Guerrière et Amazone

29 avril 2018

Cadeau

mar

 

Et il est signé Fryda !!

- Le Festival de Missy Good, partie 9

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 9

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 9ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


« Eph ? » La voix sortit la régente de ses rêves et elle rechigna, tirant son oreiller sur sa tête et se blottissant loin de la lumière qui passait par la fenêtre.

« Du balai. »

Une main sur son épaule la secoua. « Eph ? »

Cela ne fit pas passer les battements de son crâne et elle se souvint avec déplaisir combien de chopes de bière elle avait ingurgitées la nuit passée. A contrecœur, elle ouvrit un œil et le plissa vers sa tortionnaire. « Quia ? » L’œil tourna vers la fenêtre. « On est un quart de chandelle après l’aube, Pony… pourquoi tu me réveilles ? »

La maîtresse d’armes grimaça. « Ouais….je sais… mais je me suis dit que tu voudrais avoir un peu de temps avant que les choses ne démarrent. » Elle hésita puis laissa tomber une main sur la nuque de la régente et la massa. « En plus, j’en ai marre d’être de la patrouille des rumeurs. »

Cela lui valut l’attention d’Ephiny et celle-ci se déroula un peu, ouvrant difficilement le second œil pour regarder son amante. « Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Un froncement de sourcils noirs. « Je ne suis pas sûre… mais la rumeur dit que quelque chose ne va pas chez Xena », lui dit Pony. « Je ne sais pas si ce n’est pas vrai… elle agissait vraiment bizarrement hier soir et Gabrielle a dû l’aider à retourner à leurs quartiers… Esta a dit qu’elle avait failli s’évanouir. »

La régente se passa la main dans ses cheveux bouclés. « Vraiment ? » Elle réfléchit. « Elle allait bien quand je les ai vues hier soir… mais maintenant que tu le mentionnes, Gabrielle m’a dit qu’elle allait la retrouver pour la mettre au lit. »

Elles se regardèrent. « Est-ce qu’elle a été blessée hier ? » Demanda Ephiny. « Je suis allée avec Gabrielle… tu étais à la rivière. »

Pony s’installa sur la paillasse et réfléchit à la question. « Et bien… » Songea-t-elle. « Bon sang si je le sais… elle allait si vite, par Hadès, que je ne pourrais dire si elle prenait des coups… bien que je sais qu’elle a reçu quelques flèches. » Elle bougea sa lèvre avec son pouce et de son index. « Attends une minute… oui… elle en a attaqué un paquet avant qu’on arrive ici et j’ai vu quelqu’un la frapper avec une masse », rapporta-t-elle. « Elle a été un peu lente à se relever. »

Ephiny plissa le front. « Bon sang… et ce n’est pas comme si je pouvais demander à Ménelda de jeter un coup d'oeil, pas vrai ? »

« Nan nan. » Eponine secoua la tête. « Est-ce que Gabrielle pourrait demander de l’aide ? Je veux dire… » Elle fit une pause et secoua un peu la tête. « Bon sang, Eph… et si elle est vraiment blessée ? » Elle n’enviait pas la barde si Xena était la moitié de la patiente qu’elle était elle-même.

La régente roula sur elle-même et posa négligemment une main sur la cuisse de son amante. « Crotte de centaure », marmonna-t-elle doucement. « Cette vieille folle bornée ne l’admettrait pas, n’est-ce pas ? » Elle pianota sur la jambe de Pony. « Elle préférerait nager en remontant le courant, ficelée comme un rôti, que de nous montrer une faiblesse… bon sang si je ne le sais pas aussi. »

« Mm. » Pony acquiesça en grognant. « Tu… euh… veux que je heu… j’aille l’évaluer ? »

Des yeux noisette amusés la regardèrent affectueusement. « Oh… oui… je peux me figurer ça… vous deux dans une conversation au bord du feu… » Elle s’éclaircit la voix et approfondit son ton pour se rapprocher de celui de la maîtresse d’armes. « Alors… Xena… comment tu te sens ? » Puis elle plissa son visage dans un froncement. « Bien. Fiche le camp », aboya-t-elle en réponse moqueuse, baissant sa voix encore plus pour atteindre le ton bas de Xena.

Eponine ricana. « Tu penses que tu pourrais faire mieux ? »

La régente soupira. « Probablement pas… le meilleur moyen c’est de passer par Gabrielle. » Elle se repoussa pour s’asseoir. « Viens. »


Elle chassait des lapins. Et le plus drôle, c’était que ça semblait être une chose étrange à faire en fait, alors qu’ils bondissaient sur la plaine ensoleillée devant elle, leurs queues remuant de manière impudente. Xena fonça sur eux, sentant le sol irrégulier sous ses pas et le vent chaud qui lui fouettait le visage et apportait des senteurs légères de terre battue et de l’eau au loin, ainsi que la douce odeur de l’herbe qu’elle frôlait. Elle se sentait… merveilleusement bien. En vie et pleine d’énergie, et elle se souleva dans plusieurs saltos par pure exubérance.

Les lapins tournèrent brusquement et partirent dans une autre direction et elle fonça après eux, sautant par-dessus les rochers et les gouffres qui s’ouvraient par magie devant elle, son corps répondant avec une légèreté qu’elle n’avait plus ressentie depuis des années.

Tout était sauvage ici et très calme, seuls le battement des pattes des lapins et sa propre respiration remuaient l’air, alors que même le vent soufflait sans bruit. Autour de la plaine ensoleillée se trouvait un cercle irrégulier, mais elle ne laissa pas cela l’inquiéter parce qu’il était là-bas et elle était ici et il n’y avait aucun danger.

Une éclaboussure de couleur saisit son regard et elle remarqua que les lapins se dirigeaient vers elle alors elle les suivit, savourant la chaleur du soleil qui baignait la peau nue de ses bras et de ses épaules.

Ah… juste ce qu’elle recherchait… l’éclaboussure se mua en une silhouette, assise dans l’herbe, colorée de rouille et de bleu fleur de maïs, et celle-ci se retourna tandis qu’elle la regardait, et elle tourna son regard vers elle. Le soleil semblait se fondre dans les cheveux blonds de Gabrielle et le regard vert l’enveloppa, avec une surprise délicieuse.

« Xena ! » Un sourire lumineux passa sur le visage de Gabrielle. « Je ne m’attendais pas à te voir ici. »

Xena sourit à son tour et s’avança en bondissant, pour s’installer dans l’herbe près d’elle avant d’étendre ses longues jambes. « Pourquoi pas ? »

La barde regarda autour d’elle et une expression triste et anxieuse passa sur son visage. « Ce n’est pas un bel endroit. » Le cercle obscur autour de la plaine semblait se rapprocher et on entendit un léger sifflement, presque imperceptible, comme si des vents violents hurlaient au loin. « De mauvaises choses arrivent ici. »

Xena haussa les épaules. « C’est bon… je ne suis pas une bonne personne. » Elle se mit sur le dos et croisa les chevilles nonchalamment tout en regardant la jeune femme. Gabrielle portait les restes du vêtement dans lequel Xena l’avait vue la toute première fois, bien que lourdement taché et déchiré dans des pans de tissu qui flottaient autour de son corps. Elle portait un livre fin et relié dans une main. « Qu’est-ce que tu lis ? »

Sa compagne regarda le livre et le fit tourner dans ses mains. « Je ne sais pas… » Elle passa le doigt sur sa couverture, là où des cordes entremêlées étaient dessinées. « Je ne peux pas l’ouvrir. » Elle le tendit et regarda Xena le prendre et pencher sa tête sombre, tandis qu’elle soulevait facilement la couverture et regardait dedans. « Oh… regarde ça. » Gabrielle avança la tête. « Qu’est-ce que ça dit ? »

« C’est un poème. » Xena le lui montra.

« Oh. » Gabrielle relâcha un petit rire surpris. « Hé… c’est moi qui ai écrit ça. » Puis elle leva les yeux tandis que le vent gémissait. « Tu ne devrais pas être ici. »

Le visage de la guerrière se figea. « Tu ne veux pas de moi ici ? »

Un éclair de peur passa sur le visage de la barde. « Non… non… si, je le veux… s’il te plaît… dieux, oui, bien sûr que je le veux. » Elle tendit la main pour toucher la guerrière comme pour se rassurer de la réalité de sa peau. « C’est juste que… en principe je suis ici, et des gens arrivent et je… » Elle regarda ses mains, les retournant encore et encore. « Je les tue. »

« Et bien pas aujourd’hui », la rassura Xena. Elle tendit un lapin à la barde. « Aujourd’hui, il n’y a que toi, moi, et les lapins. »

Gabrielle caressa l’animal poilu, traçant les sections noires et blanches tandis qu’il mordillait ses chaussettes. « Mais ils viennent. Je les entends. » Elle leva les yeux vers la grande femme.

« Ils ne vont pas te faire de mal. »

« Je vais leur faire du mal. »

« Non, tu ne le feras pas. »

Un bruissement dans l’herbe à cet instant et des ombres noires qui se rapprochaient, firent se blottir le lapin contre Gabrielle et envoyèrent des rayures sombres sur la forme allongée de Xena.

La barde bougea, nerveusement. « Ils sont là. »

« Ignore-les. » Xena tendit une main, paume en haut. « Viens. »

Le vent mugit, fouettant les cheveux noirs et les blonds en arrière en deux dessins torturés.

« Non… ils vont te faire du mal… je dois les arrêter. » Un couteau apparut, noir couvert de vieux sang, serré dans une main puissante. Gabrielle se leva à demi, ses yeux dardant le cercle mouvant et noir qui les entourait. « Je dois te protéger. »

« Non. » Xena la repoussa vers le sol, malgré sa résistance et elle lui prit doucement le couteau de la main. « Viens juste par ici… ça va aller… ils ne peuvent pas te faire de mal. » Le lapin siffla vers les ombres, qui ricanèrent et se rapprochèrent, bougeant et murmurant. La guerrière prit la barde tremblante dans ses bras, l’entourant d’un mur de muscles chauds.

« Elle est à nous… » Un sifflement. « Nous allons la prendre. »

« Elle est à moi. » La voix de Xena gronda en réponse, profonde et soyeuse. « Vous ne me l’enlèverez jamais. » Elle sentit Gabrielle se blottir un peu plus et elle montra ses dents aux ombres. « Jamais. »

Le son grandit, hurlant autour d’elle dans un tourbillon de terreur, tirant sur leurs corps et essayant de les mettre en pièces. Xena rit à son tour, sentant sa propre force interne monter pour répondre au défi, les repoussant et entourant la barde effrayée d’un mur de profonde confiance. « Jamais ! » Elle cria par-dessus le bruit du vent, sa voix forte faisant bizarrement écho.

Et alors l’obscurité disparut, les laissant dans une douce lumière. Le lapin mâchouillait un morceau de trèfle avec aise, tandis que Gabrielle levait les yeux, et la fixait. « C’est vraiment toi, pas vrai ? » Elle leva la main et toucha le visage de sa compagne de rêve avec fascination. Il lui semblait plus anguleux que son visage d’éveil, et un esprit lumineux dansait dans ses yeux, éclairant ses traits d’une joie féroce et féline.

Sans excuse pour ce qu’elle était. « Oh oui, c’est sûr que c’est moi », répondit Xena avec un rire tandis qu’elle serrait joyeusement la barde. « Tu vois? Ils sont partis… » Elle pinça le nez de Gabrielle. « Viens… allons jouer. » Les longs doigts chatouillèrent les côtes de la barde à travers le tissu abîmé et elles se mirent debout en se tortillant pour courir sur l’herbe ondulante parsemée de trèfle, riant au ciel bleu bienveillant, la peur oubliée comme si elle n’avait jamais été là.

Le bruit du vent et de l’herbe murmurant émergea lentement dans le bruissement des feuilles et les bruits lointains d’une matinée au village Amazone. Xena ouvrit les yeux pour voir un rayon de soleil léger et clair se déverser dans la chambre, étalant une couverture d’ombre sur le lit où elles se trouvaient. Tandis qu’elle observait la chambre tranquillement, les détails de son rêve s’amenuisèrent, la laissant avec un sentiment de perplexité tranquille tandis qu’elle se demandait si c’était juste un rêve ou plus que ça. Et bien…songea-t-elle. Elle pourrait toujours demander à Gabrielle de quoi elle avait rêvé, juste pour voir si ses rêves étaient similaires, pas vrai ? Nan… arrête de divaguer, Xena. Elle se réprimanda elle-même doucement et soupira. Il est temps de commencer la journée, je pense.

Mais pas maintenant. Elle était sur son côté avec le corps chaud de Gabrielle blotti contre elle, les mains de la barde entremêlées dans sa chemise et la tête posée près du bras étendu de Xena. Son visage était détendu dans un sommeil paisible et Xena passa quelques instants à juste la regarder, souriant un peu aux légères traces de douceur enfantine qui traînaient encore, effaçant les angles plus matures qui s’étaient récemment installés sur ses traits.

La barde remua un peu, se rapprochant un peu plus du corps chaud de la guerrière, relâchant un minuscule soupir, et un murmure tandis qu’elle mettait le nez contre l’épaule de Xena. La chemise de Gabrielle avait glissé et à la douce lumière de l’aube, la guerrière pouvait maintenant voir le commencement subtil des changements causés par sa grossesse. Un sourire émerveillé passa sur les lèvres de Xena tandis qu’elle passait très doucement un doigt sur les seins légèrement gonflés et les tétons sombres, puis son expression s’assombrit lorsqu’elle repéra les côtes visibles dessous. Bon sang. Les compétitions, les batailles, creuser des tunnels… et ce par quoi elle était passée la veille au soir… ça devait prendre fin. Elle remonta la chemise de la barde et l'arrangea  autour de ses épaules, puis elle embrassa le dessus de sa tête tandis qu’elle l’entourait plus fermement de ses bras.

Paresseusement, les yeux de la guerrière se portèrent vers la table, où un plateau recouvert avait été apporté par l’Amazone serviable la veille au soir. Gabrielle s’était vite endormie et Xena avait décidé de ne pas la réveiller, au lieu de ça elle avait mangé quelques-uns des morceaux apportés en regardant les étoiles passer dans le ciel à travers la fenêtre assombrie.

Elle réfléchit à ce qui s’était passé et elle commença le processus d'acceptation. Son esprit travaillait comme ça, il s’inquiétait de choses sur lesquelles elle avait le pouvoir d’agir et repoussait tout le reste, considérant rationnellement que c’était une perte de temps de pleurer sur de la bière renversée. C’est comme ça qu’elle avait survécu pendant dix ans de brutalité sauvage, en ne se focalisant pas sur les détails, les acceptant seulement, et en avançant. Gabrielle, à l’inverse, prenait tout en elle et s’en inquiétait, essayant de donner du sens au monde et à la part qu’elle y prenait.

Elle sentit des lèvres mordiller sa peau et elle regarda vers le bas, pour voir deux yeux verts à demi ouverts qui la regardaient paresseusement. « Bonjour », dit la guerrière d’une voix traînante.

Gabrielle se contenta de l’étudier pendant un moment puis elle glissa une main sous sa chemise et massa légèrement sa peau. « Merci. »

Xena fronça les sourcils. « Hein ? »

« Tu as dit que tu serais là… dans mes rêves… et tu l’étais », répondit simplement la barde. « Merci. »

Un clignement des yeux bleus. « Quel rêve as-tu fait ? » Demanda Xena avec curiosité.

Gabrielle traça les muscles souples sous sa peau. « Le champ… les lapins… toi… » Elle fit une pause et haussa les épaules. « Tu ne me crois pas, hein ? » Un doux soupir. « Tu veux que je te récite le poème ? » Un sourcil haussé de défi. « Je suis allongée là, au point du jour, tandis que la première lueur se faufile dans les arbres… »

« Je te crois », dit Xena dans un souffle. « Je… euh… n’ai aucune idée de la façon dont c’est arrivé, mais… »

La barde se mit à rire. « C’est arrivé parce que tu l’as dit, Xena. » Elle chatouilla les côtes de la guerrière et sentit le sursaut de muscles tandis que celle-ci luttait contre un rire. « Ooh… je pense que toi, mon amour, tu deviens de plus en plus chatouilleuse. » Elle passa les doigts le long du côté de Xena et la regarda se trémousser. « C’est évident. »

« Ouille… Gabrielle, arrête ça », la supplia Xena. « Allons… »

« Oh, très bien. » La barde se replia tout en se blottissant un peu plus. « Ouille. » Elle tressaillit, ce qui lui valut un air inquiet de la part de sa compagne. Elle leva les yeux avec un air embarrassé, bougeant légèrement de position. « Je suis un peu sensible, je pense. » Elle rougit.

Xena rit doucement. « Mm… oui, j’ai remarqué une petite différence. » Elle traça les lignes à travers la chemise de sa compagne. « Bref… » Son expression devint sévère tandis que ses doigts allaient vers la cage thoracique de la barde et traçait la fine taille. « Il faut que tu arrêtes de te mettre autant la pression, Gabrielle. Je le pense. »

La barde roula sur le dos et croisa les bras. « Xena, ce n’est pas de ma faute si le village a été pris, que nous avons sauvé des gens, creusé des tunnels et combattu des mauvais garçons toute la journée d’hier », protesta-t-elle avec raison.

« Peut-être pas, mais là maintenant… tu vas rester ici pendant que je vais te chercher un petit déjeuner », déclara son âme sœur, en attrapant la tête de lit pour se hisser au-dessus d’elle. « Ou bien alors… »

La barde s’étira sur le côté, la tête posée sur sa main tandis qu’elle regardait la grande femme sortir de leurs sacs une vieille tunique grise passée. « Ou bien alors quoi ? » Demanda-t-elle.

Xena leva les yeux de l'endroit où elle enfilait ses bottes. « Qu’est-ce que tu veux dire par ou bien alors quoi ? »

Un regard vert innocent lui répondit. « Tu as dit que je devais rester ici ou bien alors », répondit-elle. « Alors, je demande… ou bien alors quoi ? »

La guerrière se leva et mit les mains sur ses hanches. « Ecoute… personne ne me demande ou bien alors, Gabrielle, d’accord ? » Elle trouva un froncement de sourcil qu’elle se força à mettre sur son visage. « C’est ce truc de seigneur de guerre diabolique, mauvais et méchant. » Une pause. « Compris ? »

Le visage de la barde se plissa de rire. « Ooooh… » Elle tira l’oreiller sur sa tête et étouffa ses rires.

Xena soupira. « Tu ruines ma réputation, petite barde. »

Les rires montèrent et la guerrière leva les yeux au ciel, puis elle secoua la tête et alla vers la porte. « Je reviens vite », lança-t-elle par-dessus son épaule. « Essaie de ne pas suffoquer là-dessous, hein ? » Sur ces mots, elle sortit et se dirigea à travers le campement vers la lumière du soleil matinal.


Eponine s’arrêta à mi-phrase puis elle lança un regard pressé à Elaini. « D’accord… je dois y aller. » Elle prit une inspiration puis se lança dans un petit trot tandis qu’elle repérait une forme familière qui bougeait dans la brume vers la salle à manger. Comme elle passait de l’ombre d’un arbre à là, il lui était difficile de juger de la condition de sa proie, mais elle finit par rattraper la longue foulée de Xena et se mit à sa hauteur. « Salut. »

Les yeux bleu clair se tournèrent vers elle. « Bonjour », dit Xena d’un ton traînant. « Il est un peu tôt pour être dehors, non ? » Demanda-t-elle avec une innocence désarmante.

« Je faisais juste… euh… ma ronde, et je… » Une pause. « Hé ! » Eponine la regarda. « C’était quoi cette sortie ? »

La guerrière sourit. « Désolée… je blaguais », s’excusa-t-elle, en jetant un coup d’œil à l’activité matinale.

Pony fronça les sourcils. « Il y a un comédien en chacun de nous… on m’a servi de ce crottin depuis qu’Ephiny et moi… hum… » Son regard alla vers le visage de la grande femme. « Tu sais. »

Xena hocha la tête aimablement. « Oh oui… je sais… » Elle se mâchouilla brièvement la lèvre. « Hé… je dois aussi gérer ça… Toris me tanne pas mal quand je suis à la maison. »

Eponine la regarda. « Vraiment ? » Demanda-t-elle, intriguée.

« Oui… » Un rire ironique. « Être avec Gabrielle a définitivement changé ma perspective », lui dit la guerrière. « Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis volontairement levée avant l’aube. »

« Oh », dit Pony d’un air songeur. « Ah oui ? » Elle se sentait soudain mieux au sujet de ses accès récents de paresse et un sourire heureux captura momentanément son visage. Puis elle se souvint de sa mission. « Alors… euh… comment ça va pour toi ? »

Un haussement de sourcil noir. « Bien », répondit Xena, lentement. « Pourquoi ? »

« Rien… aucune raison… je demande juste… tout s’est bien passé hier soir ? » L’Amazone mit les mains dans son dos. « Je… euh… tu semblais un peu… je ne sais pas… » Un léger haussement d’épaules. « Perturbée. »

« Perturbée ? » Répéta Xena avec un air intrigué.

« Euh… oui… tu vois… inquiète… énervée… tracassée… »

« Ah. » La guerrière soupira. « Oui… je présume que… je souhaite juste… » Xena garda le silence pendant un long moment, une soudaine séquence d’idées cascadant dans sa tête. « J’aurais souhaité dormir un peu… la nuit a été rude. » Elle ralentit son pas et soupira, tournant ses épaules. « Après une longue journée… quand est-ce que ce truc est censé arriver ? »

Eponine la regarda tel un faucon, ses sourcils froncés d’inquiétude. « Hum… dans à peu près deux marques de chandelle… Eph a demandé à la responsable du conseil de préparer les papiers. »

Xena hocha la tête. « Bien… je serai contente quand tout sera terminé. » Elle leva nonchalamment la main et se massa la nuque, ferma brièvement les yeux et tressaillit. « Hé… » Elle se força à rouvrir les yeux. « Pour la sentence, comment… »

« Par arbalète », lui dit promptement la maîtresse d’armes. « C’est rapide. » Elle atteignit la porte et l’ouvrit, reculant pour laisser la guerrière la précéder. « Vas-y… écoute… tu… euh… tu es sûre d’aller bien ? »

Xena lui lança le regard le plus impassible qu’elle put trouver. « Je vais bien », répondit-elle fraîchement tandis qu’elle entrait dans la salle et se dirigeait vers les cuisinières qui préparaient les petits déjeuners. « Bonjour. » Elle salua la sévère Esta qui grogna et lança un regard noir à Eponine.

« Tu as laissé un joli bazar », grogna Esta. « De la boue partout… et ce cul de cheval enfermé dans le cellier… comment suis-je supposée récupérer des choses avec elle là-dedans ? »

Eponine ricana légèrement. « Ça fera un petit déjeuner bienvenu sans ces foutus oignons dedans », rétorqua-t-elle. « Ça pue tellement que j’ai dû brûler les fichus vêtements que je portais. »

« Hmpf… ces foutus trucs avaient besoin d’être brûlés de toutes les façons… l’animal qui est mort pour eux ne les aurait pas repris », répliqua Esta.

« Ah oui ? Et c’est supposé vouloir dire quoi ? » Grogna Pony.

Xena récupéra tranquillement un plateau en bois et choisit des éléments sur la table de préparation, les empilant sur le plateau sans considération pour l’ordre ou la symétrie. Quand elle eut fini, elle se redressa. « Je vais passer chez la guérisseuse ensuite je rentrerai. On se voit dans une marque de chandelle environ, je pense. » Elle soupira puis sortit, consciente des deux paires d’yeux fermement clouées sur son dos. L’encadrement de la porte devint soudain un obstacle et elle reprit son équilibre contre le bord, passant dans l’air frais du matin avec un juron audible.

Le silence régnait derrière elle et elle pencha les oreilles avec attention, saisissant le faible son du cuir contre le bois et des bruits de pas légèrement placés. Avec un demi-sourire, elle continua sa mission.


La fumée odorante s’élevait, s’enroulant autour du visage de Gabrielle et baignant ses sens de menthe et de miel. Elle prit une lente gorgée tandis qu’elle étalait son journal sur ses cuisses et retirait une plume de sa boîte. Arès avait sauté sur le lit et était blotti autour de ses jambes, son pelage épais réchauffant sa peau. « Bon, Arès… »

Le loup leva la tête et la regarda par-dessus son épaule sombre. « Roo ? »

« Je présume que je ferais bien d’en finir avec ça, hein ? » Elle fit une pointe du bout de sa plume et la trempa dans de l’encre, puis elle lissa la page de parchemin et s’interrompit, tandis qu’elle rassemblait ses pensées.

C’est une période difficile pour écrire. J’ai dû prendre l’une des plus dures décisions de ma vie hier soir et je ne sais toujours pas si c’était la seule chose que j’aurais pu faire. Je sais que je ne peux pas laisser Arella libre avec le risque qu’elle blesse d’autres gens, mais la pensée de prendre sa vie me donne des nausées.

Je présume que, d’une certaine façon, ce n’est pas une mauvaise chose. Si je pouvais juste faire les choses comme ça, sans m’en inquiéter, ou sans que cela me bouleverse, alors… et bien, je n’aimerais pas ça, c’est tout.

Xena… a été vraiment géniale hier soir. Elle voulait tellement prendre tout ça sur ses épaules… je pouvais le sentir en elle et croyez-moi, une grande part en moi voulait la laisser faire. C’est horrible, mais je ne peux pas l’empêcher. S’il y avait un moyen de sortir de ça, je pense que je l’aurais fait, mais il n’y en avait tout simplement pas.

Une partie de moi voulait aller lui parler. A Arella, je veux dire, et juste… voir ce qu’elle ressent, trouver pourquoi elle a fait ça… mais je pense que je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment de bonne raison. Je sais qu’elle voulait désespérément que les Amazones deviennent plus agressives, plus tournées vers la guerre, mais la violence n’est pas le bon chemin.

C’est ironique – me voilà à dire ça et je l’ai condamnée à mort. Je souhaiterais qu’il y ait un autre moyen… et je sais qu’elle ne me défiera pas. Xena espère que si, parce que cela en ferait une mort par combat et… et bien, c’est juste différent. Mais Arella a peur de Xena… vraiment et elle sait qu’elle ne peut pas la battre, alors…

Elle a été si gentille hier soir. C’était comme si elle était entrée en moi et m’avait remise en place comme l’un de ses puzzles. J’avais tellement mal et ensuite je pensais qu’elle était… oh dieux, pendant un instant hier soir, je pensais que nous étions revenues quelques mois auparavant et que tout recommençait. Je pouvais presque… je ne pouvais pas le supporter.

Et ensuite il s’est avéré que le problème c’était moi, pas elle… elle réagissait juste à quelque chose que je traversais et une fois que j’ai eu tout réglé…

Ouaouh.

Elle est venue dans mes rêves hier soir. Ça fait tellement drôle de l’écrire, mais c’est vrai – et ça n’était pas… je veux dire que je ne l’ai pas inventé, vous savez ? Elle était vraiment là… vraiment… réelle. Pleine de férocité et de sauvagerie… est-ce que c’est la façon dont elle se voit, je me le demande ?

Qu’est-ce que ça me dit ? Je me sens toujours si… petite… si… pleine de haine dans ce rêve. Mais pas la nuit dernière. Pas après qu’elle ait chassé toutes les mauvaises choses et que nous ayons couru ensemble sur l’herbe.

Ma protectrice et ma défenseure. Vous savez, je pourrais être prête à croire ça à nouveau. C’était bon de ressentir ça hier soir. J’ai commencé à porter ce vieux vêtement pourri avec lequel j’ai quitté la maison, comme si je m’y raccrochais. Mais quand le rêve a été terminé, j’étais… je portais du cuir.

Je me demande si du plus profond de moi, je me dis qu’il est temps de dire adieu à cette petite fille qui a quitté Potadeia.

Peut-être que oui. J’ai toujours aimé penser que je gardais un morceau de ça… que je gardais ce que j’étais à l’époque comme une partie de moi, mais plus je pense à qui je suis aujourd’hui, plus je me rends compte que je n’ai plus grand-chose en commun avec elle.

Alors adieu, petite fille. Reste à la maison. Reste à Potadeia, où il fait soleil et où la pire chose que tu auras à endurer ce sont les sauterelles et les pluies battantes du printemps.

J’ai un destin différent.

Le léger coup à la porte interrompit sa concentration et elle leva les yeux, tout en suçotant le bout de sa plume et en soupirant. « Oui ? »

La tête aux cheveux blonds frisés d’Ephiny se montra. « Bonjour. »

Par le cul des Bacchaes. « Salut. » Gabrielle mit un sourire sur ses lèvres et lui fit signe d’entrer. « Bonjour. »

La régente entra et alla vers le lit pour se poser sur un coin tout en faisant un sourire à son amie. « Tu es debout tôt. »

Gabrielle l’étudia, notant les yeux rougis et les fines lignes autour de sa bouche. « Toi aussi », dit-elle tranquillement. « Qu’est-ce qui se passe ? »

Ephiny se frotta les tempes. « Il faut que je… ah… je veux dire que je me suis dit au vu de ce que tu as dit hier soir, que tu… hum… » Elle laissa ses mots traîner faiblement et lança un regard à la barde.

« Ah. » La barde soupira. « J’ai… décidé de demander qu’elle paye de sa vie pour ses crimes, oui. » Les mots résonnaient si étrangement qu’ils perdaient presque leur signification. « Je ne vois pas vraiment d’autre option. »

La régente resta tranquillement assise, regardant les couvertures avec un froncement pensif. « Gabrielle, je… » Elle leva les yeux vers la barde, une expression douloureuse sur le visage. « Je suis désolée. »

Elle sentit une main douce s’enrouler autour de son poignet. « C’est bon », répondit doucement Gabrielle. « Ça a été dur… hier soir… mais Xena était là pour moi et nous avons traversé tout ça. » Nous. Un mot tellement petit avec une signification si énorme pour elle. « Ça va aller. »

Le regard d’Ephiny croisa le sien et la régente se força à sourire. « Je sais que ça va aller… je me sens juste nauséeuse à l’idée que tu dois affronter cela. » Elle fit une pause puis regarda autour d’elle. « Xena est partie courir ? »

La barde secoua la tête. « Non… en fait, elle est allée me chercher un petit déjeuner. » Gabrielle prit une expression désabusée. « Son penchant surprotecteur est omniprésent… avec tout ce dans quoi nous avons été impliquées, elle est inquiète que je sois un peu abattue. »

« Mm. » Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Et bien, tu es enceinte. » Une légère étincelle passa dans son œil. « Pas qu’on puisse le deviner. »

Gabrielle sourit d’un air penaud. « Oui… et bien, ça ne durera pas », répondit-elle tranquillement. « Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? »

La régente prit un temps. « Et bien, c’est un truc rapide… très méthodique. Je vais lire les charges, elle a un moment pour y répondre, puis tu prononces la sentence. » Elle essaya de garder une voix nonchalante. « C’est fait avec une arbalète et Pony a déjà dit que c’est elle qui le fera. » Ephiny réfléchit à ces paroles. « Elle va s’assurer que ce soit bien fait, du premier coup. »

La barde hocha la tête en grimaçant. « Très bien. » Dans son esprit, une salle de torture en Chine apparut et une image de Xena les bras écartés sur un autel, préparée pour des couteaux diaboliques et luisants tout près. Ou d’elle-même, attachée sur une croix, avec un centurion qui visait ses jambes. « Il y a des moyens pires que ça, je pense. »

« Mm. » Ephiny attendit un instant. « Ecoute… il faut que je te pose une question. » Elle regarda autour d’elle. « C’est au sujet de Xena. »

Ceci lui valut l’attention de la barde qui posa sa plume, concentrant son regard vert intense sur le visage de son amie. « De quoi s’agit-il ? »

La régente soupira, se repassant les options. « Et bien, Pony m’a dit qu’elle avait reçu des mauvais coups pendant la bataille hier… et j’ai entendu dire par la moitié du village que tu avais pratiquement dû la porter jusqu’ici hier soir. » Elle regarda Gabrielle, voyant le léger écartement de ses narines. « Je suis inquiète pour elle. »

Cela lui valut un sourire charmant de la barde dont le regard se réchauffa considérablement à ces mots. « Merci de t’inquiéter, Eph. »

Un petit silence tomba. « Mais ? » Finit par dire Ephiny.

« Elle va bien », répondit aisément Gabrielle. « Elle a eu sa collection habituelle de coups et de bleus… je ne pense pas qu’elle les sente encore beaucoup », lui dit-elle avec ironie. « Quelques coupures de flèches… rien qu’une suture ou deux ne puisse régler. Je m’en suis occupée… elle était juste un peu fatiguée hier soir. »

Ephiny l’étudia. « C’est vrai ? »

Un hochement de tête. « C’est vrai », confirma Gabrielle. « Elle allait bien ce matin… elle est… et bien, un léchoullis et un chatouillis et voilà tout. »

La régente fronça les sourcils. « Ça veut dire quoi ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Je sais pas… mais ça rime. » Elle posa son journal et s’étira luxurieusement, puis elle pencha la tête. « Tu peux lui demander à elle… elle sera là dans un instant. »

« Euh… non… non… c’est bon. » Ephiny se leva prestement. « Pas besoin d’en parler… j’étais juste curieuse… » Elle leva la main. « Pas de problème. » Elle lança un coup d’oeil vers la porte qui était poussée et révélait la silhouette élancée et puissante de Xena. « Oh… salut. »

Xena échangea un regard avec son âme sœur et posa le plateau sur la petite table près du lit. « Salut », répondit-elle d’un ton neutre. « Tu ferais sûrement mieux d’aller voir si Ménelda va bien. »

Ephiny écarquilla les yeux. « Euh… »

« Je ne lui ai rien fait », déclara platement la guerrière. « J’ai juste traversé la salle de guérison pour prendre des herbes dont j’avais besoin… et je l’ai entendu appeler Hadès de tous ses vœux. »

« Bien. » La régente se passa une main dans ses boucles et les décoiffa. « Je reviens vite », marmonna-t-elle en se dirigeant vers la porte avant de sortir.

Gabrielle regarda tranquillement sa compagne jouer avec le contenu du plateau. « Alors… tu t’es débarrassée d’elle pour une raison précise ou bien… quoi ? » La taquina-t-elle affectueusement.

Le regard bleu se tourna vers elle d’un air innocent. « Me débarrasser d’elle ? Gabrielle… je n’ai aucune idée de ce que tu racontes… je pensais qu’elle voudrait s’occuper d’un problème là-bas… tu as à redire là-dessus ? » Elle prit un ensemble d’objets puis se posa sur le bord du lit avec. « Allons… commençons. »

La barde posa obligeamment son journal et prit ce qu’elle lui offrait. « Tout va bien là-bas ? » Demanda-t-elle tout en mâchant un muffin, qui la surprit par son goût délicat de miel. « Mm. » Elle ne pensait pas manger beaucoup, vraiment, la sentence en cours qui pesait sur sa conscience mettant le couvercle là-dessus, mais soudain son corps en décida autrement et elle attaqua l’assiette.

Xena la regarda un moment puis elle s’inclina sur le pied du lit, la tête posée sur une main.

Gabrielle s’interrompit et lui lança un regard sévère. « Où est la tienne ? » Elle posa son muffin et croisa les bras d’un air obstiné jusqu’à ce que sa compagne soupire et se redresse pour aller vers les restes du plateau prendre un morceau de pain auquel elle ajouta une tranche de fromage et un morceau de viande fumée. La barde s’éclaircit la voix et sourit tandis que la guerrière lui lançait un regard avant de prendre une poire et d’apporter le tout au lit. « C’est mieux. » Elle reprit sa tâche de mâcher. « Il y a autre chose ? »

La guerrière haussa les épaules. « Pas que je puisse dire… Ménelda criait au sujet de quelque chose… Elaini a dit qu’elle était venue là arranger des trucs ce matin. Elle essaye de rester hors de son chemin. »

« Elaini ? »

« Oui. » Xena hocha la tête.

Elles finirent tranquillement le petit déjeuner puis Gabrielle se nettoya les doigts et relâcha un soupir. « Ouaouh… » Elle observait son assiette maintenant vide. « Je présume que j’avais plus faim que je ne le pensais. » Elle lança un regard ironique à Xena. Je présume qu’il est temps de démarrer. Elle soupira. « Je vais avoir besoin d’aide pour m’habiller. »

Xena avait fini son plat et était paresseusement allongée sur le dos, les yeux fermés, les mains croisées sur l’estomac. « Pas de problème », répondit-elle. « Tu es prête ? »

Gabrielle admit que c’était une bonne chose que Xena ait été là. Elle avait développé un cas de doigts agités qui la frustrait jusqu’à ce que la guerrière se contente de lui retirer le cuir des mains et fasse le job elle-même, ajustant le haut finement ouvragé avec un petit sourire connaisseur. « Ça s’ajuste un peu différemment », commenta la barde avec un léger rougissement.

« Oui oui. » Xena boucla l’armure en chaîne métallique à son épaule et l’ajusta le long des biceps de Gabrielle. Elle écarta les cheveux de la barde de sa nuque et l’embrassa tandis qu’elle ajustait les boucles, regardant la chair de poule monter le long de sa peau en réponse. « Tu vas bien ? »

Gabrielle ferma brièvement les yeux. « Pas après ça », blagua-t-elle nerveusement. « Je pense que je suis un peu… effrayée. »

La guerrière s’arrêta dans sa tâche et mit les bras autour de la jeune femme. « Je sais. » Elle fit tourner Gabrielle et lui fit face, fixant ses yeux avec une compassion morose. Chaque instinct lui criait de trouver un moyen, n’importe lequel, pour protéger Gabrielle de l’instant à venir. « Tu peux le faire », dit-elle, forçant délibérément sa conscience hurlante à reculer. « Je serai là, avec toi. »

Des yeux verts emplis de douleur croisèrent les siens. « J’ai besoin de toi là-bas », admit la barde, se rapprochant et collant son corps refroidi contre celui de sa compagne. « Je ne pense pas être faite pour ça, Xena. »

La guerrière lui tapota affectueusement les cheveux, les berçant doucement toutes les deux. « Ça ira bien… ce sera fini avant que tu ne t’en sois rendu compte. »

Gabrielle se laissa perdre dans la chaleur réconfortante pendant un long moment puis elle se redressa et renifla. « C’est bon… allons-y. » Elle recula et regarda la forme élancée de sa compagne, vêtue de cuir Amazone. « Dieux… tu as vraiment belle allure là-dedans, Xena… et je le pense vraiment. » Elle passa les doigts sur la peau bronzée et lui donna une petite tape. « Mais je ne suis pas la seule qui doit arrêter de s’en demander trop. » La peau de la guerrière semblait tendue sur les muscles et les tendons et les méchantes blessures de flèches ressortaient méchamment. « Je peux presque voir à travers toi. »

« Maman va s’en occuper », répondit légèrement Xena, en l’embrassant sur le haut de la tête. « Quand on rentrera à la maison. »

La maison. Gabrielle s’offrit un moment pour imaginer les jours à venir et cela lui permit de mettre en place son attitude pour la tâche à venir. Elle regarda Xena et laissa son regard absorber le visage couvert de soleil, un sourire sur les lèvres. « Je t’aime. »

Le regard de Xena s’adoucit et elle lui retourna son sourire. « Je t’aime aussi. » Elle pencha le menton de la barde et baissa la tête, l’embrassant avec une passion simple et affectueuse. « Tu te souviens de ta promesse, d’accord ? » Lui rappela-t-elle.

Ma promesse ? Oh… bien. « Xena… » Gabrielle mit les deux mains sur la poitrine de sa compagne. « Elle ne va pas te défier… quel intérêt elle aurait à faire ça ? »

Un silence momentané tandis que Xena ajustait paresseusement les mèches qui pendaient de chaque côté du visage de son âme sœur. « Je… Gabrielle, si je devais choisir entre être coupée en deux ou mourir en combattant… je pense que tu sais ce que je choisirais. »

Gabrielle réfléchit. « Oui », concéda-t-elle. « Je sais bien ce que tu choisirais… mais Xena, ça c’est toi… et nous savons toutes les deux que tu aurais une chance face à quiconque. » Elle réfléchit encore un instant. « Et je ne pense pas qu’Arella te donnerait la satisfaction d’être celle qui… je veux dire qu’elle sait que tu peux la battre. Je ne la vois pas faisant ce choix. »

Non, admit Xena en son for intérieur. A moins qu’elle ne pense avoir une chance. Le regard bleu brilla dans la lumière du soleil. « Peut-être que tu as raison », concéda-t-elle. « Mais je ne vais pas prétendre que je n’espère pas le faire tout de même. »

La barde hocha la tête de compréhension. « Il est temps d’y aller. » Elle laissa Xena faire quelques ajustements à ses vêtements d’Amazone puis elle carra les épaules et se dirigea vers la porte, la présence puissante et fantomatique telle un rempart réconfortant derrière elle.


Eponine traversa la place vers l’endroit où elle avait repéré Ephiny en grande conversation avec l’une des apprenties guérisseuses. Elle se mit près de la régente avec un soupir explosif. « Y a vraiment quelque chose. »

Ephiny lui jeta un coup d’œil puis renvoya la guérisseuse. « Sans rire », marmonna-t-elle en réponse. « Gabrielle a les lèvres cousues, mais Elias vient de me dire que Xena est passée prendre une grande quantité de médicaments contre la douleur… et elle a dit qu’elle pensait que Xena s’était presque évanouie quand elle s’est relevée après avoir salué Cait. »

Elles se regardèrent. « Satanée petite tête de cochon bornée… » Pony laissa la pensée traîner. « Je vais te dire un truc… une fois qu’on en aura fini avec ça, on va faire bloc contre elle. » Elle prit une soudaine inspiration. « Par la Grande Artémis… et si cette foutue garce défie la reine ? »

Ephiny la fixa. « Oh merde. » Elle reprit son souffle. « Je n’avais pas pensé à ça… elle ne serait pas aussi stupide, pas vrai ? »

Eponine secoua la tête. « Elle est plus tarée qu’un chat sauvage en rut, Eph… je ne sais pas. » Elle réfléchit un moment encore. « Elle a déjà eu un aperçu du feu de Xena… peut-être, peut-être pas. » Un battement de cœur. « Si elle pense que Xena est sur ses quatre sabots, probablement pas. »

Ephiny soupira d’exaspération, les mains sur ses hanches. « Très bien… alors, gardons notre calme. Nous n’avons pas besoin de rumeur qui pourrait arriver à ses oreilles », fit-elle remarquer en grimaçant, tout en levant les yeux pour voir une foule commencer à se rassembler près de la plate-forme à un bout du cercle dans lequel elles se trouvaient. Elle pouvait voir un groupe de guerrières se former près de la salle à manger, assignées pour amener la prisonnière. Le soleil se levait juste par-dessus les arbres et il peignait le village d'or et Ephiny repéra la silhouette distincte de Gabrielle qui revenait des quartiers de la reine. « Peut-être qu’on aura de la chance et qu’on s’en sortira sans se battre. »

La reine marchait avec une assurance tranquille, sa combinaison de cuir roux complimentant sa peau bronzée tandis qu’elle montait sur la plate-forme et s’arrêtait. A sa gauche, Xena prit une position de vigilance paisible, choisissant de ne pas monter sur le sol en bois, peut-être pour éviter de faire de l’ombre à sa compagne plus petite.

Comme si elle pouvait l’empêcher, songea Ephiny, étudiant la grande femme anxieusement tandis qu’elle traversait le campement, Pony sur ses talons. Xena portait son ensemble de cuir Amazone et avec toute cette peau nue, les marques de la bataille de la veille étaient douloureusement visibles. La guerrière observait les Amazones qui se rassemblaient, le vent remuant ses cheveux noirs, son visage impassible.

Ephiny rejoignit Gabrielle sur la plate-forme, lui faisant un minuscule sourire tandis que Pony continuait et prenait position près de la forme sévère de Xena. « Tu vas bien ? » Murmura-t-elle à Gabrielle, entre ses dents.

Le regard vert brume se tourna vers elle et s’assombrit légèrement. « Non », admit tranquillement Gabrielle. « Mais je ne pense pas que je serais jamais prête pour ça, alors allons-y. »

La régente mit la main sur son épaule et hocha la tête. « C’est exactement la réponse que j’attendais de toi, mon amie », répondit-elle, puis elle tourna la tête vers la foule. « Amenez la prisonnière. » Elle éleva la voix.

Un silence tomba sur la foule tandis que le petit groupe de guerrières assemblées près de la salle à manger s’avançait, leurs bottes légères raclant la terre battue de la cour tandis qu’elles entouraient la grande silhouette échevelée. Les cheveux roux d’Arella saisissaient la lumière du soleil, ressemblant à une torche, et elle lança un regard noir autour d’elle, les yeux cloués sur la plate-forme avec une sombre intention.

Pony lança un regard vers sa grande compagne, bougeant un peu l’arbalète sur son dos tandis qu’elle étudiait subrepticement l’attitude attentive de Xena. Les épaules de la guerrière étaient tendues – l’Amazone pouvait voir le mouvement des muscles tandis que Xena pianotait de ses longs doigts sur sa cuisse nue. Elle portait son épée dans le dos et son chakram était accroché à une fine ceinture autour de sa taille, le cuir noir contrastant sévèrement sur le rouge cramoisi de sa jupe et le soleil brilla brièvement sur la bague qui encerclait son doigt.

Eponine lutta avec sa conscience, puis elle se rapprocha de la guerrière. « Xena. »

Le regard bleu perçant passa sur elle, un sourcil noir haussé en questionnement. « Quoi ? »

« Ecoute… » Pony lança un regard au groupe qui approchait. Les yeux d’Arella étaient cloués sur la grande silhouette de Xena et un léger sourire narquois flottait sur ses lèvres. « Si elle est assez bête pour lancer un défi… laisse-moi m’en occuper. »

Xena écarquilla les yeux de surprise. « Quoi ? »

« Ne… » Eponine baissa la voix. « Laisse-moi… laisse-moi… m’en occuper, d’accord ? Je la connais, je peux la battre. »

« Pony, merci, mais je peux gérer ça », marmonna la guerrière en retour, penchant la tête pour que sa voix ne porte pas.

« Xena… c’est pas le moment de faire la fière, bon sang ! » Siffla l’Amazone en réponse. « C’est sérieux. »

Le regard glacé se posa sur elle. « Fichtrement sérieux », répliqua Xena puis elle tourna la tête alors que le groupe les atteignait. « Reste hors de mon chemin, Eponine, c’est tout. »

« Espèce de petite entêtée de… » Jura Eponine, puis elle fit silence tandis qu’Ephiny s’avançait et déroulait un parchemin.

Un léger sourire narquois, presque imperceptible, apparut sur les lèvres de Xena tandis qu’elle étudiait la prisonnière attachée. Arella la fixait de son côté avec une intensité égale, un air de faim féline sur le visage.

« Tu es accusée de meurtre, de tentative de meurtre et de trahison de la Nation Amazone », déclara Ephiny d’un ton neutre.

« Tu es accusée d’être une merde amoureuse de la paix », répondit Arella immédiatement. « Je présume que nous sommes coupables toutes les deux. »

Ephiny se contenta de la regarder et secoua la tête. « As-tu quelque chose d’intelligent à dire pour ta défense ? »

Arella s’avança, un sourire hautain à l’attention des Amazones qui l’entouraient  et qui saisirent leurs armes en signe d’avertissement. « Ma défense ? Non merci… je ne me défends de rien. » Elle redressa la tête. « Ce que j’ai fait, ce que j’ai toujours fait, est dans le meilleur intérêt de la Nation Amazone. » Elle concentra son attention sur Gabrielle, silencieuse. « En fait, je te défie, petite aux yeux verts, pour ce maudit masque que tu n’as aucun droit de porter. »

Gabrielle inspira soudainement, surprise.  Elle le croit toujours. Le défi prit une tonalité désespérée lorsqu’elle se rendit compte que c’était le dernier espoir féroce d’Arella de sortir son peuple du puits de paix dans lequel elle avait perçu qu’il allait tomber.

Peut-être que c’était le mieux, songea-t-elle. Xena savait… elle espérait que ça arriverait pour m’éviter le besoin de regarder cette femme droit dans les yeux et lui dire qu’elle allait mourir.

Mais je connais Xena. Si j’accepte ce défi, c’est exactement ce que je vais faire dans tous les cas. Mais c’est le choix d’Arella. Elle ne sait pas quelle sentence je vais prendre… pour ce qu’elle en sait, je vais la faire passer par la loi civile ou la laisser partir, ou bien… non. Elle a choisi ce destin.

Ephiny écarquilla les yeux et se tourna à demi, levant la main devant Gabrielle, qui se tenait un pas derrière elle. La barde secoua légèrement la tête et mit les mains sur ses hanches. « Tu ne mérites pas de diriger les Amazones, Arella… tout ce que tu as fait, c’est les faire tuer. » Elle dépassa Ephiny et vint se mettre face à face avec la grande femme, pas intimidée par sa taille. « Etre agressive et stupide ne te qualifie pas pour les diriger. »

Tout le monde sursauta un peu, pas habitué à entendre ce genre de discours de la part de la douce Gabrielle. Mais Arella reprit ses esprits. « Et être faible et inutile, ça le fait ? » Répliqua-t-elle, la défiant. « Qu’as-tu fait, à part les impliquer dans des traités de paix qui les fait reculer et des combats avec des déesses ? »

Gabrielle sentit une rage profonde monter en elle et elle joua brièvement avec l’idée d’accepter le défi elle-même. Elle aurait le choix des armes et avec son bâton, elle avait une bonne chance de battre la grande femme.

Mais cela laissait pendante la question de si elle était capable de la tuer. Et au fond de son cœur, Gabrielle savait, vraiment, elle le sentait profondément et puissamment et réellement, qu’elle ne le pourrait pas. Elle serait de retour dans la position où elle se trouvait à l’instant. Mais le reporter sur les épaules de Xena, était-ce juste ?

Gabrielle soupira intérieurement. Il n’y avait pas de bonne décision. Il n’y avait aucun moyen de sortir de ça sans avoir du sang sur ses mains. Elle regarda Arella. « Tu n’as aucune idée de ce que la force est vraiment. »

Ceci intrigua la grande femme rousse. « Par Hadès, qu’est-ce que ça veut dire ? Tu acceptes ou pas ? »

Ephiny attrapa le bras de Gabrielle et la tira en arrière, posant ses lèvres près de l’oreille de la barde. « Ne le fais pas… tu n’as pas à le faire. »

La barde retira doucement les doigts de la régente de son bras. « C’est bon, Eph. »

« Gabrielle ! Elle sait qu’elle a un avantage, pour l’amour d’Artémis, condamne-la simplement », siffla Ephiny en réponse.

Gabrielle plissa le front. Un avantage ? Elle lança un regard à Ephiny. « Recule, d’accord ? » Puis elle se retourna vers Arella qui attendait. « J’accepte. »

Un rire fort et mauvais s’échappa de la poitrine de la femme. « Folle… » Elle se frotta les mains. « Bien, yeux verts… ce sera quoi ? Ton petit bâton ? »

Gabrielle la fixa. « En fait, vu que tu vas combattre ma championne, je pense que c’est à toi de choisir », répondit-elle d’un ton neutre, puis elle s’interrompit un instant. « Pas que ça ait de l’importance. » Cela lui valut un haussement de sourcil de Xena, mais elle était contente de l’avoir dit.

Pony jura entre ses dents et tous les regards se tournèrent vers Xena qui observait tranquillement et les regarda à son tour sans passion.

Arella prit une inspiration et sourit d’un air félin. Elle écarta ses bras vides. « Rien », ronronna-t-elle. « Juste ça. » Elle plia ses grandes mains redoutables.

Eponine se rendit compte que c’était un plan bien vu. Arella savait fichtrement bien qu’elle ne jouait pas dans la même classe que Xena avec une épée, blessée ou pas. Et les chobos donneraient un avantage de proximité à Xena. A mains nues, en revanche… si Arella pouvait s’avancer et infliger un barrage de coups à la guerrière blessée, alors… elle sentit un frisson le long de son dos. Ça pouvait marcher. Elle commença à s’avancer juste pour sentit une prise puissante descendre sur ses épaules et l’arrêter.

« Très bien. » La voix basse de Xena pénétra les murmures. « Finissons-en. »

Un cercle se forma lentement qui les maintenait au centre. Xena s’avança, s’arrêta un moment près de Gabrielle et la regarda.

La barde la regarda à son tour puis prit les mains de la guerrière et effleura les doigts de ses lèvres. « Fais attention », dit-elle doucement.

Xena lui fit un clin d’œil. « D’accord. »

Elle tourna son attention vers son adversaire et entra dans le cercle baigné de lumière.

Gabrielle croisa les bras et regarda de chaque côté tandis qu’Eponine et Ephiny venaient la flanquer. Oh oh… Elle nota les expressions furieuses sur leurs visages. Qu’est-ce qui cloche chez elles ?

« Gabrielle… » Ephiny baissa la voix à un niveau de grognement coléreux. « Qu’est-ce que tu essaies de faire ? » Elle relâcha un souffle. « Je pensais que tu avais décidé… pourquoi tu ne l’as pas fait tout simplement ? Pourquoi tu ne l’as pas condamnée à mort ? »

La barde se sentit soudain très fatiguée. Elle tourna la tête et regarda Ephiny droit dans les yeux. « Je l’ai fait », répliqua-t-elle doucement. « Tu ne t’en rends pas compte ? »

Ephiny prit une brusque inspiration, se demandant si Xena avait caché sa condition à sa compagne également. Ça doit être ça, conclut-elle tandis qu’elle se retournait pour regarder, le cœur plongeant. Bon sang… comment je peux arrêter ça… Elle regarda les deux combattantes se jauger et vit un sourire cruel sur les lèvres d’Arella.

Elle était plus grande que Xena, plus lourde et bien plus musclée que la guerrière plus âgée. Elle était rapide, Ephiny le savait, et était probablement une des meilleures combattantes à mains nues que la Nation n’ait jamais produites.

Les avantages de Xena, le talent et l’intelligence, ne comptaient pas dans ce genre de combat brutal. Arella avait bien vu les choses et à voir les regards qu’elle lançait à la guerrière, Ephiny la soupçonnait d’avoir entendu que celle-ci avait été blessée dans la bataille.

Et si Arella gagnait ? Ephiny lança un regard vers le visage de Gabrielle. Elle était résignée et triste, mais pas inquiète, comme si la barde ne connaissait pas le handicap de sa compagne.

Dieux. Ephiny se redressa et trouva Eponine près de son coude. « Elle ne va pas gagner. » Sa voix baissa jusqu’à être un murmure. « Elle ne peut pas, Pony. »

Eponine la regarda droit dans les yeux. « Elle ne le fera pas », jura la maîtresse d’armes.

Xena tourna autour d’Arella, relâchant consciencieusement ses muscles tandis qu’elle se déplaçait sur la terre battue. La chaleur du soleil s’enroulait sur ses épaules et elle pouvait sentir la brise fraîche effleurer sa peau nue. Une poussée d’énergie sombre monta de ses entrailles et elle l’accueillit, sentant les poils se dresser sur ses bras et un bourdonnement séduisant remuer son sang.

Devant elle se trouvait Arella et Xena se laissa pleinement envahir par sa haine de cette femme, qui avait causé autant de douleur à son âme sœur. Elle laissa le loup monter en elle et un rire bas coula de ses lèvres quand elle vit l’écarquillement soudain des yeux clairs d’Arella. C’est ça. Aie peur.

Arella regarda la lumière joyeuse rider la peau bronzée de son adversaire tandis qu’elle préparait son attaque. Avant qu’elle ne puisse perdre son sang-froid, elle chargea, se lançant sur le haut du corps de son adversaire et les emportant toutes les deux au sol, criant de toutes ses forces tandis qu’elle portait ses coups sur un corps qui, va savoir comment, ne se trouvait plus sous elle. Elle sentit un genou la frapper et elle se retint comme elle put, frappant fort de son coude dans les côtes de Xena, utilisant son poids supérieur pour maintenir la femme aux cheveux noirs au sol.

Le choc lui remua l’épaule et elle se sentit retournée tandis que les muscles se tendaient sous sa prise et des mains se refermaient autour d’elle avec une force terrifiante. Elle cogna rudement la mâchoire de Xena de la tête, sentant la prise de la guerrière se relâcher brièvement, et elle en prit l’avantage, frappant de ses poings sur l’estomac de Xena de toutes ses forces.

Normalement, elle aurait dû tomber. Si ce qu’on avait dit à Arella était vrai, elle aurait dû s’effondrer comme un toit de chaume sous une cascade de rochers.

Au lieu de ça, un rire de gorge lui répondit et elle sentit une douleur atroce lorsqu’une main saisit son poignet et le brisa comme un bâton. L’odeur du sang, de la sueur et du cuir la submergea tandis que son corps échappait à son contrôle et qu’elle sentait un tourbillon d’air vertigineux alors que ses pieds quittaient le sol. Avec maladresse elle remua les bras et les jambes, essayant de faire perdre l’équilibre à Xena, mais elle sentit une poussée de puissance animale tandis qu’on la soulevait et la retournait et ensuite le sol se rapprocha.

Elle était à l’envers et la dernière chose qu’elle vit fut le ciel ensoleillé et des nuages blancs gonflés, ainsi qu’un oiseau dont le cri fit écho dans ses oreilles tandis que son dos impactait un genou et qu’une onde de douleur formidable la transperçait.

Mais ça ne dura qu’un moment. Ensuite elle ne sentit plus rien, plus rien du tout, à part une légère brûlure et le ciel bleu passa au noir. Mais il n’y avait pas d’étoiles.

Xena laissa le corps glisser de son genou pour tomber sans vie et brisé sur le sol. Elle le regarda un instant puis se releva et se brossa les mains sur sa combinaison en cuir. Après un long silence figé, une clameur s’éleva, plutôt un chant de triomphe, et elle leva la main tout en se retournant pour faire face à Gabrielle.

Leurs regards se croisèrent et deux âmes se cherchèrent.

Gabrielle ignora le protocole, sauta de la plate-forme et courut entourer sa compagne de ses bras.

« Chh. » Xena l’étreignit. « C’est fini. » Elle leva les yeux et croisa le regard d’Ephiny et Eponine, tandis qu’elles se tenaient là à la regarder avec confusion. « Tout est fini. » Elle tapota le dos de la barde.

Gabrielle prit une inspiration tremblante et la regarda. « Tu vas bien ? Elle t’a cognée plutôt fort. » La barde examina anxieusement le corps de sa compagne, passant les doigts sur les marques rouge vif sur son ventre. De voir Xena soulever la grande Amazone par-dessus sa tête avait été choquant et elle avait frissonné  en entendant le grondement sourd de rage qui sortait de la gorge de la guerrière tandis qu’elle laissait Arella tomber sur son genou et lui brisait le dos avec un craquement hideux. Cela lui avait donné un peu la nausée.

La guerrière mit les bras sur les épaules de sa compagne. « Je l’ai vue arriver. » Un sourire ironique se formait sur ses lèvres. « J’ai eu le temps de me contracter. » Elle entoura Gabrielle d’un bras. « Viens. » Elles se détournèrent de la forme immobile allongée et allèrent vers les Anciennes qui avaient entouré la régente et sa compagne. « Mettons ça derrière nous. »

Gabrielle relâcha un souffle et s’appuya contre elle. Elle se sentait hautement soulagée, mais coupable de le faire et son esprit revint avec remords dans une grotte, où son coeur avait brûlé de colère au meurtre de Perdicas et où elle avait cloué son regard dans le regard bleu d’une vengeresse aux cheveux noir corbeau et lui avait dit : « Tue-la, Xena. »

Elle n’avait jamais vraiment… eu le courage de demander ensuite à Xena si ces mots l’avaient délibérément conduite à regarder Callisto s’enfoncer dans la terre. Mais elle avait su, au fond de son cœur, que c’était ce qu’elle avait voulu.

Maintenant elle affrontait cela et le fait qu’elle en soit venue à accepter que la vie soit pleine de choix difficiles.

Elle avait juste espéré qu’elle choisirait avec sagesse. « Je ne comprends pas pourquoi elle a fait ça, Xena… elle savait ce qu’elle affrontait. »

Xena s’arrêta tandis qu’elles arrivaient près d’Eponine et Ephiny. « Peut-être qu’elle ne le savait pas. »

« Et bien, Xena… » Rena la fixait d’un air approbateur. « C’est un fichu bon boulot. » Elle poussa une de ses camarades. « Rapide, efficace… j’aime bien ça. » Elle se tourna vers Ephiny qui se tenait toujours immobile à regarder Xena avec une expression indéchiffrable. « Et bien, est-ce qu’on peut enfin démarrer ce festival ? »

« Oui. » Ephiny relâcha un souffle et secoua un peu la tête. « Ça me semble être une bonne idée. » Elle regarda Gabrielle. « Tu vas bien, Majesté ? »

La barde était collée contre Xena et elle lança un regard tranquille à la régente. « Oui. » Elle cloua Ephiny du regard. « On peut se parler plus tard ? »

Le regard noisette alla vers Xena puis revint vers la barde. « Bien sûr. »

Elles avancèrent vers la salle à manger tandis que les bruits normaux de la vie montaient à nouveau autour d’elles.


« Alors ? » Cait se redressa alors qu’elle repérait Paladia affalée contre la porte. Elle était presque frénétique à cause de son incapacité à se lever et elle ignora la douleur pour pouvoir se mettre en position assise avant que la grande ex-renégate n’arrive près de sa paillasse. « Alors ? »

Paladia regarda autour d’elle puis s’assit sur le tabouret près de la paillasse. « Contente que cette merde de Bacchae soit partie. » Elle avait souffert deux fois des propos de Ménelda ce matin.

« Paladia… tu vas me dire ce qui s’est passé », demanda Cait, exaspérée.

« Oh. » La grande femme s’éclaircit la voix. « Ben… et ben, elle est cuite. »

« Qui… est cuite ? » Demanda Cait impatiente.

« La rouquine », répondit Paladia. « Ça n’a pas fait long feu. » Elle avait été impressionnée par le combat, mais elle n’avait aucune intention de le laisser savoir. « Cette damnée Xena l’a brisée en deux. »

Cait écarquilla les yeux. « Vraiment ? »

« Oh oui. » La voix de Paladia gagna en enthousiasme. « C’était quelque chose… la rouquine l’a attrapée, et Xena l’a retournée comme une feuille, ensuite la Rouge l’a attrapée à nouveau et l’a cognée si fort que j’ai pu entendre l’impact, mais Xena… bon sang… elle n’a même pas tressailli… ensuite elle a attrapé le cul de la Rouge, l’a soulevée par-dessus sa tête et elle l’a laissé tomber sur son genou. » Elle sourit. « On pouvait entendre les os craquer. On aurait dit du bois mort. »

« Merde… c’est fantastique », répondit Cait. « J’aurais aimé le voir. » Elle lança un regard agacé à son épaule. « Sans cette maudite flèche. » Elle bougea du mauvais côté et son visage se tendit. « Ouille. »

« Hé… » Paladia regarda autour d’elle pour s’assurer que personne ne regardait, ensuite elle se mit à genoux et remit doucement la jeune fille contre l’oreiller. » Arrête de bouger autant, tu veux bien ? »

Cait soupira. « Être blessée c’est la cata absolue. » Elle relâcha un souffle faisant voler les cheveux blonds raides de son front. « Je vois que je vais m’assurer que ça n’arrive plus jamais. »

La grande ex-renégate ricana. « Et tu vas faire quoi… devenir une prêtresse d’Hestia ? »

La jeune fille lui lança un regard sévère. « Très drôle. » Elle soupira, regardant par-dessus l’épaule de Paladia vers l’intérieur terne de la hutte. « J’en ai tellement marre de cet endroit. »

« Tu n’es là que depuis un jour… arrête ça. » Paladia rit puis regarda alentour. « Mais oui… c’est plutôt déprimant… surtout avec cette foutue chèvre de guérisseuse dans le coin. » Elle se lécha les lèvres avec une réflexion nerveuse pendant un moment puis sourit. « Hé… » Elle se pencha en avant d’un air conspirateur. « Ecoute… j’allais prendre du temps… travailler sur mon dessin… tu veux venir ? »

Cait fronça les sourcils. « T’as pas des tâches ménagères à faire ? » Demanda-t-elle d’un ton caustique.

Un autre sourire. « Oui… mais j’en ai fait un paquet déjà… j’allais juste me sauver vers cette crique qu’on a trouvée. »

La jeune fille pianota sur la couverture. « Les guérisseuses vont être sérieusement furieuses. »

« Euh… oui », acquiesça Paladia.

« On va avoir de sérieux ennuis. »

Un autre hochement de tête. « Probablement. »

« Hmm… » Cait réfléchit. « Eh bien, ça fait deux choses en plus… je suppose qu’on ne peut pas demander mieux que ça… mais… » Elle prit une inspiration douloureuse. « Je ne pense pas pouvoir sortir de ce maudit lit. »

Paladia regarda autour d’elle avec soin, notant que les autres patientes étaient soit trop loin, soit endormies. Solari était la plus proche, ses cheveux noirs étalés en désordre sur l’oreiller. « Ecoute. » La voix de l’ex-renégate était grognonne. « Je pourrais te porter. »

Un instant de pause. « Ah oui ? » Demanda Cait avec précautions.

« Ben… oui… » Paladia l’étudia. «Tu pèses pas grand-chose… environ la moitié de la vieille Reinette et j’ai vu Xena la porter partout comme une poupée de chiffons hier. »

« C’est Reine Gabrielle pour toi », la corrigea Cait avec indignation. « Et elle n’est certainement pas vieille. »

La femme blonde leva les yeux au ciel. « Ouais ouais ouais… comme tu veux… écoute, tu veux y aller ou pas ? »

Cait réfléchit. « Oui », finit-elle par se décider. « Je le veux. »

« Bien. » Paladia se rapprocha puis s’arrêta, le front plissé. « Et comment on fait ça ? »

« Comment font Xena et Gabrielle ? » Demanda Cait raisonnablement. « Tu as dit que tu les avais vues. »

L’ex-renégate réfléchit un moment. « Reinet… euh… la Reine Gabrielle avait ses bras autour du cou de Xena », dit-elle avec hésitation. « Et puis… Xena était juste… euh… » Elle se rapprocha et glissa nerveusement une main derrière le dos de Cait. « Euh… je pense que… et… » Elle s’arrêta de parler tandis que la jeune fille réussissait douloureusement une prise prudente autour de son cou. « Ouai… ouais… et… » Elle mit son autre bras sous les genoux de Cait puis elle s’assit lentement, tenant la jeune fille dans ses bras.

Elles se regardèrent, embarrassées. « Euh. » Paladia regarda autour d’elle.

« Me fais pas tomber, d’accord ? » Cait se mordit la lèvre. « Je pense que tu peux te lever maintenant. »

Paladia se mit debout en se balançant, les envoyant pratiquement s’affaler dans la rangée de paillasses à côté. « Ouaouh ! » Cria-t-elle, puis elle retrouva son équilibre. « Bon sang… c’est plus dur que ça en a l’air. »

« Chhh ! » Cait ouvrit péniblement les yeux et regarda autour d’elles. « Vite… elles ont sûrement entendu ça. »

« Ouais ouais… tout le monde sait critiquer », marmonna Paladia tandis qu’elle se dirigeait vers la porte, s’arrêtant près d’elle. « Ah oh. »

« Je n’aime pas les mots ah et oh », murmura Cait. « Pas du tout… c’est quoi le problème ? »

La grande femme cligna des yeux. « On ne passe pas », lâcha-t-elle en regardant la porte.

Cait serra les dents puis se redressa contre la poitrine de Paladia, sentant l’odeur chaude du cuir tandis que sa joue se pressait contre. « Allez… dépêche ! »

« Ab… euh… ar… » Paladia abandonna et se glissa par la porte, fonçant vers la plus proche ligne d’arbres qui les cacherait. « D’accord », dit-elle d’une voix rauque, tandis qu’elles gagnaient la sécurité des bois. « Tu peux lâcher maintenant. »

« Hmm ? » Cait leva les yeux. « Oh… oh… désolée. » Elle relâcha sa prise et se réinstalla pudiquement.

Paladia la regarda. « T’as quel âge ? » Demanda-t-elle soudain.

Le front de la jeune fille s’agrandit. « Quatorze ans », répondit-elle rapidement. « Mais je vais bientôt avoir quinze ans. Et toi ? »

L’ex-renégate regarda autour d’elle avec un air soupçonneux. « Seize ans, mais tu le dis à personne. »

« Vraiment ? » Cait réfréna un sourire. « Tu les fais pas. »

Paladia fronça les sourcils. « J’ai grandi vite », marmonna-t-elle. « Allez… mon bras me fait mal. » Elle se fraya un chemin à travers les arbres puis hésita. « Hum… il y a un autre endroit étroit par ici. »

Cait se rapprocha à nouveau. « Tu sais, Xena n’avait que quinze ans quand elle a battu Cortese. »

Un roulement d’yeux. « Oh… pourquoi je savais ça allait arriver ? »

« Et ben, oui c’est vrai. »

« Je parie qu’elle ne sait pas dessiner. »

« Je parie que si… elle sait sculpter. »

« Arrête ça », ricana Paladia tandis qu’elle se tortillait dans les branches vers une petite clairière tranquille qu’elles avaient trouvée il y a une semaine ou deux.

« Ben si elle sait… elle m’a sculpté un canard. »

« Ah oui ? Ben, regarde ce canard pendant que je vais chercher mon dessin. » L’ex-renégate la posa par terre avec une gentillesse acceptable ensuite elle se recula. « Je reviens tout de suite. »

Cait s’installa, le dos contre un arbre à l’écorce lisse et elle regarda l’eau. « D’accord… attends… apporte de quoi manger. »

Paladia mit les mains sur ses hanches. « Manger ? »

La jeune fille la regarda. « Oui… tu as déjà déjeuné ? » Elle fit la grimace. « Tout ce qu’on avait dans la hutte de la guérisseuse c’est du gruau. »

La grande femme blonde plissa le visage. « Du gruau ? »

Cait leva son épaule. « Oui. »

Paladia écarquilla les yeux. « Très bien… très bien… je vais voir ce que je peux faire. Je promets rien. » Elle partit d’un pas bruyant dans les bois, en marmonnant.

Cait attendit que les bruits de pas diminuent. Puis elle pencha la tête en arrière et lâcha un rire léger et joyeux, que seul le ruisseau entendit ainsi que le lézard qui écoutait en silence sur une branche toute proche.


« Je ne comprends pas. » Eponine était assise dans un coin de leurs quartiers sur un banc capitonné bas. « Je ne comprends pas, je ne comprends pas… qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »

Ephiny était allongée sur le dos sur le lit et fixait le plafond. « Je n’en ai pas la moindre idée. » Elle leva les mains et les laissa retomber sur le lit. « Pas que j’ai un problème avec la façon dont ça s’est passé, d’accord ? »

« Pfft. » Pony posa sa tête contre le mur. « Soit c’est une actrice digne du Parthénon, soit il n’y a rien qui cloche chez elle, Eph… par les maudits sabots d’un centaure, elle a soulevé cette maudite femme par-dessus sa tête, que les dieux soient explosés ! »

La régente tressaillit à cette litanie d’insanités. « C’est sûr qu’elle l’a fait. » Sa tête allait d’avant en arrière avec incrédulité. « C’était… plutôt incroyable. » Elle roula la tête d’un côté. « Les Anciennes ont une nouvelle héroïne, tu t’en rends compte. »

Pony leva les yeux au ciel. « Oh dieux… oui… je sais… on dirait un groupe de jeunettes qui ont leur premier béguin. »

Ephiny rit doucement. « Tu te souviens de ton premier béguin ? » Demanda-t-elle nonchalamment.

Eponine grogna. « Ça fait un moment. »

La régente lui lança un coup d’œil. « Ecoutez-moi cette vieille dame. » Elle tendit la main. « Viens par ici. »

La maîtresse d’armes abandonna à contrecoeur son siège de coin et avança vers le lit, se laissant tomber dessus avant de se poser sur ses coudes. « Tu penses qu’elle est en partie déesse, Eph ? »

Ephiny y réfléchit sérieusement. « Je ne sais pas », finit-elle par dire. « Elle est en partie quelque chose… ça c’est sûr… tu te souviens que Vélasca disait qu’elle était plus que ce qui semblait. »

Pony ricana. « Vélasca disait aussi toujours que nous étions les filles d’Arès », rappela-t-elle à sa compagne. « Tu te souviens ? »

« Oui… » Songea Ephiny. « Et elle a dit que Xena était une vraie Amazone, bien qu’elle ne l’ait jamais reconnu. « Elles se regardèrent. « Tu connais la vieille histoire. »

« Mm. » L’Amazone brune approuva. « Ça expliquerait certaines choses. »

Ephiny la regarda. « Est-ce que ça te ferait arrêter d’essayer de lui sauter dessus ? » Demanda-t-elle avec espoir. « Parce que si c’est le cas, bon sang, je vais aller brûler une chandelle à Artémis et juste lui demander si c’est vrai. » Elle fut empêchée de poursuivre par le bruit de sabots qui approchaient. « Ah ! » Elle se leva du lit et alla à la porte juste à temps pour l’ouvrir et laisser entrer une petite forme qui chargeait. « Hé ! »

« Man ! » Xenan passa les bras autour d’elle avec enthousiasme.

Ephiny se laissa tomber dans la chaise proche et l’étreignit. « Xe… oh, c’est si bon de te revoir. » Elle lui massa le dos, ses doigts passant à l’endroit où la peau douce devenait du crin. « Quand es-tu arrivé ? »

« Maintenant », dit son fils brièvement. « Grand-père est dehors. »

Ephiny réfréna un rire à ce qu’elle imaginait être la réaction du digne Tyldus à l’écoute de ce petit nom. « D’accord… il faut que je le salue. » Elle regarda derrière elle. « Xenan, tu te souviens de Pony, pas vrai ? »

Xenan fit un sourire éclatant à la compagne de sa mère. « Salut ! »

Eponine lui sourit en retour. « Salut. » Xenan avait les mêmes cheveux blonds frisés que sa mère et son visage rond arborait une forte ressemblance avec l’Amazone. « Il est mignon, Eph. »

Ephiny sourit avec fierté. « Oui, c’est vrai, n’est-ce pas ? » Elle ébouriffa les cheveux du petit Centaure. « Viens… tante Xena et tante Gabrielle sont ici. »

« Ouais… ouais… » Il rebondit sur ses quatre sabots avec impatience. « Je sais. » Puis son petit visage devint sérieux. « Man… elles vont bien ? »

L’Amazone lui caressa la joue. « Oui, mon chéri… elles vont très bien. »

Des yeux innocents la regardaient. « Solan me manque. »

« Je sais, Xenan… mais il est dans un endroit agréable, d’accord ? » Elle passa les doigts dans ses boucles blondes. « Il est avec son papa. »

« Oh. » Il bougea ses sabots minuscules. « Est-ce que je vais revoir mon papa un jour ? »

Ephiny sentit des larmes monter. « Oui, chéri… mais pas avant longtemps, j’espère. »

« Il est aussi dans un endroit agréable, pas vrai ? » Persista Xenan.

« Oh oui, assurément », le rassura sa mère. « Il était très, très courageux. »

« Bien. » Le garçonnet hocha la tête puis il se retourna en entendant la porte s’ouvrir légèrement et Tyldus passa sa tête rousse dans l’encadrement. « Grand-père… je suis là. »

« Je vois ça », gronda Tyldus en lançant un regard ironique à Ephiny. « Salutations. J’ai entendu dire qu’on vient de rater un peu d’excitation. »

Ephiny remua la main. « Oui… je t’expliquerai plus tard. » Elle couvrit les petites oreilles roses de Xenan. « C’est un truc de Xena. »

Tyldus grogna de compréhension. « Ah. »

« Bon, viens… je voudrais te présenter des nouveaux amis. » Ephiny se leva et lança un regard ironique à Eponine. « Je pense que tu… hum… va les aimer. » Elle fixa Tyldus d’un air neutre. « Ce sont de bons amis de Xena. »

« Oh. » Le Centaure recula avec prudence, laissant de l’espace pour que les deux femmes et Xenan sortent de la hutte. « D’autres Amazones ? »

« Hum… pas exactement. » Ephiny garda un bras autour des épaules de son fils tandis qu’ils marchaient.

« Oh… des humains alors. » Tyldus haussa les épaules.

« Pas exactement », dit l’Amazone en riant. « Attends juste. Tu verras. »


« Ça t’ennuie d’aller marcher un peu ? » Gabrielle regarda le visage tranquille de sa compagne. « J’aurais bien besoin de quelques minutes de paix. »

Xena prit la main de la barde dans les siennes. « Bien sûr. » Elle entrelaça leurs doigts et lui montra un chemin feuillu. « Que penses-tu d’ici ? »

« Ça me va », acquiesça la barde tandis qu’elles partaient dans cette direction.

L’air matinal était encore frais et il les effleurait tandis qu’elles avançaient sur le chemin ombragé, grimpant la côte d’une foulée égale et puissante. Elles passèrent deux avant-postes où les gardes les regardèrent avec un peu de surprise, puis elles atteignirent le haut de la crête et trouvèrent un endroit confortable d’où elles pouvaient regarder à travers les arbres et voir la face montante de la montagne d’en face.

Gabrielle étira ses pieds bottés et croisa les chevilles, ses doigts jouant avec ceux de son âme sœur tandis qu’elle prenait une bouffée de l’air pur. « C’est sympa ici. »

Xena remonta un genou et posa son avant-bras dessus. « Oui. » Elle soupira lentement et tourna la tête pour regarder sa compagne. « Tu vas bien ? »

Une douce étincelle entra dans le regard vert brume. « J’allais justement te demander la même chose », admit la barde. « Je présume que tu as eu ce que tu voulais, hein ? »

Xena étudia ses mains. « Ce… n’était pas ce que je voulais, Gabrielle. C’était quelque chose… je veux dire que je n’éprouve pas de joie à tuer. » Elle fit une pause. « Plus maintenant », amenda-t-elle, honnêtement. « Mais c’est une chose qui fait partie de moi et de ce que je suis… et je ne voulais pas que tu affrontes cela. »

« Je sais. » Gabrielle posa la tête sur l’épaule musclée de la guerrière. « La moitié de moi veut… oh, je présume qu’elle veut savoir que j’ai assez grandi pour prendre ce genre de décision et l’autre moitié… Xena, l’autre moitié veut juste tirer sur ta manche et que tu t’occupes de moi. » Elle soupira. « Je sais que j’aurais pu le faire, je présume que c’est la part importante. »

« Mm », acquiesça Xena.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a fait ça. » La barde secoua la tête. « Je présume que c’est juste un de ces trucs de guerrière que je ne comprends pas. » Elle tourna la tête pour regarder la guerrière. « Pourquoi a-t-elle choisi cette façon de mourir, Xena ? »

La guerrière garda un silence profond pendant un moment puis elle soupira. « Peut-être qu’elle pensait que c’était le meilleur choix… parce qu’elle avait une chance de cette façon. »

« Xena. » Le regard vert brume darda vers elle. « Allons… ce n’est pas comme si elle ne savait pas qui tu es, ou ce dont tu es capable. »

« Je sais ça », répondit tranquillement Xena. « Mais si elle pensait que j’étais… diminuée, alors peut-être qu’elle choisirait ce moyen. »

« Dimin… » Gabrielle se retourna à demi et mit une main sur son épaule. « Mais tu n’es pas… » Sa voix traîna. « Attends une minute… c’est ce que croyait Ephiny… elle pense que tu es blessée », balbutia la barde. « Elle est venue me parler de ça ce matin. »

Un léger sourire lui fit face. « Oui… Pony m’a demandé la même chose. »

« Mais… » Le visage de Gabrielle se contracta de confusion. « D’où est-ce qu’elles auraient bien pu avoir cette idée ? »

Xena la regarda, ses yeux bleu clair brillant légèrement dans le soleil masqué par les feuilles.

La barde sentit l’air quitter ses poumons. « Tu leur as laissé penser ça », haleta-t-elle.

La guerrière ferma les yeux pour confirmer puis les rouvrit. « Oui. »

Gabrielle resta dans un silence stupéfait. « Tu faisais semblant hier soir ? »

Xena baissa le regard. « Non. » Elle leva le regard avec regret. « Mais ça a dû les faire commencer à jaser… j’ai compris ça ce matin quand je suis allée te chercher le petit déjeuner. J’ai juste… » Elle haussa une épaule. « … donné un peu plus de preuves. »

« Tu… leur as menti ? » La barde semblait avoir des difficultés avec le concept.

« Non… » Son âme sœur se pencha en arrière. « J’ai juste… rempli leurs attentes de comment elles pensaient que je devrais me comporter… c’est tout. » Xena attendit, puis jeta un coup d’œil  vers elle.

Gabrielle réfléchit à la question. « C’était si important pour toi ? »

« Oui. » Une réponse simple, très calme.

La barde souffla lentement. « Je devrais l’être. Furieuse, je veux dire, parce que c’était supposé être ma décision, Xena… je ne suis plus une enfant et je peux prendre des responsabilités par moi-même. »

« Tu as pris la décision », argumenta sa compagne. « Tu sais que tu l’as fait et les Amazones savent que tu l’as fait… ça a atteint son but. J’ai juste… je ne voyais pas le besoin que tu la regardes être transpercée comme un cerf. »

« Peut-être que j’avais besoin de voir ça », répliqua la barde brusquement. « C’est la conséquence de ma décision… tu te souviens ? »

Xena garda le silence et baissa son regard vers la terre. « Je suis désolée. »

Gabrielle mit une main dans son coude. « Ne le sois pas… je ne suis pas furieuse. J’ai dit que je devrais l’être, mais… » Elle soupira. « C’était son choix, Xena… et après ce qu’elle a dit, je dois croire qu’elle l’aurait fait de toutes les façons, peu importe si elle pensait ou pas avoir une chance. »

La guerrière relâcha un soupir de soulagement silencieux. « Probablement. »

Un petit silence tomba.

« Mais c’était plutôt subtil. » Le regard vert l’étudia avec intérêt.

Xena soupira. « Oui, n’est-ce pas ? » Elle rit doucement.

« Personne ne s’attend à ce que tu sois subtile, n’est-ce pas ? » La barde se rapprocha, frottant sa joue sur le bras de sa compagne. « C’est pour ça que tu t’en sors avec ce genre de choses, hein ? »

« Parfois », approuva la guerrière. « Je ne l’avais pas particulièrement prévu… j’ai juste vu une occasion avec Pony et c’est parti comme ça. » Elle bougea un peu. « Je me disais que connaissant les Amazones, ça ferait le tour. »

« Surtout dans la salle à manger », ajouta Gabrielle. « Juste où il se trouve qu’Arella était prisonnière. »

« Oui. » Xena hocha la tête. « C’est mieux que de les laisser parler de ton nombril. »

Un demi-étouffement, un demi-reniflement sortirent de sa compagne. « Quoi ? »

La guerrière battit de ses cils noirs. « C’était le sujet dont elles parlaient avant que je n’entre. »

« Xena, ne sois pas idiote… comment pourraient-elles avoir une discussion compl… Qu’est-ce qu’on peut dire sur mon nombril ? » Gabrielle protesta en regardant ledit endroit. « C’est juste un trou. »

La guerrière roula sur le côté et inspecta le sujet de leur conversation. « Et ben… je ne sais pas… » Elle se pencha et mordilla doucement la zone. « Elles ne m’ont pas demandé mon avis. »

Gabrielle inspira brusquement, tandis que les lèvres de sa compagne faisaient des choses distrayantes sur sa peau. « Xena, ce n’est pas très subtil », murmura-t-elle d’une voix irrégulière. « Et ces bois sont remplis de sentinelles. »

Xena soupira et fit retraite, mais elle resta où elle était, la joue posée sur le ventre de la barde. « Gabrielle, je ne pense pas que ça les surprendrait de découvrir que je te considère comme incroyablement séduisante », fit-elle ironiquement remarquer, en volant un autre mordillement.

Le regard vert se posa timidement sur elle. « Pareil pour moi ? »

Elles échangèrent un sourire et Gabrielle commença à passer ses doigts dans les cheveux noirs et soyeux posés sur son estomac. « Est-ce que je dois dire à Ephiny que c’était arrangé ? »

Xena avait fermé les yeux, savourant avec bonheur les doigts de la barde sur son crâne. Elle réfléchit un moment puis elle ouvrit un œil bleu et fixa Gabrielle. « Bonne question. » Elle réfléchit encore un peu. « D’un côté, tu ne veux pas qu’elle pense que tu as mis la Nation en danger en épargnant mon ego. »

Gabrielle écarquilla les yeux. « Je suis sûre qu’elle ne… dieux, Xena. »

Xena haussa le sourcil au-dessus de l’œil ouvert. « D’un autre côté, elle se sentirait mal à l’idée d’avoir été dupée. » Une pause. « Utilisée, d’une certaine façon. »

« Hmm. » La barde plissa le front de réflexion. « Je pense que le mieux serait de lui laisser penser qu’elle a juste surréagi… je veux dire que, après tout, je lui ai dit tout de go que tu allais bien. » Elle fronça les sourcils. « Mais je déteste mentir, Xena. »

Elles échangèrent un regard paisible et pensif. « Je sais », dit Xena tranquillement. « Mais tu ne l’as pas fait… tu as dit la vérité. Pour ce que ça vaut, moi, j’ai dit la vérité… mais elles attendaient un mensonge. »

Gabrielle soupira. « Oui… pas je que je les en blâme, parce que c’est exactement ce que tu ferais, même si tu étais blessée. » Elle tourna un regard sévère vers sa compagne. « Sauf à moi, pas vrai ? »

Xena rit doucement, envoyant une traînée de chaleur sur la poitrine de sa compagne. « Vrai. »

« Alors… je présume qu’on va juste la laisser penser qu’elle a été un peu trop protectrice », décida la barde.

« Très bien. » La guerrière accepta la proposition, puis elle referma les yeux, murmurant d’aise tandis que Gabrielle continuait à passer les doigts dans ses cheveux.

Cela amena un petit sourire d’émerveillement sur le visage de la barde tandis qu’elle observait la totale acceptation par Xena de leur proximité et elle réfléchit au fait que leur relation de maintenant était vraiment différente de ce qu’elle avait été avant que toute l’horreur les sépare.

D’une certaine façon, elle était plus profonde. De beaucoup de façons elle était plus égalitaire, même si elles avaient encore des moments difficiles, quand le passé de Xena déclenchait son besoin agressif de prendre le contrôle, mais même alors, comme maintenant, elle recevait généralement une excuse après coup.

Autrefois ça aurait été impensable… Xena, s’excuser ? Jamais. Son âme soeur était consciencieusement plus prévenante, mais aussi plus calme, et plus triste, et Gabrielle savait qu’il y avait des choses qui pesaient sur sa conscience juste comme elles le faisaient sur la sienne.

Elle ébouriffa les mèches noires, cherchant du gris et un œil bleu apparut avec une étincelle amusée. « Tu en as trouvé ? »

Gabrielle rit doucement. « Nan… et tu sais quoi ? Je ne pense pas en trouver jamais. »

Le sourcil se haussa brusquement. « Joli sentiment, mon amour, mais pas très réaliste », répliqua Xena avec un rire ironique. « Je ne suis pas Hercule. »

Elles se regardèrent en silence pendant un long moment, témoignant d’une vérité qu’aucune d’elles ne voulait exprimer à voix haute. « Et bien, je le croirai quand j’en verrai, alors », finit par murmurer Gabrielle. « Mais ma mère a commencé à en avoir très jeune… je parie que j’en aurai avant toi. »

Xena réfléchit à leur différence d’âge. « Je parie que non », répliqua-t-elle d’un ton désabusé.

La barde pencha sa tête blonde. « Cinquante dinars. »

« Cinquante ! ! ! » Cria la guerrière en regardant le sourire narquois arriver sur les lèvres de son âme sœur. « Gabrielle, c’est… »

« Hmm ? » Un doigt se fraya un chemin jusqu’au menton de Xena. « Tu suis ou tu te tais, Princesse Guerrière. »

Un long soupir. « Très bien. » Xena secoua la tête, chatouilla le ventre de la barde et la fit gigoter. « Tu es une rude négociatrice, Reine des Amazones. »

Gabrielle rit de triomphe et elle reprit son massage, tandis qu’elles gardaient toutes deux le silence. Les arbres remuaient paisiblement dans le vent et elle se sentit très contente de simplement être là et de passer du temps avec Xena, laissant l’activité du village Amazone derrière elle. Néanmoins. « On va leur manquer, n’est-ce pas ? » Finit-elle par dire en soupirant, à contrecoeur.

« Probablement », marmonna Xena d’un ton ensommeillé. « Je suis supposée être blessée… tu pourrais me réprimander. »

« Hmm ? Oh oui… méchante fille », la taquina Gabrielle. « Utilise un peu de cette discipline Amazone. »

« Je pensais qu’on avait décidé que les Amazones n’avaient aucune discipline », fit remarquer Xena d’un ton narquois. « Il faut que je te dise un truc, Gabrielle… d’avoir été surprises nues dans leur bain… c’est plutôt une mauvaise chose. » Elle ouvrit les yeux. « Même avec le fait qu’Arella avait les codes pour passer les gardes. »

La barde soupira. « Je sais… je sais… » Elle regarda son âme sœur d’un air interrogateur. « Hé… peut-être que tu peux leur donner des leçons tant qu’on est là ! »

« Oh non. » Xena secoua la tête. « Oh… non non non… c’est des ennuis à coup sûr et tu le sais bien. Elles vont devenir cinglées. » Elle imagina brièvement le visage de Pony à cette suggestion. « Gabrielle, j’ai assez de problèmes ici, d’accord ? »

« Xena. » Gabrielle se pencha et lui tapota le bout du nez. « Après ce soir, tu vas être une AMAZONE, tu te souviens ? Ce sera différent… d’accord ? »

Un regard bleu ironiquement amusé la regarda à son tour. « Ecoute… tu peux me mettre du cuir… » Elle montra son corps. « Ça ne fait pas de moi une Amazone et nous le savons toutes les deux. »

La barde se mâchouilla la lèvre. Xena avait raison à ce sujet, elle devait l’admettre. Même si elle aimait voir son âme sœur dans la tenue Amazone, elle savait que la grande guerrière était aussi à l’aise dedans qu’elle-même le serait dans l’armure de Xena. Ce n’était tout simplement pas ce qu’elle était et pour cette raison, Gabrielle ressentait la même chose. « D’accord… je saisis ton point », admit-elle à contrecoeur.

Ce n’était pas ce qu’elle était. Gabrielle réfléchit à ça. « Xena. »

« Mm ? » La guerrière croisa les mains sur son estomac nu.

« Tu veux bien faire quelque chose pour moi à la cérémonie ce soir ? »

Un haussement des deux sourcils. « Hum… » Xena se demanda dans quoi elle allait se fourrer. « D’accord… bien sûr. » Elle rassembla son courage. « Tu ne peux pas me demander de porter moins de choses… c’est déjà plutôt minimal », blagua-t-elle faiblement, détaillant à nouveau son corps.

« Non… je veux que tu… » Gabrielle traça doucement une ligne le long de son épaule. « … portes ton armure. » Ses doigts se baladèrent. « Tout l’attirail. »

Xena garda le silence un long moment. « Euh… » Elle regarda la barde avec étonnement. « Euh… d’accord… » Qu’est-ce qu’il se passait ? « Bien sûr… c’est plus confortable pour moi de toutes les façons. » Elle observa le visage de Gabrielle avec attention. « Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Les traits juvéniles de la barde prirent une pose plus sérieuse. « J’ai beaucoup réfléchi à qui j’étais ces temps-ci. » Elle souleva un morceau de l’armure de métal sur le haut de son bras et le laissa retomber. « Et de toutes les personnes que j’ai été jusqu’ici, je pense que j’ai décidé que c’est d’être la Barde de Potadeia qui est le mieux. » Son regard vert alla sur le visage de Xena. « Alors c’est ce que les Amazones auront ce soir. » Elle traça un sourcil noir doucement. « Avec la très célèbre guerrière que j’ai accompagnée après en avoir écrit des histoires. »

Xena croisa les bras sur sa poitrine et lui sourit. « Et comme la guerrière a eu de la chance ! » Elle hocha deux fois la tête. « Très bien. » Puis elle pencha la tête. « Il est assurément temps de rentrer. »

La barde fronça les sourcils. « Tu les as entendues nous appeler ? »

Une étincelle espiègle. « J’ai entendu ton estomac gronder. »

Gabrielle grogna. « Dieux… très bien, allons-y… nous devons nous préparer pour la fête. »


A suivre 10ème partie

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21 avril 2018

Soleil !

mar

 

Que serait un week-end ensoleillé comme celui-ci sans un peu de lecture ? ;O)

- Le Festival de Missy Good, partie 8, traduction de Fryda

- Gigi, une ff francophone de Gaxé

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Gigi, de Gaxé

                                                                                                   

Cette histoire m’a été inspirée par une chanson (pas très récente, la chanson…)

 

GIGI

 

C’est une nuit magnifique. La fête est particulièrement animée, l’ambiance est chaleureuse et bon enfant, et partout où se porte le regard, il ne rencontre que des visages joyeux et souriants.

Dans ma main, celle de Gina commence à se crisper légèrement, signe qu’elle pense déjà au moment où ce sera son tour de monter sur scène.

C’est une tradition vieille de près d’un siècle. Chaque année, en plein cœur du mois d’août, tout le village célèbre la fête de la vierge. Des forains installent leurs manèges sur la place dès le vendredi matin et pour tout le week-end, attractions dont tout le monde profite largement, après tout les distractions sont plutôt rares dans ce coin du sud de l’Italie. Et ce soir, dimanche et dernier jour de la fête, dans une forme d’apothéose, tous ceux qui se sentent l’âme artistique montent sur la petite scène de bois qui a été dressée pour l’occasion, quel que soit leur domaine. Nous avons déjà vu quelques sketchs, deux ou trois actes de pièces classiques, des danseurs, un groupe de rock, deux chanteurs lyriques et actuellement, un accordéoniste survolté joue quelques airs endiablés qui amènent la plupart des villageois à se trémousser plus ou moins élégamment.

Mais nous, nous ne dansons pas.  Le passage de Gina sur scène est le clou du spectacle et chacun l’attend avec impatience. Depuis qu’elle a quinze ans, elle chante et connait un succès qui croît d’années en années mais qui n’est pas si  surprenant que ça. Après tout, elle est plus que douée.

L’accordéoniste déchainé termine en sueur, alors que sur la place, les danseurs cessent de tournoyer pour reprendre leur souffle. Je me tourne vers Gina, et si elle est toujours un peu crispée, elle me sourit tout de même avant de lâcher doucement un petit « Quand faut y aller… »

Je lui souris en retour, murmure « Epate-les tous ! » et la regarde se diriger vers la scène, le trac ne l’empêchant pas de faire de grands pas décidés.

Avec ses longs cheveux noirs, ses si beaux yeux bleus tellement expressifs et l’élégance de chacun de ses gestes, elle est magnifique et un silence quasi religieux s’installe alors que la voix de mon amie s’élève.

C’est beau, tout simplement. J’ai la réputation d’être douée avec les mots, et il m’est déjà arrivé de conter quelques histoires lors des fêtes des années précédentes, mais je ne me sens pas capable de décrire ce que je ressens en l’écoutant tellement son interprétation est remarquable.

Elle commence par un vieux chant traditionnel avant d’entamer une complainte pleine d’émotion qui fait monter des larmes aux yeux de plus d’un spectateur. Et puis, elle enchaine avec trois succès de variété bien plus récents.

Les applaudissements crépitent lorsqu’elle se tait, les bravos fusent et je vois même une rose tomber à ses pieds, comme pour les grandes vedettes nationales. J’ignore qui l’a lancée, sans doute un touriste, j’imagine mal un villageois connaissant Gina depuis l’enfance faire un tel geste, mais ce dont je suis certaine, c’est qu’elle en est ravie. Elle ramasse la fleur, en respire le parfum, salue le public, puis cède à la demande de la foule et entame une nouvelle chanson.

Enfin, elle quitte la petite estrade de bois et vient rapidement vers moi, souriant à tous ceux qui la félicitent, parfois en paroles, parfois d’une tape sur l’épaule ou simplement d’un pouce levé. Mais pour moi, elle ne se contente pas d’un sourire et m’enlace tandis que je me jette à son cou. Je lui chuchote quelques compliments à l’oreille juste au moment où ses parents viennent nous rejoindre, accompagnés de son frère cadet. Tous ensemble, nous discutons, commentant sa prestation avec enthousiasme, lorsque nous sommes brusquement interrompus par un homme et une femme que nous ne connaissons pas. Des touristes, visiblement, même s’ils ne portent ni l’un ni l’autre la tenue que revêtent habituellement les vacanciers. Pour ces deux-là, ni tee-shirt, ni short, ni sandales. Au contraire, ils sont tous deux très élégants, costume de créateur léger et chemise blanche sans cravate tout de même pour lui, et robe d’été probablement griffée pour elle, accompagnée de talons d’une hauteur impressionnante. Mais je n’ai guère de temps pour les observer puisque l’homme s’avance très vite vers Gina, un sourire avenant sur les lèvres.

« Mademoiselle, quelle voix ! Quel talent ! Vous étiez extraordinaire ! Vraiment, je ne peux que vous féliciter pour cette merveilleuse prestation ! »

Un peu éberluée par cet enthousiasme, mon amie remercie poliment pendant que la grande blonde, toujours accrochée au bras de son compagnon, acquiesce vigoureusement du menton en souriant.

Après avoir remercié, Gina se tourne de nouveau vers sa famille, pensant que l’homme en a fini avec elle, mais il insiste, s’adressant maintenant directement à ses parents.

« Vous êtes sa famille ? C’est formidable ! Vous devez être tellement fiers d’elle ! Il faut absolument que je vous parle ! »

Il semble ne pas vouloir s’arrêter, mais le père de mon amie l’interrompt rapidement, le ton incrédule et méfiant à la fois.

« Nous parler ? Pourquoi ça ? De quoi pourriez-vous bien vouloir nous entretenir alors que nous ne vous connaissons absolument pas ? »

L’homme secoue la tête et agite les mains dans les airs comme s’il chassait des mouches.

« Après avoir vu et entendu cette jeune femme, j’ai conçu de grands projets pour elle, de très grands projets ! Je veux faire d’elle une star ! »

Il s’anime de plus en plus, semblant manifestement mourir d’envie de convaincre les parents de mon amie. Mais elle ne le laisse pas poursuivre son argumentation et vient se placer face à lui, l’un de ses bras tendu pour continuer à tenir ma main alors qu’elle apostrophe l’inconnu d’un ton peu amène.

« S’il s’agit de moi, ne serait-il pas plus judicieux de m’adresser directement la parole ? »

Et, avant qu’il puisse répondre, elle lui tourne le dos pour s’adresser à son frère et ses parents.

« Venez. Laissons là cet olibrius et rentrons à la maison. »

Nous commençons aussitôt à nous éloigner mais il nous rattrape, brandissant un bristol qu’il tend au père de mon amie.

« Prenez ma carte ! Je suis un producteur connu, je vous assure. Vous pouvez vérifier sur le net ! »

Nous le regardons tous, un peu éberlués, mais il n’en a que faire et fourre sa carte dans la main de Rosita, la mère de Gina, en ajoutant vivement.

« N’oubliez pas de m’appeler, c’est très important ! »

Et puis, il cesse de marcher et reste sur place à nous regarder nous éloigner, criant encore une fois.

« N’oubliez pas ! »

Je les laisse tous quelques instants plus tard, donnant un petit baiser sur la joue de mon amie, pour sa famille et pour tout le village d’ailleurs, nous sommes les meilleures amies du monde et rien de plus, mais je prends le temps de murmurer un petit « Tiens-moi au courant » au creux de son oreille.

 

Elle me téléphone le lendemain, paraissant très excitée, les paroles se bousculant pour sortir de sa bouche.

« C’est vrai, Gabrielle ! Il a vraiment produit de nombreux chanteurs, dont certains sont connus dans tout le pays, et même dans le monde ! »

Elle ne me laisse pas le temps de répondre et reprend, toujours aussi exaltée.

« Nous avons lu tout ce que nous avons trouvé à son sujet sur le net. Et ce matin, mon père l’a appelé. Il doit passer dès cet après-midi et si tout va bien, je pourrais même signer un contrat dans la semaine ! »

Elle a l’air si heureuse à l’idée de, peut-être, pouvoir entamer une carrière de chanteuse, que je ne peux que partager sa joie et son enthousiasme, et nous passons un très long moment à parler, jusqu’à ce que j’entende la voix de sa mère, en arrière-plan, qui l’appelle pour l’informer que Monsieur Guido vient d’arriver. Aussitôt, Gina coupe court à la conversation et raccroche très vite, terminant par un « je te raconterai » en guise d’au revoir.

Je reste songeuse après ça. A demi allongée sur mon lit, les yeux rivés sur l’écran de mon téléphone que je ne vois pourtant pas vraiment, je réfléchis à l’échange que nous venons d’avoir.

Je sais qu’elle a souvent rêvé de faire carrière dans ce domaine et de vivre de sa passion. Je la connais depuis notre plus tendre enfance et elle a toujours aimé chanter. Des petits airs qu’elle fredonnait en allant à l’école, à la balade romantique qu’elle m’a susurrée le jour, pas si lointain, de notre premier baiser, jusqu’à l’hymne qu’elle entonne le jour de la fête nationale, et je suis absolument certaine que l’opportunité qui s’offre à elle aujourd’hui, celle de faire ce qu’elle aime plus que tout, la remplit de joie. J’en suis très sincèrement heureuse pour elle, mais si mon cœur exulte à la pensée de l’avenir plein de succès qu’elle pourrait connaitre, il est aussi crispé par l’inquiétude, et une question revient sans cesse dans mon esprit. Qu’adviendra-t-il de nous ? De notre amitié, de notre complicité et du tendre sentiment que nous nous sommes avoués il y a quelques semaines seulement ?

 

 

Je n’ai que peu de temps pour m’interroger. Elle s’en va la semaine suivante, et nous ne nous revoyons pratiquement pas jusque-là. Elle passe seulement me voir en coup de vent un soir, restant cinq minutes à discuter avec ma sœur avant de m’entraîner derrière la maison pour me faire mille promesses d’avenir doré et de retour rapide.

A vrai dire, je n’y crois qu’à moitié. Je n’ai aucun doute sur sa sincérité, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger. Dès son arrivée à Rome, puisque c’est là-bas que tout va commencer, Gina va forcément rencontrer des célébrités, des chanteurs, des acteurs, peut-être connus dans le monde entier. Et puis, si le succès est là, et je n’ai guère de doute à ce sujet, elle va voir le monde, d’autres villes, d’autres pays.  Et alors, quel attrait pourra-t-elle trouver à une villageoise qui ne connait rien du monde ?

 

Les journées se succèdent à toute allure et c’est aujourd’hui le jour de son départ. Je viens à la gare bien avant l’heure de son train. Je reste là, regardant les rails en me demandant ce qu’il va advenir de nous, de cet amour qui se développait petit à petit. Et puis, alors que je sens quelques larmes me monter aux yeux, je vois Gina arriver près de moi, un demi-sourire étirant ses lèvres. Cela m’étonne un peu de la voir ici, il est encore tôt et apparemment, aucun membre de sa famille ne l’accompagne. Mais elle m’explique rapidement qu’ils la rejoindront plus tard et que, pour l’instant, elle veut ne consacrer le peu de temps qu’il lui reste à passer ici qu’à moi. Ça me fait particulièrement plaisir et, quand elle me tend les bras, je me jette entre eux, savourant le contact avec une espèce de désespoir qui me surprend moi-même. Elle me sourit doucement, m’entraîne derrière une haie qui longe la voie ferrée et resserre son étreinte puis murmure au creux de mon oreille :

« Je pars pour me réaliser, Gabrielle, pour gagner ma vie en faisant ce que j’aime, et je te promets que je ferai tout pour réussir. Mais ce que je peux aussi te jurer, c’est que je ne t’oublierai pas, et que je reviendrai très vite. »

Et puis, elle picore mon visage et mes lèvres avec de petits baisers, passant délicatement ses mains le long de mes bras et de mon dos, me procurant quantité de petits frissons tout à fait délicieux.

 

 L’unique quai de notre petite gare est noir de monde. Tous ceux qui ont fréquenté la même école et le même collège que nous sont là. Et puis les oncles, les tantes et les cousins, les voisins, la plupart des commerçants, même la veuve du colonel… Ils sont tous venus dire au revoir à ma belle amie brune Evidemment, il y a un peu de bousculade, il ne reste rien de l’intimité dont nous avons bénéficié tout à l’heure, nos au revoir sont rapides et, au milieu de toute cette foule, un peu formels. Elle finit par embrasser ses parents et son frère puis monte dans le wagon avant de se pencher à la fenêtre du vieux train qui va l’emmener vers Naples où elle prendra une correspondance pour Rome. Son dernier regard est pour moi, j’en suis absolument certaine. Et puis, le train démarre…

Les semaines s’écoulent, sans saveur. Après m’avoir envoyé un petit texto le soir même de son arrivée à Rome, Gina me laisse complètement sans nouvelle. Cette situation m’inquiète beaucoup, d’autant plus que ses parents ne sont guère mieux lotis, et au fil du temps, j’en viens à me décourager et à envisager qu’elle ne me contacte plus jamais. Pourtant, il ne se passe pas une seule journée sans que je pense à elle, et je lui envoie régulièrement des courriers électroniques auxquelles elle ne répond pratiquement jamais. Je ne me morfonds pas, il m’arrive de sortir avec des amis et de bien m’amuser, mais les quelques garçons qui, de temps à autre, tentent de me séduire en sont pour leurs frais.

C’est après quatre mois que je reçois une carte postale, venant de Paris. Je ne sais pas ce qu’elle y fait, mais je ressens une vague appréhension, si bien que j’hésite à lire ce qu’elle m’écrit et je passe deux longues minutes à simplement regarder l’image de la Tour Eiffel représentée sur la carte avant de la retourner et de me décider à déchiffrer les quelques mots que mon amie a jeté là.

« Ne doute pas de ma tendresse, je ne t’oublie pas. »

Après un si long silence, ces quelques mots me réchauffent le cœur. Malheureusement, ce petit courrier n’est suivi d’aucun autre signe de vie durant trois longues années hormis quelques textos, toujours très brefs.  

 

Régulièrement, je passe beaucoup de temps sur internet, recherchant d’éventuelles vidéo, et c’est au bout de trois longues années que j’en découvre enfin une, que je regarde d’ailleurs plusieurs fois par jour sans jamais m’en lasser. De plus, la même chanson passe parfois à la radio, semblant indiquer que la carrière de mon amie décolle enfin. Pourtant, la Gina que je découvre sur ces images est bien différente de celle que je connais. Alors qu’elle ne portait pratiquement que des jeans et des tee-shirts, dans ce mini film, elle est vêtue d’une robe somptueuse, chaussée de talons d’une hauteur vertigineuse, et son visage est recouvert d’un maquillage particulièrement sophistiqué. J’ignore s’il s’agit là d’un choix personnel ou de celui du dénommé Guido, son producteur, mais bien que je la trouve toujours aussi belle, je me demande si cette métamorphose est juste dictée par les circonstances et le souci de sa carrière naissante, ou si la transformation est plus durable et profonde que ça.

Ce n’est pas une question que je me pose bien longtemps cependant, la réponse me vient très vite et d’une manière que je n’attendais plus depuis un long moment.

C’est une fin de soirée d’été. La fraîcheur, relative, tarde à venir sur notre village et, dans le petit jardin de la maisonnette que je loue depuis un peu plus d’un an, je suis allongée sur un transat, me délassant après ma journée de travail. Je ne m’inquiète pas lorsque j’entends grincer le portail, pensant qu’il s’agit sans doute de mes parents, ou d’un cousin qui vient me saluer et passer quelques minutes en ma compagnie. Mais c’est une erreur, et je n’en crois pas mes yeux alors que je lève la tête pour voir qui vient me rendre visite.

Elle est là, les deux mains dans les poches de son pantalon de toile, arborant un petit sourire un peu timide, comme si elle s’inquiétait de l’accueil que je pourrais lui donner. Mais moi, je ne me pose aucune question et je bondis littéralement, courant pour parcourir les quelques mètres qui nous séparent. Puis, je me jette à son cou. Aussitôt, ses bras s’enroulent autour de ma taille et c’est après avoir couvert son visage de petits baisers d’une manière fougueuse qui ne me ressemble pourtant guère, que je m‘exclame.

« Gina ! Dieu que je suis contente, je pensais que je ne te verrai plus jamais ! »

Elle rit et me serre davantage contre elle avant de me soulever légèrement du sol pour tourner ensuite sur elle-même. Je m’accroche à son cou, plus heureuse que je ne l’ai jamais été, mais très vite, je ne peux retenir les questions qui me viennent aux lèvres.

« Pourquoi m’as-tu donné si peu de nouvelles ? Est-ce que tout s’est bien passé pour toi ? Vas-tu rester longtemps ici ? »

Elle rit de nouveau, pose un petit baiser sur mes lèvres comme pour me faire taire, et réponds brièvement.

« Je vais bien Gabrielle. Je te promets que je te dirai tout ce que tu veux savoir, mais pour l’instant, je dois aller chercher mes bagages que j’ai laissés à la gare. »

Elle relâche son étreinte, prend ma main et m’entraîne vers la rue, ajoutant tout de même avec un large sourire.

« Je suis revenue définitivement. J’avais signé un contrat, et je me devais de l’honorer, mais maintenant… »

Elle n’explique rien, se contentant d’esquisser un vague geste du bras, alors qu’elle semble attendre ma réaction qui ne se fait pas attendre.

« Définitivement ? Tu plaisantes ? »

Je n’en reviens pas et je cesse de marcher pour la regarder, cherchant dans ses yeux le signe qui indiquerait qu’elle ne parle pas sérieusement, qu’elle essaie juste de me taquiner. Mais je ne trouve rien, son regard est ferme et elle fait même un petit geste du menton pour confirmer ses mots. J’ouvre grand les yeux, hésitant entre la stupéfaction et la joie, mais finalement, c’est la curiosité qui l’emporte

« Pourquoi ? Tu commences juste à te faire connaître ! Je serai plus que ravie que tu reviennes et que tu te réinstalles ici, mais je ne comprends pas »

Elle hausse les épaules, reprend ma main et recommence lentement à marcher en direction de la gare tout en m’expliquant brièvement

« J’ai détesté la vie là-bas, Gabrielle. Dès le début, tout m’a déplu. Les villes sont sales et bruyantes, les gens sont hypocrites et menteurs. La mentalité est épouvantable dans ce milieu. Chacun semble prêt à tout pour obtenir la plus minime des faveurs auprès de ceux qui paraissent pouvoir la leur faire, et tout le monde attendait de moi que je fasse la même chose. Et je ne te précise pas quel genre de faveur certains pensaient pouvoir me réclamer… »

Elle se tait un instant, son expression désabusée, mais alors que j’attends avec impatience d’en savoir davantage, nous sommes accostées par un passant, un de nos ancien camarade de classe qui s’étonne de la voir ici et se précipite vers elle avec un enthousiasme évident. Il lui flanque une grande tape sur l’épaule, souriant de toutes ses dents, avant d’interroger :

« Combien de temps vas-tu rester ? Où en est ta carrière ? As-tu rencontré beaucoup de célébrités ? »

Sans lui laisser le temps de répondre, il tourne sur lui-même, interpellant tous ceux qui se trouvent dans la rue en faisant de grands gestes qui attirent immanquablement de nombreux badauds, commerçants, personnes âgées, et même la veuve du colonel qui passait par là.

Elle est assaillie de questions auxquelles elle répond du mieux qu’elle peut et nous avançons si lentement qu’il nous faut plus d’une heure pour arriver enfin à la gare. Le temps que mon amie récupère ses bagages et c’est une petite foule qui est réunie sur le parking de la petite station ferroviaire. Au moment où je rentre chez moi, la nuit est tombée depuis déjà longtemps.

 

Nous sommes à la mi-août, c’est la première fête de la vierge à laquelle Gina participe depuis son retour. Comme auparavant, elle est la dernière à monter sur scène. Elle chante. C’est si beau que j’en ai les larmes aux yeux.

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Le Festival, partie 8

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 8ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Il lui fallut un moment, mais Gabrielle finit par trouver sa cible qui se cachait près d’un surplomb rocheux ombragé et pêchait ostensiblement. Comment pouvait-elle pêcher, allongée, à lancer des cailloux dans l’eau, la barde trouva ça dur à imaginer, mais… Elle fit une longue pause à se contenter d’observer sa compagne. Le regard de Xena n’était pas concentré, comme si ses pensées étaient à un million de lieues de là et il lui fallut quasiment une éternité avant de cligner des yeux et de tourner la tête vers l’endroit où se tenait la barde.

« Salut. » Xena la salua tranquillement. « Tu es là depuis combien de temps ? »

La barde sourit et se fraya un chemin pour descendre le long des rochers, Arès sur ses talons, pour rejoindre la guerrière dans son petit nid. Xena était sur le côté et Gabrielle s’installa dans la courbe de son corps, un bras autour des cuisses de son âme sœur et l’autre sur son épaule. « Pas longtemps », répondit-elle. « Juste une minute ou deux. » Le regard vert étudia sa compagne tranquillement. « Tu étais profondément concentrée… tu voudrais partager quelque chose ? »

Xena soupira et lui lança un regard désabusé avant de hausser les épaules. « J’aimerais bien que ce soit le cas… je regardais juste l’eau depuis un moment… j’observais les rides. » Une réponse sacrément boiteuse, hein ? J’étais juste là à rêvasser… je pense que je perds la main. « Je ne pensais à rien en particulier. »

Le crépuscule diminuait et l’eau faisait des ombres noires avec des lueurs occasionnelles. Sur leur gauche, une chouette hulula doucement et Gabrielle put sentir les fleurs de pommier sur la brise fraîche de la soirée. Aux confins de son audition, elle détecta un faible son de tambours en provenance du village et elle se rendit compte que les Amazones commençaient probablement à se rassembler pour le dîner. « C’est joli par ici. » Elle prit une inspiration profonde. « Mm… tu sens ça ? »

Xena renifla l’air consciencieusement. « De l’eau, de la boue, des rochers, deux grenouilles, trois oiseaux, des figues, et… » Elle ferma un œil judicieusement. « Un pommier. »

Gabrielle se pencha en arrière et lui lança un regard affectueux. « Tu peux être une sale gosse des fois. » Elle chatouilla la guerrière derrière le genou.

« Toi aussi », répondit la grande femme en lui chatouillant la nuque, ce qui la fit glousser. Elles partagèrent un sourire et ensuite Xena s’étira et réfréna un bâillement. » Il est temps de rentrer pour le dîner, hein ? » La pensée de passer la soirée en compagnie des Amazones lui faisait tourner la tête pour une raison inconnue, mais elle attendit quand même que Gabrielle réponde.

La barde réfléchit à la question. « Oui… je présume. » Elle glissa un peu vers le bas, jusqu’à ce que sa tête soit contre la hanche de Xena et elle regarda le ciel qui commençait à s’animer avec un rideau d’étoiles. Elles étaient belles ce soir, songea-t-elle, savourant la brise fraîche qui tirait sur sa chemise et envoyait de minuscules frissons le long de ses jambes quasiment nues.

« Tu présumes ? » Demanda Xena d’une voix légèrement intriguée. « Tu n’en as pas l’air très sûr. » Elle leva une main et caressa doucement les cheveux de la barde, laissant les mèches couler entre ses doigts. « Tu as trouvé Eph et Pony ? »

« Mmm hmmm. » Gabrielle ferma les yeux. « Je les ai convaincues de faire leur proposition l’une à l’autre. »

Xena écarquilla les yeux de surprise, mais sans que sa jeune compagne ne le voie. « C’est vrai ? »

« Oui », répondit la barde avec sérénité. « Je me suis dit que si les anciennes frapadingues veulent essayer quelque chose, ça, ça va les calmer. » Elle tourna la tête et cligna des yeux. « En plus, ce sera bon pour elles. »

« Oui oui… et depuis quand tu es une experte sur ce sujet ? » Demanda la guerrière avec un rire.

Un haussement de sourcil blond.

Xena réfréna un sourire ironique. « D’accord… tu gagnes. » Elle continua à caresser les cheveux doux de la barde. « Tu veux retourner là-bas ? » Elle espéra que sa voix ne montre pas à moitié qu’elle y allait à contrecœur.

Gabrielle croisa les mains sur son estomac et réfléchit à la question. « Hum… » Elle pianota des doigts légèrement. « Pas vraiment… j’aime bien être ici », répondit-elle honnêtement. « Ça a été… vraiment une longue journée et j’ai besoin d’un peu de calme, je pense. » Son regard croisa celui de Xena. « Et toi ? »

« Heu », songea Xena. « Voyons voir… je peux choisir entre une pièce pleine d’Amazones bavardes ou rester ici avec toi. » Elle poussa un soupir agacé. « Quel choix. » Elle tendit la main par-dessus sa tête et tira sur quelque chose, un petit panier qu’elle fit passer au-dessus d’elle pour le déposer près de l’épaule de Gabrielle.

La barde regarda à l’intérieur avec curiosité. « Oooh… » A l’intérieur, il y avait des pommes, des figues, deux oranges amères et un petit buisson de baies. Elle choisit une figue et la mâcha avec contentement, reprenant sa place confortable. « Et moi qui pensais que tu passais tout ton temps à rêvasser. » Elle donna un petit coup dans la jambe de Xena.

« Presque », confessa la guerrière, posant sa tête sur l’herbe tandis qu’elle prenait quelques brins et commençait à les tresser paresseusement. « Comme tu l’as dit, ça a été une longue journée », continua-t-elle d’un ton désabusé. « Je ne pensais pas finir ici à paresser si longtemps, mais… je… hum… c’était bon de juste rester assise un moment. » Je n’ai pas réalisé combien j’étais fatiguée avant de le faire… Dieux, j’aurais pu m’endormir sur place. Elle se frotta rapidement les yeux.  Je présume que les années commencent à vraiment me rattraper… c’est fichument sûr… j’avais l’habitude d’être capable de combattre toute la journée sans le ressentir.

Gabrielle posa sa figue et roula pour se mettre sur un coude, fixant le visage de sa compagne à travers le crépuscule couleur lavande. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle un peu inquiète. « Ce n’est pas ton habitude de dire ce genre de choses. »

Xena lui lança un regard ironique. « Tu vois ? Je ne peux pas gagner… je ne te dis rien, tu es furieuse. Quand je mentionne que je ne suis pas à la hauteur, tu es tout inquiète. »

« M… » Commença la barde puis elle s’interrompit. « Je… mais… » Elle soupira. « Ce n’est pas juste, Xena… tu m’as entraînée à observer tous tes petits signaux non verbaux… qu’est-ce que je suis supposée faire quand tu décides de me DIRE quand quelque chose ne va pas ? ? » Demanda-t-elle d’un ton plaintif tout en s’asseyant et en se rapprochant rapidement. « Tiens… allonge-toi. » Elle poussa la guerrière pour qu’elle s’allonge et prit la poignée de baies, en choisissant quelques-unes pour les lui tendre. « Mais merci… de faire un effort pour faire ça », ajouta-t-elle avec un sourire. « Je l’apprécie vraiment. »

Xena mâcha ses baies et se détendit, relevant une jambe tout en poussant la barde du coude. « Allez… allonge-toi », dit-elle, en jetant une baie à Arès qui n’attendait que ça. Il l’attrapa en plein air et la mâcha, puis il se lécha les babines avec espoir et la regarda.

Gabrielle se reposa contre la cuisse de Xena, un bras légèrement posé sur la cage thoracique de la guerrière et continuant à lui offrir ses fruits. Maintenant qu’elle l’observait, elle pouvait voir les légères lignes d’épuisement dans l’expression de sa compagne et une vague de culpabilité la submergea. « Dieux… je suis désolée. » Elle prit le visage de Xena dans sa main et soupira. « Et me voilà, courant dans tous les sens pour tout arranger et j’oublie de vérifier la plus importante chose entre toutes. »

« Mm… je suis ignorée… tu me voles mes vêtements… » Xena tendit la main et l’enroula dans la chemise que portait son âme sœur, la tirant doucement vers l’avant. « Je me sens tellement maltraitée. » Elle se souleva et captura les lèvres de la barde, se laissant tomber en arrière en entraînant Gabrielle. « Heureusement pour moi… » Grogna-t-elle doucement dans l’oreille de la jeune femme. « J’aime ça. »

Gabrielle lui caressa la joue. « J’étais sérieuse », objecta-t-elle doucement.

« Je sais », répondit la guerrière. « Tu avais raison de t’occuper d’abord de ces gens, Gabrielle… elles sont sous ta responsabilité. » Xena mit un doigt sur le nez de la barde. « En plus, tu es venue me voir, tu te souviens ? J’ai des bandages partout pour le prouver. »

La barde réfléchit à ces mots. C’était vrai. La guerrière avait été docile, contrairement à son habitude, et lui avait permis de faire ça, en fait. « Mm hmm… et tu ne t’es pas arrêtée pour faire la sieste avec moi cet après-midi parce que Zeus t’a interdit de montrer une faiblesse devant les Amazones. » Gabrielle la poussa doucement sur la poitrine.

Xena sourit, un peu penaude. « Je pense que tu m’as eue, là », admit-elle. « J’ai une réputation à tenir, t’sais », ajouta-t-elle de manière vertueuse.

Gabrielle sourit. « Je sais. » Elle tendit un morceau de figue. « Je dirais que tu as fait un super boulot aujourd’hui là-dessus, tigresse. » Elle avait entendu les autres Amazones raconter avoir vu la défense féroce de Xena à l’entrée du tunnel et elle avait observé les regards admiratifs que sa compagne recevait alors qu’elles traversaient le village.

La guerrière eut un sourire tranquillement narquois. « Pas mal », dit-elle avec un haussement d’épaules.

La barde rit et se laissa absorber la vue du corps de Xena avec une admiration sans faille. La lumière était presque partie maintenant, le crépuscule se fondant dans l’argenté bruni et fantomatique de la demi-lune qui colorait les yeux bleus de son âme sœur d’un gris profond et faisait passer des ombres intéressantes sur ses bras nus.

Amoureusement, elle passa un doigt sur les lèvres de Xena qui s’écartèrent et capturèrent doucement les siennes, les dents mordillant légèrement sa peau. « Je t’aime », murmura la barde à voix aussi basse que l’herbe de la rivière effleurée par le vent.

Xena cligna ses yeux aux cils noirs et courba un coin de ses lèvres. « Je t’aime aussi », ronronna-t-elle en prenant la main de la barde dans la sienne pour embrasser les phalanges puis pressant leurs mains emmêlées contre sa poitrine. La guerrière chercha derrière elle et sortit quelque chose de blanc et odorant, ses yeux ne quittant jamais son âme sœur tandis qu’elle tressait quelques fleurs de nuit au parfum doux dans ses cheveux clairs. « Merci d’être venue me chercher. »

Gabrielle prit la dernière fleur et sentit sa fragrance légèrement épicée. « Toujours. » Elle peignit le visage de Xena des bords de la fleur, ses pétales fragiles effleurant à peine sa peau. « Toujours… » Répéta-t-elle doucement.

L’herbe lui effleura le visage tandis qu’elle se baissait lentement jusqu’à ce que leurs fronts se touchent, puis elle baissa la tête et embrassa les lèvres de sa compagne, une exploration lente et subtile qui gagna en intensité jusqu’à ce qu’elle ait de sérieux problèmes pour respirer et que son corps glisse hors de contrôle, souhaitant le toucher de Xena d’une façon à laquelle il lui était vraiment difficile de résister.

Elle savait qu’elles devaient arrêter. Elle savait qu’elles étaient bien au fait de ça, mais les mains de Xena continuaient un mouvement attirant, trouvant des endroits sensibles avec une précision dévastatrice et la réduisant à un cœur de sensations qui gagnaient en puissance et qui lui firent oublier où elle était.

Oublier presque qui elle était, jusqu’à ce qu’elle entende une petite voix marmonner un gémissement tel un miaulement dont elle était sûre qu’il n’émanait pas d’elle. Instantanément la pression se calma et un toucher frais murmura sur son visage rougi de chaleur. « Hé… » La voix de Xena, basse et à la respiration irrégulière. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Gabrielle se força à ouvrir les yeux, sa respiration difficile. « Je vais bien », haleta-t-elle. « C’est vraiment devenu intense. » Elle baissa la tête et la posa contre l’épaule de Xena, respirant avidement son odeur. « C’est un peu risqué, non ? » Elle supplia silencieusement son âme sœur de la contredire.

Un léger rire bas. « Un peu, oui. » Xena tapota le côté de la barde et la serra dans une étreinte chaleureuse. « Je pense qu’aucune de nous deux ne serait en paix si elles nous trouvaient, en fait. »

La barde garda le silence un instant puis tira doucement sur la boucle du gambison de Xena avec ses dents. « D’un autre côté… » La boucle se desserra et elle commença avec la suivante. « C’est un festival dédié à la fertilité, pas vrai ? » Les yeux verts devenus mystérieusement gris regardèrent Xena, tandis que Gabrielle mordillait doucement sa clavicule. « A moins que tu ne sois trop fatiguée. » Un air contrit.

Elle reçut en réponse un haussement de sourcils et un éclair de dents blanches, tandis que Xena relâchait un rire léger et sexy. « Comme je l’ai dit… j’ai une réputation à tenir. » Elle trouva sa place avec un talent admirable. « Essaie juste de ne pas effrayer trop les gardes au point qu’elles nous tirent dessus, hein ? Je ne suis pas sûre que mes réflexes soient au top. »

Gabrielle se sentit un peu vertigineuse tandis qu’elle s’abandonnait à l’attaque, mais elle eut la présence d’esprit de faire un certain mouvement subtil. Ses mains se trouvèrent immédiatement saisies et elle sourit, sachant que Xena le ressentirait sous ses lèvres inquisitrices. « Je dirais que les vieux réflexes sont là où ils ont besoin d’être, mon amour. »

Au-dessus d’elle, un engoulevent se mit à rire.


Ephiny se laissa à nouveau tomber sur son banc, accrochant ses jambes autour des pieds de la table où elle était assise et elle se détendit. La salle était pleine d’Amazones passablement fatiguées, légèrement grincheuses et encore irritables, ce qui lui rappela les moments des tant redoutés ‘cycles de Hadès’ mensuels. C’était étrange, mais plutôt prévisible qu’une grande partie des Amazones du village soit concernée par le même rythme, mais bon sang, ce que c’était inconfortable que tout le monde soit de mauvaise humeur en même temps.

Juste là, bien entendu, même le pire cas de crampes ne pouvait atténuer la sensation stupidement ridicule, immature et absurde qu’elle ressentait dans ses entrailles.

Insensé. A son âge, d’être aussi étourdie par…

Bon sang, cette sournoise petite Gabrielle. Ephiny recourba ses lèvres dans un tout petit sourire. Je ne peux pas croire qu’elle a fait ça. La barde l’avait proprement poussée par-dessus un bord qu’elle n’avait pas anticipé, mais maintenant qu’elle était où elle était, à flotter…

C’était plutôt fichtrement bon.

Elle et Pony. Et elle qui pensait que j’allais la renvoyer… comme si j’allais faire ça. Ephiny soupira intérieurement. Mais je présume que j’ai été plutôt froide ces derniers temps… je ne peux pas dire que je la blâme d’avoir pensé ça. Elle sirota de la bière de sa chope. Je pense que je vais aimer ça. Elle sortit une note de sa ceinture et l’étala sur la table.

A Ephiny, Régente des Amazones, Tyldus, Chef des Centaures, lui envoie ses salutations.

Nous avons entendu parler de l’agitation chez vous et nous espérons que les choses vont bien maintenant. La rumeur dit que tout s’est bien terminé et nous souhaitons que vous n'ayez pas annulé vos plans pour le festival de la Moisson, parce que moi-même et quelques-uns de mes acolytes allons voyager vers chez vous et nous espérons être près de votre village demain.

Et plus spécialement, un jeune Centaure aimerait beaucoup voir sa mère et m’a persuadé de l’emmener, d’autant qu’il a appris que ses tantes préférées sont là et il est anxieux de les voir.

Jusqu’à demain, porte-toi bien.

Ephiny sourit, sentant une poussée chaleureuse de joie à la pensée de voir son fils. Il restait avec les Centaures pour son propre bien, elle le savait, mais il lui manquait, surtout quand elle voyait d’autres enfants, comme les trois bambins de Jessan.

D’un autre côté, songea-t-elle, elle devrait lui parler de Pony. Hmm. Elle pianota sur la table puis rit d’un air désabusé. Et bien, peut-être que c’était une bonne chose que Gabrielle soit là… elle était vraiment bonne pour ce genre de choses.

Un éclat de rire attira son attention et elle se tourna pour voir un groupe joyeux autour de Jessan et Elaini. Les êtres de la forêt avaient leurs mignons petits gamins avec eux et Elaini était occupée à discuter de travail et de naissance avec quelques-unes des plus anciennes Amazones, tandis que son compagnon était entouré d’un cercle de jeunes admiratrices.

« Je peux toucher ton pelage ? » Demanda une des jeunes filles aux yeux brillants, provoquant un éclat de rire.

Jessan les observa nerveusement. « Euh…bien sûr. » Il se dit qu’il y avait assurément beaucoup d’énergie ici. Il regarda la jeune fille lui tapoter le bras, puis tirer d’un geste expérimental sur son pelage épais. « Hé ! »

Elle sursauta et couina.

« C’est attaché à ma peau, tu sais », balbutia Jessan, troublé.

« Tu as des poils… partout ? » Demanda une jeune fille aux cheveux noirs innocemment.

L’être de la forêt s’éclaircit la voix. « Euh… eh bien, oui… je veux dire… pas sur les paumes de mes mains. » Il leva ses grandes mains et les retourna. « Ou sur mon nez, mais partout ailleurs oui. »

Des rires. « VRAIMENT partout ? » Demanda à nouveau la jeune fille.

Jessan plissa le front et pencha la tête. « Et bien, ou… » Puis il se rendit compte de l’endroit qu’elles regardaient toutes et son museau prit une teinte rouge brique. « Non… non… non… pas… exactement… partout, non. » Il attrapa désespérément un verre et engloutit son contenu, puis il se rendit compte de son erreur quand une brûlure féroce atteignit ses entrailles. « Oh… par la boule gauche d’Arès. » Il ferma les yeux et attendit que la fumée arrête de sortir de ses oreilles. « C’était quoi ça ? »

Un véritable chœur de rires lui répondit.

« Où est ce fichu mélange d’épices poivrées… » Marmonna une des cuisinières en passant près d’eux. « J’essaie de faire mariner ce poisson puant… »

Jessan écarta les narines. « Est-ce que l’une de vous peut me rapporter un verre d’eau », réussit-il à dire d’une voix étranglée. « S’il vous plaît ? »

Ephiny vint à sa rescousse écartant quelques-unes des Amazonettes pour lui tendre une chope de cidre. « Tiens. »

Il l’attrapa de ses mains velues et prit quelques gorgées désespérées, après quoi il s‘assit en haletant un long moment, avant de finir par soupirer. « Merci. »

La régente s’assit et lui tapota la jambe. « Pas de souci. » Elle lança un regard aux fillettes soudain devenues timides. « Vous n’avez rien d’autre à faire ? »

Elles saisirent le message et laissèrent la régente et leur invité. « Désolée, Jessan… elles sont parfois turbulentes. » Ephiny lui tapota le bras.

Jessan s’éclaircit la voix et tressaillit. « C’est bon… » Il lui lança un regard penaud. « Elles faisaient juste… heu… je ne m’attendais pas à ce qu’elles… posent ce genre de question. » Il jeta un coup d’œil aux fillettes qui s’étaient agglutinées à l’autre bout de la pièce et le regardaient avec des yeux espiègles. « Elles sont… heu… très… heu… »

« Le mot que nous utilisons dans la nation Amazone, c’est ‘gaillardes’ », dit Ephiny, très pince-sans-rire.

« Hmm. » Jessan plissa le museau. « Nous utilisons ce terme pour décrire des étalons surexcités. » Il s’éclaircit à nouveau la gorge, irritée par le mélange qu’il avait bu. « Merci de nous aider à nous intégrer ici, à propos, Ephiny. Nous l’apprécions tous les deux. »

La régente rit. « Merci d’avoir combattu pour nous ce matin… Je pense que c’est le moins qu’on pouvait faire, et en plus… vous êtes de bons amis de notre reine. » Elle lui sourit. « Et je sais qu’elle a une très haute opinion de vous. »

L’être de la forêt rougit un peu. « J’ai une très haute opinion d’elles deux aussi. »

Un petit silence tomba. « Est-ce que… tu sais ce qui s’est passé ? » Demanda Ephiny à voix basse, avec un regard direct.

« Oui », répondit tranquillement Jessan. « Nous avons entendu dire que… j’ étais… je veux dire, Elaini et moi nous nous dirigions vers Amphipolis… pour voir si nous pouvions apporter notre aide. » Il hésita. « Je suis content qu’il n’y en ait pas eu besoin. »

« Jess… » Ephiny regarda autour d’elle et se pencha en avant. « Qu’est-ce qui se serait passé si ça n’avait pas été ? » Son regard chercha le sien. « Qu’est-ce qu’elles auraient fait ? »

L’homme velu de haute taille soupira et regarda le sol, son visage creusé de lignes d’introspection. « Je… honnêtement, Ephiny… je ne sais pas. » Il mâchouilla une griffe. « Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas… que nous ne comprenons pas au sujet de votre peuple. » Il réfléchit un peu. « Je peux te dire que je n’ai jamais connu deux personnes de votre espèce qui partagent une connexion aussi puissante qu’elles, mais… » Il soupira. « J’avais peur pour elles. »

« Moi aussi », admit la régente. « C’était dur… je devais faire des choix… dont je ne suis pas très heureuse. »

Jessan garda le silence, digérant ces mots. « Gabrielle avait besoin d’une amie », finit-il par répondre tristement. « Et elle fait partie de votre Nation. »

« Oui », acquiesça Ephiny. « Nous voulions la protéger. »

L’être de la forêt hocha lentement la tête. « Mais elle n’est pas la seule qui avait besoin d’une amie », lui rappela-t-il tranquillement. « Xena a dû être drôlement seule. »

Ce fut une révélation surprenante pour Ephiny, qu’ici, dans cette étrange personne velue, se trouvait quelqu’un qui verrait cela en premier, qui verrait au-delà de l’armure de Xena comme si, pour lui, elle n’existait pas. Elle tenta pendant un moment d’imaginer ce que c’était pour Xena, de voir son fils mort, trahie par la meilleure amie qu’elle avait au monde et arrachée à la seule influence stabilisatrice que sa vie ait connue depuis des années.

Dieux. En y regardant bien et en sachant ce qu’elle était… elles avaient eu de la chance qu’elle ne devienne pas enragée et décime la moitié de la Nation par pure rage. Elle était plus que capable de ça et Ephiny le savait bien. Mais d’une certaine façon, à travers la douleur et la folie, elle s’était fixée sur la seule chose… non, la seule personne qui, pour elle, était la clé de toutes choses. Les seules Amazones qui avaient été blessées étaient celles qui avaient tenté de l’empêcher d’atteindre sa cible.

Un tonnerre de sabots et Ephiny avait couru comme une folle vers la hutte de sudation, évitant les gardes paniquées qui tentaient de former un mur pour empêcher la guerrière qui arrivait d’atteindre leur reine. Ephiny était arrivée à la porte juste au moment où Gabrielle sortait en titubant, les yeux verts emplis de douleur, regardant par-dessus sa tête pour se fixer sur la menace avec une expression entre un désespoir immense et un soulagement épuisé. « Elle est revenue », avait murmuré la barde, sa voix se brisant.

Ephiny l’avait attrapée. « Viens… il faut qu’on te sorte de là. » Et elle avait commencé à tirer la femme à demi consciente vers deux chevaux nerveux. « On va te faire passer la frontière… les Centaures te garderont un moment… j’ai passé un marché avec eux. Nous allons la retenir ici. »

Incroyablement, le corps dans ses bras avait résisté. « Non. »

« Allons Gabrielle ! » L’anxiété et le bruit augmentant rapidement des sabots rendaient sa voix plus pointue. « Ce n’est pas le moment de discuter. »

Les pieds nus s’étaient accrochés au sol et la forme puissante avait tournoyé, s’arrachant de sa prise. « Laisse-moi partir. »

« Gabrielle ! »

Soudain, les mains de la barde étaient sur ses épaules et des yeux éteints et emplis de larmes l’avaient fixée. « Laisse… moi… partir. » La voix de la barde s’était brisée. « Reste hors de mon chemin, Ephiny… n’essaie pas de m’arrêter. »

La poussière et les pierres les avaient arrosées et un bruit sourd avait secoué son monde tandis qu’à travers les cris, elle avait entendu les bottes lourdes avancer vers elles. Les Amazones gardant Gabrielle avaient volé dans toutes les directions, impuissantes contre la rage et la colère qui se déversait littéralement de la silhouette menaçante de Xena.

Et alors elle fut sa seule défense. La dernière barrière entre son amie, sa reine, et la force la plus destructrice qu’elle n’avait jamais connue. Les yeux bleus glacier l’avaient transpercée telle une brûlure, tandis qu’elle avait tournoyé et s’était préparée, tendant les mains pour attraper Xena tandis qu’elle s’était rapprochée d’elles. « Xena, attends… »

Elle n’avait jamais vu arriver vraiment les choses. Elle avait juste senti l’explosion des muscles puissants contre les siens et ensuite, le craquement douloureux le long de son bras qui l’avait mise à genoux de douleur intense.

Elle se souvenait avoir levé les yeux et avoir vu Gabrielle fermer les yeux tandis que Xena l’attrapait, le visage de la jeune femme se froissant dans un pur désespoir impuissant. La guerrière monta à cheval traînant la barde avec elle et il n’y eut soudain plus que la poussière et la nausée.

« Devons-nous les poursuivre ? » La voix de Solari était rapide et urgente tandis qu’elle faisait signe à un groupe de guerrières.

La douleur avait été si intense qu’Ephiny s’était presque évanouie, mais elle avait lutté pour se mettre debout et avait fixé les formes s’éloignant pendant un moment infini, revoyant ces yeux éteints et hantés.

« Non. » Combien de fois, nombreuses, avait-elle débattu avec elle-même, allongée sur son lit, au sujet de cette décision ? « Laissez-les partir », leur avait-elle dit.

« Eph… tu es folle ? Elle va la tuer ! » Solari s’était retournée pour protester, les yeux écarquillés.

« C’est peut-être leur destin », avait fini par répondre la régente, serrant son bras cassé. « Mais si elle le fait… cette Nation n’aura pas de repos jusqu’à ce que la tête de Xena soit sur une pique devant le village. »

Elle n’avait eu aucune pensée pour les sentiments de Xena. Personne n'en avait eu… sauf Gabrielle. Et cet être de la forêt. « Ça a dû être insoutenable », finit-elle par répondre, tranquillement. « Je ne sais pas comment elles ont fait. »

Jessan soupira et découvrit ses crocs dans un minuscule sourire. « J’ai arrêté d’essayer de deviner… c’est juste comme ça. »

Ephiny hocha la tête pour acquiescer. « C’est vrai. » Elle regarda autour d’elle. « Et en parlant d’elles… je me demande où elles sont ? J’ai vérifié leurs quartiers en venant ici… aucun signe d’elles. Je me disais qu’elles étaient dans les écuries ou un truc comme ça, mais il fait tout noir. »

Jessan pianota puis ferma les yeux, étendant sa Vision dans les directions les plus plausibles.

Quelques instants plus tard, il ouvrait ses yeux dorés et son museau prit une teinte rouge cramoisi. « Elles vont bien », finit-il par dire, d’une voix plus aiguë que la normale. « Absolumment bien… spectaculairement… aucun problème, nan… elles vont super bien. »

Ephiny le fixa, intriguée, puis elle se tourna vers Eponine qui entrait. « Tu as vu la Reine quelque part ? »

« Nan », répondit Pony, en regardant l’être de la forêt rougissant avec curiosité. « Qu’est-ce qui lui arrive ? »

« Aucune idée… Jessan ? Tu vas bien ? » Demanda la régente.

Jessan croisa les jambes et étudia le plafond. « Oui, bien… la forme totale. Ouaip… merci de le demander. »

Les Amazones lui lancèrent un regard étrange. « Je pense qu’on ferait bien d’aller les trouver… il faut que je parle d’Arella à Gabrielle », décida Ephiny. « Allons. » Elle tapota le bras de Jessan. « Tu te détends, d’accord ? »

« Ouais… d’accord. » Jessan leur fit plus une grimace qu’un sourire. « Je pense qu’elles sont… heu… » Il montra rapidement l’arrière de la salle. « Par là. »

« Merci. » Elles le laissèrent avec son cidre.

Elaini se glissa sur son banc. « Tout va bien, chéri ? »

Jessan grinça des dents. « On penserait que j’ai appris à ne pas mettre mon museau dans leur direction… pas vrai ? »

Sa compagne se mit à rire. « Oooh… pauvre bébé… tes sens ont résonné ? »

L’être de la forêt se mordit la lèvre. « Bon sang… elles envoient plus de trucs que toutes ces petites gamines salaces. »

« Ah oui ? » Elaini passa une griffe sur sa cuisse poilue avec un rire séducteur.

« Aaaahhhh… Laney… » Couina-t-il. « Ne va pas par là ! »

« Et vous allez où ? » Les interrompit une jeune voix sonnante.

Jessan regarda d’un œil pour voir que le cercle d’Amazones était de retour. « Oh… salut. » Il se mordit le bout de la langue. « Hé… vous savez où je peux trouver de l’eau froide ? »

Elles se regardèrent. « Bien sûr », répondit la plus grande. « Beaucoup d’eau… dans des seaux. »

« Ah… tu peux m’en rapporter un ? »

Elaini se contenta de rire.


« Xe ? »

« Hmm ? »

« Je peux te dire une chose ? »

« Bien sûr. »

« Je suis vraiment contente que ça soit un de tes nombreux talents. » Gabrielle prit une bouchée de pomme et bougea les épaules, s’installant plus confortablement sur l’estomac de sa compagne.

« Ah oui, hein ? » Xena lui lança un regard affectueux. « Et bien, tu n’es pas si mal toi-même, t’sais. »

La barde mâchouilla un moment, puis elle avala. « Vraiment ? »

La guerrière lui prit la pomme des mains avant de la mordiller, puis elle la lui rendit. « Vraiment », assura-t-elle à la jeune femme.

Gabrielle absorba le compliment avec un air content puis elle regarda par-dessus l’eau éclairée par la lune. Une grenouille coassait au bord de l’eau et elle pouvait entendre les doux bouillonnements tandis que la rivière passait tout près, frôlant les rochers et les léchant avec de toutes petites éclaboussures. Elle pouvait sentir la fumée des feux de camp maintenant, mêlée à la senteur verte des arbres et elle soupira joyeusement. « Quelle belle nuit. »

Xena croisa les chevilles et pencha la tête en arrière, regardant le ciel maintenant noir d’encre, avec ses dentelles d’étoiles. « Le temps s’est éclairci. » Elle prit une profonde inspiration. « Il fait un peu plus frais… c’est bon. »

La barde se nicha plus près. « Oui… mais un peu frisquet. »

Un léger rire lui répondit puis Xena l’attrapa et la tira, l’enserrant entre ses bras pour lui masser doucement le dos. La barde avait remis sa chemise, mais elle ne l’avait pas fermée et sa peau était fraîche au contact. « C’est mieux ? »

« Mmmmmmm. » La barde sourit contre le tissu soyeux du gambison de Xena. Puis elle soupira. « Je présume qu’on devrait y retourner avant qu’elles ne commencent à avoir une crise, hein ? »

Xena grogna. « Je présume aussi. »

Elles regardèrent l’eau en silence tandis que la lune se montrait à travers les arbres et faisait danser des formes argentées. Xena s’étira un peu puis elle se raidit en entendant un bruit léger sur sa droite. « Arès ? » Appela-t-elle doucement.

Le bruit s’amplifia et ensuite elle entendit un cri de surprise, suivi par un bruit de chute.

« Bon sang ! » Cria une voix familière. « Arès, espèce de sot… arrête ça ! ! »

Le regard bleu croisa le vert. « Elle doit l’aimer », dit Xena en riant, avant de tendre la main pour serrer la ceinture de Gabrielle et s’asseoir.

« Arès ! Ouille ! ! ! » La voix se rapprochait.

Gabrielle boucla les attaches du gambison de sa compagne et se remit contre la poitrine de Xena, passant les mains dans ses cheveux avant de tirer sur les pans de sa chemise, les lissant sur ses cuisses tandis que le buisson bougeait violemment, relâchant deux Amazones éreintées aux plumes ébouriffées.

Xena mit un bras autour de l’estomac de Gabrielle et claqua des doigts de son autre main. « Arès… viens ici, mon garçon. » Elle regarda innocemment les nouvelles arrivantes. « Salut vous. »

Ephiny brossa des feuilles brisées de sa jupe et s’assit, leur lançant un regard sévère. « Xena… ce foutu loup nous a pratiquement poussées dans la rivière… qu’est-ce qui ne va pas chez lui, par Hadès ? »

La guerrière caressa le loup, qui avait enfoui sa tête dans son épaule. « Brave garçon », murmura-t-elle. « Tu auras un gâteau tout à l’heure. » Ensuite elle s’éclaircit la voix. « Je ne sais pas… peut-être qu’il… » Elle se mâchouilla la lèvre. « Qu’il pensait que vous représentiez un danger… il ne voulait pas vous faire tomber dans la rivière. »

Ephiny la regarda. « Oh… bon… je vais dire ce que j’en pense… Arès, Garde du Corps de Guerrière, pas vrai ? »

Gabrielle rit doucement, tournant la tête pour enfouir son visage dans l’épaule de Xena.

« C’est ça », acquiesça la guerrière solennellement. « Alors… qu’est-ce qui se passe ? »

Eponine était venue au bord de l’eau et s’était assise sur les rochers, remuant ses pieds dans l’eau. Elle se tourna à demi et regarda par-dessus son épaule. « On voulait voir où vous aviez disparu. »

« On est ici. » Gabrielle s’éclaircit la voix. « Nous… heu… » Son regard alla vers l’eau, tandis qu’elle tentait de trouver une bonne excuse, en vain. « Euh… je… et bien, c’est comme… en quelque sorte… »

« Nous avions besoin d’un peu de temps pour nous », déclara Xena d’une voix neutre.

Elles la regardèrent toutes avec surprise, Ephiny et Eponine échangeant des expressions choquées et Gabrielle haussant les sourcils.

« Je me disais que j’allais donner sa chance à la vérité toute nue. » La guerrière haussa les épaules. « Ça vous pose un problème ? » Un sourcil redescendit et elle prit un de ses airs les plus sévères.

« Euh… non… non… » Ephiny remua la main hâtivement. « C’est bon… c’est… bien, je heu… non, bien. Bien, vraiment… je comprends. »

« Ah oui ? » Répondit Xena avec une étincelle tranquille dans les yeux.

Ephiny la saisit et rougit, puis elle sourit d’un air ironique. « Bref… ce que nous… ce dont je voulais te parler, c’est d’Arella. » Son regard trouva celui de Gabrielle. « J’aimerais bien qu’on règle ça avant de commencer quoi que ce soit demain… je ne veux pas que ça reste pendant. »

Gabrielle se calma et prit une profonde inspiration. « Je… réfléchissais à ce sujet », admit-elle tranquillement. « Quels sont nos… pardon… quels sont mes choix ? »

La régente hésita, regardant ses mains, observant ses phalanges blanchir tandis qu’elles les pressaient les unes contre les autres. « Gabrielle… tu n’as pas à … je veux dire que je peux prononcer la sentence… pas besoin de… » Une main sur son poignet l’interrompit tandis que Gabrielle se penchait en avant en secouant la tête.

« Non. » La barde soupira. « C’est de ma responsabilité, Eph… j’étais là, j’étais impliquée… si je tourne la tête maintenant, ça fait quoi de moi ? » Elle prit une inspiration tremblante. « Quels sont les choix ? »

Ephiny soupira puis leva les yeux tandis que Pony s’avançait pour s’asseoir sur le sol frais et s’appuyer contre la jambe de la régente. Par réflexe, celle-ci laissa tomber une main sur l’épaule de la jeune femme brune et elle envoya un merci silencieux pour le réconfort tacite et le soutien. « Et bien, nous avons essayé de la réhabiliter. Ça n’a pas marché. »

« Oui. » La réponse de Gabrielle était sévère et tranquille.

« Il y a le confinement », proposa Ephiny. « Mais pour ce qu’elle a fait… ce serait pour très, très longtemps. » Elle réfléchit à cette option. « Ce serait dur pour nous… nous n’avons pas vraiment les ressources pour une période longue…. C’est pour ça que nous avons traité Paladia comme ça. »

« Je comprends », répondit la barde doucement.

« Et l’autre… option, c’est… d’éliminer le problème, » finit la régente, délicatement.

Le silence s’installa.

« Tu veux dire la tuer. » La voix de Gabrielle sortit de la pénombre.

L’Amazone blonde fit une pause. « Oui. »

Xena s’éclaircit la voix. « Gabrielle… » Elle s’arrêta quand un doigt se posa sur ses lèvres.

« Je… sais les choses qu’elle a faites… ce n’est pas excusable », déclara la barde. « Elle a tenté… de tuer Ephiny, elle a tenté de me tuer, elle a tenté de tuer Xena et maintenant, elle a causé la mort de deux Amazones, et en a physiquement torturé trois autres. »

Ephiny étudia ses mains. « Oui… tout ça est vrai.

Gabrielle se tourna à demi et leva les yeux à travers la lumière fantomatique de la lune vers les yeux clairs de sa compagne. « Tu penses qu’elle pourrait changer ? » Demanda-t-elle tranquillement. « Si on la conseillait et qu’on travaillait avec elle et qu’elle en ait l’occasion ? »

Xena garda un profond silence pendant une longue période de temps ; des tout petits muscles jouant sous la surface de sa peau étant la seule indication de sa réflexion profonde. Gabrielle attendit patiemment, sentant la tension dans le corps contre lequel elle était appuyée et luttant contre le désir de retirer la question.

La guerrière vivait un dilemme, prise entre son instinct qui disait non et la connaissance que n’importe qui avec du bon sens dirait la même chose pour elle. Comment pourrait-elle condamner Arella pour des crimes bien moindres que les siens ? Comment pourrait-elle, honnêtement, dire que cette femme devait être exécutée, quand seule l’intervention de Gabrielle s’était mise entre elle et le Tartare ? Elle n’avait aucun droit d’avoir une opinion et elle le savait. « Je ne peux pas te dire ça », finit-elle par dire d’une voix rauque. « Je ne sais pas… Gabrielle. »

La barde garda le silence un moment, un air de quasi-déception sur le visage. « Je veux croire que tout le monde peut changer », dit-elle. « Je le pense vraiment. » A qui je pense vraiment là… Arella ? Ou bien Hope ?  Elle chercha silencieusement les yeux gris fantomatiques qui la regardaient. J’avais raison pour toi, pas vrai ? »

N’est-ce pas ? As-tu toujours été une louve ou juste un mouton noir perdu, Xena ? Quelqu’un peut-il naître mauvais ou juste le devenir ?

Aurais-je pu faire une différence avec Hope ? Son regard traça les lignes allongées du visage de la guerrière, à demi masqué dans les ombres argentées. Est-ce que j’ai fait une différence avec toi ? Ou bien aurais-tu simplement… suivi ton chemin de toi-même ? Est-ce que quelqu’un peut vraiment changer ? Le saurais-je jamais ?

Elle se tourna vers Ephiny. « Est-ce qu’Arella a toujours été un problème ? »

La régente pinça les lèvres. « Et bien… » Elle réfléchit à la question. « Sa mère… elle était plutôt frustrée avec elle, je pense. C’était une guérisseuse ici… et elle savait qu’Arella n’était pas faite pour ça, alors elle a tenté de la faire encadrer très tôt par quelques-unes des guerrières les plus anciennes… je commençais à peine en tant que membre junior de l’équipe d’entraînement au bâton et je me souviens d’elle comme de quelqu’un de hargneux et non coopératif. »

« Ce n’est pas un crime », fit remarquer Eponine d’un ton neutre. « Elle était bonne avec une épée… pas géniale avec un arc… au combat à la main, elle faisait de la casse. Certaines des instructrices étaient vraiment furieuses contre elle, alors elles tapaient plus fort… ça ne marchait pas vraiment. »

« Ouais… je me souviens de ça… » Songea Ephiny. « Elle a brisé la jambe de la vieille Ella… on a dû la retirer de là après ça. »

« Arella s’en vantait », marmonna la maîtresse d’armes. « Le problème était que, elle était douée et elle le savait… et après un moment, elle se contentait de cogner celles qui se mettaient sur son chemin. » L’Amazone brune s’interrompit un moment et soupira. « Elle… n’avait pas beaucoup de respect pour beaucoup de gens. »

« Mélosa, un peu », commenta tranquillement Ephiny.

« Mm », acquiesça sa compagne. « Mais pas Vélasca », continua-t-elle inopinément. « Elle était d’accord avec elle, mais elle la trouvait cinglée. »

Gabrielle hocha la tête d’un air approbateur. « Est-ce que… quelqu’un a travaillé avec elle… tenté de comprendre pourquoi elle était si… »

« Désagréable. » Finit Pony pour elle, directement. « Je lui ai demandé pourquoi elle se comportait comme un cul de Centaure, oui… elle s’est contentée de rire. »

« Hum… » La barde se frotta la tempe. « Ce n’est pas… exactement… ce à quoi je pensais. » Elle était douloureusement consciente de l’immobilité de son âme sœur. « Les gens… je veux dire, habituellement les gens ont une raison pour être comme ils sont… des choses qui leur arrivent, ou bien… »

Ephiny secoua la tête. « Pas… vraiment, je veux dire, elle a eu une enfance plutôt normale ici… elles étaient environ une demi-douzaine dans le même groupe d’âge… nous n’avions pas de guerres majeures, pas de vrais problèmes… à l’époque tout allait bien… sa mère a essayé, Gabrielle… elle a vraiment essayé, mais elles étaient trop différentes. »

La barde regarda pensivement par-dessus l’eau. « Tu penses que les gens naissent bons ou mauvais, Ephiny ? »

Un long silence tandis que l’Amazone étudiait le sol rocailleux. « Je… je pense que les gens tendent vers… d’accord, je pense que quand on prend des décisions… on peut les prendre soit pour soi-même, soit avec d’autres personnes en tête. » Elle s’interrompit et choisit ses mots avec soin. « Le truc c’est d’être égoïste… je pense… la plupart des gens, dont je pense qu’ils sont mauvais, prennent des décisions pour eux-mêmes et ils ne s’occupent pas vraiment de comment ça affecte d’autres gens… tout ce qui les intéresse c’est ce qu’ils ressentent et combien ce qu’ils font les rend heureux. »

Gabrielle eut un air très pensif.

« Et… les gens dont je pense qu’ils sont bons… » A ce moment-là, le regard de la régente se posa sur le visage de Gabrielle et un sourire affectueux recourba ses lèvres. « … prennent des décisions basées sur combien cela va affecter tous les autres. Ils ne considèrent pas… leur propre bien-être quand ils le font. » Elle cligna plusieurs fois des yeux. « Même… quand ce sont de mauvaises décisions. »

Xena n’avait pas bougé depuis ce qui semblait être au moins un quart de chandelle, peu sûre de ce à quoi sa compagne pensait, et désireuse de ne pas la distraire. Elle avait un bras autour de l’estomac de la barde et elle sentit une main chaude entrelacer leurs doigts, tandis que Gabrielle prenait et relâchait une profonde inspiration.

« C’est intéressant à entendre », répondit Gabrielle tranquillement. « Alors… ce sont mes deux choix ? La réclusion… ou l’exécution ? » Son regard passa d’Ephiny à Eponine. « Pas d’autres options ? »

Le regard d’Eponine passa sur elle avec inconfort. « Il y a… et bien… ce qu’elle a fait à Solari et aux autres », répondit-elle, sa voix lourde d’hésitation. « Personnellement, je ne pense pas que… et bien bref, la loi l’autorise. »

La tête blonde de la barde tomba légèrement en avant. « La torture, tu veux dire ? »

« La discipline physique », la corrigea tranquillement Ephiny. « On l’a utilisée auparavant. »

Un léger hochement de tête. « Et ça changerait son attitude… comment ? » Son regard passa de l’une à l’autre. « Vous pensez que ça lui ferait peur de recommencer ? »

Les deux Amazones soupirèrent. « Non. »

Gabrielle serra plus fort les doigts de Xena. « D’accord. Est-ce que vous avez besoin de le savoir tout de suite ? J’aimerais avoir un peu de temps pour y réfléchir. »

Ephiny la fixa d’un air malheureux. « Gabrielle… honnêtement… laisse-moi faire ça », protesta-t-elle. « J’ai… eu à le faire déjà, et… et bien, je n’aime pas ça, mais… »

Le regard vert la cloua sans merci. « Je ne peux pas », répondit calmement la barde. « C’est de ma responsabilité et je ne vais pas l’éviter, Ephiny. »

La régente tourna sa requête vers le visage sans expression qui la surplombait et elle y trouva une douleur tranquille et impassible, mais aucune approbation. Elle soupira. « Très bien. » Elle tapota l’épaule de Pony. « Viens… je veux aller voir Solari… voir comment elle va. »

Xena les regarda partir puis laissa le silence s’éterniser tandis qu’elle observait le profil tranquille de son âme sœur. Gabrielle regardait l’eau, un air triste sur le visage, jusqu’à ce qu’elle finisse par se redresser et tourner la tête.

« Xena… j’ai besoin d’un peu de temps seule pour réfléchir à tout ça. »

Le visage de la guerrière resta impassible, mais Gabrielle sentit sa respiration s’interrompre et elle regarda les ombres apparaître lentement dans les yeux clairs quand Xena la relâcha et bougea, s’écartant de telle sorte qu’elles ne se touchent plus.

C’était presque une douleur physique et Gabrielle pouvait la ressentir, à la fois en elle-même et à travers le lien qui les reliait, et elle faillit revenir sur sa requête sauf que c’était vrai et elle savait qu’elle avait besoin d’espace pour réfléchir à sa décision.

Libérée de la présence chaleureuse et rassurante de la personne dont l’existence même prouvait la moitié de l’argument qu’elle avait à considérer. Elle regarda Xena qui se levait lentement et se brossait de ses mains. « Je vais… hum… » La guerrière garda le silence un moment. « A plus tard, je pense. »

Gabrielle lui entoura la jambe d’un bras et lui embrassa affectueusement le genou. « Merci. »

Elle fut récompensée par un faible sourire qui disparut rapidement. « Arès, reste ici », souffla Xena avant de se retourner pour contourner les rochers et disparaître dans l’obscurité.


Et maintenant ? Xena mit le couvercle sur les émotions grondantes qui tordaient ses entrailles tandis qu’elle traversait la forêt assombrie. Pas qu’elle blâmât sa compagne de vouloir un peu de tranquillité… c’était juste que… bon sang… 

Elle s’arrêta et s’appuya contre un arbre. Que Gabrielle te renvoie te fait souffrir. Bien. Accepte-le et passe à autre chose. Tu lui as dit que tu ne pouvais pas la conseiller, que tu ne pouvais pas l’aider à décider… quel choix avait-elle ? Tu n’apportes que de la distraction. Laisse-la réfléchir.

Ouais. Laisse-la juste réfléchir pour savoir si elle doit envoyer quelqu’un à la mort.

Xena se tourna et glissa le long du tronc de l’arbre, les feuilles humides frôlant sa peau en laissant une faible senteur. Qu’est-ce que je ferais ? Aucun doute là-dessus. Elle prit une feuille et la déchira. Bon sang, j’aurais dû me rendre compte qu’elle allait causer des ennuis après tout ce truc… pourquoi je ne l’ai pas finie à ce moment-là ?

Elle réfléchit très sérieusement. Elle se souvenait qu’elle avait écarté l’arme et avait mis Arella à terre ; elle se souvenait du craquement tandis qu’elle lui disloquait l’épaule. Elle se souvenait de l’avoir menacée tandis qu’elle la collait contre l’arbre.

Elle se souvenait de son impatience à s’en débarrasser, parce qu’agenouillée dans la boue, à courte distance, se trouvait une amie qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps, vers qui son cœur l’attirait irrésistiblement. Elle ne s’était pas inquiétée de ce qui arrivait à Arella. Tout ce qui comptait c’était Gabrielle.

Après tout, Arella était le problème des Amazones et elle avait été satisfaite de laisser les Amazones s’en occuper, tandis qu’elle concentrait toute son attention sur l’envahissante et étourdissante sensation du désir de son cœur, pas vrai ?

Vrai. Et si elle fermait les yeux, elle pouvait saisir un faible souvenir déclinant de ce qu’elle avait ressenti, quand elles avaient libéré leurs cœurs avec précaution et que tout avait semblé plein de… possibilités.

« Oh par les dieux, Xena, tu veux rire ? » Avait haleté Gabrielle en regardant, effrayée, le bord du précipice. Elle avait regardé par-dessus son épaule vers sa compagne, qui était appuyée nonchalamment contre un arbre, faisant semblant d’examiner un oiseau posé sur une branche toute proche. « Tu as vraiment grimpé ça ? » Sa voix était montée dans les aigus jusqu’à un couinement.

Xena s’était approchée à pas lents et s’était laissé tomber à genoux près de la barde couchée sur le dos, s’avançant pour se pencher par-dessus le bord. « Ouaip. » Elle avait montré un surplomb un peu en bas. « C’était la partie la plus dure… je suis restée coincée là-dessous et je devais sauter et attraper ce… » Une main avait couvert sa bouche et elle avait respiré l’odeur de Gabrielle avec une soudaineté surprenante. La faible rugosité de la peau sur sa paume chatouillait les lèvres de la guerrière et elle avait fait de son mieux pour ne pas la goûter.

« Ne… me… dis… rien… s’il te plaît », avait supplié la barde en retirant lentement ses doigts. « Je ne veux pas y penser. » Son léger toucher avait effleuré la pommette de la guerrière. « D’accord ? »

Xena avait roulé sur le dos, de telle sorte qu’elles étaient côte à côte, les bras pressés l’un contre l’autre. « Gabrielle… ce n’était pas si mal… et… et bien, c’est une chose dont je suis fière. »

La barde s’était mise sur ses coudes et elle avait tourné la tête, des mèches de cheveux clairs effleurant le visage de Xena. « Ah oui ? » Avait-elle murmuré timidement.

La guerrière avait hoché la tête. « Oui. » Elle avait laissé sa joue contre le haut du bras de Gabrielle, savourant la chaleur et le mouvement des muscles sous sa peau. « Je me souviens m’être tenue au fond, à regarder en l’air, et à penser… que je t’avais dit que si tu avais besoin de moi… toutes les légions d’Hadès ne m’empêcheraient pas de te rejoindre. Qu’est-ce qu’une petite montagne face à ça, pas vrai ? »

Un lent sourire doux avait recourbé les lèvres de la barde, éclairant ses yeux de l’intérieur. « Ooooh…. Xena… c’est si… » Elle s’était interrompue. « Si romantique. » Ses yeux avaient brillé doucement.

Et Xena, autrefois Bourreau des Nations, avait rougi. Franchement. Elle avait senti que ses défenses durement gagnées venaient de disparaître et la laissaient béante, tandis qu’elle fixait le regard de Gabrielle, ses émotions coulant de partout. Elle avait été désorientée, avait cessé de respirer et sa confusion devait se voir parce que les yeux de Gabrielle s’étaient perceptiblement agrandis et elle avait mis son poids sur un seul coude, tendant l’autre main avec hésitation. « Hé… »

La guerrière avait fermé les yeux tandis que les doigts touchaient son visage, se souvenant de la peur qui l’avait saisie pendant cette longue course désespérée qui avait fini dans une éclaboussure, une prise et un baiser. Et la peur différente qui avait fait trembler ses jambes tandis qu’elles se rendaient à l’inévitable et traversaient la ligne sur laquelle elles s’étaient tenues pendant ce qui semblait être la moitié d’une vie.

« Xena ? » Un son léger presque sans souffle avait envahi la voix normalement forte de Gabrielle.

Elle s’était forcée à ouvrir les yeux pour voir le regard vert inquiet de la barde à quelques centimètres. « Oui… oui… je vais bien… désolée… » Avait-elle fini par dire, se sentant un peu embarrassée. « J’étais… juste… » Une pause embarrassante. La réalisation de ce qui venait de se passer, l’informa son esprit, joyeusement. Allons, Xena… dis-le… crois-le… tu l’as finalement laissé se produire et maintenant c’est là et c’est réel et c’est l’amour qui te regarde depuis ces très, très jolis yeux verts.

La main de Gabrielle n’avait jamais quitté son visage et maintenant le toucher allait de son menton à son cou, tandis que la barde explorait avec merveille la surface de sa peau. « Tu es si… belle. » Les mots étaient sortis dans un murmure surpris, suivi par un léger rire incrédule. « J’ai attendu tellement de temps pour pouvoir te le dire. »

Xena l’avait regardée, pressant doucement sa joue contre le bras de la barde, puis embrassant la peau douce, avec un sentiment délicieux de liberté. Gabrielle avait hésité un instant puis elle avait penché la tête d’un côté et avait effleuré les lèvres de la guerrière des siennes.

Elles s’étaient séparées et regardées.

« Je suis en train de rêver », avait dit Gabrielle en riant faiblement. « C’est sûr. »

Xena lui avait pris la joue et avait mis sa tête en arrière pour un second long baiser. « Moi aussi… mais si c’est le cas, ne me réveille pas », avait-elle murmuré, sentant le pouls sous la peau de son cou accélérer. « Je veux dormir pour toujours. »

Là, dans la pénombre d’une forêt inamicale, elle ressentit de la nostalgie pour cette journée, dont le souvenir s’effaçait tristement même maintenant. Elle avait su, à l’époque, que ça ne pourrait pas durer pour toujours. Rien ne durait, mais d’une certaine façon elle s’était convaincue que ce serait différent pour elles deux.

Que leur amour leur ferait traverser n’importe quoi. Tout traverser. Qu’elle aurait toujours quelqu’un qui l’aimerait avec ce genre d’amour qui transcendait les bons moments et les mauvais moments, et serait toujours là.

Mais la vie ne fonctionnait pas comme ça, comme elle s’en était rendu compte. Elles avaient toutes deux été sujettes aux mêmes insécurités et aux mêmes émotions destructrices que les autres. Elle se souvenait de la première fois où Gabrielle avait volontairement séparé leurs couchages et comment elle avait passé la nuit à fixer sombrement les étoiles. Et de comme la journée suivante avait été silencieuse, seule dans la nature.

Parfois, elle soupira, elle avait le sentiment qu’elles avaient tellement perdu. Elle laissa sa tête reposer contre l’arbre, tandis que son épuisement revenait et que ses yeux se fermaient involontairement. Les blessures de la journée venaient s’écraser contre ses défenses baissées et elle rampa plus avant dans le sous-bois, relevant ses genoux et les entourant de son bras. Elle était vaguement consciente de son équilibre tremblant, mais tout d’un coup ce fut trop. Elle savait qu’une partie de ça était compliquée par la vague d’émotions qui venait de Gabrielle, une vague qu’elle était trop fatiguée pour la combattre, alors elle se rendit.

Il lui fallut longtemps pour entendre quelqu’un approcher. Bien trop longtemps, en fait, et elle avait à peine le temps nécessaire pour se redresser et se frotter les yeux avant que les bruits de pas craquent dans le sous-bois à une courte distance d’elle. Elle leva les yeux à contrecoeur. « Salut… »

Eponine avança d’un pas et la regarda. « Hum… Xena ? »

La guerrière soupira silencieusement. « Oui. » Elle passa ses doigts dans ses cheveux pour leur donner un peu d’ordre. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Tu vas bien ? » Demanda l’Amazone brune avec hésitation.

Xena soupira. « Bien sûr… oui, je vais bien », répondit-elle avec brusquerie. « Je laissais à Gabrielle un peu d’espace pour réfléchir à demain. »

Une longue pause. Puis Eponine carra les épaules et s’avança, se retourna et s’installa près de la guerrière. « Tu n’as pas l’air d’aller bien », finit-elle par dire avec un soupçon de nervosité.

La grande femme soupira puis baissa la tête pour la poser sur son poing. « Je vais bien… ça a juste été une fichue longue journée », marmonna-t-elle, sur la défensive.

Eponine prit un temps puis rassembla son courage et mit la main sur l’épaule de Xena. « Je… je ne sais pas ce qui ne va pas, mais… je… hum… j’espère que ça va passer. »

Xena tourna la tête et ses yeux bleu clair la fixèrent, avec un peu de surprise. « Tu fais dans les discussions sensibles maintenant, Pony ? » Demanda-t-elle avec ironie. Mais cela la fit se sentir un peu mieux.

« Moi ? Non… non… non… » Une pause. « Et bien… en quelque sorte, je veux dire… tu… es inquiète pour Gabrielle ? » La femme brune hasarda une supposition. « Je veux dire… c’est pas comme si je me mêlais de tes affaires, Xena… mais… Eph est très inquiète, alors… »

Xena relâcha lentement sa respiration retenue. « C’est une sale décision à prendre pour n’importe qui. Encore plus pour elle. »

« Oh, ben… oui… » Acquiesça doucement Eponine. « Je sais… que c’est pour ça qu’Eph veut… en quelque sorte le faire pour elle… et… et bien, elle pensait en finir maintenant… je veux dire, avant… euh… »

Xena se redressa. « Vous ne… pouvez pas lui faire ça », répondit-elle brusquement. « Même si je… » Sa voix baissa un instant. « Elle veut que ce soit sa décision », finit-elle tranquillement, puis elle soupira. « Oui, je suis inquiète. »

Eponine la regarda du coin de l’œil. Le visage de Xena était relativement impassible, mais l’Amazone pouvait voir la tension douloureuse dans les épaules larges et les yeux rougis, et elle put soudainement voir au-delà des défenses robustes, ce qui la déconcerta. Elle se rendit soudain compte qu’elle jouait hors de sa catégorie et elle décida de prendre une autre direction. « Tu… veux revenir au feu de camp ? On a de bonnes choses… allez, Eleinaria a sorti sa harpe et elle a une voix géniale. »

La guerrière resta silencieuse un long moment, puis elle hocha la tête d’un air las et se mit debout. « Ce n’est pas une mauvaise idée. » Elle se redressa en tressaillant. « Merci pour la proposition. » Elle s’interrompit et tendit la main. « Un coup de main pour te lever ? »

Eponine saisit l’offre et se laissa tirer pour se mettre debout, puis elle marcha près de la grande silhouette silencieuse à travers les ombres vers la lumière.


Gabrielle lança un caillou dans l’eau et le regarda faire des ronds, dérangeant le flot naturel de la rivière. Xena lui avait dit une fois que quand on jetait le caillou dedans, même après que les premiers niveaux de l’eau avaient repris leur immobilité, vous aviez changé la rivière pour toujours.

Ouaouh. Ce que ça pouvait être vrai. Elle avait tellement de cailloux en elle qu’elle se sentait comme un poulet avec un tas de pierres dans le gosier.

Elle lança un autre caillou et le regarda s’enfoncer. Qu’est-ce que je vais faire ? Je pense que le problème c’est que je ne veux rien faire. Pas que je veux qu’elle s’en sorte… je ne veux tout simplement pas être celle qui se tient là à délivrer une sentence.

Est-ce que ça fait de moi une lâche ? Je présume. Ce que je veux plus que tout, c’est… aller retrouver Xena, poser ma tête sur sa poitrine et lui demander de tout faire disparaître.

Et je ne le peux pas. Parce qu’elle le ferait.

Je ne veux pas faire ça. Je ne veux pas que ce soit de ma responsabilité, parce qu’il n’y a pas de bonne décision. Je me demande… je me demande si c’est ce que Xena a ressenti avec Vélasca. Elle ne voulait pas ramener Callisto, mais elle savait qu’elle le devait, ou bien des tas d’autres gens auraient souffert.

Mais elle savait qu’elle… allait souffrir à cause de ça, pas à cause de Vélasca ou de Callisto, mais personnellement parce qu’elle savait que je ne comprendrais pas pourquoi elle l’avait fait. Et que je pourrais la haïr pour ça, à cause de ce qui était arrivé avec Perdicas. Je présume que quand j’ai dit que je l’avais entendue hurler dans mes cauchemars toutes les nuits, elle ressentait que ça pourrait être la fin de nous deux et cela la blessait vraiment. Je l’ai vu dans ses yeux et dans la façon dont elle s’est figée, mais j’étais bien trop occupée à être en colère pour réaliser ce que ça signifiait.

Mais elle l’a fait quand même, parce que c’était la bonne chose à faire et parce qu’elle voulait bien abandonner son propre bonheur pour que je sois en sécurité.

Je pense qu’elle fait toujours un peu comme ça. Même quand elle a commencé au début, c’était pour Amphipolis, peu importe combien c’est devenu horrible après ça.

Elle fait toujours les choses sans s’occuper de la façon dont elles vont l’affecter et, vous savez, cela fait d’elle une bonne personne dans l’esprit d’Ephiny.

Je pense que j’ai toujours connu ça. Même dans les moments les plus sombres, même quand elle retourne au passé et que cette passion affreuse et haïssable la prend, elle continue à faire des choses pour d’autres gens. Comme quand nous avons combattu la Horde et qu’elle a perdu beaucoup de ce qu’elle avait gagné à la sueur de son front, mais c’était pour sauver les restes de l’armée athénienne, pas pour sa propre gloire. Et je n’oublierai jamais cette excuse. On comprend la haine, mais on ne s’y laisse pas plonger.

Je souhaiterais avoir pu respecter cela, Xena. Vraiment. En regardant en arrière maintenant, je comprends un peu où tu te trouvais quand tu l’as dit et combien j’étais vraiment innocente.

Ça me manque. Je n’ai jamais vraiment compris jusqu’à ce que je le perde, mais elle le savait.

Quand nous avons poursuivi César, même si c’était une vendetta personnelle, elle l’a quand même fait pour libérer le peuple de Bodicéa.

Quand elle a donné naissance à Solan, elle savait qu’elle devrait l’abandonner, pour sa propre sécurité.

Quand elle a été frappée par cette fléchette, elle a lutté, même si elle était mourante et elle m’a fait comprendre que je devais aussi continuer à aider ces gens.

Elle aurait abandonné sa vue pour s’assurer que j’étais en sécurité. Elle aurait abandonné son futur, se serait condamnée à une vie confinée sur un bateau fantôme parce que j’étais là.

Elle aurait abandonné sa vie pour détacher Prométhée.

Quand nous étions au milieu de cette guerre civile en Thessalonique, elle est restée et elle a essayé d’aider tout le monde, même alors qu’ils ne l’appréciaient pas, et même là… ça a failli lui coûter la moitié de son âme.

Je peux le dire maintenant, parce que je sais ce qui est arrivé. Je me demande ce qu’elle aurait fait si j’étais morte ? Aurait-elle continué ou bien…

Et… quand j’ai eu besoin qu’elle me revienne, elle l’a fait. Je me demande ce que j’aurais fait si elle n’était pas revenue ? Aurais-je continué ? Aurais-je régi les Amazones ? Probablement pas. Vélasca m’aurait tuée.

Est-ce que ça m’aurait fait quelque chose qu’elle le fasse ? Ou bien aurais-je accueilli la chance qui m’était donnée de rejoindre Xena de l’autre côté ?

Alors… je pense que… des gens, même s’ils font de mauvaises choses, sont vraiment bons à l’intérieur et même s’ils essayent d’écraser cette bonté pour laisser la noirceur les envahir, à la fin, cette partie d’eux se bat et reprend le contrôle.

Comme Xena.

Et si c’est vrai, alors c’est aussi vrai que des gens sont nés mauvais et même si de bonnes choses leur arrivent et des gens s’inquiètent d’eux, ils continuent à faire de mauvaises choses, juste parce qu’ils sont comme ça.

Comme Hope.

Comme Arella.

Je ne peux pas la laisser blesser les Amazones à nouveau. Je le sais. Je ne pense pas que la torture soit la réponse. Mais je ne suis pas sûre de pouvoir me lever et envoyer quelqu’un à sa mort comme ça, même si elle le mérite.

Ce qui est drôle, c’est qu’avec tout ce qu’elle a fait, la chose qui me rend la plus furieuse à son égard c’est qu’elle a envoyé ces Amazones pour tuer Xena. Je me fiche un peu… de ce qu’elle m’a fait ou a tenté de me faire… mais ça… ça me fait vouloir la blesser, pour ce qu’elle lui a fait, et à Solari et même à Ménelda… et à cette pauvre gamine.

Je pense que… peut-être… cela veut dire que je dois être une bonne personne aussi, si on en croit Ephiny.

Quel est le prix de mon innocence ? Comment puis-je lui donner plus de valeur qu’au bien de tous les autres ?

Xena sait. Elle a essayé de me le dire. Les mauvaises personnes ont beaucoup de choix. Les bonnes personnes… en ont vraiment peu et ceux-ci… sont toujours les plus difficiles.

Gabrielle regarda l’eau argentée pendant plusieurs battements de cœur. Puis elle se leva tranquillement et se brossa avant de reprendre le chemin.


Ephiny s’adossa, posant un pied sur le rail qui entourait la plate-forme devant ses quartiers et elle sirota de la bière dans une chope profonde. Le nettoyage était terminé et un grand feu de joie rugissait dans le puits central, entouré de corps plongés dans l’obscurité. Elle pouvait entendre des voix qui montaient et descendaient et de fréquents éclats de rire qui mirent un sourire tranquille sur ses lèvres.

Solari allait bien, songea-t-elle, et Ménelda boudait dans ses quartiers. La grande surprise avait été de voir Cait et Paladia, la grande ex-renégate accroupie près de la paillasse de l’Amazone blessée, marmonnant à voix basse, avec des rires légers qui s’échappaient de l’oreiller. Qu’est-ce qui se passait donc, songea Ephiny, qui avait été le témoin des disputes et des chamailleries entre elles ce dernier mois.

Paladia. La régente pensa à elle un instant, repoussant les vagues de frémissements qui accompagnaient toujours ce souvenir particulier. Elle avait fait du chemin là-dessus, cependant, tandis que les échos de son calvaire avaient diminué et qu’elle avait permis à ses occupations quotidiennes de repousser les pensées de grottes sombres et une nausée déchaînée à cause de la drogue qu’on lui donnait.

Il lui avait fallu du temps pour s’habituer à voir la grande femme, vêtue du cuir simple des Amazones et lançant des regards noirs à tout le monde, mais maintenant… elle avait été capable de se séparer suffisamment de la situation pour prendre du recul et voir Paladia comme une épreuve de sa propre vie qu’elle avait mâtée, et aller de l’avant.

Mais que les dieux soient remerciés de la présence d’Eponine. Même ses pires cauchemars fuyaient l’Amazone farouche qui avait passé de nombreuses nuits à simplement la tenir quand elle dormait, la réveillant doucement quand les rêves devenaient trop intenses.

Elle prit une longue gorgée de sa bière et pencha la tête pour regarder le ciel. Puis elle entendit un léger bruit de pas et se redressa, regardant les ombres avec incertitude. Une vague silhouette en marche se fondait dans les arbres, la lumière de la lune envoyant des rayons argentés sur ses cheveux clairs et le tissu sombre. Ephiny frissonna un peu tandis que la forme presque familière se rapprochait et se transformait en une Gabrielle aux traits tendus et pensifs. « Gabrielle », dit-elle à voix basse.

La barde ralentit en la rejoignant et elle se retourna pour s’appuyer sur le rail et étudier le village. « Salut. »

Ephiny attendit un moment pour voir si elle allait continuer. Ce qu’elle ne fit pas. « Tout va bien ? »

Les yeux vert brume qui avaient pris une teinte gris fumé regardèrent le feu de camp. « Non », répondit doucement Gabrielle. « Mais j’ai pris une décision au sujet d’Arella. »

La régente attendit en silence, se concentrant sur le faible craquement des flammes et le doux bruissement en provenance des arbres qui les entouraient. Un léger ronronnement de rires provenait du cercle des Amazones. Elle pouvait voir la tension douloureuse dans la silhouette élancée de Gabrielle et elle se demanda à quelle torture la jeune barde se soumettait pour remplir ce qui lui semblait être de sa responsabilité. « Et… quelle est ta décision, Majesté ? »

Gabrielle prit une inspiration puis la relâcha. Elle serra les poings et sembla attendre un long moment d’incertitude avant de reprendre une inspiration. « Est-ce que c’est trop tard si je te le dis demain ? J’aimerais dormir là-dessus avant de l’énoncer. »

Ephiny ferma les yeux, cette réponse lui suffisant. « Bien sûr, Gabrielle… ça ira tout à fait », rassura-t-elle la barde. « Je sais que ça a été une rude décision à prendre. »

Gabrielle hocha la tête d’un air las et se repoussa de la rambarde.

« Où vas-tu ? » Demanda tranquillement la régente. « Est-ce que tu… je veux dire, j’ai du vin très léger dans mes quartiers… tu veux te détendre un peu ? »

La barde étudia le cercle de femmes autour du feu et carra les épaules. « Non… merci, Eph… mais je vais aller chercher Xena et m’assurer qu’elle se repose un peu ». Et avoir un câlin bien nécessaire, ajouta-t-elle silencieusement. « On se voit plus tard. »

La marche dans le village lui sembla prendre une éternité, mais finalement Gabrielle s’approcha des flammes et repéra son âme sœur dans un coin plutôt isolé, un genou replié entouré de ses mains. Son visage était bien caché dans les ombres, mais à l’occasion, un effet de lumière saisissait son regard et renvoyait des lumières argentées vers les observatrices.

La barde contourna le cercle, invisible aux yeux des autres Amazones et elle finit par arriver près de Xena, qui leva les yeux à son approche. La barde se laissa tomber près d’elle sur un genou et se contenta de la fixer, lisant la tension douloureuse sans effort, sachant qu’elle lui faisait écho.

Xena relâcha son genou et étendit un bras sans un mot. Gabrielle rampa dans l’étreinte de la guerrière, s’enfouissant contre le corps de sa compagne avec une respiration saccadée. Les bras de Xena se refermèrent autour d’elle, la berçant doucement et la voix basse murmura dans des tons de réconfort, heureuse au-delà de toute raison que la barde soit venue vers elle, le recherchant. Je trouverai un moyen de contourner ça… je trouverai un moyen de lui éviter de se battre pour se frayer un chemin à travers ça, pensa-t-elle dans un vœu.

« Hé… hé… doucement… je te tiens… » Murmura la guerrière en sentant les légers tremblements qui traversaient le corps de la barde. « Ecoute… je… je vais aller trouver Eph… lui dire de réunir le conseil, trouver quelqu’un d’autre qui… »

« Non », objecta la barde d’une voix rauque, levant légèrement la tête pour que sa voix porte. « Non… c’est… ça va… je l’ai fait. J’ai choisi. »

Xena sentit une pierre tomber sur sa poitrine. « Oh », marmonna-t-elle, puis elle garda le silence. Trop tard, je présume.

Gabrielle renifla et la serra.

Un souffle. « Je me souviens de la première fois où j’ai dû… décider du destin de quelqu’un en dehors du champ de bataille », dit Xena doucement. « Quand on combat… c’est différent… parce que l’autre personne essaie de vous tuer et je pensais que ce serait la même chose. »

« Mais ça ne l’était pas », dit la barde d’une voix rauque.

« Non… ils ont amené ce déserteur… c’était encore un gamin », répondit Xena. « Il avait grandi avec moi à Amphipolis et il s’est contenté de lever les yeux vers moi, comme s’il savait que ça irait pour lui. » Xena fit une pause. « Il me faisait confiance. »

Gabrielle garda le silence.

« Et je leur ai dit de l’étriper », continua Xena. « Parce que je pensais que c’était le seul moyen d’empêcher d’autres défections. » Elle s’interrompit, regardant le feu. « Et parce que je pensais que tout le monde allait me respecter de ce fait. »

La lumière du feu se réfléchit dans les yeux de la barde quand elle leva un peu la tête et la regarda. « C’était quand ? »

« Juste après Cortese. »

Bonté des dieux. La barde était choquée. « Et ça a marché ? »

Un lent mouvement de tête en réponse. « Oh oui », répondit Xena. « Je les ai regardés faire et après ça, ils me respectaient tout à fait. »

Gabrielle relâcha un souffle. « Comment t’es-tu sentie après ça ? »

La guerrière ne répondit pas pendant un long moment. Puis elle serra la tête de la barde contre sa poitrine et posa sa joue dessus. « J’ai pleuré chaque nuit pendant toute une lune… et j’avais tellement de nausées que je ne pouvais pas manger », admit-elle. « Je voyais constamment ses yeux vers moi, faisant confiance à ce qu’il pensait être une amie. »

La barde mit la tête sur la poitrine de sa compagne et absorba ses paroles dans une paix lourde et sombre. Qu’est-ce que Xena essayait de lui dire ? Que c’était bien de se sentir mal ? Ou juste que parfois… la vie était puante ? « Arella n’est pas mon amie », finit-elle par dire, très doucement. « Elle a essayé de me tuer. » Une pause pensive. « Et encore plus important à mes yeux, elle a tenté de te tuer toi. »

Xena sembla surprise de cette déclaration. « Beaucoup de gens ont essayé, Gabrielle. »

« Aucun n’était des Amazones, Xena » déclara tranquillement son âme sœur. « Je suis responsable de ces gens. » Elle cligna des yeux. « Après ce soir, je présume que je serai aussi responsable de toi. » Un léger soupir. « Pas que je ne l’ai pas toujours été. »

« Je peux prendre soin de moi-même », lui rappela la guerrière. « Ne laisse pas ça… t’inquiéter… t’influencer. »

Gabrielle se redressa et la regarda droit dans les yeux. « Est-ce que tu es en train de me dire que je devrais l’épargner ? » Elle absorba l’intense confusion dans les yeux de la guerrière tandis que celle-ci luttait avec ses émotions. « Ou bien es-tu en train de me dire que je devrais m’épargner moi ? »

Xena ne put trouver de mots pour lui répondre pendant un long moment. « Je ne veux pas te voir blessée. » Doucement, d’un ton suppliant.

« Je ne peux pas épargner l’une ou l’autre de nous », finit par dire la barde tristement. « Mais ça fait mal… et j’ai besoin de ton aide pour traverser ça. » Elle sentit les bras se resserrer autour d’elle et elle soupira. « Il faut que je sache, Xena… est-ce que je fais la chose juste ? »

Oh par les dieux. Xena sentit son cœur s’arrêter. Par Hadès, comment elle, Xena, qui avait tué plus de gens que dans une douzaine de villages Amazones, pouvait-elle dire à Gabrielle ce qui était juste. « Gabrielle, je… »

« S’il te plaît », murmura la barde. « Ne me dis pas de suivre mon cœur… ne me dis pas de regarder au fond de moi… ne me dis pas de me faire confiance, Xena… je ne le fais pas… je ne le peux pas… j’ai besoin de savoir ce que toi tu crois. »

« Moi ? » Murmura la guerrière en retour, d’un ton tendu. « Gabrielle, je suis une tueuse… qu’est-ce que tu veux dire par ce que je crois ? Ce que je crois c’est que j’aurais souhaité lui briser son fichu cou la dernière fois et que je nous aurais épargné ceci à toutes, c’est ça que je crois », martela-t-elle. « J’aurais souhaité avoir… quand je lui ai pris cet arc des mains ce matin, j’aurais souhaité lui avoir coupé la gorge et l’avoir laissée saigner à mort dans la poussière, d’accord ? »

Gabrielle prit plusieurs inspirations régulières. « A cause de ce qu’elle a fait ? » Demanda-t-elle calmement.

« A cause de ce qu’elle te fait là maintenant, à toi », répondit Xena tendue.

La barde absorba ces paroles pendant un moment. « Tu n’as pas répondu à ma question. »

Un très long silence. Puis finalement, Xena ferma les yeux dans une défaite profonde. « Comment puis-je répondre à ça ? » Murmura-t-elle.

« C’est juste une question, Xena. »

Les yeux bleus percèrent la faible lueur. « Une question avec deux réponses », répondit la guerrière avec exaspération. « C’est la bonne réponse pour les Amazones, Gabrielle… mais c’est la mauvaise pour toi. »

« Pourquoi ? »

Les épaules de Xena s’affaissèrent. « Tu ne devrais pas vivre avec ça sur la conscience. » Elle soupira. « Je ne le veux pas. »

Gabrielle regarda vers l’obscurité. « J’ai déjà deux âmes sur ma conscience… qu’est-ce qu’une de plus ? » Elle s’interrompit, mais comme Xena ne répondait pas et ne faisait aucun bruit, elle leva les yeux.

Pour voir une douleur profonde face à elle, des mares jumelles d’angoisse entourées d’un visage qui semblait avoir pris dix ans en un instant. « M’lila avait tort, après tout. » Les mots semblaient être tirés d’une profondeur sans fin. « J’aurais préféré rester morte plutôt que revenir pour t’entendre dire ça. »

Gabrielle eut l’impression d’être figée telle une pierre. Même respirer lui demandait un effort énorme, tandis que les mots et l’expression sur le visage de son âme sœur s’inscrivaient en elle. Oh dieux… elle le pense vraiment. Le corps de la guerrière était raidi et elle pouvait ressentir le vide profond qui faisait écho par sa connexion avec la grande femme. Elle mit la main sur la poitrine toujours immobile de Xena. « Je suis désolée. »

Cette dernière laissa échapper un souffle tremblant. « Pas autant que moi à cet instant. » Tout le corps de Xena sursauta comme si elle voulait s’échapper et qu’elle s’empêchait de bouger par sa pure volonté. « Je te le jure, Gabrielle, si je pouvais retourner à ce moment-là maintenant, je le ferais. »

Gabrielle fixa la boucle de son gambison sans le voir vraiment. « Et abandonner tout ça ? » Murmura-t-elle. « Nous abandonner ? »

Quelques battements de cœur passèrent. « Oui. »

La barde leva la tête et regarda Xena droit dans les yeux. « Tu… es en train de dire… que tu préférerais… ne jamais être tombée amoureuse… n’avoir jamais trouvé la seconde moitié de ton âme… et avoir passé l’éternité au Tartare… juste pour m’épargner cette décision ? »

« Oui. »

Le silence emplit le petit espace vide autour d’elles.

Gabrielle pencha légèrement la tête. « Tu m’aimes. »

Xena fronça les sourcils. « Bien sûr. »

Un hochement de tête. « Est-ce que d’être amoureuse te rend heureuse, Xena ? »

Une légère détente des muscles. « C’est une des rares choses de ma vie qui l’a jamais fait. »

Gabrielle soupira. « Alors tout ce que j’ai traversé compte pour moi. » Elle enroula ses doigts autour du tissu soyeux, le plissant affectueusement. La barde leva les yeux après un moment pensif. « Xena, c’est toi mon intérêt général. »

Les larmes la surprirent. Xena lui faisait toujours cet effet… elles n’étaient accompagnées d’aucun son, juste des traces lentes et liquides qui saisissaient des reflets sous ses yeux clairs. Elle attrapa la première qui glissait de la haute pommette de la guerrière et elle la fit tomber dans sa main. « Tu sais à quoi je pense, Xena ? »

Son âme sœur se contenta de secouer la tête.

« Je pense que toi et moi, nous sommes des bonnes personnes », dit Gabrielle tranquillement. « Parce que je sais que sacrifier tout pour quelqu’un d’autre n’est pas une chose qu’une mauvaise personne ferait.

Xena déglutit. « Alors laisse-moi prendre la responsabilité d’Arella », plaida-t-elle tranquillement. « Gabrielle, vu la quantité de sang que j’ai sur les mains, un de plus n’a pas d’importance. »

Les yeux verts la fixèrent. « Ça a de l’importance pour moi. » Gabrielle leva la tête. « J’aurais dû m’occuper de ça avant, mais je ne l’ai pas fait et maintenant trois personnes ont été blessées et deux sont mortes. C’est de ma responsabilité, Xena… et c’est ma décision. » Elle fit une pause. « Je ne peux pas prendre le risque qu’elle blesse d’autres personnes. »

La guerrière soupira et reposa sa tête contre l’arbre. Après un moment, elle roula la tête d’un côté et cligna des yeux vers la barde d’un air las. « Très bien », répondit Xena, un air lointain sur le visage. « Alors pour ce que ça vaut, je pense que tu fais ce qui est juste. »

C’était doux à entendre, malgré la signification et Gabrielle ressentit un ruban serré sur sa poitrine se détendre. Elle lissa le tissu sur la poitrine de son âme sœur et reposa la tête dessus. « Merci. »

L’étreinte de Xena se resserra à nouveau et Gabrielle sentit le menton de la guerrière se poser sur sa tête. Elle frotta doucement le bras de la guerrière tandis que le corps tendu sous elle se relaxait. « Hé… » dit-elle doucement.

« Oui ? » La voix de Xena était rauque et très proche de son oreille.

« Allez… je connais un petit lutin très fatigué qui a besoin d’aller se coucher. »

Un léger rire reniflant et ironique sortit par surprise de Xena. « Je ne pense pas avoir été traitée comme ça depuis que j’avais six ans », admit-elle.

« Mmm… j’ai tort ? » Demanda la barde.

Xena soupira d’un air las. « Non. » C’était une confession étonnante. « J’ai l’impression d’avoir sauté d’une falaise. »

Gabrielle se mit debout et tendit une main vers sa compagne. « Et bien, tu sais ce qu’on ressent, je présume. »

La guerrière accepta la main tendue et se leva, titubant légèrement, attrapant une branche au-dessus d’elle pour se stabiliser, un peu surprise que ses jambes tremblent. « Ouaouh. »

La barde se rapprocha, un air inquiet sur le visage. « Tu vas bien ? »

Le tremblement ne diminua pas et Xena se retint mieux à la branche, inspirant de l’air tout en se frottant les yeux. Instantanément, un bras chaud se glissa autour d’elle et elle sentit le corps puissant de la barde lui prodiguer un soutien fort nécessaire. « Bon sang… où est-ce que… » Pendant un long moment, l’obscurité virevolta autour d’elle et elle se retint à l’arbre pour ne pas tomber, jusqu’à ce que le monde se stabilise et que son corps recommence à répondre plus normalement. « D’accord… je vais bien. »

Gabrielle maintint sa prise, passant le bras de son âme sœur autour de ses épaules pour la sécuriser. « Allez… on va te mettre au lit », murmura-t-elle doucement, la guidant vers leurs quartiers, recevant des regards étonnés des groupes d’Amazones.


« Excuse-moi. » La barde passa la tête de la porte de leurs quartiers, hélant une garde passante. La femme se détourna immédiatement de son chemin pour venir vers elle et avança jusqu’à s’arrêter près de la porte.

« Oui, ma reine ? » Des yeux noisette intelligents étaient tournés vers elle, dans un visage anguleux entouré de boucles rousses. La garde était un peu plus petite que Gabrielle et se tenait avec un air de confiance paisible.

« Erin, c’est ça ? » S’enquit Gabrielle, ce qui lui valut un sourire d’acquiescement de l’Amazone. « Tu peux me rendre un service ? »

« Bien sûr. » Erin pencha la tête. « De quoi s’agit-il ? »

La barde se glissa dehors. « Bon… et bien, j’aimerais vraiment avoir un plateau de… n’importe, ce qui reste du dîner… n’importe quoi ça ira et un pichet de cidre, si c’est possible. »

L’Amazone la fixa. « Majesté… je pourrais te faire tuer un sanglier si tu le souhaites », protesta-t-elle. « Et nous avons un excellent vin cette année… s’il te plaît… laisse-moi… »

Gabrielle mit la main sur son bras. « Non… non… je ne veux pas de sanglier… merci… vraiment… j’essaie de ralentir. » La blague passa complètement par-dessus la tête de l’Amazone. « Juste des sandwiches, ce serait génial… et je ne peux pas boire de vin, mais le cidre descendrait bien en ce moment. »

Erin eut l’air intriguée. « Mais… écoute, je ne peux pas apporter des restes à la reine des Amazones ! »

La barde soupira. « Oh… bon, d’accord… je comprends. » Elle mordilla un ongle. « Je vais aller les chercher moi-même », décida-t-elle, en lançant un regard légèrement inquiet derrière elle. « Peut-être de ces petits gâteaux… » Quelque chose… n’importe quoi… pour animer son âme sœur dont la dépression tranquille commençait à l’effrayer. Xena n’avait pas parlé depuis qu’elles étaient revenues, elle s’était juste installée sur le banc capitonné sous la fenêtre et jouait avec un bout de bride d’Argo après avoir dit qu’elle était trop fatiguée pour dormir.

Ça n’avait pas beaucoup de sens pour la barde, mais elle savait qu’elle ne devait pas pousser son âme sœur trop loin. Certaines choses, songea-t-elle un peu tristement, devaient trouver leur solution en nous. Elle s’était éloignée et m’avait laissée faire ça, maintenant c’est mon tour. Peut-être que la guerrière était toujours fâchée à cause de ça, songea-t-elle, puis elle se mit à marcher vers la salle à manger. « Merci, en tous cas. »

« Non… non… non… » Erin remua rapidement la main vers elle. « Ce n’est pas ce que je… écoute, d’accord… je vais te chercher ce que tu veux, mais je ne… » Elle s’interrompit. « Des sandwiches, c’est ça ? Et du cidre… et… heu… des gâteaux ? »

Gabrielle lui sourit. « Oui… si ça ne t’ennuie pas… je n’ai pas dîné ce soir et Xena non plus. » Elle soupira tandis qu’Erin partait et se dirigeait d’un air déterminé vers la salle à manger. « Ah les Amazones. » La brise nocturne agita ses cheveux et fit vaciller la torche plantée hors de ses quartiers. Elle pouvait voir les faibles contours d’une sentinelle tout près et les formes légères et mouvantes d’autres Amazones qui traversaient la zone centrale. Il y avait de la fumée dans l’air, depuis le feu de camp, et la riche senteur de la forêt avoisinante, et quelques notes d’une chanson volèrent vers elle tandis qu’elle retournait vers la porte et l’ouvrait.

C’était tranquille à l’intérieur. Arès était affalé près du banc, sa grosse tête posée sur ses pattes et sa queue entourant librement les bottes de Xena. La guerrière jouait toujours avec son morceau de bride, son corps appuyé contre le mur. Elle leva les yeux quand Gabrielle rentra dans la pièce et elle sourit un peu. « Salut. »

Gabrielle s’assit sur le banc et mit ses jambes sous elle. « Salut. » Elle tendit la main et joua avec une mèche de cheveux noirs. « Qu’est-ce qui ne va pas avec ce truc ? »

Xena fixa ce qu’elle tenait pendant un instant comme si elle était surprise de le voir. « Oh », finit-elle par marmonner. « Heu… ce truc-là ? » Elle montra à la barde l’endroit où la minuscule barre qui tenait le cuir de la bride attaché était sortie du morceau principal. « J’entoure ce truc autour de ça et je le tasse dedans en quelque sorte, comme ça. »

« Hmm. » Gabrielle observa l’objet. « Mais tu l’as déjà fait. » Elle leva les yeux vers le visage de la grande femme. « Deux fois. »

Un léger sourire tira sur la commissure des lèvres de Xena. « Oui, et bien… » Elle fit tourner le morceau de métal dans ses doigts. « Je… euh… »

La barde lui prit l’objet et le posa doucement, puis elle se leva et tira pour la soulever. « Xena, pas de discussion, d’accord ? Tu vas venir avec moi et me laisser te mettre au lit. » Sa voix était ferme et ne supportait aucune récrimination. « Tu me rends nerveuse. »

Xena soupira et se mit péniblement debout, laissant la jeune femme la conduire jusqu’au lit où elle la poussa. Elle s’était déjà changée pour une chemise en coton doux et elle se contenta d’acquiescer tandis que Gabrielle s’affairait autour d’elle. « Je ne suis pas aussi fatiguée que ça », protesta-t-elle sans conviction.

Gabrielle se contenta de la regarder. « Xena, c’est à moi que tu parles, d’accord ? Alors arrête avec ce crottin de centaure. » Elle mit les mains sur ses hanches et observa Xena d’un air sévère. « Tu as l’air aussi fatiguée que ça. »

La guerrière prit une inspiration, hésita, puis abandonna et se laissa tomber contre l’oreiller, pour regarder le plafond. « D’accord. » La dépression lancinante s’installa à nouveau sur elle, lui faisant l’effet que des rochers étaient empilés sur sa poitrine.

La barde s’assit sur le bord du matelas et lissa en arrière les cheveux noirs de sa compagne, testant subrepticement son front en même temps. La peau était fraîche, à son grand soulagement, mais ça n’expliquait pas l’apathie de Xena. « Chérie ? »

Le regard bleu se concentra sur elle. « Hmm ? »

« Tu veux en parler ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

Un souffle. « Pas vraiment », répondit-elle doucement.

Ça fit mal. « Très bien. » La barde laissa sa main tomber sur le côté, sentant une distance entre elles comme elle ne l’avait plus ressentie depuis de longs mois. Elle repoussa des boucles de son âme et elle se mit debout, s’éloignant du lit pour aller vers la fenêtre.

A mi-chemin, elle s’arrêta et se retourna. Xena la regardait à travers ce qui semblait être un brouillard épais et nauséeux et bien que le feu soit allumé, elle était frigorifiée.

Non.  Elle reprit le chemin à l’envers et finit près de son âme sœur, faisant péniblement appel à un courage fait de désespoir et d’expérience. « Ce n’est pas juste. »

Le visage anguleux se tendit et Xena haussa un sourcil.

« Je ne veux pas laisser ça arriver à nouveau, Xena », murmura Gabrielle. « Tu vas me parler. » Elle retint sa respiration tandis que les traits familiers se tendaient et qu’elle fut sujette à un examen intense de la part du regard formidable de la guerrière. Allons, Xena… Ne me lance pas ce regard de pierre. « S’il te plaît ? »

Xena, qui serrait ses deux mains, en détendit une et la leva. Gabrielle accepta l’offre et mêla ses doigts à ceux de la guerrière, surprise de les trouver aussi froids. « Qu’y a-t-il ? » La poussa-t-elle doucement. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Un mouvement las et hésitant de la tête. « Je ne voulais pas que tu changes. »

C’était la dernière chose à laquelle Gabrielle s’attendait. Elle s’assit au bord du lit, un air confus sur le visage. « Comment… dieux, Xena, comment pouvais-je ne pas changer ? » Demanda-t-elle. « Comment pouvais-je vivre la vie que je mène et ne pas… » Sa voix s’éteignit tandis qu’elle regardait la guerrière fermer les yeux. « Xena, c’est mon choix, tu te souviens ? »

Xena soupira. « Tu marches dans l’obscurité, Gabrielle. » Son ton était très calme. « Et je ne sais pas si je peux vivre avec ça. »

« Je ne suis pas… » La voix de la barde faiblit. L’était-elle? Suis-je plus une guerrière qu’une barde maintenant ? Des visions de sa vie passèrent devant ses yeux. J’ai combattu plus de fois que je n’ai enseigné tout le temps où j’ai été ici.

Dieux. Que suis-je en train de devenir ? J’ai decidé de condamner quelqu’un à mort. Moi. La petite fille de Potadeia.

Non. Plus elle. Cette petite fille est morte.

Cela amena des larmes brûlantes et désespérées à ses yeux et elle chercha le seul réconfort qu’elle n’ait jamais connu…

Le seul foyer qu’elle n’ait jamais eu.

Comprenant Xena dans ce moment comme elle ne l’avait jamais fait auparavant, tandis que sa conscience s’écrasait sur elle et que son corps convulsait en sanglots, se rebellant en pure réaction tandis qu’elle reconnaissait la vérité de ce qu’elle faisait. C’était toute la douleur qu’elle avait ressentie après Méridian, mais qu’elle n’avait jamais eu la chance de relâcher, douleur qui s’était cachée profondément en elle et s’y était enroulée.

Arella avait fait remonter tout ça, l’amenant à encore un nouveau choix. Et elle avait choisi la mort, à nouveau.

Son âme pleurait, piteusement. Elle était à la dérive dans une mer d’obscurité, sa seule ancre étant deux bras puissants et une volonté qui connaissait le plus profond d’elle-même, qui la mettait en sécurité et entière et consciente de la lumière.

Elle pleura à chaudes larmes tandis que la guerrière la tenait contre elle en silence, jusqu’à ce que son crâne batte et que les doigts de Xena commencent doucement à détendre les muscles raidis de sa nuque. Bien. Elle ferma les yeux et regarda en elle. « Xena ? »

Xena lui caressa les cheveux très doucement. « Je suis là. » Une pause. « Je serai toujours là. »

« Si je marche dans l’obscurité, j’emporterai la lumière de notre amour avec moi. Peu importe combien ça noircit, cette lumière éclairera le chemin », murmura Gabrielle. « J’irai bien tant que j’aurai ça. »

Xena la berça un moment, sentant le lourd désespoir s’alléger tandis qu’elle laissait ce qu’il y avait entre elles se dissoudre. « Tu te sens mieux ? » Finit-elle par murmurer.

Gabrielle hocha la tête sur la peau chaude et douce contre laquelle elle était blottie. « Oui… je… » La barde fronça les sourcils et elle tourna la tête, regardant le profil de Xena éclairé par la lumière de la chandelle. « Attends… c’est toi qui te sentais mal, moi je… » Sa voix traîna. « C’était moi ? »

La guerrière sentit une paix descendre sur elle. « Je ne sais pas… mais je me sens bien mieux maintenant », répondit-elle. « Je ne peux pas vraiment… décrire ce que je ressentais, Gabrielle… c’était comme si le poids du monde était sur mes épaules. »

La barde soupira dans son oreiller de peau chaude et de coton. « Oui », répondit-elle doucement.

Xena continua son massage. « Gabrielle ? »

« Mm ? » La barde épuisée marmonna une réponse.

« Je veux que tu fasses quelque chose pour moi », dit la guerrière.

Des yeux las se tournèrent vers elle. « A ton service, tu le sais bien. »

Xena prit son visage entre ses mains. « Demain… quand on amènera Arella devant toi… elle pourrait décider de demander le défi. »

Les sourcils blonds se croisèrent. « Quoi ? Oh… et bien oui, elle pourrait… mais ce serait… je veux dire, qu’est-ce que ça lui rapporterait ? »

« Je veux que tu dises oui si elle le fait », répondit doucement Xena. « Tu me le promets ? »

Un moment de silence. « Je ne comprends pas. » Gabrielle était intriguée. « Xena, elle ne me combattrait de toute façon pas, elle serait face à… » Sa voix s’essouffla tandis qu’elle amenait la phrase à sa conclusion logique. Face à toi. Elle leva les yeux vers le visage sévère, avec ses yeux clairs brillants, qui la regardaient avec une confirmation austère.

Un silence de mort. Gabrielle reposa lentement la tête sur la clavicule de Xena. « Oh. »

Xena ne dit rien. Elle se contenta de continuer à masser le dos de Gabrielle pendant un moment. « Tu as fait le choix, Gabrielle », finit par dire la guerrière. « C’est une charge fichtrement lourde. Laisse-moi t’aider à la porter. »

La barde enroula ses mains dans le tissu de la chemise de Xena et relâcha un souffle long de défaite. « Si elle me défie », répondit-elle dans une confirmation lasse. « Mais seulement dans ce cas. » Elle se laissa plonger plus profondément dans l’étreinte de Xena, accueillant la vague submergeante de sommeil. « Ne me laisse pas », murmura-t-elle tandis que la guerrière la mettait dans une position plus confortable. « Je ne veux pas rêver ce soir. »

Une voix douce et mélodieuse saisit son esprit, l’aidant à plonger dans l’oubli.

« Je ne te laisserai pas », répondit Xena à voix basse tandis que la musique s’interrompait. « Même dans tes rêves, je serai là. »

Gabrielle rendit son âme à la sécurité de la nuit à venir, enveloppée dans une couverture de paix et de douce musique.

 

A suivre 9ème partie

 

 

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27 mars 2018

Printemps

mar

Le Festival de Missy Good, partie 7, traduction de Fryda !

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 7

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 7ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


« Gabrielle ? » Xena pencha la tête et regarda autour d’elle tandis qu’elles traversaient le village pour aller vers leurs quartiers.

« Hmm ? » La barde leva les yeux.

« Il y a des gardes partout », répondit la guerrière un peu amusée. Chaque encadrement de porte, chaque entrée, chaque endroit ouvert semblaient renforcés par une guerrière Amazone pleinement armée et très sérieuse. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« De la paranoïa et une bonne dose de sérieux embarras », répondit ironiquement Gabrielle. « Je veux dire… les voilà, ces guerrières Amazones rudes, coriaces et tout le bazar… et elles se font prendre avec leur… hum… cuir par terre comme ça. » Elle soupira. « Tu aurais dû entendre Eponine leur faire la leçon. »

Xena absorba ces paroles pensivement. « Et bien… oui… je présume que… je peux imaginer ce que je ressentirais si ça m’arrivait », dit-elle aimablement. « Je serais plutôt embarrassée moi aussi. »

Le regard vert alla vers elle. « Comme si. » Gabrielle lui mit un coup du dos de la main sur le ventre. « Et en plus… tu es plus dangereuse mouillée, nue et couverte de savon qu’elles ne le sont pleinement armées comme un porc-épic. »

La guerrière eut un petit sourire narquois. « Tu le penses, hein ? » Elle détestait qu’on lui fasse des compliments comme ça, habituellement, mais quand c’était Gabrielle qui le faisait… Xena soupira d’un air joyeux et se contenta de savourer le sentiment chaleureux et flou.

« Tch. » Gabrielle mit la main dans le creux du coude de sa compagne et chantonna, satisfaite. « Tu sais que tu as tenu tête à environ deux cents guerriers tarés esclavagistes et bien armés aujourd’hui ? »

« Ouille… » Xena leva les yeux au ciel. « Gabrielle, enfin… s’ils étaient trente, c’est déjà beaucoup… et leurs armures étaient rouillées et la moitié avait… » Elle saisit le sourire espiègle sur les lèvres de son âme sœur. « Petit poison… tu te moques de moi. »

« Hé. » La barde remua un peu tout en marchant. « Je suis douée, ou quoi ? »

La guerrière relâcha un rire penaud. « Tu m’as bien eue, oui. » Elle baissa le regard. « Hé… je peux revoir ce petit mouvement ? C’était mignon. »

Gabrielle rougit un peu. « Non… maintenant que tu le mentionnes, je ne serai pas capable de le refaire », murmura-t-elle tandis qu’elles atteignaient leur porte et que Xena l’ouvrait. « Tu penses que c’est sans danger d’aller prendre un bain ? Je me sens comme une mare de boue de six jours. »

« Hmm… » Xena se rapprocha et regarda avec attention dans l’oreille de la barde puis elle tendit la main et avec un geste rapide comme un éclair, elle captura quelque chose. « Tu ferais mieux », répondit-elle sérieusement, ouvrant sa main pour montrer un petit têtard. » Si tu as ça à cet endroit… »

La barde écarquilla les yeux en fixant la créature, qui remuait dans la paume de sa compagne. « Oh… crotte de Centaure… c’est dégoûtant ! » Elle attrapa ses deux oreilles, cherchant avec agitation. « Xena… regarde s’il y en a d’autres… beuh… si ça rampe dans mon oreille, je vais devenir folle… je… »

Elle leva les yeux et saisit le sourire espiègle.

« Toi… toi… » Balbutia la barde.

« Je t’ai eue. » Xena sourit, prenant le têtard pour le jeter par la fenêtre.

« Ouilllle ! ! ! » Gabrielle se jeta sur son âme sœur et elles se renversèrent, finissant sur le lit, la barde faisant un effort déterminé pour clouer les bras de la grande femme et la chatouiller. « Je vais… ouille… oooh… arrête ça… Xena… Yiiiiiiiiihhh. »

« J’adore ce cri », murmura la guerrière d’un ton sensuel juste à son oreille.

Gabrielle interrompit son attaque et regarda les yeux très bleus à quelques centimètres des siens. « Ah oui, hein ? » Elle baissa un peu la tête et goûta aux lèvres de Xena, tandis qu’elle sentait les doigts chatouilleux changer pour une caresse plus apaisante. « Est-ce que ça t’intéresserait un bain agréable, chaud et privé avec moi ? »

« Mm. » Xena sentit un sourire se frayer un chemin sur ses lèvres. « C’est bon d’être la Reine, pas vrai ? » Elle mordilla le cou de la barde, remontant doucement le long de sa mâchoire.

Gabrielle se laissa perdre dans une légère brume pendant un instant. « Reine ? De quoi ? » Finit-elle par marmonner en mettant la tête d’un côté pour regarder sa compagne avec un sourire idiot.

« De mon cœur ? » Répondit la guerrière.

Un haussement de sourcils blonds et une main sur le front bronzé de Xena. « Marrant… tu es froide… » Commenta ironiquement la barde. « C’était incroyablement sentimental de ta part, Xena. »

« Oui… » Un soupir. « Je sais. » Xena roula sur le côté pour qu’elles soient en face l’une de l’autre, étirée de toute sa longueur sur le lit. Elle croisa les chevilles et remua son pied botté. « Je pense que tu déteins sur moi. »

« Hmm. » Gabrielle y réfléchit tandis qu’elle étudiait minutieusement le visage de Xena. « Il m’aura fallu longtemps. » Elle sourit.

Xena sourit en retour.

« Tu sais… » La barde hésita puis prit une inspiration et continua. « Je suis vraiment contente qu’on soit amies. »

La guerrière cligna des yeux à cette déclaration inattendue. « Et bien… moi aussi, mais… d’où est-ce que ça vient ? »

« Quand j’étais petite… » Gabrielle dessina un motif sans but sur la couverture. « Il y avait deux autres gamines dans le village… et elles étaient très bonnes amies. Je jouais avec elles de temps en temps… et je les aimais bien. » Elle s’interrompit et rassembla ses pensées. « Mais je me suis toujours sentie… quand j’étais avec elles… et bien un peu… une intruse, je pense ou bien… juste… en plus et même quand on s’amusait, j’étais un peu triste. »

« Mpf. » Xena fit un petit son d’encouragement.

« Et j’ai interrogé l’une d’elles là-dessus… tu sais… qui m’a dit que c’était juste… et bien, elles étaient meilleures amies, c’est tout, et tous les autres ne faisaient… pas partie de ça. » Gabrielle soupira un peu. « Je ne comprenais pas… je ne savais pas ce que c’était… »

Elle leva les yeux. « Et maintenant, je le sais. » Elle enroula ses doigts avec ceux de Xena. « C’est d’avoir toujours quelqu’un vers qui se tourner… d’avoir toujours une épaule sur laquelle pleurer… savoir qu’on a quelqu’un avec qui on ne fait pas semblant. »

Le regard bleu était silencieusement posé sur elle et elle entendit le léger bruit tandis que Xena déglutissait. « Quelqu’un qui connaît tous les mauvais recoins en toi et s’en fiche », murmura la guerrière.

Gabrielle se mordit la lèvre et hocha la tête. « Quelqu’un à qui on peut tout dire et avec qui on peut tout partager. » Elle serra ses doigts. « Tellement de gens ne savent pas ce que c’est, Xena. »

Un lent soupir. « Je sais. »

« Je suis vraiment contente de ne plus en faire partie », conclut Gabrielle en levant leurs mains jointes pour effleurer les doigts de Xena de ses lèvres, souriant quand elle détecta l’odeur subtile des herbes de la hutte de guérison.

Xena sourit. « Moi aussi. » Elle caressa affectueusement la joue de la barde, sentant la douceur de sa peau avec un sentiment tranquille de plaisir.

Elles restèrent allongées en silence pendant quelques instants, à simplement y réfléchir, puis Gabrielle relâcha un soupir. « On y va ? Je pense que la hutte de bains est vide… Eponine a institué des horaires stricts. Pas plus de deux à la fois, pendant un quart de chandelle.

La guerrière éclata de rire. « Est-ce qu’elle les surveille elle-même ? »

« Probablement. » Gabrielle leva les yeux au ciel puis se calma. « Qu’est-ce qu’on va faire avec elle et Eph ? »

« On ? » Xena haussa les sourcils. « Nous ?... Gabrielle, ce sont toutes les deux des adultes, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. » Dieux… entremetteuse pour les Amazones… je n’y survivrai pas.

« Qui agissent comme des ados entêtées », répliqua la barde avec un ricanement, tandis qu’elle roulait hors du lit et tirait Xena avec elle. « Ouf… viens… tu es trop grande pour que je te traîne comme un sac à patates. »

« Heureusement. » Xena eut un sourire narquois tandis qu’elle attrapait la barde et la berçait. « Je ne peux pas en dire autant de toi. » Elle commença à marcher vers la porte. « Un bain chaud, en route, votre Majesté. »

« Xeeeeenaaaaa… » Gabrielle tira sur sa chemise. « Allons… arrête… tu ne peux pas valser dans tout le village en me portant ! »

La guerrière ouvrit la porte d’un pied  avec talent. « Et pourquoi pas ? » Demanda-t-elle, raisonnablement, tandis qu’elles émergeaient dans l’air humide, qui était presque, mais pas complètement, chargé de pluie. « C’est le genre de service que les Amazones devraient donner à leur Reine. »

« Oh arrête ça. » Gabrielle rit, abandonnant et se contentant de passer les bras autour du cou de la grande femme tandis qu’elles se dirigeaient vers la hutte de bains. Les Amazones de garde dans le village clignèrent des yeux puis masquèrent des sourires tandis qu’elles passaient près d’elles. « Xena… elles ricanent. »

Xena s’arrêta, plissa les yeux et fit un tour lent et complet sur elle-même, jetant un regard noir à tout ce qui était sur le chemin. Des corps sursautèrent pour se mettre au garde-à-vous et des visages se figèrent pour devenir sérieux instantanément. « Non, elles ne ricanent pas », informa-t-elle son âme sœur qui convulsait silencieusement. « Tu vois ? » Elle continua avec un sourire satisfait.

La hutte était presque vide, comme Gabrielle l’avait prévu. Il n’y avait qu’Ephiny, qui trempait tranquillement dans une splendeur privée de régente, une éponge épaisse posée sur le front. Elle roula la tête d’un côté et les regarda quand elles entrèrent. « Oh… » Puis elle se redressa avec un air un peu alarmé. « Hé… Gabrielle, tu vas bien ? »

La barde remua les pieds et lança ce qu’elle pensait être un air suffisamment hautain. « Bien sûr… ce n’est pas comme ça que la plupart des Reines voyagent toujours ? » Elle tapota l’épaule de Xena. « Dépose-moi, s’il te plaît. » Elle ignora royalement Ephiny qui éclatait de rire.

La guerrière la posa avec soin, puis elle alla vers les seaux qui étaient mis à chauffer près de l’âtre. Elle en attrapa deux et alla vers une baignoire vide, les vida et repartit en chercher.

Gabrielle s’appuya contre la baignoire d’Ephiny avec un sourire amical. « Je parie que cette eau est agréable. »

La régente calma son rire et hocha la tête. « Oh oui… j’ai fini par enlever la boue de… heu… partout. » Elle tourna son regard vers Xena qui finissait sa tâche avec régularité. « Hé… si tu en as l’occasion, pourrais-tu coincer Pony et vérifier cette coupure sur son cou ? Je pense qu’elle a vraiment mal, mais… »

Xena s’interrompit et posa ses bras sur la baignoire, puis elle plia un doigt en direction de son âme sœur. « Bien sûr… » Répondit-elle. « Ça a sûrement besoin d’être nettoyé… nous n’avons pas vraiment fait attention à ça pendant le combat… par Hadès, il m’a fallu du temps pour sortir la saleté de mes éraflures. »

« Qui a fait ça ? » Demanda la barde, d’un ton espiègle tandis qu’elle tâtait l’eau d’un doigt. « Oooh. »

La guerrière lui ébouriffa les cheveux. « D’accord… c’est toi. » Elle l’éclaboussa. « Allez… entre là-dedans. »

Gabrielle retira volontiers sa combinaison en cuir et sauta dans la baignoire, soupirant de plaisir tandis que l’eau chaude la recouvrait. Xena déboucla son gambison et la rejoignit, s’installant derrière la barde appuyée contre le bord de la baignoire. Elle prit une barre de savon aux herbes qu’elle avait apportée avec elle et commença sur le dos de la barde. « En parlant de boue… Dieux, Gabrielle… on voit la trace de ta combinaison. »

La barde ne répondit pas, trop affairée à savourer les doigts puissants qui lui massaient le dos. Xena continua, mais tourna la tête vers Ephiny. « Les choses reviennent à la normale ? »

La régente haussa les épaules. « Plus ou moins… il va falloir des lunes avant que les egos ne sortent du tas de fumier… » Ses yeux noisette luirent un peu. « Mais je vais te dire une chose… c’était assurément bon d’être l’une des sauveuses pour changer… bon sang que c’est un bon sentiment. »

Xena rit. « Oui… je sais. » Elle frotta derrière les oreilles de Gabrielle et secoua la tête dans un faux désespoir. « Je pense avoir trouvé un autre têtard là-dedans », la taquina-t-elle doucement.

Gabrielle tourna la tête et lui lança un regard d’un œil vert à demi ouvert. « Je t’en donnerai des têtards… je vais en mettre dans ton lit plus tard. » Elle passa un doigt à l’intérieur de la cuisse de Xena. « Je les laisserai se tortiller partout. »

La guerrière eut un reniflement de rire, se mordant la lèvre. « Arrête ça. »

« Oohhh… » La barde sourit d’un air diabolique. « J’ai trouvé le bon endroit, pas vrai ? » Elle passa la main le long de l’autre cuisse puis les chatouilla toutes les deux, sentant le corps de sa compagne convulser. « Hé. »

« Gabrielllleeeee… » La supplia Xena à travers ses dents serrées. « Tu vas le regretter… »

« Eheheheheheheheh. » La barde rit en chatouillant plus fort. « Je ne pense pas… ouah ! » Elle sentit des mains l’attraper et la maintenir et puis de longs doigts agiles trouvèrent les points les plus chatouilleux. « Aaaaaaahhhhh ! ! ! ! »

« Chut ! » Siffla Ephiny. « Tu vas faire peur aux gardes, Gabrielle ! Elles vont avoir une crise cardiaque ! ! »

La barde se mordit fort la lèvre et se tortilla, envoyant de l’eau hors de la baignoire tandis qu’elle luttait. « D’accord… d’accord… » Elle haleta. « Je me rends ! »

Xena arrêta immédiatement et la tira en arrière pour la poser contre elle, les deux mains encerclant sa taille et la pressant légèrement. « Bien. »

Gabrielle se détendit, laissant sa tête mouillée reposer sur la poitrine de la guerrière, tandis qu’elle jetait un coup d’œil à Ephiny. « Désolée. » Elle sourit d’un air ironique. « On se laisse emporter parfois. »

« Quelles gamines. » Ephiny les regarda, sentant une note d’envie inattendue lui saisir la poitrine. Gabrielle avait un air tranquille et satisfait sur le visage qui allait avec l’indulgence paisible sur celui de sa compagne et toutes les deux présentaient une image de… dieux, était-ce possible qu’elles soient heureuses? Xena posa le menton sur la tête de la barde et sourit, les muscles de ses épaules tendus alors qu’elle rapprochait Gabrielle.

Elles étaient heureuses. Ephiny soupira intérieurement. Même après tout ça. Elle pencha la tête en arrière et regarda le plafond, comptant les épissures là où le chaume se serrait et se chevauchait. Malgré tout ça. Elle laissa son regard vagabonder et vit Xena fermer les yeux, tandis qu’elle écoutait Gabrielle lui parler d’une voix trop basse pour qu’elle puisse l’entendre. La guerrière rit légèrement, un rire de gorge, et sa compagne produisit un sourire en réponse.

Cela ramena directement son dilemme dans son esprit et elle se souvint d’une chose que Gabrielle avait dite, au sujet de pourquoi elles avaient décidé de faire avancer leur amitié vers un royaume plus profond. « Xena a dit… qu’elle était fatiguée de lutter contre ça. »

Oui. On pouvait être fatigué de ça. Admit Ephiny pour elle-même. On pourrait être fatiguée de beaucoup de choses. « Et bien… je vais m’habiller ensuite je… dois faire quelque chose », annonça-t-elle tranquillement.

« Quelque chose d’urgent ? » l’interrogea Gabrielle, savourant le savonnage de son âme sœur. « Tu as besoin d’aide ? »

Ephiny sourit d’un air désabusé au chaume. Probablement. « Non… rien d’important… finissez, vous deux… et on va faire un souper partagé ce soir, jusqu’à ce que la cuisine retrouve son ordre. » Elle se tourna vers Xena. « Je suppose que ça n’inclut pas ces poissons que tu sais si bien attraper, hein ? »

Xena haussa un sourcil. « Je pense que ça peut s’arranger », admit-elle.

La régente hocha la tête puis sortit de l’eau et s’enveloppa dans une grande serviette en coton, serrant proprement les bouts. « Bien… on se voit sous peu. »

Elles la regardèrent partir puis se tournèrent l’une vers l’autre. « Il se passe quelque chose », dirent-elles dans un chœur sérieux. Xena rit. « Je présume qu’on le verra plus tard. »

Gabrielle se blottit un peu plus et commença à nettoyer attentivement la peau de sa compagne de ses lèvres. « Beaucoup plus tard. » Elle évita soigneusement la blessure de la flèche et remonta. « Bien… bien… plus tard. » Elle effleura les lèvres de la guerrière des siennes. « Ça te va ? »

Xena rit doucement, ses mains commençant déjà un doux voyage sur le corps de la barde. « Tu es la Reine. »


Ephiny prit son temps pour aller vers ses quartiers. Elle voulait examiner avec soin l’endroit pour s’assurer que les choses étaient remises en état comme elles le devaient et que le nettoyage avançait à un bon rythme. Plusieurs Amazones étaient affairées à reconstruire l’énorme fosse pour le feu et elles lui firent signe lorsqu’elle passa tout près. « Faites la sympa et grande », dit la régente avec un sourire. Il leur faudrait le reste de la journée et une partie de la soirée pour remettre les choses en ordre, mais bon sang, elles allaient célébrer ce festival comme si c’était la dernière chose qu’elles faisaient.

Célébrer la moisson et l’année à venir. Et les amies tombées, nota-t-elle avec des regrets. Deux des sentinelles avaient été tuées et le reste était à divers stades de guérison ; elles avaient fait confiance à Arella et l’avaient laissée entrer, certaines la saluant comme une amie. Elle jura pour elle-même à nouveau pour ne pas avoir vu ça arriver, pour avoir cru que la femme irait simplement dans l’arrière-pays et se comporterait bien.

Ah, bon… ce n’est pas comme s’il y avait un entraînement pour ça,  se raisonna-t-elle. Il faut juste prendre la meilleure décision possible et vivre avec.

Ouais. Elle s’arrêta sur son seuil et se retourna, s’appuyant longuement sur son mur à juste respirer. La brise humide effleurait sa peau et repoussait ses cheveux bouclés en arrière, tandis qu’elle répétait ce qu’elle voulait dire. Ce qu’elle voulait expliquer. Finalement, elle soupira et se redressa puis elle hocha un peu la tête et entra dans la hutte.

Eponine était assise à la table de travail, son poing droit emmêlé dans ses cheveux, la tête relevée. Elle travaillait sur un ensemble de pages de parchemin, sa plume tenue fermement dans sa main gauche. Ça avait toujours intrigué Ephiny, parce que comme combattante, l’Amazone aux cheveux noirs était strictement droitière. Elle tirait à l’arc, tenait son épée et un bâton de la manière conventionnelle, mais elle avait admis être naturellement gauchère quand la régente l’avait surprise à gribouiller une fois. Elle resta là un moment à étudier le profil de la maîtresse d’armes au nez retroussé, puis son visage se fendit en un sourire et elle s’installa dans le siège en face d’elle. « Hé. »

Eponine sursauta puis leva les yeux. « Dieux, Eph… tu m’as presque fichu une frousse bleue. » Elle cligna des yeux. « Je ne t’ai pas entendue entrer. »

« Je vois ça. » Ephiny mit les deux bras sur la table et tira sur le coin du parchemin. « Qu’est-ce que tu fais qui est si intéressant ? »

Pony regarda ses mains et lissa les plumes. « Hum… » Elle étudia le document. « Oh… ce n’est… rien… juste des rapports… des trucs… je ne… je réfléchissais juste à autre chose. »

Ephiny la fixa tranquillement. « Ah oui ? Comme quoi ? » Elle garda son ton léger, sentant que son amante était distraite par quelque chose.

Un léger haussement d’épaules. « Juste des trucs… sur ce qui s’est passé, et… juste… je ne sais pas. »

La régente soupira puis se leva et alla vers la commode, l’ouvrit et en sortit une chemise légère pour remplacer sa serviette. Elle plia le tissu mouillé en deux puis l’étendit sur une barre dans le mur faite pour cela. Puis elle rassembla ses esprits et retourna vers la table de travail, s’installant sur l’accoudoir du fauteuil dans lequel Eponine était assise, et elle posa un avant-bras sur l’épaule de la jeune femme.

Pendant un long moment, cette dernière ne bougea pas puis elle leva les yeux avec hésitation.

Ephiny cligna des yeux. Elle connaissait Eponine depuis pratiquement toute sa vie et elle avait vu bien des expressions sur le visage de l’Amazone, qui allaient de la colère à la joie, au dégoût, à la tristesse. Mais c’était la première fois qu’elle voyait de la crainte dans ces yeux chaleureux couleur miel. Par réflexe, elle tendit la main et lui prit la joue. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Les muscles bougèrent sous ses doigts, mais Pony se contenta de hocher la tête. « Rien… que… qu’est-ce que tu veux dire ? »

Elle pouvait l’avoir imaginé, sûr… se dit Ephiny, sauf qu’elle pouvait voir le battement du cœur de Pony contre la peau claire de son cou et elle savait que ce n’était pas le cas. D’un autre côté, faire admettre que quelque chose n’allait pas à son amante bornée était un territoire plutôt effrayant, alors elle décida de continuer avec son petit discours préparé. « Ecoute… je sais que ça a été difficile pour nous ces derniers temps. »

Le visage d’Eponine resta figé. « Tu es toujours en colère contre moi pour avoir bousculé Xena, hein ? » Murmura-t-elle d’un ton désabusé.

Ephiny haussa les sourcils. « Non… non… c’est… c’est fini ça, pas vrai ? Par Hadès, elle s’est excusée, ce qui pour moi équivaut au mont Vésuve qui cracherait du vin de miel. » Elle haussa un peu les épaules. « Je sais comment ça marche avec toi. »

La femme brune baissa le regard pour regarder un coin du sol de la hutte. « Oui… je… j’aurais dû me rendre compte que… je présume que ça a… je suis désolée. »

« C’est bon. » La régente reprit ses esprits. « Bref, je sais que ça a été dur… et on n’a pas eu beaucoup de bon temps, et je… » Ephiny s’interrompit, voyant le mouvement brusque de la lumière tandis que les muscles de la mâchoire de son amante se serraient si fort qu’elle pouvait tracer chaque ride de son menton à son oreille. Un regard vers le bas lui montra les doigts de la maîtresse d’armes serrés autour de sa plume, ses phalanges ressortant. Toute son attitude, Ephiny s’en rendit compte, était celle de quelqu’un qui attendait qu’on la frappe.

Se préparant à quelque chose de douloureux, très. Son cœur se serra et elle glissa de l’accoudoir et s’agenouilla, pour que Pony soit obligée de la regarder dans les yeux. « Qu’est-ce qui ne va pas, bon sang ? » Elle garda sa voix très douce. « Allez maintenant… tu me fiches la frousse. »

Pony déglutit à grand bruit puis elle inspira et se força à un calme presque irréel. « Hé… » Sa voix se brisa un peu, puis elle se reprit. « Ce n’est pas un problème, Eph… je comp… je comprends. » Elle se lécha les lèvres. « C’était probablement mieux comme ça dans tous les cas… je veux dire… tu dois en avoir assez de tout ça… »

Ephiny enroula sa main autour de la sienne et la serra. « De quoi parles-tu ? » Elle sentit les frissons convulsifs sous ses doigts et elle essaya frénétiquement de deviner ce qui se passait.

« Je veux dire… je me dis que… tu vas… me demander de partir, et je… je ne t’en blâme pas, tu, enfin… c’est bon. » Les muscles de la mâchoire jouèrent encore, mais une vie entière de guerrière mit un calme solide sur son visage si tendu d’angoisse que ça faisait mal à voir.

Ephiny laissa lentement sa tête aller vers l’avant et poser sur l’accoudoir. Oh dieux… qu’est-ce que je lui ai fait ? Comment peut-elle penser… et si c’est ce que… ce qu’elle v… La régente soupira légèrement. J’ai été tellement aveugle. Elle roula la tête d’un côté et ouvrit les yeux, pour regarder le visage figé et tranquille. « Non… je n’allais pas te demander de partir », répondit-elle doucement. « J’allais te demander pardon pour ce que je t’ai fait traverser. »

Eponine cligna plusieurs fois des yeux, comme si son esprit avait du mal à comprendre les mots d’Ephiny, si sûre qu’ils n’étaient pas ce qu’ils devaient être. Elle relâcha finalement un souffle retenu. « Oh. » Un seul mot, tellement plein de soulagement indicible que c’en était douloureux à entendre. « Ne t’inquiète pas pour ça », ajouta-t-elle dans un murmure.

Comme c’est typique. Ephiny sentit un petit sourire triste quelque part, tandis que sa trépidation se dissolvait. Elle fit une pause. « Je veux… m’inquiéter pour toi. »

Surprise, elle pointa son regard couleur caramel sur elle.

« Tu… passes un temps fou à t’inquiéter pour moi… et je… me disais… je pense que tout d’abord, je voulais te remercier pour… avoir été là… et… et d’avoir accepté tout ce truc que j’ai traversé, et tout ça. » Pendant un moment, Ephiny eut l’impression que sa langue faisait des nœuds. Dieux… Comment fait Gabrielle pour gérer tout ça, par Hadès? A l’entendre, c’est facile… bon sang, Gabrielle, ce n’est pas facile !  « Et je sais que c’était pourri, et toi… je veux dire, les choses sont devenues un peu étranges après ce qui est arrivé avec elles… et… et je sais que je t’ai blessée. » Voilà. C’était dit. « Je suis désolée. » Ça aussi.

« Hum… » La pauvre Pony semblait submergée. « Non…non… c’est… c’était bon… je… heu… je suis une grande fille, pas vrai ? » Elle attrapa une frange sur sa combinaison et la laissa tomber. « Une Amazone… mauvaise, coriace… je peux gérer des trucs. » Son regard passa la pièce en revue puis s’arrêta sur le visage d’Ephiny. « Mais… heu… je pensais que tu en valais la peine. » Eponine produisit un petit sourire d’espoir, qui partit rapidement. « Bien sûr, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi tu… » Elle leva une main tremblante et montra le village. « Tu as le choix. »

Un sourire désabusé et triste glissa sur le visage de la régente. « Tu es tellement modeste. »

Eponine fronça les sourcils.

« C’est l’une des choses que j’aime le plus en toi. » Ephiny sentit les mots sortir facilement avant qu’elle puisse mesurer leur signification ou juger de leur impact, et elle se retrouva à fixer un visage tellement stupéfait, et si ouvert, que ça lui en brisait le cœur.

« Qu… qu… une des ch… ch… choses ? » Bredouilla Eponine doucement.

Ephiny décida que c’était le plus doux des sentiments. « Parmi de nombreuses choses, oui. » Elle entrelaça ses doigts avec ceux de la jeune femme. « Tu ne vas pas me frapper parce que j’ai dit ça, pas vrai ? » Une pause. « Pony ? » Une pause plus longue. « Hé… » Ephiny se pencha en avant, inquiète, en voyant l’expression grande ouverte et stupéfaite.

Une expression de bonheur et de délice enfantine transformait le visage de l’Amazone brune. « Je ne pensais pas que tu… » Elle poussa un rapide soupir. « Je veux dire que… nous… euh… je pensais seulement que… » Elle fut à court de mots et s’effondra de nouveau sur le dossier de son fauteuil, le soulagement liquéfiant ses muscles.

Ephiny s’assit jambes croisées sur le sol et appuya sa tête contre la hanche d’Eponine, entourant son genou de sa main. « J’étais juste tellement convaincue que je ne pouvais pas… risquer… d’être trop aimante », admit-elle doucement. « Je suis désolée… je jure que je le suis. »

Les doigts d’Eponine trouvèrent leur chemin dans les cheveux de la régente et les caressèrent affectueusement. « Qu’est-ce… qui t’a fait changer d’avis ? » Sa voix était rauque, mais pas à cause de la tension.

La régente sourit tristement. « La Reine. »

Un soupir rauque. « Elle t’en a parlé, hein ? »

Ephiny secoua la tête. « Non. » Elle bougea et se tourna pour la regarder. « Elle n’a pas eu besoin de prononcer un seul mot. » Des traces d’humidité brillante descendirent le long du visage d’Eponine et alors qu’elle clignait des yeux, une goutte tomba et atterrit sur le bras de la régente.

Eponine la fixa avec étonnement, ensuite elle se frotta le visage, irritée, reniflant avec embarras. « Désolée », murmura-t-elle. « La dernière fois que j’ai fait ça c’est quand ce sanglier m’a cogné sur les fesses. »

« Viens là. » Ephiny lui proposa une manche, ce qui nécessitait qu’elle se lève et se remette sur l’accoudoir. Et ensuite, ce fut plus facile de mettre tout son bras autour d’Eponine pour lui donner plus de tissu à utiliser.

Ce qui se transforma en une étreinte très satisfaisante, qui la réchauffa pleinement, d’une façon très étrange et très spéciale.

Marrant, se dit Ephiny. Mélosa m’a appris le courage… mais elle ne m’a jamais dit que parfois… la chose la plus courageuse qu’on peut faire…

C’est de se rendre.

Hé. Une légère pensée amusée chassa la précédente. Et ça ne m’a même pas pris deux ans pour le comprendre.


Des pas de course approchants l’alertèrent. L’Amazone se rapprocha en criant. « Reine Gabrielle ! » Et elle était presque arrivée à l’entrée principale des quartiers de la reine quand une grande main lui couvrit inopinément la bouche. « Qufmf flf. » Les yeux de la femme s’agrandirent jusqu’à ce qu’elle voit qui était son assaillante.

Xena retira sa main avec précautions. « Chut. » Elle fronça les sourcils. « Par Hadès, c’est quoi tout ce bruit ? »

« Désolée. » L’Amazone se gratta l’oreille. « Le conseil des Anciennes se réunit… elles m’ont envoyée chercher la régente, mais… »

La guerrière pencha la tête d’un côté. « Mais ? »

« Hum… elle m’a dit de… heu… » La femme hésita. « Elle était occupée. »

« Occupée », répéta Xena lentement. « Qu’est-ce qu’elles veulent ? »

L’Amazone ricana. « Tu penses qu’elles me l’ont dit à moi ? » Elle soupira. « Bref… je pensais chercher Gabrielle à la place. » Son regard alla vers la porte. « Est-ce que… elle est là ? »

Xena hocha la tête. « Oui oui… mais elle est… hum… occupée. » Ses yeux bleus brillèrent quand elle vit les épaules de la jeune femme s’affaisser. En fait, son âme sœur était profondément assoupie et Xena avait pleinement l’intention que ça reste ainsi. « Alors je présume qu’elles m’auront à la place. »

La femme sursauta puis fixa la grande femme avec incertitude. Après un instant, elle eut un sourire de travers. « D’accord. »

La guerrière lui tapota l’épaule. « Je vais juste déposer ça. » Elle souleva le bâton qu’elle portait et passa la porte, passant un instant à regarder la silhouette immobile sur le lit. Gabrielle était blottie sur le côté, un bras sous la tête et l’autre enroulé sur le bord de l’oreiller. Xena l’avait couverte de leur couverture, la surface sombre et poilue lui faisant soulever les cheveux éparpillés sur le bord.

Elle lutta contre un désir insidieux de rejoindre la barde. Son corps avait soudainement besoin du contact et ne voulait rien d’autre que de se mettre au lit et entourer sa compagne endormie de ses bras, tandis que son esprit entendait déjà le murmure satisfait que Gabrielle ferait à cette occasion. Il lui fallut un puissant effort pour nier le besoin, plus qu’elle ne l’avait anticipé, et elle ferma longuement les yeux de concentration avant de les rouvrir lentement. Bon sang. Allons, Xena… un peu de discipline. Tu ne peux pas passer toute la journée au lit.

Et pourquoi pas ? rétorqua sa conscience obstinée. Avec un soupir, elle mit le bâton contre le mur et pointa Arès, qui était enroulé près de la barde, sa tête autour des genoux de cette dernière. « Prends soin d’elle, d’accord ? » Le loup plia les oreilles et elle sourit, puis elle se retourna et rejoignit l’Amazone impatiente.

Elles marchèrent en silence jusqu’à ce que la femme s’éclaircisse la voix. « C’était une idée géniale, ce tunnel. »

Le regard bleu se posa sur elle, légèrement amusé. « Merci. » C’était quoi son nom ? Kisi ? Pisi ? Oh… oui… Dosi. Ces fichues Amazones s’affublaient de noms vraiment farfelus parfois. Elle soupçonna que ce n’était pas le vrai nom de la femme, mais celui qu’elle avait pris en rejoignant la Nation. « Contente que ça ait marché. »

Dosi hocha la tête. « Oui… on a entendu du bruit dans la cave… on s’est dit qu’un animal y était entré. » Elle se mordilla la lèvre. « Et après un moment, ça ressemblait vraiment à un énorme animal… ça nous a fichu une frousse bleue. »

Xena continua à marcher. « Et alors… qu’est-ce que vous auriez fait si ça avait été un animal ? » Demanda-t-elle. « Et comment il serait entré là-dedans selon vous ? »

L’Amazone se gratta la tête. « J’en sais rien… je pense que le niveau de frustration était si élevé qu’on espérait que ce serait un animal plutôt que de continuer à transpirer, puer et faire des commentaires mesquins sur nos anatomies comparées. »

Xena éclata de rire puis elle se retint. « Désolée… je sais que ça n’était vraiment pas drôle. »

Dosi fronça les sourcils puis sourit aussi. « Oui, c’est vrai. » Elle soupira en poussant la porte de la chambre du conseil. « Ben, bonne chance. »

La guerrière lui lança un regard. « Merci. » Elle laissa l’Amazone derrière elle à la porte et elle entra, consciente du silence soudain lorsque sa haute silhouette remplit l’encadrement. Elle s’arrêta juste à l’entrée et son regard balaya la pièce.

Une douzaine de visages surpris et légèrement mal à l’aise la regardèrent.

« Besoin de quelque chose ? » Demanda la guerrière, haussant les sourcils.

La femme sur le siège central se leva. « Hum… nous… n’étions pas vraiment… je pensais que nous avions demandé… »

Xena haussa les épaules. « Ephiny est occupée quelque part et Gabrielle dort. » Elle fit une pause. « Je ne vais pas la réveiller… alors si vous avez besoin de quelque chose… vous n’avez que moi. » Elle alla vers un tabouret posé au centre du demi-cercle formé par les tables du conseil et elle s’y assit. Il était visiblement là pour les gens qu’on interrogeait, mais elle en prit possession avec une telle assurance que c’était plutôt les autres qui étaient scrutées par elle.

Exactement comme elle le voulait. Elle croisa les bras sur sa poitrine et haussa un sourcil interrogatif tout en croisant les jambes aux chevilles. « Et bien ? » Hmm… Elle jeta un coup d’œil circulaire. Ça fait un bail que je n’ai pas été la plus jeune dans une pièce. Ce qui amena un petit sourire bizarre sur ses lèvres.

« Ah. » La plus vieille des anciennes mit le bout de ses doigts sur la table et se pencha un peu en avant. « Je vois », lança-t-elle, visiblement décontenancée. « Est-ce que la Reine va bien ? » Demanda-t-elle finalement. « Je ne savais pas qu’elle était blessée… »

Xena se détendit un peu. « Elle va bien », rassura-t-elle la femme. « Elle fait juste une sieste. »

« Bien… bien… » Répondit la femme. « Ah… bien… » Elle carra ses épaules et reprit le contrôle sur elle-même. « C’est un peu embarrassant, Xena… le sujet que nous souhaitions soulever avec Ephiny ou Gabrielle, c’était… hum… et bien, c’est toi. »

Un sourire paresseux se forma sur les lèvres de la guerrière. « C’est ce que je pensais », dit-elle d’une voix traînante. « Qui peut mieux répondre à vos questions alors ? »

Les anciennes échangèrent des regards puis la plupart d’entre elles haussèrent les épaules. « Bien vu », déclara franchement la femme et elle s’assit. Son regard étudia avec soin la grande silhouette tranquille devant elle. Xena avait remis son gambison, ne se sentant pas bien à l’idée d’exposer son corps à l’abrasion du cuir vu la myriade de coupures et d’endroits douloureux et les Amazones semblaient trouver le vêtement fascinant. « J’ai compris que c’est toi qui as eu l’idée du plan pour creuser jusqu’ici ? »

Xena hocha aimablement la tête. « Ça m’a semblé être le chemin le plus rapide. » Elle inspecta ses ongles qui, malgré le long bain, étaient toujours tachés d’argile rouge. « C’est pas l’endroit où je me suis le plus amusée, mais ça a marché. »

Un petit silence. « Tu es blessée. » L’ancienne fit un geste vers sa jambe, où un bandage ressortait, d’un blanc cru sur la peau bronzée de la guerrière.

« Quelques broutilles… rien de grave », répondit Xena, joyeusement, tout en se morigénant d’avoir laissé Gabrielle la plaquer industrieusement de bandages propres. Elle s’était sentie comme une annonce sur pattes pour un marchand d’herbes de soins avant que la barde ait fini. « Gabrielle voulait s’assurer que ça restait propre cette fois-ci », indiqua-t-elle, ironiquement, en se souvenant de l’air paisible sur le visage de son âme sœur tandis qu’elle se détendait simplement sous les soins de la jeune femme. La barde avait un tel plaisir à s’occuper d’elle… comme si elle était un étalon de prix, ou autre chose que Xena lui soumettait habituellement elle-même, juste pour voir son sourire.

« Ah. » L’ancienne hocha la tête. « Elle… a un fort sentiment à ton égard. »

Xena ne sentit pas que cela nécessitait une réponse, aussi elle se contenta de hocher la tête pour confirmer.

« Franchement, nous avons été un peu surprises quand Ephiny nous a dit que vous deux envisagiez une… cérémonie d’union ici… je sais que nos relations n’ont pas été cordiales ces derniers temps. » La femme parlait tranquillement, le bout de ses doigts en pointe et ses lèvres pressées contre. « Je ne pouvais pas imaginer que tu veuilles volontairement faire partie de la Nation. »

Xena réfléchit à la question en prenant son temps. Le silence dans la pièce ne la gênait pas, bien qu’elle puisse voir que ça rendait quelques-unes des anciennes un peu agitées. Elle se contenta finalement de hausser les épaules. « Moi non plus », répondit-elle avec honnêteté. « Vos… dissensions internes… les attitudes… vous me rendez dingue la plupart du temps. »

Elles clignèrent des yeux, ne s’attendant pas à cette franche admission.

« Mais c’est une part de la vie de Gabrielle… et c’est quelque chose qu’elle veut vraiment partager avec moi alors… » Les yeux bleus étincelèrent avec ironie. « Alors… par Hadès. »

Une des anciennes, une petite femme aux cheveux gris qui avaient dû être roux autrefois, se pencha en avant. « Alors… c’est ça ? C’est la raison ? Pas que tu veuilles aider la Nation… pas que tu aies quelque chose à offrir… pas que tu penses que nous serions de bonnes alliées… juste… juste parce qu’elle veut que tu le fasses ?

Xena sourit. « Ouaip. » Elle se réinstalla et les regarda.

La femme ricana. « Et nous devons t’accepter avec tes termes, c’est bien ça ? »

La guerrière la fixa. « Ouaip… parce que je ne vais pas en changer avant longtemps. »

Le silence était maintenant assurément glacial. « Ce n’est pas… notre façon de faire », déclara la femme aux cheveux gris. « Pas même pour notre reine. » Elle regarda ses camarades. « Quelle garantie avons-nous… »

Xena se leva et glissa vers elle, utilisant au mieux sa grande taille tandis qu’elle s’appuyait sur la table, surplombant l’autre femme. « Aucune. » Elle baissa volontairement la voix. « La seule garantie que vous ayez c’est ceci – aussi longtemps que votre intérêt va dans le sens du sien, je suis là, compris ? » Elle jeta un regard appuyé autour de la table, laissant son côté sombre et audacieux ressortir pleinement. « Je n’ai pas besoin des Amazones, compris ? Mais dans les trois prochaines années, je suis sûre que vous aurez besoin de moi et à plus d’une occasion. »

Le silence accueillit ses paroles.

« Alors, arrêtons ce galimatias », finit Xena. « Je ne suis pas ici pour être jugée par vous. »

La femme aux cheveux gris la regarda droit dans les yeux. « Tu n’es pas très diplomate, pas vrai, Xena ? »

Un sourire en coin recourba les lèvres de la guerrière. « Je laisse ça à Gabrielle. » Elle fut consciente du mouvement des femmes qui contournaient la table et se mettaient autour d’elle, mais elle resta immobile et attendit.

Elles étaient tout près, tellement près qu’elle pouvait sentir le cuir qu’elles portaient et elle se redressa, laissant ses bras tomber le long de son corps tandis qu’elles se rapprochaient d’elle. Elle garda une respiration régulière, mais le duvet de sa nuque se dressa et elle ne put empêcher le minuscule frisson de réponse qui tendait ses muscles juste sous sa peau et mettait ses sens dans une alerte douloureuse. J’espère qu’elles ne vont pas tenter quelque chose de stupide. Je ne suis pas d’humeur.

Le silence s’épaissit. Douze Amazones rusées entouraient leur proie, les mains glissant vers les armes. Xena les dépassait d’une bonne tête et pesait plus que la plupart d’entre elles, mais elles ne semblaient pas intimidées. « Je pense qu’on n’aime pas ton attitude », dit l’une d’elles d’un ton traînant.

Xena rit sans humour. « Je pense que je ne donne pas un pet de lapin pour que vous l’aimiez ou pas »Intérieurement, elle admirait le groupe pour leur agressivité, une chose qu’elle trouvait habituellement manquante chez leurs jeunes camarades. Néanmoins, il était tard et elle ne se sentait pas d’humeur à entrer dans une bataille de poings et de pieds à ce moment-là.

« Tu es plutôt coriace pour quelqu’un entouré de guerrières armées », fit remarquer la petite femme, dans un ton légèrement humoristique.

La guerrière baissa légèrement la tête et sentit ses mains se raidir. « Si vous avez l’intention de découvrir combien je suis coriace, finissons-en, et je ne veux pas entendre parler de blessées ou autres. » Il n’y avait plus d’humour dans sa voix maintenant. Elle bougea son centre de gravité et mit ses défenses en attente.

« Tu es désarmée et encerclée et tu nous lances un avertissement ? » Contra la femme.

« Ouais », répondit Xena.

« Et si c’est toi qui es blessée, Xena ? » Dit doucement la plus âgée.

La guerrière eut un sourire facile. « Alors vous aurez à en répondre à Gabrielle, pas vrai ? » Leur rappela Xena. « Et laissez-moi vous dire… si vous pensez que je suis rude, vous n’avez encore rien vu. »

Elles s’immobilisèrent toutes et se regardèrent les unes les autres. La plus âgée, Rena, se gratta la tête. « Crotte. Elle a raison. » Elle pianota sur la table puis lança un regard ironique à Xena. « Tu as détecté notre bluff, hein ? »

Un haussement de sourcil noir en réponse.

La femme se mit à rire et, comme un signal, le reste des Amazones fit de même. L’une d’elles tendit la main et frappa Xena sur le dos, surprenant la guerrière toujours tendue qui faillit lui rendre son coup et l’envoyer dans le mur. « Xena, si tu pouvais mettre un couvercle sur ton attitude dans ce groupe de petits bébés que nous avons ici, ça vaudra la peine de chaque minute exaspérante. »

Xena se détendit lentement et laissa un sourire traverser son visage. « Si vous ne l’avez pas fait vous… quelle chance j’ai de réussir ? » Elle mit les mains sur ses hanches. « Elles sont un peu fragiles, pas vrai ? »

« Ouille. » Rena leva la main de dégoût. « Je ne sais pas ce qui se passe avec les gamines de nos jours… se laisser attraper comme ça ? Par Hadès… de mon temps… » Elle soupira. « Bien sûr, nous devions être au village Centaure à faire des gâteaux avec Tyldus quand tout est arrivé ou sinon, je peux te dire que… ça aurait été différent. » Elle soupira exaspérée. « On est rentrées juste à temps pour te voir soulever ce tas de cochons puants… mais bon sang, si on avait été là… »

« Oui oui. » Xena s’appuya contre la table et relâcha un soupir silencieux de soulagement. Elle passa en revue les visages à l’air fougueux et coriace et elle sourit tranquillement pour elle-même. Elle se rendit compte que ces femmes étaient des Amazones. Comme elle s’en souvenait. « C’est bon… on s’en est occupé. »

Rena ricana. « Sans blague… cette gamine de Potadeia a plus de cran en elle que la moitié de cette fichue Nation… ouaouh… elle sait se servir de son bâton… joli travail, Xena. »

La guerrière sourit. « Elle est plutôt douée, hein ? » Un air de fierté passa sur son visage. « Vous devriez la voir contre des types de deux fois sa taille… juste ‘bam’… et les voilà par terre. »

« Ouais… et par un pet de Centaure… tu sais utiliser une épée… » Rena leva un bras. « Hé… tu nous présentes ton copain poilu… il est plutôt bon lui aussi. »

« Bien sûr », acquiesça Xena. « Venez… je pense l’avoir vu dans la salle à manger. » Elles se massèrent autour d’elle, discutant de la bataille avec enthousiasme, faisant monter son humeur d’un autre cran. Hé. Ça pourrait ne pas être si mal après tout.

« Oh… oh… attends, Xena, tu t’es rendu compte que tu avais taillé ce type horrible en deux ? » Une grande femme flétrie lui tira la manche. « Comment tu as pu passer sa colonne ? Je n’ai jamais réussi à le faire. » Elle lança ses bras dans un demi-arc et s’arrêta. « Le métal reste toujours coincé dans les os… ça me rend dingue. »

« Et bien, c’est dans l’élan. » La guerrière commença à expliquer, claquant ses mains l’une contre l’autre comme si elle tenait une poignée d’épée, et elle s’interrompit, tandis qu’elle écartait les jambes et avançait son centre de gravité. « Il faut… » Elle eut un mouvement puissant du corps tandis qu’elles s’écartaient brusquement de son chemin et elle cogna des deux poings dans la porte, la faisant éclater et envoyant des échardes partout.

Le silence tomba.

« Oups. » Xena se frotta les mains. « Je ne voulais pas faire ça. »

Rena regarda la porte puis Xena. « On avait besoin de la remplacer de toutes les façons. » Elle frappa Xena sur l’épaule. « Allez… allons chercher un verre pour cette femme. »

Le groupe joyeux marcha vers la salle à manger.


Gabrielle se réveilla en sursaut, ressentant l’absence de sa compagne avec une pointe acérée d’anxiété qui s’estompa quand elle vit l’armure proprement installée sur la chaise, et qu’elle sentit le corps chaud d’Arès contre ses genoux. Elle resta allongée un moment, laissant son cœur se calmer tandis que ses doigts lissaient le tissu sur lequel sa tête était posée. Elle avait remplacé la couverture Amazone avec l’une des leurs et à la fois cela, et la chemise qu’elle portait, apportait l’odeur de Xena, la calmant tandis que les dernières fumerolles d’un rêve troublant s’évaporaient. Elle fit le tour de la pièce du regard, repérant son bâton appuyé contre la porte et le fait que les armes de Xena étaient toujours là, et elle en conclut que sa compagne était simplement sortie faire un petit tour ou autre chose.

Ou autre chose. Cela déclencha sa curiosité et elle se demanda ce que faisait Xena, espérant que c’était quelque chose de plaisant et pas quelque chose qui la mettait dans les ennuis. La grande guerrière était vraiment douée pour se mettre dans les ennuis, ces derniers temps, et combiné avec le fait qu’elles étaient chez les Amazones…

Gabrielle soupira et envisagea un instant de se lever, bien que son corps voulût vraiment rester là où il se trouvait. Elle se décida pour un compromis et glissa hors du lit, allant vers le bureau pour prendre son journal et son écritoire, puis elle retourna au confort chaud de la couverture pour s’y blottir à nouveau. Elle releva les genoux et posa son journal dessus, l’écritoire près d’elle avant de l’ouvrir. Elle prit une plume et en tailla automatiquement le bout tandis qu’elle essayait de mettre ses pensées au clair.

Elles ne coopéraient pas beaucoup et elle laissa sa tête retomber contre le bois du lit. Une odeur l’attira et elle leva les yeux pour voir une tasse de thé, tiède maintenant, posée à côté. Elle la prit et sirota, souriant quand le goût de miel et de menthe se fraya un chemin dans sa gorge.

Bon… Me voilà en train de mettre mon journal à jour. Depuis la dernière fois, comme d’habitude, beaucoup de choses sont arrivées. J’ai gagné une compétition de bâton, mais c’est comme si cela faisait des semaines, pas hier. Mais j’ai bien gagné, ce qui était intéressant, mais un peu décevant aussi. Je m’attendais à être heureuse ou satisfaite, ou bien… quelque chose. J’ai fini par être un peu triste parce que tout le monde pensait que c’était génial que je puisse battre quelqu’un.

Xena a compris, cependant. Ce qui était vraiment étrange parce que si quelqu’un a le sens de la compétition, c’est bien elle… et elle n’a jamais de problème pour entrer dans ces matches de lutte dans les festivals, ou le tir à l’arc, ou bien… quoi que ce soit, et elle aime toujours gagner. Mais elle a compris et elle m’a serrée contre elle et elle m’a dit que ça allait et que je ne serais jamais comme les Amazones à cause de la façon dont je ressentais les choses.

Je peux me souvenir d’un temps où ça m’aurait dérangée, mais maintenant… ça me fait un peu me sentir bien. Je veux dire, pas parce que j’ai honte. Je suis contente de pouvoir travailler avec mon bâton aussi bien et que je peux me défendre, mais je suis aussi contente de pouvoir ressentir de la compassion pour l’autre personne et le fait que je ne veux pas la blesser, si ce n’est pas réel.

Pfiou. C’était compliqué à sortir et mon cerveau est encore un peu embrouillé. Les Amazones ont été pillées hier, capturées et enfermées nues dans la cuisine, par Arella.

Je viens juste de me relire et ça sonne tellement drôle. J’ai failli l’enlever, mais je vais le laisser parce qu’à part les gens qui sont blessés et les deux personnes qui sont mortes, c’était un peu drôle. Bien sûr Xena a eu une idée pour libérer tout le monde, nous avons creusé un tunnel vers la cave à provisions sous la salle à manger et tout le monde est sorti, puis elles ont battu les sbires d’Arella et maintenant ils sont nos prisonniers, tout comme elle.

C’était vraiment une bonne idée de Xena. Je l’ai bien aimée, même si j’ai encore de l’argile partout… dieux, je n’ai jamais été aussi sale de toute ma vie. Pendant un moment, j’ai pensé que j’allais devoir me rendre à Arella… juste parce qu’elle a dit qu’elle allait commencer à tuer des gens autrement… et j’ai vraiment pensé que j’allais le faire, mais Xena m’a demandé de ne pas le faire.

Pas… exigé comme elle en a l’habitude et pas dit de ne pas le faire… elle me l’a demandé parce que ce serait trop dur pour elle. Ouaouh. Et j’ai réalisé une chose… parce qu’elle l’a demandé comme ça, je ne l’aurais pas fait. Intérêt général ou pas… quelque chose dans la façon dont elle l’a fait m’a saisie et ne voulait pas me laisser partir.

Il y a toujours quelques petits endroits à vif en nous deux, je pense. Comme quand je me suis réveillée et qu’elle n’était pas là. Ou ces rêves où je la trahis. Je présume que c’était un de ses endroits à vif à elle… je pense qu’elle a toujours ces cauchemars sur les choses qui m’arrivent et qu’elle ne peut pas empêcher.

Ce n’est pas vraiment juste pour nous deux, mais… guérir de cela va prendre du temps. C’est incroyable que nous en soyons arrivées aussi loin et parfois, je dois m’en rappeler.

Voyons voir… quoi d’autre. Oh oui… Jessan, Elaini et leurs enfants sont ici. Ces gamins sont teeeellement mignons que je peux à peine le supporter… plein de poils et adorables… Comme des chiots, mais intelligents. Xena les a trouvés dans les bois hier soir… ils allaient à Amphipolis.

Jessan m’a dit qu’il avait entendu parler de ce qui nous était arrivé et qu’il venait voir si nous allions bien. C’était si étonnamment gentil de sa part considérant combien c’est dangereux pour lui de voyager ainsi, si loin de chez lui. C’est un bon ami et je pense qu’il était content de voir que tout allait bien.

Moi aussi, bien entendu. En fait, jusqu’à ce que lui et Elaini se montrent dans la grotte hier soir, Xena et moi étions les personnes les moins secouées ici. Je le lui ai dit et elle a failli cracher de l’eau par les narines parce qu’elle buvait quand je le lui ai dit.

C’était drôle. Mais c’était vrai, cependant, et même elle a acquiescé. Elle a dit qu’elle espérait qu’Eponine et Ephiny arrangent les choses entre elles, parce qu’elle pense vraiment qu’elles sont faites l’une pour l’autre. C’était étrange de l’entendre de sa bouche, mais je pense qu’elle a raison.

On a parlé, juste un peu, du bébé. Rien de vraiment neuf sur ce sujet, ce qui est bien, mais j’ai réussi à faire en sorte qu’elle prenne au moins en compte l’idée que… oh dieux, c’est si étrange que je peux à peine l’écrire. Que Toris puisse ne pas être le père. Je sais que c’est dingue, je le sais… Je le sais… et peut-être que je me mens simplement à moi-même et que je me trompe moi-même parce que…

Parce que je ne sais pas pourquoi. Je commence à soupçonner que ça pourrait être de la culpabilité à cause de Solan et que ce n’est pas vraiment juste pour nous deux, ou pour Toris, mais…

Mais. Le fait est que, si j’allais commencer mes règles, et je l’étais, ce jour-là, alors les chances qu’il soit le père sont quasiment les mêmes que celle qu’Argo soit le père, si je m’en tiens à ce que dit Ménelda à qui j’ai parlé avant-hier. Je ne l’ai pas dit à Xena… je me demande si elle se rend compte. Je pensais que oui… quand je lui ai dit cela la première fois et qu’elle a eu cet air vraiment étrange sur le visage. C’est une guérisseuse et elle connaît bien plus de choses sur ce truc que Ménelda ne connaîtra jamais, alors je parie qu’elle le sait.

Je devrais être terrifiée. Mais je sais au fond de mon cœur qu’il n’y a qu’une seule autre possibilité et je vais m’y accrocher, et y croire. Il faut juste attendre pour savoir… ça va prendre une paire d’années, probablement, mais si ce gamin se met à chevaucher des chevaux adultes à l’âge de trois ans, alors on saura.

Je blague, je pense.

Maintenant, mon pire problème c’est quoi faire avec Arella. Il faut que j’en parle à Xena.

Gabrielle leva les yeux quand un coup faible et hésitant fut frappé à la porte. « Entrez », cria-t-elle, en tapotant sa plume contre sa mâchoire.

La porte s’ouvrit et Paladia passa sa tête blonde, avec hésitation.

« Salut. » Gabrielle lui fit signe d’entrer. « C’est bon… entre. » Elle montra la chaise. « Assieds-toi. »

La grande femme entra et traversa la pièce avec précaution, pour s’asseoir prudemment. « Salut. »

La barde l’étudia. « Salut. »

« C’est toi qui diriges ici, hein ? » Paladia repoussa les longs cheveux raides de ses yeux.

Gabrielle remua la main. « Oui… plus ou moins… je veux dire, il y a un conseil et Ephiny est la régente, mais… oui. » Elle posa le journal et se tourna sur le côté ; elle s’appuya sur un coude et donna toute son attention à la grande femme. « Tu as besoin de quelque chose ? »

Paladia regarda ses bottes dans un silence maussade pendant un instant puis elle leva les yeux vers elle. « Change ma peine. »

Le regard vert brume l’observa avec circonspection. « Ce n’est pas moi qui l’ai décidé », répondit-elle. « Mais si on considère ce que tu as fait ces derniers jours, je suis sûre que je peux trouver quelque chose avec Ephiny… nous pouvons probablement mettre fin à ta peine, si c’est ce que tu veux, ou bien… »

Paladia secoua la tête. « Nan. » Elle regarda partout sauf vers la barde. « Je n’ai pas dit que je voulais ça… je veux dire, je sais que j’ai fait des trucs mauvais… »

Gabrielle glissa vers le bas et posa la tête sur une main. « Oh. » Elle sentit qu’un sourire lui tirait les lèvres et elle se rendit. « Je comprends… tu veux rester ici. »

« Je n’ai pas dit ça », protesta Paladia d’un air grognon.

« Pas besoin », répliqua Gabrielle, avec une douce lueur dans les yeux. « Tu as oublié avec qui je vis. »

Les yeux gris se tournèrent vers elle puis un minuscule sourire tira les lèvres de Paladia à contrecœur. « Tu as toujours été gentille avec moi », dit-elle. « Je ne comprends pas ça… je t’ai fait du mal. »

La barde mâchouilla sa plume et sourit d’un air absent en goûtant la cannelle. « Je présume que je crois juste qu’il faut saisir la chance avec les gens… et qu’il faut les traiter… comme on voudrait être traité, même s’ils ne pensent pas la même chose. »

Paladia cligna des yeux. « C’est cinglé. »

Gabrielle soupira. « Parfois, oui. » Une vision d’Arella dansa, moqueuse, devant ses yeux, suivie par un flash hanté et bref du visage infantile d’Hope. « Mais la plupart du temps… ça me fait juste me sentir bien de penser ainsi. »

« Oui. » La grande femme pinça les lèvres et regarda ses mains serrées. « Peu importe. »

La barde la regarda, se sentant plus vieille que son âge. « Je vais te dire… je vais arranger les choses pour que tu puisses traîner par ici… si tu vas t’excuser auprès d’Ephiny. » Elle attendit que Paladia lève les yeux, le regard étonné. « Et tu dois le penser. »

« M… » Objecta Paladia. « On ne peut pas s’excuser pour ça, tu es folle? » Elle s’affaissa avec un soupir fatigué. « Oublie. »

Gabrielle se glissa hors du lit et se laissa tomber sur un genou, une main posée sur le bras de l’ex renégate. « Paladia, crois-moi. On peut s’excuser pour tout », dit-elle, la voix douce et sincère. « Et être pardonné pour tout. »

La jeune femme blonde la fixa, sans expression, pendant un long moment, puis elle se leva et se contenta de hocher la tête, avant de se retourner et de partir.

Gabrielle soupira et s’assit sur ses talons en regardant la porte se refermer. « Elle est plutôt bornée, Arès. »

« Agrrrooo. » Le loup se lécha les babines puis il remit sa tête sur ses pattes.

« Mais pas aussi bornée que moi », continua la barde en se mettant debout avant de s’asseoir sur le lit, une main grattant la tête sombre. « Et en plus, j’ai beaucoup d’expérience avec ce genre coriace et silencieux. »

« Rrrr. » Arès lui lécha la jambe.

« Oui, rrr… et en parlant de genre coriace et silencieux, je me demande où est ta maman ? » Elle pianota sur sa jambe. « Je pense que je ferais mieux d’aller la chercher… elle a dû se mettre dans un pétrin quelconque. » Elle étudia ses vêtements et décida que les Amazones devraient se faire à l’idée de la voir porter une chemise trop grande pour la nième fois. Elles pensent probablement que je ne sais pas faire les achats pour moi-même.

Avec un rire ironique, elle fouilla dans son sac pour trouver une ceinture en cuir que Xena avait faite pour elle et elle entoura sa taille, glissant le bout dans l’anneau robuste avant de faire un nœud puis elle se pencha pour prendre ses bottes. « Allez, Arès, » dit-elle en se levant et en tapant des pieds pour ajuster le cuir. « On y va. »


Paladia traversa le camp à grands pas, marmonnant des jurons. Cela lui valut des regards étranges des Amazones qui passaient, mais elle y était habituée alors elle les ignora, préférant rester seule comme elle le faisait habituellement. Elle n’avait vraiment aucune destination à l’esprit alors elle fut surprise de se retrouver devant la hutte de la guérisseuse.

Elle fronça les sourcils puis soupira et se dit qu’elle ferait aussi bien d’entrer saluer Cait, si on considérait que la jeune fille était la seule personne au village qui lui parlerait. A part Xena ou Gabrielle bien entendu, et elle ne voulait pas aller leur parler. Une fois suffisait. Bien qu’Eponine lui ait parlé, un peu, ce qui était bien, mais elle devinait que c’était parce qu’elle avait libéré l’Amazone plus âgée de cet arbre.

Mais les autres… nan… elles l’évitaient, à moins qu’elles ne puissent pas faire autrement, ou qu’elles aient besoin qu’on porte quelque chose, ou déménager, ou bien… Paladia soupira en poussant la porte pour l’ouvrir. Elle n’avait aucune idée de pourquoi elle voulait traîner par ici en fait.

A l’intérieur, la pièce était sombre et très tranquille. Huit des dix paillasses étaient occupées et trois ou quatre assistantes de la guérisseuse s’affairaient à changer les bandages et à porter des bols de va savoir quoi. Elles levèrent la tête à son entrée puis elles retournèrent à leurs tâches en silence.

C’était bien comme ça. Elle n’avait rien à leur dire de toutes les façons alors elle se contenta de tourner à gauche et s’approcha de la rangée où Cait était allongée, avant de s’accroupir près de la paillasse de la jeune fille et de s’installer maladroitement sur le minuscule tabouret placé près d’elle.

L’épaule de Cait était dénudée et son bandage venait d’être changé ; Paladia pouvait détecter l’odeur piquante du nettoyant qu’elles utilisaient. Les cheveux blonds décoiffés de la jeune fille, habituellement tirés en arrière dans une queue de cheval, s’étalaient autour de sa tête, des vagues légères effleurant sa poitrine. Son visage, bien que toujours très pâle, avait commencé à prendre un soupçon de sa couleur habituelle et Paladia se dit que maintenant, si la gamine n’était pas morte, elle allait probablement aller mieux.

L’ex renégate réfléchit à ce qu’elle ressentait là-dessus et elle décida que ça lui allait bien. Cait n’était pas si mauvaise une fois qu’on supportait son bavardage incessant et ses exigences. Paladia regarda la forme immobile et elle plissa le front lorsque les yeux de la jeune fille s’ouvrirent lentement pour croiser son regard. « Salut. »

Cait était silencieuse, rassemblant visiblement ses forces. « Salut », finit-elle par murmurer.

« Tu as raté un tas de choses intéressantes », l’informa Paladia franchement. « Ça fait toujours mal, je parie. »

Cait hocha faiblement la tête aux deux assertions. « J’ai entendu dire que… tu as été plutôt occupée. » Elle garda le silence un moment puis prit une inspiration. « T’aurais pu t’en aller. »

L’ex renégate regarda la pièce avec indifférence, vers l’endroit où Ménelda se levait difficilement, repoussant l’aide de l’une de ses assistantes. Elle haussa les épaules. « Ouais, je sais. » Elle leva une main et se gratta la nuque. « Je me suis dit que je leur devais un truc ou deux… elles auraient pu me fouetter à mort pour ce que j’ai fait. » Ça sonnait mieux que le simple fait qu’elle avait voulu trouver Cait pour lui demander de partir avec elle… et qu’elle était tombée sur le campement des brigands par pur hasard. « Fallait que je traîne dans le coin pour te houspiller de toutes les façons. »

Cait remua un peu à ces mots et tourna la tête, étudiant Paladia attentivement. « Faut que tu me racontes tout, tout de suite. » Sa faible exigence résonnait ridiculement impérieuse.

Paladia haussa à nouveau les épaules. « Me souviens plus, vraiment… » Dit-elle avec désinvolture. « C’est arrivé tellement vite. »

Le regard de Cait la cloua. « Paladia, allez… s’il te plaît ? »

S’il te plaît… ça, c’était nouveau. Les yeux de la grande femme brillèrent un peu d’intérêt. « Et j’y gagne quoi, moi ? » Demanda-t-elle sérieusement.

« Qu’est-ce que tu veux ? » Contra Cait tout aussi sérieusement.

Repartir dans le temps pour changer les choses, lui répondit son esprit. « Je ne veux plus jamais entendre cette histoire. » Voilà ce qu’elle répondit de manière audible.

La jeune fille soupira. « D’accord. »

« Et pourquoi t’aimes bien celle-là en plus ? » Demanda Paladia avec un froncement de sourcils. « Ça finit toujours pareil… et c’est tellement fichument mièvre. »

Cait eut l’air un peu triste. « Parce que ça finit toujours de la même façon… et que c’est tellement mièvre. » Elle cligna des yeux et son visage se tendit de douleur. « Peut-être que je souhaite que ça ait été mon histoire. »

Paladia la fixa, ne s’attendant pas à cette réponse. La gamine répondait habituellement avec des sarcasmes, ou bien une remarque désagréable, mais jamais des choses sur elle-même, ou bien… tout d’un coup, elle se sentit mal et elle n’avait aucune idée de pourquoi. « Euh… d’accord… ben… si tu es comme ça, je présume que je peux me souvenir de trucs. »

Le regard clair de la jeune fille se réchauffa. « Super. »

« Qu’est-ce que tu fais là ? » Une voix grognonne et acérée les interrompit et elles levèrent les yeux pour voir Ménelda, le regard cloué froidement sur Paladia.

L’ex renégate se hérissa en défense, mais elle n’eut pas à répondre, devancée par les mots doux de Cait.

« Elle me tient compagnie… ça dérange ? » Demanda la jeune fille avec méfiance. Elle avait bien connaissance des humeurs parfois imprévisibles de la guérisseuse et son inimitié constante pour son héroïne personnelle. Ça la marquait comme une pomme pourrie dans le journal de la jeune fille, mais elle essaya d’être aussi respectueuse que possible, parce qu’autrement ça deviendrait très poisseux.

« Je n’ai pas besoin de plus de criminels ici. Tu dois bien avoir des choses à faire, pour remettre cet endroit en service. Va t’en occuper », répondit Ménelda, d’un ton vif.

« En fait. » Une voix très froide et cassante s’interposa. Elles se retournèrent toutes pour voir Gabrielle, ses yeux verts lançant des éclairs. « Je pense que tu as besoin de plus de temps pour te remettre de tes blessures, Ménelda. Va dans tes quartiers t’allonger. »

« Majesté… » Protesta la guérisseuse avec indignation.

« Va », répondit Gabrielle d’un ton inflexible. « Ou je t’y fais conduire. » Elle fit une pause. « Ce n’était pas une requête. »

Ménelda hésita puis se retourna et partit sans un autre mot ; un lourd silence tomba sur la pièce.

« Eh ben », finit par dire Cait d’une voix rauque.

Gabrielle se passa la main dans ses cheveux clairs et s’agenouilla près de la paillasse de Cait. « Désolée… je ne suis pas sûre de savoir ce qu’est son problème. »

Paladia ricana doucement. « Je pourrais te donner un indice », marmonna-t-elle. « Elle pense que toutes celles qui sont ici lui doivent quelque chose. »

« Et bien. » La barde soupira. « Je pense qu’elle a un peu de retard… je ne suis pas sûre de savoir si elle sait exactement ce qui s’est passé ces derniers jours. »

« Elle se fiche bien de moi. » L’ex renégate secoua la tête. « Elle dit toujours pis que pendre de Xena… je pense qu’elle a juste deux noyaux de pêche dans le… » Elle s’arrêta en voyant le sourcil levé de Gabrielle. « C’est bon. »

Gabrielle se mordilla la lèvre, réussissant à empêcher un sourire de s’installer par pure volonté. « Je lui en veux un peu pour ça, vraiment », admit-elle ironiquement. « Comment te sens-tu, Cait ? »

Cait lui offrit un faible sourire. « Pas mal, en fait. » Elle mentit avec un visage figé. « Ephiny a dit qu’elle et moi nous avons quelque chose en commun maintenant… » Son regard alla vers son épaule puis vers la barde. « Je pense que Ménelda est juste furieuse parce que Xena est une tellement bonne guérisseuse et elle ne l’est pas, elle, pas vraiment. »

« Mm… » Gabrielle réfléchit à ces mots. « Mais c’est un peu idiot, hein ? »

« C’est trop vrai », répondit Cait avec un tressaillement. « Merci de l’avoir renvoyée. »

La barde s’appuya sur un genou. « A ton service », répondit-elle doucement. « En parlant de ça… est-ce que Xena est passée par ici ? Je la cherche. »

Cait secoua la tête à regret. « J’étais endormie, vraiment… » Son regard alla vers Paladia en questionnement.

La grande femme blonde fronça les sourcils. « Nan… » Elle plissa le front. « Je l’ai vue sur le chemin par là-bas… en direction de la salle à manger avec un groupe de vieilles autour d’elle. »

« Vraiment », répondit Gabrielle, en se mordant la lèvre pensivement. « Je me demande de quoi il retournait. »

Paladia haussa les épaules. « Quelqu’un criait qu’il fallait des armes… » Dit-elle. « J’ai pas vraiment… » Elle leva les yeux quand Gabrielle se leva, surprise par l’expression sombre qui s’était installée sur le visage de la barde. « Euh. »

« Excusez-moi. » La barde leur fit un signe de tête et se dirigea vers la porte.

« Bon sang », murmura Cait. « Elle est devenue furieuse rapidement, pas vrai ? »

« Euh. » Sa grande compagne grogna. « J’allais lui dire qu’elles avaient l’air de prendre du bon temps, mais… »

« C’est vrai. » Avec un air férocement déterminé sur le visage, Cait se souleva un peu. « Bon… tu allais tout me raconter. » Elle hésita. « Et n’oublie pas les meilleurs morceaux. »

Paladia leva les yeux au ciel.

Cait glissa une main de dessous les couvertures et attrapa doucement le poignet de Paladia. « Et n’oublie pas les parties où tu étais. » Elle carra la mâchoire dans un air déterminé.

« Je ne… » Protesta Paladia.

« Ce n’est pas… ce qu’a dit Xena », l’interrompit Cait, implacablement et elle attendit.

L’ex renégate grogna. « Beuh… » Mais elle savait qu’elle n’y échapperait pas. Si Xena disait que le ciel était d’un pourpre éclatant avec des tâches roses… Cait arrangerait ses chemises pour ne pas dénoter. « D’accord… » Finit-elle par acquiescer à contrecœur. « Mais tu la fermes et tu écoutes. »

Cait sourit et s’installa  avec impatience.

Mais elle ne relâcha pas le poignet de Paladia et la grande femme ne sembla pas trouver une raison quelconque pour se libérer.


« Très bien… attendez… » Xena recula un peu, essayant de trouver de la place pour bouger. Le groupe ignora sa tentative cependant et se contenta de se resserrer. La guerrière sentit ses omoplates se presser contre la paroi et elle soupira. Pas que leur enthousiasme la gênait, mais… elle sortit un bras et fit tourner la main qui tenait le gourdin pesant utilisé pour la pratique de l’épée. « Si tu gardes ta main comme ça… » Elle leva la main puis la baissa, faisant un angle avec le sol, et elle fit tourner le gourdin. « Tu peux plus facilement te défendre contre les coups descendants parce que c’est comme ça que les articulations fonctionnent.

« Et bien… oui… » Rena se pencha en avant et étudia l’avant-bras musclé de Xena. « Mais si c’est un coup de côté ? »

« Tu fais juste… » Xena fit faire un angle à sa main. « Comme ça. »

« Xena, ça ne tiendra pas contre quelque chose de fort… » Objecta l’ancienne.

La guerrière lui tendit l’autre épée d’entraînement. « Vas-y. » Elle garda sa main immobile tandis que finalement… finalement elles reculèrent un peu pour laisser de l’espace à Rena.

« Je ne suis pas un poids léger », avertit l’ancienne trapue.

Xena haussa légèrement les sourcils avec ironie. « Moi non plus. »

« Mmpf. » Rena rit puis porta un coup, un mouvement court et puissant qui amena son épée contre celle de Xena au niveau de la taille. « Bon sang ! » Elle laissa tomber le gourdin en secouant la main. « Ça pique sacrément, tu… tu… »

Un rire répondit à ses paroles. « Oui, ça peut tenir si tu entraînes tes muscles de la bonne façon », dit Xena. « J’ai cogné un bâton contre un mur d’écurie pendant… » Elle mâchouilla sa lèvre. « Dieux… une année ? Plus, peut-être… jusqu’à ce que je puisse prendre un coup de cette direction avec mes deux mains toujours dans cette position et cela fait une différence. »

« Heu. » Rena prit résolument les mains de Xena dans les siennes et les examina, les tournant avant de toucher les tendons épais qui les joignaient aux poignets puissants. « Et nous qui pensions que c’était de la magie… tu es rabat-joie, Xena… de me dire que tout ce qu’il faut, c’est du dur boulot à l’ancienne. »

La guerrière sourit. « Désolée. »

L’Amazone soupira puis reprit son gourdin. « Et si… et bien tu n’as pas ce problème, je présume… mais la plupart d’entre nous sont plus petites que les combattants que nous affrontons… qu’est-ce que tu fais pour ça ? »

Xena tapota le banc et lui montra de monter dessus. « Pareil que ce que fait Gabrielle. » Elle attendit que Rena soit grimpée en jurant, avant de lui faire signe. « Vas-y… »

L’Amazone enserra la poignée des deux mains et frappa un coup descendant, que Xena saisit avec le bras à demi levé, laissant son épaule prendre le gros de l’impact. Le gourdin s’arrêta à un pied de sa tête et elle le verrouilla, tandis qu’elle entendait la porte s’ouvrir et une présence chaude et familière se faire connaître.

Xena avait levé les yeux au bruit de la porte qui s’ouvrait et elle sentit ses yeux s’écarquiller à la vue de la femme vêtue de bleu nuit et à l’air furieux qui venait dans sa direction, les deux mains serrées dans des poings et des éclairs de colère jaillissant de ses yeux vert brume. Oh oh. Elleréalisa que leur position était un peu compromettante et elle baissa rapidement sa garde, faisant un pas en arrière tandis que Rena se retournait, désorientée.

« Il ferait mieux d’y avoir une fichue bonne raison pour ce que je vois ici », aboya Gabrielle alors qu’elle atteignait le cercle extérieur des anciennes et commençait à pousser des Amazones hors de son chemin. Les premières résistèrent, puis elles virent qui c’était et elles se mirent à trébucher pour sortir du chemin de la jeune femme aux cheveux dorés dans sa progression vers la grande guerrière.

« Gabrielle… » Commença Xena, en luttant pour réfréner un sourire. Quand Gabrielle était en colère, cela lui donnait une lueur féroce et fougueuse qui augmentait sa prestance naturelle et semblait rouler de sa peau bronzée comme de l’eau.

« Je ne sais pas quel est votre problème… ce que vous devez faire, saigner sur le fichu autel d’Artémis à midi vêtues seulement de plumes avant… » La barde éructa tout en continuant à avancer.

« Gabrielle », essaya à nouveau la guerrière tandis que sa compagne l’atteignait et tournoyait, se mettant entre les anciennes stupéfaites et son âme sœur. Xena laissa tomber son épée d’entraînement et mit les mains sur les épaules de sa compagne. « Hé… »

« Bon sang ! Je veux savoir ce qui se passe ici, par Hadès ! » Cria la barde, en fichant une peur bleue aux Amazones qui reculèrent.

Xena soupira. Parfois, songea-t-elle, il n’y avait vraiment qu’un seul moyen d’arrêter Gabrielle. Heureusement pour elle, bien entendu.

« Très bien… tu me… » La barde s’était retournée et faisait face à la guerrière qui lui coupa la parole d’un baiser doux et sensuel. Elle cligna des yeux quand Xena s’écarta à contrecœur et elles se regardèrent. Le regard de Gabrielle s’adoucit et son corps se détendit tandis qu’elle lisait le manque de tension dans son âme sœur, et elle réalisa qu’elle avait probablement surréagi.

« C’est bon », dit tranquillement la guerrière. « Je leur montrais juste quelques techniques. »

Gabrielle soupira. « Oh. » Elle jeta un coup d’œil vers le cercle des femmes âgées aux yeux écarquillés. « Désolée. »

Xena avait gardé une main dans les cheveux clairs de la barde et elle lui grattait maintenant doucement la nuque. « Mais merci d’être venue à mon secours. » Elle regarda les anciennes qui masquèrent rapidement des sourires connaisseurs.

« Fiou. » Rena se frotta le front. « Tu nous as sauvées d’un destin pire que le miel et les plumes, Xena… on t’est redevables. » Elle regarda Gabrielle avec un air de profond respect. « On ne voulait pas te fâcher, Majesté. »

La barde rit d’un air désabusé. « C’est ma faute… je n’aurais pas dû présumer le pire… je suppose que j’ai… tendance à le faire depuis un moment. » Elle lança un regard d’excuse à sa compagne qui lui gratta la nuque en retour et son corps réagit en glissant plus près et elle se colla contre le côté de Xena avec une expression gênée.

Xena s’installa sur le banc derrière elle et tapota la surface près d’elle. « On avait fini de toutes les façons… tu partages un cidre avec moi ? » Elle pouvait sentir l’embarras de son âme sœur et elle voulait l’apaiser.

« Du cidre ? » Rena frappa la table. « Oh… allons, Xena… tu ne vas pas rester assise là et me dire que tu n’aimerais pas une bonne chope de bière. »

La guerrière rit. « Oui c’est vrai… mais mon amie ici ne la supporte pas… alors… » Elle eut un regard affectueux pour Gabrielle et entoura les épaules de la jeune femme de son bras. « Le cidre ça me va… surtout s’il est froid. » Elle sentit la barde qui s’installait contre elle, la chaleur de son souffle faisant bouger les poils sur le bras de la guerrière.

Les anciennes se regardèrent puis tournèrent leur regard vers la barde. « Tu… es allergique à la bière ? » Hasarda Rena, la curiosité évidente dans ses yeux. « Majesté ? »

Gabrielle mit sa joue contre l’épaule de la guerrière, savourant l’odeur chaude et musquée. « Hmm ? » Finit-elle par répondre, réalisant qu’elles lui parlaient à elle. « Oh… non… non… je ne suis pas allergique… » Elle fit une pause pour réfléchir. « Je veux dire, je suis allergique à des trucs, selon Xena… comme des cornichons par exemple. » Elle plissa le nez. « Je fais de l’urticaire. »

« Hum… tu… c’est moral en quelque sorte ? » Proposa une autre ancienne.

« Quoi ? » Gabrielle rit. « Non… et bien, oui, j’ai une objection morale à boire de la mauvaise bière, si c’est que tu veux dire… nous étions dans un village au nord une fois et le truc sentait le vieux fromage de chèvre… c’était grossier. »

Des tressaillements partout. Rena tenta à nouveau. « Les dieux te l’ont interdit ? »

« Oh… oui… bien… » La barde écarquilla les yeux. « Dieux… non, rien de tout ça. Je suis juste enceinte », répondit-elle avec désinvolture. « Xena dit que ce n’est pas bon pour le bébé. »

Les regards passèrent de la barde vers la guerrière puis de nouveau vers la barde. Ensuite vers Xena. Les yeux s’agrandirent.

Xena céda et se contenta de se pencher en arrière avec un air narquois. Laissons-les penser ce qu’elles veulent penser, par Hadès.

« Bon. » Gabrielle décida de briser le silence figé. « Et au sujet de ces Centaures, hein ? » Elle mit une main au creux du coude de Xena et massa la peau douce de son pouce.

Rena se pencha en avant. « Pardon… Majesté… est-ce que j’ai bien compris… tu attends un enfant ? »

La barde hocha la tête. « Mmmhmm. » Elle les regarda. « C’est un problème ? »

L’ancienne frappa la table du plat de la main. « Ben, alors… ça, ça va être un sacré festival. » Toutes les autres anciennes hochèrent la tête et un bourdonnement de discussions s’éleva. « Ça change… tout. »

Gabrielle eut un air confus. « Je ne comprends pas… qu’est-ce que le fait que je suis enceinte a à voir avec tout ça ? »

« Gabrielle… c’est le festival de la moisson… nous célébrons la fertilité et l’espoir d’une année à venir fructueuse… que toi… notre Reine, tu viennes à ton premier festival bénie d’une nouvelle vie… c’est un grand présage pour la Nation », lui dit la grande femme avec un sourire honnête.

« Dis-lui, Visti. » Rena hocha la tête. « C’est mieux que d’offrir un cochon  à Athéna. »

« Merci », répondit la barde. « Je pense. » Elle regarda vers Xena qui gardait une expression prudemment neutre. « Je suis contente d’entendre ça. » Elle se pencha. « Oui ? » Un faible murmure qu’elle savait que la guerrière saisirait. Elle reçut un haussement intrigué en réponse et soupira.

« Oh oui… et nous allons avoir une cérémonie d’initiation », déclara la plus vieille des anciennes, à un ensemble de rires grivois. « Ça va chauffer. »

Gabrielle les regarda. « Quel genre de… cérémonie ? »

Une autre salve de rires. « Bon… ne t’inquiète pas pour ça, Majesté… nous allons nous occuper des détails », la rassura Visti. « Je me demande si j’ai toujours cette peinture pour le corps », marmonna-t-elle en se frottant la mâchoire.

La barde lança un regard alarmé à sa compagne. Xena s’éclaircit la voix pour avoir leur attention. « Excusez-moi. » Sa voix était basse et égale et elle eut toute leur attention sans effort.

Elles la regardèrent, coupant court à leur discussion excitée. « Oui ? » Demanda Rena.

« Ce qui arrive à la reine ici présente, m’arrive aussi », annonça la guerrière. « Et je déteste vraiment, vraiment être embarrassée, vous saisissez ? » Sa voix tomba à un grognement menaçant.

« Xena… allons… c’est la tradition. » Rena rit.

Les yeux bleus la clouèrent sans ciller.

Un soupir. « Très bien… rien d’horrible. » Les anciennes grommelèrent au sujet des jeunes et pas drôles et renfermées. « Tu ne comprends pas la plaisanterie ? »

La guerrière la fixa. « Non », répondit-elle platement. Puis elle haussa un sourcil. « Mais je peux en faire une assurément. » Un sourire mauvais lui recourba les lèvres. « Compris ? »

Elles la regardèrent avec prudence puis se tournèrent vers Gabrielle, qui sourit d’un air attachant.

Elles hochèrent la tête toutes ensemble.


« Eph ? »

La régente décida de tenter d’ignorer le son, même s’il était créé à quelques centimètres de son oreille. Elle était dans un endroit chaud et très confortable et n’avait aucune intention de le quitter.

« Eph ? » Cette fois on ajouta une petite secousse et elle grogna intérieurement.

Elle souleva une paupière à contrecœur et regarda son assaillante. Zut. Personne sur qui elle pouvait crier. « Salut », marmonna-t-elle. « Le village est en train de brûler ? »

Eponine ricana doucement. « Non… »

« Bien. Retournedormir. » Elle referma les yeux soulagée et se nicha plus près de son amante, s’adonnant à la sensation d’être complètement relâchée pour changer. Pas de désastres, pas de problèmes, le village était repris, elle avait eu une discussion sensible à son actif… la vie était belle. »

« Hum… » Eponine la secoua à nouveau légèrement. « J’adorerais… mais je ne peux pas retenir tout le monde si longtemps. »

Un œil noisette se rouvrit et Ephiny eut une expression intriguée. « Quoi ? »

« Les anciennes te cherchaient », mentionna Pony.

« Et alors ? » La régente referma son œil. « Tu leur as dit de déguerpir. »

« Ouais… et bien, on a dit à la messagère de revenir, alors elle a décidé de tenter que Gabrielle s’occupe de quoi que ce soit, à ta place. »

« Brave fille.  Elle aura un gâteau », marmonna Ephiny.

« Sauf que Gabrielle dormait », continua la brune Amazone, jouant nonchalamment avec les boucles blondes d’Ephiny.

« La chanceuse », fit remarquer Ephiny.

« Alors Xena y est allée. »

Les deux yeux noisette s’ouvrirent brusquement. « Tu ne viens pas de dire ça. » Pas avec les Anciennes… dieux… elles ne prendraient pas amicalement l’attitude supérieure de la guerrière.

« Désolée. » Pony passa un doigt le long de l’épaule nue de la régente, un sourire absorbé et émerveillé sur ses lèvres. « Ménelda te cherchait aussi. »

« Ouah. » Ephiny leva un doigt. « Reprends au début… d’accord ? Qu’est-ce qui s’est passé avec Xena et les anciennes ? »

Eponine haussa les épaules. « Je ne sais pas… mais j’ai entendu quelqu’un parler d’une sorte d’agitation dans la salle à manger et ensuite… la raison pour laquelle j’ai mentionné Ménelda, c’est parce que j’ai entendu dire qu’elle avait été renvoyée dans ses quartiers. »

Ephiny la fixa, atterrée, puis elle regarda par la fenêtre où les derniers rayons du soleil baignaient le rebord d’un rouge sang. « Mais il n’est même pas l’heure de manger », marmonna-t-elle. « Je n’ai pas dormi aussi longtemps, pas vrai ? »

« A peu près une marque de chandelle », confirma l’Amazone. « Je ne voulais pas te réveiller… tu as l’air plutôt épuisée. » Elle négligea de mentionner sa propre fatigue, naturellement, et la douleur lancinante de sa blessure de couteau.

La régente plissa le front. « Oui », confessa-t-elle désabusée. « J’ai l’impression de ne pas avoir dormi depuis une semaine. » Mais elle soupira et se redressa sur un coude. « Je présume que je ferais mieux d’aller voir les dommages. » Elle eut un air désabusé. « A quel point ça pourrait foirer, pas vrai ? Elles décident qu’elles ne veulent pas voir Xena admise dans la Nation… et Gabrielle leur botte leurs fesses ridées. »

Pony sourit. « Je paierais pour voir ça », admit-elle. « J’en ai plein les bottes que Rena m’appelle ‘gamine’. »

Ephiny regarda le visage au nez retroussé et ses yeux brillèrent. « Je peux t’appeler gamine ? »

Les yeux couleur caramel s’écarquillèrent de manière comique. « Oh… Eph… » Grogna-t-elle. « Je parie que Gabrielle n’appelle pas Xena ‘gamine’ »

Un rire. « Mmmm… non… en fait, elle l’appelle ‘tigresse’. » Elle baissa la voix. « Je les ai entendues une fois. »

« Vraiment ? » Eponine haussa les sourcils. « Eh. »

Un coup retentit et elles se regardèrent. « Et voilà. » Ephiny soupira. « Entrez. »

La porte s’ouvrit et une tête blonde familière passa l’encadrement. « Salut. » Gabrielle leur sourit affectueusement.

Ephiny sentit une rougeur colorer ses joues, mais elle fit quand même signe à la barde de s’avancer. Gabrielle entra et repoussa ses cheveux clairs tout en maintenant le col de sa chemise bleu nuit pour la redresser. « Qu’est-ce qui se passe ? »

La barde s’installa dans un fauteuil confortable près de leur lit. « Hum… où est-ce que je commence… d’accord, tout d’abord, il faut qu’on parle de Ménelda. » Son visage était sérieux. « Qu’est-ce qu’elle a, Eph ? »

Ephiny débattit pour voir si elle allait se lever et discuter du sujet, mais elle était bien trop à l’aise où elle était et ça ne semblait pas déranger Gabrielle, alors… « Qu’est-ce qu’elle a… et bien, c’est plutôt une longue histoire. » Elle fit une pause. « Ça t’ennuie si je te demande d’abord si je vais me faire sauter dessus par le conseil des Anciennes quand je passerai ma tête blonde frisottante dehors ? »

« Pourquoi ? » Demanda la barde, intriguée.

Les deux Amazones se regardèrent. « Eh… j’ai entendu dire que Xena était allée leur parler », répondit Ephiny avec hésitation.

« Oui… et alors ? » Répondit Gabrielle. « Dieux… s’il te plaît… tu ne peux pas penser qu’il lui est possible de tenir une simple conversation sans provoquer le chaos ? »

Elles se regardèrent à nouveau. « Avec nos anciennes ? Non », lui dit la régente.

Gabrielle rit. « Eh bien c’est ce qu’elle a fait… je pense qu’elles l’aiment bien. Elles lui ont demandé des démonstrations de bâtons dans la salle à manger. » Elle secoua la tête. « Elles étaient toutes agglutinées sur elle comme du miel sur une patte d’ours. »

Un troisième échange de regards. « Oh oh », marmonna Eponine. « Ça pourrait être pire. »

« Mmm », approuva Ephiny. « Et bien… en tous cas… je suis contente d’entendre ça. » Elle ramassa ses pensées. « Ménelda. » Elle fit une pause et regarda Gabrielle relever les jambes et les mettre sous elle, tandis qu’elle s’installait pour écouter. Le soleil couchant peignait la barde, colorant ses cheveux de cramoisi et mettant la moitié de son visage dans l’ombre. « C’est la sœur de Mélosa, tu sais. »

Gabrielle secoua la tête. « Je ne savais pas. »

« Mm. » Ephiny soupira. « Quand Mélosa a été tuée par Vélasca… des gens se sont attendus à ce qu’elle fasse des histoires. » Le regard de la régente alla vers le mur, étudiant la peinture encadrée. « Elle ne l’a pas fait… et je n’ai découvert que plus tard que c’était parce que… et bien, disons que les objectifs de Vélasca rencontraient pas mal de soutien dans la Nation. »

Gabrielle hocha la tête. « Je savais ça. » Elle joua avec son collier qui brilla presque de rouge dans la lumière. « Mais elle n’a pas activement rejoint Vélasca… je m’en serais souvenue. »

« Non », approuva Ephiny. « Elle ne l’a pas fait… mais elle n’aurait pas été malheureuse que… des choses se passent autrement. » Elle réfléchit. « Je pense qu’elle a toujours eu de la rancune contre Xena, en fait, pour avoir battu Mélosa et prouvé que tu avais raison… c’est un peu compliqué avec elle. »

« Hmm. » La barde prit un air songeur. « Oui… je peux voir ça. » Elle réfléchit un instant. « Elle n’a… jamais semblé faire partie du groupe d’Arella pendant toute cette affaire cependant… j’ai pensé que… je veux dire, les idéaux d’Arella étaient du même tonneau. »

« Ah… et bien, non… » Murmura Ephiny. « Je pense qu’elle a ressenti que… si quelqu’un devait prendre la tête de ce genre de faction… ça devrait être elle. Et Arella ne l’a jamais supportée… elle l’appelait vieille aspirante édentée. »

Gabrielle plissa le front. « Mais. Elle n’est même pas une guerrière… je ne comprends pas. »

« Elle l’était », l’interrompit inopinément Eponine. Elle était restée tranquillement allongée, fournissant un oreiller vivant à son amante, à se contenter d’écouter. « Et une bonne… certaines disaient qu’elle aurait dû recevoir le Droit au lieu de Térréis, mais elle a fait une grande erreur. »

« Mm… oui », approuva Ephiny avec un soupir pensif. « Elle et une amie… proche… s’étaient dirigées vers les montagnes, vers Amphipolis pendant la saison froide… personne n’est vraiment sûr de ce qui s’est passé, mais le résultat final a été qu’elles se sont retrouvées dans un éboulement de pierres. L’autre femme, une jeune fille en fait, a été tuée et Ménelda a eu plusieurs endroits brisés plutôt méchamment… elle n’a jamais retrouvé sa forme. »

« Oh. » Le regard de la barde était concentré quelque part au loin.

« Oui… elle peut faire pas mal de choses, mais sa force n’est jamais revenue et elle a peu d’endurance… ça a fait s’envoler son unique talent, je pense… alors elle a fini par devenir guérisseuse », continua Eponine, un peu sombre. « Elle n’est pas mauvaise, mais ce n’est pas son choix de cœur et ça se voit. »

« Oui », murmura Gabrielle.

« Et puis, tu sais… » Pony lança un regard d’excuse à la barde. « Sans vouloir t’offenser, mais quelqu’un comme Xena arrive, qui… je veux dire, zut Gabrielle, y a-t-il quelque chose qu’elle ne sache pas bien faire ? »

« Cuisiner », répliqua la barde succinctement. « Et un paquet d’autres choses, mais je comprends ton point. »

« Je te crois sur parole. » La maîtresse d’armes soupira. « Mais voilà… je veux dire, elle s’est sculpté une niche pour elle, sachant ce qui aurait pu être, et je pense qu’elle s’en accommode avec la plupart d’entre nous, mais quand Xena est dans le coin, ça la ronge pas mal. » Un haussement d’épaules. « Par Hadès… je me sens comme ça parfois… comme si… je ne sais pas, j’étais sur la défensive, je présume… alors pour elle ça doit être bien pire. »

Les yeux verts prirent une teinte froide. « Et alors… elle est supposée prétendre à la médiocrité quand elle est ici ? »

« Gabrielle… s’il te plaît, ce n’est pas ce que Pony veut dire et tu le sais bien. » Ephiny lui lança un regard. « Ce n’est pas un problème. »

« Ephiny, c’est un problème », objecta la barde en se penchant vers l’avant. « Chaque fois que nous sommes près de vous, ça devient une grande compétition… tu ne penses pas qu’elle est fatiguée de tout ça ? » Son regard alla vers Pony. « Elle a fait fichument fort pour que ça n’arrive pas cette fois et vous ne lui avez pas fichu la paix… et franchement, je ne vois pas de changement juste parce qu’elle va rejoindre la Nation. »

« Je ne… » Commença Eponine puis elle s’interrompit et soupira. « Elle aurait pu juste dire non. »

« Non, elle ne peut pas », répondit doucement Gabrielle. « Elle ne peut pas dire non, elle ne peut pas s’abstenir, elle… » La barde soupira. « Nous en avons parlé en venant ici… elle dit que c’est le seul endroit où elle doit faire ses preuves encore et encore et encore. »

Elles se regardèrent, consternées. « Qu’est-ce que tu dis, Gabrielle… que tu ne veux pas faire la cérémonie ? » Demanda Ephiny tranquillement. « Tu n’as pas à le faire, tu sais… ce n’est pas comme si les autres ne savaient pas que vous êtes, toutes les deux… » Elle hésita, cherchant le bon terme.

« Des âmes sœurs. » La barde prononça le mot avec soin, goûtant la texture de sa signification.

Ephiny prit une inspiration. « Des âmes sœurs. » Elle hocha un peu la tête. « C’est un joli mot. » Elle sourit à son amie. « Ecoute, je pense que je sais ce que tu veux dire… mais je pense que plus vous passerez de temps avec nous, moins cela arrivera, parce que les gens s’habituent, tu sais ? »

Gabrielle mit le menton sur sa main. « Tu le penses ? Je suis un peu nerveuse à ce sujet… je ne suis pas trop dans les cérémonies et tout ça. »

Les Amazones se mirent à rire. « Oh… nan, ne t’inquiète pas pour ça, Gabrielle… tout va bien se passer. C’est une brise… ça prend à peine quelques minutes et c’est terminé », la rassura Ephiny, sentant le soulagement passer sur elle. « Vraiment facile. »

« Bien… bien… alors ça ne vous gênera pas de vous joindre à nous, pas vrai ? » Répondit Gabrielle avec un large sourire.

« Bien sûr. »

« Bien sûr. »

Elles répondirent en chœur, puis s’arrêtèrent, choquées et se regardèrent, la bouche ouverte.

Et Gabrielle, Barde de Potadeia et Reine des Amazones, frotta ses ongles contre la chemise bleu nuit de son âme sœur et se leva. « Génial. Je vais aller le dire aux préparatrices. On se voit au dîner. Au revoir. » Les yeux verts brillèrent dans la lumière baissante, rejoints par un sourire espiègle, qui s’évanouit en un clin d’œil lorsque la porte se referma derrière elle.

Le silence total régna.

« Quelle petite…»

« Je le crois pas. »

Elles s’étudièrent l’une l’autre pendant un moment puis Eponine baissa le regard et commença à se tortiller pour sortir du lit. « Je vais l’attraper… avant qu’elle… »

Ephiny leva une main et couvrit sa bouche utilisant l’autre main pour la garder en place. « Tu ne le pensais pas ? » Demanda-t-elle doucement.

Pony écarquilla les yeux et elle se laissa lentement tirer sur la paillasse. « Je… » Elle scruta le visage d’Ephiny avec un air inquisiteur. « Je le pensais. »

La régente sourit, oubliant toute prudence. « Bien alors… on ne peut pas décevoir la reine, pas vrai ? » C’était un sentiment très paisible et elles s’y baignèrent tranquillement pendant un instant.

Puis Eponine prit une inspiration profonde. « Elle est douée », dit-elle d’un ton ironique.

« Oh oui », reconnut la régente d’un air désabusé. « Elle l’est assurément. »


A suivre 8ème partie

 

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17 février 2018

Amazones !!

mar

Le Festival de Missy Good, partie 6, traduction de Fryda !

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 6

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 6ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2017)


Leurs voix basses firent écho sur la pierre tandis qu’ils revenaient dans la salle principale. Gabrielle repéra son âme sœur appuyée contre le mur, les bras croisés et discutant avec Eponine et Ephiny. Elaini s’était installée dans une petite courbe sur le mur extérieur, ses fourrures étendues autour d’elle et les trois minuscules paquets installés à leur tête. La barde laissa son grand ami aller vers sa famille et elle continua à avancer, s’arrêtant pour prendre une poignée de fruits secs de la caisse dans laquelle ils avaient trouvé leur dîner.

De l’autre côté de la grotte, une Paladia à l’air grognon avait récupéré une couverture épaisse et était affalée sur une caisse près de la table où reposait Cait. La barde nota qu’il y avait des linges propres et soyeux sur la table et que la jeune Amazone endormie était bordée. Elle sourit pour elle-même tandis que l’ex-renégate ouvrait un œil, vérifiait sa compagne, puis le refermait avec un plissement de son nez.

« On dirait qu’ils ont pris les avant-postes existants », disait Ephiny lorsqu’elle arriva près d’elle. « Salauds… je ne peux pas croire qu’ils nous aient prises par surprise comme ça. » Elle semblait dégoûtée. « Peut-être qu’elle avait raison d’une certaine façon… à quoi est-ce qu’on pensait ? »

Xena secoua la tête. « Ne creuse pas ton propre trou, Eph… vous ne vous attendiez pas à des problèmes et elle avait les mots de passe… aucune raison pour vos sentinelles de soupçonner quoi que ce soit jusqu’à ce qu’elle les frappe. »

La régente ne parut pas s’apaiser.

« Ils ont probablement profité de ce que Pony n'était pas là », commenta Gabrielle, en donnant un léger coup à l’Amazone brune. « Et du festival… écoutez, parfois les choses arrivent simplement. » Elle rit doucement. « Je devrais le savoir, pas vrai ? » Elle mordilla un morceau de pomme séchée. « Reposons-nous un peu… demain nous trouverons un plan pour mettre tout le monde en sécurité. »

Ephiny soupira et se passa la main dans ses cheveux blonds frisés. « Oui… mais je pense surtout à toutes ces Amazones là-bas. »

Pony ricana doucement. « Oooouui… elles sont probablement assises à attendre tranquillement qu’on vienne les sauver. » Elle lança un regard connaisseur à Ephiny. « Et à prendre les paris sur le temps que ça va prendre. »

La régente pinça les lèvres en connaissance. « Très bien… comme ça je suis une mère poule. » Elle les regarda. « Après tout… ils sont… combien… cinquante, soixante types ? Bon sang qu’ils sont dans le pétrin. » Elle donna un coup du dos de sa main dans le ventre de Xena. « Ça m’en laisse quelques-uns, hein ? » Elle les dépassa et alla vers un trou entre les caisses, là où Pony avait rangé des paquets épais pour faire un petit nid. La maîtresse d’armes la suivit en silence et elles s’assirent ensemble, la tête blonde et la tête noire penchées dans une conversation paisible.

Des excuses, je présume… Xena rit puis elle regarda Gabrielle en haussant les sourcils. « On y va ? » Elle fit signe vers une courbe sombre dans la paroi de la caverne, qui cachait un tas de couvertures tissées et colorées qu’elle avait récupérées et placées pour faire un endroit confortable où s’allonger.

Avec un loup blotti exactement entre elles deux. Arès les regarda approcher et leva la tête, leur tirant sa langue rose et s’étirant dans un confort complet. « Hé ! » Xena mit les mains sur ses hanches et lui jeta un faux regard noir.

« Roo ? » Il renifla ses bottes.

Gabrielle rit et se laissa tomber près de lui, lui frottant la tête avec affection. « Tu as volé le lit de Mama, hein ? » Il roula sur le dos pour lui présenter son ventre qu’elle gratta avec vigueur.

Xena se laissa glisser le long de la paroi et se blottit sur son côté, laissant sa tête reposer sur son poing. « Bien sûr… bien sûr… tu es de son côté, hein ? Je vois où je me tiens, moi. »

Clignement d’un œil vert. « Tu t’allonges », lui rappela la barde pince-sans-rire et en soupirant. « Dieux, Xena… ça me tue de savoir que ces types ont nos affaires… mon journal. » Son visage se tendit dans un tressaillement profond.

La guerrière mit un doigt sur son nez. « Mon armure », rappela-t-elle à sa compagne. « Et le chakram. »

« Beuh. » Gabrielle se couvrit les yeux. « J’espère qu’ils ne vont pas essayer de l’utiliser. Ça pourrait devenir saignant. »

« Ça nous éviterait des problèmes », marmonna Xena. « J’espère qu’ils auront le bon sens de ne pas ennuyer Argo. » La jument entraînée pour les batailles ne se laisserait pas faire par une main étrangère et elle était très capable de se protéger avec des dents acérées et des sabots dangereux.

« Ça va aller pour elle », lui dit la barde d’un ton apaisant. « Est-ce que tu as déjà un plan ? »

Xena remua la main. « Il faut que je voie la situation au jour… un assaut frontal est hors de question… ils ont bien trop d’otages. C’est pareil si on veut les avoir un à la fois… je ne veux pas qu’elle commence à jeter des cadavres par le portail. » Elle vit le tressaillement. « Désolée. »

« Non non… tu as raison », murmura Gabrielle. « Alors il te faut être plus maligne qu’eux. »

La guerrière hésita puis hocha la tête. « Oui… c’est plus ou moins ça. »

La barde haussa les épaules. « Bon, je peux dormir tranquille alors. » Elle observa calmement sa compagne. « Quand tu le feras, je pense que la question ne sera pas ‘les Amazones vont-elles t’accepter’, mon amour. » Un sourire lui plissa le visage. « Ce sera plus quelque chose comme ‘voudras-tu bien honorer la Nation en la rejoignant ?’ »

« Gabrielle… » Xena se frotta les yeux. « Ce n’est pas ça… c’est un effort de groupe. Je ne suis pas… » Elle s’interrompit. « Pas… »

La barde la regardait simplement, un sourire connaisseur sur le visage.

Pas la clé de tout ça ? Ne sois pas idiote, Xena. Elle se moqua ironiquement d’elle-même. Bien sûr que tu l’es. « Je présume que ça veut dire que je n’aurai pas à me bagarrer avec Pony alors, hein ? » Marmonna-t-elle. « Je me disais bien que vous enlèveriez la seule partie amusante de ce truc. »

« Tch… aie pitié de la pauvre fille, Xe… elle a été frappée et capturée, ensuite elle doit vivre avec le fait que Paladia l’a sauvée, ensuite tu lui fiches une peur bleue et maintenant Eph et elle se disputent. Sois gentille. » Puis elle poussa doucement Arès sur le côté, ignorant son grondement et elle se blottit contre la grande femme avec un sentiment d’aise profond. Xena referma ses bras autour de la barde et Gabrielle se contenta de rester là un long moment, savourant la chaude et aimante sensation.

Dans ce coin sûr, elle se détendit et s’autorisa à penser à ce que Jessan lui avait dit.

Dans sa perspective à lui, elles étaient juste… différentes.

C’était peut-être vrai, songea Gabrielle. Mais alors, peut-être pas. Elle connaissait les chances. Elle connaissait la réalité de la vie et après tout, ça avait été son choix d’aller avec Toris. Mais…

Mais.

Aujourd’hui, pour la première fois vraiment, elle avait commencé à se sentir un tout petit peu différente. Ce n’était pas grand-chose, juste une sensation dans ses tripes de… et bien, une sorte de sentiment de plénitude. Un peu comme avant que ses règles commencent, mais sans la nervosité qui la tannait habituellement à cette période. La moitié du temps, elle pensait seulement l’imaginer et puis l’autre moitié du temps, elle était tellement sûre…

« Un dinar pour tes pensées ? » Une voix basse et vibrante lui chatouilla les oreilles.

Gabrielle ouvrit les yeux à contrecœur. « Humm… montre-moi le dinar », la taquina-t-elle. « On n’est jamais assez prudent avec les seigneurs de guerre cruels de votre espèce. »

Xena lui sourit, contente des moments de paix après toute cette journée longue, frustrante et d’anxiété. « Oh… tu sais bien qu’on est toujours après vous, les jeunes villageoises crédules. » Sa voix était chaude d’affection.

« Mm. » Gabrielle se blottit un peu plus avec un sourire. Elle relâcha un souffle en réfléchissant. Devait-elle livrer ses pensées à Xena ? Ou bien est-ce que la guerrière… Dieux, elle ne voulait pas que Xena pense qu’elle était obsédée par le sujet et sa compagne avait été visiblement déconfite par ce qu’elle avait dit sur le rôle que jouerait Xena dans l’existence de son… de leur enfant. Mais…

Mais. Demain elles allaient à nouveau affronter le danger et elle s’était juré qu’elle ne retiendrait plus jamais rien, qu’elle ne garderait pas ses pensées pour elle, attendant ‘le bon moment’ pour les énoncer, quand leurs vies étaient remplies de tellement de ‘mauvais moments’. Elle hocha un peu la tête pour elle-même et laissa ses doigts voyager paresseusement sur le corps puissant contre lequel elle était blottie. « C’est agréable de voir Jess », commença-t-elle, mettant ses pensées en place.

« Hmm ? Oh… » Xena ramena son attention de ses réflexions et posa sa joue sur les cheveux de la barde. « Bien sûr… Je ne pouvais pas y croire quand je les ai trouvés… » Elle hésita. « C’est gentil de leur part de penser à nous », continua-t-elle tranquillement.

« Oui… » Acquiesça Gabrielle, mêlant ses doigts à ceux de son âme sœur. « Tu sais… il a deviné que j’étais enceinte avant même que je lui dise… il était tellement mignon à voir. » Elle sentit la douce vibration contre elle quand Xena se mit à rire. « Je lui parlais du fait qu’on partageait des trucs. »

« Oh… je parie qu’il a ri… je me souviens des histoires qu’il a racontées au Solstice », commenta la guerrière avec un sourire.

La barde fit une pause en se mordillant la lèvre. « Et bien… en fait il était surpris. »

Xena garda le silence un long moment. « Ah oui ? » Il y avait de l’étonnement dans sa voix. « Je ne… »

Gabrielle se retourna et la regarda, absorbant la façon dont la faible lueur du feu glissait sur la peau de sa compagne. « Oui… il l’était, parce que… avec eux… ça n’arrive pas toujours. »

Des yeux bleus intelligents l’étudièrent. « Vraiment ? »

La barde leva la main, traçant les angles familiers de son visage et savourant le moment. « Non… ça… apparemment ça n’arrive que quand… ils sont tous les deux les parents des enfants. »

Xena resta quasiment immobile, seuls quelques minuscules mouvements de ses yeux dérangeaient sa posture, tandis qu’elle regardait Gabrielle, sa respiration soudainement instable. « Qu… quoi ? » Balbutia-t-elle doucement. « M… Gabrielle, ce n’est pas… »

Un doux soupir réchauffa la peau de la guerrière. « Je sais », reconnut Gabrielle. « Mais tu…. Je réfléchissais, Xena… tu sais, je fais ça parfois, je reste assise et j’essaie de mettre les pièces en place, de donner du sens aux choses… un peu comme tu le fais, sauf que je… »

Xena lui prit doucement la joue dans sa main, une expression tranquille de douleur sur le visage. « Gabrielle… je sais combien tu veux cela… mais je… » Elle laissa les mots disparaître.

« Xena… réponds à cette seule question », murmura Gabrielle. « Réponds juste à ça… si Dahak… pouvait utiliser l’essence pure du mal pour… créer… un enfant en moi… » Son seul monde fut les yeux bleus de Xena et elle laissa son cœur parcourir la petite distance entre elles. « Alors pourquoi est-ce que la force de notre amour ne pourrait pas en faire autant ? » Sa voix était devenue un murmure suppliant. « Le mal n’est pas plus fort que le bien, non ? »

La guerrière cligna des yeux, réellement ébahie.

Et tandis que les mots traînaient dans un silence qui portait des possibilités jamais entrevues, Xena sut que pour elle, pour elles, il n’y avait qu’une seule réponse à cette question.

A jamais.

« N… non, ça ne l’est pas », s’entendit-elle dire d’une voix rauque.

Les yeux de Gabrielle semblèrent s’allumer de l’intérieur. « Alors… tout est possible, pas vrai ? »

Est-ce que ça l’était ? Xena fut soudain consciente de sa respiration, de l’air qui entrait et sortait de ses poumons dans un flux presque palpable. Elle était une personne pratique et avait toujours maintenu que la seule chose dont une personne pouvait dépendre, vraiment, c’était ses propres capacités. Accepter ce que disait Gabrielle signifiait abandonner délibérément cette option et admettre la possibilité qu’il y avait des choses autour d’elle sur lesquelles elle n’avait aucun contrôle.

Des choses pour lesquelles elle devait juste avoir la foi. Et son esprit logique, malgré cela, plaçait la preuve évidente devant elle, construite sur la connaissance de combien la seule rencontre entre sa compagne et son frère, si près de ses règles, pouvait avoir donné ce résultat.

Et, incapable de s’en empêcher, elle ressentit dans son cœur, l’émerveillement et la magie d’une certaine nuit. Dans un certain arbre, quand elle avait expérimenté une connexion avec Gabrielle, si profonde que cela lui coupait le souffle de s’en souvenir.

Tout était-il possible, demandait la barde ? Elle aurait pu arguer du fait que Dahak n’était pas mortel.

Mais cela ouvrait des zones qu’aucune d’elles n’avait jamais mentionnées, concernant ce qu’être mortel était exactement, en relation avec les choses qu’elles avaient traversées. En relation à des zones auxquelles elle-même  préférait ne pas penser habituellement.

Tout était-il possible ?

« Je présume que oui », murmura-t-elle d’un ton inquisiteur. Elles ne le sauraient jamais, d’une façon ou d’une autre, mais ça ne faisait pas de mal de laisser Gabrielle le croire, n’est-ce pas ? De se laisser aller à des vœux nostalgiques ? Elle essaya cette idée et sentit un bonheur tranquille la remplir. Non. Ça ne faisait pas de mal.

« Ça fait du bien, non ? » Les doigts de Gabrielle caressaient sa joue. « De simplement le penser ? »

Xena se laissa aller dans le contact et hocha la tête en silence, tandis qu’un sourire se frayait un chemin sur ses lèvres.

Leurs fronts se touchaient et elles respirèrent leur air dans un silence satisfait.

« C’est juste entre nous, d’accord ? » Gabrielle effleura les lèvres de sa compagne des siennes. « Ça va être trop compliqué sinon. »

Compliqué. Xena faillit se mettre à rire à l’euphémisme de son âme sœur. « Oh oui. » Elle lui rendit son baiser, sans se préoccuper qu’elles fussent sur le sol dur et rocailleux d’une grotte poussiéreuse, au milieu du territoire Amazone assiégé.

Il serait assez tôt demain pour s’inquiéter de ça. Là maintenant, on était à des marques de chandelle de l’aube qu’elles pouvaient passer en silence, dans un émerveillement joyeux et elle n’allait pas gâcher ce moment.


Les braises restantes luisaient faiblement, envoyant de minuscules rais de lumière sur le sol. Dehors il faisait toujours nuit, dans la tranquillité de l’heure qui précède l’aube. Même les crickets dormaient, la rosée luisant sur leur dos vert foncé et coulant sur l’herbe crue et épaisse sur laquelle ils reposaient.

Arès était blotti sur les couvertures que la Cheffe avait mises là, son dos pressé contre les genoux de Xena tandis que la guerrière était blottie sur le côté, Gabrielle fermement enroulée entre ses bras. Les deux femmes dormaient, mais pas le loup. Il bougea les oreilles, puis à nouveau, détectant un léger bruit de frottement.

Instantanément, il leva la tête, ses yeux jaunes s’écarquillant, leur couleur disparaissant presque tandis que les pupilles se dilataient pour saisir toute la lumière. Il leva son museau, reniflant délicatement et il détecta plusieurs odeurs bizarres qui entouraient la grotte.

De la nourriture bien sûr, la soupe de la nuit dernière dont la Cheffe lui avait donné une grande portion. La senteur bizarre et musquée des grands êtres. La senteur suspecte des Amazones. L’odeur réconfortante et familière de sa meute.

Le son à nouveau, plus près. Arès dressa les oreilles. Le frottement hésita et il renifla plus fort, mais le courant d’air passait au-dessus de lui et il ne pouvait sentir que sa famille. Un glissement, des poils contre la roche, et il baissa alors la tête et son poil s’ébouriffa, ses lèvres fines et sombres s’écartant sur ses canines imposantes.

Il grogna.

Un visage minuscule et pelucheux émergea devant lui et grogna à son tour, ses crocs luisants.

Les deux carnivores se fixèrent l’un l’autre.

Arès jappa et recula en se tortillant, cognant le corps de Xena, et à moitié écrasé quand la grande guerrière réagit dans un instinct brumeux, une main vers son épée tandis qu’elle roulait pour se mettre à genoux et s’accroupir, ses sens prêts pour un ennemi.

Leur adversaire gloussa.

Xena laissa retomber son épée et lança un regard noir au loup craintif. « Bon sang, Arès ! » Elle baissa les yeux tandis qu’une Gabrielle endormie passait la tête sous son bras et regardait dans la lueur.

« Oooh… » Elle rampa vers l’avant et se mit sur le ventre. « Salut toi… » Elle remua un doigt dans la direction du bébé qui l’attrapa, le tenant avec une force surprenante. « Je pense que c’est ta petite homonyme, Xena. » La barde gloussa.

Xena retomba sur les couvertures et roula sur le dos, laissant son épée sur le sol rocailleux. « Génial. » Elle étouffa un bâillement. « Heureusement que j’ai regardé avant de frapper, pas vrai ? »

« Tch. » Gabrielle la réprimanda. « Viens par ici ma chérie. » Elle prit l’enfant et la serra contre elle, lui chatouillant le ventre d’un doigt. « Tu es venue nous réveiller ? »

« Bck. » Le nourrisson lui passa une langue rose. « Caca ! » Elle remua un bras vers un Arès au regard noir qui se cachait derrière les jambes de Xena.

« Non… non… ma chérie, ce n’est pas caca, c’est un loup. » Gabrielle gloussa. « Tu ne peux pas jouer avec lui… il n’aime pas ça. » Elle se pencha un peu plus vers le bébé. « Il pense qu’il est tellement coriace. » Un tout petit poing attrapa une mèche de cheveux clairs et tira. « Hé ! » Elle ravala un cri.

Xena sourit en regardant son âme sœur bien-aimée faire la grimace, ses doigts tentant de se libérer. Elle renifla paresseusement l’air qui soufflait depuis l’entrée et détecta l’odeur lourde de la pluie. Oh bon. Elle caressa Arès d’une main. J’aime bien la boue. « Tu as faim ? »

Gabrielle lui lança un regard ironique. « Nan. » Elle leva les yeux au ciel tout en libérant ses cheveux et elle chatouilla le museau du bébé avec une mèche. Elle soupira. « Bien sûr que j’ai faim… Xena, où tu vas ? »

La guerrière s’était mise debout et s’étirait. « Je vais sortir et faire une surprise à un poisson qui ne se doute de rien et que j’ai l’intention de rapporter ici pour le petit déjeuner », dit-elle fermement à la barde. « Ça t’ennuierait de relancer un peu le feu et de réveiller tout le monde ? »

Ça m’ennuierait ? Gabrielle fut un peu surprise de la tournure. « Bien sûr que non… mais, dieux, Xena… il pleut là-dehors… tu n’as pas à aller pêcher… on peut trouver des choses ici. » Elle se mit debout avec prudence, la petite Xena toujours dans ses bras. « Je me sentirais bien mieux si tu restais là… on sera bien assez tôt dehors. »

Xena l’observa en silence puis acquiesça avec un signe de tête. « Très bien », accepta-t-elle d’une voix neutre. « Tu me la passes ? » Elle tendit les bras et accepta le tout petit paquet que son âme sœur un peu surprise lui tendit. « Hé… » Elle berça la boule de poils et lui chatouilla les pieds.

Le bébé gloussa doucement, s’accrochant à sa combinaison en cuir. « Allons, ma jolie… je te rapporte à ta maman avant que tu ne lui manques, d’accord ? » Xena la regarda, souriant à son museau plat et plissé et à ses jolies oreilles roses. Elle continua à murmurer tout en allant à pas lents vers le coin où le reste de sa famille se trouvait, toujours endormie.

Gabrielle relâcha un soupir qu’elle ne réalisa qu’à demi avoir retenu et elle secoua la tête de confusion. Puis un sourire joyeux passa sur ses lèvres. Elle va être une mère formidable. La barde s’étira puis se dirigea vers le feu, faisant un détour par le coin dans lequel Ephiny et Eponine s’étaient blotties. Bien qu’elle soit silencieuse, les yeux des deux femmes étaient ouverts et clignaient lorsqu’elle les atteignit et elle leur sourit. « Bonjour. »

Ephiny referma à demi ses yeux. « Ça l’est ? Qui peut le dire. » Mais elle bâilla et remua. « Je ne me souviens pas de toi comme une personne matinale, Gabrielle. »

La barde rit. « Je ne l’étais pas, non… mais j’ai eu une bonne influence sur mes habitudes paresseuses. » Elle s’accroupit et leur sourit. « Il fait toujours noir là dehors… mais je sais qu’il faut qu’on aille voir ce qui se passe… vous me donnez un coup de main pour le petit déjeuner ? »

Avec un bon grognement, elles le firent.

La pluie avait diminué, mais ne s’était pas arrêtée tandis qu’elles se préparaient, la lueur terne de l’extérieur à peine brisée par la faible lumière de l’aube naissante. Xena serra les attaches de sa combinaison et attendit, tandis que les Amazones chargeaient des arbalètes avec soin. Elaini vint vers elle et observa son mari qui se mettait debout tout près.

« Ecoute… je vais rester ici pour surveiller tout ça… me battre dans la boue n’est pas ma tasse de thé pour m’amuser. » Une pause. « Pas comme d’autres que je connais. »

Jessan regarda autour de lui, ses yeux dorés prenant un air innocemment insulté. « Moi ? »

Xena rit. « Très bien… J’ai changé le bandage de Cait… elle pourrait apprécier de la soupe si tu arrives à lui faire avaler. » Elle regarda Paladia qui se retournait, ses cheveux clairs et lisses obscurcissant à moitié ses yeux.

« Je peux venir ? » Demanda franchement l’ex-renégate tandis qu’Eponine et Ephiny les rejoignaient.

Les deux Amazones la regardèrent fraîchement et leurs doigts se resserrèrent inconsciemment sur leurs armes.

Paladia le remarqua et tourna son attention vers Xena. « Je peux lancer des pierres. »

La guerrière réfléchit, tranquillement consciente du toucher confiant sur son dos, qui lui réchauffa la peau même à travers sa combinaison. Elle avait vu la grande femme blonde apporter de l’eau fraîche à Cait sans même qu’on lui demande et toutes les deux avaient été dans une conversation profonde pendant longtemps, les deux têtes claires penchées, Paladia au-dessus de la table pour entendre la voix faible de la jeune fille.

« Bien sûr », décida-t-elle, ignorant le regard acéré qu’elle reçut d’Eponine, écoutant plutôt sa voix intérieure. « Cait va être jalouse. »

La jeune femme recourba les lèvres, mais elle garda le silence.

Xena prit une inspiration et plia les mains, ses yeux se portant sur son âme sœur tandis qu’elle se tournait vers l’entrée. Gabrielle portait son bâton et arborait une expression calme et sérieuse sur le visage. Pendant un long instant, Xena souhaita avoir le cran d’ordonner à la barde de rester ici, en sécurité dans la grotte avec une Elaini patiente et les enfants, mais elle décida de s’épargner de la salive à essayer. « On est prêts ? »

Gabrielle leva une main de son bâton et tapota le côté de sa compagne. « Prends la tête, yeux bleus. » Elle lui lança un regard affectueux. « En avant dans la boue. » Elle se tourna à demi. « Arès, tu restes ici, d’accord ? Prends soin de nos amis. »

Le loup lui lança un regard mauvais et frustré, mais il s’assit, enroulant sa queue autour de ses pattes dans une irritation évidente.

Le visage de Xena se détendit momentanément dans un sourire, puis elle sortit, testant le vent de ses oreilles sensibles avant d’autoriser le reste du groupe à sortir derrière elle. La pluie froide la frappa, mais elle l’ignora, s’éloignant de la paroi rocheuse dans l’obscurité. Elle était consciente de la présence proche de Jessan derrière elle et de celle de Gabrielle qui marchait près d’elle et un frisson familier d’anticipation fit dresser les poils sur sa nuque.

Ils traversèrent la forêt, six silhouettes silencieuses qui prenaient avantage des ombres et ils marchèrent d’un bon pas jusqu’à ce qu’ils atteignent le premier avant-poste. Xena leva une main et ils s’arrêtèrent. « Restez ici », dit-elle doucement sans murmurer. Sa voix résonnait étrangement comme le grondement du tonnerre qui roulait au-dessus d’eux.

« Sûrement pas. » Plusieurs voix la contredirent fermement.

« S’il vous plaît », interjeta Gabrielle. « Faites ce qu’elle dit. » La voix de la barde sonna très sérieuse. « C’est dangereux et il faut que vous écoutiez Xena. Discutez plus tard. » Une leçon apprise de la plus dure des façons.

Un silence obstiné lui répondit. La barde soupira intérieurement. « Le premier qui essaie de la suivre va sentir mon bâton sur ses fesses », avertit-elle, entendant la légère inspiration du rire quasiment inaudible de Xena.

Un toucher sur ses cheveux, une main chaude sur le côté de son visage, puis la guerrière disparut dans la brume comme un spectre d’Hadès. Ils s’installèrent pour attendre, la pluie coulant à travers les feuilles pour courir le long de leur peau.

Xena avança et attrapa une branche pour se hisser dessus, puis elle rampa vers l’avant-poste et elle s’aplatit, tandis qu’elle observait l’activité sous elle. Malgré la pluie et l’heure matinale, les sentinelles étaient actives et il y avait un air évident de tension parmi elles. Ils avaient installé du treillis comme barricade pour les flèches éventuelles et ils regardaient vers la forêt, les mains serrées nerveusement sur leurs armes.

Hmm. La guerrière posa le menton sur un avant-bras et croisa les chevilles. Je pense qu’ils se sont rendu compte qu’il y avait quelque chose de méchant par ici. Un éclair de dents blanches tandis qu’elle souriait. Expérimentalement, elle arracha une noix de la branche sur laquelle elle était allongée et elle la lâcha dans le feuillage. La noix fit un léger bruit sourd et attira six paires d’yeux tendues et trois flèches qui partirent dans les feuilles. Oh oui… je suis désolée s’il y avait un écureuil par là. Elle dressa les oreilles.

« T’as entendu ça ? » L’homme courtaud aux cheveux noirs murmura. « Tu penses que t’l’as touché ? »

Un homme blond et fin au visage sale renifla et cracha dans le buisson. « Par Hadès, j’sais pas. » Il jeta prudemment un coup d’œil. « Foutue garce si elle vient ici et qu’elle nous fout la trouille à mort. »

Un homme plus âgé à la peau foncée arma prudemment son arbalète. « Ne jure pas… si c’est vraiment Xena là dehors, je préfère le savoir. » Sa voix était faiblement familière à la guerrière en observation et elle commença à trier ses souvenirs pour trouver qui. « J’espère que son plan va marcher ou on va tous payer pour ça. »

L’homme blond se gratta le menton. « T’as vu ce qu’elle a fait à ces trois Amazones ? Mec… c’était saignant. »

La bonne humeur de Xena disparut.

L’homme basané haussa les épaules. « Ça lui a pas servi à  grand-chose. Ces femmes ne lui ont pas dit un mot… J’pense qu’elle continue à les fouetter parce qu’elle aime ça. » Il regarda à nouveau dans l’obscurité. « Ces Amazones sont plus coriaces que des pantalons en cuir. »

Le petit homme ricana. « Tu penses qu’on aura une chance de les essayer ? »

Il eut un ricanement en retour. « T’es taré ? Tu veux perdre tes attributs de mec, espèce d’idiot ? » Le bruit d’un poing qui frappe la chair parvint faiblement aux oreilles de la guerrière. « Ce sont pas des putes communes… ce sont des emplumées dangereuses… c’t’une bonne chose qu’on ait pris la drogue avec nous, ou on n’arriverait jamais à rien avec elles. »

Xena en avait assez entendu. Elle débattit tranquillement avec elle puis elle prit une inspiration et ramassa son corps, relâchant la branche avant de sauter en avant comme un grand félin couvert de cuir.

Ils n’eurent pas le temps de voir ce qui les frappait. Juste une ombre hideusement puissante avec des griffes qui s’agrippèrent à leurs corps et des marteaux qui les cognèrent, brisant les os, finissant par le craquement affreux des vertèbres qui se brisaient dans la lueur sombre. C’était silencieux et ils moururent terrifiés, sans même la faible lumière de l’aube sur l’acier pour éclairer leur attaquant, humain ou quoi que ce soit d’autre.

Xena se mit debout, entourée de corps au sol et elle les observa froidement. La pluie la battait et elle secoua la tête pour écarter ses cheveux mouillés de ses yeux. La rivière passait tout près, plus un courant en fait, et elle prit une rapide décision.

Le tonnerre couvrit le bruit des éclaboussures tandis qu’elle jetait les cadavres dans l’eau qui coulait rapidement et elle regarda sans émotion, le flot les emporter. Puis elle se retourna et remit l’avant-poste en ordre, installant les armes avec soin et prudence avant de remettre le treillis en place.

Un léger sourire passa sur ses lèvres.

Gabrielle courba les épaules en souhaitant que la pluie ne lui coule pas dans le dos et elle soupira. On était après l’aube, mais on ne pouvait pas le dire parce que les nuages étaient si sombres, seules les lueurs les plus claires peignaient leurs traits de légères bandes argentées. Elle relâcha le souffle qu’elle avait retenu tandis qu’elle sentait Xena approcher et elle sourit un peu lorsque l’obscurité bougea soudain puis se transforma en silhouette de la grande forme musclée de sa compagne.

Xena s’approcha d’eux, une énergie froide et nerveuse émanant d’elle. « Me suis occupée de l’avant-poste. » Sa voix contenait une colère basse et féroce. « Eph… ils savent qu’on est ici. » Inconsciemment, elle écarta un bras et l’installa autour de la barde pour la rapprocher.

La régente s’avança. « On s’en est doutés », répondit-elle d’un ton tranquille, ses yeux à la recherche du visage sombre de Xena.

La guerrière prit un temps. « Il y a eu… des trucs moches là-bas. » Gabrielle leva les yeux à ces mots, son visage tendu tandis qu’elle posait sa main chaude sur l’estomac de Xena. « Elle voulait de l’information qu’elle n’a pas eue », termina la grande femme très tranquillement.

Un silence sinistre tomba. Jessan recourba ses lèvres, exposant ses crocs.

« Venez, on y va », finit par dire Xena. « Je veux me rapprocher et voir par moi-même ce qui se passe. » Elle se sépara à contrecœur de la chaleur de Gabrielle et repartit vers le village.

Ils la suivirent, les yeux allant vers l’avant-poste silencieux et vide tandis qu’ils passaient tout près.

Personne ne posa de questions.


Ephiny leva la main pour les arrêter tandis qu’elle regardait au loin dans la brume. « Attendez… il y a un autre avant-poste juste derrière ce grand arbre. »

Xena prit une inspiration et s’avança, puis elle se sentit arrêtée par une main poilue.

« Oui oui oui… c’est mon tour », objecta Jessan en refermant ses doigts griffus autour des attaches de sa combinaison en cuir pour la tirer en arrière. « Tu ne vas pas être la seule à t’amuser. »

La guerrière le regarda pour protester puis elle laissa tomber, tandis que le grand être de la forêt remuait un doigt devant son visage. « Mais dépêche-toi alors », marmonna-t-elle en s’appuyant contre un arbre proche. Elles regardèrent Jessan se glisser vers l’avant, étonnamment silencieux pour un homme aussi grand. Son pelage, tacheté par la maigre lumière, semblait faire partie du paysage tandis qu’il bougeait à travers les buissons vers le toit dégoulinant du petit avant-poste.

Gabrielle serra un peu plus fort son bâton, qui devenait glissant sous la pluie. Elle s’appuya dessus puis leva les yeux, surprise tandis que les bras de Xena la capturaient par-derrière et qu’elle se retrouvait attirée contre le corps de sa compagne. « Mm. » Elle sourit d’appréciation de la chaleur et se laissa aller contre la guerrière, qui glissa ses bras autour de son ventre et posa le menton sur la tête de la barde.

C’était un peu surprenant, mais elle n’allait pas se plaindre. La pluie la refroidissait et c’était infiniment plus plaisant d’être contre le corps chaud de Xena. Elle saisit le regard amusé d’Ephiny et tira la langue tandis qu’elles attendaient.

Jessan s’arrêta à l’entrée de l’avant-poste et resta immobile. On pouvait entendre le crépitement de la pluie sur les feuilles puis des bribes de mots et des bruissements tandis que les hommes de garde bougeaient dans leur cache.

Inconscients, deux hommes bougèrent un toit en chaume et regardèrent dehors, scrutant la forêt environnante avec soin et ratant l’homme de deux mètres et plus, poilu, qui se tenait juste devant leur avant-poste. Ils se levèrent et le dépassèrent de deux pas, toujours scrutant les arbres nerveusement.

Jessan tendit la main et les tapota sur l’épaule.

Ils se retournèrent et il ouvrit pleinement la mâchoire, montrant chacune de ses dents acérées et blanches, étendant les bras, griffes sorties. Un rugissement profond explosa de sa poitrine tandis que les deux hommes sursautaient de choc, puis trébuchaient, s’évanouissant de pure frayeur.

Jessan s’arrêta au milieu d’un saut et laissa tomber ses mains sur ses hanches, clignant des yeux dans une stupeur totale. « C’était quoi ça ? » Demanda-t-il d’un ton plaintif puis il leva les bras et étendit ses mains, paumes au-dessus. « Xeeeeeennnnnaaaa ? ? ? »

La guerrière le gratifia d’un rire ironique tandis qu’elle relâchait la barde qui regardait d’un air ahuri et elle s’avança, examinant ses victimes en secouant la tête. « Pony… tu as de la corde ? » Elle hésitait à les garder en vie, mais la pensée de tuer deux hommes inconscients… même sa sensibilité endurcie par les batailles flanchait. « Allez… Eph, est-ce qu’il y a encore de ces avant-postes entre ici et le village ? »

La régente s’avança, vérifiant l’avant-poste maintenant vide. « Non… pas de ce côté… si nous grimpons cette pente là-bas, nous aurons une bonne vue sur la zone centrale. » Elle regarda la colline en question. « J’allais faire faucher ses buissons juste après le festival… c’est un trop bon endroit pour se cacher. »

« Joli timing. » Gabrielle lui tapota le dos.

Ils laissèrent les hommes attachés et bâillonnés derrière eux, Eponine s’assurant pleinement qu’ils n’allaient pas bouger en liant les cordes autour de leurs poignets, attachés dans leur dos, à leurs attributs virils. « Les mecs. » Elle se brossa les mains avec efficacité. « Ils ont bien trop de faiblesses. »

« Hé. » Jessan fronça les sourcils, offensé.

« Toi tu ne comptes pas », répondirent Ephiny et Eponine en chœur tandis qu’elles le dépassaient et commençaient à grimper la crête.

Xena et Gabrielle échangèrent un regard amusé puis elles contournèrent les deux hommes et les suivirent. Paladia resta immobile et regarda les prisonniers puis elle rit doucement et secoua la tête avant de les suivre également.

Ephiny atteignit le haut de la crête la première et se laissa tomber à plat ventre, avançant lentement et avec prudence sous les feuilles épaisses tout en observant le village en contrebas.

Xena, en entendant son juron virulent, se mit également à plat ventre sur l’herbe et rampa rapidement vers l’avant, pour finir épaule contre épaule avec la régente, dont le corps était tendu de colère. « Bon sang. » La guerrière ferma brièvement les yeux puis regarda derrière elle tandis que le bras de Gabrielle se pressait contre le sien. « Gab… »

Gabrielle cligna des yeux tandis qu’elle tentait de rendre l’entrée du village conforme à son souvenir. L’ouverture avait été barrée par des chariots retournés et était fortifiée de diverses pièces de bois arrachées en hâte des cabanes. Sur le dessus de la barricade, elle pouvait voir une plate-forme, faite de quelques planches de bois posées sur deux tables, avec trois formes ensanglantées et effondrées qui y étaient attachées. « Qu… »

Paladia relâcha un juron de surprise, ses yeux gris écarquillés. « Bon sang… quelle garce. »

Ephiny laissa sa tête retomber sur son avant-bras et Eponine posa une main sur son épaule.

Xena sentit une froideur s’installer en elle tandis qu’elle évaluait la situation. Il y avait deux ou trois gardes autour des femmes battues, qu’elle reconnut être Solari, Ménelda et la jeune fille que Gabrielle avait battue dans son deuxième combat au bâton. « Très bien », dit-elle tranquillement, mettant de côté la colère qu’elle pouvait ressentir autour d’elle. « Nous ferions mieux de partir et de voir si nous pouvons nous rapprocher par l’arrière, près de la rivière. »

Des bruits de pas l’interrompirent et elle jeta un coup d’œil pour voir Arella apparaître à la barricade, qui regarda vers la forêt avec ce que Xena reconnut être de l’appréhension. La guerrière laissa un sourire grimaçant passer sur ses lèvres. Alors… tu te souviens de moi, hein ? La grande Amazone n’avait pas beaucoup changé… Xena pouvait voir son air arrogant même de là où elle était, bien qu’elle portât une armure épaisse en cuir, qui la faisait plus ressembler à ses hommes qu’à une Amazone.

Arella se retourna, tendit la main et prit un mégaphone en cuir, utilisé par les maîtres à l’entraînement sur le terrain. Elle le porta à ses lèvres. « Très bien ! » Sa voix fit écho à travers la pluie et fit plisser les yeux à Xena.

« Je sais que vous êtes là… alors écoutez. Si je n’ai pas Ephiny et la petite chérie Gabrielle ici avant midi, des cadavres vont commencer à s’empiler devant les portes. Je vais commencer avec ces trois-là et faire monter le tas à mon rythme. » Elle fit une pause. « Ou bien le faire baisser… il y a pas mal de petites gamines délurées ici qui commencent à me taper sur les nerfs. »

« Tu penses qu’elle sait vraiment qu’on est là ? » Murmura doucement Gabrielle à sa compagne.

« Mm…. Probablement pas… elle va répéter ça pendant plusieurs marques de chandelles… elle se dit qu’on finira par l’entendre », répondit Xena.

« Midi », répéta Arella puis elle jeta le mégaphone et s’éloigna, s’abaissant sous les barricades avant de disparaître.

Ils se regardèrent. « Elle va le faire », commenta Eponine, son visage figé tel un masque.

« Garce… j’aurais dû la finir… » Siffla Ephiny, ses doigts serrant l’herbe. « J’aurais dû lui couper les mains. »

Jessan mit son menton rond sur un poing et cligna des yeux. « Xena ? »

« Mm ? » La guerrière tourna la tête et le regarda.

« Je pense que je viens de réaliser que dans ton espèce, les femelles sont bien plus mauvaises que les gars », commenta l’être de la forêt pensivement. « Il faut que je m’en souvienne. »

Xena ricana doucement. « Merci… » Elle retourna le regard vers les barricades. « Très bien… il faut qu’on trouve un autre moyen d’entrer… un assaut frontal fera bien trop de victimes. »

Paladia haussa les épaules. « Ils le méritent. »

« Elle parle des Amazones », l’informa Gabrielle à voix basse.

« Oh. » L’ex-renégate fit marche arrière. « Est-ce que c’est celle avec toi, et le truc de la flèche… et tout et tout ? »

La barde hocha la tête. « Oui. »

« Garce. »

Un haussement de sourcil blond. « Oui. » Gabrielle se tourna vers sa grande compagne. « Qu’est-ce qu’on fait ? » Elle regarda par-dessus la crête. « Nous n’avons pas beaucoup de temps… parce que je ne vais laisser personne mourir comme ça. » Son regard croisa celui d’Ephiny. La régente hocha la tête. « Il faut qu’on descende. »

« Sûrement pas. » La voix de Xena tomba d’une octave. « Ne sois pas idiote, Gabrielle. »

Les yeux verts brillèrent de colère.

« Vous descendez et ensuite ? » Continua la guerrière, ignorant les autres et se concentrant sur son âme sœur entêtée. « Tu penses que ça l’empêchera de tuer des gens ? »

« Oui », répliqua la barde. « C’est ce qu’elle demande. »

« Et quand elle mettra une épée sur ta gorge, tu feras quoi ? » Répondit Xena d’un ton cinglant.

« Elle ne le fera pas », répondit Gabrielle tranquillement. « Nous sommes son ticket pour partir d’ici… elle sait que tu ne l’attaqueras pas si elle m’a. » Une pause. « Vivante. »

Xena écarta les narines. « Je ne vais pas prendre ce risque. » Un grondement dans la voix. « Je vais y aller et tuer chacun d’eux à mains nues avant. »

Un petit silence descendit tandis qu’ils se rendaient compte que Xena le pensait vraiment et que la guerrière n’allait pas reculer, pas même devant la volonté féroce de sa jeune compagne.

Gabrielle inspira. « Alors nous ferions mieux de trouver un autre moyen », murmura-t-elle. « Avant de tester cette théorie. »

Xena écarta le regard du visage grimaçant de la barde et retourna son attention sur le village. « Ephiny, le village est sur une légère montée, pas vrai ? »

La régente s’éclaircit nerveusement la gorge. « Plutôt une pente, en fait… descendant vers la rivière d’un côté et avec cette crête de ce côté-ci… Ils ont probablement bloqué les espaces entre les sections. » Son regard passait incessamment d’une Amazone blessée à l’autre.

La guerrière hocha lentement la tête. « Très bien… vu l’endroit où sont les gardes… ils ont dû confiner tout le monde dans la salle à manger… vous avez des caves là-dessous, oui ? »

Maintenant tout le monde la regardait. « Oui… » Ephiny acquiesça. « Et ? »

« Contournons la pente de l’autre côté, là… » Xena n’expliqua rien. « Venez. »


Eponine resta près de l’épaule d’Ephiny tandis qu’elles se frayaient un chemin autour du village assiégé, où elles pouvaient voir les têtes casquées et les yeux prudents qui étudiaient le feuillage épais. « Tu vas bien ? »Finit-elle par marmonner à voix très basse.

Un clignement des yeux noisette. « Non. »

La maîtresse d’armes lui frotta le dos avec une gentillesse embarrassée. « Ça va aller. » Elle regarda furtivement vers l’avant, là où Gabrielle se tenait très grimaçante et proche de sa compagne. « Je… je sais que c’est un peu discutable… mais… je… pense que Xena a raison. C’est cinglé que vous y alliez. »

Ephiny la regarda puis soupira et carra les épaules. « Gabrielle marque un point… c’est une sécurité pour Arella. »

Eponine referma sa main autour du bras d’Ephiny, la faisant s’arrêter. « Oui, elle marque un point. » Les yeux couleur caramel étaient très sérieux. « Je ne veux pas te voir suspendue à ce portail. »

La régente soupira et leva la main pour couvrir la sienne. « Je ne peux pas la laisser y aller seule », répondit-elle simplement. « Espérons juste que quoi que Xena ait en tête, ça marche. » Elles rampèrent et arrivèrent sur une douce crête boueuse, qui s’élevait au dessus de la rive sablonneuse de la rivière, et elles s'étendirent devant la tête poilue de Jessan. Ça leur bloquait la vue, mais pour la même raison, ça les rendait invisibles et ils se réunirent autour, regardant la boue en silence.

« On est loin ? » Demanda Xena, tranquillement.

Jessan se mit debout et attrapa les bords des buissons épais sur le dessus de la pente, se soulevant pour observer par-dessus. Il sursauta légèrement puis se laissa retomber. « Ouaouh… » Sa voix n’était plus qu’un murmure. « Les murs sont là… je peux voir des bouts de flèches d’arbalète à travers la palissade. »

Xena se mit debout à son tour, se redressant contre la boue, passant sa tête sombre avec précautions à travers l’herbe. Effectivement, les murs du village se trouvaient à quelques mètres d’eux et elle pouvait repérer les murs de la salle à manger juste derrière. Des soldats étaient alignés le long des murs, protégés d’une attaque et observant avec vivacité l’espace entre les murs et les arbres. Ils ne soupçonnaient pas, elle s’en rendit compte, que les buissons couvraient les rigoles, là où la rivière avait transpercé les rives ; ils présumaient que le sol allait jusqu’au bord de l’eau et les alerterait amplement si quelqu’un venait de là.

Elle se laissa tomber, satisfaite. La pluie s’intensifiait et la boue coulait sur elle dans une trace de rouge et de marron tandis qu’elle se tenait debout, la tête en arrière, laissant l’eau froide la recentrer et concentrer son énergie. Après un moment, elle se redressa et mit les mains sur ses hanches. « Très bien. » Elle regarda autour d’elle. « Trouvez des pierres plates. »

Gabrielle s’avança et mit les mains sur la poitrine de la guerrière. « Xena, qu’est-ce qui se passe ? » Le regard de la barde croisa le sien avec une insistance tranquille. « C’est quoi le plan ? »

Xena fit un geste de la main vers la rive. « On va creuser. »

« Creuser ? » Eponine mit un doigt sur la surface épaisse et friable. « Vers où ? »

La guerrière sourit. « Directement dans la cave. » Elle frappa du poing contre la terre.


Ce plan était vraiment malin, se dit Gabrielle tandis qu’elle creusait l’argile devenue boue, la repoussant hors de ses yeux pour la énième fois. Pas confortable… pas facile… les Amazones étaient couvertes, de la tête aux pieds, de morceaux de truc rouge et Jessan ressemblait à un monstre ambulant, son épaisse fourrure ébouriffée. Mais malin, et après tout, vu que Xena creusait aussi, ils ne pouvaient pas dire grand-chose.

Ils avaient réussi à faire une indentation de la taille d’une personne dans la rive et étaient maintenant à environ cinq mètres dans le tunnel. Gabrielle estimait qu’il faudrait encore une marque de chandelle ou deux avant qu’ils soient sous la barrière elle-même, ensuite… elle se mâchouilla la lèvre et regarda le soleil. Ils n’allaient pas réussir avant le délai imparti.

Une main toucha son bras et elle sursauta hors de ses pensées, pour voir les yeux bleus clairs de sa compagne qui la regardaient, ressortant d’un visage couvert de saleté. « Oh… désolée… je… »

« Pensais que nous allions manquer de temps », finit Xena pour elle, tranquillement.

Gabrielle relâcha un souffle et l’étudia. « Quelque chose comme ça oui. » Elle tendit la main et attrapa la combinaison de Xena tandis que celle-ci se retournait pour redoubler d’efforts et elle la retint. « Attends… » Elles se regardèrent. « Xena… ça ne va plus être long… nous avons presque fini ici… je peux la distraire pendant une marque de chandelle ou deux… c’est tout ce qu’il faudra. »

« Tu as vu ce qu’elle a fait à Cait… elle n’a aucun respect pour la vie, Gabrielle… elle t’a presque tuée la dernière fois », répliqua Xena d’un ton sec.

La barde s’avança, ignorant la boue et elle posa une main sur la poitrine de la grande femme. « Je sais », répondit-elle doucement. « Mais tu m’as enseigné l’intérêt général, Xena… je ne peux pas laisser ces personnes être tuées à ma place… ne me demande pas ça. »

Un rapide coup d’œil alentours pour s’assurer qu’elles étaient seules. « Je ne peux pas te laisser aller là-bas et peut-être être touchée par une flèche que je ne pourrai pas arrêter… ne me demande pas ça, à moi » répondit Xena doucement. « S’il te plaît, Gabrielle. » La guerrière leva la main et couvrit celle posée sur sa peau. « S’il te plaît ? »

Elle s’était préparée à une résistance coléreuse. Elle était prête pour de l’obstination bornée et elle avait des arguments pour ça. Mais elle leva le regard vers ces yeux bleus suppliants et elle sentit qu’ils la conquéraient complètement, tandis qu’elle y reconnaissait l’angoisse et la crainte. Elle se sentit terriblement en conflit avec elle-même, avec sa conscience qui la poussait vers une chose et son cœur et son âme qui tiraient tout aussi fort dans l’autre direction, et elle accueillit presque avec joie le léger raclement de gorge tout près.

Jessan se montra, essayant sans succès d’essuyer un peu de la boue qui collait sur sa fourrure. « Salut. »

« Salut », répondit Gabrielle, voyant que sa compagne n’avait aucune intention de faire de même.

« Ecoutez… je me suis dit que nous avions besoin d’une distraction », dit l’être de la forêt d’un ton traînant, crachant une pierre. « Et j’ai besoin d’une pause ou bien mon poil va tomber… ça vous ennuie si je remue un peu ces gars ? » Il sourit, montrant des dents étonnamment blanches contre ses poils rougis. « Leur donner quelque chose de quoi s’inquiéter ? » Il accueillit l’air de gratitude sincère de Xena et le mit de côté, souriant intérieurement.

Gabrielle pencha la tête. « Bien sûr… mais ne t’attire pas d’ennuis… d’accord ? »

L’être de la forêt alla à grands pas vers la rive puis se retourna pour les regarder. « Et je m’amuse quand moi ? » Un éclair de dents blanches et le voilà parti, glissant parmi les arbres à une vitesse étonnante.

La barde le regarda partir puis retourna son attention sur son âme sœur. « Tu avais prévu ça. »

Les yeux bleus la regardèrent. « Non… mais je l’aurais fait. »

Gabrielle se pencha en avant et posa son front couvert de boue contre la poitrine de son âme sœur. « C’est bon… j’aurais cédé de toutes les façons », admit-elle doucement, souhaitant que Xena l’enserre et étant récompensée, malgré la boue. « C’était une chose horrible à me faire, Xena. »

La guerrière la serra un peu plus. « Je suis désolée », répondit-elle dans un murmure rauque. Elles restèrent ainsi un moment puis Xena prit et relâcha un grand souffle. « Bon… creusons… » Elle commença à pousser Gabrielle vers leur tunnel, quand la voix d’Arella flotta par-dessus les arbres.

« C’est bientôt le moment ! » Le ton moqueur grinça de manière déplaisante.

Eponine et Ephiny sortirent du trou, écoutant attentivement tandis que Paladia les suivait, faisant sauter un morceau de boue de son bras.

« Je présume que vous vous fichez des personnes ici… et je sais que moi non », continua Arella. « Si c’est le cas… merde ! »

Ephiny haussa un sourcil boueux. « C’est une drôle de menace. »

« Par Hades… qu’est-ce que… ouille ! » La voix de la femme s’interrompit abruptement et elles entendirent un désordre indescriptible dans le campement.

Xena sourit. « Allons… mettons-nous au travail… Jessan va les occuper. »


L’air commençait à vraiment manquer dans le tunnel. Gabrielle fit une pause et passa une autre poignée de terre à Eponine, la regardant relayer à l’extérieur. Elles étaient à la file maintenant, avec Xena à l’avant qui utilisait sa grande force à son avantage, creusant des brassées à chaque fois.

Ensuite Gabrielle les passait à Eponine qui les donnait à Ephiny qui les passait à Paladia qui avait le rôle de s’assurer que c’était mis hors du chemin. Trop de boue flottant dans la rivière pourrait attirer une attention non voulue, alors l’ex-renégate les rangeait avec soin contre la rive.

Mais le tunnel commençait à entamer son âme sœur, Gabrielle s’en rendit compte et tressaillit. Xena s'était arrêtée deux fois cette dernière demi-marque de chandelle et avait posé la tête contre le plafond tout près, prenant des inspirations lentes et irrégulières. Gabrielle avait envoyé Eponine chercher de l’eau, libérant un peu d’espace et la brise avait soufflé à l’intérieur, apaisant un peu la détresse de la guerrière.

Elles avaient presque fini. Aucun cri ne provenait du village et elles avaient entendu quelques volées de flèches déchirer les feuilles tandis qu’ils tiraient sur une silhouette élusive et poilue. Gabrielle espérait que Jessan fasse attention… mais ses pitreries leur avaient donné le peu de temps dont elles avaient besoin pour arriver aussi près que possible.

Abruptement, Xena cessa de creuser et elle pencha la tête d’un air las. « Je pense qu’on y est. »

La guerrière mit la main sur la terre et poussa, sentant la surface lâcher sous ses doigts. Elle fit un trou d’essai dans le mur et regarda.

L’obscurité. Une odeur de racines et de légumes secs lui parvint, cependant, et elle hocha la tête. « Nous y sommes », annonça-t-elle, tandis qu’elles se rassemblaient devant avec avidité.

« Hé », la voix de Paladia les interrompit dans un murmure sifflant.

Xena se repoussa du mur. « Vas-y… vois si tu peux entrer là-dedans », dit-elle à Gabrielle d’une voix basse. « Je vais voir ce qui se passe. » Toute excuse pour sortir de ce fichu trou était bonne. Son esprit fulmina tandis qu’elle se tortillait pour éviter la foule et se diriger vers l’ouverture, où elle pouvait voir la tête blonde de l’ex-renégate.

Paladia recula, laissant la guerrière sortir dans la lumière du jour. « J’ai entendu du boucan. »

La guerrière passa un moment à simplement aspirer l’air frais et humide, avant d’écouter les sons. Son regard tomba sur l’entrée, que Paladia avait artistiquement améliorée avec la terre qu’elles avaient sortie, sculptant la substance en une forme courbée et fantaisiste, additionnée de boucles et de nœuds et d’un bas qui ressemblait à un parchemin. Ses yeux bleus clignèrent d'étonnement. « Bon sang. »

Paladia haussa les épaules puis montra la forêt. « Ecoute. »

Ce que fit Xena, qui entendit un bruit sourd d’écrasement. En jurant, elle attrapa son épée et la fit bouger, faisant signe à l’autre femme d’entrer dans le tunnel. « Vas les aider… je monte la garde ici. »

La grande femme blonde lança un regard à l’apparition couverte de boue, presque méconnaissable qui tenait une longue épée et grognait. « Pas de problème. » Elle entra, laissant la guerrière seule dans la pluie brumeuse.

Xena entendit un éclaboussement puis un ensemble de cris et elle bougea sa prise sur l’épée par anticipation. Son regard restait cloué sur le cours d’eau et elle cligna quand elle vit une tête sombre et poilue briser la surface et se diriger vers elle. « Oh… merde de centaure », jura-t-elle en voyant les flèches qui perçaient l’eau derrière lui.

Jessan traversa rapidement le cours d’eau, luttant contre le courant avant de se glisser sous un arbre tombé qui enjambait la rivière et qui était une aire de jeu préférée des jeunes Amazones. Il se sortit de l’eau et se retourna, haletant, tandis qu’un mur de corps en armures sortait brusquement du sous-bois et se dirigeait vers eux. « Je pense que j’en ai trop fait », réussit-il à dire en toussant, lançant un regard d’excuse à Xena.

Celle-ci lança un simple coup d’œil aux soldats en colère et soupira. « Encore une nouvelle légende qui monte », marmonna-t-elle pour elle-même tandis que les premières flèches les atteignaient.


Gabrielle regarda sa compagne qui se faufilait et elle relâcha un petit soupir de soulagement, tandis qu’elle retournait au mur et l’attaquait avec détermination. La boue séchée s’effritait sous ses mains et elle poussa, sentant une section entière lâcher et tomber au sol dans la cave sombre. « Y a des oignons pourris là-dedans », commenta-t-elle tandis qu’une odeur forte et acide lui parvenait.

« Beuh », acquiesça Ephiny, en tirant le mur avec des doigts anxieux. « Allons… on s’inquiétera des légumes plus tard. » Elles poussèrent fort ensemble de leurs épaules couvertes de boue et le mur du tunnel s’effondra à l’intérieur, faisant trébucher la régente et la barde dans la cave et elles finirent à genoux dans l’obscurité couleur d’encre.

Gabrielle se mit debout tant bien que mal, s’écartant du tunnel pour entrer dans la pièce et elle leva les mains avec incertitude, avançant jusqu’à ce qu’elle cogne un mur opposé. Elle tâta au-dessus d’elle jusqu’à ce qu’elle détecte le plafond. « Bon… bon… je pense que je sens un verrou. »

« Fais attention. » La voix d’Eponine lui parvint dans l’obscurité. « Nous ne savons pas ce qui se passe là-dedans. » Elles se mirent autour d’elle et elle se rendit compte que Paladia les avait rejointes. « Qu’est-ce qui se passe dehors ? » Demanda-t-elle.

Un haussement d’épaules. « J’sais pas… j’ai entendu du bruit, on m’a dit de venir ici. »

La barde mâchouilla sa lèvre, puis le regretta quand elle sentit le goût des rives de la rivière. « D’accord. » Elle tâta le verrou de ses doigts. « Je vais m’occuper de ça… Paladia… tu es la plus grande, tu jettes un œil par la trappe et tu dis si tu vois quelque chose. »

Lentement, elle fit glisser la barre qui retenait la trappe en place d’un côté, sachant que l’autre côté portait sa jumelle et qu’il faudrait aussi la bouger. Elle souleva à peine tandis qu’une maigre lueur de chandelle passait au travers et faisait ressortir les traits lisses de Paladia.

« Qu’est-ce que tu vois ? » Murmura la barde.

« Une pique qui va m’enlever les yeux », répondit l’ex-renégate, puis elle se baissa quand la trappe fut brusquement ouverte et qu’une rangée de visages meurtriers les regarda. Un rugissement sourd leur blessa les oreilles tandis que des corps s’avançaient et que des mains les saisissaient rudement.

« Hé ! » Cria Gabrielle, sa voix puissante ponctuant le chaos. « Arrêtez ça ! »

Le silence s’installa et les visages qui les regardaient clignèrent des yeux de surprise. « C’est la voix de la Reine Gabrielle. » Une torche fut approchée, faisant ressortir les yeux verts clairs distinctifs dans un visage couvert de boue. « Merde… c’est bien elle ! » Des mains se tendirent. « Venez ! »

Gabrielle secoua la tête. « Non… on a un tunnel pour sortir », dit-elle à voix basse, voyant la surprise sur les visages des Amazones. « Venez par ici. »

« Il y a encore quelques personnes retenues au portail », objecta une voix tranquille.

Ephiny s’avança. « Nous savons. » Un murmure s’éleva tandis qu’on citait son nom. « Venez… sortons d’ici ensuite nous bâtirons un plan pour reprendre le village. »

La trappe s’ouvrit pleinement et les Amazones captives se réunirent autour, attrapant ce qu’elles pouvaient en guise d’armes. Elles étaient toutes nues et certaines étaient blessées, mais leurs visages étaient grimaçants et elles étaient visiblement contentes de voir leur reine et leur régente. Lentement, elles commencèrent à sauter dans la cave et Gabrielle s’écarta de l’ouverture, retournant son attention vers le tunnel et les sons étouffés l’inquiétèrent, ainsi que l’absence de son âme sœur.


Attraper des flèches était vraiment plus… une tactique qu’un talent. Et ça ne marchait pas vraiment bien si des dizaines de gens vous tiraient dessus, en rater quelques-unes était toujours une possibilité. Xena repoussa un autre carreau, sentant la chair se déchirer dans sa jambe tandis qu’elle plongeait vers l’avant pour attaquer un soldat déterminé. Les premières rangées d’hommes s’étaient rapprochées d’eux, combattant à la main et le reste était massé derrière les arbres, leur tirant dessus avec des arbalètes qui, fort heureusement, frappaient leurs compatriotes aussi souvent qu’elles touchaient leurs deux ennemis déterminés.

La chance de Jessan l’avait placé derrière l’arbre qui traversait le cours d’eau, aussi les tireurs étaient plutôt concentrés sur elle et elle commençait à ressentir la tension de les combattre et d’empêcher les flèches de la transpercer, tout ça en protégeant l’entrée du tunnel. Avec un soupir, elle donna un coup de la poignée de son épée contre son opposant actuel et elle le repoussa, puis elle eut un coup fatal rapide et pendant un moment cela la rendit plus atteignable par les archers.

Elle n’eut aucune idée, après coup, de la manière dont elle réussit à les avoir tous. C’était une sorte de brouillard et elle pensait se souvenir de son épée qui bougeait, qui déviait les carreaux tandis qu’elle se mettait hors du chemin, mais…

Puis tout s’arrêta. Les hommes qui les attaquaient s’arrêtèrent et leurs yeux s’écarquillèrent.

Xena prit une inspiration et regarda derrière elle, saisissant la scène avec un profond soulagement. « Par Hadès, je n’aurais jamais pensé être aussi contente de voir un groupe d’Amazones nues, sales et enragées », dit-elle à Jessan qui passa une main sur sa tête y posant de la boue rouge.

Les Amazones repérèrent leurs cibles et crièrent.

Xena se mit hors du chemin et s’appuya contre la rive. Puis elle tourna la tête et chercha Gabrielle, ne la voyant pas. En jurant, elle en oublia le combat et fonça vers le tunnel.


Gabrielle avait sauté dans la salle à manger et elle poussait les Amazones à se dépêcher de descendre sans bruit dans la cave. C’était une expérience surréaliste – cette file de femmes en sueur et nues disparaissant dans le sol pour ne pas revenir… la pièce se vidait encore et encore… jusqu’à ce qu’enfin elle soit la seule à y rester.

Momentanément, parce qu’Ephiny sauta dans la pièce et se mit debout, rejoignant la barde tandis qu’elles traversaient silencieusement la pièce et regardaient avec précaution à travers la fenêtre principale, qui était barricadée.

A travers les fissures du bois, elles pouvaient voir la zone centrale où se trouvait la plate-forme. Des hommes couraient ici et là et tout semblait chaotique. « Il y en a moins que je pensais », murmura Gabrielle.

Ephiny hocha la tête, les yeux fixés sur la plate-forme. « Bon plan, Gabrielle », dit-elle doucement en tapotant le dos de la barde. « Il reste maintenant un détail dont il faut qu’on s’occupe. »

« Ce n’est pas mon idée », la corrigea fermement Gabrielle. « Tu le sais et je vais fichtrement m’assurer que tout le monde le sache. » Elle jeta un coup d’œil derrière elle, entendant un bruit, et elle fut surprise de voir Paladia qui se soulevait pour sortir de la cave. « Elles sont toutes dehors ? »

« En route », confirma Paladia. « Eponine est au bout du tunnel…c’est trop puant là-bas. » La grande femme les rejoignit à la fenêtre, regardant à travers un trou élevé dans les planches. « Euh… » Elle grogna, repérant les captives et les soldats qui s’empressaient. « Où est-ce qu’ils vont ? »

Ephiny plissa les yeux. « Je ne sais pas… oh, ils se dirigent vers l’autre entrée… Jessan doit les occuper. » Elle sourit un peu. « Nous allons devoir faire une exception pour lui, pas vrai ? »

Gabrielle sourit en retour. « Oui… c’est ce que je me disais. » Elle regarda dehors. « Hé… on peut atteindre cette plate-forme… ils sont tous partis. » Elle alla vers la porte et mit sa main dessus puis tira. « Oh… zut… c’est fermé. »

« J’ai une solution pour ça », dit Paladia, qui regardait toujours dehors.

« Ah oui ? » Gabrielle se retourna et pencha la tête d’un air interrogateur. « C’est quoi ? »

L’ex-renégate cligna des yeux vers le petit groupe de soldats qui couraient vers le bâtiment. « Et bien ils vont ouvrir la porte de l’extérieur… feriez mieux de bouger. »

La barde fonça prendre son bâton qu’elle avait traîné dans le tunnel avec elle et elle se colla contre l’autre côté de la porte, avec Ephiny juste derrière elle, qui portait un morceau épais de chaise. Paladia se pressa contre l’autre mur et elles attendirent, tendues, tandis que l’on manœuvrait à grand bruit le verrou et que la porte s’ouvre brutalement vers l’intérieur.

Six hommes s’engouffrèrent et se figèrent, fixant avec stupéfaction la pièce vide.

Gabrielle tendit son bâton et tapota l’un d’eux sur l’épaule. Il tournoya. Elle sourit. « Salut toi. »

Son épée s’éleva partiellement puis lui fut proprement enlevée des mains par un coup rapide de son bâton et elle fit tourner l’autre bout, le frappant sur le côté de la tête. Il tomba au sol et il y eut un instant de choc, jusqu’à ce que le reste des soldats ne reprenne ses esprits et charge.

Ephiny attrapa le plus proche et le fit passer par-dessus son épaule, le laissant atterrir avec un bruit sourd tandis qu’elle lui prenait son épée et se retournait pour engager l’attaquant suivant. Elle le désarma rapidement puis retourna l’épée dans sa main et le frappa dans la mâchoire, le regardant tomber au sol avec satisfaction. « Ouille. » Elle secoua sa main, se tournant pour voir que Gabrielle s’occupait proprement de leur dernier adversaire, son partenaire ayant déjà été assommé par une Paladia satisfaite.

Gabrielle prit une inspiration, laissant le bout de son bâton tomber au sol et elle leur fit un hochement de tête brusque. « D’accord… maintenant la porte est ouverte. C’est une bonne chose. » Elles se glissèrent dehors, notant la zone quasi déserte avec surprise et suspicion. « Je me demande où est passé tout le monde ? » Marmonna la barde entre ses dents.

Ephiny secoua la tête et bougea l’épée dans sa main en jetant un coup d’œil alentour. « Je vais aller m’occuper de ces types. » Elle commença à contourner le périmètre, ne voulant pas traverser la zone ouverte. Gabrielle et Paladia la suivirent et la barde nota que l’ex-renégate avait profité de l’occasion pour prendre une masse à sa victime inconsciente.

Elles étaient à mi-chemin quand une haute silhouette trempée par la pluie plongea devant elles, une lumière agitée se reflétant sur une longue épée. « Oh non… vous êtes là, vous… »

« Arella. » Ephiny mit son épée sur son épaule et regarda la renégate avec acrimonie. « Ton petit jeu est terminé. »

Arella fit passer son épée d’une main vers l’autre. « Tu te trompes… j’ai ce que je voulais vraiment maintenant. » Elle s’avança.

Gabrielle se mit inopinément devant la régente et, dans un mouvement fluide, elle frappa de son bâton et fit sauter l’arme de la main d’Arella. « Je dirais plutôt que… ce que tu as c’est une brassée de problèmes », l’informa-t-elle en regardant la femme secouer ses doigts qui brûlaient et jurer. « Tu devras répondre de beaucoup de choses. » Elle tourna la tête. « Comme ces gens… et Cait. »

Arella lui jeta un regard noir, une once de folie dans les yeux. « Tu ne vas pas gagner à nouveau, yeux verts… et tu n’as pas idée de combien c’était bon de mettre une flèche dans cette petite fille… juste parce que je savais que c’était une de tes amies. »

« Hé. » Paladia avança à grands pas et tapa Gabrielle sur l’épaule. « C’est celle-là… celle avec la flèche et tout ce truc ? »

La barde lui jeta un coup d’œil brusque. « Oui… on peut en parler plus tard ? »

« Nan. » Paladia tendit sa masse à la barde. « Tiens-moi ça, d’accord ? »

Gabrielle eut à peine le temps d’enrouler ses doigts autour de la masse avant que la grande blonde ne se jette sur Arella, surprenant l’Amazone en les emmenant toutes les deux au sol. Paladia la frappa de ses poings lourds tandis qu’elles luttaient.

« Bon sang… » Grogna la blonde en réussissant à bloquer sa rivale plus lourde. « J’ai dû écouter cette fichue histoire crasseuse, sentimentale, comme une épine dans le cul d’un Centaure merdeux chaque soir pendant le dernier foutu MOIS ! ! ! » Elle les fit rouler sur leurs genoux et cogna le visage d’Arella de son coude. « Je vais te tuer pour ça ! ! ! ! »

Gabrielle et Ephiny échangèrent un regard surpris. La barde s’appuya sur son bâton et laissa tomber la masse, se grattant la tête d’étonnement. Les deux femmes se battaient, grognant et criant tandis qu’elles trébuchaient par-dessus les ordures de l’armée absente, jusqu’à ce que finalement, Arella se libère et roule sur elle-même, attrapant une arbalète avec un cri de triomphe, la soulevant et la pointant vers Paladia.

Une main se referma sur le mécanisme par-dessus son épaule. C’était une grande main, couverte de boue et de sang et elle était attachée à un avant-bras musclé et tout aussi taché. Furieuse, elle leva les yeux vers un regard bleu glacier qui lui prit toute envie de bouger. Puis tout devint noir tandis que quelque chose, de grand et de dur, lui frappait le côté du visage.

Pendant un moment, le seul son fut celui de la pluie. Puis Xena soupira et se frotta les mains sur sa combinaison, tandis qu’Ephiny allait vers la plate-forme. Après un moment, Paladia se releva de la boue et la rejoignit.

Gabrielle alla vers sa compagne et toucha une entaille sanglante sur le bras de Xena. « Tu… vas bien ? » Demanda la barde doucement.

Xena mit ses mains sur ses hanches et soupira, lançant un regard ironique et fatigué à son âme sœur. « J’ai bien une douzaine de trous de flèches, quelques côtes cassées, encore plus de muscles froissés que je ne veux le dire et un mal de crâne qui ferait tomber un Centaure à trente pas. » Elle s’interrompit. « Oui… je vais bien. Et toi ? »

Un léger sourire apparut sur les lèvres de la barde et elle s’appuya contre l’épaule de la grande femme. « Et bien… mieux vaut peu… » Elle soupira, laissant son regard naviguer vers le portail, qui avait été repoussé pour révéler un groupe d’Amazones furieuses, couvertes de boue, trempées et nues, entourant un groupe trébuchant de captifs semi-conscients. « Je pense qu’on a gagné. »

La guerrière hocha la tête tournant le visage vers le haut pour laisser la pluie le nettoyer. « Oui. » Elle mit un bras autour de la jeune femme. « Allons… donnons un coup de main à Ephiny. » Elles allèrent vers le groupe qui arrivait, voyant la grande silhouette de Jessan qui tenait l’arrière et Eponine qui sortit des rangs pour se précipiter vers la plate-forme.

Gabrielle relâcha un long souffle. « Xena ? »

« Mm ? »

« Je vais devoir faire quelque chose contre elle, cette fois-ci, pas vrai ? »

Les yeux bleus entourés de boue la regardèrent. « Oui. »

Gabrielle se contenta de hocher la tête. 


Xena se pencha en arrière, elle ferma les yeux tandis que des doigts doux passaient sur sa peau déchirée et blessée. Elle était dans la hutte de guérison, ayant suivi le groupe tranquille qui avait porté leurs trois camarades tombées à l’intérieur et elle avait pris quelques instants pour les évaluer avant qu’on la pousse elle-même sur une paillasse.

Après qu’elle avait fait un détour pour s’assurer qu’Argo allait bien, bien entendu, et jeter un coup d’œil à leurs quartiers. Ils avaient été vandalisés et leurs possessions jetées de partout mais son armure n’avait pas été touchée et elle n’était pas non plus surprise de noter que son chakram non plus.

Le journal de Gabrielle avait été retrouvé dans les quartiers d’Ephiny qu’Arella avait pris pour elle. La barde avait repris le livret avec un sourire tranquille, mais ses yeux étaient tempétueux et elle avait inspecté le volume broché avec soin pour voir s’il était endommagé. Elle avait tourné une page et se tenait dans la lumière qui provenait de la fenêtre, lisant un moment avant de refermer le journal et de le mettre sous son bras.

Jessan s’était éclipsé et était retourné vers Elaini et les triplés et il avait déposé Cait avec soin sur une paillasse ici avec Xena. Les Amazones avaient passé un moment ou deux à regarder avec stupeur leurs étranges invités, mais, entre celles qui avaient rencontré le grand être de la forêt à Amphipolis et la première vision des enfants… on avait un grand groupe d’Amazones roucoulantes, c’est sûr.

Arella avait fait un travail de brutes sur les trois femmes. Elles avaient été attachées aux planches toute une nuit et fouettées et, au vu des marques de coupure sur le corps de Solari, elle avait aussi utilisé une dague. Mais c’était des Amazones et elles étaient coriaces, et Xena était plutôt sûre qu’elles seraient sur pied après quelques soins.

L’eau chaude coulait sur sa peau et elle souhaita avec nostalgie être en train de prendre un bain pour finalement enlever toute la boue puante et collante de son corps. A contrecœur, elle ouvrit les yeux et regarda la tête claire penchée tout près tandis que Gabrielle suturait avec précautions la seule mauvaise coupure de flèche juste au-dessus de sa clavicule.

La barde mordit le fil qu’elle utilisait et tapota le bras de Xena puis elle se redressa, une main posée sur le mur. « C’est la pire… » Elle passa la main dans les cheveux noirs de son âme sœur et les repoussa de son visage. « Je pense que tu as besoin d’un bain, chérie. »

Xena hocha la tête. « Oui… » Elle tendit la main et tira sur un morceau d’herbe sur la combinaison en cuir de la barde. « Toi aussi. » Avec un soupir, elle s’assit, luttant contre la douleur dans ses côtes et elle tria ses options. « On va avoir besoin de nettoyant, d’onguent… »

Deux Amazones qui se tenaient là s’approchèrent et s’agenouillèrent devant elle, leurs bras posés sur leurs genoux. « Dis-nous ce que tu veux, Xena… nous irons le chercher », dit la plus âgée tranquillement. « Quel que soit ce dont tu as besoin. »

Un haussement de sourcil noir. Xena lança un regard vers son âme sœur, dont le visage se pinça en réaction. « Hum… » La guerrière se reprit. « Très bien… » Elle nomma cinq ou six objets. « Ça ira pour l’instant… oh oui, de l’eau bouillante pour nettoyer ces marques de fouet. Elles sont incrustées de cuir. »

L’Amazone aux cheveux clairs devant elle tressaillit à ces mots. « Pauvre Soli… elle a été trop brave aussi. Elle a dit à Arella qu’elle devrait la rôtir vivante avant qu’elle lui dise où Ephiny et vous tous étiez. »

Le regard de Xena passa sur l’Amazone brune, qui remuait faiblement sur la paillasse. « Elle aurait dû… Solari ne savait pas », déclara tranquillement la guerrière. « Pourquoi les deux autres ? »

La femme, Séléné, dans le souvenir de Xena, la regarda. « Ménelda l’a rembarrée… » Elle fit un signe de tête en voyant l’air ironique de la guerrière. « Ouais… et la gamine… la gamine lui a dit que c’était dommage que tu ne lui aies pas brisé plus que la mâchoire la dernière fois. » Séléné secoua la tête. « Pas que je dise que je ne suis pas d’accord avec ça… » Elle se retourna. « Allez, Evie. Allons chercher ces trucs… et on rapportera quelque chose de la salle à manger, vous devez avoir faim. »

Xena sentit un tout petit sourire ironique s’installer sur ses lèvres, tellement l’attitude des Amazones à son égard était différente. « Merci. » Elle-même tressaillit à la pensée de mettre de la nourriture dans son estomac retourné, mais elle soupçonna que son âme sœur avait besoin d’être nourrie, surtout après toute cette activité. « Je sais que Sa Majesté appréciera. »

« Tch. » Gabrielle lui lança un regard. « Je peux aller chercher moi-même ma nourriture, merci… en plus, je veux trouver Ephiny et voir comment vont les choses. »

« Hé, Elananora… » Séléné s’était levée et appelait une autre Amazone qui traversait la pièce. « Va mettre de l’eau à bouillir, d’accord ? » Elle se retourna et inclina la tête vers la barde. « Est-ce qu’on peut t’escorter ? »

Gabrielle réfréna l’envie de lever les yeux au ciel. « Bien sûr… allons-y. » Elle tapota le genou de son âme sœur. « Tu restes ici… d’accord ? »

Xena hocha la tête d’un air aimable. « D’accord… » Elle gardait un œil sur une citerne d’eau à l’arrière de la salle de la guérisseuse depuis quelques minutes, depuis que sa combinaison en cuir s’était mise à vraiment la démanger à cause de la boue. « Amuse-toi bien. »

La barde soupira et suivit son escorte vers la porte, pour traverser le campement. Il avait de nouveau l’air normal avec des Amazones maintenant habillées qui se déplaçaient dans des mouvements ordonnés. L’échafaudage avait été retiré et plusieurs femmes le cassaient maintenant, entreposant le bois dans un foyer pour le brûler plus tard.

« Alors… Reine Gabrielle… » Séléné s’éclaircit la voix. « Ça t’ennuie si je te pose une question rapide ? »

La barde se tourna vers elle, surprise. « Non… non… vas-y. »

La femme blonde se massa la nuque. « Hum… alors… au sujet de la nourriture… tu as une préférence sur ce que je peux lui apporter ? » Elle eut un regard un peu embarrassé pour la barde. « Je veux dire… par Hadès… nous nous sentons toutes tellement… la dernière fois, ça a été si moche, nous étions tellement… et ensuite vous venez et vous sauvez Ephiny… et maintenant ça… »

Gabrielle s’arrêta et mit la main sur le bras de la femme. « C’est bon », la rassura-t-elle. « Xena comprend ce qui s’est passé… et moi aussi. » Elle prit une inspiration. « Mais c’est le passé maintenant… alors repartons juste de ça. » Elle continua, en faisant un signe de tête à la femme. « Quant à ta première question… et bien…prends trois choses que tu n’aimes vraiment pas et je te garantis que ça ira pour elle. »

Séléné relâcha un rire, surprise. « Vraiment ? »

« Oui… » La barde commença à marcher vers la salle à manger. « Fais-moi confiance. »

« Et bien… il nous reste des côtes… avec toute cette sauce gluante… et du gâteau… » Proposa Séléné avec hésitation, toujours pas sûre de savoir si la barde blaguait ou pas.

« Parfait », lui dit Gabrielle pince-sans-rire. « Mais rends-moi un service, d’accord ? Ajoute une carotte… peut-être que j’aurai de la chance. »

« Tu es sérieuse. » Les deux Amazones la regardèrent.

« Oh oui. » La barde sourit un peu tandis qu’elle atteignait la porte et l’ouvrait. « Croyez-moi, il y a une personne sous tout ce cuir et cette armure… tout comme vous et moi. »

Un cri d’accueil monta quand on la vit et elle s’arrêta, intriguée. « Quoi ? »

Ephiny se leva et lui fit signe de venir. « Je racontais juste notre côté de l’histoire… mais maintenant que tu es là… »

Gabrielle mit de côté son épuisement et hocha la tête. « D’accord… laissez-moi manger un peu et ensuite… » Elle s’assit près d’Ephiny et tira sur un plateau de pain, en brisa un morceau et le trempa dans un plat d’huile d’olive aromatisée. « Alors… où est-ce que tu t’es arrêtée ? »


Xena retira sa combinaison d’un air las et, utilisant un seau en bois, elle versa abondamment de l’eau froide sur son corps avec un sentiment de soulagement profond. Elle se frotta avec précaution avec un morceau de savon qu’elle avait trouvé et réussit à retirer la plus grande partie de la boue de la rivière, avant d’arroser sa combinaison et de la jeter sur le fil pour la sécher. Gabrielle avait rapporté son gambison matelassé quand elle avait rangé son journal et la guerrière se glissa avec gratitude dans le tissu usé et doux.

Ceci pour qu’elle puisse porter son épée, Gabrielle ayant correctement deviné qu’elle le voudrait, jusqu’à ce que la situation soit complètement stabilisée. Elle accrocha l’étui à l’arrière du gambison et boucla les attaches de la poitrine, resserrant le vêtement autour d’elle en donnant un coup de main pour installer le tout.

Ouahou… c’était bon. Elle se passa les doigts dans ses cheveux noirs, faisant bouger les boucles mouillées pour les débarrasser de l’excès d’eau. Un bruit à la porte lui fit lever les yeux et elle repéra Elaini qui entrait, avec Arès sur ses talons. « Salut. » Le loup sauta immédiatement sur elle, le museau contre sa poitrine avec un gémissement joyeux. « Hé Arès… comment tu vas ? » Le poil humide s’ébouriffa sous ses doigts.

L’être de la forêt leva une main poilue. « J’ai pensé que tu aurais peut-être besoin d’aide ici. » Elle s’agenouilla près de Solari et siffla quand elle vit les marques de fouet. « Vous êtes une espèce cruelle, tu sais ça ? »

Xena soupira. « Oui je le sais », admit-elle tranquillement. « Merci… les enfants sont bien installés ? »

Elaini ricana doucement. « Oh oui… ils ont une bonne douzaine de tantes… qui vont les gâter pourrir. » Elle se leva puis alla vers Xena et la poussa dans la lumière de la fenêtre pour l’examiner avec soin. « Tu ressembles à du caca de cerf. »

« Nan… » La guerrière haussa les épaules pour la repousser. « Juste quelques flèches… rien de méchant. » Elle sentit un peu de son énergie revenir ce qu’elle soupçonna être surtout un résultat fantôme de son nettoyage. « Je leur ai dit d’apporter des herbes… des choses qu’on a enlevées d’ici. On dirait bien qu’ils avaient l’intention de tout vandaliser en partant. »

Elaini hocha la tête, décidant de ne pas discuter avec l’humaine agacée au sujet de sa condition physique. « Ton plan était plutôt malin… Jess a pris énormément de plaisir à en rajouter. »

Xena leva ses yeux bleus au ciel. « Oh génial. » Elle regarda la porte qui s’ouvrait et les deux Amazones qui rentraient, chargées de plateaux. « Vous pouvez poser ça là. » Elle fit signe de la main vers la table de travail. « Merci. » Une odeur intrigante attira son attention et elle s’avança, poussant le contenu du plateau pour découvrir des côtes qui lâchaient une odeur épicée et douce.

Est-ce que j’ai dit que je n’avais pas faim ? Elle en prit une et commença à mâcher tout en fouillant le reste. « Tous ces types sont enfermés ? »

Séléné masqua un sourire au choix de la guerrière et s’éclaircit la voix. « Plutôt bien, oui… on leur a retiré tous leurs vêtements et on les a mis dans la grange de battage. »

Xena la regarda. « Avec toutes ces balles de foin ? » Elle s’imagina les hommes nus, triturés par toutes ces cosses tranchantes qui se collaient à la peau, habituellement.

L’Amazone sourit d’un air diabolique. « Oui… »

« Ouille… » la guerrière relâcha un léger rire. « Et Arella ? » Son sourire disparut.

« Ficelée comme un cochon dans la cave », l’informa Séléné.

« Est-ce que vous avez retiré les oignons pourris d’abord ? » Xena entama une seconde côte.

« Non. »

La guerrière rit en avalant rapidement. « Bien. »

Les Amazones partirent finir leurs tâches et un silence s’installa, brisé seulement par les légers murmures des patientes. Elaini commença à trier les provisions médicales et attrapa une côte à son tour, tandis qu’elle préparait une solution de nettoyage et ajoutait plusieurs chiffons de coton léger pour les y tremper. « Voilà. » Elle versa la moitié de la solution dans un bol pour Xena qui l’accepta avec un hochement de tête. « A propos… félicitations. »

Les yeux bleus se levèrent vers elle, un peu surpris, puis le visage de Xena s’éclaira. « Tu parles de Gabrielle ? »

L’être de la forêt hocha la tête. « Jess m’a dit qu’elle était enceinte. »

Xena sourit. « Oui. » Ses yeux étincelèrent doucement. « C’est vrai. » Elle remua le contenu de son bol puis leva les yeux. « Je… je pense que c’est génial. »

Elaini laissa un sourire en coin dévoiler ses crocs. « Oui je le Vois… » dit-elle ironiquement. « Et… il a dit que tu… heu… avais des symptômes aussi ? »

La guerrière finit sa côte et se frotta les mains puis elle les nettoya avec un peu de solution et un morceau de coton. Ensuite elle s’avança et s’agenouilla près de Ménelda, faisant signe à Elaini de commencer avec Solari. Elle se mit à nettoyer les coups de fouet, retirant doucement des morceaux de débris avec des ciseaux en bois. « Oui… je pense que oui », finit-elle par répondre à la question d’Elaini.

Celle-ci continua à s’occuper de l’Amazone brune, digérant la réponse. « Quand est-ce que tu t’en es rendu compte ? »

Xena soupira. « Il y a quelques semaines, je pense… j’ai commencé à avoir des nausées… les odeurs étaient plus fortes, elles me gênaient plus. » Elle étala de l’onguent apaisant sur une marque particulièrement profonde sur la nuque de Ménelda. « Je… perdais la notion des choses… je mangeais des trucs bizarres. » Elle rit un peu. « Finalement, un matin… je présume que j’ai commencé à me dire que quelque chose ne tournait pas rond, ensuite Gabrielle m’a dit qu’elle était en retard d’une semaine. »

Elaini la regarda pensivement tandis qu’elle tapotait les coupures sur le bras de Solari. « C’est… familier », admit l’être de la forêt. « C’est plus ou moins comme ça que Jess s’en est rendu compte. » Elle regarda sa patiente qui remuait puis elle attendit, tandis que Solari clignait des yeux et regardait vaguement Elaini.

Il n’y eut aucune panique dans les yeux de l’Amazone, ce qui surprit un peu Elaini et elle fit ce qu’elle pensait être un sourire rassurant. « Doucement… tout va bien maintenant. »

Solari tourna lentement la tête et repéra Xena à genoux. Un petit sourire recourba ses lèvres. « Il… t’a… fallu… du temps. »

La guerrière tourna la tête et lança un regard à Solari. « Qui a gagné le pari ? »

L’Amazone brune se contenta de hocher un peu la tête. « Tout le monde va bien ? »

« Oui, tout le monde », confirma Xena.

Solari tourna la tête de l’autre côté et repéra Cait endormie. « Hé… »

« Ils lui ont tiré dessus », lui dit Elaini doucement. « Ça va aller. »

La tête brune la regarda droit dans les yeux. « Elaini ? »

Un sourire. « Salut… et moi qui pensais que nous autres boules de poils on se ressemblait tous. »

Xena soupira et retourna son attention à la guérisseuse blessée qui commençait aussi à remuer. Elle s’était occupée de la majorité des coups de fouet, mais Ménelda avait aussi un poignet cassé qu’elle allait devoir remettre en place. Tandis qu’elle regardait, les yeux de l’Amazone âgée clignèrent avant de s’ouvrir et de chercher son visage. Des émotions conflictuelles passèrent sur ses traits et s’installèrent en une grimace résignée. « Toi… »

« Oui. » Xena garda avec soin une voix neutre.

« Ces salauds doivent être partis alors. »

« Oui. » Une pause. « Attends… je dois m’occuper de ton poignet. » La guerrière pressa un point à l’intérieur du coude de l’Amazone blessée et la sentit sursauter en réponse. « Reste tranquille. »

« Je sais quoi faire, bon sang », grogna Ménelda. « Je pourrais le faire moi-même maintenant que tu as supprimé la douleur.

Xena lui lança un regard direct puis remit rapidement la fracture, sentant les os brisés se remettre en place avec un léger grattement couinant. Elle leva le bras et relâcha le point, voyant le visage de la femme se serrer tandis que la douleur revenait. « Ça devrait aller. »

Ménelda renifla puis regarda par-dessus l’épaule de Xena, repérant Elaini. « C’est quoi ça, par Hadès ? » Lâcha-t-elle surprise.

Il y avait eu des moments dans le passé où Xena avait ressenti le besoin de simplement blesser quelqu’un parce qu’il lui courait sur les nerfs. La plupart du temps, elle s’abandonnait au désir, ce qui avait résulté en beaucoup de blessures brutales et à la fin avait amené son armée à apprendre à ne pas lui courir sur les nerfs. Elle pensait avoir laissé ça derrière elle.

Apparemment non. « C’est une amie. » La guerrière pouvait sentir les muscles de sa mâchoire se serrer et cela apporta une note dangereuse dans sa voix.

« Je m’en doute », lâcha Ménelda.

Xena prit et relâcha un souffle plusieurs fois. « Tu sais quoi, Ménelda ? »

« Quoi ? »

« Pendant quinze ans, j’ai bourlingué dans les endroits les plus moches de la terre et je ne suis jamais tombée sur un morceau de crottin de cheval comme toi. » Brusquement, la guerrière se leva et traversa la pièce, s’agenouillant sur un genou près de Cait. Elle s’affaira à contrôler la jeune Amazone, ignorant le silence figé dans son dos. C’était mesquin, se réprimanda-t-elle. Et cette fichue femme avait mal… dieux, Xena… mets un couvercle sur ta colère, tu veux bien ?

Cait ouvrit les yeux et cligna vers elle. Un petit sourire recourba les lèvres de la jeune fille. « J’ai tout raté… pas vrai ? »

La guerrière laissa son irritation glisser ailleurs tandis qu’elle la regardait. « Presque, oui. »

« Zut ! » La jeune fille réussit à produire un demi-froncement. « Est-ce que tu as encore cogné cette folle d’Arella ? J’aurais aimé voir ça.”

« Nan », admit Xena avec un sourire tranquille. « C’est ton amie Paladia qui l’a fait. »

Les yeux gris de Cait s’ouvrirent en grand dans un étonnement. « Pas possible », dit-elle dans un souffle. « Vraiment ? »

« Oui », l’assura Xena tandis qu’elle replaçait le bandage sur le dessus de l’épaule de la jeune fille. « Vraiment. » Elle regarda une série d’émotions couler sur le visage de sa jeune amie. « Elle a sorti Eponine du pétrin aussi. »

L’Amazone resta silencieuse un moment puis elle fronça les sourcils. « Tu l’as droguée ? » Demanda-t-elle d’un ton accusateur.

La guerrière lâcha un rire de surprise. « Non. » Elle replaça la couverture autour de Cait. « Elle l’a fait de son plein gré. »

Cait réfléchit. « Pourquoi ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.

Xena posa une main sur son épaule. « Je ne sais pas, Cait… il faudra que tu lui demandes. » Elle hésita, débattant si elle devait s’en mêler. Oh bon. « Tu sais… elle était… hum… plutôt inquiète pour toi. »

Une rougeur légère, mais visible colora la peau claire de Cait. « Sors d’ici. »

Xena haussa ses sourcils noirs. « Désolée… c’est vrai. » Elle tapota le bras de la jeune fille. « Va doucement. »

Le visage de la jeune fille prit un air pensif et un peu confus, mais elle hocha la tête. « Est-ce que Gabrielle va bien… oh c’est une question idiote… tu ne serais pas là sinon. »

La guerrière rit. « Elle va très bien. » Elle se pencha un peu plus et baissa la voix. « Repose-toi. » Elle se remit debout et regarda autour d’elle. Elaini avait fini de s’occuper de l’autre jeune fille et elle se lavait maintenant les mains au bassin. Xena la rejoignit, relâchant un soupir. « Dure journée, hein ? »

La grande être de la forêt la regarda. « Tu es douée pour les euphémismes, Xena… est-ce que quelqu’un te l’a déjà dit ? » Répondit-elle ironiquement. « Viens… allons finir ce plateau avant que Gabrielle ne revienne et crie. »

Elles allèrent à l’arrière de l’infirmerie où il y avait une petite table de travail près de la fenêtre qui laissait entrer un gros rayon de lumière grise. Xena s’assit dans le fauteuil contre le mur et posa ses avant-bras sur la table, faisant tourner une côte dans ses doigts plusieurs fois avant de choisir un point de départ et de commencer à la manger.

Elaini mordit dans sa portion et la regarda avec curiosité. « Alors… est-ce que ce truc de partager te pose des problèmes ? »

Un haussement d’épaules. « Non… pas vraiment… une fois que j’ai réalisé ce que c’était », répondit Xena en mâchant impassiblement. « C’est… je présume que ça me fait faire partie de tout ça… j’aime plutôt bien ça. »

L’être de la forêt hocha un peu la tête. « Oui… j’ai toujours senti que ça nous rapprochait Jess et moi… et ça lui donnait le sentiment de ce par quoi je passais. » Elle mordit une griffe. « Xena… »

« Je sais », dit la guerrière doucement. « Je ne suis pas censée ressentir ça. » Elle fixa la table. « Mais je ne l’imagine pas, Elaini. »

L’être de la forêt tendit la main et la posa sur son poignet. « Je le sais. » Elle baissa la voix. « Je vais te dire une chose… je… je ne sais pas grand-chose sur les humains, tu le sais. Toi… et Gabrielle… et ces gens sont presque les seuls que j’ai jamais rencontrés. » Elle fit une pause. « Mais je connais notre peuple… ce que je vois… quand je les regarde et comment ça change après que deux personnes se sont unies, comment c’est différent pour les Unis… et comment ça paraît différent après que deux personnes se sont mises ensemble et ont produit un enfant. »

Xena se contenta de la regarder. « Qu’est-ce que tu racontes ? » Demanda lentement la guerrière. « Elaini… tu sais que nous sommes différentes de vous. »

Un soupir. « Mais non. » Elle jeta un coup d’œil alentour. « Xena si je ferme les yeux et que je Regarde, je peux dire la différence entre toi et Gabrielle et moi et Jessan. » Sa mâchoire bougea plusieurs fois. « Dans tous les aspects. »

La guerrière soupira et se passa une main dans les cheveux d’agitation. « Ce… n’est pas… physiquement possible et tu le sais. »

Les yeux dorés s’adoucirent inopinément. « Je le sais… mais Xena… il y a tellement de choses en toi qui ne sont pas physiques », lui dit Elaini, avec un sourire tranquille. « Ne t’inquiète pas pour ça… je ne voulais pas t’inquiéter. »

La guerrière eut un petit signe de la tête. « Ce n’est pas… c’est juste que Gabrielle veut tellement que ce soit vrai et après tout ce qui nous est arrivé… » Elle s’interrompit et se frotta les yeux. « Peut-être que moi aussi. »

L’être de la forêt haussa les épaules. « Alors crois-le », répondit-elle d’une voix normale.

Xena lâcha un rire sans joie. « Comme ça ? »

Elaini hocha la tête. « Oui. » Elle tapota le bras de Xena. « Etant donné l’autre choix possible, tu ne vas pas être capable de dire la différence en fait… et si ça vous rend heureuses, pourquoi pas ? » Elle réfléchit un moment. « Jusqu’à ce que l’enfant soit assez grand pour te prendre ce truc rond, là. »

« Non. » Xena secoua fermement la tête. « Pas l’épée… pas un guerrier. Non. »

Elaini se leva. « D’accord. » Elle regarda par la fenêtre. « Et voilà des ennuis. » Elle rit puis jeta un rapide coup d’œil à Xena. « Alors… pas de bataille, hein ? »

« Nan », répondit la guerrière. « Il y a d’autres choses à enseigner. »

« Mmhn. » Les yeux dorés brillèrent d’une connaissance ancienne tandis qu’elle étudiait le profil puissant et acéré. Ah… il y a des choses écrites en nous, Xena… et nous ne pouvons pas les nier. C’est ton sang qui parlera, en fait. « Tu ferais mieux de manger tes carottes. La cheffe arrive. »

Elle se baissa quand la carotte en question lui arriva dessus avec une acuité mortelle.


A suivre 7ème partie

 

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23 décembre 2017

Joyeux Noël

mar

Le Festival de Missy Good, partie 5, traduction de Fryda !

J'en profite pour souhaiter à tous/toutes les Xenites qui passent sur ce blog, de très belles fêtes de fin d'année !

Bonne lecture !

Kaktus

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