Guerrière et Amazone

29 octobre 2016

Lecture !

mar

De la bonne lecture pour un dimanche que je vous souhaite agréable !

- Cinquième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Nos vies passées, de honey, fin de l'histoire !

A bientôt !

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Chose promise, chose due, partie 5

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due (Promises Kept)

5ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Les châteaux ont un air lugubre sous la pluie, décida Gabrielle. Du moins de l’extérieur, ce qui rendait le fait d’être à l’intérieur bien plus agréable quand la tempête faisait rage dehors. Elle était couchée sur le côté un bras sous la tête, à regarder la pluie fouetter le balcon et à écouter avec plaisir la douce respiration égale derrière elle.

Xena l’entourait de ses bras et le visage de la guerrière était niché dans son cou, réchauffant sa nuque d’une façon très agréable ; elle était toujours profondément endormie dans ces heures de l’avant-aube.

En fait, songea Gabrielle. Pourquoi je suis réveillée ? Elle s’était réveillée peu de temps avant, alors qu’un éclair illuminait la chambre et maintenant elle n’arrivait plus à retrouver le sommeil. Son attention se tourna brièvement en elle, vérifiant avec précautions la possibilité qu’elle ait des nausées et elle fut légèrement déçue de ne pas en avoir. Bien que… ça pourrait être un bienfait mitigé… En se souvenant de ce que ça avait été la dernière fois.

Dieux. C’était comme si elle éjectait toutes ses tripes … avec des spasmes si rudes que ça lui avait donné mal au crâne et avait irrité sa gorge. Elle avait mal partout et elle se souvenait d’un sentiment juste… horrible, comme si tout son corps se rebellait contre elle, luttant contre elle à chaque tour.

Elle soupira. Ce n’était définitivement pas le cas cette fois. Elle prit une profonde inspiration, consciente de chaque touche de fumée humide depuis les chandelles vacillantes et de la brise brumeuse et humide également. Elle se sentait… bien. Très centrée et paisible, malgré la situation stressante dans laquelle elles s’étaient retrouvées, et la sécurité réconfortante de l’étreinte de Xena ne faisait qu’intensifier ce sentiment.

Un mouvement derrière elle lui fit lever les yeux tandis que Xena bougeait et mordillait légèrement son oreille. « Hé ! » Lâcha-t-elle, surprise. « C’est mon oreille ! » Elle donna un petit coup joyeux dans les côtes de son âme-sœur.

« Mmm. » Le grondement sourd chatouilla l’oreille en question. « Je sais. » La guerrière mordilla à nouveau puis tourna son attention vers la fenêtre. « Oh. Bien. » Un soupir. « C’est une bonne chose que j’aime la boue, pas vrai ? »

Gabrielle roula sur le dos et regarda pensivement la grande femme. « Tu sais, Xena… » Elle secoua lentement un doigt paresseux. « Ça pourrait être dangereux pour toi de tomber malade maintenant… en fait je pense moi que ce serait stratégiquement… mauvais. »

Les yeux bleus se tournèrent vers elle dans la lueur faible. « Ah oui ? Et bien, je pense moi que tu veux juste que je traine au lit avec toi toute la matinée », contra-t-elle avec un léger sourire narquois.

La barde sourit. « C’est vrai, mais je pense quand même que sortir par ce temps est plutôt idiot. » Elle se blottit plus près et commença un doux dessin. « Qu’est-ce que tu veux prouver… que tu ne fonds pas ? » Elle sourit quand elle sentit le corps de Xena réagir, se coller plus à elle et se détendre. « Hmm ? »

« J’avais l’habitude de faire faire des exercices à mon armée chaque fois qu’il pleuvait », répondit-elle d’une voix légèrement amusée. « Pour les habituer à plusieurs conditions… si on ne s’entraine que quand il fait beau, qu’est-ce qui va se passer quand on va se retrouver pris dans une tempête au milieu de la bataille ? »

Gabrielle réfléchit un long moment. « Hm. » Elle finit par lever les yeux. « C’est tout à fait pertinent, Xena. »

La guerrière ouvrit les yeux avec un air innocent. « Et ça te surprend ? » Elle soupira. « Je ne fais pas toujours les choses parce que je suis du genre à contrarier, ma barde. » Elle bougea un peu et soupira. « Il faut que je me lève de toutes les façons… je savais bien que je n’aurais pas dû manger ces trucs au piment hier soir… j’ai des nausées. » Elle roula sur le dos et tressaillit. « A quoi je pensais, par Hadès. » Son front se plissa d’inconfort. « Dieux. »

La barde se mit sur un coude et regarda sa compagne avec inquiétude. « Ça va aller ? »

Xena donna l’impression de se concentrer sur quelque chose pendant un instant puis elle ouvrit les yeux et fit un petit signe de tête. « Oui… il faut juste que je prenne de ce truc que je t’ai donné l’autre jour. »

Gabrielle sortit du lit en se tortillant. « C’est quoi… je vais te le chercher », proposa-t-elle en se dirigeant vers leurs affaires. « C’est le truc jaune et vert, c’est ça ? » Elle se tourna pour voir le signe de tête de sa compagne. « Tiens bon. » Elle mit les herbes dans une tasse en bois qu’elle remplit d’eau propre et froide et elle remua avec le doigt. Ensuite elle revint vers le lit et s’assit sur le bord, tendant la tasse. « Tiens… bois ça. »

Xena vida le contenu et laissa sa tête retomber sur l’oreiller. « Bon sang. » Elle semblait un peu surprise. « Je ne me suis pas sentie aussi mal depuis longtemps. »

La barde lui prit la tasse et la posa, puis elle se rapprocha et glissa une main derrière la tête de Xena pour masser la nuque de son âme-sœur. Bizarre. Je m’attendais à me réveiller malade et c’est elle. Elle en fut intriguée puis elle contracta le front. Attendez une minute, par tous les dieux. « Xena, tu as mangé de l’asperge hier soir. Je n’ai pas les symptômes mais elle oui !

« Non pas du tout. » Xena secoua la tête. « Je déteste les asperges. » Une pause. « Tu le sais bien. »

Une longue pause. « Dieux. » Les yeux bleus s’ouvrirent avec consternation. « Mais si. » Elle leva sa tête sombre et regarda Gabrielle dans la pénombre, consternée. « Qu’est-ce que j’ai donc par Hadès ? » Une touche de panique se fraya un chemin dans sa voix. « Ce ne sont pas encore les Parques… n’est-ce pas ? »

Il lui fallut beaucoup pour ne pas sourire largement mais la barde y parvint. Au lieu de ça, elle rampa plus près et tira sur la guerrière pour l’étreindre affectueusement. « Viens par ici », ordonna-t-elle doucement. Bon… il est temps de parler ouvertement… les dieux savent que je ne veux pas qu’elle déraille sans raison et si elle pense à la façon dont elle s’est comportée ces deux derniers jours, elle va sûrement le faire. « Allez… par ici. »

Xena lui lança un regard intrigué mais obéit, laissant sa tête reposer sur l’épaule de la barde. « OK », marmonna-t-elle, une expression tendue sur le visage. « Je ne peux pas recommencer, Gabrielle… c’était… dieux… c’était le début…non… je… »

« Chh… doucement… écoute-moi, d’accord ? J’ai une petite histoire pour toi », l’informa Gabrielle en rassemblant son courage. « Tu te souviens de notre union ? »

La guerrière s’arqua pour se redresser et la fixa. « C’est quoi cette question ? » Demanda-t-elle, tout son corps raidi.

« Doucement… » Gabrielle la repoussa vers le lit. « Je présume que oui… ok, bon, je parlais à Elaini le matin avant la cérémonie et elle me racontait des histoires vraiment très drôles sur comment ça se passe quand des gens unis par le Lien avaient des enfants. »

« Gabrielle, qu’est-ce que ça a à voir avec tout ça ? » Répliqua Xena, d’un ton irrité. « Je les ai entendues… Jess m’a raconté comment il avait commencé à manger des pommes de pin un jour et… » Elle s’arrêta et inspira. « Hum. Désolée… continue. » Sa voix s’adoucit soudain. « S’il te plait. »

La barde s’éclaircit la gorge. « Et bien, ce qu’elle disait c’était qu’elle et Jess partageaient, je veux dire partageaient vraiment tous les différents stades de la grossesse… jusqu’aux symptômes. » Elle sentit la respiration de sa compagne s’accélérer et elle savait que la sienne aussi. S’il vous plait, dieux… qu’elle ne soit pas trop déçue. S’il vous plait. « Elle a dit que c’est comme ça que ça se passait pour eux. »

« Pour eux. » La voix de Xena devint un peu rauque.

S’il vous plait. « Oui. »

« Gabrielle, nous sommes comme eux. » Une réponse tendue et chargée.

« Je sais. » S’il vous plait. S’il vous plait. S’il vous plait. « C’est vrai. »

Un silence.

« Et par hasard tu ne serais pas en retard. » Presque avec hésitation. 

« Sept jours. » Et elle ferma les yeux et se contenta d’attendre.

Un sourd grondement sauvage fit trembler sa peau et elle sentit tout le corps de Xena convulser tandis que leurs positions s’inversaient et qu’elle était blottie dans des bras puissants. Elle croisa toutes les parties de son corps et regarda la guerrière.

Un regard étincelant soutint le sien tandis qu’un énorme sourire passait sur les lèvres de Xena. « Fils de BACCHAE !!! » Le cri faillit lui percer les tympans et Gabrielle eut à peine l’occasion de respirer avant d’être soulevée et qu’on la fit tournoyer puis elle se retrouva serrée à nouveau contre le corps très chaud de Xena, où elle put entendre le battement effréné du cœur de son âme-sœur contre sa peau, et elle fut étreinte si fort que ça lui fit presque mal.

Je présume que tout va bien. Elle sentit une vague chaude de soulagement la traverser. Merci.

« Pourquoi tu ne l’as pas dit ? » Dit Xena dans un souffle tandis qu’elle la prenait par les épaules et la regardait droit dans les yeux. « Dieux, Gabrielle… tu n’as pas idée de combien je… »

La barde sentit un sourire passer sur ses lèvres. « Et bien… honnêtement… je ne m’en suis pas rendue compte moi-même avant hier… je vérifiais mon journal pour autre chose et j’y ai vu que j’aurais dû commencer mon cycle avant que nous partions et je ne l’avais pas fait et… » Elle relâcha un souffle joyeux. « Mais je ne m’attendais pas à ce que ça commence aussi vite… et tu l’avais dit… alors… je… je me suis dit que j’étais juste en retard… c’est tout… parce que je n’avais aucun autre symptôme vraiment. » Elle gloussa. « Mais… »

Xena se frappa le front. « Mais moi si. » Elle leva les yeux d’agacement. « Dieux… comme j’ai été stupide. »

Elles se regardèrent puis Xena lâcha un cri puissant et la reprit, sautant hors du lit et les faisant tournoyer toutes les deux en cercle, avant de faire deux grands pas et de se lancer dans un saut exubérant qui les fit presque atterrir près de la fenêtre battue par la pluie. Elle sauta de bas en haut jusqu’à ce que la barde fonde dans des rires impuissants et soulagés, puis elle se tint simplement là à la serrer et à la bercer d’avant en arrière. « Ooouuuh. » Elle relâcha un long souffle saccadé. « Gabrielle… Gabrielle… Gabrielle… »

Cette dernière se laissa aller dans ce qui était un moment de joie pure dans une vie qui en manquait cruellement. « Je présume que tu te sens mieux maintenant, hein ? » Finit-elle par réussir à balbutier, reprenant son souffle après avoir ri et pleuré en même temps.

« Je me sens géniale. » Xena rayonnait. « Je… je ne voulais rien dire avant parce que… parce que je te connais… je veux dire que je ne… » La guerrière s’interrompit et prit une profonde inspiration. « Que je reprenne du début… je suis fichûment contente d’entendre ça, Gabrielle. »

« Je ne l’aurais jamais deviné. » La barde l’étreignit joyeusement. « Moi aussi… même la pensée est tellement merveilleuse. Je peux à peine le supporter. »

La guerrière la fit encore tournoyer et rit, puis elle enlaça son âme-sœur et soupira béatement. « Je ne peux pas le croire… Gabrielle, connais-tu la probabilité que… »

« Réussir en une fois ? » Répondit doucement la barde. « Plutôt basse, non ? »

Un éclair explosa, les illuminant et faisant ressortir les cheveux noirs de Xena. « Très… et quand dis-tu que tu devais… »

Gabrielle se désengagea, alla vers le bureau et revint avec son journal dont elle fit tourner les pages. « Là. »

Elles regardèrent toutes les deux la page puis l’une l’autre. Xena écarquilla perceptiblement les yeux. « Je ne… » Elle s’arrêta puis prit une inspiration. « Peut-être que les dieux te regardaient, mon amour. »

La barde passa le doigt sur la page et hocha faiblement la tête. « Peut-être », répondit-elle d’une voix pensive. Elle fit tourner les pages en arrière et son regard se posa sur un jour particulier. « Xena… est-ce que je devrais ressentir quelque chose aussi tôt ? »

La lumière en provenance de la fenêtre fut bloquée lorsque son âme-sœur se tourna et réfléchit à la question. « Et bien… tout le monde est différent, Gabrielle… mais… je dois dire que non… en fait, j’étais un peu… j’ai réfléchi à ça hier soir. »

« Mm. » Le regard vert étudiait le parchemin. « Trois ou quatre semaines tu as dit… c’était plutôt la norme, pas vrai ? » Répondit-elle doucement en refermant le journal. « Et bien, je présume que je me suis juste prise un peu au jeu, pas vrai ? » Elle sourit. « C’est peut-être à cause de notre connexion. »

Les yeux de Xena brillèrent à nouveau. « Tu as raison… j’avais oublié ça. » Un grand sourire illuminait son visage. « Je présume qu’il est trop tôt pour se demander si c’est un garçon ou une fille, n’est-ce pas ? »

Cela lui valut un rire. « Un peu. » La barde posa son journal et alla vers son âme-sœur, l’entourant joyeusement de ses bras. « Et quoi qu’il en soit, je m’en fiche. » Elle laissa Xena l’entraîner vers un grand fauteuil près de la fenêtre et elle s’installa avec joie près d’elle pour regarder ensemble la tempête. Assise aussi près de la grande femme, elle pouvait presque sentir les vagues de délice qui coulaient d’elle, et tandis qu’elle levait les yeux, elle eut le plaisir de voir ce profil habituellement sévère éclairé d’un bonheur absolument sans frein.

Toute cette inquiétude pour rien. Elle soupira intérieurement, profondément satisfaite. « Alors… je présume que rien d’important ne va se produire avant un moment, hein ? »

Xena rit doucement. « Et bien… non… pas avant un moment… rien de plus que ce qui s’est déjà passé. » Elle lança un regard à la barde. « Je pense que tu vas faire des siestes et avoir un air radieux pendant que moi, je serai malade et dans la brume la moitié du temps. » Mais elle souriait.

« Hé… ce n’est pas de ma faute ! » Gabrielle leva la main. « Avoir l’air quoi ? » Ajouta-t-elle en reniflant doucement.

La guerrière l’enlaça d’un bras protecteur. « J’y pensais hier soir… tu as cette lueur autour de toi. »

« Xena, ce n’est pas vrai. » Un craquement de tonnerre donna de l’emphase à ses mots.

Un long doigt traça sa mâchoire. « Oh que si. » Le ton était absolu. « C’est beau. » Elle pencha la tête et s’empara des lèvres de la barde pendant un long moment, puis elles se séparèrent un peu et leurs nez se touchèrent. « J’aurais dû le deviner à te voir… » Ensuite elle laissa tomber sa main et effleura légèrement la poitrine de Gabrielle, et elle sentit la prise brusque d’air. « Sensible, hein ? »

« Ouaouh. » La barde rit faiblement. « Oui. »

Xena gloussa sur elle-même et secoua la tête. « Aussi aveugle qu’un nouveau-né. » Elle soupira. « Quelle guérisseuse je fais. »

Gabrielle rit doucement. « Ne commence pas avec ces bêtises. » Elle mit le nez dans le cou de son âme-sœur, respirant son odeur distincte joyeusement. Puis elle ouvrit les yeux et cligna. « Mais… tu sais quoi… je suis un peu fatiguée. »

Vivacité de Princesse Guerrière immédiate. « Ah oui ? » Xena l’étudia. « Au lit alors », ordonna-t-elle. « Allons… »

La barde se laissa aimablement conduire jusqu’au matelas doux et s’y assit.

« Tu dois t’assurer d’avoir beaucoup de repos », lui dit sévèrement son âme-sœur. « Ne tire pas sur la corde, Gabrielle. »

« Oui oui. » Celle-ci croisa les bras sur sa poitrine. « Alors… je présume que je devrais rester loin du stress, pas vrai ? »

« Absolument », approuva Xena avec un signe de tête.

« Tu sais ce qui est vraiment stressant ? » Répondit la barde d’un ton paisible.

Le regard bleu l’étudia. « Quoi ? »

Un sourire. « Les cauchemars. » Elle tendit la main vers la guerrière mise en échec. « Je présume que tu restes ici, hein ? »

Xena mit les mains sur ses hanches. « Très malin, Gabrielle. » Mais elle sourit et céda, entrant dans le lit près de sa compagne pour l’enlacer dans une étreinte exubérante. « Au cas où tu n’aurais pas compris le message… » Murmura-t-elle dans l’oreille rose près de sa bouche. « Je suis sur le point de m’évanouir tellement je suis heureuse. »

Gabrielle sourit largement sur la peau douce qui l’entourait. « J’ai compris le message », répliqua-t-elle dans un murmure satisfait. « Moi aussi. »


La tempête avait empiré, se rendit compte Gabrielle, tandis qu’elle était bien au chaud dans le lit à écouter Xena s’affairer dans la chambre. Il ne s’était pas passé beaucoup de temps parce qu’aucune d’elles n’était vraiment d’humeur à dormir et elle se mit presqu’à rire quand elle entendit le son bas et mélodieux de Xena qui chantonnait tout en se déplaçant.

Bons dieux. Gabrielle se mordit la lèvre et leva les yeux vers le ciel froufroutant du lit à baldaquins. Elle est grisée. Une douce sensation la toucha quand elle se souvint de la dernière fois qu’elle avait vu son âme-sœur d’une telle bonne humeur. La dernière fois ? La seule fois, Gabrielle… quand elle avait soupçonné qu’il serait possible qu’elle n’aille pas passer l’éternité au Tartare.

Et tu craignais qu’elle ne soit déçue. Oh bon sang. Elle jeta un coup d’œil à sa compagne qui avait enfilé une tunique large bleu pâle et avait démarré un petit feu dans l’âtre pour faire chauffer de l’eau. Dehors, des coups presque incessants de tonnerre ponctuaient les éclairs et le tambourinage de la pluie battante emplissait la chambre. Gabrielle était très contente d’être là où elle était, avec la présence proche et réconfortante de Xena.

Un léger coup retentit par-dessus le bruit de l’averse et elles échangèrent des regards tandis que Xena se mettait debout et traversait la pièce. « J’y vais. » Elle remua la main dans la direction de la barde. « Reste bien assise. »

La guerrière mit la main sur la poignée et la tira avec précautions, révélant le visage soupçonneux de Mestre. « Salut », dit Xena d’une voix traînante puis elle s’éclaircit la gorge. « Je veux dire, qu’est-ce que vous voulez ? »

La fille arborait une expression renfrognée. « Y a des fuites dans la salle principale, alors on vous porte la nourriture ici. » Elle poussa un plateau vers la guerrière et attendit qu’elle le prenne puis elle tourna les talons et partit.

Xena la regarda partir. « Bonne journée », dit-elle d’un ton neutre au couloir vide, avant de rentrer la tête à l’intérieur et de refermer la porte. « Elle est gentille. » Elle regarda le plateau, distinguant des petits pains et une sorte de pâte à tartiner ainsi qu’un bol couvert qui sentait pas mal les œufs. « Miam. » Ses yeux brillèrent dans la lueur faible vers son âme-sœur.

Gabrielle se mit à rire. La tempête au dehors avait obscurci l’aube naissante et Xena avait allumé des chandelles dans la chambre, qui la peignaient d’une lueur jaune chaleureuse. L’air était humide et froid et la barde débattit brièvement avant de se décider à se tortiller pour sortir du lit et rejoindre son âme-sœur près de la table. « Qu’esse tu fais ? »

La guerrière leva les yeux de son travail avec un sourire radieux. « Je rends des hommes malheureux. Tu veux m’aider ? » Elle tapota le banc capitonné près d’elle et passa un bras autour de la barde quand celle-ci s’assit à son tour. « Je change la garde ici, tu vois… » Elle pointa. « Pour avoir trois points de plus ici et ici et ici. » Un long doigt toucha les trois points sur ce que Gabrielle reconnut être une carte du château. « Et j’ajoute trois tournées pour qu’ils se recoupent ici, et ici. »

Gabrielle cligna des yeux. « Oh. » Elle regarda la grande femme qui avait recommencé à chantonner. « Et tu fais ça pour… ? »

« Hmmm… quoi ? » Xena la regarda. « Ah… et bien, parce que quiconque s’approcherait du château depuis cette direction… ou cette direction, ou sous cette arche, ou derrière le bassin ici… serait indétectable autrement. »

« Ouaouh », répondit la barde respectueusement. « Oui… je vois combien ce serait ennuyeux… alors pourquoi personne d’autre ne l’a vu ? »

Des cils noirs battirent doucement sur des yeux bleus brillants. « Parce qu’ils ne sont pas moi. » Un sourire brillant s’ensuivit. « Parce qu’ils ne pensent pas en cercles… » Elle bougea un doigt dans trois dimensions. « Ils ne pensent qu’à l’assaut frontal. » Elle traça une ligne sur la table. « Ou en défense… j’essaie de me mettre dans les bottes de l’autre gars et je pense offensive. » Un haussement d’épaules. « Comme… comment j’attaquerais ce château si j’avais une armée… ce genre de truc. » Une pause. « Tu te sens bien ? » Xena la regarda avec inquiétude.

Gabrielle se frotta l’oreille et refréna un sourire. « Je vais très bien, merci », rassura-t-elle son âme-sœur. « Et tu ne vas pas me demander ça pendant neuf mois, si ? » Elle la regarda et reçut une expression penaude en retour. « Oui oui… c’est bien ce que je pensais. » Elle tapota le bras de sa compagne. « Garde ça pour plus tard quand je serai énorme et que je ne pourrai pas bouger, d’accord ? »

Xena posa sa plume et se carra dans son fauteuil, étudiant la jeune femme près d’elle. « Nan… je ne pense pas que ce sera aussi ennuyeux pour toi », dit-elle en désapprouvant. « Tu es trop forte… » Elle toucha le côté de la barde judicieusement. « Plus tu as de muscles, plus c’est facile… parce que ton corps peut gérer la tension supplémentaire… c’est quand tu n’es pas habituée à l’activité que tu as de vrais problèmes pour porter. »

Gabrielle se redressa pensivement. « Vraiment ? » Elle posa la main sur son estomac et réfléchit. « Ça va être bizarre. »

La guerrière, pour une fois, interpréta correctement l’insécurité de sa jeune compagne. « Tu vas être vraiment mignonne enceinte. » Elle la prit dans ses bras.

« Merci. » Gabrielle enfouit son visage dans le tissu propre et doux. « Hé… » Elle leva les yeux, une expression diabolique dans le regard. « Maintenant j’ai l’excuse parfaite pour te chiper tes vêtements. »

Xena éclata de rire. « Je pensais exactement la même chose », admit-elle. « Comme si tu avais besoin d’une excuse avant. »

Un coup à la porte interrompit leur plaisanterie joyeuse et Xena tourna le regard. « Entrez. » Elle prit sa plume et la fit tourner entre ses doigts tandis que la porte s’ouvrait et que Bennu passait une tête trempée et échevelée. « Salut Bennu… viens par ici. »

Avec hésitation, il obéit, dégoulinant d’eau sur le marbre en se frottant les mains. « B’jour. » Il semblait soulagé de la voir. « Les tempêtes c’est horrible… tout est calme maintenant pour sûr. »

Xena fit un geste vers le fauteuil. « Assieds-toi… » Elle regarda la marmite d’eau chaude qui bouillonnait. » Attends… » Elle commençait à se lever quand Gabrielle la repoussa sur l’épaule.

« Je m’occupe de ça. Tu termines. » Elle lança un regard à sa compagne quand elle pensa avoir une protestation en retour et elle remua le doigt. « J’ai dit, laisse. »

Un sourire radieux lui répondit. « Ça va être dur. »

La barde se leva et traversa la pièce derrière elle en lui tapotant le dos. « C’est bon, tigresse… comme toi. »

Bennu regarda cet échange la mâchoire béante, perché nerveusement sur le bord du fauteuil douillet. « Ah… »

Xena eut un regard acéré. « Y a un problème ? » Ses yeux ne contenaient plus maintenant qu’une froideur toute affairée. « Je veux que cette routine de patrouille change aussitôt que possible. »

Il cligna des yeux. « Non non… bien sûr. » Timidement, il se leva et la rejoignit à la table pour regarder la carte. « Ah… oui… Garan a dit qu’on ne devait pas surveiller ce coin là… » Il posa un doigt énorme sur la carte. « Ou bien ici… parce que personne n’essaierait de venir par les plages. »

Un sourire narquois et froid se forma sur les lèvres de Xena. « Moi si. »

« Ah ouais ? » Demanda le grand soldat avec un ton surpris. « Pourquoi ? »

« Bien sûr. » Une réponse confiante. « Parce que personne de sensé ne le penserait et… personne ne défendrait ce coin. »

« Oh. » Il sourit avec hésitation. « C’est tordu ça. »

« Mm. » Xena retourna son attention à la carte. « Ajoute trois patrouilles de plus ici, et fais les commencer tout de suite… » Elle le regarda. « Ou bien dois-je supporter cette initiative en personne ? »

Il se gratta la tête. « Ben… certains d’entre nous… on pensait utiliser l’arrière de la grande écurie… y a pas beaucoup de bêtes là-dedans… pour que vous nous montriez un peu plus de ces trucs à l’épée… » Une tonalité d’espoir flottait dans sa voix. « Et pis, ben sûr… certains d’entre nous préfèreraient s’étrangler avant de vous revoir. »

La guerrière se mit à rire doucement. « C’est bien ce que je me disais… vous allez voir vos souhaits se réaliser… j’ai de l’énergie à revendre… alors si vous voulez qu’on commence, je vous retrouverai dans cette écurie dans un petit moment. » Elle se retourna et regarda la fenêtre. « Je ferais habituellement des exercices par ce temps, mais… » Un haussement d’épaules. « Par Hadès… je vais être gentille pour changer. »

« Pour chan… » Bennu arbora un sourire plus confiant. « Bien… bon, je vais prendre ça alors. » Il toucha les changements sur la carte. « Et on se r’trouve vite. »

Xena mit le menton sur une main et le regarda partir, puis elle prit un petit pain sur le plateau et posa une portion d’œufs dessus avant de prendre une bouchée. « Mmmm… je pense qu’on est toujours sur la liste des favoris… ce n’est pas trop mauvais. » Elle regarda Arès allongé à ses pieds et qui la regardait avec espoir. « Tu le penses aussi, hein ? » Elle mit une portion d’œufs dans un bol vide et le posa pour le loup affamé. « Et voilà. »

Gabrielle revint et posa une tasse fumante devant elle avant de dérober une bouchée de son petit déjeuner tout en s’asseyant. « Tu as raison. » Elle avala puis en reprit un peu. « Tu vas t’amuser avec les gars ? »

Xena finit son petit pain et se lécha les doigts. « Oui oui… à moins que tu ne veuilles que je reste avec toi ? »

La barde faillit laisser tomber sa tasse. « Quoi ? » Elle la posa avec soin et regarda la grande femme. « Xena, nous sommes en mission ici. »

Un hausement d’épaules. « Je m’en fiche », répondit cette dernière honnêtement. « Je me fiche de Garanimus, ou de Framna, ou de leurs armées puantes. » Le regard bleu la fixa. « Je m’inquiète pour toi. » Elle fit une pause. « Il y a eu de nombreuses fois où mes priorités nous concernant ont été fichues par ma faute, Gabrielle, mais ce n’est pas une de ces fois-là. »

Gabrielle prit plusieurs inspirations avant de répondre. « Je sais à quoi tu penses en disant cela, Xena… Qu’une bonne chose soit dite là maintenant, d’accord ? » Elle se rapprocha. « Nous n’allons pas laisser ça changer ce que nous faisons, compris ? Ces gens ont besoin de notre aide… et ça signifie qu’ils ont besoin de ton aide. » Une longue pause puis un sourire se dessina sur les lèvres de la barde. « Mais tu n’as aucune idée du bien que tu viens de me faire. »

Le sourire fut retourné. « Oh si je le sais. » Elle ébouriffa joyeusement les cheveux de Gabrielle. « Allons finir ce fichu truc alors, hein ? Pour qu’on puisse continuer… maintenant je veux vraiment voir les enfants de Jessan. » Elle réfléchit. « Oh oui… et rendre visite aux Amazones. »

« Beuuuh », acquiesça son âme-sœur. « Cela me donne… quoi… au moins deux mois avant que je trouve comment l’annoncer à mes parents ? » Elle eut une grimace comique. « Ça ne sera pas une de tes explications directes, Xena. » Un soupir. « Je peux juste imaginer les assomptions. »

Xena rit ironiquement tout en se levant et s’étirant. « Dis-leur que tu as avalé une graine de pomme et qu’elle a poussé », conseilla-t-elle d’un ton joueur tout en embrassant le dessus de sa tête, ratant l’expression soudaine et surprise qu’elle reçut de la jeune femme. « C’est une histoire qui en vaut une autre si tu manques d’explications. »

Gabrielle la regarda traverser la pièce éclairée par les chandelles et échanger sa tunique pour sa combinaison en cuir. « Oui. Je présume que ça l’est », murmura doucement la barde. « Hé Xena ? »

« Oui ? » La guerrière s’arrêta en plein mouvement pour passer sa cuirasse par-dessus sa tête.

« Est-ce que c’est possible ? »

Xena cligna des yeux et lentement les plaques s’installèrent sur ses épaules avec un haussement pour les mettre en place. « Bien sûr que non. » Elle attacha les verrous d’épaules. « Pourquoi ? »

« Comme ça… c’est juste une question… tu me connais. » La barde sourit. « Ça ferait une histoire géniale. »

La guerrière s’avança et se mit à cheval sur le banc, les avant-bras posés sur ses genoux pour regarder son âme-sœur avec un très grand sérieux. « A quoi penses-tu ? » Elle se rapprocha et prit les mains de la barde. « Tu veux revenir sur ta décision ? »

« Non. » Gabrielle scruta son visage avec attention. « Je… je souhaite juste… » Elle se tut, se sentant idiote. « Oublie… c’est un moment de bêtise de ma part… je… j’ai vraiment hâte que ça arrive. »

« Mais ? » Un ton doux, inexorable.

« Mais rien. » Gabrielle secoua la tête.

Un silence.

« Vraiment, dit la barde.

« Tu es fâchée qu’on soit ici… à la façon dont ça s’est passé… C’est Toris ? Il a… » Xena sentit qu’elle balbutiait. « Je sais… il y a quelque chose là-dedans, Gabrielle, je peux le sentir en toi. »

Un soupir profond. « Je veux que cet enfant soit de nous deux. »

Xena plissa le front. « Mais il sera de… oh. » Elle leva les mains de Gabrielle et les embrassa. « Pour ce qui me concerne, il le sera. »

« Je le sais bien. » La barde sourit. « Tu vois ? Je t’ai dit que c’était de la bêtise. » Elle libéra une de ses mains et tapota la joue de Xena. « Ce n’est pas comme si nous avions le choix. »

Xena se leva, visiblement perturbée et elle alla à la fenêtre. « J’aurais pu demander un service », répondit-elle tranquillement. « Les dieux m’en doivent bien assez. » Elle se retourna. « Tu aurais dû dire quelque chose, mon amour. »

La barde secoua lentement la tête. « Non… je n’en veux pas… tu ne leur a jamais rien demandé. Je ne veux pas que ce soit sur mon ardoise. » Elle prit une inspiration et se leva pour aller retrouver Xena. « S’il te plait… ne t’en fais pas pour ça, Xena… c’était tellement agréable de te voir heureuse toute la matinée. »

Lentement, la guerrière sourit. « Très bien. » Elle prit la barde dans ses bras. « Il pourrait aussi bien être de moi vu la façon dont je me sens. »

Gabrielle sentit le battement du cœur à travers le cuir et elle sourit la bouche contre le tissu. « Je sais… c’est tellement mignon. » Elle se recula et sourit d’un air espiègle. « J’espère que tu vas penser à t’arrêter de chantonner quand tu battras tous ces types. »

Un haussement de sourcil. « Hmph… et toi tu vas faire quoi ? »

« Je vais essayer de faire parler la princesse… il se passe quelque chose ici, tu sais », répondit la barde d’un ton pratique.

« Alors sois prudente », lui conseilla doucement Xena en se rapprochant à nouveau.

« Moi ? » Le son étouffé s’éleva. « Tu vas te battre avec des dizaines de types méchants et mal attifés qui portent des armes acérées et moi je vais faire une bataille de cerveaux avec une princesse rachitique à peine poussée et tu me dis à moi d’être prudente ? »

« Oui oui. »

« D’accord. »

Le tonnerre roula sur elles, éclairant proprement deux corps tellement serrés qu’ils pouvaient ne faire qu’un.


Gabrielle se permit de prendre un long bain luxurieux dans l’eau chaude fournie par le feu préparé par son âme-sœur. Elle se dit qu’essayer de sortir la princesse royale du lit juste après l’aube n’était probablement pas une bonne idée de toutes les façons et en plus, combien de fois avait-elle eu l’occasion de s’offrir un bain dans une baignoire en marbre ?

Elle soupira et s’adossa, éclaboussant un peu des pieds dans l’eau bouillonnante et elle inspira la fumée légère et odorante. Les bains n’étaient jamais comme ça à Potadeia, se souvint-elle. Là-bas, c’était une tâche du soir, faite par une Hécube fatiguée et distraite après que son père se soit, soit endormi, soit rendu à l’auberge. La baignoire était vieille et pleine d’échardes, et l’eau était au mieux tiède, et ça avait été son travail de s’assurer que Lila était bien lavée, pour épargner du temps et des efforts à sa mère.

Et bien sûr, avec Xena… et bien, s’il y avait de l’eau c’était bien assez, peu importe la température autour d’elles. Elle avait toujours considéré que la guerrière l’aimait comme ça, jusqu’à cette soirée spéciale.

La journée avait été longue, froide et pluvieuse et elles avaient  avancé péniblement dans de la boue à hauteur des genoux la plus grande partie du temps. Les jambes d’Argo était couvertes de boue jusqu’aux genoux et Gabrielle avait cessé de parler depuis longtemps pour économiser son énergie pour marcher et trembler. Elle voyageait avec Xena depuis seulement six mois et son corps commençait à peine à s’ajuster à son nouveau style de vie.

Quand Xena s’était finalement arrêtée, vers le soleil couchant, elle avait tranquillement et péniblement marché jusqu’à un rocher et s’était assise, sans même se rendre compte où elle était jusqu’à ce qu’une main lui touche l’épaule, et elle avait levé les yeux vers un visage couvert de boue et trempé. « Je me reposais juste un instant… je vais repartir », avait-elle dit, ne voulant pas frustrer l’ex seigneur de guerre habituellement impatiente.

Un regard bleu fatigué l’avait étudié puis un léger sourire s’était installé sur le visage habituellement sévère de la guerrière. « Pas ce soir. Viens. »

Elle avait pris la main tendue de Xena et s’était laissée conduire dans ce qu’elle devinait maintenant être une auberge, entendant le faible cliquetis des plats qu’on servait et sentant la chaude odeur de ragoût de bœuf dans l’air. Mais Xena ne s’était pas arrêtée là, elle avait continué dans un couloir jusqu’à une suite à l’arrière, où elle avait échangé des mots à voix basse avec les deux femmes qui travaillaient dans la chambre, avant de leur passer des pièces.

Gabrielle avait regardé dans la pièce et cligné des yeux. Elle était grande avec un feu chaud dans un coin, mais le centre était occupé par une énorme baignoire en bois avec des nuées de fumée qui s’en élevaient. Xena avait observé le résultat puis s’était retournée. « Ça te dit un bain chaud ? »

La barde ne pouvait que la regarder dans un silence béat, ce qui provoqua un rire las de la part de sa grande compagne. Elles s’étaient déshabillées et avaient grimpé dans la baignoire, et elle avait manqué s’évanouir au pur plaisir d’avoir chaud et d’être propre, pour ce qui lui semblait être la première fois depuis bien longtemps. Elle s’était frottée partout et à la fin, elle s’était contentée de se détendre, et avait regardé la guerrière silencieuse, qui lui faisait face depuis le côté opposé de l’énorme baignoire. « C’était génial », avait-elle dit en soupirant.

Xena avait souri, une chose rare à ce point et elle s’était étirée. « Oui… j’oublie parfois combien j’aime un bon bain chaud. »

Gabrielle l’avait franchement dévisagée avec de grands yeux. « Vraiment ? Je pensais que tu n’aimais que les trous boueux froids et inconfortables » avait-elle balbutié. « Et dormir sur des rochers. »

Pendant un instant, elle avait pensé que Xena allait retourner dans sa coquille sévère mais la guerrière lâcha finalement un rire ironique. « Nan », avait-elle admis. « Mais on est coincées avec ça… on n’a pas besoin de se plaindre. » Elle avait fini de faire trempette et s’était levée hors de l’eau, roulant la tête pour relâcher ses épaules tandis qu’elle se séchait avec un soupir quasiment silencieux.

A contrecoeur, la barde s’était rincée une dernière fois et était sortie de la baignoire en se tortillant et, sans regarder ce qu’elle faisait, elle avait glissé sur une petite flaque d’eau, criant un peu quand elle avait vu le sol monter bien trop vite.

Elle ne le toucha jamais. Des mains puissantes l’avaient saisie et remise droite sur ses pieds tellement vite qu’elle eut besoin d’une minute pour reprendre son souffle. « M… mer… merci. »

« Tu peux rester loin des ennuis pendant une seule marque de chandelle ? » Avait demandé Xena exaspérée.

Ses épaules s’étaient affaissées et elle avait regardé le sol, l’eau s’écoulant de ses cheveux clairs. « Je présume que non », avait-elle dit en soupirant. « Désolée. »

Sans qu’elle s’y attende, elle avait senti une main lui tapoter la joue et lui lever la tête. « C’est bon. » La guerrière avait ri. « Qu’est-ce que je ferais si je ne t’avais pas pour m’occuper, hein ? » Elle regarda autour d’elle puis de nouveau la barde. « En plus… tu me donnes une bonne excuse pour passer une nuit hors du mauvais temps. »

« Moi ? » Gabrielle avait protesté. « Je ne t’ai pas demandé de t’arrêter ici. »

Un haussement d’un sourcil noir et bien dessiné.

« Ce n’est pas que je n’apprécie pas », avait admis la barde. « J’étais plutôt fatiguée. » Une pause. « Et mouillée. » Une autre pause. « Et j’avais vraiment froid. » Un soupir. « Merci, Xena. »

Elle avait reçu un rire de bon cœur de la femme habituellement exaspérée.

Et plus tard, bien lovée dans son petit lit, laissant l’odeur des couvertures propres monter autour d’elle, elle était restée réveillée assez longtemps pour regarder, à travers ses yeux plissés, Xena se permettre le luxe d’une chemise propre au lieu de dormir dans la combinaison en cuir et se coucher dans l’autre lit de la pièce avec une expression de soulagement presque pathétique. Et de s’envelopper dans le couvre-lit chaud, un bras enroulé autour de l’oreiller soyeux.

« Xena ? » Avait-elle demandé doucement.

Le regard tellement bleu que la lumière de la chandelle ne parvenait pas à l’atténuer s’était tourné vers elle. « Oui ? »

« Ça ne m’ennuie pas de dormir sur les rochers tant que je suis avec toi. » C’est son enthousiasme juvénile qui s’était exprimé mais elle l’avait pensé, aussi idiot que ça lui paraissait depuis.

Un silence absolu avait accueilli sa déclaration pour l’instant, elle avait alors pensé que Xena n’allait pas répondre, et elle avait soupiré pour elle-même et s’était blottie un peu plus dans ses couvertures.

« Gabrielle ? »

La chaleur était ostensible dans cette voix. « Oui ? »

« Merci. » Un léger soupir. « Maintenant dors. »

Mais elle avait vu le sourire tranquille, là dans la lumière de la lune qui passait par la vitre et la baignait d’argent, et pendant un bref moment, elle avait vu sa compagne sévère et peu communicante dans une lumière totalement différente… Moins de la guerrière, moins de la tueuse froide et sans cœur, et plus d’une personne, comme elle-même, qui pouvait apprécier un bain chaud dans une journée froide et pluvieuse.

Maintenant, bien sûr, Gabrielle rit pour elle-même, elle savait bien mieux combien son âme-sœur était une bête de plaisir, cette fraudeuse adorable. Elle appréciait ce matelas doux et moëlleux autant que la barde, peut-être plus.

Elle sortit de la baignoire et se sécha avec une des serviettes agréablement parfumées, ensuite elle alla dans la pièce principale et sortit une tunique propre dont elle ajusta les replis autour de son corps, examinant les effets dans le miroir.

Une jeune femme tranquille et sérieuse la regardait, plus vieille que dans son souvenir, mais aussi bien plus assurée qu’elle n’avait jamais espéré l’être. Elle mit les mains sur ses hanches et regarda son reflet d’un air désabusé. « Xena, il faut que tu fasses examiner tes yeux bleus de bébé. Je ne rayonne ni en forme ni en silhouette. »

« Roo ? » Arès trottina vers elle et leva les yeux vers elle d’un air interrogateur. Il la tapota dans le ventre de son museau et glapit en remuant la queue.

Elle le regarda. « Bien sûr… bien sûr… Tu me le dis MAINTENANT. » Elle le réprimanda, riant quand elle vit ses oreilles tomber pathétiquement. « Oh… je sais que tu as essayé hier… c’est bon. » Elle lui frotta doucement la tête, puis elle alla vers la table et s’assit, tirant vers elle son journal. « Bon sang bon sang bon sang… J’ai une sacrée histoire à noter aujourd’hui. » Elle aiguisa sa plume et rit tandis qu’elle mettait ses pensées en ordre.

Un coup à la porte l’empêcha de commencer, cependant, et elle leva les yeux. « Entrez. »

La porte s‘ouvrit, poussée contre le mur et Silvi glissa à l’intérieur, impeccablement vêtue d’une longue robe flottante qui mettait en relief son physique presque douloureusement mince. « Bonjour. »

Gabrielle hésita, puis se décida pour un sourire radieux au lieu d’une révérence. « Bonjour… tu te lèves tôt. »

Silvi traversa la pièce, remuant son éventail vers le domestique qui la suivait. « Ferme la porte », ordonna-t-elle. « Et laisse nous. »

La porte se referma et Silvi se retourna regardant tranquillement la barde.

Gabrielle joignit les mains sur son journal et la regarda à son tour, contente d’être au moins sortie de la baignoire.

« Toi aussi tu te lèves tôt, Gabrielle », observa la princesse. « Aprsè une soirée aussi tardive, j’aurais pensé que tu aurais dormi ce matin. » Elle regarda subrepticement la pièce. « Où est ton amie ? »

Gabrielle haussa un sourcil blond. « Xena ? Elle ne dort pas tellement », répondit la barde avec un rire. « Elle est sortie faire travailler les troupes, ajuster la garde, ce genre de choses. » Elle fit tourner sa plume dans ses doigts. « J’allais voir si je pouvais te parler après avoir fini de mettre mon journal à jour. »

Sivi s’avança, s’éventant un peu. « Un journal ? Comme c’est intéressant. Qu’est-ce que tu mets dedans ? »

« Mes pensées… surtout », répliqua la barde. « Les choses qui m’arrivent… comment je les ressens, parfois des petites poésies. »

La princesse regarda le journal. « Il est plutôt grand… depuis combien de temps tu fais ça ? »

« Oh… juste près de trois ans, je pense. Je l’ai commencé peu après avoir commencé à voyager avec Xena. » Gabrielle prit une gorgée de son thé maintenant froid. « Tu ne veux pas t’asseoir ? »

Mais la jeune femme alla plutôt vers la fenêtre. « Tu portais une belle robe hier soir. » Elle regarda la barde par-dessus son épaule. « J’étais plutôt envieuse… et je crois que je te dois une excuse pour t’avoir considérée comme une barbare. Tu ne l’es pas. »

Cela lui valut un sourire chaleureux. « Merci… c’était plutôt une surprise… mais j’ai vraiment aimé. » Elle fit une pause. « Je ne m’habille pas souvent comme ça… la plupart du temps nous portons des trucs pratiques… quand on traverse le pays comme nous le faisons, c’est plutôt difficile de porter des fanfreluches. »

Silvi regarda autour d’elle. « Alors tu n’es pas très habituée à ceci. » Son visage prit une teinte légèrement amusée et elle revint vers la table avant de s’asseoir avec grâce sur le bord du banc. « Dis-moi comment est ta maison, Gabrielle. »

La barde croisa les mains en réfléchissant. « Et bien, nous vivons dans une cité nommée Amphipolis, et elle est beaucoup plus… petite, je pense, mais aussi plus colorée. » Elle regarda autour d’elle. « Nous avons des tapis peints sur les murs et des couchages en fourrure, et des oreillers partout. »

« Ça semble… joli », répondit la princesse puis elle s’éclaircit un peu la gorge. « C’est de là que tu viens ? »

Gabrielle prit une autre gorgée. « Non… mais ce n’est pas loin. Je suis de Potadeia… c’est un village fermier vraiment très petit. » Elle s’interrompit et regarda ses mains. « On élève des moutons aussi… mon père travaille la terre et ma mère est au foyer et elle a un petit jardin d’herbes. »

« Oh », murmura Silvi. « Tu as des frères et sœurs ? »

La barde hocha la tête. « Une sœur plus jeune, Lila. Elle vient d’avoir un bébé. » Elle sourit. « Il est vraiment mignon. »

La princesse tapota sa robe. « Tu leur rends souvent visite, alors ? »

« Bien sûr », répondit Gabrielle, un peu perplexe. « Nous nous y sommes arrêtées en venant ici, d’ailleurs. »

« Ah. » Le regard de Silvi croisa celui de la barde. « Et que pensent tes parents de ce qui t’est arrivé ? »

Pendant un moment, Gabrielle faillit perdre son sang-froid, tandis qu’elle cherchait une réponse à ce qui était, en surface, une question innocente. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Répondit-elle lentement, pour gagner du temps.

« Et bien… que tu voyages avec cette femme, et tout ça », compléta Silvi.

« Oh. » La barde eut un soupir de soulagement intérieur. « Ils n’étaient pas très… heureux de ça, au début… mais… l’an dernier environ, ils s’y sont plutôt faits… maintenant je pense qu’ils aiment bien Xena. » Elle fit une pause. « Pourquoi ? »

Silvi se pencha en avant et couvrit bravement la main de la barde de la sienne. « Ecoute… tu es une bonne personne, Gabrielle… je pense que nous… peut-être qu’on peut s’entraider, pas vrai ? » Elle regarda autour d’elle. « Si tu nous aides, je te ferai une place ici… elle ne pourra rien te faire. » Elle leva la main quand la barde commença à protester. « Non… attends ? Je sais que tu vas protester de ta loyauté… comme je l’ai dit, tu es une bonne personne, mais tout le monde peut voir qu’elle te domine… voici ta chance de te libérer. »

Les dieux soient loués, elle a assez parlé pour que je garde la mâchoire fermée, pensa Gabrielle en se mordant fort l’intérieur des lèvres. D’accord… d’accord… réfléchis, Gabrielle… ne réagis pas, réfléchis juste. Il se passe vraiment quelque chose ici… ça pourrait être ma meilleure chance de le découvrir. « Qu’est-ce que je dois faire ? » Finit-elle par répondre d’une voix prudente.

La princesse rayonna. « Je savais que tu serais d’accord… quand j’ai vu combien tu étais effrayée hier soir quand ces deux bêtes se battaient… j’ai dit à Vasi que tu serais de notre côté. »

J’étais effrayée que Xena ne le soulève pour l’envoyer par-dessus la table et ne ruine le dîner, Silvi… Songea Gabrielle. « C’était vraiment effrayant, oui… mais quel est le plan… qu’est-ce que je dois faire ? »

« Pas ici. » La princesse se leva et s’éventa. « Viens… Elanora et moi allons nous baigner bientôt… rejoins-nous et là, nous serons sûres d’être en privé. »

« Ma sœur et moi nous faisions pareil. » Gabrielle sourit d’un air ironique. « Très bien… Allons-y. » Elle rangea son journal et se leva, ajustant sa tunique avec des mains légèrement nerveuses. « Viens, Arès. » Elle tapota sa jambe, réconfortée par la sensation de chaleur apportée par le pelage tandis que le loup se pressait contre elle.

Silvi passa devant mais eut un regard par-dessus son épaule vers le loup. « Il va partout avec toi ? » Elle baissa les yeux. « Il est très grand. »

« Oui », répondit Gabrielle. « Xena lui a dit de le faire. » Ça devrait la calmer.

La princesse hoqueta. « OH… pauvre petite. » Elle lança un regard dégoûté à Arès. « Comme c’est horrible. » Elle baissa la voix. « Tu dois tout me dire sur Xena. »

« Tout ? » Demanda la barde.

« Oui », l’assura Silvi solennellement. « On doit profiter de tous les avantages… quelles sont ses faiblesses ? »

Les pâtisseries fourrées à la crème ? Gabrielle gloussa intérieurement. « Elle n’en a pas, que je sache », dit-elle à la princesse, d’une voix basse et sérieuse.

« Elle a soulevé ce connard hier soir… elle est vraiment aussi forte ? » Murmura Silvi d’un ton pressé.

« Oh oui », l’assura Gabrielle. « Elle est incroyablement forte… elle me soulève la moitié du temps et elle ne s’en rend pas compte… et bien sûr tu sais qu’elle peut soulever Argo. »

« Argo ? »

« Son cheval. »

« Non ! » Silvi hoqueta. « C’est pas vrai ! »

« Absolument », insista Gabrielle. « Une fois je l’ai vue attaquer cinq cents hommes… toute seule, et elle n’avait même pas une égratignure. »

La princesse écarquilla les yeux d’horreur. « Par les dieux… c’est horrible ! »

« Mm… » approuva Gabrielle. « Le sang coulait si épais qu’on aurait dit une rivière… et, à propos, elle attrape des poissons à mains nues et elle peut courir plus vite qu’une panthère. »

« Une panthère ! »

« Oui… elle a ces cicatrices sur les bras… » Gabrielle toucha le haut de ses épaules. « Elle a étranglé une panthère à mains nues une fois. » Là, elle était vraiment accrochée. » Et tu sais, elle peut boire des tonneaux de bière et ça ne l’affecte jamais… et elle peut courir des jours et des jours et des jours… elle n’est jamais fatiguée et jamais blessée… c’est flippant parfois. »

Silvi mâchouillait ses ongles à ce moment. « Oh bon… oh bon… c’est pire que ce que j’imaginais… les dieux soient remerciés qu’ils t’aient mise de notre côté… qu’est-ce qu’on va faire… tu es notre seule chance. »

« Pour faire quoi ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

« Eh ben… pour la droguer et l’endormir, bien sûr », dit la princesse d’une voix étouffée. « C’est ce qu’on va faire avec tous… avant d’ouvrir les portes et de laisser nos bons amis et sauveteurs entrer. » Elle tira sur la manche de Gabrielle et l’emmena dans une petite antichambre où la barde pouvait entendre des cliquetis subtils et des sons métalliques en provenance de la grande pièce derrière. « Viens… on va planifier tout ça… tu vas rencontrer le champion de notre cause. »

Oh bon sang. Gabrielle soupira silencieusement.  Dans quoi je me suis fourrée là ? 


Il lui fallait produire un énorme effort, songea Xena, pour ne pas siffler joyeusement tandis qu’elle avançait dans le sombre couloir principal et se dirigeait vers la porte qui menait hors de la vieille écurie. Elle fit un détour vers la vitre pour regarder dehors, observant la pluie lourde peindre les panneaux en plomb avec un plaisir absent tout en se passant en revue les révélations de la matinée.

C’était un mélange curieux d’euphorie et d’un vague embarras, tandis qu’elle laissait la sensation de la condition de sa compagne lutter avec sa propre contrariété de ne pas l’avoir vu avant qu’elle ne lui en parle.  Oh et comment elle lui en avait parlé… bons dieux aux petites bottes en poisson. Ce n’était pas assez qu’elle ait été imperméable aux signes sur Gabrielle… mais ne pas se rendre compte des évolutions de son propre corps ?

Xena leva les deux mains et les laissa retomber sur ses cuisses. Je me sens tellement idiote… Elle sourit à son reflet.  Mais je m’en fiche plutôt. Maintenant, la rêverie bizarre, son manque d’attention et les drôles d’habitudes pour se nourrir dans lesquelles elle s’était trouvée ces derniers temps, prenaient un sens plutôt raisonnable… étant donné ce que lui avait dit Jess après qu’elle lui eut confié que Gabrielle avait un désir d’enfant.

Mais…  Elle leva lentement un doigt et traça la progression d’une goutte d’eau de l’autre côté de la vitre tandis qu’elle glissait lentement. Nan… ça devait être une coïncidence… elle ne pouvait pas avoir ressenti les effets le jour où Cyrène et elle étaient allées à la foire.

Son esprit revint en arrière et elle réexamina la soirée en question, se souvenant des regards bizarres que lui lançait sa mère tandis qu’elle mangeait joyeusement un morceau de chaque chose que les étals offraient… et la sensation de distraction étourdie lui revint également.

Mais c’était totalement impossible.

La coïncidence et le besoin d’écarter son esprit loin de tout ce qui se passait étaient la seule réponse logique. En plus, se souvint Xena, elle aimait la plus grande partie de ces trucs de foire, elle l’avait toujours fait, même gamine. Elle sourit à son reflet déformé, puis se retourna et alla de nouveau vers la porte, se laissant aller à son désir en sifflant une vieille chanson que sa mère chantonnait souvent en déplumant les poulets.

« Ouaouh, tite bourgeonne. » La voix rocailleuse l’arrêta et elle se retourna.

« Bonjour, Grandma. » Elle fit un sourire à la vieille femme. « Belle journée, hein ? »

La cuisinière ricana. « T’as besoin de verres là, je pense. » Ses yeux noirs et usés étudièrent la guerrière, qui bondissait légèrement sur place sur l’avant de ses pieds. « Qu’esse qui t’rend si joyeuse en ce matin dégoûtant ? »

Xena prit une inspiration puis fit une pause. « Hum… » Elle haussa les épaules. « Je suis joyeuse, c’est tout… c’est un crime dans le coin ? » Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

« Eeeeh ben… » Grandma pencha la tête d’un côté et étudia la grande femme. « T’as l’air d’un chat qu’a mangé un oiseau chanteur, on dirait. » Elle renifla. « C’est quoi ce sifflement… bien que si je me souviens bien, t’as un tas de chansons sympas. »

La guerrière rit puis prit une inspiration et chanta un couplet d’une chanson qu’elle avait sifflée, regardant avec amusement la vieille femme écarquiller les yeux. Elle finit puis fit un clin d’œil. « Faut que j’y aille. » Elle se retourna et bondit dehors, appréciant la sensation de la pluie froide qui la frappait.

Grandma la regarda disparaître puis secoua la tête. « Que j’sois maudite. »

Une tête échevelée sortit par la porte de la cuisine tandis que le serveur clignait des yeux dans la pénombre. « Par la Bonne Artémis… qui est-ce qui chantait ? »

Grandma le poussa hors du chemin. « Personne qui t’intéresse. Sors d’mon chemin, sac d’os. »

Xena accéléra, traversant la cour tandis que la tempête faisait rage autour d’elle. La pluie froide ravigorait ses sens et elle évita une pierre pavée brisée, ensuite elle sourit diaboliquement et changea de direction, se dirigeant vers le centre de l’espace ouvert. Une fois qu’elle eut atteint le petit trou dans le centre, elle sauta et se retourna deux fois, atterrissant à deux pieds dans la partie la plus profonde de la flaque, expulsant une cascade d’eau froide et boueuse.

« Ah. » Xena sortit la langue et attrapa quelques gouttes, puis elle s’accroupit et sauta vers le haut, se retournant à nouveau à la fin de son saut, prenant de grandes foulées à son atterrissage tandis qu’elle repartait vers la grande porte à demi fermée des écuries du château.

Dieux… que c’était bon de se sentir bien. De ressentir que pour une fois, au moins pour un court instant, les choses allaient bien. Elle était consciente que penser qu’il n’y aurait pas de problème… après tout, le simple fait de porter un enfant pouvait être dangereux. Mais… quelque part, aussi fort qu’elle l’essayait, elle ne pouvait empêcher son esprit de vagabonder sur la route de la spéculation, en pensant au bébé… est-ce que ce serait un garçon ou une fille ? Est-ce que le bébé ressemblerait à son âme-sœur ou bien à son frère ? Secrètement, elle avait l’espoir que les beaux traits sombres de sa famille iraient bien à l’enfant… bien qu’elle souhaitât un peu qu’il finisse avec les yeux vert brume uniques de sa compagne.

Il y a assez de bleu bébé dans la famille, je pense. Elle sourit et évita un poulet errant, qu’elle chassa avec quelques pas et elle le regarda battre des ailes dans un outrage dégoûté. Penser à l’enfant aussi tôt était…

Stupide, mais… Xena soupira et s’arrêta, se secouant vigoureusement tandis qu’elle atteignait le surplomb et elle mit les mains sur la porte. Elle se passa une main dans ses cheveux complètement trempés et elle remua les doigts pour les raidir un peu. Ok… ok… allons, Xena… il faut être un mauvais et méchant seigneur de guerre maintenant. Ravale et va jouer ton rôle… allez… pense à trois jours de merde de cochon laissée sous le soleil.

Elle prit une inspiration et attendit qu’un air sérieux s’installe sur son visage. Puis elle tira sur la porte et entra à grands pas, avec un brusque signe de la tête au groupe d’hommes assemblés. « Bonjour. »

Elle se rendit compte qu’il y avait presque la moitié des hommes de l’armée rassemblés dans la pièce et la pensée la réjouit encore plus, si c’était possible. La moitié ? Bon sang… je présume que j’ai toujours cette bonne vieille magie, hein ? « J’ai entendu dire que vous vouliez avoir quelques leçons. »

L’homme le plus proche, un soldat trapu avec des cheveux châtain coupés très courts lui sourit, montrant un espace entre ses dents de devant. « Si qu’on doit être coincés avec toi, on f’rait aussi bien d’apprendre quéque chose », lui dit-il franchement. « Palton là-bas a raconté des histoires sur comment il t’a vue tenir tête à toute une armée. C’est vrai ? »

Un cercle solide s’était rassemblé autour d’elle, la fixant avidement.

Xena sourit, de son plus grand et méchant sourire imaginable. « C’est vrai. Vous voulez voir comment ? »

Ils lui sourirent en retour.

« Très bien. » Elle repoussa ses cheveux mouillés de ses yeux et recula d’un pas, puis elle dégaina son épée. « Allez-y. » Elle leva sa main libre et leur fit paresseusement signe d’avancer. « Venez m’attaquer. »

« Tu es sérieuse ? » L’homme couina en regardant le groupe assemblé.

« Je suis sérieuse », l’assura Xena, faisant tourner son épée dans des cercles parfaits. « Venez. »

« Tous ? » Demanda un autre homme, incrédule.

« Oui oui », l’assura la guerrière. « A moins que vous ne soyez tous pétochards. » Elle bougea ses pieds, sentant l’apport délicieux d’énergie la traverser et soulever les poils de sa nuque tandis que son corps répondait au défi, mélangeant la part d’Arès en elle avec la part d’elle qui réagissait à la condition de sa compagne, réclamant une action sauvage et joyeuse. « Cot cot… » Elle claqua les lèvres. « Cot cot cot… »

Ils grognèrent et le râclement du métal sur le cuir remplit la grande pièce quasiment vide, puis un cri s’éleva et ils foncèrent en avant, plongeant vers sa silhouette bondissante et moqueuse.

L’acier résonna sur l’acier, tandis qu’une dizaine de lames croisaient la sienne, et elle les laissa pousser ses bras vers le bas, la faisant s’accroupir. Elle se releva brutalement et le premier cercle tituba, surpris par la violence de son action. Elle croisa l’attaque de la deuxième vague, sa lame bougeant avec une telle rapidité qu’elle n’était qu’une simple lueur, repoussant coup après coup, tandis qu’elle bougeait constamment, s’écartant, évitant leur prise.

Oh… par les dieux que c’était bon. Xena lâcha un cri sauvage et effrayant et elle passa sous un long bras, tout en frappant de sa poignée un soldat déséquilibré, l’envoyant au sol. Une autre épée apparut dans sa vision périphérique et elle la repoussa, laissant son mouvement tournoyant se terminer pour frapper une autre lame qui visait ses genoux.

Elle sauta et les surprit, passant au-dessus de la première rangée pour atterrir derrière eux, puis elle tournoya et leur envoya une série rapide de coups de pieds, les envoyant voler pour la plupart tandis qu’elle se baissait et évitait les plongées frénétiques du deuxième rang. Elle tournoya à nouveau, amenant sa lame vers le haut et elle fit un cercle, croisant leurs attaques et leur infligeant des défaites, redirigeant leurs lames et évitant des mains, dans une débauche de talents martiaux que ces hommes, du moins, n’avaient jamais vus de toute leur vie.

Et plus que sûrement, ils ne reverraient plus jamais. C’était Xena à son meilleur jeu, et boostée par l’énergie sauvage que sa joie pompait en elle, elle dépassa même ses talents les plus développés, tandis qu’elle se lançait dans un autre salto et réussissait à désarmer une demi-douzaine d’homme en atterrissant, avec des mouvements rapides de son poignet qui fit croiser sa lame et les leurs pour les leur arracher. Un saut et elle était de l’autre côté et commençait à les attaquer dans le dos, plongeant en avant dans un style classique, se défendant avec ses avant-bras cuirassés, tandis qu’elle menait l’assaut avec son épée, avançant d’un pas à la fois tandis qu’elle forçait la ligne des hommes hurlants en arrière, et encore, et encore, tous leurs efforts futiles contre cette femme seule aux cheveux noirs qui ne cessa jamais de sourire tandis qu’elle les défaisait, pas même un instant.

« C’est comme ça. » Elle commença à leur faire le cours, tout en forçant un groupe contre une poutre et les désarmant proprement de ses coups de pieds talentueux. « Il faut toujours bouger. » Elle sauta par-dessus le groupe et en engagea un autre, se laissant tomber accroupie et les surprenant tandis que les coups pleuvaient au-dessus de sa tête, puis elle sauta à nouveau et les frappa avec un coup de pied latéral qu’ils ne la croyaient pas capable de faire. « Oh… et l’élément de surprise compte toujours pour beaucoup. »

Elle combattit le troisième et dernier grand groupe jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent contre une poutre et ils finirent le dos contre le silo de foin. Elle sourit encore plus et fit deux long pas en avant, puis elle sauta, faisant tourner son épée tandis qu’elle atteignait le point le plus haut et découpait le filet de foin qui laissa tomber une cascade de paille sur eux tous, les enfouissant jusqu’au cou. « Utilisez les outils que vous trouvez », ajouta-t-elle puis elle se retourna et bondit vers une poutre, regardant les groupes aux yeux écarquillés qui l’observaient de derrière les stalles. « Et il faut vraiment s’amuser avec ce que vous faites. »

Un instant de silence mortel s’ensuivit.

« Cot », dit Bennu faiblement tandis qu’il passait la tête depuis l’endroit où il était tombé près d’une mangeoire. « Cot… cot… »

Un chœur de caquètement emplit la pièce, recouvert par le rire clair et sonnant de Xena. Elle espérait que son âme-sœur s’amusait au moins aussi bien.


La salle de bains était immense, songea Gabrielle en suivant la princesse à l’intérieur, où Elanora attendait déjà, le visage renfrogné quand elle reconnut qui sa royale cousine avait amenée.

Il y avait un grand bassin enfoncé au centre de la pièce, les bords à hauteur de siège et des tissus cotonneux déjà préparés pour le séchage. Trois servantes se trouvaient tranquillement dans la pièce, faisant une courbette à la princesse quand elle s’approcha. « Sois contente, Elanora… comme je l’ai prédit, Gabrielle est avec nous », annonça la jeune fille. « Et elle jouera son rôle… c’est très bien que j’ai pensé à l’inclure, parce que je crois vraiment qu’elle est la seule à pouvoir venir assez près de cette femme pour lui donner le poison. »

La fille aux cheveux noirs eut un sourire à contrecoeur. « C’est bien, Ta majesté. » Elle inclina la tête vers Gabrielle.

Silvi se rengorgea. « Et mon père qui disait que je n’avais aucun talent pour prévoir… maudit soit son souvenir. » Elle alla vers la servante la plus proche. « Allez… baignons-nous… je trouve ce temps très inconfortable. »

Les servantes les aidèrent à se déshabiller, sauf Gabrielle, qui déclina avec un sourire, parce qu’elle n’avait que sa tunique et ses bottes à enlever. Elle attendit poliment qu’elles aient fini puis elle les rejoignit au bord du bassin, consciente de leur yeux curieux et avides.

Par les dieux… Elle les regarda à son tour. On peut pratiquement voir à travers elles. Les deux majestés étaient, c’est vrai, minces comme des pelures d’oignon, et leur peau était blafarde, presque translucide. La barde pouvait voir les veines bleues sous la peau et elle faillit faire un bruit de la langue pour désapprouver. Son corps bronzé, robuste et musclé était un contraste visible et surprenant et elle décida qu’elle préférait que ce soit comme ça.

« Vous ne sortez pas souvent, pas vrai ? » Demanda-t-elle d’un ton ironique tandis qu’elle se glissait dans l’eau très chaude et étirait ses bras le long des côtés. De la confiance, la voix de Xena fit écho dans sa tête. Tout vient de toi. « Ce n’est pas très sain. »

Les deux filles se regardèrent puis tournèrent leur regard vers elle. Gabrielle se rendit compte que l’autre chose qui les séparait était justement ça, elles étaient des filles et elle… Elle cligna des cils en réaction à la pensée. Elle, de l’autre côté, elle était une femme.

Beurk. Exprima son cerveau.  Je parie qu’elles me regardent comme je regardais Xena.  Un souvenir lui rappela la première fois où elles s’étaient baignées ensemble et elle rougit légèrement.

Sa sœur était très jeune. Sa mère… était sa mère. Xena… Elle se souvint de ce corps bronzé et fin avançant vers elle dans le soleil couchant. Xena était une femme, la première qu’elle voyait dans ce genre de situation de proximité et ça l’avait rendue consciente des parties d’elle-même qu’elle n’avait pas soupçonnées jusque là.

« Et bien », murmura Silvi en détournant le regard et en rougissant un peu. « Tu me sembles parfaitement saine. »

Elanora se contenta de fixer franchement. « Par la Grande Artémis… » Elle ricana. « Je crois que tu as plus de muscles que Vasi. »

Gabrielle sourit poliment et serra le poing, faisant sursauter les muscles de son bras. « Ils peuvent servir quelquefois », assura-t-elle à la jeune fille. « Bon… c’est quoi le plan ? »

Elles flottèrent toutes les deux pour se mettre de chaque côté d’elle. Elle résista au besoin incontrôlable de fuir et se força à rester immobile, tandis qu’elles s’avançaient. Elle se rendit compte que ses narines étaient écartées et elle dut se mordre la lèvre pour ne pas sourire à ce qui lui faisait penser à son âme-sœur dans la même situation.

« C’est vraiment très simple », dit Silvi, d’une voix douce. « Le soir avant qu’ils attaquent, nos gens vont servir de la nourriture avec des herbes, ça les fera dormir. Ensuite, à la nuit, nous allons ouvrir les portes et les laisser entrer, et voilà tout. » Elle échangea un regard avec Elanora. « Ils sont en chemin en ce moment… l’un de leurs hommes est déjà à l’intérieur et observe. »

Voilà. Gabrielle soupira silencieusement. Xena avait raison. Comme d’habitude. « Qu’est-ce que vous en tirez ? » Demanda-t-elle d’une voix tranquille. « En quoi cet autre seigneur de guerre est-il meilleur ? »

Silvi sourit. « Il me fait la cour. » Elle se rengorgea. « Et il a promis sur sa vie qu’il me verrait libre et assise sur le trône de mon père, sans cet animal. Ensuite… » Elle rougit. « Il m’a offert son cœur. »

La barde se frotta l’oreille.

« N’est-ce pas la chose la plus romantique qu’on n’ait jamais entendue ? » Elanora soupira, claquant des mains. « Il est très bel homme… la semaine dernière il a envoyé une fleur pour elle. »

Ay yi yi. Gabrielle se mordit la lèvre. « C’est… adorable », dit-elle. « Alors… après que tout soit terminé… tu vas… le faire roi, c’est ça ? »

« Et bien. » Silvi rit doucement. « Comme il sera mon consort et que je serai faite Reine, je suppose que oui… mais ça ne signifie rien pour lui. » Elle soupira puis leva les yeux. « Mais peut-être que… et bien, tu crois à la romance, Gabrielle ? Tu crois en l’amour… l’amour au premier regard ? »

Et me voilà coincée entre un Centaure et l’arrière-train d’un Sphinx. Gabrielle soupira d’un air désabusé. « Oui, en fait, oui, Silvi », répondit-elle. Un souvenir vivace d’un chemin poussiéreux au-dehors de Potadeia lui remplit la mémoire, quand elle avait vue pour la première fois, une femme féroce aux yeux sauvages, y gagnant d’un seul coup un futur, une âme-sœur et une meilleure amie. « Je… crois à ces choses. »

La princesse rayonna. « Alors viens… raconte-moi… raconte-nous, qu’est-ce que tu trouves romantique ? Ma fleur… et le poème adorable qu’il m’a écrit… ces choses me touchent au cœur. Et toi ?

Un petit sourire se fraya un chemin sur les lèvres de la barde. « Ce que je trouve romantique ? » Elle répéta la question puis pencha la tête en arrière et fixa le plafond. « Et bien… des choses différentes de celles que tu mentionnes, je présume… des lucioles… » Elle ferma les yeux. « Des couchers de soleil… la senteur du jasmin. » Elle ouvrit les yeux et regarda la fenêtre. « Un baiser sous la pluie. » Elle sourit pour elle-même. « Se réveiller un matin froid avec les bras de la personne aimée autour de soi, qui te garde au chaud. »

« Oh ! » Silvi inspira en frappant dans ses mains. « Tu as déjà été amoureuse, pas vrai ! »

Gabrielle hocha la tête. « Oh oui. » Elle referma les yeux et se laissa ressentir le sentiment chaud et assuré qui l’enveloppait d’un voile léger. « Les poèmes ne lui rendent pas justice. » Elle cligna des yeux vers les jeunes filles et secoua un peu la tête. « On vous fait toutes ces envolées… sur la dévotion éternelle… et l’amour courtois ceci… ou cela… »

« Oui… oui… » Couina Elanora. « Il y a plus que ça ? »

« Mmm. » La barde sourit. « On ne vous prépare pas au… côté physique… à ce que c’est… on ne vous dit pas comment aimer quelqu’un change la façon de le voir… comment vous… ressentez… ce qu’il est. » Elle soupira. « Comment on apprend ce qu’est son odeur… et le bruit de ses pas… ou ce qu’on ressent quand on est regardée… ou comment un toucher peut vous faire lâcher les genoux… ou comment simplement voir son visage peut faire fondre votre cœur. » Elle regarda Silvi qui la fixait, les yeux écarquillés. « C’est ça l’amour », dit-elle doucement à la jeune fille. « Ça vous relie… il ne s’agit pas de fleurs… de poèmes… ou de paroles. » Elle mit le poing sur son cœur. « C’est ceci… et c’est la chose la plus puissante que vous ressentirez jamais… ça changera votre vie pour toujours. »

Silvi pressa les mains sur sa gorge. « Tu me coupes le souffle », haleta-t-elle. « Quelle barde merveilleuse tu fais… être capable de faire ça. » Puis son jeune visage devint sérieux. « Gabrielle… pourquoi n’es-tu pas avec ton amour en ce moment ? Est-ce que Xena t’en a éloignée ? » Sa voix comportait une indignation outragée.

Un signe de tête. « Non. » Gabrielle choisit ses mots avec grand soin, ne voulant pas mentir, mais sachant que la vérité à cet instant détruirait la confiance qu’elle avait bâtie et la priverait de plus d’informations. « Elle ne l’a pas fait. »

« Tu as été mariée ? » Demanda Elanora avec sympathie, ayant apparemment oublié toute sa défiance et son mépris initiaux. « Comme c’est affreux. »

« Je l’ai été », répondit la barde. « Mais il est mort… très vite après notre mariage. » C’était la vérité… ou du moins ça s’en approchait.

« Oh ! » S’exclamèrent les jeunes filles en même temps, en pleine détresse. « Ne crains rien », l’assura Silvi. « Après que nous nous serons débarrassés de ces hommes horribles… et que je serai à ma place, je te trouverai quelqu’un pour s’occuper de toi, Gabrielle… en retour de ta loyauté. »

Silvi, si tu as de la chance, beaucoup de chance, la personne que j’aime plus que ma propre vie, s’assurera que tu ne passes pas le reste de la tienne enchaînée à un seigneur de guerre opportuniste. « Merci », répondit-elle simplement. « J’ai des… oh, je pense qu’on peut les appeler des poèmes d’amour… que j’ai écrits… vous aimeriez les entendre plus tard ? »

« De la part de la Barde de l’Amour… comme c’est romantique », soupira Elanora. « Oh oui, s’il te plait. »

Si tu répètes jamais ça près des oreilles de Xena, ce qui se trouve être approximativement d’ici à Athènes, la Barde de la Vengeance Cruelle viendra te rendre visite la nuit dans ta chambre avec un gâteau de boue. « Bien sûr. » Gabrielle sourit. « Est-ce que vous avez quelque chose à l’esprit pour le déjeuner ? »

« Ah… oui. » Silvi eut l’air immensément contente d’elle-même. « Je crois que nous avons du bouillon aujourd’hui. »

« Du bouillon », répéta lentement Gabrielle. « C’est de la soupe, n’est-ce pas ? » Elle pianota sur le bord du bassin. « Vous savez, mesdames… il faut que je vous dise que… l’amour demande beaucoup d’énergie. »

Des yeux jeunes et surpris se fixèrent sur elle. Elle plia un muscle. « Croyez-moi… et le bouillon n’entre pas dans le département de l’énergie. »

Elles se regardèrent, consternées. « B… b… bien, qu’est-ce que tu suggères ? » Demanda Silvi avec hésitation. « Je ne peux pas me permettre le gruau… il tombe en moi comme un sac. »

Gabrielle se gratta le nez. « Et bien… si vous me montrez où est la cuisine… je pense que je peux réparer ça. » Elle fit une pause. « Je sais cuisiner. »

Des grands yeux. « Vraiment ? » Demanda Silvi. « C’est stupéfiant. »

« Pas vraiment », lui dit la barde. « Il a fallu que je m’occupe de nous nourrir, Xena et moi. J’ai appris vite. »

« Beuh. » Elanora fit la grimace. « Je pense qu’elle est horrible… elle ne se contente pas de sucer le sang des cochons ou un truc comme ça ? »

Ceci faillit déclencher une colère homérique sans barrière mais quelque part, quelque part, Gabrielle réussit à garder le couvercle dessus. « Je… ne l’ai jamais vue faire ça », dit-elle d’un ton traînant, en prétendant être dégoûtée. « Elle préfère la viande crue. » Une pause. « Elle et le loup… ils partagent, vous savez. »

« BEEUUUHHH !!! »

Arès passa la tête et mit ses pattes sur la pierre. « Roo ?? » Il ruina son effet de dégoût en l’embrassant affectueusement sur la tête. « Agrrruoo ? »

« Arès… arrête ça. » Elle soupira en se frottant les oreilles. « C’est vraiment un gentil garçon. » Puis elle leva les yeux vers les deux jeunes filles. « Ecoutez… ce truc… hum… » Elle prit une inspiration. « Je ne… ça ne va pas lui faire de mal, hein ? Juste l’endormir ? » Elle hésita. « Je ne pense pas que je pourrais… hum… »

Silvi tendit la main et lui tapota le bras. « C’est juste un truc pour dormir… mon homme l’a dosé et nous l’avons testé la semaine dernière… ne t’inquiète pas. » Une pause. « Et après… mon amoureux s’occupera d’elle… tu seras en sécurité, Gabrielle, je te le promets. »

Elle croit en lui. Pensive, la barde s’en rendit compte. Et la pensée de lui enlever cette croyance que quelqu’un a en quelqu’un d’autre… peut-être qu’elle a raison. Peut-être qu’il est… ce qu’il dit… un bon gars. « Merci », répondit-elle tranquillement. « On déjeune ? » Et ensuite, une visite à l’écurie.


« Très bien… ça suffit pour aujourd’hui », dit Xena d’un ton sec tandis qu’elle rengainait son épée avec soin dans son étui. « Je veux que ces quartiers soient propres quand je reviendrai ce soir après le dîner, compris ? »

Des signes de tête épuisés mais le murmure des conversations ne comportait aucune malice, il reflétait les discussions sur les combats et la technique, et quelques-uns des tours qu’elle leur avait douloureusement enseignés. Elle s’appuya contre un support et les regarda sortir en file indienne, fit un signe de la main à Bennu qui avait subi, peut-être injustement, la brutalité de son enseignement. Il avait quand même l’air enjoué et il lui fit un grand sourire tandis qu’il se retournait et sortait en dernier.

Elle lui sourit en retour puis se repoussa du support et avança péniblement vers l’endroit où Argo était confortablement installée, mâchant une bouchée de foin odorant. « Salut, ma fille. » La guerrière se laissa tomber sur le ballot près de la stalle et la jument s’avança volontiers, soufflant des morceaux de foin partout sur sa cavalière. « Oh… merci. » Xena se brossa et rit, puis elle gratta les oreilles de la jument. « J’ai un secret à te dire… »

Argo se rapprocha et mit le museau dans la poitrine de la guerrière.

« Oui… tu vas bientôt être tante », murmura Xena dans l’oreille du cheval.

La jument hennit et secoua la tête.

« Non… non… c’est vrai… tu vas être tante », insista sa cavalière, en faisant tourner quelques crins. « Gabrielle va avoir un bébé… ce n’est pas génial ? »

Elle fut pratiquement repoussée par un museau récalcitrant. « D’accord… d’accord… ce n’est peut-être pas si génial pour toi… mais ça l’est pour moi. » Le cou soyeux était un endroit confortable pour poser un instant sa joue. « Je vais avoir une autre chance, Argo… et j’ai peur, et je suis heureuse… j’espère que je ne vais pas tout faire capoter cette fois. »

Un reniflement.

Xena rit doucement. « Merci pour la confiance. » Des bruits de pas dans le foin boueux l’alertèrent et elle leva les yeux pour voir Garanimus qui traversait l’écurie. Même sa présence ne pouvait mettre un frein à sa bonne humeur, se rendit-elle compte, et elle s’adossa à nouveau dans le ballot, croisant les jambes aux chevilles tout en attendant qu’il arrive.

Il s’arrêta à un mètre d’elle et observa la pose détendue. « J’ai entendu dire que j’avais raté l’école des méchants coups. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu veux une leçon privée ? » Elle sourit mais pas un de ces gentils sourires. « Je suis prête pour ça. »

Il leva les deux mains. « C’est une arène dans laquelle je ne me mesurerai pas à toi, Xena », répondit-il. « J’ai eu une réponse de Framna… je pense qu’il a acheté le marché à moitié. Il vient dans cette direction… mais il dit que c’est pour nous rencontrer… » Il eut un regard direct vers Xena. « Et trouver une issue. »

Elle croisa les mains sur son ventre et l’observa. « Très bien… ça semble plutôt bien », dit-elle pensive. « Combien de temps avant qu’il n’arrive ici ? »

Un haussement d’épaules. « Demain soir… au plus tôt. » Il regarda autour de lui. « Je dois admettre que… ces fichus huttes ont meilleure allure qu’avant. » Son regard se fixa à nouveau sur elle. « Ecoute… Xena… je sais qu’il y a du sang versé entre nous… et tu ne vas pas faire ça pour l’amour du passé… mais c’est mieux pour ces gens. »

Xena ricana. « Tu te fiches de ces gens comme du cul lisse d’un Centaure, Garanimus… tu ne veux pas perdre ton petit ticket repas c’est tout, et le confort de l’endroit. » Elle avança un pied et le cogna légèrement dans le ventre. « Ne me sers pas de platitudes. Je vais le faire, mais reste hors de mon chemin et quand ce sera fini… je ne veux plus jamais entendre parler de toi, compris ? »

Il tressailit et se frotta l’estomac. « T’sais, Xena… c’est ce que j’ai toujours aimé chez toi… tu n’as jamais eu à te poser de questions sur ce que tu pensais. » Il lui fit un sourire sardonique. « Mais ce n’était pas si mal… nous avons eu du bon temps, tu dois l’admettre. »

Elle croisa les bras. « Un peu », admit-elle, laissant un sourire plisser son visage. « Mais pas beaucoup et le dernier a annulé tous les autres. » Maintenant son expression se durcissait. « Je ne suis pas vraiment du genre à pardonner. »

Il s’avança d’un pas. « Est-ce que tu sais au moins pourquoi je l’ai fait ? »

Le regard bleu le cloua. « Ils t’ont offert mille dinars pour nous vendre. »

Il eut le souffle coupé. « Tu savais. »

Elle hocha la tête. « Je savais. »

Fasciné, il se percha sur le bord de son ballot. « Mais tu es venue, quand même… pourquoi ? »

Un léger sourire ironique toucha ses lèvres. « Juste pour voir si je pouvais le faire », répliqua-t-elle tranquillement. « Je n’ai jamais pu résister à un défi. »

Il la regarda. « Bon sang… tu es folle. »

Xena rit. « Bien sûr que je le suis… je suis ici, pas vrai ? »

Garanimus secoua la tête. « Je ne pouvais laisser passer mille dinars, Xena… ça me tenait pendant un très, très long moment. Peut-être que ça m’a sorti de cette course à la belette. »

Un soupir. « Tu aurais pu juste me demander. Je t’aurais fait une proposition. » Elle le fixa. « C’est pour ça que tu te bats pour rester ici… pas vrai ? Tu veux prendre ta retraite ? »

« Tu ne m’aurais pas laissé partir. » Il ricana doucement, puis fit une pause, en la regardant avec incertitude. « Tu l’aurais fait ? »

Elle se pencha en arrière et soupira. « Je commençais à être lasse de ça, à ce moment-là déjà, Gar… » Elle roula la tête d’un côté en le regardant. « Oui… je l’aurais fait… je t’aurais insulté… donné quelques coups… mais oui. »

Il ferma les yeux. « Allez savoir. » Un haussement d’épaules. « Tu aimes ce que tu fais maintenant, honnêtement, Xe ? »

« Oui… honnêtement. » Elle rit doucement. « Il m’a fallu du temps pour m’y faire… mais… oui. »

Leurs regards clairs se croisèrent et le visage de Garanimus s’adoucit et perdit beaucoup de son cynisme ardu, et Xena fut énergiquement rappelée de pourquoi ils avaient été attirés l’un vers l’autre, ces nombreuses années auparavant. « On fait la paix ? » Elle laissa sa propre expression se détendre dans un sourire tranquille, et elle tendit la main.

Il la prit, serrant son avant-bras avec gentillesse. « On fait la paix. »

Ils gradèrent le silence puis il relâcha sa prise et regarda autour de lui. « Ces hommes parlent de toi comme si tu étais le Dieu de la Guerre, tu sais. »

Elle roula les yeux. « Oh, par les boules du Centaure… NE VA PAS PAR-LA », s’exclama-t-elle avec dégoût. « J’ai assez d’ennuis avec lui. »

Garanimus rit. « Bien sûr, bien sûr… t’as donné son nom à ton chien, Xena… à quoi tu t’attendais ? » Il esquissa un salut ironique puis se retourna pour partir. Il fit un pas puis se retourna. « Tu es de bonne humeur… je vais prendre le risque de te demander alors. Toi et la gamine… vous êtes ensemble ? »

Xena leva les yeux de l’armure qu’elle ajustait. « Ensemble ? Non. Ensemble n’est pas le mot pour ce que nous sommes. »

Il accepta cela. « Très bien… alors… »

« Le mot pour ce que nous sommes c’est mariées. » Xena baissa à nouveau les yeux et tapota l’armure avec la poignée de son épée.

« Mariées », répéta-t-il faiblement. « Toi… et la gamine ? »

Xena hocha la tête. « Ouaip. » Elle leva les yeux. « Et ce n’est pas une gamine. »

Il cligna des yeux puis s’assit brusquement sur le ballot. « Oh. » Il fit une pause. « Je ne… ah… je n’ai jamais pensé… hum… je n’ai jamais imaginé que tu étais du genre qui se marie, Xena. »

Elle lefixa, amusée. « Les choses changent. » Elle fit une pause. « Les gens changent… j’ai changé. »

Garanimus ne répondit pas, il se contenta de rester assis, mâchant un brin de foin pendant un long moment puis il se releva et grogna, avant de partir en prenant l’herbe avec lui.

Xena rit pour elle-même et puis tout haut tandis qu’Argo lui chatouillait la jambe de ses moustaches soyeuses. « Hé… » Elle soupira et passa les doigts dans la crinière de la jument. « Je ne pensais pas non plus être du genre qui se marie, Argo… tu le sais ? » Son pouce jouait paresseusement avec la bague sur son doigt et elle la regarda, laissant la douce lumière grise se refléter sur la pierre. « Pas moi, hein ? Ne laisse personne s’approcher trop près… ne sois pas impliquée… c’est trop drôle… je suis tellement impliquée avec elle que parfois c’est dur à croire. » La jument poussa un peu plus de son museau et Xena la récompensa d’une étreinte. « Je serais tellement perdue, Argo… si quelque chose devait lui arriver… » Elle laissa les mots traîner et posa la joue sur la peau douce. « J’aimerais l’envelopper dans du coton… mais je sais que je ne peux pas, pas vrai ? Surtout maintenant, ma fille… je veux vraiment que tout se passe bien… elle le mérite, après cette dernière fois. »

Argo hennit doucement, habituée aux mots murmurés à voix basse. Elle mordilla le cuir de sa cavalière puis baissa les oreilles tandis que la porte s’ouvrait en craquant. Xena leva les yeux par-dessus le cou doré et cligna, tandis que la pluie envoyait une Gabrielle trempée mais joyeuse. « Hé ! » Cria-t-elle en s’extirpant du ballot tout en prenant une des couvertures d’Argo sur le dispenseur.

« Ouaouh… » La barde se secoua violemment en envoyant des goutellettes sur le foin. « Quelle tempête. »

« Gabrielle ! » Xena l’atteignit et elle mit la couverture sur ses épaules, l’en entourant tout en utilisant le bout pour lui sécher ses cheveux mouillés. « Tu es complètement trempée ! »

La barde soupira. « Ça a été l’histoire de ma vie toute la journée… hé… arrête ça. » Elle se tortilla pour échapper à la prise pleine de sollicitude de Xena. « Tiens… je t’ai apporté le déjeuner. »

La guerrière prit le paquet en fronçant les sourcils. « J’aurais pu attendre… » Grogna-t-elle. « Tu n’avais pas à prendre des risques pour venir ici par ce temps. »

Les yeux verts la regardèrent avec bienveillance. « Je sais. » Gabrielle se rapprocha, serrant la couverture contre elle et elle posa la tête sur la poitrine de son âme-sœur. « Mais je voulais vraiment être avec toi. » Elle soupira lentement alors que des bras chauds l’encerclaient et la rapprochaient. « J’ai trouvé ce qui se passe et je pensais que tu ferais mieux de le savoir. »

Xena l’embrassa sur le haut de sa tête mouillée. « D’accord… d’accord… viens par ici… asseyons-nous et tu me diras tout. » Elle conduisit sa compagne jusqu’au coin de la stalle d’Argo et les installa dans un paquet propre de foin, Gabrielle près d’elle. La barde se tortilla jusqu’à ce qu’elle puisse se blottir contre Xena et elle posa la tête sur la haute épaule avec une satisfaction tranquille. « Qu’est-ce que c’est ? » La guerrière montra le paquet.

« Oh. » Gabrielle soupira. « Ça fait partie de l’histoire… ce sont des sandwiches… c’est sans risque. Je les ai faits. »

« Ah. » Xena ne perdit pas de temps et arracha le paquet, son corps lui rappelant vivement qu’elle l’avait plutôt malmené une grande partie de la journée sans même s’arrêter pour manger. « Merci », marmonna-t-elle la bouche pleine. « Je… ne… heu… » Elle remua la main.

« T’es pas arrêtée pour manger de toute la journée, même si on est presque au soleil couchant et que tu es partie depuis l’aube », proposa la barde pince-sans-rire. « Quelle surprise. Tu sais, tu es impossible parfois. »

Un sourire en coin fut sa réponse tandis que Xena plongeait dans la nourriture. Gabrielle se contenta de secouer la tête et se rapprocha. « Ils vont attendre que l’autre seigneur de guerre arrive ici… puis ils vont droguer tous les hommes de Garanimus et ouvrir les portes. »

Xena s’arrêta de mâcher et la regarda avec un respect surpris. « Ouaouh », marmonna-t-elle en avalant rapidement. « Bon travail. »

« Sans effort », répliqua Gabrielle tranquillement. « Ils m’ont donné l’information après m’avoir recrutée. »

Un haussement de sourcil. « T’avoir recrutée ? » Xena eut l’air intriguée puis son expression s’assombrit. « Oh. » Elle posa le sandwich et fixa le foin. « Je vois. »

La barde enroula ses doigts autour des longs doigts de la guerrière. « C’est compréhensible, Xena… tu travailles avec lui. »

Xena déglutit plusieurs fois. « Les marchands ne le pensaient pas », répondit-elle doucement, puis elle soupira. « Mais je présume que tu as raison. » Elle fit un effort visible pour mettre ses pensées de côté. « Alors… tu es infiltrée, hein ? Bon travail, ma barde. »

Gabrielle la fixa puis elle leva la main pour repousser les mèches de son visage. « Ma chérie, ce ne sont que des enfants et ils ne savent rien. » Elle frotta une tache de boue sur le nez de Xena, la faisant un peu cligner des yeux. « Et… franchement… je suis vraiment contente qu’ils m’aient persuadée de faire partie de tout ce truc… parce qu’apparemment c’est ma responsabilité de m’occuper de toi… ce soir. » Un sourire nostalgique élargit ses lèvres. « Je pense que c’est un meilleur plan que d’avoir un de ses pauvres enfants qui essaye et que tu le bottes jusqu’à la semaine prochaine. » Une pause. « Ou pire. »

Xena lui embrassa les doigts, qui étaient toujours en train de caresser son visage. « Bien vu, mon amour. » Un sourire revint sur ses lèvres. « Je me sens plus en sécurité. »

« Mm. » Une expression de soulagement passa sur le visage de la barde. « Silvi, apparemment, a le béguin pour l’autre seigneur de guerre. »

« Ah. » Maintenant la compréhension se lisait sur les traits bronzés de Xena. « Il l’aime bien, ou bien… ? »

« Eh. » Gabrielle remua la main. « Il a évoqué un tas de parties du corps pour la voir libre et posée sur son trône… avec l’attente qu’elle l’épouse après que tout sera terminé. »

Une pause. « Tu n’y crois pas ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Et bien, on a déjà entendu parler d’un seigneur de guerre qui est tombé follement amoureux. »

Xena inclina la tête et toucha le front de la barde du sien. « C’est très vrai… et je devrais le savoir. »

Gabrielle traça sa joue avec sa main. « J’espère qu’elle est aussi chanceuse que moi », murmura-t-elle. « Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Xena mit les bras autour du corps fin de la barde et soupira. « Et bien… je présume qu’on doit attendre que ce type arrive ici… et le jauger. S’il est comme elle le pense… je voterai pour qu’on les laisse faire… sauf que… » Ses yeux prirent une teinte troublée. « Que certains de ces gars ne sont pas si mauvais. »

« Mm… maintenant que tu les as battus, tu veux dire. » La barde prit le morceau de sandwich que Xena avait oublié et le lui tendit. « Allez. » Elle attendit que la guerrière accepte le morceau et le mâche lentement. « On va penser à quelque chose… qui sait… peut-être que tu peux raisonner ce type. » Un soupir. « C’est agréable et chaud ici. » Elle s’enroula un peu plus et posa la tête sur l’épaule de Xena.

« Ouille… hé… tu ne veux pas faire ça… je suis vraiment sale », protesta Xena en lui lançant un regard ironique. « Je sens pire qu’Argo un mauvais jour. »

Le cheval renifla d’outrage et tapa du sabot.

Gabrielle la renifla délicatement puis sourit. « Hmm… en fait… non. »

« Gabrielle. » La voix de Xena baissa d’une octave, en remontrance. « Bien sûr que si. »

« Hé… peut-être que d’être enceinte affecte mon sens de l’odorat… mais… non je t’assure que tu ne me gênes pas du tout. » La barde se blottit contre elle en soupirant d’aise. « Mon oreiller de guerrière. »

L’oreiller en question sourit largement. « Ils devaient penser que j’étais cinglée… je voltigeais partout comme une sorte d’écureuil enragé. » Elle massa doucement le ventre de la barde. « Tu as été dans mes pensées toute la journée. »

« Pareil », fut la réponse endormie. « Elles m’ont entrainé dans le bain avec elles… ça a été une sacrée expérience, puis je les ai convaincues de me laisser faire un raid dans la cuisine sinon je me serais retrouvée coincée avec une tasse de soupe au bœuf pour le déjeuner. » Elle bâilla. « Ensuite nous avons fini dans notre chambre… et je leur ai lu quelques poèmes. »

Xena mâcha tranquillement le reste de son sandwich. « Ah oui ? Quel genre ? »

« Des trucs romantiques. » La barde tendit la main et détacha la boucle de l’armure de Xena sur son épaule gauche, puis elle enleva la cuirasse, tirant avec impatience sur l’autre boucle. « Enlève ça ! »

Xena écarquilla ses yeux bleus. « Oui, madame ! » Elle rit tout en retirant les plaques et en se penchant un peu plus, faisant un endroit confortable pour que la barde puisse s’y allonger. « Fatiguée ? » Demanda-t-elle d’un ton sympathique.

Un hochement de tête somnolent. «  Oui… mais ce n’est pas comme si j’avais fait des choses toute la journée… dieux… j’ai l’impression d’avoir marché pendant des marques de chandelle. »

Un sourire nostalgique passa sur les lèvres de la guerrière. « Ton corps est occupé à fabriquer une nouvelle vie… ça demande beaucoup de travail, t’sais. » Elle fit des cercles lents et doux sur la peau soyeuse de la barde, sentant le mouvement de la respiration de Gabrielle qui ralentissait, et la barde s’enveloppa un peu plus contre la forme couverte de cuir de sa compagne. Avec une légère prise de souffle, celle-ci se mit à chanter, d’une voix basse et vibrante, un chant de berger dont elle savait que Gabrielle avait dû l’entendre une grande partie de sa vie.

Un lent et doux sourire passa sur les lèvres de la barde. Elle s’imprégna de la musique, absorbant les chaudes vibrations dans la poitrine sous son oreille tandis que la voix de Xena montait au refrain, d’un brave berger à la recherche d’un agneau perdu.

Petite fille… petite fille…

Qui erre dans le danger lointain

Petite fille… petite fille…

Es-tu bien loin ?

Viens à moi, je crie ton nom

Le lait de la mère t’attend à la maison…

Petite fille… petite fille….

Ne va plus si loin.

La pluie tombait en rafale sur le toit en chaume de l’écurie. Mais sa furie ne parvenait pas à briser la bulle chaude de lumière dorée qui semblait s’installer autour de deux formes immobiles et rêveuses.

Mais à l’arrière de l’écurie… des yeux mi-clos et anciens se montrèrent puis disparurent, l’outrage les colorant.


A suivre 6ème partie

 

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Nos vies passées , chap.11 à Fin

Chapitre 11 :

 

 

En cherchant Lara qui ne se trouvait pas dans sa chambre, Lizzie tomba sur Len. En le voyant au bord de la piscine, les pieds dans l'eau et l'air maussade, elle hésita avant de finalement se décider. Elle s'assit à ses côtés après avoir retiré ses sandales et joua quelques secondes avec l'eau sans rien dire.

 

Le jeune homme finit par se tourner vers elle et elle sourit.

 

- Ca fait un moment qu'on ne s'est pas vu, fit-elle tranquillement, comment tu vas ?

 

Il la fixa quelques secondes avant de hausser les épaules.

 

- Tu ne sais pas hein ? Je connais ça.

 

Il souleva un sourcil et elle le trouva si semblable à Tia se faisant qu'elle en fut troublée quelques secondes.

 

- Waaaa, tu ressembles tellement à ta mère que par moment c'est déstabilisant... pendant une seconde j'ai cru que c'était à elle que je parlais. Vraiment perturbant.

 

La réflexion le prit au dépourvu et elle le vit. Ravie de lui voir cette expression, Lizzie sourit avant de reprendre.

 

- Je cherchais ta sœur. Linya m'a dit qu'elle s'était disputée avec son petit ami et que ça n'allait pas fort. Tu sais où elle est ?

 

Il secoua la tête et elle haussa une épaule, résignée.

 

- Je ne sais pas ce que vous avez vécu ces derniers temps et il est fort probable que tu ne veuilles pas en parler. Sûrement que tu penses que personne ne peut comprendre et tu dois te sentir seul. Peut-être que tu as raison, peut-être que personne ne peut comprendre.

 

Etonné d'être si bien lu, il la dévisagea et elle plongea son regard dans le sien.

 

- Pour beaucoup de choses j'ai été à ta place. Ces sentiments, par bien des côtés je les partage encore. Mais je travaille là-dessus. Il y a longtemps tes mères m'ont fait comprendre que rien ne devait être gardé pour soi. Bien sûr on ne peut pas tout dire à tout le monde, il faut savoir choisir. Et pour ça, parfois il faut prendre son temps pour trouver la bonne personne à qui se confier. Et même quand on pense l'avoir trouvée, parfois on se trompera et cela fera plus mal qu'avant encore...

 

Elle fit une pause, revivant ses propres déceptions.

 

- Je sais tout ça... mais ça ne veut pas dire que tu dois arrêter de chercher, arrêter d'essayer de trouver la bonne personne à qui te confier. Ne pas parler c'est tuer son âme, tuer ce qui fait que nous sommes nous... Tu n'as pas besoin de ta voix pour parler, tu peux écrire des mots ou bien utiliser la langue des signes ou même t'exprimer autrement, par l'art... mais tu dois parler à quelqu'un de ce qui te ronge ainsi. Même si tu penses qu'on ne peut pas comprendre, tu dois essayer. Parce que parler n'est que la première étape dans le chemin de guérison, pas la dernière... les gens se trompent souvent en pensant qu'une fois les choses dites, tout s'arrangera... comme si ça pouvait être si simple, soupira-t-elle.

 

Lizzie commença à balancer ses pieds dans l'eau, un mouvement qui l'aida à canaliser sa nervosité grandissante. C'était si difficile de parler de choses qui nous touchait... elle n'aimait pas ce sentiment mais savait aussi que si les confidences étaient bien accueillies, cela pouvait être source de lien profond qui se nouaient.

 

Elle inspira pour se donner un peu de courage et se lança :

 

- Par exemple... savais-tu que j'avais déjà tué quelqu'un ? Pas tué par accident mais de sang froid ? C'était quelque chose de très réfléchi, un plan que j'avais mis au point pendant de nombreuses semaines. Une vengeance auquel je tenais plus que tout...

 

Elle osa regarder son petit cousin en face et découvrit le choc sur son visage.

 

- J'étais plus jeune que toi. 17 ans. C'est jeune pour tuer. Jeune pour penser à le faire par vengeance. Comment fait-on pour se remettre d'un acte commis par haine ? Ca détruit une partie de nous-même... tuer le fait, mais le faire par vengeance, par haine... c'est comme alimenter le pire de soi, comme renoncer à son humanité, à son enfance... et le pire, c'est que quelque part, je ne regrette pas la mort de ce type. Il le méritait. Mais je regrette d'avoir perdu ça... même si je ne sais pas ce que c'était précisément, je sens son absence et ça pèse. Tous les jours.

 

Une larme lui échappa et elle l'essuya rageusement.

 

- Ça pèse tellement que de ne pas en parler te fait faire de mauvais choix... j'ai choisi Tamara car je voulais être punie. Etre amoureuse d'une personne inaccessible, qui ne te retourne pas tes attentions, est une façon de se punir. Pourquoi mériterais-je d'être heureuse alors que j'ai tué par haine ? Peu importe que celle-ci ait été justifiée...la haine reste la haine et la laisser grandir jusqu'à ce point fait de toi plus un animal qu'un être humain...

 

Elle se tourna vivement vers lui :

 

- Attention, il n'y a rien de mal à être un animal ! Mais si c'était mon destin, je serais née dans un autre corps n'est-ce pas ? Nier le cadeau que l'on m'a fait de réfléchir, de faire partie de l'espèce humaine et de n'y voir que le mal que l'on cause et que l'on vit, c'est triste non ? En tant qu'être humain, on peut changer les choses, on peut découvrir des endroits superbes, rencontrer des gens géniaux, s'amuser, construire, rire... c'est un peu plus limité pour les animaux et c'est avant tout une question de survie, l'existence pour eux. Nous, nous vivons. Mais lorsque l'on hait, lorsque l'on tue, lorsque l'on se prive d'une partie de nous-même, on ne vit pas. Je n'ai plus envie de gâcher mon temps ainsi... je veux vivre.

 

En prononçant ces mots, Lizzie eut la surprise de se sentir plus sereine. Ces mots, ils impliquaient qu'elle allait devoir se montrer plus honnête avec Anne-Lise et avec elle-même. Accepter le fait, que peut-être, cette fois encore, elle avait choisi quelqu'un incapable de lui rendre ce qu'elle donnait... elle ne savait pas si c'était vrai, elle avait l'impression qu'Anne-Lise était différente, mais peut-être était-ce juste le contraste avec Tamara comme l’avait fait remarquer Linya. Pourtant Tamara avait essayé de l'aimer correctement... et cela l'avait fait l'aimer encore plus.

 

Tamara lui manquait encore très souvent. Mais lorsqu'elle était avec Anne-Lise, elle parvenait à l'oublier et cela lui faisait un bien fou. Etait-ce pour cela qu'elle était tombée amoureuse ? Etait-elle même amoureuse ?

 

Cela faisait un an qu'elle et Tamara avaient rompu et 5 mois qu'elle sortait avec Anne-Lise. Elle se pensait amoureuse, mais c'était peut-être juste du soulagement ? Celui d'une liberté retrouvée, d'avoir le droit de rire sans se sentir coupable en voyant la peine dans les yeux de l’autre...

 

Elle ne savait pas actuellement mais elle comptait bien le découvrir. Elle voulait vivre, elle le pensait. Cela signifiait découvrir ce qu'elle ressentait et se donner une vraie chance de vivre une histoire d'amour sincère et surtout, saine.

 

- Et toi Len, est-ce que tu veux vivre ?

 

Le jeune homme la dévisagea, saisit par ses confidences et la justesse de ses conclusions. Il détourna le regard, fixant l'eau sans la voir, incapable de donner une réponse.

 

Voulait-il vivre ? Assurément il ne souhaitait pas mourir, mais si on s'en tenait à la définition de Lizzie, le contraire de mourir n'était pas forcément vivre. Alors voulait-il vivre selon ses termes ? Et quel serait l'autre chemin ? S'il vivait mais pas comme Lizzie l'entendait, que serait sa vie ?

 

Pour la première fois, il envisagea son futur sous la forme de son présent et la vision qu'il en eut fut si terne et sans relief que même pour lui, cela s'apparenta à la mort.

 

Quel intérêt de vivre dans ces conditions ?

 

Mais comment fait-on pour vivre quand on ne se voit aucun autre avenir que la grisaille présente ? La volonté de changer les choses suffit-elle ?

 

Il releva la tête pour regarder Lizzie. Ce qu'elle lui avait dit était loin de ce qu'il avait imaginé la première fois qu'il l'avait rencontrée. Il ne se serait jamais douté de rien en fait. Les gens renvoyaient vraiment une image très différente de ce qu'ils étaient en réalité. Ou plutôt les gens se faisaient une idée de ce que vous étiez à partir de quelques éléments que vous laissiez entrevoir. De qui était-ce la faute finalement si les autres ne nous connaissaient pas ?

 

Et quelle image les gens se faisaient-ils de lui ? Etait-ce différent selon la personne qui regardait ? Ou chacun tirait-il les mêmes conclusions des éléments donnés ?

 

C'était peut-être un peu trop philosophique pour une conversation de fin de journée... ou peut-être souhaitait-il juste détourner son attention de la question posée. Il soupira. Lizzie attendait sa réponse. Gentiment, sans pression, elle était juste là et attendait.

 

Il voulait lui en donner une mais il ne savait pas laquelle. Elle posa une main sur son épaule et déclara :

 

- C'est bon, rien ne t'oblige à répondre maintenant. Prends le temps d'y réfléchir.

 

Il la dévisagea, hésitant, avant d'ouvrir la bouche, éprouvant un besoin de lui répondre qu’il n’avait plus ressenti depuis un moment. Il voulait qu’elle le comprenne.

 

- C'est juste, fit-il la voix éraillée avant de tousser pour l'éclaircir, que je ne sais pas quoi te dire...

 

Lizzie contrôla soigneusement son expression pour ne pas réagir. Elle n'avait pas vécu cela pendant des semaines comme c'était le cas du reste de la famille, alors il lui fut facile de le faire.

 

- Tu veux vivre ?

 

- Je... je crois oui... mais...

 

- Tu ne sais pas comment.

 

Len secoua la tête.

 

- Un jour après l'autre, répondit-elle après un instant de réflexion. Ce que tu as envie ou besoin de sortir de toi, tu dois le faire. Tu vois tout en sombre parce qu'en toi c'est ainsi. Sortir la douleur de soi, c'est en sortir la grisaille. Ce qui te fait peur, honte, te met en colère ou te rend triste, ce sont des sentiments qui éteignent les autres par leur force. Ils sont intenses ces sentiments. Il ne faut pas les sous-estimer. Et si tu commençais par ce qui t'a coupé l'envie ou la force de parler ?

 

Un éclair de terreur traversa son regard bleu ciel, surprenant Lizzie qui pressa son épaule en le rassurant :

 

- Rien ne t'oblige à le faire maintenant ou avec moi. Juste, pense-y.

 

Il hésita, hocha la tête et soupira de soulagement. Il pouvait attendre encore un peu avant de parler. Il n'y avait rien qui pressait. Il commença à se détendre. Lorsqu'il comprit que bientôt, juste parce qu'il l'avait envisagé, il pourrait se libérer de ce qui lui pesait ainsi, un peu de joie colora ses émotions. La solitude recula légèrement et il se sentit un peu mieux. Lizzie avait raison, parler était peut-être bien salutaire.

 

- Je ne suis pas...

 

Il chercha ses mots, il voulait la réconforter comme elle l'avait fait.

 

- Je t'aime toujours...

 

Il se frotta le front, contrarié de ne pas parvenir à mettre ses émotions en mots alors qu'elle le fixait d'un air surpris.

 

- Ce que tu as fait, finit-il par dire, ne change rien pour moi. Tu es toujours la même. Peut-être moins demoiselle en détresse que je ne le pensais, mais je ne te vois pas... différemment, pas en mal en tout cas.

 

Un léger sourire fendit le visage de sa vis-à-vis et elle le remercia d'une pression sur l'épaule avant de reposer sa main sur le bord de la piscine.

 

- Une baignade ça te dit ? C'est idiot d'être là, de crever de chaud et de ne même pas profiter de la piscine, tu ne trouves pas ?

 

Il sourit en coin et acquiesça.

 

- Si tu vois ta sœur, fit-elle alors qu'il se levait pour aller se changer, dis-lui de nous rejoindre. Un bon défoulement en famille, y'a rien de mieux pour se sentir mieux.

 

Il hocha la tête et Lizzie le regarda partir avant de se dépêcher de rejoindre sa chambre pour se changer en songeant que Linya risquait d’attendre Len un moment. Elle avait complètement oublié de lui passer son message.

 

                                                                       ***

 

Malgré les visiteurs nombreux tout au long de l'année, l'accès au temple d'Aphrodite n'avait pas été facilité. Tia et Lex n'arrivèrent qu'au milieu de la nuit à destination. Essoufflées, elles contemplèrent le majestueux édifice.

 

- Rien à voir avec ce que ce crétin d'Arès a fait, remarqua Lex les poings sur les hanches. Aphrodite peut être fière, son Temple est aussi grandiose qu'elle !

 

- Kyaaaaaah, merciiiiii ! Fit une voix stridente avant que deux bras n'enserrent vigoureusement le cou de Lex.

 

Aphrodite, frotta son visage contre le sien puis se recula et frappa dans ses mains, toute excitée.

 

- Cela fait siiiii longtemps Gabrielle ! Pourquoi n'es-tu pas venue me rendre visite plus tôt ? Enfin, peu importe, tu es là maintenant !

 

Joignant le geste à la parole, Aphrodite sautilla sur place, incapable de refréner sa joie.

 

- Salut Xena ! Je t'avais vue tu sais, je ne t'ignorais pas !

 

Tia sourit à la déesse, sincèrement heureuse de la voir.

 

- Je sais, c'est juste que Gabrielle est ta petite chouchoute.

 

- Vous êtes toutes les deux mes amies ! Protesta la déesse en se vexant. J'ai toujours pensé à vous deux !

 

Lex rit et tapota le dos de son amie divine.

 

- Xena te taquine, ne l'écoute pas.

 

Tia sourit et ne corrigea pas Lex. Elle n'était même pas certaine, ici, au pied du Temple à converser avec la déesse qu'elle n'était pas en fait Xena et que Tia était une ancienne vie.

 

- Et si on entrait prendre le thé ? Proposa soudain la déesse. J'ai de nouveaux employés et ils sont à croquer !

 

Tia et Lex sourirent et suivirent leur amie à l'intérieur du Temple. La déesse les conduisit au fond de l'édifice, dans un endroit aménagé rien que pour ses apparitions. D'après la déesse, c'était là un morceau de l'Olympe qu'elle avait transféré pour ses petits plaisirs. Le temps y passe différemment précisa-t-elle en les y précédant. Plusieurs éphèbes étaient occupés à rafraîchir l'atmosphère à l'aide de gigantesques éventails. D'autres s'occupaient de disposer boissons et nourritures sur une petite table et enfin les derniers montaient la garde.

 

Lex désigna les éventails.

 

- Tu sais que la clim existe de nos jours...

 

- Je suis une déesse Gabrielle, je n'ai pas besoin que l'on m'évente. C'est pour le plaisir des yeux seulement.

 

Lex rit et secoua la tête. Les siècles s'étaient succédé mais la déesse de l'amour n'avait pas changé d'un poil. Une fois tout le monde installé, Tia entra directement dans le vif du sujet.

 

- Que fabrique Arès ces derniers temps ?

 

- Tu veux des nouvelles d'Arès ? S'étonna la déesse de l'amour. Voilà qui va le ravir !

 

- Ne dis pas n'importe quoi, contredit Lex avec une moue dégoûtée, qui voudrait des nouvelles d'un type pareil ? Non, on voudrait savoir ce qu'il manigance contre nous encore.

 

- Oh, vous avez remarqué alors..., fit la déesse penaude.

 

Tia prit sur elle de ne pas grincer des dents.

 

- Difficile de ne pas remarquer quand on perd l'esprit. Est-ce à dire que tu ne nous aurais rien dit si on n'avait pas soulevé le sujet ?

 

- Arès avait promis d'arrêter avant que cela ne dégénère vraiment ! C'est pour son jeu vous comprenez. Si vous êtes patientes, ça s'arrêtera bientôt.

 

Lex et Tia se regardèrent avant de dévisager la déesse, perplexe.

 

- Son jeu ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Une télé réalité ou quelque chose dans le genre. Vous en êtes les héroïnes !

 

Elle avait déclaré cela avec un air réjoui, comme s'il s'agissait d'un honneur.

 

- Tous les Dieux de l'Olympe et des autres pays en sont fans !

 

Tia toisa son amie avant de demander, toujours perplexe :

 

- Arès a fait une télé réalité sur Lex et moi ? Comment ça ?

 

- Il suit vos aventures bien sûr ! Il monte les images lui-même, y ajoute des musiques épiques et fait les commentaires d'introductions et de conclusions. C'est une très bonne émission, je vous assure, vous devriez la regarder !

 

Lex fixa sa femme en se demandant quoi répondre à ça. Tia se pinça l'arête du nez. Voilà une chose qu'elle avait oubliée avec la déesse de l'amour, les migraines.

 

- Aphrodite, sur quoi portent nos dernières « aventures » ? demanda la mercenaire en mettant des guillemets invisibles sur le dernier mot.

 

- Hmmm, eh bien j'ai raté les deux derniers lives donc je ne saurais dire avec précision mais il y a quelques jours, cela te suivait Xena, lorsque tu jouais les justicières un peu partout.

 

Satisfaite d'avoir répondu correctement à son amie, elle ignora le désarroi qu'elle venait pourtant manifestement de déclencher chez la grande guerrière. Celle-ci fixait sa femme avec un air peu assuré mais brave.

 

- Je peux tout t'expliquer mon amour.

 

Lex leva un sourcil, croisa les bras et lâcha :

 

- J'attends.

 

                                                                       ***

 

Len était occupé à changer ses petites sœurs et chassa la main de Jiyeon, qui tentait de le repousser avec ses petites mains, tout en empêchant Maki de s'enfuir du lit, lorsque Gipsy entra en trombe.

 

- Len ! S'exclama la jeune fille, tu ne vas jamais le croire !

 

Le jeune garçon leva la tête surpris. C'était le milieu de la nuit et il ne s'attendait pas à ce qui que ce soit hors lui et ses affreuses petites sœurs ne dorment pas. Il était en train de sérieusement songer à aller chercher Linya pour l'aider lorsque sa petite-amie était apparue.

 

- Ma mère parle chinois !

 

Len fronça les sourcils.

 

- Je sais c'est impossible ! Elle l'a jamais appris en plus ! Et tu sais pas le pire, elle comprend même plus l'anglais ! Elle avait même pas l'air de me reconnaître !

 

- Et elle est où maintenant ? S'inquiéta-t-il.

 

- Avec Enyalios et Linya. Andy est allé les chercher. Mais même quand ils sont arrivés, elle n'a pas eu l'air de les reconnaître. Enfin Enyalios si, mais pas comme on l'espérait. Elle arrêtait pas de dire Arès Arès. C'est vraiment flippant..., termina-t-elle en se laissant tomber sur le lit à côté de Maki qui avait fini par rouler loin de son encombrant frère.

 

La jeune fille l'attrapa et la serra contre elle, en quête de réconfort. Elle soupira quelques secondes plus tard, soulagée. Elle recula la petite fille pour mieux la regarder et déclara :

 

- Tes sœurs sont spéciales, quand je les prends quand je suis stressée, elles me calment aussitôt. Enfin c'est sûrement une idée que je me fais. Attends une minute Len MAIS TU PARLES !

 

Elle bondit sur ses pieds, serrant toujours la petite fille contre elle qui couina de contrariété et dévisagea son petit-ami.

 

- Depuis quand ?! Tu vas bien ?!

 

Len hocha la tête.

 

- Cet après-midi. Lizzie m'a... elle a dit des choses qui m'ont donné envie de répondre je crois. Je ne sais pas trop.

 

Gipsy resta la bouche ouverte, partagée entre la joie de voir son petit-ami aller mieux, et la jalousie de ne pas être celle à son origine.

 

- Quand je vais dire ça à David, marmonna-t-elle.

 

- Il est déjà au courant. Je suis allé le voir avant de me coucher, je... j'avais des choses à lui dire.

 

Il s'était excusé, chose qu'il avait eu envie de faire depuis longtemps mais ne s'était pas cherché d'excuses. La discussion avait été étonnamment facile. David n'était pas en colère. Plus perplexe et perdu, vis-à-vis de sa sœur notamment, qu'autre chose. Il avait répondu à toutes ses questions même lorsque celles-ci étaient devenues difficiles. Lizzie avait eu raison, parfois le bon moment arrivait sans qu’on le cherche et alors les mots sortaient sans avoir besoin d'y réfléchir ou de craindre la réaction des autres.

 

David avait été très compatissant lorsqu'il lui avait parlé de son expérience avec le démon. Cela lui avait fait du bien, mais là encore, Lizzie avait vu juste. S’il était soulagé d'en avoir parlé, cela n'avait pas effacé sa terreur à ce souvenir. Pas plus que l'horreur avec laquelle il se considérait désormais. Il n'aurait jamais pensé être capable d'infligé autant de souffrances à autrui aussi gratuitement et y prendre tant de plaisir. Composer avec ce qu'il avait appris de lui allait être long et difficile. Tout comme effacé la terreur d'avoir approché d'un peu trop près le Dévoreur.

 

Néanmoins ses émotions étaient redevenues plus stables et normales. Les couleurs s'invitaient dans sa vie et lui redonnaient espoir. D'après ce qu'il avait glané sans que sa famille ne s'en aperçoive, sa mère avait fait elle aussi d'horribles choses. Peut-être était-ce la personne la mieux placée pour l'aider à surmonter ce qu'il ressentait vis-à-vis de lui-même...

 

Pour une fois, il allait suivre les directives de sa sœur et parler à leurs mères. Elle allait mieux, elle le lui avait assuré. Rien n'était fini et avec ce qu'elle avait appris de Sahel, c'était un nouveau coup dur pour elle, mais les épreuves l'avaient endurcie et il savait qu'elle s'en sortirait. Elle était devenue forte sa petite sœur. Elle n'avait ni besoin de David, ni de Sahel pour s'en sortir. Pas plus que de lui, songea-il avec une pointe de tristesse.

 

- Et... pourquoi tu ne m'as rien dit ? Fit Gipsy vexée.

 

- Je ne t'ai pas trouvée... tu étais où d’ailleurs?

 

- Avec ma mère en ville. Elle voulait qu'on profite de notre présence ici pour visiter. Tu aurais quand même pu m'appeler, ajouta-t-elle en sortant son téléphone de sa poche.

 

- Désolé, j'ai perdu l'habitude de téléphoner avec celle de parler.

 

Gipsy se rassit sur le lit avec une grimace compréhensive.

 

- Et... ça va ? Tu... tu veux parler ?

 

Len secoua la tête.

 

- Pour l'instant ça va. Mais je sais que tu es là si j'en ai besoin. Tu as été là tout le temps où je ne parvenais pas à dire un mot. Je... je ne m'attendais pas à ça et ça m'a beaucoup aidé... merci.

 

Gipsy lui sourit et le cœur de Len rata un battement. Maintenant qu'il se sentait moins piégé, le sentiment que Gipsy lui inspirait lui faisait du bien. Avant l'effet était différent. Il avait besoin d'elle, ressentait le manque lorsqu'elle n'était pas à ses côtés mais ce n'était pas aussi fort. Et parfois sa présence lui avait fait mal. Il pensait alors qu'il ne serait jamais capable de vraiment profiter de l'amour qu'il ressentait et cela le blessait.

 

Plus maintenant. Maintenant il pouvait le ressentir et anticiper les moments qu'ils passeraient ensemble avec joie et une pointe d'excitation. Avant il vivait le présent. Maintenant il voulait un futur avec elle.

 

Il finit de remettre son pyjama à Jiyeon pendant que Gipsy berçait Maki. Ils les mirent ensuite dans leur lit et allumèrent leur veilleuse.

 

Ils les observèrent un moment puis sortirent. Len raccompagna sa petite-amie jusqu'à sa chambre et proposa :

 

- Va te reposer, je vais voir où en sont Enyalios et Linya avec ta mère.

 

- Je peux le faire moi-même. Tu ferais mieux de te reposer, la journée a été difficile pour toi.

 

- Je veux prendre soin de toi Gipsy. Je veux être un bon copain pour toi. Je... je t'aime.

 

L'aveu, lâché d'une voix timide, fit rougir la jeune fille.

 

- Je t'aime aussi, répondit-elle tout aussi timidement.

 

Il hocha la tête, lui prit la main et dit :

 

- Tu es là pour moi, je veux être là pour toi.

 

- Tu l'es...

 

- Pas jusqu'à présent. Mais je vais l'être maintenant. Va t'allonger, je vais voir où ça en est et si ton frère n'est pas encore couché, je l'enverrai le faire. Ça ne sert à rien qu'on soit tous présent. Enyalios et Linya savent gérer n'importe quoi. Je suis sûr que demain, ta mère sera de nouveau elle-même.

 

Gipsy hésita puis acquiesça. Il s'agissait de sa mère tout de même, mais elle décida de faire confiance à Len. Le jeune homme semblait très confiant dans les capacités des deux adultes, elle n'avait pas de raison de douter. Néanmoins, elle rejoignit son lit avec des milliers de questions, dont une qui ne cessait de revenir : qu'est-ce qui arrivait à sa mère ?

 

                                                                       ***

 

Les explications avaient été tendues mais Tia s’était vite rendu compte que Lex la faisait marcher. Quelque part, entre deux souvenirs de vies anciennes, Lex avait compris qui pouvait être derrière ces apparitions subites. Gabrielle avait toujours pensé qu’elle n’avait été qu’un levier pour Xena, que cet esprit de justice était le moteur même qui incitait la princesse guerrière à avancer. Après tout, c’était la raison pour laquelle elle avait commencé ses campagnes guerrières avant de se perdre en chemin.

 

Une fois la situation éclaircie, Tia revint à Aphrodite, qu’elle remercia en la fixant d’un regard noir puis reprit leur conversation interrompue :

 

- Donc Arès s’amuse à nous suivre et relater nos « aventures » c’est ça ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Et c’est tout ? Il n’a rien à voir dans ce qui nous arrive ? Tu semblais dire que les choses allaient s’arranger bientôt, j’en conclus qu’il nous a fait quelque chose.

 

- Non pas vraiment. Je l’ai cru au début aussi, mais en réalité il s’est contenté de remarquer ce qui aller se passer avec le temps et qui a été accéléré lors de votre combat contre Alti. Il en a tiré parti et c’est tout. Tu connais Arès.

 

- Tu peux préciser s’il te plaît ? Qu’est-ce qui a déclenché ce qui nous arrive ? Et comment l’arrêter ?

 

- Oh Xena, soupira la déesse désolée, j’aurais aimé t’aider mais je ne suis pas dans le secret des Dieux, je ne sais pas ce qui a déclenché tout ça, je suis navrée…

 

Une seconde, la guerrière resta bouche bée.

 

- Aphrodite, déclara-t-elle lentement, tu es une Déesse, tu es forcément dans le secret des Dieux… ou du moins tu peux l’être.

 

Aphrodite se figea un instant.

 

- Ah oui, c’est vrai. Ok, je vais me renseigner pour vous. Quoi que cela irait plus vite si on demandait à Arès.

 

Au regard consterné de sa femme, Lex, qui se demandait bien quel était son nom alors qu’elle la savait être sa femme, gloussa. Etait-ce Amina ? Ouria ? Mika ? Pourquoi ne se souvenait-elle plus de son nom ?

 

Contrariée, elle sentit soudain la présence de sa femme dans son esprit et se sentit rassurée. Ca n’avait pas d’importance. Tant qu’elles étaient ensemble, le reste n’était que détail. Et puis elles étaient ici pour régler ça justement.

 

- Ce serait pratique en effet, si Arès daignait se montrer.

 

- Je peux arranger ça, fit la déesse en claquant des doigts.

 

Aussitôt l’odeur caractéristique du Dieu qui avait pris un malin plaisir à lui pourrir l’existence apparut.

 

- Hey ! fit-il l’air outré, j’allais prendre mon bain !

 

En effet, le Dieu était vêtu en tout et pour tout d’une serviette de bain.

 

- Petite vicieuse va, reprit-il aussitôt plein d’aplomb, régalez-vous donc ! s’exclama-t-il en ouvrant grand les bras avec un sourire.

 

Un peu étonnée, Xena remarqua qu’il était identique au corps d’Enyalios et se sentit furieuse d’avoir un jour cédé au mercenaire qui pourtant était devenu son meilleur ami. Elle soupçonnait le Dieu de la guerre d’avoir prévu ce coup-là.

 

- Arès, j’ai des questions pour toi, fit-elle de mauvaise humeur. Et tu vas y répondre ou je t’émascule.

 

- Tout de suite les menaces, Xena ma chère tu n’as pas changé, répliqua-t-il dans un grand sourire joyeux. Je suis content de te revoir !

 

- Il est toujours aussi cinglé, marmonna la barde entre ses dents.

 

Le Dieu de la guerre prit place avec toute la grâce qui le caractérisait sur un des divans de la pièce et fit un geste les invitants à poser leurs questions.

 

- Allez-y, posez moi vos questions, pour une fois je n’ai rien fait de mal, je répondrai donc avec plaisir. En échange d’un petit service bien sûr.

 

- Quel genre de service ? fit la mercenaire en plissant des yeux, méfiante.

 

- Oh rien ne me vient à l’esprit pour l’instant, mais je saurai me rappeler à toi le moment voulu. Alors on a un deal ?

 

Tia échangea un regard avec Gabrielle et acquiesça.

 

                                                                       ***

Enyalios était épuisé. Garder un œil sur quatre adultes libres de leurs mouvements de façon constante le rendait angoissé et insomniaque, ce qui avait pour conséquence de créer une légère paranoïa chez lui.

 

Sur une intuition, créée il en était certain par cette paranoïa, il se mit en quête de Linya afin de s’assurer qu’elle allait bien. La nuit dernière ils avaient tous deux été surpris par la soudaine crise identitaire de Rhapsody. Le pire étant qu’elle ne parlait que Chinois, ce que ni l’un ni l’autre ne connaissait. La calmer et lui expliquer ce qui se passait et où elle se trouvait avait été sport. Et ce d’autant plus qu’elle les prenait pour des ennemis, elle n’aimait pas Arès apparemment, et qu’elle maîtrisait une forme de combat qui manipulait les énergies et qui l’avait envoyé plusieurs fois dans le mur.

 

Il n’avait dormi que trois heures avant que sa nouvelle parano ne le réveille et ne le pousse à la recherche de Linya. Ne la trouvant nulle part dans la maison, il fit le tour de la propriété extérieur. Bien qu’il fasse encore nuit, les premières lueurs de l’aube ne tarderaient plus à se montrer et il ne s’inquiéta pas de prendre une lampe-torche. Ne la découvrant pas plus, il commença à s’inquiéter sérieusement.

 

Suivant son intuition, il remonta le chemin jusqu’au portail et continua de marcher à pas rapides le long de la route. Alors qu’il arrivait à un carrefour il la découvrit un peu plus loin. Et ce qu’il vit envoya un pic d’adrénaline dans tout son corps.

 

- Linya ! cria-t-il en piquant un sprint. Ne bouge pas !

 

Mais la jeune femme ne parut pas l’entendre et poursuivit sa route, traversant la triple voie comme si elle se promenait dans un parc.

 

Parvenu presque à sa hauteur il réalisa qu’il n’arriverait pas à temps pour empêcher le bus qui arrivait de la percuter. Mu par la force du désespoir il bondit, poussant sur les muscles de ses cuisses au-delà de ses limites et percuta la jeune femme violemment. Poursuivant son mouvement il la plaqua contre lui, l’obligeant à suivre le mouvement de son corps qui se mettait en boule afin d’amortir le choc lorsqu’ils tomberaient au sol.

 

Avec Linya dans les bras, l’efficacité de celui-ci fut réduite et il percuta assez douloureusement l’asphalte. Sans perdre une seconde, il se releva et prenant Linya dans ses bras bondit sur le talus quelques pas plus loin.

 

Enfin en sécurité et hors d’haleine, Enyalios prit le temps d’inspecter le corps de la dirigeante. Heureusement, elle ne semblait pas avoir été touchée et il se laissa tomber sur le sol, la jeune femme toujours dans les bras.

 

Lorsqu’il eut repris son souffle, il dévisagea son amie et demanda :

 

- On peut savoir ce qui t’a pris ?

 

Mais Linya ne savait quoi répondre. Elle ne comprenait même pas ce qu’elle faisait là. Elle n’avait aucun souvenir de s’être déplacée.

 

- Pourquoi suis-je dans tes bras ? demanda-t-elle alors.

 

Enyalios ouvrit la bouche puis comprit que ce devait être une autre identité qui avait pris le dessus et remercia sa paranoïa.

 

- Je vais tous vous enfermer à double tour la nuit, marmonna-t-il pour lui-même, qu’au moins la nuit je puisse me reposer parce qu’à ce rythme-là, c’est moi qui ne vais pas tenir jusqu’au retour de Tia.

 

Puis plus haut :

 

- Tu as eu une soudaine envie de moi et bien que je sois particulièrement flatté de la chose, je dois te dire que je ne suis pas un homme facile. Ce sera le mariage ou rien, belle damoiselle. Car mon corps n’est pas à vendre !

 

Il avait terminé sa tirade d’un hochement de tête solennel et le contraste entre ces propos et la situation fut telle que Linya fut prise d’un fou rire qui dura tant qu’elle se mit à pleurer. Lorsqu’enfin elle réussit à se calmer elle dévisagea son ami et déclara :

 

- Merci, j’en avais besoin. J’ai l’impression que les choses deviennent de plus en plus chaotiques et dangereuses, je me trompe ?

 

Il secoua la tête et finit par se remettre sur son séant, entrainant Linya avec lui. Elle tendit la main pour repousser les mèches qui tombèrent soudain devant ses yeux et sourit. Enyalios était… aussi beau que courageux, charmant et drôle. D’un certain point de vue, il était le parti idéal. Il ressemblait étrangement à Tia en plus farfelu et un poil moins tacticien.

 

Il était peut-être bien fait pour elle mais il était encore beaucoup trop tôt. Elle avait encore le cœur douloureux à la seule pensée de la grande mercenaire et n’était pas capable d’offrir à son ami ce qu’il attendait d’elle.

 

Elle avait beaucoup réfléchi depuis sa déclaration des plus surprenantes. Au dire de Tia, Enyalios n’avait jamais été amoureux. De son propre aveu c’était une chose qu’il évitait de son mieux. Il n’était pas ravi de l’aimer, mais il avait fini par l’accepter et souhaitait essayer de vivre une relation normale. Elle craignait un peu de devoir l’éduquer sur ce plan. Elle se souvenait parfaitement des difficultés de Lex avec Tia. Décidemment, soupira-t-elle en pensée, Tia et lui avait beaucoup trop de points communs.

 

Prise au dépourvu, elle lui avait dit qu’elle y réfléchirait.

 

C’était chose faite.

 

- Je suis désolée En… je ne vais pas pouvoir donner suite à ta déclaration.

 

Il comprit tout de suite à quoi elle faisait allusion et il fut surpris par l’intensité de la peine qu’il ressentit.

 

- Pourquoi ? demanda-t-il en faisant de son mieux pour le dissimuler.

 

- Parce que Tia me hante encore. Elle n’est pas facile à oublier et le fait que ce soit toi qui me demande… ça… rend les choses plus difficiles. Tu ne t’en rends probablement pas compte, mais tu lui ressembles vraiment beaucoup et si un jour je devais accepter de me mettre avec quelqu’un, ne vaudrait-il pas mieux pour cette personne qu’elle soit certaine que ce n’est pas parce qu’elle m’en évoque une autre que j’ai accepté ?

 

Il serra les dents et réfléchit à la question. En effet, ça blesserait son égo, mais plus encore, comprit-il, il voulait être aimé pour lui et pas parce qu’il rappellerait quelque chose à quelqu’un.

 

Aussi, bien que cela lui fasse du mal, il accepta la décision de Linya. Que pouvait-il faire d’autre de toute façon ? Il ne s’agissait pas de séduction ici. Sur le plan physique, il avait bien vu qu’elle le trouvait attirant. Très attirant même. Mais cela ne faisait pas une relation.

 

Il dut serrer les poings alors qu’il lui répondait qu’il comprenait, tout en les remettant tous deux sur pieds.

 

- J’espère que je serai le premier que tu appelleras lorsque tu auras guéri d’elle… à moins que cela ne soit qu’une excuse pour me rejeter sans me blesser ? S’inquiéta-t-il soudain.

 

Linya sourit tristement en posant la main sur son bras.

 

- Si tu es célibataire et toujours déterminé à ce moment-là, je t’appellerai mais je doute que tu aies cette patience.

 

- Tu ne me connais pas si bien si tu le penses vraiment, répondit-il déterminé.

 

Il était d’un naturel patient, c’était lui qui avait inculqué cette qualité à Tia. Il espérait juste que ce serait de lui qu’elle s’éprendrait lorsqu’elle serait enfin capable de regarder autour d’elle. Il fronça les sourcils. Peut-être y avait-il un moyen de s’en assurer…

 

 

Chapitre 12 :

 

En rentrant à l’hôtel, Lex et Tia avaient enfin obtenu les réponses à leurs questions mais ne se trouvaient pas plus avancées quant à la solution. Ce qui avait déclenché tout cela était Tia elle-même. Ou plutôt l’apparition de la Louve dans son environnement immédiat. Une âme n’était pas faite pour être déchirée, mais elle n’était pas plus faite pour se côtoyer ainsi librement une fois la section effectuée. Si la Louve n’avait pas cherché à retrouver Tia, tout ceci aurait pu être évité. Mais si la Louve ne l’avait pas fait, alors Ashee aurait gagné.

 

Néanmoins le processus consistant à être submergé par les vies anciennes aurait été long si Ashee n’était pas intervenue sur les dimensions et l’espace-temps lui-même afin de maîtriser ses pouvoirs et ses propres vies passées au mieux. Rencontrer la chamane avait éveillé les vies anciennes qui ne l’avaient pas encore été et accéléré la propagation de leur influence sur leur identité actuelle.

 

Tia avait compris que son entourage proche n’était pas le seul touché ainsi. De par le monde, tous ceux qui possédaient une âme à plusieurs existences et qui avaient rencontré Ashee avaient vu leurs anciennes vies s’éveiller. Autrement dit, d’autres vies étaient actuellement en danger. Et ni Tia, ni Lex ni aucun des deux Dieux interrogés ne savaient comment contrer cela.

 

Pourtant Lex avait avancé un argument qui pouvait obliger les Dieux à en faire leur problème et réfléchir donc sérieusement à sa solution. L’éveil des vies anciennes pouvaient, à terme, mener à la fin des cycles de réincarnations. Et si le phénomène ne faisait que se propager, alors sous peu il n’y aurait plus assez de vivants pour faire tourner le monde. Et une fois morts, les âmes anciennes hanteraient pour l’éternité plusieurs dimensions car, quoi qu’on en dise, les domaines des morts gérés par les Dieux n’étaient pas capables de s’occuper d’autant d’esprits. C’était la raison même qui les avait poussés à concevoir les cycles de réincarnations après plusieurs siècles de création de vies humaines.

 

Cet argument avait amené Aphrodite à promettre d’en toucher un mot à Zeus. Cependant le Dieu des Dieux était plutôt mal luné concernant Xena et sachant que cette requête venait d’elle il pourrait bien, malgré son affection pour les mortels, rechigner à le résoudre.

 

Avant de repartir, Tia avait bien fait comprendre à Arès qu’il n’était pas dans son intérêt de poursuivre son émission sur elle et Lex et qu’il s’exposerait, le cas échéant, à de violentes et déplaisantes représailles.

 

Elles venaient à peine de s’assoupirent lorsque le téléphone sonna, les faisant sursauter. Lex attrapa son portable en grognant et maugréa un :

 

- Ca a intérêt à être important…

 

- Eh bien, fit la voix grave d’Enyalios, ça dépends si pour toi la vie de Linya en a.

 

Aussitôt, Lex se redressa, l’esprit en alerte.

 

- Linya ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Elle va bien ?

 

Elle sentit sa femme se redresser à ses mots et soupira en entendant les explications du mercenaire.

 

- C’est bon, j’ai entendu, fit sa femme alors qu’elle s’apprêtait à lui répéter l’échange.

 

Lex sourit, elle avait presque oublié l'ouïe légendaire de Xena.

 

- Et sinon tout va bien ?

 

Enyalios lui relata l’épisode avec Rhapsody et termina sur une bonne note en parlant du retour de Len au pays des parlants. Lex raccrocha et se blottit dans les bras de Tia qui s’était rallongée.

 

- Les choses vont de mal en pis malgré l’amélioration de l’état de Len… j’ai peur de ce qui risque d’arriver si on n’obtient pas rapidement un accord avec Zeus.

 

Tia ne répondit pas, inquiète également et remercia mentalement Enyalios de sa présence vigilante. Elle lui devrait une grosse faveur quand tout serait terminé.

 

Resserrant son étreinte autour de sa femme, elle finit par sombrer dans un sommeil agité.

 

                                                                       ***

 

- Alors qu’a dit père ? S’enquit Aphrodite.

 

Arès haussa les épaules.

 

- Il n’a pas daigné me prendre en audience. J’ai transmis le message à Héphaïstos, ton cher mari. Comme il a encore l’attention de père et qu’il doit une faveur à Xena, j’ai pensé que c’était une bonne idée.

 

- Ca m’étonne que tu y aies pensé.

 

La déesse s’approcha de son frère et lui tapota l’épaule.

 

- Bon travail.

 

- Ton opinion de moi me consterne chère sœur, mais je passerai outre cette insulte implicite, j’ai du travail qui m’attend.

 

- Je pensais que tu avais abandonné l’idée de ta télé-réalité. C’est ce que tu as dit à Xena en tout cas.

 

- Tu plaisantes ? Les audiences sont énormes et nos spectateurs me lyncheraient si j’arrêtais tout maintenant !

 

- Si elle s’en rend compte, Xena va te le faire regretter…

 

- Comme si les menaces de Xena m’avaient déjà arrêté, s’amusa-t-il. Et puis elle n’est plus Xena, bien que tu t’obstines à ne pas le voir.

 

- Oh je le vois et tu as raison, elle n’est plus Xena, elle est bien plus dangereuse qu’alors. Toi tu oublies qu’elle possède l’expérience de centaines de vies. Qu’elle a souffert bien plus que tu ne souffriras jamais. Ca augmente considérablement sa motivation, sa patience et son intelligence. Choses qui étaient déjà très élevées lorsqu’elle n’était que Xena.

 

Sur ces bons mots, la déesse de l’amour tourna les talons. Arès, déconcerté, songea que parfois, sa sœur n’était pas aussi sans cervelle qu’elle voulait bien le faire croire.

 

Arès haussa les épaules. Il était immortel. Tia pouvait bien le punir comme elle le voudrait, il ne craignait en définitive pas grand-chose. Après tout, le pouvoir de les tuer, sa chère princesse guerrière l’avait perdu il y avait bien longtemps.

 

Et puis quoi qu’elle en dise, Xena avait un faible pour lui. Souriant à cette pensée, il s’éclipsa pour se rendre dans son Royaume.

 

                                                                       ***

 

Depuis sa dispute avec Sahel, Lara évitait tout le monde. Elle avait bien conscience d’Enyalios lorsque celui-ci venait la voir pour s’assurer de son état mais il ne la dérangeait pas, aussi avait-elle eu tout le temps dont elle avait eu besoin pour réfléchir.

 

Elle aimait Sahel, elle lui devait la vie. Quoi qu’elle pense de son rôle dans le plan d’Ashee ou du mensonge qui en avait découlé. Elle ne pouvait nier qu’il l’aimait sincèrement et l’avait choisie plutôt que le chemin qu’on lui avait enseigné. Et cela pesait dans la balance. Néanmoins, comme avec David, elle ne parvenait plus à lui faire confiance.

 

Elle aimait deux garçons aussi fantastique l’un que l’autre, mais auquel elle ne pouvait faire confiance. Ou plutôt que la double peine qu’ils lui avaient infligée l’empêchait de prendre le risque d’être blessée à nouveau.

 

Au cours de ses réflexions, elle avait fini par comprendre qu’elle avait toujours dépendu de quelqu’un. David, Sahel ou Len. A chaque fois qu’elle avait vécu des choses difficiles, elle s’était accrochée à eux comme à une bouée. Elle savait que ce n’était fondamentalement pas mauvais mais elle aurait aimé être capable, comme ses mères ou Linya, d’être suffisamment forte pour tenir debout toute seule. Elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’ainsi que l’on était capable de faire les bonnes choses et de prendre les bonnes décisions. En somme de guider sa vie sur la bonne voie avec ou sans quelqu’un la partageant.

 

Mais cela signifiait se connaître à fond. Et Lara avait réalisé qu’elle ne se connaissait pas si bien que ça. Et comble de tout, elle se découvrait assez lâche…

 

Maintenant que son ancienne vie lui revenait sous forme de rêves plus violents et horribles les uns que les autres, elle découvrait une nouvelle facette d’elle-même. Lorsqu’elle vivait en tant qu’Eve, elle avait été impitoyable. Mais elle n’avait pas perdu son temps à s’apitoyer sur son sort et avait tenté, à l’image de Xena, sa mère, de trouver un moyen utile de se racheter. Se perdre dans la culpabilité ne menait à rien et ne servait personne.

 

Eve avait été une inspiration à son époque, un messie et Lara en était aussi impressionnée que fière. Elle ne prétendait pas devenir à nouveau cela, mais savoir que ce genre de possibilité existait, qu’elle était capable d’une telle chose, était extrêmement gratifiant. Du pire pouvait naître le meilleur. C’était ainsi que sa mère menait sa vie depuis toujours.

 

Et c’était ainsi qu’elle voulait mener la sienne.

 

Elle soupira. Comment l’annoncer aux deux concernés ? Et comment allaient-ils le prendre ? Mal assurément.

 

Eh bien, songea-t-elle déterminée, ce sera ma première épreuve.

 

Lara était soulagée, trouver un but la débarrassait de tous ses doutes et ses interrogations. Elle se découvrait une nouvelle force. En fait, ce qui minait la force intérieure des gens c’étaient les doutes ni plus ni moins, comprit-elle. A elle de ne pas l’oublier à l’avenir.

 

                                                                       ***

 

- Ah nous avons un appel ! s’exclama le Dieu de la guerre en faisant apparaître un ancien téléphone à cadran européen. Arès Dieu de la guerre et présentateur favori des Dieux à votre écoute ! Quel est votre nom cher téléspectateur et à quel sujet appelez-vous ?

 

- Cupidon. J’appelle à propos des surnoms.

 

- Ah très bien ! Quel est votre proposition ?

 

- Eh bien, étant donné que tout le monde prend Xena pour un homme, qu’il n’intervient que la nuit, qu’il est furtif, rapide et se fond dans les ténèbres, je gage que les mortels la surnommeront Batman d’ici peu !

 

- Oooh mais notre ami Cupidon se tient bien au courant des héros mortels dites-moi ! Très bien, je valide votre réponse cher téléspectateur et merci pour votre contribution !

 

- A-t-on le temps de prendre un autre appel ?

 

Héphaïstos arriva sur ces entrefaites et lui fit signe.

 

- Ah, on me fait signe que non ! Dieux de l’Olympe et du reste du monde, je vous prie de bien profiter de notre coupure sponsor, je reviens dans un instant !

 

Hermès apparut à la seconde où Arès claqua des doigts pour sortir du champ des caméras et commença son laïus, illustré par ses dons, concernant son service de messagerie rapide.

 

- Alors mon frère, ton entretien avec père s’est bien passé ?

 

- On peut dire ça. Il a été rapide et Héra s’est incrustée.

 

Arès gloussa.

 

- Ca a dû être intéressant.

 

Héphaïstos haussa les épaules.

 

- Alors, le résultat ?

 

- Zeus a écouté ce que j’avais à dire puis il a réfléchi un moment. Héra est arrivée et il a déclaré que ce n’était pas de son ressort seul. Ensuite il m’a congédié.

 

- Je vois…

 

- Ah oui ? Parce que moi pas trop.

 

Arès dédia à son frère un sourire cabotin.

 

- Si ça t’intéresse, après la coupure sponsor, tu n’auras qu’à suivre mon émission.

 

Héphaïstos sourit. Arès claqua des doigts et fit disparaître Eitri, Dieu mineur nordique qui avait, entre autre, fabriqué le marteau de Thor et promettait un service impeccable à qui savait y mettre le prix.

 

Arès prit place au centre de la pièce et Héphaïstos se laissa tomber sur le fauteuil au coin de la pièce, afin de suivre en direct l’émission qu’il ne ratait jamais, même s’il refusait de le reconnaître. Arès savait y faire pour rendre intéressant une émission banale. Mais ici, il avait choisi une icône parmi les Dieux et cela, associé à son sens du drame, rendait tout le monde accro.

 

- Cher spectateur, nous avons un invité spécial aujourd’hui ! Le mari de notre déesse de l’amour, j’ai nommé Héphaïstos en personne ! Avance mon frère, ne soit pas si timide !

 

Rougissant, le jeune Dieu rejoignit Arès en protestant :

 

- On n’est que fiancé…

 

- Oui, oui, fit son vis-à-vis avant de se tourner vers la caméra : Héphaïstos ici présent s’est entretenu avec l’élu parmi les élus, j’ai bien sûr nommé Zeus lui-même il y a à peine quelques minutes à ma demande ! Cela concerne bien entendu notre Tueuse de Dieux favorite : Xena !

 

Arès fit une pause pour maintenir le suspens puis déclara, plein d’emphase :

 

- Zeus a décidé que ce n’était pas à lui seul de choisir de ce qu’il adviendra, cher téléspectateur ! Eh oui, vous avez bien entendu ! Nous allons sous peu, si ce n’est d’ailleurs pas déjà lancé, assister à la toute première réunion des Dieux des Dieux depuis des millénaires !!

 

Héphaïstos ouvrit la bouche, stupéfait. Arès tirait une telle conclusion d’une simple phrase ? Bon, il possédait un esprit fin et connaissait mieux Zeus que n’importe qui, exception faite d’Héra, mais tout de même…

 

- Crois-tu ? Ne put-il s’empêcher de demander. Cela me paraît un peu excessif. Il ne s’agit que du devenir de quelques mortels après tout… Pour toute autre personne, Zeus ne se serait même pas abaissé à écouter ma demande. C’est seulement parce qu’il a un passif avec Xena, via notamment Hercule, son fils préféré, qu’il s’y intéresse.

 

- Tu penses cela, rétorqua Arès l’air carnassier en posant une main sur son épaule, parce que tu n’as pas réfléchi à l’implication réelle de ce qui se passe. Selon le choix qu’il sera fait, les conséquences peuvent signer notre renouveau ou notre complet déclin, cher petit frère.

 

Héphaïstos ouvrit des yeux ronds.

 

- A ce point ?

 

Arès hocha la tête.

 

- Demande à ta femme lorsque tu lui rendras visite, ce soir. Elle t’expliquera.

 

Héphaïstos leva un sourcil sceptique.

 

- Aphrodite ? On parle de la même ?

 

- Tu m’insultes mon frère ! s’exclama le Dieu de la guerre outré. Aphrodite est ma sœur, tu ne devrais pas la sous-estimer comme ça, ajouta-t-il avant de sourire, charmeur : Surtout qu’elle ne l’apprenne pas… tu passerais un mauvais quart d’heure… et tu as tendance à oublier, dans ton aveuglement amoureux, que notre chère Déesse de l’amour est actuellement la divinité la plus puissante sur l’Olympe, elle n’est pas qu’un corps splendide...

 

- Je sais ça ! protesta le jeune homme. C’est juste qu’en dehors d’elle-même et de quelques privilégiés, elle ne s’intéresse pas à grande chose.

 

- Il me semble que tu as occulté un fait important, cher beau-frère. Parmi ces privilégiés, deux mortelles possèdent son affection la plus profonde, et ce depuis des siècles, ce qui suffit à la motiver et à se sentir concernée.

 

Arès frappa soudain dans ses mains et sourit à la caméra :

 

- Cher ami, notre émission journalière arrive à son terme. Rendez-vous demain, à la même heure, pour un point sur les dernières aventures de nos mortelles favorites ! Discorde, je rends l’antenne ! A vous les studios !

 

- C’est ringard ça, marmonna Héphaïstos en s’éloignant, c’est une vieille formule qui ne se dit plus.

 

- Oh vraiment ? J’ai eu l’air ringard alors ? Releva-t-il contrarié. Discorde ! cria-t-il à l’attention de la déesse qui rédigeait ses fiches. Discorde viens ici une minute !

 

                                                                       ***

 

Le lendemain, reposées, Tia et Lex décidèrent de rentrer. Techniquement les Dieux n'avaient toujours pas le droit de descendre en terre mortel mais Aphrodite leur avait assuré que pour sa réponse, Zeus ferait une exception.

 

Partir pouvait être risqué si Aphrodite s'était avancée dans ses propos mais au pire, Tia savait qu'elle n'aurait qu'à utiliser Morphée pour communiquer avec elles. Et rester plus longtemps loin de leurs enfants mais également de Linya et Rhapsody pouvait être dangereux. Enyalios devait être épuisé.

 

A leur arrivée, elles furent surprises de découvrir Lizzie. La jeune fille était finalement revenue et cela réjouit Tia qui la serra dans ses bras avec un grand sourire.

 

- Vous ne deviez pas rester jusqu'à ce que heu Zeus vous donne sa réponse ? S'enquit Enyalios en se sentant un peu stupide.

 

Parler des Dieux comme s'il était commun de discuter avec eux ou comme si même ils existaient vraiment le mettait toujours mal à l'aise. Il ne remettait pas en cause les affirmations de ses amies, il avait vu trop de choses avec Ashee pour cela mais c'était quand même une chose surréaliste pour lui.

 

- C'était le plan mais d'après Aphrodite ça pourrait prendre un moment et elle nous a assuré nous contacter sans faute, où que l'on soit, pour nous tenir au courant.

 

- Je vois.

 

En retournant à l'intérieur de la maison Tia remarqua :

 

- Tu as l'air... abattu, quelque chose s'est passé ?

 

Enyalios lui jeta un regard de chien battu mélangé à une dose d'agacement. Le résultat était aussi saisissant que mignon.

 

- Qu'y a-t-il ? S'étonna-t-elle.

 

- C'est ta faute tout ça, marmonna-t-il en détournant le regard.

 

- Comment ça ?

 

Le mercenaire la fixa un instant puis tourna la tête d'un air hautain avant de s'éloigner à grand pas sous le regard déconcerté de son amie.

 

- J'ai raté un épisode ? Fit-elle un poing sur la hanche.

 

Linya lui jeta un regard d'excuse et répondit :

 

- Désolé, c'est ma faute. Ça passera ne t'en fait pas.

 

- Vous vous êtes disputés ? L'interrogea Lex.

 

Elle fronça les sourcils.

 

- Il s'est mal comporté ? Parce que si c'est le cas, je vais lui faire passer l'envie de...

 

- Non, ce n'est pas ça, l'interrompit son amie. Ne t'en fais pas, vraiment, ça va s'arranger.

 

Lex fit la moue, peu convaincue mais ne poussa pas plus loin.

 

- Comment était votre voyage sinon ?

 

Lex lança un regard en coin diabolique à sa femme.

 

- Intéressant je dirais.

 

Tia sentit l'appréhension la saisir.

 

- Comment ça ? Fit Linya.

 

- Tu as entendu parler des exploits du « justicier » ?

 

Tia sursauta et grimaça avant de se jeter sur sa femme pour la faire taire. Celle-ci esquiva en riant et lui tira la langue avant d'attraper sa meilleure amie par le poignet et de la tirer derrière elle en se mettant à courir.

 

En poursuivant les jeunes femmes, Tia aperçut sa fille au bord de la piscine et se souvint qu'elle s'était disputée avec Sahel. Curieuse de savoir où elle en était, elle laissa là sa course-poursuite, de toute façon Lex arriverait à ses fins quoi qu'elle fasse, et rejoignit sa fille.

 

Elle s'assit à ses côtés et balança ses pieds dans l'eau. Voyant que sa fille n'avait pas noté sa présence, elle sauta dans l'eau toute habillée, empoigna l'adolescente et la jeta au centre du bassin. Celle-ci remonta à la surface en crachant ses poumons, complètement abasourdie.

 

- Maman ! S'écria-t-elle. Pourquoi tu as fait ça ?!

 

Les mains sur les hanches, Tia considéra sa fille un instant avant de sourire de façon malicieuse et de se jeter sur elle. Mais comme sa mère plus tôt, celle-ci esquiva l'attaque d'un mouvement instinctif qui prit Tia au dépourvu. Voyant son avantage, Lara se jeta de tout son poids sur son dos.

 

Mais Tia n'était pas née de la dernière pluie et elle attrapa le pied de sa fille, tira dessus et entraîna la jeune fille avec elle. La mère et la fille jouèrent ainsi durant plusieurs minutes avant que Lara ne crie grâce et ne grimpe sur le rebord de la piscine en soufflant comme un bœuf, épuisée.

 

Tia se hissa à ses côtés sans avoir l'air de fournir le moindre effort ce qui acheva de convaincre sa fille qu'elle était plus proche du Dieu que du simple humain. Avec une moue dégoûtée, la jeune fille roula sur le côté et se mit péniblement sur pied. Une serviette lui tomba dessus, la recouvrant entièrement et elle sentit quelqu'un la frictionner avec efficacité.

 

Sachant qu'il s'agissait de sa mère, Lara se laissa faire, un profond sentiment de bien-être l'envahissant. Elle se retourna et, toujours couverte de la serviette, passa ses bras autour de la taille maternelle.

 

Elle la serra contre elle un long moment sans rien dire et Tia lui rendit son étreinte en silence, appréciant ce doux moment. Ceux-ci se faisaient de plus en plus rares à mesure que Lara grandissait et elle craignait le jour où son bébé serait trop grand et partirait de la maison. Emménager ici, comprit-elle, était un bon moyen de contrer cela.

 

Lara fit glisser la serviette de sa tête et dévisagea sa mère, avant de l’informer :

 

- J'ai décidé d'apprendre à me connaître.

 

Tia haussa les sourcils mais ne dit rien, attendant la suite.

 

- Je l'ai annoncé à David et Sahel... ça ne s'est pas très bien passé.

 

- Qu'avaient-ils à y redire ? Demanda-t-elle sans comprendre le rapport entre les deux.

 

- Ca nécessite que je sois seule...

 

- Oh, je vois.

 

Un silence.

 

- Tu... le vis bien ? Je veux dire, tu étais prête à épouser Sahel et je sais que David t'aime énormément.

 

Lara posa la tête sur la poitrine de sa mère et soupira.

 

- Je les aime tous les deux mais je ne suis pas en mesure de prendre soin de l'un d'entre eux ou de nos couples ou même de choisir entre eux parce que je ne suis même pas en mesure de prendre soin de moi. Je dois faire les choses par étape. Je sais qu’au fond, David comprend mais Sahel... la façon dont il a grandi et les mœurs de sa Tribu sont tellement loin de notre façon de vivre et de penser que je ne crois pas qu'il ait compris que cela n'avait rien à voir avec lui.

 

- Je pourrais essayer de lui parler si tu veux...

 

La jeune fille secoua la tête.

 

- Linya s'en est déjà occupé. Ils s'entendent bien tous les deux étonnamment. Sahel écoute ce que dit Linya... je ne l'ai pas revu depuis qu'elle lui a parlé alors je ne sais pas s'il a fini par comprendre… il m'évite je pense...

 

Lara s'écarta et lança, soudain plus joyeuse :

 

- Oncle Gin a décidé d'organiser une petite fête ce soir pour votre retour à toi et Lex ! Lizzie a dit qu'elle inviterait sa petite-amie pour l'occasion, on va enfin la rencontrer !

 

Tia sourit, même si Lara était affectée par ses affaires de cœur ou toutes les choses qui lui étaient arrivées ces derniers mois, elle semblait également plus calme et plus forte. Elle songea alors que Lex avait eu raison, une fois de plus, Lara, à l'image d'Eve, saurait se relever. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'aurait pas besoin d'elles, mais elle s'inquiéterait moins maintenant. Son bébé avait grandi...

 

Avec un sourire doux-amer, Tia passa la main sur la tête de sa fille, la caressant à plusieurs reprises et demanda :

 

- Et sinon, pas trop de cauchemars ?

 

Lara secoua la tête.

 

- Len en fait toujours autant, mais je crois que cela a plus à voir avec ce qui est arrivé dernièrement qu'avec les souvenirs de Solan... Je m'inquiète pour lui maman. Il va mieux et reparle mais je crois que ce qu'Ashee lui a fait est plus profond que ce qu'elle m'a fait.

 

- C'est possible, répondit Tia après réflexion, mais ton frère est quelqu'un de réfléchi et puisqu'il reparle, on finira par parvenir à lui faire dire ce qu'il a sur le cœur. Si ce n'est pas moi ou Lex, alors ce sera toi, Gipsy ou Linya.

 

Linya avait établi une connexion avec son fils. Ils avaient tous deux une relation faite de respect et d'admiration qui l'avait surprise par sa maturité. Elle avait alors compris que son fils avait grandi et apprit beaucoup de choses pendant qu'elle se laissait aller à tomber en morceaux. Si ce qu'il avait appris lui était utile aujourd’hui pour faire face à ce qu'il vivait, cela n'était peut-être pas une si mauvaise chose qu'elle ait été absente alors. Après tout sans son absence jamais Linya n'aurait noué de lien suffisant avec les jumeaux pour changer la donne de la Prophétie et sauver ses enfants avec Frédéric.

 

Il y avait toujours un mal pour un bien. Elle ne devait plus l'oublier. Même si pour certaines choses, elle mettait du temps à comprendre quel bien coulait de telle souffrance, elle attendrait avant de s'apitoyer, elle cherchait et s'efforcerait de vivre avec optimisme.

 

Et cela commençait maintenant. Les inquiétudes devaient cesser. Que Zeus leur donne une solution ou non, elle Tia, finirait par en trouver une. Et s'il n'y en avait pas, alors elle trouverait un moyen de rendre leurs souvenirs anciens utiles, une méthode pour les empêcher de submerger leur vie actuelle.

 

Ses idées plus claires Tia remercia sa fille et la serra une fois encore contre elle avant de l’enjoindre à aller se changer. Elle fit de même puis rejoignit Rhapsody. Elle devait avoir une discussion avec elle à propos de ce qui se passait. Si elle voulait trouver un moyen de contrôler la résurgence de leurs souvenirs, cela commençait par être conscient du phénomène.

 

Ensuite, elle irait voir son fils et parlerait avec lui pour voir où il en était. De ce qu'elle avait aperçu lorsqu'elle était arrivée, il allait mieux. Bien même. Il souriait à Gipsy d'une façon qu'elle ne lui avait jamais vue auparavant. S'il était amoureux d'elle alors il se laissait le droit d'aimer. Et si c'était le cas alors il prendrait soin de lui. Il était plus conscient encore que Lara de l'importance d'aller bien soi-même pour être capable de prendre soin des autres. Lex lui avait appris cela et il avait bien mieux retenu la leçon qu'elle ou Lara. Ou peut-être était-ce simplement qu'elle et sa fille ne comprenait pas ces choses-là aussi bien que Lex et Len.

 

En rejoignant Rhapsody dans le patio arrière, elle sourit en se demandant à qui Maki et Jiyeon ressembleraient le plus en grandissant et de qui elles apprendraient le plus. En pensant à cet avenir, qu'elle n'envisageait pas sans Lex, Tia eut une idée. Cet avenir elle entendait bien le rendre réel. Cela ne demandait qu'un petit miracle mais après tout, les Dieux étaient réputés pour cela non ?

 

                                                                       ***

 

Les débats entre les Dieux furent houleux. Zeus, qui avait souhaité maintenir ceux-ci secrets avait dû revoir sa copie lorsqu'Eli s'était invité au débat. Aphrodite, Arès et tous ceux qui pensaient avoir une bonne idée des choses à faire ou même simplement une opinion qu'il souhaitait faire entendre, avaient ensuite déboulé.

 

Zeus en avait été fort contrarié mais la chose était une première et surtout donnait quelque chose de nouveau aux Dieux à se mettre sous la dent. Xena avait toujours eu cet effet et ça n'avait apparemment pas changé. Néanmoins certains des arguments avancés aussi bien par sa fille Aphrodite, à son grand étonnement, ou par Eli, à son grand agacement, avaient touché un point sensible.

 

Ils avaient discuté longtemps, mené plusieurs réunions, cela avait pris des journées entières. Des journées Olympiques. Zeus sourit de son propre jeu de mot. Le temps de l'Olympe n'était pas celui des mortels. Lorsque les autres Cieux, à l'image de Midgar, avaient décidé de se joindre également à eux, Zeus avait dû établir un roulement très strict pour permettre à tous de s'exprimer sans que cela ne tourne à la bagarre générale. Ce qui bien sûr tombait à l'eau dès lors que Discorde ou différents Dieux de la guerre se retrouvaient dans la même pièce.

 

Pour finir, Zeus les avait laissés se débrouiller et entraîné Eli à l'écart. Débattre avec lui était certes particulièrement agaçant, ce prophète d'une nouvelle religion sur son propre terrain l'irritant particulièrement, mais cela avait l'avantage de rester dans le calme et d'avancer.

 

Pour finir, une décision avait été prise et Eli avait proposé de se rendre sur Terre pour mettre Xena au courant. Zeus avait accepté. Il refusait de descendre sur la terre des mortels depuis qu'il avait perdu son fils adoré Hercule. Bien que celui-ci se soit régulièrement réincarné, il n'était plus Hercule et ne savait même pas qui il avait été la plupart du temps. Cela le rendait particulièrement triste, même s'il comprenait sa décision de vivre comme un humain jusqu'au bout.

 

Zeus se pencha en avant, curieux de voir comment la princesse guerrière allait prendre la nouvelle. Assurément elle ne s'attendait pas à la petite surprise qu'il avait demandé à adjoindre à tout cela.

 

Zeus était rancunier, mais il savait également tous les bienfaits que la grande femme et sa petite-amie avaient rendu au monde, aussi bien qu'aux Dieux en son temps. Il avait la mémoire longue pour les rancœurs, mais il la possédait aussi pour les récompenses et après tout ce que ces deux guerrières avaient vécu, elles méritaient bien cela.

 

Il vit Eli apparaître soudain devant Xena, en plein milieu de la piscine dans laquelle elle s'amusait avec sa femme et les vit sursauter, comme prises en faute. Cela l'amusa. Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour parler, Eli la devança et lui apprit ce qu'elle attendait et ce qu'elle n'attendait pas. Il la vit se figer et se tourner vers Gabrielle sans y croire. La petite barde se mit à pleurer, le visage dans les mains et Xena l'attira à elle pour la consoler, pleurant avec elle.

 

Eli resta un peu, incertain, cherchant Eve des yeux mais une semonce en provenance de Zeus le rappela à l’ordre et il s'éclipsa.

 

Les Dieux ne devaient pas se mélanger aux mortels, eut-il été leur prophète dans une autre vie. Satisfait, Zeus se redressa et soupira en voyant qui approchait.

 

Héra. Furieuse. Allons bon qu'avait-il encore commis comme impardonnable faute ?

 

 

Epilogue :

 

 

Depuis le début de la journée les festivités organisées au Ranch battaient leur plein. Officiellement, c’était pour fêter leur anniversaire de mariage/premier baiser/et tout ce qui était passé par la tête de Lex. Elle voulait tout regrouper, grisée par les bonnes nouvelles apportées par Eli, ce qui avait obligé Tia à lui parler du renouvellement de leur vœux. Etrangement, la jeune femme avait avoué vouloir faire cela avec juste leurs enfants, Linya, Enyalios  et Frédéric et Anna comme témoins. Mais elle avait également précisé vouloir faire une fête à tout casser avant cela. Tia avait donc prit ses dispositions pour emmener sa petite famille à Hawaï la semaine suivante. Elle comptait y organiser là-bas leur renouvellement de vœux et leur lune de miel.

 

L'expression de Lex à la mention de leur destination avait été adorable. Des étoiles brillaient littéralement dans ses yeux. Elle avait soupiré intérieurement, ennuyée de devoir passer sa lune de miel avec tout ces gens, fusse sa famille alors que la seule idée qu'elle avait en tête avant cela tenait en un mot : luxure. Mais bon, peut-être parviendrait-elle à envoyer tout ce beau monde dans un autre pays une fois la cérémonie achevée ?

 

On pouvait toujours rêver...

 

Une autre lubie de sa charmante femme,l'avait obligé à revoir toute la logistique de cette fête à « tout cassser ». En effet Lex avait tenu à ce que cela se passe au Ranch, elle n’avait pas expliqué pourquoi mais la mercenaire avait compris qu’elle voulait mettre un point final au chapitre de cette histoire à l’endroit où tout avait vraiment commencé pour leur famille.

 

Lex avait ensuite annoncé à Tia que dès l’année prochaine, il faudrait rajouter une date d’anniversaire. Celui de leur libération.

 

Lex avait été très heureuse de revoir son vieil ami, Eli. Et dans ces circonstances encore plus. Elle regrettait de ne pas avoir plus profité de sa présence mais à présent, elle savait qu’elle aurait l’occasion de le revoir. Lui et Aphrodite. De toute façon lorsqu’il lui avait annoncé les deux bonnes nouvelles elle n’avait rien pu faire d’autre que de s’écrouler en larmes. Elle n’avait pensé à rien d’autre qu’au soulagement infini que la seconde nouvelle lui avait apporté.

 

Car comme une récompense, un bonus ou simplement une grâce, les Dieux avaient supprimé son gêne malade, comme Aphrodite l’avait fait chez ses jumelles. Ce faisant ils lui avaient rendu sa vie.

 

D’après Eli, les Dieux avaient pris conscience que les actions de Tia, à l’image de celles de Xena et Gabrielle en leur temps, avaient ravivé l’espoir chez les mortels. Et des Mortels chez qui l’espoir primait recommençaient à croire dans les Dieux. Surtout lorsque les héros en lesquels ils croyaient signaient leur actes de bravoure d’ancien noms légendaires liés aux Dieux.

 

En effet, Tia lors de certaines de ses sorties nocturnes n’avaient pu résister à laisser une carte de visite. Capeline, la justicière Française des années 1700 avait ainsi refait surface sur les lèvres des mortels, tout comme ceux de Xena et Gabrielle.

 

Ainsi grâce à elles, l’ère qui s’annonçait signait le renouveau des Dieux. Cela affectait le Dieu unique prôné par Eli mais d’un autre côté cela faisait à nouveau parler de lui également. Notamment à travers la réinsertion réussie d’Eve, son premier et prophète favori.

 

Ainsi, comme lors de leur première existence, Xena et Gabrielle faisaient naître de l’espoir et créaient leur légende. Une légende où rien n’était impossible.

 

Tia et Lex étaient si heureuses et soulagées, qu’elles avaient convié tout le monde, clients comme employés à une journée de fiesta gratuite et ininterrompue.

 

Sahel qui n’avait pas le cœur à la fête avait demandé à retourner dans sa Tribu. Lara en avait été plus affectée qu’elle ne l’avait pensé, néanmoins elle était restée déterminée. Sahel avait montré son téléphone avant de monter dans l’avion et l’avait assuré qu’il serait toujours joignable pour elle.

 

Tia avait payé un guide pour le raccompagner, même s’il avait affirmé pouvoir se débrouiller seul et avait ensuite prévenu la nouvelle chef de sa Tribu.

 

Gin et Trinity avaient pris des congés et les avaient accompagnées au Ranch. Trinity était arrivée avec un cavalier, à la surprise général. Et ce qui était encore plus surprenant était sa timidité à son égard. Tia avait ironisé qu'elle avait enfin trouvé son maitre ce qui lui avait valu un regard noir de l'intéressée. Apparemment, le jeune homme, répondant au nom de Vince, était perchiste de haut niveau et avait littéralement eu le coup de foudre pour Trinity lors d'une fête de charité quelques mois plus tôt. Depuis lors, il la poursuivait d'une cours assidue qui avait émoussé les barrières infranchissable de la demoiselle. Cela plus ses projets d'expansion pour leur compagnie familiale annonçait une année à venir riche et occupé.

 

En bon père, un brin accro à ses filles, Gin avait incité Lizzie à laisser Anne-Lise, aussi gentille, les deux mercenaires avaient pu constater, que l’avait prétendu Lizzie afin de prendre un peu son indépendance affective. C’était ces mots précis, prononcés par son modèle et héros personnel, Tia, qui avait convaincu la jeune femme. Ca et le fait qu’Anne-Lise n’avait toujours pas terminé ses examens. Malgré tout, Lizzie avait souhaité que cette séparation fortuite serve à quelque chose. Elle avait conscience que ce n’était pas sympa de faire cela à sa petite-amie pendant une période aussi délicate pour elle, mais elle avait peur de perdre courage si elle attendait plus.

 

Aussi avait-elle pris celui-ci à deux mains alors qu’elle l’a raccompagnée après la petite fête organisée par son père et avait-elle tout déballé de son passé. Avant sa rencontre avec Tia, son histoire avec Tamara et tout ce que cela avait eu de traumatisant dans sa vie. Les séquelles que cela avait laissées. Elle avait même évoqué son amour pour sa grande cousine.

 

Anne-Lise n’avait rien dit, un peu choquée par tout cela mais lui avait assuré qu’elle la recontacterait lorsqu’elle aurait pris le temps d’y réfléchir. Elle l’avait prévenue que cela prendrait un peu de temps, sa priorité restant ses examens. Et bien qu’elle soit pleine d’appréhension, Lizzie avait été impressionnée par sa force de caractère et sa capacité à sectoriser les choses dans son esprit.

 

Présentement la jeune fille se trouvait avec sa sœur, près du buffet qui faisait plusieurs mètres de long. Lex avait vu les choses en très grand et Tia n’avait pas vu de raison de la briguer, aussi la jeune femme avait-elle commandé un orchestre qui jouait près du lac où une piste dansante avait été montée pour l’occasion. Entouré de pilier et de colonnes recouvertes de lierre, le lieu était enchanteur.

 

Pour ceux préférant la nourriture chaude, un barbecue géant était tenu par les amis et employés qui se relayaient à tour de rôle. Deux maîtres-nageurs avaient également été requis pour les baigneurs. En effet alcool et chaleur allaient rarement de pair avec la nage.

 

Tia avait invité tous ceux qu’elle connaissait et cela incluait aussi bien Marcelius que Gabriel qui était quand même plus vivable, elle s’en souvenait, lorsqu’il était Iolas. Curieuse, la mercenaire les observait de loin. Elle avait fini par comprendre qu’ils ne s’étaient encore jamais rencontrés et elle se demandait si celle-ci n’allait pas réveiller quelque chose.

 

Lorsque le petit homme blond, toujours aussi excité, laissa la demoiselle qu’il était en train de draguer pour se rendre au barbecue que tenait Marcelius, Tia se tendit, dans l’expectative.

 

- On dirait presque que tu as parié, se gaussa sa femme en avalant une gorgée de son vin favori.

 

Celui-ci était un cadeau de Linya qui l’avait importé de France pour l’occasion. C’était un grand cru d’Alsace, de la cuvée schoenenbourg. La bouteille seule coûtait 70 euros. Mais les arômes de fruits de la passion ravissaient le palais de Lex qui en avait fait sa boisson alcoolisée préférée.

 

- C’est le cas.

 

Surprise Lex haussa les sourcils.

 

- Avec qui et quoi ?

 

- Enyalios bien sûr, qui d’autre ? Sourit-elle sans quitter des yeux ses cibles. Et ce qu’on a parié ne regarde que nous.

 

Suspicieuse, Lex dévisagea sa femme. Ces deux-là étaient capables des trucs les plus stupides et elle se doutait bien que si Tia ne voulait rien lui dire, c’était parce que le gage pour le perdant devait être particulièrement idiot.

 

Tia put dire l’exact moment où Marcelius découvrit Gabriel. Le grand homme se transforma littéralement en statue de sel. Tia aurait ri si Gabriel n’avait pas fait la même chose. Cela dura quelques secondes puis l’ancien surhomme reprit vie et s’approcha du petit homme. Il posa une main sur son épaule et sourit stupidement. Le même sourire déforma le visage de Gabriel et Tia gloussa.

 

- J’ai gagné mon pari.

 

Très fière, Tia posa les mains sur les hanches en se redressant et chercha Enyalios des yeux. Lorsqu’elle le trouva, elle le toisa en haussant deux sourcils particulièrement satisfaite et le mercenaire comprit. Il fit la grimace, désappointé et se détourna. Tia ricana et se mit à marmonner.

 

- Qu’est-ce que tu racontes ?

 

- Rien, rien, répondit la grande femme avec un sourire diabolique, j’anticipe juste le gage qu’En va devoir faire tout à l’heure.

 

Tia ricana encore ce qui finit par intriguer sa femme.

 

- J’aurais le droit d’y assister ?

 

La mercenaire gloussa.

 

- Oh ne t’en fait pas, tout le monde y assistera.

 

Sur ces entrefaites, Harry se présenta devant elles. Surprises Tia et Lex sursautèrent. La grande femme fronça les sourcils. Comment le vieil homme était-il apparu sans qu’elle ne s’en rende compte ? Une seconde, quand était-il arrivé d’ailleurs ?

 

- Je tenais à vous remercier en personne pour votre invitation, ainsi qu’à vous féliciter pour la réussite de votre dernière mission. Les Dieux se sont montrés conciliants, comme prévu.

 

« Comme prévu ? » songea Tia. Ça voulait-il dire que le vieil savait déjà lorsqu’elle était allée le voir que cela se terminerait ainsi ? Pourquoi ne pas le lui avoir dit alors ? Comme s’il lisait dans son esprit, Harry répondit :

 

- Parler de l’avenir, à moins qu’il ne provienne d’une prophétie, est strictement interdit. Il est bien trop facile de le changer d’un seul mot mal choisi ou mal compris.

 

- Mais les Prophéties c’est bon ? Releva la grande femme sceptique.

 

Harry acquiesça avant d’expliquer :

 

- Elles sont suffisamment floues pour que même nous, nous n’ayions pas une vision claire du futur. Elles agissent plus comme un warning et de toute façon leur but est de changer le futur car celui prévu de base est sombre et met en danger plus que le futur d’une personne.

 

- Donc c’est bon, résuma Lex.

 

Harry hocha la tête.

 

- J’ai cru comprendre, enchaîna-t-il aussitôt, que vous fêtiez ici votre anniversaire de mariage, aussi je me suis permis d’apporter un présent pour commémorer ce jour.

 

Et comme s’il était magicien, ce que Tia soupçonnait qu’il était, il sortit de nulle part un livre assez épais qu’aussitôt elles reconnurent. Il s’agissait du registre d’unions des âmes, qui notait magiquement les unions mystiques depuis le commencement du monde et qui, grâce à un code couleur, notifiaient la situation de chacune d’entre elles au moment de la mort des partenaires ou au temps présent pour celles en vie. Certaines, destinées à la rencontre bien avant leur naissance, voyaient leurs noms déjà inscrit dans le registre, attendant simplement la réalisation de celle-ci.

 

- C'est..., commença Lex.

 

Harry hocha la tête avant qu'elle ne termine sa phrase.

 

- Mais vous pouvez nous le donner ? Je veux dire, il n'y a pas que nos vies dedans...

 

- Que ce soit notre Tribu ou vous qui le conservez, l'essentiel est qu'il le soit et qu'il se transmette à travers le temps. Prenez-en soin, il y a un peu de l'âme de chacun de ces couples à l'intérieur. Le lire est assez intéressant, ajouta-t-il avec un petit sourire, parfois triste, parfois heureux. Il s'agit de morceaux de vie après tout, ce livre est donc comme elle. Je pense qu'il vous revient, ne me demandez pas pourquoi, c'est ainsi que je le ressens et on ne remet pas en cause les intuitions des Oracles, c'est malvenu et source potentielle de drame.

 

- Oh, je n'avais pas l'intention..., protesta Lex, mais le vieil homme avait déjà tourné les talons.

 

Lex se tourna vers sa femme, déconcertée et celle-ci lui ébouriffa les cheveux, amusée.

 

- Je te prends ça, fit-elle en joignant le geste à la parole, je vais le poser dans la chambre, j'ai bien l'intention d'entamer sa lecture ce soir. Toi tu as un visiteur, ajouta-t-elle avec une mine contrite, avant de m'en vouloir, profite plutôt de cette opportunité comme d'une chance pour combler le fossé.

 

Sur ces mots, Tia tourna les talons et Lex, perplexe se retourna pour découvrir… son père au milieu du chemin qui regardait autour de lui, un peu perdu. Stupéfaite, Lex songea à courir après Tia pour l'engueuler avant de prendre conscience de combien il lui avait manqué. Tout allait bien pour elle désormais. N'était-il pas temps de faire la paix ? Elle avait ce qu'elle avait toujours souhaité. Elle pouvait lâcher un peu de lest, faire preuve d'indulgence envers ce père célibataire qui l'avait aimée et élevée du mieux qu'il pouvait après avoir perdu l'amour de sa vie. Les Dieux seuls savaient si elle aurait été capable de faire aussi bien si elle avait perdu Tia. Il avait fait de son mieux. Il avait seulement souhaité son bien. Ce qu'il pensait être son bien divergeait de ce qu'elle pensait mais cela ne faisait finalement pas de lui un être mauvais. Et puis, le choc de la savoir gay était passé maintenant, il devait être plus enclin à l'accepter sinon il n'aurait pas accepté l'invitation de Tia.

 

Son esprit adoucie par une nouvelle compréhension, Lex s'avança vers son père.

 

                                                                       ***

 

Un peu plus tard dans la soirée, Lex rejoignit Linya sur la terrasse sous le porche du ranch.

 

- Marre de la foule ? S'enquit la petite blonde.

 

- Un peu. Ça n'a jamais été mon truc ces mondanités, tu le sais.

 

- Tu joues mieux la comédie d'habitude.

 

Linya rit.

 

- C'est pour le boulot ça, mon ange ! Ici c'est pour le plaisir.

 

- Du coup ça ne devrait pas être difficile.

 

- Tu me cherches, c'est ça ? Tu sais que je fais bien semblant, que j'y suis habituée à cause de notre milieu et de toi qui adore ça et qui m'a traînée à chacune d'elles, mais cela m'épuise. Et puis je ne prends qu'une pause, en quoi ça t'ennuie à ce point ?

 

- Ca ne m'ennuie pas, soupira Lex, c'est juste... je te cherchais, j'avais besoin de te parler...

 

- Quelque chose ne va pas ? Fit-elle soudain inquiète.

 

- Tia a invité mon père...

 

Linya réprima un sourire devant la mine pitoyable de son amie.

 

- J'ai vu oui. Ça avait l'air de bien se passer.

 

- C'était le cas mais... j'avais tellement peur de dire ou de faire quelque chose qui le remettrait dans en colère que j'ai été plus tendue qu'autre chose... c'était crevant...

 

- Et tu me cherchais juste pour me raconter ça ?

 

Lex lui jeta un regard mi-déçue mi-vexée.

 

- Fais pas ta méchante, j'ai besoin d'un câlin.

 

Linya rit et l'attira dans ses bras.

 

- Là, là, il va mieux mon gros bébé ? Rit-elle en lui caressant les cheveux.

 

Lex, parfaitement satisfaite, hocha la tête tout contre sa poitrine. Consciente que la position plaisait à son amie qui en profitait un peu trop, le sourire de Linya se fit torve. Elle la repoussa, faussement agacée :

 

- Je ne pense pas que ta femme apprécierait de te voir te frotter à la poitrine d'une autre femme comme ça.

 

- Bah ça dépend, rétorqua Lex avec un grand sourire, si la femme en question n’est pas contre le partage.

 

« Et c'est reparti... », Songea la dirigeante blasée. Un éclair passa dans son regard et son sourire remonta sur un coin.

 

- Dans ce cas, ça change tout...

 

Et elle se pencha sur Lex et l'embrassa. Stupéfaite, celle-ci se figea alors que son amie forçait le barrage de ses lèvres de la langue. Contre toute attente, Lex resta figée, la rougeur envahissant son visage. Linya finit par avoir pitié d'elle et se recula.

 

- Et voilà, déclara-t-elle les yeux plissés, contente d'elle, le baiser promis. Il n'y en aura plus maintenant, dommage que tu n'en es pas profité plus que ça.

 

Sur ces mots, elle se remit sur pied, repoussa ses cheveux en arrière et lui jeta un regard par-dessus l'épaule.

 

- Ce n’est pas tout ça mais Enyalios attends pour sa danse, figure-toi qu'il est amoureux fou de moi et que je peux faire de lui ce que je veux...

 

Sous le choc une seconde fois, Lex ne put que regarder son amie s'éloigner avant de reprendre brusquement ses esprits. Elle se leva d'un bond en lui courant après, geignarde :

 

- Attends une seconde, c'est pas juste ça ! Tu peux pas partir comme ça après un tel baiser et encore moins sans m'avoir donné tous les détails concernant Enyalios ! C'est pas cool Linya ! Eh, tu m'écoutes ! Linyaaaaaaaaaaaa !

 

Pour toute réponse, la Dirigeante gloussa et accéléra le pas, ravie de son petit effet. Elle aussi elle pouvait jouer !

 

                                                                       ***

 

Malgré ce qu’elle avait déclaré à Lex, Enyalios n’avait pas invité Linya à danser, aussi fut-elle surprise lorsqu’elle se retrouva sur la piste de danse en sa compagnie. Assuré comme à son habitude, il ne semblait pas affecté par son rejet. Il la faisait virevolter tout en la couvant d’un regard sombre et amusé.

 

Elle découvrit avec un peu de gêne que c’était elle qui était embarrassée. Elle était mal à l’aise sous son regard et ne comprenait pas pourquoi.

 

La musique joyeuse et entraînante laissa opportunément place à un slow et Linya soupçonna son partenaire d’y être pour quelque chose. Son sourire satisfait le lui confirma.

 

Alors qu’il l’attirait contre son torse et l’enfermait dans une étreinte solide, elle sentit son souffle contre son oreille et son cœur fit un bond.

 

- Tu vas bien ? demanda-t-il, tu n’es pas aussi silencieuse d’habitude…

 

- Non, non, tout va bien.

 

Elle se recula un peu et le dévisagea.

 

- Je suis juste un peu… étonnée que tu ne m’évites pas.

 

Enyalios eut un sourire en coin.

 

- Et pourquoi je ferais ça, je ne suis pas un gamin. Tu me sous-estime, beauté, si tu t’imagines que ton refus actuel signifie que j’ai abandonné. J’ai bien l’intention d’attendre que tu sois prête. Et ce temps je compte le mettre à profit.

 

- A… à profit ? Bafouilla-t-elle, surprise et embarrassée par sa déclaration.

 

Il hocha la tête.

 

- Je vais continuer d’apprendre à te connaître et te donner l’occasion de me rendre la pareille.

 

- Ah et… comment feras-tu ça ?

 

- Je vais devenir ton nouveau partenaire. Je t’aiderai avec Lyoko à chaque fois que tu en auras besoin. Je le ferai gratuitement, en échange simplement d’un peu de temps avec toi.

 

Linya ouvrit la bouche, en quête de quelque chose à rétorquer mais ne trouva rien.

 

- Ne t’en fais pas, les jours où tu ne feras pas appel à moi et où je n’aurai pas de mission, je viendrai te rendre des visites amicales.

 

Autrement dit, elle allait l’avoir sur le dos pratiquement 24h/24… étrangement cette idée fut loin de lui provoquer l’agacement supposé. Le sourire dont il ponctua sa déclaration final acheva de la déstabiliser et elle finit par rougir sous son regard scrutateur. Celui-ci s’agrandit alors puis il se pencha doucement, déposa un baiser léger comme les ailes d’un papillon sur ses lèvres et chuchota :

 

- Je t’aime. C’est une première pour moi mais je saurai me montrer digne d’une personne comme toi. J’ai appris beaucoup en observant Tia et Lex. Plus encore en t’observant et je ne compte pas m’arrêter là. Alors commence à t'y habituer car ça n’est pas près de changer.

 

La rougeur sur les joues de la jeune femme s’accentua et elle se surprit à attendre avec impatience ces moments de collaborations. L’avenir lui apparaissait finalement moins triste que prévu, avec lui dans les environs elle aurait très peu de temps à consacrer à son chagrin d'amour. Elle sourit, hocha la tête et répondit avec un air de défi :

 

- J’attends de voir ça.

 

Les yeux de son vis-à-vis se mirent à pétiller mais il n’eut pas le loisir de poursuivre la discussion car ce fut ce moment que Tia choisit pour lui tomber dessus, un immense sourire aux lèvres.

 

- Il est temps de payer ton dû mon petit Enyalios, ricana-t-elle en posant la main sur son épaule.

 

                                                                       ***

 

La nuit n'allant pas tarder à tomber, Lex et Tia avaient décrété que c'était le moment pour la découpe du gâteau. Il s'agissait d'une immense pièce-montée surmontée de deux guerrières, l'une vêtue de cuir rouge et l'autre d'une armure marron avec épée et chakram.

 

- Tout a commencé avec elles, chuchota Lex à sa femme qui fixait les deux figurines avec étonnement, il est normal qu'on les invite à notre happy end.

 

Avec un sourire entendu, Tia acquiesça. Elle leva ensuite la main pour réclamer le silence.

 

- Je sais que tout le monde attendait avec impatience le moment du découpage, commença-t-elle avec un brin de grandiloquence avant de poursuivre d'un air sadique, et pour être à la hauteur de ces attentes, je me devais de réfléchir à un moyen de le rendre... historique. C'est pourquoi j'ai fait appel à une personne en particulier pour accomplir cette tâche.

 

Tia s'arrêta pour ricaner avant de se tourner vers le ranch, les mains en porte-voix.

 

- Enyalios ! Cria-t-elle, on t’attend, on a faim !

 

Puis elle se tourna vers les invités et les incita de la voix et de la main à crier avec elle :

 

- On a faim, on a faim !!!

 

Tout le monde reprit le mantra en chœur docilement. Lizzie ne voyait pas où sa cousine voulait en venir mais à son air un peu trop contente d'elle-même, cela risquait d’être amusant. Comme les autres elle se tourna vers le ranch mais avant de pouvoir joindre sa voix à la leur, sa sœur lui tapota l'épaule et lui désigna quelque chose derrière elle.

 

- Je crois que ta réponse vient d'arriver, fit-elle avec un sourire.

 

Déconcertée, Lizzie se retourna et découvrit, quelques pas plus loin, Anne-Lise, l'air un peu gêné. Elle ouvrit la bouche et écarquilla les yeux avant de se mettre en mouvement sans en avoir conscience. Elle s'arrêta devant son amie, lui prit la main, hésitante et dit :

 

- S... Salut.

 

Anne-Lise lui répondit par un sourire et une pression de la main ce qui encouragea la jeune fille.

 

- Tes examens se sont bien passés ? Je ne pensais pas te voir si vite, ajouta-t-elle.

 

Anne-Lise hocha la tête.

 

- J'avais hâte d'en finir, je n'ai fait que penser à toi et ça m'a légèrement perturbée. Je ne pense pas avoir d'aussi bonnes notes que prévu, mais pour ce que je vise, cela suffira.

 

Devant l'air coupable de sa petite-amie, Anne-Lise fit un pas en avant et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Elle aimait ça, que sa copine, bien que plus jeune en âge, soit plus grande qu'elle. Ça lui donnait l'impression d'être une petite chose dont Lizzie saurait prendre soin.

 

- Ne soit pas désolée, c'est une bonne chose. C'est la première fois qu'une fille entre à ce point dans ma tête. Tu sais combien de temps j'ai attendu que quelque chose comme ça m'arrive ?

 

Lizzie se souvint qu'Anne-Lise avait l'air d'envier ses amies follement amoureuses de leurs copains respectifs lorsqu'elles n'étaient encore qu'amies toutes les deux. Les yeux pétillants, Lizzie comprit qu'Anne-Lise l'aimait peut-être déjà avant, mais que ce qui lui avait permis d'en prendre conscience et de s'en réjouir était le pas qu'elle-même avait fait vers elle. La confiance pouvait être dangereuse placée chez la mauvaise personne, mais donnée à la bonne, cela renforçait les liens.

 

Anne-Lise ici, cela signifiait qu'elle l'acceptait comme elle était. Cela aurait suffi à son bonheur mais entendre que la fille qu'elle aimait, l'aimait en retour et qu'elle était, en quelque sorte, ce qu'elle avait attendu tout ce temps, remplissait Lizzie d'un tel bonheur qu'elle crut qu'elle allait éclater.

 

Elle attrapa le visage de son amie et l'embrassa à son tour, mettant toute sa joie et son amour en celui-ci avant de la tirer derrière elle pour qu'elles rejoignent la liesse général.

 

Ravies, les deux jeunes filles crièrent en chœur avec la foule jusqu'à l'apparition d'Enyalios... qui fit taire toutes les voix d'un seul coup avant qu'un immense éclat de rire ne secoue l'ensemble du groupe.

 

L'air tout d'abord gêné au-delà du possible, Enyalios prit ensuite soin de se montrer hautain. Se redressant de toute sa stature, il bomba le torse et avança dignement, fendant la foule pour rejoindre Tia qui ricanait en le montrant du doigt, beaucoup trop fière d'elle.

 

Il lui retourna un regard noir et tenta de garder sa prestance naturelle malgré sa tenue des plus ridicules. Il était vêtu en tout et pour tout d'un pagne de paille, d'un os enroulé dans ses cheveux qui avaient été permanentés pour l'occasion. Sa peau toute entière était recouverte d'un maquillage marron foncé.

 

- Mais... d'où vient cette idée de gage ? Demanda Lex entre deux étranglements.

 

- Tu te souviens il y a trois mois, une famille avait oublié une partie de ses affaires ici. Avant de les renvoyer pour être sûr que tout ce qu'ils attendaient s'y trouvait, on a fait l'inventaire avec Frédéric. Enyalios était ici et il s'ennuyait alors il nous a aidé. Parmi les affaires il y avait une série de BD de Tintin. L'une d'elle, Tintin au Congo a attiré son attention et il l’a lu. Il a prétendu, en voyant Lara se marrer devant la tête des indigènes en demandant à Sahel si certains étaient vraiment comme ça, que lui, même ainsi serait viril et sexy. Tu penses bien que j'ai retenu son affirmation. Je savais que tôt ou tard je pourrais la lui faire ravaler...

 

- Il est peut-être ridicule, pouffa Linya à ses côtés, mais on ne peut pas nier qu'il garde un côté viril et sexy malgré tout.

 

- Il a pris bien soin de huiler son corps, rigola Lex, pour qu'on ne manque pas sa musculature avantageuse et...

 

- … ça fait son petit effet, concéda Tia avant de répliquer, mauvaise joueuse : il n'en reste pas moins ridicule et je m'en vais immortaliser ce moment épique.

 

Sur ces mots, elle sortit son téléphone et entreprit de prendre une série de clichés avant de le faire basculer en mode vidéo en ricanant qu'il s'en souviendrait toute sa vie. Aussi digne que possible, le mercenaire attrapa le couteau et entreprit de découper avec soin les parts de la pièce-montée.

 

- Au fait, songea soudain Lex, tu ne m’as pas dit ce qu’était la bonne question concernant le justicier.

 

Tia ricana.

 

- Je parie que tu n’y as pas vraiment réfléchi.

 

A l’expression de sa compagne, elle avait visé juste. Tia ricana encore, se pencha, l’embrassa et déclara tout contre sa bouche, à la plus grande frustration de Lex :

 

- Cherche encore petit scarabée, ta fainéantise me consterne.

 

Lex se recula, la fusilla du regard et soupira. Elle aurait peut-être dû songer à déposer une réclamation auprès des Dieux concernant l’arrogance de sa femme… si elle avait bien négocié, elle aurait peut-être même pu la rendre docile.

 

Jaugeant celle-ci du regard, elle songea à l’argumentaire à déposer auprès d’Aphrodite. Maintenant que les négociations avec les Dieux étaient rouvertes, nul doute qu’elle aurait l’occasion d’en parler avec elle dans le futur.

 

Tia ricana encore, et en l’entendant, Lex songea que ce qui aurait dû être un son agaçant lui donnait un coup au cœur. Dieu que Tia était sexy… tout la rendait sexy…

 

- Si tu veux préparer un coup d’état mon amour, il vaudrait mieux la prochaine fois penser à fermer notre lien un peu plus, chuchota-t-elle en faisant allusion à son plan de la rendre docile.

 

- C’était juste pour rire, s’excusa-t-elle en rougissant avant de lui tirer la langue. Tu peux être si agaçante par moment.

 

Là, Tia éclata de rire.

 

- Comme si tu n’étais pas folle de ce côté de moi !

 

Consciente qu’elle disait vrai, Lex l’ignora superbement avant de détailler la foule alentour. Elle était heureuse d'y voir tous ces visages amis. Son futur était serein, sa mort également puisque leur cycle de réincarnation à elle et Tia n'était pas terminée. Eli avait été catégorique là-dessus, Zeus tenait à ce qu’elles poursuivent leurs influences sur les mortels au-delà de cette vie.

 

Plus tard ce soir-là, Tia avait avoué qu’elle avait eu l’intention d’extorquer à Zeus la guérison de sa maladie s’il ne l’avait pas accordé de lui-même. Elle s’était rappelé une faveur qu’il lui devait depuis l’époque où elle avait été Xena et étant donné qu’il avait tardé à la lui rendre, sa guérison aurait été les intérêts qu’elle comptait réclamer.

 

Savoir que Tia n’avait ni oublié ni renoncé à la sauver coûte que coûte, redevenant par cette décision l’héroïne capable de repousser l’impossible, Lex avait senti son cœur se gonfler d’une joie si intense qu’elle avait éclaté en sanglots.

 

Lex était heureuse. Complètement et totalement. Tous ses amis étaient en vie et présents, sa famille, toute sa famille, était ici. Son père était d'ailleurs en train de montrer à Jiyeon et Maki leur tonton En qu'il ne fallait surtout pas imiter à l'avenir. Lex était heureuse de voir qu'en apercevant ses deux adorables jumelles, son père avait perdu toute son arrogance et ses certitudes idiotes pour redevenir le père qui l'avait élevée, tombant complètement sous le charme de ses petites-filles.

 

Le regard de Lex glissa sur son père et elle rendit son sourire à la mère de Linya. Sa famille était arrivée dans l'après-midi et Rhapsody et ses enfants une heure plus tôt. Gipsy s'était d'ailleurs empressée de rejoindre Len. Son fils avait eu l'air plus heureux et serein que jamais, ce qui l'avait beaucoup rassuré. Lara était célibataire mais n'avait pas semblé aussi affectée qu'elle et Tia l'avaient craint. Au contraire, on aurait dit qu'une assurance nouvelle la possédait. Il y avait bien du Eve en elle, avait songé Lex. Gabrielle avait toujours aimé Eve, même si celle-ci ne l'avait pas vraiment cru. Alors Lex était heureuse de voir un peu d'elle en sa fille.

 

Elle répondit au petit geste de Rhaspody, heureuse de sa présence. La jeune femme n'avait pas été mise au courant de toute cette histoire d'âme. Elle avait cru être tombé malade et avoir déliré à cause de la fièvre et personne ne l'avait détrompé. Néanmoins Lex était impressionnée par sa volonté de se cacher la vérité. Tia avait été plus indulgente, sa vie actuelle ne ressemblait en rien à celle qu'elle avait eu, et Lao-Ma avait toujours dit être capable d'échanger une vie royale contre une famille heureuse. Etre morte de la main de son fils avait dû la traumatisé plus que ce qu'elles avaient imaginée...

 

Pour l'heure les problèmes de la jeune femme était terminé. Elle avait perdu son mari et son frère mais elle avait ses deux enfants, heureux et en bonne santé. Ses dettes étaient réglées et son amitié avec Tia était indestructible, même si elle n'en avait pas conscience. Elle avait déclaré vouloir reprendre l'enseignement maintenant que ses dettes étaient payées. Lex espérait qu'elle rencontrerait vite quelqu'un qui lui ferait oublier ses quelques troubles avec sa femme. Elle le méritait et cela lui permettrait à elle, Lex, de vivre leur amitié plus sereinement. Elle aimait vraiment beaucoup la Rancheuse. Après tout, elle n'avait jamais pu être réellement en colère contre les dérapages que Rhapsody avait vécu avec Tia, et ce, dès le premier jour, néanmoins cela jetait quand même un petit voile sur leur relation et elle serait heureuse de le lever.

 

Lex finit son tour des yeux et découvrit que tout le monde la fixait. Elle se tourna vers sa femme et la vit en train de lui tendre une part de gâteau. Un sourcil levé de sa femme lui fit comprendre qu'elle n'était pas dupe de son moment de distraction et elle sourit. Elle ouvrit la bouche et Tia y déposa un morceau. La grande femme ne résista pas à sa pulsion et déposa un baiser appuyé sur ses lèvres alors qu'elle refermait la bouche. Elle la prit ensuite dans ses bras et sourit à Enyalios de toutes ses dents :

 

- Tu vas devoir rester comme ça jusqu'à la fin de la petite fête, déclara-t-elle doucereuse.

 

Son ami lui jeta un regard hautain avant de partir à grand pas, entraînant une Linya écroulée de rire, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Tia se tourna vers la femme qui faisait battre son cœur depuis tant de siècle, déposa un baiser sur sa tempe et laissa sa tête reposer sur la sienne.

Elle était heureuse.

 

Après tous ces siècles d'attente, elle avait enfin pu épouser sa Gabrielle. Et elles étaient assurées de finir leur existence ensemble.

 

Elle était sa femme, pour toute leur vie et son âme-sœur pour d'autres vies.

 

Xena et Gabrielle, ensemble à jamais. C'est ce qu'elles avaient toujours voulu. Tia se redressa et Lex la regarda. Elles se perdirent dans les yeux de l'autre, leurs âmes chantant à l'unisson.

 

- Ca y est, chuchota Lex, on peut enfin être juste heureuse. Je t'avais dit que si on restait ensemble sans abandonner, on y arriverait. On l'aurait eu plus tôt si tu n'avais pas été aussi têtue. Stupide princesse guerrière qui veut toujours avoir raison.

 

- J'ai eu de la chance de croiser la route d'une barde naïvement optimiste et qui a décidé que m'aimer était la chance de sa vie. Alors merci pour ta foi en moi à travers tous ces siècles. Ce moment c'est à toi qu'on le doit.

 

Parfaitement d'accord avec ça, Lex hocha la tête et Tia lâcha un petit rire. Gabrielle était modeste, mais Lex non. Lex était Lex, même avec l'âme et les souvenirs de Gabrielle. Et c'était bien comme ça.

 

 

 

Fin.

 

 

 

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01 octobre 2016

Edition automnale

mar

Au menu :

- quatrième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Nos vies passées, de honey, chapitres 5 à 10

Bonne lecture !

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Chose promise, chose due, partie 4

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

4ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Le long couloir se terminait dans une sorte de cul-de-sac dans lequel était encastrée une large porte en bois, flanquée de deux gardes qui avaient l’air de s’ennuyer. « Elle est là … s’ils vous laissent entrer », expliqua Mestre brièvement, puis il s’arrêta et laissa Gabrielle et Arès continuer, observant les hommes avec un dégoût plein de lassitude.

La barde évalua les gardes en s’approchant et ils la regardèrent. Tous les deux étaient jeunes et négligés, avec des cheveux noirs et une armure correcte. Le garde le plus proche leva la main quand elle s’avança à distance de discussion. « Fiche le camp. »

Gabrielle soupira intérieurement. Ce n’était pas un bon début. « Bonjour », répondit-elle. « Je m’appelle Gabrielle. »

L’homme cligna des yeux. « Fiche le camp », répéta-t-il.

« J’aimerais vraiment entrer pour parler à la Princesse », répliqua la barde en se rapprochant, ses mouvements rassurants. « Vous savez… elle semblait plutôt seule hier soir… je pensais essayer de lui remonter un peu le moral… je suis une barde… j’ai plein d’histoires à raconter. »

« Fiche le camp ou je te coupe la tête », répliqua l’homme.

Gabrielle regarda le loup au pelage noir assis patiemment à ses pieds. « Tu sais, Arès… parfois, je ne suis pas d’humeur à traiter les choses par la parole. » Elle soupira puis regarda le garde. « D’accord. Laissez-moi entrer ou je dirai à Xena que vous ne l’avez pas fait et elle viendra vous briser les deux bras. »

Silence de mort tandis que les deux gardes la regardaient, puis échangeaient un regard. « Si elle est de bonne humeur », continua la barde. « Mais si elle est de mauvaise humeur, elle va probablement vous briser aussi les jambes… Bien que je l’ai déjà vue vraiment hors d’elle et commencer à arracher des parties de gens qui l’ont rendue furieuse. « Elle mit les mains sur ses hanches et attendit.

Le garde recula avec un faux sourire, puis il déverrouilla la porte et lui fit signe d’entrer.

« Merci. » Gabrielle lui fit son visage le plus approbateur. « J’apprécie vraiment. » Elle se glissa dans la chambre et regarda autour d’elle. C’était une suite de plusieurs pièces et des voix basses et étouffées lui parvenaient de derrière une arche masquée par un rideau. « Et bien, Arès… nous y sommes maintenant », murmura-t-elle en se passant les doigts dans les cheveux tout en ajustant sa tunique. « Espérons qu’elle ne va rien nous jeter à la tête. » Elle alla tranquillement vers la porte et se tint dans l’encadrement, une main sur les tentures qui tombaient de l’ouverture.

Les voix s’arrêtèrent lorsqu’ils la repérèrent et trois paires d’yeux surpris, puis hostiles, se tournèrent vers elle. La princesse se trouvait là avec un jeune homme et une jeune femme qui portaient des vêtements de grande valeur. Ils avaient environ le même âge et le garçon essayait de faire pousser une moustache.

Ce qui n’avait pas de franc succès, mais Gabrielle avait des choses plus importantes à régler. « Bonjour. » Elle se tint là, calmement, grattant la tête d’Arès, calmant le loup dont les poils se dressaient à ce mauvais accueil. « Je pense qu’on s’est rencontrées hier soir. »

Le garçon se mit devant la princesse. « N’approchez pas… je vous préviens, je suis un excellent combattant. »

Gabrielle rit, sa voix ensoleillée sonnant dans la pièce. Elle écarta les bras et se regarda. « Je pense que vous devez me confondre avec ma compagne… c’est elle la grande aux cheveux noirs qui fait dans le cuir et les coups de pied aux fesses» Elle sourit. « Je suis une barde et je raconte des histoires. »

Ils la regardèrent d’un air soupçonneux.

« Vraiment. » Gabrielle laissa ses bras retomber et les regarda tous les trois. « Je voulais juste te parler. »

La princesse se leva et poussa le garçon hors du chemin, avançant rapidement vers la barde, puis s’arrêtant à une longueur de bras. Elles faisaient à peu près la même taille, mais la princesse avait une constitution très mince, presque filiforme en profond contraste avec l’assurance robuste et musclée de la barde. Elle regarda Gabrielle droit dans les yeux pendant un long moment. « Laissez-nous », finit-elle par dire en se tournant vers ses amis. « Allez… allez vous chercher un petit déjeuner. »

Le garçon se hérissa. « Ecoute, Silvi… on ne va pas te laisser seule avec cette barbare. »

Gabrielle se gratta l’oreille. « C’est la première fois qu’on m’appelle comme ça », murmura-t-elle à Arès, qui leva la tête et se lécha les pattes arrière. « Bon sang, ils ont dû vivre en vase clos s’ils pensent que moi, je suis une Barbare. »

Silvi l’entendit et lança un regard rapide dans sa direction avant de faire un geste aux deux autres. « C’est bon… partez. » Elle tourna sa tête rousse et regarda Gabrielle, laissant son regard balayer la barde de la tête aux pieds. « Prenez un plateau et revenez. Ça ne devrait pas prendre longtemps. »

Avec des regards sévères, les deux autres quittèrent la pièce et un profond silence colora la pièce en leur absence. Silvi se tourna et joignit les mains devant elle. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle leva le menton et prit une expression noble.

« Juste parler », répondit la barde avec un sourire. « Je ne suis jamais venue dans cette cité auparavant… ça semble agréable. »

« Nous n’avons rien à nous dire », répondit Silvi. « Alors si ça ne t’ennuie pas, je suis plutôt occupée. »

Gabrielle regarda autour d’elle, notant les volants froufroutants  sur le lit et l’air de jeunesse des meubles de la chambre, et elle se dit que c’était probablement la chambre d’enfance de la princesse, pas encore adulte. « J’étais curieuse… en fait… hier soir, quand tu nous as été présentée, tu semblais amicale. Après le départ de Linneus, tu ne l’étais pas. » Elle s’interrompit et regarda la princesse. « Pourquoi ? »

« Et bien. » Silvi était déconcertée et cela se voyait. « Je… euh… je ne sais pas de quoi tu parles. Pourquoi devrais-je être amicale avec l’un de vous ? Vous êtes tous des porcs. » Elle lança un regard distinctement inamical à Gabrielle. « Vous êtes des amies de Garanimus le connard. »

Gabrielle soupira et alla vers une petite table pour se percher sur le coin. « Pas vraiment. » Elle joua avec un morceau de rocher qui se trouvait sur la table. « C’est plus une histoire de service obligé. » Elle leva les yeux et regarda la princesse. « Est-ce que Linneus est un de tes amis ? »

« Un simple soldat ? Ne sois pas stupide », répondit brusquement Silvi. « Il représente simplement une faction plus acceptable. »

Les sourcils blonds grimpèrent. « Un seigneur de guerre ou un autre… quelle différence cela fait-il ? » Demanda Gabrielle avec curiosité. « Je ne comprends pas. »

Silvi vint vers elle. « Ça fait une réelle différence, espèce de folle », répliqua-t-elle. « N’importe qui est mieux que ceux que nous avons maintenant… ils sont horribles… j’aimerais les voir tous morts… et nous qui pensions avoir une chance d’en être débarrassés. » Elle jeta un regard noir amer à Gabrielle. « Jusqu’à ce que tu arrives. » La princesse se tordit les mains. « Toi et cette… cette femme. »

La barde la regarda tranquillement. « Elle est plutôt gentille quand on arrive à la connaître mieux. »

Silvi la fixa. « Quoi ? »

« Xena. » Gabrielle se leva et croisa les bras. « Je présume que c’est d‘elle dont tu parles… ce n’est pas une mauvaise personne. »

Les cils clairs battirent plusieurs fois. « Comment peux-tu dire ça ? »

La barde soupira et laissa un sourire affectueux venir sur ses lèvres. « Je vis avec elle depuis trois ans », répondit-elle tranquillement. « Ecoute, elle n’aime pas Garanimus… s’il y a un moyen de le sortir d’ici, elle le trouvera. »

Silvi s’arrêta puis contourna la barde avec un air interrogateur. « Et pourquoi elle ferait ça ? » Demanda la jeune fille, le visage endurci. « Elle est aussi mauvaise que lui… peut-être pire de ce que j’ai entendu. »

Gabrielle souffla. « Ce n’est pas vrai. » Une pause pensive. « Plus maintenant. »

La fille rit brièvement. « C’est une putain… ils sont amants… pour qui tu me pr… » Elle s’interrompit à l’avancée brusque de Gabrielle, se figeant quand des yeux devenus aussi froids qu’une tempête sur l’océan s’arrêtèrent à quelques centimètres d’elle, dans un visage dont la contenance normalement amicale était passée à une colère soudaine avec une vitesse surprenante.

« Ne l’appelle pas comme ça. » La voix de Gabrielle était devenue basse et dure. « Tu ne la connais pas du tout. »

Silvi recula d’un pas nerveux. « M… » La jeune femme blonde semblait soudain bien plus menaçante que les gardes devant la porte.

La barde avança d’un petit pas, les poings serrés. « C’est ma meilleure amie et je ne supporte pas les petites filles ignorantes qui parlent d’elle comme ça. »

La princesse leva les mains. « D’accord… d’accord… calme-toi. » Elle prit une inspiration tremblante. « Ecoute, je suis une princesse royale… »

« Et je suis une Reine amazone », contra Gabrielle. « Qu’est-ce que tu voulais dire ? » Elle était toujours hérissée.

« Une… » Les yeux gris s’agrandirent. « M… »

Brusquement, Gabrielle se reprit et détendit fortement sa posture. Dieux… qu’est-ce que tu crois être en train de faire, par Hadès ? « N arrive habituellement juste après », dit-elle calmement. « Désolée… je suis un peu sensible quand des gens supposent des choses sur elle que je sais ne pas être vraies. »

Silvi cligna des yeux. « Tu es vraiment une Reine amazone ? »

Gabrielle se frotta le nez. « Oui », répondit-elle. « Bizarre, hein ? »

La jeune fille l’étudia. « Tu n’as pas l’air d’une reine. Tu as plutôt l’air d’une paysanne. »

La barde refusa de mordre à l’hameçon. « Les Amazones ne vivent pas dans des palaces froufroutants », répondit-elle d’un ton neutre. « Et elles ne règnent pas simplement à cause de leur naissance. »

Silvi eut l’air blessée. « Tu es grossière. »

« Honnête », lança Gabrielle « Et pas aussi grossière que tu ne l’es. »

Toutes les deux se fixèrent. Silvi finit par lâcher un soupir vexé. « Je ne t’aime pas beaucoup. »

Gabrielle ne dit rien.

Un long silence.

« Pourquoi voudrait-elle nous aider », finit par demander la princesse à contrecœur.

La barde avança d’un pas et se réinstalla sur le coin de la table. « C’est ce qu’elle fait, maintenant. »

Silvi leva son nez fin et aristocratique. « Je trouve ça difficile à croire. »

Lentement, Gabrielle sourit. « Elle aussi. » La barde croisa les bras. « Mais c’est vrai. »

Un souffle, et soudain la princesse eut vraiment l’air d’une jeune fille effrayée, engloutie dans une situation qui lui échappait. « Pourquoi aide-t-elle Garanimus, alors ? Elle ne voit pas combien il est horrible ? »

La barde se leva et alla vers les doubles portes ouvertes qui menaient à un petit balcon incurvé. Elle mit les mains sur le rebord et regarda en bas, où elle vit des petites silhouettes qui avançaient laborieusement près de plusieurs petits bâtiments juste à droite de la cour principale du château. Son regard trouva immédiatement ce qu’elle cherchait, une silhouette confiante qui se tenait sous un arbre proche, attentive. « Elle le voit. » Elle se retourna pour répondre à Silvi qui était sortie et regardait aussi vers le bas. « Mais elle lui doit un service… et elle prend ce genre de choses très au sérieux. »

Silvi observa l’activité en bas. « Qu’est-ce qu’ils font ? »

Gabrielle regarda. « Ils se lavent », répondit-elle succinctement.

Un petit sourire hautain recourba les lèvres de la princesse. « Vraiment. » Elle regarda les hommes. « Peut-être qu’ils vont prendre la crève alors et qu’on sera débarrassés d’eux comme ça. » Elle se retourna tandis que des voix flottaient depuis la porte ouverte. « Vasi. »

L’homme se précipita à l’intérieur, sa main sur sa dague, une expression presque comique d’héroïsme noble sur le visage. « Je suis là, Altesse ! » Il lança un regard soupçonneux à Gabrielle. « Tu vas bien ? » Demanda-t-il à la princesse.

« Oui, je vais bien », l’assura Silvi. « Nous discutions juste. » Elle regarda à l’intérieur. « Allons prendre le petit déjeuner. » Son regard alla vers la barde. « Gabrielle, c’est ça ? »

Un hochement de tête.

Des yeux gris qui contenaient maintenant un soupçon de respect timide, mais prudent étaient dirigés vers elle. « Tu veux te joindre à nous ? »

L’homme ricana. « Silvi, tu veux rire ? » Il lança un regard incrédule à Gabrielle. « Tu ne vas pas manger avec une paysanne, pas vrai ? »

La princesse sourit légèrement. « Ah, Vasi… les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent », murmura-t-elle. « Tu peux nous laisser si tu veux… tu as mon autorisation. »

Vasi la regarda puis Gabrielle, confus. « Non… non… Majesté… Il est hors de question de te laisser sans protection », bafouilla-t-il. « Bien sûr que je reste. »

Silvi hocha la tête. « Très bien. » Elle se dirigea vers les portes intérieures où l’autre jeune fille attendait. « Elanora… s’il te plaît, asseyons-nous. » Elle s’assit attendant qu’ils la rejoignent. Vasi et Elanora regardèrent Gabrielle avec incertitude tandis que la barde prenait tranquillement son siège, faisant signe à Arès de s’enrouler près d’elle. « Ce sont mes cousins », expliqua la princesse, levant un petit pain feuilleté du plateau avant de le placer au milieu de son assiette. « Leur père et le mien sont frères. »

Gabrielle les étudia. « Ravie de vous rencontrer… » Déclara-t-elle d’un ton plat.

« Mm… » Silvi hésita. « Et comment tu préfères qu’on t’appelle… juste Gabrielle ? »

La barde hocha la tête.

La princesse posa un petit pain sur l’assiette de son invitée et tendit le plateau à ses cousins. « Je crois que tu as dit être une… une barde, c’est ça ? » Elle eut un autre hochement de tête pour réponse. « Alors… tu racontes des histoires ? »

« Oui. » Gabrielle prit une gorgée d’eau du verre devant elle. « Tu voudrais que j’en raconte une ? »

« Sur les vaches et les poulets ? » Ricana Vasi.

Le regard vert brume le cloua sur place. « En fait, je pensais plutôt à une tentative de meurtre sur la Reine Cléopâtre d’Egypte… et comment elle a été déjouée », répondit Gabrielle d’un ton neutre. « Mais je peux aussi trouver un ou deux poulets si c’est le genre de choses que vous voulez entendre. »

Les trois la regardèrent avec un peu d’étonnement. « Je n’en ai pas entendu parler… père l’aurait sûrement dit. » Vasi lui lança un regard soupçonneux.

« Et bien… » Gabrielle rit doucement tout en prenant son petit pain pour y mettre du beurre et de la confiture. « Ça a été gardé sous le manteau… on ne veut pas faire de la publicité à ce genre de chose. »

Elanora s’éclaircit la voix. C’était une fille aux cheveux noirs avec un nez crochu et des yeux très grands. « Alors comment tu le sais, toi ? » Sa voix était à demi méprisante et à demi défiante.

Gabrielle prit une bouchée et la mâcha, les regardant avec des yeux connaisseurs. « J’y étais », répondit-elle après avoir avalé. « Vous voulez que je raconte ? »

Silvi posa son menton sur sa main et mordilla sa propre portion. « S’il te plaît. »


Le soleil de la fin d’après-midi tombait sur le dos de Xena, la couvrant de chaleur sur ses épaules tandis qu’elle regardait les derniers soldats, irrités et dégoûtés, mais propres, retourner péniblement dans leurs quartiers maintenant balayés, lavés et débarrassés de la saleté. Elle avait travaillé avec eux toute la journée, portant des seaux d’eau et maniant une pelle pour débarrasser l’endroit d’une accumulation de poussière et de mousse qui lui retournèrent l’estomac même à elle.

A gauche de chaque hutte, des rangées d’armures séchaient, les morceaux de métal résonnant piteusement dans la brise vive qui lui soulevait les cheveux et soufflait le frais sur sa nuque. Au moins ça sent meilleur, décida Xena, balançant d’avant en arrière sur ses talons et observant son travail avec un sourire hautain et satisfait. Du coin de l’œil elle saisit plusieurs villageois qui regardaient avec des airs amusés et qui disparurent quand ils la virent venir dans leur direction.

Ils s’éparpillèrent à l’exception d’une femme d’âge mûr appuyée contre le puits, ses bras croisés sur son ample poitrine. Elle retourna le regard interrogateur de Xena et la guerrière s’avança pour prendre une rasade d’eau tant qu’elle y était. La femme la regarda descendre le seau dans le puits et le remonter avant de parler.

« T’les as lavés, pas vrai ? » Des yeux marron foncé l’observaient avec prudence.

Xena prit une rasade d’eau et l’avala. « Ouais. » Elle remit le seau sur son crochet et se tourna pour être face aux quartiers de soldats, tenant la louche dans une main et prenant de l’eau par à –coups. « Fallait. »

Un ricanement. « Dieux, pour sûr. » Un silence tandis que la vieille femme l’étudiait franchement. « On dit que tu viens d’Amphipolis », finit-elle par grogner, en croisant les bras.

Xena se tourna, surprise. « C’est vrai », répondit-elle lentement. « Pourquoi ? »

Un hochement de la tête grise. « J’avais une amie là-bas… y a longtemps. Aubergiste. » Elle observa le visage de Xena avec soin.

Celle-ci cligna deux fois des yeux bleus. « Cyrène ? »

Un signe de tête. « Ouais. »

Xena sourit d’un air ironique. « Ma mère. »

Les deux sourcils gris se haussèrent en même temps. « Que j’sois damnée. » Elle regarda la guerrière de plus près. « Ouais… ça se pourrait. » Son regard voyagea. « Elle était pas si grande… mais… par les cloches d’Hadès… la dernière fois que j’t’ai vue, t’étais rien qu’une jeune pousse qui courait partout dans les écuries. » Un léger rire s’ensuivit. « T’as ben grandi, pas vrai ? »

C’était… Xena soupira. Un moment embarrassant, mais d’une certaine façon, il la touchait aussi. « Ça se pourrait bien que c’était moi », commenta la guerrière. « Comment tu t’appelles ? »

« Les gens m’appellent juste vieille Grandma », répondit la femme dans un rire. « Je m’occupe de la cuisine. » Son regard acéré se concentra sur Xena. « Ta maman était plutôt bonne cuisinière. »

La guerrière rit avec hésitation. « Elle l’est toujours. » La louche était maintenant vide et, à cause du creux dans son estomac, elle se rappela qu’elle avait négligé de s’arrêter pour manger de toute la journée. « En parlant de ça, il faut que j’attrape une pomme ou un truc à manger. »

« Tch », la femme claqua des lèvres. « Viens, p’tite pousse… j’ai du pain et du fromage que j’peux t’donner. » Elle se repoussa du puits et avança en boitant avec raideur, faisant signe à Xena de la suivre. « Quelqu’un qui enlève la puanteur de ces bâtards mérite au moins ça. »

Se sentant légèrement absurde, Xena leva les mains puis les laissa retomber, projetant une trace de boue de son gambison. Oh bon… pas la peine de discuter. J’espère qu’elle ne m’appellera pas comme ça devant Gabrielle. Je n’ai pas fini d’en entendre parler.

Elles entrèrent dans la cuisine par la porte du jardin d’aromates, qui distillait son odeur épicée dans l’air, les baignant de traces flottantes de thym tandis qu’elles le traversaient. Les gens dans la pièce se turent tandis que les regards se tournaient et repéraient la grande silhouette de Xena, et elle put voir les regards outragés dirigés vers sa guide âgée.

« R’mettez-vous au boulot », cria soudain Grandma en secouant les mains. « C’est pas le spectacle de jongleurs. »

Des gens se hâtèrent de sortir de son chemin tandis qu’elle retournait vers le garde-manger, retirant une miche de pain d’une étagère avec un juron étouffé. Elle prit un couteau de cuisine d’une main experte et en coupa un grand morceau, le coupa au milieu ce qui relâcha son odeur chaude de levure.

Xena inspira profondément l’odeur familière et fut satisfaite de regarder Grandma plonger un pinceau  dans de l’huile d’olive pour en étaler une bonne couche de chaque côté du pain ; puis celle-ci tendit la main et coupa deux grands blocs de fromage de chèvre et les posa sur le dessus du snack impromptu. Elle mit les deux côtés ensemble et tendit le tout à Xena. « Tiens. Vas-y… avant que les yeux de celles-là roulent sur le sol et que j’doive nettoyer avant le dîner.

« Merci. » La guerrière accepta de bon cœur. « J’apprécie. »

Un ricanement. « T’sais… c’t’à moi qu’ta mère a donné c’fichu coq. »

Xena écarquilla légèrement les yeux. « Sparky ? » (NdlT : je ne traduis pas volontairement. Vient de spark = étincelle) Elle jeta un coup d’œil autour d’elle comme si le coq, mort depuis belle lurette sûrement, allait jaillir et la piquer de son bec.

Grandma rit. « Par Artémis la toute-puissante, oui… un sacré emmerdeur… mais un bon reproducteur. » Elle fit un sourire grognon à Xena. « Le monde est p’tit, hein ? »

La guerrière sourit en retour. « Plus petit que tu ne le penses. » Elle prit le pain et le fromage dans sa grande main puis fit un signe de tête à Grandma. « Attention à toi. »

La vieille femme la regarda partir, le regard cloué sur la grande silhouette jusqu’à ce qu’elle disparaisse par la porte qui menait au hall principal de banquet. « C’est pas moi qui dois faire attention, p’tite pousse », murmura-t-elle pour elle-même, lançant maintenant au personnel qui fronçait les sourcils un geste vulgaire. « Vaut mieux l’avoir comme amie qu’ennemie, bouseux », cracha-t-elle en retournant à son travail.

« Grandma, comment tu as pu ? ! » Siffla l’intendant du château en se frottant les mains sur son tablier de dégoût.

« Ferme-la, face de chien geignard », répliqua la vieille femme. « Elle fait pas partie d’eux. »

L’homme lui attrapa le bras. « Ecoute, vieille folle… il l’a fait venir ici et il la met à la tête de l’armée. »

« Ouais. » Grandma se retourna et le fixa. « Mais qui te dit ce qu’elle va en faire ? »


Xena riait toujours en se glissant dans la chambre qu’on leur avait assignée, absorbant son vide tranquille avec un petit soupir de déception. Gabrielle doit toujours être occupée avec la princesse… se rendit-elle compte, puis elle posa son snack et alla vers le miroir pour regarder son reflet.

Beurk. La guerrière tressaillit en voyant sa silhouette couverte de boue avec dégoût. Ensuite elle s’éclaira. Hé… bonne excuse pour essayer cette baignoire sympa… pas vrai ? Elle sourit et détacha les boucles du gambison puis entra dans la pièce de bain et l’examina.

Ah. Un tuyau en pierre menait à un bassin fermé où elle s’était lavée le matin même. On pouvait enlever le bouchon, ce qui permettrait à l’eau de couler dans la baignoire. L’aqueduc passait aussi contre l’arrière de l’âtre de la chambre, pour qu’en cas de froid, l’eau puisse ainsi être chauffée. Le fond de la baignoire comportait un autre bouchon en grès, qu’on pouvait soulever pour laisser l’eau s’écouler vers un autre aqueduc qui se vidait dans la penderie et vers la rivière qui coulait le long de la cité, présuma-t-elle.

Sympa. Son visage se plissa en un sourire et elle tira sur la bonde du bassin, relâchant un flot d’eau vers la grande baignoire. Elle regarda autour d’elle et repéra un pot en terre dont elle retira le bouchon et elle renifla avec prudence. Ah. La senteur riche de fleurs sauvages monta vers elle, des pétales séchés destinés visiblement à être jetés dans le bain. Adroitement, elle posa le pot puis revint dans la pièce principale et s’agenouilla près de ses sacoches, fouillant dans l’une d’elles jusqu’à ce qu’elle trouve un pain de leur propre savon, dont la senteur lui rappelait Amphipolis et la cuisine de sa mère en hiver, quand l’aubergiste avait versé de l’eau chaude dans une grande baignoire et avait baigné sa gamine récalcitrante.

Xena rit, se souvenant du soupir agacé de sa mère tandis qu’elle frottait des couches de boue. « Je te jure, Xena… » S’était souvent exclamée Cyrène. « Qu’est-ce que tu fais… tu nages dans ce truc ? » La garder dans des chemises propres était toujours difficile, aussi, se rappela-t-elle avec ironie. Pauvre maman.

Une pensée la fit s’arrêter. Est-ce que j’aurais été aussi patiente qu’elle ?  Puis une seconde fois.  Le serai-je ? Elle laissa un minuscule frisson d’anticipation descendre le long de son dos. Je l’espère. L’idée de… d’une certaine façon, recommencer… avoir une seconde chance de faire ça bien… Un long et lent souffle sortit de ses poumons. Je ne me suis jamais considérée comme maternelle… mais dieux… que je veux ça.

Elle sortit un petit sac de sels de bain qu’elles avaient acheté à Potadeia et elle retourna dans la salle de bains, jetant une poignée de sels dans l’eau avant de poser le pain de savon et de finir de déboucler son gambison et de l’enlever ; elle s’assit ensuite et retira ses bottes qu’elle avait pris la précaution de rincer avant de rentrer dans le palais, ne voulant pas apporter la moitié des écuries avec elle.

Avec un soupir, elle se plongea dans l’eau tourbillonnante, regardant paresseusement le niveau monter et lui couvrir les cuisses. Elle s’adossa et laissa son corps se détendre, relativement contente des événements de la journée et sentant une satisfaction tranquille à l’idée qu’elle avait réussi à atteindre son objectif sans tuer personne.

Les deux jambes brisées et l’épaule disloquée ne comptaient pas vraiment… elle devait bien faire cesser ces combats, pas vrai ? Les hommes avaient commencé à se chamailler tandis qu’ils se lavaient et il y avait eu des sentiments blessés… qui n’étaient pas aussi douloureux que les blessures physiques que Xena prodigua pour leur abandon colérique. Ah… l’odeur d’hommes mouillés et nus qui séchaient sous le soleil… Elle plissa le nez. Ça avait senti pire qu’Arès quand il était allé nager dans le trou de boue près d’Amphipolis.

« Tu te bats pas à la loyale ! » avait crié l’un d’eux, courbé en deux suite à un coup particulièrement vicieux sur ses parties génitales. Elle s’était contentée de sourire.

Elle sourit à nouveau et regarda le plafond carrelé. Ça fait un moment que je n’ai pas passé une journée dans les tranchées… j’ai oublié combien j’appréciais ça. Elle avait terminé la journée en donnant aux soldats qui avaient fini de se nettoyer, un petit entraînement, échangeant des coups d’épée dans le soleil éblouissant avec quelques-uns des plus courageux, qui n’étaient, pour la plupart, pas si mauvais.

Bennu, le grand, était l’un de ses favoris. Il était entraîné et fort, et elle s’était rendu compte qu’elle devait s’étirer pour croiser ses attaques, ce qui eut pour résultat de provoquer une légère douleur dans des muscles qu’elle avait négligés depuis un moment. Sa vie à Amphipolis l’avait maintenue occupée, mais les longues journées avec les chevaux, la chasse, à faire son devoir de guérisseuse et à aider à l’auberge… lui laissaient peu de temps pour s’entraîner. Elle avait maintenu ses courses matinales, mais elle avait fermement réservé ses nuits pour son âme sœur. Point barre.

Malgré les douleurs… elle prit le savon et frotta son épaule. Elle était toujours dans le coup… un peu rouillée, peut-être… ce à quoi elle s’attendait, mais elle avait senti les choses commencer à se remettre en place vers la fin de la journée. Les mouvements commençaient à être plus fluides et elle avait arrêté de penser à ce qu’elle faisait, laissant son corps faire le travail et glisser à nouveau dans un rythme familier et reconnaissable.

Le loup était toujours en elle et était très satisfait de son entraînement du jour, se rendit-elle compte, en s’étirant de tout son long dans la baignoire à regarder l’eau tournoyer autour d’elle. De l’exercice, elle en avait plein à Amphipolis et quand elles voyageaient, mais ceci… était différent. Se battre touchait quelque chose de très essentiel en elle, relâchant une pression qui avait grandi au cours des mois passés.

Une pression qu’elle n’avait même pas remarquée jusqu’à ce qu’elle soit relâchée, la remplissant d’une satisfaction tranquille et féline. Elle se regarda sur toute sa longueur et remua les orteils, observant l’eau qui tournoyait et elle soupira, massant paresseusement le savon sur une fine cicatrice, presque invisible sur sa cuisse. Ça vient d’où, déjà ? Oh oui… la bagarre dans la taverne hors d’Athènes, la nuit où Gabrielle avait décidé de rester à l’Académie. Elle s’était soulée et s’était laissé surprendre.

Et elle avait dû trouver une fiche excuse à la noix quand Gabrielle était revenue, curieuse comme jamais.

Elle pointa les oreilles en entendant un pas familier qui venait du couloir et la porte s’ouvrit, apportant une présence chaleureuse et le cliquetis de griffes de loup sur le marbre. « Salut ! » Cria-t-elle et elle entendit Gabrielle changer de direction.

La barde trotta pour entrer dans la pièce et elle s’arrêta, les mains sur ses hanches tandis qu’elle repérait son âme sœur qui se prélassait dans la baignoire. « Et bien. » Un large sourire recourba ses lèvres. « Je peux penser à des choses bien pires vers lesquelles revenir », continua-t-elle et elle se percha sur le bord de la baignoire, passant ses doigts dans l’eau odorante. « Salut. »

Xena étira ses bras sur le dessus du bassin et l’observa paresseusement. « Salut à toi. »

Gabrielle tendit la main et écarta les cheveux mouillés des yeux de Xena. « Comment ça s’est passé ? »

Un haussement d’épaules. « Pas si mal… c’est propre maintenant. « J’ai fait un peu d’entraînement à l’épée… pas grand-chose d‘autre. » Une pause. « Et toi ? »

« Ah. » La barde croisa les jambes et soupira. « Et bien, si je te disais que la princesse est une petite geignarde coincée avec une illusion de divinité royale, tu me croirais ? »

« Ouille. » Xena tressaillit. « Désolée. » Elle tendit la main et la posa sur la jambe de la barde.

« Non non… ça a été… une expérience formatrice. » Gabrielle leva la main. « Et elle a deux cousins qui sont pires. Nous avons passé la journée à parler de leurs lignées royales et de ce qu’ils allaient porter pour un bal qui arrive, et décider de la couleur qu’il fallait ordonner à la cuisine pour faire le dessus du dessert. »

« Ah. » Xena se couvrit la bouche pour masquer un sourire. « Heu… et bien, j’ai déblayé de l’engrais et des ordures toute la journée. »

Gabrielle n’avait pas l’air de sympathiser. « Ils mangent des sandwiches au concombre au déjeuner. Xena, tu as déjà mangé un sandwich au concombre ? »

« Heu. Non. » Répondit la guerrière d’un ton hésitant. « Je ne le pense pas. »

« C’est un petit morceau de vieux pain avec de l’huile rancie et un légume tiède et gorgé d’eau posé dessus », indiqua la barde serviablement. « Ils pensent que c’est aristocratique d’être fin comme du papier. » Son expression en disait des tonnes sur ce qu’elle pensait elle de tout ça.

« Les gens ou les concombres ? » Demanda Xena ironiquement. « Heu… il y a du pain et du fromage dans l’autre pièce si tu as faim. »

Une pause. « Est-ce que je t’ai déjà dit combien je t’aime ? » Gabrielle battit des cils avec un air dévot à l’intention de sa compagne. « J’allais faire un raid dans tes sacoches pour prendre une barre de fruits. » Elle se pencha et embrassa la tête mouillée de Xena.

La guerrière rit. « Vas-y… garde m’en une bouchée, mais sers-toi. Il se trouve que la cuisinière en chef est une vieille amie de maman. » Elle regarda Gabrielle sortir de la pièce et rit un peu pour elle-même.

La barde revint très vite avec le sandwich et le coupa en deux pour en tendre une portion à Xena et garder l’autre. « Mmmm… » Elle prit une bouchée et mâcha, les yeux fermés de ravissement. « Ils peuvent faire ce qu’ils veulent de ces concombres. » Elle avala. « Les mettre dans leur royal sphincter. »

Xena éclata de rire en luttant dur pour ne pas recracher sa bouchée de pain et fromage. « Gabrielle ! » Elle regarda pensivement sa compagne. « Et bien, au moins elle t’a parlé… tu as fait des progrès ? »

Gabrielle sourit la bouche pleine et hocha la tête. « Ils ont arrêté de m’appeler barbare et ont fini par me demander mon aide pour écrire quelque chose. » Elle prit une autre grosse bouchée. « Mais dieux… » Les mots étaient étouffés. « Qu’ils sont jeunes. »

La guerrière mit la main sur sa cuisse. « Tu n’es pas beaucoup plus vieille qu’eux, mon amour », lui rappela-t-elle doucement. « Et arrête de mâcher aussi vite… ça ne va pas disparaître. »

La barde sourit. « Je sais… pour les deux. » Elle se força à mâcher plus lentement. « Mais j’ai vraiment faim et quand j’avais leur âge, je n’avais pas à diriger une cité. »

« Hmm. » Xena mâchouilla sa propre portion pensivement. « C’est vrai », admit-elle. « Alors… » Dit-elle d’un ton songeur. « Quel est son problème ? »

« Oh. » Gabrielle finit son pain et se frotta les mains. « Elle déteste Garanimus. » Son expression était maintenant sérieuse. « Elle est fâchée parce que tu l’aides à maintenir le contrôle sur la cité… ils espéraient que Framna les chasserait… ils se disaient que n’importe qui serait mieux que ce qu’ils ont maintenant. »

La guerrière relâcha un long soupir et se pencha en arrière dans l’eau, la tête posée sur le bord de la baignoire. « Et bien… je ne sais pas… c’est un salaud, oui. Mais qui dit que Framna est meilleur ? » Elle tourna le regard vers son âme sœur. « Bien que… il faut que je te dise que… j’ai été bien plus impressionnée par leur émissaire hier que par quiconque que j’ai rencontré aujourd’hui. » Elle tressaillit. « Il a plusieurs bons combattants, mais la plupart d’entre eux sont soit des amateurs complets, soit des ratés. » Elle ne cracha pas de dégoût, mais elle donna l’impression qu’elle l’avait fait.

Gabrielle traça paresseusement les poils fins sur le bras de sa compagne. « Est-ce que tu les as proprement impressionnés ? Je t’ai vue superviser les efforts de nettoyage. » Elle sourit.

Xena eut l’air pensif. « Oui, je pense que oui », admit-elle. « Tu sais, le truc habituel de les cogner un peu, ce genre de chose. » Elle étudia la surface de l’eau tranquillement jusqu’à ce que des doigts affectueux lui prennent le menton et lui fassent tourner la tête pour qu’elle regarde les yeux verts maintenant sérieux. « Je… je… heu… »

« Tu t’es amusée », finit Gabrielle pour elle sombrement. « Xena, je sais que c’est le cas… c’est une chose pour laquelle tu es douée. »

La Guerrière scruta son visage. « Oui. » Une pause. « Et je présume que ça ne nuit pas que je me l’autorise une fois de temps en temps… ce n’est pas comme si j’en avais l’occasion souvent. » Elle hésita en voyant le pincement dans les muscles faciaux de Gabrielle. « Ou que je le veux. »

La barde sourit affectueusement. « Xena… tu seras toujours une combattante… toi et moi nous le savons. Quand tu auras cent ans, tu continueras probablement toujours à botter des fesses. » Elle passa la main dans les cheveux noirs mouillés. « Et… je… en quelque sorte… je dois admettre que ça a toujours été un peu excitant de te regarder le faire. »

Un haussement de sourcil noir. « Vraiment ? » Demanda Xena, curieuse. « Je ne pensais pas que tu… tu voyais ça comme ça. »

Un petit rire de Gabrielle. « Oui… moi la douce petite Gabrielle de Potadeia qui aime la paix et a de grands idéaux et une morale immaculée. » Elle leva les yeux au ciel avec un air de sarcasme évident. « Oui… je confesse… mon aveu mauvais et noir… je pense que tu es incroyablement sexy quand tu combats. »

Le visage de Xena se figea totalement, comme si elle n’arrivait pas à décider quelle réaction elle devait avoir, alors elle eut un compromis et n’en eut aucune. « Euh. »

« Hé. » La barde rit d’un air diabolique. « Je t’ai eue. » Elle tapota le menton de sa compagne. « Tu vas finir ça ? » Elle montra les restes de pain et de fromage toujours dans la main de Xena. La guerrière lui tendit sans un mot et elle sourit. « Merci. »


Un coup à la porte attira l’attention de Gabrielle et elle traversa la pièce pour poser la main sur la poignée et tirer le grand portail pour l’ouvrir. Un jeune homme très grand et bien bâti se tenait là, avec un visage propre presque douloureux. « Eh bé… Bonjour. » Gabrielle lui sourit. « Puis-je t’aider ? »

Il regarda ses mains qui tenaient un paquet de parchemins. « Ah… le genrl a d’mandé ça. »

Genrl… genrl… général ? Gabrielle s’interrogea un moment. « Oh… tu veux dire Xena ? » Elle rit un peu. « Bien sûr… bien sûr… entre. » Elle s’écarta pour le laisser entrer. « Hé… Xena… un de tes… heu… soldats est là. »

« Ah oui ? » La guerrière entra dans la pièce avec pour seul vêtement un morceau de coton autour de son corps. « Oh… salut Bennu… c’est le truc ? » Elle se passa les mains dans ses cheveux pour commencer à les sécher et alla vers la table avant de poser un pied nu sur le banc d’un air absent tandis qu’elle se séchait un de ses longs bras.

Bennu… Gabrielle le regarda. Bon… il a un nom autre que… Elle gloussa pour elle-même en voyant ses yeux s’arrondir. Abasourdi. « Tu vas bien ? » Elle observa son regard qui passait dans toute la pièce, s’installant sur tout sauf son âme sœur à demi nue. Xena, Xena, Xena… « Je peux te les prendre. »

« Euh. » Il se concentra sur elle trouvant cela plus sûr. « Ouais. » Il lui tendit la pile de parchemins. « Et v’là. » Une mouche bourdonna attirant son attention et il la regarda un moment. « Tout qu’est nettoyé, c’est bon. La plupart des gars s’est arrêté de rouscailler… on dirait qu’les filles du village ont commencé à passer la tête, maint’nant que ça sent pas si mauvais. »

Xena et Gabrielle échangèrent des regards. « On aurait dû amener Salmoneus après tout », murmurèrent-elles en même temps et elles se mirent à rire. « Bien… bien… » Xena prit brusquement les parchemins des mains de sa compagne et les posa sur la table, commençant à les passer en revue. « Merci, Bennu. » Elle leva les yeux et vit qu’il rougissait. « Bennu ? »

Il leva les yeux du sol à contrecœur. « Ouais ? »

« Essayons que ça reste comme ça un moment, hein ? » La guerrière lui sourit. « Je ne veux pas repasser par là… on a bien trop de boulot dans les prochains jours. »

Il hocha vigoureusement la tête. « Bien. » Puis il recula vers la porte. « Je vais… euh… vérifier la garde. »

Xena pencha légèrement la tête. « Très bien… ça me semble une bonne idée. » Elle lui fit un signe de tête et le regarda se retourner et se prendre la porte en plein visage, puis il réussit à l’ouvrir et disparut derrière.

Un silence pensif tomba. « Qu’est-ce qui ne va pas chez lui bon sang ? » Se demanda Xena, en secouant ses cheveux noirs avant de lever un parchemin pour l’étudier.

Gabrielle se retourna et lui fit face, les mains sur ses hanches, fixant sa compagne. « Xena… tu es incorrigible. »

Cette dernière leva des yeux bleus surpris et se concentra sur elle. « Hein ? » Elle regarda autour d’elle d’une façon intriguée. « Moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

La barde s’avança à grands pas et l’enlaça lentement, passant un doigt paresseux sur sa peau exposée. « Juste être là, à demi nue… avec un air incroyable, c’est tout. » Elle suivit la ligne du coton qui passait sur le haut de ses cuisses. « Ce n’était pas juste, non ? »

La guerrière baissa les yeux. « Oh. » Elle fit un sourire cavalier à la barde. « Je n’y pensais même pas. » Elle retourna son attention au document, le laissant tomber sur la table avant de se pencher dessus avec soin. « Bon sang… est-ce qu’il a oublié tout ce que je lui ai appris ? » Elle soupira de dégoût. » Regarde ça…la garde est bien trop loin et il ne les fait pas se recouvrir. Si l’un d’eux va prendre une… » Elle laissa sa voix traîner dans un murmure. « Crétin. »

Gabrielle regarda le parchemin puis sa compagne et sourit. Elle commença doucement à mordiller son épaule, retirant les gouttelettes d’eau en passant, et lorsqu’elle atteignit la courbe des muscles sur le côté du cou de Xena, la guerrière avait oublié ses plans et tournait la tête, pour croiser volontiers les lèvres de la barde.

Elle sentit un toucher le long de son côté qui tirait sur le coton et elle prit le visage entre ses mains tandis qu’elle sentait le tissu glisser et que des doigts doux et connaisseurs traçaient sa peau rafraîchie par l’eau, laissant des traces de chaleur qui lui coupèrent le souffle et envoyèrent des élans de sensation le long de son dos. Elle rapprocha Gabrielle, une main trouvant le nœud de sa ceinture et la relâchant, l’autre traçant sans répit la joue de la barde.

Gabrielle fit des cercles avec ses pouces sur les côtes de son âme sœur, puis elle glissa ses mains vers le haut, sur la courbe de ses seins et elle sentit une brise fraîche passer sur son dos alors que Xena lui enlevait sa chemise et que leurs corps s’effleuraient. Cela lui envoya des frissons tout le long de son dos et elle grogna, mordillant doucement la peau accessible de Xena. Les bras puissants se refermèrent sur elle et elle prit une inspiration, sachant qu’elle allait être soulevée et elle anticipa le lâchage sur ce lit doux et moelleux.

Ah. L’odeur de linge propre et d’herbe s’éleva autour d’elle et elle remua tout contre, sentant la fraîcheur du tissu se réchauffer sur sa peau. Puis les mains de Xena commencèrent une avance lente et volontaire sur ses endroits les plus sensibles, lui prenant son souffle et sa pensée, et ses sens pour un très long moment.


Gabrielle était allongée dans un demi-sommeil, traçant paresseusement des petits dessins sur la peau de son âme sœur. « On m’a demandé de raconter des histoires ce soir », murmura-t-elle, entendant la respiration de Xena devenir plus profonde tandis que cette dernière décidait de répondre.

« Mmm ??? Bien… ce sera mieux que ces charlatans de musiciens d’hier soir », répondit la guerrière avec un léger ricanement. « Dieux… c’était quoi ça ? »

« C’était de la musique d’époque, Xena. » Gabrielle lui lança un regard ironique de ses yeux à demi fermés. « Tu n’as pas aimé parce qu’il n’y avait pas de tambours. »

Un haussement de sourcil. « Je n’ai pas aimé parce qu’on aurait dit que trois chats faisaient l’amour dans un bac à engrais, Gabrielle. »

« Trois ? » La barde gloussa.

« Oui oui… deux en train de le faire et un troisième frustré », répondit la guerrière. « Tu sais pourquoi les chats miaulent quand ils s’accouplent ? »

Une pause pensive. « Nnnoooooon… »

« Le chat a des ardillons sur ses parties », indiqua Xena joyeusement. « Comme une rangée d’épines. »

Un silence absolu, complet, de mort. Ensuite. « QUOI ??? » Gabrielle se mit sur ses coudes et regarda sa compagne avec attention. « DES EPINES ?? Oh dieux… » Elle se couvrit les yeux d’une main et cria. « Ouille ! ! ! » Après un instant, elle regarda Xena. « Je suis contente que les humains n’aient pas ça. »

Un œil bleu tourné vers elle avec un air sardonique. « On serait éteint. »

Elles se regardèrent et éclatèrent de rire. « Alors… tu as eu une demande royale, hein ? » Xena rit légèrement. « Qu’est-ce que tu vas raconter ? »

Un haussement d’épaules. « Je ne sais pas encore… David et Goliath peut-être. » Elle posa le menton sur la clavicule de Xena. « A moins que tu ne me demandes d’en raconter une sur toi. » Un battement innocent des cils vers la grande femme. « J’adooooorerais faire ça. »

Xena se mâchouilla la lèvre puis laissa un sourire éclairer son visage. « Vas-y », répondit-elle doucement. « Je pense que j’aimerais bien. »

Gabrielle la fixa, abasourdie, puis elle tendit la main et se frotta l’oreille. « Est-ce que je viens bien d’entendre ça ? » Lâcha-t-elle. « Je ne peux pas le croire. »

La guerrière la regarda tranquillement. « J’ai fait tellement de choses dans ma vie dont je ne suis pas fière, Gabrielle… ça m’aide à me souvenir, parfois, qu’il y a des choses qui me font me sentir bien… »

« Très bien. » Gabrielle souffla puis sourit. « D’accord. » Elle cligna des yeux et bâilla, puis posa la tête sur l’épaule de sa compagne. « Ouille… tu m’as fatiguée… et je n’ai pas encore décidé ce que j’allais porter…. Pas que j’ai tellement de choses… »

Une étincelle subtile s’alluma dans les yeux de Xena. « Oh… je suis sûre que tu vas trouver quelque chose… Tu peux porter n’importe quoi et ça te va. »

Le visage de Gabrielle devint très sérieux et elle leva la main pour la poser sur le front de son âme sœur. « Où est Xena et qu’as-tu fait d’elle, espèce d’imposteur. »

Des yeux de chiot la regardèrent en retour. « Je ne peux pas être gentille de temps en temps ? »

« Mph. » Gabrielle fit retraite et reposa la tête. « D’accord… je suis trop fatiguée pour discuter. » Elle se blottit dans les plumes avec satisfaction.

Xena lui caressa les cheveux, son visage portant un air de tranquille nostalgie. « Fais une sieste… je vais aller… euh… vérifier la garde. »

Un léger hochement de tête. « Oh… d’accord… si tu dois… » La barde soupira. « Mais tu vas me manquer. »

La guerrière se dégagea doucement et tira la couverture légère sur le corps nu de son âme sœur. « Je ne serai pas longue », promit-elle puis elle roula hors du lit et enfila une tunique en laine brute bleu foncé ainsi que ses bottes. Elle prit une petite bourse dans sa sacoche et fit signe à Arès de rester là avant d’aller à la porte. Le loup plaqua les oreilles, apparemment content de rester blotti aux pieds de Gabrielle.

Tandis que la porte se refermait derrière elle, un œil vert brume s’ouvrit avec un air interrogateur, et puis tourna pour regarder le loup. « Je me demande ce qu’elle a en tête, Arès ? »

« Agnrrooo », répondit le loup avec réserve.


Xena descendit l’escalier principal en direction de la grande porte du château. Elle y était presque quand elle entendit qu’on l’appelait et elle soupira. Elle laissa sa main retomber de la poignée et se retourna, dans l’attente. « Oui, Garanimus ? »

Le grand homme blond vint vers elle à grands pas. « Où tu vas ? » Son regard saisit ses vêtements ordinaires. « Où est-ce que tu as eu ça, dans une poubelle ? »

Xena l’ignora et se retourna pour repartir, ouvrant la porte avant de s’éloigner.

« Hé ! » Il l’attrapa par l’épaule et s’arrêta quand elle s’arrêta pour le regarder. Lentement, il enleva sa main. « Très bien… désolé. »

« Je vais marcher », l’informa Xena froidement. « J’ai fait mon œuvre aujourd’hui à nettoyer ton armée puante. »

Garanimus ricana. « J’ai entendu ça. » Il étudia son regard glacial et leva la main. « Trêve… trêve… allons, Xena… on était capable de passer une marque de chandelle ensemble sans commencer à se battre à poings nus. »

L’expression de Xena ne changea pas. « C’était il y a bien longtemps. »

Une faible grimace d’ironie passa sur son beau visage. « Tu m’en veux toujours, hein ? »

La guerrière écarta légèrement les narines. « Parce que tu as failli emmener une armée entière à la mort ? Oui. » Elle sentit ses mains se refermer doucement en poings. « J’ai une bonne mémoire pour ça. »

« Ah ah… » Il leva le doigt. « Tu ne serais pas ici à râler si ce n’était pour moi. »

Xena plissa les yeux et elle sentit son pouls s’accélérer. « Je n’aurais pas été capturée si ça n’avait été à cause de toi… alors ne sois pas trop fier de toi. » Un souvenir bref et sombre d’avoir été fouettée contre un arbre, tandis qu’on lui lançait des pierres et des pointes, la frappa et elle lutta contre lui. « Tu as de la chance de n’avoir fini qu’avec les bras cassés. »

« Mm… » Il l’étudia. « Il t’a fallu du temps pour dépasser ça… Ils avaient juré t’avoir cassé le dos. »

Une profonde inspiration. Elle se souvint sombrement la souffrance. « Pas vraiment. » Des mois passés où chaque mouvement envoyait des dagues sur chaque nerf. « Je parie qu’ils auraient souhaité l’avoir fait. » Une chevauchée tumultueuse vers un campement, chaque plongée des sabots la secouant, mais elle s’en fichait. Et elle avait tué, et tué, et tué encore… son épée était trempée de sang. « Tu as eu de la chance d’en être sorti. »

« A ce qu’on m’a dit », répondit Garanimus d’un ton bref. « D’un ou deux survivants… j’ai croisé leur route dans le sud après ça. »

Elle se retourna et commença à descendre les marches larges et il la suivit. « Pendant un moment… j’ai pensé que c’était pour ça que tu avais abandonné… d’avoir été blessée comme ça. Ensuite j’ai entendu parler de ton armée qui s’était retournée contre toi », fit-il remarquer avec une bonhomie étudiée.

Xena pinça les lèvres. « Ils ont aussi regretté ça. » Elle ferma les yeux et repoussa énergiquement sa colère. Il n’en vaut pas la peine. « Mais je n’ai jamais abandonné. » Elle atteignit le bas des marches et prit un chemin qui menait au marché.

« Alors… après tout ça… ça ne te manque pas de diriger une armée ? » Persista-t-il en étirant ses enjambées pour la rattraper. « Allons, Xena… vu les histoires que m’ont raconté les hommes aujourd’hui… tu n’as pas vraiment perdu la main. »

La guerrière relâcha un long souffle contrôlé. « Non. » Elle se retourna et croisa son regard. « Je mets ces talents à un meilleur service maintenant. » Et combien de tout ça était une illusion ? Elle soupira intérieurement. « Je dors bien mieux la nuit. » Ça au moins, c’était la pure vérité.

Garanimus garda le silence pendant un long moment tandis que leurs bottes frappaient la terre sur le chemin. « Tu crois vraiment que tu peux être absoute pour toutes les choses que tu as faites ? » Finit-il par demander, avec une touche de dérision dans la voix.

« Non. » Xena s’arrêta et lui fit face. « Non. Mais ça ne veut pas dire que je vais arrêter d’essayer. »

Il soupira. « Je ne te comprends pas. »

Elle le répudia d’un regard. « Tu ne l’as jamais fait. » Elle secoua la tête. « Fiche le camp d’ici, Garanimus… j’ai des choses à faire. » Elle reprit sa marche, entrant dans les rangées d’étals et le laissant là dans un petit nuage de poussière qu’elle laissa derrière elle.


Une fois dépassé le début du marché et masquée à sa vue, Xena s’arrêta et mit la main sur une poutre d’étal en prenant de longues inspirations profondes tandis qu’elle luttait pour reprendre ses esprits. Il avait pressé sur tous ses boutons, c’était sûr… le truc c’était de ne pas lui montrer qu’il le faisait. Ne pas lui montrer combien il avait été près de… deviner que cette blessure avait presque fini sa carrière de seigneur de guerre.

Seule son obstination l’avait empêchée et… Xena secoua les restes d’irritation. Ça, elle en avait un tas. Elle repoussa les souvenirs sombres et se concentra sur sa mission, ses yeux clairs cherchant parmi les marchands avec une sérieuse intensité.

Ah. Elle repéra sa cible et partit en patrouille de reconnaissance, tournant autour prudemment, tandis qu’elle examinait sa sélection de victimes. Son imagination étudia les angles et elle finit par se glisser hors de sa cachette derrière un poteau et elle fit un signe de tête au marchand de tissu. « Celle-là. Combien ? »

Il faillit sortir de lui-même. « Dieux ! » Il leva sa main vers sa poitrine dans un battement. « Tu sors d’où, par Hadès ? »

Un haussement de sourcil noir. « Combien ? »

Le marchand la regarda. « Et bien. » Son regard expérimenté la jaugea, soupesant les vêtements sommaires et sa posture de commandement, et la bourse qu’il pouvait voir pendre à sa ceinture. « Mon chou, ça ne va pas t’aller. » Il fit une pause. « Ne le prends pas mal. »

« Ce n’est pas pour moi », l’informa Xena. « Et je ne le prends pas mal. »

Il se frotta brusquement les mains. « Un cadeau alors… ah oui… et bien, c’est une pièce très, très belle comme tes jolis yeux l’ont remarqué… » Il toucha le tissu vert riche et scintillant du doigt. « C’est merveilleux… de la soie, de Chine. »

Xena se laissa imaginer les plis soyeux enroulés autour du corps de sa compagne et elle sourit intérieurement. « Combien ? »

« Vingt dinars », dit-il.

Elle le regarda, les deux sourcils arqués.

« Ça vient de Chine… c’est très, très, très loin, mon chou… c’est… eh bien c’est… » Il fit un geste avec ses mains.

« J’y suis allée », lui dit la guerrière impassible.

« Vraiment », lâcha-t-il. « Raconte ? J’ai entendu dire qu’ils avaient des singes comme animaux de compagnie, c’est vrai ? »

Xena faillit rire. « Non. » Elle secoua la tête. « Je vais te dire… ajoute cette demi-cape et tu auras tes vingt dinars. »

Il la regarda. « Tu n’es pas d’ici, pas vrai ? »

La guerrière lui lança un regard. « Non… et si la personne pour laquelle j’achète ça découvre que tu m’as demandé vingt dinars, tu ne seras plus ici longtemps non plus. » Elle tendit la main vers sa bourse. « Marché conclu ou pas ? »

« Très bien… marché conclu. » Il lui sourit et prit la robe pour la plier délicatement de ses mains expérimentées et tordues, et il la mit dans un morceau de tissu écru pour en faire un paquet.

Xena compta les dinars et elle était sur le point de les lui tendre lorsque des voix puissantes attirèrent son attention. Elle tourna le regard pour voir deux soldats, installés à l’étal d’un marchand de provisions, et qui tenaient le marchand impuissant contre les murs fins de son abri en lui criant dessus. « Tiens-moi ça un instant », dit-elle au tisserand, rangeant sa bourse tout en marchant vers la dispute.

Les deux soldats harcelaient l’homme, brandissant une grande miche de pain et exigeant qu’il la remplisse de pain de viande. Xena ne s’embêta même pas à demander ce qui se passait. Elle tapa sur l’épaule du plus proche et tandis qu’il se retournait, elle lui mit son poing dans le visage.

Il tomba et avant que son compagnon puisse dire un mot, elle lui cloua le menton de son coude. Puis elle soupira et regarda autour d’elle, repérant une carriole et un poney tout proches, le chariot rempli de provisions. « Tu allais vers le château ? » Demanda-t-elle au conducteur qui la fixait de ses yeux agrandis. Il hocha la tête, et elle grogna, puis attrapa l’homme le plus proche et le souleva pour le mettre dans le chariot, puis fit de même pour son acolyte. Elle tendit une pièce au conducteur. « Lâche-les aux baraquements. »

Il fixa la pièce puis la regarda. « Oui, madame. » Il attrapa les rênes de son poney et tira pour qu’il avance, essayant de masquer un sourire. Xena le regarda partir puis secoua la tête et se tourna vers le marchand. « Désolée. » Elle renifla délicatement les senteurs qui sortaient de son étal. « Qu’est-ce que tu as là-dedans ? »

L’homme se frotta le poignet douloureux d'avoir été malmené et prit une inspiration. « Des boulettes », répondit-il doucement. « Farcies de noix pilées et de baies. » Il en prit une d’un pot et la lui tendit. « Tu veux essayer ? »

Xena la prit et mordit dedans avec prudence, puis elle sourit. « Je vais en prendre. » Elle posa une pièce sur la planche étroite à l’avant de son étal. « Je reviens tout de suite. » Elle finit la boulette qui avait beaucoup de goût et retourna vers son ami le tisserand, comptant une nouvelle fois les dinars.

Il les prit lentement et lui tendit le paquet. « Tu… » Il passa le doigt sur les pièces. « Tu es Xena, pas vrai ? »

La guerrière soupira légèrement, mais carra ses épaules. « Oui. »

Une petite foule s’était amassée et entendit sa réponse. Elle put sentir les murmures habituels. Oh bon… autant pour l’amusement… il est temps de partir d’ici. 

Le marchand de boulettes s’avança, en tenant un paquet de ses petits snacks. « Mais… » Il la scruta. « Mais… tu es une héroïne », balbutia-t-il. « Qu’est-ce que tu fais à aider des gens comme lui ? » Il fit un signe de tête en direction du château. Un murmure d’approbation monta autour d’eux.

Une héroïne ? De qui ils pensent parler par Hadès ? Sûrement pas de moi… Elle jeta un coup d’œil autour d’elle et saisit les regards des gens qui l’entouraient maintenant et elle relâcha un minuscule soupir. Oui. Moi. Ils parlent de moi. Un éclair soudain de souvenir oublié fit surface, l’auberge quand elle était très jeune et un groupe des amies de sa mère, assises en cercle, travaillant sur une grande couverture tout en parlant. La plus vieille s’était tournée vers elle et avait demandé. « Et qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande, petite fille ? »

Toris voulait être marin. Lyceus soldat.

« Je veux être une héroïne », avait-elle dit dans sa logique d’enfant, voyant ça comme la meilleure chose au monde.

Cyrène avait ri ironiquement et lui avait caressé ses cheveux en pagaille. « Si quelqu’un peut le faire, ce sera toi, ma jolie. »

Un sourire douloureux vint sur ses lèvres. La route avait été fichûment longue pour arriver ici, maman… et je ne suis pas complètement sûre d’être arrivée au bout. Mais… je me sens plus proche de cette petite fille-là maintenant que je ne l’ai jamais été depuis très, très longtemps.

« Et bien… » Elle réalisa que ces gens voyaient en fait une différence entre Garanimus et elle. « Il pense que je l’aide », finit-elle par répondre. « Il m’a demandé de l’aider à l’empêcher d’être attaqué par Framna. » Elle fit une pause. « Il ne m’a jamais demandé ce qui arrivera après ça. »

Des sourires narquois passèrent dans la petite foule et la plupart d’entre eux se mêlèrent au soleil couchant rougissant tandis qu’elle attrapait ses boulettes et mettait la robe sous un bras. Le marché semblait beaucoup plus amical quand elle fit un signe de tête au tisserand et avança, repérant un homme grand et très mince avec une moustache qui lui rappela irrésistiblement Autolycus. Il marcha à côté d’elle tranquillement et mit les mains derrière son dos.

« Tu es Xena ? »

Elle hocha la tête en attrapant une boulette. « C’est ça. »

« Mm. » Il renifla. « Tu voyages avec Gabrielle la barde ? »

Cela lui valut un sourire. « C’est ça », répéta-t-elle.

Il lui sourit en retour. « J’ai quelque chose qui pourrait t’intéresser. » Il leva la main dans la direction de ce qui était, apparemment, sa zone de marchandise. « Je l’ai vue raconter des histoires dans une petite cité à l’est d’ici… et ça m’a donné une idée. » Il fit une pause. « Je suis orfèvre. »

Xena sourit et avala une autre boulette. « Emmène-moi. »


C’était un rêve paisible cette fois-ci. Gabrielle flottait doucement au-dessus d’un champ d’herbes,  un soleil chaud se déversant sur son corps. Elle était consciente d’être nue, mais ça ne l’ennuyait pas outre mesure. En bas, des agneaux laineux jouaient dans l’herbe, frappant de leurs petits sabots noirs  tout en lâchant des baa aigus qui montaient vers elle, allongée et détendue, son menton posé sur ses bras croisés.

Le soleil semblait la traverser et elle roula sur le dos, le laissant la baigner, sentant sa peau absorber sa chaleur avec une sensation d’être emplie qui était plutôt bizarre. Elle prit une inspiration de l’air propre et frais, l’aspirant au fond de ses poumons tandis qu’une vague de bien-être la recouvrait.

 

Des oiseaux volaient en cercle et leurs cris la poussèrent lentement et à contrecœur vers la réalité, tandis que l’appel joyeux d’un rouge-gorge filtrait vers ses oreilles par la fenêtre du château. Elle ouvrit lentement les yeux et s’étira sur la surface moelleuse, la tapotant d’une main. « Oui… c’est presque comme un nuage, je pense », remarqua-t-elle, amusée de voir comme le doux matelas s’insinuait dans ses rêves. « Tu penses qu’on peut convaincre Xena de l’emmener à la maison avec nous, Arès ? »

Le loup dressa les oreilles et pencha la tête, poussant son pied de son museau. « Roo ? »

Gabrielle roula sur le dos et le poussa. « Roo toi-même. » Elle bâilla et poussa les couvertures, sortit du lit et traversa la pièce pour prendre sa chemise. « Dieux… je deviens paresseuse ou quoi ? » Elle rit. « Peut-être que je dois manger plus de légumes, qu’est-ce que tu en penses ? »

Arès sauta du lit et trotta vers elle puis lui lécha ses genoux dénudés.

« Arrête ça… je ne peux pas suivre Xena si je dors tout le temps », informa-t-elle l’animal velu. « Sans mentionner que je vais me faire chahuter dans pas longtemps. » Elle se passa les doigts dans ses cheveux pour les ordonner puis elle s’assit au petit bureau dans la chambre et sortit son journal, aiguisant une plume tout en tournant les feuilles pour trouver le bon endroit. « Voyons voir… est-ce que j’ai noté ce point sur Salmoneus… » Elle étudia son entrée précédente. « Oui… mais j’ai dit… il y a combien de jours déjà ? » Elle se gratta le nez. « Deux… ou bien… attendez… quand est-ce qu’on a quitté Amphipolis… »

Quelques pages en arrière et elle étudia la date puis tourna encore une page en arrière. « Oui… ok… bien. Je me souviens maintenant… et… » Son attention fut soudain attirée par une petite note presque masquée dans un coin. Elle la fixa, clignant légèrement des yeux, puis la toucha d’un bout de doigt hésitant.

« Six jours. » Sa voix n’était qu’un faible murmure. « Six jours, Arès… Nous avons quitté Amphipolis il y a six jours… et j’aurais dû commencer mon cycle avant que nous partions. »

Le loup pencha sa tête noire. « Roo ? »

« Ce n’est pas possible, pas vrai ? Quelles sont les chances pour ça, hein ? » Demanda-t-elle au loup en pianotant sur la table. « Et je n’ai pas été malade le matin… sauf une fois et c’était à cause des herbes, pas vrai ? Xena a réglé ça… ? »

« Aggrroo. » Arès s’allongea et mit le museau sur son pied nu.

« Nan… ce serait trop tôt pour ça de toutes les façons », décida-t-elle, mais un léger sourire se frayait un chemin sur ses lèvres. « Je ferais mieux d’attendre quelques jours avant de commencer à … me poser des questions. »

Trop tard. Elle se leva et fit les cent pas en réfléchissant. « D’accord… d’accord… bon… je suis en retard. » Elle leva les deux mains. « Pas la peine d’en faire un plat… j’ai déjà été en retard. » Elle plissa le front. « Et j’ai été… un peu… » Elle bougea un peu. « Sensible… aussi… alors… oui, ça doit être ça… je suis juste en retard. » Elle regarda Arès qui l’observait attentivement. « Pas vrai ? »

Le loup se leva obligeamment et s’avança puis il posa son museau froid et humide sur son ventre et renifla. « Aggrrrrr. »

« Et… qu’est-ce que tu… veux dire… par là ? » Gabrielle prit son museau d’une main et lui lança un regard noir. Il remua la queue. « Tu imagines des choses, Arès », le réprimanda-t-elle. « Je suis juste… en retard… je n’ai pas été malade le matin… pas de désir pour des trucs comme la dernière fois… j’ai juste… été un peu plus affamée que d’habitude. » Elle s’interrompit. « Mais c’est normal pour moi, pas vrai ? Quand nous voyageons, je suis toujours comme ça. »

Le loup s’assit. « Roo », acquiesça-t-il aimablement.

Gabrielle soupira. « Bien. » Une autre pause. « Je suis sûre que je vais commencer mon cycle ce soir… peut-être demain… » Elle sentit une déception distincte à cette pensée. « Après tout, pas d’autres symptômes… et… ça ne fait que six jours. »

Ils se regardèrent. « Tu penses qu’ils ont une bibliothèque ici, Arès ? » Dit-elle d’un ton songeur. « Peut-être qu’ils ont un parchemin ou deux qui listent… d’autres choses… à chercher. »

Arès éternua.

« Oui… tu as raison… je devrais juste attendre. » La barde fit encore quelques pas. « En plus, ce n’est pas moi qui agis bizarrement… c’est Xena. » Elle repensa au comportement récent et bizarre de son âme sœur. « Elle se comporte comme une poule ronchon… peut-être qu’elle est enceinte. »

Arès cligna des yeux puis éternua à nouveau. « Agrrrooo. »

« Très bien… ce serait difficile, oui… mais tu sais quoi, Arès ? » Elle s’assit sur le sol et sourit lorsque le loup se mit immédiatement sur le dos pour quémander une caresse sur le ventre. « Plus que tout au monde, si je pouvais avoir un souhait, ce serait que nous puissions partager ça. » Elle soupira doucement passant ses doigts dans le pelage épais. « J’adore vraiment Toris… et il est si doux… mais… je sais qu’elle n’aura plus jamais un enfant elle-même et je souhaiterais pouvoir… Elle semble encore tellement seule parfois, Arès… elle a ce regard… et je sais qu’elle pense à Solan. »

Elle soupira un peu. « Je sais qu’elle aimera l’enfant que je porterai… mais Arès… je veux qu’il soit le nôtre… dieux, que je le veux. »

« Agrrrroooo. » Le loup posa la tête à nouveau sur son mollet et soupira en la regardant avec adoration.

« Je sais… pas besoin d’espérer des poissons volants, hein ? » Elle rit ironiquement puis des pas puissants saisirent son attention et elle regarda avec attention la porte qui s’ouvrait et sa partenaire qui entrait. « Par les dieux de l’Olympe, Xena… Qu’est-ce que tu as fait ? » Elle rit en se tortillant pour se lever tandis que la guerrière s’approchait de la table à grands pas lents et laissait tomber une brassée de paquets. « C’est quoi tout ça ? »

La guerrière cligna de ses yeux bleus en pure innocence. « J’ai fait des achats. »

La mâchoire de Gabrielle s’affaissa. « Toi ? » Elle toucha un paquet avec précautions. « Tu as fait des achats ? »

Xena hocha la tête puis recula et se laissa tomber sur le dos sur le lit. « Ouaip… j’ai juste… heu… je pensais que nous… et bien, je ne faisais pas vraiment les courses… je cherchais un peu… quelque chose de spécifique, mais… j’ai vu des trucs dont nous avions besoin alors… » Elle leva une main bronzée puis la laissa retomber sur le lit. « J’y suis allée, j’ai acheté, je suis revenue, fin de l’histoire. »

« Oui oui. » La barde leva un paquet et le secoua doucement. « Alors… qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » Elle renifla soudain. « Mm… ça sent quoi ? »

« Oh. » Le regard de Xena semblait rivé sur le plafond. « Et bien… il y avait quelques bons marchands de nourriture là-bas… j’ai pensé que je pourrais te rapporter une ou deux choses. »

Gabrielle se mit à la tâche, triant les paquets. Elle mit la nourriture sur un tas et regarda dans les emballages. « Voyons voir… des boulettes… des noix… un kebab… une brochette de fromage de chèvre… des poches d’agneau au curry… » Elle leva les yeux. « Tu en as mangé ? »

La guerrière se lécha les lèvres. « Heu… oui… j’en ai mangé. » Une pause. « Un de chaque en fait. »

Gabrielle éclata de rire. « Xena ! Tu vas être malade… espèce d’idiote… »

« Nan. » La guerrière la renvoya d’un geste paresseux de la main. « J’ai une bonne digestion… en plus, tu as mangé mon déjeuner… j’avais faim. »  Et l’air frais avait donné bon goût à tout aussi, songea-t-elle, en croisant les mains d’aise sur son ventre. Meilleur que ce qu’elles allaient probablement avoir pour le dîner, de toutes les façons. « Je pense que la cuisinière met des trucs mauvais dans la nourriture qui est servie à Garanimus… on aurait dit qu’on avait ajouté de la cannelle dans ce rôti. »

« Hmm. » Gabrielle mordilla un kebab. « C’est plutôt goûteux. » Elle mit la nourriture de côté et examina le reste des paquets. « Alors… c’est quoi tout ça. »

« Oh. » Xena roula sur le côté et mit la tête sur sa main. « Tu as dit que tu t’inquiétais de ce que tu allais porter ce soir. Je m’en suis occupée. »

La barde s’arrêta, une main sur l’emballage en coton. « Xena. » Elle hésita. « Tu n’avais pas à faire ça. »

Les yeux clairs la regardèrent sérieusement. « Je sais. Mais je le voulais. » Elle sourit en se moquant d’elle-même. « Je pense que je me suis sentie un peu impulsive ce soir. » Une pause. « Ouvre-le. »

Gabrielle prit une inspiration puis elle délia les morceaux de tissu qui fermaient le paquet et elle les relâcha, soulevant le couvercle avant de pousser un soupir. « Oh dieux… » Elle toucha doucement la soie. « C’est superbe. »

Xena sourit. « Passe-la. »

Ce que fit la barde, sentant le tissu frais et lisse envelopper son corps. « Ouaouh », dit-elle dans un souffle en tournant la tête pour regarder dans le miroir. Elle sentit une main glisser le long de son côté tandis qu’elle clignait des yeux à son reflet. « Heu… »

Une main arrangea doucement l’encolure qui tombait soyeusement, ce qui laissa exposée une grande partie de ses épaules. La robe s’accrochait à ses courbes, mais était coupée de telle façon que chaque mouvement était détendu et Xena l’ajusta avec soin. « Pas mal, Rouquine », lui dit la guerrière joyeusement en déposant un baiser sur sa nuque. « Assieds-toi… je vais arranger tes cheveux. »

Comme dans un rêve, la barde obéit, sentant les chatouillis tandis que les mains de Xena peignaient et arrangeaient les boucles claires. « Alors… as-tu décidé ce que tu allais raconter ? » La voix de Xena voyagea dans ses oreilles comme de la bière douce.

La barde hocha lentement la tête. « Oui… en fait… » Elle leva la main et arrangea son collier de cristal. « Mais c’est une surprise. »

Xena rit doucement. « D’accord… » Elle finit la coiffure. « Et voilà… » Elle avait proprement tourné les cheveux épais de son âme sœur et les avait relevés, exposant son cou à la brise fraîche qui entrait par la fenêtre. « Tu aimes ? »

Gabrielle se leva et alla au miroir, Xena sur ses talons, une expression de joie enfantine dans ses yeux. « Je suis… heu… » Les yeux verts lui rendaient son regard gravement dans le miroir, cherchant un visage qui semblait avoir acquis des angles plus longs et une radiance légère et intérieure, qui n’était perceptible que pour elle. « Hum. »

La guerrière rit et glissa les bras autour d’elle par derrière, laissant ses mains s’installer d’un air protecteur autour de l’estomac de la barde et elle posa le menton sur la tête claire. « Tu es magnifique. »

Gabrielle laissa ses mains retomber sur celles de sa compagne, regardant leur position pensivement, puis elle leva les yeux par-dessus son épaule vers les yeux bleus brillants. Elle passa en revue plusieurs plans d’attaque. « Tu as été… câline… ces derniers temps. » Elle se décida sur ce chemin.

Xena soupira doucement. « Je présume que oui… est-ce que ça t’ennuie ? » Elle n’avait pas vraiment de moyen de l’expliquer non plus. Juste ce besoin nostalgique de se blottir, ce qui était en fait plutôt déconcertant. Probablement des effets secondaires de… tout.

« Non non… non… » Gabrielle se hâta de la rassurer. « Pas du tout… non… c’est juste… un peu différent, c’est tout. » Elle mâchouilla un peu sa lèvre. « Arès… m’a pas mal suivie ces derniers temps aussi… vous complotez quelque chose tous les deux ? »

La guerrière eut l’air vraiment surprise. « Non… mais je lui ai dit de rester près de toi… il y a des sales types dans le coin. »

« Oui oui. » La barde s’appuya contre le corps chaud niché contre elle. « Hé… » Elle rit légèrement. « Tu penses que Granella a donné la nouvelle à Toris maintenant ? »

Xena rit. « Tu penses qu’il pouvait s’empêcher de demander ? En plus… si j’ai bien remarqué, je suis sûre qu’elle l’a fait. » Elle ferma les yeux et respira l’odeur de la barde, détestant avoir à la relâcher. « On ne peut pas garder ce genre de chose secrète bien longtemps. »

Un sourire passa sur les lèvres de la barde. « C’est vrai… c’est vrai… en plus si elle est malade tout le temps… c’est une plutôt bonne indication, pas vrai ? » Elle s’arrêta un instant. « Ou ces besoins de manger. »

La guerrière la berça doucement. « Et bien… pas toujours non », répondit-elle. « Certaines personnes ne sont pas malades… et beaucoup n’ont pas d’envies du tout. » Elle réfléchit rapidement. « Moi par exemple. »

« Vraiment ? » dit Gabrielle d’un ton songeur. « Alors… comment tu sais ? »

Un haussement d’épaules. « Et bien… ne pas avoir tes règles… c’est un bon indice. » Elle sourit à sa compagne. « Surtout si tu es régulière, comme toi. » Elle chantonna en réfléchissant, ne saisissant pas la soudaine lueur d’émotion sur le visage de son âme sœur. « Certaines personnes ont des migraines… mal au dos… de la fatigue… des rêves bizarres… leur sens du goût est plus fort… ce genre de choses. »

« Vraiment. » Gabrielle dit cela avec un ton complètement différent cette fois. « Intéressant. »

« Mm… » Xena approuva. « Tout le monde réagit différemment, je pense… j’ai eu mal au dos et je manquais souvent de souffle… parce que je… » Elle relâcha la barde et toucha sa propre cage thoracique. « Je respire profondément habituellement… alors quand le bébé a commencé à grandir là-dedans, c’est devenu un peu serré. »

« Oh. » Gabrielle se retourna et lui fit un sourire. « Je présume que c’est normal, hein ? » Elle passa un doigt paresseux le long de la poitrine de Xena, la chatouillant un peu. « Quand est-ce que tu as commencé à te rendre compte ? »

La guerrière pencha la tête et une petite ride apparut sur son front. « Oui… » Répondit-elle en traînant sur le mot. « Ça fait… hum… il faut un mois ou deux cependant… ça demande deux semaines au moins pour que ce genre de choses commence… » Elle hésita. « Il m’a fallu tout ce temps… probablement plus… je… ne pense pas qu’on puisse s’en rendre compte après quelques jours. »

« Oh… bien… » Gabrielle rit en la frappant. « Alors… quand nous rentrerons à la maison… ça devrait être plutôt visible. »

« Oui », répondit Xena. « Ça devrait. » Une vague expression distraite passa sur son visage expressif puis elle sourit et pinça la joue de la barde. « Tu es prête ? »

« Oui », répondit la barde en s’appuyant pour l’embrasser. « Merci… je ne peux pas croire comme c’est beau. »

Cela lui valut un sourire très large et rare de sa compagne. « Je peux le croire… oh… attends. » Xena se tourna à demi et leva un paquet plus petit de la table, qui était caché sous la robe. « Un type t’a vue raconter des histoires il y a quelques mois… il a fait ça parce que tu l’as inspiré… apparemment, ils sont très populaires… alors il… Gabrielle ? »

La barde regardait la petite babiole que Xena tenait et elle cligna à la vue des minuscules boucles d’oreilles, qui portaient des plumes miniatures et des minuscules bâtons. « Beuh. » Elle leva le doigt et les effleura, écoutant le tintement musical tandis que les morceaux d’argent étincelaient devant elle. « Heu… c’est… tellement… il… j’étais… moi ? »

Xena sourit. « Absolument toi… peu de gens que je connais mélange une plume et un bâton de cette façon. » Elle tendit la main et ajusta la babiole autour de l’oreille de son âme sœur, arrangeant les breloques pour qu’elles tombent. « Très… amazone. »

Gabrielle jeta un coup d’œil dans le miroir, ravie. « Oui… c’est vrai… » Elle se tourna et passa les bras autour d’une Xena surprise. « Merci… je les adore. » Elle la relâcha et se pencha en arrière pour qu’elles puissent croiser le regard. « Je t’aime. »

Xena lui fit un sourire de contentement. « Pareil. » Elle l’étreignit une nouvelle fois chaleureusement puis soupira. « Je présume que je ferais mieux de mettre mon armure… il est temps d’aller pratiquer mes regards noirs et sévères. »

La barde ricana doucement contre sa poitrine. « Tu as vraiment besoin de les pratiquer ? Je ne le pense pas. Tu as cloué ces idiots, Xena. »

Elles rirent ensemble.


Gabrielle prit une inspiration profonde avant d’entrer dans la salle éclairée par les torches, très consciente de la silhouette sombre et sinueuse qui faisait planer une ombre sur elle, une main légèrement posée au bas de son dos. Tout semblait un peu chaotique, surtout parce que sa tête tournait avec des possibilités nouvelles et soudaines, et un peu parce qu’elle se sentait hypersensible à chaque son, chaque odeur… même l’air semblait palpable sur sa peau, faisant flotter le tissu soyeux contre elle.

Des têtes qui se tournaient à leur entrée, elle y était habituée. Mais les yeux restaient sur elle cette fois, des sourcils haussés, des expressions qui passaient de simplement curieux à… Elle déglutit. Je présume que je dois faire bonne impression. Une voix mentale rit ironiquement.

Elle sentit des doigts qui lui chatouillaient le dos et elle répondit avec un sourire, tandis que Xena la guidait vers la table principale, où Garanimus se tenait, parlant à deux de ses lieutenants. Le seigneur de guerre leva les yeux à leur approche et elle vit son regard s’agrandir et un sourire sournois recourber ses lèvres. « Ouille », murmura la barde. « Il ressemble à une belette quand il fait ça. »

Un moment de silence interrogateur de Xena, puis. « Mmmm… » Elle réfléchit. « Plutôt un castor. »

La barde observa. « Oh oui… les dents. Tu as raison. »

Elles allèrent à leurs sièges et Xena s’arrêta un moment tandis que Gabrielle s’asseyait, les mains posées sur le dossier du fauteuil de la barde, croisant le regard de Garanimus. « Un problème ? » Demanda-t-elle, faisant sourdre une touche de menace dans sa voix.

L’homme se rapprocha. « Oh non… pas du tout, Xena. » Il s’appuya contre le bras du fauteuil. « Hé petit pois… t’es toute proprette… »

Gabrielle lui fit son sourire le plus sincère. « Merci », répondit-elle d’un ton neutre. « Je pense qu’il y a un ver sur ton épaule. »

Il sursauta et se regarda brusquement, faisant tomber l’insecte d’un geste rapide.

Le visage de Xena devint extrêmement figé tandis qu’elle serrait fort la mâchoire sur un désir fervent de rire. « On ne peut pas garder un bon ver, comme je dis toujours. » Elle s’assit à son tour près de la barde et croisa les jambes aux chevilles, fixant pensivement ses mains serrées. « Des nouvelles de Framna ? » Demanda-t-elle d’un ton ennuyé.

« Heu… non. » Garanimus finit de s’examiner en cas de nouveaux envahisseurs et il s’assit, claquant des doigts à l’intention de l’homme petit aux cheveux bruns à sa droite. « Amène tusaisqui ici. » Il regarda Gabrielle à nouveau. « J’ai entendu dire que le petit pois a passé la journée avec la morveuse. »

Gabrielle essaya de se détendre et de se concentrer sur le présent, refoulant le passé récent et le proche futur. « Pardon ? » Elle pencha la tête l’air interrogateur. « Si vous parlez de la princesse… oui c’est vrai. Nous avons passé la journée à parler d’Histoire et de politique entre les royaumes. » Et bien, l’histoire sur Cléopâtre comptait bien pour ces deux sujets, pas vrai ?

On amena Silvi, entre deux gardes, et elle s’assit avec une dignité admirable, fixant droit devant elle tandis que les tables se remplissaient et Garanimus fit signe aux serviteurs de commencer.

« J’me dis qu’il va faire un de ces deux trucs. » Garanimus parla la bouche pleine de pain. « Soit il part ailleurs, soit il tente un assaut frontal. »

Xena prit une asperge et la mâchouilla pensivement. « Peut-être. » Elle trempa le bout du légume dans une sauce rouge. « Mais si c’était moi… je te prendrais au mot. » Elle tourna son regard vers lui. « Ou bien j’enverrais quelqu’un ici pour découvrir si c’était vrai. »

Il haussa les épaules. « J’ai des gardes. »

La guerrière se mit à rire. « Ma mère pourrait passer tes gardes. » Elle finit une asperge et en prit une autre. « Je vais changer la routine des patrouilles pour qu’au moins ils ne pensent pas que nous sommes paumés. »

« Bien », grogna-t-il doucement. « Fais juste en sorte qu’il reste calme. »

Ils finirent de manger, puis la princesse se pencha d’un air raide et parla à voix basse. Le seigneur de guerre écouta, se nettoyant les dents, puis il rit. « Bien sûr… pourquoi pas par Hadès ? » Il tapota Xena sur l’épaule, surprenant la guerrière qui était assise les doigts joints, visiblement profondément enfouie dans ses pensées. « Hé ! »

Xena roula la tête vers lui. « Quoi ? »

« Silvi veut que petit pois raconte une histoire », l’informa l’homme blond.

La guerrière lui rendit son regard, le visage impassible. « Elle s’appelle Gabrielle. »

Garanimus leva les yeux au ciel d’exaspération. « Allons, Xena… je me fiche totalement du nom de ton petit jouet… Je… » Il s’arrêta de parler, surtout parce qu’une main serrait sa gorge. Xena se leva, le sortant de son fauteuil à la vue de tous et le secouant jusqu’à ce que ses dents claquent.

« Tu… » La guerrière se pencha. « abuses de ma patience… » Sa voix était un léger grognement. « Mortellement. » Elle lui donna une claque sur le visage et l’envoya s’affaler, et elle aurait continué si une main forte sur son bras ne l’avait arrêtée. C’était si… proche. Elle pouvait sentir la férocité monter en elle, lui chatouillant le bout des doigts. Bon sang. Elle prit une inspiration. Je ne suis habituellement pas autant incontrôlée… qu’est-ce que j’ai ces jours-ci, par Hadès ? Avec un effort visible, elle se calma, se retournant pour faire face à l’expression inquiète de Gabrielle. « Désolée », marmonna-t-elle.

« Y a pas de mal », blagua faiblement Gabrielle en massant le poignet agité de sa compagne d’un pouce. « Je pense que je peux trouver quelque chose à raconter à ces gens. » Elle regarda Xena lui faire un lent mouvement de tête puis s’asseoir, s’affalant contre le dossier du fauteuil tandis que Garanimus se mettait péniblement debout pour tomber dans son propre fauteuil en se massant le cou.

« Garce », grogna-t-il. « Tu vas me le payer. »

Xena lui lança un regard sévère. « Prends un ticket, espèce de misérable vache sans foutus neurones », grogna-t-elle à son tour, sa main bougeant à nouveau. « Et ferme-la ou je t’arrache la langue. »

Un silence tomba après ces mots. « Bien. » Gabrielle le brisa avec un éclat volontaire. « Alors je vais commencer, d’accord ? » Elle laissa sa main reposer sur l’épaule de Xena, sentant la tension mouvante sous son contact avec inquiétude. Doucement tigresse… ne le laisse pas te mettre dans cet état. Dit-elle silencieusement à la guerrière, s’interrogeant sur la susceptibilité de sa compagne. « Garde-moi du dessert. »

Xena soupira et lui fit un sourire désabusé. « D’accord », répondit-elle et elle regarda la barde contourner la table et se frayer un chemin jusqu’au centre de la pièce. Ensuite Garanimus sortit de ses pensées tandis qu’elle se concentrait sur les belles lueurs et les ombres qui glissaient sur le corps de son âme sœur, saisissant des éclats dans ses yeux vert brume et ses cheveux clairs. La barde était vraiment belle et Xena laissa le mot rouler sur elle tandis qu’elle sentait son corps qui se calmait et son attention qui se concentrait sur les mouvements fluides et le rythme distinct du récit de Gabrielle.

Cela lui donna une chance de… réfléchir. Quelque chose avait provoqué une minuscule et vive démangeaison à l’arrière de son cerveau et maintenant, tandis qu’elle regardait son âme sœur et écoutait les ohh et les rires appréciateurs du public, elle tenta de s’en inquiéter pleinement. Quelque chose au sujet de sa compagne ?

Hmm. Elle pencha la tête pensivement. La barde semblait plutôt normale… elle souriait à un commentaire de l’un des servants joliment vêtu et son visage s’éclaira alors qu’elle avançait dans sa narration. En fait, elle avait l’air… vraiment en bonne santé… presque… rayonnante. Xena goûta ce mot avec prudence et fixa sa compagne avec une attention sérieuse.

Quelque chose qu’elle avait dit… quelque chose qu’elle avait… ah. Non, ce n’était pas une chose qu’elle avait dite… c’était un ton qu’elle avait eu en prononçant le mot. « Vraiment. » Xena avait passé trois ans quasiment jour après jour et nuit après nuit avec la barde et elle avait passé énormément de temps à l’écouter parler, babiller, raconter, intimer, discuter et répéter… elle connaissait chaque son, chaque nuance de la voix de Gabrielle, jusqu’aux accents sur les syllabes, bien que la barde ne l’aurait probablement pas deviné. Alors… Ce ‘vraiment’ avait signifié une révélation, à laquelle Gabrielle ne s’était pas attendue, mais qui lui faisait plaisir.

Hmm… Elles avaient parlé de signes de grossesse.

Xena cligna des yeux alors que la conclusion évidente montait en elle et lui tapait sur l’épaule. Elle sentit une secousse bienvenue et étourdissante d’excitation à cette idée, puis la réalité s’immisça et elle soupira.

Nan. Sa logique rejetait ce fait en se basant sur le temps. Ce qu’elle avait dit à Gabrielle était vrai… il fallait plusieurs semaines de signes pour que cela commence à se voir… Du temps dont elles n’avaient pas eu assez. Alors. Si ce n’est pas ça… alors… Son regard glissa sur le côté. Est-ce que la princesse pourrait… Elle jeta un regard vers Garanimus avec une intention mauvaise. Que les dieux me gardent, si tu… Lui promit-elle sombrement en se faisant une note mentale que Gabrielle découvre si le seigneur de guerre avait touché la jeune fille.

Puis son regard revint vers sa compagne et elle rougit un peu lorsqu’elle vit que la barde lui souriait, une expression affectueuse faisant briller ses yeux. Elle dut prendre beaucoup sur elle pour ne pas fondre sur place et se laisser dissoudre dans une chaude pile de cuir couverte de guimauve avec des petits bouts de métal qui ressortaient.

Elle se décida plutôt pour un demi-sourire et un haussement de sourcils. Dieux… Gabrielle avait raison… elle était vraiment une boule de guimauve ces derniers temps… et ce n’était ni le lieu ni le moment d’en faire la démonstration, pas avec Garanimus qui lui faisait la tête en silence et une armée à gérer. En plus, la barde était occupée à raconter des histoires sur elle et ce ne serait pas pertinent qu’elle semble s’en réjouir.

Trop, en tous cas. C’était mauvais pour son image.

Au lieu de ça, elle regarda le public, évalua les citoyens coincés et polis, assis avec malaise au milieu des soldats bagarreurs et malpolis. Ce n’était pas un bon mélange… songea-t-elle,ressentant l’hostilité dont une bonne partie était dirigée vers elle, malgré son coup récent avec Garanimus. Est-ce qu’ils voulaient vraiment qu’un autre seigneur de guerre prenne cet endroit ? C’est sûr… ce n’était pas une récompense, mais… ça n’avait aucun sens. Il se passait autre chose ici… elle pouvait le sentir chatouiller le bout de ses sens.

Un timide éclaircissement de voix interrompit ses pensées et elle tourna la tête pour voir un serveur aux cheveux mi-longs se tenir près d’elle avec un petit plateau. « Oui ? » Elle adoucit consciencieusement sa voix, en voyant son inconfort.

Il poussa le plateau vers elle avec hésitation. « Grandma a dit de vous donner ça. »

Xena regarda l’assiette puis lui fit un sourire ironique. « Merci… et dis-lui aussi que j’ai dit merci. » Elle la prit et la posa sur la table, soulevant une des petites choses avant d’en mordiller le bord. Le garçon la fixa un moment puis lui fit un sourire timide et disparut. Du coin de l’œil, elle était consciente du regard attentif de Garanimus et elle l’ignora, tout en s’adossant pour savourer la friandise. Je parie qu’elle ne t’en a jamais envoyé, hein ? projeta-t-elle vers le seigneur de guerre. J’ai toujours eu plus de chance avec les gens que toi… au moins ils me respectent sans que j’ai tout le temps besoin de rosser tout le monde.

Elle finit la pâtisserie, savourant les senteurs subtiles et elle regarda l’assiette, puis elle soupira et croisa les bras, résolue à garder le reste pour Gabrielle.

La barde finissait son dernier récit et elle accepta les applaudissements gracieusement, puis elle revint et s’installa dans le fauteuil près de Xena, relâchant un long souffle. « Ils sont difficiles », murmura-t-elle doucement. « Tu vas bien ? »

Le regard bleu se posa sur elle. « Oui. » Xena poussa l’assiette vers elle. « Le dessert. »

« Merci. » Gabrielle lui sourit tandis qu’elle en prenait une. « Tu as remarqué, Xena… ils servent des plateaux différents aux types de Garanimus et aux autres gens. » Elle garda la voix très basse, sachant que sa compagne l’entendrait.

Xena écarquilla un peu les yeux et elle tourna à demi la tête pour regarder son âme sœur. « Non… je n’ai pas remarqué… tu es sûre ? » Dit-elle un peu embarrassée. J’étais bien trop occupée à rêvasser… réveille-toi, Xena… reprends tes esprits.

Un léger hochement de tête. « Oui. » La barde mordilla la pâtisserie. « On ne peut pas vraiment le voir de cet angle… mais quand on est là-bas, on voit bien mieux ce qui se passe… ils ont un groupe de serveurs qui vont vers les locaux et un autre qui va vers les soldats. » Elle s’interrompit, réfléchissant. « Bizarre. »

« Bien vu », la complimenta la guerrière ironiquement. « Il y a plus ici que ce que nous voyons. »

« Mm. » Gabrielle approuva. « Je pense qu’on ferait bien de mieux regarder. »


Gabrielle s’assit tranquillement au bureau, tapotant sa lèvre inférieure du bout de sa plume, le menton posé sur un poing. Son journal était ouvert devant elle et elle relisait sa dernière entrée, tandis que le léger son rythmique d’une épée qu’on aiguisait grattait dans le coin.

Elle est horriblement calme ce soir. Pas qu’elle ne le soit pas habituellement, elle l’est, mais c’est ce genre de calme fait d’humeur sombre et de roues mentales qui tournent partout, qui me rend un peu nerveuse. Je pensais avoir fait un bon travail avec les histoires… je dois l’avoir fait… même Garanimus a dit quelque chose que je suppose pouvoir plus ou moins considérer comme gentil, mais après que j’ai eu fini, Xena s’est mise en mode grognon et je ne suis pas sûre de savoir pourquoi.

Je pense qu’elle ne réalise même pas qu’elle est en train d’aiguiser ce truc… son allure dit qu’elle est à des lieues d’ici et j’ai bien peur que des petits copeaux de ce métal aillent commencer à joncher le sol. Si je ne la connaissais pas mieux, je dirais qu’elle rêve, mais…

Alors… je me sens plutôt bien maintenant, parce que le dîner s’est bien passé et que les histoires ont été appréciées… et… beuh. C’est si étrange d’écrire cela… je pense qu’il est possible que je sois enceinte.

Ouaouh. J’ai relu cette phrase au moins six fois. Je ne peux pas en être sûre et tout ce que j’ai pour l’instant est plutôt fragile. Je suis en retard… j’ai calculé de presque sept jours maintenant. Une semaine et ajouté à ça, une preuve ou deux qui pourraient, ou pas, être des nausées matinales, un vertige et le fait que j’ai dû faire la sieste deux jours d’affilée maintenant.

Ce n’est pas grand-chose… en fait, Xena se comporte bien plus étrangement que ça – peut-être que j’avais raison. Peut-être que c’est elle qui couve quelque chose… et je réagis à ça. Elle a été tellement… distraite ces derniers jours. Au début je pensais que c’était Garanimus, et elle est pire en sa présence, mais… non, je peux dire qu’elle a du mal à se concentrer et par mes dieux… elle a fait des achats aujourd’hui et m’a rapporté des trucs. Sans raison. Et les câlins et les attentions… dieux, elle s’occupe de moi comme d’un chaton ces temps-ci. C’est presque drôle parce que parfois elle ne s’en rend pas compte, et parfois oui, et quand c’est le cas, elle se comporte comme si elle n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait.

Je pense qu’elle est désorientée. Je sais que je le suis. Je suis assise ici à débattre sur le fait de… d’amener le sujet ou pas, et d’en parler un peu. Je démarre à chaque fois, puis je m’arrête et je pense que je m’en rends compte parce que j’ai peur.

J’ai peur parce que… je veux vraiment être heureuse pour ça… et je veux qu’elle le soit. Je ne veux pas qu’elle fasse semblant, juste pour que je me sente bien et je sais qu’elle le ferait et que je verrais la différence. Je veux être excitée et grisée et sauter de haut en bas… mais j’ai tellement peur que si je le mentionne, je vois… du regret dans ses beaux yeux bleus. C’est un peu… idiot, je sais – parce que si je le suis, il n’y a rien à faire et je sais qu’elle me soutiendra quoi qu’il en soit… mais… je ne veux pas juste son soutien. Je veux qu’elle soit aussi heureuse que moi.

Peut-être que j’en demande trop.

Jessan m’a dit que lui et Elaini partageaient beaucoup pendant sa grossesse. Je me demande si ce sera pareil pour nous ? Au moins Xena a vécu ça auparavant… alors… en fait, si j’étais enceinte, elle devinerait les signes avant moi. Pas vrai ?

A moins qu’elle ne soit distraite, ce qu’elle est. Peut-être que je devrais attendre que tout ça soit fini, alors, quand nous serons dans les bois, au calme et en paix, peut-être avec un saumon ou deux, je pourrais juste… amener le sujet dans la conversation.

Oh. Oui. Je vois ça d’ici. « Alors, Xena… tu veux bien regarder cette chouette… qui construit un nid et dépose un œuf. Ce qui me rappelle que… Dieux, je préfère en rire…

Et bien, je ferais mieux de fermer ce sujet et de dormir un peu… J’ai promis à Xena d’essayer de trouver ce qu’ont les villageois contre la princesse. Mais ce ne sera pas facile… parce qu’ils sont vraiment soupçonneux à son égard, et au mien aussi.

La barde posa sa plume et croisa les mains sur le parchemin, en regardant sa grande compagne de près. « Xena ? »

« Oui ? » Xena sursauta et fit un petit geste de la tête. « Dieux… désolée… je ne sais pas où j’avais la tête à l’instant. »

Gabrielle ferma son journal puis se leva et alla rejoindre sa compagne pour s’asseoir sur le banc capitonné. « Tu te sens bien ? »

Pas de déni, ce qui l’inquiéta. La guerrière rengaina lentement son épée et la posa contre le mur, puis elle mit les coudes sur ses genoux et les mains l’une contre l’autre d’un air décontracté.

« Je ne sais pas », admit-elle doucement à voix basse. « J’ai vraiment du mal à rester concentrée… et je pense que Garanimus m’agace vraiment. » Un léger mouvement de la tête. « Je ne peux pas croire que j’ai perdu le contrôle comme ça là-bas. »

La barde glissa un bras autour de ses épaules. « Tu ne l’aimes vraiment pas, hein ? »

Un silence morose. « Ce qu’il a fait… l’attaque dans laquelle j’ai été prise m’a blessée… plutôt mal. Il m’a fallu un moment pour dépasser ça… il m’aurait fallu moins de temps sauf que… aussitôt que j’ai pu chevaucher, j’ai conduit une armée contre celle à qui il nous avait vendus et… » Elle s’arrêta et soupira. « Beaucoup de gens sont morts. »

« Alors… tu lui en veux vraiment beaucoup », théorisa Gabrielle.

Un signe de tête.

« C’est un abruti. » Une déclaration neutre. « C’est à ce moment-là que tu t’es blessée au dos ? »

Un autre signe de tête.

« Mm. » La barde passa légèrement le pouce sur sa peau. « Ainsi… il espérait faire de l’argent en te trahissant… au lieu de ça, il a été blessé, tu t’es remise et maintenant il doit ramper avec un groupe de types puants et il est forcé de te demander un service. » Elle fit une pause. « Il a tout perdu. »

Elle pouvait voir les roues tourner.

« Hum. » Xena prit une inspiration. « Je n’ai jamais vu les choses sous cet angle. » Un demi-sourire se fraya un chemin sur ses lèvres. « Je présume que oui. » Elle observa le sol d’un air sérieux. « Peut-être que c’est juste ça… j’ai un arrière-goût du passé et ça ramène beaucoup de souvenirs. » Un soupir. « La stratégie… le défi… il y avait des trucs à ce sujet qui… poussaient des parties de moi à terminer des choses que je ne pense pas que j’aurais faites avec un autre style de vie. »

Le silence s’installa entre elles introspectivement.

« Et ensuite, quand j’ai commencé à me sentir mieux », continua Xena en se détendant un peu. « Je me souviens des mauvais moments. La douleur… dieux… c’était tellement douloureux parfois que je restais allongée au lit la nuit et je mordais ma lèvre pour ne pas crier. Ça et les hurlements des hommes blessés… regarder de bons soldats mourir parce que nous n’avions pas le temps de nous arrêter pour leur trouver des médicaments… » Elle haussa les épaules. « Je ne veux pas que ça revienne… et Garanimus ne peut pas comprendre ça. »

« Je doute qu’il puisse comprendre même comment lacer ses propres bottes », commenta sèchement Gabrielle. « Mais je comprends que tu sois mal à l’aise avec lui… je souhaiterais pouvoir t’aider. » Elle posa la tête sur l’épaule de la guerrière.

Xena soupira. « Ça va me passer. » Elle tendit la main et prit celle de la barde, la portant à ses lèvres pour un doux baiser. « Merci de m’avoir demandé. »

Un doux sourire lui répondit. « Ça fait partie du job. » Elle se leva et tira. « Allez, tigresse… j’entends ce doux lit moelleux qui m’appelle… »

« Rrr. » Xena grogna joyeusement, se laissant mettre debout et soufflant les chandelles avant de se mettre au lit. Elle en laissa une vaciller légèrement près du lit, assez pour envoyer de légères ombres sur le mur du fond et couvrir le pelage noir d’Arès de confettis cramoisis. « Hé… » Murmura-t-elle tandis que la barde se blottissait, l’entourant fermement de ses bras.

« Hmm ? » Gabrielle était occupée à s’entourer du corps chaud de la guerrière. « Je ne serre pas trop fort, non ? »

« Non non… non. » La rassura Xena vigoureusement. « Est-ce que ces marrants trucs roses te semblaient aussi avoir un goût bizarre ce soir ? »

« Hum. » La barde réfléchit. « Je n’en ai pris qu’un ou deux… ils étaient un peu épicés… en plus tu les as finis. »

« Je sais », répondit la guerrière d’un ton intrigué et ensommeillé. « Il y avait du piment rouge écrasé dedans. »

« Ah oui ? » Gabrielle plissa le front. « Je pensais que tu détestais le piment rouge ? »

Un moment de silence pensif. « C’est le cas. »

« Etrange », commenta la barde.

« Oui. » Le mot gronda dans la poitrine de Xena. « Peu importe. »


A suivre 5ème partie

 

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Nos vies passées , chap. 5 à 10, de honey

 

Chapitre 5 :

 

 

Lorsqu'elle eut terminé, David garda le silence un long moment. L'expression sérieuse, légèrement soucieuse n'apprenait pas grand-chose de ce qu'il pensait et Tia se surprit à attendre avec impatience et crainte sa réaction.

 

Finalement, n'y tenant plus, elle brisa le silence.

 

- Tu n'as rien à dire ?

 

David releva les yeux et répondit :

 

- Ca fait beaucoup à digérer. Je ne sais pas quoi vous dire pour l'instant.

 

- Et tes sentiments concernant les jumeaux ? Ils ont évolué ?

 

David réfléchit quelques secondes puis poussa un profond soupir.

 

- Franchement j'en sais rien. Je... tout se mélange. Laissez-moi un peu de temps, d'accord ?

 

Voyant qu'elle s'apprêtait à protester il s'empressa de dire :

 

- Mais je garderai tout ça pour moi. Je n'impliquerai pas les jumeaux avec la police. Pas encore. Peut-être jamais, mais ça ne change pas le fait que je dois les voir. Mais pas maintenant. Je… j'ai besoin de réfléchir à tout ça.

 

Soulagée d'avoir quasiment obtenu ce qu'elle était venue chercher, Tia n'insista pas. Elle resta encore quelques minutes pour le cas où il aurait des questions mais il ne sembla même pas s'apercevoir de sa présence, aussi prit-elle congé en laissant sur sa table de chevet un papier avec son numéro personnel.

 

En sortant de la maison, ses épaules s'affaissèrent. Elle avait été bien plus tendue que ce qu'elle avait craint. Et l'entrevue s'était vraiment bien passée tout compte fait. Elle était encore étonnée de l'attachement farouche de David envers sa fille. Elle pensait sincèrement qu'entre eux il s'agissait ni plus ni moins d'un premier amour. Mais il s'agissait de bien plus que ça.

 

Elle songea alors que la présence de Sahel aux côtés de la jeune fille risquait de compliquer voir compromettre le statut quo qu'elle venait d'établir.

 

Décidant que pour l'heure s'inquiéter ne servait à rien, elle s'installa au volant de son véhicule, regrettant une fois encore que Lex ait catégoriquement refusé qu'elle demande à Rhapsody qu'elle lui prête Argo pour faire le chemin.

 

Elle se souvenait du temps béni où, sous les traits de Xena, elle et sa belle Argo voyageaient à travers toute la Grèce en parfaite harmonie. Avec un petit soupir de regret, elle s'arrêta devant un fleuriste. Depuis l'arrivée de Linya, Lex l'avait quelque peu délaissée. Entre les jumeaux, les jumelles et sa meilleure amie, sa femme n'avait plus trop de temps à lui consacrer, hors leurs nuits de folie, et elle songea qu'un petit rappel de son existence n'était pas superflu.

 

Elle choisit une rose blanche, une rouge, un œillet jaune et la fleuriste y ajouta quelques brins de verdure. L'ensemble était attractif. Elle paya et sortit, contente de son idée. Mais plutôt que de reprendre le volant, elle décida de pousser son exploration et entra dans la boutique d'antiquité que Lex aimait fréquenter.

 

A sa grande surprise, elle découvrit Harry derrière le comptoir. Toujours aussi irascible, le vieil homme répondit par un grommellement à son salut. Elle hésita un peu mais n'osa pas lui demander ce qu'il faisait ici. Le vieil homme était le Voyant le plus puissant de la Tribu des Oracles et sa famille avait été maudite des siècles plus tôt. Lui-même, d'après les rumeurs, avaient plus d'une centaine d'année mais personne n'avait encore osé lui demander si c'était vrai.

 

Elle détailla la boutique autour d'elle et la reconnut comme étant la copie conforme de celle où elle et Lex avaient acquis leur bague d'union des âmes. Elle se demanda par quel miracle c'était possible sans pour autant poser la question à voix haute.

 

Elle jeta un œil à sa bague. Les entrelacs en langue de feu avaient repris vie lorsque Lex et elle avaient retrouvé leur lien. La tête de loup, depuis quelques jours en revanche avait recommencé à se teinter tantôt de rouge, tantôt de noir. Parfois c'était les yeux d'un bleu aussi éclatant que ceux de sa porteuse qui semblaient faits de feu vivant.

 

Elle décida que c'était une chance de voir Harry ici. Ce ne pouvait être une coïncidence, il surgissait pile au moment où des choses étranges leurs arrivaient. Comme la dernière fois.

 

Elle avança jusqu'au comptoir et levant sa bague pour qu'il la voie, demanda :

 

- Qu'est-ce que ça signifie ?

 

Il jeta un bref coup d'œil, presque ennuyé et poursuivit la compulsion de ses papiers. Tia réfléchit en tapotant le comptoir de verre de ses doigts. De ce qu'elle s'en souvenait, Harry ne répondait qu'aux bonnes questions. C'était agaçant et faisait perdre un temps considérable mais s'il était aussi vieux que ce qu'elle pensait, alors il avait droit à ses petites manies.

 

Elle croisa son regard exaspéré et il désigna ses doigts. Aussitôt elle cessa son tapotement.

 

- Lex et les jumeaux font des rêves étranges, déclara-t-elle après réflexion, des rêves où ils semblent revivre leurs vies précédentes. Et pas les passages heureux. Moi-même... j'ai eu l'impression à quelques reprises de confondre ma réalité présente et celle passée....

 

- Pour votre bague, répondit le petit homme après l'avoir dévisagée par en dessous, n'oubliez pas qu'elles sont les reflets et dépositaires de vos âmes à vous et votre femme.

 

- Qu'est-ce que ça à avoir avec nos rêves ? fit Tia déconcertée.

 

Harry la fixa l'air agacé et répondit du bout des lèvres :

 

- Ce sont des indices de l'état de vos âmes.

 

- D'accord mais...

 

Un claquement de langue l'interrompit et elle ravala sa question, impatiente.

 

- Faites le tour de la boutique. Vous êtes ici pour un cadeau pour votre bien-aimée, n’est-ce pas ?

 

Tia ouvrit la bouche puis renonça et acquiesça simplement. Elle fit ce qui lui était demandé en réfléchissant à sa prochaine question. Elle savait qu'elle aurait le droit d'en poser une au moment du paiement. Ce serait probablement la dernière, alors autant ne pas la gaspiller.

 

En flânant, elle découvrit une parure, collier et bracelet qui faisait écho à la bague d'union qu'elle avait offert à Lex. Le collier était fait d'or blanc et une unique pierre, un diamant d'une eau aussi pure que ceux sertis dans la bague, faisait office de pendentif. En forme de S, il reprenait le motif présent entre les pierres sur la bague.

 

Le bracelet quant à lui était en platine, comme la bague. Le métal avait été divisé en trois chaînes distinctes, tressées ensemble et qui entourait une émeraude d'un vert éclatant.

 

Mais ce qui emporta son adhésion fut la broche à cheveux. Posé négligemment à côté des précieux bijoux, il semblait pourtant faire partie de l'ensemble. C'était une broche de métal travaillé à l'ancienne. En or blanc, de forme rectangulaire, elle possédait une multitude de petites pierres, des diamants, qui en faisaient le tour. Un s allongé trônait au centre du rectangle. Taillé dans le métal, celui-ci n'était pas complètement fait de diamant, une partie, légère, semblait avoir été comme fondue et recouvrait la lettre d'un voile semblable à du verre.

 

Elle promena le doigt dessus et songea que beaucoup penseraient à un bijou de pacotille en le voyant mais Lex ne s'y tromperait pas. C'était le parfait cadeau. A la fois utile et élégant. Un bijou fonctionnel, Lex allait adorer. D'autant que ses cheveux avaient suffisamment poussé pour qu'elle les attaches en queue de cheval afin qu'ils ne la gênent pas même si elle n'aimait pas l'allure que cela lui donnait. Tia pour sa part la trouvait adorable mais cette broche lui donnerait ce qu'elle recherchait, un air élégant de rancheuse qui prenait soin d'elle. Digne de son statut en somme.

 

Tia sourit et prit la broche avant de se rendre au comptoir.

 

Harry examina l'objet, la regarda par en dessous et sourit, satisfait. Surprise, Tia en resta sans voix. Elle ne savait pas qu'il pouvait sourire...

 

- Bon choix.

 

- Heu, merci.

 

Il emballa l'article, annonça le prix que la mercenaire paya sans broncher, du moins extérieurement, et récupéra son cadeau emballé dans une élégante boite en papier de soie. Quand l'avait-il préparé ? Se demanda-t-elle perplexe avant de le remercier.

 

- Aviez-vous quelque chose à me demander ?

 

Etait-ce un test son choix de cadeau ? Songea la mercenaire en plissant les yeux. La nouvelle patience du vieil homme et la question directe semblait le démontrer.

 

- J'aurais aimé savoir s'il y avait un moyen de faire cesser ces... rêves...

 

- Non, répondit-il du tac au tac.

 

- Non ? Répéta-t-elle estomaquée.

 

Ce n'était pas la réponse attendue.

 

- Non, confirma-t-il.

 

- Mais... de quoi s'agit-il exactement ? Est-ce une attaque ? Ashee est de retour ?

 

Harry secoua la tête.

 

- Non, il s'agit d'un contrecoup de ses manipulations en revanche. Elle a trop joué avec l'espace-temps et les dimensions et les esprits en ont été très perturbés. Cela a, en quelque sorte, réveillé les âmes anciennes impliquées dans ses plans.

 

- Et concrètement, ça veut dire quoi ?

 

- Que tous les possesseurs d'âmes anciennes qui ont côtoyés même brièvement la Chamane vont voir leur ancienne âme se réveiller si ce n'est pas déjà fait.

 

Devant l'incompréhension de sa vis-à-vis le vieil homme songea qu'il n'était pas aidé.

 

- Les rêves ne sont que le début. Bientôt vous allez confondre toutes ces existences et ne plus savoir laquelle vous vivez réellement.

 

La mâchoire de Tia se décrocha.

 

- Et vous dites qu'il n'y a pas de moyen pour l'arrêter ?

 

Harry haussa les épaules.

 

- Je dis que les Esprits n'en connaissent aucun. Mais les jeux de la Chamane liaient autant leur monde que celui des Dieux. Vous trouverez peut-être ce que vous cherchez chez eux.

 

C'est ce qu'elle avait pensé faire en premier lieu, se souvint-elle. Ok, elle avait un plan, quelque chose était possible. De toute façon elle était Xena, non Tia, bref, l'impossible elle ne connaissait pas. Elle hocha la tête et remercia le vieil homme pour son aide.

 

Elle sortit de la boutique et se retrouva en plein milieu d'une scène d'agression. Aussi vive que l'éclair, Tia mit le cadeau de Lex dans sa poche et tendit le bras pour attraper l'individu devant elle par le col. Sans manifester d'effort, elle le jeta derrière elle avant de lancer son pied en avant pour frapper le second agresseur dans le ventre. Celui-ci s'effondra en gémissant. Le troisième et le quatrième se jetèrent sur elle avec des cris de rage.

 

Sans lâcher son bouquet, Tia pivota sur elle-même avec une vitesse qui prit ses adversaires au dépourvu. Elle frappa le premier à la mâchoire et esquiva le coup du second avant de l'attraper par la tête et de pousser celle-ci à rencontrer son genou.

 

Elle regarda rapidement autour d'elle et vit que deux des quatre assaillants étaient K.O. Le premier, celui qu'elle avait jeté contre le mur la fixait bouche bée et s'enfuit en courant en s'apercevant de son attention. Celui à terre se releva en gémissant et après une insulte bien sentie, déguerpit avec son compère.

 

Alors Tia se retourna vers la victime et l'aida à se relever. Il s'agissait d'une jeune fille habillée comme si elle faisait partie d'un gang de motard. Elle rejeta sa main, l'air contrarié et se retourna vers la vieille dame qu'elle-même avait tenté de protéger avant d'être submergée par le nombre.

 

- Tout va bien madame, ces crétins sont partis, vous ne craignez plus rien.

 

- Ils voulaient mon sac, fit la veille dame, choquée.

 

- Eh ben ils ne l'ont pas eu, rétorqua la jeune fille pragmatique.

 

Plusieurs personnes applaudirent alors, félicitant les deux jeunes femmes pour leur courage. Des policiers arrivèrent alors et demandèrent à la jeune fille de se placer mains dans le dos. Manifestement ils avaient cru qu'elle était l'agresseur. Tia se permit de leur signaler leur erreur et la jeune loubarde cracha à leur pied pour bien leur faire comprendre où ils pouvaient se carrer leurs préjugés.

 

En sortant du poste de police après sa déposition, et après un énième remerciement, du petit-fils cette fois, Tia constata qu'elle se sentait bien. Étonnamment bien même. Il était rare qu'elle intervienne dans ce genre de situation. Elle considérait que les gens étaient tous assez grands pour s'occuper d'eux-mêmes et avait longtemps pensé, comme Enyalios, que toute bonne action se devait d'être rémunérée. De ce fait, si elle n'était pas expressément engagée pour celle-ci, n'intervenait-elle pas.

 

Evidemment avec l'arrivée de Lex dans sa vie, elle avait dû s'adapter, la jeune femme possédant un farouche sens de la justice. Mais cela avait été rare. Elles vivaient recluses dans leur ranch et en dehors des visites à Rhapsody, elles ne sortaient que pour les rendez-vous scolaires des jumeaux ou occasionnellement pour une sortie familiale ou amoureuse au restaurant.

 

C'était la première fois en fait qu'elle agissait de sa propre initiative. Et elle découvrit qu'elle aimait le sentiment gratifiant que cela lui procurait. Recevoir les louanges et les remerciements de tous ces gens lui avait semblé, pour une fois, justifié. Elle l'avait fait sans arrière-pensée, sans incitation d'aucune sorte. Juste parce que c'était là et qu'elle pouvait agir.

 

C'était un sentiment doux, qu'elle garda jusqu'au retour au ranch, jusqu'au moment où, en offrant son bouquet à sa bien-aimée, un autre prit le relais. L'amour, ce sentiment capable de vous détruire ou de vous faire pousser des ailes, était tout ce qu'elle voulait ressentir jusqu'à la fin de sa vie, se dit-elle en enlaçant la seule femme capable de faire battre son cœur à travers les âges. Et pour être sûre d'en profiter jusqu'au bout, elle se jura de faire plier les Dieux eux-mêmes à son désir.

 

                                                                       ***

- Hello tout le monde ! S'exclama une voix inattendue de la terrasse.

 

Tia fronça les sourcils et dévisagea sa femme mais celle-ci haussa les épaules, aussi perplexe qu'elle. Tout le monde était réuni dans le salon pour le déjeuner et à sa connaissance, personne n'était attendu.

 

- C'est moi qui l'ai appelé, fit Enyalios en levant la main comme s'il était en classe.

 

Tia ouvrit des yeux étonnés.

 

- Depuis quand tu le connais ?

 

- Et suffisamment bien pour l'inviter chez nous ? Renchérit Lex.

 

Un sourire suffisant étira ses lèvres et un sourcil hautain se leva.

 

- Un bon mercenaire ne révèle jamais tous ses secrets.

 

Tia ricana.

 

- Tu me l'as volé et tu ne veux pas l'avouer je parie.

 

- Voler ? S'indigna-t-il. Tu es ma protégée ! De ce fait, tout qui est à toi est à moi, termina-t-il doctement.

 

- Tout ? Fit Tia doucement, posant une main possessive sur sa femme, vraiment ?

 

Se sachant sur une pente savonneuse, Enyalios se racla la gorge.

 

- D'un point de vue professionnel.

 

- Bien sûr, se moqua Lex.

 

- Dans tous les cas, j'ai pris mon envol il y a bien longtemps...

 

Le mercenaire haussa les épaules, nonchalant.

 

- Détails que tout ceci, fit-il en balayant l'air de sa main.

 

Linya, assise à ses côtés, pouffa et croisant le regard de Tia, leva les yeux au ciel. Ses simagrées étaient sûrement pesantes pour qui en était la victime, mais pour sa part, Linya le trouvait amusant.

 

- Ne l'encourage pas ! La tança la grande femme en la pointant du doigt.

 

- Hé ho du bateauuuuuu ! Retentit de nouveau la voix du visiteur.

 

- Entre ! Cria Enyalios, on est dans le salon !

 

- Et si je n'avais pas envie qu'il entre ? Grommela Tia.

 

- Alors il est trop tard, oh belle et terrifiante dame ! S'exclama Enrick en pénétrant dans le salon.

 

Il avait ouvert grand ses bras en un accès de grandiloquence propre à sa personne et Tia roula des yeux. Entre lui et Enyalios les prochaines heures allaient s'avérer épuisantes.

 

- Mon frère ! S'exclama justement son sans gêne de mentor en se levant pour étreindre le nouveau venu comme s'ils s'étaient perdus de vue durant des décennies.

 

- Tu as l'air en forme et toujours aussi beau gosse ! Fit Enrick après l'accolade.

 

- On fait ce qu'on se peut, répondit modestement le grand homme. Un peu de muscu par ci, un peu d'endurance par là, tu sais ce que c'est.

 

Enrick hocha la tête d'un air concerné en passant une main dans ses cheveux décolorés. Ils avaient poussé et il ressemblait encore plus à un playboy des plages qu'avant. Ses yeux rieurs et chaleureux détaillèrent, avec une rapidité et une décontraction parfaite, les lieux et personnes présentes, trahissant aux yeux des autres professionnels, son niveau d'expertise. Enrick était un des meilleurs mercenaire sur le marché. Surnommé le Fantôme, il était aussi redoutable que Tia ou Enyalios.

 

- Viens donc t'asseoir et manger, tu as fait une longue route, c'est moi qui t'invite ! Fit Enyalios en poussant Enrick sur une chaise en bout de table.

 

- Toi qui l'invite ? Releva Linya en souriant à belles dents.

 

- Merci vieux, rétorqua Enrick entrant dans son jeu. Je savais pouvoir compter sur toi !

 

Tia grinça des dents et Lex lui prit la main, amusée par le duo improbable des deux mercenaires. Tia aurait dû se douter qu'Enyalios mettrait la main sur le Fantôme à la seconde où il avait appris son association avec elles. C'était une trop belle opportunité pour qu'il l'ignore.

 

- Bonjour vision enchanteresse, fit soudain Enrick d'une voix velouté en se penchant vers Linya. Enrick est mon nom, mais tu peux m'appeler meilleur amant du monde...

 

Linya éclata de rire avant de prendre la main qu'il lui tendait.

 

- Linya, une amie de Tia et Lex.

 

- Une amie très chère, fit Tia en plissant des yeux.

 

Loin de se formaliser, Enrick chuchota à l'attention de sa voisine :

 

- Je reste quelques jours, on aura le temps de faire connaissance loin de ces rabats joies, promis...

 

Un grognement mécontent d'Enyalios attira son attention. Il comprit aussitôt et un sourire carnassier étira le coin de sa bouche. Même ainsi les fossettes faisaient leur effet, il était sexy en diable et le savait. Défiant son partenaire du regard, il posa un bras sur le dossier de Linya qui ne faisait plus attention au jeune homme et se servait en riz.

 

Enyalios plissa les yeux puis sourit avant de s'adresser à Linya :

 

- Darling, j'ai bien envie de faire un tour en ville cet après-midi, tu m'y accompagnes ?

 

Linya lui jeta un regard surpris.

 

- C'est un peu soudain mais... ok.

 

Puis se tournant vers Enrick.

 

- Ça t'intéresse de visiter les environs ?

 

Un sourire éclatant répondit à sa question en même temps qu'une grimace de contrariété déformait le beau visage d'Enyalios. Stupéfaite, Tia prit conscience du béguin de son mentor pour son ex. Quand est-ce que c'était arrivé ?

 

Elle jeta un œil à Enrick et fit la moue. Si tous les deux se mettaient à draguer Linya cela allait vite devenir la surenchère au n'importe quoi, Enyalios n'ayant aucune limite et Enrick n'aimant pas perdre à quoi que ce soit. Elle détourna le regard et grimaça de plus belle. Si Linya ignorait superbement les deux hommes, sûrement parce qu'elle n'était pas consciente de l'effet qu'elle leur faisait, Lara en revanche bavait devant le nouveau venu.

 

Elle soupira en se pinçant le nez, fatiguée d'avance.

 

                                                                       ***

 

Peu après le déjeuner, alors que les deux mercenaires se préparaient pour la visite en ville, Linya fut conviée par Tia et Lex dans la cuisine. Elles la mirent au courant de l'entretien de Tia avec David et lui firent part de leur crainte.

 

Linya secoua la tête.

 

- Vous prenez ça dans le mauvais sens. Lara n'est pas aussi fragile qu'elle le paraît. C'est une guerrière comme ses mères. Mais également de nature à se culpabiliser. Comme toi Tia. Met-toi à sa place deux secondes. Dans une telle situation que ferais-tu ? Que voudrais-tu faire... mieux qu'aurais-tu besoin de faire ?

 

Tia réfléchit quelques secondes mais ce fut Lex qui répondit :

 

- Elle chercherait la confrontation. Elle a besoin de ça pour libérer ce qu'elle a besoin de dire. Pour libérer sa culpabilité. Après ça, pardonnée ou non, elle se sent mieux car elle a fait face et en le formulant à voix haute et devient donc capable d'accepter ce qu'elle a fait.

 

- Exactement, approuva la dirigeante. Donc ne vous inquiétez pas pour Lara. Même si David ne demande pas à la voir, vous devrez l'y emmener. Elle en a besoin. Mais ne la prévenez pas, elle pourrait s'effrayer avant d'arriver.

 

Tia hocha la tête, soulagée.

 

- Heureusement que tu es là, on est parfois si impliqué qu'on en devient trop prudente, fit-elle en prenant la main de Linya pour la presser gentiment.

 

Linya fixa leur main jointe, avala sa salive et la retira doucement, évitant son regard. Tia allait peut-être bien depuis qu'elle reformait un couple avec Lex mais pour sa part, elle avait toujours du mal à ne pas réagir à sa présence et se dire que tout était fini pour de bon restait douloureux.

 

Si ça n'avait pas été Lex, elle n'aurait pu être capable de la savoir avec une autre. L'embarras changea l'atmosphère. Lex fixa sa meilleure amie tristement. Si Linya partait après ça, la gêne allait s'installer entre elles trois et ça, il en était hors de question.

 

Alors Lex prit la main que Linya venait de dégager, noua ses doigts aux siens et la leva pour la passer sur sa joue. Lorsque son amie la regarda enfin, elle déposa un baiser sur le dos de celle-ci et reposa leurs mains jointes sur le plan de travail. Puis elle demanda, intriguée :

 

- Tu sais pourquoi Enyalios a appelé Enrick ?

 

- Il avait accepté un contrat avant l'assaut sur la Tribu du Désert et sa blessure l'empêche de l'honorer. Il veut qu'Enrick prenne le relais.

 

- Pourquoi ne m'a-t-il pas demandé de le remplacer ? Demanda Tia contrariée.

 

- Parce que ta famille a besoin de toi maintenant. T'absenter n'est pas une option.

 

Tia fit la grimace, convenant de la justesse du raisonnement.

 

- Il est très prévenant. Ses dehors d'enfant le font souvent oublier, hein ? Fit Linya en souriant doucement.

 

Lex la dévisagea, curieuse de l'expression de son amie. Elle ne lui avait jamais vu celle-ci et se demandait ce que cela signifiait. Suivant son intuition, elle lança un hameçon :

 

- En effet. Sans parler de son côté playboy qui peut aussi faire oublier son sérieux. Même moi je le trouve sexy parfois.

 

Linya rit et lâcha sans s'en rendre compte :

 

- Surtout quand il sourit, tu sais, un peu comme Tia, tu as dû le lui piquer d'ailleurs, fit-elle en se tournant vers la concernée avant de revenir à Lex, de cette façon totalement sûr de son charme. Ca le rend...

 

Lex approuva, enthousiaste et compléta sa phrase :

 

- Complètement sexy !

 

- Exactement !

 

Et le sourire de Linya se fit plus éclatant. Lex éclata de rire et Tia grogna. C'était une blague pas vrai ? Lex se tourna vers sa femme et l'embrassa sur la joue avant de lui chuchoter :

 

- Elle le trouve sexy depuis qu'elle l'a rencontré tu sais. C'est pas nouveau.

 

- Non, mais cette fois elle ne semble pas lutter contre, grinça Tia en retour.

 

- Jalouse, mon amour ? Fit Lex ironique. Mais de qui au final, là est toute la question... Après tout, les deux sont tes ex et les deux ont toujours beaucoup compté pour toi...

 

Tia la fusilla du regard et Lex se recula en ricanant. C'était quand même étrange d'être capable d'évoquer cela sans ressentir de jalousie. Les choses avaient bien changé. Elle était maintenant certaine des sentiments de Tia à son égard. Tellement que cela avait guéri son insécurité coutumière. Et ça, elle le devait à la situation rocambolesque qu'elles avaient vécue. Aussi peu plaisant que cela ait été à traverser, ça l'avait menée à ce moment, cette certitude. Comment le regretter dans ces conditions ? Elle devrait dire merci à Linya. En tout cas elle cessait de s'en vouloir d'être partie. Cela lui avait apporté bien trop de bonnes choses pour qu'elle puisse continuer à se culpabiliser.

 

- Au bruit que les garçons font, je devine qu'ils sont prêts, se moqua Linya en se redressant.

Elle déposa un baiser sur la main de Lex qui la tenait toujours et se dégagea en se levant.

 

- Vous vouliez discuter d'autre chose ?

 

- En fait oui, fit Tia. J'ai vu Harry après ma visite à David. Et ce qu'il m'a dit t'implique directement en tant que détentrice d'une vieille âme.

 

- D'accord, c'est urgent ou ça peut attendre ce soir ?

 

Tia consulta sa femme du regard et répondit :

 

- Ça peut attendre ce soir.

 

- Parfait, alors à ce soir !

 

Un petit salut de la main et elle était partie. Tia fixa sa femme et l'attira dans ses bras avec un sourire suggestif :

 

- Et nous on fait quoi en attendant ce soir, tu as une idée ? Parce que moi oui...

 

Lex rit, embrassa sa femme avec passion puis la repoussa en lâchant :

 

- Mon amour, nous avons quatre enfants qui réclament notre attention, alors ta libido, elle attendra aussi ce soir.

 

Sur ces bons mots elle laissa une Tia désappointée dans la cuisine et partit retrouver ses enfants dans le salon.

 

- Dépêche-toi, femme ! Cria-t-elle de l'autre pièce, ou on commence le pictionnary sans toi !

 

A ses mots Tia bondit de son siège et se précipita dans le salon. Avec le pictionnary, allait de pair le goûter aux tartines de Nutella et de miel. Du moins si elle gagnait. Mais elle gagnerait. Elle écrasait toujours tout le monde à ce jeu.

 

 

Chapitre 6 :

 

 

Après avoir été mise au courant des révélations d'Harry, Linya en parla à Enyalios qui approuva la décision de Tia de se rendre en Grèce. Linya acquiesça, elle aussi d'accord et fit part de celle-ci à ses amies. Dès lors les préparatifs du voyage s'enclenchèrent. Habituée à voyager avec efficacité, la petite famille fut prête en moins d'une journée.

 

Une fois mis au courant, Gin mis à leur disposition un des jets de la compagnie. Possédant des filiales dans chaque pays, ils possédaient un jet à disposition dans chacun d'entre eux. Avant de retrouver Tia, Gin ne voyait pas l'utilité d'en posséder plus d'un mais après avoir appris son travail et sa dangerosité il avait tenu à ce qu'en cas d'urgence, elle puisse compter sur une échappatoire où qu'elle soit.

 

Comme tout ce qui touchait à la compagnie que ses parents lui avait légué, Tia avait juste oublié ce détail.

 

- Bah ça a fait l'occasion de revoir Marcelius, releva Lex en haussant les épaules. D'ailleurs s'il se trouve dans le coin, ce serait bien de l'inviter à la maison pour le remercier.

 

- Il habite en Grèce Lex et pour affaire il ne reste que le strict minimum à l'étranger.

 

- Oui je sais, je parlais de lorsque l'on serait chez ton oncle.

 

- Oh...

 

La maison. Lex considérait la maison de son oncle comme la sienne, c'était... déstabilisant. Mais cela ferait très plaisir à Gin s'il l'apprenait. Et elles recevraient encore plus d'invitations à venir qu'elles n'en recevaient déjà, songea-t-elle avec une grimace. Oh et puis quelle importance ? Se dit-elle. Si cela faisait plaisir aux deux côtés de sa famille, autant y aller régulièrement. Rien ne s'y opposait dorénavant après tout. Sassem et Ashee étaient hors d'état de nuire, techniquement, sa famille n'avait plus rien à craindre.

 

- On pourrait peut-être y loger une partie de l'année si ça te plaît tant que ça, suggéra-t-elle alors.

 

- Lorsque les jumeaux auront terminé leurs études et qu'on aura trouvé des gens pour nous remplacer autre que Frédéric et Anna alors, fit-elle avec un sourire, les yeux brillants de cette perspective. Ils ont bien mérité leur retraite.

 

Tia hocha la tête.

 

- Et j'aimerais bien que Maki et Jiyeon parlent couramment notre langue maternelle, ajouta Lex presque timidement. A force de vivre ici on l'a un peu oubliée mais nous sommes Grecques avant tout Tia.

 

- C'est vrai... ça serait bien si on présentait un peu plus de leur héritage culturel aux enfants...

 

- Peut-être que les jumeaux pourraient choisir une université en Grèce ? S’enthousiasma soudain Lex.

 

- Il faudrait leur en parler oui. Ça pourrait leur faire du bien... un nouveau lieu pour un nouveau commencement...

 

Lex hocha la tête, ravie.

 

- On pourrait commencer avec ce voyage... leur présenter notre pays et les côtés positifs s'ils veulent y faire leurs études. Dans tous les cas, ça ne sera pas pour cette année, ils ont probablement encore raté leurs examens, déclara-t-elle avec une grimace.

 

- Je ne sais pas, l'année dernière ils les ont raté parce qu'ils ont manqué la date du passage de l'examen mais ils sont intelligents et possèdent une incroyable mémoire, il n'y a pas de raison de penser qu'ils échoueront cette fois, même s'ils n'avaient pas trop la tête à étudier.

 

Lex acquiesça.

 

- Je n'ai jamais compris pourquoi tu ne les avais pas simplement inscrits dans une école pour surdoués ou au moins demandé à ce qu'ils sautent des classes.

 

- Pour qu'ils aient une vie aussi normale que possible. On ne peut pas dire qu'elle ait commencé sous de bons auspices, j’espérais ainsi rétablir un semblant d'équilibre.

 

- Dans tous les cas, on n’a pas encore de remplaçant pour notre travail ici. Et même si on vivait une partie de l'année en Grèce il faudrait quand même que l'on revienne régulièrement. Ca nécessite une mise en place rigoureuse et le règlement de pas mal de détails.

 

- Pourquoi j'ai soudain l'impression que tu recules des quatre fers ? Souleva Tia intriguée.

 

- C'est juste une impression, chérie, répondit Lex en lui tapotant la main d'un air condescendant.

 

Linya entra dans le salon et le visage de Lex s'éclaira aussitôt. Tia ricana en comprenant son soudain changement d'attitude. Elle se pencha vers sa femme et lui chuchota :

 

- Ce n'est pas plutôt que tu ne sais pas encore comment convaincre ta seconde moitié de nous accompagner, aux dates qui te conviennent en plus ?

 

Lex la fusilla du regard.

 

- Je n'aurai aucun problème pour la convaincre, je n'ai qu'à lui dire que je veux qu'elle vienne et elle le fera.

 

Tia leva un sourcil, un peu agacée. Lex avait raison, elle possédait une influence sur Linya qui lui déplaisait fortement mais elle ne savait pas trop pourquoi. Même quand elles sortaient ensemble Linya ne pliait jamais devant elle si elle n'était pas d'accord. Ce passe-droit de Lex la rendait un peu jalouse, d'autant plus que ça l'excluait. Elle n'aimait pas que Lex possède une relation spéciale avec quelqu'un d'autre qu'elle.

 

A la suite de Linya, Enyalios apparut et alors qu'il lui faisait un petit signe, Tia sourit. Il pouvait parfois être exaspérant mais elle ne l'échangerait contre personne. Il était son meilleur ami depuis leur première rencontre. Il avait été son héros, son frère d'arme et il était toujours un appui même quand elle ne pensait pas avoir besoin de lui, comme lorsqu'il avait pris sur lui de retrouver Lex et de la remettre d'aplomb. Il avait des dehors d'enfant immature et boudeur mais en réalité il était profondément sérieux avec les gens qu'il aimait et elle apprenait de lui de nouvelles choses régulièrement. Il était toujours, quoi qu'elle dise à haute voix, son mentor. Et il le serait toujours, elle le savait.

 

Elle fronça soudain les sourcils. Elle aussi avait une relation spéciale avec quelqu'un autre que Lex finalement. Ça n'avait pas dû être facile à accepter mais sa femme ne s'était pas plainte une seule fois... et compte-tenu de son caractère ça n'était pas peu dire !

 

Elle jeta un œil à Lex qui lui retourna un regard entendu.

 

Elle devrait peut-être penser à refermer un peu ce lien... il ne laissait place à aucune intimité, songea-t-elle un peu gênée. Néanmoins elle se sentait soudain mieux vis-à-vis la relation de Lex et Linya. Moins menacée... Tia failli ricaner. C'était elle qui avait eu une liaison avec Linya et c'était pourtant elle qui se sentait menacée par la relation de sa maîtresse avec sa femme...

 

Un ricanement à ses côtés lui apprit que ses pensées n'avaient pas été plus personnelles que les précédentes. Elle adressa un sourire gênée à sa femme et rétrécit légèrement leur lien de manière à ce que chacune ressente les émotions de l'autre mais sans partager chaque pensée un peu trop forte.

 

Lex ne sembla pas apprécier puisqu'elle la fusilla du regard et lui envoya une vague de mécontentement mais comme elle lui envoya immédiatement après un sentiment de compréhension, elle sut que cela ne l'avait ennuyée que parce qu'elle l'avait décidé unilatéralement et mis en place un peu brutalement.

 

- Désolée, fit-elle en lui prenant la main.

 

- Ça ira pour cette fois Amina mais ne recommence pas, la communication est la clé de toute relation réussie, répondit Lex très sérieusement.

 

Amina hocha la tête et se pencha pour déposer un baiser sur les lèvres de sa femme. Mali était toujours si sérieuse. Elle adorait lorsque la jeune femme lui faisait la leçon comme un professeur à son élève. Ce qu'elles avaient été jusqu'à leur mariage d'ailleurs, rit-elle intérieurement, profondément satisfaite que ce soit elle que Mali ait choisi parmi toutes les propositions de mariage qu'elle avait reçues.

 

Puis Amina fronça les sourcils un peu perdue. A ses côtés Mali releva la tête, l'air tout aussi confus. Une seconde plus tard tout s’éclaircit et les deux femmes se dévisagèrent stupéfaites.

 

- Heu..., fit Lex, tu es Tia, pas Amina.

 

- Je l'ai été néanmoins, confirma la mercenaire. Et toi tu étais Mali en ce temps-là. C'est, si je me souviens bien, la seule autre vie ou toi et moi avions réussi à nous lier spirituellement comme maintenant... et la dernière avant que je ne déchire mon âme en deux...

 

Lex hocha la tête, un peu inquiète.

 

- C'est ce qu'Harry a prédit, non ?

 

Tia acquiesça et soupira.

 

- On aura bientôt nos réponses. Il faut juste que l'on tienne bon en attendant. On doit se surveiller et surveiller les jumeaux.

 

- Et Linya.

 

- Et Linya. Mince, fit-elle en fronçant les sourcils. Rhapsody.

 

Lex se mordilla la lèvre inférieure.

 

- Frédéric reste ici vu qu'il nous remplace dans nos tâches, d'ailleurs il va falloir que l'on trouve un moyen de le remercier, je trouve qu'on abuse un peu de sa gentillesse...

 

- Mais il est tellement compétent, releva Tia ennuyée, et les employés le respectent tous. Et il aime ce travail.

 

- Ça n'est pas une raison. Bref, tout ça pour dire que si on lui demande de surveiller Rhapsody...

 

- Non, ça n'ira pas, il a bien trop à faire.

 

L'expression de Tia s'éclaira.

 

- En revanche, si on engageait Enrick, lui pourrait veiller à ce que Rhapsody reste en bonne santé.

 

- Et tu lui diras quoi ? Je doute qu'il croit en notre histoire.

 

- Oh c'est inutile de lui donner nos raisons. C'est un contrat qu'on va lui proposer. Je vais lui demander de se faire engager comme employé chez Rhapsody et je lui dirai ce qu'il doit surveiller et comment agir, il n'a pas besoin d'en savoir plus. C'est l'avantage avec les mercenaires, sourit-elle en coin, ils ne posent pas de questions.

 

- Nous le faisons pourtant.

 

Un sourire ironique étira les lèvres de sa vis-à-vis.

 

- Une influence déplorable de ta part mon amour. Je me souviens encore de ce jour où tu m'as carrément fait du chantage pour m'obliger à réparer les torts causés par notre précédent contrat... vu la situation dans laquelle cela nous a mis par rapport à notre premier client, une mise au point a été nécessaire par la suite.

 

- Je ne t'ai jamais fait de chantage ! S'indigna sa femme.

 

Tia leva un sourcil et se contenta de sourire en lui envoyant les images du jour sus-cité via leur lien.

 

- C'était pas vraiment du chantage, marmonna la petite femme boudeuse. Bref, tant mieux si Enrick peut nous aider à ce sujet. Ce sera toujours ça en moins à se préoccuper.

 

- Tu n'aimes plus trop Rhapsody on dirait...

 

- Il est impossible de ne pas aimer Rhapsody. Ça m'aurait bien arrangé figure-toi mais non, impossible, elle est trop gentille et sincère.

 

- Et ça te réjouis dis donc ! Constata sa femme en riant.

 

- Elle a dragué ma femme pendant mon absence, n'importe qui à ma place serait ennuyé.

 

- Tu as pourtant dit que c'était ta faute plus que la sienne.

 

- Et c'est également la faute d’Ashee qui a joué avec le feu, oui, mais ça ne change rien. C'est ennuyeux.

 

Tia rit et attrapa sa femme. Elle déposa un baiser sur sa tempe et chuchota :

 

- Je connais un moyen de changer ton humeur radicalement... et on a pile le temps avant de devoir partir...

 

- Perverse, siffla Lex en lui jetant un regard en coin. Ça tombe bien, je suis moi aussi une perverse.

 

Le rire de Tia accompagna leur rapide retraite en direction de leur chambre.

 

                                                                       ***

 

- Bienvenue à la maison, fit son oncle en les accueillant à l'aéroport.

 

Un fin sourire étira les lèvres de la grande femme et elle rendit son regard à son oncle, heureuse de le revoir. Un instant ils se dévisagèrent attentivement, notant les détails qui avaient changé, le passage du temps et des épreuves sur le visage de chacun. Puis n'y tenant plus, Gin fit un pas en avant et prit sa nièce dans ses bras.

 

Son oncle était un des rares hommes de sa connaissance à être plus grand qu'elle et elle aimait la sensation qu'être dans ses bras lui procurait. C'était sécurisant. Elle avait découvert ce sentiment avec le temps, en laissant son oncle être plus proche d'elle. Elle ne regrettait pas d'avoir pris ce risque.

 

Elle croisa le regard de sa femme et la remercia silencieusement. C'était elle qui l'avait poussée à s'ouvrir à sa famille. Lex était la bénédiction de sa vie...

 

Elle quitta les bras de son oncle et accepta le baiser sur la joue avec un brin de timidité.

 

- Je suis contente d'être revenue, répondit-elle. Lizzie n'est pas venue ?

 

Pourtant Trinity était là. Sa cousine, avec qui les relations étaient soit tendues soit complices, semblait pour l'heure contente de la revoir. Elle déposa un baiser sur sa joue et répondit à la place de son père :

 

- Non, ma petite sœur craque complètement sur sa nouvelle petite amie et ne se résout que rarement à la laisser plus de quelques minutes seule.

 

- Tamara n'est plus dans le paysage ? S'étonna Lex en saluant sa cousine par alliance.

 

- Non, plus depuis que Lizzie a eu le coup de foudre pour Anne-Lise. Ça a été assez... radical, convient Trinity, et dur à avaler pour Tamara mais bon, elle-même était si paumée qu'elle a décidé que c'était mieux pour elles deux finalement. Après avoir fait une scène mémorable bien sûr.

 

- Leur relation était un peu trop intense pour Lizzie, fit Gin protecteur avec sa cadette, je suis heureux qu'elle ait trouvé quelqu'un de plus compatible avec elle. Anne-Lise est une gentille fille tu verras Tia.

 

- Elle vit avec vous ?

 

- Non mais elle passe beaucoup de temps chez nous quand même, releva Trinity un peu agacée. Je la trouve fainéante papa, désolée. Elle prétexte toujours qu'elle doit étudier mais vu qu'elle se retire avec Lizzie dans leur chambre, je doute que ce soit vraiment pour réviser. Elle est gentille oui et moins instable que Tamara mais ses études ne semblent qu'un prétexte pour ne pas chercher de petit boulot. Au moins Tamara se remettait souvent en question. Anne-Lise... se laisse vivre.

 

- Et comme tu as la fainéantise en horreur, tu ne la portes pas dans ton cœur, rit Tia. Je vois. Ok je me ferai ma propre opinion et vous dirai ce que j'en pense.

 

Gin et Trinity hochèrent la tête avant que sa cousine ne remarque :

 

- Où sont tes amis ? Je pensais que vous veniez plus nombreux ?

 

- Ils avaient du travail. Ils nous rejoindront plus tard.

 

- Je croyais que le beau gosse était blessé ? Contra Trinity désappointée.

 

- Il l'est mais il avait un contrat en cours. Comme il est blessé il ne s'occupe que de la partie « bureau ». Son partenaire, précisa Tia, devait faire tout le boulot au début, mais j'ai eu besoin de lui pour un autre travail. Alors Enyalios a proposé de scinder le travail en deux pour s'en débarrasser au plus vite. Il nous rejoindra bientôt ne t'en fait pas cousine, se moqua Tia.

 

- Parfait ! Rétorqua celle-ci satisfaite.

 

En sortant de l'aéroport pour rejoindre la limousine que son oncle avait amenée, Tia interrogea sa cousine sur l'état de sa vie amoureuse et plaisanta avec son oncle tout le long du trajet qui les conduisit chez lui.

 

Heureuse, Lex constata qu'une fois de plus, lorsque sa femme était dans ce pays, la légèreté envahissait son humeur. Elle aimait cet endroit. Ce pays était sa maison. Tia n'en avait pas conscience mais Lex si et elle était vraiment heureuse de voir que ce sentiment qu'elle ressentait vis-à-vis de la Grèce, était partagé. Même si à cause de ses relations avec son père, elle avait pendant plusieurs années considéré ce pays avec négativité, elle était prête désormais à les mettre de côté.

 

                                                                       ***

 

Les jours passèrent et Tia et Lex multiplièrent les visites avec leurs enfants, impatientes et ravies de leur faire découvrir les merveilles qui s'y cachaient. Elles n'oubliaient pas la raison principale de leur venue mais avaient décidé que pour une fois, et leur vie n'étant pas en jeu, elles prendraient le temps de vivre. Chose que les événements, qui n'avaient cessé de s'enchaîner, les avaient empêchées de faire. A quoi bon être ensemble si elles passaient leur vie entière à courir après le prochain feu à éteindre ? Elles ne savaient pas ce que l'avenir leur réservait, elles avaient donc bien l'intention de ne plus gâcher de temps. Et du reste, partir en laissant leurs enfants alors que rien ne semblait résolu pour eux ne leur plaisait pas.

 

Si les jumeaux ne parlaient toujours pas, ils semblaient moins stressés et ce, bien qu'ils fassent toujours de nombreux cauchemars. Sahel se remettait doucement et parlait plus souvent. Notamment de son futur mariage avec Lara. Tia et Lex n'avaient pas protesté, l'intéressée ayant l'âge de choisir et parce qu'elle en semblait très heureuse, même si elles trouvaient cela trop précipité.

 

Tia n'oubliait pas David et sa conviction que lui et Lara étaient des âmes sœurs et se demandait comment tout cela allait finir. Avant de partir, elle l'avait informé de leur voyage et l'avait invité à venir dès qu'il se sentirait prêt à parler à Lara et Len, s'il en avait envie. Elle lui promit qu'il ne craignait rien et pouvait même amener sa famille et/ou ses amis avec lui s'il le souhaitait.

 

Un matin, en discutant avec son oncle, elle prit conscience que cela ferait cinq ans dans quelques jours qu'elle avait rencontré Lex. Et le mois prochain ce serait son anniversaire de mariage ou de leur mise en couple, elle ne savait plus trop. Avec Lex il y avait tant d'anniversaire à célébrer qu'elle s'y perdait un peu, surtout depuis qu'elle y avait rajouté les anniversaires de leur réconciliation. Elles s'étaient presque séparées à deux reprises avant leur mariage. Et une fois après. Sa dernière lubie était donc de célébrer ces moments où leur amour avait été plus fort que leurs problèmes. Dans l'idée c'était romantique mais c'était un vrai casse-tête à retenir. Enfin, sauf le dernier. Cela l'avait presque anéantie, elle ne risquait pas d'oublier cette date. Néanmoins pour elle, le seul qui avait vraiment de l'importance était le jour de leur rencontre.

 

Il fallait qu'elle organise quelque chose. Cette dernière année avait été très dure et Lex le méritait bien. Elle prit conscience pour la première fois, que le jour où Lex l'avait quittée était arrivé deux jours après celui de leur rencontre... elle fit la grimace puis haussa les épaules. Ce qui était fait était fait, à quoi bon se laisser accabler de la sorte ? En tirer une leçon et avancer, c'est ce qu'elle avait appris avec sa femme, et Linya l'avait obligée à mettre ces acquis en pratique. Elle avait bien progressé grâce à elles et était capable de mettre tout cela en pratique seule maintenant.

 

Elle informa son oncle de son projet et la joie qu'elle lut sur son visage lui fit comprendre que Trinity ne tenait pas son enthousiasme des fêtes mondaines, de sa mère. Elle téléphona ensuite à Linya pour lui demander conseil. Elle était bien consciente que c'était cruel de sa part mais personne ne connaissait Lex mieux que Linya, et même si cela l'embêtait de le reconnaître, elle avait besoin d'elle pour donner à Lex la fête dont elle rêvait.

 

- Mais pas de fête d'une semaine cette fois, prévint-elle sa conseillère.

 

Au bout du fil, Linya eut un petit rire.

 

- Ne t'en fait pas, ça ne l'intéresserait plus de toute façon, elle a beaucoup évolué.

 

- Mais elle aime toujours les fêtes non ? S'inquiéta soudain Tia.

 

- Tout à fait.

 

- Tu pourrais t'en occuper ?

 

- Tu veux vraiment faire une fête ? S'étonna la dirigeante.

 

- Oui, pourquoi ?

 

- Eh bien, c'est votre rencontre, quelque chose d'intime me paraît plus approprié. Et je pense qu'elle aussi préférerait.

 

- Tu crois ?

 

- Oui. Essaie une soirée romantique, avec milles attentions. Je suis certaine qu'elle sera aux anges. Quant à la fête... et si à la place, le jour anniversaire de votre mariage, tu préparais une nouvelle cérémonie ?

 

- Comme... un renouvellement des vœux ?

 

- Exactement.

 

Les yeux de Tia s'illuminèrent soudain. Un renouvellement de vœux, Lex allait adorer ! De plus c'était complètement approprié étant donné ce qu'elles avaient traversé depuis. Ce serait comme un nouveau départ.

 

- Ce serait génial ! S'exclama-t-elle ravie. Et ici où nous sommes nées, Lex va adorer ! Elle t'a dit qu'elle voulait qu'on vive une partie de l'année ici ? C'est encore plus parfait du coup !

 

Linya rit de son enthousiasme enfantin et répondit :

 

- Oui elle m'a dit. Elle m'a aussi ordonné de venir avec vous ces mois là.

 

- Ah carrément... elle te prend pour son jouet c'est... je suis désolée Lin...

 

Linya haussa les épaules.

 

- Ordonné est peut-être un peu fort. Ça s'apparente à son dernier caprice. J'ai l'habitude d'être la cible de ses caprices et c'est un peu de ma faute si elle m'en fait. Après tout je la laisse bien faire, soupira-t-elle.

 

- Pourquoi d'ailleurs ? Je me le suis toujours demandé...

 

- Quand j'étais enfant, lorsque la mère de Lex est morte, mes parents m'ont appris de quoi exactement et ils avaient l'air si gêné d'en parler et si désolé que j'ai fait quelques recherches. Lorsque j'ai découvert que c'était héréditaire, que Lex avait 50% de chance d'en mourir et de mourir jeune qui plus est, j'ai eu énormément de peine. Pas pour elle mais pour moi. Ensuite j'ai été désolée pour elle, je ne trouvais ça pas juste qu'elle puisse perdre sa mère et risquer de mourir de la même façon sans avoir eu le temps de vraiment vivre. Et je me suis jurée deux choses ce jour là. La première que je profiterais de chaque seconde que la vie nous donnait ensemble. Ce qui impliquait pas de dispute, les disputes sont une perte de temps et je l'aimais trop pour vouloir en perdre. La seconde, que je ferais tout pour qu'elle parte aussi heureuse que possible. Ça nous a considérablement rapprochées mais ça n'a pas été pas sans sacrifice de ma part. Mais j'ai toujours pensé et je pense toujours, que ça en vaut la peine.

 

- Donc tu vas venir vivre en Grèce les mois où nous y seront, affirma Tia.

 

Linya acquiesça et ajouta :

 

- Mais tu sais même si elle ne l'avait pas demandé je serais venue. J'ai deux petites filles maintenant, je n'ai pas envie qu'elles se demandent où je suis passée encore une fois.

 

Tia sourit. Ses jumelles avaient complètement séduit leur troisième maman. Elles étaient aussi têtues et manipulatrices que Lex. Entre les caprices de Lex et des jumelles, l'avenir de Linya ne risquait pas d'être de tout repos, songea la mercenaire en gloussant. Elle adorait ça. Avoir une famille aussi fournie et liée. Certes elle était complètement disparate mais chacun des membres de cette famille avait choisi les autres avec son cœur et son âme. C'était idéal et plus solide que n'importe quoi. De plus la sienne était incomparablement chaleureuse. Elle soupira d'aise. Si on lui avait dit peu avant qu'elle ne rencontre Lex qu'un jour elle ferait partie d'une famille, qui plus est aussi spéciale, elle aurait traité la personne de folle.

 

Elle remercia Linya et lui posa ensuite diverses questions sur Lyoko et elle, puis raccrocha. Elle se leva, attrapa sa veste, prévint son oncle qu'elle sortait en ville afin qu'il lui trouve un alibi pour Lex et prit sa voiture favorite quand elle était chez lui, une PGO Speedster II. Inconnu de la plupart des gens, les PGO venaient de France, d'un petit constructeur automobile qui s'était fait une spécialité des voitures néo-rétro. Tout le design était rétro et la conception était moderne. Sa Speedster II bénéficiait d'un moteur 1600 turbo BMW. Elle adorait cette voiture. Il fallait qu'elle trouve un moyen de convaincre son oncle de la lui offrir, mais il y était aussi attaché qu'elle, si bien que ses tractations étaient restées lettres mortes jusque là.

 

En arrivant en ville, Tia gara sa voiture avec soin et commença à se promener, détaillant les devantures et les menus à la recherche du meilleur restaurant pour son dîner en tête à tête avec Lex.

 

Après une demi-heure, elle aperçut de l'autre côté de la rue une devanture style petite auberge Française des années 40, tout à fait dans le thème qu'elle recherchait. Bien trop de chichi pour elle mais elle était certaine que Lex tomberait sous le charme. Elle vérifia le menu, entra dans le restaurant et approuva le décor. Elle négocia ensuite avec la propriétaire pour la location de la salle entière pour elles seules puis ressortit, satisfaite du prix obtenu.

 

En sortant, ce fut comme si un déclic se produisit. L'aubergiste, dans un Français parfait lui dit :

 

- Au revoir et merci encore de votre visite.

 

Au même moment, un majordome lui ouvrit la porte en s'inclinant légèrement et en se retrouvant sur le trottoir, elle se souvint qu'elle s'appelait en réalité Cassandra. Elle était née et avait grandi en France, en tant que fille et seule héritière du Duc de Bavière. Sous Charlemagne, la Bavière avait été annexée à la France et son arrière arrière grand-père en avait hérité pour service rendu. Elle était la première femme qui en hériterait personnellement.

 

Son père avait bien compris que le mariage n'était pas une option et que même si elle finissait par céder à quelqu'un, elle entendait bien conserver la jouissance de ses biens, il avait donc pris ses dispositions.

 

A l'époque son père était bien le seul à accepter son tempérament fougueux et ses manières peu féminines. Elle était si constamment critiquée qu'elle avait fini par, du moins en apparence, rentrer dans le rang afin que son père ne subisse plus de blâme. Elle l'aimait profondément et le respectait encore plus. Il la laissait vivre comme elle le souhaitait, mais elle ne pouvait supporter d'apporter l'opprobre sur sa réputation par ailleurs sans tâche.

 

Aussi avait-elle pris l'habitude, pour se défouler, de se grimer en homme les soirs et de sortir en ville, où qu'elle se trouva. Une nuit, elle était tombée sur deux hommes qui agressaient une jeune fille. Elle avait rapidement mit fin à l'assaut. Comme il faisait nuit et qu'elle portait une cape noire dont le capuchon était relevé sur sa tête, elle avait été surnommé Capeline par la jeune fille qu'elle avait sauvée.

 

Dès lors elle était sortie chaque soir, en quête d'un ou deux malotrus à corriger. Elle était devenue l’héroïne du peuple sans jamais que celui-ci ne sache réellement qui elle était. Elle était Capeline et cela lui suffisait.

 

Aussi, lorsqu'elle passa près d'une ruelle où deux adolescents se faisaient malmener par une bande de petites frappes, l'héroïne en elle ressurgit.

 

Redressant les épaules, elle s'engouffra dans la ruelle et avec un cri de guerre, venu d'une autre existence, bondit sur les agresseurs.

 

Chapitre 7 :

 

 

Le lendemain Tia profitait du soleil, assise sur une des chaises longues installées près de la piscine en repensant à la veille.

 

Après avoir mis K.O les agresseurs des deux adolescents, elle avait retrouvé sa véritable personnalité et s'était enfuie, confuse et déstabilisée. Elle se souvenait de plus en plus souvent de ses autres vies mais la plupart du temps cela ressurgissait calmement. Ca n'était pas agréable et pire, cela ne partait pas, c'était de nouvelles connaissances à ajouter aux précédentes mais c'était calme.

 

Parfois le retour de ses souvenirs, comme pour Lex et les jumeaux d'ailleurs, prenaient la forme de rêve qui tournait aux cauchemars. Lorsque, comme la nuit passée, cela prenait complètement le pas sur son identité présente, cela devenait dangereux.

 

Jusque-là cela c'était limité à quelques secondes, avec Lex qui plus est, à revivre des conversations simples et sans danger. Hier soir... les choses commençaient à devenir sérieuses.

 

Pourtant en rentrant elle n'en avait pas parlé à sa femme. Lex semblait sereine et la décision qu'elles avaient prise de prendre le temps de vivre la rendait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été. Elle aussi ressentait un vrai plaisir à l'idée de savoir qu’elles ne passeraient plus à côté des petites choses qui faisaient les moments de bonheur d'une vie. On ne pouvait construire le bonheur qu'ainsi après tout. Et comme de toute façon elles devaient attendre l’arrivée de Linya et Enyalios pour se rendre aux Temples interroger les Dieux, il ne servait pas à grand-chose d’en parler.

 

Elle avait appris longtemps auparavant à mettre de côté les choses qui ne nécessitaient pas d'être traitées dans la seconde quelle que soit la pression ou l'urgence de la situation. Lex ne savait pas faire cela. Elle réagissait instinctivement, avec tout son cœur. L’excuse était bonne même si Lex ne verrait pas les choses ainsi.

 

Ce n'était à proprement parler pas un mensonge, c'était son rôle d'épouse que de la protéger des choses inutiles qu'elle pouvait gérer seule.

 

« Je me ferai pardonner, conclu-t-elle, lorsque je lui avouerai tout devant les Temples. Pour l'heure, j'ai un programme journalier à mettre au point. »

 

En effet, David avait appelé tôt le matin même. Il était prêt à voir Lara. Il avait beaucoup de questions. Il voulait voir Len aussi. Mais ses parents ne souhaitaient pas le laisser partir seul malgré son insistance, aussi avait-il requis la permission de les emmener. Tia avait naturellement accepté. Mais lorsqu'il avait expliqué qu'ils ne pourraient avoir de congés d'été avant un bon mois, Tia avait grimacé. Elle doutait que Lex et elle tiennent autant de temps et elle voulait à être présente pour la confrontation entre Lara et lui.

 

Puis elle avait eu une idée parfaite. Elle lui avait dit qu'elle s'occupait de tout et qu'elle rappellerait dans la journée.

 

Malheureusement le décalage horaire entre la Grèce et l'Ontario était de 7 heures et Tia devait attendre pour appeler la personne qu'elle avait en tête. David avait manifestement eu une insomnie mais elle doutait que ce soit le cas de tout le monde.

 

Une heure plus tard, son plan établi, elle s'étira comme un chat et bailla à s'en décrocher la mâchoire, prête à se mettre au boulot. Elle se redressait lorsque sa femme la rejoignit sur le siège à côté d'elle. Un sourire et Tia oublia ce qu'elle devait faire. Lex était si jolie lorsqu'elle souriait comme ça.

 

Lex rit et déclara :

 

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu cette expression niaise sur ton visage, mon amour.

 

- Ce n'est pas niais, rétorqua l'intéressée sans la quitter des yeux, sereine, c'est amoureux. Il n’y a que toi pour me faire ça.

 

Tia enroula ses bras autour de ses genoux et posa sa joue dessus pour regarder sa femme de côté.

 

- Je t'aime et parfois cela me submerge tellement que si je ne te le dis pas j'aurais l'impression de ne pas en profiter complètement. A d'autres moments cela me possède si totalement que je ne peux que te contempler sans rien dire. Tu me réduis au silence et plus rien d'autre n'existe que toi devant moi.

 

Émue, Lex sentit une boule resserrer sa gorge. Elle mit plusieurs secondes à l'avaler et lorsqu'elle put enfin parler, sa voix se cassa sur certains mots.

 

- Tu sais comment parler aux femmes toi, fit-elle en refoulant ses larmes derrière un petit rire ému.

 

Elle se laissa glisser au bas de sa chaise et se mit à genoux devant sa femme, poussant son visage du front pour glisser sa tête sur les genoux que Tia enserrait toujours. Ses bras avaient rejoint ceux de Tia, autour de ses jambes. La grande femme déposa un baiser sur son front puis posa sa joue contre son visage et ferma les yeux.

 

Cet instant était unique. Magique et merveilleux tout à la fois. Suspendu hors du temps, elle se fichait bien de savoir dans quelle vie elle était cette fois, quelle identité elle possédait ou bien son nom. Elle était avec son âme sœur et c'était une réalité qu'aucune vie n'avait jamais pu changer. Une réalité à laquelle, même si elle finissait par perdre pied, elle pourrait toujours se raccrocher.

 

- Tu es tout pour moi, chuchota-t-elle son souffle chatouillant l'oreille de Lex. Je n'ai besoin de rien d'autre.

 

Lex frissonna d'un bonheur absolu.

 

Elles recommençaient, songea la petite femme. A nouveau, elles ne vivaient plus que l'une pour l'autre, se moquant bien de qui était présent ou non, se moquant de perdre quiconque tant que ce n'était pas l'autre.

 

Mais c'était mal. Elles avaient quatre enfants, une famille et des amis qui les aimaient tant qu'ils retourneraient le monde pour elles. Gin, en fait, l'avait déjà fait pour Tia. C'était mal. Elles avaient voulu ces enfants, elles avaient voulu cette famille, farouchement, malgré leurs insécurités affectives, malgré le danger dans lequel elles les mettaient à les vouloir tant. C'était mal de les traiter avec si peu d'égard après tout ça.

 

C'était mal oui, mais c'était plus fort qu'elles. Jamais rien ne serait capable de remplacer ce que chacune était pour l'autre. Jamais.

 

- C'est mal, dit-elle doucement.

 

- Je m'en fiche, répondit Tia sur le même ton.

 

Lex sourit, le cœur empli de tant d'amour et de joie qu'elle savait que personne dans le monde ne pouvait être aussi heureuse qu'elle. Que personne ne le serait jamais. Que son futur avec cette femme serait éternel quoi qu'en disent les Dieux. Et elle fut désolée pour le reste du monde. Ne jamais connaître ce qu'elles vivaient étaient probablement ce qui pouvait arriver de pire aux gens.

 

Oui, elles avaient souffert, mais sans cette souffrance il n'y aurait pas cet amour. C'était toute ces situations impossibles, ces douleurs insupportables qu'elles avaient supportées, qu’elles s'étaient infligées l'une à l'autre, c'était tout cela qui avait forgé ce lien indestructible et source d'une joie sans commune mesure.

 

Elle ne regrettait rien. Elle ne regretterait plus jamais son passé, aussi noir soit-il, car il lui avait offert Tia et cet instant sans pareil, qu'elle n'échangerait pas même contre ses enfants, aussi égoïste que ce soit. Elle était une mauvaise mère probablement, mais elle avait une femme extraordinaire et ne voulait qu'elle. C'était ainsi et elle l'accepta.

 

Lex releva la tête et dévisagea sa mercenaire de femme, ayant l'impression tenace qu'elle ne méritait pas la chance qu'elle avait mais s'en fichant bien. Elle était si belle sa Tia, Xena, Amina, Sara, Luana, Mia, Anita... il y avait eu tant de noms, tant de vies et toujours cet impossible amour, si profond, si dément, si indestructible qu'il était forcément béni des Dieux.

 

- Si ce n'est pas les Dieux qui nous ont donné cet amour alors ils doivent en être jaloux, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser sur la bouche beaucoup trop tentatrice de sa femme.

 

Elle lâcha les jambes de Tia pour attirer son visage à elle et approfondir le baiser. Le calme devint passion et l'amour devint luxure. Tia étendit ses jambes et Lex s'assit à califourchon, la repoussant contre le dossier tout en faisant courir ses mains sur son corps parfait. Elle trouva rapidement les attaches du bikini qu'elle avait enfilé pour lui faire plaisir et tira dessus.

 

- Dites, vous deux, vous avez une chambre vous savez, soupira Trinity en se laissant tomber sur le siège que Lex venait de quitter.

 

Les deux femmes interrompirent leur baiser et essoufflées, fusillèrent du regard une Trinity superbement indifférente à leur mauvaise humeur. Elle les fixa et leva un sourcil avant de déclarer :

 

- Ces derniers jours, où que l'on se rende dans cette maison, on vous y trouve en train de faire des galipettes. Elle est grande pourtant cette maison. Mais quelqu'un doit s'amuser là-haut car papa et moi on ne fait que de tomber sur vous et ça va peut-être vous surprendre, mais ce n'est pas mon passe-temps favori que de zyeuter les ébats amoureux de ma cousine. Donc ou vous apprenez à vous retenir, ou vous le faites dans votre chambre.

 

Elle tourna la tête, déplia son journal et ajouta :

 

- Et puis vous avez des enfants. Je suis certaine qu'ils sont tombés sur vous une fois ou deux eux aussi. Bonjour le choc. Traumatisés à vie ces pauvres gosses.

 

Tia sentit sa mâchoire se décrocher avant de se redresser, embarrassée à l'idée que Len et Lara ait pu les voir en train de... Lex se racla la gorge, aussi gênée qu'elle et s'empressa de s'asseoir sur la chaise longue de l'autre côté de Tia. Trinity était douée pour casser l'ambiance. Le petit sourire en coin de sa cousine lui apprit que c'était voulu et Tia grimaça. Elle était redoutable quand elle le voulait. Puis elle sourit, fière d'être de la même famille qu'elle.

 

- Je sais que c'est la mode des super-héros en ce moment, fit soudain Trinity agacée, mais doit-on vraiment avoir des inconscients qui jouent à ça aussi dans la vie de tous les jours ?

 

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Fit Tia contente de changer de sujet.

 

- Y'a un mec qui s'est pris pour Thor ou un truc du genre hier soir, fit sa cousine en lui montrant la une du journal.

 

Tia tendit la main, saisie par une soudaine inquiétude et prit le journal.

 

- Bah ne te gêne pas surtout.

 

Tia ne répondit pas et lut l'article. Elle reconnut à la description faite par le journaliste, le lieu où elle avait sauvé les deux adolescents la veille et comprit que cet article était à ce propos. Apparemment il avait fait trop sombre pour qu'ils la voient correctement et la prenaient pour un homme ce qui la soulagea. En lisant l'interview donnée par les deux garçons, elle comprit pourquoi le journal local avait décidé de faire la une sur un fait, somme toute, banal.

 

Elle avait sauté par-dessus la tête des agresseurs comme si elle volait et assommé les malfrats dans une succession de mouvements si rapide qu'ils en avaient été flous. Sans parler du moment où elle avait jeté, purement et simplement, un des objets qui traînait, une canette si elle se souvenait bien, et l'avait fait rebondir sur les murs et les gens comme si c'était une balle de flipper.

 

Hum, si Lex lisait l'article elle allait vite comprendre qui avait agi. Peu de gens étaient capables d'utiliser une canette comme... eh bien un chakram.

 

- De toute évidence ils étaient drogués ces gosses ou bourrés mais peu importe, fit Trinity toujours irritée, ce qui est dangereux c'est que les journalistes en parlent comme si c'était un justicier et un super-héros. Les super-héros ça n'existe pas. La seule chose qui va arriver avec ce genre d'article c'est le nombre de jeunes qui voudront l'imiter et qui vont devenir de vulgaires victimes. 

 

- C'est sûr que vu comme ça..., acquiesça Tia en jetant un regard en coin à sa femme.

 

Heureusement, celle-ci semblait plus intéressée par l'application uniforme de sa crème solaire que par les propos de Trinity. Il faut dire que Lex détestait les coups de soleil, cela nuisait à l'uniformité de son bronzage et gâchait les heures passées à en prendre soin d'après elle. Soudain distraite par la crème que sa femme appliquait sur son ventre plat et le haut de sa poitrine, Tia avala sa salive et rendit le journal à sa cousine sans la regarder.

 

- Attends je vais t'aider.

 

Joignant le geste à la parole, elle attrapa la bouteille de crème solaire et lui fit signe de se mettre sur le ventre pour lui en appliquer sur le dos. Elle se mit à califourchon sur ses reins et entreprit d'étaler la crème avec beaucoup d'application. Lorsque les mains glissèrent jusqu'à la poitrine de l'intéressée, Lex rit en lâchant :

 

- Je pense que le tissu est à même de me protéger à cet endroit madame la perverse. La crème est donc inutile.

 

- Non, non, non, rétorqua doctement la grande femme, on ne sait jamais ce qui peut arriver, un bikini qui tombe peut si vite arriver.

 

Trinity les fixa quelques secondes, mécontente, avant de se mettre sur pied et de partir en grommelant qu'elles étaient toutes les deux des nymphomanes sans aucun égard pour les autres habitants de la maison.

 

Tia rit alors qu'elle se penchait pour mordiller le cou de sa femme en approfondissant le massage sur sa poitrine.

 

- Il faut bien qu'elle pénètre, chuchota-t-elle alors que Lex se retournait pour l'embrasser.

 

- Sûr, répondit la petite femme en attrapant les lèvres de sa bien-aimée, les coups de soleil peuvent être méchants.

 

- Je suggère d'en mettre là aussi, ajouta la mercenaire en glissant les doigts sous le tissu de la culotte.

 

Lex se mordit la lèvre inférieure pour retenir un gémissement sonore et se cambra.

 

- NYMPHOMANES PRES DE LA PISCINE ! Cria Trinity à l'attention des habitants de la maison. NE PAS APPROCHER !

 

Tia et Lex sursautèrent et la fixèrent alors qu'elle se retournait avec un sourire carnassier.

 

                                                                       ***

 

Satisfaite, Tia raccrocha le téléphone. Tout s'était passé comme sur des roulettes et dès le lendemain de nouveaux invités feraient leur apparition. Elle devait maintenant prévenir son oncle et mettre Lara et Len au courant. Une fois tout ce dur labeur effectué, il lui faudrait prévenir sa femme. Elle allait sauter de joie... Néanmoins elle savait qu'elle avait fait le bon choix.

 

Rhapsody n'était pas méchante et même si Lex ne l'appréciait pas trop en ce moment, elle l'aimait bien quand même. Sans compter que ce serait plus simple de la garder à l'œil ainsi. Relever Enrick de ses fonctions n'avait pas semblé enchanter le mercenaire et cela l'avait fait ricaner. Elle était sûre que cet idiot allait tomber sous son charme. Et qui ne l'aurait pas fait ? Rhapsody était jolie à croquer. Malgré son interdiction de la draguer, elle savait qu'il n'aurait pas hésité et était ravie de lui couper l'herbe sous le pied. Après tout ce qu'elle avait traversé, Rhapsody méritait mieux qu'un playboy venu lui briser le cœur.

 

Elle était heureuse de sa venue pour une autre raison également. Depuis le temps qu'elle parlait de son amie à son oncle, elle était presque excitée de pouvoir la lui présenter. Elle qui n'avait jamais eu d'amie à proprement parler, ni une famille à laquelle les présenter, appréhendait tout en attendant avec impatience de vivre une scène de vie normale. Enyalios et Linya étaient si liés à sa vie « anormale » qu'elle n'avait jamais ressenti ce sentiment en les présentant à son oncle. Rhapsody, avait beau être Lao Ma, elle n'avait aucun souvenir de cette vie et était complètement hors de son monde violent et mystique. Elle s'était attaché son amitié par elle-même, sans artifice, séduction ou quoi que ce soit. Cette relation lui en était donc d'autant plus précieuse.

 

Elle regrettait seulement de ne pas pouvoir faire venir Argo. Elle soupira tristement en songeant à la jument et au temps qui les séparait de leurs prochaines retrouvailles.

 

Se levant elle partit en quête de son oncle qu'elle trouva dans son bureau en train de compulser un rapport sur leur compagnie avec sa fille. Elle oubliait tout le temps que Trinty était une crack dans son domaine et qu'elle travaillait comme assistante, entre autre, pour son père. Donc techniquement elle bossait pour elle, songea Tia en ricanant intérieurement, fait intéressant à lui rappeler.

 

Elle les mit au courant de l'arrivée de Rhapsody, de ses enfants et de David. S'ensuivit une discussion sur ses projets de la journée et les leurs. Cela rappela à Tia la conversation qu'elle avait eue avec Linya et l'idée que cela lui avait donné.

 

- Dans un mois c'est notre anniversaire de mariage à moi et Lex et après tout ce qu'on a vécu dernièrement, j'avais envie de marquer le coup. Je voudrais qu'on renouvelle nos vœux. Et je voulais le faire ici... cela vous ennuierait ?

 

Le visage de son oncle s'éclaira et Trinity eut un gentil sourire en coin.

 

- Tu es chez toi ici, répondit sa cousine. Tu n'as pas besoin de demander la permission pour quoi que ce soit. Invite-nous plutôt, demande nous si nous sommes libres.

 

Tia se fendit d'un sourire joyeux, certaine maintenant que vivre ici une partie de l'année était la chose à faire. Elle profita de ce moment familial pour leur parler des projets qu'elle et Lex nourrissaient et ils en parurent enchantés. Ragaillardie, Tia repartit, en quête de Lara et  Len.

 

En passant de la porte fenêtre d'un des salons, elle aperçut Lara avec Lex et s'approcha. Lorsqu'elle entendit le nom de Kara Némaïos, Tia se figea. La conversation était privée et sérieuse mais Tia ne recula pas. Cette conversation à propos de cette ex qui avait perdu l'esprit et torturé sa femme, elle la souhaitait depuis longtemps. Mais Lex n'avait jamais semblé encline à aborder le sujet. Une des raisons probablement de leur éloignement. Tia aurait dû la forcer à s'ouvrir. Si elle le faisait maintenant, c'est qu'elle devait se sentir prête. Et elle, elle l'était à écouter son histoire.

 

                                                                       ***

 

- Parfois, j'ai l'impression que notre famille est maudite. Depuis aussi loin que je me souvienne, et crois-moi Lara, cela remonte à bien plus loin que tu ne l'imagines, notre vie à tous, à toi, ton frère, ta mère et moi, est jalonnée de souffrances. Tu penses sûrement que ce que tu as fait, ce que tu t'es découverte capable de faire, fait de toi une personne mauvaise. Mais je peux t'assurer du contraire. Le mal, je l'ai rencontré. Et plus d'une fois malheureusement.

 

Lex s'arrêta et baissa les yeux sur le sol, revivant probablement un des pires souvenirs de son existence.

 

- J'ai été touché par lui. Aujourd'hui on parlerait de viol j'imagine. Violée par le démon. C'est ce qui m'est arrivé.

 

Elle sentit le choc lorsque Lara se retourna vivement vers elle.

 

- Je suis tombée enceinte. Une petite fille. Adorable. Je le pensais vraiment. Mais c'était faux. Enfin peu importe, fit-elle en se tournant vers Lara. Si je te raconte cela c'est pour que tu comprennes bien que je sais ce qu'est le mal. Lorsque j'ai parlé de démon ce n'était pas une métaphore. Le tien et celui de Len se nommait Dévoreur, le mien Dahak. Il s'est servi de moi comme le dévoreur s'est servi de vous. Au final, par ma faute, un enfant innocent est mort.

 

Lara prit la main de sa mère et la serra doucement. Elle était loin d'imaginer qu'elle avait pu vivre des choses pareilles. D'abord sa maman leur apprenait dans quel monde et à côté de quel monstre elle avait grandi, leur père, ce démon à visage humain qui avait ravagé des pays entiers. Et maintenant Lex, sa douce Lex. Elle était tête en l'air, têtue, autoritaire parfois, mais innocente surtout. C'était un qualificatif qui venait spontanément aux lèvres lorsque l'on songeait à elle. Elle était empreinte de douceur. A chaque fois qu'elle lui parlait ou parlait à un autre de ses enfants, sa douceur est ce qui ressortait le plus. Lex avait tant d'amour à donner. Comment qui que ce soit pouvait avoir envie de salir ça ?

 

Sa seconde mère avait peut-être bien raison, leur famille était maudite.

 

- Depuis j'ai commis beaucoup d'autres erreurs, qui ont parfois amené à plus de mort ou de souffrance. Ta mère en a commis beaucoup également. 

 

Lex réfléchit un instant puis reprit :

 

- Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que la souffrance ta mère et moi on connaît bien. Intimement même. Les réactions, les pensées que cela engendre on les connaît par cœur. A ton frère et toi, nous avons caché beaucoup de choses pour votre bien. Mais ce que vous traversez aujourd'hui, nous l'avons fait également. Le garder pour soi, ça aussi nous l'avons fait et je peux t'assurer que ce n'est pas la solution, ça ne l'a jamais été.

 

Lex dévisagea sa fille et vit combien elle faisait d'efforts pour se montrer à la hauteur de ses confidences. L'espoir dans ses yeux était si ardent que c'était douloureux à regarder.

 

- Il y a quelques années, pas si loin en arrière que ça, lors d'une mission où j'essayais de sortir ta mère d'une situation délicate en Italie, j'ai été enlevée. Par une ex-collègue qui en plus d'avoir un sérieux grain, avait aussi une dent contre ta mère. Son plan était simple, tout est toujours simple pour Kara Némaïos... même lorsqu'elle s'appelait Callisto...

 

Elle ne l'avait pas réalisé avant, mais oui, Kara était Callisto. Vouée à haïr Xena quelles que soient les époques. Pourtant elle avait été réincarnée en Eve, comme une seconde chance pour les âmes de Callisto et Xena. Comment, dans cette vie pouvait-elle être deux ? Une autre chose frappa alors Lex. Lara possédait l'âme de Callisto et donc tous ses souvenirs. Ses actions s'éclairaient sous un nouveau jour... La jubilation devant la souffrance qu'elle infligeait provenait de cette époque en tant que Callisto. Lara n'avait été qu'un jouet dans les mains d’Ashee... mais comment lui expliquer cela ?

 

Lex se racla la gorge, incertaine de la façon dont la jeune fille allait prendre ses révélations.

 

- J'ai deux choses à te révéler sur Kara Némaïos. La première, elle m'a torturée pendant des jours entiers justes pour le plaisir. J'ai eu énormément de mal à m'en remettre. Et mon erreur est de ne pas en avoir parlé avec ta mère ou quelqu'un d'autre. Cela a même failli nous séparer...

 

Lex soupira.

 

- Ce qu'elle m'a fait, aussi douloureux que cela ait été, n'est pas le pire. Le pire lorsque quelqu'un te torture, c'est qu'il ne le fait pas que physiquement. Il attaque ton esprit, t’affaiblit, te fait croire que tu es seule, que c'est ainsi que ta vie prendra fin, dans la solitude et la douleur. Il te fait croire que tu es impuissante, que tu ne peux pas répliquer, rendre les coups que l'on te donne. Il te met en colère, te donne une rage si noire et si profonde qu'elle s'ancre dans ton âme avec aucun espoir d'en être libéré un jour. Cette rage et ta profonde solitude et tous ces cauchemars qui ne s'arrêtent jamais et te font croire, même lorsque tu as été sauvée, que tu es de retour là-bas, dans cet endroit où il n'y avait aucune lumière, aucun espoir, seule avec la douleur à contempler les quatre murs qui deviennent ton tombeau. Tout ceci Lara tu ne peux pas t'en libérer, pas si ne le formules pas à haute voix, pas si tu ne pleures pas sur ce qu'elle t'a pris. Sur cette innocence qu'elle t'a volée, forçant toutes les barrières de ton esprit et les brisant une à une. Lorsque tu sors d'une telle épreuve, tu crois être la seule affectée mais c'est faux.

 

Lara était comme hypnotisée par le feu qui brûlait au fond des yeux verts de sa mère. Un feu semblable à ce qui se cachait depuis leur retour dans ceux de son frère. Et elle comprit qu'elle et lui, chacun à leur façon avaient été les victimes de ce que sa mère était en train de lui conter.

 

- Cette rage, ces cauchemars et cette souffrance que tu ne peux pas oublier, te forcent à te renfermer. Et dès lors, chaque relation que tu as eue change. Rien n'est plus comme avant. Tu le sais, tu le sens et tu as l'impression qu'elle t'a volé cela aussi. Et tu as raison. Rien ne sera plus jamais comme avant. Mais différent ne veut pas forcément dire mal ou moins bien. Cela peut être meilleur. Mais tu ne pourras jamais le rendre ainsi si tu continues de tout garder pour toi.

 

Lex s'arrête une seconde et repensa à ce qu'elle avait failli perdre.

 

- J'ai presque tué ta mère...

 

Lara sursauta et écarquilla les yeux. Non, impossible, Lex l'aimait trop ! Lex sourit, comme si elle avait entendu ses pensées.

 

- Pas de mes mains ce qui, quelque part est pire, mais par ma négligence. A cette époque ta mère traversait aussi un moment difficile. Et parce que j'étais renfermée sur moi-même, je ne voyais ni ce qu'elle faisait pour moi, ni sa souffrance. Si Linya n'avait pas été présente je suis certaine que Tia aurait été capable de faire une bêtise...

 

Lara fronça les sourcils. Que voulait-elle dire par bêtise... ? Puis elle comprit et elle fut à nouveau choquée.

 

- Ne la juge pas, elle était au bout du rouleau. Ce qu'on vous a raconté sur ce qu'elle a vécu aux côtés de votre père...

 

Lara lui broya la main, soudain en colère.

 

- Pardon, Frédéric est votre père tu as raison. Je voulais dire au côté de Sassem. Ce qu'elle a vécu à ses côtés n'est qu'une petite partie de ce qu'elle a subi en réalité. A cela s'ajoute d'autres épreuves encore... Ta mère est la personne la plus forte que j'ai jamais rencontrée. Mais elle reste humaine, elle est capable de se briser si on la pousse trop... et elle avait simplement trop subi.

 

Lara hocha la tête, plus calme. Elle comprenait. Parfois elle pensait à ça elle aussi. Elle n'était pas vraiment prête à le faire mais elle y pensait. Et sa mère... elle ne voulait pas imaginer ce qui pouvait être pire que ce qu'elle et Len avaient appris, c'était déjà bien assez horrible. Oui, Tia sa maman, était la plus forte personne du monde. Elle voulait être aussi forte qu'elle, elle aussi. Elle voulait être digne de ce héros qui menait toujours des batailles épiques dans ses rêves.

 

- Si Linya n'avait pas été là, je ne m'en serais jamais rendu compte et je l'aurais juste perdue et je n'aurais pas pu le supporter...

 

Dire qu'elle avait été assez stupide pour commettre une seconde fois cette erreur en la quittant...

 

- Mais Linya était là... heureusement. Sais-tu pourquoi je suis partie, pourquoi je vous ai laissés Tia et vous ? demanda-t-elle brusquement.

 

Lara secoua la tête.

 

- J'ai commis une seconde fois cette erreur. J'ai laissé mes souffrances m'enfermer dans une boîte ou aucun d'entre vous ne pouvait entrer. Et comme aucun d'entre vous ne pouvait entrer, j'ai fini par croire que j'étais seule. Et j'ai cru étouffer entourée ainsi sans me sentir connectée à personne... alors je suis partie, pour pouvoir respirer à nouveau.

 

Lex avala sa salive.

 

- Je crois que tout cela a commencé avec Kara Némaïos... à l’époque quand j'ai compris que je risquais de perdre Tia, je me suis en quelque sorte réveillée. Mais je ne lui ai jamais complètement dit ce que j'avais ressenti et cela a été mon erreur. L'erreur qui a laissé une brèche en moi. Un endroit où la souffrance et ce sentiment de solitude ont pu grandir petit à petit, épreuve après épreuve. J'aurais dû lui parler de cela. Si je l'avais fait, les choses n'auraient pas dégénéré quatre ans plus tard en me faisant croire que j'étais seule alors que je ne l'étais pas. J'avais caché des choses et cru inconsciemment que par miracle elle s'en rendrait compte, lisant dans mon esprit. Mais tu sais même quelqu'un qui peut lire dans ton esprit ne peut pas savoir ce qui se passe dans ton cœur si tu ne lui ouvres pas...

 

Elle pressa la main de sa fille.

 

- Même si tu crois que ta douleur si tu la verbalises est capable de te briser en mille morceaux... parle. Laisse la te briser s'il le faut, on sera là pour ramasser les morceaux et les recoller. Tu dois juste... nous faire confiance. Parce que Lara quoi qu'il arrive, cette souffrance, cette haine, cette solitude auront raison de toi. Tu n'as donc rien à perdre à la verbaliser...

 

Elle se pencha vers sa fille qui fixait le sol et posa son front contre le sien. Lara lâcha sa main et l'entoura de ses bras. Lorsque Lex lui rendit son étreinte elle se sentit exactement comme la fois où sa mère l'avait tenue dans l'écurie quelques semaines plus tôt. En sécurité, aimée. Elle ne savait pas si elle serait acceptée une fois qu'elle aurait commencé à dire exactement ce qu'elle avait ressenti pendant tout le processus de corruption, mais elle voulait désespérément être à la hauteur de la confiance que ses mères mettaient en elle. Et si un jour elle voulait être la moitié de la personne qu'elle rêvait d'être, il fallait qu'elle accepte ce qu'elle avait fait et ce qu'elle était...

 

Elle se sépara de sa mère et la dévisagea. Elle semblait si fatiguée. Cela avait dû être difficile pour elle de faire ressurgir tous ces horribles souvenirs pour l'aider.

 

- Je te laisse réfléchir à tout ça. Mais ne rumine pas trop non plus. Amuse-toi, fit-elle en posant une main sur sa joue. La vie est parfois moche, très moche mais elle peut être belle si tu lui laisses une chance.

 

Lara hocha la tête et Lex se mit debout. Mais Lara la retint, sourcil froncés.

 

- Quel est la seconde chose ? Fit Lara la voix éraillée d'avoir si peu servi.

 

Stupéfaite, Lex mit quelques secondes à réagir. Elle se rassit, se racla la gorge profondément émue et demanda :

 

- La seconde chose ?

 

Lara hocha la tête.

 

- A propos de Kara Némaïos.

 

Lex hésita puis secoua la tête.

 

- C'est suffisant pour aujourd'hui. Je te le dirai une prochaine fois... si ça te va.

 

Sa fille acquiesça et Lex demanda :

 

- Si tu es prêtes à parler, je le suis à t'écouter.

 

Mais Lara secoua la tête.

 

- Je veux parler à David d'abord. Après... après...

 

Elle secoua la tête désemparée.

 

- J'ai peur de perdre courage si je le fais avant. Je... j'ai besoin qu'il me pardonne d'abord...

 

Une fois encore Lex hésita. Lara venait à peine de retrouver la parole. Elle était encore fragile et elle ne souhaitait pas la pousser mais elle craignait que si les choses ne se passaient pas comme Lara l'espérait, elle se referme aussitôt. Elle pourrait ne plus avoir d'autre chance...

 

Puis elle sentit la main de Tia sur son épaule et elle leva la tête, surprise. A son regard elle comprit qu'elle avait tout entendu. Son premier instinct fut de détourner le regard mais elle se reprit et accepta de partager sa douleur avec elle. Tia s'accroupit et l'embrassa sur la joue avant de se tourner vers sa fille. Elle lui prit la main, celle-là même que tenait déjà Lex.

 

- Tu es forte même si tu penses le contraire. J'ai confiance. Même si ce qu'il dit ne te plaît pas, tu ne nous laisseras pas derrière. Et si tu le fais quand même, sache que je te suivrai jusqu'au bout du monde pour te faire comprendre que tu ne seras jamais seule et que je t'aimerai quoi que tu aies fait... je l'ai déjà fait une fois, je le referai autant qu'il le faudra. Je suis ta mère Eve et je t'aime.

 

Lara hocha la tête avant de froncer les sourcils. Eve... pourquoi ne reprenait-elle pas sa mère ? Pourquoi aucune d’elles d’ailleurs ne remarquait l’erreur de Tia ? Et pourquoi cela lui semblait si familier et normal qu'elle l'appelle ainsi ? Elle plongea son regard, de la même couleur que celui de sa mère, dans le sien et se sentit... aimée. Juste aimée. Cela était ainsi depuis le jour où elle était née Eve, se souvint-elle avant de secouer la tête, confuse.

 

- Je me suis appelée Eve ? Demanda-t-elle perdue.

 

Lex et Tia échangèrent un regard et s'installèrent confortablement.

 

- C'est une longue histoire et peut-être que tu vas nous prendre pour des folles mais tout ce que l'on va te raconter maintenant est vrai.

 

Intriguée, Lara se redressa et hocha la tête.

 

 

Chapitre 8 :

 

 

- Je ne comprends pas, fit Lara, comment mon âme peut-être celle de cette Callisto si Kara Némaïos la possède dans cette vie ?

 

- Je me suis posée la même question, dit Lex. Je n'ai pas encore de réponse mais je suis certaine de moi. Kara possède aussi l'âme de Callisto. Son côté instable en tout cas.

 

Tia dévisagea tour à tour sa femme et sa fille et sourit.

 

- Je vois que tu prends plutôt bien nos révélations, releva-t-elle.

 

Lara haussa les épaules.

 

- Ca fait sens. Et ça me soulage... si je... ne suis pas complètement responsable de ce qui s'est passé... enfin... c'est toujours moi bien sûr, même si j'ai été influencée par Ashee et cette partie de mon âme que je ne connaissais pas..., ça reste moi je le sais.

 

- Ashee a joué avec la partie de toi qui était Callisto. Mais Callisto n'a été toi qu'une vie durant. Ca n'aurait pas eu autant d'impact sur ton existence ou la façon de la mener si Ashee ne l'avait pas rappelée et ramenée à la surface.

 

- Il y a toujours Eve...

 

- Eve a été manipulée par Arès. Ca n'était pas sa faute ou la tienne... Toi tu es Lara. Eve et Callisto ne sont que des vies passées. La seule vie qui compte est celle présente.

 

- Je ne peux pas faire comme si elles n'avaient pas existé maman, elles ont trop d'influence sur ma vie actuelle...

 

- En effet, mais ce n'est pas ce que je te demande. Ce que je souhaite c'est que tu n'oublies pas qui tu es aujourd'hui ni que c'est cette personne, cette vie, qui détermineront ton futur, pas ces vies passées.

 

- Un peu quand même..., murmura Lara pour elle-même.

 

- Pour en revenir à Callisto, intervint Lex qui voyait bien que le sujet la fragilisait, tu as une idée ? demanda-t-elle à sa femme.

 

- Oui, j'en ai une. Lorsque j'ai offert ma place aux Cieux à Callisto, cela a effacé le mal qui la rongeait et toute sa souffrance. Mais j'ai, en quelque sorte, triché. On ne peut pas effacer le mal. On ne peut pas soudain devenir un ange si on ne le mérite pas. C'est pour ça je pense que Callisto a décidé de renaître en Eve. Seulement si cela a fait l'affaire pour cette partie d'elle qui était bonne, le mal qui existait auparavant a simplement continué d'exister. N'étant plus encadré, appartenant au monde des esprits, il a juste, je pense, sauté de corps en corps à travers le temps. Kara n'a hérité que de la rage, de l'instabilité et de la souffrance de Callisto. L'essentiel de qui elle était devenue en somme. Lara, toi tu n'as pas hérité de l'âme de Callisto, seulement de son essence. De... je ne sais pas comment dire, de ce qu'elle était avant de devenir la Callisto que nous avons connue. Pour être honnête je ne pense pas qu'Ashee ait utilisé Callisto pour te pousser à la faute. Premièrement parce que tu n'avais pas son côté sombre et deuxièmement parce qu'Eve suffisait amplement.

 

Elle regarda sa fille et repoussa une mèche derrière son oreille, caressant sa joue au passage. Lara était si courageuse... et si désespérée de trouver une raison autre à ce qu'elle avait fait... Elle était désolée de ne pouvoir lui apporter le soulagement qu'elle demandait. Elle était passé par là et Lex également. Lara devrait juste accepter ce qu'elle avait fait si elle voulait être capable de se pardonner un jour.

 

- Je suis désolée mon ange, je ne peux pas te donner ce que tu attends vraiment. Tu as raison Eve était toi, une partie qui existe toujours et avec laquelle tu vas devoir vivre. Mais j'ai confiance, tu l'as déjà fait, dans des circonstances moins favorables, tu es parvenue à te pardonner et à trouver ta voie. Tu y arriveras ici aussi, j'en suis certaine.

 

Les larmes que Lara s'efforçait de contenir depuis sa conversation avec Lex débordèrent soudain et elle éclata en sanglots. Tia l'attira à elle et la berça doucement. Lara sentit Lex les entourer également et sa voix s'éleva soudain. Elle chantait une berceuse, stupide idiote mais qui lui fit du bien, lui rappelant qu'elle était une enfant également, leur enfant et qu'elle était aimée malgré ce qu'elle avait fait. Elle n'était pas, ne serait jamais, seule. Si ce que ses mères lui avaient dit étaient vrai, et elle n'en doutait pas une seconde, elle avait fait pire dans une autre vie et elles avaient continué de l'aimer, même si sa relation avec Lex/Gabrielle avait par moment été tendue, elle ne l'avait jamais laissée tomber.

 

La voix de sa maman rejoignit celle de Lex et Lara se laissa bercer, lâchant toute la douleur, la honte, la colère envers elle-même et l'horreur qu'elle s'inspirait depuis des mois en un torrent de larmes qui semblait ne pas avoir de fin.

 

Lorsque celles-ci se tarirent, elle se sentait si vide et si fatiguée qu'elle sut que sa crainte avait été justifiée... elle était tombée en morceaux. Mais aussi sûrement que le reste, elle savait que ses mères allaient recoller ces morceaux, et que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne se sente à nouveau complète.

 

Tia se leva et la portant, l'emmena dans sa chambre en lui murmurant combien elle était fière d'avoir une fille capable de faire face avec tant de courage à ce qu'elle avait fait. Elle la complimenta tout au long du trajet et Lara s'accrocha à ses mots comme elle le faisait à son cou. En la déposant dans son lit et en la bordant comme lorsqu'elle était plus jeune, Lara prit conscience de la présence de Lex à ses côtés. Celle-ci caressait ses cheveux en l'incitant à s'endormir, lui disant qu'elle avait besoin de reprendre des forces et qu'elles seraient là à son réveil. Qu’elles ne la quitteraient pas pendant son sommeil, qu'elles l'aimaient infiniment. Elles l'embrassèrent et Lex s'installa sur un fauteuil tout en lui tenant la main pendant que Tia s'allongeait à ses côtés et l'enveloppait de son étreinte solide.

 

Lara ne mit que quelques secondes à s'endormir, elle était épuisée et rassurée par leur présence et leurs mots, elle n'avait plus peur de l'avenir ni même de David. Elle ne serait pas seule. Jamais. Cette pensée, elle l'envoya avec toute l'énergie qui lui restait vers son frère. Il devait savoir qu'il serait pardonné aussi. Qu'il pouvait avoir confiance en leur famille.

 

Len la reçut, comme il avait reçu le torrent d'émotions qui avait commencé à dévaster l'esprit de sa sœur une heure plus tôt. Cela s'était terminé par un balayage si violent de ses sentiments qu'il avait eu l'impression d'être emporté par un ouragan durant de longues minutes.

 

Lorsque les émotions de sa sœur s'étaient enfin apaisées, il avait repris ses esprits et découvert avec soulagement que Lara allait bien, qu'elle irait bien à l'avenir également. C'était un poids en moins. Mais Lara avait tort, pour lui les choses étaient différentes. Elle ne pouvait pas le savoir, il le lui avait caché à elle aussi, mais il ne pouvait se confier comme elle l'avait fait.

 

Accablé et se sentant plus seul que jamais, il mit les sentiments et sensations en provenance de sa sœur en sourdine et retrouva avec soulagement le calme de son propre esprit, presque vide de tout sentiment. Il ne devrait pas cultiver ce manque d'émotion mais c'était plus fort que lui. Et depuis qu'il le faisait les cauchemars avaient diminué d'intensité.

 

Il se retourna dans son lit, se demandant comment les choses allaient tourner pour lui maintenant qu'il était réellement seul. Puis ses pensées dérivèrent vers David. Pourquoi venait-il ? Pourquoi voulait-il les voir ? Cela ne pouvait pas être bon. Pas après ce qu’ils lui avaient fait. Il soupira, fatigué et poussa la musique de son ipod à fond pour éteindre les pensées dans son esprit.

 

                                                                       ***

 

Tia attendait dans le hall de l'aéroport. Elle était venue avec Lara pour récupérer David, Rhapsody et ses enfants. Dans quelques jours, elle ferait le même chemin pour récupérer Linya et Enyalios. Elle avait hâte de voir tout le monde réuni et trépignait d'impatience malgré la situation étrange qu'ils vivaient tous.

 

Lara avait tenu à voir David dès son arrivée mais sa résolution, motivée par l'amour inconditionnelle de ses mères et qui l'avait poussée à rencontrer son ex petit ami sans tarder, s'émoussait à mesure que l'heure de la rencontre approchait.

 

Tia était plutôt fière de la façon qu'avait sa fille de gérer tout ce qu'elle avait appris dernièrement. Peu aurait accepté tout cela et en aurait fait une force. La réaction habituelle des gens, avait-elle observé avec le temps, était de se plaindre, de se mettre en position de victime et d'avoir ainsi l'excuse parfaite pour ne pas prendre ses responsabilités. Mais Lara n'était pas ainsi. Outre que ce n'était pas dans son caractère, elle avait été élevée par Frédéric, et Lex lui avait inculqué des valeurs solides.

 

Néanmoins elle restait incroyablement fière de sa fille. Elle s'approcha d'elle et lui tapota la tête en souriant.

 

- Tout ira bien. Il t'aime toujours follement tu sais.

 

Le regard stupéfait lui apprit qu'elle avait peut-être omis de l'en informer. Avec une grimace contrite elle précisa :

 

- Mais ça ne veut pas dire qu'il n'a aucune colère ou questions dérangeantes. Tu dois être prête à les recevoir et honnête dans tes réponses.

 

Lara hocha la tête et enroula ses bras autour de la taille de sa mère. Bien qu'elle ait retrouvé la parole, elle n’en usait que si c'était indispensable. Depuis la veille, elle ne cessait de réclamer des câlins également, ce qui n'était pas pour déplaire aux deux femmes qui regrettaient le temps, beaucoup trop court, où les jumeaux en réclamaient régulièrement.

 

Puis les portes coulissantes s'ouvrirent et les passagers du précédent vol, sortirent. Bien qu'elle ait proposé de leur envoyer le jet de sa compagnie, les parents de David avaient refusé, arguant que la prise en charge des billets, des frais de séjour et des soins à domicile étaient déjà très généreux.

 

Etant donné que David devait avoir du mal à se déplacer, ils devraient logiquement sortir en dernier, aussi ne les chercha-t-elle pas des yeux. Elle attendit patiemment et lorsque les portes se ré-ouvrirent, elle sentit Lara se raidir à ses côtés et la relâcher. Elle leva les yeux et découvrit Rhapsody, Andy, Gipsy et David. Le jeune homme avait le regard sombre et rivé à Lara qui, bien que très nerveuse, ne détournait pas le regard.

 

Sa fille attrapa sa main pour se donner du courage et toutes deux avancèrent à la rencontre des nouveaux arrivants. Puis, comme prenant son courage à deux mains, Lara inspira profondément et la laissa pour se diriger directement vers David. Elle salua du bout des lèvres Gipsy et Andy, qui furent stupéfaits de l'entendre à nouveau parler, et se planta devant son ex-petit ami. Lorsqu'il plongea son regard gris vert dans le sien, Lara se sentit vaciller. Pourquoi, mais pourquoi la faisait-il toujours chavirer dès qu'il la regardait ?

 

Déstabilisée, elle ne put que le saluer sans rien trouver d'autre à dire. Voyant que David n'avait pas de mauvaises intentions, Tia les laissa à leur tête à tête et indiqua à Andy et Gispy où se trouvait le van. Le vol devait avoir été trop long pour les deux adolescents, puisqu'ils se précipitèrent dans la direction donnée pour déposer aussi vite que possible leur sac et valise.

 

Souriant, Tia attrapa le sac de David et prit la valise des mains de Rhapsody.

 

- Tu as fait bon voyage malgré sa précipitation ? Fit-elle en se redressant.

 

Elle perdit aussitôt son sourire car en face d'elle ce n'était pas Rhapsody mais Lao Ma qui se tenait.

 

- Je suis contente de te revoir, fit celle-ci avec le même doux sourire qui hantait parfois ses rêves.

 

Elle ne sentit pas Lara qui passait à côté, aidant David à rejoindre leur véhicule. Elle n'était plus dans cet aéroport au milieu de la Grèce, elle était des siècles en arrière, dans un pays nommé Chine où elle avait rencontré pour la première fois celle qui allait changer sa vie. Elle avait voyagé des semaines durant pour la revoir après une rude bataille avec des ennemis de leurs deux groupes. Depuis quelques mois et l'alliance qu'elles avaient conclue, Xena passait beaucoup de temps auprès de Lao Ma. Elle y apprenait tant de choses intéressantes qu'elle ne se lassait pas de ces allers et retours.

 

Et, même si elle s'en défendait, c'était pour le plaisir de revoir cette splendide reine qu'elle parcourait tout ce chemin, chevauchant nuit et jour, apportant la paix dans son royaume, facilitant la transition de sa prise de pouvoir en échange de richesse et d'hommes. Mais elle, ce qu'elle préférait, c'était les nuits qu'elles passaient ensemble.

 

La campagne de pacification précédente avait été difficile, beaucoup de brigands venus de l'Est avaient tenté de renverser la nouvelle reine et Xena avait eu fort à faire.

 

La revoir enfin, après tout ce temps, faisait bondir son cœur. Sans prendre le temps de la saluer plus protocolairement, elle se jeta sur elle comme une affamée. Le baiser manquait de douceur mais Lao Ma y répondit avec la même ardeur que la sienne, puis, progressivement et comme elle avait appris à le faire dès le départ, elle calma l'appétit de Xena, ramenant la passion entre elles à un degré plus acceptable.

 

En grognant Xena laissa Lao Ma séparer leurs bouches sans pour autant relâcher son visage, qu'elle maintenait de ses mains contre le sien.

 

Elle cligna des yeux et se retrouva de nouveau dans l'aéroport d'Athène. Stupéfaite, elle se découvrit en train de retenir Rhapsody et comprit qu'elle venait de l'embrasser, et pas avec douceur.

 

Elle la relâcha brusquement et bafouilla des excuses. Son amie la dévisageait, hébétée.

 

- Qu'est-ce que... je ne comprends pas, on était pas... ici... non ? Je..., fit-elle en se frottant le front, ce n'était pas moi, pas toi non plus, je ne sais plus...

 

Elle soupira en se frottant les yeux et l'impression disparue. Ou plutôt Rhapsody la refoula, comme le baiser auquel il était lié.

 

- Je ne dors pas assez ces derniers temps, fit-elle, je suis désolée si j'ai fait quelque chose de bizarre. Ça m'arrive parfois. Vu ton air, je... j'ai l'impression que j'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas, ajouta-t-elle en la fixant anxieusement.

 

- Non ce n'est...

 

Les épaules de Tia s'affaissèrent et elle soupira à son tour, renonçant. Comment expliquer cela ? La première fois qu'elle l'avait tenté, Rhapsody avait balayé ses tentatives en riant. Elle ne croyait pas en la magie, dans les esprits et encore moins dans les réincarnations.

 

- Et dire qu'elle avait été la plus grande sage de son temps..., murmura Tia pour elle-même, toujours aussi étonnée de l'écart entre celle qu'elle avait été et celle qu'elle était aujourd'hui.

 

La seule chose qu'elles avaient en commun était le sentiment de sérénité incroyable qu'elles dégageaient et la détermination sans faille dont elle faisait preuve pour avancer, sans s'attarder sur ce qu'il n'était pas possible de changer.

 

- Ce n'est pas grave, reprit-elle tout haut, tu es fatiguée, les choses s'arrangeront dans ce décor idyllique, crois-moi, sourit-elle encourageante.

 

Rhapsody sourit en retour et Tia vérifia ou se trouvait leurs enfants, soulagée qu'aucun d'entre eux n'aient assisté à cette scène surréaliste. Puis elle songea qu'elle allait devoir le dire à Lex et ses épaules s'affaissèrent de nouveau. Sa femme n'était plus aussi jalouse qu'avant certes, mais elle n'en restait pas moins redoutable et Tia craignait d'avance ce qui allait suivre ses révélations.

 

                                                                       ***

 

A leur arrivée à la maison, Sahel attendait de pied ferme sa fiancée. Len était présent aussi et lorsqu'il aperçut Gipsy, ses traits habituellement fermés s'éclairèrent légèrement et ses yeux se mirent à briller. La jeune fille se jeta dans ses bras et l'embrassa passionnément. A tel point que Lex toussa dans sa main pour leur signifier qu'ils n'étaient pas seuls.

 

Gipsy appela son frère et demanda à Len de leur indiquer leur chambre, consciente que sa meilleure amie n'avait pas besoin d'un public vu la situation délicate qui était la sienne. Les trois adultes durent penser la même chose car ils s'empressèrent d'entrer dans la maison en leur demandant néanmoins de ne pas trop tarder et de crier si besoin était.

 

- Sahel, fit David en le fusillant du regard.

 

- David, répondit le jeune homme.

 

Tous deux étaient couverts de bandages mais Sahel avait meilleure mine. David avait même quelques difficultés à marcher et en profitait pour s'appuyer sur Lara qui ne savait plus où se mettre entre ses deux prétendants.

 

- Sahel, tu pourrais emmener les bagages de David dans sa chambre et nous laisser seuls ? Je sais que c'est beaucoup te demander mais on doit discuter... je te promets de tout te dire après.

 

Sahel resta silencieux, conscient de ne pas avoir vraiment le choix et finit par acquiescer. Sans quitter David des yeux il s'approcha de Lara et l'embrassa en lui disant qu'il serait dans les parages si elle avait besoin de lui. Elle le remercia et il la quitta sur un je t'aime qu'elle lui rendit, ce qui mit David dans une humeur encore plus massacrante.

 

Il ne dit cependant rien et laissa Lara le conduire jusqu'à sa chambre, situé près du patio pour qu'il n'ait pas trop de chemin à faire s'il souhaitait prendre l'air ou se rendre à la cuisine. Une salle de bain attenante privée lui était réservée et la salle à manger était de l'autre côté du patio.

 

Lara aida son ami à s'allonger sur le lit et s'assit sur le siège à côté. Elle n'évita pas son regard alors qu'il la dévisageait durement. Une partie de son visage avait été brûlée et se retrouvait cachée par un bandage important. Sa jambe semblait avoir du mal à guérir et son bras avait subi beaucoup de chirurgie et devrait en subir beaucoup d'autres encore. Il devait souffrir le martyr et pourtant il ne se plaignait pas.

 

Malgré la présence des pansements, Lara le trouvait toujours aussi beau. Son magnétisme n'avait pas été amoindri et elle se troublait à chaque fois qu'il la regardait de son œil gris-vert. Elle s'en voulait terriblement de ne toujours pas être capable, après tout ce qui s'était passé entre eux, de bien comme de mal, de ne plus être si violemment attirée physiquement.

 

Elle soupira et déclara d'une petite voix, incertaine de sa réaction :

 

- Je suis désolée...

 

David ne dit rien et continua de la fixer. Après quelques minutes pesantes il lui fit signe de s'approcher. Elle se leva donc et le rejoignit, se penchant à sa demande. Il l'attrapa par l'arrière de la tête et l'embrassa. D'abord surprise, Lara ne réagit pas. Puis elle tenta de le repousser mais sa main se posa sur le pansement de son épaule et elle eut peur de lui faire mal. Alors elle attendit simplement qu'il en eut fini.

 

Du moins c'était le plan. Mais c'était David, elle frissonnait alors qu'il ne faisait que la regarder, alors ses lèvres sur les siennes et sa langue dans sa bouche ne pouvaient que l'embraser instantanément. Elle essaya d'y résister, mais ne put finalement que se laisser porter, comme toujours, par la vague irrépressible qui la balaya. Elle lui rendit son baiser et l'approfondit même, incapable de se rassasier de sa bouche, de sa chaleur et de tout ce qu'il déclenchait dans son corps.

 

Il finit par l'attirer sur lui et elle s'allongea, inconsciente de ce que cela pouvait avoir de douloureux pour lui. Ils s'embrassèrent durant de longues minutes, faisant monter une tension qu'ils désespéraient de faire retomber. Impatient, assoiffé, David fit glisser ses mains sous le t-shirt de Lara jusqu'à sa poitrine et commença à la caresser comme elle l'aimait. Elle quitta sa bouche le temps de gémir et il la fit basculer sur le dos, reprenant possession de sa bouche par la même occasion.

 

En la voyant avec Sahel plus tôt, David avait pris sa décision. Il ne la laisserait à personne. Elle était à lui, son âme-soeur pour la vie et peu importe leur passé, il lui pardonnait tout. Il avait compris après que Tia l'ait laissé avec les réponses à beaucoup de ses questions, que rien n'était tout noir ou tout blanc. Et peut-être quelque part que ce que Lara lui avait fait était juste. Il l'avait beaucoup fait souffrir lui aussi, n'avait jamais tenu vraiment compte de ses sentiments, même lorsqu'il avait cru avoir changé, il voulait la reconquérir sans tenir compte de ce qu'elle souhaitait, sûr de son droit sur elle.

 

Il l'avait bouleversée, rendue confuse alors qu'elle vivait une histoire heureuse avec Sahel, Len le lui avait dit. Mais il avait poursuivi son plan, parce qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et qu'il voulait qu'elle le comprenne.

 

Avant tout chose il aurait dû s'excuser, s'excuser vraiment. Non pas qu'il n'avait pas pensé ce qu'il lui avait dit mais ce n'était pas aussi réfléchi qu'il avait voulu lui faire croire. Il n'avait pas pris soin de ce que la vie lui avait fait comme cadeau. Une âme-sœur, c'était si précieux et si rare. Il l'avait rencontrée jeune et alors ? C'était encore plus précieux ! Il n'avait rien comprit et elle en avait payé le prix.

 

Ce qui était arrivé à Lara par la suite, il sentait quelque part que c'était en partie sa faute.

 

Peut-être qu'elle aimait Sahel pour de bon. Peut-être que Sahel saurait prendre soin d'elle et la rendre heureuse et oui, peut-être était-il encore égoïste à vouloir la récupérer sans tenir compte de son histoire avec Sahel. Mais il ne commettrait pas l'erreur de ne plus tenir compte d'elle et de ce qu'elle ressentait.

 

Il l'aimait à un point tel qu'il se serait ouvert les veines si elle le lui avait demandé. Il n'envisageait pas la vie sans elle et s'il l'embrassait sans rien lui avoir encore dit, s'il prenait possession de son corps comme il le faisait actuellement, c'était pour qu'elle aussi comprenne qu'elle avait besoin de lui, qu'elle l'aimait, qu'elle n'aimerait jamais plus personne comme lui, pas même Sahel.

 

Il fit passer son t-shirt par-dessus sa tête et reprit sa bouche en défaisant l'attache de son soutien-gorge.

 

Il se fichait de la douleur, il se fichait de la gêne, il suivrait toutes les rééducations et chirurgies du monde sans se plaindre pour récupérer ce qu'il avait été afin que jamais Lara ne se sente un jour peiné pour lui. Il était hors de question qu'elle le choisisse par pitié ou par culpabilité et il était hors de question qu'elle se sente coupable à chaque fois qu'elle le regarderait. Il ferait tout ce qu'il fallait pour que pas même une cicatrice ne subsiste car s'il était hors de question qu'elle se rappelle ce qu'elle lui avait fait en le regardant, il n'était pas plus question que lui la quitte pour son propre bien. Son amour serait toujours un peu égoïste et il l'acceptait. Il ferait de son mieux, mais il ne la quitterait pas. Jamais.

 

Il glissa de ses lèvres à son cou et jusqu'à sa poitrine. Dieu que c'était bon de pouvoir à nouveau la toucher comme ça ! Il avait eu tellement peur que cela n'arrive plus jamais !

 

Il défit son short et glissa la main dans sa culotte sans cesser de lécher ses seins. Elle se cambra, incapable de réprimer les frissons qui explosaient partout en elle. Alors qu'il introduisait un doigt, elle gémit violemment et l'attrapa par la nuque pour l'embrasser passionnément. Elle voulait plus, songea-t-elle fébrile en tâtonnant à la recherche du bouton de son pantalon. Elle le défit et repoussa le vêtement. Il se tortilla, ignorant les éclairs de douleurs qui éclataient se faisant et se libéra de son pantalon.

 

Il l'aida ensuite à retirer son short et sa culotte et s'allongea entre ses jambes, impatient. Ils s'embrassèrent de nouveau alors qu'il frottait son bassin contre le sien. D'une main il sortit son sexe et le poussa vers la fente de celui de Lara.

 

Un coup soudain à la porte et la voix de Sahel qui demandait si tout allait bien, les figèrent. Après quelques secondes, Lara retrouva sa voix et répondit, calmement, donnant un change suffisant pour le rassurer. Ils entendirent ses pas s'éloigner et David voulu reprendre où ils en étaient mais Lara était refroidie. Que faisait-elle ? Elle était fiancée à Sahel !

 

Bien sûr aucun d'entre eux n'avait jamais été à cheval sur la fidélité mais les choses avaient changé. Même si rien n'avait été réellement dit à haute voix, tous deux s'attendaient à de la monogamie dans ce mariage. Elle fixa David et s'apprêtait à lui signifier son refus de poursuivre mais elle le sentit pousser. Sentant le vent tourner, il n'avait pas voulu lui laisser le temps de se dégonfler.

 

Elle aurait pu encore tout arrêter, elle le savait, mais il n'était pas le seul à avoir cru que jamais plus cela n’arriverait. Elle avait rêvé de lui tant de nuits qu'elle préféra oublier le reste et profiter de cet instant. Aussi avide de l'autre que des assoiffés, leur union fut brève mais violente. Le plaisir fut intense et brutal. Lorsqu'ils recouvrèrent leur esprit et leur souffle, David se redressa sur les coudes, réprimant une grimace et plongea son regard dans le sien.

 

- Tu peux te mentir tant que tu veux et utiliser Sahel autant que tu en auras besoin pour te cacher mais tu sais comme moi que nous sommes faits l'un pour l'autre. Personne ne te comprendra ni ne t'aimera comme je t'aime et je sais que personne ne m'aimera et me comprendra comme toi. Notre amour est explosif mais indestructible, ce ne sera jamais un amour reposant même si je ferai de mon mieux pour t'offrir ça. Je pense de toute façon sincèrement que le véritable amour ne peut pas être reposant. Regarde tes mères, il n'y a rien de reposant dans leur façon de s'aimer. Mais pour rien au monde elles ne souhaiteraient quelqu'un d'autre pas vrai ? Parce qu'elles savent qu'elles sont des âmes-sœurs. Tu es mon âme-sœur Lara et je te le prouverai tous les jours s'il le faut. On se mariera mais pas maintenant. Ce serait mettre un frein à ta carrière parce que lorsqu'on se marie on fait passer le couple en premier, je l'ai compris finalement. Et on est trop jeune pour ça et tu as une carrière de Jockey à construire, tu n'as pas le temps de te marier. Tu sais que j'ai raison, même si tu ne quittais pas Sahel pour moi, tu sais que te marier avec lui n'est pas la bonne chose à faire. Pas maintenant en tout cas.

 

Lara écouta son discours sans l'interrompre, de plus en plus confuse à mesure qu'il parlait. Elle le voyait faire des efforts pour ne pas montrer qu'il souffrait et elle prenait conscience de combien il avait dû avoir mal pendant leurs ébats. Elle prit alors la mesure de son amour, de ce qu'il cherchait à faire en lui faisant l'amour ainsi. Il avait souhaité lui faire passer un message. Elle ne comprenait pas encore lequel, mais y réfléchirait. Elle ne regrettait pas de lui avoir cédé, il avait raison, elle l'aimait. Beaucoup. Beaucoup trop.

 

Mais Sahel n'était pas rien pour elle. Il était bon avec elle, il l'aimait peut-être aussi férocement que David et il l'avait sauvée. Physiquement il la faisait autant réagir que David. Plus avec ses mains qu'avec ses yeux mais l'effet était le même. Et elle l'aimait. Vraiment. Elle avait confiance en lui alors qu'elle ne parvenait pas à avoir confiance en David. L'ironie aurait voulu que ce soit lui qui n'ait pas confiance en elle pourtant. Mais c'était plus fort qu'elle, elle avait tellement souffert avec lui qu'elle n'osait plus lui laisser son cœur. Et sans la confiance une histoire d'amour n'avait aucune chance.

 

Peut-être que se marier avec Sahel était trop tôt en effet, mais le quitter ? Pour David ? Elle ne pouvait pas. Son amour pour Sahel était différent. Parfois elle le trouvait même assez étrange, leur relation était étrange. Infidèle de façon presque chronique l’un envers l’autre, ils étaient jaloux mais se pardonnaient systématiquement. Quelque chose qu'elle était pourtant incapable de faire avec David. Pourquoi le pouvait-elle avec Sahel ? Pourquoi ce qui avait détruit son couple avec David était presque le ciment de celui qu'elle avait construit avec Sahel ?

 

- Je suis désolée, répondit-elle finalement. Je ne peux pas quitter Sahel... je l'aime... je suis désolée...

 

- Mais tu m'aimes aussi !

 

Lara hésita puis se souvient des mots de sa mère et elle acquiesça.

 

- Oui, je t'aime aussi.

 

- Plus que lui ! Affirma-t-il, du moins c'est ce qu'il souhaita, mais l'incertitude finit sa phrase et elle décela une fragilité qu'elle ne lui connaissait pas.

 

Touchée elle porta la main à sa joue et le fit basculer sur le dos pour qu'il repose ses muscles et cesse de malmener des blessures qui devaient guérir.

 

- Je ne sais pas. Ma relation avec Sahel est très étrange et je lui pardonne des choses que je suis incapable de te pardonner...

 

- Mais tu l'as trompé avec moi, ça signifie forcément quelque chose ! Fit-il en pinçant les lèvres.

 

- On passe notre temps à se tromper l'un l'autre et à se pardonner...

 

Stupéfait, il la fixa sans rien dire.

 

- Je te l'ai dit, notre relation est très étrange... mais David, j'ai confiance en lui.

 

- Et pas en moi, comprit-il en se refermant, en colère. Alors même qu'il te trompe ! Ça n'a absolument aucun sens !

 

- Je sais..., répondit-elle malheureuse. Je le sais bien. Mais ça ne change pourtant pas les faits.

 

Elle glissa au bas du lit et entreprit de se rhabiller. Elle l'aida ensuite à faire de même et se rassit dans le fauteuil à côté de lui.

 

- Pourquoi m'as-tu brûlé ? Demanda-t-il après plusieurs minutes de silence. Tu m'en voulais tant que ça ?

 

- Je... je ne sais...

 

Elle soupira et se mordit la lèvre. Elle inspira profondément et osa enfin se faire face.

 

- Oui. Je t'en voulais tant que je te haïssais. Je t'aimais en même temps sans espoir de pouvoir te pardonner un jour et cela me déchirait intérieurement. Et cela ne cessait d'alimenter ma haine envers toi. Je sais que ma mère t'a parlé d’Ashee et du sort qu'elle a lancé sur Len et moi pour nous inciter à n'écouter que nos mauvaises pensées...

 

Il hocha la tête et elle poursuivit :

 

- Mais ça n'enlève rien à ma faute. Ces pensées étaient les miennes. Tout ça était en moi avant même qu'Ashee apparaisse.

 

- Tu n'aurais jamais fait ça si elle n'avait pas été là.

 

Lara hésita mais convint qu'en effet, elle n'aurait probablement jamais été capable de passer à l'acte. Mais cela ne changeait rien et elle le lui dit.

 

- C'est arrivé. Spéculer sur ce qui aurait été ne changera rien au présent. Je suis coupable. J'ai voulu te faire du mal et j'ai été heureuse de te voir souffrir.

 

A ses mots David ferma les yeux, frissonnant alors que l'image qu'il refoulait surgissait soudain. Oui, elle avait aimé ça, il s'en souvenait et cela l'avait choqué au-delà de l'acceptable. Lara s'en aperçut et s'en voulut. Serrant les poings elle ne put retenir les larmes qui débordèrent.

 

- Je suis vraiment désolée...

 

- Moi aussi, dit-il, la surprenant après lui avoir pris la main. Je t'ai fait du mal et faire comme si ce que tu m'avais fait était pire ne serait pas correct. C'est parce que tu souffrais au-delà du supportable que tu as commis un acte que tu ne peux même pas te pardonner. Je suis aussi coupable que toi de cette situation et j'en suis vraiment désolé...

 

C'était la première fois qu'elle voyait David pleurer et cela la bouleversa. Elle ne savait pas comment, après tout cela, ils pourraient s'en sortir. Leur relation était forcément détruite à jamais. Comment se relever après avoir porté de tels coups, causant des conséquences si profondes qu’elle les avait tous deux traumatisés ? Comment cela pourrait-il même être sain de poursuivre une telle relation ?

 

Conscient tous deux de l'état précaire et incroyablement fragile de leur relation, ils ne dirent plus un mot, laissant leur tristesse se tarire lentement mais refusant de lâcher la main que chacun tenait avec un désespoir mêlé d'espoir.

 

Chapitre 9 :

 

 

Quelques jours plus tard, Tia avait comme prévu emmené Lex pour une soirée romantique afin de fêter leur rencontre. A leur plus grande surprise à toutes les deux, Lex avait complètement oublié celui-ci et fut donc particulièrement touchée que Tia ne l'ait pas fait, malgré tous les derniers événements survenus. Tia avait fait semblant d'être vexée et Lex avait passé la soirée à tenter de se faire pardonner avant de comprendre que sa chère et tendre épouse se moquait d'elle.

 

Elles étaient présentement en train de faire une promenade dans un quartier aussi charmant qu'ancien et Lex ignorait les regards surpris lorsqu'ils les croisaient, elle suspendue au bras de sa splendide amazone de femme. Elle avait presque oublié combien la Grèce était en retard concernant l'acceptation des couples homosexuels, ce qui était un comble étant donné leur histoire...

 

Cela ne la dérangeait plus comme au début, elle s'était fait une raison. Elle se sentait malgré tout chez elle dans ce pays et savait qu'il n'y avait aucune réelle méchanceté derrière ces regards. Juste de la surprise et une certaine incompréhension. Avec le temps, cela passerait.

 

Alors qu'elle entrait dans un parc, pour la énième fois de la soirée Lex entendit un sujet de conversation en passant à côté d'inconnus qui la contraria.

 

- Pourquoi tout le monde parle de ce justicier ? Fit-elle en se tournant vers sa femme. Et comment fait-il pour ne jamais se faire prendre ? Et d'ailleurs pourquoi fait-il tout ça ?

 

Surprise Tia haussa une épaule, un peu gênée. Elle était bien incapable de dire pourquoi soudain elle utilisait ses compétences de mercenaire dans le but de jouer les héroïnes locales. C'était plus fort qu'elle. Chaque nuit, elle sortait en douce et traquait les criminels en tout genre. Elle aimait la sensation que cela lui procurait et elle aimait savoir qu'aujourd'hui encore, même si c'était à sa petite échelle, elle avait contribué à rendre le monde meilleur.

 

Elle ne savait pas non plus pourquoi elle ne parvenait pas à en parler à Lex. Du moins jusque-là. Voyant sa réaction elle comprit que son instinct avait dû le sentir. Lex n'approuvait pas les actions de ce type apparemment. Partageait-elle l'avis de Trinity ?

 

- Pourquoi cela te contrarie-t-il autant ?

 

Lex fixa le sol du regard, irritée.

 

- Je ne sais pas. Peut-être que je trouve ça dangereux.

 

- Tu penses comme Trinity alors.

 

- Je ne sais pas. Linya pense un peu comme ça aussi. On en a discuté ce matin et... je crois que oui, mais je pense aussi que je suis un peu jalouse...

 

- Jalouse ? Comment ça ?

 

- Eh bien, il fut un temps ou toi et moi, en tant que Xena et Gabrielle on faisait ça aussi... aujourd'hui ça n'est plus possible et quelque part je le regrette je crois...

 

- Pourquoi ça ne serait plus possible ? Demanda Tia intriguée.

 

- Parce que Trinity a raison. Ce genre de justice, hors encadrement, c'est la porte ouverte aux débordements en tout genre. Du reste à l'époque les combats étaient à l'épée et les risques de dommages collatéraux étaient réduits. Avec les armes à feux et tout ce qui existe de nos jours, c'est juste impossible d'agir sans danger. Et puis si à l'époque ce genre de justice était nécessaire, c'est parce qu'il n'existait pas de police. Les gens étaient obligés de se défendre eux-mêmes. On était les bienvenues.

 

Lex releva la tête et plongea son regard dans celui de sa femme.

 

- Aujourd'hui, on serait certes accueillies avec bienveillance par certains, mais pour la plupart des gens, on serait des criminelles, des rebelles qui se croit meilleures que tout le monde.

 

- Tu ne te poses pas les bonnes questions, releva Tia en fixant l'horizon.

 

- Parce qu'il y a une bonne question ?

 

Tia eut un mince sourire en coin avant de répondre :

 

- Il y a toujours une bonne question. A toi de trouver laquelle.

 

- Et tu ne comptes pas me donner la réponse ?

 

La grande femme secoua la tête.

 

- Tu es une bonne mercenaire, une bonne épouse, une femme d'exception mais parfois tu manques de réflexion et cela affecte tous ces bons aspects de toi.

 

Lex fronça les sourcils.

 

- Autrement dit, tu veux que je trouve la réponse ou plutôt la question par moi-même.

 

Tia hocha la tête.

 

- Pour que je m'améliore.

 

Nouveau hochement de tête.

 

- C'est un peu vexant d'être traitée avec tant de condescendance, remarqua la petite femme un peu vexée. Si tu n'avais pas raison, je t'aurais sûrement engueulée.

 

- Si tu reconnais que j'ai raison, c'est que ce n'est pas de la condescendance. Tu es juste vexée parce que tu ne l'as pas remarqué toi-même et que tu détestes qu'on te montre tes défauts.

 

Lex fit la moue puis évacua la question et retrouva le sourire.

 

- Ce soir, c'est l'anniversaire de notre rencontre, oublions ces histoires et terminons cette soirée en beauté, suggéra-t-elle avant d'entraîner sa femme derrière un bosquet particulièrement touffu, j'ai quelques idées à ce sujet que j'aimerais t'exposer...

 

Tia éclata de rire et se laissa entraîner, ravie.

 

                                                                       ***

 

Le lendemain matin, Marie se réveilla en s'étirant avec un manque de grâce et de discrétion qui, à coup sûr allait lui attirer les moqueries de Maïssa. Elle se retourna sur le côté et posa les mains sous sa joue, souriant avec une joie non dissimulée. Cette nuit, cela avait été la première fois que Maïssa avait accepté de dormir avec elle.

 

Marie avait passé des mois à tenter de l'amadouer et la convaincre que ses parents n'y verraient aucun inconvénient. Très ouverts d'esprit, ils avaient compris très tôt que leur fille aînée était un esprit libre qui n'acceptait pas les carcans imposés par la société. Eux-mêmes étant des personnalités en vue, ils ne pouvaient se permettre de trancher trop violemment avec ce qu'on attendait d'eux. Cela leur était égal de devoir céder ainsi face à la société car ils possédaient une chose qui rendait leur vie magnifique. C'était l'amour. Ils s'aimaient d'un amour profond et solide et souhaitaient la même chose pour leurs quatre enfants.

 

Marie leur avait avoué l'année de ses 12 ans, qu'elle, c'était les filles qu'elle aimait et qu'elle était désolée si cela les décevait mais qu'elle ne se marierait donc jamais. Un peu déconcertés au premier abord, ils avaient vite décidé que pour le bien de leur fille, ils devaient l'accepter ainsi. Aussi lorsque le jour de ses 14 ans elle avait eu le coup de foudre pour la fille de leur nouvel employé, l'avait-elle aussitôt dit à ses parents.

 

Cela faisait trois ans maintenant.

 

Elle avait mis près d'un an à faire de Maïssa, la belle, gracieuse et intelligente Maïssa, son amie. Une autre année avait été nécessaire pour la faire succomber à son charme. Et cette année, l'année de ses quinze ans, avait été la plus belle de toute. Maïssa avait accepté de lui laisser une chance. Pourtant elle n'était pas portée sur les filles mais face à son harcèlement déterminé elle n’avait pu que céder et cela s'était, à leur plus grande surprise à toutes les deux, terminé par un baiser. Qui avait plu à Maïssa.

 

Depuis six mois maintenant, elles sortaient ensemble. Et après des mois à la travailler au corps, elle avait réussi à la convaincre de passer la nuit avec elle. Et quelle nuit !! Ça avait été magique, mieux encore que ce qu'elle avait imaginé !

 

Maïssa était géniale, la meilleure petite amie du monde et elle souhaitait plus que tout se marier avec elle ! Bien sûr c'était impossible mais elle espérait quand même quelque chose d'approchant.

 

Dans trois jours, en cette année 1755, elle, Marie De Magourdin, aurait 16 ans. Et ce jour-là, elle demanderait à Maïssa de devenir sa fiancée ou de se lier à elle de façon aussi sérieuse qu'une promesse de fiançailles. Elle se rapprocha de sa petite amie et l'embrassa sur la bouche. Un tout petit baiser qu'elle fit suivre d'un frottement de son nez contre le sien. Cela suffit à réveiller son amie, qui ouvrit un œil et mit une main devant sa bouche pour bailler. Cela fit sourire Marie. Maïssa était élégante en toute circonstance. A les regarder, si ce n'avait été la couleur de peau basanée de Maïssa, on aurait pu croire que c'était elle Marie, l'esclave et Maïssa la fille des Maîtres.

 

Ses parents n'aimaient pas le terme, comme elle, et payait leur esclave, bien qu'ils doivent prétendre le contraire. Leurs esclaves les aimaient et les croyaient lorsqu'ils disaient qu'ils n'y avaient pas de différences de statut entre eux, mais les choses étaient malgré tout différentes. Maïssa ne cessait de rappeler cette différence de statut à Marie. Elle allait donc probablement décliner sa proposition mais Marie s'y attendait et ferait comme à son habitude, elle la harcèlerait jusqu'à ce qu'elle cède. Si Maïssa refusait pour une autre raison, comme de ne pas assez l'aimer, alors elle accepterait son refus. Mais elle en doutait. Maïssa l'aimait autant qu'elle.

 

- Salut, marmonna sa petite-amie mal réveillée.

 

Marie se pencha et l'embrassa de nouveau, mettant un peu plus de conviction dans celui-ci. Maïssa la repoussa d'abord en la fusillant du regard avant d'accepter ses assauts tout sauf patients.

 

- Tu pourrais au moins me laisser le temps de me réveiller, fit celle-ci une fois libérée de ses lèvres, tu sais que je déteste qu'on me saute dessus le matin.

 

- Mais si c'est moi, c'est différent, rétorqua tranquillement sa petite amie.

 

Maïssa la dévisagea et soupira, résignée. Marie était si adorable dans ses certitudes. Et son amour pour elle la troublait tellement qu'elle ne pouvait rester longtemps en colère. Elle l'attira donc dans ses bras, résolue à profiter de ce premier matin avec sa belle petite amie et regarda les rayons du soleil jouer dans ses cheveux blonds comme les blés.

 

- Je t'aime, murmura Linya en passant une main dans sa chevelure.

 

Puis Linya fronça les sourcils. En face d'elle se trouvait Lex et non Marie et elle-même... n'était pas Maïssa. Du moins plus.

 

- Heu..., fit-elle confuse.

 

- Heu..., lui répondit sa meilleure amie, pourquoi je suis dans ton lit ?

 

- Heu..., fit une voix tendue depuis le pas de la porte, probablement pour la même raison que je me suis réveillée dans celui de Rhapsody.

 

Lex fit volte-face et découvrit sa femme, à peine couverte d'un t-shirt trop grand et qui les fixait d'un air mécontent.

 

- Nos vies passées on prit le dessus.

 

- Oh... c'est un peu... gênant, fit Lex en se laissant tomber sur le dos. J'étais... Marie dans cette vie-là. Marie... oui, je me souviens. J'étais la fille aînée d'une famille de planteur. On était très riche et on régnait sur une bonne partie de la région. On avait beaucoup d'esclaves, mais on les traitait bien et... oh, fit-elle en souriant, en se retournant vers Linya, j'étais folle amoureuse de Maïssa, ma première petite amie. Toi. Je pensais même à te demander en mariage malgré notre situation compliquée.

 

Elle se tourna vers sa femme actuelle.

 

- Elle était une esclave aussi mais je ne la considérais pas comme ça bien sûr. Mais elle n'arrêtait pas de me rappeler notre différence de statut, ce qui était énervant au possible. Heureusement j'arrivais toujours à mes fins avec elle, ajouta-t-elle d'un air suffisant, il me suffisait de la harceler.

 

Linya posa sa tête sur sa main, en appui sur son coude et la fixa en levant un sourcil.

 

- Ca n'a pas trop changé...

 

Lex gloussa, parfaitement d'accord. Puis elle fronça les sourcils.

 

- Attends une minute, tu as dormi avec Rhapsody ??? Répéta-t-elle en se levant d'un bond.

 

Tia grimaça avant de la fusiller du regard.

 

- Et toi avec Linya.

 

Lex s'apprêtait à lui dire de ne pas changer de sujet quand la question la frappa. Elle se tourna vers son amie, incertaine.

 

- On l'a fait ? Ca me contrarierait de voir un fantasme se réaliser sans m'en rappeler...

 

- C'est tout ce qui te contrarierait ? Relevèrent Tia et Linya en chœur et toutes deux fort agacées.

 

Lex réfléchit un moment.

 

- Oui, répondit-elle finalement en haussant les épaules. Je n'y suis pour rien si les choses se mélangent donc je ne me sens pas coupable. Et toi ? Fit-elle à l'attention de sa femme.

 

Tia ouvrit la bouche, réfléchit et admit qu'elle non plus. Soupirant, elle croisa les bras et s'appuya contre le chambranle.

 

- Mais ça n'empêche pas que je déteste t'imaginer avec Rhapsody, reprit Lex en plissant les yeux. Alors tu l'as fait ?

 

- Je crois oui. Et toi et Linya ?

 

Lex se retourna vers sa meilleure amie, énervée par la réponse de sa femme, et fixa Linya un moment. Elle revint ensuite à Tia et répondit :

 

- Oui.

 

- Tu en es sûre ?

 

- Certains signes ne trompent pas. Mon corps... je sais comment il est après une nuit d'amour et certaines choses sur Linya me font penser qu'elle aussi a passé une « bonne » nuit.

 

- Super, fit Tia d'un ton plat. Vraiment génial.

 

- J'aurais bien aimé m'en souvenir, marmonna Lex pour elle-même.

 

- Et moi j'aurais aimé que ça n'arrive pas, fit Linya en arrivant à sa hauteur. Je vais en entendre parler pendant des années maintenant.

 

Lex la fixa et hocha la tête, gravement. Il fallait absolument qu'elle s'en souvienne. Linya leva les yeux au ciel comprenant parfaitement à quoi elle pensait.

 

- Je ne suis pas sortie de l'auberge..., marmonna-t-elle pour elle-même.

 

- Et moi ? Fit Tia. Je m'en sors comment avec Rhapsody ? Comme tu dis, il y a certains signes qui ne trompent pas et elle paraissait assez perdue quand je suis partie.

 

- Bah, elle aurait peut-être refoulé comme d'habitude, releva Lex.

 

- Il ne s'agit pas d'un baiser cette fois mon amour. Et vu les marques que j'ai laissées sur son corps, il y a peu de chance qu'elle ne comprenne pas ou ne se pose pas de question.

 

- Je croyais que tu n'étais pas sûre ? Fit Lex soudain irritée. Mais si tu as laissé des marques si évidentes il y a peu de place pour le doute.

 

- Je voulais éviter ça, fit Tia en la fusillant des yeux devant son accès de mauvaise humeur. Mais vu que tu t'es bien amusée cette nuit avec ta meilleure amie, dont tu me rabâches combien elle t'a manqué et comment tu l'aimes depuis que tu es revenue, je ne vois pas pourquoi je prendrais des pincettes.

 

- Tu es jalouse ! S'exclama Linya stupéfaite. De moi ?!

 

L'absurdité de la situation la frappa et Linya éclata de rire.

 

- C'est complètement ridicule. Tout ceci est ridicule. Ok, mes amours, fit-elle après de longues minutes de fou rire, vous allez toutes les deux vous calmer et préparer vos bagages pour le voyage jusqu'au Temple d'Aphrodite. Parce qu'il est hors de question qu'un autre truc de ce genre arrive encore.

 

- Mes amours ? Murmura Lex en rougissant. Vraiment ?

 

- Oh Dieu Lex tu es encore sous le coup des émotions de Marie ? Ce n'est pas la première fois que je t'appelle ainsi, même si c'est plutôt l'apanage de Tia depuis quelques années.

 

Elle se tourna ensuite vers la grande femme.

 

- Désolée, ça m'a échappé, je sais bien que tu n'es plus mon amour. La force de l'habitude.

 

Puis elle revint à Lex.

 

- Ca n'arrivera plus, désolée. 

 

Lex lui prit la main.

 

- Ca n'est pas grave. J'aimerais bien parfois que les choses reviennent à l'époque où on était un trio. Les choses étaient simples et...

 

- On a jamais été un trio Lex, la coupa Linya blasée. C'était une idée de mes parents. Une idée erronée.

 

- Oui mais j'aimais bien quand même.

 

- Donc ce que tu essais de dire, de façon aussi tordue qu'à ton habitude, c'est que ça ne te gêne pas que j'appelle ta femme, mon amour ?

 

- Je n'aimerais pas que ça arrive tous les jours, mais tant que tu m'associes à elle, non.

 

Linya inspira profondément et expira.

 

- Parfois, ou même juste une fois, j'aimerais avoir une amie normale, qui piquerait une crise quand je fais quelque chose d'un peu limite. Ça m'aiderait beaucoup justement à ne pas dépasser les limites.

 

- Est-ce que c'est ta façon tordue de me dire que je ne suis pas une bonne amie ?

 

- Non, que tu es trop indulgente avec moi.

 

- Et toi avec moi. Faut-il que je te rappelle tous mes caprices, rétorqua Lex.

 

- Oh, surtout pas !

 

- On se vaut bien quoi.

 

Linya grimaça, bien obligée d'acquiescer.

 

- Et moi dans tout ça ? Fit Tia, vexée d'être laissée de côté.

 

- Toi, tu es la raison pour laquelle on est justement en train d'argumenter, alors fais-toi petite mon amour, répondit Lex avec un regard assassin.

 

La grande femme la fixa d'un air circonspect avant qu'un sourire ne se dessine sur son visage. L'air hautement satisfaite, Tia fit demi-tour en lâchant :

 

- Mais je le vaux bien, non ? Une perfection comme moi, il n'y en a pas à tous les coins de rue.

 

- On jurerait entendre Enyalios, marmonna Linya en se demandant, un peu gênée et inquiète, s'il avait été témoin de quelque chose la veille.

 

                                                                       ***

 

Lara soupira en fixant Sahel. Son fiancé faisait les cent pas depuis près de dix minutes, les mains dans le dos et le visage fermé. Elle ne savait pas ce qu'il avait ce matin mais cela le préoccupait beaucoup. Elle jeta un œil par la fenêtre, regrettant que ses mères soient parties quelques jours plus tôt. Certes, elle avait passé le plus difficile avec David et mit les choses au clair avec Sahel mais le réconfort de leur présence sur lequel elle avait commencé à s'appuyer ces derniers jours, étaient difficile à palier.

 

Habituellement elle se serait tournée vers Len, mais son frère n'avait pas fait le même chemin qu'elle et refusait de laisser entrer leurs mères dans son débat interne. Elle ressentait sa solitude mais était incapable de l'aider à en sortir. Elle ne comprenait même pas d'où elle provenait.

 

Au dehors, elle vit passer Lizzie avec une de ses petites sœurs dans les bras. Sa plus jeune cousine était arrivée la veille. Sa petite-amie avait des examens à préparer, Lara se demandait bien quels examens on préparait en été, et avait demandé à Lizzie de rentrer chez elle. Lizzie était plus vivante et joyeuse que lorsqu'elle sortait avec Tamara, mais un je ne sais quoi dans son attitude laissait entendre que les choses n'étaient peut-être pas aussi bonnes que l'on pouvait le croire.

 

Elle vit Lizzie rejoindre Linya, chacune jouant avec une des jumelles et se demanda si elle pourrait les rejoindre. Elle avait passé peu de temps avec ses petites sœurs depuis son retour et se sentait un peu coupable de les avoir délaissées ainsi. Mais pour pouvoir les rejoindre, il faudrait que Sahel se décide à parler.

 

Revenant à son fiancé elle décida qu'il était temps qu'il parle et se leva pour le rejoindre. Elle posa une main sur un de ses bras alors qu'il passait devant elle et attendit qu'il lève les yeux pour parler.

 

- Qu'est-ce qui t'arrive Sahel ? Si tu as quelque chose à dire, dis-le. S'il y a une chose que j'ai bien retenue ces derniers mois c'est que garder ce qui nous dérange pour nous n'est pas une solution. Je suis ta fiancée, alors parle-moi s'il te plaît...

 

Sahel la fixa quelques instants mais ne parvint pas à se résoudre à dire ce qu'il avait sur le cœur. Il détourna les yeux, ennuyé par sa lâcheté et Lara réessaya :

 

- Est-ce que c'est... David ? Je... je sais que ce que j'ai fait était mal...

 

Il lui retourna un regard farouche qui la cloua sur place.

 

- Ce n'est pas David, finit-il pas dire. Pas directement en tout cas.

 

- Qu'est-ce que tu veux dire par, pas directement ?

 

Sahel soupira et ses épaules tombèrent. Il lui jeta un regard en coin, presque timide.

 

- Tu as été honnête avec moi. Ca ne devait pas être facile étant donné... disons que les choses ont changé entre nous. C'est devenu plus sérieux et même si on n'a rien précisé tu devais bien te douter que si je te demandais de m'épouser, ça signifiait que tu ne pouvais pas retourner vers ton ex...

 

- Oui, je sais... je... je t'ai trompé et...

 

- Ce n'est pas ça... la monogamie ne fait pas vraiment partie des mœurs de ma Tribu, tromper c'est une notion vraiment occidentale. Je ne considère pas que tu m'ais trompé. Enfin pas si cela n'implique que le physique. Mais avec David...

 

- Alors pourquoi tu semblais si jaloux quand je le faisais ? S'étonna-t-elle en le coupant.

 

Sahel pinça les lèvres.

 

- Ce n'est pas parce que c'est dans les mœurs de ma Tribu que cela me plaît de savoir que tu as été aussi intime avec d'autres que moi.

 

- Oh... oui, bien sûr...

 

Sahel était vraiment différent de autres garçons. Aussi bizarre que cela soit, sa confession un peu tordue la toucha et renforça les sentiments qu'elle avait pour lui.

 

- Ce que j'essaie de te dire c'est que si le physique c'est toléré, la coucherie lorsqu'elle implique des sentiments, ça, c'est tromper. Dis-moi que tu ne l'aimes plus, exigea-t-il soudain. Non attends je m'égare... Ce n'est pas là où je voulais en venir même si j'aurais besoin qu'on revienne dessus plus tard.

 

Il inspira profondément pour se donner le temps d'organiser ses idées et se calmer un peu. Evoquer David et sa constante demande d'attention envers SA fiancée l'énervait au plus haut point.

 

- Tu savais qu'en retournant vers lui, tu faisais quelque chose qui risquait de mettre notre couple en danger, déclara-t-il finalement. Bon pas pour les bonnes raisons, apparemment on s'est mal compris sur certains points mais peu importe. Tu le savais et tu m'as quand même tout dit... j'ai trouvé ça très courageux de ta part. D'autant plus que j'ai moi-même quelque chose à t'avouer mais que je n'y arrive pas... je...

 

Il secoua la tête.

 

- Je ne suis pas aussi courageux que toi...

 

Lara lui prit la main et l'obligea à la regarder.

 

- Tu as failli mourir pour moi. Tu t'es levé contre Ashee pour moi. Tu es courageux, le plus courageux de tous les hommes que je connaisse. Tu es un héros... je pensais que tu le savais.

 

Sahel détourna les yeux, incapable de la regarder en face et lâcha tout d'un coup :

 

- C'est ça le problème. Je ne suis pas un héros. Oui, je me suis retourné contre Ashee pour toi mais à la base tu n'aurais pas été dans cette position sans moi ! Tu crois que j'ignorais ce qu'elle manigançait ?? C'était ma chef ! Pourquoi penses-tu que j'ai été amené en Amérique avec elle ?? Je devais m'infiltrer auprès de toi et Len et découvrir vos points faibles. Je l'ai aidée à jeter ce sort sur toi et ton frère, je t'ai manipulée du début à la fin pour que tu prennes les mauvaises décisions. Même quand j'avais des doutes, je n'ai pas hésité à te pousser dans le mauvais sens !

 

Sous le choc, Lara recula. Ca n'avait pas de sens ce qu'il disait... Elle le fixa et les larmes montèrent. Bien sûr que ça avait du sens. Elle aurait pu même arriver à cette conclusion par elle-même si elle avait un tant soit peu réfléchi. Mais elle avait préféré se voiler la face... elle avait eu trop besoin de lui et après la blessure que David avait ouverte, elle avait refusé d'en subir une autre.

 

Elle ferma les yeux et les larmes roulèrent en silence sur ses joues. Elle lâcha sa main et avala, tant bien que mal, la boule qui lui obstruait la gorge.

 

- Lara..., je suis désolée... lorsque j'ai compris que je t'aimais, il était déjà trop tard. Je pensais qu'on pourrait s'unir dans ma Tribu et que je changerais les choses petit à petit pour toi. Je pensais que j'aurais le temps... mais Ashee... je ne sais pas pourquoi, a changé d'avis. Et alors je n'ai plus eu le choix. En fait je n'ai même pas réfléchi, j'ai juste réagi. Je ne pouvais pas la laisser te tuer.

 

- Donc si elle n'avait pas brusquement changé d'avis, tu l'aurais laissée mettre cette chose... ce démon à ma place ??

 

- Ca ne devait pas se passer ainsi ! protesta-t-il. Et tu étais d'accord je te rappelle ! Ça aurait été toi pendant longtemps encore. Presque...

 

- Presque oui, répondit-elle hargneuse, et au final j'aurais disparu ! Et tu aurais laissé faire !

 

- Je ne sais pas, d'accord ! J'avais des doutes et j'étais perdu ! Je ne savais pas quoi faire ! Je te rappelle que j'ai grandi dans cette Tribu avec ces idées ! Mon père a donné sa vie comme si c'était normal, pour cet objectif ! Aller contre sa volonté c'était le perdre une nouvelle fois ! Et avant moi, personne n'avait eu l'honneur si jeune d'être choisi par Ashee comme Lieutenant ! Personne dans ma Tribu, aucun adulte, ne remettait en cause ce qui se passait. Comment je pouvais savoir que c'était si foncièrement mal ?! Pour moi c'était la norme et c'était le reste du monde qui se trompait !

 

- Et tu le penses toujours ? Demanda-t-elle en colère. Tu le penses toujours que ses idées étaient bonnes ?!

 

- J'en sais rien ! Je pense pas non, mais j'ai pas vraiment eu le temps de me pencher sur ce que je croyais vraiment ! Je ne me sens à ma place nulle part ! Tu es la seule personne à qui je pouvais me raccrocher, je... j'avais peur de te perdre en te disant tout. Je... je sais pas ce que je crois... je sais pas ce que je veux... je sais juste que je t'aime et que j'ai besoin de toi, termina-t-il en se mettant à pleurer.

 

Il était si perdu ! Il ne savait pas vers qui se tourner, à qui faire confiance, il n'avait pas vraiment de notion du bien et du mal de façon certaine. Les occidentaux disaient que tuer étaient mal quelles que soient les circonstances, pourtant ils étaient les premiers à partir en guerre. En quoi c'était différent de ce que sa Tribu et lui avait fait ?? Dans sa Tribu, c'était ne pas agir pour le bien de sa Tribu quand on en avait la possibilité qui était un crime. Et étendre leur pouvoir sur les autres Tribus du Désert allait forcément être bon pour la leur. Cela allait mettre fin aux guerres et leur donner suffisamment de poids face au reste du continent pour qu'on cesse de les obliger à vagabonder en les traquant. Les plans d’Ashee dans ce contexte étaient forcément bons. Alors peut-être qu'elle avait manipulé leurs esprits afin de leur faire accepter ses méthodes plus rapidement, mais cela ne changeait rien. Au final, même sans cela, ils l'auraient suivie.

 

- Je n'ai jamais pensé que je faisais quelque chose de mal... j'obéissais à mon chef et je travaillais pour le bien des miens, en quoi était-ce mal ? Mais te voir souffrir... et lutter contre cette nature qui ne t'étais pas familière... j'ai commencé à me poser des questions. Mais pas suffisamment, je ne voulais pas je crois, ou peut-être était-ce une manipulation d’Ashee, je n'en sais rien... tout ce que je sais c’est ce que j'ai fini par tomber amoureux de toi et envisager les choses différemment. Mais c'est arrivé trop tard et trop lentement. Je n'ai pas réellement pris partie et oui, je l'aurais sûrement laissée faire avec le Dévoreur jusqu'à ce que tu disparaisses si elle n'avait pas changé ses plans... mais elle l’a fait et j'ai compris là que les choses étaient mauvaises. Je suis désolé de ne pas l'avoir compris avant. Je suis désolé, de ne pas te l'avoir dit avant mais je ne suis pas désolé de t'avoir manipulée... sans ça, je ne serais jamais tombé amoureux de toi et sans Ashee je ne t'aurais jamais rencontrée. 

 

Il s'interrompit le temps de reprendre sa respiration et reprit :

 

- Au final, ça m'a permis d'apprendre ta notion du bien et du mal... je ne sais pas si elle est meilleure que celle de ma Tribu, mais j'aurais le reste de ma vie pour décider de ça. Sans toi, sans Ashee, sans tout ça, je ne me serais jamais posé de question... je suis désolé que tu aies dû souffrir pour me permettre d'apprendre quelque chose... et je suis vraiment vraiment désolé de ne pas avoir eu le cran de t'avouer mon implication avant. Mais je t'aime Lara. Je t'aime vraiment...

 

Il s'avança pour lui reprendre la main mais elle fit un pas en arrière et secoua la tête.

 

- Même si je comprends et accepte ce que tu viens de dire, ça change tout... tu deviens pour moi comme David... quelqu'un à qui je ne peux pas faire confiance.

 

Elle avait dit cela avec une rage sourde. En colère d'avoir une fois de plus fait confiance à la mauvaise personne. Quel intérêt leurs regrets pouvait-il avoir ?! Ne pouvaient-ils pas penser aux conséquences avant ?!

 

- Je veux que tu sortes d'ici. Je veux être seule, fit-elle en l'empêchant de reprendre la parole. J'ai besoin de réfléchir.

 

- Lara... je...

 

- Je m'en fiche ! Je me fiche que tu m'aimes à en mourir, je me fiche de savoir que tu es désolé ! Vous êtes tous les deux pareils ! Vous mentez, me faites du mal et regrettez après et après ?!! Qu'est-ce que ça m'apporte de le savoir ?! Vous ne pensez qu'à vous !! Tu aurais dû me le dire !! Je t'aurais pardonné si tu me l'avais dit !! Au lieu de ça tu m'as laissée te prendre pour un héros et m'accrocher à toi comme à une bouée !

 

Si ses mères n'avaient pas été là... elle refusa d'y penser.

 

- Sors ! Sors d'ici !!! hurla-t-elle en le poussant violemment.

 

Sahel essuya rageusement les larmes qui ne voulaient pas s'arrêter de couler et fit volte-face. Il sortit en trombe de la chambre et Lara attrapa la porte qu'elle claqua violemment. Le son sembla se répercuter comme un écho et Lara resta figée sur place, anéantie par cette nouvelle trahison.

 

 

Chapitre 10 :

 

 

- Enfin ! S'exclama Lex en se laissant tomber sur le lit, fourbue.

 

Cela faisait plusieurs jours qu'elles voyageaient. Tout d'abord, elles avaient pris l'avion pour se rendre plus rapidement dans la ville qui devait abriter le Temple d'Arès. Tia avait voulu commencer par le sien car elle le soupçonnait d'y être pour quelque chose dans ce qui leur arrivait depuis le début.

 

Malheureusement, le Temple d'Arès n'était plus accessible depuis plusieurs années et se rendre sur la montagne où il se trouvait avait pris plusieurs jours. Obtenir les réponses à leurs questions avait là encore nécessité plusieurs jours, Arès refusant de répondre à leurs appels. Sitôt revenues en ville, Tia avait insisté pour qu'elles reprennent l'avion sans attendre, afin de se rendre dans la ville de Midès, situé au pied de la montagne où se trouvait le temple d'Aphrodite. Elles venaient à peine d'arriver, c'était le milieu de la nuit et Lex était épuisée.

 

Les guerres allaient bon train, moins depuis que Tia avait mis un terme aux agissements de Sassem mais cela restait une des actions les plus prolifiques de cette époque. Les hommes avec le temps avaient oublié les Dieux, aussi Arès n'était plus une divinité en laquelle on croyait. Sa puissance il avait appris à la tirer d'autre chose.

 

- Tant que la guerre et l'envie de dominer l'autre existera, j'existerai. Mieux je serai le plus puissant des Dieux.

 

Tia, une nuit avait rêvé de lui, ou plutôt d'une vie où elle s'appelait Kimaro, vivait dans une Tribu d'Amazonie et avait eu une altercation avec un des Esprits régissant sa Tribu. Arès s'était alors montré à elle et lui avait appris quelques petites choses, dont celle d'où il tirait ses pouvoirs. 

 

Une autre divinité s'était montrée également, comme piquée à vif par ses propos.

 

- Les mortels, bien que dominés par leur volonté de détruire, sont avant tout en quête perpétuelle d'Amour. Ils vivent, respirent et recherchent l'Amour. Rien n'est plus puissant que ça, avait déclaré la grande femme blanche à peine vêtue d'un voile rose pâle les poings sur les hanches. L'Amour construit et construire demande plus d'efforts que détruire. Je suis et serai donc à jamais la plus puissante des divinités !

 

Un éclair violent avait éclaté aux côtés des deux Dieux qui avaient sursauté et eurent une expression désolée.

 

- Après vous père, bien sûr, avaient-ils déclaré en cœur avant de s'éclipser avec un petit signe de main et un clin d'œil pour Arès.

 

Tia se laissa tomber aux côtés de sa femme et l'attira dans ses bras avant de reprendre sa réflexion. Arès tirait désormais sa force de la croyance en ce qu'il représentait et non plus des prières et cadeaux qui lui étaient adressés directement. Les autres Dieux devaient forcément avoir appris à faire de même...

 

Néanmoins, Arès et Aphrodite avaient raison, la guerre et l'amour sont les deux choses qui nourrissent l'être humain et rendent donc les Dieux qui les représentent immuables et forcément très puissants.

 

Dès lors le fait que seuls leurs Temples aient réussi à subsister n'était pas une surprise. Néanmoins, celui d'Aphrodite était le seul encore en activité. Les gens venaient en pèlerinage du monde entier pour y déposer leurs prières et leurs cadeaux. Arès... quelques uns le faisaient encore pour lui mais c'était loin d'être suffisant pour en tirer une quelconque puissance. Pour peu que la déesse de l'amour ait appris à prendre des forces à la manière d'Arès en plus des prières, cela faisait d'elle la divinité la plus puissante du monde.

 

Tia sourit et frotta son nez contre l'oreille de Lex en chuchotant :

 

- Aphrodite doit être ravie... techniquement elle pourrait commander les Cieux.

 

Lex gloussa à la chatouille et se retourna dans les bras de sa femme. Elle planta un baiser sur ses lèvres et répondit :

 

- Si elle avait une telle ambition peut-être mais il ne faut pas oublier d'où Zeus tire sa force.

 

Tia hocha la tête.

 

- Des Cieux eux-mêmes. Mais il a renoncé à la Terre il y a longtemps maintenant.

 

- Donc tu penses vraiment qu'Aphrodite est le Dieu à convaincre...

 

Tia acquiesça.

 

- Mais comme tu l'as fait remarquer elle n'a pas l'ambition nécessaire pour s'imposer auprès des autres Dieux. C'est pourquoi je compte sur toi. Elle a toujours eu un faible pour toi. Elle a déjà intercédé en ta faveur contre les siens.

 

- Oui mais... cela fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé... et tout cela repose sur la certitude que ce qui nous arrive provient bien d'eux... et on n’en est pas encore sûr.

 

- On n'a peut-être pas pu voir Arès à son Temple, mais on a découvert suffisamment de choses grâce à certains de ses serviteurs...

 

- D'ailleurs j'aimerais bien savoir comment ce sale type a réussi à garder des humains pour s'occuper de son Temple, noter ses « exploits » et garder ses archives, l'interrompit la petite femme que la mention du Dieu de la guerre mettait sur les nerfs.

 

Tia sourit devant son agacement. Elle n'avait jamais porté Arès dans son cœur, avec raison, et n'éprouvait aucune indulgence envers lui. Elle le tolérait tout juste, ce qu'il lui rendait bien d'ailleurs, uniquement parce qu'à quelques reprises, il avait sincèrement aidé Xena sans arrière-pensée.

 

- Tant que les ambitions des hommes à conquérir existeront, Arès aura de quoi nourrir son pouvoir, expliqua Tia. Il s'en sert pour garder son Temple. Je ne sais pas trop à quoi il lui sert vu qu'il ne l'utilise plus pour les prières et offrandes... j'imagine, ajouta-t-elle en haussant une épaule, que c'est une question d'image.

 

Lex ricana.

 

- Son égo ne dégonfle pas avec les siècles...

 

Tia déposa un baiser sur le nez de sa bien-aimée. Lex était adorable lorsqu'elle était jalouse.

 

- Pour en revenir à ce que je disais, on a découvert suffisamment de choses au Temple d'Arès pour être sûr à 90% qu'il est derrière tout ça. Ce qui explique d'ailleurs son manque de répondant. Aphrodite devrait pouvoir nous donner des détails.

 

Lex resta silencieuse quelques minutes, profitant de ce moment de calme dans les bras de sa femme.

 

- Tu crois qu'elle nous répondra ? Demanda-t-elle en rompant le silence.

 

Tia qui était en train de s'assoupir, sursauta au son de sa voix et bailla avant de répondre :

 

- Tu penses au document qu'on a trouvé et qui disait que par arrêté de Zeus, aucun Dieu n'avait plus le droit de descendre sur Terre ?

 

Lex hocha la tête.

 

- Je crois que c'est pour ça en définitive qu'Arès a gardé son Temple. Techniquement, un Temple est le domaine des Dieux. Une extension de leur maison en quelque sorte. Donc oui, si on se rend à son Temple, je sais qu'Aphrodite nous répondra. Zeus ne pourra rien y redire car Aphrodite sera techniquement, toujours sur l'Olympe.

 

Lex soupira, soulagée et ravie. Elle allait bientôt revoir sa vieille amie !

 

- Et puis, je crois bien qu'elle a dans cette vie déjà intercédé en ta faveur, preuve qu'elle ne t'a pas oubliée, ajouta Tia en calant Lex entre ses bras avant de fermer les yeux.

 

- Tia tu devrais d'abord te déshabiller si tu veux dormir. Ça serait plus confortable.

 

Tia ricana sans rouvrir les yeux.

 

- Tu as oublié nos nuits en forêt on dirait... tout est plus confortable que ça...

 

- C'est sûr mais...

 

Tia l'embrassa soudain, occupant sa bouche à d'autres choses plus intéressantes puis elle se recula. Toujours les yeux fermés, elle chuchota.

 

- Chut femme, je dois dormir maintenant. Fatiguée.

 

Les joues rouges d'excitations, Lex dut prendre sur elle pour ne pas laisser ses mains parcourir le son corps. Elle laissa celle-ci la caler de façon plus confortable mais une question la taraudait qui l'empêcha de garder le silence plus longtemps.

 

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'Aphrodite ne m'a pas oubliée ?

 

Tia gémit comme un martyr et ouvrit un œil avant de répondre :

 

- D'où crois-tu que Maki et Jiyeon viennent ? Elles possèdent nos deux ADN, alors que techniquement elles ne devraient avoir que le mien ou le tien. Je les ai fait tester. Et sans trace de maladie en plus, ça te semble vraiment possible ?

 

Lex ouvrit la bouche. Fixa sa femme et répondit :

 

- Un miracle ?

 

Tia acquiesça.

 

- Un miracle nommé Aphrodite. Maintenant tais-toi et dors ou je te jette sous la douche. Froide.

 

Lex grimaça et se tint coite. Elle n'aimait pas les douches froides. Vraiment pas.

 

                                                                       ***

 

Linya éclata de rire alors que Maki attrapait et tirait sur une mèche de cheveux de sa sœur avec un air particulièrement adorable, la langue à moitié sortie et les yeux plissés. Elle riait tellement qu'elle se mit les mains sur le ventre en tentant tant bien que mal de dépêtrer Jiyeon des mains de sa sœur sans y parvenir.

 

Lizzie arriva à sa rescousse et attrapa Jiyeon avant de la lancer dans les airs à la plus grande joie de l'enfant.

 

Linya se laissa tomber sur le dos en riant de plus belle alors que Maki, dépitée de se voir retirer sa victime favorite, la poussait de toute la force de ses petits bras. Elle faucha ensuite la belle enfant et la serra contre elle sans tenir compte de ses protestations. Ses filles lui avaient manqué et bien que cela la mette un peu mal à l'aise, elle était heureuse de voir que Tia et Lex la considèrent réellement, pas juste dans les mots, comme une de leur mère.

 

- Et dire qu'il y a des enfants qui n'ont pas un seul parent, remarqua Lizzie en reposant Jiyeon sur le sol parce qu'elle réclamait sa maman Lin, et ces deux gamines, pourries gâtées ont trois mères.

 

Linya posa son regard sur la jeune fille. Lizzie avait pris sur elle depuis la veille de l’aider avec les jumelles dès qu’elle en avait l’occasion. Il était loin le temps où elle ne pensait qu’à sa petite personne. La cousine de Tia avait bien grandi, tant sur le plan mental que physique. C’était devenu une jeune fille splendide à l'air sûr d'elle et pleine de vie. Elle ne l'avait pas autant vue que Lex et Tia mais suffisamment pour se rendre compte que quitter Tamara avait été une bonne chose pour elle. Ces deux-là se faisaient trop de mal.

 

Lizzie fit la grimace et tira la langue pour s'excuser.

 

- Désolée, je ne cherchais pas à me faire plaindre ou quelque chose de ce genre. J'ai eu beaucoup de chance. Je ne voulais pas non plus insulter mes adorables petites cousines. Juste souligner la chance qu'elles possèdent. Trois mamans... j'aurais bien aimé en avoir une moi...

 

Un peu nostalgique, elle caressa la tête toute douce de sa cousine la plus proche et fut surprise lorsque Linya fit de même avec elle. La jeune femme avait l'air si jeune qu'elle oubliait qu'elle était plus proche de l'âge de Tia que du sien.

 

- Je parie qu'on ne t'a jamais dit combien tu fais maman...

 

Linya fronça les sourcils en se redressant et laissa Jiyeon rejoindre sa sœur qui avait attrapé un jouet et s'amusait à le faire couiner.

 

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

 

- A l'instant, ton air, quand tu m'as regardée... on aurait dit une mère.

 

- Tu veux dire que j'ai un air maternel ? Traduisit la jeune femme, amusée par sa description.

 

Lizzie hocha la tête.

 

- Air maternel ça fait vieux non ? Releva la dirigeante un peu vexée.

 

- Mais tu n'es pas vieille, protesta Lizzie. Je ne saurais pas dire quel âge tu as en fait. Mais tu es très sexy, ajouta-t-elle pour la convaincre de sa sincérité. Pas dans le genre de Tia, ajouta-t-elle avec un sourire doux-amer, plus dans le genre posé.

 

- Et c'est quoi le genre posé ?

 

Lizzie haussa une épaule en arrachant de l'herbe distraitement.

 

- Ca t'agresse pas comme la beauté de Tia le fait par exemple.

 

- Ca ne saute pas aux yeux.

 

- C'est ça.

 

Linya éclata de rire.

 

- C'est sensé me réconforter ?

 

- C'est juste qu'on doit te regarder vraiment pour voir ta beauté, mais elle est présente dès le début. C'est un peu comme la lune. Elle est magnifique, non ? Mais à côté du soleil on peut ne pas la remarquer si on ne la fixe pas directement.

 

- Je vois, fit sa vis-à-vis avec un sourire en coin, eh bien merci alors.

 

Elle se tourna ensuite vers ses filles et fronça les sourcils en découvrant Jiyeon assise sur la tête de sa sœur, brandissant la girafe en mousse que sa sœur tenait quelques minutes plus tôt, avec un air triomphant.

 

- Ces gamines m'inquiètent, marmonna-t-elle en se levant pour sortir Maki de la proposition précaire qui était la sienne.

 

- Moi je les trouve marrantes.

 

- Elles sont constamment en train de se marcher dessus, de s'asseoir sur la tête de l'autre ou de se piquer des trucs pour se les jeter à la figure, rétorqua Linya en se tournant vers elle.

 

- Oui, mais elles ne se blessent jamais l'une l'autre. Tu n'as pas remarqué ? Elles ne se font jamais pleurer.

 

Linya revint à ses filles. Elle avait raison. Pourtant elles n'avaient pas franchement l'air douces dans leurs mouvements... soit elles possédaient les gênes ultra résistants de Tia à la douleur, soit elles prenaient bien soin de ne pas taper trop fort. Un peu comme Lex faisait avec elle ou Tia lorsqu'elle voulait les taquiner. C'était ennuyeux, mais elle faisait attention à ne pas franchir la limite.

 

- Donc elles tiennent de leurs deux maman aussi bien mentalement que physiquement...

 

Linya soupira, épuisée d'avance. Le jour où elles accéderont à la parole et comprendront l'humour, elle allait le sentir passer entre elles et leurs mères...

 

- Comment vont Lara et Len ? Demanda soudain Lizzie. Papa m'a dit qu'ils avaient vécu des choses difficiles dernièrement et qu'ils en avaient perdu la parole.

 

Linya acquiesça.

 

- Lara va mieux depuis quelques jours. Elle reparle à nouveau, bien que je l’aie entendue se disputer avec Sahel tout à l’heure. Son fiancé, expliqua-t-elle en voyant son air interrogatif. Len... Len refuse de parler ou même de rester dans la même pièce que ses mères ou moi. C'est difficile de savoir où il en est...

 

- Il s'est passé quoi ?

 

- C'est... compliqué à expliquer... Et toi, comment vas-tu ? fit-elle pour changer de sujet.

 

- Bien. Anne-lise, ma petite amie est fantastique ! Elle arrivera ici après ses examens, tu verras elle est aussi belle que jolie et vraiment, vraiment accommodante comparée à Tamara.

 

- Ton père m'a semblé pourtant inquiet lorsqu'il a mentionné ton amie... et Trinity aussi.

 

Lizzie balaya l'inquiétude d'un revers de main.

 

- Il pense qu'elle ne m'accorde pas assez d'attention et Trinity s’imagine qu’elle est fainéante. Mais ils se trompent. Avec Tamara c'est le jour et la nuit.

 

- Le jour et la nuit... ça ne signifie pourtant pas qu'elle t'accorde l'attention que tu mérites ou qu’elle est effectivement travailleuse, seulement qu'elle en fait plus que Tamara.

 

Lizzie la fusilla du regard.

 

- Tu parles comme papa. Tu pourrais au moins attendre de la voir avant de la critiquer.

 

- Pardon, je ne voulais pas te blesser... Je ne la critiquais pas mais je m'excuse puisque c'est ainsi que tu l'as pris.

 

Lizzie soupira.

 

- C'est pour ça que je ne l'amène plus ici. Papa et Trinity passent leur temps à critiquer tout ce qu'elle fait. Ça n'est jamais assez pour eux. Mais qu'est-ce que ça peut faire si pour moi c'est suffisant ?

 

Linya considéra la question.

 

- Tu as raison. Si tu le vis bien, que ce qu'elle te donne te suffit alors il n'y a pas se poser de question.

 

Le sourire que la jeune fille lui retourna fut éclatant.

 

- Question peine de cœur, je m'y connais bien entre un premier amour impossible et un second pas très très sain, reprit la jeune fille quelques minutes plus tard. Je pourrais peut-être parler avec Lara vu qu’elle s’est disputée avec son fiancé... tu sais où elle est ?

 

- Dans sa chambre, elle refuse de la quitter.

 

- Tu vas t'en sortir avec les jumelles si je te laisse pour aller la retrouver ?

 

- Oui sans problème, sourit Linya. Si tu vois Len, peux-tu lui demander de me rejoindre ? Dis que ses sœurs veulent le voir, il viendra à coup sûr.

 

Lizzie hocha la tête et se remit sur pied. Elle épousseta son jean et rejoignit à grandes enjambées la maison, croisant au passage le mec le plus viril qu'elle avait jamais vu. Il lui dédia un sourire éclatant et elle se surprit à rougir. Ne regardant plus où elle marchait, elle trébucha. Confuse et mortifiée, elle se dépêcha de rentrer dans la maison, fuyant le rire de Linya, en se demandant comment diable elle avait fait pour ne pas reconnaître Enyalios. A sa décharge, la dernière fois qu'elle l'avait vu c'était trois ans auparavant et il était aussi bourré qu'une barrique. En superposant l'ancienne image à la nouvelle, le mercenaire perdit tout son charme à ses yeux et elle repartit en quête de Lara, l'oubliant aussitôt.

 

De son côté Linya tançant son ami qui arrivait avec l'air hautement satisfait.

 

- Que veux-tu, fit-il d'un air faussement désolé, je les fais toutes craquer quel que soit l'âge. 

 

- C'est parce que tu ressembles à Tia, se moqua-t-elle. Vous dégagez le même type d'assurance. Aucune chance qu'elle se retourne sur toi sinon.

 

- Ah, fit-il soudain sérieux et un peu triste. C'est ce que tu vois en moi ? Tia ? C'est pour ça que tu m'aimes bien ? A cause de notre ressemblance ?

 

Surprise par le changement de ton si peu courant chez Enyalios, Linya le dévisagea.

 

- Non. Je t'aime bien parce que tu es toi. Drôle, charmant, un peu idiot sur les bords mais plein de bonne volonté, attentionné et incroyablement loyal.

 

Etonné, Enyalios cligna des yeux sans rien dire. Alors c'était comme ça qu'elle le voyait... un sourire heureux transforma lentement son expression.

 

- Tu as oublié viril, physiquement irrésistible et sexy en diable.

 

Linya rit et secoua la tête.

 

- Oui, ça aussi.

 

- C'est vrai ? Tu le penses ? Demanda-t-il soudain en se penchant vers elle. Tu me trouves attractif et sexy ? Beau ?

 

Un peu déconcertée par la tournure de la discussion Linya acquiesça.

 

- Tu vas bien ? Tu sembles un peu... je ne sais pas... perdu ?

 

Frustré, Enyalios passa une main dans ses cheveux en hochant la tête.

 

- Je le suis. Pour tout te dire il m'est arrivé quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. Un truc que j'aurais pensé qui ne me tomberait jamais dessus. Après tout, j'ai tout fait pour l'éviter et puis ce n'est pas mon truc, poursuivit-il soudain énervé. Cela me fait me poser des questions stupides et tout à coup je perds mon assurance. Ca n'est vraiment pas plaisant tu peux me croire.

 

Ecarquillant les yeux, Linya se demanda ce qui pouvait bien le mettre dans cet état. Un peu inquiète, elle assit Maki à côté de sa sœur, lui donna un biscuit pour qu'elle ne vole pas le sien et se rapprocha du mercenaire, dont elle prit la main.

 

- Tout va bien, tu peux me parler, je ferai de mon mieux pour t'aider.

 

Enyalios fixa leur main et la fusilla du regard, un pli amer plissant ses lèvres.

 

- C'est bien ça le problème.

 

- Je ne comprends pas...

 

- Toi ! S'exclama-t-il à bout. C'est toi le problème.

 

Linya eut un mouvement de recul et se sentit blessée. Qu'est-ce qu'elle avait fait pour le mettre dans cet état ? Aussitôt Enyalios regretta son éclat puis ne le regretta pas. Elle était si jolie quand elle avait cette expression, songea-t-il. Et le soleil qui faisait ressortir ses tâches de rousseurs sur ses joues... il mourrait d'envie de passer les doigts dessus, comme un jeu de ligne qui formerait ensuite un dessin. Pour lui ce dessin mènerait forcément à ses lèvres... si jolies et attirantes lèvres...

 

- Désolé, je ne voulais pas te crier dessus, fit-il en se secouant.

 

Il soupira.

 

- Je suis tombé amoureux, déclara-t-il l'air lugubre. De toi.

 

Linya sentit sa mâchoire se décrocher.

 

                                                                       ***

 

Tia, les yeux à demi-fermés, profitait de l'air doux que la fenêtre de leur chambre faisait voler vers elles pendant que sa chère et tendre épouse passait d'une chaîne à l'autre. Elles avaient décidé, d'un commun accord à leur réveil, qu'aujourd'hui était une journée de repos. Au début, elles avaient eu l'idée de visiter la ville et ses environs mais au final, elles ne savaient comment, les choses avaient pris une autre tournure. Elles se retrouvaient donc en fin de soirée, encore au lit, après des ébats plus passionnés les uns que les autres.

 

- Tu ne crois pas qu'on devrait au moins prendre l'air ? Fit Lex en s'arrêtant sur une chaîne d'informations locales.

 

- On prend l'air, marmonna sa douce épouse en montrant la fenêtre.

 

Lex rit et tapota son flanc en la traitant de feignasse.

 

- C'est pas ce que tu disais tout à l'heure, rétorqua l'intéressée en dévoilant ses dents.

 

Lex rougit. Le moins que l'on puisse dire est que cette journée avait révélé combien toutes deux s'étaient manquées ces derniers mois. Leur créativité aurait pu être embarrassante si elles avaient eu des témoins.

 

Soudain une nouvelle attira son attention. Elle fronça les sourcils et commença à s'inquiéter. A la fin de la news, elle éteignit la télé et se tourna vers sa femme.

 

- C'est étrange, j'ai l'impression qu'on est suivi...

 

Aussitôt Tia se redressa et fouilla les environs des yeux.

 

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

 

- Les infos.

 

Déconcertée, la mercenaire la dévisagea.

 

- Tu te souviens de ce justicier, apparu chez ton oncle ?

 

Tia hocha la tête, soudain mal à l'aise.

 

- Il est réapparu. Partout où nous sommes allées.

 

Tia ouvrit les yeux.

 

- Vraiment ?

 

Lex acquiesça et Tia commença à s'inquiéter. Elle n'en avait pas eu conscience. C'était étrange, habituellement lorsqu'une vie passée prenait le pas, elle s'en souvenait après coup. Là, pas du tout.

 

Voyant son air soudain inquiet, Lex posa la main sur la sienne.

 

- Je ne pense pas vraiment qu'il nous suive ou nous veuille du mal le cas échéant, ne t'inquiète pas. Je suis juste intriguée par le fait qu'il apparaisse là où nous sommes. C'est peut-être un coup d'Arès ? Un de ses jeux malsains habituels ?

 

Tia acquiesça, oui, ça lui ressemblait bien ce genre de chose. Un peu soulagée elle se retourna vers sa femme.

 

- Tu n'as pas eu de trou noir par hasard ?

 

- Comment ça ?

 

- J'ai l'impression, commença Tia en faisant attention au choix de ses mots, que je ne me souviens pas toujours de ce que je fais...

 

Soudain inquiète, Lex demanda :

 

- Comment ça ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

 

- Je ne sais pas, une intuition... la plupart du temps, on se souvient de nos vies passées en se réveillant. Elles se manifestent sous forme de rêves ou de scènes anodines lorsque l'on est ensemble. Mais dernièrement, tu n'as pas eu l'impression que cela devenait plus... intense et vrai ? J'ai de plus en plus de mal en revenant de ces souvenirs à me rappeler lesquels sont les vrais. Je veux dire les actuels. Le fait qu'ils soient tous vrais et de plus en plus nombreux rend tout ça de plus en plus confus dans mon esprit...

 

- Oui, j'ai eu cette sensation aussi. Mais je suis loin d'avoir vécu ce que toi tu as vécu. Tes vies ont pour la plupart été tragiques, ça doit t'affecter plus profondément je pense... Tia, fit-elle après une inspiration, ça m'inquiète. Jusque-là c'était gentillet et plutôt sous contrôle, mais là... si soudain tu te mets à oublier des choses et à avoir du mal à te rappeler qui tu es... je ne veux plus que tu fasses un pas sans moi. Jusqu'à ce que les choses soient réglées, toi et moi on ne se quitte plus.

 

Elle se retourna et attrapa le téléphone lorsque Tia eut acquiescé.

 

- Qu'est-ce que tu fais ?

 

- Je téléphone à Linya. Si ça nous affecte ainsi, cela le fera également avec elle, Rhapsody et les jumeaux. Je veux qu'Enyalios les garde sous surveillance rapprochée.

 

- Je pense que tu t'inquiètes pour rien. Chacun d'entre eux n'a eu qu'une vie en dehors de celle-ci. Ca les affectera donc moins.

 

- Ou plus. S’ils finissent par avoir autant de souvenirs de leur première vie que de celle-ci, ils peuvent être encore plus perdus... Du reste Linya a eu plus qu'une vie. Elle m'a accompagnée dans chacune des miennes.

 

- Vraiment ? S'exclama Tia stupéfaite. Je ne savais pas...

 

Cela expliquait leur lien, sa force et son absolu. Elle jeta un coup d'œil à Lex, se demandant en définitive avec qui elle avait passé le plus de temps à travers toutes ces existences. Comme si elle avait suivi ses pensées, ce qui devait être le cas étant donné l'ouverture de leur lien, elle sourit en lui tapotant la jambe.

 

- Ne t'en fais pas mon amour, en dehors d'une vie, Linya n'a jamais été que ma meilleure amie et un support indéfectible à notre couple. Dès lors que je te rencontrais, elle était ta plus grande supporter.

 

Un sourire étira les lèvres de l'intéressée. Soudain elle se demanda comment Lex ne pouvait pas être courant de ses sorties nocturnes. Leur lien aurait dû l'en informer pourtant... Peut-être que lorsqu'elle revivait une autre existence, leur lien étant inexistant pendant celle-ci, celui-ci disparaissait-il momentanément ? Mais même ça, elle aurait dû s'en rendre compte... non ? A moins qu'elle aussi, à ce moment-là, revive autre chose... si c'était le cas, Lex n'en avait pas conscience. Ce qui rendait la situation d'autant plus inquiétante.

 

Tia se leva pendant que Lex passait son coup de téléphone. Elle ralluma la télévision en s'habillant et écouta ce que l'on disait du justicier. Les réactions étaient aussi admiratives et optimistes que semblables à celle de Trinity et Lex... Aucun doute, il s'agissait bien d'elle. Et le moins que l'on pouvait dire était que cela faisait parler. Elle soupira, inquiète et ressentant en entendant le récit de ses exploits, un sentiment ancien qui lui avait manqué. Celui du devoir accompli, de la justice rendue et des tords réparés. Gabrielle les lui avait enseignés et elle prenait conscience que cela lui manquait aujourd’hui.

 

Peut-être, une fois tout ceci terminé qu'elle pourrait enfin accéder à la demande de Lex qui voulait qu'elles mettent leurs talents de mercenaires au service des plus démunis. Gratuitement. Le concept de mercenaire devait lui échapper encore un peu pour qu'elle fasse une telle proposition. C'était ce qu'elle avait pensé alors. Mais si c'était elle qui avait eu tort ? Et si c'était ce qu'elle devait faire ? Son destin en quelque sorte, une façon d'expier pour toutes ses fautes à travers les siècles et une façon de ramener l'équilibre du bon côté de la balance.

 

Lorsqu'elle parcourait le monde en tant que Xena avec Gabrielle, elle l'avait fait pour elle, pour une rédemption qu'elle était désespérée de trouver. Malgré son passé et ce qu'elle avait fait en tant que Louve, elle n'éprouvait pas les même remords que Xena. Elle avait eu de bien meilleures excuses pour ses exactions, même si elle ne se les pardonnait pas forcément, elle avait appris à accepter le fait que c'était une conséquence de ce qu'elle avait vécu. Une façon de gérer sa souffrance.

 

Elle avait eu plus de noirceur en elle que Xena, mais elle lui avait beaucoup moins laissé la bride. Bien sûr, elle avait déchiré son âme, cela avait dû aider. Au final, si elle décidait d'accéder à la demande de Lex, cette fois, ce ne serait pas seulement pour expier ses fautes. Mais pour le plaisir de savoir qu'on avait aidé quelqu'un de plus faible que soit. De ne pas avoir fui ses responsabilités d'êtres humains et d'avoir rétabli l'équilibre en éloignant un peu plus le mal de ce monde.

 

Lex raccrocha et elle éteignit la télé.

 

- Habille-toi, fit Tia décidée, on va au Temple.

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28 août 2016

Canicule

mar


Un peu de fraicheur dans votre dimanche :O)

- trosième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Nos vies passées, dernière histoire des aventures de Tia et Lex, narrées par honey

Bonne lecture !

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Chose promise, chose due, partie 3

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

3ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Le soleil couchant les trouva ce soir-là installées dans une clairière paisible, à l’intérieur d’un anneau de hauts arbres et d’une longue bande d’herbe pentue qui menait à un grand lac. Xena s’était arrêtée tôt même si aucune d’elles n’était fatiguée.

Surtout parce qu’elle était juste contente d’être en extérieur et libre, et seule avec la barde, sous un ciel clair, avec la seule compagnie des oiseaux et des petits animaux. Et Argo et Arès bien entendu. Argo les avait portées la plus grande partie de la journée et elles avaient bien avancé, alors quand elles passèrent près d’un endroit dont elle se souvenait comme particulièrement agréable, elle fit sortir la jument du chemin et se dirigea à travers les grands arbres, dont les feuilles soyeuses effleuraient leurs épaules comme une douce couverture.

« Joli coin », dit Gabrielle, assise sur une bûche. « On n’est pas restées ici quand on avait pris ce chemin une fois ? »

Xena hocha la tête et eut un sourire tranquille. « Oui. » Elle finit d’enlever la selle d’Argo et la posa sur le sol, puis elle déboucla la couverture de la jument. « C’était la fois où tu es revenue de l’Académie. »

La barde s’adossa et croisa les jambes aux chevilles. « Ohhh oui… je me souviens… j’ai pu te persuader d’écouter certains de mes poèmes ce soir-là. » Elle rit. « Tu n’avais aucune idée de quoi me dire. » Un souvenir affectueux d’yeux bleus, qui clignaient vers elle un peu alarmés à travers la lumière vacillante du feu de camp, la fit sourire.

La guerrière lui lança un regard. « Tu as raison… je ne savais pas. » Elle frotta la jument ensuite elle déboucla sa cuirasse et la fit passer par ses épaules. « Ça te dit du poisson frais ? »

« Comme si j’allais jamais refuser cette offre. » Gabrielle sourit d’un air suffisant. « Ce lac a l’air génial… mais je vais attendre que tu finisses d’attraper le dîner… comme ça je ne serai pas encore accusée d’effrayer les poissons. »

Xena, agenouillée pour déboucler ses protections de jambes, leva les yeux et eut un regard ironique envers sa compagne. « Tu peux venir tant que tu ne chantes pas. »

Gabrielle tira la langue puis elle croisa les bras sur sa poitrine, et elle regarda d’un air appréciateur Xena enlever sa combinaison en cuir et se relever nonchalamment, sa peau nue et bronzée accueillant les rayons rouges du soleil. Le travail difficile avec les chevaux avait ajouté pas mal de muscles au dos et aux épaules de son âme sœur, et elle regarda avec une fascination paresseuse les ondulations sous sa peau. Elle a l’air vraiment en forme, décida Gabrielle en regardant la guerrière venir dans sa direction et capturer la lumière d’une direction totalement différente. Oh oui… résolument… Ses pensées l’emmenèrent dans un endroit très plaisant.

« Gabrielle ? » Le ton curieux interrompit ses divagations.

« Hein ? » Elle leva les yeux pour croiser un regard bleu tourné vers elle. « Oh… désolée… » Elle eut un sourire penaud. « J’appréciais juste la vue. »

La guerrière leva les yeux au ciel. « Merci. » Elle lança une chemise à la barde et descendit la pente, allongeant ses dernières foulées pour plonger dans l’eau avec une entrée propre et presque sans éclaboussures.

Gabrielle attendit qu’elle fasse surface puis elle se leva et mit la chemise sur son épaule avant d’aller prendre la combinaison de sa compagne pour la secouer et la brosser affectueusement. Elle saisit le regard d’Arès et serra le vêtement contre elle. « A quoi tu penses, Arès ? »

Le loup éternua.

« Oooouuui. » Gabrielle  rit. « C’est aussi ce que j’ai dit… bon sang que j’avais l’air idiote là-dedans cette fois-là. » Elle plia la combinaison et la posa avec soin sur le tas de sacoches, ensuite elle alla vers ses affaires à elle et s’assit, enleva ses bottes et remua les orteils. « Mmm… » Elle soupira en se penchant en arrière et en s’étirant, sentant le mouvement plaisant contre les muscles de son estomac. Elle détendit ses bras et regarda le ciel tandis qu’il passait d’une lueur orangée de soleil couchant à un bleu profond, et montrait les premières lumières des étoiles au-dessus d’elle. Une profonde inspiration lui apporta la senteur de l’eau toute proche et de l’herbe sur laquelle elle était allongée, ainsi que la riche odeur des arbres. « Ça sent très bon ici, pas vrai, Arès ? »

Le loup, une pomme de pin coincée entre ses deux grandes pattes, leva les yeux tout en mâchouillant l’objet. « Agrrrooo », yodla-t-il doucement, se mettant debout pour trottiner vers elle, où il laissa tomber sa pomme de pin sur son ventre et s’assit avec un air d’attente.

« Ouille. » Gabrielle prit l’objet pointu et l’inspecta. « Je présume que ça veut dire que tu as faim, hein ? » Elle entendit un grondement distinct. « C’est toi ou c’est moi ? »

« Agrrroooo. » Le loup lui lécha la main, ensuite il leva ses yeux jaunes, fixant quelque chose qui lui fit remuer la queue.

Gabrielle roula la tête d’un côté et repéra son âme sœur qui émergeait de l’eau. « Ooohh… tu penses qu’elle a le dîner ? » Demanda-t-elle au loup, puis elle inspira brusquement quand la pleine lumière du soleil frappa le corps constellé de gouttes d’eau de Xena. « Oh… on s’en fiche. » Elle fit claquer sa langue. « Je vais te dire une chose… tu peux avoir le poisson, je prends ta maman, d’accord ? »

« Roo ? » Arès pencha la tête, renifla son ventre et le lécha.

« Aghh… c’est froid. » La barde prit la langue du loup entre deux doigts, qui la sortit encore plus avec un piaulement étouffé. Elle la relâcha et lui gratta la tête d’un air absent tandis qu’elle regardait Xena s’approcher. La guerrière secouait ses cheveux mouillés, eti projetait des gouttelettes d’eau teintées de feu dans la lumière du soleil, ce qui mettait en valeur son corps puissant en l’entourant d’un manteau de cramoisi chaleureux. Non… Gabrielle sentit un sourire se frayer un chemin sur ses lèvres. Le temps passé à Amphipolis n’avait pas du tout causé de tort à son âme sœur. Elle pencha la tête à l’approche de Xena qui s’arrêta tout près, dégoulinante. « Tu as fait vite. »

Xena haussa les épaules. « Il y a beaucoup de poissons par ici… et pas beaucoup de gens. » Elle s’agenouilla et posa les deux grands poissons sur les pierres qui entouraient le feu de camp pour qu’ils cuisent à petit feu, puis elle se releva et tendit la main à Gabrielle. « Tu veux aller nager ? »

La barde lui prit la main et se laissa relever. « Voilà une offre que je ne peux pas refuser. » Elle saisit la ceinture qui tenait sa jupe tandis que Xena l’aidait à détacher son haut, à enlever le vêtement tout en la chatouillant un peu sur les côtes. Sa peau était plus claire que celle de sa compagne, mais pas de beaucoup, et elle avait une teinte dorée, là où Xena avait une teinte de bronze. Elle leva les yeux vers le regard bleu dansant et sourit, puis elle la poussa doucement. « Cours ! »

Elle partit en courant, entendit le rire de Xena, puis elle sentit la chaleur quand la guerrière la rattrapa, passant un doigt le long de son dos tandis qu’elles se dirigeaient vers l’eau. Elle plongea dans le lac, savourant la poussée quand l’eau froide se referma sur sa tête et couvrit son corps. Elle refit surface en crachotant. « Beuh… tu ne m’as pas dit que c’était froid ! »

Xena avait aussi fait surface et marchait près d'elle dans l’eau. « Tu n’as pas demandé », déclara-t-elle joyeusement. « En plus, c’est un lac, et on est à l’automne, Gabrielle… à quoi t’attendais-tu ? »

« Je m’attendais à ce que tu trouves une source chaude, bien sûr », répondit la barde en l’éclaboussant. « Toi, la talentueuse. »

Xena ricana et l’éclaboussa en retour.

Ce qui tourna en une bataille d’eau, qui dura jusqu’à ce que les derniers rayons du soleil teintent l’eau et Xena finit par s’approcher du barde insaisissable, pour mettre une prise ferme sur son corps glissant et la rapprocher. « Je t’ai eue », grogna-t-elle, d’un air triomphant.

Gabrielle cessa de se battre et mit les bras autour du cou de sa compagne. « Ouaip », acquiesça-t-elle joyeusement, surprise que Xena n’hésite pas à baisser la tête pour prendre possession de ses lèvres. La chaleur comparée à la fraîcheur de l’eau était fantastique et elle se tortilla pour se rapprocher, se pressant plus contre le corps de la guerrière. Elle finit par se détacher avec un petit soupir. « Nous sommes au milieu d’un lac, au milieu d’une forêt, mon amour. »

« Hmm… » Xena eut un rire de fond de gorge. « Personne à des lieues à la ronde… à part Argo, Arès et un hibou dans cet arbre à ta gauche. »

Gabrielle scruta la pénombre. « Allons, Xena… même toi tu n’es pas aussi bonne. » Elle gloussa, cognant sa compagne de la tête.

La guerrière attrapa une pierre dégoulinante d’eau puis d’un mouvement de son poignet, elle l’envoya voler dans les arbres. Un vrombissement explosa dans le plus proche et un grand hibou marron s’envola en leur lançant un regard mauvais en passant.

Xena eut un sourire narquois et haussa un sourcil. « Oh que si », ronronna-t-elle d’un ton supérieur tout en soulevant la barde pour la bercer, puis elle sortit nonchalamment du lac pour revenir à leur campement.

Gabrielle ne protesta même pas. Elle se contenta de s’accrocher et lécha des gouttelettes d'eau froide sur la peau de sa compagne avant d’être déposée sur son couchage en fourrure et de sentir qu’on la séchait avec un morceau de tissu. Avec un sourire paresseux, elle retourna le service puis s’installa tandis que Xena faisait un détour vers le feu et rapportait leur dîner qu’elles firent alterner avec  des mordillements l’une de l’autre, jusqu’à ce que Gabrielle se sente repue des deux et merveilleusement stimulée.

Xena posa leurs assiettes vides et passa une main lente et excitante le long du corps de la barde, la sentant s’arquer au contact, et elle sourit en se glissant près de sa compagne qu’elle commença à mordiller régulièrement juste sous sa dernière côte, avec l’intention de prendre un chemin créatif.

Gabrielle inspira brusquement, laissant la vague intense de sensation la percuter. Les étoiles au-dessus de sa tête semblaient plus réelles que d’habitude et elle céda volontairement le contrôle de ses sens à un toucher qui la réclamait pleinement.

Elle était consciente, enfin, de n’être qu’une boule de contentement, flottant paisiblement dans une mer endormie de chaleur.

Xena écouta la respiration régulière de son âme sœur, qui envoya un flux de chaleur sur sa peau là où la joue de la barde reposait. Son regard était acéré et alerte, tandis qu’elle veillait, se rassurant sur le manque de danger ou d’observateurs dans les environs.

Elle avait vérifié et revérifié, bien entendu, avant de se risquer dans un élan de passion, mais on ne pouvait jamais être trop sûr. Même avec les sens en alerte d’Arès pour la prévenir, elle était totalement consciente de son rôle pour les mettre, Gabrielle et elle, en sécurité. Normalement, elles n’auraient pas pris le risque. Cependant elle n’avait aucune idée vers où elles s’engageaient et les deux derniers jours avaient été très stressants pour elles deux alors…

Elles s’en étaient tirées. Xena s’étira un peu et s’enroula un peu plus autour de Gabrielle. Elles ne pourraient pas le faire très souvent, mais… ça en avait valu la peine. Elle se sentait plutôt fichûment bien et par le sourire sur les lèvres de la barde… Elle soupira doucement et bâilla, laissant ses yeux se fermer, sachant que ses sens resteraient en alerte avec une grande habitude.

Gabrielle remua dans son sommeil et se tortilla pour se rapprocher, lâchant un marmonnement silencieux tandis que ses mains cherchaient une prise plus forte, s’enroulant de façon possessive autour des côtes de Xena. Cette vue apporta un sourire appréciateur sur les lèvres de la guerrière tandis qu’elle clignait pour ouvrir les yeux et regarder la jeune femme. Le vacillement atténué de la lumière du feu rehaussait les cils clairs qui effleuraient délicatement sa peau. Elle tira les fourrures sur elles deux et pencha la tête en arrière avec un soupir, regardant les étoiles amicales au-dessus d’elles.


Maintenant, la route faisait une pente qui menait à une petite bande de collines qui les entourait et était couverte d’une forêt épaisse. Deux jours de voyage plus tard, elles avaient dû faire un détour quand Xena découvrit qu’une petite guerre faisait rage entre deux cités et qu’elle avait décidé de ne pas s’en mêler. « Ça pourrait durer un moment… » Avait-elle dit à la barde tandis qu’elles faisaient route avec prudence pour contourner le périmètre. « Il faut d’abord qu’on se débarrasse de notre affaire… peut-être sur le chemin du retour. »

Gabrielle avait hoché la tête, lançant un regard derrière elles tandis qu’Argo les portait dans une direction calculée pour leur éviter le conflit. « Tant de guerres, si peu de temps », avait-elle murmuré avec un soupir, tandis qu’elle mâchait posément un morceau de pain et du fromage que sa compagne lui avait tendus après une petite plainte. « Autant marcher me donne faim. »

Xena éclata de rire. « Oh oui… et quelle est ton excuse habituelle ? » La taquina-t-elle, ce qui lui valut une langue rose impudente en retour.

Elles marchaient maintenant pour laisser Argo se reposer, et la route lâchait des bouffées de poussière autour de leurs bottes alors que Gabrielle répétait une de ses histoires les plus récentes. Xena, comme d’habitude, écoutait dans un silence aimable.

« Tu penses que je devrais garder le passage sur le cheval ici ? » Questionna la barde en s’arrêtant pour relire. « La morsure, je veux dire ? »

Xena réfléchit. « Je pensais que c’était drôle », finit-elle par dire avec précautions. « Surtout quand tu décris la grimace que le cheval a faite après qu’il a mordu ce type. »

Gabrielle gloussa. « Le genre d’expression qui dit ‘dieux qu’est-ce que j’ai dans la bouche’ ? »

La guerrière hocha la tête. « Oui… j’ai donné du gâteau aux herbes de maman à Argo une fois et elle a fait cette même grimace. » Elle se tourna vers la jument placide. « Pas vrai ? »

Argo remua son mors et renifla en donnant un coup de tête dans les côtes de Xena.

Un léger hurlement les fit s’arrêter et se regarder. « Tu as entendu ça ? » Dit Gabrielle, le front plissé. « On dirait que quelqu’un iodle. »

Elles se retournèrent pour voir un nuage de poussière qui semblait les pourchasser avec un cri ondulant.

« Ooohooo ! Les filles ! » Le son devint plus clair.

Xena soupira. « N’écoute pas. » Elle s’arrêta et posa un bras sur les épaules d’Argo et l’autre main sur sa hanche. Arès s’assit près de ses talons et éternua dans la poussière.

Gabrielle sourit. « Hé… sois gentille… je ne l’ai pas vu depuis longtemps. » Elle trottina sur la route pour saluer le chariot qui approchait. « Salmoneus ! »

« Salut ! » Soupira l’homme d’âge mûr et il l’étreignit avec enthousiasme. « Et bien, salut ! » Il lui tapota le dos puis la tint à distance de bras et claqua de la bouche. « Regarde-toi ! Gabrielle, tu es fabuleuse », dit-il enthousiaste. « Tu rayonnes absolument ! »

La barde rougit et le poussa un peu. « Contente de te voir aussi, Salmoneus… Xena a dit qu’elle était tombée sur toi. »

L’homme lança un regard à Xena qui attendait avec un air sévère et il lui souffla un baiser. « Oh oui… j’ai eu le plaisir de rencontrer la grande sombre et mortelle il y a quelques jours… et bon sang que j’ai eu de la chance… joli timing. » Il tira sur les rênes de sa mule qui tirait vigoureusement sur un chariot. « Elle m’a assurément sauvé le… hum… »

« J’ai compris l’idée », l’assura la barde en regardant dans le chariot. « Qu’est-ce que tu as là-dedans ? »

Il rayonna. « Mon exposition éducationnelle. J’augmente l’aptitude scolaire des gens partout en Grèce. »

Un regard vert brillant passa du chariot à son visage. « Un spectacle, hein ? »

« Tch… » Il claqua de la bouche. « Tu as passé bien trop de temps avec une certaine Princesse Guerrière, je pense. » Il ouvrit une cage et laissa son occupant en sortir en se dandinant. « Tu vois ? Je parie que tu n’as jamais rien vu de pareil auparavant ? »

Gabrielle regarda le petit oiseau qui se tenait droit avec délice. « Oh… il est tellement mignon ! » Elle tendit la main avec précautions et l’oiseau s’avança pour lui mordiller les doigts. « Xena… c’est ça la chose dont tu parlais ? » Cria-t-elle par-dessus son épaule à sa compagne.

Avec un soupir de souffrance, Xena les rejoignit et posa ses avant-bras cerclés de bracelets sur le bois. « Oui… » Admit-elle.

Quand l’oiseau entendit sa voix, il tourna la tête et cacarda, puis il traversa la carriole et s’écrasa contre son côté, remuant ses ailes tronquées avec enthousiasme. « Coin ! »

« Tu sais. Je pense qu’il t’aime bien », fit observer Salmoneus avec un large sourire. « Il a grandement boudé depuis que tu l’as laissé. »

Xena leur adressa à tous les trois un regard méchant puis elle se recula du chariot et revint à côté d’Argo. « Allez, Gabrielle… on a des choses à faire. »

Salmoneus lui adressa un regard affectueux. « Elle ne change pas, pas vrai ? » Il fit un clin d’œil à Gabrielle. « Alors… comment ça a été pour toi ? »

Gabrielle passa en revue un millier de réponses différentes à cette question et sourit. « Je vais très bien… et toi ? »

« Eh… » Il regarda sa marchandise. « En fait… Xena a dit un truc dans cet endroit horrible, qui me pèse… elle a raison… ces animaux n’ont rien à faire ici et ils ne sont pas très heureux… mais je ne sais pas quoi faire avec eux. »

La barde étudia les oiseaux et tendit la main pour gratter sur la tête celui qui s’était détaché. L’oiseau bondit de bas en haut avec un air déçu. « Xena reviens ici un instant, tu veux bien ? »

Un soupir audible, mais la guerrière obéit, contournant sa compagne pour se pencher à nouveau par-dessus le chariot. « Quoi ? » L’oiseau trottina immédiatement et joyeusement vers elle et elle se laissa faire, lui frottant la tête pendant qu’il roucoulait d’aise.

Gabrielle se mordit la lèvre pour ne pas rire. « Qu’est-ce que Sal peut faire d’eux ? » Elle regarda Xena. « Il ne peut pas les rapporter où il les a trouvés. »

Xena cligna des yeux en regardant les animaux, gardant le silence pendant un long moment pensif. Arès trottina vers elle et se mit sur ses pattes arrière, ses pattes avant sur le bord du chariot pour regarder en bas. « Roo ? »

L’oiseau cacarda.

La guerrière lâcha un soupir. « Et bien… ce sont des oiseaux d’eau », répondit-elle lentement. « Je présume que si tu trouves une cité portuaire… tu pourrais les relâcher dans l’océan. » Elle gratta l’oiseau sous le menton. « Ils mangent des poissons. »

« Oui oui », approuva Salmoneus. « Ils font ça… et une tonne. »

« Exact… » Xena tambourina sur le bois. « Les autres oiseaux… tu pourrais les laisser dans un endroit chaud… au sud… dans cet endroit près de la côte qui ressemble à une jungle… et ce chat… je ne sais pas, Salmoneus… il est amical ? »

L’homme ricana. « Avec moi, ou avec toi ? » Il montra l’oiseau. « Ce truc ne me tourne certainement pas autour de mon popotin à moi. »

« Ton quoi ? » La barde et la guerrière parlèrent en même temps.

Salmoneus passa d’un regard clair comme du cristal à l’autre et soupira. « Oubliez. »

Xena haussa les épaules et alla de l’autre côté du chariot, pour regarder le petit chat sauvage avec intérêt. « Il n’a pas l’air très amical », observa-t-elle en tendant la main avec précautions. Le chat siffla. « Bon… Athènes a un zoo plutôt bien pourvu… ils pourraient être intéressés… je détesterais que tu le relâches dans le coin… il y a trop de vraiment gros chats alentours. »

L’homme mit ses mains dans sa ceinture et se balança en arrière. « Hmm… je parie qu’ils… » Il eut un sourire sur son visage barbu. « Et bien ; c’est une idée géniale, Xena ! Merci ! » Il gloussa. « Je voulais visiter Athènes… améliorer ma culture. » Il regarda autour de lui. « Il n’y a pas grand-chose ici dans les bleds. »

Elles le regardèrent.

« Oh… désolé… j’ai oublié… vous vivez par ici. » Il leur fit un sourire volontaire. « Je ne pensais pas à votre cité, bien entendu. » Il se gratta la barbe. « Ça s’appelle comment déjà ? »

Xena renifla doucement et se repoussa de la carriole. « Amphipolis, mais tu ne veux pas y aller. »

« Ah… » L’homme rit à ces mots. « C’est trop tranquille pour moi, hein ? »

La guerrière lui sourit. « Trop intelligent », corrigea-t-elle avec un sourire narquois. « Tu finirais par passer l’hiver dans une cave à légumes, crois-moi. »

Il passa le doigt sur sa barbe. « Je pourrais prendre ça pour un défi », dit-il pensivement.

Xena lui lança un regard tout en tirant sur le bras de la barde. « Pas si tu veux te coltiner avec ma mère… allons, Gabrielle… il faut partir. »

« Mère ? » Salmoneus se redressa. « Tu as une mère ? Xena, tu ne m’as jamais parlé de cette mère… c’est stupéfiant ! » Il tira sur les rênes de la mule et les suivit tandis qu’elles retournaient vers Argo. « Où est-ce que vous allez ? Peut-être que vous auriez besoin d’une escorte, hein ? »

« Non », dirent-elles à l’unisson puis elles se regardèrent avec perplexité. « On va vers les ennuis, Sal… tu ne veux pas y aller », détailla Xena. « Se battre, des guerres… des seigneurs de guerre mauvais… de la mauvaise nourriture… »

« D’accord… d’accord… pas la peine d’insister. » Salmoneus leva la main. « Je sais quand je suis indésirable. »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « C’est ton département », marmonna la guerrière en jouant avec une des rênes d’Argo.

La barde lui adressa un regard amusé et la tapota dans les côtes. « Ma grande et courageuse guerrière », murmura-t-elle, sachant que sa compagne l’entendrait. « Ecoute, Sal… ce que Xena a dit est vrai. » Elle prit l’homme par le bras tout en marchant. « Quelqu’un qu’elle a connu il y a longtemps a envahi une cité… ce n’est pas un type bien… et nous y allons pour voir ce que nous pouvons y faire. »

Salmoneus s’éclaircit la voix. « Bon… je heu… bien sûr que j’adorerais vous aider… mais… je… je suis responsable de ces animaux… tu comprends. »

« Bien sûr », acquiesça Gabrielle joyeusement. « Mais nous serons de retour à Amphipolis dans un moment… tu pourrais t’y arrêter pour nous saluer… j’adorerais avoir une occasion de te parler. » Elle lui sourit et il lui répondit en souriant à son tour.

« Idée géniale, Gabrielle… je pense que c’est ce que je vais faire… je ne peux pas laisser passer une occasion de voir la mère de Xena, après tout. » Il lança un regard joyeux à la guerrière qu’elle ignora. « Soyez prudentes, d’accord ? »

« On le sera », l’assura la barde. « Fais attention à toi… deux armées se battent juste à l’est d’ici… nous faisons un détour pour les éviter. »

L’homme hocha la tête. « Je sais… j’y étais aussi… j’ai entendu le bruit et senti le cuir sale et trempé de sueur qu’ils semblent toujours porter. » Il lança un regard d’excuse à Xena. « Pas que tu transpires toi, bien sûr. »

Cela lui valut un rire ironique de la part de la guerrière. « Salmoneus… bien sûr que si. » Elle s’appuya contre Argo et lui jeta un regard. « Je prends juste le temps de nettoyer mon armure. » Elle fouilla dans une des sacoches de selle et en sortit un petit morceau de savon. « Du savon pour cuir… ce n’est pas si compliqué. »

« Vraiment ? » Salmoneus lui prit l’objet des mains et le renifla. « Oh… wow… c’est plutôt agréable… » Il examina le morceau. « Hé… tu sais quoi ? Je parie que je pourrais faire une vente d’enfer… » Il jeta un coup d’œil aux deux paires d’yeux qui le regardaient. « Ben, si j’avais le choix entre sentir mauvais et sentir bon… je pourrais leur dire que ce serait bien plus facile pour eux de se trouver des petites amies. »

Gabrielle se frotta le bord du nez. « Et bien… c’est vrai », marmonna-t-elle en lançant un regard à sa compagne. « Tu sens assurément meilleur que n’importe quel autre combattant que j’ai jamais rencontré. » Elle réfréna un rire au son d’étouffement que ses mots produisirent.

« Tu vois ? » Salmoneus rayonna. « C’est parfait ! Vous êtes toutes les deux un grand exemple de ma théorie, et qui pourrait résister ? » Il lança le savon et le rattrapa. « Merci Xena ! » Il tendit la main. « Tu peux être ma partenaire silencieuse en affaires ! »

La guerrière lui prit le bras et secoua la tête. « Sois juste prudent, d’accord ? » Elle soupira. « Je sais que c’est un gâchis d’air de te dire de ne pas essayer. »

« Prudent ?  Mon deuxième prénom c’est prudent, Xena… » L’assura-t-il. « Il faut que j’y aille… je connais ce type au nord qui fait plein de trucs de ce genre… et il vit dans une ville portuaire, aussi… »

Elles le regardèrent faire tourner son chariot et partir, des bouts de chanson salace flottant dans leur direction.

« Quel personnage. » Gabrielle soupira tandis qu’elles continuaient leur chemin. « Imagine ça… nous contribuant à l’amélioration sociale de seigneurs de guerre grognons. »

Xena fit quelques pas et eut un sourire narquois. « En fait… ce n’est pas une si mauvaise idée… la plupart des combattants que je connais aiment les bains à bulles. »

« Tch… bien sûr que non. » La barde la frappa dans le ventre. « Lâche-moi un peu, Xena. »

Sa compagne eut une expression blessée. « Je suis sérieuse… peux-tu imaginer à quoi ressemble et ce que sent une armée entière à la fin de la journée ? Je les faisais se laver. »

Un rire. « Ah oui, vraiment ? »

« Je te jure », ricana Xena. « Chaque maudit jour… j’étais connue pour ça. » Elle prit une profonde inspiration. « Je devais vivre avec eux, souviens-toi. En plus… ça éloignait les maladies du campement… j’avais plus de gens pour combattre comme ça. »

Gabrielle réfléchit un moment à ces mots tandis qu’elles marchaient. « Xena ? »

« Hmm ? » Sa grande âme sœur détourna son attention d’un endroit distant et pencha la tête vers la barde.

« Ça te manque de diriger une armée ? » Elle n’avait jamais posé cette question directement auparavant. « Je sais que tu étais douée pour ça. »

Xena regarda la route un long moment. « Parfois », admit-elle tranquillement. « L’excitation me manque… le défi que représente une guerre… un mélange de ruse et de force. » Elle soupira doucement et regarda la barde. « Mais la douleur ne me manque pas… et la mort non plus. » Une pause pensive. « Les décisions que j’ai prises qui ont menées des centaines de gens à la mort ne me manquent pas non plus. » Elle tapa dans un caillou. « Ça répond à ta question ? »

La barde se rapprocha et glissa un bras autour de sa taille. « Oui. »

Xena fit de même en posant un bras sur les épaules de la barde. « En plus, tu m’occupes beaucoup. » Elle ébouriffa affectueusement les cheveux de sa compagne. « Je… je pense que je me suis adaptée à la vie que je mène maintenant… je ne suis pas sûre de vouloir diriger à nouveau une armée… même si l’occasion se présentait. »

« Xena ? » Gabrielle leva les yeux. « Si tu le faisais quand même… je veux que tu saches que je veux venir avec toi. » Son regard scruta le visage de sa compagne. « Même si c’est ce que tu choisis de faire, je veux en faire partie. »

Les yeux bleus brillèrent. « C’est autant de raisons pour que je ne le fasse pas », répondit la guerrière. « Et oui, je le savais. »

Devant elles, le chemin sinuait dans les collines, pour descendre de l’autre côté et les conduire au repaire de Garanimus.


La cité s’élevait devant elles, haute, avec des murs de pierre qui s’étiraient de chaque côté et montaient dans la montagne adossée à la ville, fournissant une défense puissante. Le regard expérimenté de Xena scruta la structure, notant les points forts et faibles alors qu’elles s’approchaient.

« Ça n’a pas l’air si mal », dit-elle à la barde qui marchait à grands pas derrière elle.

« Tu as raison. » Gabrielle la rattrapa et regarda par-dessus l’épaule d’Argo.

Elles s’arrêtèrent et se regardèrent, puis Gabrielle mit une main sur le dos de son âme sœur et frotta brusquement. « Allez, inspire… il est temps de jouer à la Princesse Guerrière. »

Xena lâcha un petit rire. « Je ne suis pas sûre que c’est la façon dont on l’utilise en grec, Gabrielle. » Néanmoins, elle carra les épaules et fit bouger l’épée dans son dos pour s’assurer qu’elle était au bon endroit. « Allons-y. »

Des gardes sur les murs les repérèrent et un groupe d’hommes armés s’amassa à la porte, leur bloquant le passage avec une insolence débonnaire. Xena les jugea et alla vers celui qu’elle avait identifié comme le lieutenant. Elle sortit le parchemin envoyé par Garanimus et le lui tendit sans un mot. Puis elle relâcha sa posture, une main toujours sur la bride d’Argo et mit l’autre sur sa cuisse.

Le garde déroula le parchemin et le lut, puis il la regarda. « Tu es Xena ? »

« Ouais », répondit nonchalamment la guerrière.

« Attends ici. » L’homme la dévisagea avec une curiosité paresseuse puis partit en se glissant par la porte à demi fermée. Le reste des gardes la fixa avec un intérêt évident.

Gabrielle resta près d’Argo et sentit Arès se presser contre ses jambes dans une vigilance inconfortable. Elle regarda Xena avec soin pour deviner d’éventuels problèmes, notant ses épaules raidies et la tension des muscles de sa nuque juste sous son épée, ce qui signifiait que la guerrière était dans un état d’hyper alerte qui pouvait exploser à chaque seconde. Mais de l’extérieur, Xena apparaissait détendue, presque à demi assoupie tandis qu’elle fixait les environs, laissant son regard traîner sur un faucon qui vola au-dessus d’elle pendant un instant paisible.

La porte s’ouvrit et le lieutenant revint. « Juste toi. » Il s’adressa à Xena.

La guerrière tourna un regard paresseux vers lui. « C’est tout ou rien. Je peux partir », répliqua-t-elle. « Il me demande mon aide et pas l’inverse. »

Un bourdonnement s’éleva sur ses paroles. Bon… songea Gabrielle. Ils ne savaient pas que leur chef avait contacté Xena. Intéressant. Elle regarda Xena gratter le museau d’Argo, dirigeant son attention sur la jument comme si elles étaient seules sur la route. Elle cacha un sourire tandis que l’homme s’agitait puis disparaissait à nouveau. Tu ne fais jamais rien simplement, hein Xe ? 

Comme si elle avait entendu ses mots, la guerrière regarda par-dessus son épaule et fit un clin d’œil. Elle s’amuse complètement, se rendit compte la barde. Ce qu’elle peut être une sale gosse des fois.

Bien plus rapidement, le lieutenant des gardes fut de retour, cette fois il leur fit signe de le suivre avec un geste grognon. Xena prit les rênes d’Argo dans sa main et obéit aimablement, ralentissant pour laisser Gabrielle la rattraper tandis qu’elles passaient les portes. « Reste tout près », marmonna-t-elle, presque entre ses dents. « Mais reste loin de mon bras d’épée. »

Gabrielle hocha la tête d’assentiment et bougea légèrement sa position pour être en arrière et sur la gauche de la guerrière, et elle observa ce qui les entourait tandis qu’elles entraient dans une cour surmontée de murs, qui était entièrement remplie d’un marché affairé et bruyant. Hmm. Elle regarda plusieurs étals en passant. Ça commence à prendre forme… ça ne ressemble pas à une ville assiégée… peut-être que ce type a transformé la réalité.

Ils passèrent sous une arche faite de pierre épaisse pour arriver devant les marches de ce qui était visiblement un château. Xena s’y arrêta et tapota le museau d’Argo. « Tu restes ici, ma fille, d’accord ? » Elle baissa les yeux. « Arès… tu gardes un œil sur elle, compris ? »

Le lieutenant la regarda. « Quelqu’un va s’occuper de ces animaux. »

Xena s’avança en prenant l’avantage de sa taille. « Je vais m’occuper d’eux quand je reviendrai. Ne les touchez pas. La jument est entraînée pour le champ de bataille. » Elle sourit. « Et le loup ne porte pas le nom du Dieu de la Guerre sans raison. »

Ouh ouh… Gabrielle eut une sensation coupable de délices. Intimidation maximale aujourd’hui, hein, Xena ? Vas-y. Autant elle en était arrivée à apprécier le côté doux de sa compagne, autant il y avait quelque chose dans cette facette d’elle… quelque chose… de dangereux… et  la barde admettait à contrecoeur que cela l’excitait.

La mâchoire de l’homme s’affaissa légèrement. « Tr… très bien », marmonna-t-il désarmé. « Venez alors. » Il se retourna et monta l’escalier, Xena et Gabrielle sur ses talons.

Le couloir central du palais était large et surtout couvert de marbre et leurs bottes résonnaient en de subtils échos. Des portes menaient à diverses pièces de chaque côté et les murs étaient couverts de tapisseries qui décrivaient des scènes colorées de mythes et diverses histoires.

Au bout du hall central, il y avait une porte plus grande que les autres, un portail sculpté en bois avec des poignées en cuivre. Leur escorte s’avança en traînant des pieds  et les attrapa pour les tirer en arrière et faire bouger les portes avec un craquement audible et torturé.

Un flot de musique et d’encens en sortit et ils entrèrent pour voir une pièce pleine de danseurs et de courtisans colorés qui appréciaient les efforts de deux jeunes femmes au centre, qui ondulaient au son d’une flûte. Le public était en cercle autour du mur et la porte faisait face à une plateforme élevée, où se trouvaient deux trônes, dont l’un d’eux était occupé par un homme grand aux cheveux blonds vêtu d’une tunique vert brillant avec des broderies dorées. Il était concentré sur les danseuses jusqu’à ce qu’un ronronnement infernal le distrait et lui fasse tomber sa coupe avec un bruit audible.

Il secoua la main et jura, se leva et fit stopper la musique.

Xena attrapa son chakram et le remit à sa hanche, maintenant consciente des regards de toute la pièce sur elle. Les spectateurs portaient du coton et de la soie fine d’une multitude de couleurs. Ils avaient des cheveux parfaitement coiffés et des peintures délicates sur le visage.

La guerrière avança jusqu’au centre de la pièce et se tint là, sa combinaison en cuir de voyage noire tâchée avec juste le rehaut de son armure brillante. Ses cheveux étaient dans tous les sens, soufflés par le vent et elle était l’image même du combattant ordinaire et sauvage.

Mais, ô combien cette pièce lui appartenait, du sol au plafond et d’un mur à l’autre. Et elle le savait. La force de sa personnalité emplissait l’espace, rendant chacun conscient de la puissance pure et libérée qui se tenait au milieu d’eux.

Elle écarta les cheveux de ses yeux et mit les mains sur ses hanches, une jambe détendue dans une attitude d’insolence plus qu’autre chose. Des lueurs de bleu glacial scrutèrent la pièce tandis qu’elle les étudiait ; un mouvement de sourcil les répudia tous et elle se concentra sur le grand homme blond qui s’était lentement assis et la fixait. « Tu as demandé un service ? » Dit-elle d’une voix traînante dans un ton de velours qui fit écho sur les murs.

Gabrielle observait, fascinée comme toujours par ce côté de sa compagne aux multiples facettes. Pour autant qu’elle ait vu mille fois Xena faire ça, simplement entrer dans une pièce et y capturer tout le monde, ça continuait de la surprendre. Ceci n’était pas sa douce camarade… ni son amie entêtée.

Ceci, c’était la Princesse Guerrière. La chef des armées.

L’Elue d’Arès.

« Et bien. » L’homme blond reprit ses esprits. « Alors… tu t’es pointée, pas vrai, Xena ? »

La guerrière écarta les deux mains, se montrant elle-même et elle haussa un sourcil en réponse. « Tu as quelque chose à demander ? Tu ferais mieux de le cracher tout de suite ou je peux disparaître aussi vite. » Le ton bas ne changea pas d’une octave et il se réverbéra dans la pièce silencieuse. Il fut suivi d’un bourdonnement montant dans lequel Gabrielle reconnut le nom de son âme sœur.

Un autre sentiment montait maintenant et elle réalisa que c’était la crainte.

La crainte de Xena. Qui respirait ce sentiment comme si c’était son air natif. La barde vit le léger penchement de sa tête et le mouvement de son équilibre sur l’avant de ses pieds qui déploya un manteau d’alerte sur elle.

L’homme se leva et prit une profonde inspiration en faisant un signe pour montrer sur sa droite. « On va parler là-bas. »

Xena se tourna à demi et fit un signe de tête à sa compagne dans une invitation reconnaissable. Gabrielle prit aussi une profonde inspiration et alla tranquillement près de la grande femme, entrant dans le cercle des regards scrutateurs.

« Seule », objecta l’homme. « Je n’ai pas besoin de spectateurs.

Xena carra son dos et leva le menton en le clouant du regard. « Ce n’est pas une spectatrice. Où je vais, elle va », répliqua-t-elle, d’un ton sec et définitif.

Gabrielle eut un grand mal à ne pas sourire.

L’homme leva les mains puis les laissa retomber sur les côtés. « A ta guise. » Il secoua la tête et descendit bruyamment de l’estrade pour se diriger vers une petite porte juste derrière une arche.

Xena le fit attendre un long moment puis elle passa la main sur un bracelet pour enlever la poussière et marcha nonchalamment à grands pas lents pour le rejoindre, laissant son regard planer sur la pièce, observant tandis que tous les regards se détournaient d’elle.

« Tu t’amuses drôlement », dit la barde, prononçant à peine les mots.

« Moi ? » La réponse fut faite sur le même ton. « Tch… vraiment, Gabrielle. »

Elles entrèrent dans la pièce plus petite où l’homme de haute taille faisait déjà les cent pas. Il s’arrêta quand elles apparurent et il croisa les bras d’un air sévère. « Jolie entrée. » De plus près, l’impression de bel homme n’était pas exagérée ; ses cheveux blonds et raides entouraient un beau visage avec un creux bien dessiné sur le menton. Ses yeux étaient d’une couleur dorée brune intéressante et il était plaisamment musclé avec des épaules larges, bien que mince, jusqu’à sa paire de bottes bien faites.

Xena avança à grands pas lents et se mit sur le coin d’une table décorée, ses mains posées sur un genou. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle était consciente, à la périphérie de sa vision, de Gabrielle qui s’installait à son tour sur un banc près du mur et elle vit le regard de Garanimus se poser sur la barde brièvement, puis revenir vers elle.

« Je ne m’attendais pas vraiment à ce que tu te pointes. » L’homme temporisa, s’avança et prit une chope, dans laquelle il versa du vin et en but une grande gorgée. « J’ai entendu dire que tu avais pris ta retraite. »

La guerrière croisa les bras sur sa poitrine. « C’est vrai », répondit-elle calmement. « Si tu parles du métier de seigneur de guerre… je l’ai fait il y a trois ans. » Son regard alla brièvement vers Gabrielle puis revint sur lui. « J’ai trouvé mieux à faire. »

Il l’étudia. « Ouais…on dit que tu es devenue une sorte de vagabonde qui fait le bien autour d’elle. »

Le regard bleu perçant passa au-dessus de lui. « Je ne sais pas si je l’appellerais comme ça, mais voyager, aider les gens… oui. »

Garanimus secoua lentement la tête. « Je ne l’aurais pas cru… je ne l’ai pas cru pendant très longtemps… mais trop de mes anciens compagnons venaient par ici, disant que tu les avais rossés. Même Draco. »

Xena haussa les épaules. « C’est vrai. » Elle fit une pause. « Alors, qu’est-ce que tu veux ? »

Il lui versa un verre et le lui tendit. « Alors… c’est quoi le truc avec la gamine ? » Il fit un signe de tête dans la direction de Gabrielle. « Je ne savais pas que tu faisais dans les esclaves… bien que… » Il laissa la phrase en suspens, mais son regard scruta Gabrielle avec une appréciation languide.

La guerrière posa la chope avec soin et recroisa les bras. « Tu as dix secondes pour me dire ce que tu veux ou je m’en vais, Garanimus… Je n’ai pas le temps de jouer à tes petits jeux. »

Garanimus leva son menton carré et tendit la main. « Toujours la même vieille garce, hein ? » Il ricana doucement. « Très bien… très bien… on a pris cet endroit il y a environ six mois… les choses se passent très bien, tout est d’équerre… ça a même été un peu paisible, tu vois ? »

Xena se contenta d’attendre.

« Bien, arrive un message de ce seigneur de guerre… il fait une expédition dans le coin… il s’appelle Framna. Il dit qu’il va nettoyer l’endroit sauf si je lui verse tous les bénéfices de la ville. »

La guerrière plissa le front et haussa les épaules. « Et alors ? » Elle regarda autour d’elle. « Combats ou bien achète-le, ou bien dis-lui de déguerpir… pourquoi tu as besoin de moi ? »

Garanimus pinça ses lèvres bien dessinées. « Son armée fait cinq fois la mienne… et cet endroit n’a pas généré de bénéfices encore… bon, ça va le faire… ça va le faire… à la prochaine moisson, ça devrait faire une belle petite somme, mais pas maintenant. On n’a pas un seul dinar. »

Xena le fixa. « Et tu veux que je fasse… quoi ? »

L’homme prit une gorgée de vin. « Je veux que tu le convainques qu’attaquer cet endroit serait un suicide. » Il se rapprocha. « Je me dis que ton simple nom vaut cher… et s’il pense que tu mènes mon armée… et bien… peut-être qu’il fichera le camp. »

Xena se  mit à rire. « Tu veux rire. » Elle se leva et marcha dans la pièce, se retournant finalement pour lui faire face. « Tu l’as dit toi-même, Garanimus… je ne fais plus ce genre d’embrouille depuis des années… il ne sait probablement même plus qui je suis. »

Le seigneur de guerre rit à son tour. « Les gens ont une bien meilleure mémoire que ça, Xena… il te connaît bien, c’est sûr. »

La femme aux cheveux noirs s’appuya contre le mur et l’étudia. « Et s’il ne marche pas ? »

Garanimus haussa les épaules. « Alors il déboule ici et met le feu partout. » Il finit sa chope. « C’est malheureux pour tous ces gens… ils s’habituaient à peine à la situation… les incompétents inutiles à qui j’ai pris la ville l’avaient gâchée. »

Xena échangea un rapide regard avec Gabrielle et sut à la vue de son visage qu’elles pensaient la même chose. La ville… devait être sauvée de Framna. Que Garanimus aille chez Hadès. « Très bien », finit par dire Xena. « Je ne promets rien… on va essayer. Mais… si ça ne marche pas, on s’en va… je ne veux pas être prise dans un conflit entre vous deux. »

L’homme blond sourit. « Ça va marcher… et… écoute, sans rancune, Xena… tu vas t’y retrouver… tu pourras acheter une chemise entière à ta petite amie. » Il rit, plus en confiance. « Tu vas me présenter maintenant ? »

« Qu’est-ce que tu fais ici, Garanimus ? » Demanda doucement Xena. « Tu n’as jamais semblé être du genre à t’installer dans un seul endroit. »

Il haussa un sourcil blond arqué. « Toi non plus », contra-t-il. « J’ai un bon sentiment ici… je vais épouser la petite princesse du coin et faire de moi une royauté… qu’est-ce que tu dis de ça ! » Il se brossa la manche. « J’aime bien ne pas avoir à marauder pour avoir mon dîner… ou dormir dans la poussière… j’ai un type ici qui ne fait rien d’autre que nettoyer mes vêtements. » Son regard chercha sa silhouette poussiéreuse. « Mais tu ne comprends pas ça, pas vrai, Xena ? »

La guerrière refusa de mordre à l’hameçon. Elle croisa les bras. « J’ai conquis des royaumes dont les palais font ressembler cet endroit à des cabinets, Garanimus… ça ne m’impressionne pas. »

« Ah oui ? » Il ricana. « Alors comment tu as fait pour finir comme une vagabonde ? »

Un autre haussement d’épaules. « Ce que je ne suis pas… mais aussi, ce n’est pas moi qui ai fait le tour de la Grèce pour avoir de l’aide. » Elle lui sourit, mais sans humour. « Pas vrai ? »

Elle eut un sourire sans humour en retour. « Je vais demander qu’on te montre l’endroit où tu pourras rester… peut-être que tu peux prendre un bain », lâcha-t-il. « Comme ça tu n’effrayeras pas les gentils villageois. »

Xena plissa les yeux et lui lança un de ses regards mortels. « Je pensais que c’était précisément le but. » Les dents blanches brillèrent sur un sourire. « Après tout… tu me mets à la tête de ton armée, Garanimus… sois gentil… ou je pourrais peut-être en faire quelque chose. »

Un masque silencieux tomba sur son visage pendant un long moment, masquant ses beaux traits. « Tu sais, Xena… il y a encore des gens là dehors qui veulent ta tête… j’adorerais leur dire où la trouver. » Il laissa libre cours à sa colère. « Ils te mettront sur le bloc et couperont ton joli crâne. »

Un instant, Xena était là, calme, l’instant d’après elle avait attrapé Garanimus et le poussait contre le mur, le bout de sa dague posé sur son pouls, tandis qu’elle le soulevait du sol d’une main dans sa chemise. « Peut-être… mais je garantis que tu ne seras pas là pour le voir. » Le bout de son couteau fit couler un peu de sang sur sa peau maintenant blanche. « Peut-être que ma conversion à faire de bonnes choses implique que je débarrasse le monde de ta présence…hein ? »

Lentement, il écarta les bras et posa les mains sur le mur. « Très bien… très bien… doucement », dit-il dans un souffle. « Je vois que certaines choses n’ont pas changé. »

Xena le reposa et fit tourner son couteau d’une main avant de le remettre dans son étui. « Je paie mes dettes, Garanimus… et je te paierai celle-ci, mais ne me crée pas d’ennuis », l’avertit-elle doucement. « Compris ? »

Il hocha la tête. « Pour l’instant. » Puis son regard passa par-dessus son épaule. « Tu vas enfin me dire comment s’appelle ta petite amie ? »

La guerrière recula d’un pas puis se retourna et fit un signe à la barde qui attendait calmement, et qui se leva pour la rejoindre. « Salut. » Gabrielle tendit la main. « Je suis Gabrielle. »

Garanimus prit le bras et le serra très brièvement. « Qu’est-ce qu’une gentille fille comme toi fait avec une mauvaise ex-seigneur de guerre oubliée des dieux, Gabrielle ? »

La barde l’étudia pendant un long moment. « Je suis une barde… c’est un sujet génial », dit-elle. « Parmi d’autres raisons. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et regarda ses yeux se poser sur sa main et l’anneau qu’elle portait.

« Je vois. » Ce fut son seul commentaire avant qu’il n’appelle une domestique en livrée et qu’il leur dise au revoir.


Gabrielle regarda la domestique poser leurs affaires et lui faire une petite révérence avant de quitter la pièce, et le silence tomba. Elle soupira puis regarda autour d’elle, la grande chambre qu’on leur avait assignée et qui était décorée de chiffons pastel.

« Allons… même moi je ne suis pas du genre chiffons », marmonna Gabrielle pour elle-même, en regardant sa compagne rôder dans la pièce comme un chat mécontent pendant une tempête. « Et bien, c’est joli et c’est grand », dit-elle diplomatiquement. « Tu pourrais t’entraîner dans ce coin sans cogner quoi que ce soit. »

Xena s’arrêta puis lâcha un rire forcé. « Oui… tu as raison… c’est tellement… » Elle leva les yeux au ciel. « Moëlleux. »

« Hmm… » Acquiesça la barde puis elle passa la tête dans une pièce plus petite. « Oooh… je m’en fiche… Xena, regarde ça. »

Son âme sœur la rejoignit et elles regardèrent dans ce qui était visiblement une salle de bains, avec une baignoire encastrée en marbre. « Heu… pas mal, » admit Xena à contrecoeur. « Ça pourrait même faire passer le reste. »

Gabrielle la poussa doucement. « Très bien… très bien… tu m’as suffisamment prouvé que tu étais coriace, tigresse… calme-toi maintenant. »

Le visage de Xena resta figé un moment puis elle plissa les yeux et sortit le bout de sa langue vers la barde. « Alors… qu’est-ce que tu penses de Garanimus ? »

La barde s’appuya contre le mur en pierre froid et plissa le front pensivement. « Je pense que c’est un sale type. » Elle regarda sa compagne. « Tous les deux, vous commenciez vraiment à vous prendre la tête… j’étais un peu nerveuse. »

Xena se passa la main dans ses cheveux noirs et hocha la tête. « Oui… je sais…il commençait à appuyer sur des boutons que je pensais mieux gérer », admit-elle d’un ton désabusé. « Des vieux trucs. » Elle se retourna et revint dans la pièce principale puis s’agenouilla près de leurs affaires et commença à sortir son kit de réparation pour son armure. « Je ferais bien de m’assurer que cette charnière tient bon… je pourrais en avoir besoin. »

Des vieux trucs. Gabrielle se tourna à demi toujours appuyée contre le mur et elle la regarda avec nostalgie. Une autre trahison, Xena ? « Je pensais que tu t’en sortais bien, en fait… il y a eu une ou deux fois où j’ai failli m’avancer pour le cogner avec mon bâton. »

Un éclair de blancheur apparut quand la guerrière finit par sourire et se leva, attrapant son kit. « Et bien… on a un peu de temps avant d’aller dîner… je vais juste réparer ceci et… hum… »

Gabrielle s’était avancée et s’occupait tendrement des attaches sur son armure, la détachant pour la poser sur la chaise. « Tu vas porter ça pour le dîner ? » Elle tira sur le cuir noir et reçut un hochement de tête pour la réponse qu’elle attendait. « C’est bien ce que je pensais… pourquoi ne me laisserais-tu pas les nettoyer pour toi ? »

« Tu n’as pas à faire ça », répondit tranquillement Xena. « Je ne suis pas ici pour impressionner les gens avec mon allure ou bien ce que je porte. »

La barde lui sourit chaleureusement. « Xena… tu impressionnes les gens rien qu’en respirant. » Elle mit les deux mains sur la poitrine de la guerrière. « Allons… enlève ça… donne une chance à ton corps de se détendre un peu… tu es tellement tendue que tu me fais dresser les cheveux sur la tête . »

Xena grogna en protestation, mais laissa la barde lui retirer l’armure en cuir et elle enfila une chemise en coton tout en s’installant dans un coin relativement vide avec ses morceaux d’armure en cuivre tout autour d’elle. Arès s’approcha et se blottit immédiatement contre sa jambe, soupirant de contentement tandis que la guerrière sortait un outil et travaillait avec expertise sur une charnière collée.

Gabrielle enleva la poussière du vêtement lourd et, enfin satisfaite, posa le cuir mouillé sur une chaise près de la fenêtre pour le laisser sécher. Elle resta à le fixer un moment et fit pensivement passer ses doigts sur la surface, bâillant un peu. « Mmph. » Elle se sentit soudain fatiguée.

« Tu vas bien ? » La voix de Xena flotta, teintée d’un peu d’inquiétude.

« Hmm ? Oh… oui. » La barde se frotta les tempes et cligna des yeux. « Je suis juste bizarrement fatiguée… » Elle s’avança vers Xena et se laissa tomber sur le tapis près d’elle, se blottissant contre elle et utilisant la cuisse musclée de la guerrière comme un coussin. « Mm… c’est bien mieux », dit-elle en posant la main sur la peau douce, sentant les muscles bouger sous elle tandis que Xena remuait un peu. « Je t’embête ? »

Elle rata l’expression de dévotion tranquille à son intention. « Jamais », l’assura Xena, en libérant une main pour lui tapoter la tête. « Allez… fais une sieste… j’ai plein de choses à faire. » Fichue armure…soupira-t-elle intérieurement.  Je ne m’en suis pas occupée comme je devais… et je le paye maintenant, je présume.

« Ce n’est pas juste… tu travailles et je dors », protesta la barde, mais pas avec beaucoup de force. La chaleur réconfortante de sa compagne l’incitait au sommeil.

« Et bien, Gabrielle… je n’ai qu’un seul jeu d’outils… et je ne pense pas t’avoir enseigné ça… alors… » Elle haussa les épaules et frotta doucement l’oreille de la barde. « Tu as congé pour cette fois. »

« Mm. » Gabrielle sentit une douce vague de sommeil rouler sur elle. « Pas qu’on ait fait grand-chose aujourd’hui… je présume que je me suis habituée à tous ces après-midi de paresse, hein ? » Marmonna-t-elle.

Xena soupira d’un air désabusé. « Toi et moi pareil, partenaire. » Elle regarda la respiration de la barde qui devenait plus profonde et elle fit une pause dans sa tâche pour arranger paresseusement les boucles dorées qui s’étalaient sur sa jambe. La tension qui avait monté depuis leur arrivée dans le château semblait se dissiper un peu à chaque caresse et la colère qu’elle avait ressentie en présence de Garanimus se calmait, devenue une paix somnolente due à la présence de son âme sœur.

Bon. Xena se pencha en arrière et travailla sur une plaque de genou. Ce que demandait Garanimus… n’était pas si difficile si on le regardait objectivement. Beaucoup de choses dépendaient de si ce seigneur de guerre avait entendu parler d’elle… bien que, elle l’admit pour elle-même, il y avait de fortes chances que oui. Trois ans, ce n’était pas si long.

Et sa réputation était… ce qu’elle était. Même maintenant, même après des années à parcourir le pays, à aider quand elle pouvait… encore… elle avait vu la réaction des gens dans ce hall à l’annonce de son nom. Ça lui avait été facile de se glisser à nouveau dans ce rôle.

Trop facile. Xena soupira, étudiant la plaque d’armure dans ses mains. Ça avait été bon, pas besoin de se mentir… pas ici, pas à elle-même.

Et pourtant, être assise ici à regarder sa meilleure amie endormie, elle savait que les choses avaient changé et d’une certaine façon, la Xena qui avait joué si bien cet après-midi, n’existait plus.

Peut-être que… peut-être que Garanimus avait changé aussi… un peu ? Elle tourna cette pensée dans sa tête tout en replaçant une boucle et elle en verrouilla le bout. Peut-être. Mais elle en doutait, se repassant ses plans d’épouser une pauvre fille et d’en faire son ticket d’approvisionnement.

Bien. Xena rit doucement pour elle-même. Elle allait payer cette dette… mais peut-être qu’elle s’occuperait aussi d’une autre… pour les gens de la ville, qui méritaient une meilleure gouvernance que ce qu’il avait à offrir.

Une vagabonde, moi ?  Une lueur dure entra dans ses yeux bleus. Garanimus, espèce de porc sans cervelle… tu vas regretter cette petite sortie. Elle était très fière, elle admettait cela… et le salaud avait poussé le bon bouton… elle avait voulu lui coller une bonne rossée.

Oh bon. « Demain est un autre jour, pas vrai Arès ? » Murmura-t-elle au loup, qui pencha une oreille. « Peut-être que je te laisserai le mordre. » Elle finit son travail sur l’armure et la posa, puis elle ajusta ses épaules plus confortablement sur le mur et mit un bras protecteur sur la silhouette endormie de Gabrielle. Mais il ferait mieux de bien se conduire au dîner… et de ne pas faire une seule remarque méchante à Gabrielle. Garanimus avait un sens de l’humour cruel et elle serait damnée si elle le laissait en user sur sa compagne.

Elle regarda la barde, blottie avec tellement de confiance contre elle et elle joua affectueusement avec ses cheveux. Je vais lui arracher le foie s’il le fait, décida Xena et elle s’amusa un moment à imaginer un tas de choses douloureuses et créatives qu’elle pourrait faire à son ancien amant, jusqu’à ce que le soleil passe lourdement par la fenêtre en ombres dorées et cramoisies, et elle décida à contrecoeur de réveiller Gabrielle.

« Hé. » Elle passa un pouce sur la peau de l’épaule de Gabrielle. « Il est temps d’aller dîner, l’endormie. » Elle avait mis une douce note de taquinerie dans sa voix, mais elle dut admettre que ça avait été dur de s’empêcher de rejoindre son âme sœur dans le sommeil.

Gabrielle bougea puis bâilla un peu en faisant un petit bruit bizarre. « Ouaouh… » Elle roula sur le dos et regarda Xena. « Ça a été bon… » Elle cligna des yeux ensommeillés. « Tu fais un bon oreiller. » Elle tapota la jambe de la guerrière. » Mais un peu dur quand même. »

Elle reçut un léger ricanement en retour. « Merci… c’est bon de savoir que je suis bonne à quelque chose. » Mais le ton de Xena était léger et un sourire apparut sur son visage. « Il est temps de retourner là-bas et d’affronter cette gentille foule… tu es prête ? »

La barde se déroula puis se mit sur le dos et s’étira luxurieusement. « Je ne manquerais ça pour rien au monde. » Elle pianota sur son estomac plat. « Tu veux que je fasse mon truc de la barde ? »

Xena tendit la main et traça le centre du corps de la barde du bout du doigt, suivant la ligne à peine visible des poils fins et clairs, souriant tranquillement quand Gabrielle ferma les yeux sous son toucher et que la respiration de la barde s’accéléra immédiatement. « On improvise », répondit-elle. « On verra s’ils sont dignes que tu joues pour eux. »

Deux yeux verts la regardèrent avec surprise, les sourcils remontant sous la frange de la barde. « Hein ? Xena… arrête ça… je ne suis qu’une barde, pas la vedette du Palladium. »

« Mmhmm… d’accord », acquiesça volontiers Xena. « Et je ne suis qu’une petite combattante alors. On fait une belle équipe. »

Gabrielle ouvrit la bouche pour répondre puis la referma. Puis elle l’ouvrit à nouveau, hésita et la referma. Finalement elle roula sur son estomac et mit son poids sur ses coudes. « C’est pas juste. »

Xena se contenta de sourire.


« Voilà. » Gabrielle ajusta avec soin une boucle sur l’armure de bronze. « Très joli. »

Sa compagne lui lança un regard ironique. « Gabrielle, ce ne sont que du cuir et une armure. »

La barde fit un pas en arrière et la regarda d’un air appréciateur. « Hmmm… oui, mais… » Le cuir presque noir luisait après le brossage effectué par Gabrielle et l’armure brillait chaleureusement dans la lumière de la chandelle. « Ils te vont vraiment bien », dit-elle avec un sourire.

Xena plissa le nez en réaction, mais laissa un sourire narquois légèrement satisfait recourber ses lèvres. « Toi aussi. » Elle écarta doucement une boucle de cheveux clairs des yeux de la barde et tira sur sa manche. « Tu as décidé de ne pas porter la tenue amazone, hein ? »

Gabrielle baissa les yeux pour s’observer un peu gênée. « La plupart du temps, je m’en fiche, mais… tous ces gens qui me regardaient me donnaient la chair de poule », confessa-t-elle. « Comme si je m’exhibais. »

Elle fut baignée dans un doux sourire. « C’était le cas. » Xena l’embrassa sur le dessus de la tête. « Et une très jolie exhibition. »

« Mm. » Cela fit sortir un rire de la petite femme. « Si tu le dis. » Elle soupira et se redressa tandis qu’un coup brusque résonnait à la porte. « Ah… je présume que nous sommes attendues. »

« Hm. » Xena grogna, se secouant un peu pour ajuster son armure, puis elle alla à grands pas vers la porte qu’elle ouvrit.

Garanimus se tenait là, appuyé contre l’encadrement de la porte avec un sourire narquois et indolent. « Bien… bien… comment tu trouves les lieux ? » Il passa près d’elle et avança à grands pas dans la pièce pour finir les bras écartés en questionnement. « C’est mieux que ce dont tu as l’habitude, je parie. »

Xena leva les yeux au ciel. « Arrête ces conneries, Garanimus. » Elle prit son épée qui brillait sur la table et la glissa dans son fourreau bien attaché sur son dos. « Les frivolités c’est pas mon style et tu le sais. »

L’homme mit ses pouces dans sa ceinture et lui fit un demi-signe de tête pour l’admettre. « Ton truc c’est plus l’écurie, je me souviens. » Il lui fit un doux sourire. « Faudra t’y faire. » Il se tourna vers Gabrielle qui pliait un parchemin et le plaçait dans son journal. « Salut toi, mon chou. »

La barde s’arrêta, fit une pause puis leva les yeux vers lui en gardant un visage neutre.

« Eh bé, tu as de beaux yeux, pas vrai ? » Il s’avança un peu plus et fut stoppé par un grognement hideux. « Que… » Il baissa le regard pour voir des dents blanches brillantes sur la fourrure noire tandis qu’Arès se glissait devant Gabrielle et baissait la tête, le poil dressé, la queue droite. Garanimus se figea. « Joli chien, Xena. »

Il entendit un léger rire. « Ce n’est pas un chien, connard. Dis bonjour à Arès. »

Le grand homme recula avec précautions. « Tu as du culot de l’avoir appelé comme ça. » Il lui lança un regard nerveux. « Il ferait bien de ne mordre personne. »

Xena s’avança et mit les mains sur ses hanches. « Le premier était un cadeau, le second dépend de si tu es gentil avec mon amie. » Elle se pencha un peu plus. « Arès aime vraiment Gabrielle… et il devient vraiment, vraiment furieux quand les gens sont méchants avec elle… compris ? »

Arès plissa ses yeux jaunes et grogna à nouveau.

« Bon loup », dit la barde en s’agenouillant pour l’embrasser sur la tête. Il se retourna et la lécha, sa queue battant furieusement. « Tu es tellement mignon. » Elle mit les lèvres tout près de ses oreilles sensibles. « Et tu es comme ta maman », ajouta-t-elle dans un murmure. « Elle t’a donné des leçons ? »

« Grrooo. » Le loup battit des cils.

« Allons. » Garanimus eut un regard dégoûté pour le loup et la fille. « J’attends l’arrivée d’un émissaire de Framna pendant le dîner… je veux que tu sois là. » Il s’adressait à Xena qui croisa son regard. « Tu sais, tu as toujours l’air en pleine forme, Xena… je te dois ça. » Il laissa son regard voyager d’un air appréciateur sur sa silhouette musclée.

« Bouge. » La guerrière lui montra la porte. « Qu’on en finisse. »

Garanimus rit puis sortit et elles le suivirent. Xena avançait à sa hauteur et Gabrielle était un pas ou deux derrière, avec un Arès collé à ses genoux. Le château était fait de pierre, avec des couloirs étroits avec des appliques murales remplies de chandelles vacillantes. Le plafond était taché de suie et le sol parsemé de joncs qui auraient mérité d’être changés. Une odeur de moisi et de musc monta au nez de la barde tandis que ses bottes les remuaient et un rapide coup d’œil lui montra l’expression dégoûtée de sa compagne dans la même réaction. « Tu sais, Xena… » Sa voix fit écho sur les murs de pierre. « Je pense que je préfère une auberge simple et propre à un château sale. »

Garanimus se retourna et la fixa rudement. « Quoi ? »

Les yeux verts, presque de la couleur de la rouille dans la lumière des torches, clignèrent. « J’ai dit que je pensais que je préférerais être dans une auberge propre que dans un château sale. » Elle montra le sol. « C’est moche et ça pue ici. »

L’homme plissa le front et renifla. « Je ne sens rien. »

Xena le regarda. « Je ne suis pas surprise… avec toute cette huile à la rose que tu portes », répliqua-t-elle brusquement. « Si je devais sentir ça toute la journée… ça me manquerait d’avoir un oignon juste sous mon nez. » Elle se tourna vers sa compagne. « Nous allons laisser la fenêtre ouverte ce soir… ça sera mieux. »

La barde hocha solennellement la tête. « Bonne idée. »

Garanimus leur lança un regard noir à toutes les deux et renifla subrepticement sa manche. « Entrez là », grogna-t-il en passant le coin pour ouvrir une grande porte en bois. Elle donnait sur une salle de banquet où se trouvaient des tables sur les quatre murs avec un espace ouvert au milieu. Les dalles étaient couvertes de joncs également et les tables avaient des bancs avec des dossiers bas. Les murs étaient ornés de tapisseries colorées et la pièce était bien éclairée, bien que bondée de servants qui s’affairaient.

Gabrielle vit les muscles du dos de son âme sœur se raidir et elle s’avança, glissa la main sous son fourreau d’épée pour la gratter légèrement, puis elle laissa paresseusement sa main sur le cuir soyeux, frais sous son toucher, et elle sentit la chaleur de Xena dessous. Elle nota une contraction tandis que la guerrière prenait une profonde inspiration puis la détente quand elle la relâcha.

On les amena à la table principale et les fit s’asseoir à la gauche de Garanimus. A sa droite, dans l’autre grand fauteuil, une jeune fille était assise, ses mains serrées sur ses cuisses. Xena songea qu’elle avait à peine plus de quinze ans avec de beaux cheveux roux, avec des boucles qui tombaient en cascade le long de son dos. Son visage était joli et elle avait de longs cils clairs visibles dans la lumière quand elle tourna la tête pour les regarder approcher.

La jeune fille maintint une expression sombre, mais elle déglutit et même de là, la guerrière pouvait lire le langage du corps tendu. Quel endroit horrible pour une enfant… songea tranquillement la guerrière. Garanimus est plutôt bel homme… mais… Elle regarda le seigneur de guerre s’asseoir à son tour et tendre la main pour pincer la joue de la jeune fille, riant à un commentaire salace de l’un de ses lieutenants qui était assis de l’autre côté.

Gabrielle et Xena échangèrent un regard. Pas besoin de se parler, juste un haussement de sourcil et du menton de Gabrielle et Xena ajouta tranquillement un autre sujet à sa liste de problèmes à résoudre. « Tu nous présentes, Garanimus ? » La guerrière posa un coude sur la table, qui était couverte de porcelaine.

Le seigneur de guerre s’adossa et eut un sourire supérieur. « Oh oui… Silvi, ma chérie… je te présente Xena, la plus grande garce avec laquelle j’ai jamais couché. »

Xena sourit d’un air doux. « Garanimus… tu veux que je te brise les mains juste là devant toutes ces gentilles personnes ? » Elle ferma les doigts sur sa main droite avant qu’il ne puisse bouger et elle resserra sa prise.

« Tu ne peux pas faire ça, Xena mon chou… c’est moi qui commande ici », siffla-t-il en retour, sans voir le regard soudain intimidé de sa future fiancée.

Un rire bas et dangereux passa entre eux. « Oh non… pas avec moi, petit salopard. » Elle laissa sa voix tomber à son registre le plus bas. « Sois gentil. » Elle contracta sa main et il sursauta, sifflant de douleur.

« Très bien… très bien… » Répondit-il à travers ses dents serrées. « Lâche-moi. »

La guerrière relâcha sa prise, puis regarda la jeune fille. « Ravie de te rencontrer, Silvi. »

La fille baissa le regard puis le leva avec hésitation, les pupilles bougeant dans tous les sens avec effort pour ne pas la fixer. « Bonjour. » Sa voix était basse et très mélodieuse. « Ravie de te rencontrer aussi. »

Xena soutint son regard puis fit un geste derrière elle. « Voici mon amie Gabrielle. »

Le regard gris passa sur cette dernière. « Bonjour. » Ceci dit avec plus d’assurance à la posture plus amicale de la barde.

« Salut. » Gabrielle lui fit un sourire.

« Oui, oui… assez de toutes ces conneries. » Garanimus les interrompit avec irritation, mais il garda les mains loin de celles de Xena. « Quand ce type sera arrivé, je vais lui dire que tu diriges mon armée… ensuite tu peux te lever pour lui ficher une trouille bleue. »

Xena s’adossa et étira ses longues jambes sous la table pour les croiser aux chevilles. « Je connais la chanson », répliqua-t-elle dans un grognement sourd. « Ce que je me demande c’est… pourquoi ? »

« Quoi ? » Il la regarda brusquement, nerveusement.

« Pourquoi toi… pourquoi ici… ? » Le pressa Xena en tournant pleinement son regard vers lui. « C’est un endroit isolé… pas beaucoup de bénéfices… il devrait s’y installer  tout comme tu le fais… pourquoi ? »

Les serveurs entrèrent en portant des plateaux de viande rôtie et des légumes, et ils commencèrent à servir dans la pièce, donnant à Garanimus une excuse pour différer sa réponse. Il fit un geste vers un groupe de musiciens qui vinrent au centre de la pièce et commencèrent à jouer. « Nous avons un contentieux », finit-il par marmonner tandis qu’une serveuse posait adroitement une grande portion sur son assiette. « Au-delà de ça… ce ne sont pas tes affaires, Xena. »

La guerrière s’adossa dans son fauteuil et croisa les mains sur son estomac. « Et bien… voyons voir… lequel de vous a volé quelque chose à l’autre… » Elle vit la main de Garanimus bouger tandis qu’il attrapait une fourchette. « Et c’était de l’argent… ou de la chair ? »

« Je te l’ai dit… ce ne sont pas tes affaires. » Il serra les dents, frappant sa viande férocement avec son couteau.

« C’est lui alors qui t’a pris quelque chose… » Xena se mit à rire. « Il t’a piqué ta petite amie ? » Elle regarda les muscles de sa mâchoire ressortir. « Qu’est-ce que tu as fait en retour ? »

« Xena… » Il posa sa fourchette et se tourna vers elle, la colère visible dans chaque pouce de son corps.

« Tu es prêt à mettre fin à ce festin alors ? » Lâcha la guerrière en réponse, prononçant ses mots avec précision. « Parce que j’en ai assez de tes conneries. »

Ils se regardèrent méchamment tandis que la tension passait le long de la table. Xena sentit un toucher discret sur son dos, doux et assuré, et elle relâcha lentement sa respiration. Bon sang… il arrive encore à me mettre en rage.

« Très bien. » Il leva la main. « Trève. »

Xena bougea dans son fauteuil et sortit sa dague pour l’inspecter avec attention. « Bien », approuva-t-elle d’une voix inexpressive.

Gabrielle sentit son corps se détendre tandis que les bruits de conversation inconfortables montaient à nouveau autour d’elle. Elle pouvait presque sentir la tension de Xena… non… elle la sentait… c’était une sensation lourde dans sa poitrine, qui s’allégea un peu lorsque sa compagne et le seigneur de guerre s’ignorèrent l’un l’autre. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue comme ça, songea-t-elle, en regardant les mouvements nerveux qui se frayaient un chemin dans le corps de son âme sœur. Doucement, tigresse… doucement… Projeta-t-elle mentalement, ne voulant pas faire un geste apparent. La plupart des regards de la pièce étaient sur eux, avec des expressions qui allaient du soupçon à la crainte et à la haine pure et simple. De la part des habitants de la ville, se rendit-elle compte, y compris la jeune fille à la droite du seigneur.

Elle plissa le front. Elle semblait plutôt bien il y a quelques minutes… mais maintenant, sous ces cils clairs pudiques, la jeune fille regardait Xena avec une expression qui pouvait au mieux être décrite comme hostile. Pourquoi ? Elle remercia la serveuse qui emplissait son assiette et s’y affaira d’un air absent, observant sa compagne du coin de l’œil avant de lui donner un petit coup après qu’elle ait ignoré sa propre assiette pendant un quart d’heure.

« Mm ? » Xena ramena son attention au présent et la regarda. « Tu vas bien ? »

Gabrielle la regarda puis regarda l’assiette, baissant les sourcils.

La guerrière semblait sur le point de protester puis elle soupira et avança l’assiette, coupant un morceau de viande avec sa dague avant de la mordiller à contrecoeur.

La barde lui donna une rapide tape sur la jambe et fut récompensée en voyant la légère courbure des lèvres de Xena tandis qu’elle finissait un morceau et en prenait un autre.

Ils étaient à la moitié du repas quand les portes s’ouvrirent et qu’un groupe de soldats de Garanimus entra, escortant un homme très grand et très musclé, portant une armure impeccable et qui regarda autour de lui avec un air arrogant. Il avait des cheveux bouclés roux et une longue cicatrice sur un bras que Xena reconnut comme étant causée par une pique de conducteur de char.

« Je suis venu chercher ta réponse, bouseux », déclara l’homme, ses énormes doigts posés sur sa ceinture.

« Jt’emmerde », déclara Garanimus d’un ton neutre. « Fais de ton pire… voici mon nouveau général. » Il indiqua sa gauche. « Elle s’appelle Xena. » Un sursaut de reconnaissance flasha sur le visage de l’homme aux cheveux roux. « Maintenant tu tires tes fesses, par Hadès, avant qu’elle ne te les botte. »

Xena réussit tout juste à ne pas lever les yeux au ciel de dégoût. J’avais oublié qu’il avait le cerveau d’une pierre et les manières d’un cochon mort. Elle regarda la réaction de l’émissaire tandis qu’il tournait son regard vers elle et l’observait gravement. Elle lui sourit et vit qu’il écartait les narines, puis elle se dit qu’une réponse était requise de sa part.

Avec un soupir silencieux, elle piqua la dague dans le bois de la table et se catapulta par-dessus, faisant un saut parfait avant d’atterrir sur ses pieds, puis elle s’avança vers le grand homme. Il sursauta quand elle s’approcha, et chercha des armes dont on l’avait soulagé. Elle s’arrêta juste hors de sa portée. « Voyons voir. » Une petite dague se matérialisa dans sa main droite et d’un mouvement rapide, elle tailla la partie basse de son armure qui tomba au sol. « Fais attention à ça. » Elle fit tss, mettant son bras en arrière avant de couper la boucle de son manteau plus vite qu’il ne pouvait la bloquer. « Mauvais travail… faut qu’tu réclames tes dinars. »

Il la regarda, son visage écarlate, droit dans des yeux si froids qu’ils brillaient. « Rentre chez toi », lui conseilla Xena, dans un grognement.

Il ouvrit la bouche pour répondre puis la referma et s’agenouilla docilement pour prendre son armure, puis il se releva et recula.

Xena le regarda, notant la discipline froide de ses mouvements  qui faisait contraste avec l’allure négligée des gardes qui l’escortaient. Je pense que je suis du mauvais côté, évalua-t-elle. Il ressemble plus à un soldat que la plupart de ces galeux. Elle ressentit un moment de regret, le regarda dans les yeux, qui étaient, à sa surprise, d’un vert clair un peu comme ceux de son âme sœur. « Tu t’appelles comment ? » Lui demanda-t-elle d’un ton brusque.

« Linneus », répondit-il.

Elle hocha la tête. « Sors d’ici. » Cela sonna plus comme un conseil que comme un ordre et il lui fit un étrange petit hochement de tête, avant de se retourner et de sortir, la tête haute.

Xena balaya la pièce du regard et soupira, puis elle revint vers la table et sauta par-dessus avant de se réinstaller dans le fauteuil avec un bruit sourd. « C’est à ça que tu pensais ? » Demanda-t-elle froidement à Garanimus.

Le seigneur de guerre gloussa. « J’ai payé pas mal de dinars pour regarder ça… » Il enfourna un épais morceau de viande dans sa bouche et le mâcha avec joie, bien plus détendu maintenant. « Oui… » Il marmonna autour de sa bouchée, se frottant le visage de sa manche. « C’était bon. »

Xena grimaça puis se pencha en arrière, cherchant un courant d’air frais, son esprit passant en revue les faits et les options. Marrant… ces trucs commencent toujours facilement… et ils finissent par être fichument complexes. Comment ça peut se faire ?  Son regard saisit le regard noir non masqué de la jeune princesse et elle soupira intérieurement. Qu’est-ce qui se passe vraiment ici ? « Alors. » Elle mit plusieurs pièces de puzzle en place expérimentalement. « Je dirige l’armée, hein ? »

Garanimus prit une longue gorgée de bière et rota. « Ben… ouais… mais ne… les emmène pas pour conquérir la Grèce ou quoi, d’accord ? » Il rit pour lui-même. « Ils aiment bien être ici. »

« Mm. » Xena joignit les doigts. « Ils sont crasseux », l’informa-t-elle. « Avec ou sans moi à leur tête… personne ne va gober que c’est une bonne armée à les voir. »

Le seigneur de guerre grogna. « Oh dieux… pas encore le refrain sur la propreté. » Il lui lança un regard inamical. « Ils se battent bien. »

Xena haussa un sourcil. « Mais le point c’est… que nous ne voulons pas combattre, tu te souviens ? Alors ils feraient mieux d’avoir meilleure allure pour effrayer ces gars. »

Il macha un morceau de pain. « Oh. » Un haussement d’épaules. « Oui… oui… très bien… d’accord… vas-y, nettoie-les… par Hadès… je m’en fiche… j’ai des gens qui le font pour moi maintenant. » Il brossa les miettes de son pain sur le sol et lui sourit. « Marre-toi bien… mais ne les agace pas trop… ils deviennent méchants. »

Un sourire plein et brillant lui répondit. « Moi aussi, Garanimus… moi aussi. » Xena se réinstalla, légèrement satisfaite, tandis qu’un plan commençait à se frayer un chemin. Soudain, une sensation de froid toucha sa main et elle baissa les yeux pour voir un fruit placé soigneusement entre ses doigts. Elle saisit Gabrielle qui pianotait sur la table et lui faisait une bonne imitation de sa propre expression impatiente. Avec un rapide sourire tranquille, elle porta la pomme à ses lèvres et prit une grosse bouchée, écrasant la chair craquante avec peu d’enthousiasme.

Gabrielle s’adossa dans sa chaise et prit une bouchée de carotte, sachant que sa compagne avait quelque chose dans sa manche et contente de juste attendre.

Pour l’instant.


Elles retrouvèrent seules le chemin vers leur chambre assignée, laissant ‘la cour’ continuer à se souler et à écouter les musiciens. Gabrielle avait renoncé à raconter une histoire, surtout à cause du mal de crâne battant qu’elle avait développé. « Dieux. » Elle se massa les temps et fut récompensée par une main chaude entre ses épaules. « Ça doit être dû à la fumée là-dedans… j’avais la nausée sans arrêt… qu’est-ce qu’ils brûlaient dans ces torches ? »

Xena lui massa doucement le dos. « Mm… je ne sais pas… mais ça avait une odeur étrange… et je ne suis pas sûre de savoir ce qu’ils mettent dans ce rôti… mais ça me rendait malade aussi. » Elle remonta sa main et pétrit la nuque de sa compagne. « Tu vas mieux maintenant ? »

Gabrielle prit une profonde inspiration et fit rouler sa tête, relâchant la tension dans ses épaules. « Oui… un peu. » Elle réfréna un bâillement. « C’est moi ou bien est-ce que ce type assis près de moi était plus ennuyeux qu’un paysage désertique ? »

La guerrière laissa un sourire recourber ses lèvres et elle mit un bras sur les épaules de Gabrielle, l’attirant plus près. « Oh oui… il blablatait au sujet de traités marchands qu’ils avaient refusés il y a sept saisons… il m’a perdue bien avant de te perdre toi… je pense qu’il aimait simplement tes yeux. »

Gabrielle rit doucement tandis qu’elles atteignaient leur porte et Xena l’ouvrit, ses défenses en alerte tandis qu’elle laissait le portail s’ouvrir et elle étudia l’intérieur avec tous ses sens avant de laisser la barde entrer. « Je vérifie juste », murmura-t-elle. « Je n’aimais pas les regards que nous lançaient les locaux. »

« Hmm… oui », approuva Gabrielle. « Même la princesse… elle a commencé un peu amicalement… mais après que ce type est parti, elle te regardait comme si tu étais Hadès en sabots. » La barde bâilla à nouveau et se frotta l’oreille. « Dieux… pourquoi j’ai autant sommeil ? » Se plaignit-elle. « J’ai fait une sieste… »

Xena rit. « Ça doit être la compagnie. » Elle cligna des yeux. « Je m’assoupissais aussi. »

Gabrielle haussa les épaules pour acquiescer, puis se changea pour sa chemise de nuit et alla vers Xena qui arrangeait son armure pour le lendemain. Elle glissa les bras autour de la guerrière et posa la tête sur son épaule avec un soupir.

« Hé. » Xena arrêta ce qu’elle faisait et étreignit la barde en retour. « C’est pour quoi ça ? »

« Oh dieux, Xena… j’ai arrêté d’avoir une raison pour faire ça depuis longtemps », murmura la barde en se nichant un peu plus. « Ce type t’a vraiment mise hors de toi, pas vrai ? »

Xena garda le silence un instant puis elle soupira. « Oui », dit-elle en reniflant doucement. « On se faisait toujours ça… des trucs moches et blessants. »

La barde tressaillit. « Ouille. »

« Ouille », confirma doucement Xena. « Je présume que… on pensait juste que c’était… je ne sais pas… marrant… taquin… mais ça avait toujours un côté mauvais. »

Gabrielle réfléchit à cette déclaration. « Tu n’aimes pas qu’on te taquine. »

« Ça dépend de qui taquine », contra la guerrière. « Toi… Toris… maman… c’est bon. »

Un signe de tête. « Les gens dont tu sais qu’ils t’aiment. » Elle donna une petite tape à sa compagne.

« Quelque chose comme ça, oui. » Une admission tranquille. « Je présume que… ça fait longtemps depuis que je… pouvais faire confiance là-dessus. »

« Mm. » La barde se redressa et commença à œuvrer sur un des bracelets de Xena. « Si je t’embête un jour à te taquiner, tu me le dis, d’accord ? »

Un léger sourire réchauffa le visage de Xena. « Gabrielle… je n’ai pas besoin de te le dire… tu le sais toujours. »

« Ah oui ? » Dit la barde surprise.

« Oui », confirma Xena. « Tu vas jusqu’à un certain point… et ça me met mal à l’aise… et toujours tu… t’arrêtes en quelque sorte ou tu fais quelque chose de mignon… ou bien… »

Gabrielle lui embrassa l’épaule. « Ou bien ça ? »

« Hummm… oui », confirma la guerrière. « Alors c’est bon. »

La barde rit doucement. « Je ne le fais pas exprès… je fais juste… ça arrive comme ça. »

La guerrière finit d’enlever son armure et sa combinaison en cuir, les plia avec soin et les échangea contre une chemise soyeuse. « Il faut que je parte tôt demain… je vais probablement te laisser dormir », l’avertit-elle doucement. « Je vais essayer de laver un peu ces types. »

Gabrielle bâilla, sans s’inquiéter de se retenir cette fois. « D’accord », approuva-t-elle en se tortillant pour entrer dans le grand lit à baldaquin qui était si moelleux qu’elle faillit y disparaître. « Oh… dieux… » Elle gloussa.

Xena s’assit avec précautions et tapota la surface. « Par la botte gauche d’Artémis », lâcha-t-elle de surprise. « On pourrait s’y noyer. » Le lit était recouvert d’une couette de soixante centimètres d’épaisseur, remplie de duvet ou de plumes, Xena ne savait pas dire. Elle le fixa d’un air soupçonneux puis s’y allongea, sentant le moelleux l’aspirer comme si elle dormait sur un nuage. « Euh. »

Gabrielle attendit qu’elle s’installe puis elle se tortilla et tapota la poitrine de la guerrière. « Je préfère toujours mon oreiller plus ferme », dit-elle pince-sans-rire tandis qu’elle se blottissait joyeusement sur son endroit favori. « Mm… »

Arès sauta et tourna plusieurs fois, ses pattes embarrassées sur la surface moelleuse, avant de finir par choisir un endroit et de s’allonger, ses oreilles  noires sortant comiquement des montagnes soyeuses qui l’entouraient.

Xena s’assura que son épée était bien posée auprès du lit puis elle éteignit une chandelle posée sur la table. L’obscurité les recouvrit doucement et elle sentit Gabrielle qui se rapprochait, son corps bien enroulé contre elle avec une prise ferme sur l’estomac de la guerrière. « Hé… je ne vais nulle part… » La taquina-t-elle gentiment. Une douce chaleur traversa sa clavicule au soupir de la barde. « Gabrielle ? »

Son âme sœur se contenta de s’enfouir un peu plus. « Oui ? »

« Quelque chose ne va pas ? Tu vas bien ? » Xena lui caressa tendrement le côté. « Hé ? »

« Je vais bien… ça va… » Marmonna-t-elle. « J’ai juste eu un sentiment bizarre pendant un instant. » Pas d’autre moyen de définir la soudaine crise de panique qui l’avait fait s’accrocher désespérément au corps chaud autour duquel elle s’enroulait. « Je pense que ça vient de ces poires sucrées. » Elle rit un peu. « Trop sucrées. »

Xena se détendit et massa le dos de sa compagne en cercles lents, la main recourbée pour que ses doigts éloignent la tension toujours présente dans les muscles de Gabrielle. A chaque mouvement, la barde produisait un minuscule son de contentement qui semblait s’enrouler autour du cœur de Xena et produire un sourire idiot sur ses lèvres.

C’était tellement bon de retrouver ce genre de relation. La froideur tendue entre elles avait été … Xena soupira et ferma les yeux pour éloigner le souvenir. Ça avait fait mal. Elle pensait qu’aucune d’elles deux ne s’était rendu compte combien ça avait affecté leurs vies jusqu’après… que ce soit fini.

Et elles étaient de nouveau ensemble, mais pas…

Ça avait été une journée épuisante, à marcher dans la chaleur à travers des buissons secs, sur une route qui était plus faite de cailloux qu’autre chose. Xena avait trouvé un campement rudimentaire, avec un mince filet d’eau qui coulait sur les rochers jusqu’à un bassin qui alimentait le sol assoiffé et ne laissait que du sable mouillé dans son passage.

Elle avait été… fatiguée et découragée de la relation encore tendue entre elles et elle avait passé un plus long moment que d’habitude à s’occuper d’Argo, faisant passer le peigne sur son pelage pour enlever chaque trace de poussière de sa crinière et de sa queue. Toucher la jument la faisait se sentir mieux, quelque part, et les reniflements amicaux et les gentilles poussées du museau d’Argo étaient un réconfort auquel elle ne s’était pas attendue.

Elle avait fini par s’arrêter et avait rangé les outils avant de donner une dernière tape au cheval, passant ses doigts dans les boucles épaisses et claires qui tombaient dans les yeux d’Argo et de lui effleurer le dos avec un regard affectueux.

Et elle avait ressenti une certaine douleur dans la poitrine en se souvenant qu’elle faisait la même chose à la barde tranquillement en train d’écrire assise de l’autre côté du campement.Se tenant là, les mains serrées dans la crinière du cheval, elle sentit une larme silencieuse rouler sur sa joue et elle se pencha en avant, la tête posée contre celle d’Argo avec désespoir. Elle se sentait perdue et seule, et effrayée… à l’idée que les choses ne seraient plus jamais comme avant entre elles.

La jument hennit et elle se redressa et essuya les larmes dans un geste presque coléreux. « Désolée ma fille. » Elle s’était excusée auprès du cheval et s’était retournée, se figeant alors que son regard croisait un regard vert timide à peine à longueur de bras d’elle. « H… Hé. »

La barde avait croisé les bras fermement autour d’elle et regardé le sol avant de finalement lever les yeux. « Je… je peux te demander un service ? »

Par pur réflexe, Xena s’était avancée, refermant la distance entre elles. « Bien sûr », avait-elle répondu, inquiète. « Tu le sais bien. »

Pas de réponse et Xena avait su, au fond de son cœur, que non, Gabrielle ne le savait pas. « Qu’est-ce que c’est ? »

Gabrielle avait pris une inspiration tremblante et très visiblement, elle avait rassemblé son courage. « Je peux te prendre dans mes bras ? »

Cela avait frappé Xena si fort que ses genoux en avaient presque lâché et elle avait titubé sur place. « Eh… eh bien, oui… bien sûr… je… tu n’as pas à… me… le demander… je… » Elle s’était juste arrêtée de parler quand Gabrielle avait franchi les quelques pas restants et avec hésitation, avait gentiment mis ses bras autour d’elle.

Le sentiment qui lui avait tellement manqué l’avait submergée, déchirant les maigres défenses qui lui restaient et elle avait commencé à trembler, serrant la barde contre elle avec une intensité presque désespérée. Ses doigts s’étaient mêlés aux cheveux clairs tandis que Gabrielle posait sa tête sur la poitrine de la guerrière et elle avait juste fermé les yeux et respiré l’odeur distincte de la barde avant d’autoriser une part d’elle-même qu’elle avait laissée pour morte, relever sa tête faible et pitoyable à nouveau.

Des larmes chaudes avaient coulé le long de sa peau et elle avait senti la respiration de Gabrielle trembler tandis que la barde sanglotait doucement.

« Gabrielle… » Avait-elle fini par dire, d’une voix rauque.

La barde avait dégluti et prit une inspiration tremblante. « Je suis désolée. » Mais elle ne l’avait pas lâchée. « Je sais que tu détestes ça… je sais que… tellement de choses ont changé… je sais… tout ça… mais… je suis désolée… j’avais tellement froid… et je me sentais si seule… »

« Je ne déteste pas ça », avait dit Xena dans un souffle. « Ne dis pas ça. » Elle n’avait pas voulu la lâcher, mais à la fin elle le devait et elles allèrent dans leur coin séparé du campement.

Et elles s’étaient regardées faiblement à travers les flammes.

Gabrielle avait fait le premier pas. Xena avait su que le suivant lui revenait. « C’est… » Une inspiration. « Plus chaud de ce côté… tu pourrais euh… »

Un minuscule sourire avait éclairé le visage couvert de larmes de la barde, apportant une chaleur longtemps absente dans ses yeux et elle avait simplement pris son couchage et s’était approchée avant de s’installer au côté de la guerrière avec un soupir tranquille. « Merci. » Simple et sincère.

Xena s’était dit que c’était la chose la plus agréable qui lui était arrivée depuis des mois, même si c’était triste de le reconnaître. Elles s’étaient fait des sourires timides et s’étaient allongées côte à côte pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité.

Deux silhouettes dessinées par la lumière du feu regardèrent le ciel sombre et étoilé, dans un silence profond brisé par le bruissement de l’herbe sèche et des criquets noirs. Xena avait réussi à se détendre assez pour laisser le sommeil progresser en elle quand une voix calme envoya des frissons le long de son bras.

« Je… je pense que j’en ai trouvé un nouveau… regarde…. » La voix de la barde était toujours rauque. « Un ours. »

Les étoiles étaient tellement brouillées à ses yeux que Xena n’aurait pas pu dire ce que le dessin que montrait la barde était même si sa vie en dépendait. « Oui… un ours », avait-elle répondu doucement tandis qu’elle sentait les larmes couler sur le côté de son visage.

Un doigt, mais pas le sien, les avait saisies.

Xena soupira et se frotta la tempe de sa main libre tandis qu’elle regardait son âme sœur béate. C’était vraiment un miracle, conclut-elle, sentant le sourire idiot recourber à nouveau ses lèvres.

Oh bon. Ce n’est pas comme si on pouvait me voir, pas vrai ? Se raisonna-t-elle en mettant de côté son inquiétude face à la couverture séduisante de somnolence qui la réclamait. Gabrielle dormait déjà, effondrée contre elle un peu comme elle l’avait fait cet après-midi, sa respiration profonde et très régulière.

Xena sentit une vague soudaine et inattendue de protection la traverser, tandis qu’elle regardait les traits à peine éclairés. Pas qu’elle ne fut pas habituellement inquiète de la sécurité de Gabrielle… elle l’était. Mais ceci… était différent. C’était presque un sentiment de… défense féroce, comme une maman loup avec son petit aimé.

Etrange.


Le matin arriva trop tôt. Le sens du temps de Xena cogna juste avant l’aube et elle ouvrit les yeux à contrecoeur ; son corps grogna vraiment à son plan de se lever et de démarrer ses tâches. Mais le lit duveteux et la poigne tenace de Gabrielle collaboraient contre sa volonté et, elle en fut légèrement choquée, ils gagnaient avec une facilité dégoûtante.

Un mouvement calculé pour se désengager de son âme sœur tourna en quelque sorte en un chaleureux combat, qui finit avec ses yeux qui se refermaient tandis que Gabrielle murmurait dans son sommeil et blottissait son nez dans sa nuque. Dieux,  grogna-t-elle intérieurement. Allons, Xena… de la discipline, tu te souviens ? Bouge tes fesses de ce lit.

Plusieurs poussées mentales sévères plus tard, elle finit par se glisser hors de l’étreinte de Gabrielle et elle se leva, s’étirant et bâillant, tandis qu’elle lançait un regard noir à la fenêtre assombrie ; puis elle alla péniblement dans la grande salle de bains et plongea la tête dans l’eau froide du bassin d’un côté de la baignoire.

Ça la réveilla pour de bon et elle finit de se laver, puis elle retira sa chemise de nuit et enfila son gambison capitonné, bouclant les attaches de poitrine d’un mouvement rapide et expert. Elle resserra la ceinture qui maintenait le tissu autour de son corps. Le vêtement usé et bien assoupli était bon contre sa peau et elle tapota la surface, faisant remonter un peu de meilleure humeur.

En silence, elle revint à pieds nus dans la pièce principale et s’assit sur une chaise lourdement capitonnée pour enfiler ses bottes, les côtés en cuir grattant ses jambes avant qu’elle ne les ajuste et resserre les lacets. Arès renifla son genou, secouant la queue et elle lui tapota la tête. « Non non. Tu restes ici, d’accord ? »

« Arogrroo ! » Se plaignit le loup, ses grandes oreilles s’aplatissant.

« Hé… pas de ça, hein… » Xena le tapa sur le museau. « Ton boulot c’est de t’occuper de Gabrielle, tu te souviens ? » Expliqua-t-elle dans un murmure. « Je ne veux pas que des sales types l’embêtent… d’accord ? »

« Roo. » Arès soupira et trotta vers le lit, sauta dessus et se blottit en boule aux pieds de Gabrielle.

Xena sourit tranquillement et se leva, alla vers le lit et prit son épée, qu’elle boucla dans son dos d’un mouvement expert, puis elle s’agenouilla près du lit et se contenta de regarder son âme sœur dormir un long moment.

Dieux… Son regard voyagea sur les yeux fermés avec leurs cils clairs, et le long de la courbe de sa joue. La barde avait un poing fermé sous son menton et l’autre bras était sous sa tête. Tandis que Xena la regardait, la main fermée s’ouvrit et se tendit, puis Gabrielle cligna des yeux et les ouvrit dans une alarme surprise.

« Hé… » Xena la toucha, voyant le soulagement dans le regard de la jeune femme qui leva les yeux et vit le visage de sa compagne dans la faible lumière de l’aube. « Tout va bien… il faut juste que j’aille un peu nettoyer cet endroit. »

« Oh… bien. » Gabrielle rit d’un air ensommeillé. « Xena la Gardienne du Bain Guerrière. » Elle tapota affectueusement le menton de sa compagne. « Amuse-toi. »

Xena sourit de tout son cœur. « Tu vas peut-être vouloir voir la princesse… vois si tu peux connaître son histoire. »

Un hochement de tête. « Bonne idée. » La barde se blottit dans son oreiller. « Plus tard. » Son regard alla à la fenêtre. « Je pense que… je sais pourquoi vous les guerriers êtes toujours de si mauvaise humeur. » Elle fit claquer sa langue. « Vous vous levez fichument trop tôt. »

Sa compagne rit doucement. « Oui… tu as peut-être raison là-dessus… j’étais de très très mauvaise humeur quand j’ai dû quitter ce lit. » Elle captura la main de Gabrielle et embrassa les doigts, les pressant contre sa joue. « Je t’aime », dit-elle doucement d’une voix rauque.

Gabrielle cligna des yeux de plaisir surpris. Xena ne faisait habituellement pas ce genre de choses la première. « Je t’aime aussi », répondit-elle tranquillement, enroulant ses doigts très fort contre ceux de la guerrière. « Assure-toi de prendre un petit déjeuner. »

Un rire joyeux. « Oui maman. »

« Tch. » La barde lâcha un rire lent et léger. « Quelqu’un doit bien prendre soin de toi. »

Xena tira les couvertures sur elle et les passa autour des épaules de la barde, ensuite elle se releva. « Je te laisse Arès… envoie –le sur qui que ce soit que tu veuilles faire mordre jusqu’à ce que je revienne. »

« Mm… » Gabrielle la regarda. « Et tu prendras la suite des morsures ? » La taquina-t-elle affectueusement.

« Oui » fut la réponse confiante. « Je serai probablement de retour après le déjeuner… si tu as besoin de moi, je serai en train de pister ce qui sentait comme les écuries d’Augias en venant par ici. »

« Beuh. » La barde mit les couvertures au-dessus de sa tête. « Assure-toi de laisser tes bottes dehors alors. »

Xena ricana puis clippa son chakram à sa ceinture et se glissa dehors, refermant la porte en silence, puis elle descendit le couloir sombre. Seules quelques torches restaient allumées, mais c’était assez pour ses yeux sensibles et elle trouva son chemin vers le couloir bas sans incident.

Elle s’apprêtait à traverser l’espace ouvert quand ses sens furent mis en alerte, son audition détectant un léger bruissement de la peau contre la pierre. Elle s’arrêta, tournant la tête pour saisir la brise à peine perceptible qui bougeait dans la pièce et notant une touche de transpiration nerveuse dans l’air.

Ah. Elle carra les épaules et avança avec confiance, ses oreilles traçant les bruits qui la suivaient, se rapprochant de plus en plus tandis qu’elle s’approchait de la porte au fond, assez près pour lui faire dresser les poils et envoyer un frisson froid le long de son dos tandis que l’air frais la frappait.

Deux… un de chaque côté et très assurés qu’elle ne pouvait les voir. Ils s’accroupirent, cachés dans la noirceur presque complète du couloir et tandis qu’elle arrivait à leur hauteur, les masses sifflèrent dans sa direction.

Elle en évita une, ce qui fit chanceler son propriétaire et elle laissa l’autre rebondir sur son épaule capitonnée tandis qu’elle donnait un coup de pied de côté, sentant sa botte frapper la chair. Le second homme alla se cogner contre le mur sous la force de son coup et elle tournoya pour attraper l’autre homme et saisir la masse qu’il manoeuvrait pour un second coup.

Elle arracha la masse de sa main et lui donna un coup de coude sous le menton, le forçant à reculer vers le mur, sa respiration difficile. « Pourquoi vous m’attaquez ? »

Il ne répondit pas et se contenta de lutter. Elle s’envoya un vœu de patience et le frappa à la gorge de deux doigts. Il sursauta puis frissonna tandis que sa respiration devenait rauque. « Tu as trente secondes… parce que je suis de mauvaise humeur », lâcha-t-elle. « Pourquoi vous m’attaquez ? »

« Pas… le droit… d’interférer », haleta l’homme, puis le blanc de ses yeux devint étonnamment visible dans la faible lumière.

Xena réfléchit à ces paroles. « Un seigneur de guerre ou un autre… qu’est-ce que ça te fait ? Pourquoi vous ne voulez pas que l’autre type vous dirige ? »

Il lutta pour déglutir. « C’est le meilleur de deux malédictions », lâcha-t-il puis il hoqueta quand Xena le relâcha.

Elle le maintint contre le mur jusqu’à ce que sa respiration soit régulière puis elle soupira. « Tu ne vas pas le croire… mais tu pourrais bien être en train de regarder la meilleure des trois malédictions », l’informa-t-elle. « Alors, détends-toi et arrête d’essayer de me tuer, et reste hors de mon chemin. » Elle le repoussa et passa la porte, en se dirigeant vers la petite entrée de côté qu’elle avait vue par-dessus sa jambe étirée, et elle bloqua le bras de l’homme avec le sien puis le souleva par-dessus sa tête et l’envoya tomber sur le sol.

Cela demandait beaucoup de force et il s’en rendit compte, les yeux brillant avec précaution vers elle tandis qu’il luttait pour se relever.  C’est vrai, mon pote… Lui dit-elle silencieusement. Je suis plus que je n’en ai l’air. Elle prit l’offensive à son tour, fonçant vers l’avant et attaquant son épée avec des coups puissants qui le firent reculer face à leur force pure. Un sourire féroce vint sur ses lèvres et elle rit doucement, en voyant ses yeux être d’abord troublés puis alarmés quand il ne put stopper son attaque. Elle sentit le sang qui affluait et cette vieille joie sauvage lui donna le frisson le long de son dos, et elle lâcha un cri aigu tout en sautant en l’air, se retournant pour passer sa garde et balancer sa lame de côté au tout dernier moment, pour que le côté de son cou soit frappé par le plat, ce qui le fit s’effondrer avec un choc de surprise,au lieu que sa tête ne soit séparée de son corps.

Xena se tint au-dessus de lui, un sourire aux lèvres, tandis qu’elle faisait tourner son épée dans sa main, chaque nerf chatouillé dans le soleil matinal. Elle leva les yeux pour voir le reste des attaquants se dissoudre, tandis que les hommes lui lançaient des regards presque respectueux, en faisant retraite vers l’eau. Ça avait été… merveilleux. Elle n’allait pas se mentir. Son esprit de compétition était en pleine gloire tandis qu’elle aspirait l’air frais et regardait son opposant secouer lentement la tête et masser le méchant bleu sur le côté de son cou.

Il leva des yeux marron vers elle, clignant, puis il soupira. « Je pense que je ferais mieux de prendre un bain. »

Xena le cloua d’un regard bleu glacial puis rengaina son épée et lui tendit une main pour l’aider à se relever. Il attendit un long moment, soupçonneux, avant de la prendre et de se mettre debout, la toisant. « Tu… » Il mâchouilla sa lèvre. « Es vraiment quelque chose, madame. »

La guerrière lui fit son sourire plein et félin. Oh oui, et j’en adore chaque minute. « Tu n’es pas si mal non plus », répliqua-t-elle, puis elle se retourna et fit face aux hommes qui la regardaient l’air penaud. « Très bien… fini de s’amuser pour l’instant… allons nettoyer cet endroit. »


A suivre 4ème partie

 

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Nos vies passées , chap. 1 à 4, de honey

                                 

                                  NOS VIES PASSEES

 

 

 

Prologue :

 

Le retour avait été des plus sombres. Laborieux également. Malgré leur victoire, il n'y avait eu aucune gloire. Ashee dans sa tentative désespérée de reprendre le contrôle des événements avait massacré beaucoup des siens.

 

En quittant la Tribu du Vent de la Destruction, ils avaient laissé un peuple amputé de beaucoup de leurs membres, de leur chef, Ashee, et de leurs guides pour le futur en la personne des jumeaux, en plus d'avoir ruiné les espoirs.

 

C'était beaucoup pour une journée. Bien que de leur point de vue cette Tribu était leur ennemie, Tia n'avait pu que ressentir de la compassion devant l'ampleur des dégâts que les manipulations d’Ashee avaient causé à un peuple qui, avant son apparition, se contentait d'être en compétition avec ses voisins des autres Tribus du Désert.

 

Aussi avait-elle appelé Gardan, le chef  des Fils du Vent qui se trouvait, elle le savait malgré son interdiction, prêt à intervenir. Elle leur avait expliqué la situation et ils avaient convenu que Le Vent de la Destruction avait besoin d'un nouveau guide. Il avait prévenu Tia qu'il enverrait sa sœur, Ashantra. Elle avait terminé de former ses élèves guérisseurs et avait profité comme lui de la formation de Chef de Tribu durant leur enfance. Elle était donc toute désignée pour reprendre la tribu en main et ce d''autant plus qu'elle avait manifesté quelques impatience à n'être qu'un second couteau.

 

Les autres Tribus du Désert, ravis que la menace soit éloignée, avaient approuvé sa nomination et chacun avait alloué un certain nombre de leurs guerriers pour l'accompagner dans sa prise de pouvoir.

 

Tia avait fait réunir les survivants au centre du village et avait annoncé la nouvelle. Ceux ne souhaitant pas rester étaient libres de s'en aller. Les autres devaient attendre leur nouvelle chef. Habitué à obéir à une femme depuis plusieurs années, la plupart des survivants complètement déboussolés étaient restés, acceptant leur défaite et ne souhaitant qu'honorer leurs morts.

 

Elle avait conclu en leur annonçant qu'ils reprenaient leur ancien nom de Tribu en attendant qu'Ashantra en décide autrement. Aujourd'hui ils étaient de nouveau les Vareck car les Varecks étaient les frères et sœurs des Tribus du Désert alors que Le Vent de la Destruction était leur ennemi.

 

Ils avaient baissé la tête, conscients maintenant que l'influence néfaste d’Ashee avait disparu, de ce qui leur avait été fait, à eux mais également des dégâts que cela avait occasionné chez leurs frères et sœurs du Désert.

 

Avant de partir, Tia avait fait le tour des mercenaires qu'elle avait engagé et constaté avec soulagement qu'à part quelques blessures, personne n'était mort. L'un d'eux néanmoins, Idril, avait l'air assez atteint et l'état d'Enyalios étant préoccupant, elle avait décidé de ne pas attendre l'arrivée d'Ashantra.

 

Elle avait néanmoins pris le temps de chercher Sahel à la demande de sa fille. Le jeune homme avait été grièvement blessé. En tentant de protéger Lara d'Ashee, apprit-elle de la bouche d'une amie du jeune homme.

 

L'adolescent était un proche de la Chamane, il possédait sa confiance, pourtant il n'avait pas hésité à la trahir à la dernière seconde, privilégiant sa fille. Cela lui valait l'admiration des membres de sa Tribu car il était le seul à avoir résisté l'Influence d'Ashee, mais également la reconnaissance d'une mère car cela n'avait pas dû être une décision facile pour le jeune homme que de trahir son peuple et ses propres ambitions.


Devant le regard muet mais intense de sa fille, Tia avait accepté d'emmener l'adolescent avec eux, à l'hôpital le plus proche. Il était stable, comme Enyalios, mais les blessures subies étaient profondes et nécessitaient des soins qu'un guérisseur ne pouvait prodiguer.

 

Habituellement, Tia détestait demander un service à quiconque mais aujourd'hui elle avait fait une exception. La santé d'Enyalios et du mercenaire qu'elle avait engagé étaient en jeu, ainsi que celle d'un jeune homme qui, s'il avait mal agi au départ, s'était rattrapé par la suite. De plus, ils étaient tous épuisés et Tia ne souhaitait rien de moins que rentrer le plus vite possible. Aussi appela-t-elle Marcelius Roberts, le philanthrope le plus connu au monde, aka son ancien amant, le demi-dieu, Hercule.

 

Bien qu'il ne s'en souvienne pas le moins du monde, l'homme se sentait lié à Tia et Lex et depuis leur rencontre, deux ans plus tôt, ils avaient entretenu une relation amicale épisodique. De ce fait, lui demander de dépêcher un avion médical dans le désert du Kalahari n'avait pas semblé tomber comme un cheveu sur la soupe.

 

Se trouvant dans le pays pour raisons personnelles, Marcelius les avait attendus à l'aéroport et accompagnés à l'hôpital de la capitale.

 

Une fois certaine qu'Enyalios et Idril étaient entre de bonnes mains et qu'elle eut pris des dispositions pour leurs rapatriements en s'arrangeant avec Jassim qui les avaient accompagnés, Tia décida de repartir aussitôt. Elle n'était pas ingrate envers son ami et mentor mais elle voyait à la nervosité des jumeaux qu'ils semblaient de plus en plus perdus. Ils refusaient de parler depuis qu'elle les avait retrouvés et espéraient qu'un retour en terrain familier, les aiderait.

 

Linya refusa de partir en laissant Enyalios derrière et bien que cela surprenne la mercenaire et sa femme, elles en furent également soulagées. Laisser Enyalios derrière ainsi aurait été pour le moins indélicat. Linya promit également à Lara qu'elle prendrait soin de Sahel et qu'elle lui proposerait de revenir au Ranch avec Enyalios lorsqu'il serait guéri, ne serait-ce que pour voir où sa relation avec Lara en était.

 

Bien qu’elles le tiennent pour responsable en grande partie de ce qui était arrivé à leurs enfants, Lex et Tia savaient que les choses étaient plus complexes que cela. Elles ne protestèrent donc pas devant la proposition, même si leurs expressions parlèrent pour elles.

 

Marcelius, toujours aussi galant, proposa de rester avec Linya et de les ramener dès qu'ils en manifesteraient l'envie. Il avait lui-même des affaires à régler dans le pays, ce n'était donc pas un gros sacrifice qu'il faisait, assura-t-il.

 

Tia le remercia en le serrant dans ses bras, manifestation d'affection rare chez la guerrière qui montrait à quel point elle était épuisée. Les adieux entre Lex et Linya furent plus hésitants. La petite femme répugnait à laisser sa meilleure amie après tous les dangers qu'elle avait bravés pour sa famille.

 

- C'est ma famille aussi, avait protesté Linya gentiment, la dédouanant se faisant.

 

Lex avait acquiescé, reconnaissante, et lui avait fait promettre de vite les rejoindre.

 

La seconde partie du voyage fut aussi silencieuse que la première et lorsqu'enfin tous arrivèrent au Ranch, ce fut avec un soulagement mêlé d'inquiétude. Les choses étaient différentes, tous le sentaient. Et aucun n'avait le sentiment qu'elles reviendraient un jour normales.

 

En passant le pas de la porte, saluant d'un air absent ses employés, Tia observa les environs, appréciant plus qu'elle ne l'avait jamais fait le retour de son petit monde dans cet endroit qu'elle avait jadis imaginé comme un simple refuge, une aire de repos ou une cachette pour ses enfants.

 

C'était sa maison maintenant. Elle avait construit une vie ici, s'était entourée de personnes qui comptaient. Les choses étaient difficiles aujourd'hui mais elles s'arrangeaient, elle y veillerait.

 

Alors que les jumeaux passaient à côté d'elle pour rejoindre leur chambre l'air abattu et fatigué, elle passa la main sur leur tête, un geste d'affection qu'elle avait craint ne jamais pouvoir accomplir de nouveau.

 

Oui les choses s'arrangeaient. Elle croisa le regard de sa femme et lui dédia un petit sourire.

 

Elles y veilleraient.

 


Chapitre 1 :

 

 

Le retour à la normale fut aussi long que douloureux. La motivation qui était la leur avant avait complètement disparu. En voyant à quel point leurs enfants étaient touchés par ce qu'ils avaient traversés, Tia et Lex se sentirent pour la première fois, complètement dépassée.

 

- Et si on demandait conseil à Rhapsody ? Jeta soudain Tia trois jours après leur retour.

 

Elle et Lex se trouvaient à l'arrière de la maison, assises sur une couverture sur laquelle leurs jumelles jouaient allégrement, indifférentes à l'atmosphère morose. Il faisait chaud mais l'ombre offerte par la maison suffisait à protéger tout le monde. Tout en discutant les deux femmes gardaient un œil sur leur progéniture afin qu'elles ne s'approchent pas trop de la barrière surplombant l'immense vide quelques pas plus loin.

 

Tia et Lex avaient officiellement pris des congés et laissaient le personnel gérer le domaine. Elles étaient épuisées et surtout préoccupées par les jumeaux. Maintenant que la menace était écartée, leur principal objectif était de recoller les morceaux épars de leur famille et elles avaient besoin de temps pour cela. Du temps pour eux tous.

 

- Elle s'y connaît en ado traumatisé ? Jeta Lex, contrariée par la suggestion.

 

- Non, je ne pense pas, mais en adolescent déprimé oui. Et de toute façon on connaît quelqu'un d'autre qui élève des ados ?

 

- Au moins un, répondit sa femme en relevant soudain la tête. Et un traumatisé en plus.

 

Tia fronça les sourcils.

 

- Qui donc ?

 

Lex sourit d'un air malicieux, ravie d'à la fois évité la venue de Rhapsody et de prendre Tia en défaut.

 

- Ton oncle.

 

Tia écarquilla les yeux.

 

- Gin ?

 

Lex acquiesça.

 

- Aux dernières nouvelles, il élève Lizzie qui est de loin le modèle d'adolescente traumatisée le plus représentatif que l'on connaisse.

 

Tia baissa les yeux et se mit à tripoter les lacets de Jiyeon qui tentait de mettre ceux-ci à sa bouche.

 

- Un problème ? Tu ne veux pas voir ton oncle ?

 

- Ce n'est pas ça, marmonna la grande femme sans relever les yeux.

 

- Tiaaaaaa, s'impatienta Lex, quel est le problème alors ?

 

- C'est juste... je sais pas, j'ai pas très envie qu'il voit combien je suis nulle comme mère...

 

Ce fut au tour de Lex d'écarquiller les yeux.

 

- Je suis certaine qu'il ne verra pas les choses ainsi. Au contraire, ajouta-t-elle en lui prenant la main.

 

Tia posa aussitôt les yeux sur leurs mains jointes. Depuis leur retour, elles n'avaient pas repris vie commune. Elles dormaient toujours dans des chambres séparées et se touchaient à peine. Elles ne savaient pas pourquoi. Elles s'aimaient, se l'étaient avouées, le ressentaient via leur lien qui avait retrouvé sa place dans l'âme de chacune, permettant de ressentir la plupart de leur émotion si elles les cherchaient.

 

Mais quelque chose, elles ne savaient quoi, les retenaient de se retrouver également sur le plan physique. Cela rendait leur échange parfois maladroit. Mais la plupart du temps cela leur faisait ressentir chaque contact dix fois plus fort. C'était aussi bon que déstabilisant.

 

- Cela fait longtemps que tu ne lui as pas donné de nouvelles, reprit Lex, et pour quelqu'un qui t'a cherché toute sa vie et qui désespérait de ne pas être en mesure de te soutenir dans les pires moments, se sentir enfin utile à quelque chose pour toi, lui fera énormément de bien. Il t'aime Tia, il ne te jugera jamais. C'est ça la famille. Ou c'est ainsi que cela devrait l'être, marmonna-t-elle en pensant à son propre père qui avait rejeté toute sa famille parce qu'il n'approuvait son style de vie.

 

- Je n'y avais pas songé ainsi, fit Tia pensive.

 

Lex sourit, heureuse d'avoir pu aider sa femme. Baissant le regard sur leurs mains toujours jointes elle se fit violence pour ne pas tirer dessus afin d'attirer la grande femme pour l'embrasser. Dieu que ses lèvres lui manquaient...

 

Un sourire hautement satisfait étira les lèvres parfaitement ourlées qu'elle fixait et elle releva aussitôt les yeux, croisant le regard goguenard de sa femme. Elle se racla la gorge, embarrassée.

C'était parfaitement ridicule, songea-t-elle intérieurement, c'était sa femme et elle savait très bien quel effet elle lui faisait alors pourquoi ce soudain embarras ?

 

En même temps elle ne pouvait se défendre du soupçon d'excitation que ce retour aux sources, ces sentiments qu'elle ressentait pour Tia lorsqu'elle l'avait rencontrée, mélange d'excitation, d'anticipation et d'attente, faisait monter. C'était presque comme si elles devaient se refaire la cour et c'était aussi déconcertant qu'excitant.

 

Tia leva la main qu'elle tenait et lentement, la porta à ses lèvres. Aujourd'hui elle se sentait plus hardie. Tout en sachant la réaction que son geste allait provoquer, elle darda un regard intense sur sa femme tout en lui embrassant doucement le dos de la main avant de la retourner pour déposer un baiser dans le creux de sa paume.

 

Comme prévu le souffle de Lex se suspendit et pendant un instant étourdissant Tia se contenta de fixer sa femme, les lèvres à un cheveu de sa peau. Puis elle sortit sa langue et lécha l'intérieur de sa paume d'un geste violemment érotique avant de relâcher sa main et de se redresser, l'air de rien.

 

Elle vit Lex avaler sa salive avec difficulté avant de se racler la gorge à plusieurs reprises avant d'enfin parvenir à retrouver sa capacité à parler. Cela tira un petit rire moqueur et satisfait de la mercenaire.

 

Un regard noir de Lex ne fit que redoubler son amusement. Un dernier raclement de gorge, cette fois agacée, et Lex demanda :

 

- Donc ça te va si j'invite ton oncle et tes cousines à nous rendre visite la semaine prochaine ?

 

- Si ça ne t’ennuie pas, j’aimerais avant cela essayer de me débrouiller. J’ai l’impression que je le dois au Jumeaux mais aussi à moi-même…

 

Lex hésita mais elle comprenait ce qui poussait Tia à tenter encore l’expérience par elle-même. Elle se sentait fautive en tant que mère, ayant l’impression de ne pas leur avoir accordé assez d’attention, alors elle acquiesça.

 

- Linya rentre quand ? Demanda soudain la grande femme. Tu as eu des nouvelles d'Enyalios ?

 

Lex attendit la morsure de la jalousie, que la mention de l'ancienne amante de sa femme ne manquerait pas de soulever mais celle-ci ne vient pas. Un peu surprise, elle se demanda pourquoi elle n'était pas jalouse, elle qui se trouvait être la plus irrationnelle des femmes lorsqu'il s'agissait de Tia.

 

- Enyalios va mieux. Il est tiré d'affaire. Pour Sahel cela prendra un peu plus de temps. Lorsqu'il sera stable, Linya ramènera tout le monde ici. Elle pense que d'ici une semaine, une semaine et demie cela sera bon.

 

Tia hocha la tête, contrariée que Linya soit toujours là-bas, bien trop proche de leur ancien ennemi. C'était idiot mais c'était plus fort qu'elle. Elle nota le regard de sa femme et se sentit obligée d'avouer, surtout parce qu'elle se savait percer à jour et qu'elle souhaitait être honnête :

 

- Je crois que j'ai toujours des sentiments pour elle...

 

Un rire bref lui répondit avant que Lex ne précise :

 

- Le contraire serait étonnant. Tu as passé des mois, presque un an, à vivre une véritable histoire d'amour avec elle. Et en dehors de moi, tu n'avais jamais vécu ça. Ça ne s’oublie pas en cinq minutes mon amour...

 

- Ça n'a pas l'air de t'ennuyer, rétorqua Tia en fronçant les sourcils, étonnée.

 

- Non, en effet, confirma Lex en haussant les épaules. Peut-être parce que c'est Linya. Étrangement, depuis que je vous ai vues ensemble je n'ai jamais éprouvé de jalousie à son égard. Plus envers  toi en fait.

 

- Hein ? Comment ça ?

 

- J'avais l'impression que tu m'avais volé ma meilleure amie.

 

Devant le regard d'incompréhension incrédule de sa femme, Lex rit.

 

- Je ne peux pas vraiment l'expliquer, peut-être que finalement j'ai intégré le fait que jamais personne ne saura vraiment me supplanter dans ton cœur et que j'en suis suffisamment certaine pour ne plus être inquiète que tu me préfères une autre. Ou peut-être que c'est liée à Linya et que je sais depuis le début qu'elle te rendrait à moi, qu'elle avait juste pris soin de toi en attendant mon retour, c'est bien son genre. Malheureusement elle est tombée amoureuse de toi et ça, ça m'a contrariée. Pour elle, pour moi. Pour notre relation.

 

- En gros tu es en train de me dire que tu avais/as plus confiance en elle qu'en moi, quoi.

 

Lex haussa les épaules, réfléchissant.

 

- Peut-être bien. Mais je la connais depuis l'enfance. Je sais exactement comment elle fonctionne et elle a toujours été d'une loyauté farouche envers moi. Bien plus dévouée à mon égard que moi au sien, ce dont j'ai un peu honte. Non, c'est vrai, confirma-t-elle, je n'avais aucun doute la concernant. Je n'en ai toujours aucun.

 

- Mais en moi oui.

 

Lex croisa son regard, hésita puis acquiesça.

 

- Je ne doute pas de ton amour, précisa-t-elle néanmoins. Ou du fait que nous soyons destinées de tout temps à vivre ensemble. Mais peut-être bien que ta fidélité n'est pas à toute épreuve. Certes au fil des siècles, tu m'es toujours revenu mais... il y a eu des écarts...

 

- Quoi ? Mais de quoi tu parles ??

 

- Tu as cette incroyable capacité à te défouler dans le sexe. Quand les choses vont mal pour toi tu ne déprimes pas, tu te bats, et tu utilises bien souvent le sexe comme moyen de guérison, d'échappatoire et/ou d'évitement. Tu l'as fait avec Marc-Antoine souviens-toi. Il te plaisait et tu te laissais aller avec lui alors que nous étions ensemble.

 

- Ce n'était que des baisers ! Et c'était pour le faire tomber ! C'était calculé ! Se défendit-elle indignée par l'accusation.

 

- Tu as toujours une bonne excuse mon amour, comme avec Lucifer. Mais nous étions ensemble et des baisers ne sont pas que des baisers dans ce genre de contexte. Surtout que tu y prenais vraiment beaucoup de plaisir, je me souviens, termina-t-elle en plissant les yeux toujours agacée à ce souvenir. Si moi j'avais eu le malheur de faire avec Virgil ce que tu as fait avec Lucifer j'en aurais entendu parler pendant des années.

 

- Donc en gros tu me reproches des « écarts » qui ont eu lieu dans d'autres vies ? Releva Tia incrédule. Je n'ai jamais commis rien de tel dans cette existence !

 

- Ça ne change pas le fait que je m'en souviens, répondit sa femme en haussant les épaules. Linya elle, m'a toujours été d'une fidélité à toute épreuve quelles que soient nos vies.

 

Bouche bée, Tia la dévisagea.

 

- Tu ne compares pas sérieusement notre relation amoureuse à une relation... amicale quand même ?

 

- Bien sûr que si, rétorqua Lex en la fusillant du regard. Du reste il y a eu au moins une vie où avant notre rencontre, Linya et moi étions plus que des amies.

 

- Quoi ?! Glapit Tia en se relevant d'un bond. Et pourquoi je ne suis au courant de ça que maintenant ?!

 

Lex dissimula un sourire satisfait et joua l'indifférence.

 

- Ça n'était pas relevant.

 

- Pas relevant ?!

 

- Je l'ai quittée pour toi. Et elle est restée quand même à mes côtés. Et puis je n'ai jamais été amoureuse, précisa-t-elle en cessant de la taquiner sans plus dissimuler son sourire, du moins pas tant que ça.

 

Tia plissa les yeux, rassurée mais méfiante et se rassit, attrapant Maki au passage qui essayait d'écraser le visage de sa sœur avec sa pelle.

 

- Je trouve que ces gamines essaient un peu trop souvent de s'écraser la tête, marmonna Lex en attrapant le seau que Jiyeon souhaitait jeter sur sa sœur.

 

- Elles sont de nature guerrières, remarqua Tia particulièrement satisfaite et fière de ses filles.

 

La remarque arracha un petit rire à sa vis-à-vis.

 

- Et un peu trop dominatrice...

 

- Comme leur maman, acquiesça Tia solennellement. C'est bien mes filles, continuer comme ça, fit-elle en tapotant la tête de Maki.

 

- N'importe quoi, sourit Lex.

 

En relevant la tête, Tia croisa une fois de plus les yeux de son âme-sœur et le rire qu'elle y décela lui montra tout ce que son cœur avait besoin de savoir. Voir Lex rire soulageait son âme. Là, entourée par sa femme et ses petites filles, elle fut certaine que les choses pouvaient redevenir heureuses pour tout le monde.

 

- On devrait songer à contacter un psy pour les jumeaux, fit-elle tranquillement. Je pense que cela leur ferait du bien.

 

- Pas certaine qu'un psy comprendrait vraiment leur problème... plus sûrement il les internerait.

 

- Ils peuvent utiliser des métaphores, inventer une situation similaire. Ça ne peut pas leur faire de mal dans tous les cas, non ? Ils ne parlent toujours pas et ça m'inquiète vraiment.

 

- Moi aussi... peut-être qu'en attendant de se mettre d'accord sur le recours à la psychothérapie, on pourrait tenter de les replonger dans ce qui est leur passion ?

 

- L'équitation pour Lara et gérer le ranch pour Len ?

 

Lex hocha la tête.

 

- Ca aurait au moins le mérite de leur occuper l'esprit. Et sous la houlette de Frédéric, qui rentre de son voyage bien mérité avec Anna dans quelques jours, on n'aurait pas à s'inquiéter pour eux.

 

- Il ne faut pas oublier David...

 

- Je ne l'oublie pas mais Lara n'est clairement pas en état de lui faire face. Je pense aussi qu'on leur a suffisamment donné d'espace. Il est temps qu'ils restent avec nous, acceptent notre réconfort et peut-être qu'alors ils reparleront.

 

Tia hocha la tête.

 

- Ok alors on a un plan, il n'y a plus qu'à le mettre en pratique.

 

Lex acquiesça, aussi contente que Tia d'avoir quelque chose de concret à faire pour leurs enfants.

 

                                                                       ***

Sahel fixait le plafond. Depuis combien de temps, il n'en avait pas la moindre idée. Cela lui semblait faire des jours. Peut-être était-ce le cas. Il l'aurait su s'il avait osé le demander au personnel de l'hôpital qui passait dans sa chambre. Ou s'il avait eu accès à une fenêtre.

 

Il avait jusqu'alors été trop faible pour être déplacé dans une chambre normale, l'avait-on informé à son réveil. Son état nécessitait des soins particuliers et une observation constante.

 

Mais aujourd'hui il allait quitter le service dans lequel il se trouvait pour un autre. Apparemment sa condition s'était améliorée. Il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou non. Dans son esprit se rejouait sans cesse la traîtrise qu'il avait commise. Il avait trahi son peuple et son chef, réduisant à néant le futur brillant qu'Ashee avait vu pour eux.

 

Il n'avait pas réfléchi, cela avait été plus fort que lui. Lorsqu'il avait vu Ashee se ruer en direction de Lara, il s'était aussitôt mis en travers de son chemin. Le regard qu'elle avait eu alors il le connaissait bien. Depuis le début il était au courant de ses plans. Elle ne le savait pas mais il l'avait entendue en parler avec le Dévoreur lors de l'une de ses transes au début de sa prise de pouvoir. Ses intentions vis-à-vis de personnes qu'il ne connaissait pas l’indifféraient alors.

 

Tout ce qu'il en avait retenu était la puissance qui serait la leur à l'issu de la venue du démon. Il avait œuvré dès le départ avec la conviction que rien de meilleur ne pourrait arriver à sa Tribu. Il s'était donné corps et âme au plan d’Ashee et ce d'autant plus que son père, le seul membre de sa famille, venait d'être sacrifié pour augmenter le pouvoir de la Chamane.

 

Pendant un bref moment il avait cru qu'il étoufferait sous le poids de la culpabilité et de la douleur mais ce poids s'était envolé très rapidement. Lorsqu'Ashee l'avait choisi comme pièce maîtresse de son plan en fait.

 

Maintenant que la Chamane n'était plus, le poids était de retour. Il comprenait qu'Ashee avait pris sur elle de le porter pour lui et il était partagé entre reconnaissance et colère. Elle lui avait volé son chagrin, l'éloignant de la mémoire de son père plus que son Influence ne l'avait fait de son vivant. Il s'en sentait d'autant plus coupable. Mais en même temps, elle avait fait cela pour lui, pour leur peuple. Ses intentions avaient été bonnes.

 

Et il l'avait trahi en choisissant Lara. Alors qu'il savait son sacrifice inévitable. Mais il pensait qu'il aurait plusieurs mois, voir années avec elle avant cela. Du moins c'était ce que le plan devait être. Mais les choses avaient dégénéré et Ashee avait pris la décision de tuer Lara. Il l'avait décelé dans son regard. Et il avait réagi.

 

Oh bien sûr, il n'avait pas fait le poids, elle s'était très vite débarrassée de lui, mais cela l'avait ralentie suffisamment pour que la mère de Lara lui tombe dessus. Et cela avait signé la fin.

 

Lara était en vie, ne cessait-il de se répéter, n'était-ce pas tout ce qui comptait ?

 

Il ne parvenait pas à s'en convaincre. Il avait utilisé la jeune fille et elle devait le savoir maintenant. Le pire était qu'il n'était pas certain que ce qu'il ait fait était la chose juste à faire. Certes il prenait conscience alors que la Chamane était morte, que son Influence n'avait pas eu lieu que sur les jumeaux. Qu'elle les avait aussi manipulés et que cela avait forcément joué un rôle dans ce qu'ils avaient fait. Mais une Influence n'était en définitive que cela, une influence. Les décisions c'était eux qui les prenaient. Et ce qu'ils avaient fait au nom du Dévoreur était immoral. Pourtant cela avait été le choix de toute la Tribu et en cela, lui, Sahel les avait trahis.

 

Et maintenant il se retrouvait seul ici. Sans Tribu, sans guide, sans but et sans Lara. Il tourna le regard vers la porte que Linya, la compagne de la mère de Lara, venait de franchir.

 

Non il n'était pas seul. Mais il ne comprenait pas pourquoi.

 

Tous les jours elle venait le visiter, elle lui donnait des nouvelles d'Enyalios, d'elle, du Ranch, de Lara et Len, de la vie de l'hôpital même. Elle babillait légèrement, attentive à garder une expression sereine et bienveillante. Elle le regardait droit dans les yeux et lui souriait.

 

Il ne savait pas pourquoi. Il était le traître qui avait emmené les jumeaux loin de leur monde. Mais cela ne semblait pas lui effleurer l'esprit. Elle parlait et venait et cela le réchauffait de l'intérieur mais de cette réaction il se sentait coupable également. Incapable de savoir comment réagir et inquiet de faire ou dire quelque chose qui la ferait partir, il se contentait de l'écouter. Il ne la quittait pas des yeux et gravait sa gentillesse dans son cœur, ses expressions joyeuses et son sourire.

 

Il ne disait rien, ne souriait pas mais ne la quittait pas des yeux. Il espérait que c'était suffisant pour qu'elle comprenne qu'il aimait lorsqu'elle venait. Aujourd'hui les choses semblaient différentes toutefois. Il pouvait le dire aux pétillements dans ses yeux et la nerveuse excitation qu'il sentait dans ses gestes plus maîtrisés qu'à son habitude.

 

Elle s'assit sur la chaise à côté de son lit et déclara :

 

- Tu sais que tu dois changer de service aujourd'hui, n'est-ce pas ?

 

Il hocha la tête surpris par son ton direct.

 

- Cela veut dire que tu vas mieux. Avec Enyalios nous attendions que tu ailles mieux pour commencer les préparatifs du départ.

 

Elle allait partir... son cœur se serra mais il fit bien attention à n'en rien laisser paraître. Qu'allait-il devenir ici ? Qui payait sa note d'hôpital d'ailleurs ? Songea-t-il soudain.

 

Il revient à son visage, il ne voulait pas être seul. Il n'avait nulle part où aller. Il ne dut pas être aussi bon à camoufler ses émotions qu'il ne le pensait car le visage de Linya se plissa d'inquiétude. Elle tendit la main et la posa sur son bras.

 

- Tu n'as pas à t'inquiéter. Tu pourras revenir, si c'est ce que tu souhaites, une fois les choses éclaircies avec Lara. On t'a pris un billet de retour. Du reste, d'après Timaria, je crois que c'est son nom, je ne suis pas certaine d'avoir bien compris, la ligne grésillait pas mal. Bref, d'après ton amie, la Tribu attend ton retour avec impatience. Tu es, en quelque sorte, leur fierté tu sais, la façon dont tu as résisté à Ashee, les tiens en sont très fier. J'imagine que cela rachète un peu leur culpabilité pour ne pas l'avoir fait du tout.

 

Sahel fronça les sourcils, perdu. Qu'est-ce qu'elle racontait ? Il allait voir Lara ? La Tribu était fière de lui ? Il ne comprenait pas. Puis un souvenir ténu, flou refit surface. Il se souvenait d'une Linya lui expliquant la raison de sa présence à ses côtés, de la raison pour laquelle il était à l'hôpital. Lara l'avait demandé. Lara voulait le voir.

 

Lara voulait le voir ??

 

Il revient à Linya et ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. Incapable de parler tant il était confus, il se contenta de la dévisager désespérément.

 

La main de Linya glissa de son bras à son poing qu'il serrait convulsivement sur les draps et elle refit le geste plusieurs fois. La caresse associée finit par l'apaiser et il put entendre ce qu'elle disait à nouveau. Il n'avait même pas eu conscience d'avoir basculer dans une bulle de panique.

 

- Tout va bien se passer Sahel. Je resterai avec toi si tu en as besoin. Lara veut juste s'assurer que tu vas bien. Et... je dois te prévenir. Elle ne parle plus. Ni Len. Ils semblent... traumatisés. On pensait, avec Lex et Tia que te voir pourrait leur délier la langue mais...

 

Elle eut un petit rire triste.

 

- Tu ne parles pas non plus.

 

Elle se redressa, soudain déterminée.

 

- Peu importe, je pense que vous avez besoin d'être ensemble. Vous êtes tous choqués et vous retrouver pourrait vous aider, à tout le moins, à briser cette barrière qui vous sépare de nous. Je ne te connais pas vraiment, mais tu as toujours sincèrement semblé tenir à Lara et c'est tout ce qui compte pour moi. Je ne te jugerai pas sur autre chose, tu n'as rien à craindre de ce côté-ci. Alors si tu as besoin d'un allié ou d'un réconfort à l'avenir, tu peux venir me voir.

 

Il se souvient soudain ce que Lara lui avait dit. Linya dirigeait une association, de très grande envergure, et qui avait pour but de sauver, protéger et aider à guérir les personnes traumatisées. Pour elle, il était une de ses personnes et c'était là, la raison de sa gentillesse.

 

Comprendre d'où celle-ci venait le rassura. Il se détendit complètement, certain de ne pas être seul à l'avenir. Il avait un endroit où retourner apparemment. Sa Tribu, son seul chez lui. Mais cela n'était pas aussi réconfortant qu'il l'avait cru. Si Linya le prenait sous son aile comme elle semblait le faire, alors il n'était pas seul. Il avait un autre endroit où aller car elle ne le laisserait jamais voler de ses propres ailes tant qu'elle ne serait pas certaine qu'il pourrait s'en sortir seul.

 

Il n'avait jamais connu sa mère. Son père lui avait dit qu'elle était morte en le mettant au monde. Ashee, la seule femme qui lui avait prêté de l'attention, ne l'avait fait que d'un point de vue sexuel et utilitaire, pour ses plans.

 

Linya était la première adulte à le regarder ainsi, comme un enfant dont elle devait prendre soin. Et bien qu'il ne veuille pas qu'elle se sente obligée, il en était malgré tout heureux. Il hocha la tête, plus pour la rassurer que parce qu'il avait compris ce qu'elle disait. Il n'écoutait plus. Il absorbait seulement ce moment, le premier, où il se sentait enfin normal.

 

- On part quand ? Demanda-t-il finalement, la voix éraillée d'avoir si peu servi.

 

Saisie, Linya se figea avant qu'un grand sourire ne vienne illuminer ses traits. Ravi d'une telle réaction, Sahel le lui rendit et cela agrandit encore celui de Linya.

 

Elle lâcha un petit rire en lui caressant la main avant de répondre :

 

- Si tout se passe bien, d'ici la fin de la semaine.

 

Il hocha la tête sans cesser de sourire et elle passa les minutes suivantes à lui expliquer comment serait leur voyage et leur atterrissage et il passa les minutes suivantes à croire qu'il était un enfant comme les autres dont la mère était présentement en train de décrire leur prochain périple.

 

 

 

Chapitre 2 :

 

 

Len regardait sa sœur se mettre en selle en attendant le retour de Frédéric avec un groupe de clients. Aujourd'hui, pour la première fois depuis leur retour, elle se remettait à l’entraînement. Même si cela faisait un moment qu'elle n'avait pas pratiqué, elle n'hésitait pas. En se redressant sur sa selle, elle releva la tête et son regard croisa le sien. Elle ne dit rien, ne changea même pas d'expression mais il comprit. Il hocha la tête, elle fit de même et elle lança son cheval au trot d'un coup de talon.

 

Ils savaient tous les deux ce que leurs parents tentaient de faire en les replongeant dans leurs anciennes activités. Il ne pensait pas que cela marcherait mais ça ne pourrait pas faire de mal. C'était à cela qu'il avait répondu lorsque sa sœur l'avait regardé. Oui, tentons l'expérience avait-il répondu. Faisons un essai, cela ne coûte rien.

 

Ils n'avaient pas échangé de mots mais des sentiments. Depuis la disparition d’Ashee leur lien psychique, étrangement, n'avait pas disparu. Il était moins fort qu'avant mais toujours présent. Ils pouvaient ainsi communiquer leurs sentiments à défaut de mots et d'images.

 

Il savait que sa sœur faisait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas penser. C'était presque devenu une habitude pour elle depuis ce qui s'était passé dans le parc. Il n'était pas certain que ce soit la bonne attitude mais il ne savait pas quoi proposer d'autre, alors il la laissait faire.

 

Lui-même se pardonnait plus aisément. Lorsqu'il avait suivi sa sœur dans la Tribu du Vent de la Destruction, il se pensait un monstre et l'avait accepté. Il préférait cela à laisser sa sœur seule. Ça avait donc été plus facile pour lui d'accepter ce qu'il était devenu, il avait une justification. Mais Lara ? Malgré leur lien, il n'était pas dans sa tête et ne savait pas ce qu'elle pensait réellement d'elle-même.

 

Il aurait aimé être capable de lui dire qu'elle n'était pas un monstre. Aucun d'entre eux ne l'était. Il l'avait pensé mais depuis il avait été attaché, littéralement, à l'âme d'un mal si dense et si visqueux qu'il savait n'être qu'un avorton pour les véritables abominations.

 

Il vivait donc d'autant mieux ce qu'il avait fait. Savoir qu'Ashee avait usé de son pouvoir sur eux et que le démon s'était inséré dans leurs esprits pour appuyer dessus aidait également. Ce n'était pas vraiment lui qui avait fait tout cela, pas vraiment mais un peu quand même. Il fallait une prise à toute chose pour pouvoir s'accrocher. Autrement dit, il avait cela en lui, tout comme Lara. Il était donc en partie responsable.

 

Il le savait mais ne pouvait s'en vouloir. La culpabilité, même si elle n'avait pas entravé son chemin, avait toujours été présente. Mais depuis sa rencontre avec le Dévoreur, elle s'était complètement envolée.

 

Comment se sentir sale, monstrueux, mauvais quand on a côtoyé une telle atrocité ? Il avait du mal à croire qu'Ashee était pleinement consciente de ce qu'elle voulait ramener dans leur monde... qui sain d'esprit pouvait souhaiter une telle chose ?

 

Quelque part, il sentait que ce n'était pas bon pour lui de ne pas se sentir coupable. Mais s'il était capable de réfléchir et de ressentir les émotions de Lara quand ils croisaient son regard, il était comme anesthésié le reste du temps. Ses sentiments personnels étaient bien présent mais comme lointain, enveloppé dans du coton.

 

C'était ainsi depuis son réveil dans les bras de Linya. En la découvrant à la place du Dévoreur, il avait ressenti un soulagement et une joie d'une violence qui avait comme drainé tout le reste. Depuis lors il ne ressentait pratiquement plus rien. Et comme il ne ressentait plus rien, il n'éprouvait plus le besoin de parler. Il pensait que c'était mieux ainsi. Il se souvenait un peu trop bien de sa terreur lorsqu'il avait été attaché au démon.

 

De tout ce qui s'était passé entre le parc et son retour dans les bras de Linya, il avait soigneusement décidé d'effacer tout cela. Il n'y pensait pas ou aussi peu que possible, se concentrait sur le présent et son sentiment reposant de ne plus rien ressentir. Oui, vraiment, après tous ces mois passés entre colère, déception, espoir, joie et horreur, il était parfaitement heureux de ce développement. Tout cela l'avait trop épuisé, il était fatigué du monde, fatigué de sa vie. Seul son dévouement, farouche et inaltérable envers sa sœur le poussait à avancer.

 

Frédéric finit par arriver et il jeta un dernier coup d’œil à sa sœur avant de le suivre. Elle s'en sortait bien. Elle ne paraissait pas mal à l'aise ou ennuyée. Satisfait il la laissa à son passe-temps favori et se concentra sur les propos de son père adoptif.

 

                                                                       ***

Pour Lara les choses étaient différentes. Si Len avait vu ses émotions s'abaisser à un niveau d'intensité d'une rare faiblesse, les siennes avaient augmenté de façon exponentielle. C'était comme si tout ce que Len avait perdu, elle l'avait récupéré. Elle se débattait avec des émotions d'une force telle qu'elle se sentait en permanence à fleur de peau. Dès lors parler était devenu un risque. Exprimer tout haut les sentiments violents qui l'agitaient risquait de la briser. Elle avait peur de se briser et peur de ne pas l'être, car si exprimer tout haut ce qu'elle ressentait ne changeait rien à ceux-ci, alors que deviendrait-elle ?

 

Elle luttait si fort contre elle-même qu'il lui arrivait d'en trembler. Se connecter à Len avait-elle découvert, lui offrait un second souffle, un instant de repos dans la mer agitée qu'était devenu son esprit. Elle le faisait néanmoins aussi peu que possible, refusant de prendre le risque de briser le mur émotionnel que son frère avait bâti. Il avait côtoyé l'âme du Dévoreur et seul lui savait combien cela avait été traumatisant. Mais si elle ne le savait pas, elle pouvait l'imaginer et elle refusait qu'il subisse ça une seconde fois, tout comme elle refusait qu'il se mette soudain à se sentir responsable de tout ce qu'ils avaient fait. Car si c'était la faute de quelqu'un, c'était bien la sienne. Len n'avait fait comme à son habitude que son devoir de grand frère et il était hors de question que ce soit la raison qui le brise. Il méritait mieux que ça, bien mieux.

 

Une des raisons qui lui avait fait accepter si facilement la proposition de sa mère à refaire du cheval était l'espoir qu'elle retrouverait un semblant de paix se faisant. Au-delà de son rêve d'être Jockey, monter à cheval avait toujours été une source de joie et d'apaisement, un moment où elle se sentait affranchie de toutes les contraintes terrestres le temps d'une balade. C'était aussi grisant que reposant.

 

Alors elle se concentrait sur les mouvements familiers, retrouvant les sensations presque immédiatement. Une seconde un espoir fou illumina ses traits, bien vite réprimé par la peur que cela ne soit qu'une illusion et la culpabilité. Elle n'avait pas le droit d'être heureuse, elle ne le méritait pas. Ce qu'elle avait fait, ce qu'elle avait laissé Ashee faire d'elle était impardonnable.

 

Mais elle refusait d'y penser. Alors comme elle en avait pris l'habitude ces derniers jours, elle mit comme un blanc sur ses pensées. Un blanc, elle ne savait comment le nommer autrement, qui gelait tout, souvenirs, pensées, sentiments et elle laissa ses yeux et son corps enregistrer ce qu'ils voyaient et faisaient mais sans participation de sa part.

 

Elle savait que cette attitude de presque zombie inquiétait beaucoup ses mères, et Len aussi dans une moindre mesure, mais elle ne voyait pas d'autre façon de traverser la situation. Elle ne pouvait pas parler, c'était dangereux et elle avait bien trop peur des conséquences. Du reste, elle sentait que même si elle avait essayé, elle n'aurait pas pu.

 

C'était comme si son corps refusait de lui-même ce droit, sacré en Amérique, qu'était l'expression.

 

Elle vit son frère s'éloigner en compagnie de Frédéric et espéra que cela lui ferait du bien. Elle avait peur de ce qu'il était actuellement, peur que s'il laissait ses sentiments en l'état, il finisse par perdre aussi ce qui les liait. Et elle ne pouvait pas le perdre, il était le seul qui l'aimait comme elle était et qui ne la jugeait pas. Ils avaient tellement traversé ensemble qu'il lui était impensable qu'elle puisse un jour vivre dans un monde où cette moitié d'elle n'était plus.

 

Non, c'était inenvisageable.

 

Une nouvelle fois, elle repoussa cette pensée. Détestant la personne lâche qu'elle était devenue, elle poursuivit avec attention les exercices que son entraîneur lui dictait de faire. Concentrée sur les mouvements du cheval et attentive à ne pas réfléchir, elle ne vit pas le temps passer et se retrouva surprise lorsque l'entraînement prit fin. En descendant du cheval, elle remarqua avec un certain étonnement son état de fatigue. Peut-être dormirait-elle bien cette nuit ? Elle l'espérait, c'était épuisant de lutter jour et nuit contre ses démons.

 

Rejoignant l'écurie en tirant son cheval par la bride, elle repassa dans son esprit les étapes du pansage des chevaux. Cela faisait longtemps que ce n'était plus elle qui s'en occupait. Elle avait décidé un jour que c'était indigne d'elle et ne s'en était plus préoccupé. Elle comprenait aujourd'hui que ça avait été une erreur.

 

C'était fou comme les choses pouvaient déraper si facilement. Dans son cas tout était parti d'un sentiment d'insécurité qu'elle avait camouflé sous une couche de supériorité. Comme si cela allait changer ce qu'elle ressentait. Ça avait été aussi idiot que vain, elle le comprenait maintenant. Si on veut vraiment changer les choses que l'on ressent et qui l'on est, on doit commencer par les accepter.

 

Oui je suis une fille qui se sent mal dans sa peau. Oui je me sens minable depuis que David m'a trompée et agi comme si ça n'était pas si important. Oui, je ne suis pas sûre de moi. Oui, je suis faible.

 

Si elle l'avait accepté à l'époque, probablement qu'Ashee n'aurait pu trouver de prise où s'accrocher. Mais peut-être pas. Le comprendre et comprendre comment changer les choses sainement n'avait rien de simple.

 

Donc la deuxième étape, songea Lara, était de parler à quelqu'un. De lui dire ce que l'on ressentait, d'avoir un second avis sur le chemin à emprunter, quitte à se tromper. Si une personne est à nos côtés, il est plus facile de voir que l'on fait fausse route et plus aisé de changer de voie.

 

Elle avait eu Len mais elle ne lui avait pas laissé de place. Elle avait eu Sahel mais ses sentiments pour lui étaient si neufs et si mélangés à ceux qu'elle portait toujours à David, qu'elle n'avait pas réussi à s'exprimer.

 

Elle s'essuya le front en jetant la brosse qu'elle avait utilisé pour étriller sa monture et découvrit sa mère sur le pas de la porte. Elle la fixait de ses yeux aux éclats des cieux, les bras croisés, appuyée contre le chambranle. L'incarnation même d'un ange sombre mais protecteur.

 

Peut-être qu'elle aurait pu lui parler...

 

Bien sûr, elle souffrait à l'époque avec le retour de Lex et Linya qui perdait confiance, mais elle était sa fille, non ? Elle aurait trouvé un moment pour elle si elle l'avait réclamé, n'est-ce pas ?


Elle l'espérait mais n'en était pas certaine.

 

Elle était surprise d'avoir pu réfléchir à tout cela sans ressentir le besoin de tout enfouir encore une fois. L'exercice avait été une excellente idée. Elle fixa sa mère en tapotant le flanc de son cheval en se demandant ce qu'il se passerait si elle parlait maintenant. Mais elle n'en avait pas le courage.

 

Elle savait qu'elle avait été faible en laissant Ashee la manipuler et cette faiblesse, elle l'avait héritée de son père, cet homme honni qui avait tout fait pour détruire l'esprit brillant de sa mère. Elle ne voulait, ne pouvait accepter d'avoir une quelconque ressemblance avec cet homme, encore moins de voir sa mère en prendre conscience. Elle haïssait son père, haïssait ce qu'il avait fait à sa mère bien plus que ce qu'il avait fait au monde.

 

Sa mère était son héros et il avait essayé de toutes ses forces de l'empêcher de l'être, de la transformer en un monstre comme lui. Il y avait presque réussi mais elle avait été plus forte. Elle était lumineuse. C'était ainsi qu'elle l'avait toujours vue et pas comme le sombre guerrier taciturne que tous voyaient, qu'elle-même voyait. Elle était lumineuse. Une personne capable de passer outre les atrocités dont elle avait souffert et d'en revenir ne pouvait pas être sombre.

 

C'était sa mère et il était hors de question que par égoïsme, elle étouffe sa lumière, ce qui arriverait immanquablement si elle comprenait ce que sa fille était vraiment.

 

Elle prit conscience que cela faisait plusieurs minutes qu'elle dévisageait sa mère en silence. C'était quelque chose qui l'avait toujours mise mal à l'aise, cette capacité au silence attentif de sa mère. Maintenant elle comprenait pourquoi. Cela l'obligeait à se faire face à elle-même et elle était si mauvaise actrice que sa chère mère aurait pu déceler sa faiblesse.

 

Mais aujourd'hui cela ne la gênait plus. Elle avait appris à aimer le silence. C'était reposant. Aujourd'hui elle comprenait sa mère et ce besoin de peu de mot.

 

Elle ne ressentait pas comme Lex ou même Linya, le besoin de parler. Elle se contentait bien souvent de quelques mots pour répondre à de grandes questions. Mais avec les années, elle avait acquis plus d'aisance, Lex ne la laissant jamais en paix tant qu'elle n'était pas satisfaite de sa réponse.

 

Lara s'était surprise à certains moments à admirer les propos de Tia. Il lui arrivait encore d'être maladroite mais souvent, elle trouvait le parfait équilibre entre les mots, le ton et le moment. Et cela avait un impact fou. C'était certainement quelque chose qu'elle avait acquis au contact de Lex, sa seconde mère étant incroyablement à l'aise avec les mots.

 

« Je t'aime », « Je t'admire », « Tu es mon héros ». Elle avait tellement envie de les lui dire que cela lui faisait mal. Mais elle ne pouvait pas, n'en avait pas la force. Comme si elle avait compris ce qui se passait, celle-ci la rejoignit. Posant une main sur son épaule, elle dit :

 

- Laisse-toi du temps. Quand tu seras prête, cela sortira tout seul.

 

Une larme échappa à l'adolescente que Lara essuya rageusement. Sa mère l'attira alors dans ses bras et pendant un instant étourdissant, Lara se sentit aimée, acceptée, rassurée. Elle ne voulait rien tant que rester là et faire des bras de sa mère son horizon.

 

                                                                       ***

Lex était en train de terminer le bain de ses filles, que les petites avaient décidé apparemment de prendre dans le lac, lorsqu'elle aperçut une chose qui lui tira une grimace déplaisante. Deux choses en fait. En soupirant elle attrapa ses filles et se dirigea vers le cheval qui arrivait.

 

Le cheval s'arrêta à sa hauteur avec un hennissement qu'elle sentit moqueur et Lex lui jeta un regard noir en marmonnant un :

 

- Sale canasson.

 

Puis elle reporta son regard sur sa cavalière et la salua.

 

- Rhapsody, quel bon vent t'amène ?

 

Elle entendit le grincement dans son ton et s'efforça de se reprendre en sortant son plus beau sourire. Après tout ce n'était pas de sa faute si elle avait cru avoir le champ libre avec Tia. Elle n'avait qu’à pas partir voilà tout. Si Linya ne l'avait pas prévenue de la bataille qu'elle avait dû livrer avec la belle rancheuse, elle ne l'aurait pas crue. Après tout, Rhapsody était hétéro et Lex l'avait mise en garde contre ce que d'autre rapprochement avec sa femme aurait comme conséquence et elle était plutôt du genre loyale.

 

Oui mais voilà, son âme était celle de Lao Ma et la vieille femme était assez redoutable et farouchement attaché à sa femme.

 

Lex se demandait souvent ces derniers temps ce qu'elle aurait fait si l'impératrice n'était pas morte quand Xena avait répondu à son appel en Chine.... l'aurait-elle perdue ? Ou étaient-elles, même à cette époque là, destinées l'une à l'autre ?

 

« J'imagine que j'aurai bientôt la réponse... » Songea-t-elle déterminée à garder sa femme.

 

- Désolée de te déranger mais Argo devient franchement difficile et dans ces cas-là, Tia est la seule à parvenir à la calmer.

 

- Ah, tu as officiellement changé son nom à ce que je vois, releva la petite blonde en jetant un nouveau regard noir à la jument.

 

Rhapsody haussa les épaules avant de descendre de selle.

 

- Depuis que ta femme l'a appelée ainsi, impossible de la faire répondre à un autre nom. Et quand elle ne voit pas Tia pendant un certain temps, elle s'énerve très facilement. Parfois je me demande si je ne ferais pas mieux de simplement vous la vendre.

 

- Holà non ! S'écria Lex horrifiée.

 

Elle croisa le regard surpris de sa voisine et s'efforça de camoufler son accès de panique. Aucune chance que sa trop jolie voisine la comprenne. Décidément, songea-t-elle en fronçant les sourcils elle faisait une fixette sur sa beauté. Elle qui avait pourtant dépassé ça.

 

Elle soupira intérieurement. Il n'y avait apparemment pas que sa relation avec sa femme qu'elle devait reprendre à zéro. C'était sa faute après tout. Si elle n'avait pas prêté autant l'oreille à son insécurité et fait confiance à Tia, rien de tout cela n'arriverait aujourd'hui. C'était une des raisons qui l'empêchait de véritablement se sentir menacée par l'attrait subit que Rhapsody avait manifesté à l'encontre de Tia pendant son absence. Quelque part, ça n'était qu'une conséquence des événements et de ce point de vue-là, Rhapsody était la victime.

 

Une énième fois elle songea qu'il serait plus simple de lui expliquer qu'elle était habitée par une vieille âme. Ou même de réveiller cette âme pour qu'elle comprenne par elle-même mais Tia craignait les conséquences si Rhapsody n'était pas prête à entendre et accepter tout cela.

 

Cela l'agaçait mais c'était la première amie de Tia et elle ne se sentait pas le droit de la lui gâcher. Et puis maintenant qu'elle était de retour, peu de chance que la rancheuse essaie quoi que ce soit.

 

Elle se racla la gorge puis déclara :

 

- Je ne suis pas fana des chevaux et je trouve qu'on en a déjà bien assez.

 

Elle décida d'y mettre un fond de vérité.

 

- Et puis tu connais Tia, si elle n'a plus cette excuse pour aller te voir, elle n'osera bien souvent pas venir.

 

Rhapsody hocha la tête.

 

- C'est vrai qu'elle est étonnamment timide...

 

- C'est sûr que ce n'est pas quelque chose d'habituelle avec elle, ricana Lex. Ca la met d'autant plus mal à l'aise.

 

Rhapsody sourit et acquiesça.

 

- Ta femme est dans le coin alors ?

 

Lex aimait bien sa façon de dire « ta femme », bizarrement ça la rassurait. De meilleure humeur, elle lui fit signe de la suivre et elles se dirigèrent en papotant vers la maison, croisant au passage plusieurs groupes de clients et des employés occupés.

 

Elle vit Len de loin, occupé à montrer à un petit garçon comment monter son poney et elle tourna la tête vers le manège où elle savait que Lara se trouvait. Elle fronça les sourcils en le constatant vide et commença à s'inquiéter.

 

- Quelque chose ne va pas ?

 

- Juste... je ne vois pas Lara.

 

La réflexion tira un sourire à Rhapsody.

 

- Tu es une vraie mère poule. N'oublie pas qu'elle a 18 ans, tu ne peux pas la suivre à la trace ou ça va l'agacer.

 

Lex serra les poings et s'arrêta. Elle ne pouvait pas savoir se raisonna-t-elle, elle ne savait pas ce qui s'était passé ces dernières semaines, personne en dehors de leur cercle intime ne le savait. Mais la remarque la hérissa quand même. Elle tourna un regard farouche sur son amie et déclara :

 

- Je ne suis pas une mère poule, elle a traversé, elle et Len en fait, ont traversé des moments difficiles ces dernières semaines, en grande partie par ma faute. Je ne suis pas une mère poule, j'ai de bonnes raisons de m'inquiéter.

 

Le regard interloqué de sa vis-à-vis s'assombrit. Rhapsody détourna le regard et hocha la tête.

 

- Désolé. Je ne savais pas.

 

Lex soupira et ses épaules se relâchèrent.

 

- Non tu ne savais. Tu ne pouvais pas savoir. Désolée de passer mes nerfs sur toi. Je gère mal ma culpabilité je crois.

 

Aussitôt le regard gris ardoise se vrilla au sien et Lex en ressentit toute l'intensité.

 

- Tu n'as pas à te sentir coupable. Tu es partie car à ce moment précis de ta vie, tu n'es pas parvenu à trouver quoi que se soit pour te soulager de ton mal-être. Peut-être aurais-tu pu revenir plus tôt, peut-être pas. Mais partir a représenté ton salut à ce moment-là. Tu n'as pas à regretter d'avoir voulu survivre. Tu n'es pas partie avec l'intention de ne jamais revenir, mais de revenir plus forte, afin d'être utile à ta famille. Qu'aurais-tu pu leur apporter dans l'état dans lequel tu te trouvais ? Aurais-tu pu les aider comme ils en avaient besoin ? Je pense que tu connais la réponse. Pour tes enfants, et pour Tia tu n'aurais été autre chose qu'une épave et peut-être bien qu'ils auraient pu t'aider mais alors ne seriez-vous pas passées à côté de ce qui leur arrivait ?

 

Saisie par la gravité et l'évidente sincérité de son amie, Lex protesta :

 

- J'ai l'impression qu'au contraire mon départ les a empêchés de le voir. Que les choses auraient tourné différemment si j'étais resté.

 

- Différemment peut-être mais mieux ? En-es-tu sûre ?

 

- Je ne suis pas certaine du contraire non plus.

 

- Exactement. Tu ne peux être sûre de rien. On ne peut pas l'être du futur. Il y a bien trop de variables en jeu. Tu peux seulement agir et réagir en fonction du passé et du présent. Ton présent à cet instant-là était tel que tu n'y as pas vu de salut pour toi et aucune aide pour ta famille. Ce que tu as vu c'était que rester allait créer plus de douleur. Pour toi ? Pour eux ? Cela a-t-il une importance ? La douleur est la douleur. Son but n'est pas de rester mais d'attirer l'attention sur une chose qui doit changer. Partir était nécessaire. Il y avait peut-être autre chose à tenter mais tu ne l'as pas vu à ce moment-là. Tu as fait avec ce que tu avais en main, avec ce que tu voyais alors. Il n'y a pas de regret à avoir. Tu as fait de ton mieux pour protéger votre futur à tous.

 

- Mais j'ai causé tant de mal...

 

- Dans ce genre de cas, aucune action quelle qu’elle soit n'en est exempt. Tu serais restée, un autre genre de douleur aurait été soulevé par ta faute.

 

Rhapsody haussa les épaules.

 

- C'est ainsi, c'est la vie. C'est cliché, oui, mais ça n'en reste pas moins vrai. Maintenant ce que tu dois te demander c'est ce que tu dois faire aujourd'hui, avec les cartes que tu as en main, pour changer ce que tu estimes ne pas aller en toi, en ta famille, en Tia. Et comment le faire avec le moins de dégâts possible.

 

Bouche bée, Lex ne put qu'acquiescer à son raisonnement. Elle avait raison bien sûr. Pourquoi ne l'avait-elle pas vu avant ?

 

Rhapsody cligna des yeux, un peu perdue soudain et la regarda désorientée.

 

- Désolée j'ai l'impression de m’être permis un jugement. Je... ça ne me ressemble pas, vraiment désolée.

 

Ce regard légèrement vague avant un retour à la normale, Lex l'avait vu quelques fois déjà, pas sur Rhapsody mais sur Tia et une fois sur Len. Elle n'avait pas compris ce que cela signifiait mais l'attitude si différente de sa voisine à l'instant venait de lui faire comprendre ce que c'était. Une résurgence. Une résurgence d'une ancienne vie. Un réveil de l'âme.

 

- Ca n'en était pas un, la rassura-t-elle avec un sourire. Au contraire, cela m'a éclaircie les idées et réconfortée, ajouta-t-elle en posant sa main sur son bras.

 

Un sourire soulagé lui répondit et elles se remirent en marche.

 

Alors c'était cela la sagesse de Lao Ma ? Songea Lex intriguée. Une conviction profonde énoncée d'une voix calme et sans aucun doute ? Pas étonnant qu'elle ait été le premier amour de Xena. Le charisme de Rhapsody au moment de son discours avait crevé le plafond et la force de sa conviction avait balayé ses doutes d'un revers de main. Impressionnant.

 

A ce moment-là, Lex vit Lara revenir de l'écurie et le soulagement la saisit. Souriant de toutes ses dents elle leva le bras et l'agita dans sa direction.

 

- Lara, chérie, viens ici !

 

- Gipsy est chez vous ? Ça ferait du bien à Lara de la voir, je pense. Elle se renferme beaucoup sur elle-même ces derniers temps.

 

- Je peux la faire venir si tu veux ?

 

- J'apprécierais oui. Et... peut-être voudrais-tu rester dîner avec nous ce soir ? Cela fait longtemps et je sais que Tia en serait ravie.

 

Soulagée de ne pas avoir commis d'impair et avec l'impression d'avoir été pardonnée pour une faute inconnu, Rhapsody accepta avec empressement avant de sortir son téléphone pour appeler sa fille.

 

- Mon ange, fit Lex en caressant les cheveux de sa fille aînée, tu t'es bien amusée aujourd'hui ?

 

Le sourire que lui retourna sa fille était fatigué mais le simple fait qu'elle en fasse un était une victoire en soi et les yeux de Lex s'illuminèrent de joie avant même que sa fille n'acquiesce. Incapable de se refréner, elle lâcha ses jumelles et attira Lara dans ses bras, déposant un baiser sur sa tempe.

 

- Alors je suis heureuse, murmura-t-elle avant de la relâcher.

 

Un peu embarrassée, Lara désigna ses sœurs et Lex hocha la tête.

 

- Ca m'arrangerait que tu t'en occupes un peu oui. Ta mère et moi devons discuter avec Rhapsody. Et reste dans les parages, Gipsy doit arriver d'ici peu. Ce soir on invite sa famille à dîner, cela fait longtemps.

 

Lara ouvrit la bouche, surprise, en jetant un regard au dos de son frère qu'elle voyait plus loin occupé à divertir un petit garçon. Lex suivit son regard et revient à elle.

 

- Il y a un problème entre Len et Gipsy ? S'enquit-elle perplexe. Ils ont rompu ?

 

Lara hésita puis haussa une épaule. Et pour signifier qu'elle ne répondrait plus à rien, elle attrapa sa chipie de petite sœur, Jiyeon qui tentait d'escalader sa jambe et la posa sur son épaule, la faisant couiner de mécontentement. Elle prit la petite main de Maki, plus sage pour l'heure et elles trottinèrent toutes les trois en direction du chalet d'Anna. La femme de Frédéric y avait beaucoup de vieux jouets en bois, hérités de ses propres petits enfants, que les jumelles adoraient jeter, manger ou écraser du pied.

 

Lex rit et sursauta lorsque deux bras puissants l'enlacèrent soudain par derrière. Elle n'osa pas faire un geste alors que sa femme la serrait contre elle sans rien dire. Elle mit quelques secondes avant de réellement apprécier le contact et de se détendre.

 

Elle aurait aimé savoir pourquoi ce soudain besoin de contact mais elle craignait de gâcher la magie de l'instant.

 

Le souffle de Tia lui chatouillait l'oreille et elle retient sa respiration lorsque celle-ci murmura :

 

- Je t'aime...

 

Sa femme avait un don incroyable pour lui faire chavirer le cœur et l'âme d'un seul mouvement. Dieu qu'elle l'aimait. Elle posa doucement ses mains sur les siennes et frotta sa tête contre la peau de la joue de sa femme en soupirant de plaisir.

 

- Tu ne me réponds pas : moi aussi je t'aime, amour de ma vie ? Reprit Tia mi-amusée mi-vexée.

 

Lex avala la boule qui obstruait sa gorge, du moins tenta, avant de répondre, de la seule façon dont elle s'en sentait capable. Par l'intermédiaire de leur lien. Tia écarquilla les yeux devant la soudaine et violente vague d'amour et d'émotion qui la fit trembler toute entière. Elle mit quelques secondes avant de recouvrir sa pleine maîtrise mais lorsque se fut fait, elle se racla la gorge et déclara, aussi chamboulée que sa femme :

 

- Je ne savais pas que j'étais encore capable de te bouleverser à ce point...

 

Lex se retourna dans ses bras, le regard sombre, à moitié en colère, à moitié amusée.

 

- Tu me chambouleras jusqu'à la fin de ma vie. Je t'aime, Tia mon amour.

 

La grande femme pencha la tête de côté et ferma les yeux, emplie d'une bulle de joie si pure qu'elle en semblait faite de savon. C'est alors qu'elle entendit un hennissement non loin. Un hennissement qu'elle connaissait bien. Qui lui avait manqué. Et elle ouvrit de grands yeux ravie, soudain excitée comme une puce.

 

- Argo ! S'écria-t-elle en lâchant sa femme. Comment j'ai fait pour ne pas te voir avant ?!

 

Le hennissement qui lui répondit semblait montrer qu'elle aussi se posait la question. Avec une grimace Lex vit sa femme l'oublier complètement et se précipiter vers son véritable amour.

 

- Je ne suis pas jalouse d'un cheval, marmonna-t-elle entre ses dents. Je ne suis pas jalouse d'un cheval, je ne suis pas jalouse d'un cheval.

 

Rhapsody qui venait de raccrocher l'entendit et éclata de rire.

 

 

Chapitre 3 :

 

 

Le dîner ne se passait pas vraiment comme Lex l'avait espéré. Non pas que les choses se passent mal pour autant. L'arrivée des enfants de Rhapsody, Andy et Gipsy avait bizarrement alourdit l'atmosphère. Autant pour son idée que cela changerait les idées aux jumeaux...

 

Len évitait autant que faire se peut de regarder Gipsy et celle-ci faisait de même. Tia à qui le manège n'avait pas échappé, échangeait des regards perplexes avec Rhapsody. A la fin du repas, sur une suggestion de Tia, les enfants partirent dans le salon jouer à leurs jeux vidéo, leur donnant ainsi une distraction qui devraient détendre l'atmosphère.

 

- J'ai du mal à comprendre ce qui leur arrive, releva Rhapsody. A Gipsy et Len je veux dire. Aux dernières nouvelles tout semblait aller bien entre eux...

 

- C'est aussi ce que j'avais cru comprendre, acquiesça Lex.

 

- Les jumeaux vont bien ? Demanda soudain leur voisine. Ils ont été anormalement silencieux je trouve.

 

Lex et Tia se regardèrent, hésitantes, avant d'avouer :

 

- Ils... disons qu'il s'est passé quelque chose, commença Tia, quelque chose qui...

 

- … les as traumatisés, poursuivit Lex. Et depuis...

 

- Ils ne parlent plus, termina sa femme.

 

Le regard douloureux des deux femmes fit comprendre l'étendue du problème à leur amie malgré le manque de détails.

 

- Je vois... je devrais peut-être en toucher un mot à Gipsy. Ca l'aiderait à comprendre pourquoi son petit ami ne lui a pas encore adressé la parole...

 

- Bonne idée, fit Tia.

 

Rhapsody hocha la tête et se leva, traversa le couloir et rejoignit sa fille dans le salon... où elle ne découvrit que Lara et son fils. Elle fronça les sourcils.

 

- Où sont Len et ta sœur ? demanda-t-elle à Andy.

 

- Dehors je crois. Ou dans la chambre de Len, je sais pas.

 

Rhapsody regarda Lara pour un peu d'aide et celle-ci fit une grimace désolée en haussant les épaules.

 

- Super, soupira la femme en mettant les mains sur les hanches. Bon je suppose qu'elle est assez grande pour comprendre seule et sinon... et bien ça l'entraînera à être plus attentive.

 

Elle fit demi-tour et fit part à ses amies de l’inefficacité de son entreprise. Aussitôt Tia se leva, inquiète de ne pas savoir où était son fils. Sa recherche ne fut pas longue, elle les découvrit sur les marches du perron à l'avant de la maison et elle tança l'adolescent pour ne pas l'avoir prévenue, ce qui eut l'air de l'agacer. Mais l'éclair d'animation qui traversa son regard disparut bien vite.

 

Tia soupira, s'excusa auprès de Gipsy et, la prenant à l'écart la mit rapidement au courant. La jeune fille semblait avoir compris que quelque chose de grave était arrivé car elle ne sembla pas surprise. Elle avait entendu parler de l'accident qui avait conduit David à l'hôpital et s'était douté de quelque chose en n'entendant plus parler ni de sa meilleure amie, ni de son petit ami pendant plusieurs jours. Tia lui conseilla d'y aller doucement, qu'ils étaient fragiles puis la laissa lorsqu'elle lui promit de faire attention.

 

Len avait tout entendu. Il n'était pas sourd et sa mère ne s'était pas tant éloignée. C'était fou comme lorsque vous ne parliez pas, la plupart des gens oubliaient également que vous entendiez très bien.

 

Lorsque Gipsy revient il ne parvint pas à la regarder dans les yeux. Techniquement il n'avait rien à se reprocher. Étrangement il n'avait jamais usé de son pouvoir sur elle pour lui faire faire quelque chose qu'il aurait aimé. Il ne l'avait pas non plus trompée. S'il cherchait la petite bête, il pouvait se reprocher d'avoir usé de son Influence pour lui faire oublier certaines choses, c'était tout.

 

Pourtant il se sentait minable à ses côtés. Pourquoi ? Lorsqu'elle posa sa main sur son bras, par réflexe il tourna le visage. Il tomba alors sur ses adorables yeux marron piquetés de tâches d'or et reçut un coup au cœur. Il détourna aussitôt les yeux en s'efforçant de contenir le rouge qui lui montait aux joues.

 

Voilà pourquoi. Il était tombé amoureux d'elle. Et de ce fait, ne se sentait pas le droit de le faire. Elle était beaucoup trop bien pour lui. Il avait fait des choses monstrueuses, des choses mauvaises et pour certaines, il ne le regrettait même pas. Elle était gentille, pas spécialement douce, elle avait un trop sale caractère pour ça, mais le fond de son cœur était aussi pur que celui d'un nouveau-né.

 

Il l'entendit soupirer mais elle ne s'éloigna pas. Au contraire, elle se rapprocha, passant son bras sous le sien et posa la tête sur son épaule en murmurant :

 

- Parler c'est surfait de toute façon...

 

Il ferma les yeux et décida d'accepter ce moment. Quelque part c'était tout ce qu'il pouvait faire. S'il refusait d'interagir plus que nécessaire avec ce monde, il ne pouvait pour autant le rejeter. Accepter ce qu'on lui donnait était encore le moins douloureux pour tout le monde.

 

Il aurait voulu l'embrasser et lui demander pardon d'être un si mauvais petit ami. Mais il ne pouvait pas. Faire cela reviendrait à laisser Lara seule avec sa détresse. Il ne pourrait jamais faire une telle chose. Aussi fort aimait-il les autres, aussi amoureux soit-il, Lara serait toujours une priorité pour lui. Et pas seulement parce qu'il était l'aîné mais parce qu'elle était sa moitié, sa jumelle et qu'il ne serait jamais capable de se sentir complet sans elle. Peu importe qu'ils soient de faux jumeaux comme le monde les nommaient, pour lui il n'y avait pas de différence.

 

En se concentrant il pouvait même sentir ses émotions dans un coin de son esprit. Elle semblait calme. Accaparée par le jeu auquel Andy l'avait défiée. Elle avait même l'air de s'amuser un peu. Il aurait aimé être un homme meilleur et regretter ce qui s'était passé mais il ne le pouvait pas. Il avait aimé être traité en Dieu, être un Dieu, avoir tout ce pouvoir, toutes ces possibilités, cet ascendant sur tous ceux qui l'approchaient. Ne rien craindre, tout contrôler. Et puis cela lui avait donné ce lien psychique fantastique avec Lara. Cela les avait rapprochés.

 

Oui, vraiment étrange ce que le monde pouvait vous donner... le pire avec des pointes de bien au milieu.

 

Il se tourna vers Gipsy et croisa son regard. Il tressaillit mais s'efforça de ne pas le fuir cette fois. Alors elle sourit et cela lui serra le cœur.

 

Il se sentait plus aimé qu'il ne le méritait. Et cela le faisait se sentir moins mal et plus proche de Gipsy que jamais. Il découvrait, à cause de son manque de parole, une autre facette de la jeune fille qui le rendait encore plus amoureux.

 

Comment quelque chose de si beau pouvait-il naître du mal le plus absolu ? Le bien et le mal étaient-ils donc si connectés que plus il était sombre plus le bien qui vous arrivait ensuite était intense ? Si on était capable de le reconnaître lorsqu'il frappait à votre porte, cela pouvait faire de vous la personne la plus chanceuse et heureuse du monde.

 

Une pensée le frappa soudain. Combien sa mère avait dû souffrir pour posséder aujourd'hui un amour aussi profond et indestructible que celui qu'elle partageait avec Lex ?

 

Pendant un moment, comme tout le monde, il avait oublié que rien ne pouvait vraiment les séparer. Mais ils auraient dû savoir que rien ne pouvait les tenir éloigner bien longtemps. Le départ de sa seconde mère devait avoir eu une bonne raison alors, songea-t-il soudain en fronçant les sourcils. Sa souffrance devait être incroyable pour qu'elle ait ressentie le besoin de partir loin de la seule personne qui semblait combler son âme...

 

Il sourit, amer, il aura donc fallu tout ça, ces événements affreux, tous ces morts et ses propres et innommables actes pour qu'il comprenne et pardonne à sa seconde mère, sa défection. Pourquoi ne pouvait-il pas avoir compris cela plus tôt ? Sa colère était une des choses qui l'avaient poussé à écouter la voix dans son esprit. C'était sa faute, il n'avait pas voulu avoir tort et il s'était stupidement accrocher à sa colère. Il était adulte maintenant, il aurait simplement dû demander à sa mère pourquoi. Et être capable d'entendre sa réponse quelle qu'elle soit.

 

Tout ça pour ça... c'était un tel gâchis de se rendre compte avec quel facilité il aurait pu tout éviter...

 

Ou peut-être que non. Peut-être que ces événements devaient arriver pour qu'il comprenne et grandisse. Si c'était le cas, c'était cruel comme leçon. Il aurait compris avec moins. Du moins il le pensait. Il l'espérait.

 

Il n'en savait rien finalement et cela l'épuisait de penser.

 

Pour s'empêcher de réfléchir encore il attrapa le menton de Gipsy et l'embrassa. Il n'avait pas le droit de faire ça. Il n'avait pas le droit de l'entraîner dans sa dépression. Elle répondit, enroulant sa langue autour de la sienne et il oublia ce qu'il ne devait pas faire et approfondit le baiser.

 

Il était bien en cet instant. Sans pensée, tout en sensation. Il était bien et il voulait que cela dure toute sa vie.

 

                                                                       ***

Un mouvement à sa gauche, qu'elle esquiva sans peine. Un autre à sa droite, elle fit un pas en arrière. Une jambe tenta de la faucher, alors elle bondit et contre-attaqua. Les attaques et contre-attaques se succédèrent pendant de longues minutes, chaque coup qui touchait sa cible faisant un bruit mat. Entre halètements et grognements de douleurs, le combat inégal, trois contre une, se poursuivit. Le sang se mit à couler mais cela n'interrompit aucune des participantes.

 

Jusqu'à ce qu'un coup, plus vicieux que les autres, atteigne l'une d'elles à la gorge. La malheureuse victime tomba à genoux en cherchant l'air. Prise dans son élan, sa partenaire ne put retenir le coup qui visait au départ leur adversaire et frappa durement son amie à la mâchoire.

 

Celle-ci s'effondra, inconsciente.

 

- Bon sang Eponine ! S'écria une Ephiny agacée. C'est la troisième fois cette semaine que tu assommes une de tes alliées !

 

- Désolé Régente, marmonna la fautive en vérifiant que Solaris n'était pas trop gravement touchée.

 

Rassurée, elle soupira, se releva et fit face à sa Reine, la tête basse.

 

- Je suis un peu distraite ces derniers temps.

 

- Juste un peu tu penses ? Railla l'Amazone avant de reprendre plus durement. Crois-tu que tu puisses te permettre une telle inattention sur le champ de bataille ? Que ton ennemi sera magnanime ?

 

- Magna... quoi ? Répéta Amarice.

 

Ephiny leva les yeux au ciel et renonça.

 

- Amarice conduit Solari chez la guérisseuse. Eponine suit moi.

 

Comme si on l'emmenait à l’échafaud, l'habituellement fière amazone, la suivit en traînant des pieds.

 

- Que puis-je faire pour toi ma reine ?

 

- Arrête donc avec tes reines par-ci par-là, la rabroua la Regente et dis-moi ce qui te distrait ainsi. 

 

Hésitante, l'instructrice ne répondit pas. La patience n'étant pas son fort, Ephiny s'arrêta et fit volte-face pour prendre sa guerrière entre quatre-yeux.

 

- Tu me connais Eponine, je déteste devoir tirer les vers du nez et je manque de patience, donc crache le morceau avant que je ne t'y oblige. Violemment.

 

L'instructrice avala sa salive et hocha vivement la tête.

 

- C'est... Solari votre... heu Régente.

 

Ephiny fronça les sourcils.

 

- Eh bien quoi Solari ?

 

- Elle m'a fait des avances.

 

Ephiny se redressa main sur les hanches et la dévisagea.

 

- Et ? Finit-elle par demander car elle ne voyait pas vraiment le problème.

 

- Eh bien je suis avec Simula.

 

Exaspérée, Ephiny souffla en tapant du pied.

 

- Je ne vois toujours pas le problème, si tu en venais aux faits ?

 

- Je heu... je ne sais pas Régente. Je ne sais pas quoi lui répondre.

 

- Non ?

 

- Si c'était si simple, cela ne me perturberait pas.

 

Ephiny se pinça l'arête du nez en songeant qu'elle ne cracherait pas contre une visite de la Reine Gabrielle. Ces derniers mois elle se sentait de plus en plus comme la conseillère amoureuse d'une nation qui semblait avoir perdu ses aptitudes guerrières en même temps que ses neurones. L'éducation de son amie et les insultes échangées avec Xena lui manquaient.

 

Elle grimaça et prit sur elle.

 

- Pourquoi n'en parlerais-tu pas avec les principales intéressées ? Suggéra-t-elle dans un effort louable pour s'intéresser à son problème.

 

Elle comprit tout de suite son erreur en voyant Eponine se détendre et entreprendre de lui relater dans le détail son tiraillement entre les deux amazones, aussi extraordinaires l'une que l'autre et tout aussi jalouses et possessives.

 

Ces dernières semaines, elle ne savait pourquoi, peut-être parce qu'elle-même avait succombé à l'amour en acceptant un amant, qui plus est un centaure, leurs ennemis de toujours, toutes les amazones venaient lui déballer leur petit problème amoureux. Et cela l'agaçait à un point tel qu'elle devait bien souvent prendre sur elle pour ne pas terminer les conversations qu'elle trouvait futiles avec un bon coup de poing en plein visage et le conseil qu'elle nommait « à la Xena » : « Si tu viens m'ennuyer avec tes histoires encore une fois, je te broie les deux mains. »

 

Mais Xena n'était pas sociable et elle-même était Régente, et elle prenait très à cœur son rôle aussi se contrôlait-elle de son mieux.

 

Soudain le cri de guerre d'une de leurs sentinelles retentit et Eponine s'interrompit dans son monologue pour se tenir prête, se plaçant devant sa Régente pour la protéger.

 

Aux aguets, Ephiny vérifiait les environs tout en entraînant son amie à couvert quand elle intercepta un mouvement du coin de l'oeil.

 

- Une lance sur la droite ! Hurla-t-elle en plaquant Eponine au sol.

 

                                                                       ***

Un poing surprit le grand mercenaire qu'il se targuait d'être et Enyalios accusa le coup en grognant avant d'attraper le bras de Linya et de s'appuyer de tout son poids sur elle.

 

- Linya, grogna-t-il en faisant son possible pour ne pas l'écraser complètement alors qu'elle se tortillait sous lui, Linya réveille-toi !

 

Un formidable coup de tête les prit tous deux au dépourvu. Enyalios en lâcha sa protégée en portant une main à son front en gémissant et Linya se réveilla sous le coup de la douleur intense.

 

- Mais qu'est-ce que... ? Fit-elle désorientée.

 

Il avait beau faire noir, elle distinguait suffisamment son assaillant pour l'identifier comme étant un homme. Et elle avait beau adorer Phantès, elle détestait toujours autant ces idiots qui se pensaient plus fort que les femmes et les traitaient comme des êtres faibles.

 

Elle leva le poing et... se figea. Les yeux écarquillés elle se demanda ce qu'elle était en train de faire. Qui... qui était-elle déjà ? Où était-elle ? Elle fronça les sourcils, confuse.

 

Enyalios se redressa et lorsqu'elle croisa ses yeux noirs furieux, elle fut encore plus perplexe. Qu'est-ce qu'Arès faisait ici ?

 

- Linya, ça va ? S'enquit le mercenaire un peu inquiet devant son expression perdue et son mutisme.

 

En entendant son nom, une vague de soulagement déferla sur la jeune femme. Linya, bien sûr, elle était Linya. Elle secoua la tête et déclara :

 

- Oui, je... j'ai eu un peu de mal à sortir de mon cauchemar... mais ça va maintenant.

 

Prenant conscience de la position du mercenaire, affalé sur elle, à quelques centimètres de son visage, elle se sentit rougir et bénit le noir ambiant.

 

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Et heu... dans cette position ?

 

- Tu n'aimes pas ? La provoqua-t-il aussitôt, un sourire coquin plaqué sur le visage.

 

- Je n'ai pas dit ça, répondit-elle avant de pouvoir s'en empêcher.

 

Elle écarquilla les yeux en s'entendant et vit qu'Enyalios était aussi surpris qu'elle. Soudain l'atmosphère changea, de légère et provocante elle devient tendue et sérieuse. Étrangement le mercenaire ne semblait pas mal à l'aise ou gêné ou même joueur, constata la Dirigeante. Non, il la dévisageait, sérieux comme elle ne l'avait jamais vu. Il la regardait avec tant d'intensité qu'elle commença à se demander ce qu'il se passait. Elle ouvrait la bouche pour l'interroger lorsqu'il lui coupa l'herbe sous le pied. Réduisant la distance qui les séparait avec vivacité, il s'empara de sa bouche.

 

Saisie, la jeune femme ne réagit pas tout de suite. Lorsqu'il pressa ses lèvres plus fortement sur les siennes et caressa celles-ci de sa langue, elle comprit que non, elle ne rêvait pas. Il poussa plus loin son exploration, franchissant la barrière de ses lèvres et pressant son corps contre le sien. Lorsque le baiser devient plus sérieux, que sa langue se mit à taquiner la sienne et que son corps s'éveilla au contact du sien, Linya posa les mains contre ses épaules et le repoussa vivement.

 

Malheureusement elle n'avait mesuré ni sa force ni pensé au fait qu'il était au bord du lit et Enyalios dégringola au bas de celui-ci avec un bruit sourd. Un gémissement parvint à la jeune femme qui porta la main à sa bouche, horrifiée cette fois.

 

Elle se précipita au bas du lit et demanda, fébrile :

 

- Enyalios ça va ? Je suis désolée, j'avais oublié ta blessure, pardon, mince, tu vas bien ?

 

Elle était tellement inquiète d'avoir rouvert sa blessure qu'elle en mangeait ses mots. Pour arrêter le flot de paroles, Enyalios posa sa main sur sa bouche. Bouche qu'il venait tout juste d'embrasser. Il passa presque sans s'en rendre compte les doigts dessus, doucement, légèrement et sentit Linya se figer.

 

Il soupira, accablé par sa réaction et se redressa tant bien que mal. Elle l'aida aussitôt et il se retrouva bientôt assis contre la tête du lit, un oreiller calant son bras pour l'empêcher de bouger et rouvrir la blessure située près de son cœur.

 

- Tu vas bien, tu es sûr ? Demanda-t-elle nerveusement.

 

Il hocha la tête et la voyant se tordre les mains de culpabilité, les attrapa de sa main libre.

 

- Ce n'est pas ta faute.

 

- Bien sûr que non ! S'écria-t-elle indignée, c'est la tienne, quelle idée de m'embrasser sans prévenir après le cauchemar que j'avais fait !

 

Il cligna des yeux, un peu déstabilisée par son changement brutal d'humeur et réalisa que par certains aspects de sa personnalité, elle ressemblait beaucoup à Lex.

 

Il se racla la gorge et reprit :

 

- Non je parlais de ma blessure. Je faisais mon travail. J'aurais pu être blessé à n'importe quel moment et pour n'importe qui. Donc tu n'as pas à t'en vouloir.

 

- Mais ça n'était pas pour n'importe qui, répliqua-t-elle toute morgue envolée, c'était pour moi.

 

Ils se dévisagèrent en silence et comprenant qu'il n'aurait pas le fin mot de l'histoire, il acquiesça puis tira vivement sur sa main. Déséquilibrée, la jeune femme bascula en avant, incapable d'enrayer sa chute, Enyalios tenant fermement ses mains dans la sienne.

 

Le mercenaire se redressa de toute sa hauteur et cueillit ses lèvres alors qu'elle glissait vers lui. Cela fut un appui suffisant pour qu'elle retrouve l'équilibre. Il lâcha alors ses mains et posa la sienne sur sa joue, cherchant à approfondir un baiser qu'il rêvait de donner depuis longtemps maintenant.

 

Mais une fois encore Linya le repoussa. Déçu, Enyalios se laissa retomber contre ses coussins.

 

- J'embrasse si mal ? Se plaint-il boudeur.

 

Malgré elle, Linya rit et secoua la tête. Soupirant à son tour, elle fit le tour du lit et s'installa à ses côtés.

 

- Non. Mais j'ai quitté Tia il y a seulement quelques semaines. Je ne suis pas encore prête à me mettre avec qui que ce soit.

 

- Rien ne nous oblige à être sérieux, rétorqua-t-il les yeux pleins d'innocence.

 

Le contraste entre le propos et l'expression la fit rire de nouveau et il en fut ravi. Il adorait son rire.

C'était comme un murmure dans un ruisseau, c'était léger, chatoyant et enivrant.

 

- Je ne cherche pas quelque chose de léger. Je suis... assez vieux jeu et... un peu trop vieille pour tous ces jeux sexuels vains.

 

- Ca n'a rien de vain lorsque l'on sait ce que l'on fait, répliqua-t-il d'une voix mâle exagérée.

 

Elle sourit mais secoua la tête sans le quitter des yeux. Il se dégonfla en soupirant et elle le trouva adorable.

 

- On t'a déjà dit que tu ressemblais à Arès, le dieu de la guerre ? Fit-elle soudain.

 

Il cligna des yeux et la regarda.

 

- Heu non...

 

- Pourtant tu portes un de ses noms..., remarqua-t-elle pensive.

 

Il haussa les épaules.

 

- Mes parents étaient fans de Dieux Grecs.

 

- Et tu n'as jamais vu de buste de lui ? Parce que je t'assure que la ressemblance est frappante. Si ça se trouve, fit-elle les yeux pétillant, tu es sa progéniture cachée.

 

- Ma mère n'aurait jamais trompé mon père, même pour un Dieu, rétorqua-t-il dédaigneux.

 

Elle gloussa.

 

- Mais s'il a fait comme Zeus et prit son apparence...

 

- Je ne suis pas le fils d'Arès, gronda-t-il agacé, ce qui l'amusa de plus belle.

 

Il la dévisagea et songea que oui, vraiment, elle ressemblait à cette ennuyeuse petite blonde par moment. Les mêmes blagues idiotes. Il marmonna dans sa barbe, certain que c'était un coup de Tia. Ça lui ressemblait bien ces blagues débiles. Ces deux femmes avaient eu une influence déplorable sur la jolie dirigeante.

 

                                                                       ***

 

- Lara, Lara mon cœur, réveille-toi, fit Lex en secouant doucement la jeune fille.

 

Alors que l'adolescente ouvrait enfin les yeux, le souffle court, le regard hanté, Len ouvrit la porte de la chambre. Tia se tourna et lui dit :

 

- Retourne te coucher, c'est un cauchemar rien de plus, on gère, tout va bien.

 

Il jeta un regard inquiet à sa sœur mais acquiesça et fit demi-tour. En reportant le regard sur sa fille, Tia constata qu'elle semblait toujours inquiète et un peu perdue également.

 

- Lara, ma chérie tout va bien, tu es à la maison. On est tous là et tout va bien.

 

La jeune fille dévisagea alternativement ses mères puis observa la pièce avant de se détendre en soupirant.

 

- Si tu nous expliquais ce cauchemar, suggéra doucement Lex, on pourrait sûrement comprendre d'où il vient et faire en sorte qu'il ne réapparaisse pas.

 

Lara la fixa, inquiète, avalant sa salive à plusieurs reprises. Elle voulait parler, elle le voulait vraiment, mais elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas. Incapable de prendre une décision, elle sera les mains sur ses draps, frustrée, et les larmes commencèrent à s'échapper de ses yeux. Embarrassée elle détourna le regard.

 

-Tout va bien, chuchota sa mère en les essuyant au fur et à mesure qu'elles sortaient, tu n'as pas besoin de parler.

 

A ces mots, Lara commença à se calmer et vit que Tia lui tendait une feuille et un crayon.

 

- Écris ce dont tu te souviens.

 

Soulagée de ne pas avoir besoin de parler et de pouvoir coucher sur papier les images qui la hantaient, elle s'empressa de s'exécuter. Cela prit plusieurs minutes pendant lesquels ses mères, à tour de rôle entreprirent de lui chanter des chansons douces tout en lui caressant le front et les cheveux. Lorsqu'elle eut terminé elle tendit le tout à sa mère et sentit le contrecoup de ses émotions lui tomber dessus. Elle lutta, souhaitant profiter de ce moment avec ses mères plus longtemps, mais Tia déclara :

 

- On en parlera demain, rendors-toi, tu es en sécurité, tout va bien, d'accord ?

 

Lara hocha la tête mais agrippa la manche de sa mère et fit de même avec celle de Lex.

 

- On va rester jusqu'à ce que tu te rendormes, promis.

 

Rassurée, Lara ferma enfin les yeux, après que ses mères lui eurent souhaité une bonne fin de nuit et déposé un baiser sur le front.

 

Pendant que leur fille se rendormait, Tia, puis Lex lurent ce qu'elle avait écrit. Fronçant les sourcils à mesure qu'elles avançaient dans leur lecture, elles échangèrent un regard inquiet à la fin.

 

Une fois certaine que la jeune fille dormait à poings fermés, elles sortirent de la pièce et se rendirent dans celle de Tia. Cela fit bizarre à Lex de pénétrer dans une chambre qui avait été celle d'une autre femme mais qu'elle sentait toujours la sienne.

 

Tia n'avait rien changé mais Linya y avait ajouté des touches de couleurs et de féminités avec quelques objets et des fleurs. Elle apprécia ce que son amie en avait fait et décida que lorsqu'elle reprendrait enfin possession de cette chambre, elle ne changerait rien.

 

- Linya a fait du bon travail... la chambre est agréable ainsi.

 

Préoccupée, Tia lui jeta un regard surpris avant d'acquiescer. Puis elle agita la feuille et déclara :

 

- Eve. Elle se souvient de sa vie en tant qu'Eve. Comment c'est possible ?

 

- Et depuis quand ça a commencé ? Tu crois que cela pourrait être une raison qui expliquerait pourquoi elle a suivi si facilement Ashee ?

 

Tia haussa les épaules en fixant la feuille, contrariée.

 

- Ni elle ni Len ne se sont jamais souvenus de leurs vies passées. Pourquoi maintenant ?

 

- Et comment l'arrêter ? Leurs vies passées étaient pour le moins violentes. Surtout celle d'Eve, Lara n'a pas besoin de ça. Les remords d'Eve en plus des siens c'est trop à gérer pour elle.

 

- Et Solan a été au Tartare dans l'espoir de me revoir... je ne veux pas qu'il se souvienne de ça non plus. Bon sang ! S'exclama-t-elle au comble de la frustration, pourquoi maintenant ?!

 

Lex ne répondit pas, son regard soucieux posé sur sa femme. Tia aussi faisait des cauchemars. Elle en avait toujours fait mais cela s'était calmé. Ce retour était-il une simple conséquence de ce que les derniers événements avaient eu de stressant ou était-ce un symptôme d'autre chose ? Quelque chose de plus insidieux ? Mais quoi ? Et qui en serait responsable ? Alti/Ashee était la seule capable de jouer avec les esprits et les vies passées pour les mélanger dans la tête des gens et elle était morte et même son âme était dans une autre dimension.

 

Elle soupira et se frotta la tempe. Elle avait l'impression que les mauvaises choses se succédaient sans jamais s'arrêter. N'avaient-elles pas droit à une vie calme pour changer ? C'était leur dernière bon sang ! Et le temps leur était compté ! Elle n'osait pas le dire à Tia, de peur de l'effaroucher, mais elle approchait de l'âge à laquelle la maladie s'était réveillée chez sa mère...

 

- Et si on en reparlait demain ? La nuit porte conseil comme on dit et on est toutes les deux épuisées...

 

Tia dévisagea sa femme et la trouva pâle et cernée. Inquiète elle s'approcha et avant d'avoir pu se contrôler, du reste elle le pouvait de moins en moins, elle posa la main sur sa joue.

 

- Tu as l'air fatigué oui... Viens te coucher, fit-elle en la tirant vers le lit.

 

Lex ouvrit de grands yeux et se figea, obligeant Tia à s'arrêter à son tour.

 

- Qu'y a-t-il ?

 

- Je heu... tu veux que je dorme... ici ? Avec toi ?

 

Pleine d'espoir elle ne quittait pas des yeux le visage de sa femme et lorsque celle-ci hocha enfin la tête tout son corps se détendit d'un coup et elle poussa un soupir de soulagement avant de se jeter dans ses bras. Prise par surprise, Tia bascula en arrière et elles atterrirent toutes deux sur le matelas.

 

- Ouf, fit Tia en accusant le coup. 

 

Lex releva la tête.

 

- Tu es sûre de toi ? Je peux revenir ?

 

- C'est ta chambre, c'est ton lit, répondit la mercenaire tranquillement en jouant avec une mèche de ses cheveux, tu es partie trop longtemps, il est temps de rentrer maintenant.

 

Lex ferma les yeux. Dieu cette femme la tuerait un jour !

 

- Ma femme, la poète... Si on m'avait dit ça quand je t'ai rencontrée à Potéidéia, je ne l'aurais jamais cru, fit-elle tout contre ses lèvres avant de l'embrasser passionnément.

 

- C'est Xena que tu as rencontré à Potéidéia, bredouilla la grande femme alors que Lex faisait courir une multitude de baisers dans son cou, moi c'était...

 

- On s'en fiche, protesta la petite blonde en s'emparant à nouveau de ses lèvres pour la faire taire. Concentre-toi s'il te plaît.

 

Tia rit devant la réprimande et fit ce qui lui était demandé. Néanmoins, Lex se demanda comment elle avait pu confondre, avant de tout oublier alors que Tia faisait courir ses mains sur son corps.

 

- Cela fait si longtemps..., soupira-t-elle heureuse.

 

 

 

Chapitre 4 :

 

Le jour suivant ce fut Len qui fit un cauchemar. Il écrivit ce dont il se souvint à la demande de ses mères et n'y repensa plus, préoccupé par ses propres démons internes. De sa description, Tia et Lex en déduisirent qu'il se souvenait de sa vie en tant que Solan, ce qui raviva leur inquiétude. Les deux femmes ne savaient pas ce qui se passait et ne voyaient pas non plus comment le savoir.

 

Lorsque Lex se réveilla une nuit en hurlant, après avoir revécu sa mort sur la croix, Tia décida que c'était assez. Elles avaient été amies avec les Dieux, elle savait qu'ils n'avaient plus le droit depuis bien longtemps de descendre sur terre pour se mélanger aux humains ou répondre à leur demande, mais ici ce n'était pas la requête d'un humain envers un Dieu, c'était une amie demandant conseil à une autre.

 

Comme lors des temps anciens, Tia se tint simplement debout et appela Aphrodite à voix haute. Lorsque rien ne se produisit elle appela Arès et demanda à Lex, pour qui la déesse de l'amour avait un gros faible, de se charger d'Aphrodite.

 

Mais aucun des Dieux ne répondit. Inquiète Lex se tourna vers sa femme.

 

- Peut-être qu'il leur est plus difficile de nous entendre à cette époque ? Il y a si peu de croyants encore en eux... et puis nous ne sommes techniquement pas dans le pays sur lequel ils règnent. Peut-être que ça joue également ?

 

Tia hocha la tête, réfléchit et déclara :

 

- Les vacances d'été approchent... et si on rendait visite à ma famille ? Ca me donnera l’occasion de demander quelques conseils à Gin concernant les jumeaux aussi…

 

A ces mots, les yeux de Lex se mirent à briller.

 

- J'adore ton oncle et sa propriété est un délice à parcourir, se sera un vrai plaisir !

 

Tia rit et la titilla :

 

- Lizzie et Trinity y seront aussi...

 

Une petite grimace lui répondit avant qu'elle ne hausse les épaules.

 

- Peu importe. J'espère juste que Linya sera de retour avant. J'aimerais qu'elle vienne avec nous, cela fait un moment qu'elle n'a pas mis les pieds en Grèce et encore plus qu'elle n'a pas pris de repos.

 

- Elle est allée en Grèce il y a quelques semaines avec Enyalios et les jumeaux.

 

- Je voulais dire avec moi. On n’a pas fait de vrai voyage d'agrément ensemble depuis un moment et ça me manque..., soupira-t-elle tristement.

 

Tia posa les mains sur les hanches en la toisant et déclara :

 

- Tu sais, parfois j'ai l'impression que tu préférerais être mariée avec elle. Depuis ton retour et votre réconciliation, tu ne parles que d'elle, termina-t-elle boudeuse.

 

Lex ricana.

 

- Dire que c'est toi qui dis ça...

 

Tia fit la grimace et s'excusa. Lex haussa une épaule.

 

- Inutile de t'excuser, on a déjà convenu que c'était aussi inévitable que nécessaire. La plus à plaindre dans cette histoire c'est Linya elle-même. Même si tu n'en avais pas conscience et que tu as appris à l'aimer pour elle, tu l'as quand même utilisée.

 

Tia soupira. Elle était toujours confuse en ce qui concernait ses sentiments pour la jolie dirigeante. Bien sûr Lex avait raison, elle l'avait utilisée. Pour survivre au départ de son âme-soeur, pour repousser son âme-soeur lorsqu'elle était revenue, pour s'occuper de ses enfants...

 

Mais elle avait, comme justement souligné par Lex, aussi développé des sentiments à son égard au fil du temps. Pas aussi profonds et indestructibles que ceux qu'elle avait pour Lex bien sûr, mais ils existaient bel et bien et ne pouvait que regretter que le refus obstiné de Linya à la proposition de trio de Lex. Évidemment, là encore ça n'aurait pas été juste pour Linya, mais bon... elle était humaine et si elle pouvait avoir la crémière et le pot de beurre, elle n'allait pas s'en priver, surtout pas si la crémière en question n'était pas contre et même complètement pour.

 

D'autant qu'au lit Linya était assez explosive...

 

Ca l'étonnait quand même cette soudaine attirance entre Linya et Lex et elle ne savaient pas trop quoi en penser. Jalouse, elle ? Sûrement un peu oui. Les deux jeunes femmes partageaient un passé qui les avait liées profondément et qui rivalisait avec ce qui les liaient Lex et elle... Et peut-être aussi était-ce parce qu'elle n'avait pas l'habitude de ne pas être le centre d'attention des femmes...

 

Elle soupira et revient à leur problème immédiat.

 

- On n’a qu'à attendre le retour de Linya et Enyalios, ou mieux leur donner rendez-vous sur place.

 

- Sauf que Sahel doit venir. Et je ne suis pas certaine que David se taira encore longtemps s'il apprend qu'on a quitté le pays sans lui amener Lara...

 

Tia soupira de nouveau en se frottant les yeux.

 

- Très bien alors j'irai en Grèce seule. Tu restes ici avec les enfants et tu accueilleras Linya et Enyalios.

 

- On a promis de ne plus se séparer, contra Lex en croisant les bras. Et ça ne souffre plus d'exception.

 

- Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse Lex ? S'écria Tia énervée. On n’a aucune idée de ce qui se passe !

 

- Je ne dis pas que l'on ne doit pas aller en Grèce, je dis juste que tu n'iras pas seule ! répliqua-t-elle agacée. Et qu'on ne laissera pas nos enfants ici alors qu'ils ont besoin de nous. Linya et Enyalios devraient arriver d'ici un jour ou deux. On voit comment ça se passe avec Sahel et on décide ensuite de quand et avec qui nous partons.

 

- Et David ?

 

Lex hésita.

 

- Je pense qu'on n’a pas le choix, il va falloir aller le voir.

 

Tia croisa les bras.

 

- J'irai le voir seule pour commencer. Lui expliquer ce qui s'est passé et pourquoi. Je pense qu'après ce dont il a été témoin, il me croira. Avec un peu de chance cela apaisera sa colère envers les jumeaux.

 

- Bonne idée.

 

- Et en attendant on prépare notre expédition vers les Dieux. Si on va jusqu'en Grèce, crois-moi on ne repartira pas sans leur avoir parlé.

 

- Et comment comptes-tu les obliger à te répondre ?

 

- Je vais faire quelques recherches sur le net. De nos jours on y trouve des solutions pour tout et n'importe quoi. Je téléphonerai au représentant de la Tribu des Oracles également. Le monde des esprits n'a pas de secret pour eux, il aura peut-être une idée.

 

- Tu as son numéro ? S'étonna Lex.

 

Tia hocha la tête.

 

- Enyalios me l'a ramené de son expédition en Grèce.

 

                                                                       ***

 

Tia décida d'attendre l'arrivée de Sahel pour aller voir David. Elle espérait que le jeune homme serait capable de lui remonter le moral, suffisamment pour que, s'il le demandait, Lara soit en mesure de le voir sans s'effondrer. Elle avait toujours en tête les blessures affreuses qui lui avaient été infligées.

 

Linya et sa petite troupe débarquèrent en fin d'après-midi le dimanche. Il faisait beau mais les clients étaient peu nombreux ce qui était normal en cette saison. Les jours les plus chauds arrivaient et les activités de Ranch n'étaient pas ce qui attirait le touriste moyen à cette période. Non, l'été était la période pendant laquelle leur activité principale et leur plus grosse source de revenus provenait des courses et des foires. Démonstration, vente, visite de concurrents, concours rythmaient la vie des employés du domaine.

 

En général Lex s'occupait de la gestion des courses avec Lara et Len et Frédéric géraient le ranch avec une poignée d'employés. Elle et le reste des employés s'occupaient des concours et des foires. C'était elle qui voyageait donc le plus et comme elle adorait cela, elle ne s'en plaignait pas, bien qu'elle se retrouve alors loin de Lex.

 

Elle appréciait ces moments de presque solitude ou seuls ses devoirs d'employeurs primaient. Elle n'était plus Tia la mère ou Tia la femme. Elle était Tia tout court.

 

Elle se demanda si elle aurait le temps de s'occuper de cela cette année ou si leur voyage en Grèce se prolongerait au-delà. Elle songea également qu'il y avait quelques mois à peine, elle envisageait d'emmener Linya avec elle...

 

Avec les jumelles c'était un voyage en famille qu'elle avait imaginé avec joie et impatience. Les choses avaient changé, pour le meilleur elle n'en avait aucun doute, mais elle ressentait néanmoins une pointe de déception en prenant conscience que cela ne se réaliserait pas.

 

Oh elle pouvait toujours emmener Linya, si la jeune femme n'était pas contre, mais ce ne serait plus le même type de voyage.

 

Elle soupira puis haussa une épaule. Tant pis, elle n'échangerait pas un millier de Linya contre Lex. Elle sourit avec ironie. Et dire qu'elle refusait encore de le reconnaître quelques jours auparavant. Comment avait-elle même pu imaginer être capable de vivre sans l'avoir dans sa vie comme femme ? Cela la dépassait. A sa décharge, elle n'était pas tout à fait elle-même.

 

Néanmoins, elle ne regrettait pas son histoire avec la Dirigeante. En dehors du fait que cela lui avait littéralement sauvé la vie, cela avait été enrichissant. Linya était d'un naturel plus posé que Lex et ça avait été une expérience apaisante. La jeune femme savait quand lâcher prise et savait aussi pourquoi elle le faisait. Elle était plus mature que Lex et cela aussi avait été reposant.

 

Mais le tempérament de feu de son âme-sœur lui avait également terriblement manqué. Disons que ce que Linya lui avait apporté était ce dont son âme ravagée et son cœur brisé avaient besoin à ce moment-là.

 

Elle vit la voiture de Lex revenir au loin et sourit. Maintenant que sa femme et elle étaient réconciliées Tia avait beaucoup de mal à se passer d'elle plus de quelques minutes sans ressentir un besoin physique de la retrouver. Ce voyage qu'elle avait tenu à faire pour aller chercher sa sœur d'âme et sa troupe à l’aéroport, les avaient séparées presque deux heures. C'était beaucoup trop.

 

Elle vit Lara et Len arriver, alertés par le vrombissement du moteur. Lara sortait des écuries et Len d'une promenade avec Gipsy, laquelle avait enroulé ses bras autour du sien. La jeune femme venait tous les jours et passait son temps libre entre lui et Lara. Tia était curieuse de savoir ce qu'ils faisaient étant donné que les jumeaux n'avaient toujours pas recommencé à parler.

 

Elle était reconnaissante envers l'adolescente pour ses visites, elle voyait le bien que cela faisait au jumeaux. Ils se postèrent à ses côtés et Tia vit que Lara était nerveuse. Elle ne cessait de se tordre les mains. Elle tendit la sienne mais Len fut plus rapide et il enlaça la main de sa sœur et la pressa.

 

Elle dévisagea son fils qui lui rendit son regard et elle fronça les sourcils. Etait-il en colère contre elle ? La voyait-il comme une ennemie pour lui et sa sœur ? Elle ne comprenait pas ce qu'elle avait pu faire pour lui donner cette idée, pourtant c'était l'impression qu'il dégageait.

 

Parce qu'elle n'avait jamais reculé devant personne, elle se rapprocha de sa fille et passa son bras sur ses épaules, l'attirant contre elle. Elle fit tout cela sans quitter son fils des yeux. Lara lâcha la main de son frère et passa ses bras autour de la taille de sa mère avec un petit soupir, rassurée. Si pour Len les choses entre elle et lui étaient compliquées au moins avec sa fille elle put constater que leur relation se portait bien.

 

Len détourna le regard en serrant les poings, qu'il mit dans les poches de son jean et Tia déposa un baiser sur le haut du crâne de Lara. Celle-ci releva la tête et sourit. Un petit sourire mais un vrai sourire. Et cela mit du baume au cœur de Tia qui se pencha vers elle et chuchota :

 

- Je t'aime.

 

Le sourire de Lara se fit plus ferme et toutes deux se tournèrent vers les arrivants qui descendaient du 4x4. L'attention de Lara fut directement attirée par Sahel et elle retint sa respiration lorsqu'elle croisa son regard. Sans en avoir conscience, Lara se détacha de sa mère et resta là, indécise, à se tordre les mains. Voyant cela, le jeune homme, aidé de Linya, s'avança à sa rencontre.

 

Il boitait encore un peu et d'après ce que Linya leur avait signalé au téléphone, il avait des côtes fracturées et de profonds points de suture au torse et aux avant-bras. Ainsi que des brûlures aux mains et sur le côté droit de son visage, heureusement suffisamment légères pour qu'avec le temps, cela ne laisse pas de cicatrices.

 

Lorsqu'il s'arrêta devant elle, il retint Linya qui s'apprêtait à les laisser seuls et pressa sa main, reconnaissant pour tout ce qu'elle avait fait pour lui. Elle hocha la tête et il déposa un gentil baiser sur sa joue avant de tourner vers Lara.

 

Un peu surprise par cette marque d'affection, Linya s'éloigna et rejoignit Enyalios que Lex avait laissé en plan pour sauter dans les bras de sa femme. En avisant sa grimace mécontente et le regard noir qu'il dardait sur l'heureux couple, Linya en déduisit que Lex n'avait pas dû prendre beaucoup de précaution en le lâchant.

 

Une main sur l'épaule, il grogna alors qu'elle l'aidait à se redresser. Soudain ragaillardi par sa présence il sourit et sans crier gare, profitant que l'attention générale était détournée, déposa un bref baiser sur les lèvres de la jeune femme.

 

Surprise elle eut un mouvement de recul avant de lever les yeux au ciel sans rien dire. Elle fixa son attention sur Lex et Tia, occupées à se papouiller et réprima une grimace en détournant le regard. Elle ne savait pas trop ce qu'elle ressentait, un mélange de jalousie, de tristesse et de colère sûrement. Mais quelle part attribuer à qui, elle n'était pas certaine de vouloir le savoir.

 

Elle avait réparé sa relation avec Lex et avait rétabli une relation neutre avec Tia. Leur équilibre était fragile, elle ne voulait pas tout gâcher.

 

Percevant son malaise, Enyalios se pencha vers son oreille en resserrant son étreinte sur son épaule et chuchota :

 

- Je t'emmène faire un tour en carrosse, belle demoiselle ?

 

Fronçant les sourcils et agacée de réagir au souffle qui chatouillait sa peau, elle le regarda.

 

- Dans ton état ? Fit-elle remarquer à mi-voix. Je devrais te traîner hors dudit carrosse à peine dix minutes après ton entrée dedans.

 

- Tu me vexes, rétorqua-t-il indigné, je suis solide comme un roc !

 

- Après les heures d'avion qu'on vient de faire et les tonnes de médicaments que tu as dû prendre ? Je ne crois pas non.

 

Il s'apprêtait à rétorquer, les yeux plissés, prêt à relever le défi lorsque la voix de Tia le coupa dans son élan.

 

- Qu'est-ce que vous complotez tous les deux ?

 

Enyalios tourna vivement la tête vers sa protégée et répondit, outré :

 

- Elle me défie ! Et regarde comme elle me porte, ajouta-t-il en levant le bras de son épaule, comme si j'étais un bébé !

 

Amusée de le voir si vexé, Tia retint un sourire et répondit, regardant Linya :

 

- Il ne faut jamais remettre en cause la virilité d'Enyalios, au risque de devoir assister à plusieurs actes prouvant sa très grande force/virilité/résistance.

 

- Et c'est bien souvent d'une grande stupidité, confirma Lex doctement. Comme la fois où il a sauté de la falaise derrière la maison avec une simple corde attachée autour du bassin pour prouver qu'il était toujours assez jeune pour prendre des risques.

 

Linya ouvrit la bouche, stupéfaite et Enyalios, de plus en plus indigné fusillait les deux femmes du regard. En grommelant que les femmes étaient toutes incapables de comprendre les vrais hommes il partit à grands pas en direction de la porte d'entrée du ranch.

 

- Je devrais peut-être aller avec lui, remarqua anxieusement Linya. Il n'est pas encore remis et assez groggy depuis la descente de l'avion.

 

- Il ira bien Lin, viens plutôt avec nous dire bonjour aux jumelles, fit Tia en lui tendant la main. 

 

Linya fixa la main quelques secondes et hésita. Jetant un regard à Lex celle-ci sourit et l'incita à l'accepter. Elle fit ce qui lui était demandé en soupirant, certaine maintenant que sa relation avec ces deux femmes serait à tout jamais de l'ordre du bizarre quoi qu'elle fasse.

 

- C'est Frédéric qui les garde cette après-midi, reprit la mercenaire en menant sa petite troupe vers les chalets, tu leur as manqué tu sais. Maki n'arrête pas de dire Lin Lin Lin, où est maman Lin ? Et Jiyeon d'acquiescer avec enthousiasme en nous regardant avec ses grands yeux tristes.

 

Lex rit à la grande surprise de Linya et déclara :

 

- Elles pensent qu'elles ont trois mamans.

 

- Et... ça ne te gêne pas ?

 

Lex repoussa doucement sa femme et l'incita à prendre de l'avance. Elle prit ensuite la main que sa femme avait délaissée et répondit :

 

- Non. Tu as été leur mère pendant la toute première année de leur vie et au-delà, tu mérites ce titre bien plus que moi.

 

- Lex...

 

- Non, la coupa-t-elle, je les ai rejetées. Je ne sais pas ce qui était dû à la magie d’Ashee ou ce qui ne l'était pas, une part de moi, je pense, refusait vraiment leur présence. Peut-être était-ce le baby blues ? Je n'en sais rien mais cela ne change pas le fait que je n'étais pas présente pour elles et que toi si. Tia... vu l'état dans lequel elle était, ne devait pas être la plus aimante et meilleure des mères pour elles non plus. On sait toutes les deux que si nos filles vont bien aujourd'hui et se sentent aimées, c'est uniquement grâce à toi.

 

Lex s'arrêta et obligea Linya à lui faire face.

 

- Toute ces histoires nées de mon départ ont eu beaucoup de mauvaises répercussions sur les personnes que j'aime le plus au monde. S'il n'y a pas eu de conséquences profondes sur le long terme c'est grâce à toi. Et je suis... si tu savais Lin combien je m'en veux de ne pas être capable de faire pour toi, ce que tu as fait pour ma famille ! Tu les as aidés et protégés et en échange tu n'as récolté que de la douleur et de la solitude ! Tu mérites plus que quiconque le droit d'être appelée maman par les jumelles !

 

Lex pressa les mains de son amie, chercha les mots qui la convaincraient et plongea son regard dans le sien.

 

- Si elles sont heureuses d'avoir trois mamans alors je le suis aussi. Tu étais leur mère avant que je ne le devienne, alors même que Tia n'était pas capable de l'être complètement. Tu as mérité ta place. Et ce sera la tienne jusqu'à leur mort. Je le vis bien car c'est toi. Bien sûr que tu es leur mère, tu es ma moitié depuis aussi loin que je me souvienne, avant même Tia. C'est bizarre à dire j'en conviens mais j'ai deux moitiés, mes filles ne peuvent donc qu'avoir trois mères.

 

La réflexion tira un petit sourire à Linya qui hocha la tête.

 

- D'accord, j'accepte l'explication. Et la responsabilité.

 

- Tu ne pourras plus rester aussi loin de nous aussi longtemps maintenant, releva Lex en reprenant leur marche, elles ne comprendraient pas pourquoi leur 3ième maman ne vient pas les voir plus souvent.

 

Linya rit devant le subterfuge peu subtil de son amie.

 

- Je suppose que je vais devoir déménager le siège de Lyoko alors, ou à tout le moins, créer une nouvelle annexe dans le coin.

 

Souriant largement, Lex ne répondit rien, parfaitement heureuse d'avoir enfin réussit à convaincre sa sœur à vivre plus près d'elle.

 

                                                                       ***

Sahel ne quittait pas Lara des yeux. Ils étaient tous deux installés sur la balancelle à l'arrière de la maison. Len l'y avait presque porté avant de s'éloigner avec Gipsy. Les blessures du jeune homme avaient intrigué l'adolescente qui avait fait le rapprochement avec celles de David et elle retenait à grand peine des questions auquel il semblait bien que personne ne souhaitait répondre.

 

Ils n'avaient pas échangé un mot mais Sahel ne s'y attendait pas. D'après Linya les jumeaux ne parlaient plus. Lui-même n'avait pas éprouvé le besoin de dire grand-chose. A peine avait-il échangé deux ou trois phrases et avec Linya seulement. Il se sentait en sécurité avec elle.

 

Lara était nerveuse. Il prit donc sa main, la connaissant maintenant suffisamment pour savoir qu'un contact l'apaisait toujours. Avec satisfaction il la vit poser sa tête sur son épaule. Elle ne le fuyait pas. Lorsqu'il en avait pris conscience, il avait été stupéfait. Elle devait pourtant savoir ce qu'il avait aidé Ashee à leur faire, non ? Son attitude semblait dire le contraire et cela le rendait inquiet.

 

Il n'avait pas prévu de tomber amoureux de Lara, pas prévu de remettre en question ses actions. Du reste il avait bien fait attention à ne pas poser de question à Ashee malgré les doutes. Il souhaitait réellement le futur brossé par la Chamane mais alors qu'elle s'avançait en direction de Lara, la femme qu'il venait de demander en mariage, il n'avait pu se résoudre à la perdre. Il voulait ce mariage, il voulait ces quelques années qu'Ashee avait promis de lui donner. Ils auraient régné sur le monde ensemble. Et alors peut-être qu'il aurait été suffisamment satisfait de ce qu'il aurait eu pour ne plus penser au sacrifice inévitable de sa bien-aimée avec un pincement au cœur...

 

C'était ce qui aurait dû se passer. Mais la chamane avait ses propres plans et il avait compris qu'il ne pouvait, même pour elle ou sa Tribu, sacrifier les siens. Il s'était donc dressé contre elle et en avait payé les conséquences. Même s'il savait qu'il allait mourir, il avait été soulagé. Il faisait son devoir d'homme. Il protégeait la femme qu'il aimait. C'était ainsi que son père l'avait élevé et il avait été terriblement soulagé de revenir vers les valeurs qu’il lui avait inculquées et qu'Ashee l'avait incité à mettre de côté sans qu’il ne s’en rende compte.

 

Il n'aurait jamais pensé avoir une seconde chance avec Lara. Mais il l'avait. Pouvait-il risquer celle-ci en lui avouant ce qu'elle semblait ignorer ? Est-ce que cela la soulagerait de le haïr ? Il n'était pas certain de pouvoir le supporter. Mais il n'était pas plus certain de pouvoir supporter la peine immense que Lara semblait porter. Elle était toujours sa fiancée, il était de son devoir de la réconforter.

 

La vérité réconfortait toujours lui avait dit Linya. Parfois elle déchirait et peinait avant de découvrir son réconfort. Mais les éclaircissements qu'elle apportait permettaient systématiquement de faire le point sur soi, les autres, sa vie et ce qu'on attendait de tout cela. Cela portait vers l'avant quoi qu'il arrive. Si on ne la laissait pas nous écraser bien sûr.

 

Et si Lara la laissait l'écraser ?

 

Il ne pouvait pas prendre ce risque.

 

Il passa un bras autour d'elle et l'attira dans son étreinte. Il prononça sa première phrase depuis son arrivée aux Etats-Unis :

 

- Je ne sais pas si tu le souhaites toujours, fit-il la voix éraillée avant de tousser pour l'éclaircir, mais de mon côté il n'y a rien de changé. Je veux toujours t'épouser.

 

Lara leva les yeux sur lui, incertaine. Non pas de sa réponse, elle le voulait, il était si gentil et il avait tout accepté d'elle dès le départ, même quand cela avait tourné bizarre et qu'elle s'était mise à développer des dons et pire, à en user de façon malsaine sur les autres, il était resté à ses côtés. Et il avait risqué sa vie pour la protéger. Pour elle, il était un héros.

 

Non, elle était incertaine car elle pensait ne pas le mériter.


Néanmoins, elle l'aimait et elle avait besoin de lui. Alors elle hocha la tête et lorsqu'il sourit, un grand, un large sourire heureux, cela illumina tout son beau visage. Elle le lui rendit, légèrement, et attira son visage pour l'embrasser.

 

Rapidement le baiser devint plus profond et elle sentit les mains de son fiancé courir sur son corps, impatient d'en reprendre la possession. Elle se détacha gentiment de et repoussa ses mains. Elle désigna ses bandages et il protesta :

 

- Je vais bien, ce n'est pas grand-chose.

 

Lara secoua la tête et toucha doucement ses côtes. Il tressaillit et grimaça en comprenant qu'il venait de se trahir. Elle sourit devant sa déception et l'embrassa pour l'apaiser. Soudain il releva la tête et sussura à son oreille :

 

- Si tu te mets sur moi, je ne souffrirai pas du tout...

 

Elle lâcha un petit rire en secouant de nouveau la tête. Puis amusée et le connaissant suffisamment pour savoir qu'il ne lâcherait pas si facilement l'affaire, elle acquiesça. Oui, cette nuit, ils scelleraient leur promesse de mariage.

 

                                                                       ***

Tia remercia le père de David lorsque celui-ci l'introduisit dans la chambre de son fils. L'adolescent demanda à son père de les laisser seuls. L'homme jeta un regard surpris à Tia qui haussa les épaules.

Elle se demandait quelle excuse il avait donné à ses parents lorsqu'elle lui avait téléphoné plus tôt dans la journée pour le voir.

 

Elle avança dans la pièce et la détailla. Notant les couleurs neutres et les posters sur les murs, elle songea que Len et lui devaient bien s'entendre. Elle avisa la photo de groupe, lui, Len, Lara, Gipsy et quelques autres amis, posée sur le bureau ainsi qu'une autre photo, cette fois sur la table de chevet à côté du lit. C'était une photo encadré de David et Lara.

 

Ainsi malgré leur rupture et ce qui s'était passé, il était toujours attaché à sa fille... quelque chose sur lequel elle pourrait jouer si le besoin s'en faisait sentir. Bien sûr, ce n'était pas fair-play, mais pour ses enfants elle pouvait tout transgresser.

 

Elle se dirigea vers le lit, situé au fond de la pièce et s'assit sur le siège qu'il lui désigna, un vieux fauteuil en cuir qui avait été poussé près du lit. David était assis contre des oreillers et bien que ses bandages soient toujours impressionnants, il avait meilleure mine.

 

- Bonjour David.

 

Le garçon hocha la tête, les yeux rivés sur elle. Il ne paniquait pas au moins, songea-t-elle, même s'il semblait inquiet. Il se racla la gorge et demanda :

 

- Lara n'est pas là ?

 

Tia secoua la tête.

 

- Pas aujourd'hui. Elle est assez fragile et je ne suis pas certaine que cette entrevue lui soit bénéfique.

 

David fronça les sourcils et un éclair de colère traversa ses yeux.

 

- C'est elle qui me met dans cet état et c'est elle qui est fragile ? Gronda-t-il.

 

Tia se contenta de le dévisager sans aménité. Le garçon se calma rapidement.

 

- Tu dois comprendre une chose David, elle n'était pas, tout comme Len, elle-même ce jour-là. Tu devrais le savoir mieux que quiconque toi qui te prétends son âme-sœur.

 

A ces mots il détourna le regard, piteux.

 

- L'as-tu déjà vue user de tels dons ?

 

Il secoua la tête.

 

- L'as-tu déjà vue cruelle ?

 

- Non mais elle sait être mauvaise lorsqu'elle est jalouse. Et j'ai nettement eu l'impression qu'elle l'était.

 

- Mais pas cruelle pour autant. A la rigueur qu'elle s'en prenne à toi, disons qu'elle avait une bonne raison. Mais les gens autour ?

 

Il hésita et secoua la tête.

 

- Et Len ? L'as-tu déjà vu faire preuve d'autant de méchanceté ?

 

- Non, Len est le type le plus gentil que je connaisse. Et il ne s'énerve jamais. Même quand j'ai trompé Lara, il est resté mon ami même s'il m'a dit que pour le principe, il devait me mettre son poing dans la figure. Et il l'a fait. Mais il ne prend pas les gens en traître.

 

- Exactement. Donc avec ce que tu sais d'eux, comment peux-tu penser qu'ils aient fait cela intentionnellement ?

 

Le jeune homme ouvrit la bouche, puis la referma. Il n'en savait rien. C'était juste une impression. Tia poursuivit son entreprise de sabotage et releva :

 

- Malgré ce que tu pensais que Lara t'avait fait, tu gardes cette photo avec toi, fit-elle en désignant la table de chevet.

 

Elle se pencha en avant, avant-bras sur les genoux.

 

- Tu l'aimes encore.

 

Il la fixa, contrarié, tout en répliquant simplement :

 

- C'est mon âme-sœur.

 

- Tu sembles convaincu.

 

- Je l’ai toujours su. C'est juste que quand je l’ai compris ça m'a fait peur. J'avais à peine 15 ans, comment j'ai fait pour la rencontrer si jeune ? Je n'ai même pas eu le temps de m'amuser avant, ça n’est pas juste ! Mais quand je l’ai vue avec ce type, là, Sahel, j'ai compris que à jouer à l'idiot comme je le faisais, elle était capable de penser qu'un autre que moi pouvait être son âme-sœur. Alors j'ai décidé de changer. Mais ce type a trop d'influence sur elle et ça m'énervait, c'est pas normal !

 

- Sahel n'est pas parfait mais il a risqué sa vie pour Lara récemment. Pour moi, il ressemble beaucoup à une véritable âme-sœur.

 

David se redressa comme un ressort, soudain plein de morgue.

 

- N'importe quoi ! Pas question ! J'ai été attaqué par elle et son frère, j'ai rien dit à personne, je risque de garder des cicatrices à vie, d'être défiguré, elle n’a pas le droit d'aller vers quelqu'un d'autre ! J'ai accepté ce qu'elle m'a fait et j'ai continué de l'aimer, osez me dire que c'est pas mon âme-sœur après ça ! Si ça n'avait tenu qu'a moi je l'aurais haïe mais j'y arrive pas, je l'aime c'est plus fort que moi !

 

Surprise de sa véhémence et touché par sa sincérité, Tia tendit la main et la posa sur son bras, faisant attention à ne pas toucher un endroit lésé.

 

- D'accord, calme-toi, je te crois.

 

Alors qu'il se laissait aller contre ses oreillers, essoufflé et fatigué par son éclat, elle poursuivit :

 

- Ecoute, tu ne sais pas tout. Ce qui s'est passé, ce qui est arrivé à Lara et Len les a laissés profondément traumatisés. Mais ce que je vais te raconter, tu pourrais avoir du mal à y croire, alors garde bien l'esprit ouvert et souviens-toi de ce que tu as vu.

 

David se redressa, plus alerte et légèrement inquiet en même temps. Il hocha la tête et Tia commença son récit.

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10 juillet 2016

Ebooks et Majs !

mar

Au menu aujourd'hui :

- deuxième pack de FF sur ebooks, grâce au travail de Tomby qui nous livre pas moins de 13 histoires complètes de Missy Good ! (voir la rubrique ebooks)

- la fin de la Prophétie, de honey (voir sous Sassem)

- deuxième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction assurée encore et toujours par Fryda !

Que dire à part ... bonne lecture !!

 

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