29 juin 2009
L'été sera chaud !
Euh...oui, en ce début d'été, il fait chaud sur Guerrière et Amazone :O) Pas moins de 4 textes dans ceux qui suivent sont à classer dans la catégorie "à ne pas lire au bureau" ;O) A vous de voir !!
==> FF francophones :
- Amour et haine de Akilihan, première partie
- Retour à la vie de Gaxé
- Sassem, partie 7
==> Traductions :
- Camper avec Joxer, de Oversoul, traduction de Gaby
- Possibilités infinies, chapitre 4, traduction Fryda
- Répression, chapitre 7, traduction de Fryda
Bonne lecture !!
Répression, chapitre 7
REPRESSION (RETRIBUTION)
Ecrit par Susanne M. Beck
(Sword'n'Quill)
Avertissement de la traductrice : Ce chapitre contient une scène explicite de sexe entre
deux personnes du même sexe. A vous de voir si vous lisez, moi j’ai
traduit J
Chapitre 7
******************************
J’étais agenouillée sur le lit cette nuit-là, le
corps à demi pressé contre la tête de lit tandis que je regardais par la
fenêtre, la lune pleine et massive qui traçait une rayure brillante sur le lac.
Au loin, je pouvais voir les petites lumières en mouvement des bateaux de pêche
qui sillonnaient les légères ondulations de l’eau.
Le
bois de la tête de lit était lisse et chaud sous la combinaison blanche simple
que j’avais décidé de porter. Elle n’était pas particulièrement indécente, ni
même osée, mais quand je l’avais vue en faisant mes courses un jour, j’avais su
que c’était quelque chose que je voulais, même si je savais qu’elle ne durerait
pas longtemps, étant donnée la raison pour laquelle je voulais la porter.
Corinne
était rentrée une heure environ après le départ d’Ice. Quelque chose devait
subsister dans l’air parce qu’elle m’avait jeté un coup d’œil, souri d’un air
malicieux, avait disparu dans sa chambre et réapparu, un sac de voyage serré
dans sa main. « Je vois qu’il y a une petite fête privée dans l’air pour
ce soir », avait-elle dit. « Je pense que je vais passer la nuit avec
Pop. C’est dommage mais je pense qu’on ne s’amusera pas autant que vous. »
Et
sur ces mots elle disparut en me laissant à nouveau seule avec mes pensées. Et
mes hormones.
Je
souris un peu en entendant la camionnette se garer et Ice entrer dans la maison. Je
Puis
il y eut un long silence, pendant lequel mon corps réagit aux images que mon
esprit persistait à lui envoyer.
Pour
m’éviter de devenir complètement folle du désir qui montait, j’ouvris à nouveau
les yeux et me concentrai sur la vue spectaculaire qui se présentait de l’autre
côté de la grande fenêtre, me perdant dans le léger mouvement de l’eau et la façon
dont la lune étincelait sur elle.
Si
perdue, en fait, que je ne l’entendis même pas monter. Ni ne l’entendis, ou la
sentis, entrer dans le lit.
Mais
quand ses mains brûlantes se posèrent sur mes épaules et que ses lèvres vinrent
contre la peau sensible de ma nuque, je revins si vite à moi que je faillis
m’évanouir au choc.
Mon
corps réagit cependant instantanément à son contact, et un gémissement émana du
fond de moi.
« Tu
es très belle ce soir, Angel », dit-elle de la même voix profonde et
enrouée que plus tôt dans la
soirée. Ses
Chaque
mot était ponctué d’un baiser doux et langoureux sur la peau qu’elle avait
dénudée, et je sentis sa langue chaude et humide tandis qu’elle traçait un
chemin d’une épaule à l’autre.
Je
ne pus m’empêcher de frissonner et ma respiration s’accéléra tandis que je
mordais avec force ma lèvre inférieure pour m’empêcher de crier.
« Une
vierge, qui attend qu’on la prenne. »
Elle
passa les mains sur mes bras, sur mon ventre, puis sur les côtés de mon corps
et elle prit mes seins. Mon corps s’arqua avec force dans ses paumes, mes
tétons durcis à tel point qu’ils en faisaient mal.
Elle
me caressa rapidement tandis que sa langue magique oeuvrait sur les muscles de
ma nuque. Puis ses longs doigts s’accrochèrent en haut de ma combinaison et
elle tira le tissu encombrant vers le bas, m’exposant à la nuit de ce milieu de
l’été qu’on voyait par la fenêtre.
Elle
revint rapidement à la charge, le bout de ses doigts traçant des cercles
excitants autour de mes tétons, avant de soulever mes seins comme dans un
hommage, laissant la lumière de la lune les baigner de sa brillance.
« Tu
sais combien j’aime te faire l’amour, ma douce Angel ? »
Elle
effleura mes seins de ses pouces puissants, les faisant se tendre encore plus.
« Tu
sais combien j’aime sentir ton corps réagir à mes touchers ? »
Elle
abandonna mes seins pour le moment et tira ma combinaison doucement vers le
bas, embrassant mon dos, passant sa langue dans des tracés compliqués et
fantaisistes.
« De
te sentir bouger contre moi ? » dit-elle dans un souffle sur la peau
de mon dos.
Je
fis tout mon possible pour m’empêcher de serrer les cuisses pour tenter
d’assouvir, même momentanément, l’incendie qu’elle faisait monter en moi.
Son
rire profond revint tandis que mon corps trahissait mes pensées. Ses mains
quittèrent la soie de ma combinaison et glissèrent en haut de mes cuisses,
brûlant avec cette intensité qui la caractérisait tant. Ses doigts effleurèrent
l’intérieur de mes cuisses puis touchèrent à peine la peau qui s’offrit à elle,
comme si elle faisait de son mieux pour l’attirer.
« De
te goûter sur mes lèvres ? »
Vers
le haut, vers le bas, vers le haut vers le bas, jusqu’à ce que mon corps se
tortille sous ses caresses comme un serpent aux ordres de son maître et mes
jambes s’écartèrent toutes seules, comme elle l’avait certainement souhaité.
« De
t’entendre crier mon nom au milieu de la nuit ? »
Elle
tendit la main entre mes jambes et me prit, m’attirant en arrière contre son
corps dur et brûlant, ses seins doux et pleins se fondant dans les creux de mon
dos tandis que nos corps se mêlaient. Ses cuisses musclées étaient posées sous
les miennes, ses mollets effleuraient les miens tandis qu’elles nous plaçaient
l’une sur l’autre.
« Balance-toi
contre moi, Angel. »
Incapable
de désobéir même si je l’avais voulu, je bougeais mes hanches d’avant en
arrière contre la peau légèrement calleuse de sa paume, mes mouvements devenant
plus réguliers tandis que sa main baignait dans l’humidité que mon corps
produisait si abondamment.
Je
pouvais sentir ses cuisses bouger et se relâcher sous moi, amenant son corps en
mouvement et m’aidant dans mes poussées contre sa main. Et quand ses doigts,
longs et sûrs, glissèrent en moi, ma tête tomba en arrière contre son épaule
large tandis que je criais de plaisir dans la nuit.
« Oui,
Angel », ronronna-t-elle, ses lèvres mordillant mon oreille. « Gémis
pour moi. Je veux t’entendre. »
Ses
doigts dansaient en moi, profondément, caressant doucement, changeant de tempo,
de rythme, m’entraînant plus haut, et encore plus haut tandis que je la
pressais de mes supplications incohérentes et essoufflées, de ne pas s’arrêter,
de ne jamais s’arrêter, s’il te plait Seigneur,
ne t’arrête jamais, jamais.
« C’est
bien. Parle-moi, douce Angel. Chante pour moi. »
Puis
sa main libre vint exciter et toucher mes seins en mouvement, tirant sur mes
tétons en même temps que son rythme lancinant et séducteur, et je me sentis
exploser dans un énorme cri qui fit écho dans mes oreilles tandis que la vague
déferlante me prit par derrière et m’entraîna avec elle. Je roulai de plus en
plus profondément jusqu’à en être perdue et flottant dans des abysses, non pas
remplis d’obscurité, mais de points brillants et éclatants, qui me ramenaient
tous en sécurité à la maison et dans le nid doux et aimant de ses bras.
Et
tout aurait pu s’arrêter là, et j’aurais été satisfaite.
Mais
ce ne fut pas le cas.
Toujours
en moi, elle nous souleva ensemble jusqu’à ce que je sois à quatre pattes et
elle toujours pressée contre moi. Le bas de son corps se recula un moment, puis
revint contre ma peau, chaud et humide, et commença à se frotter lentement
contre ma hanche tandis que ses seins bougeaient contre mon dos.
Elle
se mit à respirer par longs grognements avec chaque poussée et ses cheveux
tombèrent, longs et mouillés, et vinrent chatouiller mes joues et mes oreilles.
Elle
commença à augmenter le tempo, grognant au fond de sa poitrine, son corps
remuant contre le mien en poussées puissantes et vigoureuses, m’obligeant à
serrer les draps pour résister à sa force tendue et primale.
Des
grosses gouttes de sueur coulèrent sur mon corps. Puis ses doigts au repos
recommencèrent à bouger en moi, me remplissant, m’étirant pour m’ouvrir à elle.
Mes bras qui tremblaient violemment m’abandonnèrent et j’atterris sur mes
coudes. Ma tête tomba tandis que j’usais de toute ma force pour résister à ses
poussées puissantes.
Son
corps bougeait contre moi, sans répit, sans pardon, me piégeant sous son poids
dur et puissant, ne me laissant que la place de bouger frénétiquement les
hanches tandis que je me sentais encore une fois au summum de mon excitation.
Elle
s’arrêta juste un instant, un bref instant, ses lèvres tout près de mon
oreille. « Je t’aime tant, Angel », dit-elle dans un souffle.
Et
puis elle jouit contre moi, une chose sauvage et indomptée, hurlant tandis que
ses doigts se raidissaient dans un spasme en moi, m’apportant une jouissance
intense. Des lumières brillantes flashèrent en cercles puis s’éteignirent quand
son corps s’affaissa contre le mien, me pressant contre le matelas. Sa poitrine
fut soulevée de profonds halètements et ses doigts se relâchèrent et sortirent
de mon corps.
Quand
elle eut un mouvement pour se reculer, je le suivis, la guidant doucement sur
son dos, mes jambes entre ses cuisses largement écartées. Je pouvais sentir sa
chaleur humide s’étaler sur ma peau, et quand ses hanches se dressèrent une
fois dans une réaction inconsciente, je sus que nous étions loin d’en avoir
fini.
Je
me relevai et l’embrassai profondément avec toute la tendresse que je pouvais
lui donner. Quand elle tenta de reprendre le contrôle, je le lui refusai,
m’éloignai et mordillai doucement ses lèvres jusqu’à ce qu’elle comprenne et se
rende volontiers, les yeux toujours assombris et dangereux même dans leur
soumission apparente.
Je
l’embrassai à nouveau, explorant chaque centimètre brûlant de sa bouche avant
de descendre rapidement, nos deux corps m’envoyant des signaux auxquels je ne
pouvais qu’obéir. Ma langue sortit pour goûter la douceur salée de sa peau
musclée. Ses seins étaient avides de mon toucher et je leur rendis hommage
chacun à son tour jusqu’à ce que mon propre corps me pousse, par son désir, à
descendre encore, sur le muscle ondulant, l’os puissant et cambré, et la peau
douce et odorante jusqu’à ce que j’atteigne ma destination et que je la prenne
dans ma bouche et goûte son essence tandis qu’elle explosait sous ma langue
enthousiaste.
Il
ne fallut pas longtemps. Elle était bien trop prête, et moi aussi. Submergée
par le désir de la remplir comme elle m’avait remplie, j’entrai en elle, la
sentant serrer mes doigts en bienvenue. Une poussée, deux, trois tandis que ma
bouche continuait son œuvre au-dessus, et elle se raidit sous moi, ses longs
doigts dans mes cheveux, me serrant contre elle tandis qu’elle chevauchait les
vagues de son plaisir.
Et
quand elle se détendit et se relâcha complètement sur le lit, je l’embrassai
tendrement et posai ma tête contre sa hanche, en poussant toujours doucement
dans sa chaleur accueillante.
Sa
respiration devint plus régulière. Ses doigts relâchèrent leur prise dans mes
cheveux tandis qu’un sommeil bienvenu la prenait et l’emportait. Je posai un
dernier baiser sur sa peau chaude, reposai ma tête sur son ventre et quand le
sommeil m’appela également, je cédai volontiers, un sourire sur le visage et
mes doigts toujours serrés dans un chaud gant de velours.
*******
On
en était à quatre jours, sept heures, six minutes et trente-deux, disons
trente-trois secondes. Un peu obsédée par Mère l’Horloge, vous
direz-vous ? Et bien, et vous, vous ne le seriez pas ?
Fidèle
à sa parole, Ice m’appelait tous les jours, habituellement le soir juste avant
que j’aille me coucher. Les funérailles s’étaient passées aussi bien, je
présume, que des funérailles étaient censées se passer, ce qui veut dire pas
bien du tout, mais au moins tout le monde s’en sortit à peu près indemne, à
part le cadavre, dont je suis sûre qu’il n’avait aucune opinion sur le sujet de
quelque manière que ce soit.
La
bonne nouvelle c’était que Pop vivait ça plutôt bien. La mauvaise nouvelle,
c’était que la lecture du testament serait probablement retardée au moins d’une
journée, ce qui rendait le retour d’Ice encore plus tardif. Elle n’avait pas de
réponse bien précise à me donner lors de notre dernière conversation parce que
le notaire était plutôt obtus, mais elle me dit de ne pas l’attendre avant la
fin de la semaine, au moins.
Ce
qui faisait encore deux jours à attendre.
De
son côté, Corinne faisait de son mieux pour être une compagne engageante,
allant même jusqu’à proposer ses services pour ce qu’elle appelait le job
‘d’assistante- chauffeuse de lit’. Bien entendu, je repoussai cette suggestion
particulière en toute hâte, mais dans tous les autres cas, elle était
merveilleuse et me tenait occupée, m’aidant à supporter mon éloignement d’avec
Ice au moins en partie.
Et
j’étais là, assise dans le séjour, dans ma meilleure interprétation d’une femme
qui lisait vraiment le journal ouvert
sur ses genoux, et qui ne s’intéressait pas le moins du monde à l’horloge dont
les aiguilles avaient soudain développé une tendance inexplicable à tourner à
l’envers, quand elles voulaient bien tourner.
Je
me rendis compte que mes meilleurs jours d’imitatrice étaient loin derrière moi
et j’abandonnai l’effort inutile pour penser à ce vieux et sage dicton qui
disait que les casseroles qu’on fixait du regard ne mijotaient jamais, et je
décidai de conjurer le sort en faisant quelque chose, comme quand on allume une
cigarette dans un restaurant ce qui fait apparaître une serveuse comme par
magie, une chose qui me garantirait au moins un coup de fil, si rien d’autre.
« Je
vais prendre un bain », annonçai-je à une Corinne au sourire narquois tout
en posant le journal de côté pour me lever en m’étirant.
Et
pas juste un bain ordinaire. Oh non. Le dieu en charge du telephonus interruptus ne serait pas séduit par un simple bain du
genre ‘juste un saut rapide pour me laver’.
Si
on voulait s’assurer de son attention spéciale, il fallait faire l’effort de
préparer un bain très spécial. Avec des chandelles. Et des sels de bains. Et
des savons parfumés qui se lissaient en fondant.
Et
bien sûr, des bulles.
Beaucoup de bulles.
De
cette façon, quand on se retrouvait debout, nue et ruisselante sur le parquet
en bois fraîchement ciré, tentant de convaincre le gentil monsieur au téléphone
que, honnêtement et franchement, on n’avait pas besoin de pince à poils de nez
avec quinze vitesses différentes et des rayures, ce dieu pouvait rire à vos dépens
tandis que votre eau refroidissait lentement et que votre bain de champagne
finissait par devenir un verre de jus de raisin sans saveur.
On
dirait que j’ai fait pas mal de recherche sur le sujet, non ?
Et
bien, après cinq ans de privation de bain forcée, disons que je suis devenue un
peu une spécialiste du sujet et on en reste là.
Et
j’étais partie, tout l’attirail en main, pour préparer la scène avec l’espoir
qu’Ice serait submergée par le besoin soudain et intense d’entendre ma voix à
cet instant même.
Mon
bain coulé, je me glissai dans l’eau fumante et odorante, jusqu’au menton avec
mes genoux luisants et mouillés qui dépassaient.
Ahhh. Le bonheur absolu.
Je
sentis mes yeux se fermer mais je résistai au désir de faire quelque chose
qu’on pourrait faire dans un bain voluptueux quand son amante est au loin, avec
l’idée qu’il n’y aurait pas de réponse aisée à la question ‘alors, Angel,
qu’est-ce que tu as fait de ta journée ?’ si je cédais à la tentation.
En
plus si mon offrande était acceptée, Ice appellerait probablement juste avant
que j’arrive au meilleur moment et je serais encore plus frustrée qu’avant.
Alors
je laissai plutôt l’eau chaude œuvrer magiquement sur mes muscles raidis et mon
esprit vagabonder où il le souhaitait. La salle de bains était bien isolée,
mais je ne craignais pas de rater un appel téléphonique malgré tout. Corinne
viendrait frapper à la porte si c’était le cas.
Les
minutes passèrent, cadencées par le lent goutte-à-goutte du robinet.
Les
bulles éclatèrent et l’eau se tiédit, et je finis par comprendre que mon
offrande n’avait pas été assez bonne.
Je
refusai de me laisser aller à la déception et sortis de la baignoire, me séchai
puis enfilai les vêtements propres que j’avais apportés. Après un dernier
regard critique sur ma personne dans le miroir au-dessus du lavabo, je me
détournai et ouvris la porte, immédiatement assaillie par l’air frais de la
cabane qui effleurait ma peau rougie de chaleur.
Je
sortis de la minuscule alcôve qui cachait la chambre d’amis et la salle de
bains, et j’entrai dans la cabane elle-même, et je me figeai, les yeux
exorbités tandis que mon cœur sautait quelques battements, puis se rattrapait
au triple.
Un
groupe d’hommes, six selon moi, remplissait le séjour de leur présence aux
costumes sombres. Ils avaient tous l’air pareil, grands, larges, bien rasés,
avec des coupes de cheveux règlementaires, des cravates unies et des chaussures
cirées.
Ma
première pensée fut pour le FBI. Mais quand mon regard tomba sur la silhouette
figée de Corinne, cette pensée s’envola immédiatement. A moins que je ne me
trompe terriblement, les agents du FBI ne pressaient pas le bout du canon de
leurs pistolet semi-automatique sur les tempes de femmes âgées et désarmées.
Les
autres hommes semblaient non armés, mais je repérai le renflement révélateur
sous la veste du costume du plus proche et je sus que cela pouvait changer en
un instant. Mes mains vides se levèrent dans un geste inconscient et pourtant
familier, tandis que mon esprit tentait désespérément de se libérer du
brouillard dans lequel il était piégé.
« Que…
qu’est-ce qui se passe ? » M’entendis-je demander comme de loin.
« Où
est Morgan ? » Me demanda l’homme le plus proche de moi, d’une voix
presque chaleureuse.
« Qui
êtes-vous ? »
Il
sourit. Pas d’une façon particulièrement froide ou cruelle, mais pas exactement
chaleureuse non plus. « Répondez à ma question, s’il vous plait. Où est
Morgan Steele ? »
« Elle
est… »
Le
mensonge quelconque que j’avais pu imaginer s’évanouit rapidement dans mon
cerveau lorsque j’entendis Corinne hoqueter quand l’homme qui la maintenait
resserra son bras sur sa gorge et pressa un peu plus son arme sur sa tempe. Un
encouragement, je suppose, pour me faire cracher le morceau.
Je
regardai à nouveau mon interlocuteur. « S’il vous plait. Ça n’est qu’une
vieille femme. S’il vous plait, dites-lui de baisser son arme. Je vous dirai
tout ce que vous voulez savoir si vous le faites. »
Après
un moment, il hocha la tête et se tourna vers l’homme qui tenait Corinne en
otage. « Baisse ton arme, Frank. »
« Mais… »
« Tout
de suite. »
Avec
ce qu’il fallait de grommellements, Frank fit ce qu’on lui demandait, et glissa
à nouveau l’arme dans le holster sous son épaule.
L’homme
se retourna vers moi, avec un sourire. « Dites-moi où est Morgan
Steele. » Son visage se durcit. « Tout de suite. »
Tandis
que j’essayai désespérément d’imaginer un mensonge convaincant, ma vision
périphérique saisit le mouvement lent de Corinne vers le support où nous
gardions les outils pour la cheminée. Mon cœur plongea quand je vis sa main s’enrouler
autour de la poignée du tisonnier en acier, le libérer du support et le lancer
rudement sur le visage de son ex-ravisseur.
Le
sang gicla de la blessure qu’elle venait de lui faire et Frank s’écroula en
hurlant, la main serrée par réflexe sur sa blessure béante.
Elle
découvrit ses dents dans un sourire féroce et leva le tisonnier comme une épée,
défiant les autres de l’attaquer d’un geste de son autre main.
Oh, Corinne. Non.
Je
notai que l’attention de mon interlocuteur était détournée et serrai le poing
pour le frapper au ventre.
Ce
fut comme de frapper un mur de briques. La douleur fulgurante remonta dans mon
bras, mais je ne pouvais me permettre d’y prêter attention tandis qu’il se
retournait vers moi, toute trace de gentillesse disparue de son visage.
Habituée
à me battre, je repoussai son bras avant qu’il ne puisse atteindre son arme,
puis je réussis à lui faire un balayage des jambes qui lui fit perdre
l’équilibre.
Je parie que tu ne
t’attendais pas à ça ! Le raillai-je mentalement, tout en me mettant en équilibre
sur le bout de mes pieds, attendant sa réaction, l’adrénaline jaillissant dans
tout mon corps.
Deux
hommes attaquèrent Corinne et deux vinrent vers moi. Corinne se défendit plutôt
bien, réussissant à porter des coups dévastateurs avec le bout pointu de son
tisonnier, faisant jaillir le sang et s’affaler ses adversaires tout droit. Son
rire semblait presque dément à mes oreilles en feu, mais je n’avais pas
beaucoup de temps pour y penser aussi occupée que je l’étais avec mes propres
adversaires, qui fondaient sur moi à coups de poings et de pieds.
J’utilisai
à mon avantage mon ‘centre de gravité bas’ comme Ice l’avait un jour appelé, me
baissant sous la plupart des coups qui venaient dans ma direction. Mon état
d’esprit était tel que je ne ressentais même pas vraiment ceux qui
m’atteignaient tandis que je tentais de m’approcher, tout en me battant, de
Corinne dangereusement sur le point de perdre son arme.
Un
coup puissant à la tête m’assourdit temporairement et tandis que je la secouai
pour reprendre pied, tout en me défendant, je vis Frank se relever, le visage
cramoisi de colère. Il leva son énorme bras, semblable à un tronc d’arbre – je
pouvais voir les coutures de sa veste s’étirer presque à s’en déchirer – et
avec un seul coup, il désarma Corinne, puis continua avec un coup de poing
brutal sur sa joue.
Elle
tomba assommée, inconsciente avant même d’atteindre le sol, ses lunettes
brisées s’envolant de son nez tandis que le sang jaillissait de son oreille.
Sans
même arrêter son mouvement, Frank saisit son arme et la sortit pour viser la
tête sans protection de Corinne.
« Non ! » Hurlai-je en
m’extirpant de dessous la pile des hommes qui s’étaient jetés sur moi, me
criblant de coups de poings et de pieds de toutes leurs forces.
Je
fis deux pas et me lançai dans la pièce, pour atterrir dans une position
protectrice sur le corps inerte de Corinne, entre elle et le pistolet. «Non ! » Hurlai-je à nouveau
en entendant une balle entrer dans le magasin de l’arme.
Les
choses semblèrent alors ralentir, comme elles le font souvent quand on est
confronté à un danger qui dépasse nos pires cauchemars. Je concentrai ma vision
sur le pistolet pointé directement sur moi. Il semblait énorme, me fixant de
son œil mort et malveillant.
Je
vis son doigt se serrer sur la gâchette et j’envoyai une dernière prière
désespérée à Ice, lui demandant de se souvenir de l’amour que j’éprouvais pour
elle et de le garder longtemps après que je soies partie. Rêve de moi, murmurai-je mentalement, puis je fermai les yeux pour
la suite. Je t’aime, Morgan.
La
détonation fulgurante faillit me rendre sourde et j’attendis la douleur qui
n’allait pas manquer de suivre.
Alors, c’est ça la mort, songeai-je. Ce n’est pas si méchant. Ça n’a même pas
fait mal.
Puis
mon audition revint et je me rendis compte que, à moins qu’une personne morte
puisse entendre, j’étais toujours bien présente au pays des vivants.
Parce
que je pouvais soudain entendre des choses. Des choses rugissantes. Des choses
déchirantes. Des choses hurlantes.
J’ouvris
les yeux sur un abattoir ; le champ de bataille sanglant d’un tigre
relâché de sa cage et qui fondait sur les villageois qui lui avaient causé tant
de tourments.
Le
tigre arborait un visage de femme et son nom était Ice.
Ses
cheveux couleur de jais volaient sur son front, son visage était figé dans un
spasme de rage ; elle était faite de poings, de pieds et de furie pure.
Les hommes tombaient comme des quilles, hurlant et serrant des parties de leur
corps soudainement cassées, ou enfoncées, ou juste plus là.
Nos
regards se croisèrent brièvement avant qu’elle ne se détourne, enserrant un des
hommes toujours debout par le cou, lui faisant une prise. Le craquement sec qui
s’ensuivit résonna même par-dessus les hurlements des hommes rossés et en sang,
et je sentis mon estomac se serrer.
Je
venais, pour la première fois, de voir Ice tuer quelqu’un.
Son
visage arborait presque une joie sexuelle tandis qu’elle laissait tomber
l’homme au sol, son corps s’affaissant entre ses jambes avant qu’elle ne le
repousse du pied.
Et
je pense que ce premier mort n’aurait pas été le dernier, si le combat avait
duré une seconde de plus.
Mais
ce ne fut pas le cas.
Je
sentis un bras se serrer autour de mon cou et l’acier froid d’un pistolet prêt
à tirer, pressé contre ma tête.
Je
levai les yeux et vis un second pistolet, celui-ci dans les mains assurées
d’Ice, pointé vers la tête de mon agresseur.
« Laisse-là,
Carmine. C’est moi que tu veux. »
« Pose
ton arme et je vais le faire, Morgan. »
Ice
sourit. « Oh non. Je ne pense pas. » Elle eu un mouvement rapide de sa botte et l’homme qui
tentait de l’approcher en douce par derrière, vola sur la moitié de la pièce
avant d’atterrir, assommé, contre la lourde table. « Laisse-là
partir. »
« Je
ne peux pas faire ça. Je ne veux pas lui faire de mal, Morgan, mais je le ferai
s’il le faut. Tu le sais. Alors pose ton arme et je ferai ce que tu
demandes. »
On
se retrouvait dans une impasse. Je m’assurai de ne pas bouger un seul muscle,
même pas de ciller. Mon cœur battait dans mes oreilles. Je tentai de saisir le
regard d’Ice mais la seule chose qu’elle voyait, c’était l’homme avec son
pistolet sur ma tête.
« Lâche
ton arme, Morgan. Je sais que tu veux me buter mais est-ce que tu as la
garantie que je ne vais pas lui mettre une balle dans la tête avant ?
Pense à ça. » Sa voix était très calme, très raisonnée.
Je
la vis fléchir et je ne pus m’empêcher de parler. « Ne fais pas ça, Ice.
Il me tuera de toutes les façons. Tu le sais. »
« Je
ne le ferai pas, Morgan. Tu as ma parole. Et tu sais que j’ai toujours tenu ma
parole. »
Son
regard s’accrocha au mien. Son visage s’adoucit.
Mon
cœur plongea un peu plus. « Ice, s’il te plait. Ne fais pas ça. »
Elle
baissa lentement son bras.
« Non !
Il va nous tuer toutes les deux ! Ne fais pas ça ! S’il te
plait ! ! »
Son
corps suivit le mouvement, et elle posa le pistolet sur le sol à ses pieds.
« Bien. »
La voix satisfaite de Carmine s’éleva. « Maintenant tu le pousses plus
loin. Lentement. »
« Ice,
non ! »
Le
regard toujours vissé au mien, elle repoussa le pistolet, puis se remit
lentement debout.
Dans
ma vision périphérique, je vis un des autres hommes venir rapidement derrière
elle et d’un coup brutal de la crosse de son pistolet sur sa nuque, il la fit
tomber, inconsciente.
La
prise se relâcha en même temps que je m’en arrachais et rampais vers elle,
attrapant sa tête ballante entre mes mains. « Ice ? Ice ?
Réveille-toi ! Bon sang, réveille-toi ! ! »
Ce
fut tout ce que je pus dire avant d’être attrapée et entraînée. Je hurlais et
me tordais dans une crise de douleur et de rage démente, mais j’étais
impuissante face à la grande force qui me retenait.
« Sortez-là
d’ici », ordonna Carmine.
« T’es
dingue ou quoi ? » Répliqua un de ses sbires. « Cette garce a
tué Tony ! On la finit ici pour de bon, putain ! »
« Non !
C’est de sa faute s’il s’est mis en travers de son chemin. Fiche-le dans le
coffre et emmène-là dans la voiture. Bouge ! ! »
« Non ! ! ! Ice ! ! ! »
Tandis
que je me débattais, je vis deux hommes se mettre péniblement debout puis se
pencher pour attraper les chevilles de ma compagne et commencer à trainer son
corps sans résistance sur le sol et ce qui restait de la porte qu’elle avait
explosée quand elle s’était ruée dans la pièce. Ses mains couvertes de sang
laissaient des traces sinistres sur le parquet poli sur lequel on la trainait.
« Non ! ! ! »
Quand
elle fut hors de ma vue, Carmine me fit m’accroupir et tourner pour lui faire
face, en me tenant toujours fermement par les épaules. Son visage était
étangement rempli de tristesse et de compassion. « Reste ici et occupe-toi
de ton amie. Tu ne seras pas blessée si tu fais ce que je te dis. »
Je
serrai les dents et repoussai ses bras, puis je donnai un coup de genou féroce
dans l’espace entre ses jambes légèrement écartées.
D’un
mouvement très rapide, il éluda la plus grande part de mon attaque, puis il me
fit tourner à nouveau et tira brutalement mon bras derrière mon dos,
m’obligeant à me mettre sur la pointe des pieds pour soulager une partie de la
douleur intense dans mon épaule. « Reste ici », répéta-t-il, les
lèvres tout près de mon oreille. « J’ai donné ma parole à Morgan, mais si
tu essaies d’intervenir je devrai te
tuer. »
« Tu
crois que ça m’importe ? » Lançai-je en réponse, tout en écartant
brusquement ma tête de sa bouche. « Tu penses que ça m’importe de savoir
ce qui va m’arriver après que vous l’aurez tuée ? »
« Peut-être
pas, mais je pense que ça t’importe de savoir ce qui va arriver à ton amie là.
Elle a l’air plutôt mal en point. Tu penses que tu peux la laisser mourir comme
ça ? »
« Teste-moi. »
Et
soudain, je sus exactement ce qu’Ice ressentait quand son ton de voix prenait
la note douce exacte que prenait la mienne à cet instant. Toute la rage m’avait
quittée, ne laissant qu’un seul objectif derrière elle.
Je
me rendis aussi compte, à cet instant précis, que j’étais parfaitement capable
de délibérément prendre une vie humaine, et que je pourrais, en fait, m’en
délecter.
« J’aimerais
mieux pas », répondit-il. « Tu as un punch plutôt méchant et je ne
doute pas que tu puisses me tuer si tu en as l’occasion. Mais tu sais que je ne
vais pas laisser ça se produire. Alors, s’il te plait, rends-nous service et
reste ici. Morgan est au-delà de ton aide. Accepte ça. Et fais quelque chose
pour la personne que tu peux
aider. »
« Très
bien », dis-je finalement avec le même ton froid et distant que je venais
d’utiliser. « Lâche-moi pour que je puisse l’aider. »
« Ne
tente rien d’idiot. »
« Je
n’en rêve même pas, Carmine. »
Il
me poussa brutalement et avant que je puisse m’arrêter, je me cognai au corps
toujours inconscient de Corinne et je m’affalai sur elle en tombant au sol.
Quand je me repris, je me retrouvai devant le canon de son pistolet.
« Sois fûtée. Et pour ce que ça vaut, je suis désolé. »
Corinne
gémit alors que je le regardais repartir lentement vers la porte. Lorsqu’il fut
parti, je croisai son regard noisette embué. « Angel ? »
Murmura-t-elle.
« Tiens
bon, Corinne. Je reviens tout de suite. Tiens bon pour moi. »
Je
me levai alors et me mis à courir, glissant presque sur les morceaux de bois
qui représentaient ce qui restait de notre porte. Je courus dans la cour et fut
momentanément aveuglée lorsque le moteur démarra et que les phares m’inondèrent
de lumière. Je levai le bras pour me protéger les yeux et courus dans la
direction de la voiture, tressaillant quand je reçus un énorme paquet de terre
projeté par les pneus de la grande berline qui tournaient à toute vitesse.
Je
continuai à charger et réussis à attraper une des poignées de portière que
j’ouvris juste au moment où la voiture partait. Je fus soulevée de terre, mon
bras tel un tesson de douleur intense, trainée à côté de la voiture pendant
quelques mètres avant de devoir lâcher.
Je
me remis debout brusquement et fonçai derrière la berline qui
s’éloignait ; je ne ressentais pas les pierres et les pommes de pin qui
s’enfonçaient dans la chair tendre de mes pieds nus et la déchiquetaient.
Bien
trop vite, la voiture disparut de ma vue, me laissant comme dernière image les
phares arrière clignotants lorsqu’elle prit un brusque virage à gauche et
quitta la route pour entrer dans la forêt. Je ressentis une crampe vive dans le
côté et je dus m’arrêter brusquement au risque de m’évanouir.
Ma
respiration sortait en sanglots hoquetants tandis que mes jambes me lâchaient
et que je tombais au sol, frappant celui-ci de mes poings en hurlant le nom
d’Ice.
« Qui
est- là ? » La voix qui avait prononcé ces mots était aiguë,
tremblotante et remplie de panique, juste au moment où je prenais une
inspiration courte pour crier ma douleur.
« Ice ! ! ! »
« Tyler ?
Tyler, c’est toi ? »
« Ice ! !
Reviens ! ! ! Ne me laisse pas ! ! »
La
voix se rapprocha. « Tyler, c’est moi, Ruby. Qu’est-ce qui ne va
pas ? Tu es blessée ? Tu veux que j’appelle la police ? »
Ce
mot encore. Ce foutu mot, détestable et méprisable. Une énorme partie de moi
hurlait à l’intérieur. « Oui ! Appelle la police ! Tout de
suite ! Ils ont pris Ice ! ! »
Mais
une toute petite partie, plus rationelle, s’écarta de cette idée comme un
poulain craintif rue en voyant un mouvement inattendu. « Non ! »
Réussis-je à crier avec une voix qui sortait d’une gorge enrouée par les
hurlements. « Pas la police ! »
Je
me remis debout et regardai à travers mes yeux glonflés de larmes vers la
silhouette de Ruby qui s’approchait rapidement. « Appelle une
ambulance ! »
Elle
s’arrêta, la tête penchée d’un côté. « Tu es blessée, Tyler ? »
« Appelle
une ambulance, Ruby, s’il te plait. Dépêche-toi ! »
« Mais… »
« Vite ! ! »
Avec
peu de satisfaction, je l’observai qui me regardait encore un instant, puis
elle se retourna et commença à monter rapidement la petite pente qui menait
chez elle.
La
douleur commençait à se faire sentir, mes pieds me faisaient aussi mal que des
dents cariées et mon épaule continuait à envoyer des décharges de douleur
électrique à chaque inspiration.
J’eus
un dernier et long regard dans la direction où s’était trouvée la voiture et
retournai dans la maison où Corinne attendait toujours allongée et blessée.
Je
boitai jusque dans la maison et la repérai à l’endroit même où je l’avais
laissée, effondrée en un tas informe sur le sol du séjour, une petite mare de
sang luisante dans la lumière faible de la pièce. Elle était terriblement pâle
et pendant un instant je fus certaine que sa poitrine avait cessé de bouger.
Je
courus jusqu’à elle et me mis à genoux, prenant à nouveau sa tête entre mes
mains. « Corinne ? Corinne, tu m’entends ? »
Après
un long moment, elle cilla et ouvrit des yeux toujours vitreux.
« Angel ? »
Je
ne pus m’empêcher de m’affaisser de soulagement. « Oh, merci mon Dieu. Je
pensais t’avoir perdue aussi. » Les larmes affleuraient mais je ne pouvais
me permettre de les laisser couler. Si je me laissais aller à ma douleur
presque submergeante, tout serait perdu.
Et
ça, ça ne pouvait pas arriver.
Elle
me fixait toujours et elle plissa les yeux. « Aussi ? Qui as-tu
perdu, Angel ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Où sont tous ces
hommes ? »
« Ils
sont partis. Ils ont eu ce qu’ils étaient venus chercher et ils sont
partis. »
« Qu’est-ce
qu’ils étaient venus chercher ? »
Je
serrai les dents et déglutis avec effort. Mes lèvres refusaient de
bouger ; elles refusaient de m’aider à prononcer le mot coincé au fond de
ma gorge.
« Angel ? »
« Reste…
reste tranquille, Corinne. Ruby est en train d’appeler une ambulance. Elle
devrait être bientôt là. »
« Réponds-moi,
Angel. »
Je
baissai les yeux vers elle, sachant qu’elle y verrait la réponse.
Elle
écarquilla les yeux. Son visage s’affaissa. « Oh, Angel », dit-elle
dans un souffle. « Oh non. »
Je
détournai mon regard de la douleur intense dans ses yeux, sachant qu’elle ne
faisait que refléter la mienne. « Pop. »
« Quoi ? »
« Il
faut que j’appelle Pop. Il saura quoi faire. Je vais l’appeler. » Je pus
sentir ma santé mentale commencer à vaciller alors que je me relevai comme dans
un rêve, presque en train de me regarder moi-même tandis que j’allais vers le
téléphone posé sur une étagère dans la bibliothèque. « C’est ça. Pop va
m’aider. Il doit le faire. C’est le seul qui puisse le faire. Oh… Mon Dieu. »
Avec
un détachement presque clinique, je regardai mes doigts frapper pour composer
le numéro qu’ils connaissaient par cœur, puis j’amenai le téléphone à mon
oreille. Deux sonneries, puis trois, puis quatre, et je faillis raccrocher
brutalement de frustration, avant que la voix emplie de sommeil de Pop ne
résonne. « Ouais ? »
« Pop,
c’est Tyler. S’il vous plait. J’ai besoin de votre aide. »
« Tyler ?
Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Est-ce que Corinne est
malade ? Est-ce que Morgan est bien rentrée ? Je sais qu’elle a
laissé la camionnette ici, le moteur était un peu… »
« Venez.
S’il vous plait. Et, Pop ? »
Sa
voix était très attentive maintenant. « Ouais ? »
« Apportez
votre arme. »
Puis
je reposai le téléphone quelle qu’ait pu être sa réponse, et je serrai les bras
autour de moi tandis que mon regard scrutait la bibliothèque. Le livre qu’Ice
lisait le dernier jour passé ensemble, était bien rangé sur l’une des tables,
le signet en argent gravé que je lui avais offert pour Noël brillant entre les
pages. Je tendis un doigt tremblant et traçai ses initiales, me souvenant de l’expression
de bonheur tranquille qui était passée sur son visage quand elle avait ouvert
son cadeau.
Non, Ice. S’il vous plait.
S’il vous plait.
« Angel ? »
La
voix douce de Corinne pénétra le brouillard épais de mon cerveau et je me
retournai, réalisant que je l’avais complètement oubliée. « Corinne…
je… »
Elle
eut un petit sourire. « C’est bon, Angel. C’est bon. »
« Non,
Corinne. Ce n’est absolumment pas bon. Ça ne le sera jamais plus. » Je
portai mes mains à ma tête, comme des serres douloureuses, aggripait mes
cheveux, les tirait, les arrachait. « Noooooooon ! ! ! »
« Angel ! »
La voix de Corinne était coupante, acérée, même malgré sa blessure à la tête.
« Ça suffit. Tu es une femme forte. Nous le savons toutes les deux. Alors
commence à agir comme telle. J’ai besoin que tu le fasses. Et Ice aussi. »
Je
tournai sur moi-même et la regardai, les mains toujours dans mes cheveux.
« Ice est morte. »
« Tu
n’en es pas sûre, Angel. Et si c’était le cas, tu n’appellerais pas Pop pour
qu’il t’aide. Une petite partie de toi n’a pas perdu espoir encore. Utilise-là
pour te sortir de là. Il le faut ou alors elle sera vraiment partie. »
Au
fond de moi, je pouvais sentir ma réaction à ses paroles. Cette fichue lueur
d’espoir inutile se redressa et grandit, de plus en plus forte, autant que le
reste en moi qui voulait la détruire pour de bon. Il était stupide et
incroyablement naïf de ma part de même penser croire qu’Ice avait une chance de
se sortir du piège dans lequel on l’avait mise. Les chances étaient plus que
sérieuses qu’elle était déjà morte, allongée quelque part, froide et solitaire,
attendant que les bêtes de la forêt se nourrissent de son corps sans vie.
Et
pourtant…
Le
bruit de pneus qui crissaient pour s’arrêter devant la cabane me fit prendre ma
décision, et après un rapide coup d’œil reconnaissant à Corinne, je courus vers
la porte juste à temps pour voir Pop descendre de sa camionnette, fusil en
main, ses cheveux ébouriffés par le sommeil et ses vêtements rapidement
enfilés.
« J’suis
v’nu aussi vite que possible, Tyler. Tu vas m’dire c’qui s’passe ici,
hein ? »
« Ils
ont Ice, Pop. Ils l’ont et il faut qu’on la récupère. »
« Qui ?
Qui l’a prise ? »
« Est-ce
que c’est important ? Allez ! Il faut qu’on les
poursuive ! » Je me dirigeai vers la portière du passager mais fut
arrêtée par une main ferme sur mon coude.
« Attends
une seconde, Tyler. C’est peut-être pas important pourr toi mais pour moi si,
et pas qu’un peu. J’suis pas né d’hier, et j’suis pas assez naïf pour croire
qu’ces idiots qu’Millicent paye pour faire son sale boulot pourraient avoir
l’dessus sur Morgan, même si elle était attachée avec un bandeau sur les yeux.
Et comme tu m’as dit d’apporter mon arme, je m’doute qu’ces gars-là ont assez
de tripes pour tuer si ça les prenait. Alors si je dois me faire exploser la
tête, j’aimerais bien savoir qui me tire dessus, hein ? »
Je
regardai ses yeux brillants et je sus que j’étais piégée entre un rocher et un
endroit très, très dur. Les secondes passaient, emportant Ice de plus en plus
loin de moi, et mon espoir avec elle. Je ne savais honnêtement pas quoi faire.
Le
regard de Pop s’adoucit. « Tyler, tu me connais depuis un moment, depuis
que t’es gamine. Pas autant que maintenant, bien sûr, mais assez, j’espère,
pour savoir que tout c’que tu m’dis en secret ira pas plus loin que mon
cerveau. Quoi qu’tu m’dises ira nulle part ailleurs. »
Être
coincé sans échappatoire crée des associations inattendues, comme l’a dit
quelqu’un avant moi. Ce n’est pas que je ne faisais pas confiance à Pop. Au
contraire, je lui faisais confiance sur ma vie.
La
question était : pouvais-je lui faire confiance sur la vie d’Ice
également ?
Je
n’avais pas vraiment le choix. Des mensonges étaient trop compliqués à trouver
et il méritait de connaître la vérité.
« C’est
qui, Tyler ? »
J’hésitai
une seconde encore, puis je jetai toute précaution au vent. « La Mafia.
Il
écarquilla les yeux. « Comme dans le Parrain ? Cette
Mafia-là ? »
Je
hochai la tête.
« Qu’est-ce
qu’ils ont à faire avec le prix du thé au Tibet ? »
« J’ai
votre parole ? »
« Tu
l’as, Tyler. Croix de bois, croix de fer. »
« Ice
est… était… un assassin pour la
Mafia.
« Dieu
le Père et son fiston Jé-sus », murmura-t-il. « Je savais qu’elle
était pas une mécanicienne de bourgade. »
« Non.
Elle ne l’est pas. Il y a six ans, elle a été accusée de meurtre sur un témoin,
ce qu’elle n’a pas fait, et jetée en prison. » Je pris une inspiration
profonde puis la relâchai lentement. C’est
le moment du va-tout, Angel. S’il flanche, tu prends son arme, tu sautes dans
sa camionnette et tu pars. « C’est là que je l’ai rencontrée. »
Il
écarquilla encore plus les yeux. J’aurais ri à cette vue si j’en avais le cœur.
« En prison ? Tu étais gardienne ou quoi ? »
« Non.
J’étais prisonnière aussi. »
« Toi ? ! ?
Nan. Tu t’moques de moi, Tyler. »
« Non.
Ecoutez, on peut continuer sur la route ? Il faut qu’on
parte ! ! »
On
entendait de plus en plus les sirènes de l’ambulance en approche et je me
détendis un peu, sachant que Corinne serait bientôt entre de bonnes mains. Ruby
apparut comme sortie de la nuit, le visage arborant une énorme interrogation.
« C’est Corinne. Elle est blessée. Peux-tu aller à l’hôpital avec elle et
t’assurer qu’elle va bien ? Il y a quelque chose que je dois faire avec
Pop. »
Elle
avait l’air sur le point de discuter mais quelque chose sur mon visage dut la
faire changer d’avis, parce qu’au lieu de mots, elle me donna un signe de tête
brusque et se dirigea vers la maison.
Je
me tournai vers Pop. « S’il vous plait ? »
Il
se secoua comme d’un rêve, cligna des yeux, puis relâcha mon bras. « Très
bien. On y va. »
Je
hochai la tête, courus vers l’autre côté de la camionnette et sautai pour y
monter. Pop la démarra d’une main tout en attrapant son micro de CB de l’autre
en criant quelques indications brusques dedans avant de le ranger. « J’demande
de l’aide », lâcha-t-il avant d’écraser l’accélérateur et de nous faire
partir dans un nuage de poussière. « Tiens bon, Tyler. On a des connards à
trouver. »
Nous
nous dirigeâmes vers les bois et je lui montrai le chemin (du moins le peu que
j’en savais) tandis que Pop se concentrait sur la conduite. La piste était
plutôt facile à suivre, au début. La berline avait tracé la forêt pendant
plusieurs centaines de mètres avant de revenir sur la route, en direction du
sud.
Nous
fixions la lumière des phares de la camionnette sur cette route, nos regards
cloués chacun sur notre côté pour voir si la voiture que nous pistions avait
fait d’autres détours soudains.
Mon
regard saisit un éclair brusque et lorsque je levai les yeux, je pus voir qu’au
moins deux camionnettes s’approchaient rapidement de nous par derrière.
« Pop ? »
Il
jeta un rapide coup d’œil dans le rétroviseur avant de retourner son attention
sur la route. « Les fils Drew. Ce sont les meilleurs pisteurs de la
contrée. Et pas intimidés par l’idée de prendre part à tout ça pour le
coup. »
Nous
continuâmes pendant quelques kilomètres encore en silence jusqu’à ce que la
route en croise une autre qui allait d’est en ouest. « Quel
côté ? » Demandai-je.
« Ils
ont dit où ils allaient avec elle ? »
« Non.
Ils n’ont pas dit grand-chose en fait, sauf qu’ils ne voulaient pas la tuer
dans la maison. » J’essuyai avec rage les larmes qui recommençaient à
couler, m’embrouillant la vue. « C’est sympa de leur part,
hein ? »
« Tu
penses qu’ils essaient de rentrer aux States avec elle ? »
Je
secouai la tête. « Je ne sais pas. Il y a des routes qui traversent la
frontière légalement mais ne sont pas contrôlées ? »
« Pas
par ici, il y en a pas. Et tenter de traverser par les bois dans une voiture
c’est du suicide. Ça te bousille les roues avant que t’aies fait un kilomètre.
Y a des coins rudes par ici. »
Je
sentis que je m’affaissais sur le siège. « Alors, qu’est-ce qu’on
fait ? »
Pop
arrêta la camionnette à quelque distance de l’intersection, sauta dehors et
alla lentement vers l’endroit où les routes se croisaient. Tandis que je me
sortais de la cabine, j’entendis les deux autres camionnettes s’arrêter
derrière nous, les portières s’ouvrir et le bruit lourd des deux frères qui
sautaient de leur propre cabines. Ensemble, nous rejoignirent Pop qui regardait
le bitume. « Combien dans la voiture ? »
Je
réfléchis un moment. « Six. Et un dans le coffre. »
Il
me regarda. « Morgan ? »
Je
secouai la tête. « Non. Elle… heu… elle en a tué un. Ils ont mis son corps
dans le coffre. Elle est dans la voiture avec eux. Je pense. »
Pop
sourit tout comme les frères Drew. « C’est plutôt bon pour elle. » Il
regarda à nouveau la route que les phares brillants des trois camionnettes
éclairaient d’un blanc pâle tel un os blanchi. « C’est une grosse voiture
alors. Et qui va sûrement plutôt vite. »
John
Drew traversa l’intersection puis s’accroupit, examinant quelque chose dans le
coin sud-est. Je plissai fort les yeux mais ne pus deviner ce qui avait attiré
son attention. Il se releva, s’épousseta les mains sur son pantalon et nous
regarda. « On dirait bien qu’ils ont tourné vers l’est »,
énonça-t-il.
Pop
hocha la tête. « Ça a du sens s’ils vont vers la frontière. »
« Comment
pouvez-vous en être si sûr ? » Demandai-je.
« Il
y a une marque profonde à l’endroit où une voiture a pris un virage brusque.
Pas des marques de glissade mais du gravier éparpillé dans un dessin plutôt
représentatif. »
Je
le regardai. « Vous êtes officier de police ou quoi ? »
Derrière
moi, Tom ricana, ce qui me mit un peu plus à l’aise. Un peu, en tous cas.
John
sourit. « Nan. Mais j’étais chasseur de primes. »
Les
yeux écarquillés, je regardai Pop sachant que mon visage en disait trop mais
incapable de faire autrement. Pop sourit. « Quelquefois, il préfère les
méchants garçons aux gentils. Ça a failli lui attirer des ennuis plus d’une
fois. » Il me fit un clin d’œil discret et je me détendis complètement,
acceptant son jugement en la matière.
Je
me tournai à nouveau vers John. « Mais, si ce n’était pas eux ? Si
c’était une autre voiture ? Ou un camion ? »
« Oh,
c’était une voiture, sûr. Un camion n’aurait pas pris son virage aussi
vite. »
« Oui,
mais je suis sûre qu’il y a eu plus d’une voiture qui a pris ce virage
depuis… »
Pop
mit la main sur mon bras. « Pour l’instant, c’est la meilleure piste qu’on
a, Tyler », dit-il doucement.
Je
soupirai. « Je sais. C’est juste que… je ne veux pas abandonner d’autres
pistes qui seraient là pour suivre juste celle-ci. Plus on met de temps à les
trouver… »
Tom
se mit entre nous. « Et si on faisait comme ça ? Pop et vous, vous
suivez la piste la plus évidente. Il y a bien un million de sentiers et des
routes forestières quand on va vers l’est et il va falloir un moment pour les
pister si la voiture semble avoir tourné sur l’un d’eux. Je vais continuer vers
le sud et John peut aller vers l’ouest pendant encore trente kilomètres. Si
aucun de nous ne voit rien, on fait demi-tour et on revient pour vous retrouver
et vous aider à chercher sur cette route-ci. Si on trouve quelque chose, on
vous appelle. Ça vous va ? »
Je
lui souris avec gratitude, surprise de trouver en moi la force de sourire.
« Oui. Ça me semble génial. Merci. »
Il
sourit et me donna une petite claque sur l’épaule. « On y va alors. »
*******
A suivre – Chapitre 8
Possibilités infinies, chapitre 4
Chapitre Quatre
« Reviens
Perdicas, tout est pardonné » (Come back Perdicus, all is forgiven)
Cass tourna son visage
vers le soleil et ferma les yeux pendant quelques précieuses secondes. Que
c’est bon d’être dehors – vraiment dehors, songea-t-elle en rouvrant les
yeux pour observer ce qui l’entourait. On n’a pas souvent cette opportunité.
Je suis contente que le capitaine ait décidé de prendre le risque d'autoriser
cette permission.
Tous les scans de la
superbe planète verte n’avaient montré que des océans bleus, des plages
blanches, des ruisseaux d'eau fraîche qui coulaient vers les vagues et la forêt
luxuriante. Il y avait de la vie sauvage en abondance, mais rien de plus gros
qu’un chimpanzé ne s’était montré sur les scans. Le capitaine avait néanmoins ordonné
que des détachements de sécurité couvrent chaque période de rotation sur la
planète, une précaution avec laquelle Cass était en parfait accord.
Elle avait passé les
quatre dernières heures sur la planète, à se balader au milieu des divers
groupes de membres d’équipage, à garder contact avec son équipe de sécurité et
à essayer de rester alerte dans cette chaleur propice au sommeil.
Elle se tenait
maintenant dans l’ombre de ce qui pouvait passer pour un palmier sur ce monde,
le dos pressé contre l’écorce rugueuse. Elle avait l’air détendue, mais sa main
reposait sur le phaseur accroché à sa ceinture et ses yeux bougeaient sans
cesse, balayant la plage sur toute sa longueur. A côté, un groupe d’amis se
prélassait, vêtus de maillots de bain, un pique-nique étalé sur une couverture.
B’Elanna Torres,
l’ingénieur en chef du Voyager et probablement la meilleure amie de Cass à
bord, était allongée sur le dos, redressée sur ses coudes et regardait
l’officier de sécurité.
« Par pitié, Cass,
prends une journée de congé, tu veux bien ? » La gronda la
demi-Klingonne. « Combien de fois tu en as l’occasion ? »
Cass haussa un sourcil
en direction de son amie.
« Pas assez
souvent », murmura-t-elle en regardant un autre groupe de femmes officiers
qui gambadaient dans l’eau peu profonde.
« Alors
déshabille-toi et viens t’allonger au soleil, femme », insista Torres.
Cass sourit
affectueusement à la brune séduisante. B’Elanna et elles avaient développé une
amitié improbable peu de temps après que le Voyager avait repris sa route vers
le Quadrant Alpha. Elle était basée sur un antagonisme mutuel au début, mais
avait évolué vers quelque chose plutôt proche de la solidarité féminine. Avec
une touche de flirt pour faire bonne mesure, songea Cass avec ironie.
Les deux femmes étaient
connues pour flirter sans cesse l’une avec l’autre, mais sans jamais aller
au-delà. B’Elanna était continuellement impliquée amoureusement quelque part et
Cass… et bien, Cass n’était pas impliquée amoureusement, pas depuis l’enseigne
Tina Roberts du moins. C’était un point de dispute légère entre elles, parce
que Torres persistait à monter des rendez-vous galants avec optimisme pour
Cass, auxquels elle se rendait avec un sourire Mais ça s’arrêtait toujours là.
Et malgré leur
proximité, Cass n’avait jamais raconté son histoire passée avec Lis à B’Elanna.
L’ingénieur traînait une réputation de commère et la dernière chose que Cass
souhaitait, c’était que ce genre de rumeur fasse le tour du vaisseau. Pas
maintenant. Pas quand Lis et Nick semblaient être si heureux ensemble et
qu’elle-même était heureuse de simplement vivre.
« Lt, peut-être que
ça vous a échappé, mais je suis en service là », dit Cass d'un ton à
moitié sarcastique, tout en souriant à l’ingénieur.
« Cass, ça va faire
bientôt quatre ans qu’on est ici et je peux compter sur les doigts d’une seule
main le nombre de fois où je ne t’ai pas vue être en service. »
La grande femme haussa
les épaules. « Lâche-moi un peu, tu veux ? C’est dans la nature de ce
boulot. » Elle regarda vers B’Elanna qui, bien que resplendissante dans un
maillot une-pièce jaune fluo, n’en avait pas moins des cercles sombres sous les
yeux. « Et excuse-moi de mentionner ça, mais est-ce que ce n’est pas toi
l’ingénieur en chef qui a aligné trois doubles périodes la semaine dernière ?
Mademoiselle Personne-ne-connaît-mes moteurs-mieux-que-moi. »
« Oh, la
ferme », dit Torres avec entrain. « C’est différent. Il y a des
réparations qu’il faut bien faire. Mais regarde autour de toi, Cass, la seule
menace c’est le coup de soleil imminent. »
Cass ricana.
« Allons B’Elanna.
C’est du Voyager qu’on parle. Regarde tout ce que nous avons vécu ces quatre
dernières années. Les Borgs, les Hirogens, l’espèce 8472 – tous les dingues et
les tarés de l’univers gravitent autour de nous. » L’ingénieur se mit à
rire. « C’est vrai. Quand avons-nous passé une semaine sans qu’il nous
arrive quelque chose de bizarre ? Pourquoi cette semaine-ci serait-elle
différente, juste parce que le soleil brille et que le sable chaud glisse entre
nos orteils ? »
Torres se mit sur son
estomac, ajustant la grande serviette sous elle avant de s’allonger, son front
bosselé posé sur ses mains.
« Tu deviens plus
amère et plus tordue en vieillissant, Lansdown », dit-elle, sa voix
légèrement étouffée.
Cass poussa pour se
décoller de l’arbre en repérant une autre silhouette familière qui s’avançait
vers elles.
« Non »,
dit-elle. « Je deviens juste plus sage avec l’expérience. » Elle
descendit un peu vers la plage puis se retourna et cria à l’intention de la Klingonne.
« Salut
Cass », dit le Lt Tom Paris en passant près d’elle.
« Salut Tom »,
répondit-elle avec entrain. B’Elanna et le pilote en chef du Voyager étaient
engagés depuis quelques mois dans une liaison enflammée avec des hauts et des
bas. L’opinion personnelle de Cass était qu’elle avait peu de chances de durer.
Mais on a vu plus étrange, songea-t-elle en descendant vers le bord de
l’eau.
Elle tourna vers le nord
et commença à se balader. Des groupes de membres d’équipage étaient éparpillés
partout sur la plage, occupés par diverses activités. Du volleyball, du
baseball de plage, des pique-niques… et du sexe… Cass sourit en voyant un
massif frétiller bizarrement. Pas de cris, donc ça ne peut pas être un
spécimen méchant de faune locale, pensa-t-elle en riant. Un cri étouffé
émana du buisson et Cass se mordit la langue pour s’empêcher de rire trop fort.
Pas encore de cris.
Elle continua à
patrouiller, échangeant avec les équipes de deux agents postées à intervalles
irréguliers le long de la plage. Pour la millionième fois en quatre heures,
elle souhaita porter autre chose que son uniforme, alors qu’un filet de sueur
descendait lentement entre ses omoplates. Devant, elle pouvait voir Nick et Lis
assis sur le sable et elle se dirigea vers eux.
On dirait qu’ils
s’amusent bien, pensa Cass. Ses amis avaient étalé un
pique-nique sur une couverture posée entre eux et Nick versait du champagne
dans un verre qu’il tendit ensuite à sa femme. Il avait fallu chaque minute du
temps passé dans le Quadrant Delta pour que Cass en arrive au point d’agir avec
son ex-amante et son mari avec un certain semblant de calme. Ça m’a pris
assez de temps, songea-t-elle. Mais au moins, maintenant, je peux
accepter l’idée que leur mariage doit suivre son chemin. Elle se
connaissait assez pour savoir que son cœur appartiendrait toujours à la jeune
psychologue et elle concentrait plutôt son énergie à être le meilleur officier
de Starfleet qu’elle puisse être.
Tant qu’elle est
heureuse… Cass s’avança vers les deux scientifiques.
« Bonjour,
Lt », dit Nick en versant un autre verre de champagne avant de s’étendre
sur la couverture. Le plus souvent, il maintenait la formalité de son rang,
même alors que leur relation s’était apaisée dans une calme acceptation
mutuelle au cours des années.
« Bonjour,
Nick », répondit-elle avec un sourire joyeux.
« Salut
Cassie », dit Lis. « Tu as l’air d’avoir chaud. »
« Sûrement parce
que c’est le cas », répliqua le grand chef de la sécurité. « Un de
ces jours, un cerveau brillant va inventer un uniforme plus approprié pour des
journées comme celle-ci. »
Lis était
resplendissante dans un deux-pièces vert qui faisait ressortir la couleur de
ses yeux. Entre autres choses, songea Cass avec ironie, avant de tourner
son esprit vers d’autres choses.
« Beau
choix », dit-elle, en indiquant les pots de salade de coleslaw et d’œufs,
de pain français croustillant, de caviar et de pinces de crabes.
« Joignez-vous à
nous », l’invita Nick en souriant tout en lui tendant le verre de
champagne.
Mmmmmm tentant, songea Cass en le lui prenant, sentant les gouttes fraîches
de condensation sur l’extérieur du verre dues à la boisson glacée. Elle prit
une gorgée prudente et grogna lorsque le liquide rafraîchissant apaisa sa gorge
sèche. Pas mauvais pour du synthéhol, pensa-t-elle. Pas aussi bon que
le vrai, mais pas mauvais du tout.
« Attendez un
instant », dit-elle en s’écartant de la couverture. Elle tapota son
communicateur. « Lansdown à Morgan. »
« Morgan
j’écoute », répondit son adjoint, qui se trouvait à l’autre bout de la
plage, en train de coordonner les équipes de sécurité éparpillées dans cette
zone.
« Comment ça se
passe, Ray ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.
« Rien ici, chef »,
répondit-il. « Tout est clair et calme. Le dernier rapport du Voyager dit
que c’est tranquille là-haut aussi. Bon sang, on dirait bien que cet endroit
s’avère aussi sympa qu’il en avait l’air sur les scans. »
« Mmmmmm »,
dit Cass d’un ton neutre. Elle était assez avisée pour ne pas se fier aux
apparences dans les missions d’exploration. Surtout sur une planète où la seule
anomalie était un champ magnétique bizarre qui les avait empêchés d’utiliser
les téléporteurs. Tout le monde avait dû venir par des navettes, dont trois
d’entre elles étaient garées tout près dans une clairière de la jungle.
« Rendez-moi un service, que le Voyager fasse un autre scan de la zone et
gardez trois pilotes en stand-by près des navettes dans la clairière,
d’accord ? »
Elle put presque
l’entendre lever les yeux au ciel.
« Faites-moi
plaisir, d’accord ? » Dit-elle en riant. « Je vais être occupée
pendant une quinzaine de minutes et je surcompense. Alors, s’il vous
plait. »
Son adjoint, à qui elle
faisait plus que confiance pour faire son travail avec compétence, rit avec
bonne humeur. « Pas de problème, chef. Amusez-vous. Faites-moi savoir
quand vous êtes à nouveau sur le pont. »
« Ok. Lansdown, fin
de communication. »
Cass se retourna vers
Lis et Nick et s’avança sur un coin de la couverture. Elle plia les jambes sous
elle avec grâce jusqu’à ce qu’elle soit assise sur le tissu à carreaux rouges.
« Je suis toute à
vous pour les quinze prochaines minutes », dit-elle, en souriant tout en
avalant une autre gorgée de champagne frais.
« Quinze
minutes ? Wow, vous vous laissez vraiment aller, Lt », dit Nick d’un
ton moqueur, tout en lui tendant une assiette en carton et une serviette.
« C’est un sale
boulot, Nick, mais quelqu’un doit bien le faire. »
Lis se mit à rire
doucement, appréciant l’échange de taquineries entre son mari et son ex-amante.
Je n’aurais jamais cru ça possible, pensa-t-elle. On ne peut pas dire
qu’ils sont amis intimes, mais on dirait qu’ils en sont venus à une sorte de
paix. Elle regarda Cass se servir de la nourriture, tandis que Nick
commençait à manger sa portion. C’est stupéfiant. Je suis une femme
incroyablement chanceuse.
Elle avait toujours des
moments d’inquiétude au sujet du beau et solitaire chef de la sécurité. Des
moments où la culpabilité, liée au fait que Cass avait choisi d’être seule
jusqu’à ce qu’elle puisse être avec elle, la submergeait presque.
Lis pencha la tête d’un
côté et regarda les angles superbes sur le visage de la jeune femme brune. Elle est si belle. Et avec tant d'amour à
donner. Je ne peux pas choisir à sa place. J’espère juste qu’elle ne me haïra
pas pour ça. Cass saisit son regard et lui envoya un sourire brillant, leur
regard se croisant dans une vague chaleureuse de compréhension mutuelle. Bon
sang, j’espère que je ne vais pas me haïr pour ça,
songea Lis.
« Alors », dit
finalement Cass, la bouche pleine de salade d'œufs. « Qu’est-ce qu’on
fête ? »
Le mari et la femme
échangèrent un regard entendu et Cass sentit qu’elle retenait sa respiration. Oh
oh, songea-t-elle, pourquoi est-ce que j’ai l’impression que ça va faire
mal ?
Autant lui dire
maintenant, pensa Lis en reconnaissant le ravissement à
peine voilé sur le visage de son mari. Je ne veux pas qu’elle le découvre
par les commérages des ponts inférieurs. Et, au moins ici, je sais que Nick
sera gentil.
La jeune blonde se
tourna pour faire face à Cass et la fixa avec un regard franc.
« Nous avons une
nouvelle à annoncer, Cassie », dit-elle doucement. « Je suis
enceinte. »
Cass espérait violemment
que son visage restait calme, parce que dedans, c’était le bazar. C’était comme
recevoir un coup de pied dans le ventre et elle sentit l’air sortir dans un
long soupir tremblant. Reprends-toi
Cassie, ils sont heureux de le dire, se réprimanda-t-elle.
« C’est
génial », dit-elle, en étirant son visage dans un sourire.
« Félicitations. A vous deux. » Elle tendit la main et serra celle de
l’heureux père. « La naissance est prévue pour quand ? » Il
faut que je sorte d’ici. Lis la regarda affectueusement et Cass détourna
immédiatement le regard. Elle sait exactement ce que je pense. Elle sait ce
que je ressens. Bon sang.
« Je suis enceinte
de six semaines », dit la conseillère.
« C’est
fantastique », dit Cass à nouveau. « Je suis vraiment heureuse pour
vous deux. » Son visage était douloureux à cause du sourire qu’elle
maintenait fermement en place. Son communicateur gazouilla, les surprenant
tous. Oh merci, songea-t-elle.
« Janeway à
Lansdown. »
« Oui,
Capitaine ? »
« Puis-je prendre
un peu de votre temps, Lt ? »
« Oui, madame. Où
êtes-vous ? »
« Au nord de votre
position, au bord de l’eau. »
Cass regarda sur sa
droite, le long de la plage, et repéra finalement le capitaine qui se tenait
près de la silhouette bien plus grande et plus imposante, de la Borg
« J’arrive,
Capitaine. » Elle se retourna vers Lis et Nick et haussa les épaules dans
un geste d’excuse. « Le devoir m’appelle », dit-elle en tendant sa
coupe de champagne à Nick. « Merci pour le verre. » Elle se releva
rapidement, avec l’ardent souhait d’être loin, le plus loin possible, du couple
bienheureux. « Et merci… de m’avoir annoncé la bonne nouvelle. » Elle
sourit brièvement bien que de manière peu convaincante et s’éloigna
maladroitement du pique-nique.
Bon sang, songea Lis en fermant les yeux face à une vague de
tristesse. Comme j’aurais aimé trouver une meilleure façon de faire ça. Elle
ouvrit les yeux et la regarda partir au petit trot vers la plage. Y avait-il
un autre moyen de lui annoncer ça sans la blesser comme je sais bien que ça l’a
fait ? Elle soupira.
« Hé », dit
Nick en essayant d’attirer l’attention de sa femme. Il attendit quelle tourne
son visage vers lui. « Ça va aller pour elle. »
« Je
l’espère », murmura Lis. « Je suis si heureuse pour ce bébé, je veux
juste que tout le monde le soit aussi. » Elle se pencha en avant et
l’embrassa légèrement. « Merci d’être gentil avec elle. »
Il haussa les épaules.
« Crois-le ou pas, je ne trouve vraiment aucun plaisir à la voir blessée,
Lissy », répondit-il. « Autrefois peut-être. Mais pas
maintenant. » Il tendit le bras et encercla sa taille pour l’attirer
contre lui. « Je préfère me concentrer sur toi. » Il l’embrassa.
« Et notre bébé. »
********************************
Cass courait lentement,
ses pensées emportées dans un tourbillon alors que ses pieds traçaient un
chemin régulier dans la bande de sable plus ferme près de l’eau. Elle avait
l’impression que la réalité lui était tombée dessus et l’avait frappée entre
les deux yeux avec quelque chose de dur et de massif.
Qu’est-ce qu’il y a,
Cass, s’interrogea-t-elle. Ce n’est pas comme
si ça devait t’étonner qu’elle souhaite avoir des enfants. Elle l’a toujours
dit. Et pour dire la vérité, tu as toujours pensé qu’elle ferait une mère
fabuleuse. Alors pourquoi est-ce que c’est comme si ton monde s’écroulait, bon
sang ?
Elle ralentit et se
remit à marcher, gardant un œil sur les vagues de bonne taille qui roulaient
lentement sur la plage.
Sois honnête, Cass. Tu
as toujours pensé que c’était juste une question de temps avant qu’elle réalise
qu’elle ne pouvait plus rester avec lui. Elle
shoota dans un morceau de bois flottant. Et maintenant tu sais combien elle
est engagée envers lui et leur famille, n’est-ce pas ? Maintenant tu sais
combien de temps tu vas devoir attendre. Elle déglutit, luttant contre le
sentiment qu’elle allait fondre en larmes.
Je suis en colère, réalisa-t-elle avec choc, surprise que ça lui ait pris si
longtemps pour appeler cette émotion par son nom. J’ai attendu si longtemps.
Et pour quoi ? Pour les regarder être heureux ensemble ? Est-ce que
je n’ai pas le droit d’être heureuse, moi ? Devant, elle pouvait voir
le capitaine et Seven, côte à côte. L’officier supérieur tenait une longue
canne à pêche et tentait d’expliquer quelque chose à la Borg. Combien
La sinistre vérité
pesait, telle une pierre glacée, au fond de l’estomac de Cass.
Elle ne va jamais le
quitter. Il va falloir que j'attende qu'il meure. Elle sentit la bile lui monter à la gorge et une vague
nauséeuse la fit s’arrêter net. Génial, songea-t-elle. Et toutes les
nausées matinales par sympathie en plus. J'avais vraiment besoin de ça. Elle
déglutit avec force et continua à marcher, perdue dans des pensées profondes et
mélancoliques. Est-ce que j’ai fait une énorme erreur – d’être restée seule
ou bien…
« Vous vous sentez
mal, Lt ? » Le ton saccadé de la voix de la grande Borg la
ramena brutalement à la réalité et elle se retourna pour croiser le bleu
intense des yeux si semblables aux siens par la couleur et la clarté.
« Seven… bonjour…
non je vais bien. Merci », dit Cass distraitement. Remets-toi en selle,
Lansdown, se morigéna-t-elle. Tu auras bien assez de temps plus tard
pour t’apitoyer sur ta vie.
La blonde sculpturale se
tenait au garde-à-vous, les mains derrière le dos. Elle haussa un sourcil
sceptique en direction du chef de la sécurité, la seule femme à bord du Voyager
avec qui elle pouvait croiser le regard à niveau.
« Je ne peux pas
croire que vous puissiez réellement vous sentir ‘bien’, Lt, dit le Borg d’un
ton analytique. « Votre visage est rouge, vos pupilles sont dilatées et je
crois qu’un examen médical plus approfondi révélerait que votre cœur bat trop
rapidement. »
Cass mit les mains sur
ses hanches, irritée de voir que Seven était aussi exacte dans ses
observations, que d’habitude. « J’ai dit que j’allais bien »,
répliqua-t-elle en laissant transparaître une note d’agacement dans sa voix.
Le capitaine Kathryn
Janeway observait l’échange entre ses deux membres d’équipage avec amusement.
Les deux femmes étaient étonnamment similaires de multiples façons. Elles
étaient de la même taille, bien que Lansdown fût plus solidement constituée.
Leurs yeux étaient très nettement semblables ; toutes les deux avaient les
cheveux longs, même si ceux de Seven étaient aussi blond platine que ceux de
Cass étaient noir d’ébène. Le visage et la main gauche de Seven étaient
couverts de petits vestiges des implants borgs qui l’avaient reliée au
Collectif. Et ces deux femmes souffrent d’isolement à un certain degré,
songea Janeway. Cass parce qu’elle le choisit, et Seven parce qu’elle
continue à ré-apprendre à être humaine.
Seven était sur le
Voyager depuis près d’un an, après avoir été arrachée au Collectif pendant la
rencontre du vaisseau avec le pire ennemi des Borgs, l’espèce 8472. Après que
le Docteur eut retiré la plus grande partie des implants qui avaient fait de
Seven un drone, Janeway s’était sentie obligée de prendre la jeune femme sous
son aile. Ça avait été un chemin chaotique au début, mais, ces derniers temps,
la belle blonde avait bien répondu à l’intérêt maternel du capitaine.
Maternel, mon œil, pensa Janeway, sardonique, en regardant Cass et Seven
jouter verbalement dans le soleil éblouissant. La Borg
« Capitaine ? »
Répéta Cass, en se rendant compte que son commandant ne l’avait pas entendue la
première fois et fixait en fait la grande blonde près d’elle. Le chef de la
sécurité sourit, reconnaissant une femme amoureuse quand elle en voyait
une. Intéressant, songea-t-elle. Un rapide coup d’œil à Seven lui
indiqua que la jeune femme rougissait légèrement sous le regard scrutateur de
la femme aux cheveux couleur auburn. Trrrrrrrrès intéressant.
« Capitaine », dit-elle à nouveau, cette fois avec plus de force.
Janeway arracha son
regard de Seven, embarrassée de voir que ses deux officiers avaient terminé
leur conversation sans même qu’elle s’en rende compte. La Borg
« Je commence à
penser que c’est le Capitaine Janeway qui nécessite une attention médicale »,
dit Seven d’un ton neutre.
Cass ricana. « Si
je ne vous connaissais pas mieux, Seven, je serais tentée de penser que vous
faites de l’humour », dit-elle.
Cela lui valut un regard
bleu froid rien que pour elle.
« Je tentais
d’expliquer le concept de la pêche », dit Janeway, en reprenant sa
contenance. « Sans beaucoup de succès, ajouterais-je. »
« Ça semble être un
procédé des plus inefficaces », dit Seven de manière hautaine. « Quel
est l’intérêt de dépenser tant d’énergie pour capturer un seul exemplaire d’une
nourriture que n’importe quel synthétiseur peut reproduire en quelques
secondes ? »
Janeway et Cass
échangèrent un regard amusé.
« Et bien, à part
le fait que ce soit un talent utile pour la survie, beaucoup de gens pensent
que la pêche est une forme sublimée de méditation », dit Cass, absolument
pince-sans-rire.
« La
méditation ? » L’expression de Seven suintait le scepticisme.
« Bien sûr »,
répondit Cass. « C’est un passe-temps calme et tranquille. En plus, il y a
un côté tactique. Il faut essayer de penser à la place du poisson. »
« Penser à la place
du poisson », répéta Seven avec mépris. « Peut-être… que la pêche…
pourrait faire partie de l’examen d’entrée à Starfleet. »
Les deux officiers
éclatèrent de rire à ces mots, provoquant un minuscule sourire sur les lèvres
de la blonde sculpturale.
« On pourrait faire
bien pire, Seven », dit Janeway après s’être suffisamment remise pour
parler. Elle tapota le bras de l’ex-Borg affectueusement. « Contente de
voir que votre sens de l’humour se développe plutôt bien. »
« Le Docteur m’a
dit que faire de l’humour pouvait être un moyen efficace de… » Seven
s’interrompit, à la recherche de l’expression exacte. « … Briser la
glace. »
Le capitaine hocha la
tête et sourit à sa jeune protégée. « Il a raison », répondit-elle.
Il y eut une pause
pendant laquelle la jeune femme blonde et son commandant échangèrent un long
regard, au grand amusement de Cass.
Il y a quelque chose
dans l’air, décida-t-elle.
« Si vous voulez
bien m’excuser, Kath… Capitaine », finit par dire Seven. « Je dois
retourner sur le Voyager par la prochaine navette pour me régénérer. »
Janeway hocha la tête et
la grande femme blonde partit vers la lisière du bois et les navettes en
attente.
« Vous vouliez me
voir, Capitaine ? » Demanda Cass tranquillement, heureuse de voir les
traits adoucis de Janeway tandis que celle-ci continuait à regarder Seven
s’éloigner.
Avec un soupir, le
capitaine retourna son attention vers son chef de la sécurité.
« Oui »,
dit-elle. « Marchons un peu, Lt. » Elles continuèrent ensemble vers
le nord le long de la plage en courbe. Cass finit par céder devant la chaleur
et retira son blouson, puis l’attacha par les manches autour de sa taille tout
en marchant.
« Je vais parler à
l’un de nos programmeurs en synthétiseur, Capitaine », dit Cass d’un ton
nonchalant. « Je veux voir si on peut obtenir un uniforme d’officier de
sécurité plus adapté à ce genre de climat. »
« Si ça peut être
fait sans utiliser trop d’énergie, alors je suis tout à fait pour »,
répondit le capitaine. « Informez-moi sur l’avancement de ce
projet. »
« Oui,
Capitaine. »
Janeway se mit à rire.
« Je pense que nous sommes assez loin du protocole de bord pour laisser
tomber les formalités, Cass », dit-elle. « En plus, ce dont je
voulais vous parler est plutôt personnel. »
Cass n’était pas
surprise. Pendant ces quatre dernières années, elle et le capitaine avaient
forgé une bonne relation de travail et elle savait que Janeway en était arrivée
à faire confiance à son jugement et à ses opinions. Elles avaient eu plusieurs
dîners de travail pendant cette période, appréciant la compagnie l'une de
l'autre et se découvrant un amour commun des activités de plein air. Janeway ne
sortait pas facilement avec son équipage, pour de nombreuses raisons, mais elle
avait un cercle restreint de personnes de confiance et Cass en faisait
intimement partie.
Et elle avait déjà la
moitié d’une idée de ce dont cette conversation allait être faite.
« Que pensez-vous
de Seven of Nine ? » S’aventura le capitaine.
Bingo, pensa Cass en souriant. « Je vais être honnête avec
vous, Capitaine, j’ai pensé que vous aviez ferré une prise bien plus grosse
qu’aucun d’entre nous n’aurait pu pêcher quand vous l’avez coupée du
Collectif. » Elle croisa le regard gris et froid de Janeway avec franchise.
« Ne vous méprenez pas, je pense que vous avez fait ce qu’il fallait pour
elle », continua-t-elle. « Je n’étais simplement pas sûre de voir
comment Seven allait jamais trouver son chemin au milieu des humains. »
Janeway hocha la tête.
Elle repoussa derrière son oreille, une mèche de ses cheveux auburn, maintenant
coupés plus court dans un style qui la rajeunissait.
« Je n’en étais pas
sûre moi non plus », admit-elle. « Mais j’ai été fière de la façon
dont tout le monde s'y est mis pour l’aider. Je sais qu’elle peut être…
caustique… parfois. »
Cass rit doucement.
« Je pense que la plupart des gens reconnaissent qu’elle a un haut niveau
d'intelligence, mais un niveau social plutôt faible, Capitaine. A part le
besoin de B’Elanna de l’expulser de la salle des machines à l’occasion, je suis
sûre que tout le monde s’adapte plutôt bien.
Janeway gloussa.
« Le tempérament de B’Elanna et l’entêtement de Seven font une combinaison
certes unique. Mais elle semble fonctionner. Même les leçons de comportement
social du Docteur semblent faire leur chemin. Qui aurait pensé qu’un hologramme
aurait quelque chose à apprendre à un humain ? »
Cass décida d’aller
droit au but.
« Je pense qu’elle
apprend surtout de vous », dit-elle, en s’arrêtant près d’un surplomb de
rochers bienvenu. Les deux femmes trouvèrent une pierre confortable sur
laquelle s’asseoir et Janeway brossa de la main un peu de sable sur ses jambes
nues avant de s’installer.
« Je
l’espère », répondit calmement l’officier.
Cass regarda le visage
de Janeway sur lequel se croisait une variété d’émotions. Elle reconnaissait
qu’il fallait un certain effort à cette femme très réservée pour arriver aussi
près de partager ses sentiments avec un officier subordonné. Elle est la
plus isolée de nous tous, songea Cass. Peut-être trop pour son propre bien. Elle contempla les expressions confuses sur le
visage du capitaine. Peut-être que je pourrais rendre les choses plus
faciles pour elle.
« Vous êtes attirée
par elle », lâcha-t-elle.
En réponse, elle reçut
tout d’abord un regard féroce et, pendant un bref instant, elle pensa avoir
peut-être poussé un peu trop loin leur relation extra-professionnelle. Mais
presque immédiatement, le regard de Janeway s’adoucit et un sourire passa sur
ses lèvres.
« Oui, c’est
vrai », admit-elle.
« Et c’est un
problème ? » Demanda Cass.
Janeway hocha lentement
la tête. « Ça pourrait l’être. C’est pour ça que je voulais vous demander
votre avis. »
Pendant quelques
instants, Cass se permit consciemment de repenser à la nouvelle de Cass et
Nick, ravalant le nœud douloureux dans sa gorge avec difficulté.
« Je ne suis pas
sûre d’être qualifiée pour donner des conseils sur la vie amoureuse,
Capitaine », dit-elle d’un ton bourru, en évitant le regard de l’autre
femme.
Il y eut un silence
pendant lequel Janeway étudia l’expression perdue sur le visage de son chef de
la sécurité.
« Des
problèmes ? » Demanda-t-elle d’un ton bref.
La jeune femme brune
secoua la tête rapidement, plus pour s’éclaircir les idées que pour répondre
par la négative.
« Lis et Nick viennent
de m’apprendre qu’ils attendent un enfant », dit-elle, en levant les yeux
vers le capitaine avec un sourire triste.
« Ah »,
répondit Janeway. Il ne fallait pas être physicien pour savoir que Cass était
toujours profondément entichée de la psychologue blonde. Elle s’est isolée
tout comme je l’ai fait, songea le capitaine en regardant Cass. Autres
raisons, même résultat. « Je suis désolée. Ça doit faire mal. »
« Oui. » Cass
se passa les doigts dans les cheveux et prit une inspiration profonde.
« Je commence à me demander si je n’ai pas fait une erreur toutes ces
années, à garder tout le monde à distance. A me refuser un peu de
bonheur. »
Janeway sourit
gentiment. « Intéressant. C’est exactement ce que je pense pour
moi », dit-elle.
« Je suis désolée,
Capitaine », Cass fit marche arrière. « Nous sommes supposées parler
de vos problèmes, pas des miens. » Elle sourit d’un air désinvolte.
« Allez-y, Ô Capitaine, mon Capitaine (NdlT : allusion à un poème
de Walt Whitman, 1900, Leaves of grass, je pense - http://fr.wikipedia.org/wiki/O_Captain!_My_Captain!
). Je vous donnerai mon meilleur conseil, absolument pas fiable comme il se
doit. »
Janeway soupira.
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas supposés avoir des relations amoureuses avec leurs
membres d’équipage », dit-elle. « Pour de nombreuses raisons,
pertinentes, raisonnables et sensées. »
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas habituellement égarés dans le Quadrant Delta avec une
chance minime de retrouver leur foyer de leur vivant », répliqua Cass tranquillement.
« Et techniquement, Seven n’est pas un membre d’équipage. Elle ne fait
assurément pas partie de Starfleet. »
« Oh, ça c’est un
peu tiré par les cheveux, Lt, et vous le savez bien. » Le capitaine se mit
à rire en remuant le doigt vers Cass. Elle sourit brièvement au raisonnement de
son chef de la sécurité. « Seven obéit à mes ordres. » Cass ricana et
Janeway rit en réponse. « La plupart du temps du moins. J’ai une autorité
sur elle. Les règles de Starfleet ont été écrites de cette façon pour éviter
l’abus de cette autorité. Elle est jeune et inexpérimentée par-dessus le
marché. Ne me dites pas qu’il n’y a pas une possibilité d’abus ici. Parce que
vous et moi, nous savons bien ce qu’il en est. »
Cass croisa les bras,
étira ses longues jambes et étudia le bout de sa botte pendant de longues
secondes avant de répondre.
« Il y a un vieux
dicton », finit-elle par dire. « Comme va le capitaine, ainsi va le
navire. »
Janeway hocha la tête en
souriant pour elle-même. « En d’autres mots, un capitaine heureux fait un
navire heureux. »
« Mhm. » Bon,
il est temps de pousser ma chance juste un peu plus loin, songea Cass.
« Alors », osa-t-elle. « Êtes-vous heureuse,
Capitaine ? »
Janeway laissa passer
une longue inspiration tremblante et se leva rapidement, pour faire les cent
pas en cercle, les mains sur les hanches.
« Cass,
Cass, Cass, Cass, Cass. Vous savez assurément
comment aller droit au but, n’est-ce pas ? » Marmonna-t-elle. Elle
finit par arrêter de faire un trou dans le sable et elle s’immobilisa. Une petite
vague vint se fracasser et tournoyer autour de ses pieds. « Non, je ne
suis pas heureuse, Lt », admit-elle. « Quand nous avons reçu la
transmission de la
Fédération
« Vous
l’aimez », dit Cass simplement.
Janeway soupira à
nouveau. « Oui. » Elle mit la main sur son front, essayant de calmer
ses émotions. « Mais je ne sais pas si j’ai le droit de… de… »
« Vous avez le
droit d’être heureuse, Capitaine », la coupa Cass. « Et Seven aussi.
A-t-elle donné le moindre signe qu’elle a le même sentiment pour
vous ? »
Janeway hocha la tête,
déconcertée de se sentir rougir. « Elle a ce que vous pourriez appeler le
béguin », dit-elle. « Elle est si fichtrement jeune, Cass. Elle n’a
jamais eu de relation adulte. Dieu sait ce à quoi elle peut bien penser. »
Cass sourit.
« Alors enseignez-lui, Capitaine. Faites ce que vous avez fait tout ce
temps. Expliquez-lui. Dites-lui ce que vous ressentez et quelles sont les
options auxquelles vous pensez. » Elle rit en voyant l’expression
sceptique du capitaine. « Elle est peut-être jeune en termes d’expérience
humaine, mais c’est une femme adulte, avec un cerveau adulte, capable de faire
ses propres choix. Donnez-lui une chance de faire celui-ci. »
Janeway regarda dans la
direction où Seven était partie. « Je le veux… tellement. » Cass se
contenta de sourire, en croisant le regard direct de son commandant.
« Allez-vous suivre votre propre conseil, Lt ? »
Le grand officier de
sécurité haussa les épaules. « Malheureusement, la femme que j’aime est
déjà très engagée par ailleurs », dit-elle calmement. « Que je décide
ou non de rester seule comme maintenant… » Elle secoua la tête. « Je
ne sais plus. » Elle leva les yeux vers le capitaine, son regard bleu
croisa le regard gris. « Ils sont heureux, vous savez ? »
Janeway hocha la tête.
« Je sais », dit-elle doucement.
« C’est dur de
lutter contre le bonheur. »
« J’aimerais bien
essayer ça, moi aussi de temps en temps », répondit Janeway d’un ton
neutre.
« Pourquoi pas
maintenant ? »
Les deux femmes se
regardèrent de longues secondes avant que le capitaine ne finisse par hocher la
tête lentement pour approuver. « Qui n’ose rien, n’a rien, hein
Lt ? »
« Exactement.
Pourquoi ne… »
Cass fut interrompue par
un hurlement perçant en provenance d'en bas sur la plage, qui lui fit dresser
les cheveux sur la tête. Au même moment les communicateurs des deux femmes
retentirent.
« Morgan à Lansdown ! »
« Kim à
Janeway ! »
Cass et le capitaine
étaient déjà en train de courir vers le son du hurlement aigu et incessant.
« Qu’est-ce qui se
passe, Ray ? » Cria Cass tout en percutant le sable de ses pieds,
faisant tomber le blouson attaché autour de sa taille.
« Des problèmes.
Des grandes créatures volent depuis le sud-est. Comme un essaim. Les éclaireurs
sont déjà là. » Il y eut des crépitements sur la ligne qu’elle reconnut
comme des tirs multiples en rafale du phaseur de Morgan. Elle regarda vers le
sud-est et eut un hoquet en voyant le spectacle. Des centaines de silhouettes
sombres formaient un nuage noir et sinistre et qui avançait vite.
« Emmenez tout le
monde aux navettes, Ray, aussi vite que possible. » Deux des créatures
étaient déjà au-dessus de la plage, menaçant un groupe d’officiers de
Starfleet. Elle pouvait voir plusieurs des membres de son équipe de sécurité
essayer de couvrir les nombreuses personnes en congé et non armées, les
dirigeant vers la clairière où attendaient les navettes.
Une des créatures, une
sorte d’entité arachnéenne semblable à un crabe et de la taille d'une petite
navette, avait embroché la cuisse d'une jeune enseigne avec son membre avant
dentelé et pointu. La femme se balançait, ensanglantée, au bout du membre et
c'était elle qui poussait des hurlements.
Cass s’arrêta
brusquement et tapa à nouveau son communicateur. « Ray, oubliez ça !
Amenez les navettes à la plage. Et vite ! »
Janeway rattrapa le chef
de la sécurité aux longues jambes. « Kim abat autant de créatures de l’essaim
principal qu’il peut », dit-elle à Cass dans un souffle. « Mais nous
ne pouvons pas prendre le risque qu’il tire près de la plage. »
Cass hocha la tête.
« Les navettes arrivent. » Elle pointa vers l’ouest l’endroit où deux
des trois appareils en attente s’élevaient au-dessus des arbres. La troisième,
elle le savait, se trouvait quelque part entre ici et le Voyager, avec Seven of
Nine à bord. Janeway pensait apparemment à la même chose et tapa son
communicateur.
« Janeway au Delta
Flyer. »
« Nous sommes déjà
en route vers vous, Capitaine », reçut-elle en réponse de la voix froide
de l’ex-Borg.
Cass leva les yeux et
repéra le Flyer qui descendait en piqué pour tenter d’abattre les créatures
déjà au-dessus de la plage. Pendant ce temps, les rayons plus larges des
phaseurs du Voyager arrivaient en arc de cercle depuis les cieux, décimant
largement l’essaim en approche.
Pas assez vite, pensa-t-elle en redoublant d’effort pour revenir en courant
sur la plage. Carrément pas assez vite.
****************************************
Lis se trouvait dans un
état de demi somnolence plaisant quand le bourdonnement bas et étrange avait
pénétré sa conscience. Allongée sur le dos, la tête posée sur la cuisse de son
mari, elle profitait pleinement de l’opportunité d’un vrai bain de soleil. Mmmmmm,
c’est un tel luxe, pensait-elle en enfouissant ses orteils dans le sable
chaud et humide.
« Chéri ? »
« Mhmmmmm ? »
Avait répondu son mari d’un ton ensommeillé.
« Est-ce que cette
chanson a une autre note ? »
« Quelle chanson
? »
Elle avait doucement
frappé son bras proche dans un agacement paresseux.
« La chanson que tu
fredonnes, idiot », avait-elle répondu.
« Lis »,
avait-il dit en clignant d’un œil. « Je ne fredonne pas de chanson. »
« D’accord »,
avait-elle dit joyeusement, satisfaite de pouvoir retourner dans son état de
somnolence. Mais le son avait persisté. En fait, son volume avait augmenté. Et
il y avait un autre son par-dessous, une sorte de cliquètement qui ressemblait
à …
Lis ouvrit grand les
yeux et s’assit. Elle protégea ses yeux du soleil et cligna plusieurs fois
avant de repérer le nuage noir vers la mer.
Un nuage noir avec un
son qui ressemble à un claquement de dents, se
rendit-elle compte dans un choc. Mon Dieu, ce n’est pas un nuage. Ce sont
des insectes.
Quelques créatures se
détachèrent de l’essaim et descendirent en piqué vers la plage. Maintenant, de
plus près, Lis pouvait voir qu’ils étaient beaucoup plus gros qu’elle ne
l’avait estimé tout d’abord. Beaucoup, beaucoup plus gros.
« Nick »,
dit-elle d’une voix rauque, en tendant la main pour trouver son mari.
« Mmmmmm ? »
« Nick,
lève-toi. »
« 'rquoi
faire ? » Marmonna-t-il.
« Nick, je suis
sérieuse. Lève-toi. Il faut qu’on parte d’ici. »
L’horrible insecte de
tête atteignit la plage, se laissant tomber sur le sable avec une grâce
effrayante qui fit se dresser les cheveux sur la tête de Lis. Il glissa vers un
groupe de femmes qui faisaient rapidement retraite vers la lisière.
« Pourquoi faut-il
qu’on parte d’ici ? » Demanda Nick d’un ton ensommeillé tout en s’asseyant
enfin et en ouvrant les yeux, juste à temps pour voir la créature empaler l’une
de ses collègues par la cuisse avec l’une de ses pattes avant. « Putain de
merde », marmonna-t-il.
« C’est tout à fait
ce que je pensais », dit sa femme tandis qu’ils se mettaient rapidement et
péniblement debout. « C’est quoi ? »
L’exobiologiste en Nick
regarda la créature avec détachement pendant un moment, alors même que les
hurlements de l’enseigne résonnaient autour d’eux.
« Huit pattes, un
corps segmenté. Plutôt arachnoïde de ce point de vue. Mais un squelette externe
comme ceux des mollusques. Des ailes dans un étui dur, comme un insecte »,
murmura-t-il. Il écarquilla soudain les yeux. « On se fout de ce que
c’est ! Allons-y. » Il poussa sa femme dans la direction de la
première navette qui s’était posée sur le sable à moins de deux cents mètres de
là.
Lis vit Cass et le
capitaine qui couraient depuis le nord et des membres des équipes de sécurité
qui arrivaient en courant de toutes les directions pour couvrir ceux qui se
frayaient un chemin vers les navettes. Le Delta Flyer faisait des tours
au-dessus de la plage, essayant d’empêcher d’autres membres de l’essaim de
rejoindre leurs congénères.
Cass passa en courant
tout près de Lis et Nick, se dirigeant vers l’enseigne blessée toujours
ballotée par griffe dentelée de l’insecte.
« Fichez le camp de
là, vous deux », hurla-t-elle en
passant. « Allez vers les navettes. Vite ! »
Lis se retourna pour
obéir tout en gardant un œil sur le grand chef de la sécurité qui envoyait des
tirs de phaseur vers la créature avec peu d’effets notables sur sa carapace
externe.
« Cass ! »
Hurla Nick. « Visez le ventre. Juste sous les mandibules. C’est le
meilleur pari pour passer l’armure jusqu’au cerveau. »
Cass prit un instant
pour acquiescer. Puis elle mit son phaseur sur le maximum et chargea l'horrible
créature. Le membre d’équipage blessé avait sombré dans l’inconscience. Ou
bien elle est morte, songea Cass. Dans tous les cas, je ne vais pas la
laisser à cette chose.
Tout en hurlant à pleins
poumons, Cass courut, plongea entre les pattes acérées et roula sur le dos sous
le ventre de la bête. Elle leva son arme et tira une décharge longue et
mortelle dans ce qu’elle espérait être son point le plus faible. Un couinement
épouvantable s’éleva et elle sentit la créature trembler en essayant d’échapper
à la brûlure du phaseur. Puis avec un bruit de succion, l’abdomen explosa,
envoyant des restes horribles aux quatre vents et de grosses éclaboussures de
matière verte partout sur Cass.
« Oh, quelle
merde. » Elle cracha des saletés de sa bouche et s’essuya le visage avant
de tapoter son communicateur. « Lansdown à Morgan. Ray, visez bas, le
ventre. C’est leur point faible », hurla-t-elle.
« Compris,
chef », répondit-il dans un souffle.
Cass roula au loin et
courut vers la femme blessée, où elle fut rejointe par le capitaine.
« Maintenez-là au
sol, Cass », dit Janeway en grimaçant et elle attrapa le morceau
d’appendice toujours encastré dans la cuisse de la femme. Cass se mit au-dessus
de l’enseigne, la maintenant immobile tandis que le capitaine retirait la
patte. Le sang commença à couler de la blessure tandis que Cass soulevait
l’officier évanoui et la mettait sur son épaule.
Elle grogna en se
redressant. Allez, Lansdown, tu peux faire ça, pensa-t-elle. Le
capitaine protégea ses arrières tandis qu’elle commençait à courir lentement le
long de la plage vers le Delta Flyer qui avait atterri à proximité. A bout de
souffle et en sueur lorsqu’elle atteignit le vaisseau, elle fut plus
qu’heureuse lorsque Seven ouvrit le sas et lui prit l’enseigne de son épaule.
« Vous avez quelque
chose de plus efficace qu'un phaseur de poing par-là, Seven ? »
Haleta Cass.
« Oui, Lt »,
répondit l’ex-Borg. Une fois qu’elle eut installé l’enseigne blessé à
l’intérieur, elle revint avec trois fusils phaseurs. Elle en tendit un à Cass,
un au capitaine qui venait de les rejoindre et elle en garda un pour elle.
Les trois officiers
supérieurs se mirent en ligne pour étudier la scène sur la plage devant elles.
La navette la plus éloignée était en train de décoller. Elles pouvaient
entendre l’échange de communication qui se déroulait entre le pilote et le
Voyager et elles savaient qu’il y avait beaucoup de monde à bord.
La seconde navette, à
environ 100 mètres
« Incroyable »,
murmura le capitaine. « On dirait qu’on n’était pas tous allongés au
soleil à parler d’amour il y a quelques minutes ? »
« Capitaine ? »
Dit l’ex-Borg surprise, en lançant un regard rapide au commandant.
Cass ricana.
« Juste une journée de plus dans le Quadrant Delta », répliqua-t-elle
avec cynisme. « La prochaine fois que quelqu’un suggère que nous prenions
un congé sur une planète où nous ne pouvons pas utiliser les téléporteurs, je
les confine en prison pour toute la durée. Venez. » Elle hocha la tête en
direction du dernier groupe, qui incluait B’Elanna, Tom, Nick et Lis, Samantha
Wildman et sa petite fille Naomi. Leur trajet vers la seconde navette avait été
coupé par plusieurs maraudeurs. « Ils ont besoin d’aide par-là »,
dit-elle en notant les tentatives des insectes pour encercler le groupe.
Elles commencèrent à
courir vers les officiers piégés, tirant en même temps pour distraire les
créatures.
« Lansdown à
Morgan. »
« Ici
Morgan », répondit l’adjoint de Cass, qui était l’officier supérieur sur
la seconde navette.
« Vous avez tout le
monde ? »
« Oui, chef. Tout
le monde sauf le groupe entre vous et nous. »
« Okay. Partez d’ici.
Tirez quelques coups de phaseurs en partant. »
« On y va. »
Janeway, Cass et Seven
se mirent en ligne et avancèrent avec détermination vers les insectes qui
dominaient le groupe d’officiers. Elles tirèrent continûment tout en
avançant ; elles entamaient à peine la carapace dure des créatures, mais
au moins elles les repoussaient assez pour tracer un chemin libre vers la Delta Flyer.
« Allons-y »,
cria B’Elanna, en menant les quelques vingt personnes du groupe vers la
sécurité du vaisseau. Un officier de sécurité armé et Nick, qui avait attrapé
un gros morceau de bois flotté qu’il balançait comme une masse, couvraient
leurs arrières. Tom prit la jeune Naomi dans ses bras et courut avec la jeune
fille aussi vite que possible. Lis aidait une jeune femme blessée, la portant à
demi.
« Allez, tout le
monde », cria le capitaine en revenant vers le Delta Flyer pour aider les
blessés à monter dans la navette. Seven la rejoignit, projetant brutalement une
de ses collègues plus petite dans le Delta Flyer sans cérémonie. Cass continua
à avancer, rejoignant Nick et l’officier de sécurité, Charlie Johnson.
« Reculez,
Nick », hurla Cass tout en tirant sur le mur d’insectes qui arrivait et
qui augmentait, tandis que de plus en plus de créatures de l’essaim rejoignaient
leurs congénères sur la plage. L’exobiologiste obéit, laissant tomber son
morceau de bois et se mettant derrière le tir de couverture des deux officiers
de sécurité. « Courez Nick, avant qu’ils n’essaient de passer par nos
flancs. »
Johnson et elle commencèrent
à reculer vers la navette, gardant la ligne des insectes à distance sous leurs
tirs constants. Elle entendit plus qu’elle ne vit Nick commencer à s’éloigner
d’eux en courant et elle pouvait aussi entendre les moteurs du Delta Flyer qui
montaient en puissance. Il est temps de foutre le camp de ce petit coin de
paradis, pensa-t-elle.
« Je vais vous
dire, Charlie, je n’aime pas la façon dont ces salopards se rassemblent vers
nous », marmonna-t-elle à l’enseigne près d’elle. « Je vais compter
jusqu’à trois et nous allons nous retourner et foutre le camp en courant,
okay ? »
« Oui,
madame », dit Johnson. « Je vais pas discuter. »
« Alors c’est
bon », dit-elle, en tirant quelques décharges de plus, heureuse de voir
que l’insecte devant elle explosait quand elle atteignit son point faible. C’était
un peu trop près pour mon goût, pensa-t-elle en secouant la tête pour
enlever de la boue verte de son visage. « On y va. Un… deux…
TROIS ! »
***********************************
Lis déposa sa collègue
blessée dans le fauteuil le plus proche à bord du Delta Flyer et revint vers
l’ouverture. Tout le monde était à bord maintenant et Tom et Seven s’étaient
installés aux postes de pilote et de co-pilote pour préparer la navette au
décollage.
Tout le monde est à
bord… La jeune blonde regarda rapidement autour
d’elle, à a recherche des deux visages qu’elle aimait par-dessus tout. Sauf
Nick et Cass, se rendit-elle compte avec un sursaut de frayeur.
Elle rejoignit le
capitaine au sas et prit une inspiration involontaire en voyant la scène qui se
déroulait à environ cinquante mètres de la navette. Elle regarda son mari
laisser tomber le morceau de bois qu’il avait utilisé et se mettre derrière
Cass et l’autre officier de sécurité. Sur un mot de Cass, il se mit à courir et
Lis retint sa respiration en le regardant tenter de trouver son équilibre dans
le sable glissant.
Quelques secondes après,
elle eut conscience de Cass et Johnson qui se retournaient pour courir
également vers eux.
Tout se passe au ralenti, pensa Lis avec anxiété. Allez, allez. Le monde se
télescopait pour lui arriver dessus et elle avait douloureusement conscience de
chaque expression sur le visage de son mari, sur le visage de Cass. Elle
pouvait entendre Janeway respirer difficilement près d’elle, elle était consciente
à l’extrême de son propre battement de cœur dans ses tempes. Tout ça ne va
pas assez vite. Derrière les officiers qui accourraient il y avait un mur
noir et menaçant d’insectes cliquetant, sifflant et augmentant à chaque
seconde.
Puis le soleil disparut,
une énorme ombre tomba sur la navette, une forme sombre qui arrivait entre le
Flyer et les trois officiers isolés.
« Non »,
murmura Lis.
********************************
Nick savait qu’il était
dans le pétrin. Il s’arrêta brusquement tandis que la bête impressionnante
atterrissait entre lui et le Delta Flyer. Il était assez près pour sentir
l’étrange odeur métallique qui émanait de l’insecte, assez près pour ressentir
ce qui semblait être une haleine, brûlante et puante sur sa peau. Il leva les
yeux vers ce que le scientifique en lui déduisit être un visage, huit yeux
brillants et noirs sans pupille, autour d’une bouche semblable à un bec. Nick
pouvait entendre Cass et l’autre officier de sécurité qui couraient vers lui et
était vaguement conscient des rayons de phaseurs qui passaient autour de lui,
cherchant les points faibles de la créature.
Pendant de longues
secondes, Nick fixa les yeux de l’insecte, sachant que ce n’était pas des
animaux sans conscience, mais des êtres intelligents et pensants.
Il joue avec moi, réalisa-t-il, un
frisson glacé le long de la colonne vertébrale. Avant qu’il puisse réagir, la
créature balança un long membre vers lui, jetant le petit homme sur le côté
loin de la navette, vers l’eau, isolant efficacement Nick de ses collègues.
Momentanément étourdi, il se remit debout péniblement, tressaillant quand son
corps protesta contre l’atterrissage sur le sable dur et mouillé.
Cass regarda Nick
s'envoler dans les airs et sentit son cœur plonger.
Ce n’est pas juste un
animal qui attaque, songea-t-elle. C’est
un être intelligent qui torture un être inférieur. Comme un chat avec une
souris. Elle et Johnson atteignaient le Delta Flyer, où Lis était retenue
par Seven of Nine, qui maintenait la petite femme d’un bras long et puissant. Janeway
se tenait également dans l’entrée.
Cass saisit d’un regard
l’expression sur le visage de Lis et sut qu’il n’y avait qu’une seule chose à
faire. Elle poussa rapidement l’officier subalterne dans la direction de
l’entrée de la navette et commença à avancer vers l’insecte qui avait repoussé
Nick loin de son salut. Elle leva le fusil phaseur sur son épaule et commença à
tirer, envoyant salve après salve sur l’exosquelette coriace de l’insecte.
Lis sentit que son monde
s’était arrêté. Elle ne pouvait pas vraiment voir Nick, la silhouette imposante
de l’insecte masquait son mari à sa vue. Son ex-amante avançait à grands pas
confiants, la colère et le défi irradiaient de sa haute silhouette tandis
qu’elle tirait. Lis pouvait entendre quelqu'un crier, des mots désespérés
remplis d’angoisse, et il lui fallut plusieurs secondes avant de reconnaître sa
propre voix. Elle luttait contre le bras renforcé de la Borg
« Dr Dayton, s’il
vous plaît, ne luttez pas contre moi », dit la voix froide du Borg dans
son oreille droite. « Il n’y a rien que vous puissiez faire que le Lt
Lansdown ne puisse faire plus vite et avec plus d’efficacité. »
« Non, non, il faut
que j’aille les aider », dit Lis avec impuissance. Janeway se pencha vers
elle et prit le visage de la jeune femme entre ses mains, l’obligeant à tourner
la tête jusqu’à ce que la jeune blonde n’ait pas d’autre choix que de croiser
son regard.
« Lis », dit
le commandant avec force. « Laissez Cass faire son travail. On n’a pas
beaucoup de temps. Je vais bientôt devoir ordonner que cette navette décolle.
Cass est la meilleure chance de Nick là-dehors. »
Lis fixa, sans la voir,
le capitaine pendant quelques secondes, puis, lentement, elle hocha silencieusement
la tête. Elle sentit le bras de Seven se détendre autour de sa taille et la
psychologue tourna la tête pour regarder la progression de Cass vers l’insecte
qui avait isolé Nick près de l’eau. Elle était consciente des tirs constants du
Delta Flyer pour garder à distance le reste de l’essaim, dont la plus grande
partie était maintenant sur la plage.
Nick tenta vainement de
contourner l’insecte, feintant à gauche puis à droite, mais la créature aux
pattes multiples était trop rapide et trop soucieuse de s’amuser avec lui.
Chaque fois qu’il tentait de bouger sur le côté, l’insecte se déplaçait pour
bloquer son mouvement, le ramenant toujours plus près de l’eau. Nick avait
lancé quelques regards vers le Delta Flyer, vers le visage désespéré de Lis
évident dans l’ouverture. Il savait que Cass avançait vers sa position, tirant
sur la créature par-derrière. Il pouvait aussi voir la masse principale des
insectes qui se rapprochait de la navette, dont le risque d’être encerclée
grandissait.
Ils sont en danger à cause
de moi¸ réalisa-t-il. Ils seraient déjà loin et
en sécurité depuis le temps. Il tenta désespérément de penser à un moyen de
sortir de cette situation. Je n’ai nulle part où aller. Il voyait les
décharges de phaseur ricocher sur le dos de l’insecte et le vit être de plus en
plus irrité par l’attaque de Cass. Elle se met en danger pour moi, pensa
Nick, surpris malgré la relation amicale qui s’était instaurée entre eux au
cours des ans. Je ne peux pas la laisser faire ça, décida-t-il soudain. Il
faut que je la laisse…
A ce moment, une
décharge du phaseur de Cass frappa une partie particulièrement sensible de
l’armure de l’insecte et la grande créature tournoya vers elle, oubliant
momentanément le jouet qu’elle avait trouvé en Nick. Cass recula, surprise, mais
elle retrouva son équilibre, tirant à nouveau tandis que la grande créature se
dressait sur ses pattes arrière, la menaçant de ses pinces avant.
« Vite, Nick, c’est
votre chance », cria-t-elle.
Sur des jambes qui
semblaient soudain liquéfiées, le scientifique commença à contourner l’insecte,
qui semblait maintenant se concentrer pour se débarrasser des frappes de
phaseur irritantes. Il se pencha vers Cass et la frappa d’une patte, la
touchant sur le côté et lui faisant perdre l’équilibre.
Cass regarda le fusil
qui lui sautait des mains, et sentit des éraflures brûlantes là ou les
dentelures de la créature avaient pénétré son tee-shirt. Elle rampa
désespérément sur le sable pour reprendre le fusil, mais elle en fut empêchée
lorsque l’insecte la cloua au sable par le mollet. Pendant de longues secondes
angoissantes, elle attendit le coup fatal qu’elle était sûre de recevoir, mais
l’insecte la relâcha alors, les piquants de son exosquelette la déchirant en se
retirant. Elle figea son visage, déterminée à ne pas donner à la créature la
satisfaction de l’entendre hurler et roula sur le dos.
Ce qu’elle vit lui donna
la chair de poule.
Nick avait couru entre
elle et l’insecte quand il avait vu qu’elle était clouée au sol. Distrait et
agacé par l’homme, l’insecte avait lâché Cass, mais était maintenant bien
concentré sur une cible plus facile. Nick criait et remuait les bras dans sa
direction, essayant d’attirer son attention loin l’officier blessé.
« Non, Nick,
qu’est-ce que vous faites ? Courez ! ! » Cria Cass. Elle se
mit debout péniblement et avança vers le scientifique, mais la il repoussa avec
force et, déséquilibrée par la blessure de sa jambe, elle trébucha en arrière.
« Allez à la
navette, Cass », répondit-il à travers ses dents serrées, maintenant le
contact visuel avec le prédateur devant lui. « Il ne laissera partir qu’un
seul d’entre nous. »
« Nous pouvons y
arriver tous les deux si nous commençons à courir maintenant »,
rétorqua-t-elle. « Venez, Nick. Plus nous attendons, moins la navette a de
chances de décoller en sécurité. »
Nick réfléchit. Il pensa
à sa femme et à son bébé pas encore né et prit sa décision.
« Alors
allez-y », dit-il, les yeux toujours fermement fixés sur le visage de
l’insecte. Il fit deux pas en arrière et tourna le dos à la bête tueuse. Cass
regarda la scène, le regard marron de Nick croisa le sien. Elle le soutint,
l’exhortant silencieusement à se mettre à courir.
Mais soudain, il
s’immobilisa et elle ne put comprendre pourquoi. Un hurlement perçant lui
parvint de derrière, depuis l’ouverture de la navette, et lui apprit que
quelque chose d’horrible se produisait, et seuls les yeux de Nick qui
s’écarquillaient lui donnèrent un indice. Elle baissa les yeux vers le torse de
l’homme, horrifiée de voir une énorme pince pointue dépasser de son estomac.
Oh mon Dieu, pensa-t-elle. Oh mon Dieu, comment va-t-il survivre à
ça ? Elle sut alors que c’était Lis qui hurlait derrière elle. Oh
mon Dieu, comment puis-je l’aider ? Cass avança uniquement portée par
son instinct, regardant avec horreur le sang se déverser de l’estomac et de la
bouche de Nick. L’insecte le secoua, son corps impuissant bougeait autour de
l’extrémité de la griffe comme une poupée de chiffon. Il poussa l’homme vers
elle et Cass tenta de l’agripper.
Nick savait qu’il était
un homme mort. Etrangement, il n’avait pas senti le coup qui le tuait. Pas
de douleur du tout, pensa-t-il. Comme c’est bizarre. Il sentait le
sang dans sa bouche, le voyait sortir par à-coups de lui, autour de la griffe
alien qui l’avait empalé. C’est comme si ce n’était pas mon sang,
pensa-t-il. Le monde tournoyait étrangement autour de lui tandis que l’insecte
le secouait, mais il ne lutta pas. Je ne suis plus qu’un trophée pour lui
maintenant. L’insecte le redescendit jusqu’à ce que ses pieds traînent dans
le sable et, soudain, Cass se trouva devant lui. Rassemblant ses dernières
forces, il l'agrippa par son tee-shirt, à pleines mains, et l’attira vers lui.
« N’essayez pas de
bouger », dit Cass. « Je vais tenter de vous tirer de là. »
« Non Cass »,
dit-il, sa respiration sortant en sons rauques horribles et gargouillants. Il
savait qu’il l’aspergeait de son propre sang. « Allez… à… la
navette… »
« Je ne peux pas
vous laisser », cria-t-elle avec désespoir. « Je ne peux pas. »
« Vous…
devez », répliqua-t-il.
Dans la navette, Janeway
avait les mains pleines. Lis était hystérique dans les bras de Seven et il
fallait bien toute la force de la
Borg
« Capitaine ! »
Le cri venait de Tom Paris depuis le siège du pilote. « Il faut qu’on
parte ! » Dit-il. « On ne peut pas les retenir plus
longtemps. »
« A mon signal, M.
Paris », répondit le capitaine, souhaitant désespérément donner le plus de
temps possible à Cass et Nick. Mais d’après ce qu’elle pouvait voir, Nick était
mal parti. Bon sang, je ne veux avoir à abandonner aucun de vous deux,
pensa-t-elle sombrement, détestant la décision qu’elle allait devoir prendre.
« Cass »,
cria-t-elle. Elle vit le chef de la sécurité jeter un coup d’œil par-dessus son
épaule et elle sut que la jeune femme brune prendrait conscience de leur propre
situation difficile.
« Partez »,
dit Nick d’une voix rauque, toujours agrippé au tee-shirt de Cass. L’homme
mortellement blessé soutint son regard pendant de longues secondes.
« Vous… devez… vous occuper… de Lis… et… du bébé », murmura-t-il, la
voix éraillée.
L’insecte en avait
assez. Il secoua Nick à nouveau et Cass vit le supplice dans les yeux de
l’homme tandis que la large blessure dans son ventre grandissait encore.
Les yeux de Cass s’emplirent
de larmes d’impuissance. « Je le ferai, je le promets »,
répondit-elle, d’une voix rauque, reconnaissant maintenant qu’il n’y avait plus
d’espoir pour cet homme.
« Partez »,
hurla-t-il et cette fois elle n’attendit pas, tournant le dos à la scène
horrible pour aller vers la navette.
« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON”,
hurla Lis. « Ne le laisse pas, noooooooooon. Nicholas,
noooooooooon ! ! ! ! ! » Seven détourna
brutalement la petite femme de la porte tandis que Janeway aboyait ses ordres à
Paris.
« Allons-y,
Tom ! » Ordonna-t-elle.
« Oui,
Capitaine », répondit-il tandis que ses doigts s’agitaient sur les
panneaux de contrôle.
Janeway se retourna pour
regarder Cass qui arrivait vers la navette, courant et boitant à moitié, et
elle sentit le Delta Flyer commencer à s’élever au-dessus du sable.
« Allez
Cass », la pressa-t-elle, en regardant le mur d’insectes qui se
rapprochait rapidement. « Courez ! ! » Le capitaine sentit
la présence de Seven près d’elle.
« Aidez le Dr
Dayton, Capitaine », dit le Borg calmement. « Je vais assister le Lt
Lansdown. » La blonde sculpturale se pencha au-dehors et tendit sa main
renforcée par l’implant vers le chef de la sécurité. Leurs doigts se
touchèrent, puis leurs paumes et Seven eut une prise solide autour du poignet
de la jeune femme brune tandis que le Flyer quittait complètement le sol.
Pendant de longs
moments, Cass resta suspendue sous l’appareil, son seul contact étant les
doigts froids et puissants de l’ex-drone. Puis elle réussit à balancer ses
jambes vers le haut en tournant, elle trouva le bord du sas et se hissa à
l'abri. Sur un mot hurlé par le capitaine, Paris lança les moteurs du Flyer et
ils se retrouvèrent au-dessus de la horde grouillante des insectes.
Cass rampa dans le sas
et regarda par-dessus bord. Frustrés par la fuite de la navette, les insectes
tournaient maintenant leur attention vers Nick. Ils l’entourèrent et plongèrent
sur lui. Cass ferma les yeux à la vue du petit corps du scientifique mis en
pièces.
Seigneur, Nick, je suis
tellement désolée.
Seven frappa un panneau
de contrôle et la porte du Flyer se referma en glissant.
« Vous êtes
blessée, Lt », dit-elle.
« Ce n’est
rien », répondit Cass brutalement. Elle se mit debout et, ignorant la
douleur brûlant son mollet, elle alla vers les horribles hurlements de douleur
de Lis. La jeune femme effondrée était blottie dans les bras du capitaine.
« Tenez-là un
instant pendant que je cherche une hypospray de quelque chose pour la
calmer », murmura Janeway. Elle se mit sur le côté pour que Cass puisse
prendre sa place mais Lis se rebella.
« Tu l’as abandonné
là-bas », hurla-t-elle en repoussant Cass. « Comment as-tu pu faire
ça ? Tu l’as ABANDONNE là-bas. » Elle commença à frapper la poitrine
du chef de la sécurité de ses poings serrés. Cass tenta de l’attirer contre
elle, essaya de bloquer ses bras en la serrant plus fort, mais la petite femme
se libéra et la repoussa. Avant que le capitaine puisse poser l’hypospray sur
son cou, Lis rejeta sa main en arrière et frappa Cass au visage, d’un coup
violent.
L’hypospray relâcha sa
dose de sédatif et la jeune femme retomba sur son siège, inconsciente.
Abasourdie et blessée, Cass s’éloigna, ignorant le regard de sympathie de son
commandant et ceux, curieux, de Seven of Nine et des autres membres d’équipage
éparpillés dans la navette. Elle avança en titubant et finit par trouver un
siège juste derrière Tom et B‘Elanna dans le cockpit. Elle s’y laissa tomber,
les coudes sur les genoux et enfouit son visage dans ses mains.
Quelques secondes
passèrent avant qu’elle sente que B’Elanna se levait de son fauteuil et venait
s’agenouiller près d’elle.
« Tu saignes,
Cassie », dit son amie calmement.
« Ça n’a pas
d’importance », marmonna Cass, peu concernée à cet instant de se vider de
son sang. Comment puis-je me disputer avec Lis ? Elle a raison. Je l’ai
laissé là-bas. Est-ce que j’aurais pu atteindre ce fusil si j’avais essayé un
peu plus ? Est-ce que j’ai tout fait pour le sortir de là ? Est-ce
que je l’ai laissé mourir là, sans faire tout ce que je pouvais ? Elle
sentit que B’Elanna son mollet d’un bandage improvisé et elle marmonna un
remerciement.
Janeway entra dans le
cockpit.
« Tom, dès que nous
serons à portée de téléporteur, transportez le Dr Dayton à l’infirmerie »,
dit doucement le capitaine. Elle baissa les yeux vers Cass qui la regardait
d’un air interrogateur. « Elle fait une hémorragie », murmura-t-elle.
*********************************
A suivre – 5 ème partie
Sassem, partie VII f
Chapitre 10 :
Le
quatrième jour, Linya et Alexia purent enfin discuter normalement. Au milieu
d’une réception organisée par la première où les attractions étaient dignes des
fêtes foraines et où tout le monde n’était vêtu que de vieux t-shirt et de short
en jean troués, certes artistiquement, mais troués quand même, Linya avait
décidé qu’il était temps de mettre les choses au clair, après tout elle y était
bien parvenue avec Tia.
Elle
avait donc tapé sur son épaule et lui avait adressé un sourire timide. Qui lui
avait été rendu avec autant de stress. Elles étaient toutes les deux tendues.
Bien. Et maintenant ? Alexia fut la première à se lasser et elle poussa un
soupir agacé tout en lui coulant un regard incertain.
-
Bon, on crève l’abcès ?
Linya
hocha la tête et attendit.
-
Je suis désolée pour… enfin le truc hyper gênant qui fait qu’on s’évite depuis
tout ce temps, fit-elle en haussant les épaules.
-
Ouais eh ben, ce n’est pas vraiment de ta faute, pas vrai ?
-
C’est vrai que Tia est du genre très brutale dans ses opinions. Mais, en même
temps elle n’avait pas tord.
-
Je sais… répondit Linya en détournant le regard. Je frapperai la prochaine
fois.
Alexia
lui jeta un regard en coin, malicieux.
-
Sauf si… le spectacle t’a plu.
Linya
la dévisagea choquée. Alexia éclata de rire.
-
Ne me regarde pas comme ça Lin ! Tu n’avais pas l’air très pressée de
sortir !
Un
rougissement coupable la trahit en montant rapidement de son cou à ses joues.
Elle ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose mais la referma avant d’y
parvenir.
-
Ok, j’avoue. C’était… fascinant. Ta réaction à son simple contact m’a un peu
surprise et m’a rendue très curieuse. C’était si… intense. Je n’avais jamais
rien vu de pareil, en fait je n’ai jamais rien ressenti de pareil, ni même entendu
parler d’une telle chose.
-
Hmmm, ouais, moi aussi ça me surprend encore.
-
Vraiment ?
-
Bien sûr ! Lin, si ça ne t’ait pas familier comment ça pourrait l’être
pour moi ? Tu as beaucoup plus d’expérience dans ce domaine !
Elles
restèrent silencieuse une seconde.
-
Dis-moi maintenant…, commença Alexia brusquement très sérieuse, ça t’a fait
quoi ? De nous voir. De… enfin j’ai vraiment eu l’impression que… tu… heu…
réagissais.
-
Ha… eh bien…
Un
rougissement incontrôlable la prit et elle fixa le sol à ses pieds en
souhaitant être partout, sauf ici.
-
Je…
Elle
soupira. Elles se disaient tout depuis l’enfance Elle n’allait pas commencer
maintenant à mentir.
-
Ça m’a vraiment plu. C’est pour ça que je me suis barrée en courant à la fin.
Tia… j’ai cru qu’elle allait me demander de me joindre à vous et… je crois que
j’aurais aimé le faire.
-Woow.
Alexia
accusa le coup.
-Woow,
répéta-elle pas très sûre de ce qu’elle ressentait en cet instant. Et… heu… ça
t’aurait plu tu crois ?
-
Sur le moment ? fit-elle en levant enfin un regard désabusé sur son amie.
Ouais. Oh oui, ça m’aurait plu. Plus que ça même. Merde, ta copine sait si bien
exciter les gens ! J’étais dans un de ces états !
Elle
secoua la tête, encore incrédule quand à la force de sa réaction.
-
Et toi ? Ça n’a pas eu l’air de tellement te gêner que je mate.
-
Franchement, j’ai oublié ta présence pendant un moment. C’est l’effet Tia,
fit-elle en haussant les épaules. Mais… comme tu l’as si bien dit… elle sait
exciter les gens. Je ne pense pas que ça m’aurait choquée de te voir te joindre
à nous. Pas sur le moment en tout cas. D’un point de vu sexuel j’aurais même
probablement trouvé ça génial. Mais vous vous entendez si bien que… j’aurais eu
peur, qu’au bout d’un moment, elle finisse par tomber amoureuse de toi… et
m’oublie.
Elle
avala une gorgée de sa coupe.
-
Mais je t’avoue que t’avoir comme amante, même si tu es très bien foutue… ça
m’aurait vraiment fait bizarre et… je ne suis pas sûre, mais je crois que ça
aurait gâché quelque chose entre nous.
-
Je crois aussi. Et pour être tout à fait clair, c’était seulement sur le moment
que j’aurais aimé me joindre à vous. Parce que, maintenant, je peux te dire
que… ça ne me tente pas du tout. Réellement. Quand je vous regarde et que
j’essaye de vous imaginer avec moi et ben… la seule pensée qui me vient c’est…
beurk. Je ne peux pas, désolée. C’est vraiment pas mon truc le sexe entre
nanas. Mais c’était perturbant de le trouver d’un seul coup excitant à cause
de… euh… eh bien de ta nana, en fait. Une femme superbe mais franchement
tordue !
-
Tu es sûre ? Parce que si c’est Tia qui t’a excitée peut-être que…
-
Aucune chance ! Regarde. Là, je reluque ta nana ok ? Et franchement
elle est bien foutue et bon sang, ça devrait être interdit une telle
perfection ! Et ce que je ressens… ben rien. A part une grande jalousie et
une franche admiration.
Alexia
jeta un coup d’œil à son amie qui n’avait pas l’air convaincu.
-
Ok. Bon alors je vais l’imaginer en train de m’embrasser, ça te va ?
Alexia
hocha lentement la tête et alors que Linya fermait les yeux pour mieux se
concentrer, elle ne quitta pas son visage des yeux, guettant le moindre signe
qui lui révèlerait qu’elle aimait ça. Lorsqu’enfin, elle ouvrit les yeux Linya
n’avait rien manifesté de tel. Pourtant Alexia était toujours sceptique.
-
Bon, il te faut quoi pour me croire ? demanda-t-elle en définitive.
-
Je ne sais pas, fit-elle en haussant les épaules. C’est difficile de croire que
Tia t’as attirée dans une situation précise et plus maintenant.
-
Ben, comme elle me la dit elle-même, elle a appris à le faire. Troubler
quelqu’un en le regardant d’une certaine manière, en dégageant une chose
particulière, en faisant des… trucs précis, je ne sais pas moi, mais elle a
appris à faire ça, alors j’imagine que ça a beaucoup joué parce qu’honnêtement,
aussi canon soit-elle, il lui manquera toujours quelque chose à un endroit
vraiment important pour moi, fit-elle en baissant les yeux vers ledit endroit.
-
Peut-être… Mais j’aimerais en être aussi sûre que toi.
Linya
soupira un peu découragée.
-
Et qu’est-ce que tu proposes ?
Alexia
resta un moment silencieuse puis la fixa droit dans les yeux.
-
Embrasse-la.
Linya
cligna des yeux.
-
Pardon ?
-
Tu as parfaitement compris.
-
Attends tu n’as pas entendu ce que j’ai dit ? Je n’ai pas envie de
le faire !
-
Oui, tu l’as dit.
-
Mais… ?
-
Mais il faut que j’en sois sûre.
-
C’est dangereux ce genre de jeu Alex, c’est absurde de faire ça. Pourquoi ça te
tient tant à cœur ? demanda-elle nerveuse en voyant l’air mortellement
sérieux de sa meilleure amie.
-
Parce que… parce que vous jouez tout le temps ensemble sur ce registre et que
je ne veux pas avoir à m’inquiéter ou à faire une scène idiote qui énervera
Tia.
-
Ben si c’est ça, on arrête ces petits jeux et puis voilà… déclara la jeune
femme immensément soulagée.
-
Non Lin, tu ne saisis pas. Tia adore ces jeux. Elle n’a jamais autant ri que
depuis qu’elle joue avec toi. Que se soit là-dessus ou sur autre chose. Je ne
veux pas gâcher votre relation et je veux que Tia soit heureuse. J’aime la voir
rire, dit-elle doucement. Je ne veux pas que votre relation devienne malaisée à
cause de moi ou de doutes inutiles. J’ai besoin d’être sûre. De toi mais aussi
d’elle. Attends, fit-elle en levant la main quand elle voulut protester. Je
sais qu’elle m’aime. Je sais qu’elle ne me quittera pas et que même si tu
tombais soudain amoureuse d’elle tu ne ferais rien dans ce sens… mais… j’ai
besoin, tu comprends ? Besoin… d’être sûre… qu’aucune de nous trois ne
risque de souffrir, à un moment ou à un autre, à cause de ces petits jeux.
Linya
réfléchit à ce que son amie venait de dire et convint que c’était plutôt
raisonnable. Elle poussa un profond soupir et hocha la tête.
-
Je fais ça quand ?
-
Eh bien l’idéal… se serait que vous sortiez, un soir, ensemble.
-
Attends, tu veux qu’on ait un rencard ?!
-
Ben, je ne vois pas d’autre solution. Si les circonstances sont réunies et que
vous ne ressentez rien… on sera toutes fixées.
-
Bon sang mais y’a que toi qui à des doutes ! Avec Tia on a déjà mis les
choses au clair !
Linya
croisa les bras très contrariée.
-
Et tu comptes lui annoncer ça comment ? Je doute qu’elle apprécie beaucoup
le manque flagrant de confiance. Ni même le fait que tu lui organises un
rencard avec quelqu’un d’autre.
Alexia
grimaça. Effectivement, ça allait être une discussion houleuse. Mais elle
savait qu’elle avait raison, les choses devaient être clairs pour tout le
monde… l’ambiguïté… ça n’amenait jamais à rien de bon.
*****************************************
Et
Tia le prit évidemment très mal. Si bien, qu’elle décréta qu’elle n’assisterait
pas au cinquième jour des festivités. Elle le passerait entièrement avec Linya,
soir et nuit comprise. Elle la quitta le matin même toujours furieuse et Alexia
se rendit avec un nœud à l’estomac au concert organisé pour elle.
Tia
retrouva Linya dans le hall de leur hôtel et elles entamèrent leur journée
ensemble. La matinée ne se passa pas très bien, tant la mercenaire bouillait
intérieurement. Linya soupira et se dit qu’elle devait faire quelque chose,
sinon la dispute d’Alexia avec elle, ne servirait vraiment à rien.
Elle
apaisa sa colère du mieux qu’elle le put et tenta de lui expliquer le point de
vu d’Alexia. Cela prit plus d’une heure mais elle parvint à lui faire
comprendre que ça ne pourrait que servir leur relation à toute les trois.
-
Si ça marche comme Alexia le veut seulement, rétorqua la mercenaire coupante.
Dans le cas contraire, ça foutra un beau bordel.
-
Oui, mais toi et moi on sait que ça n’a aucune chance d’arriver, alors pourquoi
ne pas jouer le jeu ?
Tia
se redressa sur sa chaise et se pencha vers elle.
-
Tu me lances un défi ? fit-elle avec un petit sourire malicieux.
« Holà
je sens les ennuis se profiler à l’horizon là… Mais bon au moins elle n’est
plus en colère ! »
-
Comme tu veux, répondit-elle en haussant les épaules.
-
Ok. Alors voilà ce que je te propose. On se sépare maintenant et je passe te
chercher à… 17h. Tu t’habilles décontracté. Je t’emmène pique-niquer sur un
bateau. On commence par une balade en mer puis le dîner aux chandelles et
enfin… j’accoste sur une petite crique que je connais et on voit ce qui se
passe, fit-elle avec un sourire séducteur. Ça te convient ?
-
Heu… pourquoi pas.
-
Ok, alors à tout à l’heure.
Et
Tia se leva brusquement, s’éloignant à grandes enjambées. Linya la regarda
disparaître en se disant que vraiment Alexia le lui redevrait plus tard. De
toutes les lubies farfelues qu’elle lui avait fait subir au cours de leur
enfance et adolescence, lui organiser un rendez-vous amoureux avec sa petite
amie était la plus étrange.
****************************************
A
17 h tapantes, la mercenaire se présenta à elle, vêtue d’une tenue simple mais
qui comme tout ce qu’elle portait, lui allait à merveille.
-
Tu es mignonne, fit Tia en l’embrassant sur la joue.
Elle
portait un short en jean bien coupé et qui mettait en valeur ses cuisses
bronzés, aux muscles longs et fins, et un t-shirt blanc uni à manches courtes.
Elle avait aussi prit un gilet cache-cœur, pour le cas où le temps se
rafraîchirait.
-
Eh bien, en fait… toi aussi. Désolée, j’aurais bien dit époustouflante, mais
dans cette tenue, charmante ou mignonne convient mieux.
Tia
éclata de rire. Elle portait une salopette en jean par-dessus un t-shirt noir à
manches courtes. Les cheveux attachés et les lunettes de soleil noir sur le
nez, elle avait un air à la fois très femme et très enfantine.
-
Ça me va, pas de problème. Tu as pensé à ton maillot de bain et à une
tenue de rechange ?
Linya
montra son sac à dos et Tia lui présenta son bras. Elles cheminèrent ainsi
jusqu’au bateau. La ballade en mer les détendit toutes les deux. La brise
douce, la vitesse constante et les quelques sauts de dauphin qu’elles
croisèrent, leur fit oublier la raison de leurs présences en ce lieu. Elles
discutèrent de tout et de rien, se baignèrent, Linya réussit même à toucher
l’aileron d’un dauphin et en parla pendant des heures, toute excitée par son
exploit.
Puis
la nuit commença à tomber, et le scintillement des étoiles leur rappela le
dîner aux chandelles prévu, et la tension revint. Tia installa le pique-nique à
l’avant du bateau, à même le sol, pendant que Linya partait se changer.
« C’est
ridicule, se dit-elle en enfilant un pantalon de toile noire et un t-shirt noir
à manches longues avec le même col que celui d’une chemise. Etre obligée de
dîner aux chandelles avec une amie pour satisfaire sa petite amie, c’était
vraiment stupide. » Elle noua ses cheveux en une demi-queue et laissa le
reste de ses boucles blondes parsemer son visage et le haut de son dos. Puis
mit les pieds dans des tongs également noires et se rendit sur le pont.
Là,
elle trouva le pique-nique joliment arrangé et se dit que Tia avait une âme
romantique insoupçonnée. Un sourire doux remplaça la grimace de contrariété et
elle s’assit, attendant la mercenaire qui ne tarda pas à apparaître.
« Oï,
le rouge lui va vraiment bien, » songea-elle en la regardant approcher les
yeux fixés sur son visage attentif. Tia portait une chemise en satin rouge, qui
soulignait ses formes avantageuses et un pantalon en toile fendu sur les côtés
à partir des cuisses et retenu simplement par des attaches aux chevilles.
Chacun de ses pas dévoilaient le fuselé de ses jambes. Tia s’assit en face
d’elle et leva un sourcil.
-
Tu es superbe, fit Linya.
-
Tu n’es pas mal non plus.
Nouveau
sourcil levé qui fit sourire Linya.
-
Mais je ne ressens aucune attirance particulière.
-
Pas encore, fit la jeune femme en souriant d’un air suffisant.
Linya
secoua la tête puis Tia lui montra les plats d’un geste du bras et elles
entamèrent leurs repas.
- Je
dois avouer, fit Linya au milieu du repas, que tes yeux sont superbes ainsi
rehaussés par la lumière des bougies. Je comprends mieux la fascination que tu
exerces sur ma meilleure amie.
-
Mes yeux sont toujours superbes, répliqua la grande femme sans la quitter du
regard. Mais je t’accorde qu’ils sont assez irrésistibles ainsi.
Linya
rit et déclara :
-
J’ai la nette impression que ta vanité n’a pas de limite, chérie.
-
Et c’est un problème ?
-
Non. Chez toi c’est juste charmant. Et terriblement mignon.
-
Hum, fit-elle avec une moue, aujourd’hui je n’arrête pas d’être mignonne, ça ne
va pas du tout ça. Comment je fais pour te séduire en étant seulement
mignonne ?
-
Tu ne me séduis pas ? répondit Linya avec un sourire amusé.
-
On verra, on verra…
Le
reste du dîner se déroula avec des blagues et quelques réflexions idiotes.
Puis, Tia reprit la barre et emmena le bateau vers une petite crique isolée,
mais avec une plage de sable blanc incroyable qui luisait faiblement dans
l’obscurité.
-
Waaa, fit Linya en débarquant sur la plage.
Alors
qu’elle voulait lâcher la main de Tia, qui la lui avait offerte pour l’aider à
se stabiliser, la prise se resserra. Elle tourna la tête vers sa compagne et la
vit qui secouait doucement la tête. Elle haussa les épaules et laissa faire.
Elles se promenèrent lentement sur la plage, regardant tour à tour le ciel et
l’océan. Devisant tranquillement.
Tout
le long de leur balade, Tia ne lâcha pas sa main, croisant même ses doigts avec
les siens. Finalement, la mercenaire s’installa sur une langue de sable qui lui
paraissait confortable et attira sa compagne. Elle l’installa entre ses jambes
et entoura son corps de ses bras. Linya laissa son dos reposer contre le torse
de son amie et posa sa tête sur l’épaule de la grande femme. Elle devait
s’avouer qu’elle aimait beaucoup toute cette tendresse. Et Tia était si…
rassurante. Elle se blottit dans ses bras et profita de l’instant.
Elles
contemplèrent un long moment les vagues qui venaient mourir doucement à leurs
pieds. Puis les mains de Tia commencèrent à voyager le long des bras de Linya
et celle-ci ferma les yeux à l’écoute de son corps. Elle tourna légèrement la
tête vers celle de la mercenaire sans pour autant la lever de son épaule.
Au
bout d’un moment, elle ouvrit les yeux et trouva ceux de sa compagne, d’un bleu
merveilleux qui plongèrent dans les siens. Elle vit le visage de Tia se
rapprocher et n’essaya pas de s’en écarter. Leurs lèvres se touchèrent, se
goutèrent, puis Tia ouvrit doucement le barrage des lèvres, avec sa langue, et
s’introduisit dans sa bouche. Elle en explora l’intérieur avec douceur et
sensualité, montrant à Linya tout son savoir faire en la matière.
Sans
cesser de l’embrasser, elle l’allongea sur le sable et passa une main sous le
t-shirt, voyageant avec lenteur le long de la peau nue du ventre et remontant
tout aussi doucement vers les seins tentateurs.
Linya
passa ses mains derrière son dos et la caressa en suivant le rythme adopté par
la mercenaire, elle rendait chaque baiser, chaque effleurement avec une application
digne d’éloge. Tia quitta sa bouche et parsema sa gorge de baisers, puis
s’interrompit pour relever gentiment le t-shirt par-dessus la tête de sa
partenaire. Elle embrassa alors chaque parcelle de peau nue et repoussa bientôt
le soutien-gorge. Elle lécha ses deux seins, ses deux mamelons, avec une égale
ardeur.
Laissant
sa bouche s’occuper de la poitrine bien dessinée de Linya, Tia laissa une de
ses mains descendre plus bas. Elle glissa doucement, lentement, ses doigts sous
le tissu du pantalon, puis de la culotte, faisant des pauses fréquentes pour
laisser à Linya le choix de l’arrêter ou non.
Elle
toucha finalement le clitoris de la jeune femme et un frisson parcourut Linya
toute entière. Elle fit glisser son doigt le long du sexe de son amie et le
caressa du bout du doigt, sans se presser. Enfin, elle entendit un soupir. Mais
toujours aucune humidité. Elle délaissa les seins et revint à la bouche qu’elle
embrassa doucement sans cesser ses caresses sur son sexe.
Enfin,
lorsqu’un deuxième soupir se fit entendre elle relâcha la bouche chaude de son
amie et la dévisagea. Sans la quitter des yeux, elle fit glisser doucement son
index dans son sexe, lui écartant les cuisses de son genou, pour avoir un
meilleur accès, et regarda les yeux de son amie s’écarquiller à mesure qu’elle
enfonçait son doigt en elle. Elle la vit se mordre la lèvre sans pour autant
esquisser le moindre geste d’encouragement ou de découragement. Elles se
regardèrent un long moment et se sourirent. Finalement Tia retira son doigt du
sexe toujours sec de Linya et aida son amie à se rhabiller.
-
C’est un coup dur pour mon ego, fit-elle en souriant.
-
Je te l’ai dit, il te manque un truc là, fit-elle en désignant ses cuisses.
Mais sinon ne te flagelle pas, sur la fin je commençais à ressentir quelque
chose.
-
Ouais j’ai entendu. Deux soupirs. Juste deux ! Après tout ce que j’ai
fait ! Et tes seins ! Pas du tout coopératif, dit-elle en secouant la
tête. Ils n’ont commencé à se durcir qu’après le premier soupir. D’ailleurs
j’aimerais savoir comment j’ai réussi à te les soutirer ceux-là ! Parce
qu’il était plutôt clair que tu n’aimais pas ce que je te faisais.
-
Ben… heu… en fait j’ai cessé de penser que c’était tes mains.
Un
sourcil se leva.
-
Oui. Heu… parce que niveau caresse et baiser, dieu tu te défends vraiment bien,
à te dégoûter de ne pas être gay en fait !, fit-elle en riant, mais à
chaque fois que je me rappelais qu’elles étaient à toi ces mains, et plus
particulièrement à une femme, ça me refroidissait instantanément. Alors, j’ai commencé
à me dire que ce n’était pas les tiennes et à juste ressentir les choses et…
ben voilà.
-
Hyper vexant.
-
Désolée. Tu ne m’attires pas du tout !
-
Je vois que ça te désole, railla la grande femme. Bon, en ce qui me concerne,
je crois que je vais aller prendre une douche froide.
-
Pourquoi ? Ça t’a fait quelque chose ? interrogea Linya intriguée.
La
mercenaire la dévisagea un instant, puis se pencha vers elle et lui dit sur le
ton de la confidence.
-
Lin, tu es une femme très attirante. Et j’aime les femmes, tu te
souviens ?
Linya
resta bouche bée. Puis s’empourpra et lança :
-
Tu veux dire que si je ne t’avais pas arrêté tu m’aurais fait l’amour ?!
-
Sûrement oui.
-
Mais… et Alexia ?!
Là,
le visage de la mercenaire se ferma.
-
C’était son idée. A elle, d’en assumer les conséquences.
-
Tu ne le penses pas.
-
Bien sûr que je le pense ! dit-elle d’un ton coupant. Elle m’a organisé un
rencard avec toi, m’a dit de t’embrasser, de voir jusqu’où on avait envie
d’aller… Elle me prend pour qui bon dieu ?! Elle croit qu’elle peut me
tester quand ça lui chante ?! Qu’elle peut jouer avec mes
sentiments ?! Ne pas prendre en compte ce que je ressens ou nier ce que je
lui dis ?! Ma parole n’a aucune valeur pour elle, bordel !
Linya
la fixait avec compassion. « Là, tu vas ramer ma pauvre Alex. La bourde
que t’as faite va avoir de sales conséquences »
-
Tu… vas la quitter ? Je veux dire juste pour une petite pause, histoire de
lui donner une leçon ?
Tia
tourna la tête vers elle et l’étudia un bon moment avant de soupirer.
-
Même pour cinq minutes, je ne peux pas.
Elle
tourna son regard vers la mer.
-
Je l’aime comme je n’ai jamais aimé personne en ce monde. Et je ne pense pas
pouvoir aimer à nouveau ainsi. Elle est… particulière. Et si parfois elle agit
comme une idiote, je sais qu’elle est faite pour moi. Que personne ne me
conviendra mieux qu’elle. Même si ses lubies m’énervent parfois, je sais grâce
à elles, que je ne m’ennuierai jamais avec Lex. Notre relation ne sera
probablement jamais de tout repos, que se soit de mon fait ou du sien, mais
c’est une chose que j’ai accepté en admettant qu’on était le meilleur choix
possible l’une pour l’autre.
Elle
fit une pause puis reprit :
-
Je n’aurais jamais couché avec toi, même si j’avais vu que c’était une chose
que tu souhaitais. Même si elle l’avait mérité… je suis incapable de lui faire
du mal. Et puis, je lui ai dit qu’elle avait le droit de faire une crise de
temps à autre. Je ne pensais pas à ce genre là mais… après tout, c’en est une
comme une autre.
-
Tu sais, fit Linya en jouant avec le sable à ses pieds, je crois que si j’ai
réagi bizarrement avec toi c’est… parce que j’ai vu les regards que tu poses
sur elle et… que je donnerais n’importe quoi pour qu’on me regarde ainsi. Je
crois… que inconsciemment je voulais voler ton amour à Alex. Mais ce soir, j’ai
compris que ce n’était pas de toi que je voulais être aimé ainsi.
Tia
la regarda avec compassion puis posa une main sur son épaule.
-
Ça t’arrivera aussi. Si ça a pu arriver à une personne telle que moi alors ne
t’en fait pas, toi qui est bien meilleure que je ne le serai jamais, y
parviendra un jour. Il faut juste que tu patientes.
Linya
hocha la tête.
-
J’aime votre façon de vous aimer. A chaque fois que tu apparais dans le champ
de vision d’Alexia, son regard brille d’un éclat incroyable. Il t’est réservé à
toi et à toi seule, tu sais, fit-elle en relevant la tête pour la fixer. Ta
simple présence l’illumine de l’intérieur. Elle est si heureuse quand tu es là.
Je la connais depuis toujours et jamais… jamais je ne l’avais vu aussi sereine,
aussi pleinement sûre d’elle-même. Tu as un effet extraordinaire sur elle… et
pas seulement sur son physique. Elle… ne te quittera jamais. Je l’ai su dès
l’instant où je l’ai vu avec toi, ajouta-elle un peu triste. Elle t’aime sans
pareille. Elle acceptera tout de toi, même l’enfer. Et tu sais ce qu’elle en
dira ? fit-elle avec un petit rire triste. Que si c’est le prix à payer
pour être à tes côtés, elle le paiera volontiers. Elle t’aime tant…
-
Alors pourquoi cela te rend-il si triste ?
-
Parce que j’ai peur… de la perdre… que tu passes au premier plan comme c’est le
cas depuis plus d’un an maintenant. J’ai peur…de ne pas être capable d’aimer
comme elle le mérite, ce qu’elle est en train de devenir, ce que tu fais
d’elle.
Là,
les mots firent mal, d’autant qu’ils reflétaient une de ses plus grande
crainte. Elle entoura son genou de ses bras et garda les yeux fixés sur
l’horizon, alors que Linya poursuivait son explication.
-
Elle ne fait rien de mal, mais elle est parfois si différente de celle que j’ai
connue. Et pourtant ça la rends heureuse je le sais, je le vois. C’est comme
si… elle t’avait attendue pour enfin commencer à vivre vraiment. A être
elle-même sans crainte. Je… j’ai l’impression d’être passée à côté d’elle et je
m’en veux. C’est comme si je n’avais pas vraiment voulu voir ce qu’il y avait
en elle, comme si je l’avais niée en partie… Je n’ai pas été une vraie amie
pour elle et c’est dur à accepter.
Tia
déglutit et inspira profondément. Elle posa son regard sur la silhouette voûtée
de son amie.
-
Parle-lui-en.
Linya
la fixa.
-
Il n’y a pas d’autre solution. Si tu tiens réellement à elle, alors ouvre-lui
ton cœur. Elle seule peut te rassurer là-dessus. Et lui mentir ou garder ça
pour toi, précipiterait la détérioration de votre relation.
-
Je sais… mais j’ai peur.
-
Tu t’occupes de femmes dont la peur est l’objectif à dépasser. Tu ne peux pas
faire moins que montrer l’exemple, tu ne crois pas ?
-
Encore une fois tu as raison, fit-elle en souriant enfin. Ta sagesse est
étonnante. Si on m’avait dit un jour que je me confierais à toi, je ne l’aurais
pas cru ! Tu me semblais si froide !
-
Ben depuis ce soir, tu sais que je suis plutôt une personne au sang chaud,
déclara la grande femme en levant un sourcil coquin.
Linya
éclata de rire et bascula en arrière. Elle finit par se calmer et observa les
étoiles.
-
Qu’est-ce que tu vas dire à Alexia ?
Tia
réfléchit un moment puis tourna la tête vers elle.
-
J’en ai aucune idée, avoua-elle avec une petite moue désabusée.
Chapitre 11 :
Le
sixième jour de fête se fit plus calme et eut lieu en journée pour changer.
Linya avait prit les dispositions nécessaires pour qu’un barbecue géant avec
attraction et spectacles en tout genre aient lieu en différents points du
terrain et se relaient toute la journée. Un défilé, avec des tas de chars
différents et un bal costumé clôturerait la fête, le lendemain. Et bien sûr la
surprise spéciale de Tia pour Lex serait là.
« Ça
serait bien qu’on soit réconcilié quand ça arrivera », songea la grande femme,
les sourcils froncés, appuyée contre un mur en pierre et évitant comme elle le
pouvait sa petite amie qui depuis son retour, tôt le matin même, la cherchait
pour lui parler.
C’était
rageant d’avoir préparé tout ça et de ne même pas pouvoir profiter de la joie
que cela procurait à sa compagne, qui d’ailleurs pour le moment était très loin
de ce sentiment. Elle angoissait à mort depuis qu’elle avait compris au milieu
de la nuit que Tia découchait. Et si elle lui préférait Linya ?
Elle
ne se demandait pas si elles avaient couché ensemble. Pour elle, cela ne
faisait aucun doute et étrangement, elle n’en concevait aucune jalousie. Pour
elle cela faisait partie du test. Elle craignait seulement que cela signifie
leur séparation. Et elle se demandait avec inquiétude si elle allait tout
perdre à cause… de quoi d’ailleurs ? Elle avait juste eu besoin de
s’assurer qu’il n’y avait pas d’ambiguïté, que leur jeu en resterait un et…
merde, maintenant qu’elles étaient passées à l’acte, aucune chance que ça reste
un jeu !
Une
vague de jalousie déferla en elle, mais elle la repoussa. Elle l’avait bien
cherché, alors tant pis pour elle. Elle… ferait avec. Elle passerait
par-dessus, quand bien même Tia la tromperait avec tout ce qui bougeait, tant
qu’elle restait avec elle et que son cœur n’appartenait qu’à elle seule, elle
ne demandait rien d’autre.
Elle
finit par trouver sa petite amie, mais n’osa pas s’en approcher. Tia était
toujours en colère et ça, associé à sa peur d’être évincée au profit de Linya,
la retint sur place. Elle contempla la grande femme, se repaissant de son
allure formidable. Ses lunettes de soleil l’empêchaient de voir si elle avait
des cernes, ce qui aurait été une indication sur comment elle avait passé la
nuit. Elle soupira au moment où une main tapota son épaule.
Elle
se tourna et vit le visage impassible de sa meilleure amie la dévisager
gravement.
-
S… salut, fit-elle alors qu’une vague de crainte l’envahissait.
-
Salut.
Linya
l’observa un moment avant de tourner le regard vers le mur au loin où la
silhouette de Tia était visible.
-
Tu ne lui as toujours pas parlé ?
-
Elle m’évite, marmonna-elle.
-
Ça ne m’étonne pas.
Alexia
releva vivement les yeux vers son amie.
-
Pourquoi ? Il… il s’est passé quelque chose ?
Linya
plongea ses yeux dans ceux inquiets de son amie et se dit qu’une petite leçon
s’imposait.
-
Elle… a un toucher incomparable, dit-elle tranquillement. Très doux, très…
sensuel. Et Dieu qu’elle embrasse bien…
A
ses mots le cœur d’Alexia se serra, ainsi que ses lèvres, mais elle ne dit rien.
Elle ferma brièvement les yeux, inspira et demanda :
-
Alors vous avez couché ensemble… ok. C’est pas grave.
Là,
Linya ouvrit de grands yeux. « Pas grave ?! »
-
Est-ce que… hum… est-ce qu’elle a décidé de te choisir ?
Son
amie fronça les sourcils.
-
Il n’a jamais été question de ça, dit-elle finalement, alors pourquoi tu me
poses une question pareille ? On devait seulement s’assurer qu’il n’y
avait pas d’ambiguïté entre nous.
-
Et... eh bien j’imagine qu’il devait y’en avoir si vous… vous, l’avez fait,
dit-elle misérable.
Linya
ne sut pas si elle devait rire ou s’énerver et préféra opter pour la première.
Elle était liée à Alexia depuis trop longtemps pour tout gâcher à cause d’une
de ces lubies, auquel elle avait d’ailleurs cédée. Cette situation était donc
autant sa faute que la sienne. En fait la seule victime était Tia. Elle se
mordit la lèvre pour ne pas rire.
-
Alex, commença-elle doucement, il n’y a pas d’ambiguïté entre Tia et moi. Je te
l’avais dit, et je te le confirme.
-
Mais tu as dit…
-
Qu’on a fait quelques petites choses oui… comment s’en assurer autrement ?
C’était pas ton idée ?
Alexia
hocha la tête.
-
Eh bien c’est ce qu’on a fait et elle est vraiment très douce. Elle fait de ces
trucs avec sa langue… dit-elle en secouant la tête assez impressionnée. Je
comprends mieux tes réactions.
Elle
vit Alexia déglutir et pâlir mais décida de ne pas la détromper. Après tout,
elle l’avait bien cherché. N’empêche, il lui suffisait de réfléchir un peu pour
comprendre qu’elles n’avaient pas couché ensemble. Linya secoua la tête,
incrédule devant son manque total de reflexion.
-
Autrement je me demandais… toi qui est si jalouse, comment tu fais pour ne pas
hurler toute les dix secondes avec Tia qui reluque tout ce qui passe à sa
portée ? Je dois avouer que ça m’a toujours pas mal intriguée.
Alexia
accepta avec soulagement le changement de sujet. Elle ne savait pas comment
elle allait faire avec l’idée que sa petite amie et sa meilleure amie avait été
aussi intimes. Mais elle repoussa cela pour y réfléchir à tête reposée.
-
Eh bien, ça fait partie d’elle. Elle aime regarder les jolies choses et… eh
bien tant qu’elle ne fait que regarder.
Elle
fit une pause et secoua la tête.
-
En fait c’est faux, même si elle passait à l’acte…
Nouvelle
pause.
-
Je me contente de nier et en fait je ne sais pas trop. Je crois que c’est
surtout ce qui concerne ses sentiments qui me stresse et provoque ma jalousie,
pas le… sexe éventuel. Je ne suis pas en train de dire que ça ne me fait rien,
parce que c’est faux, mais… si ce n’est que ça… et que je garde le principal,
de quoi je me plains ?
Linya
la regarda autrement. Elle avait dit à Tia qu’Alexia accepterait tout d’elle,
mais elle ne pensait pas que… et finalement elle comprit qu’elle accepterait
vraiment tout d’elle. Elle l’aimait vraiment à ce point.
-
Elle ne te ferait pas ça. Mais… si jamais c’était le cas, je ne vois pas en
quoi le fait de garder son cœur serait suffisant parce que… enfin Alex, tu le
sais bien. Quelqu’un capable de te tromper une fois passe encore, les dérapages
ça existe, mais à tout bout de champs… cela dénote un manque total de respect
et comment peux-tu espérer être aimée d’une personne qui ne te respecte
pas ?
-
Je… il faudra que j’y réfléchisse, mais pour l’instant, elle se contente de
regarder alors ça va. Et puis elle ne le fait pas tout le temps non plus.
-
Ouais. Elle me fait un peu penser à un play-boy, en fait. Sauf que c’est une
femme. Mais sinon elle en a l’assurance, la beauté et l’attitude.
-
Je serais d’accord avec toi si elle draguait, mais ce n’est pas le cas.
-
Peut-être parce que t’aimer lui en ôte l’envie.
-
J’espère bien !
Elles
se sourirent et l’épisode gênant et ce qui suivit fut effacé de leur mémoire.
Elles avaient trop besoin l’une de l’autre pour s’encombrer plus longtemps de
ce genre de chose. Linya décida alors de suivre le conseil de Tia et de lui
faire part de ses craintes. Elle l’observa, un regard inquiet posé sur son
visage. Cela attira l’attention d’Alexia qui pencha la tête interrogative puis
écouta attentivement ce que son amie lui disait.
*******************************
Après
sa discussion haute en couleur avec Linya, qui l’avait autant surprise qu’un
peu embêtée, surtout la partie sur sa nouvelle personnalité, elle décida que
c’était le moment pour une autre discussion sérieuse et stressante avec Tia.
Après tout, autant toutes se les taper le même jour…
Elle
se rendit donc vers le mur duquel son amie n’avait pas bougé. Elle sut
exactement quand elle fut repérée malgré le regard caché par les lunettes. Elle
avança vers elle, un peu plus hésitante, mais toujours déterminée à mettre les
choses au clair et s’appuya sur le mur à côté d’elle. Elle inspira
profondément, prit son courage à deux mains et se lança :
-
Je… j’ai parlé avec Linya et je sais que… que vous avez couché ensemble. Je… ce
n’est pas grave… il… je m’y attendais un peu avec ce… euh… test. Et je… préfère
qu’on oublie ok ?
-
Qu’on oublie ? gronda son amie en la regardant pour la première fois
depuis la veille au matin. Tu te fous de moi ?!
La
colère était si forte qu’elle ne se contrôlait qu’avec peine.
-
Tu pars du principe que je t’ai trompée parce que c’est ce que tu prévoyais. Tu
me prends pour qui ?! Une putain ?! T’as une si mauvaise opinion de
moi ?! Mais qu’est-ce que tu fous avec moi alors ?! Et je suis quoi
moi ?! Une marchandise que tu peux refiler à la première personne
venue ?! Tu sais ce qui m’énerve le plus ? Que tu n’es aucune foi en
ma parole. Je t’ai dit que je ne ressentais rien de particulier pour Linya.
Elle t’a dit qu’elle ne ressentait rien pour moi. Mais ça ne t’a pas
suffit ! Sérieusement Lex, si tu as si peu confiance en moi, qu’est-ce
qu’on fout ensemble ?!
-
Je… attends… je…
-
Lex, ce que tu as exigé de moi, c’est… immonde. Tu m’as traité comme si j’étais
ta chose. Et ça… ça fait mal.
Sur
ses bons mots, Tia la planta et partit d’un pas rageur se calmer.
Elle
ne réapparut pas avant le lendemain, laissant une nouvelle fois, sa petite amie
se poser des questions sur l’endroit où elle avait passé la nuit. De même,
Alexia se demanda si elle la reverrait et ce qui lui avait prit de tout gâcher
avec son insécurité coutumière.
Elle
avait disposé de Tia comme elle le faisait de tout le monde quand elle était
encore cette petite fille de riche pourrie gâtée. Elle ne l’avait même pas vu venir.
C’était incroyable qu’elle agisse encore comme ça. Elle avait toujours détesté
être ainsi, qu’est-ce qui s’était passé ? Cette semaine de frivolité avait
suffit pour la faire retomber dans ses travers ? Bon dieu, alors elle
avait vraiment un problème !
Elle
avait fait les cents pas toute la nuit et maintenant c’était le jour de clôture
de la fête organisé par son âme-sœur en son honneur et elle n’était pas là.
Dieu qu’elle s’en voulait…
-
Eh ! fit une voix dans son dos.
Alexia
se retourna et aperçut Danzel, son tout premier amour. Ils étaient sorti
ensemble un an après leur rencontre. Elle avait alors 14 ans. Ils n’avaient
cessé de se séparer et de se remettre ensemble. Elle l’avait adoré mais son
côté calme et terre à terre, avait fini par la lasser.
Il
était toujours aussi beau. Ses cheveux châtain clair brillaient doucement sous
le soleil et ses yeux bleu clair qui la fascinaient à l’époque, la fixèrent
avec chaleur. Elle lui sourit heureuse, malgré tout ce qui tourbillonnait dans
sa tête, de le revoir.
-
Salut Danzel, tu vas bien ?
-
Toujours et toi ? demanda-il en lui faisant ce doux sourire, qui l’avait
fait craquer dès la première seconde de leur rencontre.
-
Ça peut aller.
*********************************
Tia
arriva à la petite fête avec plusieurs heures de retard. Elle était encore
énervée mais elle trouvait puéril de gâcher la fête d’Alexia parce qu’elles
s’étaient disputées. En plus… elle lui manquait. C’était vraiment énervant de
se rendre compte qu’elle ne pouvait pas rester en colère contre elle très
longtemps. « Bah, ça n’a pas vraiment d’importance, après tout. » Sa
colère face aux sentiments doux qu’elle faisait naître en elle, à la joie
qu’elle lui devait… ça n’était vraiment pas comparable.
Elle
chercha des yeux sa petite amie et la trouva en grande conversation avec un
homme plutôt bien fait et aussi grand qu’elle. Elle s’arrêta un instant pour
les observer et fronça les sourcils. Leur langage corporel était plutôt
explicite. Ils étaient ou avaient été très proche l’un de l’autre. Cette
constatation amena une vague brûlante de jalousie en elle, qui transperça son
estomac et lui donna envie de vomir.
La
violence de sa réaction la stupéfia. Elle ne se savait pas jalouse et encore
moins à ce point. Bon sang, elle avait une de ses envies de casser la figure à
ce type ! Il fallait qu’elle se maîtrise, elle ne craignait rien, mais
l’évidente attirance de cet homme pour sa compagne ne faisait aucun doute. Tout
comme le fait qu’il souhaitait tenter ou retenter sa chance. « C’est ça
mon gars, essaie, juste pour voir mon poing dans ta tronche. Vas-y, donne-moi
une raison. »
Elle
vit Alexia poser sa main sur le bras de l’homme en riant et elle vit rouge.
Elle s’approcha d’un pas déterminé. Alexia la vit arriver et lui fit un sourire
timide, qu’elle ne lui retourna pas. Elle se planta au côté de son amie et
dévisagea l’homme d’un regard hostile.
« Ok,
elle est toujours furax, songea Alexia, mais au moins elle est là, alors Lex ne
gâche pas tout ». Elle inspira profondément et lui toucha le bras en lui
souriant à nouveau.
-
Bonjour. Je suis contente que tu sois venue.
Elle
lui adressa un bref hochement de tête mais ne détourna pas son regard brûlant
de Danzel.
-
Je te présent Danzel… un vieil ami.
-
Quel genre ?
Danzel
dévisagea cette femme aussi grande que lui et à la beauté froide qui
l’épinglait du regard comme s’il était un insecte nuisible. Il ne l’aimait pas.
Et pas seulement parce qu’il l’avait vu embrasser Alexia l’autre soir en boîte,
mais aussi parce qu’elle se prenait visiblement pour la meilleure personne de
cette fête et qu’elle agissait comme si elle avait des droits sur Alexia.
-
Son premier amour, son premier baiser, son premier amant, son premier petit
ami, déclara-t-il lentement d’un air provocateur, sans la quitter des yeux.
L’effet
de ses paroles fut bien visible, même si elle tenta de l’étouffer. La colère
flamba dans ses prunelles azurs et sa bouche se pinça fortement. Il sourit,
satisfait de son estocade.
Alexia
le dévisageait avec consternation. « Dieu il est suicidaire ou quoi ?!
Oh bon dieu, songea-t-elle en voyant le regard flamboyant de Tia, ça va être
mortel ! » Elle déglutit puis essaya de calmer le jeu.
-
Euh Danzel, je te présente Tia… ma petite amie.
Instantanément,
le bras sous sa main se détendit et si la colère était toujours présente, elle
ne risquait plus d’exploser à la prochaine provocation. Danzel, lui, se tourna
vers elle, estomaqué.
-
Ta petite amie ?
Elle
hocha la tête, surveillant du coin de l’œil sa mercenaire, qui pour l’instant
du moins, souriait d’un air supérieur à Danzel.
-
Tu... depuis quand ?! Elle l’était déjà à la boîte ?!
-
Oui.
-
Bon sang, alors ça… C’est... je ne m’y attendais pas.
-
Oui, j’imagine que c’est un choc, désolée.
-
Tu… n’as jamais laissé entendre que les femmes t’intéressaient, fit-il en
secouant la tête.
-
Ce n’était pas le cas. Il n’y a qu’elle qui m’intéresse.
Ces
quelques mots suffirent à rendre à Danzel toute sa confiance en soi. Il
redressa la tête et la fixa dans les yeux, intensément.
-
Je vois. Écoute, je peux voir ce qui te plait chez elle. Après tout sa taille,
ses yeux… te rappellent sûrement ma personne, mais tu n’as plus besoin d’elle
maintenant. Si tu veux, tu peux avoir l’original.
« L’arrogance
de ce type est effarante…, songea la grande femme en se retenant avec difficulté
de lui balancer son poing dans sa jolie petite gueule de crétin. L’original,
c’qui faut pas entendre ! »
Alexia
sentait Tia bouillir à ses côtés. Elle ne savait pas quoi dire. La proposition
de Danzel avait représenté tout ce qu’elle souhaitait pendant très longtemps et
il était vrai que la première fois qu’elle avait remarqué les yeux de sa
mercenaire, elle les avait comparés à ceux de Danzel mais ce n’était plus le
cas et elle était un peu stupéfaite de sa déclaration ainsi que de l’arrogance
de celle-ci.
-
Écoute Danzel, je suis flattée, vraiment. Et il fut une époque où j’aurais
vraiment apprécié ta proposition. Mais aujourd’hui ce n’est pas le cas. J’aime
Tia, fit-elle en lui prenant la main. Et je suis heureuse avec elle. Mais même
si c’était flatteur, ta proposition était très grossière envers mon amie et
j’aimerais que tu t’excuses.
Ses
paroles apaisèrent une nouvelle fois la grande femme, qui se contenta de darder
un regard noir sur l’importun.
-
Je ne vois pas ce que tu lui trouves, répondit-il en haussant les épaules, un
peu perplexe, mais c’est ta décision.
-
En effet.
-
Si tu changes d’avis, fit-il en s’éloignant, tu sais où me trouver.
Elles
le regardèrent partir puis Tia se tourna vers sa compagne.
-
Je ne comprends pas comment tu as pu sortir avec ce type. Il est si arrogant,
si suffisant !
-
J’en connais une autre, rétorqua son amie avec un sourire. Il faut croire que
c’est un trait de caractère que j’aime.
-
T’as des goûts bizarres, mais je serais malvenue de m’en plaindre, hein ?
Alexia
sourit avec tendresse et passa une main douce sur la peau de sa joue.
-
Je m’excuse.
Tia
la fixa sans rien dire, attendant la suite, lui laissant une chance de
s’exprimer, de s’expliquer.
-
Je… J’ai laissé ma peur prendre le pas sur mon cœur et j’en suis sincèrement
désolée. Je n’ai pas voulu te croire, pire… j’ai disposé de toi comme… comme si
tu étais une chose, la mienne en l’occurrence et c’est… si loin de ce que je
ressens pour toi que je ne comprends même pas d’où c’est venu. C’est… une
habitude de mon ancienne vie et franchement, je pensais l’avoir laissée
derrière moi… je suis surprise que ça ne soit pas le cas et mortifiée que tu
ais vu de si près un côté de moi que j’aurais préféré que tu ignores.
Elle
baissa sa main mais ne quitta pas les yeux bleus fixés sur elle.
-
J’espère ne pas t’avoir trop dégoûtée, continua-t-elle avec un pauvre sourire.
J’espère que tu pourras me pardonner, encore une fois, mon manque de confiance.
Je suis tellement désolée. Je m’en veux tellement d’être incapable de te faire
confiance… je ne voulais pas t’insulter, ni te blesser, je ne pensais pas à
mal, je voulais seulement être sûre que vos jeux en étaient bien et qu’il n’y
avait de risque pour personne. Je ne voulais pas que vos jeux cessent, j’aime
tant te voir rire et je sais que si je t’avais fait part de mes craintes, tu
aurais mis fin à ça et… je suis désolée, je ne peux rien dire d’autre. Pardon.
Un
silence.
-
Tu ne me fais vraiment pas confiance ?
Tia
leva la main, lorsque sa petite amie ouvrait la bouche pour parler.
-
Attends avant de répondre. Réfléchis bien, s’il te plaît. Et répond-moi lorsque
tu seras sûre de ta réponse.
Alexia
hocha la tête et effectua une rapide introspection. Non, elle n’avait pas assez
d’éléments ou de temps pour en faire une vraie et elle secoua la tête.
-
Plus tard, murmura-elle.
Puis
plus haut.
-
J’y réfléchirais. Je… tu… penses pouvoir me pardonner ? Ou tu… heu…
Elle
n’eut pas la force de la regarder dans les yeux et s’interrompit sans savoir
quoi dire de plus. Elle entendit un soupir audible et une main chaude, qu’elle
aimait énormément, prit son menton et l’obligea à lever les yeux.
-
Lex… dit-elle d’un ton triste, que faut-il que je fasse… pour que tu comprennes
que rien de ce que tu peux faire ne me fera te quitter ? Pourquoi me
poses-tu systématiquement la question ? Je ne te l’ai pas assez
répété ? Tu as le droit de faire une crise de temps à autre. Seulement ne
t’attends pas à ce que j’apprécie la chose ou que je l’accepte sans broncher.
Je te donne juste la garantie que ces crises ne nous séparerons pas.
-
Je suis désolée… je n’arrête pas de m’excuser depuis qu’on est ensemble et ça
me montre un côté de moi que je n’aime vraiment pas, soupira-elle avec un
regard désabusé. Je crois simplement que je ne te mérite pas et… je ne
comprends pas pourquoi tu restes après tout ce que je te fais subir.
-
Lex, on a déjà eu cette discussion. J’ai les mêmes sentiments et tu le sais.
Mais se poser ce genre de questions n’a pas de sens. On est ensemble parce
qu’on s’aime et on reste ensemble parce qu’on sait que, malgré les petits
désagréments qu’on s’impose mutuellement, on est faite l’une pour l’autre.
C’est toi qui l’as dit : le meilleur choix possible Lex. Pour moi, il n’y
a pas de doute. Ta réaction ne m’a pas réellement surprise, tout au plus déçue.
Je sais d’où tu viens et ce que tu étais avant moi. Ces… discussions qui
précèdent nos réconciliations font partie intégrante de ce que j’espère être
une thérapie qui finira par te guérir de ton insécurité émotionnelle. Et… un
jour… j’espère que me tu feras pleinement confiance. Mais avant que tu ne
t’excuses encore, écoute-moi jusqu’au bout.
Elle
inspira profondément et poursuivit :
-
T’offrir ça ne me pèse pas comme tu sembles le penser, de la même manière, je
crois, j’espère, qu’apaiser mes angoisses la nuit ou ma violence, n'est un
problème pour toi/ne te pèse. Ça fait partie de toi et je l’accepte… comme tu
as accepté ma barbarie en Egypte.
-
Tia…, fit-elle avec une compassion évidente.
-
Je sais ce que tu vas dire. Je sais aussi ce que j’ai dit à cette époque, mais…
c’était peut-être nécessaire oui, mais ça n’en restait pas moins barbare. La
façon dont je me suis arrogé le droit de vie ou de mort sur eux, dont je les ai
exécutés… ne crois pas que je n’en ai pas eu conscience. C’était immoral et…
je… regretterais toujours de n’avoir pu trouver d’autres moyens de régler le
problème. Mais vois-tu, je ne regretterais jamais de les avoir tués. Et je sais
que ça te choque et pourtant, aujourd’hui comme à ce moment là, tu es là. A mes
côtés, sans jugement. Avec la seule envie de me comprendre et d’apaiser ma
peine. Alexia j’aimerais tant qu’un jour tu comprennes, ou mesures ce que tu
m’apportes depuis le début. Le bien que cela me fait de savoir qu’aussi loin
que je puisse aller, toujours lorsque je me retournerai et regarderai derrière
moi, je sais que je te trouverai là… à m’attendre. Cette certitude et ton
amour… c’est tout ce dont j’ai besoin pour être heureuse. Les milliers de jeux
et de rire que je pourrais partager avec Linya n’arriveront jamais à combler un
centième de ce que ta simple présence m’apporte.
Alexia
avait le visage entre les mains de sa compagne et son regard vert était empli
de larmes, de joie autant que de peine. Tout ce que disait Tia était si beau.
Non, elle n’avait pas conscience d’être à ce point importante dans la vie de la
mercenaire, elle n’avait pas compris à quel point ce qu’elle lui apportait
importait.
Elle
avait un réel impact sur son équilibre, comme elle sur le sien. C’était un
sentiment intense et poignant, que la compréhension d’une chose si parfaite et
si profonde… Elle se mordit la lèvre pour retenir les larmes qu’elle ne voulait
pas verser.
- Lex-san Aishïteru. Wasure-nai
anata watashi no kokoro desu. Je t’aime
Lex. N’oublie pas que tu es mon cœur.
-
Watashi wa mo aishïteru. Je t’aime aussi.
Elles
se sourirent.
-
Watashi wa motsu ichi kisu deki-masu ?Je peux avoir un baiser ?
demanda sa petite amie avec un sourire.
-
Mochiron* ! Évidemment !
***************************
Alexia
n’en revenait pas. Tia la surprendrait donc toujours ?! Devant elle, sur
l’estrade où avait eu lieu l’élection du plus chouette costume, à laquelle elle
n’avait pas participé tellement sa dispute avec la mercenaire la préoccupait,
se tenait Angelson Ramsiston, le triple vainqueur des 24h du Mans et quatre
fois champion du monde du Rallye du désert. Le plus grand champion de cette
décennie.
Il
avait déclaré avoir reçu une cassette étrange ou se trouvait une compilation
des diverses courses d’une certaine Alexia Stefanos. Il avait été impressionné
par ses performances et après avoir lu dans une lettre qui accompagnait la
cassette, que la dite pilote le prenait comme modèle et qu’elle aimait
par-dessus tout les 24 h, il avait accepté de se déplacer et de lui remettre en
personne une invitation pour l’accompagner, en tant que copilote, sur les
prochaines 24h.
Alexia
ne pouvait détacher les yeux de la silhouette, courtaude mais racée, de son
idole. Il venait de l’appeler et elle savait qu’elle devait se rendre sur
l’estrade pour récupérer l’enveloppe de ses mains, mais elle n’y parvenait pas.
Elle était scotchée au sol. Retenue par une impression de rêve éveillé et de
timidité subite, consciente pourtant des regards braqués sur elle.
Deux
bras l’enserrèrent brièvement et la chaleur qui se répandit dans son corps
l’arracha à sa transe et à sa peur. Elle tourna la tête vers sa compagne et lui
sourit.
-
Tu sais que tu es incroyable ? souffla-elle.
-
Bien sûr, répliqua la grande femme avec un sourire en coin.
La
réponse lui arracha un petit rire.
-
Je t’aime un peu plus à chaque minute qui passe, mon amour, fit-elle en se
retournant dans ses bras pour lui faire face.
Elle
l’embrassa avec force, comme pour lui transmettre ainsi sa reconnaissance, son
admiration et sa joie. Des sifflets moqueurs et des huées hostiles retentirent,
mais Alexia ne prêta attention ni aux uns, ni aux autres. Seule sa compagne
comptait… et l’incroyable surprise qu’elle venait de lui faire.
-
Je ne savais pas que tu avais compris que c’était mon plus grand rêve. Enfin,
avant de te connaître, ajouta-elle doucement. Maintenant, c’est de vivre libre
et en paix à tes côtés jusqu’à la fin de mes jours… mais merci. Ça me touche
énormément… tu ne sais pas à quel point.
-
J’en ai une vague idée. Il faut dire que tu n’étais pas très discrète à Noël,
il aurait vraiment fallu que je sois bouchée pour ne pas le comprendre,
expliqua-t-elle avec un petit rire. Allez maintenant va accepter ton
invitation, ton idole s’impatiente.
Alexia
hocha la tête, croisa encore fois son regard puis se détourna et marcha d’un
pas allègre, qui avait plus à voir avec l’attention de sa compagne qui avait
voulu lui faire plaisir, qu’avec la surprise elle-même, vers Angelson.
Au
passage, elle nota que son coming-out n’était pas apprécié de tous. Elle nota
cependant avec plaisir que Danzel ne faisait pas partie de ceux-là. Il lui
sourit lorsqu’elle passa près de lui et elle le lui retourna. Il aurait
toujours une place particulière dans son cœur, il avait tant représenté pour
elle et pendant tant de temps.
En
lui rendant son regard franc, elle ne regretta pas une seconde de l’avoir eu
comme premier amour. Il lui avait permis d’acquérir suffisamment de maturité
pour plaire à Tia aujourd’hui, et sans lui, elle n’aimerait peut-être pas
autant son incroyable suffisance, parce qu’en ce domaine ces deux-là se
valaient bien ! Elle lui fit un clin d’œil et monta sur la scène
improvisée, puis accepta l’invitation d’Angelson avant de chercher le regard de
sa petite amie dans la foule. Lorsqu’elle la trouva elle lui sourit de telle
manière que ce fut comme si le soleil se levait enfin. Et toute deux se
baignèrent dans les rayons avec un égal bonheur.
***********************
Le
lendemain, elles paressaient toutes deux dans leur lit, lorsqu’un coup de
téléphone retentit. Tia se pencha vers le sol, et fixa le tas de vêtement d’un
œil noir. Elle regarda le corps endormie et nue de sa compagne et sourit quand
la jeune femme se retourna et s’installa loin d’elle, comme si elle avait
comprit que Tia devait bouger et elle-même ne voulant pas se lever, se retirait
du chemin.
Tia
dut se résoudre à se lever pour trouver l’objet de son éveil. Elle fouilla
quelques secondes et réussit enfin à mettre la main dessus.
-
Ça a intérêt à être important, marmonna-t-elle en décrochant. Ouais ?
-
She-wolf ?
-
Frédéric ? Un problème ? s’inquiéta-t-elle.
-
Non, non. Tout va bien. Mais… Karl m’a appelé et… il m’a expliqué votre plan.
Et… j’ai pensé qu’en attendant son exécution, toi et ton amie pouviez passer le
reste de votre temps libre ici.
Tia
resta un moment interdite.
-
Heu, c’est sympa et… ça aura été avec plaisir mais… j’ai des réunions avec les
dirigeants de différentes agences et… je ne me vois pas les faires là-bas.
Autant me menotter moi-même. Quand à Lex, elle doit former les messagers. Et
j’ai aussi tout un tas de préparatifs à revoir.
-
J’imagine bien oui. Une attaque de cette envergure… mais, si ça se passe mal…
tu pourrais bien ne plus jamais revoir tes enfants et maintenant qu’ils te
connaissent… laisse leur un peu de temps avec toi. Tes préparatifs tu peux les
faire ici. Quand à ta réunion, je connais un tas de lieux sécurisés dans les
environs. Pour autant personne ne se doutera que tu vis à côté si tu ne dis
rien. Pour Alexia… j’ai des amis dans les villes d’à-côté qui peuvent héberger
ceux qu’elle forme… C’est pareil, si elle ne dit rien, ses élèves ne pourront
pas deviner qu’elle n’est pas dans un des hôtels où je vais les éparpiller.
Fréderic
fit une pause pour reprendre son souffle et poursuivit.
-
J’aimerais profiter de ta présence aussi, ajouta-t-il doucement.
Tia
réfléchit à la proposition et convient que dans ces conditions rien ne
s’opposait à leur venue. Elle se souvint qu’avant l’arrivée de Sassem, Frédéric
était le stratège en chef de M. Ricardo. Il pourrait lui être d’une grande aide
dans les préparatifs de l’assaut.
-
Ok. C’est d’accord. J’en parle à Lex et à… euh au chef des messagers et on te
recontacte après.
-
J’attends ton coup de fil de confirmation avant d’en parler aux jumeaux. Mais
j’en connais qui vont être ravis de la nouvelle ! déclara-t-il
joyeusement. Oh, et tu devrais inviter ton oncle et tes cousines aussi. Enfin
tout ceux qui ont une réelle importance pour toi et ton amie. Ne t’en fait pas
pour l’adresse et les jumeaux. S’ils sont importants pour vous, vous êtes
importantes pour eux et ils ne feront rien contre vous. Mais se serait bien
avant l’attaque de… passer du temps avec ceux qui t’aiment.
-
Je… vais y réfléchir.
Fin partie VII
Sassem, partie VII e
Chapitre 9 :
-
Bonne soirée ? fit une voix derrière Linya.
Elle
se retourna et tomba nez à nez avec une des deux personnes qu’elle souhaitait
le plus éviter.
-
Tia, fit-elle en évitant son regard.
Un
petit rire moqueur attira son œil et elle se retrouva à fixer le visage
goguenard de la mercenaire.
-
Tu ne vas quand même pas rester gênée toute ta vie ? lui lança-elle. Ce
n’était rien qu’un petit intermède rigolo, remets-toi.
Une
flambée de colère envahit la dirigeante et elle planta un regard furieux dans
celui de sa compagne.
-
Un petit intermède rigolo ?! répéta-elle d’une voix sifflante. Pour toi
peut-être, mais pour moi, c’était… c’était, bon sang tu m’as montrée ma
meilleure amie comme je n’étais pas supposée la voir ! Tu te prends pour
qui, nom de dieu ?!
Un
sourcil se leva et toujours avec son sourire amusé en coin, la grande femme
répondit.
-
Eh si ça te gênait tant que ça, tu pouvais sortir…
Le
sourire coquin s’agrandit.
-
Chose qui tu n’as pas faite très rapidement… C’est que le spectacle devait te
plaire finalement.
-T’as
aucune pudeur, cracha-t-elle furax.
Tia
soupira et perdit son sourire. Fronçant les sourcils, elle dit d’une voix
mi-dur mi- compatissante :
-
C’est quoi le problème exactement ? Que ça t’es réellement embarrassée
d’assister à une scène assez hot où ta meilleure amie était la vedette et que
ça ne l’ai pas gênée, ou bien que ça t’es plu et que tu n’aies pas eut le
courage de venir te joindre à nous ?
Au
rougissement soudain qui enflamma ses joues elle sut que sa deuxième hypothèse
était la bonne et réprima un sourire. Elle ne voulait pas l’énerver plus que
c’était déjà le cas.
-
Eh, respire Lin. Ce n’est rien. Je sais très bien exciter les gens, ça a fait
partie de ma… formation, déclara-t-elle d’un air dégoûtée, alors que tu l’es
été n’a rien de… surprenant pour moi. Tu as remarqué que Lex n’a pas
bronché ? Elle n’a pas été surprise non plus. Et pourquoi à ton
avis ? Arrête de t’en faire, ça ne signifie pas grand-chose. A part,
peut-être que tu es en état de manque grave et qu’il serait temps que ton corps
relâche la pression, dit-elle avec un petit rire.
Le
bref, mais visible passage d’une expression douloureuse et haineuse sur le
visage de Tia, calma quelque peu la colère de Linya. Ses propos eurent quant à
eux l’effet escompté et sa colère retomba tout à fait. C’était vrai que ça
faisait un moment qu’elle n’avait pas… satisfait à ses besoins et avec une
mercenaire formée à ce genre de choses qui flirtait avec elle depuis plusieurs
semaines maintenant, il était plutôt normal qu’elle finisse par démarrer. Mais
bon… avec sa meilleure amie et la nana de celle-ci… ce n’était plus gênant mais
carrément humiliant ! Elle allait quand même mettre du temps à s’en remettre.
A se poser des questions.
Puis,
décidant que ce genre d’endroit ne se prêtait pas à de telles pensées, elle
préféra changer de sujet et se concentra sur ce qu’elle avait remarqué,
quelques secondes plus tôt.
-
Pourquoi dis-tu que ça a fait partie de ta formation ?
Tia
resta silencieuse un moment, la considérant un peu, avant d’estimer qu’elle
pouvait répondre.
-
Que t’as dit Lex de mon passé exactement ?
-
Pas grand-chose. Que tu as été soldat très tôt et que tu le dois à Sassem, que
tu le connais bien et que c’est pour cela que tu sais de quoi il est capable.
-
Elle ne t’a rien alors, fit-elle un peu surprise.
Linya
haussa les épaules.
-
Elle n’allait pas me raconter tes secrets Ti. Se sont les tiens.
-
Oui, mais vous êtes meilleures amies.
-
Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de limite. Tu n’as jamais eu de meilleure
amie ?
-
Je n’ai pas eu d’enfance, alors ça m’aurait été difficile, répondit-elle
distraitement, réfléchissant à la notion d’amitié et à tout ce que cela avait
apparemment de complexe.
La
révélation étonna Linya qui se demanda quelle vie elle avait bien pu avoir.
Finalement, Tia reprit la parole.
-
Sassem… à été mon « patron » durant de nombreuses années. Mon
enfance, je l’ai passée dans une de ses armées en Colombie. Là-bas, j’y ai appris
l’art de la guerre et de la manipulation. La séduction, le trouble… comment
déstabiliser un individu, quel que soit son sexe et son orientation, c’est
là-bas que je l’ai appris. Je crois que si j’ai voulu jouer avec toi c’était
pour… modifier un peu les sentiments liés à ces… apprentissages. Je… j’ai voulu
transformer quelque chose de négatif, « vraiment négatif »
songea-elle en revoyant des images de ce qu’elle avait été obligé d’apprendre
pour satisfaire son instructeur, en quelque chose de plus léger… mais j’aurais
dû savoir que pour celui qui subirait mon petit jeu, ce ne serait pas aussi
léger. J’aurais dû faire ça avec quelqu’un d’autre, désolée.
Linya
réfléchit un moment à ce que venait de lui apprendre d’elle-même la mercenaire
et ce que son aveu impliquait. Elle soupira et décida que ce n’était pas si
méchant après tout.
-
Non, ça va… j’ai juste été surprise de ma… réaction. Si tu m’avais embrassée à
ce moment là, non seulement je t’aurais laissé faire, mais en plus je crois
bien que j’aurais aimé ça.
-
Et tu as peur de ce que ça pourrait signifier ?
Tia
secoua la tête.
-
C’était un contexte Lin, rien de plus. Si je t’embrassais maintenant tu ne
ressentirais rien, à moins que je ne le veuille, finit-elle avec un sourire
canaille. Mais même si ça signifiait quelque chose, serait-ce si
terrible ? Tu vis au milieu de femmes, y’en a bien une qui va te plaire,
alors où est le problème ?
-
Le problème ? Eh bien, il se situe dans la réorganisation de l’image que
j’ai de moi. Il va falloir que j’accepte cette nouvelle image et que je m’y
habitue. Ça peut être long et je n’ai pas envie de passer mon temps à
m’interroger vainement.
-
Eh bien, si tu veux être fixée, va embrasser Lex.
-
Quoi ?!
-
Va embrasser Lex, répéta-t-elle, t’as ma permission.
-
Ça va pas, t’es dingue ?! J’ai pas envie d’embrasser Alexia !
Tia
réprima un nouveau sourire.
-
Et moi ? fit-elle en se rapprochant soudainement. Tu veux
m’embrasser ? Ça pourrait être instructif. Je pourrais t’apprendre
quelques trucs.
Linya
se recula brusquement, buttant contre le mur derrière elle.
-
Aïe !
-
On a peur d’apprécier ? fit la grande femme railleuse.
-
Beuh, t’es chiante Ti ! fit-elle en se frottant la tête. J’ai pas envie de
t’embrasser.
-
Mais tout à l’heure tu en mourrais d’envie.
-
Hey ! Faut pas exagérer ! J’ai dit que je ne t’aurais pas repoussée
c’est tout ! Et là, j’en ai vraiment pas envie !
-
Eh ben, tu vois, tu l’as ta réponse, déclara-elle en souriant.
La
jeune femme la dévisagea surprise, puis lui dédia un grand sourire et passa
gentiment, mais fermement, ses bras autour de sa taille. Elle la serra contre
elle en gardant son visage en visuel.
-
Merci.
Tia
la serra aussi contre elle.
-
De rien.
-
Tu sais, j’ai l’impression qu’avoir été choisie par toi pour cet intermède
rigolo, comme tu l’appelles, était… en fait plutôt flatteur.
-
Flatteur ? Là, tu m’épates et il faut que tu m’expliques.
-
Ben, j’ai été choisie pour rendre tes souvenirs plus beaux… c’est flatteur.
Tia
rit.
-
T’es pas l’amie d’Alexia pour rien toi ! Y’a que vous, pour interpréter
les choses de cette façon ! Mais merci… j’apprécie.
Linya
se dégageait quand Tia l’attira vers elle dans une nouvelle étreinte. Elle posa
sa bouche près de son oreille et murmura :
-
C’est bon d’avoir une amie comme toi.
Le
cœur de Linya fit un petit saut dans sa poitrine et elle rendit l’étreinte.
-
Merci. Ça me touche. Et… tu es une bonne amie toi aussi. Un peu tordue, mais
marrante.
-
Tordue moi ? Ça me ressemble pas du tout, affirma la grande femme en la
relâchant. Au fait, t’es pas mal comme ça.
-
Toi aussi t’es mignonne.
La
mercenaire leva un sourcil et se détailla. Linya lui avait acheté une chemise
blanche à l’ancienne, avec de grandes manches en dentelle qui s’évasaient sur
les poignets et un col long qui mettait en valeur son cou. Elle portait aussi
un pantalon noir en cuir, qui offrait un contraste saisissant avec la chemise.
Linya lui avait aussi acheté un collier en velours noir tout simple, mais elle
avait préféré garder celui que lui avait offert Alexia à Noël.
-
C’est original et pas trop mal, je dois en convenir. T’as bon goût.
-
Qu’est-ce que tu crois ?
-
Bon, j’ai faim. C’est un buffet ce soir c’est ça ?
-
Hum hum.
-
Montre-moi où il est alors. Et profite-en pour m’expliquer ce que tu as fait de
Genshenka et Jodie.
Linya
lui fit signe de la suivre et elles se frayèrent un chemin à travers la foule
bruyante.
-
Eh bien, pour le temps de la fête, des Nazaréens sont venus sur l’île. Un juge
et deux policiers. Pour le long terme… y ‘a une sénatrice qui veut faire passer
un projet de loi pour que nous puissions rendre la justice sur notre
territoire, enfin mes terres puisque la plupart m’appartiennent que se soit par
l’intermédiaire de diverses sociétés écran ou directement.
-
C’est plutôt cool.
-
Non, ça ne l’est pas. Nous sommes une association pas un état souverain et je
ne veux pas qu’on en devienne un. En plus ça nécessiterait de se mettre en
accord avec tous les pays où des villages séjournent et ça, ça va être très
très long.
-
Mais ça vaut peut-être mieux non ?
-
Non. Mais… peut-être que si on passait des accords avec les différents services
de police… ouais ça c’est une idée ! Merci Ti !
-
A ton service, fit celle-ci avec un petit rire.
-
Je m’occupe de ça dès ce soir. Enfin, demain après-midi, après une longue nuit
de fête et quelques heures de sommeil durement gagné. Dis-moi chérie, tu
n’aurais pas quelques contacts avec le gouvernement Grec ?
-
Quelle province ?
-
C’est vrai tu en as ?
-
Quelques uns. Alors quelle province ?
-
Ben, comme le problème le plus urgent à résoudre concerne G et J et que la plus
proche de l’île est la
Thessalie
-
Je connais le roi de cette province. Un service rendu il y a quelques années.
Je peux t’obtenir un rendez-vous si tu veux.
-
Super ! Si tu fais ça, tu es mon héroïne à vie !
Un
rire retentit.
-
Tu es plutôt facile à contenter, dis donc.
*****************************************
Le
lendemain soir, Tia sortit rapidement sur le balcon où elle respira l’air sein
à plein poumon en se demandant ce qui lui avait pris d’accepter de participer à
un truc aussi énervant… Elle aperçut une tête blonde en train de rire et son
sourire lui revint. « Ha oui… pour ça ».
Elle
croisa son regard et même d’aussi loin, elle put voir la joie traverser ses
yeux si verts et cela lui réchauffa le cœur. Alexia lui fit un petit signe et
lui offrit un baiser du bout des doigts. Tia leva la main et l’attrapa dans les
airs puis le porta à son cœur.
Alexia
fondit devant l’image et elle eut envie de la rejoindre, mais elle fut prise de
vitesse par Gin. Elle les observa quelques temps, trouvant à sa compagne une
meilleure mine. Elle se remettait de ses blessures à une vitesse ! Le
médecin de l’hôpital, avait refait les radios de ses côtes, peu avant leur
départ de l’île hier et il se trouvait que c’était déjà presque cicatrisé. Bon
il faudrait encore quelques jours, mais c’était nettement plus rapide que la
moyenne ! De même son front avait déjà cicatrisé et sa commotion avait
entièrement disparue à peine trois jours après le diagnostic ! Quand à la
plupart de ses brûlures, elles avaient disparu. Enfin celles sur son visage.
Elle
se demandait comment une chose pareille était possible, puis se dit que ce
devait être un effet de son incroyable volonté. Depuis sa capture par la milice
en Colombie, elle avait dû faire preuve d’une volonté sans faille pour
seulement survivre au milieu d’eux et la moindre blessure, la moindre douleur,
surtout à l’époque de Pedro, devait être reléguée au plus profond d’elle-même,
si elle ne voulait pas lui et leur offrir à tous la satisfaction de la voir
s’effondrer.
Tia
portait aujourd’hui un ensemble noir en soie qui brillait comme la lune sur de
l’obsidienne. C’était une tunique d’inspiration asiatique, avec un liseré rouge
et un dragon d’un bleu riche dans le dos, acheté apparemment par Linya pour
l’aider à cacher ses bandages. Et outre le fait que cela remplissait
parfaitement son office, elle mettait en valeur sa taille fine et son corps
musclé mais bien proportionné.
Elle
avait détaché ses cheveux qui descendaient en vagues brillantes sur ses épaules
et son dos. Elle avait l’air à la fois parfaitement à son aise et totalement en
dehors. Le noir profond de l’ensemble et le fait qu’elle se tenait dans un
recoin où l’ombre dominait, lui donnait un air dangereux et faisait ressortir
l’intensité du bleu de ses yeux. Alexia sourit, complètement accro, mais ne
dérangea pas le tête à tête qu’elle avait avec son oncle. Ils en avaient si
peu.
Un
de ses « amis » l’interpella et elle répondit joyeusement, oublieuse
des ennuis qui existaient en dehors de sa bulle. Elle avait droit à une semaine
de superficialité vaine et elle n’allait pas s’en priver !
******************************
Tia
salua son oncle avec un plaisir évident. La veille, pour diverses raisons, ils
n’avaient même pas eu l’occasion de se parler, exception faite des salutations
d’usages. Apparemment, le mot avait été donné que c’était elle qui devait
régler les divers détails et problèmes innérants à chaque fête. Elle avait
soupçonné un coup de Linya et le fait de ne pas parvenir à lui mettre la main
dessus en était, pour elle du moins, la preuve.
Hier,
à la fin de la soirée, ou plutôt tôt ce matin, à bout de nerf devant toutes ces
fichus questions auxquelles elle était incapable de répondre, elle avait hurlé
sur les pauvres serveurs et employés et depuis ils l’évitaient tous comme la
peste. Elle avait conscience qu’elle devrait s’excuser mais si elle le faisait
trop tôt, ils se croiraient autorisés à recommencer et elle voulait vraiment
éviter de passer la semaine à s’occuper de tous ces… chichis.
-
Bonjour jeune dame, fit-il en faisant une petite courbette.
-
Salut !
-
Cette fête est magnifique, tout comme la dame qui la préside, déclara-il en
levant son verre en un toast muet.
-
Je ne suis pas cette dame là, répondit-elle, pas si je peux l’éviter !
Cela
arracha un petit rire à son oncle.
-
Où est Lizzie, je ne l’ai pas aperçue aujourd’hui.
-
Oui, en effet, elle a préféré rester à l’hôtel. Ces manifestations sont loin
d’être sa tasse de thé et elle croyait que tu serais encore très prise, alors…
-
Je comprends. J’aurais bien fait comme elle moi aussi.
-
Tu n’aimes pas ce genre de fête ? fit-il railleur. Comme c’est étrange.
Elle
sourit puis reprit.
-
Et Trinity ?
-
Par là-bas, avec des connaissances, des fils de personnes avec qui nous faisons
affaires. Elle doit certainement les entretenir de nos dernières nouveautés ou
techniques ou je ne sais quoi d’autres.
-
Attends, tu veux dire qu’elle utilise une fête pour travailler ?
interrogea-t-elle incrédule.
Gin
lui fit un sourire indulgent.
-
Je t’accorde qu’elle n’est pas toujours très diplomate mais elle prend les
affaires très au sérieux.
-
Je vois ça. Désolée, je ne voulais pas paraître insultante.
-
Ne t’en fait pas, je comprends ta surprise. Mais tu sais, tout les gosses de
riches ne sont pas comme ceux-là et même eux peuvent changer, fit-il en les
englobant tous d’un geste.
-
Mmmm oui, sûrement.
Elle
repensa à Alexia et dû convenir que oui, mais elle ne parvenait pas à saisir ce
qu’elle avait pu trouver de si intéressant dans ce milieu, de même qu’elle ne
comprenait pas comment deux mondes si opposés, le sien et celui qui s’étalait
devant ses yeux, pouvaient tout deux plaire à sa compagne. Ils étaient si
différents… Alexia avait l’air d’un poisson dans l’eau et elle se demanda si ce
monde, cette façon de vivre ne lui manquait pas plus que ce qu’elle avait bien
voulu lui dire. Encore une fois, elle s’interrogea sur son droit à priver Lex
d’une telle chose.
-
Ça va ? l’interrompit son oncle.
-
Oui, oui.
-
Tu es sûre ? Si tu as un problème, n’hésite pas, tu sais. Je suis là pour
toi maintenant.
Tia
leva les yeux et croisa son regard, un peu surprise de la déclaration et du
ton, très sérieux et un peu mélancolique qu’il venait d’utiliser.
-
Rien sur lequel je puisse avoir une influence, répondit-elle en ne le quittant
pas des yeux.
Il
hocha la tête et elle aperçut un éclair, bref mais visible, d’une douleur bien
présente.
-
Un problème ? l’interrogea-elle en posant une main sur son bras.
-
Non. Je te remercie.
-
Tu sais, Gin. Une des choses que j’ai apprises pendant mon enfance, c’est de
déceler les mensonges. Et, désolée de te dire ça, mais tu ne sais pas mentir.
Il
secoua la tête vaguement amusé puis la dévisagea en se demandant jusqu’à quel
point il pouvait être sincère.
-
C’est juste un regret. Rien sur lequel je puisse avoir une emprise, fit-il pour
reprendre ses mots.
-
A quel propos ? Si ce n’est pas indiscret.
-
Ça ne l’est pas vraiment puisque ça te concerne.
Tia
hocha la tête et Gin prit une courte inspiration avant de se lancer :
-
Je suis désolée, le lieu n’est pas vraiment approprié pour ce genre de sujet
mais… c’est toi qui l’a demandé.
-
Je t’écoute. Et le lieu importe peu quand on a mal.
-
C’est vrai, acquiesça-il avec un petit sourire. Tu ne cesses de me surprendre.
Enfin bref… mon regret… concerne notre séparation. Je regretterai toujours de
ne pas t’avoir retrouvé avant, de même que je regrette le fossé qu’il y aura
toujours entre nous à cause de cela.
Tia
accusa le choc. Elle ne s’attendait certes pas à ça.
-
Heu… je…
Elle
inspira puis recommença.
-
De quel fossé parles-tu ? Pour ma part il n’y en a pas. Je… ne me confie
pas c’est tout. Une… vieille habitude, fit-elle avec un sourire triste, mais…
rien qui ne soit en rapport avec toi, tu sais. C’est… juste… un moyen de
protection. Pourtant, tu sais énormément de choses sur moi et je pensais que tu
savais que c’était parce que j’avais confiance en toi.
Une
pause.
-
Apparemment pas. J’imagine que tout le monde n’est pas capable de lire entre
les lignes… Pardon... Je m’exprimerais plus clairement la prochaine fois.
-
Voilà que je me sens coupable maintenant. C’est à moi de m’excuser.
-
Y’a pas de raison, et comme dit Linya on ne va pas y passer la nuit, alors
oublions ok ?
-
Ok. Mais au fait, la dernière fois que j’ai parlé avec ta compagne, elle m’a
dit quelque chose qui m’a rendu un peu perplexe et elle n’a pas souhaité
répondre à mes questions. Elle m’a dit de t’interroger à ce sujet. Que c’était
à toi de me le dire, si tu le souhaitais.
-
Ah… et c’est ?
-
Elle a dit que Sassem Ricardo m’avait fait du mal à moi aussi, mais j’ai eu
beau chercher, je n’ai pût trouver en quoi.
La
mercenaire resta un moment silencieuse, perdue dans ses souvenirs doux-amers.
-
Pour te répondre, dit-elle enfin, il faudrait que je t’explique mon histoire en
détail. Mais pour faire cour et te donner une première raison… je peux te dire
qui est responsable de la mort de mon père, de ma mère et de mon frère.
-
Lui ?
-
Oui. Il… son armée ou du moins l’une d’elle, a tué ton frère, ton neveu et ta
belle-sœur. Ensuite… ensuite ils m’ont emmenée.
Gin
resta muet, submergé par la colère, la tristesse et une infinie compassion pour
cette femme, sa nièce, qui avait traversé plus d’épreuves qu’il ne le
soupçonnait.
-
Pour ce qui est des regrets pour ne pas m’avoir retrouvée plus tôt, n’en aies
plus. C’est Sassem qui nous a éloigné l’un de l’autre. A dessein. Il avait
d’autres projets pour moi, que de me rendre à ce qu’il restait de ma famille.
-
Je commence à détester de plus en plus ce personnage, fit-il avec dureté.
-
Bienvenue dans la famille ! lança Tia subitement, une étincelle malicieuse
au fond des yeux.
-
Merci, fit-il avec le sourire qu’elle souhaitait lui voir.
Il
posa sa coupe de champagne et l’étreignit doucement. Elle lui rendit son
embrassade et ils se dévisagèrent un instant. Puis ils reprirent une
conversation moins sérieuse, Tia s’appuyant sur le mur derrière elle, les mains
croisées dans son dos et Gin récupérant sa coupe et montrant la salle de la
main.
*******************************
Le
troisième soir fut un peu différent. Linya avait prévu une soirée dans une
boîte branchée de Thessalie et Alexia avait insisté pour que Tia accepte d’y
venir. Si la mercenaire détestait les fêtes de riches, elle ne portait pas non
plus dans son cœur les sorties en boîte alors les deux ensemble…
Elle
était d’une humeur massacrante. Mais elle faisait bonne figure devant sa
compagne. Après tout, elle avait organisé ça pour elle, autant ne pas lui
gâcher son plaisir.
Elle
observa l’environnement alentour et concéda que ce n’était pas mal. Mais
c’était cependant très loin des boîtes où elle allait pour draguer une fille
pour la nuit. En fait, elle ne détestait pas les boîtes, seulement celles
fréquentées par les gosses de riches. Il lui était arrivé d’y faire un tour et
d’y lever une gamine friquée, mais c’était surtout pour le fun ou à cause d’un
pari avec Enyalios. Jamais sérieusement.
Pourtant
elle se trouvait là, avec une de ces filles de riches honnies. Elle sourit à la
jeune femme qui revenait avec leurs consommations. Et elle ne le regrettait
pas. Alexia portait une robe verte ultra moulante au design plutôt audacieux
étant donné qu’elle dénudait le dos, les côtes et les épaules et était fendue
sur le haut de ses cuisses. Alexia posa son jus de fruit sur la petite table
devant le canapé et avala une gorgée de son gin-fiz avant de le mettre à son
côté et de s’affaler contre sa partenaire.
-
Je voulais te traîner dans une boite de nuit comme celle là pour notre
anniversaire mais… on avait d’autres trucs à penser… Mais je suis contente que
tu sois là aujourd’hui, déclara-elle en posant sa tête contre son torse.
Tia
qui avait posé son bras sur le dossier, le fit descendre sur les épaules
attirantes de sa petite amie.
-
Notre anniversaire ?
-
Celui de notre rencontre, pas de notre première fois ou de notre premier baiser
ou encore celle de notre premier rendez-vous.
Deux
sourcils se levèrent à la vue de la liste.
-
On en a tant que ça ?
Alexia
hocha la tête
-
Et… tu connais toutes les dates ? demanda la grande femme un peu
hésitante.
-
Oui. Mais ne t’en fait pas, je sais que se ne sont pas des choses auxquelles tu
penses, alors pas de stress inutile, mon cœur, j’y penserais pour nous deux.
-
Euh… ok.
-
On va danser ? fit-elle en entendant une musique entraînante.
-
Si tu veux mais…
-
Mmmmm ?
-
Je ne réponds pas de mes actes.
-
Ce qui veut dire ? interrogea-t-elle en la tirant sur la piste par la
main.
-
Que les seules fois où j’ai dansé, c’était pour draguer et que ma partenaire et
moi ne sommes pas restées très longtemps sur la piste.
-
Oh ! Et bien, j’aime les défis, dit-elle avec un petit sourire.
La
musique changea au moment où elles se mirent l’une en face de l’autre. Si la
précédente était vivante et donnait envie de bouger, celle-ci était plus lente,
plus sensuel et quelque peu plus sombre. Tia sourit, parfaitement à l’aise dans
ce genre d’ambiance. Alexia lui retourna son sourire et elles commencèrent à
bouger.
D’abord
lentement et sans se toucher. Puis les mouvements s’accélérèrent, suivant la
cadence de la musique. Elles se rapprochèrent et se tournèrent autour, en
rythme et toujours sans se toucher. Tia leva ses deux mains et suivit les
contours du corps d’Alexia sans jamais poser la main sur la peau dénudé.
Les
yeux de sa compagne brillèrent d’anticipation. Elles dansèrent ainsi un long
moment, se rapprochant de plus en plus, sans pour autant entrer en contact. La
fin de la musique les trouva à un souffle l’une de l’autre. Les yeux dans les
yeux, elles attendirent le début de la chanson suivante.
Lorsque
les premières notes lentes d’un slow retentirent, Tia posa doucement, du bout
des doigts, ses mains sur les côtes nues d’Alexia. Sa partenaire posa ses mains
sur les bras qui l’entouraient, sans la rapprocher, et elles bougèrent lentement,
suivant le doux rythme de la musique.
Les
doigts de la mercenaire glissèrent lentement sur la peau chaude et envoyèrent
des frissons le long de l’échine de son amante. Ils remontèrent calmement et
parvinrent bientôt au point sensible qui faisait la jonction entre les seins et
les côtes. Elle fit une pause puis poursuivit sa lente exploration. Elle posa
le bout de ses doigts sur le sein d’Alexia, pendant que son autre main glissait
dans son dos, vers le bas de ses reins et la pressait lentement contre son
corps. La respiration soudainement saccadée de sa compagne indiqua à la grande
femme que ses caresses avaient l’effet voulu.
Elle
pressa doucement le corps souple de sa petite amie contre son bassin, sa main
droite redescendant le long de ses côtes vers sa cuisse. Leur nez se frôlant,
leur souffle se mêlant et leurs yeux plongés l’une dans l’autre, les deux
femmes n’avaient plus conscience de l’endroit où elles se trouvaient.
Seuls
ce que ressentaient leurs corps et la chaleur montant au creux de leur bas
ventre comptait. Elles se rapprochèrent encore sans cesser d’onduler. Les
doigts de la main droite de la mercenaire caressaient sensuellement le haut de
la cuisse de son amante. Alexia avait les mains sur son dos et faisait des
cercles langoureux. Elle ferma les yeux, profitant de ce que sa grande compagne
lui faisait ressentir.
Son
front entra en contact avec le sien et les mains d’Alexia descendirent
inconsciemment vers les reins de son amie qu’elle enserra fermement et pressa
contre elle-même.
Un
soupir lui échappa et la main de Tia s’égara vers l’intérieur de sa cuisse. Un
gémissement monta de ses lèvres et enfin la mercenaire se pencha et l’embrassa
avec passion. Tia écarta le tissu gênant de son chemin, passant par un des
grands trous dont était parsemée la robe, près du sexe de son amie, et y passa
les doigts. Elle constata avec un sourire coquin, qu’Alexia ne portait pas de
dessous.
Elle
fit glisser un de ses longs doigts fins sur le clitoris de sa partenaire lui
arrachant un nouveau gémissement. Soudain, Tia souleva sa jeune compagne et la
plaqua contre un pilier en l’embrassant sans plus de retenue. Les jambes autour
de la taille de la grande femme, Alexia n’entendait même plus la musique et
ignora les regards surpris de ses amis.
-
On rentre ? grogna Tia d’une voix rendu rauque par l’excitation.
-
Vite… souffla son amie.
Elles
sortirent avec une rapidité surhumaine, sans se lâcher des yeux mais n’eurent
pas la patience de rentrer à l’hôtel. Elles prirent une chambre dans le premier
hôtel sur leur chemin et se jetèrent l’une sur l’autre sans attendre. Elles
s’arrachèrent quasiment leurs vêtements et s’affalèrent sur le lit.
Alexia
dégusta le corps de son amie, en commençant par le ventre et en remontant
progressivement, alternant langue et lèvres, pour le plus grand plaisir de son
amante. Elle arriva rapidement aux seins aux pointes tendues et elle les
titilla, les mordilla et les lécha, ses mains s’occupant du reste du corps.
Tia
se cambra en proie à une envie dévorante. Elle poussa sa compagne vers le bas
de son corps, retenant les gémissements et les cris qu’elle mourrait d’envie de
pousser.
Alexia
comprit le message et descendit s’occuper de ce qui réclamait son attention.
Elle passa une langue douce sur le sexe humide de sa petite amie et titilla le
clitoris gonflé avant de descendre rapidement plus bas. Elle introduisit sa
langue dans le sexe ouvert et Tia écarta ses cuisses plus largement, pressant
la tête un peu plus fort. Alexia y ajouta un doigt, puis deux et bientôt un
troisième vient les rejoindre. Elle retira sa langue et posa sa bouche autour
du clitoris douloureux tout en faisant aller et venir ses doigts dans le sexe
engorgé de son amie.
Tia
se cambra violemment sous la caresse et gémit longuement.
-
Plus loin, plus loin… réclama-t-elle encore.
Alexia
ressortit alors ses doigts et les réintroduisit, mais en commençant par le
pouce pour finir par le petit doigt. Elle avança doucement, lentement,
vérifiant régulièrement sur le visage de son amante qu’elle ne lui faisait pas
mal, mordillant le clitoris pour relancer l’excitation par vagues de plus en
plus intenses et bientôt sa main entière, jusqu’au poignet, fut à l’intérieur
du sexe palpitant.
Les
sensations étaient uniques et Alexia en profita largement. Le sexe de Tia se
contractait tout seul tellement elle aimait ça et la pression que cela faisait
subir à sa main était exquise. Elle se mordit la lèvre et céda enfin aux
supplications de la mercenaire. Elle fit aller et venir sa main avec douceur.
Elle lécha tendrement le clitoris avant de remonter vers sa compagne sans
cesser ses mouvements. Elle embrassa le ventre dur et mit sa langue dans le
nombril. Puis accéléra la cadence de sa main.
Bientôt
le corps de Tia se raidit et un râle rauque se fit entendre. Son corps se
détendit soudain et Alexia retira doucement sa main du sexe repu de son amie.
Elle déposa un doux baiser sur le ventre humide de sa petite amie et remonta en
déposer un autre sur ses lèvres. Elle se coucha à ses côtés et regarda la
respiration se calmer doucement.
Tia
finit par tourner la tête vers elle et lui sourit.
-
C’était nouveau ça.
-
Je n’ai fait qu’accéder à tes demandes, chérie. Et elles étaient plutôt
pressantes, répondit-elle en faisant la maligne.
Tia
ne lui répondit pas.
En
tout cas pas avec des mots.
Sassem, partie VII d
Chapitre 7 :
Alexia
se réveilla en sursaut. Le corps en sueur et le cœur battant à un rythme
effréné. Elle ajusta sa vision et mit quelques minutes à se rappeler ou elle se
trouvait. Elle était dans l’hydravion de Lance et survolait l’Océan pacifique
depuis, elle regarda sa montre, une heure seulement. Elle soupira et se radossa
à son siège.
Qu’est-ce
qui s’était passé ? Elle avait fait un cauchemar. Bizarre, il était flou
et pourtant les sentiments de peur et de douleur qu’il véhiculait étaient très
clairs, eux. Et depuis qu’elle s’était éveillée, un sentiment d’urgence la
tenaillait. Elle ne parvenait pas à se calmer. Après quelques minutes, elle se
leva et parcourut la cabine étroite de l’avion de long en large en
réfléchissant.
Elle
avait déjà ressenti ça auparavant. Elle essaya de se souvenir de la date
précise. Peut-être que ça avait une importance particulière ? Après tout,
c’était peut-être un truc qu’elle avait mangé ou bien une situation qui la rendait
nerveuse. Elle se creusa les méninges et se souvint. C’était lors de sa
séparation d’avec Tia.
Pouvait-ce
être une coïncidence ? Ça arrivait à nouveau alors qu’elles étaient
séparées. Ça n’avait aucun sens, elle ne comprenait pas. Quand bien même ça
n’aurait pas été une foutue coïncidence, elle ne voyait pas pourquoi elle
ressentait ça.
Est-ce
que c’était parce que la mercenaire lui manquait ? N’importe quoi. Elle
lui manquait depuis le premier jour, et si ça avait un lien, elle l’aurait
ressenti au début et pas au moment de son retour. Elle soupira doucement. A
quoi bon se torturer les méninges ? Elle ne pouvait rien faire de toutes
façons.
Elle
se massa le ventre en tentant de faire passer le malaise persistant. Elle se
mordit la lèvre et s’essuya le front. L’angoisse tendait chacun de ses muscles
et nouait son estomac. Elle s’assit à nouveau et appuya son front contre le
hublot. Elle laissa son regard errer sur l’eau si proche. Une fausse manœuvre
de Lance et ils s’abîmaient tous en mer. Elle, Lance et son escorte. Pourtant
ce n’était pas cette perspective qui lui tordait l’estomac. Elle le savait sans
pour autant parvenir à en déterminer l’origine.
Dieu
que c’était frustrant. Quelque chose clochait… mais quoi ? Devrait-elle en
parler à Tia ? Ce pouvait être un avant goût de Huntington, même si… même
si elle ne se rappelait pas que sa mère ai souffert de ce type de maux avant…
sa dégradation. Peut-être simplement qu’elle avait peur de mourir comme elle…
et que c’était la façon dont son inconscient et son corps la prévenait qu’elle
devait se pencher sérieusement sur le sujet au lieu de l’enfouir au fond d’elle
et de nier la possibilité de sa maladie.
Elle
n’en avait vraiment pas envie. Mais… si Tia avait pu partager ses pires
cauchemars, elle devrait pouvoir faire pareil. Même si… même si dans son cas il
s’agissait de la possibilité de mourir…
Non.
Non, elle ne pouvait pas. Pas encore. Plus tard peut-être. Ouais plus tard.
Pour l’instant, elle voulait juste profiter du temps qu’elle passait avec Tia. Au
maximum. Dans l’insouciance la plus complète. Et si un jour elle apprenait
qu’elle était malade, alors elle profiterait toujours de son temps avec Tia
mais cela aurait un autre goût. Plus amer, moins léger. Et si ce jour devait
vraiment arriver, elle ne voulait pas que se soit trop tôt, alors elle repoussa
cette idée loin au fond de son cœur et de son esprit et fixa ses yeux sur
l’horizon au loin, où Tia, elle le savait, l’attendait.
**********************************
Linya
lutta contre le courant et la douleur qui vrillait ses tempes pour maintenir à
la surface une Tia inconsciente. Elle grimaça et se demanda combien de temps
elle parviendrait à tenir comme ça. Tia était lourde et elles étaient loin de
la côte. Sans parler de sa tête qui pulsait d'une douleur qui lui donnait
vraiment envie de vomir. Elle avait prit un morceau de bois sur le crâne qui
lui avait ouvert l’arcade et une bosse de la taille d’un œuf était en train de
se former sur sa tempe, elle le savait.
Elle
avait vu Tia voler au loin puis remonter à la surface avant d’être renvoyée
sous l’eau. Elle avait attendu quelques minutes mais ne la voyant pas remonter,
elle s’était précipitée avec inquiétude au fond de l’océan.
Elle
avait cherché pendant de longues minutes angoissante la jeune femme au milieu
des débris et avait enfin réussi à la retrouver. Elle l’avait remontée aussi
vite que possible. Apparemment, le souffle de l'explosion lui avait coupé la
respiration. Et si Linya avait dû la stimuler pour qu’elle reprenne une bouffée
d’air, au moins elle n’avait pas avalé d’eau.
Elle
ne voyait pas son visage, mais sa respiration était rapide et irrégulière et ça
l’inquiétait. Elle essaya de voir où elles étaient, mais la côte était vraiment
trop loin pour elle. Alors, elle regarda autour d’elle et avisa un gros morceau
de l’épave qui flottait non loin et s’y rendit avec difficultés.
Elle
grimaça, mais parvint à soulever le corps de la mercenaire et à le hisser sur
la planche. Elle s’appuya contre et reprit son souffle en l’examinant du coin
de l’œil. Elle était pâle et du sang coulait d’une vilaine blessure à son
front. La plaie était gonflée et bleuie. Des brûlures légères et d’autres à
l’aspect moins engageant, parsemaient son visage, ses bras et le haut de son
torse. Linya passa une main rapide sur le haut de son corps et sentit en
grimaçant qu’elle avait des côtes cassées.
C’était
vraiment mauvais, mais c’était déjà un miracle qu’elle ait survécu à
l’explosion, alors elle n’allait pas faire la fine bouche. Mais comment cette
explosion avait pu avoir lieu ?
Elle
regarda vers l’île et vit avec soulagement un bateau se diriger vers elle.
L’explosion n’avait pas été très discrète heureusement.
Les
secours arrivèrent et elle leur jeta un regard de gratitude profonde.
Conception était parmi elles, et cela la soulagea. C’était une femme forte et à
l’esprit pratique, qui allait toujours à l’essentiel. Elle était en quelque
sorte son bras droit sur l’île et elle respectait profondément la mercenaire.
Deux autres femmes de la milice étaient là avec une des infirmières de l’île.
« Bénis sois-tu Conception », pensa-t-elle un peu rassurée. Elles
hissèrent Tia avec son aide avant qu'elle ne monte à son tour sur le bateau et
enfin elles repartirent vers la terre ferme.
*******************************
Lorsqu’Alexia
débarqua sur l’île, tard dans la nuit, elle fut surprise de ne trouver ni
Linya, ni Tia pour l’accueillir. A la place, elle trouva Conception avec un air
passablement épuisé. Elles se saluèrent et attendirent que le bateau reparte
avant de parler.
-
Vous avez fait bon voyage ? s’enquit la chef de la milice.
-
Oui, enfin ça pouvait aller. Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi
Linya et Tia ne sont pas là ? Il y a un problème ? Je sais qu’il est
tard, mais ce n’est pas une chose qui leurs pose problème d’habitude.
-
Eh bien, en fait…
La
femme d’âge mûr s’humecta les lèvres, un peu hésitante. Comment lui annoncer
ça ? Alexia vit l’hésitation et son estomac effectua un plongeon soudain.
Elle attendit avec une appréhension grandissante, la réponse de la femme.
-
Cet après-midi, elles sont sorties en mer pour faire un peu de plongée et heu…
et bien, le bateau a explosé.
Alexia
se figea et alors que son visage perdait toute trace de couleur et qu’un
million de pensées et de cris d’horreurs se bousculaient dans sa tête, elle se
sentit envahie d’une faiblesse si grande qu’elle vit la terre tourner autour
d’elle.
Comprenant
ce qui se passait, Conception se précipita vers elle et agrippa ses deux bras.
-
Non, non, calmez-vous, elles vont bien ! Elles sont vivantes ! Tout
va bien ! dit-elle précipitamment tout en se morigénant devant sa bourde.
Lentement,
comme si la voix venait d’un ailleurs très lointain, les mots pénétrèrent son
esprit et sa vision s'éclaircit peu à peu. Elle inspira une grande goulée d’air
comme une noyée qui revenait à la vie. « Elle est vivante ! Tia est
vivante ! ». Le soulagement fut si intense que ses jambes lâchèrent
et qu’elle se retrouva au sol, Conception accompagnant sa chute en douceur.
Elle laissa les larmes de soulagement couler de ses yeux et prit plusieurs
inspirations tremblantes en se passant une main sur le front. « Ok,
reprends-toi Lex ! Elle va bien, elles vont bien toutes les deux ».
-
Je… d’accord.
Elle
inspira encore une fois, profondément, et tendit une main.
-
Aidez-moi à me relever et expliquez-moi tout. Mais avant tout où
sont-elles ? Et comment vont-elles ?
Conception
l’aida à se remettre sur ses pieds et reprenant leur chemin, plus lentement
cette fois, elle la surveilla d’un œil inquiet tout en lui répondant.
-
Linya va bien, elle a une légère commotion, mais avec du repos elle se remettra
vite. Votre amie en revanche, à plusieurs blessures assez sérieuses. Mais
rassurez-vous aucune qui mette sa vie en danger ! ajouta-elle rapidement
en la voyant se figer de nouveau.
Alexia
hocha la tête et reprit sa marche, attendant plus d’explications, se forçant au
calme, alors qu’elle rêvait de se jeter sur la femme à ses côtés et de la
secouer en lui hurlant de lui donner ses réponses plus vite. Conception dut le
sentir car elle accéléra son débit.
-
Elle a des brûlures sans gravité au visage et au torse. Et des un peu plus
grave, deuxième et à certains endroits, troisième degré aux bras. Elle a deux
côtes de cassées et une commotion à surveiller attentivement. Certains examens
ont montré qu’elle aurait une certaine sensibilité à la lumière, mais avec le
temps et de bonne lunette de soleil, cela devrait s’estomper. En dehors de ça,
elle va bien. Elle a eu de la chance vous savez, elle a été prise dans
l’explosion, c’est un vrai miracle qu’elle n’est rien de plus.
Alexia
hocha la tête, la gorge trop nouée pour pouvoir parler. Et Conception
reprit :
-
On les a installées à l’hôpital, mais votre amie n’a pas eu l’air d’apprécier.
Comme sa commotion devait être surveillée, on a dû l’endormir pour qu’elle
reste tranquille. Linya n’a pas voulu la quitter. Elle se sent responsable je
crois.
-
Pourquoi ça ? demanda enfin la jeune femme, l’esprit soudain alerte.
-
Eh bien, vous savez que votre amie a reprit l’entraînement des recrues de l’île
à ma demande et à celle de Linya ?
-
Oui. Quel rapport ?
-
Eh bien, elle a eu quelques démêlés avec certaines des filles. Elle a dû en
exclurent deux il y à quelques jours et… elles l’ont plutôt mal pris.
-
Vous êtes en train de me dire que l’explosion n’était pas un accident ?
fit-elle d’un ton soudain coupant.
-
Au début, c’est ce que l’on croyait mais après une petite enquête, il s’est
révélé que non et des ennemis, je veux bien croire que votre amie en a pas mal
en dehors d’ici, mais sur l’île, c’est assez réduit.
-
Les deux exclus ?
-
Oui.
-
Laquelle des deux ? A moins qu’elles ne soient complices ?
-
On n’en sait encore rien. On enquête toujours.
-
Ok. Vous en avez parlé avec Tia et Linya ?
-
Oui.
-
Et qu'est-ce qu'elles ont dit ?
-
Linya penche pour Genshenka. Elle dit que Jodie n’a pas suffisamment de matière
grise pour ça. Mais votre amie dit qu’il ne faut pas conclure trop vite. Elle
veut des preuves.
-
Elle a raison. Mais j’imagine que vous n’aviez pas l’intention d’accuser sans
preuves ?
- Non,
bien sûr ! Mais...
-
Mais vous cherchez d’abord de leur côté. C’est logique. Bon et votre prochaine
étape c’est quoi ? Vous les avez interrogées ?
-
Euh, pas encore, non. On… a d’abord voulu examiner les restes. On voulait
savoir ce qui c’était passé. En fait, on a passé la journée à rapporter et
reconstruire le puzzle de l’épave en étudiant les morceaux restant. On a conclu
à un acte criminel il y a à peine une heure et bon, Linya veut assister à
l’interrogatoire alors, on s’est dit qu’on pouvait attendre demain. Ce n’est
pas comme si elles pouvaient s’enfuir. On est sur une île, après tout.
-
J’aimerais être là, si c’est possible, lorsque vous le ferez.
-
Bien sûr, pas de problème, s’empressa de répondre la chef de la milice.
Bizarrement,
Conception comme la plupart des Nazaréennes qui avaient un poste à
responsabilité, respectait mais aussi craignait Alexia. Tout le monde savait
que s’il arrivait quoi que se soit à Linya, c’était elle qui reprendrait
l’association et même si elle n’était pour l’instant qu’une sorte de second
dans les affaires courantes à travers le monde, tout ceux qui avaient eu
affaire à elle, savaient qu’elle menait les affaires différemment de Linya.
Elle était plus directe, franche parfois jusqu’à la brutalité. Et à d’autres
moments, elle était capable d’une grande diplomatie et d’une manipulation très
subtile.
A
chaque fois qu’elle avait eu besoin de remonter les bretelles à quelqu’un, elle
l’avait fait sans ambages et avec une froideur clinique. Il n’y avait rien de
personnel, rien de méchant. Et c’était peut-être pire.
C’était
pourquoi, les femmes comme Conception n’avaient aucune envie de déplaire à
Alexia et s’empressaient de répondre à ses attentes.
Après
cette mise au point, elles cheminèrent jusqu’à l’hôpital en silence. Alexia
pressant inconsciemment le pas, voulant plus que tout, en cet instant, être
auprès de Tia. S’assurer par elle-même qu’elle allait vraiment bien.
*************************************
Lorsqu’elle
pénétra dans la chambre, Alexia ne vit pas Linya, ni même l’infirmière qui
changeait la perfusion. Son regard se fixa directement sur la forme endormie de
son amante et ne la quitta plus. Elle s’avança vers elle, et examina son
visage. Elle était pâle et avait les traits tirés. Une plaie gonflée et violette
ornait son front et descendait sur sa tempe.
La
seule vue du visage de sa petite amie amena une vague de soulagement si
intense, que ses jambes tremblèrent à nouveau. Mais elle serra les dents et
tint bon. Pas question de s’effondrer. Elle était vivante, rien d’autre ne
comptait. Pour repousser la vague de vertige qui l’avait prise, elle se
concentra sur sa compagne.
Elle
avait de profonds cernes bleus et elle se demanda depuis quand elle dormait
mal. Elle s’assit à son côté et lorsqu’elle voulut lui prendre la main, elle
nota qu’une autre main la tenait déjà. Elle fronça les sourcils et remonta le
long du bras, pour parvenir au regard fatigué mais amusé de sa meilleure amie.
-
Tu ne m’avais même pas remarquée hein ?
Alexia
rougit un peu et ouvrit la bouche pour s’excuser mais Linya secoua la tête.
-
Ça va, ne t’en fait pas je comprends.
Elle
tourna les yeux vers le visage pâle de la mercenaire.
-
Elle est tout ce qui compte, dit-elle avec gravité. C’est une chose que je peux
comprendre.
Elle
croisa le regard d’Alexia et lui sourit.
-
Elle va bien, rassure-toi. Quelqu’un joue aux cartes avec elle parce qu’elle ne
voulait pas rester tranquille et qu’avec sa commotion, c’est plutôt indiqué
même si elle ne doit pas dormir. Mais sinon, elle est en pleine forme.
-
Conception m’a expliqué… qu’elle avait eu beaucoup de chance.
-
Oui. En fait, il faut remercier ses incroyables réflexes et son instinct. Elle
a sauté au moment ou l’explosion a eu lieu, échappant ainsi au plus gros de la
déflagration. Mais… c’était vraiment impressionnant de la voir ainsi engloutie
par les flammes avant d’être éjectée au loin. Je… j’ai vraiment eut peur.
Alexia
posa une main sur celle de son amie avec une expression inquiète.
-
Excuse-moi, je suis une bien piètre amie. Je ne t’ai même pas demandé comment
tu te sentais.
-
Ne t’en fais pas. Comme je te l’ai dit, je comprends et pour répondre à ta
question, je vais bien. J’ai juste reçu un bout du bateau sur le crâne, mais ça
n’est pas bien grave.
Alexia
passa un doigt doux sur la tempe et l’arcade abîmée de sa meilleure amie.
-
Ça ne fait pas trop mal ?
-
J’ai pris des calmants, alors non. Mais je vais avoir droit à un mal de tête du
tonnerre demain, déclara-t-elle dans un petit rire.
-
Je suis désolée.
-
Ne le sois pas, ce n’est pas toi qui a saboté le bateau.
-
Non, fit-elle en se retournant vers son amante, mais ceux qui l’ont fait vont
le regretter, dit-elle d’un ton si farouche que Linya en frissonna.
Elle
n’avait jamais vu une expression si intense sur son visage, jamais vu une
détermination si sauvage. Elle vit pour la première fois ce que Tia avait
appris à son amie auparavant si caractérielle. La force, la résolution et
l’évaluation froidement clinique d’une situation violente et dangereuse. Alexia
avait changé. Elle était plus que son bras droit. Plus qu’une héritière. Bien
plus qu’une simple femme. Alexia était devenue une mercenaire.
Lorsqu’elle
eut compris cela, Linya se demanda, malgré ce qu’elle lui en avait dit quelques
mois plus tôt, si c’était une bonne chose. Bien sûr elle avait l’air heureuse
avec Tia. Elle n’avait même l’air heureuse qu’avec elle. Mais… ce qu’elle
voyait… ce qu’elle faisait… elle n’était pas sûre de pouvoir apprécier le
changement qui s’opérait en une femme qu’elle connaissait intimement depuis sa
naissance. Accepterait-elle de passer toujours au second plan comme cela avait
été le cas cette dernière année ? Elle qui avait quasiment passé chaque
seconde de son existence avec Alex ?
Pourrait-elle
accepter cette nouvelle femme qui prenait naissance sous ses yeux ?
Pourrait-elle continuer de l’aimer comme avant ? Ou bien ces différences
dont elle prenait seulement conscience maintenant, signeraient le glas de leur
relation ?
« Seul
le temps le dira, j’imagine » songea-elle un peu déprimée. Mais en même
temps, cette expression si forte sur le visage de son amie démontrait de façon
si puissante tout ce qu’elle ressentait pour sa compagne, que Linya ne put
qu’en être impressionnée et aussi… un peu envieuse, elle devait bien se
l’avouer. Elles avaient l’air de tant s’aimer… elle espérait vraiment qu’un
jour, elle aussi aurait la chance de connaître cela.
**********************************
Deux
jours plus tard, après une enquête acharnée et l’aide précieuse d’Alexia, qui
avait appris de nombreuses choses dans l’art de la manipulation avec Tia,
qu’elle maîtrisait pourtant déjà pas mal auparavant, Jodie avait vendu la mèche
sans même sans apercevoir.
Elle
était détenue dans une pièce hautement surveillée en permanence par deux
miliciennes qui se relayaient toutes les six heures. Genshenka n’avait pas été
impliquée par Jodie même si tout le monde la soupçonnait, sans preuve on
n’avait pas pu proférer une seule accusation et elle vaquait toujours librement
sur l’île.
Linya
ne savait pas trop quoi faire de Jodie. Elle ne pouvait pas prévenir la police
car cela aurait impliqué de les mettre au courant de l’île et de son
fonctionnement, mettant beaucoup trop de choses, et de gens, en danger. Elle
essayait de voir si elle pouvait s’arranger avec des policiers et des juges
Nazaréens, mais pour l’instant c’était le flou total. Jamais ce genre de
situation n’avait eu lieu.
Tia
était sortie de l’hôpital le matin même et Alexia ne la lâchait pas d’une
semelle. Elle regardait souvent autour d’elle, pour s’assurer que Genshenka
n’était pas dans les parages et elle avait demandé à quelques filles de
surveiller la jeune femme, discrètement, de manière à empêcher un nouvel
attentat contre sa compagne. Mais c’était, là aussi, une situation qui devrait
vite se régler. Elles ne pouvaient pas garder une femme potentiellement
dangereuse et capable de tuer une des siennes au milieu d’autres femmes
fragiles et influençables. Ou l’épisode Jodie pourrait se renouveler.
La
seule bonne nouvelle était Erika. Elle semblait avoir bien retenu la leçon
dispensée par Tia quelques jours plus tôt et évitait Genshenka comme la peste.
Elle avait même commencé à parler avec Droqkwé et était venue s’excuser auprès
de Tia, la veille, de son comportement indigne d’une Nazaréenne. Mais la
mercenaire lui avait dit que n’étant pas Nazaréenne, ce n’était pas elle qui
avait été lé plus offensée. Erika avait réfléchi a cette déclaration un moment
avant de hocher la tête et de sortir d’un pas décidé de la chambre d’hôpital.
Dès
que la mercenaire s’était réveillée, elle lui avait fait part de la décision de
Linya de vouloir participer au reste de l’attaque et pas seulement de leur
prêter des messagers. Pendant qu’elles étaient à l’hôpital, Linya avait eu une
conférence téléphonique avec tous les continents, ce qui incluait aussi le
réseau de son cousin, et avait transmis le problème Sassem, expliquant durant
de longues heures, qui il était et les ennuis qu’il créait.
La
réponse et une première estimation devrait être disponible d’ici la fin de la
semaine. En attendant, Linya avait demandé à Conception de procéder à un
rassemblement. Le lendemain de l’arrivée d’Alexia sur l’île, après le déjeuner,
tout le monde avait été réuni au centre de l’île ou Alexia, qui avait laissé sa
mercenaire à contrecœur, avait exposé le problème Sassem et ce qui était fait
en haut lieu pour y remédier.
Elle
leur avait ensuite demandé de réfléchir à une possible participation. Elle
avait expliqué les différentes fonctions dans lesquelles on pourrait avoir
besoin d’elle, en insistant surtout sur les messagers, car c’était là les moins
dangereux et les plus importants. Pour finir, elle avait conclu que si elles
s’étaient résignées à faire appel aux Nazaréens, c’était parce qu’elles avaient
besoin de personnes fiables et qu’eux seuls leur semblaient faire l’affaire.
Depuis,
les murmures allaient bon train, la plupart des femmes de l’île étant plutôt
fières de voir l’une des leurs, Alexia, avoir un rôle si important dans une
affaire de cette envergure et très flattées de se voir requérir leur aide.
Pendant
que les Nazaréens réfléchissaient, que Linya tentait de régler le problème
Jodie et qu’Alexia surveillait et faisait surveiller Genshenka, Tia reprit le
cours de sa vie comme si rien n’avait changé. Elle sortit de l’hôpital, très
heureuse du retour de sa petite amie, et demanda à Conception de reprendre le
côté physique des entraînements tel que les démonstrations et les duels,
pendant qu’elle-même continuerait les évaluations et critiques des mouvements
et les explications orales.
Elle
avait commencé dès sa sortie par un entraînement assez simple de nouvelles
recrues au niveau moyen. Et alors qu’elles se connaissaient si mal, elles
n’avaient eu aucune difficulté à enseigner ensemble, enchaînant oral et
physique comme si elles avaient fait cela toute leur vie.
Alexia
qui suivait son amante comme son ombre, avait profité du spectacle avec un
sentiment de fierté incroyable. Tia était si à l’aise ! Elle avait observé
les lignes de son visage, si net et si franc, qui reflétait une palette incroyable
d’émotions diverses ou une neutralité absolue, selon qu’elle se laissait aller
ou non. Mais quoi que se soit c’était toujours une décision consciente, ce qui
époustouflait Alexia.
Alors
qu’elles rentraient enfin au chalet, elles avaient deux heures avant le
prochain entraînement, elle s’en ouvrit à la mercenaire.
-
Tu pourrais m’apprendre à contrôler les expressions de mon visage ? Je
trouve ça incroyable ce que tu es capable de laisser transparaître ou non. Tu
influences totalement les personnes en face de toi ! Tu peux même laisser
apparaître une expression que tu ne ressens pas du tout, juste pour obtenir la
réaction que tu veux en face, c’est… c’est… y’a pas de mots qui décrivent assez
bien à quel point c’est génial !
L’enthousiasme
de sa compagne arracha un petit rire à la grande femme.
-
Et comment sais-tu que je ne ressens pas l’émotion que je montre ?
-
Ha ! Parce que je te connais, tient ! répondit-elle avec une petite
tape sur son bras, avant de la retirer très vite avec une grimace. Désolée, j’ai
oublié.
-
C’est rien, dit Tia en haussant les épaules. Tu ne m’as pas fait mal. Mais
c’est ok, je t’apprendrais. Cela dit, c’est quelque chose auquel tu devras
t’entraîner seule. Je ne peux que te donner quelques indications, le boulot
c’est toi qui devras le faire. De même que le sentiment qui te domine lorsque
tu veux paraître impassible, il faudra que tu trouves le tien et que tu t’y
accroche. C’est… très particulier comme truc.
-
C’est quoi le sentiment qui te domine toi ? Dans ces moments là je veux
dire.
-
La colère. Une colère froide. Elle me prend aux tripes et je la dirige
naturellement dans le reste de mon corps. Et c’est un peu comme si elle figeait
tout ce qui ne pouvait pas être à son service.
-
Oh.
Alexia
réfléchit à ce qu’elle venait d’apprendre.
-
Au fait, fit la mercenaire pour changer de sujet et alléger un peu
l’atmosphère, tu sais que des affaires à moi ont mystérieusement
disparues ?
-
Noooon, vraiment ? rétorqua la jeune femme avec innocence, acceptant ainsi
le changement de sujet.
-
Vraiment.
-
Mais que s’est-il passée ? demanda Alexia l’air particulièrement concernée
par la situation.
Tia
ne put se retenir plus longtemps et elle éclata de rire. Alexia lui retourna un
grand sourire avant de déclarer abruptement :
-
Je ne veux plus qu’on se sépare.
Le
rire se calma, puis disparut et un sourire en coin apparut.
-
J’ai déjà entendu ça, la taquina-elle.
-
Je sais. Mais cette fois je pense réellement que ça ne nous réussit pas.
-
Lex, fit la grande femme en s’arrêtant de marcher et en se tournant vers elle,
les deux mains sur ses épaules, parfois la séparation est nécessaire. On ne
doit pas en avoir peur, car elle fait partie de la vie. Tant qu’on sait qu’au
final quelqu’un nous attend, on n’a pas à la craindre.
-
Mais c’est ça le problème Tia. A chaque fois que je suis partie, à mon retour
je ne t’ai pas trouvé. Il a fallu que je te cherche. Alors, ok, il y a deux
jours, la recherche n’a pas été longue, mais il n’empêche que tu n’étais pas
là, dit-elle en posant une main douce sur la joue de sa compagne. Et j’ai peur,
vraiment peur qu’à notre prochaine séparation je ne puisse plus te retrouver.
« Et
qu’est-ce que je suis sensée répondre à ÇA ?, songea la grande femme un
peu prise au dépourvu. Elle a raison, je pense la même chose. »
-
On… on verra ça quand ça se présentera ok ? Mais il ne faut pas qu’on
craigne la séparation Lex. Ce n’était que des coïncidences, des coïncidences
malheureuses, mais des coïncidences quand même. Et puis au final on est là
ensemble non ?
-
Oui. Mais… bon on verra quand ça se présentera, conclut-elle.
« En
espérant que ça n’arrive jamais » songèrent-elles en même temps.
Un
silence s’installa, pendant lequel elles reprirent leur chemin, Tia un bras
bandé posé sur l’épaule de sa petite amie et Alexia un des siens passé autour
de sa taille.
-
Et quels vêtements exactement, ont eu la grossièreté de disparaître ?
lança-t-elle plus légère.
-
Une culotte et un soutien-gorge ! répondit son amie d’un ton outré.
-
Rhooo les vilains, les bonnes manières se perdent, soupira-t-elle l’air très
affectée.
-
Ouais. Surtout celles des petites amies, rétorqua Tia en pressant l’épaule de
sa compagne avec un sourire canaille.
-
Hé ! Je suis irréprochable ! J’ai bien fait attention à ce que MA
petite amie ne s’ennuie pas pendant mon absence et pense à moi TOUT les
jours ! Je suis une petite amie parfaite !
Tia
lâcha un petit rire en ouvrant la porte.
-
Ouais… parfaite, répondit-elle en plongeant son regard dans le sien et en
laissant transparaître tout ce qu’elle avait ressenti pendant son absence et
tout ce qu’elle voulait faire en cet instant pour combler le manque qui avait
été le sien.
Le
sourire entendu qui lui fut retourné fut la réponse que Tia attendait. Elle se
baissa soudainement et attrapant sa compagne, la souleva dans ses bras et sans
écouter ses protestations, elle fila, très très pressée, en direction de leur
chambre.
Chapitre 8 :
La
fin de la semaine arriva vite et Alexia put commencer une sélection des
messagers parmi les volontaires de l’île pendant que Tia faisait, avec l’aide
des infos envoyées par Karl, une estimation des forces armées dont ils allaient
disposer pour l’attaque. A partir de là, elle commença la préparation de
l’assaut. Elle comptabilisa les différents points, lieux et personnes à
attaquer, les équipes, et le nombre de personnes dans ces équipes, qu’il y
aurait sur chacun d’eux. La répartition des forces, leur hiérarchisation, les
capitaux que cela allait demander, le matériel dont ils devraient disposer.
Lorsque
la fin de la semaine arriva, Tia avait réussi, après diverses conférences
téléphonique avec les différents dirigeants des armée des pays concernés, à
décider de tout ces détails. Elle demanda alors à Karl d’organiser le
déplacement des forces armées qu’elle avait sélectionné dans différents lieux
sécurisé qu’elle connaissait pour les entraîner. La phase deux allait
commencer.
Elle
en parla à Linya qui accepta que les équipes, dont allaient faire partie les
Nazaréens, puissent faire leur entraînement sur l’île des femmes et celle des
hommes, à la condition express qu’ils soient tous endormis à leur arrivé. Idem
pour leur départ.
Tia
eut un peu de mal à faire accepter cela, mais elle y parvint et Karl s’occupa
d’organiser le transport. Lorsque tout fut au point, Tia donna une date où les
transferts devraient être effectués. Soit dans deux semaines. En attendant,
tous devaient rentrer chez eux, se détendre et profiter de leur famille, car ce
pourrait être la dernière fois.
Karl
acquiesça gravement avant de poser la question, qui il le savait, serait mal
reçue.
-
She-wolf ?
-
Hum ?
-
Les différents généraux et heu chefs d’agences, veulent te voir.
-
Comment ça ?
-
Ils… disent qu’ils ne peuvent faire confiance à une personne qu’ils n’ont même
pas eu l’occasion de rencontrer. Et donc, heu, ils exigent une rencontre.
-
Oh ils exigent ? fit-elle sarcastique.
-
She-wolf, tu ne peux pas leur en vouloir, tenta de l’apaiser Karl, ils
remettent la vie de leurs hommes et la réussite de l’opération dans tes seules
mains. Ils veulent s’assurer qu’elles sont sûres.
-
Ou bien me mettre la main dessus et me faire cracher les infos qui leur
manquent afin de reprendre le contrôle de l’opération…
-
Ils ne le feront pas. Pas parce qu’ils n’y ont pas pensé mais parce qu’ils
savent que si cette opération à une chance d’aboutir c’est avec l’aide de tout
le monde et le plan est bien trop avancé pour pouvoir le revoir. Et la moitié
de celui-ci repose sur tes contacts. Te mettre dans cette position c’est se les
mettre à dos. Ils sont ambitieux et tout ce que tu veux, mais pas stupides. Ils
savent combien Sassem est dangereux pour le monde. Comme Hitler en son temps.
Ils s’allient malgré leurs rivalités et leurs haines mutuelles… pour combattre
quelque chose de pire qu’eux. Crois-moi, tu n’as rien à craindre d’eux. Mais si
ça peut te rassurer, tu peux organiser cette réunion sur ton terrain.
Tia
resta silencieuse un moment, absorbant les informations et débattant de leur
véracité.
-
Je vais y réfléchir.
Puis
ils raccrochèrent. Tia contempla un instant le ciel bleu au dehors en se
demandant si c’était raisonnable. Les dirigeants des armées ou des équipes
passent encore, mais les chefs d’agences… la moitié d’entre elles rêvaient de
lui mettre la main dessus, depuis de nombreuses années déjà.
Elle
soupira et se renfonça dans son siège. Et si au lieu de se triturer les
méninges seule dans son coin, elle allait en débattre avec sa moitié ?
« Ouais excellente idée » songea-t-elle ragaillardie par sa décision.
Elle se leva et sortit du bureau de Linya, situé dans un bâtiment de deux
étages au cœur de l’île. Ce bâtiment abritait tous les bureaux. Ceux de la
milice, de l’administration qui recensait les Nazaréennes, leurs allers et
venues… Tia en sortit et s’accorda une petite pause devant les portes. Elle
s’étira en levant le visage pour l’offrir aux rayons du soleil de midi et
soupira de bien-être.
Certes
ses brûlures étaient encore parfois douloureuses et ses côtes lui faisaient
quasiment mal tout le temps, de même qu’elle devait encore porter ces fichus
lunettes de soleil du lever au coucher, mais sa tête allait mieux et Alexia
était là, alors… la vie était belle !
La
voir à son chevet, lorsqu’elle s’était réveillée avait réellement été un
soulagement. Elle avait été si heureuse, qu’elle en avait oublié la douleur.
Elle avait tendu une main couverte de crème apaisante et de pansements vers le
visage inquiet mais à l’expression douce de son amie. Elles s’étaient
dévisagées un long moment, oublieuses du temps passé séparées, de la douleur ou
de l’environnement où elles se trouvaient.
Aujourd’hui,
Linya était sortie de l’île tôt le matin. Alexia n’en avait rien su avant que
Tia ne lui en parle, ce qui l’avait beaucoup surprise. Elle lui avait demandé
des explications, mais Tia ne se voyait pas lui dire qu’elle était allée sur le
continent pour régler les derniers détails de la fête qui commencerait ce soir.
Tia
sourit puis grimaça. Elle était un peu embêtée de se rendre à la fête si
longtemps souhaitée, avec une tête comme la sienne. Le bleu sur son front et sa
tempe avait disparu mais ses lunettes, qu’elle ne pouvait quitter que dans la
pénombre, allaient faire tâche. Les bandages le long de ses bras, l’obligeaient
à renoncer à mettre la robe qu’elle avait spécialement achetée pour l’occasion,
ce qui l’ennuyait prodigieusement.
Linya
lui avait dit qu’elle s’occuperait aussi de sa tenue lorsqu’elle serait sur le
continent et elle en frémissait d’avance. Les idées de Linya étaient… assez
originales en générale et si l’envie lui prenait de lui faire une blague avec…
elle ne pourrait strictement rien y faire.
Elle
secoua la tête et haussa les épaules, et enfin reprit son chemin en direction
du terrain d’entraînement. Alexia devait s’y rendre après son premier cours de
Grec ancien et Conception l’y attendait pour répéter avec elle les nouveaux
mouvements qu’elle devrait apprendre aux filles aujourd’hui.
Tia
allait mieux physiquement mais Lex l’avait harcelée pour qu’elle ne reprenne
pas les efforts trop vite et… elle avait cédé... encore. « Elle a vraiment
une mauvaise influence sur moi », songea la grande femme en souriant.
Elle
l’aperçut en arrivant et elle ne put empêcher de petites étincelles de joies de
s’allumer en elle. Elle leva la main et lui fit un signe que sa compagne
s’empressa de lui retourner en pressant le pas. Juste pour jouer un peu, Tia
bifurqua et se dirigea vers Conception qui s’échauffait sur le bord de la piste
de course. Elle la saluait au moment lorsqu’un cri, suivit d’un corps
bondissant, attirèrent son attention.
-
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah Tiaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Alexia
atterrit sur le dos de sa petite amie et la déséquilibra. Elles s’affalèrent
toutes les deux sur le sol et Alexia entendit un grognement étouffé sous elle.
« Mince ! J’avais oublié ! ». Elle se dépêcha de se
relever, enlevant son poids du corps de sa compagne.
-
Excuse-moi, j’ai complètement oublié tes côtes ! s’exclama-elle penaude.
Ça va ?
Tia
rit un peu en se relevant, une main sur son côté droit et l’autre sur ses
lunettes.
-
Arrête de t’en faire Lex. Ça ne te pose aucun souci quand on est au lit, et pourtant
depuis ton arrivée, on est plutôt acrobatique dans ce domaine !
Conception
qui s’était rapprochée en entendant les cris d’Alexia eut la surprise de voir
une rougeur se diffuser des joues au reste du visage. Elle n’avait pas
l’habitude de voir Miss Stefanos sous un jour aussi humain. Habituellement elle
était franche, sévère voire capricieuse, parfois douce et gentille, très
souvent calme et pleine de bons sens, mais jamais, jamais
rougissante, timide et amusante comme elle l’était depuis qu’elle avait
amené cette grande femme sur l’île.
C’était
une constatation qui ne laissait pas de la surprendre mais qu’elle appréciait
beaucoup.
-
Bonjour, fit-elle aux deux femmes.
-
Bonjour, répondirent-elles en cœur.
Elles
échangèrent un regard et se mirent à glousser comme des gamines. « Eh ben,
à ce rythme je ne suis pas prête de les faire mes répétitions ! »
songea la chef de la milice un peu perplexe devant ce comportement totalement
immature de la part de deux femmes fortes et impressionnante comme elles.
Malgré
les pensées pessimiste de la chef, les exercices se passèrent bien et après la
petite séance, Tia envoya Lex lui chercher une bouteille d’eau, en prétextant
qu’elle avait un peu mal aux côtes et préférait rester tranquille en attendant
que ça passe. Une fois que la jeune femme se fut éloignée, elle attira
Conception vers les bancs.
-
Dès ce soir, vous allez devoir vous débrouiller sans moi pour les entraînements
et ce jusqu’à la fin de la semaine. Si il y a un problème voici mon numéro
perso, mais n’en abusez pas et ne le donnez à personne. Très peu dans le monde
l’a alors…
-
J’ai compris. Merci de me faire confiance.
-
De rien. C’est assez rare lorsque je le peux, mais quand ça arrive en règle
générale je ne le regrette pas.
-
Ça c’est un sacré compliment de votre part ou je ne m’y connais pas !
s’exclama la femme avec un sourire en coin. Et qu’est-ce qui nécessite votre
absence pendant une semaine, si ce n’est pas trop indiscret ?
-
Une fête surprise pour Lex.
La
chef la fixa avec de grands yeux. Tia leva un sourcil.
-
Un problème ?
-
Hein ? Non, non. Je ne vous imaginais pas organisant des fêtes d’une
semaine c’est tout.
-
Ben, c’est pas moi qui l’organise. C’est Linya. C’est pour ça qu’elle est
absente. Elle rentre ce soir. On emmène Lex et on revient à la fin de la
semaine. Je vous ai préparé un programme à suivre avec les équipes et Linya
devrait régler les détails en ce qui concerne Genshenka et Jodie en ce moment
même. Elle vous dira quoi faire en rentrant. L’île sera alors sous votre
responsabilité. Mais comme je vous l’ai dit, en cas de problème vous pouvez
m’appeler. De toute façon on ne sera pas très loin.
-
Ok. Eh bien, c’est cool pour moi. Mais… pourquoi n’organisez-vous pas la fête
ici ?
-
Des tas d’extérieurs doivent y assister, et une semaine de nouba ininterrompue,
risquerait de créer quelques ralentissements dans le fonctionnement de l’île
non ?
-
Plutôt oui ! répondit la femme en riant.
****************************
Linya
revint comme convenu, sur le coup des 19h. Tia lui sourit lorsqu’elle passa la
tête dans l’embrasure de la porte et elle mit un doigt sur sa bouche pour lui
intimer de se taire. Puis alors qu’elle voyait qu’Alexia sortait de la salle de
bain, elle entra en trombe dans la chambre et sauta dans les bras de Tia qui était
assise sur le lit en criant :
-
Alexia n’est pas là, pas vrai ?! Alors profitons-en, mon amour !
Et
elle la renversa sur le lit et l’embrassa avec passion alors que Tia éclatait
de rire, sans réussir à pouvoir garder son sérieux. Comme prévu Alexia se précipita
dans la chambre, une serviette blanche enroulée autour de son corps pour tout
vêtement, elle se planta à leurs côtés, les poings sur les hanches l’air
absolument furax.
-
Ben vous gênez pas surtout !
-
C’est ce qu’on fait mon cœur, répondit la mercenaire avec un grand sourire.
-
Je t’avais dit que me laisser trop longtemps seule avec elle aurait des
conséquences chérie, déclara Linya avec un sérieux. Non mais tu l’as regardée,
fit-elle en se redressant sur ses genoux, en désignant de la main le corps
étendu sous elle. C’est… c’est… irrésistible ! s’écria-elle en se jetant
brusquement sur le corps en question.
Elle
releva le t-shirt de Tia et commença à mordre comme une affamée le ventre
musclé de la grande femme. Tia éclata de rire sous le toucher tout sauf doux et
se tourna sur le côté pour lui échapper.
Enfin,
Alexia comprit la blague et se détendit, puis en voyant la grimace de sa
compagne lorsqu’elle se tourna sur le côté, elle se reprit.
-
Lin arrête. Tia est encore blessée.
Linya
se redressa d’un coup.
-
Oh ! Pardon j’avais oublié !
-
Ouais on n’arrête pas de me dire ça aujourd’hui ! Pourtant mes pansements
ne sont pas très discrets, fit-elle en levant ses deux bras couverts de
bandages.
Les
deux femmes grimacèrent, prises en faute.
-
Désolée, fit Linya. C’est juste… que tu donnes l’impression de ne pas avoir
mal, comme si, ben, comme si tu n’avais rien en fait. Alors on a tendance à ne
plus voir tes pansements.
-
Ah, alors c’est de ma faute ? rétorqua-elle sarcastique.
-
Tout à fait ! répondirent-elles en cœur.
Tia
les dévisagea tour à tour, puis tapa sur la cuisse de Linya.
-
Tout est ok ?
-
Ouaip c’ptaine ! fit la jeune femme en la saluant comme un marin.
-
Alors vire de là, j’ai très envie de sexe mais pas avec toi.
Linya
écarquilla les yeux, un peu surprise d’une telle franchise. Puis elle grimaça,
une main devant les yeux.
-
J’avais pas besoin de cette image, merci les gars.
Elle
se leva en agitant une main devant ses yeux, comme pour effacer l’image
imprimée sur sa rétine.
-
Ah, attend Lin, la rappela la mercenaire avant qu’elle ne passe la porte. Tu as
trouvé une solution pour J et G ?
-
Temporairement seulement. Pour le reste on y travaille toujours. Mais on peut
profiter de la semaine tranquille, ne t’en fait pas.
-
Bien et …
-
Je t’en parlerais plus tard si ça ne t’ennuie pas chou, parce que là il faut
que j’aille me laver l’esprit !
-
Très drôle ! rétorqua la mercenaire avant de se tourner vers son amante et
de l’attirer sur ses genoux.
Toujours
allongée sur le dos, elle regardait le corps encore mouillé d’Alexia d’un air
concupiscent.
-
Tu sais qu’t’es très sexy toute mouillée, chérie ? fit-elle d’un ton
traînant.
Il
y avait tant de sous-entendus dans la phrase qu’Alexia ne put empêcher la
rougeur, embarrassée habituelle, de l’envahir.
-
Au fait qu’est-ce qu’il y a cette semaine dont vous allez profiter toutes les
deux ? demanda-t-elle soupçonneuse.
-
Ha ha ! fit la grande femme en posant un long doigt fin sur son nez. Ça,
c’est une surprise !
-
Une surprise ? Pour moi ?
-
Je ne dirais rien de rien, mon cœur, fit-elle en roulant sur le lit, basculant
sa petite amie sur le dos et la dominant de sa taille. Tu verras ce soir,
reprit-elle en lui mordillant le lobe de l’oreille. Pour l’instant on a
d’autres trucs trèèèèèès important à faire.
-
Comme quoi ? souffla la jeune femme en sentant une chaleur familière
monter du milieu/au creux de son ventre.
-
Des trucs, chuchota son amie en lui léchant le creux du cou, ... sexuels.
La
respiration d’Alexia se bloqua avant de repartir dans un sifflement et elle
répondit.
-
Ha ça… oui, tout a fait d’accord pour les faire…
Tia
n’attendit pas plus et elle lécha le cou abandonné. Elle descendit un peu,
parsemant la peau humide de doux baisers. Parvenue à la lisière de la
serviette, elle tira doucement dessus avec les dents et celle-ci se défit avec
lenteur, glissant tranquillement le long du corps de son amie et toucha enfin
le lit, révélant le corps splendide et souple de son amante.
Un
instant elle se recula, profitant de la vue, se repaissant du velouté qui
semblait l’appeler, de sa couleur dorée qui demandait ses lèvres, de sa
souplesse qui réclamait sa langue. Une main caressa sa joue et elle leva les
yeux, croisant le regard émeraude de la femme qu’elle aimait plus que la vie.
Elle
lui offrit le plus doux, le plus aimant et le plus beau des sourires. Ses yeux
brillèrent un peu dans les rayons du soleil couchant et Alexia grava l’image
qu’elle avait sous les yeux et que lui accordait cette journée. Sa mercenaire
la regardant avec un amour si profond et si tranquille, tellement sereine
qu’elle crut voir une personne âgée de plus de mille années et possédant tant
de connaissances sur le monde qu’elle avait appris la beauté primordiale des
choses les plus simples, qu’elle ne put que se mordre la lèvre pour retenir
l’émotion, qui, à coup sûr gâcherait l’instant.
Elles
partagèrent un morceau de perfection, si rare, elles en avaient conscience, que
tout le monde n’avait pas droit au sien au cours de leur vie. Ce fut un instant
unique, magique, où leurs âmes, leurs cœurs et leurs esprits vibrèrent à
l’unisson. Tout disparut peu à peu de leur vision, de leur conscience même. Le
soleil qui, en se préparant pour la nuit, les enveloppait d’une lueur
scintillante, les bruits que faisait Linya au loin en se préparant pour la
surprise, le lit sur lesquelles elles étaient couchées et qui par sa douceur et
sa fermeté, leur permettait de se maintenir dans cette position sans effort et
même… le corps de l’autre en face, qui avait fait naître ce sentiment intense, puissant
et à jamais éternel…
Il
ne resta que leur yeux, la lueur qui y vivait et qui disait tout ce que l’autre
avait besoin de savoir, et même ce qu’elles ne demandaient pas. Elles y lurent
le passé, le présent et surtout l’avenir, leur
avenir. Ensemble. Quelques soient les épreuves. Quelques soient les
douleurs. Quelques soient les sacrifices. Toujours.
Puis
la réalité reprit ses droits et Linya entra sans frapper et les apostropha.
-
Oh bordel ! cria-elle en se détournant du corps nu de sa meilleure amie
sur lequel reposait une mercenaire à moitié dénudée elle-même, une main sur un
sein, une autre sur la joue de son amie et se trouvant si près l’une de l’autre
qu’elle était sûre d’avoir interrompu un baiser.
-
Vous n’avez pas encore fini ! reprit la dirigeante de l’île. Ça fait une
heure, bon sang !
Puis
plus bas, comme pour elle-même :
-
Je ne savais pas que ça prenait autant de temps entre nanas. Peut-être que ça
vaudrait le coup d’essayer. Sans blague les mecs ça leur prend quoi dix minutes
tout compris et elles une heure et c’est encore que les préliminaires !
L’orgasme doit être terrible !
Au
début, les filles eurent un peu de mal à revenir à la réalité mais la dernière
déclaration de Linya les sortit de leur transe et elles éclatèrent de rire. Tia
roula sur le côté en se tenant le ventre et Alexia fit de même mais en
regardant le dos de Linya.
-
Lin, t’es incroyable, lui souffla-elle en essuyant une larme au coin de ses
yeux.
Linya
prit cela pour un droit à se retourner et le fit. Elle leva un sourcil devant
la tenue inchangée d’Alexia et écarquilla les yeux un peu surprise devant ce
qu’elle voyait.
-
Waaaa, je n’avais pas fait gaffe que t’avais autant changée physiquement. Ça te
va drôlement bien.
Alexia
rougit un peu devant le regard curieux de son amie et eut un geste inutile pour
cacher un peu son corps. Tia rabattit un bout de la serviette sur le bas de son
corps avant de caresser paresseusement son dos, envoyant une vague de délicieux
frissons, tout le long de son corps, ce qui ne l’aida pas à retrouver sa
dignité. Linya observa la réaction avec intérêt.
Alexia
se mordit la lèvre de volupté et ses yeux se voilèrent progressivement, en
suivant le rythme de la main de Tia. Une chair de poule, régulière, couvrait sa
peau par vagues et elle vit ses jambes se croiser, comme pour retenir ce
qu’elle sentait venir. Linya vit la tête railleuse de Tia, en appui sur son
coude replié sur le lit, se pencher sur le cou de sa compagne et souffler
doucement dans le creux. La réponse ne se fit pas attendre et Alexia se cambra,
collant au maximum son dos contre celui de sa partenaire, laissant un échapper
un soupir ressemblant à un gémissement.
La
mercenaire eut un petit rire et lança à une Linya, complètement fascinée par
son étude :
-
On apprécie la vue ?
Cela
fit rougir les deux femmes qui s’empressèrent de se détourner l’une de l’autre,
rouges comme des écrevisses et embarrassées au-delà du possible. « C’est
fou l’effet que me fait Tia, songea sa compagne incrédule. Même avec des
spectateurs, je ne peux pas m’empêcher de réagir ! » Quand à Linya
elle n’arrivait à croire qu’elle venait de jouer les voyeuses, et sur sa
meilleure amie qui plus était !
Tia,
elle, jouissait de la gêne qu’elle venait de créer. « Ça t’apprendra
à entrer sans frapper Lin », se dit-elle avec un petit sourire sadique.
Elle jeta un œil à sa montre et vit avec stupeur qu’une heure était réellement
passée. Elle fronça les sourcils. « On a passé une heure à se regarder
dans le blanc des yeux ?! » Elle secoua la tête totalement incrédule.
Puis elle capta les positions toujours immobiles de ses amies et le sourire
revint.
Elle
passa un bras possessif sur la taille nue de sa petite amie et l’attira à elle.
Elle l’embrassa avec passion, faisant à nouveau perdre le sens de la réalité à
Alexia et caressa son corps sans retenue, ignorant complètement Linya qui figée
sur place, se demandait si elle pouvait sortir. Elle entendait les soupirs
d’Alexia et comprit qu’elle avait intérêt à disparaître vite fait. Elle ne
parvenait pas à croire que Tia faisait l’amour à sa meilleure amie sans se
soucier d’elle.
Elle
opérait une retraite aussi discrète que possible quand un gémissement plus
profond que les autres la gela sur place. Elle jeta un coup d’œil malgré elle
et ce qu’elle vit amena une vague de chaleur en elle. Une bouffée d’excitation
suivit et elle déglutit difficilement. Tia leva les yeux et croisa son regard.
Le sourire qu’elle lui retourna fit faire un bond à son estomac. « Elle le
fait exprès ! » Mais ce constat ne réussit pas à la faire déguerpir.
Une soudaine humidité mouilla l’intérieur de ses cuisses et elle inspira
profondément. « Oh bon sang ! »
Elle
n’arrivait pas à croire à ce qui lui arrivait. Elle ne quittait pas des yeux la
mercenaire, qui faisait de même, tout en léchant le corps d’Alexia. Elle recula
lentement sans regarder vraiment où elle allait, au moment où elle atteignait
la porte et faisait volte-face, Tia l’arrêta.
-
Linya, fit-elle de sa voix de basse rauque et sexy.
La
femme stoppa sa retraite, sans pour autant se retourner.
-
La prochaine fois que tu entres sans frapper… joins-toi à nous.
A
ces mots, Linya bondit vers la porte et Tia ne put retenir un petit rire.
-
C’était vraiment méchant, grogna son amie en réclamant son visage, qu’elle
embrassa à pleine bouche tout en lui retirant son t-shirt.
Tia
rendit la politesse puis répondit :
-
Alors pourquoi tu ne m’as pas arrêtée ?
-
Parce que tu as raison… admit-elle avec une moue contrariée.
-
Oh, vraiment ? Elle devra se joindre à nous alors ? Je ne savais pas
que tu fantasmais sur ta meilleure amie, la taquina-elle.
-
Que tu es drôle, mon cœur. Non, elle doit frapper avant d’entrer ou en assumer
les conséquences. Mais bon sang Tia, tu ne pouvais pas être moins… explicite.
Je ne vais plus pouvoir la regarder en face maintenant, gémit-elle en
enfouissant sa tête dans l’épaule de sa compagne.
-
Fallait protester chérie, murmura-elle à l’oreille qu’elle commença de
mordiller.
-
Comme si je pouvais avec ta bouche sur moi…
Ces
paroles furent englouties dans un nouveau gémissement de plaisir.
*************************************
Plus
tard dans la soirée, Alexia ouvrait de grands yeux émerveillées devant la
splendeur de la surprise que lui avaient concoctée Linya et Tia. Elle
n’arrivait à en croire ses yeux. La salle, les décorations, les gens, les
tenues, la nourriture… tout lui rappelait les fêtes de son ancienne vie et,
avec un sentiment qu’elle ne pensait pas ressentir, elle accueillit tout cela
avec une joie enfantine.
Elle
nota avec plaisir la présence de Gin, Trinity et Lizzie qui vinrent la saluer
quand ses amis la laissèrent respirer. Linya lui glissa que c’était une fête
typique. Ce qui se traduisait par : fête fastueuse, outrageusement longue
et très décadente. C’était une chose qui ne lui avait pas du tout manqué dans
son existence plus spartiate avec la mercenaire. Pourtant elle était là et la
perspective de profiter d’une semaine de superficialité la séduisait
infiniment.
Tia
lui pressa le bras et elle croisa son regard malicieux.
-
Tu aimes ?
-
J’adore ! Mais comment, pourquoi ?
-
Avec l’aide de Linya. Et pour rien... parce que c’est toi…
-
C’est tout ?
-
Eh bien… tu m’as tellement apporté… tellement soutenue… Je voulais juste… eh
bien… te rendre hommage en quelque sorte ou te remercier. Choisis.
Alexia
dévisagea cette femme surprenante et si merveilleuse qui avait organisé une
chose qu’elle exécrait et auquel elle participerait une semaine durant, juste…
pour elle. Pour la remercier.
Mais
mon dieu… de quoi ? De l’aimer ?
-
Tia… tu n’en as pas besoin. Je t’aime et c’est la seule récompense que je
souhaite.
-
Peut-être, mais moi je pense le contraire, alors économise ta salive et profite
de ta surprise.
Alexia
lui lança un sourire lumineux et sous la pression de sa main, elle avança vers
ses amis, qu’elle n’avait plus vu depuis longtemps et qu’elle ne reverrait
probablement pas avant un moment, mais qui était ce soir et pour le reste de la
semaine, ses compagnons de fête.
En
passant, elle repéra Linya et elle la remercia d’un sourire. Son amie le lui
retourna mais aucune des deux ne put maintenir le contact plus de deux
secondes. « Eh bien ça va nous prendre un moment pour oublier cet incident
gênant, mais peut-être que cette fête accélérera le mouvement ? »
songea Alexia avec un petit sourire torve pour sa compagne qui en comprit
parfaitement la raison et leva son verre en un toast railleur.
Sassem, partie VII c
Chapitre 5 :
Le
lendemain matin trouva une Tia particulièrement exaspérée. Elle avait passé la
moitié de la nuit à la recherche des deux derniers vêtements manquant, mais
n’avait rien trouvé. Elle avait finalement renoncé à minuit après que Linya ait
crié, à travers le mur de sa chambre, qu’elle apprécierait de pouvoir dormir sans
entendre toutes les trente secondes un cri de frustration ou un meuble déplacé
avec brutalité.
Tia
avait rétorqué qu’elle n’avait qu’à lui dire où se trouvaient ses affaires. Le
silence avait été lourd de sens et Linya avait finalement passé la tête par
l’embrasure et l’avait dévisagée quelques instants avant de lui faire un grand
sourire et de lui tirer la langue. Tia en était restée figée de saisissement.
La jeune femme avait alors refermé vivement sa porte avant que Tia n’ait la
mauvaise idée de lui faire payer son audace.
A
son manque de réaction flagrant, la mercenaire avait conclu qu’elle devait
aller se coucher et avait stoppé ses recherches en se disant que Linya et
Alexia n’était pas amie pour rien.
Elle
s’était réveillée avec le chant du coq, assez peu reposée et toujours en quête
de ses affaires. Elle aurait pu laisser tomber, après tout, ces sous-vêtements
là, n’étaient ni ses préférés, ni indispensables. Elle en avait d’autres et en
cas de besoin, il y avait quelques boutiques sur l’île assez sympa. Non, si
elle voulait tant les retrouver, c’était pour ne pas perdre la face devant
Alexia. Elle ne voulait vraiment pas voir le petit sourire triomphant qu’elle
ne manquerait pas de lui adresser. Sans parler du fait que si son entreprise
était un succès, non seulement, elle en entendrait parler pendant des plombes,
mais en plus cela donnerait forcément lieu à un renouvellement de la blague. Et
ça, elle devait à tout prix l’éviter. Bref, les raisons étaient multiples et
toutes suffisamment motivantes pour se remettre à la tâche après le
petit-déjeuner.
Pas
avant. Elle aimait beaucoup trop manger pour rater un repas aussi essentiel
dans une journée. Tia descendit et traversa le salon avant d’enfin y pénétrer,
d’un pas manquant singulièrement d’énergie. Linya était déjà accoudée au plan
de travail et sirotait son café d’un air tout aussi fatigué que le sien.
-
Mauvaise nuit ? lança-elle avec un petit sourire, en la voyant entrer.
Tia
lui jeta un regard qui aurait fait frire un poisson à deux mètres. Mais
heureusement pour elle, Linya n’était pas un poisson. Elle leva donc deux
sourcils goguenards à son attention.
-
T’as pas l’air mieux que moi, lâcha enfin la grande femme en buvant une
première gorgée de café et en le savourant comme si c’était un pur nectar des
Dieux en provenance direct du paradis.
Linya
sourit devant l’image et répondit :
-
Ouais, mais moi j’ai une bonne excuse. J’ai passé le reste de la nuit écroulée
de rire sur mon lit.
Tia
plissa les yeux d’un air menaçant, essayant de déterminer si elle devait se
sentir vexée ou non. Elle décida que non. Et se drapa dans une indifférence
suprême. Son air ne trompa pas sa compagne qui ricana alors qu’elle se tournait
pour préparer le petit-déjeuner.
Linya
la regarda faire un peu rêveuse. Elle mangeait drôlement mieux depuis qu’elle
était ici. Tia avait un vrai don pour la cuisine et aimait ça par-dessus le
marché ! Ce qui l’arrangeait bien, elle devait en convenir. Elle avait en
horreur la préparation de ses repas et se contentait souvent de sandwichs ou de
trucs à grignoter très mauvais pour la santé.
Quelques
fois, une des femmes de l’île ou un de ses frères en visite, avait pitié d’elle
et lui apportait des plats maisons, qu’elle appréciait d’ailleurs à leur juste
valeur. Ce qu’elle s’empressait de leur dire, des fois qu’ils aient l’idée de
renouveler le cadeau rapidement.
Elle
observa avec une certaine fascination les muscles jouer sous la peau bronzée de
Tia. Elle n’aurait pas cru que cuisiner requérait autant de muscles. Peut-être
pourrait-elle s’y mettre si elle parvenait à se convaincre qu’en fait c’était
un sport ?
Comme
à son habitude, la mercenaire portait un marcel noir moulant qui dévoilait ses
longs bras musclés mais fins et un short noir large, style caleçon d’homme, et
s’en était peut-être bien un en fait, songea Linya en se penchant pour mieux
voir, une cuillère à la bouche.
-
Tu aimes la vue ? fit une voix grave soudain plus proche qu’elle ne s’y
attendait.
Elle
releva les yeux et avala sa bouché de céréales en rougissant un peu devant le
regard railleur. Puis décida qu’elle pouvait renverser le pouvoir de main.
-
Prise en flag ! s’écria-elle en levant les deux mains joyeusement.
J’avoue, la vue est torride, ajouta-elle en haussant épaules et sourcils d’un
même mouvement. J’ai pas pu résister. Mais motus et bouche cousue hein ?
Il ne faudrait pas qu’Alexia sache que je craque sur sa nana.
Tia
entra dans le jeu et s’installant en face d’elle, se pencha lentement vers elle
avec un air de conspirateur. Elle jeta un rapide coup d’œil alentour, comme
pour vérifier qu’elles étaient bien seules, puis dit, d’une voix basse qu’elle
rendit sexy intentionnellement :
-
Tu as raison. Il ne manquerait plus qu’elle nous soupçonne d’avoir une liaison.
Ça ficherait en l’air tout mon plan pour te séduire, déclara-elle en la
détaillant de haut en bas d’un regard très appréciateur.
Lorsqu’elle
plongea son regard dans le sien, Linya sentit une bouffée de chaleur la
submerger. Et une rougeur subite apparut sur ses joues. « Dieu, elle est
beaucoup, beaucoup trop intense pour moi ! »
-
Continue de me regarder comme ça et je me jette sur toi, dit-elle pas très sûre
d’elle.
Un
lent sourire de triomphe s’installa sur le visage de la grande femme. « Je
l’ai eu ! Après des jours et des jours de bataille acharnée, j’ai
enfin gagné ! » Le sentiment de joie que lui procura cette constatation la
remit sur ses pieds et elle retourna à ses fourneaux sans rien ajouter. Linya
fixa son dos d’un air renfrogné. Elle avait perdu et elle le savait.
-
Ce n’est que partie remise, lança-elle mauvaise perdante.
-
Sûr, acquiesça Tia en lui jetant un œil par-dessus son épaule.
« Mais
maintenant que je sais comment te déstabiliser, je suis sûre de gagner à chaque
fois » conclut la mercenaire en souriant à elle-même. « Attends que
je dise à Lex comment j’ai gagné, songea-elle, elle va être morte de
rire ! »
-
Tu sais, lança-elle l’air de rien, tu n’as pas à t’en vouloir. Je suis sexy et
j’ai énormément de sex-appeal. C’est assez normal que tu ais fini par le
remarquer. Après tout, tu es hétéro pas aveugle.
L’arrogance
et la suffisance de la remarque la firent éclater de rire. Tia la regarda
satisfaite de la voir à nouveau de bonne humeur.
Elle
lui présenta ses pancakes et vérifia les muffins, pendant que Linya leur
resservait du café et sortait de sirop d’érable et du Nutella pour Tia qui en
était dingue. Elles s’assirent en face l’une de l’autre.
-
Tu en es où pour les préparatifs de la fête de Lex ? s’enquit la
mercenaire.
-
Eh bien, j’ai quasiment tout réglé. Tu as une date à me donner ?
-
Je pensais à… eh bien en fait je ne sais pas quand elle rentre, mais je pensais
à après sa mission, si ça te convient.
-
Tu veux la faire sur l’île ?
-
Pourquoi pas ? On a rien de prévu avant un moment, alors tant qu’à bloquer
une semaine, autant le faire quand on est sûr de l’avoir. Après je ne suis pas
certaine qu’on ait du temps. Karl doit bientôt me rappeler mais il me semble
que ça avance vite.
Linya
hésita.
-
Je croyais que tu voulais inviter ta famille ?
-
C’est le cas.
La
mercenaire vit à sa tête qu’elle avait l’air contrariée.
-
Un problème ?
-
Eh bien…
Linya
se mordit la lèvre, ne sachant pas comment s’expliquer.
-
En fait… c’est assez délicat de faire venir tout le monde ici. C’est voyant et
il faut que je sois sûre des personnes qui viennent. Je veux dire…
-
J’ai compris, l’interrompit la grande femme. Trinity te pose problème.
-
Euh… oui. Mais pas seulement elle. Des amies d’Alex aussi. A part moi, de son
ancienne vie, personne ne connaît son implication dans l’association et encore
moins l’existence de tout ceci.
-
Et Alex serait contente de les revoir c’est ça ?
-
Oui. Désolée.
-
De quoi ? Tu n’y peux rien. Mais… je ne vois pas quand, ni même où, alors
si toi tu as une idée, lance-toi, ça ne me gêne pas, mais se serait mieux que
se soit à son retour, on n'a pas tellement d’autre créneau en fait.
-
Ok. Je vais voir ce que je trouve.
Elle
se mit à réfléchir.
-
Sur le continent… marmonna-t-elle perdue dans ses pensées.
Une
petite ampoule s’alluma brutalement au dessus de sa tête.
-
Je connais l’endroit idéal ! s’exclama-t-elle brusquement.
-
Ah oui ? Où ?
-
Mmmm se sera une surprise, fit-elle joueuse.
Un
sourcil hautain la toisa.
- Ok,
ok, je me rends, arrêtez votre attaque maître, je suis morte de peur !
Elle
se jeta soudain à ses pieds et les saisit. Elle les baisa en suppliant :
-
Épargnez-moi, je vous en prie !!!!
-
Ça va, arrête, j’ai compris, ok ?! Linya ! fit-elle en riant.
La
jeune femme se leva en époussetant ses genoux nus d’un air digne. Puis elle lui
fit face et tira la langue. D’un geste rapide comme l’éclair Tia tendit la main
et saisit l’appendice offensant. Linya écarquilla les yeux et suivit le
mouvement qu’amorça la mercenaire en couinant comme une souris.
-
Intéressant les petits bruits qui sortent de ta bouche, déclara-elle en
l’approchant d’elle.
Linya
attrapa son poignet de ses deux mains et essaya de retirer la main de la grande
femme mais ne parvint qu’à accentuer la pression sur sa langue.
-
Y’ ‘e ‘ai, ‘âche ‘a.
-
Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ? J’ai rien compris !
fit Tia dans une grand sourire.
-
‘es ‘ôle !
Linya
la fixa avec une moue suppliante mais qui n’eut d’autre effet que de déclencher
un petit rire. Elle la rapprocha encore un peu plus et lorsqu’elle la trouva
suffisamment proche à son goût, souffla un grand coup sur ses yeux, la faisant
cligner et amenant quelques larmes.
L’expression
outragée de la jeune femme était si adorable que Tia se pencha en arrière en
riant, se tenant le ventre et tirant son infortunée victime sans s’en rendre
compte. Linya porta les mains en avant pour se retenir et les posa sur la
première chose qu’elle trouva : les seins de Tia. Celle-ci sursauta et
glissa de son tabouret. Elles tombèrent sur le carrelage froid dans un emmêlement
rieur de bras et de jambes.
-
Elles sont bonnes tes idées, grosse maligne va ! lança la grande Linya en
riant, contente d’avoir retrouvé sa langue.
-
J’avais pas prévu que tu serais à ce point obsédée par mon corps !
répondit-elle entre deux fous rires.
Elles
restèrent quelques minutes à simplement rire sur le sol puis elles reprirent
leur souffle dans un silence bienheureux. Tia se redressa sur un coude et
dévisagea la jeune femme à ses côtés.
-
Quoi ?
-
Tu es marrante.
Linya
rit.
-
Tu le remarques seulement ? Tu as un sens de l’observation de tueuse,
chérie !
Tia
cilla devant le surnom ce qui arracha un nouveau petit rire à sa compagne. Elle
tendit la main et caressa la joue sans même en avoir conscience. Tia, par
contre, ne le rata pas et une expression surprise et un peu inquiète traversa
son regard. Linya s’en rendit compte et se figea avant de lui faire un petit
sourire gêné.
-
Désolée. Je crois que je t’aime vraiment bien. Mais… il faut que je me rappelle
que tu n’es pas du genre à aimer ce genre de contact entre amies.
-Oh,
alors tu le fait aussi avec Lex ? demanda-t-elle très soulagée.
-
Bien sûr ! C’est ma meilleure amie !
-
Et tu touches comme ça tous tes amis ?
-
Non. Seulement ceux que j’aime vraiment. Et je t’aime vraiment. A part Alex… je
ne me suis jamais aussi bien entendue avec personne. Pas aussi vite, pas… avec
mon humour tordu.
-
J’ai le même.
Linya
hocha la tête.
-
C’est une des raisons, je pense, qui fait que je t’aime bien. C’est… facile
avec toi… de rire, de parler… et je ne sais pas… c’est juste facile. Comme avec
Alex.
-
Alors y’a pas d’ambiguïté ? s’assura la mercenaire.
-
Tu veux une réponse sincère ?
Tia
acquiesça et Linya lui sourit.
-
Tu es une femme très très, très belle. Et très sexy et aussi incroyablement
intense. Tu pourrais troubler un eunuque, si tu le voulais. Mais, je ne suis
pas gay. Et je ne te vois pas du tout comme ça.
-
Mais je te trouble… fit la grande femme avec un sourire malicieux, un sourcil
relevé.
-
Oh, ne va pas prendre la grosse tête ! la tança son amie. Tu as une façon
de déshabiller les gens du regard extrêmement embarrassante et tu le sais. Ça
ne veut pas du tout dire que ton corps m’attire.
-
Du tout ? la taquina-elle.
-
Du tout. Mais je confirme les propos d’Alex. Tu es à tomber.
-
La perfection incarnée tu veux dire ? A moins que ce ne soit : un
corps de déesse ? Lin, je suis sexy et je le sais, fit-elle avec un
mouvement de tête provocant, digne des bimbo latinos qui passaient à la télé.
-
Oh, gloussa la jeune femme une main devant la bouche. Alex a raison aussi en ce
qui concerne ta suffisance. T’as du bol qu’elle aime ton expression dans ces
moments là !
Tia
fronça les sourcils, la curiosité remplaçant la malice.
-
Elle te raconte vraiment tout on dirait.
-
Hum hum, fit-elle en secouant le doigt, mais je ne te dirais rien.
Tia
jaugea la détermination de son amie et décida de laisser tomber le sujet.
-
Ok, dit-elle en haussant les épaules. Et qu’est-ce que tu dirais de te relever
maintenant ? J’aime bien être allongée au côté d’une jolie femme, mais le
carrelage est un peu froid et… j’ai faim.
Linya
se releva en souriant, libérant enfin le corps souple et musclé de la grande
femme. Elles s’attablèrent devant les délicieux plats préparés par Tia et
commencèrent la dégustation.
-
Tu comptes appeler Lex quand ?
-
Après mes réunions téléphoniques. J’en ai pour la matinée normalement. Je
t’appellerai avant de le faire, ne t’inquiète pas.
-
Ok. Et pour ce lieu sur le continent dont tu ne voulais rien dire ?
-
Sérieusement, je t’en toucherai un mot quand je serais sûre qu’on peut y faire
la fête.
Elle
leva la tête de sa tasse et croisa son regard.
-
Je m’occupe de tout, ok ? Fais moi confiance. Tout sera prêt pour son
retour. Tu n’as qu’à me donner les numéros de ta famille, je leur donnerai les
dates et instructions. Toi, tu n’as qu’à réfléchir aux cadeaux.
Tia
fronça les sourcils.
-
C’est déjà fait, je t’en ai parlé il me semble non ?
-
Oui. Mais tu ne comptes pas les lui offrir devant tout le monde non ?
-
Bien sûr que non.
-
Mais dans ce genre de fête, il en faut toujours.
Tia
la dévisagea un peu contrariée. Elle aimait de moins en moins ce genre de fête.
Trop de simagrées. Mais Alexia aimait ça. En tout cas avant, alors… elle allait
faire un effort.
-
Quel genre ?
Linya
sourit devant sa résignation dégoûtée.
-
T’inquiète, je vais t’initier aux concepts de vie chez les riches ! On va
faire les boutiques ensemble ! Cet après-midi vers 17h ça te va ?
-
Heu… t’as un moyen de transport ?
-
Je suis la dirigeante, je te rappelle. Je sors et je rentre comme je le
veux !
-
Ha ! Je savais bien qu’il y avait une bonne raison pour qu’on soit amies.
-
On dîne dehors après et si tu es sage je te montrerai le lieu auquel je pense.
Il faut d’abord que je téléphone au proprio.
-
Sortir d’ici ? Ça me botte ! Mais ça suppose qu’on rate
l’entraînement d’après dîner et après hier, ce n’est pas une bonne idée.
D’ailleurs, si on ne veut pas rater celui de ce matin, il faut se dépêcher.
-
Ok, mais… pour ce soir ? J’ai vraiment envie de passer une soirée sur le
continent, fit-elle d’un air de chien battu.
-
Ok. Mais prépare-toi à un entraînement différent alors… fit-elle avec un
sourire en coin.
-
Du genre ?
-
Un entraînement de nuit. Une sorte d’assaut grandeur nature. Je vais prévenir
toutes les équipes. Je voudrais faire un mix des niveaux et mettre en place une
mini-bataille. Huuum, je sens que ça va être amusant !
« Et
moi, je sens que je vais regretter mon caprice » songea Linya avec une
grimace.
****************************************
Alexia
était crevée. Elle tourna la tête vers Gamora et vit que c’était réciproque.
Néanmoins elle était contente de ce qu’elle avait mis la journée d’hier à
mettre en place. Le tournoi était une idée géniale. Après une première réaction
surprise et quelque peu hostile, elle avait su trouver les mots qui avaient
réveillé leurs esprits de compétition et depuis tout le monde y allait de son
idée pour rendre ce challenge inoubliable.
C’était
épuisant. Mais les deux villages se reparlaient et ils étaient presque amicaux
l’un envers l’autre, alors l’objectif était atteint. Elle échangea un regard
satisfait avec Gamora et se demanda en la voyant s’occuper de régler les
derniers détails et apaiser les quelques tensions qui naissaient de part et
d’autre, si sa présence était encore indispensable.
Elle
n’avait qu’une hâte c’était de retrouver sa mercenaire. Se jeter dans ses bras
forts et embrasser sa peau douce. Elle ne regrettait pas d’être venue, elle
avait eu besoin de se prouver qu’elle était encore bonne pour autre chose que
les combats et la destruction, mais maintenant que c’était fait, elle voulait
rentrer. Et voir si Tia avait réussi à remettre la main sur toutes ses affaires
ou pas.
Cependant
elle croisa le regard tendu de Gamora et comprit que la femme se reposait sur
elle pour beaucoup de choses. Après tout, ce genre de manifestation n’était pas
courante. Ils avaient plutôt tendance à bannir ce genre de comportement dans
l’association. Enfin à l’exception des milices, évidemment. Mais, même elle
n’avait comme but que la protection. Là, il fallait savoir mettre des limites
très strictes pour que le tournoi ne dégénère pas et reste bon enfant, tout en
n'en mettant pas trop pour que la raison de son organisation, évacuer toutes
les tensions existantes, soit atteinte.
C’était
un exercice difficile et cela demandait un doigté qui faisait défaut à la
dirigeante Sud-Américaine. Elle soupira et secoua la tête. Ce n’était pas
encore aujourd’hui qu’elle pourrait repartir.
Alors
qu’elle allait donner un coup de main à Gamora, une tape sur son épaule lui fit
tourner la tête. Une des femmes de son escorte, Landis, lui tendait un
téléphone par satellite. Elle le prit en la remerciant d’un sourire.
-
Allo ?
-
Salut Chérie !
-
Linya ! sourit-elle contente d’entendre une voix amie. Tu vas bien ?
-
Eh bien, j’ai de plus en plus de mal à résister au charme ravageur de ta petite
amie. Et je te parle même pas de ses avances sexuelles !
Elle
poussa un soupir dramatique.
-
Il faut vraiment que tu reviennes, elle est vraiment trop sexy toute nue !
Je vais finir par aaaaaah !
Alexia
entendit un bruit sourd. Puis une sorte de bataille.
-
Lâche ce truc, espèce de…, grogna une voix qu’elle connaissait bien.
-
Ah on a peur de la vérité, la taquina Linya.
Alexia
entendit quelques bruits bizarres et quelques insultes, avant qu’enfin une voix
retentisse au bout du fil.
-
Rebonjour mon cœur !
-
Linya ? dit-elle surprise. Qu’est-ce que tu as fait de Tia ?
-
Je m’en suis débarrassée, fit-elle d’une voix d’outre-tombe, définitivement.
Elle
émit ensuite une sorte de ricanement diabolique. Un autre bruit sourd retentit
suivi d’un cri puis d’un hurlement et comme des frottements bizarres. Puis
enfin un ricanement se fit entendre.
-
Lex ?
Son
sourire amusé se transforma en sourire idiot.
-
Tia !
-
Salut.
-
Salut.
Un
silence plein d’affection puis :
-
Qu’est-ce que vous fabriquez toutes les deux ? s’enquit la jeune femme en
riant.
-
Oh, une petite mise au point, rien de bien grave.
-
Où est-elle ?
-
Saucissonnée sur sa chaise, répondit-elle d’un ton nonchalant.
-
Tu l’as attachée ?!
Tia
haussa les épaules.
-
Il faut bien lui apprendre les bonnes manières, répliqua son amie avec
conviction.
-
Et c’est quoi ces bruits que j’entends ?
-
Oh, elle essaye de parler, mais avec un bâillon c’est difficile, ricana la
mercenaire.
-
C’est pas très sympa, rit sa petite amie.
-
Eh ! Elle raconte n’importe quoi ! Ça a des conséquences.
-
Je vois. Sinon ça va ?
-
Super… à part que tu me manques.
-
Toi aussi… J’arrête pas de me demander si tu as réussi à retrouver toutes tes
fringues ! reprit-elle taquine après une petite pause.
-
Très drôle, grinça la mercenaire.
La
réponse et surtout le ton augmentèrent la taille de son sourire. « Elle a
pas tout retrouvé, yeeeeessss ! »
-
Tu rentres bientôt ? demanda Tia qui n’était pas très patiente
aujourd’hui.
-
J’aimerais bien mais…
-
Je vois. Tu as une idée au moins ? Une date ?
-
Je suis désolée…
Tia
soupira particulièrement énervée mais se contrôla.
-
C’est rien, t’as du boulot c’est tout. Ça se passe bien au moins ?
-
Oui ! fit-elle tout excitée.
Et
elle lui raconta tout ce qu’elle avait fait avec Gamora ces derniers jours avec
une grande fierté. Devant son enthousiasme, Tia ne put rester très longtemps de
mauvaise humeur et elle sourit, assez impressionnée par son idée de tournoi.
-
Comment t’es venue cette idée ?
-
Ah ça, c’est toi.
-
Moi ?
-
Ouais, j’ai essayé d’imaginer ce que toi tu aurais pu imaginer.
-
Eh bien… euh… c’est flatteur… je crois.
-
Ça l’est, confirma sa compagne. Tout le monde a adoré !
-
Tant mieux. Je… ah Linya veut encore parler, une seconde.
Alexia
attendit en imaginant la scène et elle ne put retenir un petit rire.
-
Bon, elle veut te poser quelques questions, déclara Tia en reprenant la parole.
Alors je te dis bonne chance et… je t’aime.
Une
douce chaleur se diffusa dans tout son corps à la suite de la déclaration et
elle murmura :
-
Continue comme ça et je vais devoir rentrer très vite.
-
Tant mieux, fit la mercenaire d’un ton suffisant. Parce que c’est ce que je
veux. Alors règle vite tout ça et rentre ou je me jette sur ta meilleure amie
pour apaiser mes pulsions. Déjà qu’elle bave à chaque fois qu’elle me voit,
alors si tu ne rentres pas vite, je vais lui dévoiler tout mes atouts et elle
va se transformer en fan hystérique folle de mon corps.
Alexia
éclata de rire.
-
Sauve là Lex, fit-elle d’un ton grave. Elle compte sur toi.
La
jeune femme mit quelques minutes à se calmer.
-
Ok, ok, je vais faire de mon mieux. Mais pas pour elle, tu me manques c’est
tout.
-
C’est une excellente raison.
Elle
passa ensuite le combiné à une Linya attachée à sa chaise dont elle avait retiré
le bâillon et détaché la main avant de la rattacher de manière à ce qu’elle
puisse poser le téléphone contre son oreille, sans pour autant bouger. Elle
sourit devant le regard noir de la jeune femme et se retira de la pièce en
riant.
-Eh,
reviens ici ! Tia ! Détache-moi ! Tia !
Elle
entendit un rire dans le combiné qui fit écho à celui qui venait de la pièce
d’à côté.
-
Tiiiiiiiiiiiiiaaaaaaaaaaa !
Chapitre 6 :
Tia
relut pour la troisième fois l’email de Karl qui lui résumait les dernières
avancés et les décisions prises à propos du dossier S, comme ses supérieurs le
nommaient. Elle devait donc penser à la stratégie et à l’organisation de
l’attaque. Pour ça elle devait commencer par battre le rappel et voir qui
répondrait à l’appel.
Elle
se mit donc à rédiger divers emails qu’elle envoya à ses contacts, puis se mit
à réfléchir. Elle devait parler à Linya. Elle ne lui avait toujours pas donné
sa décision à propos de sa participation au dossier S. Elle hésita puis renonça
à s’en occuper maintenant. Il était tard et… apparemment Linya n’était toujours
pas remise de l’entraînement nocturne d’hier. Mais elle n’était pas la seule.
L’entraînement
avait été un désastre. Genshenka et Jodie avaient été mises dans des équipes
séparées, pensant qu’ainsi elles seraient plus contrôlables et moins tentées de
créer des ennuis, mais elle s’était trompée. Ça avait été pire, et il y avait
eu des embrouilles à l’intérieur même des équipes fichant en l’air la moitié
des exercices et provoquant des bagarres inattendues.
Sa
réplique ne s’était pas fait attendre. Elle avait exclu les deux femmes de la
milice et après un rapide conciliabule avec Conception et Linya, elle leur
avait annoncé que c’était définitif. Si elles voulaient rester sur l’île comme
permanentes, elles allaient devoir trouver un autre job. Et si elles
souhaitaient pouvoir y revenir un jour, elles devraient prouver qu’elles
avaient changées. Cette sanction s’adressait surtout à Genshenka, Jodie n’étant
pas présente depuis assez longtemps pour être une permanente. Mais sa décision
créait un obstacle quant à son avenir sut l’île.
L’entraînement,
à cause d'une multitude d’incidents provoqués par les deux femmes, s’était
terminé très tôt le matin même. Elle savait que Linya, comme le reste des
femmes de l’île, était fatiguée. Elle avait donc annulé les entraînements de la
journée, mais elle savait que Linya n’était pas encore remise, de même qu’elle
était encore un peu en colère contre elle.
Avant
l’entraînement, pendant le dîner sur le continent, elles s’étaient légèrement
disputées à propos de la fête de Lex. Linya avait imposé une date de retour à
Alexia en lui disant qu’elle avait un autre travail à lui confier et qu’elle
devrait régler celui-là au plus vite. La jeune femme avait été surprise mais
n’avait pas protesté. Cela avait permis à Linya de réserver la salle de son ami
avec une date précise. Le problème avait surgi au moment du règlement.
Linya
avait déclaré qu’elle payait, puisque c’était son amie et que c’était elle qui
organisait la fête et que de toutes façons ça avait toujours été comme ça et
qu’elle avait plus d’argent qu’elle. Tia avait répliqué aussi calmement que
possible que la fête était son idée. Qu’Alexia était sa petite amie et qu’elle
avait bien plus d’argent que ce qu’elle croyait.
Tia
avait finalement réglé la salle mais Linya n’avait pas décoléré. Le seul bon
point de cette sortie était qu’elles avaient trouvé un cadeau pour la fête
elle-même. C’était même la seule chose sur laquelle elles s’étaient mises
d’accord. Le sujet du paiement de ce cadeau spécial avait relancé le débat et
elles avaient passé tout le dîner à discuter âprement le sujet. Le ratage de
l’entraînement n’avait rien arrangé et c’était encore assez tendu entre elles.
Elle
ne s’était pas imaginé que le paiement de la fête serait un tel problème. Et
elle ne voyait pas trop comment elle pourrait apaiser cela. Elle n’était pas
douée en général pour ces choses là.
Elle
soupira en s’allongeant sur son lit. Elle était fatiguée, mais n’avait aucune
envie de dormir. Ses cauchemars, longtemps mis de côté grâce à la présence
apaisante d’Alexia, étaient revenus en force ces derniers jours. Elle avait si
bien perdue l’habitude d’y faire face qu’elle ne savait plus comment faire. Et
Alexia lui manquait tant… La journée, ça allait, elle avait toujours quelque
chose à faire, à penser. Mais la nuit… Le silence, le vide, son réveil en
sursaut… tout renforçait son sentiment de profonde solitude.
Comment
avait-elle fait pour vivre ainsi jusque là ? Comment pourrait-elle vivre
un jour sans Alexia ? Espérons qu’elle n’ait jamais à le savoir…
Elle
se leva, résignée à passer une nouvelle nuit blanche et traversa sa chambre en
direction du balcon. Elle s’accouda à la rambarde et contempla le ciel étoilé.
Il était incroyablement lumineux. Elle l’avait vu sous différents angles,
différents continents et toujours il lui avait donné l’impression d’être
familier. Ici, les étoiles brillaient fort, un peu comme en Colombie.
Au
milieu de la jungle, c’était fou comme leur lumière lui avait paru forte. Pour
l’enfant qu’elle était alors, c’était magique. Comme si ses parents essayaient
de communiquer avec elle. Comme s'ils voulaient lui donner leur force.
Aujourd’hui,
elle savait que ce n’était qu’un rêve, un doux rêve de petite fille pour
s’accrocher à des lambeaux d’une enfance qu’elle n’aurait jamais. Pourtant elle
ne pouvait abandonner sa fascination pour les étoiles, pas plus que son
habitude de rechercher leurs images.
Une
étoile filante passa et elle eut l’impression qu’on lui faisait un clin d’œil.
Était-ce son père ? Sa mère ? Ou bien son frère ? Pouvait-il le
faire au moins ? Grandissait-on après la mort ? Et si c’était le cas,
si Ximenon avait grandi, était-il du genre à faire ce genre de chose ?
Était-il malicieux ? Ou taciturne ? Drôle ou triste de ne pas avoir
pu vivre ici ?
Et
comment le saurait-elle ? Il était mort trop tôt pour dévoiler quoi que ce
soit du garçon, puis de l’homme qu’il serait devenu.
Elle
soupira en baissant la tête vers l’île en contrebas. Décidément ce soir, elle
était déprimée. Ça ne lui réussissait pas d’être aussi loin de sa petite amie.
Il fallait qu’elle se reprenne. Que pouvait-elle faire pour passer le
temps ?
Elle
pouvait se remettre à chercher ses fringues manquantes ou… faire des exercices.
Elle en avait un peu marre de rechercher en vain ses vêtements. Et puis… cela
ferait plaisir à Alexia de l’avoir battue. Elle opta donc pour le sport. Elle
se changea et sortit du chalet. Elle s’échauffa rapidement avant de commencer
un tour de l’île.
**********************************
Le
lendemain matin, Tia entra avec une certaine lassitude et une pointe
d’appréhension dans la cuisine. Elle y trouva une Linya aux yeux fermés qui
savourait son café, comme si c’était la meilleure boisson au monde.
-
Salut, grogna-elle.
Linya
ouvrit les yeux et lui dédia un grand sourire joyeux.
-
Salut ! Tu vas bien ?
Elle
se pencha un peu vers elle et déclara :
-
Ça n’en a pas l’air. Tu as dormi au moins ?
-
Un peu. Mais… tu ne m’en veux plus ? demanda-t-elle en hésitant un peu.
-
Non, répondit son amie en haussant les épaules. C’était une broutille qui ne
valait pas la salive dépensée. Et puis je ne sais pas rester en colère. Ce
n’est pas dans ma nature. Tu avais raison en plus, c’est à toi de payer,
désolée d’être aussi chiante parfois, ajouta-t-elle avec un petit rire
nonchalant.
-
Ça va. C’est pas comme si c’était tout le temps le cas alors… on oublie ?
-
On oublie ! Alors c’est quoi le programme aujourd’hui, chef ?
-
Heu, eh bien avant d’en parler, il faut que je te demande ta réponse à propos de
notre requête.
-
A propos de Sassem ?
-
Oui.
-
Eh bien j’y ai réfléchi et j’en ai conclu que Sassem nous menaçant autant que
le reste du monde, j’allais en parler avec les différents régents. J’ai une
conférence téléphonique avec eux en début d’après-midi. Je leur demanderai de
me donner les noms et fonctions des volontaires dans la semaine. D’ici dimanche
tu auras une estimation.
-
Euh, tu parles de quel genre de participation là ? J’ai la nette
impression qu’il s’agit plus que de simples messagers.
-
Exact. Comme je te l’ai dit Sassem représente une menace pour nous aussi, alors
il me semble plutôt logique que nous apportions notre contribution.
-
Attends une second Lin ! Je croyais que vous étiez pacifique ? Que la
milice était un système de protection, de défense… et non d’attaque ?
-
C’est le cas. Mais je pense que certaines de nos Nazaréennes vont avoir envie
de participer à l’attaque elle-même. Et je ne vois pas pourquoi je le leur
interdirais, cela pourrait être bénéfique pour elles, peut-être même que, pour
des personnes comme Genshenka, ça pourra les sortir de leur cycle haineux.
Elles vont devoir collaborer avec des hommes lors de cette attaque, devoir
compter sur eux pour leur protection, les protéger aussi, si elles veulent que
l’attaque réussisse. Je… pour moi c’est une bonne chose. Mon but est leur
complète guérison. Quel que soit le moyen. Tout ce qui compte dans le cadre de
Lyoko est la réussite de leur réinsertion.
-
Ok, mais…
-
Pas de mais, Tia, la coupa-elle. C’est aussi leur combat. Sassem… c’est une
représentation… parfaite de tout ces hommes qui s’imaginent avoir des droits
sur autrui et plus particulièrement sur les femmes. Il veut dominer quitte à
détruire. Il aime faire mal. Il est l’incarnation même de bourreaux de ces
femmes. Mais ce ne sont pas les seules raisons. Sassem est ambitieux,
intelligent, influent et possède de ressources financières quasiment
illimitées. Il est vraiment dangereux. Que crois-tu qu’il va se passer si vous
ratez votre coup ? Tu penses qu’on sera à l’abri ? Tia tu es bien
trop intelligente pour croire ça. Tu sais que c’est notre combat aussi. C’est
celui de tout le monde en fait. Et… tu vas avoir besoin du maximum de monde.
Alors… ne refuse pas de l’aide dont tu as tant besoin. Pense… à Alexia… à ta
famille… à tout ceux qui compte pour toi. Si tu veux les protéger… utilise tout
ce qui est à ta disposition pour le faire. Range ta fierté. Elle n’a pas sa
place dans ce genre de responsabilité.
Tia
la dévisagea un long moment. Ça l’embêtait de l’admettre… mais elle avait
raison.
-
Tu es plus sage que tu n’en donne l’impression. Je saisis un peu mieux comment
tu as fait pour te retrouver à cette place et paraître crédible alors que tu es
si jeune et si délurée.
-
Merci pour le délurée, fit la jeune blonde avec un sourire. Mais j’accepte le
compliment. Si je comprends bien ta réponse, c’est un oui, c’est ça ?
-
Je n’ai pas vraiment le choix, je crois, dit-elle d’un air résigné.
-
Pas vraiment non. Tu es plus intelligente que tu n’en donne l’impression, c’est
bien.
Tia
lâcha un petit rire.
-
Tu m’as eu !
-
Enfin ! Je désespérais d’y parvenir. Pour fêter ma petite victoire, je te
permets de me demander de t’aider, fit-elle magnanime.
-
C'est-à-dire ?
-
A propos de cette blague que ta chère et tendre t’a faite…
-
Ah ça…
La
mercenaire réfléchit un moment.
-
Non, ça ira. Je vais laisser ce point à Lex. En plus si je veux vraiment la
battre sur ce terrain, je devrais le faire seule. Mais là, je crois qu’elle a
gagné. J’ai tout retourné sans succès et… j’ai envie de lui laisser ce petit
plaisir.
-
Ça ne va pas être trop dur pour ton ego ?
-
Eh bien, je vais encore chercher un peu, mais… si, avoua-elle avec une grimace,
ça va être d’autant plus dur qu’Alexia n’a pas le triomphe discret.
-
Ça c’est l’euphémisme du siècle ! D’ailleurs, je veux être là au moment où
tu lui apprendras ton échec ! J’ai trop envie de voir sa réaction… et ta
tête !
« Si
je peux éviter de faire ça en public je ne vais pas me gêner ! »
songea la grande femme avec un sourire contraint.
-
Bon, eh bien, préviens-moi quand tu as un chiffre à me donner. J’en ai besoin
rapidement.
-
Ok !
Elles
déjeunèrent puis se rendirent à leur entraînement qui se déroula plutôt bien
sans Genshenka et Jodie. Erika vint même s’excuser auprès de Drokqwé.
L’ambiance fut plus détendue et beaucoup plus concentrée. Tia eut enfin
l’impression de leur apprendre quelque chose au lieu de lutter contre elles et
contre elle-même.
Elle
avait trois heures avant son prochain cours, un pour débutantes cette fois,
alors elle se dit qu’il était temps pour elle de retravailler sous l’eau.
Contre Waco, elle avait été assez nulle et il lui fallait vraiment remédier à
cette faiblesse.
Elle
alla chercher dans le hangar à bateau de l’île, une tenue de plongé légère. Une
simple bouteille d’oxygène d’un litre, un masque, un tuba et des palmes. Elle
décida que pour un premier essai, une visite sous l’eau près de l’île était
suffisante. Elle dédaigna donc les bateaux et se déshabilla, ne gardant que le
maillot qu’elle avait enfilé le matin même et attacha un couteau sur sa cuisse.
Elle
ajusta la bouteille sur son dos en sautant sur place, puis posa le masque sur
son front, les palmes à ses pieds et prit une grande inspiration avant de se
jeter à l’eau, les pieds en avant et une main sur son masque.
Elle
se laissa couler doucement, laissant le temps à son corps de s’adapter à la
pesanteur, à la pression et aux bruits différents. Puis elle profita un peu de
l’instant. Le silence plein de vigueur, le doux courant tiède qui lui balayait
le corps, la couleur unique de l’océan mélangée à toutes celles qui vivaient
sous la surface, le flottement plaisant de son corps... elle aimait tout ça.
Peut-être aurait-elle dû s’y remettre plus vite ? Après tout c’était un
changement plus qu’agréable en plus d’un entraînement nécessaire.
Elle
décida d’y aller doucement pour cette fois et commença par une simple visite du
fond sous-marin. Elle se promena ainsi durant un long moment, réapprenant à
simplement vivre sous l’eau. Puis elle décida qu’il était temps de s’y mettre.
Elle
effectua de longues courses rapides entre deux récifs qu’elle avait marqués.
Elle fit des allers et retours de nombreuses fois, poussant son corps même
lorsque ses muscles crièrent grâce.
Elle
força son corps mais s’arrêta bien avant d’atteindre ses limites. Elle voulait
seulement se tester un peu et réhabituer son corps à l’effort qui permettait de
se mouvoir sous l’eau. Après l’exercice d’endurance et de vitesse, elle
commença un exercice de force et de chasse. Elle sortit son couteau de son fourreau
et se mit en quête d’une proie. Elle en trouva une en la personne d’un requin
de bonne taille, sans pour autant être adulte, et sourit.
Elle
le suivit en se faufilant furtivement de récif en récif. Et lorsqu’elle jugea
le moment opportun, elle lui tomba dessus tel un rapace sur une souris. D’un
vif mouvement du poignet elle trancha la tête d’une ouïe à l’autre. Mais il se
débattit et tenta de l’éjecter de son dos. Il était fort et ses mouvements
brusques faillirent la désarçonner plus d’une fois.
Elle
savait que si elle lâchait prise, elle n’aurait même pas le temps de se
protéger avant qu’il ne lui arrache un membre d’un coup de mâchoire, alors elle
tint bon, bandant ses muscles et plantant son couteau plus profondément encore
pour asseoir sa prise. Heureusement, plus le requin bougeait, plus il perdait
du sang et bientôt il fut trop faible pour pouvoir faire quoi que ce soit. Il
cessa de débattre et elle le sentit doucement accueillir sa mort. Lorsqu’enfin,
il ne bougea plus, elle dégagea son couteau et le regarda couler jusqu’au fond
peu profond autour de l’île.
Puis
alors que le sang se répandait lentement dans l’océan, elle découpa la tête
proprement et la jeta au loin, en direction des premiers carnivores qui
arrivaient. Elle traîna ensuite le reste du corps et le remonta à la surface.
Elle le jeta sur le bord de l’île et remonta. Elle posa sa bouteille au sol et
reprit son souffle, les pieds toujours dans l’eau.
Elle
regarda l’eau se rider et les bulles et le sang en troubler la surface. Et sourit.
Elle n’avait pas encore trop perdu. La prochaine fois, elle prendrait le bateau
et irait plus loin.
Dans
quelques jours, lorsqu’elle aurait retrouvé toute ses capacités, qu’elle serait
assez rapide, assez furtive et assez endurante, elle se rendrait dans un ban de
requin et nagerait parmi eux, testant ainsi sa capacité à passer inaperçue. Et
si elle ne l’était pas suffisamment eh bien… elle testerait sa force et sa
rapidité, voilà tout. La possibilité d’être tuée par les requins ne l’effrayait
pas car elle savait qu’elle était plus forte qu’eux.
Elle
avait grandi parmi des requins plus dangereux et plus intelligents que ceux qui
vivaient sous la surface. En conséquence, elle ne craignait pas ces mammifères
là. Elle les aimait presque, d’ailleurs. Ils étaient plus francs et plus
directs que leurs homologues humains. Et eux au moins, ne tuaient que pour
survivre.
Elle
s’interrogea brièvement. Retournerait-elle sous l’eau ? Elle regarda sa
montre et vit qu’elle y avait passé une heure et demie. Pour une première fois
c’était suffisant. Il ne fallait pas aller trop vite, même si son corps lui
disait qu’elle pouvait encore, il fallait toujours penser « et si ».
Et si il y avait un problème ? Et si j’étais trop fatigué pour y faire
face ? Sans parler du fait que trop pousser son corps, alors qu’il n’était
plus habitué à ces exercices, pouvait être mauvais.
Elle
se leva donc, s’étira et rangea ses affaires. Puis elle entama, pieds nus, un
tour de l’île en maillot de bain, se faisant parfois siffler au passage.
*********************************
Quelques
jours plus tard, de bonne humeur parce que sa bien-aimée rentrait le jour même,
Tia se rendit au hangar à bateau pour son entraînement sous-marin. Linya avait
voulu l’accompagner pour une fois et si Tia n’aimait pas trop partager ces
moments-là, elle comprenait que son amie veuille apprendre quelque chose qui
pourrait lui être utile, vu qu’elle habitait sur une île.
Elle
avait donc accepté de lui donner quelques cours particuliers. Heureusement,
elle avait déjà plongé et elle n’aurait, au moins, pas ça à lui enseigner. Elle
ne pensait pas qu’elle serait à l’aise avec autant d’élèves mais en fait, elle
s’était coulée dans ce rôle comme si elle avait fait ça toute sa vie. Et puis,
ça lui avait donné une idée. Si un jour elle voulait raccrocher, il lui
suffirait de se reconvertir dans ce domaine. Elle pourrait être consultante en
stratégie militaire internationale. Sa réputation n’était plus à faire et elle
savait qu’elle trouverait très vite des clients. Ou si elle souhaitait quelque
chose de plus calme, elle pourrait être simplement prof d’arts martiaux. Bien
sûr pour ça, il faudrait d’abord qu’elle gagne un ou deux tournois, histoire de
se faire connaître, mais malgré son âge avancé pour ce milieu, elle savait qu’elle
n’aurait pas de difficulté pour ça.
Puis
elle revint à la réalité. Elle était recherchée par Interpol, alors même si
Sassem n’était plus dans le paysage, elle ne voyait pas comment elle pourrait
passer entre leurs mailles si elle décidait de s’installer quelque part.
Était-ce juste pour Alexia ? Si elles restaient ensembles, elle ne
retrouverait probablement jamais une vie normale.
Alexia
pensait que c’était Sassem le vrai problème, et oui, bien sûr il l’était, mais
même une fois débarrassée de lui, elle ne pourrait pas se poser. Comment
avait-elle pu croire le contraire ? Comment avait-elle pu oublier ce
qu’elle était ? Ce qu’elle avait fait ? Elle ne méritait pas une vie
normale, elle ne méritait même pas Alexia. Mais ça, elle ne pouvait pas y renoncer,
pas si Alexia ressentait réellement ce qu’elle-même ressentait pour elle.
Rompre serait alors vraiment égoïste car se serait dans le seul but de soulager
sa mauvaise conscience.
Si
Lex l’aimait autant qu’elle l’aimait, alors ce serait lui infliger une bien
grande souffrance. Non, elle ne romprait pas, elle avait finalement compris
qu’Alexia avait raison. Elle était le meilleur choix possible pour elle et
vice-versa. Mais comment pouvait-elle raisonnablement lui imposer une vie de
fugitive ?
-
Ouh, ça chauffe dur la dessous ! fit une voix à ses côtés.
Tia
tourna la tête et vit Linya en maillot de bain rouge vif, un deux-pièces, lui
sourire gentiment.
-
Ça va ? Parce que laisse-moi te dire que ça n’en a pas l’air.
-
C’est… compliqué.
-
Ça concerne Alex ? hésita la jeune femme.
Poser
des questions à la mercenaire revenait systématiquement à poser un pied dans un
champ de mines, enfin c’était l’effet que cela faisait à la chef de l’île, et
elle hésitait toujours à le faire, pourtant Tia ne l’avait jamais rabrouée ou
quoi que ce soit dans le genre, mais elle sentait une tension émaner du corps
de sa compagne à chaque fois qu’elle tentait l’expérience. La tension se
répandait dans l’air, jusqu'à parfois devenir très lourde, ce qui lui faisait
invariablement regretter sa question.
Mais
à chaque fois qu’elle voyait la grande femme dans une de ses humeurs sombres,
elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter un peu pour elle et de vouloir faire
quelque chose. En plus, Alexia lui en voudrait si elle laissait sa petite
amie retomber dans une dépression dont elle sortait tout juste. Et puis, bon,
ce n’était pas dans sa nature de laisser une personne souffrir en silence, pas
si elle pouvait faire quelque chose.
-
Un peu, répondit la grande femme en haussant les épaules, comme si ça ne la
gênait pas vraiment.
-
Alors parle-lui-en. Si ça la concerne, tu dois lui en parler. Tu sais comment
elle va mal le prendre si tu fais des trucs dans son dos et qu’elle s’en
aperçoit.
Tia
la dévisagea et lui répondit tout en chargeant leur matériel dans leur petit
hors-bord.
-
Il faudrait déjà qu’elle s’en aperçoive.
-
Ne joue pas avec ça Ti, la tança son amie. Tu sais qu’elle t’observe beaucoup,
elle ne tardera pas à savoir que tu lui caches quelque chose et tu sais combien
le mensonge dans un couple est destructeur, même s’il est dans l’intérêt de la
personne à qui l’on ment. Alors ne fait pas ça, ok ?
-
Ti ? Tu m’as appelé Ti ? répéta la grande femme incrédule.
-
C’est tout ce que tu as retenu de ce que je viens de te dire ? fit celle-ci
les mains sur les hanches.
-
Non, non… mais Ti ? insista la mercenaire.
-
Ouais Ti, répondit Linya en détachant les amarres du bateau et en sautant
dedans. Je trouve que ça te va mieux que Tia. C’est plus… percutant.
Deux
sourcils levés la toisèrent d'un air surpris.
-
Lex dit que c’est Tia qui me va le mieux, parce que ça veut dire amour et que
c’est ce qu’elle éprouve pour moi.
-
Beurk ! J’ai pas besoin d’être au courant de tous les détails salaces de
votre relation !
La
mercenaire rougit quand elle comprit l’allusion.
-
Pas dans ce sens, Lin ! s’insurgea-t-elle très gênée.
Et
puis pourquoi l’était-elle ? Le sexe ne l’avait jamais embarrassée
avant !
-
Je sais, je sais, répliqua-elle en riant devant son air mi-figue mi-raisin. Je
voulais seulement t’embêter.
Tia
secoua la tête, renfrognée, puis se concentra sur la conduite du bateau. Elles
s’éloignèrent de l’île et lorsqu’elles furent parvenues à son coin habituel
d’entraînement, elle stoppa le moteur et descendit l’ancre.
-
Tu veux un coup de main ? s’enquit-elle en désignant son matos de plongé.
-
Non, merci, je pense pouvoir m’en tirer seule, répondit-elle avec un sourire
sarcastique.
La
mercenaire lui retourna son sourire puis y ajouta une pointe de malice,
indiquant une attaque en règle. Linya attendit, avec un peu d’appréhension mais
aussi d’excitation, ce qu’elle allait sortir.
-
Sûre ? susurra-elle d’une voix sexy. Ça pourrait donner lieu à de
chouettes découvertes pourtant, fit-elle en approchant en deux grandes
enjambées.
Linya
recula instinctivement mais pas assez vite pour empêcher la grande femme de
passer ses deux mains derrière son dos, l’attirant ainsi contre sa poitrine,
« mise admirablement en valeur, par son bikini noir », songea-elle le
nez pratiquement dessus. Tia attacha solidement la bouteille à son dos, puis
avec un sourire coquin, elle laissa ses mains glisser sur ses côtes, pour
vérifier que les brides étaient bien ajustées, et vit avec satisfaction la
respiration de sa compagne se couper se faisant.
« Ok,
ok, elle essaie juste de te déstabiliser, ne rentre pas dans son jeu, Lin, tu
peux être meilleure qu’elle ! » Elle respira un grand coup et leva la tête
lui retournant son sourire ce qui surprit la grande femme puis un sourire
entendu le remplaça et Tia admit sa défaite en levant les deux mains en l’air
d’un air innocent.
-
Tu aimes ça hein ? l’interrogea-t-elle néanmoins, décidée à ne pas rendre
les armes trop vite.
-
Quoi donc ? répliqua Linya en fronçant les sourcils.
-
Que je te touche, répondit la grande femme en se penchant vers elle d’un air de
conspirateur.
La
déclaration inattendue la fit rester bouche bée. Ce qui déclencha un rire
irrépressible chez sa compagne. Linya croisa les bras et fit la moue.
-
Très drôle. C’est surtout extrêmement embarrassant d’être touchée ainsi par la
petite amie de sa meilleure amie, admit la jeune femme.
-
Et d’en éprouver autant de plaisir ! poursuivit la mercenaire entre deux
hoquets.
-
Ça va les chevilles ? fit Linya gagnée par son hilarité. Désolée chérie,
mais il te manque un ou deux trucs pour être mon type. Comme un truc là,
fit-elle en mettant la main directement sur la partie concernée, provocant un
sursaut chez Tia qui la fit trébucher et tomber à l’eau.
-
Tel est pris qui croyait prendre ! lui lança-t-elle en se penchant rieuse.
Tia
lui jeta un regard noir. « Non, mais ! La toucher là ! Ça
va pas ! Si Lex l’apprenait… Tu passerais un sale quart
d’heure !»
Elle
se hissa à la seule force de ses bras sur le bateau pendant que Linya enfilait
masque et palmes. Puis elle lui fit un petit coucou en se jetant à l’eau et Tia
enfila sa bouteille.
-
Eh Ti ! s’entendit-elle appeler.
La
mercenaire se retourna et haussa les sourcils à la vue de la chef de l’île.
Avec ses cheveux bouclés mouillés, plaqués contre son crâne et ses yeux rieurs,
elle avait l’air d’une enfant.
-
Ouais ?
-
Je crois que l’ancre n’est pas vraiment au fond, le bateau dérive.
Tia
fronça les sourcils. Elle était pourtant sûre… Elle se rendit vers le tableau
de commande et remonta un peu l’ancre avant de la faire redescendre.
-Et
là, c’est ok ?
Linya
lui fit signe qu’elle allait vérifier et plongea. Elle remonta quelques minutes
plus tard.
-
Non, toujours pas. Je crois qu’il y a un problème avec la chaîne. Elle doit
être coincée dans l’enrouleur.
Tia
réfléchit puis soupira.
-
Ok, bon, je vais changer de bateau. Tu veux venir avec moi ou rester là ?
-
Tu n’en as pas pour longtemps non ?
-
Cinq minutes tout au plus. On est pas très loin de l’île.
-
Bon, alors je reste là. J’ai envie de profiter un peu des fonds marins avant de
commencer le cours.
-
Ok, mais ne va pas trop profond, seul c’est dangereux.
-
Dit la fille qui plonge seule depuis 5 jours !
Tia
fit la grimace mais insista.
-
Peut-être mais moi je sais ce que je fais. C’est mon métier. Alors fais gaffe.
Je veux te retrouver là, dans cinq minutes, c’est compris ?
-
Chef, oui chef ! cria la jeune femme en portant une main à son front.
Tia
rit et fit signe à Linya de se reculer un peu. Elle mit le moteur en marche et
alors qu’elle s’éloignait, le moteur prit feu et quelques secondes plus tard,
le feu atteignait le réservoir d’essence.
Lorsqu’elle
avait senti la fumée, Tia n’avait pas réfléchi et elle s’était élancée vers
l’océan. L’explosion la prit alors qu’elle était en l’air et le souffle et le
feu la frappèrent rudement. Elle cogna l’eau avec une force brute et des
étoiles dansèrent devant ses yeux. Elle lutta contre l’inconscience de toutes
ses forces et remonta à la surface.
Au
moment où elle l’atteignait l'air libre et ouvrait les yeux, une deuxième
explosion retentit et la percuta. Elle but la tasse, s’étrangla mais ne put
reprendre sa respiration. Le souffle de l’explosion l’avait repoussée loin au
fond de l’eau en un rouler-bouler continu qui lui fit perdre la notion de haut
et de bas. Elle ferma les yeux, tentant de décrisper son corps douloureux et de
se laisser entraîner par le courant, pour économiser ses forces en espérant que
ce ne serait pas trop long car le manque d’oxygène se faisait sentir.
Soudain
une surface dure entra violemment en contact avec sa tête, et tout ça n’eut
plus aucune importance.
Sassem, partie VII b
Chapitre 3 :
Après
les explications vint le silence. Enfin, un silence relatif car des centaines
de Nazaréennes et quelques dizaines de Nazaréens, les frères plus âgés, l’oncle
et même un ou deux cousins du type à qui l’on fêtait l’anniversaire, faisaient
la fête à côté.
Linya
réfléchissait. Alexia pouvait le dire à son regard perdu dans le vague. Elle
regarda sa compagne qui haussa les épaules et attendit. Après quelques minutes
d’un silence plutôt bruyant, Linya prit enfin la parole.
-
Donc, vous voulez que je sélectionne des personnes parmi mes connaissances mais
aussi parmi les permanents des différents refuges pour qu’ils jouent les
messagers lors de votre attaque contre Sassem, c’est ça ? demanda-elle
lentement.
-
C’est à peu près ça, oui, confirma Alexia.
-
A peu près ?
-
Hm, intervint la mercenaire, on veut qu’ils ou elles apprennent le grec ancien
et jouent les officiers de liaison sur les différents continents et au sein des
différentes équipes sur place. Certains ne seront que de simples officiers
radio, pour d’autres… il vaudrait mieux qu’ils sachent se défendre,
conclut-elle doucement.
-
Heu… eh bien je peux y réfléchir ou… en parler directement aux intéressés. Je
vais voir. C’est urgent ? Il vous faut une réponse rapide ?
-
Non, on a encore un peu de temps, répondit Tia. C’est… on a quelques mois.
-
Mais… ?
-
Mais… c’est pour toute l’opération. Ta réponse… je dirais qu’il me faut une
sélection dans deux semaines maxi. Après il faut les mettre au boulot. Y’a pas
mal de choses à voir, pas seulement le code à apprendre.
Linya
hocha la tête pensivement.
-
Qui d’autres sera impliqué ?
-
Certains gouvernements. Et quelques particuliers.
-
Tu peux être plus précise ?
-
Je peux mais je ne le ferais pas.
Linya
l’étudia en silence. Enfin elle hocha la tête, acceptant la réponse pour ce
qu’elle était.
-
Bon, eh bien maintenant que ça c’est réglé, on peut peut-être profiter de la
fête maintenant, vous ne croyez pas ?
-
Je pense que c’est une chose qui peut se faire, acquiesça Alexia.
Elle se leva, épousseta son jean et tendit la main vers sa compagne qu’elle remit sur pieds
