Guerrière et Amazone

01 novembre 2017

Automne

mar

Avec un peu de retard, mea culpa de ma part.

- Festival, partie 4

Merci à Fryda !

Bonne lecture !

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Le Festival, partie 4

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 4ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2017)


Gabrielle souffla pour enlever une épaisse couche de chaume de son nez et elle se retourna, lançant un regard noir à sa grande compagne tandis que les rires grivois continuaient autour d’elle. « Tu vas mourir pour ça, Oh Princesse Guerrière des promesses non tenues. » Un chant rauque de ‘joyeux anniversaire’ s’éleva autour d’elle et elle sentit une rougeur monter à son cou.

Le visage de Xena se figea un long moment. « Heu… je… »

« Je blaguais. » La barde se radoucit et la frappa sur les fesses. « Je savais bien que tu traficotais quelque chose… espèce de faux jeton… je sais que tu as dû dire quelque chose bien avant… même les Amazones chargées des fêtes ne peuvent avoir arrangé tout ça en une seule journée. » Elle plongea sous un autre seau de chaume filandreux et fit signe de la main au chœur. « Merci… merci… c’est incroyable… merci… » Une très jeune fille se mit près d’elle et sourit puis elle mit sur sa tête un cercle de fleurs tressées qui déposa une couverture de senteur douce et sucrée autour d’elle. « Hum… merci… » Elle sourit à la jeune fille qui rougit d’un rouge betterave et baissa les yeux, puis s’enfuit pour rejoindre une tablée d’Amazonettes, qui la regardaient avec des yeux agrandis et appréciateurs.

Oh… par un cochon aux jambes arquées. La barde soupira, mais ne put que rire tandis qu’elle tournait en un lent cercle et étudiait la salle à manger presque méconnaissable.

La pièce était remplie de drapés colorés et apparemment de tas sans fin de paille coupée qui se déversait rapidement partout, envoyant ses couleurs poussiéreuses sur les occupantes, les faisant devenir des arcs-en-ciel marchant et suant.

Gabrielle observa les rayures et sentit un rire monter, sa tension se dissolvant un peu à l’absurdité de la situation. Elle savait qu’elle n’en avait pas fini avec ce qui s’était passé, mais elle décida de mettre ça de côté pendant un petit moment, jusqu’à ce qu’elle ait la paix et la tranquillité et qu’elle puisse s’asseoir avec son journal et mettre ses pensées en ordre.

Une grande partie du village se trouvait là ; des tables avaient été installées partout et les artisanes avaient mis en place des étals. Chaque artisane avait mis en avant quelque chose qui pourrait lui être présenté comme cadeau et, tandis qu’elle faisait le tour de la pièce, une ombre sombre sur ses talons, elle trouva impossible d’être en colère contre son âme sœur pour avoir dévoilé le secret.

Après tout, elle avait fait la même chose, pas vrai ? Elle sentit Xena venir se mettre derrière elle et elle s’arrêta, la tête penchée pour regarder la grande femme avec une douce étincelle dans les yeux.

« Tu es en colère contre moi ? » Murmura la guerrière, audible bien que la pièce soit surpeuplée et bruyante avec les Amazones excitées.

« Comment je pourrais l’être ? » Répondit Gabrielle doucement. « En plus, je t’aurai au Solstice », l’avertit-elle, narquoise.

« Je me souviens que tu m’as dit que l’an dernier avait été ton seul vrai anniversaire depuis longtemps… je voulais m’assurer… » Xena se tut et haussa les épaules. « Je me suis dit que ce serait un bon endroit pour ça. »

« Arrête de t’excuser », reçut-elle dans une réponse sérieuse. « Elles s’amusent énormément… et moi… » Elle s’appuya contre la grande silhouette de la guerrière. « Ça ne me dérange pas… pas pour l’instant. »

Xena mit un bras autour d’elle. « Contente de l’entendre… amusons-nous. » Elle fit une pause et baissa la voix. « Nous en parlerons plus tard, d’accord ? »

« D’accord. » La barde regarda autour d’elle vers des objets emballés dans du raphia et qui pendaient des poutres. « C’est quoi ces trucs par Hadès ? »

« Ah. » Solari apparut de l’autre côté comme un écureuil excité. « C’était mon idée en fait… tu vois, ce qu’il faut c’est qu’on te mette un bandeau… »

« Un bandeau ? » Xena et Gabrielle répondirent ensemble.

« Oui oui… et ensuite tu tournoies avec ton bâton… je savais que tu étais plutôt bonne avec ça, bien qu’après ce jour… et bien… n’importe… tu tournoies et tu les fracasses. » Solari finit avec un air satisfait. « Des trucs partent dans tous les sens et celles qui les attrapent, les gardent. »

« Oh. » Gabrielle leva les yeux avec intérêt. « Hé… ça semble amusant. » Elle se tourna et sourit à Xena qui se baissait avec inconfort pour passer sous les objets balançants et fermait brièvement les yeux contre la proximité chaude et encombrée de la pièce. « En fait, on va faire ça maintenant. » Elle se tourna et fit un sourire radieux à Solari. « Et Solari ? »

L’Amazone se retourna, en train de prendre un bâton et un bandeau. « Oui ? »

La barde se pencha tout près. « Ouvre cette maudite fenêtre avant qu’on s’évanouisse toutes. »

Un paquet de chaume tomba sur la tête de l’Amazone brune et entra dans ses yeux. « Euh… oui. » Elle tendit son fardeau à la barde puis partit à pas lents vers les murs extérieurs. Gabrielle secoua la tête comme pour s’éclaircir les idées, puis elle se tourna vers un sujet bien plus important. « Chérie… viens par ici. » Elle mit son bâton sous son bras et prit le coude de Xena de sa main libre, la guidant vers la table principale qui était placée sous une fenêtre plutôt grande. Elle tapota le fauteuil près de l’ouverture d’une main puis elle alla vers le mur et ouvrit les panneaux, qui étaient fermés pour contenir le bruit de la fête, et elle laissa entrer une brise fraîche. « Ahh… c’est mieux. »

Xena la rejoignit à la fenêtre et se tint là un moment, se contentant de regarder dehors, prenant plusieurs inspirations profondes. « C’est chaud bouillant là-dedans », dit-elle tranquillement, observant un geai bleu atterrir sur une branche juste devant. L’oiseau sautilla de branche en branche et ouvrit son bec, faisant des bruits à son intention et tournant sa tête d’un côté pour regarder d’un air soupçonneux les créatures étranges qui l’observaient.

La guerrière tendit la main et fit un bruit bas et presque murmurant. L’oiseau sautilla plus près puis s’envola de la branche pour venir sur sa main, picorant sa peau de son bec avec curiosité. Xena rapprocha sa main et observa l’oiseau d’un air aimable. « Salut toi. » Il sautilla sur son index et pépia.

La brise la décoiffa et Xena inspira l’air frais, contente de tourner le dos à la salle peuplée. Elle savait qu’elle devrait chasser son petit copain et rejoindre la fête dans un moment, mais elle utilisa la diversion pour calmer ses nerfs et laisser ses défenses revenir avant de lever son bras à contrecœur et de le renvoyer. Elle se retourna pour voir Gabrielle qui l’observait, un petit pli inquiet sur son front. « Il n’avait pas de chapeau de fête. Il fallait qu’il parte », expliqua-t-elle avec un sourire de guingois.

Cela provoqua un rire de surprise de la part de la barde qui se détendit et lui donna le bandeau. « Tu m’aides avec ça ? » Elle prit avantage du chaos pour mettre une main sur le dos de son âme sœur et la masser affectueusement. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle doucement.

« J’adore chaque minute passée », répondit Xena d’un ton drolatique, tandis qu’elle prenait le bandeau et faisait tourner la jeune femme pour faire face à la salle. Elle noua avec soin le tissu à l’arrière de la tête de la barde, s’assurant que sa vision était entièrement obscurcie. « Voilà… comment c’est ? »

Gabrielle virevolta, manquant cogner sa compagne avec le bout du bâton qu’elle tenait.

Xena se baissa et mit une main sur la hanche de la barde. « Ouaouh ! » Une salve de rires fit le tour de la salle. «Vise en haut, Gabrielle… en haut… d’accord ? »

« Quoi ? » La barde se tourna à nouveau, obligeant son âme sœur à s’écarter brusquement et à plonger hors du chemin, provoquant une autre salve de rires. « Hé… où est-ce que tu es ? » Elle fronça les sourcils lorsqu’elle sentit l’absence de la guerrière.

Xena se glissa derrière elle et attrapa le bout du bâton pour l’immobiliser. « Juste ici. » Elle tapota le dos de la barde. « Je te dirige et tu tournes… qu’est-ce que tu en dis ? » Elle guida Gabrielle vers le centre de la salle et observa un cercle d’Amazones souriantes qui se formait autour d’elles. Avec soin, elle pointa le bâton dans la direction générale de l’un des objets suspendus. « D’accord… maintenant… tourne. »

Ce que Gabrielle fit, avec enthousiasme, et elle sentit le bâton craquer contre un objet dur, qui lâcha sous son attaque et éclata, envoyant une nuée de sons sur le sol en bois. « Je l’ai eu ? » Elle entendit un chœur de rires et des bruits légers de grattage tandis que les Amazones plongeaient vers le butin.

« Oui. » Xena se frotta la tête où un des petits objets emballés l’avait frappée. « C’est certain. » Elle regarda Ephiny qui les rejoignait. « Charmant, Eph », dit-elle à la régente souriante. « Attention… »

« Ephiny ? » Gabrielle tournoya, faisant à la fois plonger la régente et la guerrière pour s’écarter du chemin. « Hé… qu’est-ce qui se passe ? » Elle sentit les mains de Xena sur ses épaules à nouveau et elle essaya de se retourner, mais elle fut maintenue fermement en place. « Xe ? »

« Oui c’est moi. » Sa compagne rit. « D’accord… prête pour un autre ? » Elle dirigea la barde vers un autre objet qui balançait légèrement. Xena pencha la tête et tapota le dos de Gabrielle. « D’accord… en haut… maintenant tourne… ouaouh ! » Le coup tournant de Gabrielle la toucha à l’épaule et elle tressaillit.

« Oh… dieux… » Gabrielle tourna de l’autre sens, consternée, cognant une jatte de jus de fruits qui tomba de la table tout près. « Hé… » Elle tournoya et cloua un objet suspendu qui explosa et envoya une averse de perles en verre partout. « Que… »

Ephiny plongea pour le pichet et cogna un paquet de perles, glissant et entrant en collision avec Solari, qui attrapa le bord de la table, saisissant le tissu qui la recouvrait et entraînant le contenu avec elle. « Par les Bacchantes ! »

« Ouaouh ! » Gabrielle fit un pas et glissa sur le sol, essayant frénétiquement de reprendre son équilibre avec le bâton. Les Amazones plongèrent dans sa direction, paniquées, et Xena sautilla par-dessus les femmes comme un lapin dément essayant de rattraper son âme sœur. Elle attrapa un des bras de la barde et Gabrielle tournoya quand elle reconnut le toucher, frappant la guerrière à la tête avec son bâton et l’envoyant bouler contre l’une des tables d’objets artisanaux.

Malheureusement, c’était la créatrice des masques et des plumes voletèrent partout, explosant dans la salle comme si une volée de poulets s’était égayée à l’intérieur.

Gabrielle reprit son équilibre et sentit le bâton cogner une des boîtes suspendues. Avec un sourire, elle frappa fort, puis cria alors que les paquets qui étaient à l’intérieur tombaient sur elle. « Xena ? » Elle sentit le bâton arraché de ses mains et elle tâtonna, ses doigts touchant une peau familière. « Ah… tu es là. »

Des éclats de rire accueillirent ces paroles et elle se rendit compte où ses mains avaient atterri. « Oh… pets de Centaure. » Elle soupira et rougit furieusement. Elle sentit le tremblement quand Xena se mit à rire et elle décida de se mettre en sécurité, ses bras s’enroulant autour du torse en sueur de sa compagne, s’y agrippant comme pour sauver sa vie. Une douce pression contre sa nuque puis la lumière coula sur ses paupières et elle cligna des yeux, jetant un coup d’œil derrière le biceps de Xena. « Oh oh. »

Des Amazones couvertes de jus de fruits collant et de plumes lui souriaient. Ephiny souffla un brin de duvet de ses yeux et mit les mains sur ses hanches. « Ça c’est notre reine », dit-elle avec un sourire irrépressible. « Tu veux bien t’asseoir avant que nous finissions toutes nues et recouvertes de miel ? »

« Et ça pose un problème ? » Dit Xena d’une voix traînante, relativement indemne, à un cercle de rires grivois. « Je peux vous donner quelques idées pour les plumes. » Une autre salve de ricanements et elle put presque sentir la chaleur intense quand Gabrielle devint rouge brique, se cachant le visage contre la poitrine de la grande femme.

« Oh vraiment ? » Taquina Ephiny en lui lançant un regard sensuel. « Et moi qui pensais que vous donniez dans le truc en cuir. » Elle jeta un coup d’œil derrière elle. « Hé… couvrez vos oreilles de gamines, oui ? » Elle sourit lorsque les Amazonettes éclatèrent de rire.

Xena se mit à rire.

Gabrielle lui jeta un coup d’œil. « Quel truc en cuir ? » Demanda-t-elle, intriguée.

La salle éclata de rire.

« Je te dirai plus tard », l’assura Xena, puis elle vit le froncement qui se formait. « Tu te souviens de cette blague à laquelle nous avons joué il y a environ une semaine ? »

« Blague… blague… » Marmonna la barde. « Je ne me souviens pas d’un… » Son visage s’éclaira. « Oh. » Elle rit doucement. « Cette blague-là. » Elle remua les sourcils. « Oui… je me souviens bien… le fouet… et le… » Ses doigts tracèrent la clavicule de Xena inconsciemment. « Oui. »

La salle éclata de nouveau de rire et les gens commencèrent à bouger, essayant de se décoller des plumes et des grains colorés. Xena guida son âme sœur vers la table principale et s’installa dans un fauteuil avec un tout petit soupir de soulagement.

Gabrielle se passa la main dans les cheveux et regarda les Amazones joyeuses un moment puis elle tourna la tête. « Hé… » Elle leva une main et toucha la tempe de la guerrière, qui portait un coup rougissant. « Où est-ce que tu t’es fait ça ? »

Xena tourna le regard vers elle. « Heu… j’ai un peu glissé… suis tombée contre une table. »

« Tu as glissé », répéta la barde, l’incrédulité colorant sa voix.

« Oui… toutes ces perles… tu sais », expliqua la guerrière, sans vouloir lui annoncer que c’était elle qui avait causé le coup.

Gabrielle se réinstalla dans son fauteuil et étouffa un bâillement, puis elle soupira. « La fête ce soir… plus de jeux demain… Xena, il va me falloir des vacances après ça. » Elle roula la tête d’un côté et regarda sa compagne. « Tir à l’arc et combat à l’épée cet après-midi, puis toutes les compétitions d’artisanat demain… auxquelles tu vas aller ? »

Xena regarda ses mains un moment puis leva les yeux. « Je pense que je vais passer pour cette fois, mon amour… » Elle haussa les épaules. « Tu prends les lauriers. »

La barde s’appuya sur l’accoudoir. « Oh… oh… tu vas bien ? »

Des yeux bleus sérieux la regardèrent. « Je vais bien, pourquoi ? » Répondit Xena. « Je n’ai juste pas envie de m’impliquer cette fois. »

Gabrielle cligna des yeux, visiblement surprise. « Hum… d’accord », acquiesça-t-elle lentement. « Ça m’a juste étonnée… ça ne te ressemble pas. » Elle entoura le poignet de Xena de sa main. « Je présume que je suis tellement habituée à te voir compétitive… ça paraît étrange quand tu ne l’es pas… mais… » Un haussement d’épaules. « Génial… tu peux rester regarder avec moi demain… j’aime bien cette idée. »

Xena sourit et se détendit ; elle s’enfonça dans son fauteuil en essayant de trouver une position confortable pour son dos tendu. « Bien… je pense que je… quoi ? »

Les yeux verts étaient maintenant à quelques centimètres des siens et la regardaient avec attention. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Le mot ‘rien’ se forma sur ses lèvres, mais il ne sortit jamais, tandis qu’elle laissait passer un petit souffle à la place. « Je suis juste un peu endolorie », admit-elle tranquillement. « Cet empilement tout à l’heure… tu as des sujettes plutôt bien en chair, Majesté. » Une blague ironique, qui ne lui valut pas plus qu’un sourire de la part de son âme sœur. « Gabrielle… détends-toi, d’accord ? Je vais bien… assieds-toi et laisse-les poser ce plateau sur la table. »

« Hé… tout va bien ? » La voix d’Ephiny les interrompit, tandis que la régente les rejoignait à table, se laissant tomber de l’autre côté de Gabrielle avec un soupir.

Cette dernière lança un regard à la guerrière qui disait ‘attends tout à l’heure’ et elle s’assit à son tour. « Globalement », répondit-elle à Ephiny, produisant un léger rire avec ce mot. « Alors… fête d’anniversaire, hein Eph? Où est Pony ? » Elle n’avait pas vu la maîtresse d’armes depuis les combats au bâton et elle se demandait si elle était toujours en colère contre sa compagne.

Ephiny soupira et posa la tête sur une main, passant ses doigts dans ses cheveux blonds frisés. « Elle boude », admit-elle. « Je lui ai crié dessus pour avoir embêté Xena… elle est partie chasser. » Son visage prit une note désabusée. « Ça va aller pour elle… elle va revenir avec des lapins… ou un panier de poissons… couverte de boue, mais de meilleure humeur. »

La barde sourit. « Oh… elle fait ça aussi ? » Elle s’écarta du coup subtil dans ses côtes. « Surtout la boue… Xena a de la boue dans des endroits que je ne pensais pas possibles. » Elle ferma les yeux en réalisant comment ça sonnait. « Hum… je veux dire… oublie. » Elle fit un geste vers leurs visages souriants et hocha la tête pour remercier la serveuse qui mettait une énorme assiette pleine de bonnes choses assorties devant elle. « Mm. »

« Oh… pendant que tu étais occupée, les gamines t’ont écrit une chanson. » Ephiny sourit doucereusement, dégoulinante d’enthousiasme. « Allez, les filles… venez par ici. » Elle fit un signe au groupe de jeunes filles.

« Une chanson », répéta Gabrielle en mordillant un légume couvert d’un fromage de chèvre épais et parfumé à l’ail.

« Mmmhmm… » Ephiny prit une rondelle de pain et la plongea dans une terrine de pois épicés. « Tu sais… des mots, mis en musique. »

Gabrielle fit rebondir un pois sur le nez de la régente. « Ephiny, je suis une barde. Je sais ce qu’est une chanson. » Elle leva les yeux au ciel. « Une chanson, hein ? » Elle jeta un coup d’œil sur sa gauche où Xena était occupée à murmurer quelque chose à Solari. « Et… qu’est-ce que vous mijotez ? »

Deux visages coupables la regardèrent puis Xena lui accorda un de ses plus charmants sourires. « Nous ? » Elle secoua la tête, croisant les bras sur sa poitrine. « Rien. »

Un soupir. « Tu es tellement prévisible. » Un pois se fraya un chemin dans la direction de Xena et la guerrière l’attrapa proprement avec un éclair de dents blanches, qui lui sourirent alors. « Joli. » Gabrielle se tourna pour regarder les jeunes filles agitées qui lui souriaient timidement. Oh… par la queue d’un cochon. Elle fouilla son esprit pour trouver quelque chose à dire. « Heu… salut… vous avez… quelque chose… » Elle leva une main « … à me dire… »

La jeune fille qui lui avait donné les fleurs fit un pas en avant. « C’est une chanson… nous l’avons écrite pour toi. »

Je vais mourir d’embarras, juste ici. « Oh… ouaouh… c’est… génial », réussit-elle à coasser. « C’est très… heu… artistique de votre part. »

La jeune fille rayonna. « Prêtes ? » interrogea-t-elle ses collègues qui produisirent un harmonica et des bongos. « D’accord… et un… et deux… »

Des vibrations et des bongs emplirent l’air en même temps que les voix de chanteuses empressées, mais encore peu entraînées.

Boing… tudda tudda tudda…

Nous t’aimons Reine Gabrielle,

Oh oui beaucouououp…

Boing… tudda tudda…

Nous ne connaissons personne,

Qui soit comme toooooiiiii…

Boing boing bong boing… tudda tudda…

Quand tu es loin de nouous… nous avons le bluuuues…

Oh Reine Gabrielle, nous t’aimons beaucoup!

Boing ! Bam!

Xena avait une capacité très puissante pour se concentrer. A ce moment, elle se concentrait sur la poutre au-dessus de sa tête, envoyant toutes ses pensées et son vaste contrôle physique et mental pour ne pas éclater en rires hystériques. Les muscles de sa mâchoire étaient fermement verrouillés et elle comptait ses inspirations, dedans… dehors… dedans… dehors… et elle pensait activement à des choses déprimantes.

Elle imaginait un mouton sale, son pelage huileux et odorant laissant des traces noires sur tout ce qu’il touchait. Puis le mouton passa la langue vers elle et croisa les yeux, et elle faillit se lâcher, décidant de simplement fermer les yeux et faire comme si elle était ailleurs.

Gabrielle n’était pas sûre de savoir comment elle avait réussi à garder un visage impassible. Peut-être que c’était de la courtoisie professionnelle… elle savait qu’elle aurait détesté que quelqu’un rie d’elle pendant une représentation. « Hé… c’était vraiment bien », dit-elle sincèrement aux jeunes filles. « Je n’ai jamais entendu de chanson écrite pour moi auparavant… c’était vraiment… unique. »

« Tu veux la réentendre ? » Les gamines rayonnaient en la regardant.

« Hum… bien sûr… et pourquoi pas plus tard… pendant le dîner ? » Leur dit rapidement la barde. « En fait… vous pouvez apprendre à Xena à la chanter… »

Des yeux furieux, ronds et outragés la clouèrent avec une alarme surprise.

Elle sourit doucement à son âme sœur. « Tu la chanterais pour moi, pas vrai ? » Elle prit sa meilleure expression pour supplier Xena.

Celle-ci eut l’air d’avoir avalé un citron entier, l’écorce et tout, mais elle saisit l’occasion. « Bien sûr. » Une pause. « Si tu joues des bongos. »

La barde tourna la tête et regarda le groupe ravi. « On peut vous les emprunter plus tard ? »

La guerrière se pencha plus près. « Tu ne sais pas jouer des bongos », marmonna-t-elle en protestant.

« Pour cette occasion, j’apprendrai », répliqua son âme sœur. « Est-ce que tu sais jouer de cet harmonica ? »

Un haussement de sourcil noir. « Je pense à des choses bien mieux à faire avec… » Une main se posa brusquement sur sa bouche et elle sourit silencieusement à la barde, ses yeux bleus intenses étincelant.

Gabrielle fit un faible sourire à l’audience qui écoutait avec avidité. « Son temps… de meilleures choses à faire avec son temps… c’est une personne occupée. » Elle se mordit la lèvre quand Xena mordilla la peau douce de sa paume. « Merci… est-ce que… » Elle se tourna vers Ephiny, qui était presque pourpre à force de rire. « De l’eau froide dans le coin ? J’ai vraiment chaud. »

Rien de très utile ne fut fait après ce commentaire.


« Nous avons un peu de temps pour nous détendre avant le tir à l’arc… » Ephiny se pencha tandis que la fête s’atténuait. « Je vais prendre un bain… vous êtes intéressées ? »

Gabrielle mâcha le dernier morceau de sa pâtisserie aux noix et réfléchit à cette question. « Mm… il faut d’abord que je retourne chez nous… il faut que je m’occupe de quelque chose. » Elle tapota le bras de la régente. « Après… bien sûr… c’est génial. » Son journal était en haut de liste, en même temps qu’un peu de dorlotage envers une Xena qui ne soupçonnait rien.

« Très bien… on se retrouve là-bas. » Ephiny se leva et s’étira, son cuir ambré produisant une plainte crissante légère puis elle se secoua un peu et contourna la table, échangeant des commentaires ironiques avec les Amazones de chaque côté.

Gabrielle regarda son amie avec un sourire affectueux puis se pencha en arrière et tourna son regard vers sa compagne qui l’observait tranquillement. « Nous sommes invitées aux bains. » Elle tendit la main et essuya un peu de poussière bleue sur le bras de Xena. « C’est probablement une bonne idée. »

Xena hocha la tête. « Oui… ça me paraît bien. » Un bain chaud, ça sonnait… merveilleusement, en fait, même si elles devaient partager le lieu avec les Amazones bruyantes qui regarderaient avec avidité.

La barde se leva et tendit la main, légèrement surprise quand la grande femme la prit sans hésitation et se laissa soulever. Gabrielle ne rata pas le tressaillement bien caché, mais elle garda le silence et se contenta d’emmener son âme sœur hors de la salle à manger jusqu’au soleil chaleureux.

Tout était calme dehors alors que les Amazones se dispersaient pour se préparer pour les jeux de l’après-midi, la plus grande partie se dirigeant également vers la zone des bains pour enlever la poussière et la bouillie qui s’étaient abattues sur elles à volonté à la fête. La brise s’était levée et faisait bouger les feuilles dans le campement, leur apportant l’odeur riche et épicée de la fumée de bois depuis le puits où on cuisinait le dîner. Gabrielle mit sa main dans le creux du coude de sa compagne et prit une inspiration profonde. « Ça sent merveilleusement bon. »

Xena lui sourit. « Tu as encore faim ? » La taquina-t-elle doucement.

« Tch… non… » Gabrielle rit légèrement. « C’est juste… le bois qui brûle… je pense qu’elles ont ajouté du caryer. »

Un reniflement délicat. « Tu as raison », répondit la guerrière d’un ton approbateur. « Tu as aimé ta fête ? »

Gabrielle réfréna un bâillement, se disant sévèrement qu’il n’y aurait pas de sieste. « J’ai adoré… mais il y avait tellement de choses… tu as vu ces chobos ? » Elle sourit un peu. « Tu m’apprendras à m’en servir ? »

« Bien sûr. » Xena entoura les épaules de la barde de son bras et sentit qu’elle faisait de même à sa taille. La chaleur du bras de Gabrielle était vraiment bonne sur son dos nu et elle soupira tranquillement, tandis que la douleur lancinante relevait à nouveau sa tête grincheuse.

Rester assise aussi longtemps n’avait pas arrangé les choses et ce qu’elle avait vraiment envie de faire, c’était de se rouler en boule, de préférence avec Gabrielle, et de se détendre un moment. Ça ne va pas se faire, alors ravale, Xena… Se dit-elle sévèrement tandis qu’elles entraient dans leurs quartiers.

« Hé… où est Arès ? » Demanda Gabrielle en regardant partout à la recherche du loup. « Je l’ai vu après qu’on a quitté Menelda puis il a disparu. »

Xena plissa le front. « Hum… oh, c’est vrai… je l’ai envoyé chasser… il était un peu excité avec tous ces combats… je ne voulais pas qu’il plante ses crocs dans l’une de nos adversaires. » Elle rit un peu. « Quoique… d’un autre côté… »

Gabrielle se mit à rire. « Ah… d’accord. Il ne devrait pas tarder à rentrer maintenant. » Elle poussa la guerrière vers le lit. « Allonge-toi. »

Xena cligna des yeux, intriguée. « Hein ? »

La barde était agenouillée près de leurs sacoches et fouillait dans celle qui contenait le kit de guérison de Xena. « Allonge-toi et je vais te faire un massage du dos. » Une pause. « Vas-y… dis-moi que tu n’en veux pas. » Elle regarda la grande femme avec un œil connaisseur.

La guerrière se mordit la lèvre, une expression déconcertée sur le visage. « Hum… tu ne dois pas… » Elle s’interrompit et se recomposa. « Ce n’est pas si mal, Gabrielle… c’est juste une petite… »

Les yeux verts étaient affectueusement tournés vers elle tandis que la barde jonglait avec son petit flacon de pommade. Un haussement interrogateur de sourcil.

Xena rit un peu et capitula, en panne de pauvres excuses. Elle alla jusqu’au lit et se laissa tomber, retira ses bottes puis s’allongea sur son estomac et enroula légèrement son corps pour réduire la tension dans son dos douloureux. Elle sentit Gabrielle se glisser dans le lit près d’elle et l’odeur âcre et distincte de la pommade tandis que la barde en mettait un peu sur ses mains.

La guerrière ferma les yeux de soulagement profond tandis que Gabrielle commençait à œuvrer, agissant en silence pendant quelque temps tandis que ses doigts trouvaient la zone de tension qui était chaude au toucher. « C’est un peu gonflé ici », murmura-t-elle, en regardant la tête brune hocher légèrement. « Une belle contracture. »

Les cotes de Xena remuèrent quand elle inspira. « Oui… J’ai dû me raidir à fond… je pense que j’avais un genou là, aussi. » Elle soupira. « C’est ma faute… quel jeu stupide. »

« Quoi… une Eponine à demi nue suivie par la moitié de la nation Amazone qui nous pourchasse pour avoir volé son vêtement ? » Murmura la barde tandis qu’elle appuyait doucement sur la zone douloureuse, dans la partie basse du long muscle qui était parallèle à la colonne de sa compagne, du côté gauche. « Je me demande si elles vont ajouter ça au festival l’an prochain en ton honneur ? » Elle sourit en sentant le rire à contrecœur sous ses doigts. « Ça fait très mal ? »

Xena haussa les épaules. « Pas vraiment… c’est juste agaçant… je me suis raidie de partout dans cette fête. » Elle sentit son corps répondre aux mains de la barde, les muscles se relâchant et se détendant comme par magie. La pommade aidait aussi, mais elle savait que le plus gros venait de l’influence de Gabrielle et ça l’avait toujours été même avant qu’elles avancent dans leur relation. Un léger sourire passa sur ses lèvres quand elle se souvint d’une nuit froide et humide il y avait deux longues années.

La pluie était tombée toute la journée et elles avaient été dessous pratiquement tout le temps, dans les plaines sans même un arbre décent pour s’y abriter. Pas de cité, pas de grotte… pratiquement toutes leurs possessions étaient trempées et la température était tombée toute la journée tandis que la tempête se déroulait.

D’une certaine façon, Xena avait réussi à trouver assez de bois à demi sec pour produire un petit feu, mais il avait été insuffisant pour les réchauffer et même les couvertures de selle d’Argo étaient trempées. Elle les avait accrochées contre un rocher proche pour les sécher, mais ça ne serait pas le cas avant le matin, si elles avaient de la chance.

Gabrielle avait maintenu un silence malheureux depuis le déjeuner. La guerrière pouvait voir la chair de poule sur toute la peau de la jeune fille et il y avait un soupçon de bleu autour de ses lèvres. Elle était assise aussi près du feu qu’elle le pouvait, ses bras entourant ses genoux tandis qu’elle essayait de sécher ses vêtements courts de style amazone.

Xena était… mal. Elle savait que si elle-même, elle avait froid, alors Gabrielle, par définition, devait être frigorifiée et elle jeta un coup d’œil autour d’elle à la recherche de quelque chose pour la soulager. Tandis qu’elle regardait sa compagne de voyage, elle pouvait voir la faible vibration alors qu’elle serrait les dents sur son tremblement involontaire, déterminée à ne pas laisser un mot de plainte passer ses lèvres.

Ce qui avait rendu Xena encore plus mal, tandis qu’elle se rendait coupablement compte que la jeune fille avait décidé qu’elle ne pouvait montrer aucune faiblesse à moins d’être chassée, ou laissée derrière ou…

Elle ne s’était pas encore rendu compte qu’elle était entrée tellement profondément dans le cœur de Xena, que la guerrière n’aurait pas plus pu la chasser que soulever et porter Argo.

Et la guerrière avait eu l’impression qu’elle était toute faite de nœuds. La tension due au froid lui avait donné un mal de crâne battant et chaque fois que la brise froide touchait sa peau, c’était pire. Même le thé brûlant n’avait rien fait et il n’y avait pas assez de combustible pour cuisiner sérieusement, alors elles avaient dû se contenter de viande séchée et de fruits flétris qu’elles avaient dans une sacoche.

Elle avait étudié Gabrielle longuement avant de prendre sa décision, puis elle avait étalé son couchage, le plus grand des deux, aussi près du feu qu’elle l’osait. Gabrielle avait jeté un coup d’œil puis s’était levée à contrecœur, avançant péniblement pour prendre son propre couchage, s’arrêtant quand Xena avait levé la main.

« Attends. »

Elles s’étaient regardées et Xena se rappelait clairement une nervosité bizarre et chatouilleuse tandis qu’elle s’éclaircissait la voix. « Ecoute… il fait trop froid… nous devons rester ensemble ce soir ou aucune de nous ne va dormir. » Elle tenta de rendre la perspective… ordinaire… désinvolte… raisonnable. Ce n’était pas grand-chose.

Gabrielle avait froncé les sourcils et elle avait regardé le couchage, puis Xena pendant un long moment avant de hocher gravement la tête. « Très bien », avait-elle répondu doucement. « Ce truc est tout mouillé en plus. » Elle regarda ses couvertures avec un froncement de sourcils. « Ça va sûrement me donner encore plus froid. »

Xena les lui avait pris. « Allez… allonge-toi. Je vais les mettre à sécher. »

La barde lui avait fait un sourire reconnaissant, puis elle était retournée vers le feu, s’allongeant avec hésitation sur la couverture plus épaisse de Xena, qui avait été mise sous les sacoches et était pratiquement sèche. Elle avait passé les doigts sur sa surface dans un léger émerveillement et un minuscule sourire lui avait tordu ses lèvres bleuies de froid.

Xena avait pris une inspiration, sentant une torsion dans ses entrailles, qui l’avait vraiment étonnée tandis qu’elle se mettait à genoux et s’installait près de Gabrielle. Elle pouvait voir les tremblements qui traversaient le corps de sa jeune compagne qui faisait face au feu. Xena s’était blottie contre elle puis avait mis une main sur le bras froid près d’elle. « Viens par ici. »

La barde habituellement bavarde était restée sans voix tandis que Xena l’entourait de ses bras et la rapprochait d’elle. Gabrielle s’était blottie contre elle et la guerrière avait senti un rapide battement du cœur de la jeune fille qui avait amené un tout petit sourire nostalgique sur ses lèvres tandis qu’elle tirait la couverture toujours humide sur elles deux et que leurs corps sentaient la présence de l’autre dans un contact intime pour la première fois.

Ça avait été comme de la magie. Si elle fermait les yeux, Xena pouvait toujours ressentir ce merveilleux et effrayant moment, quand son corps surpris avait réagi, envoyant une giclée sauvage de sang vers sa peau qui avait chassé ses propres tremblements et apporté une poussée puissante de chaleur qui s’était transformée en frissons de différentes façons le long de son dos.

Elle était restée ainsi, sachant que ça ne pouvait pas aller plus loin, sachant que ce n’était que le froid et l’humidité et son désir profond de s’assurer que la pauvre gamine ne gelait pas à mort ; sachant que Gabrielle n’était certainement pas intéressée par elle, mais à ce moment, elle s’en fichait vraiment.

Son corps s’était complètement détendu et elle avait senti le cœur de Gabrielle ralentir tandis que la jeune fille arrêtait de trembler et relâchait une inspiration légère et soulagée. « C’est mieux ? » avait-elle demandé, d’un ton nonchalant, massant le bras de la barde. « Tu avais plutôt froid. »

Elle n’avait pas vu le visage de Gabrielle, mais elle avait senti les muscles bouger sous la peau de son cou, là où la barde était nichée alors que celle-ci souriait. « Hum. » Le souffle chaud l’avait chatouillée. « Bien mieux. Merci. » Elle avait pressé ses mains très doucement sur le cuir souple qui couvrait l’estomac de Xena. « Tu es agréable et chaude. » Il y avait une note rare et timide dans la voix douce de la barde. « C’est vraiment stupéfiant. »

Xena, qui était gelée jusqu’aux os quelques minutes auparavant, se contenta de hausser les épaules à ce commentaire. « Je suis habituée à être dehors… c’est… » Timidement, le bras de Gabrielle se pressa contre sa taille et Xena avait entendu sa voix très légèrement chevroter. « C’est… juste un de ces trucs. » Elle avait mis la tête de la barde sous son menton et avait soufflé, se laissant absorber ce qu’elle ressentait dans cet instant hors du temps.

C’était tellement agréable.

Elle avait passé tellement de temps à garder tout le monde dehors, loin d’elle. C’était un sacré bon sentiment de ressentir ce simple contact humain. Sans contrepartie. Donné librement. Si plein de confiance.

Ça avait été un moment très chaud dans une vie très froide.

« Hé… » Une traction sur ses cheveux ramena son attention au présent.

« Mm ? Désolée… j’étais… hum... » Elle chercha une excuse raisonnable. « Ah… je… »

« Rêvassais », proposa Gabrielle, avec un sourire indulgent, ayant vu l’expression d’éloignement dans les yeux bleu clair. « J’espère que c’était un beau rêve. »

Xena hocha la tête. « Un souvenir très plaisant. » Elle roula lentement sur le dos et s’étira un peu. « Mm… c’est bien mieux… merci. » Une chaleur chatouilleuse avait remplacé la douleur lancinante et elle prit une inspiration joyeuse tandis qu’elle regardait son âme sœur. « Tu sais que mes meilleurs souvenirs sont ceux avec toi. »

Une expression indéchiffrable de joie tranquille s’installa sur le visage de la barde. « Pareil pour moi. »

La guerrière lui prit le flacon des doigts et tapota sa poitrine. « Allonge-toi… je parie que tes épaules sont un peu tendues après toute l’activité de ce matin. »

Gabrielle bougea un peu et lui fit un sourire désabusé. « Oui… » Elle s’installa avec reconnaissance, s’étalant sur Xena avec un soupir de satisfaction, tandis que les doigts puissants se mettaient au travail, commençant sur le bas de son dos et se frayant un chemin jusqu’à ses omoplates. La tension qui régnait dans son corps se dissipa, remplacée par une lassitude paisible qui permit à la somnolence qu’elle avait tenue à distance de gagner un peu. « Mmm… tu ferais mieux d’arrêter. » Elle soupira à contrecœur. « Nous avons une après-midi chargée devant nous. »

« Mmhmm… » Xena acquiesça sans ralentir un seul instant. « Et une soirée encore plus chargée… c’est le bon moment pour une sieste. »

« Non… non… ça va… » Gabrielle sentit ses yeux se fermer contre sa volonté, cependant, tandis que la simple suggestion d’une sieste prenait le contrôle. « Je voulais écrire un peu dans mon journal… »

« Tu as le temps de le faire plus tard », murmura doucement Xena. « Allez maintenant… donne-moi une excuse pour être paresseuse un petit moment, d’accord ? » Elle ralentit son mouvement délibérément, devenant plus apaisante tandis qu’elle touchait des points familiers sur le dos de Gabrielle.

La barde sourit. « Tu as besoin d’une excuse ces temps-ci ? » La taquina-t-elle doucement. « Je pensais que j’avais fait du meilleur travail que ça sur toi. »

La guerrière rit ironiquement. « C’est trop vrai », admit-elle. « Quand même Pony me dit que je me ramollis, c’est plutôt effrayant. » Ses mains s’occupèrent de la nuque de la barde. « J’ai toujours dit que ton influence était mauvaise. »

Gabrielle ouvrit un œil vert et la regarda d’un ton spéculatif. « Tu ne sembles pas trop fâchée avec ça », dit-elle avec une légère surprise.

Un moment de silence tandis que Xena passait le concept en revue. Puis elle haussa les épaules. « Je ne le suis pas », dit-elle sérieusement à sa compagne. « Je pense que j’ai décidé qu’il était temps que j’arrête de me pousser aussi fort, Gabrielle. »

Elle fut récompensée par un doux sourire. « Je n’aurais jamais pensé entendre ça de ta part… mais je suis contente. » Elle referma son œil et lâcha un souffle de satisfaction. « Quoi qu’il en soit, pendant qu’on est sur le sujet, tigresse, dans ce vêtement, n’importe quel idiot à demi aveugle peut voir qu’elle essayait de te mettre en colère. » Elle chatouilla les côtes exposées de Xena et bâilla, abandonnant la lutte pour rester éveillée. « Ne la laisse pas t’énerver », marmonna-t-elle, ses mots traînants. « Je sais ce que c’est. »

Xena regarda avec indulgence sa respiration s’approfondir et ralentir et elle sentit Gabrielle se détendre pleinement contre elle. Elle passa quelques minutes à caresser les cheveux de la barde, ordonnançant nonchalamment les mèches tandis que le sommeil appelait son âme sœur et elle sentit qu’elle se relaxait elle aussi.

Elle concéda qu’elle était parfaitement satisfaite d’être allongée là et de ne pas bouger d’un pouce, à bercer le corps endormi de la barde contre elle aussi longtemps que la jeune femme en aurait besoin. C’était un sentiment bizarre et légèrement déconcertant que son agitation naturelle soit domptée comme ça, comme ça ne l’avait assurément pas été pendant sa propre grossesse.

Elle avait été au moins plus anxieuse, irritée face à son inhabilité grandissante pour contrôler son corps et frustrée par les demandes constantes et exigeantes sur son énergie et ses réserves. Ceci était… plus agréable, admit-elle intérieurement, savourant la paix chaude qui s’immisçait insidieusement en elle. C’est une bonne chose que nous rentrions à la maison ensuite… mes réflexes sont assurément plus aiguisés… c’est si fichument étrange de ne pas…  Elle pouvait à peine marquer ce qu’était ce manque… elle savait juste que c’était un sentiment incroyable de paix.

Elle avait toujours été… agressive, à défaut d’un autre terme. C’était une tension profondément installée et énergétique en elle qui émergeait comme un esprit agité toujours à la recherche de nouveaux défis, de nouveaux obstacles… qui lui rendait difficile l’attente… qui la rendait impatiente et brusque avec les gens… elle n’avait jamais été satisfaite si elle devait rester tranquillement assise même quelques minutes.

C’était comme si cette situation lui avait pris ça, pris la colère perpétuelle et le désir insistant de bouger, de faire quelque chose, de se battre… de laisser derrière elle une paix tranquille qui franchement… l’effrayait un peu. Elle n’était pas habituée à ce sentiment paresseux et content, qu’elle n’avait expérimenté auparavant que dans de toutes petites occasions, pendant des périodes courtes. C’était trop bon. Elle pourrait aisément s’y perdre et ensuite où est-ce que ça la mènerait ?

Elle soupira et décida de s’en inquiéter plus tard. Là maintenant elle laissa ses yeux se fermer et mit ses sens en alerte, laissant les sons et les odeurs du village entrer en elle, notant le bruit des flèches qui touchaient leur cible, et le son métallique léger et distinct des épées, qui lui parvenaient par-dessus le bruissement du vent qui bougeait les branches devant leurs quartiers. Une légère brise de fumée de bois passa par la fenêtre, lui apportant une odeur de viande rôtie, et tout autour la senteur riche et lourde de la forêt.

Elle resta ainsi pendant un moment, flottant quelque part entre le sommeil et l’éveil, dans un crépuscule sombre, jusqu’à ce que le bruit de pas approchant lui fasse cligner et ouvrir les yeux et elle tourna la tête pour voir une tête familière passer par l’ouverture. Xena eut un mouvement de tête, mais fit signe à Ephiny de ne pas faire de bruit tandis que celle-ci se glissait à l’intérieur et traversait la pièce.

L’Amazone blonde se posa sur le bord du lit et sourit un peu en regardant avec indulgence la forme endormie de Gabrielle. « Elle va bien ? » Demanda-t-elle à voix basse.

La guerrière hocha la tête, caressant les cheveux soyeux d’un air absent. « Oui… elle est juste fatiguée un peu plus vite maintenant… j’ai pensé que ce serait une bonne idée qu’elle se repose un peu avant ce soir. » Elle regarda affectueusement la jeune femme jusqu’à ce qu’une main sur son bras lui fasse lever les yeux vers Ephiny. « Désolée… quoi ? » Elle eut un petit sourire penaud.

« Xena… » Les yeux noisette l’étudiaient avec un peu d’inquiétude. « Tu vas bien ? » Elle parla à voix très basse pour éviter de réveiller Gabrielle. « Tu as été tellement calme… ça ne te ressemble pas. »

La guerrière prit un temps, décidant quoi lui dire, puis elle se contenta de hausser les épaules. « Je ne savais pas que j’étais particulièrement bruyante… je pensais avoir causé suffisamment d’ennuis ce matin… pas vrai ? »

Ephiny plissa le front. « Ce n’est pas ce que je… » Elle s’interrompit. « Bon, oublie… peut-être que c’est juste mon imagination. » Elle rit un peu. « Ecoute… les choses sont lancées pour ce soir… tu veux savoir à quoi t’attendre ? »

Les yeux bleus la regardèrent avec un léger amusement. « Si ça implique quoi que ce soit de physique, tu ferais mieux de me le dire maintenant, pour que je ne décapite personne », avertit-elle en blaguant à demi.

« Non… nous te connaissons bien. » La régente sourit. « En plus, franchement, personne ne veut affronter Gabrielle si quelque chose t’arrive, alors… tu es en sécurité. » Elle entrelaça ses doigts et les mit autour de son genou. « C’est une cérémonie simple… deux des anciennes la président et posent quelques questions, ensuite les deux partenaires échangent des vœux et c’est fini. » Elle renifla d’un air pensif. « Dans ton cas… c’est un peu différent parce que tu seras adoptée par la Nation en même temps… » Elle pinça les lèvres. « Menelda est grognonne, contrariée et irritable… elle a juste accepté de laisser l’inévitable se produire, mais elle veut que tout le monde sache que c’est à cause de Gabrielle pas parce qu’elle t’apprécie soudainement. »

Xena leva les yeux au ciel.

« Oui… oui… je sais… » Ephiny soupira. « Et j’ai réussi à faire que les anciennes acceptent que te faire combattre est une perte de temps futile, alors on se contentera de noter que tu sais par quel bout on attrape une épée. »

Un autre roulement d’yeux. « Et ? »

La régente prit une inspiration. « Et… ensuite tu jures ta loyauté personnelle à elle et c’est… fini. »

Xena regarda la forme étalée de son âme sœur puis haussa un sourcil vers Ephiny. « A elle ? » Demanda la guerrière avec une calme intention.

La régente comprit. « Oui… à elle, personnellement. » Un tout petit sourire se forma. « J’ai passé un moment dans les archives à creuser pour les règles… ça faisait un moment depuis qu’une Reine en exercice n’avait pris une épouse hors de la Nation. »

La guerrière sourit. « Je peux faire ça. » Elle massa le dos de la barde, ce qui fit murmurer sa compagne et resserrer sa prise. « Pas de problème. » Intérieurement, elle était soulagée. Elle l’aurait fait indépendamment de ça, mais savoir que c’était à Gabrielle personnellement et pas à la Nation dans son entier… la faisait se sentir bien mieux.

« Je me disais bien », commenta Ephiny. « Nous sommes sur le point de démarrer pour l’après-midi… vous nous rejoigniez ou bien… » Elle baissa son regard sur la barde qui remuait maintenant. « Et bien, salut. »

« Mmpf. » Les yeux verts se tournèrent vers elle, puis étudièrent le visage anguleux au-dessus du sien. « C’est le moment ? »

« Ouais », confirma Xena, souhaitant que ce ne soit pas le cas. Elle était fascinée par la lumière du soleil qui coulait par la fenêtre et saisissait les poils fins et duveteux sur la joue de la barde, jusqu’à ce qu’elle cligne des yeux et secoue un peu la tête pour l’éclaircir. Bon sang… secoue-toi, d’accord ?

Gabrielle roula sur le dos et s’étira. « Bon… » Elle tapota l’estomac de sa compagne. « Merci pour l’oreiller », dit-elle, laissant son toucher traîner et tracer les muscles visibles juste sous la peau bronzée tandis qu’elle posait la tête sur son autre main et regardait Ephiny, notant l’expression tendue sur le visage de la régente. « Tout va bien ? »

Ephiny hésita puis hocha la tête. « Oui… oui… sûr… tout va super bien. » Une pause. « Pourquoi ? »

« Tu es agitée », répondit la barde en regardant les doigts de la régente que celle-ci nouait compulsivement.

Puis elle cligna des yeux. « Tu ne rates pas grand-chose », dit Ephiny, tranquillement.

Un léger sourire passa sur le visage de Gabrielle. « La pratique. » Elle laissa son regard aller du visage de Xena à celui de la régente. « Alors… crache. »

Ephiny mit ses mains sous ses bras. « C’est rien… c’est… juste que je voulais que tu sois là pour la compétition en quelque sorte… j’ai… euh… je dois m’occuper de quelque chose. » Elle garda le regard posé vers le sol, observant le tapis tissé coloré qui en couvrait une bonne partie.

Les yeux bleus et verts se croisèrent dans une compréhension totale. « Alors. » Xena croisa ses jambes nues aux chevilles. « Pony est revenue ? »

Le sursaut de surprise de la tête d’Ephiny était une réponse en elle-même. « Comment tu… je veux dire… » Elle garda le silence puis se leva, frustrée, et alla à la fenêtre, où elle mit les mains de chaque côté de l’encadrement. Un long soupir s’ensuivit. « Je devrais juste l’ignorer… elle est dehors à broyer du noir… je devrais juste la laisser », déclara Ephiny, tranquillement. « Quoi qu’il en soit, vous n’avez pas à vous préoccuper de ça vous deux », conclut-elle, en regarda vers le campement affairé.

Xena pointa sa compagne en silence, les deux sourcils haussés de questionnement.

Gabrielle eut un hochement de tête agacé. « Discussion sensible. Je sais », épela-t-elle sans son, puis à son tour elle montra Xéna du doigt. « Si ça ne marche pas, tu vas devoir la trouver », ajouta-t-elle en mimant avec un air sévère.

La guerrière hocha la tête et se mit debout, étirant son dos avec précaution et souriant en réflexe au pincement bien réduit. « Je vais… » Un sourire. « M’échauffer pour ce truc à l’arc… ça va la faire sortir. » Elle prit ses bottes et sortit à grands pas lents, laissant la régente et la barde seules.


Vu de l’extérieur, le surplomb rocheux semblait solide. Il était recouvert d’un voile de mousse, sombre de la rivière toute proche, et il s’allongeait au-dessus de l’eau, fournissant un perchoir pour les faucons qui s’ennuyaient en cherchant des poissons. Des buissons épais poussaient tout autour et une personne aurait des difficultés à voir la petite ouverture qui menait à une grotte vaguement circulaire et au sol poussiéreux et qui se trouvait au-dessous.

Eponine remonta ses genoux et posa ses avant-bras dessus, regardant l’eau s’écouler, tandis qu’elle fixait la rivière qui transportait parfois une branche et des débris dans son passage.

Tout était tranquille et elle venait ici quand les choses allaient mal, juste pour s’asseoir, regarder la rivière en perpétuel changement et rester paisiblement assise. Elle avait trouvé cette petite cachette quand elle était gamine et avait l’habitude de s’y réfugier avec ses amies pour échapper aux tâches sans fin et ennuyeuses des anciennes.

Elle regarda autour d’elle, entendant les faibles échos de son enfance, quand elle avait joué aux épées et aux flèches dans cette petite caverne, ses bottes s’enfonçant légèrement dans le sol sablonneux, et sa respiration haletante tandis qu’elle menait des batailles héroïques avec des branches arrachées.

Ça lui semblait être il y avait bien longtemps.

La plupart de ses amies étaient parties… ou mortes… victimes soit de leur envie de voyage ou de la guerre, certaines parties voir le monde pour vivre d’autres vies, d’autres dans différents villages Amazones.

Elle avait choisi de rester, même à travers les crises, à travers les changements, la mort de Mélosa et l’ascension d’une étrange jeune outsider qu’elle avait commencé par dédaigner et avait fini par… admirer.

Envier, si elle était honnête avec elle-même, mais pas pour le masque de la Reine.

Bon sang. Elle était supposée être la guerrière la plus coriace et la plus méchante de la Nation.

Et… la plupart du temps, elle l’était, vous savez ? Après tout, elle avait ressenti ce stupide et idiot… bon sang… béguin d’adolescente pour Ephiny et elle l’avait juste… enfoui quelque part, hors du chemin. Ça n’allait tout simplement pas arriver, pas dans cette vie, alors elle avait opté pour que cette femme devienne son amie et c’était ce qui s’était produit. Pas vrai ? Vrai.

Ensuite cette maudite femme avait décidé de l’embrasser. Elle ne s’y était pas attendue, pas le moins du monde, et ça l’avait renversée, à la fois physiquement et dans tellement d’autres sens que c’était un miracle qu’elle n’ait pas passé les deux semaines suivantes à se cogner aux murs.

Au lieu de ça, elle avait passé les deux semaines suivantes dans une sorte de rêverie, ne croyant pas vraiment à ce qui se passait, mais avec l’envie d’être joyeusement leurrée aussi longtemps qu’elle le pourrait. Toutes ses autres relations avaient été strictement occasionnelles, la plupart du temps un compagnonnage, de l’amusement et des rires… rien de sérieux, rien qui dure.

Elle avait voulu que ceci soit différent.

Et ça avait commencé à l’être, un peu… doux et affectueux… Ephiny avait commencé à échanger des trucs avec elle… des petites histoires de sa vie, ses espoirs… comment elle n’avait jamais imaginé se retrouver dans la position qu’elle occupait maintenant.

Elle s’était laissé croire en ça… jusqu’à ce qu’elle vive encore un désastre et qu’elles aient eu à traverser tout ce truc avec Gabrielle… et après ça, ça avait changé. Eph appréciait toujours les moments passés ensemble, mais… elle avait cessé de partager… cessé…

Eponine l’avait un peu poussée… désorientée… et la régente lui avait dit qu’elle ne voulait pas prendre de risque.

Elle ne voulait pas prendre de risque. Elle ne s’était pas attendue à ce que ça fasse aussi mal. Peut-être que c’était parce qu’elle voulait croire. Pas qu’elle regrettait ce qu’elles avaient… elle ne le regrettait pas. C’était chaleureux et amical et elle aimait avoir quelqu’un avec qui partager un lit… Ephiny était drôle et intelligente… parfois sarcastique et maligne. C’était une amie géniale et une bonne amante, mais.

Mais.

Mais à la vérité, ses sentiments étaient bien plus profonds que ça… elle aimait Ephiny avec une sorte d’intensité presque impuissante, qu’elle n’avait vécu que peu de fois dans sa vie. C’était le genre d’amour qu’elle voyait entre Gabrielle et Xena et ça lui faisait mal de savoir qu’elle n’aurait jamais ça en retour.

La plupart du temps, elle essayait juste de ne pas y penser. Mais quand elle voyait ces deux-là ensemble, la façon dont Xena laissait tomber toutes ses défenses considérables et laissait la barde la mener par le bout du nez… comment elle faisait craquer ces plaques d’armure et laissait tout le monde voir la femme sensible à l’intérieur… et bien, bon sang… elle souhaitait pouvoir faire ça à quelqu’un elle aussi.

Alors oui, elle était jalouse de Xena, et pas qu’un peu, et c’était surtout la raison pour laquelle elle titillait constamment la grande femme, la défiait… essayant peut-être de se prouver que ce qu’avait Xena n’était pas si fichument loin de sa portée. Ce qui était, elle le savait, plutôt stupide, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, semblait-il.

Elle donna un coup de pied à une pierre, essayant de rester en colère contre la guerrière, qui la faisait se comporter de manière idiote, mais c’était dur, parce qu’elle aimait vraiment bien Xena, sincèrement, même avec son attitude de ‘trop coriace pour mon cuir’. Elle ressentait une personne chaleureuse et plutôt sympathique sous toute cette connerie de guerrière, ce qui avait du sens parce que Gabrielle devait bien voir QUELQUE CHOSE en elle, pas vrai ? En plus de ces yeux incroyables.

Elle aurait tout donné pour que quelqu’un… bon, Ephiny… la regarde de la façon dont ces deux-là se regardaient.

Bon, il y avait peu de chance que ça arrive, surtout après aujourd’hui.

Le rocher était frais sous sa tête, tandis qu’elle s’appuyait sur la paroi de granite et regrettait ses mots acerbes, alors qu’Ephiny lui criait dessus. Elle savait que la régente avait raison… elle savait qu’elle devrait ficher la paix à la compagne parfois dangereuse, parfois imprévisible, de Gabrielle, et pas fichument remuer des stupides drapeaux rouges devant elle tout le temps.

Elle n’aurait pas dû lui dire qu’elle recevait plus de réponses de Xena que d’elle, pas vrai ? Elle avait vu l’expression hautement blessée dans les yeux noisette de la régente avant qu’elle ne se tourne pour partir, et Eponine avait essayé de rappeler ses paroles, mais c’était trop tard. Ensuite elle s’était juste sentie fichument merdeuse.

Et donc, elle se retrouvait seule ici. Elle savait qu’elle devrait retourner se joindre aux jeux, finir ce qu’elle avait commencé, mais quelque part elle n’en avait pas le cœur. Elle irait… elle participerait aux jeux… Athena savait qu’elle gagnerait, vu que Xena déclinait sa participation à autre chose que le tir à l’arc et même là elle avait une plutôt bonne chance, vu que la guerrière avait déclaré que l’arc n’était pas une de ses meilleures armes. Mais quel intérêt ? Elle se sentirait juste vidée et elle en avait assez de ça, ces derniers temps, pour que ça dure une éternité.

Avec monotonie, elle prit une gorgée de l’outre qu’elle avait apportée, tressaillant quand la brûlure intense de la boisson puissante coula dans sa gorge. Ceci était probablement tout aussi stupide, mais elle ne savait pas quoi faire d’autre et elle en avait fichument marre de souffrir. Au moins l’alcool atténuait ça pendant un petit moment.

En plus, elle avait été gentille ces derniers temps. Eph lui avait fait promettre d’arrêter après qu’elle eut été un peu trop sauvage à un campement un soir et avait fini par incendier la hutte de bains. Elle n’en avait pas repris depuis… par Hadès, il était temps et après tout, c’était le festival de Dionysos, pas vrai ?

Vrai. Elle prit une autre longue gorgée et posa sa tête contre le rocher. « Peut-être que je pourrais prendre un chien », dit-elle à la rivière qui s’en fichait.

Une tête noire et poilue se dressa près d’elle et grogna, la faisant reculer brusquement, se cognant la tête contre le plafond bas de la caverne avec un cri sauvage. « Fils de Bacchante ! ! ! » Elle trébucha en arrière et atterrit avec un bruit sourd sur les fesses, clignant des yeux vers son assaillant. « Que les dieux te maudissent espèce de porteur de queue poilue de… »

« Roo ? » Arès frappa de la queue d’une façon plaisante.

« Merde de Centaure », finit Eponine avec un reniflement de dégoût. « Qu’est-ce que tu fais ici par Hadès ? »

Les yeux jaunes clignèrent et le loup haleta, reniflant le sol avec intérêt. « Agrrrrrr… » Il trotta vers elle et lui lécha le visage, puis décida d’explorer la petite grotte. L’odeur de la femme ressemblait à celle que la Cheffe lui avait donnée en lui disant ‘Trouve’.

Il avait trouvé. Ça signifiait qu’il aurait des gâteaux et il avait senti ceux qu’il aimait dans le sac de la Cheffe. Maintenant il n’avait plus qu’à attendre. « Agrrooo. » La Cheffe lui avait dit ‘Protège’. Il s’installa confortablement dans le sable, ses pattes avant croisées et ses pattes arrière sous lui, avec sa queue étalée derrière.

« Fichelecampd’ici », gronda Eponine en lui jetant une poignée de sable. « Sale petit fouineur, tu m’as fichu une trouille bleue. »

« Grrr. » Arès grogna puis éternua lorsque le sable entra dans ses narines.

La maîtresse d’armes l’étudia d’un air fâché. « Elle ne t’a pas envoyé, si ? »

Le loup haleta.

« Umpf. Je parie que si, cette vieille hache de guerre. »

Arès bâilla en montrant ses dents très blanches puis posa la tête sur ses pattes et soupira.

Eponine était prise entre l’irritation et un peu de flatterie. Si Xena avait envoyé cette maudite boule de poils pour la trouver, alors la guerrière n’était pas trop fâchée contre elle pour la lutte et elle voulait s’assurer qu’elle allait bien. « Oooh… c’est pas gentil, ça ? » Elle ricana pour le loup qui battit de ses longs cils noirs. « C’est rien qu’un tas de sentiments, hein, face de chien ? »

Arès leva la tête et il fronça les sourcils, avec une ressemblance incroyable avec sa grande maîtresse aux cheveux noirs. Un coin de sa babine se redressa dans un grondement.

« Ah… ferme la », le rouspéta Eponine, mais elle s’aperçut qu’elle s’était rapprochée de lui jusqu’à ce qu’elle puisse toucher son pelage, qui était épais et propre au toucher, et aussi un peu hérissé. C’était agréable de le caresser, alors elle le fit, pendant un temps étonnamment long, son outre de vin oubliée dans un coin.


« Tu n’as qu’à rester là jusqu’à ce que je revienne. » Cait faisait les cent pas, ignorant le fait que Paladia était penchée sur son atelier et ne lui portait aucune attention. « Je ne serai pas longue, d’accord ? » Elle regarda la grande femme. « Eh Oh ? »

La renégate lui lança un regard hargneux. « Ouais ? »

« Reste là. » Cait lui lança un regard agacé.

Paladia fronça les sourcils. « Je vais nulle part. » Elle retourna son attention à sa tâche et bougea son crayon en charbon avec précautions, essayant d’avoir les lignes basiques de ce qu’elle avait imaginé avant que la lumière ne diminue.

Cait était sur le point de partir, mais la curiosité prit le dessus. Elle alla d’un côté et regarda le parchemin. « C’est quoi ? »

Le regard gris se leva vers elle, maussade. « Je pensais que tu partais. »

« C’est quoi ? » Cait se contenta de répéter la question.

« Un renard », marmonna la renégate en réponse.

« C’est plutôt beau », déclara la jeune fille d’un ton approbateur, en lui tapotant l’épaule. « Mais pourquoi un renard ? »

Un autre haussement d’épaules. « C’est juste quelque chose que j’ai vu. »

Cait étudia le dessin puis lui fit une autre tape, cette fois en laissant sa main un moment sur l’épaule de la grande femme. « D’accord… bien, je reviens de suite… attends-moi. »

Paladia ricana lorsqu’elle sortit. « T’attendre… oh… ben, comme si j’avais le choix. » Elle secoua la tête et retourna son attention sur son travail, dessinant avec soin une grande oreille bombée.

Cait quitta la hutte et tira sur sa combinaison en cuir, vérifiant les diverses dagues tandis qu’elle traversait nonchalamment le campement, se dirigeant vers les pistes hautes qui commençaient après les terrains de tir à l’arc.

Elle s’arrêta près d’un petit groupe avec qui elle regarda les compétitrices s’échauffer, ses yeux trouvant la grande silhouette aux cheveux noirs au milieu des autres avec facilité. Xena s’appuyait tranquillement sur un arc long, attendant son tour, ses yeux clairs passant en revue tout le campement avec une attention peu pressée, mais minutieuse.

Finalement, ces yeux tombèrent sur elle et au lieu de continuer, Xena prit son arc et marcha vers elle, sortant de la lumière directe du soleil pour venir dans l’ombre tachetée dans laquelle elles se tenaient toutes. Cait savait qu’elle recevait des regards furtifs de la part de ses camarades, qui enviaient sa relation bien connue avec la guerrière intimidante et elle se redressa inconsciemment lorsque Xena fut proche et qu’il apparut clairement qu’elle se dirigeait droit vers Cait.

Un coup d’œil vers la foule puis un second vers une zone plus ouverte et vide. Cait tourna un peu et alla vers l’endroit indiqué, précédant Xena et se retournant quand elles l’atteignirent pour la regarder. « Salut. »

« Salut », répondit la guerrière puis elle tomba dans un silence pensif.

« Et bien. » Cait soupira après un moment de calme, pendant lequel les oiseaux gazouillèrent joyeusement. « Je suppose que ça a été amusant. »

Xena réfléchit à ces mots. « Ça aurait pu être moins embarrassant. »

« Hm. » La jeune fille mâchouilla sa lèvre et hocha un peu la tête. « Je m’attends à ce qu’elle hésite pas mal avant de te taquiner à nouveau comme ça. »

La guerrière grogna son assentiment. « C’est ce que je pense. »

« Presque », répliqua Cait. « Elle n’est pas encore rentrée. »

Xena regarda alentour et joua avec son arc. « J’ai envoyé Arès pour la trouver », murmura la guerrière. « Ça va aller pour elle. »

Cela lui valut un sourire de la part de la jeune fille. « Je pensais que tu étais à fond en colère contre elle. »

La guerrière haussa les épaules. « Nan. » Elle leva les yeux en entendant un signal puis elle hocha la tête et tira une flèche du carquois passé sur une de ses larges épaules. Paresseusement, elle leva l’arc qu’elle portait et mit la flèche en place contre son poing. Avec une force presque négligente, elle tira sur la corde et visionna la tige, s’arrêtant un instant, tandis que le vent bougeait et repoussait ses cheveux, puis elle relâcha la corde avec fluidité.

La flèche se planta fermement dans sa cible, un sanglier en peluche. Ce n’était pas le meilleur tir, mais pas le pire non plus et Xena laissa retomber l’arc avec un air satisfait. « Pas mal… » Songea-t-elle. « Les dieux savent que je n’ai pas l’habitude de tirer. »

Cait regarda le cochon sur lequel quelqu’un avait peint des lèvres clinquantes. « Ben… si tu me touchais là, je serais pas mal fâchée. » Puis elle se rapprocha. « Tu veux bien m’apprendre à attraper des flèches ? » Demanda-t-elle d’un ton de persuasion, un sujet avec lequel elle ennuyait la grande femme depuis plusieurs mois maintenant. Elle avait décidé que tout était pardonné ou le serait si Xena voulait bien lui montrer quelques trucs.

Un sourire paresseux la réchauffa. « Très bien… nous allons travailler là-dessus demain, d’accord ? »

La jeune fille rayonna. « Génial. » Elle hésita puis s’avança et étreignit la guerrière. « Merci, Xena. »

Xena lui tapota l’arrière de la tête d’un geste rude, mais amical. « Tu allais à la recherche de Pony ? » Murmura-t-elle en baissant la tête pour que seule la jeune fille puisse l’entendre.

Cait rit doucement, appréciant le contact. « Ben… il faut que tu gardes un œil sur ces Amazones… elles se mettent dans un tas d’ennuis, tu sais. » Elle relâcha son héroïne et recula. « Je… je vais juste aller rapidement en éclaireur. »

Les yeux bleus brillèrent d’un air connaisseur. « Sois prudente. »

Cait se tourna et alla vers les pistes, se retournant pour la regarder. « Et comment je m’amuserais si je faisais comme ça ? » Demanda-t-elle d’un air innocent puis elle laissa un sourire espiègle passer sur ses lèvres, tandis qu’elle démarrait un petit trot vers les arbres.


« Alors… quoi qu’il en soit, elle m’a parlé de cette histoire, avec un paquet de rats. » Eponine était allongée sur le côté, sa tête posée sur une main, face à Arès. « Et les rats entrent dans ce silo à grains, alors ils étaient vraiment gras et étaient coincés dans ces jarres de grains, alors ils les font tomber et la fille entre et les voit rouler par eux-mêmes, d’accord ? »

« Roo. » Arès se lécha les pattes arrière.

« Alors elle pensait qu’elles étaient hantées. »

Des oreilles dressées.

« Ouais… alors elle appela le juge et il lui colla douze dinars d’amende pour avoir été aussi idiote. »

Arès éternua.

« Oui. » Eponine lui gratta le museau. « Tu sais bien écouter, Arès. »

Le loup haleta et lui lécha la main.

« Ça ne t’embête même pas quand tu entends les choses plusieurs fois, hein ? » Elle rit doucement. « Je parie que tu entends souvent dire ‘Je t’aime’, pas vrai ? »

Arès pencha la tête et la fixa, ses oreilles dressées d’intérêt. « Grrrroff. » Il remua la queue.

Eponine soupira et un sourire paisible passa sur ses lèvres. « Ouais… je parie que oui. » Elle garda le silence et dans ce calme, elle entendit un très léger bruissement de quelque chose qui ne devait pas se trouver là. Intriguée, elle s’assit et pencha la tête, s’efforçant d’entendre au-delà du bruit incessant de l’eau. Un claquement, un léger cliquetis de feuilles l’une contre l’autre, si léger que ça aurait pu être un petit animal, ou le vent…

Eponine sentit ses poils se dresser et elle rampa jusqu’au bord de sa cachette, écoutant avec soin. Les bruits avaient disparu, mais elle se sentait toujours mal à l’aise et elle entra avec précautions dans l’espace découvert, regardant autour d’elle avec tension. La forêt était tranquille. Trop tranquille, se dit-elle, ses narines écartées dans une alarme soudaine. Elle tendit la main vers son épée un instant avant de sentir le mouvement et elle la dégaina en même temps qu’elle tournoyait pour parer le coup descendant d’un grand homme sordidement vêtu et armé d’une masse. « Salaud. »

Il eut un autre mouvement et elle le para, s’écrasant contre sa garde avec un coup talentueux, puis elle donna un coup de pied qui le désarma. Un éclair de mouvement derrière elle l’avertit et elle tournoya, à temps pour affronter deux autres hommes, puis elle vit des formes sombres qui se déversaient dans le sous-bois et elle sut qu’elle avait des ennuis.

Elle créa un cercle de vide autour d’elle et les combattit jusqu’à ce qu’ils la surpassent de leur nombre, l’amenant au sol sous une pile de corps mal lavés qui cognaient et donnaient des coups de pied jusqu’à ce qu’elle s’immobilise. Son épée lui fut arrachée et elle ferma les yeux de colère, tandis que des mains l’attrapaient avec rudesse et la soulevaient.

Des visages colériques et hideux l’encerclèrent, plusieurs d’entre eux saignant de blessures qu’elle leur avait infligées. Elle lutta contre les deux hommes qui la retenaient et elle eut des coups de pieds en récompense, ensuite le cercle se sépara et une grande et large silhouette s’avança d’un pas nonchalant.

« Si ce n’est pas spécial, ça. »

La poitrine d’Eponine se serra de colère et de trahison. Elle posa des yeux froids sur la nouvelle venue et sut qu’elle allait avoir beaucoup d’ennuis. « Arella », cracha-t-elle, son esprit en pleine course.

La femme rit. « Et comme j’ai attendu ce moment, ‘maîtresse’. » Elle serra le poing et frappa la petite Amazone, l’envoyant au sol, inconsciente. « Pfiou… ça fait du bien. » Elle leva les yeux joyeusement. « Attachez ses fesses hideuses… et éparpillons-nous… nous avons du travail. »


Gabrielle décida de laisser Ephiny commencer à parler pour changer. Elle alla vers le bassin de lavage et s’éclaboussa la tête d’eau froide, la laissant couler sur sa nuque tandis qu’elle sortait une barre de savon posée près de la citerne et frottait la poussière et la saleté de ses bras.

La brise dans la pièce était bonne après ça ; elle séchait sa peau et elle essuya l’excédent d’eau avec un petit linge en coton. Patience, se dit-elle, tandis qu’elle ressentait le besoin de commencer. Tu as appris ça de Xena, tu te souviens ? Elle fouilla dans sa sacoche pour trouver un morceau de cuir fin puis elle l’utilisa pour attacher ses cheveux en arrière, s’arrêtant un instant alors que le paquet lui apportait l’odeur familière de son âme sœur. Impulsivement, elle tira sur la chemise bien pliée sur le dessus et la frotta contre sa joue, inspirant l’odeur avec un sentiment de plaisir tranquille.

Elle s’était sentie mal pendant des jours, reniflant, sa tête battante, avec du mal à se plaindre auprès de sa compagne taciturne jusqu’à ce qu’elle commence à trembler si violemment, même sous le soleil de l’après-midi, que Xena le remarque et pose une main calleuse sur son front, puis soupire.

Elles étaient près d’une cité et elle se souvenait à peine de la dernière demi-journée de voyage pour y arriver, qui allait et venait dans un brouillard fiévreux, se tenant au pommeau de la selle d’Argo comme si sa vie en dépendait.

Il y avait eu un temps inconnu alors, pendant lequel elle se souvenait juste d’avoir sué et tremblé, d’avoir été posée dans un lit étrange, souffrant de cauchemars affreux qui l’avait fait hurler de terreur jusqu’à ce qu’une chaleur la recouvre et calme ses nerfs à vif.

Le souvenir cohérent suivant dont elle se souvenait, c’était quand elle s’était réveillée, alors que la lumière du soleil entrait dans la chambre et qu’elle était dans le lit, couverte. Une odeur épicée et familière l’avait entourée et tandis qu’elle concentrait son regard embrouillé, elle avait réalisé que c’était parce qu’elle portait une des chemises de nuit de Xena.

Elle s’était blottie faiblement et avait respiré l’odeur, pas sûre de savoir ce qui se passait, mais contente d’être toujours vivante pour le deviner. Elle avait roulé sur le côté et s’était arrêtée, surprise en voyant une Xena pâle et à l’air épuisé, affalée dans un fauteuil à côté du lit, des ombres noires sous ses yeux fermés.

Les yeux bleus s’étaient ouverts, las, et elles s’étaient regardées pendant un long instant sans respirer.

« Ouaouh… » Avait réussi à dire Gabrielle. « J’ai l’impression qu’un chariot m’est passé dessus. »

La guerrière s’était penchée en avant et avait posé les bras sur le lit. « Si tu ne me le dis pas tout de suite la prochaine fois que tu es malade, je vais… je… » Elle s’arrêta, en manque de menace appropriée. « De toutes les choses idiotes à faire… »

La barde l’avait fixée, pas même intimidée, pas après avoir vu les traits tirés sur le visage familier de Xena. « Depuis combien de temps… » Elle avait regardé autour d’elle.

« Trois jours », avait répondu la guerrière d’un ton brusque.

« Et tu étais là pendant tout ce temps, pas vrai ? »

Pas de réponse, juste un regard noir de la grande femme.

Gabrielle avait juste hoché un peu la tête. « C’était vraiment effrayant… mais chaque fois que ça devenait trop mauvais, quelque chose chassait ce qui m’effrayait… et tu es la seule personne que je connaisse qui puisse faire ça. » Elle avait levé les yeux pour voir une expression inhabituelle sur le visage de sa compagne. « Merci… je suis désolée pour tout ça… Je ne voulais pas causer autant de soucis. » Elle avait tiré sur l’avant de la chemise et s’était blottie à l’intérieur, se contentant de fermer les yeux avec l’envie de cette senteur pour toujours.

Et alors, parti de rien, elle avait été capturée dans une douce étreinte si merveilleuse qu’elle s’était demandé après si elle était réelle ou juste les restes d’un rêve.

Un léger son lui fit lever les yeux pour voir Ephiny, appuyée contre l’encadrement de la fenêtre, qui la regardait.

Gabrielle reposa son visage sur le tissu puis elle lâcha un soupir et le rangea, se leva et brossa sa combinaison en cuir, installant les rubans autour de ses biceps un peu sans y penser. « Ces trucs-là me font toujours un effet bizarre. » Elle modifia son attaque, passant à une approche plus indirecte. « C’est un peu bizarre de porter des choses qui ne s’adaptent pas… je me suis toujours demandé comment Xena endure ça, après que je les ai portés pendant un moment. »

« Je présume que si on est habituée à porter une armure, un peu de cuir ne doit pas gêner plus que ça », répondit Ephiny en allant vers le banc bas près de la fenêtre pour s’y laisser tomber, la tête posée contre le mur. « Elle pense probablement que c’est confortable. »

« Mm. » La barde sortit son journal et le posa sur la table de travail puis elle s’installa dans le fauteuil derrière. « C’est le cas… je me souviens d’une fois où j’ai eu à porter ses affaires… j’ai failli devenir cinglée… sans mentionner le fait que cette armure est vraiment lourde. » Elle rit un peu. « Je pense qu’il faut juste s’y habituer… après l’hiver dernier, il lui a fallu un moment pour se réhabituer à les porter… maintenant je pense qu’elle les enlève plus souvent… »

Ephiny hocha la tête en étudiant le plafond. « Elle a l’air plus heureuse… » Le regard noisette de la régente alla vers elle. « Toi aussi. »

Gabrielle croisa les mains. « Je le suis. » Elle sourit à son amie. « D’une certaine façon… c’est étrange, mais nous sommes encore plus proches qu’avant. »

La régente ricana doucement. « Gabrielle. Toutes les deux vous étiez si proches qu’un moustique n’aurait pas trouvé un moyen de se glisser entre vous deux. »

Un haussement d’épaules. « C’est vrai… mais c’est différent maintenant… plus égales, plus… je ne sais pas… plus vrai, je pense. » Elle fit une pause. « C’est comme si… nous avions traversé tout ça et maintenant nous sommes ensemble, mais pas juste parce que c’est quelque chose qui est arrivé. Maintenant, c’est parce que nous avons pris une décision, toutes les deux, que nous voulions être ensemble plus que n’importe quoi au monde. » Elle sourit légèrement. « Et c’est le cas. »

Ephiny digéra l’information. « Tu t’inquiètes que quelque chose… » Elle hésita. « Que quelque chose comme ça se reproduise, Gabrielle ? »

Les ombres se pourchassèrent dans les yeux verts de la barde. « Bien sûr », répondit-elle d’un ton candide. « Je serais stupide si je ne le faisais pas. » Elle étudia son journal, passant un doigt le long de son bord relié. « Nous en avons parlé. » Un haussement d’épaules. « Nous avons décidé toutes les deux que ça valait la peine de prendre le risque. »

« Je peux te demander quelque chose ? » La voix d’Ephiny était très calme.

« Bien sûr », répondit la barde.

« Toutes les deux… vous étiez amies avant, pas vrai ? » La voix de la régente était hésitante.

Gabrielle hocha la tête. « Oui… nous l’étions… et… et bien, c’est ce qui nous a tenues éloignées aussi longtemps, je pense… nous… je veux dire que je dépendais de son amitié… elle était si importante pour moi… j’avais peur de tout gâcher. »

« Mais tu savais… je veux dire… tu savais que tu étais amoureuse d’elle, pas vrai ? Pendant un moment… avant que… »

Gabrielle se pencha en arrière. « Oui. » Elle rougit un peu. « Pendant un moment. »

Ephiny prit une inspiration. « Qu’est-ce que tu aurais fait si elle n’avait pas eu le même sentiment envers toi ? »

Cela frappa durement Gabrielle, ramenant une longue litanie de souvenirs anxieux. « Pendant longtemps j’ai été convaincue qu’elle ne l’était pas. » Elle réussit à garder sa voix neutre et calme. « Nous étions… si différentes. » Une longue pause. « J’étais si sûre de ça que… je l’ai quittée. »

Ephiny eut l’air choquée. « Quoi ? »

« Le garçon avec qui j’ai grandi… à Potadeia », répondit la barde. « Il m’a demandé de l’épouser et j’ai dit oui, parce que je… ça me faisait me sentir… désirée et aimée… et j’avais peur de ne jamais… »

« Mais… » La régente secoua la tête, incrédule. « Que… je… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Gabrielle déglutit plusieurs fois puis soupira. « Il est mort… Callisto semait la terreur et je présume qu’elle… voulait blesser Xena à travers moi, comme d’habitude.

« En le tuant ? » Ephiny fronça les sourcils. « Ça n’a pas de sens. »

« Pour elle, si… elle pensait que je haïrais Xena à cause de ça… elle pensait que j’allais abandonner mes… croyances. » Un souvenir calme et vibrant de sa décision dans cette caverne vint la tarauder. « Je dois vivre avec ça, cependant… savoir que parce que j’étais… parce que j’ai fait ça, il est mort. » Elle regarda Ephiny droit dans les yeux. « Je le regretterai toujours, Eph… tout comme je regretterai toujours l’année que j’ai passé malheureuse parce que j’avais peur de dire quelque chose… peur de saisir ma chance avec elle… avec nous. »

« Pour toi ça a marché… mais… et si elle ne le ressentait pas comme ça ? » Demanda doucement la régente. « Qu’est-ce que tu aurais fait ? »

Le visage tout entier de Gabrielle se tendit. « Je… je ne sais pas », finit-elle par bredouiller. « J’aurais été malheureuse, je présume. » Son regard scrutait le visage de la régente. « Eph… »

« Non… » La jeune femme leva une main puis la laissa retomber, une expression lasse sur le visage. « Ne commence pas avec moi… ce n’est pas la même chose. »

Une pause inconfortable. « Tu… ne l’aimes pas ? » La voix de la barde était très calme. « Je… je suis désolée… je pensais que… »

Ephiny reposa sa tête contre le mur et soupira. « Tu sais… Phantès me manque encore. »

Gabrielle resta silencieuse, surprise par le changement de sujet.

« Ça a été une telle surprise… de tomber amoureuse de lui… » Continua la régente, d’une voix distante. « Ça m’a toute retournée… je m’y étais perdue… je n’ai jamais pensé à ce que ça deviendrait… quels problèmes nous pourrions rencontrer… c’était tout simplement tellement merveilleux que je m’en fichais. » Une pause. « Le regarder mourir entre mes bras… ça m’a presque tuée… c’était comme si une part de moi partait avec lui… et tu devrais savoir de quoi je parle. » Son regard se tourna vers elle avec intensité.

La barde baissa la tête. « Je le sais », admit-elle.

« Je ne vais pas me soumettre à nouveau à ça, Gabrielle… c’est tout juste trop lourd. » Elle s’arrêta et regarda la jeune femme. « Tu es plus courageuse que tu ne le penses. »

Gabrielle pencha la tête et pianota sur le journal de ses doigts forts. « Alors… tu vas juste laisser les choses se dérouler normalement… et bien… ce n’est pas si mal. » Une nouvelle direction, un autre angle. Faire retraite et changer de sens, une autre leçon de la Princesse Guerrière. « Je comprends. »

Ephiny se redressa, visiblement surprise par la capitulation de la barde, mais soulagée. « C’est… nous passons de bons moments… nous nous aimons bien l’une l’autre… c’est agréable d’avoir quelqu’un à qui parler… oui. » Un sourire hésitant passa sur ses lèvres.

« Oui… et vous pouvez suivre votre chemin… sans vous inquiéter l’une de l’autre… avoir vos propres vies… ça se conçoit. »

La régente pencha la tête. « Oui… c’est juste confortable. »

« Oui oui… et tu es toute tendue et contractée là, à penser à filer dans la forêt pour quelle raison… exactement ? » Demanda Gabrielle, ses yeux brillant un peu, avec un sourire légèrement connaisseur sur les lèvres. « Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris ce point… mais ça ressemble à quelque chose que je ferais, moi. »

La mâchoire d’Ephiny s’affaissa légèrement et elle fixa la barde, désarçonnée par sa question. « J’étais… ça… » Sa bouche remua quelques secondes sans émettre de paroles intelligibles. « Gabrielle, bon sang, ce n’est pas juste. »

La jeune femme produisit un sourire charmant. « Eph… si tu veux du réalisme, tu vas ennuyer mon autre moitié… » Elle mit son menton sur un poing. « Je suis une barde… et je crois au pouvoir de l’amour, et tu ne vas pas obtenir de moi ces conneries d’Amazones rudes, coriaces et stoïques, d’accord ? »

Ephiny fronça les sourcils.

« Je pense que tu l’aimes et je pense qu’elle t’aime, et je pense que plus longtemps vous deux essayez de l’ignorer, plus malheureuses vous serez. » Le regard de Gabrielle prenait maintenant une nuance chaleureuse. « Je suis bien placée pour savoir. »

La régente se leva et alla à grands pas vers la fenêtre, son corps tendu. « Je ne sais pas ce que tu veux de moi », murmura-t-elle.

Gabrielle la rejoignit et mit la main sur son dos. « C’est très simple… je veux te voir heureuse. » Elle sentit la peau tressaillir sous son toucher. « Ce n’est pas grand-chose, hein ? »

Leurs regards restèrent cloués pendant un long moment tandis que des sons en provenance de l’extérieur les baignaient. A la fin, Gabrielle sentit les muscles sous ses doigts se détendre tandis que le regard de la régente s’adoucissait. « Tu es une bonne amie, Gabrielle. »

La barde lui sourit. « Toi aussi. » Elle prit l’Amazone dans une étreinte et sentit le relâchement tandis qu’Ephiny s’abandonnait. Elle massa doucement le dos de la régente. « Allez… allons trouver Pony et que tout ça se mette en marche. »

Ephiny la relâcha puis rit d’un air ironique. « Et tu peux dire à ta trouillarde aux yeux bleus qu’elle peut revenir maintenant… la partie difficile est terminée. » Elle mit un bras autour de la taille mince de Gabrielle et la guida vers la porte.


Xena finit son tour avec une performance respectable, toutes ses flèches atteignant l’une ou l’autre des cibles. C’était la constance qui gênait les Amazones, se dit-elle. D’autres compétitrices avaient de meilleurs tirs, plus précis… l’une d’elles avait même touché le fichu porc dans l’œil, ce qui lui donnait un regard lascif de travers qui la fit presque rire en le regardant.

Mais elle avait touché soit le porc soit le seau ou le… Xena regarda la troisième cible à nouveau. Le poulet bleu à chaque fichue fois. Ça les rendait folles. Solari s’était mise près de la guerrière et la regardait attentivement tandis qu’elle tirait et relâchait, marmonnant pour elle-même à chaque fois. « T’sais… je pourrais développer un complexe », dit Xena ironiquement tandis qu’elle observait son dernier effort qui avait cloué le poulet droit dans la queue.

« J’essaie juste d’apprendre des trucs », protesta Solari en tordant ses longs cheveux noirs pour les écarter du chemin tandis qu’elle levait son arc. « Tu… ressens juste… les mouvements du vent ou quoi ? Parce que tu as compensé celui qui est arrivé juste après que tu as tiré la flèche. Comment tu fais ça ? »

Hm. Xena considéra la question, s’appuyant pensivement sur son arc. Finalement, elle haussa les épaules. « Je ne sais pas. » Elle regarda l’Amazone qui visait avec soin et tirait, emportant une oreille de la peluche. « Oups. »

Solari tressaillit. « Tu sais ce que j’aimerais que tu me montres vraiment… c’est comment tu attrapes ces fichus trucs. »

L’absence de bruit surprit Xena et elle tourna la tête de chaque côté, avec la chair de poule comme une alerte. Les Amazones se tenaient tout autour avec une nonchalance apparente, chaque oreille tournée vers elle. « Hum. » Le poulet, le seau et le cochon étaient oubliés.

Même l’arbitre s’avança à pas lents. « Oui… comment tu fais ça ? »

Ce serait, supposa-t-elle, de la bonne pratique vu qu’elle avait décidé de tenter de le montrer à Cait dans tous les cas alors… « Hum… ce n’est pas tellement… » Elle s’interrompit puis tendit l’arc à Solari. « C‘est plus facile de le montrer que d’en parler. »

Le cercle se forma autour d’elle si vite que ça la surprit et elle dut s’arrêter un instant pour décider comment procéder. « D’accord. » Elle recula, faisant signe à la femme derrière elle de s’écarter. « Ne restez pas derrière moi. »

Elles s’éparpillèrent.

Elle avait le dos tourné vers un arbre maintenant et elle s’assura que si des flèches passaient, elles ne cloueraient pas une pauvre Amazone qui passait. « C’est plus une question de… d’être capable de ressentir le monde autour de soi… l’air… le… » Elle leva les mains. « Vas-y… tire sur moi. »

Elles se regardèrent.

« Solari ? » Xena lança un regard ironique vers l’Amazone brune.

A contrecœur, la femme passa l’arc de Xena à une autre Amazone puis elle sortit une flèche du carquois et l’installa, prenant une inspiration profonde. « Xena, je veux juste dire une chose avant de faire ça. »

Un sourcil noir se haussa en questionnement.

« S’il te plaît… attrape cette fichue chose… je ne veux pas que la Reine me tombe dessus, d’accord ? »

La guerrière rit. « Détends-toi. » Elle hocha la tête. « Vas-y. »

L’Amazone tira son bras en arrière, pointant la flèche directement sur Xena et elle la relâcha, tressaillant et fermant les yeux ce faisant.

La main de Xena s’éleva et attrapa la flèche, l’arrêtant à quelques centimètres de sa poitrine, son bras bougeant si vite qu’il ne fut qu’un brouillard. « Comme ça. » Elle examina brièvement la flèche. « Ce que je fais c’est… je peux sentir la zone autour de moi… à une certaine distance. Quand quelque chose entre dans cette zone, mes réflexes réagissent. » Elle ferma les yeux. « Tire encore. » Curieusement, elle se surprit à apprécier la leçon, faisant un spectacle de quelque chose dont elle était fichument fière en secret. Il lui avait fallu… dieux… une éternité pour qu’elle maîtrise la technique… des heures et des heures à juste rester assise, amenant son agitation innée à un calme immense, pour qu’elle puisse sentir le monde autour d’elle.

Solari déglutit et échangea un regard avec ses compagnes, puis elle haussa les épaules et installa une autre flèche, leva son arc et visa la guerrière. Xena se tenait dans une posture très détendue, mais même de là, elles pouvaient voir les petites tensions dans ses bras et ses épaules tandis qu’elle attendait. « D’accord », cria Solari puis elle décocha la flèche, cette fois sans fermer les yeux pour voir.

Un autre mouvement flou puis la flèche se trouva dans l’autre main de la guerrière, devant son épaule gauche. Elle ouvrit les yeux et les regarda. « On la sent juste arriver. » Puis elle sourit par pur réflexe tandis que ses sens détectaient une présence familière derrière elle. « Ça marche aussi sur d’autres choses. »

Gabrielle émergea de derrière l’arbre et avança vers elle à pas lents. « Est-ce que vous manquez de cibles ou quoi ? » Elle les regarda avec curiosité. « Elle est plutôt grande pour ça, non ? »

Elle reçut en réponse une bordée de rires. « Je montrais juste le truc de la flèche », l’informa Xena, le regard de la guerrière passant au-dessus de la tête de sa compagne, repérant Ephiny, puis revenant avec un sourcil haussé d’interrogation.

Gabrielle souffla sur ses ongles puis elle les frotta sur son cuir. « Alors… prêtes à faire une pause ? » Elle jeta un coup d’œil à l’arbitre. « Qui a gagné ? »

La femme consulta sa liste. « Et bien… nous n’avions pas vraiment fini… » Elle gribouilla quelques commentaires puis leva la tête et regarda Xena.

La guerrière se frotta le nez. « Hum… oui… une pause, ça me paraît bien. » Elle eut un sourire tordu pour Solari et l’Amazone secoua la tête.

« Nan… nous savons quand nous sommes battues », répondit-elle joyeusement. « Je vais te dire une chose… tu peux te racheter demain avec une autre leçon de ce truc. » Elle regarda autour d’elle et reçut des signes d’assentiment. « D’accord ? »

La guerrière hésita puis leva une main pour capituler. « D’accord. » Elle les regarda s’amasser et tourna son attention vers son âme sœur. « Quoi de neuf ? »

Gabrielle regarda alentour. « Nous allons chercher Pony. » Elle leva son regard vert et croisa celui de Xena. « Peut-être que tu peux te mesurer à elle dans une démonstration à l’épée… hmm ? »

Xena l’observa, évaluant son choix de mots. Puis elle pinça les lèvres. « Je pense que je peux faire ça. » Une démonstration, pas une compétition… et elle pourrait redorer le blason de l’Amazone irascible ce faisant… oui. « Je vais voir si Cait est dans les parages… je sais qu’elle allait un peu explorer. »

La barde haussa les sourcils lorsqu’elle saisit ce que disait sa compagne. « Oh… bien… d’accord… je reviens tout de suite. » Elle eut un sourire pour Ephiny. « Ne pars pas. »

Ephiny la regarda s’éloigner puis tourna son attention vers la grande silhouette silencieuse près d’elle. « Alors », dit-elle avec un sourire ironique. « Quel temps fait-il là-haut ? »


« Chhhut », siffla Cait, en serrant fermement le museau d’Arès tandis qu’elle était presque allongée sur lui. Ils étaient blottis sous un épais sous-bois tandis que des bottes poussiéreuses s’agglutinaient autour d’eux. « Ecoute… il faut juste que tu restes tranquille… ils sont trop nombreux. »

Elle s’était glissée dans la clairière alors que le combat commençait et elle s’était presque jetée dans la bagarre quand elle vit le mur de renforts qui sortaient des arbres. Elle avait attrapé Arès qui bondissait près d’elle, la mâchoire ouverte et elle l’avait tiré sous le buisson. Son désir de mordre à cet instant ne ferait que lui risquer un coup de couteau et si elle pouvait en battre quelques-uns, ça n’aiderait pas Eponine.

Arella ! Sa poitrine brûlait de colère. « Je savais que j’aurais dû lui crever un œil quand j’en ai eu l’occasion, Arès… je le savais. »

« Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr. » Arès se débattit, ses yeux rougis de fureur tandis qu’ils regardaient les hommes traîner Eponine. Ses pattes étaient enfoncées dans le sol tandis qu’il essayait de se libérer de la jeune fille.

« Arrête ça ! » Cait s’accrochait en grimaçant tandis qu’elle regardait Arella faire faire un cercle à ses troupes puis les suivre hors de la clairière, sa grande silhouette chaloupée disparaissant en dernier dans les branches brisées. « Il faut qu’on retourne prévenir tout le monde… tu comprends Arès ? »

« Grrrrrrrrrrrrr. » Protesta le loup.

Ils attendirent que les bruits disparaissent puis elle relâcha Arès avec précautions et se tortilla pour sortir du buisson, en jetant rapidement des coups d’œil alentour pour s’assurer qu’ils étaient seuls.

Elle n’entendit pas la flèche arriver alors que le vent soufflait loin d’elle. Elle sentit seulement l’impact énorme sur sa poitrine puis la douleur qui explosa dans tout son corps. Sans un bruit, elle tomba en avant, roulée dans une boule sans défense tandis qu’elle entendait un rire moqueur flotter vers elle.

Elle réussit à attraper la patte d’Arès et le loup lui lécha anxieusement le visage. « Trouve… Xena. » Sa voix lui paraissait étrange et lointaine, tandis que le monde commençait à s’obscurcir autour d’elle. C’était un sentiment curieux, comme si le soleil se couchait très vite et la dernière chose qu’elle entendit fut, sur les feuilles, le tapotement rapide de pattes  qui s’éloignaient.


A suivre partie 5

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27 août 2017

mar

Contre la canicule, rien ne vaut un peu de lecture ;O)

- Cible mouvante, chapitres 32 et 33

- Festival, partie 3

Merci à Gaby et Fryda !

Bonne lecture !

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Le Festival, partie 3

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 3ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Elles trouvèrent un endroit sympathique où s’installer, sous le grand arbre qui s’étalait et fournissait de l’ombre d’un côté de l’enceinte Amazone. Devant elles, un carré de lutte avait été installé et des groupes de participantes étaient massés autour, attendant leur tour.

Xena croisa les bras sur sa poitrine et remua pour trouver une position plus confortable, s’appuyant contre l’arbre sur la petite plateforme qui surplombait l’ancien champ de bataille. Gabrielle se tenait debout tout près, discutant avec quelques-unes des anciennes, son langage corporel indiquant que la conversation n’était pas entièrement plaisante. La guerrière fronça les sourcils, mais détourna son regard de la barde lorsqu’une main toucha son bras. « Salut », murmura-t-elle.

Ephiny se tortilla pour se rapprocher sur les nattes tissées sur lesquelles elles étaient assises. « Ecoute… je le pensais vraiment pour ces félicitations tout à l’heure. »

Un sourire apparut sur le visage habituellement impassible de la guerrière. « Merci. »

« C’est une sacrée surprise », continua la régente en lui lançant un regard ironique.

Xena se frotta le menton. « Euhoui… désolée. » Elle jeta un coup d’œil pour chercher son âme sœur. « Je… heu… elle veut vraiment faire ce truc avec le bâton… j’ai essayé de la convaincre de ne pas y aller, mais… » Un haussement d’épaules.

La régente s’appuya sur un coude, la brise douce repoussant ses cheveux blonds frisés. « Quand elle veut quelque chose… elle l’obtient. » Les yeux noisette brillèrent doucement. « Tu devrais bien le savoir maintenant. » Elle étudia calmement la grande femme, réalisant que l’énergie sombre et tranchante qu’elle avait toujours ressentie en présence de Xena auparavant, semblait manquer, ce qui, si on pensait à ce qu’elle était, intriguait énormément Ephiny. « Comment vas-tu ? »

Un autre sourire peu habituel. « Bien. » Xena haussa les épaules et, comme si elle se rendait compte qu’elle agissait étrangement, elle se reprit et força son expression à être plus familière. Elle montra les lutteuses du menton. « Est-ce qu’il est permis d’attraper les seins ? »

Ephiny tourna brusquement la tête. « Non… et Esta le sait bien », grogna-t-elle. « Hé ! » Elle lâcha un cri féroce et reçut un geste de la main de l’arbitre, qui réprimandait la petite femme à ce sujet. Esta leva les deux mains puis les laissa retomber et quelques mots voletèrent.

« Pas ma faute si elle présentait une telle cible. »

Ephiny leva les yeux au ciel. L’adversaire de la jeune fille avait perdu une épingle de maintien dans son cuir et était, pour ainsi dire, en train de bouger dans la brise. « Dieux. »

Xena rit d'un son chaud et détendu et ceci attira de nouveau l’attention de la régente sur elle. « Tu n’as pas de problème avec tout ce truc, si je comprends bien ? » Demanda Ephiny, délicatement. « Tu sembles être exceptionnellement de bonne humeur. »

Des émotions conflictuelles passèrent très visiblement sur le visage de la guerrière avant qu’elles ne s’arrêtent sur un sourire désabusé. « Je pense que c’est génial… Gabrielle est vraiment heureuse et c’est ce qui compte, je présume. » Elle relâcha un souffle. « Mais oui… je n’ai pas de problème. »

Ephiny la dévisagea d’un air connaisseur. « Elle porte une broche vraiment jolie », dit-elle d’un ton traînant. « Un cadeau d’anniversaire de quelqu’un que je connais ? » La tourmente juste sous la surface qu’elle pouvait voir chez la femme brune l’intriguait au plus haut point.

Xena se contenta de grogner son assentiment et lui fit un bref signe de tête. Puis elle haussa les sourcils. « Ouille… c’est autorisé ? »

Ephiny regarda et tressaillit. « Ah… hé ! » Elle se leva et alla à pas lents vers le carré, les mains sur les hanches tandis qu’elle faisait la leçon aux combattantes.

La guerrière soupira et se détendit, ayant diverti avec succès la régente astucieuse. Elle laissa son regard se promener sur l’enceinte, observant la foule rieuse qui s’était réunie pour regarder les combats. Des bruits de pas attirèrent son attention et elle leva les yeux pour voir approcher Gabrielle. « Salut. »

La barde se mit près d’elle avec un bruit sourd et se pencha en arrière. « D’accord… d’accord… Xena, écoute… il y a des règles et des trucs pour ce machin de prendre une reine consort… je ne sais pas… »

« C’est quoi ? » L’interrompit Xena. « Est-ce qu’on doit me donner la fessée cul nu ou quoi ? » Elle croisa les bras dans l’attente d’une réponse, un sourcil dressé vers sa jeune compagne.

Gabrielle se figea, la mâchoire pendant comiquement tandis qu’elle fixait son âme sœur, les yeux écarquillés. « Euh… dieux… euh… NON ! Que… non non… ce n’est pas ça » finit-elle par balbutier.

Un haussement d’épaules.  « Alors… c’est quoi le problème ? » Demanda la guerrière puis elle fronça les sourcils quand une idée se fit jour. « Ecoute… si c’est à cause de ce que je suis… si elles te font des histoires, Gabrielle… juste… » Elle détourna le regard. « Ne t’inquiète pas pour ça, d’accord ? » Une partie de son humeur joyeuse s’évanouit alors que la réalité pointait son visage sévère. « Je sais qu’il y a beaucoup de gens ici qui ne m’aiment pas. »

« Non… » Répondit doucement la barde. « Ce n’est pas ça… c’est juste que… il y a certaines coutumes à ce sujet et je ne suis pas sûre de vouloir te les imposer. » Elle s’interrompit. « Je me fiche que ce soit la tradition… nous ne sommes pas exactement des personnes de traditions. »

Xena pencha la tête et l’observa. « Alors de quoi on est en train de parler ? Pourquoi tu ne me dis simplement pas ce que c’est… et me laisser décider ? »

La voix de Gabrielle était très sérieuse. « Parce que je ne veux pas que tu fasses quelque chose que tu n’aimes pas juste à cause de moi. »

Un doux sourire la surprit. « Gabrielle, c’est la seule raison à laquelle je pense qui me fasse faire à peu près n’importe quoi. » Elle posa sa main sur la cuisse musclée de la barde, massant la peau de son pouce. « Allez dis-moi… qu’est-ce que c’est ? »

Un silence pensif tomba entre elles. Finalement, la barde soupira et regarda ses mains. « Tu dois te soumettre à un examen médical par les guérisseuses. »

Xena haussa les épaules. « Et ? » Ça ne la troublait pas beaucoup. Il n’y avait rien qu’elles puissent trouver à part quelques cicatrices, après tout.

« Tu dois prouver que tu es digne d’être une Amazone en combattant leur meilleure guerrière », marmonna la barde.

Un ricanement rapidement réfréné. « C’est un peu redondant… je pense que je l’ai déjà fait… quoi… deux fois maintenant ? Mais… peu importe… » Xena avait l’air plus amusée que fâchée, ses talents de combattante tellement évidents que le défi s’en trouvait être une pure formalité.

« Oui… je pense que j’ai réussi à leur faire oublier ça… » Fit remarquer la barde tranquillement. « Je veux dire, à quoi ça servirait, pas vrai ? »

« Quoi d’autre ? » Murmura la guerrière en voyant la tension dans le corps de son âme sœur. Et voilà ce qu’elle n’aime pas.

Gabrielle hésita. « Tu dois me jurer fidélité. » Elle sortit la phrase avec un dégoût des mots sur sa langue. « J’ai essayé de les persuader… Eph me l’a dit hier soir… mais je… »

« D’accord », dit Xena très doucement. « C’est tout ? » Un sentiment de soulagement la traversa.

Un silence absolu tandis que le regard vert se levait avec une surprise totale et que Gabrielle la regardait. « Je… » Elle s’arrêta puis reprit. « Je ne pensais pas… »

La guerrière soupira. « Tu ne pensais pas que ma fierté permettrait cela. » Elle grimaça dans une connaissance ironique d’elle-même. « Pas vrai ? »

Pas de réponse.

« Et bien, habituellement tu aurais eu raison. » Xena regarda au loin, la mâchoire serrée. « Je… n’accepte pas facilement d’obéir à qui que ce soit à part moi… tu le sais. » Elle regarda la natte. « Mais j’ai confiance en toi… et ça ne me dérange pas de dire devant ces gens ce que nous savons toutes les deux être la vérité par ailleurs. »

Gabrielle se contenta de la regarder.

« Ecoute… je vais aller me débarrasser de la tâche avec Menelda… toi… tu restes ici. » Xena se mit debout, décidant de donner une chance à sa compagne de retrouver son calme. « Je vais revenir pour t’aider à t’échauffer, d’accord ? »

La barde hocha faiblement la tête, les yeux fixés sur le visage de Xena. « Très bien », murmura-t-elle en regardant la guerrière s’éloigner à grands pas lents vers les quartiers de la guérisseuse, le soleil brunissant sa peau en ombres mouvantes tandis qu’elle marchait.

« Gabrielle ? » Ephiny s’agenouilla près d’elle et passa une main devant ses yeux. « Qu’est-ce qui se passe ? On dirait que tu as pris un coup de sabot de Centaure dans la tête. » Elle jeta un coup d’œil autour d’elle. « Où va Xena ? »

Gabrielle cligna des yeux. « Elle a accepté. » Elle tourna un regard interrogateur vers Ephiny. « Tout ce que tu as dit. »

La régente haussa les épaules. « Et ça te surprend ? » Répliqua-t-elle avec un ricanement amusé. « Bon sang, Gabrielle… cette femme est revenue du Tartare pour toi… c’est quoi pour elle un petit examen médical et une promesse de fidélité ? » Elle rit. « Elle n’y a peut-être même pas réfléchi à deux fois. » Puis elle soupira. « J’étais plus inquiète pour Menelda en fait… par tradition elle peut tout arrêter si elle trouve un prétexte quelconque. »

L’expression de Gabrielle devint sérieuse. « Comme quoi ? » Son regard se fixa sur le visage d’Ephiny, froid et attentif. « Elle est en parfaite santé, Eph… elle ne tombe pratiquement jamais malade et tu sais comme elle guérit vite. »

La régente mordilla sa lèvre inférieure. « Je sais… c’est vrai. La seule question qui m’inquiète c’est si elle se mettait à … » Elle s’interrompit. « Les règles sont… les candidates doivent pouvoir apporter des enfants à la Nation. Je… »

Une tempête sombre et rageuse explosa dans les yeux verts en face d’elle. La colère de Gabrielle montait à une vitesse effrayante. « Alors, aide-moi, Ephiny… si elle le lui demande, je vais aller personnellement là-bas et lui faire traverser le mur de cette hutte », gronda la barde, sa voix tombant de manière inquiétante, tandis qu’elle se trémoussait pour se lever. « Je ne vais pas… »

« Oh… oh… du calme… » La régente lui prit le bras et la fit se rasseoir. « Hé… hé… calme-toi un moment, d’accord ? » Elle pouvait sentir la force d’acier sous la peau de la barde alors qu’elle résistait à sa prise et elle eut soudainement la conscience surprenante de combien la force de Gabrielle avait évolué au cours des années. « Doucement… »

La barde enrageait. « Elle en a après Xena depuis la dernière fois qu’on est venues ici, Ephiny… je ne vais pas accepter ça plus longtemps. »

Ephiny la retint. « Elle en a après elle depuis qu’elle l’a vue te mettre en pièces la fois précédente », dit la régente clairement et avec force. « Alors tu t’assieds. Xena est une grande fille et elle peut s’occuper d’elle-même, Gabrielle. »

Un silence tendu tomba. « Pas toujours », finit par répondre la barde. « Tout le monde le pense, tu sais ? Que rien ne la blesse et que personne ne l’embête, mais tu sais quoi, Ephiny ? C’est un ramassis de mensonges. » Elle dégagea fermement la main de la régente de son bras. « Excuse-moi. » La barde se leva et partit dans la direction où son âme sœur avait disparu.

Ephiny soupira et croisa les bras, appuyée contre l’arbre ; elle baissa les yeux quand Solari grimpa pour se rapprocher.

« C’était quoi ça ? » Murmura l’Amazone brune, en regardant la reine.

La régente leva les yeux au ciel. « Tout le monde pense que c’est Xena la partie dangereuse dans ce duo… bon sang… qu’ils ont tort. » Elle soupira. « J’espère que Menelda se tient bien sinon elle va enlever des échardes du bâton de Gabrielle de ses fesses. »

« Ouille. » Solari tressaillit. « Hé… est-ce que tu vas disqualifier Lista pour avoir mordu la jambe d’Erran ? »

Ephiny jeta un coup d’œil au carré de combat. « Par le fils de Bacchante… qu’est-ce qu’il se passe aujourd’hui avec tout le monde ? » Elle lâcha un souffle d’exaspération puis se remit debout et alla vers les combattantes. « Qu’est-ce qui se passe ? »

L’arbitre se retourna et lui lança un regard. « Elle lui a mordu la jambe. » Elle montra la marque sanglante sur la cheville de la grande femme élancée.

Ephiny mit les mains sur ses hanches. « Lista, c’est quoi ça ? »

La petite femme fronça les sourcils. « Elle m’a donné un coup de pied dans la bouche. »

La régente soupira. « Erran, va te faire soigner. »

Lista eut un rire narquois.

« Et toi… tu vas refaire un combat pour avoir mis le bazar », l’informa doucement Ephiny. « Avec moi. » Elle fit signe à tout le monde de s’écarter d’elles et à la petite femme d’aller au centre de la zone de lutte.

« Euh. » Lista sourit avec hésitation. « Je ne savais pas que tu allais combattre. »

Ephiny sourit d’un air diabolique. « Le privilège royal. » Elle tourna la tête et fit signe à l’arbitre.  « Inscris-moi. » Elle fit jouer ses épaules et craquer ses phalanges, son corps répondant avec avidité. Est-ce qu’elle avait compris Gabrielle ? Oh oui. « Allez gamine… prépare-toi. »

L’arbitre s’éclaircit la voix, marquant quelque chose sur la liste avec sa plume. « Des handicaps à déclarer, Altesse ? »

Les yeux noisette la regardèrent d’un air drôle. « Mental. Je me suis portée volontaire pour diriger cet endroit. »

Une clameur de rires passa dans la foule assemblée qui l’avait repérée au centre du carré.

Ephiny les ignora et regarda son adversaire qui prenait plusieurs inspirations, se concentrant visiblement sur le round à venir. Elle passa en revue la silhouette de la jeune femme avec un regard expérimenté, sachant que la jeune fille pesait plus qu’elle, mais elle décida qu’elle avait l’avantage en vitesse et en expérience.

Elles bougèrent en cercle et Ephiny sentit qu’elle se concentrait, repoussant les spectatrices pour ne voir que le torse de la jeune fille, qui lui donnerait un signal pour son mouvement suivant. Lista bougea vers la droite et feinta, ses mains allant dans la direction opposée tandis qu’elle cherchait une prise sur le corps de la régente.

Ephiny évita les mains tendues et se glissa dans sa garde plongeant pour attraper la jeune fille aux épaules ; celle-ci glissa et se dégagea de sa prise couverte de sueur. Ses doigts saisirent le haut des bras de Lista et la jeune fille s’agrippa à elle de la même façon, tandis qu’elles se jetaient l’une contre l’autre.

La régente laissa le plus grand poids de son adversaire la dépasser et elle plongea sous son bras ; elle tournoya en tirant le bras de la jeune fille vers le haut puis derrière son dos dans une prise assurée. Puis elle lui balaya les jambes et se laissa tomber en même temps qu’elle, bloquant un bras autour de son cou avec expérience.

Lista s’arqua et lutta, mais après une minute, elle haleta, puis elle tapa le sol de sa main libre. Ephiny sourit et la relâcha, se reculant pour qu’elle puisse se relever. J’ai encore le truc on dirait. La régente rit pour elle-même, regardant la jeune fille repousser ses cheveux de ses yeux. C’est bon de le rappeler à tout le monde de temps en temps. « On recommence ? »

Lista cracha sur ses mains et les frotta sur sa combinaison en cuir avant de hocher la tête.

Ephiny tressaillit et se fit une note mentale d’avoir une discussion avec l’instructrice de lutte au sujet du protocole avant de secouer ses bras et de revenir au centre. Cette fois, Lista ne perdit pas de temps, mais attaqua immédiatement, essayant de la supplanter avec de la force pure. Elles tombèrent au sol et Ephiny se tortilla sous elle, poussant sur son dos rapidement avant qu’elle puisse se tourner et la saisir. La jeune fille repoussa un bras pour attraper les côtes de la régente, mais celle-ci tint bon, mettant un bras sous celui de la petite jeune femme pour le forcer vers le haut et autour de sa nuque.

Avec un grognement, Lista se retourna pour atterrir sur Ephiny et elle frappa vers le bas de son autre coude. Mais la régente la vit arriver et se tourna, la laissant frapper le sol dur à la place. Elle garda sa prise, sentant maintenant que la jeune fille était déséquilibrée et elle les retourna toutes les deux, réussissant à mettre son second bras autour de celui de Lista, et dans cette position   fit  pression jusqu’à ce que le menton de la fille  touche presque sa poitrine.

Un silence alors que Lista, impuissante, se contorsionnait sans effet, s’acharnant dans une tentative de déloger une Ephiny persistante, puis elle s’arrêta, et l’Amazone blonde la sentit se détendre dans la défaite tandis qu’elle tapait à nouveau le sol.

Ephiny la relâcha et roula pour se dégager ; elle se mit debout dans un mouvement souple et se frotta les mains. Des applaudissements amicaux l’accueillirent et elle sourit, mettant les mains sur ses hanches d’un air de défi. Le gagnant était celui qui réussissait deux rounds sur trois, donc Ephiny avait gagné, et elle pianota sur un de ses os de la hanche, pensant à continuer. La lutte était l’un de ses passe-temps préférés et la plupart des Amazones le savaient. En fait, elle était l’une des rares Amazones qui pouvaient, et le faisaient, se frotter régulièrement sur la natte avec Eponine, leur maîtresse reconnue.

« On se cogne avec les enfants ? » Une voix ronchonne familière attira son attention et elle se retourna pour voir sa compagne se frayer un chemin dans la foule pour arriver près d’elle avec un bref sourire. « Quel défi y a-t-il là-dedans ? »

Ephiny laissa un sourire de pure compétition passer sur ses lèvres. « Es-tu en train de proposer mieux ? » Elle haussa un sourcil blond vers la maîtresse d’armes. « Je pensais que tu allais courir. »

Eponine s’éclaircit la voix. « Heu… et bien, j’y étais… mais il y avait ce… heu… » Elle leva une main et la laissa retomber. « Le chemin était détrempé et il y avait ce blaireau, et… et bien… j’ai sauté par-dessus… elles ne l'ont pas fait… alors je présume que j’ai gagné. »

« Oui oui. » Ephiny l’observa. « Où sont les autres ? »

« Oh… elles vont arriver », lui dit Pony d’un air innocent, en levant le petit sac en cuir rempli des pierres qui formaient le prix pour la course. « Mais il y avait ce trou de boue en dessous de la partie érodée par la pluie... ça pourrait prendre du temps. »

Ephiny hocha la tête puis regarda le ciel. « Ça commence… je le savais… l’effet Gabrielle. » Elle soupira puis montra le centre du carré. « Allez Pon… battons-nous… montrons à ces gamines comment on fait. »


Xena n’était pas particulièrement pressée tandis qu’elle traversait le plus petit des deux cercles qui formaient le village Amazone. La plupart des occupantes, soit regardaient les jeux, soit y participaient, aussi elle ne vit que peu de gens tandis qu’elle avançait sur la terre battue.

Son visage se plissa en un sourire quand elle se remémora le visage stupéfait de Gabrielle et elle regarda devant elle, observant les proches quartiers  des guérisseuses avec quelque chose de presque trépidant. Elle savait qu’elle y allait pour être mise sur le gril… Menelda la haïssait, mais d’une certaine façon… elle ne pouvait tout simplement pas ressentir soit de la réticence soit de la tension et elle se rendit compte qu’elle se fichait de la guérisseuse ou de ses opinions, ou encore de ce qui ressortirait de la réunion.

Elle s’arrêta devant les portes de l’hôpital puis prit une inspiration et poussa pour entrer, respirant les senteurs familières des herbes et du nettoyant tandis qu’elle hésitait à permettre à ses yeux de s’ajuster à la lumière basse.

La double rangée de paillasses était vide et c’était calme à l’intérieur. Seul le léger grattement d’un pilon et d’un mortier brisait le silence, ainsi qu’un bruissement de vent lorsqu’il passait au-dessus du toit de chaume et effleurait les arbres.

Menelda était appuyée contre sa table de travail, mélangeant quelque chose, et la regardait avec une expression fermée et voilée.

Xena lui rendit son regard. « Tu dois me parler ? » Elle traversa la pièce et se posa sur le bord d’une seconde table de travail, imitant la posture de la guérisseuse. La lumière en provenance de la fenêtre tombait directement sur elle et elle se pencha en arrière, les bras croisés sur sa poitrine.

La guérisseuse interrompit sa tâche et s’avança, exagérant son examen de la guerrière de la tête aux pieds. « Pourquoi est-ce que tu fais ça par Hadès ? » Dit la femme d’une voix rauque.

La guerrière l’observa en silence pendant un moment. « Parce qu’elle le veut », répliqua Xena, puis elle garda le silence.

Menelda souffla. « C’est la seule raison ? »

Xena hocha la tête. « Je n’ai pas besoin d’être une Amazone par les maudits dieux, Menelda. Je n’ai pas besoin que des gens comme toi qui me haïssent profondément portent un jugement sur moi, d’accord ? Je n’en ai pas besoin. » La guerrière se leva utilisant sa hauteur à son avantage. « Mais elle le veut. »

La guérisseuse eut la chair de poule. « Après ce que tu lui as fait, tu peux te tenir là et le dire ? »

La colère de Xena explosa à son tour. « Ecoute-moi bien, espèce de merde de Centaure moralisatrice… je n’ai pas besoin que tu me rappelles ce que j’ai fait, ou ce que je n’ai pas fait, compris ? » Sa voix devint un grognement sourd. « Je dois vivre avec ça chaque moment de ma vie et après pour une éternité au Tartare, alors je n’ai pas besoin de l’entendre de ta part. »

Menelda se contenta de la regarder, une expression choquée et prudente sur le visage.

« Chaque… » Xena se rapprocha. « Simple. » Encore plus près et sa voix prit une teinte de férocité mortelle. « Moment… chaque fois que je la regarde, chaque fois qu’elle me touche… j’y pense… alors sois maudite, je n’ai pas besoin de l’entendre de ta bouche puante. » Une pause mortelle. « Tu m’as comprise ? »

Très lentement, la guérisseuse alla à sa table de travail et se laissa tomber dans la chaise. Elle remua un tas de parchemins devant elle puis croisa les mains dessus, sans regarder Xena. « Est-ce que tu es en train de dire que tu le regrettes, alors ? » Demanda-t-elle finalement d’une voix calme, presque neutre.

« Regretter ? » Xena laissa passer un rire sans humour. « Je m’arracherais le cœur de la poitrine et je le jetterais sur cette table si ça pouvait changer ce que j’ai fait. » Elle fit une pause. « Mais la seule option que j’ai, c’est de vivre avec, alors si tu as fini de me réprimander, continuons ou oublie. »

Menelda fit tourner une plume entre ses doigts tachés d’herbes et regarda le parchemin devant elle. Finalement, elle leva les yeux. « Je dois te poser une série de questions. Certaines sont très personnelles. »

Xena haussa simplement un sourcil comme invitation à continuer.

La guérisseuse se contenta de hocher la tête et trempa la plume dans l’encrier devant elle. « Quel âge as-tu ? »

Xena lui dit.

Menelda la regarda avec une franche surprise. « Je ne pensais pas… »

« J’allais avoir quinze ans quand Cortese a attaqué Amphipolis », expliqua tranquillement Xena.

La guérisseuse se réinstalla sur sa chaise. « Alors… pendant cette guerre tu… » Elle plissa le front. « Tu n’étais encore qu’une enfant. »

Un haussement d’épaules. « J’ai grandi vite. » Neutre.

Menelda retourna à son parchemin, visiblement ébranlée. « Tu… es née à Amphipolis. »

« Oui. »

« Ta famille survivante consiste en ta mère et ton frère. »

« Oui. »

Un souffle. « As-tu eu des blessures vraiment sérieuses. »

Contre sa volonté, un sourire drolatique passa sur les lèvres de Xena. « Définis sérieuses », dit-elle puis elle fit un geste pour arrêter la guérisseuse quand celle-ci commença à parler. « Les deux jambes brisées, les deux épaules disloquées plusieurs fois, la plupart de mes côtes cassées, un poumon percé, deux fois. » Elle s’interrompit pour réfléchir. « J’ai eu une fracture du crâne plutôt sévère il y a un peu plus d’un an. » Son regard alla vers le visage de Menelda et elle faillit rire en voyant l’expression de surprise. « Les matins froids et humides me mettent en rogne. »

« Je peux l’imaginer », murmura la guérisseuse. « Tu as réussi à guérir de tout ça, si je comprends bien. »

« Le dernier a été une vraie plaie, mais oui », répondit Xena avec un ton légèrement moqueur. « Je ne mentionnerai pas les fois où on m’a poignardée, fouettée ou bien où l’on a cherché à me cribler de flèches… c’est pour ça que j’ai appris à attraper ces maudits trucs, j’en avais assez de les arracher de mes tripes. »

Menelda gardait la tête baissée, les yeux concentrés sur le parchemin. « Tu as eu un fils. »

Un silence de mort. « Oui. »

Un grattement tandis que la plume notait.

« Tu as l’intention d’avoir un autre enfant ? »

« Non. »

Une autre marque. « Nous demandons habituellement aux candidates d’avoir au moins l’intention de donner un enfant à la Nation », déclara la guérisseuse sans émotion.

Xena ne lui répondit pas pendant un long moment, elle se contenta de regarder par la fenêtre, son visage inexpressif. « Pas cette candidate-ci », finit-elle par dire, d’un ton distant, puis elle se tourna et fixa la guérisseuse, la défiant de commenter.

Menelda choisit de ne pas le faire. Elle étudia ses papiers pendant un moment en silence. « Qu’est-ce que ça fait de mourir ? » Finit par demander la guérisseuse. « Ce n’est pas dans le questionnaire, je m’interroge juste. »

Xena glissa à bas de la table et alla à la fenêtre, puis posa les mains de chaque côté de l’encadrement et regarda dehors. « C’est comme de s’endormir quand on est très, très fatiguée », murmura-t-elle puis elle soupira doucement. « Et je l’étais. »

« Alors pourquoi es-tu revenue par Hadès ? » Demanda Menelda, tranquillement.

Une voix lui répondit depuis la porte. « Parce que j’avais besoin d’elle. » Gabrielle entra, laissant le rideau de perles qui gardait les insectes dehors se refermer derrière elle. « Et c’est tout ce que tu as besoin de savoir. » La barde se tint bien au centre de la pièce, recevant la lumière du soleil éparpillée dans ses cheveux blond roux. Son visage était figé et sévère et elle fixa Menelda avec des yeux qui retenaient des étincelles de colère tout au fond.

Elle serra les poings tout en tournoyant pour regarder son âme sœur avec soin. « Qu’est-ce qui se passe ? » Elle avait vraiment l’air, à ce moment-là, de la Reine des Amazones.

Xena s’était retournée et s’appuyait contre la fenêtre, la regardant avec un sourire doux et fier. « C’est bon… Menelda et moi avons conclu un arrangement. » Elle tourna son regard vers la guérisseuse. « Pas vrai ? »

« Oui », murmura la guérisseuse. « Puis-je finir ? » Elle évita le regard intense de Gabrielle.

« Vas-y ». La barde alla vers sa compagne et s’installa contre elle. « Ne t’occupe pas de moi. »

Xena se mordit la lèvre pour ne pas sourire à la posture agressive et protectrice et elle passa le bras autour d’elle.

« Des maladies ? » Demanda Menelda d’un ton précis.

« Pas récemment », répondit Xena. « A part une légère fièvre ou deux. »

« Combien mesures-tu ? »

« Environ trois coudées et demie. »

« Trois coudées point quarante-sept », corrigea tranquillement Gabrielle. « Nicklios était très précis. »

Menelda la fixa puis retourna à son papier. « Peux-tu venir ici et te tenir dans la lumière, s’il te plaît ? »

Xena se dégagea de son âme sœur animée et traversa la pièce pour venir se tenir dans la lumière de l’autre fenêtre, juste devant le bureau de Menelda. Elle se tint à l’aise tandis que la guérisseuse l’étudiait attentivement.

« Et bien, c’est une question futile », marmonna la femme en grattant quelque chose. « Et ça aussi… et dieux… je ne vais pas aller dans … »

Les regards bleu et vert se croisèrent ironiquement.

« Très bien », finit par dire la guérisseuse. « C’est tout. Merci. »

Xena hocha la tête et se retourna pour se diriger vers la porte. Gabrielle se repoussa de l’encadrement de fenêtre et commença à la suivre, mais elle fut arrêtée par la voix de Menelda.

« Majesté, un instant s’il te plaît. »

Gabrielle s’arrêta. Xena haussa un peu les épaules. « On se retrouve dehors… je vais aller chercher ton bâton quand je prendrai le mien. »

« Très bien. » La barde lui sourit. « J’arrive tout de suite. » Elle regarda la grande silhouette sortir puis elle soupira et carra ses épaules avant de se retourner. « Oui ? »

Menelda se raidit sur son siège et croisa les mains. « Je pense que nous devons discuter de tes priorités. »

Gabrielle la regarda. « Je pense que tu dois me baiser les fesses. »

Un silence choqué. « Pardon ? »

« Tu m’as entendue », continua la barde tranquillement. « Je n’avais absolument aucune idée de ce dans quoi je me fichais quand je me suis jetée sur Térréis il y a deux ans, par Hadès, mais je l’ai fait et maintenant vous êtes coincées avec moi. Alors, ne me dis pas que nous devons discuter de ce que sont mes priorités. » Gabrielle mit les mains sur ses hanches. « Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je suis de vraiment mauvaise humeur là maintenant. Peut-être qu'on devrait se parler plus tard. »

« Peut-être », répondit Menelda d’un ton incertain.

Gabrielle se contenta de hocher la tête et se retourna pour partir, s’arrêtant dans l’encadrement de la porte. « Est-ce que tu as eu toutes tes réponses ? »

La guérisseuse leva les yeux avec une expression fatiguée. « La seule qui importait, c’était la première. » Elle bougea le parchemin d’un doigt paresseux. « Je ne ferai aucune objection, Majesté. »

La barde hocha à nouveau la tête. « Merci. » Et elle se retourna pour partir, s’arrêtant dehors pour prendre une inspiration profonde et arrêter de trembler. Son regard tomba immédiatement sur la grande silhouette tranquille appuyée contre le mur, un loup blotti à ses pieds. « Salut. »

« Viens par ici. » Xena ouvrit les bras, souriant quand la barde bondit vers elle et se nicha, la faisant reculer d’un pas. Elle enserra Gabrielle dans une étreinte animée et la souleva du sol, entendant le léger grognement quand l’air sortit brusquement des poumons de la jeune femme.

« Ouille. » Gabrielle prit une inspiration tandis que Xena la relâchait. « Je pensais que tu allais chercher ton bâton. »

Xena mit un bras autour de ses épaules et la dirigea vers leurs quartiers. « J’y allais quand je t’ai entendu lui dire de te baiser les fesses et j’ai pensé que c’était mieux que je reste dans le coin au cas où elle essaye. »

La barde rougit et rit. « Pour lui mettre une raclée ? »

« Noooon… » Ronronna Xena. « Je me suis dit qu’elle aurait bien besoin des services d’une guérisseuse. » Elle ébouriffa les cheveux de la barde. « Merci d’être venue à ma rescousse. » Elle eut un sourire affectueux pour son âme sœur.

« Hé ! » Elles levèrent les yeux ensemble au salut pour voir Solari qui s’avançait. « Salut ! »

Elles échangèrent un regard. « Qu’est-ce qui se passe ? » Cria Gabrielle en retour, masquant le soleil de ses yeux de sa main libre.

« Il faut que vous voyiez ça… Eph et Pony se battent pour le championnat de lutte… Ça devient vraiment… intéressant. » Solari sourit. « Venez ! » Elle commença à partir dans l’autre direction et avec un haussement d’épaules, elles se mirent à courir pour la suivre.


La foule était massée autour du carré maintenant et incluait un groupe de coureuses couvertes de boue, qui faisaient sauter des morceaux de boue séchée en regardant l’action devant elles. Gabrielle se fraya un chemin en poussant du coude les spectatrices en périphérie, cherchant un bon endroit pour regarder l’action, mais elle fut frustrée par la densité des Amazones dont la plupart étaient plus grandes qu’elle.

Mais tandis qu’elle dépassait un arbre, un toucher sur le haut de sa tête lui fit lever les yeux de surprise pour repérer son âme sœur confortablement installée dans les branches. Xena lui tendit la main et haussa un sourcil d’invitation.

Gabrielle regarda alentour puis sourit en prenant la main tendue, se laissant tirer dans l’arbre et sur les cuisses de Xena. Elle tenta de se dégager de la prise de la guerrière, mais Xena se contenta de faire des bruits avec sa langue et de l’installer dans un endroit confortable contre sa poitrine, les deux bras autour de son estomac. « Mmm », rit-elle doucement dans l’oreille de la barde.

Celle-ci soupira joyeusement et se détendit, savourant pleinement la chaude sensation de leurs corps connectés, surtout de la peau nue contre la peau de l’autre. « J’aime bien quand tu portes ça », dit-elle en posant ses mains sur celles de la guerrière. Les doigts de Xena faisaient des cercles absents et doux sur son ventre et après un moment, elle décida qu’elle aimait vraiment bien ce qu’elle ressentait. « Et j’aime bien quand tu fais ça. » Elle passa un moment à imaginer leur bébé minuscule, flottant à l’intérieur d’elle. Est-ce que le bébé pouvait sentir la chaleur du toucher de Xena ? Elle sourit un peu en y réfléchissant et décida que oui.

« Ah oui ? » Xena rit et posa son menton sur la tête de la barde tout en regardant l’action en bas. « Oh… ouaouh… ouille », murmura-t-elle tandis qu’Eponine prenait le dessus sur sa compagne et la faisait tomber au sol avec un bruit audible. « Elle va avoir mal après ça. »

« Beuh. » Gabrielle tressaillit tandis que la régente roulait et lançait une attaque sur la maîtresse d’armes, l’attrapant d’une main sous la cuisse et la soulevant, puis roulant à nouveau pour les faire atterrir sur le sol, avec une Ephiny qui œuvrait durement pour clouer Eponine au sol. Les deux femmes étaient plutôt de force égale, Eponine ayant peut-être un léger avantage en force et Ephiny un avantage égal en taille.

Mais Eponine se tortilla et se mit debout, respirant fort tout en tournant autour de la blonde Ephiny avec un sourire débauché sur les lèvres. « C’est pas juste de pincer, Eph. »

La régente laissa un sourire paresseux se former sur ses lèvres. « Ce n’est pas de ma faute si tu deviens assez molle pour qu’il y ait de quoi pincer, Pon. » Elle secoua un doigt. « Faut arrêter les gâteaux aux noix. »

« Ooh. » Gabrielle tressaillit. « C’était rude. »

Xena rit. « Elle essaye de la mettre en colère. »

« Tu vas regretter cette sortie, Blondie. » Eponine plongea vers elle, l’attrapa autour des genoux et la fit tomber avec enthousiasme.

Ephiny accompagna le mouvement et roula lorsqu’elle toucha le sol, surprenant sa compagne, puis elle libéra une jambe et cloua les deux membres inférieurs de l’Amazone brune dans une prise solide. Elle arqua son dos, les faisant rouler, puis elle mit son corps sur celui d’Eponine, la clouant. « Je ne pense pas, mollassonne. »

Les regards bleu et vert se croisèrent rapidement. « Mollassonne ? » Murmura Xena en se mordant la lèvre. « Oh bon sang… tu as complètement déteint sur Eph en ce qui concerne les sobriquets. »

Gabrielle rit. « Je ne vais pas être celle qui demande si c’est littéral. »

« Non non. » Xena secoua vigoureusement la tête. « Ne commence pas. »

Eponine grogna et bougea, raidissant des muscles puissants dans une tentative de reverser la jeune femme blonde, mais après un moment elle s’arrêta et soupira, un sourire désabusé sur les lèvres. A contrecœur, elle tapa le sol. « Comment je peux essayer de me sortir de là si tu m’appelles comme ça ? »

Ephiny la retint un moment puis elle se pencha volontairement et l’embrassa, provoquant une rougeur perceptible sur la peau de la maîtresse d’armes. « Je vais m’en occuper. » Elle rit en la relâchant puis se mit debout et tendit la main pour l’aider à se relever.

Toujours couleur rouge brique, Eponine bondit pour se mettre debout toute seule, provoquant un round d’applaudissements et de rires de la part des Amazones assemblées. « Vous n’avez pas autre chose à faire toutes ? » Se plaignit-elle en leur jetant un regard noir.

« Non », dirent-elles en chœur.

Ephiny lâcha un rire puis jeta un coup d’œil alentour. « Hé… je me demande où… Oh par les tétons d’Héra. » Elle ricana. « Regardez-moi ces deux-là ? » Elle planta ses poings sur ses hanches et secoua la tête.

Eponine se retourna et regarda dans la direction qu’elle pointait, ricanant en repérant les deux spectatrices confortablement enfoncées dans l’arbre tout proche. Tandis qu’elle les regardait, Xena bougea et sans prévenir, elle se laissa tomber de son perchoir avec aisance, Gabrielle toujours serrée contre elle. La guerrière rebondit une fois puis elle relâcha sa compagne, qui trotta vers elles avec un éclair de soleil sur ses cheveux blond-roux.

« C’était génial », les complimenta Gabrielle en s’approchant.

Ephiny se frotta les mains et attendit que la barde arrive près d’elle. « Tout va bien ? » Demanda-t-elle à voix basse.

« Très bien », répondit Gabrielle sur le même ton. « Nous… avons réglé le problème. » Son regard croisa celui d’Ephiny et elle leva un peu le menton. « On dirait bien que vous allez célébrer trois unions ce soir. »

Cela amena une expression de soulagement sur le visage de la régente. « Tu me diras plus tard comment tu as réussi ça, hein ? Je pourrais avoir besoin de quelques indices avec la vieille rouspéteuse. »

La barde sourit. « Entendu… et à propos, on dirait bien que tu donnes des indices à tout le monde… c’était plutôt impressionnant ! »

Ephiny se redressa un peu. « Pas mal… pas mal… est-ce que Xena t’a déjà appris à lutter ? » Ses yeux brillèrent d’espièglerie tandis qu’elle observait son amie avec une fausse inquiétude.

« Ooooouuuuuiii… » La barde traîna sur le mot en jouant. « On peut dire ça… nous avons pris l’habitude de lutter beaucoup pour faire sortir notre énergie l’hiver dernier… quand nous étions coincées à l’intérieur tout le temps. » Elle jeta un rapide coup d’œil derrière elle, repérant Xena qui bavardait avec Cait. « Tu vois ? »

Ephiny croisa les bras et haussa les sourcils. « Hmm… mais est-ce qu’elle t’a enseigné les bons mouvements ? »

Gabrielle se rendit soudain compte qu’un cercle se formait autour d’elles et elle fit de gros efforts pour s’empêcher de sourire. « Et bien… je ne sais pas vraiment… » Elle réussit à faire un haussement d’épaules innocent. « Je n’avais pas grand-chose pour comparer, hein ? Je veux dire… une partie de ce que vous avez fait semble un peu familier… mais… »

« Tch Tch. » Ephiny secoua la tête. « T’sais… toutes les Amazones devraient connaître les règles de base… je pense que je ferais mieux de m’assurer que c’est le cas pour toi. »

La barde recula. « Oh… non… allons, Eph… » Elle leva la main. « Tu viens juste de finir deux combats… et il faut que je me prépare pour la compétition de bâton… »

« Non non… » Protesta la régente. « Juste quelques gestes… je vais bien… et ça t’échauffera un peu, pas vrai ? » Ses yeux brillaient. « Je vais te dire une chose… je parie que je te cloue au sol en moins d’une minute. »

« Eph… » La barde hésitait. « Je ne sais pas. »

« Allons… allons… cinq dinars », l’amadoua Ephiny. Elle était consciente des rires amicaux et des paris murmurés qui passaient dans son dos. « Tu peux bien dépenser ça, hein ? »

Gabrielle soupira et leva les mains puis les laissa retomber. « Bon… très bien… je présume que… mais souviens-toi que c’est toi l’experte ici… d’accord ? ? » Elle recula un peu puis attendit qu’Ephiny la rejoigne, consciente dans sa vision périphérique de la forme haute de Xena qui se joignait aux spectatrices. Elle tourna un peu la tête et saisit le regard de son âme sœur, lui faisant un petit haussement d’épaules impuissant.

Xena haussa les épaules à son tour puis elle croisa les bras et prit une posture détendue, son expression neutre.

« D’accord. » Ephiny fit craquer ses phalanges et fit un cercle autour de sa victime, notant avec intérêt que Gabrielle tournait pour suivre son mouvement. La barde se tenait les jambes légèrement pliées et ses bras un peu écartés de son corps, respirant avec aisance dans la lumière du soleil. « Bon… la première chose que tu dois faire, c’est attraper l’autre personne. » Elle fonça en avant et attrapa les épaules de Gabrielle, sentant les muscles bouger brusquement sous ses doigts. « Ensuite tu… hé ! »

Gabrielle avait fait un pas en avant et glissé une main entre les jambes de la régente, puis elle attrapa son bras le plus proche et souleva la jeune et grande femme sur ses épaules. « Comme ça ? » Demanda-t-elle, innocemment, entendant un rire étouffé de la part de sa compagne. Eh… un rire silencieux agita son ventre.

Ephiny cligna des yeux, totalement stupéfaite. « Gabrielle, pose-moi », couina-t-elle, ses mains agrippant les bras tendus de la barde.

« Te poser ? » Répéta la barde. « Te… poser… c’est ça que tu veux que je fasse ? »

« Oui », grogna la régente. « Je ne suis pas sûre que tu… ouille ! »

La barde se mit sur un genou et la fit basculer et tomber sur le tapis avec un léger bruit sourd. « Ok… je t’ai posée », dit-elle joyeusement, tandis que la régente roulait et se mettait à genoux avec une expression outragée. « Et après ? » Gabrielle mit son coude sur son genou et son menton contre sa main, ses yeux brillant d’espièglerie.

En réponse, Ephiny se rua sur la barde et elles s’attrapèrent dans une roulade sur le tapis, dans un jaillissement de bras et de jambes. Ephiny agrippa le bras de Gabrielle, mais la barde se tourna, repoussant la régente, qui tomba au sol. Et bien… c’est bien plus facile avec elle qu’avec Xena, c’est sûr. Faire passer sa compagne par-dessus comme ça était impossible, étant données leurs différences respectives en taille et poids.

« A mon tour », murmura la barde tandis qu’elle bondissait  sur une Ephiny qui se relevait et elle la saisit par surprise, la mit sur le dos et se jeta sur elle. Elle saisit les deux poignets de la régente et les mit au sol, clouant son corps fermement pour finir nez à nez avec elle.

Ephiny lui lança un long regard noir puis se mit à rire ironiquement. « C’est toi l’experte ici… » Imita-t-elle la barde d’une voix haut-perchée et grinçante. « J’aurais dû y réfléchir à deux fois… petite… »

Un haussement de sourcil blond. « Oui ? » Prononça Gabrielle avec une imitation raisonnable de la voix basse de sa compagne. Elle entendit un autre rire étouffé derrière elle.

La régente rit puis tapa le sol de ses doigts, seule partie du haut de son corps qu’elle pouvait bouger. « Très bien… très bien… sois maudite, Gabrielle… qu’est-ce que tu as fait, tu as soulevé des pierres ? »

La barde roula d’elle et se mit à genoux, sentant des mains se poser sur ses épaules. « Pas vraiment… Xena m’a appris à utiliser toute la force que j’ai en moi… comment bien l’utiliser… et je dois te dire, Ephiny… c’est bien plus facile de te malmener qu’elle. » Elle regarda par-dessus son épaule et saisit le sourire indulgent sur les lèvres de sa compagne. « Tu vois ce que je veux dire ? »

Ephiny se mit sur ses coudes et regarda la grande ex-seigneur de guerre. « Oh oui… je vois très bien ce que c’est… je parie que tu n’as jamais essayé de la soulever comme moi. »

« Euh… » Le visage de Gabrielle se plissa. « Une fois. » Elle se massa la nuque au souvenir. « Elle m’a crié dessus. » Elle se mit debout et tendit la main à la régente.

Ephiny l’étudia. « Et si on luttait pour les deux meilleurs rounds sur trois ? » Proposa-t-elle avec un sourire puis elle regarda Xena. La guerrière haussa un sourcil significatif. « D’un autre côté… il y a cette compétition de bâton… » Elle remua la main vers le chœur de grognements déçus. « Allons… vous aurez l’occasion de voir votre Reine en action assez tôt… filez… » Elle s’étira les épaules. « Je vais me chercher un verre d’eau. »

Gabrielle soupira, légèrement soulagée, et elle se pencha un peu en arrière, s’appuyant contre le corps chaud de Xena avec un sentiment de plaisir simple. Les mains de la guerrière massaient sa nuque et ses épaules. « Mm. » Elle se retourna et leva les yeux. « C’était bien ? »

Xena effleura les cheveux blonds de ses lèvres. « Oh… c’était bien… c’était très bien… en fait… » Elle sortit une pièce de la bourse attachée à sa ceinture. « J’ai gagné dix dinars sur Eponine. Tiens. »

« Tch… Xena… ce n’était pas gentil… » Murmura la barde en lançant un regard autour d’elle tandis que les Amazones se dispersaient, se regroupant pour la compétition de bâton à côté.

La guerrière haussa les épaules innocemment. « Elle a insisté. » Elle tira sur une mèche de cheveux de sa compagne. « Allez… on va t’échauffer, la bagarreuse. »

Gabrielle gloussa. « Ch… tu t’amuses vraiment trop. »

« Hé, Xena ! » Une voix les fit s’arrêter. Elles se retournèrent pour voir Eponine bien au centre de la zone de lutte. « J’aimerais bien te voir démontrer ce petit mouvement sur moi. »

« Par la fesse gauche de Charon », marmonna Xena, puis elle dit quelque chose dans une langue que Gabrielle ne reconnut pas. « Pas maintenant, Pony… j’ai des choses à faire. » Bon sang… j’aurais dû savoir qu’elle voudrait sa revanche. « En plus, tu ne veux pas lutter avec moi. »

La maîtresse d’armes sourit. « Ah ah… allons Xena… » Elle étendit les bras vers les Amazones de nouveau désespérément intéressées, qui s’étaient immédiatement réunies autour d’elle. « TOUT LE MONDE veut lutter avec toi… alors… allez… allez… amène tes fesses en cuir par ici. »

Gabrielle se gratta le nez et débattit pour savoir si elle assistait ou pas à ça. La fierté de Xena était une chose susceptible et on ne savait jamais ce qui déclenchait une réaction instinctive. Elle regarda son âme sœur et fut soulagée de ne rien voir d’autre que de l’amusement ironique dans ses yeux et le langage de son corps.

« Eponine », dit Xena dans un soupir, puis elle s’avança lentement, sa foulée longue et athlétique l’amenant au centre du tapis avec une rapidité stupéfiante. Elle s’arrêta à courte distance de l’Amazone et mit les mains sur ses hanches. « Tu veux lutter. »

« Mmhmm. » Eponine hocha brusquement la tête en se frottant les mains. « Je me sens plutôt bien aujourd’hui et tu m’as l’air un peu molle… je pense que je peux te battre. »

Gabrielle tressaillit et se couvrit les yeux. Oh… ça c’était une mauvaise idée. Toris avait compris très vite… et il avait fini par arrêter d’utiliser ce genre de piqûre avec sa sœur, qui aurait immédiatement montré que ce n’était pas le cas, habituellement par des moyens douloureux.

Un sourcil finement sculpté finit par se hausser. « J’ai une meilleure idée », ronronna Xena et elle bougea.

Tellement vite qu’Eponine n’eut pas le temps de respirer, encore moins de se défendre. La guerrière n’était qu’un brouillard qui se glissa près d’elle et échappa aux mains paniquées pour arracher le vêtement du haut de son corps. « Eeeehhhhh !!!!! » Elle lâcha un hululement de choc.

Xena fit un pas de danse en arrière tout en gardant le haut d’Eponine. « Voilà le jeu. » Elle sourit à l’Amazone maintenant furieuse et à demi nue. « Attrape-moi. » Et elle partit en courant, avec une Eponine hululante sur ses talons. Elle atteignit la première rangée d’Amazones hilares et se lança simplement par-dessus elle dans un saut tandis qu’elles titubaient et se séparaient pour laisser passer sa poursuivante déterminée.

« Sois maudite, Xena… » Jura l’Amazone tandis qu’elle pourchassait la grande femme. « Je vais te botter le cul quand je t’attraperai. »

La guerrière sourit et revint en courant sur quelques pas, secouant le haut. « Il faudra d’abord m’attraper. » Elle contourna l’arbre dans lequel elles avaient été assises et repartit en courant, tandis que quelques Amazones se joignaient à la chasse. « Tu as besoin d’aide, Pony ? Tu traînailles. » Elle la taquina, les amenant vers le bord de l’espace vide.

Elles faillirent l’attraper, les mains tendues, mais elle valait mieux que ça. Xena s’accroupit puis elle se lança dans les airs, attrapant une branche au-dessus de sa tête, puis se balançant pour filer dans l’espace, se retournant deux fois avant d’atterrir et de repartir en courant, cette fois en traversant le campement. Elle mit de la vitesse tandis qu’elles formaient un cercle pour l’attraper, faisant bon usage de ses longues jambes puissantes. Tandis qu’elle dépassait son âme sœur, appuyée contre l’arbre, elle lui jeta le haut. « Attrape. »

Gabrielle leva les mains juste à temps pour attraper le haut qu’elle regarda. Elle écarquilla les yeux en levant le regard pour voir un groupe d’Amazones hurlantes qui se dirigeaient vers elle et elle jura puis partit en trombe, lâchant les premières poursuivantes d’un cheveu et passant sous le bras tendu d’Eponine. « Oups… il faudra mieux faire. »

Haletantes, elles se retournèrent à nouveau pour la poursuivre et se lancèrent dans des ruées sauvages, mais Gabrielle n’avait pas passé trois ans dans une activité constante pour rien. Elle serra le poing autour du vêtement et courut, sentant le vent fouetter ses cheveux vers l’arrière tandis qu’elle distançait aisément les femmes frustrées.

Elle oublia simplement de surveiller Arès. Le loup, bondissant d’excitation, avait tourné pour suivre Xena, qui avait croisé son chemin, et il finissait juste en face d’elle. Ils se cognèrent et elle tomba dans une boule en mouvement, entendant le cri sauvage et triomphant de la foule derrière elle. Instinctivement, elle se replia sur elle-même et retint son souffle tandis qu’elle sentait le grondement sur le sol causé par le troupeau en approche.

L’air siffla et elle grimaça, mais le corps atterrissant sur elle en premier étendit ses membres autour d’elle comme une cage vivante juste avant que le reste des Amazones n’arrive.

C’était comme de recevoir un chariot plein de sac de farine, mais Gabrielle ne le sentit pas, elle ressentit juste l’impact sur le corps qui la couvrait, qu’elle reconnut immédiatement comme celui de son âme sœur. Les muscles de Xena se raidirent et elle entendit la guerrière prendre une inspiration rapide. « Hé. » Elle mit la main sur le visage près du sien. « Tout va bien ? »

« Non », grogna sa compagne tandis que les autres s’empilaient, les mains creusant pour attraper le vêtement. « Demande à Ephiny avec quoi elle a nourri ces monstres. »

Gabrielle entendit la voix hurlante de la régente et réalisa qu’Ephiny tentait de faire descendre la foule. Elle saisit l’occasion pour lever la tête et embrasser doucement Xena sur les lèvres. « Je t’aime », dit-elle doucement, pour distraire sa compagne du chaos.

Xena oublia la douleur intense, oublia le stress qu’elle mettait sur son corps, oublia les Amazones et l’herbe mouillée, et les femmes échauffées, transpirantes, et qui grognaient  posées sur elles. « Hé… je t’aime aussi. » Elle embrassa la barde à son tour, laissant le contact durer jusqu’à ce qu’elle sente l’air frais sur son dos et la levée du poids. Elle sentit une main sur son épaule.

« Tu vas bien ? » La voix d’Ephiny se situait entre la colère et l’inquiétude.

Xena se souleva paisiblement de sa compagne et roula  sur l’herbe, fixant la régente avec un léger sourire. « Jamais sentie mieux. Et toi ? » Elle se lécha les lèvres et croisa les jambes, les mains derrière la tête et détendue.

Ephiny mit les mains sur les hanches, regardant tout à tour Xena et Gabrielle, allongée sur le dos, faisant tourner le haut d’Eponine par la bretelle d’une seule main, les jambes confortablement croisées. « Il y avait quoi dans ce pain aux noix ? » Demanda-t-elle. « C’était quoi ça ? » Elle se tourna pour voir sa compagne à demi nue et rageuse. « Qu’est-ce que vous faites ? Je pars cinq minutes pour boire de l’eau et quand je reviens, c’est le bazar ? ? ? »

« Elle m’a volé mon haut ! » Eponine montra Xena d’un doigt outragé.

Ephiny ne put s’en empêcher. Elle se mit à rire. « Ah oui, hein ?... et bien, ça explique pourquoi tu es… hum… » Elle arrangea artistiquement les longs cheveux noirs de la jeune femme pour lui couvrir la poitrine. « Hum… »

« Brochette de pets de Centaure », jura Eponine, puis elle se tourna vers Gabrielle, une requête dans les yeux. « Majesté… je pourrais… »

« Bien sûr. » Gabrielle fit une boule du vêtement et le lui lança, puis elle bondit pour se relever. « Vous savez, j’aime bien les festivals… tu as raison, Eph… on s’amuse bien. » Elle souleva son âme sœur et lui tapota le dos. « Xena n’était juste pas d’humeur à lutter. »

Ephiny regarda la guerrière remise puis sa compagne qui jurait, et revint sur Xena. « Ah. » La compréhension passa sur son visage. « Compris. » Elle soupira. « J’ai envoyé Cait chercher ton bâton… je pense que tu es plutôt bien échauffée. » Elle regarda Eponine qui s’éloignait en ajustant son vêtement et elle soupira.

La barde se passa les doigts dans les cheveux et soupira. « Oh oui. » Elle carra les épaules. « Allons-y. » Elle tourna le regard vers le groupe assemblé d’Amazones qui toutes portaient des bâtons et la plupart la regardaient avec ce qu’elle réalisa être de la fascination prudente.

Elle leva la tête et sentit une poussée de confiance. Vous voyez? Je suis une Amazone… est-ce que je vous ai surprises ? Elle saisit le respect tranquille dans les yeux d’Ephiny tandis que la régente l’entraînait vers la zone de compétition.  Je pense que je les ai toutes surprises… bien sûr je me suis aussi surprise moi-même, mais… La barde regarda par-dessus son épaule pour voir que Xena la regardait, une expression évidente de fierté sur le visage. Mais je ne l’ai pas surprise elle, non ? La guerrière cligna des yeux. Non… sûr que non. « Désolée pour Pony… » Murmura-t-elle à la régente.

Ephiny haussa les épaules. « Je lui ai dit de ne pas faire ça… elle se transforme en bête de compétition quand il s’agit de ton autre moitié… ne t’inquiète pas… elle va survivre. »

Gabrielle sourit. Mon autre moitié. « Désolée pour cette histoire de lutte. »

La régente la regarda simplement. « Non… c’était ma faute. J’essayais d’en mettre plein la vue et j’ai choisi la mauvaise personne pour ça. » Elle rit. « Quand est-ce que tu es devenue aussi forte ? »

Quand en effet. C’était un sentiment étrange et Gabrielle repoussa sa réponse tandis qu’elle examinait cette sensation. Ça la frappa comme un coup de tonnerre. Ce que Xena avait dit à son sujet, qu’elle était capable de se débrouiller seule dans un  défi, en tant que Reine, c’était vrai.

Quel sentiment bizarre.

Elle n’était pas entièrement sûre d’aimer ça.


Xena trouva un rocher chaud et agréable et s’y installa, se penchant en arrière pour laisser la chaleur du soleil capturée dans la pierre, pénétrer les muscles raidis de son dos. Elle était coriace et elle le savait, mais retenir la moitié de la nation amazone au-dessus du corps de sa compagne avait eu un impact même sur sa silhouette robuste.

Elle soupira, croisa les bras sur sa poitrine et se concentra pour laisser la douleur passer sa conscience, l’emmenant à l’arrière de son esprit avec une discipline tranquille. Après une minute, elle se détendit et cela l’aida aussi, tandis qu’elle étirait ses longues jambes et les croisait aux chevilles avec prudence.

Les Amazones passaient autour d’elle, la plupart ne lui lançant même pas un regard.

Et bien, un léger sourire passa sur sa bouche. Ne lui lançant pas ce genre de regard en tous cas… elle recevait assurément des regards voilés et même un geste amical ou deux. Elle tourna la tête alors qu’une rouquine grande et élancée s’approchait et se percha sur un rocher à côté. La femme se contenta de lui sourire puis se tourna pour regarder les échauffements. Xena soupira et hocha un peu la tête. Pas mal… pas mal… L’atmosphère était assurément plus chaleureuse par ici.

Elle n’avait pas vraiment eu l’intention de faire ça à Eponine… elle plissa le front. C’était vraiment un peu… puéril, se réprimanda-t-elle. Mais c’était mieux que de mettre l’Amazone par terre… ce que Xena savait être plus que capable de faire. Pourquoi Eponine avait-elle besoin de la pousser comme ça…

Xena soupira. Un défi, pas vrai ? Elle relâcha un souffle et étira lentement son dos, soulagée de ne ressentir qu’une douleur lancinante et pas la secousse acérée et atroce qui signifiait qu’elle s’était déplacé quelque chose. C’est tout ce dont j’ai besoin… Elle leva les yeux à l’approche de Cait, Paladia marchant à pas lents derrière elle et regardant autour d’elle avec un intérêt bien déguisé. « Salut Cait. » Elle eut un signe de tête neutre pour l’autre femme, qui lui répondit de la même façon.

« Salut. » Cait s’installa sur le surplomb rocheux près d’elle et fit signe à sa suiveuse de faire de même. « C’était plutôt méchant de ta part. » Ses yeux gris étudiaient la guerrière. « J’ai bien peur qu’Eponine ne soit très fâchée. »

La guerrière haussa les épaules. « Peut-être que la prochaine fois elle choisira quelqu’un d’autre. » Son regard se porta sur Paladia. « Comment va le bras ? »

L’ex-renégate cligna des yeux, se taisant comme si elle réfléchissait à la question. « Très bien. » Elle le bougea un peu, ayant laissé son attelle derrière elle pour la journée. « Ça me fait un mal d’Hadès là maintenant… je me suis cognée dans un arbre à rire de toutes ces fichues femmes qui te coursaient. »

Cait se tourna. « Ce n’était pas drôle, » la réprimanda-t-elle sévèrement.

Paladia recourba ses lèvres.

« Allons Cait… bien sûr que ça l’était. » Xena rit. « Même Ephiny riait… je me suis dit que c’était mieux que Pony et moi nous castagnant. »

La jeune fille plissa les yeux. « Je pense qu’elle s’est sentie merdique. »

Pendant un instant, Xena se sentit coupable. Puis elle rit doucement. « Tant pis. » Elle regarda Cait droit dans les yeux. « Peut-être que la prochaine fois elle n’essaiera pas de me forcer à réagir. »

Cait resta silencieuse puis elle se leva et s’éloigna. « Reste là », dit-elle brusquement par-dessus son épaule à Paladia, qui ne montrait aucun signe d’envie de bouger.

Xena échangea un regard avec la renégate puis elle haussa légèrement les épaules et retourna son attention vers le carré de combat. Un groupe d’Amazones étaient rassemblées à un bout, toutes armées, et le reste était disséminé autour de l’espace pour regarder. Gabrielle était appuyée sur son bâton dans une posture familière tandis qu’elle écoutait l’arbitre. Les pensées d’Eponine s’évanouirent tandis qu’elle se concentrait sur son âme sœur, notant la différence visible entre la silhouette élancée et mince de la barde et le reste du groupe, qui affichait une musculature parfois trop développée.

Dieux, elle a belle allure. La guerrière se mordit la lèvre pour empêcher un sourire niais sur ses lèvres. Le soleil faisait briller abondamment le corps de la barde, entre son bronzage et la légère couche d’humidité due à la chaleur éprouvante d’un presque midi ; et tandis qu’elle regardait, Gabrielle se passa les doigts dans ses cheveux, les soulevant de sa nuque pour les laisser libres dans la brise agitée, puis elle se tourna et hocha la tête quand la femme près d’elle fit un commentaire à voix basse.

Il y eut trois rounds avant le premier de la barde et l’œil exercé de Xena évalua rapidement que n’importe lequel n’aurait pas causé de souci à sa compagne. Elle bougea un peu, se penchant en avant tandis que Gabrielle allait au centre du carré, pour faire face à une femme grande et à la peau noire avec des cheveux noirs courts et des épaules très musclées.

Après un moment, l’arbitre recula et les deux femmes tournèrent l’une en face de l’autre. Xena nota la posture de la barde, son centre de gravité bien au-dessus de ses pieds et ses genoux à demi pliés en défense. Gabrielle attendit que son adversaire fasse le premier mouvement, comme à son  habitude et elle fut récompensée par une ruée solide, tandis que la femme à la peau noire cognait son bâton contre le sien et essayait de la pousser en arrière.

Gabrielle tendit les muscles de ses cuisses puis elle se détendit, poussant à son tour, et elle glissa sous les défenses de la femme avec un rapide craquement de bois contre la chair alors que son bâton cognait les côtes de l’Amazone. Elle poursuivit avec un revers cinglant qui fouetta l’arme de son adversaire et la fit tomber de ses mains pour l’envoyer rebondir sur le sol.

Un murmure s’éleva.

Xena sourit avec une intensité féline. La voix de Paladia flotta vers elle avec un intérêt franc. « Elle est plutôt bonne avec ce truc, hein ? »

« Ouaip », répondit la guerrière, entendant la note de fierté dans sa voix. « Elle l’est. » Elle regarda Gabrielle laisser l’autre femme reprendre son bâton, puis attendre l’attaque suivante. La femme fut plus prudente cette fois et elle décida une parade pour tester, tandis qu’elles s’engageaient l’une contre l’autre, le son de leurs bâtons qui se cognaient faisant écho par-dessus le campement. La femme à la peau sombre tenta d’utiliser sa taille à son avantage, mais c’était une cause perdue parce que Gabrielle était bien habituée à se défendre contre sa grande partenaire. Elle plongea et laissa un coup siffler au-dessus de sa tête, puis elle souleva le pied de la femme avec un balayage envers puissant.

L’Amazone tomba avec un bruit sourd. La barde se releva et attendit tandis qu’elle se remettait sur ses pieds et bougeait son bâton entre ses mains, maintenant visiblement déconcertée. Elle tenta un balayage de côté, que Gabrielle bloqua, puis la barde amena l’autre bout de son bâton et frappa les mains de la femme, lui enlevant à nouveau son arme.

L’Amazone la regarda et regarda le bâton, qui avait rebondi à plusieurs mètres, puis elle leva simplement les mains et fit une petite courbette pour accepter la victoire de Gabrielle. L’arbitre hocha la tête et fit une marque sur son parchemin. « Le round pour la Reine Gabrielle », cria-t-elle puis elle fit signe à la paire de combattantes suivante.

La barde pencha la tête comme si elle ne croyait pas que c’était fini puis elle se tourna et eut un petit regard pour sa compagne ainsi qu’un haussement d’épaules, alors qu’elle revenait dans les rangs d’attente. Xena leva la main et la porta à ses lèvres dans un geste de boire et sourit tandis que son âme sœur levait les yeux au ciel, mais hélait cependant une jeune fille qui se tenait là avec des outres d’eau sur l’épaule ; elle en prit une, l’ouvrit et but de longues gorgées de son contenu.

Xena sentit qu’un sourire indulgent se formait et elle le laissa, ignorant le regard qu’elle savait recevoir de Paladia.

« T’es collée à elle comme de la sève de sapin en hiver, hein ? » La renégate ricana, une note de dégoût amusé dans sa voix.

La guerrière tourna lentement la tête, une expression glaciale sur ses traits avant de fixer l’autre femme. Paladia tressaillit perceptiblement et Xena eut un sourire grimaçant en appelant autant de menace qu’elle le pouvait, baissant le ton de sa voix tout en plissant les yeux. « Tu veux que je te brise l’autre bras ? » Demanda-t-elle d’un ton ferme.

Paladia s’écarta d’elle sur le rocher et cligna des yeux. « Non. »

« Alors ferme-la », grogna la guerrière.

La renégate fronça les sourcils. « T’es susceptible, pas vrai ? » Dit-elle à voix basse puis elle secoua la tête et redressa les épaules.

Xena lui lança un regard puis refréna un sourire narquois tout en retournant son attention vers le tournoi. Il faut que je garde ma réputation un peu intacte, décida-t-elle ironiquement.  Je l’ai pas mal négligée ces temps-ci.

L’adversaire suivante de Gabrielle était une jeune fille avec du cran, à peu près de sa taille, et bouillonnante d’énergie. Xena se demanda si sa compagne voyait un peu d’elle-même dans la gamine qui bondissait avec nervosité, visiblement intimidée d’affronter sa Reine. La guerrière vit Gabrielle passer son bâton d’une main dans l’autre et s’appuyer dessus, l’autre main tendue dans un geste d’apaisement, tout en parlant à la jeune fille. La jeune Amazone prit une inspiration et hocha la tête, puis elle s’ajusta, une expression douloureusement intense sur le visage.

Quelques mots encore de la part de la barde et un mouvement interrogateur de sa main et l’Amazone hocha à nouveau la tête. Gabrielle secoua un peu la tête puis remit son arme en place et se cala sur le sol, dans l’attente. La jeune fille bondit en avant dans un joli mouvement, modérément habile, qui atteignit le bâton de la barde avec un son d’éraflure tandis que ceux-ci se croisaient en grattant. Elle fit bouger le bout et visa les jambes de Gabrielle, et elle fut totalement surprise lorsque la barde se contenta de sauter par-dessus le coup, lui faisant perdre son équilibre et plonger en avant.

Gabrielle fut gentille et ne suivit pas avec un coup sur son dos, ce qu’elle aurait sûrement fait si son adversaire l’avait sérieusement attaquée. Au lieu de ça, elle recula d’un pas et attendit que la jeune fille se reprenne puis fonce en tournoyant avec une combinaison très bien faite, destinée à entrer dans la garde de la barde et la désarmer. Ça faillit marcher, ou du moins aurait marché si la barde n’était pas habituée à un mouvement bien plus puissant. Elle attrapa le bâton de la jeune fille contre le bout du sien et tourna, puis elle fit tournoyer son corps et laissa l’Amazone passer près d’elle, trébucher, tomber et perdre son bâton avec un hoquet de surprise.

Paladia se rapprocha. « C’est leur enfant miracle. »

Xena la regarda. « Quoi ? »

« Cette gamine… elles arrêtent pas d’en parler… bâton comme-ci, bâton comme ça… une sorte de prodige. »

La guerrière se gratta la mâchoire. « Oui oui. » Elle observa la jeune fille d’un air spéculatif. Et bien… elle était plutôt bien bâtie, tout en muscles et des cheveux roux blond, avec des taches de rousseur sur le visage. Ses mouvements étaient rapides et talentueux, mais… « Elle est plutôt douée », admit-elle, en regardant la gamine essayer un revers rapide et sauvage qui faillit avoir sa compagne, parce qu’il était bas, là où Gabrielle n’avait pratiquement jamais besoin de se défendre. Elle affrontait surtout des adversaires qui étaient plus grands qu’elle. Mais la barde réussit à descendre son bâton à temps et détourna le coup, puis elle fit tourner le bout de son bâton par-dessus et frappa la gamine sur la pommette avec un craquement audible.

La gamine tomba et Gabrielle se figea, puis recula, quelques mots d’excuse portés par le vent flottèrent jusqu’aux oreilles affûtées de Xena. La jeune fille leva les yeux avec un sourire ironique et se massa la mâchoire, puis elle prit son bâton et reprit le combat. Il ne fallut pas longtemps, quelques échanges, et l’un d’eux passa, où l’Amazone avait vraiment œuvré fort et réussi à amener Gabrielle dans un coin, leurs bâtons croisés sur l’épaule gauche de la barde, la jeune fille portant férocement tout son poids.

« Plonge… plonge… » Murmura Xena, ses muscles se raidissant en sympathie. Comme si elle avait entendu, la barde laissa tomber le haut de son corps et le bâton de la jeune fille glissa sur ses épaules, lui donnant une ouverture sur les côtes de l’Amazone. Elle la prit et la fit tomber, et cette fois, la gamine resta au sol, remuant la main pour concéder le point.

Le grattement d’une plume. « Round pour la Reine Gabrielle », commenta l’arbitre puis elle leva les yeux. « Pause d’un quart de chandelle… buvez, vous toutes. »

Gabrielle s’avança et demanda son outre d’eau, sirotant en laissant son cœur diminuer ses battements. Elle pouvait entendre les murmures autour d’elle et elle repéra un petit groupe autour de son adversaire suivante, qui lui jetait des regards. Elle se sentit mal à l’aise et elle fut soudain consciente d’une distance entre elle et quelques-unes des Amazones et elle se rendit compte que peut-être elle était trop exigeante.

C’était un sentiment d’isolement et elle sentit ses épaules s’affaisser jusqu’à ce que des doigts chauds se referment sur elles et que la présence indéniable de son âme sœur flotte autour d’elle. Elle leva les yeux. « Hé. » Sa voix trahissait sa joie de voir ce visage amical.

« Tourne-toi », dit tranquillement la guerrière en posant ses avant-bras sur les épaules de la barde quand celle-ci obéit. « Elles te rendent nerveuses ? » Elle montra le petit groupe d’un coup de mâchoire.

« Pas… » Gabrielle hésita. « Pas nerveuse… c’est juste que je… c’est comme s’il y avait elles et moi, tu vois ? »

« Nous et elles », répondit Xena d’un ton neutre. « Tu penses qu’elles parlent de toi ? »

La barde hocha lentement la tête. « Oui… j’ai entendu quelques mots… à quoi faire attention… comment me coincer… je… » Elle leva des yeux plaintifs. « Je sais que c’est pour s’amuser… c’est juste une compétition, mais je n’aime pas ça, Xe. »

« Mm. » La guerrière regarda droit dans les yeux les conspiratrices  par-dessus l’épaule de son âme sœur et les étudia, puis elle murmura dans l’oreille de la barde. « Et bien… c’est exactement ce qu’elles pensent que je fais, d’accord ? » Elle mordilla le bord de la peau rose. « Tu penses que ça les effraye ? »

La barde rit légèrement. « Probablement. » Ses adversaires semblèrent soudain moins importantes tandis qu’elle se concentrait sur les chatouillis chaleureux que sa compagne causait dans ses tripes.

« Oh oui… je les regarde chacune et je murmure… et je regarde… oui, elles commencent à bien transpirer. » La voix basse de Xena ronronna contre l’oreille de Gabrielle et elle se laissa glisser en avant, s’appuyant contre la grande silhouette. « Elles pensent probablement que je te donne des techniques secrètes », continua la guerrière.

« Et… tu en as ? » Murmura doucement Gabrielle. « Ou bien est-ce que je dois arrêter… je pense que j’ai prouvé ce que je voulais… je ne veux pas secouer tout le monde, Xena. » Elle avait un air dégoûté d’elle-même.

Xena posa sa tête sur les cheveux blond roux posés contre son épaule. « Tu as rendu ta professeure très fière, mon amour… tu as tout bien fait et je ne pense pas qu’il y ait le moindre doute dans l’esprit de quiconque sur combien tu es douée. » Elle entendit le souffle coupé de la barde. « Tu peux arrêter quand tu veux… tu n’as plus rien à prouver… et tu n’as jamais eu à le faire pour moi, parce que tu fais partie des quelques personnes à qui je fais confiance pour surveiller mes arrières, tu le sais ça, pas vrai ? »

Les yeux vert brume plongèrent dans les siens en une gratitude toute simple. « D’accord », dit-elle dans un souffle, j’ai très faim. » Elle soupira dans un soupçon de plainte. « J’ai l’impression que je pourrais manger un mouton tout entier. »

La guerrière sourit et tendit la main pour fouiller dans sa bourse à la ceinture et en sortir une barre de voyage. « Je suis venue préparée. » Elle rit quand la barde l’attrapa et en mordit un morceau, mâchant joyeusement. « La suivante… fais attention parce que c’est l’une de leurs combattantes la plus âgée et expérimentée… elle était avec la faction de Vélasca pendant toute cette histoire. » La voix de la guerrière était basse et ferme. « Elle va essayer de redorer la réputation des Amazones… elle va t’attaquer rapidement et essayer de te désarmer vite… fonce vers la poitrine, frontalement. » Elle haussa les oreilles. « Elles discutent de ce qu’elles pensent être tes faiblesses… elle pense que tu hésites à attaquer parce que tu ne les connais pas, pas parce que je t’ai appris à laisser l’autre personne faire la première erreur. »

Gabrielle hocha fermement la tête. « Bien… compris. » Elle prit une autre bouchée.

Xena sourit tranquillement. « Elles pensent que tu as vraiment belle allure. »

La barde s’arrêta au milieu de sa bouchée et ouvrit des grands yeux. « Xena ! »

Un haussement d’épaules. « Je ne discuterai pas ce point avec elles. » Elle repoussa quelques-uns des cheveux de la barde. « Je le pense aussi. »

« Oui oui… et qu’est-ce qu’elles disent sur toi ? » Demanda Gabrielle en lui tapant légèrement le ventre.

« Désolée. » Xena eut un sourire narquois. « Il y a trop de vent… j’ai dû rater cette partie. » Elle était contente de voir que la bonne humeur de son âme sœur était revenue. « Pony est en colère contre moi… Cait aussi. Est-ce que j’ai été tellement méchante ? » Demanda-t-elle ironiquement.

« Mm. » Gabrielle réfléchit en se léchant les doigts pensivement. « Tu m’as plutôt surprise, mais… elle a commencé… tu as essayé de l’avertir… elle n’a pas écouté… elle a dit des grossièretés… nan. » Elle leva les yeux. « Mais tu devrais lui parler. » Elle leva une main et la posa à plat sur la peau nue de Xena. « Je pense qu’elle t’aime vraiment bien. »

Xena soupira. « Très bien… après ça… et après que tu auras eu un vrai repas. » Elle contracta les sourcils. « Tu te sens bien ? Pas de souffle coupé… ou autre ? » Elle mit le bout du doigt sur le pouls de la barde, soulagée du battement de cœur égal et régulier.

« Je me sens absolument bien… » Lui dit Gabrielle. « Aiguisée… mes réflexes sont là… je ne respirais même pas fort après le dernier round. » Elle se tourna quand l’arbitre appela son nom. « Souhaite-moi bonne chance. »

La guerrière l’enserra et l’attira près d’elle puis elle baissa la tête et l’embrassa, sentant le corps de la barde se fondre contre le sien pour un long moment virevoltant. Elle se recula un peu, très consciente des regards autour d’elles. « Bonne chance », lui dit-elle d’une voix rauque.

Le regard de la barde était cloué sur son visage, totalement absorbé. « Je ne peux pas croire que tu as fait ça. »

Un haussement de sourcil noir. « Elles l’ont déjà vu, tu te souviens ? »

Gabrielle leva la main et traça délicatement sa pommette. « Je me souviens. » Elle se laissa flotter dans le regard bleu de son âme sœur pendant un long moment puis sourit et se dégagea, attrapa son bâton et marcha vers les tapis qui marquaient la zone de combat. Tout était très tranquille et elle pouvait entendre le bruissement des feuilles dans le vent, et elle sentit les regards cloués sur elle.

Au centre du carré, elle s’arrêta et mit son bâton dans le creux de son bras, regardant les Amazones calmement. Les expressions qui lui faisaient face allaient de l’envie, à l’émerveillement et à l’incrédulité, et elle leur sourit gentiment, bien ancrée dans le sentiment que représentait l’amour qui l’environnait. Son adversaire vint lui faire face, passant son bâton de main en main. La femme était plus grande qu’elle et élancée, avec une grande force apparente dans ses mouvements. Elle avait des cheveux châtains légèrement blanchis, coupés à hauteur des épaules et écartés de son visage anguleux avec une lanière de cuir.

Gabrielle sentit une différence dans ce round et elle jeta un rapide coup d’œil derrière elle, repérant la silhouette tendue de Xena près d’Ephiny.  D’accord… d’accord… détends-toi… et vas-y. Elle est ici… elle ne laissera rien d’horrible t’arriver. Elle prit une profonde inspiration et attendit, tandis que l’arbitre baissait la main.

L’autre femme s’appelait Kenete, Gabrielle s’en souvint au moment de l’attaque. Xena avait raison, Kenete n’attendit pas pour foncer de manière sauvage, son bâton frappant celui de la barde avec bien plus de force que ses deux adversaires précédentes. Le blocage de Gabrielle tint bon et elle glissa d’un côté, détournant la sauvagerie de l’attaque.

Elle recula et attendit, arrêtant une combinaison de mouvements et rendant quelques rapides parades destinées plus à tester ses réactions qu’à l’attaquer sérieusement. Elle bougea son bâton et fit un pas de côté, puis elle frappa dans l’autre direction, dans son propre test des réflexes de la femme, peu surprise quand l’Amazone la bloqua avec efficacité.

« Je ne suis pas une gamine… Majesté… alors n’essaye pas un de tes tours sur moi. » La femme parla doucement tandis que leurs bâtons se croisaient à nouveau et elle repoussa la barde.

« Des tours ? » Gabrielle la contra, envoyant son arme bas pour intercepter un balayage visant ses genoux, puis elle inversa la direction et saisit le coup près de son oreille. « Je suis désolée… les animaux de cirque font des tours. » Elle partit d’un côté et attendit que Kenete s’impose, puis elle fouetta de son bâton de l’autre côté et cogna l’épaule de la femme avec un bruit mauvais. « Je n’en fais pas. »

Kenete s’arrêta, l’observant, puis elle contourna la barde par la gauche et fonça, et impacta la cuisse de Gabrielle ce faisant. La barde tressaillit, mais rendit coup pour coup en passant sous le bras de la grande Amazone pour toucher ses côtes.

« Tu penses qu’on a toutes peur de ton amie là-bas ? » Marmonna la femme, initiant un rapide échange, qui fit se frotter leurs deux bâtons.

« Vous devriez », contra Gabrielle, évitant un coup porté haut et se laissant tomber à genoux, frappant la femme dans les genoux et dans la poitrine avec le bout de son bâton. « Elle m’a tout appris. »

Kenete tituba en arrière et prit une inspiration tandis qu’elle regardait la barde se remettre debout, et elle la contourna. « Nous verrons. » Et alors elle attaqua pleinement, ne s’arrêtant à rien pour foncer vers la barde avec ce que Gabrielle se rendit compte être une intention presque mortelle.

Le bâton visait sa tête avec assez de force pour lui briser le crâne et elle plongea, entendant le sifflement quand il coupa l’air. Puis Kenete fit tourner le bout du bâton directement vers son ventre et elle bloqua dans un réflexe, tournoyant légèrement pour détourner le coup. Kenete grogna et redoubla son attaque.

Les mouvements de Gabrielle étaient un brouillard tandis qu’elle luttait contre les plongées, mettant chaque once d’énergie en elle pour s’écarter de la séquence rapide de coups, alors qu’elle évitait et parait, utilisant son bâton et ses pieds pour rester loin des coups féroces de l’Amazone.

L’un d’eux lui atteignit les côtes et elle inspira brusquement, voyant des étoiles, puis elle sentit la charge de Kenete et elle n’avait pas le temps de se remettre. La femme la renversa, mais elle suivit le mouvement comme elle l’avait appris, et elle le laissa se produire, faisant une roulade qui l’amena de nouveau debout et hors du chemin de l’Amazone surprise.

Kenete grogna et se retourna, et elle se mit en marche pour une autre ruée.

Sans même s’attendre à ce que la femme qui avait combattu strictement en défense puisse lancer sa propre attaque. Ne voyant pas les jambes puissantes mettre Gabrielle en mouvement, n’ayant aucune chance de se préparer tandis que le bâton de la barde cognait le tapis et offrait un point d’élan pour un corps compact et musclé qui fut soudain dans les airs et dans sa direction à une vitesse effrayante.

Les bottes de Gabrielle l’atteignirent directement dans la poitrine et la firent tomber, la barde atterrissant sur elle, redressant son bâton pour l’amener sur la gorge de l’Amazone.

Avec une forte poussée. Des yeux verts électrisés par la colère. Des traits juvéniles devenus des lignes dures d’intention féroce.

La Reine des Amazones.

Kenete la fixa et vit les étincelles de fureur, puis elle baissa les yeux et tapa le sol avec des doigts tremblants. « Majesté, tu es une combattante très douée », murmura-t-elle.

Gabrielle relâcha un souffle sifflant. « Tu peux le dire. »

Lentement, elle se releva et s’éloigna de Kenete, laissant son coeur ralentir son battement frénétique. Elle regarda par-dessus son épaule pour voir son âme sœur, toujours aussi immobile qu’un rocher de granite, les paupières mi-closes.

Un couteau dans une main, les doigts serrant tellement la poignée que Gabrielle pouvait voir la blancheur crue de ses phalanges même depuis l’endroit où elle était. Elle regarda l’arbitre qui était très pâle. « On a fini ? » Pour les spectateurs, ça n’avait été qu’un round bien combattu. Mais elle savait. Et Xena savait. Et Kenete avait de la chance d’être encore vivante, parce qu’à cette distance, sa compagne lui aurait transpercé le cœur.

L’arbitre la fixa un long moment puis se secoua. « Ou… oui. » Elle s’éclaircit la voix. « La compétition de bâton est terminée. La gagnante, avec trois rounds victorieux, est la Reine Gabrielle.

Des cris enthousiastes résonnèrent et des applaudissements furieux, mais la barde ne les entendit pas. Elle se retourna lentement et, utilisant son bâton pour s’aider à marcher, elle alla vers Xena pour, en silence, se lover dans une étreinte chaleureuse et attentive. Le corps de la guerrière tremblait et Gabrielle savait que le sien aussi. Elle sentit la main d’Ephiny sur son dos et elle leva la tête pour regarder la régente d’un air neutre.

« Tu vas bien ? » La voix d’Ephiny était très douce et très affectueuse. « C’était fantastique… tu étais incroyable. »

Gabrielle se contenta de la fixer puis elle pencha lentement la tête en arrière et regarda le visage de son âme sœur, se recomposant dans le regard bleu toujours furieux. Un léger hochement de tête. « Je comprends », murmura la barde d’une voix rauque.

Xena relâcha un souffle et secoua la tête, son visage tendu de désarroi.

Gabrielle sentit les larmes arriver. « Je peux retourner raconter des histoires maintenant ? » Sa voix se brisa et elle enfouit son visage dans la poitrine de Xena, sentant les bras puissants se refermer autour d’elle pour la protéger.

La guerrière posa la tête contre celle de sa compagne et fixa Ephiny calmement. « Assez de combats. » Elle caressa les cheveux de la barde pour la réconforter. « Celle-ci avait une vieille rancune ? » Elle indiqua Kenete tremblante.

Ephiny massa le dos de Gabrielle. « J’aurais dû vérifier les listes… je ne me suis pas rendu compte… et bien, je présume que je n’ai pas pensé qu’elle irait jusqu’au bout. » Elle regarda les Amazones toujours joyeuses. « Je suis désolée, Gabrielle. »

La barde leva la tête, son sang-froid quasiment restauré. « C’est bon… » Elle fit une pause et se passa la main dans les cheveux. « Je présume que je ne m’y attendais pas. » Elle trouva un sourire quelque part et se força à le garder, puis elle fit un geste à la foule qui applaudit de plus belle. « Je présume qu’elles pensent que je suis l’une d’elles, maintenant, hein ? » Sa voix était très calme.

Xena ferma momentanément les yeux puis elle soupira et les rouvrit. « Viens… allons nous asseoir et nous détendre un peu… regarder d’autres personnes transpirer. »

« Bonne idée. » Ephiny posa sa main sur le bras de la barde avec hésitation. « Ça va ? »

La barde prit une inspiration et se redressa. « Oui… je vais bien… j’ai juste faim. » Elle réussit à produire un sourire pour la régente. « Allons-y. » Elle sentit le bras de Xena s’installer sur son épaule et elle s’appuya contre la guerrière tandis qu’elles marchaient, laissant Ephiny un peu en avant. C’était tellement bon de faire ça, de sentir l’assurance solide de la présence de Xena qui lui donnait l’opportunité de prendre un peu de distance avec ce qui s’était passé. 

Ainsi elle avait eu un combat difficile. Kenete avait visiblement une rancœur contre elle et avait décidé de saisir l’opportunité de revisiter le passé.

Point final. Gabrielle s’en rendit compte calmement. Elle a perdu. J’ai gagné. J’aimerais me sentir bien avec ça.

« Gabrielle ? » Xena finit par parler, tandis qu’elles étaient à mi-chemin de la salle à manger, qui bourdonnait maintenant d’Amazones échauffées, transpirantes et sales.

« Oui ? »

« Tu ne seras jamais l’une d’elles. » La guerrière parla avec une certitude tranquille.

Gabrielle s’arrêta et leva les yeux vers elle. « Comment peux-tu le savoir ? »

Elle sentit une main lui lever le menton et elle se retrouva noyée dans ce regard bleu clair. « A cause de ce que tu ressens maintenant », répondit doucement Xena. « N’importe quelle Amazone célébrerait sa victoire. Pas toi. » Elle posa la main sur le cœur de la barde. « Tu as trop de choses ici. »

Peut-être. Songea-t-elle d’un air las. Je ne suis certainement pas d’humeur à célébrer. J’ai l’impression qu’un Centaure a fait ses besoins sur ma tête. « Merci. » Elle enroula ses doigts autour de ceux de la guerrière. « C’est une bonne chose que tout ce qu’il y a là-dedans soit à toi. » Elle fit une pause. « Est-ce qu’elle m’aurait tuée, Xena ? »

Un fantôme de sourire félin passa sur le visage anguleux. « Non. » Puis Xena la mena de nouveau vers la salle. « Et… je ne pense pas qu’elle le voulait, mon amour… elle était juste très frustrée, c’est tout. » Elle soupira. « Tu les touches dans leur fierté et tu sais comment c’est avec nous les combattants et notre fierté… »

Une tentative d’humour qui toucha Gabrielle malgré sa nature forcée. Elle lâcha un faible ricanement. « Tu essaies de me réconforter. »

« Et ça marche ? » Demanda la guerrière avec espoir. « Je pourrais jongler si tu préfères. »

Cela lui valut un sourire, finalement, et Gabrielle se détendit un peu. Elle garda le silence jusqu’à ce qu’elles soient presque à la porte puis elle soupira. « Je présume que tu avais raison. »

« A quel sujet ? » Demanda Xena.

« Que je suis capable de me battre dans mes propres batailles. » La barde se mâchouilla la lèvre. « Mais tu sais quoi ? »

« Quoi ? »

Les yeux verts la regardèrent chaleureusement. « Je suis vraiment contente de ne pas avoir à le faire. » Elle tapota le bras puissant qui l’entourait.

Xena sourit puis mit son front contre celui de la barde. « C’est bien mieux pour mes nerfs quand tu me laisses faire, tu sais ? » Confessa-t-elle ironiquement. « J’étais sur les nerfs tout le temps que tu étais là-bas. »

La barde sourit. « Je le sais… je t’ai vue tressaillir. » Elle massa le ventre nu de la guerrière. « Mais j’étais contente que tu sois là. »

Elles entrèrent dans la salle bras dessus – bras dessous.

Pour être accueillies par une avalanche de chaume épais, humide, coloré et à l’odeur de cannelle. Et par un village entier de voix qui hurlaient à tout rompre.


A suivre – 4ème partie

 

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Cible mouvante, partie 16, chapitre 33

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 16

Traductrice : Gaby

 

Chapitre 33

« Hey, Tout-moche ! »

Andrew leva les yeux de la caisse qu'il était méthodiquement en train de vider, supposant que la voix s'adressait à lui. « Ouaip ? »

Le superviseur s'approcha rapidement vers lui. « Hé, écoute... tu te souviens de ce truc que tu m'as dit à propos de ces factures ? Vous en avez reçus d'autre dans ce genre ? »

Andrew s'appuya sur sa caisse et considéra l'homme d'un œil perspicace. « Peut-être. Vous avez quelque chose de mieux à me faire faire que ce bordel avec ces caisses ? »

L'homme se mordilla la lèvre. « Et bien, je pourrais... j'ai pas envie de te laisser partir de ce poste parce que t'es le seul gars qui ne râle pas à longueur de journée, mais je peux te mettre la moitié de la journée ici et l'autre dans le bureau, qu'est-ce que t'en dit ? »

« Ils ont du café à l'intérieur ? »

L'homme gloussa. « Oui. »

« Très bien. » Andy hocha la tête. « J'ai vu des poids-lourds arriver ce matin. »

« Sans blague. Tous ces foutus informaticiens avec leurs milliers de pièces et pas un seul registre. Allez viens. » Le superviseur lui fit signe de le suivre. « On va voir ce qu'on peut faire pour que ça ne devienne pas un bordel monstre. »

Andrew le suivit volontiers, laissant derrière lui sa caisse pleine de boulons et d'écrous, et il sortit de l'entrepôt de stockage pour émerger dans la lumière du soleil. Il était encore tôt en ce mercredi matin, mais il était heureux de sortir de ce bâtiment bruyant et chaotique pour pouvoir faire quelque chose de plus intéressant.

Pas qu'il n'ait jamais vidé de caisses. Il avait vidé plus de caisses que Dar n'avait de cellules grises, mais le boulot était plutôt limité côté mental, même s'il demandait beaucoup d'efforts physiques.

Ils entrèrent dans la caravane utilisée comme bureau. C'était petit et à peine rafraîchi par un climatiseur mural surmené, et quatre hommes transpirants étaient assis devant de vieux bureaux en bois pour travailler.

« Hé Brady... donne-moi ce dossier. » Le superviseur tendit la main et quand l'objet en papier recyclé lui fut donné, il se tourna promptement et le fit passer à Andy. « Voilà... vois ce que tu peux faire avec ce truc. Ça ressemble à du grec pour moi. Je m'y connais en tapis roulant, en marteaux ou en pièces de machines... mais ce truc c'est incompréhensible. »

Andy ouvrit le fichier et étudia la première page. « Bon. » Il renifla pensivement. « Ma gosse est du genre de ces accros de l'informatique. Je pense que je vais m'en sortir avec ce truc. »

« Ouais ? » Le superviseur sembla soudain intéressé. « Elle veut un boulot ? »

Les yeux bleu pâle se levèrent vers lui. « Elle en a déjà un, mais merci de demander. » Andy  s'avança vers une chaise près d'un mur de la caravane et il s'assit en posant le dossier sur ses genoux. Ce qu'il avait là, réalisa-t-il après avoir étudié les papiers quelques minutes, était tout ce dont Dar et Kerry avaient parlé d'installer sur leur navire. Alors c'était un pari sûr de dire que les deux personnes qui travaillaient contre ses gamines avaient fait leur propre liste, et c'était exactement ce qu'il avait. « Avant tout. » Il leva les yeux vers le superviseur. « Il vaudrait mieux que je fasse des copies pour pouvoir écrire dessus. »

« C'est juste là. » Brady, le caissier costaud pointa un mur en placo sans même lever les yeux.

Andrew se releva et fit le tour du mur pour y trouver une photocopieuse. Avec un grognement satisfait, il posa le tas de papiers sur la vitre, et il appuya d'abord sur la touche 2 avant de lancer la copie.

Le superviseur passa la tête par l'embrasure. « Ecoute, je t'ai libéré un coin de table là-bas – tu peux l'utiliser pour travailler, okay ? »

« Très bien. »

« Génial ! » L'homme disparut, laissant Andy observer la photocopieuse faire son boulot. Il se balança sur ses talons une fois ou deux en sifflotant doucement dans sa barbe, jusqu'à ce qu'il entende la porte claquer.

« Où est donc encore passé ce connard ? » S'exaspéra une voix de femme.

Andy haussa les sourcils quand il reconnut l'une des deux cibles qu'il avait entendues la veille.

« Pardon ? » Demanda Brady d'un ton ennuyé. « Vous devrez être plus précise, madame. Il y a pas mal de connards par ici. »

« Hé. » Ricana Andy doucement. « Si ça ce n'est pas la fichue vérité. »

« Ne jouez pas à ça avec moi... ah, vous êtes là. Où est notre équipement ? »

Il y eu un raclement, puis un bruit de coup quand la porte des toilettes de la caravane se referma, et des pas lourds se firent entendre sur le sol. « On travaille dessus, madame. J'ai mis mon meilleur gars pour trier les livraisons. »

Les yeux d'Andy scintillèrent d'amusement et il secoua la tête. « Seigneur. »

« Ça ne m'aide pas. J'ai besoin de savoir ce qui est là et ce qui ne l'est pas. » Cingla la voix en retour. « Nous n'avons pas de temps à perdre avec votre stupidité. »

Andrew prit sa pile de papiers copiés et les arrangea en deux piles. Il leva les yeux quand le superviseur s'avança au coin du mur. « On dirait bien que quelqu'un s'est fait piquer les fesses par une abeille. » Dit-il doucement d'une voix trainante.

« Seigneur. » Le superviseur leva les yeux au ciel. « Tu penses que tu peux me faire une liste avec tout ça ? »

« Ouaip. » Dit Andy. « Dans une heure environ. »

« Bien. » L'homme s'esquiva en reculant. « Madame, on aura quelque chose pour vous dans une heure. Nous venons juste de recevoir les factures. »

« Vous avez plutôt intérêt, ou alors votre compagnie devra m'expliquer pourquoi vous ne pouvez même pas vous occuper correctement de ces camions de livraisons. » La voix s'atténua puis disparut, et la porte extérieure se referma dans un claquement.

« Quelle garce. » Grogna Brady. «  Elle aurait bien besoin de se faire remettre les pendules à l'heure. »

« Tu peux la prendre, ce n'est pas mon genre. » Le superviseur sortit lui aussi, fermant la porte bien plus gentiment derrière lui.

Andy s'approcha de la petite fenêtre pour jeter un oeil à l'extérieur, et il repéra la silhouette trapue de la plus grande femme qui sortait de la caravane. Il la regarda disparaître à l'intérieur du bâtiment principal du port, puis il se replongea dans son travail, il attrapa les différents tas de feuilles et revint dans la pièce principale.

Les autres hommes dans la pièce levèrent les yeux vers lui avant de retourner à leurs propres tâches quand il prit un siège à une extrémité de la longue table de travail. Il déposa ses papiers et ramassa un crayon qui trainait sur la table, puis il examina pensivement la première page.

Quand Dar avait montré un intérêt pour l'informatique, il avait mis un point d'honneur à se renseigner et lire tout ce qui lui passait sous la main sur ce truc dont elle avait décidé de faire sa vie. La plupart n'était pas si différent de toutes ces choses qu'il avait déjà eu l'occasion de rencontrer dans la Navy, mais avec son propre langage.

Depuis qu'il était à la retraite, il en avait profité pour creuser un peu plus profondément le sujet, et il estimait qu'il en était arrivé à un point où il pouvait avoir une conversation un tant soit peu soutenue avec sa fille là-dessus. Alors quand il jeta un œil à toutes ces pages de pièces, au moins les noms et les descriptions lui étaient quelque peu familiers.

C'était un peu comme si quelqu'un les avait expédiés au petit bonheur la chance. Andy se gratta la tête et fronça les sourcils. Il connaissait les noms, mais il devait admettre que les fonctions de chacun de ces bidules étaient un peu brumeuses, et il n'avait en fait aucun moyen de savoir si telle partie allait avec la suivante, sauf peut-être en devinant.

Bon sang.

« Bon. » Avec un geste de la tête il commença à trier les pièces par fabricant, en se disant que s'il pouvait au moins rassembler celles qui venaient du même endroit, ça pouvait être un début.

« C'est un beau bordel, hein ? » Dit Brady en levant les yeux vers lui. « Ceux qui ont expédié ça sont vraiment des idiots. »

« Ouaip. » Andy gribouilla quelques notes. « Une vraie plaie, ça c'est sûr. Je sais pas à quoi pensaient ces mecs. »

Brady se leva et observa par-dessus son épaule. « Ils ne pensaient pas. » Commenta-t-il brièvement. « Vous y comprenez quelque chose à ces trucs ? J'pensais que vous étiez qu'un manutentionnaire. »

« J'ai fait quelques boulots. » Répondit Andy. « J'ai passé trente ans dans la Navy, j'ai bien  fini par apprendre quelques trucs. »

« Wow. » L'attitude de Brady changea brusquement. « Vraiment ? Vous étiez sur les navires ? »

Les yeux bleu pâle l'observèrent rapidement. « C'est ce qu'on fait dans la Navy. » Répondit-il. « Mais j'vais vous dire que'que chose, si quelqu'un es aussi désorganisé sur un transporteur, il finit par être jeté par-dessus bord ou renvoyé à terre avant même d'avoir eu le temps de dire 'ouf'. »

« Ouais. » Le caissier acquiesça. « Ils ne semblent même pas savoir ce qu'ils font, non ? Comme si tout le monde faisait son propre truc et que personne ne se consultait. Et ensuite ce genre de garce débarque et se comporte comme si tout lui appartenait. »

« C'est ce que pensait cette femme. » Andy hocha la tête. « C'est pas une façon de faire les choses. »

« Ouais. » Dit de nouveau Brady. « Peut-être qu'on pourrait arrêter de se mettre au garde à vous quand elle aboie. Comme ça elle arrêtera. »

« On pourrait. » Acquiesça doucement l'ex-marin. « Tu peux être certain que je ne la saluerai pas, ça c'est sûr. »

Brady se redressa et se dirigea vers l'autre table pour se pencher vers deux hommes assis là en train de travailler. Andy lui jeta un coup d'œil, puis il pencha de nouveau la tête avec un sourire en continuant son tri.

* * * * *

Dar  poussa la porte du centre des Opérations d'un grand mouvement du bras, cognant presque un des techniciens en chemin. « Désolée. »

Le technicien s'écarta rapidement de son chemin et bégaya une excuse, puis il la contourna quand elle s'avança dans la pièce. Dar passa le bureau du MIS et se dirigea vers le bureau de Mark, où elle pouvait d'ors et déjà entendre des voix fortes engagées dans une conversation animée. « Hé. »

Mark releva rapidement la tête quand elle entra. « Oh… hé chef. » L'accueillit-il. « Regarde ça ! »

Dar fit obligeamment le tour du bureau et se concentra sur la petite boîte grise qui trônait dessus. « Je regarde. Qu'est-ce que c'est ? »

Mark se tourna et afficha une carte de circuit. « Une unité intégrée. Je l’ai branchée sur notre port supplémentaire du projecteur en bas et voilà le résultat. » Il fit glisser un petit panneau sur le côté. « Un téléphone portable. »

Dar observa attentivement. « Tu déconnes ? »

« Non. » Dit Mark. « Ils ont composé le numéro et ils l'ont activé – ça a envoyé le ver dans la liaison, avant de le refaire passer ensuite dans le port de réseau. Si Kerry ne l'avait pas trouvé... Seigneur. »

Dar attrapa l'objet et l'observa de près. « Bon Dieu. »

« Ouais. »

« C'est vraiment sophistiqué. » Dit l'assistant de Mark, le grand et maigre Peter. « J'ai vérifié sur le net la nuit dernière. On dirait... un truc du marché noir. »

« Mmh. » Dar hocha la tête. « Tout à fait. » Elle leva les yeux. « Alors, dîtes-moi pourquoi on n'a pas attrapé un méchant MAC dans le réseau ? »

Peter glissa ses mains dans ses poches. Mark s'éclaircit la gorge.

« Vous voulez bien nous excuser, s'il vous plait ? » Dar regarda Peter. « Et fermez la porte en sortant. »

L'homme s'échappa avec soulagement, il ferma la porte derrière lui, les laissant seuls dans le bureau.

Mark lui lança un regard qui aurait pu venir de Chino, quand elle était prise en train de voler des gâteaux dans le placard. « Ce n'est pas une excuse. » Temporisa-t-il. « Mais ce fichu projecteur... on a dû le réparer au moins six fois dans les quatre dernières semaines. »

« Et ? »

« Alors le gars m'a dit la dernière fois qu'il pensait que c'était le blocage du MAC qui le faisait déconner. » Admit Mark.

« Donc vous l'avez éteint. »

« Pour ce port, oui. » Admit le chef de la Sécurité. « Ça a résolu le problème. »

Dar croisa les bras, puis elle marcha jusqu'à la fenêtre du bureau de Mark et regarda à l'extérieur. « C'est une brèche dans notre politique de sécurité. » Fit-elle remarquer doucement, en gardant le regard fixé vers l'extérieur quand aucune réponse ne vint derrière elle. « Et Kerry s'en veut de ne pas avoir demandé de vérification, et le fait est que la pièce a été délibérément laissée grande ouverte. »

Mark bougea dans sa chaise, le cuir grinçant légèrement. « Tu... veux ma démission. » Demanda-t-il d'une voix sombre. « C'est de ma faute, Dar. J'ai enlevé la sécurité de ce port, ce n'est pas un de mes gars. »

Dar observa un petit bateau qui traversait l'eau. « Pour le moment je m'intéresse plus à qui savait ce que vous avez fait qu'à toi ou au technicien qui s'est occupé du projecteur. »

Mark garda le silence pendant quelques instants supplémentaires. « Je ne sais pas, chef. Je ne l'ai dit à personne ici. »

Dar se tourna et s'appuya contre la fenêtre. « Donc – soit quelqu'un ici a vu le changement et a été acheté.... soit on a un problème avec un fournisseur, parce que celui qui a fait ça... » Elle montra l'appareil. « Le savait très certainement. »

Mark se détendit légèrement. « Tu penses que c'est un de ces crétins de Telegenics, c'est ça ? »

Vraiment ? C'était tentant. Ils étaient dans la salle, c'était dans la salle, et sans aucun doute, ils avaient un motif. Et pourtant... « C'est plus technique que ce dont est capable Shari, et bon sang, je pense que Michelle a trop d'éthique pour ça. »

« Hmm. »

« Mais on ne sait jamais. On va commencer la chasse. » Décida Dar. Elle se dirigea vers la porte, s'arrêtant au moment où elle l'atteignait, et elle se retourna. « Non, je ne veux pas ta fichue démission. J'ai merdé, Kerry a merdé, tu as merdé... c'est comme ça. On a épuisé notre quota de connerie. Plus d'erreur à partir de maintenant. »

Elle sortit et ferma la porte derrière elle, laissant un Mark légèrement assommé s'asseoir en silence à son bureau. Après un moment la porte se rouvrit et Peter passa prudemment la tête par l'entrebâillement. « Tu vas bien ? »

« Ouais. » Mark relâcha finalement sa respiration qu'il avait jusque-là retenue. « Je pense. Elle est juste vraiment en colère. » Il haussa les sourcils. « Je crois. »

« Tu crois ? »

« Ouais. » Mark posa son menton sur son poing. « Mais je ne peux pas vraiment dire contre qui elle est le plus en colère, le farceur qui a collé ce truc sur le réseau, ou elle-même. »

Peter sembla confus, alors il retira sa tête et referma la porte, laissant Mark considérer la question tout seul.

* * * * *

« Kerry ? » Mayté passa la tête par l'entrebâillement de la porte. « J'ai un fax pour vous. »

Kerry leva les yeux de son tas de paperasserie, un sourcil blond haussé. « Chic. J'avais besoin d'un peu plus de papiers sur mon bureau. Apporte-le. »

Mayté traversa le bureau et posa l'épaisse liasse de papiers. « C'est à propos du port, mais je ne comprends pas ce que c'est exactement. »

Kerry jeta un œil à la couverture et vit une représentation un peu rudimentaire d'un sceau griffonné sur la page.  « Ah. » Elle mit de côté sa liste actuelle de commandes et attrapa la liasse. « Moi si, et bon sang, on sait d’où Dar tient son penchant pour le griffonnage. » Elle feuilleta les pages en se penchant en avant pour étudier les détails. « Ah. » Répéta-t-elle doucement. « Intéressant. »

« Kerry ? »

Kerry leva les yeux. « Désolée, Mayté... tu as besoin d'autre chose ? »

Son assistante étudia ses mains jointes, puis s'assit dans l’un des fauteuils visiteurs. « Est-ce que je peux vous poser une question un peu personnelle pour moi ? »

Oh oh. « Bien sûr. » Kerry mit le fax de côté et concentra son attention. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« Est-ce... je suis désolée, c'est très embarrassant, mais... est-ce que vous avez su tout de suite que vous appréciiez la jefa ? »

Apprécier ? « Hmm... et bien, pas vraiment. » Répondit lentement Kerry. « Si... Mayté, est-ce que tu es en train de me demander quand est-ce que j'ai su que j'étais amoureuse de Dar ? »

Mayté devint rouge brique, malgré sa peau déjà bien bronzée. « Si. » Répondit-elle dans un chuchotement.

« Bon, ça c'est une question difficile. » Kerry fronça les sourcils. « Parce qu’on s'est rencontrées dans des circonstances tellement bizarres... avec le travail et tout ça. Mais... tu sais, je vais te dire un truc. J'ai senti quelque chose ici... » Kerry toucha sa poitrine. « A partir du moment où j'ai posé les yeux sur elle. Je ne savais simplement pas ce que c'était pendant quelques temps. »

Mayté hocha doucement la tête. « Ça paraît sensé. »

« Est-ce que tu... mmh... » La femme blonde hésita. « Est-ce que tu es intéressée par quelqu'un ? » Demanda-t-elle finalement, un peu maladroitement, juste avant qu'elles lèvent toutes les deux les yeux quand la porte  intérieure du bureau de Kerry s'ouvrit et que Dar entra.

Les yeux bleus passèrent d'une femme à l'autre, et Dar s'arrêta. « Désolée. Je ne voulais pas vous interrompre. » Dit-elle en revenant sur ses pas.

« Non, non... j'allais justement partir. » Mayté se releva d'un bond et sortit presque en courant, fermant rapidement la porte derrière elle.

Dar observa la porte puis revint vers Kerry. Elle haussa les sourcils.

« J’hallucine. »Kerry secoua la tête. « Elle me demandait juste comment savoir quand on est amoureux. »

« Mmh mmh. » Dar avança de nouveau. « Quelqu'un lui a tapé dans l'œil ? Maria ne m'a rien dit en tout cas. »

« Je pense bien que oui. » Kerry poussa le fax vers elle. « Regarde ce que Papa a envoyé... et est-ce que tu as parlé à Mark ? Il m'a fait un débriefing sur le truc qu'il a trouvé... sainte vache, Dar. »

Dar feuilleta les pages, puis leva les yeux vers Kerry. « Qu'est-ce que tu lui as dit ? »

Deux yeux vers clignèrent de confusion. « Hein ? Qu'est-ce que j'ai dit à qui ? »

« Mayté. »

« A propos de quoi ? »

Dar jeta un coup d'œil vers la fenêtre. « A propos de savoir quand on est amoureux. » Elle baissa les yeux vers Kerry, avec un sourire légèrement décontenancé. « Ou est-ce que j'ai interrompu cette partie ? »

« Oh. » Kerry se pencha en arrière dans son fauteuil. « Ouais, je crois bien que tu as interrompu. » Considéra-t-elle en tapotant ses pouces l'un contre l'autre. « C'est probablement un bonne chose... Je ne pense pas que la description des battements accélérés de mon cœur et de mes paumes transpirantes puisse aider en quoi que ce soit nos rapports professionnels. »

« Probablement pas. » Dar lui sourit.

« Je lui ai quand même dit que je l'ai su à la seconde où je t'ai rencontrée. » Kerry lui sourit en retour. « Je ne suis pas sûre de savoir pourquoi elle est sortie en courant comme ça cependant. » Elle étouffa un bâillement. « Est-ce que j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? »

Dar s'installa sur le bord du bureau de Kerry, et la regarda avec une petite expression amusée.

« Arrête ça. » Kerry la frappa sur la jambe. « Ne recommence pas avec cette histoire de béguin, Dar. La dernière chose sur terre qu'elle me demanderait si elle avait vraiment un béguin serait cette question. Pas vrai ? »

La grande femme haussa une épaule.

Kerry fit la grimace. « Tu crois vraiment ? »

« Oui. » Répondit Dar. « Mais je ne pense pas que tu aies vraiment besoin de t'en inquiéter – elle sait que tu es prise. »

Maintenant ce fut aux yeux de Kerry de scintiller. « Ça c'est sûr. » Elle appuya sa tête contre le cuir de son fauteuil. « J'attends le cours de ce soir avec impatience... tu pourras sortir de ta réunion à temps ? »

Dar avait assez étudié le fax. Elle le laissa tomber sur le bureau de Kerry et se redressa. « Ouaip. » Elle montra les papiers. « Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mis à part qu’ils sont en train d’acheter le matériel standard. Mais c'est gentil de la part de papa de nous l'avoir envoyé. Je me demande comment il a eu ça ? »

« Ouais. » Kerry se tapota les pouces. « Au moins je sais qu'on paye moins qu'eux. La taille doit compter pour quelque chose, hein ? » Elle poussa le fax du bout de l'index. « Qu'est-ce que tu penses de ce truc que Mark a trouvé ? »

Dar s'était postée devant la fenêtre et observait l'extérieur. « Astucieux. »

Kerry attendit, mais Dar ne lui offrit rien de plus sur ce sujet. « Okay. » Elle se pencha en avant et étudia son courrier, reconnaissant une rebuffade quand elle en voyait une. « Je pense que je vais laisser ça à ton estimation. La mienne est occupée. » Elle baissa la tête et se concentra sur l'écran, en essayant de ne pas devenir hyper-consciente de la silhouette derrière elle.

Elle savait que Dar la regardait cependant. Elle pouvait le sentir, sentir l'impact de ces yeux bleus sur l'arrière de sa tête avant même qu'elle n'entende le léger frottement de tissu quand Dar se retourna. Elle entendit le frottement des pas contre la moquette, et contre sa volonté, elle se rendit compte qu'elle faisait de gros efforts pour savoir s'ils s'approchaient ou s'ils s'éloignaient.

« Je ne sais vraiment pas quoi penser. » La voix de Dar sembla bien trop forte dans le bureau.

Kerry continua à taper sur son clavier. « Et bien, je suis sûre que tu vas pouvoir le gérer. »

Dar reprit sa place sur le bord du bureau de Kerry, rendant très difficile de l'ignorer. Kerry essaya, mais après un moment, elle sentit un coup de coude contre son épaule, et elle pouvait soit lever les yeux, ou alors laisser escalader ses sentiments jusqu'à l'affrontement.

Est-ce qu'elle voulait se battre ? Kerry pivota un petit peu et posa son menton sur son poing en levant les yeux vers sa compagne. Elle n'avait jamais vraiment voulu se battre, c'était juste que parfois leurs différences les poussaient dans des directions opposées jusqu'à ce que ça clashe. « Ouiii ? »

« Est-ce que j'ai été une garce ? » Demanda Dar.

Kerry haussa une épaule.

« Je n'essayais pas d'en être une. » Admit la femme brune. « Ce truc que Mark a trouvé m'a perturbée. »

« Pourquoi ? »

Le téléphone de Kerry sonna, et elle lui lança un regard méchant. Elle appuya sur le bouton de l'interphone. « Mayté, tu peux t'occuper de ça s'il te plait ? Je suis au milieu d'une réunion importante là. »

« Si, bien sûr. » Répondit promptement Mayté, avant de raccrocher.

Kerry retourna son attention vers sa compagne. « Qu'est-ce qui te perturbe, chérie ? Ce n'était pas ce à quoi tu t'attendais ? Mark m'a montré les détails... ça à l'air plutôt sophistiqué. »

Dar soupira. « C'est assez sophistiqué. » Admit-elle en passant ses doigts dans ses cheveux d'un geste distrait. « Ker, je sais que tu penses que ça vient de Shari et Michelle, mais je... »

« Tu ne le crois pas ? Vraiment ? Voyons Dar... qui d'autre aurait pu faire ça ? » Kerry faillit rire. « Je veux dire, soyons réalistes. Nos pires ennemies étaient là dans notre bâtiment, je les ai laissées sans surveillance pendant plus d'une demi-heure, et quelques jours plus tard on se retrouve frappé par un problème interne. » Elle posa sa main sur la jambe de Dar. « Chérie. »

Sa compagne soupira. « Maintenant tu sais pourquoi je n'avais pas envie d’en parler. » Elle se leva et se dirigea vers son propre bureau en secouant la tête. « Oublie. Ouais, c'était probablement elles. »

« M... » Kerry se leva et lui courut après. « Dar ! Attends une minute... » Elle la rattrapa au niveau de la porte intérieure, et lui attrapa gentiment le bras. « Hé... hé... hé... »

Dar s'arrêta, mais elle fit une pause imperceptible avant de se retourner, et quand elle le fit, son expression était renfrognée. « Quoi ? »

Au fur et à mesure que leur relation avait progressée, Kerry avait appris petit à petit ce qui marchait avec Dar et ce qui ne marchait pas. Elle n'avait aucune idée de ce qui n'allait pas avec elle, mais elle en savait assez pour savoir que tenter de l'apaiser serait totalement inutile. « Okay. »

« Okay quoi ? » Répéta Dar, mais d'un ton légèrement différent.

« Okay, on a déjà eu toutes les deux nos règles ce mois-ci, et ce n'est pas la pleine lune. Alors sortons de ce bureau et allons déjeuner. » Dit Kerry. « Quelque part dehors. »

Dar hésita, puis elle plissa le nez et fit claquer sa langue. « Je suis vraiment de mauvaise humeur. Tu n'as pas envie de déjeuner avec moi. Peut-être que je devrais descednre au coin de la rue et me prendre un hot-dog. » Dit-elle. « Tu es la dernière personne avec qui je veux me disputer. »

Kerry la cogna gentiment. « Allez. » Répondit-elle avec douceur. « On parlera du nouvel aquarium. » Elle leva les yeux vers ceux de Dar et observa les lignes fortes du visage de sa compagne se détendre comme si les nuages de la tempête étaient en train de s'éloigner. « Je suis désolée si je t'ai mise en colère... ce n'était pas mon intention. »

Dar fit la grimace, mais c'était l'une desces plus engageantes. « C'est bon. Je ne voulais pas être aussi susceptible ce matin. » Elle se rappocha et prit une grande inspiration alors que son corps se détendait. « Le déjeuner me tente. Tu peux essayer de me convaincre à propos de ces petits crabes en boîte. » Elle donna un petit coup à Kerry sur son côté. « Laisse moi le temps d'aller éteindre mon ordinateur, et on peut y aller. »

Kerry recula et la regarda partir, son corps se détendant après la tension qu'elle ressentait toujours les fois où elles étaient en désaccord. « Merci mon Dieu ça n'arrive pas souvent. » Elle se tourna et revint vers son bureau, appuyant sur le bouton de l'intercom au moment où elle s'assit. « Mayté ? Est-ce que c'était quelque chose de critique ? Rejoins-moi. »

Après un moment, la porte extérieure s'ouvrit et Mayté passa la tête à l'intérieur avant d'entrer pour se diriger vers le bureau de Kerry. « C'était Mr. José. Il a un gigantesque problème avec quelque chose à Los Angeles. » Elle lui tendit un morceau de papier avec quelques notes. « Jai écrit ce qu'il a dit, mais il voulait vous parler. »

Kerry relut les notes. « Et bien, il va devoir attendre jusqu'après le déjenuer. » Décida-t-elle. « Dar est de mauvaise humeur, et je dois travailler sur ça pour que ça s'arrange. Fais lui savoir que j'irai directement à son bureau dès que je reviens. »

Mayté lui fit un clin d'oeil. « Si. » Dit-elle doucement. « Je vais le faire. Et merci au fait, Kerry, pour votre conseil. Il est apprécié. »

« Sans problème. » Kerry sourit. « Bonne chance. »

Mayté lui sourit en retour, puis elle partit.

Kerry se pencha dans son fauteuil et étudia la porte qui se refermait. « Nan. » Elle secoua la tête. « Ce n'est pas moi. » Avec un petit claquement elle referma son ordinateur portable, et se mit en route pour batailler avec les poissons.

* * * * *

« Oh merde ! »

C'est comme si quelque chose avait explosé contre sa tête. A un moment elle lançait un coup de pied défensif, et l'instant suivant le monde sembla tourner autour d'elle et le sol se rapprocha bien trop vite, dans un très mauvais angle.

« Ker ! » Dar baissa ses mains et bondit, esquivant le bras de son partenaire de combat surpris. Le corps de Kerry avait à peine touché le tatami qu'elle était déjà tombé sur un genou à ses côtés, la main tendue vers le bras que Kerry avait enroulée autour de sa tête.

« Seigneur ! Je suis vraiment désolé ! » Le partenaire d'entraînement de boxe de Kerry s'agenouilla également, l'air mortifié. « Je ne voulais pas te frapper comme ça ! »

« Ow... ce n'est pas ta faute. » Dit difficilement Kerry. « Je l'ai cherché... ooh... ça fait mal. » Elle roula à moitié sur le côté, reconnaissant les bras qui se refermaient autour d'elle. « Je suis habituée à quelqu'un de plus grand. »

« Doucement. » Dar éloigna sa main. « Laisse-moi voir. »

« Aah... Dr. Dar. » Kerry tourna la tête doucement, son visage seulement à moitié visible sous son équipement de mousse protecteur. « Je pense que sa botte... »

« A atterri directement dans ton oeil. » Grimaça Dar.

Plusieurs autres élèves s'étaient rassemblés autour d'eux, avec des expressions concernées. Le professeur s'approcha et s'accroupit à leur côté en fronçant les sourcils. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Dar retira doucement le casque protecteur et  poussa les mèches blondes mouillées de sueur de Kerry pour révéler un gonflement rouge écarlate qui commençait juste au dessus de son sourcil droit et qui s'étendait de son oeil jusqu'à sa pommette. L'oeil lui-même était à moitié fermé, des larmes s'échappant du coin intérieur. « Oh bon sang. »

Kerry tendit la main mais la laissa retomber quand Dar prit doucement son visage entre ses mains. « On était en train de travailler ce nouveau coup de pied circulaire et je me suis tournée du mauvais côté. » Dit-elle. « Aïe. »

« Ca va marquer. » Dit l'un des élèves d'une voix compatissante. « Tu devrais mettre de la glace dessus. »

« Ouais. » Acquiesça l'instructeur. « Je pense aussi que tu devrais. » Il jeta un oeil à travers la salle de classe. « On en a fini de toutes façons, j'étais sur le point de lancer les combats. »

« Moi aussi » Répondit Dar promptement. « Viens, Ker. »

Ne voulant pas vraiment être soulevée et portée, Kerry roula lentement sur le côté avant de réunir ses genoux sous elle. Elle était contente que la main de Dar la tienne cependant, parce que quand elle essaya d'ouvrir son oeil, les larmes brûlantes lui firent très vite fermer la paupière de nouveau.

Ca faisait un mal de chien. Elle se releva, avec les mains de Dar fermement posées sur son poignet et sur son épaule, et elle resta là un moment pour retrouver son équilibre. « Seigneur, ça fait horriblement mal. »

Dar émit un petit bruit que Kerry reconnut immédiatement. Elle prit une profonde inspiration et elle se redressa, en donnant un petit coup à sa compagne. « Okay, donne-moi une seconde pour reprendre mon souffle et on pourra allez jusqu'à la glacière. »

« Je pense qu'on devrait faire un détour. » Dit Dar en penchant la tête de Kerry vers la lumière pour examiner la contusion qui se formait. « J'aimerais que le Dr. Steve jette un coup d'oeil à ça. »

« Dar... »

« C'est une très bonne idée. » Intervint Don, leur instructeur. « Je pense que Dar a raison. Vous devriez y aller, également parce que ça m'inquiète que quelqu'un puisse se blesser dans ma classe. »

« Seigneur, je suis tellement désolé. » Répéta le partenaire de combat de Kerry. « Kerry, je ne crois pas que tu te sois trompée de côté. Je  pense que c'est moi. Je devais aller à droite. »

Kerry sentit un mal de tête arriver, et son oeil la lançait douloureusement maintenant. Elle ne voulait pas aller voir le docteur, mais elle ne voulait pas non plus rester ici à se disputer. « Okay. » Dit-elle. « Allons-y. » Elle laissa Dar la guider jusqu'aux vestiaires, et elle s'assit calmement tandis que sa compagne délaçait ses gants et les lui enlevait.

« Ca va faire mal. » Murmura Dar. « Connard. »

« Il ne l'a pas fait exprès, chérie. » Kerry sentit que son mal de tête empirait, et elle ne protesta pas quand Dar la prit par les épaules  et la remit debout pour pouvoir lui enlever son équipement. « Je vais avoir un oeil au beurre noir, pas vrai ? »

Dar prit son visage au creux de ses mains. « Oh oui. » L'informa-t-elle à regret. « Tu peux ouvrir ton oeil ? » Elle observa attentivement tandis qu'un éclat de blanc injecté de sang et un peu de vert apparurent. « Tu y vois ? »

Kerry ferma l'autre oeil et cligna plusieurs fois, puis elle hocha la tête. « Ouais, ça fait juste mal. » Elle rassura Dar. « Je pense que j'ai besoin de compresses froides. » Elle fit une pause. « Ou peut-être carrément le remède de grand-mère... un bon morceau d'escalope congelée. »

Dar laissa échapper un petit rire. « Je crois que c'est sensé être de l'aloyau cru. » Elle rangea l'équipement de Kerry dans son casier, et lui tendit un tee-shirt. « Enfile ça. Laisse-moi juste le temps d'enlever tout ça. »

Kerry glissa le tee-shirt au-dessus de sa tête pendant que Dar se débarassait de son équipement et qu'elle enlevait son haut trempé de sueur pour passer un débardeur gris par dessus son soutien-gorge de sport. « Hé, Dar ? »

Dar se retourna pour lui faire face. « Hmm ? »

« Tu es vraiment sexy quand tu es toute transpirante. Comment tu fais ça ? »

Sa compagne regarda autour d'elle puis de nouveau vers elle. « Tu essayes de me distraire pour qu'on n’aille pas chez le docteur ? »

« Moi ? » Kerry ajusta son tee-shirt sur ses épaules. « Est-ce que je ferais un truc comme ça ? Non. Je faisais juste une observation. » Elle suivit tranquillement Dar en dehors du vestiaire, en accrochant ses doigts à la ceinture des shorts de Dar, alors que son mal de tête s'intensifiait.

Peut-être qu'une visite chez le docteur n'était pas une si mauvaise idée après tout.

* * * * *

A suivre.

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Cible mouvante, partie 15, chapitre 32

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 15

Traductrice : Gaby

 

 

Chapitre 32

Le condo était vraiment calme quand Dar entra, trop calme même, jusqu'à ce que Chino sorte de la chambre en glissant sur le carrelage avec un aboiement de salutation. « Hé ma fille. » Elle posa sa sacoche et s'agenouilla pour accueillir le chien, se retrouvant les fesses par terre tandis que Chino gigotait pour monter sur ses genoux. « Hé, hé, hé... »

« Wouff. »

« Calme-toi. » Dar réussit à se relever et elle se dirigea vers la porte de derrière, suivit par un Labrador excité. Chino s'arrêta cependant à mi-chemin et regarda derrière elle comme s'il manquait quelque chose.

« Oui, je sais. Il n'y a que moi. » Lui dit Dar en ouvrant la porte qui donnait sur le petit jardin. « Kerry n'est pas là. » Elle observa le chien trottiner à l’extérieur, et gambader dans les rayons du soleil  de cette fin de journée qui filtraient à travers les arbres. Kerry était encore sur le navire, à travailler sur le projet.

Dar était prête à y aller aussi, mais elle s'était arrêtée en se rappelant sévèrement qu'elle avait laissé tout ce satané truc entre les mains de Kerry, et elle n'avait pas besoin de s'en mêler. Alors elle était finalement rentrée à la maison.

Et maintenant elle était là. Dar s'appuya contre la porte extérieure et étudia la cuisine tranquille. D'habitude Kerry et elle rentraient à la maison ensemble, mais parfois Kerry rentrait avant elle, et à chaque fois Dar arrivait à la maison pour y trouver une gentille attention comme un bon dîner, ou le jaccuzzi allumé, ou...

Mais elle ne savait pas du tout quand Kerry allait rentrer. Le message qu'elle avait envoyé plus tôt était toujours sans réponse, et maintenant Dar était un peu perdue. Elle attrapa son pda et écrivit un deuxième message qu'elle envoya immédiatement avant de se retourner pour aller jusqu'à la chambre à coucher.

Une fois à l'intérieur elle fit une pause, et tira sa chemise de sa ceinture avant de la déboutonner, puis elle s'assit brièvement le temps d'enlever ses bottes. Elle enleva ensuite sa chemise et ses jeans, elle les plia avec soin et les posa dans le dressing.

Chino revint en gambadant vers elle et sautilla joyeusement autour de ses genoux. Dar joua avec elle pendant quelques minutes, puis elle se releva et attrapa une paire de shorts et un tee-shirt, elle les enfila avant de revenir dans le salon.

Elle pourrait regarder la télé. Dar étudia l'écran vide, puis passa devant. Elle pourrait aller nager, ou faire une balade avec Chino, ou aller à la gym.

Ou profiter du jaccuzzi.

Elle s'avança jusqu'à la cuisine et ferma la porte. Elle pourrait travailler un peu, ou jouer avec ses maquettes. Avec un soupir, Dar se dirigea vers le frigo et prit un peu de lait, s'appuyant sur le comptoir avant d'en avaler une gorgée, tout en considérant ses différentes options.

Aucune ne la séduisait particulièrement, alors elle retourna dans le salon et s'assit à la table de la salle à manger, et elle commença à trier le panier de courrier déposé là par le personnel de l'île.

Il l'y avait pas de factures, parce qu’elle les réglait électroniquement. Quelques pubs, la plupart attachées à des cd-roms de mise à jour de logiciels ou des offres pour de nouveaux  gadgets informatiques. Dar les mit tous de côté et s'arrêta sur un magazine de plongée qui suscita un peu plus d'intérêt.

Elle vérifia son pda quelques minutes plus tard, toujours aussi silencieux, et elle se désintéressa du courrier. « C'est bon. » Dar reposa le magazine et se releva. « Okay Chino... tu veux venir à la gym avec moi ? Tu pourrais m'aider à porter quelques poids, d'accord ? »

« Wouff. »

« Okay. » Dar alla chercher ses baskets puis se dirigea vers la porte à l'arrière de la maison, s'arrêtant juste le temps d'écrire un message sur le petit tableau blanc sur le côté du frigo. Elle allait passer une heure ou deux à la gym, puis voir si Kerry était rentrée, et s'arrêter au club pour le dîner sur le chemin du retour.

Satisfaite de son plan, Dar prit le chemin de la salle de gym, avec Chino qui trottait derrière elle. Avec le coucher du soleil la chaleur s'était dissipée et la brise de l'océan était presque confortable. Elle observa Chino qui avait trouvé une balle de tennis venue de nulle part et qui revenait vers elle en courant. « Donne-moi ça. »

Elle lança la balle visqueuse sur la plage et continua à marcher pendant que Chino courait après. Quelques mètres plus tard elles étaient arrivées à l'entrée de la salle de gym, et Dar ignora tranquillement les regards furieux de deux autres résidents quand elle tint la porte pour que Chino rentre en trottant.

Elles avaient eu quelques problèmes avec ça depuis qu'elles amenaient le Labrador à la gym avec elles. Au début, Dar avait été assaillie de six ou sept lettres d'objection de la part de l'association des résidents, puis elle avait même reçu une citation officielle du bureau juridique de l'île.

Malheureusement pour eux, elle détenait la copie originale de sa Tante May sur les arrêtés de l'île, et aucun ne spécifiait que vous ne pouviez pas emmener de chien dans la salle de gym. Ça l'avait rendue impopulaire auprès de quelques personnes, mais Chino avait été d'un comportement exemplaire, et avait gagné la sympathie de la plupart des résidents après un moment. « Allez viens, Chi. »

Mais pas Dar, apparemment. Elle sourit poliment aux deux autres résidents, puis elle se dirigea ensuite vers la porte intérieure qui menait aux vestiaires. A l'intérieur, elle s'avança jusqu'à son casier attitré et l'ouvrit pour en sortir une serviette et une paire de poids qu'elle glissa sur ses poignets avant de les attacher.

Ils n'étaient pas vraiment lourds, seulement un kilo chacun, mais elle constatait que ça lui demandait un peu plus de travail, et elle avait noté que ses muscles étaient un peu plus dessinés sur ses avant-bras depuis qu'elle les utilisait.

Bon, en fait elle ne l'avait pas vraiment remarqué. Dar se dirigea vers le banc de presse et s'installa dessus. Kerry l'avait vu et lui avait fait remarquer sous la douche l'autre jour. Sur le moment elle en avait ri, mais maintenant qu'elle était assise ici elle pouvait bien admettre à quel point elle aimait que Kerry remarque ce genre de choses.

Ego démesuré. Dar fit quelques exercices rapides avec une barre d'haltère relativement légère juste pour s'échauffer. Un ego démesuré, et les restes d'une insécurité obsédante qu'elle essayait vainement d'ignorer. Elle aimait que Kerry fasse attention à elle, et c'est probablement pour ça qu'elle se sentait comme ça ce soir après avoir envoyé deux messages qui attendaient encore une réponse.

C'était stupide, vraiment. Dar se leva et se dirigea vers la presse à jambes, elle glissa la tige en fer à l'endroit voulu, et elle attendit que son corps se fasse à la position avant de commencer les exercices. Chino se redressa, lui lécha le bras, et gigota pour essayer de garder son équilibre. « Chi, descends. » Dar étouffa un gloussement. « Coucher. »

A contrecœur, le chien lui obéit, et s'assit sur le sol en lino à côté de Dar.

Kerry était probablement occupée à faire ce pour quoi elle était payé à ILS, à prendre soin des détails, et à mettre son plan en marche avec son sens typique du détail et du style. Même si ça n'avait jamais marché pour elle, Dar appréciait le côté méthodique du mode opératoire de sa compagne.

Et ça se voyait aussi dans son programme à la gym. Alors que Dar avait tendance de passer de machine en machine en utilisant tout ce qui attrapait son intérêt sur le moment, Kerry suivait toujours un ou deux ou trois enchaînements, en utilisant délibérément toutes les machines jusqu'à ce qu'elle ait fini ou qu'elle soit épuisée.

Dar garda l'image de sa compagne à l'esprit pendant qu'elle utilisait la presse à jambes et qu'elle allait vers la planche à abdominaux, elle s'installa sur le dos et prit les poignées dans ses mains avant de commencer l'exercice. Elle aimait bien cet exercice, même si c'était un peu plus dur pour elle que pour Kerry à cause de son buste plus long.

Pendant un moment, après qu'elles se soient installées ensemble, Dar avait suspecté Kerry de venir à la gym plus pour s'adapter à son style de vie que parce qu'elle aimait vraiment ça, et ça l'avait fait se sentir un peu coupable même si elle ne l'avait jamais dit à Kerry.

Après tout, Kerry avait été forcée de faire des choses qu'elle ne voulait vraiment pas faire depuis très longtemps, est-ce que c'était juste pour elle qu'elle s'échappe de sa famille pour se retrouver obligée de changer et coller aux attentes de Dar ?

Sauf que ce n'était pas vraiment ses attentes. Dar ne pouvait honnêtement pas dire qu'elle ne se souciait pas de savoir si Kerry avait ou non fait des efforts pour s'adapter, et elle avait vraiment essayé  de se convaincre jusqu'à ce que Kerry lui dise qu'elle aimait vraiment ça. Ou, du moins pas qu'elle aimait vraiment, mais qu'elle était vraiment très satisfaite des résultats, et qu'elle était tout à fait disposée à continuer à travailler pour que ça reste comme ça.

Dar s'arrêta le temps d'ajouter un peu plus de poids sur la machine et continua ses séries. Ce qui avait du sens pour Dar, vu qu'avoir un contrôle sur son apparence avait été une grande part du problème de Kerry dans le passé.

Bien sûr, ça voulait dire que pour la première fois depuis un très long moment,  elle était concernée par l'apparence de son corps, mais ça semblait un faible prix à payer pour avoir trouvé l'amour le plus stupéfiant de sa vie.

Probablement, et Dar étouffa un rire, que Kerry lui dirait qu'elle se fichait totalement de l'apparence de Dar, tout autant que ce que pourrait lui dire Dar. Elles se demandaient toutes les deux ce que l'autre voulait dire, et aucune des deux ne voulait finalement le savoir vraiment.

Alors sa vie était compliquée. Dar souffla, et ferma les yeux, ses pensées dirigées vers autre chose alors que son corps continuait les mouvements. Mais c'était une complication à la tournure agréable, et elle n'avait aucune envie de s'en débarrasser de toute façon.

Au lieu de ça, elle s'imagina sous l’eau, dans le bleu paisible d'une plongée à faire des roulades paresseuses pendant que Kerry flottait tout près en prenant des photos de poissons. Elle adorait regarder Kerry prendre des photos, parce qu'elle se mettait toujours dans des positions incroyables, elle faisait souvent le poirier pour être plus près et avoir un plan rapproché des petites créatures.

Ses cheveux pouvaient flotter autour de sa tête comme un halo et elle pouvait croiser les chevilles, ses palmes bougeant légèrement pour garder l'équilibre. Dar se contentait parfois de s'installer à l'horizontal dans l'eau, le menton sur poignets croisés, en restant simplement là pour apprécier le spectacle.

Elle pouvait presque entendre les bulles de sa propre respiration.

Soudain un poids chaud et solide s'installa sur ses jambes et elle sursauta, puis elle ouvrit les yeux et lâcha la machine pour trouver Kerry assise sur elle, l'air amusée et vêtue de sa tenue de sport. « Bouh ! » lâcha-t-elle, surprise, avant de se laisser retomber sur le dos.

« Salut toi. » Les yeux verts scintillèrent. « Tu ne m'as pas attendue, traîtresse ! »

Dar cligna des yeux, et essaya de faire fonctionner sa langue après s'être mordue. « Eurk. » Elle s’éclaircit la gorge. « T'attendre jusqu'à quand ? Je ne pouvais absolument pas deviner que tu allais rentrer aussi vite à la maison. » Protesta-t-elle. « Je pensais que tu resterais plus longtemps au port. » Son corps n'avait encore assimilé la sortie brutale de ses petites rêveries, elle ne savait pas si elle devait sauter ou se détendre et elle s'attendait presque à avoir le hoquet.

« J'ai répondu à ton dernier message. » Répondit Kerry. « Je n'avais pas réalisé quand j'étais dans le cœur du navire que je ne captais plus. Je suis sortie et j'ai vu que tu m'avais laissé des messages. » Elle bougea ses doigts sur l'estomac de Dar en grattant légèrement la peau. « Alors je t'ai répondu dès que j'ai posé le pied sur la passerelle et j'ai cassé les pieds de quelques gars qui essayaient de charger du bois à bord. »

« Oh. » Maintenant que Kerry était là, et qu'elle avait toute son attention, Dar se sentait un peu décontenancée. « Pas de problème. Je pensais passer un peu de temps ici avant d'aller nous chercher à dîner. » Elle jeta un œil sur le côté. « Mon PDA est dans le vestiaire. »

« Détails. » Kerry se leva et lui rendit sa liberté. « Oh mon Dieu, ne me dis pas que je viens de dire ça. J'ai été introduite dans le monde des personnes qui vivent dans un navire. » Elle s'arrêta et régla une de ses maniques. « S'il te plaît, s'il te plaît, ne me dis pas que la Navy ressemble à ça, parce que si c'est le cas, je ne peux même pas imaginer comment ton père a fait pour survivre autant de temps. »

« Eh. » Dar observa sa compagne s'avancer vers la première machine pour travailler les biceps. Kerry s'assit après avoir précautionneusement réglé les poids, puis elle ajusta ses mains sur les poignées avant de commencer ses exercices. « Les gens. Les politiques. Tu ne peux pas avoir les deux ensembles. Tu le sais. »

« Hmm. » Kerry serra les dents pour fournir l'effort nécessaire pour soulever les poids. « Plus je vois ce genre de personne, et plus j'aime Chino. »

« Wouff. » Chino trotta jusqu'à elle et lui lécha le genou.

Dar se leva et décida qu'elle avait fait assez d'abdos. Elle se dirigea vers la machine à presse et s'assit sous la barre, en glissant la tige en fer dans un nombre significatif de plaques en fer. Ajustant ses mains sur les poignées de la barre, elle la fit doucement descendre, calant ses genoux sous les supports pour tester la réaction de son épaule sous le poids.

Jusque-là tout allait bien. Dar fléchit les bras lentement et laissa descendre la barre, heureuse de sentir que la douleur lancinante de sa blessure se soit finalement calmée. Ça avait pris un bon moment, mais Kerry avait probablement eu raison quand elle lui avait dit que la guérison aurait été plus rapide si elle avait fait les séances de kiné qu'on lui avait prescrit.

« Comment tu te sens ? » Demanda Kerry.

« Bien. » Dar tendit ses bras et souleva les poids. Elle redescendit de nouveau la barre, plus vite cette fois-ci.

« Tu es sexy quand tu transpires. »

Dar ouvrit un œil et tourna la tête vers la machine à triceps. Kerry lui fit un clin d’œil et tira la langue. « Tout c'est bien passé sur les quais ? »

« Ouais, ça s'arrange. » Kerry tendit les bras, poussant les poids de la machine. « Tu as trouvé le hacker ? »

Dar grogna et laissa échapper un petit ricanement. « Non, mais si il revient, il va avoir une surprise qui l'attend. » Dit-elle. « Mais j'ai passé un peu de temps dans nos réseaux, et je dois avouer que je suis un peu inquiète, Ker. »

« Ah ouais ? »

« Ouais. »

Kerry soupira. « Et bien, pour être honnête, je suis un peu inquiète de savoir comment je vais pouvoir gérer cette compétition de projet, alors on est deux. »

Elles restèrent silencieuses pendant quelques minutes, se concentrant sur leurs exercices. Finalement Dar reposa la barre et elle soupira. « Tu sais ce que je pense ? »

« Quoi ? »

« De la crème glacée. » Dar se leva du banc et ramassa sa serviette, puis elle tendit une main vers Kerry. « On pourra finir ça plus tard. »

Kerry se leva et prit sa main sans aucune hésitation. « Tu l'as dit. Allons-y. » Elle suivit Dar jusqu'à la porte, sans jeter un seul regard en arrière.

* * * * *

La crème glacée se transforma finalement en un dîner au club de la plage sur le fronton. Une brise agréable s'était levée et il était vraiment très confortable d'être assis là dehors à la lumière d'une bougie posée sur la table, avec la perspective d'un dessert à venir.

Kerry appuya sa tête contre un des piliers soutenant le toit, son regard errant paresseusement sur les palmiers qui bordaient la plage. « Je ne sais pas, chérie. » Dit-elle. « Peut-être que c'est un bien pour un mal. Si tu n'avais pas lancé ce défi, tu n'aurais jamais trouvé les failles dont tu m'as parlé. »

« Peut-être qu'on... peut-être que j'aurais dû me pencher là-dessus avant. » Dar s'était également appuyée contre les supports du mur, une longue jambe étalée sur le bras de la chaise.

« Dar, tu es la directrice des systèmes d'information de la compagnie. Je pense que d'autres personnes, comme Mark, auraient dû s'occuper de ça. Pas toi. » Répondit honnêtement Kerry. « Il est ridicule que tu aies besoin de t'asseoir par terre dans un placard à traquer les hackers, tu ne crois pas ? »

Une brise un peu plus forte se fit sentir, faisant fouetter ses cheveux. Quelques algues agglutinées sur le toit se détachèrent et l'une d'entre elles atterrit sur le pied de Kerry. Elle se baissa et l'attrapa pour la tortiller entre ses doigts. « C'est un peu venteux. » 

Dar se tourna sur le côté et observa l'océan, repérant des nuages blancs. Elle haussa un sourcil. « Ne me dis pas qu'une autre fichue tempête se dirige vers nous. » Elle vérifia son PDA, mais il n'y avait aucun message d'alerte affiché.

« Mmh. » Un léger sourire s'étendit sur les lèvres de Kerry. « Oh, qu'est-ce que j'aimerais ça. »

Ce qui fit sourire Dar en retour, un sourire d'appréciation qui éclaira tout son visage. « Je prendrai ça comme un compliment. »

« C'en était un. » Kerry tendit impulsivement sa main par-dessus la table pour prendre celle de Dar. « Tu veux aller au chalet ce week-end ? »

Sans même réfléchir, Dar hocha la tête en assentiment. « Ouais. »

« J'ai une réunion vendredi après-midi. Comment on pourrait... » Kerry réfléchit aux détails, en pensant à leurs deux emplois du temps. « Que dirais-tu d'aller ensemble au bureau vendredi, et je reviendrai au port pour jeter un coup d'œil – et tu pourras passer me prendre directement là-bas et... vroum. »

« Absolument. » Acquiesça Dar immédiatement. « On peut s'arrêter pour dîner quelque part sur la route et regarder le coucher de soleil. »

Kerry jeta un œil à sa montre et soupira d'un air mélancolique. « On est seulement mardi. »

Le téléphone de Dar sonna avant qu'elle puisse suggérer un truc fou, comme de partir directement après le dîner par exemple. Elle sortit le téléphone et vérifia l'appelant. « Oh oh. » Elle l'ouvrit. « Oui Mark. Qu'est-ce qui se passe ? »

« Tu es dans l'immeuble chef ? »

Dar jeta un œil autour d'elle. « Moi ? Non. Je suis à la maison. Pourquoi ? »

« Merde. Quelqu'un fout le bordel ici, et je pensais que c'était toi... ça ressemble à ce qui s'est passé cet après-midi. » Le chef du GSI jura. « Okay, merci... je voulais juste vérifier. Hé... tu as... mmh, fermé la porte, pas vrai ? »

Le regard de Dar se perdit dans le vague brièvement tandis qu'elle se repassait soigneusement dans son esprit ses gestes de l'après-midi. « Oui. » Dit-elle simplement. «  Je suis remontée pour une réunion au 14e étage, puis je suis redescendue et j'ai fait quelques analyses de plus. J'ai quitté le local vers quatre heures. Il ne devrait y avoir aucune autre entrée après ça. »

« D'accord. Salut. » Mark raccrocha rapidement, coupant un cri en arrière-plan et le bruit d'une sonnerie d'alerte.

Dar regarda son téléphone, regarda Kerry, puis elles se levèrent précipitamment et se dirigèrent vers le condo en courant.

* * * * *

Dar pouvait entendre le bip des alertes alors qu'elle passait du porche à son bureau, et elle posa ses mains sur son bureau et sauta par-dessus pour atterrir de l'autre côté près de sa chaise. « Le fils de pute ! »

Kerry se força à ralentir juste assez pour  fermer la porte derrière elle en s'assurant de ne pas la claquer sur la queue de Chino qui bondissait derrière elle, la langue pendante. Elle hésita, puis elle attrapa sa sacoche dans la salle à manger où elle l'avait laissé, et elle l'apporta jusqu'au bureau de Dar où elle s'installa sur le canapé.

Au moment où elle toucha le cuir, il commença à pleuvoir, et pendant un bref instant elle eut un flash-back, vif et clair, de la première fois où elle avait été dans cette pièce. Mais ça ne dura qu'une seconde, parce qu'ensuite elle sortit son ordinateur portable de son étui et l'ouvrit, entendant impatiemment que la machine s'allume. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« Si seulement je le savais. » Les doigts de Dar bougeaient comme dans un brouillard sur le clavier. « Quelque chose débloque dans le logiciel... Seigneur, j'espère que je n'ai rien fait de stupide en laissant un truc d'ouvert aujourd'hui. »

« La porte ? » Kerry se connecta rapidement.

« Non... non, je sais que je l'ai fermée. Quelque chose dans le routeur.... J'ai fait ces changements tellement vite... » Le front de Dar était creusé de sillons d'inquiétude. « Quand je te parlais, quand Mark a vu les trous. »

« Oh. » Kerry appela son écran de travail et tapa son code, attendant pendant une minute alors qu'elle se connectait et que des lignes rouges commençaient à apparaître sur son écran. « Sainte vache. » Elle leva rapidement les yeux vers Dar, et vit la tension inscrite sur son visage.

Dar hésita, ses doigts juste au-dessus du clavier, indécise sur la marche à suivre. Elle détestait ne pas comprendre ce qui arrivait – pour autant qu'elle puisse dire, les données inondaient le serveur au hasard et elle ne pouvait pas en trouver la source.

Elle pouvait tout fermer, et par définition ça stopperait le flot, mais ça voulait dire que tout le monde et tout ce qui utilisait leur réseau, et ça incluait les consoles de surveillance.

Kerry observa les émotions défiler sur le visage de sa compagne, et elle décida d'elle devait faire quelque chose de plus productif. Elle commença à lancer son analyse, et elle saisit le commutateur principal, ouvrant le flux de données, et concentrant son attention sur ce qu'il lui montrait.

Il y avait beaucoup de parasites. Kerry bascula ses filtres et coupa la circulation du réseau standard, revenant en arrière pour voir ce qu'il restait. « Dar. »

« Hmm ? » Dar leva les yeux alors qu'elle était en train de mettre les analyseurs syntaxiques en route.

« Ça ne vient pas de l'extérieur. »

« Quoi ? » Dar se leva et s'affala sur le bras du canapé pour regarder attentivement par dessus l'épaule de Kerry.

« Ça vient de l'intérieur du bureau. » Kerry traça une ligne du bout du doigt. « Regarde, là... Je ne sais pas ce que c'est. »

Dar cligna des yeux lentement, puis elle prit une inspiration. « Moi non plus. » Admit-elle. « Un cheval de Troie ? Il vaut mieux le dire à Mark. »

Kerry envoya le message qu'elle avait déjà commencé à écrire. « C'est fait... Dar, qu'est-ce qui peut générer ce genre de trafic ? Tout est en tcp unicast. »

Dar retourna dans son fauteuil et continua son balayage, posant des filtres interface après interface, en essayant d'arrêter le flux de données. « Fils de fils de fils de .... »

Kerry se leva et jeta un œil par-dessus son épaule, son ordinateur ne lui disant rien de plus nouveau que l'augmentation du flux. « Ça doit être vraiment près du central, Dar... Tu veux que je commence à vérifier l'immeuble étage par étage ? »

« On pourrait être obligé. » Dar sentit qu'elle commençait à transpirer. Elle pouvait imaginer les appels qui commençaient à venir au centre des opérations, et elle se demanda combien de temps ça prendrait pour que son téléphone, et celui de Kerry, se mette à sonner. « Et si c'était directement dans le central ? » Elle ouvrit une autre liste d'accès, et reconsidéra les résultats. « Bon sang, où est ce truc ? »

Kerry se recula doucement, puis elle revint vers son ordinateur, en suivant son instinct. « Quel commutateur est dans la salle de conférence, Dar ? »

« La salle de conférence ? Le Dix. Pourquoi ? »

« Disons simplement que je sens l'odeur du poisson pourri. » Kerry repéra le commutateur et vérifia le port du flux principal. Un commutateur, sur les vingt-sept de l'immeuble. Quelles étaient les chances ? « Dar. »

Dar s'éjecta de sa chaise et faillit s'étaler sur le canapé près de Kerry, son regard balayant avidement l'écran. « Bingo. Ferme ce foutu truc. »

Kerry déconnecta rapidement le port, tandis que Dar bondissait vers son bureau et tirait l'écran vers elle pour observer le flux dans un silence tendu. Les signaux tressautèrent pendant un instant, puis ils commencèrent lentement à retrouver un rythme normal.

Dar frappa la surface du bureau du plat de la main et tourna la tête vers Kerry. « Explique-moi. »

« Okay. » Kerry sentit les battements de son cœur ralentirent doucement, mais ses doigts tremblaient encore un peu. « Dans le bureau. »

« Ouais. »

« La sécurité a fait une vérification complète il y a deux semaines, et tout était clean. Il n'y a eu aucune location depuis. »

« Vrai. »

Kerry se leva et s'installa dans la chaise de Dar, en posant ses mains croisées sur le bureau. « Je pense que c'est de ma faute. » Elle s'arrêta, puis leva les yeux directement dans ceux de Dar. « Parce que je suis l'imbécile qui a fait venir quatre concurrents dans notre centre de conférence avec leurs portables et tout leur matériel, et je n'ai pas demandé d'analyse de sécurité après ça. »

Le visage de Dar resta immobile pendant un long moment. Puis elle relâcha lentement sa respiration, et ses épaules se détendirent quand elle prit appui sur son coude. « La réunion de Quest. »

Kerry hocha la tête.

« Il y avait beaucoup de choses à gérer à ce moment-là, Kerry. »

« Ne me trouve pas des excuses. » Répondit la jeune femme blonde. « Il n'y a aucune excuse pour ça, Dar, et nous le savons toutes les deux. » Elle observa le visage de sa compagne, un peu surprise de voir les traits anguleux relaxés, et un petit sourire, presque penaud, sur ses lèvres. « N'est-ce pas ? »

Dar dessina un motif imaginaire sur la surface du bureau du bout du doigt. « J'aimerais être d'accord avec toi. » Dit-elle finalement d'une voix calme. « Sauf que j'ai du mal à ne pas penser à ce qui t'a distraite autant. »

Mmh. Kerry se mordilla l'intérieur de la lèvre. « Et bien. »

Le téléphone de Dar sonna. Elle l'attrapa et l'ouvrit. « Ouais ? »

« C'est toi qui as fait ça ? Tu l'as arrêté ? Qu'est-ce que c'était ? Où ? Qu'est-ce que tu as fait ? » Les mots de Mark furent débités si vite et si fort que Dar faillit lâcher son téléphone. « Allez, chef ! Ne me dis pas ce truc c'est arrêté tout seul, s'il te plaît ??? »

Sans répondre Dar se contenta de tendre le téléphone à Kerry. « Dis-lui où trouver ce truc, et de le sécuriser. On le fera analyser demain. »

Kerry prit le téléphone et observa Dar se lever et sortir du bureau pour aller dans le salon. « Salut, Mark. » Dit-elle en soupirant. « J'ai... hmm... trouvé le problème. C'est dans le commutateur dix, lame six, port trente. »

Cliquetis de touches. « Il est déconnecté ! »

« Oui. »

« C'est dans la grande salle de conférence. J'ai vais envoyer quelques techs là-bas. A ton avis c'est quoi – le projecteur qui fait des siennes encore une fois ? » La voix de Mark paraissait complètement soulagée. « Ce fils de... m'a fait une peur bleue. Je croyais qu'on allait claquer. »

« On a failli. » Kerry ne savait pas trop comment elle se sentait. « Je crois qu'on nous a pu nous plomber pendant cette réunion qu'on a eu au moment de la panne de courant. Tu t'en souviens ? »

Un silence. « Oh, merde ! » Hurla presque Mark. « C'était noté dans mon agenda... J'ai cette fichue note pour aller vérifier... oh, merde. Merde. Je vais aller vérifier ça moi-même. Merde. Désolée, Kerry. »

« C'est bon. »

« Je vous rappelle plus tard. » Mark raccrocha, visiblement toujours très en colère.

Kerry replia le clapet du téléphone et resta assise là pendant un moment. Elle entendit un bruit et leva les yeux pour voir Dar à l'embrasure de la porte, appuyé contre le montant, quasiment dans la même position que lors de leur toute première rencontre. « Tu n'as jamais pensé qu'on était arrivé à un point où il allait falloir qu'on démissionne ? »

Dar se repoussa du montant et s'approcha pour ensuite se laisser tomber dans le canapé avant de tapoter la place près d'elle. Kerry se leva et s'installa contre le le cuir frais, puis elle étendit une jambe sur le genou gauche de Dar. « Tu penses que c'est de ta faute, je penses que c'est de ma faute, Mark pense que c'est de sa faute... au diable tout ça, Dar. On n'a qu'à partir ouvrir un stand de tacos sur une route du Sud. »

« Tu aimes les tacos ? »

Kerry s'appuya contre sa compagne. « Pas particulièrement. Je préfère les fajitas mais un stand de tacos ça semblait plus facile et plus amusant. »

« On devrait prendre un Chihuahua ? »

« Non, mais Chino devra porter un chapeau. » Kerry apprécia leur petit échange blagueur. Elle était en colère contre elle-même, mais comme Dar elle trouvait vraiment difficile de regretter son choix, et de prendre part à leur petite badinage ait l'avantage de distraire son esprit. « Tu penses qu'elle aimerait porter un chapeau ? »

« Sûr. » Dar s'approcha un peu plus près et l'embrasse sur la joue. « Ne t'en prends pas à toi-même, Ker. »

Kerry soupira.

« Je t'ai déjà dit comment j'ai trouvé le bug la nuit où tu as fini par venir au bureau et que tu m'as aidé à tout réparer ? »

Encore un peu plus de badinage. Kerry céda et se blotti contre elle. « La nuit où on s'est embrassées ? »

« Hmm hmm. »

« Hmm... la seule chose dont je me souvienne à propos de toute cette histoire c'est que j'ai ouvert la porte pour te voir en pyjamas, et que j'en ai oublié jusqu'à mon nom. »

Dar gloussa doucement. « Et bien, le centre des opérations m'a appelé, et m'a dit que tout ce foutu logiciel était en rade. Et tu sais ce que je leur ai dit ? »

« Quoi ? »

« Pas de problème, les gars. Rentrez chez vous. »

« Oh, non. » Kerry commença à rire malgré elle. « Allez, Dar. Je sais que tu essaye de me faire me sentir mieux, mais franchement. »

« Franchement. » Dar se mit nez à nez face à elle. « Je leur ai dit de rentrer chez eux, qu'il n'y avait aucune raison pour qu'ils restent là-bas si tout était en rade. Ça me semblait logique à ce moment là. »

« Vraiment ? » Kerry essaya d'imaginer ça, et elle se remit à rire. « Oh mon Dieu. »

Dar la serra contre elle. « Attendons de voir ce que Mark va trouver, et au lieu de nous en prendre à nous-même, on pourra trouver comment gérer ça. »

Est-ce qu'elles pourraient le faire ? Kerry se posait sérieusement la question. Oh et puis zut. Demain est un autre jour.

* * * * *

A suivre.

 

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11 juillet 2017

L'été sera chaud !

mar

Gaby retrouvée (!) et Fryda toujours relectrice, cela veut dire : beaucoup de lecture !!

Voici donc 4 chapitres de Cible Mouvante (oui, comme vous avez longtemps attendu, je pense que vous méritez de ne pas attendre une mise en ligne chapitre par chapitre :O) )

Et en bonus, la deuxième partie du Festival, traduction de Fryda.

Bonne lecture estivale !

Kaktus

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Le Festival, partie 2

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 2ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


La pluie avait diminué pour devenir un crachin agité tandis qu’elles traversaient l’enceinte venteuse, et Xena laissa sa compagne marcher un peu en avant avec Ephiny pour étudier son environnement. Il y avait une énergie perceptible dans le village, facilement ressentie et différente de l’atmosphère habituelle et elle décida que c’était probablement plus dû à la célébration de la Moisson qu’à autre chose. C’était un sentiment tendu et agité, augmenté par les voix qui montaient tout autour, tandis que les Amazones allaient de-ci de-là, apportant des provisions vers la salle centrale et roulant des barriques de bière et de vin vers la zone libérée autour du feu géant.

Tout semblait plus… coloré, songea Xena, et elle entendait plus de rires que de plaintes, une chose rare dans ses visites antérieures. D’un côté de l’enceinte, des Amazones installaient des plateformes basses qui seraient couvertes de fourrure pour que tout le monde puisse s’asseoir, tout en regardant les danses et les diverses démonstrations d’artisanat qui se dérouleraient au dîner du lendemain.

Xena posa son regard lorsqu’elle repéra plusieurs silhouettes familières et elle observa avec circonspection Cait qui arrivait au bout de l’enceinte, suivie par leur ennemie d’autrefois, Paladia. Le bras de la grande femme était toujours dans une attelle, mais elle portait une tenue de cuir complète sans fioritures, et des bottes abîmées et bien usées ; son corps avait aussi perdu beaucoup du moelleux qui le recouvrait la dernière fois que Xena l’avait vue. Elle vaquait dans le village sans contraintes, ce qui surprit légèrement la guerrière. La chef des renégats gardait les yeux baissés, concentrée sur sa destination et elle hocha la tête à une remarque de Cait.

Je présume que ça marche mieux que je ne l’avais prévu. La guerrière cligna des yeux, légèrement surprise. Je présume que Gabrielle avait raison après tout. Elle sourit pour elle-même et se fit une note mentale de complimenter sa compagne pour son intuition. Tandis qu’elles se rapprochaient de la salle à manger, de plus en plus de gens levèrent les yeux et les reconnurent, et des voix s’élevèrent dans des saluts amicaux et respectueux.

Gabrielle leur fit signe en retour, un sourire sur les lèvres et elle jeta un coup d’œil derrière elle, invitant Xena à la rattraper d’un battement de cils. « Hé… » Elle mit une main autour du bras de la guerrière lorsque celle-ci la rejoignit. « Tout le monde est de bonne humeur, hein ? » Dit-elle à voix basse.

« Mm », approuva Xena tandis qu’elles approchaient de la porte de la salle à manger. « Des Amazones, des fêtes… tu sais comment c’est. »

« J’ai entendu », dit Ephiny, mais elle sourit tout en tenant la porte ouverte pour qu’elles entrent. « On pourrait penser qu’on vit pour ça. »

« Ce n’est pas le cas ? » Gabrielle et Xena parlèrent en même temps.

« Trrrrèèèèèès drôle. » L’Amazone leur lança un regard tolérant. « Et bien, on verra bien comment vous vous sentirez après ça… peut-être que vous apprendrez à aimer ça vous aussi. » Elle secoua un doigt vers elles. « Vouées au travail et pas de jeu… vous savez ? »

Les regards bleu et vert se croisèrent et étincelèrent. « Hé… on aime les fêtes », protesta Gabrielle. « Vraiment… Xena est un animal de fêtes… elle connaît plein de trucs à montrer aux gens. »

« Un animal de fêtes ? » Marmonna Xena, presque entre ses dents. « Oh… oui… c’est vrai… c’est vrai… hum… jongler par exemple. »

Ephiny fit une pause et mit les mains sur ses hanches. « Jongler ? » Sa voix était emplie de doute. « Heu… bien. C’est sûr. »

La guerrière fit une pause tandis qu’elles traversaient la pièce occupée et elle prit trois noix de coco puis continua à suivre Ephiny et son âme sœur qui riait, jusqu’à la table principale où Eponine et Solari attendaient déjà. Les autres Amazones se levèrent à l’approche de Gabrielle et lui firent une petite courbette.

« Salut. » Gabrielle leur sourit puis elle cligna des yeux en voyant qu’on tirait son fauteuil pour elle. « Merci. » Son regard alla vers Xena, à demi dans l’ombre de la salle éclairée par les torches et elle rougit un peu à la vue du sourire de la guerrière. Xena avait posé ses noix de coco et elle s’assit à son tour à côté de Gabrielle, s’adossant au siège en posant ses avant-bras sur les accoudoirs du fauteuil, regardant la barde prendre une profonde inspiration et se réaccoutumer à l’examen des Amazones. Discrètement, elle gratta le dos de sa compagne, sentant la chaleur de la peau de Gabrielle à travers le tissu de sa tunique.

Elle recevait elle-même des regards furtifs, mais elle était plus qu'habituée à ça et ils n’étaient pas aussi hostiles que la dernière fois ; en fait, elle ne vit que peu de regards inamicaux, principalement de la part de Menelda et ses suiveuses, ainsi que quelques autres qui n’avaient aucune raison de se souvenir en bien de Xena.

Mais ça lui allait, décida-t-elle. Elle était ici, elle était la compagne choisie de leur Reine et si elles n’aimaient pas ça… c’était bien dommage pour elles. Elle tourna la tête quand Eponine la tapa dans les côtes. « Oui ? »

L’Amazone brune se rapprocha. « C’est pour quoi faire les noix de coco ? »

Xena la regarda solennellement. « Des armes. Juste au cas où. » Elle les prit et jongla un moment, attirant des regards incrédules de leurs voisines de table, incluant Solari, qui renversa un pichet entier d’eau en se penchant en avant pour regarder.

Eponine écarta les narines et plissa les yeux. « Arrêteavecça. »

« On n’est jamais assez prudente avec vous les Amazones », insista Xena en continuant à jongler. « Jolies noix de coco, pas vrai ? » Elle les laissa tomber sur la table et les arrangea en un triangle.

L’Amazone les fixa. « On dirait des culs de singes poilus », répondit-elle pince-sans-rire.

« Et tu saurais ça comment ? » Répondit Xena d’un ton neutre. Elle prit une des noix et la secoua doucement. « Elles font de bonnes armes… des munitions de catapulte, parce qu’elles explosent quand elles frappent et tranchent tout le monde. » Elle réussit à garder un visage impassible et sérieux, ayant inventé ça.

Eponine la regarda. « Vraiment ? » Sa voix était teintée de doute.

Xena hocha la tête. « Bien sûr… et le jus éclabousse partout et fait se coller les choses entre elles. »

La jeune femme fronça ses sourcils noirs tandis qu’elle réfléchissait à ces mots. « Heu… oui… peut-être… » Elle eut une moue. « Peut-être que je devrais envoyer un groupe de cueilleuses pour en rapporter… »

Les yeux de Xena brillèrent de pure espièglerie. « Tu sais, le lait… si tu le laisses fermenter… » Elle baissa la voix jusqu’à un simple grondement. « C’est un aphrodisiaque. »

Les yeux couleur caramel se fixèrent sur son visage. « Ah oui ? » La voix d’Eponine était soudainement pleine d’intérêt. « Sans rire ? »

Xena hocha la tête, faisant la moue judicieusement. « Mmmhmmmm… » Une pause tandis que les yeux bleus la regardaient pensivement. « Tu… euh… as des problèmes ? » Demanda-t-elle timidement.

Eponine ricana et eut un mouvement de sa tête sombre. « Non ! » Aboya-t-elle férocement, faisant s’agrandir les yeux de Xena. « Par Hadès, sûrement pas, pas même… n’y penses pas, madame. »

« D’accord… d’accord… » La guerrière leva la main, se mordant l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de rire. « Je demandais juste… calme-toi. »

Elle sentit une main s’enrouler autour de son poignet et elle tourna la tête pour voir les yeux vert brume de Gabrielle fixés sur elle. Un sourcil blond haussé, la barde avait une expression à la fois espiègle et sévère sur le visage. « Tu sèmes des ennuis ? » Demanda-t-elle soupçonneuse.

« Nooooooooon », répondit Xena, de sa voix basse grondante. « Nous… discutions juste d’armes… hum… de leur potentiel. » Elle entendit Eponine ricaner. « Et de… hum… stratégie non conventionnelle. »

« Oui oui », dit la barde d’un ton traînant, ne croyant visiblement pas un mot de ce qu’elle disait. « Je vois. »

« Hé, Majesté… » Lança Eponine. « Tu aimes les noix de coco ? »

Gabrielle plissa le front. « Hum… bien sûr… je les adore, pourquoi ? »

La maîtresse d’armes hocha sagement la tête. « Ça explique beaucoup de choses. »

« Quoi ? » La voix de Gabrielle montrait de la perplexité et elle regarda son âme sœur maintenant rougissante. « Tu vas les ouvrir ou bien jongler avec, à propos ? » Elle montra les noix de coco. « J’aimerais beaucoup avoir du lait si tu décides de les briser. » Ceci, pour une certaine raison, fit rougir encore plus la peau de la guerrière vers une nuance de bronze. « Tu vas bien ? » Murmura la barde en la regardant avec inquiétude.

Xena lâcha un souffle et secoua la tête. « Oh oui… ça va bien. » Elle tapota la main de la barde et lui fit un sourire engageant. « Parfait… génial… merveilleux… pas de problème. »

Gabrielle lui lança un regard étrange puis elle secoua la tête et retourna son attention vers Ephiny. « Alors… c’est quoi le plan ? »

La régente se versa une coupe de vin fruité et fit de même pour la barde. « Et bien… » Elle prit une gorgée et sourit. « Il est bon cette année. » Elle s’interrompit, attendant que Gabrielle essaye. « Vas-y… je pense que tout le mauvais temps de l’an dernier a aidé à bonifier le raisin. »

Gabrielle prit la coupe et la renifla puis elle lança un regard à son âme sœur. Xena leva une main de la table et écarta un peu son pouce et son index. Elle sourit de reconnaissance et prit une minuscule gorgée. « Ouaouh… c’est bon. » Elle avait pleinement l’intention de mettre Ephiny au courant de son petit secret, mais pas au milieu d’une salle de banquet pleine de gens, alors que des explications étaient nécessaires.

« D’accord… » Ephiny prit sa coupe et se pencha en arrière. « Voilà l’agenda proposé… ce soir, juste un repas ordinaire. » Elle porta un toast à la pièce remplie d’Amazones affamées et bruyantes. « Demain, journée entière de démonstrations, compétitions et de jeux… et demain soir, trois différents groupes entreront en compétition pour le titre de meilleures danseuses. » Elle s’interrompit. « Demain soir, c’est le grand puits pour rôtir, aussi, et quelques cérémonies seront tenues. »

« Ça semble génial… quel genre de compétitions ? » Gabrielle se pencha en avant sur ses avant-bras.

« Oooh… » Ephiny leva les yeux vers les serveuses qui arrivaient à leur table, déchargeant deux grandes mijoteuses et trois plateaux avec une sélection d’oiseaux rôtis, des morceaux de poissons et des légumes. « Et bien, des compétitions de cuisine… » Elle sourit à Gabrielle. « Tu veux être juge ? » Elle blagua doucement. « Du tissage, de la manufacture d’armes, de la sculpture sur bois, de la pêche, de la lutte, du tir à l’arc et une compétition de bâton. »

« Ouaouh… » Gabrielle se mit à rire. « Ça promet beaucoup d’amusement ! »

« Mm », acquiesça Ephiny, savourant l’expression de délice sur le visage de la barde. « Nous avons environ une douzaine de jeunes filles qui doivent être formellement confirmées dans la Nation et quelques unions à célébrer. » Ses yeux brillèrent doucement pour Gabrielle. « Nous avons aussi un paquet de jeu à planifier pour les enfants, des courses, cache-cache, ce genre de choses. »

Voyons voir… Ephiny a dit que Xena ne pouvait pas entrer dans la compétition, mais… « J’aimerais participer à la compétition de bâton », déclara fermement Gabrielle.

Ephiny cligna des yeux, visiblement surprise. « Heu… » Elle réfléchit à la requête. Que Gabrielle fût compétente ne posait pas de question. La barde l’était, très certainement, en fait, elle avait habilement battu une bonne partie des meilleures combattantes au bâton l’année précédente. « Bien sûr… je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas… » Décida la régente avec un sourire. Ça pourrait être bon pour tout le monde, songea-t-elle…  Peut-être que ça pourrait ouvrir des yeux à certaines… et tant que j’y suis… « En fait… tu peux dire à la… à Xena, qu’elle peut participer à tout ce qui n’est pas lié au combat, d’accord ? »

Un haussement de sourcil blond. « Très bien… marché conclu. » Elle sourit, songeant à au moins une compétition dans laquelle sa compagne aurait une bonne chance. Elle allait se servir de la bonne soupe aux légumes quand une louche apparut et en versa dans son bol, et elle leva les yeux pour voir le clin d'oeil tranquille de la guerrière. « Merci. » Sa voix était basse, mais elle savait que Xena l’avait entendue.

Elle prit plusieurs morceaux sur le grand plateau et servit la même chose à Xena, ignorant le roulement des yeux de la guerrière quand elle ajouta des haricots et des pois à son assiette, ainsi que des graines à la vapeur. Les habitudes de nourriture de son âme sœur la rendaient occasionnellement dingue ; Xena avait tendance à privilégier les douceurs et les viandes épicées, bien que, en tant que guérisseuse, elle savait bien qu’elles n’étaient pas ce qu’il y avait de mieux pour elle. Gabrielle menait une campagne obstinée pour lui faire manger plus de légumes et appréciait des dîners comme celui-ci où la guerrière parfois récalcitrante consommerait ce qu’on lui mettait devant elle et sans protester.

Pas assez, en tous cas, elle en rit en saisissant Xena qui remettait une carotte sur l’assiette de la barde. Elle réprimanda la guerrière du regard et reçut un sourire charmeur en retour qui fit venir une réponse similaire sur son propre visage. Ephiny s’éclaircit la voix après un moment de cet échange, et elle se tourna vers la régente à nouveau avec un sourire penaud. « Désolée, Eph… tu disais quelque chose ? »

« Je disais… » La blonde Amazone posa son menton sur une main et mordit une autre aile de pigeon. « Un bœuf  a donné naissance à deux lapins dans le foyer. »

« Vraiment ? » Répondit Gabrielle puis elle marqua un temps d’arrêt. « Quoi ? » Elle fronça immédiatement les sourcils. « Comment est-ce arrivé ? »

Ephiny se mit à rire et remua son aile de pigeon vers la barde. « Ça n’est pas arrivé… mais c’est comme ça que j’ai su que tu rêvassais… tu n’y as pas réagi. » Elle secoua la tête avec un peu d’incrédulité. « Alors comment vont les choses à la maison ? »

« Hmmm… et bien… est-ce que… ‘Tante Ephiny’ ça te parle ? » Répondit Gabrielle avec espièglerie.

Un haussement de sourcil. « Argo est enceinte ? »

Gabrielle éclata de rire. « Oh dieux… Eph… d’où est-ce que ça sort ? Non… non non… Xena pense que… »

Ephiny se redressa sur son fauteuil. « Xena est enceinte ? » Elle s’interrompit en baissant la voix. « Gabrielle… c’est fabuleux… je ne pensais pas… »

La barde mit brusquement la main sur la bouche de son amie. « Nooooon. » Elle soupira. « Xena pense que… Gran l’est. »

« Ofmn. » Ephiny hocha la tête puis elle se lécha un peu les lèvres quand Gabrielle la relâcha. « Sans blague ? » Ses yeux s’allumèrent de ravissement. « Ouaouh… c’est génial… bien que je me demande si elle le pense elle. »

Gabrielle se pencha un peu en avant. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Demanda-t-elle avec curiosité, lançant un regard vers son âme sœur. Xena était engagée dans une conversation aimable avec Solari et Eponine, dans laquelle les mots ‘unité de bataille’ et ‘sang’ figuraient abondamment. Elle se retourna vers Ephiny. « Tu ne penses pas qu’elle veut avoir des enfants ? »

« Oh… » La régente remua la main. « Oui… oui… je pense qu’elle le veut… ou qu’elle en aura… je veux dire une fois que tout se sera passé… je ne sais juste pas si elle… y a réfléchi. » Elle fit une pause et prit une fourchetée de son dîner qu’elle mâcha pensivement. « Je veux dire que… » Elle avala. « Tu n’as jamais pensé avoir des enfants, n’est-ce pas ? »

Gabrielle mordilla un morceau d’oiseau rôti et baissa les yeux. « Oui… en fait oui », répondit-elle honnêtement. « Nous en parlions avant de quitter la maison l’année dernière. »

Elle sentit une main sur son poignet et elle leva les yeux pour voir une expression d’excuse dans les yeux clairs d’Ephiny. « Gabrielle… je suis désolée… je ne voulais pas… »

Un haussement d’épaules. « Non… ça va… les choses… » Un tout petit sourire recourba ses lèvres. « Ont avancé. » Elle soupira. « Je pense que Gran et Toris voulaient vraiment des enfants, bien que… j’en ai parlé à Gran quand nous étions à la maison. » Elle prit une autre petite gorgée de son vin. Il était frais avec une touche de pomme et de poire par-dessus le goût léger et sucré du raisin. « Xena a dit que quand elle a mentionné la possibilité à Toris, il est devenu complètement dingo. »

« Et bien. » Ephiny sourit, visiblement soulagée. « C’est génial d’entendre ça… il faudra que je leur rende visite… elle adore recevoir des conseils de Grandmaman Eph. » Elles rirent ensemble puis Ephiny relâcha un souffle. « Parfois je pense à… » Elle se tut, puis se contenta de hausser légèrement les épaules. « Bref, on va avoir des répétitions des danseuses pour demain. » Elle leva la main et fit un petit signe et deux des Amazones plus jeunes firent un signe à leur tour et disparurent par la porte. « Je pensais que tu aimerais les voir. »

Gabrielle étudia son visage. « Oui… j’aimerais bien. » Elle s’adossa dans son fauteuil, mit ses doigts en pyramide et y pressa ses lèvres tandis qu’elle laissait son regard naviguer dans la pièce.

Un bruit de tambours dans un son profond et rythmé qui emplit la salle et fit taire le bourdonnement des conversations détendues. Xena sentit le changement d’atmosphère et posa sa tête contre le dossier du fauteuil, reconnaissante que les Amazones aient pris en compte son conseil et aient banni les bancs sans dossier pour les longs dîners. L’énergie dans la pièce devint presque sensuelle tandis que les danseuses entraient, en pleine tenue de cérémonie, et qu’elles commençaient à bouger dans des pas convenus. La guerrière leva son gobelet et sirota une gorgée, savourant paresseusement la vue des danseuses gracieuses et musclées tandis qu’elles bougeaient dans une danse issue des traditions Amazones depuis de nombreuses générations.

Une brise fraîche entourait les danseuses et les spectatrices, faisant vaciller les torches dans le périmètre de la pièce et soulevant les longs cheveux, entremêlant quelques mèches quand les femmes faisaient un cercle. Le sourd gémissement d’une flûte s’éleva et un doux chantonnement s’ensuivit pour s’y joindre, tournoyant vers le plafond, faisant émerger un rythme insistant. Les danseuses se mirent par deux et firent avec aisance des batailles chorégraphiques, des passes fantaisistes et des parades qui glissèrent en réactions exagérées tandis que la musique s’écoulait à travers les spectatrices aussi séduisantes que le vin qu’elles buvaient.

Gabrielle sentit que son imagination était saisie par la danse, son esprit de barde tordant et formant les vues et les sons dans une poésie qui la fit souhaiter avoir ses plumes et un parchemin pour les écrire. C’était très primal et avait une énergie riche et terrienne qui l’intrigua et elle fit une pause pour réfléchir, avant de tirer sur la manche de son âme sœur.

Xena se pencha, entourant la barde de sa senteur familière et repoussant ses pensées pendant un long moment sensuel. Puis elle entoura le haut du bras de sa compagne d’une main et se redressa sur son fauteuil, mettant ses lèvres près de l’oreille de la guerrière. « Tu peux te souvenir de quelque chose pour moi ? »

Les yeux clairs prirent une teinte violette dans la lumière de la torche et brillèrent, un sourire sur les lèvres de la guerrière. « Bien sûr. » La voix de Xena était plus basse et plus ferme que les tambours et cela provoqua un frisson le long du dos de la barde. « Vas-y. »

Doucement, elle répéta le poème, formant les mots avec une assurance tranquille.

Xena sourit quand elle eut fini. « Je pense que je peux m’en souvenir », dit-elle à la barde. « Tu aimes ? » Sa mâchoire montrait les danseuses.

Gabrielle bougea délibérément de place de façon à s’appuyer contre l’épaule de la grande femme et elle frotta sa joue contre le haut du bras de Xena. « Mm. » Elle soupira doucement. « J’aime bien. »

Xena haussa légèrement un sourcil, tandis qu’un sourire bref et sensuel passait sur ses lèvres. Autour d’elle, les autres Amazones regardaient avec des expressions masquées et une grande partie des spectatrices étaient maintenant installées par paire dans des coins tranquilles, tandis que les torches faiblissaient et que les tambours ralentissaient et devenaient plus rythmiques. Après tout, c’était le Festival de la Moisson, dédié à la fertilité de la Terre et à la fécondité de la population. Les Amazones le célébraient peut-être un peu différemment que disons, Amphipolis, mais…

L’intention y était très certainement. Xena pouvait sentir la respiration chaude de sa compagne contre la peau de son bras et elle sourit tranquillement tandis que l’intense attraction animale qu’elle avait toujours ressentie envers la barde grondait profondément et sortait dans la lumière vacillante, faisant jouer ses nerfs au rythme des tambours et au chantonnement bas et tonal.

Gabrielle cilla et elle leva les yeux. « Tu penses que je pourrais essayer de danser comme ça ? » Murmura-t-elle d’un ton taquin, regardant le mouvement de la lumière alors que les muscles de la mâchoire de Xena remuaient.

« Nan », répondit la guerrière. « Parce que si elles te regardaient comme elles regardent les autres danseuses… » Elle laissa sa voix tomber à son plus bas registre. « Il faudrait que j’y fasse quelque chose. »

Un léger sourire sensuel passa sur les lèvres de Gabrielle. « Vraiment ? »

« Oh oui », l’assura Xena, s’empêchant de peu de mettre le nez sur la peau douce de la barde. « Il y aurait des plumes partout, compris ? »

Gabrielle ressentit une vague chaude de satisfaction aux paroles de la guerrière. Elle avait toujours su que Xena défendrait sa vie, mais ceci était entièrement autre chose et c’était coupablement bon. Elle était consciente des regards jaloux dans sa direction et pendant un simple moment, elle s’autorisa à les savourer. « Compris. » Elle énonça le mot avec plaisir.

Xena s’adossa et rit doucement, posant sa tête contre celle de la barde. Elle leva les yeux quand Eponine lui donna un petit coup. « Oui ? »

L’Amazone montra du menton la barde blottie. « Je peux avoir vos noix de coco ? Par le téton gauche d’Héra, vous n’en avez pas besoin. » Les cheveux châtain de l’Amazone bougèrent quand elle secoua vigoureusement la tête.

La guerrière lui lança un regard puis rit ironiquement. « Bien sûr. »

Gabrielle regarda d’un air inquisiteur. « Quoi ? » Elle tira sur l’oreille de son âme sœur. « C’est quoi ce truc avec les noix de coco ? »

« Je te le dirai plus tard », murmura Xena avec un sourire.


Gabrielle leva les yeux tandis que la lune émergeait des nuages éparpillés suite à la tempête. Le vent s'était un peu levé et il faisait même un peu frais alors  elle était contente de porter une tunique longue plutôt que son haut court. Elle lança un regard vers la jeune femme blonde élancée qui marchait près d’elle et elle passa en revue des ouvertures de conversation possibles. « Sympa le dîner », se décida-t-elle finalement d’un ton neutre.

Ephiny prit une inspiration de l’air frais et hocha la tête. « Merci… j’ai toujours aimé cette période de l’année… les fruits de la moisson, tout ce truc… tu vois. »

Elles marchaient sur l’un des chemins étroits et argentés juste à l’extérieur du village, près du ruisseau qui fournissait de l’eau fraîche aux Amazones en plus de la rivière plus large à l’est et qui était la source de leurs autres besoins de liquide. La danse avait duré un moment jusqu’à ce qu’Ephiny en prononce à contrecœur la fin, disant à tout le monde d’aller au lit et de se reposer pour le lendemain. Des rires bas avaient répondu à ses paroles et elle leur avait juste fait un geste de la main pour les renvoyer, puis elle avait fait une pause et regardé Gabrielle avec incertitude.

C’était aussi bien d’en finir avec ça, avait décidé la barde, se penchant en avant pour dire à Xena qu’elle allait la retrouver dans ses… non, dans leurs quartiers. Puis elle avait souri à Ephiny et dit qu’elle était fatiguée… et est-ce que la régente aimerait l’accompagner pour une petite balade pour se rafraîchir la tête.

La régente était d’accord, bien sûr.

Et elles en étaient là. « Je… j’aime bien aussi cette période de l’année », répondit Gabrielle en repoussant ses cheveux clairs de ses yeux. « Ce n’est pas aussi collant… plutôt rafraîchissant. » Elle tourna ses pas vers un surplomb rocheux et s’y assit, tapotant la pierre près d’elle. « Ça devrait être une nuit agréable… merci de nous avoir invitées, à propos. »

Ephiny se détendit un peu tout en s’installant sur la surface fraîche. « T’inviter ? Gabrielle… réfléchis un peu… tu n’as pas besoin d’une invitation, tu te souviens ? Tu es chez toi. » Elle fit un sourire à son amie. « Tout le monde est content que tu sois là… tu aurais dû entendre ces gamines tout excitées à l’idée de danser devant toi… il y a eu une émeute. »

Gabrielle la fixa, ses yeux verts un peu noisette dans la lumière argentée de la lune. « Ah oui ? Et qu’est-ce qu’elles pensent de mon choix de consort ? »

Un moment de silence pensif puis Ephiny rit doucement. « Direct au but comme d’habitude, hein, Gabrielle ? » Elle mit la main sur l’épaule de la jeune femme. « Je me suis fait un point d’honneur de passer en revue nos lois aussitôt que je suis revenue ici, juste pour vérifier… et j’ai trouvé qu’il y a avait trois conditions pour une consorte royale. »

Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine et leva le menton. « Et ? »

Un léger sourire passa sur les lèvres d’Ephiny. « Premièrement, elle doit être en bonne santé. » Elles échangèrent des regards connaisseurs. « Deuxièmement, elle doit adopter et soutenir les normes guerrières de la Nation. » Un autre échange de regards et cette fois Gabrielle cligna un peu des yeux. « Troisièmement… » Ephiny se mordit la lèvre. « Elle doit publiquement te jurer fidélité… en tant que représentante de la Nation. »

Gabrielle se massa la mâchoire pensivement. « Et bien, je ne pense pas que les deux premiers posent problème. » Elle sourit et regarda l’eau en constant mouvement du ruisseau. « Elle est totalement en bonne santé et je ne pense pas qu’il y ait un doute sur ses talents de combattante. » Elle souffla. « Quant au dernier… et bien, je lui demanderai… on verra bien ce qu’elle en dit. » Elle se mâchouilla la lèvre. « Si ça ne dépendait que de moi, je ne… et bien, je ne pense pas qu’il y ait de problème, mais devant tout le monde… je ne sais pas. »

La régente pinça les lèvres et hocha lentement la tête. C’était plus ou moins ce à quoi elle s’était attendue. « Je me le disais aussi. » Elle fit une pause. « Quant à ce que tout le monde pense… par Hadès, Gabrielle… il n’y a pas une seule personne dans la Nation qui ne sait pas que vous êtes inséparables… je veux dire… » Elle soupira. « Oui, il y a des gens qui lui en veulent pour beaucoup de choses… pour de vieilles histoires, pour Vélasca… pour ce qui est arrivé l’an dernier… ce qui s’est passé cette année… mais quand je me tiens devant elles au conseil et que je leur dis… » Elle fit une pause, étudiant le sol. « L’attitude principale était que c’était mieux pour nous de l’avoir comme alliée… comme une citoyenne de la Nation… que de la forcer à rester en dehors de nous… de la forcer à rester à l’extérieur… surtout vu votre relation. »

La barde relâcha un long souffle. « Et bien. C’est mieux que ce que je pouvais espérer, je pense. »

Ephiny mit ses mains l’une contre l’autre. « Ecoute… Gabrielle… je sais que tu veux que tout le monde la voie comme tu la vois toi… mais ça n’est simplement pas possible et je pense que tu le sais. »

Un léger signe de tête. « Je sais ça », admit tranquillement la barde. « Mais ça ne veut pas dire que je vais un jour arrêter d’essayer. »

La régente la fixa avec un sourire nostalgique. « Après cette petite escapade au pain de noix, je ne pense pas vraiment avoir besoin de demander ça, mais est-ce que tout se passe bien entre vous deux ? » Son regard étudia le visage de la barde avec attention. « Vous avez l’air toutes deux plus détendues. »

Gabrielle laissa un sourire plus naturel plisser ses traits. « Il faut que j’admette, Eph… qu’il y a eu un moment où j’étais convaincue que ce ne serait plus jamais pareil. » Elle ferma les yeux et inspira profondément. « Mais j’avais tort et tu n’as aucune idée de combien c’est merveilleux de pouvoir dire ça. »

Ephiny la fixa. « Je pensais que c’était peut-être le cas… ces petites étincelles sont de retour dans tes yeux et elles me manquaient la dernière fois que je t’ai vue. » Elle pressa le bras de la barde. « Et ça, mon amie, c’est plutôt bon à voir. »

La barde hocha lentement la tête. « Merci. » Elle lança un regard de côté au visage tendu de la régente, encadré d’argent, et elle décida d’avoir une approche directe. Ça marchait habituellement avec Xena. « Ephiny, qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’Amazone sursauta puis la regarda à nouveau avec une expression peu assurée. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Elle plissa le front. « Qu’est-ce qui te fait penser que c’est le cas ? Tout va merveilleusement bien, Gabrielle… si on excepte les disputes mineures habituelles et les trucs de ce genre. » Elle lâcha un petit rire.

Un petit haussement d’épaules de la part de Gabrielle. « C’est juste mon intuition qui parle, je présume… tu as l’air un peu triste. »

« Nan. » Ephiny sourit et la secoua légèrement. « Ta fameuse imagination, hein ? »

« Mmm… oui… » La barde se tourna à demi pour lui lancer un regard direct. « Sauf que Xena le pense aussi, et… »

Un soupir. « Et elle n’a aucune imagination, pas vrai ? »

Gabrielle sentit le malaise de son amie et elle ressentit une difficulté à la pousser trop loin. « Et bien, ce n’est pas vrai… » Elle rit doucement. « Elle en a… elle est habituellement concentrée sur des plans et de la stratégie et des trucs comme ça, pas sur des choses personnelles. » Elle fit une pause. « Elle peut imaginer ce à quoi ses opposants pensent et travailler dessus, ou imaginer des solutions à des problèmes… mais habituellement elle ne voit pas des choses qui ne sont pas là. » Sur ces dernières paroles, elle regarda Ephiny droit dans les yeux. « Mais si tu ne veux pas en parler, c’est bon… je voulais juste que tu saches que je suis là pour toi si tu en as besoin. »

Ephiny garda le silence puis soupira. « Merci », finit-elle par répondre. « Je vais bien… je… j’ai vraiment eu une mauvaise période après… ce qui est arrivé et je pense que ça m’a… » Une pause. « C’est juste différent. »

Gabrielle tira sur une jambe et mit les bras autour, son menton posé sur un genou. « Tout va bien entre Pony et toi ? » Demanda-t-elle en gardant une voix neutre.

« Oh… oui… » La régente souriait maintenant. « Oui, ça a été… ça m’a vraiment aidée… je veux dire… ce n’est pas comme ce qu’il y a entre vous deux… nous sommes plutôt bonnes amies, avec un peu de … » Elle recourba ses lèvres. « Bref, pas comme vous… mais de l’avoir près de moi était génial… ça a pris du temps, mais… »

La barde hocha un peu la tête. « Eh bien, nous n’avons pas commencé non plus en étant aussi proches, Eph… ça a grandi au fil du temps… peut-être que… »

« Non… non… » Interjeta rapidement l’Amazone blonde. « Aucune de nous… nous… Gabrielle, ne le prends pas mal, d’accord ? Mais ce que Xena et toi avez… c’est tellement fichument intense… si… submergeant… c’en est presque effrayant. » Elle hésita. « Ça m’effraie… je ne suis pas sûre de pouvoir gérer quelque chose comme ça et je ne pense pas que Pony le puisse. »

Gabrielle se redressa, la fixant pensivement. « Ah. » Elle se mordilla la lèvre. « C’est… oui, quand ça va mal, c’est vraiment très mal, Ephiny… je ne te mentirai pas là-dessus. » Elle fit une pause. « Mais crois-moi quand je te dis que tous les mauvais moments importent peu quand je pense aux bons moments. » Elle tendit la main et massa doucement le bras de la régente. « Eph, ça vaut la peine de prendre le risque. »

Mais la jeune femme secoua la tête. « Non, mon amie… je suis contente de juste vous regarder toutes les deux… c’est le plus près que je puisse avoir dans ce truc de sens dessus dessous. » Elle rit tranquillement. « Ecoute… merci à toi… ça me fait vraiment du bien de savoir que tu penses à moi… je l’apprécie beaucoup. »

Le regard vert l’étudia avec une lueur de défi, mais Gabrielle se contenta de sourire. « A ton service. » Elle concéda le round avec grâce. « En parlant de ça… tu te souviens de quand nous parlions de Tante Ephiny ? »

La régente pencha sa tête bouclée en arrière et rit, visiblement très soulagée du changement de sujet. « Oh oui… j’ai trop hâte de blaguer Gran à ce sujet… c’est une bonne chose qu’elle ne se soit pas montrée par ici – elle serait dingue à l’idée de ne pas pouvoir concourir dans les jeux. »

« Non ? » Gabrielle mit sa nouvelle de côté pour quelques instants. « Pourquoi pas ? Elle n’est enceinte que d’un mois ou deux… »

Ephiny secoua la tête. « Oh non… oui oui… ce n’est pas juste – elle serait la première à en convenir. Il faut dire si on est handicapée d’une façon ou d’une autre et ça compte… ses adversaires se retiendraient et ça servirait à quoi ? La grossesse change un peu l’équilibre… parfois la perspective… j’ai été un peu aveugle aux couleurs pendant la mienne. »

« Oh. » La barde se frotta la mâchoire. « C’est vrai pour tout le monde ? »

La régente haussa les épaules. « La plupart… rien de bien méchant, mais tu sais combien le timing importe, surtout dans des trucs comme la lutte et le bâton… ses adversaires seraient nerveuses… ça n’en vaut pas la peine. En plus, nous nous amuserions plus à la pouponner et à la faire s’asseoir sur des coussins moelleux… elle nous aurait toutes tuées avant la fin du festival. »

Gabrielle pianota sur sa jambe. « Xena a dit qu’elle avait combattu jusqu’à la dernière minute. »

Ephiny leva les yeux au ciel. « Pourquoi je ne suis pas surprise ? » Marmonna-t-elle. « C’est un cas spécial, Gabrielle… elle a tellement de talents qu’elle peut compenser toute faiblesse ou erreur avant que quelqu’un n’en tire avantage », expliqua-t-elle. « Elle est aussi vraiment forte, alors elle peut se frayer un chemin puissant à travers des problèmes momentanés d’équilibre et aussi si son timing est un peu en baisse… ça n’a pas trop d’importance. » La régente fit une pause puis regarda son amie attentivement. « Tu me parlais directement là, hein ? Elle n’est pas enceinte, si ? »

« Euh… non… non… elle ne l’est pas », répondit Gabrielle honnêtement. « Je l’utilisais juste à titre d’exemple… pas un bon, je présume. » Elle sourit d’un air penaud. « Alors… vous auriez banni Gran de la compétition ? »

« Oui », l’assura Ephiny. « Et ça la rendrait dingue… elle adore concourir. » Elle fit une pause. « Tu voulais me dire quelque chose à son sujet ? Tu as commencé. »

Gabrielle prit une inspiration. « Euh… non je… réfléchissais… à quoi lui offrir pour le bébé… un cadeau… peut-être que tu aurais des idées. »

Ephiny eut un sourire détendu. « Moi ? Bien sûr. » Elle se leva et s’étira complètement. « Allons… je me gèle les fesses par ici… est-ce que je peux te tenter avec du cidre chaud et des gâteaux ? » Elle tira sur la manche de la barde et lui lança un regard sévère. « Je me rends compte que ce n’est pas ta chemise probablement, mais tu as l’air plutôt mince. »

La barde ajusta sa ceinture avec un petit rire. « Nous avons été plutôt actives ces derniers temps… ça demande de l’énergie. » Elle se leva. « Des gâteaux, c’est pas mal… et il fait un peu frais. » Elle fit signe à Ephiny de passer devant sur le chemin étroit et elle la suivit, ses yeux verts très pensifs.


Xena était allée aux écuries, calme maintenant dans les heures de la soirée tardive et elle avait passé du temps avec Argo, peignant sans qu’il en soit besoin, la robe brillante de la jument et elle avait vérifié son seau de nourriture de ses doigts curieux. Arès l’avait rejointe et il était blotti dans la paille, ses grandes oreilles bougeant d’avant en arrière pour capturer les sons légers qui s’élevaient autour d’eux. « Hé ma fille… tu es tendue. » Elle fit un claquement avec sa bouche et travailla sur l’entremêlement avec ses doigts, laissant la présence calme du cheval l’apaiser, tandis qu’elle s’appuyait contre le gros corps chaud et respirait la senteur de l’été remuée par les sabots d’Argo.

Un léger bruit de pas attira son attention et elle leva les yeux, les mains posées sur le large dos d’Argo tandis que la porte de l’écurie s’ouvrait et que Solari entrait.

« Je savais bien que je te trouverais ici. » L’Amazone sourit et se rapprocha, une expression de conspiration sur le visage. « Je suis chargée de la fête dans la fête, pour ainsi dire. »

Xena sourit en retour. « Est-ce que je veux connaître les détails ? » Elle haussa les sourcils.

Solari tapota la robe soyeuse d’Argo. « Mmm… tu pourrais… on a prévu une petite présentation… quelques gamines ont écrit une chanson… »

« Oh par les grands dieux de l’Olympe. » Xena tressaillit en se couvrant les yeux. « Elle va me tuer. » Elle regarda l’Amazone. « Elle m’a fait promettre de ne pas vous dire que c’était son anniversaire. »

Solari ricana. « Autant pour ça. »

La guerrière haussa les épaules. « Elle ne me l’a fait promettre qu’hier… c’est un peu tard, hein ? » Elle rit. « Merci d’avoir gardé les cadeaux que j’ai pris pour elle… elle les aurait trouvés autrement. »

« Pas de souci… je pense qu’Ephiny lui a pris un jeu de chobos… des jolis, tout sculptés tout ça… et j’ai vu pas mal de trucs pratiques emballés comme des herbes, des plumes et des machins. » Elle caressa le dos d’Argo. « Argo va nous détester, c’est sûr, parce qu’elle va devoir tout porter. »

Xena s’appuya contre la jument. « Peut-être qu’on pourra en laisser un peu ici », dit-elle d’un ton songeur. « C’est sa deuxième maison après tout. » Son regard alla vers la robe dorée sous sa brosse tandis qu’un silence embarrassé s’installait entre elles.

« Hum. » Solari finit par faire glisser ses pieds sur la paille. « Ce ne sont pas mes affaires, mais je pense personnellement que heu… elle est bien plus attachée à toi qu’à nous. » L’Amazone s’éclaircit la voix sans regarder Xena. « Et… elle ne considérerait aucun endroit où tu n’es pas la bienvenue comme son foyer du tout. »

Le regard bleu l’étudia dans un silence pensif.

« Alors… » Solari lutta bravement pour continuer.  « Je pense que si tu ne veux pas te coltiner une tonne de trucs, tu ferais mieux de t’habituer à aimer l'idée d’être ici, tu sais ? » Une pause. « Parce que nous on est d’accord pour que tu sois ici. » Une autre pause. « D’accord ? »

Xena posa son menton sur son avant-bras posé sur le dos d’Argo. « Je… pense que je saisis le point. » Elle réfréna un sourire circonspect.  « Merci. »

Solari lâcha un soupir de soulagement visible. « Bien. » Elle eut un brusque mouvement de la tête à l’intention de la guerrière. « Bon… c’est quoi sa couleur préférée ? »

La guerrière fronça les sourcils. « Hmm… il y en a plusieurs… le rouge… ce genre de pourpre profond… le vert océan… pourquoi ? »

« Le gâteau », répondit l’Amazone succinctement. « Elles en ont fait un grand, avec plusieurs couches et des fruits dedans… la cuisinière va le faire décorer avec un joli glaçage. » Elle recourba soudain les lèvres. « Hé… en parlant de ça… »

Xena leva la main. « Non… non… j’ai juré de garder le silence. »

Solari sourit diaboliquement. « Hé… alors c’est vrai… merci, Xena. » Elle rit. « Il faudra que je m’en souvienne. »

Une idée frappa l’esprit de la guerrière. « Mais tu ne l’as pas entendu de ma bouche. » Elle observa paresseusement la femme brune. « Vu comme les choses se passaient, je n’ai pas pu résister. »

Solari se détendit et joua avec la queue d’Argo. « Oh oui… je l’ai vu arriver, on l’a toutes vu arriver, vraiment… Pony lui tourne autour depuis des années… tout ce qu’il fallait c’était une poussée judicieuse, dont on te remercie toutes à propos. Ephiny a été seule tellement longtemps… elle a vraiment mal accepté la mort de Phantès. »

« Mmm… je me souviens », compatit la guerrière. « Ce court moment qu’on a passé avec elle en Thessalie. » Elle réfléchit un moment. « Elle pensait que tout était de sa faute… parce que Phantès était mort en la protégeant. »

Solari soupira. « Oui… je pense que… peut-être que c’est pour ça que… » Elle garda le silence un moment. « Elle était vraiment éprise de lui. »

Des pièces du puzzle se mirent bien en place derrière les yeux brillants de Xena. « Hmm… c’est dur quand on perd ça… on ne veut pas le risquer à nouveau. » Elle fit cette déclaration calmement, presque désinvolte, et elle attendit que Solari réponde.

L’Amazone la regarda avec quelque chose comme du soulagement. « Oui… c’est dommage, tu sais ? C’est comme si elles voulaient passer plus de temps ensemble et elles ont peur. » Elle fit une pause. « Tu es plutôt maligne sur ce sujet, Xena. »

La guerrière prit une expression indéchiffrable. « Déjà vu, déjà fait », commenta-t-elle d’un ton ironique.

Solari fronça les sourcils puis elle leva les yeux. « Oh oui. Je présume que oui, hein ? » Sa voix comportait de la surprise.

« Oui oui », acquiesça Xena, brièvement.

« Mm. » Un pianotage sur le dos de la jument. « Hé… écoute… quelques-unes d’entre nous vont se retrouver au feu des éclaireuses… on a mis du vin à chauffer… ça te dit ? »

Haussement brusque des deux sourcils, pratiquement jusque dans la frange de Xena. « Tu es sûre que tes amies vont apprécier ? »

Solari sourit et mit les mains sur ses hanches. « Tu ne connais pas bien les Amazones, pas vrai ? » Elle jaugea la grande femme d’un air appréciateur. « Avant que ce petit problème ne devienne la discussion numéro un autour du feu, notre conversation préférée c’était vous deux. »

Xena modifia son expression en une sévérité solide. « Je ne fais pas dans les ragots, Solari », l’avertit-elle.

Un mouvement de la tête brune de Solari. « Pas des ragots, de la stratégie », corrigea-t-elle fermement la guerrière. « Allez… si tu la brosses encore plus, son pelage va tomber. »

La guerrière l’observa un long moment puis elle mit le peigne dans le sac d’Argo et se leva, se frottant les mains. Oh bon… un peu de relations publiques ne peuvent pas nuire… Gabrielle sera contente… peut-être assez contente pour ne pas me tuer quand elle découvrira pour sa fête. « Un petit moment, d’accord. » Elle accepta à contrecœur puis s’agenouilla à nouveau, fouillant dans ses affaires. Elle en sortit un sac en peau qui bouillonna dans une invitation. « Je vais apporter ça. » Elle se leva et se passa la main dans ses cheveux, faisant signe à l’Amazone de passer la première, tandis qu’Arès se levait et s’étirait, puis se collait près de son genou.

Solari lui prit le sac et l’ouvrit, reniflant délicatement. Elle fit un bond en arrière de surprise. « Ouaouh ! » Elle prit une gorgée avec prudence. « Par la Grande Héra, Xena… c’est quoi ça ? »

La guerrière rit. « Un truc que j’ai pris en Britannie… ils le font à partir d’orge. » Elle prit une gorgée à son tour et sentit la brûlure tandis que le liquide glissait le long de sa gorge et dans son ventre, se faisant vivement connaître. « Tu aimes ? »

L’Amazone reprit le sac et prit une gorgée plus longue, se concentrant. « Mm… ça tape… ça descend rudement… mais après quelques secondes… » Elle fit une pause, réfléchissant. « C’est bon. »

Xena sourit, presque invisible dans l’obscurité quand elles sortirent des écuries et se dirigèrent sur le sol maintenant sec vers le feu de garde qui vacillait et qu’on pouvait voir entre les arbres. La visite devenait assurément intéressante.


Gabrielle étouffa un bâillement tandis qu’elle retournait dans le noir vers le bout du camp. Elle avait passé une bonne heure à discuter avec Ephiny au sujet d’affaires Amazones ; elles étaient restées loin toutes les deux de sujets personnels comme mues par un consentement mutuel. Eponine était venue les rejoindre à la fin, secouant sa cape et parsemant le sol de quelques aiguilles de pin  suite à ses rondes de garde de la soirée. Elle prenait la sécurité du village très sérieusement et elle avait, avec sérieux, informé du calme ambiant à la fois la régente et la reine qui lui avait souri béatement et lui avait tendu une coupe de vin.

Puis la barde avait ressenti la morsure de la longue journée sur ses réserves et elle s’était excusée, ne désirant rien d’autre qu’un lit chaud et la présence de son âme sœur absente, qui s’était faite rare depuis le dîner. Gabrielle se demandait dans quels ennuis la guerrière se fourrait, puis elle sourit quand elle ouvrit la porte de leurs quartiers et vit la forme à demi assombrie à demi éclairée étendue sur le banc bas capitonné près de la fenêtre. « Salut. »

« Salut », répondit Xena en clignant des yeux paresseusement.

Elle se blottit sur le banc près de la guerrière et elle s’appuya contre sa cuisse. « Alors… qu’est-ce que tu as fait ? »

La grande femme lui sourit. « J’ai soûlé tes Amazones. » Elle agita l’outre maintenant vide devant les yeux surpris de la barde. « J’ai été méchante. »

Gabrielle rit doucement. « Ah oui ? » Elle leva doucement la main et attrapa le menton de son âme sœur, lui tournant la tête vers la lumière pour la regarder dans les yeux. « Tu en as pris un peu toi aussi, pas vrai ? » Pas trop vitreux, vraiment, juste un peu inattentifs, un état dans lequel Xena pouvait fonctionner presque normalement. « Est-ce que je vais en entendre parler demain matin ? »

« Par moi ? » Demanda la guerrière. « Nan… j’ai pris quelques gorgées… et je me suis arrêtée parce que tout devenait vraiment brouillardeux », expliqua-t-elle. « Quand je suis partie, Solari mettait un œuf en équilibre sur son nez. »

« Ah oui ? » Gabrielle réfréna un rire.

« Et bien… » Xena se mit aussi à rire. « Elle essayait en tous cas. » Elle entoura la barde d’un bras et l’attira plus près. « J’ai appris quelques trucs. »

« Moi aussi », répondit la barde en s’enroulant volontairement autour de la forme détendue de Xena. « Eph a peur. » Elle se mordit la lèvre. « Elle veut prendre beaucoup de recul… elle a peur d’être blessée. »

La guerrière hocha solennellement la tête. « Pony a été très attirée pendant des années… maintenant elle ne sait plus quoi faire d’elle-même… elle est totalement confuse. »

Gabrielle reposa calmement dans les bras puissants de la guerrière. « Voyons… après tout ce que nous avons fait, je pense que nous pouvons gérer ce petit problème, n’est-ce pas ? » Elle sourit. « Des titans, des géants, des dieux, des seigneurs de guerre… deux Amazones folles amoureuses ne devraient pas poser de problème, non ? »

Xena la fixa. « Tout ce qu’il leur faut, c’est trouver le courage de saisir la chance », murmura-t-elle en levant la main pour caresser affectueusement le visage de son âme sœur. « Ça ne devrait pas être si difficile, pas vrai ? » Son regard étudia le visage de la barde éclairé par la chandelle avec une nostalgie désabusée. Ça ne nous a pris que deux fichues années, soupira-t-elle silencieusement.

« C’est vrai », répondit Gabrielle dans une compréhension paisible. « On peut faire ça… nous sommes des expertes. » Elle prit l’outre de la main de Xena et la renifla. « Beuh… c’est quoi ça ? » Elle mit le bout de sa langue contre le bord du goulot et tressaillit quand il s’ankylosa. « Xena, tu n’as pas vraiment bu de ce truc, si ? »

Le regard bleu se tourna vers elle avec un air penaud. « Ça n’avait pas si mauvais goût… tout le monde en a pris aussi. » Sa voix eut une note d’excuse, étrange aux oreilles de Gabrielle. « Ça… allait… pour elles. Nous nous sommes… bien amusées. »

La barde lui prit doucement le visage. « Hé… c’est génial… tu n’as pas idée de combien je me réjouis que ça aille bien avec elles, d’accord ? » Elle rit doucement. « Voilà que je m’inquiète de comment je peux les faire se détendre en ta présence et tu y vas et tu gères toute seule en les soûlant... c'est génial, Xena, non ? »

Un sourire détendu passa sur les lèvres de son âme sœur. « Génial, hein ? »

Par les dieux… elle est saoule. Gabrielle rit en silence. « Allez, tigresse… mettons-nous au lit… on a une longue journée demain, je pense. »

Complaisamment, Xena se leva, s’arrêtant un instant pour reprendre son équilibre avant de décider de traverser la pièce vers ses sacoches. Elle se laissa tomber près d’elles, tapotant la plus proche avec une expression intense sur le visage. « Attends… »

Gabrielle s’arrêta pour caresser Arès qui était blotti sur le lit, avant d’aller près de sa compagne pour s’agenouiller. « Qu’esse tu fais ? » Elle mit le menton sur l’épaule de la guerrière.

Xena bâilla puis mit les doigts d’une main dans ses cheveux noirs. « Cherche quelque chose. » Elle continua à farfouiller dans le sac, puis, impatiente, elle se contenta de vider le contenu entre ses jambes écartées. « Ah. » Elle prit un petit paquet, enveloppé dans un épais parchemin marron. « Tiens. » Elle le tendit à la barde.

Gabrielle le prit puis s’installa près d’elle, au milieu du contenu de la sacoche. Elle regarda le paquet un long moment, le retournant entre ses doigts puis elle leva les yeux vers Xena qui attendait patiemment. « C’est pour quoi ? » Demanda-t-elle doucement.

Un double clignement des yeux bleus. « C’est… ton anniversaire », répondit la guerrière. « Tu… n’as pas pensé que j’allais oublier, non ? »

Gabrielle lui prit la main qui était posée sur sa cuisse musclée et elle la pressa contre ses lèvres. « Xena, j’ai déjà ce que je voulais », dit-elle doucement. « Je nous ai nous à nouveau. »

Cela lui valut un sourire tranquille de la grande femme. « Oui… je sais… mais tu ne peux pas le porter, alors… » Elle haussa un peu les épaules. « Ce n’est pas grand-chose… on a été plutôt occupées ces derniers temps. »

La barde lui sourit et tira sur l’emballage. « C’est bon, je… je veux dire que cette surprise que j’ai reçue l’an dernier était vraiment gentille, mais un peu… » Sa voix traîna pour s’éteindre tandis qu’elle étudiait la rose minuscule et joliment gravée posée dans sa paume. Les pétales étaient un mélange de rose et de rouge profond, sanguin, et les petites feuilles parfaites étaient d’un vert brillant. Elle en toucha une du bout de son doigt. « Oh… comme c’est joli », dit-elle faiblement.

Xena se gratta la mâchoire. « Pas d’épines », dit-elle d’un ton solide. « Elle ne va pas se flétrir ni mourir… ça me semblait pratique. » Elle haussa les épaules, replongeant dans les profondeurs du contenu du sac. « J’ai un ou deux trucs encore… je vais juste attendre demain, je pense. » Elle finit sa tâche et se remit debout, puis elle s’arrêta, consciente des yeux vert pâle qui l’observaient avec une expression d’amour profond. « Tu aimes ? »

Gabrielle attrapa le bord de sa tunique puis se releva le long de la forme solide de Xena jusqu’à ce qu’elle termine avec les bras fermement attachés autour du cou de la guerrière. « Oui. » Elle attendit un moment, regardant les yeux bleus légèrement surpris. « Merci. » Une douce pression et Xena pencha la tête puis leurs lèvres se rejoignirent. Elle pouvait sentir l’alcool étrange, mais plus encore, les soupçons de miel et d’épice du dessert qu’elles avaient partagé plus tôt, et elle ferma les yeux de joie pure. « Mmm. »

Elles tombèrent sur le lit, délogeant un Arès surpris et Gabrielle se retrouva enveloppée dans des bras puissants qui la soulevèrent aussi facilement qu’une enfant et elle s’abandonna volontiers, faisant confiance à sa compagne, à son cœur et au lien de leurs âmes.


Un oiseau gazouilla. Gabrielle ouvrit un œil difficilement et à contrecœur et elle regarda à travers la faible lueur vers la fenêtre ; elle pouvait à peine voir les contours de l’intrus plumé sur la lumière presque grise au dehors. Elle était blottie sur un côté, le dos contre le corps de Xena, les bras de la guerrière endormie l’enveloppant et elle n’était pas d’humeur à bouger d’un pouce.

L’oiseau ébouriffa ses plumes et ouvrit le bec, gazouillant sans honte.

« Arès », marmonna Gabrielle en regardant la forme à peine éclairée du loup bouger tandis qu’il se tournait pour la regarder. « Regarde… petit déjeuner… » Murmura-t-elle en pointant un doigt vers la fenêtre.

« Aggrrr ? » Le regard d’Arès alla vers la fenêtre et il dressa les oreilles. Prudemment, il rampa sur le sol, gardant son corps au plus près jusqu’à ce qu’il soit accroupi devant le banc, sa queue remuante.

L’oiseau fit claquer son bec puis lâcha un son dur, bougeant ses minuscules pattes à trois doigts sur le rebord et picorant au bout de celui-ci.

Arès s’arrêta puis plongea, soulevant son corps sur le canapé et à moitié hors de la fenêtre, sa mâchoire largement ouverte capturant l’oiseau hurlant avec efficacité, puis il revint dans la hutte avec un reniflement.

« Brave garçon. » Gabrielle tressaillit à la vue des plumes qui dépassaient de la gueule du loup. Il trotta vers elle et se redressa, ses pattes sur le lit. Elle sentit Xena bouger derrière elle et la prise de la guerrière s’accentua. « Chh… rendors-toi, tigresse… il n’y a même pas de lumière encore. »

« Mmm », reçut-elle en réponse d’une voix endormie, mais Xena bougea un peu et cligna des yeux. « Hé Arès… qu’est-ce que t’a attrapé ? » La voix de la guerrière était rauque de sommeil et elle s’éclaircit un peu la gorge.

Le loup ouvrit la gueule et l’oiseau tomba, couvert de bave, atterrissant devant Gabrielle avec un cri. « Roo ? » Une grande langue rose balança d’un air joyeux.

« Beuh. » La barde fit une grimace tandis que l’oiseau mécontent se secouait, envoyant des bouts de plume et de salive sur elle. « Arès… »

« C’est son cadeau d’anniversaire », marmonna Xena en mettant le nez dans sa nuque. « C’est mignon. »

L’oiseau lâcha un cuicui et s’envola, battant des ailes au-dessus du lit. Les sourcils d’Arès se haussèrent brusquement et il plongea après lui, rampant sur le lit et se lançant en l’air, ce qui les fit s’écraser ensemble contre le mur avec un bang, puis ils retombèrent sur les occupantes du lit, la mâchoire du loup en mouvement et l’oiseau en pleine course pour sauver sa vie sur les couvertures.

« Hé ! » Cria Xena en attrapant l’oiseau. « Ouille ! Maudit truc… » Elle retira brusquement sa main lorsque l’oiseau la piqua puis elle l’attrapa mieux et balança son bras vers l’avant, l’envoyant dehors par la fenêtre. Arès s’assit avec un air déçu. « Gabrielle… il m’a piqué », marmonna la guerrière avec un ton de surprise contrariée.

La barde prit la main insultée dans les siennes et l’examina. « Ouille. » Elle tressaillit de sympathie en voyant que l’oiseau avait piqué son âme sœur juste dans l’endroit sensible où le pouce rejoint la main. « Désolée… j’essayais d’empêcher ce fichu truc de te réveiller. » Elle porta la main à ses lèvres et embrassa doucement le point, puis elle tira le bras de Xena sur elle et remonta les couvertures un peu plus haut. Une pensée lui vint et elle tourna un peu la tête. « Tu te sens bien ? »

Xena prit un temps pour répondre. « Oui… plus ou moins », finit-elle par grommeler, s’étirant avant de se blottir à nouveau contre la barde. Elle bougea ses mains et chatouilla le ventre de la barde. « Tu as parlé à Eph ? » Elle sentit Gabrielle prendre une inspiration tandis qu’elle modifiait son chatouillis en un doux massage.

« Mm. » La barde se contenta d’apprécier la sensation un moment avant de faire appel à son courage et de rouler sur le côté pour faire face à sa compagne. « Non… non, je ne l’ai pas fait », admit-elle. « Et… je… heu, je vais attendre ce soir… avant de le faire. » Elle était consciente des bras de Xena qui la retenaient légèrement tandis que la guerrière la regardait les yeux mi-clos.

« D’accord », lui parvint la réponse légèrement intriguée. « Il y a… je veux dire, y a-t-il un problème ? »

Gabrielle mit ses mains à plat sur la peau de son âme sœur. « Non… ce n’est pas exactement… il va y avoir un tas de compétitions demain. »

Xena plissa le front. « Oui…Solari m’en a parlé. »

La barde étudia la fine cicatrice à peine visible le long de la gorge de sa compagne et qui se faufilait le long de sa clavicule de la largeur d’une main. « Je vais faire le défi du bâton. »

Xena bougea et elle retira une main du dos de la barde pour lui attraper le menton et lui lever le visage pour que leurs regards se croisent. « Quoi ? »

Une main levée. « Attends… attends… ne t’énerve pas sur moi, d’accord ? » Gabrielle scruta le regard bleu clair et y vit s’amonceler des nuages de tempête. « Ecoute-moi… ce n’est pas grand-chose… je ne le fais pas pour battre tout le monde, je veux juste… »

« Gabrielle, tu ne vas pas te mettre dans cette situation », énonça Xena, d’une voix très sérieuse. « Tu es folle ? »

« Xena, calme-toi, d’accord ? « La barde déglutit. « Je veux vraiment le faire… ce n’est pas dangereux, c’est bien moins dangereux que de se battre pour de vrai et je l’ai fait dans cette cité, tu te souviens ? »

La guerrière ferma les yeux. « C’était différent… tu ne… tu devais le faire, Gabrielle… tu n’as pas à faire ça… les Amazones ne s’attendent pas à te voir le faire. »

Gabrielle ressentit un besoin irrationnel de se reculer, de ramper pour descendre du lit et de s’éloigner, mais par la force de sa volonté, elle résista. Au lieu de ça, elle se rapprocha, peaufinant ses arguments. « Ecoute… j’ai toujours ressenti… je sais qu’elles m’écoutent, Xena… elles font ce que je dis parce que j’ai accepté ce masque… mais j’ai toujours ressenti que j’étais… et bien, elle ne pense pas vraiment que je l’ai gagné. »

« Ce n’est pas vrai », protesta Xena. « Gabrielle, elles respectent ton autorité et tes talents… tu le sais… tu n’as pas besoin d’aller les battre… tu vaux mieux que ça. »

La barde soupira et posa doucement sa tête sur la poitrine de son âme sœur. « Xena… elles me respectent ici. » Elle se tapa le front. « Pas ici. » Elle toucha la peau au-dessus de son cœur. « Pas de la façon dont elles te respectent. » Elle leva les yeux. « Ne me dis pas que ce n’est pas vrai parce que je sais que ça l’est… j’ai juste besoin de les observer t’observer. »

« Et alors ? » La voix de Xena prit une teinte blessée. « Ce que je peux faire… ce fichu truc violent… ça ne vaut pas grand-chose, Gabrielle… rien comparé à ce que tu apportes aux Amazones… tu n’as rien à prouver. » Elle caressa le visage de la barde avec nostalgie. « Ça ne compte pas. »

« Ça compte pour elles », répondit doucement Gabrielle, en lançant un regard implorant à son âme sœur. « Je veux juste faire quelques combats… je peux gérer ça, Xena… tu as dit toi-même que je pouvais en donner à chacun pour son argent… »

Un long soupir. « Je sais que je l’ai dit… et je le pensais… c’est juste que… » Xena soupira et laissa sa tête retomber sur l’oreiller. « Gabrielle, ça pourrait être dangereux… si on te cogne dans le ventre… quel sens y a-t-il à risquer cela ? »

Les épaules de la barde s’affaissèrent dans une défaite tranquille. « Je… » Elle n’avait aucun argument pour ça, sachant au fond de son cœur que ses raisons pour vouloir entrer dans les jeux reposaient surtout sur sa propre fierté. Elle soupira, enfouissant sa tête dans le creux du bras de Xena. « Je voulais faire ça depuis un an… juste revenir ici et leur montrer, selon leurs propres termes, que j’étais réellement capable. « Elle ferma les yeux. « Je présume que j’arrive quelques semaines trop tard. »

Xena se sentait très mal. Pas seulement parce qu’une vague de nausée la traversait, mais parce qu’elle comprenait trop bien ce qui motivait sa jeune compagne à vouloir prouver ses talents, que c’était un désir brûlant avec lequel elle était très familière, et de voir Gabrielle si abattue, faisait de mauvaises choses à ses tripes dans ses symptômes partagés. Elle caressa affectueusement les cheveux doux de la barde et lutta avec sa conscience.

Est-ce que quelques échanges allaient vraiment poser problème ? Gabrielle était douée et prudente et si elle s’assurait que personne ne passait sa garde…. Est-ce que ce serait plus dangereux que leurs sessions d’entraînement ? La guerrière soupira. C’était vraiment une chance parfaite pour la barde de se mettre en valeur, dans un endroit sécurisé, et en s’amusant… et dieux, c’était son anniversaire… elle voulait juste s’amuser un peu. « Hé. » Elle prit sa décision avec certaines réserves. « Gabrielle ? »

Lentement, la barde ouvrit les yeux et la regarda. « Hmm ? »

Xena mit un doigt sur le bout de son nez. « A deux conditions. »

Les yeux verts brillèrent avec circonspection. « Oui ? »

« Un, tu sens un simple pincement, un simple claquement, ou le moindre essoufflement, tu t’arrêtes », lui dit la guerrière sévèrement.

Un doux sourire se fraya un chemin sur les lèvres de la barde. « Très bien. »

Xena leva la main. « Deux, tu parles à Ephiny avant que ça ne commence et tu obtiens son approbation. »

Gabrielle pâlit. « Xena, ça gâche tout. »

La guerrière se pencha et posa son front contre le sien, la regardant de très près. « Elle n’a pas besoin de le dire à tout le monde. Mais c’est leur tradition, Gabrielle et tu demandes à être acceptée dans leur société… je pense que tu peux la persuader de garder ça pour elle si tu veux vraiment le faire. » Elle fit une pause. « En plus, elle serait plutôt blessée si tu ne te confiais pas à elle… tu sais qu’elle t’aime bien. »

La barde pinça les lèvres et passa un moment à réfléchir aux paroles de son âme sœur. Xena avait raison, admit-elle à contrecœur. Non seulement la régente serait blessée, elle-même s’était sentie vraiment mal à l’aise de garder le silence sur sa condition après avoir entendu les commentaires des Amazones sur Granella. L’honnêteté était un meilleur choix, songea-t-elle. « D’accord », finit-elle par admettre, en regardant le visage peu éclairé en face d’elle. La lumière de l’avant-aube montrait clairement le profil de Xena et elle vit le mouvement soudain lorsque celle-ci serra la mâchoire, les muscles jouant sur sa peau tendue. « Attends… » Elle tapota l’épaule de la guerrière puis roula hors du lit pour traverser la pièce, trouver le kit de soins de Xena au toucher et en sortir les herbes dont elle avait besoin.

Un rapide arrêt au bassin d’eau et elle les tourna dans une tasse, puis elle revint au lit et s’y glissa à nouveau tandis que Xena s’asseyait en tressaillant. « Et voilà. » Elle tint la tasse tandis que Xena sirotait puis elle mit une main derrière la nuque de la guerrière et travailla sur la tension. Elle regarda sa compagne terminer la tasse puis elle appuya sa tête sur la surface fraîche. « Ça va ? »

Xena tendit la main et posa la tasse sur la table de chevet puis elle s’allongea de nouveau sur le lit, attirant la barde plus près. « Oui… je survivrai », marmonna-t-elle.

Gabrielle s’enroula autour d’elle, attirant sa tête sur son épaule à elle et caressant ses cheveux pour la réconforter. « Cette partie dure combien de temps ? Je déteste te voir comme ça. »

La guerrière soupira. « Ça varie. » Elle serra la barde contre elle. « Deux, trois mois je pense. » Son regard passa derrière la barde vers la fenêtre où l’aube faisait son apparition dans une trace de gris clair. « Tu penses que Pony va être là dehors à m’attendre ? »

Gabrielle ricana doucement. « Oui… probablement. »

Un clin d’œil bleu. « Bien », répondit Xena en lâchant un soupir d’aise tandis qu’elle installait les couvertures autour des épaules de la barde et se blottissait près d’elle. La literie Amazone n’était pas aussi confortable que celle de la maison, mais après avoir dormi une semaine sur le sol, c’était merveilleusement décadent et elle n’allait surtout pas bouger.

« Tu es vraiment méchante », dit Gabrielle en riant calmement tout en bâillant et en fermant les yeux. « Hé… Xena ? »

« Hmm ? »

« Merci. »

« Pour quoi ? » Murmura la guerrière, accueillant la douce léthargie qui s’abattait sur elle.

« Juste… merci », répondit doucement Gabrielle. « De me comprendre. »

Xena rouvrit lentement les yeux  et regarda la jeune femme enroulée autour d’elle avec une légère interrogation. La comprendre ? Il était temps, mon amie, je pensais n’avoir aucune chance au monde d’arriver aussi près que ça. « De rien », murmura-t-elle puis elle redressa son regard et passa la langue à l’aube naissante.


« Où vas-tu ? » Ephiny garda les yeux bien fermés et se contenta de saisir un bout de plume errant. « Il fait noir, il pleut et nous avons une journée sacrément longue devant nous. »

« Bah. » Eponine perdit l’équilibre et retomba sur le lit, emmêlée dans les bras et jambes de son amante. « Laisse-moi… je vais juste… je… »

« Tu vas sortir et courir dans la boue pour essayer de battre Xena », l’informa la régente d’un ton cocasse. « Tu n’y arrives jamais, tu finis juste par être frustrée et couverte de merde de Centaure. » Elle assura sa prise sur la jeune femme, ignorant ses trémoussements. « Allez… allez… lâche un peu le vieux cheval de guerre, d’accord ? »

Eponine fronça les sourcils et se détendit, avec un regard noir vers le toit en chaume à peine éclairé de leurs quartiers conjoints. « C’est pas juste, Eph… tu l’as bannie des jeux… qu’est-ce que je suis supposée faire ? »

La régente lui tapota la tête. « Ne t’inquiète pas… tu vas avoir de la compétition… Gabrielle va entrer dans le combat au bâton. »

La maîtresse d’armes roula et la fixa avec surprise. « Gabrielle ? »

Un œil clair émergea. « Oui… un peu plus petite que moi, des cheveux blond-roux, des yeux verts… joli corps… elle traîne avec la grande ténébreuse dangereuse, avec ces yeux bleus d’enfer. »

« Merci. » Pony leva les yeux au ciel. « Je savais de qui tu parlais… j’étais… juste un peu surprise, c’est tout. » Elle haussa les épaules. « Elle ne semblait pas… je veux dire, merde, Eph, je sais qu’elle est bonne avec ce bâton, mais… »

Ephiny roula à son tour de façon à ce qu’elles soient face l’une à l’autre. Dans la lueur de l’avant-aube, elle pouvait à peine deviner les traits et le nez retroussé de son amante, mais son imagination remplissait aisément les détails. « Mais quoi ? » Elle mit la tête sur une main. « Tu sais qu’elle botte des fesses… ça pourrait être bien pour quelques têtes à plumes de le voir. »

« Mm. » Les yeux couleur caramel d’Eponine étaient à peine des lueurs dans l’obscurité. « J’ai du mal à penser à elle comme ça… je veux dire… j’en sais plus que ça, pas vrai ? » Les derniers mots furent dits dans un murmure. « Elle a l’air d’aller plutôt bien. »

La régente soupira en jouant paresseusement avec la couverture qui la recouvrait. « Oui… c’est sûr… bien mieux que quand on l’a vue le mois dernier… et je suis tombée sur elles en train de jouer comme deux gamines… comme elles le faisaient autrefois. » Un léger sourire tira ses lèvres. « Est-ce que Solari t’a dit que Xena avait traîné autour du feu de camp des éclaireuses hier soir ? »

« Bon sang… j’ai raté ça ? » Pony grogna. « Et comment Solari a réussi à faire ça ? »

« Elle a juste demandé, je pense. » Ephiny haussa les épaules. « Elle a apporté une sorte de breuvage digne des Bacchantes et elle les a à moitié soûlées, elle n’a pas beaucoup parlé, mais… Soli a dit que ça s’était bien passé. » Elle fit une pause et rit doucement. « C’est-à-dire, après que Soli a abandonné l’idée d’essayer de mettre un œuf en équilibre ou de sucer le contenu, je ne peux pas être plus précise. » Elle vit l’éclair de blanc lorsqu’Eponine sourit en réponse et se dit à nouveau que c’était agréable d’avoir quelqu’un avec qui échanger sur ces sujets. Elle ne s’était pas rendu compte de combien ça lui avait manqué jusqu’à ce que sa relation avec la maîtresse d’armes coriace évolue d’une amitié turbulente à quelque chose de plus proche.

Qui était, elle soupira, le début d’un autre problème, parce qu’elle savait que les sentiments d’Eponine étaient plus profonds que les siens et elle avait volontairement laissé les choses à un niveau solide, mais superficiel entre elles. Elle se sentait mal parce que parfois, quand elle regardait dans les yeux désarmants et francs de Pony, elle y voyait un écho de quelque chose de calmement familier et elle avait envie de s’y laisser aller, mais quand elle était au bord… »

Quelque chose l’arrêtait. Peut-être que c’était la crainte, peut-être que… Artémis savait combien elle voyait encore l’horreur de la mort de Phantès dans ses bras, et si ce n’était pas suffisant… il y avait les souvenirs hantés de Gabrielle mise en pièces, pas une fois, mais deux.

Elle était la régente des Amazones. Sa vie était déjà trop compliquée et elle ne pouvait pas ajouter une charge personnelle et émotionnelle à tout ça.

Pas question. Pas même quand elle ressentait un sentiment submergeant de nostalgie en voyant la proximité amoureuse des deux couples qui allaient être unis par elle ce soir. Ou quand elle voyait Gabrielle et Xena ensemble, quand la grande guerrière baissait sa garde et que la force de leur connexion était si apparente qu’elle semblait les faire briller toutes les deux.

Elle soupira, mettant la pensée de côté. « Alors oui, tu as raté une occasion de t’amuser, je pense. » Elle ébouriffa les cheveux noirs en pagaille d’Eponine. « Hé… je vais te dire une chose… je vais faire une exception… elle pourra entrer dans la compétition de tir à l’arc… je sais que ça te chatouille d’avoir ta revanche. »

Eponine lui lança un regard grognon. « Et bien… au moins j’ai une chance de gagner celle-là », dit-elle en grommelant.

La régente rit et passa les doigts dans les longs cheveux noirs de son amante. « Qu’est-ce qui t’inquiète ? Tu vas probablement en gagner la plupart… j’ai hâte de poser la couronne sur ta tête ce soir. »

Un petit silence. « C’est pour ça que tu as écarté Xena des jeux ? »

Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Pas exactement, non », finit-elle par répliquer. « Ça s’est amélioré… l’attitude de tout le monde envers elle… mais autant de compétitions… les choses dérapent parfois et je ne veux aucun accident. » 

« Mmpf », grogna Eponine. « Ce n’est pas faux. »

« Tch… tu as vraiment pensé que j’avais arrangé tout ça juste pour que tu gagnes ? » La réprimanda Ephiny. « Lâche-moi un peu, Pon. »

Elles se regardèrent dans la lumière grise, deux guerrières Amazones futées. « Très bien… j’avais cette idée derrière ma tête blonde et frisée, alors fais-moi un procès », grogna Ephiny, un léger sourire coupable sur ses lèvres. « Tu es en colère ? »

Eponine plissa son nez retroussé dans un sourire timide. « Nan… mais merci d’avoir pensé à moi. » Elle réfréna un bâillement. « Bon sang… il faut que je me lève et que je bouge. » Elle lâcha un soupir agacé. « Cette réputation de dure à cuire, ça craint un maximum parfois, tu sais ? »

Ephiny lui tendit un piège en l’enserrant paresseusement dans les couvertures et dans ses bras et elle commença un léger mordillement sur son oreille. « Lâche un peu ta réputation… laisse Xena sortir et se faire tremper… j’ai mieux à faire avant que le soleil se lève. »

Pony capitula, désarmée, espérant que la guerrière jamais fatiguée présumerait qu’elle était juste en train de chercher un moyen de la surprendre. Ouais. Qu’elle s’inquiète.


Cait traversait le camp d’un pas volontaire, la lumière du soleil matinal tombant sur son corps tandis qu’elle tournait un coin. Elle portait l’équipement Amazone typique, bien qu’avec quelques excentricités qui lui valaient souvent les regards sévères des aînées qui étaient responsables de l’éducation des plus jeunes.

Comme les deux dagues qu’elle portait dans le creux de son dos, par exemple. Mais, n’étant pas née Amazone, on lui autorisait certaines libertés que n’avaient pas ses sœurs, et d’être une protégée de Xena  d’une certaine façon, ne nuisait en rien.

Elle était fière d’être d’Amphipolis et de son association avec la grande guerrière souvent taiseuse. Même dans les mauvais moments, après la mort de Solan et l’éloignement entre ses deux héroïnes, elle avait été contente de rester avec elles, ne parlant jamais contre Xena et défendant souvent la réputation de la guerrière avec ses poings.

Xena était venue pour elle, c’était ce qui s’était passé et maintenant tout le monde devait s’excuser en quelque sorte pour avoir été tellement mordant. C’était bon et souvent elle voulait simplement leur tirer la langue et leur dire « Je vous l’avais bien dit. »

Mais elle ne le faisait pas parce que ce n’était pas ce qu’elle était. Au lieu de ça, elle s’était lancée dans le projet actuel, qui était de garder leur ancienne captive et ennemie, Paladia. Ça avait pris plutôt pas mal de temps, mais elle avait fini par décider que la grande renégate avait des possibilités et que ça valait plus la peine de la sauver que de la tuer purement et simplement. Mais, il lui avait fallu longtemps pour se décider et parfois quand elle voyait Ephiny et se souvenait d’avoir bercé la tête battue de la régente sur ses cuisses, ça la démangeait de changer de décision.

Xena avait dit que… tout le monde mérite une chance. Et qu’elle-même serait morte si Gabrielle n’y avait pas cru. Cait ne mettait pas une seule seconde la grande guerrière et la renégate dans la même catégorie, mais elle comprenait que son héroïne avait fait des choses plutôt terribles et que la foi de Gabrielle en elle importait vraiment.

Elle avait aussi rendu visite à Gabrielle dans la hutte de transpiration et avait vu combien sa jeune reine était dévastée sans l’amour qui les avait liées elle et Xena. L’expression perdue et angoissée dans ces yeux verts avait brisé le cœur de Cait et elle avait pris ses affaires, s’était préparée à quitter les Amazones pour aller à la recherche de Xena, quand la guerrière avait fini par rentrer. Même à travers la colère et la peur, elle avait su que leur seule chance était d’être ensemble. Et elle avait eu raison, oh oui. Toutes les deux l’avaient rendue fière, pas seulement en survivant, mais en renouant leur lien encore plus puissant qu’avant.

Elle pouvait tirer la langue en effet. Et elle avait eu une embrassade de Xena la veille, ce qui était toujours une friandise, juste pour rendre les choses plus plaisantes. Bon, elle carra les épaules avant de mettre la main sur la porte de la petite hutte assignée à Paladia et elle la poussa.

Comme elle le soupçonnait, la grande femme dormait toujours, sur la paillasse étroite qui faisait partie des quelques meubles de la pièce. Il y avait aussi une table de travail vers la petite fenêtre, une commode basse pour ses quelques vêtements, un bassin et un fauteuil confortable contre le mur opposé. Tout comme les propres quartiers de Cait, en fait, puisque Paladia était traitée pratiquement comme n’importe qui d’autre qui aspirait à rejoindre la Nation.

Elle passa un moment à étudier son projet. Les cheveux courts de Paladia avaient un peu poussé, et il était temps de les couper, car l’avant avait tendance à lui tomber devant les yeux. Elle portait un bandage sur son bras, là où la cassure guérissait lentement et il ressortait fort sur sa peau brûlée par le soleil. Elle était plus grande que la plupart des autres et presque gauche maintenant qu’elle avait perdu une bonne partie du poids superflu qu’elle s’était laissé prendre quand elle vivait dans son repaire montagneux. Mais elle n’était pas laide et à la voir dormir ici, sans son froncement habituel, Cait la trouva plutôt jolie.

Puis le tableau fut ruiné quand l’ex-renégate sentit sa présence et ouvrit les yeux, reprenant son expression sévère habituelle en un clin d’œil pour relever sa garde. « C’est toi. »

Cait haussa les épaules. « Tu attendais qui ? Platon ? » Elle alla à la table de travail et y jeta un coup d’œil. « Oh… c’est pas mal ça. » Elle regarda par-dessus son épaule d’un air encourageant. « C’est un endroit réel ? » Le dessin, à demi fini avec du charbon de bois, montrait une cascade qui tombait sur des rochers avec un feuillage épais à l’arrière. La renégate avait un talent indéniable pour le dessin, bien qu’elle refusât avec perversité de le faire sur demande, disant qu’elle ne le faisait que pour son propre amusement.

Paladia se frotta les yeux et s’assit, tenant son bras avec maladresse. « Nan. » Elle passa ses longues jambes par-dessus le bord de la paillasse et les regarda tandis qu’elles s’écartaient sur le tapis de sol. « C’est la fête aujourd’hui, hein ? » Lentement, elle avait laissé tomber ses commentaires méchants, soit qu’elle n’avait reçu aucune réponse de la jeune fille élancée, soit une réponse qui la faisait frémir de peur, tandis qu’elle testait la patience de Cait et goûtait de sa lame d’acier pour ça. En son for intérieur, elle était persuadée que Cait était un peu cinglée et quand elle eut entendu d’où elle venait, et bien... cela l’avait clouée.

Mais… si on la forçait à l’admettre, elle devrait être d’accord avec le fait que les Amazones n’étaient pas si mal. Sa sentence pour une année de captivité avait été civilisée, plus organisée pour qu’elle soit productive plus que pour la punir, ce qui avait franchement surpris la renégate. Pragmatique, avait dit Solari. Elles n’avaient pas les ressources de la mettre sous bonne garde tout le temps et elles avaient besoin de bras supplémentaires.

D’un bras, en tous cas. Paladia ricana pour elle-même. Elle s’était habituée aux regards de glace de la part des Amazones, mais ces derniers temps… et bien, elles étaient plutôt directes et semblaient penser qu’elle pourrait apporter sa contribution si elle le voulait et elles étaient prêtes à mettre de côté leurs sentiments sur ce qu’elle avait fait à leur précieuse régente. Elle avait pensé, très brièvement, essayer de s’échapper, mais une petite discussion avec Eponine l’avait convaincue que, du moins pour l’instant, ce serait une mauvaise idée. L’Amazone bourrue l’avait informée, avec des mots clairement destinés à l’intimider, que si elle quittait le village, Eponine la poursuivrait et la mettrait en pièces. Elle avait regardé ces yeux froids et noirs et l’avait crue, surtout quand tout le monde lui avait bien dit combien la femme tarée nommée « Pony » était attachée à sa précieuse Ephiny.

Et pour l’agacer encore plus, elles lui avaient affecté la jeune Cait comme chienne de garde. Elle avait grogné intérieurement, préférant n’importe qui d’autre, qui au moins donnerait ses instructions en quelques syllabes courtes sans parler encore et encore et encore… par les dieux, la fille était persistante et agaçante et totalement incapable d’être intimidée ou ignorée.

Elle leva le regard à contrecœur pour regarder la jeune fille qui détaillait son travail, et dont la silhouette était dessinée par la lumière du soleil matinal qui faisait ressortir le rose de ses joues et la structure délicate des os de son visage. Comment une personne pouvait-elle avoir l’air si fragile et être si foutûment forte ? Songea Paladia, et pas pour la première fois ces temps-ci. Cait pouvait mettre une raclée à pratiquement n’importe qui et était supposée passer le test d’entrée dans la Nation ce soir à leur petite célébration.

Elle ne l’avait jamais admis, mais elle avait en fait hâte que ce jour arrive. Les jeux semblaient être amusants et elle aimait danser et quand elle était simplement assise de côté ici, elle pouvait presque ressentir ce que ce serait vraiment de faire partie des Amazones.

Et elle se rendait compte que… dans des circonstances différentes, cet endroit aurait vraiment pu devenir son foyer. Une Nation de gens forts et indépendants, qui se protégeaient les uns les autres, et essayaient d’avoir la vie la plus confortable possible. Elle avait regardé les danses la veille au soir et elle avait ressenti un regret intense de ne pas pouvoir revenir en arrière pour changer quelques choses. Comme ce qu’elle avait fait à Ephiny, par exemple. Pas les coups… elle croyait vraiment que les Amazones, étant des guerrières, pouvaient lui avoir pardonné ça.

Mais l’autre chose. Une chose qu’une société de femmes férocement indépendantes haïssait et vomissait par-dessus tout. Si elle avait battu Ephiny en combat, elles l’auraient probablement admirée. Idiotes. Comme elles admiraient Xena, qui avait, à ce qu’on dit, fait des choses bien plus nauséabondes à la fois à elles, et à d’autres gens, mais qui était acceptée ici de droit, selon leurs standards ridicules.

Paladia soupira. Quand elle aurait fini sa sentence, après la fin de la saison, elle serait probablement virée, et ensuite ?

Bon, elle s’en inquiéterait à ce moment-là. Cait commençait à parler et par Héra, elle ferait mieux de comprendre la première fois pour éviter de lui demander de répéter.

« Oui… une sacrée fête, en fait. » La fille élancée s’assit et mit ses coudes sur ses genoux dans une pose qui rappelait celle de son héroïne grande et sévère. « Il va y avoir beaucoup de choses. »

« Tu vas avoir des plumes ou quoi ? » Demanda Paladia, un peu intéressée.

Cait hocha la tête. « Oui… en général elles attendent une année de plus, mais je suppose qu’elles me considèrent comme une adulte maintenant. » Elle étudia ses mains jointes. « Mais je suis contente que ce soit à ce festival. »

Un sourire connaisseur et narquois apparut sur les lèvres de Paladia. « Parce que Xena est ici pour le voir ? » Elle avait déduit que sa jeune gardienne avait une certaine toquade pour la grande ex-seigneur de guerre et elle ne perdait pas une seule chance de la taquiner avec ça.

Cait lui lança un regard agacé. « Est-ce que tu dois penser que tout ce que je fais l’implique ? Non… je suis juste contente parce que cet hiver, je vais faire des trucs sympas et pas être coincée à l’intérieur à tisser des tapis de sol, c’est tout. » Mais intérieurement elle sourit, parce que le commentaire de Paladia avait bien atteint son but. Elle était contente que Xena soit là et la Reine aussi, parce qu’elles étaient en fait ses marraines chez les Amazones. « Est-ce que tu as besoin qu’on change ton bandage ? »

La grande femme tourna la tête et observa son bras. « C’est bon. » Elle bougea le bras et tressaillit. « C’est un peu mieux aujourd’hui… hier ça me tuait. » Elle prenait habituellement soin de ne pas l’admettre quand d’autres Amazones étaient tout près, parce qu’elles lui disaient généralement qu’elle avait vraiment de la chance qu’elle n’ait que ça, sachant que c’était Gabrielle qu’elle avait tenté d’étouffer. Elles étaient drôles avec ça. Un instant, elles grognaient que Xena était cette personne dangereuse et imprévisible, qui avançait comme une arbalète armée, un danger pour les Amazones qui était à peine toléré, puis l’instant d’après, elles racontaient ces histoires étranges et bizarres sur elle et comment elle avait combattu pour elles, et avait sauvé leur Reine, et bla bla bla… et comment elle était dévouée à Gabrielle.

Bizarre. Elle n’était pas sûre de savoir si elles haïssaient Xena ou si elles l’aimaient, ou quelque chose entre les deux. Peut-être un peu des deux. Mais ce sur quoi elles étaient toutes d’accord, c’était que Gabrielle était tellement complètement, aveuglément, incroyablement amoureuse de cette femme, que ça allait au-delà de tout ce qu’elles avaient vu. Et elles aimaient presque toutes la petite reine, la respectaient pour sa capacité à négocier et avaient un grand respect pour son courage à se dresser devant ses ennemis et les leurs. Elles pensaient aussi qu’elle était quelqu’un pour avoir capturé le cœur de la sévère ex-seigneur de guerre, mais c’était une autre histoire.

Des histoires. Elle en avait assez entendu pour lui durer toute une vie. La préférée de Cait était le conte sentimental où Xena plongeait pour se mettre devant une flèche à la toute dernière minute, sauvant Gabrielle de quelqu’un qui n’avait pas aimé le style de la jeune reine. Après que cette fichue femme avait été piégée par un groupe d’Amazones, rien de moins. Ça faisait partie de la bizarrerie. Amour, haine… la renégate se contenta de secouer la tête. C’était trop compliqué pour elle.

« Et bien, cela prend du temps pour guérir », commenta Cait. « Quand Xena fait quelque chose, elle est habituellement minutieuse. » La jeune fille se leva. « Allez viens, habille-toi. On a beaucoup de choses à faire aujourd’hui. »

****************************************

Elles émergèrent dans la lumière du soleil, Paladia portant ses vêtements en cuir qui se coordonnaient plus ou moins avec la tenue pratique de Cait. Tandis qu’elles se dirigeaient vers la salle à manger, Cait ralentit son pas volontaire puis elle sourit en voyant Xena et Gabrielle qui allaient aussi dans cette direction.

Paladia lança un regard rapide et s’arrêta, haussant les sourcils de surprise. Au lieu de ses habituels vêtements de cuir noir et son armure, l’ex-seigneur de guerre portait du cuir, pas comme le sien, mais d’un rouge sang profond qui exposait la plus grande partie de son corps musclé au soleil chaud. Elle ne portait pas d’arme, mais la confiance totale avec laquelle elle se mouvait le faisait oublier et se concentrer sur la présence féroce et vivace qui semblait couler d’elle sans effort. « Hou », marmonna-t-elle, impressionnée malgré elle.

« Bonté divine, je l’adore dans cette tenue », dit Cait en riant. « Je pense que tout le monde l’adore aussi… dieux… pauvre Solari… elle vient de se cogner contre le mur. »

« Mm. » Paladia, pour une fois, l’approuva, continuant à regarder Gabrielle qui, s’étant arrêtée pour parler à une Amazone qui passait, marchait plus vite pour rattraper Xena, tirant un peu sur sa propre tenue couleur rouille et regardant la guerrière alors qu’elle lui posait une question. La barde avait l’air… la renégate plissa le front. Un peu plus vieille, habillée comme ça, que quand elle était dans son domaine. Ainsi dévoilé, le corps compact de Gabrielle montrait une force sinueuse, et tandis qu’elle bougeait, ses muscles bien définis remuaient sous sa peau dorée avec une intensité souple.

Ephiny s’avança à ce moment-là et les appela, et les trois femmes restèrent brièvement au centre du camp, échangeant quelques mots. Xena poussa doucement Gabrielle dans la direction d’Ephiny et la petite barde lui lança un regard ironique puis obéit, emmenant la régente vers la salle à manger. Xena attendit un instant et secoua sa tête sombre, puis elle jeta un coup d’œil et vit qu’Eponine s’approchait, l'esprit visiblement occupé.

Paladia regardait avec une franche fascination la guerrière s’avancer vers l’Amazone bougonne, son corps semblant se mouvoir au rythme de la nature, avec le vent et les feuilles qui bougeaient constamment dans le village. Finalement, elle se trouva tout à côté d’Eponine, bien que l’Amazone n’ait aucune idée que quelqu’un la suivait. Xena tendit une main et tira sur une mèche errante, puis elle se glissa de l’autre côté d’Eponine tandis que l’Amazone se retournait, la guerrière toujours silencieuse et souriant avec espièglerie. Elle tira sur une autre mèche et finalement, avec un cri, Eponine la repéra, ce qui la fit trébucher contre une racine et manquer de s’affaler.

Un léger rire s’échappa de la poitrine de la renégate, ce qui attira l’attention de Cait. « Y a quelque chose de drôle ? » Demanda la jeune fille, d’un ton sec, ayant raté le petit jeu.

« Nan. » Paladia jeta un coup d’œil vers une Eponine maintenant furieuse, les mains sur les hanches et elle se mordit la lèvre. « Alors… c’est quoi la suite des trucs à porter, boucher, nettoyer ou réparer ? »

« D’abord le petit déjeuner », l’informa Cait. « Viens avec moi… je pense qu’elles font des biscuits aujourd’hui… on n’a plus de céréales depuis qu’on a appris que la reine les déteste. »

Un léger ricanement. « Hé…. Elle peut venir quand elle veut alors. »

« Ce n’est pas si mauvais », la reprit Cait. « C’est… »

« De la colle », proposa Paladia d’une voix sèche. « Ce truc durcit et on l’utilise pour faire tenir des murs, je les ai vus faire. » Elle bougea son bras dans son attelle.

Cait leva les yeux au ciel et poussa la porte de la salle à manger. « Viens, ou je vais leur demander de t’en faire. »

****************************************

« Alors, où est-ce que va la grande et sombre femme en cuir ? » Demanda Ephiny tandis qu’elles s’asseyaient à la table principale au milieu d’un bourdonnement de discussions amicales et excitées. « Elle a peur de provoquer une émeute ici ou quoi ? »

Gabrielle ricana doucement. « Elle est tellement frustrante parfois… c’est comme… OK, alors elle enfile ces trucs et elle a l’air… dieux, Eph. » La barde se couvrit les yeux. « Quoi qu’il en soit, et elle est comme…. ‘qu’est-ce que tu fixes comme ça ?’ »

Ephiny fit signe à une serveuse et la soulagea d’une assiette contenant des viandes grillées, des biscuits, des œufs et des tranches de fruits. Elle la posa devant Gabrielle avec un grand geste. « Tiens… elles savaient que tu venais. »

Inopinément, la barde rougit. « Hum… merci. » Elle avait très faim comme d’habitude et elle s’interrompit, tandis qu’elle se décidait par où commencer à dévorer les bonnes choses odorantes.

« Oui… je sais ce que tu veux dire pour Xena », continua Ephiny, en se servant. Elles étaient relativement isolées et le bruit de fond autour d’elle leur apportait un bon degré d’intimité. « Elle est vraiment inconsciente du fait qu’elle fait baver la moitié de la Nation quand elle passe. » Elle s’interrompit, étalant une épaisse confiture de fruit sur un biscuit. « Au milieu de ce groupe d’égoïstes déchaînées, c’est plutôt sympa. »

Gabrielle sourit. « Vous n’êtes pas des égoïstes déchaînées. » Elle mordit dans un pain couvert d’œuf. « Mm. » Elle avala. « Ecoute… Eph… je heu… tu te souviens de ce dont nous parlions hier ? »

La régente prit une chope et y versa une rasade de cidre odorant qu'elle passa ensuite à sa compagne de table. « Oui… et bien, je veux dire que nous avons parlé de beaucoup de choses. » Ayant rempli son gobelet, elle leva les yeux et prit une longue gorgée. « Quelque chose en particulier ? »

La barde finit son biscuit et s’en prépara un autre pendant qu’elle réfléchissait à la façon de procéder. « Hum… la compétition. » Son estomac grognant se calma un peu et elle commença à prendre le temps de mâcher sa nourriture avant de l’avaler.

Ephiny haussa les sourcils de soulagement. « Ah… oui, je me souviens… écoute, si tu as décidé de ne pas participer, c’est parfaitement OK, Gabrielle… personne ne s’attend à ce que tu le fasses. »

Un mordillement. « Non…non… je le veux… je le veux. » La barde prit une gorge. « Mais… tu te souviens de ce que tu disais sur les handicaps ? »

La régente pencha la tête, intriguée. « Euhhhhoui… » Puis elle eut une expression inquiète. « Tu vas bien, pas vrai ? » Elle scruta la jeune femme de la tête aux pieds. « Qu’y a-t-il ? »

« Détends-toi… c’est… » C’en est presque drôle, songea Gabrielle. « Je n’ai pas de souci, exactement je… »

Ephiny était maintenant vraiment alarmée. Mille choses lui vinrent à l’esprit, allant des effets de l’une des nombreuses blessures qu’avait endurées Gabrielle, jusqu’à un héritage de tout le truc avec Dahak. « Hé… » Sa voix s’adoucit, mais il y avait une touche distincte de tension sous-jacente. »Ecoute… si c’est une chose dont tu dois parler aux guérisseuses… je sais que Menelda a demandé à te voir dans tous les cas… quoi que ce soit, on peut s’en occuper… est-ce que… je veux dire, assurément, Xena… »

« Ephiny. » Gabrielle posa son biscuit et sa tasse et fit face à la régente, les deux mains sur ses épaules. « S’il te plaît, tais-toi. »

Les yeux ambre inquiets scrutèrent son visage. « Mais… »

« Je ne suis pas malade, je suis juste enceinte », finit la barde.

Le visage d’Ephiny était une palette d’expressions, changeant nettement de soulagement à intrigue, d’incrédulité à de la simple confusion. « Quoi ? » Son regard alla vers le ventre de la barde puis revint vers son visage, puis de chaque côté avant de cligner. « Quoi ? Tu veux dire enceinte comme dans… enceinte ? »

« Oui. » Gabrielle dut batailler ferme pour réfréner un sourire à la confusion évidente de son amie. « C’est ce truc d’avoir un bébé, tu sais… neuf mois et tout et tout. »

« Je me souviens. » Ephiny secoua la tête, choquée. « Heu… je… ga… euh… beuh… » Elle se lécha les lèvres. « Qu… » Son regard passa par-dessus l’épaule de Gabrielle puis alla vers la fenêtre. « Est-ce que… euh… je… »

« Bien sûr qu’elle sait. » La barde interpréta correctement la question. « Nous l’avons programmé. »

« Programmé. » La régente analysa le mot. « Toutes les deux ? »

Gabrielle hocha doucement la tête. « Oui. »

Avec hésitation, un sourire apparut sur les lèvres d’Ephiny. « Ouaouh. » Une pause. « Alors… c’est elle le père ? »

La barde éclata de rire. « Ephiny ! ! ! » Elle se couvrit le visage d’une main. « Allons donc… réfléchis un instant, d’accord ? ? ? »

L’Amazone haussa les épaules. « Je ne m’interdis rien avec elle », objecta-t-elle. « Hé… je veux dire… tu es sérieuse ? Tu es vraiment enceinte ? Depuis quand… pas longtemps vu ton allure. »

« Quelques semaines », confirma Gabrielle avec un sourire timide. « Je suis vraiment… je suis excitée, et… dieux. » Elle prit les mains de la régente dans les siennes. « Et elle aussi. »

Ephiny eut un vrai sourire cette fois. « C’est fantastique. » Elle serra les mains de Gabrielle. « Oh ouaouh… hé, écoute. Deux questions. La première… qui est…. heu… tu sais. Et la seconde, pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant ? »

Ah. Gabrielle prit une inspiration. « Et bien, pour la première, c’est Toris. »

Ephiny écarquilla les yeux. « Nom d’une merde de Centaure… » Elle réfléchit à ces mots un moment. « Par les dieux, Gabrielle… c’était malin… le plus près que tu puisses avoir, hein ? » Elle sourit. « Il doit se pavaner comme un coq vainqueur. »

« Il ne sait pas encore… » La barde sourit. « On s’en est juste rendu compte il y a une semaine ou deux… et… » Elle fixa son regard sur celui de la régente. « Je ne te l’ai pas dit hier à cause d’une chose que tu as dite. »

Un froncement d’intrigue des sourcils blonds. « Hein ? »

« Eph… je veux vraiment faire la compétition », dit Gabrielle, doucement. « Je ressens le besoin de prouver quelque chose ici et c’est très important pour moi. » Elle regarda l’expression changer dans les yeux de la régente. « Assez important pour que j’envisage de ne pas t’en parler. »

Un souffle. « Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? » Demanda tranquillement Ephiny. « Tu sais qu’il y a de fichues bonnes raisons pour que cette règle s’applique, Gabrielle… et que tu sois la reine ne te donne pas les mains libres pour l’ignorer. »

Un léger sourire passa sur les lèvres de la barde. « J’en ai parlé à Xena… il fallait que je la convainque elle d’abord et ensuite elle a mis deux conditions, que j’ai dû approuver. » Elle hésita. « La seconde était que je te le dise et que tu sois d’accord. »

Ephiny soupira et se pencha un peu en arrière. « Elle est d’accord avec ça ? »

Un hochement de tête.

« Il me faut du temps pour y réfléchir », dit sobrement la régente. « Je… Gabrielle, je comprends pourquoi tu veux le faire… crois-moi… et je soutiens cette idée, parce que je pense qu’il est temps que la Nation comprenne quel genre de personne elles ont à gérer en toi. » Elle secoua la tête. « Mais… te mettre délibérément en danger… à quel point est-ce responsable ? »

Gabrielle fixa pensivement le banc sur lequel elle était assise. « Je pourrais dire que… la vie est parfois irresponsable, ou te rappeler comment nous t’avons retrouvée en Thessalie, ou mentionner Xena qui a combattu jusqu’à ce qu’elle accouche, ou te dire que je me suis tenue, avec elle, face à environ deux cents soldats il y a juste une semaine ou deux. » Elle leva les yeux. « Ce ne sont que quelques entraînements, Eph… c’est aussi dangereux pour moi d’aller marcher dans les bois, et nous le savons toutes les deux. »

Un haussement de sourcil ironique. « Pour toi, ça peut être fichument dangereux », rappela-t-elle à la barde qui eut un bref sourire. « Je vais devoir garder ça secret jusqu’après la compétition, tu t’en rends bien compte. Est-ce que c’est juste ? » Elle soupira. « Et si quelque chose se produit ? »

Un mouvement de tête. « L’autre chose que j’ai dû promettre à Xena, c’est que si je ressens le moindre pincement, je dois m’arrêter tout de suite et déclarer forfait. » Elle eut un regard ironique pour Ephiny. « Un des effets collatéraux de tout ce truc, c’est que sa fibre surprotectrice a grimpé au plafond. » Elle leva la main et la mit le plus haut qu’elle pouvait. « Vraiment. »

Ephiny pianota sur la table. « Je vais me faire botter les fesses pour ça, si je te laisse faire, tu le sais, pas vrai ? »

Le regard vert se posa sur elle avec une douce prière et Ephiny eut soudain une bonne idée de comment sa jeune amie arrivait à enrouler un ex-seigneur de guerre coléreux si fermement autour de son petit doigt. « Ta principale compétition c'est le bâton avec Eponine. Et si tu la bats et qu’ensuite je dois lui dire la nouvelle, je n’ai pas fini d’en entendre parler », protesta-t-elle.

« Je vais la laisser gagner », lui dit Gabrielle d’un ton raisonnable. « Je ne cherche pas à battre tout le monde… juste à démontrer une petite compétence. »

La régente l’étudia pensivement. Ça semblait sans risque… mais, c’était de Gabrielle qu’il s’agissait, qui pouvait transformer une tartine en zone de guerre. Une moitié d’elle disait pas question… pas de passe-droit… tiens t’en aux règles. L’autre moitié…

Ephiny soupira. « Tu vas m’être sacrément redevable, mon amie. Infiniment. Je vais passer quelques marques de chandelles à trouver ce que ça va te coûter. »

Un doux et gentil sourire passa sur les lèvres de Gabrielle, éclairant son visage et dansant dans ses yeux vert clair avec un pur délice. « A ton service », promit-elle. « Merci, Eph. »

Un léger ricanement. « Les dieux savent que tu ne demandes jamais beaucoup, pas vrai ? » Elle leva la main et attrapa l’épaule solide de la barde. « Sois prudente, c’est ce que je te demande. Ne me fais pas le regretter et m’en vouloir, d’accord ? »

« Je te le promets », répondit la barde tout aussi sérieusement.

Lentement, Ephiny sourit. « Petite sournoise… tu m’écoutais parler de Gran hier soir… c’est vraiment ce que tu allais dire, n’est-ce pas ? » Elle tapota la joue de Gabrielle. « Des cadeaux, hein ? »

La barde rougit légèrement et sourit. « Oui… et bien… je devais penser à quelque chose… » Pfiou. Ça a été plus facile que je ne l’aurais cru. Elle étudia ses mains puis leva les yeux vers la régente. « Tout va bien se passer, Eph… je me sens très bien. »

Un sourire recourba légèrement les lèvres de l’Amazone. « Ça explique la brillance, alors… » Elle la taquina doucement.

Gabrielle leva les yeux au ciel. « Oh non… ne commence pas avec ça aussi… c’est assez que ça vienne de Xena. »

« Quelqu’un m’a appelée ? »

La voix basse et vibrante lui répondit et elle se tourna pour voir son âme sœur les rejoindre et s’installer près d’elle avec un sourire indulgent. « Salut. »

Xena l’étudia puis se pencha en avant et saisit le regard d’Ephiny. « Elle t’a parlé, hein ? »

La régente haussa les épaules d’un air désabusé. « Elle est douée pour ça. » Elle eut un sourire tranquille pour la guerrière. « Félicitations, à propos. »

« Oh oui, tu m’en diras tant », répliqua la guerrière, recevant un coup dans les côtes pour ça. « Hé… tu es vraiment douée. » Puis elle retourna le sourire à Ephiny. « Merci. » Pendant un instant, elle s’autorisa à montrer sa joie, puis elle baissa le regard et composa son expression.

Gabrielle se remit à son petit déjeuner, le partageant avec sa compagne. « Qu’est-ce qui arrive en premier sur la liste, Eph ? » Elle avala une bouchée d’œufs et tendit une tranche de melon à Xena qui attendait aimablement et qui le mangea aussi vite.

La régente les regarda avec un sourire indulgent, puis elle soupira. « La course… on a mis en place un parcours qui contourne la montagne à mi-chemin et retour. Les participantes doivent aller au point final, trouver un objet spécial et le rapporter pour prouver qu’elles étaient les premières arrivées. »

« Oh. » Gabrielle mordilla un biscuit. « Hé… ce n’est pas un truc où on se bat… tu peux y aller. » Elle donna un petit coup à sa compagne.

Xena battit des cils et rit, posant sa tête sur une main. « Pas après ce petit déjeuner, je ne peux pas », dit-elle à la jeune femme. « Que les gamines s’amusent. » Elle mordit proprement dans une autre tranche de melon, la coupant en deux. « En plus… Eponine m’a attirée dans la compétition de tir à l’arc. » Son regard trouva celui d’Ephiny avec un amusement ironique. Elle avait brièvement pensé à entrer dans quelques-unes des compétitions, mais… peut-être que c’était la chaleur du soleil… ou l’alcool de la veille au soir, ou quoi que ce soit… son corps rejetait sévèrement la pensée de mettre en avant tous ces efforts à cet instant et elle n’était pas d’humeur à en discuter avec lui.

Ce qu’elle avait vraiment envie de faire, c’était de s’échapper avec Gabrielle et de passer la journée à se blottir et à jouer avec elle, mais elle savait que ça n’allait pas se produire. Et ça ne la dérangeait pas vraiment de regarder les jeux des Amazones, mais elle n’avait aucun désir de les rejoindre, ce qui était un sentiment étrange pour elle, mais elle soupçonnait que ça allait être comme ça pour les prochains mois. C’était une sensation puissamment paisible et après un moment, elle décida qu’elle aimait ça.

Un doigt pointé vers elle. « C’est de ma faute », admit la régente, un peu surprise que la guerrière décline toute autre participation. « Tu veux aller voir ? » Demanda-t-elle. « Elles vont lutter au même moment, ici dans le village. » Un rire. « Les compétitions de bâton sont juste avant le déjeuner. »

La barde finit de manger et se frotta les mains. « Ça me va parfaitement… allons-y. »


A suivre – 3ème partie

 

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Cible mouvante, partie 15, chapitre 31

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 15

Traductrice : Gaby

 

 

Chapitre 31

 

« Tu es d'accord pour finir à pied, matelot ? » Céci gara le camion dans le parking et observa attentivement à travers la vitre en direction du port. « Ou tu veux que je te dépose à l'intérieur ? »

« Nan. » Andy ramassa son casque et un petit sac posé sur le siège à côté de lui. « C'est parfait ici. Je ne veux pas que ces idiots se posent des questions. » Il s'arrêta pour observer la lignée des vieux navires qui s'étendait sur la jetée, et il tira sur un fil qui dépassait de la couture de ses jeans.

Céci l'observa en souriant. « Bon, alors va t'amuser. » Elle haussa une épaule. « Mon mari l'espion de grandes compagnies. »

Andy ricana, tournant la tête pour lui donner un léger baiser sur les lèvres. « Je rends juste un service à Dardar. » Il ouvrit la porte et sortit, tapant sur le côté du pick-up avant de se diriger vers le port.

« Hmm. » Céci s'appuya sur le volant, posant son menton au sommet. « Je ne sais pas qui fait une faveur à qui. » Se dit-elle. Son cher mari était à la retraite, mais Céci le connaissait assez bien pour savoir qu'un peu d'action était un véritable soulagement.

Le fait que ce soit vraiment intéressant, et que ce soit une tâche importante ne faisait qu'ajouter à ça. Dar le savait-elle avant de lui demander ?

Bon. Céci réfléchit. La pomme n'était pas tombée très loin de l'arbre, comme le disait le vieil adage, et très certainement sa fille avait une connaissance intime du comportement mentalement et nerveusement hyperactif, qu'elle-même n'avait heureusement pas.

Dans tous les cas, Andy était excité comme un gosse avec une nouvelle fronde,  et elle se retrouva étonnement reconnaissante que Dar lui ait donné cette distraction. Elle observa les alentours, apercevant Bayside juste à sa droite. Hmm.

Peut-être qu'elle pourrait trouver un cadeau pour Dar pour la remercier. Avec un vif hochement de tête, elle démarra le pick-up et fit un rapide virage à cent quatre-vingt degrés, traversant les six voies de circulation avec une calme nonchalance.

Andrew s'avança lentement le long de la jetée, hochant brièvement la tête vers les quelques hommes qui se dirigeaient eux aussi vers leur lieu de travail. « 'lut. » Il salua le contremaître, qui était posté près de la passerelle, à boire une tasse de café.

« Hé, le tout moche. » Répondit le contremaître avec un sourire qui enleva le piquant de sa remarque. « Écoute mon ami. Les gars ne m'ont dit que du bien de toi. »

Andrew s'arrêta au bord de la passerelle et s'appuya à la chaîne. « Ouaip ? » Répondit-il. « C'est vrai ? »

L'homme hocha la tête. « Ce Norskie à dit que c'était sympa d'avoir quelqu'un qui parle anglais mais qui sait garder sa bouche fermée pour changer. »

Andy ricana. « Ya quelques bavards là-dedans, c'est vrai. » Dit-il. « Et ils ne sont pas très organisés non plus. » Ajouta-t-il avec désinvolture. « Y'a du bordel partout. »

Le contremaître soupira et secoua la tête. « Ouais, je sais. J'en ai entendu parler. » Il fronça les sourcils. « Le problème, c'est que les personnes qui ont commandé tout ça pour les réparations n'ont rien mis sur palettes. »

« Ouaip. » Andy hocha la tête.

« Du coup on mélange la vaisselle et les fournitures de plomberie. Quel bordel. » Il montra son bloc-notes à Andrew, qui maintenait des reçus de facture. « Regardez ça. Vous allez avoir encore plus de bordel qui va arriver aujourd'hui. »

Vu que c'était gracieusement offert, Andrew prit la plaque et examina les papiers. « Bon. » Il s'appuya contre la chaîne et pointa une des lignes d'un doigt plein de cicatrices. « Vous voyez ça là ? »

« Ouais ? » L'homme regarda la ligne prudemment. « Et alors ? »

« Dans la Navy, on avait l'habitude d'appeler ça une case ressource. » Lui dit Andy. « J'ai pas la moindre idée de ce que font ces gars dans les bureaux, mais toutes les commandes avec le même numéro vont arriver ensembles. »

Le contremaître regarda rapidement autour de lui. « Ouais ? » Il étudia les numéros, puis feuilleta quelques pages avant de regarder une autre facture. « Bon Dieu de merde ! Regarde-ça ! Les tasses, les soucoupes, l'argenterie... tous dans la même ! » Sa voix monta d'excitation. « Si on pouvait avoir un ou deux marqueurs magiques pour mettre de l'ordre dans tout ce bordel... ça serait parfait... Je reviens dans un instant.. Tout-moche, t'es un génie ! »

Andrew le regarda se sauver. « Seigneur. » Il partit à la recherche d'un stand de café, et il en aperçut un sur le trottoir en face. « Je me demande bien à quoi sont payés ces gens. Ma gamine aurait mis ce bordel sans dessus dessous. »

Il y avait une petite foule devant le chariot et il s'y joignit, prenant sa place dans la file pour attendre son tour, puis il pointa silencieusement le café et leva une pomme qu'il avait prise sur le stand quand il était passé devant. Le vendeur lui tendit sa coupe et prit l'argent qu'il lui donnait, puis il se tourna vers la personne suivante dans la file alors qu'Andrew posait sa tasse pour y ajouter autant de choses que possible pour qu'il n'ait plus le goût de jus de chaussette.

Il faisait déjà chaud, et il transpirait sous son tee-shirt, mais alors qu'il s'avançait de nouveau vers la passerelle en prenant une gorgée de son café, il se sentit heureux d'être là malgré tout. Il s'appuya contre l'énorme serre-câble auquel le navire était amarré, et il croisa ses chevilles, ses bottes de style militaire contrastait sur le béton blanc.

Deux silhouettes s'approchèrent sur la jetée en contrebas, attirant son attention. Il resta tout de même à sa place, et mâcha paresseusement sa pomme pendant que les deux femmes s'avançaient. Elles discutaient en marchant, observant les alentours mais sans vraiment prêter vraiment attention aux hommes sur la jetée.

Alors qu'elles s'approchaient de lui cependant, Andrew baissa les yeux vers sa tasse en gardant les oreilles bien ouvertes.

« Je vais te dire, Shari. Ca va nous prendre trois semaines pour recevoir ce fichu équipement sans fil jusqu'ici, et même avec ça, le meilleur que je puisse espérer c'est un tuyau de 2 mégabits pour ce bureau qu'on a loué. »

« On ne va pas donner un seul dollar à ces salopes, Michelle. » Rétorqua la plus grande des deux femmes. « Je me fiche que nous devions bouger le bureau jusqu'ici. Tu n'as qu'à louer cette fichue roulotte Catholique. J'en ai vraiment rien à faire. J'ai des gens qui travaillent pour déboulonner ILS, alors je ne vais pas m'asseoir tranquillement en attendant de me faire torpiller par eux. »

« Bon sang. » Répondit l'autre femme. « Je propose juste que nous enterrions la hache de guerre assez longtemps pour obtenir une connexion, pour l'amour de Dieu. J'ai besoin d'un accès au système, Shari ! Je ne peux pas faire marcher le réseau avec une foutue boîte de conserve et un rouleau de ficelle ! »

« Bien. » La grande femme s'avança d'un pas décidé sur la passerelle, frôlant Andrew au passage. « Fais donc ce que tu veux. Va baiser cette petite blonde idiote que tu essayes de draguer. Peut-être que tu arriveras à tes fins. »

La plus petite des deux femmes s'arrêta au bord de la passerelle. Elle jeta un regard furieux à l'autre femme derrière elle avant de tourner la tête vers Andrew.

« Bonjour. » Andrew leva sa tasse vers elle.

Avec un regard dégouté, la femme se tourna et s'éloigna, ses talons cliquetant bruyamment sur le béton. Andrew détacha un pépin de pomme et le cracha derrière elle, l'observant rebondir sur la jetée, dans son sillage.

 

* * * * *

 

« Allez... allez... » Dar était très concentrée sur l'écran, son corps arqué vers l'avant et recroquevillé sur l'ordinateur portable. Elle avait trois fenêtres ouvertes et elle travaillait sur les trois en même temps, utilisant une quatrième pour s'occuper du hacker alors qu'il essayait de se frayer un passage dans le réseau.

C'était un équilibre compliqué, il fallait essayer de suivre le hacker dans le réseau sans pour autant révéler sa présence, et en même temps trouver toutes les traces possibles qui pourraient lui faire découvrir son identité.

D'instinct, elle avait installé une zone autour du routeur qu'il attaquait, et bloqué la sécurité de l'ouverture avec uniquement son login, restreignant toute la circulation interne pour le dévier vers son analyseur. Alors il n'y avait aucun danger dans le fait de lui permettre de farfouiller aux alentours, parce qu'il n'y avait littéralement aucun endroit pour lui où aller.

Et peut-être qu'elle pourrait en apprendre un peu plus sur ce qu'il cherchait si elle le laissait se balader. Mais ses explorations ne semblaient pas avoir un but particulier – le hacker cherchait quelque chose... n'importe quoi, comme s'il cherchait simplement une opportunité pour trouver une faille.

Ce qui, se dit-elle, rendait le défi encore plus intéressant pour elle au final.

Sans même regarder, Dar attrapa la bouteille de Yoohoo et en prit une gorgée, puis la déposa rapidement quand sa Némésis décida de renoncer et de se sortir par le portail qu'elle avait créé. « Ah ah ah... » Dar jeta un coup d'œil à la trace et gloussa d'un ton méchant. « Ah, je te tiens. »

Elle suivit sa retraite, loin de leur point d'entrée principale, à l'arrière du centre principal par lequel il était entré, juste derrière sa propre entrée.

Il s'évanouit, son adresse IP disparaissant derrière un pare-feu, mais avant qu'il ait fini, Dar réussit à récupérer un dernier bout d'information sur lui à laquelle elle ne s'attendait pas, un port inhabituel qu'elle tenta d'utiliser, et elle put le suivre.

Elle ne s'était pas attendue à ce que ça marche, mais la seconde suivante, elle était dans le routeur de passage du pirate, et elle se retrouva en face d'un simple et innocent écran avec un logo qui fit sonner des alarmes tellement fort dans sa tête qu'elle dut vérifier qu'elle ne les entendait pas réellement.

Pendant un moment, elle se contenta de rester là, le bout des doigts posés sur le clavier, laissant les battements de son cœur se calmer.

Okay. Dar prit une profonde inspiration. De là où elle était, elle pouvait faire à peu près n'importe quoi, bien plus en fait que tout ce que le hacker aurait pu faire à son réseau s'il était arrivé aussi loin qu'elle.

Ça semblait être une opportunité parfaite – elle pourrait découvrir d'où venait ce gars, et quelles étaient ses motivations... peut-être même inverser la vapeur ? Il avait été assez vaniteux pour penser qu'il pourrait la berner – maintenant elle pouvait aller jusqu'à retrouver son bureau et ...

Lui faire payer ? Dar fit tambouriner ses doigts sur le clavier, et elle sentit monter un instinct qu'elle savait par expérience devoir moduler pour son propre bien.

Avec soin, elle fit une capture d'écran de l'endroit où elle était, puis tout à fait délibérément elle cliqua sur l'onglet 'x' sur la barre d'état de la fenêtre et elle sortit du réseau étranger.

Si elle pouvait mettre un piège en route, alors lui aussi, et les enjeux étaient beaucoup plus importants pour elles si elle se faisait attraper à l'intérieur du réseau de quelqu'un d'autre. Si Mark l'avait fait, et bien.... il était le chef de la sécurité. Mais ça aurait été différent si la DSI d'ILS avait été prise la main dans le sac.

Non. Même si ses doigts la démangeaient, ce routeur ouvert avec un mot de passe pré-programmé... c'était trop facile. Et bien qu'il y ait toujours une chance que quelqu'un soit assez stupide pour ça, Dar se retrouva à se demander à quel point ça dépassait la limite. 

« Je présume que je ne suis plus la punk extrémiste d'avant. » Annonça Dar aux routeurs clignotants qui n'avaient pas changé la couleur de leurs placides LED pour elle. « Bon. » Elle soupira.

Puis elle se redressa pour attraper son sac en prenant une gorgée de sa boisson, et elle sortit une pomme. Elle la posa sur ses genoux et sortit son couteau suisse, coupant la pomme en deux. En gardant un œil sur les moniteurs, elle sortit un tube de beurre de cacahuètes, en étala un peu sur la pomme et en prit un morceau en tapant une commande de l'autre main.

Alors. Elle pouvait en apprendre plus sur le hacker. Elle avait l'IP factice qu'il avait utilisé, mais le routeur par lequel elle était entrée était réel, et trouver à qui il appartenait était relativement...

Dar cligna des yeux vers son écran. Une petite fenêtre clignotait au centre de son écran, avec un simple cœur rouge au milieu qui battait doucement.

Puis un message apparut. Okay, bon ce n'est pas un gopher Dar, mais ça exprime bien mes pensées, non ?

Dar cliqua dessus et répondit. Assurément. Où es-tu ?

A ma réunion. On revoit les tarifs.

Dar regarda son message partir, puis elle souffla doucement en plissant les yeux. Telegenics vient juste d'essayer de nous envoyer un hacker.

Quelle surprise. Elle put presque entendre les mots de Kerry.

Non, ça n'en était pas une, mais c'était définitivement une attaque sur deux fronts, réalisa Dar. Si elles venaient la chercher, comme elle le soupçonnait, en essayant de la piéger – qu'est-ce qui arriverait si elles se rendaient compte qu'elle les avait déjà piégées elle-même ?

Hé, Dar ?

Dar prit une autre bouchée de sa pomme, et elle tapa sa réponse d'une main. Ouais ?

Mark dit que son moniteur d'alerte est en train de devenir dingue, et que personne ne peut plus rentrer dans le routeur principal. Tu sais ce qui se passe ?

Oups. Dis-lui de se détendre. J'étais en train de faire un truc. Dar posa sa pomme et tapa rapidement sur les touches, elle re-régla la sécurité du routeur et rendit l'accès aux systèmes automatisés. C'est mieux ?

Quelques secondes de silence et puis... Il n'est plus en train d'hyperventiler. Ça doit être un oui. Tu peux faire une pause et venir ici pour écouter le récapitulatif ?

Dar finit son YooHoo en regardant pensivement la question. Oui. J'arrive.

Elle avait besoin de réfléchir à ce qu'elle venait de voir de toute façon.

* * * * *

« Qu'est-ce que tu en a pensé ? » Demanda Kerry tandis qu'elles marchaient toutes les deux dans le couloir jusqu'à son bureau.

Dar la regarda. « Sur tes talents de présentation, sur le plan ou sur combien tu es mignonne dans cet ensemble ? » Lui dit-elle avec un sourire coquin.

« Que... » Kerry soupira, faussement exaspérée. « Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de toi ? » Elle secoua la tête en faisant signe à Mayté. « Rentre là-dedans. » Ajouta-t-elle en poussant la porte avant de se mettre sur le côté pour laisser passer Dar.

« Ou ? » Dar entra et attendit que Kerry la suive avant de fermer la porte. « Tu vas me donner une fessée ? Tu aurais dû le faire dans le couloir. Ça aurait donné du grain à moudre aux moulins des rumeurs pendant des semaines. » Elle avança jusqu'au petit canapé du bureau et s'assit en posant ses coudes sur ses genoux.

« Tu es vraiment un petit démon parfois. » Kerry la suivit et s'installa à côté d'elle, préférant la place restante sur le canapé plutôt que sa solitaire chaise de bureau. « Et non, je parlais du plan. Je sais déjà ce que tu penses des deux autres choses. » Elle donna à petit coup dans l'épaule de Dar.

Dar épousseta quelques morceaux de routeur du bout des doigts. « Je le trouve bien. »

Kerry attendit. Mais rien ne suivit. « Et ? »

« Et ? » Dar se baissa et rattacha le lacet de sa botte. « Je pense que tu vas te présenter avec une proposition solide – il va rester la question du prix. »

« C'est sûr. » Acquiesça Kerry. « Mais tu penses que de la façon dont c'est présenté, ça pourrait marcher ? »

Dar s'installa dans le canapé et croisa les bras, lançant un regard oblique. « Je peux te demander quelque chose ? »

Kerry s'installa elle aussi. « Bien sûr. »

« Tu as fait, et facilement, quatre douzaines de comptes sans mon aide. » Dit Dar. « Alors pourquoi est-ce que tu penses que tu en as besoin sur celui-là ? »

Hmm. Kerry croisa les bras à son tour et baissa les yeux d'un air pensif vers le tapis, en donnant à la question une vraie délibération. Puis elle finit par hausser les épaules. « Je ne sais pas. » L'admission la surprit elle-même, peut-être même plus que Dar. «Peut-être parce que je sais à quel point c'est important. »

« Ils sont tous importants. » Dar décroisa ses bras et étendit le droit sur les épaules de Kerry. « Laisse couler, Ker. Ne t'inquiète pas de ce que je pense. Fais simplement ce qui te semble juste. »

Kerry traça de son index un léger dessin sur le jeans qui couvrait la cuisse de Dar. « Facile à dire, difficile à accomplir. » Elle sourit brièvement. « Alors, quoi qu'il en soit... qu'est-ce que tu faisais dans le placard ? »

« Je n'ai jamais été dans le placard. » S'insurgea Dar en acceptant le changement de sujet. « Mais je suis contente que tu poses la question. Viens là. » Elle se leva et entraîna Kerry vers son bureau, se glissa dans le fauteil et fit rouler la trackball de Kerry. « Je suis peut-être cinglée. Mais je pense que j'ai sauvé mes fesses d'un gros piège. »

« Toi ? » Kerry s'appuya sur le bureau à côté d'elle. « Piégée par qui ? »

Dar leva les yeux vers elle et sourit d'un air sérieux. « Quelqu'un qui adorerait nous ridiculiser et étaler tout ça dans la presse. Regarde. » Elle appela l'écran de son écran portable, qu'elle avait enfermé dans le placard. Il avait encore les captures d'écran qu'elle y avait fait, et ses notes.

Kerry s'approcha, et posa ses coudes sur le bureau pendant qu'elle lisait, ses lèvres bougeant silencieusement. Elle était consciente de la présence proche de Dar, sa respiration chauffant la peau du bras de Kerry. « Attends, tu étais là-dedans ? » Dit-elle. « Dans ce routeur ? Par tous les saints ! »

« Hmm hmm. » Dar grogna doucement.

« Wow. Je parie que tu as eu envie de foncer et de leur botter les fesses. » Songea Kerry. « J'aurais pu le faire. Qu'est-ce qui t'a fait croire que c'était un piège ? Et si ce n'en était pas un ? Et s'il était vraiment stupide ? »

« Ker. »

Un soupir. « Ouais, je sais. Mais je ne peux rien y faire. » Kerry donna une chiquenaude au moniteur du bout de l'ongle. « Je n'arrive même pas à croire que j'ai pu suggérer ça. Je pense que mon éthique professionnelle tombe aux oubliettes quand il s'agit de ces deux garces. » Elle baissa les yeux vers son bureau. « C'est peut-être pour ça que je ne suis pas à l'aise avec ce truc, Dar. »

« Hmm. » Dar leva les yeux quand l'intercom de Kerry bourdonna.

« Kerry ? » La voix de Mayté s'éleva. « J'ai cette Michelle Graver sur la ligne un. » Bien que polie, la voix de Mayté contenait un ton définitif de désapprobation, vraiment semblable à celui que sa mère avait parfois.

« Est-ce que je suis là ? » Kerry se tourna et se coucha sur le dos, ses jambes dépassant du bureau. « Je dois réfléchir à ça une minute. Dis à Michelle de rester en ligne, hmm ? » Elle tourna la tête vers Dar.

« Bien sûr. » Mayté raccrocha.

« C'est vraiment pas professionnel de ma part de vouloir la faire attendre pendant des plombes ? »

« Non. » Dar posa ses coudes sur le bureau et s'avança, penchant la tête pour capturer les lèvres de Kerry avec les siennes. « D'un autre côté... » Elle l'embrassa de nouveau, cette fois plus longtemps. « La faire attendre pour ça n'est vraiment pas professionnel. »

« Oh. » Kerry croisa les mains sur son ventre et ferma brièvement les yeux alors que Dar continuait à agir de manière extrêmement contraire à l'éthique professionnelle. « Si quelqu'un rentre, je pense qu'on mériterait sérieusement de se faire virer. » Dit-elle finalement avec un petit soupir.

« Probablement. » Acquiesça Dar. « Mais je devrais faire venir Alastair jusqu'ici pour nous virer, et le temps qu'il arrive, un nouveau désastre aura surgi et il nous demandera juste de revenir. »

Les yeux de Kerry scintillèrent, mais elle grimaça avant d'appuyer sur le bouton de l'intercom. « Okay, passe-la-moi, Mayté. »

« Okay. » Répondit Mayté. « Mais vous êtes sure ? Je pense qu'elle apprécie la musique. »

Dar ricana doucement. « Mayté, tu ressembles de plus en plus à ta mère chaque jour. » Ajouta-t-elle en observant Kerry plisser les yeux en souriant.

« Merci. » Dit Mayté. « Mama aimera ce que vous dites, j'en suis sûre. »

« Allez, passe-la-moi, Mayté. » Dit Kerry. « Même Michelle ne mérite pas une aussi grosse dose de Muzak régurgitée en musique d'ambiance. »

Mayté raccrocha, et après une seconde, un léger bourdonnement la remplaça. Kerry tendit la main vers le bouton de réponse. « Opérations, Stuart. » Elle s'adressa au plafond.

« Bonjour Kerry. » La voix de Michelle était un mélange de cordialité et de frustration voilée. « Désolée de vous déranger. »

Dar s'avança et traça le bord de l'oreille de Kerry, l'observant virer au rose après quelques secondes.

« Ah, pas de problème. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? » Répondit courageusement Kerry. « Ou est-ce que vous appelez simplement pour m'insulter encore un peu ? Ça a été une matinée calme. » Elle ignora les légers miaulements tout près de son oreille.

Un soupir audible traversa le téléphone. « En fait, je vous appelle pour m'excuser et je sais que vous allez l'apprécier, et vous demander combien vous voulez pour louer une partie de votre circuit. »

Kerry s'agita un peu, couchée sur le dos, en faisant une petite danse de joie. « Pour être honnête Michelle... »

« Oh oui, je sais que vous le serez. »

Le miaulement avait changé, il était devenu plus profond jusqu'à devenir un grondement bas. Kerry tourna la tête vers sa compagne, pas du tout surprise de trouver les yeux bleus clairs réduits à deux fentes. Elle leva une main, et, juste pour vérifier, elle toucha la lèvre de Dar, la poussant légèrement pour inspecter une canine bien formée juste dessous.

Dar haussa un sourcil vers elle et cessa de grogner.

« Le prix de connexion plus cent. » Dit Kerry. « A prendre ou à laisser. » Elle traça une ligne jusqu'au centre du nez de Dar, observant ses yeux loucher pour essayer de le suivre, et elle sourit en imaginant qu'elle pouvait entendre Michelle grincer des dents de l'autre côté du fil.

« Parfait. » Répondit Michelle, en coupant court. « De quoi avez-vous besoin pour le faire marcher ? »

« Une vérification et un circuit de terminal. » Répondit Kerry. « Envoyez quelqu'un voir Mark Polenti à notre bureau sur la jetée à 10h demain, il s'en occupera. »

« Parfait. » Dit de nouveau Michelle. « Merci. Au revoir. »

Elle raccrocha. Kerry soupira. « Et bien, chef – on fait presque quatre pour cent de profit sur la police d'assurance... pas mal, non ? »

« Brillant. » Souffla Dar dans son oreille. « Très brillant, je vais laisser cet autre problème entre tes mains... parce que quand je suis sortie de ce routeur parce que je ne voulais pas que la DSI d'ILS se fasse attraper en train de pirater – je me suis rappelé que j'avais mis un espion de terrain chez Telegenics. Qu'est-ce qui arrivera si ça venait à se savoir ? »

Kerry se releva, son dos n’appréciant pas particulièrement la surface dure du bureau. Ça lui donna le temps de réfléchir à la question de Dar, et d'en considérer l'impact. « Et bien. » Elle sauta du bureau  et en fit le tour. « Comment ça se saurait ? Ce n'est pas comme si il ne faisait pas son boulot là-bas, pas vrai ? »

« Hmm. »

« Shari ne l'a jamais rencontré, je présume, ou elle serait réduite à l'état de mangue écrasée sur la route 95 en ce moment. » Continua Kerry. « Alors à moins que... »

« Qu'il les entende parler de nous. » Dar se leva et passa une main dans ses cheveux. « Et qu'il agisse comme d'habitude, on est en sécurité. C'est ça ? »

« Oh, mon Dieu. »

Dar se dirigea vers la porte qui conduisait au couloir reliant leurs bureaux. « On s'en inquiétera quand ça arrivera. » Elle fit un signe de la main à Kerry. « En attendant, je vais voir si je ne peux pas trouver un moyen de rendre la monnaie de sa pièce à notre petit copain. »

Kerry s'assit dans son fauteuil, le cuir gardant encore un léger parfum de Dar qui l'entoura quand elle s'installa. Qu'est-ce qui arriverait réellement, se demanda-t-elle, si Andy était repéré ? Est-ce que ça serait vu comme un acte criminel scandaleux, ou juste comme une partie du boulot ? Ce n'est pas comme si, comme elle l'avait dit à Dar, Andrew avait eu le travail sur de fausses recommandations.

Il était qualifié et bien plus que ça pour faire ce pour quoi ils le payaient. Si il faisait le boulot, alors qui aurait quoi que ce soit à dire au final ?

Kerry pouvait tout de même voir l'ironie de la situation. Elle savait que c'était quelque chose que son père aurait fait sans réfléchir, et en fait, il aurait vraiment approuvé ses méthodes.

Elle grimaça.

Ce n'était vraiment pas un sentiment plaisant. Et encore – Andrew n'avait pas sembler y voir d'objection lui non plus. Il avait tout de suite accepté, et il semblait même penser que c'était une bonne idée.

Alors où était le 'juste' dans tout ça ? Kerry ouvrit son tiroir et attrapa un abricot sec dans une poche, le mettant dans sa bouche avant de mâcher pensivement. Est-ce qu'il y avait une bonne réponse ?

Hmm.

 

* * * * *

 

Kerry s'approcha de la zone de construction au centre du navire et observa les alentours. Elle repéra l'entrepreneur en électricité d'ILS à l’extrémité de la pièce et elle s'avança rapidement jusqu'à l'endroit où il était, entouré par le personnel du navire. « Jack. »

L'homme se tourna et la vit. « Ah, Ms. Stuart. Ravi de vous voir. » Il attendit qu'elle le rejoigne. « Il semble qu'on ait un problème par ici. »

Seulement ici ? Kerry sentit sa cape de diplomatie lui tomber sur les épaules. « Qu'est-ce qui se passe les gars ? »

« Qui est responsable de tout ça ? » Demanda un des gars qui attendait tout près. « J'ai entendu cette personne dire qu'il avait besoin de couper le courant sur plusieurs ponts du navire. »

Kerry l'observa pensivement. « Oui, bien sûr. » Dit-elle. « C'est ce qu'il doit faire pour pouvoir avoir plus de puissance, et installer le  câblage dont nous allons avoir besoin pour les nouveaux systèmes des ordinateurs. Il ne peut pas faire ça avec le courant branché. »

« Qu'est-ce qu'on est supposé faire ? » Demanda l'homme. « On vit ici. Vous voulez vraiment qu'on reste dans cette foutue chaleur sans électricité ? »

« J'y étais moi-même, du moins pendant un petit moment en fait. » Dit Kerry « Non, ce n'est pas agréable. Mais c'est la seule façon pour que le travail soit fait, alors qu'est-ce que vous pensez que l'on doit faire ? Je suis sûre que Jack va pouvoir s'arranger avec vous et couper une section à la fois, pas tous les ponts d'un coup. » Elle se tourna. « Pas vrai ? »

Jack hésita, puis hocha la tête. « Oui. »

« Mais nous avons du travail à faire nous aussi. » Continua l'homme. « J'ai des personnes à diriger, des services à gérer... Et je ne peux pas faire ça sans électricité. »

« Nous pouvons vous déplacer vers une zone avec du courant. »

« Certainement pas ! J'ai beaucoup trop de choses importantes dans mon bureau ! » Répondit l'homme d'un ton catégorique.

Kerry croisa ses bras sur sa poitrine. « Okay. » Elle le regarda droit dans les yeux. « Je comprend. »

« Bien. » L'homme sourit.

« Donnez-moi simplement votre nom, que je puisse aller voir Mr Quest et lui dire pourquoi nous ne pouvons pas travailler sur son projet. » Kerry lui sourit en retour. « Je suis sûre que lui aussi va comprendre. »

L'homme cligna des yeux, choqué, puis il se raidit. « Je n'ai pas dit que vous ne pouviez pas travailler ! »

« Bien sûr que si. Vous avez dit que vous ne pouvez pas travailler sans courant. Nous avons besoin de tout éteindre pour pouvoir avancer. Alors si vous ne pouvez pas travailler sans courant et que vous ne voulez pas déménager vers une zone avec du courant, alors nous ne pouvons pas avancer. »

Le reste de l'équipe semblait se satisfaire d'observer l'échange, leurs yeux passant de l'homme à Kerry comme s'ils regardaient un match de ping pong incroyablement excitant. Ils donnaient tous l'impression de dépendre de l'homme, dont l'attitude indiquait qu'il était habitué à l'autorité et à l’obéissance.

Ce qui était une bonne chose. Et Kerry l'était aussi, mais d'une façon tout à fait différente. « Alors, je peux avoir votre nom ? » Demanda-t-elle gentiment. « Parce que Jack et moi avons d'autres choses à faire si nous ne pouvons commencer ici. »

« Tout à fait, m'dame. » Jack glissa ses pouces dans les poches de ses jeans, et il se balança sur les talons de ses bottes. « On a pas mal de projets à commencer. »

« A moins que peut-être nous puissions nous arranger avec vous – peut-être que notre équipe pourrait aider la votre à déménager leurs affaires quand ils en auront besoin. » Kerry put lire le langage corporel de l'homme et décida que lui donner une porte de sortie serait peut-être une bonne idée. « Nous serions heureux de faire ça. »

Jack grimaça.

L'homme ricana et leva une main. « Parfait. » Il céda. « Si vous devez le faire, faites-le. Mais vous devrez me prévenir si vous éteignez quoi que ce soit,  que je puisse m'assurer que rien ne soit perturbé. »

« Bien sûr. » Dit Kerry. « Jack, pouvez-vous assigner quelqu'un de votre bureau pour faire la liaison avec... » Elle lança un regard interrogateur à l'homme.

« Pieter Oshousen. » Dit l'homme. « Capitaine de l'équipage. » Il leur fit un signe de tête puis se tourna et s'éloigna, le dos raide.

« Bien. » Kerry observa le reste de l'équipe se disperser, leur attitude à la fois amusée et mécontente. « Oh, tout ceci va devenir vraiment amusant. » Ajouta-t-elle une fois qu'ils furent partis. « C'est comme d'être dans une zone de construction habitée. »

« Ça c'est sûr. » Jack soupira et se gratta la tête. « Par quoi on est censé commencé ? A chaque fois que j'essaye un truc, je me retrouve coincé. »

Kerry secoua la tête. « Oui, je sais. Allez, je pense que je nous ai trouvé quelque chose que l'on pourra utiliser pour le serveur central, vu que mon premier choix ne va pas marcher. » Elle se dirigea vers l'escalier et commença à descendre. « Ils n'aiment pas trop cette idée non plus, mais ça n'empiète pas sur l'espace réservé à l'équipage, alors au moins ils ne seront pas dans nos pattes et la direction du navire l'a approuvée. »

Jack ricana. « J'imagine. » Il suivit Kerry qui descendait les marches, passant une série de portes avant qu'elle ne s'arrête devant l'une d'elles. Elle l'ouvrit et se recula pour lui montrer l'intérieur. D'un air soupçonneux il lui passa devant et entra dans la pièce. « Ah. »

Kerry entra après lui. « Ouais. »

Jack tourna sur lui-même. « C'est une cabine. »

« Oui. Mais c'est une cabine intérieure, et ils m'en ont donné deux. » Acquiesça Kerry. « Celle-là et la suivante, et elles sont reliées par une porte intérieure. » Elle ouvrit la porte en question et laissa son regard errer à l'intérieur.

Les deux cabines avaient connu des jours bien plus glorieux. La moquette était d'une couleur indéterminée, peut-être bleue dans un lointain passé, et la tapisserie déchirée des murs étaient du même ton grisâtre. Il n'y avait pas de lit, mais sur un des murs un sommier branlant était chevillé.

L'odeur était horrible.

« On va devoir revoir ces deux pièces, mais je pense que ça pourrait marcher, et ce mur... » Kerry s'avança et tapota sur la cloison interne, près de la couchette. « Donne directement vers les ascenseurs et tous les conduits internes. »

Jack semblait maintenant bien plus satisfait. « Hé ? Vraiment ? Là ça pourrait marcher. » Il s'avança et inspecta le mur, puis il se dressa sur la pointe des pieds pour toucher le plafond. Il se désintégra sous ses doigts, la peinture s'effrita et les recouvrit tous les deux de débris indescriptibles. « Oh... Désolé. »

Kerry épousseta sa chemise pour faire disparaître les saletés et passa ses doigts dans ses cheveux pour enlever le reste. « Pas de problème. » Répondit-elle. « Il y a quelque chose d'intéressant là-haut ? »

Son collègue leva une petite lampe de poche et observa attentivement l'espace. « On a de la chance. » Ce n'est pas un mur pare-feu. Ça devrait être plus facile. » Il tourna la tête. « C'est un bon choix, madame. On va pouvoir travailler avec ça. »

« Merci. Maintenant. » Kerry posa les mains sur ses hanches. « Vous pouvez commencer à calculer le câblage pendant que je vais trouver un entrepreneur capable de rendre cet endroit vivable. Je ne peux pas installer une baie ici tant que nous n'avons pas un substrat et une clim supplémentaire. »

« Ouaip. » L'entrepreneur en électricité hocha la tête. « Je vais faire venir le responsable de la fibre optique et les gens du câblage. Vous choisissez où vous mettez les armoires sécurisées ou il va falloir se battre pour ça aussi ? »

Kerry soupira. « Qu'est-ce que vous en pensez ? »

« J'ai besoin de le savoir pour pouvoir commencer à calculer la fibre optique. » Dit Jack en sur un ton désolé. « J'ai fait le tour des bureaux avant que vous arriviez... Je pense que j'ai vu une sorte de local technique où vous pourriez mettre un ou deux commutateurs, et qu'ils n'utilisent apparemment pas pour le stockage. »

« Vraiment ? Montre-moi ça. » Kerry le suivit jusqu'à la porte ouverte et dans le couloir. Est-ce qu'elle avait de la chance ? Un local technique aurait déjà une ventilation, et bien sûr il y avait du courant – elle pourrait éviter d'avoir à se battre contre l'équipage déjà hostile pour un espace vraiment précieux ?

Ils remontèrent les escaliers, grimaçant légèrement quand leurs chaussures collèrent au sol. Des hommes vêtus de bleus de travail de l'équipage les croisèrent sans leur jeter un seul regard, mais de les voir fit soudain s'interroger Kerry.

Andrew était sur le bateau de Shari et Michelle. Et si elles avaient fait la même chose ici ? Pourrait-elle s'en rendre compte ? Elle se retourna pour observer les ouvriers, ils avaient à peu près tous la même allure, et la plupart lui renvoyèrent son regard. Et bien, elle pourrait leur demander à chacun leur identifiant et faire une vérification, mais...

« Voilà. » Jack l'amena jusqu'à un palier à l'entrée d'un couloir, avec des cabines de chaque côté. Il trouva une porte sans marquage et l'ouvrit pour révéler un  placard mal éclairé qui contenait une grande boîte et autres câbles électriques.

C'était petit et sale, mais Kerry sortit un mètre et trouva un endroit relativement propre sur un des murs du placard. « On peut faire passer une moitié de baie ici. » Dit-elle. « Il y en a combien d'autres comme ça ? »

« Deux sur chaque pont. »

Kerry referma son mètre. « Vendu. » Elle rangea le mètre. « Vous pouvez rajouter un pourcentage sur votre estimation, Jack. Vous avez résolu un gros problème. Ça m'aurait coûté un paquet de devoir trouver un autre endroit pour ranger tous ces trucs. »

Un immense sourire apparut sur le visage de l'entrepreneur. « Vous savez, c'est pour ça que j'aime travailler avec vous. Je n’ai jamais l'impression de devoir faire du donnant-donnant, ou de tourner autour du pot. » Il lui tendit une main. « Et ça me facilite la vie à moi-aussi – il y a déjà des conduits que je vais pouvoir utiliser. »

Kerry lui serra la main d'un air solennel. « Okay. Installez-moi une fibre optique de huit fils à chaque local, qui vont jusqu'à notre super cabine, et faites courir des câbles de cinq sur tous les plans. Quand est-ce que je peux avoir une estimation ? »

Jack gloussa tandis qu'ils descendaient le couloir. « Demain, peut-être. Hé, je pense  à un truc – la plupart du système électrique n'est pas codé. Ce ne sont pas vos affaires, mais le matériel que je vais installer le sera. Et pour le reste ? »

Bonne question. Elle se demanda si ça faisait partie du plan de Quest, vu que la construction devra passer l'étape de l'inspection à un moment donné. « Je ne sais pas... Je vais vous mettre en relation avec le personnel de l'administration. Peut-être qu'ils vous laisseront vous en occuper s'ils n'ont pas déjà un entrepreneur. »

« J'apprécie, merci. » Il lui sourit.

Ouais, je parie que oui. Kerry cacha un sourire. Elle aimait bien Jack mais elle savait qu'il savait vers où se penchait son intérêt principal. Cependant, ça ne pourrait pas lui faire de mal de lui obtenir un peu plus de boulot, et peut-être qu’il serait d'accord pour ajuster ses prix s'il pouvait avoir plus de commandes.

Le business était comme ça. Si vous donniez des faveurs, parfois vous pouviez avoir des faveurs. Parfois vous n'en aviez pas, mais elle avait appris qu'en dépit de ce que Dar disait souvent, et ce qu'elle faisait, vous pouviez attirer plus de monde avec du miel qu'avec du vinaigre. « Okay, je vais aller appeler Roberto. A bientôt, Jack. » Elle fit un signe de la main à l'entrepreneur alors qu'ils retournaient vers le bureau principal.

« Oh, Ms. Stuart. »

Kerry s'arrêta et se retourna quand elle vit la responsable de la jetée se diriger vers elle. Par rapport à son attitude hostile de la veille, la femme semblait maintenant anxieuse d'être polie avec elle. Kerry attendit qu'elle la rejoigne et se demanda si sa petite discussion avec le capitaine d'équipage avait quelque chose à voir avec ça. « Bonjour. »

« Bonjour. » La femme lui sourit. « Écoutez. Je voulais juste m'excuser à propos d'hier. Je sais que vous êtes juste là pour faire votre travail, et c'était totalement déplacé de ma part de réagir comme ça. »

Hmm hmm. « Pas de problème. » Répondit Kerry. « Je comprends que ça doit être bizarre pour vous de nous voir débarquer ici et commencer à faire tout ça – nous ne savons pas vraiment comment vous organisez tout ça. » Elle se détendit, prenant une posture plus décontractée. « Et maintenant que j'ai fait le tour du navire, je peux voir à quel point tout est à l'étroit. »

La femme se détendit et sourit un peu plus. « Wow, je suis contente que vous compreniez. J'ai entendu dire que vous aviez trouvé un autre endroit pour votre matériel ? Ça va aller ? » Elle se rapprocha « Écoutez, j'ai un peu de café au mess, je peux vous en proposer une tasse ? »

Et bien, à cheval donné, on ne regarde pas les dents. « Bien sûr. » Kerry acquiesça et suivit sa nouvelle amie. « Peut-être que vous pourriez m'expliquer un peu comment les choses fonctionnent ici ? Qu'on puisse repartir du bon pied. »

« Ah, j'en serais ravie. » Drucilla sembla bien plus confiante. « Vous allez être coincée avec moi. »

Hmm hmm. Kerry sourit. Voyons voir où ça va nous mener, on ne sait jamais.

 

* * * * *

 

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Cible mouvante, partie 14, chapitre 30

 

MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 14

Traductrice : Gaby

 

Chapitre 30

 

Il y avait des avantages certains à travailler à la maison. Kerry se pencha dans son fauteuil et posa ses pieds sur la table, son clavier sur ses genoux dans une position confortable. Ce n'est pas quelque chose qu'elle pouvait faire au travail, du moins pas pendant les heures réglementaires, et elle apprécia la différence tandis qu'elle regardait son écran tout en continuant à taper.

« Comment marche la ligne ? » Dar entra, avec son ordinateur portable. Elle s'installa sur le petit canapé à côté du bureau de Kerry et ouvrit son ordinateur. « Je l'ai modifiée ce matin. » Chino flâna jusqu'à elle et se pelotonna sur le tapis près du bureau de Kerry.

Kerry leva les yeux. « Très bien. C'est vraiment plus rapide depuis que tu as mis l'ADSL. Mais je pensais que tu avais des appréhensions avec la sécurité. »

« Hé. » Dar se concentrait sur son propre ordinateur. « J'ai testé le tunnel Internet Protocol Security. Ça marche bien, autant que n'importe quelle connexion. » Répondit-elle. « Et la navigation est beaucoup plus rapide. »

« Ça c'est sûr. » Kerry observa sa compagne travailler pendant un moment, puis elle prit le temps de réfléchir à pourquoi elle avait quitté sa place confortable sur le canapé en bas pour la pièce bien plus petite du bureau de Kerry. Elle ne croyait pas vraiment au besoin de la questionner à propos du circuit, vu que Dar semblait satisfaite d'être maintenant installée devant son écran.

Une simple envie d'être plus près ? Kerry se trouva à sourire à cette pensée, vu qu'elle avait regretté de ne pas avoir les données nécessaires sur son portable pour pouvoir descendre elle-même dans le salon.

Elles avaient pris un léger dîner, puis elles étaient parties à la gym, mais le sujet du travail de Dar sur le projet n'avait pas été abordé depuis qu'elles étaient rentrées. Il y avait pourtant encore des choses à régler – et Kerry suspectait que la discussion les avait instinctivement menées à être dans la même pièce au même moment pour que lorsque les mots viendraient, elles puissent en discuter ensemble.  

En attendant, elle était satisfaite de simplement continuer à travailler, pianotant son rapport initial sur le projet du navire pour la réunion d'équipe qu'elle avait programmée le lendemain, pendant que Dar s'occupait de son projet sur la programmation. Elles travaillèrent toutes les deux dans un silence confortable, brisé uniquement par le cliquetis des claviers et les gémissements rêveurs de Chino.

« Tu sais ce que j'aimerais ? » Demanda paresseusement Kerry en attendant que les plans du pont du navire soient chargés sur son document.

« Hmm ? » Grogna Dar en une question.

« J'aimerais qu'on soit au chalet. Je suis d'humeur pour un bain de minuit à l'eau de mer. »

Dar s'arrêta et leva les yeux. « Hmm. » Elle poussa légèrement son ordinateur. « On peut aller à la piscine. » Offrit-elle. « Ce n'est pas aussi romantique, mais il n'y a ni les algues ni le sable. »

Kerry tapa sur 'entrée' et continua à pianoter. « Heu... Ce n'est pas assez privé pour ce que j'avais en tête. » Elle entendit les cliquetis du clavier de Dar s'arrêter, et elle attendit une seconde avant de lever les yeux vers sa compagne, pour trouver des sourcils haussés et un léger sourire qui lui faisaient face. « Ne me regarde pas comme ça. C'est de ta faute. Tu m'as transformée en hédoniste. »

Dar pointa un pouce vers sa poitrine et élargit les yeux.

Kerry lui tira la langue.

Elles retournèrent toutes les deux au travail, mais le léger sourire resta sur les lèvres de Dar alors qu'elle tapait. Après quelques minutes, elle s'arrêta de nouveau. « Tu sais ce que j'aimerais ? »

« Est-ce que ça implique du caramel chaud ? » Murmura Kerry, en effaçant une phrase, tambourinant ses doigts contre le clavier en cherchant quelque chose pour la remplacer.

« Héhé. » Dar ricana doucement. « Garde ça pour plus tard. Non – j'aimerais revenir trois semaines en arrière et tout recommencer. »

Ah. Kerry bougea son gros orteil. « Avant Orlando ? »

« Ouais. »

Kerry ajouta un nouveau paragraphe, puis elle s'arrêta de nouveau. « Qu'est-ce que tu aurais fait différemment ? » Demanda-t-elle. « Je veux dire, à propos de l'expo ou de la manière de les traiter ou ... » Elle garda une voix décontractée et les yeux sur son écran, ne voulant pas étouffer une révélation.

Dar était étonnante sur ce point. Si elle disait quelque chose, et que vous répondiez  'qu'est-ce que tu veux dire par là ?' - elle arrêtait souvent sa pensée et échangeait pour quelque chose de totalement différent. C'était presque comme si, à un niveau personnel, elle ne voulait pas être défiée quand elle voulait exprimer quelque chose. Une sorte de mode semi duplex, en quelque sorte.

Dar changea de position, bougeant ses épaules pour trouver un endroit plus confortable sur le canapé. « J'aurais fermé ma grande bouche pour commencer. » Elle fit défiler son touchpad d'un doigt et passa son autre main derrière sa nuque, étirant ses muscles avec une grimace. « J'aurais  mieux géré les deux autres, peut-être. »

« Ah. » Kerry enclencha le correcteur d'orthographe sur son document. « Je ne sais pas chérie. Je ne pense pas que tout ça vienne de nous. Elles sont arrivées armées avec leur merde. »

« Mmh. Et bien, je ne pense pas que ça va s'arranger. » Répondit sa compagne. « C'est une des raisons pour lesquelles je ne veux pas m'impliquer. »

Kerry réfléchit à ça pendant qu'elle regardait la fin de la vérification. Elle remonta à la première page du rapport et le relut rapidement. « Peut-être que tu as raison. » Dit-elle finalement. « Pourquoi est-ce qu'on ne mettrait pas tout ça de côté pendant un moment... laisse-moi démarrer tout ça et nous verrons ce que tu en penses. »

Elles continuèrent en silence pendant un petit moment. Dar se baissa et gratta le ventre de Chino, puis elle releva la tête pour jeter un œil à son écran. « Ce que j'en pense c'est que... ça sonne bigrement comme ce que je t'ai dit quand tu ne voulais pas être vice-présidente des opérations. »

Kerry regarda par-dessus son épaule et cligna des yeux.

Dar sourit et secoua la tête.

« Dar, ne t'inquiète pas de ça. » Dit la jeune femme blonde. « On va le gérer. »

Chino se réveilla et se retourna en éternuant. Elle se leva, vint à côté de Kerry et elle se mit debout sur ses pattes arrières pour lui donner un bisou mouillé sur la joue.

« Merci, chérie. » Kerry attrapa son museau et lui embrassa la tête. « J'aime recevoir des bisous de toi presque autant que j'aime en recevoir de ta maman Dar. »

Un moment plus tard, elle se retrouva dans les bras de Dar. Des dents se fermèrent gentiment sur le lobe de son oreille, et elle put sentir l'intensité de l'émotion derrière l'embrassade qui lui coupa presque la respiration.

« Mon Dieu, je t'aime. » Chuchota Dar.

Kerry se redressa, prit le visage de sa compagne entre ses mains, et elle l'attira plus près pour l'embrasser sur les lèvres. Elle colla ensuite sa joue contre celle de Dar et soupira, un long soupir de contentement qui provenait du fond de sa gorge. « Mon Dieu, je t'aime. » Dit-elle.

« Tu sais ce que je pense ? » Dar se redressa et tira le clavier sans fil des mains de Kerry pour le poser sur le bureau. « Je pense que le travail est terminé. Tu veux me rejoindre moi et une coupe de champagne dans le jaccuzzi ? »

Kerry abandonna son ordinateur sans une seule pensée. Elle descendit ses jambes du bureau pour se relever, elle accrocha ses doigts à l'intérieur de la ceinture des shorts de Dar et la suivit quand elle sortit du bureau et qu'elle descendit l'escalier. Chino passa devant elles, arrivant sur le palier, tournoyant en cercle en attendant qu'elles la rattrapent.

Alors qu'elles rejoignaient le chien, cependant, le téléphone sonna. Dar jeta un coup d'œil à l'horloge du salon, et elle haussa les sourcils. « Qui peut bien nous appeler ici à cette heure-ci ? »

« Il n'y a qu'un moyen de le savoir. » Kerry s'approcha du guéridon, elle attrapa le téléphone sans fil, et elle décrocha avant d'amener le téléphone à son oreille. « Allô ? »

« Hé, sœurette. » Répondit la sœur de Kerry, Angela. « Tu es occupée ? »

Dar avait penché la tête pour écouter. Elle tapota Kerry sur les fesses et montra leur chambre à coucher, mimant un déshabillage en marchant.

« Un peu. Quoi de neuf ? » Kerry leva le pouce vers sa compagne, puis se laissa tomber dans le canapé. « Comment tu vas ? Comment vas le munchkin ? »

Angie s'éclaircit la gorge. « Munchkin et moi allons bien. » Dit-elle, avant d'hésiter. « Mais on est en quelque sorte en train de chercher un nouvel endroit pour vivre. »

Kerry cligna des yeux. « Hein ? »

« Richard a appris pour Brian. » Dit Angie. « Il a demandé le divorce. »

« Il veut divorcer ? » Kerry se releva, et elle haussa la voix. « Sans blague... vraiment ? »

Dar garda une oreille dans la conversation dans le salon en enlevant son tee-shirt et ses shorts. Elle était à moitié contente que la famille de Kerry fournisse une distraction, pour chasser le sujet qui flottait entre elles depuis un moment.

Ça serait plus facile, pensa-t-elle, si elle-même savait quel était son fichu problème. Comme l'avait sous-entendu Kerry, elle croyait qu'elle avait dépassé toutes ces conneries. Kerry croyait qu'elle avait dépassé toutes ces conneries. Alors pourquoi faisait-elle tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de s'occuper de ce projet sur le navire ?

Dar lança un regard noir à son reflet dans le miroir. Les yeux d'un bleu orageux la regardèrent en retour, et elle grimaça, sentant grandir un sentiment mélangé de frustration et d'impatience contre elle-même. Est-ce qu'elle pouvait vraiment laisser le projet reposer sur les épaules de Kerry, sachant à quel point c'était important, et combien Alastair comptait sur elle ?

D'un autre côté, pouvait-elle vraiment dire qu'elle ne faisait pas confiance à Kerry pour gérer tout ça ? Dar soupira. « Fais chier. » Dit-elle. « Je pense que tu as besoin d'un lavage de cerveau. »

« Ouille. » Kerry interrompit son auto-châtiment. « Pauvre Angie ! » Elle entra dans la chambre à coucher et elle s'arrêta quand Dar se tourna, son expression changeant pour afficher son intérêt. « Hmm. Peut-être que je devrais la convaincre d'essayer autre chose que les mecs pendant un petit moment. »

Dar posa une main sur sa hanche. « Oh, je suis sûre que ça serait une suggestion très populaire. Surtout pour Brian. » Dit-elle. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Kerry enleva son tee-shirt. « Angie pensait qu'elle avait caché les tests de sang d'Andy, mais je pense que Richard est devenu suspicieux. Il a fait des tests ADN sans qu'elle le sache. »

Dar grogna. « Sympa ! » Elle se glissa derrière Kerry et dégrafa son soutien-gorge, la grattant entre ses omoplates bronzées. « Alors elle va rentrer à la maison ? »

« Non. » Kerry plia son soutien-gorge et le posa sur la commode à côté de son tee-shirt déjà plié. « Oh, ma mère lui a proposé, bien sûr, mais Angie... elle veut se débrouiller par elle-même. »

« Avec Brian ? »

Kerry ne répondit pas pendant un moment, puis elle se tourna et fit face à Dar. « Elle n'en est pas sûre. »

Dar pencha la tête.

Un haussement d'épaules. « Elle dit qu'elle ne veut pas que ce soit... qu'il ait besoin de prendre soin d'elle. Elle veut s'en sortir toute seule. » Kerry posa les mains sur la taille de Dar, et elle frotta ses pouces sur la peau douce. « Peut-être que j'ai lancé une tendance dans la famille. En tout cas, elle m'a demandé à quoi ressemblaient les prix du logement ici. »

« Ah. »

Kerry s'avança et glissa ses lèvres sur la courbe du sein de Dar. Elle sentit les doigts de Dar monter et descendre le long de son dos, et ça l'encouragea à s'approcher plus près, se collant contre le corps nu de Dar, et se délectant de la secousse sensuelle qui la parcourut. « T'sais... l'eau me semblait bien... »

« Il y a de l'eau dans ce lit. » Suggéra Dar en l'embrassant dans le cou.

« C'est exactement ce que je pensais. » Kerry renonça volontiers à l'idée du bain chaud et à la place, elle se mit à explorer la peau de Dar. « Mmh... peut-être que je devrais dire à Angie... »

« Chhhhut. » Dar la poussa contre le lit. « Si on commence à le dire aux hétéros, ils vont tous devenir gays. » Elle tomba avec Kerry au centre du lit, en gloussant toutes les deux.

 

* * * * *

 

« Hé, Col. » Kerry porta sa tasse de thé dans la salle de pause et la posa. « Quoi de neuf ? » Demanda-t-elle, attendant son tour près de la bouilloire.

« Toujours pareil. » Répondit son amie, avec un sourire. « Hé, j'ai une chance de vous voir à la plage le weekend qui arrive ? On a organisé une petite fête. »

Kerry plongea son sachet de thé de haut en bas plusieurs fois. « Hmm... laisse-moi vérifier. Peut-être. Hé, écoute – est-ce qu'il y a des logements disponibles dans l'immeuble ? »

« Dans le mien ? » Demanda Colleen, d'un ton légèrement surpris. « Deux je crois. Pourquoi ? »

Kerry versa un peu de lait dans son thé et remit la bouteille dans le réfrigérateur. « Ça serait pour un emménagement rapide. » Expliqua-t-elle. « Tu retournes à ton bureau ? Je te mettrai au courant. »

Colleen ramassa sa tasse de café et suivit Kerry dans le couloir. Elle marcha quelques pas avec son amie. « Alors, qu'est-ce qui se passe ? »

« Ma sœur. » Dit Kerry avec un sourire triste. « Elle suit mon très mauvais exemple... viens, et je te raconterai tout. » Elle entra dans son bureau, saluant Mayté nouvellement arrivée avec sa tasse. « Bonjour ! »

« Bonjour, Kerry. » Mayté lui sourit, en se dirigeant vers son bureau pour se glisser derrière.

Colleen suivit Kerry, elles entrèrent toutes les deux dans le bureau intérieur et Kerry ferma la porte avant de se diriger vers son propre bureau pour s'asseoir. « J'ai eu un appel la nuit dernière. » Dit-elle. « Ma famille va encore faire la une. »

« Oh, non. » Colleen s'assit en face d'elle. « Et pourquoi ? Ton neveu est un alien ? »

« Pire. » Kerry prit une gorgée de thé. « Un bâtard, et son père vient de l'apprendre. » Elle observa les yeux de Colleen s'écarquiller de stupéfaction. « Est-ce que j'aurais oublié de te préciser que ma sœur a une histoire avec mon ex petit-ami ? »

« Seigneur. » Colleen se couvrit le visage d'une main.

« Hmm. J'étais certaine de t'avoir parlé de ça. Quoi qu'il en soit, Richard l'a appris et il intente un procès à Angie pour  divorcer. Elle me demandait des renseignements sur les lieux ici et je pensais... »

« Je vois le tableau. » Colleen leva la main, paume vers l'extérieur. « Laisse-moi appeler le propriétaire – voir ce qu'il a de libre. Je sais qu'il a des T2, mais un T3 serait mieux, non ? Comment elle va s'en sortir – je pensais que tu m'avais dit qu'elle était femme au foyer. »

Kerry soupira et se pencha contre la chaise. « Elle l'est. Elle peut faire quelques petits travaux de bureau, je pense, et elle n'est pas stupide. Elle sait comment utiliser un ordinateur, faire de la compta, ce genre de choses. »

Colleen fit la grimace.

« Je sais. » La jeune femme blonde acquiesça. « Honnêtement, Col, elle ferait mieux de retourner à la maison de ma mère, mais je ne suis pas vraiment la bonne personne pour dire ça, pas vrai ? »

« Hmm. » La jeune rousse hocha la tête. « Je sais. Est-ce qu'elle est prête pour Miami ? »

« Est-ce que je l'étais ? »

« Tu n'avais pas d'enfant, et tu étais douée. » Dit Colleen avec honnêteté. « Pas que je doute qu'elle cherche quelque chose de nouveau, hein ? C'est juste que je pense qu'elle ne se rend pas compte que tu es arrivée où tu es parce que tu l'as gagné. »

Kerry regarda autour de son bureau, des objets donnés par Dar un peu partout, avec des petits bibelots mignons, les symboles muets de leur vie ensemble. Un bref sourire traversa son visage tandis qu'elle prenait une autre gorgée de thé. « Vrai. » Reconnut-elle. « Mais je pense qu'elle veut se débrouiller toute seule, avant de permettre à Brian de revenir dans sa vie et de revenir à son ennuyeux traditionalisme. »

Un léger coup fut frappé à la porte. « Oui ? » Kerry éleva la voix.

La porte s'ouvrit et Mayté passa la tête. « Kerry, la salle de conférence est réservée pour votre réunion à neuf heures, mais M. Mark m'a dit de vous dire qu'il serait un petit peu en retard. Il a dit quelque chose à propos d'un essuie-tout. »

« Oh oh. » Kerry grimaça. « Je pense qu'il parle de nettoyage. Ça n'a pas l'air bon. Okay – merci Mayté. Je vais commencer la réunion sans lui. J'espère qu'il va bien. » Elle secoua la tête et rafraîchit sa page de mails, la plupart marqués d'un drapeau rouge urgent. « Ouille. Quelle façon de commencer la journée. »

Colleen se contenta de glousser d'un air narquois. « Et bien, mon amie, j'allais commencer ma journée, et j'espère qu'elle ne sera pas aussi rude que la tienne. Je te ferais savoir ce qu'en dit le propriétaire. » Elle remua les doigts vers Kerry et se dirigea vers la porte.

« Bye Col. » Kerry retourna son attention vers sa boîte de réception, cliquant sur le premier drapeau rouge. C'était un appel du marketing sur un nouveau compte. Elle se pencha en avant et l'étudia pensivement, puis elle déplaça la fenêtre et cliqua sur le diagramme du réseau. Quand il apparut, elle tapa un indicateur dans le circuit et scanna les résultats.

Ses doigts tambourinèrent légèrement sur le clavier. « Marginal. » Elle se mordilla l'intérieur de la lèvre. Le nouveau compte voulait une garantie sur la quantité de bande passante, et le tuyau mineur qu'ils avaient, un rejeton du réseau principal dans une lointaine partie de l'Oregon, était déjà à la limite de la saturation.

Devait-elle accepter, et espérer que tout se passe bien ? Devait-elle demander une augmentation de la bande passante ? Ils ne recevraient pas plus d'argent si elle devait mettre un tuyau plus gros, à moins qu'ils puissent faire plus d'affaires dans cette zone.

Après un moment à tambouriner du bout des doigts, Kerry retourna à son courrier. Elle cliqua sur 'répondre' et tapa sa réponse. « Okay, John. Je donne la garantie, mais vous feriez mieux de comprendre que c'est une zone très serrée. Il n'y a aucun autre client existant, et les tuyaux resteront de cette taille-là jusqu'à ce que vous me proposiez plus d'affaires. »

Elle l'envoya puis s'assit. Après une seconde, elle entra dans son dossier de courrier envoyé et cliqua sur la note qu'elle venait d'envoyer, fournissant une copie pour Dar. « Juuuste au cas où. »

Puis elle continua avec le message suivant, une autre demande, un autre compte, une autre décision. Kerry se demanda combien de temps ça avait pris à Dar pour se lasser de ce genre de travail ? Elle avait développé une technique en effrayant tout le monde, à tel point que plus personne ne lui demandait de faveur, ce qui fait qu'elle avait beaucoup moins de courrier à gérer que Kerry.

Kerry était perçue comme 'sympa' – elle le savait, et elle savait aussi que ça jouait souvent en sa faveur, mais dans des cas comme celui-là, elle devait souvent passer des appels qu'elle n'avait pas à passer, simplement parce que les gens savaient qu'ils pouvaient l'approcher et lui demander.

Alors – est-ce que la méthode de Dar était vraiment très efficace ?

Hmm. Kerry inspira, puis sursauta quand un Gopher Dar apparut, dansant pour elle sur sa fenêtre mail. « Hey. Petit monstre. » Elle rit, cliquant sur le Gopher Dar avec sa souris. Aujourd'hui son petit copain avait un tee-shirt et une salopette, et il portait une casquette de baseball avec la lettre K dessus.

Gopher Dar secoua un doigt vers elle, puis  sortit une pancarte, l'agrandissant sur l'écran pour que Kerry puisse la lire. « Les Lois de l'Informatique ? » Gloussa-t-elle. « Dar, Dar, Dar. »

« Oui ? »

Kerry sursauta de nouveau. Elle se tourna et lança un regard furieux à sa chef. « Pirate. »

Dar s'avança. Elle était de nouveau vêtue de jeans, et elle portait un sac rempli de différentes choses d'informaticien sur son épaule. « Je vais dans la salle de stockage. Si quelqu'un me cherche, dis-leur que j'ai la tête dans un routeur quelque part. »

Kerry la regarda affectueusement. « Tu vas encore passer la journée allongée par terre ? Viens-là. » Elle tira un petit oreiller en laine du grand tiroir de son bureau et le tendit à Dar. « Installe-toi là-dessus. »

Sa compagne accepta la chose en peluche et la leva devant ses yeux. « Tu veux que je marche dans les couloirs avec ça ? » Dit-elle en riant. « Kerry, je n'ai pas besoin d'un manchon en poil de mouton. »

« Et bien, dis-leur que c'est mon manchon. » Répondit Kerry avec un clin d'œil. « En fait, c'est pour ta tête. Ce n'est pas bon pour toi d'avoir la tête sur du béton froid, chérie. Je ne veux pas que tu tombes malade. »

Dar glissa l'oreiller sous son bras et esquissa un salut vers Kerry en se dirigeant vers la porte. « Oh. » Elle s'arrêta en ouvrant la porte. « Bonne décision pour l'Oregon. » Puis elle sortit et ferma la porte derrière elle, laissant Kerry dans un silence momentané.

« Merci. » Dit Kerry à la porte fermée. « Joli chapeau sur le gopher. » Ajouta-t-elle avec un sourire, en venant déranger le Gopher Dar qui dormait maintenant au coin de son écran, le chapeau baissé sur ses yeux.

Avec un hochement de tête elle retourna travailler, regardant sa montre pour vérifier l'heure. Il était presque huit heures, et elle devait s'occuper du reste de son courrier urgent avant sa réunion de neuf heures, et pendant une minute elle regretta de ne pas travailler avec Dar sur le projet à la place.

« Mauvaise Kerry. » Elle cliqua résolument sur le prochain mail.

 

* * * * *

 

Ça faisait vraiment très longtemps que Dar n'avait pas mis les pieds au rez-de-chaussée de leur immeuble dans la grande pièce de la base centrale telecom. Elle poussa la porte avec un geste de grande habitude, accrochant un vieux morceau de câble Ethernet attaché autour d'un conduit pour maintenir la poignée de la porte, et elle entra.

C'était loin d'être un endroit séduisant, les murs de béton recouverts de moniteurs les uns à la suite des autres, de cartes de circuits, de câbles et de routeurs. Il y avait aussi deux grandes unités UPS pour fournir la pièce s'ils tombaient en panne d'électricité, avec sa propre unité de climatisation et un plancher relevé qui lui permettrait de ne pas avoir à se coucher sur le béton.

Les murs étaient couverts de conduits d'acier qui menaient chacun à un étage différent du bâtiment, et un ensemble de tuyaux aux lumières rouges brillantes indiquaient les lignes qui arrivaient de l'extérieur. Ils avaient de petites caméras attachées sur le côté qui permettaient de pénétrer le tuyau par le haut, et qui donnaient au département de la sécurité une visibilité du conduit jusqu'au terminus extérieur.

Il y avait aussi des caméras pointées sur eux à l'intérieur de la pièce, une petite assurance de plus que Dar avait installé il y a un peu plus d'un an. Il n'y avait pas de raison de prendre des risques, et l'accès à cette pièce était réservé à seulement quatre personnes dans la compagnie, dont elle faisait partie.

Kerry et Mark étaient les deux autres, et la dernière clef était à Plano, dans les mains du responsable de la sécurité de l'entreprise, en cas de désastre.

Dar posa son sac et parcourut des yeux les moniteurs pour se re-familiariser avec la configuration des lieux. Elle avait supervisé l'installation originale de cette pièce, mais ça faisait un moment qu'elle n'avait pas vu le matériel. Elle fit courir ses doigts sur les tableaux de bords, jetant un coup d'œil à l'arrière pour vérifier les prises jacks.

Tout paraissait en ordre. Dar fit le tour de la pièce une autre fois, puis elle choisit un endroit sur le sol, et elle s'agenouilla, sortant son ordinateur et un ensemble de câbles. Elle brancha l'extrémité du câble dans un des deux routeurs maîtres, et elle s'assit, s'appuyant contre le moniteur avant de glisser l'oreiller de Kerry derrière sa tête.

Ça ajouta un peu de confort inattendu bienvenu considérant le nombre d'heures qu'elle suspectait passer assise sur le sol pour travailler. Dar sourit, prit un câble Ethernet de son sac et attacha l'arrière de son ordinateur au réseau avec. Kerry était si gentille parfois.

Okay, la plupart du temps. En fait, il y avait des fois où Dar se demandait ce qu'elle avait bien pu faire dans une vie antérieure pour mériter d'avoir rencontré Kerry dans cette vie-là.

Bon. Elle alluma son ordinateur et tira une canette de Yoohoo de son sac, elle l'ouvrit et la posa à côté d'elle, en violation directe avec la règle stricte qu'elle avait elle-même mise en place interdisant toute boisson dans cette pièce.

L'écran s'alluma et elle démarra son programme d'analyse, puis elle lança le moniteur de réseau. Elle fit craquer ses articulations et commença à taper, appelant la configuration du routeur sur un écran pendant qu'elle laissait courir le moniteur sur un autre.

Une alerte flasha. Dar s'arrêta et la regarda, surprise. « Qu'est-ce que... » Elle approcha le moniteur et agrandit la fenêtre en plein écran et elle fouilla les lignes des yeux. Son attention fut attirée par un compteur qui grimpait, et avec un juron, elle échangea l'écran du routeur et commença à taper comme un diable.

« Sale fils de connard de foutu hacker.. attends que je t'attrape... »

 

* * * * *

 

A suivre.

 

 

Posté par bigK à 21:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]