gars et des filles méchants. »

« Ah oui ? » Solari l’encouragea. « Tu en as déjà chevauché un ? »

« Chevaucher… un mouton ? » Gabrielle rit. « Non… mais mes parents en avaient un qui s’appelait Siffleur parce qu’il faisait toujours ce petit sifflement en marchant. » La barde fit une démonstration. « Bref… Siffleur attendait toujours que je m’occupe de quelque chose… comme de faire couler l’eau, ou de poser des trucs sous le porche, quand j’avais le dos tourné et il venait me cogner dans les fesses. »

Solari repoussa à regret les trois premières réponses qui lui venaient à l’esprit et elle lança un regard de sympathie à sa reine. « Ouille. »

« Oui… mais j’ai eu ma vengeance. » Gabrielle rit doucement. « Je l’ai tondu. »

Solari cligna des yeux. « Rappelle-moi de ne jamais te mettre en colère. »

Elles rirent ensemble et Gabrielle riait toujours en arrivant près de Sarah qui triait des racines. La femme mince leva les yeux à son approche et elle plissa le front. « Bonjour… comment vas-tu ? »

« Bien, merci », répondit la barde. « On est venus voir si on pouvait avoir quelques fruits. »

Sarah leva une main. « Isaac a dit que vous deviez avoir tout ce dont vous aviez besoin… Je t’en prie… prenez ce que vous souhaitez. » Elle se tourna à demi. « Attends… j’ai de la soupe ici… tu en veux un peu ? »

« Euh… » La barde eut un sourire poli. « Non… c’est bon… juste des fruits et un peu de pain si tu en as. » Elle jeta un coup d’œil alentours. « Il fait un peu trop chaud pour manger de la soupe. » L’étroitesse de la caverne était presque écœurante et la barde pouvait sentir un film de sueur se former sur sa peau. Tant de gens et d’animaux ensemble, avec les torches qui crépitaient de manière saccadée dans leurs appliques murales, rendaient l’espace inconfortable. Elles avaient vérifié l’arrière de la grotte et avait trouvé, au grand soulagement de Xena, une cheminée haute et tordue qui laissait entrer l’air et évacuait une partie de la fumée des torches.

La barde renifla l’air soudainement. « C’est quoi cette odeur ? »

Solari la regarda comme si elle était folle. « QUELLE odeur, majesté ? » Demanda-t-elle ironiquement. « Les moutons, la sueur ou bien les couvertures mouillées. »

« Oh… tu veux dire l’encens. » Sarah rit doucement. « Ce soir commence notre festival des lumières… ils sont en train de le préparer. » Elle montra un groupe d’hommes à l’arrière de la grotte. « Nous le célébrons pendant huit jours… et même si nous sommes coincés ici, nous sommes vivants, et nous avons pensé que ce serait très approprié de garder les esprits de tout le monde loin de tout ça. »

« Oh ? » Gabrielle eut l’air intéressé. « Parle-moi de ça… est-ce que c’est comme notre festival des moissons ? »

Sarah se frotta les mains et regarda autour d’elle. « Matthias dit ça habituellement… mais… pas exactement. » Elle prit un bol d’une substance épaisse et blanche qu’elle se mit à mélanger. « Un de nos grands dirigeants a vaincu un ennemi, quelqu’un qui avait envahi notre patrie et profané notre temple. Après que nous avons nettoyé le temple, nous avons constaté qu’il ne restait qu’un seul tonneau d’huile consacrée pour allumer la lampe sacrée… juste assez pour une journée. Mais nous devions célébrer le Sukkoth, la fête des Cabanes, qui représente la moisson, pour nous assurer que la récolte serait bonne l’année suivante. »

« Mmhmm… » Gabrielle l’étudia attentivement, essayant d’imaginer la scène. « Alors, qu’avez-vous fait ? »

« Et bien, par miracle, la lampe a brûlé avec cette huile d’une journée pendant huit jours, assez longtemps pour que nous réapprovisionnions et que nous célébrions proprement la moisson… depuis lors, nous l’avons célébré comme le festival des lumières. » Elle pétrit dans le bol. « Nous racontons cette histoire et les enfants ont des petits cadeaux de noix et une pièce ou deux pour qu’ils puissent se souvenir. »

« C’est vraiment bien. » La barde lui sourit. « Nous avons notre fête du Solstice bientôt… et nous donnons aussi des cadeaux à cette occasion. » Elle regarda le bol. « C’est quoi ça ? »

Sarah s’était un peu détendue. « Nous faisons des tout petits gâteaux frits avec ça… c’est traditionnel à cette époque de l’année », expliqua-t-elle. « Je suis sûre que vous allez les aimer. » Elle tourna le regard quand une autre femme l’appela. « Excuse-moi. » Elle posa le bol et alla vers l’endroit où plusieurs autres travailleuses étaient agglutinées.

Gabrielle regarda Solari, puis elle se pencha en avant et prit un peu du mélange sur son doigt avant de le goûter. Elle plissa le front. C’était farineux, mais le goût n’était pas mauvais, un mélange d’oignon et d’ail, avec un arrière-goût agréable et presque de noisette. « Mm… on dirait ces gâteaux à la fève moulue de Cyrène », dit-elle. « Allons… on prend du pain et on voit si on peut se reposer un peu… mon dos commence à se faire sentir. »

Solari lui prit le panier des mains et choisit une miche de pain ainsi que des fruits. « Si on considère ce que tu as fait toute la journée ? Par la grâce brillante d’Artémis, Gabrielle… tu es vraiment quelqu’un. » Elle secoua la tête avec un étonnement modéré. « Je veux dire que j’ai vécu avec des femmes enceintes toute ma vie, mais même pas une sur dix restait aussi active que toi, même pour des Amazones. »

Gabrielle fit une petite pause, puis elle sourit. « Merci. » Elle prit affectueusement le bras de Solari tandis qu’elles retraversaient la caverne surpeuplée, hochant plaisamment la tête vers les femmes qui les croisaient.

« Ça va en faire combien ? » Demanda l’une d’elles, en se levant et en frottant la sueur sur son front. Elle aussi était enceinte, d’un mois ou deux de moins que Gabrielle.

« « Juste un », répondit calmement la barde.

« Oh… » La femme se sécha les mains et lança un regard de sympathie à la barde. « Je suis sûre que ton mari va se rattraper maintenant que tu as commencé. »

Gabrielle lui sourit gentiment. « En fait… j’ai passé les quatre dernières années en compagnie d’un ex-seigneur de guerre sanguinaire, à voyager dans le monde et à combattre des rois maléfiques et des monstres, pour aider les gens… je n’ai pas vraiment eu le temps jusqu’à maintenant », dit-elle. « Mais merci de demander. »

La femme la fixa, sans voix et elle partit. « Excuse-moi. »

« Au revoir. » La barde remua les doigts et continua, ses yeux verts brillants malgré l’atmosphère ‘moutonneuse’ et les cris constants des enfants qui jouaient.

« Sale gamine. » Solari hocha solennellement la tête puis elle regarda autour d’elle. « En parlant de ça… où est la grande brune mortelle ? »

Gabrielle soupira. « La dernière fois que je l’ai vue, elle revenait de l’arrière là… je pense qu’elle essaie de les convaincre d’emmener ces fichus moutons là-bas pour les éloigner de nous. »

« Les convaincre ? » Solari se mit à rire. « Pourquoi pas juste leur dire ? Elle est supposée être leur Grande Prêtresse, pas vrai ? »

La barde tressaillit. « Ne commence pas avec ça… elle n’est pas trop contente de la tournure que ça prend. » Elles atteignirent la paroi du fond où les Amazones avaient installé un campement et s’y agglutinaient maintenant, adossées à la paroi, des traces de boue, de saleté et d’impuretés de mouton couvrant leur peau. « Salut. »

« Majesté. » Frendan soupira et posa ses mains sur ses jambes allongées devant elle. « Je pense qu’on a fait au mieux… tout est organisé autant que possible. C’est juste le bazar. »

Gabrielle s’installa lentement sur une avancée rocheuse et elle s’adossa. « Tu as raison… c’est le bazar… vous avez fait un super travail pour nous installer notre petit espace. » Elle regarda avec approbation l’enclos de caisses et de tonneaux, qui bloquaient une partie du bruit, loin des regards, et de tous ces moutons, et elles avaient créé une toute petite oasis presque calme dans le chaos. Son équipement et celui de Xena, étaient posés dans le coin autour de l’avancée sur laquelle elle était assise et elle lança un regard nostalgique vers les couchages que Frendan avait sauvegardés. Ils étaient au fond du chariot et elle les avait considérés comme perdus avant que la petite Amazone ne se montre avec. « D’accord… Xena dit qu’elle n’est pas sûre du temps qu’il faudra pour que l’eau se retire et qu’on ne soit plus bloqués ici…bien qu’elle espère, et moi aussi, que ça ne va pas être long. »

Cesta hocha la tête d’un air fatigué. « D’accord avec ça. » La rouquine semblait avoir perdu pas mal de son attitude supérieure. Peut-être que ça venait de la merde de mouton qui couvrait littéralement son visage.

« Ils ont une sorte de célébration… c’est un truc de leur culture, alors s’ils veulent que vous participiez, allez-y… je ne pense pas que ce soit dangereux. » La barde s’adossa contre la pierre froide et mit un pied contre la partie la plus basse du rocher sur lequel elle était assise, soulageant la pression sur le bas des muscles de son dos. Ils lui faisaient mal et elle était contente d’être assise tandis qu’elle regardait paresseusement les allées et venues dans la grotte. « Ils donnent des petits cadeaux aux enfants… c’est lié à la moisson d’une certaine façon… alors allez-y. »

Aileen roula sur le ventre et commença à fouiller dans son sac. « Hé… j’ai des petits glands sculptés que j’ai faits… on pourrait les donner pour ces gamins… ils sont plutôt mignons. » Elle poussa Frendan de sa botte. « Tu n’avais pas des poupées chiffon avec lesquelles tu jouais l’autre jour ? »

La petite Amazone hocha la tête. « Tu as raison… je pense que j’en ai… j’allais les mettre sur notre table à la foire mais ce serait amusant de les donner aux gamins d’ici… voyons voir. »

Gabrielle sourit largement aux Amazones, levant un sourcil pour Cesta, qui soupira et secoua la tête.

« Nan… pas moi… j’ai un couteau, trois paires de leggins, un bracelet de rechange et quelques lanières en cuir. »

La barde allait répondre mais un éclair de cuir noir attira son attention et elle cloua son regard sur la grande femme brune qui émergeait du coin éloigné de la grotte accompagnée par plusieurs hommes. Xena écoutait, au vu de sa posture, avec au moins un minimum de patience. Gabrielle pouvait voir l’affaissement léger cependant, et elle étudia sa compagne avec un regard inquiet. Comme mue par un signal, la guerrière leva les yeux et croisa son regard, laissant un rapide sourire passer sur ses lèvres. Gabrielle leva la main et enroula un doigt pour l’appeler et le sourire s’élargit un peu, puis Xena leva la main et se tourna vers ses suiveurs.

Ce qui était apparemment une longue phrase et trois gestes brusques de la main mirent fin à la conversation et Xena leur fit un signe de tête, puis elle se mit à traverser la grotte pour rejoindre le campement des Amazones. Elle évita des collisions avec grâce et quelques moutons avant d’y arriver, entrant dans leur petit paradis avec un soupir presque imperceptible. « Salut. »

« Salut. » Gabrielle tapota la roche près d’elle. « Ça a marché ? »

La guerrière s’assit près d’elle, se penchant un peu en avant pour poser son poids sur ses coudes. « Oui… je les ai convaincus qu’ils devaient bouger ces fichus moutons à l’endroit où ils détenaient Jessan… ils avaient peur que les bêtes paniquent et commencent à se cogner aux parois. »

Gabrielle mit une main prudente sur son dos. « Comment te sens-tu ? »

Le regard bleu passa sur les Amazones qui faisaient semblant de ne pas regarder. « Bien. »

« Mmhmm. » Gabrielle prit une tranche de pain et la lui tendit. « Tu as faim ? »

Xena hésita puis hocha la tête. « Non… je suis… pas vraiment », répondit-elle d’un ton désinvolte. « Et toi, ça va ? »

Une chose qu’elle avait apprise de son âme-sœur butée… c’était que quand elle avait mal, la première chose qui était impactée, c’était son appétit qui autrement était plutôt très bon. Gabrielle savait que la guerrière n’avait rien mangé depuis le petit déjeuner et on était, si son estimation était bonne, le soir. Elle soupira et se rendit aussi compte que la présence des Amazones ainsi que celle de leurs alliés inconfortables entrainaient une attitude de ‘je suis trop coriace pour mon cuir’ au-delà de ses habituelles limites. Et elle ne vit aucun moyen rapide ou aisé de l’éviter, à deux doigts d’une confrontation majeure.

A moins que… « Je pense qu’il est temps de changer tes bandages, Xena… mais c’est vraiment gênant… » Elle remua un peu. « Ecoute… si je m’assois sur nos couchages et que tu te mets sur le côté, je pense que je peux le faire. »

La guerrière hésita puis soupira. « D’accord, je ne peux pas les changer toute seule », dit-elle d’un ton ironique. « Très bien… » Elle aida Gabrielle à s’installer sur les fourrures soyeuses puis elle se mit près d’elle, sur une hanche et un coude. « Vas-y. »

Gabrielle prit son kit et étira ses jambes, dégrafant doucement l’attache qui retenait la combinaison de sa compagne pour en écarter le tissu, exposant les bandages en coton qu’elle avait posés plus tôt. Ils étaient tachés de sang séché et de bouts de peau et elle les ôta des coupures avec soin.

Pas un son de la part de son âme-sœur, dont le regard passait du cercle de caisses aux Amazones avec une expression calme et évasive.

« Heu… Xena, je peux te demander un service ? » Demanda la barde innocemment.

« Bien sûr. » La guerrière tourna la tête. « Qu’est-ce que c’est ? »

Gabrielle tressaillit un peu en se tournant. « C’est un peu dur de le faire depuis cet angle… » Elle posa une main sur son ventre et lança un regard hésitant à la guerrière. « Pourrais-tu poser ta tête ici ? » Elle tapota sa cuisse. « Ça sera plus facile pour moi. »

Un haussement de sourcil noir, mais Xena fit ce qu’elle demandait et posa sa tête sur la jambe de sa compagne, roulant presque sur son estomac. 

« Merci. » Gabrielle détacha l’autre boucle et finit sa tâche, observant les épaules de sa compagne se détendre et sentant la chaleur tandis qu’une longue expiration passait sur la peau de sa cuisse. « Tu as retiré ce gros morceau, il faut que je le resuture », lui dit-elle tranquillement, en passant son pouce doucement sur la peau abîmée. Le sang coulait de la coupure et elle la nettoya avec soin avant de suturer à nouveau, sentant la peau sensible bouger sous son aiguille et tressaillant elle-même chaque fois que l’instrument pointu perçait la blessure. Un coup d’œil lui révéla les regards totalement respectueux des Amazones, à la fois pour son action stable et la souffrance stoïque et silencieuse de son âme-sœur.

Elle arrosa copieusement les coupures avec une herbe sèche que Xena utilisait pour les blessures et elle fit de nouveaux bandages, remettant la combinaison en place pour les sécuriser. « Voilà… comment c’est ? » Elle sentit la reluctance de sa compagne à bouger et aussi la profonde inspiration qu’elle prit avant de se forcer à se remettre sur un coude et à bouger ses épaules.

« Mieux… merci », admit Xena, souhaitant simplement reposer sa tête et se laisser couler dans le sommeil. La douleur constante et les élancements douloureux de la grande blessure près de son épine dorsale l’avaient tarabustée toute la journée et le bruit, ainsi que les odeurs lui donnaient la nausée. Avec un soupir, elle commença à se redresser pour s’asseoir, puis elle s’arrêta, mâchouillant sa lèvre pensivement. Par Hadès, pourquoi je m’inquiète de ce que pensent ces fichues Amazones ? « Tu vas quelque part ? » Demanda-t-elle à la barde calmement.

Gabrielle cligna des yeux. « Heu… en fait, non… je suis plutôt pas mal fatiguée… pourquoi ? »

« Bien. » Xena se rallongea, reprenant sa place, une main enroulée autour du genou de la barde, caressant la peau de son pouce. Après un moment de surprise, elle sentit des doigts passer dans ses cheveux et elle ferma les yeux d’un air las, se contentant d’absorber la proximité de la barde. La chaleur de leur connexion la traversa, bloquant l’inconfort pendant un long moment de bonheur.

Un vent froid avait soufflé sur leur campement, tandis qu’elles s’arrêtaient devant Potadeia sur le chemin de la maison. Xena avait eu de la chance et avait piégé un lapin près du campement, qui cuisait lentement au-dessus du feu tandis qu’elles vaquaient à leur routine tranquille et familière.

Sauf que ça n’était plus aussi familier pour Xena et elle devait s’empêcher de lever les yeux de sa tâche avec une peur douloureuse, s’attendant à chaque fois à ne pas voir la silhouette blonde allongée sur l’herbe à côté. Elle sentait qu’elle retenait sa respiration à chaque fois.

Elle avait fini par arrêter d’essayer de réparer la pièce d’armure parce que ses mains tremblaient tellement qu’elle se piquait sans arrêt avec son couteau d’armure. Alors elle avait croisé les mains et s’était contentée de rester là assise, attendant que la bulle éclate.

« Xena. »

Une main douce sur son bras et elle avait levé les yeux pour voir un regard vert inquiet qui la fixait tandis que Gabrielle était assise sur la bûche tout près d’elle, un pouce lui caressant la peau dans un réflexe absent. « On dirait que tu as mal à l’estomac… je peux te faire du thé ? »

Reprends-toi, bon sang. Elle avait poussé ce juron intérieurement. « Heu… j’ai juste un peu froid, je pense… je vais bien. » Elle s’était forcée à répondre. « Mais s’il y a du thé, j’en veux bien », avait-elle ajouté en voyant les rides sur le front de sa compagne de route.

« Mm… c’est venteux par ici », avait approuvé Gabrielle. « Je vais te dire un truc… pourquoi tu ne viendrais pas de mon côté et je t’apporterai du thé… d’accord ? »

Elle s’était laissée emmener vers une pile de fourrures confortables, achetées à Potadeia quand elle avait admis à Gabrielle que les seules choses de leurs bagages personnels qu’elle avait gardées était le sac à parchemins de la barde et des choses personnelles. Qu’elle avait simplement utilisé la couverture de selle d’Argo la nuit ou alors rien. Ça semblait si étrange de sentir la douceur sous ses genoux au lieu de la laine qui grattait et que Gabrielle s’installe près d’elle, pressant sa jambe contre celle de la guerrière et laissant sa main posée nonchalamment sur son genou.

Elle avait entouré la tasse de ses doigts et siroté le contenu, se grattant la cervelle pour trouver quelque chose à dire au cadeau nouvellement installé près d’elle. Rien ne lui était venu. Rien ne pouvait exprimer correctement les émotions qu’elle ressentait, ou pourquoi la pensée de s’endormir était effrayante au-delà de toute pensée.

Et si elle se réveillait et que…

Elle avait mordillé le bord de la tasse, incapable de retenir le petit son qui était sorti de sa gorge.

Gabrielle avait posé sa tasse et entouré les mains de sa compagne des siennes. « Hé… qu’est-ce qui se passe ? »

Et elle ne pouvait pas lui dire. « Je vais bien… je suis juste fatiguée », avait-elle répondu calmement.

« Moi aussi », avait répondu doucement la barde. « Tiens… pose ça. » Elle avait pris la tasse des mains atones de Xena et l’avait posée, puis elle s’était adossée contre la paroi rocheuse où elles s’abritaient et avait tiré doucement sur le bras de la guerrière. « Viens par ici… »

Elle s’était presque figée d’angoisse, sachant que si elle permettait à Gabrielle de l’attirer dans la chaleur qu’elle s’était interdite depuis la disparition de la barde, le mur de contenance qu’elle avait créé autour d’elle se fracasserait. Une partie essentielle résista à cela, craignant la douleur. Craignant le besoin.

Elle avait senti que la traction s’arrêtait et elle s’était retrouvée à fixer Gabrielle, y voyant une confusion sombre et douloureuse couvrir le visage de la barde tandis qu’elle laissait lentement retomber ses mains. Et ensuite, sa tête claire s’était penchée en avant et Xena avait vu la tension douloureuse sur ses lèvres. « Je… désolée… je… » Elle leva une main puis la laissa retomber sur les fourrures. « Je pensais que tu… » Une pause douloureuse. « Voulais être… je… »

C’était un choix entre deux douleurs. Soit elle supportait la peur viscérale de la perdre à nouveau, soit elle supportait la vue du regard dans les yeux de Gabrielle si elle ne le faisait pas. Et il n’y avait jamais vraiment eu un choix, pas vrai ? « Je… si… » Avait-elle réussi à dire, bougeant un peu dans la direction de la barde. « Mais… je pense que je suis… un peu choquée… et je… » L’émotion était montée et elle l’avait sentie l’étouffer. Ce même petit son de douleur lui avait échappé et elle avait eu du mal à respirer. Il lui avait fallu plusieurs longues inspirations tremblantes avant de pouvoir continuer. « Et tu m’as tellement manqué que je sais à peine quoi faire de moi maintenant. »

Une légère inspiration résonna juste avant que les mains chaudes ne reviennent, touchant sa peau froide et oh, l’attirant tellement doucement. Et cette fois, elle avait senti sa résistance se dissoudre, tandis que son corps s’enroulait vers celui de son âme-sœur et s’était installé dans la chaleur des bras avec un soulagement si profond qu’il en faisait mal.

Gabrielle l’avait bercée et étreinte, lui caressant les cheveux tandis qu’elle entourait la barde de ses bras à son tour, sentant la vague submergeante de leur connexion qui l’entourait dans un confort qu’elle n’avait plus pensé pouvoir ressentir à nouveau.

Ça lui avait fait réaliser combien c’était précieux, tandis qu’elle reposait là avec Gabrielle entre ses bras, et qu’elles regardaient les flammes en se nourrissant l’une l’autre du ragoût de lapin chaud et laissaient la magie entre elles chasser les ombres. De nouveau entières, enfin.

Gabrielle se sentit légèrement choquée mais elle prit une inspiration et ordonna affectueusement les cheveux de Xena, lançant des coups d’œil aux airs de surprise sur les visages envieux des Amazones. Elle regarda la guerrière fermer les yeux et sentit les muscles tendus sous ses doigts se détendre. « Ça fait mal, hein ? » Murmura-t-elle.

Xena hocha la tête. « Comme des tisonniers brûlants le long de mon dos et dans mes jambes », confessa-t-elle très doucement. « Ce morceau de roche doit avoir pénétré un peu plus que je ne le pensais. »

« Ouille. » La barde tressaillit, un éclair d’inquiétude la traversant. « Je peux faire quelque chose ? »

La guerrière réfléchit à la question, souriant un peu en sentant un léger mouvement près de sa nuque, qui était posée sur le ventre de la barde. « Non… je me sens déjà mieux », rassura-t-elle sa compagne. « C’est bon de rester tranquille un moment. » Un autre mouvement et elle se trémoussa un peu pour presser son oreille contre la surface arrondie, essayant de se convaincre qu’elle pouvait entendre un léger battement de cœur.

« Tu as senti ça, hein ? » Demanda Gabrielle, d’un ton taquin. « Tu vois ? Elle se sent mal aussi…. Elle veut t’aider à te sentir mieux. »

« Tout comme sa mère », répondit ironiquement Xena. Elles restèrent assises tranquillement pendant un moment, à simplement regarder l’activité dans la grotte. Les moutons finirent par être mis à l’arrière et cela avait ouvert un petit espace autour d’elles et diminué le bêlement quasi incessant des animaux. « Jessan et Toris ont trouvé un éboulement à l’arrière… eux et quelques-uns des jeunes hommes essaient de voir si ça mène quelque part. »

« Ah… comme une sortie ? » Demanda la barde avec espoir.

« Oui », acquiesça sa compagne. « C’est mieux que d’attendre que toute cette eau s’en aille. »

« Tu parles », ricana Gabrielle. « En plus… on est bientôt au Solstice… et je n’ai pas l’intention de le passer dans cette grotte, partenaire. » Elle fit tourner une mèche de cheveux noirs entre ses doigts. « Il y a beaucoup de choses à célébrer. »

Xena regarda devant elle. « Mm… tu sais, j’avais presque décidé… quand j’étais seule… que je passerais cette journée si ivre que je ne me rappellerais plus de rien. » Une pause. « Si je durais assez longtemps pour ça. »

Gabrielle sentit sa respiration se bloquer en entendant ces mots tandis qu’elle étudiait la tête sombre sous ses mains. « Xena… » Elle hésita puis se lança. « Si j’étais… morte… je veux que tu saches quelque chose, d’accord ? »

La guerrière bougea et la regarda, les yeux bleus violets dans la lueur faible. « Hm ? »

La barde passa le dos de ses doigts sur la peau douce de la joue de Xena. « Il n’y a aucune raison… peu importe ce que ça demandait, peu importe qui je devais convaincre, peu importe leur prix… il n’y avait aucune raison pour que je te laisse seule ce jour-là. » Ses yeux luisaient. « Tu penses vraiment que quelque chose d’aussi insignifiant que la mort nous séparerait ? »

Insignifiant ? Xena cligna plusieurs fois des yeux. « Peut-être que ça aurait dû me faire comprendre que tu n’étais pas… » Elle leva une main et enroula ses doigts avec ceux de la barde. « Je ne… te sentais… nulle part… et je pensais que… » Elle se souvint se tenir sur une avancée rocheuse isolée et battue par les vents, se sentant plus vide qu’à n’importe quel autre moment de sa vie. « Je présume que c’est pour ça que je t’ai cherchée. »

Gabrielle la fixa. « Tu sais… quand je me suis réveillée dans cet hospice… la toute première chose à laquelle j’ai pensé, c’est toi. Pas ce qui m’était arrivé, pas où j’étais… » Elle s’interrompit et déglutit. « Ensuite je me suis souvenue de ton visage quand j’entrais dans ce puits et c’était l’un des pires moments de ma vie. » Leurs regards se croisèrent. « Je suis tellement désolée, Xena… je savais que ça allait te faire du mal », dit-elle doucement. » Je ne pouvais juste pas te laisser mourir devant mes yeux… pas de cette façon. »

La guerrière soupira. « Je sais. » Elle posa sa joue sur la cuisse de la barde. « Il n’y avait aucun bon moyen de sortir de cette grotte, Gabrielle… et je le savais. » Elle effleura le ventre de la barde de son pouce. « Je suis contente que ce soit derrière nous. » Elle leva les yeux. « Nous aurons beaucoup de choses à célébrer dans quelques jours, n’est-ce pas ? » Elle voulait s’éloigner du sujet de la mort de Gabrielle. Son estomac lui faisait déjà assez mal et ça ne faisait qu’empirer.

La barde lui sourit tristement. « Oui, c’est vrai… ça te va si je te donne un cadeau d’anniversaire en avance ? » Elle fouillait déjà dans son sac.

Xena rit d’un air ironique. « Bien sûr. »

Gabrielle sortit de son sac un objet enveloppé dans un linge et le regarda. « Je l’ai apporté parce je le finissais en quelque sorte… du moins pour l’instant. » Elle ouvrit le linge, révélant un petit recueil entouré de cuir, de pages de parchemins et le tendit à Xena. « Je sais que tu gardes ces petites… heu… les notes et tous ces trucs, et je… » Elle regarda la guerrière passer le doigt sur le petit recueil. « Je pensais que peut-être tu aimerais les avoir tous au même endroit… » Dit-elle tranquillement. « Alors… voilà une collection de tous les poèmes et notes et… je t’ai un peu emprunté ceux que tu avais et je les ai recopiés… et j’ai mis quelques notes au bout à cause de trucs dont je me souvenais… et… heu… » Une pause. « Il y en a des nouveaux au bout… et il faudra que tu me le redonnes de temps en temps pour ajouter des choses. » Une autre pause. « D’accord ? »

Xena se mit sur un coude et étudia le livre, passant ses doigts sur le cuir avant de l’ouvrir, révélant page après page d’une écriture familière et soignée, formant des mots qu’elle savait ne pas être capable de lire à ce moment-là. « Gabrielle, c’est merveilleux. » Elle inspira et leva les yeux vers la barde avec un grand sourire honnête. « Merci. »

La barde sourit en retour. « A ton service. » Elle était très heureuse de voir l’étincelle de plaisir surpris dans les yeux de son âme-sœur, et ça valait les efforts qu’elle avait mis à emprunter la collection soigneusement gardée de Xena, de petits bouts de parchemins maintes fois pliés, quelques-uns pendant le mois qu’elles avaient passé à la maison. Xena penchait déjà la tête sur le livret, étudiant les premières pages et les tournant pour regarder au bout, aux notes ironiques, parfois surprenantes, parfois humoristiques, qu’elle avait écrites, des souvenirs de quand le poème avait été écrit, ou ses pensées pendant qu’elle l’écrivait. C’était vraiment bon de voir ça. Elle pensait que ça allait beaucoup plaire à Xena et elle soupira de bonheur tout en étirant un peu ses jambes.

« C’est fant… » Xena se mit à rire, puis elle s’arrêta lorsqu’un long grondement sourd passa dans la grotte. « Oh oh. »

Le bruit de pas trébuchants et courants coupa les marmonnements nerveux et le grondement s’amplifia, maintenant mêlé à un bruit étrange et battant. Xena s’assit et regarda à la courbure de la paroi de la grotte, pour voir son frère et les fesses nues et poilues de Jessan avancer rapidement sur le sol rocailleux, suivis par le petit groupe avec lequel ils exploraient. « Jess… tu as trouvé quelque chose ? » Cria la guerrière, se mettant debout en voyant la course des hommes.

« Oh oui », cria l’être de la forêt. « Une autre grotte. »

« Ah oui ? » La guerrière se mit à marcher vers lui. « Alors… pourquoi vous courez ? Vous avez abattu des rochers ? »

« Des chauves-souris », cria Toris qui redoubla sa course, tandis que le bruit battant s’amplifiait et qu’un bruit aigu s’y ajouta. « Elles nous poursuivent. »

« Allons Toris. » Xena rit en mettant ses mains sur ses hanches. « Les chauves-souris ne vont pas t’attaquer… elles mangent des fruits. »

Un nuage sombre envahit soudain le bout de la grotte et les sens de Xena eurent un sursaut puissant tandis que l’odeur de vieux sang arrivait à ses narines sensibles.

« Pas ces chauves-souris-là… » Haleta Jessan tandis qu’il la dépassait en courant et s’arrêtait en glissant. Les moutons sentirent l’odeur et se mirent à tourner en rond, paniqués. « Ce sont des vampires. »

Le nuage sombre fondait sur eux maintenant, et on voyait des yeux rouges dans une mer d’ailes noires et battantes.

Xena les fixa. « Oh bon sang… » Une vague de moutons se dirigèrent vers eux, martelant le sol de panique. Les chauves-souris saisirent l’odeur des animaux laineux et plongèrent pour les attaquer, exposant de minuscules crocs.

Et apportant des ennuis.

De grands, très grands ennuis.

Xena dégaina son épée, renvoyant la douleur à l’arrière de son esprit réservé à ce genre de choses, et elle découpa soigneusement en rubans noirs trois chauves-souris qui arrivaient sur elle. Elle scruta frénétiquement l’intérieur de la grotte, essayant de trouver un plan. Elle repéra un tas de branches vertes d’un côté et réfléchit. « Jess ! »

« Quoi ? » L’être de la forêt alternait des coups d’épée avec des coups de griffes près d’elle. « Beuh… je déteste quand ces viscères entrent sous mes ongles. » Il secoua rapidement la main, envoyant des bulles de chair et de sang dans les airs.

« Attrape ces branches… et mets les sur le feu », cria la guerrière. « La fumée va assommer les chauves-souris. » Elle évita un mammifère volant, qui se dirigea vers la poitrine de son âme-sœur sans protection, puis elle sourit nerveusement quand Gabrielle la cogna soigneusement en plein milieu de son vol avec une broche qu’elle avait capturée.

Les hommes et les femmes couraient et criaient dans tous les sens et les moutons battaient le sol d’avant en arrière. Jessan jura puis se baissa sous un nuage persistant de bêtes et attrapa une Amazone en route. « Aide-moi ! »

Cesta arrêta de découper des chauves-souris et le suivit, sautant par-dessus les moutons pour arriver près du tas de branches et elle aida le grand Jessan à tirer sur les morceaux verts et odorants pour les amener au feu de cuisine qui avait soigneusement été préparé sur un côté. Les feuilles se mirent immédiatement à fumer, relâchant leur humidité dans l’air déjà renfermé, montant pour envelopper les nuages de chauves-souris coléreuses et affamées qui volaient en cercle. « Et bien… » Cesta toussa tandis qu’une chauve-souris s’éloignait de la fumée. « Ça sent meilleur que ces fichus moutons. »

Jessan renifla puis se frotta le nez. « Euh… » Il regarda une chauve-souris se cogner dans la paroi et battre des ailes en tombant au sol. « Hé, Xena ? ? ? » Il se tourna pour voir la guerrière sur un rocher, tissant un filet d’acier brillant autour d’elle et protégeant un groupe d’enfants qui s’étaient jetés sous le bouclier considérable de la femme aux cheveux noirs.

« Oui ? » Aboya Xena, se baissant et découpant une autre nuée de chauves-souris en colère. La fumée commençait à prendre une douce teinte bleue dans l’air déjà rougi et elle cligna des yeux en le regardant. « Quoi ? »

« Tu savais ce que c’était… euh… ces feuilles ? » Demanda l’être de la forêt, sautant hors du chemin d’un mouton qui chargeait valeureusement.

Xena fit une pause dans son attaque et renifla doucement l’air. Ses épaules s’affaissèrent et elle lâcha plusieurs jurons virulents et à demi dégoûtés dans une langue dont elle était quasi sûre que les enfants ne l’avaient jamais entendue. « Non… mais maintenant je le sais. » Parmi toutes choses… les feuilles étaient un narcotique plutôt puissant, bien qu’heureusement elles n’étaient pas sèches, ce qui en aurait concentré la force. Tandis qu’elle regardait, les chauves-souris cessèrent de plonger et commencèrent à battre des ailes sans but, pépiant et se cognant entre elles. « Oh bon sang. » (NdlT : ici un jeu de mot difficile à rendre. Xena dit ‘Oh brother’ ce qui se traduit par ’Oh frère’, et ne signifie pas grand-chose en français. Alors j’ai pris le parti d’adapter pour parler des ‘liens du sang’ ce qui permet à Toris de dire…)

« Tu m’as appelé ? » Demanda Toris d’un ton aimable tandis qu’il sautait sur son rocher, prenant soigneusement son équilibre. « Hé sœurette… C’était une sacrée bonne idée… asphyxie tout ce qui respire et le problème disparait… bien vu. »

Xena soupira d’un air désabusé, sentant une légère perte de ses propres perceptions. « Ce n’était pas vraiment mon intention. » Elle se retourna et regarda la grotte maintenant remplie de fumée, qui était bien moins frénétique. Les chauves-souris s’étaient installées dans de petites alcôves dans la paroi, vu que le toit était plutôt lisse et les moutons la fixaient en clignant des yeux stupidement, enfin calmés. « Pas que je m’en plaigne », ajouta-t-elle en fixant les yeux légèrement vitreux de son frère.

Puis elle se souvint de l’effet secondaire des feuilles et elle écarquilla les yeux. « Ouille… par Hadès dans un panier. »

« Viens par ici… » Un berger passa en courant, chassant une jeunesse égrillarde. « Je ne te ferai pas de mal. »

« Hé… » Toris regarda la scène aimablement puis tira sur la jupe en cuir de sa sœur. « Je t’ai déjà dit combien je te trouvais mignonne ? »

Un regard bleu mauvais ne le détourna pas une seconde. « Toris… arrête ça. »

« Non… vraiment… » Répondit son frère honnêtement. « Tu as le sourire le plus beau. »

Xena le souleva et le laissa retomber sur le rocher.

« Et les biceps les plus sexy », continua-t-il sans s’arrêter. « J’aime même tes rotules. »

Xena soupira et rengaina son épée, le danger des chauves-souris apparemment passé. Puis elle se tourna en sentant qu’on tirait à nouveau sur son cuir. « Qu… oh. »

Des yeux verts ombragés la dévoraient avec intention et elle sentit ses genoux manquer de se dérober. « Euh… salut. » Bien qu’elle se rendait compte que la drogue n’avait aucun effet supplémentaire quand il s’agissait de Gabrielle, elle descendit de son rocher à la demande de la barde, se plongeant coupablement dans l’odeur et le contact familiers. Les enfants qu’elle avait protégés clignaient des yeux ensommeillés, non affectés par les feuilles et elle avait totalement oublié Toris, son attention concentrée sur la jeune femme devant elle dont le regard coulait sur elle comme un bain chaud.

« Salut. » Gabrielle passa les mains sur le cuir lisse, traçant le corps en dessous. « C’était prévu ? »

Xena savoura les frissons subtils qui suivaient les doigts de sa compagne. « Pas entièrement », admit-elle, tournant la tête pour passer la grotte en revue. « Mais je pense que ça les a aidés à se relâcher un peu. » Juste eux ? Xena sentit un sursaut familier dans son ventre tandis que Gabrielle traçait ses seins. Comme si on avait besoin d’aide à ce sujet… pas vrai ?

« Mm », approuva la barde en se rapprochant. « Comment va ton dos ? » Elle se pencha en avant et mordilla le cou nu de la guerrière.

« Quel dos ? » Demanda Xena d’un ton intrigué, tandis que ses mains trouvaient des endroits chauds et familiers sur le corps de sa compagne. Avec culpabilité, elle regarda par-dessus son épaules pour voir son frère, surprise de le voir entraîné par Cesta.

Et bien, peut-être pas si surprise que ça. Elle renifla de rire et se rendit compte que la fumée et la lueur tombante des torches obscurcissait la plupart des autres activités en marche. Elle n’avait aucune idée de ce que ça allait faire à la structure de la communauté, mais… et bien, ce n’est pas comme si elle l’avait fait exprès, pas vrai ?

A tout le moins, ils se rendraient compte qu’elle n’était pas le fichu Messie. Des doigts chatouillèrent sa nuque et elle sentit une légère dislocation dans ses sens, tandis que la drogue passait dans son sang et son corps commença à répondre à la proximité de son âme-sœur. Puis une pensée lui vint et elle leva les yeux, par-dessus la tête de Gabrielle, son regard à la recherche de Jessan.

Pauvre garçon. Ensuite elle le repéra enroulé dans un coin, paisiblement endormi.

Ouh. Une complication en moins.

Avec insistance, son corps appela son attention à la distraction à sa portée, qui délaçait sa combinaison et exposait la peau nue à l’air embrumé. Elle sentit les inquiétudes pesant sur elle se relâcher tandis qu’elle se concentrait sur le temps présent, relaxant des barrières mentales tendues qu’elle avait désespérément mises en place quelques mois plus tôt.

Elle prit le visage de la barde entre ses mains affectueusement. « Tu es si belle », lui dit Xena, lui offrant son cœur simplement et totalement. Oubliant tout le reste. « Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. »

Une larme se détacha et coula sur le visage de Gabrielle, se frayant un chemin humide sur sa joue. « Je t’aime », répondit la barde très doucement. « Et je t’aimerai toujours… aussi longtemps que je vivrai et aussi longtemps que mon âme résidera dans les royaumes de l’au-delà. »

Les lèvres de la guerrière tremblèrent un moment, puis elles se séparèrent. « Pour toujours. » Et elle se laissa aller dans la foi, à nouveau, sachant son potentiel pour la détruire.

Gabrielle sentit l’acceptation glisser doucement en place, comme si une chose perdue depuis longtemps lui était rendue. Les lèvres effleurèrent les siennes légèrement, et elle sourit, avec une foi renouvelée. En elle-même. En Xena.

Dans le pouvoir incroyable que leur amour posait sur elles et que nul démon ne pourrait détruire.

Elles l’avaient prouvé.

Xena la souleva doucement et la dernière chose qu’elle sentit sous ses bottes fut la douceur de leur couchage. Elle laissa ses lèvres explorer la peau chaude et l’odeur musquée tandis qu’elles s’allongèrent, s’interrompant pour un moment de surprise brumeux, tandis que des cris les alertèrent que quelqu’un d’indésirable arrivait.

Xena prit les chauves-souris et les lança par-dessus son épaule.

Doucement.

Puis tout ce qu’elles connurent fut elles-mêmes…

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A suivre 5ème partie.

 

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12 avril 2019

Maj !

mar

Une MAJ Missy Good, merci à Fryda !

- Le Cercle de la vie, partie trois

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Cercle de la Vie, partie trois

Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-3ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


L’aube les trouva debout, lavées et habillées avant le reste de la famille. Xena se porta volontaire pour aider Rebekah aux tâches matinales auxquelles la jeune fille était assignée, tandis que Gabrielle rejoignait Sarah à la cuisine. « Essaie de lui donner quelques trucs pendant que tu es là », murmura Xena qui reçut un coup dans les côtes en retour. « Après le petit déjeuner, nous allons retrouver les autres et nous verrons quel genre de plan je peux trouver. »

Rebekah sembla contente d’avoir de l’aide vu que ses tâches à l’extérieur consistaient surtout à traîner du bois pour le feu et à porter des seaux d’eau. Elle porta avec obéissance les lourds seaux jusqu’à ce que Xena les lui prenne des mains, les levant au-dessus de sa tête tout en lui disant de prendre les plus petits morceaux de bois. « Tu as déjà reçu de l’aide pour ça ? » demanda la guerrière.

Des yeux marrons agrandis se tournèrent vers elle. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« De l’aide… de tes frères ou de qui que ce soit ? » Répéta Xena en versant les seaux dans les abreuvoirs pour les chevaux, puis en prenant deux grandes bûches pour les mettre sur son épaule.

« Mes frères vont à l’école », répondit la jeune fille, doucement. « Mais j’aimerais être aussi forte que toi… comme ça, ça ne me prendrait pas si longtemps pour faire les choses, et je pourrais… »

Xena posa les bûches puis regarda autour d’elle pour une hache. « Pourrais quoi ? » Demanda-t-elle, en repérant l’outil avant de s’y diriger.

« Oh… non, attends ! » Rebekah leva une petite main. « Non… tu ne peux pas toucher à ça. »

Xena fixa la hache puis la jeune fille. « Pourquoi pas ? »

« Ce sont les hommes qui font ça… j’apporte juste le bois », expliqua-t-elle. « Les filles ne peuvent pas couper du bois. »

Xena était d’humeur à semer la subversion. Elle mit la main sur la hache et la libéra du bois dans lequel elle était coincée, puis elle la leva par-dessus sa tête d’une main et l’abaissa sur le bout de la bûche, la coupant en deux. Elle libéra la hache puis la plongea à nouveau, la faisant tourner au choc pour séparer les deux parties. « Bien sûr qu’elles peuvent. » Elle sourit à la fillette tout en finissant de séparer le bois. « Qu’est-ce que tu ferais si tu étais toute seule dans les bois sans personne autour ? »

Rebekah écarquilla les yeux. « Pourquoi je serais toute seule dans les bois ? » demanda-t-elle, désorientée. « Ça t’est arrivé ? »

Xena s’accroupit, les mains sur la poignée de la hache, et elle la fixa. « Je me suis retrouvée toute seule dans les bois, oui », lui dit-elle. « Mais ce que je veux dire, c’est que parfois on ne peut pas dépendre d’autres personnes… il faut faire les choses soi-même. »

« Oh. » La jeune fille étudia les grandes mains musclées au niveau de ses yeux. « Est-ce que Gabrielle s’est retrouvée toute seule dans les bois aussi ? »

La guerrière sourit. « Pas aussi souvent, mais oui… et oui, elle peut couper du bois, mais elle n’aime pas trop ça. »

« Oh », dit la jeune fille à nouveau. « Qu’est-ce qu’elle aime faire ? »

« Et bien… » Xena se releva et jeta les morceaux de bûche sur le tas tout proche. « Elle aime écrire des histoires… et elle aime parler aux gens, qu’ils s’entendent entre eux… elle aime cuisiner et pêcher, mais elle déteste coudre ou raccommoder les bottes. »

Rebekah la fixait. « Elle sait écrire ? » Sa voix était un peu excitée. « Tu sais écrire ? »

Xena la regarda, intriguée. « Oui, je sais. »

Elle se rapprocha et baissa sa voix d’une octave. « Tu sais lire ? » Elle écarquilla les yeux.

La guerrière hocha la tête, un peu prise de court. Puis elle relia le commentaire de la fillette sur l’école et se rendit compte de ce qui se passait. « Tu ne sais pas. »

« Chut… ne dis à personne que tu sais… c’est vraiment très mal. » Rebekah tira sur la manche de sa nouvelle amie. « Tu m’apprendras ? »

Oh oh. Une tonne de oh oh, en fait. De toutes les choses qu’on lui a demandé d’enseigner, celle-ci… « Nous verrons ce que je peux faire », promit-elle, songeant que l’ignorance était sa propre chaine insidieuse. Le commentaire de Gabrielle la veille au soir sur la conscience vint au premier rang de son esprit et elle se sentit coupable, soudainement. « Je ne sais pas si tes parents aimeraient ça. »

Les épaules de la jeune fille s’affaissèrent puis elle leva les yeux. « Si quelqu’un ne voulait pas que tu fasses quelque chose, je suis sûre que tu le ferais quand même. » Ses yeux marrons analysaient la grande guerrière avec sagacité. « N’est-ce pas ? »

Xena reconnut d’un air désabusé qu’elle se trouvait prise par surprise. « Peut-être. » Elle ne put empêcher un petit sourire sur ses lèvres. « Allons… finissons-en. »

Sarah regarda par la fenêtre vers la petite cour dehors. « Rebekah a l’air subjuguée par ta sœur. » Elle sourit à Gabrielle qui épluchait des légumes avec dextérité. « C’est gentil de sa part d’aider comme ça. »

La barde sourit tranquillement. « Elle est douée avec les enfants », dit-elle tout en levant le seau de pommes de terre pour le poser près de Sarah. La femme avait passé une bonne demie marque de chandelle à expliquer les règles dans sa cuisine et Gabrielle était toujours plutôt désorientée. Ça avait à voir, avait-elle compris, avec la propreté et le fait de ne pas mélanger des trucs comme le lait de chèvre avec des trucs comme le bœuf séché.

Ça n’avait pas beaucoup de sens pour elle mais ce n’était pas sa cuisine, alors elle se contentait de rester tranquille.

« Elle n’en a pas elle-même ? » Sarah semblait surprise.

Marrant. Même après tous ces mois, c’était toujours comme une dague dans son côté. « Non… » Gabrielle se rendit compte que son visage devait afficher quelque chose et elle s’éclaircit la voix. « Elle avait… un fils. »

« Oh. » Sarah prit un air profond de sympathie. « Je suis tellement désolée… c’est si horrible de perdre un enfant… j’en ai perdu deux moi-même. »

Gabrielle l’étudia. « Vraiment ? »

Elle hocha la tête. « A la naissance… c’est juste… ça ne s’est pas bien passé. » Elle leva les yeux d’horreur pendant un instant. « Bonté divine… écoutez-moi parler de ça à quelqu’un qui attend un enfant… je suis tellement désolée, Gabrielle. »

La barde réussit à sourire. « C’est bon… je connais les risques », répondit-elle doucement.

Un silence embarrassé tomba. « Tu es si douée pour raconter des histoires », finit par dire Sarah, changeant de sujet. « J’ai vraiment passé du bon temps hier soir. »

Gabrielle se mit à nettoyer des carottes. « Merci… J’en ai d’autres écrites… si tu veux les lire je pourrais te les laisser un moment. »

La femme la fixa puis rit un peu gênée. « Vraiment ? Bonté divine, je n’ai pas le temps pour ça, Gabrielle. » Elle se retourna et ajouta des épices à la marmite au-dessus de laquelle elle était penchée. « Je laisse ça à mon mari et à ses amis… c’est eux qui lisent. »

La barde arrêta ce qu’elle faisait et la regarda. « Tu ne sais pas lire ? »

« Pourquoi j’aurais besoin de faire ça ? » Demanda Sarah, avec légèreté, en se frottant les mains. « C’est bien mieux que je sache cuisiner et coudre… et ce n’est pas notre façon de faire, Gabrielle… » Elle regarda affectueusement la barde. « On ne permet pas aux femmes de lire… nous avons d’autres tâches. »

Gabrielle devait avoir l’air stupéfait, elle en était sûre. « Je… hum… je suis désolée… je n’ai jamais réfléchi à comment ce serait de ne pas lire… je veux dire, je lis et j’écris depuis je suis toute petite. » Elle coupa les carottes et les mit dans l’eau. « J’y trouve un grand réconfort… je peux m’asseoir et simplement écrire ce que je pense… et ce que je ressens… ou un peu de poésie… je ne sais pas. »

« Bonté divine. » Sarah se mit à rire. « Tu dois avoir eu beaucoup de temps libre… il faut que je t’avertisse que ce ne sera pas comme ça ici… nous nous tenons bien occupées. » Elle pointa avec son bâton mélangeur sur le ventre de la barde. « Et après que tu auras eu un petit… et bien… tu n’écriras plus, je peux te le dire. »

« Oui, je suis sûre que c’est vrai », répondit la barde tranquillement. « Hum… je vais retrouver mes amies… voir ce qu’elles font… ensuite je reviendrai pour t’aider un peu plus, d’accord ? »

Sarah regarda autour d’elle. « Et bien… nous avons fini pour l’instant… c’est agréable d’avoir quelques minutes de tranquillité. Vas-y, Gabrielle… c’est très agréable d’avoir quelqu’un à qui parler. »

La barde hocha la tête et sourit, puis elle contourna la table et se dirigea vers la porte, ses yeux scrutant le village à la recherche d’une grande silhouette sombre.

*******************************

« Ah Xena, t’es là. » Johan arrivait de l’écurie et il la repéra. Il se rapprocha quand elle lui fit signe et il vit trois des Amazones qui venaient aussi dans cette direction. « Entrons un instant… il y aura moins d’oreilles. » Il ouvrit la porte de l’écurie et les emmena à l’intérieur.

« Que les dieux damnent ces culs de chevaux cérémonieux… » Commença Solari en crachant les mots comme des cailloux sur les murs en bois.

« Solari. » Xena lui lança un regard d’avertissement. « Très bien, écoutez. » Elle mit les mains sur ses hanches. « Ils sont dans une grotte au bout du village… c’est gardé par un seul type et un groupe de personnes qui prient autour de Jess. Je ne vois aucun problème à nous infiltrer là-bas ce soir pour les libérer, ensuite on s’extrait d’ici. »

Tout le monde hochait la tête, comme des quenouilles dans un vent violent.

« Alors… pas de dispute, d’accord ? » Déclara Xena d’un ton sec.

Les têtes se balancèrent d’avant en arrière comme des girouettes dans une tempête.

« Bien. » Xena commença à bouger tandis que la porte s’ouvrait brusquement derrière eux pour révéler Gabrielle. La barde avança vers eux, ses foulées courtes et puissantes et les yeux verts étincelants projetant une atmosphère d’outrage indigné. « Oh oh », marmonna Xena entre ses dents. « Salut… »

« Xena… » La barde s’arrêta près d’elle et mit les mains sur ses hanches, le regard noir tourné vers son âme-sœur. « Ils ne laissent pas les femmes lire ou écrire par ici. »

Xena se gratta le nez. « Heu… oui, Rebekah m’a aussi laissé entendre ça », admit-elle.

« C’est barbare. » Gabrielle renifla. « Ce n’est pas une vie… c’est de l’esclavage. »

Chacun a son échelle pour porter des jugements, pas vrai ? Xena mit un bras autour de sa petite compagne. « Je sais… je ne m’en suis pas rendue compte non plus… Rebekah m’a demandé de lui apprendre à lire. »

« Et voilà… on ne peut pas laisser ces gens juste comme ça, Xena… ils ont besoin de notre aide », déclara Gabrielle en jetant un coup d’œil aux Amazones et à Johan. « Si on les laisse, ils vont continuer comme ça une éternité. »

La guerrière soupira. « Gabrielle… c’est leur façon de vivre… ce n’est pas contre la loi et nous n’avons pas le droit de les forcer à changer. »

Les yeux verts brillèrent de colère. « Alors tu penses qu’on devrait juste les laisser comme ça et retourner dans notre village confortable, sachant que ces gens sont condamnés à une vie entière d’ignorance, c’est ça ? » Elle se secoua pour se libérer du bras de son âme-sœur et attendit.

« Gabrielle… » Xena lança un coup d’œil vers les Amazones aux yeux agrandis qui les regardaient.

« Ne me sers pas du ‘Gabrielle’ », déclara la barde fermement. « Juste parce que ce sont leurs traditions ne les justifient pas. »

« Ecoute… » Xena mit une main sur son bras puis lui prit la joue et la força à la regarder. « Ça, c’est notre façon de faire… que dirais-tu si quelqu’un te disait que c’est mal et que tu devrais arrêter ? »

« Xena, ce n’est pas la même chose et tu le sais », répartit sa compagne. « Et à part ça, je leur dirais d’aller se faire voir chez Hadès. »

« Et c’est ce qu’ils vont nous dire », insista Xena. « Ce sont leurs us et coutumes… Ecoute, les dieux savent que je ne pense pas que c’est juste, mais Gabrielle, je ne peux pas les forcer à changer de vie juste parce que je ne suis pas d’accord avec la façon dont ils élèvent leurs enfants. »

« Mais… »

« Qu’est-ce que tu vas faire… commencer à leur apprendre ? Ces hommes vont te jeter hors du village et je devrai leur botter les fesses. Et où ça nous mènera tous ? » Argumenta Xena d’un ton raisonnable. « Nous devons faire sortir Tor et Jess, des gens vont être blessés et ces enfants ne sauront toujours pas lire. »

Un silence pesant avec les regards vert et bleu qui produisaient des étincelles d’une intensité étonnante.

« Xena, ça craint », cria soudain Gabrielle, puis elle alla vers l’endroit où se trouvait un de leurs chevaux et elle lui caressa le museau avec une concentration intense.

Xena soupira. « Oui, c’est vrai. » Elle se tourna vers le groupe qui la fixait avec des yeux ronds. « Qu’est-ce qui était le plus étonnant… » Demanda-t-elle ironiquement. « Qu’elle discute avec moi, ou bien que j’ai gagné ? »

Cela les fit tous sortir de leur immobilité et déclencha des rires nerveux.

« Très bien… allons souffrir une nouvelle journée… je n’aime pas plus cet endroit que Gabrielle… et si je voyais un moyen de changer les choses… je le ferais, alors si quelqu’un a des idées ?? » Elle attendit et reçut le silence en réponse. « Allons-y… juste… soyez subtils… essayez de parler aux gens… surtout les plus jeunes… faites leur savoir qu’il y a un monde plus grand là-dehors. »

Des hochements rapides d’acquiescement puis les Amazones et Johan partirent à la queue-leu-leu, laissant Xena et Gabrielle seules.

Le silence s’installa à nouveau et Xena s’assit sur une botte de foin proche, regardant sa compagne murmurer à la jument qui mâchait flegmatiquement. Après un long moment, Gabrielle se retourna et s’appuya contre le cheval, la regardant tranquillement.

« Je n’aurais pas dû faire ça devant tout le monde… désolée. » La barde soupira.

Xena haussa un peu les épaules. « C’est bon… j’aimerais juste pouvoir faire quelque chose. »

Gabrielle s’avança et se percha sur une botte de foin, les mains sur ses cuisses. « Xena, il doit y avoir… »

« Chut… » La guerrière mit la main sur son bras. « Gabrielle… ils ne sont pas loin de chez nous… nous pouvons faire les choses petit à petit… avoir des contacts ici… et quand les caravanes marchandes passent, s’arranger pour envoyer du matériel d’enseignement… si tu le veux. »

« Si je le veux ? Tu ne penses pas que c’est important ? » Répliqua la barde. « Peut-être que tu penses qu’ils ont raison. »

« Ouaouh. » Xena leva la main. « Attends une minute… ça sort d’où ça ? » Sa voix baissa et s’approfondit. « Peut-être que je pense juste que les gens doivent vouloir changer… et de ce que j’ai vu, ce n’est pas le cas ici. »

« Comment sauraient-ils ? » Contra Gabrielle. « Si je n’avais jamais su ce que c’était de lire, et d’apprendre, et d’explorer… si tout ce que je connaissais c’était la cuisine et m’occuper de la maison, et… peut-être que je serais aussi satisfaite. » Elle soupira de frustration, voyant le tressaillement à peine caché sur le visage en face d’elle. « Je sais… on en a parlé hier soir… et je ne veux pas te mettre tout ça sur le dos, Xena… je… je ne sais pas. »

« Très bien… écoute. » Xena s’appuya contre le foin et la regarda. « Sortons les garçons d’ici ensuite nous ferons un plan et nous verrons si on peut faire quelque chose. »

Gabrielle soupira. « Tu dis ça pour que je me sente mieux. »

« Oui, c’est vrai », admit volontiers Xena. « Est-ce que ça a marché ? »

Une coulée de soleil passa entre les interstices des planches et s’étendit sur le visage de Gabrielle, dansant sur les yeux clairs et ceignant sa peau d’or. Un léger sourire finit par se poser sur ses lèvres. « Oui, ça a marché », confessa la barde en traversant les rais liquides pour venir s’installer contre sa compagne pour une étreinte rapide. « Mais maintenant tu dois aller dire aux Amazones que tu n’as pas gagné cette discussion. » Elle tapota la guerrière dans les côtes et sentit un léger rire la traverser.

« Très bien. » Xena lui tapota la nuque. « Dommage que tu n’aies pas d’histoires pour les enfants à laisser à Rebekah… elle est intelligente… je pense qu’elle apprendrait vite. »

Gabrielle sourit soudainement dans le tissu soyeux au-dessus de la clavicule de Xena. « Oh… et bien… maintenant que tu en parles… peut-être que je… oui, j’ai justement ça. »

« Ah oui ? » La guerrière se recula et la regarda, interrogative.

« Mm… » La barde était d’une bien meilleure humeur. « Des histoires tout à fait pour ce genre de petite fille, en fait. »

************************************

« Isaac, ma fille là se demandait si tu nous ferais faire un tour du village. » Johan fit de son mieux pour ne pas regarder Xena, qui de son côté regardait banalement par la fenêtre. « Si tu as un moment, bien entendu. »

L’ancien du village leva les yeux de sa tâche et grogna. « Bien sûr. » Il posa son couteau avec soin et se frotta les mains sur son tablier. « T’étais levé avant moi, pas bien dormi, Johan ? »

« Non… non… ça va… j’suis juste habitué à me lever avant le soleil. » L’ex marchand fit de son mieux pour ne pas tressaillir en œuvrant sur un nœud dans son dos dû au maigre couchage. « Une longue habitude, tu sais comment c’est. » Il reçut un soupçon de sourire ironique de la part de Xena, qui savait à quoi s’en tenir. « Je suis pas un paresseux comme ma fille là. »

Un haussement de sourcil noir.

Isaac ricana et mit un bonnet sur sa tête. « Je laisserais pas faire moi », grogna-t-il. « Mais comme tu veux… on y va. »

Xena suivit les deux hommes dehors, surprise mais pas étonnée de voir une tête blonde apparaitre au tournant quand ils émergèrent. « Salut. »

« Bonjour, ma jolie. » Johan fit un sourire affectueux à Gabrielle, pas du tout feint. Pour Xena il avait vraiment de la considération, mâtinée de respect bien senti, mais il y avait une place spéciale dans son cœur pour la jeune barde. « On fait le tour. »

« Génial. » La barde se mit au niveau de son âme-sœur, lui faisant un sourire éclatant. « Salut sœurette. »

« Salut. » Xena lui lança un regard ironique. « Je pensais que tu t’occupais des tâches ménagères. »

« J’ai fini… je venais juste te chercher, et les autres aussi », lui dit Gabrielle joyeusement.

Isaac marcha devant eux, pointant pour Johan. « Voilà l’étable de mise à bas… on a six troupeaux de moutons… un troupeau de vaches de plusieurs espèces et deux grands troupeaux de chèvres. » Il y avait une note évidente de fierté dans sa voix. « On a eu une bonne année… plein de jeunes. »

« Joli bétail », commenta Johan en marchant les mains dans son dos.

« Voilà le jardin commun… ma femme en est responsable. Elle s’occupe que les femmes apportent des plantes, comme ça on a plein d’herbes pour notre guérisseur. » Isaac montra un endroit. « Par ici c’est la salle de travail commune. » Son regard tomba sur Xena et Gabrielle. « C’est là que les femmes se retrouvent pour s’occuper de leurs devoirs. » Il y avait une note de censure dans sa voix. « On va vous attendre là demain. »

« Quel genre de choses elles font ? » Gabrielle saisit l’occasion de le questionner, tandis qu’ils traversaient l’espace ouvert.

Pendant un moment, elle pensa qu’il n’allait pas lui répondre, puis il s’éclaircit la voix d’un air agacé. « Des trucs de femmes… laver, trier… coudre… s’occuper des enfants… tu verras ça demain, jeune fille. » Il cligna des yeux. « Matthias m’a dit que tu savais raconter de bonnes histoires. »

« C’est une bonne conteuse… comme je te l’ai dit », interjeta Johan. « Tout le village était bouche bée, c’est sûr. »

Isaac grogna. « Assure-toi que tu ne remplis pas les oreilles des plus jeunes avec des histoires d’ailleurs, alors », lui dit-il d’un ton sévère. « On a des histoires dans notre bon livre… je vais demander à quelqu’un de te les raconter… tiens-t-en aux histoires vertueuses. »

Gabrielle cligna des yeux et décida de mettre la pagaille. « Et bien… je pourrais les lire moi-même si tu veux… pas de raison de prendre le temps de quelqu’un. » Ses yeux verts clignèrent d’innocence.

Isaac s’arrêta et la regarda. « Y a que les hommes qui lisent les écritures. Elles ne sont pas faites pour des yeux de femme. »

La tête blonde pencha d’un côté. « Alors… comment les femmes savent-elles ce qu’il y a dedans ? » Demanda-t-elle.

« On les lit et on étudie leur signification, après on leur dit », lui dit-il fermement.

Gabrielle haussa les épaules. « Ça me semble être un gâchis d’effort… ce ne serait pas plus simple de les laisser les lire elles-mêmes ? »

Isaac ne lui répondit pas, au lieu de ça, il se tourna vers Johan. « Voilà le résultat d’avoir éduqué tes femmes, Johan… de l’insolence et de la stupidité. » Il continua d’un pas lourd. Johan lança un regard ironique à Gabrielle mais la barde ne se repentit pas. Elle tira la langue à l’ancien irrité et continua à marcher, le rattrapant pour commencer par un autre angle.

« Fallait qu’elle commence ça maintenant ? » Marmonna Johan à la guerrière, qui étudiait les environs en pleine journée.

« J’ai appris une chose sur Gabrielle, Jo… c’est que quand elle tient un idéal entre ses dents, le seul moyen de l’arrêter c’est de l’assommer », répondit Xena avec un air ironique. « Mais je vais voir ce que je peux faire… Pas besoin de les agacer avant qu’on sorte les gars d’ici. » Elle allongea sa foulée et rattrapa Gabrielle qui testait l’ancien sur les enfants. Sans cérémonie, elle mit la main sur la bouche de son âme-sœur, étouffant ses mots. « C’est quoi cet endroit ? » Demanda-t-elle à Isaac qui eut un air approbateur face à son geste.

« C’est not’ salle de prières », répondit-il d’un ton bourru. « Matthias a pour tâche de vous instruire de nos méthodes… Prêtez attention parce que nos croyances sont sacrées. » Il ouvrit une porte latérale sur le côté opposé du bâtiment dans lequel Xena était entrée la veille au soir et leur permit de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La même odeur de bois et de parchemin s’échappa et Gabrielle passa près de lui pour entrer, s’étant débarrassée de son bâillon sombre et mortel.

« Oh… c’est sympa ici. » La barde eut un regard plus doux pour Isaac. « Tu vas nous faire visiter ? »

L’ancien sembla content de son intérêt. « C’est le côté des femmes, les hommes s’assoient de l’autre côté de cette cloison. »

« Pourquoi ils sont assis dans des endroits différents », l’interrompit Gabrielle.

« La vérité du Seigneur est différente pour les hommes et les femmes », répondit Isaac avec brusquerie. « Les femmes sont plus faibles d’esprit et dans leur croyance… c’est cette faiblesse qui a exclu les nôtres du jardin du Seigneur…. Bien sûr, ils prient à part. »

Un sourcil blond et parfaitement dessiné se haussa. « Pardon ? »

Isaac soupira. « Matthias va vous instruire de nos croyances… mais au début du monde, il n’y avait qu’un seul homme, Adam et une seule femme, Eve…. Ils étaient hébergés dans le jardin du Seigneur et il leur dit qu’ils pouvaient tout avoir sauf le fruit d’un arbre spécial. » Il s’éclaircit la gorge avec importance. « Parce que cet arbre était interdit… pourtant Eve, faible d’esprit, ne respecta pas le Seigneur, et elle mangea un fruit de l’arbre, qui était la fontaine de la connaissance du bien et du mal, et elle fit aussi manger Adam, alors le Seigneur se mit en colère et Il les expulsa du jardin et les envoya dans le monde sauvage. »

Une main levée. « D’accord », déclara Gabrielle. « Que je comprenne bien… Tous les gens de ce monde viennent de deux seules personnes ? »

« Oui. » Isaac bougea avec impatience. « Ecoute… »

« Juste une minute… juste… d’accord, et ces deux personnes vivaient dans un beau jardin et on leur avait dit de ne pas manger des fruits d’un arbre spécial, parce que ce fruit représentait la connaissance ? »

« Euh… la connaissance du bien et du mal, oui. »

« D’accord… alors… la femme était curieuse et elle voulait savoir ce qui se passait, et elle fit manger le gars aussi, pour qu’ils sachent ce qui se passait, et ton dieu a été furieux contre eux pour ça et les a renvoyés ? » La voix de la barde était teintée d’incrédulité.

« Ce n’est pas comme ça qu’on en parle, mais… » Isaac bougea encore. « Oui. »

« Oui… oui… alors à cause de ça, dans votre culture, on interdit aux femmes de rechercher la connaissance ? » Dit- Gabrielle d’un ton raisonnable. « Vous ne les laissez pas lire ou interpréter vos parchemins, ou aller à l’école… des trucs comme ça ? »

Isaac garda le silence un moment. « Je ne l’ai pas vu sous cet angle, mais peut-être que… oui… c’est la loi. »

« Comme… une punition… pour que tout le monde ait été botté hors du jardin sympa, c’est ça ? »

L’ancien recula un peu. « Ce n’est pas une punition… c’est juste notre façon… les femmes ont d’autres tâches », protesta-t-il puis il réfléchit un moment. « Mais je vais consulter les parchemins… c’est une pensée curieuse. » Il regarda Gabrielle avec plus de respect. « La connaissance est un risque et une chose dangereuse, comme nous le savons. »

« L’ignorance, c’est le bonheur », répondit la barde avec un léger sourire.

Avant qu’Isaac ne puisse se sentir offensé, Xena attira son attention d’un balayage de la main. « C’est quoi, ça…. C’est vraiment beau. »

L’ancien s’éclaircit la voix avec un regard circonspect mais il répondit. « C’est notre sanctuaire… là où sont gardés nos plus sacrés parchemins. » Il lança un regard à Gabrielle. « Mais seul le rabbin peut les toucher… ou Dieu transformera les audacieux en poussière. »

« Vraiment ? » Murmura Gabrielle.

« Vraiment ? » Demanda Xena, une petite étincelle dans les yeux.

« C’est la vérité. » Isaac hocha solennellement la tête. « Il y a eu un éclair quand un sceptique est venu dans le sanctuaire il y a deux saisons de ça, et il l’a touché à mort. »

« Bonté divine », dit Johan, impressionné.

Isaac semblait satisfait de leur réponse. « Nous tenons nos lois et nos manières de vivre des écritures… ça nous donne la force d’affronter les difficultés de cette vie, sachant que nous irons dans un endroit meilleur. »

« C’est une pensée très réconfortante », répondit Gabrielle, d’un air pensif. « J’aimerais en entendre plus. »

« Matthias va vous l’enseigner », répondit Isaac mais avec un ton plus amical. « Nous suivons nos lois très strictement, mais vous devez comprendre que c’est pour le mieux… nous voulons que le Seigneur nous juge bien et plus nous frappons les transgresseurs dans cette vie, moins ils ont de risques d’être jugés en Enfer dans la prochaine. » Il leur fit signe de sortir et montra la place. « V’nez avec moi. »

Johan marcha à sa hauteur, laissant Gabrielle et Xena suivre derrière.

« Gabrielle, est-ce que tu avais besoin de le confronter ? » Demanda la guerrière d’un ton plaintif.

« Ce n’est pas ce que je fais… » Protesta la barde. « J’essaie de le faire réfléchir à ce qu’ils font ici… tu es peut-être satisfaite de simplement libérer Toris et Jess, mais pas moi. »

La guerrière soupira. « On peut les sortir d’ici d’abord, s’il te plait ? »

« Xena, bon sang… si tu voulais les sortir de là, tu pouvais juste entrer là-dedans et le faire… nous ne sommes pas en danger ici et tu le sais. » La barde lui lança un regard en coin. « Ne me laisse pas penser que je suis la seule ici qui s’intéresse à ce qui qui arrive à ces gens. »

La guerrière ralentit un peu et laissa de la distance avec Johan et Isaac. « Ecoute, Gabrielle… ce n’est pas que je m’en fiche… c’est juste que c’est leur culture, et leurs croyances et qu’ils y sont attachés. Ces femmes ne sont pas des esclaves et peut-être, juste peut-être, qu’elles sont heureuses de cette vie. » Elle souffla un soupir agacé. « Elles ne demandent pas notre aide. »

La barde garda le silence, en s’écartant un peu et en tapant le sol un peu plus fort en marchant.

« Arrête de taper des pieds », marmonna la guerrière.

« Je ne tape pas des pieds », répliqua sa compagne. « Je suis désolée, Xena… je ne peux pas rester comme ça à regarder les gens conduits vers l’ignorance… qui acceptent la parole de quelqu’un d’aussi faillible qu’eux », déclara-t-elle. « Je sais ce qu’on ressent… c’est tellement bien de croire en quelque chose sans le remettre en question. »

Son esprit se concentra sur son souvenir amer de Krafstar et elle regarda le sol avant de tourner son regard vers le visage de Xena.

Qui réussissait presque à cacher un air tranquille mais profondément blessé.

Parfois, Gabrielle… tu ouvres simplement la bouche et tu laisses des inepties en sortir. Elle se sermonna silencieusement. « Je ne… » pensais pas cela ? Et bien… si elle était complètement honnête, cela pourrait aussi s’appliquer à leur relation. Mais l’année dernière avait été un apprentissage difficile pour elles deux et tout n’était pas mauvais.

La guerrière se contenta d’accélérer. « Viens. »

« Xena ? » Gabrielle trottina pour la rattraper, mettant une main dans le coude de sa compagne.

La guerrière la regarde. « Hmm ? »

« Je pensais à Krafstar. » La barde lui pressa le bras.

La guerrière serra la mâchoire. « Tu n’aurais pas été si ouverte à son égard si je ne t’avais pas donné des raisons de l’être », admit-elle tranquillement. « Et j’en suis désolée. »

Gabrielle garda le silence un moment, reconnaissant tacitement la vérité des mots et les excuses. Puis elle mit cette pensée de côté et changea de sujet. « Alors… qu’est-ce que tu en penses ? »

« De quoi ? » Répondit la grande femme tranquillement, acceptant ce changement de direction.

« Leur manière de vivre. »

Xena haussa les épaules. « Ils obéissent à des règles et s’ils ne le font pas, ils sont punis… et à la fin s’ils font la chose juste, ils vont dans un endroit agréable, la mauvaise ils vont dans un endroit mauvais… ce n’est pas très différent de notre mode de vie, Gabrielle. »

« Mm. » La barde songea. « Mais foudroyer quelqu’un pour avoir touché un parchemin ? »

« Je n’y crois pas », déclara platement la guerrière. « C’est juste pour garder la connaissance dans un petit nombre d’individus… c’est le pouvoir, Gabrielle. »

« Tch… tu es si rapide pour ne pas croire, Xena… » La barde la tança. « Comment tu sais que ce n’est pas arrivé ? Nous avons vu des dieux plus vindicatifs que ça… pourquoi ne pas donner une chance à leurs croyances ? »

La guerrière regarda autour d’elle. « Parce que je suis entrée là-dedans hier soir et que j’ai déroulé un de leurs parchemins et que je suis toujours entière », dit-elle à la barde à voix basse. « Voilà pourquoi. »

Une pause. « Oh. » Gabrielle la tapa du dos de la main dans le ventre. « J’aurais dû deviner. » Elles firent quelques pas en silence avant que la barde ne se rapproche et regarde sa compagne.

Xena la regarda à son tour. « Quoi ? »

« Tu me pardonnes d’être si têtue ? » Quémanda Gabrielle doucement.

Un sourire bougea avec peine les traits de la guerrière. « Gabrielle, je ne voudrais pas que tu changes », admit-elle, en entourant la barde d’un bras amical avant de soupirer. « Viens… on dirait qu’on va avoir une visite de la prison. »

Elles suivirent Isaac dans la grotte et entrèrent à sa demande. « C’est ici qu’on punit ceux qui ne suivent pas nos lois », dit-il sérieusement. « De la façon qu’on estime juste. »

Gabrielle jeta un coup d’œil dans les petites cellules. « Qu’est-ce qu’ils ont fait ? »

« Celui-là a volé l’agneau de son voisin. » Isaac hocha la tête. « Et celui-là a eu des pensées lubriques pour la femme d’un autre. »

Xena observa la scène, peu différente de ce qu’elle avait vu la veille au soir. Son ami dans la seconde cellule dormait, heureusement. « Vous les traitez tous les deux de la même façon ? »

Il la regarda. « La pénitence c’est la pénitence, jeune fille. » Il avança le long de la ligne. « Et on a trouvé des blasphémateurs dans les bois hors du village… l’un d’eux est ici mais l’autre est trop horrible pour vos doux yeux. »

Ils regardèrent dans la cellule. Toris regarda à son tour avec un air ironique sur le visage.

« Il a vraiment l’air dépravé », déclara sérieusement Gabrielle, ce qui lui valut un regard noir de son beau-frère. « Qu’est-ce qu’il a fait ? »

« C’est pas un sujet pour une femme. » Isaac lança un regard méprisant à Toris.

« Tu sais… vu que nous donnons naissance à des enfants vivants, je pense que tu serais vraiment surpris de ce que nos petites têtes peuvent supporter », répondit Gabrielle, ses poils à nouveau hérissés tandis qu’elle sentait son âme-sœur soupirer derrière elle.

« T’as du répondant, jeune fille. » Isaac la regarda d’un air désapprobateur. La barde le regarda à son tour, désapprouvant tout autant.

« Si vous n’arrêtez pas de déverser ces conneries sur moi, je vais vomir sur vous tous ! » Un cri de basse fit écho dans la grotte, familier dans son timbre.

Gabrielle commença à marcher vers le son, s’échappant de la main d’Isaac qui la retenait. « C‘est quoi ça ? » Cria-t-elle à son tour tout en se dirigeant vers le tournant dans la roche, répondant au niveau de frustration dans la voix de son ami.

« Attends… tu peux pas aller là-bas », cria Isaac, qui s’élança derrière elle. Xena et Johan échangèrent un regard puis Xena donna une tape sur la main de son frère avant de suivre sa compagne, secouant la tête dans un dégoût désabusé. Qu’est-ce qui lui prend aujourd’hui bon sang ? Elle se mit au petit trot.

Gabrielle allongea sa foulée, distançant facilement le vieil homme pour contourner le coin, se figeant quand elle faillit se cogner dans deux anciens, qui s’éloignaient d’une grande cage. A l’intérieur, se tenait son ami, dégoulinant, sa fourrure collée à son corps.

Les deux hommes tentèrent de l’attraper mais elle se glissa près d’eux et alla directement aux barreaux, les entourant de ses mains. « Jess », dit-elle doucement.

Jessan cligna des yeux d’un air misérable. « Je veux rentrer à la maison », lui dit-il piteusement.

Gabrielle ressentit une profonde colère en elle. Elle se retourna et fit face à Isaac. « Pourquoi lui faites-vous ça ? »

« Ecarte-toi de lui, jeune fille », ordonna Isaac. « Il est dangereux. »

La barde tourna sur elle-même et poussa le verrou pour ouvrir la cage avant d’entrer. Son regard trouva celui de son âme-sœur et elle eut un air coléreux envers Xena. « Je ne peux pas croire que tu l’aies laissé ici », réprimanda-t-elle la guerrière, qui leva les mains et les laissa retomber.

« Viens par ici, pauvre petite chose. » Elle tendit la main et repoussa le poil des yeux de son ami. « Pauvre Jess. » Elle renifla. « Avec quoi ils t’ont recouvert ? »

Un silence malaisé tomba dans son dos. « Tu… connais… cette créature ? » Isaac fixait Johan avec incrédulité.

Xena sentit son plan se déliter et elle se frotta brièvement les tempes. « Oui », finit-elle par dire, s’avançant les mains sur ses hanches. « Il est… hum… son peuple vit de l’autre côté des montagnes. »

« Son peuple ? » Balbutia un des anciens. « Tu veux dire qu’il y en a d’autres comme lui ? Ce n’est pas un… »

« C’est ce que j’essaye de vous dire », déclara Jessan à travers ses dents serrées. « Vous persistez à penser que je suis… beuh… un humain. » Il passa la langue.

« Hé. » Gabrielle le poussa doucement.

« Oh… bon, vous êtes une exception », lui dit Jess, en penchant la tête en arrière pour la regarder. « Mais je pense que tu viens de mettre le bazar dans le plan. »

Gabrielle regarda son âme-sœur, qui se tenait à demi dans les ombres. « On va trouver un autre plan », répondit-elle doucement. « De toutes les façons, je n’aimais pas vraiment celui-là. » Disparaître dans la nuit était efficace… certes… mais ça n’enseignait rien à ces gens et elle pourrait toujours s’excuser envers sa compagne plus tard.

Xena soupira. « Il est inoffensif. » Elle reçut un regard doré écarquillé et indigné. « La plupart du temps. »

Isaac les regarda tous. « Qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Xena, sors Toris, tu veux bien ? On pourrait tout aussi bien… » Commença Gabrielle, puis elle tourna son regard quand des bruits de course amenèrent un jeune homme, essoufflé.

« Isaac… Isaac… les femmes… il y a une émeute dans l’atelier… Malka vient d’atterrir dans l’abreuvoir… c’est les nouvelles ! »

Xena soupira. « Je savais que j’aurais dû faire ça toute seule. » Elle secoua la tête puis montra Gabrielle et Johan. « Restez ici. Sortez Toris. Je vais voir ce qui se passe et on se retrouve ici. Compris ? » Sa voix claqua d’un ton de commandement.

« Compris », répondit Gabrielle, la regardant affectueusement. « Tu penses que tu pourrais trouver un ou deux seaux d’eau chaude tant que tu es là-bas ? » Elle montra Jess. « Il a besoin d’un bain. »

Les yeux bleus prirent une teinte agacée. « Plus tard, Gabrielle. » Xena passa près du jeune homme qui avait la bouche ouverte et elle se mit à courir, ses foulées puissantes faisant écho quand elle partit.

Ils restèrent à se regarder les uns les autres dans un silence inconfortable. Finalement, Johan soupira. « Je vais sortir le gars. »

Cela fit sortir Isaac de sa stupeur. « Attends un peu… tu n’as pas le droit de faire quoi que ce soit ici… »

Johan mit la main sur son bras. « Mec, j’vais te dire une chose. Si cette grande fille sombre veut que quelque chose soit fait, ne t’mets pas sur son chemin, d’accord ? » Il regarda le vieil homme droit dans les yeux. « C’est pas le genre qu’on embrouille et le mec en question, c’est son frère. » Il passa près d’Isaac et prit le couloir.

Isaac le fixa, stupéfait. Puis il regarda Gabrielle à nouveau. « Vous avez menti. »

Le regard vert clair soutint le sien. « Oui, on a menti… on savait que vous teniez nos amis et on voulait les sortir sans faire trop de bazar. » Elle sortit de la cage et laissa la porte ouverte. « Je ne pouvais pas supporter de voir le pauvre Jess dans une cage… et j’ai décidé que peut-être un peu de bazar c’est juste ce qu’il vous faut. » Elle fit une pause tandis que Toris arrivait au coin et elle sourit. « Salut, frérot. »

« Je suis dépravé, hein ? » Le grand homme aux cheveux noirs s’approcha et l’étreignit. « Comment tu vas ? » Il lui toucha le ventre dans un geste affectueux.

« C’est génial… bien que je pense que ta sœur est sur le point de me faire frire. »

« Ça va lui passer », l’assura Toris. « Hé Jess… » Il eut un regard ironique pour l’être de la forêt qui émergeait de la cage. « Dieux, c’est quoi sur toi ? »

Johan revint, manquant cogner Isaac. « Voilà, c’est fait. »

L’ancien se contentait de rester là, à les fixer. « Fait ? Oui… vous êtes tous faits, c’est vrai. Je vais vous envoyer les marshals au nom du Seigneur ! » Cria-t-il avec colère. « Gardes ! » Un bruit de course lui répondit et cinq grands et jeunes hommes entrèrent, ayant de toute évidence, été envoyés par les anciens qui étaient partis. « Enfermez-les ! »

Xena sortit à grandes enjambées de la grotte externe, secouant la tête tandis qu’elle dépassait deux des anciens, qui lui lancèrent des regards outragés. Maudites Amazones. Elle jura silencieusement tout en poussant la porte et elle se dirigea vers le bruit, qui faisait écho dans tout le petit village depuis l’atelier.

Elle tourna le coin et repéra le problème. « Crottin de Centaure. » Un soupir. Elle avança vers la grande réserve d’eau de lavage hors du bâtiment où trois Amazones dégoulinantes et six villageois dans le même état bataillaient.

« Otes tes pattes de moi, espèce de bout de sabot de Centaure. » Solari grognait, tordant un bras sur lequel un villageois avait une prise ferme.

« Reste tranquille, femme ! » Cria l’homme, juste avant d’être jeté dans le réservoir sans cérémonie. Trois autres hommes poussaient Solari qui saisissait et donnait des coups de poings. Aileen et Cesta en profitèrent et sautèrent sur eux, faisant s’écraser toute la pile de gens dans la boue noire et collante qui entourait le réservoir.

Xena marmonna plusieurs jurons entre ses dents tout en se frayant un chemin en repoussant la foule attentive avant de se planter au milieu de la mêlée, attrapant deux Amazones pour les secouer comme des rats d’eau. « Très bien… ressaisissez-vous et arrêtez ça. »

Une Solari dégoulinante et couverte de boue cligna des yeux. « Oh crottin. »

Cesta tressaillit. « On est dans un tas de merde jusqu’aux chevilles, hein ? »

« Et tête-bêche », confirma Solari ironiquement. « Ecoute, Xena… »

Les hommes trébuchèrent pour se mettre debout. « Espèce de gueuses ingrates », cracha l’un d’eux en essuyant la boue sur son visage. « On les a accueillies et quoi… clochardes pathétiques. »

Xena se redressa de toute sa hauteur et les regarda froidement. « Pourquoi vous ne me laissez pas régler ça, d’accord ? » Dit-elle. « Je suis sûre que ce n’est qu’une incompréhension. » Elle baissa le regard sur les Amazones boueuses. « D’accord ? »

« Y avait pas d’incompréhension… » Rétorqua l’homme. « Elles veulent juste pas faire leur part du travail de la journée, c’est tout… on aurait dû le savoir. » Il cracha à nouveau. « Païennes. »

Xena inspira et se retint à sa patience. « Je vais m’occuper de ça. » Elle garda sa voix ferme.

« Oh oui… tu vas le faire », répondit l’homme. « Et payer pour ma chemise et la sienne aussi. » Il montra le chemin à ses compagnons et ils partirent bruyamment.

Solari tressaillit quand Xena lui relâcha le bras puis elle ôta un morceau de boue sur sa poitrine. « Ils se sont dits qu’on était nouvelles… ils voulaient qu’on lave leurs foutues bottes et leurs chaussettes », marmonna-t-elle.

« Et ils se sont dits qu’on était mûres pour la cueillette », interjeta Cesta avec colère. « Ils poussaient et tapaient comme si on était des foutus moutons… » Elle jeta un coup d’œil à Xena. « Tu aurais fait pareil. »

La guerrière mit les mains sur ses hanches et soupira. « Non… parce que j’ai appris au fil des ans à contrôler ma colère », énonça-t-elle avec soin.

« Xena, il n’y avait aucune raison pour qu’on accepte ça », objecta Solari.

« Ouais, c’était vraiment gluant », résonna la voix d’Aileen.

« C’est hors de sujet », marmonna la guerrière.

« Ils ont cette attitude comme s’ils pouvaient traiter les femmes comme de la poussière, Xena, et je… » Solari fit une pause. « Hein ? »

Un soupir. « Ça n’a pas d’importance… Gabrielle vient de dévoiler notre couverture de toutes les façons », expliqua Xena à contrecœur. « On va devoir faire ça de… »

Des bruits de pas approchaient, beaucoup, qui attirèrent leur attention et elles se retournèrent pour voir une escouade de villageois mâles qui se dirigeaient vers elles, des cordes dans les mains.

Xena regarda le tas de boue avec tristesse. « J’aurais dû faire ça moi-même… je le savais… » Elle regarda la foule qui approchait. « Ecoutez, restez juste tranquilles et voyons ce qu’ils ont à dire. »

« Xena ! » Protesta Solari.

« Ne discutez pas », grogna la guerrière férocement. « J’aimerais sortir de ça sans avoir à tuer quelqu’un pour changer. »

Nous ou eux ? Songea Solari, mais elle garda le silence. Elle regarda dans un silence prudent tandis que Xena se mettait devant elles et levait les mains dans un geste apaisant.

« Voilà les menteuses païennes », montra Isaac. « Enfermez-les avec les autres. »

Les hommes qui l’accompagnaient chargèrent vers Xena et les autres délibérément.

« Attendez une minute », protesta Xena.

« Non… plus aucun mot… nous avons assez entendu vos mensonges », déclara l’homme. « Aujourd’hui c’est le Sabbat… vous allez passer la nuit à réfléchir à la façon dont vous nous avez trompés, ensuite nous vous jugerons après la fin du Sabbat, demain soir. » Il fit signe aux gardes d’avancer.

« Ecoutez… nous voulions juste sortir nos amis d’ici sans encombre », discuta Xena, reculant d’un pas. « Pour que personne ne soit blessé. »

« Reste tranquille, femme », cracha l’homme le plus proche d’elle, tandis qu’il lançait une boucle de corde au-dessus de sa tête.

Une main se tendit et entoura son col, s’enroulant autour du tissu et lui soulevant les pieds au-dessus du sol. Un regard bleu glacé le cloua sans remords. « Sois gentil. » Xena utilisa le registre le plus bas de sa voix. « Ou moi je ne le serai pas. » Elle retira la boucle de corde de son autre main et la jeta au sol.

Solari se frotta le nez, le tachant complètement de boue. « Qu’est-ce qu’elle disait déjà sur sa colère ? » Marmonna-t-elle sourdement à Aileen, voyant que la guerrière plissait soudainement les yeux et le mouvement des muscles tendus sous la robe festive qu’elle portait.

Un silence malaisé s’installa, brisé par un cri au portail. Xena relâcha sa victime et se tourna pour voir un jeune homme qui se dirigeait vers eux à toute vitesse.

« Isaac ! Isaac ! Ya une armée qui arrive ! ! ! »

**********************************

La cellule était… bondée. Gabrielle s’était installée dans le coin au fond, perchée sur un petit banc, les coudes posés sur les genoux. Toris était assis près d’elle et Jessan était affalé contre le mur d’en face, ses mains velues posées sur ses cuisses. Johan faisait les cent pas à l’avant de la cellule. « On aurait pu se contenter de prendre le dessus sur eux… » Il finit par se tourner et regarder Gabrielle.

La barde hocha lentement la tête. « Je sais… mais Xena voulait faire en sorte que personne ne soit blessé… et j’ai suffisamment fichu son plan en l’air… je lui dois de ne pas commencer à botter des fesses. » Elle soupira. « Elle va nous sortir d’ici dans quelques minutes sûrement. Ne vous inquiétez pas. »

« C’est quoi ça ? » Demanda Toris d’une voix neutre. « Je connais ma sœur… elle n’a jamais eu de problème avec le fait de cogner des têtes… je ne comprends pas. »

Gabrielle soupira. Xena agissait étrangement et elle le savait. Elle souhaita savoir ce qui se passait dans cet esprit intelligent… que son âme-sœur troublée semble si hésitante lui faisait un peu peur. « Je ne sais pas », finit-elle par dire. « Et j’aimerais le savoir. »

Mais tout au fond d’elle elle le savait. Une partie d’elle savait et reconnaissait qu’il y avait des zones chez sa compagne qui avaient été cruellement mises en pièces quand elle avait pensé que Gabrielle était morte et ces parties guérissaient très lentement. Xena ne l’aurait jamais admis, même pour elle-même, Mais beaucoup de la confiance en elle bien solide de guerrière avait été endommagé et c’était une lutte pour elle de maintenir sa façade habituellement coriace.

Tout comme il y avait des parties d’elle qui avaient été battues au-delà de tout espoir d’avoir à nouveau à revivre l’agonie et la douleur de la mort d’Hope de ses mains. Elle avait juste espéré que le temps et la naissance de leur enfant aideraient à les guérir toutes les deux. « Ça va aller pour elle… elle a un plan », déclara-t-elle doucement. « Elle en a toujours. »

La porte donnant sur l’extérieur s’ouvrit dans un grand bruit et ils levèrent tous les yeux pour voir entrer une foule, poussant leurs amis en avant à la pointe des arbalètes. Xena était devant et son visage était figé dans un masque sans expression, les autres Amazones étaient couvertes de boue.

« Oh, par Hadès », marmonna Gabrielle tandis qu’ils approchaient avec hésitation.

« Mettez-les dans celle-ci », ordonna Isaac. « Je ne veux pas les mélanger avec nos villageois, peu importe leur degré de pénitence. » Le garde déverrouilla la porte et leur fit signe d’entrer, bien que Gabrielle nota qu’ils faisaient attention à rester hors de portée de son âme-sœur. La porte en bois de la cellule se referma et ils posèrent l’énorme verrou en acier. « Vous pouvez pourrir ici pour ce qui me concerne. » Isaac se retourna et mena les autres au-dehors. « Nous avons une défense à organiser. »

Xena alla au fond de la cellule en silence et elle s’assit près de Gabrielle, s’appuyant contre la paroi rocheuse et reniflant doucement. « Encore un autre joli bazar. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et leur jeta à tous un regard noir.

Tous se regardèrent les uns les autres, embarrassés. Les Amazones firent retraite dans un coin, essayant de gratter un peu de la boue, tandis que Johan rejoignait Toris contre le mur opposé.

Gabrielle souffla doucement puis elle se tourna et regarda son âme-sœur ronchonne. « Alors… c’est quoi le plan ? »

Des yeux bleus maussades se tournèrent vers elle. « Ça me dépasse… vous semblez tous avoir le vôtre… alors allez-y. »

Tout le monde regarda le sol.

Sauf la barde qui se contenta de laisser ses épaules s’affaisser et de faire la moue. Elle savait que sa compagne était vraiment en colère et cela envoya un petit frisson de malaise à travers son corps. Elle savait aussi qu’elle était la seule à qui on pouvait raisonnablement penser pour désamorcer cela. Elle mit une main sur le bras bronzé de la guerrière. « Je suis désolée. » Sa voix était calme et contrite. « J’ai perdu mon sang-froid et j’avais tort. »

Elle pouvait voir l’ondulation des muscles dans la mâchoire de Xena qui mâchouillait sa lèvre et qui baissa les yeux vers la barde, un adoucissement perceptible et immédiatement visible. « Ou, et bien… » Xena se rapprocha un peu. « Tout le monde l’a fait… alors ne te sens pas mal à l’aise. Le problème c’est qu’ils sont attaqués. »

« Quoi ? » Johan et Jessan aboyèrent le mot en chœur.

« Un garde est arrivé… il a dit qu’une armée se dirigeait par ici », leur dit Solari. « Environ cinquante, soixante soldats à cheval… je pense que c’est ce seigneur de guerre, Baracus, dont on a entendu parler. »

Gabrielle regarda sa compagne. « Xena… on ne peut pas rester ici sans rien faire. »

Un haussement de sourcil noir. « Je leur ai proposé, ils ont décliné. » Elle haussa les épaules. « Ils pensent qu’ils peuvent s’en occuper eux-mêmes. »

Un autre silence embarrassé. « Elle a proposé », marmonna Solari. « On lui a dit que si on voulait l’opinion d’une femme, on la lui demanderait. »

La barde réfléchit à ces mots, voyant les muscles de la mâchoire tendus dans le visage anguleux près d’elle. « D’accord… alors ils sont paumés en plus d’être odieux. » Elle soupira. « Mais on ne peut pas se contenter de rester ici et les laisser se faire envahir… en plus, on est coincés ici nous aussi », continua-t-elle d’un ton pratique.

La guerrière ricana. « On peut défendre cette grotte… ce n’est pas un problème. »

« Xena. » Gabrielle enroula sa main autour de celle de sa compagne et entrelaça leurs doigts. « Allons… je sais que ça s’est mal passé… et que c’est de ma faute… mais il faut qu’on sorte d’ici. »

« Ils ne veulent pas de notre aide, Gabrielle », rétorqua Xena d’un air borné.

« Non… mais on devrait la leur donner quand même », insista la barde.

Elles croisèrent leurs regards pendant un long moment tandis que le reste attendait en silence. « Bien », finit par dire Xena en se levant pour traverser la cellule, approchant de la porte sans même ralentir. Elle prit une longue enjambée avant d’arriver et donna un coup de pied sauvage sur la porte en bois, arrachant quatre des poteaux pour l’envoyer à un angle bizarre, pendre sur les verrous en acier de l’autre côté. Elle la souleva puis la jeta d’un côté et elle entra dans la caverne sans même regarder derrière elle.

Avec un soupir silencieux, Gabrielle se leva et la suivit, avançant avec précautions près de la barrière en bois. « Venez. » Elle fit signe aux autres. « Allons-y. »

*****************************

La cour extérieure était pleine d’hommes qui couraient, la plupart portant des armes, soit des arcs, soit des scythes ou les habituelles piques. Personne ne les remarqua jusqu’à ce qu’ils soient au milieu de la zone, alors un homme saisit Isaac et lui montra.

Il se retourna et fixa, puis il fit signe à plusieurs hommes de se diriger vers eux. « Remettez-les à l’intérieur. »

Dix hommes se précipitèrent vers eux et Xena se contenta de marcher, les attaquant tous avec des coups de pieds et des coups de poings sauvages, jusqu’aux deux derniers, qu’elle se contenta de saisir, leur faisant se cogner la tête, les laissant tomber derrière elle tandis qu’elle continuait à avancer, droit vers Isaac.

« Très bien, tu m’écoutes maintenant », claqua-t-elle en se penchant sur lui. « Je n’ai pas le temps de rester là assise à débattre avec toi. Si c’est Baracus qui vient vers nous, vous allez être débordés et vous avez besoin de toute l’aide que vous pouvez avoir. »

Isaac la fixa puis il se tourna à l’arrivé de Matthias, regardant les hommes qui grognaient à terre. « On n’a pas besoin de votre aide », déclara fermement le jeune homme. « On peut se débrouiller tout seuls. »

Xena croisa son regard. « Ce sont des soldats qui viennent par ici. Vous êtes des fermiers. »

« Et tu n’es rien d’autre qu’une femme stupide », répliqua Matthias. « Parce que nous nous entraînons pour la guerre et nous sommes très capables », ajouta-t-il. « Ces hommes vont voir notre défense et ils vont fuir. »

« Vraiment ? » Gabrielle se mit près de son âme-sœur dont elle ressentait qu’elle était sur le point d’exploser. « Tu es du genre à parier ? »

« C’est quoi cette folie ? » Interrompit Isaac. « On n’a pas beaucoup de temps pour jouer. »

« Mm… bein, je parie que votre meilleur combattant… peut être battu par… oh… disons… une femme enceinte. » La barde lui sourit. « Avec un bâton. »

« Gabrielle », marmonna Xena entre ses dents.

La barde lui tapota le dos. « Allons, Xena… J’aurais pu être vraiment méchante et dire qu’on te mette un bandeau et qu’on te lie une main derrière le dos. » Elle s’avança et prit un bâton qui traînait, le soulevant. « On a un accord ? Je gagne, vous nous laissez vous aider, je perds, on part d’ici et on vous laisse faire. »

« Tu es folle », ricana Isaac.

Mattias prit un bâton et lui fit signe. « Très bien, on a un accord… on n’a pas le temps de jouer et je veux en finir avec ça. » Il s’avança et lança un coup contre elle.

Elle lui fit tomber le bâton des mains avec une précision mortelle. « Tu sais, je ne t’aime pas vraiment », dit-elle paresseusement, attendant qu’il reprenne son bâton. Elle s’avança vers lui et visa son bâton, le repoussant puis fouettant ses genoux du sien pour le déséquilibrer. « Tu me dis quand tu en as assez, d’accord ? Je ne veux pas vraiment m’en demander trop… on me dispute sinon. » Ceci dit avec un tout petit air d’excuses vers son âme-sœur qui fulminait.

Il se releva et s’appuya sur son bâton, puis il réattaqua, dans un mouvement circulaire à hauteur de sa tête. Elle para le coup puis le laissa la dépasser pour lui cogner les fesses, l’envoyant au sol. Cette fois, il y resta. « Bon… on peut commencer à discuter de la manière d’empêcher ces soldats d’envahir cet endroit ? »

Isaac leva les mains. « Je n’ai ni la force ni le temps de voir ça avec toi maintenant… si vous voulez nous aider à porter des choses, faites comme vous voulez. » Il se retourna et repartit vers ses papiers de plan.

Xena soupira et secoua la tête. « Je vais chercher mes affaires. » Elle jeta un coup d’œil aux Amazones, Jessan et Johan. « Jess, fais un tour de cet endroit et trouve dans quel genre de pétrin nous sommes vraiment… Prends Solari avec toi. »

Il hocha la tête et lui fit un sourire à pleines dents. « Je vais aller plonger dans le lac. J’espère que l’odeur de poils mouillés ne vous dérange pas. »

« Ça devrait sentir meilleur qu’actuellement », commenta Solari avec un tressaillement.

La guerrière se tourna et se dirigea vers l’écurie, gardant les yeux vers le sol et ses pensées pour elle-même.

Gabrielle s’appuya sur son bâton emprunté et soupira. « Frendan, as-tu remarqué s’il y avait beaucoup de tissu pour faire des bandages et des herbes, quand tu étais dans l’atelier ? »

La toute petite Amazone secoua la tête. « Non… il faut que j’aille vérifier ? » Son regard se posa sur Gabrielle d’un air adorateur.

« Ce serait mieux », dit la barde en grimaçant, ensuite elle regarda vers l’écurie. « Je vais voir si je peux lisser des plumes très ébouriffées. » Elle partit dans cette direction prenant son bâton avec elle, laissant les Amazones restantes écouter les plans des villageois.

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L’écurie était tranquille à part les reniflements des chevaux et le bruit de sabots sur la paille. Xena alla directement vers le chariot et déverrouilla le compartiment caché, le sentant se relâcher contre sa main. Elle s’agenouilla au bord de la carriole et tira sur ses armes et son armure, sentant le cuir et le cuivre frais contre sa peau. Elle se releva et posa ses affaires sur le siège du chariot puis elle sortit l’armure en cuir et la secoua, faisant tomber des fétus de paille de ses plis obscurs.

Un léger craquement l’alerta qu’elle avait de la compagnie, mais elle n’en avait pas besoin, ses sens lui disant, avant que n’importe quel son lui parvienne, qui se tenait dans son dos. Le léger bruit de pas se rapprocha et elle put entendre la respiration de Gabrielle et sentir son odeur distincte.

Une main légère toucha son dos, le réchauffant à travers le tissu de sa robe, accentuant la connexion qu’elle ressentait toujours quand Gabrielle était proche.

« Hé. » La voix de la barde était douce et pensive.

« Hé », répondit Xena en grognant, consciente qu’il lui était quasiment impossible de rester en colère contre sa compagne trop longtemps. Mais elle garda les yeux sur son travail et secoua le cuir à nouveau. « Tu es heureuse là ? »

La barde se mit entre elle et le chariot, la forçant à la regarder tout en pressant leurs corps l’un contre l’autre. « Xena. » Elle mit les deux mains sur la poitrine de la guerrière. « Est-ce que je suis heureuse qu’on soit attaqués ? Quel genre de question c’est ça ? »

Les yeux bleus la regardèrent. « Tout le monde dit sans cesse ne pas comprendre pourquoi je ne cogne pas quelques têtes pour en finir avec tout ça… et bien… » Elle regarda ses mains. « Je présume que c’est ce que je vais faire maintenant. »

« Xe ? Qu’est-ce qui se passe ? » Demanda doucement Gabrielle. « Ecoute… si c’est ton sentiment, qu’ils aillent chez Hadès… on se contente de partir. »

« Et laisser tes précieux villageois ? » Répliqua Xena.

La barde sentit son cœur commencer à battre fort. « Je ne comprends pas ce qui se passe ici…Xena, on aide des gens tout le temps, tu te souviens ? »

La guerrière baissa le regard.

« Ecoute… je suis vraiment désolée que le plan ait foiré… et j’admets que c’est de ma faute, d’accord ? » Gabrielle la regarda. « Je me suis déjà excusée une demi-douzaine de fois… j’ai perdu mon sang-froid et je ne suis pas sûre de savoir ce que tu attends encore de moi. »

Xena garda le silence, mais son corps bougea, les épaules affaissées et les muscles de sa mâchoire se serrant et se détendant.

« Tu ne… te sens pas bien ou quoi ? » Hasarda la barde. « Est-ce qu’il s’est passé quelque chose d’autre… que je ne sais pas ? Ça ne te ressemble pas. » Elle fut encouragée par le fait que Xena n’avait pas bougé, ni ne s’était reculée, au lieu de ça, elle restait tranquillement immobile, presque comme si elle tirait du confort de leur contact. « Allons, mon amour… dis-moi tout… qu’est-ce qui se passe là-dedans ? »

« Je… » Xena sentit ses défenses s’éroder et la colère presque irrationnelle s’effaça, laissant une tristesse tranquille à la place. « Désolée… je ne suis pas vraiment sûre de savoir pourquoi j’ai réagi comme ça. » Elle finit par relever le regard et elle regarda les yeux verts très inquiets devant elle. « Et ce n’est pas de ta faute, Gabrielle… je ne te blâme pas d’avoir réagi ainsi quand tu as vu Jess… j’aurais dû les faire sortir hier soir et nous serions tous partis. »

Gabrielle relâcha un souffle qu’elle avait à peine remarqué retenir. « Chérie, ne me fais pas peur comme ça. » Elle laissa sa tête retomber en avant pour venir contre la poitrine de Xena, sentant que ses jambes se mettaient à trembler.

Xena l’étreignit, sentant les tremblements à travers son propre corps. « Je suis… désolée », murmura-t-elle, en massant le dos de la barde et en savourant le contact de la peau de Gabrielle contre la sienne. « Je suis… je pense que je me fatigue d’avoir à me battre, Gabrielle… je voulais faire ça sans avoir à le faire… vraiment », expliqua-t-elle tranquillement. « C’est si facile d’utiliser la force… je… »

La barde leva la tête et étudia sa compagne. « Alors partons… on ne peut pas sauver tout le monde. » Elle connaissait Xena. « Rentrons simplement à la maison. »

Les yeux bleus la regardèrent avec ironie. « Tu dis ça parce que tu sais que je ne le ferai pas. » Mais un tout petit sourire retroussa les lèvres de Xena.

Gabrielle soupira. « Je sais que tu as mal… et j’aimerais pouvoir arranger ça. » Elle regarda le visage de Xena. « Et je sais que c’est de ma faute. »

Un mouvement de la tête brune. « Non. »

La barde leva la main et caressa affectueusement la joue de sa compagne. « Oui. »

Xena déglutit. « Tu sais… j’ai failli te suivre. » Sa voix craqua. « Dans ce puits. »

Gabrielle se figea et la regarda simplement.

« Arès m’a arrêtée. »

« Bien entendu qu’il l’a fait. » Les yeux de Gabrielle s’assombrirent de colère. « Pour ses propres raisons. »

« Il m’a dit… que je n’irais jamais aux Champs Elyséens », murmura doucement Xena.

« Xena, tu sais qu’il aurait dit n’importe quoi pour que tu fasses ce qu’il voulait », objecta Gabrielle avec un ton d’urgence.

Xena prit sa joue dans sa main. « Il a fait beaucoup de choses horribles, Gabrielle… mais il ne m’a jamais menti éhontément. »

Un silence douloureux. « Alors tu l’as cru. » Elle regarda la guerrière hocher brièvement la tête. « Et tu n’as pas cru que je te retrouverais quel que soit l’endroit où tu finirais ? » Ça faisait mal et elle ne le nia pas à elle-même.

« Non… je l’ai cru », la corrigea Xena doucement. « Il m’a demandé si tu méritais vraiment cela. »

Gabrielle prit plusieurs inspirations. « Quel salaud. »

Xena lui caressa le visage. « C’est une question valable, Gabrielle… et la seule réponse qui me venait c’était non. » Elle déglutit. « Alors… ce que j’essayais de faire, c’était de trouver… ton esprit… pour que je puisse te le dire face à face, et espérer que tu me pardonnes. » Elle secoua la tête. « Et ensuite… quand j’ai découvert que tu étais toujours vivante… je devais commencer à me poser la question, à quoi ça servait ? » Elle souleva l’armure et la laissa retomber. « Pourquoi est-ce que je fais ça ? Je ne pourrai jamais expier pour tout ce que j’ai fait…personne ne peut me pardonner, pas même moi-même… je… »

« Xena… » La barde garda le silence, peu sûre de ce qu’elle devait dire.

« Tout ce que je peux faire… c’est essayer de vivre et te rendre heureuse… et je ne peux faire aucun des deux si je passe mon temps à batailler », finit sa compagne, d’un ton misérable. « Je ne sais plus quoi faire. »

Gabrielle soupira et posa le front contre l’épaule de son âme-sœur. « Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Xena n’avait pas de bonne réponse pour ça, alors elle se contenta de poser sa tête contre celle de Gabrielle.

« Laisse-moi deviner… tu ne voulais pas m’inquiéter », murmura la barde dans sa chemise.

« Je pensais juste que je… » Xena soupira. « Je pensais que c’était une réaction à ce qui s’était passé… et que ça faiblirait… après un moment. »

« Mais ça ne l’a pas fait », devina Gabrielle.

« Non. » La guerrière soupira. « Je ne sais pas où aller à partir de là. »

Gabrielle la caressa sans y penser pendant un moment, réfléchissant. « Attends une minute. » Elle leva les yeux. « Arès a dit que tu n’allais pas aux Champs ? »

Un hochement de tête.

« Mais… il n’a pas dit où tu allais », dit la barde d’un ton raisonnable. « Pas vrai ? »

Un silence intrigué. « Et bien, la déduction… »

« Non… oublie la déduction, Xena… il ne l’a pas dit », insista Gabrielle. « Ce bâtard rusé t’a piégée… tout ce qu’il a dit c’est que tu n’allais pas finir à Elysia. »

Xena réfléchit un instant. « C’est vrai », admit-elle à contrecœur. « Il n’a rien dit d’autre. » Elle ressentit un minuscule apaisement de la sombre dépression qui avait pris possession d’elle et qu’elle repoussait avec obstination. Son regard alla vers l’écurie. « Je pense qu’on ferait mieux d’y aller… écoute, je… »

Un doigt sur ses lèvres. « Toi écoute. Je t’aime », déclara fermement Gabrielle. « Et si je dois mettre le monde sans dessus dessous pour trouver… un moyen de croire… que ça nous permet le pardon… pour nous deux… alors c’est ce que je vais faire, Xena. » Sa voix était ferme. « Je trouverai un moyen. »

La guerrière lui prit le visage. « Tu es mon moyen », lui dit-elle simplement. « Rien d’autre ne compte pour moi. »

Cette responsabilité s’installa sur les épaules de Gabrielle. « Nous allons rentrer à la maison après ça, Xena… et il n’y aura plus de combats. Juste toi, moi et notre enfant. » elle caressa l’épaule de la grande femme. « D’accord ? »

Un léger sourire. « D’accord… » Les yeux bleus perdirent un peu de leur expression hantée. « Désolée… c’est vraiment un mauvais timing », reconnut doucement Xena. « Je pensais que j’avais la main là-dessus. »

Gabrielle pinça un peu les lèvres. « Ne me rejette juste pas, d’accord ? » Plaida-t-elle. « Nous sommes passées par beaucoup trop de choses pour ça, Xena… et je sais que toutes les deux, nous avons encore des endroits douloureux. »

La grande femme prit une inspiration et la relâcha avec un petit signe de tête. « Tu as raison… sortons d’abord de ce bazar, ensuite… » Elle détacha les lacets qui fermaient sa robe. « Peut-être que Baracus va passer à côté de cet endroit… il n’y a pas grand-chose pour lui. » Un lacet se coinça et elle tira dessus avec impatience mais sentit qu’on lui retirait doucement les mains du tissu.

« Laisse-moi faire avant que tu ne commences à le déchirer. » Gabrielle s’affaira et libéra le nœud puis elle tira sur les lacets. « Voilà. » Elle regarda son âme-sœur retirer la robe, la lumière du soleil poussiéreuse s’engouffrant dans l’écurie par les hautes fenêtres cirées et saupoudrant ses épaules d’étincelles dorées, son visage renvoyé dans l’ombre. « Alors… qu’est-ce que les Amazones faisaient ? »

« Elles se bagarraient. » Xena soupira tout en enfilant sa combinaison, et elle carra inconsciemment ses épaules tandis que le cuir réchauffait sa peau. « Quoi d’autre ? Elles ont pris ombrage de devoir faire du travail manuel. » Elle serra les attaches puis tendit la main pour prendre l’armure que Gabrielle lui tendait. « Et apparemment certains hommes pensaient qu’ils allaient faire un peu de shopping. »

Gabrielle passa sous le bras gauche de sa compagne pour serrer l’attache de sa cuirasse. « Ah oui ? Je présume qu’ils n’ont pas fait affaire ? »

Un léger ricanement. « Plus qu’ils ne le pensaient, je présume », marmonna Xena tandis qu’elle tirait sur son bracelet d’avant-bras, puis ses bracelets délacés. Gabrielle se rapprocha immédiatement et commença à les serrer. Elles restèrent dans un silence paisible pendant un moment avec le soleil qui les enveloppait, puis la barde leva les yeux.

« Et bien, ils vont devoir revoir leur opinion sur les femmes combattantes avant que nous ne partions. »

Xena se permit un sourire à contrecœur tandis qu’elle positionnait son chakram et attachait son fourreau sur sa combinaison, replaçant son épée plus confortablement. « Oh oui », acquiesça-t-elle ironiquement. « Au moins nous avons un groupe plutôt bien armé, entre nous, les Amazones et Jess. »

« Tu oublies ton frère », lui rappela Gabrielle.

« Non, je ne l’oublie pas », répliqua la guerrière avec un sourire narquois.

La barde le lui retourna et mit les bras autour de sa grande compagne avant de la serrer affectueusement. « Tu te sens mieux ? »

Xena posa sa joue sur la tête de Gabrielle et l’étreignit à son tour. Elle pouvait sentir la pression du ventre arrondi de la barde contre elle et un minuscule mouvement se transmit à travers sa combinaison. C’est ça qui est important, Xena… débarrasse-toi de tout le reste de ces conneries et essaie de te souvenir de ça. « Oui. » Elle soupira. « Je vais bien. »

« Bien. » Gabrielle plia la robe et la mit dans le chariot, puis elle fit un pas en arrière pour laisser sa compagne tirer sur son armure de jambes et ses bottes. Se tenant là dans le soleil fracturé, dans une brillance à demi obscurcie et à demi dorée, la dualité de sa nature semblait ciselée pour le regard de la barde. Elle tendit la main et mit la frange de Xena en ordre, l’arrangeant avec soin puis elle sourit. « Alors, je suis pardonnée d’avoir lancé une chèvre au milieu des poulets ? »

L’air sévère de la guerrière s’adoucit. « Oui… en plus, vu ce qui s’est passé, c’est plutôt discutable en fait », admit-elle. « Je présume que je devrais aller calmer les Amazones aussi, hein ? »

Les yeux verts étincelèrent dans le soleil. « Oh… je ne sais pas… des Amazones châtiées… ça m’a plutôt amusée », la taquina gentiment Gabrielle. « Peut-être que tu ne devrais pas leur pardonner tout de suite. »

Finalement, cela lui valut un sourire de son âme-sœur. « Châtiées ou chastes ? Je ne suis pas sûre que tu pourras gérer cette dernière option. »

« Dit par la femme qui en a renvoyé une hurlant dans la nuit », répliqua Gabrielle, en mettant une main sur sa hanche, un sourcil haussé.

Un autre sourire, celui-ci confinant à la débauche. « Viens… partons d’ici. » Xena mit un bras autour de l’épaule de sa compagne. « Je suis sûre que ta réputation est sur le point de monter de plusieurs crans… pour m’avoir domptée aussi facilement. »

« Domptée, toi ? » Gabrielle éclata de rire, tout en prenant la taille de Xena, frottant un pouce contre le cuir familier. « Comme si. » Elles continuèrent bras dessus bras dessous et sortirent dans la cour en désordre.

« Comment elle fait ça ? » Murmura Aileen à Solari, qui était occupée à nettoyer ses armes.

« Hein ? » L’Amazone brune bougea brusquement la tête et regarda dans la direction qu’Aileen lui montrait, pour voir Xena et Gabrielle qui traversaient la cour, la guerrière portant maintenant sa combinaison en cuir et son armure habituelles, et toutes les deux avaient l’air d’être des tourterelles toutes fraîches. « Par le téton gauche d’Héra, je suis sûre de ne pas le savoir », marmonna Solari, en secouant la tête. « Ça doit être ce truc de l’amour… mais tu sais quoi, je m’en fiche… ça a marché. »

« Mm », approuva Aileen. « Bon sang, ce qu’elle était en colère. »

Solari se massa la nuque là où Xena l’avait saisie. « Oh oui… mais tu sais quoi, chaque fois que je pense à elle, c’est comme ça que je la vois. » Elle montra de la tête la grande silhouette vêtue de cuir. « Là-dedans, avec Gabrielle près d’elle. »

« Elles ont traversé beaucoup d’épreuves », commenta doucement Aileen. « C’est dur de croire qu’elles ont pu rester ensemble à travers tout ça. »

Un rire léger de la part de Solari. « C’est un des grands mystères non élucidés du monde, tu as bien raison. » Elle garda le silence tandis que les deux femmes dont il était question se mettaient près d’elles.

« Et bien ? » Xena la regarda d’un air interrogateur.

« Eh. » Solari remua la main. « Une muraille bien entretenue autour du périmètre, avec des accès décents, mais ils n’ont qu’une douzaine d’arcs longs, et environ une demi-douzaine de flèches chacun… quelques bâtons, trois lances, une poignée d’outils de ferme, une douzaine de cloches que nous pourrions probablement leur jeter, et un tas de pierres. »

Xena soupira. « Ce n’est jamais facile. »

« Et ça empire », déclara Jessan, qui vint se mettre dégoulinant près d’elles, l’eau scintillant sur sa fourrure dorée. « Ils ont du minerai d’argent et des gemmes par ici. »

Tout le monde le regarda. « Quoi ? » Xena haussa les sourcils jusqu’à sa frange.

Un signe de tête poilue. « Ouaip… des seaux pleins… ils ont dû les récupérer en creusant dans cette montagne par-là… bien cachés dans leur lieu de prière. » Il s’interrompit tandis que tout le monde clignait des yeux. « Tu as dit de regarder partout », continua-t-il d’une voix blessée. « Je me demandais pourquoi ils avaient tout ce truc et étaient si secrets… et bien… ils ne gardent pas les moutons, ça c’est sûr. »

La guerrière ricana. « Bon sang. » Elle secoua la tête. « Tu penses que Baracus le sait ? »

Jessan leva ses deux bras velus puis les laissa retomber contre ses cuisses. « Je doute qu’il se dirige par ici pour la nourriture. »

« Hmmm… tu as assurément raison », marmonna Solari. « Faut que je vous dise… je ne sais pas ce que vous avez eu, mais la cuisine d’Eponine est meilleure que ce qu’on a eu nous. »

Un moment de silence révérencieux suivit cette profonde déclaration. « Beuh. » Gabrielle se mordit la lèvre.

« Il ne va pas seulement attaquer alors… il va envahir cet endroit. » Xena soupira. « Bon sang. » Elle regarda vers l’endroit où les hommes du village étaient massés autour d’Isaac. « S’ils prend ces fonds, il va pouvoir embaucher tous les foutus mercenaires de ce territoire… et on va avoir des gros problèmes. »

Tout le monde la regarda avec respect. « J’avais pas pensé à ça », admit Solari.

« Tu n’as pas été lui », lui dit Xena, brusquement. « Je sais que si j’avais trouvé un filon comme celui-là, j’aurais pris cet endroit d’assaut pour ça. » Elle réfléchit un moment puis prit une inspiration. « Je vais aller en finir avec ça. »

« Je te suis, L’E… » Jessan s’interrompit, lançant un regard d’excuse à Xena. « Je veux dire… »

Une main sur son bras. « C’est bon. » Xena carra les épaules et se dirigea vers le groupe agité, les deux Amazones dans la périphérie, qui attendaient avec son frère.

Ils la suivirent et Solari pencha la tête près de Gabrielle. « Comment il allait l’appeler ? »

Le regard vert se tourna vers elle sévèrement. « L’Elue. »

« Comme dans… » La brune Amazone haussa les sourcils. « Mais je pensais que… »

« C’est comme ça que son peuple l’appelle », expliqua la barde à voix basse, observant sa compagne du coin de l’œil. « Ils la vénèrent. »

« Oh », dit Solari d’une petite voix. « Ça alors ! »

« Oui. » Gabrielle nota le retour du sautillement fluide dans la marche de son âme-sœur tandis que celle-ci se dirigeait vers le conflit ainsi que le mouvement de ses épaules alors qu’elle passait eu déhanchement caractéristique que la barde connaissait bien. « Mais dans des moments comme ceux-là… c’est le côté d’elle dont on a besoin. » Elle leva la tête et allongea sa foulée pour rattraper la guerrière.

« Trois d’entre vous hors les murs et soyez vigilants… le reste, ramassez tous vos armes et nous nous retrouvons devant le portail », prononça Isaac d’un ton important.

« Il va charger le portail », l’interrompit la voix de Xena.

« Femme, je t’ai dit que si tu voulais… » Isaac se tourna vers elle en colère puis il s’arrêta brusquement de parler et sa mâchoire s’affaissa alors qu’il faisait face à une combattante d’un mètre quatre-vingt, au regard noir et armée jusqu’aux dents.

« Je m’appelle… » La guerrière marcha à grands pas lents vers lui, mit ses mains sur ses hanches couvertes de cuir et le regarda de haut. « … Xena. » Elle fit une pause significative. « Sers-t-en. ».

« Par le Dieu adoré, qu’est-ce que tu es ? » Le vieil homme inspira. « Tu n’es pas… non… une de ces horribles Amazones, n’est-ce pas ? »

« Non », répondit d’un ton neutre Xena, pointant du pouce par-dessus son épaules. « Ça, ce sont les Amazones. » Elle fit signe à Gabrielle qui regardait en silence. « Et elle, c’est une reine Amazone. » Un doigt pointé vers Jessan. « Et lui c’est un être de la forêt. » Une pause. « Je ne suis qu’une combattante. » Une autre pause. « Une combattante de très mauvaise humeur. » Elle se fraya un chemin à travers la foule et les regarda tous tour à tour. « Et vous allez vers un tas d’ennuis, parce que je présume que ce seigneur de guerre connait votre petit secret et qu’il vient pour démolir cet endroit. »

Les hommes se regardèrent. « Comment sais-tu ça ? » La défia Matthias. « Peut-être que tu es un de leurs espions ! »

« Ne sois pas idiot. » Jessan arriva à grands pas. « J’ai regardé dans votre petite boite. »

Un choc. « Quoi ? »

« Vous voyez ? » Il montra ses yeux dorés. « Ils fonctionnent bien. » Ensuite il leva les mains. « Les pouces opposables aussi. »

« Tu es un animal. » Isaac leva brusquement la main.

Jessan le regarda puis il se secoua soudainement, envoyant de l’eau du lac partout sur les hommes. « Ah. C’était bon ça. » Il leur fit un sourire et se tourna vers Gabrielle. « C’était plutôt animalier, hein ? »

« Ecoutez. » Xena se massa les tempes. « Votre seule chance c’est soit de le distraire, soit de fuir. » Elle les regarda. « Il a cinquante ou soixante mercenaires à cheval… se battre contre lui n’est pas une option. »

« Pour eux », marmonna Jessan entre ses dents.

Le regard bleu alla vers lui puis un minuscule soupçon de sourire recourba les lèvres de Xena.

« Nous ne quitterons pas nos foyers. » Isaac secoua la tête. « Dieu va nous regarder pendant cette épreuve… il va nous protéger de ces hommes. »

La guerrière réfléchit à ces paroles. « Oh… bien, d’accord alors… je présume qu’on va partir… vous n’avez pas besoin de nous. » Elle haussa les épaules. « Allez, tout le monde… on a ce pour quoi nous sommes venus… reprenons le chemin de la maison. » Elle se retourna et commença à marcher vers l’écurie, entourant les épaules de Gabrielle la faisant se retourner pour la suivre avant que la barde ait le temps d’ouvrir la bouche.

Elles firent sept ou huit pas quand Isaac cria.

« Attendez. »

Elles s’arrêtèrent. Xena tourna la tête et haussa un sourcil.

« Peut-être que… j’avais tort… peut-être que Dieu vous a amenés à nous dans un temps de besoin », reconnut le vieil homme. « Il agit de… très… mystérieuses façons… mais ce n’est pas à nous de questionner sa volonté. » Il s’éclaircit la voix. « Vous pouvez rester et nous aider. »

« On a souvent nommé Xena comme la réponse à une prière », l’informa Gabrielle avec un visage neutre. « On va voir ce qu’on peut faire. » Elle ignora le coup dans ses côtes. « A quelle distance se trouve l’armée ? »

L’éclaireur la regarda avec incertitude, puis Isaac, puis il haussa les épaules. « Une journée…ils ont attaqué une caravane marchande pas loin d’ici et ils se demandent toujours ce qu’ils peuvent faire de ça. »

« Salauds », marmonna Johan. « La caravane allait sûrement à Amphipolis. »

Xena soupira. « Oui… et on ne veut pas le combattre là-bas non plus… » Elle sentit un pincement d’inquiétude. « Même avec la milice… très bien… chaque chose en son temps… apportez des provisions dans cette grotte, on peut la défendre si rien d’autre ne marche », ordonna-t-elle. « Des tonneaux d’eau, des fruits secs… tout ce que vous trouverez pour survivre. »

« Matthias, demande aux femmes de commencer à bouger tout ça », prononça Isaac. « Ça leur donnera quelque chose à faire et les empêchera de se tracasser. » Il se tourna. « Prenez le chariot et apportez des tonneaux d’eau… vite. C’est bientôt le Sabbat. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » Demanda Gabrielle curieuse.

« C’est le temps du Seigneur… quand nous ne devons pas travailler, juste nous reposer et le vénérer », expliqua Isaac. « De ce soir au coucher du soleil jusqu’au coucher de soleil demain. »

Xena s’avança. « Attends… tu te rends compte que vous allez devoir travailler demain, avant que ces gars n’arrivent, pas vrai ? »

« Notre devoir envers notre Seigneur passe avant toute chose », lui dit l’homme. « Il nous protègera comme il l’estimera… comme il vous a envoyés à nous. » Isaac se tourna et fit signe aux autres hommes. « Venez… allons nous engager dans la prière et la méditation… que Dieu connaisse nos intentions. » Ils quittèrent les femmes qui se tenaient dans l’espace ouvert et se dirigèrent vers la salle de prière, leurs têtes les unes contre les autres, le son montant et descendant.

« Par les dieux », balbutia Gabrielle.

« Et bien. » Jessan tira sur sa barbe généreuse. « Si ce n’est pas la plus grande troupe de crottes de lapins qu’on ait jamais vue. »

« Ces gens sont cinglés, Xena », dit Solari d’une voix chantante. « Tu avais raison pour commencer… on aurait juste dû attraper les gamins et filer. »

« Hé. » L’être de la forêt fit la moue. « Je ne suis pas un gamin. »

« Et moi non plus », se plaignit Toris.

Xena les regarda. « Gabrielle, tu voudrais bien écrire quelque chose dans ton journal pour moi ? »

La barde cligna des yeux. « Bien sûr. »

« Un c’est simple, deux c’est de la compagnie, trois ce sont des ennuis », énonça Xena. « Double ça si ce sont des Amazones ou des membres de ma famille. »

« Compris. » Gabrielle les regarda d’un air d’excuse, puis elle se rapprocha de la guerrière. « Est-ce que je peux assumer en toute sécurité que je suis la compagnie ? » Demanda-t-elle à voix basse.

Les yeux bleus étincelèrent solennellement à son égard. « Très bien… donnez-leur un coup de main pour bouger tout ce truc dans la grotte… et essayez de voir s’il y a une sortie à l’arrière, juste au cas où. » Elle pointa les Amazones, Jessan et sa famille. « Et toi. » Elle regarda la barde. « Tu viens avec moi. »

« Où est-ce que tu vas ? » Demanda Toris, en mettant les mains sur ses hanches.

Xena mit un bras autour de son âme-sœur. « Je vais prier et méditer », déclara-t-elle. « Peut-être que j’aurai de la chance et que je serai frappée par une idée de comment on va se sortir de ça. »

« Alors. » Gabrielle s’appuya contre l’arbre sous lequel elles s’étaient mises à l’abri. « Est-ce qu’on a un plan ? »

Xena était allongée dans l’herbe à ses pieds, et fixait les nuages ses mains croisées sur son estomac. « On n’a pas vraiment beaucoup d’options. » Elle étouffa un bâillement. « On peut tous quitter le village… on peut lui faire peur ou bien on peut le combattre. »

« Xena, je ne pense pas que ces gens voudront quitter cet endroit. » La barde passa paresseusement les doigts dans les cheveux noirs de sa compagne. « Et je sais que tu préfèrerais ne pas avoir à le combattre. »

Un haussement d’épaules. « Si je dois le faire… je dois le faire, Gabrielle… il a cinquante soldats, j’ai toi et moi, un être de la forêt, six Amazones et un troupeau de moutons. » Elle fit une pause. « Je pense que ça nous met à égalité. »

La barde se mit à rire.

« Mais… tu as raison… si on le combat et qu’on le repousse, il reviendra avec plus d’hommes et de mauvaise humeur la fois suivante », analysa la guerrière. « Et nous ne voulons pas qu’il parte frapper Amphipolis… ce dont nous avons besoin c’est de quelque chose qui lui fasse quitter les lieux sans vouloir revenir. »

« Pourquoi pas la cuisine ? » Fit remarquer la barde ironiquement. « Je blague… heu… » Elle réfléchit tranquillement. « Et si on cachait tout le monde ? »

Xena observa les nuages, des petits joufflus qui voletaient paresseusement dans le ciel bleu. « Et si Baracus pensait qu’il risque d’être sévèrement malade ici ? »

« Malade ? » Gabrielle plissa le front. « On pourrait prétendre qu’on a la fièvre, je présume… mais… »

« Non… ça doit être plus effrayant que ça… » Sa compagne réfléchit pensivement. « Tous ces types ont des barbes, pas vrai ? »

« Heu… oui. »

« Eh. » Très lentement, un sourire passa sur les lèvres de Xena. « Et si Baracus pensait que ses hommes étaient en danger de se transformer… en mignons gros nounours ? »

La barde ricana, se couvrant la bouche pour étouffer un rire. « Allons, Xena… personne n’y croirait… même si nous avons le pauvre Jessan comme exemple. »

« Non… pas s’il était le seul… » La guerrière se mit sur un coude, ses yeux intelligents étincelant. « Mais on pourrait montrer une évolution de la maladie… qui commencerait par… oh… une petite folie comme de faire la révérence, se parler à soi-même, ensuite chanter en groupe… et enfin quelques êtres de la forêt locaux… qu’en penses-tu ? »

« Oh Xena… ces types n’accepteront jamais de jouer comme ça. » Sa compagne rit. « Pas que ce ne serait pas drôle… ou que ça marcherait, pour le coup. »

« Jouer ? » La guerrière sourit. « Ils n’en ont pas besoin… c’est ce qu’ils faisaient faire à Jessan, d’ailleurs… ça fait partie de leur vénération », dit-elle. « Tout ce qu’ils ont à faire, c’est ce qui leur est naturel… ça semblera si étrange à Baracus, qu’il ne saura pas quoi faire. »

« Et bien… » Gabrielle y réfléchit. « Et toutes les femmes ? »

Un sourire. « Je présume qu’elles devront prendre des responsabilités, hein ? »

La barde la regarda avec vénération. « Tu es une humaine étonnante, tu le sais ? »

Xena rougit un peu et baissa les yeux, un sourire embarrassé sur les lèvres. « Ça pourrait ne pas marcher », avertit-elle.

Gabrielle traça la pommette dessinée d’un doigt. « Si on ne peut rien faire… on peut toujours se battre. »

Un hochement de tête. « Gabrielle… je… voudrais-tu faire quelque chose pour moi, si c’est à ça qu’on arrive ? » Xena la regarda avec sérieux.

« Si je peux, bien sûr », répondit la barde.

La guerrière prit sa main et la serra doucement. « S’il te plait… ne te bats pas cette fois-ci », lui demanda-t-elle. « Tu sais que ce n’est pas parce que je pense que tu ne peux pas le faire. »

Gabrielle prit une inspiration puis la relâcha lentement. « Mais… »

« S’il te plait », demanda Xena avec force. « Reste avec les enfants… défends les… mais pour l’amour des dieux, Gabrielle… ne te mets pas devant une lance si on en arrive à ça. »

La barde réfléchit à la requête, reconnaissant sa légitimité. « Très bien… mais tu dois me promettre quelque chose. »

« Si je peux, bien sûr. » Xena masqua un sourire de soulagement.

« Ne te mets pas dans une situation dangereuse que j’aurais pu t’éviter. » Gabrielle lui mit le bout de son doigt sur le nez. « Si tu es blessée, je ne serai pas capable de me le pardonner. »

« Je ferai de mon mieux », promit la guerrière. « D’accord alors ? »

« D’accord. » Gabrielle acquiesça à contrecœur. « Mais j’espère que ton plan marchera, parce que ça va être vraiment très, très drôle, et ça fera une histoire géniale. » Elle se pencha en avant et embrassa son âme-sœur. « Allez… je meurs d’envie de t’entendre leur dire ce qu’ils vont avoir à faire… ces culs de moutons coincés, prétentieux et dominateurs. »

Xena se releva et mit la barde debout avant de se rediriger vers le village.

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« Tu veux que quoi ? » La voix de Jessan monta à en devenir presqu’un couinement, ce qui était particulièrement décalé venant d’un homme de deux mètres aux crocs aiguisés. « Xeeennaa ! Même si je pouvais les trouver… qui dit qu’ils feront ce que je leur demanderai ? »

« Essaye », lui conseilla la guerrière d’un ton brusque. « Si ça ne marche pas, reviens… nous allons t’utiliser et peut-être coller de la laine de mouton sur mon frère. »

« Hé. » Toris mit les mains sur ses hanches. « Je fais pas dans les moutons, Xena… je pensais que c’était ce qui nous avait valu de nous retrouver ici pour commencer. »

« Fais… le… » Gronda Xena doucement tout en lançant un regard à son frère.

« Je ne sais pas, Xena… tu veux que je me conduise comme un ours en hibernation… » Objecta Jessan avec suspicion. « Je veux dire… ils ont ces… » Il remua ses griffes. « Et leurs visages… » Il mima un groin. « Et ils se dandinent. »

Une main vint lui saisir sa poitrine velue et tira fort. « Ecoute… si je peux agir comme une villageoise incapable, tu peux agir comme un ours. »

« Eu… rugir. » Jessan passa d’un pied sur l’autre. « Tu vois ? Je peux me dandiner. »

« C’est mieux. » La guerrière le relâcha. « Maintenant écoutez… nous ne pouvons pas échapper à ça. Baracus n’est pas idiot… et il sait à quoi je ressemble, alors je vais rester hors de vue. » Elle les regarda. « Tout a été déménagé ? »

Solari plia les bras. « Oui… et je pense que la moitié de ce truc c’était des foutues briques… chaque chose devenait un héritage sans prix. » Elle regarda par la fenêtre vers la cour silencieuse et éclairée par le soleil crépusculaire. « Et toutes ont disparu assurément. » Elle se tourna vers Gabrielle. « C’est quoi tout ce truc ? »

La barde était assise à une table rudimentaire, dans l’écurie qu’ils avaient réquisitionnée comme centre de commandement. C’était plus confortable que d’être l’objet de toute cette curiosité furtive dans les maisons, et, comme Solari le nota, ils pouvaient au moins mâcher leurs rations de voyage dans une paix relative. Gabrielle écrivait dans son journal et elle fit une pause en levant les yeux. « Pour autant que je puisse en parler, ils ont une journée par semaine de repos… leur religion le leur dicte. Tous les travaux s’arrêtent… ça inclut la cuisine, le nettoyage, les travaux aux champs… tout sauf le repos et la prière. »

Tout le monde réfléchit à ces paroles. « Et bien… » Solari fit une grimace et haussa les épaules. « J’ai entendu parler de coutumes bien pires… ce serait génial d’avoir une excuse pour traîner une fois par semaine. »

« Oh ? Et quelle excuse tu utilises habituellement ? » Commenta Cesta en tordant les lèvres ironiquement. « Je vous ai vues filer après le déjeuner… voyons voir… c’était pour… euh… patrouiller ? »

Xena ricana. « Je ne comprends pas pourquoi ils ont besoin qu’on leur ordonne de se reposer. »

Gabrielle se mit à rire, puis elle se couvrit rapidement la bouche et retourna à ses écrits, sans regarder sa compagne. Mais ses épaules étaient légèrement secouées.

La guerrière s’éclaircit la voix. « Très bien… bon… demain on les laisse faire leur routine habituelle… Gabrielle, tu sais quoi faire quand Baracus arrivera ? »

« Je l’accueille », répondit promptement la barde. « Et je lui dis qu’une maladie étrange provoque de la folie dans tout le village. » Elle mit une note dans son journal. « J’essaie de le convaincre que c’est quelque chose dans la montagne que nous creusons. »

« Bien. » Xena hocha la tête. « Solari, vous pouvez contenir les moutons ? »

L’Amazone fit craquer ses phalanges. « Oui… mais ça va être le bazar. »

« C’est bon… je pensais que tu aimais la boue », répliqua la guerrière avec un sourire ironique. « Toris, toi et Johan vous restez dans la grotte… si Jess ne trouve pas d’êtres de la forêt locaux, on va devoir se servir de vous. »

« Xena, je ne suis pas vraiment doué pour ce genre de chose », protesta son frère. « Je ne peux pas juste… »

« Non. » La guerrière lui coupa la parole. « Ecoute, tout ce que tu as à faire c’est de t’enrouler et dormir… en quoi c’est difficile ? »

« Nu… avec une nuée de mecs armés et en colère pour me regarder ? » Argumenta Toris. « Tu pourrais toi ? »

Sa sœur laissa un sourire sournois passer sur ses lèvres. « Bien sûr », dit-elle d’un ton traînant. « Mais tu as déjà cinquante pour cent des poils… et quelques autres attributs qui me manquent malheureusement. »

La porte craqua en s’ouvrant et ils regardèrent tous dans sa direction. Sarah se tenait là, dans une longue jupe et une chemise douloureusement blanche, ses mains serrées devant elle. « Matthias m’a envoyée… pour voir si vous voulez vous joindre à nous dans la prière. »

Ils se regardèrent tous puis comme dans un consentement mutuel, vers Xena.

Elle cligna des yeux. « Heu… »

« Nous adorerions le faire », répondit fermement Gabrielle. « N’est-ce pas ? » Elle ferma son journal et se leva. « Les nouvelles expériences élargissent l’esprit, pas vrai ? »

« A ce niveau, le mien va faire la largeur de la rivière Styx », marmonna Solari.

Xena lança un regard sévère à sa compagne mais soupira. « Bien sûr, Sarah… heu… nous avons encore des choses à planifier… c’est très long ? »

« Pas vraiment… nous avons notre service, ensuite Isaac va parler sur les écritures et nous retournerons à la maison pour un dîner froid… vous êtes tous les bienvenus. » La jeune femme eut un sourire prudent, essayant de ne pas regarder vers les Amazones presque nues.

« Nous… heu…nous avons des trucs avec nous », lui dit hâtivement la guerrière. « Ça ira pour nous… vous êtes prêts maintenant ? »

Sarah hocha la tête. « Oui… il m’a envoyé voir si vous vouliez venir… et vous montrer où vous asseoir. »

« Très bien… venez. » Xena leur fit signe et avança vers la porte. « Passe devant, Sarah. »

La femme lui jeta un coup d’œil puis vers les Amazones puis de nouveau vers elle. « Heu… vous ne pouvez pas entrer dans la maison du Seigneur comme ça. »

La guerrière plissa le front. « Et alors ? » Demanda-t-elle, intriguée.

Sarah apparut très embarrassée et elle tourna son regard vers Gabrielle. « Nos lois nous interdisent de nous dénuder ainsi. » Elle s’éclaircit un peu la voix. « C’est inconvenant. »

La barde s’avança et s’éclaircit la voix, anticipant la réponse sarcastique qu’elle pouvait sentir chatouiller la langue de sa compagne. « Sarah… tu vois, c’est comme ce… tu connais le forgeron ? »

La femme cligna des yeux. « Bien sûr, mais qu’est-ce que ça a à voir avec ça ? »

« Il porte un tablier et un pantalon en peau, parce que son travail le rend nécessaire pour lui, pas vrai ? » Lui dit Gabrielle. « C’est un peu comme un outil. »

« Oui. » Sarah hocha la tête.

« D’accord… et bien… le travail de Xena c’est d’être une guerrière, et ce sont ses outils. » La barde passa la main sur le cuir noir. « Ils la protègent et la mettent en sécurité. » Ses doigts tracèrent une spire en cuivre. « Et vu qu’elle travaille pour essayer de protéger ton peuple, je ne pense pas que ton Seigneur voit un inconvénient si elle porte ceci pour écouter votre service. »

La femme étudia la guerrière silencieuse pendant un moment. « Si elle porte ça pour sa protection, alors, pourquoi il y en a si peu ? »

Ah. « Et bien… » Gabrielle se gratta le nez. « C’est parce que c’est une tellement bonne guerrière qu’elle n’a pas besoin de beaucoup de protection. » Elle laissa son toucher traîner sur la cuisse de Xena. « Si elle en portait plus, elle ne serait pas aussi rapide qu’elle l’est. »

« Je vois. » Sarah jeta un coup d’œil aux Amazones. « Et elles alors ? » Elle regarda de plus près. « Ce sont des plumes ? »

« Ce sont des Amazones. » Gabrielle prit le bras de Sarah et commença à la guider vers la sortie. « Ça fait partie de leur coutumes sacrées… en fait, quand Xena a été retenue chez les Amazones, elle a dû subir un procès qui impliquait des plumes. »

« Vraiment ? » Dit Sarah d’un ton songeur. « Tout est si différent… mais tu ne t’habilles pas comme elles. »

Gabrielle regarda le groupe, qui avançait maintenant derrière elle avec des sourires sur le visage. « Non… en fait, quand je ne suis pas enceinte, je le fais… en fait, je porte moins que les Amazones. »

Sarah la regarda. « Ton mari n’avait pas d’objection ? »

« Je n’avais pas de mari. » La barde se retrouva à dire ces mots avant même de pouvoir les arrêter.

« Je pensais que tu avais dit que tu étais… » La femme faiblit. « Ou bien était-ce aussi un mensonge ? »

Gabrielle soupira. « Non… je suis mariée… je n’ai juste pas de mari. » Elle pouvait entendre les rires légers du groupe derrière elles.

« Tu veux bien me rendre un grand service ? » Finit par répondre Sarah à tout ça.

« Euh… d’accord. »

« S’il te plait, ne m’explique plus rien, j’ai mal au crâne. »

« Pas de problème », acquiesça Gabrielle brusquement. « Alors… parle-moi de ce service. »

******************************

La salle de prière était bondée et ils entrèrent par l’arrière du bâtiment, tandis que Sarah emmenait Toris, Johan et le très rétif Jessan vers le côté des hommes avant de timidement emmener le reste vers le côté des femmes, dans la salle coupée en deux.

Un murmure bas montait et descendait et s’échappa du bâtiment tandis qu’une Sarah pudique descendait l’une des rangées suivie par ses compagnes à l’air exotique.

Xena se fit un point d’honneur à se tenir là, dans la lumière des torches tout en retournant chaque regard désapprobateur avant de s’asseoir et de croiser les bras sur sa poitrine. Elle était habituée aux regards d’une part, et d’autre part, les bancs étaient fichtrement inconfortables. Elle lança un regard d’acier à Gabrielle tandis que la barde mettait ses pieds sous le siège. « Elargir son esprit, hein ? » Marmonna-t-elle.

Gabrielle se contenta de lui tapoter la cuisse. « Tu as survécu aux Douze Actes de Sophocle avec moi devant Thèbes… tu peux survivre à ceci. »

« Oh s’il te plait… Xena… je ne t’ai jamais demandé rien de pareil… » Gabrielle l’avait suppliée en tirant sur la jupe en cuir de sa compagne dans son enthousiasme. « J’ai toujours voulu voir ça… »

Xena avait soupiré. « Gabrielle… nous n’avons pas le temps… viens maintenant, tu sais que nous avons dit à Hercule que nous allions les voir lui et Iolaus ce soir… nous nous arrêterons la prochaine fois que nous viendrons ici, je te le promets. »

Les épaules de la jeune femme s’étaient affaissées. « Je sais », avait-elle admis, en baissant les yeux. « Très bien… je suis désolée… je… je n’ai pas réfléchi. » Elle avait pris son sac et son bâton nouvellement acquis et elle s’était redressée. « D’accord… allons-y. »

La guerrière avait soupiré silencieusement, reconnaissante, et elle avait fini d’attacher l’équipement d’Argo, puis elle avait commencé à quitter la cité, se hissant sur le dos du cheval avant d’installer ses pieds fermement dans les étriers. Elles étaient à quelque distance des bâtiments quand elle avait jeté un coup d’œil derrière elle, sans savoir vraiment pourquoi et elle avait saisi Gabrielle qui regardait derrière elle avec nostalgie, son visage tendu dans un léger froncement tandis qu’elle se retournait à nouveau, glissant quasiment. Xena avait rapidement tourné la tête vers les oreilles d’Argo et avait soupiré.

Bon sang, avait-elle pensé… je suis devenue un seigneur de guerre pour ne pas avoir à traiter des gamins irritables et entêtés. Je me contentai de leur briser le crâne et de les laisser pour compte. Elle avait tiré un poil noir dans la crinière de la jument avec irritation. Je n’ai pas demandé d’acolyte et je n’ai aucune intention de la chouchouter et de la dorloter.

Encore quelques pas. Elle avait jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, pour voir les yeux vert clair fixés sur la route, un air de concentration sur le visage expressif de la jeune fille. Ses lèvres bougeaient un peu comme si elle se parlait à elle-même. »

Essayait de se convaincre, comme elle le faisait toujours avec Xena.

La guerrière avait étudié ses mains, ensuite, avec un juron intérieur et silencieux qui aurait hérissé les poils d’Argo, elle avait tiré sur les rênes pour arrêter la jument. « Attends. » Elle avait sauté à bas et s’était agenouillée près du cheval, soulevant son sabot pour l’examiner. Un éclair de soleil couchant argenté avait dansé sur ses mains tandis qu’elle prenait sa dague, ensuite elle se releva, tenant un fer à cheval légèrement recourbé dans sa main puissante. « Bon sang. »

Gabrielle était venue se mettre devant Argo et avait regardé par-dessus l’épaule de la jument. « Oh… qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Elle a dû se casser un ongle. » Xena avait étudié le fer avec un dégoût évident. « Et je n’en ai pas d’autre… ce métal se recourbe, aussi. Je vais devoir aller voir le forgeron là-bas pour le remettre en état. » Elle avait soupiré de frustration. « Très bien… retournons là-bas… on ne peut pas prendre la route comme ça. »

Elle avait pris les rênes d’Argo et avait commencé à reprendre le chemin en sens inverse, jonglant avec le fer à cheval tout en marchant. Gabrielle était venue se mettre à sa hauteur, maniant son bâton avec un peu d’embarras tandis qu’elle marchait sur le sol poussiéreux. « Ouaouh… je veux dire… c’est dommage… mais ça ne va pas prendre trop de temps, pas vrai ? » Avait-elle demandé avec prudence, prétendant que la réponse lui irait quelle qu’elle soit.

Xena avait soupiré. « Je ne sais pas… ça dépend de si je peux trouver ce type… » Elle avait regardé le soleil. « Je présume qu’on ferait mieux de prévoir de passer la nuit ici… on va devoir mettre les bouchées doubles demain pour rattraper. » Elle avait tourné un visage renfrogné vers Gabrielle. « Ça veut dire que tu chevauches aussi. »

La jeune fille avait hoché la tête, repoussant ses cheveux derrière une oreille. « D’accord. »

Quelques pas à contrecœur. « Je présume que tu peux aller voir ton quoi que ce soit que tu veux voir », avait marmonné l’ex seigneur de guerre. « Vu qu’on est coincées ici. »

Des yeux verts brillants s’étaient soudain tournés vers elle, un sourire excité sous la surface du visage prudemment neutre de Gabrielle. « Je présume que je peux, oui », avait-elle dit. « Si ça ne te dérange pas. »

Le vent léger et chaud repoussait les cheveux de Xena en arrière et elle avait plissé les yeux à cause du soleil. « Bon sang… il fait chaud… » Avait-elle grommelé. « Ce truc se passe dehors, pas vrai ? »

« Oui… mais pas avant le coucher du soleil », lui avait dit Gabrielle. « Il devrait faire plus frais d’ici là… et il n’y a pas de nuages, alors je ne pense pas qu’il va pleuvoir, ou autre chose. » Elle avait soufflé joyeusement. « Ça devrait être parfait… pas trop venteux non plus. »

Xena avait relâché un soupir maussade. « Je pourrais aussi bien y aller avec toi… il fera plus frais que dans cette fichue auberge », avait-elle maugréé.

« Oh… ouaouh… tu le penses vraiment ? Ce serait génial ! » Les yeux de Gabrielle avaient brillé. « Je veux dire, je sais que tu préfèrerais faire un bras de fer ou bien rosser des types… mais je pourrais nous avoir des sandwiches et on pourrait beaucoup s’amuser ! » Elle avait glissé deux fois pour rester au niveau des longues enjambées de Xena. « Je vais aller à l’auberge pour nous avoir un dîner… et je peux te rejoindre à l’amphithéâtre, qu’en penses-tu ? »

« Oui… oui… comme tu veux », avait répondu la guerrière tandis qu’elles revenaient dans la ville et elle se détourna pour aller vers la forge. « Sois prudente, c’est tout, d’accord ? »

« Oui… » Impulsivement, la jeune fille lui avait fait une de ces étreintes surprenantes. « Merci, Xena… je veux dire… je suis désolée pour le fer d’Argo, mais… »

Xena lui avait lancé un regard de lassitude sévère. « Vas-y… je te retrouve là-bas. » Elle avait regardé Gabrielle partir en courant, cognant presque un âne avec son bâton, puis elle avait regardé le fer puis Argo. « Le clou est parfait, Argo… je ne sais pas ce qui m’a pris, par Hadès. »

La jument hennit et lui poussa l’épaule.

« Oui… oui… je sais… bon, viens… allons trouver un homme pour ce fer. » Elle regarda au loin. « Ensuite j’irai regarder une pièce, je présume. » Elle avait soupiré. « Ça ne peut pas être si mauvais, après tout ? »

Xena tressaillit en se rappelant la pièce, puis elle regarda le groupe de femmes. Elles regardaient maintenant attentivement le rideau tissé qui les séparait d’Isaac, et la salle s’installa.

Un coup dans ses côtes. « N’aie pas l’air aussi grincheuse », marmonna la barde.

La guerrière inclina la tête. « Je me sens comme une lionne au milieu d’un troupeau de moutons », grommela-t-elle.

« Bêêê », répliqua la barde très doucement. « Xeeennnaaa a été une môôôvaise fiiiillle. »

« Arrête ça. » Xena se mordit la lèvre pour s’empêcher de rire.

Elles se calmèrent, après plusieurs regards désapprobateurs de leurs voisines et elles écoutèrent Isaac qui commençait à parler.

Ce qui n’eut pas d’effet parce que c’était dans une langue différente. « Génial. » Xena lança un regard à sa compagne.

« Tu comprends ? » Murmura la barde.

« Non », répliqua son âme-sœur.

« Bien », répondit Gabrielle. « Alors le dogme ne nous embêtera pas. »

Xena se rendit compte qu’elle avait marqué un point et elle tourna ses pensées avec contentement vers le plan, ignorant les hauts et les bas de la langue mélodique et fluide.

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A suivre partie 4

 

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18 mars 2019

Y'a comme un air de printemps.

mar

Chouette, une nouvelle histoire de Gaxé !

Bonne lecture !

Kaktus

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