Guerrière et Amazone

19 juillet 2018

Fin du Festival de Missy Good !

mar

 

- Partie 11 et fin du Festival de Missy Good

Un tout grand MERCI à Fryda qui, encore une fois, a été au bout de la traduction de cette longue FF !!

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 11 et FIN

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 11ème et dernière partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2018)


Xena était sûre de ne pas l’avoir entendue correctement. « Quoi ? » Lâcha-t-elle d’un ton incrédule. Je n’ai pas entendu ça. Je sais que je ne l’ai pas entendu.

Une torsion de la plume. « Tu m’as entendue, outsider… tu réussis, nous t’acceptons. Tu rates… et bien, nous devrons décider de ton sort. » Elle tourna dans le cercle aux acclamations des Amazones. « Voilà comment ça marche… J’effectue l’épreuve, tu as une chope de bière. A chaque fois que tu ris, tu bois. » Elle sourit à la guerrière ébahie. « Plus tu tiens, plus c’est dur. »

Bon sang. J’ai bien entendu ça. La guerrière entendit un son étouffé près d’elle et ne fut pas surprise de voir la main de Gabrielle sur son bras tandis que la barde se plaçait devant elle et faisait face aux Anciennes. « Salut. »

Rena mit rapidement la plume derrière son dos. « Ah ben, salut, Majesté. » Elle tapota son masque et fit un sourire joyeux à Gabrielle.

Celle-ci mit son bras autour des épaules de la femme et se pencha un peu plus. « Ecoute. Tu sais… que je suis vraiment attachée à Xena », déclara-t-elle d’un ton confidentiel.

« Sans blague », marmonna Rena, pince-sans-rire. « Vraiment ? »

« Mm », confirma la barde. « Oui et je détesterais vraiment l’idée que quelqu’un ici… n’importe qui… tente… oh… de l’embarrasser ou de la faire passer pour une idiote… ou un truc comme ça.

Pas de réponse.

« Parce que si c’était le cas, je devrais faire quelque chose d’horrible comme… oh… les faire aller au lit et rater le reste de la fête. » Une pause. « Tu vois où je veux en venir ? »

« Heu… oui. » Rena sortit difficilement les mots. « Je… cherchais juste un défi qui n’implique pas d’objets pointus et acérés, des femmes en sueur, des cordes ou des lances. » Elle se mordilla la lèvre. « C’était ça ou bien un concours de mangeuses d’œufs. » Un haussement d’épaules. « C’est une loi traditionnelle bizarre. »

« Bizarre », soupira Gabrielle. « Oh oui… et bien, dans ce cas, on va s’en passer. »

La mâchoire de Rena s’affaissa un peu. « Tu es sérieuse ? »

Le regard de la barde était maintenant très calme. « Tu ne vas pas la ridiculiser, Rena. Pas devant elles et pas devant moi, ou bien je jure que… »

« Chut… » L’Ancienne mit une main sur son bras. « Ce n’était pas le plan… calme-toi… » Elles arrêtèrent de parler quand un bras amical tomba sur leurs épaules.

« Vous avez fini ? » La voix de Xena portait plus qu’une touche d’amusement. « J’aimerais bien que ce… défi… soit terminé pour que je puisse avoir du dessert. »

Elles la regardèrent. « Tu… es d’accord ? » Demanda Rena avec hésitation, lançant un regard de doute à Gabrielle.

« Xena… » La barde la regarda en guise d’avertissement.

« A une condition », répondit Xena, consciente des regards fascinés de la part des Amazones en cercle.

« Une condition ? » Rena se reprenait vite. « Et bien… je suppose que… très bien, c’est quoi ? »

Avec un mouvement si rapide qu’il ne fut qu’un éclair dans la lumière du feu, Xena prit une longue plume de la coiffe de Rena et la fit tourner dans ses longs doigts. « On en fait un duel. » Elle renvoya le défi avec soin à l’Ancienne, la défiant de refuser.

« Euh. » Rena fut saisie par surprise. « Je ne… suis pas sûre… de ce que disent les règles à ce sujet. »

« Pas de problème. » Gabrielle lui fit un doux sourire. « Je peux les changer. » Elle lança un regard à peine voilé d’admiration à son âme sœur. « Un duel, ça me paraît bien. »

« Hum… c’est pas juste. » Rena fit retraite. « Tes bras sont bien plus longs. »

Xena écarta lesdits membres. « Tu portes une armure », ronronna-t-elle. « Et tu es une cible plus petite. »

L’Ancienne la regarda de haut en bas. « Ça c’est sûr », marmonna-t-elle. « Oh, par les poils de cul de Centaure… très bien. »

Une acclamation s’éleva puis un bourdonnement de conversations intéressées tandis que les deux femmes s’éloignaient pour se préparer.

« Tu n’as pas vraiment à faire ça », dit Gabrielle à voix basse. « Xe, je le pense… je préférerais qu’on oublie juste… »

« Chut. » Xena se pencha et l’embrassa. « Ça va aller… je ne suis pas chatouilleuse. »

« Xena. » Gabrielle lui lança un regard agacé. « Tu l’es très certainement. »

Un doigt sur son nez. « Détends-toi », murmura la guerrière puis elle fit un clin d’œil tout en ajustant sa tunique, puis elle alla à grands pas vers la zone centrale, où Rena était dans une consultation furieuse avec trois autres Anciennes et Eponine. Elle contourna le feu d’un pas nonchalant, rendant les sourires timides aux Amazones du premier rang en attendant qu’elles aient fini de comploter. Une jeune serveuse s’avança, portant un plateau de chopes. Elle en tendit une à Xena qui prit une gorgée et se lécha les lèvres d’un air appréciateur.

Un lent bruit de tambour s’éleva tandis que Rena et les autres finissaient leur réunion et que l’Ancienne venait à sa rencontre, s’arrêtant à deux longueurs de bras tout en inspirant. « Faut que je te prévienne… je fais ça depuis longtemps, Xena… j’ai un contrôle parfait de mon corps. » Elle attrapa sa chope, la renifla puis secoua un peu la tête.

La guerrière avança d’un pas et laissa l’énergie animale faire surface, posant un sourire séduisant sur ses lèvres tandis qu’elle étudiait l’Ancienne de la tête aux pieds. La lumière du feu ne masqua pas la rougeur qui en résultait. « Je garderai ça en tête. » Sa voix passa à un registre bas et caressa les mots tendrement. Elle leva la plume et haussa ses deux sourcils. « On y va ? »

Rena baissa son masque et secoua la tête, bondissant légèrement pour mettre en ordre ses plumes.

« Je ne peux pas croire qu’elle a dit oui. » Ephiny se pencha et poussa la barde qui était assise sur ses oreillers, ses jambes repliées sous elle, regardant sa compagne attentivement.

« Mm… moi non plus », murmura Gabrielle à son tour. « Elle ne va pas dans ce genre de truc habituellement. » Elle tourna la tête alors que Jessan rampait pour s’approcher d’elle et se détendit à son côté, le bout de ses crocs dénudés en un léger sourire. « Salut Jess… »

« Salut… tu aurais dû me dire que les Amazones étaient aussi marrantes… » L’être de la forêt la poussa joyeusement. « Des défis de plumes ? » Il tourna la tête juste pour voir Xena faire sa revue de haut en bas de l’Ancienne et il se mordit la langue. « Oh… il faut qu’elle arrête de faire ça. » Il se frappa la tête.

Gabrielle le regarda un peu alarmée. « Tu vas bien ? »

Son ami se frotta le visage. « Il y a juste beaucoup… eu… d’énergie… par ici. » Il lança un regard ironique vers Gabrielle.

« De l’énergie ? » La barde le regarda intriguée un moment puis elle rougit. « Oh. » Elle retourna son attention au concours. Xena avait reculé et elle roulait des épaules pour les détendre, et la barde pouvait dire en voyant le langage du corps de son âme sœur qu’elle considérait le concours comme un moment de pur divertissement. Gabrielle était intriguée, connaissant la sensibilité de la guerrière aux chatouillements, mais elle décida d’attendre de voir ce qui se passait. Elle pouvait voir ce que Jessan voulait dire avec l’énergie, cependant… quand Xena était de cette humeur, le sex-appeal coulait d’elle, en commençant par ce sourire enjôleur et en continuant avec les petits rebondissements dans ses mouvements.

Cela amena un sourire à la barde qui soupira, posant son menton sur son poing.

« Je te préviens, Xena… » Rena fit un cercle sur sa gauche, levant sa plume. « Tu l’auras voulu… »

La grande guerrière sourit et leva les bras tout en s’immobilisant. « Allez… toi d’abord. » Elle plia un doigt joueur vers l’Ancienne. « Un tir libre. »

L’autre femme jura puis fonça sur elle, les plumes de son masque montant et descendant comme celles d’un poulet enragé. Elle tendit un bras avec prudence et fit bouger la plume dans sa main sur le bras de Xena.

Pas de réaction.

Elle essaya l’autre bras. Puis elle s’enhardit et s’avança, chatouillant Xena sous le menton. « Tu fais semblant. »

La guerrière bougea avec fluidité, la saisissant sous le bras et provoquant un couinement étonné. « Toi non. » Elle visa les côtes de Rena, mais l’Ancienne s’écarta du chemin avec un juron. « Allez, bois. »

« C’est pas juste… » Protesta Rena. « Tu es couverte. » Mais elle prit une gorgée de la bière forte.

Xena sourit et tendit la main vers sa ceinture, puis elle jeta un coup d’œil alors que Jessan criait et se couvrait les yeux. Elle détacha le tissu et laissa la chemise s’ouvrir avec une lueur diabolique dans les yeux. « C’est mieux ? » Son corps bien musclé était éclairé par la flamme et l’ombre du feu, peignant une image séduisante.

La femme lui lança un regard mauvais. « T’es vraiment la reine de l’embrouille, hein ? » Répondit-elle outragée. Mais elle plongea en avant, passant la plume sur les côtes exposées de Xena, puis fonçant sur le côté tandis que la guerrière lui touchait l’arrière de la jambe. Elle se mordit la lèvre, mais un cri lui échappa néanmoins et elle prit une autre gorgée tout en lançant un regard dégoûté à la guerrière.

Un autre évitement, un autre balayage et cette fois Xena la toucha le long du dos, la faisant sauter en avant comme un lapin surpris. Mais elle ravala le rire et ainsi n’eut pas à avaler de bière. Rena tourna en cercle, planifiant son attaque. Elle feinta à droite et bougea sur sa gauche, entrant dans la garde de la grande femme pour passer sa plume le long du ventre de la guerrière, regardant les muscles se contracter violemment en réponse. « Ah ! » Gloussa-t-elle d’un air triomphant.

Xena ne s’embêta pas à lui dire que c’était sa lutte âpre pour repousser ses défenses assez fort pour laisser l’Amazone la toucher plus que n’importe quoi d’autre. Elle se contenta de sourire puis prit quand même une gorgée de sa bière, bien qu’elle n’ait émis aucun son. La bière était bonne et elle s’amusait bien. Le jeu lui rappelait les longues soirées d’amusement avec son armée quand les concours de toutes sortes étaient constamment présents.

Et tout le monde… tooouuut le monde voulait sa chance avec Xena. Elle plongea soudainement en avant et toucha l’Amazone juste au-dessus de la hanche, se laissant tomber sur un genou pour s’écarter de sa prise tandis que celle-ci criait puis elle sauta en arrière, se soulevant complètement du sol, levant ses genoux hors de la portée de l’Amazone. Rena jura, mais but, finissant sa bière avant de s’essuyer les lèvres.

La serveuse s’avança et reprit la chope, puis elle lui en tendit une autre.

Son essai suivant fut de se baisser et de toucher Xena derrière les genoux, un endroit qu’elle affectionnait. La guerrière sauta hors du chemin comme si elle avait des ressorts dans les genoux, évitant la plume avec une grâce consommée. « Bougre. » Rena se mordit la langue pour réfréner son rire tandis qu’un léger toucher voyageait le long de son cou.

Rena se rendit compte qu’elle n’avait qu’un seul moyen de maintenir cette fichue bonne femme immobile assez longtemps pour marquer un point, alors elle se lança sur Xena, attrapant la grande femme autour des cuisses et les amenant toutes les deux au sol. Deux chopes de bière s’envolèrent vers le feu tandis qu’un cri montait de la foule et elle cria en retour, profitant rapidement de son avantage pour enfourcher la guerrière, se mettant à l’œuvre dans un esprit de vengeance. « Ahah ! Je t’ai eue ! ! ! »

Avec un sourire diabolique, elle passa la plume lentement le long du corps puissant de Xena, commençant à sa clavicule et ne ratant rien jusqu’à son nombril. C’était… presque une expérience enivrante en soi, alors qu’elle pouvait sentir la puissance grondante juste sous la surface, luttant pour se lancer sur elle. Elle avait passé sa vie au bord du danger, mais ceci… Rena inspira brusquement. C’était comme de chevaucher un éclair.

Xena… transpirait le danger. Elle relâcha une vague d’énergie sensuelle et sombre qui envoya des frissons le long du corps de Rena et lui rappela avec force la réputation sanglante qui pendait au-dessus d’elle comme un linceul ombrageux. Il serait si facile de s’y perdre… Comment faisait Gabrielle pour lui résister ?

Peut-être qu’elle ne le faisait pas, songea l’Ancienne. Peut-être qu’elle était fascinée par ce côté sombre comme l’était tout le monde.

Xena se détendit et croisa les jambes aux chevilles, regardant son attaquante joyeusement. Pas un pouce de réaction tandis que l’Amazone couvrait son corps exposé de coups de plume chatouilleuse. Le regard bleu regardait calmement son bourreau et sa respiration restait lente et régulière. « Allons… tu dois faire mieux que ça », la taquina-t-elle, son sourire chassant le danger comme des bulles de savon qui éclatent.

L’Amazone s’arrêta et la fixa avec incrédulité. « Par le fils de la fichue Bacchante. » Rena leva les mains de frustration. « J’abandonne… je ne pense pas que je pourrai… ooouuiiiilllle ! ! »

Xena s’était arquée et elle repoussa doucement l’Ancienne, roulant pour la clouer au sol d’un long bras musclé. Puis elle fit un grand geste avec sa plume et dessina une ligne lente et taquine le long des côtes de Rena, la regardant serrer les dents en réaction. La plume remonta, dansant sur l’extérieur de son épaule puis à l’arrière de sa jambe. Un son bizarre d’étouffement sortit de l’Amazone.

« Tu sais quoi… » Xena retourna son attention aux côtes, passant le bout de la plume de haut en bas et regardant les muscles sursauter sous ses assauts. « Je pense que tu es chatouilleuse. »

« Eeeeehhhhhh ! ! ! ! » Finit par exploser Rena tandis que la plume passait derrière ses genoux. « Partouslesdieux espèce de fichue… » Elle tapa le sol de ses poings et grogna.

Xena s’assit et la relâcha, faisant face à la foule, la plume en question levée. Une salved’applaudissements l’acclama et elle sourit. « Quelqu’un d’autre veut tenter sa chance ? » Elle les taquina puis pointa la plume d’un air sévère vers la barde qui s’était immédiatement levée. « Pas toi. »

Gabrielle rit. « Oooh… c’est pas juste ! »

Des rires s’élevèrent dans le cercle tandis que Rena s’asseyait et lançait un regard ironique à son bourreau. « Je pense que je me suis fait avoir. » Mais elle rit. « Bienvenue, Xena. » Elle tendit la main et la guerrière la serra fermement. « Bienvenue dans la Nation Amazone. » Une clameur s’éleva et ce fut le chaos, alors que la plus grande partie de la foule s’amassait dans la zone centrale pour la féliciter.

Gabrielle réussit cependant à les battre et se mit à ajuster la tunique de son âme sœur pour la refermer avec un air de propriétaire tandis que Xena aidait Rena à se relever.

« Ah… » L’Amazone se brossa les mains. « Maudit masque… j’ai oublié comment ils pouvaient être inconfortables par tous les dieux. » Elle l’enleva et essuya la sueur de son front avant de lancer un regard à Xena. « Pas étonnant que tu aies accepté… tu n’es pas du tout chatouilleuse, toi. »

La barde captura la plume de Xena et la fit tourner entre ses doigts. « Mmm… » Elle chatouilla légèrement l’intérieur du coude de la guerrière et obtint un couinement. « Ça dépend de qui chatouille. » Elle sourit avec espièglerie tout en passant la plume sous l’oreille droite de Xena pour être récompensée par un rire impuissant.

La mâchoire de Rena s’affaissa. « Espèce de petite… »

Gabrielle se contenta de sourire puis elle se pencha en avant et mit le nez sur la poitrine de Xena. « Comment tu as fait ça ? » Murmura-t-elle. « Je sais parfaitement bien que tu es chatouilleuse. »

« Seulement quand c’est toi qui le fais », répondit doucement Xena. « Personne d’autre. »

La barde cligna des yeux de surprise. « Oh. » Puis elle sourit. « Cool. »

« Mm », acquiesça la guerrière, mettant un bras autour des épaules de son âme sœur, puis elle se retourna pour saluer ses nouvelles sœurs Amazones.

Ce fut un tournoiement de corps, de sons et de senteurs et Xena réussit à peine à retenir ses instincts tandis qu’elle était étreinte avec prudence par des tonnes d’Amazones chaleureuses et en sueur. Seule la main de Gabrielle sur son dos retint son désir de repousser les corps, mais elle ne voulait pas fâcher la foule en réalisant que c’était leur façon de l’accepter parmi elles.

« Essaie de ne tuer personne, Xena… » Murmura Eponine tandis qu’elle prenait son tour. « Elles ont attendu des années pour faire ça. »

« Tch. » Xena leva les yeux au ciel. « Les Amazones. »

Eponine rit et lui donna une tape sur le dos. « Nous savons reconnaître une bonne chose quand nous la rencontrons. »

Ensuite, lentement, la foule se désagrégea en un cercle compact, ne laissant que Xena, Gabrielle et Ephiny au centre. La régente leur sourit et montra la foule d’un mouvement de tête. « Allez-y d’abord… ensuite le reste d’entre nous pourra se détendre et en finir avec ça. »

Le battement bas des tambours faisait un sous-courant séduisant tandis que Gabrielle prenait la main de sa compagne et qu’elles s’approchèrent de la régente qui tenait un parchemin. Ephiny attendit qu’elles s’arrêtent puis elle prit une inspiration. « Bien. » Elle s’éclaircit la voix dans le silence soudain, avec le seul bruit des tambours qui remuaient l’air. « Gabrielle, tu es la Reine par droit de caste et tu as choisi de prendre consort ici, devant la Nation, en cette nuit de festival. » Le langage était formel et un peu guindé et elle tressaillit en s’entendant parler.

Ensuite elle attendit.

Gabrielle se rendit compte qu’on attendait une réponse de sa part, mais la régente n’avait pas eu le temps de lui expliquer la cérémonie à cause de l’incident de l’après-midi. Je présume que je dois dire quelque chose… oh bon… « Ça couvre ce que je pense, oui », finit-elle par répondre, ce qui fit se mordre la lèvre à la régente pour s’empêcher de rire. Ben quoi. « Je pense que j’ai choisi la bonne. »

Un élan de rires, chaleureux et honnêtes traversa le cercle. Gabrielle regarda son âme sœur. « Elle est coriace et robuste… se bat plutôt bien… agréable à regarder… »

Un autre élan de rires et cette fois, Ephiny s’y joignit. Xena se contenta de hausser un sourcil et lui sourit.

« Euh… oui… oui… » Ephiny leva la main. « Accepté… hum… » Elle lut le parchemin silencieusement. « Ah… nous y voici… d’accord. » Elle prit une inspiration. « A ce point, je suis censée demander si quelqu’un ici objecte au choix de notre reine, et ensuite laisser cette personne parler, sans la censurer. »

Elle garda le silence.

Le bruissement des feuilles sembla soudain bruyant alors que même les tambours s’étaient tus.

Gabrielle ferma brièvement les yeux et serra les lèvres tandis que ses doigts s’enroulaient autour de ceux de son âme sœur. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’Ephiny pose cette question et la réponse aurait pu être…

Mais le silence continua pendant soixante battements de cœur, tandis que tout le monde se regardait.

« Que tout ça soit écrit. » La voix calme d’Ephiny faillit les surprendre après la paix de ce moment. Elle tourna les yeux vers la guerrière. « Xena, tu es venue devant nous et tu as réussi les épreuves. » Elle roula des yeux, cachée de la foule. « Et tu as été acceptée par la Nation. Jures-tu d’obéir à notre Reine, de la défendre même avec ta vie ? » C’était un changement subtil du verbiage, vrai, mais Ephiny était satisfaite de ça et elle pensa que Gabrielle l’était aussi.

Xena sourit. « Je le jure. »

« Moi aussi », ajouta Gabrielle, bien qu’elle sache qu’on ne l’attendait pas d’elle.

« Tu es la reine, Gabrielle… tu n’as pas à dire ça », murmura Ephiny entre ses dents.

« Le soleil n’a pas besoin de briller non plus, mais il le fait », répondit la barde, recevant un sourire de retraite de son amie.

« Très bien… Majesté, ton choix est écrit. » La régente prit une plume tendue par une jeune Amazone et fit une inscription sur le parchemin, puis elle passa le doigt sur le reste des codicilles. « Redondant… redondant… inutile dans ce cas… oh, j’aimerais bien les voir appliquer ÇA… ah. » Elle s’éclaircit la voix. « Scellé avec un baiser et nous en avons fini. »

« Comme si nous n’avions pas fait ÇA devant tout le monde. » Gabrielle leva les yeux au ciel et provoquaun éclat de rire dans la foule. Même Tyldus riait, installé près du feu pour voir la cérémonie. Du coin de l’œil, elle repéra la tête poilue de Jessan et elle se tourna, pour le voir sourire et faire des clins d’œil.

Elle se retourna pour voir son âme sœur qui la regardait avec des yeux bleus attentifs. Elle glissa les bras autour de Xena et sentit la main de la guerrière lui prendre la joue. Elles se regardèrent un long moment et Gabrielle mémorisa la scène, pour l’ajouter à sa petite collection de périodes douces dans sa vie. Elle pencha la tête quand Xena baissa la sienne et leurs lèvres se touchèrent comme elles l’avaient fait un an avant, devant la plupart des spectatrices.

Elle jura avoir entendu le tonnerre.

Elle pouvait légèrement goûter l’orge riche de la bière sur les lèvres de Xena et la sauce fruitée de leurs viandes, et elle se laissa dissoudre dans le contact alors que leurs corps se fondaient l’un dans l’autre sous une couverture d’étoiles.


Xena se réinstalla contre les coussins, attirant Gabrielle sur sa poitrine avec un bras possessif autour de l’estomac de la barde. La musique était forte maintenant tandis que les serveuses faisaient passer de grandes chopes de bière et du vin fruité en même temps que les pâtisseries épaisses, moelleuses au miel et à la noisette qui tenaient lieu de dessert.

Les trois autres unions s’étaient passées sans heurt, avec une Gabrielle qui prenait doucement et continuellement les parchemins des mains d’Ephiny, puis célébrait la cérémonie de celle-ci et Pony, les renvoyant ensuite à leurs sièges tandis qu’elle finissait avec les deux autres couples. Il n’avait pas fallu longtemps, mais les deux autres avaient un air de reconnaissance intimidée que ce soit leur douce reine qui préside, et l’une des secondes paires lui avait murmuré qu’elle espérait qu’elle et sa compagne soient au moins à moitié aussi heureuses que Gabrielle et Xena.

Cela lui avait valu une belle étreinte de la part de la barde et un sourire de Xena, qui se tenait avec sollicitude auprès de sa compagne, tenant les parchemins pour elle. Ensuite elles étaient retournées à leur plate-forme avec une Ephiny et une Eponine à l’air plutôt tranquille et plutôt incrédule, et un Xenan endormi, blotti près de sa mère, ses sabots sous lui, et appuyé contre elle.

Gabrielle se nicha contre la guerrière, la tête en arrière, grognant lorsque cette dernière lui tendit un autre gâteau. « S’il te plaît… je vais exploser d'un moment à l'autre. » Elle relâcha un souffle. « Je suis tellement pleine que je peux à peine respirer. »

Xena rit. « Bien. » Elle lui tapota doucement le ventre puis pressa légèrement sa compagne.

« Ouille… pas trop fort ou bien je vais me lâcher », l’avertit la barde, en s’étirant un peu avant de poser la tête contre la poitrine de son âme sœur. « Tu as vu le collier qu’Eph a donné à Pony ? » Elle leva les yeux vers la guerrière avec un sourire. « Il est joli. »

« Mmhmm… » Acquiesça Xena aimablement, ressentant les effets de plusieurs chopes de bière et de bien trop de nourriture. Elle espéra sincèrement que personne n’aurait d’idée idiote ce soir… elle savait qu’elle n’avait pas assez de coordination pour la sécurité et qu’elle était assez coordonnée pour ne pas être inoffensive. « Très beau… j’aime bien l’épée qui empale l’étoile. » Cela lui amena un souvenir. « Oh… » Elle tendit la main et tira quelque chose de sa botte pour le tendre à la barde. « Oublié… pardon… »

Gabrielle prit le petit paquet et l’étudia, avant de lever le regard vers les yeux bleus tranquilles. « C’est quoi ? »

Xena haussa les épaules. « Je me suis dit que je devrais t’offrir quelque chose… considère ça comme un cadeau tardif d’anniversaire, si tu veux. » Elle emmêla paresseusement ses doigts dans les cheveux de la barde.

La barde déballa l’objet qui avait vaguement la forme d’une dague longue, posant de côté les morceaux de tissu jusqu’à ce qu’elle expose une pièce d’ivoire longue et sculptée avec soin, prévue être tenue à la main et se finissant avec un point minuscule et flexible. De minuscules visages intriqués et des animaux étranges étaient sculptés sur la surface et la poignée donnait une prise lisse et confortable.

Gabrielle la prit en main et la plia, s’imaginant écrire avec ce point fin et précis. « C’est… beau, Xe. » Le diminutif semblait lui venir plus souvent aux lèvres ces derniers temps et elle se fit une note mentale pour demander plus tard à la guerrière si ça la dérangeait. « Incroyable… je n’ai jamais rien vu de tel. »

Xena sourit tranquillement. « Non… tu n’aurais pas pu, pas ici en tous cas. »

La barde fit tourner l’objet dans sa main. « Pas ici… d’où est-ce que ça vient ? »

La guerrière hésita puis elle s’éclaircit la voix. « De Chine », répondit-elle calmement. « Après avoir débarqué… j’ai dû attendre la nuit pour… bon, bref… j’ai fait le tour du marché du port pendant un moment… je n’avais pas vu ce genre de choses depuis longtemps, je dirais. » Des vues et des odeurs qui la hantaient depuis longtemps, les moindres étant les drogues, accessibles à chaque étal. « J’ai… vu ça… » Elle s’interrompit un moment puis reprit. « Je l’ai acheté pour toi avant de vraiment penser à… l’endroit où j’étais ou ce que je faisais. Je me suis sentie plutôt stupide quand j’ai… » Elle s’arrêta à nouveau et cette fois, elle ne continua pas.

Gabrielle fit tourner l’objet dans sa main à nouveau puis elle leva les yeux et porta son autre main à la joue de la guerrière, la fixant avec une totale compassion. « Merci. » Elle caressa la peau douce. « Pour tout. »

Xena lui sourit. « A ton service. » Elle toucha la plume. « Ecris-moi un poème avec. »

La barde lui sourit à son tour. « D’accord. » Puis elle soupira et chercha la bourse à sa ceinture. « Je t’ai déjà dit que tu étais la personne pour qui c’était le plus difficile de penser à un cadeau ? »

« Humm… non », admit sa compagne.

« Mm… et bien tu l’es », lui dit Gabrielle tranquillement. « Je veux dire… combien de couteaux et de morceaux d’armure peut-on offrir à une seule femme, pas vrai ? » blagua-t-elle. « Tu ne portes pas vraiment de bijoux et je sais mieux que quiconque qu’il ne faut pas essayer de te trouver quelque chose en lien avec ton équipement. »

« C’est vrai », confirma Xena. « Mais… je n’ai pas vraiment besoin que tu me fasses des cadeaux, mon amour. »

Le regard vert brume se posa sur elle. « Tu dis toujours ça… mais ça ne m’empêche pas d’essayer. » Elle sortit quelque chose de sa bourse. « Et bien… j’avais une idée… je sais que tu aimes bien attacher tes cheveux en arrière quand on voyage… pour les écarter de ton visage… alors je… » Elle déballa une attache de tresse en cuir de couleur rouge profond. « Je me suis dit que je pourrais en fait en faire un moi-même… et je l’ai fait. » Elle lança un regard fier à l’objet, se souvenant des heures passées à donner forme au cuir avec les petites boucles d’un couteau en cuir.

Un sourire charmeur passa sur les lèvres de Xena et elle toucha l’objet du bout de son doigt. « Ouaouh… c’est vraiment joli, Gabrielle… merci. »

« Mm… Mais je me suis dit ensuite, eh bien, que tu pourrais en avoir un n’importe où… je veux dire… »

« Pas fait par toi », interjeta la guerrière en le prenant des mains de la barde pour l’étudier.

« C’est vrai… mais… » Gabrielle le retourna doucement, montrant l’intérieur, où une cachette finie se trouvait. « Ça a été le plus difficile… je… et bien, il y a ce poème que tu as beaucoup aimé et je me suis dit que si j’arrivais à l’écrire à l’intérieur… eh bien… ce serait vraiment unique. »

Xena cligna des yeux et regarda le cuir dans la faible lumière du feu. De petites lettres dorées lui faisaient face, huit, non, douze lignes gravées avec patience. Elle les lut deux fois avant de lever les yeux vers la barde qui attendait. « C’est vraiment beau… merci, mon amour. » Elle toucha le visage de Gabrielle. « C’est unique… tout comme toi. »

La barde serra la mâchoire et déglutit. « Je peux… » Elle montra les cheveux de sa compagne.

« Bien sûr. » Xena se pencha en avant et attendit patiemment alors qu’elle sentait les mains de la barde lui faire affectueusement une tresse, le toucher l’apaisant, en même temps que le son du battement de cœur de Gabrielle qu’elle pouvait entendre à travers la tunique de la barde, la tête pressée contre elle. Elle sentit le mouvement s’arrêter puis des bras encercler ses épaules et l’étreindre. « Je t’aime », entendit-elle d’une voix murmurée dans son oreille.

Xena sourit et lui rendit son étreinte. « Je t’aime aussi », murmura-t-elle en réponse, sentant une petite vague de bonheur monter. Elles restèrent ainsi un moment puis se séparèrent, s’installant dans une position plus confortable.

Gabrielle passa la main dans ses cheveux et se détendit contre la poitrine de Xena, tandis que les danseuses suivantes s’avançaient, ce groupe portant des feuilles de palmier et des pipeaux. « Xena, qu’est-ce qu’elle fait avec cette noix de coco ? » Murmura la barde d’un air curieux.

La guerrière s’éclaircit la voix.

« Oublie. » La barde leva les yeux au ciel, puis regarda une Amazone qui approchait d’Ephiny et qui s’agenouillait près de la régente, gesticulant des deux mains. « Oh oh. »

Xena posa le menton sur l’épaule de la barde. « Hummm… d’accord, je vais essayer de deviner ce que c’est », observa-t-elle. « Des chèvres enragées qui se répandent ? »

Gabrielle ricana. « D’où est-ce que tu tiens ÇA ? » Elle regarda la femme. « Euh… le mauvais temps arrive… les pièges sont en danger ? »

« Comment tu as deviné ça ? » S’interrogea la guerrière. « Ce dernier mouvement de main ? »

La barde observa le geste. « Hum… non… je ne pense pas que c’est ce que ça signifie. »

Ephiny leva une main puis se mit debout et alla vers elles, se laissant tomber sur un genou sur la plate-forme. « Hé… désolée de vous interrompre… » Ses yeux étincelaient vers Xena qui avait remis ses deux bras autour de l’estomac de son âme sœur. « On a un petit problème. »

Elles échangèrent un regard ironique. « Vraiment ? » Gabrielle lui donna toute son attention. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« C’est Cait. » Ephiny soupira. « Elles sont prêtes à célébrer les rites d’initiation et elle était prévue cette fois-ci. »

« C’est quoi ? » Demanda Xena tranquillement. « Les rites, je veux dire. »

« Oh… comme d’habitude. » Ephiny remua la main. « Un combat mains nues au choix avec une de nos guerrières accomplies. » Elle sourit. « Généralement, les nôtres font compétition pour être celle qui le fait… parce que si on est choisie, ça veut dire que vous êtes considérée comme l’une des meilleures… et elles avaient toutes leurs plumes hérissées de peur à l’idée d’avoir à te combattre pour cet honneur. »

« Oh non. » Xena secoua la tête. « Pas ce soir… je ne durerai pas une demi-marque de chandelle. »

Un rire léger. « C’est ce que je me suis dit… mais quoi qu’il en soit, c’est le contrat. »

Gabrielle plissa le front. « Et bien… Ephiny, elle a montré qu’elle pouvait se tenir avant ça… tu ne peux pas faire une exception ? »

« Bien sûr. » La régente grimaça. « En un battement de cœur… le problème c’est qu’elle veut que Paladia se joigne à elle. »

Gabrielle et Xena se regardèrent. « Ah. » La barde pinça les lèvres. « Je vois. »

« J’en tremble rien qu’à l’idée de ce que le conseil dirait si je mentionnais ÇA… » Ephiny soupira. « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de soutien populaire là-dessus. » Elle regarda le sol pensivement. « Je ne suis pas sûre de savoir ce que Paladia en pense… elle ne veut probablement rien à voir avec nous après que la sentence sera rendue. »

« Hmm… je n’en suis pas si sûre », contra Gabrielle. « Je vais te dire une chose… appelle une réunion du conseil pour demain… voyons juste comment les choses se passent. »

Ephiny soupira. « Très bien… mais je ne pense pas qu’il y ait grande chance… peut-être que je peux convaincre Cait de continuer seule. » Son regard alla vers Xena. « Tu aurais plus de chance, tu sais. » Un sourire ironique. « Elle mange, dort et respire tout ce que tu dis. »

La guerrière fit un petit signe de tête. « Je sais », répondit-elle tranquillement. « Je vais aller lui parler. » Elle pressa le bras de la barde puis la relâcha et se leva, ajustant sa tunique avec un geste automatique. « Je reviens tout de suite. »

Gabrielle la regarda disparaître dans l’obscurité avant de retourner son attention à Ephiny. « Alors. Ça s’est plutôt bien passé, hein ? » Elle montra la foule. « Avec la cérémonie et tout ce truc. »

Ephiny s’assit près de son amie et joua avec la surface du matelas. « Oui… vraiment, en fait… plus que je ne m’y attendais. » Elle leva les yeux vers Gabrielle. « Je ne te mentirai pas… il y a eu pas mal de… débats… sur ton choix de consort. » Ensuite son visage se plissa en un sourire ironique. « Mais comme je le disais… ce que nous pouvions dire, ou faire, n’allait pas affecter vos engagements vis-à-vis l’une de l’autre. »

« Vrai. » La barde sourit. « C’est une jolie cérémonie… Pony et toi étiez tellement mignonnes. »

Ephiny rougit. « On m’a tellement charriée pour ça… mais je suis contente qu’on l’ait fait. » Elle donna une tape au genou de Gabrielle. « Espèce de petite sournoise. » Elle leva les yeux vers Elaini qui arrivait et s’installait. « Hé… vous allez bien tous ? Vous avez eu assez à manger ? »

« Oh… bon sang, oui. » Elaini mit une main sur son estomac et leva les yeux au ciel. « Merci… » Elle regarda vers l’autre plate-forme. « Alors… Ephiny… c’est ton fils, n’est-ce pas ? »

La régente eut un regard affectueux vers Xenan qui dormait contre une Pony à l’air intrigué. « Oui… ça l’est. » Elle sourit au garçonnet. « Il est à l’école avec les Centaures en ce moment… il me manque beaucoup. »

Elaini sourit faisant briller ses crocs. « Il est adorable… il est venu voir nos gamins tout à l’heure et c’était tellement mignon. » Elle se tourna vers Gabrielle. « Est-ce que tu vas rester ici, mon amie ? » Elle tapota le genou de la barde. « Ça me semble être un endroit sympathique et sûr pour passer une grossesse. »

Gabrielle fut prise entre un rougissement et un rire. « Euh… non, en fait, nous rentrons chez nous. » Elle lança un regard d’excuse à Ephiny. « Cyrène ne me pardonnerait jamais si je ne le faisais pas », expliqua-t-elle. « Mais nous reviendrons souvent. »

Un sourire de la régente. « Surtout si tu portes une princesse Amazone, pas vrai ? » Elle donna une tape taquine à son amie. « Qu’est-ce que tu penses… un garçon ou une fille ? »

Un mouvement de tête de la barde. « Je n’en ai aucune idée… » Elle fit une pause. « Mais si j’étais du genre à parier… » Des sourires autour d’elle. « Je parierais sur une fille. »

« Ooooh… » Ephiny eut un rire diabolique. « Je te retiens là-dessus… est-ce que tu… je veux dire, vous avez tout ce qu’il vous faut là-bas ? Des couvertures, des berceaux, des nids d’ange… »

La barde rit. « Je ne sais pas… nous… je veux dire, ils ne savent pas encore, tu sais ? On l’a seulement découvert il y a quelques semaines et nous n’y sommes pas retournées depuis… » Je me demande ce qu’ils vont dire ? Oh la la… je me demande ce que mes parents vont dire ? « Mais Cyrène est une collectionneuse… elle a mentionné, avec désinvolture, qu’elle avait un tas de trucs pour bébés pour ‘tous ceux qui en auraient besoin’. » Elles rirent à ces mots.

« Je me demande comment va Gran… » Songea Ephiny. « Je crois qu’elle en est à… quoi… un mois de plus que toi ? »

Gabrielle hocha la tête. « Environ… oui… » C’était bizarre, songea-t-elle. C’était comme si elle était maintenant membre d’un club… un club de mères dont elle avait été exclue auparavant. Etrange, mais agréable. « Il faudra que tu viennes nous rendre visite… lui donner du fil à retordre. » Elle se tourna à demi. « Toi aussi… Elaini… puisque vous veniez par là de toutes les façons… pourquoi ne pas venir et rester quelques jours ? »

L’être de la forêt sourit. « Et bien. Ce serait génial… je venais justement te demander au sujet de ça. »

« Génial ! » La barde sourit joyeusement. « J’ai beaucoup de questions à te poser. »

Elaini rit doucement. « Je sais, petite sœur… je sais. »

Des bruits de pas les interrompirent et elles levèrent les yeux tandis qu’une coureuse glissait pour s’arrêter avant la plate-forme suspendue. C’était une éclaireuse de l’un des avant-postes avancés, songea Gabrielle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La femme s’arrêta et inspira une goulée d’air. « Le poste du périmètre vient de signaler… qu’Erika et un groupe d’Amazones armées sont en route vers chez nous. »


Xena prit son temps pour traverser la hutte de guérison, qui était située dans la partie arrière du village dans un endroit calme. Les feuilles craquaient légèrement sous ses pieds tandis qu’elle s’éloignait du bruit de la fête et la brise fraîche qui soufflait sur le village apportait un souffle d’air bienvenu après la foule.

Elle leva les yeux pour regarder les constellations à travers les feuilles et elle en trouva quelques-unes de ses préférées, puis elle regarda devant elle pour voir la lueur basse de la lumière de la fenêtre de la guérisseuse. Les planches de bois du seuil résonnèrent sous son poids, faisant écho bruyamment dans le calme tandis qu’elle posait une main sur la porte pour l’ouvrir.

A l’intérieur, la plus grande partie de la pièce baignait dans la paix de la lumière du foyer, des paillasses avec leurs occupantes voilées d’ombres tandis que les Amazones blessées essayaient de dormir de leur mieux. Elle s’arrêta un moment au bord de la pièce, puis entra, avançant tranquillement près des dormeuses et se dirigeant vers le fond où se trouvait la paillasse de Cait. Une Amazone plus âgée était accroupie près d’elle, lui parlant doucement, mais même de là où elle était, Xena pouvait voir l’air entêté de désapprobation sur le visage anguleux de la jeune fille.

Elles levèrent les yeux en même temps quand Xena atteignit le lit et les yeux de Cait brillèrent en la voyant. « Salut. » Elle fit un sourire à la jeune fille.

L’Amazone se releva et se gratta la tête. « Salut, Xena… comment se passe la fête ? »

« Plutôt bien », répondit la guerrière d’un ton traînant. « Pourquoi tu n’irais pas te chercher une chope… la bière est douce et froide. »

Elle comprit le message. « Bien sûr… on se voit là-bas. »

Xena la regarda partir puis s’installa sur le petit tabouret près de la paillasse de Cait. « On t’a beaucoup crié dessus pour cet après-midi ? »

Cait regarda avec soin autour d’elle. « Bon sang que oui. » Elle fit un sourire espiègle à Xena. « Mais je m’en fiche un peu… je me suis amusée. »

La guerrière sourit. « Bien. »

La jeune fille attendit un moment puis s’éclaircit la voix. « Merci d’avoir envoyé Elaini tout à l’heure, c’était super de ta part. » Ses doigts fins jouaient avec la couverture. « Je suis vraiment contente que Gabrielle aille bien. »

Xena bougea un peu et entrelaça ses doigts. « Moi aussi. »

Une petite pause. « Tu as eu peur ? »

Le regard bleu traversa la lumière de la chandelle. « Je pense que oui », répondit la guerrière, puis elle laissa un faible sourire recourber ses lèvres. « J’ai traversé le jardin d’herbes d’Esta en venant. »

Cait écarquilla ses yeux gris. « Non ! »

Xena hocha la tête. « Si si. »

« Dieux… » La jeune fille gloussa. « Je parie qu’elle a fait une sacrée crise. » Elle prit une inspiration avec précautions et regarda Xena. « Est-ce que tu… tu te souviens d’avant qu’on quitte Amphipolis ? »

« Oui. » Le visage anguleux de la guerrière se plissa en un bref sourire.

Cait hocha solennellement la tête. « Tu avais raison. »

« Ah oui ? »

« Oui. » La jeune fille sembla soudain plus âgée. « Je ne pense pas que c’était le cas, au début, tu vois… j’étais plutôt ennuyée d’être là, coincée avec un aussi terrible travail, comme elle l’était. » Une pensée lui fit pincer ses lèvres fines. « Mais je me souviens de ce que tu as dit… comment tout le monde méritait une seconde chance et de juste continuer encore et encore… et soudain tout comme ce jour-là, c’était juste. »

Xena hocha pensivement la tête. « C’est pour ça que tu as demandé à Ephiny de la laisser vous rejoindre ? »

Cait réfléchit à la question, prenant son temps dans un silence qui ne dérangeait aucune d’elles, naturellement silencieuses. « Je ne pense pas qu’elle ait jamais eu sa place quelque part », finit par dire la jeune fille. « Sauf dans ce groupe de la grotte, tu vois. »

« Je vois. »

« Je pense que c’est important. »

Xena bougea à nouveau puis se frotta les tempes pour lutter contre l’enivrement de la bière. « Peut-être que c’est le cas », reconnut-elle. « Je sais que… quand j’ai enfin pu rentrer à la maison… et que ma famille m’a acceptée, ça a fait une grosse différence. » Les mots sortirent avant qu’elle puisse vraiment y penser. « Que Gabrielle m’accepte… qu’elle croit en moi… cela m’a fait retrouver un peu de mon humanité, Cait… je ne peux pas te dire combien ça avait d’importance. »

Cait la regarda, ses yeux fixés sur son visage. « Oh. » Elle soupira doucement. « Est-ce que ça veut dire que tu vas m’aider alors ? » Elle lança à Xena son meilleur regard interrogateur. « Si tu le disais, je parie qu’elles le feraient. »

« Probablement », admit Xena. « Mais est-ce qu’elle veut devenir une Amazone ? »

La jeune fille soupira. « Et bien, le lui faire dire serait comme de faire chanter un cochon… mais elle aurait pu partir… et elle ne l’a pas fait, tu vois. » Elle fronça les sourcils. « Je ne peux pas comprendre pourquoi… mais elle ne l’a pas fait. »

La guerrière se pencha en avant et mit une main chaude sur le bras de la jeune fille. « Je pense que je sais pourquoi. »

Le regard gris se fixa sur elle avec étonnement.

« Je pense qu’elle a trouvé une amie. » La voix de Xena prit une touche douce.

Cait garda le silence, mais elle y réfléchit. « Une amie plutôt bizarre », confessa-t-elle. « Je lui tombe dessus tout le temps. »

Un éclair de blancheur saisit la lumière de la chandelle quand Xena sourit. « Je vais voir ce que je peux faire », promit-elle. « Mais tu devrais continuer avec ta part ce soir… tu l’as mérité, Cait. »

La jeune fille soupira. « Mais c’est comme de tricher, Xena… je veux dire, quel genre de défi c’est si je suis sur le dos dans ce lit ? » Un autre soupir tandis que la guerrière se contentait de la regarder. « Oh, très bien. »

« Brave fille. » La femme aux cheveux noirs rit.

Cait devint pensive. « Xena… je peux te poser une question ? »

La guerrière se réinstalla et entremêla ses doigts autour de son genou. « Bien sûr. »

Les yeux de la jeune fille la regardèrent avec précautions et sa voix baissa. « Comment… je veux dire que… oh zut. » Elle s’éclaircit la voix. « Comment as-tu su… je veux dire, qu’est-ce que ça faisait… quand… ben, comment tu as su que tu étais amoureuse ? » Elle dit ces derniers mots rapidement et son visage se colora légèrement. « Je veux dire… avec Gabrielle, bien sûr »

« Bien sûr. » Xena se mordit tranquillement la lèvre. « C’est une question difficile. »

« Je suis désolée. » Cait lui lança un regard embarrassé. « Tu n’as pas besoin de répondre… je me demande à quoi je pensais en te posant la question. »

Tu te demandes hein ? Xena sourit intérieurement. « Non, c’est bon… c’est juste un peu dur de répondre parce que je n’ai pas vraiment pensé au moment… exact. »

Ce qui était faux, bien entendu. Elle le savait très certainement.

La journée avait été totalement désastreuse. Elles s’étaient envoyé des piques de l’aube au crépuscule, dans la pluie battante qui les avait complètement trempées ainsi qu’une Argo agacée. Le maquis ne leur avait pas donné ne serait-ce que le début d’un abri et elles s’étaient retrouvées à devoir monter leur campement dans la sécurité discutable d’arbres larges et feuillus, qui les couvraient largement d’eau à chaque fois que le vent soufflait.

« Je ne cuisine pas », avait déclaré Gabrielle, en s’appuyant contre le tronc de l’arbre tout en posant brutalement son sac sur sa tête dans un vain effort pour éviter la pluie.

« Parfait, parce que je ne fais pas de feu », avait lâché brusquement Xena, ôtant l’harnachement d’Argo tout en balançant ses propres affaires de l’autre côté du tronc. Son sang-froid avait été mis à mal et elle avait passé plusieurs moments détrempés à souhaiter être ailleurs.

Puis elle avait regardé d’un air grognon de l’autre côté de l’arbre et elle s’était retrouvée à fixer le profil malheureux de Gabrielle, la pluie coulant du nez et des oreilles de la barde pour dévaler le long de ses bras nus. Un de ces jours, Xena… s’était-elle dit. Un de ces jours, elle en aura tout simplement assez, elle prendra ses affaires et elle repartira vers Potadeia.

A ce moment-là, Gabrielle, qui avait peut-être senti le regard posé sur elle, avait tourné la tête et regardé sa compagne de voyage, son regard vert s’apaisant de manière inattendue. « Je… heu… je pourrais essayer de… préparer quelque chose si tu peux nous sortir des trucs », avait-elle tenté. « Ecoute ? je préférerais ne pas me disputer avec toi toute la nuit, Xena… c’est assez misérable comme ça. » Elle avait claqué des dents, involontairement, et elle avait serré la mâchoire.

Xena avait senti que quelque chose en elle fondait à ces mots et elle avait tendu un bras. « Viens par ici. »

Gabrielle avait rampé et s’était installée à côté d’elle hors de la tempête. « Hé… il ne pleut pas ici », avait-elle dit d’un ton accusateur.

« C’est toi qui a choisi la première. » La guerrière avait haussé les épaules. « Pas ma faute. »

« Ah oui ? Et combien de temps tu m’aurais laissée là sous la pluie ? » La colère de Gabrielle reprenait de plus belle.

La réplique cinglante était sur ses lèvres, presque murmurée et pourtant…

Elle était morte là.

« Je pensais que nous n’allions pas nous disputer toute la nuit », avait plutôt répliqué Xena, se sentant vaguement confuse.

« Ben, c’était av… Xena, pourquoi tu me fixes ? »

« Tu trembles. »

« Bien entendu… il fait un froid de canard ! » Avait répondu la barde avec frustration.

Qu’est-ce que je vais faire si elle part ? La question avait soudain pris une terrible importance pour Xena. La pensée de sa vie vide sans la jeune femme l’avait submergée et elle s’était rassise, sonnée.

« Xena ? » La voix avait changé, elle s’était approfondie et adoucie et une main froide avait touché son coude. « Hé… qu’est-ce qui ne va pas ? »

Elle avait levé le regard et regardé Gabrielle droit dans les yeux, et la colère qui s’y trouvait un instant auparavant s’était dissoute en une inquiétude chaleureuse qui s’était déroulée en elle et l’avait fait se concentrer sur ce qu’elle ressentait pour la première fois.

Ce n’était pas de l’attirance, qui était une chose qu’elle avait considérée normale entre elles. C’était bien plus complexe et en même temps une émotion bien plus simple.

L’amour.

Secouée, elle avait pris une des couvertures et l’avait mise autour de sa petite compagne, tout cela en silence.

« Xena ? » La voix de la barde était maintenant inquiète.

« Hmmm ? » Avait-elle fini par répondre. « Désolée… tu voulais une autre couverture ? »

La main de la barde était sortie de son nid confortable et avait touché le front de la guerrière. « Tu viens d’être mordue par un truc ? »

Et Xena avait soupiré, un petit sourire ironique lui échappant. « Oui… peut-être. » Son regard s’était posé sur sa compagne de route. « Tu as toujours froid ? »

Avec hésitation, Gabrielle avait attendu un moment avant de hocher la tête. « Un peu, oui… écoute, tu es sûre d’aller bien ? Tu as un air vraiment bizarre. » Elle s’était arrêtée, réfléchissant. « On dirait un cerf pris dans une lumière la nuit. »

Avant qu’elle puisse changer d’avis, Xena avait glissé un bras autour des épaules de la barde et l’avait rapprochée, sentant la résistance étonnée fondre immédiatement, tandis que Gabrielle se détendait contre elle avec un petit hoquet de surprise. « Oui… je vais bien… » Avait-elle murmuré.

Gabrielle lui avait retouché le front. « Je pense que tu couves quelque chose… tu as vraiment chaud. »

Couver quelque chose. Oh oui. Xena avait regardé la pluie sans la voir. Je me demande où je vais aller chercher une cure pour ça ? Ça n’était pas supposé arriver.

Gabrielle avait mis les bouts de la couverture autour d’elle et s’était installée, désorientée mais heureuse tandis qu’elles partageaient les rations de voyage sous la pluie.

Elle sourit à Cait. « Tu le sais simplement », admit-elle. « Tu regardes l’autre personne et tu sais tout simplement. »

Cait digéra ces mots. « Hmm. »

La porte de la salle s’ouvrit brusquement tandis que la jeune guérisseuse arrivait en courant. « Dieux… vous n’allez jamais le croire… on a une alerte ! »


Les Amazones étaient rassemblées et attendaient lorsque Xena arriva dans la zone du festival et elle s’arrêta un peu avant pour observer le groupe de tête qui attendait les arrivants.

Ephiny se tenait là, les bras croisés, parlant en phrases courtes à Eponine. Les mains de la maîtresse d’armes se serraient et se desserraient et les Amazones autour d’elles réagissaient au stress en s’agitant et en bougeant sans arrêt.

Au milieu, comme le calme au centre de la tempête se tenait Gabrielle, les mains sur ses hanches et un air d’attente tranquille sur le visage. La barde semblait complètement non affectée par l’activité nerveuse autour d’elle et tandis que Xena l’observait, elle sentit sa présence et tourna la tête, ses yeux brillant tandis que son regard trouvait sa compagne.

Un coup d’œil aux Amazones, des yeux verts à peine levés au ciel et Xena répondit avec un sourire tordu.

Qui avait besoin de parole ? C’était l’un de leurs trucs préférés dans leur partenariat, cette communication silencieuse qui signifiait une compréhension qui allait bien plus profondément que la surface des choses. La guerrière se fraya doucement un chemin au milieu de la foule et finit au côté de la barde. « Salut. »

« Salut à toi », répondit Gabrielle. « Tu as entendu ? »

Xena hocha la tête.

« Qu’est-ce que tu en penses ? » Demanda la barde tranquillement.

Un haussement d’épaules. « Je pense qu’on le saura dans un instant », répondit Xena, sa grande taille lui permettant de voir qu’un petit groupe armé approchait. Elle regretta momentanément de ne pas avoir d’arme puis elle admit ironiquement que dans son état actuel, ce ne serait pas la meilleure idée au monde. Elle posa paresseusement une main sur l’épaule de Gabrielle et attendit.

Erika menait le groupe, son épée sortie, son corps couvert de poussière et de ce qui ressemblait à du vieux sang séché. C’était une Amazone petite et compacte aux cheveux noirs et aux yeux noisette, qui à cet instant étaient injectés de sang. Son visage montra un air de surprise marqué lorsqu’elle repéra Gabrielle et elle changea un peu de direction, pour venir se tenir juste devant la barde. « Majesté. »

Et bien, songea Xena. Elle n’est probablement pas ici pour nous faire des ennuis, alors. Elle nota que le regard de l’Amazone bougeait pour venir se poser sur elle et elle fit un sourire froid à Erika.

« Bonjour, Erika », répondit Gabrielle tranquillement. « Tu vas bien ? »

Les yeux noisette se tournèrent vers la barde avec fatigue. « Pas du tout, en fait, mais… là n’est pas la question. Je suis ici pour t’avertir… qu’Arella se dirige par ici et elle a l’intention de capturer autant d’Amazones qu’elle le peut pour les vendre comme esclaves. »

« Je sais », répondit simplement la barde. « Elle est déjà venue ici. »

Erika cligna juste des yeux dans un étonnement total puis elle regarda autour d’elle faisant un cercle avant de regarder à nouveau Gabrielle. « Mais… »

« Elle a amené un groupe de mercenaires puants », lui dit Ephiny, en se frottant un peu les bras. « Elle a occupé le village pendant une demie journée environ, mais… » Un haussement d’épaules. « Tout s’est arrangé. »

Le groupe autour d’Erika sembla profondément soulagé, mais leur cheffe fit une grimace appuyée. « Et bien, je vais les rattraper… il faut que je la trouve. »

Ephiny et Gabrielle échangèrent un regard entendu. Xena se contenta de lever les yeux vers les feuilles qui bougeaient. « Pourquoi ? » Finit par demander la barde.

« Pour enfoncer mon épée dans son cœur », répondit Erika d’une voix acérée. « Une chose que j’aurais dû faire il y a bien longtemps. » Voyant leurs visages choqués, elle prit une inspiration. « Et maintenant, après ce qu’elle a fait… »

« Qu'est-ce qui s’est passé, Erika », interjeta Ephiny. « A l’avant-poste… j’ai envoyé une coureuse là-bas aussi vite que… et bien, hier… mais… »

Erika regarda ses bottes. « Elle… nous a vendues. » Les mots étaient retenus comme s’ils avaient mauvais goût. « Quelqu’un a offert assez de dinars, et elle a juste… » L’Amazone soupira. « Elle nous a droguées un soir au dîner et le lendemain matin nous étions en cage. » Elle passa sa main dans ses cheveux bouclés. « Bref… il faut que j’y aille… quelqu’un sait dans quelle direction elle est partie ? »

« Elle n’est pas partie », dit Xena de sa voix basse et vibrante.

La jeune femme la fixa du regard. « Bon sang… vous l’avez capturée alors… c’est bien. » Elle prit une inspiration. « Ça me rend les choses plus faciles… » Son regard alla vers Gabrielle. « Pardonne-moi, Majesté… je sais que c’est ton bailliage, mais justice doit m’être rendue. »

Gabrielle l’étudiait lorsqu’elle sentit des mains chaudes se poser sur ses épaules, les pouces pressant sa peau comme dans un léger massage. « Erika, la justice… a été rendue. »

Intriguée, l’Amazone aux cheveux noirs regarda le visage grimaçant de la barde puis celui d’Ephiny, puis les yeux de Xena. « Elle est… non, ce n’est pas possible… elle est morte ? »

« Oui », répondit tranquillement Xena. « Lors de sa sentence, elle a choisi le défi plutôt que de laisser Gabrielle la juger et… » Un léger haussement d’épaules. « J’y ai répondu. »

Le bras d’Erika, qui tenait toujours son épée, tomba à son côté comme soudainement sans force. Elle regarda Xena avec incrédulité. « Elle est partie ? »

« Oui », déclara Ephiny.

Une de ses compagnes attrapa le bras de la jeune femme tandis qu’elle chancelait. « Bon sang… » Murmura Erika. « Je devrais être contente… mais ce que je ressens maintenant, c’est de la déception. »

Ephiny fit un signe vers trois éclaireuses proches. « Donnez-leur de la nourriture et des boissons… installez-les », ordonna-t-elle en faisant un bref signe de tête au petit groupe. « Je pense que vous pouvez faire une pause… Erika, viens par ici, tu peux nous raconter ce qui s’est passé. » Elle tourna sur elle-même. « Très bien… égayez-vous… retournons à nos tâches. »

Erika les suivit sur la haute plate-forme où elle s’effondra, posant ses avant-bras sur ses genoux tout en fixant la surface capitonnée tandis que les autres femmes s’installaient autour d’elle.

Xena choisit un endroit près de l’arrière de la plate-forme et s’adossa, fixant Erika pensivement. La dernière fois qu’elle avait vu l’Amazone brune, elle et Arella étaient les meilleures amies. Peut-être plus… qu’est-ce qui s’était passé qui avait changé cela ? Elle regarda Gabrielle s’asseoir, tendre une chope à la femme tranquille, que celle-ci agrippa de ses mains atones.

« Erika… qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda la barde doucement. Au loin, un sourd grondement de tambours s’éleva ainsi que les sons frais d’une flûte.

La femme ne répondit pas. Au lieu de ça, elle tourna lentement la tête et regarda Xena. « Comment est-elle morte ? » Sa voix était rauque.

La guerrière joignit les doigts et posa son menton dessus. « Le dos brisé. »

Erika ricana. « Dommage qu’elle soit morte alors... tu aurais dû la laisser vivre comme ça. » Sa voix était vraiment amère. « Ça aurait été de la justice immanente. » Elle s’interrompit et prit une longue gorgée de la bière qu’elle tenait. « Je présume que vous voulez savoir pourquoi j’éprouve ça, pas vrai ? »

« Et bien… » Gabrielle s’éclaircit un peu la voix. « Vous sembliez être plutôt amies la dernière fois que nous… je veux dire que Xena et moi vous avons vues. »

« Ouais. » Erika ricana. « Ce bon vieux temps. » Elle relâcha un souffle après un moment. « Je suis allée avec elle après qu’elle a été envoyée à l’avant-poste… les choses étaient… d’accord… je pensais qu’elle faisait des progrès, en fait, pendant les premiers mois elle s’en sortait bien. » Une pause. « J’étais… et bien, j’étais heureuse et je pensais qu’elle l’était aussi. »

« Non, hein ? » Murmura Eponine.

Un rire court et sans humour. « Non », confirma Erika. « Elle a commencé avec cette merde de ‘il faut qu’on sauve la Nation Amazone d’elle-même’… j’ai essayé de la convaincre d’arrêter avec ça. » Elle s’interrompit. « Nous avons commencé à nous disputer. » Inconsciemment, elle leva une main à son menton et le toucha. « Les choses se sont dégradées à partir de là. » Elle secoua la tête. « Elle ne m’écoutait plus… alors j’ai arrêté d’essayer. »

Gabrielle déglutit, mais ne dit rien.

« Il y avait deux ou trois villages pas loin… j’ai rencontré quelqu’un… un gars et j’ai décidé que je l’aimais bien. » Elle ferma ses yeux noisette. « On l’a retrouvé avec les deux jambes brisées un soir… il a refusé de raconter ce qui s’était passé… mais il refusait aussi de me parler à nouveau. » Elle réfléchit à son souvenir. « Je pense qu’il ne remarchera plus jamais. »

« Tu penses qu’elle a fait ça ? » Demanda Ephiny, la voix choquée.

Erika la regarda. « Je sais qu’elle l’a fait. » On voyait la douleur dans ses yeux. « Elle m’a raconté… chaque petit détail. »

Gabrielle regarda au-delà d’elle et trouva le regard bleu glacial. Elle déglutit un peu puis se leva et alla vers son âme sœur pour s’asseoir et s’appuyer contre elle. Xena mit un bras autour d’elle par pur réflexe. « C’est horrible », finit par dire la barde en secouant la tête.

« Non, Gabrielle. » Erika semblait perdue quelque part. « Ce n’était pas horrible… ce qui était horrible ce fut quand… elle a appris que j’étais enceinte. » Son visage se figea. « Et elle m’a frappée encore et encore dans le ventre jusqu’à ce que je perde le bébé. »

Même la mâchoire de Xena s’affaissa. Gabrielle put sentir l’onde de choc comme elle la partageait et elle sentit les bras de la guerrière se refermer autour d’elle dans une protection inconsciente.

« Par Artémis », lâcha Ephiny. « Elle était tarée. »

Erika se contenta de baisser la tête. « J’aurais dû écouter ma mère », répondit-elle d’un air las. « Elle avait raison… elle m’a dit ce qui arriverait avant que je ne parte. » Ses épaules s’affaissèrent. « Mais je suis contente que ce soit fini. » Elle regarda Xena. « Merci. » Puis elle finit sa chope. « En parlant de ça… je ferais bien d’aller la retrouver… si elle veut bien me parler. » Un autre sourire sans humour. « Avant de partir, je lui ai dit qu’elle était une folle intolérante, dépassée et d’esprit étroit. » Elle se leva avec effort et se brossa les vêtements. « C’était qui la folle ? »

Un silence profond s’installa après son départ et les quatre amies se contentèrent de se regarder les unes les autres. Gabrielle soupira et appuya sa tête contre sa compagne. « C’est si difficile à croire. » Elle leva les yeux vers le profil immobile au-dessus d’elle. « Est-ce qu’elle était vraiment tarée ? »

Xena regarda au loin vers le feu. L’était-elle ? Y avait-il une telle différence entre ce qu’Arella avait fait et ce qu’elle avait fait à Gabrielle, la pourchassant sans cesse, la forçant à abandonner son bébé, Hope ? 

La guerrière soupira. Même sa conscience guidée par le remords devait admettre qu’il y avait une différence en fait et qu’Arella était, en toute probabilité, vraiment tarée.

Ou bien essayait-elle de se justifier ? Son assurance naturelle qu’Hope était diabolique était-elle vraiment de l’instinct, ou bien… se terrait-elle simplement sous la douleur qu’elle avait fait défaut à Gabrielle et que c’était une tentative de l’effacer ? Se débarrasser de Hope et revenir à ce qui était auparavant… pas vrai ?

Dieux. Xena sentit une douleur dans sa poitrine. S’il vous plaît, ne me laissez pas être le genre de personne qui l’aurait fait volontairement. Je ne pourrais pas supporter de le savoir…

Ou bien le simple fait qu’elle posait la question apportait-il sa propre réponse ?

Une main chaude sur sa joue ramena brusquement son attention sur la barde. « Oui ? »

« J’ai dit… est-ce que tu vas bien ? » Le regard vert l’étudiait avec inquiétude.

Xena scruta son visage, mémorisant les angles doux et les courbes délicates. « Oui… j’ai bu un peu trop de bière, je pense. » Elle relâcha un souffle qu’elle avait à peine réalisé retenir. « Je pensais à tout ça… c’est… fichument horrible. »

Ephiny grogna son assentiment. « Je n’ai jamais beaucoup aimé Erika… » Elle s’interrompit, songeuse. « Après tout, elle a essayé de me tuer. » Un soupir. « Mais elle ne méritait pas ça… » Son regard trouva celui de Gabrielle. « Ecoute… je sais que tu n’as pas besoin de justification pour la décision que tu as prise, mais… »

Gabrielle étudia le capitonnage. « Oui. »

Eponine secoua la tête. « Ménelda ne va laisser personne oublier ceci de sitôt. »

La barde leva les yeux, intriguée. « Qu’est-ce qu’elle a à voir avec ça ? »

Les deux Amazones échangèrent un regard. « C’est la mère d’Erika », répondit Ephiny, d’un ton embarrassé. « Dieux… désolée… je pensais te l’avoir déjà dit… »

Gabrielle la fixa, stupéfaite, entendant un mot léger dans un langage inconnu s’échapper des lèvres de Xena. « Euh… non… tu ne l’as pas mentionné », répondit faiblement la barde. « Elle va être contrariée quand elle entendra tout ça… » Son esprit balaya ce qu’elle avait appris sur la guérisseuse et elle lança un regard vers sa compagne.

« Mm », acquiesça Xena doucement.

Eponine soupira. « Tu as raison… je ferais mieux d’aller garder un œil sur elle. » Elle se pencha timidement et embrassa Ephiny, qui lui sourit, ensuite elle se releva et brossa sa combinaison en cuir. « Cette fichue fête a plus de rebondissements qu’un conseil plein avec les plumes en plus. »

Elles la regardèrent partir, ensuite Gabrielle prit une inspiration, juste au moment où un cri perçant et effrayé atteignait ses oreilles.

Tout se figea pendant un instant, ensuite Ephiny expulsa un énorme soupir. « Gabrielle, je t’aime bien, mais pour l’amour d’Artémis, RETOURNE CHEZ TOI ! » Gémit-elle. « Je suis épuisée ! ! ! ! »

La barde la fixa tout en étant mise debout par sa grande compagne. « Ce n’est pas de MA faute ! ! ! » Cria-t-elle, ce qui réveilla brutalement Arès qui dormait enroulé sur la plate-forme après être revenu de la chasse.

La régente lança un regard noir à Xena par-dessus son épaule. « Comment tu fais pour vivre au milieu d’un cyclone ? »

Un éclair blanc de dents. « Ça rend la vie intéressante… en plus… » Xena se tourna et descendit de la plate-forme, laissant ses mots en suspens.

« En plus quoi ? » Grogna la régente tandis qu’elle se frayait un chemin parmi les Amazones surprises.

« J’en adore chaque minute », répondit la guerrière avec satisfaction.


Cait resta tranquillement allongée après le départ de Xena, avec le désir de la suivre. La guerrière lui avait donné beaucoup à réfléchir, cependant, et elle passa quelques minutes à juste soupeser les choses.

Xena, décida-t-elle, était une personne très compliquée. Parfois elle semblait même regretter d’être la plus impressionnante combattante du monde entier, ce que Cait ne comprenait pas du tout. On aurait presque dit qu’il y avait deux personnes en elle… la guerrière confiante qui adorait combattre et cette autre personne, qui était agréable et drôle, et qui aimait tellement Gabrielle que cela semblait horrible parfois.

Elle ne pouvait pas décider laquelle elle préférait, mais elle soupçonnait Xena de ne pas pouvoir se décider non plus, alors ça allait bien.

Xena avait l’habitude très agaçante d’éluder les questions, cependant… surtout les difficiles, comme comment tu sais que tu es amoureuse. C’était quel genre de réponse ce ‘tu le sais juste’ ? Cait soupira. Peut-être qu’elle demandait à la mauvaise personne… peut-être que Gabrielle serait une meilleure cible. Au moins elle aurait un semblant d’’explication… et peut-être un de ces super rougissements mignons en bonus.

Cait décida qu’elle préférait Gabrielle. Au début, elle avait un peu pensé qu’elle était stupide et certainement très sentimentale, bien que très gentille. Mais après un moment, elle s’était rendu compte que le genre de force que la jeune barde avait était tout aussi formidable que celle de n’importe quelle guerrière. Et en plus, elle était une bonne combattante, dans les négociations.

Un bruit derrière elle lui fit tendre l’oreille avec attention. Ensuite un demi-sourire se fraya un chemin sur ses lèvres tandis qu’elle reconnaissait les pas lourds. « Salut. »

Paladia se laissa tomber sur le tabouret près de la paillasse avec un air grognon. « Salut. »

« Tu t’es fatiguée de la fête ? » Demanda Cait en affectant de ne pas noter le paquet que Paladia avait jeté près d’elle. « Qui a gagné la compétition de danse ? »

« J’en sais rien. » L’ex-renégate haussa les épaules. « Qui peut le dire ? Tous ces trucs de monter et descendre et d’envoyer des bâtons et des trucs… » Ses yeux clairs balayèrent la pièce puis revinrent se poser sur Cait. « J’tai apporté des machins qu’elles se passaient… tiens. » Elle tendit le paquet.

Cait mit le paquet sur son estomac et l’ouvrit d’une main. « Super. » Elle choisit un morceau du paquet et le mordit. « Merci… la nourriture ici est purement horrible. »

Paladia se contenta de grogner et étudia ses mains tout en jouant avec un morceau de chaume tombé du toit. Tout le monde l’avait traitée plus gentiment depuis le truc de la capture, soit parce qu’elle avait apporté son aide, soit parce qu’elles étaient juste embarrassées pour elles-mêmes, elle n’en était pas sûre. Mais ce n’était pas si mal. Deux des jeunes éclaireuses lui avaient même parlé. Mais elles avaient des idées étranges sur elle et Cait.

Comme si elle et la jeune fille étaient amies ou quoi. D'où est-ce qu’elles avaient tiré cette idée ? « Les cérémonies ça allait… beaucoup de trucs sentimentaux que tu aurais adorés », commenta-t-elle d’un air détaché. « Oui… et… le plus dingue… cette Ancienne grincheuse a fait passer ton héroïne à travers une épreuve vraiment étrange. »

Cait écarquilla les yeux. « Non… vraiment ? C’était quoi ? »

« Un combat de chatouilles », dit l’ex-renégate.

« Pardon ? » S’étouffa la jeune fille. « Je ne suis pas sûre d’avoir entendu ça correctement. »

« Y a rien à entendre », répliqua Paladia. « Deux mots merdiques… chatouille, et combat. » Elle tendit la main pour faire une démonstration sur le haut du bras de la jeune fille.

« Oooh. » Cait sursauta et lui lança un regard sévère. « Arrête ça. »

Un air coupable et intrigué apparut sur le visage de Paladia. « Heu… » Elle recommença et reçut une tape sur la main. « Et ben, ton héroïne a fait un meilleur boulot… elle n’a pas ri une seule fois, pas même quand la vieille harpie l’a mise par terre et a redoublé d’efforts. »

« Pas possible », cria la jeune fille. « Je ne peux pas le croire… Xena ne laisserait personne lui faire ça. »

Paladia haussa les épaules. « Je pense qu’elle a cru que c’était un gag. » Elle bougea un peu. « Bref… elle met quionsait sur le cul et renverse les rôles… et après tout le monde s’est ramené et l’a tapoté sur le cul et l’a embrassée et a dit qu’elle était l’une d’elles maintenant. » Un mouvement de tête blonde. « Trop bizarre. »

Cait eut l’air confus. « Trop trop bizarre », approuva-t-elle. « Peut-être que c’était une blague. »

« Mmpf. » Paladia recourba les lèvres. « Bref… mais sûr elle a de l’allure toute nue, je te le dis. »

« Peuh. » La jeune fille lui lança un regard.

« Ooouui… » L’ex-renégate leva les deux mains et fit un geste subtil. « Toute gentille et… » Elle leva les yeux et vit le regard tempétueux cloué sur elle. « Ah… oublie. »

Cait plissa les yeux. « Tu es vraiment mauvaise. »

Un ricanement en réponse. « Moi ? Comme Hadès… tu aurais dû entendre les fichus commentaires qui fusaient… je me sentais comme un oursin aux pieds nus dans mon premier marché. »

Cait hésita puis elle rit. « Dieux. »

Un silence embarrassé tomba. Cait le laissa s’étirer jusqu’à ce qu’elle ait assez titillé ses nerfs et elle prit une inspiration. « Tu… tu as pensé à ce que tu vas faire après ? » La douleur dans sa poitrine lui donnait le vertige, mais elle la mit de côté.

Paladia fut surprise de la question. Elle hésita un peu puis elle finit par entremêler ses doigts sans lever les yeux. « Nan », répondit-elle brièvement. « Mais je vais trouver, je pense. »

Cait joua avec sa couverture un instant puis elle leva les yeux. « Je leur ai demandé de te laisser rester. »

Le regard gris croisa le sien, choqué. « T’as fait ça pourquoi ? »

« Je ne sais pas… je pensais que peut-être tu aimerais ça », répondit la jeune fille tranquillement. « Je sais que ça peut être agaçant ici parfois… ça me le fait, mais ce ne sont pas de mauvaises gens. »

Paladia déglutit avec force. « Elles voudront pas. »

« Ça veut dire que tu aimerais qu’elles disent oui ? » Demanda Cait doucement. « Xena a dit qu’elle verrait ce qu’elle peut faire. »

« Pourquoi ? » Demanda Paladia brusquement. « Pourquoi, par Hadès, elle s’intéresserait à ce qui va m’arriver ? J’ai sauté sur sa précieuse Gabrielle, tu te souviens ? »

Cait mordilla sa lèvre. « Je ne comprends pas toutes les choses qu’elle fait, mais elle veut toujours s’assurer que les gens ont une seconde chance. » Elle fit une pause. « Je suppose que c’est parce qu’elle en a eu une. »

« Mpf », grogna l’autre jeune fille, réservée.

Cait garda le silence un instant. « Tu veux que je lui dise d’oublier ça ? »

Un long silence. Finalement Paladia soupira pesamment. « Non. »

« Dieux. » Les yeux de Cait brillèrent doucement. « N’aie pas l’air aussi dévastée. »

Elle reçut un regard mauvais en réponse, mais cela la fit sourire. Elles tournèrent le regard ensemble quand des bruits de pas s’approchèrent et Cait grogna intérieurement. Ménelda.

Une arbalète apparut et la guérisseuse entra dans la lumière, ses yeux noirs et irraisonnés. « Eloigne-toi d’elle. » La pointe de la flèche était dirigée droit sur le cœur de Paladia.


Cait fixa la guérisseuse. « Qu’est-ce que tu fais ? »

La femme aux cheveux noirs arma le mécanisme de l’arbalète. « Chut, mon enfant… je ne vais rien laisser t’arriver. »

Cait fronça ses sourcils blonds. « Je vais parfaitement bien… pose ça, s’il te plaît. »

Paladia s’était figée et était profondément immobile, ses narines légèrement écartées.

« Ménelda… pose cette foutue arbalète. » La voix endormie de Solari l’interrompit. « T’es cinglée ? »

« Non… » La guérisseuse visa avec soin. « Je m’assure juste que la petite Cait ici présente ne fasse pas la même erreur que ma fille. » Ses yeux étaient fixés sur Paladia. « Tu les as toutes bien trompées, pas vrai ? »

« Je ne trompe personne », coassa l’ex-renégate, le regard cloué sur l’arbalète.

« Ménelda… » Solari luttait pour se redresser. « Pose ce foutu truc, maintenant ! »

« Ferme-la », lança la guérisseuse par-dessus son épaule. « T’es un ventre mou, comme toutes les autres. Et bien, pas moi, et je ne vais pas rester assise ici et laisser ça se produire. » Elle se retourna et leva l’arme, visant rapidement, son doigt se resserrant sur la détente, ignorant Solari, qui lâcha un cri d’avertissement.

« Non ! » Cria Cait, puis elle rassembla ses forces et se redressa, plongeant depuis la paillasse pour se lancer contre une Paladia surprise, entourant sa nuque de ses bras et la serrant comme si sa vie en dépendait.

Paladia l’attrapa par pur réflexe, ses bras se resserrant autour du corps mince de la jeune fille dans une réaction de surprise.

Un profond silence s’abattit.

« Non », répéta Cait, sa voix pleine de douleur tandis que sa blessure se rouvrait, relâchant du sang rouge et chaud sur la peau nue de Paladia. « Non… Xena a dit… » Elle prit une brusque respiration. « Elle a dit qu’elle méritait une seconde chance… » Une douleur lancinante la traversa. « T’as pas le droit de… d’enlever ça. »

Paladia ne leva pas les yeux. Son regard était concentré sur quelque chose au-delà de sa vision, sa poitrine bougeant avec des respirations irrégulières.

« Espèce de petite folle. » Ménelda secoua la tête. « Tu ne comprends pas. »

« Non. » Une voix profonde et régulière répondit derrière elles et la guérisseuse tournoya, pour voir une grande silhouette sombre sortir de l’ombre et entrer dans la lumière. « C’est toi qui ne comprends pas. »

Une image aux cheveux clairs se matérialisa près d’elle, les yeux verts de la couleur du miel dans la faible lumière. « Cait, tu vas bien ? »

Un long silence tendu tomba, avant une réponse étouffée. « En fait, je pense que non », dit la jeune fille.

« Xena… » Gabrielle mit la main sur le dos de sa compagne.

« Oui. » La guerrière s’avança et s’arrêta au niveau de Ménelda. Son regard alla vers l’arme puis vers le visage de l’Amazone. Elle haussa un sourcil. « Pose ça avant que je ne le mette en pièces. »

Ménelda se contenta de la laisser tomber.

La guerrière avança et s’agenouilla sur un genou près d’une Paladia toujours figée, et elle posa une main sur le dos de Cait. « Doucement… » Elle attrapa la jeune fille par les épaules. « D’accord… viens… lâche-la. »

Pendant un moment, la guerrière pensa qu’elle ne l’avait pas entendue puis les bras de la jeune fille se relâchèrent lentement et elle laissa Xena redresser Cait. « Bon sang », jura la guerrière quand elle vit le sang.

Paladia fixait la tache cramoisie sur sa propre poitrine comme si elle ne pouvait imaginer d’où elle venait. Ses bras tombèrent lentement sur ses côtés tandis que la guerrière reposait doucement Cait sur sa paillasse et elle leva les yeux, les clouant sur la forme mince et claire sous les mains de Xena.

Gabrielle vint près de Ménelda, étudiant l’air surpris sur le visage de l’ex-renégate, et souriant un peu à un vieux souvenir familier qui était son véritable écho.

Elle avait l’impression d’avoir passé des jours et des jours à sa poursuite. A travers les rivières et la saleté et des géants… par-dessus des rochers et des ronces qui déchiraient sa jupe et égratignaient sa peau au passage. Tout ça pour atteindre cette dernière longue route qui se dirigeait légèrement en montant vers un endroit dont elle n’avait appris le nom que récemment.

Amphipolis.

Et à chaque autre pas, elle s’était demandé ce qu’elle avait fait, au nom des dieux, pour être là dans la nature, après quelqu’un qui faisait de son mieux pour l’effrayer. Etait-elle cinglée ?

Ou pourchassait-elle un rêve ?

Elle avait un point au côté à force de courir. Tout ce chemin descendant et sale et à travers un village inconnu, tournant la tête d’un côté et de l’autre tandis qu’elle cherchait ses habitants.

Personne. Mais elle avait entendu la clameur depuis le grand édifice devant elle et se disant qu’elle trouverait au moins ses habitants, elle s’était avancée, poussant la porte pour l’ouvrir et foncer à l’intérieur, puis elle glissa pour finir par s’arrêter momentanément.

La foule était affreuse et portait des pierres, des bâtons, des faux. Ils se concentraient sur la grande femme aux cheveux noirs qui se tenait devant eux, les mains levées dans une pauvre défense, un air de désespoir sans fin sur le visage.

Jamais dans sa vie elle n’avait ressenti une telle affinité avec quelqu’un comme elle le faisait avec cette étrangère grossière et effrayante, et de la voir là, voyant ces pierres qui la frappaient, voyant l’effondrement de ses épaules tandis qu’elle se rendait, remua un sentiment en Gabrielle, une protection féroce qui surpassa ses craintes et l’envoya au milieu des gens, pour se mettre devant la femme assiégée face à cette foule.

Ça lui avait paru si… juste. Si naturel. Elle s’était retournée après leur départ et ses yeux s’étaient levés vers ceux de Xena et ce regard avait été là.

A la fois de l’incrédulité et de l’émerveillement, de la culpabilité et du soulagement.

C’était un sentiment indescriptible, qui réclamait à une âme inconnue, quelque chose qu’elle avait recherchée depuis toutes ces années avec la connaissance que sa vie avait été changée, d’une manière spéciale et très rare.

Si tout dans sa vie allait mal, elle aurait toujours ça.

Elle se fit une note mentale de parler plus tard à Cait de ce sujet. Maintenant, elle retournait son attention vers Ménelda. « Ça aurait été une vraiment mauvaise erreur », dit-elle doucement à la guérisseuse. « Je sais que tu es en colère pour ce qui est arrivé à Erika, mais blesser quelqu’un d’autre n’est pas la réponse. »

« Comment peux-tu te tenir là et dire ça ? » Murmura Ménelda.

« Parce que c’est vrai », répondit Gabrielle, les yeux rivés sur les cheveux noirs soyeux de Xena. « Tu dois apprendre à relâcher ta haine. »

La guérisseuse garda le silence un moment, puis elle soupira. « Je ne pense pas pouvoir le faire. » Elle regarda Xena et une Paladia toujours stupéfaite. « Je ne peux pas m’empêcher de les haïr. » Elle tourna son regard vers la barde. « Et je ne comprends pas pourquoi tu ne le fais pas. »

Gabrielle soupira. « Je ne sais pas quoi dire pour t’aider… autre que te dire que ressentir cela ne t’apportera jamais la paix. »

« Et tout ce pardon t’a apporté la paix à toi ? » Demanda Ménelda sceptique.

Les yeux verts brume se tournèrent vers elle avec un peu de pitié. « Notre pardon mutuel oui. » Elle appuya les mots, consciente du visage figé et sans expression de Xena penchée au-dessus de la paillasse de Cait. « Beaucoup. » Elle attendit mais Ménelda ne parla pas. « Peut-être que… je ne sais pas si cela va t’aider, mais aimerais-tu retourner auprès d’Erika ? Le groupe là-bas a l’air d’avoir besoin d’aide. » Peut-être qu’elles pourraient s’aider l’une l’autre, songea-t-elle tranquillement.

Ménelda ricana doucement. « Ça te rendrait les choses plus confortables, n’est-ce pas ? » Elle fixa la barde. « Personne pour critiquer le fait que tu caches une vipère en ton sein. » Elle prit une inspiration. « Tout le monde ici a l’air d’accepter… elles ont sauté sur ton petit chariot… mais je vais te dire, Gabrielle… moi pas et je ne le ferai jamais. »

La réaction de la barde ne fut pas celle à laquelle elle s’attendait. Gabrielle se contenta de hocher la tête. « Tu as raison », répondit-elle tranquillement. « Certaines personnes ne peuvent pas changer. » Elle cloua Ménelda du regard. « Alors je pense que c’est ton point de vue contre le mien et je vais faire de mon mieux pour m’assurer que c’est le mien qui gagne. » Elle tourna le dos à la guérisseuse et alla vers sa compagne agenouillée. « Alors, réfléchis-y et fais-moi savoir ce que tu veux faire. »

Ménelda garda le silence un moment, puis elle se retourna et partit sans un mot.

Gabrielle soupira puis tourna son attention vers son âme sœur et sa protégée. « Hé. »

« Hé », murmura Xena entre ses dents. « Elle a juste rouvert la plaie… ça va aller. »

« Mm… qu’est-ce que je devrais faire avec elle, Xena ? » Murmura Gabrielle. « Ménelda je veux dire ? »

« La cogner », répondit la guerrière d’un ton sec.

« Quoi ? » Siffla la barde. « Et en quoi ça va l’aider ? »

« En rien… mais tu te sentiras super bien après », répliqua Xena tout en finissant d’ajuster le nouveau bandage sur la poitrine de la jeune fille. « Pour être honnête, Gabrielle… je me fiche pas mal de ce qui va lui arriver. » La guerrière haussa les épaules. « Elle a une idée fixe à mon égard et rien ne va changer cela. »

Gabrielle tressaillit à cette déclaration honnête, mais elle soupira. « Tu penses qu’elle a raison ? » Demanda-t-elle. « que tout le monde se met de mon côté ? »

La guerrière lui lança un regard de réprimande.

« Désolée. » La barde appuya sa tête contre l’épaule de Xena. « Je pense que c’est juste déprimant quand j’ai tort au sujet de gens… ça fait deux fois maintenant. » Elle soupira. « Ma moyenne est plutôt moche. »

Xena fit un bruit entre ses dents. « Je ne compte que pour un ? » La gronda-t-elle, essayant de faire sortir la barde de son humeur morose. « Bon sang. »

Gabrielle pianota sur sa cuisse. « Et bien… » Elle permit à la taquinerie de réchauffer son esprit. « Tu marques un point… tu devrais au moins compter pour deux. »

« Deux ! » Répondit Xena avec un air faussement blessé. « Allons… allons… donne-m’en cinq au moins… j’étais la Destructrice de Nations, Gabrielle. »

Les regards bleu et vert se croisèrent et échangèrent de la chaleur. « D’accord… d’accord… » Gabrielle se rendit puis se tourna vers Paladia. « Ça va ? »

L’ex-renégate semblait avoir enfin repris ses esprits. « Ouais. » Elle s’assit sur la paillasse proche et mit ses mains entre ses genoux. « Cette gamine tarée va bien ? »

Xena sourit tranquillement à Cait qui la regardait d’un air léthargique. « Oh oui. »

Le regard de Cait passa lentement de Xena à Gabrielle et s’arrêta sur le visage de la barde, un sourire minuscule et presque émerveillé sur les lèvres de la jeune fille. « Tu ne vas pas me gronder, hein ? »

Gabrielle lui fit un sourire chaleureux et aimant. « Ce serait hypocrite de ma part, n’est-ce pas ? »

« Plutôt », acquiesça Cait. « C’est plutôt… un sentiment bizarre, non ? »

« Oui », répondit la barde, inconsciente des airs intrigués de l’auditoire. « Mais c’est quelque chose que je tiens chèrement dans mon cœur. » Elle toucha la jeune fille sur le nez du bout du doigt. « Et tu le devrais aussi. »

Cait hocha faiblement la tête et ferma les yeux.

Xena finit sa tâche et se releva, tendant la main à son âme sœur. « C’est fini… allons… laissons-les se reposer un peu. »

« Merci », grogna Solari. « Emmène l’angoisse à la guimauve dehors, d’accord  ? Ça coule pas mal ici. »

Gabrielle rit doucement. « Merci de nous avertir, Solari. »

L’Amazone blessée secoua la main vers elle. « N’importe quoi pour avoir un peu de paix par ici. »

Xena guida sa compagne dehors, se tournant à demi tandis qu’elles atteignaient la porte. « Hé. » Elle montra du menton Paladia, qui restait assise sur sa paillasse dans un silence sombre. « Garde un œil sur elle, d’accord ? »

L’ex-renégate lui lança un regard de réprimande profonde.

La barde et la guerrière sourirent puis disparurent par la porte dans l’étreinte brumeuse d’un brouillard naissant.


On était bien après minuit, se dit Xena, et la zone qu’elles traversaient était très tranquille. On avait demandé à la plupart des participantes de rester près du feu de camp et à la surprise de la guerrière, c’est ce qu’elles avaient fait. Même Eponine et Ephiny étaient revenues une fois qu’elles avaient atteint la salle de guérison et vu le tableau figé et silencieux à l’intérieur.

Maintenant, l’humidité de l’air augmentait et la guerrière regarda ses bottes remuer la brume, poussant les volutes devant elles en bouffées délicates et éthérées. Une profonde inspiration lui apporta la douce senteur des fleurs de nuit, en même temps que les odeurs du feu de camp, et Xena sourit sentant un bras se glisser autour de sa taille et la chaleur alors que Gabrielle se blottissait contre elle.

« Belle nuit », commenta la barde en penchant la tête en arrière pour regarder les étoiles. Des nuages pelucheux en obscurcissaient quelques-unes, mais la plupart scintillaient pour elle, avec des dessins amicaux. La sécurité du bras de Xena autour de ses épaules était très agréable et elle inclinala tête pour embrasser le poignet qui drapait sa nuque.

Xena fit de même, effleurant les cheveux clairs de la barde de ses lèvres et respirant l’odeur familière avec un plaisir absent. Elle n’eut soudain aucun désir de rejoindre les Amazones, souhaitant plutôt de la paix et du temps tranquille seule avec son âme sœur, bien qu’elle admit avoir vraiment passé du bon temps à la fête.

Gabrielle ralentit ses pas et leva les yeux. « Heu… » Souffla-t-elle. « Xena, tu sais… je suis… vraiment fatiguée… tu peux retourner à la fête si tu veux… »

Le regard bleu se réchauffa et un sourire apparut sur les lèvres de Xena. « Gabrielle, après tous les ennuis que tu as déclenchés autour d’elle ces derniers jours… tu penses que je vais te laisser partir comme ça sans escorte ? »

Une étincelle dans les yeux de la barde. « Je pourrais soupçonner que tu me veux juste pour toi-même. »

Xena haussa son sourcil droit et elle se pencha en avant jusqu’à ce qu’elles soient nez à nez. « Tu pourrais avoir raison. »

« Tch… c’est très antisocial, Xena. » Gabrielle saisit l’occasion de leur proximité et embrassa doucement la guerrière sur les lèvres. « Mm. » Elle tendit une main et l’emmêla dans les cheveux noirs et s’appuya contre le corps puissant de sa compagne avant de revenir pour une exploration plus en profondeur. « Mais… ce n’est pas toujours… une mauvaise chose », murmura-t-elle tandis que des doigts puissants glissaient sur son côté et envoyaient des frissons plaisants sur sa peau.

« Allez. » Xena la tenait fermement et se dirigeait vers leurs quartiers. « La journée a été longue et tu as besoin de repos. »

Gabrielle sourit et captura un doigt de la main sur son épaule, et elle le mordilla avec enthousiasme. « Du repos ? » Ses yeux verts étaient posés sur Xena avec malice. « Hmm… si tu le dis, oh Princesse Guerrière surprotectrice. » Elle laissa sa compagne les amener à leur porte et elle s’arrêta, tandis que Xena tendait son long bras pour tirer sur la porte faite de bâtons. « Dieux… » Elle leva les yeux brusquement. « Je sais que tu n’as pas laissé de chandelle allumée, Xena. »

La guerrière cligna des yeux de surprise. « Non… » Instinctivement elle se mit devant Gabrielle et entra, ses sens luttant pour éliminer le reste de bière. Sur le petit bureau que la barde s’était approprié pour ses parchemins, une chandelle était allumée, bien située au milieu, dans un petit plat en céramique pour éviter que la cire ne tombe sur la table.

La lumière ronde et dorée de la chandelle vacillante éclairait le bureau et luisait sur une image posée près de la boîte à rouleaux de Gabrielle, qui la fixa à son tour. « Qu… »

La barde regarda par-dessus l’épaule de Xena et inspira brusquement. « Ouaouh… » Elle passa devant la guerrière et s’approcha de l’image, s’agenouillant pour en étudier les détails. Il y avait la panthère bien sûr, son pelage noir d’encre bien représenté et le renard blond-roux timide, sa queue enroulée sobrement autour de ses pattes joliment peintes.

Mais les yeux du renard regardaient maintenant Gabrielle avec une teinte qui rappelait les siens, et la panthère… un franc sourire se dessina sur le visage de la barde. Le bleu le plus clair dans un champ de noir, si évocateur de son âme sœur que c’en était incroyable. « Tu vois ce que je vois ? »

Xena s’agenouilla près d’elle et étudia la peinture, son visage tendu dans un sourire inconscient. « C’est incroyable. »

La barde hocha la tête d’un air absent, absorbant l’allure du félin majestueux, son cou légèrement penché, ces yeux qui ressortaient dans une pose tellement féroce et avec tant de défi… et les pattes énormes qui entouraient le renard, avec tellement de détails qu’elle pouvait voir les ombres légères des muscles sous son pelage épais, les griffes à demi sorties sur une patte brillant d’avertissement. Si elle regardait de plus près… elle pourrait jurer que le félin souriait légèrement, un soupçon de crocs blancs sur les bords de ses lèvres.

Puis elle passa au renard, son pelage brillant et sa posture fièrement redressée, seule la tête était un peu penchée, pour lui donner un air plus délicat, plus doux alors qu’il posait des yeux vert brume sur celle qui le regardait.

« C’est nous », murmura Xena d’une voix étonnée. « Comment… »

C’était résolument elles, reconnut Gabrielle. Leurs esprits saisis par l’œil d’une artiste grognonne et exprimés d’une manière unique et très spéciale. « C’est sûr que c’est nous », souffla-t-elle. « C’est Paladia qui a fait ça. »

Les yeux bleus s’agrandirent. « Bon sang. » Xena se pencha en avant et étudia la peinture. « Elle est vraiment douée. » Sa voix contenait une admiration honnête et elle tendit un doigt prudent pour toucher la toile en peau soigneusement tendue, qui, bien que simple, était faite avec soin. « Mais pourquoi… »

Gabrielle avait levé un morceau de parchemin posé près de la peinture et elle le déroula. « C’est un cadeau d’union », dit-elle tranquillement. « Je pense. « Elle montra le bout de parchemin à la guerrière.

« Ces trucs stupides sont supposés être une excuse pour faire des cadeaux. Voilà. »

Xena sentit un rire étonné lui échapper et elle se détendit. « Elle est… spéciale », admit la guerrière puis elle prit la joue de la barde dans sa main. « Tu peux te sentir bien sur ton jugement cette fois, mon amour. »

Un sourire satisfait apparut sur les lèvres de la barde. « C’est vrai. » Elle soupira, s’appuyant contre la grande femme. « Ça va être génial au-dessus de l’âtre, tigresse. »

« Mm… » Xena pencha la tête, réfléchissant. « Tu sais, tu as raison… Gabrielle, si les Amazones pouvaient faire en sorte qu’elle produise des œuvres… elles feraient une fortune avec elle… je peux te dire que j’ai croisé la route de dizaines de princes et autres qui adoreraient être peints avec autant de détails. »

Un haussement de sourcil blond. « Hmmm… mais il faudrait qu’elle soit une Amazone pour ça, hein ? »

Xena saisit sa pensée. « Oh oui. »

Elles se sourirent. « D’accord… maintenant que les ennuis du monde entier sont réglés… » Gabrielle se rapprocha et passa la main sur la nuque de la guerrière, sentant le passage de la chair de poule qui suivit son toucher. « J’ai été unie à toi pour la troisième fois. Tu sais Xena… la plupart des gens ont peut-être la chance de faire ça une fois… et certainement une fois à la même personne. Tu penses qu’on en fait trop ? »

« Et bien… » Xena rit doucement en se mettant debout, tirant son âme sœur avec elle. Elle emmena la jeune femme vers le lit et, les mains autour de la taille de la barde, elle la souleva pour l’y déposer. « Pour dire la vérité, Gabrielle… j’ai un peu… perdu l’espoir, à un certain point, d’être jamais capable d’apprécier quelque chose d’aussi normal qu’une union. » Elle rejoignit la barde sur le lit, s’étirant sur le côté avec un léger grognement. « Alors trois ou quatre ? Surtout à la seule personne que j’ai jamais aimée assez pour vouloir être appelée Son Consort . »

« Non… » Gabrielle traça les traits forts de sa compagne d’un toucher affectueux. « Tu ne te mets pas facilement à la seconde place, pas vrai ? »

Le regard de Xena alla vers la peinture, puis revint sur le visage de Gabrielle. « Nan… seulement pour des petites bardes renardes. » Ses dents brillèrent dans un sourire félin.

Gabrielle baissa un peu la tête, sentant le léger rougissement, que ces yeux amenaient encore sur sa peau, la réchauffer. Elle leva les yeux vers Xena sous ses cils clairs ce qui amena un sourire encore plus large sur les lèvres de sa compagne. « C’était vraiment gentil de la part de Paladia. »

« Mmmhmmm… » La guerrière approuva, tendant la main pour écarter les cheveux clairs des yeux de Gabrielle. « Il est temps pour *toi* d’une coupe de cheveux, ma barde. » Elle se rapprocha et souleva les cheveux de la jeune femme pour faire une touffe. « Une coupe de pivert ? »

Des yeux verts levés au ciel. « Gabrielle, Pivert de Potadeia », dit-elle ironiquement. « Oh… oui… ce serait génial, Xena… j’ai toujours voulu avoir ça en héritage. »

Un sourire. « En parlant d’héritage… » Elle relâcha les cheveux de la barde et mit la main sur le ventre de Gabrielle. « Comment tu te sens ? »

La barde couvrit la main de sa compagne de la sienne et entrelaça leurs doigts. « Je vais très bien… j’étais un peu fatiguée avant, mais… ça semble avoir disparu pour l’instant. »

Xena frotta son doigt contre la peau chaude qu’elle pouvait sentir sous le tissu. « J’ai hâte de rencontrer ce bébé. »

Un sourire surpris et heureux apparut sur les lèvres de Gabrielle. « Vraiment ? » Xena n’avait pas beaucoup parlé du bébé… en dehors de son acceptation initiale de la nouvelle. Gabrielle s’était… enfin, pas vraiment interrogée, mais… « J’y pense tout le temps… et bien, quelle est sa taille maintenant et à quoi il pense… est-ce qu’il peut déjà penser ? » Elle se mordilla la lèvre. « Est-ce que cette petite chose nage comme un têtard et si c’est le cas, pourquoi doit-on enseigner à nouveau aux enfants à nager, s’ils l’ont fait au départ ? »

« Parfois non… » Xena se mit sur le dos et croisa les chevilles, qui pendaient du lit. Elle fit une pause pour regarder la barde, apparemment fascinée par les mouvements souples des muscles de ses jambes quand elle fit le mouvement, commencer à tracer des lignes juste sous la peau. « Maman a dit qu’elle m’avait jetée dans une grande baignoire quand j’étais un bébé… et j’ai commencé à… » Elle fit des mouvements avec ses bras comme si elle nageait comme une grenouille. « Un peu comme ça. »

« Et bien… » Gabrielle soupira et roula sur le côté pour être plus près de sa cible. « Tu as un sens inné pour les trucs, tigresse… mon oncle a dû m’apprendre à nager… j’étais vraiment effrayée quand il m’a plongée dans l’eau, même si elle n’arrivait qu’à ma poitrine.

« Hmm… quel âge avais-tu ? » Demanda la guerrière. « Je pense que ça a de l’importance… après un moment… je sais que je ne me souviens pas avoir appris à faire un tas de trucs… nager, chevaucher… lire. »

« Vraiment ? » Gabrielle était fascinée. « Je me souviens avoir appris tout ça… je ne pense pas avoir un sens inné pour quoi que ce soit. » Ses paroles furent coupées par des lèvres douces et elle s’avança dans le contact, le savourant totalement.

« J’ai une autre opinion », grogna Xena doucement quand elles se séparèrent.

La barde gloussa. « Ça ne compte pas. »

Un haussement de sourcil noir. « Je pensais à ton talent pour les histoires », la taquina gentiment Xena, en observant une rougeur prévisible assombrir la peau claire. « Tch… tch… quel esprit mal tourné. » Elle tapota le genou de la barde. « Lève ta jambe. »

Gabrielle obéit et sentit les longs doigts à l’œuvre sur les lacets de sa botte. Elle soupira d’aise tout en glissant un bras sous la nuque de Xena et en mordillant le long de la gorge de la guerrière, s’interrompant pour mordre le pouls juste sous sa mâchoire. « Tu as été une telle inspiration. »

« Hmm ? Pour quel talent ? » Contra Xena avec un rire bas, tout en délaçant la botte de Gabrielle pour commencer sur l’autre, laissant ses doigts tracer les mollets musclés de la barde au passage.

« Oui », répondit doucement Gabrielle qui se débarrassa impatiemment de son autre botte et laissa ses doigts œuvrer sur la ceinture autour de la taille de sa compagne. Elle détacha la boucle et écarta le tissu, glissa une main en remontant le ventre de la guerrière et le long de la surface ridée de ses côtes qui s’écartèrent à son toucher tandis que Xena inspirait brusquement. « Toute histoire que je pourrais écrire… » Elle ferma les yeux en réaction quand le toucher de sa compagne s’enroula autour de sa cuisse. « Te mets au centre… peu importe de quoi il s’agit. »

Sa tunique tomba de ses épaules et elle se glissa contre Xena dans une extase de sensations, sentant sa respiration et celle de la guerrière se synchroniser, tandis qu’elles s’appuyaient l’une contre l’autre. Vertigineuse, elle était contente qu’elles aient choisi de venir se mettre en privé… la plate-forme capitonnée du festival avait été conçue pour une activité intime, mais la pensée de tous ces regards sur elles… La barde soupira et se trémoussa un peu, tandis que le toucher de Xena voyageait sur son ventre et caressait ses cuisses. Une partie d’elle serait toujours cette villageoise de Potadeia, soupçonna-t-elle. Et ça, décida-t-elle, tandis qu’un rire bas et ronronnant lui chatouillait l’oreille, ce n’était pas vraiment une mauvaise chose.

Xena sentit ses défenses tomber, mais pas plus que ça, tandis qu’elle restait consciente de la vie autour d’elles. Elle n’était pas vraiment inquiète qu’on les attaque, bien qu’on ne sache jamais, mais les possibilités d’Amazones curieuses, traînant tout autour, étaient infinies. Pas qu’elle s’en soucie, Xena rit pour elle-même, tandis qu’elle commençait une avance lente et sans répit le long du corps de son âme sœur, commençant sur sa clavicule. Mais Gabrielle s’en soucierait, elle, et ce côté parfois timide et souvent innocent de sa compagne était quelque chose qu’elle protégeait plutôt.

Que les Amazones gardent leur franchise… elle préférait la gentille honnêteté de la barde. Elle descendit lentement le long des côtes de Gabrielle, en traçant chacune de sa langue et les sentant remuer plus vite, tandis que la respiration de la barde augmentait. Elle enroula une main légèrement autour de la cuisse musclée de sa compagne et commença une légère caresse sur la peau douce, récompensée par un son incohérent de la barde dont les doigts voyageaient sur le corps de Xena et envoyait des décharges brutales de feu sur ses nerfs tandis qu’ils trouvaient leur place familière, accompagnés par la vague chaude qu’elle associait toujours à leur connexion. Le désir monta en elle, insatiable et demandeur d’une dimension physique ajoutée au lien profondément émotionnel entre elles, et elle s’y rendit, leurs corps se touchant dans une douce familiarité.

Et tandis que la paix s’installait sur une Nation parfois hargneuse et parfois contrôlée, Dionysos sourit.


Une brise plaisante rafraîchissait la peau d’Ephiny et elle murmura d’un ton appréciateur, avant de se blottir à nouveau et de laisser le sommeil la rappeler. Un léger mordillement sur son oreille lui amena un sourire aux lèvres, mais elle fit semblant de ne pas le sentir.

Un autre mordillement, et cette fois, un toucher sur son cou. « Arrête… c’est trop tôt », marmonna-t-elle en protestant.

L’effleurement de quelque chose de très soyeux sur la peau de sa poitrine s’ensuivit et elle put sentir un souffle chaud sur sa joue.

La respiration se rapprocha puis alla à son oreille. Elle sourit tranquillement, attendant les mots qu’elle savait devoir arriver.

« Grognement. »

Ephiny ouvrit brusquement les yeux pour voir les minuscules yeux noirs la fixer, au-dessus d’un nez noir qui remua dans sa direction. « Hé ! »

L’écureuil sauta en arrière, grognant vers elle d’outrage, avant de remuer sa queue de dégoût et de sauter hors de la plate-forme en se sauvant vers l’arbre le plus proche.

« Espècedesatanéepelureattaquéeparlesmites… » Grogna Ephiny tandis qu’elle se redressait pour s’asseoir, jetant un coup d’œil autour d’elle avec un embarras soudain. A son grand soulagement, elle était plus ou moins seule sur la plate-forme et toutes les autres dormaient encore dans l’avant-aube brumeuse. Elle leva une main tremblante et repoussa ses cheveux blonds bouclés de son front, levant les yeux pour observer le ciel grisonnant, avant de jeter un coup d’œil au campement tandis que des pas légers arrivaient à son oreille.

A son soulagement, c’était Pony, qui jonglait avec un pichet de quelque chose de chaud, deux assiettes et un récipient mystérieux. Elle regarda la maîtresse d’armes contourner précautionneusement plusieurs corps jusqu’à ce qu’elle atteigne triomphante la plate-forme pour s’installer près de la régente avec un bruit sourd et satisfait. « Salut. »

Ephiny se massa la nuque un peu raidie. « Salut… où tu étais ? »

Pony leva le pichet. « Je pensais que tu aimerais avoir quelque chose de chaud… il fait un peu froid ce matin », répondit-elle joyeusement tandis qu’elle versait une portion de cidre chaud fumant dans une chope et la tendait à son amante, puis elle ouvrit le récipient pour révéler du pain d’épice, également chaud. « Ils viennent d’être cuits. » Elle sourit en cassant un morceau pour le mettre dans la paume d’Ephiny ouverte et avide.

« Mmm… » La régente prit une bouchée conséquente et la mâchouilla. « Tout va bien ? »

« Abcholumment », la rassura Pony avec un hochement de tête. « Chpache rien… chébon… »

« Pon ? »

« Mpf ? »

« Avale, d’accord ? »

L’Amazone aux cheveux noirs obéit puis elle prit une gorgée de son cidre. « Désolée. » Elle sourit en plissant son nez épaté. « Quelle matinée géniale… hein ? » Elle donna un coup de pied sur le bord de la plate-forme et s’appuya sur une main, prenant une inspiration profonde de l’air frais de l’aube.

Ephiny la regarda avec un peu d’amusement. « Tu es de bonne humeur », dit-elle.

Eponine y réfléchit un instant puis elle haussa les épaules. « Je pense que oui… c’est une matinée agréable, on a passé le festival… pourquoi ne pas être de bonne humeur ? »

« Tu marques un point », approuva la régente, en tendant la main pour une autre tranche de pain d’épice. « Oh oh… nous ne sommes pas les seules debout, je vois. » Elle fit un geste vers les quartiers de la reine où deux ombres émergeaient.

La lumière naissante de l’aube les captura dans toute leur beauté contrastée, dans la puissance sombre de Xena et la bonne nature chaleureuse de sa compagne tandis qu’elles allaient vers le foyer à pas égaux. La guerrière portait son gambison coloré et Gabrielle ses vêtements de voyage familiers, le tissu brun et vert contrastant avec sa peau brunie par le soleil et ses cheveux clairs. Tandis qu’elles regardaient, la barde donna une tape sur le côté de sa compagne et eut les cheveux ébouriffés en réponse, puis Xena tourna vers le chemin à moitié caché menant dans la montagne, laissant Gabrielle continuer vers elles.

Etait-ce son imagination, se demanda Ephiny, ou bien les yeux de Gabrielle étaient-ils aujourd’hui vraiment plus lumineusement verts que d’habitude ? La barde semblait certainement briller dans la lumière de l’aube et son visage était plissé en un sourire amical tandis qu’elle montait sur la plate-forme, choisissant ses pas avec soin parmi les Amazones encore endormies. « Bonjour. »

Ephiny pencha la tête et regarda la barde qui s’installait les jambes croisées près d’elles. « On dirait que tu as passé une bonne nuit. » La taquina-t-elle.

De manière prévisible, Gabrielle rougit, mais elle sourit également. « Oui…  merci. » Ses yeux brillaient. « Et la fête a été bonne, elle aussi. »

Les yeux noisette et caramel s’agrandirent de surprise.  « Hum. » Ephiny toussa un peu. « Alors… où est partie Xena ? »

La barde leur prodigua un sourire satisfait et accepta le morceau de pain d’épice qu’Eponine lui tendit rapidement. « Merci… euh… où est partie Xena… et bien, vous voyez quand vous êtes de bonne humeur et que ça vous donne juste envie de… et bien, je ne sais pas… sauter partout ? »

« Ooouuuui… » Répondit Ephiny en traînant sur le mot.

« Xena, étant Xena, adore user de cette énergie en cherchant à s’épuiser », leur dit Gabrielle, en mâchant son pain avec un air de contentement. « Dix-sept sortes d’exercices, courir des lieues… vous savez. »

« Mm… je me souviens qu’elle faisait ça quand elle était à la maison… quand je vous ai rejointes il y a un an », se souvint pensivement Ephiny. « Je l’ai suivie dans la forêt… je l’ai regardée faire des trucs stupéfiants, plus qu’à l’habitude, et elle avait une… une sorte d’énergie sauvage qui était vraiment incroyable à regarder. » Elle haussa les épaules. « Je ne sais pas ce qui déclenchait ça, cependant… sûrement pas notre visite. » Elle lança un regard ironique à Gabrielle. « A moins que ça n’ait été le simple fait de recevoir une lettre de toi. »

Le front de Gabrielle se plissa tandis qu’elle réfléchissait. Puis ses lèvres se tendirent dans un sourire nostalgique. « Quand nous nous sommes séparées… elle m’a dit de réfléchir à vous rejoindre de manière permanente. » Elle regarda Ephiny cligner des yeux de surprise. « Bien sûr… je ne l’ai jamais fait… » Son regard prit une nuance d’excuse. « Mais je pense qu’elle ne l’a pas su jusqu’à ce que je lui envoie cette note lui disant de venir me chercher. »

« Gabrielle… » Eponine se pencha en avant. « N’importe quel *idiot* aurait pu lui dire quelle aurait été ta décision, t’sais… même moi je m’en suis rendu compte. »

Un haussement d’épaules. « Je… le sais… mais… parfois… je ne sais pas, ça l’inquiétait que je sois dans la nature avec elle… que je rate beaucoup d’occasions pour ce qu’elle pensait honnêtement être une vie meilleure. » Un minuscule sourire passa sur ses lèvres. « Elle a toujours été comme ça… si je voulais partir, elle était là, à me soutenir… à me dire de suivre mon cœur… pendant longtemps j’ai pensé que c’était parce qu’elle était fatiguée d’être responsable de moi. »

« Mais ce n’était pas le cas », déclara Ephiny.

« Non », acquiesça Gabrielle. C’était parce qu’elle avait peur… et c’est toujours le cas, que son influence me blesse… que parce qu’elle est qui elle est, et à cause de ce qu’elle a fait, ma vie emprunterait un chemin sombre. » Elle haussa les épaules. « Et ça pourrait être vrai… mais nous nous influençons l’une l’autre et peut-être que ça finira par nous amener à aller au centre… elle marchera vers la lumière, je marcherai un peu dans la nuit… nous finirons par beaucoup de nuances de gris, au lieu du noir et blanc.

« Ouaouh », lâcha Pony. « C’est vraiment profond, Gabrielle. »

La barde rit doucement. « Oui, et bien… je suis une barde, tu te souviens ? Nous sommes dans la parole. »

Ephiny mit la main sur le genou de Gabrielle. « Et ça te fait peur ? »

La barde secoua la tête. « Non… j’y pense parfois… et ça me faisait peur avant… mais après tout ce que j’ai traversé, j’ai juste décidé de prendre les choses comme elles viennent… et d’avancer vers la meilleure vie possible. »

Ephiny fixa son amie avec respect. « Tu es une personne courageuse, mon amie… tu le sais, pas vrai ? »

« Tout le monde me le dit… je ne le vois pas moi-même », répondit la barde avec modestie. « Mais je comprends mieux Xena maintenant… je lui ai souvent dit ça tout le temps, combien elle était courageuse… et elle se contentait de me regarder comme si j’étais cinglée et me disait qu’elle faisait juste ce qu’elle avait à faire, alors c’était quoi le problème ? » Un haussement d’épaules. « C’est ce que je ressens… je fais ce que j’ai à faire… et je sais que je suis capable d’être lâche et d’autres trucs mauvais, alors… » Un autre haussement d’épaules. « Bref… ce que je suis venue dire ici c’est que je voulais vous remercier toutes les deux… d’être de si bonnes amies pour nous deux. »

Un petit silence tomba. « Je ne suis pas sûre que Xena aurait approuvé cela, la dernière fois que vous étiez ici toutes les deux », finit par dire Ephiny, d’une voix tranquille. « Et je ne suis pas sûre que je l’aurais fait non plus. »

Gabrielle prit les mains de la régente dans les siennes. « Xena est une personne très dangereuse, Eph… personne ne le sait aussi bien qu’elle-même… elle est très concentrée et résolue quand cela concerne une chose qu’elle veut… il en faut beaucoup pour l’arrêter quand elle est comme ça. » Elle hésita. « Je le sais… parce que je fais partie des quelques personnes qui l’ont fait… et surtout j’ai pu faire ça parce que sous toute cette agressivité et parfois folie, j’ai toujours su qu’au cœur… au centre de tout, une partie de son cœur m’appartient. » Son regard s’attrista. « Mais après ces funérailles, je ne l’ai plus pensé vrai… et j’étais très effrayée quand elle m’a prise, parce que je savais… qu’il n’y avait plus rien entre nous pour l’arrêter si elle voulait vraiment passer sa colère sur moi. » Elle pressa la main d’Ephiny. « Tu avais raison d’essayer de m’arrêter. J’étais folle de vouloir partir avec elle. »

Ephiny étudia le sol puis inspira et leva les yeux. « Je l’aurais poursuivie, avec toutes mes ressources, si elle t’avait fait quelque chose. »

« Je sais », répondit la barde. « Elle le sait… et pour être honnête avec toi, Ephiny… je ne pense pas, à ce point, que si elle avait fait quelque chose… qu’elle t’aurait arrêtée. » Elle soupira. « Nous étions toutes les deux… très, très fracturées… le fait que vous deux l’ayez acceptée comme faisant partie de ma vie, et comme amie, je ne peux pas te dire combien ça compte pour moi. »

La régente la regarda. « Je suis contente… mais je ne l’ai pas fait pour toi », répondit-elle tranquillement. « Je ne lâche pas mes amis aussi facilement… et elle compte beaucoup pour moi. »

Gabrielle lui sourit.

« Oui… pareil », approuva Eponine vivement. « Moi aussi. »

Le sourire de la barde s’amplifia. « Merci à vous. »

« Heu… » Eponine se mit debout d’un bond. « Je… euh… j’ai quelque chose… à faire, alors si vous voulez bien m’excuser… »

Ephiny et Gabrielle échangèrent un regard. «Vas-y. » La régente lui fit un geste de renvoi.

« Merci. » Eponine remua la main et partit.

« Pon ? » Ephiny posa un bras sur son genou et appela son amante.

« Hein ? » Eponine trottina pour revenir, un air excessivement innocent sur le visage.

« Si tu reviens avec des bleus, ne me cherche pas pour arranger ça, d’accord ? »

« Moi ? Euh… non… non… où est-ce que je pourrais me faire des bleus ? » Répliqua la maîtresse d’armes d’un ton indigné. « Je vais juste… euh… patrouiller. »

Ephiny se contenta de secouer la tête et lui fit un geste de la main. « Au revoir. »

Gabrielle rit tandis qu’elles regardaient l’Amazone brune disparaître. « On se détend… si elle ne courait pas après Xena, je pense que l’amour de ma vie se sentirait négligée. »

La régente leva les yeux au ciel, notant la facilité avec laquelle Gabrielle utilisait le terme affectueux. « Alors… vous rentrez à la maison ? »

Gabrielle s’appuya en arrière sur ses mains. « Oui… on va d’abord s’arrêter à Potadeia, pour que je puisse leur donner la nouvelle… » Elle regarda son ventre et fit un sourire ironique à Ephiny. « Ensuite direction Amphipolis… je ne mentirai pas en disant que je serai contente d’y aller. » Elle s’étira. « Il faudra nous rendre visite cet hiver, Eph… peut-être qu’on pourra travailler sur ce plan commercial régional dont nous avons parlé l’an dernier… attirer des marchands de partout et faire du commerce par ici. »

« Mm… j’aime bien cette idée. » Ephiny hocha la tête. « Entre nous, les Centaures et vous tous… on peut vraiment installer quelque chose de régulier… quatre fois l’an, avec tout ce truc qui entre et qui sort… ce serait une bonne chose pour nos bourses. » Elle soupira et tendit à la barde la moitié restante de pain d’épice. « Et je parie que tu feras partie de ces personnes bénies qui restent absolument superbes pendant toute leur grossesse. »

Le regard vert se posa sur elle. « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »

Ephiny rit. « C’est juste une impression… pourquoi, ça t’inquiète ? »

Gabrielle hésita puis haussa les épaules. « Non. »

Son amie se pencha en avant et lui donna une tape sur le genou. « Gab, je t’aime beaucoup, mais tu ne peux pas mentir pour te sauver. » Elle se rapprocha et tendit une tasse à la barde. « Et maintenant, si tu écoutais Tatie Ephiny, d’accord ? »

Cela lui valut un rire de la part de la jeune femme. « Dieux… écoutez l’ancienne », blagua-t-elle. « Je ne suis pas inquiète, vraiment… c’est juste étrange. »

Ephiny lui prit le bras et prit une expression sérieuse. « Tu m’écoutes bien, d’accord ? Je ne connais peut-être pas tout, Gabrielle, mais je sais ceci… même si tu étais une jeune poule borgne, cul-de-jatte, déplumée, ta compagne à moitié cinglée, qui aime le cuir et le maniement de l’épée serait toujours folle de toi, compris ? » Elle soupira. « Et crois-moi, nous passons toutes par le sentiment que ça ne peut pas être vrai. »

La barde la regarda un long moment puis elle sourit et pressa la main d’Ephiny. « Merci », répondit-elle doucement. « Vous viendrez, n’est-ce pas ? Je parie que Gran va avoir besoin du même discours… Toris est loin d’être aussi sensible que sa sœur. »

Ephiny sursauta et se frappa le côté de la tête. « Xena… et sensible… dans la même phrase… il faudrait que je note ça dans les annales de la nation Amazone… » Puis elle se mit à rire. « Tu parles que je vais le faire… vous partez quand ? »

Gabrielle jeta un coup d’œil au ciel. « A midi, probablement… bien que Xena pourrait bien se laisser convaincre de rester un peu plus longtemps… je pense qu’elle s’est bien amusée au festival. »

Ephiny se mit debout et tendit la main. « Très bien… allons régler quelques petits trucs… et ce conseil que tu voulais que je réunisse est prévu pour après le petit déjeuner. » Elle aida la barde à se relever. « Allons… je pense entendre une autre miche de ce pain d’épice qui m’appelle. »

« Je te suis », répondit Gabrielle joyeusement. « Tu sais bien que je ne vais pas discuter là-dessus. »


Xena s’arrêta sur la crête haute, là où le sol élevé surplombait des collines pentues et recouvertes de forêt, à demi enveloppées dans la brume qui bougeait et changeait devant ses yeux dans la lumière brillante. Elle s’appuya contre l’arbre et calma sa respiration ayant couru pour monter la montagne à grande vitesse chassant les petits animaux et les cailloux devant elle sans même y penser.

L’air frais de l’automne portait les effluves des arbres et l’humidité du brouillard qui se posaient sur sa peau et mouillait le gambison serré autour de son corps. La brise apportait aussi des petits bruits de la forêt qui l’entourait, le craquement d’un lapin qui mâchait, un cliquetis tandis qu’un pivert arrangeait un nid et le doux froissement des feuilles qui se murmuraient l’une à l’autre, portant des secrets dans un langage que Xena avait toujours aimé écouter.

Elle avait toujours souhaité le comprendre. Mais l’énergie du monde qui l’entourait, ça elle la comprenait… et elle pouvait la sentir vibrer dans le bois contre lequel elle était appuyée, et grondant à travers le sol sur lequel elle se tenait, une énergie dont elle faisait partie, et une source qu’elle aspirait d’une façon qu’elle ne pouvait pas expliquer et qu’elle comprenait à peine.

C’était juste bon d’être vivante, juste là. Le soleil levant apparaissait à l’horizon et peignait son visage de pêche et de lumière dorée, elle pouvait le sentir à travers ses paupières closes et elle lui sourit en retour, bougeant les oreilles tandis qu’elle détectait la présence proche d’Arès. Elle ouvrit les yeux à contrecœur et lança un regard au loup. « Alors. Tu es revenu. »

Arès remua la queue d’un air hautain et s’assit, enveloppant ses pattes de la longue partie poilue. « Roo », dit-il tout en laissant tomber un petit lapin aux pieds de Xena.

« Oh… comme ça tu m’as apporté un cadeau, hein ? » La guerrière le regarda avec tolérance. « C’est bien, considérant combien tu m’as fait peur ce matin, puis tu m’as fait glisser et tomber sur ton autre maman. »

Arès haleta ce qui lui donna l’air de sourire. « Agrrr. »

« Oh oui… je ne pense pas que ça la dérangeait en fait, mais ce n’est pas le sujet. » Xena remua un doigt vers lui puis elle soupira quand il lui lécha le genou et la fixa d’un air adorateur. « Oh… pas ce regard… tu as appris ça de Gabrielle, pas vrai ? »

Le loup bâilla.

Xena sautilla plusieurs fois. Eh bien, paresseux, tu peux t’asseoir là si tu veux… j’ai des choses à faire. » Elle se pencha en avant et repéra un plateau juste sous elle, une surface agréable, plate et verte qui répondrait à ses désirs à la perfection. « Parfait. » Elle prit son élan et sauta de la crête, se lançant vers le bas pour atterrir sur un surplomb rocheux puis rebondir et faire deux saltos avant de toucher le plateau.

Avec un grand geste, elle dégaina son épée et salua le soleil, puis elle démarra une série d’exercices d’échauffement pour détendre ses muscles. La lame bougeait dans un dessin vacillant autour d’elle tout d’abord de la main droite, puis de la main gauche tandis qu’elle serrait la poignée pour faire un huit avec précision utilisant en grande partie ses poignets et les muscles tendus dans ses avant-bras.

La douleur était bienvenue et elle sourit, puis elle lança la lame vers le haut et par-dessus son épaule juste pour s’amuser, la rattrapant lorsqu’elle redescendit le long de son côté avant de la renvoyer en l’air. Elle sauta et l’attrapa dans sa descente, puis elle démarra une deuxième série d’exercices, se concentrant sur le ressenti de sa position et de l’espace autour d’elle, fermant les yeux pour se défendre contre un ennemi invisible.

Huit cadrans, quatre au-dessus de sa taille, quatre dessous, deux devant, deux derrière chaque membre. Le truc c’était d’affûter des instincts si précisément qu’aucune pensée n’était requise et chaque membre agissait en défense de son territoire, tous s’intégrant en douceur dans une attaque rapide qui lui permettait de pousser vers l’avant, faire tournoyer son épée et donner un coup de pied arrière en même temps, sans perdre l’équilibre.

Elle se concentra encore plus, imaginant des ennemis qui fonçaient sur elle de toutes les directions et son corps répondit, tournoyant dans un cercle, plongeant quand des épées fantômes frappaient à sa tête. Sans avertissement, elle sauta en l’air, faisant tourner l’épée sous ses jambes dans un mouvement qui aurait décapité un adversaire, puis elle tourna en l’air pour éviter une contre-attaque fantomatique. Dans son esprit, elle pouvait entendre le grognement de surprise de l’ennemi infortuné et elle donna un coup de pied vers le bas, atterrissant sur un seul pied et tournoyant avant de lancer un coup de pied sauvage qui aurait brisé des os s’il avait touché quelque chose.

Au suivant. Le sang de Xena battait maintenant et ses narines s’écartèrent légèrement, apportant de l’air tandis qu’elle commençait à s’entraîner sur des sauts et des coups de pied, courant vers un arbre proche pour utiliser ses branches comme des cibles, finissant par faire tomber une branche qui passait par-dessus sa tête. Puis elle se retourna et fonça sur la surface verte, rengainant son épée pour se lancer dans des roulades, se lançant dans des sauts périlleux, puis atterrissant pour se relancer en l’air, tournoyant et bondissant avec un excès d’énergie qui se libérait franchement.

Le soleil éclaboussait le plateau avant qu’elle ne fasse un dernier saut, se laissant atterrir sur le dos, étirant ses bras dans la surface moelleuse et moussue, tournant son visage vers la chaleur bienvenue. La brise fraîche repoussait ses cheveux noirs et refroidissait la sueur qui luisait sur sa peau exposée ; elle soupira dans une satisfaction purement animale tandis qu’elle sentait son cœur lent et régulier.

Au loin, elle entendit le léger grognement d’Arès et elle concentra son audition, fermant les yeux et écoutant l’herbe qui bruissait, les criquets et quelques oiseaux au loin avant qu’un léger bruit ne crée une dissonance. Elle écouta attentivement puis sourit au ciel bleu clair. « Salut Pony. » Mais elle resta où elle était, se contentant de croiser les chevilles et de remuer confortablement ses bottes.

Les bruits de pas augmentèrent puis le soleil fut obscurci par la silhouette compacte et musclée qui la fixait, secouant la tête.

« Assieds-toi. » La guerrière lui fit un signe de la main, attendant que l’Amazone se laisse tomber sur le côté et s’étire, la tête sur une main, attrapant un brin d’herbe de l’autre.

« T’sais… tu es sacrément quelque chose », commenta Eponine, en mâchouillant l’herbe.

Xena haussa les sourcils. « Quoi ? »

« T’es sacrément quelque chose… je suis assise à te regarder faire depuis une marque de chandelle et demie… et je jurerais que j’ai tellement secoué la tête que j’en ai un pincement dans la nuque. »

« Ah oui ? » Xena tendit la main avant même que la maîtresse d’armes n’ait le temps de croasser, elle mit ses doigts puissants derrière la nuque de l’Amazone et testa. « Oui… C’est le cas. » Elle fit légèrement tourner ses doigts et sentit les os se remettre en place, ensuite elle tapota l’Amazone sur la tête et remit sa main dans l’herbe. « C’est mieux ? »

Eponine tendit la main avec hésitation vers sa nuque puis elle cligna des yeux. « Je ne m’attendais pas à ce que tu fasses ça », marmonna-t-elle. « Mais oui. »

Xena sourit.

« Alors… ça fait quoi d’être invincible ? » Demanda Pony en reprenant son sang-froid.

Un œil bleu se tourna vers elle. « Je n’en ai aucune idée », répondit Xena sérieusement. « Je déteste perdre… mais ça ne veut pas dire que je n’ai jamais perdu… mauvaise journée, mauvais combat… je peux être battue et je l’ai été, des dizaines de fois. » Un léger souvenir lui vint à l’esprit. « Par une Amazone une fois, en fait, quand j’étais plus jeune. »

« Mm… vraiment ? » Pony eut l’air intrigué. « Mais pas beaucoup récemment, hein ? »

Un haussement d’épaules. « Ces derniers temps, j’ai dû me battre surtout pour sauver ma vie ou celle de Gabrielle… ça prend une autre connotation », admit-elle. « En plus… je… heu… » Elle garda le silence.

Pony sourit. « Tu ne veux pas perdre devant ta chérie, c’est ça ? »

La guerrière lui lança un regard puis éclata de rire. « Quelque chose comme ça, oui. » Elle leva les mains et les laissa retomber sur le sol. « L’ego, comme aime à le dire Gabrielle. »

Eponine haussa à son tour les épaules. « On en a toutes un », dit-elle en riant. « Tu t’intégrerais bien ici. »

Xena y réfléchit. « Je présume que c’est pour ça que vous me donnez autant de fil à retordre, hein ? » Elle roula la tête d’un côté et regarda l’Amazone brune pensivement. « Je suis parfois un peu fatiguée de devoir défendre ma réputation. »

Pony mâchouilla son brin d’herbe un moment, essayant de formuler une réponse. Finalement, elle haussa les épaules. « Je pensais que tu aimais les défis. »

La guerrière soupira. « Parfois. » Elle cueillit un morceau de mousse et le fit rouler entre ses doigts. « Mais j’ai combattu tellement longtemps que ça a pris de l’âge après un moment. » Ses yeux bleus se tournèrent vers le visage de l’Amazone. « J’ai eu quinze ans de défis, Pony… tu penses que ce n’est pas assez ? »

Une secousse de la tête. « Tu dis ça, mais quand je te regarde faire ce que tu viens de faire… tu ne peux pas me dire que ça ne t’émoustille pas, Xena… je ne le croirais pas. »

Xena sourit ironiquement. « Non… tu as raison… c’est le cas… mais c’est différent… c’est moi qui me mets au défi toute seule… je me pousse au-delà de limites que j’ai fixées… je n’ai pas à m’inquiéter d’une Amazone qui me saute dessus depuis un buisson à chaque demie-lieue. » Elle se mit sur ses coudes. « Ecoute… je ne dis pas que je n’aime pas m’entraîner avec d’autres… et je ne dis pas que je ne vais pas le faire… mais est-ce qu’on peut laisser tomber l’ouverture de la saison de la chasse dès que j’entre dans le village ? » Elle soupira. « Pony, quelqu’un va être blessé… je vais glisser et enfoncer une épée dans les tripes de quelqu’un un de ces jours, et ensuite quoi ? »

Eponine cracha son brin d’herbe. « Très bien… à une condition. »

Un haussement des deux sourcils. « Et ce serait… ? »

L’Amazone eut un sourire narquois. « Maintenant que tu es l’une d’entre nous… tu vas devoir nous enseigner ce que tu sais. » Elle tapota le bras de la guerrière. « Des cours, Xena… c’est ma condition. » Elle remua la main à la protestation qui s’élevait. « Je sais… je sais… tu rentres à la maison… mais c’est une longue saison d’hiver et nous adooorons aller à Amphipolis. »

« Des cours, hein ? » Répéta Xena, avec un soupçon de sourire.

« Oui oui. »

Le sourire devint paresseux et plein. « Tu es sûre de ce que tu veux ? »

Eponine cligna des yeux puis fronça les sourcils. « Hé… c’est un défi ? »

Elles rirent ensemble et Xena s’étira paresseusement. « Très bien… marché conclu », acquiesça-t-elle. « Tu envoies du monde là-bas… je travaille avec elles… c’est probablement une bonne chose puisque je n’aurai pas Gabrielle avec qui m’entraîner pendant un moment. » Elle eut une pensée nostalgique pour les mois paisibles de l’hiver précédent. « D’accord ? »

« Marché conclu », acquiesça Eponine. « Tu rentres au village ? Je sais que vous voulez partir. »

Xena se mit debout et brossa l’herbe sur son gambison. « Oui… » Elle attendit que l’Amazone se lève puis elle se mit à courir, sentant le soleil sur son dos et le vent sur son visage tandis qu’elle laissait Eponine et ses jurons derrière elle.


Gabrielle sortit de la salle du conseil et prit une profonde inspiration de l’air frais. « Mm… » Dit-elle, à personne en particulier. « Belle journée pour voyager. » L’air renfermé de la salle avait couvert sa nuque de sueur et elle tendit la main pour soulever ses cheveux et laisser la brise souffler sur sa peau.

« Bonjour ! » La voix de Jessan explosa et elle se retourna pour voir l’être de la forêt marcher à grands pas vers elle, son corps énorme ruisselant d’eau, des gouttelettes luisant comme des diamants sous le soleil. « Ouaouh… quelle fête hier soir… Gabrielle, tes Amazones savent vraiment comment s’amuser. » Il secoua rapidement la tête, envoyant de l’eau partout y compris sur la barde.

« Hmm… merci, Jess. » Gabrielle leva la main et ferma les yeux tandis que la douche mouillait sa peau nue. « Vous êtes prêts à partir ? »

« Oh oui. » Un grand sourire. « Elaini est prête et passe quelques minutes dans la salle à manger pour dire au revoir. Tout le monde adore les enfants. » Il fit une pause. « Merci de nous inviter chez vous à propos… j’avais hâte de passer du temps avec vous. »

La barde mit une main dans son bras velu et se mit à son niveau. « Moi aussi… » Elle leva les yeux. « C’est agréable d’être avec quelqu’un qui… » Elle s’interrompit à la recherche des mots adéquats.

« Qui comprend ? » Jessan la regarda, ses yeux dorés chaleureux. « Tu peux me dire comment c’est pour toi et nous vous dirons comment c’est pour nous… peut-être qu’on apprendra tous quelque chose. »

Gabrielle sourit. « Je parie que oui. » Elle jeta un coup d’œil au village et sourit en arrêtant son regard sur l’entrée peu éclairée et feuillue du chemin qui montait vers les sources. Quelques instants plus tard, une silhouette aux cheveux noirs entra dans son champ de vision, avançant avec aisance tandis qu’elle évitait les feuilles qui surplombaient le chemin.

Xena courait toujours quand elle entra dans le village et son pas augmenta lorsqu’elle repéra Gabrielle et Jessan et elle changea de direction pour les intercepter. La guerrière ralentit et s’arrêta lorsqu’elle les atteignit, le sol faisant rebondir des cailloux minuscules lorsque ses bottes les touchaient. « Comment ça s’est passé ? » Demanda-t-elle à la barde. « Bonjour », avec un hochement de tête pour Jessan.

Gabrielle hocha fermement la tête. « Tout est réglé… c’était… et bien, un peu rude, mais Ephiny était avec moi et après ça… il y aura une sorte de probation, mais je pense que ça va se faire. »

« Xena ? » Jessan penchait la tête d’un côté et de l’autre. « De quoi est-ce qu’elle parle ? »

« De Paladia… elle va rester ici », répondit Xena d’un ton neutre. « Et Ménelda ? »

Un haussement des épaules nues de la barde. « Elle n’a pas décidé… Eph a dit que c’est une bonne idée, mais… qu’elle soit aussi loin peut aussi être mauvais, parce qu’elle et Erika ensemble pourraient être bien, ou elles pourraient juste renforcer leurs mauvais côtés respectifs. »

Xena y réfléchit. « Vrai », dit-elle. « Mais elle a besoin d’aide. »

« Mm… je sais… » Gabrielle mâchouilla sa lèvre inférieure. « Il faut que je réfléchisse à ce que je vais faire pour elle. » Elle soupira et carra les épaules. « Alors… prête à partir ? Je vais juste aller donner la bonne nouvelle à Cait, ensuite je suis prête. » Elle s’appuya contre sa compagne. « On peut s’arrêter ce soir à cet endroit sympathique près de la source ? » Elle battit des cils. « S’il te plaît ? »

Xena sourit, ignorant l’air espiègle de Jessan. « Je suppose que tu veux du saumon aussi, hein ? »

« Et bien. » La barde mit le nez en l’air et avança à grands pas lents. « Bien sûr. »

La guerrière lui donna une tape sur les fesses. « Vas-y… je vais me changer et seller Argo… je te retrouve à la hutte de la guérisseuse. »

« Hé ! » Cria Gabrielle en la tapant sur le côté. « Arrête ça ! »

Xena évita la prise de défense de sa compagne et lui attrapa l’arrière de son haut, la tirant en arrière pour la relâcher avec un bruit. « Je t’ai eue… »

« Oooh… » Gabrielle décida qu’elle était d’humeur festive et plongea vers la grande femme, l’attrapant à la taille dans un essai désespéré de la tirer vers le sol. Etant données leurs différences de taille et de poids, ce ne fut pas un succès. « Oooh… allez, Xena… »

La guerrière rit en baissant les yeux vers son âme sœur qui luttait avec détermination. Elle tendit le bras qu’elle passa autour de l’estomac de la barde puis elle la souleva jusqu’à ce qu’elle soit à l’envers, couinant comme un poulet, ses jambes battant l’air. « Tch… tch… »

« Xeeeennnaaa !!! » Gabrielle tenta d’attraper les genoux solides de la guerrière, réussissant à passer un bras derrière l’un d’eux pour la chatouiller sans merci. « Eeeehhhoooo !!! » Elle avait oublié que son estomac était aux mains de Xena, jusqu’à ce qu’un chatouillis plumeux se fasse son chemin le long de son côté. « Très bien… très bien… je me rends ! »

Au lieu de la reposer, Xena la lança en l’air pour la redresser puis elle l’attrapa et la prit entre ses bras. La barde reprit son souffle, soufflant ses cheveux hors de ses yeux avec une bouffée impatiente. « Je t’aurai pour ça. »

« Ah oui ? » Répondit doucement Xena en la fixant d’un air affectueux.

« Oui », lança Gabrielle en retour tandis qu’elle entourait le cou de la guerrière de ses bras et qu’elles se regardaient dans les yeux l’une de l’autre.

« Gabrielle ? »

« Hmm ? »

« Tu m’as déjà. » Le regard bleu s’adoucit.

Gabrielle posa sa tête sur l’épaule capitonnée. « Je présume que oui, hein ? »

Elles se tournèrent à l’unisson quand Jessan lâcha un soupir mélodieux. « Ooooohhh… » Il mit les deux mains sur son cœur. « C’est teeeeelllement mignon… »

Les deux paires de sourcils grimpèrent en même temps. « Je vais te frapper », dirent-elles en même temps.

« Et je ne parlerai MEME PAS de cette longue conversation qu’on a eue en revenant de Cirron, Xena… » Gazouilla Jessan. « Tu vois de quoi je parle… pas vrai ? »

« Jessan. » La voix de Xena descendit d’une octave.

« Non non… ça ne sortira jamais de ces lèvres poilues. » L’être de la forêt leva une main vertueuse.

« Quelle conversation ? » Demanda Gabrielle avec intérêt. « Tu ne m’en as jamais parlé. » Elle tourna le regard vers sa compagne qui lançait un regard noir à leur ami. « Allons, Xena… ça peut pas être si terrible ? »

Xena fixa Jessan qui sourit. « T’sais, Xena… ce méchant regard serait bien meilleur si tu n’étais pas en train de bercer ton petit cœur là. » Il sortit le bout de sa langue entre ses crocs.

Xena relâcha un souffle puis elle tourna son attention vers la barde inquisitrice. « Je vais seller Argo. » Une pause. « Maintenant. »

« D’accord, chérie. » Gabrielle lui tapota l’épaule. « Tu veux bien me poser avant ? » Elle fut posée avec soin sur ses deux pieds. « Merci. » Elle attendit que la guerrière se soit éloignée de quelques pas. « Nous reparlerons de cette conversation, d’accord ? »

Les yeux bleus étincelèrent par-dessus une épaule bronzée tandis que Xena s’arrêtait puis elle secoua la tête et repartit.

Jessan et Gabrielle échangèrent un regard et rirent. « Allons-y… » Gabrielle lui reprit le bras. « Encore un arrêt. » Elle s’interrompit quand une file d’hommes, vêtus de simples tissus passèrent à côté d’eux, leurs corps couverts de boue. « Ah… je vois qu’Ephiny a trouvé un usage pour ces types. » Elle sourit tandis que leurs prisonniers essayaient en vain de se débarrasser de la boue.

Jessan rit. « Oh oui… quelque chose au sujet de creuser les fondations de ses nouveaux quartiers ? » Dit-il. « Elle a parlé d’une baignoire creusée dans le sol… je crois. »


Cait pianota sur sa cuisse tandis que la guérisseuse regardait encore une fois la blessure de son épaule. Elle faisait moins mal aujourd’hui, vraiment, elle les en avait assurées. Elle occupait juste une paillasse sans raison… ce serait sûrement mieux pour elle de se reposer dans sa propre hutte confortable. « Vraiment… je me sens bien mieux aujourd’hui. »

La guérisseuse lui jeta un coup d’œil puis secoua la tête. « T’sais, je pourrais développer un complexe à cause de toi, Cait. On pourrait penser qu’on est en train de te tuer ici. »

La jeune fille soupira. « Oh… s’il te plaît… je m’ennuie tellement ici. »

Solari ricana sur la paillasse proche. « Eh bé, merci Cait… c’est sympa d’être ta voisine. »

« Dieux… ce n’est pas ce que je… » Cait se rendit compte que Solari se moquait d’elle et elle fronça les sourcils. « Je me sens bien mieux dans mon propre lit, c’est tout. »

Les yeux de l’Amazone brune brillèrent. « On aimerait toutes ça, gamine… surtout s’il y a quelqu’un d’autre dedans. »

Cait rougit.

La guérisseuse se mit à rire. « Soli, tu es sur le point de rentrer chez toi, je pense… ton sens de l’humour est de retour. » Une salve de rires faibles traversa la pièce, qui s’arrêta lorsque la porte s’ouvrit et que Gabrielle entra, apportant une odeur de pin avec elle.

« Salut, tout le monde. » La barde fit un geste de la main. « Comment allez-vous ? »

Un chœur de ‘génial !’ lui répondit, faisant sourire la jeune femme blonde. « C’est bon à entendre… désolée que le festival ait été aussi frénétique pour tout le monde… peut-être que l’année prochaine il sera plus paisible. » Oui… Gabrielle rit ironiquement pour elle-même. Peut-être qu’on ne sera pas là.

« Reine Gabrielle », appela une voix à l’arrière et la barde reconnut celle de l’une des jeunes éclaireuses qui avait été blessée dans la bataille.

« Oui ? »

« C’est vrai que tu es enceinte ? » Demanda la jeune fille, rougissant lorsque tout le monde se retourna pour la fixer. « Et bien, dieux… aucune d’entre vous n’a les tripes pour lui demander… qu’est-ce qu’elle va faire… me frapper ? »

Gabrielle rit. « Oui… c’est vrai… heu… de huit semaines, je pense. » Elle posa la main sur son estomac plat. « Je ne suis pas encore habituée à cette idée. »

Des sifflements et des acclamations faibles s’élevèrent. « Tu as déjà choisi des noms ? » Demanda Solari avec un clin d’œil.

« Dieux…non… » La barde se mit à rire. « On a tout le temps pour ça… mais vous devez m’excuser… il faut que je parle à Cait et ensuite on part pour la maison. » Elle alla vers la paillasse de la jeune fille et la regarda, consciente de l’intérêt profond des Amazones autour d’elle, qui avait trouvé d’autres choses à observer tout en écoutant. « Hum… » Gabrielle se tourna vers la guérisseuse. « Ecoute… tu sais… j’ai vraiment besoin de parler à Cait en privé… ça t’embêterait que je l’aide à rejoindre ses quartiers ? Je pense qu’elle ira aussi bien là-bas qu’ici. »

Du coin de l’œil, Gabrielle vit le sourire rapide et triomphant sur les lèvres de Cait et elle réfréna un sourire à son tour.

La guérisseuse soupira. « A tes ordres, Majesté… laisse-moi lui préparer un sac d’herbes. » Elle se rendit avec grâce et Gabrielle mit le sac sous son bras tout en aidant avec soin Cait à se lever. « Doucement… tu vas probablement avoir un peu de vertiges. »

« Dieux. » La jeune fille s’accrocha au bras de la barde tout en attendant que le monde se stabilise. « Et comment tu sais ça ? »

Gabrielle soupira. « Déjà vu, déjà fait. » Elle glissa un bras autour de la taille de Cait et la redressa. « J’ai eu une blessure de flèche plutôt terrible il y a longtemps… c’était plutôt douloureux alors je sais par quoi tu passes. »

Cait s’appuya timidement contre elle et prit quelques inspirations. « Très bien… allons-y… je veux sortir d’ici avant qu’elle ne change d’avis », ajouta-t-elle à voix basse. « C’est tellement ennuyeux… et toutes ces personnes qui se plaignent de tout… »

« Oui… » Gabrielle ouvrit la porte et la guida pour sortir. « Je sais que quand je suis malade, ou blessée… je veux qu’on me laisse tranquille la plupart du temps… » Elle fit une pause. Eh bien, à l’exception de Xena, bien sûr. »

Cait sourit. « Bien sûr… c’est une tellement bonne guérisseuse… tout le monde ici parlait d’elle. »

Cela lui valut un large sourire de la barde et elles firent le reste du court trajet en silence. Les quartiers de Cait étaient au bout, près des terrains d’entraînement et auraient normalement dû accueillir quatre filles. Cependant, trois de ses colocataires avaient eu de la promotion la veille et elles n’avaient pas perdu de temps pour déménager leurs affaires vers les quartiers des Amazones, laissant la jeune Cait dans sa splendeur solitaire.

Gabrielle regarda autour d’elle avec intérêt tandis qu’elle aidait doucement la jeune fille à se mettre au lit, tirant la couverture soyeuse autour d’elle et souriant quand elle reconnut le dessin. « Ça vient de la maison. »

Cait passa le doigt. « Oui… Cyrène me l’a donné avant que je parte… j’ai pensé que c’était terriblement sympa de sa part… je veux dire que ce n’est pas comme si je faisais partie de sa famille ou quoi. »

La barde s’assit sur une chaise basse tout près et posa les coudes sur ses genoux. « Cait... ce n’est pas vrai », dit-elle calmement à la jeune fille. « Tu fais partie de notre famille… n’en doute jamais. »

Les yeux gris clignèrent au bord des larmes. « Je ne suis qu’une orpheline. »

« Non. » Gabrielle lui prit la main et la couvrit de la sienne. « En tant qu’Amazone, tu es ma sœur… et Xena aussi maintenant… mais même avant ça, tu faisais partie de nos vies et je t’ai toujours considérée comme faisant partie de ma famille. »

Cait se contenta de la regarder, sa respiration lourde pendant un instant. « C’est… tellement étrange… je me rappelle à peine mes parents. »

« Oui… je sais… je me souviens de ce que j’ai ressenti quand Xena m’a dit que je faisais partie de sa famille… elle m’a dit que notre amitié nous liait elle et moi plus que le sang ne le ferait jamais, et tu sais quoi… c’était la chose la plus stupéfiante qu’on m’ait jamais dite. » Gabrielle soupira doucement au souvenir. « Je me sentais… fière… et impressionnée… c’était très spécial. »

Un petit silence descendit tandis que les deux femmes semblaient absorbées dans leurs pensées.

« Gabrielle… je peux te demander quelque chose ? » Dit finalement Cait très doucement. « J’ai demandé à Xena… mais la réponse qu’elle m’a faite n’a pas vraiment été une explication… »

La barde rit doucement. « Elle ne fait pas beaucoup dans les détails… non… bien sûr. Quelle est la question ? »

« Comment tu sais que tu es amoureuse ? »

Gabrielle soupira. « Oh », dit-elle dans un souffle. « Cette question-là. » Son regard alla sur le visage de la jeune fille. « Tu veux dire… amoureuse, pas simplement aimer quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Cait hocha sobrement la tête.

« Hm. » La barde mordilla son pouce, puis elle se pencha en arrière et concentra son regard sur la petite étagère au-dessus du lit, où se trouvaient des pommes de pin, chacune d’elles décorée de couleurs vives. « Tu sais… parce que quand tu regardes la personne dont tu es amoureuse, tu as… mal… juste ici. » Elle mit la main sur son cœur. « C’est comme si quelque chose t’oppressait… mais quelque chose d’autre te remplit à l’intérieur, encore et encore, jusqu’à ce que tu sois prête à exploser. » Elle s’interrompit. « Tu le sais, parce que tu ferais n’importe quoi, et serais n’importe quoi pour cette personne, tu mourrais pour elle, tu abandonnerais tout ce que tu sais, et tous tes rêves juste pour être avec elle... » Une autre pause. « Elle devient le centre de ton monde. »

Elle déglutit, ignorant les larmes qui coulaient sur ses joues. « Et… quand elle te regarde… avec le même amour dans les yeux que tu as pour elle… il n’y a rien sur cette terre, ou au-delà qui peut se comparer à ce sentiment. » Elle leva les yeux vers une Cait impressionnée. « Voilà ce qu’est l’amour, Cait… il n’y a rien de plus fort, rien de plus merveilleux… que quand tu découvres ce que cette personne, cet arbre unique dans la forêt, signifie pour toi. »

Elles se regardèrent. « C’est ça que tu voulais savoir ? » Finit par demander Gabrielle, tranquillement.

« Dieux », murmura Cait. « Tu rends ça tellement magique. »

Un petit hochement de tête. « Pour moi, ça l’était. »

Cait soupira. « Mais… si ton arbre est un cocotier ? » Son regard alla vers Gabrielle dans une requête plaintive.

La barde lâche un rire surpris. Eh bien… alors tu fais tomber les noix de coco, tu les ouvres et tu savoures », répondit-elle. « D’accord ? »

Cait y réfléchit. « D’accord », finit-elle par approuver.

« Maintenant… sur un sujet tout à fait différent… ton amie Paladia va être intégrée sur une base d’essai… mais tu dois garder un œil sur elle, compris ? » Lui dit la barde, sans rater la lueur surprise et ravie dans les yeux gris clair. Le sujet n’était pas si différent après tout, hein, songea-t-elle tranquillement. « Elle devrait montrer ses dessins à plus de gens… elle nous en a donné un à Xena et à moi pour notre cérémonie d’union. »

« Ben ça… c’est… » Bafouilla Cait. « C’est vrai ? Je vais la taper… elle ne m’a pas dit qu’elle allait faire ça… c’était celui de la panthère et du renard ? »

Gabrielle hocha la tête.

« Dieux… il est parfait, pas vrai ? Elle a travaillé des jours pour faire ces yeux de la bonne couleur… elle m’a fait vér… » Cait rougit un peu et s’arrêta. « C’était sympa, pas vrai ? »

Le visage de la barde se plissa en un grand sourire. « Bien sûr que ça l’était… il est au-dessus de notre âtre… je l’adore et Xena aussi. » Elle regarda Cait pencher la tête et elle s’écouta, entendant des bruits de pas qui étaient assez lourds pour être ceux de son âme sœur, mais qui manquaient du rythme distinct de la guerrière. La porte s’ouvrit et Paladia passa la tête. « Salut… entre. » La barde lui fit signe d’entrer.

« Hum… » Paladia eut un air de doute. « Nan… vous êtes occupées. » Elle commença à sortir, mais Gabrielle s’était mise rapidement debout et avait atteint la porte, tendant la main pour attraper le bras de l’ex-renégate. « Hé ! »

« Non. C’est bon… entre… » Insista Gabrielle en la tirant ce qui eut pour effet que toute la grande blonde émerge dans la pièce. Elle portait un petit sac et elle le poussa devant elle en direction de Cait.

« Tes affaires », grommela-t-elle. « La guérisseuse te l’envoie. »

« Merci. » Gabrielle lui prit des mains et le posa sur la table. « On parlait justement de toi. »

Un air instantanément soupçonneux. « Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

La barde la regarda affectueusement. « Je disais justement à Cait combien Xena et moi nous aimons le dessin que tu nous as fait… il est merveilleux. » Elle fut récompensée par un rougissement qui colora le visage de la grande jeune femme de cramoisi. « Et je lui disais aussi qu’elle ferait mieux de se dépêcher de guérir, parce qu’elle a une nouvelle Amazone à entraîner. »

Gabrielle, experte dans la lecture du langage du corps, vit le léger affaissement dans la posture de l’ex-renégate et elle ressentit une sympathie tranquille pour elle. Même après tout ça… c’était un cas où son jugement avait fait mouche.

Eh bien… bonne chance », dit Paladia avec embarras.

Cait mit un sourire sur ses lèvres. « Merci… je vais en avoir besoin », répondit-elle avec une lueur tranquille dans ses yeux gris clair.

Paladia sentit le silence et elle leva les yeux pour voir le regard de Cait posé sur elle, puis elle se tourna vers une Gabrielle également amusée. Elle contracta le front. « Pourquoi vous me regardez ? » Demanda-t-elle avec hésitation.

Gabrielle se redressa et leva le menton, rendant son regard à la grande femme. Eh bien… tu as un foyer ici si tu le veux. »

Paladia se figea, au point de même arrêter de respirer. Quand elle reprit sa respiration, c’était un halètement. « Pourquoi… dans les sept niveaux d’Hadès tu ferais ça ? »

Le regard vert brume brilla d’une intime conviction. « Parce que tout le monde a droit à une seconde chance, Paladia. » Elle attrapa le bras de la grande femme. « Bonne chance. » Puis elle fit un léger geste de la main vers Cait et retourna à la porte. « Il faut que je parte… nous rentrons à la maison », leur dit-elle, pas sûre qu’elles aient entendu, tandis qu’elle refermait la porte sur un tableau silencieux et pensif.

L’air frais la frappa et elle soupira, les mains sur ses hanches, regardant le campement. Elle repéra son âme sœur qui faisait traverser la place à Argo et elle regarda le petit Xenan qui galopait vers elle, dansant autour d’elle tout en remuant les mains. Jessan et Elaini s’approchaient également, entourés d’un groupe d’Amazones de tous âges, luttant entre elles pour pouvoir tenir un des triplés, qui s’amusaient comme des fous en tirant sur les colliers et les plumes.

Gabrielle hocha la tête pour elle-même, puis elle carra les épaules et traversa la place, en direction de la maison.


Fin

 

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03 juillet 2018

Canicule

mar

 

Deux lectures rafraichissantes !

- Le Festival de Missy Good, partie 10, traduction de Fryda

- Histoire d'eau, une ff francophone de Gaxé

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 10

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 10ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Des coups réguliers de marteau résonnaient tandis qu’un groupe d’Amazones travaillaient industrieusement sur la zone qui serait utilisée pour la fête de la soirée. Quatre femmes trapues et robustes balançaient des bûches sur leurs épaules, les plaçant avec soin pour le feu de camp, et deux filles sans peur avançaient à petits pas sur des branches fines, posant de longues rangées de fleurs aux couleurs éclatantes.

Toute l’atmosphère du village s’était définitivement rehaussée, comme s’en rendait compte Xena, alors qu’elle voyait deux ou trois des éclaireuses habituellement sérieuses se badigeonner avec des fruits. Un sourire se fraya un chemin sur ses lèvres. Peut-être que ça ne serait pas si mal après tout… Plusieurs des travailleuses les repérèrent et les saluèrent joyeusement et Gabrielle leur répondit. La barde lui jeta un coup d’œil. « C’est mieux que la dernière fois, hein ? »

Xena soupira. « Je me faisais la même remarque », admit-elle ironiquement. « Oui… » Son regard fut attiré par une silhouette qui passait et elle remarqua l’intérêt profond de la grande blonde pour elle. « Je pense qu’elles me voient de manière plus chaleureuse. »

Gabrielle regarda la blonde Amazone qui avançait rapidement, foncer dans un arbre. « Tu crois, hein ? » Dit-elle innocemment tandis que la jeune femme rebondissait et disparaissait dans la hutte la plus proche. « Je ne pense pas que ‘chaleur’ soit la température que nous voyons là, mon chou, mais… » Elle tendit la main et ajusta l’avant du cuir cramoisi de Xena. « Je t’adore en rouge. »

Xena rit et mit un bras autour des épaules de la barde pour l’attirer plus près. « Et bien, c’est le Festival de Dionysos… on pourrait aussi bien l’apprécier. » Ses yeux brillèrent et elle baissa rapidement la tête, surprenant Gabrielle avec un doux baiser.

La barde soupira, observant une autre Amazone foncer dans un arbre. « Xena, tu causes le chaos. » Puis elle se lécha les lèvres et baissa à nouveau la tête de la guerrière. « Autant bien le faire. » Elles s’arrêtèrent à l’ombre d’un grand arbre et savourèrent l’instant, conscientes dans la périphérie de leur regard de l’arrêt de tout bruit autour d’elles. « Il faut qu’on arrête ça », murmura la barde.

« Pourquoi ? » Xena lui mordilla la mâchoire.

« On va manger du chaume ce soir assises sur des rochers », répliqua Gabrielle avec un rire. « Viens. »

Des voix bruyantes sortaient de la salle à manger et Xena et Gabrielle avancèrent, bras dessus bras dessous. « Oh oh », marmonna Gabrielle. « On dirait qu’il y a des enn… Ne me regarde pas comme ça ! »

Un battement des longs cils noirs. « Je n’allais rien dire. »

La barde plissa ses yeux verts. « Tu y pensais. »

Xena rit tout en tirant sur la porte et elle poussa sa compagne à l’intérieur.

Un groupe d’Amazones était rassemblé autour de la table principale et elles pouvaient à peine voir les cheveux blonds bouclés d’Ephiny au milieu. Ménelda était appuyée contre la table en bois et elle criait.

« Bon sang, Ephiny… j’en ai plus qu’assez ! Je te dis que cette bâtarde s’est sauvée et elle a kidnappé cette jeune fille et tu dois foutument faire quelque chose ! »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « Tu sais, Xe… Ce n’est pas nous qui déclenchons les ennuis ici. Nous finissons juste par les réparer », marmonna la barde à voix basse. « Très bien… qu’est-ce qui se passe ? » Ajouta-t-elle à voix haute.

Ménelda se retourna et mit les mains sur ses hanches. « Le problème que tu nous as apporté, Majesté. »

Gabrielle sentit l’explosion arriver et se contenta de mettre les mains sur son âme sœur avant que la guérisseuse ne bénéficie du côté sombre de Xena. « Oh oh, tigresse… attends… » Elle mit les mains sur la poitrine qui bougeait régulièrement et attira le regard brûlant sur elle. « Hé… hé… »

Ephiny contourna la table et se mit entre Ménelda et la guerrière toujours frémissante. « Ménelda, c’était déplacé. Et c’était ma décision pas la sienne. » Elle parla durement puis tourna un regard noisette sérieux vers Gabrielle, qui tournait le dos à la régente vu que son attention était concentrée sur Xena. A contrecœur, Ephiny croisa le regard brûlant de la guerrière. « Paladia et Cait ont disparu. »

Gabrielle sentit le pouls sous ses doigts ralentir et elle frotta la peau douce de son pouce avant de se retourner pour faire face à Ephiny. « Disparu ? » Son regard alla de la régente à la guérisseuse en colère. « Peut-être qu’elles sont juste parties se promener ? » Dit-elle d’un ton neutre tandis qu’elle sentait les mains de Xena se poser fermement sur ses épaules.

Ménelda ricana. « Parties se promener ? Cait est méchamment blessée ou bien tu l’as oublié ? »

Gabrielle sentit les doigts se resserrer sur elle et elle mit les mains sur ses hanches. « Je peux te demander quel est ton problème ? » Demanda-t-elle avec irritation. « Tu es incapable d’une civilité basique ou quoi ? Tu agis comme si tu avais un chobos dans le… » La prise se resserra encore, mais elle put sentir la légère chaleur d’un rire sur sa nuque.

Ménelda la regarda avec dégoût. « On est là en train de blablater alors que cette criminelle est peut-être en train de faire les dieux savent quoi à Cait. »

Gabrielle regarda le sol avec dégoût, puis se retourna et fit face à Xena. « S’il te plaît, tu pourrais les retrouver ? »

« On a déjà cherché », interjeta la guérisseuse.

Xena toucha le bout du nez de la barde de son doigt. « D’accord. » Elle se retourna et lança un regard à la foule. Elles se séparèrent sans un mot et elle les traversa, claquant des doigts pour appeler Arès alors qu’elle arrivait à la porte et le loup la rejoignit.

« On a lancé un groupe de recherche », dit Ephiny à Gabrielle à voix basse. « Pony est partie et quelques autres… on ne sait pas depuis combien de temps elles sont parties. »

La barde hocha la tête. « Xena va les trouver. » Elle regarda Ephiny puis Ménelda. « Je pense qu’il faut qu’on parle. » Elle fit une pause pour leur laisser le temps d’absorber ses paroles.

« Maintenant ? » Demanda Ephiny en jetant un coup d’œil à la foule.

« Ce serait bien », l’informa Gabrielle. « En fait ce serait génial. » Elle leur fit signe de la précéder. « Chez moi ? »

Les deux Amazones silencieuses sortirent tranquillement, suivies par une barde très agacée.


« Tu vas où, Xena ? » Rena la rejoignit alors qu’elle atteignait la salle des guérisseuses et commençait à scruter le sol.

« Chercher des gens », répondit la guerrière, oubliant la porte principale pour aller à celle de derrière. Son regard saisit l’encadrement de la porte et elle regarda un support solide, qui portait une égratignure à hauteur de son épaule. Elle se pencha un peu plus et repéra un minuscule fil bleu encastré dans le bois. Elle le sortit et l’examina puis elle entra dans la pièce et observa la paillasse la plus proche. « Paladia et Cait ont disparu. » Elle nota les couvertures posées sur les lits et son regard passa sur celui de Cait où la couverture manquait.

« Ah. » Rena était assise sur un seau retourné, l’observant avec un plaisir évident. « Elles se sont enfuies, pas vrai ? »

Les yeux bleus saisirent la lumière du soleil tandis que Xena regardait par-dessus son épaule. « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Elle se releva et se frotta les mains, ne notant aucun signe de lutte.

L’Ancienne grisonnante rit. « Je suis vieille, pas aveugle, Xena. » Elle se leva et alla vers la guerrière. « J’ai beaucoup apprécié quand tu as donné ce baiser à ta jolie demoiselle dans la cour des Centaures », murmura-t-elle, donnant un coup dans les côtes nues de la guerrière.

Xena réfréna un rougissement et lui préféra un reniflement grognon. « Bien, je dois aller les trouver, alors… » Elle claqua de la langue pour appeler Arès qui reniflait dans le buisson tout proche. « Viens par ici, mon gars. » La guerrière entra, prit l’oreiller de Cait et le tendit au loup.

Naturellement, il le mordit, puis secoua sa grosse tête, arrachant l’oreiller de sa main et envoyant voler les plumes par-dessus les paillasses. « Agrufhf. »

« Hé. » Solari protesta faiblement, en retirant un morceau de son visage. « Garde les batailles d’oreiller pour quand je pourrai les apprécier, hein ? »

« Désolée. » Xena reprit l’objet déchiré. « Arès, sens-le simplement, d’accord ? » Ce que fit le loup en éternuant. « Trouve », dit Xena en baissant le ton de sa voix. « Trouve. »

Arès haleta vers elle puis éternua à nouveau. « Roo. » Il passa près d’elle et trotta sur le chemin de la forêt, son museau fermement posé sur le sol.

« Je pense que je vais venir te donner un coup de main, Xena », décida Rena. « J’aime bien cette gamine. »

La guerrière soupira intérieurement. « A ta guise, mais il faut que tu tiennes le rythme. » Elle partit à grandes enjambées derrière le loup puis se mit à courir tandis qu’il se dirigeait vers la forêt.

Rena se mit à son niveau, riant un peu. « Je ne suis pas de ces petits chiots, t’sais… je me suis astreinte à garder ma condition physique. » Elle garda le niveau de la grande femme avec facilité. « Vous les jeunes pousses vous l’avez facile… attendez d’avoir mon âge et de faire ce truc. »

Xena grimpa derrière Arès et lança un regard ironique à sa partenaire de course. « Je ne suis pas si jeune, Rena. »

« Pfft. » L’Amazone ricana. « Ecoute, gamine… j’ai deux fois ton âge alors mange mes plumes. » Elle sauta agilement par-dessus une racine protubérante. « Je pourrais être ta mère. » Une pause. « Dieux, c’est une pensée effrayante », marmonna-t-elle. « J’entends ces gamines qui se plaignent de douleurs et autres… je pourrais rendre mon déjeuner. »

La guerrière se gratta la joue, mais garda le silence.

« Tu vois ? C’est ce que j’aime chez toi, Xena. » L’Ancienne hocha brusquement la tête. « Je ne t’ai jamais entendue te plaindre… et ne pense pas que je ne sais pas combien tu as été frappée hier. »

Un haussement d’épaules. « Pas besoin d’en faire grand cas. » Xena gardait un oeil sur un Arès agité et elle se baissa quand il se dirigea sur un chemin étroit. « Mais Gabrielle n’est pas d’accord avec toi. »

Rena rit. « Bien sûr que non… mais c’est différent. » Elle passa sous une branche basse. « Je parie qu’elle saisit toutes les occasions de te dorloter, hein ? »

Xena se contenta de la regarder.

« Profites-en. » Les yeux de l’Ancienne brillèrent. « Ça vient droit de son cœur. »

Un léger sourire éclaira le visage autrement grimaçant de la guerrière. « Je sais. »

Elle se pencha un peu en avant alors que le chemin montait, accélérant dans la pente tandis qu’Arès avançait, son museau effleurant les feuilles avec avidité. Brusquement, le loup s’arrêta et sautilla au bord d’un ravin, regardant en bas avec un air intrigué. Il se retourna et regarda Xena puis en bas à nouveau.

La guerrière vint près de lui et regarda en bas, puis elle jeta un coup d’œil le long du bord du ravin. « Hm… je parie qu’elles ne sont pas descendues par ici. »

Rena regarda près d’elle. « Je parie que tu as raison. » Elle examina l’arbre d’un côté. « Regarde ça. »

Ce que fit Xena, voyant un morceau de branche légèrement brisé. Elle mit la main autour, couvrant totalement le morceau et elle sentit la rugosité de l’écorce aux coins contre sa main. « Une prise. »

« Mm », approuva Rena retournant la main de Xena pour la regarder. « Un peu plus petite que la tienne. »

« Oui », reconnut la guerrière. « Ok… je présume qu’on va par là. » Elle progressa surle chemin étroit qui bordait le ravin, plaçant ses bottes avec précautions tout en avançant. Rena la suivit agilement, sa stature plus petite manoeuvrant plus aisément autour des arbres aux branches épaisses. Elle mit la main sur le dos nu de Xena, puis cria quand le corps de la guerrière bougea avec fluidité.

« Ne fais pas ça », l’avertit Xena avec un soupir, ayant à peine réussi à s’empêcher de pousser l’Amazone dans le ravin. « Pas sans parler en même temps. »

« Oups… désolée. » Rena sourit sans se repentir. « Ta peau est douce pour quelqu’un d’aussi coriace, tu sais ça ? »

Xena lui lança un regard puis elle rit et secoua la tête. « On peut revenir à la recherche de ces gamines ? » Elle reprit sa marche, passant sous une branche basse puis elle se figea soudainement et l’Amazone lui rentra dedans. Elle réussit à garder son instinct et s’immobilisa, pointant en bas. « Là. »

Rena regarda par-dessus son bras étiré, repoussant une branche pleine de feuilles avec impatience. « Ah. » Elle sourit. « Je te l’avais dit. »

Xena sourit aussi tandis qu’elle devinait la grande silhouette de Paladia, posée contre un grand arbre, un genou relevé avec un morceau de parchemin clair dessus, son autre jambe servant d’oreiller à Cait.

L’ex-renégate n’avait pas l’air à l’aise en fait, elle tournait sans arrêt la tête vers la jeune fille, le plissement de son front visible pour Xena même de là où elle était. « Bien, bien », dit la guerrière. « Je ne pense pas que Cait soit en danger. »

Il y avait un petit panier à proximité et une outre de vin était accrochée à la branche près de la tête de Paladia, et il était évident pour Xena que toutes les deux avaient passé du temps là, à regarder l’eau.

« Elles doivent être descendues par ici », pointa Rena vers un chemin abrupt à demi caché qui aurait terminé près de l’endroit. « Si c’est pas mignon. »

Xena sentit un sourire sur ses propres lèvres puis elle soupira et avança. « Bien, on les ramène. » Sans une parole d’avertissement, elle atteignit le bord de la clairière et sauta en l’air.

« Fils de BACCHANTE ! » Cria Rena, en se tortillant sur le surplomb fin pour regarder juste à temps pour voir Xena attraper une branche et se lancer dans un double saut avant d’atterrir près des deux fugitives. « Prétentieuse », marmonna l’Amazone pour elle-même, en baissant les yeux vers Arès qui regardait et remuait la queue. « Elle fait toujours ça ? »

« Agrrroo. » Le loup renifla sa botte et la poussa de son museau.

« Oh non… je ne fais pas ça… tu es cinglé. » Rena plissa le front tout en commençant sa descente du chemin abrupt. « Je ne suis pas arrivée à mon âge en étant aussi imprudente. »


Les quartiers de la reine étaient très calmes lorsque les trois femmes entrèrent et Gabrielle montra aux deux autres les fauteuils bien installés devant la table qu’elle utilisait comme bureau. Elle attendit qu’elles soient assises puis elle s’assit à son tour derrière la table et croisa les mains sur son journal. « Alors… par où on commence ? »

Ephiny regarda le sol et Ménelda croisa les bras sur sa poitrine tout en gardant le silence.

Génial. Gabrielle relâcha un soupir tranquille. « Je présume que je commence alors. » Elle cloua la guérisseuse du regard. « Pourquoi es-tu si hostile ? »

Elle vit une légère courbure sur les lèvres d’Ephiny et elle sut que la régente riait intérieurement à son ton direct. « Je ne t’ai jamais rien fait », ajouta-t-elle.

Ménelda la regarda farouchement. « Je n’aime pas la façon dont on dirige ici et c’est trop dommage que je sois la seule qui ait les tripes de le dire. » Volontairement, elle ne regarda pas vers Ephiny qui ricana doucement.

Au lieu de se mettre en colère, Gabrielle réfléchit à la déclaration. « D’accord. Qu’est-ce que tu voudrais voir changer ? »

La guérisseuse ne s’attendait pas à la question et sa mâchoire s’affaissa un peu. « Quoi ? »

Un léger haussement d’épaules. « Tu as dit que tu n’aimais pas comme c’est. Très bien, je l’accepte, mais ne pas aimer les choses ne compte pas tant que tu n’as pas une idée pour les changer », expliqua la barde d’un ton raisonnable. « Qu’est-ce que tu n’aimes pas, que la Nation soit en paix ? Que vos voisins ne vous attaquent plus beaucoup ? Que vous avez étendu votre zone de marché deux fois plus qu’avant ? Quoi ? »

Ephiny la regardait avec fascination, son menton sur un poing. Le style de Gabrielle était unique, son attitude gentille et interrogative plus que frontale et cela déséquilibrait ses adversaires parce qu’on ne pouvait pas juste regarder dans ces jolis yeux verts et voir une ennemie. Ephiny soupçonna que c’était comme ça qu’elle arrivait à affronter les parts sombres de Xena, parce qu’il n’y avait ni jugement ni accusation dans son approche, juste le besoin de comprendre.

« Il n’y a… » Ménelda lutta pour arranger ses pensées. « Il n’y a plus de discipline. »

« Ah. » Gabrielle hocha solennellement la tête. « Tu veux parler de l’entraînement ? Ou bien l’attitude de chacune en général ? »

« Les deux… aucun… je… » La guérisseuse se frotta la tête. « Je ne sais pas… c’est comme si personne ne voulait plus vivre selon nos traditions. »

« Hmm. » La barde réfléchit. « Et en quoi est-ce ma faute ? »

La guérisseuse la regarda. « Tu es la reine. C’est ta responsabilité. »

« Je vois. » La barde se leva et contourna la table, faisant les cent pas tranquillement devant le grand lit. « Alors… que nous soyons bien d’accord… tu décides qu’il y a un problème avec la discipline… qui s’est soudainement développé… quand, il y a trois ans ? »

« Ça fait plus longtemps que ça », protesta Ménelda. « Tu l’as vu… regarde ce qui s’est passé l’autre jour. »

Une main fine se leva et un doigt dressé pour marquer le point. « Mais je ne suis dans la vie des Amazones que depuis… oh… deux ans ? » Gabrielle plissa le front. « Pas vrai ? Et pas non plus beaucoup pendant ces deux années… je pense que j’ai passé un total de… deux mois… ici ? »

« Qu’est-ce que ça a à voir avec tout ça ? » Grogna Ménelda. « C’est quand même ta responsabilité. »

La barde l’étudia. « Peut-être, mais vu que je n’ai aucun contrôle sur les événements journaliers ici, c’est un peu dur à admettre. » Elle regarda Ephiny. « Je ne pense pas que nous ayons sorti une directive qui réduit la discipline ces derniers temps, n’est-ce pas ? »

Ephiny secoua la tête. « Non… et je pense que Pony se sentirait gravement insultée à cette insinuation. Le régime d’entraînement qu’elle a créé était complet et dans mon esprit, effectif. »

« Bien sûr, tu la défends », lâcha Ménelda. « Regarde ce qui s’est passé hier. »

La régente soupira. « Tout l’entraînement du monde ne peut t’aider si tu es prise par ce genre de surprise… nous dépendions de nos avant-postes pour nous prévenir et elles ne s’attendaient pas à ce qu’une amie se retourne contre elles. »

« Non… personne ne s’attend à ça », dit la guérisseuse en fixant la reine qui les regardait tranquillement.

La barde mit les mains sur ses hanches. « Je ne pense pas que ça ait quoi que ce soi à voir avec la discipline Amazone », répondit-elle avec honnêteté. « Je pense que… tu es malheureuse et tu cherches un bouc émissaire et je remplis les conditions », répliqua Gabrielle. « Alors au lieu de changer ta vie pour la rendre heureuse, tu trouves quelqu’un à blâmer. » Elle fit une pause. « Dans ce cas, c’est moi. »

La guérisseuse la fixa. « Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

« Ah bon ? » Répondit doucement la barde. « Et tu ne m’as toujours pas dit ce que tu ferais différemment, parce que tu ne le sais pas. » Gabrielle défendit son point de vue sans répit. « C’est plus facile d’essayer de rendre les autres misérables. » Une pause. « La question est, pourquoi m’attaques-tu soudainement ? »

« C’est de ta faute, bon sang… » Claqua Ménelda. « Elles te regardent et… » Elle s’interrompit un instant. « Oublie ça. »

La barde vint devant elle et mit les mains sur les accoudoirs, se penchant en avant en clouant la femme de ses yeux vert clair. « Je n’aime pas que les gens soient mauvais à mon égard sans raison, Ménelda. Ça me fait me sentir vraiment mal et ça agace ma compagne. »

« Mais tu es la… »

« Non. » Gabrielle la coupa. « Je ne suis pas ‘la reine’. » Sa voix prit de la puissance. « Je suis une personne et je m’appelle Gabrielle, et j’ai des sentiments tout comme toi. » Elle fit une pause. « Alors… quel est ton problème avec moi ? »

Un long, très long silence tandis que les deux femmes se regardaient. Ephiny resta tranquille.

« Ce n’est pas juste », finit par dire la guérisseuse d’une voix rauque.

« Qu’est-ce qui n’est pas juste ? » Demanda Gabrielle calmement. « Qu’est-ce que tu trouves si horrible ? » Sa voix baissa d’un ton. « Tu n’étais pas comme ça… nous avons eu des conversations géniales quand je suis venue ici ce mois-là. »

La mâchoire de l’autre femme bougea. « Tu es restée avec elle. »

Ephiny se raidit et se leva à demi, jusqu’à ce que Gabrielle lui fasse signe de se rasseoir. « Non… c’est bon, Eph… je me suis dit que c’était ça », dit-elle puis elle fit une pause et prit une inspiration. « Oui, je l’ai fait. »

« Comment as-tu pu ? » Demanda Ménelda quasiment dans un murmure. « Après ce qu’elle a fait ? »

Gabrielle la regarda. « Parce que je mourrais sans elle », répondit-elle doucement. « Parce qu’elle fait partie de moi… l’autre moitié de mon âme. » Son regard scruta celui de l’Amazone. « Parce qu’elle m’a tout pardonné. » Elle laissa les mots tomber dans un silence douloureux. « Mais ce n’est pas ce qui t’est arrivé, n’est-ce pas ? »

Ephiny sentit sa mâchoire tomber tandis qu’elle observait les émotions se chasser sur le visage de la guérisseuse. Personne… personne de vivant, en tous cas, ne savait ce qui était arrivé à Ménelda. Elle avait tout gardé en elle, n’en parlant à personne pendant toutes ces années. Comment Gabrielle pouvait-elle savoir ce qui s’était passé ?

Ce n’était pas possible, mais tandis qu’Ephiny observait les yeux vert brume qui scrutaient et testaient le visage silencieux de Ménelda, elle était convaincue que d’une certaine façon, Gabrielle savait. Ça faisait partie de la magie spéciale et personnelle de la barde, qui lui permettait de voir dans le cœur des autres, tandis qu’elle touchait les cordes de l’émotion avec une précision absolue.

Elle ne s’était pas attendue à ce que Ménelda plonge en avant pour saisir le cou de Gabrielle, repoussant la jeune femme en arrière tandis qu’elle relâchait un cri sauvage et angoissé.

Ephiny se précipita en avant, bondissant de son fauteuil, mais Ménelda s’était retournée, envoyant Gabrielle et elle-même loin d’elle et elle étranglait à présent la barde surprise. « Sois damnée… ne ramène pas ces souvenirs, garce ! »

Gabrielle s’arqua et fit perdre l’équilibre à son adversaire puis elle les souleva toutes les deux par force pure, ses bras musclés la repoussant du sol tandis qu’elle se détachait de la prise de Ménelda. Elle frappa la gorge de l’Amazone de son coude puis eut assez de levier pour se jeter sur la guérisseuse et la clouer au sol. Ménelda était plus grande, mais elle était légère et elle ne put bouger sous le poids solide de la barde. « Nous avons toutes des souvenirs que nous préfèrerions ne pas avoir. »

La femme haleta, son visage rougissant. « Tu… es… folle… elle va… se retourner contre toi… à nouveau… et elle va… finir… ce qu’elle a commencé. » Elle luttait vainement. « Tu ne comprends pas ? »

Gabrielle se contenta de la maintenir au sol, la regardant avec une compassion tranquille. « Je prends le risque. »

La guerrière resta immobile et se contenta de la regarder.

« Tu ne peux pas vivre en te basant sur ce qui pourrait aller mal, Ménelda… pas si tu as une chance d’être heureuse. Tu dois vivre pour les bonnes choses », lui dit Gabrielle. « Alors… oui… je sais qu’on s’est fait du mal l’une à l’autre. Et je sais que ça pourrait se reproduire. » Elle prit une inspiration. « Mais nous avons décidé de saisir la chance de l’amour. » Son regard s’adoucit. « Je suis désolée que ça n’ait pas été la même chose pour toi. »

Pendant un long moment, Ménelda la fixa. Puis lentement, douloureusement, elle sembla s’effondrer sur elle-même. « Elle ne voulait pas me blesser », murmura-t-elle. « Elle était juste toujours en colère. »

Gabrielle ferma les yeux et se détendit, soulevant son poids de la guérisseuse maintenant inoffensive, ignorant l’expression de choc sur le visage d’Ephiny. « La colère est une chose vraiment destructrice », dit la barde doucement, caressant le bras de l’Amazone de compassion. « Ça te fait faire des choses que tu ne veux pas faire, parfois. »

« Elle m’a attaquée… avec un couteau… » Gémit Ménelda. « Il était tard… elle était… nous buvions… je n’avais pas fait attention où nous campions… je savais que c’était une zone d’éboulement… la dernière chose dont je me souviens, c’est ce couteau… et moi qui réagis… et ensuite ça fait mal. »

Gabrielle la souleva et l’étreignit affectueusement, se souvenant de l’impact d’un poing sur son visage. Et comme la mort avait semblé… si tentante à ce moment-là, tellement ça avait fait mal. « Je suis désolée… je sais combien ça a dû te faire mal. » Elle continuait à murmurer de manière apaisante, jusqu’à ce que la femme arrête de sangloter, puis elle s’assit. « Eph… aide-moi à la mettre debout… » Gabrielle soupira tout en mettant les jambes sous elle pour se repousser du sol, tressaillant à la douleur soudaine dans son dos.

A mi-chemin, elle sentit une vague d’étourdissement et elle hoqueta, tandis que le monde s’obscurcissait et qu’elle sentait une nausée vertigineuse la saisir et faire lâcher ses genoux.

Elle fut à peine consciente de la prise soudaine et désespérée d’Ephiny sur son bras tandis qu’elle trébuchait vers le lit et réussissait à atterrir dessus, s’allongeant, le monde s’obscurcissant et se resserrant sur elle, et devenant très, très tranquille.


Paladia se pencha un peu plus sur son parchemin pour étudier la ligne qu’elle venait de dessiner, puis elle la frotta un peu avec un doigt couvert de charbon et la redessina. Elle fit une pause et regarda la ravine qu’elles surplombaient et retourna à son travail.

La matinée avait fini par être plus ou moins bonne, admit-elle à contrecoeur pour elle-même, bien que Cait se soit assoupie après qu’elles avaient grignoté les trucs qu’elle avait réussi à piquer à l’arrière de la salle à manger. Et bien sûr, elle avait oublié d’apporter un fichu oreiller alors la fichue gamine avait décidé d’utiliser sa jambe pour le remplacer.

Paladia regarda la jeune fille endormie avec un froncement de sourcils. Cait avait les yeux fermés et sa poitrine mince montait et descendait avec ce que l’ex-renégate supposait être un rythme normal, bien qu’étant donné l’angle du soleil, elle avait prévu de réveiller la jeune fille bientôt pour qu’elles n’aient pas trop d’ennuis.

Avec un soupir, elle retourna à son dessin, traçant un rocher et le pin à l’air intéressant qui s’enroulait presque autour de lui, après avoir été frappé par la foudre et flétri. Elle dessina les longues feuilles étroites puis elle tourna son regard pour se concentrer sur un buisson feuillu tout près quand quelque chose bloqua sa vision.

Elle cligna des yeux avec un froncement de sourcils tandis qu’elle essayait de donner du sens à ce qu’elle réalisa avec un sursaut, être une personne bronzée, aux couleurs noires et cramoisies. « Oh, merde ! » Cria-t-elle, surprise. « D’où est-ce que tu sors ? »

Cait se réveilla en sursaut et cligna des yeux, sa main à la recherche d’un couteau, qui ne se trouvait pas là. Elle hoqueta quand son épaule protesta et elle se laissa retomber. « Dieux. »

« Ne bouge pas, d’accord ? » Paladia lança un regard à Xena. « C’est juste la wonder guerrière. »

La grande femme brune avança à grands pas, posa le pied sur un rocher et s’appuya sur son genou. « Salut. » Elle choisit d’ignorer la description que Paladia faisait d’elle.

Cait roula avec raideur utilisant toujours la jambe de Paladia comme oreiller. « Salut… c’est super que tu nous aies trouvées. » Elle salua son héroïne. 

« Mm », acquiesça Xena, s’asseyant sur le rocher et s’y adossant tout en étirant ses longues jambes avant de les croiser aux chevilles. « Plus que tu ne le penses. »

Elles se regardèrent. « Oh, merde. » Paladia roula les yeux de dégoût. « Laisse-moi deviner… on leur a manqué. »

Xena saisit du regard le panier, l’endroit agréable et la vue, et elle sourit. « Oui. » Elle prit le parchemin des mains de l’ex-renégate avec soin, ignorant son regard de protestation. « Hé… pas mal. » Elle complimenta une Paladia maussade, se tournant à demi pour comparer la vue avec l’image.

L’expression grognonne sur le visage de l’ex-renégate diminua, pour être remplacée par de l’intrigue. « Merci », marmonna-t-elle. « Faut que je fasse quelque chose pour passer le temps par ici. »

Xena rendit le dessin tandis que Rena et Arès arrivaient. « On dirait que tout est sous contrôle ici », dit-elle à l’Ancienne, entendant le léger « Oh oh » de Cait.

Rena les étudia. « Regardez-vous… quelles gamines paresseuses. »

Xena réfréna un sourire. « Et bien… je pense qu’on peut laisser Cait tranquille. »

L’Ancienne mit les mains sur ses hanches et prit la pose. « Je t’incluais là-dedans, gamine. »

Un haussement de sourcil noir. L’attitude de Rena demandait un ajustement vu qu’elle n’était pas habituée à être traitée avec un tel mélange de familiarité et de respect voilé en dehors de sa propre famille. Gamine ? Elle soupira intérieurement. Respecte tes Anciennes, Xena… « Très bien, grandmaman », dit-elle lentement en traînant la voix.

Cela lui valut que l’Ancienne écarte les narines. « Me lance pas ce fichu regard… le reste d’entre nous doivent descendre et descendre et descendre encore le chemin, on ne peut pas juste voler dans les airs comme un fichu écureuil. » Elle montra du doigt la guerrière confortablement assise. « Bien sûr… à toi la route facile ! »

Paladia ricana à la vue de l’expression perplexe sur le visage de la grande guerrière, puis elle cria de choc en sentant un pincement sur sa cuisse. « Hé ! ! !”

Cait croisait les mains sur son estomac, sobrement, battant des cils vers le feuillage au-dessus d’elle. « Dieux, la journée est belle, pas vrai ? »

Xena était tiraillée entre être vaguement insultée par la taquinerie de l’Ancienne et vaguement complimentée et elle décida qu’il n’y avait aucune raison d’être en colère. Elle se leva et se brossa des mains. « Bon, on s’amuse beaucoup, mais… »

La sensation nauséeuse la frappa si fort dans les tripes qu’elle tomba sur un genou, attrapant le rocher pour s’empêcher de tomber. Rena fut instantanément à côté d’elle et posa une main sur elle pour la maintenir.

« Hé… Xena… » La voix de l’Ancienne prit une teinte abrupte d’inquiétude. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Xena ferma les yeux et se concentra, sentant un filet de peur traverser brutalement sa conscience, aussi piquant et froid qu’un torrent de montagne. « Bon sang. » Elle repoussa la désorientation et se leva, se secouant pour sortir de la prise de Rena. « Je vais bien… je dois… je dois rentrer au village. » Elle prit plusieurs inspirations, planifiant son trajet. « Tu les ramènes ? »

Rena la fixa avec incompréhension. « Oui. Bien sûr. »

« Merci. » Et la guerrière fut partie, bondissant vers le chemin qui la ramenait vers les Amazones et une compagne dont elle savait qu’elle avait des ennuis. Arès bondissait derrière elle, glissant dans la pente boueuse.

Elles la regardèrent partir. « Qu’est-ce qui se passe, par l’œil droit d’Hadès ? » Se demanda Rena, en tournant le regard vers les deux échappées.

Cait soupira. « C’est Gabrielle, bien sûr. » Elle tressaillit en essayant de s’asseoir. « Quelque chose doit aller de travers… on ferait mieux de rentrer. »

Paladia ricana. « Et tu vas faire quoi… saigner pour résoudre le problème ? »

« Ne sois pas bête, ma fille… » Ajouta Rena. « Elle n’a pas reçu de pigeon voyageur… elle a sûrement entendu un bruit ou quoi. »

Cait réussit à tourner la tête et elle leur lança à toutes les deux un regard sévère. « Sûrement pas », les informa-t-elle. « Elle sait toujours quand Gabrielle a des ennuis. Ça fait partie de leur… truc. »

« Bien, vous allez perdre des parties de vos ‘trucs’ si vous ne bougez pas fissa », leur dit Rena. « Des gens avalent des plumes sales à cause de vous. »

« Oh… génial », grogna Paladia. « Je présume que je te porte pour rentrer, hein ? »

Cait renifla. « Je peux marcher. »

« Non, tu peux pas. » L’ex-renégate imita son ton.

La jeune fille tressaillit et se rendit compte qu’elle avait raison. « Bon, je vais te raconter une histoire alors. »

« Oh… » Grogna Paladia.

« Pas celle-là », dit Cait en renonçant.

Rena les regarda, intriguée. « Hé les gamines, vous avez le béguin ? »

Deux paires d’yeux se tournèrent vers elle. « Dieux non ! » Balbutia Cait.

« T’es cinglée ? » Aboya Paladia.

« Hmm. » L’Ancienne ôta un sourire de ses lèvres. « Bon… d’accord, on y va, alors. » Elle aida Paladia à ramasser ses affaires et porta son parchemin et ses pinceaux tandis que cette dernière attrapait Cait avec force bougonnements . « Hé… j’espère qu’on va croiser Pony et les filles sur le chemin… elles vont être bluffées que je vous ai trouvées. »

Cait regarda par-dessus la large épaule de Paladia. « C’est Xena qui nous a trouvées », corrigea-t-elle fermement.

« Chut… ne contredis pas tes aînées, jeune pousse », dit Rena en riant tandis qu’elle prenait la tête.


Ephiny retint la barde qui tombait, remerciant Artémis que Gabrielle ait atterri sur le lit et pas sur le sol dur. Elle vérifia le pouls sur un poignet mou et se mordit les lèvres quand elle sentit le rythme rapide. Un bruit lui fit regarder par terre, où Ménelda se mettait péniblement debout.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda la guérisseuse, d’une voix rauque.

La régente secoua la tête tout en lissant les cheveux clairs de Gabrielle pour les écarter de son front. « Je ne… comprends pas… elle semblait aller bien », murmura-t-elle. « Son cœur bat tellement vite… »

Ménelda leva une main avec ce qui semblait être un énorme effort et elle entoura le poignet fin de la barde. « Bon sang. » Elle examina la jeune femme. « Elle a eu… ou bien… je ne… est-ce que j’ai fait quelque chose… »

Ephiny secoua la tête. « Je ne le pense pas… je… ah, elle est enceinte. »

La guérisseuse eut un mouvement brusque de la tête. « Quoi ? »

La régente hocha sa tête blonde frisée. « Environ… oh, je dirais autour de six semaines environ. » Elle repoussa volontairement sa colère contre Ménelda, se disant avec justesse qu’il y avait un moment et un endroit pour ça et que ce n’était pas le cas là maintenant.

« Tu aurais dû me le dire. » La guérisseuse la fixa. « Ou bien estimais-tu que je ne valais pas la peine qu’on me le dise ? »

Exphiny soupira. « Plus tard… on s’occupe d’abord d’elle, d’accord ? » Elle sentit le pouls de Gabrielle qui battait fort contre ses doigts. La barde était pâle et sa peau semblait froide. « Apporte une couverture… elle a froid. »

Ménelda se mit difficilement debout et aida Ephiny à tirer la pelisse noire épaisse sur la forme élancée de la barde puis elle mit la main sur sa tête. « Elle a l’habitude de s’évanouir ? »

« Non », dit tranquillement la régente. « Pas que j’ai remarqué… elle m’a toujours semblé vraiment en bonne santé, en fait. » Elle étudia attentivement la barde.

Un grognement bas attira leur attention et Ephiny s’assit sur le bord du lit, attrapant Gabrielle par les épaules alors qu’elle remuait. « Hé… doucement… »

Les cils clairs battirent puis s’ouvrirent et la barde leva une main tremblante vers sa tête. « Qu… » Son visage se contracta de douleur. « Oh… dieux… » Elle mit un bras autour de son estomac et roula sur le côté. « Ouille… »

« Gab… » Ephiny lui serra l’épaule anxieusement. « Hé… qu’est-ce qui ne va pas ? Dis-moi où tu as mal ? »

La barde serra les dents. « Des crampes… oh… dieux… c’est comme si on me retournait les entrailles. »

Ménelda inspira un souffle choqué. « Oh par Hadès… » Elle se passa la main dans ses cheveux courts. « Non non… écoute… Gabrielle, essaie de te détendre, d’accord ? » L’instinct de guérisseuse prit l’avantage, repoussant tout le reste pour le moment.

« Tu peux lui donner quelque chose ? » La régente parla doucement et rapidement. « Ménelda, elle ne peut pas… » Elle stoppa la pensée et serra la mâchoire, frottant affectueusement l’épaule tendue de la barde. « Doucement… Prends une inspiration profonde, Gabrielle. »

C’est facile pour elle de dire ça, gémit la barde silencieusement tandis qu’elle essayait d’obéir. Son corps se mit en boule et elle passa une main autour de l’oreiller, le serrant fort. « D’accord… » Hoqueta-t-elle. « Je fais… ce que je peux. » Un cri mental partit vers son âme sœur, souhaitant qu’elle soit là et qu’elle s’occupe de tout, à la recherche désespérée de son toucher.

« Fais quelque chose. » Ephiny serra les dents et fixa Ménelda.

« Oh… maintenant je suis une guérisseuse, pas vrai ? » Lâcha la femme, mais elle se leva et alla vers les sacs mis au sol, farfouilla dans l’un d’eux puis dans le suivant jusqu’à ce qu’elle en tire un sachet. « Je n’ai aucune idée de si elle s’est même embêtée à porter… ah. » Ses mains trouvèrent les herbes qu’elle cherchait et elle se leva, les apportant au bureau où se trouvaient un pichet et une tasse.

« Doucement… doucement, mon amie… » Ephiny murmurait à la barde en souffrance. « Allez… allez… détends-toi… on va te donner quelque chose et tu te sentiras bien mieux. » Elle croisa mentalement les doigts, reconnaissant les symptômes d’une fausse couche naissante. Non… Artémis, non… s’il te plaît… je t’offrirai tout ce que tu veux… mais ne laisse pas ça lui arriver.

Gabrielle cligna des yeux et les ouvrit et elle fixa la porte, sans la voir. « C’est le b… bébé, pas vrai ? » Murmura-t-elle, la peur rendant sa voix aiguë ? « Oh doux dieux, s’il vous plaît… »

« Chut… non… ça va aller. » Ephiny sentait la tension dans le corps de sa jeune amie. Elle leva les yeux au retour de Ménelda qui tournait un mélange dans une tasse de son doigt. « C’est quoi ? »

« Tu ne le saurais pas même si je te le disais », répondit brusquement la guérisseuse. « Aide-moi juste pour lui faire avaler. »

Ephiny la fixa, avec une appréhension soudaine.

« Oh… on ne peut pas me faire confiance, c’est ça ? » Siffla Ménelda en voyant son visage.

« Tu viens juste d’essayer de l’étrangler », répliqua Ephiny échauffée. « Mais si… je te fais confiance, Ménelda. Mais souviens-toi de ceci… si quelque chose lui arrive, je t’arracherai personnellement les tripes et je les mettrai à pendre au portail du village. » Sa voix était froide et dure, bien plus que Gabrielle ne l’avait jamais entendue.

Elles se fixèrent du regard. Ménelda finit par recommencer à remuer la tasse. « Allons-y ou bien toute cette discussion sera inutile », marmonna-t-elle mal à l’aise.

Ephiny soupira puis elle releva doucement la barde à demi-consciente. « Gabrielle… tiens bon, d’accord ? Il faut que tu boives ceci. »

Gabrielle ouvrit douloureusement les yeux à ces mots. « Qu’est-ce que c’est ? » dit-elle d’une voix croassante.

« Ça va te détendre. » Ménelda mit la coupe à ses lèvres. « Bois. »

La barde reçut une odeur piquante et déplaisante, mais la douleur la submergeait et elle savait qu’elle n’avait pas le temps d’attendre que Xena revienne. A contrecœur, elle prit une inspiration puis se mit à boire.

Pour être arrêtée par une main douce sur sa tête et une autre inflexible sur la tasse, qui fut écartée de son visage, accompagnée d’une présence chaude et familière. « Arrête. »

Ménelda recula en sursaut et Ephiny hoqueta, surprise par la soudaine présence menaçante de la guerrière. « Dieux… Xena… merci Artémis. » La régente recula tandis que Xena se mettait sur un genou près du lit, prenant affectueusement la joue de la barde dans sa main libre. On ne l’a même pas entendue arriver… bon sang…

La guerrière renifla la tasse puis d’un mouvement de poignet elle en jeta le contenu par la fenêtre. « Eph… apporte-moi mon kit », demanda-t-elle tranquillement, caressant doucement le visage de la barde de son autre main. « Doucement… détends-toi juste, mon amour… je suis là. »

« Xe… » La barde faillit sangloter. « Ça fait mal. » Elle agrippa le bras de la guerrière faisant ressortir les veines sur ses poignets puissants. « Ouille… » Un bas gémissement lui échappa. « S’il te plaît… »

« Chut… je sais… tiens bon », répondit Xena à voix basse et régulière, apaisant son âme sœur d’une caresse affectueuse. « Doucement… respire… c’est ça… »

Ephiny revint rapidement auprès du lit avec les herbes et regarda la guerrière en trouver trois par son seul toucher et les mélanger, puis remplir la tasse d’eau du pichet. Le visage de Xena était complètement impassible, mais la régente pouvait voir que ses mains tremblaient et la montée et la descente rapides de sa poitrine dans une respiration paniquée. Elle se souvint brutalement de la Thessalie et mit la main sur le dos tendu de la guerrière par pur réflexe. La peau bougea sous son toucher, mais elle sentit les bandes d’acier sous ses doigts se détendre un peu.

« D’accord… d’accord… » Xena se glissa sous l’une des épaules de Gabrielle et la releva puis elle amena la tasse à ses lèvres. « Bois ça. »

Une gorgée. Deux. Gabrielle fit la grimace. « Oh… beurk. » Trois gorgées puis elle vida la tasse et laissa sa tête retomber contre la poitrine de sa compagne. Elle avait toujours un bras enroulé contre son ventre et elle gémit lorsqu’une autre crampe attaqua son corps. « Xe… je ne… oh… »

« Chhhut… » Xena posa la tasse et se glissa dans le lit, relevant sa compagne pour la tenir contre sa poitrine. « Je suis là… je suis là… ça va aller, mon amour », dit-elle doucement à Gabrielle, ignorant les deux autres femmes dans la pièce tandis qu’elle espérait que les herbes fonctionnent. « Ça va aller. » Elle glissa une main sur le dos de la barde, massant les muscles douloureusement tendus. « Allez… respire pour moi… de bonnes inspirations profondes. »

Ephiny avait l’impression d’écouter aux portes tandis qu’elle captait les mots doux, tellement différents de ce qu’elle avait vu chez Xena jusqu’ici que c’était presque comme entendre une autre personne.

Ce qui, se dit-elle, était exactement ce que c’était… cette autre Xena que Gabrielle semblait si bien connaître et qui était, en fait, son âme sœur bien-aimée comme elle l’appelait. C’était la personne pour laquelle elle risquerait volontiers sa vie. Qu’elle défendait férocement. A l’amour de laquelle elle se raccrochait, même dans les circonstances les plus horribles.  Peut-être que je vois pourquoi maintenant.

Elle regarda les mains de Xena bouger doucement sur le corps blessé de la barde, tentant d’apaiser sa détresse et essuyant les larmes qui coulaient de ses paupières closes, puis elle jeta un coup d’œil à Ménelda qui regardait les deux femmes avec une expression indéchiffrable. Ephiny se demanda à quoi pensait la guérisseuse. Je le saurai probablement bien assez tôt, songea-t-elle avec ironie.

Gabrielle sentit une léthargie chaude et douce la traverser et elle faillit crier de soulagement tandis que les crampes affreuses dans son ventre diminuaient. Elle se tortilla pour se rapprocher de sa compagne, absorbant la chaleur de son corps et entendant le battement violent du cœur de Xena, son oreille pressée contre la poitrine de la guerrière. Tout allait bien. Xena était là. Elle était en sécurité. « Je vais mieux », marmonna-t-elle contre le cuir rouge.

Xena ressentit un soulagement tremblant et elle ferma les yeux, la tête posée contre celle de Gabrielle. Elle pouvait sentir le corps de la barde se détendre lentement contre elle et elle envoya un remerciement tranquille à quel dieu ou déesse avait veillé sur son âme sœur.

Ça avait été juste.

« Comment vas-tu ? » Demanda-t-elle après quelques instants, à nouveau consciente de la présence silencieuse d’Ephiny et de la silhouette tendue de Ménelda contre le mur.

Gabrielle prit une inspiration profonde puis la relâcha. « Je vais bien. » Elle sentit ses sens revenir à la normale, à son grand soulagement.

Ephiny baissa la tête et s’assit brusquement dans le fauteuil tout près. Puis elle leva lentement sa tête bouclée et fixa la guérisseuse. « Tu te souviens de ce que je t’ai dit ? » Sa voix tremblait de colère.

Mais Xena leva la main. « Attends… cette première tasse n’était pas mauvaise. » Elle glissa à nouveau contre la tête de lit, serrant Gabrielle contre elle avec une douceur stupéfiante. « C’est juste que… elle est très sensible aux herbes… je dois être très prudente avec ce que je lui donne. » Elle fit un bref signe de tête à Ménelda. « C’était un bon choix… celles-là étaient juste meilleures pour elle. »

Ephiny fit retraite et baissa le regard vers le sol.

Xena observa les yeux de la barde qui se fermaient. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda-t-elle à la régente blonde.

Ephiny leva les yeux et soupira. « On… discutait juste de trucs… » Qu’est-ce que je peux lui dire ?  Elle observa les traits tendus et contrôlés. « Il y a eu un peu d’échanges musclés… Gabrielle s’en est occupée… mais quand elle s’est levée, elle s’est évanouie. »

Le regard bleu devint glacial. « Musclés ? » Son regard passa sur Ménelda.

« Xe ? » Le regard vert brume la regardait. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » La voix lasse de Gabrielle stoppa sa fureur montante. La main de la barde bougea et elle leva les yeux avec une expression inquiète.

C’était dur. Mais son âme sœur avait besoin d’elle et cela… et bien Ménelda devrait attendre. Elle repoussa sa colère et prit une inspiration tremblante, caressant les cheveux de la barde autant pour son propre confort que pour celui de la jeune femme. « Très bien… ça n’a pas d’importance. »

Ephiny se leva et s’approcha d’elle puis se mit à genoux près du lit avant de mettre une main sur le genou de Xena. « Qu’est-ce que je peux faire… tu as besoin de quelque chose ou bien Gabrielle… je… »

Gabrielle rouvrit les yeux à ces mots et regarda son amie, forçant un minuscule sourire sur ses lèvres. « J’ai tout ce dont j’ai besoin ici », blagua-t-elle faiblement, tapotant la poitrine de Xena d’une main. « Désolée… je ne voulais effrayer personne. » Les herbes que Xena lui avait données détendaient son corps, mais ne lui donnaient pas vraiment sommeil et elle fut contente de se laisser tomber contre la poitrine de la guerrière de manière aussi inerte que possible. Les horribles crampes étaient parties et elle se sentait juste faible maintenant.

Et affamée, songea-t-elle, surprise. Quelle drôle de chose.

Xena bougea un peu. « Heu… » Elle étudia sa compagne. « Si tu pouvais nous faire envoyer de quoi manger… je pense qu’elle a juste besoin de repos. » Elle fronça les sourcils. « Beaucoup de repos. »

La barde la regarda. « Xe… » Sa voix contenait de la protestation.

« Gabrielle, tu aurais pu perdre le bébé », lui dit son âme sœur très, très doucement. « Tu t’en rends compte, pas vrai ? »

La barde déglutit. « Je… je ne… je veux dire que je n’ai pas vraiment fait grand-chose, Xena… on est venues ici, on a parlé et ensuite… »

« Et ensuite ? » Répéta sa compagne.

« Ce n’était rien… juste un peu de lutte, c’est tout… j’allais bien », insista Gabrielle. « C’est juste quand je me suis levée que… j’avais des vertiges… »

« Gabrielle… on ne va pas discuter », déclara platement Xena. « Tu restes au lit jusqu’à ce que je te dise que ça va. »

« Xena… pour… »

« Elle a raison. » La voix de Ménelda leur parvint tranquillement du coin. « Majesté. »

Xena lança un regard à la guérisseuse puis décida qu’elle allait utiliser tous les alliés qu’elle pouvait à ce moment. « Tu vois ? »

Gabrielle les regarda toutes les deux. « Je vais bien maintenant », insista-t-elle. « Je ne veux pas rater la fête. »

« Gabrielle. » Ephiny mit la main sur son mollet et le pressa. « On peut faire la fête à tout moment. » Elle laissa un sourire passer sur ses lèvres. « Tu sais que nous adorons les fêtes. »

Les épaules de la barde s’affaissèrent. « Mais… »

Xena eut pitié d’elle et l’embrassa sur le dessus du crâne. « Très bien… je t’amènerai personnellement à la fête, mais tu restes ici d’ici là et tu te contentes de regarder les autres quand tu viendras. » Une pause. « Marché conclu ? »

« A une seule condition », négocia Gabrielle avec talent.

La guerrière leva les yeux au ciel. « Je ne m’en sortirai jamais avec ce truc… ok, c’est quoi ? »

« Tu restes ici aussi », lui dit la barde avec un sourire.

Xena sourit en retour. « Oh… c’est tout ? » Elle étreignit la jeune femme. « Très bien… tu gagnes. » Comme si j’allais la quitter, même pour une minute. Bien.

Gabrielle soupira d’aise. Puis elle leva la tête et regarda Xena. « Alors… tu les as trouvées ? »

Un regard. « Oui. » Xena se tourna vers Ephiny qui les regardait. « Près de la rivière… Rena les ramène ici. » Elle fit une pause. « Elles étaient… heu… »

« En cavale ? » Demanda Ménelda depuis son coin. « Sacrées folles de gamines. »

Ephiny vit l’étincelle dans les deux paires d’yeux et elle se leva brusquement. « On part », annonça-t-elle. « Je vais vous faire envoyer un plateau… et peut-être de l’amusement. » Ses yeux brillèrent sobrement. « Repose-toi, mon amie. »

« On va le faire », dit doucement Gabrielle, une main jouant avec l’avant de la combinaison en cuir de Xena tandis qu’elle les regardait passer la porte.

Un silence s’installa dans la pièce, ponctué par les cris de préparation qui continuaient au-dehors. Gabrielle entendit le battement de cœur dans la poitrine contre son oreille ralentir et elle attendit qu’Arès approche timidement du lit et saute avant de lever la tête et de regarder le profil anguleux au-dessus d’elle. « Tu vas bien ? »

Un mouvement brusque tandis que Xena concentrait son attention sur son âme sœur. « Moi ? » Demanda la guerrière incrédule. « Gabrielle, ce n’est pas moi qui ait un problème ici. »

La barde sourit affectueusement et retira quelques feuilles de dessous la combinaison de sa compagne. « Tu es venue rapidement ici », répondit-elle. « Je ne t’ai même pas entendue arriver. »

Xena observa son corps couvert de boue et de feuillage avec ironie. « Je pense que tout le monde l’a entendu. » Elle soupira. « J’ai fichu une frousse bleue à quelques personnes sur mon chemin. »

Gabrielle hocha la tête. « Je peux l’imaginer. » Elle retira encore quelques feuilles. « Hum… je pense que je peux survivre toute seule quelques minutes si tu veux enlever tout ça. » Les bras de Xena l’enserraient toujours fermement ; comme si la guerrière avait peur qu’elle s’enfuie.

« Oh. » Xena baissa les yeux d’un air penaud et la relâcha, la reposant avec précautions contre les oreillers avant de remonter la pelisse sur elle et de se lever, envoyant une petite cascade de pousses d’herbe et de feuilles au sol. Elle avait évité les chemins et prit une route plus directe, finissant dans une explosion pour sortir du feuillage près de la salle de bains, effrayant les trois Amazones à l’intérieur qui plongèrent hors de leur baignoire pour finir sur le sol. Cela avait ajouté un peu de chaume à sa décoration corporelle et maintenant elle retirait patiemment les trucs chatouillants de dessous sa combinaison rouge en cuir.

« Pourquoi tu n’enlèves pas ça ? » Demanda Gabrielle. Un haussement de sourcil provocant. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. » Le sourcil se baissa dans un froncement. « Oh… tu sais très bien de quoi je par… Xena, ce n’est pas non plus ce que je voulais dire », lui dit la barde avec un air d’exaspération feinte.

Mais c’était une bonne idée, se dit Xena, après qu’elle ait récompensé sa jeune compagne d’un rire ironique. Elle retira la combinaison, secouant les morceaux d’écorce avec des mouvements vigoureux, puis elle alla vers leurs sacs et en sortit deux chemises, une qu’elle enfila et l’autre qu’elle apporta avec elle au lit.

Gabrielle avait tout observé avec une joie paresseuse et elle s’assit quand Xena se mit au bord du lit à nouveau, pour permettre à la guerrière de lui retirer ses vêtements de cérémonie. Les doigts chauds étaient bons contre sa peau et elle garda le silence quand Xena prit la chemise pour la lui passer par-dessus la tête.

« Est-ce que Cait va bien ? » Demanda-t-elle finalement, d’une voix douce tandis que la guerrière s’occupait de lui enlever ses bottes.

Le regard bleu se posa sur elle. « Oui… elle va bien. Elles faisaient juste l’école buissonnière. » Elle pinça les lèvres d’amusement. « Je les ai trouvées dans un endroit sympathique, Cait somnolait et Paladia dessinait. » Elle retira les bottes de la barde puis lui chatouilla les orteils.

« Eh… Xena ! » Elle écarta son pied et réfréna un rire.

La guerrière sourit et joua tranquillement avec les couvertures avant de relâcher un bref soupir. « Alors… tu vas me dire ce qui s’est vraiment passé, ou bien… » Elle regarda le visage de la barde attentivement. « Ecoute… je ne vais pas me précipiter pour l’attaquer, si c’est de ça que tu as peur. » Sa voix prit une tournure amère.

Gabrielle cligna des yeux. « Non… je… » Elle fit une pause, réfléchissant tranquillement. « Je présume que c’est ce à quoi ça ressemble pour toi, non ? » Murmura-t-elle, en se souvenant de l’explication tronquée d’Ephiny.

« Comme si on ne pouvait pas me faire confiance avec la vérité, oui », répondit Xena honnêtement.

La barde tressaillit. « Ouille. »

Xena haussa les épaules.

« Viens par ici. » Gabrielle tira sur sa manche. « Allonge-toi et je vais te raconter toute l’histoire. » Elle s’interrompit. « Je pense que j’essayais juste de trouver un moyen d’excuser ce qu’elle a fait… parce que je suis désolée pour elle. »

Xena accepta cela. « Très bien. » Elle attendit que la barde bouge puis elle s’appuya contre la tête de lit et étira ses jambes sur le lit. Gabrielle l’entoura immédiatement d’un bras et se blottit, laissant ses yeux se fermer dans une paix tranquille pendant un long moment.

« Mmm… c’est si bon », murmura-t-elle après un instant, puis elle renifla la peau de Xena. « Pourquoi tu sens la sauge ? Je veux dire que ça ne me dérange pas, c’est une bonne odeur, mais ce n’est pas notre savon de bain habituel. »

« Hum. » La guerrière se gratta la mâchoire. « J’ai pris un raccourci. »

« Un rac… oh Xena… non… » Le regard vert se posa sur elle. « Pas à travers le jardin d’herbes ? » Gabrielle soupira puis tendit la main et retira un fétu d’aneth de derrière l’oreille de son âme sœur. « Oh, je n’ai pas fini d’en entendre parler… c’est la fierté et la joie d’Esta… elle ne m’a même pas laissée en faire le tour la dernière fois que je suis venue. »

« Tu… es plus importante que des herbes », déclara Xena, sans se repentir. « Il était sur mon chemin. » Elle examina le fétu et le renifla délicatement. « Hmm. » Elle le mâchouilla expérimentalement.

Gabrielle suçota sa lèvre et lâcha un petit rire. « Ça c’est ma Xena. » Elle tapota la guerrière sur le ventre. « Contente de voir que ce truc marche toujours. »

Xena s’installa plus profondément dans les oreillers doux. « Mmm… oh oui… c’est sûr », fit-elle remarquer ironiquement. « Ça m’a presque mise KO. » Elle chatouilla paresseusement l’oreille de la barde. « Alors… tu me racontes, ou pas ? »

« Attends. » La barde leva la main. « Mise KO ? Ça n’est jamais arrivé auparavant. »

Un soupir. « Je sais… peut-être que c’est tout ce truc avec le bébé », répondit Xena. « C’était comme… je ne sais pas… comme d’être sous une cascade, je pense… il m’a fallu une minute pour réaliser ce qui se passait, puis j’ai décollé en quelque sorte. »

« Hmm. Désolée », dit Gabrielle d’un ton d’excuse. « Mais je suis contente que tu sois revenue… » Elle prit une inspiration, remettant de l’ordre dans ses pensées. « Nous avons… je les ai ramenées ici parce que j’étais… dieux, Xena, j’en avais tellement assez de l’entendre exploser sur pratiquement tout et tout le monde… je me suis dit que je pourrais… trouver pourquoi elle était aussi en colère tout le temps. »

« Je devine que ça a été le cas ? » Demanda tranquillement la guerrière.

« Mm. » La barde hocha la tête contre sa poitrine. « En quelque sorte, je pense… elle… » Gabrielle soupira. « Elle a connu des mauvais jours quand elle était plus jeune… je pense que cette personne qui est morte dans l’éboulis était sa compagne et elles… Xena, cette personne était mauvaise avec elle. »

« Mauvaise ? »

« Oui. »

Xena réfléchit à cette déclaration avec soin. « Mauvaise comme… ton père était mauvais avec toi ? »

Un hochement de tête. « Elle… je présume qu’elle se sentait un peu… » C’était la partie difficile. « Je… pense qu’elle était furieuse… contre moi… parce qu’elle pensait que je… et bien, elle pensait que nous étions comme elle et cette personne, et… » Gabrielle sentit le corps sous elle se figer. « Et elle ne comprenait pas. » Une pause. « Que nous ne l’étions pas. »

Xena la fixa. « Elle pensait que j’étais… que je suis… » Les mots traînèrent. « C’est ce que tout le monde pense, pas vrai ? » Continua-t-elle finalement d’une petite voix.

« C’est stupide de penser ça », déclara Gabrielle tranquillement, mais avec assurance. « Ça n’a pas de sens, Xena… tu me l’as expliqué toi-même… les gens qui font ça le font parce qu’ils se sentent… sans défense dans leur vie, et c’est comme ça qu’ils se sentent mieux. » Elle hésita. « Ils doivent faire ça pour se sentir supérieurs. »

Pas de réponse. Gabrielle leva les yeux pour voir que le visage de sa compagne était tel un masque figé et ses yeux se concentraient sur autre chose que le présent. « Xena, tu n’es pas le genre de personne à faire ça. » Elle saisit la main relâchée de la guerrière dans la sienne et enroula ses doigts autour.

Xena ferma les yeux. « Ils le pensent quand même », répliqua-t-elle. « Tout le monde l’a toujours fait… on m’a vue comme une brute qui prenait plaisir à utiliser mes poings sur des gens plus faibles que moi. » Elle haussa les épaules. « C’est dans ma nature, je pense. » Elle serra la mâchoire. « Je ne peux même pas dire que ce n’est pas vrai. »

« Moi je peux », déclara la barde.

« Ah oui ? » Xena leva la main et la passa sur sa mâchoire, à l’endroit exact où elle avait frappé Gabrielle dans cette grotte.

« Oh oui », répliqua Gabrielle en lui prenant la main pour l’amener à ses lèvres. « Je sais ce que c’est, tu te souviens ? Je sais ce que ça fait d’être frappée sans raison et sans prévenir, et comment c’est d’être laissée blessée, en se demandant ce qu’on a fait pour mériter ça. » Elle regarda son âme sœur droit dans les yeux. « Dans cette grotte, il n’y avait pas de questionnement. Je savais ce que j’avais fait. » Elle soupira. « C’est très différent, Xena. » Son regard étudia le visage figé avec attention. « Tu y penses beaucoup, pas vrai ? »

Xena hocha la tête. « Je pense à… comment… j’ai pu faire ça, peu importe… la situation… j’étais… » Elle s’interrompit et déglutit. « Ça fait mal… de savoir que je pouvais faire ça… je n’ai jamais pensé… pas avec toi… ce qui est drôle parce que j’ai tué des gens sans remords plus de fois que je ne peux le dire. »

« Je sais exactement ce que tu ressens », répondit doucement Gabrielle. « A chaque fois que je revis le passage de cette porte et la vision de toi au sol avec lui. » Elle prit une inspiration. « Je pense… comment ai-je pu faire ça ? »

Elles restèrent silencieuses un moment. « Je sais qu’il t’a fallu beaucoup de courage pour me laisser revenir », finit par dire la barde. « Merci. »

Le regard bleu se posa sur elle. « Je sais qu’il t’a fallu beaucoup de courage à toi pour me faire à nouveau confiance », répondit-elle tranquillement. « Et je suis très contente que tu l’aies fait, mais ce que j’ai fait ne demandait pas de courage, Gabrielle. » Elle traça lentement la mâchoire de la barde. « Je ne pouvais pas affronter une vie sans toi. »

Gabrielle dut prendre un instant pour simplement respirer. « Je ressentais la même chose », murmura-t-elle enfin.

Elles s’étudièrent l’une l’autre. Finalement Xena hocha la tête. « D’accord… alors… tu as trouvé que quelque chose n’allait pas, et après ? »

« Oh. » La barde dut réfléchir à ce qu’elle disait. « Et bien… non, avant ça, je la poussais dans ses retranchements… et elle a comme qui dirait déraillé. » Son regard alla vers celui de la guerrière. « Elle m’a sauté dessus et nous avons lutté… mais… » Elle leva une main pour prévenir la protestation indignée. « Elle n’était pas une menace, Xena… elle ne pouvait pas me blesser. Je l’ai plaquée au sol en une seconde, honnêtement… et ensuite j’ai tiré tout ce truc d’elle. »

« Oui oui. » Xena fronça un peu les sourcils. « Est-ce que tu te sentais mal avant ça ? »

« Non… Pas que je… et bien, je pense que … je veux dire que j’avais une sorte de mal de crâne… ou j’étais en train d’en avoir un, quoi qu’il en soit, et ça me rendait irritable, je me souviens de ça, et… » Elle réfléchit un instant. « Mon dos me faisait mal. »

Elles restèrent silencieuses quand la porte s’ouvrit et que Rena entra avec un plateau. « Bien, bien, bien… regardez-moi ça. » Elle regarda les deux femmes avec un sourire ironique. « On est bien à l’aise ? » Elle posa le plateau sur la table de chevet et souleva le couvercle. « Bon… on n’a pas une, mais deux sortes différentes de soupes, du poulet rôti pour la timide, du mouton rôti pour la brave, du fromage blanc, de la marmelade d'orange, deux pêches, deux poires, deux bols de gruau sympathique et un pichet de lait. »

Gabrielle la regarda par-dessus l’épaule de sa compagne, reniflant délicatement. « Ça sent bon. »

Xena se mâchouilla l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de rire. « Elles n’ont pris aucun risque, je vois. »

« Oui oui », acquiesça l’Ancienne puis elle se percha sur le bord du lit. « Alors… c’est ça ton urgence, hein ? » Ses yeux brillèrent sérieusement pour Xena. Cait la précoce avait raison, je vois. » Son regard prit une tournure curieuse. « Comment tu fais ça ? »

« C’est juste quelque chose que nous partageons », l’informa poliment Gabrielle. « Est-ce que Cait et Paladia vont bien ? »

Rena pencha la tête vers la jeune femme. « Marrant, c’est exactement ce qu’elles m’ont demandé à ton sujet. » Elle prit un air sévère. « Maintenant, écoute bien, gamine… il n’y a pas de quoi rire et si ton corps te dit de ralentir alors tu ferais mieux de l’écouter. »

Gabrielle pianota sur la poitrine de sa compagne. « Tu l’as payée pour qu’elle dise ça, pas vrai ? » Fit-elle mine d’accuser la femme brune. « C’est une conspiration. »

Rena posa une main noueuse sur les siennes. « Pas de conspiration, juste la vérité, mon amie. » Elle fit un sourire sincère à Gabrielle. « Nous voulons voir un bébé bondissant et en bonne santé dans quelques mois… alors tu restes là et tu te détends, et tu traînes avec cette chèvre turbulente un moment, d’accord ? »

Chèvre turbulente ? Xena grogna intérieurement.  Elle est pire que ma mère.

Gabrielle la regarda, une minuscule étincelle se frayant un chemin dans ses yeux vert brume.

« Mêêêê. » La guerrière fit un bégaiement caprin. Arès leva la tête et grogna. « Mêêêê ! » Xena refit le bruit pour lui.

« Très bien… très bien… comment puis-je résister à ça ? » Gabrielle gloussa.

Rena mit les mains sur ses hanches et fixa Xena. « Ce cuir plein de mauvaise attitude, c’est juste pour jouer, pas vrai ! »

La guerrière passa immédiatement en mode sérieux, levant un sourcil tout en la clouant d’un regard bleu glacial. « Non », répliqua-t-elle pleinement impassible. « C’est très réel. »

Un silence de mort tandis que Rena clignait des yeux et que Gabrielle se mordait presque la lèvre pour éviter de rire.

« La plupart du temps », céda Xena avec un rire ironique. « Et le reste du temps… et bien… » Elle ébouriffa les cheveux de Gabrielle affectueusement. « Ma barde me fait sortir de ma coquille. »

L’Ancienne relâcha un souffle retenu et ricana. « T’es quelque chose, Xena… je te le dis. » Elle secoua la tête. « Bon, je vais vous laisser les deux tourterelles… appréciez votre déjeuner… » Elle se leva et avança à pas chaloupés jusqu’à la porte, se retournant en l’atteignant. « Oh… et la nourriture aussi. » Son visage anguleux se plissa dans un sourire espiègle et elle partit.

Xena s’affaira à attraper une des assiettes en bois du plateau et à la remplir avec un assortiment de choses, évitant avec soin le gruau.

« Chèvre turbulente, hein ? » La taquina Gabrielle. « J’aime bien Rena… elle est vraiment adorable. »

Un haussement de sourcil. « Gabrielle, PAS DU TOUT. »

La barde se contenta de rire. « Bien sûr que si. » Puis elle soupira. « Xena… qu’est-ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? Est-ce que c’est… je veux dire, j’espérais… » Un soupir. C’était trop tôt pour avoir un impact lourd sur sa vie. Elle n’allait pas passer les sept prochains mois à faire attention.

« Et bien. » La guerrière la poussa un peu et apporta l’assiette. « Je pense que ton corps protestait parce qu’il n’avait pas l’énergie pour faire les trucs qu’il fait… alors… » Elle regarda l’assiette puis la barde avec un air gentil, mais sérieux. « Il faut que tu écoutes ce que ton corps te dit, mon amour… donne-lui ce qu’il demande et tu seras probablement bien. » Elle regarda Gabrielle prendre l’assiette avec détermination.

« C’est tout ce que j’ai à faire ? » Un regard vert se posa brusquement sur elle. « Et je peux continuer à faire des trucs ? »

« Repose-toi, mange, prends soin de toi. Oui. » Xena hocha la tête. « Ce n’est pas grand-chose, hein ? »

Gabrielle prit une bouchée de poulet. « Je peux avoir de la soupe ? »

« Bien sûr. » Xena sourit de soulagement tranquille et elle étendit un bras vers le plateau.

« Les deux », marmonna son âme sœur autour de sa bouchée. « Et des céréales. »

La guerrière se tourna vers elle. « Tu détestes les céréales. »

« Je ne prends pas de risque », déclara Gabrielle avec fermeté. « Tu me passes le lait ? »


« Avez-vous vu Eph ? » Demanda Eponine tandis qu’elle entrait dans la salle à manger pour la quatrième fois. L’endroit grouillait de gens qui se préparaient pour le banquet et le festival de la soirée. Esta fulminait dans le coin et quand la maîtresse d’armes entra, elle bondit vers elle comme un chiot affamé vers sa mère. « Esta, tu as… oooh ! »

La cuisinière attrapa le bras d’Eponine et la tira sur plusieurs pas. « Je vais la tuer. »

Pony écarta les narines alarmée. Elle passa rapidement en revue les gens et les mots lui vinrent immédiatement à l’esprit. « Heu… je suis sûre que Ménelda ne le pensait pas. »

« Ménelda ? » Répondit brusquement Esta. « Qu’est-ce que cette harpie a à voir avec tout ça ? »

« Euh… les Anciennes ont encore fait un raid sur le garde-manger ? » Hasarda l’Amazone brune.

« Non… » Grogna la cuisinière.

« Qu’est-ce que j’ai fait ? » Couina Eponine.

« Rien, non, pas toi, pas cette meute de louves d’Anciennes affamées, pas Ménelda… je vais tuer ce tas de six pieds marchant qui n’apporte que des ennuis », cria Esta à pleins poumons.

« Oh. » Pony se gratta la mâchoire. « Tu veux dire Xena ? » Elle regarda autour d’elle. « Qu’est-ce qu’elle a fait ? »

« Viens par ici. » Esta tenait toujours le bras de Pony et elle la tira jusqu’à la porte arrière de la salle à manger, puis elle passa la tête dehors. « Voilà ce qu’elle a fait ! ! ! »

Pony prit une inspiration profonde, reniflant l’odeur plaisante du jardin d’herbes, riche de sauge, de thym et de la senteur chatouillante de l’eucalyptus. Le jardin était entouré par une haie épaisse qui le protégeait du vent et du mauvais temps et concentrait les odeurs entêtantes.

Sauf que là, il y avait un trou dans la haie. Un grand trou.

Un trou de six pieds qui correspondait à un chemin arraché aux plantes et qui semblait avoir été piétiné par un Centaure en rut. « Heu. » Elle pianota l’encadrement de la porte. « Esta… c’était une urgence… elle était pressée. »

La cuisinière la tira à l’intérieur et lui jeta un œil noir. « Quel genre d’urgence est plus importante que mes herbes ? Je sais que pour vous les guerrières… tout ce qui est béni par Artémis est une urgence… le temps, une vache qui rampe, votre arc débandé… alors c’était quoi cette fois ? »

Eponine la regarda tranquillement. « Gabrielle avait des problèmes. »

Esta la regarda. « Oh. » Elle se calma. « Elle va bien ? »

La femme brune hocha la tête. « Oui… mais c’était un peu effrayant… Eph a dit qu’elle avait presque l’air de faire une fausse couche. »

« Une faus… elle est enceinte ? » La cuisinière écarquilla les yeux. « Dieux bénis… tu le savais ? »

Eponine renifla, haussant les épaules. « Oui… depuis un petit moment… elle l’a dit à Eph quand elle est arrivée, mais elle lui a demandé de ne rien dire parce qu’elle voulait participer aux jeux. » Elle regarda autour d’elle. « En parlant d’Ephiny… tu l’as vue ? »

Esta paraissait perdue dans ses pensées. « Quoi ? Oh, oui… je l’ai vu se diriger vers la salle de bains il y a un moment. »

Ah. Pony soupira. Elle aurait dû s’en douter. « Merci… il faut que j’y aille. » Elle regarda au-dehors. « Ecoute… désolée pour le jardin… on va t’aider à le remettre en état. »

« Ne t’inquiète pas pour ça. » La cuisinière lui tapota le bras d’un air absent. « Hé… tu penses que la Reine aimerait avoir quelques-uns de ces petits pâtés ? Il faut qu’elle maintienne ses forces. »

Eponine serra les lèvres pour ne pas sourire. « Je suis sûre qu’elle adorerait ça. » Elle regarda la femme trapue partir puis elle soupira et se glissa dehors, utilisant le trou pratique comme une route pour s’échapper vers la salle de bains. 


« Je vais bien, merci », répéta Cait pour la sixième fois alors que deux apprenties guérisseuses se penchaient sur sa paillasse. « Vraiment. » Elles avaient changé le bandage sur son épaule, faisant plusieurs bruits mécontents au sujet des feuilles et de la saleté qu’elle avait accroché pendant son voyage dans les buissons. Paladia s’était échappée après l’avoir déposée sur la paillasse, disparaissant devant les regards désapprobateurs des guérisseuses et sortant tranquillement par-derrière.

Mais pas avant que Cait en place une. « Trouve ce qui ne va pas avec Gabrielle, d’accord ? » Elle avait entendu le léger grognement, mais qui ne dura pas. « Très bien », avait-elle entendu et elle avait souri.

Ça avait rendu l’affairement et les palpations valables et elle les avait endurées en silence, se contentant de lever un peu les yeux au ciel.

D’accord, beaucoup. Finalement, les guérisseuses eurent terminé et elles la remirent au lit. « Je peux avoir une tasse d’eau ? » Demanda-t-elle quand elle fut absolument sûre qu’elles avaient fini. Elle en reçut une et prit une gorgée bienheureuse. Elle décida que tout ça en avait valu la peine, en tous cas ça n’avait pas été ennuyeux. Xena qui s’était pointée, c’était plutôt une surprise, et d’avoir été là, de voir leur… truc… fonctionner, ça avait été terriblement excitant.

Elle se demanda ce qu’on ressentait vraiment. Ça avait dû faire mal, décida-t-elle, parce que ça avait presque fait s’effondrer la robuste Xena et son visage était un mélange de frayeur, de douleur et de confusion qui avait été remarquable à voir.

Mais quelque part, elle ne pensait pas que ça dérangeait Xena. Ça devait être tellement étrange d’être connectée à quelqu’un comme ça, mais la guerrière semblait l’accepter et elle dépendait assurément de ça pour l’aider à garder sa Gabrielle bien aimée loin des problèmes. Cait soupira puis elle leva les yeux quand une ombre passa dans son champ de vision. « Salut. »

Elaini s’accroupit et l’observa, ses yeux dorés clignant dans la lumière légère. « J’ai entendu dire que tu avais eu une petite aventure. »

Cait toucha le poignet poilu. « Elaini… s’il te plaît… est-ce que Gabrielle va bien ? »

L’être de la forêt s’assit jambes croisées près d’elle et posa ses coudes sur la paillasse. « Je reviens juste de là-bas… elle se repose confortablement. » Les lèvres d’Elaini se courbèrent en un sourire, exposant un peu ses crocs. « Très confortablement en fait. » Elle soupira. « Et… oui, je pense qu’elle va aller bien… Xena a dit qu’elle pensait que c’était le stress et tout ce qui est arrivé ces derniers jours. » Elle réfléchit. « Et elle bouscule Gabrielle pour qu’elle prenne mieux soin d’elle, ce qui est une bonne chose. »

Cait fronça les sourcils. « Elle est malade ? »

Elaini rit doucement. « Non, petite… elle est enceinte. »

« Enc… » Les yeux de la jeune fille s’arrondirent. « Bon sang… tu ne veux pas dire qu’elle attend un enfant, n’est-ce pas ? »

Un hochement de la tête dorée.

Cait poussa un souffle. « Ouaouh. » Elle digéra ces mots. « Alors… elle va bien ? »

« Oui, très bien », dit Elaini. « Tu veux manger quelque chose ? »

Cait secoua la tête. « J’ai déjà mangé, merci. » Elle tapota son estomac. « C’était agréable… des petits bouts de plein de choses. » Elle réfréna un bâillement.

« Et bien, tu te reposes maintenant. » L’être de la forêt lui tapota l’épaule. « Je voulais juste que tu saches pour Gabrielle… Xena a dit de passer te voir. »

Les yeux de Cait s’illuminèrent. « C’est vrai ? »

Elaini lui rendit son sourire. « Oui. Elle se disait que tu devais te poser des questions. »

« Bon sang. » Cait soupira joyeusement. « C’est génial de sa part. » Son regard alla vers le regard doré près d’elle. « Elle est plutôt gentille, tu sais. »

Un doux sourire. « Je sais. » L’être de la forêt bâilla, exposant ses dents. « Elle a sauvé mon village. »

Toutes pensées de sommeil s’envolèrent. « Ah oui… tu vas me raconter ? » Supplia  Cait. « Je ne l’ai pas encore entendu. » Une pause. « S’il te plaît ? »

Elaini jeta un rapide regard autour d’elle, notant les regards intéressés sur les autres paillasses. « Très bien », décida-t-elle. « Je peux faire ça… »

Elle ne vit pas la forme sévère de Ménelda s’installer dans le coin.


Les sons dehors commençaient à s’amplifier, mais Xena se contenta de garder les yeux fermés et elle se laissa aller paresseusement dans un état de mi-sommeil mi-veille qui était très plaisant. Gabrielle était installée dans son endroit préféré, la tête nichée dans l’épaule de la guerrière et un bras fermement enroulé autour de l’estomac de cette dernière, sa respiration chaude passant régulièrement sur la poitrine de Xena tandis qu’elle sommeillait.

La barde avait tenu sa parole, nettoyant avec détermination non seulement son assiette, mais celle de sa compagne également, ne laissant que les bols de céréales qui allèrent à Arès. Xena l’avait ensuite convaincue de dormir, lui prodiguant un massage de dos minutieux jusqu’à ce que la jeune femme ne soit plus qu’un poids sans stress blotti contre elle.

Tout cela l’avait… effrayée. Pas tant à cause de ce qui aurait pu arriver à la minuscule vie presque sans forme qui grandissait dans la barde, mais pour ce que ça aurait fait à Gabrielle.

Elle aurait été dévastée. Xena ne voulait pas que ça arrive et elle était plutôt contente qu’au moins maintenant Gabrielle écouterait sérieusement ses conseils et commencerait à y aller plus doucement. La barde murmura de manière inintelligible dans son sommeil et resserra sa prise, glissant un genou pour maintenir sa compagne en place. Ceci amena simplement un sourire de la part de la guerrière qui se blottit agréablement un peu plus, respirant l’odeur de la barde avec un sentiment de satisfaction tranquille.

Ses pensées se tournèrent vers Ménelda, en colère contre l’attaque de la femme, luttant cependant de façon inefficace avec la dépression tranquille due à la raison de sa querelle avec la barde. Comment pouvaient-elles penser que j’étais…  Xena ouvrit les yeux lentement et regarda Gabrielle. Comment pouvaient-elles penser que je trahirais cette confiance ? Elles n’ont vu qu’une petite partie de notre vie ensemble… Comment pouvaient-elles comparer avec le reste… J’ai combattu la Mort elle-même pour nous garder ensemble… Est-ce que ça ne signifie rien ou bien est-ce simplement…

Elle songea à la manière dont leur relation apparaissait à des gens extérieurs et elle grimaça, se souvenant des premiers jours quand elle avait traité la jeune barde de façon si désinvolte que ça avait dû sembler cruel à ceux qui observaient.

Est-ce que Gabrielle restait avec elle parce qu’elle avait vu les choses au-delà de ça? Ou parce qu’elle y était habituée et que Xena avait été une alternative plus attirante à son père ? Il lui avait fallu tellement de temps pour s’accoutumer à la jeune fille… pour arrêter de l’ignorer et lui donner un moment, sans mentionner l’écouter ou l’encourager.

Pourquoi ? Elle questionna la femme endormie. Pourquoi par Hadès es-tu restée ? Pourquoi es-tu revenue encore et encore et encore ? Ça n’avait aucun sens.

Peut-être que… Xena sentit un sourire venir sur ses lèvres. Gabrielle avait puérilement revendiqué qu’elle était visionnaire… qu’elle était capable de voir le futur. Peut-être que c’était le futur qu’elle voyait et c’était une chose qu’elle voulait. Ah… mais quelle route il a fallu emprunter pour arriver ici, mon amie. Elle caressa les cheveux de la barde affectueusement. Un futur qu’elle voulait tellement qu’elle était prête à tout risquer pour lui.

La guerrière réfléchit. Quel compliment incroyable c’était d’avoir quelqu’un qui voulait être autant avec vous, quelqu'un qui risquerait régulièrement sa vie et son corps et son âme immortelle, et ne le verrait pas comme un trop grand sacrifice. Aurait-elle fait de même ?

Un haussement des sourcils de surprise. C’était ce qu’elle faisait à cet instant, non ? Abandonnant volontairement tout ce qu’elle avait connu pour rester au côté de Gabrielle, pour la protéger, l’aimer…

C’est drôle comme ça n’avait jamais eu l’air d’être un sacrifice du tout.

Bon, alors elles étaient toutes les deux complètement aveugles à l’égard de l’autre et tellement heureuses de ça. Xena soupira et regarda le plafond d’un air désabusé. Il y avait des destinées pires que celle-là.

Un bruit de tambours monta dans la chambre accompagné d’une psalmodie de répétition. Xena tressaillit alors que les voix n’étaient pas synchronisées et que la discordance en résultant blessait son audition sensible. Arès leva la tête et gémit, et elle lui lança un regard de sympathie. « Oui… je sais… » Murmura-t-elle, très doucement, le tapotant sur la tête. « Tu n’es pas habitué à ça, hein ? » Même Gabrielle, qui se décrivait elle-même comme une idiote musicale ne produisait pas souvent de sons discordants comme ceux-là, surtout parce qu’elle s’était rendu compte que sa compagne trouvait les chants dissonants agaçants au possible.

Le feu de camp avait craqué maintes fois, faisant ressortir leurs silhouettes et donnant de la lumière à Gabrielle pour son projet, qui était de mémoriser et chanter un petit morceau qui ferait partie de ses histoires.

Xena avait passé la plus grande partie de la soirée dans des exercices vigoureux et y serait toujours si, après la longue marche de la journée et deux combats, elle n'était tout simplement pas épuisée. Trop fatiguée, en fait, pour objecter chaque fois que le contralto chevrotant de la barde lui grattait les oreilles. Au lieu de ça, elle s’était blottie dans sa fourrure de couchage, faisant de son mieux pour bloquer le bruit.

Ça avait été futile… la voix de Gabrielle était perçante et pour autant qu’elle essayait, bloquer le son ne fonctionnait pas.

Alors elle s’était assise et avait mis la fourrure autour d’elle et posé les coudes sur ses genoux tandis qu’elle regardait, par-dessus le feu, la barde férocement attentive.

La lumière avait vacillé sur ses traits subtilement changeants, faisant ressortir un corps récemment musclé bien mis en valeur par son vêtement Amazone couleur rouille. Gabrielle marmonnait pour elle-même, faisant des marques sur un parchemin et complètement inconsciente de celle qui la regardait, jusqu’à ce qu’elle lève les yeux droits dans ceux de Xena. « Oh ! »

Une main sur sa poitrine. « Dieux… Xena… tu m’as fait peur. » Un froncement de sourcils. « Je pensais que tu dormais. »

Une dizaine de réponses brusques étaient venues sans effort aux lèvres de Xena et elle se força à les réfréner. C’était ça que faisait Gabrielle, tu te souviens ? « Non… non… je… reposais juste mes yeux. »

Un soupçon de culpabilité était entré dans l’attitude de la barde. « Je t’empêche de dormir, c’est ça ? » Elle avait soupiré. « Désolée… je n’arrive pas à me sortir de cette partie… et j’en ai besoin, pour raconter cette histoire comme il faut. »

Se disant qu’elle ne dormirait jamais autrement, Xena avait ôté les fourrures et s’était levée, puis elle était allée du côté du feu près de la barde et elle s’était laissé tomber sur le rouleau de couchage, lui prenant le parchemin de la main pour l’étudier. « Très bien… regarde… »

Elle avait pris une inspiration et avait chanté les premières notes puis elle avait regardé la barde, lui faisant comprendre qu’elle devait les répéter.

Et elle avait trouvé un regard vert intéressé fixé sur son visage dans une sorte de transe. « Gabrielle ? »

La barde avait rapidement secoué la tête. « Euh… désolée », avait-elle dit en riant. « C’est juste tellement intéressant quand tu fais ça… je ne m’y attendais pas du tout. » Elle retourna son attention au parchemin. « D’accord… qu’est-ce que tu disais déjà ? »

Xena avait soupiré et répété les notes. « Vas-y… à ton tour ». Son visage s’était involontairement contracté au résultat. « Euh… »

Gabrielle avait soupiré et touché la page. « Dieux, Xena… si seulement j’avais ta voix pendant quelques minutes… tu rends ça si beau et je sais que je n’y arriverai jamais. »

Et Xena avait haussé les épaules. « Si je pouvais te le donner, je le ferais… ça ne me sert pas à grand-chose. »

La barde avait touché la page. « Je pense que je vais abandonner celui-là. » Elle avait levé les yeux vers Xena. « Je vais te laisser dormir un peu. »

Ça avait touché quelque chose en elle. « Je ne suis pas fatiguée », avait-elle menti fermement, ensuite elle avait tourné à nouveau son attention vers la chanson. « Allez… tu peux le faire. »

Il avait fallu la moitié de la nuit, de Xena qui passait les notes et de la barde qui les répétait en pure imitation, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin suivre la chanson jusqu’à la fin sans que cela entraîne un tressaillement de Xena. « Oh… ouaouh… Xena… c’est incroyable… merci. »

Une main sur son bras. Ces yeux verts pathétiquement reconnaissants. Comme ça avait été incroyablement bon. « Encore une fois », avait-elle répondu d’un ton grognon, en montrant la page.

Gabrielle avait soupiré, mais elle s’était redressée comme la guerrière lui avait appris et elle avait pris une inspiration ventrale et commencé à chanter.

Xena s’était doucement jointe à elle et leurs voix s’étaient mêlées dans une magie qu’elle ne s’attendait pas à trouver, qui avait donné de la profondeur et de la couleur à une chanson d’enfant idiote alors qu’elle avait trouvé incroyablement facile de s’harmoniser avec la barde.

Etrange.

Elles avaient fini et s’étaient regardées et un sourire ravi s’était posé sur les lèvres de Gabrielle. « Hé… c’était plutôt bon ! » Elle avait ri, enroulant une main audacieuse autour de celle de Xena pour la presser. « On fait une équipe géniale. »

Xena avait ri ironiquement à son enthousiasme.

Mais quelque part elle n’avait pas ressenti le besoin de la corriger.

Un œil vert s’ouvrait maintenant et se tournait vers elle. « Faut que tu leur donnes des leçons de chant, Xe. » La barde avait massé une oreille. « On dirait des canards en rut. »

La guerrière sourit et inspira. « Je vais les arrêter. » Elle commença à chanter doucement la chanson de son souvenir.

Gabrielle sourit de délice ensommeillé et après un moment, une voix douce et ronronnante la rejoignit dans une harmonie délicieusement familière.


Le soir tombait quand elles traversèrent le campement, marchant avec ce qui semblait être à Gabrielle, une lenteur ridicule. Bon. Elle considéra le bras soucieux sur ses épaules. Ça pourrait être pire. Elle pourrait me porter.

Une brise fraîche et très plaisante soufflait sur la zone découverte, apportant des soupçons captivants d’odeur de viande rôtie et la fragrance enfumée du feu. Des Amazones passaient rapidement près d’elles, la plupart d’entre elles riant, toutes de bonne humeur tandis qu’elles se dirigeaient vers l’assemblée.

« Sympa », commenta Xena tandis qu’elles arrivaient à la salle à manger et pouvaient voir la zone du festival. Elle était décorée d’énormes cordées de fleurs, relâchant leur fragrance dans l’air, et des plates-formes capitonnées basses où s’asseoir, avec une zone large et vide devant le feu pour les danseuses et les autres artistes.

Les musiciennes répétaient d’un côté, les sons bizarres de la flûte et de la lyre ponctués par des roulements sporadiques de tambour. Déjà, des serveuses volontaires passaient dans l’assemblée de femmes, portant des plateaux de chopes et des petits snacks, qui étaient pris avec une grande avidité. Tandis qu’elles entraient dans le cercle du feu, on entendit des appels et elles furent accueillies par la foule avec enthousiasme.

Toutes les deux. Gabrielle leur lança un gros sourire joyeux et elle mit la main dans le coude de sa compagne tandis qu’un groupe de femmes tournaient autour d’elles, la plupart lui demandant des nouvelles de sa santé. « Non, je vais bien… merci de le demander… rien vraiment, juste un peu de vertiges… » Répéta-t-elle au moins vingt fois, ensuite elle se retrouva gentiment guidée vers la plate-forme de devant, où des oreillers avaient été ajoutés avec sollicitude pour son confort. « Oh… pets de Centaure. » Elle leva les yeux au ciel tandis que Xena arrangeait un petit nid douillet pour qu’elle puisse s’asseoir. « Tu veux bien arrêter ça ! »

La guerrière sourit et lui fit une courbette et un grand geste pour l’inviter à s’asseoir, puis elle se laissa tomber proprement dans une position jambes croisées et elle observa la foule. « Tu veux boire quelque chose ? » Demanda-t-elle alors que l’une des serveuses s’approchait, tout son corps secoué d’excitation. Xena prit une inspiration avec précaution en essayant de ne pas éclater de rire.

« Vous voulez du cidre ? » Demanda l’Amazone en avançant le plateau. « Ou bien… quelque chose de plus fort ? » Son regard alla droit sur Xena et elle haussa un sourcil de questionnement.

« Le cidre c’est bien », répondit la guerrière, en choisissant deux chopes et faisant un signe de tête. « Merci. » Elle en tendit une à Gabrielle puis s’appuya sur son coude tout en sirotant son cidre. Elles s’étaient toutes les deux endormies et réveillées aux derniers rayons du soleil, décidant de mettre simplement des jolies tuniques qui allaient ensemble par hasard, au lieu de leurs vêtements habituels.

C’était très bien, décida Xena. Elle n’avait pas été vraiment d’humeur à mettre toute son armure en fait et elle avait l’idée qu’il faisait un peu trop frais pour que Gabrielle soit à demi-nue. Bien sûr, la barde n’était pas d’accord, mais… Alors elles portaient des nuances riches de pourpre et de bleu pimpant, avec des broderies qui se répondaient autour de leurs manches et sur les chemises le long des cuisses. Xena avait choisi une paire de bottes légères d’intérieur qu’elle transportait avec elle, et elle étendit ses longues jambes les croisant confortablement aux chevilles tandis qu’elle observait la foule.

Gabrielle s’installa sur les oreillers, se sentant très décadente en mettant ses jambes sous elle et elle s’appuya sur un coude près de son âme sœur, assez près pour mordiller ses cheveux si elle en éprouvait l’envie.

Et c’était le cas. Elle bougea un peu et goûta une oreille, puis elle s’adossa, sirotant sa boisson. « On va bien s’amuser. »

Xena la regarda, notant qu’Ephiny et Eponine s’approchaient, s’arrêtant régulièrement pour retourner des cris enthousiastes. Les deux Amazones étaient superbes dans leurs combinaisons de cuir aux couleurs assorties, les cheveux clairs d’Ephiny contrastant joliment avec ceux plus sombres de sa compagne. Pony jouait avec quelque chose autour de son cou et elle le regardait en permanence, puis elle secoua la tête avec un marmonnement presque audible.

« Bien, bien. » La régente sourit tout en montant sur la plate-forme et elle s’assit. « On m’a l’air bien à l’aise. »

Gabrielle posa la tête sur l’épaule de Xena et lui sourit. « C’est le cas… c’est génial ici, Eph… et ça sent très bon aussi. »

Ephiny se mit à rire. « Ça devrait… si on considère toutes les fleurs que nous avons cueillies partout… les abeilles vont nous en vouloir à mort, je te le dis. » Elle accepta une chope de l’une des serveuses et prit une longue gorgée. « J’en avais bien besoin. »

Xena laissa la discussion passer sur elle tandis qu’elle regardait le groupe qui se réunissait. Plusieurs Amazones passaient dans la foule, donnant une guirlande colorée à chaque célébrante, consistant en fleurs et morceaux de tissu. Tandis qu’on offrait les guirlandes, les femmes embrassaient et étreignaient chaque personne puis passaient à la suivante. Quelques porteuses de guirlandes étaient réunies d’un côté et les regardaient avec un mélange de trépidation et d’excitation. Oh oh. La guerrière regarda vers sa compagne timide. « Gabrielle ? »

La barde cessa sa discussion des décorations et se pencha. « Hmm ? »

Le regard bleu alla vers les porteuses de guirlandes, puis vers les femmes qui les acceptaient ainsi que les embrassades, puis revint vers la barde. Avec un haussement de sourcil interrogateur.

Gabrielle regarda la situation puis son visage se plissa tandis qu’une légère rougeur le couvrait et ensuite elle soupira. « Je vais gérer », marmonna-t-elle. « Mais si je me mets à tirer sur mon oreille, est-ce que tu vas faire ce truc de la Princesse Guerrière jalouse que tu fais si bien ? »

Un bref éclat de dents blanches. « Bien sûr. »

« Merci. » Gabrielle retourna vers Ephiny puis elle s’arrêta et retourna son attention à son âme sœur. « Et, Xena ? »

« Mm ? » La guerrière mit son nez dans l’oreille de la barde.

La barde ferma momentanément les yeux puis les rouvrit. « Essaie de ne pas les faire s’évanouir, d’accord ? »

Xena pointa un doigt vers sa poitrine. « Moi ? » Elle battit innocemment de ses longs cils noirs. « Gabrielle, je n’ai aucune idée de quoi tu parles. »

« Oui oui. » Gabrielle la regarda affectueusement. « Voyons combien d’entre elles ont les tripes de t’approcher. » Elle secoua la tête et se retourna vers Ephiny, gardant un œil nerveux sur les jeunes femmes avec les fleurs.

La guerrière rit pour elle-même et se pencha en arrière, regardant une serveuse qui s’agenouillait près d’elle, lui offrant une sélection d’un plateau plein de petites friandises. Xena en prit une poignée pour elle-même et une pour Gabrielle et elle eut un sourire appréciateur pour l’Amazone. « Merci. »

La femme, plus une jeune fille en fait, rougit et lui rendit son sourire, puis elle se releva et alla vers sa cible suivante, lançant un regard timide à Xena par-dessus son épaule. Elle avait de longs cheveux châtains, avec des rubans fins et un nez mignon en trompette et cela provoqua un sourire engageant de la part de la guerrière.

La jeune fille cligna des yeux puis glissa, plongeant pratiquement hors de la plate-forme et envoyant des morceaux partout. L’un d’eux atterrit dans le haut d’Eponine, la faisant couiner et lançant Ephiny dans un jeu pour l’en sortir.

Gabrielle se tourna et eut un regard pour sa compagne.

« Quoi ? » Protesta Xena. « Je n’ai rien fait ! » Elle se mit debout et alla vers le bord de la plate-forme, s’agenouilla et aida la serveuse bouleversée à se relever puis elle ramassa son plateau. « Et voilà. » Elle le lui tendit et regarda la jeune fille essayer sans y parvenir de réfréner un rire nerveux.

« Rien, hein ? » La taquina Gabrielle tandis qu’elle rejoignait la barde et attrapait un oreiller inutilisé pour s’y appuyer.

« Absolumment rien », déclara Xena d’un ton grognon, lui passant quelques morceaux goûteux. « Tiens. »

La barde mordilla les bonnes choses puis s’interrompit tandis que les jeunes filles aux fleurs s’approchaient de la plate-forme. Elle se leva tranquillement tandis que les jeunes filles arrivaient et leur produisit ce qui se rapprochait le plus d’un doux sourire. Etrange, songea-t-elle. Ses mains tremblent.

La jeune fille monta avec précautions sur la passerelle en bois et prit une des couronnes de fleurs autour de son cou, la tendant timidement à la barde.

Gabrielle s’avança, penchant la tête pour la recevoir puis elle regarda la jeune fille droit dans les yeux et murmura. « Je ne mords pas. »

L’Amazone rit doucement puis rassembla son courage et donna un baiser à la barde avec précautions, suivi par une étreinte prudente, que Gabrielle rendit avec plus de confiance. Puis elle relâcha la jeune fille et recula. « Voilà… ce n’était pas si difficile, pas vrai ? » Elle renifla la couronne et sourit. « Bon sang que ça sent bon. »

L’Amazone lui fit un grand sourire puis se mordit la lèvre. Gabrielle nota qu’Ephiny et Eponine avaient déjà leurs couronnes et les filles regardaient, avec une trépidation évidente, son âme sœur.

Qui, la sale gamine, était étendue comme un grand félin de la jungle, les regardant avec des yeux bleus prédateurs qui luisaient méchamment dans la lumière du feu. Gabrielle mit les mains sur ses hanches. « Xena, viens par ici chercher tes fleurs, ma chérie. »

C’était parfait. Ça calma la nervosité de la jeune fille et elle vit une rougeur surprise sur le visage de son âme sœur, qui lui fit un faux regard noir avant de se mettre gracieusement debout et de s’avancer, penchant considérablement la tête pour recevoir les fleurs à la senteur douce.

La jeune fille hésita tandis que la guerrière se redressait et Gabrielle sentit que c’était une nervosité totalement différente que celle qu’elle lui avait montrée à elle. Xena s’avança, avec ce mouvement implacablement puissant si habituel chez elle et elle prit le contrôle de la situation, penchant à nouveau la tête pour embrasser légèrement la jeune fille sur les lèvres, lui serrant brièvement l’épaule au lieu de l’étreindre.

Un moment d’arrêt, puis Gabrielle prit le bras de la jeune fille tandis que ses genoux la lâchaient et qu’elle manquait perdre ses couronnes. « Doucement. » Elle tapota le bras de la fille en lançant un regard ironique à son âme sœur.

Xena renifla une des fleurs qui entouraient gracieusement son cou et elle cligna des yeux, puis elle retourna à sa place et s’installa sur son oreiller de prédilection, étendant ses longues jambes à nouveau pour reprendre son attaque sur les denrées apéritives.

« Sale gamine », marmonna la barde entre ses dents, surprenant les autres Amazones. « Merci… elles sont vraiment belles. »

« A ton service, ma Reine », dit doucement la fille avec toujours l’air un peu dépassé. Elle recula et alla sur la plate-forme suivante où Jessan et Elaini avaient pris place, leurs bouts de chou explorant la surface capitonnée avec énergie.

Gabrielle la regarda approcher des deux êtres de la forêt avec confiance, puis elle s’assit et regarda sa compagne. Les fleurs colorées contrastaient avec sa peau bronzée et sa tunique pourpre, et la barde se dit qu’elle avait vraiment belle allure.

Le ciel était assombri maintenant et les étoiles faisaient un arc au-dessus de leur tête dans une couverture étincelante tandis qu’un lent son de tambour régulier commençait, accompagné par une flûte obsédante. Des Amazones portant des tenues courtes en tissu circulaient, passant des plateaux de nourriture plus substantielle que les apéritifs, mais toujours prête à être prise et mordillée.

Gabrielle se reposa contre ses oreillers, savourant la musique et regardant avec curiosité les premières danseuses se mettre en place, leurs corps sinueux assortis aux notes de musique. Ses sens semblaient accrus tandis qu’elle prenait conscience de la présence proche de sa compagne et elle écarta les narines pour saisir l’odeur chaude et épicée de la peau de Xena.

La guerrière choisit un morceau de gibier et le trempa dans une sauce riche et fruitée avant de le tendre à Gabrielle, souriant quand la barde le prit doucement entre ses dents et en mordit un bout.

« Mm. » Gabrielle se rapprocha, ayant soudain un grand besoin de contact avec sa compagne. Xena s’enroula volontiers autour d’elle, lui prodiguant un nid confortable, tandis qu’elle entourait de ses bras le corps de la guerrière. Peut-être était-ce la musique, se dit-elle, absorbant la chaleur qui l’environnait.

Elle prit un morceau feuilleté de poisson et le présenta à la guerrière, qui ferma ses lèvres autour et mordilla le doigt de la barde en même temps. Les yeux bleu clair étaient assombris dans la lumière du feu et ses cheveux noirs ombrageaient son visage, ajoutant un sentiment de mystère. Gabrielle sourit et traça la peau douce, ouvrant la bouche quand Xena lui tendit un morceau de fromage et une expression sévère.

Elles le partagèrent chacune leur tour, regardant les danses, écoutant la musique, discutant avec Eponine et Ephiny, qui tenait Xenan contre elle et s’appuyait contre les jambes d’Eponine. Après le passage de nourriture suivant, le rythme changea et un autre groupe entra depuis le côté du cercle, celui-ci totalement différent.

Armées jusqu’aux dents, en tenue complète d’Amazone, additionnée de masques de nuit noirs et intimidants. Le groupe de huit danseuses prit possession de la zone centrale et les deux Amazones meneuses s’avancèrent à grands pas, lances en main, directement vers Gabrielle.

Elles atteignirent le bord de sa plate-forme puis durent s’arrêter parce qu’une grande silhouette aux cheveux noirs se dressa devant elles, bloquant le chemin avec une menace paresseuse. Xena avait conclu que ça faisait partie de la cérémonie, mais ça ne coûtait rien de prévenir le risque, surtout pas avec son âme sœur bien-aimée. Elle fit face aux deux Amazones, ignorant leurs bras agités et leur armure tandis qu’elle se relevait avec simplement un couteau de ceinture pour se défendre.

Gabrielle décida que c’était surréaliste. Elle se pencha en avant et tapota l’épaule d’Ephiny. « Ça fait partie du plan, pas vrai ? »

Ephiny hocha immédiatement la tête. « Oh oui… c’est un défi cérémoniel… pas de problème. »

La barde soupira. « Tu aurais dû nous avertir. »

La régente rit. « Allons, Gab… ça fait partie du spectacle. »

Le regard vert l’étudia. « Ça ne va pas l’être si Xena brise le bras de quelqu’un, pas vrai ? »

Mais la guerrière s’était rendu compte qu’il n’y avait aucune intention maligne et décida de s’amuser avec les Amazones, dont elle reconnut que la meneuse sous les plumes était Rena. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle mit les mains sur les hanches et défia l’Ancienne.

Rena ricana, un rire audible même à travers son masque. « La Reine a dit qu’elle souhaitait prendre une compagne pour la vie », déclara-t-elle à voix forte. « Je suis ici pour juger si celle-ci le mérite. »

« Ah oui ? » Demanda la guerrière en haussant un sourcil. « Et comment ? »

Une main se leva produisant une longue plume noire. « Le test de chatouillis. »


Suite et fin en 11ème partie

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Histoire d'eau, de Gaxé

 

 

 

                                                                  HISTOIRE D’EAU

 

 

Nous avons toujours été ensemble, toutes les deux. Aussi loin que je m’en souvienne, nous étions très proches, aussi bien physiquement qu’affectivement. Nous étions très nombreuses, plusieurs millions ou centaines de millions peut-être, je ne sais pas vraiment. Mais ça ne nous gênait pas. Notre nuage était épais, et confortable, et plus chaud qu’il n’y paraissait. Elle était la plus grande et forte des gouttes d’eau, alors que j’étais, et que je suis toujours, un peu plus menue. Nous ne nous quittions jamais, je ne me sentais bien qu’en sa compagnie et il en était de même pour elle. Tout se passait bien et j’aurais aimé que ça dure éternellement comme ça, mais malheureusement, ça n’a pas été le cas.

Ce matin, le vent s’est levé. Doucement d’abord, juste une petite brise qui nous donne l’impression d’être délicatement bercées. C’est plutôt amusant en fait, comme si nous étions sur un petit manège pour enfants. Et puis, après quelques heures, le souffle devient de plus en plus fort, et quand le premier coup de tonnerre retentit, des bourrasques de plus en plus violentes apparaissent.

Il ne faut pas longtemps pour que nous commencions à tomber en pluie, très drue, tout de suite. Ma très chère amie et moi nous tenons le plus près possible l’une de l’autre et quand nous quittons le nuage, nous sommes encore ensemble. Mais le vent enfle de nouveau, nous envoyant toutes de droite et de gauche. Il devient terriblement difficile de lutter contre, et ce qui devait arriver arrive. Bousculées, secouées en tous sens, nous ne parvenons pas à résister aux bourrasques et très vite, nous sommes séparées. J’ai du mal à distinguer ma bien aimée au milieu de toutes les autres gouttes, mais je la vois tout de même suffisamment pour me rendre compte qu’elle lutte autant qu’elle le peut pour revenir vers moi. Mais c’est peine perdue et bientôt, je la perds de vue.

Je tombe. Entourée d’une multitude de mes semblables, je vois le sol se rapprocher à toute allure et je finis ma chute dans une source de montagne, petite, mais qui bouillonne vigoureusement.

Je ne reste pas là longtemps. J’entends tous les bruits autour de nous. L’écoulement des eaux dont nous faisons partie, les grondements sourds des véhicules qui passent sur une route non loin d’ici, les mouvements des animaux qui viennent s’abreuver, les pépiements des oiseaux au-dessus de nous…

Et puis, il y a une forme d’aspiration. Je ne sais pas exactement de quoi il s’agit, mais comme quantité d’autres gouttes avec moi, je me trouve dans une espèce de tuyau, sombre et relativement court dans lequel nous sommes toutes pressées, bousculées et finalement projetées à toute vitesse dans la citerne d’un camion qui s’éloigne aussitôt de la source.

J’ignore où je suis. Je n’avais même jamais imaginé qu’il puisse exister un endroit comme celui-ci. C’est très bizarre et bien moins agréable que le nuage d’où je viens. D’abord, nous sommes groupées dans une grande cuve, à l’intérieur de laquelle il ne se passe rien. J’ai beaucoup de temps pour penser et ma très chère amie est particulièrement présente dans mon esprit. Souvent, je me demande ce qu’il est advenu d’elle, si elle a trouvé un lieu où subsister ou si elle a disparu, si elle s’est évaporée.

Une goutte d’eau ne peut pas pleurer, sauf peut-être en s’auto mutilant, mais je ressens beaucoup de chagrin lorsque j’imagine une telle fin pour elle, alors je préfère être optimiste et penser qu’elle a eu la chance de tomber dans un endroit propice à sa survie, comme un lac par exemple. Il parait que certains sont très jolis et je suis certaine qu’une goutte d’eau aussi belle et forte que ma bien aimée ne ferait que renforcer la beauté de certains sites.

Quoi qu’il en soit, je ne reste que très peu de temps dans cette cuve puisque, avec toutes les autres, je suis projetée dans un nouveau tuyau, beaucoup moins large celui-là. La pression est très forte et nous sommes particulièrement bousculées. Nous avançons très vite vers un lieu dont nous ignorons tout quand, sans que rien ne le laisse augurer, une ouverture apparait brusquement en dessous de nous et quelques-unes d’entre nous sont précipitées dans le vide. Puis, aussi vite qu’il est apparu, le trou se referme. Cela se reproduit souvent, à un rythme soutenu, et alors que d’autres gouttes se rajoutent constamment à notre groupe, faisant que notre flux ne diminue pas, c’est mon tour de basculer par l’ouverture.

Ma chute ne dure guère, et rapidement, je me trouve, avec celles qui sont tombées avec moi, dans un récipient de plastique, une bouteille apparemment. Je regarde autour de moi avec curiosité, mais je ne vois rien qui puisse m’égayer. Les bouteilles, remplies, sont étiquetées et stockées avant d’être expédiées je ne sais où. Je sais que je serai bientôt bue, comme nous toutes, mais je n’y attache que peu d’importance. Ma très chère amie me manque terriblement et mon optimisme plus ou moins forcé disparait. Je m’inquiète, me demandant si elle connait un destin aussi funeste que le mien. Quant à mes compagnes d’infortune, je n’éprouve pour elles qu’une indifférence qui me fait regretter encore plus de ne pas avoir ma bien aimée près de moi.

La bouteille est posée sur une table entourée d’êtres humains qui bavardent sans que je comprenne un mot de ce qu’ils se disent. Nous ne sommes plus que quelques-unes au fond de la bouteille, nos camarades ayant été versées dans un apéritif de couleur jaune au parfum anisé. Et puis, alors que l’un des humains fait de grands gestes pour accompagner le flot de paroles qui sort de sa bouche, la bouteille est renversée et nous coulons lentement sur la table. Il n’en faut pas plus pour que nous soyons épongées, l’éponge essorée dans l’évier, et que je vois ma vie se poursuivre dans un tuyau d’écoulement des eaux usées.

Puisque je suis dans un environnement nouveau, j’en profite pour observer attentivement les alentours. Non pas que je sois particulièrement fascinée par ce nouvel univers, mais je ne peux m’empêcher d’espérer que, peut-être, je pourrais retrouver ma bien aimée ici. Mais je ne trouve aucune trace de sa présence. Evidemment, cette situation me déçoit et m’attriste, mais je suis aussi heureuse qu’elle ne connaisse pas un tel sort.  Circuler dans un conduit sombre et malodorant, parcouru par les rats, au milieu de déjections de toutes sorte, de petits paquets de cheveux ou de résidus de lessive n’a, en effet, rien de réjouissant. D’ailleurs, la présence d’une aussi belle goutte d’eau ici aurait certainement quelque chose d’incongru.

Continuellement, d’autres gouttes nous rejoignent, très nombreuses, mais ma très chère amie n’est jamais parmi elles. Nous ne restons pas sur place ici non plus. Nous progressons lentement et si je n’ai aucune idée de l’endroit où nous nous rendons, j’ai hâte d’y arriver tant vivre dans cet endroit me dégoûte.  Mais si je n’ai aucun moyen de mesurer le temps, j’ai de plus en plus souvent l’impression que je ne sortirai jamais d’ici. Pourtant, nous finissons enfin par arriver dans un lieu qui ne ressemble en rien à tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent.

Une construction humaine, vaste et compliquée, que nous ne pourrions éviter même si nous le voulions. Ceci-dit, l’appréhension que je ressens en arrivant se dissipe rapidement. Après être passées au travers d’une grille, puis d’une autre si fine qu’on pourrait la qualifier de tamis, nous subissons divers traitements et nous ressortons si propres que je me sens revivre, d’autant plus qu’ensuite nous nous retrouvons à ciel ouvert, relâchées dans un cours d’eau.

Je n’en reviens pas ! Enfin propre, nettoyée de toutes les impuretés accumulées dans l’égout, je me sens revivre et seule l’absence de ma bien aimée m’empêche d’être heureuse. Je suis dans une rivière au courant rapide qui m’entraîne joyeusement dans une course effrénée dont je profite largement. Il m’arrive même de jaillir, de gicler au-dessus des flots pour admirer le paysage, ou simplement pour le seul plaisir que j’éprouve à faire ce que je n’avais jamais pu faire jusqu’ici, même si je fais toujours bien attention de ne pas retomber sur la rive, ou sur un rocher, là où je risquerais de m’évaporer. Si seulement ma bien aimée était là ! Je sais à quel point elle aimerait cette vie, elle qui a toujours eu un tempérament plus aventureux que le mien. Je ne me lie avec aucune de mes innombrables compagnes, même si leur présence à mes côtés ne me gêne pas. La seule goutte d’eau que je voudrais près de moi est ma bien aimée et même si je commence à penser que je ne la reverrais sans doute jamais, aucune de mes tribulations ne peut me la faire oublier.

Le courant devient encore plus rapide, je suppose que le sol est pentu. J’apprécie cette sensation de liberté que ça me donne et je ne cherche pas à ralentir ni à rester en arrière, mais après quelques journées, je sens que nous approchons du but, d’ailleurs, je vois le fleuve avant même que nous ne pénétrions dedans. Cela provoque des remous, de petits tourbillons qui me rappelle vaguement ceux que le vent avait provoqués dans le nuage. Mais ça ne dure pas, et au bout d’un moment, je suis le flot de ce nouveau cours d’eau. Le rythme est beaucoup plus lent, le lit bien plus large et je m’ennuie davantage, mais je suis aussi curieuse de connaître la suite. Après tout, une goutte d’eau peut très bien connaître l’amour, je le sais d’expérience, mais par-contre, la géographie n’est pas mon fort.

De temps à autre, nous croisons des poissons que je regarde avec curiosité. Je n’en avais jamais vu avant d’arriver dans la rivière et je ne me lasse pas de les observer, c’est la seule chose qui me distrait de la nostalgie que je ressens alors que la pensée de ma très chère amie ne quitte toujours pas mon esprit.

Si je pouvais bâiller, je le ferais. Je présume qu’on pourrait qualifier ce fleuve de majestueux alors qu’il s’écoule lentement vers je ne sais où, mais pour ma part et comme presque toutes celles qui m’accompagnent je le trouve surtout morne et sans attrait. Le seul moment qui sort de l’ordinaire est celui où, un soir d’orage, nous sommes rejointes par une quantité de nouvelles gouttes qui viennent grossir notre flux. Je sais qu’il est impossible que ma bien aimée en fasse partie, mais il n’empêche que je passe de longs moments à la chercher du regard parmi toutes ces nouvelles arrivantes. Bien sûr, je ne la trouve pas et quand nous arrivons à la mer, qui semble d’après la rumeur, notre ultime étape, je suis si découragée que je me contente de suivre le mouvement, appréciant tout de même le goût de sel qui vient m’imprégner petit à petit.

Ici, je ne ressens pas le courant de la même manière que dans les cours d’eau précédent. Il parait que c’est parce que nous sommes encore trop près de la côte, mais il y a néanmoins davantage de mouvements que dans le fleuve. La houle, les bateaux que nous apercevons, les poissons bien plus nombreux et parfois beaucoup plus gros que ceux que j’ai vus jusqu’à présent me changent les idées et la vie que je mène ne me parait plus aussi monotone.

Je joue à me jeter contre la coque d’une embarcation légère et bruyante, m’amusant à passer entre les lames de l’hélice en pensant au plaisir que ma bien aimée prendrai à ce genre de jeu, quand quelque chose change autour de moi. Comme si une vague d’émotions me traversait, une sensation particulièrement agréable et je retourne dans les flots en regardant partout autour de moi pleine d’espoir. Et si…

Ma bien aimée est là. C’est elle qui m’a retrouvée, moi qui croyais ne plus jamais la revoir. Nous sommes sans doute des milliards, des centaines de milliards même, mais je n’ai aucun mal à la reconnaitre, elle est unique.  Nous nous précipitons l’une vers l’autre avec toute la force de notre amour. Nos retrouvailles sont intenses, pleines d’émotions et il nous faut peu de temps pour décider que nous ne supporterons pas que d’autres évènements nous séparent de nouveau. La décision n’est pas difficile à prendre, c’est une évidence. Nous nous fondons l’une dans l’autre.

Unies définitivement, nous sommes l’océan.

 

 

 

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29 avril 2018

Cadeau

mar

 

Et il est signé Fryda !!

- Le Festival de Missy Good, partie 9

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Le Festival, partie 9

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 9ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


« Eph ? » La voix sortit la régente de ses rêves et elle rechigna, tirant son oreiller sur sa tête et se blottissant loin de la lumière qui passait par la fenêtre.

« Du balai. »

Une main sur son épaule la secoua. « Eph ? »

Cela ne fit pas passer les battements de son crâne et elle se souvint avec déplaisir combien de chopes de bière elle avait ingurgitées la nuit passée. A contrecœur, elle ouvrit un œil et le plissa vers sa tortionnaire. « Quia ? » L’œil tourna vers la fenêtre. « On est un quart de chandelle après l’aube, Pony… pourquoi tu me réveilles ? »

La maîtresse d’armes grimaça. « Ouais….je sais… mais je me suis dit que tu voudrais avoir un peu de temps avant que les choses ne démarrent. » Elle hésita puis laissa tomber une main sur la nuque de la régente et la massa. « En plus, j’en ai marre d’être de la patrouille des rumeurs. »

Cela lui valut l’attention d’Ephiny et celle-ci se déroula un peu, ouvrant difficilement le second œil pour regarder son amante. « Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Un froncement de sourcils noirs. « Je ne suis pas sûre… mais la rumeur dit que quelque chose ne va pas chez Xena », lui dit Pony. « Je ne sais pas si ce n’est pas vrai… elle agissait vraiment bizarrement hier soir et Gabrielle a dû l’aider à retourner à leurs quartiers… Esta a dit qu’elle avait failli s’évanouir. »

La régente se passa la main dans ses cheveux bouclés. « Vraiment ? » Elle réfléchit. « Elle allait bien quand je les ai vues hier soir… mais maintenant que tu le mentionnes, Gabrielle m’a dit qu’elle allait la retrouver pour la mettre au lit. »

Elles se regardèrent. « Est-ce qu’elle a été blessée hier ? » Demanda Ephiny. « Je suis allée avec Gabrielle… tu étais à la rivière. »

Pony s’installa sur la paillasse et réfléchit à la question. « Et bien… » Songea-t-elle. « Bon sang si je le sais… elle allait si vite, par Hadès, que je ne pourrais dire si elle prenait des coups… bien que je sais qu’elle a reçu quelques flèches. » Elle bougea sa lèvre avec son pouce et de son index. « Attends une minute… oui… elle en a attaqué un paquet avant qu’on arrive ici et j’ai vu quelqu’un la frapper avec une masse », rapporta-t-elle. « Elle a été un peu lente à se relever. »

Ephiny plissa le front. « Bon sang… et ce n’est pas comme si je pouvais demander à Ménelda de jeter un coup d'oeil, pas vrai ? »

« Nan nan. » Eponine secoua la tête. « Est-ce que Gabrielle pourrait demander de l’aide ? Je veux dire… » Elle fit une pause et secoua un peu la tête. « Bon sang, Eph… et si elle est vraiment blessée ? » Elle n’enviait pas la barde si Xena était la moitié de la patiente qu’elle était elle-même.

La régente roula sur elle-même et posa négligemment une main sur la cuisse de son amante. « Crotte de centaure », marmonna-t-elle doucement. « Cette vieille folle bornée ne l’admettrait pas, n’est-ce pas ? » Elle pianota sur la jambe de Pony. « Elle préférerait nager en remontant le courant, ficelée comme un rôti, que de nous montrer une faiblesse… bon sang si je ne le sais pas aussi. »

« Mm. » Pony acquiesça en grognant. « Tu… euh… veux que je heu… j’aille l’évaluer ? »

Des yeux noisette amusés la regardèrent affectueusement. « Oh… oui… je peux me figurer ça… vous deux dans une conversation au bord du feu… » Elle s’éclaircit la voix et approfondit son ton pour se rapprocher de celui de la maîtresse d’armes. « Alors… Xena… comment tu te sens ? » Puis elle plissa son visage dans un froncement. « Bien. Fiche le camp », aboya-t-elle en réponse moqueuse, baissant sa voix encore plus pour atteindre le ton bas de Xena.

Eponine ricana. « Tu penses que tu pourrais faire mieux ? »

La régente soupira. « Probablement pas… le meilleur moyen c’est de passer par Gabrielle. » Elle se repoussa pour s’asseoir. « Viens. »


Elle chassait des lapins. Et le plus drôle, c’était que ça semblait être une chose étrange à faire en fait, alors qu’ils bondissaient sur la plaine ensoleillée devant elle, leurs queues remuant de manière impudente. Xena fonça sur eux, sentant le sol irrégulier sous ses pas et le vent chaud qui lui fouettait le visage et apportait des senteurs légères de terre battue et de l’eau au loin, ainsi que la douce odeur de l’herbe qu’elle frôlait. Elle se sentait… merveilleusement bien. En vie et pleine d’énergie, et elle se souleva dans plusieurs saltos par pure exubérance.

Les lapins tournèrent brusquement et partirent dans une autre direction et elle fonça après eux, sautant par-dessus les rochers et les gouffres qui s’ouvraient par magie devant elle, son corps répondant avec une légèreté qu’elle n’avait plus ressentie depuis des années.

Tout était sauvage ici et très calme, seuls le battement des pattes des lapins et sa propre respiration remuaient l’air, alors que même le vent soufflait sans bruit. Autour de la plaine ensoleillée se trouvait un cercle irrégulier, mais elle ne laissa pas cela l’inquiéter parce qu’il était là-bas et elle était ici et il n’y avait aucun danger.

Une éclaboussure de couleur saisit son regard et elle remarqua que les lapins se dirigeaient vers elle alors elle les suivit, savourant la chaleur du soleil qui baignait la peau nue de ses bras et de ses épaules.

Ah… juste ce qu’elle recherchait… l’éclaboussure se mua en une silhouette, assise dans l’herbe, colorée de rouille et de bleu fleur de maïs, et celle-ci se retourna tandis qu’elle la regardait, et elle tourna son regard vers elle. Le soleil semblait se fondre dans les cheveux blonds de Gabrielle et le regard vert l’enveloppa, avec une surprise délicieuse.

« Xena ! » Un sourire lumineux passa sur le visage de Gabrielle. « Je ne m’attendais pas à te voir ici. »

Xena sourit à son tour et s’avança en bondissant, pour s’installer dans l’herbe près d’elle avant d’étendre ses longues jambes. « Pourquoi pas ? »

La barde regarda autour d’elle et une expression triste et anxieuse passa sur son visage. « Ce n’est pas un bel endroit. » Le cercle obscur autour de la plaine semblait se rapprocher et on entendit un léger sifflement, presque imperceptible, comme si des vents violents hurlaient au loin. « De mauvaises choses arrivent ici. »

Xena haussa les épaules. « C’est bon… je ne suis pas une bonne personne. » Elle se mit sur le dos et croisa les chevilles nonchalamment tout en regardant la jeune femme. Gabrielle portait les restes du vêtement dans lequel Xena l’avait vue la toute première fois, bien que lourdement taché et déchiré dans des pans de tissu qui flottaient autour de son corps. Elle portait un livre fin et relié dans une main. « Qu’est-ce que tu lis ? »

Sa compagne regarda le livre et le fit tourner dans ses mains. « Je ne sais pas… » Elle passa le doigt sur sa couverture, là où des cordes entremêlées étaient dessinées. « Je ne peux pas l’ouvrir. » Elle le tendit et regarda Xena le prendre et pencher sa tête sombre, tandis qu’elle soulevait facilement la couverture et regardait dedans. « Oh… regarde ça. » Gabrielle avança la tête. « Qu’est-ce que ça dit ? »

« C’est un poème. » Xena le lui montra.

« Oh. » Gabrielle relâcha un petit rire surpris. « Hé… c’est moi qui ai écrit ça. » Puis elle leva les yeux tandis que le vent gémissait. « Tu ne devrais pas être ici. »

Le visage de la guerrière se figea. « Tu ne veux pas de moi ici ? »

Un éclair de peur passa sur le visage de la barde. « Non… non… si, je le veux… s’il te plaît… dieux, oui, bien sûr que je le veux. » Elle tendit la main pour toucher la guerrière comme pour se rassurer de la réalité de sa peau. « C’est juste que… en principe je suis ici, et des gens arrivent et je… » Elle regarda ses mains, les retournant encore et encore. « Je les tue. »

« Et bien pas aujourd’hui », la rassura Xena. Elle tendit un lapin à la barde. « Aujourd’hui, il n’y a que toi, moi, et les lapins. »

Gabrielle caressa l’animal poilu, traçant les sections noires et blanches tandis qu’il mordillait ses chaussettes. « Mais ils viennent. Je les entends. » Elle leva les yeux vers la grande femme.

« Ils ne vont pas te faire de mal. »

« Je vais leur faire du mal. »

« Non, tu ne le feras pas. »

Un bruissement dans l’herbe à cet instant et des ombres noires qui se rapprochaient, firent se blottir le lapin contre Gabrielle et envoyèrent des rayures sombres sur la forme allongée de Xena.

La barde bougea, nerveusement. « Ils sont là. »

« Ignore-les. » Xena tendit une main, paume en haut. « Viens. »

Le vent mugit, fouettant les cheveux noirs et les blonds en arrière en deux dessins torturés.

« Non… ils vont te faire du mal… je dois les arrêter. » Un couteau apparut, noir couvert de vieux sang, serré dans une main puissante. Gabrielle se leva à demi, ses yeux dardant le cercle mouvant et noir qui les entourait. « Je dois te protéger. »

« Non. » Xena la repoussa vers le sol, malgré sa résistance et elle lui prit doucement le couteau de la main. « Viens juste par ici… ça va aller… ils ne peuvent pas te faire de mal. » Le lapin siffla vers les ombres, qui ricanèrent et se rapprochèrent, bougeant et murmurant. La guerrière prit la barde tremblante dans ses bras, l’entourant d’un mur de muscles chauds.

« Elle est à nous… » Un sifflement. « Nous allons la prendre. »

« Elle est à moi. » La voix de Xena gronda en réponse, profonde et soyeuse. « Vous ne me l’enlèverez jamais. » Elle sentit Gabrielle se blottir un peu plus et elle montra ses dents aux ombres. « Jamais. »

Le son grandit, hurlant autour d’elle dans un tourbillon de terreur, tirant sur leurs corps et essayant de les mettre en pièces. Xena rit à son tour, sentant sa propre force interne monter pour répondre au défi, les repoussant et entourant la barde effrayée d’un mur de profonde confiance. « Jamais ! » Elle cria par-dessus le bruit du vent, sa voix forte faisant bizarrement écho.

Et alors l’obscurité disparut, les laissant dans une douce lumière. Le lapin mâchouillait un morceau de trèfle avec aise, tandis que Gabrielle levait les yeux, et la fixait. « C’est vraiment toi, pas vrai ? » Elle leva la main et toucha le visage de sa compagne de rêve avec fascination. Il lui semblait plus anguleux que son visage d’éveil, et un esprit lumineux dansait dans ses yeux, éclairant ses traits d’une joie féroce et féline.

Sans excuse pour ce qu’elle était. « Oh oui, c’est sûr que c’est moi », répondit Xena avec un rire tandis qu’elle serrait joyeusement la barde. « Tu vois? Ils sont partis… » Elle pinça le nez de Gabrielle. « Viens… allons jouer. » Les longs doigts chatouillèrent les côtes de la barde à travers le tissu abîmé et elles se mirent debout en se tortillant pour courir sur l’herbe ondulante parsemée de trèfle, riant au ciel bleu bienveillant, la peur oubliée comme si elle n’avait jamais été là.

Le bruit du vent et de l’herbe murmurant émergea lentement dans le bruissement des feuilles et les bruits lointains d’une matinée au village Amazone. Xena ouvrit les yeux pour voir un rayon de soleil léger et clair se déverser dans la chambre, étalant une couverture d’ombre sur le lit où elles se trouvaient. Tandis qu’elle observait la chambre tranquillement, les détails de son rêve s’amenuisèrent, la laissant avec un sentiment de perplexité tranquille tandis qu’elle se demandait si c’était juste un rêve ou plus que ça. Et bien…songea-t-elle. Elle pourrait toujours demander à Gabrielle de quoi elle avait rêvé, juste pour voir si ses rêves étaient similaires, pas vrai ? Nan… arrête de divaguer, Xena. Elle se réprimanda elle-même doucement et soupira. Il est temps de commencer la journée, je pense.

Mais pas maintenant. Elle était sur son côté avec le corps chaud de Gabrielle blotti contre elle, les mains de la barde entremêlées dans sa chemise et la tête posée près du bras étendu de Xena. Son visage était détendu dans un sommeil paisible et Xena passa quelques instants à juste la regarder, souriant un peu aux légères traces de douceur enfantine qui traînaient encore, effaçant les angles plus matures qui s’étaient récemment installés sur ses traits.

La barde remua un peu, se rapprochant un peu plus du corps chaud de la guerrière, relâchant un minuscule soupir, et un murmure tandis qu’elle mettait le nez contre l’épaule de Xena. La chemise de Gabrielle avait glissé et à la douce lumière de l’aube, la guerrière pouvait maintenant voir le commencement subtil des changements causés par sa grossesse. Un sourire émerveillé passa sur les lèvres de Xena tandis qu’elle passait très doucement un doigt sur les seins légèrement gonflés et les tétons sombres, puis son expression s’assombrit lorsqu’elle repéra les côtes visibles dessous. Bon sang. Les compétitions, les batailles, creuser des tunnels… et ce par quoi elle était passée la veille au soir… ça devait prendre fin. Elle remonta la chemise de la barde et l'arrangea  autour de ses épaules, puis elle embrassa le dessus de sa tête tandis qu’elle l’entourait plus fermement de ses bras.

Paresseusement, les yeux de la guerrière se portèrent vers la table, où un plateau recouvert avait été apporté par l’Amazone serviable la veille au soir. Gabrielle s’était vite endormie et Xena avait décidé de ne pas la réveiller, au lieu de ça elle avait mangé quelques-uns des morceaux apportés en regardant les étoiles passer dans le ciel à travers la fenêtre assombrie.

Elle réfléchit à ce qui s’était passé et elle commença le processus d'acceptation. Son esprit travaillait comme ça, il s’inquiétait de choses sur lesquelles elle avait le pouvoir d’agir et repoussait tout le reste, considérant rationnellement que c’était une perte de temps de pleurer sur de la bière renversée. C’est comme ça qu’elle avait survécu pendant dix ans de brutalité sauvage, en ne se focalisant pas sur les détails, les acceptant seulement, et en avançant. Gabrielle, à l’inverse, prenait tout en elle et s’en inquiétait, essayant de donner du sens au monde et à la part qu’elle y prenait.

Elle sentit des lèvres mordiller sa peau et elle regarda vers le bas, pour voir deux yeux verts à demi ouverts qui la regardaient paresseusement. « Bonjour », dit la guerrière d’une voix traînante.

Gabrielle se contenta de l’étudier pendant un moment puis elle glissa une main sous sa chemise et massa légèrement sa peau. « Merci. »

Xena fronça les sourcils. « Hein ? »

« Tu as dit que tu serais là… dans mes rêves… et tu l’étais », répondit simplement la barde. « Merci. »

Un clignement des yeux bleus. « Quel rêve as-tu fait ? » Demanda Xena avec curiosité.

Gabrielle traça les muscles souples sous sa peau. « Le champ… les lapins… toi… » Elle fit une pause et haussa les épaules. « Tu ne me crois pas, hein ? » Un doux soupir. « Tu veux que je te récite le poème ? » Un sourcil haussé de défi. « Je suis allongée là, au point du jour, tandis que la première lueur se faufile dans les arbres… »

« Je te crois », dit Xena dans un souffle. « Je… euh… n’ai aucune idée de la façon dont c’est arrivé, mais… »

La barde se mit à rire. « C’est arrivé parce que tu l’as dit, Xena. » Elle chatouilla les côtes de la guerrière et sentit le sursaut de muscles tandis que celle-ci luttait contre un rire. « Ooh… je pense que toi, mon amour, tu deviens de plus en plus chatouilleuse. » Elle passa les doigts le long du côté de Xena et la regarda se trémousser. « C’est évident. »

« Ouille… Gabrielle, arrête ça », la supplia Xena. « Allons… »

« Oh, très bien. » La barde se replia tout en se blottissant un peu plus. « Ouille. » Elle tressaillit, ce qui lui valut un air inquiet de la part de sa compagne. Elle leva les yeux avec un air embarrassé, bougeant légèrement de position. « Je suis un peu sensible, je pense. » Elle rougit.

Xena rit doucement. « Mm… oui, j’ai remarqué une petite différence. » Elle traça les lignes à travers la chemise de sa compagne. « Bref… » Son expression devint sévère tandis que ses doigts allaient vers la cage thoracique de la barde et traçait la fine taille. « Il faut que tu arrêtes de te mettre autant la pression, Gabrielle. Je le pense. »

La barde roula sur le dos et croisa les bras. « Xena, ce n’est pas de ma faute si le village a été pris, que nous avons sauvé des gens, creusé des tunnels et combattu des mauvais garçons toute la journée d’hier », protesta-t-elle avec raison.

« Peut-être pas, mais là maintenant… tu vas rester ici pendant que je vais te chercher un petit déjeuner », déclara son âme sœur, en attrapant la tête de lit pour se hisser au-dessus d’elle. « Ou bien alors… »

La barde s’étira sur le côté, la tête posée sur sa main tandis qu’elle regardait la grande femme sortir de leurs sacs une vieille tunique grise passée. « Ou bien alors quoi ? » Demanda-t-elle.

Xena leva les yeux de l'endroit où elle enfilait ses bottes. « Qu’est-ce que tu veux dire par ou bien alors quoi ? »

Un regard vert innocent lui répondit. « Tu as dit que je devais rester ici ou bien alors », répondit-elle. « Alors, je demande… ou bien alors quoi ? »

La guerrière se leva et mit les mains sur ses hanches. « Ecoute… personne ne me demande ou bien alors, Gabrielle, d’accord ? » Elle trouva un froncement de sourcil qu’elle se força à mettre sur son visage. « C’est ce truc de seigneur de guerre diabolique, mauvais et méchant. » Une pause. « Compris ? »

Le visage de la barde se plissa de rire. « Ooooh… » Elle tira l’oreiller sur sa tête et étouffa ses rires.

Xena soupira. « Tu ruines ma réputation, petite barde. »

Les rires montèrent et la guerrière leva les yeux au ciel, puis elle secoua la tête et alla vers la porte. « Je reviens vite », lança-t-elle par-dessus son épaule. « Essaie de ne pas suffoquer là-dessous, hein ? » Sur ces mots, elle sortit et se dirigea à travers le campement vers la lumière du soleil matinal.


Eponine s’arrêta à mi-phrase puis elle lança un regard pressé à Elaini. « D’accord… je dois y aller. » Elle prit une inspiration puis se lança dans un petit trot tandis qu’elle repérait une forme familière qui bougeait dans la brume vers la salle à manger. Comme elle passait de l’ombre d’un arbre à là, il lui était difficile de juger de la condition de sa proie, mais elle finit par rattraper la longue foulée de Xena et se mit à sa hauteur. « Salut. »

Les yeux bleu clair se tournèrent vers elle. « Bonjour », dit Xena d’un ton traînant. « Il est un peu tôt pour être dehors, non ? » Demanda-t-elle avec une innocence désarmante.

« Je faisais juste… euh… ma ronde, et je… » Une pause. « Hé ! » Eponine la regarda. « C’était quoi cette sortie ? »

La guerrière sourit. « Désolée… je blaguais », s’excusa-t-elle, en jetant un coup d’œil à l’activité matinale.

Pony fronça les sourcils. « Il y a un comédien en chacun de nous… on m’a servi de ce crottin depuis qu’Ephiny et moi… hum… » Son regard alla vers le visage de la grande femme. « Tu sais. »

Xena hocha la tête aimablement. « Oh oui… je sais… » Elle se mâchouilla brièvement la lèvre. « Hé… je dois aussi gérer ça… Toris me tanne pas mal quand je suis à la maison. »

Eponine la regarda. « Vraiment ? » Demanda-t-elle, intriguée.

« Oui… » Un rire ironique. « Être avec Gabrielle a définitivement changé ma perspective », lui dit la guerrière. « Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis volontairement levée avant l’aube. »

« Oh », dit Pony d’un air songeur. « Ah oui ? » Elle se sentait soudain mieux au sujet de ses accès récents de paresse et un sourire heureux captura momentanément son visage. Puis elle se souvint de sa mission. « Alors… euh… comment ça va pour toi ? »

Un haussement de sourcil noir. « Bien », répondit Xena, lentement. « Pourquoi ? »

« Rien… aucune raison… je demande juste… tout s’est bien passé hier soir ? » L’Amazone mit les mains dans son dos. « Je… euh… tu semblais un peu… je ne sais pas… » Un léger haussement d’épaules. « Perturbée. »

« Perturbée ? » Répéta Xena avec un air intrigué.

« Euh… oui… tu vois… inquiète… énervée… tracassée… »

« Ah. » La guerrière soupira. « Oui… je présume que… je souhaite juste… » Xena garda le silence pendant un long moment, une soudaine séquence d’idées cascadant dans sa tête. « J’aurais souhaité dormir un peu… la nuit a été rude. » Elle ralentit son pas et soupira, tournant ses épaules. « Après une longue journée… quand est-ce que ce truc est censé arriver ? »

Eponine la regarda tel un faucon, ses sourcils froncés d’inquiétude. « Hum… dans à peu près deux marques de chandelle… Eph a demandé à la responsable du conseil de préparer les papiers. »

Xena hocha la tête. « Bien… je serai contente quand tout sera terminé. » Elle leva nonchalamment la main et se massa la nuque, ferma brièvement les yeux et tressaillit. « Hé… » Elle se força à rouvrir les yeux. « Pour la sentence, comment… »

« Par arbalète », lui dit promptement la maîtresse d’armes. « C’est rapide. » Elle atteignit la porte et l’ouvrit, reculant pour laisser la guerrière la précéder. « Vas-y… écoute… tu… euh… tu es sûre d’aller bien ? »

Xena lui lança le regard le plus impassible qu’elle put trouver. « Je vais bien », répondit-elle fraîchement tandis qu’elle entrait dans la salle et se dirigeait vers les cuisinières qui préparaient les petits déjeuners. « Bonjour. » Elle salua la sévère Esta qui grogna et lança un regard noir à Eponine.

« Tu as laissé un joli bazar », grogna Esta. « De la boue partout… et ce cul de cheval enfermé dans le cellier… comment suis-je supposée récupérer des choses avec elle là-dedans ? »

Eponine ricana légèrement. « Ça fera un petit déjeuner bienvenu sans ces foutus oignons dedans », rétorqua-t-elle. « Ça pue tellement que j’ai dû brûler les fichus vêtements que je portais. »

« Hmpf… ces foutus trucs avaient besoin d’être brûlés de toutes les façons… l’animal qui est mort pour eux ne les aurait pas repris », répliqua Esta.

« Ah oui ? Et c’est supposé vouloir dire quoi ? » Grogna Pony.

Xena récupéra tranquillement un plateau en bois et choisit des éléments sur la table de préparation, les empilant sur le plateau sans considération pour l’ordre ou la symétrie. Quand elle eut fini, elle se redressa. « Je vais passer chez la guérisseuse ensuite je rentrerai. On se voit dans une marque de chandelle environ, je pense. » Elle soupira puis sortit, consciente des deux paires d’yeux fermement clouées sur son dos. L’encadrement de la porte devint soudain un obstacle et elle reprit son équilibre contre le bord, passant dans l’air frais du matin avec un juron audible.

Le silence régnait derrière elle et elle pencha les oreilles avec attention, saisissant le faible son du cuir contre le bois et des bruits de pas légèrement placés. Avec un demi-sourire, elle continua sa mission.


La fumée odorante s’élevait, s’enroulant autour du visage de Gabrielle et baignant ses sens de menthe et de miel. Elle prit une lente gorgée tandis qu’elle étalait son journal sur ses cuisses et retirait une plume de sa boîte. Arès avait sauté sur le lit et était blotti autour de ses jambes, son pelage épais réchauffant sa peau. « Bon, Arès… »

Le loup leva la tête et la regarda par-dessus son épaule sombre. « Roo ? »

« Je présume que je ferais bien d’en finir avec ça, hein ? » Elle fit une pointe du bout de sa plume et la trempa dans de l’encre, puis elle lissa la page de parchemin et s’interrompit, tandis qu’elle rassemblait ses pensées.

C’est une période difficile pour écrire. J’ai dû prendre l’une des plus dures décisions de ma vie hier soir et je ne sais toujours pas si c’était la seule chose que j’aurais pu faire. Je sais que je ne peux pas laisser Arella libre avec le risque qu’elle blesse d’autres gens, mais la pensée de prendre sa vie me donne des nausées.

Je présume que, d’une certaine façon, ce n’est pas une mauvaise chose. Si je pouvais juste faire les choses comme ça, sans m’en inquiéter, ou sans que cela me bouleverse, alors… et bien, je n’aimerais pas ça, c’est tout.

Xena… a été vraiment géniale hier soir. Elle voulait tellement prendre tout ça sur ses épaules… je pouvais le sentir en elle et croyez-moi, une grande part en moi voulait la laisser faire. C’est horrible, mais je ne peux pas l’empêcher. S’il y avait un moyen de sortir de ça, je pense que je l’aurais fait, mais il n’y en avait tout simplement pas.

Une partie de moi voulait aller lui parler. A Arella, je veux dire, et juste… voir ce qu’elle ressent, trouver pourquoi elle a fait ça… mais je pense que je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment de bonne raison. Je sais qu’elle voulait désespérément que les Amazones deviennent plus agressives, plus tournées vers la guerre, mais la violence n’est pas le bon chemin.

C’est ironique – me voilà à dire ça et je l’ai condamnée à mort. Je souhaiterais qu’il y ait un autre moyen… et je sais qu’elle ne me défiera pas. Xena espère que si, parce que cela en ferait une mort par combat et… et bien, c’est juste différent. Mais Arella a peur de Xena… vraiment et elle sait qu’elle ne peut pas la battre, alors…

Elle a été si gentille hier soir. C’était comme si elle était entrée en moi et m’avait remise en place comme l’un de ses puzzles. J’avais tellement mal et ensuite je pensais qu’elle était… oh dieux, pendant un instant hier soir, je pensais que nous étions revenues quelques mois auparavant et que tout recommençait. Je pouvais presque… je ne pouvais pas le supporter.

Et ensuite il s’est avéré que le problème c’était moi, pas elle… elle réagissait juste à quelque chose que je traversais et une fois que j’ai eu tout réglé…

Ouaouh.

Elle est venue dans mes rêves hier soir. Ça fait tellement drôle de l’écrire, mais c’est vrai – et ça n’était pas… je veux dire que je ne l’ai pas inventé, vous savez ? Elle était vraiment là… vraiment… réelle. Pleine de férocité et de sauvagerie… est-ce que c’est la façon dont elle se voit, je me le demande ?

Qu’est-ce que ça me dit ? Je me sens toujours si… petite… si… pleine de haine dans ce rêve. Mais pas la nuit dernière. Pas après qu’elle ait chassé toutes les mauvaises choses et que nous ayons couru ensemble sur l’herbe.

Ma protectrice et ma défenseure. Vous savez, je pourrais être prête à croire ça à nouveau. C’était bon de ressentir ça hier soir. J’ai commencé à porter ce vieux vêtement pourri avec lequel j’ai quitté la maison, comme si je m’y raccrochais. Mais quand le rêve a été terminé, j’étais… je portais du cuir.

Je me demande si du plus profond de moi, je me dis qu’il est temps de dire adieu à cette petite fille qui a quitté Potadeia.

Peut-être que oui. J’ai toujours aimé penser que je gardais un morceau de ça… que je gardais ce que j’étais à l’époque comme une partie de moi, mais plus je pense à qui je suis aujourd’hui, plus je me rends compte que je n’ai plus grand-chose en commun avec elle.

Alors adieu, petite fille. Reste à la maison. Reste à Potadeia, où il fait soleil et où la pire chose que tu auras à endurer ce sont les sauterelles et les pluies battantes du printemps.

J’ai un destin différent.

Le léger coup à la porte interrompit sa concentration et elle leva les yeux, tout en suçotant le bout de sa plume et en soupirant. « Oui ? »

La tête aux cheveux blonds frisés d’Ephiny se montra. « Bonjour. »

Par le cul des Bacchaes. « Salut. » Gabrielle mit un sourire sur ses lèvres et lui fit signe d’entrer. « Bonjour. »

La régente entra et alla vers le lit pour se poser sur un coin tout en faisant un sourire à son amie. « Tu es debout tôt. »

Gabrielle l’étudia, notant les yeux rougis et les fines lignes autour de sa bouche. « Toi aussi », dit-elle tranquillement. « Qu’est-ce qui se passe ? »

Ephiny se frotta les tempes. « Il faut que je… ah… je veux dire que je me suis dit au vu de ce que tu as dit hier soir, que tu… hum… » Elle laissa ses mots traîner faiblement et lança un regard à la barde.

« Ah. » La barde soupira. « J’ai… décidé de demander qu’elle paye de sa vie pour ses crimes, oui. » Les mots résonnaient si étrangement qu’ils perdaient presque leur signification. « Je ne vois pas vraiment d’autre option. »

La régente resta tranquillement assise, regardant les couvertures avec un froncement pensif. « Gabrielle, je… » Elle leva les yeux vers la barde, une expression douloureuse sur le visage. « Je suis désolée. »

Elle sentit une main douce s’enrouler autour de son poignet. « C’est bon », répondit doucement Gabrielle. « Ça a été dur… hier soir… mais Xena était là pour moi et nous avons traversé tout ça. » Nous. Un mot tellement petit avec une signification si énorme pour elle. « Ça va aller. »

Le regard d’Ephiny croisa le sien et la régente se força à sourire. « Je sais que ça va aller… je me sens juste nauséeuse à l’idée que tu dois affronter cela. » Elle fit une pause puis regarda autour d’elle. « Xena est partie courir ? »

La barde secoua la tête. « Non… en fait, elle est allée me chercher un petit déjeuner. » Gabrielle prit une expression désabusée. « Son penchant surprotecteur est omniprésent… avec tout ce dans quoi nous avons été impliquées, elle est inquiète que je sois un peu abattue. »

« Mm. » Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Et bien, tu es enceinte. » Une légère étincelle passa dans son œil. « Pas qu’on puisse le deviner. »

Gabrielle sourit d’un air penaud. « Oui… et bien, ça ne durera pas », répondit-elle tranquillement. « Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? »

La régente prit un temps. « Et bien, c’est un truc rapide… très méthodique. Je vais lire les charges, elle a un moment pour y répondre, puis tu prononces la sentence. » Elle essaya de garder une voix nonchalante. « C’est fait avec une arbalète et Pony a déjà dit que c’est elle qui le fera. » Ephiny réfléchit à ces paroles. « Elle va s’assurer que ce soit bien fait, du premier coup. »

La barde hocha la tête en grimaçant. « Très bien. » Dans son esprit, une salle de torture en Chine apparut et une image de Xena les bras écartés sur un autel, préparée pour des couteaux diaboliques et luisants tout près. Ou d’elle-même, attachée sur une croix, avec un centurion qui visait ses jambes. « Il y a des moyens pires que ça, je pense. »

« Mm. » Ephiny attendit un instant. « Ecoute… il faut que je te pose une question. » Elle regarda autour d’elle. « C’est au sujet de Xena. »

Ceci lui valut l’attention de la barde qui posa sa plume, concentrant son regard vert intense sur le visage de son amie. « De quoi s’agit-il ? »

La régente soupira, se repassant les options. « Et bien, Pony m’a dit qu’elle avait reçu des mauvais coups pendant la bataille hier… et j’ai entendu dire par la moitié du village que tu avais pratiquement dû la porter jusqu’ici hier soir. » Elle regarda Gabrielle, voyant le léger écartement de ses narines. « Je suis inquiète pour elle. »

Cela lui valut un sourire charmant de la barde dont le regard se réchauffa considérablement à ces mots. « Merci de t’inquiéter, Eph. »

Un petit silence tomba. « Mais ? » Finit par dire Ephiny.

« Elle va bien », répondit aisément Gabrielle. « Elle a eu sa collection habituelle de coups et de bleus… je ne pense pas qu’elle les sente encore beaucoup », lui dit-elle avec ironie. « Quelques coupures de flèches… rien qu’une suture ou deux ne puisse régler. Je m’en suis occupée… elle était juste un peu fatiguée hier soir. »

Ephiny l’étudia. « C’est vrai ? »

Un hochement de tête. « C’est vrai », confirma Gabrielle. « Elle allait bien ce matin… elle est… et bien, un léchoullis et un chatouillis et voilà tout. »

La régente fronça les sourcils. « Ça veut dire quoi ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Je sais pas… mais ça rime. » Elle posa son journal et s’étira luxurieusement, puis elle pencha la tête. « Tu peux lui demander à elle… elle sera là dans un instant. »

« Euh… non… non… c’est bon. » Ephiny se leva prestement. « Pas besoin d’en parler… j’étais juste curieuse… » Elle leva la main. « Pas de problème. » Elle lança un coup d’oeil vers la porte qui était poussée et révélait la silhouette élancée et puissante de Xena. « Oh… salut. »

Xena échangea un regard avec son âme sœur et posa le plateau sur la petite table près du lit. « Salut », répondit-elle d’un ton neutre. « Tu ferais sûrement mieux d’aller voir si Ménelda va bien. »

Ephiny écarquilla les yeux. « Euh… »

« Je ne lui ai rien fait », déclara platement la guerrière. « J’ai juste traversé la salle de guérison pour prendre des herbes dont j’avais besoin… et je l’ai entendu appeler Hadès de tous ses vœux. »

« Bien. » La régente se passa une main dans ses boucles et les décoiffa. « Je reviens vite », marmonna-t-elle en se dirigeant vers la porte avant de sortir.

Gabrielle regarda tranquillement sa compagne jouer avec le contenu du plateau. « Alors… tu t’es débarrassée d’elle pour une raison précise ou bien… quoi ? » La taquina-t-elle affectueusement.

Le regard bleu se tourna vers elle d’un air innocent. « Me débarrasser d’elle ? Gabrielle… je n’ai aucune idée de ce que tu racontes… je pensais qu’elle voudrait s’occuper d’un problème là-bas… tu as à redire là-dessus ? » Elle prit un ensemble d’objets puis se posa sur le bord du lit avec. « Allons… commençons. »

La barde posa obligeamment son journal et prit ce qu’elle lui offrait. « Tout va bien là-bas ? » Demanda-t-elle tout en mâchant un muffin, qui la surprit par son goût délicat de miel. « Mm. » Elle ne pensait pas manger beaucoup, vraiment, la sentence en cours qui pesait sur sa conscience mettant le couvercle là-dessus, mais soudain son corps en décida autrement et elle attaqua l’assiette.

Xena la regarda un moment puis elle s’inclina sur le pied du lit, la tête posée sur une main.

Gabrielle s’interrompit et lui lança un regard sévère. « Où est la tienne ? » Elle posa son muffin et croisa les bras d’un air obstiné jusqu’à ce que sa compagne soupire et se redresse pour aller vers les restes du plateau prendre un morceau de pain auquel elle ajouta une tranche de fromage et un morceau de viande fumée. La barde s’éclaircit la voix et sourit tandis que la guerrière lui lançait un regard avant de prendre une poire et d’apporter le tout au lit. « C’est mieux. » Elle reprit sa tâche de mâcher. « Il y a autre chose ? »

La guerrière haussa les épaules. « Pas que je puisse dire… Ménelda criait au sujet de quelque chose… Elaini a dit qu’elle était venue là arranger des trucs ce matin. Elle essaye de rester hors de son chemin. »

« Elaini ? »

« Oui. » Xena hocha la tête.

Elles finirent tranquillement le petit déjeuner puis Gabrielle se nettoya les doigts et relâcha un soupir. « Ouaouh… » Elle observait son assiette maintenant vide. « Je présume que j’avais plus faim que je ne le pensais. » Elle lança un regard ironique à Xena. Je présume qu’il est temps de démarrer. Elle soupira. « Je vais avoir besoin d’aide pour m’habiller. »

Xena avait fini son plat et était paresseusement allongée sur le dos, les yeux fermés, les mains croisées sur l’estomac. « Pas de problème », répondit-elle. « Tu es prête ? »

Gabrielle admit que c’était une bonne chose que Xena ait été là. Elle avait développé un cas de doigts agités qui la frustrait jusqu’à ce que la guerrière se contente de lui retirer le cuir des mains et fasse le job elle-même, ajustant le haut finement ouvragé avec un petit sourire connaisseur. « Ça s’ajuste un peu différemment », commenta la barde avec un léger rougissement.

« Oui oui. » Xena boucla l’armure en chaîne métallique à son épaule et l’ajusta le long des biceps de Gabrielle. Elle écarta les cheveux de la barde de sa nuque et l’embrassa tandis qu’elle ajustait les boucles, regardant la chair de poule monter le long de sa peau en réponse. « Tu vas bien ? »

Gabrielle ferma brièvement les yeux. « Pas après ça », blagua-t-elle nerveusement. « Je pense que je suis un peu… effrayée. »

La guerrière s’arrêta dans sa tâche et mit les bras autour de la jeune femme. « Je sais. » Elle fit tourner Gabrielle et lui fit face, fixant ses yeux avec une compassion morose. Chaque instinct lui criait de trouver un moyen, n’importe lequel, pour protéger Gabrielle de l’instant à venir. « Tu peux le faire », dit-elle, forçant délibérément sa conscience hurlante à reculer. « Je serai là, avec toi. »

Des yeux verts emplis de douleur croisèrent les siens. « J’ai besoin de toi là-bas », admit la barde, se rapprochant et collant son corps refroidi contre celui de sa compagne. « Je ne pense pas être faite pour ça, Xena. »

La guerrière lui tapota affectueusement les cheveux, les berçant doucement toutes les deux. « Ça ira bien… ce sera fini avant que tu ne t’en sois rendu compte. »

Gabrielle se laissa perdre dans la chaleur réconfortante pendant un long moment puis elle se redressa et renifla. « C’est bon… allons-y. » Elle recula et regarda la forme élancée de sa compagne, vêtue de cuir Amazone. « Dieux… tu as vraiment belle allure là-dedans, Xena… et je le pense vraiment. » Elle passa les doigts sur la peau bronzée et lui donna une petite tape. « Mais je ne suis pas la seule qui doit arrêter de s’en demander trop. » La peau de la guerrière semblait tendue sur les muscles et les tendons et les méchantes blessures de flèches ressortaient méchamment. « Je peux presque voir à travers toi. »

« Maman va s’en occuper », répondit légèrement Xena, en l’embrassant sur le haut de la tête. « Quand on rentrera à la maison. »

La maison. Gabrielle s’offrit un moment pour imaginer les jours à venir et cela lui permit de mettre en place son attitude pour la tâche à venir. Elle regarda Xena et laissa son regard absorber le visage couvert de soleil, un sourire sur les lèvres. « Je t’aime. »

Le regard de Xena s’adoucit et elle lui retourna son sourire. « Je t’aime aussi. » Elle pencha le menton de la barde et baissa la tête, l’embrassant avec une passion simple et affectueuse. « Tu te souviens de ta promesse, d’accord ? » Lui rappela-t-elle.

Ma promesse ? Oh… bien. « Xena… » Gabrielle mit les deux mains sur la poitrine de sa compagne. « Elle ne va pas te défier… quel intérêt elle aurait à faire ça ? »

Un silence momentané tandis que Xena ajustait paresseusement les mèches qui pendaient de chaque côté du visage de son âme sœur. « Je… Gabrielle, si je devais choisir entre être coupée en deux ou mourir en combattant… je pense que tu sais ce que je choisirais. »

Gabrielle réfléchit. « Oui », concéda-t-elle. « Je sais bien ce que tu choisirais… mais Xena, ça c’est toi… et nous savons toutes les deux que tu aurais une chance face à quiconque. » Elle réfléchit encore un instant. « Et je ne pense pas qu’Arella te donnerait la satisfaction d’être celle qui… je veux dire qu’elle sait que tu peux la battre. Je ne la vois pas faisant ce choix. »

Non, admit Xena en son for intérieur. A moins qu’elle ne pense avoir une chance. Le regard bleu brilla dans la lumière du soleil. « Peut-être que tu as raison », concéda-t-elle. « Mais je ne vais pas prétendre que je n’espère pas le faire tout de même. »

La barde hocha la tête de compréhension. « Il est temps d’y aller. » Elle laissa Xena faire quelques ajustements à ses vêtements d’Amazone puis elle carra les épaules et se dirigea vers la porte, la présence puissante et fantomatique telle un rempart réconfortant derrière elle.


Eponine traversa la place vers l’endroit où elle avait repéré Ephiny en grande conversation avec l’une des apprenties guérisseuses. Elle se mit près de la régente avec un soupir explosif. « Y a vraiment quelque chose. »

Ephiny lui jeta un coup d’œil puis renvoya la guérisseuse. « Sans rire », marmonna-t-elle en réponse. « Gabrielle a les lèvres cousues, mais Elias vient de me dire que Xena est passée prendre une grande quantité de médicaments contre la douleur… et elle a dit qu’elle pensait que Xena s’était presque évanouie quand elle s’est relevée après avoir salué Cait. »

Elles se regardèrent. « Satanée petite tête de cochon bornée… » Pony laissa la pensée traîner. « Je vais te dire un truc… une fois qu’on en aura fini avec ça, on va faire bloc contre elle. » Elle prit une soudaine inspiration. « Par la Grande Artémis… et si cette foutue garce défie la reine ? »

Ephiny la fixa. « Oh merde. » Elle reprit son souffle. « Je n’avais pas pensé à ça… elle ne serait pas aussi stupide, pas vrai ? »

Eponine secoua la tête. « Elle est plus tarée qu’un chat sauvage en rut, Eph… je ne sais pas. » Elle réfléchit un moment encore. « Elle a déjà eu un aperçu du feu de Xena… peut-être, peut-être pas. » Un battement de cœur. « Si elle pense que Xena est sur ses quatre sabots, probablement pas. »

Ephiny soupira d’exaspération, les mains sur ses hanches. « Très bien… alors, gardons notre calme. Nous n’avons pas besoin de rumeur qui pourrait arriver à ses oreilles », fit-elle remarquer en grimaçant, tout en levant les yeux pour voir une foule commencer à se rassembler près de la plate-forme à un bout du cercle dans lequel elles se trouvaient. Elle pouvait voir un groupe de guerrières se former près de la salle à manger, assignées pour amener la prisonnière. Le soleil se levait juste par-dessus les arbres et il peignait le village d'or et Ephiny repéra la silhouette distincte de Gabrielle qui revenait des quartiers de la reine. « Peut-être qu’on aura de la chance et qu’on s’en sortira sans se battre. »

La reine marchait avec une assurance tranquille, sa combinaison de cuir roux complimentant sa peau bronzée tandis qu’elle montait sur la plate-forme et s’arrêtait. A sa gauche, Xena prit une position de vigilance paisible, choisissant de ne pas monter sur le sol en bois, peut-être pour éviter de faire de l’ombre à sa compagne plus petite.

Comme si elle pouvait l’empêcher, songea Ephiny, étudiant la grande femme anxieusement tandis qu’elle traversait le campement, Pony sur ses talons. Xena portait son ensemble de cuir Amazone et avec toute cette peau nue, les marques de la bataille de la veille étaient douloureusement visibles. La guerrière observait les Amazones qui se rassemblaient, le vent remuant ses cheveux noirs, son visage impassible.

Ephiny rejoignit Gabrielle sur la plate-forme, lui faisant un minuscule sourire tandis que Pony continuait et prenait position près de la forme sévère de Xena. « Tu vas bien ? » Murmura-t-elle à Gabrielle, entre ses dents.

Le regard vert brume se tourna vers elle et s’assombrit légèrement. « Non », admit tranquillement Gabrielle. « Mais je ne pense pas que je serais jamais prête pour ça, alors allons-y. »

La régente mit la main sur son épaule et hocha la tête. « C’est exactement la réponse que j’attendais de toi, mon amie », répondit-elle, puis elle tourna la tête vers la foule. « Amenez la prisonnière. » Elle éleva la voix.

Un silence tomba sur la foule tandis que le petit groupe de guerrières assemblées près de la salle à manger s’avançait, leurs bottes légères raclant la terre battue de la cour tandis qu’elles entouraient la grande silhouette échevelée. Les cheveux roux d’Arella saisissaient la lumière du soleil, ressemblant à une torche, et elle lança un regard noir autour d’elle, les yeux cloués sur la plate-forme avec une sombre intention.

Pony lança un regard vers sa grande compagne, bougeant un peu l’arbalète sur son dos tandis qu’elle étudiait subrepticement l’attitude attentive de Xena. Les épaules de la guerrière étaient tendues – l’Amazone pouvait voir le mouvement des muscles tandis que Xena pianotait de ses longs doigts sur sa cuisse nue. Elle portait son épée dans le dos et son chakram était accroché à une fine ceinture autour de sa taille, le cuir noir contrastant sévèrement sur le rouge cramoisi de sa jupe et le soleil brilla brièvement sur la bague qui encerclait son doigt.

Eponine lutta avec sa conscience, puis elle se rapprocha de la guerrière. « Xena. »

Le regard bleu perçant passa sur elle, un sourcil noir haussé en questionnement. « Quoi ? »

« Ecoute… » Pony lança un regard au groupe qui approchait. Les yeux d’Arella étaient cloués sur la grande silhouette de Xena et un léger sourire narquois flottait sur ses lèvres. « Si elle est assez bête pour lancer un défi… laisse-moi m’en occuper. »

Xena écarquilla les yeux de surprise. « Quoi ? »

« Ne… » Eponine baissa la voix. « Laisse-moi… laisse-moi… m’en occuper, d’accord ? Je la connais, je peux la battre. »

« Pony, merci, mais je peux gérer ça », marmonna la guerrière en retour, penchant la tête pour que sa voix ne porte pas.

« Xena… c’est pas le moment de faire la fière, bon sang ! » Siffla l’Amazone en réponse. « C’est sérieux. »

Le regard glacé se posa sur elle. « Fichtrement sérieux », répliqua Xena puis elle tourna la tête alors que le groupe les atteignait. « Reste hors de mon chemin, Eponine, c’est tout. »

« Espèce de petite entêtée de… » Jura Eponine, puis elle fit silence tandis qu’Ephiny s’avançait et déroulait un parchemin.

Un léger sourire narquois, presque imperceptible, apparut sur les lèvres de Xena tandis qu’elle étudiait la prisonnière attachée. Arella la fixait de son côté avec une intensité égale, un air de faim féline sur le visage.

« Tu es accusée de meurtre, de tentative de meurtre et de trahison de la Nation Amazone », déclara Ephiny d’un ton neutre.

« Tu es accusée d’être une merde amoureuse de la paix », répondit Arella immédiatement. « Je présume que nous sommes coupables toutes les deux. »

Ephiny se contenta de la regarder et secoua la tête. « As-tu quelque chose d’intelligent à dire pour ta défense ? »

Arella s’avança, un sourire hautain à l’attention des Amazones qui l’entouraient  et qui saisirent leurs armes en signe d’avertissement. « Ma défense ? Non merci… je ne me défends de rien. » Elle redressa la tête. « Ce que j’ai fait, ce que j’ai toujours fait, est dans le meilleur intérêt de la Nation Amazone. » Elle concentra son attention sur Gabrielle, silencieuse. « En fait, je te défie, petite aux yeux verts, pour ce maudit masque que tu n’as aucun droit de porter. »

Gabrielle inspira soudainement, surprise.  Elle le croit toujours. Le défi prit une tonalité désespérée lorsqu’elle se rendit compte que c’était le dernier espoir féroce d’Arella de sortir son peuple du puits de paix dans lequel elle avait perçu qu’il allait tomber.

Peut-être que c’était le mieux, songea-t-elle. Xena savait… elle espérait que ça arriverait pour m’éviter le besoin de regarder cette femme droit dans les yeux et lui dire qu’elle allait mourir.

Mais je connais Xena. Si j’accepte ce défi, c’est exactement ce que je vais faire dans tous les cas. Mais c’est le choix d’Arella. Elle ne sait pas quelle sentence je vais prendre… pour ce qu’elle en sait, je vais la faire passer par la loi civile ou la laisser partir, ou bien… non. Elle a choisi ce destin.

Ephiny écarquilla les yeux et se tourna à demi, levant la main devant Gabrielle, qui se tenait un pas derrière elle. La barde secoua légèrement la tête et mit les mains sur ses hanches. « Tu ne mérites pas de diriger les Amazones, Arella… tout ce que tu as fait, c’est les faire tuer. » Elle dépassa Ephiny et vint se mettre face à face avec la grande femme, pas intimidée par sa taille. « Etre agressive et stupide ne te qualifie pas pour les diriger. »

Tout le monde sursauta un peu, pas habitué à entendre ce genre de discours de la part de la douce Gabrielle. Mais Arella reprit ses esprits. « Et être faible et inutile, ça le fait ? » Répliqua-t-elle, la défiant. « Qu’as-tu fait, à part les impliquer dans des traités de paix qui les fait reculer et des combats avec des déesses ? »

Gabrielle sentit une rage profonde monter en elle et elle joua brièvement avec l’idée d’accepter le défi elle-même. Elle aurait le choix des armes et avec son bâton, elle avait une bonne chance de battre la grande femme.

Mais cela laissait pendante la question de si elle était capable de la tuer. Et au fond de son cœur, Gabrielle savait, vraiment, elle le sentait profondément et puissamment et réellement, qu’elle ne le pourrait pas. Elle serait de retour dans la position où elle se trouvait à l’instant. Mais le reporter sur les épaules de Xena, était-ce juste ?

Gabrielle soupira intérieurement. Il n’y avait pas de bonne décision. Il n’y avait aucun moyen de sortir de ça sans avoir du sang sur ses mains. Elle regarda Arella. « Tu n’as aucune idée de ce que la force est vraiment. »

Ceci intrigua la grande femme rousse. « Par Hadès, qu’est-ce que ça veut dire ? Tu acceptes ou pas ? »

Ephiny attrapa le bras de Gabrielle et la tira en arrière, posant ses lèvres près de l’oreille de la barde. « Ne le fais pas… tu n’as pas à le faire. »

La barde retira doucement les doigts de la régente de son bras. « C’est bon, Eph. »

« Gabrielle ! Elle sait qu’elle a un avantage, pour l’amour d’Artémis, condamne-la simplement », siffla Ephiny en réponse.

Gabrielle plissa le front. Un avantage ? Elle lança un regard à Ephiny. « Recule, d’accord ? » Puis elle se retourna vers Arella qui attendait. « J’accepte. »

Un rire fort et mauvais s’échappa de la poitrine de la femme. « Folle… » Elle se frotta les mains. « Bien, yeux verts… ce sera quoi ? Ton petit bâton ? »

Gabrielle la fixa. « En fait, vu que tu vas combattre ma championne, je pense que c’est à toi de choisir », répondit-elle d’un ton neutre, puis elle s’interrompit un instant. « Pas que ça ait de l’importance. » Cela lui valut un haussement de sourcil de Xena, mais elle était contente de l’avoir dit.

Pony jura entre ses dents et tous les regards se tournèrent vers Xena qui observait tranquillement et les regarda à son tour sans passion.

Arella prit une inspiration et sourit d’un air félin. Elle écarta ses bras vides. « Rien », ronronna-t-elle. « Juste ça. » Elle plia ses grandes mains redoutables.

Eponine se rendit compte que c’était un plan bien vu. Arella savait fichtrement bien qu’elle ne jouait pas dans la même classe que Xena avec une épée, blessée ou pas. Et les chobos donneraient un avantage de proximité à Xena. A mains nues, en revanche… si Arella pouvait s’avancer et infliger un barrage de coups à la guerrière blessée, alors… elle sentit un frisson le long de son dos. Ça pouvait marcher. Elle commença à s’avancer juste pour sentit une prise puissante descendre sur ses épaules et l’arrêter.

« Très bien. » La voix basse de Xena pénétra les murmures. « Finissons-en. »

Un cercle se forma lentement qui les maintenait au centre. Xena s’avança, s’arrêta un moment près de Gabrielle et la regarda.

La barde la regarda à son tour puis prit les mains de la guerrière et effleura les doigts de ses lèvres. « Fais attention », dit-elle doucement.

Xena lui fit un clin d’œil. « D’accord. »

Elle tourna son attention vers son adversaire et entra dans le cercle baigné de lumière.

Gabrielle croisa les bras et regarda de chaque côté tandis qu’Eponine et Ephiny venaient la flanquer. Oh oh… Elle nota les expressions furieuses sur leurs visages. Qu’est-ce qui cloche chez elles ?

« Gabrielle… » Ephiny baissa la voix à un niveau de grognement coléreux. « Qu’est-ce que tu essaies de faire ? » Elle relâcha un souffle. « Je pensais que tu avais décidé… pourquoi tu ne l’as pas fait tout simplement ? Pourquoi tu ne l’as pas condamnée à mort ? »

La barde se sentit soudain très fatiguée. Elle tourna la tête et regarda Ephiny droit dans les yeux. « Je l’ai fait », répliqua-t-elle doucement. « Tu ne t’en rends pas compte ? »

Ephiny prit une brusque inspiration, se demandant si Xena avait caché sa condition à sa compagne également. Ça doit être ça, conclut-elle tandis qu’elle se retournait pour regarder, le cœur plongeant. Bon sang… comment je peux arrêter ça… Elle regarda les deux combattantes se jauger et vit un sourire cruel sur les lèvres d’Arella.

Elle était plus grande que Xena, plus lourde et bien plus musclée que la guerrière plus âgée. Elle était rapide, Ephiny le savait, et était probablement une des meilleures combattantes à mains nues que la Nation n’ait jamais produites.

Les avantages de Xena, le talent et l’intelligence, ne comptaient pas dans ce genre de combat brutal. Arella avait bien vu les choses et à voir les regards qu’elle lançait à la guerrière, Ephiny la soupçonnait d’avoir entendu que celle-ci avait été blessée dans la bataille.

Et si Arella gagnait ? Ephiny lança un regard vers le visage de Gabrielle. Elle était résignée et triste, mais pas inquiète, comme si la barde ne connaissait pas le handicap de sa compagne.

Dieux. Ephiny se redressa et trouva Eponine près de son coude. « Elle ne va pas gagner. » Sa voix baissa jusqu’à être un murmure. « Elle ne peut pas, Pony. »

Eponine la regarda droit dans les yeux. « Elle ne le fera pas », jura la maîtresse d’armes.

Xena tourna autour d’Arella, relâchant consciencieusement ses muscles tandis qu’elle se déplaçait sur la terre battue. La chaleur du soleil s’enroulait sur ses épaules et elle pouvait sentir la brise fraîche effleurer sa peau nue. Une poussée d’énergie sombre monta de ses entrailles et elle l’accueillit, sentant les poils se dresser sur ses bras et un bourdonnement séduisant remuer son sang.

Devant elle se trouvait Arella et Xena se laissa pleinement envahir par sa haine de cette femme, qui avait causé autant de douleur à son âme sœur. Elle laissa le loup monter en elle et un rire bas coula de ses lèvres quand elle vit l’écarquillement soudain des yeux clairs d’Arella. C’est ça. Aie peur.

Arella regarda la lumière joyeuse rider la peau bronzée de son adversaire tandis qu’elle préparait son attaque. Avant qu’elle ne puisse perdre son sang-froid, elle chargea, se lançant sur le haut du corps de son adversaire et les emportant toutes les deux au sol, criant de toutes ses forces tandis qu’elle portait ses coups sur un corps qui, va savoir comment, ne se trouvait plus sous elle. Elle sentit un genou la frapper et elle se retint comme elle put, frappant fort de son coude dans les côtes de Xena, utilisant son poids supérieur pour maintenir la femme aux cheveux noirs au sol.

Le choc lui remua l’épaule et elle se sentit retournée tandis que les muscles se tendaient sous sa prise et des mains se refermaient autour d’elle avec une force terrifiante. Elle cogna rudement la mâchoire de Xena de la tête, sentant la prise de la guerrière se relâcher brièvement, et elle en prit l’avantage, frappant de ses poings sur l’estomac de Xena de toutes ses forces.

Normalement, elle aurait dû tomber. Si ce qu’on avait dit à Arella était vrai, elle aurait dû s’effondrer comme un toit de chaume sous une cascade de rochers.

Au lieu de ça, un rire de gorge lui répondit et elle sentit une douleur atroce lorsqu’une main saisit son poignet et le brisa comme un bâton. L’odeur du sang, de la sueur et du cuir la submergea tandis que son corps échappait à son contrôle et qu’elle sentait un tourbillon d’air vertigineux alors que ses pieds quittaient le sol. Avec maladresse elle remua les bras et les jambes, essayant de faire perdre l’équilibre à Xena, mais elle sentit une poussée de puissance animale tandis qu’on la soulevait et la retournait et ensuite le sol se rapprocha.

Elle était à l’envers et la dernière chose qu’elle vit fut le ciel ensoleillé et des nuages blancs gonflés, ainsi qu’un oiseau dont le cri fit écho dans ses oreilles tandis que son dos impactait un genou et qu’une onde de douleur formidable la transperçait.

Mais ça ne dura qu’un moment. Ensuite elle ne sentit plus rien, plus rien du tout, à part une légère brûlure et le ciel bleu passa au noir. Mais il n’y avait pas d’étoiles.

Xena laissa le corps glisser de son genou pour tomber sans vie et brisé sur le sol. Elle le regarda un instant puis se releva et se brossa les mains sur sa combinaison en cuir. Après un long silence figé, une clameur s’éleva, plutôt un chant de triomphe, et elle leva la main tout en se retournant pour faire face à Gabrielle.

Leurs regards se croisèrent et deux âmes se cherchèrent.

Gabrielle ignora le protocole, sauta de la plate-forme et courut entourer sa compagne de ses bras.

« Chh. » Xena l’étreignit. « C’est fini. » Elle leva les yeux et croisa le regard d’Ephiny et Eponine, tandis qu’elles se tenaient là à la regarder avec confusion. « Tout est fini. » Elle tapota le dos de la barde.

Gabrielle prit une inspiration tremblante et la regarda. « Tu vas bien ? Elle t’a cognée plutôt fort. » La barde examina anxieusement le corps de sa compagne, passant les doigts sur les marques rouge vif sur son ventre. De voir Xena soulever la grande Amazone par-dessus sa tête avait été choquant et elle avait frissonné  en entendant le grondement sourd de rage qui sortait de la gorge de la guerrière tandis qu’elle laissait Arella tomber sur son genou et lui brisait le dos avec un craquement hideux. Cela lui avait donné un peu la nausée.

La guerrière mit les bras sur les épaules de sa compagne. « Je l’ai vue arriver. » Un sourire ironique se formait sur ses lèvres. « J’ai eu le temps de me contracter. » Elle entoura Gabrielle d’un bras. « Viens. » Elles se détournèrent de la forme immobile allongée et allèrent vers les Anciennes qui avaient entouré la régente et sa compagne. « Mettons ça derrière nous. »

Gabrielle relâcha un souffle et s’appuya contre elle. Elle se sentait hautement soulagée, mais coupable de le faire et son esprit revint avec remords dans une grotte, où son coeur avait brûlé de colère au meurtre de Perdicas et où elle avait cloué son regard dans le regard bleu d’une vengeresse aux cheveux noir corbeau et lui avait dit : « Tue-la, Xena. »

Elle n’avait jamais vraiment… eu le courage de demander ensuite à Xena si ces mots l’avaient délibérément conduite à regarder Callisto s’enfoncer dans la terre. Mais elle avait su, au fond de son cœur, que c’était ce qu’elle avait voulu.

Maintenant elle affrontait cela et le fait qu’elle en soit venue à accepter que la vie soit pleine de choix difficiles.

Elle avait juste espéré qu’elle choisirait avec sagesse. « Je ne comprends pas pourquoi elle a fait ça, Xena… elle savait ce qu’elle affrontait. »

Xena s’arrêta tandis qu’elles arrivaient près d’Eponine et Ephiny. « Peut-être qu’elle ne le savait pas. »

« Et bien, Xena… » Rena la fixait d’un air approbateur. « C’est un fichu bon boulot. » Elle poussa une de ses camarades. « Rapide, efficace… j’aime bien ça. » Elle se tourna vers Ephiny qui se tenait toujours immobile à regarder Xena avec une expression indéchiffrable. « Et bien, est-ce qu’on peut enfin démarrer ce festival ? »

« Oui. » Ephiny relâcha un souffle et secoua un peu la tête. « Ça me semble être une bonne idée. » Elle regarda Gabrielle. « Tu vas bien, Majesté ? »

La barde était collée contre Xena et elle lança un regard tranquille à la régente. « Oui. » Elle cloua Ephiny du regard. « On peut se parler plus tard ? »

Le regard noisette alla vers Xena puis revint vers la barde. « Bien sûr. »

Elles avancèrent vers la salle à manger tandis que les bruits normaux de la vie montaient à nouveau autour d’elles.


« Alors ? » Cait se redressa alors qu’elle repérait Paladia affalée contre la porte. Elle était presque frénétique à cause de son incapacité à se lever et elle ignora la douleur pour pouvoir se mettre en position assise avant que la grande ex-renégate n’arrive près de sa paillasse. « Alors ? »

Paladia regarda autour d’elle puis s’assit sur le tabouret près de la paillasse. « Contente que cette merde de Bacchae soit partie. » Elle avait souffert deux fois des propos de Ménelda ce matin.

« Paladia… tu vas me dire ce qui s’est passé », demanda Cait, exaspérée.

« Oh. » La grande femme s’éclaircit la voix. « Ben… et ben, elle est cuite. »

« Qui… est cuite ? » Demanda Cait impatiente.

« La rouquine », répondit Paladia. « Ça n’a pas fait long feu. » Elle avait été impressionnée par le combat, mais elle n’avait aucune intention de le laisser savoir. « Cette damnée Xena l’a brisée en deux. »

Cait écarquilla les yeux. « Vraiment ? »

« Oh oui. » La voix de Paladia gagna en enthousiasme. « C’était quelque chose… la rouquine l’a attrapée, et Xena l’a retournée comme une feuille, ensuite la Rouge l’a attrapée à nouveau et l’a cognée si fort que j’ai pu entendre l’impact, mais Xena… bon sang… elle n’a même pas tressailli… ensuite elle a attrapé le cul de la Rouge, l’a soulevée par-dessus sa tête et elle l’a laissé tomber sur son genou. » Elle sourit. « On pouvait entendre les os craquer. On aurait dit du bois mort. »

« Merde… c’est fantastique », répondit Cait. « J’aurais aimé le voir. » Elle lança un regard agacé à son épaule. « Sans cette maudite flèche. » Elle bougea du mauvais côté et son visage se tendit. « Ouille. »

« Hé… » Paladia regarda autour d’elle pour s’assurer que personne ne regardait, ensuite elle se mit à genoux et remit doucement la jeune fille contre l’oreiller. » Arrête de bouger autant, tu veux bien ? »

Cait soupira. « Être blessée c’est la cata absolue. » Elle relâcha un souffle faisant voler les cheveux blonds raides de son front. « Je vois que je vais m’assurer que ça n’arrive plus jamais. »

La grande ex-renégate ricana. « Et tu vas faire quoi… devenir une prêtresse d’Hestia ? »

La jeune fille lui lança un regard sévère. « Très drôle. » Elle soupira, regardant par-dessus l’épaule de Paladia vers l’intérieur terne de la hutte. « J’en ai tellement marre de cet endroit. »

« Tu n’es là que depuis un jour… arrête ça. » Paladia rit puis regarda alentour. « Mais oui… c’est plutôt déprimant… surtout avec cette foutue chèvre de guérisseuse dans le coin. » Elle se lécha les lèvres avec une réflexion nerveuse pendant un moment puis sourit. « Hé… » Elle se pencha en avant d’un air conspirateur. « Ecoute… j’allais prendre du temps… travailler sur mon dessin… tu veux venir ? »

Cait fronça les sourcils. « T’as pas des tâches ménagères à faire ? » Demanda-t-elle d’un ton caustique.

Un autre sourire. « Oui… mais j’en ai fait un paquet déjà… j’allais juste me sauver vers cette crique qu’on a trouvée. »

La jeune fille pianota sur la couverture. « Les guérisseuses vont être sérieusement furieuses. »

« Euh… oui », acquiesça Paladia.

« On va avoir de sérieux ennuis. »

Un autre hochement de tête. « Probablement. »

« Hmm… » Cait réfléchit. « Eh bien, ça fait deux choses en plus… je suppose qu’on ne peut pas demander mieux que ça… mais… » Elle prit une inspiration douloureuse. « Je ne pense pas pouvoir sortir de ce maudit lit. »

Paladia regarda autour d’elle avec soin, notant que les autres patientes étaient soit trop loin, soit endormies. Solari était la plus proche, ses cheveux noirs étalés en désordre sur l’oreiller. « Ecoute. » La voix de l’ex-renégate était grognonne. « Je pourrais te porter. »

Un instant de pause. « Ah oui ? » Demanda Cait avec précautions.

« Ben… oui… » Paladia l’étudia. «Tu pèses pas grand-chose… environ la moitié de la vieille Reinette et j’ai vu Xena la porter partout comme une poupée de chiffons hier. »

« C’est Reine Gabrielle pour toi », la corrigea Cait avec indignation. « Et elle n’est certainement pas vieille. »

La femme blonde leva les yeux au ciel. « Ouais ouais ouais… comme tu veux… écoute, tu veux y aller ou pas ? »

Cait réfléchit. « Oui », finit-elle par se décider. « Je le veux. »

« Bien. » Paladia se rapprocha puis s’arrêta, le front plissé. « Et comment on fait ça ? »

« Comment font Xena et Gabrielle ? » Demanda Cait raisonnablement. « Tu as dit que tu les avais vues. »

L’ex-renégate réfléchit un moment. « Reinet… euh… la Reine Gabrielle avait ses bras autour du cou de Xena », dit-elle avec hésitation. « Et puis… Xena était juste… euh… » Elle se rapprocha et glissa nerveusement une main derrière le dos de Cait. « Euh… je pense que… et… » Elle s’arrêta de parler tandis que la jeune fille réussissait douloureusement une prise prudente autour de son cou. « Ouai… ouais… et… » Elle mit son autre bras sous les genoux de Cait puis elle s’assit lentement, tenant la jeune fille dans ses bras.

Elles se regardèrent, embarrassées. « Euh. » Paladia regarda autour d’elle.

« Me fais pas tomber, d’accord ? » Cait se mordit la lèvre. « Je pense que tu peux te lever maintenant. »

Paladia se mit debout en se balançant, les envoyant pratiquement s’affaler dans la rangée de paillasses à côté. « Ouaouh ! » Cria-t-elle, puis elle retrouva son équilibre. « Bon sang… c’est plus dur que ça en a l’air. »

« Chhh ! » Cait ouvrit péniblement les yeux et regarda autour d’elles. « Vite… elles ont sûrement entendu ça. »

« Ouais ouais… tout le monde sait critiquer », marmonna Paladia tandis qu’elle se dirigeait vers la porte, s’arrêtant près d’elle. « Ah oh. »

« Je n’aime pas les mots ah et oh », murmura Cait. « Pas du tout… c’est quoi le problème ? »

La grande femme cligna des yeux. « On ne passe pas », lâcha-t-elle en regardant la porte.

Cait serra les dents puis se redressa contre la poitrine de Paladia, sentant l’odeur chaude du cuir tandis que sa joue se pressait contre. « Allez… dépêche ! »

« Ab… euh… ar… » Paladia abandonna et se glissa par la porte, fonçant vers la plus proche ligne d’arbres qui les cacherait. « D’accord », dit-elle d’une voix rauque, tandis qu’elles gagnaient la sécurité des bois. « Tu peux lâcher maintenant. »

« Hmm ? » Cait leva les yeux. « Oh… oh… désolée. » Elle relâcha sa prise et se réinstalla pudiquement.

Paladia la regarda. « T’as quel âge ? » Demanda-t-elle soudain.

Le front de la jeune fille s’agrandit. « Quatorze ans », répondit-elle rapidement. « Mais je vais bientôt avoir quinze ans. Et toi ? »

L’ex-renégate regarda autour d’elle avec un air soupçonneux. « Seize ans, mais tu le dis à personne. »

« Vraiment ? » Cait réfréna un sourire. « Tu les fais pas. »

Paladia fronça les sourcils. « J’ai grandi vite », marmonna-t-elle. « Allez… mon bras me fait mal. » Elle se fraya un chemin à travers les arbres puis hésita. « Hum… il y a un autre endroit étroit par ici. »

Cait se rapprocha à nouveau. « Tu sais, Xena n’avait que quinze ans quand elle a battu Cortese. »

Un roulement d’yeux. « Oh… pourquoi je savais ça allait arriver ? »

« Et ben, oui c’est vrai. »

« Je parie qu’elle ne sait pas dessiner. »

« Je parie que si… elle sait sculpter. »

« Arrête ça », ricana Paladia tandis qu’elle se tortillait dans les branches vers une petite clairière tranquille qu’elles avaient trouvée il y a une semaine ou deux.

« Ben si elle sait… elle m’a sculpté un canard. »

« Ah oui ? Ben, regarde ce canard pendant que je vais chercher mon dessin. » L’ex-renégate la posa par terre avec une gentillesse acceptable ensuite elle se recula. « Je reviens tout de suite. »

Cait s’installa, le dos contre un arbre à l’écorce lisse et elle regarda l’eau. « D’accord… attends… apporte de quoi manger. »

Paladia mit les mains sur ses hanches. « Manger ? »

La jeune fille la regarda. « Oui… tu as déjà déjeuné ? » Elle fit la grimace. « Tout ce qu’on avait dans la hutte de la guérisseuse c’est du gruau. »

La grande femme blonde plissa le visage. « Du gruau ? »

Cait leva son épaule. « Oui. »

Paladia écarquilla les yeux. « Très bien… très bien… je vais voir ce que je peux faire. Je promets rien. » Elle partit d’un pas bruyant dans les bois, en marmonnant.

Cait attendit que les bruits de pas diminuent. Puis elle pencha la tête en arrière et lâcha un rire léger et joyeux, que seul le ruisseau entendit ainsi que le lézard qui écoutait en silence sur une branche toute proche.


« Je ne comprends pas. » Eponine était assise dans un coin de leurs quartiers sur un banc capitonné bas. « Je ne comprends pas, je ne comprends pas… qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »

Ephiny était allongée sur le dos sur le lit et fixait le plafond. « Je n’en ai pas la moindre idée. » Elle leva les mains et les laissa retomber sur le lit. « Pas que j’ai un problème avec la façon dont ça s’est passé, d’accord ? »

« Pfft. » Pony posa sa tête contre le mur. « Soit c’est une actrice digne du Parthénon, soit il n’y a rien qui cloche chez elle, Eph… par les maudits sabots d’un centaure, elle a soulevé cette maudite femme par-dessus sa tête, que les dieux soient explosés ! »

La régente tressaillit à cette litanie d’insanités. « C’est sûr qu’elle l’a fait. » Sa tête allait d’avant en arrière avec incrédulité. « C’était… plutôt incroyable. » Elle roula la tête d’un côté. « Les Anciennes ont une nouvelle héroïne, tu t’en rends compte. »

Pony leva les yeux au ciel. « Oh dieux… oui… je sais… on dirait un groupe de jeunettes qui ont leur premier béguin. »

Ephiny rit doucement. « Tu te souviens de ton premier béguin ? » Demanda-t-elle nonchalamment.

Eponine grogna. « Ça fait un moment. »

La régente lui lança un coup d’œil. « Ecoutez-moi cette vieille dame. » Elle tendit la main. « Viens par ici. »

La maîtresse d’armes abandonna à contrecoeur son siège de coin et avança vers le lit, se laissant tomber dessus avant de se poser sur ses coudes. « Tu penses qu’elle est en partie déesse, Eph ? »

Ephiny y réfléchit sérieusement. « Je ne sais pas », finit-elle par dire. « Elle est en partie quelque chose… ça c’est sûr… tu te souviens que Vélasca disait qu’elle était plus que ce qui semblait. »

Pony ricana. « Vélasca disait aussi toujours que nous étions les filles d’Arès », rappela-t-elle à sa compagne. « Tu te souviens ? »

« Oui… » Songea Ephiny. « Et elle a dit que Xena était une vraie Amazone, bien qu’elle ne l’ait jamais reconnu. « Elles se regardèrent. « Tu connais la vieille histoire. »

« Mm. » L’Amazone brune approuva. « Ça expliquerait certaines choses. »

Ephiny la regarda. « Est-ce que ça te ferait arrêter d’essayer de lui sauter dessus ? » Demanda-t-elle avec espoir. « Parce que si c’est le cas, bon sang, je vais aller brûler une chandelle à Artémis et juste lui demander si c’est vrai. » Elle fut empêchée de poursuivre par le bruit de sabots qui approchaient. « Ah ! » Elle se leva du lit et alla à la porte juste à temps pour l’ouvrir et laisser entrer une petite forme qui chargeait. « Hé ! »

« Man ! » Xenan passa les bras autour d’elle avec enthousiasme.

Ephiny se laissa tomber dans la chaise proche et l’étreignit. « Xe… oh, c’est si bon de te revoir. » Elle lui massa le dos, ses doigts passant à l’endroit où la peau douce devenait du crin. « Quand es-tu arrivé ? »

« Maintenant », dit son fils brièvement. « Grand-père est dehors. »

Ephiny réfréna un rire à ce qu’elle imaginait être la réaction du digne Tyldus à l’écoute de ce petit nom. « D’accord… il faut que je le salue. » Elle regarda derrière elle. « Xenan, tu te souviens de Pony, pas vrai ? »

Xenan fit un sourire éclatant à la compagne de sa mère. « Salut ! »

Eponine lui sourit en retour. « Salut. » Xenan avait les mêmes cheveux blonds frisés que sa mère et son visage rond arborait une forte ressemblance avec l’Amazone. « Il est mignon, Eph. »

Ephiny sourit avec fierté. « Oui, c’est vrai, n’est-ce pas ? » Elle ébouriffa les cheveux du petit Centaure. « Viens… tante Xena et tante Gabrielle sont ici. »

« Ouais… ouais… » Il rebondit sur ses quatre sabots avec impatience. « Je sais. » Puis son petit visage devint sérieux. « Man… elles vont bien ? »

L’Amazone lui caressa la joue. « Oui, mon chéri… elles vont très bien. »

Des yeux innocents la regardaient. « Solan me manque. »

« Je sais, Xenan… mais il est dans un endroit agréable, d’accord ? » Elle passa les doigts dans ses boucles blondes. « Il est avec son papa. »

« Oh. » Il bougea ses sabots minuscules. « Est-ce que je vais revoir mon papa un jour ? »

Ephiny sentit des larmes monter. « Oui, chéri… mais pas avant longtemps, j’espère. »

« Il est aussi dans un endroit agréable, pas vrai ? » Persista Xenan.

« Oh oui, assurément », le rassura sa mère. « Il était très, très courageux. »

« Bien. » Le garçonnet hocha la tête puis il se retourna en entendant la porte s’ouvrir légèrement et Tyldus passa sa tête rousse dans l’encadrement. « Grand-père… je suis là. »

« Je vois ça », gronda Tyldus en lançant un regard ironique à Ephiny. « Salutations. J’ai entendu dire qu’on vient de rater un peu d’excitation. »

Ephiny remua la main. « Oui… je t’expliquerai plus tard. » Elle couvrit les petites oreilles roses de Xenan. « C’est un truc de Xena. »

Tyldus grogna de compréhension. « Ah. »

« Bon, viens… je voudrais te présenter des nouveaux amis. » Ephiny se leva et lança un regard ironique à Eponine. « Je pense que tu… hum… va les aimer. » Elle fixa Tyldus d’un air neutre. « Ce sont de bons amis de Xena. »

« Oh. » Le Centaure recula avec prudence, laissant de l’espace pour que les deux femmes et Xenan sortent de la hutte. « D’autres Amazones ? »

« Hum… pas exactement. » Ephiny garda un bras autour des épaules de son fils tandis qu’ils marchaient.

« Oh… des humains alors. » Tyldus haussa les épaules.

« Pas exactement », dit l’Amazone en riant. « Attends juste. Tu verras. »


« Ça t’ennuie d’aller marcher un peu ? » Gabrielle regarda le visage tranquille de sa compagne. « J’aurais bien besoin de quelques minutes de paix. »

Xena prit la main de la barde dans les siennes. « Bien sûr. » Elle entrelaça leurs doigts et lui montra un chemin feuillu. « Que penses-tu d’ici ? »

« Ça me va », acquiesça la barde tandis qu’elles partaient dans cette direction.

L’air matinal était encore frais et il les effleurait tandis qu’elles avançaient sur le chemin ombragé, grimpant la côte d’une foulée égale et puissante. Elles passèrent deux avant-postes où les gardes les regardèrent avec un peu de surprise, puis elles atteignirent le haut de la crête et trouvèrent un endroit confortable d’où elles pouvaient regarder à travers les arbres et voir la face montante de la montagne d’en face.

Gabrielle étira ses pieds bottés et croisa les chevilles, ses doigts jouant avec ceux de son âme sœur tandis qu’elle prenait une bouffée de l’air pur. « C’est sympa ici. »

Xena remonta un genou et posa son avant-bras dessus. « Oui. » Elle soupira lentement et tourna la tête pour regarder sa compagne. « Tu vas bien ? »

Une douce étincelle entra dans le regard vert brume. « J’allais justement te demander la même chose », admit la barde. « Je présume que tu as eu ce que tu voulais, hein ? »

Xena étudia ses mains. « Ce… n’était pas ce que je voulais, Gabrielle. C’était quelque chose… je veux dire que je n’éprouve pas de joie à tuer. » Elle fit une pause. « Plus maintenant », amenda-t-elle, honnêtement. « Mais c’est une chose qui fait partie de moi et de ce que je suis… et je ne voulais pas que tu affrontes cela. »

« Je sais. » Gabrielle posa la tête sur l’épaule musclée de la guerrière. « La moitié de moi veut… oh, je présume qu’elle veut savoir que j’ai assez grandi pour prendre ce genre de décision et l’autre moitié… Xena, l’autre moitié veut juste tirer sur ta manche et que tu t’occupes de moi. » Elle soupira. « Je sais que j’aurais pu le faire, je présume que c’est la part importante. »

« Mm », acquiesça Xena.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a fait ça. » La barde secoua la tête. « Je présume que c’est juste un de ces trucs de guerrière que je ne comprends pas. » Elle tourna la tête pour regarder la guerrière. « Pourquoi a-t-elle choisi cette façon de mourir, Xena ? »

La guerrière garda un silence profond pendant un moment puis elle soupira. « Peut-être qu’elle pensait que c’était le meilleur choix… parce qu’elle avait une chance de cette façon. »

« Xena. » Le regard vert brume darda vers elle. « Allons… ce n’est pas comme si elle ne savait pas qui tu es, ou ce dont tu es capable. »

« Je sais ça », répondit tranquillement Xena. « Mais si elle pensait que j’étais… diminuée, alors peut-être qu’elle choisirait ce moyen. »

« Dimin… » Gabrielle se retourna à demi et mit une main sur son épaule. « Mais tu n’es pas… » Sa voix traîna. « Attends une minute… c’est ce que croyait Ephiny… elle pense que tu es blessée », balbutia la barde. « Elle est venue me parler de ça ce matin. »

Un léger sourire lui fit face. « Oui… Pony m’a demandé la même chose. »

« Mais… » Le visage de Gabrielle se contracta de confusion. « D’où est-ce qu’elles auraient bien pu avoir cette idée ? »

Xena la regarda, ses yeux bleu clair brillant légèrement dans le soleil masqué par les feuilles.

La barde sentit l’air quitter ses poumons. « Tu leur as laissé penser ça », haleta-t-elle.

La guerrière ferma les yeux pour confirmer puis les rouvrit. « Oui. »

Gabrielle resta dans un silence stupéfait. « Tu faisais semblant hier soir ? »

Xena baissa le regard. « Non. » Elle leva le regard avec regret. « Mais ça a dû les faire commencer à jaser… j’ai compris ça ce matin quand je suis allée te chercher le petit déjeuner. J’ai juste… » Elle haussa une épaule. « … donné un peu plus de preuves. »

« Tu… leur as menti ? » La barde semblait avoir des difficultés avec le concept.

« Non… » Son âme sœur se pencha en arrière. « J’ai juste… rempli leurs attentes de comment elles pensaient que je devrais me comporter… c’est tout. » Xena attendit, puis jeta un coup d’œil  vers elle.

Gabrielle réfléchit à la question. « C’était si important pour toi ? »

« Oui. » Une réponse simple, très calme.

La barde souffla lentement. « Je devrais l’être. Furieuse, je veux dire, parce que c’était supposé être ma décision, Xena… je ne suis plus une enfant et je peux prendre des responsabilités par moi-même. »

« Tu as pris la décision », argumenta sa compagne. « Tu sais que tu l’as fait et les Amazones savent que tu l’as fait… ça a atteint son but. J’ai juste… je ne voyais pas le besoin que tu la regardes être transpercée comme un cerf. »

« Peut-être que j’avais besoin de voir ça », répliqua la barde brusquement. « C’est la conséquence de ma décision… tu te souviens ? »

Xena garda le silence et baissa son regard vers la terre. « Je suis désolée. »

Gabrielle mit une main dans son coude. « Ne le sois pas… je ne suis pas furieuse. J’ai dit que je devrais l’être, mais… » Elle soupira. « C’était son choix, Xena… et après ce qu’elle a dit, je dois croire qu’elle l’aurait fait de toutes les façons, peu importe si elle pensait ou pas avoir une chance. »

La guerrière relâcha un soupir de soulagement silencieux. « Probablement. »

Un petit silence tomba.

« Mais c’était plutôt subtil. » Le regard vert l’étudia avec intérêt.

Xena soupira. « Oui, n’est-ce pas ? » Elle rit doucement.

« Personne ne s’attend à ce que tu sois subtile, n’est-ce pas ? » La barde se rapprocha, frottant sa joue sur le bras de sa compagne. « C’est pour ça que tu t’en sors avec ce genre de choses, hein ? »

« Parfois », approuva la guerrière. « Je ne l’avais pas particulièrement prévu… j’ai juste vu une occasion avec Pony et c’est parti comme ça. » Elle bougea un peu. « Je me disais que connaissant les Amazones, ça ferait le tour. »

« Surtout dans la salle à manger », ajouta Gabrielle. « Juste où il se trouve qu’Arella était prisonnière. »

« Oui. » Xena hocha la tête. « C’est mieux que de les laisser parler de ton nombril. »

Un demi-étouffement, un demi-reniflement sortirent de sa compagne. « Quoi ? »

La guerrière battit de ses cils noirs. « C’était le sujet dont elles parlaient avant que je n’entre. »

« Xena, ne sois pas idiote… comment pourraient-elles avoir une discussion compl… Qu’est-ce qu’on peut dire sur mon nombril ? » Gabrielle protesta en regardant ledit endroit. « C’est juste un trou. »

La guerrière roula sur le côté et inspecta le sujet de leur conversation. « Et ben… je ne sais pas… » Elle se pencha et mordilla doucement la zone. « Elles ne m’ont pas demandé mon avis. »

Gabrielle inspira brusquement, tandis que les lèvres de sa compagne faisaient des choses distrayantes sur sa peau. « Xena, ce n’est pas très subtil », murmura-t-elle d’une voix irrégulière. « Et ces bois sont remplis de sentinelles. »

Xena soupira et fit retraite, mais elle resta où elle était, la joue posée sur le ventre de la barde. « Gabrielle, je ne pense pas que ça les surprendrait de découvrir que je te considère comme incroyablement séduisante », fit-elle ironiquement remarquer, en volant un autre mordillement.

Le regard vert se posa timidement sur elle. « Pareil pour moi ? »

Elles échangèrent un sourire et Gabrielle commença à passer ses doigts dans les cheveux noirs et soyeux posés sur son estomac. « Est-ce que je dois dire à Ephiny que c’était arrangé ? »

Xena avait fermé les yeux, savourant avec bonheur les doigts de la barde sur son crâne. Elle réfléchit un moment puis elle ouvrit un œil bleu et fixa Gabrielle. « Bonne question. » Elle réfléchit encore un peu. « D’un côté, tu ne veux pas qu’elle pense que tu as mis la Nation en danger en épargnant mon ego. »

Gabrielle écarquilla les yeux. « Je suis sûre qu’elle ne… dieux, Xena. »

Xena haussa le sourcil au-dessus de l’œil ouvert. « D’un autre côté, elle se sentirait mal à l’idée d’avoir été dupée. » Une pause. « Utilisée, d’une certaine façon. »

« Hmm. » La barde plissa le front de réflexion. « Je pense que le mieux serait de lui laisser penser qu’elle a juste surréagi… je veux dire que, après tout, je lui ai dit tout de go que tu allais bien. » Elle fronça les sourcils. « Mais je déteste mentir, Xena. »

Elles échangèrent un regard paisible et pensif. « Je sais », dit Xena tranquillement. « Mais tu ne l’as pas fait… tu as dit la vérité. Pour ce que ça vaut, moi, j’ai dit la vérité… mais elles attendaient un mensonge. »

Gabrielle soupira. « Oui… pas je que je les en blâme, parce que c’est exactement ce que tu ferais, même si tu étais blessée. » Elle tourna un regard sévère vers sa compagne. « Sauf à moi, pas vrai ? »

Xena rit doucement, envoyant une traînée de chaleur sur la poitrine de sa compagne. « Vrai. »

« Alors… je présume qu’on va juste la laisser penser qu’elle a été un peu trop protectrice », décida la barde.

« Très bien. » La guerrière accepta la proposition, puis elle referma les yeux, murmurant d’aise tandis que Gabrielle continuait à passer les doigts dans ses cheveux.

Cela amena un petit sourire d’émerveillement sur le visage de la barde tandis qu’elle observait la totale acceptation par Xena de leur proximité et elle réfléchit au fait que leur relation de maintenant était vraiment différente de ce qu’elle avait été avant que toute l’horreur les sépare.

D’une certaine façon, elle était plus profonde. De beaucoup de façons elle était plus égalitaire, même si elles avaient encore des moments difficiles, quand le passé de Xena déclenchait son besoin agressif de prendre le contrôle, mais même alors, comme maintenant, elle recevait généralement une excuse après coup.

Autrefois ça aurait été impensable… Xena, s’excuser ? Jamais. Son âme soeur était consciencieusement plus prévenante, mais aussi plus calme, et plus triste, et Gabrielle savait qu’il y avait des choses qui pesaient sur sa conscience juste comme elles le faisaient sur la sienne.

Elle ébouriffa les mèches noires, cherchant du gris et un œil bleu apparut avec une étincelle amusée. « Tu en as trouvé ? »

Gabrielle rit doucement. « Nan… et tu sais quoi ? Je ne pense pas en trouver jamais. »

Le sourcil se haussa brusquement. « Joli sentiment, mon amour, mais pas très réaliste », répliqua Xena avec un rire ironique. « Je ne suis pas Hercule. »

Elles se regardèrent en silence pendant un long moment, témoignant d’une vérité qu’aucune d’elles ne voulait exprimer à voix haute. « Et bien, je le croirai quand j’en verrai, alors », finit par murmurer Gabrielle. « Mais ma mère a commencé à en avoir très jeune… je parie que j’en aurai avant toi. »

Xena réfléchit à leur différence d’âge. « Je parie que non », répliqua-t-elle d’un ton désabusé.

La barde pencha sa tête blonde. « Cinquante dinars. »

« Cinquante ! ! ! » Cria la guerrière en regardant le sourire narquois arriver sur les lèvres de son âme sœur. « Gabrielle, c’est… »

« Hmm ? » Un doigt se fraya un chemin jusqu’au menton de Xena. « Tu suis ou tu te tais, Princesse Guerrière. »

Un long soupir. « Très bien. » Xena secoua la tête, chatouilla le ventre de la barde et la fit gigoter. « Tu es une rude négociatrice, Reine des Amazones. »

Gabrielle rit de triomphe et elle reprit son massage, tandis qu’elles gardaient toutes deux le silence. Les arbres remuaient paisiblement dans le vent et elle se sentit très contente de simplement être là et de passer du temps avec Xena, laissant l’activité du village Amazone derrière elle. Néanmoins. « On va leur manquer, n’est-ce pas ? » Finit-elle par dire en soupirant, à contrecoeur.

« Probablement », marmonna Xena d’un ton ensommeillé. « Je suis supposée être blessée… tu pourrais me réprimander. »

« Hmm ? Oh oui… méchante fille », la taquina Gabrielle. « Utilise un peu de cette discipline Amazone. »

« Je pensais qu’on avait décidé que les Amazones n’avaient aucune discipline », fit remarquer Xena d’un ton narquois. « Il faut que je te dise un truc, Gabrielle… d’avoir été surprises nues dans leur bain… c’est plutôt une mauvaise chose. » Elle ouvrit les yeux. « Même avec le fait qu’Arella avait les codes pour passer les gardes. »

La barde soupira. « Je sais… je sais… » Elle regarda son âme sœur d’un air interrogateur. « Hé… peut-être que tu peux leur donner des leçons tant qu’on est là ! »

« Oh non. » Xena secoua la tête. « Oh… non non non… c’est des ennuis à coup sûr et tu le sais bien. Elles vont devenir cinglées. » Elle imagina brièvement le visage de Pony à cette suggestion. « Gabrielle, j’ai assez de problèmes ici, d’accord ? »

« Xena. » Gabrielle se pencha et lui tapota le bout du nez. « Après ce soir, tu vas être une AMAZONE, tu te souviens ? Ce sera différent… d’accord ? »

Un regard bleu ironiquement amusé la regarda à son tour. « Ecoute… tu peux me mettre du cuir… » Elle montra son corps. « Ça ne fait pas de moi une Amazone et nous le savons toutes les deux. »

La barde se mâchouilla la lèvre. Xena avait raison à ce sujet, elle devait l’admettre. Même si elle aimait voir son âme sœur dans la tenue Amazone, elle savait que la grande guerrière était aussi à l’aise dedans qu’elle-même le serait dans l’armure de Xena. Ce n’était tout simplement pas ce qu’elle était et pour cette raison, Gabrielle ressentait la même chose. « D’accord… je saisis ton point », admit-elle à contrecoeur.

Ce n’était pas ce qu’elle était. Gabrielle réfléchit à ça. « Xena. »

« Mm ? » La guerrière croisa les mains sur son estomac nu.

« Tu veux bien faire quelque chose pour moi à la cérémonie ce soir ? »

Un haussement des deux sourcils. « Hum… » Xena se demanda dans quoi elle allait se fourrer. « D’accord… bien sûr. » Elle rassembla son courage. « Tu ne peux pas me demander de porter moins de choses… c’est déjà plutôt minimal », blagua-t-elle faiblement, détaillant à nouveau son corps.

« Non… je veux que tu… » Gabrielle traça doucement une ligne le long de son épaule. « … portes ton armure. » Ses doigts se baladèrent. « Tout l’attirail. »

Xena garda le silence un long moment. « Euh… » Elle regarda la barde avec étonnement. « Euh… d’accord… » Qu’est-ce qu’il se passait ? « Bien sûr… c’est plus confortable pour moi de toutes les façons. » Elle observa le visage de Gabrielle avec attention. « Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Les traits juvéniles de la barde prirent une pose plus sérieuse. « J’ai beaucoup réfléchi à qui j’étais ces temps-ci. » Elle souleva un morceau de l’armure de métal sur le haut de son bras et le laissa retomber. « Et de toutes les personnes que j’ai été jusqu’ici, je pense que j’ai décidé que c’est d’être la Barde de Potadeia qui est le mieux. » Son regard vert alla sur le visage de Xena. « Alors c’est ce que les Amazones auront ce soir. » Elle traça un sourcil noir doucement. « Avec la très célèbre guerrière que j’ai accompagnée après en avoir écrit des histoires. »

Xena croisa les bras sur sa poitrine et lui sourit. « Et comme la guerrière a eu de la chance ! » Elle hocha deux fois la tête. « Très bien. » Puis elle pencha la tête. « Il est assurément temps de rentrer. »

La barde fronça les sourcils. « Tu les as entendues nous appeler ? »

Une étincelle espiègle. « J’ai entendu ton estomac gronder. »

Gabrielle grogna. « Dieux… très bien, allons-y… nous devons nous préparer pour la fête. »


A suivre 10ème partie

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21 avril 2018

Soleil !

mar

 

Que serait un week-end ensoleillé comme celui-ci sans un peu de lecture ? ;O)

- Le Festival de Missy Good, partie 8, traduction de Fryda

- Gigi, une ff francophone de Gaxé

 

Bonne lecture !

Kaktus

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Gigi, de Gaxé

                                                                                                   

Cette histoire m’a été inspirée par une chanson (pas très récente, la chanson…)

 

GIGI

 

C’est une nuit magnifique. La fête est particulièrement animée, l’ambiance est chaleureuse et bon enfant, et partout où se porte le regard, il ne rencontre que des visages joyeux et souriants.

Dans ma main, celle de Gina commence à se crisper légèrement, signe qu’elle pense déjà au moment où ce sera son tour de monter sur scène.

C’est une tradition vieille de près d’un siècle. Chaque année, en plein cœur du mois d’août, tout le village célèbre la fête de la vierge. Des forains installent leurs manèges sur la place dès le vendredi matin et pour tout le week-end, attractions dont tout le monde profite largement, après tout les distractions sont plutôt rares dans ce coin du sud de l’Italie. Et ce soir, dimanche et dernier jour de la fête, dans une forme d’apothéose, tous ceux qui se sentent l’âme artistique montent sur la petite scène de bois qui a été dressée pour l’occasion, quel que soit leur domaine. Nous avons déjà vu quelques sketchs, deux ou trois actes de pièces classiques, des danseurs, un groupe de rock, deux chanteurs lyriques et actuellement, un accordéoniste survolté joue quelques airs endiablés qui amènent la plupart des villageois à se trémousser plus ou moins élégamment.

Mais nous, nous ne dansons pas.  Le passage de Gina sur scène est le clou du spectacle et chacun l’attend avec impatience. Depuis qu’elle a quinze ans, elle chante et connait un succès qui croît d’années en années mais qui n’est pas si  surprenant que ça. Après tout, elle est plus que douée.

L’accordéoniste déchainé termine en sueur, alors que sur la place, les danseurs cessent de tournoyer pour reprendre leur souffle. Je me tourne vers Gina, et si elle est toujours un peu crispée, elle me sourit tout de même avant de lâcher doucement un petit « Quand faut y aller… »

Je lui souris en retour, murmure « Epate-les tous ! » et la regarde se diriger vers la scène, le trac ne l’empêchant pas de faire de grands pas décidés.

Avec ses longs cheveux noirs, ses si beaux yeux bleus tellement expressifs et l’élégance de chacun de ses gestes, elle est magnifique et un silence quasi religieux s’installe alors que la voix de mon amie s’élève.

C’est beau, tout simplement. J’ai la réputation d’être douée avec les mots, et il m’est déjà arrivé de conter quelques histoires lors des fêtes des années précédentes, mais je ne me sens pas capable de décrire ce que je ressens en l’écoutant tellement son interprétation est remarquable.

Elle commence par un vieux chant traditionnel avant d’entamer une complainte pleine d’émotion qui fait monter des larmes aux yeux de plus d’un spectateur. Et puis, elle enchaine avec trois succès de variété bien plus récents.

Les applaudissements crépitent lorsqu’elle se tait, les bravos fusent et je vois même une rose tomber à ses pieds, comme pour les grandes vedettes nationales. J’ignore qui l’a lancée, sans doute un touriste, j’imagine mal un villageois connaissant Gina depuis l’enfance faire un tel geste, mais ce dont je suis certaine, c’est qu’elle en est ravie. Elle ramasse la fleur, en respire le parfum, salue le public, puis cède à la demande de la foule et entame une nouvelle chanson.

Enfin, elle quitte la petite estrade de bois et vient rapidement vers moi, souriant à tous ceux qui la félicitent, parfois en paroles, parfois d’une tape sur l’épaule ou simplement d’un pouce levé. Mais pour moi, elle ne se contente pas d’un sourire et m’enlace tandis que je me jette à son cou. Je lui chuchote quelques compliments à l’oreille juste au moment où ses parents viennent nous rejoindre, accompagnés de son frère cadet. Tous ensemble, nous discutons, commentant sa prestation avec enthousiasme, lorsque nous sommes brusquement interrompus par un homme et une femme que nous ne connaissons pas. Des touristes, visiblement, même s’ils ne portent ni l’un ni l’autre la tenue que revêtent habituellement les vacanciers. Pour ces deux-là, ni tee-shirt, ni short, ni sandales. Au contraire, ils sont tous deux très élégants, costume de créateur léger et chemise blanche sans cravate tout de même pour lui, et robe d’été probablement griffée pour elle, accompagnée de talons d’une hauteur impressionnante. Mais je n’ai guère de temps pour les observer puisque l’homme s’avance très vite vers Gina, un sourire avenant sur les lèvres.

« Mademoiselle, quelle voix ! Quel talent ! Vous étiez extraordinaire ! Vraiment, je ne peux que vous féliciter pour cette merveilleuse prestation ! »

Un peu éberluée par cet enthousiasme, mon amie remercie poliment pendant que la grande blonde, toujours accrochée au bras de son compagnon, acquiesce vigoureusement du menton en souriant.

Après avoir remercié, Gina se tourne de nouveau vers sa famille, pensant que l’homme en a fini avec elle, mais il insiste, s’adressant maintenant directement à ses parents.

« Vous êtes sa famille ? C’est formidable ! Vous devez être tellement fiers d’elle ! Il faut absolument que je vous parle ! »

Il semble ne pas vouloir s’arrêter, mais le père de mon amie l’interrompt rapidement, le ton incrédule et méfiant à la fois.

« Nous parler ? Pourquoi ça ? De quoi pourriez-vous bien vouloir nous entretenir alors que nous ne vous connaissons absolument pas ? »

L’homme secoue la tête et agite les mains dans les airs comme s’il chassait des mouches.

« Après avoir vu et entendu cette jeune femme, j’ai conçu de grands projets pour elle, de très grands projets ! Je veux faire d’elle une star ! »

Il s’anime de plus en plus, semblant manifestement mourir d’envie de convaincre les parents de mon amie. Mais elle ne le laisse pas poursuivre son argumentation et vient se placer face à lui, l’un de ses bras tendu pour continuer à tenir ma main alors qu’elle apostrophe l’inconnu d’un ton peu amène.

« S’il s’agit de moi, ne serait-il pas plus judicieux de m’adresser directement la parole ? »

Et, avant qu’il puisse répondre, elle lui tourne le dos pour s’adresser à son frère et ses parents.

« Venez. Laissons là cet olibrius et rentrons à la maison. »

Nous commençons aussitôt à nous éloigner mais il nous rattrape, brandissant un bristol qu’il tend au père de mon amie.

« Prenez ma carte ! Je suis un producteur connu, je vous assure. Vous pouvez vérifier sur le net ! »

Nous le regardons tous, un peu éberlués, mais il n’en a que faire et fourre sa carte dans la main de Rosita, la mère de Gina, en ajoutant vivement.

« N’oubliez pas de m’appeler, c’est très important ! »

Et puis, il cesse de marcher et reste sur place à nous regarder nous éloigner, criant encore une fois.

« N’oubliez pas ! »

Je les laisse tous quelques instants plus tard, donnant un petit baiser sur la joue de mon amie, pour sa famille et pour tout le village d’ailleurs, nous sommes les meilleures amies du monde et rien de plus, mais je prends le temps de murmurer un petit « Tiens-moi au courant » au creux de son oreille.

 

Elle me téléphone le lendemain, paraissant très excitée, les paroles se bousculant pour sortir de sa bouche.

« C’est vrai, Gabrielle ! Il a vraiment produit de nombreux chanteurs, dont certains sont connus dans tout le pays, et même dans le monde ! »

Elle ne me laisse pas le temps de répondre et reprend, toujours aussi exaltée.

« Nous avons lu tout ce que nous avons trouvé à son sujet sur le net. Et ce matin, mon père l’a appelé. Il doit passer dès cet après-midi et si tout va bien, je pourrais même signer un contrat dans la semaine ! »

Elle a l’air si heureuse à l’idée de, peut-être, pouvoir entamer une carrière de chanteuse, que je ne peux que partager sa joie et son enthousiasme, et nous passons un très long moment à parler, jusqu’à ce que j’entende la voix de sa mère, en arrière-plan, qui l’appelle pour l’informer que Monsieur Guido vient d’arriver. Aussitôt, Gina coupe court à la conversation et raccroche très vite, terminant par un « je te raconterai » en guise d’au revoir.

Je reste songeuse après ça. A demi allongée sur mon lit, les yeux rivés sur l’écran de mon téléphone que je ne vois pourtant pas vraiment, je réfléchis à l’échange que nous venons d’avoir.

Je sais qu’elle a souvent rêvé de faire carrière dans ce domaine et de vivre de sa passion. Je la connais depuis notre plus tendre enfance et elle a toujours aimé chanter. Des petits airs qu’elle fredonnait en allant à l’école, à la balade romantique qu’elle m’a susurrée le jour, pas si lointain, de notre premier baiser, jusqu’à l’hymne qu’elle entonne le jour de la fête nationale, et je suis absolument certaine que l’opportunité qui s’offre à elle aujourd’hui, celle de faire ce qu’elle aime plus que tout, la remplit de joie. J’en suis très sincèrement heureuse pour elle, mais si mon cœur exulte à la pensée de l’avenir plein de succès qu’elle pourrait connaitre, il est aussi crispé par l’inquiétude, et une question revient sans cesse dans mon esprit. Qu’adviendra-t-il de nous ? De notre amitié, de notre complicité et du tendre sentiment que nous nous sommes avoués il y a quelques semaines seulement ?

 

 

Je n’ai que peu de temps pour m’interroger. Elle s’en va la semaine suivante, et nous ne nous revoyons pratiquement pas jusque-là. Elle passe seulement me voir en coup de vent un soir, restant cinq minutes à discuter avec ma sœur avant de m’entraîner derrière la maison pour me faire mille promesses d’avenir doré et de retour rapide.

A vrai dire, je n’y crois qu’à moitié. Je n’ai aucun doute sur sa sincérité, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger. Dès son arrivée à Rome, puisque c’est là-bas que tout va commencer, Gina va forcément rencontrer des célébrités, des chanteurs, des acteurs, peut-être connus dans le monde entier. Et puis, si le succès est là, et je n’ai guère de doute à ce sujet, elle va voir le monde, d’autres villes, d’autres pays.  Et alors, quel attrait pourra-t-elle trouver à une villageoise qui ne connait rien du monde ?

 

Les journées se succèdent à toute allure et c’est aujourd’hui le jour de son départ. Je viens à la gare bien avant l’heure de son train. Je reste là, regardant les rails en me demandant ce qu’il va advenir de nous, de cet amour qui se développait petit à petit. Et puis, alors que je sens quelques larmes me monter aux yeux, je vois Gina arriver près de moi, un demi-sourire étirant ses lèvres. Cela m’étonne un peu de la voir ici, il est encore tôt et apparemment, aucun membre de sa famille ne l’accompagne. Mais elle m’explique rapidement qu’ils la rejoindront plus tard et que, pour l’instant, elle veut ne consacrer le peu de temps qu’il lui reste à passer ici qu’à moi. Ça me fait particulièrement plaisir et, quand elle me tend les bras, je me jette entre eux, savourant le contact avec une espèce de désespoir qui me surprend moi-même. Elle me sourit doucement, m’entraîne derrière une haie qui longe la voie ferrée et resserre son étreinte puis murmure au creux de mon oreille :

« Je pars pour me réaliser, Gabrielle, pour gagner ma vie en faisant ce que j’aime, et je te promets que je ferai tout pour réussir. Mais ce que je peux aussi te jurer, c’est que je ne t’oublierai pas, et que je reviendrai très vite. »

Et puis, elle picore mon visage et mes lèvres avec de petits baisers, passant délicatement ses mains le long de mes bras et de mon dos, me procurant quantité de petits frissons tout à fait délicieux.

 

 L’unique quai de notre petite gare est noir de monde. Tous ceux qui ont fréquenté la même école et le même collège que nous sont là. Et puis les oncles, les tantes et les cousins, les voisins, la plupart des commerçants, même la veuve du colonel… Ils sont tous venus dire au revoir à ma belle amie brune Evidemment, il y a un peu de bousculade, il ne reste rien de l’intimité dont nous avons bénéficié tout à l’heure, nos au revoir sont rapides et, au milieu de toute cette foule, un peu formels. Elle finit par embrasser ses parents et son frère puis monte dans le wagon avant de se pencher à la fenêtre du vieux train qui va l’emmener vers Naples où elle prendra une correspondance pour Rome. Son dernier regard est pour moi, j’en suis absolument certaine. Et puis, le train démarre…

Les semaines s’écoulent, sans saveur. Après m’avoir envoyé un petit texto le soir même de son arrivée à Rome, Gina me laisse complètement sans nouvelle. Cette situation m’inquiète beaucoup, d’autant plus que ses parents ne sont guère mieux lotis, et au fil du temps, j’en viens à me décourager et à envisager qu’elle ne me contacte plus jamais. Pourtant, il ne se passe pas une seule journée sans que je pense à elle, et je lui envoie régulièrement des courriers électroniques auxquelles elle ne répond pratiquement jamais. Je ne me morfonds pas, il m’arrive de sortir avec des amis et de bien m’amuser, mais les quelques garçons qui, de temps à autre, tentent de me séduire en sont pour leurs frais.

C’est après quatre mois que je reçois une carte postale, venant de Paris. Je ne sais pas ce qu’elle y fait, mais je ressens une vague appréhension, si bien que j’hésite à lire ce qu’elle m’écrit et je passe deux longues minutes à simplement regarder l’image de la Tour Eiffel représentée sur la carte avant de la retourner et de me décider à déchiffrer les quelques mots que mon amie a jeté là.

« Ne doute pas de ma tendresse, je ne t’oublie pas. »

Après un si long silence, ces quelques mots me réchauffent le cœur. Malheureusement, ce petit courrier n’est suivi d’aucun autre signe de vie durant trois longues années hormis quelques textos, toujours très brefs.  

 

Régulièrement, je passe beaucoup de temps sur internet, recherchant d’éventuelles vidéo, et c’est au bout de trois longues années que j’en découvre enfin une, que je regarde d’ailleurs plusieurs fois par jour sans jamais m’en lasser. De plus, la même chanson passe parfois à la radio, semblant indiquer que la carrière de mon amie décolle enfin. Pourtant, la Gina que je découvre sur ces images est bien différente de celle que je connais. Alors qu’elle ne portait pratiquement que des jeans et des tee-shirts, dans ce mini film, elle est vêtue d’une robe somptueuse, chaussée de talons d’une hauteur vertigineuse, et son visage est recouvert d’un maquillage particulièrement sophistiqué. J’ignore s’il s’agit là d’un choix personnel ou de celui du dénommé Guido, son producteur, mais bien que je la trouve toujours aussi belle, je me demande si cette métamorphose est juste dictée par les circonstances et le souci de sa carrière naissante, ou si la transformation est plus durable et profonde que ça.

Ce n’est pas une question que je me pose bien longtemps cependant, la réponse me vient très vite et d’une manière que je n’attendais plus depuis un long moment.

C’est une fin de soirée d’été. La fraîcheur, relative, tarde à venir sur notre village et, dans le petit jardin de la maisonnette que je loue depuis un peu plus d’un an, je suis allongée sur un transat, me délassant après ma journée de travail. Je ne m’inquiète pas lorsque j’entends grincer le portail, pensant qu’il s’agit sans doute de mes parents, ou d’un cousin qui vient me saluer et passer quelques minutes en ma compagnie. Mais c’est une erreur, et je n’en crois pas mes yeux alors que je lève la tête pour voir qui vient me rendre visite.

Elle est là, les deux mains dans les poches de son pantalon de toile, arborant un petit sourire un peu timide, comme si elle s’inquiétait de l’accueil que je pourrais lui donner. Mais moi, je ne me pose aucune question et je bondis littéralement, courant pour parcourir les quelques mètres qui nous séparent. Puis, je me jette à son cou. Aussitôt, ses bras s’enroulent autour de ma taille et c’est après avoir couvert son visage de petits baisers d’une manière fougueuse qui ne me ressemble pourtant guère, que je m‘exclame.

« Gina ! Dieu que je suis contente, je pensais que je ne te verrai plus jamais ! »

Elle rit et me serre davantage contre elle avant de me soulever légèrement du sol pour tourner ensuite sur elle-même. Je m’accroche à son cou, plus heureuse que je ne l’ai jamais été, mais très vite, je ne peux retenir les questions qui me viennent aux lèvres.

« Pourquoi m’as-tu donné si peu de nouvelles ? Est-ce que tout s’est bien passé pour toi ? Vas-tu rester longtemps ici ? »

Elle rit de nouveau, pose un petit baiser sur mes lèvres comme pour me faire taire, et réponds brièvement.

« Je vais bien Gabrielle. Je te promets que je te dirai tout ce que tu veux savoir, mais pour l’instant, je dois aller chercher mes bagages que j’ai laissés à la gare. »

Elle relâche son étreinte, prend ma main et m’entraîne vers la rue, ajoutant tout de même avec un large sourire.

« Je suis revenue définitivement. J’avais signé un contrat, et je me devais de l’honorer, mais maintenant… »

Elle n’explique rien, se contentant d’esquisser un vague geste du bras, alors qu’elle semble attendre ma réaction qui ne se fait pas attendre.

« Définitivement ? Tu plaisantes ? »

Je n’en reviens pas et je cesse de marcher pour la regarder, cherchant dans ses yeux le signe qui indiquerait qu’elle ne parle pas sérieusement, qu’elle essaie juste de me taquiner. Mais je ne trouve rien, son regard est ferme et elle fait même un petit geste du menton pour confirmer ses mots. J’ouvre grand les yeux, hésitant entre la stupéfaction et la joie, mais finalement, c’est la curiosité qui l’emporte

« Pourquoi ? Tu commences juste à te faire connaître ! Je serai plus que ravie que tu reviennes et que tu te réinstalles ici, mais je ne comprends pas »

Elle hausse les épaules, reprend ma main et recommence lentement à marcher en direction de la gare tout en m’expliquant brièvement

« J’ai détesté la vie là-bas, Gabrielle. Dès le début, tout m’a déplu. Les villes sont sales et bruyantes, les gens sont hypocrites et menteurs. La mentalité est épouvantable dans ce milieu. Chacun semble prêt à tout pour obtenir la plus minime des faveurs auprès de ceux qui paraissent pouvoir la leur faire, et tout le monde attendait de moi que je fasse la même chose. Et je ne te précise pas quel genre de faveur certains pensaient pouvoir me réclamer… »

Elle se tait un instant, son expression désabusée, mais alors que j’attends avec impatience d’en savoir davantage, nous sommes accostées par un passant, un de nos ancien camarade de classe qui s’étonne de la voir ici et se précipite vers elle avec un enthousiasme évident. Il lui flanque une grande tape sur l’épaule, souriant de toutes ses dents, avant d’interroger :

« Combien de temps vas-tu rester ? Où en est ta carrière ? As-tu rencontré beaucoup de célébrités ? »

Sans lui laisser le temps de répondre, il tourne sur lui-même, interpellant tous ceux qui se trouvent dans la rue en faisant de grands gestes qui attirent immanquablement de nombreux badauds, commerçants, personnes âgées, et même la veuve du colonel qui passait par là.

Elle est assaillie de questions auxquelles elle répond du mieux qu’elle peut et nous avançons si lentement qu’il nous faut plus d’une heure pour arriver enfin à la gare. Le temps que mon amie récupère ses bagages et c’est une petite foule qui est réunie sur le parking de la petite station ferroviaire. Au moment où je rentre chez moi, la nuit est tombée depuis déjà longtemps.

 

Nous sommes à la mi-août, c’est la première fête de la vierge à laquelle Gina participe depuis son retour. Comme auparavant, elle est la dernière à monter sur scène. Elle chante. C’est si beau que j’en ai les larmes aux yeux.

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Le Festival, partie 8

 

Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 8ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Il lui fallut un moment, mais Gabrielle finit par trouver sa cible qui se cachait près d’un surplomb rocheux ombragé et pêchait ostensiblement. Comment pouvait-elle pêcher, allongée, à lancer des cailloux dans l’eau, la barde trouva ça dur à imaginer, mais… Elle fit une longue pause à se contenter d’observer sa compagne. Le regard de Xena n’était pas concentré, comme si ses pensées étaient à un million de lieues de là et il lui fallut quasiment une éternité avant de cligner des yeux et de tourner la tête vers l’endroit où se tenait la barde.

« Salut. » Xena la salua tranquillement. « Tu es là depuis combien de temps ? »

La barde sourit et se fraya un chemin pour descendre le long des rochers, Arès sur ses talons, pour rejoindre la guerrière dans son petit nid. Xena était sur le côté et Gabrielle s’installa dans la courbe de son corps, un bras autour des cuisses de son âme sœur et l’autre sur son épaule. « Pas longtemps », répondit-elle. « Juste une minute ou deux. » Le regard vert étudia sa compagne tranquillement. « Tu étais profondément concentrée… tu voudrais partager quelque chose ? »

Xena soupira et lui lança un regard désabusé avant de hausser les épaules. « J’aimerais bien que ce soit le cas… je regardais juste l’eau depuis un moment… j’observais les rides. » Une réponse sacrément boiteuse, hein ? J’étais juste là à rêvasser… je pense que je perds la main. « Je ne pensais à rien en particulier. »

Le crépuscule diminuait et l’eau faisait des ombres noires avec des lueurs occasionnelles. Sur leur gauche, une chouette hulula doucement et Gabrielle put sentir les fleurs de pommier sur la brise fraîche de la soirée. Aux confins de son audition, elle détecta un faible son de tambours en provenance du village et elle se rendit compte que les Amazones commençaient probablement à se rassembler pour le dîner. « C’est joli par ici. » Elle prit une inspiration profonde. « Mm… tu sens ça ? »

Xena renifla l’air consciencieusement. « De l’eau, de la boue, des rochers, deux grenouilles, trois oiseaux, des figues, et… » Elle ferma un œil judicieusement. « Un pommier. »

Gabrielle se pencha en arrière et lui lança un regard affectueux. « Tu peux être une sale gosse des fois. » Elle chatouilla la guerrière derrière le genou.

« Toi aussi », répondit la grande femme en lui chatouillant la nuque, ce qui la fit glousser. Elles partagèrent un sourire et ensuite Xena s’étira et réfréna un bâillement. » Il est temps de rentrer pour le dîner, hein ? » La pensée de passer la soirée en compagnie des Amazones lui faisait tourner la tête pour une raison inconnue, mais elle attendit quand même que Gabrielle réponde.

La barde réfléchit à la question. « Oui… je présume. » Elle glissa un peu vers le bas, jusqu’à ce que sa tête soit contre la hanche de Xena et elle regarda le ciel qui commençait à s’animer avec un rideau d’étoiles. Elles étaient belles ce soir, songea-t-elle, savourant la brise fraîche qui tirait sur sa chemise et envoyait de minuscules frissons le long de ses jambes quasiment nues.

« Tu présumes ? » Demanda Xena d’une voix légèrement intriguée. « Tu n’en as pas l’air très sûr. » Elle leva une main et caressa doucement les cheveux de la barde, laissant les mèches couler entre ses doigts. « Tu as trouvé Eph et Pony ? »

« Mmm hmmm. » Gabrielle ferma les yeux. « Je les ai convaincues de faire leur proposition l’une à l’autre. »

Xena écarquilla les yeux de surprise, mais sans que sa jeune compagne ne le voie. « C’est vrai ? »

« Oui », répondit la barde avec sérénité. « Je me suis dit que si les anciennes frapadingues veulent essayer quelque chose, ça, ça va les calmer. » Elle tourna la tête et cligna des yeux. « En plus, ce sera bon pour elles. »

« Oui oui… et depuis quand tu es une experte sur ce sujet ? » Demanda la guerrière avec un rire.

Un haussement de sourcil blond.

Xena réfréna un sourire ironique. « D’accord… tu gagnes. » Elle continua à caresser les cheveux doux de la barde. « Tu veux retourner là-bas ? » Elle espéra que sa voix ne montre pas à moitié qu’elle y allait à contrecœur.

Gabrielle croisa les mains sur son estomac et réfléchit à la question. « Hum… » Elle pianota des doigts légèrement. « Pas vraiment… j’aime bien être ici », répondit-elle honnêtement. « Ça a été… vraiment une longue journée et j’ai besoin d’un peu de calme, je pense. » Son regard croisa celui de Xena. « Et toi ? »

« Heu », songea Xena. « Voyons voir… je peux choisir entre une pièce pleine d’Amazones bavardes ou rester ici avec toi. » Elle poussa un soupir agacé. « Quel choix. » Elle tendit la main par-dessus sa tête et tira sur quelque chose, un petit panier qu’elle fit passer au-dessus d’elle pour le déposer près de l’épaule de Gabrielle.

La barde regarda à l’intérieur avec curiosité. « Oooh… » A l’intérieur, il y avait des pommes, des figues, deux oranges amères et un petit buisson de baies. Elle choisit une figue et la mâcha avec contentement, reprenant sa place confortable. « Et moi qui pensais que tu passais tout ton temps à rêvasser. » Elle donna un petit coup dans la jambe de Xena.

« Presque », confessa la guerrière, posant sa tête sur l’herbe tandis qu’elle prenait quelques brins et commençait à les tresser paresseusement. « Comme tu l’as dit, ça a été une longue journée », continua-t-elle d’un ton désabusé. « Je ne pensais pas finir ici à paresser si longtemps, mais… je… hum… c’était bon de juste rester assise un moment. » Je n’ai pas réalisé combien j’étais fatiguée avant de le faire… Dieux, j’aurais pu m’endormir sur place. Elle se frotta rapidement les yeux.  Je présume que les années commencent à vraiment me rattraper… c’est fichument sûr… j’avais l’habitude d’être capable de combattre toute la journée sans le ressentir.

Gabrielle posa sa figue et roula pour se mettre sur un coude, fixant le visage de sa compagne à travers le crépuscule couleur lavande. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle un peu inquiète. « Ce n’est pas ton habitude de dire ce genre de choses. »

Xena lui lança un regard ironique. « Tu vois ? Je ne peux pas gagner… je ne te dis rien, tu es furieuse. Quand je mentionne que je ne suis pas à la hauteur, tu es tout inquiète. »

« M… » Commença la barde puis elle s’interrompit. « Je… mais… » Elle soupira. « Ce n’est pas juste, Xena… tu m’as entraînée à observer tous tes petits signaux non verbaux… qu’est-ce que je suis supposée faire quand tu décides de me DIRE quand quelque chose ne va pas ? ? » Demanda-t-elle d’un ton plaintif tout en s’asseyant et en se rapprochant rapidement. « Tiens… allonge-toi. » Elle poussa la guerrière pour qu’elle s’allonge et prit la poignée de baies, en choisissant quelques-unes pour les lui tendre. « Mais merci… de faire un effort pour faire ça », ajouta-t-elle avec un sourire. « Je l’apprécie vraiment. »

Xena mâcha ses baies et se détendit, relevant une jambe tout en poussant la barde du coude. « Allez… allonge-toi », dit-elle, en jetant une baie à Arès qui n’attendait que ça. Il l’attrapa en plein air et la mâcha, puis il se lécha les babines avec espoir et la regarda.

Gabrielle se reposa contre la cuisse de Xena, un bras légèrement posé sur la cage thoracique de la guerrière et continuant à lui offrir ses fruits. Maintenant qu’elle l’observait, elle pouvait voir les légères lignes d’épuisement dans l’expression de sa compagne et une vague de culpabilité la submergea. « Dieux… je suis désolée. » Elle prit le visage de Xena dans sa main et soupira. « Et me voilà, courant dans tous les sens pour tout arranger et j’oublie de vérifier la plus importante chose entre toutes. »

« Mm… je suis ignorée… tu me voles mes vêtements… » Xena tendit la main et l’enroula dans la chemise que portait son âme sœur, la tirant doucement vers l’avant. « Je me sens tellement maltraitée. » Elle se souleva et captura les lèvres de la barde, se laissant tomber en arrière en entraînant Gabrielle. « Heureusement pour moi… » Grogna-t-elle doucement dans l’oreille de la jeune femme. « J’aime ça. »

Gabrielle lui caressa la joue. « J’étais sérieuse », objecta-t-elle doucement.

« Je sais », répondit la guerrière. « Tu avais raison de t’occuper d’abord de ces gens, Gabrielle… elles sont sous ta responsabilité. » Xena mit un doigt sur le nez de la barde. « En plus, tu es venue me voir, tu te souviens ? J’ai des bandages partout pour le prouver. »

La barde réfléchit à ces mots. C’était vrai. La guerrière avait été docile, contrairement à son habitude, et lui avait permis de faire ça, en fait. « Mm hmm… et tu ne t’es pas arrêtée pour faire la sieste avec moi cet après-midi parce que Zeus t’a interdit de montrer une faiblesse devant les Amazones. » Gabrielle la poussa doucement sur la poitrine.

Xena sourit, un peu penaude. « Je pense que tu m’as eue, là », admit-elle. « J’ai une réputation à tenir, t’sais », ajouta-t-elle de manière vertueuse.

Gabrielle sourit. « Je sais. » Elle tendit un morceau de figue. « Je dirais que tu as fait un super boulot aujourd’hui là-dessus, tigresse. » Elle avait entendu les autres Amazones raconter avoir vu la défense féroce de Xena à l’entrée du tunnel et elle avait observé les regards admiratifs que sa compagne recevait alors qu’elles traversaient le village.

La guerrière eut un sourire tranquillement narquois. « Pas mal », dit-elle avec un haussement d’épaules.

La barde rit et se laissa absorber la vue du corps de Xena avec une admiration sans faille. La lumière était presque partie maintenant, le crépuscule se fondant dans l’argenté bruni et fantomatique de la demi-lune qui colorait les yeux bleus de son âme sœur d’un gris profond et faisait passer des ombres intéressantes sur ses bras nus.

Amoureusement, elle passa un doigt sur les lèvres de Xena qui s’écartèrent et capturèrent doucement les siennes, les dents mordillant légèrement sa peau. « Je t’aime », murmura la barde à voix aussi basse que l’herbe de la rivière effleurée par le vent.

Xena cligna ses yeux aux cils noirs et courba un coin de ses lèvres. « Je t’aime aussi », ronronna-t-elle en prenant la main de la barde dans la sienne pour embrasser les phalanges puis pressant leurs mains emmêlées contre sa poitrine. La guerrière chercha derrière elle et sortit quelque chose de blanc et odorant, ses yeux ne quittant jamais son âme sœur tandis qu’elle tressait quelques fleurs de nuit au parfum doux dans ses cheveux clairs. « Merci d’être venue me chercher. »

Gabrielle prit la dernière fleur et sentit sa fragrance légèrement épicée. « Toujours. » Elle peignit le visage de Xena des bords de la fleur, ses pétales fragiles effleurant à peine sa peau. « Toujours… » Répéta-t-elle doucement.

L’herbe lui effleura le visage tandis qu’elle se baissait lentement jusqu’à ce que leurs fronts se touchent, puis elle baissa la tête et embrassa les lèvres de sa compagne, une exploration lente et subtile qui gagna en intensité jusqu’à ce qu’elle ait de sérieux problèmes pour respirer et que son corps glisse hors de contrôle, souhaitant le toucher de Xena d’une façon à laquelle il lui était vraiment difficile de résister.

Elle savait qu’elles devaient arrêter. Elle savait qu’elles étaient bien au fait de ça, mais les mains de Xena continuaient un mouvement attirant, trouvant des endroits sensibles avec une précision dévastatrice et la réduisant à un cœur de sensations qui gagnaient en puissance et qui lui firent oublier où elle était.

Oublier presque qui elle était, jusqu’à ce qu’elle entende une petite voix marmonner un gémissement tel un miaulement dont elle était sûre qu’il n’émanait pas d’elle. Instantanément la pression se calma et un toucher frais murmura sur son visage rougi de chaleur. « Hé… » La voix de Xena, basse et à la respiration irrégulière. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Gabrielle se força à ouvrir les yeux, sa respiration difficile. « Je vais bien », haleta-t-elle. « C’est vraiment devenu intense. » Elle baissa la tête et la posa contre l’épaule de Xena, respirant avidement son odeur. « C’est un peu risqué, non ? » Elle supplia silencieusement son âme sœur de la contredire.

Un léger rire bas. « Un peu, oui. » Xena tapota le côté de la barde et la serra dans une étreinte chaleureuse. « Je pense qu’aucune de nous deux ne serait en paix si elles nous trouvaient, en fait. »

La barde garda le silence un instant puis tira doucement sur la boucle du gambison de Xena avec ses dents. « D’un autre côté… » La boucle se desserra et elle commença avec la suivante. « C’est un festival dédié à la fertilité, pas vrai ? » Les yeux verts devenus mystérieusement gris regardèrent Xena, tandis que Gabrielle mordillait doucement sa clavicule. « A moins que tu ne sois trop fatiguée. » Un air contrit.

Elle reçut en réponse un haussement de sourcils et un éclair de dents blanches, tandis que Xena relâchait un rire léger et sexy. « Comme je l’ai dit… j’ai une réputation à tenir. » Elle trouva sa place avec un talent admirable. « Essaie juste de ne pas effrayer trop les gardes au point qu’elles nous tirent dessus, hein ? Je ne suis pas sûre que mes réflexes soient au top. »

Gabrielle se sentit un peu vertigineuse tandis qu’elle s’abandonnait à l’attaque, mais elle eut la présence d’esprit de faire un certain mouvement subtil. Ses mains se trouvèrent immédiatement saisies et elle sourit, sachant que Xena le ressentirait sous ses lèvres inquisitrices. « Je dirais que les vieux réflexes sont là où ils ont besoin d’être, mon amour. »

Au-dessus d’elle, un engoulevent se mit à rire.


Ephiny se laissa à nouveau tomber sur son banc, accrochant ses jambes autour des pieds de la table où elle était assise et elle se détendit. La salle était pleine d’Amazones passablement fatiguées, légèrement grincheuses et encore irritables, ce qui lui rappela les moments des tant redoutés ‘cycles de Hadès’ mensuels. C’était étrange, mais plutôt prévisible qu’une grande partie des Amazones du village soit concernée par le même rythme, mais bon sang, ce que c’était inconfortable que tout le monde soit de mauvaise humeur en même temps.

Juste là, bien entendu, même le pire cas de crampes ne pouvait atténuer la sensation stupidement ridicule, immature et absurde qu’elle ressentait dans ses entrailles.

Insensé. A son âge, d’être aussi étourdie par…

Bon sang, cette sournoise petite Gabrielle. Ephiny recourba ses lèvres dans un tout petit sourire. Je ne peux pas croire qu’elle a fait ça. La barde l’avait proprement poussée par-dessus un bord qu’elle n’avait pas anticipé, mais maintenant qu’elle était où elle était, à flotter…

C’était plutôt fichtrement bon.

Elle et Pony. Et elle qui pensait que j’allais la renvoyer… comme si j’allais faire ça. Ephiny soupira intérieurement. Mais je présume que j’ai été plutôt froide ces derniers temps… je ne peux pas dire que je la blâme d’avoir pensé ça. Elle sirota de la bière de sa chope. Je pense que je vais aimer ça. Elle sortit une note de sa ceinture et l’étala sur la table.

A Ephiny, Régente des Amazones, Tyldus, Chef des Centaures, lui envoie ses salutations.

Nous avons entendu parler de l’agitation chez vous et nous espérons que les choses vont bien maintenant. La rumeur dit que tout s’est bien terminé et nous souhaitons que vous n'ayez pas annulé vos plans pour le festival de la Moisson, parce que moi-même et quelques-uns de mes acolytes allons voyager vers chez vous et nous espérons être près de votre village demain.

Et plus spécialement, un jeune Centaure aimerait beaucoup voir sa mère et m’a persuadé de l’emmener, d’autant qu’il a appris que ses tantes préférées sont là et il est anxieux de les voir.

Jusqu’à demain, porte-toi bien.

Ephiny sourit, sentant une poussée chaleureuse de joie à la pensée de voir son fils. Il restait avec les Centaures pour son propre bien, elle le savait, mais il lui manquait, surtout quand elle voyait d’autres enfants, comme les trois bambins de Jessan.

D’un autre côté, songea-t-elle, elle devrait lui parler de Pony. Hmm. Elle pianota sur la table puis rit d’un air désabusé. Et bien, peut-être que c’était une bonne chose que Gabrielle soit là… elle était vraiment bonne pour ce genre de choses.

Un éclat de rire attira son attention et elle se tourna pour voir un groupe joyeux autour de Jessan et Elaini. Les êtres de la forêt avaient leurs mignons petits gamins avec eux et Elaini était occupée à discuter de travail et de naissance avec quelques-unes des plus anciennes Amazones, tandis que son compagnon était entouré d’un cercle de jeunes admiratrices.

« Je peux toucher ton pelage ? » Demanda une des jeunes filles aux yeux brillants, provoquant un éclat de rire.

Jessan les observa nerveusement. « Euh…bien sûr. » Il se dit qu’il y avait assurément beaucoup d’énergie ici. Il regarda la jeune fille lui tapoter le bras, puis tirer d’un geste expérimental sur son pelage épais. « Hé ! »

Elle sursauta et couina.

« C’est attaché à ma peau, tu sais », balbutia Jessan, troublé.

« Tu as des poils… partout ? » Demanda une jeune fille aux cheveux noirs innocemment.

L’être de la forêt s’éclaircit la voix. « Euh… eh bien, oui… je veux dire… pas sur les paumes de mes mains. » Il leva ses grandes mains et les retourna. « Ou sur mon nez, mais partout ailleurs oui. »

Des rires. « VRAIMENT partout ? » Demanda à nouveau la jeune fille.

Jessan plissa le front et pencha la tête. « Et bien, ou… » Puis il se rendit compte de l’endroit qu’elles regardaient toutes et son museau prit une teinte rouge brique. « Non… non… non… pas… exactement… partout, non. » Il attrapa désespérément un verre et engloutit son contenu, puis il se rendit compte de son erreur quand une brûlure féroce atteignit ses entrailles. « Oh… par la boule gauche d’Arès. » Il ferma les yeux et attendit que la fumée arrête de sortir de ses oreilles. « C’était quoi ça ? »

Un véritable chœur de rires lui répondit.

« Où est ce fichu mélange d’épices poivrées… » Marmonna une des cuisinières en passant près d’eux. « J’essaie de faire mariner ce poisson puant… »

Jessan écarta les narines. « Est-ce que l’une de vous peut me rapporter un verre d’eau », réussit-il à dire d’une voix étranglée. « S’il vous plaît ? »

Ephiny vint à sa rescousse écartant quelques-unes des Amazonettes pour lui tendre une chope de cidre. « Tiens. »

Il l’attrapa de ses mains velues et prit quelques gorgées désespérées, après quoi il s‘assit en haletant un long moment, avant de finir par soupirer. « Merci. »

La régente s’assit et lui tapota la jambe. « Pas de souci. » Elle lança un regard aux fillettes soudain devenues timides. « Vous n’avez rien d’autre à faire ? »

Elles saisirent le message et laissèrent la régente et leur invité. « Désolée, Jessan… elles sont parfois turbulentes. » Ephiny lui tapota le bras.

Jessan s’éclaircit la voix et tressaillit. « C’est bon… » Il lui lança un regard penaud. « Elles faisaient juste… heu… je ne m’attendais pas à ce qu’elles… posent ce genre de question. » Il jeta un coup d’œil aux fillettes qui s’étaient agglutinées à l’autre bout de la pièce et le regardaient avec des yeux espiègles. « Elles sont… heu… très… heu… »

« Le mot que nous utilisons dans la nation Amazone, c’est ‘gaillardes’ », dit Ephiny, très pince-sans-rire.

« Hmm. » Jessan plissa le museau. « Nous utilisons ce terme pour décrire des étalons surexcités. » Il s’éclaircit à nouveau la gorge, irritée par le mélange qu’il avait bu. « Merci de nous aider à nous intégrer ici, à propos, Ephiny. Nous l’apprécions tous les deux. »

La régente rit. « Merci d’avoir combattu pour nous ce matin… Je pense que c’est le moins qu’on pouvait faire, et en plus… vous êtes de bons amis de notre reine. » Elle lui sourit. « Et je sais qu’elle a une très haute opinion de vous. »

L’être de la forêt rougit un peu. « J’ai une très haute opinion d’elles deux aussi. »

Un petit silence tomba. « Est-ce que… tu sais ce qui s’est passé ? » Demanda Ephiny à voix basse, avec un regard direct.

« Oui », répondit tranquillement Jessan. « Nous avons entendu dire que… j’ étais… je veux dire, Elaini et moi nous nous dirigions vers Amphipolis… pour voir si nous pouvions apporter notre aide. » Il hésita. « Je suis content qu’il n’y en ait pas eu besoin. »

« Jess… » Ephiny regarda autour d’elle et se pencha en avant. « Qu’est-ce qui se serait passé si ça n’avait pas été ? » Son regard chercha le sien. « Qu’est-ce qu’elles auraient fait ? »

L’homme velu de haute taille soupira et regarda le sol, son visage creusé de lignes d’introspection. « Je… honnêtement, Ephiny… je ne sais pas. » Il mâchouilla une griffe. « Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas… que nous ne comprenons pas au sujet de votre peuple. » Il réfléchit un peu. « Je peux te dire que je n’ai jamais connu deux personnes de votre espèce qui partagent une connexion aussi puissante qu’elles, mais… » Il soupira. « J’avais peur pour elles. »

« Moi aussi », admit la régente. « C’était dur… je devais faire des choix… dont je ne suis pas très heureuse. »

Jessan garda le silence, digérant ces mots. « Gabrielle avait besoin d’une amie », finit-il par répondre tristement. « Et elle fait partie de votre Nation. »

« Oui », acquiesça Ephiny. « Nous voulions la protéger. »

L’être de la forêt hocha lentement la tête. « Mais elle n’est pas la seule qui avait besoin d’une amie », lui rappela-t-il tranquillement. « Xena a dû être drôlement seule. »

Ce fut une révélation surprenante pour Ephiny, qu’ici, dans cette étrange personne velue, se trouvait quelqu’un qui verrait cela en premier, qui verrait au-delà de l’armure de Xena comme si, pour lui, elle n’existait pas. Elle tenta pendant un moment d’imaginer ce que c’était pour Xena, de voir son fils mort, trahie par la meilleure amie qu’elle avait au monde et arrachée à la seule influence stabilisatrice que sa vie ait connue depuis des années.

Dieux. En y regardant bien et en sachant ce qu’elle était… elles avaient eu de la chance qu’elle ne devienne pas enragée et décime la moitié de la Nation par pure rage. Elle était plus que capable de ça et Ephiny le savait bien. Mais d’une certaine façon, à travers la douleur et la folie, elle s’était fixée sur la seule chose… non, la seule personne qui, pour elle, était la clé de toutes choses. Les seules Amazones qui avaient été blessées étaient celles qui avaient tenté de l’empêcher d’atteindre sa cible.

Un tonnerre de sabots et Ephiny avait couru comme une folle vers la hutte de sudation, évitant les gardes paniquées qui tentaient de former un mur pour empêcher la guerrière qui arrivait d’atteindre leur reine. Ephiny était arrivée à la porte juste au moment où Gabrielle sortait en titubant, les yeux verts emplis de douleur, regardant par-dessus sa tête pour se fixer sur la menace avec une expression entre un désespoir immense et un soulagement épuisé. « Elle est revenue », avait murmuré la barde, sa voix se brisant.

Ephiny l’avait attrapée. « Viens… il faut qu’on te sorte de là. » Et elle avait commencé à tirer la femme à demi consciente vers deux chevaux nerveux. « On va te faire passer la frontière… les Centaures te garderont un moment… j’ai passé un marché avec eux. Nous allons la retenir ici. »

Incroyablement, le corps dans ses bras avait résisté. « Non. »

« Allons Gabrielle ! » L’anxiété et le bruit augmentant rapidement des sabots rendaient sa voix plus pointue. « Ce n’est pas le moment de discuter. »

Les pieds nus s’étaient accrochés au sol et la forme puissante avait tournoyé, s’arrachant de sa prise. « Laisse-moi partir. »

« Gabrielle ! »

Soudain, les mains de la barde étaient sur ses épaules et des yeux éteints et emplis de larmes l’avaient fixée. « Laisse… moi… partir. » La voix de la barde s’était brisée. « Reste hors de mon chemin, Ephiny… n’essaie pas de m’arrêter. »

La poussière et les pierres les avaient arrosées et un bruit sourd avait secoué son monde tandis qu’à travers les cris, elle avait entendu les bottes lourdes avancer vers elles. Les Amazones gardant Gabrielle avaient volé dans toutes les directions, impuissantes contre la rage et la colère qui se déversait littéralement de la silhouette menaçante de Xena.

Et alors elle fut sa seule défense. La dernière barrière entre son amie, sa reine, et la force la plus destructrice qu’elle n’avait jamais connue. Les yeux bleus glacier l’avaient transpercée telle une brûlure, tandis qu’elle avait tournoyé et s’était préparée, tendant les mains pour attraper Xena tandis qu’elle s’était rapprochée d’elles. « Xena, attends… »

Elle n’avait jamais vu arriver vraiment les choses. Elle avait juste senti l’explosion des muscles puissants contre les siens et ensuite, le craquement douloureux le long de son bras qui l’avait mise à genoux de douleur intense.

Elle se souvenait avoir levé les yeux et avoir vu Gabrielle fermer les yeux tandis que Xena l’attrapait, le visage de la jeune femme se froissant dans un pur désespoir impuissant. La guerrière monta à cheval traînant la barde avec elle et il n’y eut soudain plus que la poussière et la nausée.

« Devons-nous les poursuivre ? » La voix de Solari était rapide et urgente tandis qu’elle faisait signe à un groupe de guerrières.

La douleur avait été si intense qu’Ephiny s’était presque évanouie, mais elle avait lutté pour se mettre debout et avait fixé les formes s’éloignant pendant un moment infini, revoyant ces yeux éteints et hantés.

« Non. » Combien de fois, nombreuses, avait-elle débattu avec elle-même, allongée sur son lit, au sujet de cette décision ? « Laissez-les partir », leur avait-elle dit.

« Eph… tu es folle ? Elle va la tuer ! » Solari s’était retournée pour protester, les yeux écarquillés.

« C’est peut-être leur destin », avait fini par répondre la régente, serrant son bras cassé. « Mais si elle le fait… cette Nation n’aura pas de repos jusqu’à ce que la tête de Xena soit sur une pique devant le village. »

Elle n’avait eu aucune pensée pour les sentiments de Xena. Personne n'en avait eu… sauf Gabrielle. Et cet être de la forêt. « Ça a dû être insoutenable », finit-elle par répondre, tranquillement. « Je ne sais pas comment elles ont fait. »

Jessan soupira et découvrit ses crocs dans un minuscule sourire. « J’ai arrêté d’essayer de deviner… c’est juste comme ça. »

Ephiny hocha la tête pour acquiescer. « C’est vrai. » Elle regarda autour d’elle. « Et en parlant d’elles… je me demande où elles sont ? J’ai vérifié leurs quartiers en venant ici… aucun signe d’elles. Je me disais qu’elles étaient dans les écuries ou un truc comme ça, mais il fait tout noir. »

Jessan pianota puis ferma les yeux, étendant sa Vision dans les directions les plus plausibles.

Quelques instants plus tard, il ouvrait ses yeux dorés et son museau prit une teinte rouge cramoisi. « Elles vont bien », finit-il par dire, d’une voix plus aiguë que la normale. « Absolumment bien… spectaculairement… aucun problème, nan… elles vont super bien. »

Ephiny le fixa, intriguée, puis elle se tourna vers Eponine qui entrait. « Tu as vu la Reine quelque part ? »

« Nan », répondit Pony, en regardant l’être de la forêt rougissant avec curiosité. « Qu’est-ce qui lui arrive ? »

« Aucune idée… Jessan ? Tu vas bien ? » Demanda la régente.

Jessan croisa les jambes et étudia le plafond. « Oui, bien… la forme totale. Ouaip… merci de le demander. »

Les Amazones lui lancèrent un regard étrange. « Je pense qu’on ferait bien d’aller les trouver… il faut que je parle d’Arella à Gabrielle », décida Ephiny. « Allons. » Elle tapota le bras de Jessan. « Tu te détends, d’accord ? »

« Ouais… d’accord. » Jessan leur fit plus une grimace qu’un sourire. « Je pense qu’elles sont… heu… » Il montra rapidement l’arrière de la salle. « Par là. »

« Merci. » Elles le laissèrent avec son cidre.

Elaini se glissa sur son banc. « Tout va bien, chéri ? »

Jessan grinça des dents. « On penserait que j’ai appris à ne pas mettre mon museau dans leur direction… pas vrai ? »

Sa compagne se mit à rire. « Oooh… pauvre bébé… tes sens ont résonné ? »

L’être de la forêt se mordit la lèvre. « Bon sang… elles envoient plus de trucs que toutes ces petites gamines salaces. »

« Ah oui ? » Elaini passa une griffe sur sa cuisse poilue avec un rire séducteur.

« Aaaahhhh… Laney… » Couina-t-il. « Ne va pas par là ! »

« Et vous allez où ? » Les interrompit une jeune voix sonnante.

Jessan regarda d’un œil pour voir que le cercle d’Amazones était de retour. « Oh… salut. » Il se mordit le bout de la langue. « Hé… vous savez où je peux trouver de l’eau froide ? »

Elles se regardèrent. « Bien sûr », répondit la plus grande. « Beaucoup d’eau… dans des seaux. »

« Ah… tu peux m’en rapporter un ? »

Elaini se contenta de rire.


« Xe ? »

« Hmm ? »

« Je peux te dire une chose ? »

« Bien sûr. »

« Je suis vraiment contente que ça soit un de tes nombreux talents. » Gabrielle prit une bouchée de pomme et bougea les épaules, s’installant plus confortablement sur l’estomac de sa compagne.

« Ah oui, hein ? » Xena lui lança un regard affectueux. « Et bien, tu n’es pas si mal toi-même, t’sais. »

La barde mâchouilla un moment, puis elle avala. « Vraiment ? »

La guerrière lui prit la pomme des mains avant de la mordiller, puis elle la lui rendit. « Vraiment », assura-t-elle à la jeune femme.

Gabrielle absorba le compliment avec un air content puis elle regarda par-dessus l’eau éclairée par la lune. Une grenouille coassait au bord de l’eau et elle pouvait entendre les doux bouillonnements tandis que la rivière passait tout près, frôlant les rochers et les léchant avec de toutes petites éclaboussures. Elle pouvait sentir la fumée des feux de camp maintenant, mêlée à la senteur verte des arbres et elle soupira joyeusement. « Quelle belle nuit. »

Xena croisa les chevilles et pencha la tête en arrière, regardant le ciel maintenant noir d’encre, avec ses dentelles d’étoiles. « Le temps s’est éclairci. » Elle prit une profonde inspiration. « Il fait un peu plus frais… c’est bon. »

La barde se nicha plus près. « Oui… mais un peu frisquet. »

Un léger rire lui répondit puis Xena l’attrapa et la tira, l’enserrant entre ses bras pour lui masser doucement le dos. La barde avait remis sa chemise, mais elle ne l’avait pas fermée et sa peau était fraîche au contact. « C’est mieux ? »

« Mmmmmmm. » La barde sourit contre le tissu soyeux du gambison de Xena. Puis elle soupira. « Je présume qu’on devrait y retourner avant qu’elles ne commencent à avoir une crise, hein ? »

Xena grogna. « Je présume aussi. »

Elles regardèrent l’eau en silence tandis que la lune se montrait à travers les arbres et faisait danser des formes argentées. Xena s’étira un peu puis elle se raidit en entendant un bruit léger sur sa droite. « Arès ? » Appela-t-elle doucement.

Le bruit s’amplifia et ensuite elle entendit un cri de surprise, suivi par un bruit de chute.

« Bon sang ! » Cria une voix familière. « Arès, espèce de sot… arrête ça ! ! »

Le regard bleu croisa le vert. « Elle doit l’aimer », dit Xena en riant, avant de tendre la main pour serrer la ceinture de Gabrielle et s’asseoir.

« Arès ! Ouille ! ! ! » La voix se rapprochait.

Gabrielle boucla les attaches du gambison de sa compagne et se remit contre la poitrine de Xena, passant les mains dans ses cheveux avant de tirer sur les pans de sa chemise, les lissant sur ses cuisses tandis que le buisson bougeait violemment, relâchant deux Amazones éreintées aux plumes ébouriffées.

Xena mit un bras autour de l’estomac de Gabrielle et claqua des doigts de son autre main. « Arès… viens ici, mon garçon. » Elle regarda innocemment les nouvelles arrivantes. « Salut vous. »

Ephiny brossa des feuilles brisées de sa jupe et s’assit, leur lançant un regard sévère. « Xena… ce foutu loup nous a pratiquement poussées dans la rivière… qu’est-ce qui ne va pas chez lui, par Hadès ? »

La guerrière caressa le loup, qui avait enfoui sa tête dans son épaule. « Brave garçon », murmura-t-elle. « Tu auras un gâteau tout à l’heure. » Ensuite elle s’éclaircit la voix. « Je ne sais pas… peut-être qu’il… » Elle se mâchouilla la lèvre. « Qu’il pensait que vous représentiez un danger… il ne voulait pas vous faire tomber dans la rivière. »

Ephiny la regarda. « Oh… bon… je vais dire ce que j’en pense… Arès, Garde du Corps de Guerrière, pas vrai ? »

Gabrielle rit doucement, tournant la tête pour enfouir son visage dans l’épaule de Xena.

« C’est ça », acquiesça la guerrière solennellement. « Alors… qu’est-ce qui se passe ? »

Eponine était venue au bord de l’eau et s’était assise sur les rochers, remuant ses pieds dans l’eau. Elle se tourna à demi et regarda par-dessus son épaule. « On voulait voir où vous aviez disparu. »

« On est ici. » Gabrielle s’éclaircit la voix. « Nous… heu… » Son regard alla vers l’eau, tandis qu’elle tentait de trouver une bonne excuse, en vain. « Euh… je… et bien, c’est comme… en quelque sorte… »

« Nous avions besoin d’un peu de temps pour nous », déclara Xena d’une voix neutre.

Elles la regardèrent toutes avec surprise, Ephiny et Eponine échangeant des expressions choquées et Gabrielle haussant les sourcils.

« Je me disais que j’allais donner sa chance à la vérité toute nue. » La guerrière haussa les épaules. « Ça vous pose un problème ? » Un sourcil redescendit et elle prit un de ses airs les plus sévères.

« Euh… non… non… » Ephiny remua la main hâtivement. « C’est bon… c’est… bien, je heu… non, bien. Bien, vraiment… je comprends. »

« Ah oui ? » Répondit Xena avec une étincelle tranquille dans les yeux.

Ephiny la saisit et rougit, puis elle sourit d’un air ironique. « Bref… ce que nous… ce dont je voulais te parler, c’est d’Arella. » Son regard trouva celui de Gabrielle. « J’aimerais bien qu’on règle ça avant de commencer quoi que ce soit demain… je ne veux pas que ça reste pendant. »

Gabrielle se calma et prit une profonde inspiration. « Je… réfléchissais à ce sujet », admit-elle tranquillement. « Quels sont nos… pardon… quels sont mes choix ? »

La régente hésita, regardant ses mains, observant ses phalanges blanchir tandis qu’elles les pressaient les unes contre les autres. « Gabrielle… tu n’as pas à … je veux dire que je peux prononcer la sentence… pas besoin de… » Une main sur son poignet l’interrompit tandis que Gabrielle se penchait en avant en secouant la tête.

« Non. » La barde soupira. « C’est de ma responsabilité, Eph… j’étais là, j’étais impliquée… si je tourne la tête maintenant, ça fait quoi de moi ? » Elle prit une inspiration tremblante. « Quels sont les choix ? »

Ephiny soupira puis leva les yeux tandis que Pony s’avançait pour s’asseoir sur le sol frais et s’appuyer contre la jambe de la régente. Par réflexe, celle-ci laissa tomber une main sur l’épaule de la jeune femme brune et elle envoya un merci silencieux pour le réconfort tacite et le soutien. « Et bien, nous avons essayé de la réhabiliter. Ça n’a pas marché. »

« Oui. » La réponse de Gabrielle était sévère et tranquille.

« Il y a le confinement », proposa Ephiny. « Mais pour ce qu’elle a fait… ce serait pour très, très longtemps. » Elle réfléchit à cette option. « Ce serait dur pour nous… nous n’avons pas vraiment les ressources pour une période longue…. C’est pour ça que nous avons traité Paladia comme ça. »

« Je comprends », répondit la barde doucement.

« Et l’autre… option, c’est… d’éliminer le problème, » finit la régente, délicatement.

Le silence s’installa.

« Tu veux dire la tuer. » La voix de Gabrielle sortit de la pénombre.

L’Amazone blonde fit une pause. « Oui. »

Xena s’éclaircit la voix. « Gabrielle… » Elle s’arrêta quand un doigt se posa sur ses lèvres.

« Je… sais les choses qu’elle a faites… ce n’est pas excusable », déclara la barde. « Elle a tenté… de tuer Ephiny, elle a tenté de me tuer, elle a tenté de tuer Xena et maintenant, elle a causé la mort de deux Amazones, et en a physiquement torturé trois autres. »

Ephiny étudia ses mains. « Oui… tout ça est vrai.

Gabrielle se tourna à demi et leva les yeux à travers la lumière fantomatique de la lune vers les yeux clairs de sa compagne. « Tu penses qu’elle pourrait changer ? » Demanda-t-elle tranquillement. « Si on la conseillait et qu’on travaillait avec elle et qu’elle en ait l’occasion ? »

Xena garda un profond silence pendant une longue période de temps ; des tout petits muscles jouant sous la surface de sa peau étant la seule indication de sa réflexion profonde. Gabrielle attendit patiemment, sentant la tension dans le corps contre lequel elle était appuyée et luttant contre le désir de retirer la question.

La guerrière vivait un dilemme, prise entre son instinct qui disait non et la connaissance que n’importe qui avec du bon sens dirait la même chose pour elle. Comment pourrait-elle condamner Arella pour des crimes bien moindres que les siens ? Comment pourrait-elle, honnêtement, dire que cette femme devait être exécutée, quand seule l’intervention de Gabrielle s’était mise entre elle et le Tartare ? Elle n’avait aucun droit d’avoir une opinion et elle le savait. « Je ne peux pas te dire ça », finit-elle par dire d’une voix rauque. « Je ne sais pas… Gabrielle. »

La barde garda le silence un moment, un air de quasi-déception sur le visage. « Je veux croire que tout le monde peut changer », dit-elle. « Je le pense vraiment. » A qui je pense vraiment là… Arella ? Ou bien Hope ?  Elle chercha silencieusement les yeux gris fantomatiques qui la regardaient. J’avais raison pour toi, pas vrai ? »

N’est-ce pas ? As-tu toujours été une louve ou juste un mouton noir perdu, Xena ? Quelqu’un peut-il naître mauvais ou juste le devenir ?

Aurais-je pu faire une différence avec Hope ? Son regard traça les lignes allongées du visage de la guerrière, à demi masqué dans les ombres argentées. Est-ce que j’ai fait une différence avec toi ? Ou bien aurais-tu simplement… suivi ton chemin de toi-même ? Est-ce que quelqu’un peut vraiment changer ? Le saurais-je jamais ?

Elle se tourna vers Ephiny. « Est-ce qu’Arella a toujours été un problème ? »

La régente pinça les lèvres. « Et bien… » Elle réfléchit à la question. « Sa mère… elle était plutôt frustrée avec elle, je pense. C’était une guérisseuse ici… et elle savait qu’Arella n’était pas faite pour ça, alors elle a tenté de la faire encadrer très tôt par quelques-unes des guerrières les plus anciennes… je commençais à peine en tant que membre junior de l’équipe d’entraînement au bâton et je me souviens d’elle comme de quelqu’un de hargneux et non coopératif. »

« Ce n’est pas un crime », fit remarquer Eponine d’un ton neutre. « Elle était bonne avec une épée… pas géniale avec un arc… au combat à la main, elle faisait de la casse. Certaines des instructrices étaient vraiment furieuses contre elle, alors elles tapaient plus fort… ça ne marchait pas vraiment. »

« Ouais… je me souviens de ça… » Songea Ephiny. « Elle a brisé la jambe de la vieille Ella… on a dû la retirer de là après ça. »

« Arella s’en vantait », marmonna la maîtresse d’armes. « Le problème était que, elle était douée et elle le savait… et après un moment, elle se contentait de cogner celles qui se mettaient sur son chemin. » L’Amazone brune s’interrompit un moment et soupira. « Elle… n’avait pas beaucoup de respect pour beaucoup de gens. »

« Mélosa, un peu », commenta tranquillement Ephiny.

« Mm », acquiesça sa compagne. « Mais pas Vélasca », continua-t-elle inopinément. « Elle était d’accord avec elle, mais elle la trouvait cinglée. »

Gabrielle hocha la tête d’un air approbateur. « Est-ce que… quelqu’un a travaillé avec elle… tenté de comprendre pourquoi elle était si… »

« Désagréable. » Finit Pony pour elle, directement. « Je lui ai demandé pourquoi elle se comportait comme un cul de Centaure, oui… elle s’est contentée de rire. »

« Hum… » La barde se frotta la tempe. « Ce n’est pas… exactement… ce à quoi je pensais. » Elle était douloureusement consciente de l’immobilité de son âme sœur. « Les gens… je veux dire, habituellement les gens ont une raison pour être comme ils sont… des choses qui leur arrivent, ou bien… »

Ephiny secoua la tête. « Pas… vraiment, je veux dire, elle a eu une enfance plutôt normale ici… elles étaient environ une demi-douzaine dans le même groupe d’âge… nous n’avions pas de guerres majeures, pas de vrais problèmes… à l’époque tout allait bien… sa mère a essayé, Gabrielle… elle a vraiment essayé, mais elles étaient trop différentes. »

La barde regarda pensivement par-dessus l’eau. « Tu penses que les gens naissent bons ou mauvais, Ephiny ? »

Un long silence tandis que l’Amazone étudiait le sol rocailleux. « Je… je pense que les gens tendent vers… d’accord, je pense que quand on prend des décisions… on peut les prendre soit pour soi-même, soit avec d’autres personnes en tête. » Elle s’interrompit et choisit ses mots avec soin. « Le truc c’est d’être égoïste… je pense… la plupart des gens, dont je pense qu’ils sont mauvais, prennent des décisions pour eux-mêmes et ils ne s’occupent pas vraiment de comment ça affecte d’autres gens… tout ce qui les intéresse c’est ce qu’ils ressentent et combien ce qu’ils font les rend heureux. »

Gabrielle eut un air très pensif.

« Et… les gens dont je pense qu’ils sont bons… » A ce moment-là, le regard de la régente se posa sur le visage de Gabrielle et un sourire affectueux recourba ses lèvres. « … prennent des décisions basées sur combien cela va affecter tous les autres. Ils ne considèrent pas… leur propre bien-être quand ils le font. » Elle cligna plusieurs fois des yeux. « Même… quand ce sont de mauvaises décisions. »

Xena n’avait pas bougé depuis ce qui semblait être au moins un quart de chandelle, peu sûre de ce à quoi sa compagne pensait, et désireuse de ne pas la distraire. Elle avait un bras autour de l’estomac de la barde et elle sentit une main chaude entrelacer leurs doigts, tandis que Gabrielle prenait et relâchait une profonde inspiration.

« C’est intéressant à entendre », répondit Gabrielle tranquillement. « Alors… ce sont mes deux choix ? La réclusion… ou l’exécution ? » Son regard passa d’Ephiny à Eponine. « Pas d’autres options ? »

Le regard d’Eponine passa sur elle avec inconfort. « Il y a… et bien… ce qu’elle a fait à Solari et aux autres », répondit-elle, sa voix lourde d’hésitation. « Personnellement, je ne pense pas que… et bien bref, la loi l’autorise. »

La tête blonde de la barde tomba légèrement en avant. « La torture, tu veux dire ? »

« La discipline physique », la corrigea tranquillement Ephiny. « On l’a utilisée auparavant. »

Un léger hochement de tête. « Et ça changerait son attitude… comment ? » Son regard passa de l’une à l’autre. « Vous pensez que ça lui ferait peur de recommencer ? »

Les deux Amazones soupirèrent. « Non. »

Gabrielle serra plus fort les doigts de Xena. « D’accord. Est-ce que vous avez besoin de le savoir tout de suite ? J’aimerais avoir un peu de temps pour y réfléchir. »

Ephiny la fixa d’un air malheureux. « Gabrielle… honnêtement… laisse-moi faire ça », protesta-t-elle. « J’ai… eu à le faire déjà, et… et bien, je n’aime pas ça, mais… »

Le regard vert la cloua sans merci. « Je ne peux pas », répondit calmement la barde. « C’est de ma responsabilité et je ne vais pas l’éviter, Ephiny. »

La régente tourna sa requête vers le visage sans expression qui la surplombait et elle y trouva une douleur tranquille et impassible, mais aucune approbation. Elle soupira. « Très bien. » Elle tapota l’épaule de Pony. « Viens… je veux aller voir Solari… voir comment elle va. »

Xena les regarda partir puis laissa le silence s’éterniser tandis qu’elle observait le profil tranquille de son âme sœur. Gabrielle regardait l’eau, un air triste sur le visage, jusqu’à ce qu’elle finisse par se redresser et tourner la tête.

« Xena… j’ai besoin d’un peu de temps seule pour réfléchir à tout ça. »

Le visage de la guerrière resta impassible, mais Gabrielle sentit sa respiration s’interrompre et elle regarda les ombres apparaître lentement dans les yeux clairs quand Xena la relâcha et bougea, s’écartant de telle sorte qu’elles ne se touchent plus.

C’était presque une douleur physique et Gabrielle pouvait la ressentir, à la fois en elle-même et à travers le lien qui les reliait, et elle faillit revenir sur sa requête sauf que c’était vrai et elle savait qu’elle avait besoin d’espace pour réfléchir à sa décision.

Libérée de la présence chaleureuse et rassurante de la personne dont l’existence même prouvait la moitié de l’argument qu’elle avait à considérer. Elle regarda Xena qui se levait lentement et se brossait de ses mains. « Je vais… hum… » La guerrière garda le silence un moment. « A plus tard, je pense. »

Gabrielle lui entoura la jambe d’un bras et lui embrassa affectueusement le genou. « Merci. »

Elle fut récompensée par un faible sourire qui disparut rapidement. « Arès, reste ici », souffla Xena avant de se retourner pour contourner les rochers et disparaître dans l’obscurité.


Et maintenant ? Xena mit le couvercle sur les émotions grondantes qui tordaient ses entrailles tandis qu’elle traversait la forêt assombrie. Pas qu’elle blâmât sa compagne de vouloir un peu de tranquillité… c’était juste que… bon sang… 

Elle s’arrêta et s’appuya contre un arbre. Que Gabrielle te renvoie te fait souffrir. Bien. Accepte-le et passe à autre chose. Tu lui as dit que tu ne pouvais pas la conseiller, que tu ne pouvais pas l’aider à décider… quel choix avait-elle ? Tu n’apportes que de la distraction. Laisse-la réfléchir.

Ouais. Laisse-la juste réfléchir pour savoir si elle doit envoyer quelqu’un à la mort.

Xena se tourna et glissa le long du tronc de l’arbre, les feuilles humides frôlant sa peau en laissant une faible senteur. Qu’est-ce que je ferais ? Aucun doute là-dessus. Elle prit une feuille et la déchira. Bon sang, j’aurais dû me rendre compte qu’elle allait causer des ennuis après tout ce truc… pourquoi je ne l’ai pas finie à ce moment-là ?

Elle réfléchit très sérieusement. Elle se souvenait qu’elle avait écarté l’arme et avait mis Arella à terre ; elle se souvenait du craquement tandis qu’elle lui disloquait l’épaule. Elle se souvenait de l’avoir menacée tandis qu’elle la collait contre l’arbre.

Elle se souvenait de son impatience à s’en débarrasser, parce qu’agenouillée dans la boue, à courte distance, se trouvait une amie qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps, vers qui son cœur l’attirait irrésistiblement. Elle ne s’était pas inquiétée de ce qui arrivait à Arella. Tout ce qui comptait c’était Gabrielle.

Après tout, Arella était le problème des Amazones et elle avait été satisfaite de laisser les Amazones s’en occuper, tandis qu’elle concentrait toute son attention sur l’envahissante et étourdissante sensation du désir de son cœur, pas vrai ?

Vrai. Et si elle fermait les yeux, elle pouvait saisir un faible souvenir déclinant de ce qu’elle avait ressenti, quand elles avaient libéré leurs cœurs avec précaution et que tout avait semblé plein de… possibilités.

« Oh par les dieux, Xena, tu veux rire ? » Avait haleté Gabrielle en regardant, effrayée, le bord du précipice. Elle avait regardé par-dessus son épaule vers sa compagne, qui était appuyée nonchalamment contre un arbre, faisant semblant d’examiner un oiseau posé sur une branche toute proche. « Tu as vraiment grimpé ça ? » Sa voix était montée dans les aigus jusqu’à un couinement.

Xena s’était approchée à pas lents et s’était laissé tomber à genoux près de la barde couchée sur le dos, s’avançant pour se pencher par-dessus le bord. « Ouaip. » Elle avait montré un surplomb un peu en bas. « C’était la partie la plus dure… je suis restée coincée là-dessous et je devais sauter et attraper ce… » Une main avait couvert sa bouche et elle avait respiré l’odeur de Gabrielle avec une soudaineté surprenante. La faible rugosité de la peau sur sa paume chatouillait les lèvres de la guerrière et elle avait fait de son mieux pour ne pas la goûter.

« Ne… me… dis… rien… s’il te plaît », avait supplié la barde en retirant lentement ses doigts. « Je ne veux pas y penser. » Son léger toucher avait effleuré la pommette de la guerrière. « D’accord ? »

Xena avait roulé sur le dos, de telle sorte qu’elles étaient côte à côte, les bras pressés l’un contre l’autre. « Gabrielle… ce n’était pas si mal… et… et bien, c’est une chose dont je suis fière. »

La barde s’était mise sur ses coudes et elle avait tourné la tête, des mèches de cheveux clairs effleurant le visage de Xena. « Ah oui ? » Avait-elle murmuré timidement.

La guerrière avait hoché la tête. « Oui. » Elle avait laissé sa joue contre le haut du bras de Gabrielle, savourant la chaleur et le mouvement des muscles sous sa peau. « Je me souviens m’être tenue au fond, à regarder en l’air, et à penser… que je t’avais dit que si tu avais besoin de moi… toutes les légions d’Hadès ne m’empêcheraient pas de te rejoindre. Qu’est-ce qu’une petite montagne face à ça, pas vrai ? »

Un lent sourire doux avait recourbé les lèvres de la barde, éclairant ses yeux de l’intérieur. « Ooooh…. Xena… c’est si… » Elle s’était interrompue. « Si romantique. » Ses yeux avaient brillé doucement.

Et Xena, autrefois Bourreau des Nations, avait rougi. Franchement. Elle avait senti que ses défenses durement gagnées venaient de disparaître et la laissaient béante, tandis qu’elle fixait le regard de Gabrielle, ses émotions coulant de partout. Elle avait été désorientée, avait cessé de respirer et sa confusion devait se voir parce que les yeux de Gabrielle s’étaient perceptiblement agrandis et elle avait mis son poids sur un seul coude, tendant l’autre main avec hésitation. « Hé… »

La guerrière avait fermé les yeux tandis que les doigts touchaient son visage, se souvenant de la peur qui l’avait saisie pendant cette longue course désespérée qui avait fini dans une éclaboussure, une prise et un baiser. Et la peur différente qui avait fait trembler ses jambes tandis qu’elles se rendaient à l’inévitable et traversaient la ligne sur laquelle elles s’étaient tenues pendant ce qui semblait être la moitié d’une vie.

« Xena ? » Un son léger presque sans souffle avait envahi la voix normalement forte de Gabrielle.

Elle s’était forcée à ouvrir les yeux pour voir le regard vert inquiet de la barde à quelques centimètres. « Oui… oui… je vais bien… désolée… » Avait-elle fini par dire, se sentant un peu embarrassée. « J’étais… juste… » Une pause embarrassante. La réalisation de ce qui venait de se passer, l’informa son esprit, joyeusement. Allons, Xena… dis-le… crois-le… tu l’as finalement laissé se produire et maintenant c’est là et c’est réel et c’est l’amour qui te regarde depuis ces très, très jolis yeux verts.

La main de Gabrielle n’avait jamais quitté son visage et maintenant le toucher allait de son menton à son cou, tandis que la barde explorait avec merveille la surface de sa peau. « Tu es si… belle. » Les mots étaient sortis dans un murmure surpris, suivi par un léger rire incrédule. « J’ai attendu tellement de temps pour pouvoir te le dire. »

Xena l’avait regardée, pressant doucement sa joue contre le bras de la barde, puis embrassant la peau douce, avec un sentiment délicieux de liberté. Gabrielle avait hésité un instant puis elle avait penché la tête d’un côté et avait effleuré les lèvres de la guerrière des siennes.

Elles s’étaient séparées et regardées.

« Je suis en train de rêver », avait dit Gabrielle en riant faiblement. « C’est sûr. »

Xena lui avait pris la joue et avait mis sa tête en arrière pour un second long baiser. « Moi aussi… mais si c’est le cas, ne me réveille pas », avait-elle murmuré, sentant le pouls sous la peau de son cou accélérer. « Je veux dormir pour toujours. »

Là, dans la pénombre d’une forêt inamicale, elle ressentit de la nostalgie pour cette journée, dont le souvenir s’effaçait tristement même maintenant. Elle avait su, à l’époque, que ça ne pourrait pas durer pour toujours. Rien ne durait, mais d’une certaine façon elle s’était convaincue que ce serait différent pour elles deux.

Que leur amour leur ferait traverser n’importe quoi. Tout traverser. Qu’elle aurait toujours quelqu’un qui l’aimerait avec ce genre d’amour qui transcendait les bons moments et les mauvais moments, et serait toujours là.

Mais la vie ne fonctionnait pas comme ça, comme elle s’en était rendu compte. Elles avaient toutes deux été sujettes aux mêmes insécurités et aux mêmes émotions destructrices que les autres. Elle se souvenait de la première fois où Gabrielle avait volontairement séparé leurs couchages et comment elle avait passé la nuit à fixer sombrement les étoiles. Et de comme la journée suivante avait été silencieuse, seule dans la nature.

Parfois, elle soupira, elle avait le sentiment qu’elles avaient tellement perdu. Elle laissa sa tête reposer contre l’arbre, tandis que son épuisement revenait et que ses yeux se fermaient involontairement. Les blessures de la journée venaient s’écraser contre ses défenses baissées et elle rampa plus avant dans le sous-bois, relevant ses genoux et les entourant de son bras. Elle était vaguement consciente de son équilibre tremblant, mais tout d’un coup ce fut trop. Elle savait qu’une partie de ça était compliquée par la vague d’émotions qui venait de Gabrielle, une vague qu’elle était trop fatiguée pour la combattre, alors elle se rendit.

Il lui fallut longtemps pour entendre quelqu’un approcher. Bien trop longtemps, en fait, et elle avait à peine le temps nécessaire pour se redresser et se frotter les yeux avant que les bruits de pas craquent dans le sous-bois à une courte distance d’elle. Elle leva les yeux à contrecoeur. « Salut… »

Eponine avança d’un pas et la regarda. « Hum… Xena ? »

La guerrière soupira silencieusement. « Oui. » Elle passa ses doigts dans ses cheveux pour leur donner un peu d’ordre. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Tu vas bien ? » Demanda l’Amazone brune avec hésitation.

Xena soupira. « Bien sûr… oui, je vais bien », répondit-elle avec brusquerie. « Je laissais à Gabrielle un peu d’espace pour réfléchir à demain. »

Une longue pause. Puis Eponine carra les épaules et s’avança, se retourna et s’installa près de la guerrière. « Tu n’as pas l’air d’aller bien », finit-elle par dire avec un soupçon de nervosité.

La grande femme soupira puis baissa la tête pour la poser sur son poing. « Je vais bien… ça a juste été une fichue longue journée », marmonna-t-elle, sur la défensive.

Eponine prit un temps puis rassembla son courage et mit la main sur l’épaule de Xena. « Je… je ne sais pas ce qui ne va pas, mais… je… hum… j’espère que ça va passer. »

Xena tourna la tête et ses yeux bleu clair la fixèrent, avec un peu de surprise. « Tu fais dans les discussions sensibles maintenant, Pony ? » Demanda-t-elle avec ironie. Mais cela la fit se sentir un peu mieux.

« Moi ? Non… non… non… » Une pause. « Et bien… en quelque sorte, je veux dire… tu… es inquiète pour Gabrielle ? » La femme brune hasarda une supposition. « Je veux dire… c’est pas comme si je me mêlais de tes affaires, Xena… mais… Eph est très inquiète, alors… »

Xena relâcha lentement sa respiration retenue. « C’est une sale décision à prendre pour n’importe qui. Encore plus pour elle. »

« Oh, ben… oui… » Acquiesça doucement Eponine. « Je sais… que c’est pour ça qu’Eph veut… en quelque sorte le faire pour elle… et… et bien, elle pensait en finir maintenant… je veux dire, avant… euh… »

Xena se redressa. « Vous ne… pouvez pas lui faire ça », répondit-elle brusquement. « Même si je… » Sa voix baissa un instant. « Elle veut que ce soit sa décision », finit-elle tranquillement, puis elle soupira. « Oui, je suis inquiète. »

Eponine la regarda du coin de l’œil. Le visage de Xena était relativement impassible, mais l’Amazone pouvait voir la tension douloureuse dans les épaules larges et les yeux rougis, et elle put soudainement voir au-delà des défenses robustes, ce qui la déconcerta. Elle se rendit soudain compte qu’elle jouait hors de sa catégorie et elle décida de prendre une autre direction. « Tu… veux revenir au feu de camp ? On a de bonnes choses… allez, Eleinaria a sorti sa harpe et elle a une voix géniale. »

La guerrière resta silencieuse un long moment, puis elle hocha la tête d’un air las et se mit debout. « Ce n’est pas une mauvaise idée. » Elle se redressa en tressaillant. « Merci pour la proposition. » Elle s’interrompit et tendit la main. « Un coup de main pour te lever ? »

Eponine saisit l’offre et se laissa tirer pour se mettre debout, puis elle marcha près de la grande silhouette silencieuse à travers les ombres vers la lumière.


Gabrielle lança un caillou dans l’eau et le regarda faire des ronds, dérangeant le flot naturel de la rivière. Xena lui avait dit une fois que quand on jetait le caillou dedans, même après que les premiers niveaux de l’eau avaient repris leur immobilité, vous aviez changé la rivière pour toujours.

Ouaouh. Ce que ça pouvait être vrai. Elle avait tellement de cailloux en elle qu’elle se sentait comme un poulet avec un tas de pierres dans le gosier.

Elle lança un autre caillou et le regarda s’enfoncer. Qu’est-ce que je vais faire ? Je pense que le problème c’est que je ne veux rien faire. Pas que je veux qu’elle s’en sorte… je ne veux tout simplement pas être celle qui se tient là à délivrer une sentence.

Est-ce que ça fait de moi une lâche ? Je présume. Ce que je veux plus que tout, c’est… aller retrouver Xena, poser ma tête sur sa poitrine et lui demander de tout faire disparaître.

Et je ne le peux pas. Parce qu’elle le ferait.

Je ne veux pas faire ça. Je ne veux pas que ce soit de ma responsabilité, parce qu’il n’y a pas de bonne décision. Je me demande… je me demande si c’est ce que Xena a ressenti avec Vélasca. Elle ne voulait pas ramener Callisto, mais elle savait qu’elle le devait, ou bien des tas d’autres gens auraient souffert.

Mais elle savait qu’elle… allait souffrir à cause de ça, pas à cause de Vélasca ou de Callisto, mais personnellement parce qu’elle savait que je ne comprendrais pas pourquoi elle l’avait fait. Et que je pourrais la haïr pour ça, à cause de ce qui était arrivé avec Perdicas. Je présume que quand j’ai dit que je l’avais entendue hurler dans mes cauchemars toutes les nuits, elle ressentait que ça pourrait être la fin de nous deux et cela la blessait vraiment. Je l’ai vu dans ses yeux et dans la façon dont elle s’est figée, mais j’étais bien trop occupée à être en colère pour réaliser ce que ça signifiait.

Mais elle l’a fait quand même, parce que c’était la bonne chose à faire et parce qu’elle voulait bien abandonner son propre bonheur pour que je sois en sécurité.

Je pense qu’elle fait toujours un peu comme ça. Même quand elle a commencé au début, c’était pour Amphipolis, peu importe combien c’est devenu horrible après ça.

Elle fait toujours les choses sans s’occuper de la façon dont elles vont l’affecter et, vous savez, cela fait d’elle une bonne personne dans l’esprit d’Ephiny.

Je pense que j’ai toujours connu ça. Même dans les moments les plus sombres, même quand elle retourne au passé et que cette passion affreuse et haïssable la prend, elle continue à faire des choses pour d’autres gens. Comme quand nous avons combattu la Horde et qu’elle a perdu beaucoup de ce qu’elle avait gagné à la sueur de son front, mais c’était pour sauver les restes de l’armée athénienne, pas pour sa propre gloire. Et je n’oublierai jamais cette excuse. On comprend la haine, mais on ne s’y laisse pas plonger.

Je souhaiterais avoir pu respecter cela, Xena. Vraiment. En regardant en arrière maintenant, je comprends un peu où tu te trouvais quand tu l’as dit et combien j’étais vraiment innocente.

Ça me manque. Je n’ai jamais vraiment compris jusqu’à ce que je le perde, mais elle le savait.

Quand nous avons poursuivi César, même si c’était une vendetta personnelle, elle l’a quand même fait pour libérer le peuple de Bodicéa.

Quand elle a donné naissance à Solan, elle savait qu’elle devrait l’abandonner, pour sa propre sécurité.

Quand elle a été frappée par cette fléchette, elle a lutté, même si elle était mourante et elle m’a fait comprendre que je devais aussi continuer à aider ces gens.

Elle aurait abandonné sa vue pour s’assurer que j’étais en sécurité. Elle aurait abandonné son futur, se serait condamnée à une vie confinée sur un bateau fantôme parce que j’étais là.

Elle aurait abandonné sa vie pour détacher Prométhée.

Quand nous étions au milieu de cette guerre civile en Thessalonique, elle est restée et elle a essayé d’aider tout le monde, même alors qu’ils ne l’appréciaient pas, et même là… ça a failli lui coûter la moitié de son âme.

Je peux le dire maintenant, parce que je sais ce qui est arrivé. Je me demande ce qu’elle aurait fait si j’étais morte ? Aurait-elle continué ou bien…

Et… quand j’ai eu besoin qu’elle me revienne, elle l’a fait. Je me demande ce que j’aurais fait si elle n’était pas revenue ? Aurais-je continué ? Aurais-je régi les Amazones ? Probablement pas. Vélasca m’aurait tuée.

Est-ce que ça m’aurait fait quelque chose qu’elle le fasse ? Ou bien aurais-je accueilli la chance qui m’était donnée de rejoindre Xena de l’autre côté ?

Alors… je pense que… des gens, même s’ils font de mauvaises choses, sont vraiment bons à l’intérieur et même s’ils essayent d’écraser cette bonté pour laisser la noirceur les envahir, à la fin, cette partie d’eux se bat et reprend le contrôle.

Comme Xena.

Et si c’est vrai, alors c’est aussi vrai que des gens sont nés mauvais et même si de bonnes choses leur arrivent et des gens s’inquiètent d’eux, ils continuent à faire de mauvaises choses, juste parce qu’ils sont comme ça.

Comme Hope.

Comme Arella.

Je ne peux pas la laisser blesser les Amazones à nouveau. Je le sais. Je ne pense pas que la torture soit la réponse. Mais je ne suis pas sûre de pouvoir me lever et envoyer quelqu’un à sa mort comme ça, même si elle le mérite.

Ce qui est drôle, c’est qu’avec tout ce qu’elle a fait, la chose qui me rend la plus furieuse à son égard c’est qu’elle a envoyé ces Amazones pour tuer Xena. Je me fiche un peu… de ce qu’elle m’a fait ou a tenté de me faire… mais ça… ça me fait vouloir la blesser, pour ce qu’elle lui a fait, et à Solari et même à Ménelda… et à cette pauvre gamine.

Je pense que… peut-être… cela veut dire que je dois être une bonne personne aussi, si on en croit Ephiny.

Quel est le prix de mon innocence ? Comment puis-je lui donner plus de valeur qu’au bien de tous les autres ?

Xena sait. Elle a essayé de me le dire. Les mauvaises personnes ont beaucoup de choix. Les bonnes personnes… en ont vraiment peu et ceux-ci… sont toujours les plus difficiles.

Gabrielle regarda l’eau argentée pendant plusieurs battements de cœur. Puis elle se leva tranquillement et se brossa avant de reprendre le chemin.


Ephiny s’adossa, posant un pied sur le rail qui entourait la plate-forme devant ses quartiers et elle sirota de la bière dans une chope profonde. Le nettoyage était terminé et un grand feu de joie rugissait dans le puits central, entouré de corps plongés dans l’obscurité. Elle pouvait entendre des voix qui montaient et descendaient et de fréquents éclats de rire qui mirent un sourire tranquille sur ses lèvres.

Solari allait bien, songea-t-elle, et Ménelda boudait dans ses quartiers. La grande surprise avait été de voir Cait et Paladia, la grande ex-renégate accroupie près de la paillasse de l’Amazone blessée, marmonnant à voix basse, avec des rires légers qui s’échappaient de l’oreiller. Qu’est-ce qui se passait donc, songea Ephiny, qui avait été le témoin des disputes et des chamailleries entre elles ce dernier mois.

Paladia. La régente pensa à elle un instant, repoussant les vagues de frémissements qui accompagnaient toujours ce souvenir particulier. Elle avait fait du chemin là-dessus, cependant, tandis que les échos de son calvaire avaient diminué et qu’elle avait permis à ses occupations quotidiennes de repousser les pensées de grottes sombres et une nausée déchaînée à cause de la drogue qu’on lui donnait.

Il lui avait fallu du temps pour s’habituer à voir la grande femme, vêtue du cuir simple des Amazones et lançant des regards noirs à tout le monde, mais maintenant… elle avait été capable de se séparer suffisamment de la situation pour prendre du recul et voir Paladia comme une épreuve de sa propre vie qu’elle avait mâtée, et aller de l’avant.

Mais que les dieux soient remerciés de la présence d’Eponine. Même ses pires cauchemars fuyaient l’Amazone farouche qui avait passé de nombreuses nuits à simplement la tenir quand elle dormait, la réveillant doucement quand les rêves devenaient trop intenses.

Elle prit une longue gorgée de sa bière et pencha la tête pour regarder le ciel. Puis elle entendit un léger bruit de pas et se redressa, regardant les ombres avec incertitude. Une vague silhouette en marche se fondait dans les arbres, la lumière de la lune envoyant des rayons argentés sur ses cheveux clairs et le tissu sombre. Ephiny frissonna un peu tandis que la forme presque familière se rapprochait et se transformait en une Gabrielle aux traits tendus et pensifs. « Gabrielle », dit-elle à voix basse.

La barde ralentit en la rejoignant et elle se retourna pour s’appuyer sur le rail et étudier le village. « Salut. »

Ephiny attendit un moment pour voir si elle allait continuer. Ce qu’elle ne fit pas. « Tout va bien ? »

Les yeux vert brume qui avaient pris une teinte gris fumé regardèrent le feu de camp. « Non », répondit doucement Gabrielle. « Mais j’ai pris une décision au sujet d’Arella. »

La régente attendit en silence, se concentrant sur le faible craquement des flammes et le doux bruissement en provenance des arbres qui les entouraient. Un léger ronronnement de rires provenait du cercle des Amazones. Elle pouvait voir la tension douloureuse dans la silhouette élancée de Gabrielle et elle se demanda à quelle torture la jeune barde se soumettait pour remplir ce qui lui semblait être de sa responsabilité. « Et… quelle est ta décision, Majesté ? »

Gabrielle prit une inspiration puis la relâcha. Elle serra les poings et sembla attendre un long moment d’incertitude avant de reprendre une inspiration. « Est-ce que c’est trop tard si je te le dis demain ? J’aimerais dormir là-dessus avant de l’énoncer. »

Ephiny ferma les yeux, cette réponse lui suffisant. « Bien sûr, Gabrielle… ça ira tout à fait », rassura-t-elle la barde. « Je sais que ça a été une rude décision à prendre. »

Gabrielle hocha la tête d’un air las et se repoussa de la rambarde.

« Où vas-tu ? » Demanda tranquillement la régente. « Est-ce que tu… je veux dire, j’ai du vin très léger dans mes quartiers… tu veux te détendre un peu ? »

La barde étudia le cercle de femmes autour du feu et carra les épaules. « Non… merci, Eph… mais je vais aller chercher Xena et m’assurer qu’elle se repose un peu ». Et avoir un câlin bien nécessaire, ajouta-t-elle silencieusement. « On se voit plus tard. »

La marche dans le village lui sembla prendre une éternité, mais finalement Gabrielle s’approcha des flammes et repéra son âme sœur dans un coin plutôt isolé, un genou replié entouré de ses mains. Son visage était bien caché dans les ombres, mais à l’occasion, un effet de lumière saisissait son regard et renvoyait des lumières argentées vers les observatrices.

La barde contourna le cercle, invisible aux yeux des autres Amazones et elle finit par arriver près de Xena, qui leva les yeux à son approche. La barde se laissa tomber près d’elle sur un genou et se contenta de la fixer, lisant la tension douloureuse sans effort, sachant qu’elle lui faisait écho.

Xena relâcha son genou et étendit un bras sans un mot. Gabrielle rampa dans l’étreinte de la guerrière, s’enfouissant contre le corps de sa compagne avec une respiration saccadée. Les bras de Xena se refermèrent autour d’elle, la berçant doucement et la voix basse murmura dans des tons de réconfort, heureuse au-delà de toute raison que la barde soit venue vers elle, le recherchant. Je trouverai un moyen de contourner ça… je trouverai un moyen de lui éviter de se battre pour se frayer un chemin à travers ça, pensa-t-elle dans un vœu.

« Hé… hé… doucement… je te tiens… » Murmura la guerrière en sentant les légers tremblements qui traversaient le corps de la barde. « Ecoute… je… je vais aller trouver Eph… lui dire de réunir le conseil, trouver quelqu’un d’autre qui… »

« Non », objecta la barde d’une voix rauque, levant légèrement la tête pour que sa voix porte. « Non… c’est… ça va… je l’ai fait. J’ai choisi. »

Xena sentit une pierre tomber sur sa poitrine. « Oh », marmonna-t-elle, puis elle garda le silence. Trop tard, je présume.

Gabrielle renifla et la serra.

Un souffle. « Je me souviens de la première fois où j’ai dû… décider du destin de quelqu’un en dehors du champ de bataille », dit Xena doucement. « Quand on combat… c’est différent… parce que l’autre personne essaie de vous tuer et je pensais que ce serait la même chose. »

« Mais ça ne l’était pas », dit la barde d’une voix rauque.

« Non… ils ont amené ce déserteur… c’était encore un gamin », répondit Xena. « Il avait grandi avec moi à Amphipolis et il s’est contenté de lever les yeux vers moi, comme s’il savait que ça irait pour lui. » Xena fit une pause. « Il me faisait confiance. »

Gabrielle garda le silence.

« Et je leur ai dit de l’étriper », continua Xena. « Parce que je pensais que c’était le seul moyen d’empêcher d’autres défections. » Elle s’interrompit, regardant le feu. « Et parce que je pensais que tout le monde allait me respecter de ce fait. »

La lumière du feu se réfléchit dans les yeux de la barde quand elle leva un peu la tête et la regarda. « C’était quand ? »

« Juste après Cortese. »

Bonté des dieux. La barde était choquée. « Et ça a marché ? »

Un lent mouvement de tête en réponse. « Oh oui », répondit Xena. « Je les ai regardés faire et après ça, ils me respectaient tout à fait. »

Gabrielle relâcha un souffle. « Comment t’es-tu sentie après ça ? »

La guerrière ne répondit pas pendant un long moment. Puis elle serra la tête de la barde contre sa poitrine et posa sa joue dessus. « J’ai pleuré chaque nuit pendant toute une lune… et j’avais tellement de nausées que je ne pouvais pas manger », admit-elle. « Je voyais constamment ses yeux vers moi, faisant confiance à ce qu’il pensait être une amie. »

La barde mit la tête sur la poitrine de sa compagne et absorba ses paroles dans une paix lourde et sombre. Qu’est-ce que Xena essayait de lui dire ? Que c’était bien de se sentir mal ? Ou juste que parfois… la vie était puante ? « Arella n’est pas mon amie », finit-elle par dire, très doucement. « Elle a essayé de me tuer. » Une pause pensive. « Et encore plus important à mes yeux, elle a tenté de te tuer toi. »

Xena sembla surprise de cette déclaration. « Beaucoup de gens ont essayé, Gabrielle. »

« Aucun n’était des Amazones, Xena » déclara tranquillement son âme sœur. « Je suis responsable de ces gens. » Elle cligna des yeux. « Après ce soir, je présume que je serai aussi responsable de toi. » Un léger soupir. « Pas que je ne l’ai pas toujours été. »

« Je peux prendre soin de moi-même », lui rappela la guerrière. « Ne laisse pas ça… t’inquiéter… t’influencer. »

Gabrielle se redressa et la regarda droit dans les yeux. « Est-ce que tu es en train de me dire que je devrais l’épargner ? » Elle absorba l’intense confusion dans les yeux de la guerrière tandis que celle-ci luttait avec ses émotions. « Ou bien es-tu en train de me dire que je devrais m’épargner moi ? »

Xena ne put trouver de mots pour lui répondre pendant un long moment. « Je ne veux pas te voir blessée. » Doucement, d’un ton suppliant.

« Je ne peux pas épargner l’une ou l’autre de nous », finit par dire la barde tristement. « Mais ça fait mal… et j’ai besoin de ton aide pour traverser ça. » Elle sentit les bras se resserrer autour d’elle et elle soupira. « Il faut que je sache, Xena… est-ce que je fais la chose juste ? »

Oh par les dieux. Xena sentit son cœur s’arrêter. Par Hadès, comment elle, Xena, qui avait tué plus de gens que dans une douzaine de villages Amazones, pouvait-elle dire à Gabrielle ce qui était juste. « Gabrielle, je… »

« S’il te plaît », murmura la barde. « Ne me dis pas de suivre mon cœur… ne me dis pas de regarder au fond de moi… ne me dis pas de me faire confiance, Xena… je ne le fais pas… je ne le peux pas… j’ai besoin de savoir ce que toi tu crois. »

« Moi ? » Murmura la guerrière en retour, d’un ton tendu. « Gabrielle, je suis une tueuse… qu’est-ce que tu veux dire par ce que je crois ? Ce que je crois c’est que j’aurais souhaité lui briser son fichu cou la dernière fois et que je nous aurais épargné ceci à toutes, c’est ça que je crois », martela-t-elle. « J’aurais souhaité avoir… quand je lui ai pris cet arc des mains ce matin, j’aurais souhaité lui avoir coupé la gorge et l’avoir laissée saigner à mort dans la poussière, d’accord ? »

Gabrielle prit plusieurs inspirations régulières. « A cause de ce qu’elle a fait ? » Demanda-t-elle calmement.

« A cause de ce qu’elle te fait là maintenant, à toi », répondit Xena tendue.

La barde absorba ces paroles pendant un moment. « Tu n’as pas répondu à ma question. »

Un très long silence. Puis finalement, Xena ferma les yeux dans une défaite profonde. « Comment puis-je répondre à ça ? » Murmura-t-elle.

« C’est juste une question, Xena. »

Les yeux bleus percèrent la faible lueur. « Une question avec deux réponses », répondit la guerrière avec exaspération. « C’est la bonne réponse pour les Amazones, Gabrielle… mais c’est la mauvaise pour toi. »

« Pourquoi ? »

Les épaules de Xena s’affaissèrent. « Tu ne devrais pas vivre avec ça sur la conscience. » Elle soupira. « Je ne le veux pas. »

Gabrielle regarda vers l’obscurité. « J’ai déjà deux âmes sur ma conscience… qu’est-ce qu’une de plus ? » Elle s’interrompit, mais comme Xena ne répondait pas et ne faisait aucun bruit, elle leva les yeux.

Pour voir une douleur profonde face à elle, des mares jumelles d’angoisse entourées d’un visage qui semblait avoir pris dix ans en un instant. « M’lila avait tort, après tout. » Les mots semblaient être tirés d’une profondeur sans fin. « J’aurais préféré rester morte plutôt que revenir pour t’entendre dire ça. »

Gabrielle eut l’impression d’être figée telle une pierre. Même respirer lui demandait un effort énorme, tandis que les mots et l’expression sur le visage de son âme sœur s’inscrivaient en elle. Oh dieux… elle le pense vraiment. Le corps de la guerrière était raidi et elle pouvait ressentir le vide profond qui faisait écho par sa connexion avec la grande femme. Elle mit la main sur la poitrine toujours immobile de Xena. « Je suis désolée. »

Cette dernière laissa échapper un souffle tremblant. « Pas autant que moi à cet instant. » Tout le corps de Xena sursauta comme si elle voulait s’échapper et qu’elle s’empêchait de bouger par sa pure volonté. « Je te le jure, Gabrielle, si je pouvais retourner à ce moment-là maintenant, je le ferais. »

Gabrielle fixa la boucle de son gambison sans le voir vraiment. « Et abandonner tout ça ? » Murmura-t-elle. « Nous abandonner ? »

Quelques battements de cœur passèrent. « Oui. »

La barde leva la tête et regarda Xena droit dans les yeux. « Tu… es en train de dire… que tu préférerais… ne jamais être tombée amoureuse… n’avoir jamais trouvé la seconde moitié de ton âme… et avoir passé l’éternité au Tartare… juste pour m’épargner cette décision ? »

« Oui. »

Le silence emplit le petit espace vide autour d’elles.

Gabrielle pencha légèrement la tête. « Tu m’aimes. »

Xena fronça les sourcils. « Bien sûr. »

Un hochement de tête. « Est-ce que d’être amoureuse te rend heureuse, Xena ? »

Une légère détente des muscles. « C’est une des rares choses de ma vie qui l’a jamais fait. »

Gabrielle soupira. « Alors tout ce que j’ai traversé compte pour moi. » Elle enroula ses doigts autour du tissu soyeux, le plissant affectueusement. La barde leva les yeux après un moment pensif. « Xena, c’est toi mon intérêt général. »

Les larmes la surprirent. Xena lui faisait toujours cet effet… elles n’étaient accompagnées d’aucun son, juste des traces lentes et liquides qui saisissaient des reflets sous ses yeux clairs. Elle attrapa la première qui glissait de la haute pommette de la guerrière et elle la fit tomber dans sa main. « Tu sais à quoi je pense, Xena ? »

Son âme sœur se contenta de secouer la tête.

« Je pense que toi et moi, nous sommes des bonnes personnes », dit Gabrielle tranquillement. « Parce que je sais que sacrifier tout pour quelqu’un d’autre n’est pas une chose qu’une mauvaise personne ferait.

Xena déglutit. « Alors laisse-moi prendre la responsabilité d’Arella », plaida-t-elle tranquillement. « Gabrielle, vu la quantité de sang que j’ai sur les mains, un de plus n’a pas d’importance. »

Les yeux verts la fixèrent. « Ça a de l’importance pour moi. » Gabrielle leva la tête. « J’aurais dû m’occuper de ça avant, mais je ne l’ai pas fait et maintenant trois personnes ont été blessées et deux sont mortes. C’est de ma responsabilité, Xena… et c’est ma décision. » Elle fit une pause. « Je ne peux pas prendre le risque qu’elle blesse d’autres personnes. »

La guerrière soupira et reposa sa tête contre l’arbre. Après un moment, elle roula la tête d’un côté et cligna des yeux vers la barde d’un air las. « Très bien », répondit Xena, un air lointain sur le visage. « Alors pour ce que ça vaut, je pense que tu fais ce qui est juste. »

C’était doux à entendre, malgré la signification et Gabrielle ressentit un ruban serré sur sa poitrine se détendre. Elle lissa le tissu sur la poitrine de son âme sœur et reposa la tête dessus. « Merci. »

L’étreinte de Xena se resserra à nouveau et Gabrielle sentit le menton de la guerrière se poser sur sa tête. Elle frotta doucement le bras de la guerrière tandis que le corps tendu sous elle se relaxait. « Hé… » dit-elle doucement.

« Oui ? » La voix de Xena était rauque et très proche de son oreille.

« Allez… je connais un petit lutin très fatigué qui a besoin d’aller se coucher. »

Un léger rire reniflant et ironique sortit par surprise de Xena. « Je ne pense pas avoir été traitée comme ça depuis que j’avais six ans », admit-elle.

« Mmm… j’ai tort ? » Demanda la barde.

Xena soupira d’un air las. « Non. » C’était une confession étonnante. « J’ai l’impression d’avoir sauté d’une falaise. »

Gabrielle se mit debout et tendit une main vers sa compagne. « Et bien, tu sais ce qu’on ressent, je présume. »

La guerrière accepta la main tendue et se leva, titubant légèrement, attrapant une branche au-dessus d’elle pour se stabiliser, un peu surprise que ses jambes tremblent. « Ouaouh. »

La barde se rapprocha, un air inquiet sur le visage. « Tu vas bien ? »

Le tremblement ne diminua pas et Xena se retint mieux à la branche, inspirant de l’air tout en se frottant les yeux. Instantanément, un bras chaud se glissa autour d’elle et elle sentit le corps puissant de la barde lui prodiguer un soutien fort nécessaire. « Bon sang… où est-ce que… » Pendant un long moment, l’obscurité virevolta autour d’elle et elle se retint à l’arbre pour ne pas tomber, jusqu’à ce que le monde se stabilise et que son corps recommence à répondre plus normalement. « D’accord… je vais bien. »

Gabrielle maintint sa prise, passant le bras de son âme sœur autour de ses épaules pour la sécuriser. « Allez… on va te mettre au lit », murmura-t-elle doucement, la guidant vers leurs quartiers, recevant des regards étonnés des groupes d’Amazones.


« Excuse-moi. » La barde passa la tête de la porte de leurs quartiers, hélant une garde passante. La femme se détourna immédiatement de son chemin pour venir vers elle et avança jusqu’à s’arrêter près de la porte.

« Oui, ma reine ? » Des yeux noisette intelligents étaient tournés vers elle, dans un visage anguleux entouré de boucles rousses. La garde était un peu plus petite que Gabrielle et se tenait avec un air de confiance paisible.

« Erin, c’est ça ? » S’enquit Gabrielle, ce qui lui valut un sourire d’acquiescement de l’Amazone. « Tu peux me rendre un service ? »

« Bien sûr. » Erin pencha la tête. « De quoi s’agit-il ? »

La barde se glissa dehors. « Bon… et bien, j’aimerais vraiment avoir un plateau de… n’importe, ce qui reste du dîner… n’importe quoi ça ira et un pichet de cidre, si c’est possible. »

L’Amazone la fixa. « Majesté… je pourrais te faire tuer un sanglier si tu le souhaites », protesta-t-elle. « Et nous avons un excellent vin cette année… s’il te plaît… laisse-moi… »

Gabrielle mit la main sur son bras. « Non… non… je ne veux pas de sanglier… merci… vraiment… j’essaie de ralentir. » La blague passa complètement par-dessus la tête de l’Amazone. « Juste des sandwiches, ce serait génial… et je ne peux pas boire de vin, mais le cidre descendrait bien en ce moment. »

Erin eut l’air intriguée. « Mais… écoute, je ne peux pas apporter des restes à la reine des Amazones ! »

La barde soupira. « Oh… bon, d’accord… je comprends. » Elle mordilla un ongle. « Je vais aller les chercher moi-même », décida-t-elle, en lançant un regard légèrement inquiet derrière elle. « Peut-être de ces petits gâteaux… » Quelque chose… n’importe quoi… pour animer son âme sœur dont la dépression tranquille commençait à l’effrayer. Xena n’avait pas parlé depuis qu’elles étaient revenues, elle s’était juste installée sur le banc capitonné sous la fenêtre et jouait avec un bout de bride d’Argo après avoir dit qu’elle était trop fatiguée pour dormir.

Ça n’avait pas beaucoup de sens pour la barde, mais elle savait qu’elle ne devait pas pousser son âme sœur trop loin. Certaines choses, songea-t-elle un peu tristement, devaient trouver leur solution en nous. Elle s’était éloignée et m’avait laissée faire ça, maintenant c’est mon tour. Peut-être que la guerrière était toujours fâchée à cause de ça, songea-t-elle, puis elle se mit à marcher vers la salle à manger. « Merci, en tous cas. »

« Non… non… non… » Erin remua rapidement la main vers elle. « Ce n’est pas ce que je… écoute, d’accord… je vais te chercher ce que tu veux, mais je ne… » Elle s’interrompit. « Des sandwiches, c’est ça ? Et du cidre… et… heu… des gâteaux ? »

Gabrielle lui sourit. « Oui… si ça ne t’ennuie pas… je n’ai pas dîné ce soir et Xena non plus. » Elle soupira tandis qu’Erin partait et se dirigeait d’un air déterminé vers la salle à manger. « Ah les Amazones. » La brise nocturne agita ses cheveux et fit vaciller la torche plantée hors de ses quartiers. Elle pouvait voir les faibles contours d’une sentinelle tout près et les formes légères et mouvantes d’autres Amazones qui traversaient la zone centrale. Il y avait de la fumée dans l’air, depuis le feu de camp, et la riche senteur de la forêt avoisinante, et quelques notes d’une chanson volèrent vers elle tandis qu’elle retournait vers la porte et l’ouvrait.

C’était tranquille à l’intérieur. Arès était affalé près du banc, sa grosse tête posée sur ses pattes et sa queue entourant librement les bottes de Xena. La guerrière jouait toujours avec son morceau de bride, son corps appuyé contre le mur. Elle leva les yeux quand Gabrielle rentra dans la pièce et elle sourit un peu. « Salut. »

Gabrielle s’assit sur le banc et mit ses jambes sous elle. « Salut. » Elle tendit la main et joua avec une mèche de cheveux noirs. « Qu’est-ce qui ne va pas avec ce truc ? »

Xena fixa ce qu’elle tenait pendant un instant comme si elle était surprise de le voir. « Oh », finit-elle par marmonner. « Heu… ce truc-là ? » Elle montra à la barde l’endroit où la minuscule barre qui tenait le cuir de la bride attaché était sortie du morceau principal. « J’entoure ce truc autour de ça et je le tasse dedans en quelque sorte, comme ça. »

« Hmm. » Gabrielle observa l’objet. « Mais tu l’as déjà fait. » Elle leva les yeux vers le visage de la grande femme. « Deux fois. »

Un léger sourire tira sur la commissure des lèvres de Xena. « Oui, et bien… » Elle fit tourner le morceau de métal dans ses doigts. « Je… euh… »

La barde lui prit l’objet et le posa doucement, puis elle se leva et tira pour la soulever. « Xena, pas de discussion, d’accord ? Tu vas venir avec moi et me laisser te mettre au lit. » Sa voix était ferme et ne supportait aucune récrimination. « Tu me rends nerveuse. »

Xena soupira et se mit péniblement debout, laissant la jeune femme la conduire jusqu’au lit où elle la poussa. Elle s’était déjà changée pour une chemise en coton doux et elle se contenta d’acquiescer tandis que Gabrielle s’affairait autour d’elle. « Je ne suis pas aussi fatiguée que ça », protesta-t-elle sans conviction.

Gabrielle se contenta de la regarder. « Xena, c’est à moi que tu parles, d’accord ? Alors arrête avec ce crottin de centaure. » Elle mit les mains sur ses hanches et observa Xena d’un air sévère. « Tu as l’air aussi fatiguée que ça. »

La guerrière prit une inspiration, hésita, puis abandonna et se laissa tomber contre l’oreiller, pour regarder le plafond. « D’accord. » La dépression lancinante s’installa à nouveau sur elle, lui faisant l’effet que des rochers étaient empilés sur sa poitrine.

La barde s’assit sur le bord du matelas et lissa en arrière les cheveux noirs de sa compagne, testant subrepticement son front en même temps. La peau était fraîche, à son grand soulagement, mais ça n’expliquait pas l’apathie de Xena. « Chérie ? »

Le regard bleu se concentra sur elle. « Hmm ? »

« Tu veux en parler ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

Un souffle. « Pas vraiment », répondit-elle doucement.

Ça fit mal. « Très bien. » La barde laissa sa main tomber sur le côté, sentant une distance entre elles comme elle ne l’avait plus ressentie depuis de longs mois. Elle repoussa des boucles de son âme et elle se mit debout, s’éloignant du lit pour aller vers la fenêtre.

A mi-chemin, elle s’arrêta et se retourna. Xena la regardait à travers ce qui semblait être un brouillard épais et nauséeux et bien que le feu soit allumé, elle était frigorifiée.

Non.  Elle reprit le chemin à l’envers et finit près de son âme sœur, faisant péniblement appel à un courage fait de désespoir et d’expérience. « Ce n’est pas juste. »

Le visage anguleux se tendit et Xena haussa un sourcil.

« Je ne veux pas laisser ça arriver à nouveau, Xena », murmura Gabrielle. « Tu vas me parler. » Elle retint sa respiration tandis que les traits familiers se tendaient et qu’elle fut sujette à un examen intense de la part du regard formidable de la guerrière. Allons, Xena… Ne me lance pas ce regard de pierre. « S’il te plaît ? »

Xena, qui serrait ses deux mains, en détendit une et la leva. Gabrielle accepta l’offre et mêla ses doigts à ceux de la guerrière, surprise de les trouver aussi froids. « Qu’y a-t-il ? » La poussa-t-elle doucement. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Un mouvement las et hésitant de la tête. « Je ne voulais pas que tu changes. »

C’était la dernière chose à laquelle Gabrielle s’attendait. Elle s’assit au bord du lit, un air confus sur le visage. « Comment… dieux, Xena, comment pouvais-je ne pas changer ? » Demanda-t-elle. « Comment pouvais-je vivre la vie que je mène et ne pas… » Sa voix s’éteignit tandis qu’elle regardait la guerrière fermer les yeux. « Xena, c’est mon choix, tu te souviens ? »

Xena soupira. « Tu marches dans l’obscurité, Gabrielle. » Son ton était très calme. « Et je ne sais pas si je peux vivre avec ça. »

« Je ne suis pas… » La voix de la barde faiblit. L’était-elle? Suis-je plus une guerrière qu’une barde maintenant ? Des visions de sa vie passèrent devant ses yeux. J’ai combattu plus de fois que je n’ai enseigné tout le temps où j’ai été ici.

Dieux. Que suis-je en train de devenir ? J’ai decidé de condamner quelqu’un à mort. Moi. La petite fille de Potadeia.

Non. Plus elle. Cette petite fille est morte.

Cela amena des larmes brûlantes et désespérées à ses yeux et elle chercha le seul réconfort qu’elle n’ait jamais connu…

Le seul foyer qu’elle n’ait jamais eu.

Comprenant Xena dans ce moment comme elle ne l’avait jamais fait auparavant, tandis que sa conscience s’écrasait sur elle et que son corps convulsait en sanglots, se rebellant en pure réaction tandis qu’elle reconnaissait la vérité de ce qu’elle faisait. C’était toute la douleur qu’elle avait ressentie après Méridian, mais qu’elle n’avait jamais eu la chance de relâcher, douleur qui s’était cachée profondément en elle et s’y était enroulée.

Arella avait fait remonter tout ça, l’amenant à encore un nouveau choix. Et elle avait choisi la mort, à nouveau.

Son âme pleurait, piteusement. Elle était à la dérive dans une mer d’obscurité, sa seule ancre étant deux bras puissants et une volonté qui connaissait le plus profond d’elle-même, qui la mettait en sécurité et entière et consciente de la lumière.

Elle pleura à chaudes larmes tandis que la guerrière la tenait contre elle en silence, jusqu’à ce que son crâne batte et que les doigts de Xena commencent doucement à détendre les muscles raidis de sa nuque. Bien. Elle ferma les yeux et regarda en elle. « Xena ? »

Xena lui caressa les cheveux très doucement. « Je suis là. » Une pause. « Je serai toujours là. »

« Si je marche dans l’obscurité, j’emporterai la lumière de notre amour avec moi. Peu importe combien ça noircit, cette lumière éclairera le chemin », murmura Gabrielle. « J’irai bien tant que j’aurai ça. »

Xena la berça un moment, sentant le lourd désespoir s’alléger tandis qu’elle laissait ce qu’il y avait entre elles se dissoudre. « Tu te sens mieux ? » Finit-elle par murmurer.

Gabrielle hocha la tête sur la peau chaude et douce contre laquelle elle était blottie. « Oui… je… » La barde fronça les sourcils et elle tourna la tête, regardant le profil de Xena éclairé par la lumière de la chandelle. « Attends… c’est toi qui te sentais mal, moi je… » Sa voix traîna. « C’était moi ? »

La guerrière sentit une paix descendre sur elle. « Je ne sais pas… mais je me sens bien mieux maintenant », répondit-elle. « Je ne peux pas vraiment… décrire ce que je ressentais, Gabrielle… c’était comme si le poids du monde était sur mes épaules. »

La barde soupira dans son oreiller de peau chaude et de coton. « Oui », répondit-elle doucement.

Xena continua son massage. « Gabrielle ? »

« Mm ? » La barde épuisée marmonna une réponse.

« Je veux que tu fasses quelque chose pour moi », dit la guerrière.

Des yeux las se tournèrent vers elle. « A ton service, tu le sais bien. »

Xena prit son visage entre ses mains. « Demain… quand on amènera Arella devant toi… elle pourrait décider de demander le défi. »

Les sourcils blonds se croisèrent. « Quoi ? Oh… et bien oui, elle pourrait… mais ce serait… je veux dire, qu’est-ce que ça lui rapporterait ? »

« Je veux que tu dises oui si elle le fait », répondit doucement Xena. « Tu me le promets ? »

Un moment de silence. « Je ne comprends pas. » Gabrielle était intriguée. « Xena, elle ne me combattrait de toute façon pas, elle serait face à… » Sa voix s’essouffla tandis qu’elle amenait la phrase à sa conclusion logique. Face à toi. Elle leva les yeux vers le visage sévère, avec ses yeux clairs brillants, qui la regardaient avec une confirmation austère.

Un silence de mort. Gabrielle reposa lentement la tête sur la clavicule de Xena. « Oh. »

Xena ne dit rien. Elle se contenta de continuer à masser le dos de Gabrielle pendant un moment. « Tu as fait le choix, Gabrielle », finit par dire la guerrière. « C’est une charge fichtrement lourde. Laisse-moi t’aider à la porter. »

La barde enroula ses mains dans le tissu de la chemise de Xena et relâcha un souffle long de défaite. « Si elle me défie », répondit-elle dans une confirmation lasse. « Mais seulement dans ce cas. » Elle se laissa plonger plus profondément dans l’étreinte de Xena, accueillant la vague submergeante de sommeil. « Ne me laisse pas », murmura-t-elle tandis que la guerrière la mettait dans une position plus confortable. « Je ne veux pas rêver ce soir. »

Une voix douce et mélodieuse saisit son esprit, l’aidant à plonger dans l’oubli.

« Je ne te laisserai pas », répondit Xena à voix basse tandis que la musique s’interrompait. « Même dans tes rêves, je serai là. »

Gabrielle rendit son âme à la sécurité de la nuit à venir, enveloppée dans une couverture de paix et de douce musique.

 

A suivre 9ème partie

 

 

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