Guerrière et Amazone

15 avril 2017

Edition pascale

mar

Dernière partie de Chose promise chose due. Et à nouveau un grand MERCI à Fryda pour la somme de travail accomplie !

 

Kaktus

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Chose promise, chose due, 10ème et dernière partie

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Chose promise… chose due

10ème et dernière partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

« Il veut que tu QUOI ? »

Gabrielle n’avait aucune idée de comment Xena réussissait à mettre autant de volume dans une exclamation qui ne portait pas plus loin qu’elles deux. « Que j’épouse son fils », couina-t-elle, en serrant les dents. « Xena, j’en ai par-dessus la TÊTE de l’aveuglement de ces fichus gens dans cette ridicule demie cité au cul couvert de beurre. »

Les yeux bleus s’agrandirent puis clignèrent de surprise à cette série d’obscénités. « Hum. » Xena se leva et prit doucement le bras de son âme sœur pour l’emmener vers le siège qu’elle venait de libérer. « D’accord… tu… t’assois ici un instant… et je vais aller lui parler, d’accord ? » Elle tapota l’épaule remuante de la barde avec précautions. « Regarde… je t’ai fait un chaton. »

Gabrielle posa le regard sur le dessin. « Un chaton. » Elle commença à méthodiquement lui enlever ses moustaches.

La guerrière prit une inspiration puis se dirigea vers Edgevar. Il leva les yeux à son approche et lui fit un fin sourire. « Bonjour », souffla la guerrière et elle fit signe derrière elle. « Gabrielle a dit que tu… hum… lui as fait une offre ? »

Son sourire se réchauffa. « Oui… pardonne-moi de ne pas t’en avoir parlé d’abord… mais l’occasion s’est présentée, alors… » Il se frotta les mains. « Ils ont le même âge… elle semble intelligente, bien que peu civilisée… »

« Elle est déjà mariée. » Xena leva la main pour l’arrêter. « Alors… »

Il eut l’air surpris, mais pas consterné. « On peut trouver un arrangement, j’en suis sûr… un montant sur lequel se mettre d’accord. »

« Oh… oh… non non. » Xena remua la main. « Tout d’abord, il n’y a pas assez d’argent en Grèce pour ça. »

« Hm. » Il croisa les bras. « Je n’ai pas pensé que ça puisse être un problème… vu que ce garçon l’a laissée se promener avec toi dans tout le pays. »

« Gar… par la boule gauche d’Hadès », jura Xena. « Ecoute, oublie ça. »

« Ah… je vois le problème… » Il se détendit et leva une main. « Mes excuses… j’aurais dû t’approcher d’abord… tu es la plus ancienne dans la famille… je me suis trompé. Moi, parmi tous, étant le plus ancien dans la mienne, j’aurais dû m’en rendre compte. »

Xena cligna des yeux. « Quoi ? »

« Tu es aussi intéressée par mon garçon ? Je n’y avais pas pensé… tu es bien plus vieille que lui, mais pourtant… » L’homme se frotta la mâchoire, inconscient de la colère qui montait dans la grande guerrière. « J’avais pensé t’offrir un poste militaire… le plus élevé, bien sûr… ça semblait plus dans ta zone d’intérêt… Mais je suppose qu’on pourrait… »

Deux grandes mains lui agrippèrent les épaules et le secouèrent si fort que ses dents s’entrechoquèrent.  « Arrête ça ! » Grogna Xena, d’une voix profonde et basse. « Maintenant écoute –moi bien…. Je ne suis pas intéressée par ton maudit fils. Gabrielle n’est pas intéressée par ton maudit fils. Nous sommes toutes les deux mariées et ça nous va parfaitement. COMPRIS ? ? ? ? »

Il renifla. « Pas besoin de hurler. » Il se libéra de sa prise. « Je vois qu’il faut que nous négociions… peut-être que je peux envoyer quelqu’un chez vos maris ? »

L’absurdité de la situation atteignit Xena. Elle éclata de rire, incapable de s’arrêter, et elle finit par reculer en trébuchant pour s’appuyer sur la table de conférence. « Non. » Elle finit par soupirer et se redressa. « Tu ne peux pas. » Elle fit signe à Gabrielle de se lever. « Viens. » Elle regarda la barde rassembler avec soin ses morceaux de parchemins et les mettre dans sa poche, puis attraper sa boîte de plumes. « Ecoute…» Elle fit face à Edgevar. « Pense à ce que tu fais, d’accord ? Framna n’est pas un mauvais bougre. »

Edgevar les regarda partir puis, vexé, il produisit un claquement de la langue contre le palais vers ses aides. « C’était idiot de ma part… j’aurais bien dû savoir qu’il fallait l’approcher en premier… elle a une fierté encore plus grande que la mienne. »

L’aide renifla. « Il faut qu’on trouve un autre moyen, alors ? »

« Non non… laissons-lui du temps pour y réfléchir… nous allons trouver un arrangement. Je ne vais pas perdre cette occasion… elle va retrouver ses sens. » Il fit une pause. « Peut-être que je peux adoucir l’offre… tu penses qu’elle aimerait plus de serviteurs ? »

L’aide haussa les épaules. « Ça ne peut pas faire de mal. »

Edgevar hocha brusquement la tête. « Faisons comme ça. »


« T’sais, Xena, on aurait vraiment dû amener Salmoneus ici », dit Gabrielle d’un ton songeur tandis qu’elle suivait les foulées agacées de son âme sœur dans le couloir. « Il aurait fait un tabac pour leur vendre des villas de vacances à Pompéi. »

Xena s’arrêta et se retourna, les mains sur ses hanches. « Je peux t’emmener dans une villa de vacances quelque part ? Pour un mois?”

Gabrielle cligna des yeux, hautement surprise. « Euh… bien sûr ! » Elle eut un large sourire. « Et pourquoi pas un endroit à la plage quelque part… on pourrait avoir un de ces barbecues. » Elle se rapprocha et mit la main sur le côté de la guerrière, sentant la peau chaude sous ses doigts. « Juste toi… et moi… et une platrée de coquillages ? Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Mmmm. » Xena leva nonchalamment la main et passa ses doigts dans les cheveux clairs de la barde. Elle murmura. « C’est vendu… aussitôt qu’on fiche le camp d’ici. » Elle soupira. « Tu peux croire ces gens ? »

La barde étudia le mur un moment. « J’ai de la peine pour Silvi… ces types sont tellement visqueux. »

Xena pianota sur sa cuisse. « Oui… ça me donne envie de faire quelque chose. »

Un tout petit sourire recourba les lèvres de Gabrielle. « Moi aussi. » Elle s’appuya contre la guerrière. « Comment dire… des plans sournois, retors et rusés pour détrôner les mauvais régents… c’est ta partie, partenaire. »

Un clignement des yeux bleu clair. « Sournoise ? Moi ? » Xena laissa son faux air innocent se muer en un sourire narquois et mauvais. « Je vais voir ce que je peux faire. » Elle embrassa la barde sur la tête. « Allons… la pluie tombe toujours plutôt fort… on a un peu de temps pour se détendre avant l’arrivée du prochain round de désastres. »

La chambre avait été… nettoyée. Xena s’arrêta, pensive, près du canapé, fixant le sol pierreux qui brillait. Elle glissa le bout de sa botte pour le tester, ce qui produisit un couinement.

Arès se retourna, surpris, et il glapit vers elles.

Elle fit couiner sa botte de nouveau.

Il glapit et trottina vers elle en lui lançant un regard outré.

Un couinement.

Un glapissement.

« XENA ! » Gabrielle lui jeta un coussin brodé qu’elle évita. Il passa par la fenêtre et atterrit dans la pluie, le tissu clair s’obscurcissant rapidement. « Oups. » Elle lança un regard sévère à sa compagne et se dirigea vers le coussin.

« Non non… laisse-moi faire. » Xena leva la main puis sortit sur le balcon, laissant la pluie couler sur elle pendant un long moment. Elle sourit et souleva l’oreiller, puis elle revint dans la pièce où se tenait Gabrielle qui la regardait, les mains sur les hanches.

Avec un sourire narquois, elle se secoua rapidement, envoyant de l’eau partout puis elle laissa tomber l’oreiller sur le sol. « Voilà. » Elle se passa les doigts dans ses cheveux mouillés et observa le sol maintenant trempé. « C’est mieux. » Elle passa le bout de sa botte et ne produisit qu’un léger son étouffé.

Gabrielle ne put s’empêcher de rire. « Tu es vraiment une vaurienne. » Elle s’approcha de Xena et lui détacha sa tunique. « Voilà… je voulais vérifier ces coupures de toutes les façons. » Elle tira Xena vers le foyer où le kit de soins était posé sur une table, et elle sortit l’antiseptique, dont elle couvrit les endroits où elle avait suturé la peau bronzée de la guerrière. « Tu guéris tellement vite que je ne suis pas sûre d’avoir besoin de faire ça, mais… »

Xena la regarda avec indulgence. « Je pense que tu aimes ça. »

Gabrielle leva les yeux, le front plissé. « Quoi… te voir blessée ? »

La guerrière fit une grimace. « Non… prendre soin de moi. »

« Oh. » La barde se rapprocha et tendit la main pour atteindre une blessure sur le côté de son cou. « Et bien… c‘est un peu… je veux dire que, je déteste avoir à arranger ce genre de choses… parce que je déteste te voir blessée, mais… je… je présume que c’est… je suis contente que tu me laisses faire. » Un souffle. « Parce que pendant longtemps, tu ne l’as pas fait… je présume que j’ai toujours considéré ça comme… une marque de confiance. »

Xena mit les bras autour de la barde et la serra. « J’aimerais pouvoir m’excuser pour chaque fois où je t’ai repoussée. » Elle soupira. « J’avais tellement besoin de toi et j’avais tellement peur de m’y abandonner. »

C’était une admission étonnante et Gabrielle la mit de côté pour l’étudier plus tard tandis qu’elle frottait le dos chaud d’une main réconfortante. « C’est bon… je m’en suis finalement rendu compte quand tu as commencé à me laisser un peu faire… que tu n’allais pas m’abandonner quelque part. » Elle fit une pause et réfléchit. « C’était un sentiment agréable… j’avais l’impression d’avoir travaillé très fort et d’avoir gagné quelque chose. »

La nuit. Des lumières vacillantes et les sons apaisants de la nuit dans la forêt qui les entourait. Elle avait mis ses couvertures en place et posé sa jupe et son haut couleur rouille à laver après l’échange qu’elles avaient eu avec des bandits qui attaquaient un village voisin.

Xena était de l’autre côté du feu, assise sur une souche, ses longues jambes étendues n’importe comment, travaillant sur une déchirure dans sa combinaison en cuir. Mais la guerrière s’arrêta et finit par poser ses affaires pour regarder de l’autre côté des flammes. « Hé… Gabrielle ? »

Elle avait levé les yeux. « Oui ? »

Le regard bleu s’était perdu sur le campement avant de finalement se poser sur elle. « Tu pourrais me rendre un service ? »

Même maintenant, Gabrielle se souvenait du sentiment de surprise qu’elle avait eu en entendant ces mots. Un service ? « Bien sûr, bien sûr… c’est quoi ? » Elle s’était levée et avait regardé partout. « Tu as besoin de quelque chose… un outil ? »

« Heu… non… Je… » Xena avait pris une inspiration profonde. « Un de ces gars m’a piquée dans le dos… ça me gêne vraiment beaucoup… peux-tu y jeter un coup d’œil ? »

C’est comme s’il lui avait fallu une éternité pour faire le tour du feu et approcher la guerrière patiente, mais elle finit par y arriver, et l’avait contournée, repérant la trace rouge sur la chemise avant d’inspirer brusquement. « Tu saignes. »

Xena avait hoché la tête. « C’est ce que je pensais. »

Elle s’était agenouillée et avait doucement écarté le tissu, exposant les omoplates bronzées de la guerrière à la lumière vacillante. « Oh… c’est un tas de petites coupures. »

« Oui… c’était une masse… » Avait marmonné Xena. « Il y a du nettoyant et des tissus dans mon paquetage, là-bas. »

Gabrielle avait presque glissé en y allant, avant de chercher dans les provisions, puis elle était revenue en vitesse près de sa compagne de route. Elle avait nettoyé les blessures avec soin, essayant de ne pas blesser Xena plus qu’il n’était nécessaire. Bien entendu, la guerrière n’avait pas émis une seule plainte, mais elle pouvait sentir la peau se tendre sous son toucher et elle avait vu le tressaillement quand elle s’était mise à enlever les échardes de bois.

Elle n’avait jamais réalisé combien la peau de Xena était douce avant ça. C’était comme du velours sous ses doigts.

« Comment ça va ? » Avait finalement demandé Gabrielle d’un ton incertain tandis qu’elle finissait d’étaler un léger voile d'antiseptique à l’odeur piquante sur la zone.

Xena avait hésité puis elle avait tourné la tête, souriant par-dessus son épaule. « Bien mieux… merci. »

Gabrielle lui avait souri en retour. « A ton service. »

« Je sais vers qui me tourner la prochaine fois, hein ? » Il y avait un très léger soupçon de taquinerie dans la voix de Xena, étrange, chaleureux et nouveau.

« Oh… c’est sûr. » La barde avait ri, tapotant le large dos devant elle d’une main hésitante et amicale. « Mais pas trop souvent, d’accord ? »

« D’accord », avait acquiescé la guerrière. « Hé écoute… mon bras est un peu raide… ça t’ennuierait de tenir ça pendant que je termine ? »

Ça t’ennuierait. Gabrielle avait failli se mettre à rire tandis qu’elle s’asseyait sur la souche près de sa grande compagne, et qu’elle tendait le cuir pendant que Xena cousait. Elle s’était sentie en paix et avait laissé les flammes et le mouvement régulier des mains de la guerrière la bercer.

Elle ne s’était pas souvenue de quand elle s’était endormie, appuyée contre l’épaule de Xena. Mais elle s’était souvenue qu’on la déposait sur son couchage, et de la faible pression tandis que la guerrière lui effleurait le front de ses lèvres.

Ça avait été un sentiment tellement merveilleux.

Xena soupira et secoua la tête. « Contente que tu aies insisté. » Elle baissa la tête et effleura les lèvres de la barde des siennes, sentant son corps se rapprocher.

Un coup à la porte. Xena leva les yeux. « Où est mon chakram ? » Grogna-t-elle.

Gabrielle rit à nouveau contre la peau douce de son cou puis recula à contrecoeur, tirant pour refermer le tissu humide et rattacher sa ceinture. « Peut-être que ce sont tes bottes. »

Xena plissa les yeux. « Ça ferait mieux de ne pas être ce salaud sans cervelle. »

Un deuxième coup, un peu plus fort. « Très bien… entrez », dit la guerrière d’un ton brusque.

La porte s’ouvrit brusquement et Nancia entra, avec une suite. Elle se figea quand elle vit le sol et ses sourcils épilés s’arquèrent. Elle tourna rapidement la tête et s’arrêta quand elle vit les cheveux mouillés de Xena et que la guerrière lui souriait d’un air diabolique.

« Je déteste les sols qui couinent », ronronna Xena. « Qu’est-ce que vous voulez ? » Ajouta-t-elle en levant un sourcil.

Nancia lutta pour ôter l’expression outragée sur son visage et croisa les mains. « Lord Edgevar nous a assignés ici pour vous fournir… à toutes les deux… tous les services que vous estimez nécessaires. »

La guerrière et la barde échangèrent un regard. « Vous savez… Nancia… pas que nous n’apprécions pas cela… » Gabrielle vint vers elle. « Nous apprécions… nous apprécions… mais… vous voyez, nous ne sommes pas habituées à ce genre de service. »

« Visiblement », lâcha la femme.

« Et… et bien, tous ces gens… dans une petite pièce… ça nous rend un peu nerveuses. » Elle se pencha en avant. « Vous ne voulez vraiment pas rendre Xena nerveuse… elle commence à jouer avec ces trucs pointus… Ça pourrait être affreux. »

Nancia renifla. « Nous… sommes entraînés à être discrets. » Elle remua les mains vers sa suite, qui prit des positions discrètes autour des murs extérieurs. « Vous ne saurez jamais quand nous sommes là. S’il vous plaît… faites à votre guise… je ne vais pas vous interrompre. »

Gabrielle soupira puis prit une inspiration pour discuter quand des mains chaudes se posèrent sur ses épaules et l’arrêtèrent. Elle se retourna pour voir Xena avec un air étrange sur le visage.

« Elle a dit de faire à ma guise », déclara la guerrière en prenant doucement la nuque de la jeune femme entre ses doigts puissants. « On y va ? »

Oh bon sang… La barde laissaces yeux bleus devenir son monde et se pencha vers elle tandis que Xena lui penchait la tête et qu’elles s’embrassèrent. Ses mains se levèrent dans un pur réflexe pour caresser la guerrière et elle fut à peine consciente des sons étranglés derrière elle tandis que son cœur se mettait à battre plus vite.

Gabrielle entendit un couinement et un grognement de la part d’Arès. Un autre couinement et un bruit étouffé de pas, mais la guerrière laissait maintenant ses mains glisser lentement le long de son corps et elle perdait la capacité de se dire quels étaient ces sons.

Ou l’envie de s’en inquiéter.

Sauf qu’elle reconnut le bruit de la porte qui se fermait et elle hésita, puis elle cligna des yeux vers son âme sœur qui arborait un sourire des plus diaboliques.

Elles étaient seules.

« Eh. » Gabrielle se pencha en arrière et regarda la grande femme avec une fierté possessive. « Tu es teeellement douée. » Elle soupira. « Tu penses qu’elle va le dire à quelqu’un  ? »

Xena ricana doucement. « Quoi… que les péquenaudes du fin fond de la Grèce s’embrassent ? »

La barde lui lança un regard. « Je ne suis PAS une péquenaude, madame-je-cours-dans-les-flaques-de-boue-et-je-tape-du-pied-sur-le-sol. »

La guerrière gloussa. « Je ne donne pas deux pets de centaures qu’elle le fasse… viens par ici. » Elle rapprocha à nouveau la barde et continua sa douce exploration.

« Et s’ils reviennent ? » Murmura Gabrielle tandis que ses mains se glissaient sou la tunique en coton pour trouver la peau chaude. « Tu penses qu’ils vont finir par comprendre qu’on n’est pas sœurs ? »

Un rire bas et diabolique. « Soit c’est ça, soit ils vont tous vouloir déménager à Amphipolis. »


Les chandelles étaient terminées et Xena les laissa en l’état. Elle était affalée sur le canapé bas à regarder la pluie tomber, un bras autour du corps endormi de Gabrielle. La barde avait posé sa tête sur les genoux de la guerrière, un bras enroulé autour de la cuisse de Xena.

La grande femme laissait ses doigts jouer paresseusement dans les doux cheveux blond doré étalés sur sa jambe, souriant un peu quand elle sentit la chaleur de la respiration de Gabrielle sur sa peau. Elle soupira et retourna son attention vers le mauvais temps, qui avait empiré et fouettait maintenant la fenêtre avec une intention vicieuse.

Quoi faire ? Elle réfléchit au problème avec soin. Premièrement, Silvi était trop jeune. Il n’y avait pas de question sur le sujet et en plus, la jeune fille n’avait pas l’esprit que les dieux donnaient aux sabots arrière d’un centaure.

Mais… Edegvar n’était pas meilleur, bien qu’un peu plus sournois, et il laissait un mauvais goût dans la bouche de la guerrière. Pareil pour son fils obséquieux. Elle garda son jugement sur Elanora, parce qu’elle ne l’avait vue qu’une seule fois, mais le rapport incisif de Gabrielle montrait qu’elle ne valait pas mieux.

Xena soupira. Quelle bande de ratés.

Ce qui laissait Framna, qui avait, c’était vrai, été dupé par sa propre armée. Mais elle avait une certaine sympathie dans ce cas… ayant eu une armée entière qui lui avait tourné le dos. Framna s’en était mieux sorti qu’elle, songea-t-elle, se souvenant du Défi. Peut-être qu’il avait du potentiel… il jouait, en tous cas, bien de la harpe.

Framna et Silvi. Xena tressaillit. Bennu et Grand-mère seraient un meilleur choix, mais même elle ne pensait pas s’en sortir avec ça, à deux doigts de soit faire un kidnapping ou un meurtre. Elle devait mettre en place quelque chose qui n’allait pas être balayé dans quelques marques de chandelles, ce qui voulait dire que ça devait rendre heureux un grand pourcentage des gens impliqués.

Beuh. Je déteste la politique. Elle baissa les yeux alors que Gabrielle remuait et bougeait un peu, se nichant un peu plus avec un léger son. Bien entendu, Gabrielle ferait un choix excellent, mais elle n’allait pas l’abandonner, alors oubliez ça. Pas que la barde resterait, même quelques jours, en fait, elle tancerait la guerrière pour l’avoir même pensé.

Et je ne veux pas être tancée, songea Xena avec un sourire. Imaginez ça, cet idiot qui voulait acheter sa coopération… mon pote, tout l’or du monde… ne suffirait pas pour un fichu paiement. Elle regarda l’oreille rose affectueusement et en traça le bord du doigt.

« Dommage qu’on ait fait fuir cette femme à frou-frou avant qu’elle puisse apporter le déjeuner, pas vrai Arès ? » Murmura-t-elle au loup, qui était enroulé contre son autre côté, son museau posé sur son genou. Elle était plutôt sûre que la barde allait se réveiller affamée et il ne restait plus grand-chose de leur plateau de petit déjeuner dévasté.

Elle fit une note mentale pour se souvenir de faire un stock de fruits secs et de viandes avant qu’elles partent pour apaiser l’appétit de la jeune femme qui augmentait subtilement pendant qu’elles voyageaient, une pensée qui amena un sourire émerveillé sur ses lèvres tandis qu’elle en contemplait la cause.

Un léger coup à la porte attira son attention et elle haussa un sourcil. « Coïncidence étonnante », marmonna-t-elle puis elle éleva légèrement la voix. « Entrez. »

La porte s’ouvrit lentement et la faible lumière révéla la haute silhouette de Bennu. Il s’avança avec hésitation puis s’arrêta quand il la repéra dans la lueur. « Ah… »

« Entre… mais ne fais pas de bruit », lui dit Xena en le regardant faire le tour du canapé, s’arrêtant avec surprise quand il repéra la forme endormie de Gabrielle.

« Est-ce que… elle va bien ? » Demanda-t-il doucement.

La guerrière hocha la tête. « Oui… elle va bien… elle est juste un peu fatiguée, c’est tout. » Elle se pencha en arrière. « Que se passe-t-il ? »

« Ah… Bien, l’gars là dehors y veut t’parler », dit Bennu en plissant un peu le front. « J’vais lui dire de r’venir plus tard… si la petite dort, là. » Il commença à faire retraite, mais s’arrêta quand Xena leva la main. 

« Qui est-ce ? »

« Framna », dit le grand soldat d’une voix brève.

Xena soupira. « Non… je ferais mieux de le voir… pas besoin de retarder ça. Donne-moi juste quelques minutes pour réveiller ma partenaire et fais-le entrer. »

« Oui », grogna-t-il à contrecoeur. « C’est pas un mauvais bougre, j’pense. » Il se retourna et sortit à grands pas, refermant doucement la porte derrière lui. Xena pouvait entendre sa voix basse et grondante à l’extérieur et elle tourna son attention vers la barde endormie.

« Hé… l’endormie… » Elle traça une ligne sur le visage de la jeune femme blonde.

« Mm. » Gabrielle remua et se blottit un peu plus.

« Gabrielle… »

Lentement, un œil vert s’ouvrit et la regarda d’un air méchant. « Mon oreiller parle… ce n’est pas bon. »

La guerrière rit doucement. « Désolée, mon amour… mais Framna doit me parler et je pensais que tu préférerais être réveillée à cette occasion. »

« Ça dépend. » L’autre oeil s’ouvrit et la barde roula sur le dos, la tête posée sur la cuisse de son âme sœur et elle étouffa un bâillement lascif. « Est-ce que tu vas te débarrasser de lui comme tu l’as fait avec Nancia s’il devient ennuyeux ? » Elle croisa les chevilles et les mains sur son estomac. « J’aime bien ça. »

« C’est vrai ? » Le regard bleu se posa sur elle affectueusement. « Moi aussi. »

Elles se regardèrent paisiblement pendant un long moment puis Gabrielle soupira et réfréna un autre bâillement tout en roulant sur elle-même pour se redresser, et elle finit contre le dos du canapé près de Xena tout en fixant le mauvais temps. « Beuh. »

La porte s’ouvrit un peu et Bennu passa sa tête ébouriffée. « C’est bon, génr’l ? »

« Oui. » La guerrière se leva et étira des muscles raidis d’avoir fait le service d’oreiller. Elle se tourna quand la porte s’ouvrit plus grand et que Bennu introduisit Framna avant de lui faire signe d’avancer. « Assieds-toi. » Elle lui fit un froid signe de tête, l’observant tandis qu’il prenait nerveusement un siège. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? » Bennu se positionna près de la porte, ses mains dans le dos.

Gabrielle souleva ses pieds et s’assit, jambes croisées, tirant le manteau dont elle était couverte autour d’elle contre le vent humide et froid qui venait du balcon. Elle regarda Framna avec curiosité, alors qu’il se tordait les mains avec anxiété. Toute son attitude avait changé si radicalement depuis la veille, c’était presque comme si elle regardait un autre homme. Elle caressa paresseusement Arès et le loup rampa plus près d’elle avant de se blottir, abandonné par sa grande maîtresse.

« Je… » L’homme aux cheveux roux étudiait ses mains et il soupira. « Je sais à peine quoi dire. »

Xena était allée vers la fenêtre et elle se retourna alors et haussa les épaules. « Y a-t-il quelque chose à dire ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et s’appuya contre la porte du balcon, une légère brume de pluie couvrant sa peau. « Je pensais avoir été claire ce matin… est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’as pas compris dans ce que j’ai dit ? »

Il fit une pause puis leva les yeux. « Seulement… pourquoi ? » Demanda-t-il en s’éclaircissant un peu la voix. « Pour ce que tu en sais, cette attaque aurait pu être mon plan… la cité aurait été détruite… Pourquoi ? Pourquoi me faire confiance ? »

Xena le regarda froidement. « Est-ce que ça importe ? »

Framna hocha la tête. « Oui… pour moi… parce que je dois connaître la raison des choses… tu avais raison, ce que j’ai fait hier soir dans le hall… c’était pour t’embarrasser. » Il hésita. « Je ne t’ai pas donné de raisons de ne pas me jeter dans le donjon avec des rations de pain et au lieu de ça… » Il leva ses bras et les laissa retomber. « Je ne comprends pas et je le veux. »

La guerrière se retourna et regarda le temps. « Vis assez longtemps, tu apprendras peut-être que ça ne paye pas de penser le pire des gens tout le temps », commenta-t-elle doucement. « Tu apprends aussi à dire quand les gens te disent la vérité. » Elle finit par se retourner et lui fit face. « Je sais ce qu’est une mauvaise personne, Framna. J’en suis une. »

Gabrielle inspira brusquement, puis eut la chair de poule alors qu’elle formulait sa réponse indignée à la description que faisait sa compagne d’elle-même.

Xena leva une main aux longs doigts et son regard bleu saisit le sien. « J’ai fait des choses tellement mauvaises que tes orteils se replieraient si je t’en parlais… alors, crois-moi, il n’y a rien ici qui atteigne ce niveau. »

Le regard noisette se posa sur elle avec incertitude. « Je ne… »

« Mais tu vois… ces deux dernières années, ce que j’ai compris c’est que si tu fais de bonnes choses aux gens, la plupart du temps… ils en prennent le meilleur », continua la guerrière. « Et plus tu fais de bonnes choses pour les gens, meilleur tu deviens. »

La barde souffla. « C’est bien que tu aies éclairci ce point », marmonna-t-elle, en jouant avec la queue d’Arès tout en lançant un regard grognon à son âme sœur.

Xena lui lança un regard tranquille et affectueux en retour. La défendre était devenu un maudit réflexe chez la barde… brièvement, ses pensées l’entraînèrent vers un échange désespéré et murmuré en Chine.

« Si tu penses un instant que je vais rester sans rien faire pendant qu’ils te t… te tuent… Xena… ne me le demande pas ! » Le visage couvert de larmes, sculpté par la fatigue et l’angoisse était tourné vers elle. « Pas après ceci… pas après… s’il te plaît… »

« Ecoute-moi ! » Xena l’avait fixée en retour, espérant qu’elle entendrait les mots et dépasserait son émotion. « Gabrielle… nous n’avons qu’une seule chance, tu m’entends ? Une seule chance… et je ne sais pas si je peux le faire… tout ce que je peux faire c’est essayer… mais… je ne peux pas le faire si je dois m’inquiéter pour toi… s’il te plaît… juste… » Sa voix s’était brisée. « Fais-moi confiance. »

L’indécision sur le visage de Gabrielle avait été douloureuse à voir. « Et si ça ne marche pas ? » Demanda-t-elle finalement. « Alors quoi ? Xena… je ne peux pas… je ne peux pas te regarder mourir à nouveau. »

« Gabrielle… je ne peux pas sortir de ce piège… nous n’avons aucun moyen de nous échapper… je vais faire de mon mieux, je te le promets… mais si ça ne marche pas, tu… si tu n’interfères pas, Ming Tien te laissera partir. » Elle avait regardé directement dans ces yeux verts ravagés. « Mes affaires sont près du quai, avec un marchand du nom de Ha Po… il connaît… ton nom. »

La barde avait commencé à secouer la tête violemment. « Gabrielle… s’il te plaît… prends-les… tu peux vendre le chakram… ça t’amènera à la maison. »

« Xena… il n’y a pas de maison pour moi », avait murmuré la barde et elle avait mis sa tête entre ses mains. « Pas sans toi… oh dieux… qu’ai-je fait ? »

« Gabrielle. » Ça avait fait mal, mais une partie d’elle, une partie glaciale, s’était réchauffée. « Ecoute-moi bien… écoute… c’est la seule chance que nous ayons. » Nous. Elle avait volontairement dit ça. « Mais… n’interfère pas, peu importe ce qui arrive… ne bouge pas, n’essaie pas de les arrêter… nous n’avons pas le temps d’en discuter. »

Et finalement, épuisée, Gabrielle l’avait regardée, là dans ce donjon puant, et elle avait hoché la tête tristement. « Mais je ne reviens pas si ça n’a pas marché. » Elle avait parlé d’une voix rauque, tellement tendue qu’elle en était presque méconnaissable. « Pas si je dois passer le reste de ma vie à savoir que je t’ai tuée. »

C’était vraiment… songea Xena, la meilleure et seule raison pour laquelle tout ce foutu truc marchait. Le fait de savoir qu’elle ne pouvait pas laisser Gabrielle ressentir cela. Et la barde avait fait… incroyablement bien. Un seul pincement, une poussée involontaire, presque animale, arrêtée presque aussi vite qu’elle avait commencé, quand ils étaient venus près d’elle avec le couteau.

Un réflexe.

Toujours.

Framna regardait avec soin d’une femme à l’autre. Puis il fixa son regard sur Xena. « Hum… vous n’êtes pas vraiment sœurs, pas vrai ? » Demanda-t-il avec hésitation.

« Oooh… » Gabrielle lui tapota le bras. « Tu gagnes des points pour le gâteau ! »

La guerrière gloussa. « Non, nous ne le sommes pas. » Elle s’avança et s’assit près de la barde et lui tapota la jambe. « Bien que… si je devais avoir une sœur, c’est elle que je voudrais. »

La barde rougit légèrement et baissa les yeux, puis elle regarda sa compagne. « Ce n’est pas contre Lila… mais… je ressens la même chose. » Elle mit sa main autour du bras de Xena et posa la tête contre l’épaule forte de la guerrière.

« Oh. » Il se massa la tempe. « C’est ce que tu voulais dire… dans la grande salle », marmonna-t-il. « Que tu étais la seule… par les dieux et les petits poissons… maintenant ça a du sens. »

Gabrielle roula les yeux vers Xena. « Tu entends la cloche qui sonne ? »

Xena se mit à rire puis elle redevint sérieuse et regarda Framna. « Ecoute… tu as un gros souci. » Elle avait pris une décision, quelque part entre ses commentaires et le toucher réconfortant et chaleureux de Gabrielle. « Edgevar ne veut aucun de vous et il veut remplacer Silvi comme héritière. »

Framna leva brusquement la tête. « Salaud », cracha-t-il. « Je pensais que c’était dans ses intentions… maudit paquet de… » Il s’arrêta lançant un regard d’excuse à Gabrielle. « Désolé. »

« Merde. » La barde finit sa phrase. « J’ai déjà entendu le terme. » Elle fit une pause. « Je suis même tombée dedans plusieurs fois. » Elle tourna la tête. « Xena, pourquoi tout le monde pense-t-il que je suis tellement innocente ? »

La guerrière la fixa, examinant son visage juvénile et ouvert avec sa frange de cheveux dorés et ses yeux verts éblouissants. « Je me demande aussi », répondit-elle d’un ton neutre. « Peut-être que si tu portais du cuir plus souvent, ils ne le feraient pas. »

Gabrielle ricana. « C’est juste que tu aimes ça. »

Xena sourit puis retourna son attention vers Framna.

« Ce n’est pas de sa faute… » La voix de Framna s’agita encore plus. « Je sais… elle est si jeune… elle n’a pratiquement pas d’expérience… elle va grandir en occupant la charge, je sais qu’elle le fera. » Il se leva et fit les cent pas. « Ils ne lui donnent même pas une chance… je sais comment… ce crétin… coincé… la traite… comme si c’était une gamine. » Il se retourna. « Elle ne l’est pas ! »

Xena avait entouré ses genoux de ses bras et elle avait le menton dans ses mains, le regardant en silence. Ses yeux clairs glissèrent vers sa compagne et elle vit le doux sourire, puis elle retourna vers le grand seigneur de guerre. « Mais elle est plutôt inexpérimentée… elle va avoir besoin de beaucoup d’aide », l’avertit-elle. « Et toi aussi… ce n’est pas un pique-nique et c’est différent de mener une armée. »

Il soupira. « Mais son oncle… » Il se laissa à nouveau tomber dans le fauteuil. « Je ne suis pas… bon sang… je suis un combattant, Xena… je ne sais pas comment œuvrer avec tout ce truc de politique. » Il mâchouilla sa lèvre. « Quel est son plan ? Il aurait déjà mis cet avorton sur le trône s’il avait pu, ce petit comploteur. »

« Oh. » Gabrielle avait écouté en silence et maintenant elle prenait la parole. « Doucement… il veut que j’épouse Vasi. » Elle prononça les mots avec beaucoup de soin. « Oh… oui… et il veut qu’elle mène les gardes de la cité. » Ceci dit avec un hochement de tête vers sa grande compagne.

Framna cligna des yeux. « Ah… et bien… hum… » Il réfléchit longuement pour trouver quelque chose à dire. « Il a bon goût ? »

Un sourcil noir remonta à ces mots. « Oh… tu as du potentiel dans ce truc de politique », l’assura Xena sèchement. « Non… nous devons trouver un moyen… » Elle laissa la pensée traîner.

« Et bien… tu pourrais juste distribuer quelques coups de pied », la taquina Gabrielle en s’appuyant contre elle.

Lentement, Xena sourit. « Oui… »

« Je blaguais », ajouta en hâte la barde.

«  Non non… c’est une idée géniale, Gabrielle. » La guerrière se frotta les mains. « Ecoute… écoute… tout le monde s’attend toujours… je veux dire, avec le cuir et tout… oui…. Ça pourrait le faire. » Elle hocha la tête. « Idée géniale, partenaire. »

« Quoi ? ? ? » Gabrielle se tourna et attrapa sa manche pour la tirer vers elle. « Qu’est-ce que tu vas faire ? »

Un lent sourire félin apparut. « Agir selon ma réputation. »


« Tu es sûre d’avoir besoin du fouet ? » Demanda Gabrielle en regardant la grande femme près du lit avec curiosité. « Je veux dire que… c’est un peu… »

Xena finit d’attacher la lanière en cuir autour de sa taille et laissa pendre les bords. « Vicieux ? »

« Euh… oui. » La barde regarda le cuir sombre qui brillait dans la légère lumière de la chandelle, qui vacillait sur les pièces d’armure. Son âme sœur avait ajouté quelques pièces de cuirasse maillée brillante, rendant l’effet global plus… et bien, elle détestait dire dangereux parce que Xena l’était toujours, mais… « Intimidant, oui. »

Un sourire supérieur. « Bien. » La guerrière ajusta la longue dague incurvée qui pendait à sa taille et elle remit un bracelet en place. Elle regarda sa compagne qui arborait un air de doute. « Quoi ? »

« Hum… rien. » Gabrielle leva les deux mains puis les laissa retomber. « Rien…je souhaite juste que tu me dises ce que tu vas faire… surtout que je viens avec toi. » Elle enfourna un reste de déjeuner dans sa bouche et le mâcha, en se léchant les doigts.

« Gabrielle… »

La barde haussa un sourcil blond et mit les mains sur ses hanches.

Xena soupira. « D’accord… d’accord… mais tu vas devoir jouer correctement. » Elle alla vers la barde et tira sur sa chemise. « Et ça tu l’enlèves. »

Gabrielle ouvrit grand ses yeux verts. « Tu veux que j’y aille nue ? » Balbutia-t-elle, incrédule.

« Mmm… » La guerrière y réfléchit. « Hum… non… non… mais… tu vois, Gabrielle, nous devons… euh… faire impression… sur Edgevar et lui montrer combien… la situation dans laquelle il s’est mis… est dangereuse. »

« Oui oui », répondit lentement Gabrielle. « Dangereuse… bien, d’accord, c’est ta spécialité… mais je… » Elle fit une pause. « Laisse-moi deviner… la tenue Amazone à nouveau, hein ? »

Un vigoureux hochement de tête d’acquiescement. « Oui… mais cette fois tu mets tous les trucs qui font du bruit, d’accord. Surtout ces longs colliers de dents recourbées.

« Col… Xena , pour quoi faire ? »

« Tu vas accepter sa proposition de mariage. » Xena sourit en mettant un bras autour d’elle. « Et je veux m’assurer qu’il sache exactement dans quoi il se fourre. »

Gabrielle se tourna et mit les deux mains à plat sur la poitrine de la guerrière. « Je vais quoi ? Xena, tu as perdu l’esprit ? » Elle mit une paume sur le front de la grande femme. « Tu n’as pas l’air d’avoir chaud… viens là… tu ferais mieux de t’allonger. »

« Non non… écoute… » Xena résista à la traction de ses mains. « Il ne sait rien des Amazones… tu peux lui raconter des histoires sur comment les Amazones traînent leurs hommes par les cheveux… et des trucs comme ça. »

« Xena. » La barde leva une main. « Les Amazones ne font pas ça. » Elle fixa la grande femme d’un air perplexe. « Elles ne permettent pas aux hommes d’entrer dans le village du tout… ce que tu sais parfaitement. »

Un haussement de sourcil noir. « Elles le feraient si elles le pouvaient et tu le sais bien, mais il ne sait pas qu’elles ne font pas ça… nous essayons de l’effrayer… allons, si tu fais ça avec moi, il faut que tu sois une guerrière amazone diabolique et assoiffée de sang. »

Gabrielle pencha la tête et lança un regard séduisant à Xena. « Moi ? »

Xena la regarda. « Et bien… peut-être que tu devrais rester ici. » Elle lui tapota l’épaule. « Ecoute… je peux m’occuper de ça… tu te contentes de te détendre… tu finis de manger… ça ne sera pas long. »

Un entêtement natif pointa sa tête échevelée. « Non… non… je peux être assoiffée de sang », protesta Gabrielle. « Vraiment… » Elle montra les dents et gronda, recevant un regard étrange de la part d’Arès. « Tu vois ? » Elle grogna vers le loup qui s’avança et lui lécha le genou. « Arès, tu es supposé avoir peur ! »

« Roo ? » Il s’assit et sortit la langue joyeusement en la regardant.

Xena observa la barde. « T’sais… chérie… » Commença-t-elle avec délicatesse.

« Oh. » Les mains sur les hanches. « Ne commence pas avec ça… je connais cette voix… c’est celle du ‘Oh, Gabrielle… pourquoi tu ne vas pas examiner ce joli lit de pierres que j’ai trouvé en bottant quelques fesses’. » Elle carra les épaules. « Je peux être féroce… tu verras. » Elle fit une pause et leva les yeux. « Alors… c’est quoi le plan ? »

La guerrière cligna des yeux. « Heu… en fait, j’improvise un peu », admit-elle. « J’allais juste aller là-bas et secouer un peu Edgevar… voir ce qui arrive. »

Gabrielle soupira et se gratta la mâchoire. « Je me disais aussi. » Elle se dirigea péniblement vers ses sacs et en sortit la tenue. « D’accord… d’accord… je vais te suivre tout simplement. » Elle lança un regard à sa compagne. « On les tient en laisse, hein ? »

Xena sourit. « Oui… je vais te donner une des lanières de bride d’Argo… tu peux… heu… » Elle fit signe de ses mains. « Tu sais. » Elle regarda la barde se glisser dans la tenue amazone, riant quand elle se battit avec les attaches. « Tiens… » Elle s’avança et les ajusta, glissant les doigts sur la peau soyeuse de la barde avec un sentiment de plaisir. « C’est dommage que tu n’aies pas de masque avec toi. »

Gabrielle ricana. « Oh s’il te plaît… tu as une idée de combien c’est dur de respirer là-dedans ? » Elle finit d’installer la ceinture sur sa jupe et soupira. « D’accord… allons-y. » Elle ébouriffa ses cheveux, mettant les mèches en place avec impatience.

Xena recula. « Souviens-toi… assoiffée de sang », l’avertit-elle en retenant un sourire devant la barde si jolie.

Celle-ci essaya de plisser son visage dans une réprimande. « Bien. » Un soupir. « Allez, Arès… tu peux avoir l’air féroce aussi. »

« Agrrrroo ? » Il haleta puis lui lécha à nouveau le genou. « Roo ? »


Edgevar faisait les cent pas devant son bureau, ignorant la forme agitée de son fils assis sur le divan pelucheux près de la fenêtre. « Je suis sûr qu’il y a un moyen. »

« Père… » Protesta Vasi exaspéré. « C’est une paysanne inculte… je ne peux pas l’épouser ! »

« Ne sois pas stupide », gronda Edgevar en se tournant vers lui. « Tu le feras un point c’est tout… elle n’est pas très policée, c’est vrai, mais on peut changer ça et tu dois regarder les bons points. » Il fit face à la fenêtre. « Elle est intelligente, forte… tu sais qu’elle pourra aussi porter des enfants… quel est le problème ? » Il plissa le front. « Je la trouvais attirante dans cette robe. »

Le garçon s’affala dans le fauteuil. « Une autre roturière… est-ce qu’on est condamnés à les supporter ? »

Edgevar ouvrit la bouche pour répondre, mais cela lui fut épargné quand la porte de sa chambre fut ouverte d’un coup de pied et qu’elle cogna le mur à grand fracas. Il sursauta. Vasi sursauta.

Xena entra, s’arrêtant dans l’encadrement pour l’effet et elle laissa Gabrielle contourner le chambranle contre lequel elle s’était appuyée pour lui éviter les échardes volantes. « Salut, les gars », ronronna la guerrière avec un sourire.

Le père et le fils se regardèrent et deux sons jumeaux sortirent d’eux. « Et bien… eh… bonjour », répondit Edgevar avec hésitation.

La guerrière avança en balançant, faisant tourner le bout de son fouet bien attaché à sa taille. « Nous réfléchissions… juste… à ton offre. » Un tour de fouet. « Pas vrai, Gabrielle ? »

La barde battit des cils. « Vrai. » Elle contourna sa compagne et s’avança vers Vasi, toujours assis, pour se percher sur l’accoudoir du divan. « Salut toi. » Elle remua une dent incurvée de son collier vers lui, joueuse.

Vasi leva les yeux, léchant sa lèvre nerveusement. Pour sûr, elle n’avait pas eu l’air aussi menaçante auparavant, non ? Il regarda la jeune femme aux cheveux clairs sortir une dague à l’air méchant et la passer légèrement sur sa peau. « Hum. »

Xena se mordit l’intérieur de la lèvre et les contourna pour avancer vers Edgevar qui recula d’un pas nerveux. « Tu sais… ton offre… nous l’avons trouvée… intéressante. » Xena détacha son fouet et le fit claquer d’une main experte, enserrant une petite statue avec le bout avant de la tirer brusquement vers elle. Elle l’attrapa et l’examina nonchalamment. « C’est Platon ? » Elle jeta la statuette sur le bureau.

« Eh… » Edgevar déglutit en regardant le fouet avec prudence. « Eh… et bien… oui… c’est… assurément… eh… »

Le fouet fit un cercle et lui chatouilla le cou. « Un chat a mangé ta langue ? » Xena se rapprocha, laissant un sourire méchant croiser sur ses lèvres tandis qu’elle s’approchait, le forçant à reculer. Elle retourna le fouet et toucha sa mâchoire du bout, lui faisant pencher la tête en arrière. « Marrant… tu pouvais parler avant. »

Vasi cria alors que son oreille était chatouillée par le bord de la dague de Gabrielle. Il détourna son attention de son père et la concentra sur la femme aux yeux verts qui était pratiquement enroulée sur lui. L’odeur du cuir était envahissante, mélangée avec le goût piquant de l’acier du couteau qui traçait sa mâchoire, ainsi que la vague odeur d’herbe qui provenait de la peau claire de la barde. « T’sais… au village amazone… on adore les petits garçons comme toi », souffla Gabrielle, en regardant ses yeux s’agrandir au-delà du possible. « Nous prenons notre tour… » Elle traça à nouveau son oreille. « Ensuite on laisse nos amis Centaures se joindre à la fête. »

« L… l… les… Cen… Centaures ? » Couina-t-il en s’éloignant d’elle. « Que.. que… qu’est-ce qu… qu’ils font… hum… heu… ? »

Gabrielle eut un sourire doucereux. « A quoi est-ce que tu penses ? » Elle se pencha un peu plus. « As-tu jamais entendu parler du terme, monté comme un Centaure ? Tu obtiens des points si tu cries fort. »

Il hurla d’une manière très feutrée.

Xena faillit se mordre la langue tout du long. Elle se retourna et sourit à Edgevar, qui fixait Gabrielle et tressaillait, ses jambes se croisant par réflexe. « Oh oui… ces Amazones savent comment mener une fête… si tu vois ce que je veux dire. » Elle rit doucement. « Elles aiment les barbes aussi. » Elle tira sur les moustaches du régent. « Je pense qu’on va se plaire par ici… qu’est-ce que tu en penses, Gabrielle ? »

La barde souffla joyeusement dans l’oreille de Vasi, le regardant tressaillir. « Je peux l’attacher et le regarder se tortiller ? » Elle lança un regard séducteur par-dessus son épaule nue.

Xena entoura le cou d’Edgevar du fouet et tira. « Oh oui… et ces pièces ont ces murs… sympas… épais… pas vrai ? » Elle tira le régent jusqu’à ce qu’ils soient nez à nez et il fut forcé de croiser le regard bleu hypnotique. « Tu vois… si Gabrielle a le chiot là-bas… je vais te prendre toi, d’accord ? »

Il couina.

« Je vais te dire… » Continua Xena dans un ronronnement bas. « Vous venez nous voir chez nous après le dîner, les gars… on vous montrera nos… jouets… » Elle remua les sourcils. « Hmm ? »

« Oui… » Gabrielle gloussa. « Vous serez surpris de ce qu’on peut faire avec un harnachement de cheval sympa. » Elle passa un doigt sur le cou de Vasi. « Toutes ces attaches et ces boucles… »

Sa mâchoire se raidit et il roula les yeux. Elle lui souffla un baiser. « On se voit ce soir ? »

Xena relâcha Edgevar et partit à grands pas, entourant le cou de la barde de son fouet. Gabrielle prit une boucle entre ses dents et mâcha d’un air appréciateur. « Mmm… j’adore ce truc. » Elle se leva et suivit la guerrière qui allait vers la porte, toujours en mâchant le fouet.

Elles se retournèrent à la porte et remuèrent une main pour leur dire au revoir, puis elles se glissèrent dehors, claquant la porte derrière elles.

Quelques échardes tombèrent, tintant sur le sol en pierre dans le grand silence.


Passée la porte, Xena tomba contre le mur, secouée de rires silencieux. La barde l’observa et retira le fouet de ses dents avant de le faire tourner. « J’étais bien ? »

La guerrière glissa lentement sur les pierres rugueuses en se tenant l’estomac.

« Je présume que oui. » Gabrielle eut un sourire supérieur tandis qu’elle s’approchait pour commencer à mordiller l’armure en cuir de Xena. « T’chais… che fraire pluche chouvnt. »

Xena se remit debout et attrapa la barde, la soulevant dans ses bras tandis qu’elles descendaient le couloir. « Je ne sous-estimerai jamais, jamais, ta capacité à être mauvaise, plus jamais, ma barde », promit-elle avec ferveur. « C’était parfait. »

Gabrielle mit les bras autour du cou de la guerrière, souriant avec un plaisir complaisant. « Merci… bon… qu’est-ce que c’était sensé accomplir, par Hadès ? A part beaucoup d’amusement et de te permettre de beaucoup rire ? »

La grande femme rit doucement. « C’est comme la pêche, Gabrielle… tu accroches ton appât au bout de la ligne et tu le jettes dans l’eau. » Elle monta quelques marches qui menaient du couloir à l’endroit où se trouvaient leurs quartiers. « Et tu vois ce que tu en retires. » Elle fit une pause et regarda son âme sœur aux cheveux clairs. « Des Centaures ? »

Elle reçut un léger gloussement en retour.

« L’harnachement d’Argo ? D’où est-ce que tu tires tout ça ? »

« Oh… » La barde cligna des yeux d’un air innocent. « Je ne t’avais pas raconté ces histoires d’Amazones ? » Elle eut un sourire doucereux. « J’ai entendu beaucoup de choses quand j’étais avec elles ce mois-là… » Une longue pause tandis que Xena ouvrait la porte de son coude et les faisait entrer. « Est-ce que tu as jamais… hum… » Elle leva le bout du fouet qui était enroulé autour du cou de la grande femme.

Xena haussa un sourcil. « Qu’est-ce que tu crois ? » Demanda-t-elle en se laissant tomber sur le lit, la barde toujours dans ses bras. « Etant donnée ma réputation mauvaise et diabolique, et toutes les années passées comme seigneur de guerre, une femme au milieu d’une armée d’hommes vigoureux ? »

Gabrielle étudia son visage avec attention. « Nan », finit-elle par dire en effleurant le fouet du bout de son nez joyeusement. « Ce n’est pas ton style. » C’était vrai, elle le sentait. Xena n’aurait aucun besoin de dominer qui que ce soit au lit… elle pouvait leur botter les fesses autrement. Non… sa compagne était une amante sexy et séductrice plus intéressée par le plaisir que la douleur.

La guerrière l’embrassa doucement. « Autant pour ma réputation », admit-elle avec un rire désabusé. « Drago avait un lot de chaînes qu’il utilisait sur ses amantes… j’ai passé des heures dans sa tente à deviner comment il faisait pour les utiliser la tête en bas. »

La barde se serra un peu plus. « La tête en bas ? »

« Oui. » Xena l’embrassa à nouveau avec une joie affectueuse.

« Etrange. »

« Il pouvait le faire sur un cheval au galop aussi. »

« Xena ! Pourquoi est-ce qu’il voudrait faire ça ? »

« Réfléchis une minute, Gabrielle. »

Une longue pause.

« Oh. » Une autre pause. « Ouille. »

« Oh oui… il avait des bleus dans des endroits qui feraient rougir Aphrodite. » Xena rit puis inspira brusquement tandis que les doigts inquisiteurs de Gabrielle trouvaient leur chemin sous son armure. « Hé, ça… »

« Chatouille ? » Demanda Gabrielle en explorant plus avant.

« Oui oui. » Xena retourna son attention. « Je parie qu’un Centaure ne pourrait pas faire ça… »

Un rire bas et facile sortit de la bouche de la barde. « Sauf s’il avait une queue très talentueuse. »


« Ça doit bien être quelque part, Arès », marmonna Gabrielle en regardant derrière une autre porte en bois. « Ils ont dit au bout du  hall, en bas de l’escalier,  dans le couloir, tourner à gauche et c’est quelque part par là. »

Le loup marchait près d’elle, dans son ombre, reniflant avec un intérêt animal les penderies régulières. Ils cherchaient depuis une demi-marque de chandelle maintenant et la barde commençait à perdre patience.

« Je sais qu’ils ne lisent pas trop », lâcha-t-elle, en continuant pour ouvrir une autre porte. « Ah. » Elle passa la tête à l’intérieur et reçut une forte bouffée de l’odeur familière des parchemins. « Ça doit être ici. » Elle entra et cligna des yeux, regardant une salle plutôt petite éclairée par la lumière rougeoyante du soleil qui avait, enfin, chassé les nuages. « Et bien… au moins il y a une fenêtre. » Elle soupira et alla au centre de la pièce.

C’était… poussiéreux. Elle se frotta le nez par pur réflexe et avança jusqu’au centre de la pièce approximativement ronde, qui était remplie d’étagères couvertes de rouleaux de parchemin très poussiéreux. Certains, sur les étagères basses, étaient reliés en volumes et tout avait un air négligé. « C’est ce que je pensais. »

« Roo… choo. » Arès éternua.

« Oui, je vois ce que tu veux dire », répondit Gabrielle tout en repérant un petit bureau près de la fenêtre ; elle s’avança vers lui, balayant de la main la poussière du dessus. « Bon… bien, c’est tranquille ici, il y a une table, une chaise et un coucher de soleil sympathique. » Une pause. « Je peux faire avec ça. » Elle posa sa boîte de rouleaux, son journal et un nouveau parchemin, puis elle alla vers la fenêtre et s’appuya contre l’encadrement.

La bibliothèque était nichée en haut d’une des tours de côté du château et elle pouvait voir le balcon de la chambre dans laquelle elles résidaient. Dehors, le temps s’était éclairci et le soleil peignait tout l’avant du château d’une lumière dorée, dont une vague pénétrait par la fenêtre où elle se trouvait et la réchauffait. « Mmm… c’est bon, Arès. » Elle ferma les yeux et absorba la chaleur, inspirant une bouffée d’un air frais et encore humide, rempli de la senteur de pierre mouillée ainsi que l’odeur forte de la chicorée en provenance des cuisines du château.

Xena avait échangé le cuir contre du coton et elle sortit à pas lents pour commencer la procédure de nettoyage, ayant promis de retrouver la barde plus tard pour le dîner. Gabrielle avait brièvement envisagé de la suivre, mais le besoin d’écrire quelques détails et de rattraper son journal la poussait à laisser la guerrière aller s’amuser et essayer de trouver un endroit tranquille pour s’asseoir et travailler. Elle avait dû demander à six personnes avant que quelqu’un admette qu’ils avaient une bibliothèque et encore deux autres pour trouver quelqu’un qui savait où elle se trouvait.

En quelque sorte. Ça avait finalement été Grand-mère, parmi tous, qui s’était gratté la tête et avait marmonné quelques minutes avant de fournir la bonne information à la barde.

Et voilà, elle y était… entourée de parchemins tellement poussiéreux qu’ils étaient probablement plus vieux qu’elle. « Oh bon… c’est plutôt sympa d’être ici. » Elle frotta du bout du pied le tapis délavé, mais pas trop usé posé sur le sol et elle alla au bureau, tirant sur la chaise avant de s’y asseoir.

Le soleil lui réchauffait le dos et éclairait son travail, envoyant des rayons de lumière qui capturaient les mouches de poussière dérangées et se déversaient sur le bois d’acajou du bureau. Elle ouvrit sa boîte de plumes et en retira sa préférée, aiguisant sa pointe sur la petite pierre ponce avant d’ouvrir son journal sur la dernière entrée non terminée la veille.

Ce dont je me suis rendu compte, c’était que…

D’accord, me voilà revenue. J’ai dû m’arrêter ici parce que tout a lâché par Hadès et quelque chose devait être fait  rapidement. Grand-mère est venue me prévenir de quelque chose et nous nous sommes rendu compte que la cité était attaquée. J’ai mis le plan de Xena en place…

Ça semble tellement étrange. C’est réel, mais ça sonne étrangement… comme si c’était quelque chose de planifié. Bien entendu, ça ne l’était pas, mais j’ai eu de la chance et j’étais au bon endroit, exactement au bon moment.

Exactement au bon endroit pour voir un type qui se dirigeait vers Xena et elle trop occupée avec une douzaine d’autres choses pour l’arrêter, et exactement au bon moment pour que je lui mette mon bâton dans la figure et que je l’écarte d’elle.

J’ai fait ça. Moi, la petite fille de Potadeia… j’ai empêché un grand type qui chargeait sur un cheval de blesser ma meilleure amie. Je rêvais souvent de trucs héroïques comme ça, mais je ne pensais pas vraiment que je le ferais, vous savez ?

Bien sûr, quand on parle d’héroïsme… et bien Xena a réussi à empêcher une armée entière d’envahir la cité, jusqu’à ce que je puisse arriver avec de l’aide. Est-ce qu’il y a plus héroïque que ça ? Pas qu’elle-même le pense, naturellement. Tout le monde le pense… mais pas elle… non, pour elle c’était juste un nouvel exemple de son côté obscur libéré.

Xena, Xena, Xena… qu’est-ce que je vais faire de toi ? Tu viens de risquer ta vie, sans même y penser, tu t’es jetée toi-même contre ces soldats pour protéger les citoyens de cette cité, certains d’entre eux ayant décidé de nous tuer la veille. Si je me décide jamais à écrire un dictionnaire de termes, près du mot ‘héros’ je vais mettre un dessin de toi. Bien entendu, ce sera un dessin bien utilisé, parce qu’il sera aussi à côté de beau, noble, courageux, magnifique… tu vois le tableau.

Je n’allais pas laisser quelque chose lui arriver. Sûrement pas. Pas maintenant… pas quand les choses sont… ouaouh. Je pensais ne jamais revenir à cet endroit où je la regarde et j’ai ce sentiment intense… mais quelque part je l’ai fait.

Quelque part… je pense que je dois une belle offrande à Aphrodite. Quand nous irons chez les Amazones, au festival. Je vais faire ça. Je sais que c’est Artémis la protectrice des Amazones, mais… Aphrodite doit être là-haut, à me protéger, il n'y a aucune autre explication. Aujourd’hui j’ai regardé Xena qui venait dans notre chambre et elle souriait… je souriais… et tout était parfait.

Je ne sais pas pourquoi nous avons fait ça et pour dire la vérité, je m’en fiche pas mal. Je sais juste que quelque chose que je pensais avoir perdu pour toujours, m’a été rendu, et rien, ni Hadès, ni le Tartare, ni aucun dieu de l’Olympe… ni Dahok… rien, ne va me l’enlever à nouveau.

La vie est risquée. Ce que j’allais dire, au sujet de ce que je réalisais… c’est qu’il n’y a aucun endroit sûr. Et je ne pense pas à mal, ce n’est pas comme si je ne me sentais pas en sécurité avec Xena, c’est le cas… plus que jamais, je pense. Ça signifie que je me suis rendu compte que tant que nous vivons, nous courons le risque de perdre quelqu’un. De nous deux, de notre famille, de cet enfant que je vais porter… mais nous ne pouvons pas laisser ça nous empêcher de faire ce que nos destins nous conduisent à faire.

Je n’aurais pas empêché Xena d’arrêter cette armée. Je ne pense pas qu’elle m’aurait empêchée d’arrêter ce type qui se dirigeait vers elle. Nous ne pouvons pas nous cacher à Amphipolis, pas tant qu’il y a autant de gens qui ont besoin d’aide, et pour être honnête, je ne le ferais pas… je ne la laisserai pas stagner là-bas et abandonner son potentiel juste pour l’illusion de la sécurité. Après tout, une tornade pourrait toucher Amphipolis. Ça a failli une fois. Ou un incendie, ou une guerre… dirait Xena, surtout tant que moi, je vis là-bas.

Elle est tellement taquine. Je l’aime pour ça. Elle risque tant à s’ouvrir à nouveau, mais ça la rend tellement heureuse que je pense qu’elle se dit que ça en vaut la peine. Bien sûr, je le pense aussi… je pense qu’elle s’est habituée à ressentir cette joie dans notre relation et de ne pas avoir ça… c’est tellement douloureux que je me mets encore à pleurer quand j’y pense.

Idiot, non? Je suis juste contente d’avoir une deuxième… non, c’est quoi maintenant… une troisième chance ? Oui, une troisième chance.

Alors… ça suffit avec ça… nous avons gagné la guerre, je présume, parce que l’autre armée s’est enfuie et on a mis Xena à la tête de la cité. Elle essaie de régler les choses pour eux et nous avons vécu une petite scène des plus idiotes avec le régent, Edgevar, et son fils. Imaginez, moi, une guerrière amazone féroce et sanguinaire… dans du cuir aguichant.

Oooh… c’était drôle. Xena faisait semblant de prendre le régent pour une proie et je me suis occupée de terroriser ce petit pleurnicheur de Vasi… je l’ai menacé avec les avances d’un Centaure et je ne pense pas avoir entendu un homme faire un tel bruit auparavant. C’était comme ce qu’avait produit Toris quand Xena l’avait attrapé par les parties pendant ce match de lutte entre eux avant qu’on parte. Je me demande si ça va changer les choses. Je présume qu’on va le découvrir. Mais je pense que Xena s’est bien amusée… elle riait tellement en revenant qu’elle a failli me laisser tomber.

Je présume que je n’aurais pas dû la laisser faire ça… me porter, je veux dire… mais… si je ferme les yeux, même maintenant, je peux ressentir la chaleur merveilleuse et la sécurité, et je peux sentir sa formidable odeur et combien sa voix me transperce et s’enroule autour de moi et…

D’accord… d’accord… je suis cinglée.

C’est bon… c’est plutôt agréable. Comme du miel sur des noix, je pense.

Elle cessa d’écrire et mordit le bout de sa plume puis elle la retira d’entre ses dents et la fixa. « Qu’est-ce que… » Prudemment, elle sortit la langue et goûta le bout de la plume, puis elle la suça tandis qu’un goût plaisant et mentholé lui emplissait la bouche. « Hé ! »

Arès, qui s’était blotti sur le tapis sous la table leva la tête et la regarda en entendant l’exclamation. « Agrroo ? »

« Ça a le goût de menthe, Arès ! » Gabrielle rit tout en examinant la plume. Puis elle sortit le reste de ses instruments de la boîte et les goûta, trouvant un assortiment de saveurs qui allait de la menthe sur la première à une cannelle riche et beurrée qui lui chatouilla les sens. « Comment ça a pu arriver ? » Tandis qu’elle reposait les plumes, elle trouva un petit parchemin enroulé tout au fond de la boîte. « Ah ah. »

Déroulé et posé sur le beau bois tendre du bureau, il s’avéra porter des écritures.

Salut…

Tu suces tellement le bout de ces trucs que j’ai pensé que tu voudrais qu’ils aient de la saveur.

Je t’aime, X.

Gabrielle rit doucement. « Quelle sentimentale. » Elle replia le bout de papier et le remit dans la boîte. Puis elle regarda sa plume pendant un moment avant de la sucer joyeusement.


Xena s’appuyait contre le puits, les chevilles croisées tout en regardant l’activité ambiante. Des hommes se démenaient partout, contents d’être sortis de leurs baraquements dans la lumière du soleil, faisant sauter des tas de boue laissés sur les pavés. Un groupe de soldats passa près d’elle, portant sur leurs épaules des poteaux épais enveloppés dans du tissu, et un autre groupe plaçait le corps de Garanimus enveloppé dans un linceul sur le haut d’un bûcher, ainsi que d’autres victimes du raid.

« Génial d’voir l’soleil, pas vrai ? » Bennu s’approcha, un paquet en tissu sous le bras. Il se posa près d’elle et fixa le bûcher. « Dommage, ça. »

La guerrière hocha la tête. « Oui. » Elle soupira.

« Il racontait des histoires sur vous, v’savez », dit le soldat avec hésitation. « Les longues nuits, autour du feu de camp… on l’priait et il racontait des trucs sur vous. »

Le regard bleu et neutre se tourna vers lui. « Je peux imaginer ça. » Elle fit une pause. « Nous ne nous sommes pas quittés en bons termes. »

Bennu baissa les yeux. « Nan… c’était pas ça. » Il déglutit. « Il… j’pense qu’il voulait qu’ce soit jamais arrivé. » Un souffle. « Je… m’souviens d’la nuit où il a découvert qu’vous viviez pas loin… il a eu ce… il a dit qu’il était content qu’vous ayez réussi à trouver vot’ foyer. »

Xena tourna le regard vers le bûcher, le visage impassible. « Si ça n’était pas arrivé, j’allais l’inviter à venir là-bas. » Elle soupira. « C’était aussi son foyer. »

« Ah. » L’homme cligna des yeux, embarrassé. « C’était pas… le meilleur des soldats. »

« Non », approuva la guerrière, tristement. « Mais il ne savait pas faire autre chose en fait. » Elle regarda les porteurs du corps finir leur tâche et descendre du bûcher. « Quand ce sera fini… j’emporterai quelques-unes de ses cendres là-bas… je connais un endroit où les déposer. »

« J’pense qu’il aim’rait ça », dit Bennu doucement. « Alors, vous z’allez pas rester. »

Xena tourna la tête et le regarda. « Non », répondit-elle. « Tu le savais… j’ai des choses dont je dois m’occuper. »

L’homme hocha la tête. « Oui… c’était trop espérer, j’pense… » Il fit un sourire timide à Xena. « Vous croyez qu’ils vont nous laisser rester ? Ils avaient l’air plus amicaux ce matin, non ? »

La guerrière croisa les bras. « J’y travaille, Bennu… j’y travaille… si ce n’est pas ici, dans tous les cas je vous trouverai un endroit, je le promets. »

Il garda le silence un bon moment. « Z’avez pas à faire ça. »

Xena retourna son regard vers le bûcher. « Si. »

« Bonjour ? » Une voix mâle et incertaine appela derrière eux. « Bonjour ? »

Ils se retournèrent ensemble et regardèrent un homme qui portait une tunique à fanfreluches se précipiter vers eux, évitant avec soin les mares de boue dans la cour. Il se rapprocha en fixant Xena avec un air de doute. « Voyons… êtes-vous… êtes-vous cette… Xena ? »

Les deux sourcils noirs se haussèrent en même temps et Xena se redressa, lui lançant un regard noir. « Oui. Qu’est-ce que tu veux ? »

Il fit un pas rapide en arrière et tendit un rouleau. « Tenez. Prenez ça. »

Bennu le surplomba, lui enlevant l’objet de la main. « Donne-moi ça, toi… » Il se retourna prudemment et fit les trois ou quatre petits pas en arrière pour lui tendre le parchemin. L’homme se dépêcha de disparaître par la petite porte qui menait au hall du château.

« Par Hadès… » Xena le regarda partir puis se contenta de secouer la tête. Elle déroula le parchemin et le lut, puis elle le relut. « Fils de Bacchantes », jura-t-elle proprement. « Espèce de tête de mule tordue… » Elle avala le reste du juron puis relut le parchemin.

« Des mauvaises nouvelles ? » Demanda Bennu précautionneusement.

« Ils viennent de désigner le nouveau régent », lui dit Xena, sombrement.

« Ah. » Il prit une inspiration nerveuse. « Et qui ils ont piégé dans c’te tâche ingrate ? »

Les yeux clairs et bleu glacier le dévisagèrent. « Moi. »


Gabrielle mordillait une barre de voyage tout en réécrivant une partie d’histoire pour la troisième fois. « Je ne sais pas, Arès… tu penses que je peux m’en tirer en nous blâmant d’être sur ce bateau vers les Parques ? »

Le loup haussa les sourcils.

« Je présume que non. » Elle rit et continua à écrire, ne s’arrêtant que lorsqu’elle détecta l’ouverture de la porte. « Bon sang. » Elle leva les yeux, agacée, et croisa les mains sur son parchemin tandis qu’une petite tête blonde pointait avec hésitation. « Oh… salut, Silvi. » Elle fit une pause. « Tu… cherches de la lecture facile ? »

La princesse poussa la porte et regarda autour d’elle avec un air dégoûté. « Bonté divine… c’est le bazar ici. » Mais elle entra et referma avec soin la porte derrière elle. « Je te dérange ? »

Gabrielle faillit dire oui puis son instinct gentil, aiguillonné par l’inconfort visible de la princesse, gagna la partie. « Non… non. Je travaillais sur une histoire… je peux prendre une pause. » Elle marqua le point en se penchant en arrière et étira ses bras. « Quelque chose ne va pas ? »

Il y avait une autre chaise dans la pièce, un tabouret sans dossier, visiblement utilisé pour manœuvrer entre les étagères. Silvi l’apporta à la table et s’y installa. « J’ai une chose terriblement personnelle à te demander. »

La barde passa en revue une liste des questions possibles et tressaillit intérieurement. « Hum… bien sûr », répondit-elle lentement. « Si je peux y répondre, je le ferai. »

Silvi s’appuya sur un bras. « J’ai besoin de ton aide, Gabrielle… je sais que… j’ai été désagréable avec toi… hier soir, et j’en suis désolée. »

Gabrielle lui tapota le bras. « Ne t’inquiète pas pour ça… il se passait beaucoup de choses, c’était difficile de savoir qui était gentil et qui ne l’était pas… ne sois pas désolée. »

La princesse soupira de soulagement. « Tu es tellement sage. Je suis contente… je me sentais très mal quand je pensais que tu travaillais contre nous… j’aurais dû mieux savoir. Tu es une bonne personne, Gabrielle… et tu es terriblement courageuse… j’ai entendu des histoires sur toi toute la journée. »

La barde lui fit un faible sourire. « Je… n’ai pas tant fait… hum… tu as dit que tu avais besoin d’aide pour quelque chose ? » Elle changea hâtivement de sujet.

« Oh… oui… et bien voici. Est-ce que tu es douée pour embrasser ? » Demanda Silvi sérieusement.

Quelque soit la question à laquelle elle s’était attendue, ce n’était pas celle-ci. « Euh. » Elle sentait sa mâchoire bouger et n’avait aucune idée de quoi répondre à ça. « Qu… est-ce qu’il y a une raison pour laquelle tu me demandes ça ? » Répondit-elle prudemment, inconfortablement consciente de la main de la jeune fille sur son bras.

« Bien entendu. » Silvi se rapprocha un peu plus, jetant des coups d’œil autour d’elle comme si elle avait peur qu’on ne l’entende. « Tu vois… je ne connais rien là-dessus… et… et bien… je veux dire, que dois-je faire si Framna essaie de m’embrasser ? » Sa voix monta jusqu’à un couinement. « J’ai peur de faire quelque chose de ridicule… rire ou le mordre ou… »

Fiou. Gabrielle se détendit. « Oh… non… c’est… tu ne feras pas ça, Silvi… ce n’est pas comme ça… tu fais seulement… hum… tu sais ce qu’il faut faire, c’est tout. »

« Tout le monde dit ça ! » Gémit la princesse. « Et je sais que je ne saurai pas… Elanora a dit ça au sujet de monter à cheval et je suis tombée et je continue à tomber, à chaque fois. »

La barde entrelaça ses doigts. « Hum… et bien, ce n’est pas la même chose… il m’a fallu un moment pour apprendre à monter à cheval, par exemple… mais embrasser… et bien… c’est comme si… » Elle se gratta la mâchoire. « Ça venait naturellement, je présume. » Je ne peux pas croire que j’ai cette discussion. « Tout ira bien… »

« Non non… ça n’ira pas », désapprouva Silvi. « Je vais me rendre ridicule… Gabrielle, tu dois m’aider. » Elle fixa fermement la barde. « Montre-moi comment on fait. »

La gorge de Gabrielle bougea plusieurs fois. « Euh… comment on fait… quoi ? »

Silvi lui lança un petit regard agacé. « On embrasse bien sûr… allons, Gabrielle… avec ta nature romantique, tu peux assurément faire ça. »

« Oh… hum… pour être honnête, je n’ai jamais vraiment pensé… hum… à comment… j’ai fait ça… j’ai juste… tu t’approches, et… et bien, c’est un truc de câlin, et ensuite… hum… tes yeux… et heu… » Elle leva les mains et les laissa retomber. « Ça arrive, c’est tout. »

La princesse plissa les yeux, poliment. « Est-ce que ça chatouille ? »

« Chatouiller ? ? ? Non. » Gabrielle secoua la tête. « Pourquoi ça le ferait ? »

« Et bien… il a ces petits poils hérissés… je pensais que ça pourrait chatouiller », dit Silvi d’un ton songeur.

« Oh… euh… » J’oubliais que je n’avais pas à me préoccuper de ça… « Et bien, oui… je présume que oui… mais tu ne le remarqueras probablement pas. »

« Et si nos dents se cognent ? Je ne peux pas le permettre… ça me fait frissonner. » La question déterminée revint. « On ouvre la bouche, ou pas ? »

Gabrielle sentit une rougeur monter et elle fut contente du soleil rougeoyant qui peignait sa peau. « Hum… » Pense à ça comme à un entraînement, Gabrielle… tu auras peut-être à le faire avec ta fille un jour.

« Est-ce qu’on garde la bouche ouverte ? » Les yeux de Silvi scrutaient son visage avec avidité.

« Et bien, oui. » Gabrielle sentit la rougeur chaude. « Moi oui… en fait… et heu… les dents… n’ont jamais été un problème. » Elle s’éclaircit la voix. « Tu… heu… je veux dire, avec ta langue… tu… euh… » Elle s’arrêta, presque étourdie par le sang qui lui montait à la tête.

Silvi la fixa. « Ta LANGUE ? » Elle regarda la sienne, perplexe. « Qu’est-ce que tu fais avec ÇA ? »

Je vais mourir d’embarras juste ici, juste maintenant. « Qu… je… quand on embrasse… on se… heu… touche… ou bien on… explore… la bouche… de l’autre… avec. »

« Oh… par les… dieux… » Silvi écarquilla les yeux. «Tu inventes, ce n’est pas possible. »

Gabrielle secoua la tête. « Non… non… c’est… Silvi, il faut que tu le fasses pour le comprendre… c’est vraiment difficile à expliquer. »

« Mais je ne sais pas comment ! ! ! ! » Gémit-elle, puis elle frappa la table. « Gabrielle, s’il te plaît… montre-moi, ici. »

Le bruit de la porte qui s’ouvrait, songea Gabrielle, était le son le plus doux, le plus accueillant qu’elle ait jamais entendu. Et la vue de la grande personne aux cheveux noirs qui l’ouvrait était encore plus douce. « Xena. »

La guerrière entra en faisant un signe de la tête à Silvi. « Gabrielle… tu ne vas pas croire ce qui vient d’arriver. »

Silvi lançait un regard inconfortable à la grande femme.

« Non non non… » Gabrielle se leva et tendit la main. « Garde ça pour plus tard… j’ai vraiment besoin de ton aide là maintenant, partenaire. »

Xena prit une inspiration puis regarda la barde puis la princesse et serra la mâchoire. Elle haussa un sourcil pour la barde en question. Qu’est-ce qu’il se passe ici, par Hadès ? Gabrielle est plus rouge qu’une grenade.

« Silvi est très inquiète au sujet du baiser. »

La guerrière plissa le front. Oh. Ceci explique cela.

« Bien… oui… et elle me demandait une démonstration », continua Gabrielle. « Comme ça… elle saura comment faire avec Framna. »

« Ah. » Xena contourna la table jusqu’à ce qu’elle soit près de son âme sœur. « Je vois. » Elle fit une pause. « Alors… tu vas faire la démonstration pour elle ? » Elle regarda la rougeur voyager le long de la peau claire de sa compagne. « Je suis partante », ajouta-t-elle pour l’aider.

Gabrielle se tourna pour lui faire face puis regarda par-dessus son épaule vers une Silvi qui attendait nerveusement. « Bien… maintenant… fais attention, d’accord ? »

Silvi hocha la tête.

« Bien… bon, d’abord il faut être près de la personne. » Elle s’approcha de la guerrière, laissant l’odeur chaude de Xena emplir ses narines. Son corps réagit à la proximité de son âme sœur et elle dut se forcer à garder ses mains tranquilles. « Ensuite… tu peux habituellement mettre les bras autour d’elle. » Ce qu’elle fit et elle sentit les bras de Xena se glisser confortablement autour de sa taille. « Comme ça. »

« Très bien… ça semble facile jusqu’ici », commenta Silvi. « Et ensuite ? »

Gabrielle leva les yeux pour regarder le visage de Xena peint par la lumière en provenance de la fenêtre, faisant scintiller ses sourcils et apportant des reflets légers d’acajou dans ses cheveux.

« Gabrielle ? » Avança la princesse. « Et ensuite ? »

« Hum. » Elle sentit que son regard voyageait et se connectait avec le regard bleu clair tâché de points presque violets. « Tu… la regardes. » Elle absorba le léger soupçon de sourire qui étirait les lèvres de Xena. « Et… tu te laisses ressentir combien tu l’aimes. » Le regard bleu acier s’adoucit et elle se sentit commencer à perdre la notion du temps et de l’espace.

« Et ? » Demanda Silvi.

Gabrielle resserra sa prise sur la nuque de Xena et la guerrière baissa volontiers la tête. « Ensuite tu… » Leurs lèvres se frôlèrent. « Tu fais juste… » Un contact plus long, plus intense et elle sentit son corps glisser soudainement hors de contrôle contre celui de Xena, une vague chaude et séduisante s’écrasant contre elle qui lui fit oublier Silvi pendant une longue et douce période de temps.

Elles se séparèrent à contrecoeur, maintenant le contact visuel. « Comme ça », finit par murmurer Gabrielle.

Un silence.

« Silvi ? » La barde tourna la tête pour voir un vide là où la princesse s’était trouvée et elle sursauta, surprise, puis elle leva les yeux vers sa compagne tout aussi étonnée. « Euh… »

Xena cligna des yeux puis se rapprocha de la table et s’appuya par-dessus, produisant un rire.

Gabrielle se retint à son épaule et regarda également. « Oh… merde de Centaure. » Elle mit la main sur sa bouche. « C’est nous qui avons fait ça ? »

La princesse était allongée sur le sol, les membres de travers, évanouie.


« Si quelqu’un me voit porter la princesse inconsciente dans les couloirs, il pourrait se faire une mauvaise idée, Gabrielle », marmonna Xena tout en regardant des deux côtés avant de sortir du petit escalier en colimaçon. « Si on considère les circonstances. »

Gabrielle, qui jonglait avec son parchemin et sa boîte de rouleaux, s’arrêta et la regarda. « Quelles circonstances ? »

Xena plissa le front. « Oh… bon… tu m’as dit de la fermer, alors… »

« Xena », dit la barde doucement. « Je n’ai rien dit de tel. »

La guerrière roula les yeux. « Tu veux l’entendre ou pas ? »

Gabrielle massa le haut de son bras. « Désolée, tigresse, bien sûr que je veux. » Elle jeta un coup d’oeil derrière un coin. « Alors… qu’est-ce qui se passe ? »

« Edgevar est parti. » Xena s’arrêta et écouta puis elle avança.

« Parti où ? » Gabrielle la regarda, intriguée. « Qu’est-ce que tu veux dire, parti ? »

« Parti comme dans ‘on ne le trouve nulle part’, comme dans ‘au revoir’, comme dans ‘il s’est sauvé’, comme dans… »

« D’accord… d’accord… j’ai saisi l’idée. » La barde remua la main. « Mais il va revenir, pas vrai ? »

Xena haussa une épaule puis fit signe à la barde de passer devant elle. « Il a pris son argenterie et ses chemises froufrouteuses avec lui… je ne pense à aucun endroit où il aurait pu aller avec ça temporairement sauf pour une compétition bardique à Athènes. Qu’est-ce que tu en penses ? ? »

« Attendsuneminute. » Gabrielle s’arrêta et lui fit face. « Est-ce que tu es en train de dire qu’il a abdiqué ? » Sa voix monta d’étonnement. « Comme dans… »

La guerrière soupira. « Ecoute… ouvre la porte, d’accord ? Quelqu’un pourrait arriver. »

Avec un regard méchant, Gabrielle ouvrit la porte de leurs quartiers et la tint tandis que la guerrière manoeuvrait son fardeau pour entrer, puis elle regarda Xena aller vers le divan pour y déposer la princesse inerte. « Elle a dû se cogner la tête », marmonna la guerrière en scrutant le crâne de la jeune fille. « Oui… elle a cogné le pied de ce bureau, je pense… elle a une bosse ici. »

Gabrielle s’avança et s’accroupit près de la guerrière, s’appuyant sur elle pour garder l’équilibre. « Alors… il est parti. »

« Oui oui… Gabrielle, tu veux bien aller chercher mon kit ? Je vais lui donner un truc pour la réveiller », répondit la guerrière d’un air absent tout en vérifiant le coup décoloré sur la tête de la princesse. « Oh… et le gamin aussi. »

A mi-chemin vers les sacoches, la barde s’arrêta et ouvrit des grands yeux vers elle. « On les a effrayés TOUS LES DEUX ? » S’exclama-t-elle, étonnée. « Par la merde de Centaure… vraiment ? »

Xena leva les yeux. « Oui… le kit ? »

Gabrielle l’attrapa et revint vers elle. « Ouaouh… tu t’attendais à ce que ça arrive ? Je veux dire… quel plan génial, Xena… ça a marché à la perfection ! »

La guerrière mélangea quelques herbes, laissant une bouffée acide monter et qui fit faire un mouvement de tête en arrière à Gabrielle de surprise. « Eh bé. »

« Heu… non… je… et bien, je ne savais pas ce qu’il allait faire… je ne m’attendais pas à ce qu’il se sauve comme ça… » Xena souleva la tête de Silvi et passa le mélange sous son nez. Il fallut trois passages, mais la jeune fille finit par sursauter puis elle ouvrit les yeux en cillant.

Des yeux qui s’agrandirent et s’arrondirent immédiatement alors qu’elle réalisait qui se tenait au-dessus d’elle.

« Détends-toi », dit Xena en soupirant. « Je ne vais pas te faire de mal. » Elle relâcha la jeune fille puis s’assit, sentant le flot soudain de chaleur tandis que la barde s’appuyait contre elle. Gabrielle mit les mains sur ses épaules et la respiration de la barde vint se poser doucement sur sa nuque. « Tu t’es évanouie. » Elle sentit des doigts se plier légèrement sur sa nuque tandis que Gabrielle lui détendait quelques muscles.

« J’… j’ai mal à la tête », dit Silvi, dans un murmure confus. « Je… vous étiez… j’ai été surpr… je ne comprends pas. » Son regard alla vers le visage de Gabrielle. « Ça semblait tellement réel. »

Gabrielle baissa les yeux sur la tête posée contre sa poitrine puis elle releva le regard. « C’est parce que c’est réel », répondit-elle tranquillement. « Je ne… pense pas pouvoir faire semblant avec ce genre de chose. »

L’expression de la princesse devint encore plus confuse. « Mais… »

Xena rassembla ses affaires et se releva, s’éloignant d’elles pour aller vers son équipement et les laisser en face à face. Elle garda le silence, laissant son âme sœur donner des explications.

Gabrielle s’avança et s’assit dans le fauteuil près du divan ; elle se pencha en avant et mit ses coudes sur ses genoux. « Je présume que nous n’aurions pas dû dire à Nancia que nous étions sœurs », admit-elle d’un ton désabusé. « Ça a un peu créé la confusion. »

Silvi cligna des yeux. « Tu veux dire que… vous ne l’êtes pas ? ? ? »

La barde se frotta le bord du nez. « Hum… non. » Un mouvement de la tête.

« Oh », murmura la princesse. « Je présume que je peux demander à mes dames d’arrêter les recherches sur les coutumes de votre village, alors. » Elle se mâchouilla la lèvre. « Nous étions plutôt enchantées de vos valeurs familiales. » Ensuite elle leva les yeux. « Alors, est-ce que tout ce que tu m’as raconté n’était que des histoires ? Tes paroles au sujet de l’amour… et au sujet de… tout. »

Gabrielle secoua à nouveau la tête. « Non… tout ce que je t’ai dit était vrai, Silvi… j’ai dit que je croyais en l’amour et en l’amour au premier regard… pour moi, c’est arrivé il y a trois ans. » Elle bougea légèrement et entrelaça ses doigts. « J’allais chercher de l’eau à la rivière avec un groupe de mon village et nous avons été pris par des esclavagistes. »

« Oh. » Silvi mit la main sur sa bouche.

« Je… j’étais un peu découragée à la maison… » Gabrielle regarda ses mains. « Ma journée était vraiment mauvaise et ça l’a rendu pire, tu vois ? »

« Bien sûr ! » S’exclama la princesse. « Qu’est-ce que tu as fait? »

« Et bien, c’était mal parti pour nous jusqu’à ce que Xena apparaisse, voilà, et qu’elle leur botte les fesses à tous… et quand je l’ai regardée… » Elle fit une pause, essayant de penser à un moyen de trouver les mots pour dire ce qu’elle avait ressenti. « C’était comme… » Son regard alla vers la guerrière agenouillée et elle étudia le dos puissant et les cuisses bien musclées à portée de sa vue. « C’était comme si je l’avais toujours connue. »

Le regard bleu se tourna brièvement vers elle puis retourna à sa tâche, tandis que Xena rangeait ses objets puis se relevait. Elle se retourna avec hésitation puis se passa les doigts dans les cheveux.

Gabrielle interpréta correctement ses actions et tendit la main. « Hé… viens par ici un instant. »

Xena obéit, s’avançant vers le fauteuil avant de la regarder tandis que la main tendue venait se poser contre sa jambe. « Je vais… »

« Aller voir Argo », compléta Gabrielle sans mal, pinçant légèrement la peau chaude sous ses doigts. « C’est ça ? »

Elle reçut un sourire rapide, mais radieux en échange. « Quelque chose comme ça, oui. » Xena fit un signe de tête à Silvi. « Si vous allez parler de tout ce sentimentalisme. » Elle haussa les épaules. « Vous n’avez pas besoin de moi. »

Le regard vert la cloua avec reproche. « Je préférerais que tu restes… il faut que tu expliques à Silvi ce qui se passe. »

Xena cligna des yeux. La barde défiait rarement ses actions. « Hum… très bien », répondit-elle faiblement puis elle alla vers l’autre fauteuil et s’y laissa tomber, s’affaissant dans son moelleux avant de poser la tête sur le dossier.

La barde lui lança un regard affectueux. « Merci… oh et merci pour les plumes. » Ses yeux brillèrent avec malice. « Jolie surprise. »

Xena trouva soudainement quelque chose de désespérément intéressant, ce qui incluait la boucle de sa ceinture.

Gabrielle lui lança un regard affectueux à nouveau puis se tourna vers Silvi. « Nous sommes ensemble depuis. »

Le regard de la jeune fille glissa vers la rude guerrière. « Ensemble comme dans… » Elle s’interrompit délicatement.

« Hum… pour une partie du temps, oui », répondit Gabrielle en rougissant un peu. « Nous avons commencé par être meilleures amies. »

« Mais… alors… tu… elle… vous êtes… » Balbutia Silvi. « Vous êtes… beuh… comme c’est immoral ! »

La barde et la guerrière échangèrent un regard insulté. « Quoi ? » Xena se pencha un peu en avant, un soupçon menaçant s’enroulant sur le ton bas et vibrant de sa voix. « Qu’est-ce que tu trouves immoral ? »

Les yeux de Silvi s’agrandirent. « Juste que… vivre ensemble comme ça… comme c’est horrible ! »

Gabrielle se gratta le nez. « En fait, nous sommes mariées », informa-t-elle la jeune fille d’un ton neutre, ensuite elle la vit sursauter d’horreur. « Euh… l’une à l’autre, je veux dire. » Elle montra Xena et elle-même avec hâte.

Silvi mâchouilla un doigt. « Oh… je suppose que c’est différent… » Elle prit un air pensif. « Mon oncle dit que mon devoir est de me marier et d’avoir des enfants… je pense que je le veux… tu aimes être mariée ? »

La barde hocha la tête. « Beaucoup. » Elle fit une pause. « Et… hum… en parlant de ton oncle… » Elle se tourna à demi et s’éclaircit la voix. « Je pense que Xena devrait te dire ce qu’elle vient de me dire. »

Silvi tourna un regard prudent vers la femme aux cheveux noirs. « Oui ? »

Oh génial. « Et bien… il semblerait… qu’il soit parti », admit Xena lentement.

La princesse la fixa avec étonnement. « Parti ? » Un froncement d’inquiétude se dessina sur sa jolie bouche. « Qu’est-ce que tu veux dire ? Il était ici… je lui ai parlé avant le déjeuner. »

Xena soupira. « Oui… je sais… je… nous lui avons parlé il y a un moment aussi… mais… hum… » Elle se pencha en avant et sortit un parchemin de sa ceinture puis le lut. « Lui et Vasi ont décidé de… partir. »

Gabrielle se leva et alla vers elle pour se percher sur le bras de son fauteuil et lire le document par-dessus l’épaule de sa compagne. « Xena ! » Elle lança un regard acéré à son âme sœur. « Tu n’as pas mentionné cette partie ! » Elle tapota le document du doigt.

« J’y arrivais », marmonna la guerrière. « Silvi… je ne peux pas vraiment donner les raisons, mais c’est vrai… ils sont partis. »

La jeune fille eut soudain l’air très perdue. « Mais… qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Qui va s’occuper de moi… de la cité ? » Elle s’assit lentement dans le divan et s’entoura de ses bras. « Je suis reine maintenant ? »

Un silence. Xena se lécha les lèvres et sentit une main amicale glisser le long de son dos. « Non… ton oncle a laissé un régent », finit-elle par dire très tranquillement. « Moi, en fait. »

Des yeux stupéfaits. « T… toi ? » De la peur maintenant, dans la voix de Silvi.

« Oui. » Xena se pencha en avant et lui tendit le parchemin. « Vas-y, prends-le. »

La princesse hésita un long moment avant de tendre le bras pour prendre le rouleau avec prudence, puis elle le lut. Elle le laissa tomber sur ses cuisses avec un air abattu. « C’est vrai », murmura-t-elle puis elle leva des yeux craintifs vers la guerrière.

Gabrielle avait un bras autour des épaules de sa compagne, son pouce massant doucement la peau du haut de son bras. Xena était calme et sans expression, mais la barde pouvait sentir la tension dans son corps et elle savait que son âme sœur était gênée par la terreur visible de la jeune fille à son égard. « Silvi… n’aie pas l’air si inquiète… tu es entre de bonnes mains. »

« Je ne prévois pas… de rester ici », déclara Xena, calmement. « Quelqu’un d’autre peut le faire… tu as une préférence ? »

Silvi se renferma et mâchouilla sa lèvre, un air de détresse sur le visage. Elle ne répondit pas.

Gabrielle leva la main et passa ses doigts dans les cheveux noirs de Xena, massant doucement sa nuque. « Attends… Silvi, le plan c’était… que quand tu serais mariée, tu prennes le trône, c’est ça. »

La jeune fille répondit à la voix douce de la barde. Elle leva les yeux vers elle et hocha la tête. « Oui… je suis désolée… je suppose que c’est juste le choc… je… je ne me suis jamais attendue à ce que mon oncle fasse cela. » Elle fit une pause. « Pourquoi l’a-t-il fait ? Je lui ai dit qu’il aurait toujours une place ici… je ne comprends pas. »

« Peut-être que ce n’était pas suffisant », dit Xena, brusquement. « Il avait prévu de… » Elle s’arrêta quand elle sentit la pression des doigts de Gabrielle sur sa nuque. « Hum… je veux dire que je pense qu’il appréciait de diriger… peut-être qu’il est allé quelque part où il pourrait le faire. » La pression se relâcha et elle sentit une petite tape à la place. « Un peu comme s’il… avait ouvert le chemin pour toi. »

Silvi rayonna. « Oh… et bien… oui, je suppose que ça peut être vrai. » Elle observa la guerrière avec un air légèrement plus calme. « Tu pourrais mettre mon Framna en charge ? Ce serait parfait… si je dois l’épouser de toutes les façons. »

Cela allait à l’encontre de ses convictions, se dit Xena. Que la jeune fille veuille autant que quelqu’un d’autre la prenne en charge… mais après tout, se rappela-t-elle, Silvi était jeune. Oui. Elle est plus âgée que toi quand tu as mené une armée contre Cortese, tu te souviens ? La guerrière soupira intérieurement. Mais elle n’est pas moi. Je ne peux pas la juger avec mes critères. Ce n’est qu’une gamine. « Je vais y réfléchir… laisse-moi lui parler… on verra ce qu’on fera. »

Un silence légèrement embarrassé tomba.

Silvi finit par s’éclaircir la gorge. « Est-ce que je peux demander… pourquoi… vous êtes mariées ? »

Gabrielle lui lança un regard intrigué. « Hein ? » Xena se contenta de rester silencieuse.

« Et bien… tout le truc d’être marié c’est pour avoir des enfants et donner un héritier, et… » Silvi s’arrêta, visiblement confuse.

La barde haussa les épaules. « Non, ce n’est pas ça. Je connais des tas de gens qui sont mariés et qui n’ont jamais eu d’enfants, et en plus, je suis enceinte. »

Silvi pâlit. Elle fixa la barde, puis Xena, puis de nouveau la barde. « Et bien. Je suppose que je peux maintenant dire à Elanora que sa petite théorie du ‘c’est comme ça que va la vie’ est erronée », déclara-t-elle d’un air supérieur. « Visiblement l’homme ne va pas à Athènes faire une offrande à Apollon, et c’est comme ça qu’arrivent les bébés. »

Franchement, Xena ne savait pas quoi faire. Une moitié d’elle voulait éclater de rire, l’autre moitié voulait glisser dans son fauteuil d’embarras. Elle sentait les doigts de Gabrielle se plier contre sa nuque, un coup d’œil lui dit que la barde luttait contre le même dilemme.

Finalement, Gabrielle se tourna et mit le doigt sur le nez de Xena. « Ceci n’est PAS, tu m’entends, n’est PAS une discussion sensible. »

« Bien sûr que si », répliqua Xena immédiatement.

« NON », lança la barde en retour.

« Si… ça l’est… et en plus c’est un bon entraînement », dit la guerrière, en désaccord.

« J’ai déjà vu ça, déjà fait ça. C’est ton tour. » Gabrielle lui tapota le nez.

Xena soupira et se tourna vers la princesse qui les regardait avec un air perplexe. « Apollon n’a rien à voir avec ça », déclara-t-elle platement.

« Et bien… visiblement », répondit Silvi. « Aphrodite, pas vrai ? » Elle avait l’air très fière d’elle-même d’avoir trouvé cela.

« Hum… Non. » Xena secoua la tête. « Il n’y a pas… vraiment de dieu concerné. »

La jeune fille eut l’air étonnée. « Ah bon ? »

« Non… hum… » Xena jeta un coup d’œil autour d’elle et commença à jouer avec la boucle sur sa ceinture. « Tu sais… tu demandais… hum… à Gabrielle de te parler du baiser ? »

« Bon début », approuva la barde d’une voix très basse.

Silvi rougit. « Et bien… oui… je veux dire… tous les poèmes en parlent… mais qu’est-ce que ça a à voir avec les bébés ? »

Xena se mordilla l’intérieur de la lèvre. « Ecoute… tu n’as jamais eu de chiots… ou un chaton… ou quelque chose ? »

La princesse secoua la tête. « Non… je n’avais pas le droit. »

« Oui oui… d’accord, est-ce que tu es déjà allée dans les écuries… au printemps ? » La guerrière essaya encore, consciente des gloussements qui traversaient le corps de sa compagne.

« Les écuries ! » Silvi eut l’air choqué. « Jamais… pourquoi j’y serais allée ? »

Xena soupira. « Tu ne t’es jamais demandé d’où venaient les bébés animaux ? »

La princesse réfléchit pendant un instant. « Non en fait, je ne me le suis jamais demandé. »

Bon sang, j’ai conquis la moitié de la Grèce, je devrais être capable de faire ça. « D’accord. » La voix de Xena prit un ton sérieux. « Ecoute, voilà comment ça marche. Deux personnes décident d’avoir un enfant, d’accord ? »

« D’accord. » Silvi hocha la tête, regardant le visage de la guerrière avec intérêt.

« Bien. Alors elles s’allongent ensemble. »

« Quoi ? » La princesse gloussa. « Elles s’allongent ? »

Xena s’arrêta. « Et bien, elles n’ont pas besoin d’être allongées, elles peuvent… » Gabrielle ricana légèrement et elle s’arrêta. « Oui ? Elles s’allongent, d’accord ? Elles s’allongent ensemble et elles ont un rapport sexuel. »

Un regard vide. « Elles ont quoi ? » Silvi regarda Gabrielle. « C’est quoi ça ? »

La barde et la guerrière échangèrent un regard. « Je pense qu’on ferait mieux de ne pas faire une démonstration, tigresse », déclara la barde impassible. « Après ce qui s’est passé la dernière fois. »

Xena pouvait sentir le rire lutter pour sortir et elle serra fortement la mâchoire, faisant ressortir ses muscles de chaque côté du visage dans la lumière finissante. « C’est vrai », réussit-elle à répliquer d’une voix étranglée. « Silvi… euh… le sexe c’est l’acte de faire l’amour. »

Le front de la princesse se contracta. « Comment est-ce qu’on ‘fait’ l’amour ? Est-ce que c’est comme de ‘faire’ un gâteau ? »

Gabrielle croisa les bras et fixa le plafond. « Et bien… voyons voir », murmura-t-elle, plus pour distraire Silvi de son âme sœur soudainement impuissante qu’autre chose. « On met les ingrédients ensemble… beaucoup de trucs doux, beaucoup de trucs sucrés… on mélange le tout… on cuit jusqu’à ce que ce soit parfaitement prêt… ensuite on apprécie… oui, Silvi… je présume qu’on peut dire que c’est un peu comme faire un gâteau. »

Xena se couvrit le visage d’une main et se mit à rire.

Gabrielle sentit sa compagne se lâcher et elle commença à son tour, perdant son équilibre pour atterrir en riant aux éclats sur les cuisses de Xena. La guerrière l’entoura de ses bras par réflexe tandis qu’elle tentait d’étouffer son rire.  « Ouaouh… doucement, Gabrielle. »

La barde s’essuya les yeux et regarda avec plaisir le sourire indulgent sur les lèvres de Xena. « Désolée », mentit-elle. « Je ne voulais pas atterrir ici. » Nouveau mensonge.

« Oh oui », ricana la guerrière ironiquement. « Je te crois. »

Gabrielle soupira d’aise et remua les pieds qui pendaient sur le pied de chaise. Puis elle tourna la tête un peu coupable et regarda Silvi qui les observait. « Hum… désolée… c’est juste que… je pense que ni l’une ni l’autre n’a eu à traiter de roses et de choux avant ça. »

Le regard de Silvi était cloué sur le visage de Xena dans une fascination intriguée. « Tu es différente quand tu souris », lâcha-t-elle.

La barde roula la tête sur sa gauche et regarda sa compagne qui avait été saisie avec l’air le plus doux et le plus gentil sur le visage. « Oui… je lui dis toujours qu’elle devrait le faire plus souvent », taquina-t-elle en regardant des émotions conflictuelles passer sur les traits expressifs de la guerrière. Elle croisa les mains sur son estomac et se laissa ressentir la chaleur et l’amour qui faisaient tant partie de leur lien.

C’était tellement merveilleux. Elle ferma les yeux de bonheur et sentit l’étreinte de Xena sur elle se resserrer légèrement, juste assez pour qu’elle sache que Xena savait exactement ce qu’elle ressentait. Elle savait que si elle ouvrait les yeux, elle verrait la guerrière la regarder avec cet air aimant que Xena réservait pour elle seule, et ça… ça c’était quelque chose qu’elle voulait que Silvi voit.

Elle ouvrit les yeux et croisa le regard bleu qui la regardait patiemment, encadré par un visage bronzé dont les traits étaient juste, mais pas complètement, plissés en un sourire. Tu veux savoir ce qu’est l’amour, petite fille ? Songea-t-elle en silence dans la direction de la princesse.Voici ce qu’est l’amour. C’est à ça qu’il ressemble. Elle leva la main et très doucement, elle repoussa les quelques mèches de cheveux noirs qui étaient tombés sur les yeux de Xena. « Il est temps de penser à les couper. »

Xena roula les yeux et produisit un faux grognement. « Encore ? »

La barde tira sur une boucle brune. « Ils poussent vite. » Elle se retourna vers Silvi qui les regardait avec une fascination ravie. « Elle est vraiment gentille, une fois qu’on la connaît… ouille ! » Gabrielle se trémoussa tandis que des doigts longs trouvaient leur chemin sous sa tunique et commençaient à la chatouiller. « Xena ! ! ! Arrête ça ! »

« Gentille, hein ? » Gronda la guerrière en trouvant un endroit sensible juste le long des côtes de la barde.

« Yaaaaaahh ! ! ! ! » Celle-ci couina. « Très bien… très bien… tu n’es pas gentille, d’accord ! ! ! ? ? ? » Le chatouillis cessa. « Je t’aurai pour ça », dit-elle pantelante en lançant un faux regard noir à son âme sœur.

« Promis ? » La taquina Xena.

« Faiseuse d’embrouilles », grommela Gabrielle, puis elle tourna la tête. « Comme je le disais… les guerriers sont géniaux. Tout le monde devrait en avoir un… ils sont propres, ils sont costauds, ils sont géniaux pour attraper des trucs sur l’étagère du haut… » Elle sentit Xena qui recommençait à rire. « Il faut bien les nourrir et ils demandent beaucoup de soins, mais… ce n’est pas une mauvaise affaire, l’un dans l’autre. »

Silvi se mit à rire. « Tu es plutôt drôle. »

Le visage de la barde se plissa en un sourire. « Merci. » Son regard se réchauffa. « J’essaie. » Elle voyait que la princesse était bien plus à l’aise maintenant et elle ne lançait plus ces regards inquiets vers sa grande compagne.Bien. Elle se blottit un peu plus dans l’étreinte de Xena. La main de la guerrière, toujours sous sa tunique, caressait doucement et dans des dessins paresseux, la peau de son ventre et elle se sentait comme un chiot gâté blotti sur ses cuisses préférées. « Ça va bien se passer, Silvi… tu as un Conseil qui écoute les avis au moins… et ton personnel est très loyal. »

La jeune fille plissa le front en y réfléchissant. « Souvent… je me suis demandé comment ce serait vraiment… Père m’a dit qu’il me trouverait un bon chef comme mari pour que je n’aie pas à faire ce qu’il a dû faire… mais… je me suis demandé si ce serait comme d’être assise à prendre des décisions qui affecteraient la vie des autres. »

Xena haussa les sourcils avec un peu de surprise. Je ne pensais pas qu’elle avait assez de cervelle pour même se poser des questions. « Il y a certains bons moments », dit-elle lentement. « Surtout quand tu prends la bonne décision et que tout le monde s’en trouve mieux. »

Silvi cligna des yeux. « Et bien… oui… je vois ce que tu veux dire. » Une pause. « Mais si tu prends la mauvaise décision ? »

La guerrière haussa les épaules. « C’est comme ça que tu apprends à prendre les bonnes. »

« Je vois. » La princesse serra les genoux et mordilla un ongle. « On peut encore parler de ce truc du sexe maintenant ? »

Gabrielle se cacha le visage dans le tissu doux de la tunique de Xena et gloussa.

Xena prit une brusque inspiration puis la relâcha. « Très bien. » Sa voix prit un ton abrupt. « Ecoute… laisse-moi t’exposer ça. »

« Est-ce que ça fait partie de ce truc de s’allonger ensemble ? » Demanda Silvi avec intérêt. Elle ne semblait plus intimidée par la guerrière, mais bon, si on considérait que Xena était assise en train de pouponner la barde aux cheveux clairs, ce n’était peut-être pas si surprenant.

« Non », répondit la guerrière. « Le sexe c’est… » Elle soupira. « C’est une action entre deux personnes où ils pressent différentes parties de leurs corps l’une contre l’autre et ça finit parfois par donner un enfant. »

Silvi la fixa. « Tu veux rire. » Elle couvrit sa bouche d’une main. « Allons… c’est la chose la plus ridicule que j’ai jamais entendue. » Elle rit. « C’est aussi idiot que de faire une offrande à Apollon… tu pourrais aussi bien me dire que les bébés ne poussent pas dans les choux. »

Gabrielle sentit que Xena soupirait et elle leva la tête pour regarder son âme sœur. La guerrière la regardait avec un air désespérément impuissant et elle finit par  craquer. « D’accord… d’accord… » Elle regarda Silvi. « Silvi… les bébés ne poussent pas dans les choux… ils grandissent dans les gens. » Elle tapota son ventre. « J’en ai un juste ici. »

La mâchoire de la princesse tomba. « Tu veux rire. » Elle fixa la taille mince de la barde. « C’est impossible. »

« Non ça ne l’est pas… ils commencent très petits… et ils poussent. En environ… » Elle regarda Xena avec incertitude. « Combien ? »

« Environ deux mois », répondit tranquillement la guerrière.

« Ouaouh… d’accord, en environ deux mois, ils commencent à être assez grands pour que ça se voie », continua Gabrielle.

Silvi se frotta le front. « Vous… vous êtes sérieuses sur tout ça », marmonna-t-elle. « Est-ce que tout le monde m’a menti toute ma vie ? Ou bien est-ce un autre mensonge ? »

« Silvi… » Gabrielle la fixa. « Les gens disent des choses aux autres gens… qui ne sont pas vraies… parce que parfois les vérités sont soit trop compliquées soit trop douloureuses à dire. » C’était une vérité qu’elle avait appris à connaître cette dernière année. « Et, quand les gens t’aiment vraiment, vraiment, il leur est impossible de te dire des choses qui te feraient du mal… alors ils doivent mentir parce qu’ils en arrivent à un point de choisir ce qui te fera le plus mal, te mentir ou bien que tu connaisses la vérité. »

Elle pouvait sentir le cœur de Xena battre contre sa joue et elle glissa une main vers le haut, couvrant celle de la guerrière, leurs doigts entrelacés.Est-ce que tu écoutes ? Je l’espère. « Et quandtu y penses comme ça, Silvi… tu comprends que quand les choses sont faites ainsi parce qu’on t’aime, alors les mensonges peuvent être pardonnés. »

La jeune fille fixa le sol puis très lentement, elle leva les yeux vers elle. « C’est… une très belle chose que tu dis, Gabrielle… mais… mon oncle ne m’a jamais aimée. » Elle mit ses mains sur ses cuisses. « Je me disais que je savais ce qu’était l’amour… mais d’être assise ici, et de vous regarder… j’ai fini par comprendre que je ne l’ai jamais su. » Elle se leva. « Est-ce qu’Elanora est déjà au courant ? »

Xena secoua la tête.

« Je vais aller l’informer. » La princesse tira sur sa robe. « Elle sera surprise, je n’en doute pas. » Elle se retourna et glissa vers la porte, se retournant en l’atteignant pour les regarder. La dernière lueur du soleil couchant éclairait le fauteuil, créant un halo cramoisi autour de la tête sombre de Xena et envoyait les traits acérés de la guerrière dans l’ombre. « Merci… pour toute… l’information. »

« Silvi. » La voix basse de Xena fit frissonner l’air entre elles et la lumière basse de la pièce envoya des étincelles de ses yeux bleus. « Il t’aime. »

La jeune fille se figea et la regarda. « Il te l’a dit ? »

Un sourire, visible tel un éclair blanc contre la peau bronzée. « Nous sommes assez semblables pour que je le sache. »

Silvi eut l’air plus heureuse tandis qu’elle relâchait un souffle puis elle se retourna et passa la porte.

Qui se referma derrière elle laissant deux paires d’yeux se regarder sérieusement. « Est-ce qu’on a fait ce qu’il fallait ? » Demanda doucement Gabrielle.

Xena pinça les lèvres et garda le silence quelques secondes ensuite elle hocha fermement la tête. « Oui. » Elle attira la barde plus près et posa son menton sur la tête blonde. « Tu avais raison… c’était mieux qu’il parte et lui laisse quelques illusions, plutôt que de rester et qu’elle découvre quel serpent il était vraiment. »

Gabrielle leva la main et regarda les derniers rayons de soleil la colorer de doré et de rouge, tandis qu’elle capturait la lumière dans sa paume. « J’ai mal pour elle », dit la barde d’un ton songeur, tranquillement. « Tout son monde est bouleversé. » Elle leva les yeux. « J’espère qu’elle aura autant de chance que moi. »

Un éclair de souvenir de l’année précédente traversa l’esprit de Xena et elle se demanda, brièvement, si ‘chance’ était le terme que la barde souhaitait vraiment employer. Puis elle regarda l’air content et paisible sur le visage de Gabrielle et accepta le fait que c’était bien ça. « Demain matin, j’organise une session avec toutes ces chemises à froufrous… je transmets la régence et nous filons d’ici. Qu’en penses-tu ? »

La barde hocha la tête. « Oui… je veux dire… » Son regard scruta la pièce. « Le lit est sympathique… et j’aime bien la baignoire… mais… il faut que je te dise, Xena… les sangliers dans la nature sont plus malins que la plupart de ces gens. »

Elles rirent ensemble. « Tu as hâte de voir les Amazones ? » Demanda Xena nonchalamment. « J’ai promis à Pony une revanche sur cette compétition d’archerie. »

« Oui… » Gabrielle sourit. « Je suis contente que tu sois d’accord avec ça… nous allons essayer d’aller chez Jessan après le festival ? Je veux vraiment voir ses enfants. » Elle joua avec le col de la tunique de Xena. « Et… je voulais poser à Wennid… quelque questions au sujet de… tu sais… ce que nous pouvons attendre… ce genre de choses. »

Xena y réfléchit. « Je ne vois pas pourquoi on n’irait pas… », répondit-elle. « Je ne pense pas que le temps sera moins mauvais que l’an dernier… on devrait bien voyager. » Elle haussa les épaules. « On y serait allées d’abord s’il n’y avait pas eu ce petit détail… si on y va maintenant on va rater le festival et je sais qu’on n’y survivra pas, alors… »

« Mm. » Gabrielle rit doucement. « C’est vrai… mais tu sais quoi ? Je vais vraiment m’amuser là-bas, mais j’ai aussi hâte de rentrer à la maison… j’ai rêvé de notre chalet hier soir. »

« Oui… moi aussi », murmura Xena, surprise. « J’étais… hum… assise dans ce fauteuil près de la fenêtre… il pleuvait… et je réparais un piège… tu étais… hum… »

« Assise devant le feu à lire un rouleau », murmura la barde, ses yeux s’agrandissant. « J’étais… » Sa main tomba sur son estomac. « C’était à des mois de maintenant… je pouvais sentir le bébé bouger. »

Les yeux de Xena étaient maintenant tout ronds. « Tu m’as appelée pour que je le sente. »

Elles se regardèrent. « Ouaouh », dit Gabrielle dans un souffle. « Xena, c’est très étrange… nous avons fait le même rêve. »

« Oui. » La voix de Xena était très douce. « Etrange… mais c’était agréable… je me souviens m’être sentie vraiment heureuse. » Elle baissa les yeux. « Hé… peut-être que c’est un présage, hein ? » Un sourire hésitant passa sur ses lèvres.

Gabrielle posa sa tête, se souvenant. Il y avait eu de la paix dans le rêve qui l’avait vraiment séduite. Elle se souvenait clairement d’avoir levé les yeux de sa lecture et d’avoir jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, et le sentiment bizarre et étrange d’un mouvement en elle. Etait-ce un présage ? Elle se souvint de l’air ouvert et ravi de son âme sœur quand elle l’avait appelée, et elle l’espérait avec ferveur. « Peut-être… ça paraissait tellement réel. »

« Ils ont allumé le bûcher de Gar cet après-midi », dit Xena tranquillement. « J’ai pris des cendres… je me dis que je pourrais au moins rapporter une partie de lui à la maison. »

Gabrielle la tapota doucement. « Je suis désolée… j’aurais aimé être là avec toi. » Elle devint silencieuse en réalisant quand elles s’étaient trouvées ensemble devant un bûcher. C’est peut-être mieux que je n’y sois pas allée, songea-t-elle. Par les dieux… ça fait encore mal, pas vrai ? Si elle fermait les yeux, elle pourrait encore sentir la chaleur de ce double feu contre son corps et entendre la voix d’Ephiny trembler au-dessus des flammes crépitantes.

Elle pouvait encore sentir le déchirement de son âme quand Xena s’éloigna.

Les larmes s’échappèrent de ses yeux tandis qu’elle était incapable de repousser le souvenir et elle sentit le battement de cœur de la guerrière doubler soudainement alors que Xena ressentait sa détresse.

« Hé… hé… » La guerrière lui prit la mâchoire et tourna son visage avec anxiété. « Gab ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » La panique monta dans la voix habituellement ferme. « Est-ce que je… je veux dire… tu voulais y être ? Je te connais… je veux dire que je sais que tu ne l’aimais pas… j’ai juste… je t’ai cherchée, mais… je… Gabrielle ? »

Calme-toi. La barde déglutit et captura la main de son âme sœur pour s’y raccrocher. Calme-toi et détends-toi… c’est fini. C’est du passé. « Désolée. » Elle prit une inspiration tremblante. « Juste de mauvais souvenirs. »

Le silence. Puis la sensation d’une main qui lui caressait doucement les cheveux. Elle renifla et passa la main derrière Xena, l’étreignant aussi fort que possible. La guerrière la serra à son tour. « Xena ? » Murmura-t-elle.

« Mm ? » Une réponse basse et grondante, sentie plus qu’entendue.

« Ne me laisse jamais. »

« Gabrielle, je te jure…»

« Non… pas ça… pas… ce genre de départ. » Gabrielle était consciente de frissonner.

Et ensuite, une chaleur solide et merveilleuse l’entoura, coupant jusqu’au cœur de la glace qu’elle ressentait en elle et la faisant fondre comme si elle n’avait jamais été là. « Jamais. » Le mot la rassura et elle le prit, le mettant de côté dans les endroits sombres qui la hantaient encore.

« C’était le bûcher ? » La voix de Xena à nouveau, très douce.

Elle hocha la tête contre sa compagne. « Oui… ça m’a touchée au mauvais endroit… c’était une de rares fois de ma vie où je pensais sérieusement à… simplement abandonner. »

« Oui. » La voix de Xena craqua. « Moi aussi. » Elle soupira. « Je… j’avais trouvé cette petite grotte… pas loin du village… cette première nuit… et… » Une longue pause. « Et j’étais… assise contre le mur, là dans l’obscurité… avec mon épée pressée contre mon ventre… mes mains tremblantes sur la poignée… je voulais tellement en finir. »

Gabrielle calma tout y compris sa respiration. Je n’ai jamais pu lui poser de questions sur cette nuit-là. « Mais tu ne l’as pas fait… tout comme je ne l’ai pas fait. »

« Ça faisait tellement mal », dit Xena dans un souffle, à peine audible. « Mais je ne pouvais pas le faire… je ne pouvais pas… je savais que si je le faisais, ça signifierait que… je ne te reverrais plus jamais… plus jamais… et… j’avais tellement perdu… tellement… »

La barde sentit ses larmes mouiller la tunique de Xena. « J’ai failli te suivre pour te ramener. »

« J’aurais pu te tuer. » La voix était faible.

Gabrielle hocha la tête d’un air las. « Je le sais. » Mais curieusement, elle ressentait une paix tranquille. « Mais c’est du passé maintenant… et je… c’est ici que je veux rester. » Les doigts de Xena essuyèrent les larmes sur son visage. « Désolée. »

« C’est bon », répondit Xena calmement. « C’est mieux de le laisser sortir… il nous est arrivé pas mal de désagréments. »

La barde hocha la tête. « Je sais… en plus, les bonnes choses pèsent plus que les mauvaises. »

« Ah oui ? » La guerrière lui caressa les cheveux.

« Mm… par exemple t’écouter essayer d’expliquer le sexe à Silvi. C’était un bon moment » se moqua la barde en repoussant les souvenirs obscurs à leur place. Elle tapota la poitrine de Xena, sentant l’humidité de ses propres larmes sous ses doigts. « C’était… très spécial. »

Xena se força à sourire. « Oui… et bien… je continue à penser qu’il s’agit de discussions sensibles. »

Gabrielle sourit. « D’accord », concéda-t-elle. « Je prendrai la suivante, d’accord ? »

« Conclu », répondit la guerrière. « Tu vas bien ? »

La barde hocha la tête. « Et toi ? »

Xena hocha aussi la tête. « Et si je nous trouvais quelque chose pour dîner et qu’on passe une nuit tranquille ici. »

Gabrielle se redressa. « Ce serait génial. » Elle se sortit à contrecoeur des genoux de la guerrière et se leva, étirant des muscles raidis avec un tressaillement. « Peut-être que je peux finir l’histoire que j’ai en cours… » Elle se laissa tomber sur le dos sur le lit, près d’un Arès endormi, qui leva la tête et lui lança un regard. Elle lui ébouriffa le pelage et il rampa pour venir mettre sa tête sur son côté et la lécher.

« D’accord… je reviens tout de suite », promit Xena. « Peut-être que je pourrai trouver des cerises. »

La barde sourit au dais. « Je préférerais une pomme. »


La lumière du matin se déversait par les portes avant ouvertes tandis que Xena arrivait à la chambre du Conseil, en direction de la cuisine du château. Elle entendit des voix s’élever dans la pièce et elle soupira, mais la lueur chaude qui était venue du réveil très affectueux de Gabrielle, lui faisait un bouclier de ce qui promettait d’être une session déplaisante.

La cuisine sentait le pain frais et les aromates et la guerrière s’autorisa un sourire nostalgique, en se souvenant de l’espace bien plus petit chez sa mère à Amphipolis. Elle repéra Grand-mère près du mur du foyer et elle changea de direction. La femme se retourna à demi pour attraper une jarre d’épices tandis qu’elle approchait et elle la vit arriver.

« Ah ! » La cuisinière lâcha sa cuillère et se frotta les mains sur son tablier. « Bonjour à toi, jeune pousse… j’ai entendu dire que tu avais remis l’endroit sur pieds, eh ? »

Xena haussa les deux épaules. « Quelque chose comme ça… oui… »

Grand-mère se rapprocha. « C’est vrai qu’ce salaud d’Edgecul a filé ? »

La guerrière hocha la tête. « Oui oui. »

« C’est vrai qui t’laisse en charge ? »

« Oui oui. »

« Ah… c’est vrai qu’t y a dit qu’tallais lui arracher les parties ? »

« Euh… non. » Xena se gratta la nuque. « Pas exactement. »

La vieille femme rit. « Mais tu diriges… là maintenant ? »

« Oui… pour un peu de temps… jusqu’à ce que j’entre là-dedans et que j’ajuste le tout », expliqua Xena. « Ensuite nous partons… je dois aller à un endroit. »

Grand-mère hocha la tête, son air blagueur parti. « Très bien alors… viens ici une minute. » Elle attrapa un bout de l’armure en cuir de Xena et tira, emmenant la guerrière derrière elle dans un petit local à provisions. Elle ouvrit avec soin une petite boîte plate et en sortit un parchemin et une plume. « Tu peux faire ça alors… c’est pas grand-chose et je pense pas que ça t’embête. » Elle tendit le rouleau.

Xena l’étudia le front plissé. « Grand-mère… le personnel ici est asservi ? ? ? » Elle leva un regard acéré. « C’est… par les dieux, tu aurais dû me le dire avant… j’aurais…»

Une main ridée se posa sur son bras. « Nan. » Grand-mère soupira. « La plupart d’entre nous… nous sommes vieux… c’est mieux qu’on reste où on est, eh ? Ils sont obligés de prendre soin de nous, jeune pousse… ils peuvent botter un homme libre, mais pas nous… et j’ai pas d’autre endroit où aller. »

La guerrière la regarda droit dans les yeux. « Ce n’est pas vrai. Tu as un endroit où aller si tu le veux. »

Un léger sourire plissa le visage de la cuisinière. « T’es toujours tout feu tout flamme, pas vrai. » Elle rit doucement. « T’as pas changé d’un poil, Xena… la dernière fois qu’j’t’ai vue c’est quand ces sauvages envoyaient des pierres sur tes cochons et que tu les poursuivais avec un bâton dans la porcherie. »

Xena s’autorisa un sourire radieux, brièvement. « C’était il y a bien longtemps », répondit-elle calmement. « Et j’ai parcouru un long chemin depuis. »

Grand-mère hocha légèrement la tête. « Oui… j’en ai entendu parler… mais c’qui est important, c’est qu’tu sois revenue à c’que t’étais. » Elle soupira et indiqua le parchemin. « Ces gamins… ils sont jeunes… ils peuvent encore faire quéque chose de leur vie… certains peuvent choisir d’rester ici… mais d’autres… »

La guerrière posa le rouleau et tendit la main. « Tu as une plume ? » Elle attendit que Grand-mère en sorte une de la boîte avec un petit pot d’encre. Xena plongea le bout de la plume dans l’encre et fit une pause, puis elle signa proprement au bas du document. « Je vois que le nom de Mestre se trouve ici. »

« Oui », dit Grand-mère, tranquillement.

« C’est une brave fille. » Le regard bleu se posa sur le visage de la cuisinière avec une grande intensité.

« Oui, c’est vrai », répondit celle-ci. « Elle a une bonne opinion de toi. »

Xena sourit. « Elle a décidé que je n’étais pas si mauvaise, hein ? » Elle souffla pour sécher sa signature et tendit le parchemin à Grand-mère.  « Voilà… est-ce que je peux échanger ça pour du pain que je sens en train de cuire ? J’ai promis à Gabrielle que je lui apporterai le petit déjeuner si nous devions être coincées dans cette pièce un moment. »

La cuisinière posa le rouleau avec soin, passa un doigt sur sa longueur avant de fermer le couvercle de la boîte. « Oui… bien sûr », finit-elle par répondre avec un trémolo dans la voix. « Viens avec moi, jeune pousse. »

Xena eut son panier de pains chauds, complétés avec un petit morceau de beurre de miel et quelques tranches épaisses et encore chaudes de jambon que Grand-mère avait réservées d’un rôti qu’ils avaient à l’instant retiré du feu. Elle repéra la barde qui se tenait près du mur du fond et qui parlait à une Silvi nerveuse, et elle se dirigea vers elles. Gabrielle portait ses vêtements de voyage et avait un bras enroulé autour de son bâton, mais c’était plus comme soutien pour son genou encore douloureux que pour un danger quelconque qui pourrait se trouver dans la chambre du Conseil.

Une discussion forte sortit de la pièce tandis qu’elle entrait et elle soupira. A y repenser, peut-être pas. Elle avait passé près d’une marque de chandelle à parler à Framna qui était un peu surpris de cette tournure prise par les événements et elle était satisfaite, à contrecoeur, de ses réponses, bien qu’elle eût souhaité un administrateur plus expérimenté pour la cité.

Et bien, c’est pour ça que le Conseil se réunit, je pense. Elle soupira intérieurement. Je ne suis pas vraiment heureuse avec Framna… mais bon, je n’étais pas heureuse du choix d’Edgevar non plus… le meilleur de deux maux, hein ? « Hé. » Elle se rapprocha de la barde et tendit le panier. « Comme promis. »

« Ooh. » Gabrielle regarda sous la couverture de tissu et lui lança un regard approbateur. « Génial… » Elle leva les yeux. « Tout se passe bien ? »

La guerrière remua sa main libre. « Oui… plus ou moins… J’ai obtenu de Framna qu’il accepte de reprendre le reste de l’armée de Gar… Lui et Bennu ont construit une sorte de relation de travail… je pense que ça va aller. » Elle ajusta son armure d’un haussement d’épaules et relâcha un souffle. « Allons… terminons-en. »

Les sons coléreux de la pièce se calmèrent quand elles entrèrent, la barde et la guerrière de chaque côté de la princesse menue, qui parvint tout de même à garder la tête haute tandis qu’elle était escortée à la table principale et s’asseyait.

Xena s’assit à sa droite, dans le siège d’Edgevar, et Gabrielle s’installa tranquillement près d’elle, le regard vert brume de la barde scrutant avec intérêt la pièce pleine de conseillers et de nobles. La guerrière trouva le regard de Framna à l’arrière de la pièce et elle le regarda tout droit, puis elle tourna la tête et regarda le fauteuil à la gauche de Silvi puis de nouveau vers lui. Un haussement de sourcil.

Il reçut le message et se fraya un chemin à travers la foule jusqu’à contourner la table d’un pas incertain et s’asseoir tranquillement près de Silvi. Xena lui adressa un regard approbateur puis elle se leva et mit les mains sur ses hanches, laissant ses yeux clairs scruter la salle. « Très bien. »

Ils la regardèrent à leur tour avec des degrés variables de crainte, d’intérêt, d’intrigue et d’outrage.

Xena fit un signe à la barde qui attendait. « Lis. »

Gabrielle se leva et déroula le parchemin, laissant son regard le parcourir un moment avant de prendre une profonde inspiration et de commencer à lire. Ses côtes ressortirent un moment et les muscles de son abdomen se tendirent, puis sa voix claire résonna sur la pièce silencieuse.

Que tous les présents sachent que, moi, Edgevar, régent d’Hélios, je suis arrivé au bout de mon long et noble service à la cité. En conséquence et pour marquer l’arrivée à l’âge requis de notre héritière royale, je me retire de la cité pour que les affaires puissent être traitées sans compromettre ma charge.

Par la présente, je renonce à toute réclamation relative au trône et je soumets gracieusement ma démission en tant que régent.

Parce que notre noble héritière n’est pas encore fiancée, je me sens honoré de fournir à la cité une main sûre et puissante jusqu’à ce qu’un tel arrangement puisse être trouvé. C’est ainsi que je proclame, sous mon dernier sceau, que le titre de régent, en mon absence, est transmis à la gracieuse et honorable Xena d’Amphipolis, jusqu’à ce que notre héritière puisse assumer sa charge.

Que Zeus vous protège tous.

Edgevar, Régent.

Gabrielle enroula le parchemin et le posa sur la table, puis elle lança un regard à Xena, s’assit et croisa les mains dessus. « C’est tout. »

Xena hocha la tête puis regarda la salle. « Des questions ? » Elle laissa sa voix tomber dans un grognement dangereux.

Il y eut moins de désapprobation dans la salle qu’elle ne s’y était attendue. Quelques visages étaient sombres, mais la plupart d’entre eux étaient soit pensifs soit franchement souriants. C’était une surprise. Un représentant des marchands réussit à croiser son regard et il cligna d’un œil. Xena laissa un sourire tirer ses lèvres d’un côté en réponse. « Hmm… ça ne s’est pas si mal passé », marmonna-t-elle à voix basse, ce qui lui valut un sourire de Gabrielle, rapidement masqué derrière une main.

« Et bien… c’était gentil de sa part, mais je pense que vous vous rendez tous compte que je ne suis pas du genre qui s’incruste très longtemps », finit par déclarer la guerrière, encore une fois surprise de la déception qui lui faisait face. « Votre princesse a accepté une offre de fiançailles de Framna ici présent, c’est donc un point à discuter quoi qu’il en soit. »

Un homme se leva, les mains dans sa ceinture et il leva le menton en s’adressant à elle. Il avait des cheveux aussi noirs que les siens et des yeux gris clair intéressants. « Et si l’armée revient ? Sans offense… » Il fit un signe de tête vers Framna. « Mais nous savons tous qui les a arrêtés. »

Ils se tournèrent tous vers Xena avec des signes de tête. Un marmonnement sourd d’approbation traversa la pièce. « Ecoute… » Continua l’homme. « Nous savons que… nous avons commis des erreurs, mais nous étions désespérés… la plupart d’entre nous… nous voulons juste un endroit où vivre en sécurité… et la paix dans nos vies… je n’ai pas dormi aussi bien depuis des années que la nuit dernière. »

Gabrielle regarda son âme sœur du coin de l’œil, la voyant dans la rare position d’être totalement déstabilisée. Xena s’était attendue à ce que toute la cité soit outragée de la défection d’Edgevar… elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’ils soient contents, ou qu’ils voudraient qu’elle reste. Mais hé… ce n’était pas des idiots, pas vrai, songea Gabrielle. Je la choisirais assurément plutôt qu’une gamine inexpérimentée et un type contre lequel son armée s’était mutinée.

Une partie d’elle souhaita que… brièvement, elles restent, juste un petit moment. Elle avait pu voir toute cette autre facette de son âme sœur et elle voulait l’explorer un peu. Xena avait accepté la vénération des troupes comme une éponge et elle sentait, tout au fond de son cœur, que c’était une chose qui manquait douloureusement à sa compagne.

C’était une chose qu’elle avait abandonnée en connaissance de cause et volontairement tandis qu’elles forgeaient leur vie dans une direction différente, et Gabrielle savait qu’elle faisait un choix en toute conscience ce faisant, mais…

Mais.

Xena prit une inspiration et se pencha en avant, posant son poids sur le bout de ses doigts. « Je suis… contente d’avoir apporté mon aide », commença-t-elle lentement. « Je sais que la plupart d’entre vous ne s’attendait à rien de bon quand Garanimus m’a fait venir… mais les choses ont bien tourné. » Elle fit une pause et se redressa, sentant leur attention se focaliser sur elle.

Ils lui faisaient confiance. A l’arrière de la pièce, se tenait Bennu, une expression de loyauté tranquille dans ses yeux chaleureux. Il était flanqué de deux de ses sergents, leur armure brillant doucement dans la lumière de la torche. Fiers.

Pendant un instant, elle hésita, voyant un endroit agréable et sécurisé, plein de réconfort, de compagnie pour Gabrielle, où la barde pouvait montrer ses talents et être entourée du genre de petits soins qu’elle pensait que sa compagne méritait. Elle jeta un coup d’œil sur sa droite et croisa le regard vert brume qui la regardait avec foi.

Le pouvoir lui était servi sur un plateau, l’opportunité d’exercer des talents qu’elle avait tranquillement laissés rouiller. Une armée à diriger, des conseils à présider. Le respect. L’honneur.

Non… c’est comme ça que ça commence, pas vrai ? Tu voulais juste protéger Amphipolis. Que va-t-il se passer si tu décides de ‘protéger’ cet endroit ? Quelques cités autour, pas bien défendues… des prises faciles. Elle se tourmenta elle-même sombrement. Trop de tentations. « Je suis contente d’avoir arrangé les choses ici, mais j’ai des affaires à régler… et une maison à retrouver. »

La déception. « Amphipolis n’est pas loin d’ici », leur rappela Xena. « Je garde trace de mes amis. »

Encore des grognements, mais ils semblaient prendre les choses un peu mieux. « Bennu, viens par ici. »

L’homme grand avança d’un pas nonchalant, un petit paquet sous le bras. « Oui ? » Il arriva devant elle, sa tête bien redressée.

« Avez-vous fini le vote ? » Demanda la guerrière tranquillement.

« Oui », répondit-il tout aussi tranquillement. « On aimerait rester. »

Un murmure parcourut à nouveau la salle.

Xena hocha la tête. « Vous allez garder cet endroit propre », l’avertit-elle. « Autrement… »

Il lui sourit. « Oui, Génr’l. »

Elle lui sourit puis leva les yeux. « Vous avez besoin d’une force de défense. Je sais que celle-ci n’est pas ce à quoi vous vous attendiez, mais ce sont de bons gars, la plupart d’entre eux ont des talents secondaires que vous trouverez utiles », informa-t-elle les conseillers. « Ce sont des fermiers et des menuisiers, des travailleurs du cuir… certains sont forgerons… ne les gâchez pas. »

« Et si… ils commencent à se comporter comme avant ? » Objecta l’homme aux cheveux noirs. « Harcelant les marchands et saccageant la cité… alors quoi ? »

Bennu se tourna et lui fit face avec dignité. « On jette pas de la merde dans son propr’lit », dit-il. « Mais ça se pourrait dans un endroit qu’on visite juste. » Il regarda par-dessus son épaule. « En plus… j’veux pas qu’le génr’l revienne me botter le cul. »

Xena lui lança un sourire franc. « Petit malin. »

Avec hésitation, des hochements de tête parcoururent la salle. « Nous… » Un petit homme trapu avec les mains tachées de terre d’un fermier se leva avec précautions. « Y a des terres en jachère à une lieue de la ville… on cherchait quelqu’un pour s’en occuper… la plupart d’entre nous ont peur d’aller là-bas parce que c’est à la frange… il y a eu des brigands. » Il regarda Bennu. « Si quelqu’un de chez vous est intéressé… envoyez-le-moi. »

La guerrière croisa les bras sur sa poitrine et eut un sourire chaleureux et approbateur pour le fermier. La plus grande partie de l’armée était constituée de cadets, avec aucune chance d’avoir une terre à la maison, elle savait que certains, au moins, sauteraient sur l’occasion.

Bennu hocha la tête. « Oui… je le f’rai. » Puis il se retourna et fit face à Xena. « Génr’l… j’peux vous d’mander une faveur ? »

Le silence tomba alors qu’ils écoutaient tous avec intérêt. Xena fit une pause puis hocha la tête avec prudence. « Bien sûr. »

Il s’avança et prit le paquet de sous son bras, le séparant en deux et déroula un des morceaux. L'étendard de Garanimus, une dague noire sur un champ rouge. « Je… sais que vous emportez un peu d’lui à la maison avec vous… je pensais… que vous pourriez prend’ça aussi. »

Xena contourna la table et se mit à son niveau puis elle tendit la main et prit l'étendard poussiéreux. « Très bien », répondit-elle tranquillement en posant le tissu sur son épaule. « Je vais le faire. »

Bennu hocha la tête et prit une inspiration nerveuse. « C’est pas… ah… si on doit rester ici, c’est pas un bon drapeau de toutes les façons, eh ? Sanglant et tout. » Il s’éclaircit la voix. « J’étais… j’veux dire… on… » Son regard alla vers les deux sergents, puis de nouveau vers elle. « On s’demandait… si ça vous embêtr’ait… beaucoup… si… on utilisait çui-là à la place. »

Il déroula le second paquet, un tissu sombre, noir comme l’encre, coupé en deux par une tête de faucon jaune.

Xena aspira de l’air, surprise. Son étendard. Elle le regarda, figée pendant un long moment. « Je n’ai pas vu ça depuis longtemps », murmura-t-elle.

Bennu le regarda, drapé sur ses grandes mains. « C’était à Gar… il le sortait quelquefois… il nous racontait des histoires. »

La guerrière toucha le tissu qui, à voir sa propreté, avait été bien conservé. Oh Gar. Elle se souvint du blondinet qu’il avait été et elle serra la mâchoire. « Il y a… beaucoup de gens par ici qui ne voient pas ceci comme un blason honorable, Bennu. »

« Oui… et ben… ils ne vous connaissent pas, je pense », répondit le soldat avec un sourire. « On peut ? »

Tout comme un petit garçon. Xena soupira. Une part d’elle était intensément flattée. Une part d’elle était circonspecte à l’idée que ce drapeau flotte à nouveau. Mais elle regarda Bennu dans les yeux et se rendit compte que peu importe quelle réponse elle allait donner, elle allait y laisser une partie d’elle-même. « Bien sûr », finit-elle par répondre. « Peut-être que vous allez lui donner une meilleure réputation. »

Il sourit. « Merci, génr’l. » Il se retourna et leva le pouce en direction des sergents. Puis il se tourna à nouveau et regarda par-dessus l’épaule de Xena tandis que Gabrielle s’avançait tranquillement pour regarder le drapeau.

« Prenez soin de ceci », dit la barde avec une douce étincelle dans les yeux. « Elle ne le donne pas à la légère. » Elle leva la main et tourna ses phalanges vers l’extérieur au niveau des yeux de Bennu et elle le regarda se concentrer sur la chevalière qu’elle portait.

Le visage de celui-ci se plissa dans un large sourire. « Alors, encore plus… » Il regarda Xena silencieuse. « Elle travaille sur vot’réputation aussi ? »

La guerrière mit le bras autour des épaules de sa compagne. « Elle l’a réhabilitée toute seule, en fait. » Elle tendit sa main libre. « Bonne chance, Bennu. »

Il lui attrapa le bras dans une prise ferme. « Vous aussi, génr’l… v’nez nous rendre visite des fois, eh ? »

« Bien sûr. » Xena le relâcha et son regard passa sur la pièce. « Très bien… la journée est belle et il est temps d’aller réparer cet endroit. Gabrielle et moi partons… le reste dépend de vous. »

Et lentement, ils se levèrent pour lui faire honneur.


La cour était grouillante d’activité, elles se tenaient à l’extérieur et Xena ajustait méticuleusement la selle d’Argo. La jumentattendait patiemment tandis que la guerrière tirait sur les attaches pour les resserrer et ajustait les boucles d’une main experte. Elle avait salué le personnel du palais et avait accepté, à contrecoeur, des petits cadeaux de départ de Framna et Silvi. Elles étaient maintenant relativement seules tandis que la cité tentait de revenir à la normale.

Gabrielle s’était assuré que tout était empaqueté et elle était appuyée sur son bâton, mâchant un des petits pains que Xena avait obtenu si utilement. La cour était remplie de soleil et elle prit une profonde inspiration de l’air frais, savourant la sensation de chaleur contre la peau de son dos et ses épaules pratiquement nues. « Prête ? » Demanda-t-elle tandis que la guerrière finissait de s’activer.

Xena lui sourit et leva les sacoches de selle pour les passer par-dessus l’arrière-train d’Argo et les installer. « Presque. » Elle lança un regard à la barde. « Tu es anxieuse de partir ? »

La barde avança d’un pas nonchalant, arrachant un morceau de son petit pain pour l’offrir à sa grande compagne. « Et bien… je ne suis jamais allée à un festival de moisson chez les Amazones… ça semble être joyeux. »

Xena accepta le morceau et le mâcha. « Joyeux… oui… ça devrait », admit-elle. « Tu sais, ils ont des gens plutôt intéressants qui tournent autour du festival et des unions pendant la fête. » Elle finit sa tâche et se hissa sur la jument, installant ses pieds dans les étriers, enroulant les rênes sur une main avant de tendre l’autre à Gabrielle. « Allez. »

A sa surprise, la barde secoua la tête. « Je vais marcher… je veux me débarrasser de ces nœuds à mon genou. » Elle fit face à la brise et la laissa repousser ses cheveux. « Mmm… quelle belle journée. »

La guerrière la regarda. « Tu es sûre ? » Elle libéra ses pieds des étriers tout en regardant la barde faire un signe de tête. « D’accord. » Argo hennit quand elle glissa de son dos pour rejoindre son âme sœur. « Je suis sûre que je peux aussi trouver un nœud à détendre », l’informa-t-elle tout en commençant à marcher le long des grandes allées qui menaient aux portes de la cité.

Gabrielle lui lança un regard affectueux et la rattrapa, cassant un autre morceau de pain en deux avant de lui en tendre une portion. Tandis qu’elles avançaient dans les rues, elles attirèrent l’attention et Xena retourna un nombre surprenant de saluts amicaux.

Elles arrivèrent enfin aux portes et Gabrielle leva les yeux vers le portail abîmé par le feu qu’elle avait vu la dernière fois à la lumière de la torche. Les portes étaient ouvertes maintenant, laissant entrer et sortir les flots de travailleurs qui rebâtissaient le marché, et les dommages sur les tours de guet étaient en cours de réparation.

D’un côté des portes, quelques travailleurs étaient agglutinés autour d’une surface en bois carrée, qui semblait porter des mots brûlés dessus. Ils la fixaient avec soin sur le mur intérieur et tandis que la guerrière et la barde s’approchaient, ils se retournèrent et les saluèrent.

Xena et Gabrielle échangèrent un regard et changèrent légèrement de direction jusqu’à être près du petit groupe. « C’est quoi ça ? » Demanda la barde en avançant à grands pas pour le voir. Les artisans qui travaillaient dur reculèrent et se frottèrent le front, se tenant fièrement tandis qu’elle lisait.

C’était une sorte de plaque, polie et recouverte de cuivre, avec des lettres brûlées dans le bois dur.

A cet endroit, deux nuits avant le Solstice d’automne, une armée belligérante fut stoppée par le talent et la férocité d’une seule guerrière qui sauva l’honneur de la cité et les vies de son peuple, sans même s’inquiéter de sa propre sécurité.

Ici, Xena d’Amphipolis a écrit une page dans notre histoire et nous a montré à tous le sens du mot courage. Nous l’honorons.

Gabrielle sourit et leva un pouce, puis elle se retourna et observa la rougeur visible sur le visage bronzé de son âme sœur. « J’adore ! » Elle retourna vers l’équipement d’Argo et en sortit une feuille de parchemin et une plume. « Attendez… je veux m’assurer que j’ai bien tout pris. »

Un petit grognement émana de Xena qui réussit à faire un faible sourire aux artisans. « Hum… merci. » Elle se frotta les yeux pour tenter d’éloigner la rougeur de sa peau. Génial. Tout simplement génial. « Gabrielle… il faut qu’on y aille.”

« Mmph ? » La barde prit la plume qu’elle serrait entre ses dents alors qu’elle étalait le parchemin sur une pierre. « Il me semble que tu as dit qu’on n’était pas pressées ? » Elle regarda la plaque et commença à recopier les mots. « Ça va faire une superbe fin pour l’histoire. »

La guerrière soupira et se détourna, les bras posés sur le dos d’Argo, regardant quelques oiseaux qui passaient au-dessus. Quelques instants plus tard, la barde lui tapota le dos.

« J’ai tout… d’accord… allons-y », dit-elle joyeusement. « Une fin parfaite… » Elle remua la main tandis qu’elles reprenaient la route vers le portail. « Et tandis qu’elles arrivaient aux portes… on élevait une plaque… »

« Gabrielle… »

« Honorant le courage de la grande guerrière… »

« GABRIELLE… »

« La cité est pour toujours redevable… ouille ! ! ! » Un trémoussement. « C’est pas juste… arrête ça… Xena ! » Un autre trémoussement. « Très bien… très bien… j’arrête ! »

Elles reprirent leur marche. « C’était quoi ce que tu disais sur les coutumes intéressantes des Amazones ? » Se souvint soudain Gabrielle.

Xena sourit, mais garda le silence.

« Xena ? » La barde marcha à l’envers tout en la fixant. « C’était quoi ? »

Haussement de sourcil noir. « Je présume que je pourrais être persuadée de me souvenir… pour un certain prix. »

« Un prix ! » La voix de Gabrielle était indignée. « Sûrement pas. »

Une pause. « C’est quoi le prix ? »

La guerrière montra le parchemin qu’elle avait rangé.

« Oh non. » Gabrielle secoua la tête. « Non non, Xena… je peux juste attendre d’arriver chez les Amazones et demander à Ephiny. »

Un haussement d’épaules. « D’accord », répondit aimablement Xena tandis que la poussière de la route commençait à monter sur ses bottes et que les bruits de la cité diminuaient derrière elles. C’était une belle journée, ensoleillée et avec une touche de fraîcheur dans l’air pour leur rappeler que l’été était presque fini. Les champs de chaque côté de la route envoyaient une odeur lourde de blé avant la moisson et la brise qui soulevait leurs cheveux était épaisse d’odeurs riches de verdure.

Dans le silence, seuls les sabots d’Argo semblaient très bruyants. Arès trottinait un peu à l’écart de la route, chassant les lapins, et leurs bottes légères ne faisaient qu’un bruit léger de frottement. Occasionnellement, le léger tintement de l’équipement d’Argo résonnait tandis que la jument jouait avec, sa tête montant et descendant en rythme avec leurs foulées.

Tout était calme et très paisible.

« Très bien », grogna Gabrielle en tendant le parchemin. « Mais ça ferait mieux d’être de bonnes choses. »

Xena sourit. Ça a pris un quart de marque de chandelle de plus que je ne le pensais… elle s’améliore. « Qu’est-ce que tu veux entendre en premier… celle où tout le village t’embrasse ou bien celle où tu es pendue par tes chevilles ? »

Un silence de mort. « QUOI ? ? ? ? »

Xena rit. La journée allait être géniale.


FIN

 

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12 mars 2017

D'une pierre deux coups !

mar

Pour m'excuser de ne pas avoir fait d'édition depuis ... janvier (!), voici deux parties de Chose promise, chose due, de Missy Good !

Traduction toujours assurée par Fryda, merci à elle !

 

Kaktus

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Chose promise, chose due, 9ème partie

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

9ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

L’écurie avait été transformée en dispensaire de fortune vu qu’il y avait plein de place là-bas et que c’était tranquille. Des paillasses avaient été installées en hâte pour les quelques blessés de leur armée et une zone séparée mise en place pour les blessés de l’armée ennemie qui étaient tombés à l’intérieur des portes.

Deux des guérisseurs de la cité travaillaient avec le grand homme maigre qui servait comme premier infirmier de l’armée et ils étaient agenouillés au-dessus d’une paillasse dans le coin, largement couverts de sang. Tandis que Xena et Gabrielle approchaient, le plus proche poussa son partenaire et ils bougèrent pour lui faire de la place.

Xena se laissa tomber sur sa genouillère près du seigneur blessé et elle mit une main couverte de sang sur le bord de la paillasse. Les yeux de Garanimus étaient à demi ouverts et il avait une main enroulée près de sa cage thoracique, où une énorme blessure envoyait du sang en abondance. Il se concentra lentement sur son visage et un tout petit sourire en coin apparut au bord de ses lèvres. « C… c… c’était b… bon… d’être… » Son autre main trouva avec peine les siennes. « Du côté… qui gagne… encore… une fois. »

« Espèce de fou. » La guerrière soupira lourdement. « Bon sang, Gar… qu’est-ce que tu croyais faire, par Hadès ? » Elle ne tenta pas de recouvrir la blessure, voyant instantanément que c’était sans espoir.

« L’his… toire de ma vie. » Il toussa. « Failli m’en sortir, Xe… » Son visage se plissa dans une grimace. « Failli…»

« Bon sang », jura doucement Xena, consciente de la douce main sur son épaule. « Depuis quand un seigneur de guerre sort sur le front, hein ? C’était quoi ça, Gar ? » Elle tendit la main sur un point de pression, soulageant un peu de sa douleur.

« J’… oublié… que tu… pouvais faire ça, Xe… » Il cligna des yeux vitreux. « Tu… tu veux que je… salue quelqu’un… au Tartare ? » Un sourire fantomatique.

Le visage de Xena se raidit. « Je te verrai là-bas un jour, Gar… on parlera. » Elle sentit les doigts de Gabrielle se serrer convulsivement, mais elle repoussa la sensation hors de sa conscience.

Il hocha faiblement la tête. « Ça sera comme au bon vieux temps. » Ses doigts se resserrèrent sur les siens. « Désolé de t’avoir trahie, Xe… merci… d’être venue. » Une longue pause. « J’tai… laissée… avec le bazar… désolé… » Son souffle tremblait. « Mais… j’ai… j’ai une histoire géniale… à leur raconter… quand j’y serai. »

La guerrière entoura ses épaules de son bras puissant et l’attira contre elle en réconfort, tandis que son corps s’arquait de douleur. Il lâcha un cri silencieux et enfouit son visage dans son armure, ses doigts fouillant son bras. « Doucement », murmura-t-elle. « C’est presque fini. »

Un dernier tressautement et son corps se détendit, s’affalant sur Xena sans vie. Elle le fit rouler et redressa ses membres maintenant immobiles, tendant la main pour lui fermer les yeux avec des doigts légèrement tremblants. « Au revoir, Gar », murmura-t-elle doucement. « Que ton passage soit bon. »

Les guérisseurs étaient silencieux et ne la regardaient pas et elle posa ses avant-bras sur son genou pendant un long moment avant de souffler. « Préparez son corps pour un bûcher. »

Le plus vieux des guérisseurs leva les yeux. « Tu vas prévenir ses proches ? »

Xena étudia ses mains tachées. « Il n’en a pas. » Elle fit une pause. « C’est un orphelin… ses parents ont été tués dans un raid en même temps que ses frères et sœurs, quand il avait dix ans. »

Un silence embarrassé s’installa. « D’où est-ce qu’il vient ? » Demanda Gabrielle pour le briser.

Xena leva le bord de la couverture et lui en couvrit le visage. « D’Amphipolis », répondit-elle tranquillement.

Sur ces mots, elle se leva et prit une inspiration, la tête tournée vers la porte. « Je dois aller parler à Framna. »

Gabrielle garda le silence tout en suivant sa grande compagne pour passer la grande porte de l’écurie et traverser la petite cour. A mi-chemin, Xena changea de route et alla au puits, tira le seau avec des gestes courts et brusques, et elle fit couler l’eau dans une légère éclaboussure. Elle but les yeux fermés, mais Gabrielle pouvait voir que ses mains tremblaient.

« Hé. » La barde posa affectueusement la tête sur une épaule raide et passa le bras autour d’elle. « Je suis désolée. »

Xena laissa la louche tomber dans le seau et se retourna pour s’asseoir sur le bord du puits et poser les coudes sur ses genoux. « Personne ne devait être blessé, Gabrielle », dit-elle doucement.

« Je sais. » Gabrielle lui massa le dos. « Je ne savais pas qu’il était de chez nous. »

Un léger hochement de la tête sombre. « Il n’était… qu’un gamin… quand il m’a suivie », murmura-t-elle. « Je pense qu’il l’a fait parce qu’il n’y avait plus rien pour lui… ou peut-être que… qu’il pensait que c’était excitant… » Une longue pause. « Il n’a jamais été un grand combattant… il était plutôt paresseux… il adorait faire un grand score et s’allonger après pendant un moment. »

« Vous avez dû vous battre comme des Amazones et des Centaures, alors », répondit Gabrielle avec prudence, repoussant les cheveux de ses yeux.

« Mmm », acquiesça Xena doucement. Puis elle soupira d’un air las et se leva. « Allons en terminer avec… » Elle baissa les yeux. « Il faut que je… » Son corps était couvert de sang et de morceaux de chair, et aussi de suie noire des feux. Elle ne finit pas ce qu’elle voulait dire, cependant, et se contenta de secouer la tête et de se mettre à marcher.

Gabrielle soupira puis attrapa son bâton et se dépêcha de la suivre.

Les deux gardes à l’extérieur des quartiers de Silvi se mirent au garde-à-vous tandis qu’elles se dirigeaient vers la porte, leurs regards posés avec avidité sur Xena tandis qu’elle approchait. « Sont dedans, général », dit le plus grand des deux, une note nerveuse dans la voix. « Sont surveillés par quatre gardes. »

« Merci », répondit Xena. « Ouvrez la porte. » Elle attendit qu’ils obéissent puis elle entra avec Gabrielle sur ses talons.

Dedans, Silvi était assise sur une banquette, son visage couvert de larmes, coléreux et inquiet, et les quatre soldats avaient coincé Framna et l’avaient attaché à une colonne. Son visage montrait que son traitement n’avait pas été très gentil. Les soldats se retournèrent quand elles entrèrent et sourirent.

« Tiens… toi et ton armée puante… z’étiez pas d’taille contre not’général », grogna le plus vieux des gardes. « Espèce de salopard sans os. »

Framna regarda la grande guerrière sombre qui lui faisait face, tout épuisement en elle évanoui, son regard froid et attentif cloué sur lui fermement. Elle était pratiquement couverte de la tête au pied de chair et de sang de la bataille, mais elle bougeait avec la grâce aisée d’un grand félin tandis qu’elle se concentrait sur lui et avançait.

Xena s’arrêta à quelques centimètres de lui et mit les mains sur ses hanches. Et elle se contenta de le fixer.

« Je n’ai pas ordonné ça », dit le grand seigneur de guerre d’une voix rauque. « Linnéus agissait pour son propre compte. »

Un clignement des yeux bleu clair. Les armées se retournent parfois contre leur commandant, tu te souviens, Xena ? « C’est ce qu’il a dit », répondit la guerrière.

« Amène-le ici… il te le dira », insista Framna. « Je ne savais pas. »

« Je ne peux pas », répondit calmement Xena. « Il est mort. »

Le silence.

« Je lui ai coupé la tête. » La voix douce et neutre continua. « En même temps qu’à deux cents autres… alors tu ferais mieux d’espérer que tu ne savais rien, parce que si c’était le cas… et que ce sang versé est sur tes mains… je vais les couper. » Cette dernière phrase fut dite avec un feulement.

Les narines de Framna s’écartèrent largement. « Deux cents morts ? »

« J’ai arrêté de compter après ça », répliqua Xena d’un ton neutre.

Ses yeux marron s’assombrirent. « Je vais sortir leur parler. Leur dire de se rendre », marmonna-t-il calmement.

« Oh oui tu vas le faire », répliqua la guerrière. « Ou bien je vais sortir m’occuper d’eux, compris ? »

Framna la regarda. « Je n’ai pas compris avant. Maintenant je comprends. »

Xena hocha la tête et tourna son attention vers la princesse qui détourna les yeux. « Ils ont détruit toute la place du marché… beaucoup de gens sont morts là-bas », dit-elle à la jeune fille d’un ton brusque. « Et le portail a été un peu endommagé par le feu, mais autrement… » Elle soupira. « Ta cité est en un seul morceau. »

Silvi la fixa. « Ils étaient supposés être nos amis. »

Gabrielle s’approcha d’elle et s’agenouilla. « Ça ne s’est pas passé comme ça, Majesté. »

La jeune fille plongea son regard dans les yeux vert brume avec un air abattu. « Tu avais raison », dit-elle tristement à Gabrielle. « Tout est dans la façon dont on regarde les choses, pas vrai ? » Son regard alla vers Framna puis se baissa. « Je pensais que tu étais folle… mais tu ne l’es pas. »

« Et bien… » La barde regarda son âme sœur s’approcher du seigneur de guerre captif et lui parler à voix basse. « J’ai vu beaucoup de choses… mais je ne crois pas qu’il savait que ça allait se produire. »

Les jolis yeux se clouèrent sur elle. « Vraiment ? »

Gabrielle lui fit un sourire. « Vraiment », répondit-elle. « Xena le pense aussi. »

Silvi observa la grande ex-seigneur de guerre. « Elle a tué tous ces gens, pas vrai ? »

La barde soupira. « Elle… a fait ce qu’il fallait, oui. »

La princesse la regardait pleinement maintenant. «Tu as combattu aussi ? » Elle toucha la tunique d’un doigt. «Tu es toute sale. »

« Je… je me suis battue, oui », admit Gabrielle. « Habituellement… je traîne près de Xena… je m’assure que personne ne la frappe par-derrière, ce genre de choses. »

Silvi la fixa pensivement. « Ce n’est pas dangereux ? Tu pourrais être tuée. »

Gabrielle se sentit épuisée. « C‘est dangereux… mais je fais vraiment attention, et Xena me surveille aussi en quelque sorte. » Elle leva les yeux en sentant une ombre passer sur elle et son regard fut capturé par des yeux bleus sérieux. « On a fini ici ? »

« Pour l’instant », répondit sa compagne, en s’accroupissant près d’elle. « Il est temps de faire le ménage. » Elle posa son poids sur un genou et croisa les yeux las de la princesse. « Garanimus est mort. »

Silvi hoqueta et se couvrit la bouche de ses petites mains. « Je le détestais », lâcha-t-elle dans un souffle. « Et maintenant il est parti… je suis contente. »

Xena baissa le regard vers le sol et secoua la tête, puis elle se mit debout et tendit une main à Gabrielle. La barde l’accepta et se laissa relever en s’équilibrant avec son bâton. « Ouille. » Elle tressaillit légèrement. « J’avais oublié ça. »

Elles descendirent les couloirs qui menaient à leurs quartiers et Gabrielle fut contente que sa compagne ralentisse volontairement son pas. « J’ai arrêté de penser à ce genou stupide pendant la bataille », commenta-t-elle en levant les yeux.

Xena cligna des yeux plusieurs fois. « Oui… » Elle soupira lourdement. « C’est comme ça… on… perd trace des blessures jusqu’à ce que ce soit fini. »

Les yeux verts étudièrent son visage avec attention. « Et… c’est fini maintenant, hein ? »

« Oh oui. » La guerrière soupira tandis qu’elles atteignaient la porte et elle l’ouvrit pour laisser Arès passer devant elles. « Mais il y a beaucoup à faire… encore… je veux juste me débarrasser de ce sang. »

Un sourcil blond s’arqua tandis que Gabrielle acceptait le défi non dit. « Oui oui. » Elle posa son bâton près du lit et mit affectueusement les mains sur le dos de sa compagne. « Ne t’arrête pas. » Elle la poussa vers la zone de bains et se pencha rapidement pour enlever le bouchon du bassin d’eau chaude. « Viens par ici. »

Xena ôta mécaniquement sa cuirasse et la laissa tomber en plusieurs morceaux sur le sol pour rester dans sa seule combinaison en cuir, tandis que sa compagne la regardait. « Je suis dans un sale état, hein ? » Fit-elle remarquer d’un ton las en se regardant.

La barde se contenta d’avancer et glissa les bras autour d’elle, la serrant très affectueusement. Elle entendit le léger bruit de déglutition de Xena ensuite la guerrière lui retourna son étreinte. « Merci », murmura-t-elle dans l’oreille de la barde.

« A ton service », répondit Gabrielle puis elle se recula et détacha les lanières de la combinaison, la lui enleva et siffla de sympathie en voyant les marques sur le corps bronzé de Xena. « Ouille. »

« Mm. » Xena entra dans l’eau qui devint immédiatement rose et cramoisie tandis que le sang se détachait d’elle. Elle prit tranquillement le savon et commença à se nettoyer, frottant l’objet à l’odeur de propre le long de ses bras pour enlever des couches de suie et de sang. Elle était vaguement consciente de Gabrielle qui se glissait derrière elle et elle sentit les mains de la barde sur ses cheveux, mais les efforts de la nuit la rattrapaient maintenant. Elle ferma les yeux et essaya de cligner pour éloigner la lourdeur, mais avec peu de succès, et elle finit par les garder fermés, continuant à se laver au toucher.

« Xena ? » La voix de Gabrielle résonna dans son oreille.

« Oui ? » Elle ouvrit les yeux à contrecœur et regarda par-dessus son épaule, pour voir une expression inquiète sur le visage de la barde.

« Tout va bien ? » Les mains de la barde étaient douces sur la bosse de l’arrière de son crâne et elle rinça ses cheveux avec précautions.

Qu’est-ce que je peux admettre… sans l’inquiéter ? « Je suis un peu fatiguée », confessa-t-elle. « La nuit a été rude. » Et ça, jugea-t-elle, était particulièrement le problème… elle avait surchauffé son corps au-delà même de ses limites, à combattre… dieux… elle avait vraiment fait ça ? « Gabrielle ? »

« Hmm ? » La barde s’appuya à l’arrière de la baignoire et lui embrassa l’oreille.

« J’ai vraiment stoppé une armée ce soir ? »

Gabrielle posa la tête contre les cheveux noirs mouillés devant elle et soupira. « Oui, tu l’as fait. »

« Toute une armée ? »

« Entièrement, tigresse », l’assura la barde.

Elle réfléchit un long moment. « Pas étonnant que je sois aussi fatiguée. »

Cela produisit un tout petit rire de la part de la jeune femme qui mit un bras chaud autour de son cou. « Xena… Xena… Xena… allons, sors de cette baignoire et laisse-moi poser quelque chose sur ces coupures… dieux… je vais devoir en recoudre une demi-douzaine. »

Xena obéit en repoussant le souvenir de ce qu’elle avait fait et elle se concentra sur la chaleur du feu et combien c’était bon, quand Gabrielle l’entoura d’un tissu doux. « Assieds-toi », demanda la barde, ce qu’elle fit, posant sa tête contre le haut dossier du fauteuil, sentant à peine la piqûre tandis que des doigts doux s’occupaient de ses blessures.

Gabrielle œuvra rapidement, regardant d’un œil amusé son âme sœur abandonner la lutte pour rester éveillée. Les coupures étaient plutôt superficielles et les bleus pas plus que ce que Xena rencontrait habituellement. Ils ne l’inquiétaient pas.

«Tu as besoin de faire quelque chose avant d’aller dormir ? » Demanda-t-elle en réfrénant un sourire.

Les yeux bleus s’ouvrirent brusquement. « Je ne dors pas. »

La barde lui lança un regard.

« J’ai eu de la fumée dans les yeux… je les reposais juste », protesta Xena en levant les mains pour se frotter le visage. « Ça pique énormément. »

Gabrielle écarta les mains et examina l’endroit en question. « Ouaouh… oui… ils sont tout rouges », s’exclama-t-elle d’un ton d’excuse. « Dieux, Xena… tu dois souffrir. »

Elle reçut le haussement d’épaules attendu en retour. « Nan… je vais bien… c’est pas grand chose », lui dit la guerrière puis elle devint silencieuse et pensive, étudiant les petites écorchures sur ses phalanges.

Gabrielle continua d’œuvrer quand elle vit l’expression sombre planer sur le visage de son âme sœur et elle attendit un long moment avant de briser le silence. « Tu veux en parler ? » Un très, très vieux signal entre elles, pratiquement depuis le début de leur relation.

La guerrière la regarda en silence comme si elle débattait avec elle-même puis elle finit par parler. « J’ai mal dedans », dit-elle tranquillement. « Autrefois je vivais pour ressentir ce sentiment de rage absolue, Gabrielle… sachant qu’on ne pouvait pas m’arrêter… c’était incroyable. » Elle soupira. « Et maintenant, ça me laisse simplement avec un grand vide. »

La barde lui caressa la joue. « Tu as changé », répondit-elle, simplement.

Xena prit une inspiration. « Tu sais… je débattais de ça avec moi-même… mais d’être assise ici, à ressentir ce que je ressens maintenant… je sais que j’ai changé. » Un léger mouvement de la tête. « L’ancienne Xena serait en train de descendre quelques bières avec la troupe, exultant d’avoir tué les dieux savent combien d’hommes. » Son regard semblait se concentrer sur quelque chose au loin. « Ils pensent tous que j’ai fait quelque chose de grand, de merveilleux, Gabrielle. »

« Et ce n’est pas le cas. »

Le regard bleu croisa le sien. « J’ai massacré d’autres êtres humains. »

« Xena… » La barde se retrouva dans la bizarre position de défendre la violence. « Ils essayaient de te tuer, tu te souviens ? » Rappela-t-elle à la grande femme. « Et tout le monde ici, par ailleurs. »

« Je le sais. » Xena soupira. « Mais quel gâchis sans nom. »

« Mmm. » Une légère approbation. « Mais combien d’autres personnes seraient mortes si tu n’avais pas été là ? » Elle caressa la joue soyeuse. « Ces soldats avaient le choix, Xena… pas les citoyens… ils seraient allés dans ces faubourgs habités… tous ces fermiers innocents… et les enfants… ils seraient morts ou auraient été battus… leurs maisons incendiées… leurs possessions volées… »

Xena la regarda. « C’est malheureux que je n’aie pas pensé à ça pendant ces dix ans où je l’ai fait. »

« Xena. » Les yeux verts la réprimandèrent.

« Je sais. » La guerrière soupira. « C’était stupide et sans intérêt de dire ça. » Elle se laissa aller dans le contact avec Gabrielle. « Gar avait tort… il n’était pas du côté gagnant… il était du bon côté, pour changer. » Elle s’interrompit. « Et c’est bon à vivre. »

Le regard bleu se leva abruptement et soutint celui de la barde. « Tu sais quoi ? »

« Quoi ? » La barde passa de l’antiseptique sur une mauvaise entaille sur son cou.

« J’aime vraiment beaucoup être une héroïne. »

Gabrielle se figea et se contenta de la regarder. « Tu es en train, là maintenant, de décider ÇA ? »

Un léger mouvement de la tête. « Non… je suis juste en train, là maintenant, de l’accepter. »

La barde lui sourit. « Les miracles ne cesseront jamais. » Elle toucha le bout du nez de la guerrière avec un doigt joueur. « Comment te sens-tu… un peu mieux ? »

Un clignement des cils. « Oui… c’est… bon d’en parler », murmura-t-elle.

Gabrielle lui tapota le ventre. « Après trois ans, tu le comprends enfin. »

Xena sourit un peu et regarda ses mains bleuies et éraflées. « Merci de m’avoir supportée tout ce temps. » Elle frotta un peu de suie sur le front de la barde. « Il est temps pour ton bain, Rouquine »

« Je vais te dire une chose », répliqua la barde. « Je vais juste me laver et me changer, ensuite je reviendrai ici, nous partagerons un thé et je te raconterai une histoire. Qu’en penses-tu ? »

La guerrière la regarda avec affection. « Tu feras une maman super, tu le sais ? » Un pincement de tristesse nostalgique passa entre elles, reconnu, mais non dit.

« J’ai eu beaucoup d’entraînement ces trois dernières années », la taquina gentiment Gabrielle. « Jeune pousse. »

« Ouille. » Xena sentit une rougeur lui colorer la peau. « Pas toi aussi. » Elle baissa les yeux puis leva les mains. « Gabrielle, je ne suis pas jeune. » Une pause. « Et certainement pas une pousse. »

La barde rit et se leva. « Je… » La pièce tournoya et elle s’agrippa au dossier du divan tandis que Xena la rattrapait. « Ouaouh… » Murmura-t-elle tandis que le monde allait et venait. « Ça tourne. »

« Hé. » La voix de Xena devint acérée et elle ramena la barde sur le divan, avant de lui prendre le visage à deux mains, tapotant légèrement sa joue. « Reste avec moi. »

Gabrielle battit des cils et elle se retint aux avant-bras bronzés qui la retenaient. « D’accord… je suis là… » La poigne de Xena disparut un instant, la laissant déçue, puis elle revint.

« Tiens. »

La barde sentit des doigts sur ses lèvres et elle les ouvrit par pur réflexe, goûtant quelque chose de frais et sucré sur sa langue. « Mm. » Elle mâcha la tranche de prune et avala, puis elle ouvrit la bouche pour en avoir plus. Un grand morceau apparut obligeamment et elle le suça, avalant le jus avec contentement. Sa tête s’éclaircit et elle prit une inspiration de soulagement tandis qu’elle concentrait son regard sur le visage de son âme sœur. « Désolée. »

Xena lui tendit un autre morceau de fruit, ses propres blessures oubliées. « Ça va mieux ? »

Gabrielle plissa le front, mais elle hocha la tête. « Oui… je présume que je suis aussi un peu fatiguée… » Wow… je suis contente d’avoir attendu pour ça… pas au milieu de la bataille. Son corps semblait s’être remis cependant et elle retourna son attention vers sa cible. Une idée fit surface. « Ça te dirait de me laver ? »

Elle reçut un charmant sourire en réponse. « Bien sûr. » Xena l’aida à se lever avec précaution et mit un bras de soutien autour d’elle tandis qu’elles revenaient dans la salle de bains. La guerrière remplit le bassin d’eau chaude et prit le savon, enlevant la tunique tachée de la barde pour l’envoyer sur une sculpture de cigogne tout près.

« Reste tranquille », ordonna doucement la guerrière tandis qu’elle soulevait la barde qui riait faiblement pour la poser dans la baignoire, puis la retenir tandis qu’elle s’asseyait dans l’eau chaude qui bouillonnait doucement. Xena s’assit sur un côté et commença à laver avec soin Gabrielle qui s’appuya contre la baignoire, les yeux fermés dans un bonheur immense.

« Tu as pris un coup de pied », grogna Xena, d’un ton de désapprobation tandis qu’elle traçait un bleu sombre sur les côtes de son âme sœur.

« Ça date d’hier », marmonna Gabrielle en étouffant un bâillement. « Ils étaient bien trop occupés à t’attaquer pour me remarquer ce soir. » Elle concentra un œil vert sur sa compagne. « J’en ai surpris un tas… ils étaient là, à balancer des coups, et tout d’un coup… » Elle frappa l’eau. « Bam ! »

« Balayés par l’attaque de la superbarde », approuva la guerrière d’un air drôle. « Baisse la tête. »

Ce que fit la barde, qui fit surface en bredouillant. « Beuh. » Elle finit de se rincer et sortit de la baignoire, souffrant un frottement brusque de sa compagne qui présentait une serviette. « Bon sang que je suis fatiguée. »

La guerrière lui ébouriffa ses cheveux mouillés. « Au lit, ma barde. » Elle prit une profonde inspiration et passa la main dans ses propres mèches qui séchaient. « Je vais vérifier les postes de garde… m’assurer que nous n’aurons pas d’autres surprises. »

« Mmmhmm. » Gabrielle revint dans la pièce principale et prit une chemise propre dans laquelle elle se glissa. « Je… pensais que tu avais assigné quelqu’un pour le faire, avant que nous ne venions ici. »

Un hochement de tête. « Je l’ai fait… mais ça ne fait pas de mal de s’assurer. »

La barde hocha la tête puis s’appuya contre la grande femme, sentant la chaleur alors que leurs corps se touchaient. Xena l’entoura de ses bras par réflexe et elle soupira tandis qu’elle respirait contre la peau de la guerrière. « D’accord… mais… » Elle fit une pause volontaire. « Est-ce que tu veux bien rester avec moi jusqu’à ce que je m’endorme ? S’il te plaît ? »

« Bien sûr », Approuva Xena rapidement, faisant le tour du lit, soulagée que Gabrielle ne proteste pas à son départ. « Tu t’allonges, ici… » Elle mit la barde au lit et se détendit près d’elle, souriant un peu lorsque sa compagne se blottit et mit un bras ferme autour de son estomac. Elle repoussa doucement les cheveux clairs mouillés du front de la barde et l’embrassa. « Il faut que tu te reposes, mon amour… tu dois garder des forces. »

Gabrielle hocha la tête contre elle, se nichant un peu plus et soupirant d’aise. « C’est bon de rester allongée », murmura-t-elle d’une voix endormie. « Détends-toi. » Elle sentit Arès sauter sur le lit et se blottir contre Xena, son museau posé sur sa hanche. « Même Arès le pense. »

« Oui. » Xena approuva d’un ton absent, regardant les flammes qui bougeaient au-dessus de l’épaule de Gabrielle. Les contours s’obscurcirent un instant et elle cligna des yeux, tressaillant à l’irritation de la fumée. La piqûre la força à simplement fermer les yeux, ce qui la laissa se concentrer sur la légère respiration qui réchauffait sa peau avec une régularité hypnotique.

Sa propre respiration ralentit pour s’y adapter et elle sentit une couverture chaude s’installer sur elle, la séparant des coupures qui piquaient et des bleus acquis pendant le combat. Sa conscience fit un faible effort pour la réveiller, mais son corps s’installa simplement plus dans l’étreinte de Gabrielle, réclamant plus de repos à la place.

Oh bon. Quelques minutes ne vont pas…

Un œil vert brume apparut et tourna pour observer la guerrière maintenant profondément assoupie, puis cligna. « Eh. » Gabrielle eut un sourire supérieur pour elle-même. « Entêtée. » Elle échangea un regard avec Arès qui bâilla et se lécha les pattes arrière, puis elle ferma fort les yeux et laissa le sommeil l’emporter aussi.


Le léger coup frappé à la porte faillit ne pas la réveiller. Gabrielle se força à ouvrir les yeux dans l’obscurité environnante et cligna, puis elle prit une inspiration en reconnaissant le bruit. Surprise, elle leva les yeux pour voir son âme sœur toujours endormie, se rendant alors exactement compte de combien Xena devait être fatiguée vu que le coup à la porte ne l’avait pas réveillée.

Ouaouh. Elle se désengagea lentement de la chaude étreinte de Xena et batailla pour sortir du lit, avant de tirer les couvertures autour de la forme endormie de la guerrière. Elle alla à la porte pieds nus et mit la main sur son bâton avant d’ouvrir. Dans la lueur vacillante des torches du couloir, elle reconnut la grande silhouette de Bennu.

En quelque sorte, parce que le guerrier musclé était trempé et de l’eau coulait même de ses cils. « Heu… salut. » Gabrielle parla à voix basse. « Tout va bien ? »

Bennu réfréna un éternuement. « Oui… oui… grande nouvelle. Ils sont partis. »

« Pardon ? » La barde le fixa. « Qui est parti ? »

« L’armée. » L’homme renifla. « Après qu’il a commencé à pleuvoir, ils se sont enfuis. Je pensais qu’ils se cachaient juste… alors je les ai poursuivis… ils se sont divisés… ils se disputaient sur qui allait diriger et tout ça… ils ont dit qu’ils allaient vers Thèbes. »

« Attends. » Gabrielle leva la main. « L’armée de Framna ? »

Il cligna des yeux. « Bien sûr, la foutue armée de Framna… tu pensais à quoi… la nôtre ? » Il fronça les sourcils.

« Alors… Xena peut dormir ce matin, c’est ça que tu me dis ? » Gabrielle se concentra sur les détails importants. « Parce que s’il n’y a plus d’armée là-bas, nous n’avons pas de problème pour lequel je devrais la réveiller, pas vrai ? »

« Ah… juste », acquiesça Bennu lentement.  « Autre que c’qui y a à faire au marché, et le foutu prisonnier, et cette fille qui hurle qu’on l’laisse partir et les provisions qui flottent à cause d’la pluie. »

« Après le petit déjeuner », édicta la barde. « D’accord ? »

Il soupira. « Oui. » Une pause. « T’sais qu’elle dirige, hein ? »

Un signe de tête. « Je le sais… mais je sais aussi qu’il est plus facile de prendre de bonnes décisions quand on est reposé. » Elle le regarda droit dans les yeux.

« Ah. » Il grogna. « Alors, j’vais aller faire une sieste. »

« Brave garçon. » Gabrielle lui sourit. Elle referma la porte et relâcha un soupir. Pfiou. Elle tourna le regard vers la fenêtre, à demi fermée et frappée par la pluie battante. Un coup de tonnerre bas et grondant éclata dehors et si on était proche de l’aube, il était difficile de le dire.

Avec un bâillement, elle repartit péniblement vers le lit et y grimpa, se retrouvant immédiatement entourée par un filet de guerrière chaude et musclée, en plus des yeux bleus brillants qui la fixaient dans la semi-pénombre. « Salut. » Elle se blottit dans l’étreinte de la guerrière.

« Salut », répondit Xena, sa voix toujours rauque de sommeil. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Tu leur as fichu la trouille, tigresse », l’informa Gabrielle. « Toute l’armée a fui. »

Un haussement de sourcil. « Vraiment ? »

« Oui oui. » La barde se blottit un peu plus. « C’est la bonne nouvelle. »

Une pause momentanée. « Et la mauvaise ? »

« Je pense qu’ils t’ont élue Reine. » Une pause pendant laquelle quelques jurons fusèrent. « Oooh… je n’ai jamais entendu celui-là de ma vie… qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Quelque chose qu’il ne faudrait jamais faire avec un poisson mort », gronda Xena, puis elle soupira. « Je présume que je ferais mieux de… »

« Oh non. » Gabrielle resserra sa prise. « Les reines ne se promènent pas dans les châteaux venteux avant l’aube. C’est une règle. » Elle sentit l’hésitation et prit son avantage. « Allons, Xena… » Sa voix s’adoucit et prit un ton sérieux. « Tu t’es beaucoup donnée hier et je suis sûre qu’il y aura plein de bazar à résoudre aujourd’hui… donne-toi une pause et repose-toi un peu plus, d’accord ? »

Pas de réponse, ce qui signifiait qu’elle y réfléchissait au moins. Gabrielle lui effleura la joue de ses doigts.

« Gabrielle, je vais bien », finit par répondre la guerrière. « C’est juste que… je me considère comme responsable de ce qui se passe ici. »

La barde soupira intérieurement. « D’accord… mais… tu peux attendre le lever du soleil, Xena », insista-t-elle. « Si tu ne peux pas te reposer, laisse au moins les autres le faire un peu. »

« Hmpf. » Il y eut un léger bruit lorsque la tête de Xena toucha l’oreiller. « Oui… je présume que tu as raison », admit-elle.

Un petit silence tomba. « Comment te sens-tu ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

Xena haussa les épaules. « Eh… je vais bien… » Elle leva une main pour toucher sa nuque. « Ma nuque est un peu raide… mais c’est tout. » Elle regarda la barde à son tour. « Et toi ? » Elle glissa une main pour tapoter doucement le ventre de la barde.

Gabrielle captura la main et entrelaça ses doigts avec ceux de Xena. « Tu serais vraiment surprise si je te disais que je me sens génialement bien, mais que j’ai faim ? » Admit-elle avec un sourire penaud.

« Choquée », la rassura Xena solennellement. « Tu veux que j’aille te chercher quelque chose ? »

« NON ! » La barde la poussa doucement dans les côtes. « Je veux que tu restes tranquillement allongée ici et que tu te reposes. »

Xena soupira lourdement, mais garda le silence, ses yeux se refermant. « Tu m’as bien eue à me laisser dormir tout à l’heure », accusa-t-elle dans un marmonnement.

« Je n’ai rien fait de tel », se défendit Gabrielle en réfrénant un bâillement. « Tout ce que j’ai fait, c’est m’allonger et te demander de me tenir compagnie jusqu’à ce que je m’endorme. » Elle se blottit un peu plus. « Ce n’est pas de ma faute si tu étais très fatiguée et que tu as succombé à ce doux et sympathique lit confortable. » Elle bâilla à nouveau. « On peut en avoir un comme ça à la maison ? »

Les yeux de Xena étaient maintenant fermement clos. « Ça pourrait être un problème… je n’arriverais jamais à te sortir du lit », murmura-t-elle.

« Eeeeeet…. Ce serait une mauvaise chose ? » La taquina Gabrielle. Une brise fraîche et humide souffla, lui apportant la senteur de la pluie et de la pierre mouillée. Elle s’enfouit un peu plus avec reconnaissance dans les couvertures soyeuses et la peau de son âme sœur avec plaisir. Un craquement de tonnerre la fit sursauter et Xena resserra les bras par réflexe. « Contente que nous ne soyons pas dehors. »

« Moi aussi », acquiesça la guerrière puis elle soupira. « Je me ramollis vraiment en vieillissant. »

Une longue pause. « Xena ? »

« Oui ? »

« Mets une chaussette par-dessus, espèce d’escroc aux yeux bleus tout en cuir. »

Une pause plus longue. « Gabrielle ? »

« Oui ? »

« C’est quoi une chaussette ? »


Ils pleuvaient toujours des cordes quand elles se réveillèrent un peu plus tard, la morne lumière grise entrait à contrecœur et s’étalait sur les couvertures claires. Gabrielle était levée et avait enfilé une tunique plus chaude, puis elle s’était assise devant son journal et avait écrit pendant une demi-marque de chandelle, essayant d’obtenir des détails de la veille avant qu’elle ne les oublie.

Xena avait préparé deux tasses de tisane chaude qui sentait la pomme et la cannelle et elle était appuyée contre la porte du balcon, à regarder la pluie tomber tout en sirotant sa boisson. « C’est un vrai bazar là dehors. »

Gabrielle la regarda. « Oui… il va y avoir pas mal de choses à faire après que tout sera terminé. »

La guerrière hocha la tête d’un air absent. « Et bien, nous avons beaucoup de soldats costauds… je vais les mettre à la tâche. » Elle s’étira et se massa la nuque. « Je vais descendre voir si je peux nous avoir du pain et du fromage. »

Un coup frappé à la porte empêcha Gabrielle de répondre. Elle échangea un regard avec sa compagne puis posa sa plume. « Entrez. »

La porte s’ouvrit en grand et un barrage de visages regarda à l’intérieur. Deux dames en robe de chambre entrèrent et firent signe à un groupe de servants de les suivre. Deux servantes, deux valets et une femme portant un plateau s’engouffrèrent, se positionnant pour ne pas gêner. La femme avec le plateau fit une révérence puis elle posa son fardeau sur la petite table près de la fenêtre.

Xena et Gabrielle échangèrent des regards perplexes. « Heu… bonjour. » La barde croisa les mains sur son livre. « A quoi rime tout cela ? »

Une des femmes s’avança. « Je suis Nancia », informa-t-elle la barde en jetant un coup d’œil à la dérobée vers Xena. « Sa Majesté nous a envoyées… pour nous occuper de vous comme il le faut. Elle a l’impression d’avoir été négligente… dans le soin porté à vos attentes. »

Xena réfréna un sourire et alla tranquillement jusqu’à la petite table, souleva le tissu sur le plateau et l’examina nonchalamment. La jeune fille qui l’avait apporté se tenait à côté, raide, essayant de ne pas la regarder. « Hé… regarde… je pense que ce sont des sandwiches au concombre », cria-t-elle par-dessus son épaule à la barde qui eut un son étranglé. « Du moins… c’est vert. » Elle en prit un et l’examina avec curiosité.

« Hum… Nancia… c’est… vraiment gentil de la part de la princesse… mais… heu… nous sommes… nous pouvons nous occuper de nous-mêmes… très bien. » Gabrielle se leva et s’appuya contre le bureau. « Je…euh… déteste penser que… nous prenons… de votre temps précieux… hum… pas vrai ? »

« Tch tch. » Nancia leva son menton proéminent et cligna de ses yeux marron foncé vers la barde. « Sa Majesté avait raison… on a besoin de moi ici. » Elle glissa vers l’endroit où se tenait la barde et tira sur sa manche. « Qu’est ceci ? »

Xena s’appuya contre l’encadrement de la porte et se contenta de regarder, mâchant paresseusement les petits sandwiches. « Ils ne sont pas si mauvais, Gabrielle », dit-elle. « Mais je ne pense pas que ce soit du concombre. »

Les yeux verts prirent une lueur noire. « Ceci… est une chemise. » Gabrielle croisa les mains. « Est-ce qu’il y a un problème ? »

Nancia renifla. « Peut-être qu’on peut vous en trouver une de votre taille. »

Xena vint à la rescousse en voyant la ligne rouge qui montait sur le cou clair de son âme sœur. « Oh… elle en a plein qui lui vont », informa-t-elle la femme. « Celle-ci est à moi. » Elle consomma un autre sandwich.

Nancia tourna son attention vers la grande femme qui lui rendit son regard. « A vous ? »

Xena s’écarta de l’encadrement et écarta les bras, indiquant son corps. « A moi. »

« Je vois. » La femme renifla à nouveau. « Et bien… vous n’avez pas quelque chose de plus… » Elle pinça le nez. « Convenable ? »

La guerrière s’avança en ondulant pour se mettre à distance de bras d’elle et mit les mains sur ses hanches. « Madame, je suis une combattante. Je ne fais pas dans la dentelle. » Sa voix était neutre. « Mais j’ai quelque chose de joli en cuir si vous êtes intéressée. »

Nancia la regarda, chagrinée. « Vous allez être difficile, je vois. » Elle tourna son attention vers le reste de la pièce, puis lâcha un petit cri. « Il y a un chien dans votre lit ! ! »

Arès écarquilla les yeux depuis sa position confortable et leva la tête. « Roo ? »

« Ce n’est pas un chien, c’est un loup », marmonnèrent Xena et Gabrielle simultanément.

Nancia se rapprocha. « Ouste ! » Elle remua son mouchoir en direction du loup somnolent, qui baissa la tête et grogna contre elle. « Arrête ça ! »

Gabrielle saisit l’opportunité pour s’échapper et se placer derrière elle pour étudier le plateau d’un œil aguerri. « Ce ne sont pas des concombres. » La barde lui jeta un coup d’œil. « Ce sont des raisins gélifiés. »

Xena se lécha les doigts. « Ils sont bons », murmura-t-elle à voix basse, en gardant un œil sur Nancia. « Et ces petits trucs en forme de coupe aussi. »

La barde en mordilla un puis lui lança un regard indulgent. « Toi et ta dent sucrée. » Mais elle mangea le reste puis regarda le reste du plateau.

« Laissez le loup tranquille », dit Xena en soupirant et en s’avançant. « Ecoutez… j’apprécie la pensée de la princesse, mais nous nous occupons vraiment très bien de nous-mêmes. » Elle mit la main sur la tête d’Arès et il lui lécha les doigts avec avidité.

Nancia la tapa sur l’épaule de son éventail plié. « J’ai des ordres. »

Xena haussa un sourcil. « Je vous ai dit que ça allait. » Inconsciemment, sa voix prit une tonalité plus dure et elle se redressa de toute sa hauteur, qui surplombait Nancia d’un bon vingt centimètres.

« Tch. » La femme agita son éventail. « Tu intimides peut-être les petits garçons avec leurs épées jouets, mais tu ne me fais pas peur. »

Soudain, la femme vaguement amusée, légèrement frustrée à laquelle elle faisait face disparut, et à sa place se tint l’Elue d’Arès. Les yeux bleus prirent une teinte glaciale et toute la posture de Xena changea dramatiquement, de la détente à une tension fine et armée qui remplit la pièce soudain silencieuse d’un frisson malaisée.

« A y repenser. » La femme produisit un sourire poli. « Peut-être que tu le fais. »

Un haussement de sourcil brun. « Tu es une femme intelligente », répondit Xena tranquillement.

« Néanmoins », continua bravement Nancia. « J’ai des instructions. » Elle tapa dans ses mains et les deux servants s’approchèrent. « Vous pouvez leur donner tout ce que vous voulez faire nettoyer. »

« Oh… » Gabrielle enfourna un petit pâté de viande dans sa bouche et se frotta les mains. « Ok… on peut faire ça. » Elle boita en traversant la pièce et entra dans la zone du bain, pour revenir avec sa tunique avant d’attraper d’autres vêtements. « Elles sont douées pour enlever le sang ? » Elle leva son vêtement qui était richement taché de rouge.

Nancia s’approcha, contente de s’éloigner de la silhouette menaçante de Xena et elle prit l’objet. « Nous ferons de notre mieux. » Elle le tendit ainsi que les autres choses à l’une des deux jeunes filles et elle les fit sortir. « Bon…. Pétres va prendre vos bottes, il peut les nettoyer et y apporter des soins. »

Gabrielle eut un regard interrogateur. Xena haussa une épaule. « Très bien. » Elle montra les bottes.

« Excellent. » Nancia retrouvait posément son sang-froid. « Bon… Séléné que voici va prendre vos sous-vêtements et s’en occuper. »

Guerrière et barde se regardèrent. Gabrielle mit une main sur sa hanche. « Ça prend une tournure sensible, non ? »

Les yeux de Xena brillèrent d’espièglerie.

La barde soupira et se gratta la tête. « Nous… heu… » Elle leva les yeux vers Nancia qui attendait patiemment, ses mains croisées sur sa taille de jupon, les yeux brillants. « Passons là-dessus, d’accord ? » Elle se mordilla la lèvre. « Nous… heu… nous préférons nous occuper nous-mêmes de ça. » Une pause et un regard incrédule de la part de Nancia. « C’est une chose… personnelle. »

Le silence perdura. « C’est… et bien, c’est comme les armes de Xena… elle n’aime pas vraiment que quelqu’un d’autre les touche, tu sais ce que ça veut dire ? » Gabrielle alla vers le tas d’armes près du foyer et en prit une. « Tu ne voudrais pas toucher à ses armes, pas vrai ? »

Xena croisa les mains sur sa poitrine et mit sa meilleure expression ennuyée d’ex-seigneur de guerre du style ‘je ne veux pas l’entendre, je ne veux rien savoir’ sur son visage.

« Vous… considérez que des sous-vêtements sont des armes ? » Demanda Nancia avec précaution. « Oh par les dieux. »

« Et bien… disons que… ça dépend d’à qui ils sont. » Gabrielle avait conscience qu’elle s’enfonçait de plus en plus. « Xena… et bien, elle peut faire une arme de pratiquement n’importe quoi. » Elle se tourna avec désespoir vers sa compagne. « Ce n’est pas vrai, Xena ? »

« Si. » La guerrière hocha la tête. « On peut s’en occuper nous-mêmes… mais merci de le demander. »

Nancia prit du recul. « Très bien. » Une brève pause et un reniflement. « Est-ce que vous êtes sœurs, mesdames ? »

Les regards bleu et vert se croisèrent. « Qu’est-ce qui te fait dire ça… la ressemblance familiale ? » Demanda Xena pince-sans-rire.

« Une similarité dans les traditions », répondit Nancia poliment.

Gabrielle se mordit la lèvre pour ne pas rire, mais elle prit un instant pour réfléchir au fait que, malgré leurs différences, elle et Xena étaient vraiment plus semblables qu’aucune d’elles ne le pensait. Elles étaient certainement plus semblables que la dame prétentieuse et vêtue d’atours. « On est démasquées, sœurette », fit-elle remarquer à la guerrière, qui s’était avancée vers le plateau et y puisait sauvagement.

Une lueur de bleu amusé. « Il faudra que tu en parles à maman quand on rentrera. »

Un autre coup à la porte, cette fois plus fort. « Entrez. » Xena s’appuya à nouveau sur son chambranle de porte favori.

La porte s’ouvrit en grinçant et Bennu passa sa tête boueuse. « Ah. »

« Bennu ! » Un sourire diabolique passa sur les lèvres de Xena. « Entre donc… et amène tes copains. »

Le grand soldat obéit, traversant la pièce avec un pas de marche et faisant tomber de la boue, des feuilles, de la pluie et de petites tiges à chaque pas. « B’jour, Génral. »

Xena observa l’expression d’horreur absolue sur le visage de Nancia et gloussa en silence. « Assieds-toi. » Elle invita cordialement la flaque de boue ambulante. « Tu veux du raisin ? »

Il se laissa tomber sur une chaise et en prit un avec précaution. Xena fit de même dans le fauteuil en face de lui et mit une jambe sur l’accoudoir, s’adossa et croisa les mains sur son ventre. « Alors… comment ça se passe dans l’entrepôt ? »

Une senteur passa dans la pièce, qui fit s’avancer les gens du palais vers la porte.

« Le bazar. » Bennu mordilla son raisin. « Ces foutus bestiaux ont mis de la boue partout… ils ont de la saleté jusqu’aux genoux, pour sûr. » Son regard tomba sur ses bottes largement recouvertes.

Nancia s’éventa. « Nous… nous allons revenir plus tard. » Elle poussa les autres filles et mit une main sur sa bouche. « Pour… pour nettoyer. »

La porte se referma brusquement derrière elles et Gabrielle éclata de rire.

Bennu l’observa. « J’ai interrompu quèque chose ? »

Xena leva ses yeux cachés dans sa main. « Oh oui. » Elle hocha la tête. « Bon boulot. »


La salle principale était remplie de gens frustrés, mouillés et couverts de sueur lorsque Xena et Gabrielle entrèrent, portant des tuniques propres et des bottes courtes. Xena avait décidé de délaisser sa combinaison en cuir au profit de quelque chose de moins abrasif sur son corps blessé et Gabrielle avait pris la décision de porter une des vieilles chemises confortables de son âme sœur, juste parce qu’elle le pouvait.

Les marchands qui avaient échappé à l’attaque de la veille étaient réunis dans un grand groupe, la plupart d’entre eux blessés à divers degrés et tous furieux de la perte de leurs étals et de leurs biens. Quelques personnes du château leur parlaient, mais il était évident que les hommes, et quelques femmes, artisans, étaient au-delà de toute consolation.

Les citoyens les plus importants étaient dans un autre groupe, tout aussi énervés, et ils envoyaient des regards mêlés de crainte et d’intrigue aux soldats qui étaient réunis autour, savourant paresseusement leur nouveau statut passé d’armée d’occupation à force défensive.

Silvi et ses dames de compagnie étaient autour de la table principale, avec ses cousins et quelques nobles plus âgés. Framna n’était pas visible.

Les discussions cessèrent aussitôt que Xena passa le seuil et tous les yeux se tournèrent vers elle quand elle traversa le sol pierreux, Gabrielle sur ses talons en boitant légèrement. La guerrière monta les marches du dais où la table principale se trouvait et alla directement derrière le fauteuil que Garanimus occupait auparavant, sa main posée légèrement sur le dossier finement sculpté.

Xena laissa son regard passer sur la pièce, étudiant les occupants silencieux et tendus, puis elle se tourna à demi et recula d’un pas, tirant sur un fauteuil avant de faire signe à sa compagne plus petite de s’y installer. « Assieds-toi », dit-elle à la barde, en lui donnant une petite tape sur l’épaule lorsque celle-ci obéit, posant un parchemin et sa boîte à plumes sur la table devant elle.

Puis Xena s’avança pour se positionner devant le siège que Garanimus avait utilisé, les mains sur ses hanches, avec une pose de défi. « Très bien. » Je présume qu’ils m’attendent, songea la guerrière. « Bennu, fais-le entrer. »

Le grand soldat la salua puis il sortir en emmenant deux hommes avec lui.

Xena évalua les différents groupes pendant qu’elle se tenait là, debout et attentive, notant les regards prudents des nobles, les regards soupçonneux des marchands et les sourires narquois de ses troupes.  Ses troupes, songea Xena en soupirant. Ça n’allait pas être simple.

Gabrielle était tranquillement assise, à observer les autres regarder sa compagne. Elle se sentait presque invisible, ce qui était bien, parce qu’il y avait tellement d’anxiété dans la pièce qu’elle pouvait presque la sentir. Elle était contente, pour l’instant, d’observer la façon dont Xena gérait la situation, ne voulant pas faire intervenir ses talents diplomatiques juste là.

En fait, songea-t-elle, elle était parfaitement contente de laisser Xena gérer tout ça, en quête de paix et de sécurité, dues à la présence de la grande femme, ce qui était presque déconcertant. La douce pression désinvolte de la main de la guerrière sur son épaule était la bienvenue et elle se rendit compte qu’elle s’appuyait inconsciemment contre cette pression, avide d’en avoir plus.

Comme si elle lisait dans son esprit, Xena se rapprocha, apportant à l’odorat sensible de la barde, une touche de l’odeur de leur savon et des herbes avec lesquelles sa tunique avait été empaquetée. Elle pouvait aussi détecter la légère senteur piquante de l'antiseptique qu’elle avait posé sur les entailles de son âme sœur et la chaude odeur épicée naturelle de Xena.

C’était une sensation étrange, presque comme d’être baignée dans une essence sensuelle qui dépassait ses sens normaux et coutumiers pour aller vers un endroit plus profond, auquel elle n’avait pas vraiment prêté attention auparavant. Elle secoua légèrement la tête et cligna des yeux, retournant son attention vers Bennu qui revenait avec un Framna attaché et l’amena précisément au centre de la pièce avant de le pousser en avant.

Le grand seigneur de guerre était en plutôt bonne condition cependant. Xena avait donné des ordres en ce sens et elle le regardait maintenant avec un air pensif. « Ton armée s’est enfuie. » Sa voix était neutre, mais il y avait un soupçon de sympathie que Gabrielle pouvait pleinement entendre.

Il l’avait probablement déjà appris et avait eu du temps pour y réfléchir. « Oui. »

Xena se pencha sur la table, son poids posé sur ses bouts de doigts. « Linnéus a admis avoir agi de son propre chef », déclara-t-elle. « Il a dit qu’il n’était pas question de rester à attendre sans rien faire alors qu’il y avait tellement à prendre. »

Framna tressaillit. « Nous en avions discuté », admit-il. « Je pensais l’avoir convaincu. »

La grande ex-seigneur de guerre hocha la tête et se redressa. « Et bien, il n’est plus là. Si je te laisse partir, tu pourrais les rattraper et les ramener. » Une pause. « Probablement plus avisés après l’erreur commise. » Elle attendit une réaction voyant la froideur figée sur son visage. « Est-ce que c’est ce que tu veux faire ? »

Il prit une inspiration et la relâcha. Il leva le regard pour croiser le sien. « Non. »

Xena haussa un sourcil et son regard parcourut la pièce, observant les rangées de regards posés sur le seigneur de guerre. « Non ? »

Son regard alla alors sur Silvi qui évitait avec soin de le regarder. « Non… je… je préférerais rester ici. »

Bien, bien. Le second sourcil de Xena rejoignit le premier. « Pourquoi ? »

Framna soupira. « Je le veux tout simplement. Je n’attends pas que tu comprennes. »

Le rire de Xena le surprit. Il tourna brusquement son regard vers elle et la regarda rire avec surprise.

« Framna, je suis probablement la seule personne dans cette pièce qui peut comprendre », l’informa la guerrière ironiquement. Du coin de l’œil elle pouvait voir Gabrielle sourire et elle secoua la tête. « Mais beaucoup de gens par ici pourraient avoir un problème avec ça. »

Il lui lança un regard intrigué, mais hocha la tête de compréhension. « Je le sais. » Ses épaules s’affaissèrent. « Ce n’était pas supposé se passer comme ça. »

Son humilité avait de l’effet, nota Gabrielle, les marchands, toujours en colère, murmuraient entre eux et les nobles bougeaient avec malaise. Le visage de Silvi avait pris une teinte à demi pleine d’espoir, à demi effrayée et elle avait maintenant le regard cloué sur Xena.

« Très bien. » La guerrière croisa les bras sur sa poitrine. « Voilà ce qui va se passer. Je te laisse partir, mais… » Elle poussa Gabrielle. « Ecris ça. » Elle attendit que la barde prépare studieusement une plume. « Tu peux quitter la cité sans la permission de la princesse. Tu peux aller former une armée. Tu peux aller retrouver l’ancienne. Tu peux rester ici et vivre. » Un minuscule sourire narquois releva un coin de sa bouche. « Marché conclu ? »

Framna la regardait avec une incrédulité totale. Puis ses propres lèvres se recourbèrent. « Conclu. »

Xena se tourna à demi. « Tu es d’accord avec ça, Majesté ? »

Silvi fut surprise en train de la regarder et elle rougit. Ses cousins avaient l’air furieux, les nobles mal à l’aise. Elle seule était radieuse. « Oui, je crois que oui. »

Xena cacha un sourire. « Bien. » Elle attendit que Gabrielle ait fini d’écrire puis elle prit la plume de la main de son âme sœur et gribouilla sa signature en bas. Elle fit signe à Framna de s’approcher. « Viens par ici. »

Il vint à la table en trébuchant.

« Mets tes mains ici. » Elle pointa du doigt. Il obéit.

Xena tendit la main derrière elle, là où l’épée de Garanimus était posée contre le fauteuil et elle la dégaina de son étui, puis elle la leva au-dessus de sa tête et l’aplatit contre les chaînes qui le tenaient prisonnier, avec un énorme bruit d’acier contre le bois, envoyant des morceaux de métal partout.

Tout le monde sursauta, même Gabrielle, qui avait su en voyant le langage corporel de son âme sœur, ce qu’elle avait l’intention de faire. « J’aurais pu te trouver les clés », murmura-t-elle.

« Où serait l’amusement alors ? » Murmura Xena à son tour puis elle poussa le parchemin sur la table. « Signe. »

Framna enleva des morceaux de la chaîne de sa peau et la regarda, puis il prit la plume qu’elle tenait et obéit. « Je… n’ai jamais soupçonné que tu avais une… » Il s’arrêta et jeta un coup d’œil spéculateur à Xena. « … fibre sentimentale. »

Les yeux bleus le fixèrent d’un air intimidant. « Qui a dit que j’en avais une ? »

Incertain, le seigneur de guerre regarda Gabrielle qui lui fit un clin d’œil puis il reprit le parchemin. « Euh… bien. »

Elle lui fit signe de partir. « Très bien… maintenant que c’est terminé avec ça. » Son regard se fixa sur les marchands. « Venez ici. »

Ils s’approchèrent d’elle avec prudence, certains moins que d’autres, qui la reconnaissaient comme une cliente amicale des jours passés. L’artisan du cuir s’avança, son bras dans une écharpe. « Nous avons tout perdu. »

Xena l’étudia. « Vous êtes vivants », pointa-t-elle simplement. « Parfois on ne peut pas prédire ce que la vie vous apporte… il faut juste s’adapter. » Elle tourna son regard vers les soldats qui traînaient au fond de la salle. « Vous allez avoir de l’aide pour rebâtir vos huttes… mais vous devrez mettre vos ressources en commun pour retrouver des provisions à vendre. »

Ils se regardèrent. Certains secouèrent la tête.

Xena tourna son regard redoutable vers les nobles. « Un marché florissant est vraiment important pour une cité de cette taille », dit-elle. « C’est tout à votre avantage… » Elle fit une pause avec un sourire de loup. « De les aider. »

« Nous… » Commença un vieil homme, puis il se ravisa en voyant le haussement de sourcil et il hocha la tête à contrecœur.

« Bien », Xena lui fit un sourire. Ensuite elle regarda sa compagne qui observait en silence. « Comment je suis ? » Murmura-t-elle.

« Mmm… tu n’as pas menacé de frapper quelqu’un… pas mal. » La barde la taquina. « Tu deviens meilleure à ce truc d’être gentille. »

Elle reçut un léger ricanement en retour.

« Pourquoi est-ce que vous… » Elle pointa les marchands. « Ne vous rapprocheriez pas de ces gars… » Elle pointa les nobles. « Pour définir ce que vous allez faire. » Elle fit signe à Bennu de s’approcher. « Tout va bien ? »

Le soldat hocha la tête d’un mouvement brusque. « Oui… les baraquements sont sécurisés… on a enterré ce qui restait d’hier soir… comme ça, ça ne commencera pas à puer et j’ai un tas d’entre nous qui veulent bien faire le rodéo pour remettre ces bêtes dans l’entrepôt. »

« Bien. » La guerrière eut l’air satisfaite. « Après que la pluie aura cessé, nous sortirons et nettoierons cet endroit… je vais avoir besoin de bûcherons pour aller chercher des rondins… on en aura besoin pour reconstruire le marché. »

Il la regarda et hocha la tête. « Très bien. »

Elle croisa son regard. « Ils vont avoir un problème avec ça ? »

Ses yeux clairs luirent doucement. « Nan… mais on aimerait avoir une chance de te parler. »

La guerrière hocha lentement la tête. « Très bien. »

Ils se mirent en file, des petits groupes qui produisaient un bourdonnement de conversation, les nobles approchant avec raideur le groupe de marchands et leur faisant signe d’aller vers une pièce plus petite et plus discrète. Xena s’assit dans le fauteuil et les regarda partir, un pied posé sur le support de table et un bras autour de son genou. « Ça a marché. »

Gabrielle s’adossa et regarda Silvi qui parlait à ses cousins et aux domestiques, avec Framna qui regardait tranquillement à quelques mètres. « Ils n’aiment pas du tout qu’il reste », dit-elle lentement.

La bouche de Xena se recourba. « Je sais. »

« Tu sèmes vraiment les ennuis », l’accusa la barde avec un sourire. « Et des ennuis romantiques. »

Xena ouvrit grand des yeux bleus innocents. « Moi ? » Elle pointa sa poitrine. « Oh non… je ne le pense pas… pas romantique. Nan nan… pas moi. »

Gabrielle la fixa. « Alors, tu admets la partie sur les ennuis, hein ? »

« Et bien », fit remarquer Xena d’un ton raisonnable. « Je suis une ex-seigneur de guerre. Ça vient avec le boulot, tu vois ? » Elle se frotta les ongles sur sa tunique. « Rude, coriace, méchant… mal élevé… grossier… c’est un peu une marque de fabrique. »

« Ah. » La barde entrelaça ses mains. « Je vais essayer de garder ça en tête la prochaine fois que tu laisseras une rose sur mon oreiller. »

Xena lui lança un regard. « Heu… bien… j’avais laissé les épines. »

« Non, tu ne l’as pas fait. » Gabrielle secoua un doigt vers elle. « Aussi douce que des fesses de bébé. »

Un autre regard. « Humpf. »

Elle fut sauvée par l’approche de Silvi, traînant un bon nombre de ses domestiques. La princesse s’arrêta devant elles en produisant un petit sourire prudent à Xena. « Salut. » La guerrière la regarda d’un air bienveillant. « Je peux faire quelque chose pour toi ? »

Gabrielle roula les yeux. « Silvi, merci d’avoir envoyé des gens pour voir si nous allions bien… je… nous… avons vraiment apprécié ça. »

Silvi rayonna. « Tout est pardonné alors ? Nous essayions vraiment de faire ce qui était le meilleur pour la cité. »

« Bien sûr. » La barde sourit. « Je ne te tiens aucune rigueur. »

Tous les yeux se tournèrent vers une Xena sombre, qui haussa un sourcil glacial.

« Elle non plus. » La barde tapota la cuisse de son âme sœur d’une façon amicale. « Vraiment. »

Tout le monde eut l’air d’en douter hautement.

« Non… vraiment », insista Gabrielle. « Elle est bien plus gentille qu’elle n’en a l’air. »

Xena haussa brusquement ses deux sourcils et lança un regard noir à sa compagne.

La barde lui rendit son regard. « Tu rends ça difficile, Xena. »

La guerrière fit retraite et croisa les bras. « Je vais bien, Silvi… désolée que ça ait pris cette tournure. » Elle hésita, consciente que la barde pianotait sur la table. « Pas de ressentiment. »

«Tu vois ? » Gabrielle lui sourit puis se tourna vers la princesse. «Alors… qu’as-tu en tête ? »

Silvi joignit ses mains. « Votre mère doit être tellement fière de vous deux. » Elle rayonnait. « Nancia m’a dit que vous étiez sœurs… je pense que c’est merveilleux que vous voyagiez ensemble… c’est tellement… tellement… orienté vers la famille. »

« Oh oui », marmonna Xena après un instant figé dans lequel elle et son âme sœur partagèrent plusieurs jurons silencieux du même tonneau. « Assurément orienté vers la famille, pas vrai sœurette ? »

Gabrielle se massa les tempes. « Absolument. »

« Oh oui… tout s’est parfaitement mis en place, vous savez. » Silvi leur sourit. « Je ne peux pas imaginer pourquoi ça ne m’est pas apparu plus tôt. » Elle mit la main sur le bras de Gabrielle. « Imagine ça, moi pensant que tu étais une esclave… comme j’ai été idiote… je n’ai ni frère ni sœur, vous voyez. » Elle fit une pause. « Mais c’est curieux que tu ne l’aies pas mentionné quand nous avons parlé de ton autre sœur. »

« Et bien, hum. » La barde se gratta la mâchoire. « J’allais le faire. »

« Peu importe. » La princesse haussa les épaules. « Ce que j’étais venue vous dire, c’est qu’un conseil royal a été appelé et Edgevar… c’est mon oncle… il a dit que je devais t’ordonner d’y venir. » Ceci dit à l’intention de Xena qui cligna des yeux. « Dans une marque de chandelle. »

« Edgevar. » Xena prononça le nom avec prudence. « Ce ne serait pas le père de Vasi et Elanora, par hasard ? »

Silvi mit la main sur sa bouche. « Tu es tellement intelligente », s’exclama-t-elle. « C’est tout à fait ça. »

« Oui oui… et à quoi sert ce conseil ? » Demanda la guerrière.

« Oh… et bien, tu vois, vu que mon père est mort, nous étions en train de décider qui allait prendre sa place… personne n’a été capable de se mettre d’accord sur quoi faire », expliqua Silvi. « Là, Edgevar semble penser qu’il a une idée que nous allons tous aimer. » Elle sourit à la guerrière. « Et il voulait que tu sois là. »

Oh bon sang. Xena souffla. « Pourquoi moi ? »

La princesse cligna des yeux. « Je n’en ai aucune idée. » Elle haussa les épaules. « Ce sera dans la petite salle… s’il te plaît, ne sois pas en retard. » Elle fit un petit signe à Gabrielle puis se retourna et sortit.

« C’est quoi tout ce truc ? » Marmonna Gabrielle.

« Je suis plus gentille que j’en ai l’air ? » Des yeux bleus outrés se clouèrent sur elle. « C’était quoi cette idiotie ? »

« Tch. » La barde lui tapota la main. « Je blaguais, c’est tout. » Elle hésita, se rendant compte que sa compagne était vraiment blessée par le commentaire. « Hé… hé… ça va maintenant… c’est moi, tu te souviens ? »

« Ouais… je présume que c’est pour ça que je ne m’y attendais pas », répliqua Xena d’un ton sec.

Gabrielle la fixa tranquillement. « Je suis désolée. » Elle enroula ses doigts autour du poignet de Xena. « J’ai oublié le seuil de taquinerie. »

« Ce n’est pas ça. » La guerrière voulait visiblement secouer sa main pour la libérer, mais elle s’obligeait à ne pas le faire. Elle s’arrêta un long moment puis elle soupira et baissa la tête. « Attends une minute… pourquoi je surréagis  là-dessus, par Hadès ? » Marmonna-t-elle en se massant la tempe.

Elles se regardèrent. Gabrielle grimaça. « Désolée », murmura-t-elle tandis qu’elles arrivaient à la même conclusion. « Je présume que nous partageons ça aussi. »

Les muscles du bras de Xena se détendirent et elle tourna sa main pour attraper et serrer les doigts de la barde. « Au moins, on s’en est rendu compte. »

Gabrielle sentit la chaleur de son étreinte remonter doucement son bras. « Oui… moi aussi. » Sans y penser, elle leva leurs mains jointes vers ses lèvres et en effleura le dos des phalanges de Xena puis elle tourna la tête en entendant une toux. « Oh salut. »

Grand-mère se tenait là, ses mains noueuses serrées dans son dos. « Je déteste interrompre une si jolie scène. »

Les deux femmes rougirent. Gabrielle commença à relâcher la main de sa compagne, mais sentit ses doigts serrés fermement. Elle regarda Xena, qui arborait une expression attentive sur son visage, puis elle resserra sa prise tout en regardant Grand-mère. « C’est bon. »

Xena roula la tête d’un côté. « Merci pour l’avertissement d’hier soir… tu as probablement sauvé la cité. »

La vieille femme ricana. « C’est pas c’que j’ai entendu dire, jeune pousse. » Elle fit signe derrière elle. « J’ai entendu qu’vous aviez eu du raisin pour vot’ p’tit déjeuner… j’ai pensé vous am’ner quelque chose qui tiendra mieux à vos côtes. »

Un plateau apparut par magie et la senteur du pain fraîchement cuit pénétra la chaleur humide. « Merci. » Gabrielle lui sourit. « Ces choses étaient… hum… elles avaient bon goût, mais il n’y avait pas grand-chose à manger. »

Grand-mère lui lança un regard affectueux. « Oui et tu as une bouche en plus à nourrir. » Elle rit en voyant la barde rougir. « Allez vous deux… mangez. » Elle partit les laissant dans une paix isolée sur le dais.

Gabrielle plissa le front. « Xena… comment elle le sait ? » Elle lança un regard déconcerté à son âme sœur. « Je sais que je n’ai pas l’air d’être enceinte. »

« J’en sais rien. » Xena prit une portion de pain frais et posa un peu de beurre et de miel dessus d’une seule main puis elle la tendit à la barde. « Tiens. »

Au lieu de le prendre, Gabrielle mordilla le pain dans les doigts de Xena, les yeux fermement posés sur le visage assombri de sa compagne. Elle se demanda brièvement si quelqu’un les regardait puis décida qu’elle s’en fichait. Tandis qu’elle finissait le bout de pain, elle lécha les doigts de Xena puis les embrassa.

Un lent sourire charmeur remplaça l’expression d’anxiété pensive sur le visage de la grande femme. « On pourrait penser que quelqu’un ici se serait rendu compte que nous ne sommes pas sœurs », commenta la guerrière avec un sourire.

« Ils peuvent me mordre les fesses », répondit Gabrielle d’un ton acerbe.

« Pas s’ils ne veulent pas passer le reste de leur vie sans dent », répliqua Xena d’un ton ironique. « J’espèce que ce truc du conseil n’est pas ce que je pense », ajouta-t-elle en réfrénant un bâillement, puis elle donna un autre morceau de pain à la barde. « Je ne veux pas rester là assise à les écouter me dire pourquoi je dois traîner dans le coin. »

Gabrielle y réfléchit. « Tu penses que c’est ce qu’ils vont faire ? »

Un haussement d’épaules. « Peut-être. »

Le regard vert se posa sur elle. « Tu veux traîner par ici ? »

Xena cligna des yeux, un peu surprise. « Non… pourquoi ? »

« Je demande juste… je pensais que tu t’amusais bien avec tous les combattants… je veux dire que ce n’est pas un mauvais endroit, si tu voulais rester ici un moment et peut-être… » Elle fit une pause puis reprit. « Peut-être retrouver un peu de ce que tu avais connu. »

Xena resta immobile et se contenta de la regarder un long moment. Puis elle soupira. « Non. » Un petit geste de la tête. « Je veux rendre visite aux Amazones… avoir un grand festival, puis… » Un souffle. « Et puis rentrer à la maison. »

« Xena… c’est bon… ça ne m’embête pas du tout de rester ici », dit doucement la barde. « Nous sommes près de la maison… tu pourrais rester ici et passer un peu de temps avec ces gars… je pense que tu aimerais ça. »

A sa surprise, la guerrière secoua la tête. « Non… je le pense vraiment, Gabrielle », répliqua-t-elle avec une fermeté tranquille. « Après hier soir… j’ai eu ma ration. » Elle prit une inspiration. « J’ai été trop près… du bord pour moi. »

Gabrielle comprit immédiatement. « D’accord… je te comprends », répondit-elle. « A la maison alors. » Elle arracha un morceau de pain et le tendit à la grande femme, attendant qu’elle commence à mâcher avant de continuer, suivant son chemin avec délicatesse. « Xena… je peux te demander quelque chose ? »

Les yeux bleus se remplirent d’une légère alarme. « Bien sûr. »

La barde regarda autour d’elle puis tourna son regard sur Xena. « Quand nous étions près de… hum… du lit de Garanimus… tu lui as dit que… tu le verrais au Tartare. »

La respiration de Xena augmenta visiblement. « Oui. »

« Tu le pensais vraiment ? »

Un long, très long silence. Finalement la guerrière ferma ses yeux clairs. « Oui », dit-elle d’une voix rauque.

« Xena… » La barde se retrouva à court de mots. « Je pensais que… »

« C’était avant que je fasse… à nouveau toutes ces erreurs », réussit à dire Xena d’une voix blanche. « Et… je ne pense pas pouvoir les rattraper… c’est tout. » Ses doigts étaient fermement serrés autour de ceux de la barde. « Alors… mais… ne t’inquiète pas pour ça, Gabrielle… je suis… j’essaie de ne pas y penser. »

« J’y pense parfois », murmura tranquillement la barde. « Je pense à… comment on peut s’attendre à aller aux Champs Elyséens si on fait quelque chose comme… tuer un enfant. »

Le visage de Xena fut totalement neutre pendant un instant, puis elle se pencha en avant et relâcha la main de la barde pour amener les siennes et prendre les joues de la jeune femme. « Tu vas… aller aux Champs. » Sa voix ne comportait aucun doute. « Ne pense pas un instant qu’il en sera autrement. »

Les yeux de la barde se remplirent de larmes. « Pas sans toi en tous cas. » Sa voix tremblait. « Je ne peux pas y arriver toute seule… j’ai besoin de ma championne près de moi. »

Je ne me suis jamais rendu compte qu’elle ressentait… oh dieux. Xena sentit une douleur très profondément. Ce n’est plus mon choix, pas vrai ? « Gabrielle, écoute-moi. »

Celle-ci cligna des yeux verts anxieux.

« Je serai toujours, toujours là pour toi, tu me comprends ? » Elle essuya les larmes sur le visage de la barde. « Même dans la mort, je ne te quitterai jamais. » Elle fit une pause. « Jamais, d’accord ? »

Un léger hochement de tête. « Tu le promets ? »

« Non », répliqua la guerrière. « Je ne le promets pas, je le jure. » Elle fixa attentivement la jeune femme. « Je te le jure, sur tout ce que je suis. »

Tout à coup, l’air humide et inconfortable de la pièce disparut et Gabrielle se sentit flotter confortablement sur un nuage frais. Son cœur accueillit les mots et se lova autour d’eux, forçant un sourire sur ses lèvres tandis que la sombre anxiété se dissipait.

Elle n’avait aucune idée de si des gens étaient encore là, ou si on les regardait et elle se devait d’admettre qu’elle se fichait complètement qu’il y en ait, et il y en avait. Ce n’était pas important... Seuls ces yeux bleus comptaient et la voix qui lui disait ce que son âme désirait entendre.

« Merci », répondit-elle finalement, très simplement.

Et Xena se contenta de hocher la tête.


Gabrielle avait trouvé un joli banc capitonné et doux derrière une fenêtre en retrait et elle était blottie dessus à regarder la pluie tomber. Elle avait laissé Xena aller faire le tour de ses troupes et échanger des histoires sordides de combattants pour lesquelles elle n’avait aucun goût. Par exemple comment on taille la jambe de quelqu’un… beuh. Les détails ne la gênaient pas, mais ils trouvaient tellement de bonheur là-dedans… et elle savait que son âme sœur avait tendance à être un petit peu enthousiaste sur ce sujet. Arès avait décidé de rester avec elle et il était blotti sous le banc, sa longue queue dépassant sur les dalles et ses yeux jaunes scrutant l’obscurité.

Beuh. Elle mit ses jambes sous elle et s’appuya contre le rebord pierreux, regardant la pluie tomber contre le bois noirci par l’eau et les toits des bâtiments de la cité. D’ici et aussi haut, elle pouvait voir au-delà des murailles, vers la ceinture de la riche forêt et les ruines du marché écroulées, brûlées et solitaires, juste au-dehors des portes.

La pluie avait une odeur intéressante, décida-t-elle. Quelque chose de riche et épicé… et ça donnait aussi à la pierre contre laquelle elle était assise une senteur subtile..

Elle se repassa la dernière conversation qu’elle avait eue avec Xena et décida que ce truc de la grossesse émotionnelle les tannait toutes les deux. Qu’est-ce qui lui avait pris d’amener tout ce sujet sur la mort ? Encore ? Pas qu’elle n’appréciait pas… non. Pas qu’elle n’avait pas besoin d’entendre ce que Xena avait dit… elle en avait besoin… mais juste là ? Au milieu d’une salle de banquet ? Gabrielle. Il faut que tu te reprennes.

Elle soupira et posa sa tête contre la pierre froide. Mais elle avait eu plus qu’une promesse, pas vrai ? Un léger sourire fit surface. Où qu’on aille, nous y allons ensemble, Xena… habitue-toi à cette idée, d’accord ? Et je me fiche de ce que tu penses… cet endroit ne sera pas le Tartare… et même si ça l’est, avec nous deux là-bas… on mettra le bazar.

Sa main tomba inconsciemment sur son estomac et elle soupira. Est-ce que le bébé change cela ? Elle regarda la pluie en silence tandis qu’une douce brume lui touchait le visage. La veille au soir, elle était entrée dans la bataille sans même y réfléchir et elle soupçonnait que Xena n’y avait pas pensé non plus. La guerrière avait semblé vraiment contente de la voir là et ne lui avait pas dit une seule fois de se retirer du combat.

Pas qu’elle l’aurait fait, bien sûr. Quelqu’un devait protéger les arrières de Xena et elle serait damnée si elle laissait quelqu’un d’autre le faire.

Du moins pour l’instant en tous cas. Elle savait qu’elle devrait s’arrêter à un certain moment, malgré les histoires sur Xena, parce que la réalité physique résulterait finalement en plus de mal que de bien. Mais pour l’instant… jusqu’à ce que ça devienne trop embarrassant, elle avait l’intention de maintenir ses talents de combattante.

Xena disait que plus vous étiez en bonne forme, plus c’était facile, pas vrai ? Et elle devrait bien savoir.

Mais le point physique nonobstant, quelle responsabilité avait-elle envers le bébé ? Est-ce qu’elle sortirait d’un combat pour le protéger, aux dépens de Xena ?

Non. La décision était plus facile qu’elle ne s’y attendait. Le bébé devrait saisir sa chance tout comme elle le faisait. Tout comme Xena le faisait.

Elle avait toujours dit que, quel que soit l’endroit où Xena allait, elle irait. Est-ce qu’elle reculerait maintenant ? Et si Xena mourait… est-ce qu’elle resterait, à cause du bébé ? Et si Xena avait été tuée la veille au soir ? Elle se força à réfléchir à cette possibilité parce qu’elle savait, et Xena avait admis que si elle, Gabrielle, n’était pas intervenue, cela se serait probablement produit.

Qu’aurait-elle fait ? Se tenir au-dessus du corps de Xena jusqu’à ce qu’ils la tuent aussi ?

Elle essaya d’imaginer ce que ça aurait été et elle ressentit l’horrible vide, se souvint de la douleur qui l’avait submergée quand elle avait dû passer une semaine à souffrir la réalité de la mort de la guerrière.

Est-ce qu’elle resterait volontairement vivante, juste pour l’amour du bébé, et aurait à le supporter ? Et si ça se passait après sa naissance ?

Elle posa sa joue contre la surface mouillée et rugueuse de la pierre et soupira à nouveau. Je suis d’humeur morbide aujourd’hui, non ? Pourquoi ne pas penser comme ça va être génial d’avoir un enfant au lieu de me demander ce que je ferais… Peut-être que c’est le mauvais temps. Son regard alla vers le paysage grisâtre et elle regarda les rafales de vent emporter du chaume par-dessus les rues étroites de la cité.

La chaude présence la prit par surprise et elle tourna la tête alors que Xena la rejoignait dans sa petite alcôve. La guerrière s’assit et la souleva, l’attirant dans une étreinte inattendue, mais bienvenue. Elle se blottit contre la tunique en coton imbibée d’eau et se laissa sentir la force rassurante des bras de sa compagne.

« Hé. » Xena détendit sa prise, mais ne la relâcha pas. « Qu’est-ce que tu fais ? »

« Je réfléchis », répondit Gabrielle en absorbant la vue de la belle allure sombre de la guerrière. Les cheveux de Xena étaient mouillés ainsi que sa tunique et elle avait une trace de boue sur sa pommette gauche. La barde leva la main et l’essuya. « Tu as fini avec tes histoires sanglantes ? »

La guerrière lui lança un regard penaud et rit un peu. « Oui… » Elle regarda par-dessus son épaule. « Je me prépare pour cette fichue conférence royale… tu veux venir ? » Ses yeux étincelaient. « Je pourrais avoir besoin d’une protection. » Un sourire. « Tu sais que les soldats t’idéalisent… ils disent que tu as fait plus de dommages avec ton petit bâton que dix d’entre eux avec leurs épées. »

Gabrielle cligna des yeux de surprise. « Heu… mais je ne… je n’essayais pas de faire ça, tout ce que je faisais c’était de… »

« Protéger mes fesses. » Xena hocha la tête. « Je sais… je leur ai dit… ça n’a pas empêché… ça a juste empiré les choses parce qu’ils pensaient que c’était tellement… hum. » Elle renifla et réfléchit pour trouver le bon mot pour ça.

« Romantique ? » La barde la taquina doucement.

« Ils n’ont pas utilisé ce mot », murmura Xena en se mâchouillant la lèvre. « Plus comme une maman loup qui protège ses petits. » Elle fit une pause. « Féroce… c’est comme ça qu’ils l’ont appelé. »

Gabrielle ébouriffa ses mèches. « Et bien… tu es plutôt mignonne… comme un louveteau. » Elle prit une des mains de Xena et l’examina. « Avec de belles grosses pattes aussi. » Elle chatouilla la paume et regarda les doigts bouger en réponse. « Féroce, hein ? » Son visage se plissa. « Je ne sais pas. »

Xena sourit. « Oui…je pense que c’est une bonne description. » Elle étudia la jeune femme. « Tu vas bien ? Tu as l’air un peu éteinte. »

Je ne peux pas croire qu’elle l’ait remarqué, s’émerveilla Gabrielle tout en se reprenant. A une époque je devais pratiquement fondre en larmes avant qu’elle ne se rende compte que quelque chose n’allait pas. « Le temps, je présume… ça me donne des pensées moroses. »

Xena plissa le front et regarda dehors, et Gabrielle s’amusa à imaginer paresseusement que son âme sœur essayait de trouver un moyen de changer le mauvais temps. Cela la fit rire et elle tapota la poitrine de Xena. « C’est juste le moral… ça va passer. » Elle mit les bras autour de la taille de la guerrière et s’appuya contre elle. « Alors, qu’est-ce que tu vas faire de ces gars ? »

« Oh. » Xena abandonna l’idée de trouver une solution pour changer le temps et elle se réinstalla en serrant la barde contre elle. « J’avais oublié ça… oui… apparemment, Gar s’était entouré de paresseux comme lui… ils aiment cet endroit. » Elle regarda la pluie paresseusement. « Ils avaient hâte de pouvoir s’installer. »

« Quoi ? » Gabrielle releva la tête de l’épaule de la guerrière et la regarda avec confusion. « Xena, c’est une armée… qu’est-ce que tu veux dire par s’installer ? »

Un haussement d’épaules. « Ça arrive… parfois. Tu sais, Gabrielle… les armées comme celle-là… sont faites de gamins pour la plupart… ou d’hommes âgés qui ont été forcés de quitter leur terre… mais pas de soldats professionnels. La plupart des gars viennent de… et bien, du même genre d’endroit que toi et moi. »

« Hmm. »

« Ces deux années ont été difficiles… Gar n’était pas stupide… il a discuté des plans avec ses chefs de bataillon avant de les amener ici. Ils étaient d’accord avec son plan. »

« Hmm », repéta Gabrielle. « Alors… et maintenant ? »

« J’sais pas. » Xena haussa les épaules. « J’ai été encerclée dans les baraquements… ils… heu… »

«Te suivraient n’importe où. » La barde finit la phrase d’un ton ironique.

« Plus ou moins. » Xena gloussa d’un air penaud. « Mais si on leur donne le choix… ils aimeraient plutôt s’installer. »

« Hmm », dit la barde pour la troisième fois. « Alors… il faut qu’on fasse en sorte que la cité veuille les garder, pas vrai ? » Elle pianota sur la chemise en coton qui couvrait l’estomac de Xena. « Il faut qu’on persuade ces idiots en chemises brodées qu’il y a de l’intérêt à avoir une force royale fidèle, qui, en plus, est composée de gars sympas et costauds qui peuvent bouger des rondins. »

« Vrai », approuva Xena aimablement.

« Alors… quel est le plan ? » Demanda la barde.

« J’espérais que tu me le dises », répliqua Xena avec un sourire. « C’est plutôt dans ta zone d’expertise que dans la mienne. »

Gabrielle la regarda. « Mes plans semblent bizarrement ne pas marcher ces derniers temps. »

Xena la fixa à son tour. « Je compte sur toi pour en trouver un. »

« Tu fais ça exprès », l‘accusa la barde incertaine.

Pas de réponse.

« Tu me rends vraiment dingue parfois, Xena. »

Toujours pas de réponse.

Un soupir. « Très bien… je vais voir ce que je peux trouver… mais je ne promets rien. »

Xena lui produisit un sourire éclatant. « Allons… tu peux y réfléchir pendant qu’on les écoute blablater. »  Elle se leva et tendit une main à la barde pour l’aider à se lever. « Honnêtement, Gabrielle… je suis à bout de patience avec ces gens… je suis d’humeur à en prendre un et à lui faire entrer ce que je veux dans la tête en cognant… ce n’est pas vraiment une bonne idée. »

Gabrielle ajusta la tunique de son âme sœur puis la ceinture et elle finit par se détendre et sourire. « Oui… je pouvais voir comment tu étais tendue avec Silvi… très bien… je vois ce que tu veux dire… laisse –moi secouer mes talents diplomatiques et les mettre au travail. » Elle fut récompensée par une étreinte, qui la chatouilla de haut en bas sur tout son corps tandis qu’elle se retrouvait encerclée par une guerrière légèrement mouillée, mais chaude. Xena lui massa le dos pour relâcher la tension et elle sentit sa mauvaise humeur se dissiper complètement, remplacée par son optimisme habituel.

« Allez Tigresse. » Elle finit par se libérer à contrecœur. « Ne laissons pas ces idiots attendre. »

Xena glissa un bras autour de ses épaules tandis qu’elles sortaient de l’alcôve ensemble. « Je me  demande s’ils réaliseraient si j’entrais là-bas avec toi dans mes bras… qu’est-ce que tu en penses ? »

Gabrielle ricana. « Non. » Elle leva les yeux. « Des sœurs ? Par la Grande Héra, Xena… je te ressemble autant que je ressemble à Arès. »

« Roo ? » Le loup leva les yeux en entendant son nom et remua la queue.

« Pas que ça ne soit pas un compliment », ajouta-t-elle rapidement, avec un sourire. « Mais je veux dire que… c’est quoi tout ce truc ? »

Xena haussa les épaules. « Les gens voient ce qu’ils veulent voir, Gabrielle. » Elle rit. « Je pourrais probablement te dire mon amour éternel au milieu de la salle de banquet et ils penseraient toujours tous que c’est une démonstration d’affection sororale profonde. »

« Idiots ». La barde roula les yeux.

« Oh oui », répondit Xena. « Tu as tout à fait raison. »


La voix de l’homme bourdonnait, encore et encore. Gabrielle avait posé son menton sur ses mains et l’écoutait, tandis qu’il exposait le montant exact et les conditions des prêts qu’ils allaient offrir aux marchands, à quel pourcentage et dans quels termes ils allaient être traités.

Mais elle gardait le regard devant elle, parce qu’elle savait que si elle jetait un coup d’œil de côté vers Xena pour voir la guerrière déchirer un morceau de son parchemin en tous petits morceaux, puis les pousser autour d’elle dans des dessins étranges, elle se mettrait à rire.

Ce n’était pas bon.

Xena s’ennuyait facilement, elle s’en était rendu compte il y a longtemps, à moins que ce dont on discutait ne l’intéressât. Ce que ne le faisait pas ce sujet, ni pour la barde d’ailleurs, mais Gabrielle avait développé une tolérance pour ce genre de choses pendant ses longs séjours avec les Amazones et à Amphipolis.

Alors… son âme sœur s’ennuyait et quand elle s’ennuyait, Xena avait tendance à s’agiter. La barde savait que si elle lui passait une plume et un plus grand morceau de parchemin, la guerrière se mettrait à dessiner, traçant des carrés remplis d’une croix et les remplissant au hasard. Les morceaux de parchemin avec lesquels elle jouait maintenant étaient un substitut, quelque chose pour occuper son esprit agité pendant que le noble lisait la liste des marchands.

A nouveau.

« Je ne… sais toujours pas si ceci est prudent », finit-il par résumer avec un soupir.

« En fait. » Gabrielle s’éclaircit la voix. « Vous allez recevoir pas mal en retour… je sais par expérience que les gens autour de la zone vont venir au marché aussitôt qu’il sera reconstruit, espérant faire des affaires avec des marchands désespérés et espérant récupérer leurs pertes. »

Ils se tournèrent tous pour la regarder, puis se regardèrent l’un l’autre. « Vraiment ? » Murmura le noble. « Des affaires, tu dis ? »

La barde hocha la tête. « Bien sûr. » Elle entrelaça ses doigts. « Vous allez aussi attirer de nouveaux marchands qui verront une opportunité de remplir les trous. »

« Tu as déjà vu… ça se produire ? » Un jeune homme parla en se penchant en avant. « Dans d’autres lieux ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Oui… ce n’est pas une conséquence très jolie, mais c’est un peu dans la nature humaine, tu vois ? »

L’attention se tourna sur elle. « Dis-nous en plus », murmura le vieil homme nommé Edgevar.

Alors que Gabrielle s’éclaircissait la voix pour commencer à parler, Xena eut un sourire narquois et continua ses dessins obsessionnels, faisant des morceaux la tête d’un chat. Elle écoutait les descriptions de son âme sœur et était à demi-consciente du murmure d’approbation des nobles.

Elle a besoin de ça. Son regarda alla rapidement vers le profil de Gabrielle puis revint sur la table. Je suis inquiète pour elle. Ce n’était pas normal qu’elle doive pousser la barde à s’investir et elle s’était un peu sentie coupable de ça, mais à dire vrai, elle n’avait vraiment pas la patience pour ça et elle voulait vraiment que Gabrielle retrouve de la confiance sans son propre jugement.

Elle tourna légèrement la tête pour regarder le langage corporel de la barde, voyant les os et les muscles bouger sur ses épaules sous le tissu rugueux de sa tunique tandis qu’elle faisait des gestes et l’écartement de ses côtes quand elle reprenait son souffle pour continuer à discuter.

Xena poussa un bout de papier en forme d’oreille, puis mit une moustache en place. En plus, Gabrielle marquait de très bons points, certains auxquels elle-même n’avait pas pensé du tout, et les nobles semblaient de plus en plus enthousiaste dans la reconstruction du marché. La barde glissait quelques paroles au sujet des troupes qui faisaient le travail et elle sourit pour elle-même. Brave fille.

« Qu’en penses-tu, Xena ? » La voix de la barde qui s’adressait à elle, la saisit par surprise et elle leva les yeux, un peu coupable.

« Et bien. » Elle savait en voyant le sourire au coin des lèvres de Gabrielle qu’elle avait été surprise en train de rêver éveillée et elle fit venir un sourire d’excuse. « Toujours d’accord avec toi, Gabrielle. »

« Oh… il faudra que je me souvienne de ça. » Les yeux de la barde étincelèrent puis elle retourna son attention vers Edgevar. « Basiquement, si vous lancez le festival juste après la fin de la reconstruction, vous aurez un plus grand  nombre de réponses et ferez le plus de bénéfices. »

Le vieil homme hocha la tête respectueusement. « Bon conseil, madame. » Il se tourna vers Xena. « Et combien de temps pensez-vous qu’il faudra pour reconstruire, général ? »

Xena poussa une queue en place. « Oh… ça dépend du temps. » Elle réfléchit un instant. « Si nous pouvons avoir des chariots pour aller à la forêt et rapporter des rondins, ça ne devrait pas prendre trop de temps. »

« Excellent. » Il fit une pause puis échangea un regard avec trois des nobles plus anciens, qui hochèrent la tête. « Bien, nous pouvons passer au point suivant alors… la régence. » Il ajusta son manteau orné. « Silvi, vous savez que depuis la mort de votre père, j’ai été votre régent. »

« Je le sais. » La jeune fille lui sourit. « Je pense que vous avez été splendide. » Elle se leva et croisa les mains. « Et une fois mariée, je veux que vous sachiez que vous aurez toujours une place ici. »

Le vieil homme tressaillit puis se força à sourire. « Merci, votre Majesté. »

« Je savais que vous vous inquiétiez pour ça », continua Silvi. « Mais je veux que vous sachiez qu’une fois que mon chéri et moi serons mariés, et que je serai reine, je m’assurerai que vous aurez beaucoup de choses à faire. »

Gabrielle tourna son regard vers son âme sœur. Le chat était oublié et Xena écoutait maintenant, une expression d’alerte acérée sculptée sur ses traits anguleux.

« C’est… bon de votre part », répondit l’homme lentement. « Dois-je comprendre que vous croyez vous marier… bientôt ? »

« Oh oui. » Silvi soupira de bonheur. « Maintenant que les choses sont éclaircies, nous pouvons nous marier n’importe quand… bien sûr, ça devra attendre que ma robe soit prête, mais… » Un autre sourire. « Framna fera un magnifique consort… il est tellement beau dans un uniforme. »

« Silvi… » Edgevar croisa les bras. « Après ce qui s’est passé… pensez-vous qu’il est approprié de l’élever à ce statut ? »

Elle eut l’air confuse. « Mais… tout s’est bien terminé… nous sommes libérés de cet animal… et ce n’était pas de sa faute, vous voyez. Il ne pouvait pas empêcher cette armée d’attaquer… nous avons juste eu de la chance d’avoir ici quelqu’un qui le pouvait. » Elle lui lança un regard malheureux. « Il s’est senti très mal… c’est un homme bon, mon oncle. »

« Nous en parlerons plus tard, en privé. » Le vieil homme pinça les lèvres. « Je ne pense pas souhaiter transmettre une régence à un homme qui ne connaissait pas le tempérament de sa propre armée. »

« Il marque un point. » Xena se pencha en avant et murmura. « C’était vraiment aveugle de sa part. »

« Mm. » Gabrielle se pencha en arrière. « Je ne sais pas… mais je me souviens être tombée amoureuse et avoir fait des choses étranges à un certain ex-seigneur de guerre de ma connaissance. » Elle reçut un regard spécial. « Surtout dans le domaine de l’étourderie. »

« Je n’étais pas si mauvaise », murmura Xena. « Non ? »

« Je me souviens de la nuit où tu as nourri Argos avec des tomates bouillies », répondit Gabrielle, en gardant une oreille sur le dialogue à voix basse entre Edgevar et un autre homme. « Bon sang, comme elle était furieuse. »

Xena rit. « Oh dieux… je m’en souviens. » Elle regarda Silvi qui avait un air malheureux et soupira. « D’accord… d’accord… il reçoit une indemnité, mais il reste tranquille. »

« Il l’aime », dit la barde doucement.

« Oui… je sais », gronda la guerrière. « Je n’aime pas beaucoup l’oncle. »

« Moi non plus. » Gabrielle fit une grimace. « Laisse-moi voir ce que je peux faire. »

Xena se pencha en arrière et regarda son âme sœur se lever et aller vers l’endroit où les nobles étaient amassés, se passant la main dans ses cheveux clairs et s’éclaircissant la voix quand elle arriva à leur hauteur.

« Ecoutez, les gars… » Commença Gabrielle.

« Ah… madame la barde… nous parlions justement de vous », l’interrompit Edgevar avec douceur. « Vos contributions d’aujourd’hui ont été très utiles. »

« Hum… merci. » Gabrielle leur fit un sourire. « Ecoutez, au sujet de Framna… il n’est pas si mauvais. »

Ils échangèrent des regards. « Nous ne sommes pas… terriblement inquiets là-dessus en ce moment. » Le régent se frotta les mains. « En fait, nous pensions dépasser ce point et nommer un héritier différent… comme vous le savez, mon fils est de sang royal et il est bien mieux à même que sa petite cousine de monter sur le trône. »

« Ah bon ? » Gabrielle mit les mains dans son dos. « Et bien… hum… ce ne sont pas mes affaires… mais… n’est-ce pas une décision un peu hâtive ? »

« Non non. » Edgevar produisit son sourire froid. « On en a parlé auparavant… nous avions juste un problème pour trouver une femme convenable pour Vasi comme compagne… il y a une… pénurie… de dames aussi qualifiées chez nous. » Ses yeux se posèrent sur elle avec avidité. « Maintenant… je pense que nous avons trouvé cette… vous allez acquiescer, madame la barde, que vous feriez très certainement une splendide compagne. »

La barde le fixa. « Quoi ? » Elle secoua rapidement la tête et se frotta une oreille. « Je vous ai bien entendu… vous voulez que je… que j’épouse votre fils ? »

Il lui sourit. « Exactement… et, ne vous inquiétez pas… nous avons l’intention d’offrir un très bon travail à votre sœur… en tant que commandante des gardes de la cité. » Il lui tapota le bras. « Vous ne serez pas séparée de votre famille… je sais, moi-même, combien c’est important. »

Gabrielle se lécha les lèvres et cligna des yeux. « Excusez-moi un instant. » Elle exécuta une volte-face parfaite et s’empressa de rejoindre Xena qui regardait nonchalamment.

 

Suite et fin 10ème partie

 

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Chose promise, chose due, 8ème partie

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Chose promise… chose due

8ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

« Ouille. »

« Reste tranquillement assise et tu n’auras pas mal. »

« Gabrielle ! »

« Tu es un vrai bébé », dit celle-ci en roulant les yeux. « Je te jure, Xena… tu pourrais recevoir une demi-douzaine de flèches et ne rien dire, mais quelque chose comme ça ? »

« Ça pince. »

« Et bien, reste tranquille pendant une fichue minute et ça ne pincera pas. » Gabrielle réussit à poser avec soin la boucle autour du lobe de l’oreille bronzée et elle s’assit. « Voilà… alors, est-ce que ça fait mal ? »

« Mpf. » Xena regarda pensivement dans le miroir tandis que la barde posait l’autre boucle puis Gabrielle se leva et regarda son œuvre.

« Et bien ? »

La guerrière fit bouger ses oreilles et elle lança un long regard souffrant à sa compagne.

Gabrielle lui sourit et lui releva légèrement le menton. « Elles sont vraiment jolies. »

Xena fit la moue. « Je ne peux pas croire que je t’ai laissée me convaincre » grommela-t-elle, mais elle lança un coup d’œil à contrecœur dans le miroir. Les deux boucles en argent étaient bien équilibrées sur chaque oreille, avec le bleu vivace des pierres qui saisissaient la lumière de la chandelle, parfaitement coordonnées à la couleur de ses yeux. Elle se rendit compte qu'elle était ingrate et elle réussit à faire un sourire désabusé à sa compagne attentive. « Ça m’apprendra si tu ne m’achètes plus jamais rien, hein ? » Elle passa un bras autour de la jambe de la barde et s’appuya contre elle. « Merci, Gabrielle… elles sont vraiment jolies. »

« Tch tch. » Gabrielle entoura les larges épaules devant elle. « Quelle rouspéteuse. » Elle tira doucement sur le bord de la combinaison en cuir de Xena. « Si tu dois porter tout ce qui cliquette, au moins tu dois aussi avoir quelque chose de joli. »

Le caractère illogique de la déclaration fit rire Xena. « Bien… bien… » Elle laissa son rire diminuer puis se leva et alla vers son armure qui brillait dans le mélange de coucher de soleil cramoisi et de lumière de chandelle. Elle s’assit et mit ses jambières d’abord, serrant les boucles usées derrière ses genoux, assurant les attaches en cuivre, puis elle souleva sa cuirasse au-dessus de sa tête et ajusta les pièces, souriant quand Gabrielle s’approcha et serra la boucle sous son bras droit. Elle avait ajouté des pièces à ses épaulières et elle appuya pour les mettre en place tandis que la barde la contournait pour serrer l’autre attache.

« Entre nous deux, on a assez de cuir pour rendre un taureau nerveux », commenta Xena en passant un doigt joueur sur le gant amazone de la barde. « Mais… tu lui rends bien justice, Gabrielle. »

Gabrielle arrêta ce qu’elle faisait et se regarda. « C’est vrai ? » Elle portait sa tenue complète d’Amazone avec une dague cérémoniale sur sa hanche gauche. « Je pense que je fais trop de bruit. » Elle sautilla puis tressaillit. « Ouh… dieux… »

Xena lui prit le bras. « Garde tes sauts de lapin pour quand ton genou sera guéri, d’accord ? » l’avertit la guerrière d’un ton blagueur puis elle la tint à distance de bras et sourit.

Inconsciemment, Gabrielle se redressa sous son regard, inspirant brusquement en carrant les épaules. Son costume d’Amazone remua tandis qu’elle bougeait, le cuir couleur rouille glissant doucement sur sa peau. Ses cheveux clairs étaient coiffés en deux nattes et tirés en arrière, exposant les boucles d’oreille bâton et plume scintillantes et le pendentif en cristal brillant posé au creux de sa gorge.

Elle serra les poings dans les gants coupés courts et plia les biceps, peu habituée aux bandes de cuir qui les entouraient. « Il faut du temps pour s’y habituer. » Elle lança un regard d’excuse à Xena.

Celle-ci hocha tranquillement la tête. « Je sais… mais détends-toi… tu es superbe. »

Gabrielle accepta le compliment avec un sourire. « Merci… toi aussi. » Elle regarda Xena ajouter une cape légère à ses épaules après avoir attaché son fourreau dans son dos et ajusté son chakram.

La guerrière ajusta un bracelet puis leva les yeux et étendit les deux bras tout en se redressant de toute sa hauteur, avec un regard interrogateur. « Est-ce que c’est acceptable ? »

Elle portait du cuir noir solide, et une armure chaudement brillante, qui contrastait avec sa peau bronzée qui ondulait sur les muscles élancés de ses bras et de ses jambes ; sa chevelure noire cascadait sur son épaule comme une extension de sa cape fluide. A part les boucles d’oreilles, le seul ornement qu’elle portait était le pendentif qui allait avec celui de Gabrielle et la bague sur sa main.

Gabrielle décida qu’elle était aussi intimidante qu’il lui était possible de l’être sans avoir à dégainer son épée. « Ouaouh », siffla la barde. « Mon cœur s’emballe. »

« Si je dois porter tout ça pour te faire cet effet, alors j’ai des problèmes », répondit Xena d’un ton ironique.

La barde sourit et s’avança, lui prit la main et la pressa contre sa poitrine. « Dis mon nom. »

La guerrière obéit et sentit l’arrêt du battement sous ses doigts. Elle rit. « Et ça suffit ? »

Le regard vert brume devint soudain sérieux dans la lumière baissante du jour et se leva vers elle. « Un regard… un toucher… » Elle s’avança et entoura le cou de Xena de son bras, attirant sa tête jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. « Un baiser », murmura-t-elle quand elles se séparèrent.

Xena la regarda dans une rêverie paisible pendant un long moment. Puis elle lui pinça doucement le nez. « Allez… allons commencer cette farce, d’accord ? »

« Oui », approuva Gabrielle en tirant une dernière fois sur sa tenue. « Prêt Arès ? »

Le loup, fraîchement brossé et portant belle allure, était blotti près des sacoches de Xena. A la question de la barde, il leva la tête et dressa les oreilles. « Roo ? »

« Je dirais bien qu’on est tous prêts… alors… » Xena vérifia qu’elle avait assez d’armes attachées sur elle et sautilla une fois ou deux, juste pour tout mettre en place. « Allons-y. »

Elles sortirent de leurs quartiers assignés et descendirent l’escalier ensemble, Xena ralentissant consciemment son pas pour épargner la jambe blessée de sa compagne. Alors qu’elles atteignaient le bas des marches, les deux gardes stationnés là se raidirent, saluant rapidement Xena. Elle leur fit un signe de tête et continua, traversant le grand hall d’entrée pour approcher des portes vers la salle de banquet.

Elles pouvaient entendre le faible son de la musique qui en émanait et elle lança un regard rapide avant de faire signe au garde d’ouvrir les grands panneaux. « Prête, ma Reine ? »

Gabrielle sentit un frisson de choc le long de son dos à ce titre. « Tu parles. » Elle prit une profonde inspiration et carra les épaules, assumant le manteau d’autorité que cette tenue lui conférait. « Allons-y. »

Xena rit légèrement. « Il va falloir travailler tes dialogues de Reine, mon amour », murmura-t-elle puis elle fit un signe de tête au portier. « Ouvre. »

Les portes s’ouvrirent et une vague d’odeur de nourriture, mêlée à l’encens et aux corps chauds, sortit de la salle. Xena attendit que l’ouverture soit assez large pour les admettre toutes les deux puis elle entra à grands pas, Gabrielle sur ses talons. Tandis qu’elle s’éloignait de l’entrée, tous les soldats présents restèrent immobiles avec une calme déférence à son égard. Cela envoya une vague choquée dans toute la pièce et un bourdonnement suivit, tandis que les habitants de la cité regardaient avec inconfort les visages figés et disciplinés.

Xena la sentit, elle sentit la bouffée animale d’excitation en réponse à sa présence qui fit couler son sang plus vite et elle sourit en traversant la salle et en regardant tous les regards de la pièce la suivre, ainsi que la Reine Amazone qui marchait avec fierté à son côté. Elle pouvait voir l’expression sérieuse sur le visage de Gabrielle tandis qu’elle scrutait la pièce et elle sentit la réaction de surprise leur revenir depuis les regards posés sur elles.

Tandis qu’elles atteignaient la table principale, elle saisit le regard de Garanimus sur elle, les yeux écarquillés, et elle lui lança un regard à son tour, ce qui le fit regarder vers le bas puis vers le haut à nouveau, avec un lent sourire appréciateur qui commençait à se poser sur son beau visage. Nonchalamment elle s’assit, consciente de la vague quand les soldats s’assirent après elle. « Salut. » Elle ajusta les plis de sa cape. « Quelque chose ne va pas ? »

Garanimus se frotta les yeux et se permit un long regard franc sur elle. « Par les orbes de Zeus, Xena… j’avais oublié à quoi tu ressemblais là-dedans. » Il lâcha un rire de délice puis s’étira le cou pour reluquer Gabrielle, qui lui lança un regard froid en retour. « Et euh… » Une main dans leur direction. « Où est-ce que heu… »

« Oh. » Xena prit une coupe sur la table et but une gorgée de son contenu. « Je n’ai pas mentionné que Gabrielle est Reine des Amazones ? » dit-elle d’un ton innocent. « Bon sang, j’avais prévu de le  faire. »

Il pointa Gabrielle du doigt. « Toi ? »

Gabrielle le regarda, lui lançant sa meilleure imitation du regard sévère de sa compagne. « Oui, et tu as vraiment de la chance que nous vénérons les petits pois parmi d’autres légumes », l’informa-t-elle. « Ou j’aurais pu me sentir vraiment offensée. »

Il la fixa puis tourna brusquement les yeux vers Xena, qui arborait un air solennel et impassible. « Euh… d’accord… désolé. » Il s’éclaircit la gorge. « Je viens d’apprendre que Framna est à la porte principale… je vais le faire escorter.

Xena se contenta de hocher la tête et elle s’adossa au fond de son fauteuil, les coudes posés sur les accoudoirs, les doigts en flèche de clocher. Elle était vaguement consciente de la présence de Silvi assise de l’autre côté de Gar, raide, et qui lui envoyait des regards mauvais. Ses soldats étaient dispersés dans la pièce, comme d’habitude, et ils se partageaient les plateaux et les pichets avec avidité. A son côté, Gabrielle piochait aussi des bonnes choses depuis les plateaux, et elle mangeait, offrant occasionnellement une sélection de nourriture à un Arès qui attendait patiemment.

Elle-même ne touchait rien, à l’exception de la lourde chope en bois qu’elle tenait à deux mains, remplie d’un simple cidre. Ses yeux clairs scrutaient sans cesse la salle, observant les soldats et les citoyens, les serveurs et les gardes. Elle pouvait sentir la tension dans la pièce qui allait de gestes trop frénétiques à des voix trop cassantes.

Elle pouvait sentir la peur aussi acérée et distincte que le thym et elle sentit ses instincts combatifs poindre, reconnaissant ceci comme un signal. Des regards étaient tournés vers elle et elle les ignora, attendant que la grande porte s’ouvre à nouveau et que le spectacle commence.

Ça lui sembla prendre une éternité, mais à la fin ils arrivèrent et les voix se turent, tandis que Framna entrait, le dos raide, flanqué de Bennu et de l’un de ses autres lieutenants. Ils l’amenèrent devant le dais où se trouvait la table principale et ils s’arrêtèrent, faisant un salut.

Un salut pour elle, se rendit-elle compte tandis qu’elle levait la main pour le reconnaître puis la laissait retomber. Elle décida de rester assise pendant que Garanimus se levait, ses longs doigts posés sur la table tandis qu’il étudiait son adversaire.

Framna portait la tenue complète de cuir et d’armure, y compris son épée qui lui avait été laissée par les gardes sur l’ordre explicite de Xena. Son équipement était en bonne condition et soigné et visiblement fonctionnel. Il leva alors la tête, confiant, et les fixa. « Je suis venu entendre vos termes. » Une pause. « De reddition. »

Garanimus rit, pas un de ses rires agréables. « J’espère que tu as apporté un sandwich. Tu vas attendre un bon moment. » Les soldats rirent avec lui, un cercle de sons bas qui firent écho sur le sol pierreux. « Nous ne nous rendons pas, espèce de meneur d’ânes. »

Framna plissa les yeux. « Tu es désavantagé et déclassé, espèce de face de chien. »

Gabrielle se pencha vers sa compagne qui écoutait, détendue. « On dirait qu’ils se connaissent », murmura-t-elle.

Xena leva paresseusement la main et réprima un sourire.

« Je ne suis pas désavantagé. » Garanimus haussa les épaules. « J’ai Xena. » Il lança un regard vers l’ex-seigneur de guerre qui les regardait. « Quant à déclassé, mon cul a plus de classe que toute ton armée pathétique. »

L’homme de haute stature aux cheveux roux carra les épaules. « Une personne ne fait pas une armée, connard. » Mais son regard scruta rapidement la pièce vers la posture disciplinée des soldats et la présence silencieuse et menaçante de Bennu près de lui avant qu’il ne retourne son attention vers la table principale.

« Bien sûr que si », répondit l’homme blond joyeusement, se faisant visiblement plaisir. « Il faut juste choisir la bonne personne… tu vois, il se trouve que je connais Xena ici présente… » Il se tourna à demi et lança un regard affectueux à la guerrière. « Elle pourrait tenir tête à toute ton armée à elle seule… le reste des gars est ici juste pour porter son épée et lui apporter de l’eau froide, et ce genre de choses… alors… » Une autre salve de rires de la part de l’armée et quelques cris sourds d’approbation.

Il lui était difficile de garder un visage figé, mais Xena y réussit, se faisant une note mentale de botter les fesses de Garanimus plus tard pour cette remarque. Elle maintint son expression légèrement ennuyée, légèrement amusée et entrelaça ses doigts sur son estomac, faisant paresseusement bouger ses pouces.

« Tu rougis », murmura Gabrielle en bougeant à peine les lèvres.

« Il fait trop sombre pour qu’ils le voient », marmonna Xena avec un tout petit rire.

« Ça ferait une histoire géniale… » dit la barde dans un souffle.

« Ne te fais pas d’idées. » La guerrière soupira attendant la salve suivante de Framna.

« Je trouve ça dur à croire », déclara catégoriquement le rouquin.

Garanimus étendit les bras. « Essaye. » Il posa ses cartes sur la table. « Je ne t’ai pas demandé de te montrer ici… retourne à ton armée et vois par toi-même. Tu ne prendras pas cette cité. »

Framna se tourna à demi et pour la première fois, il regarda directement Xena. « J’ai une meilleure idée. »

Oh oh. Xena soupira intérieurement. Il faut toujours qu’il y ait quelqu’un pour ne pas suivre le plan. Elle échangea un regard ironique avec son âme sœur puis haussa un sourcil à l’attention du dirigeant ennemi. « Et ce serait quoi ? »

« Un défi », répliqua l’homme. « Entre toi et moi. »

Xena croisa les bras sur sa poitrine. « Qu’est-ce que tu as en tête ? » Demanda-t-elle d’un ton nonchalant.

Il leva la main. « D’abord, tu dois accepter que peu importe le défi, tu y répondras… pas de retraite, pas de changement d’avis. » Il l’étudia. « A moins que cela ne te dérange… et si c’est le cas, nous ferons les choses de la manière conventionnelle et je rejoindrai mon armée. C’est une belle nuit pour se battre. »

Xena se leva et contourna la table, descendant d’une allure chaloupée les deux marches du dais avant de se frayer un chemin vers lui. Elle s’arrêta à longueur de bras et l’étudia. « Très bien. » Elle laissa un léger sourire passer sur ses lèvres. « Tu as ma parole. » Elle attendit, se demandant ce qu’il avait dans sa manche. Elle soupçonnait qu’elle savait mieux combattre que lui avec plus d’armes au nombre d’années en plus où elle l’avait fait, et même s’il choisissait de laisser tomber les armes pour tenter un combat à mains nues… et bien, elle avait aussi quelques tours à elle pour compenser sa taille et son poids.

Il eut un sourire hautain, une expression malsaine et se frotta les mains. « Nous les combattants nous pouvons être du genre à une seule dimension, pas vrai, Xena ? » Il tourna la tête et pointa le petit groupe de musiciens blottis dans un coin, attendant qu’il en ait fini pour continuer à jouer. « J’ai l’intention de changer ça. Mon défi c’est la musique… je vais charmer les braves gens ici présents et voir si tu peux en faire autant. »

Il ne la regarda pas et se contenta de faire signe au harpiste de s’avancer et quand l’homme s’approcha d’un pas hésitant, il lui prit l’instrument des mains.

Un murmure passa dans la pièce et chacun regarda Xena, qui s’était appuyée contre la table principale, les bras croisés, une expression indéfinissable sur le visage. Garanimus lui lança un regard nerveux puis jeta un rapide coup d’œil à Gabrielle, qui avait ce… Il cligna des yeux. Elle avait ce sourire complètement ravi sur les lèvres sans raison apparente.

Framna installa l’instrument et passa les doigts dessus, puis il commença à jouer une jolie mélodie, qu’il produisit avec un talent respectable, même s’il était un peu hors du rythme. Il fit le tour de la pièce en jouant, recevant des sourires des résidents et il finit devant Xena en terminant avec un grand geste.

« Et bien ? » lui demanda-t-il, une note de triomphe dans la voix.

« Je dirais que tu as fait cela dans le but que je fasse le spectacle et m’embarrasser devant tous ces gens », fit remarquer Xena. « Ce n’est pas gentil. »

Il sourit. « Tu as donné ta parole. »

Elle hocha la tête. « Je l’ai fait… alors… tu veux que je… » Elle passa la main sur sa harpe. « Fasse de la musique ou quelque chose comme ça, hein ? »

La pièce était silencieuse, tendue et dans l’expectative. « C’est bien ça », déclara Framna avec un sourire. « Un simple défi, vraiment… juste pour prouver que nous ne sommes pas tous des tueurs sales et sans cervelle. » Il la regarda droit dans les yeux. « C’est très certainement mieux que si j’amenais mon armée ici et que je débarrassais le pays de vos visages hideux… réfléchis… c’est un acte de merci de ma part. »

Des yeux très froids et très bleus le traversèrent. « De la musique ? »

« Relève le défi, Xena… ou admets que tu ne le peux pas, » répondit-il.

Elle haussa les épaules. « D’accord… tu l’auras voulu. » Elle se redressa et laissa ses mains retomber sur ses côtés, tandis qu’elle passait en revue une liste de possibilités et choisit l’une des préférées de Gabrielle. Ensuite elle ferma les yeux et prit une inspiration.

Et elle chanta.

Gabrielle reconnut la chanson dès la deuxième note et elle laissa un sourire chaleureux et satisfait passer sur son visage, regardant les mâchoires qui tombaient dans la pièce tandis que la belle et puissante voix de son âme sœur emplissait l’espace et les inondait, envoyant des frissons dans son dos comme à chaque fois.

Idiots. Elle se serait bien mise à rire sauf qu’elle était bien trop absorbée par la chanson, dont Xena savait qu’elle l’aimait, et elle savourait les expressions de total étonnement que la grande femme aux cheveux noirs recevait de la plupart des auditeurs. Elle posa le menton sur sa main et regarda la poitrine de Xena bouger alors qu’elle prenait une inspiration pour continuer, son ton fidèle et les résonnances chaleureuses s’insinuant dans mêmes les plus sceptiques.

Ils étaient sous le charme et quand elle eut fini et que le dernier écho quitta enfin la pierre, il y eut un silence stupéfait, qui fut finalement brisé par les cris des soldats qui se levèrent et acclamèrent leur général avec délice, et qui se transforma lentement en des applaudissements penauds des citoyens.

Xena se contenta de croiser les bras et elle rit, regardant Framna essayer de reprendre ses esprits. Elle se rapprocha de l’homme. « Je n’ai pas apprécié cette attitude. »

Il refusa de croiser son regard.

« Je n’aime pas trop quand on essaie de me ridiculiser », continua Xena, sa voix prenant une teinte glaciale. « Tu recommences et je brise chaque os de ton corps, compris ? »

A ces mots, Framna la regarda droit dans les yeux. Ce qu’il y vit l’effraya. « Je… j’ai compris. »

« Bien », gronda la guerrière. “Maintenant dis à Gar que tu veux traîner dans les environs cette nuit pour que les détails soient définis au matin et lorsqu’il acquiescera, tu t’assois et tu la fermes, compris ? »

Un bref signe de tête. Xena lui lança un dernier regard sombre avant de se retourner et de faire signe de la main aux soldats qui chantaient tout en retournant s’asseoir avec un petit soupir. Elle sentit immédiatement une main sur son poignet et elle tourna la tête pour voir un regard vert chaleureux qui brillait pour elle. « Surprise, hein ? »

« C’était parfait », répondit la barde avec un sourire. « Et merci d’avoir choisi celle-là… je l’aime vraiment beaucoup. »

Xena lui sourit. « Je le sais. » Elle détourna les yeux de Gabrielle à contrecœur et retourna son attention sur Framna.

« On dirait bien… qu’on pourrait arranger tout ça amicalement après tout », dit le seigneur de guerre, bien que visiblement les dents serrées. « Peut-être qu’on pourra définir les détails au matin ? »

Garanimus se balança d’avant en arrière avec un ravissement intense. « Bien sûr ! » Il fit signe aux soldats qui escortaient le chef ennemi. « Amenez-le par ici… hé… peut-être que tu pourras rejouer de la harpe pour nous, hein ? » Il rit tandis qu’ils allaient vers une table de côté plus petite puis il se tourna vers Xena et lui frappa l’épaule. « Tu ne m’as jamais dit que tu savais chanter ! »

Le regard bleu clair se tourna vers lui. « Tu n’as jamais rien fait pour m’inspirer et te montrer que je pouvais le faire », répondit-elle d’un ton sec.

« Ooooh… » Le seigneur de guerre lui lança un faux regard blessé. « Ça fait mal… » Il se pencha plus près. « Sérieusement, Xe… c’était génial… tu m’as inquiété un instant… mais j’aurais dû savoir. » Il sourit. « Hé… P’tit… je veux dire, heu… Reine Gabrielle… » Il cligna des yeux vers Xena qui roula des yeux puis il regarda à nouveau la barde. « Tu connais des bonnes histoires sur elle ? »

« Hé », dit Gabrielle en riant. « Tu te moques de moi, pas vrai ? »

Garanimus lui fit un sourire charmant. « Je me disais bien… pourquoi tu n’en racontes pas quelques-unes… juste pour terminer la soirée. » Il donna un petit coup à Xena. « Pour montrer à ces culs serrés qu’on n’est pas seulement des bouseux, hein ? »

« Excuse-moi ». Gabrielle lui tapota le bras. « Mes parents sont des fermiers et je n’apprécie pas ce terme. »

Il cligna des yeux.

Elle lui sourit en retour. « Jamais de fausses idées. » Elle tapota légèrement le bras de Xena et se leva, regardant la foule intéressée qui la suivait du regard tandis qu’elle partait de la haute table pour prendre sa place au centre de la pièce. Les serviteurs faisaient toujours le service, mais la pièce se calma tandis que tout le monde se concentrait sur elle.

« Je m’appelle Gabrielle », commença la barde. « Et ce soir je vais vous raconter une histoire sur les Amazones et les Centaures… » Elle prit une profonde inspiration. « Et comment la foi et l’amour peuvent changer le monde. »

Tout ce dont Xena se souvint plus tard, c’était des yeux verts et d'une voix qui semblait lui parler à elle, ramenant des souvenirs et les colorant d’une nouvelle touche de brillant. Elle pouvait sentir leur connexion, aussi solide et réelle que les accoudoirs du fauteuil sous ses mains, et elle se laissa perdre dans le talent de Gabrielle.

Tandis que la barde finissait et acceptait les applaudissements avec grâce, Garanimus se pencha à nouveau par-dessus son accoudoir. « Elle est vraiment top… »

Xena lui lança un regard. « Oui. »

Le grand seigneur de guerre la regarda. « Elle t’a piégée pour de bon, hein ? »

La guerrière se contenta de hocher la tête.

Il ricana doucement. « Je ne pensais pas vivre pour voir ça un jour. »

Xena finit par se tourner pour le regarder droit dans les yeux. « Moi non plus », répondit-elle calmement. « Ça me surprend chaque jour. » Elle prit sa coupe et sirota son cidre. « Très bien… assez de bavardages… » Sa voix reprit du mordant tandis qu’elle se levait, croisant Gabrielle tandis que la barde revenait à sa place. « A demain, Gar. »

Il leva les yeux vers elle. « Oui… va doucement, hein ? »

La guerrière posa sa coupe et hocha la tête. « Oui. » Elle scruta la pièce puis mit une main sur l’épaule chaude de la barde et la guida pour sortir.


Gabrielle garda le silence en montant l’escalier avec sa compagne taciturne, se concentrant pour rester à sa hauteur avec son genou blessé. Elle trébucha une fois et cela lui valut une réaction de Xena, qui s’arrêta et prit son bras, la maintenant tandis qu’elles continuaient leur montée.

« Tu es vraiment en colère, hein ? » Risqua la barde après une minute. « C’était vraiment moche de sa part de faire ça. »

Xena haussa les épaules. « Oui… c’est vrai… mais il a eu un retour de feu », répondit-elle tandis qu’elles atteignaient la porte de leur chambre qu’elle poussa pour ouvrir. « Ça montre qu’il a un esprit indépendant… et on ne l’intimide pas facilement. »

La barde eut un petit bruit d’approbation. « Tu aurais dû voir son visage quand tu as commencé à chanter… Xena, on aurait dit qu’un Centaure venait de faire ses besoins sur sa tête. »

Cela lui valut un rire de surprise de la part de l’ex-seigneur de guerre qui autrement était triste. « Oui… je présume que j’ai surpris tout le monde… sauf toi bien sûr », admit Xena, en débouclant sa cape pour la laisser tomber sur ses sacoches.

Gabrielle ôta ses propres gantelets et les laissa tomber sur le bureau, tandis qu’elle se dirigeait vers le foyer. « J’aurais bien besoin de thé… tu en veux aussi une tasse ? » Elle s’arrêta et attendit la réponse tout en mettant l’eau à chauffer, puis elle se retourna. « Xena ? »

La guerrière s’était assise sur le canapé bas, les bras entourant ses genoux cuirassés, et elle regardait fixement dans le vide, l'air pensif. A l’appel de la barde, elle leva les yeux. « Désolée… quoi ? Oh… du thé… oui… bien sûr. Ce serait génial. »

La barde hocha la tête et prit deux portions de feuilles. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » Demanda-t-elle après un long moment de silence.

Des yeux bleus coupables croisèrent son regard. « Hum… rien… je présume que je suis juste un peu… je ne sais pas. » Xena finit par simplement hausser les épaules.

Gabrielle regarda tranquillement son âme sœur étudier ses propres mains, les retournant puis les serrant, raidissant compulsivement sa poigne. Elle versa de l’eau bouillante sur les herbes, versant paresseusement du miel dans les tasses tandis que ça infusait. Après un instant, elle remua le tout et les souleva.

« Tu sais à quoi je pense ? » Dit-elle en tendant sa tasse à Xena avant de s’asseoir près de la guerrière. « Je pense que je connais quelqu’un qui n’aime pas perdre. »

Xena lui lança un regard. « De quoi tu parles ? J’ai tout arrangé, tu te souviens ? » Protesta-t-elle en prenant une gorge de son thé.

Gabrielle resta silencieuse, la regardant, une main posée contre le dos tendu, la massant juste… là… au bon endroit…

Ça marcha. Après un moment, Xena ferma les yeux d’un air las. « C’est aussi évident que ça, hein ? » Finit-elle par murmurer en soupirant. « Et bien, tu as déjà fait appel à mon ego, Gabrielle… tu peux recommencer à me faire la leçon, je pense. »

« Non non. » La barde se pencha en avant et posa sa joue sur l’épaule de la grande femme. « Pas de leçon. » Elle entoura le bras de Xena de sa main et pressa doucement. « J’ai été vraiment étonnée de la vitesse à laquelle tu as retourné cette armée… je pense que tout le monde l’était… c’est plus que simplement te voir prendre le commandement, Xena, ces hommes veulent te faire plaisir. » Elle regarda les yeux aux paupières baissées. « Ils ont mis leur confiance en toi. »

Un lent signe de tête. « Et maintenant je les vends », murmura la guerrière d’un ton morose. « Je peux toujours me dire que c’est pour la meilleure des raisons… mais… » Elle secoua la tête. « Ça fait mal. » Elle posa la tasse sur le sol et mit la tête entre ses mains, se frottant les tempes de ses doigts raidis. « Et je sais que je vais devoir les affronter et voir cette trahison dans leurs yeux demain. »

Gabrielle posa à son tour sa tasse et glissa sur le côté puis elle tira sur l’armure de Xena. « Viens par ici. » Elle tapota ses cuisses. « Allonge-toi et laisse-moi m’occuper de ces contractures. »

La guerrière hésita puis céda ; elle se pencha et laissa Gabrielle déboucler l’armure de ses épaules et la soulever, puis elle ferma les yeux lorsque les mains chaudes de la barde commencèrent à masser sa nuque pour aller vers l’extérieur. « Je sais… je sais que c’est stupide… » Marmonna-t-elle. « Personne ne sera blessé de cette façon… je… »

« Chut. » Gabrielle se concentra sur son travail, sentant la tension commencer à diminuer sous ses doigts. « Je sais… tu as ce gros cœur de compétition là-dedans… » Elle se pencha et effleura le front de la guerrière de ses lèvres. « Qui n’aime pas avoir à se rendre. »

Xena leva les yeux vers elle pendant une longue minute puis elle soupira. « Tu me fais me sentir comme une adolescente à sa première compétition de festival », grogna-t-elle faussement, sentant qu’elle commençait à se détendre.

« Oh non. » Gabrielle commença à s’occuper de sa nuque. « Je suis sûre que tu l’as gagnée. » Elle s’interrompit et mordilla le nez de Xena. « Pas vrai ? »

Très lentement, un sourire apparut, plissant la peau au coin des yeux et de la bouche de sa compagne. « Heu… en fait… » Elle s’interrompit au souvenir et rit. « Oui. » Oooh… et comme Toris lui en avait voulu. Il ne lui avait pas parlé pendant près d’un mois après ça. « Le prix c’était cette bride vraiment jolie… Toris travaillait avec ce poulain obtus qui ne valait pas un pet de lapin, mais il voulait ce fichu truc pour faire joli… il avait paradé toute la semaine en disant qu’il allait le gagner… »

«Et alors ? » Gabrielle sentit une vague de soulagement tandis qu’elle sentait sa compagne répondre à son toucher.

« Presque », lui dit Xena. « J’avais décidé qu’aucun cheval obtus qui ne pouvait distinguer sa jambe droite de sa jambe gauche allait porter ce joli truc. »

« Tu l’as battu. » Ce n’était pas une question.

« Ohhh…. Oui… tu peux le dire. » Maintenant Xena lui faisait un vrai sourire honnête. « Ensuite j’ai donné la bride à la femme de notre vieux tisserand… il avait ce poney, vraiment mignon, mais il détestait Toris… il lui mordait les fesses dès qu’il passait près… bref… je la lui ai donnée et ce poney l’a portée jusqu’à ce que… » Elle s’arrêta et soupira. « Il est mort pendant le raid. »

Gabrielle mit les bras autour du cou de son âme sœur et l’étreignit. « Je n’ai jamais été bonne à ce truc… et de toutes les façons, les filles ne luttaient pas et ne boxaient pas… on devait tisser et cuisiner… je n’ai jamais rien gagné. »

Xena se concentra sur elle. « Je parie que tu gagnerais maintenant. » Elle mit les mains autour de celles de la barde. « Je sais qu’au bâton, il n’y aurait aucune concurrence… Par Hadès, je ne pense pas que moi je voudrais m’en prendre à toi. »

La barde ricana. « Allons, Xena. »

« Je ne ris pas », protesta la guerrière honnêtement. « Nous sommes plutôt à égalité, Gabrielle… tu as une meilleure technique que moi et tu es compacte… alors tu as un meilleur angle d’attaque. »

Gabrielle écarquilla les yeux. « Tu es sérieuse ? »

Xena hocha la tête. « Oui… j’y pensais l’autre jour… je veux dire, bien sûr… je suis plus forte que toi, mais ça ne compte pas beaucoup dans le bâton. » Elle cligna des yeux vers sa compagne stupéfaite. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Gabrielle ferma les yeux. « Mon cerveau essaie de s’enrouler autour de l’idée que tu me dis que je suis meilleure que toi avec une arme. » Elle secoua la tête. « Et j’ai de grandes difficultés à le croire. »

Xena lui prit les mains.  « Gabrielle… si tu choisis l’arme, tu n’as plus besoin d’une championne », dit-elle doucement. « La Reine Amazone est parfaitement capable de défendre elle-même son titre. »

La barde ouvrit brusquement les yeux. « Non… non ce n’est pas vrai. » Elle éleva la voix. « Ne dis pas ça. » Sa respiration s’accéléra. « Est-ce que tu… es en train de dire que… tu ne… je… »

« Oh… oh… hé… » Xena écarquilla les yeux, alarmée, lorsqu’elle ressentit la violente réaction de la barde.

Gabrielle sursauta et se détacha du corps de sa compagne, puis elle se leva et fit les cent pas, les bras enroulés autour de son corps. Elle sentait une panique solide qui montait et elle ne pouvait pas l’arrêter, son esprit tournoyant avec les mots de Xena.  Est-ce qu’elle ne voulait pas… mais… je pensais que…

Qu’est-ce que j’ai fait, par Hadès ? Xena se leva à son tour et alla avec précautions vers la barde maintenant silencieuse, qui se tenait à la fenêtre à regarder dehors. « Gabrielle ? » dit-elle d’un ton hésitant. « Je ne voulais pas t’inquiéter avec ça… je pensais que c’était un compliment. »

« Quoi ? Que je n’ai plus besoin de toi ? » La barde sentit les mots quitter ses lèvres presque sans sa permission. « Merci. Ça me fait un bien fou. »

Xena manqua de mots pour répondre alors elle en essaya quelques-uns qui marchaient généralement. « Je suis désolée. » Pas de réponse. « Je ne voulais pas que tu penses que je ne voulais pas être ta championne… je suis vraiment fière de ça. »

Gabrielle relâcha lentement son souffle.

« Je… je pensais que si jamais ça arrivait… et que tu voulais… répondre au défi toi-même… et bien… tu le pourrais », finit Xena en laissant sa voix traîner un peu. « Ne sois pas en colère s’il te plaît. » Elle entendit la douleur inattendue dans sa voix et vit le dos de la barde se raidir.

Gabrielle se retourna et la regarda avec un air d’excuse. « Je… ne… suis pas sûre de savoir d’où c’est venu », admit-elle doucement, tout en boitant vers Xena pour s’installer dans l’étreinte qui l’attendait. « Je suis désolée… je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme ça. » Elle pouvait entendre le cœur de Xena battre de manière erratique contre sa poitrine et elle faillit se frapper elle-même. « C’était vraiment stupide… bien sûr que c’est un compliment. »

Xena la tint contre elle jusqu’à ce que son corps se calme, puis elle réfléchit à ce qui s’était passé. Elle finit par s’écarter de la barde avec un sourire désabusé. « Je pense que je sais d’où c’est venu. »

Gabrielle n’avait pas envie de quitter son coin de chaleur. « Où ? »

La guerrière lui tapota doucement le ventre. « De là. » Elle remit les bras autour de la barde. « On devient un peu plus… heu… »

« Emotive ? » Hasarda Gabrielle.

« Mal à l’aise… oui », confirma Xena. « Quand on est enceinte. »

« Oh génial… » La barde grogna doucement. « C’est juste ce que j’avais besoin d’entendre. » Elle mit la main sur la poitrine de Xena au-dessus de son cœur. « Est-ce que tu vas y survivre ? » Elle la regarda avec anxiété. « Je ne voulais pas… te secouer comme ça. »

Xena répondit avec un baiser. « Je survivrai », murmura-t-elle tandis que Gabrielle mettait les bras autour de son cou. « Après tout, tu acceptes mon comportement égotiste. » Elle prit une bouffée de l’odeur unique et habituelle de Gabrielle mélangée avec le cuir et elle décida qu’elle aimait bien ça. Ses mains passèrent sur le corps de la barde, touchant la peau douce qui bougeait sous ses doigts.

« Mmmm… » Murmura la barde. « Du cidre. » Elle laissa ses bras glisser le long des épaules nues et traça les contours de la combinaison en cuir, ses mains venant se poser sur les boucles qui la retenaient. « On a d’autres plans pour ce soir ? » Elle mordilla la clavicule de la guerrière, sentant la légère pointe de bois fumé qui restait de la salle à manger. « Ou bien je peux m’occuper de toi ? »

Xena ouvrit des gros yeux ronds et bleus. « Ouaouh », balbutia la guerrière. « Je ne sais pas… qu’est-ce que tu as l’intention de faire de moi ? »

« Oh. » La barde détacha une des boucles et lécha la peau dessous. « Je vais y réfléchir. » Elle poussa Xena vers l’arrière jusqu’à ce que ses jambes touchent le lit puis elle la fit tomber d’une poussée.

Xena la laissa faire, pliant tranquillement les mains pour voir ce que la barde avait en tête pour la suite. Elle regarda Gabrielle lui enlever les jambières et les bottes, savourant le mouvement de la lumière de la chandelle sur sa peau brunie, dont une grande partie était dénudée dans le cuir amazone.

Gabrielle termina sa tâche puis rampa le long du corps de sa compagne et glissa une main sur l’avant de sa combinaison à demi ouverte. « Bon… j’en étais où ? » Elle plongea son regard dans celui de la guerrière et laissa ses mains se balader, repoussant le cuir lourd impatiemment. Elle s’arrêta lorsque ses lèvres mordillèrent un point sensible. « Je pourrais juste te torturer. » Elle sentit la peau de Xena se tendre en réaction et sourit. « Mais je pense que je vais être gentille. »

Soudain une voix profonde et séductrice atteignit son oreille. « Gentille ? » Des dents qui capturaient son lobe. « Oh… je ne pense pas. »

« Hein… est-ce que j’ai dit gentille ? » Gabrielle se tortilla puis mordilla la peau douce sous ses lèvres. « Petite idiote. » Elle réussit à prendre les deux bras de la guerrière et les repoussa, puis elle commença une campagne qui rendit son âme sœur impuissante à cause des rires. Puis les mains qu’elles tenaient se soulevèrent du lit avec peu d’effort et brisèrent sa prise, pour venir se poser sur sa taille et la soulever. « Beuh », couina-t-elle en cherchant une meilleure prise.

Xena la posa sur son endroit préféré et l’embrassa. « A mon tour. » Elle enleva le haut de la barde et sentit Gabrielle glisser contre elle, ce qui amena un contact chaud entre leurs deux corps. Elle effleura doucement les côtés de la barde, sentant les muscles bouger et les côtes se détendre tandis que Gabrielle haletait. « Tu deviens de plus en plus chatouilleuse, toi aussi », blagua-t-elle la jeune femme tandis qu’elle explorait la peau douce de sa gorge.

« P… p… plus sensible… à … » Gabrielle prit une autre inspiration alors que les mains de sa compagne touchaient des endroits familiers. « Toi… je… je présume. » Elle sentit sa respiration hors de tout contrôle tandis que son corps répondait, avec le désir du contact, exigeant encore plus.

« Ah oui ? » Murmura Xena contre sa peau tandis que ses mains exploraient les contours de la barde. Elle pouvait sentir le battement de coeur de Gabrielle contre ses lèvres et tandis que la barde se pressait contre elle, son propre rythme accéléra jusqu’à ce qu’elles soient synchronisées.

Puis leur connexion fit surface, elles ne firent qu’une et le futur fut bloqué pour une longue période de temps.

Après cela, la barde se reposa avec contentement, affalée contre le corps détendu de son âme sœur, à écouter le vent cogner les clochettes juste devant la porte du balcon. « Je présume qu’on se contente d’attendre demain matin, hein ? » Marmonna-t-elle contre la peau de Xena, dessinant paresseusement d’un doigt.

La guerrière se força à ouvrir les yeux et vérifia son sens du temps. « En fait… je vais aller m’assurer que tout va bien au portail. » Elle passa les doigts le long du dos nu de Gabrielle, souriant lorsque la barde miaula comme un chaton et arqua le corps au toucher.

« Tu te sens mieux maintenant ? » Demanda Gabrielle en la tapotant sur le ventre. « Tu sembles beaucoup moins tendue. »

« Tendue ? » Xena se mit à rire. « Gabrielle, si j’étais plus détendue, je serais endormie. » Elle soupira. « Malheureusement… parce que maintenant il faut que je m’habille et que j’aille les épier. » Elle emmêla ses doigts dans les cheveux de Gabrielle et lui gratta la nuque.

« J’adore quand tu fais ça. » Gabrielle ferma les yeux de bonheur.

«Je sais », répondit doucement Xena en regardant le visage de son âme sœur éclairé par la chandelle. « Gabrielle ? »

« Mm ? » La barde garda les yeux fermés.

«Tu… tu te souviens de cette note… que tu m’as écrite avant que je prenne le bateau pour la Chine ? »

Gabrielle se raidit et elle leva la tête, clignant des yeux avant de les ouvrir. « Je… oui… je… bien sûr que je me souviens », répondit-elle, lançant un regard anxieux vers Xena. « Qu’est-ce qui… pourquoi tu parles de ça ? »

Xena traça la mâchoire de la barde d’un doigt. «Je l’ai lue aujourd’hui pour la première fois. »

Gabrielle fut vraiment surprise. « Qu… je… pensais que tu avais… je veux dire, c’était… tu trouves habituellement ce genre de chose… heu… »

« Je l’ai fait. » Elle eut un soupir. « Je l’ai fait… je l’ai trouvée… ensuite, et bien je n’ai pas eu le cran de l’ouvrir. » Une longue pause. « J’aurais dû… j’aurais dû parce que ça aurait… fait une différence. » Son regard malheureux croisa celui de la barde. « Je voulais juste que tu le saches. »

Gabrielle soupira. « Et bien… je… » Un sourire passa sur ses lèvres. « Merci… de me le dire… j’ai toujours pensé… que peut-être tu avais tout balancé par-dessus bord. »

La guerrière la fixa. « Sûrement pas… j’avais toutes tes petites notes avec moi, Gabrielle… et chaque jour, j’en prenais une et je la lisais. » Elle baissa le regard. « Je pense que c’est bien la seule chose qui m’a fait continuer. »

« Oh. » Ça ne faisait plus aussi mal, de penser à l’année d’avant, se dit Gabrielle. Ou peut-être que c’était parce qu’elle pouvait y penser en étant blottie avec Xena qui enlevait la douleur. « Je n’avais vraiment pas grand-chose de toi… juste mes souvenirs… vraiment. J’allais me coucher chaque soir en Chine en t’attendant, vêtue de ta chemise… ils pensaient que j’étais folle. » Elle s’interrompit, se souvenant. « Même après tout ça, tu me manquais vraiment. »

Xena sourit tristement. «Tu m’as aussi manquée. » Elle tira sur la couverture. « Je pensais à toi tout le temps. »

Gabrielle enfouit son visage dans l’épaule de son âme sœur. « Je pensais qu’ils allaient me tuer parce que je n’arrêtais pas de parler de toi… je pense que j’ai donné la migraine à Ming Tien… il allait avoir ce petit pincement bizarre après que je lui ai tourné autour pendant un moment. »

La guerrière garda le silence un moment. « Je n’allais pas le tuer », finit-elle par dire, presque pour elle-même. « Non… je ne le pensais pas, jusqu’à ce qu’il… il m’y a poussée, Gabrielle… c’était presque comme si… il m’avait donné cette épingle à cheveux exprès. »

« Tu veux dire que… il voulait que tu le tues ? »

Xena secoua la tête. « Je ne sais pas… mais je n’allais pas le faire jusqu’à ce qu’il me pousse cette dernière fois. » Elle eut un regard perdu. « Quelque chose a craqué. » Lentement, son regard se reconcentra sur le visage attentif de la barde. « J’aurais dû te le dire quand c’est arrivé. Je suis désolée. »

Une autre pièce du puzzle se mit lentement en place. Gabrielle mit le nez contre elle confortablement. « C’est bon », lui dit-elle, paisiblement. « Tu étais en sécurité… c’est tout ce qui comptait pour moi. » Elle soupira. « J’étais bien trop occupée à être profondément reconnaissante que tu m’aies assez pardonné pour me parler quand même. »

Elles n’en avaient pas discuté… pas le premier soir sur le navire de retour, quand les hautes marées avaient rendu Gabrielle malade, jusqu’à ce que des doigts tranquilles se referment sur son poignet et qu’elle lève les yeux vers le visage bleui et le regard perdu qui ne voulait rien de plus que…

La paix. Et elles l’avaient trouvée pendant une brève période, sur des eaux tumultueuses, dans les bras l’une de l’autre. Si elle fermait les yeux, elle pourrait encore sentir cette chaleur qui avait supporté son âme brisée pendant cette longue nuit.

La guerrière acceptait cela. « Mm. » Elle massa rapidement le dos de la barde. « Il faut qu’on se lève, mon amour. »

« Ah oui ? » La barde se prélassa contre elle, envoyant de la chaleur et du confort ce faisant.

Xena sentit son corps répondre à l’attaque insidieuse avec un abandon joyeux et elle avait des difficultés pour le convaincre de ne pas céder. « Allons… lâche-moi un peu… je veux m’assurer que tout va bien et paisible… comme ça nous pourrons filer d’ici demain, par Hadès. »

La barde fit semblant de soupirer et roula sur le côté la tête sur une main tandis qu’elle s’étirait. « Qu’est-ce que tu vas faire pour ton accord avec Vasi ? »

Xena se laissa distraire par le corps mince de sa compagne pendant un long moment avant de réfléchir à la question. « Le marché avec Framna passe avant… si Vasi pose la question, je dirai juste que Framna a fait une meilleure offre. »

Gabrielle absorba ces paroles pensivement. « Xena ? »

« Hmm ? » La guerrière avait roulé hors du lit et elle attrapait sa combinaison en cuir tombée au sol. Elle se tint dans la lumière dorée pendant un moment, sa silhouette élancée faisant jouer celle-ci quand elle bougeait.

« Qu’est-ce qui… se passerait… s’il n’y avait pas de marché ? Si toi… si l’armée devait vraiment défendre la cité ? »

Xena sourit et attacha les boucles sur sa combinaison. « Tu veux voir ? » Elle avança vers le bureau et attrapa un parchemin parmi plusieurs éparpillés sur la table. « Viens par ici… je vais te le montrer… j’avais tout planifié. »

Gabrielle avait posé la question de manière théorique et elle n’avait pas vraiment envie de quitter son nid chaud, mais l’enthousiasme de la guerrière était rare et prenant, alors elle se tortilla pour sortir du lit et la rejoignit, après avoir attrapé une simple chemise pour la passer par-dessus sa tête. « D’accord… je suis là. »

Xena étala une carte des environs sur le bureau et une autre des parties fortifiées de la cité. « Regarde… voilà où est son armée… » Son doigt toucha un endroit. « Et ce n’est pas une mauvaise position, mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est au pied d’une arrivée d’eau ici… et ici… » Le doigt bougea. « Alors d’abord, il va combattre sur les hauteurs. C’est plus difficile… et ensuite, tu peux faire plus de choses si tu as du temps et de l’élan. » Elle prit une autre feuille. « Si sa force principale est ici, alors il est dans un tunnel… j’ai des petites bandes de chasseurs le long de ces bords ici, et ici… et qui essaieront d’en toucher le plus possible… pour les emmener vers le haut ici. » Un doigt. « C’est le principal entrepôt de la cité et le marché… si on fait paniquer les troupeaux, ils ne peuvent que descendre par là. » Elle traça le chemin vers la position de l’armée ennemie. « Ça crée de la confusion partout. »

Gabrielle se leva tranquillement et la regarda, voyant la lueur d’intelligence et d’intérêt vivace dans ses yeux.

« Une fois qu’ils sont déstabilisés, c’est une question d’utilisation sage de tes ressources », continua Xena. « Tu mets tes meilleurs archers sur les murs ici. » Elle pointa. « Parce quand ils montent la côte ici, il n’y a pas de couverture possible. » Elle prit une inspiration. « Ensuite tu utilises les pièges et les puits ici, pour les décourager. D’ici à ce qu’ils arrivent en position de siège, tu peux démolir la moitié de leur force combattante et cela rend la prise de la cité problématique. »

Gabrielle cligna des yeux, secouant légèrement et silencieusement la tête. « Tu es stupéfiante. »

Xena leva les yeux des plans et plissa le front. « Non, ce n’est pas vrai… ce sont les bases, Gabrielle… il n’y a rien de stupéfiant là-dedans. »

« Tu n’avais pas besoin de bluffer Framna. Tu étais sérieuse… tu le battrais, pas vrai ? »

Une pause intriguée. « Oui… je veux dire que n’importe quoi peut arriver, mais… » Un haussement d’épaules. « Avec de la chance, c’est sûr… je gagnerais. » Elle regarda Gabrielle. « Tu es surprise ? »

« Que tu le battrais ? ? Non non non… » La barde remua frénétiquement la main. « C’est juste que je… je ne savais pas que tu avais réfléchi à tout ça… comme ça. » Elle relâcha un petit rire de surprise. « Je veux dire que… tu savais, d’une façon ou d’une autre que tu n’aurais pas besoin de le faire. »

Xena se frotta le menton et regarda les documents. « Je… » Elle semblait un peu confuse. « L’habitude mentale, je pense… je n’ai pas eu l’occasion de l’utiliser depuis un moment. » Sa voix traîna sur les mots.

Gabrielle sentit une calme compréhension passer sur elle. Elle s’avança et mit la main sur le bras de la grande femme. « Ça te manque, pas vrai ? » Une pause. « Non… pas les combats… on en a bien assez… mais l’armée… et le respect des soldats… et la planification… ça te manque. »

La guerrière regarda ses mains un long moment, un doigt traçant paresseusement le parchemin, avant de prendre une inspiration profonde et de croiser le regard patient de Gabrielle. Elle scruta le visage de la barde pendant quelques inspirations puis elle eut un petit signe de tête d’admission. « Oui. »

Mais Xena sentit qu’il y a avait un manque d’explications de sa part alors elle essaya de rassembler ses esprits. « C’est comme si… je sais que nous devons toutes les deux utiliser notre cerveau tout le temps, Gabrielle… pour résoudre des problèmes… nous sortir de situations difficiles… mais ceci est différent. C’est comme… d’accord, comment te sentirais-tu si les seules personnes à qui tu pouvais raconter tes histoires étaient des enfants ? »

Gabrielle contracta le front. « Des enfants ? »

« Oui. » Xena la regarda. « Comme public. »

La barde réfléchit. « Les enfants adorent les histoires… j’aime les raconter aux gamins… mais… »

« Mais », acquiesça Xena. « Il n’y a pas de vrai défi, pas vrai ? Tu sais qu’ils vont accepter ce que tu leur racontes. »

Le regard vert croisa brusquement le sien dans une soudaine compréhension. « Oui… avec les adultes c’est différent… je dois les persuader… utiliser des techniques différentes… c’est plus compliqué et je dois orienter mon histoire en fonction de la situation, de qui est là, de ce que j’essaie de… » Elle laissa sa voix traîner en regardant Xena, voyant une fenêtre de compréhension s’ouvrir. « C’est pour ça que tu aimes les jeux de mots. » Elle inspira. « Et les devinettes… pas vrai ? »

Xena lui fit un petit sourire tandis qu’elle prenait son armure et commençait à la passer. « N’utilise pas trop souvent ceci. » Elle se tapa la tête des doigts. « C’est bien d’être connue pour autre chose que la force brute… je présume que c’est là qu’arrive le respect. » Elle leva les yeux. « Mon armée savait… que je pouvais imaginer comment réfléchir à sortir d’un piège autant que d’en sortir par le combat… je présume que c’est ça qui me manque… tout le monde se souvient des combats, mais peu se souviennent de la réflexion. »

Gabrielle s’avança, pensive et silencieuse, et elle boucla les attaches qui pendaient de chaque côté de la poitrine de Xena. Elle savait que c’était vrai… même si elle l’oubliait parfois… mais si elle réfléchissait à leurs aventures passées, elle pouvait voir les moments où Xena montrait un délice bien caché, mais béat dans la résolution des problèmes les plus intriqués. Comme de se battre avec un géant et un seigneur de guerre le même jour. Ou défaire un dieu. Où quand elles avaient été prises dans ce cauchemar à répétition.

Un esprit agité, actif et intelligent, coincé à Amphipolis, relégué à trouver de combien d’orge il fallait nourrir les chevaux. Gabrielle souffla lentement. Ça, c’était un problème, peu importe combien Xena l’assurait qu’elle était heureuse à la maison. Troublée, elle leva les yeux au moment où Xena lui prenait le visage.

« Je ne veux pas retourner à ça, Gabrielle. » Sa voix était très douce. « C’est juste bien de pouvoir le pratiquer une fois de temps en temps. »

« Mais… » Un doigt sur ses lèvres la rendit silencieuse.

« Pas de mais. Pas de regret », insista Xena. « Tu me gardes suffisamment occupée, ma barde… trouve-moi quelques-uns de ces nouveaux puzzles en bois pour l’hiver… et ça ira très bien. »

Gabrielle la regarda attentivement. « Nous allons parler de ça plus tard », l’avertit-elle doucement. « Je ne veux pas que ton cerveau rouille. »

Xena rit tranquillement. « Très bien… nous parlerons plus tard. » Elle pencha la tête et embrassa la barde. « Je vais vérifier si tout va bien. » Elle ajusta ses armes et alla à grands pas vers le balcon pour regarder dehors avec intérêt. « Pas besoin d’alerter tout le monde, pas vrai ? » Elle appela toutes ses forces et s’assit sur la rambarde, planifiant sa descente.

« Fais attention », grommela Gabrielle en regardant par-dessus mal à l’aise. « D’accord ? »

La guerrière fit un clin d’œil. « Pas de souci. » Puis elle sauta du balcon pour atterrir sur un rebord juste dessous et elle marcha le long de sa faible largeur comme si elle était en route pour une balade à la rivière.

« Oui. Pas de souci », répéta Gabrielle en la regardant avec nervosité. « Est-ce que j’ai déjà dit combien je détestais que tu dises cela, Xena ? » Elle garda le regard sur la guerrière jusqu’à ce que celle-ci saute d’un rebord à l’autre, pour finalement balancer avec grâce sur le pavé avec un léger sautillement. Puis elle disparut dans les ombres.


La barde rentra péniblement et boita vers le bureau avant de s’y appuyer un moment avant de remuer ses parchemins. Elle était sur le point de s’asseoir quand elle changea d’avis et alla vers le tas de sacoches, s’agenouillant avec raideur près de la sienne avant d’y fouiller. « Ah. » Elle sortit deux barres de voyage et les emporta avec elle jusqu’au bureau, poussant un Arès endormi avant de s’installer dans le fauteuil.

« Oh, par Hadès », jura-t-elle doucement en se relevant pour aller vers le foyer, où elle prépara du thé avant de le remuer pour l’apporter fumant dans sa tasse au bureau. Elle la posa, puis prit son journal et s’installa confortablement, prenant une gorgée du liquide chaud, puis mordillant une barre. « T’sais, Arès… je pense que je suis contente qu’on rende visite aux Amazones… surtout pour le festival de Dionysos. »

« Agrrro ? » Le loup remua la queue.

« Mm hmm, je suis… peut-être qu’on te trouvera même une petite copine, hein ? » dit Gabrielle d’un air songeur tout en mâchouillant sa barre et elle lissa une page blanche de son journal. « Tu aimerais ça ? »

« Grrrrrr… »

« Tu ne t’engages pas vraiment, Arès… tu deviens trop comme ta maman. »

« Roo ? »

« Oui, et bien, ça va si tu montres que tu aimes quelque chose, d’accord ? »

Un mouvement de la queue.

« C’est mieux. » Gabrielle lui sourit puis elle trempa sa plume dans le pot d’encre.

Par où je commence.

J’ai dû commencer avec cette question depuis plusieurs jours maintenant… est-ce que c’est un mauvais signe ? Il arrive tellement de choses, il faut que je pense à ce que j’ai écrit avant d’en écrire plus.

Je suis toujours enceinte… je commence à … je ne sais pas, je me souviens de Lila qui disait qu’elle avait toujours faim… et moi aussi… mais comment dire si c’est parce que je suis enceinte ou mon appétit habituel ? Je présume que ça n’a pas d’importance… Xena pense que c’est ‘mignon’, bien sûr… bien que je ne sache pas combien de tout ça est réel et combien elle cherche à ce que je me détende et que je me sente bien avec ça.

Je présume que ça n’a pas non plus d’importance… soit qu’elle pense que c’est vraiment mignon ou qu’elle fait de son mieux pour que je me sente bien… ce sont toutes les deux de grandes choses, alors… pourquoi s’inquiéter ? J’en ris. Pauvre Xena… elle a pris ma part de nausées… mais elle supporte vraiment bien… ça et les grosses faims…de la voir quand elle mange quelque chose qu’elle déteste habituellement… c’est teeellement drôle. On dirait Arès la fois où Cyrène a mis une bulle de beurre de pomme dans sa gueule juste pour voir ce qu’il allait faire. Il a passé sa langue et eu cet air dégoûté… c’est ça que fait Xena, seulement elle garde la langue dans sa bouche.

Elle s’est… comportée bizarrement aussi. Plus calme, d’une certaine façon, plus ouverte… plusieurs fois ce soir les mots ont jailli … et c’est tellement inhabituel chez elle. Comme quand elle racontait ce truc au sujet de cette bride et aussi quand elle m’a montré ses plans de bataille. Je me demande si ça fait partie de ce que nous partageons aussi.

Je me retrouve à… rêvasser un peu plus, je présume… je me perds dans ces pensées, des pensées agréables, surtout sur elle, sur nous… c’est presque comme si je me concentrais plus sur notre vie commune. J’ai remarqué que je la touche plus qu’avant… je ne peux pas m’en empêcher, c’est comme si mon corps voulait toujours être en contact avec elle et j’espère que ça ne va pas commencer à la rendre dingue.

Cette petite colère que j’ai eue ce soir m’inquiète. J’ai totalement surréagi à une chose qu’elle a dite et je sais que je l’ai un peu effrayée. Son cœur battait si fort… j’espère que je pourrai me rendre compte de ce qui va advenir maintenant et que je pourrai l’arrêter. Je ne veux pas qu’elle passe neuf mois comme ça… ce n’est pas bon pour elle. Ou pour moi, non plus… mais j’ai une excuse au moins.

Elle se sent vraiment mal à l’idée de céder l’armée. Ça va contre tous ses instincts et le fait qu’elle traverse ça en ce moment me stupéfie un peu. Elle veut combattre, surtout après le dîner, après que cet abruti de Framna l’a défiée.

Bon sang, comme elle l’a bien eu. Je me suis presque levée pour l’acclamer quand elle a commencé à chanter, et tous ces gens guindés ont presque avalé leur gobelet de vin. Ça leur apprendra. J’ai beaucoup apprécié ça, un peu comme de passer la langue devant tout le monde avec des nia nia nia… c’est mal, mais… je ne peux pas m’en empêcher… je suis tellement fière d’elle, je pouvais à peiner rester tranquillement assise.

J’ai réalisé quelque chose ce soir. J’ai réalisé…

Un coup léger à la porte l’interrompit et elle leva les yeux avec un soupir. « Bon sang, Arès… je déteste quand ça arrive. » Elle localisa son bâton du regard puis s’éclaircit la voix. « Entrez. »

La porte s’ouvrit lentement et Mestre passa une tête sombre et soupçonneuse, son regard trouvant Gabrielle avant de se plisser.

La barde retint plusieurs remarques cinglantes. « Entre, Mestre. »

Ce que fit la jeune fille, suivie par la silhouette trapue de Grand-mère. Elles fixèrent toutes les deux Gabrielle avec attention.

« Elle est quelque part aux portes pour vérifier des trucs. » Gabrielle plia les mains sur son journal.

Grand-mère poussa doucement la jeune fille hors du chemin et s’avança. « J’l’ai pas vue partir », accusa la vieille femme.

« Par la porte ? » Gabrielle mit le menton sur une main. « C’est bien trop conventionnel pour Xena. Non… elle est descendue par le mur », la rassura-t-elle. « Elle voulait s’assurer que tout allait selon le plan… elle déteste s’en remettre à la chance. »

Mestre s’était avancée près du pichet qu’elle avait laissé et elle l’examina, puis elle lança un regard un peu plus amical à Gabrielle. « On a des trucs à voir avec elle. »

La barde s’enfonça dans son fauteuil et leva un genou qu’elle encercla de son bras. « Voyons voir… Est-ce que c’est Vasi qui trahit ? Un complot d’Elanora ? Framna qui dort dans la chambre de Silvi? Les soldats n’ont pas pris la drogue ? Ou bien quelque chose que nous ne savons pas encore ? »

Elles la regardèrent les yeux agrandis.

Gabrielle haussa modestement les épaules.

Grand-mère se laissa tomber sur le canapé. « C’est ton amante ? »

La barde cligna des yeux, pas habituée à ce que la question soit posée aussi carrément. « Heu… parmi d’autres choses, oui. »

La vieille femme soupira. « Il se dit que… son armée n’est pas satisfaite du marché… Janas, notre chasseur vient juste de rentrer, il dit qu’il les a trouvés en train de se rassembler… il est pas sûr de ce qui se passe. »

« Qui… l’armée de Garanimus ? » Demanda Gabrielle, désorientée. « Ils ne sont pas contents d’avoir à se rendre ? »

« Nan. » Grand-mère secoua la tête. « L’autre… j’pense qu’on a peut-être fait une boulette avec çui-là. »

Gabrielle se figea. « Grand-mère… ils sont sur le point d’ouvrir les portes. » Elle se levait déjà et attrapa ses bottes. « Tu es en train de me dire qu’ils pourraient attaquer au lieu d’entrer en paix ? »

Un haussement d’épaules. « J’sais pas, p’tite fille… c’est pour ça qu’j’suis v’nue parler à la ptite pousse. »

La barde s’arrêta de lacer sa botte. « La quoi? »

La vieille femme eut un sourire sans dents. « La ptite pousse… c’est comme ça qu’j’appelle la grande chose aux cheveux noirs avec qui tu traînes. » Elle soupira. « C’était une mignonne petite bougresse, toujours en train de bouger. »

Gabrielle se leva et serra une ceinture autour de sa tunique légère pour la mettre en place. « C’est toujours le cas », marmonna la barde en attrapant son bâton. « Elle est aux portes… s’ils attaquent, elle sera seule à essayer de les arrêter. »


Les pavés étaient frais sous ses pieds et Xena songea que l’automne était bien en chemin. Elle se glissa parmi les ombres, sentant l’humidité de la rosée commencer à se former sur les pierres sous ses doigts tandis qu’elle courait le long des rues désertées, des sons étouffés indiquant que les familles s’installaient pour dormir.

De l’autre côté, elle pouvait entendre des craquements et des mouvements, des gens qui fermaient leurs maisons et des animaux qui bougeaient sans cesse dans des étables confortables, ignorants de son passage. Dans le vent, elle sentait la fumée du bois qui brûle et différentes sortes de nourriture, ainsi qu’une légère touche de pluie dans l’air. Elle se lança dans un saut rapide pour relâcher son corps et elle atterrit avec un léger bruissement sur les pavés.

Jusqu’aux portes du château, puis à travers les maisons de la noblesse, un peu dans les rues étroites puis à travers les maisons de la classe moyenne, où se trouvaient des petits ateliers d’artisans et de femmes assis à côté de leurs quartiers. La route se rétrécissait maintenant et devenait plus sale, et elle passait près des maisons des pauvres, qui partageaient leurs huttes minuscules avec leurs bêtes et dont les maigres possessions étaient empilées dehors avec soin.

L’odeur provenait du pain, du blé bouilli et des légumes, pas celle de viande rôtie et la senteur délicate de boulangerie des maisons les plus influentes. Xena s’arrêta près du bord d’un chemin tordu et mit la main sur le mur de la hutte la plus proche, regardant après le coin vers les grandes portes principales de la cité, bien fermées dans l’obscurité.

Elle pouvait voir les torches; accrochées à l’intérieur des murs, qui envoyaient des ombres vacillantes sur les mendiants blottis contre l’abri qu’ils offraient et les gardes tranquilles qui se tenaient là dans leur livrée royale comme elle le soupçonnait.

Les gardes du palais allaient offrir de se charger de la garde de nuit pour que ses soldats puissent savourer les festivités, bien entendu. Xena les regarda s’appuyer contre les portes fermées, faisant des commentaires bas et libertins qui arrivaient jusqu’à ses oreilles aguerries. Elle saisit le son familier de son nom et grimaça au commentaire puis elle secoua la tête et se retourna pour regarder un petit groupe de nobles bien vêtus la dépasser.

Elle se fondit dans le mur, les regardant passer, leur marche volontaire en décalage avec leur conversation ordinaire. Ils approchaient des portes et les gardes royaux se mirent au garde-à-vous, saluant le chef qui regarda avec soin autour de lui, puis le garde lui fit un signe de tête pour le laisser passer.

Le vent soufflait légèrement sur le visage de Xena et elle se raidit, saisissant une odeur inattendue dans l’air.

De l’excitation. De la peur. De la transpiration. Un petit détachement était censé attendre de l’autre côté des portes, pour entrer et prendre possession de la cité, se dirigeant directement vers le château pour submerger toute opposition après le repas drogué.

Mais cette odeur ne venait pas du petit détachement. Xena desserra l’épée dans son fourreau  et se mit sur ses orteils, saisissant une autre odeur.

De la toile qui brûlait.

Au-delà des portes de la cité se trouvait le marché avec ses étals colorés.

Le garde détacha l’énorme verrou qui maintenait les portes fermées.

Xena commença à courir, dégainant son épée. « NON ! ! ! ! ! !”


Gabrielle bondit dans l’escalier, ignorant la douleur dans sa jambe, balançant son bâton dans une main. « Viens, Arès », appela-t-elle le loup qui bondissait à son côté. « Allons trouver maman, d’accord ? »

« Aagggrrrroooo ! » Le loup hurla en saisissant sa nervosité.

La barde déboula dans le hall et sortit par la petite porte de côté qui menait à la cour où les troupes étaient cantonnées. Tandis qu’elle dépassait le puits, elle sentit un sursaut fort et froid d’émotion qui faillit la faire tomber et elle se figea, serrant sa poitrine. « Xena. »

La panique la poussa et elle trébucha, tombant douloureusement à genoux. Elle jura et se mit péniblement debout, se dirigeant vers les premiers baraquements, se cognant à la porte, frappant le bois de son bâton. « Ouvrez ! »

Une longue pause, des voix masculines étonnées, puis la porte s’ouvrit brusquement et elle fut presque engouffrée dans la silhouette haute et musclée de Bennu. « Attends… »

« Jeune fille ? » Bennu la regarda, surpris, et bougea une torche pour bien voir son visage. « Qu’esse qui s’passe ? »

Gabrielle se recomposa pour ne pas paraître idiote. « Je pense que nous sommes attaqués. »

Il sursauta. « Quoi ? »

Elle pria pour être patiente alors que son cœur et son âme étaient attirés ailleurs. « Ils ont ouvert les portes… et je pense que l’armée de Framna envahit la cité. »

« Par les boules d’Arès ! » Jura Bennu en se tenant les oreilles avant de se tourner vers les portes. A l’instant, six ou sept autres soldats se tenaient derrière lui, criant pour savoir de quoi il retournait. « Restez tranquilles, maudits salopards ! » Il rougit brutalement. « Pardon, jeune fille. » Puis il écouta à nouveau. « Z’entendez ça ? »

Le silence tomba alors qu’ils écoutaient.

Des cris. De l’acier contre l’acier. Et soudain, résonnant dans l’air humide, un cri de bataille aigu qui fit sortir un gémissement de la gorge de Gabrielle.

« Venez ! » Cria Bennu de toutes ses forces. « Juste comme le gén’ral avait prévu ! Bougez vos fesses ! »

Les hommes commencèrent à courir, complètement vêtus, ce dont Gabrielle se rendit compte, et complètement armés. Les autres baraquements s’ouvrirent brusquement tandis que plus d’hommes se déversaient en entendant l’alarme. « Elle savait », dit la barde dans un souffle.

« Le gén’ral a dit… vaut mieux être prêts… un entraînement, elle a dit ! » Bennu bouclait son épée. « Allez les gars ! Aux portes… comme on s’est entraînés ! »

Gabrielle sentait la traction maintenant et elle se mit à courir, se dirigeant sur le long chemin solitaire, ses bottes et les griffes d’Arès résonnant de façon peu naturelle sur la surface pierreuse. « Allez… allez… Arès… elle est toute seule… toute seule… contre tous les autres », déclama-t-elle puis elle faillit tomber alors qu’une odeur d’animaux lui venait aux narines.

Elle glissa pour s’arrêter. « Attends… Arès… son plan… viens. » Elle fonça à gauche, vers les entrepôts.


Les portes s’ouvrirent brusquement sous la force de nombreuses mains qui poussaient, et Xena regarda avec horreur les nobles devant les portes être balayés sous les bottes de la première vague de l’armée ennemie. Ils furent piétinés et elle vit un lancier empaler l’un d’eux en riant, envoyant une éclaboussure de sang sur le vert riche de sa tunique.

Qu’est-ce qu’elle faisait ? Ses pieds la faisaient avancer, se dirigeant vers l’armée en approche, mais elle n’était pas assez stupide pour croire qu’elle pourrait les arrêter ou même les ralentir de manière appréciable. Ils étaient 600 et elle était seule.

Pas vrai ?

Les portes s’ouvrirent en grand et elle sut que s’ils avançaient plus, il n’y avait plus aucune chance… mais des deux côtés, deux équipes de chevaux de trait se tenaient, les yeux écarquillés, regardant l’armée en approche.

Un cri, juste au bon endroit, et des piqûres de son chakram, et les chevaux bondirent, traînant une lourde carriole derrière eux et vers les hommes qui se précipitaient. Ils s’écrasèrent sur la première ligne et se cognèrent contre les portes, les retenant dans une position semi-fermée. Xena s’avança et sauta pour croiser la route du premier homme avec un cri sauvage et désespéré.

Son épée virevolta, décapitant deux hommes d’un coup et elle sauta dans les premiers rangs, taillant et frappant. Elle sortit son chakram et l’utilisa comme une deuxième arme tranchante, taillant dans les armures, et plongeant ses bords dans des poitrines alors que les hommes hurlaient de peur et d’incrédulité.

Un autre cri et elle sauta en avant, entaillant et coupant un bras, une jambe, tout en faisant un cercle, éventrant trois hommes, laissant un tas de corps dans son passage.

Son sang était échauffé et la part d’elle-même qui était Arès surgissait bien éveillée, et elle se dirigea vers les lignes ennemies avec une furie mortelle et inarrêtable. Les portes à demi fermées limitaient le flot de soldats tandis qu’elle se frayait un chemin en tuant, laissant les corps tombés l’aider à bloquer le flot.

Les chefs de l’attaque se rendirent compte que cela faisait entonnoir et deux d’entre eux poussèrent des hommes de chaque côté, essayant d’ouvrir entièrement les portes et dirigeant le flot en avant pour la submerger par le nombre.

La ligne de front surgit, la faisant reculer puis elle trébucha sur un corps et une vague de soldats hurlants lui tombèrent dessus, frappant et cognant sa forme figée avec des masses.

Xena sentit les coups et une vague noire obscurcit sa vision tandis qu’elle sentait son épée poisseuse de sang lui glisser des doigts, et un coup de pied lui toucha le côté.

Non. Elle mit les mains sur le sol et se repoussa, renvoyant deux soldats sur le dos, taillant de son épée, en éventrant un troisième dont le sang l’éclaboussa d’une vague chaude et humide. Elle continua en grimaçant, regagnant du terrain pas à pas, forçant les rangées de l’avant de l’armée ennemie à s’arrêter, sautant sur les tas de corps de ses efforts précédents et gardant d'une défense déterminée les portes ouvertes de trois mètres. « Vous n’entrerez pas, les gars ! » Cria-t-elle, en repérant le chef qui se dirigeait vers elle en repoussant ses hommes.

Le grand Linnus. Il dégaina son épée lorsqu’il atteignit le nœud d’hommes autour d’elle et il l’attaqua, la repoussant de son simple poids. Il était aussi nouveau dans la bataille et elle avait tenu les portes pendant au moins une demi-chandelle maintenant, tirant sur ses réserves à un degré presque incroyable.

Sa technique était brillante et il était plus grand et pesait une fois et demie son poids, et il était déterminé à retirer cet obstacle de ses plans.

« Qu’est-ce qui est arrivé à notre accord ? » Cria-t-elle en se baissant sous un coup qui l’aurait décapitée.

« Un agrément avec lui, pas avec moi », gronda Linnus. « Je ne vais pas rester là à faire du babysitting pour ce salaud… et ne pas intervenir ? Va chez Hadès. » Il cogna la poignée de son épée sur sa poitrine, la repoussant. « Tu t’es bien battue, Xena… maintenant abandonne avant que je t’embroche ! »

« Tu m’offres un passage sécurisé ? » Répliqua Xena en croisant son coup plongeant avant de le parer.

« Par Hadès, sors de mon chemin ! » Cria-t-il.

« NON ! ! ! » Cria-t-elle en retour, sentant l’énergie sombre surgir tandis que ses réserves explosaient en elle. « Il faudra que tu me battes, espèce de salopard stupide ! » Elle relâcha sa colère et laissa la rage prendre le dessus. La colère et la volonté, ainsi que le pur pouvoir, le repoussèrent vers la vague d’hommes qui essayaient d’entrer.

Un grondement passa sur les cris et avant qu’ils puissent se retourner, des bruits assourdissants de sabots et de braiments outragés flottèrent dans l’ouverture. Xena l’entendit, mais continua à bouger, consciente dans la périphérie de sa vision qu’elle ne combattait plus seule, laissant la furie la porter en avant. Un cavalier réussit à passer et vint vers elle en grondant, hurlant de rage, tandis que son bras faisait un balayage et il fit faire un écart à sa monture au dernier moment, la cognant et faisant se cabrer le cheval tandis qu’il baissait sa masse dans un coup unique et sauvage.


Les étables sentaient comme… et bien, des étables, mais Gabrielle s’en fichait éperdument. Elle s’arrêta en trébuchant aux portes principales et les ouvrit brusquement, puis elle se glissa à l’intérieur, repoussant les grandes vaches et les moutons avec des mouvements impatients de sa hanche.

Avec beaucoup d’effort, elle atteignit l’avant et ouvrit le portail, puis elle se retourna et cria sur les animaux.

Ils la regardèrent, mâchant flegmatiquement leur nourriture.

Elle cria à nouveau.

Ils la fixèrent. « Meuh. » La vache principale lui lança un regard désapprobateur.

Gabrielle réfléchit frénétiquement. Ensuite, elle mit les mains en coupe devant sa bouche. « Arès ! ! ! »

« Arrrooo ! ! ! ! » Répondit-il à l’arrière de l’étable. Un mouvement malaisé accueillit son hurlement sauvage.

« Viens ici, mon gars ! »

« Rooo ! » Il se mit sur ses pattes arrière et yodla, et le vent changea.

Amenant l’odeur du loup au troupeau. Avec un beuglement féroce, ils s’éparpillèrent, s’éloignant en courant et manquant renverser la barde dans leur hâte à quitter l’étable soudainement puante.

Elle attendit qu’ils passent puis reprit sa course, fonçant à travers la cour couverte de foin et sortant de nouveau sur la rue. « Viens, Arès… » Haleta-t-elle en mettant son bâton sous un bras. « Allons-y… maman a besoin de nous. »

Elle descendit la rue en courant jusqu’à l’endroit où les portes s’ouvraient maintenant et des voix montaient de questionnement. « Restez dedans ! » Cria-t-elle tandis qu’elle fonçait, consciente maintenant que des soldats la rattrapaient et se dirigeaient dans la même direction. « Fermez vos portes ! »

Gabrielle rejoignit un petit groupe de soldats tandis qu’ils fonçaient dans la dernière fine allée et prenaient le tournant vers les portes de la cité.

Et pendant un long moment, ils restèrent figés.

Les portes étaient éclairées avec des torches, celles des murs et celles que tenaient les attaquants et une grande partie de la zone autour d’eux était en feu. Les portes elles-mêmes étaient partiellement ouvertes et une énorme foule se jetait contre elles, criant et balançant des armes.

Dans l’ouverture, au-dessus d’une pile de cadavres et de mourants, détachée dans les flammes, se tenait Xena, qui défendait les portes contre tous ceux qui arrivaient. A ce moment précis, elle était face à un très grand soldat musclé, qui titubait après un de ses coups.

« Par Arès… » Souffla Bennu. « En avant ! ! ! ! » Il bondit en avant, suivit par les soldats avides de combats. « Aidons le gén’ral ! ! »

Gabrielle sentit qu’elle était prise par l’excitation de la charge et elle accéléra pour rester derrière eux tout en essayant de garder son âme sœur dans son champ de vision. Elle évita plusieurs coups tandis que leurs soldats commençaient à se battre avec les attaquants, et elle se glissa derrière Xena, voyant un feu dans les yeux de sa compagne plus sauvage qu’elle ne l’avait jamais vécu. Elle doutait que Xena sache même où elle était, à en juger par les grognements animaux qu’elle émettait.

Un cheval apparut et elle vit soudain le danger, tandis que l’animal cognait le dos de Xena, faisant perdre l’équilibre à la grande femme. Le cavalier fit tournoyer sa masse et Gabrielle bondit en avant, sautant sur le bord du chariot pour bloquer le passage et cogner son bâton dans le visage du cavalier hurlant.

Il fut désarçonné, son cheval passa à grand fracas, et elle évita la pique du soldat suivant, sautant sur un tas près de Xena avec une grimace. « Je ne peux pas te laisser seule une minute, pas vrai ? » Cria-t-elle à son âme sœur, tout en faisant tourner son bâton dans un arc sauvage avant de clouer un soldat dans le ventre, doutant d’avoir une réponse.

Il fallut un moment pour que sa présence pénètre l’esprit de Xena, mais alors… « Hé… je gagnais ! » Répondit cette dernière en relâchant un grondement féroce, éventrant un attaquant et envoyant du sang partout. « Bon sang, tu es une belle vue pour des yeux fatigués, Gabrielle. »

« C’est toujours bon d’être appréciée », répondit la barde. «Ton armée arrive. »

« Je sais. » Xena évita un coup sauvage et écarta son attaquant d’un coup de pied. « J’ai vu Bennu…. C’est toi qui as envoyé ces animaux ? »

« Ouais. » Gabrielle s’accroupit puis plongea en avant, arrachant l’épée des mains de l’homme suivant qui passait les portes. « Je me suis souvenue de ton plan. » Elle cogna son bâton contre une pique. « Grand-mère a entendu des rumeurs que ceci pourrait arriver… alors… »

« Ils ne sont pas d’accord avec Framna. » Xena repoussa son opposant suivant, le regardant tomber le long du petit tas de cadavres sur lequel elle se tenait, et elle prit une courte pause, face au blizzard soudain de flèches envoyées sur l’armée ennemie depuis les murailles. Elle regarda de chaque côté et vit ses troupes en position.

Juste comme elle l’avait planifié. Les soldats tenaient leur position, se débarrassant avec talent des hommes coincés dans les portes et les attaquants hésitèrent puis repartirent de plus belle.

Xena prit une inspiration et repoussa ses cheveux mouillés de ses yeux avant de plonger à nouveau dans le tas avec un cri. « Fais attention ! » Cria-t-elle par-dessus son épaule à la barde.

Gabrielle perdit la notion du temps passé dans le combat, surveillant constamment le dos de sa compagne, frappant encore et encore et encore, jusqu’à ce qu’elle puisse à peine lever son bâton. Finalement, après ce qui sembla être une éternité et était en fait, plusieurs marques de chandelles, elle se rendit compte qu’elle était tout contre les portes et que le dos musclé devant elle était celui de Xena, ses mains pressées sur les bords du portail, poussant pour le fermer.

Les bras musclés de Bennu mirent le loquet en place et ensuite ce fut un bref silence. Seul le crépitement des torches et les bâtiments en feu autour d’eux le brisèrent, tandis que Xena se retournait et s’appuyait contre la surface couverte de sang, son épée toujours en main.

Des archers gardèrent les murailles et trois escadrons de la troupe s’appuyèrent sur leurs armes, épuisés, mais vainqueurs de l’ennemi, repoussé hors des portes.

Lentement un chant s’éleva. Le nom de Xena.

Il l’effleura comme une vague de l’océan, remuant ses cheveux courts et faisant piquer son sang de l’énergie sombre et séduisante de la guerre. Xena bloqua ses genoux pour qu’ils évitent de claquer et elle leva son épée, reconnaissant le chant. « Ramenez les blessés dans la cour du château. » Elle leva la voix, rauque de tension et d’effort. « Mettez un garde à la porte et apportez de l’eau pour éteindre ces feux. »

Les hommes coururent pour lui obéir tandis que Gabrielle approchait en boitant et elle mit la main sur le mur près de son âme sœur épuisée. « Tu vas bien ? » Elle scruta la grande femme, voyant la douleur et le stress écrits sur tout son corps. « Tu veux t’asseoir une minute ? »

Xena prit une profonde inspiration et plongea dans ses maigres réserves. « Non… je vais bien. » Elle se redressa et regarda autour d’elle. Des cadavres partout, entassés au hasard au milieu de mares de sang qui séchaient et elle se rendit compte que la grande majorité d’entre eux était tombée sous sa propre épée. « Personne ne devait être blessé. » Elle soupira d’un ton las.

Arès s’approcha en galopant, secouant violemment sa tête en secouant un grand carré de tissu. Il trotta vers elles et se dressa, plaçant ses pattes sur la poitrine de Xena avant de pousser le tissu vers elle. Elle le prit et l’examina. Le drapeau de Framna. « Merci, mon gars. » Elle tapota le loup et mit le drapeau sur ses épaules.

Gabrielle mit la main sur son dos couvert de sang. « Ce n’était pas de ta faute, Xena… si tu n’avais pas été là, ils seraient entrés tout droit dans la cité. »

La guerrière regarda autour d’elle puis baissa les yeux vers ses mains couvertes de sang. « Oui. Je suis une vraie héroïne », répliqua-t-elle d’un ton amer, puis elle releva les yeux en entendant Bennu arriver.

« Gén’ral ! » Il avait un regard laudatif. « On n’a perdu que six hommes… le dernier décompte pour eux c’est de vingt pour chaque. » Il regarda autour de lui. « Ils se dispersent dehors… je pense qu’ils font retraite. » Il prit une inspiration. « Au moins… pour cette nuit. »

Xena se repoussa du mur. « Je vais aller voir. » Elle cogna son épée sur les portes pour faire tomber les morceaux d’os et de sang puis elle alla jusqu’à l’échelle branlante qui menait au poste de garde et elle monta, son épée sous son bras.

Gabrielle la regarda avec soin, debout près de Bennu. « Merci d’être venu aussi vite, Bennu », dit la barde tranquillement. « Je suis contente que vous étiez tous prêts… et pas endormis ou quoi. »

« Ah. » Le soldat gardait les yeux collés sur sa cheffe. « L’gén’ral a dit qu’elle avait le sentiment que quelque chose n’allait pas… elle voulait qu’on soit réveillés et prêts, juste au cas où. » Il cligna des yeux quand Xena atteignit le sommet du poste de garde et saisit une flèche qui lui arrivait dessus. « Par le sang d’Hadès », s’exclama-t-il tandis que la guerrière laissait négligemment tomber la flèche à leurs pieds. « Elle est étonnante ! »

Gabrielle cloua son regard sur son âme sœur. « Oui. »

Xena resta là un bon moment puis elle passa sous la barre du poste de garde et descendit avec aisance à l’échelle, pour revenir près d’eux. « Ils s’installent pour la nuit », dit-elle. « Mais ils vont revenir. »

Bennu ricana doucement. « Qu’ils viennent… on va juste ouvrir un peu la porte et on vous laissera les avoir, gén’ral. » Il regarda autour de lui. « J’aurais jamais cru voir ça… j’oublierai jamais, aucun de nous. »

La guerrière se contenta de le regarder. « Mets des gardes sur les murailles et les deux endroits que je t’ai montrés », répondit-elle tranquillement. « Dis aux autres d’aller dormir… ils pourraient en avoir besoin. » Elle se retourna et prit une inspiration. « Il est temps pour moi d’avoir une discussion avec notre ami le seigneur de guerre. »

Gabrielle repoussa son propre épuisement tandis qu’elle suivait son âme sœur le long de la longue route ensanglantée, faisant un rapide détour pour attraper une outre d’eau qui pendait à un chariot abandonné. Elle prit une gorgée puis rattrapa Xena et la lui tendit. « Tiens… prends ça. »

« Non… c’est bon… » Marmonna Xena.

La barde la regarda se ressaisir en trébuchant puis elle soupira et attrapa fermement le bras de la guerrière, la tirant pour l’arrêter avec une détermination forte. « Xena. »

« Gabrielle… je dois le faire… » Une protestation.

« Tu dois t’asseoir un instant. » La barde la dépassa puis la poussa pour qu’elle s’asseye sur un tonneau près d’elles. « Allons… juste quelques secondes… j’ai besoin d’une pause. »

Xena s’assit et sembla y réfléchir, puis elle se tourna vers Gabrielle avec un air inquiet. « Tu vas bien ? » Elle mit la main sur le bras de la barde. « Tu n’en as pas trop fait, hein ? »

Gabrielle regarda sa compagne qui venait juste de tenir tête à une armée entière et était couverte de sang, de coupures, d’éraflures, de bleus et complètement épuisée, et elle lui tapota le bras. « Je vais bien… je suis juste un peu fatiguée. »

La guerrière hocha un peu la tête, rassemblant ses forces. « Tu m’as sauvé les fesses », dit-elle tranquillement. « Tu le sais, pas vrai ? » Le regard bleu était sur elle. « Ce type sur le cheval a failli m’avoir. »

La barde l’étudia tranquillement. Les mains de Xena s’agitaient et tout son corps tremblait de réaction. Doucement elle écarta les mains de la grande femme de la poignée de son épée. »Tu restes assise ici… je vais laver ça pour toi, d’accord ? »

Xena prit une inspiration pour protester puis elle se laissa faire et prit une gorgée de l’outre à la place.

Gabrielle prit l’arme incrustée de sang vers un petit abreuvoir qui collectait l’eau de pluie et elle la plongea dedans, lavant toute la lame et rinçant la poignée. Puis elle se leva et revint vers la guerrière silencieuse, glissant l’arme dans son fourreau avant de lui tapoter l’épaule. Xena avait les yeux fermés, mais elle les ouvrit tandis que la barde approchait. « Comment vas-tu ? »

Les yeux injectés de sang clignèrent plusieurs fois. « Pas vraiment bien », admit-elle. « Je n’ai pas laissé… les choses… se produire… comme ça depuis longtemps. »

Gabrielle le soupçonnait. Elle passa doucement les mains dans les cheveux trempés et elle s’arrêta en atteignant la nuque de Xena. « Tu as une grosse bosse ici… » Dit-elle à son âme sœur. « Tu te souviens de quand c’était ? »

Xena réfléchit puis secoua la tête. « Non. » Une pause. « Passé un certain point, je ne me rappelle plus grand-chose. » Elle déglutit. « Je me… souviens avoir été submergée… et je suis devenue vraiment furieuse… et ensuite… ensuite je me souviens que tu étais là. » Elle regarda ses mains agitées et les serra.

« D’accord. » Gabrielle soupira. « Et bien, tu as réussi à nous sauver la mise, mon amour. »

La guerrière secoua la tête, désapprouvant. « Non… c’est toi qui l’as fait… » Xena se redressa un peu et la regarda. « Si tu ne t’étais pas rendue compte de ce qui se passait, et n’avait pas apporté de l’aide… ce que je faisais était incroyablement stupide, Gabrielle… j’aurais dû revenir ici chercher l’armée. »

Gabrielle lui caressa affectueusement le visage. « Non… c’est toi et toi seule qui a fait quelque chose d’incroyable, Xena… si tu avais laissé entrer ces soldats, ils auraient massacré tout le monde à l’intérieur et ruiné la moitié de la cité… c’était tellement brave de ta part. » Elle mit un doigt sur son nez. « Tu savais que je saurais que quelque chose n’allait pas et je l’ai fait, même sans l’avertissement de Grand-mère. »

Xena la regarda. « Je ne voulais pas… » Elle baissa les yeux. « Que tu revois cette facette de moi. » Elle soupira avec regret.

La barde lui prit la tête et l’étreignit très doucement. « C’est bon… ça fait partie de ce que tu es, Xena… je… je sais ça depuis longtemps. » Une pause. « Je l’ai accepté il y a longtemps. » Elle effleura la tête couverte de sang de ses lèvres. « Viens… on va te nettoyer. »

La guerrière l’entoura de ses bras et la tint un long moment, puis elle se redressa et se leva, un bras toujours autour des épaules de Gabrielle. « Allons-y. »

Les rues étaient bouleversées tandis qu’elles les remontaient, des hommes et des femmes couraient dans tous les sens, un bourdonnement de voix emplissait l’air qui devint un chuchotement quand elles furent reconnues, puis elles marchèrent dans un cône de silence étrange, brisé par le vacillement humide des torches et le léger raclement de leurs bottes sur les pavés.

Finalement, un homme se mit bravement dans leur chemin. « C’est vrai qu’ils ont détruit le marché ? »

Xena s’arrêta et le regarda. « C’est vrai. »

Des murmures répondirent à ses paroles. « Salopards… nous pensions qu’ils… » Un silence embarrassé tomba tandis qu’ils regardaient Xena, mal à l’aise, mis dans une situation inconfortable par leur duplicité.

La guerrière soupira. « Vous comptiez sur l’intention d’un seul homme, dont les yeux sont assombris par l’amour. » Elle se remit à marcher. « Son armée en a pensé autrement. »

Un murmure choqué les traversa. « Tu savais ? »

Xena s’arrêta et le regarda. « Oui. » Elle fit une pause. « Mais je ne faisais confiance à personne. »

L’homme s’avança en levant une main. « Tu savais et tu as quand même défendu la cité ? »

La guerrière raidit son dos et elle le regarda dans un bref silence. « Les gens ne méritent pas de mourir parce qu’ils sont crédules », finit-elle par répondre.

L’homme sortit de son chemin et lui fit une courte révérence. « On avait raison sur toi. » Il regarda autour de lui, voyant des gens hocher la tête. « On disait que tu n’étais pas un simple autre seigneur de guerre. »

Xena lui fit un léger hochement de tête puis repartit, laissant un bourdonnement excité derrière elle.

La barde ne dit rien, mais elle pouvait sentir le léger balancement qui s’installait dans la démarche de son âme sœur et elle sourit pour elle-même. Elle garda un bras de support autour de Xena tandis qu’elles remontaient la côte vers le palais, où les soldats étaient rassemblés, marchant d’avant en arrière.

Jusqu’à ce qu’ils les repèrent. Puis on jeta des objets et un cri de salut monta, une acclamation qui tourna dans un chant vibrant du nom de Xena, tandis que les renforts sortaient des baraquements, criant sauvagement.

Xena prit une profonde inspiration et leva la main pour faire taire le bruit. « Gardez ça pour plus tard… plus tard… il y a toujours une armée là dehors. » Elle attendit qu’ils se rassemblent tous. « On dirait bien qu’ils ont fait retraite pour la nuit. »

« C’est foutument vrai ! » Cria un homme trapu.

La guerrière attendit que le bruit retombe à nouveau. « Je ne sais pas ce qui va se passer demain, mais il faut qu’on soit prêts à tout… gardes complètes pour le reste de la nuit et nous verrons ce que nous pouvons arranger demain matin… après ce soir, ils doivent être prêts à se rendre. »

Un autre cri sauvage puis son nom scandé à nouveau. Elle laissa faire un petit moment puis leva à nouveau la main. « Très bien… très bien… rompez. » Elle les regarda s’éparpiller puis elle leva les yeux quand un jeune homme se rapprocha. « Quoi ? »

« C’est Garanimus » Le garçon s’arrêta à quelques pas d’elle. « Il a été salement blessé dans le combat ici… il te demande. » Il hésita, déglutissant. « Le guérisseur a dit que… tu ferais mieux de te dépêcher. »


A suivre 9ème partie

 

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30 décembre 2016

KDO pour l'an nouveau !

mar

La septième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

Très bonne année 2017 à tous/toutes !

Kaktus

 

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Chose promise, chose due, 7ème partie

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

7ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

La pluie de la veille semblait avoir éclairci l’air et Gabrielle dut lever la main pour se protéger les yeux du soleil intense tandis qu’ils sortaient du château. Elle songea que c’était un groupe mixte, consistant en Silvi, ses cousins, trois gardes, deux dames de compagnie et une barde.

Avec un bâton et un loup. Le bâton parce qu’elle savait ce que dirait Xena si elle allait se promener sans être, comme le disait la guerrière, préparée au pire et le loup parce qu’Arès avait simplement refusé de la quitter. Gabrielle se demanda brièvement si Xena avait passé quelques heures… ok, jours… dans les bois à entraîner l’animal pour qu’il reste collé à elle comme une puce sur un chien et elle finit par décider que la guerrière n’en avait pas eu le temps.

Il semblait qu’Arès avait décidé d’être l’assistant de sa maman. « Tu commences même à lui ressembler », fit remarquer la barde tandis que le loup aboyait sur une Elanora qui se plaignait en parlant du nez. « C’est très méchant, Arès. »

Il cligna des yeux et remua la queue puis il colla son museau à son genou et la suivit tandis qu’ils avançaient sur le large chemin pavé qui menait au marché.

L’air était frais et Gabrielle inspira une bouffée avec plaisir, s’étirant et savourant le soleil chaud sur ses bras nus. La longue route en pente surplombait le marché, où elle pouvait voir la brise faire claquer les bannières en tissu coloré des étals et cela lui apportait un kaléidoscope d’odeurs, un mélange de viande rôtie, d’épices, une touche de cire d’abeille odorante, et des parfums capiteux. Elle enroula ses doigts experts autour de son bâton et rattrapa Silvi, qui avançait aisément, s’assurant que sa jupe ne touche pas les pierres.

La barde jeta un coup d’œil à sa propre tenue, ayant décidé de porter à nouveau son habit amazone et elle était contente de ne pas avoir les mêmes soucis. L’air chaud et le soleil étaient agréables sur son corps presque nu et elle se rendit compte qu’elle s’était vraiment habituée à la liberté que lui apportait le vêtement ouvert, et ça faisait longtemps qu’elle ne se sentait plus embarrassée de le porter.

Elle recourba les lèvres en se souvenant avoir laissé derrière elle son habit de villageoise pour la première fois, après les Amazones… échangeant sa longue jupe plissée et sa blouse de paysanne pour le haut couleur ambre artisanalement tissé, la courte jupe et les bottes de sa Nation d’adoption. Elle avait eu une impression… vraiment étrange, comme si bien plus que son vêtement avait changé, et maintenant, quand elle regardait la longue courbe de son histoire personnelle, elle savait que ça l’avait assurément fait.

« Tu aimes bien cette couleur ? » Avait interrogé Gabrielle, tirant avec hésitation sur la jupe couleur rouille et sa nouvelle chemise taillée.

Le sujet de cette interrogation avait cligné des yeux et eu l’air momentanément perplexe, assise contre une bûche à réparer une pièce de l’équipement d’Argo. « Hum. » Le regard de Xena avait lentement voyagé de ses bottes épaisses au top court et une lueur légère et presque espiègle était apparue. « C’est… très différent de l’autre chose », avait répondu la guerrière d’un ton spéculatif. « Heu… c’est… pas mal. »

« Tu le penses vraiment ? » Elle avait prié pour être rassurée. « Je me sens si… heu… » Ses doigts avaient effleuré son estomac dénudé. « Hum. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu es très bien. Détends-toi. » Xena avait soupiré. « C’est plus pratique aussi… tu ne vas pas glisser là-dessus. »

Gabrielle avait baissé les yeux, touchant le bord de la jupe, qui lui arrivait à mi-cuisses, exposant ses jambes qui avaient commencé ces derniers temps à prendre une tonalité musclée sous la peau douce. « Hum… non », avait-elle soupiré puis elle s’était assise sur la bûche près de Xena, ramenant ses pieds bottés sous elle et entourant ses genoux de ses bras. Ses doigts tiraient nerveusement sur la jupe et finalement la guerrière l’avait regardée à nouveau.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« R… rien. » Gabrielle s’était levée et avait à nouveau ajusté sa nouvelle tenue, faisant les cent pas tout en s’entourant de ses bras. « C’est… c’est juste que… je me sens bizarre. » Elle avait fait une pause. « Différente. » Son regard était allé vers le long bâton mal taillé posé tranquillement contre ses affaires. « Je me sens différente. »

Xena avait posé le morceau de selle et l’avait étudiée avec un léger froncement de sourcils. Finalement elle s’était levée et avait marché vers Gabrielle, lui avait mis les mains sur les épaules et l’avait fait tourner pour lui faire face. En silence, elle avait ajusté les nouveaux vêtements de la barde, arrangeant les demi-manches avant de tirer un peu sur la ceinture. Puis elle s’était penchée en arrière et avait eu un bref hochement de tête. « Tu es bien. » Une pause. « J’aime bien. »

Une légère rougeur avait coloré le visage de Gabrielle, mais elle avait souri. « Vraiment ? » Elle avait baissé les yeux, se trouvant bizarrement plus heureuse de sa nouvelle tenue. Elle avait regardé à nouveau ces yeux bleus étincelants avec gratitude. « Merci », avait-elle dit à Xena et elle l’avait pensé.

Xena s’était contentée de hocher la tête et avait tiré une dernière fois sur la chemise, laissant sa main tomber en effleurant accidentellement les côtes dénudées de la barde du bout des doigts.

Gabrielle avait éclaté de rire et s’était reculée, les bras contre ses côtes. « Hé ! » Elle avait levé les yeux pour voir les sourcils de Xena haussés de surprise et une expression légèrement intriguée sur son visage. « Ça chatouille », avait-elle expliqué un peu penaude.

Très lentement, un sourire sexy et diabolique s’était frayé un chemin sur le visage de Xena. « Ah oui ? Je ne savais pas que tu étais chatouilleuse. » Elle recula d’un pas.

« Heu… et bien, je ne le savais pas non plus… vraiment… je veux dire… ce n’est pas comme si j’allais… Xena ? Qu’est-ce que tu fais ? » Une pause. « Comme je l’ai dit, ce n’est pas  comme si j’avais l’habitude de me promener pratiquement à moitié nue, je… j… qu… Ouaouh! »

De longs doigts avaient chatouillé ses côtes et elle avait reculé, trébuchant presque dans sa hâte de s’en éloigner. « Xena ! » Elle avait couiné en attrapant une des couvertures d’Argo pour s’en envelopper. « Hé… ce n’est pas juste ! » S’était-elle plainte. « Tu as tout ce cuir sur toi… je ne peux pas te rendre la pareille ! »

Un haussement d’épaules. « Je ne suis pas chatouilleuse… alors ne t’embête pas à essayer », avait déclaré Xena d’un ton neutre tout en se rasseyant sur le sol avant de reprendre sa tâche de réparation, un minuscule sourire toujours sur ses lèvres. « Mais cette tenue ouvre définitivement des possibilités. »

Avec prudence, Gabrielle s’était assise près d’elle, regardant le jeu de lumière sur le visage de son amie. Les doux chatouillis de son toucher se chassaient toujours le long de son épine dorsale et elle avait décidé à ce moment-là que…

Elle aimait ses nouveaux habits. Beaucoup. Elle avait plié la couverture, s’était étirée sur le côté, croisant les jambes au niveau de ses nouvelles bottes et elle avait savouré la plaisante brise contre sa peau nue, levant de temps en temps les yeux pour regarder les yeux bleus tournés vers elle.

Oui.

Des possibilités.

Gabrielle sourit pour elle-même tout en bougeant son bâton et la brise effleura à nouveau sa peau. Ça avait fini par être une sacrée possibilité, oui.

« Gabrielle, est-ce que tu penses qu’un couteau sculpté serait bien ? » Dit Silvi en se tournant vers elle après avoir parlé avec Elanora. « Avec des cœurs… »

La barde tressaillit intérieurement. « Ah… tu sais, j’ai fini par penser qu’il ne fallait pas acheter ce genre de choses à des guerriers… ils savent habituellement ce qu’ils veulent, et ils sont très, très pointilleux au sujet des armes et tout ça. » Elle se souvint affectueusement de l’incident de la dague de poitrine, comme une exception, bien qu’elle ne l’ait pas prévue pour Xena. Mais elle en fait très certainement un meilleur usage.

« Oh. » La princesse fit tourner cette idée. « Et bien, peut-être… qu’est-ce que tu recommandes alors ? » Elle regarda la barde ardemment. « Quel genre de choses tu as achetées pour ton amoureux ? »

Hmm. « Des choses différentes… je présume… » Répondit-elle lentement. « Les bourses de ceinture, c’est toujours bien… ils n’en ont jamais trop… ces petits morceaux d’armure, et des fils, et les trucs qu’ils trimballent… c’est pratique. » Elle réfréna un bâillement. « On peut en faire graver un avec des initiales… ce genre de choses. » La bourse que Xena portait et qui contenait des choses personnelles était un cadeau de la barde, pour s’amuser, après qu’elle ait été blaguée trop de fois sur les choses qu’elle transportait dans son sac d’épaule. Elle avait trouvé une fois que la guerrière y gardait un tas de minuscules dents, dont elle n’avait pas réussi à avoir d’explication jusqu’à aujourd’hui.

Les yeux de Silvi brillèrent. « Oh… quelle idée formidable ! »

Gabrielle hocha la tête, son regard attiré par un étal proche. « Ici… regarde. » Elle s’avança et prit un joli morceau de cuir. « Une ceinture… c’est toujours pratique… » Expliqua-t-elle puis elle souleva un autre morceau. « On peut en faire faire une bourse de la même couleur… pour les assortir… hum… est-ce que tu as une couleur… préférée ? »

« Le rose », dit Silvi rayonnante.

« Hmm… peut-être pas… les guerriers ne sont pas vraiment… hum… le genre… rose… et pourquoi pas… et bien, là… pourpre ? » La barde leva un échantillon de cuir teinté. « Ils aiment le cuir. »

La princesse lui prit des doigts et l’examina d’un air douteux. « C’est vrai ? »

Gabrielle porta le morceau qu’elle tenait à son nez et inspira. « Oh oui. » Elle rit doucement. « Moi aussi, vraiment », confessa-t-elle d’une voix un peu embarrassée. « Ce n’était pas le cas avant… mais je présume que c’est venu comme ça avec le temps. » Il lui avait fallu une éternité pour s’habituer à l’odeur terreuse quand elles avaient commencé à voyager ensemble, vu qu’elle était pas mal entourée de celle-ci. Xena, bien sûr, portait peu autre chose et l’équipement d’Argo était fait de couches et de couches du matériau.

Mais graduellement… elle avait commencé à aimer l’odeur et même le contact, sans doute confortée par les nombreuses heures à se tenir à Xena quand elles chevauchaient sur le dos puissant d’Argo. Bien entendu, Xena prenait bien soin de son équipement et de celui de la jument, et elle ne les laissait jamais se salir, ce qui ajoutait probablement à l’attrait alors que la barde avait senti du cuir mal soigné et n’avait aucun souhait de renouveler l’expérience.

Elanora regarda par-dessus son épaule. « Tu ne peux pas simplement lui acheter une écharpe ? » dit Elanora en reniflant.

Silvi jeta un coup d’œil inquisiteur à Gabrielle, qui secoua négativement et solennellement la tête. « Gabrielle… quelle est la chose la plus romantique que tu aies donnée à ton chéri ? » Demanda-t-elle en repoussant Elanora avant de reprendre le morceau de peau sous les yeux attentifs du tanneur.

La barde s’appuya sur ses coudes. « Hmm… romantique ? » Mon cœur… mon âme… tout ce que je suis… oh, elle veut dire des choses matérielles. Bien. « Et bien… c’est une sorte de… j’ai appris à faire des nœuds un soir, quand nous voyagions et j’ai fait ce… genre de bracelet tissé… je pense. » Elle se rendit vaguement compte qu’elles avaient perdu Vasi en route et elle regarda autour d’elle pour le trouver, puis elle se dit qu’il en avait sûrement eu assez des achats et s’était éclipsé. Je le comprends.

La princesse soupira. « Fait de tes propres mains ? C’est romantique… est-ce que ton amoureux le garde ? »

Un sourire. « Oh oui… toujours. » Elle leva les yeux. « Parfois… ce sont des petites choses comme ça qui signifient le plus… pas… l’or et l’argent. »

Elanora ricana. « Je préfère passer sur la romance et avoir l’or. » Elle secoua la tête et alla vers un étal odorant avec l’une des dames de compagnie et un garde sur les talons.

Silvi claqua de la langue de dégoût puis elle regarda le tanneur. « J’aimerais que tu fasses une bourse de ceci. » Elle le tendit avec un grand geste hautain. « Avec mes initiales en argent sur l’avant. »

L’artisan prit la peau et tâta son épaisseur puis il eut un signe d’approbation vers Gabrielle. « Ça va faire un beau sac léger, Vot’Majesté. »

« Je le voudrais pour aujourd’hui, s’il vous plaît », déclara Silvi. « C’est pour faire un cadeau. » Elle produisit une grande pièce et la lui tendit. « Je pense que ça suffira. »

Il cligna des yeux et accepta l’argent, lui faisant une courbette. « Oui, m’dame, ça va suffire. » Il leva la peau. « Je vais m’y mettre tout d’suite… j’l’apporte au château quand elle est prête. » Il se tourna alors. « J’te d’mande pardon… s’rais pas Gabrielle la barde ? »

Elle se redressa et lui fit un hochement de tête amical. « Oui, c’est moi. » Je me demande ce qui lui fait dire ça ?

Il laissa tomber la peau et lui prit les mains en lui souriant. « Mon père était à bord du bateau de Cécrops. » Son visage exultait. « J’peux pas te dire ce qu’on a ressenti quand il a passé la porte. »

Gabrielle eut un large sourire. « Ouaouh… c’est génial… je suis vraiment contente qu’il en soit sorti… ça avait été rude. »

« Belaris… y s’appelait, et moi c’est Eler… » L’homme lui secoua les mains. « Il a dit qu’il avait jamais vu quelqu’un comme Xena sauter sur ce navire… et comment elle avait trouvé un moyen de les faire sortir. »

« Je me souviens de lui », dit tranquillement Gabrielle. « Il tenait le gouvernail… c’est un des hommes qui nous a empêchés d’être attirés dans le tourbillon. »

Les yeux brun miel d’Eler brillaient d’une fierté inattendue. « Oui. » Il soupira. « Merci, jeune fille… d’nous l’avoir rendu. » Il lui pressa les mains. « Il t’a décrite comme une jeunette… il a dit qu’t’avais des yeux de la couleur de la mer un jour ensoleillé et le plus beau sourire qu’il avait jamais vu. »

Gabrielle eut un petit rire embarrassé. « Merci… je suis contente qu’il se souvienne de moi », répondit la barde, un sourire plissant son visage. « Je n’ai rien fait… mais je suis contente que ça ait marché. »

Il leva la main. « Ah… jeune fille… c’est pas comme ça qu’il a raconté… Si t’avais pas été attirée à bord, ils s’raient toujours là-bas », protesta-t-il.

Ça, approuva Gabrielle silencieusement, c’était vrai. « Et bien, je suis contente que ça ait marché », répéta-t-elle en lui faisant un autre sourire. « Dis à ton père que je le salue. » Elle se retourna pour voir Silvi, Elanora et les dames de compagnie, ainsi que les deux gardes qui la regardaient avec des grands yeux. « Euh… salut ? »

« Cécrops ! » Couina Silvi. « Le Marin Perdu, le capitaine du Bateau de la Malédiction… tu le connais ? » Elle frappa dans ses mains. « Oh… »

Gabrielle eut un faible sourire pour le tanneur et prit doucement le coude de la princesse, la poussant pour s’éloigner. « Ooooouiiiii… on peut dire ça », dit-elle dans un souffle. « Je te raconterai l’histoire en marchant. »

Elle n’en eut pas l’occasion, tandis qu’elles tournaient le premier coin et que tout ce qu’elle put voir fut des corps volants et des mains qui s’agrippaient. Un pur instinct, et trois années passées auprès de la plus grande guerrière de Grèce, lui fit pointer son bâton vers le haut à temps pour parer un grand gourdin qui venait sur sa droite et puis elle tournoya et esquiva, cognant le bout du bâton dans un genou pour faire une trouée dans la masse des attaquants.

Elle relâcha un cri qui les surprit, puis elle cloua un grand type, juste devant elle, qui essayait de passer un sac par-dessus la tête de la princesse. Silvi hurlait de terreur et Elanora faisait de même ; les gardes étaient enfouis sous de grands hommes grimaçants. Arès plongea sur sa droite, grondant et grognant, tandis que ses dents déchiraient du tissu et exposait la plus grande partie du derrière de l’un des combattants.

« Je ne pense pas ! » Aboya Gabrielle en s’appuyant sur son bâton avant de frapper un type sur le côté avec un puissant coup de pied. Il hurla et tomba, se tenant les côtes, et elle saisit l’opportunité de s’engager dans l’ouverture qu’il laissait et elle tournoya, sentant le craquement sonore tandis que son arme frappait le crâne de l’homme qui essayait de passer le sac au-dessus de Silvi. « Lâche-la, espèce d’abruti ! »

Elle se laissa tomber sur un genou et exécuta son coup favori, le balayage inversé, qui frappa les jambes de deux hommes et les fit tomber rudement sur le sol. Puis elle se releva et attaqua le plus proche de Silvi avec un uppercut vicieux. Son bâton frappa la mâchoire de l’homme et elle vit voler du sang tandis qu’il s’écroulait, se tenant le visage. Elle vint devant la princesse et leur tint tête, fouettant de son bâton tout en les avertissant. « Fichez le camp d’ici, espèces de petites canailles ! »

Dans sa tête, elle entendit le rire de Xena. « Il faut que tu travailles plus tes jurons, mon amour. »

Cela faillit la faire sourire, mais elle ne le fit pas, elle était trop occupée à reprendre son souffle et regardait avec incrédulité les hommes qui partaient en trébuchant, et ils se retrouvèrent seuls dans le petit cul-de-sac encombré. Lentement, elle se redressa et baissa le bout de son bâton, enroulant une main autour de sa rondeur familière, et elle s’appuya tout contre. « Pfiou. »

« Oh… Gabrielle… » Sanglota Silvi en la regardant de ses yeux gris écarquillés. « Tu étais magnifique… oh… tu es une vraie héroïne ! » Elle lutta pour se mettre debout serrant le bras de la barde surprise et embarrassée. « Tu m’as sauvée ! »

« Heu… » La barde lui tapota la main. « Oui… et bien… à ton service… mais… qui étaient ces types ? » Demanda-t-elle. « Et pourquoi voulaient-ils te kidnapper ? »

Silvi la fixa, les yeux exorbités. « K… k… kkk… id… » Le mot traîna tandis qu’elle s’évanouissait, heureusement attrapée par un des gardes tremblants qui avait réussi à se mettre péniblement debout et venait en boitant. Il brassa de l’air faiblement d’une main devant le visage de la princesse.

Gabrielle les étudia puis elle leva les yeux vers Elanora qui se tenait tranquillement debout, ajustant ses vêtements. La jeune fille aux cheveux noirs leva les yeux et fixa avec cran la barde pendant un long moment, puis elle alla près de sa cousine et commença à lui tapoter la joue.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle eut conscience du fait qu’elle avait mal au côté et qu’une longue estafilade rougissait sa jambe, et qu’elle s’était tordu le genou. Et elle soupira. Son âme sœur n’allait pas être ravie. « Allons… nous ferions bien de retourner au château », déclara-t-elle tranquillement, utilisant son bâton pour enlever une partie du poids sur son genou. Les environs étaient devenus étrangement calmes et, sauf leur présence, désertés. Elle vit des regards furtifs qui les épiaient de derrière des rideaux, mais ils disparurent dès qu’elle concentra son attention sur eux.

Qu’est-ce qui se passe donc ici ? Se demanda Gabrielle tandis que les gardes soulevaient avec soin la princesse évanouie et qu’ils se préparaient à bouger. De quel côté étaient-ils vraiment ?


Xena s’appuya contre la table, étudiant les cartes des environs avec des yeux tranquilles, mais attentifs, vérifiant les angles et trouvant la meilleure route pour une approche. « Ici… » Elle bougea son poids sur une main et traça une route, tandis que deux des soldats seniors regardaient par-dessus son épaule. « Il va probablement apporter une petite troupe par ici, et laisser le reste de son armée… » Le doigt bougea. « Ici, derrière cette colline parce que nous ne pouvons pas le voir depuis la cité. »

Le plus petit des deux soldats grogna. « Tu penses qu’il est correct ? »

La guerrière haussa les épaules. « Je ne l’ai jamais rencontré, alors je ne sais pas, mais… si j’avais une force bien plus importante que celle que je vais rencontrer… je ne le serais pas. » Elle s’interrompit. « Je me fiche de qui les dirige. »

« Eh », grogna le plus vieux. « Mais tu t’attaques pas à toi-même, hein ? »

Xena lui lança un regard puis laissa échapper un rire. « Je pense qu’on se moque de moi ici », commenta-t-elle ironiquement tandis qu’elle retournait son attention à la carte. Elle garda un visage neutre, mais une petite partie à moitié oubliée d’elle-même s’enroula autour du compliment, lui donnant un sentiment coupable de joie. Puis elle déglutit soudainement quand une vague inattendue de nausée la frappa. Ouaouh. Elle se concentra sur la table, qui semblait balancer doucement et elle prit plusieurs inspirations profondes puis tendit la main et attrapa le point de pression sur son poignet, sentant le chatouillis quand elle le frappa.

Après un long moment de vacillement où elle n’était pas sûre de pouvoir contrôler son corps, le sentiment diminua lentement. Dieux. Elle se mâchouilla la lèvre et prit une inspiration précautionneuse.  Et bien, je n’ai pas eu de nausée de cette force depuis des années… je ne vais pas commencer maintenant.

« Gén’ral ? »

Elle tourna la tête pour voir Bennu qui se tenait là avec un morceau de parchemin à la main. « Oui ? » Elle ravala plusieurs fois pour être sûre d’elle et se redressa. « Est-ce que c’est le déploiement des troupes ? »

Il cligna des yeux, le front légèrement plissé. « Oui… » Il lui tendit le document. « Ah… vous voulez un verre d’eau ou aut’chose ? »

Xena relâcha un souffle prudent. Génial. Je dois être aussi verte qu’un petit pois…  « Non… merci. »  Elle étudia le papier. « D’accord… les nouvelles positions de la garde sont en place ici et ici ? » Elle lui lança un regard acéré, un peu contrariée par sa faiblesse momentanée. « Et pour les préparatifs que j’ai demandés ? Est-ce que ces groupes sont revenus ? »

Bennu hocha la tête, rassuré. « Les nouveaux sont là, oui… et les provisions et tout ça sont en place… » Un sourire plissa son visage. « Ils ont du bon cheddar… le vendeur avait un mar… gén’ral ? »

Xena mordit fort l’intérieur de sa lèvre tandis que la simple suggestion du fromage à l’odeur forte faisait des ravages dans ses tripes. « Oui ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et repoussa le sentiment. « Du cheddar, hein ? »

Il hocha la tête. « Z’en voulez ? Je pourrais aller… »

La guerrière déglutit. « Non… non… merci… je viens juste de déjeuner », l’assura-t-elle. « En fait, je vais aller chercher des… hum… papiers que j’ai laissés en haut. Je reviens tout de suite. »

Elle traversa l’armurerie et se glissa dehors où le vent frais lui apporta un soulagement bienvenu. « Dieux. » Xena lança un regard aux nuages blancs cotonneux. « Attention à ce que tu demandes, Xena… parfois tu l’obtiens. » Elle massa son estomac rebelle et tressaillit, puis elle alla vers la cour.

Alors qu’elle arrivait à la porte principale du château, une silhouette élancée aux cheveux noirs sortit de l’ombre et leva la main pour l’arrêter. « Un moment », dit le garçon.

Xena s’arrêta et se concentra sur lui. Elle évalua sa tenue et son attitude et en conclut que c’était probablement le cousin de la princesse. « Oui ? » Demanda-t-elle d’un ton laconique.

Il prit une inspiration nerveuse. « Je peux te parler en privé ? Je pense que j’ai peut-être… des informations qui pourraient t’intéresser… peut-être qu’on… pourrait s’utiliser l’un l’autre. »

Oh bon sang. Xena soupira intérieurement. Je ne suis vraiment pas d’humeur pour ça. Cependant le garçon pourrait avoir quelque chose qui serait utile, alors… « Très bien… allons chez moi. » Elle se retourna et lui fit signe de la suivre. « Et ne perds pas de temps. »

Elle poussa la porte principale et entra à grands pas, remontant les marches d’un mouvement égal et puissant. Son corps l’avait surprise, vraiment… après la journée complète de combats ardus hier, et le mélange d’herbes qu’elle avait avalé la veille au soir, elle était sûre qu’elle le paierait très fort ce matin, mais… Elle sentit l’élasticité de ses mouvements et sourit un peu. A part son estomac rebelle, tout semblait être en parfait ordre de marche.

Bon sang que c’était bon. Ces derniers mois elle avait eu l’impression de lutter contre elle-même bec et ongles… tout lui était devenu difficile et elle avait été sujette à des douleurs et des maux comme jamais depuis des années. Mais maintenant… Elle prit une profonde et plaisante inspiration. Les choses semblaient remises sur la piste et elle n’était pas sûre de savoir si c’était le repos à la maison ou d’avoir résolu la tension entre son âme sœur et elle-même, ou bien une combinaison des deux.

Elle soupçonnait fortement que c’était le dernier cas. Ils atteignirent sa porte et elle souleva le loquet, poussa pour ouvrir et surprit Mestre qui finissait juste de tamponner les oreillers. La jeune fille sursauta et hoqueta puis elle lui lança un regard maussade tandis qu’elle retournait son attention au lit.

« Sors d’ici », ordonna le garçon en claquant des doigts puis il se tourna et se retrouva face à la cuirasse d'une princesse guerrière à l’air agacé. Surpris, il recula la tête et leva les yeux vers le regard bleu glacier qui semblait plonger tout au fond de lui.

« Je… » Xena s’avança le forçant à reculer. « Ne… » Un autre pas. « Supporte pas… » Il était maintenant contre la table. « Les petits garçons qui font claquer leurs doigts. » Elle lui lança un regard noir.

Il ouvrit la bouche puis la referma. Du coin de l’œil, Xena saisit l’expression sur le visage de Mestre, qui était passée lentement de la pâleur à une lueur temporaire de calme appréciation. La guerrière eut un bref souvenir de l’alter ego de son âme sœur, à une époque différente, et elle trouva un écho de cette expression. Elle tourna à nouveau son regard sombre vers le garçon. « Sois gentil ! »

« E… é… écoute… tu ne peux pas… » Il bafouilla.

Elle plissa les yeux. « Oh si je peux… » Sa voix tomba d’un ton. « Je peux faire tout ce que je veux. » Parfois, songea-t-elle, c’est bon d’être mauvais. Elle attendit que Mestre ait fini ce qu’elle faisait puis elle lui fit un signe de tête. « Merci. »

Le regard noir l’évalua. « A votre service », répondit la servante d’une voix douce. Puis elle prit ses affaires de nettoyage et sortit, se glissant par la porte avant de la refermer derrière elle.

Xena soupira puis se retourna et alla vers leurs sacoches, s’agenouilla près d’elles et sortit son kit de soin bien usé. « Parle », dit-elle par-dessus son épaule, tandis qu’elle sortait une combinaison d’herbes et en versait une bonne pincée dans une tasse. Elle se leva et alla jusqu’au bassin d’eau, testant la qualité d’un doigt prudent à ses lèvres avant d’utiliser la louche pour remplir la coupe.

« Et bien ? » Elle se retourna et s’appuya contre la table sur laquelle se trouvait le bassin, faisant doucement tourner la tasse tandis qu’elle laissait les herbes infuser. L’odeur âcre et propre monta vers elle et elle prit prudemment une gorgée, laissant le médicament couler le long de sa gorge. Je vais vraiment en avoir besoin de plus si ce truc continue. Elle sentit ses tripes grondeuses se calmer un peu.

Le garçon croisa les bras et alla vers la fenêtre ; il regarda le ciel, visiblement en train de se recomposer. Il finit par se retourner et lui faire face. « On te tend un piège. »

Xena croisa les chevilles et prit une longue gorgée de son infusion. « Ah oui ? » Demanda-t-elle d’un ton nonchalant. « Et comment ça ? » Elle sentit les herbes commencer à faire leur effet et elle soupira un peu de soulagement.

Il l’étudia. « Le seigneur de guerre qui vient ce soir a prévu un plan… pour empoisonner ton armée et prendre le contrôle de la cité. »

Elle se permit de hausser un sourcil, un seul. « Vraiment », murmura-t-elle en se repoussant du mur pour aller vers le fauteuil capitonné. « Et de quel plan s’agit-il ? » Elle se laissa tomber dans le siège et passa négligemment une longue jambe par-dessus un accoudoir.

Avec précautions, il s’assit également, sur le divan qui lui faisait face. « Lui… la princesse et plusieurs vieux nobles qui la suivent. »

Elle l’observa de ses yeux intelligents. « Mais ne te suivent pas toi. »

« Non », répondit-il avec franchise.

« Pourquoi ? » Demanda Xena. « Ne me dis pas que tu aimes bien Garanimus. »

Le garçon secoua la tête et se releva, faisant les cent pas nerveusement. « Je le déteste… en fait… si tu n’étais pas venue, j’aurais suivi le plan moi-même. » Il se retourna et la regarda. « Les choses sont différentes maintenant… j’étais près des baraquements, on pouvait à peine penser que c’était le même groupe d’hommes. »

« Ça n’explique toujours pas pourquoi », dit Xena. « Il me semble à moi que tu as une bonne chance de te débarrasser d’eux tous… quel est le problème ? »

Il soupira. « Ce… Framna… la princesse est obnubilée par lui. Elle a l’intention d’en faire son consort. » Il se retourna. « Il n’est pas fait pour ça et elle… c’est à peine une enfant et elle n’est pas prête à régner. »

« Oui oui », dit la guerrière d’un air songeur, en prenant une longue gorgée. « Et tu penses qu’elle et lui ne doivent pas diriger cet endroit, hein ? » Elle hocha un peu la tête. « Très bien… je peux voir ça. »

Il se redressa. « Ah oui ? Je veux dire… bien sûr que oui. » Il se frottait les mains nerveusement tout en revenant s’asseoir. « Je dois faire ce qui est le mieux pour la cité… Tu comprends ? »

Un lent sourire languide passa sur les lèvres de Xena. « Oh…. Je comprends », l’assura-t-elle d’une voix soyeuse. « Alors… quel est ton plan ? » Une pause. « Et comment je m’insère là-dedans ? » Tch. Un petit orbe mental roula. Séduire les petits garçons… dieux, Xena… comme tu peux être tombée bien bas. « Hmm ? » Son regard passa sur lui d’un air appréciateur et elle laissa son sourire s’agrandir un peu.

Il lui souriait maintenant en retour, plus à l’aise et flatté de son intérêt. « Je vais faire en sorte qu’il te serve… vraiment… ce sera simple. Simplement éviter l’empoisonnement et renverser ce Framna… Il sera discrédité et la princesse aussi… son jugement se montrera gravement erroné. » Il fit une pause. « Je m’assurerai que les gens sachent qu’il avait eu l’intention de prendre le contrôle de la cité et que… nous… nous l’avons empêché. »

L’autre sourcil eut sa chance. « A six contre un… ce n’est pas bon », objecta-t-elle tranquillement.

Il se pencha en avant et la regarda. « Je ne souhaite pas faire un compliment, mais j’ai entendu des histoires particulièrement incroyables sur toi ces derniers jours… je crois que ces chances contre nous ne te déconcertent absolument pas. » Il hésita puis ajouta délicatement. « Mais… peut-être que je me trompe. »

Oooh…  Xena faillit se mettre à rire. On joue sur ma fierté, petit ? Malin. Tu as un point pour ça. « Et j’en retire quoi ? » Elle eut un sourire prédateur. « En présumant qu’on te met à la tête… ce que je crois être ton but. » Elle s’interrompit, très délibérément. « Mais… peut-être que je me trompe. »

Il faillit, faillit seulement, sourire. « Nous nous comprenons », confirma-t-il d’un ton narquois. « Nous aurons besoin d’une armée… et celle que tu as maintenant est de bonne taille… pas trop grande, pas trop petite… » Son regard était posé avec attention sur son visage. « Bien sûr… la cité a besoin d’un chef militaire dans ce cas… un commandant royal de la garde, pour ainsi dire. » Il leva la main et fit un geste. « De plus grands quartiers que ceci, bien entendu… et tous les serviteurs que tu… » Il pinça les lèvres. « Désires. »

Des yeux bleus brillèrent. « Qu’est-ce qui arrivera à Garanimus ? »

« Qu’est-ce que tu veux qu’il arrive à Garanimus ? » Fut sa réponse. « Ce sera totalement à toi de décider… j’ai entendu dire que vous deux aviez… une histoire. »

Xena le regarda en silence pendant un long moment, tout en réfléchissant. Il était nerveux, attendait sa décision. Ça se voyait dans sa respiration, courte et faible et la sueur sur son front. « Très bien », finit-elle par dire très calmement. « Parle-moi de ce plan avec le poison. »

Une cruauté furtive passa sur son jeune visage de manière inattendue. « Demande à ta petite amie. » Sa bouche forma un sourire narquois. « Demande-lui au sujet du porto qu’elle va apporter ce soir… rempli d’assez de drogues pour assommer un centaure. » Il regarda son visage avec avidité pour guetter une réaction, déçu quand il n’en vit pas. « Tu ne me crois pas ? »

« Oh », souffla Xena doucement. « Si… je te crois. »

Il haussa les sourcils. « Tu n’es pas surprise », dit-il doucement. « Elle pense que tu lui fais confiance. » Il sourit lentement. « Mais tu es plus maligne que ça, pas vrai ? »

La guerrière le regarda directement tout en vidant sa tasse. « Ne fais jamais confiance à personne, gamin. » Elle posa la tasse. « Tu vivras plus longtemps comme ça. » Elle se leva et s’étira. « J’ai des plans à mener. »

Il se leva également mettant les épaules en arrière dans un soulagement évident. « Je sais que je fais ce qui est juste pour mon peuple », déclara vertueusement le garçon. « Et tu ne le regretteras pas non plus, Xena… je te le promets. »

Xena lui fit face et eut l’impression d’avoir dix ans de plus en voyant son visage juvénile. Elle leva la main. « Garde la tête baissée ce soir… ça va chauffer. »

Il lui attrapa la main avec prudence, enroulant ses doigts autour de son avant-bras, sentant les muscles puissants sous la peau douce. « Ne t’inquiète pas… je le ferai. »

Xena soupira et leva la main pour se gratter la tête et se passer les doigts dans les cheveux. « C’est plutôt compliqué comme affaire… même pour quelque chose dans lequel Gabrielle est impliquée », murmura-t-elle à la pièce vide, ramassant ses papiers puis laissant son regard passer sur le dessus du bureau.

Le journal de Gabrielle s’y trouvait, retenant par le coin un parchemin sur lequel se trouvait un grand X.

« Hmm. » Xena passa le doigt sur le matériau. « X marque un endroit ou bien X signifie moi… quelles sont les chances pour l’un ou l’autre ? » Elle tira sur le parchemin et le déplia, surprise quand plusieurs petits objets noirs en tombèrent. Elle regarda de plus près et sourit. Des pépins de pomme.

Le morceau comportait des écrits, bien entendu, et elle le prit avec elle dehors, dans la lumière, où elle s’appuya contre le balcon et l’étudia.

Salut.

Je savais que tu ouvrirais ceci. Ça aurait pu être une carte au trésor, tu sais… avec ce grand X marqué à l’endroit du trésor et peut-être que je voulais que ce soit un secret.

Oui, en effet.

Merci pour la pomme. Elle était délicieuse et c’était agréable d’avoir quelque chose de sûr et de goûtu à manger ce matin avant que j’aille rendre visite à la Princesse Minaude.

Sois prudente… je sais que tu t’amuses beaucoup avec les garçons, mais ces épées sont acérées et je m’inquiète pour toi parfois. Ce qui est plutôt idiot, je sais, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’espère que ça ne te rend pas trop furieuse.

Je voulais juste t’avertir… je vais faire des achats avec la princesse. J’ai promis de ne pas revenir avec des petites fanfreluches roses pour attacher ton fourreau, mais à part ça… C’est bon.

Je pense à toi.

G.

Xena se pencha en arrière et laissa la douceur des mots la submerger, sentant un pincement poignant quand elle se souvint de combien ces petites notes lui avaient manqué pendant leur éloignement. Une chose tellement minuscule… mais elle se souvenait en avoir trouvé une vieille au fond de l’une de ses sacoches de cheval, en chemin vers la Chine.

Ça lui avait fait tellement de mal de l’ouvrir. Elle avait juste refermé la main autour et avait fixé l’obscurité d’une nuit nuageuse sur une mer démontée, et elle avait ressenti la perte. Elle avait tenté de la jeter par-dessus bord, vraiment tenté, mais quelque part, ce maudit petit paquet refusait de quitter sa main. Au lieu de ça, elle l’avait remise, fermée, à l’endroit où elle l’avait trouvée.

Elle plissa le front et rentra, avec l’intention de récupérer ses papiers et de retourner à l’armurerie. Mais… comment avait-elle fini par fouiller dans ce sac ? Avant qu’elle ne le sache, ses doigts tenaient l’objet sale et abîmé devant ses yeux.

Non. Sa main commença à descendre pour le ranger. Abandonne ces souvenirs, espèce de folle.

Elle ne comprit jamais comment le parchemin se retrouva ouvert et comment elle-même se retrouva à le tenir sous la lumière du soleil qui entrait dans la pièce, ses yeux irrésistiblement attirés par les lettres effacées.

Xena.

Nous sommes toutes les deux dans un endroit obscur. Et… je sais que tu seras seule quand tu liras ceci, parce que tu seras sur le bateau.

Et pas moi. Je voulais juste que tu saches combien c’était difficile pour moi. Je pensais que… ce serait facile de tourner le dos. Après tout, nous ne sommes plus vraiment… amies, pas vrai ?

Mais ce n’est pas facile. Ça me ronge tellement à l’intérieur que je ne peux pas dormir. Je ne peux pas réfléchir clairement.

Je ne peux pas te tourner le dos, peu importe combien je tente de me convaincre que c’est la bonne chose à faire pour nous deux. Alors… ce que je voulais que tu saches, même si tu ne veux pas l’entendre, c’est que quand ce maudit bateau reviendra au port ici, je serai là à t’attendre.

C’est stupide parce que nous ne nous parlons presque plus.

Mais je ne peux pas abandonner. Tu signifies trop de choses pour moi, Xena. Et n’ose même pas ne pas revenir.

Peut-être qu’après que tu seras partie un moment, quand nous nous reverrons, tu souriras. Et je sourirai et tout ira bien et tu sais quoi, je me suis rendu compte hier, quand je regardais par-dessus le feu, que la raison pour laquelle ça me fait si mal c’est que je t’aime encore.

S’il te plaît… sois prudente. Prends soin de toi.

Reviens à la maison.

Gabrielle

Xena se laissa lentement tomber dans le fauteuil et mit la tête entre ses mains posées sur ses genoux. Un flot d’émotions diverses la submergea et elle les laissa suivre leur cours avant de lever la tête et de la secouer doucement, fixant le parchemin. J’aurais dû l’ouvrir. Dieux. Elle pensait probablement que je l’avais fait et que je l’ignorais.

Est-ce que cela aurait fait une différence ? La guerrière fixa platement la pièce. Qu’aurait-elle fait si elle avait lu cela, à mi-chemin de la Chine ?

Nagé pour revenir. Lui indiqua son esprit ironique.

Avec un soupir, elle se leva et mit très précautionneusement le parchemin sous sa cuirasse, regardant la petite pierre autour de laquelle il avait été enroulé. Elle reconnut le caillou comme l’un de ceux qu’on trouvait à Amphipolis et elle jongla avec, puis elle le rangea, bien trop loin. Il fallait qu’elle en parle à Gabrielle plus tard… la barde devait savoir que sa douce supplique ne s’était pas écrasée contre un mur d’indifférence.

En fait… elle s’assit à nouveau devant le journal de la barde et l’ouvrit avec hésitation à une page blanche, celle qui venait après sa dernière entrée. Elle prit la plume et mordit le bout pour l’humidifier puis elle la trempa dans la petite bouteille d’encre en céramique que Gabrielle avait laissée ouverte.

Elle se concentra et commença à écrire, ce qu’elle fit pendant presque un quart de chandelle avant de s’arrêter et de relire ses mots. Et bien, il n’y avait aucun doute sur qui était la poétesse dans cette relation, elle tressaillit, mais… Gabrielle disait toujours que c’était l’intention qui comptait.

Elle relut à nouveau la page et espéra que c’était le cas. Les mots n’étaient certainement pas sa spécialité. Avec un soupir, elle data l’entrée et ensuite, en bas, elle la signa avec un grand geste avant de mettre du sable sur l’encre et de souffler pour la sécher.

Satisfaite, elle prit ses parchemins et se dirigea vers la porte, s’arrêtant dans l’entrée pour regarder en arrière le journal silencieux et elle rit. « Je n’ai pas fini d’en entendre parler. » Elle secoua la tête d’un air ironique, mais sourit alors qu’elle se glissait dehors et descendait l’escalier.


La princesse revint à elle, peu de temps après, alors qu’ils l’arrosaient d’eau. Elle hoqueta et cligna des yeux, fixant le garde inquiet ; puis son regard alla vers Gabrielle. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

La barde s’appuya sur son bâton, ôtant le poids de son genou. « Tu t’es évanouie », lui dit-elle. « Quand je t’ai demandé qui voudrait te kidnapper. »

Elle roula de nouveau les yeux, mais la barde la tapota rapidement sur le bras. « Hé… allez maintenant… ce n’est pas si mal. Tu sais combien de fois j’ai été kidnappée ? »

Distraite, Silvi la regarda. « Vraiment ? »

Gabrielle hocha la tête avec un air ironique. « Oh oui… ça arrive tout le temps », l’assura-t-elle. « La question c’est, qui voudrait te faire ça à toi ? »

La princesse cligna des yeux. « Et qui voudrait te le faire à toi ? »

Ils regardèrent tous Gabrielle, curieux. « Oui… » Murmura Elanora. « Je me le demande aussi. » Son regard étudiait la barde.

Ah. Gabrielle mâchouilla sa lèvre. « Et bien… je… voyage avec Xena… vous vous souvenez ? » Leur dit-elle, lentement. « Les gens pensent que… qu’ils peuvent l’atteindre en… hum… je présume en me menaçant. » Elle vit l’expression incertaine qu’elle recevait. « Tu sais… pour qu’elle fasse des choses, ce genre de trucs. »

« Vraiment », répondit Elanora. « Et ça marche ? » Son visage ne montrait que peu d’intérêt.

« Euh… non… non… pas vraiment », mentit Gabrielle. « Je veux dire que… qui je suis, pas vrai ? Ils… présument des choses. » Elle haussa les épaules. « N’importe… ça finit toujours bien… je veux dire que vous l’avez vu… je peux vraiment m’occuper de moi-même. » Elle baissa les yeux sur le chemin. « On devrait y aller… quelqu’un devrait savoir ce qui se passe… que quelque chose s’est passé. »

« Oh oui », acquiesça Silvi en laissant la barde l’aider à se relever. « Tu as été merveilleuse », dit-elle avec enthousiasme. « Je pouvais à peine le croire… ces hommes n’avaient pas une chance. »

Gabrielle soupira. « Oui… c’est utile parfois. » Mais elle était consciente du regard froid qu’elle recevait de la cousine de la princesse et elle se fit une note mentale de parler à Xena aussitôt qu’elle serait rentrée.

Avant que la jeune fille ne puisse avoir une autre idée brillante.

Ils marchèrent lentement pour rentrer en traversant le marché et Silvi insista pour continuer ses achats sur le chemin, déclarant qu’elle ne devait pas être vue ayant peur. Elle s’arrêta à un étal d’eau et elles achetèrent toutes des gobelets d’eau parfumée au citron et elles se mirent en cercle, savourant la brise et la boisson fraîche. « Gabrielle… » Silvi se retourna soudain. « Parle-nous de Cécrops ! »

La barde examinait des petites boucles d’oreilles, débattant sur le fait qu’elle pourrait convaincre son âme sœur de les porter. Elles étaient jolies, juste la bonne taille et avec une minuscule pierre bleu clair sertie… et elle décida qu’elle pourrait probablement les avoir. Elle leva la main pour repousser Silvi et se tourna vers le joaillier. « Combien ? »

L’homme la regarda avec sagacité. « Dix dinars. »

Gabrielle les reposa. « Je ne pense pas », dit-elle en ricanant doucement.

« Sont horriblement jolies, jeune fille », rit l’homme. « Je vais te dire, cinq dinars. »

Le regard vert se cloua sur lui. « Trois. » Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine et attendit, sans regarder les babioles exprès.

Il secoua la tête. « Le travail me coûte plus que ça. »

Elle attendit.

« Quatre », finit-il par dire en lui jetant un regard.

Elle sourit. « Très bien. » Elle fouilla dans sa bourse et lui tendit les dinars et il enveloppa les boucles pour les mettre dans un tout petit sac en coton avant de les lui tendre. « Merci. » Arès renifla le sac et lui lécha la main tandis qu’elle écartait l’objet. « Arrête ça », réprimanda-t-elle le loup.

L’homme hocha la tête puis se tourna vers la princesse. « Vous voulez quelque chose aujourd’hui, Votre Majesté ? »

« Pas aujourd’hui », dit Silvi en lui souriant. Elle tira Gabrielle sur le chemin et attendit qu’elles soient hors de portée d’oreille. « Qu’est-ce que tu viens de faire ? » Demanda-t-elle en regardant par-dessus son épaule.

Gabrielle lui jeta un coup d’œil, désorientée. « Heu… j’ai acheté quelque chose ? » Hasarda-t-elle.

« Il t’a dit le prix et tu as refusé ! » Objecta la princesse. « Comment as-tu fait ça ? »

« Et bien… » La barde était contente qu’elles se soient éloignées de l’histoire de Cécrops. « Il voulait les vendre… le prix qu’il demande c’est juste ce qu’il veut pour ça… pas ce qu’il va prendre pour ça », expliqua-t-elle en remontant le long chemin en pente qui menait au château. « Tu ne le fais pas ? »

« Bien sûr que non. » La princesse avait l’air choquée. « Je leur donne juste de l’argent et ils me donnent ce que je veux en retour… je n’imagine pas discuter là-dessus. »

Elanora les rattrapa. « Je suis sûre que c’est plutôt différent pour elle, Majesté… » Commenta-t-elle en lançant un regard condescendant à la barde. « Tu n’as pas à être regardante sur les dinars. » Elle agita légèrement son éventail. « Ça doit être très déprimant. »

La barde sentit ses poils se hérisser et une sensation intéressante qui laissa passer une douce brise fraîche toucher sa nuque. « Je n’ai jamais pensé à ça comme ça, en fait », répondit-elle d’un ton cassant. « Je pense juste qu’on doit obtenir le plus pour ce que l’on a… et je sais ce que valent les choses. » Elle regarda la brunette d’un air froid. « Les gens ne tirent pas avantage de moi comme ça. »

« Oh. » Silvi lui tapota le bras. « Je n’ai pas à m’inquiéter de ça… personne ne voudrait prendre avantage de moi. »

Gabrielle mit un point d’honneur à laisser son regard vert brume traîner longtemps sur Elanora, avant de le tourner vers la princesse. « Bien sûr que non », acquiesça-t-elle ironiquement tandis qu’elles atteignaient le bord de la cour intérieure. « Et bien, ça a été génial, mais je dois aller chercher des choses… »

Silvi lui tint le bras. « Oh non… non non… Gabrielle, tu dois venir avec moi dans mes quartiers… le guérisseur doit jeter un œil à tes blessures. » Elle commença à marcher, tirant la barde derrière elle. « Tu le dois… je n’entendrai pas de refus… et je veux que tout le monde sache quelle héroïne tu es. »

« Hum… » Gabrielle essaya d’arrêter de marcher, mais son genou lâcha et elle trébucha vers l’avant. « Non… vraiment… je vais bien… » Protesta-t-elle. « Il faut juste que je m’asseye un moment, vraiment… j’ai un bandage dans mes affaires à l’écurie, je peux juste… »

« Absolument pas. » Silvi secoua la tête continuant à tirer la barde impuissante vers l’avant. « Ecoute… tu peux à peine marcher. » Elle se tourna vers Elenora. « Va chercher Jiles… il faut qu’il vienne voir Gabrielle tout de suite. »

La jeune fille tourna les talons et partit, suivie par une des dames qui papillonnaient derrière elle.

« Silvi… » Gabrielle tressaillit en posant rudement la jambe. « Ecoute… vraiment, je dois…»

« Non non non », la réprimanda la jeune fille. « Tu viens avec moi. » Elles tournèrent le coin et s’arrêtèrent brusquement, confrontées à six pieds d’une guerrière grande, sombre et dangereuse vêtue de cuir. « Par Zeus ! »

« A peine. » Xena laissa son regard passer sur elles, s’arrêtant momentanément sur le visage de Gabrielle avant de tourner son attention sur la princesse. « Il y a un problème ? » Demanda-t-elle en bloquant proprement leur chemin.

Silvi se redressa poussant Gabrielle derrière elle. « Hors de mon chemin », commanda-t-elle. « Ce ne sont pas tes affaires. »

La guerrière haussa les sourcils. « Ça se discute », répliqua-t-elle froidement. « Il faut que je parle à Gabrielle. »

« Elle doit voir le guérisseur. Tu peux attendre », déclara Silvi, mais sa voix tremblait.

La guerrière écarta les narines. « Je vais m’en occuper. Sa voix était neutre et froide.

« Certainement pas », répliqua bravement la princesse.

« Silvi. » Gabrielle mit doucement la main sur son épaule. « Tout va bien, vraiment. Xena est aussi guérisseuse. » Elle contourna la jeune fille, essayant de ne pas boiter trop fort. La secousse perceptible qui traversa son âme sœur lui donna acte qu’elle se retenait d’attraper la barde par pure volonté et Gabrielle savait qu’elles étaient dangereusement près de faire éclater leur couverture. « Je… viendrai te voir après qu’on aura examiné ça… c’est bon… vraiment. »

La princesse eut fortement l’air d’en douter, mais elle finit par avancer à contrecœur vers l’escalier, suivie par sa cour, les regardant par-dessus son épaule jusqu’à ce qu’elle disparaisse au tournant.

La barde soupira et se tourna pour faire face à sa compagne tandis que des mains chaudes lui attrapaient les épaules. « Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ? » Demanda Xena avec anxiété. La soudaine métamorphose du seigneur de guerre en amoureuse inquiète était presque drôle et la barde dût un peu se mordre la lèvre pour s’empêcher de rire.

« Comment t’es-tu blessée ? Qu’est-ce qui s’est passé ? » Répéta la guerrière en l’étudiant. « Est-ce que c’est une coupure ? Qu’est-ce que tu as fait à ton genou ? »

« Xena. » Gabrielle essaya d’interrompre ce flot de paroles.

« Est-ce qu’on t’a attaquée ? » Continua la guerrière. « Gabrielle, pour l’amour des dieux… que… »

« Xena, chut… » La barde mit affectueusement la main sur sa bouche. « On peut monter ? Ma jambe me tue… je te dirai ce qui s’est passé en montant. »

Silencieusement, la guerrière entoura la taille de la barde de son bras et la soutint tandis qu’elle montait en boitant. La chaleur coula en elle et elle se retrouva à s’appuyer de plus en plus sur sa compagne, qui prit volontiers son poids sur elle. « Merci. » Elle leva les yeux vers le visage tranquille. « Je ne voulais pas te dire de te taire comme ça… mais la matinée a été frénétique. »

« C’est bon », répondit Xena en regardant autour d’elle. « Par Hadès… ça prend trop de temps. » Elle souleva la barde et remonta les dernières marches en bondissant, donnant un coup de coude à la porte de leurs quartiers pour l’ouvrir et entrer. Après que la porte se fut refermée, elle se tint un long moment sans bouger, à se contenter de regarder une Gabrielle qui se reposait paisiblement. « C’est confortable ? »

La barde remua les orteils. « Très. » Elle soupira alors que Xena la déposait doucement sur le lit. « Ils ont essayé de kidnapper la princesse… Xena, je ne sais vraiment pas ce qui se passe ici. » Elle sourit lorsqu’Arès bondit sur le lit et se blottit contre elle, le museau posé sur sa cuisse.

La guerrière s’agenouilla près du lit et la mit à plat pour examiner l’éraflure sur ses côtes. « Moi si », répondit-elle d’un air absent en avançant pour tâter le genou de la barde, maintenant légèrement gonflé et bleui. « On a la princesse, qui veut une chose, on a ses nobles, qui en veulent une autre, et on a Garanimus, qui n’a aucune idée de ce qui se passe et qui ne sait pas ce qu’il veut. » Elle soupira et se leva. « Petite entorse… ça va faire mal un moment. »

Gabrielle croisa les mains sur son estomac et soupira. « J’espérais que ce ne soit pas ça. » Elle tourna la tête et regarda sa compagne qui ramassait les affaires de son kit. « Six types nous sont tombés dessus au marché… j’ai été un peu trop enthousiaste avec un coup de pied… et j’ai oublié de prendre une assise comme tu me l’avais enseigné, avant de tendre la jambe. » Elle bougea la jambe et tressaillit. « Je me sens vraiment idiote. »

« Mmpf. » Xena revint et se remit à nouveau sur un genou, déroulant un bandage doux. « Ça arrive… j’ai fait ça des tonnes de fois », la rassura-t-elle la jeune femme, en lui donnant une petite tape sur la jambe. « Mais tu dois faire attention… tu ne veux pas en faire trop avec ton corps, mon amour. »

« Ah. » Gabrielle la regarda ironiquement. “Alors… je devrais cogner des bandits infects plus doucement, plus affectueusement ? » Fit-elle remarquer. « C’est ça que tu me dis ? »

La guerrière lui lança un regard. « Très drôle », grogna-t-elle. « Non, ce n’est pas ce que je dis. » Elle s’affaira avec ses provisions. « Je… il faut que tu… sois plus prudente, c’est tout. »

« Mmhmm. » La barde la regarda. « Et ceci dit par la femme qui m’a raconté qu’elle a continué à se battre pratiquement jusqu’à son accouchement. »

Les yeux bleu clair lui lancèrent un regard sombre. « C’était différent », marmonna Xena. « Je n’avais pas le choix. »

Gabrielle tendit la main et lui caressa les cheveux. « Je sais… mais… Xena, je ne vais pas laisser ça m’empêcher de faire ce que je dois faire… ses gardes étaient inutiles », répondit-elle. « Et qu’est-ce que j’étais supposée faire… reculer et laisser ces types la prendre ? »

« Hmpf », grogna la guerrière.

La barde se mit à rire. « Grognonne. » Elle pinça affectueusement l’oreille de sa compagne. « Je t’aime vraiment, tu sais… et je sais que tu t’inquiètes juste pour moi. »

Xena arrêta ce qu’elle faisait et leva des yeux qui s’adoucissaient. «Je suis trop mère poule, hein ? »

Cela lui valut un sourire espiègle. « Oui… mais je pense que c’est mignon. »

La guerrière plissa les yeux. « Mignon, hein ? » Elle fit appel à son meilleur regard intimidant. « Je suis supposée être une machine à tuer sans cœur, Gabrielle. Tu ruines ma réputation. »

« Ooh… » La barde roucoula. « J’adore cette expression. » Elle gloussa en prenant la joue de Xena dans ses mains. « Tu es teeellement méchante. »

Elles se regardèrent longuement puis se mirent à rire ensemble. « Très bien… très bien… » Xena secoua la tête et soupira. « Je vais essayer de garder mon instinct hyperprotecteur sous contrôle », finit-elle par répondre. « Oh oui… à propos, un des membres de la famille de ta princesse m’a fait une offre… apparemment ils n’apprécient pas l’idée d’un roturier qui deviendrait leur dirigeant. »

Gabrielle haussa un sourcil blond. « Vraiment ? » Dit-elle d’un ton songeur. « Et bien… ça a du sens… ils sont probablement derrière les types qui ont essayé de nous kidnapper aujourd’hui. »

« Peut-être. » Xena passa de l’onguent sur la partie bleuie puis elle la banda avec dextérité. « M’a proposé un boulot… un appartement douillet… mon choix pour des esclaves sexuels… » Elle finit et se leva, utilisant un petit morceau de tissu humide pour nettoyer l’éraflure sur la poitrine de la barde. « Tout ce que j’ai à faire c’est battre Framna… » Elle leva les yeux. « Alors… qu’est-ce que tu penses de lui ? »

Gabrielle emmêla ses doigts dans l’armure de la guerrière et tira fort. « Viens par ici. »

Xena hésita puis se laissa tomber dans le lit près d’elle, s’étirant avant de mettre la tête sur une main.

« Il est… » Gabrielle roula sur elle-même et se blottit contre elle, ignorant la morsure froide de l’armure contre sa peau. « Il est bien, je trouve… il semble vraiment attaché à elle… il est beaucoup plus vieux. » Elle regarda la guerrière. « Pas que ça importe… mais elle est vraiment très jeune. »

Xena réfléchit. « Tu penses qu’elle est capable de diriger cet endroit. »

Un hochement de tête négatif. « Non », répondit Gabrielle promptement. « Absolument pas… il a l’air bien, je veux dire que, il est gentil et tout ça… pas comme je m’attendais à le voir. » Elle fit une pause. « Il a un respect très sain pour toi. »

Cela amena un léger sourire aux lèvres de Xena. « Mais pas la princesse. » Elle passa les doigts dans les cheveux clairs de la barde quand elle la sentit se rapprocher. « Mais je n’aime pas les cousins et Garanimus va mettre le bazar ici, alors… » Elle laissa sa tête reposer brièvement sur l’oreiller et inspira la senteur chaude de son âme sœur. « Je présume que je vais aller conclure un marché avec le petit ami de la princesse. »

« C’est compliqué », se plaignit Gabrielle avec ironie en lui lançant un regard. « Et je te défie de dire que c’est parce que je suis impliquée », l’avertit-elle d’un ton joueur.

« Moi ? » Xena écarquilla les yeux d’un air innocent en pointant sa poitrine. « Je ferais ça ? »

«Oui. » La barde lui tapota le ventre. « Tu le ferais assurément. »

La guerrière rit et roula sur le dos, entrelaçant les mains sur son estomac et croisant les chevilles. « Tu me connais trop bien, ma barde », dit-elle au dais de lit, regardant ses fanfreluches blanches avec dégoût. « La princesse semble t’aimer beaucoup. »

Gabrielle, affairée avec la boucle qui maintenait l’armure de Xena, s’arrêta dans son effort et leva les yeux. « Elle pense que je suis une sorte de… je ne sais pas… peut-être que c’est parce que je suis tellement différente d’elle… » Elle réfléchit brièvement. « Elle n’est pas mauvaise, juste vraiment… heu… protégée, tu sais ? »

Un œil bleu roula pour la regarder affectueusement. « Et tu es une femme expérimentée… bien sûr… je peux voir la fascination. »

La barde éclata de rire à cette description. « Je ne pense pas que ce soit ça », objecta-t-elle.

« Ah… je pense que c’est exactement ça », désapprouva Xena en remuant un doigt. « Ecoute… elle n’a probablement jamais quitté la cité… et tu arrives, tu as voyagé partout, tu es une barde célèbre… »

« Xena ! » Gabrielle la tapa doucement. « Ce n’est pas vrai. » Arès pointa les oreilles au son brusque, mais il resta immobile, se contentant de jeter un regard vers sa grande maîtresse.

« Bien sûr que si ! » Répondit la guerrière. « Une Reine Amazone… tu es probablement la chose la plus excitante qui lui est arrivée depuis qu’on l’a laissé porter cette petite couronne. » Elle croisa les bras, visiblement bien amusée. « Alors… qu’est-ce que ça fait d’être une célébrité ? »

« Xena. » Gabrielle lui lança un faux regard noir. « Je vais commencer à te chatouiller si tu n’arrêtes pas. Je ne suis pas une célébrité. »

Un éclair de dents blanches. « Bien sûr que si… et ensuite tu t’en vas cogner les types qui essayent de la kidnapper ? Je sens… un grand paquet d’idolâtrie de héros flotter par ici. » Elle tendit la main et chatouilla le menton de la barde. « Et tu le mérites amplement. »

Gabrielle mâchouilla sa lèvre, reconnaissant à contrecœur que son âme sœur avait probablement raison. Beuh. Elle plissa le visage.  C’est pire que ces Amazonettes. « Elle est juste impressionnable », finit-elle par marmonner. « Ça va lui passer. » Puis elle fit une pause et réfléchit un moment. « Mais tu sais… en y repensant… » Maintenant son regard allait vers le profil détendu pose sur l’oreiller près d’elle. « Moi, ça ne m’a jamais passé. »

Xena fronça les sourcils.

Gabrielle sourit affectueusement. « Je t’ai eue. » Elle finit de détacher l’armure de la guerrière et la fit passer par-dessus sa tête, pour la poser sur la surface moelleuse du lit. « Parlons d’idolâtrie de héros. » Elle se glissa plus près et ses yeux brillèrent en voyant le regard noir de sa compagne. « Je pense que je peux discuter de ça comme une autorité en la matière, pas vrai ? »

« Gabrielle… » La guerrière sentit une rougeur monter à son cou.

« Tu vois, la différence c’est que j’ai une vraie héroïne honnête qui vit et qui respire avec laquelle je passe la plus grande partie de la journée. » Répliqua la barde doucement. « Tout le monde a l’air tellement ordinaire en comparaison. » Elle traça du doigt une ligne sur la peau de son âme sœur. « J’adore quand tu rougis… tu es si mignonne. »

Xena pianota sur son estomac couvert de cuir. « Tu gagnes », concéda-t-elle avec grâce dans leur petite guerre de taquineries.

La barde sourit. « Je sais. » Elle se pencha et l’embrassa sur le nez. « Je vais arrêter de t’embarrasser maintenant. » Elle se blottit un peu plus et mit la tête sur l’épaule de Xena. « Alors… comment s’est passée ta journée ? »

La guerrière étouffa un bâillement et haussa légèrement les épaules. « Pas mal… on a mis en place les tours de garde et tout le reste… » Répondit-elle. « J’ai fait travailler les troupes… on s’est un peu entraînés… » Son regard alla vers sa compagne. « J’ai fini par avoir des nausées la moitié de la journée… tu sais, comme d’habitude. »

Gabrielle la regarda et se mordit la lèvre. « Oups… » Elle cligna des yeux. « Désolée. » Elle tapota le ventre de la guerrière. « J’espère que ça ne va pas durer. »

Xena rit ironiquement. « Nan… c’est tout bon… ça me rend un peu… » Elle fit une pause puis continua. « Ça me fait faire partie de ça. » Elle resserra sa prise sur la jeune femme. « Ça ne me gêne pas… c’est quand même toi qui as tout à faire. »

Gabrielle soupira de contentement. « Mais pas avant un moment. » Elle bâilla. « Est-ce que tu vas m’en vouloir si je t’utilise comme oreiller pendant un petit moment ? » Demanda-t-elle d’un ton d’excuse.

La guerrière cligna des yeux et les ouvrit un peu coupable. « Heu… non… bien sûr que non. » Elle regarda vers la fenêtre. « On a un moment avant que je doive vérifier que tout va bien… hum… vas-y. » Elle regarda la barde fermer les yeux et sentit la chaleur de sa respiration tandis qu’elle soupirait, même à travers le cuir.

Silencieusement, elle regarda la tête claire posée contre la sienne, notant la légère lueur du soleil qui faisait ressortir les traits de sa compagne. Une des mains de la barde était enroulée sur sa cage thoracique, ses doigts pliés contre elle et elle la couvrit de sa propre main, souriant lorsque leur prise s’emmêla.

Être allongée là, avec Gabrielle, son dilemme semblait bien moins… important. Alors et si elle réussissait à faire que l’armée de Garanimus se rende ? Et si elle laissait tout le monde penser qu’ils l’avaient surpassée ? Ce qui était important c’était que personne ne soit blessé, pas vrai ?

Xena soupira. Tout ce qui serait blessé, ce serait sa fierté, vraiment. Travailler avec une armée aujourd’hui… elle avait commencé à calculer exactement comment elle allait défendre la cité contre une force bien plus grande… quelles techniques, comment elle pourrait installer des petits pièges… à un moment, elle s’était retrouvée à vraiment apprécier le plan tandis qu’elle faisait travailler des muscles mentaux qui étaient restés endormis pendant longtemps.

Ils pouvaient le faire avec elle à leur tête… elle le savait et tourner le dos à cette connaissance était… dur. Mais elle savait que continuer comme ça la mettait en danger, bien plus que le reste de l’armée, parce qu’elle était une cible tellement naturelle. Elle avait beaucoup de confiance dans ses propres compétences, mais…

Mais. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver, pas dans une guerre. On pouvait se préparer, et avoir des compétences, et un plan… et un fichu salaud pouvait avoir de la chance et vous ficher une flèche dans le corps quand vous ne regardiez pas.

Elle n’allait pas imposer ça à Gabrielle. Pas maintenant. Il y avait des choses bien plus importantes dans la vie que gagner des guerres, et la fierté d’une combattante bornée, entêtée et à moitié folle.

Pas vrai ?

Bon sang, ça piquait. Xena regarda le dais. Sa nature compétitive faisait une crise.

Elle voulait battre les forces de Framna. Elle voulait être maligne et tactiquement brillante, et réussir malgré les chances, tellement qu’elle pouvait presque le sentir. L’immersion des derniers jours dans son ancienne vie l’avait hameçonnée… tirant sur des vieux réflexes et lui redonnant le goût de l’excitation de diriger une armée.

Ce n’était pas bon. Elle prit une profonde inspiration et sentit Gabrielle bouger, puis s’enrouler un peu plus autour d’elle, son genou bandé contre la cuisse de sa compagne. Elle pouvait sentir le léger mouvement de la respiration de la barde, et elle le laissa l’apaiser, la laissa lui rappeler qui elle était maintenant. Ou bien ce qui était important.

Elle ferait, elle le savait, ce qui était juste, et prudent… et sûr. Elle serra les muscles de sa mâchoire puis se détendit. Pour l’amour de Gabrielle.

Elle lui devait cela.


Mmmm. Gabrielles’autorisa le luxe de passer lentement du sommeil à l’éveil, savourant le chaud réconfort qu’elle sentait autour d’elle. Le soleil passait sur elle et lui offrait un sympathique contrepoint au cuir doux et odorant sur lequel elle reposait. Elle prit une profonde inspiration d’un air plein de l’odeur distincte de Xena et elle sourit, puis elle ouvrit lentement les yeux.

« Salut », dit Xena en la regardant. « Tu te sens mieux maintenant ? »

Gabrielle s’étira puis se détendit à nouveau. « Oui… sauf que j’ai vraiment faim. » Elle lança un regard penaud vers Xena. « On n’a pas déjeuné. »

La guerrière rit d’un air tolérant. « J’ai du pain, du fromage et de la viande séchée si tu es intéressée. » Elle s’interrompit alors que Gabrielle hochait la tête avec enthousiasme. « Et des fruits… »

« Où ça ? » La barde roula et passa les jambes par-dessus le bord du lit, délogeant Arès qui sauta en bas et lui lança un regard outré.

« J’y vais », proposa Xena en glissant au bout du lit avant de se relever. Repose ta jambe. » Elle alla jusqu’à son sac et en sortit les provisions qu’elle avait prises ce matin-là.

Gabrielle ignora sa suggestion et se leva avec précaution, testant son genou. « Je me sens beaucoup mieux », dit-elle en faisant quelques pas hésitants. « Vraiment. » Elle continua vers le petit bureau et s’y assit avant de poser les mains de chaque côté de son journal, ratant le regard furtif que lui lançait sa compagne, qui prenait une portion de nourriture pour un Arès affamé.

« Hum… » Xena se leva et se dirigea vers elle, lui tendant une tranche de pain largement couverte de viande et de fromage, ainsi que deux grandes prunes. « Que penses-tu de ça ? »

La barde repoussa doucement le journal et accepta les objets, posant le sandwich avant de mordre avec bonheur dans une prune. « Oooh… » Elle mâcha d’un air heureux. « Comment tu fais pour trouver les meilleurs fruits de la Grèce ? » Elle regarda le lent sourire apparaître sur les lèvres de Xena. « Laisse-moi deviner… c’est un de tes nombreux talents ? »

« L’entraînement », répondit Xena avec un sourire narquois. Puis son expression se figea. « Tu vas… euh… faire des trucs de barde ? »

Gabrielle s’arrêta au milieu d’une bouchée. « J’allais mettre mon journal à jour, si c’est ce que tu veux dire », répondit-elle en lançant un regard curieux à son âme sœur. « C’est bon ? »

« Oh… oui… bien sûr… j’étais… heu… je vais vérifier… la garde et les armes et ce genre de choses », répondit Xena en allant vers le lit pour prendre son armure. « Je serai… partie un moment… tu… prends ton temps. » Elle eut un sourire éclatant pour Gabrielle puis sortit en lui faisant un petit geste. « Au revoir. »

La porte se referma.

Gabrielle ferma sa mâchoire pendante et regarda Arès qui la regardait lui aussi. « Que… qu’est-ce que… ça veut dire ? ? ? ? »

« Roo. » Le loup regarda la porte puis trotta vers elle et s’allongea à ses pieds.

« Je pense que tout ce truc de la grossesse la perturbe, Arès. » La barde secoua la tête et finit sa prune avant de commencer le sandwich tout en ouvrant son journal. « Elle est perdue. »

L’écriture attira son regard. Tellement différente de la sienne, soignée… celle de Xena était hardie et distincte, légèrement penchée et avec des jambages caractéristiques. Elle aurait reconnu son auteur même si son regard n’avait pas été attiré par la signature et elle absorba le nom avant de lever les yeux et de commencer à lire.

Gabrielle,

Tu as ce livre entier dans lequel tu ranges tes pensées, et tes sentiments – j'ai pensé que sur une page, juste une, tu devrais avoir les miens par écrit.

Je ne suis pas très douée avec les mots – nous le savons toutes les deux. Il m’est difficile de décrire ce que je ressens, surtout quand mes sentiments sont aussi forts que parfois il est dur de seulement y penser.

Nous avons traversé beaucoup de choses. Je présume que tu sais que d’y avoir survécu individuellement est plutôt incroyable, et le fait que nous ayons survécu et soyons restées ensemble est au-delà de l’incroyable. Je sais que je ne méritais aucune de ces choses et aussi je présume que j’ai eu de la chance parce que toi tu les méritais.

Je regarde les choses terribles que j’ai faites dans ma vie et il y avait un temps où, dans les derniers mois, j’ai presque ajouté ce jour d'automne ou j'étais dans une clairière près de Potadeia à ma liste de regrets, parce que nous regarder détruire quelque chose que je chérissais dans mon cœur me tuait. Je ne comprenais pas ce qui arrivait, mais je pouvais sentir l’obscurité en moi me tirer encore et encore plus, et il y a eu des moments où je traversais la ligne, et la laissait presque me reprendre, parce que je ne pouvais pas voir de raison d’y résister, pas encore.

Je ne sais pas vraiment ce qui m’a arrêtée. Peut-être que c’était la promesse que je t’avais faite, à l’époque.

Je n’ai jamais voulu te faire du mal ou te voir blessée, mais j’ai fini par comprendre cela, pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes ensemble, toi et moi. Nous pourrions être blessées de nouveau, mais c’est une chance que nous devons prendre, parce que je ne vais pas laisser tomber ce que nous avons. Je suis plutôt bonne pour avoir ce que je veux et c’est toi que je veux.

Je t’aime. C’est juste pour que tu le voies écrit, au cas où quelqu’un te poserait la question, d’accord ? Pour qu’il n’y ait aucun doute là-dessus. Essaye de ne pas renverser de l’eau sur la page quand tu liras ceci.

Tu as apporté beaucoup de choses dans ma vie auxquelles je ne m’étais pas attendue – j’avais l’habitude de voir les choses plutôt en noir et blanc, et maintenant j’ai toutes ces couleurs auxquelles tu m’as éveillée. Comme la beauté d’un oiseau qui chante le matin, ou combien c’est génial de regarder un coucher de soleil. Ecouter ta poésie et voir le monde à travers tes yeux me font me rendre compte des nombreuses choses que j’ai ratées, après Cortese.

C’est comme si ma vie recommençait. Je sais que je fais marche arrière parfois et que ça te fait peur, mais tu ferais bien de savoir que tu es l’une des raisons pour lesquelles je continue à avancer à nouveau. Si tu as jamais douté de combien tu es importante pour moi, ne le fais pas, d’accord ? Je serais vraiment perdue dans l’obscurité sans toi. Parfois, quand ma tête est pleine des mauvaises choses que j’ai faites, je peux te regarder et me souvenir de bêtises que j’ai faites qui t’ont fait sourire et c’est suffisant pour repousser ces choses pendant un moment.

Je suis contente que tu aies décidé de partager ma vie. Tu es ma compagne et ma meilleure amie, et l’une des plus merveilleuses personnes que j’ai jamais connues. Tu es la meilleure des choses qui me soit jamais arrivée.

Nous partageons quelque chose de très spécial, même moi je m’en rends compte. Je sais que c’est la raison pour laquelle nous avons traversé ces âges sombres et c’est ce qui nous a réunies à nouveau. Mais au fond de mon esprit, une petite partie de moi essaie de croire que même si nous n’avions pas partagé ça, si nous étions deux autres personnes ordinaires, peut-être que nous nous serions choisies quand même.

Un jour, ma barde – tu seras celle dont on se souviendra. Tes histoires et ta façon de vivre… c’est ce que les gens raconteront encore et encore… et je ne serai qu’une combattante qui te garde en sécurité quand tu voyages à travers le monde.

Ça me va.

Un jour, quand je serai trop vieille pour bouger, j’aimerais être assise sur notre porche et laisser nos petits-enfants me sauter dessus, pendant qu’ils t’écoutent raconter des histoires du bon vieux temps.

Le plus drôle, c’est que jusqu’à ce que je te rencontre, je n’ai jamais pensé que vieillir me concernerait. Tu vois comment tu changes les choses ?

Je présume que ça suffit maintenant, hein ? La dernière fois que j’ai autant écrit, c’était une exigence de reddition d’une grande cité près de Thèbes. Je pense que je préfère cette fois-ci.

Xena.

Elle relut trois fois avant de finalement lever les yeux et regarder la porte fermée. « Grande froussarde », accusa-t-elle la guerrière absente. « Tu as peur que je te trouve en flagrant délit d’être sentimentale, hein ? » Gabrielle suivit du doigt les lettres impétueuses avec plaisir, entendant la voix de sa compagne sans effort. Certaines parties la firent sourire. D’autres… de les lire faisait tout simplement mal. Mais c’était réel et honnête et c’était tout Xena, direct d’une façon dont peu de gens l’étaient.

« Je t’aurais choisie n’importe comment », murmura-t-elle, sentant une larme glisser sur son visage. « Et tu le méritais, Xena… je me fiche de ce que tu dis, ou de combien de fois tu me dis que tu ne le méritais pas. » Arès poussa sa main, la lécha en piaulant. « Arès… ta maman est sentimentale. »

« Agrrr. » Le loup lui mâchouilla légèrement les doigts.

« Oui, c’est vrai… et maintenant… je vais devoir la trouver et la sortir de la poubelle d'armures moisies où elle s’est cachée, et lui dire simplement combien je l’aime. Ça te va ?

Arès remua la queue et se leva, trottant vers la porte où il se retourna pour la regarder, interrogateur.

Gabrielle sourit et se leva, fermant le journal avant de contourner la table. « Ouille. » Elle tressaillit lorsque son poids se porta sur sa jambe blessée. « Allez Gabrielle… haut les cœurs… ce n’est qu’une petite entorse. » En grimaçant, elle plia le membre et fit quelques petits cercles jusqu’à ce que la douleur soit tolérable, puis elle attrapa son bâton et se dirigea vers la porte.

Qui s’ouvrit quand elle l’atteignit, laissant apparaître Silvi. « Oh Gabrielle… les dieux soient loués tu vas bien. J’étais terriblement inquiète. »

« Hum. » La barde soupira et se reprit. « Oui… je vais bien… vraiment. »

« Cette femme ne t’a pas… fait de mal… non ? » Le visage de la princesse était inquiet. « Tu sembles… bouleversée. »

« Non… non… » Gabrielle leva la main. « Elle… tout ce qu’elle a fait c’est me bander le genou… ça… va bien… vraiment… je heu… j’allais sortir. »

Silvi captura sa main levée et la retint, la tirant vers le canapé bas. « Gabrielle, il faut que je te parle. »

Soupirant intérieurement, la barde la suivit et s’assit, appuyant son bâton contre le bord de la table proche. « Oui ? » Elle tapota Arès qui était revenu vers elle et qui s’assit avec persistance à côté d’elle. Il lança un regard franchement grognon à la princesse.

« Elanora pense que… je ne sais pas vraiment comment demander cela. Mais… cette femme… »

« Xena », corrigea Gabrielle d’un ton neutre.

« Oui… elle ne t’a pas… fait des avances, n’est-ce pas ? » Demanda la princesse.

« Des avances ? »

« Des attentions non désirées ? » Essaya à nouveau Silvi.

« Des attentions non désirées ? » Répéta Gabrielle espérant qu’on ne lui demandait pas ce qu’elle pensait.

« Heu… » La princesse rougit délicatement. « T’avoir forcée ? »

« Oh ! » La barde mit un sourire faible sur ses lèvres. « Voyons voir… des avances… non… des attentions non désirées… absolument pas… forcées ? Non… pas que je sache. »  Et voilà, Gabrielle… dis la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Elle fit une pause dans ses pensées. Et bien, deux sur trois ce n’est pas si mal, comme dirait Xena. « Elle n’est en fait pas si mauvaise quand on apprend à la connaître. »

L’incrédulité se fraya un chemin sur le visage de Silvi. « Je pense qu’elle est horrible. »

Gabrielle la regarda. « Pourquoi ? »

« Elle a tué des milliers de gens, Gabrielle… et… et… les histoires… les meurtres… les saccages... les viols… les pillages… » bafouilla la jeune fille.

La barde pencha la tête d’un côté. « Et que crois-tu que fait Framna ? » Demanda-t-elle avec une logique dévastatrice. « C’est un seigneur de guerre, tout comme elle l’était. »

Un silence de mort s’installa tandis que la jeune fille la fixait.

« Ça dépend du regard qu’on jette sur les choses, hein ? » dit Gabrielle doucement. « Je pensais la même chose que toi… jusqu’à ce que je rencontre Xena et que j’apprenne à la connaître… et j’ai trouvé qu’elle était bien plus, et bien moins que toutes les histoires que j’ai entendues la moitié de ma vie. »

Silvi se leva et alla à la fenêtre, visiblement agitée. « On dirait que… que… tu l’aimes bien. »

« C’est le cas », répondit calmement la barde. « J’ai accepté de t’aider pas pour la blesser, mais pour faire en sorte que les gens ne soient pas tués dans un combat insensé. »

La princesse se retourna brusquement et lui fit face. « Tu n’es pas gardée contre ta volonté, n’est-ce pas ? »

Gabrielle secoua lentement la tête. « Non. » Elle fit une pause. « Je n’ai jamais dit que je l’étais. »

Un léger cliquetis attira son attention et elle tourna la tête pour voir un panneau s’ouvrir et la grande silhouette de Framna se glisser à l’intérieur. Oh oh. Des alarmes se déclenchèrent dans son esprit et elle tendit la main inconsciemment pour attraper son bâton. Près d’elle, Arès lâcha un grondement bas et sourd.

« J’ai entendu ce que j’avais besoin d’entendre, Votre Majesté », dit le grand homme sérieusement. « On dirait qu’Elanora avait raison… elle est un danger pour nous. »

Gabrielle se leva du canapé et recula, levant son bâton. « Je pense que vous faites une erreur. »

L’homme s’avança en la regardant attentivement. « Je suis sûre qu’elle a parlé de nos plans à Xena… » Murmura-t-il. « Mais… je crois que la détenir forcera cette démone à nous obéir dans tous les cas. »

La barde se redressa. « Vous faites vraiment, vraiment, une erreur », les avertit-elle. « Xena n’est pas ici pour se battre… elle veut suivre votre plan. » Elle fit une pause. « Mais si vous faites quelque chose comme ça, je ne peux rien garantir. »

Framna leva la main. « Pose le bâton et on ne te fera pas de mal. Ce n’est pas mon intention. »

La colère de Gabrielle monta. « Reste où tu es et c’est toi qui n’auras pas mal », répliqua-t-elle. « Tu essaies quoi que ce soit et je te ferai souhaiter ne pas l’avoir fait. « Ooh. Là… c’est mieux, hein Xena ? Arès se hérissa devant elle, son pelage se dressant tandis qu’il baissait la tête. « Tu as bien plus d’ennuis que je n’en aie, mon pote. »

Le seigneur de guerre la fixa puis il plongea en avant pour attraper son bâton.

« Idiot. » Gabrielle bougea le bâton hors de sa portée et le fit tourner, le frappant dans les genoux avant de le faire tomber. Ce qu’il fit avec un bruit sourd et il se redressa péniblement en tressaillant. « Et moi qui pensais que tu n’étais pas si mauvais. » Elle tira sur son bâton en arrière puis le poussa en avant, le cognant dans la poitrine avec le bout, le forçant à reculer.

Arès se lança en avant, grognant de façon hideuse, et accrocha sa mâchoire au bras rapidement levé de Framna, tournant violemment la tête ce qui fit perdre l’équilibre à ce dernier. Le loup modifia sa prise et fonça sur la gorge du seigneur de guerre, la manquant de près avant de plonger ses crocs dans son épaule.

« Arès ! » La voix coupa court aux grognements et aux cris de Framna et le loup obéit à la demande, relâchant sa victime avant d’aller vers la grande silhouette sombre qui se tenait dans l’encadrement de la porte. « Brave garçon. » Xena lui caressa la tête puis regarda vers son âme sœur. « Je ne peux pas te laisser seule une minute, pas vrai ? »

« Hé ! » Gabrielle s’appuya sur son bâton. « C’est moi qui gagnais. » Elle tourna son regard vers la princesse qui était blottie près du canapé, visiblement morte de peur. « Silvi, tu ferais mieux de t’asseoir. »

Xena ferma la porte derrière elle et avança à grands pas dans la pièce, lançant à peine un regard vers la jeune fille tandis qu’elle atteignait le seigneur de guerre plaintif pour le regarder à son tour. « Tu as de la chance que je sois de bonne humeur », dit-elle froidement. « Ou je l’aurais juste laissé te mâchouiller un peu plus longtemps. » Son regard glacial alla vers la barde. «Tu veux bien t’asseoir pour alléger ce genou ? »

La barde leva les yeux au ciel et boita pour contourner le bureau avant de s’installer dans le fauteuil avec un soupir audible, puis elle prit son sandwich à moitié mangé et le mâchouilla. « Oui, grand-mère », répliqua-t-elle la bouche pleine, recevant un clin d’œil en retour.

Xena attrapa la tunique du seigneur de guerre et le souleva, le poussant rudement sur le canapé. « Voyons ça », grogna-t-elle de dégoût, en lui prenant le poignet pour examiner les traces de crocs. « Tu as eu sacrément de la chance, mec », l’informa-t-elle. « Bon… je pense qu’il faut qu’on parle maintenant. »

Il la regarda en silence, tenant son bras de l’autre main tandis que le sang coulait. « Xena sourit, pas un de ses sourires gentils, et elle s’appuya contre le bureau. « Ou bien je peux te livrer à la MissTapdur, la Reine des Amazones ici présente. » Elle saisit Gabrielle en train de réfréner fortement un sourire à ces mots et elle mit une expression menaçante sur son visage. « Elle peut faire de toi de la purée en moins d’un quart de marque de chandelle, je te préviens. »

Son regard alla lentement d’elle à la barde puis à nouveau sur elle. « Qu’est-ce que tu veux ? » Demanda-t-il, la voix rauque.

Xena sourit. « C’est mieux. » Elle se laissa tomber dans le fauteuil. « Et si tu es un vrai bon garçon, je vais même m’occuper de tes blessures », l’informa-t-elle d’une voix soyeuse. « Maintenant, parlons affaires. »


Gabrielle mâcha son sandwich, contente de laisser sa compagne mener ces négociations. Elle avait rarement l’occasion de voir la guerrière utiliser la persuasion. Xena appliquait habituellement une méthode plus directe pour marchander et il était intéressant d’avoir un aperçu de son côté plus astucieux même dans la modification du langage de son corps tandis qu’elle s’apprêtait à conclure un marché avec le seigneur de guerre blessé.

Au lieu de se tenir droite, ce qui mettait en valeur sa taille intimidante, elle avait choisi de se poser sur le bord du bureau, un peu en arrière et les jambes croisées aux chevilles. Elle avait aussi croisé les mains posées sur une cuisse et penché la tête d’un côté, minimisant l’impact de son regard acéré.

Intéressant, songea Gabrielle en regardant le mouvement du corps de Xena sous sa combinaison de cuir et son armure, réussissant par sa seule volonté à s’empêcher de tendre les mains pour la toucher. Elle pouvait presque sentir la texture chaude et rugueuse du cuir sous ses doigts et ce qu’elle ressentait quand Xena bougeait en le portant. La guerrière prit une inspiration pour commencer à parler et le tissu se resserra, envoyant un minuscule couinement de plainte. Avec un effort, Gabrielle détourna son attention de ces détails fascinants et écouta la conversation.

« Alors. » Xena baissa le ton de sa voix. « Tu cherches à faire une conquête dans le sang, hein ? »

Framna la regarda  très inquiet. « Conquête ? » Murmura-t-il en lançant un regard à Silvi. « Non… je n’ai aucun intérêt à prendre une cité. C’est Silvi que je veux aider… Je veux libérer cet endroit de ce salaud. »

La guerrière l’étudia. « Et ensuite quoi ? » Demanda-t-elle tranquillement. « Voyons voir… ton plan fonctionne. L’armée de Garanimus va dormir, tu prends le pouvoir… et quoi ensuite? Qu’est-ce que tu fais d’eux ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et bougea un peu.

Il haussa une épaule large. « Ceux qui le voudraient… s’ils sont valables, ce dont je doute, pourraient rester avec mon armée… ceux qui ne le sont pas… seraient libres de partir. » Il avait le regard cloué sur son visage avec prudence, cherchant une réaction.

« Ça aurait marché à la perfection », dit Silvi, nerveusement. « C’était un très bon plan, jusqu’à ce que tu le ruines. » Ceci était dit pour Gabrielle qui la regarda solennellement. « Je ne peux pas croire que j’ai été trompée aussi vulgairement par toi. » Elle lança un regard blessé vers la barde.

Le regard bleu clair la cloua. « Gabrielle ne t’a pas trompée », lui dit sèchement Xena puis elle se leva et alla à la fenêtre, les forçant à se retourner pour la regarder. « Tu restes ici après ça ? » Demanda-t-elle en tenant paresseusement une main dans la lumière du soleil, la regardant danser sur sa paume. Une douce brise souffla, remuant ses cheveux noirs et apporta une touche de cuivre et de cuir vers Gabrielle. La barde la respira joyeusement, mais garda le silence, mâchant son déjeuner.

Il hésita puis regarda la princesse. « Si Silvi veut que je reste, oui. »

Xena se retourna et s’appuya sur les doubles portes qui menaient sur le balcon, laissant la lumière chaude mettre son visage dans l’ombre et accentuer les lueurs étincelantes de ses yeux. « Très bien… voici le marché. » Elle croisa les bras. « Je n’ai rien contre toi et tout ce que j’ai promis à Garanimus, c’était de prendre la direction de son armée… pas d’en faire quelque chose. »

Ils la regardèrent d’un air méfiant.

« Alors… je laisse faire votre plan à deux conditions », continua Xena en levant la main, un doigt dressé. « Un, que personne, et je dis bien personne, ne soit blessé. » Elle leva un second doigt. « Et deux, c’est moi qui décide de quand et où l’armée de Garanimus, l’incluant, sera dispersée. »

Framna se leva lentement et lui fit face, la toisant de toute sa hauteur. « Nous avons un facteur de six à un en notre faveur… pourquoi accepterais-je ces conditions. » Il la jaugea. Silvi se tourna de façon à faire aussi face à Xena, mais elle resta assise, presque accroupie derrière le dossier du canapé comme si cela la protégeait de la silhouette intimidante.

Xena sourit. « Pour deux raisons. » A nouveau un doigt levé. « Un, parce que tu ne perds rien ainsi. » Un second doigt maintenant pointé sur lui et là, la menace roulait d’elle comme une vague sombre. « Et deux, parce que je vais prendre cette petite armée de cent hommes et te battre si tu ne le fais pas. » Sa voix tomba sur les derniers mots, et prit une texture profonde et grondante tandis qu’elle plissait les yeux.

Gabrielle sentit un frisson familier le long de son dos tandis qu’elle regardait le côté sombre de sa compagne émerger, la peignant d’une qualité féline qui était tellement perceptible que même le grand seigneur de guerre recula d’un pas. Dieux… La barde réalisa que son regard était cloué sur la silhouette menaçante de Xena, regardant la respiration régulière tandis que la guerrière attendait la réponse de Framna.

« Tu… es plutôt prétentieuse si l’on considère que tu ne les as eus que quelques jours », temporisa-t-il, la voix légèrement hésitante.

Xena lui offrit un de ses sourires pleins, complètement détendue et confiante, et Gabrielle put voir les doutes de Framna se multiplier devant ses yeux. Elle sourit à son âme sœur derrière leur dos et leva un pouce, avant de cligner, ce pour quoi elle reçut un haussement de sourcil et une courbure spéciale de son sourire en réponse.

Framna prit une inspiration et regarda Silvi. « Je vais accepter… mais à une condition », finit-il par répondre. « Toi et cette armée, vous quittez cette cité et ne revenez plus jamais. »

La guerrière se mit à rire. « Je ne pense pas que ce sera un problème. » Elle se repoussa de la porte et alla vers lui, un bras tendu. « Marché conclu ? »

Il hésita. « Comment je sais que je peux te faire confiance ? »

Les yeux bleus luirent doucement. « Tu ne le peux pas. Tu dois juste faire un choix. Oui, ou non. » Elle tourna sa main. « Marché conclu, ou pas ? » Elle se tint là, stable et alerte, les muscles marqués dans ses épaules se tendant légèrement tandis qu’elle attendait.

Framna soupira puis il tendit la main à contrecœur et attrapa son avant-bras, serrant avec précautions, puis relâchant comme si elle était quelque chose de dangereux. « Conclu. » Il recula et Silvi se leva rapidement allant près de lui, une main tremblante sur son bras, une expression mêlée de peur et de dégoût sur le visage tandis qu’elle regardait Xena.

La guerrière croisa les bras. « Bien. » Elle eut un sourire tordu. « On se voit au dîner alors », ajouta-t-elle d’un ton neutre. « Reste tranquille et fais ce que je dis, d’accord ? »

Une expression de frustration et de colère passa sur son visage. « Pas de coup tordu. »

Xena se contenta de rire. « Pas de coup tordu », l’assura-t-elle.

Silvi se redressa. « Et tu peux laisser ta… » Son regard alla vers Gabrielle pendant un instant, ensuite revint vers la guerrière. « Ton esclave ici. Je ne la veux pas à ma table. »

Gabrielle fut debout avant que Xena put même ouvrir la bouche. « Attends une fichue seconde. » La barde mit les mains sur les hanches. « Xena, je veux savoir pourquoi tout le monde présume que je suis une sorte d’esclave personnelle à ton service. » Sa voix était sèche de colère.

« Je heu… » Xena pinça les lèvres et se frotta la mâchoire tandis qu’elle regardait son âme sœur d’un air penaud. « Parce qu’ils ne te connaissent pas ? »

« C’est à cause du cuir ? De l’épée, des bottes ? Quoi ? » Demanda la barde rhétoriquement. « Ou bien… laisse-moi deviner… c’est ta taille, pas vrai ? » Gabrielle fit face à Silvi, ses yeux vert brume pleins d’étincelles. « Ecoutez bien, je ne suis ni une esclave, ni une servante, ni rien d’autre, compris ? » Déclara-t-elle avec fermeté.

Silvi la regarda avec horreur puis elle détourna les yeux et se rapprocha de Framna.

« Oui », gronda Xena en plissant les yeux d’un air dangereux. « Réfléchissez un peu… si elle faisait ma taille, avec son attitude, vous seriez dans un monde d’ennui, n’est-ce pas ? Vous seriez probablement en train de plonger du balcon à cet instant. »

Gabrielle tourna un regard faussement agacé vers sa compagne, mais ne dit rien.

« Elle sera avec moi ce soir », continua froidement Xena en fixant Silvi. Ensuite son regard passa sur Framna. « Tu ferais bien de retourner à ton armée… pour pouvoir faire ta petite entrée. » Une pause. « Attention au ravin dehors… j’y ai vu des serpents. »

Il écarquilla les yeux en l’entendant dire où se trouvaient exactement ses troupes. « D’accord », marmonna-t-il en prenant le bras de Silvi pour aller vers la porte cachée. Xena les suivit avec Arès sur ses talons et qui grondait, pour fermer le panneau derrière eux et s’y appuyer.

« Alors… Votre Royale PetiteTaille… comment vont les choses dans les donjons ? » demanda la guerrière, les yeux brillants. « Quel couple de gamins. »

Gabrielle s’était assise et avait maintenant le menton sur une main et l’autre un doigt plié en direction de son âme sœur.

Xena regarda autour d’elle s’il n’y avait pas une autre cible puis pointa sa propre poitrine.

La barde sourit et hocha la tête, pliant à nouveau son doigt.

La guerrière traversa la pièce lentement, les mains derrière le dos jusqu’à ce qu’elle arrive au bureau. « Ouuuiii ? » Gronda-t-elle à voix basse, la tête penchée d’un côté, fixant Gabrielle.

La barde se leva puis sauta sur son fauteuil et mit les deux avant-bras sur les épaules de Xena. « Tu es… la plus grande, mais la plus mignonne, des poules mouillées couvertes de cuir de toute la Grèce. »

« Moi ? » Couina Xena. « Quoi… je n’étais pas assez intimidante ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse… que je lui fiche une trouille à le transformer en une masse de gélatine tremblante ? » Elle rit. « Je l’ai menacé de toi deux fois, qu’est-ce que tu veux de plus ? »

« Ça. » Gabrielle mit le front contre celui de la guerrière. « Ce n’est pas ce dont je parle. » Elle lui embrassa le nez. « Et tu le sais bien. »

Le regard de Xena alla vers le bureau et son visage prit une expression presque timide. Elle jouait paresseusement avec une plume tombée, mettant les pennes en ordre nerveusement. « Oh », souffla-t-elle.

La barde inspira l’odeur propre de ses cheveux. « Sais-tu quel cadeau ça a été pour moi ? demanda-t-elle doucement. « Comprends-tu combien c’est important pour moi d’avoir ces mots écrits de ta main dans ce journal qui est tellement une partie de moi-même ? »

Un sourire troublé et soulagé recourba les lèvres de Xena. « Je présume que je le sais maintenant. » Elle leva les yeux et regarda la barde. « C’était bien, hein ? » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je ne… suis pas sûre de savoir pourquoi j’ai fait ça… je sais que c’était un peu incohérent… c’est juste… sorti comme ça. »

Gabrielle lui prit le visage entre ses mains et fixa mélancoliquement ses yeux. « Ma chérie, tu peux être incohérente dans mon journal tant que tu veux, d’accord ? » Répondit-elle. « C’était la surprise la plus extraordinaire… et mon anniversaire n’arrive pas avant… » Elle s’arrêta pour compter.

« Huit jours, douze marques de chandelle », murmura Xena en concentrant son regard sur la poitrine de la barde, qui était au niveau de sa tête. Elle leva les yeux alors que le silence s’éternisait pour voir des larmes couler sur les joues de Gabrielle. « Hé… » Elle leva une main d’un air déconcerté pour essuyer doucement le liquide. « Tu savais que je m’en souviendrais. » Sa voix traîna. « Pas vrai ? ? » Les deux derniers mots sortirent de manière hésitante.

La barde entoura sa nuque de ses deux bras et la rapprocha. « Oui. » Elle prit une inspiration tremblante tout en cachant son visage contre l’épaule de Xena. « Je me souvenais en fait de ce que j’avais eu à mon dernier anniversaire. »

Intriguée, la guerrière la serra. « C’était quoi, mon amour ? »

« Nous. »

Le doux murmure parvint à son oreille et Xena serra fort la mâchoire à la vague d’émotion. Est-ce que ça faisait juste une année depuis qu’elles se tenaient sous la pluie, dans un village centaure et qu’elles avaient passé la ligne sur laquelle elles balançaient depuis longtemps déjà ? Bien sûr que oui. Elle le savait très bien.

« C’est aujourd’hui, pas vrai ? » dit Gabrielle dans un souffle.

Xena hocha la tête.

« On dit que… la première année est toujours la plus difficile. » Gabrielle mit sa joue contre le cou de la guerrière. « Ça devrait être une brise à partir de maintenant, non ? »

La guerrière sourit et lui frotta le dos. « Je vais faire de mon mieux pour m’en assurer. » Elle souleva Gabrielle de son fauteuil et la posa sur le sol, effleurant le dessus de son crâne d’un baiser. « Contente que tu aies aimé la note. »

« Oui vraiment beaucoup », approuva la barde en lui faisant une dernière étreinte avant de la relâcher tandis qu’elles se tournaient en entendant un coup à la porte. « Oh oh… quoi maintenant ? »

« Que je sois damnée si je le sais. » Xena soupira. « Entrez. »

La porte craqua en s’ouvrant et Mestre entra, portant un plateau avec des verres et un grand pichet. « On m’a dit de vous apporter ça », dit la jeune fille, en gardant les yeux cloués sur Xena, réussissant à communiquer une intense désapprobation dans sa posture rigide. « Attention, ma ‘am… c’est un peu gâché, je crois. » Son regard se porta délibérément sur Gabrielle et s’y maintint puis elle retourna d’un air de défi vers Xena.

La guerrière soupira intérieurement. J’ai le truc pour choisir les alliés les plus improbables. « Merci, Mestre », répondit-elle. « Je ferai attention. »

A contrecœur, la jeune fille hocha la tête puis sortit, mais pas sans jeter quelques coups d’œil derrière elle. Xena attendit que la porte se referme avant d’aller renifler le contenu. « Du porto ? » Elle lança un regard à Gabrielle. « Je déteste le porto. »

« Je sais. » La jeune femme hocha la tête. « Je voulais m’assurer qu’au cas improbable où je ne serais pas là quand on l’apporterait, tu ne boirais pas le tout d’une traite. »

Haussement des deux sourcils. « Moi, d’une traite ? » Xena ricana. « Ça ne risque pas, Gabrielle. »

La barde boita vers elle et lui tapota le côté. « Je blaguais. » Elle renifla le pichet et plissa le nez. « Je sais que tu en commandes dans les tavernes uniquement parce que tu es convaincue que c’est tellement mauvais que c’est sécurisé. »

Xena sourit et poussa le pichet. « Aucune maladie ne pourrait vivre là-dedans, pas vrai ? » Elle fit une grimace. « Alors… qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? »

La barde haussa les épaules. « Quatre paquets de ce qu’ils veulent donner à tout le monde ce soir. »

« Quatre ? ? ! !” Cria Xena. “Bon sang, Gabrielle… est-ce que tu pensais que tu devais aussi assommer Argo?”

Gabrielle rit doucement et glissa un bras autour d’elle. « Hé… tu es une grande fille. » Elle pressa son côté. « En plus, avec toi on n’est jamais trop prudent, en tous cas j’aime à le penser. »

« Mmpf. » La guerrière grommela. « Moi et ma réputation… c’est une chose dangereuse. »

« Deux choses dangereuses », rectifia la barde d’un ton absent, s’appuyant contre le cuir, souriant un peu tandis que le bras de Xena tombait sur ses épaules. « Désolée, j’ai un peu fait sauter ma couverture. »

Xena haussa les épaules. « Nan… t’inquiète pas pour ça… ça n’allait plus durer très longtemps de toutes les façons. »

Un signe de tête. « Alors… tu vas laisser tout le monde prendre de ce truc et dormir, pas vrai ? »

« Nan. » Xena secoua la tête.

Gabrielle leva sa tête blond-roux et fixa sa grande compagne. « Hein ? »

Un demi-sourire apparut. « Ne fais jamais confiance à un plan qui n’est pas le tien, Gabrielle. »


A suivre 8ème partie

 

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11 décembre 2016

Edition de presque l'hiver

mar

Au menu :

- sixième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Clap de fin, une ff francophone signée Gaxé !

Bonne lecture !

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Chose promise, chose due, 6ème partie

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

6ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Xena fut vaguement consciente que quelque chose lui chatouillait l’oreille et elle se réveilla en sursaut, inspirant de surprise tandis qu’elle clignait des yeux pour éloigner un lourd sommeil. Il faisait très sombre dans l’écurie et une brise fraîche soufflait, faisant bruisser la paille. Argo recula d’un pas, ayant atteint son but de réveiller sa cavalière, cognant son museau contre un seau d’eau avec une intention évidente.

« Très bien… » Marmonna Xena, en libérant l’un de ses bras enroulé autour du corps endormi de Gabrielle avant de se frotter les yeux. « Attends… »

Arès leva la tête à son murmure et lécha ses pattes arrière, laissant dépasser sa langue rose. « Agrrrrrr. »

La guerrière cligna à nouveau puis elle sentit ses yeux se refermer contre sa volonté, tandis que le chaud confort de leur nid l’attirait à nouveau vers le sommeil. Avec un effort, elle résista, ouvrant péniblement les yeux et secouant un peu la tête pour l’éclaircir. « Ouaouh. » Elle massa doucement le dos de la barde. « Hé… l’endormie… »

Gabrielle remua puis ouvrit un œil vert, la regardant avec ressentiment. « Chut. »

Xena rit et lui caressa les cheveux, la tapotant affectueusement. « Allez… il fait presque nuit… je veux rentrer me débarrasser de cette crasse. »

La barde mit le nez dans son cou et le mordilla. « J’dois ? » Se plaignit-elle en se nichant un peu plus. « C’est très, très confortable ici, Xena. »

La guerrière lâcha un rire ironique. « Merci… mais oui, tu dois. » Elle tapota le dos chaud. « Allez… tu pourras retourner dormir dans le château, d’accord ? » Elle fit une pause. « A moins que tu ne sois intéressée par un dîner. »

L’œil vert roula et l’étudia. « Un dîner ? » dit-elle d’un ton songeur et spéculateur. « Hmm. »

Elles se levèrent et Xena remplit le seau d’eau d’Argo avant d’aller vers la porte et de regarder dehors. « La pluie a cessé », dit-elle en se passant une main dans ses cheveux noirs et décoiffés.

Gabrielle vint péniblement près de la guerrière et posa son menton sur son bras, qui entourait la poignée de porte. « C’est chouette. » Elle bâilla. « Est-ce que je peux admettre que je ne veux vraiment pas m’asseoir dans ce hall immense ce soir et écouter des gens babiller ? » Son regard alla vers le visage de son âme sœur. « Je dois un peu rattraper le temps dans mon journal… et j’aimerais passer un peu de temps à frotter une certaine princesse guerrière. »

Xena sourit puis haussa les épaules. « Bien sûr… je vais attraper quelque chose à la cuisine et dire à Garanimus qu’il joue avec lui-même ce soir. » Elle s’interrompit et tressaillit. « Hum… ça sonne bizarre. »

Gabrielle gloussa. « Oh oui. » Elle renifla doucement. « Mais tu es sûre ? Je peux me forcer à me réveiller si tu penses que nous devrions faire une apparition. »

La guerrière prit une profonde inspiration de l’air frais et humide. « Ils peuvent… » Elle réfréna les mots. « Oui, j’en suis sûre. » Elle plia les bras. « Pour te dire la vérité… je pense que j’en ai un peu trop fait… mon corps n’est plus habitué à faire ce truc toute une journée. »

La barde roula les yeux derrière le dos de sa compagne. Xena, Martyre Guerrière de l’apitoiement d’Amphipolis. « Et pourquoi pas un massage du dos sympathique, hein ? » Elle tapota la partie en question et poussa un peu plus la porte. « Pauvre chose… allons te rentrer avant que tu ne rouilles. »

Un sourcil noir et bien dessiné se haussa proprement. « Je pense qu’on est condescendante à mon égard », l’accusa Xena.

Gabrielle cligna des yeux innocents et brumeux. « Moi ? » Un pouce pointé sur sa poitrine. « Je ferais ça, à toi ? » Elle mit une main dans le coude de la grande femme. « On y va ? »

Xena bougea et ajusta sa cuirasse, puis elle les mena dans la cour. Elle laissa Gabrielle se diriger vers leurs quartiers tandis qu’elles atteignaient le couloir intérieur et elle se baissa pour passer la petite porte de côté dont elle se souvenait qu’elle menait à la cuisine. Elle pouvait entendre le faible cliquetis tandis que les serviteurs installaient le hall pour le dîner, et elle fut soudain inondée du sentiment reconnaissant que Garanimus allait se passer de leur compagnie. Ce qu’elle voulait vraiment, c’était passer du bon temps avec… Gabrielle et lui parler… tellement de choses étaient arrivées depuis ce matin, elle avait cruellement besoin d’espace pour simplement… l’absorber.

« Xena. »

Une voix basse et rocailleuse l’arrêta dans sa marche et elle tourna la tête. « Bonjour Grandma. » Elle pencha la tête, sentant l’agitation de la vieille femme. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La cuisinière prit son bras et tira. « Viens avec moi. »

La guerrière se laissa mener dans une petite zone étroite de rangement, dont la petitesse lui donna de l’inconfort. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Répéta-t-elle, en pressant son dos contre le mur tout en fixant la vieille femme avec impatience.

« R’garde ici. » Grandma se lécha les lèvres et regarda autour d’elle. « Faut pas qu’tu fasses confiance à cette petite pétasse blonde. »

Xena s’immobilisa et plissa le front. « Petite blonde… tu veux dire Gabrielle ? »

Un mouvement nerveux des yeux. « Si c’est ça son nom… oui… la fille qui voyage avec toi. » Elle se pencha un peu plus. « J’tassure, p’tite pousse… elle te veut qu’du mal… attention à toi. »

Xena prit plusieurs inspirations, repoussant un sentiment de peur profondément. « Tu as tort, Grandma. » Elle baissa la voix. « Elle n’est pas comme ça. »

Un léger ricanement. « Vous les jeunes… z’avez le sens d’un poulet, ah oui… j’te dis, elle est pas bonne pour toi… et elle attend un ptit, la petite putain, pour commencer. »

D’un seul coup, la pièce parut bien trop petite. Xena sentit qu’elle ne retenait plus sa colère et elle bondit en avant, attrapant Grandma par surprise et la clouant contre le mur opposé. « Ne dis plus jamais ça… sur elle. » Xena laissa sortir un grognement bas et coléreux.

La vieille femme écarquilla les yeux, mais elle ne dit rien.

« Je connais vos plans. » La guerrière détacha les mots. « Si c’est ce que tu veux dire au sujet de… Gabrielle… qui travaillerait contre moi. »

« Tu… tu sais ? » Couina Grandma. « Elle t’a dit ? »

La guerrière la relâcha et recula, luttant pour se contrôler. « Je sais », répéta-t-elle tranquillement. « Elle m’a tout dit. »

La vieille femme la fixa dans un silence pensif pendant un moment. « Ah. Tu vas nous arrêter alors ? »

Xena baissa les yeux. « Je vais attendre de rencontrer cet autre seigneur de guerre », dit-elle lentement. « Ensuite je déciderai quoi faire. » Un souffle. « Il se joue peut-être de vous. »

Grandma soupira et se pencha en arrière, levant une main tremblante à sa tête. « Je suis… désolée… je… je savais pas quoi faire… ma loyauté est ici, tu vois, mais… » Ses yeux délavés se posèrent sur elle. « Pour l’amour de ta mère… je… »

La guerrière ferma les yeux. « Grandma… merci d’avoir pensé à moi », dit-elle tranquillement. « Je suis un peu sensible quand il s’agit d’elle… elle compte beaucoup pour moi. »

« Oui. » La cuisinière la regarda. « N’importe quel idiot verrait ça. » Elle pinça les lèvres. « J’voulais pas que tu sois blessée. » Un soupir. « Elle est bien, alors ? Tu sais, alors…  qu’elle attend ? »

Un sourire las passa sur les lèvres de la guerrière. « Oh oui… je le sais. » Elle hocha deux fois la tête. « Mais… comment… » Elle eut un regard intrigué. « Ça ne fait qu’une semaine environ. »

Grandma rit doucement. « Ah… Dieux, ptite pousse… j’suis sur terre depuis assez longtemps pour savoir c’que j’vois… Mais j’pensais que ça faisait plus d’une semaine. » Elle eut un regard furtif vers Xena. « Euh… »

Et voilà. Xena soupira intérieurement, se réconciliant avec beaucoup de réponses à cette question particulière. « Le père c’est mon frère, Toris. »

Grandma toussa. « Oui… Ce p’tit lascar agaçant ? » Elle secoua la tête. « Par les dieux. »

« Il a bien grandi », l’assura Xena. « Ecoute… je peux avoir de quoi manger à emporter… la journée a été longue… je vais éviter le cirque en bas. »

Sans un mot, Grandma les conduisit hors de la réserve jusque dans la partie principale de la cuisine. Xena était consciente, avec ses sens périphériques, d’observateurs silencieux qui se fondirent dans l’obscurité du hall après qu’elles furent passées.


Gabrielle sentit la porte se refermer derrière elle avec un sentiment de soulagement. La pièce était fraîche et légèrement éclairée et elle envoya Arès trotter devant elle tandis qu’elle allait à la table et y allumait la chandelle. Quelques pas l’amenèrent à l’âtre et elle remua le feu, ajoutant du bois au centre pour faire monter la chaleur. « Elle va avoir un bain chaud cette fois, Arès », dit-elle solennellement au loup. « Avec beaucoup de bulles… juste comme elle l’aime. » La pensée de passer une soirée seule avec son âme sœur amena un sourire sur ses lèvres. « Je vais lui laver les cheveux… et lui faire ce massage du dos. Tu penses qu’elle va aimer ? »

Arès pencha la tête.

« Je pense aussi », décida la barde avec un sourire tandis qu’elle sortait une chemise fraîche, douce et propre pour sa compagne. Elle alluma d’autres chandelles et s’installa au bureau, prit sa plume et sortit son journal de la sacoche. « Voyons si je peux écrire quelque chose avant qu’elle ne débarque. »

Où est-ce que je commence ? La seule chose qui m’inquiète maintenant c’est le point le plus discutable que je puisse imaginer. Ça a commencé ce matin – quand elle s’est levée avec des nausées et je me suis rendu compte que toutes les choses idiotes qu’elle faisait et les trucs dont elle faisait l’expérience la semaine dernière n’étaient pas de son fait. C’était moi… et j’ai dû le lui dire parce qu’elle commençait vraiment à flipper.

Elle a même mentionné les Parques… alors je sais qu’elle commençait à perdre pied. La pensée de retraverser tout ça lui fait peur et pour être honnête, à moi aussi, parce que ça a été le début d’une très longue et très sombre partie de ma vie. Alors, il fallait que je lui donne assez d’indices de ce qui se passait.

Je ne savais pas comment ce serait reçu, mais bon sang, j’ai fini par le savoir. Je ne l’avais jamais vu aussi heureuse… c’était comme… je ne m’y attendais pas. Je… savais qu’elle serait contente pour moi… je présume que je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi heureuse pour elle-même.

Est-ce que ça a du sens ? Je l’espère. J’ai marqué cette page pour pouvoir y retourner et relire cette note, parce que ça marque un moment très important dans ma vie. Je sais que je me souviendrai de l’expression dans ses yeux ce matin… pour toujours, parce que je sais que c’est moi qui l’y ai mise.

Je l’ai fait. C’était génial. Tellement génial. Je me sentais merveilleusement bien.

Maintenant je peux être heureuse aussi… c’est fantastique… comme si je ne pesais pas plus qu’une fleur… je flotte partout. Je pense que je suis plus heureuse de la façon dont elle a réagi que je ne le suis de tout ça en premier lieu.

Bizarre.

Je peux le dire maintenant. Je vais avoir un enfant.

Je n’ai pas plus de preuves que je n’en avais hier soir, mais quelque part… je le sais. Je le sens… comme ce sentiment de chatouillis enfoui en moi… Xena a dit que mon corps est occupé à créer une nouvelle vie et que c’est pour ça que je suis autant fatiguée, et penser à ce qui se passe là-dedans c’est tellement bizarre.

Comme si… est-ce que ça commence comme une personne en miniature et qui grandit ? Est-ce que ça respire de l’eau ? Est-ce que ça nage là-dedans… comme je nage dans un lac ? Est-ce que c’est un garçon, ou bien une fille… à quoi va-t-il ressembler… je ne peux pas m’empêcher de rester assise là à me questionner.

Neuf mois c’est fichtrement long, vous savez ? Combien de temps va-t-il falloir avant que je le sente bouger ? Xena le sait probablement… je pense que je lui demanderai quand elle reviendra.

J’espère qu’il aura les traits de Toris… ces cheveux noirs et ces yeux… je ne veux pas qu’il me ressemble.

C’est horrible, n’est-ce pas ? Mais Hope me ressemblait. Même Xena l’a dit… au tout début. Elle a dit que le bébé me ressemblait.

Je ne veux pas que ce soit le cas cette fois. Je veux que celui-ci me rappelle Xena et Toris… pas moi. Ou bien Hope. Xena dit qu’il y a une bonne chance pour qu’elle ait les cheveux noirs au moins… elle m’a donné cette petite leçon sur les chevaux aux crinières noires, et des queues noires, et des poulains noirs… elle m’a perdue en chemin, mais le fond de ça c’est qu’elle pense qu’un enfant entre nous aurait plutôt les cheveux noirs que ma couleur. Entre nous… c’était drôle qu’elle dise ça… presque comme si elle voulait dire nous, comme dans moi et elle, et pas nous, comme dans moi et Toris.

Je le souhaite. Mais je pense que ça va aller… basé sur sa réaction ce matin, en tous cas. Je jure qu’elle est plus excitée que moi.

Xena dit qu’elle aimerait que le bébé ait mes yeux. Elle a dit qu’elle les aimait vraiment beaucoup… la couleur et tout. Je ne vois pas vraiment ça moi-même et je pense que les siens sont bien plus beaux, mais… je présume que ce n’est pas la peine de discuter.

C’est tellement excitant de parler des possibilités. Je peux sentir une attente intense… et je suis assise ici à me demander comment je vais passer les neuf mois… je vais être cinglée à attendre. Je réfléchis en permanence… je ne suis pas une personne patiente.

Xena est bien plus patiente que je ne le suis… même si elle ne s’en rend pas compte. Je rêvassais aujourd’hui tandis que nous étions dans ce bain tordu… l’imaginant en train de bercer un bébé… de chanter pour lui… malgré son côté coriace, ce n’était pas difficile de l’imaginer. Elle regarde ces petites choses sans défense et elle fond… elle ne s’en rend même pas compte, mais elle a ce petit sourire, juste au coin de la bouche et ses yeux étincellent un peu.

Sa voix… elle est si belle. Je ne peux pas croire qu’elle ait commencé à me chanter cette chanson de berger tout à l’heure… elle le fait si rarement… ça me surprend toujours de l’entendre. Je pourrais l’écouter chanter pendant des heures… mais je sais que je n’aurai que quelques minutes… c’est presque comme si elle n’avait que peu de temps pour ce talent… et elle n’aime pas l’utiliser trop souvent. Je lui ai posé la question là-dessus… elle dit que… qu’elle doit se sentir d’une certaine façon avant de chanter, parce que cela ouvre une partie de son âme avec laquelle elle n’est pas très à l’aise.

C’est dommage. Je souhaiterais que tout le monde puisse l’entendre. Ils seraient stupéfaits.

J’ai hâte de voir le visage d’Ephiny quand je lui dirai qu’elle va devenir tante. Deux fois… si Xena a raison pour Granella et elle l’a probablement. Je pense que ça va me plaire que quelqu’un à la maison traverse la même chose… je sais que Xena va me soutenir, mais c’est différent.

Soutenir… oui et maintenant il faut que je trouve un moyen de l’empêcher de traîner autour de moi comme une vieille poule avec un seul œuf.

C’est probablement une cause perdue, hein ?

Des bruits de pas familiers attirèrent son attention et elle leva les yeux quand la porte s’ouvrit sur son âme sœur, dont les bras étaient chargés. « Xena ! » Gabrielle se tortilla pour se relever et s’avança pour attraper un panier des doigts de la grande femme. « C’est quoi tout ça ? »

« Oh. » La guerrière posa le reste de son fardeau et rit un peu. « Heu… Grandma… a fait une sorte… de petite erreur et elle était… je présume qu’elle voulait se racheter. » Elle observa les friandises. « Ça devrait suffire pour nous. »

Gabrielle poussa les paquets. « Peut-être bien. » Elle eut un sourire espiègle pour son âme sœur et se tapota l’estomac. « Je suis plutôt affamée… ou bien devrais-je dire… nous sommes plutôt affamées. » Elle rit. « C’est plutôt sympathique… maintenant j’ai une bonne excuse pour faire le goret. »

Xena haussa les deux sourcils d’un air joyeux. « Est-ce que tu as déjà eu besoin d’une excuse ? » Elle se baissa quand un morceau de tissu tournoya vers elle puis elle contourna la chaise entre elles et saisit Gabrielle qui tentait de s’échapper, la soulevant avant de la faire tourner. « Ecoute bien, toi… » Elle embrassa affectueusement la barde. « Sois goret autant que tu veux, ma barde… je ne veux pas que nous ayons faim l’une ou l’autre. »

Gabrielle lui encercla la nuque de ses bras et tira sa tête vers le bas, goûtant ses lèvres avec un plaisir sensuel. « Je pense que je peux gérer ça. » Son corps se pressa contre celui de Xena, cherchant avidement le contact et elle sentit les bras qui la serraient se raidir par pur réflexe. « Quelle erreur ? » Elle s’interrompit et regarda Xena.

Celle-ci lui lança un regard ironique. « Elle était… euh… elle m’avertissait à ton sujet. »

Un froncement de sourcils. « Moi ? ? ? » La voix de Gabrielle prit une tonalité intriguée. « Qu’est-ce qui… » Puis elle se souvint. « Oh. » Elle laissa sa tête retomber en avant et la posa sur la clavicule de sa compagne pendant un long moment avant de relever les yeux. « Qu’est-ce que tu lui as dit ? »

Les yeux bleus paisibles la regardèrent en retour. « La vérité. »

Gabrielle eut le souffle court. « Est-ce que c’était malin ? »

Une longue pause. « Je n’y ai pas pensé », admit doucement Xena. « Je ne pouvais pas la laisser penser ça de toi. » Elle caressa les cheveux de la barde. « Je pense que c’est bon… elle a pris un énorme risque rien que pour essayer de m’avertir… je pense qu’elle va garder ça pour elle. » Elle recourba le bord de sa lèvre. « Elle m’aime plutôt bien. »

Tu ne pouvais pas la laisser penser ça de moi. Gabrielle soupira intérieurement, sentant un pincement de tristesse. Lui laisser penser que j’allais te trahir… ça fait bien trop mal, pas vrai ? 

Xena sentit le changement d’humeur et elle plissa le front. « Je… je pense vraiment que ça va aller, Gabrielle… je lui ai dit que j’allais attendre de rencontrer ce Framna avant de décider quoi faire… je… je pense qu’elle espère que je vais simplement m’allier à lui », expliqua-t-elle d’une voix hésitante. « Elle se souvient de moi quand j’étais une gamine… je… »

Gabrielle prit une profonde inspiration et leva la main pour mettre deux doigts sur les lèvres de sa compagne. « Xena… détends-toi… je suis sûre que tu as raison. » Une pause. « Je… n’ai pas réfléchi à ce que les gens allaient penser de moi… et maintenant que je le fais, ça me taraude. » Elle eut un regard triste pour la grande femme. « J’ai pris l’habitude de ne pas y penser, parce que je… savais… que tu saurais combien c’est impossible. » Elle serra la mâchoire. « Et… maintenant je ne peux pas… l’accepter comme ça. »

Xena la fixa. « Gabrielle… » La voix de la guerrière était calme et triste. « Je croirai toujours en toi… et je te ferai confiance… parce que c’est beaucoup trop douloureux de faire autrement. »

« Mais… » Cette fois, les doigts se posèrent sur ses lèvres à elle.

« Pas de mais. » Xena secoua la tête. « Non. Ne me demande pas d’abandonner cette foi. Je ne le peux pas. »

Gabrielle déglutit, se rendant compte peut-être pour la première fois combien leur relation était devenue dangereuse pour sa calme compagne. C’était une grave vulnérabilité que Xena semblait avoir acceptée, le prix que la guerrière payait pour leur proximité. Cela effrayait et rassurait la barde à la fois. « Je ne l’aurais jamais demandé », répondit-elle doucement. « Je ne le demanderai jamais. Elle reconnut la seconde déclaration comme un vœu solennel et il dissout une partie de la tension en elle.

Xena produisit un sourire et mit son front contre celui de la barde. « Merci. » Elle soupira. « Je vais aller prendre ce bain rapide… tu veux commencer avec ce truc ? »

« Nan. » Gabrielle secoua la tête et enroula ses doigts dans les attaches qui retenaient la combinaison en cuir de sa compagne. « Je dois m’assurer que tu ne te noies pas. » Elle guida une Xena volontaire jusque dans la salle de bains et elle déboucha la citerne, laissant le feu réchauffer l’eau qui s’écoulait vers la grande baignoire. Tandis qu’elle se remplissait, elle prit le temps de retirer l’armure et la combinaison de la guerrière silencieuse, notant les coupures et bleus mineurs dessous. « Tu as été occupée aujourd’hui, pas vrai ? »

Xena baissa les yeux puis haussa les épaules. « Oui… j’ai commencé par une sorte de buffet gratuit, je présume… qu’ils m’attaquent tous en même temps ensuite on a fait de l’entraînement en escouade… des groupes de six ou huit, puis un sur un… on a travaillé sur des compétences individuelles… des trucs à l’épée… ce genre de choses », répondit-elle avec désinvolture.

Gabrielle attendit un peu et la regarda. « Tu t’es amusée, hein ? »

La guerrière étouffa un sourire penaud et se gratta la mâchoire. « Ça faisait un moment », reconnut-elle. « Oui… en effet… c’était vraiment bon de relâcher toutes ces tensions… je n’ai pas vraiment eu d’entraînement de ce genre depuis longtemps. » Elle s’interrompit. « Je ne savais pas si j’en étais encore capable. »

La barde eut un sourire narquois. « Laisse-moi deviner… c’est le cas. »

Une expression légèrement jubilatoire mit une lueur dans les yeux bleus. « Oui. » Xena eut un rire diabolique. « Je leur ai botté les fesses. »

Gabrielle sourit, notant la posture familière des épaules de sa compagne. « Je ne peux pas croire que j’ai raté ça… j’ai été coincée à écouter la plainte romantique d’une adolescente. » Elle poussa Xena dans les côtes. « Dans la baignoire, Oh princesse guerrière du bottage de fesses. »

Les longs doigts s’avancèrent et dénouèrent sa ceinture, libérant le tissu soyeux de son corps. « Seulement si tu viens avec moi », lui dit Xena, traçant la clavicule maintenant dénudée du bout du doigt.

Gabrielle gloussa doucement. « Ça va faire trois bains aujourd’hui », protesta-t-elle, mais elle se rapprocha et frotta doucement son corps contre celui de la grande femme. « Mais je pense que ça va être mon préféré. » Sa peau semblait très sensible et le lent mouvement des mains de Xena sur ses côtés laissait des traînées de feu, surtout lorsque ses lèvres furent prises et qu’elle sentit le frottement des cheveux noirs sur ses épaules nues.

L’eau chaude était merveilleuse et glissait sur leurs corps joints, Gabrielle chercha l’éponge qu’elles utilisaient et commença un lent nettoyage excitant sur le corps de son âme sœur, passant l’éponge légèrement rugueuse sur la peau tandis que les muscles dessous ressortaient en réaction. Elle était vaguement consciente d’un désir insistant, d’un besoin prégnant du toucher de Xena, et elle eut presque un cri de soulagement lorsque les mains de la guerrière trouvèrent des endroits familiers et sensibles, et que l’eau tourbillonnante s’évaporait entre elles.


Il lui fallut plus de temps que d’habitude pour reprendre son souffle, songea la barde, ou du moins elle en eut l’impression ; Elle flottait doucement dans l’étreinte de Xena, regardant de minuscules îles de bulles luisantes lui passer devant le nez. Elle souffla doucement sur l’un des petits radeaux et le regarda cogner la poitrine de la guerrière.

Xena leva la tête du bord de la baignoire et ouvrit les yeux quand elle sentit le souffle chaud chatouiller sa peau. « Est-ce que tu t’es déjà transformée en prune séchée ? » Demanda-t-elle.

« En pruneau », la corrigea soigneusement la barde. « Et je vérifierais bien, mais ça voudrait dire que je bouge et je suis trop bien installée pour le faire. »

La guerrière roula la tête d’un côté et observa la jeune femme. Gabrielle était blottie contre elle un bras autour de sa taille, l’autre autour de son dos, avec la tête posée sur l’épaule de Xena, et ses jambes musclées  enroulées autour de celles de la guerrière. Elle leva une main et la passa sur la hanche de la barde, chatouillant joyeusement la peau douce. « Nan… pas encore. »

La barde l’éclaboussa. « Arrête ça. »

« Arrêter quoi ? » Xena continua son avancée, faisant glisser ses doigts à l’arrière de la cuisse de la barde, vers un point particulièrement chatouilleux.

« Xena. » Gabrielle réfréna un gloussement impuissant et l’éclaboussa encore plus fort.

« Oui ? » Le chatouillis continua tandis qu’elle passait légèrement le doigt le long de la jambe de la barde. « Quelque chose ne va pas ? »

« Arghh… » Gabrielle fit de même, enroulant son bras pour toucher Xena sur un endroit vulnérable juste sous les côtes, puis elle anticipa le mouvement de la guerrière, tendit la main vers le bas et captura l’arrière de son genou, qui était de loin l’endroit le plus sensible qu’elle avait trouvé pour une séance de torture par chatouillis sur le long corps. « Oooh… je t’ai eue… »

« Grph. » Xena se mordit la lèvre tandis que les doigts de la barde trouvaient un endroit faible puis elle céda et éclata de rire alors que la barde sentait la victoire et qu’elle ajouta une attaque soudaine sur son nombril. « Grâce… grâce… tu as gagné », cria-t-elle tandis que Gabrielle produisait un rire bas de triomphe.

« Hé… » La barde se fraya un chemin vers le haut en mordillant le cou de sa compagne avant de finir par l’embrasser. « Ne joue pas avec moi, espèce de chiot grandi trop vite. »

Xena lui mordilla l’oreille. « Grrrr. » Elle sourit et l’étreignit. « Allez… j’entends ton estomac qui gronde. »

La barde soupira d’un air désabusé et laissa tomber sa main sur l’endroit en question. « Je peux voir que je ne vais pas porter longtemps l’habit d’Amazone. » Elle traça les muscles tendus d’un doigt nonchalant. « Ils vont disparaître rapidement si mon appétit se développe. »

C’est la seconde fois qu’elle mentionne ça, analysa Xena. Oh oh. Je ferais mieux d’avoir cette conversation maintenant. La guerrière mit les bras autour de la barde et laissa ses mains venir reposer sur son ventre. « Est-ce que ça t’inquiète vraiment ? » Demanda-t-elle en observant le visage de Gabrielle tandis que la jeune femme réfléchissait.

« Ça ne devrait pas », finit par répondre la barde. « Je veux dire que… je sais que ça ne devrait pas. »

« Mais ? » Insista Xena qui savait trop bien.

Le silence, jusqu’à ce que Gabrielle plonge un doigt dans l’eau. « Je ne sais pas… est-ce que c’est orgueilleux et égoïste de dire que j’aime bien mon apparence actuelle ? » Finit-elle par admettre. « Je sens bien que je ne devrais pas penser cela… je veux dire, c’est stupide de s’inquiéter pour ça, pas vrai ? »

Les yeux bleus clairs l’étudièrent avec une compréhension ironique. « Peut-être… mais c’est aussi complètement naturel de ressentir cela, Gabrielle. » Elle rassura la barde troublée. « Je n’ai jamais connu de femme enceinte qui se pensait attirante pendant la grossesse. »

Les yeux verts se tournèrent vers elle avec incertitude. « Vraiment ? »

« Mmhmm », l’assura Xena. « Et… je n’ai jamais connu personne qui soit amoureux d’une femme enceinte et qui n’ait pas pensé qu’elle était absolument magnifique. »

Un ricanement. « Tu essaies de me remonter le moral », l’accusa Gabrielle.

Un sourire charmant croisa son regard. « Je n’ai aussi jamais connu personne qui croit cela. » Elle embrassa la barde sur le nez. « Mais c’est vrai… tu dois simplement me croire. »

Gabrielle plissa les yeux. « Xena, j’ai vu des femmes enceintes. » Elle s’interrompit pensivement.

Son âme sœur la regarda avec un œil brillant. « Et tu étais amoureuse d’elles? » Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

Gabrielle tambourina sur sa poitrine. « Eh bien, non… mais… »

Xena sourit. « Pas de mais… Ecoute, souviens-toi quand tu es venue à l’écurie aujourd’hui? »

La barde fut désarçonnée par ce soudain changement de sujet. « Euh… oui, mais que… »

Un doigt lui imposa de se taire. « Tu es entrée directement, tu as traversé l’écurie d’un pas militaire et tu m’as pratiquement noyée dans une étreinte. »

Gabrielle cligna des yeux, désorientée. « Oui… alors ? » Répondit-elle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Rien… sauf que j’ai combattu des gros types couverts de sueur et de boue toute la journée, j’étais enduite de poussière et de crottin et d’une dizaine de sortes de saletés, et que je sentais comme une pile de crotte de centaure vieille de trois jours », déclara Xena. « Je crois bien que j’étais aussi attirante à ce moment-là qu’une truie dans son auge. »

Un nouveau clignement des yeux verts. « Hum… » La barde plissa le visage. « Je n’avais pas remarqué. » Elle regarda Xena. « Je présume que c’était ta démonstration, hein ? » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je ne réfléchis habituellement pas à ton apparence… »

« Merci. » La guerrière se mit à rire. « C’est une bonne chose. »

La barde lui donna une légère tape. « Ce n’est pas ce que je voulais dire… je veux dire que parfois je… comme au mariage de Lila. Quand tu es entrée, tout habillée de fête et que tout le monde a toussé à en perdre un poumon  … alors je t’ai regardée et j’ai, en quelque sorte… ouaouh. »

Xena rougit légèrement. « Comme moi hier soir, quand je t’ai regardée », railla-t-elle avec un sourire narquois.

Ce fut le tour de Gabrielle de rougir. « Hum… merci », marmonna-t-elle. « Mais la plupart du temps, quand je te regarde, c’est pour saisir des petits indices sur ce que tu ressens ou à quoi tu penses… je ne… pense pas à… ton apparence. »

Xena attendit pour être sûre qu’elle avait terminé. « Alors… qu’est-ce qui te fait penser que c’est différent pour moi ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonné.

« Et bien. » Gabrielle prit tout son courage à deux mains, maintenant qu’elles parlaient, et d’un sujet auquel elle avait beaucoup réfléchi ces derniers temps. « D’abord, sortons de l’eau. » Elle se désengagea de la guerrière et se leva, souriant quand Xena se leva avec elle et lui prit doucement le coude pour l’aider à enjamber le bord de la baignoire. Elles se séchèrent et enfilèrent des chemises, puis elles s’installèrent avec le pique-nique impromptu.

« J’ai remarqué. » Gabrielle mordilla un morceau de fromage. « Que tu as tendance à t’impliquer avec des gens de belle allure. »

Xena s’arrêta au milieu de sa gorgée et la regarda, amusée. « C’est très vrai. » Ses yeux bleus étincelèrent. « Et j’aime à penser que mes goûts se sont améliorés avec le temps. »

La barde sourit et baissa les yeux avant de s’éclaircir la gorge. « Je ne… jamais… je veux dire que je ne savais pas combien c’était important pour toi. » Elle prit une inspiration et leva les yeux. « Le fait que tu… heu… » Une pause. « M’aies trouvé attirante m’a surprise en quelque sorte. » Une pause plus longue. « Ça le fait toujours… parfois… du moins pour une petite partie de moi. »

Xena s’interrompit au milieu d’une bouchée et se contenta de la fixer. « Tu blagues, pas vrai ? » Finit-elle par bafouiller, avalant vite. « Tu n’es pas sérieuse là, non ? Gabrielle, regarde-toi dans un miroir parfois… tu es une très belle partie de l’humanité. » Elle contourna la table devant laquelle elle se tenait et s’assit sur le divan bas capitonné près de la jeune femme. « Mais pour répondre à ta question, pas du tout. » Elle leva une main et traça la joue de la barde du dos de ses phalanges. « Pas avec toi. » Un léger sourire passa sur ses lèvres. « Je pense que… quand on dit que l’amour est aveugle…c’est de ça qu’on parle. »

Finalement, Gabrielle sourit en retour. « Je pense que tu as raison. » Elle soupira. « Merci… d’avoir écouté mes insécurités idiotes. » Elle se tut.

Xena mit un bras autour de ses épaules. « Tu as peur ? » Demanda-t-elle doucement.

La barde la regarda droit dans les yeux. « Oui… un peu. »

La guerrière l’étreignit. « J’avais peur aussi », confessa-t-elle. « Ça passe après un moment. »

Gabrielle s’appuya contre elle et soupira. « Merci. » Elle finit son fromage et commença un morceau d’agneau froid. « Tu veux entendre un nouveau poème ? »

Xena se pencha en arrière et tira la barde sur un endroit confortable contre elle. « Bien sûr. » Elle tendit une cerise à la jeune femme que celle-ci attrapa de ses dents blanches.


Elle ne se souvenait pas de s’être rendormie. Juste d’un crépuscule calme et brumeux qui descendait sur elle et sur une barde déjà endormie tandis qu’elles faisaient face à la fenêtre ouverte, et elle sentit la brise fraîche et humide pénétrer doucement.

Xena se sentait très détendue, à part une raideur lancinante dans ses épaules, produite par les travaux de la journée, soupçonna-t-elle. Les bruits de la pièce montaient et descendaient, les légers craquements du feu et le doux bruissement du vent qui tournait autour du parchemin de Gabrielle. Arès était enroulé autour de ses jambes étendues, son museau posé sur son pied et elle pouvait légèrement sentir la chaleur de sa respiration sur sa peau.

Un nouveau son aurait dû l’avertir, mais elle écoutait dans un brouillard tandis que les cliquetis qu’elle entendait se traduisaient dans son esprit endormi comme l’ouverture de la porte.

Des bruits de pas approchaient. Elle essaya d’être inquiète, mais la lassitude insidieuse semblait la submerger, la gardant paisiblement en place jusqu’à ce que le son d’un rire léger et de l’acier raclant le cuir amène un éclair d’avertissement même à travers le brouillard qui l’entourait.

Des drogues. Elle sentit son cœur battre plus fort et elle connut un moment de panique exacerbé tandis qu’elle réalisait que son corps ne répondait pas à son commandement, même si elle pouvait sentir le couteau levé et qu’elle sut qu’elle n’avait que quelques secondes pour l’empêcher.

Sa seule volonté la força à lever un bras pour intercepter la lame froide dirigée vers sa poitrine, et elle sentit le feu brûlant lorsque sa pointe perça son avant-bras, une douleur qui transperça proprement la brume et lui apporta des munitions pour combattre les chaînes des herbes.

Ses doigts se refermèrent sur du tissu et elle serra la main, se propulsant hors du lit, entendant le cri étouffé de surprise lorsque son assaillant se retrouva sur le sol, luttant avec une femme à demi paralysée, mais toujours dangereuse qui était de plus en plus furieuse et mobile.

Il se trémoussa et se sortit de sa prise et il se tortilla pour s’éloigner, évitant de justesse le bond vers lui, tandis qu’il se précipitait vers la porte à toute vitesse et la claquait derrière lui.

Xena sentit son cœur battre hors de contrôle tandis qu’elle se forçait à se lever, attrapant le divan pour se soutenir, tout en avalant avec panique des goulées d’air, sentant de plus en plus à court de souffle à chaque fois que sa poitrine pompait. Avec désespoir, elle trébucha vers ses sacoches, tombant à mi-chemin et sentant une douceur lancinante traverser sa cage thoracique, tandis qu’elle atteignait les sacs et les saisissait, renversant leur contenu devant sa vision brumeuse.

Son kit de soin… et deux bourses… elle réussit tant bien que mal à les ouvrir et versa les herbes, mélangeant une pincée de chacune et les enfournant dans sa bouche, ravalant toute l’humidité qu’elle pouvait pour les avaler.

C’était mauvais au goût et elle faillit vomir, mais elle tint bon en grimaçant, jusqu’à ce que la lumière battante dans sa vision commence à ralentir et que son cœur battant à tout rompre se calme.

L’odeur du sang vint à ses narines et elle ouvrit lentement les yeux, clignant jusqu’à ce que le brouillard recule et qu’elle puisse se concentrer sur la coulée rouge le long de son bras. Bon sang, pensa-t-elle faiblement. Alors. Dans la nourriture… un sentiment de déception nauséeux coula en elle alors qu’elle réalisait ce que cela signifiait. Je présume que Grandma ne m’a pas fait confiance après tout.

Pas le temps pour ça, décida-t-elle en testant ses bras et se repoussant du sol. Elle se mit à genoux puis regarda autour d’elle, pour voir les silhouettes endormies d’Arès et Gabrielle. Elle se mit lentement debout, balançant un peu et elle attrapa le dossier du fauteuil pour reprendre son équilibre.

Ce n’était pas passé loin. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux. Pas loin du tout. Ses genoux se mirent à trembler et elle s’appuya sur le meuble, déglutissant. Elle regarda autour d’elle, notant que le bassin d’eau pouvait être un suspect supplémentaire pour l’empoisonnement et elle attrapa une outre qu’elles avaient dans leur équipement, l’ouvrit et renifla avec soin. Après une gorgée d’essai, elle soupira de soulagement, reconnaissant l’odeur et le goût distinct de la maison. Elle vida la moitié du sac, puis se leva tranquillement, jusqu’à ce que son corps réponde mieux et que la brume autour d’elle diminue.

Une traînée de sang courait le long de son bras, tombant de ses doigts sur le sol carrelé et elle plia la main, envoyant des gouttelettes de sang autour d’elle. Une recherche rapide dans son kit lui fit trouver une bande dont elle enveloppa son bras avant de la nouer.

Elle ramassa les herbes et les mit dans sa main en coupe, étudiant son âme sœur d’un air interrogateur. Je ne peux pas lui donner ça… mais il faut qu’elle se débarrasse de la drogue alors… Elle posa une des herbes et plongea dans le sac pour en ressortir une sorte différente. Elle va me haïr pour ça.

Avec un soupir, elle les mélangea avec de l’eau de l’outre et alla au côté de sa compagne, s’agenouillant avec un équilibre instable avant de lui tourner le visage vers l’avant. Elle ouvrit la bouche de la barde et versa une bonne quantité du mélange, provoquant un réflexe de déglutition, qui fit presque tousser la jeune femme. En grimaçant, elle lui en donna une autre dose et fut récompensée par le battement des cils clairs.

Les yeux verts allèrent confusément vers elle. “Xe?” La voix de la barde était douce et légère.

« Chh… oui, c’est moi. Ecoute… on a des tas d’ennuis, mon amour… La nourriture était empoisonnée », lui dit doucement Xena. « Un type a tenté de me poignarder… mais il s’est enfui.

« Par les dieux… ah. » La barde se serra l’estomac. « Je… je ne me sens… pas bien.”

Xena soupira. « Je sais… c’est de ma faute… Il faut que je te débarrasse de ce truc. »

Un tressaillement. « Oh… par les dieux… tu n’as pas fait ça. »

« Si, je l’ai fait. » Xena la souleva en balançant un peu, puis elle alla vers la salle de bains, où elle avait vu un grand bassin. « Ça ne va pas être drôle… mais je ne pouvais pas te donner l’antidote. » Elle posa la barde et, sentant les convulsions soudaines, elle la tint tandis que celle-ci vidait le contenu de son estomac dans le bassin. « Brave fille. » Elle se laissa tomber sur un genou d’un air las et elle entoura la barde d’un bras, la soutenant et ignorant son propre inconfort. « Doucement… doucement… je t’ai. »

A la fin, Gabrielle reposa son front sur la pierre froide, enroulant ses doigts sur le bord tandis qu’elle aspirait de grandes goulées d’air. « Dieux », murmura-t-elle doucement.

Xena la serra affectueusement. « Je suis désolée… Je n’ai pas pu penser à un autre moyen. » Elle s’excusa, s’assit rudement sur le sol pierreux et posa la tête contre le mur.

La barde se redressa. « Et toi ? » Elle s’éclaircit la voix et tressaillit.

La guerrière ferma les yeux et secoua la tête. « J’ai pris un mélange de trucs… ça va aller. » Elle se massa la poitrine et toussa. « Mais c’est un peu dur pour le cœur… et on ne peut pas le prendre si on est enceinte. »

Une petite main réchauffa soudain la peau de sa poitrine et elle se força à ouvrir les yeux, pour voir le regard très inquiet de Gabrielle. « Tu es blanche comme un linge, Xena. » La main bougea et toucha son front. « Et tu as froid… mais tu transpires. »

Un léger mouvement de la tête. « Ce sont les herbes… ça va aller. » Elle se pencha vers l’arrière et compta les battements de son cœur, anxieusement. J’espère. A la fin, les battements ralentirent et elle relâcha un léger soupir. « Par les fesses des Amazones, ça craint ce truc. »

Gabrielle se blottit contre elle. « Je pensais que tu avais dit que Grandma t’aimait plutôt bien. » Elle regarda son âme sœur qui fixait le mur opposé avec une grimace. « Peut-être que ce n’était pas elle. » Elle prit la main de sa compagne qui se réchauffait lentement. Peut-être que quelqu’un d’autre l’a mis dans la nourriture… et qu’elle te l’a juste donnée… il n’était pas prévu que tu t’arrêtes là-bas. »

Xena hocha un peu la tête. « C’est à ça que je pensais. » Elle plia un peu la main. « Mais qui que ce soit, il s’attendait à ce que ce truc marche… je sais que je l’ai surpris. » Lentement une lueur sombre grandissait dans les yeux bleu clair. « Si je bouge vite, je pourrais même les attraper pendant qu’on lui arrange l’épaule. »

Un piaulement attira son attention et elle se tourna pour voir Arès qui avançait en trébuchant, l’air très malheureux. Il balançait en avançant et sa langue rose pendait de détresse.

« Viens ici, mon gars. » Xena tendit la main. « Heureusement que tu n’as pas pris grand-chose ce soir, pas vrai ? » Elle serra le loup qui s’approchait et elle l’étreignit. « Juste un peu de l’agneau… les épices ont dû masquer le goût. »

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

« On trouve qui c’était » répondit Xena tout aussi tranquillement, mais ses yeux brillaient.


« J’t’avais dit qu’c'était complètement idiot de… » La voix basse siffla puis s’interrompit, tandis qu’on entendait des bruits de pas étouffés approchants. « Va dormir, Grandma… Lâche-nous juste, tu veux ? »

La vieille femme fit le tour du coin en boitant et se redressa, les mains sur les hanches, surveillant la scène. « C’est quoi c’te folie ? » Elle leva une chandelle pour voir Jaras, le contremaître du château assis sur un tabouret bas qui se tenait le bras et grimaçait. « Qu’esse qui t’es arrivé ? »

Jaras ne répondit pas, il se contenta de serrer les dents tandis que l’homme plus âgé près de lui œuvrait pour arranger la fracture en haut de son bras. « J’ai eu un accident », finit-il par gronder, puis il hoqueta. « Bon sang… fais attention… »

Le regard de la cuisinière passa d’un homme à l’autre. « Très bien… espèce de petites ordures… quels ennuis vous avez causés ? » Elle repéra un petit sac dans la ceinture de l’homme plus âgé et elle fonça en avant, le surprenant et elle chipa la bourse. « C’t’à Delagos… il le cherchait… » Elle amena le sac à son visage fripé et le renifla. « Par les dieux… Qu’est-ce qu’on a là ? »

L’homme eut un regard noir. « Rends-moi ça… et va au lit, vieille chèvre. »

Elle recula d’un pas vers la porte ouverte. « Pas tant qu’tu me dis pas ce qui s’passe… et c’qui t’es arrivé… on est supposés être ensemble là-dedans, tu t'souviens? »

« Pas depuis qu’t’as décidé d’être avec cette garce », lâcha Jaras. « Alors ça t’regarde pas… fiche le camp, vieille peau. » Il se leva, ignorant son bras et plongea vers le sac, que Grandma tint hors de sa portée. « Sois maudite ! »

Une main se referma sur la sienne et prit le sac et elle se retourna avec un hoquet. « Oh… »

Le silence tomba sur eux tandis que les deux hommes regardaient par-dessus son épaule, vers la grande femme aux cheveux noirs qui se tenait là, le petit sac dans sa main, une lueur dangereuse dans les yeux. Les deux silex acérés et glaciaux se tournèrent dans la direction de Grandma. « Bouge. » La voix de Xena était basse et vibrante, mais un peu rauque.

Grandma se glissa hors de son chemin et se pressa contre le mur, désorientée. Son regard tomba sur le bandage qui entourait le bras de la guerrière puis sur le sac. « Dieux… » Dit-elle dans un souffle, regardant les deux hommes silencieux et craintifs. « Vous n’avez pas fait cette chose stupide. »

La guerrière s’avança jusqu’à ce qu’elle surplombe un Jaras assis. Elle leva le sac. « Tu es responsable pour ça ? » Son regard passa sur son bras et un sourire léger et moqueur recourba ses lèvres.

Il déglutit. « T’es pas… naturelle… ça aurait dû t’assommer plus fort… »

Elle lui donna un coup violent du dos de la main qui l’envoya contre le mur, puis elle s’avança et le souleva, le cognant à nouveau contre le mur si fort que les cloisons bougèrent et que la poterie s’écrasa en mille morceaux sur le sol. « Tu n’as aucune idée de ce que je suis. » La voix de Xena gronda vers lui. « Tu sais ce que je fais aux gens qui essaient de m’empoisonner ? »

Il tremblait si fort qu’on entendait le cliquetis de ses dents.

Elle se rapprocha, le poussant encore plus fort contre le mur. « Tu sais ce que je fais à ceux qui blessent mes amis ? » Une question grondante. « Supposons que tu me dises ce que tu pensais faire là-bas ce soir ? »

L’homme plus âgé répondit. « Nous débarrasser de toi. »

Xena regarda par-dessus son épaule. « Et tu penses que c’est une bonne chose ? »

Il se contenta de la regarder, confus.

« Garanimus n’est pas un de mes amis », déclara platement la guerrière. « Apprenez à connaître vos ennemis avant d’essayer de les tuer. » Elle se retourna vers Jaras et le laissa tomber, puis elle le mit sur le tabouret et planta un doigt expert sur un point de pression. Il hoqueta tandis que son bras s’effondrait. Elle arracha le reste de sa manche puis étudia la fracture. Avec un léger juron, elle attrapa son coude puis tira fort et elle fit tourner son poignet, remettant les os en place. « Bande ça », lâcha-t-elle à l’autre homme, le regardant le faire tout en jetant des coups d’œil prudents vers elle. Quand il eut fini, elle relâcha le point de pression puis fit un pas en arrière. « N’essayez plus jamais », les avertit-elle doucement. « Je sais quel est votre petit plan… et je n’ai aucune intention de me mettre au milieu si vous pensez que ce seigneur de guerre est ce que vous pensez qu’il est. »

Ils la regardèrent, les yeux arrondis. « C’est un homme bon… et il est juste avec notre princesse », marmonna le plus âgé.

« On verra bien », répliqua la guerrière. « Peut-être que je vais trouver un marché pour que personne ne soit blessé. » Elle leur lança un regard d’avertissement. « Si jamais j’attrape l’un de vous autour de moi comme ça, il y aura du sang partout dans ce fichu château. Compris ? »

Ils la fixèrent d’un air têtu.

Xena les observa à nouveau puis se baissa pour sortir et elle s’appuya brièvement contre le mur pour retrouver sa force avant de se redresser. Grandma l’avait suivie à l’extérieur et la regardait, inquiète. « Par Hadès, quelle nuit », fit remarquer la guerrière avec un soupir las, contente, d’une façon obscure, que Grandma n’ait pas été impliquée.

« Tout va bien, ptite pousse ? » Demanda doucement la vieille femme. « T’as l’air pâle. »

« Je vais bien », la rassura Xena. « Ça m’apprendra à baisser ma garde. » Sa voix contenait une note de dégoût contre elle-même. Au loin, elle entendait les sons de la musique en provenance de la salle principale. « Tu aurais de l’aubépine ? »

Un regard ancien et sage la fixa avec prudence. « Oui… un peu.. » Elle s’autorisa à mettre la main sur le poignet de la guerrière et elle tâta le pouls. « Par la Grande Artémis, qu’est-ce que tu t’es fait ? »

Un léger haussement d’épaules. « Je n’avais pas le temps de doser l’antidote », déclara calmement Xena. « Je pense que j’en ai trop mis. »

Grandma claqua de la langue avec inquiétude et elle se précipita vers un petit placard, ouvrant brusquement les portes avant de fouiller dans une série de petits sacs en cuir. « Non… non… non… où est… ah. » Elle tira un sac en tissu clair et l’ouvrit, puis elle renifla le contenu. « Oui… Voilà. » Elle le tendit à la guerrière. « T’as besoin d’une infusion, alors… »

Xena secoua la tête. « Je vais m’en occuper… merci. » Elle se repoussa du mur et se dirigea vers le couloir principal. A la porte, elle se retourna et croisa le regard de la vieille femme. « Je ne veux faire de mal à personne, Grandma. Dis-leur de ne pas réessayer, d’accord. »

Celle-ci fronça ses sourcils gris. « Je vais leur dire, ptite pousse… mais tu vas t’mettre au lit avant d’décorer le sol ici. »

La guerrière hocha brièvement la tête puis elle se retourna et traversa le couloir. Elle était sur le point de monter l’escalier quand une voix l’appela et elle jura doucement entre ses dents. Impatiente, elle se retourna et s’appuya contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine. « Qu’est-ce que tu veux, Gar ? »

Il traversa le sol dallé et s’arrêta devant elle. « Tu ne te joins pas à nous ? »

« Pas ce soir », répondit-elle brièvement. « Je suis sûre que tu peux te débrouiller tout seul pour t’amuser. »

Il pencha la tête d’un côté tout en l’étudiant. « J’ai dit quelque chose ? » Tenta-t-il. « Je pensais qu’on s’était accordés tout à l’heure. »

Xena soupira intérieurement. « Tu n’as rien dit… je ne suis juste pas d’humeur à être en compagnie ce soir. »

« Sauf avec ta jolie amie… je comprends. » Mais il sourit pour retirer la pointe de ses paroles. « Ecoute… Je voulais te dire qu’elle devenait pas mal amicale avec la princesse des glaces… elle devrait faire attention… ces sangs bleus peuvent être mauvais… je ne veux pas que ses sentiments soient blessés. »

Xena le regarda puis lâcha un léger rire. « Merci… mais Gabrielle peut prendre soin d’elle-même » l’assura-t-elle tranquillement. « C’est plutôt à eux de faire attention. » Elle sentit un soudain désir de lui dire ce qui se tramait, mais elle le ravala. « Bon dîner. » Elle se retourna et commença à monter les marches, très consciente de son regard sur elle.

Le tournant de l’escalier fut très bien accueilli et elle était contente de l’avoir passé, s’arrêtant pour reprendre un peu son souffle avant de continuer à monter. Alors qu’elle arrivait à leur chambre, elle entendit des voix à l’intérieur et ses sens luttèrent pour se mettre dans une alerte douloureuse tandis qu’elle se concentrait sur les mots.

Bon sang. Elle jura doucement. La princesse. Elle débattit brièvement avec elle-même pour savoir si elle laissait ou non le dialogue continuer, puis elle se rendit compte qu’il y avait une probabilité qu’elle s’évanouisse là dans le couloir et elle poussa la porte avec une détermination grimaçante.

Gabrielle était assise au petit bureau, son corps tendu, et elle s’arrêta de parler alors que la porte s’ouvrait à l’intérieur. Son regard alla immédiatement vers le visage de Xena et elle écarquilla les yeux avant de se lever par pur réflexe, ce qui fit réaliser à la guerrière qu’elle n’avait pas l’air d’aller si bien. La barde était un peu pâle, mais autrement semblait aller bien, et elle pouvait voir qu’Arès avait l’air grognon, mais surtout alerté, la tête haute, derrière le genou de Gabrielle.

« Silvi… je vais heu… je viens te voir dans un petit moment, d’accord ? » Gabrielle regarda la princesse qui observait Xena avec une aversion glaciale. « Après le dîner. »

La jeune fille leva le menton. « Très bien. » Elle attrapa le bord de sa robe et se glissa dehors, avec un œil vigilant sur la grande silhouette à peine éclairée qui se tenait devant la porte en bois.

Celle-ci se referma avec un bruit solide, puis Xena eut conscience d’un autre bruit plus léger quand la chaise sur laquelle Gabrielle était assise toucha le sol alors que cette dernière sautait par-dessus et fonçait sur le sol dallé. « Assieds-toi. » La voix de la barde contenait une note d’urgence nerveuse tandis qu’elle se laissait pousser en arrière et qu’elle sentait la surface douce du lit derrière ses cuisses.

Elle était sur le point de protester, mais ses genoux choisirent ce moment pour lâcher et elle s’effondra en arrière, tandis que les sons de la pièce commençaient à résonner bizarrement. Des mains très chaudes lui prirent le visage e elle lutta pour se concentrer sur les yeux verts plongés dans les siens, répondant à la panique qu’ils contenaient. « Hé… c’est bon… »

« Non ça n’est très certainement pas bon », répondit sèchement Gabrielle. « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, Xena… allons… il faut que tu me dises quoi faire. »

Il lui était difficile de se concentrer. Elle pouvait sentir sa poitrine oppressée qui l’empêchait de bien respirer et le battement erratique de son cœur qui lui donnait mal au crâne. Elle fronça les sourcils et força son bras à bouger pour tendre la petite bourse. « Du thé. »

La barde la fixa, visiblement déchirée entre attraper le sac et ne pas la relâcher. Après une demi-seconde, elle relâcha sa prise et prit le sac, se tourna et traversa la chambre vers le feu. « Tu as de la chance… je faisais déjà bouillir de l’eau », cria Gabrielle par-dessus son épaule. Ses mains tremblaient tandis qu’elle mettait des herbes dans une tasse. « Combien ? »

Pas de réponse.

« Xena… combien ! » Sa voix contenait de la panique et elle le savait, mais un regard au visage de son âme sœur au moment où la porte s’était ouverte avait failli arrêter son cœur de battre.

« Une poignée », finit par répondre la guerrière calmement.

Elle versa la dose puis la couvrit d’eau, jurant alors qu’elle coulait doucement. Une fumée piquante et amère s’éleva et elle attendit que cela infuse, tout son corps tremblant d’impatience. « Tiens bon, tigresse… c’est presque prêt. » Elle s’était un peu reposée après le départ de Xena puis elle était péniblement allée au bureau et s’était assise, ce qui était mieux que d’être allongée. Silvi était arrivée quelques instants plus tard.

Comptant silencieusement entre ses dents, elle se leva, tenant la tasse à deux mains et elle retourna au lit où Xena était allongée, ses yeux maintenant fermés et sa respiration légère et rapide. Gabrielle se força à rester calme et elle posa la tasse, puis elle attrapa son âme sœur par les épaules et la secoua. « Xena ! »

Pas de réponse. Elle secoua plus fort.

Rien. Prenant sur elle et serrant encore plus les dents, elle relâcha sa main droite et la tira en arrière puis elle la claqua sur la joue pâle de sa compagne, le coup résonnant dans la chambre et dans son cœur.

Elle eut un souvenir ironique d’un trône en Chine, et tandis que les yeux bleus s’ouvraient dans un choc nébuleux, elle vit une ombre du même cauchemar profondément en eux.

Pas le moment. « Allez… s’il te plaît… tu dois boire ça. » Gabrielle glissa doucement sur le lit et entoura les épaules de sa compagne de son bras, la soutenant tout en tenant la tasse en bois près de ses lèvres. Elle pouvait sentir le battement sauvage du cœur de Xena sous ses doigts et elle sentit sa propre panique remonter tandis que la guerrière prenait une gorgée hésitante de la tisane. « Encore… c’est ça. »

La moitié de la tasse disparut avant qu’elle ne sente le battement erratique commencer à se stabiliser et que les inspirations profondes de la guerrière commencent à ralentir. Xena mit les mains autour du contenant, serrant le bois de ses doigts tremblants.

Gabrielle sentit sa panique reculer et elle massa doucement le haut du bras de sa compagne. Après un long moment d’immobilité, Xena se détendit un peu et laissa sa tête reposer contre l’épaule de la barde. « Stupide », murmura-t-elle. « Vraiment stupide. »

La barde sentit une vague de soulagement la traverser et elle appuya sa tête contre celle de son âme sœur. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle d’une voix tremblante, sentant la peau sous sa joue bouger en un petit hochement. « Tu viens de me ficher une frousse bleue, Xena. »

Arès passa timidement la tête au-dessus du bord du lit et lécha le genou de la barde, puis il tourna le regard vers le visage pâle de sa maîtresse et piaula.

Xena lâcha la tasse, la laissant tomber sur le lit avant de se redresser un peu en prenant une inspiration profonde. « Désolée… » Marmonna-t-elle, en s’appuyant contre les oreillers, les doigts contre son pouls. « C’est mieux. » Son regard passa sur la pièce, reconnaissante que les couleurs battantes aient diminué, ne laissant que les ombres éclairées par les chandelles. Elle finit par tourner la tête et son regard passa sur le visage tendu et pâle près d’elle. « Merci. »

Gabrielle leva les doigts pour toucher sa joue avec hésitation. « Désolée de t’avoir frappée », dit-elle doucement. « J’étais… juste… j’avais si peur. »

Xena pinça les lèvres dans un léger sourire. « C’est bon », répondit-elle tranquillement, capturant la main de la barde pour l’embrasser, puis elle serra les doigts froids. « Tu as fait ce qu’il fallait. » Elle croisa le regard de Gabrielle et elle sut qu’elles se souvenaient toutes deux d’un moment différent. D’un endroit différent.

Une larme coula lentement sur le visage de la barde et sa mâchoire trembla tandis qu’elle refoulait une émotion intense. Xena pouvait le sentir, à la fois en elle-même et à travers la connexion qui les reliait. Délibérément, elle mit la main de la barde contre son cœur et elle s’appuya contre elle dans une confiance affectueuse.

Parce que dans ce long et sombre instant en Chine, derrière toute la douleur, l’angoisse et l’horreur, derrière la trahison… était ressortie l’unique et chatoyante connaissance que malgré toute la colère et l’éloignement… Gabrielle avait été là. Elle avait traversé un océan, frayé son chemin pour obtenir les grâces de Ming Tien et s’était opposée à lui. Elle avait posé sa demande d’un cœur dont elle n’avait aucune idée si elle en possédait encore une partie. Elle avait lutté contre les souvenirs d’un amour inconnu et s’était mise carrément dans son chemin, déclarant avec courage. « Tu fais partie de moi. Et je ne vais pas abandonner sans me battre. »

Personne dans sa vie ne l’avait fait auparavant. Et dans ce moment de profonde honte et de totale désolation de son âme… elle avait aimé Gabrielle bien plus que la barde ne l’avait jamais rêvé.

Cette dernière finit par prendre une inspiration tremblante. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle renifla un peu et prit la tasse vide de son autre main. « Qu’est-ce que c’est ? »

La guerrière soupira et bougea, mais elle ne relâcha pas sa prise. « Je n’ai pas… mesuré l’antidote avec soin. J’en ai trop pris », admit-elle. « J’aurais dû faire comme avec toi… mais j’étais… trop pressée, je pense… et je n’ai pas pensé que mon corps réagirait aussi mal. » Elle regarda la tasse dans les doigts de la barde. « Ce truc a réglé le problème. »

Un léger signe de tête. « Tu vas bien maintenant ? » Demanda Gabrielle avec hésitation. « Tu étais si pâle… et froide. » Elle posa la tasse et toucha le visage de sa compagne. « Tu es bien plus chaude maintenant. »

Xena s’appuya contre l’oreiller, se sentant très épuisée. « Oui… je vais bien », rassura-t-elle la jeune femme. « L’antidote… accélère ton corps pour qu’il puisse réagir contre les drogues… mais parfois il est hors contrôle, et… » Elle se massa la poitrine, un geste inquiétant pour la barde. « C’était comme si je manquais d’air. »

« Dieux. » Gabrielle sentit son cœur s’arrêter un instant. Elle fit une pause et réfléchit profondément. « C’est la même chose que tu as utilisée après que nous… je veux dire, dans la rivière ? Durant l’inondation ? » La guerrière avait failli se noyer et avait subi un choc brumeux et froid.

Cette dernière hocha faiblement la tête. « Oui. » Elle s’obligea à garder les yeux ouverts et regarda la barde. « Peut-être que c’était le mélange des deux drogues… je ne sais pas. » Elle s’interrompit. « Mais la journée avait été rude aussi. » Elle plissa le front au souvenir.

Gabrielle sourit. « Rude… et merveilleuse », rappela-t-elle doucement à son âme sœur, surprise de voir une expression de profonde tristesse sur le visage anguleux. « Quoi ? »

Un jour de terreur, et de possibilités, se souvint Xena. Elles avaient failli se noyer en sauvant une famille dans une rivière enragée, puis elles avaient été emportées par le courant. Gabrielle… s’en était sortie, mais elle… Elle s’était laissée tomber sous la barde pour que celle-ci soit au-dessus de l’eau pendant la descente, et…

La mort s’était vraiment rapprochée. Assez près pour qu’elle voie ce qui se trouvait de l’autre côté et qu'elle sache que l’autre côté n’était pas le Tartare.

Mais c’était passé. C’était avant qu’elle ne soit furieuse et qu’elle parte après César et ne tue Ming Tien… et perde un fils. Et qu’elle faille perdre l’autre moitié de son âme. Avant qu’elle ne voie Gabrielle perdre son innocence et que sa confiance ne soit brisée au-delà de tout espoir de réparation. Avant Hope.

Mais c’était passé. Et on était maintenant, et maintenant… elle savait, au plus profond d’elle-même que l’unique et brève chance qu’elle avait vue tendue vers elle, brillante et luisante… n’existait plus. Cette connaissance faisait mal… ça avait presque été mieux qu’elle ne voit jamais la possibilité du tout, parce que le Tartare et elle… elle s’était toujours attendue à ça.

« Xena ? » Gabrielle s’était penchée très fort sur elle et lui tenait le visage à deux mains, fixant ses yeux, de plus en plus alarmée. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Alors pourquoi est-ce que j’ai eu une seconde chance? Un caprice des dieux ? Ou bien juste une chose supplémentaire à me prendre ? Elle couvrit la main de Gabrielle de la sienne et laissa son corps se détendre un peu. Et bien, ils vont devoir lutter avec bec et ongles cette fois-ci. « Je vais bien… je me souvenais juste de quelque chose. » Elle réussit à sourire. « Tu sais, je ne me souviens toujours pas de comment nous sommes sorties de dessous cet arbre. »

Le regard vert brume captura le sien. « Moi non plus, mais je sais que tu nous en as sorties d’une façon ou d’une autre », répondit-elle tranquillement. « Comme tu le fais toujours. » Elle se mit à côté de Xena. « Comme tu le feras toujours. »

Toujours. C’était un mot qui ressemblait curieusement à ‘pour toujours’. « Je fais de mon mieux », admit Xena puis elle prit une profonde inspiration et réfléchit à des choses arrivées plus récemment. « Ce n’était pas Grandma. »

Cela lui valut un sourire de soulagement de Gabrielle. « Bien. » Celle-ci désengagea sa main et détacha l’armure de Xena de ses doigts expérimentés. « Baisse la tête. » Elle souleva les plaques et les laissa tomber près du lit, puis elle commença à délacer un des bracelets. « Tu vas… rester ici. » Elle finit un bracelet et tira sur l’autre bras de Xena, délaçant le second. « Et je ne veux pas de discussion. » Elle regarda les doux yeux bleus tout en retirant le bracelet, puis elle avança sur le lit et chercha les boucles qui retenaient les plaques de jambes. Elle sentit un sursaut et leva les yeux d’un air sévère. « Hé ! »

Xena réfréna un sourire las. « Ça chatouille », expliqua-t-elle penaude.

« Oh. » Gabrielle lui tapota le genou pour s’excuser. « Désolée. » Elle finit de retirer l’armure et délaça les bottes de la guerrière, les faisant glisser avant de les laisser tomber au petit bonheur. Elle caressa la peau douce dessous, sentant la chaleur revenir, puis elle se retourna et revint en haut du lit, s’installant à côté de Xena qui la regardait tranquillement, avant de lui prendre la main. « Tu as trouvé le type qui a fait ça ? »

La guerrière hocha lentement la tête. « Oui… mais je ne suis pas sûre de les avoir convaincus de ne pas recommencer. » Elle laissa rouler sa tête en arrière et regarda le plafond. « Je vais sortir demain… aller chercher des provisions. On ne mange plus rien de cette cuisine. » Elle posa la main sur son estomac et regarda la barde d’un air las. « C’est ma faute… j’aurais dû me rendre compte que quelque chose d’autre se tramait… je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi ces derniers temps. »

Gabrielle s’avança et posa une main sur son épaule. « Je … pense que j’ai probablement quelque chose à voir avec ça », admit-elle d’un ton désabusé. « Tu as eu beaucoup de choses à penser. »

Xena réfléchit pendant un moment en silence puis elle soupira. « Oui », finit-elle par confirmer. « Tu as peut-être raison. » Elle leva les yeux l’air pensif. « C’est dangereux, Gabrielle… ça a failli nous tuer ce soir. »

Elles se regardèrent calmement.

Xena plissa les traits puis elle haussa les épaules. « Je présume que je dois juste faire plus attention, » conclut-elle puis elle se mit assise. « Peut-être que je… »

Deux mains se positionnèrent fermement sur ses épaules et elle fut repoussée par le poids de la barde. « Non, tu ne feras rien », objecta Gabrielle, sérieusement. « Pas maintenant. » Elle attendit pour s’assurer que la guerrière n’allait pas bouger puis elle la relâcha et rampa dans le lit, se blottissant près d’elle. « Je ne sais pas pour toi, mais moi je tremble encore à l’intérieur. »

La guerrière hésita puis elle mit ses longs bras autour d’elle. « Que voulait la princesse ? » Demanda-t-elle calmement.

Gabrielle lui aurait cogné la tête si elle avait eu une main libre. « Dieux… elle attend que Framna se glisse ici demain tôt… avant que son armée ne le rejoigne. Elle voulait que je le rencontre. » Elle s’éclaircit la voix. « En fait… elle veut que j’écrive un poème sur lui… elle a aimé un de ceux que je lui ai lus l’autre jour. »

Une pause. « Lequel ? » Demanda Xena, un peu curieuse.

La barde toussa légèrement. « Celui sur l’huître », murmura-t-elle en se massant la tempe.

« Ahhhh… » Son âme sœur lui sourit. « Est-ce qu’elle sait de quoi il parle ? »

« Hum. » Gabrielle rougit légèrement. « J’en doute. » Une pause plus longue. « J’en doute vraiment. » Elle leva les yeux d’un air accusateur. « Et tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire quand je l’ai écrit. » Elle plissa le front. « Ça ne m’est même pas venu à l’esprit jusqu’à ce que tu… heu… » Elle bougea le regard. « Arrête de sourire comme ça. »

Xena obéit. « Je parie que tu as toujours ces perles dans un coin, pas vrai ? » La taquina-t-elle doucement.

Un rire léger. « Humm… oui… c’est vrai », admit-elle avec un demi-sourire. « Tu veux venir avec moi… on pourrait régler tout ce truc… quand je le rencontrerai. »

« Non… » Xena secoua la tête. « Si Garanimus a vent de tout ça, il risque de réagir… j’aimerais éviter un bain de sang si je peux. » Elle réfléchit. « Nous en restons au plan… je vais travailler avec l’armée demain… tu peux le rencontrer… voir un peu quel genre de type c’est. Ensuite nous laisserons la confrontation se dérouler comme prévu… je pense qu’il va essayer de gagner du temps… laisser son armée hors les murs et obtenir une invitation pour rester au château demain soir. Ensuite il fera donner l’assaut. »

« Et s’il est valable… est-ce que tu laisseras les choses se faire ? » Demanda Gabrielle en la regardant.

Elle hocha la tête. « Gar n’est pas … l’homme qu’il faut… pour gérer un endroit comme ça… la seule chose que je veux faire c’est que personne ne soit blessé. »

Un signe de tête. « Et s’il ne l’est pas ? Si tout ce qu’il veut c’est prendre la cité ? »

Xena eut un sourire crispé. « Alors il aura un combat sur les bras. »

Gabrielle étudia le visage bronzé et anguleux dans la faible lueur de la chandelle. « Je pensais que tu avais dit que tu ne voulais pas être impliquée ? » Commenta-t-elle puis elle tapota la poitrine de Xena tandis que la guerrière se tournait vers elle, surprise. « Ne te méprends pas… je suis d’accord avec toi. » Elle fit une pause. « Je ne t’ai jamais vue tourner le dos à un combat. »

Les yeux bleus devinrent introspectifs. « Je présume que je l’ai dit, non ? » Songea-t-elle. « Je ne sais pas… peut-être que c’est parce que j’ai commencé à en connaître… ce ne sont pas de mauvaises gens… juste des gens mal dirigés », dit-elle d’un ton pensif et sombre.

La barde traça une ligne le long de l’épaule musclée contre laquelle elle était appuyée. « Plus maintenant », déclara-t-elle tranquillement. « Et je pense qu’ils le savent. » Son regard scruta le profil silencieux. « Tu ne vas pas les abandonner. » Même après seulement deux jours, elle s’étonnait d’avoir marché au milieu des combattants qui partaient sur son chemin vers les écuries hier, d’avoir entendu leurs commentaires et les murmures excités qui tombaient en cascade autour d’elle. Xena leur avait fait quelque chose… avait touché quelque chose au fond d’eux qui avait déclenché une loyauté que la barde pouvait sentir monter.

La fierté de son âme sœur ne lui permettrait pas de simplement s’éloigner d’une bataille, pas sans une raison grave et impérieuse. Même avec les forces de Framna qui étaient plus nombreuses que les leurs… les leurs ? Gabrielle ne put s’empêcher de rire d’elle-même. Même avec ça, Xena trouverait un moyen de gagner. Mais heureusement, Framna serait ce que Silvi pensait qu’il était et tout se finirait.

Un poème d’amour. Gabrielle soupira. Il lui était difficile d’en écrire un pour quelqu’un d’autre. Peut-être que Framna l’aiderait en étant vraiment mignon. Ou du moins avec une allure héroïque.


Je regarde le ciel au-dessus de moi

Des nuages et de l’air, bleu et clair.

Loin au-dessus, un oiseau jaillit, les ailes déployées.

Soutenu par sa seule force,

Et la foi qu’il peut voler.

 

Et puis je regarde dans tes yeux

Un bleu plus clair que n’importe quel ciel ne l’a jamais été.

Et je jaillis, les ailes déployées,

Soutenue par le seul amour,

Et ta foi en moi.

Gabrielle soupira et mordilla sa plume, regardant les mots. Non. Quatre poèmes d’amour et pas un seul qui n’aille à quiconque d’autre qu’elle. Elle laissa son regard glisser vers sa droite, là où Xena était enfoncée sur le canapé bas, son manteau léger autour d’elle, à regarder les étoiles par la fenêtre.

Arès était allongé près d’elle, sa tête sur ses cuisses et elle caressait sa fourrure en rythme. La lumière des étoiles se reflétait dans ses yeux et tandis que la barde regardait, elle cligna deux fois des yeux, un mouvement léger des cils noirs face à l’obscurité.

Elle avait tenté de persuader la guerrière de se reposer un peu, mais Xena lui avait dit que d’aller se coucher avec tous ces… comment déjà… déchets… dans son système, n’était pas une bonne idée. Alors la guerrière était assise, lui offrant une compagnie silencieuse tandis qu’elle jouait avec sa poésie et composait les entrées dans son journal.

Gabrielle elle-même ne se sentait pas merveilleusement bien… sa gorge lui faisait mal d’avoir eu à vomir si violemment un peu plus tôt, et elle avait toujours des crampes d’estomac, des spasmes, plus à cause des herbes que Xena lui avait données que du poison original. Mais elle gardait le silence là-dessus… parce qu’elle ne voulait pas que Xena se sente mal… et elle savait que ce serait le cas. Même si elle n’avait pas vraiment eu le choix… et Gabrielle préférait avoir des nausées que de passer par ce qu’avait Xena.

Ou de faire quelque chose qui blesserait le bébé.

Cette pensée la taraudait aussi. Que Xena avait réfléchi rapidement et s’était rendu compte qu’il y avait un problème et quoi faire à ce sujet. Elle se demanda comment fonctionnait l’esprit de la guerrière… elle semblait garder trace des détails d’une façon stupéfiante… comme ça, par exemple. Elle avait cette liste d’herbes dans son cerveau, comme une bibliothèque… et elle savait toujours comment utiliser la bonne. Maintenant… c’est comme si elle avait passé en revue sa liste d’herbes puis avait ajouté la connaissance du fait qu’elle était enceinte, et cela l’avait fait passer en revue une autre liste. Incroyable. « Hé, Xena ? »

Celle-ci tourna la tête et elle put voir des éclairs de sa chandelle se refléter dans les yeux de sa compagne. « Hmm ? »

« Garçon ou fille… qu’est-ce que tu en penses ? » C’était une question calculée pour attiser l’intérêt de la guerrière et cela marchait. Xena passa sur l’autre côté du canapé et s’appuya sur l’accoudoir, la regardant. « Et bien ? »

« C’est une question difficile », dit Xena d’un ton traînant. « Il est un peu tôt pour deviner… mais après un moment, il y a quelques théories… » Elle s’interrompit. « Ça a de l’importance pour toi ? »

Un hochement positif de la tête. « Nan. » La barde se pencha un peu plus en avant, les coudes posés sur ses genoux et les doigts entrelacés. « Mais ce serait plus facile pour lui si c’était un garçon. »

Une expression intriguée passa sur le visage de son âme soeur. « Pourquoi tu dis ça ? » Demanda Xena, curieuse.

Gabrielle rit. « ALLONS, Xena… quelles seraient les attentes d’une fille qui grandirait avec NOUS comme parents ? » Elle fit un sourire. « Reine des Amazones et Princesse Guerrière ? »

Un éclair de dents blanches en réponse. « Je n’avais pas pensé à ça », admit Xena. « Je présume que ça pourrait finir par être un peu intimidant. »

La barde hocha la tête. « Et bien, si elle est un tant soit peu comme toi, ça ne va pas la déranger. »

Xena leva les yeux et fronça légèrement les sourcils. « Comme Toris, tu veux dire », la corrigea-t-elle.

Le regard vert croisa le sien. « Oui. C’est ce que je voulais dire », acquiesça aimablement Gabrielle, ensuite elle changea de sujet. « Comment te sens-tu ? »

La guerrière plissa un peu le front tandis qu’elle étudiait Gabrielle dans un silence intrigué pendant un long moment. « Mieux, merci… et toi ? »

Gabrielle remua la main. « Quelques crampes », lui dit-elle. « Et j’ai un peu mal à la gorge.

Xena se leva, délogeant Arès, qui grogna pour se plaindre et elle alla vers son kit. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? » Dit-elle d’un ton accusateur.

« Tu étais à moitié consciente », répliqua Gabrielle, ironiquement. « Ça ne me semblait pas si important. »

La guerrière jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et revint, lui jetant un petit paquet avant de continuer vers le feu. « Tiens… suce ça. »

Gabrielle attrapa le paquet avec soin et tira sur les lanières en cuir qui le tenaient fermé. « Que… » Elle ouvrit le sac et mit un doigt inquisiteur à l’intérieur. « Mmm… ça sent le miel. » Elle l’ouvrit totalement et versa une partie de son contenu dans sa paume. Des petits globes dorés scintillèrent dans la lumière de la chandelle, relâchant une merveilleuse odeur. Elle en prit un et le mit dans sa bouche, le faisant rouler avec plaisir. « Trs bn. »

« Contente que tu aimes », répondit Xena tout en mélangeant quelque chose dans deux tasses.

« Tuf pe mlger ac ? » Les sourcils de Gabrielle grimpèrent dans sa frange.

« Bien sûr », l’assura la guerrière. « Tu exprimes toujours plus de choses avec le ton de ta voix qu’avec tes mots en ce moment. » Une pause. « Gabrielle. » Les yeux bleus connaisseurs la regardèrent avec une étincelle.

« Amsnt. » La barde suçait sa friandise.

« Merci », répondit Xena en s’approchant pour lui tendre une tasse. « Ça va t’aider pour tes crampes. »

« Ouf mran » Les yeux verts la regardaient, attentifs.

« Je t’aime aussi. » Xena passa les doigts sur les cheveux clairs de la barde. « Qu’est-ce que tu écris ? »

La barde tourna son parchemin vers le cercle de lumière et écarta son bras pour révéler les mots. La main de Xena tomba légèrement pour venir sur son épaule tandis qu’elle lisait, puis elle se raidit brièvement. « C’est beau, mon amour », murmura-t-elle. « Mais je… je pense que ça n’est pas dans le bon sens. »

Gabrielle mit sa friandise d’un côté dans sa bouche. « Si tu veux que ça aille dans l’autre sens, il faut que tu écrives le poème. » Elle sourit pleinement à la guerrière. « C’est mon poème et tu es mon vent. »

Xena s’assit sur le banc près d’elle et mit la tête sur une main. « Ah oui ? »

« Oui. » Elles se laissèrent flotter dans le regard de l’autre pendant un instant.

« Tu veux aller t’asseoir dehors ? » Demanda doucement la guerrière. « C’est sympa sur le balcon. »

Gabrielle sentit une vague de joie passer sur elle. « Oui, je veux bien », répondit-elle en se levant tout en prenant la main de sa compagne tandis qu’elle sortait sous le ciel nocturne, qui étalait une couverture de lumières scintillantes à l’horizon. Xena étala son manteau sur les dalles et s’assit, un pied contre la rambarde en pierre. La barde s’installa près d’elle et s’appuya en arrière, tandis qu’un long bras protecteur l’entourait.

Elles levèrent les yeux. « Je pense que c’est un cygne. » Gabrielle pointa un dessin.

Xenia sourit vers une éternité d’étoiles. « Je pense que c’est un aigle. »


« La voilà », leur chuchota Bennu tandis qu’il repérait Xena qui traversait à grands pas la grande salle du dîner bruyante. C’était la salle commune dans laquelle mangeaient tous les soldats, et à cette heure du matin, elle était bien occupée. Un chuchotement traversa la pièce, cependant, quand la présence de Xena fut notée et son regard bleu glace passa sur eux tandis qu’elle se dirigeait vers la table du fond.

D’instinct, Bennu se leva à son approche, tressaillant un peu à ses muscles raidis de la session de la veille, et notant que sa commandante ne semblait pas avoir le même problème. Elle avait été… par les dieux, ils avaient parlé d’elle toute la nuit, tous ceux qui étaient là-bas, racontant à ceux qui n’y étaient pas, jusqu’à ce que les histoires deviennent tellement incroyables qu’ils en étaient aussi bons que la vérité l’était.

« Bonjour », Xena hocha brièvement la tête vers lui, puis elle se retourna et fit face à la pièce, dont l’attention était fixée sur elle avec une intensité vivace. « Ce soir nous nous attendons à une visite d’une autre armée. » Elle laissa ces mots les imprégner et vit les échanges de regards.

« Ce qui va se passer dépendra, pour une grande partie, de comment cette armée perçoit nos compétences et notre préparation. »

Notre. Nous. Xena s’imprégna de l’air entêtant du commandement et sentit l’impact que son propre charisme avait sur la salle. « Ils sont six fois plus nombreux que nous. » Son visage se plissa soudain dans un sourire. « Maintenant… personnellement… je n’ai aucun problème avec ça. »

Les hommes qui l’avaient combattue relâchèrent des rires bas d’approbation.

Elle s’autorisa à rire elle aussi. « Mais ce sera mieux pour tout le monde qu’ils décident de repartir. » Elle s’arrêta un instant. « C’est ce dont je vais essayer de les convaincre. »

Vers l’arrière, un soldat grand et mince se leva et mit les pouces dans sa ceinture, prenant une inspiration pour parler.

Xena attendit.

« Xena. » L’homme s’éclaircit la voix et regarda autour de lui ; c’était visiblement un porte-parole. « Quel est ton intérêt dans tout ça ? »

La guerrière mit son pied sur le banc devant elle et posa les mains dessus. « Je dois un service à Garanimus », répondit-elle. « Pourquoi ? » Elle le sentait venir, mais… une traction sur les vieilles cordes qui envoya un sursaut délicieux le long de son dos. Leurs yeux le lui donnaient… les lui donnaient. Ils étaient à elle si elle les voulait.

« Nous nous… je veux dire… je me… demandais juste… » Il prit une inspiration. « Combien de temps tu vas rester… dans le coin ? »

Les poils des bras de Xena se dressèrent en réponse. « Tu cherches à te débarrasser de moi ? » Elle sourit d’un air paresseux.

Un silence de mort. Puis. « Non », répondit bravement l’homme en regardant autour de lui, recevant des hochements d’approbation. Il leva les yeux vers Xena. « Non. »

Un frisson d’anticipation traversa la salle tandis que tous les yeux se tournaient vers elle. Ils n’étaient pas si mauvais… songea-t-elle.  Un talent brut pour certains d’entre eux… je pourrais en faire quelque chose en un mois… peut-être deux… les transformer. Pas un grand groupe, non… mais ce serait une agréable armée mobile… une bonne force de frappe.

Je pourrais. Les vrilles insidieuses du pouvoir s’enroulaient autour d’elle, lui rappelant comment c’était avant. Je pourrais le faire. Je pourrais les prendre.

Elle ferma brièvement les yeux. Et faire quoi d’eux, Xena ? Un cirque ? Recommencer à sillonner la moitié de la Grèce ? Reviens sur terre.

Elle laissa son regard passer sur eux et un léger sourire sexy passa sur ses lèvres. Elle sentit la réaction à ça, une vague d’énergie animale qui flotta autour d’elle comme de l’eau. « Chaque chose en son temps », dit-elle calmement, laissant sa voix passer au-dessus d’eux. « Passons cet obstacle. » Un bref hochement de tête. « La garde devra être particulièrement serrée aujourd’hui et j’ai besoin d’au moins deux patrouilles dans les bois hors de la cité. » Son regard alla vers un Bennu toujours silencieux.

« Je m’en occupe », gronda le grand soldat.

Xena regarda les tables dont les occupants la fixaient avec anticipation. « Ça vous ennuie que je me joigne à vous pour le petit déjeuner ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.

Une place fut libérée pour elle si vite que ce fut un miracle que des échardes ne volent de la table. Elle s’assit entre deux archers qui la regardaient avec de grands yeux ronds, comme des enfants au Solstice. « Vous me passez le cidre ? » Elle cacha un sourire quand trois mains se lancèrent vers le pichet comme un seul homme et faillirent arracher la poignée.

Un maximum de respect. La mystique du commandement. Elle avait presque oublié comme c’était bon.

Presque.


« Gabrielle ? »

La barde leva les yeux de sa chope de cidre et se concentra sur la princesse. « Dieux… je suis désolée… que disais-tu ? »

« Tu vas bien ? » Silvi la fixait avec inquiétude. « Tu sembles si distraite… tu n’as pas dormi cette nuit ? J’avais plutôt peur pour toi quand cette femme est revenue… tu avais l’air très bouleversée. »

« Hum… » Gabrielle se massa la tempe. « Je… heu… je ne pouvais pas dormir cette nuit, non… pas jusqu’à très tard. » Elle prit une gorgée de cidre avec précaution. « Je… ne me sentais pas bien. » Elle tapota son estomac.

En fait, elle se souvenait vaguement d’avoir été soulevée et portée à l’intérieur après une longue et merveilleuse soirée à regarder les étoiles et à se câliner, et elle s’était retrouvée mise au lit près d’une princesse guerrière affectueuse et câline.

Bien sûr, Xena avait quitté à l’aube, mais quand elle s’était réveillée un peu plus tard, elle avait trouvé une belle rose posée sur son oreiller et un petit sac de petits pains ronds de goûts différents. Et une note.

Je vais bien.

Va doucement et sois prudente.

Pense à une bonne histoire à raconter ce soir.

X

Mais la meilleure chose… la plus stupéfiante des choses était attachée à la note, la plus grosse, la plus fraîche et la plus sucrée des pommes qu’on pouvait imaginer.

Une coïncidence, pas vrai ?

Vrai.

« Et bien, j’espère que tu te sens mieux maintenant », déclara Silvi, passant poliment à la barde un plateau de fruits en tranches. « S’il te plaît, sers-toi. »

« Hum… non merci. » Gabrielle lui sourit. « J’ai eu une pomme au petit déjeuner. » Elle regarda autour d’elle, notant le silence boudeur de Vasi au bout de la table. « Alors… quel est le plan ? »

La princesse se glissa dans le siège près d’elle. « Elanora est allée au marché… elle va rentrer bientôt et il sera dans son escorte. Personne ne le remarquera… est-ce que ce n’est pas rusé ? » Elle leva les yeux à l’approche de pas. « Oh… les voilà. » Sa voix chantait presque d’anticipation.

La porte s’ouvrit brusquement et Elanora entra, suivie par deux femmes et un grand homme en livrée. Son regard scruta la pièce jusqu’à ce qu’il trouve Silvi, puis son visage s’éclaira. « Votre Altesse ! »

Gabrielle lâcha un soupir silencieux. Il était grand, plus grand que Xena, même, avec des cheveux roux flamboyant, qui allaient avec les taches de rousseur sur son visage bien proportionné, mais pas beau. Il avait les épaules larges et de longs bras, avec les poignets épais d’un épéiste et de grandes mains.

Il s’agenouilla devant Silvi et lui prit la main, l’embrassant légèrement. « Ça fait trop longtemps. »

Elle sourit avec délice. « Pas après ce soir, ce ne le sera plus. » Elle lui prit les mains et le fit se lever. « Framna, venez rencontrer la personne dont je vous ai parlé. » Elle l’amena à la table et Gabrielle se leva quand ils l’atteignirent. « Voici la barde Gabrielle. »

Celle-ci leva les yeux pour croiser le regard gris poli qui l’observait avec soin. Elle tendit le bras et lui fit un sourire. « Bonjour… ravie de vous rencontrer. »

Il prit son bras avec hésitation, puis avec plus d’assurance quand il sentit sa force. « Moi aussi, Gabrielle. » Sa voix était étonnamment douce pour un homme aussi grand. « Je connais votre nom. » Il fit une pause. « Mon cousin connaissait feu votre mari. »

La barde prit une inspiration. « Il est de Potadeia ? » Cela pourrait jeter un loup au milieu de cette histoire, s’il avait été chez lui récemment.

« Non. » Framna secoua la tête. « Il le connaissait de la campagne troyenne. » Il hésita. « Il a dit que c’était un homme bon… mes condoléances. »

Cela semblait si… ridicule. « Merci », répondit gracieusement Gabrielle.

« Alors. » L’homme fit un sourire à la princesse. « Sa Majesté me dit que vous allez être notre as dans le jeu, est-ce juste ? » Il la regarda respectueusement. « Vous avez beaucoup de cran pour faire ça… la réputation de Xena est connue dans tout le pays… c’est un grand risque pour vous. »

« Pas vraiment », répondit la barde d’un ton neutre. « Elle me fait confiance. »

Il l’étudia et une lueur d’admiration passa dans ses yeux. « Vous êtes une femme courageuse. » Il se tourna vers Silvi. « Je crois que vous nous avez sauvés… à ce que me dit mon homme, elle aurait fait la différence… même avec les autres soldats terrassés. »

Silvi écarquilla les yeux. « Vraiment… une seule personne ? Avec tous vos hommes grands et forts ? »

Framna secoua la tête. « Ce n’est pas juste une personne… c’est un démon, Silvi… La championne, l’Elue d’Arès… un de mes hommes l’a vue combattre une fois, à Cirron. »

La princesse couvrit sa bouche et fixa le loup noir qui était patiemment assis aux pieds de Gabrielle. « Il s’appelle Arès ! » Elle le montra.

« Roo ? » Le loup leva les yeux et haleta.

« Il nous espionne pour elle ! » Accusa Silvi en serrant le bras du seigneur de guerre. Il lui tapota la main pour la réconforter.

« Doucement, Votre Majesté. » Il regarda le loup. « Ce n’est qu’une bête. »

« Grrrrr… » Répondit Arès en soulevant son pelage. Gabrielle laissa nonchalamment tomber ses doigts sur sa tête et le caressa.

« Il faut que je retourne à mon armée », dit Framna, relâchant à contrecoeur le bras de Silvi. « A ce soir alors… après le dîner. » Il jeta un coup d’oeil à Gabrielle. « Vous savez de combien de doses vous avez besoin pour elle ? »

Gabrielle l’étudia. « Combien m’en faudrait-il pour vous? »

Il écarquilla les yeux. « Deux paquets. »

Elle acquiesça de la tête. « Mettez-en quatre. » Tant qu’on en est à peaufiner ta réputation, mon amour… pourquoi ne pas mettre le paquet ? « Il me faut un grand pichet de porto… elle ne le sentira pas là-dedans. »

« Bien vu », approuva Silvi essoufflée. « A ce soir alors ! » Elle escorta l’homme de haute taille à la porte et ils sortirent ensemble, laissant Gabrielle seule avec un Vasi silencieux et un Arès toujours grondeur. Elle s’assit et prit une gorgée de son cidre, regardant le grand garçon aux cheveux noirs d’un air interrogateur. « Tu ne l’aimes pas. »

Vasi sursauta et lui lança un regard noir. « Ce ne sont pas vos affaires. »

Elle mâchouilla un morceau de melon pensivement. « Il a l’air d’être un bon gars. »

Il leva les yeux. « Il n’a pas plus d’intérêt que de la poussière. »

« Ah. » Gabrielle prit un autre morceau de melon et mordit dedans. «Tu ne veux pas qu’il devienne roi, c’est ça ? »

Le garçon s’approcha. « Il n’a aucune éducation pour ça », lui dit-il en regardant autour de lui. « Il n’est pas né pour ça… comment pourrait-il gouverner la cité ? »

La barde se frotta les doigts et le regarda. « Je pensais que tu étais d’accord avec ce plan ? »

Vasi fixa la table d’un air dégoûté. « Et qu’est-ce que ça apporterait si je protestais ? » Demanda-t-il rhétoriquement. « Mais… non, la cité a besoin d’un vrai chef. »

Gabrielle prit deux chèvres et les ajouta à deux moutons, ce qui lui fit un centaure. « Laisse-moi… deviner. Si quelque chose arrivait à Silvi… tu ne serais pas son héritier, par hasard ? »

Il la regarda furtivement. « Si. »

« Ah. » Gabrielle hocha la tête pour elle-même. « Xena a raison. »

Il raidit le dos en entendant ce nom. « A quel sujet ? »

Elle soupira. « Rien de ce dans quoi je suis impliqué ne reste simple. »

Vasi lui lança un regard soupçonneux. « Qu’est-ce qu’elle entend par là ? »

Le retour de Silvi lui évita de répondre. Elle était rouge et ses cheveux étaient un peu décoiffés. « Est-ce qu’il n’est pas merveilleux ? » Lâcha-t-elle à la barde, s’avançant vers elle avant de s’asseoir. « N’est-ce pas ? »

Gabrielle entrelaça ses doigts. « Il est vraiment mignon », assura-t-elle la princesse. « Et il a de beaux yeux. »

Silvi pressa ses deux mains sur son coeur. « Et c’est dit par la Barde de l’Amour. »

La barde en question tressaillit. « Est-ce que… est-ce que tu vas le voir avant le dîner ? »

La princesse regarda des deux côtés avec une précaution excessive. « Chut… peut-être. » Elle gloussa légèrement. « Il a dit qu’il allait m’apporter une fleur pour que je la porte… est-ce que ce n’est pas romantique ? » Elle baissa les yeux. « Peut-être comme cette magnifique rose ? » Elle fixa la fleur. « C’est adorable. »

Gabrielle sourit. « Merci. » Peut-être que ton amour véritable et mon amour véritable pourraient comparer leurs choix floraux, songea-t-elle irrévérencieuse. Je parie que la mienne gagnerait. « Tu n’as pas dit que tu voulais aller au marché aujourd’hui ? »

Silvi sourit joyeusement. « Oui… » Elle gloussa. « Il a été si mignon… je voulais lui acheter quelque chose qu’il porterait ce soir. » Elle prit la main puissante de Gabrielle dans la sienne. « Gabrielle… tu connais les guerriers… peux-tu m’aider à choisir ? »

La barde sourit et lui tapota la main. « Bien sûr que je peux. »

Voilà, Xena, songea-t-elle tandis qu’ils se préparaient à être escortés dans la cour. Pas de danger… qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver pendant que je fais des achats.


A suivre 7ème partie

 

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Clap de fin, de Gaxé

 

                                                               CLAP DE FIN

 

 

Doucement, je passe un chiffon humide sur son front pour en éponger la sueur. Elle s’agite, marmonne un peu, mais n’ouvre pas les yeux. Je soupire, retenant péniblement un petit sanglot, puis recule légèrement afin de m’adosser sur ma chaise, avant de fermer moi aussi mes paupières.

 

Rapidement, de nombreux souvenirs me reviennent en mémoire, quelques images qui défilent derrière mes yeux fatigués. Les premiers jours passés en sa compagnie, alors qu’elle s’amusait, elle ne m’en a jamais rien dit mais je suis tout à fait persuadée de ça, de mes difficultés à suivre son rythme. Notre premier baiser, plus de deux ans plus tard, dans une petite clairière et sous un ciel étoilé, et tellement d’aventures que nous avons vécues ensemble, en Grèce, en Europe du Nord ou même en Chine….

Le bruit d’une quinte de toux particulièrement violente et sifflante me ramène brusquement à l’instant présent et je sursaute, rouvrant aussitôt les yeux pour voir ma compagne, à demi redressée mais semblant toujours inconsciente de son environnement, toussant violemment alors que des postillons d’une salive rougeâtre giclent sur la couverture de peau qui recouvre le lit. Grimaçant en remarquant les traces sanguinolentes sur ses expectorations, je me penche vers elle pour repousser les mèches, plus grises que noires à présent, qui collent à son front et ses joues luisantes de sueur, avant de tremper de nouveau le chiffon dans l’eau pour nettoyer son visage encore une fois, alors que je la soutiens de ma main gauche pendant qu’elle cherche son souffle et tousse encore et encore.

La quinte finit par s’achever et elle se laisse tomber sur l’oreiller, ouvrant enfin ses yeux bleus dans lesquels plus aucun éclat ne brille, pour me jeter un regard étonné.

- « Gabrielle ? »

Elle tente de se relever, son corps tremblant sous l’effort que ça lui demande et jette un coup d’œil par la fenêtre.

- « A quel moment de la journée sommes-nous ? Est-ce que ce n’est pas le moment d’aller m’occuper des bêtes ? » 

Je lui souris doucement et la repousse contre l’oreiller, posant délicatement ma main sur le haut de sa poitrine, avant de lui répondre, le ton apaisant.

- « Tout est pris en charge. Ne t’inquiète donc pas pour ça et repose toi. »

Elle fronce les sourcils, l’air intrigué et m’interroge encore une fois.

- « Pourquoi suis-je au lit ? »

Je n’ai pas besoin de lui répondre puisqu’elle se rallonge sans attendre, en fermant de nouveau les yeux, son épuisement clairement visible sur son visage. Je n’en suis pas tout à fait certaine, mais il me semble qu’elle se rendort aussitôt. Je jette un petit regard par la fenêtre, vers l’extérieur, pour constater que la nuit est près de tomber. Il y a encore peu de temps de cela, il aurait été l’heure de nous mettre à table, devant un repas que j’aurais préparé. Mais je doute que Xéna puisse avaler quoi que ce soit, et pour ma part, j’ai l’impression que je n’aurai plus jamais faim de ma vie. Je pousse un soupir plein de lassitude, regarde tendrement ma compagne, et finalement, me glisse dans le lit à ses côtés. Elle geint doucement et s’agite, mais quand je la prends dans mes bras, posant sa tête sur mon épaule, elle s’apaise un peu et semble dormir bien plus calmement, même si sa respiration reste courte et sifflante. Comme elle, je ferme les yeux et je finis par m’endormir moi aussi.

Je rêve. Des rêves multiples, colorés et mouvementés dans lesquels je revois nos nombreuses aventures, et les multiples personnages qui les ont partagées avec nous. Joxer bien sûr, mais aussi Salmonéus, Autolycos, les amazones, Meg et princesse Diana et bien d’autres encore Et puis Mynia, Arès, Aphrodite, sans oublier celles contre laquelle nous avons tant lutté, Alti et Callisto.

Je revois les combats, les luttes, les victoires et les défaites. Je revis de manière particulièrement réaliste les moments de tendresse, les petites joies et les grands bonheurs…             Et puis, mon esprit s’arrête sur nos dernières journées sur la route.

Nous avions fait une halte dans une auberge, dans un village dont le nom m’échappe. Nous étions toutes les deux fatiguées, couvertes de poussière après un voyage long quoi qu’un peu monotone, sur des routes très ensoleillées et poussiéreuses. L’ombre et la fraîcheur de la petite salle me firent soupirer d’aise tandis que ma compagne, elle, tentait d’étirer sa colonne vertébrale douloureuse de la longue chevauchée tout en espérant que je ne le remarquerais pas. Nous nous assîmes rapidement dans un coin d’où nous pouvions voir l’ensemble de la pièce, l’endroit stratégique selon elle, son préféré.

Et puis, à peine étions-nous installées, qu’il était là. Un grand gaillard brun et musclé à l’expression et au regard agressifs qui, manifestement, avait décidé de chercher la bagarre aussitôt qu’il avait reconnu ma compagne.

- « Ne serais-tu pas la célèbre Xéna ?

Il ricana, observant avec une désinvolture exagérée le sourcil qui venait de monter haut sur le front de mon amie tandis que je me crispais, reconnaissant immédiatement le genre de personnage belliqueux qui cherche la bagarre pour le simple plaisir qu’il éprouve à se battre. Comme à l’accoutumée dans ce genre de situation, Xéna resta parfaitement calme, se contentant d’esquisser un demi-sourire et d’interroger, la voix dangereusement basse.

- « Et si j’étais celle que tu crois, que me voudrais-tu ?»

- « Si tu étais… »

Il s’interrompit un instant pour plonger son regard dans le sien.

- « Ce que je veux, c’est te combattre, et te vaincre. Je veux être celui qui aura fait mordre la poussière à la célèbre princesse guerrière. »

Le sourcil de ma compagne grimpa encore plus haut, mais après quelques secondes, elle haussa les épaules et porta son verre de vin à ses lèvres en murmurant.

- « Je ne suis pas celle que tu cherches. »

Pendant une seconde il parut stupéfait, puis, il éclata de rire et dégaina son épée pour en approcher la pointe de la gorge de mon amie. Mais elle réagit très vite et repoussa vigoureusement l’arme, se levant aussitôt en repoussant bruyamment sa chaise sur le sol. Son ton était dédaigneux alors qu’elle répondit sèchement.

- « Si un combat est la seule chose qui peut te satisfaire, qui suis-je pour te refuser le plaisir de prendre une déculottée ? »

Il y eut un peu de morgue dans le reniflement qu’il émit en réponse mais il n’en dit pas davantage et précéda ma compagne jusqu’à la porte de l’auberge, puis dans la rue poussiéreuse devant l’établissement.

Ce fut long, et très difficile. Un combat qui semblait ne jamais devoir finir, les deux combattants n’ayant visiblement aucune envie de céder. Inquiète, je regardai ma compagne grimacer et s’essouffler, paraissant par moments en très grande difficulté. Mais s’il y a une chose qui n’a jamais changée chez mon amie, malgré les nombreuses années écoulées depuis notre rencontre, c’est bien sa fierté, et sa force de caractère. En l’observant, je notais pourtant sa fatigue et ce qui me semblait être une réaction à de vilaines douleurs dans l’une de ses épaules, conséquences d’une blessure reçue de nombreuses années auparavant.  Mais elle s’en sortit finalement. Principalement grâce à sa volonté, et aussi, je dois bien l’admettre, à quelques petites astuces de la guerrière expérimentée qu’elle est.

Quand son épée s’enfonça dans la chair de la cuisse de son adversaire et qu’elle en porta ensuite aussitôt la pointe sous sa gorge, son expression particulièrement menaçante, l’homme n’en menait pas large et reconnut tout de suite sa défaite, lâchant son arme en murmurant, le ton vaincu et les yeux baissés.

- « Je reconnais ma défaite. Ne me tue pas, s’il te plaît. »

Xéna ne baissa pas sa lame immédiatement mais, au contraire, l’appuya un peu plus fortement sur la gorge de l’homme avant de finalement baisser son arme, posant dans le même temps le pied sur la lame de son adversaire puis de lui indiquer qu’il pouvait s’en aller d’un simple signe de tête. Il ne demanda pas son reste et s’enfuit aussi vite qu’il le pouvait, boitant bas et tentant de diminuer le saignement de sa cuisse en appuyant fortement sur la plaie avec son poing. Ma compagne le regarda partir, une expression dédaigneuse sur son visage, et restant bien droite après avoir rengainé son épée.

Et puis, dès que l’homme fut hors de vue, elle s’effondra. Complètement. Ses genoux ployèrent et elle s’appuya lourdement sur mon épaule pour ne pas chuter au sol. Sa respiration s’accéléra, ses épaules tombèrent et, pour la première fois, elle parut plus que son âge. Un âge que j’ai toujours eu un peu de mal à évaluer, les années passées dans la glace semant la confusion dans mon esprit. Mais malgré tout, je sais qu’à l’exception de cette période, elle a passé au moins soixante-dix ans sur cette terre.                              Ce qui me surprend le plus, au fond, ce n’est pas l’âge somme toute vénérable qu’elle a atteint (et je suis parfaitement consciente que je ne suis guère plus jeune qu’elle), mais qu’elle ait réussi à y parvenir sans jamais faiblir et en donnant toujours l’impression d’être aussi forte et résistante maintenant que quand elle avait trente ans.

Sauf que ce n’était pas le cas ce jour-là. Et que si je pouvais le constater, c’était parce qu’elle ne pouvait plus le cacher. Elle resta un long moment à essayer de reprendre son souffle tout en faisant quelques petits mouvements comme pour assouplir les articulations de ses épaules et de ses poignets, avant de se redresser enfin, tirant machinalement sur sa tunique, puis de me désigner l’intérieur de l’auberge d’un mouvement du menton.

Nous retournâmes nous asseoir à la même table qu’auparavant et reprîmes nos verres en silence jusqu’à ce qu’une jeune femme, sans doute âgée d’à peine vingt ans, nous apportent deux assiettes remplies d’une espèce de ragoût accompagné d’un assortiment de légumes plutôt malodorant. En face de moi, ma compagne fronça le nez mais saisit fermement sa cuillère, mangeant lentement, toujours sans prononcer une parole. J’attendis un long moment, mais finalement, je pris la parole, choisissant chacun de mes mots avec de grandes précautions.

- « Xéna, je me demandais… »

Elle leva les yeux de son assiette, mais les abaissa aussitôt, ne semblant pas très intéressée par ce que j’avais à dire, sans doute parce qu’elle devinait ce dont je voulais parler. Mais je ne me défilai pas et commençai doucement.

- « Tu m’as l’air particulièrement fatiguée. »

Elle ne me regarda même pas lorsqu’elle répondit, laconique

- « C’était un combat difficile. »

Je soupirai mais poursuivis, gardant ma voix douce et la plus convaincante possible.

« - Il ne s’agit pas de cela. Tu sais très bien que le problème ne date pas d’aujourd’hui, ni même d’hier. »

Elle haussa les épaules, maussade, mais concéda tout de même, sa voix si basse que je dus tendre l’oreille pour saisir ses paroles.

- « Je sais. »

Honnêtement, je n’attendais pas qu’elle reconnaisse qu’il y avait un problème. Non pas qu’elle soit obtuse, au contraire, mais simplement parce que le sujet est particulièrement sensible pour elle. Soulagée de cette petite avancée, j’en profitai pour enfoncer le clou.

- « Chaque année, chaque mois qui passe empire les choses, tu t’en rends compte, n’est-ce pas ? »

Elle acquiesça d’un bref mouvement du menton. J’insistai, décidant de ne plus tourner autour du pot et lançant carrément.

- « Le poids des années pèsent lourdement sur tes épaules et chaque combat est plus difficile que le précédent. Tu ne peux plus continuer comme ça, Xéna, un jour ou l’autre, ça finira mal. »

Pour la première fois de ma vie, je la vis qui semblait vaincue. Elle hocha la tête en silence et poussa un profond soupir avant de reprendre, le ton las.

- « Je ne sais pas quoi faire, Gabrielle. Je sais que je vieillis et je ne compte plus les petites douleurs qui m’assaillent constamment. Mais qu’y puis-je ? J’ai une réputation à défendre, et lorsqu’on me provoque, il faut que je réponde. J’ai essayé de prétendre que je n’étais pas celle qu’il croyait, mais… Je ne pouvais tout de même pas me défiler. »

Je hochai la tête, je la comprenais tout à fait, d’autant plus que j’ai toujours su à quel point elle est fière. Mais, dans mon esprit, c’était de sa sécurité qu’il s’agissait dorénavant, ma plus grande crainte étant qu’un jour ou l’autre, elle perde le combat de trop, celui qui serait, de ce fait, le dernier. Alors, je tendis la main et pris doucement la sienne, avant de murmurer gentiment.

- « Je crois que nous devons changer de mode de vie maintenant, quitter la route et nous installer quelque part, rester un peu tranquilles. »

Elle resta silencieuse un long moment, continuant à manger lentement son espèce de ragoût, vraisemblablement sans prêter la moindre attention à son absence de saveur. Délicatement, je caressai sa main d’un petit mouvement de mon pouce, attendant patiemment qu’elle tire enfin une conclusion de cette petite discussion. Mais ce ne fut qu’une fois qu’elle termina son assiette, alors que j’avais à peine touché la mienne, qu’elle releva les yeux vers moi, poussant un profond soupir avant de répondre à voix basse.

- « Je n’ai aucune envie de changer notre manière de vivre, et je ne me suis jamais imaginée fermière, à m’occuper de poules, de vaches ou à cultiver des champs, ni même à réparer des clôtures. »

Elle soupira de nouveau et passa une main lasse sur sa nuque avant de reprendre, semblant se forcer à prononcer chaque mot.

- « Mais, pour être honnête, je dois reconnaitre que la vie sur la route est de plus en plus pénible, et fatigante. »

Je retins un sourire, ravie qu’elle se laisse convaincre, du moins à ce qu’il me semblait, et tentai de lui proposer une autre alternative.

- « Si l’idée de nous installer dans une ferme ne te convient pas, peut-être préfèrerais tu aller chez les amazones. Après tout, je suis encore leur reine, et je suis persuadée qu’elles nous accueilleraient à bras ouverts. »

Cette fois, elle réagit beaucoup plus vivement et redressa la tête, ses yeux lançant des éclairs.

- « Pour que chacune d’entre elles puisse constater à quel point je suis tombée bas et puisse se gausser de la princesse guerrière, ou pire encore, la prendre en pitié ? Il n’en est pas question, Gabrielle, je préfère encore rester sur la route et prendre le risque de me trouver confrontée à plus fort que moi ! »

Son ton sans réplique me décida à ne pas insister, du moins pour l’instant. Après tout, les occasions d’amener de nouveau ce sujet sur le tapis ne manqueraient sans doute pas dans l’avenir. Alors, je souris et hochai vigoureusement la tête. Cela sembla la satisfaire pour l’instant et elle s’adossa plus confortablement contre le dossier de sa chaise avant de parcourir la salle de l’auberge du regard, ses yeux passant d’un visage à l’autre alors que sa mine se faisait de plus en plus désabusée. Finalement, elle fit un signe à la serveuse pour qu’elle apporte un autre pichet de vin et se servit largement en murmurant

-« Je n’ai pourtant guère envie de leur ressembler… »

Elle ne prononça plus une parole par la suite, et je me tus aussi, la regardant pour la première fois s’enivrer sciemment et méthodiquement. Puis, une fois qu’elle fut à peine capable de tenir sur ses longues jambes, je l’aidais à monter les marches branlantes qui menaient à la chambre que nous avions réservée.

Sa décision paraissait avoir été prise plutôt rapidement, mais il fut évident pour moi qu’elle avait déjà pensé à tout cela, car le lendemain elle n’aborda pas le sujet, se contentant de se mettre dès le milieu de la matinée à la recherche d’une ferme, de terres, où nous pourrions nous installer sans tarder. Cela ne prit d’ailleurs que peu de temps et moins de deux semaines plus tard, nous prîmes possession de la maison et des terres que nous occupons encore aujourd’hui.

Elle n’eut apparemment pas grand mal à s’adapter à cette nouvelle vie, même si elle ne l’appréciait pas. En vérité, elle semblait plutôt résignée, et les seuls moments où je retrouvais la « vraie » Xéna, celle qui ne semblait jamais déprimée ou fatiguée, était ceux où elle partait pour de longues chevauchées sur le dos d’Argo V, ou VI, je ne sais plus. Là, je retrouvais dans les expressions de son visage, la joie sauvage qu’elle avait toujours éprouvée chaque fois qu’elle galopait.

C’est d’ailleurs ainsi qu’elle tomba malade, alors qu’elle était partie pour une longue promenade et qu’elle revint sous une énorme averse. Elle prit encore le temps de bouchonner et de nourrir sa jument avant de rentrer à l’intérieur, frissonnant déjà de froid. Et elle ne s’en releva jamais. Je la vis tomber malade un peu plus chaque jour. Frissonner, éternuer, et surtout tousser. Une toux de plus en plus grasse qu’aucune infusion et aucun cataplasme ne purent calmer. Une semaine après cette sortie, ce fut la fièvre qui survint, elle aussi augmentant légèrement chaque jour. Et après presque une semaine, elle s’alita. Je fis tout ce que je pus, lui passai sur la poitrine tous les baumes que je connaissais et en inventai même un ou deux, qui furent aussi inefficaces que les précédents. Je lui préparai toutes les tisanes possibles et imaginables, lui prodiguai tous les soins que je connaissais, mais rien n’y fit. J’ignorai si elle payait sa vie vécue hors de tout confort ou si sa santé, habituellement excellente, s’était finalement détériorée de manière définitive après tant d’années, mais son état ne s’améliora pas et, au bout de trois semaines, je n’étais pas loin de jeter l’éponge moi aussi.

 

Une autre quinte de toux particulièrement longue m’éveille brusquement et je sursaute, tendant immédiatement les bras pour enlacer ma compagne dont le souffle se fait de plus en plus court et sifflant. Doucement, je dégage les cheveux de son front et la soutient jusqu’à ce qu’elle se rallonge et ouvre enfin les yeux, me regardant avec ce qui me semble être de la résignation. Mais si sa voix est faible, son ton est tout à fait clair et lucide tandis qu’elle plonge son beau regard azur dans le mien.

-« Je suis désolée de te laisser tomber, Gabrielle, mais il semble que tu vas devoir finir le chemin toute seule. »

Je tente de sourire tout en fronçant les sourcils, une combinaison difficile, mais elle reprend péniblement son souffle avant que je ne dise le moindre mot pour réfuter ses propos.

-« Non, ne dis rien. C’est la fin, je le sais et tu le sais aussi. »

Elle s’interromps le temps de tousser longuement, et reprends aussitôt, levant faiblement une main tremblante pour essuyer les quelques larmes qui coulent sur mes joues.

-« J’ai beaucoup de regrets, concernant les nombreuses atrocités, les massacres, les pillages et les exactions de toutes sortes que j’ai commises dans ma jeunesse. Mais après avoir rencontré Hercule, j’ai fait de mon mieux pour me racheter, et j’espère avoir réussi. Surtout, je remercie tous les Dieux, à moins que ce ne soit le hasard, d’avoir croisé ton chemin et de t’avoir laissé me suivre… »

De nouveau, elle cesse de parler un instant, essoufflée, puis recommence à parler, semblant avoir de plus en plus de mal à respirer, et je dois me pencher pour mettre mon oreille tout près de sa bouche afin de ne pas manquer un seul mot de ce que je sais être sans doute ses dernières paroles.

-« Tu es et as toujours été une bénédiction dans ma vie, Gabrielle. Tu es celle qui m’a soutenue quand je doutais, et qui m’a aidée chaque fois que j’entreprenais quelque chose. Tu as apporté la joie, l’optimisme et la bonté dans mon existence. Rien, dans ma vie, n’aurait été pareil sans toi. »

Elle se tait encore une fois et ferme les yeux. Je vois encore sa poitrine se soulever légèrement au rythme de plus en plus laborieux de sa respiration et, persuadée que ce n’est plus qu’une question de minutes, ou de secondes, je pose délicatement mes lèvres sur son front, peinant de plus en plus à retenir mes larmes, Et puis, au bout d’un moment, je sens son corps se raidir et son souffle se raccourcir un peu plus, alors que je ne pensais pas que c’était encore possible. Difficilement, elle ouvre ses paupières, ses yeux déjà vitreux, et murmure :

-« Je t’aime Gabrielle, et au fond, je crois que je n’ai jamais aimé que toi. »

Un sanglot enfle dans ma poitrine, mais avant même que je l’ai relâché, son corps, dans mes bras, devient aussi mou qu’une poupée de chiffon…

 

Elle n’est pas morte au combat, comme elle l’aurait sans doute souhaité, mais elle est morte dans mes bras et je veux croire que ça lui a apporté un certain réconfort. Je me suis occupée de ses funérailles, au village, et depuis, l’urne qui contient ses cendres ne me quitte plus.

Je m’en vais là où elle n’a pas voulu aller. Je retourne chez les amazones, qui, j’en suis persuadée, m’accueilleront à bras ouverts. J’ai envoyé un messager à Eve, pour l’informer du décès de sa mère et si je n’ai pas encore reçu de réponse, je suis certaine qu’elle viendra me rendre visite au village. Ma conscience est tranquille et si la fatigue se fait sentir davantage chaque jour, je ne m’en inquiète pas. Bientôt, je me présenterai moi aussi devant Charon qui m’amènera au royaume d’Hadès. Et je la retrouverai là-bas. Cette pensée me fera tenir aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que j’arrive à destination. Ensuite, j’attendrai. Et si j’en crois tous les messages que m’envoient mon corps et mon pauvre esprit plein de chagrin, il n’y en aura pas pour longtemps.

Bientôt, je la retrouverai…

 

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