Guerrière et Amazone

30 décembre 2016

KDO pour l'an nouveau !

mar

La septième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

Très bonne année 2017 à tous/toutes !

Kaktus

 

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Chose promise, chose due, 7ème partie

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Chose promise… chose due

7ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

La pluie de la veille semblait avoir éclairci l’air et Gabrielle dut lever la main pour se protéger les yeux du soleil intense tandis qu’ils sortaient du château. Elle songea que c’était un groupe mixte, consistant en Silvi, ses cousins, trois gardes, deux dames de compagnie et une barde.

Avec un bâton et un loup. Le bâton parce qu’elle savait ce que dirait Xena si elle allait se promener sans être, comme le disait la guerrière, préparée au pire et le loup parce qu’Arès avait simplement refusé de la quitter. Gabrielle se demanda brièvement si Xena avait passé quelques heures… ok, jours… dans les bois à entraîner l’animal pour qu’il reste collé à elle comme une puce sur un chien et elle finit par décider que la guerrière n’en avait pas eu le temps.

Il semblait qu’Arès avait décidé d’être l’assistant de sa maman. « Tu commences même à lui ressembler », fit remarquer la barde tandis que le loup aboyait sur une Elanora qui se plaignait en parlant du nez. « C’est très méchant, Arès. »

Il cligna des yeux et remua la queue puis il colla son museau à son genou et la suivit tandis qu’ils avançaient sur le large chemin pavé qui menait au marché.

L’air était frais et Gabrielle inspira une bouffée avec plaisir, s’étirant et savourant le soleil chaud sur ses bras nus. La longue route en pente surplombait le marché, où elle pouvait voir la brise faire claquer les bannières en tissu coloré des étals et cela lui apportait un kaléidoscope d’odeurs, un mélange de viande rôtie, d’épices, une touche de cire d’abeille odorante, et des parfums capiteux. Elle enroula ses doigts experts autour de son bâton et rattrapa Silvi, qui avançait aisément, s’assurant que sa jupe ne touche pas les pierres.

La barde jeta un coup d’œil à sa propre tenue, ayant décidé de porter à nouveau son habit amazone et elle était contente de ne pas avoir les mêmes soucis. L’air chaud et le soleil étaient agréables sur son corps presque nu et elle se rendit compte qu’elle s’était vraiment habituée à la liberté que lui apportait le vêtement ouvert, et ça faisait longtemps qu’elle ne se sentait plus embarrassée de le porter.

Elle recourba les lèvres en se souvenant avoir laissé derrière elle son habit de villageoise pour la première fois, après les Amazones… échangeant sa longue jupe plissée et sa blouse de paysanne pour le haut couleur ambre artisanalement tissé, la courte jupe et les bottes de sa Nation d’adoption. Elle avait eu une impression… vraiment étrange, comme si bien plus que son vêtement avait changé, et maintenant, quand elle regardait la longue courbe de son histoire personnelle, elle savait que ça l’avait assurément fait.

« Tu aimes bien cette couleur ? » Avait interrogé Gabrielle, tirant avec hésitation sur la jupe couleur rouille et sa nouvelle chemise taillée.

Le sujet de cette interrogation avait cligné des yeux et eu l’air momentanément perplexe, assise contre une bûche à réparer une pièce de l’équipement d’Argo. « Hum. » Le regard de Xena avait lentement voyagé de ses bottes épaisses au top court et une lueur légère et presque espiègle était apparue. « C’est… très différent de l’autre chose », avait répondu la guerrière d’un ton spéculatif. « Heu… c’est… pas mal. »

« Tu le penses vraiment ? » Elle avait prié pour être rassurée. « Je me sens si… heu… » Ses doigts avaient effleuré son estomac dénudé. « Hum. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu es très bien. Détends-toi. » Xena avait soupiré. « C’est plus pratique aussi… tu ne vas pas glisser là-dessus. »

Gabrielle avait baissé les yeux, touchant le bord de la jupe, qui lui arrivait à mi-cuisses, exposant ses jambes qui avaient commencé ces derniers temps à prendre une tonalité musclée sous la peau douce. « Hum… non », avait-elle soupiré puis elle s’était assise sur la bûche près de Xena, ramenant ses pieds bottés sous elle et entourant ses genoux de ses bras. Ses doigts tiraient nerveusement sur la jupe et finalement la guerrière l’avait regardée à nouveau.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« R… rien. » Gabrielle s’était levée et avait à nouveau ajusté sa nouvelle tenue, faisant les cent pas tout en s’entourant de ses bras. « C’est… c’est juste que… je me sens bizarre. » Elle avait fait une pause. « Différente. » Son regard était allé vers le long bâton mal taillé posé tranquillement contre ses affaires. « Je me sens différente. »

Xena avait posé le morceau de selle et l’avait étudiée avec un léger froncement de sourcils. Finalement elle s’était levée et avait marché vers Gabrielle, lui avait mis les mains sur les épaules et l’avait fait tourner pour lui faire face. En silence, elle avait ajusté les nouveaux vêtements de la barde, arrangeant les demi-manches avant de tirer un peu sur la ceinture. Puis elle s’était penchée en arrière et avait eu un bref hochement de tête. « Tu es bien. » Une pause. « J’aime bien. »

Une légère rougeur avait coloré le visage de Gabrielle, mais elle avait souri. « Vraiment ? » Elle avait baissé les yeux, se trouvant bizarrement plus heureuse de sa nouvelle tenue. Elle avait regardé à nouveau ces yeux bleus étincelants avec gratitude. « Merci », avait-elle dit à Xena et elle l’avait pensé.

Xena s’était contentée de hocher la tête et avait tiré une dernière fois sur la chemise, laissant sa main tomber en effleurant accidentellement les côtes dénudées de la barde du bout des doigts.

Gabrielle avait éclaté de rire et s’était reculée, les bras contre ses côtes. « Hé ! » Elle avait levé les yeux pour voir les sourcils de Xena haussés de surprise et une expression légèrement intriguée sur son visage. « Ça chatouille », avait-elle expliqué un peu penaude.

Très lentement, un sourire sexy et diabolique s’était frayé un chemin sur le visage de Xena. « Ah oui ? Je ne savais pas que tu étais chatouilleuse. » Elle recula d’un pas.

« Heu… et bien, je ne le savais pas non plus… vraiment… je veux dire… ce n’est pas comme si j’allais… Xena ? Qu’est-ce que tu fais ? » Une pause. « Comme je l’ai dit, ce n’est pas  comme si j’avais l’habitude de me promener pratiquement à moitié nue, je… j… qu… Ouaouh! »

De longs doigts avaient chatouillé ses côtes et elle avait reculé, trébuchant presque dans sa hâte de s’en éloigner. « Xena ! » Elle avait couiné en attrapant une des couvertures d’Argo pour s’en envelopper. « Hé… ce n’est pas juste ! » S’était-elle plainte. « Tu as tout ce cuir sur toi… je ne peux pas te rendre la pareille ! »

Un haussement d’épaules. « Je ne suis pas chatouilleuse… alors ne t’embête pas à essayer », avait déclaré Xena d’un ton neutre tout en se rasseyant sur le sol avant de reprendre sa tâche de réparation, un minuscule sourire toujours sur ses lèvres. « Mais cette tenue ouvre définitivement des possibilités. »

Avec prudence, Gabrielle s’était assise près d’elle, regardant le jeu de lumière sur le visage de son amie. Les doux chatouillis de son toucher se chassaient toujours le long de son épine dorsale et elle avait décidé à ce moment-là que…

Elle aimait ses nouveaux habits. Beaucoup. Elle avait plié la couverture, s’était étirée sur le côté, croisant les jambes au niveau de ses nouvelles bottes et elle avait savouré la plaisante brise contre sa peau nue, levant de temps en temps les yeux pour regarder les yeux bleus tournés vers elle.

Oui.

Des possibilités.

Gabrielle sourit pour elle-même tout en bougeant son bâton et la brise effleura à nouveau sa peau. Ça avait fini par être une sacrée possibilité, oui.

« Gabrielle, est-ce que tu penses qu’un couteau sculpté serait bien ? » Dit Silvi en se tournant vers elle après avoir parlé avec Elanora. « Avec des cœurs… »

La barde tressaillit intérieurement. « Ah… tu sais, j’ai fini par penser qu’il ne fallait pas acheter ce genre de choses à des guerriers… ils savent habituellement ce qu’ils veulent, et ils sont très, très pointilleux au sujet des armes et tout ça. » Elle se souvint affectueusement de l’incident de la dague de poitrine, comme une exception, bien qu’elle ne l’ait pas prévue pour Xena. Mais elle en fait très certainement un meilleur usage.

« Oh. » La princesse fit tourner cette idée. « Et bien, peut-être… qu’est-ce que tu recommandes alors ? » Elle regarda la barde ardemment. « Quel genre de choses tu as achetées pour ton amoureux ? »

Hmm. « Des choses différentes… je présume… » Répondit-elle lentement. « Les bourses de ceinture, c’est toujours bien… ils n’en ont jamais trop… ces petits morceaux d’armure, et des fils, et les trucs qu’ils trimballent… c’est pratique. » Elle réfréna un bâillement. « On peut en faire graver un avec des initiales… ce genre de choses. » La bourse que Xena portait et qui contenait des choses personnelles était un cadeau de la barde, pour s’amuser, après qu’elle ait été blaguée trop de fois sur les choses qu’elle transportait dans son sac d’épaule. Elle avait trouvé une fois que la guerrière y gardait un tas de minuscules dents, dont elle n’avait pas réussi à avoir d’explication jusqu’à aujourd’hui.

Les yeux de Silvi brillèrent. « Oh… quelle idée formidable ! »

Gabrielle hocha la tête, son regard attiré par un étal proche. « Ici… regarde. » Elle s’avança et prit un joli morceau de cuir. « Une ceinture… c’est toujours pratique… » Expliqua-t-elle puis elle souleva un autre morceau. « On peut en faire faire une bourse de la même couleur… pour les assortir… hum… est-ce que tu as une couleur… préférée ? »

« Le rose », dit Silvi rayonnante.

« Hmm… peut-être pas… les guerriers ne sont pas vraiment… hum… le genre… rose… et pourquoi pas… et bien, là… pourpre ? » La barde leva un échantillon de cuir teinté. « Ils aiment le cuir. »

La princesse lui prit des doigts et l’examina d’un air douteux. « C’est vrai ? »

Gabrielle porta le morceau qu’elle tenait à son nez et inspira. « Oh oui. » Elle rit doucement. « Moi aussi, vraiment », confessa-t-elle d’une voix un peu embarrassée. « Ce n’était pas le cas avant… mais je présume que c’est venu comme ça avec le temps. » Il lui avait fallu une éternité pour s’habituer à l’odeur terreuse quand elles avaient commencé à voyager ensemble, vu qu’elle était pas mal entourée de celle-ci. Xena, bien sûr, portait peu autre chose et l’équipement d’Argo était fait de couches et de couches du matériau.

Mais graduellement… elle avait commencé à aimer l’odeur et même le contact, sans doute confortée par les nombreuses heures à se tenir à Xena quand elles chevauchaient sur le dos puissant d’Argo. Bien entendu, Xena prenait bien soin de son équipement et de celui de la jument, et elle ne les laissait jamais se salir, ce qui ajoutait probablement à l’attrait alors que la barde avait senti du cuir mal soigné et n’avait aucun souhait de renouveler l’expérience.

Elanora regarda par-dessus son épaule. « Tu ne peux pas simplement lui acheter une écharpe ? » dit Elanora en reniflant.

Silvi jeta un coup d’œil inquisiteur à Gabrielle, qui secoua négativement et solennellement la tête. « Gabrielle… quelle est la chose la plus romantique que tu aies donnée à ton chéri ? » Demanda-t-elle en repoussant Elanora avant de reprendre le morceau de peau sous les yeux attentifs du tanneur.

La barde s’appuya sur ses coudes. « Hmm… romantique ? » Mon cœur… mon âme… tout ce que je suis… oh, elle veut dire des choses matérielles. Bien. « Et bien… c’est une sorte de… j’ai appris à faire des nœuds un soir, quand nous voyagions et j’ai fait ce… genre de bracelet tissé… je pense. » Elle se rendit vaguement compte qu’elles avaient perdu Vasi en route et elle regarda autour d’elle pour le trouver, puis elle se dit qu’il en avait sûrement eu assez des achats et s’était éclipsé. Je le comprends.

La princesse soupira. « Fait de tes propres mains ? C’est romantique… est-ce que ton amoureux le garde ? »

Un sourire. « Oh oui… toujours. » Elle leva les yeux. « Parfois… ce sont des petites choses comme ça qui signifient le plus… pas… l’or et l’argent. »

Elanora ricana. « Je préfère passer sur la romance et avoir l’or. » Elle secoua la tête et alla vers un étal odorant avec l’une des dames de compagnie et un garde sur les talons.

Silvi claqua de la langue de dégoût puis elle regarda le tanneur. « J’aimerais que tu fasses une bourse de ceci. » Elle le tendit avec un grand geste hautain. « Avec mes initiales en argent sur l’avant. »

L’artisan prit la peau et tâta son épaisseur puis il eut un signe d’approbation vers Gabrielle. « Ça va faire un beau sac léger, Vot’Majesté. »

« Je le voudrais pour aujourd’hui, s’il vous plaît », déclara Silvi. « C’est pour faire un cadeau. » Elle produisit une grande pièce et la lui tendit. « Je pense que ça suffira. »

Il cligna des yeux et accepta l’argent, lui faisant une courbette. « Oui, m’dame, ça va suffire. » Il leva la peau. « Je vais m’y mettre tout d’suite… j’l’apporte au château quand elle est prête. » Il se tourna alors. « J’te d’mande pardon… s’rais pas Gabrielle la barde ? »

Elle se redressa et lui fit un hochement de tête amical. « Oui, c’est moi. » Je me demande ce qui lui fait dire ça ?

Il laissa tomber la peau et lui prit les mains en lui souriant. « Mon père était à bord du bateau de Cécrops. » Son visage exultait. « J’peux pas te dire ce qu’on a ressenti quand il a passé la porte. »

Gabrielle eut un large sourire. « Ouaouh… c’est génial… je suis vraiment contente qu’il en soit sorti… ça avait été rude. »

« Belaris… y s’appelait, et moi c’est Eler… » L’homme lui secoua les mains. « Il a dit qu’il avait jamais vu quelqu’un comme Xena sauter sur ce navire… et comment elle avait trouvé un moyen de les faire sortir. »

« Je me souviens de lui », dit tranquillement Gabrielle. « Il tenait le gouvernail… c’est un des hommes qui nous a empêchés d’être attirés dans le tourbillon. »

Les yeux brun miel d’Eler brillaient d’une fierté inattendue. « Oui. » Il soupira. « Merci, jeune fille… d’nous l’avoir rendu. » Il lui pressa les mains. « Il t’a décrite comme une jeunette… il a dit qu’t’avais des yeux de la couleur de la mer un jour ensoleillé et le plus beau sourire qu’il avait jamais vu. »

Gabrielle eut un petit rire embarrassé. « Merci… je suis contente qu’il se souvienne de moi », répondit la barde, un sourire plissant son visage. « Je n’ai rien fait… mais je suis contente que ça ait marché. »

Il leva la main. « Ah… jeune fille… c’est pas comme ça qu’il a raconté… Si t’avais pas été attirée à bord, ils s’raient toujours là-bas », protesta-t-il.

Ça, approuva Gabrielle silencieusement, c’était vrai. « Et bien, je suis contente que ça ait marché », répéta-t-elle en lui faisant un autre sourire. « Dis à ton père que je le salue. » Elle se retourna pour voir Silvi, Elanora et les dames de compagnie, ainsi que les deux gardes qui la regardaient avec des grands yeux. « Euh… salut ? »

« Cécrops ! » Couina Silvi. « Le Marin Perdu, le capitaine du Bateau de la Malédiction… tu le connais ? » Elle frappa dans ses mains. « Oh… »

Gabrielle eut un faible sourire pour le tanneur et prit doucement le coude de la princesse, la poussant pour s’éloigner. « Ooooouiiiii… on peut dire ça », dit-elle dans un souffle. « Je te raconterai l’histoire en marchant. »

Elle n’en eut pas l’occasion, tandis qu’elles tournaient le premier coin et que tout ce qu’elle put voir fut des corps volants et des mains qui s’agrippaient. Un pur instinct, et trois années passées auprès de la plus grande guerrière de Grèce, lui fit pointer son bâton vers le haut à temps pour parer un grand gourdin qui venait sur sa droite et puis elle tournoya et esquiva, cognant le bout du bâton dans un genou pour faire une trouée dans la masse des attaquants.

Elle relâcha un cri qui les surprit, puis elle cloua un grand type, juste devant elle, qui essayait de passer un sac par-dessus la tête de la princesse. Silvi hurlait de terreur et Elanora faisait de même ; les gardes étaient enfouis sous de grands hommes grimaçants. Arès plongea sur sa droite, grondant et grognant, tandis que ses dents déchiraient du tissu et exposait la plus grande partie du derrière de l’un des combattants.

« Je ne pense pas ! » Aboya Gabrielle en s’appuyant sur son bâton avant de frapper un type sur le côté avec un puissant coup de pied. Il hurla et tomba, se tenant les côtes, et elle saisit l’opportunité de s’engager dans l’ouverture qu’il laissait et elle tournoya, sentant le craquement sonore tandis que son arme frappait le crâne de l’homme qui essayait de passer le sac au-dessus de Silvi. « Lâche-la, espèce d’abruti ! »

Elle se laissa tomber sur un genou et exécuta son coup favori, le balayage inversé, qui frappa les jambes de deux hommes et les fit tomber rudement sur le sol. Puis elle se releva et attaqua le plus proche de Silvi avec un uppercut vicieux. Son bâton frappa la mâchoire de l’homme et elle vit voler du sang tandis qu’il s’écroulait, se tenant le visage. Elle vint devant la princesse et leur tint tête, fouettant de son bâton tout en les avertissant. « Fichez le camp d’ici, espèces de petites canailles ! »

Dans sa tête, elle entendit le rire de Xena. « Il faut que tu travailles plus tes jurons, mon amour. »

Cela faillit la faire sourire, mais elle ne le fit pas, elle était trop occupée à reprendre son souffle et regardait avec incrédulité les hommes qui partaient en trébuchant, et ils se retrouvèrent seuls dans le petit cul-de-sac encombré. Lentement, elle se redressa et baissa le bout de son bâton, enroulant une main autour de sa rondeur familière, et elle s’appuya tout contre. « Pfiou. »

« Oh… Gabrielle… » Sanglota Silvi en la regardant de ses yeux gris écarquillés. « Tu étais magnifique… oh… tu es une vraie héroïne ! » Elle lutta pour se mettre debout serrant le bras de la barde surprise et embarrassée. « Tu m’as sauvée ! »

« Heu… » La barde lui tapota la main. « Oui… et bien… à ton service… mais… qui étaient ces types ? » Demanda-t-elle. « Et pourquoi voulaient-ils te kidnapper ? »

Silvi la fixa, les yeux exorbités. « K… k… kkk… id… » Le mot traîna tandis qu’elle s’évanouissait, heureusement attrapée par un des gardes tremblants qui avait réussi à se mettre péniblement debout et venait en boitant. Il brassa de l’air faiblement d’une main devant le visage de la princesse.

Gabrielle les étudia puis elle leva les yeux vers Elanora qui se tenait tranquillement debout, ajustant ses vêtements. La jeune fille aux cheveux noirs leva les yeux et fixa avec cran la barde pendant un long moment, puis elle alla près de sa cousine et commença à lui tapoter la joue.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle eut conscience du fait qu’elle avait mal au côté et qu’une longue estafilade rougissait sa jambe, et qu’elle s’était tordu le genou. Et elle soupira. Son âme sœur n’allait pas être ravie. « Allons… nous ferions bien de retourner au château », déclara-t-elle tranquillement, utilisant son bâton pour enlever une partie du poids sur son genou. Les environs étaient devenus étrangement calmes et, sauf leur présence, désertés. Elle vit des regards furtifs qui les épiaient de derrière des rideaux, mais ils disparurent dès qu’elle concentra son attention sur eux.

Qu’est-ce qui se passe donc ici ? Se demanda Gabrielle tandis que les gardes soulevaient avec soin la princesse évanouie et qu’ils se préparaient à bouger. De quel côté étaient-ils vraiment ?


Xena s’appuya contre la table, étudiant les cartes des environs avec des yeux tranquilles, mais attentifs, vérifiant les angles et trouvant la meilleure route pour une approche. « Ici… » Elle bougea son poids sur une main et traça une route, tandis que deux des soldats seniors regardaient par-dessus son épaule. « Il va probablement apporter une petite troupe par ici, et laisser le reste de son armée… » Le doigt bougea. « Ici, derrière cette colline parce que nous ne pouvons pas le voir depuis la cité. »

Le plus petit des deux soldats grogna. « Tu penses qu’il est correct ? »

La guerrière haussa les épaules. « Je ne l’ai jamais rencontré, alors je ne sais pas, mais… si j’avais une force bien plus importante que celle que je vais rencontrer… je ne le serais pas. » Elle s’interrompit. « Je me fiche de qui les dirige. »

« Eh », grogna le plus vieux. « Mais tu t’attaques pas à toi-même, hein ? »

Xena lui lança un regard puis laissa échapper un rire. « Je pense qu’on se moque de moi ici », commenta-t-elle ironiquement tandis qu’elle retournait son attention à la carte. Elle garda un visage neutre, mais une petite partie à moitié oubliée d’elle-même s’enroula autour du compliment, lui donnant un sentiment coupable de joie. Puis elle déglutit soudainement quand une vague inattendue de nausée la frappa. Ouaouh. Elle se concentra sur la table, qui semblait balancer doucement et elle prit plusieurs inspirations profondes puis tendit la main et attrapa le point de pression sur son poignet, sentant le chatouillis quand elle le frappa.

Après un long moment de vacillement où elle n’était pas sûre de pouvoir contrôler son corps, le sentiment diminua lentement. Dieux. Elle se mâchouilla la lèvre et prit une inspiration précautionneuse.  Et bien, je n’ai pas eu de nausée de cette force depuis des années… je ne vais pas commencer maintenant.

« Gén’ral ? »

Elle tourna la tête pour voir Bennu qui se tenait là avec un morceau de parchemin à la main. « Oui ? » Elle ravala plusieurs fois pour être sûre d’elle et se redressa. « Est-ce que c’est le déploiement des troupes ? »

Il cligna des yeux, le front légèrement plissé. « Oui… » Il lui tendit le document. « Ah… vous voulez un verre d’eau ou aut’chose ? »

Xena relâcha un souffle prudent. Génial. Je dois être aussi verte qu’un petit pois…  « Non… merci. »  Elle étudia le papier. « D’accord… les nouvelles positions de la garde sont en place ici et ici ? » Elle lui lança un regard acéré, un peu contrariée par sa faiblesse momentanée. « Et pour les préparatifs que j’ai demandés ? Est-ce que ces groupes sont revenus ? »

Bennu hocha la tête, rassuré. « Les nouveaux sont là, oui… et les provisions et tout ça sont en place… » Un sourire plissa son visage. « Ils ont du bon cheddar… le vendeur avait un mar… gén’ral ? »

Xena mordit fort l’intérieur de sa lèvre tandis que la simple suggestion du fromage à l’odeur forte faisait des ravages dans ses tripes. « Oui ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et repoussa le sentiment. « Du cheddar, hein ? »

Il hocha la tête. « Z’en voulez ? Je pourrais aller… »

La guerrière déglutit. « Non… non… merci… je viens juste de déjeuner », l’assura-t-elle. « En fait, je vais aller chercher des… hum… papiers que j’ai laissés en haut. Je reviens tout de suite. »

Elle traversa l’armurerie et se glissa dehors où le vent frais lui apporta un soulagement bienvenu. « Dieux. » Xena lança un regard aux nuages blancs cotonneux. « Attention à ce que tu demandes, Xena… parfois tu l’obtiens. » Elle massa son estomac rebelle et tressaillit, puis elle alla vers la cour.

Alors qu’elle arrivait à la porte principale du château, une silhouette élancée aux cheveux noirs sortit de l’ombre et leva la main pour l’arrêter. « Un moment », dit le garçon.

Xena s’arrêta et se concentra sur lui. Elle évalua sa tenue et son attitude et en conclut que c’était probablement le cousin de la princesse. « Oui ? » Demanda-t-elle d’un ton laconique.

Il prit une inspiration nerveuse. « Je peux te parler en privé ? Je pense que j’ai peut-être… des informations qui pourraient t’intéresser… peut-être qu’on… pourrait s’utiliser l’un l’autre. »

Oh bon sang. Xena soupira intérieurement. Je ne suis vraiment pas d’humeur pour ça. Cependant le garçon pourrait avoir quelque chose qui serait utile, alors… « Très bien… allons chez moi. » Elle se retourna et lui fit signe de la suivre. « Et ne perds pas de temps. »

Elle poussa la porte principale et entra à grands pas, remontant les marches d’un mouvement égal et puissant. Son corps l’avait surprise, vraiment… après la journée complète de combats ardus hier, et le mélange d’herbes qu’elle avait avalé la veille au soir, elle était sûre qu’elle le paierait très fort ce matin, mais… Elle sentit l’élasticité de ses mouvements et sourit un peu. A part son estomac rebelle, tout semblait être en parfait ordre de marche.

Bon sang que c’était bon. Ces derniers mois elle avait eu l’impression de lutter contre elle-même bec et ongles… tout lui était devenu difficile et elle avait été sujette à des douleurs et des maux comme jamais depuis des années. Mais maintenant… Elle prit une profonde et plaisante inspiration. Les choses semblaient remises sur la piste et elle n’était pas sûre de savoir si c’était le repos à la maison ou d’avoir résolu la tension entre son âme sœur et elle-même, ou bien une combinaison des deux.

Elle soupçonnait fortement que c’était le dernier cas. Ils atteignirent sa porte et elle souleva le loquet, poussa pour ouvrir et surprit Mestre qui finissait juste de tamponner les oreillers. La jeune fille sursauta et hoqueta puis elle lui lança un regard maussade tandis qu’elle retournait son attention au lit.

« Sors d’ici », ordonna le garçon en claquant des doigts puis il se tourna et se retrouva face à la cuirasse d'une princesse guerrière à l’air agacé. Surpris, il recula la tête et leva les yeux vers le regard bleu glacier qui semblait plonger tout au fond de lui.

« Je… » Xena s’avança le forçant à reculer. « Ne… » Un autre pas. « Supporte pas… » Il était maintenant contre la table. « Les petits garçons qui font claquer leurs doigts. » Elle lui lança un regard noir.

Il ouvrit la bouche puis la referma. Du coin de l’œil, Xena saisit l’expression sur le visage de Mestre, qui était passée lentement de la pâleur à une lueur temporaire de calme appréciation. La guerrière eut un bref souvenir de l’alter ego de son âme sœur, à une époque différente, et elle trouva un écho de cette expression. Elle tourna à nouveau son regard sombre vers le garçon. « Sois gentil ! »

« E… é… écoute… tu ne peux pas… » Il bafouilla.

Elle plissa les yeux. « Oh si je peux… » Sa voix tomba d’un ton. « Je peux faire tout ce que je veux. » Parfois, songea-t-elle, c’est bon d’être mauvais. Elle attendit que Mestre ait fini ce qu’elle faisait puis elle lui fit un signe de tête. « Merci. »

Le regard noir l’évalua. « A votre service », répondit la servante d’une voix douce. Puis elle prit ses affaires de nettoyage et sortit, se glissant par la porte avant de la refermer derrière elle.

Xena soupira puis se retourna et alla vers leurs sacoches, s’agenouilla près d’elles et sortit son kit de soin bien usé. « Parle », dit-elle par-dessus son épaule, tandis qu’elle sortait une combinaison d’herbes et en versait une bonne pincée dans une tasse. Elle se leva et alla jusqu’au bassin d’eau, testant la qualité d’un doigt prudent à ses lèvres avant d’utiliser la louche pour remplir la coupe.

« Et bien ? » Elle se retourna et s’appuya contre la table sur laquelle se trouvait le bassin, faisant doucement tourner la tasse tandis qu’elle laissait les herbes infuser. L’odeur âcre et propre monta vers elle et elle prit prudemment une gorgée, laissant le médicament couler le long de sa gorge. Je vais vraiment en avoir besoin de plus si ce truc continue. Elle sentit ses tripes grondeuses se calmer un peu.

Le garçon croisa les bras et alla vers la fenêtre ; il regarda le ciel, visiblement en train de se recomposer. Il finit par se retourner et lui faire face. « On te tend un piège. »

Xena croisa les chevilles et prit une longue gorgée de son infusion. « Ah oui ? » Demanda-t-elle d’un ton nonchalant. « Et comment ça ? » Elle sentit les herbes commencer à faire leur effet et elle soupira un peu de soulagement.

Il l’étudia. « Le seigneur de guerre qui vient ce soir a prévu un plan… pour empoisonner ton armée et prendre le contrôle de la cité. »

Elle se permit de hausser un sourcil, un seul. « Vraiment », murmura-t-elle en se repoussant du mur pour aller vers le fauteuil capitonné. « Et de quel plan s’agit-il ? » Elle se laissa tomber dans le siège et passa négligemment une longue jambe par-dessus un accoudoir.

Avec précautions, il s’assit également, sur le divan qui lui faisait face. « Lui… la princesse et plusieurs vieux nobles qui la suivent. »

Elle l’observa de ses yeux intelligents. « Mais ne te suivent pas toi. »

« Non », répondit-il avec franchise.

« Pourquoi ? » Demanda Xena. « Ne me dis pas que tu aimes bien Garanimus. »

Le garçon secoua la tête et se releva, faisant les cent pas nerveusement. « Je le déteste… en fait… si tu n’étais pas venue, j’aurais suivi le plan moi-même. » Il se retourna et la regarda. « Les choses sont différentes maintenant… j’étais près des baraquements, on pouvait à peine penser que c’était le même groupe d’hommes. »

« Ça n’explique toujours pas pourquoi », dit Xena. « Il me semble à moi que tu as une bonne chance de te débarrasser d’eux tous… quel est le problème ? »

Il soupira. « Ce… Framna… la princesse est obnubilée par lui. Elle a l’intention d’en faire son consort. » Il se retourna. « Il n’est pas fait pour ça et elle… c’est à peine une enfant et elle n’est pas prête à régner. »

« Oui oui », dit la guerrière d’un air songeur, en prenant une longue gorgée. « Et tu penses qu’elle et lui ne doivent pas diriger cet endroit, hein ? » Elle hocha un peu la tête. « Très bien… je peux voir ça. »

Il se redressa. « Ah oui ? Je veux dire… bien sûr que oui. » Il se frottait les mains nerveusement tout en revenant s’asseoir. « Je dois faire ce qui est le mieux pour la cité… Tu comprends ? »

Un lent sourire languide passa sur les lèvres de Xena. « Oh…. Je comprends », l’assura-t-elle d’une voix soyeuse. « Alors… quel est ton plan ? » Une pause. « Et comment je m’insère là-dedans ? » Tch. Un petit orbe mental roula. Séduire les petits garçons… dieux, Xena… comme tu peux être tombée bien bas. « Hmm ? » Son regard passa sur lui d’un air appréciateur et elle laissa son sourire s’agrandir un peu.

Il lui souriait maintenant en retour, plus à l’aise et flatté de son intérêt. « Je vais faire en sorte qu’il te serve… vraiment… ce sera simple. Simplement éviter l’empoisonnement et renverser ce Framna… Il sera discrédité et la princesse aussi… son jugement se montrera gravement erroné. » Il fit une pause. « Je m’assurerai que les gens sachent qu’il avait eu l’intention de prendre le contrôle de la cité et que… nous… nous l’avons empêché. »

L’autre sourcil eut sa chance. « A six contre un… ce n’est pas bon », objecta-t-elle tranquillement.

Il se pencha en avant et la regarda. « Je ne souhaite pas faire un compliment, mais j’ai entendu des histoires particulièrement incroyables sur toi ces derniers jours… je crois que ces chances contre nous ne te déconcertent absolument pas. » Il hésita puis ajouta délicatement. « Mais… peut-être que je me trompe. »

Oooh…  Xena faillit se mettre à rire. On joue sur ma fierté, petit ? Malin. Tu as un point pour ça. « Et j’en retire quoi ? » Elle eut un sourire prédateur. « En présumant qu’on te met à la tête… ce que je crois être ton but. » Elle s’interrompit, très délibérément. « Mais… peut-être que je me trompe. »

Il faillit, faillit seulement, sourire. « Nous nous comprenons », confirma-t-il d’un ton narquois. « Nous aurons besoin d’une armée… et celle que tu as maintenant est de bonne taille… pas trop grande, pas trop petite… » Son regard était posé avec attention sur son visage. « Bien sûr… la cité a besoin d’un chef militaire dans ce cas… un commandant royal de la garde, pour ainsi dire. » Il leva la main et fit un geste. « De plus grands quartiers que ceci, bien entendu… et tous les serviteurs que tu… » Il pinça les lèvres. « Désires. »

Des yeux bleus brillèrent. « Qu’est-ce qui arrivera à Garanimus ? »

« Qu’est-ce que tu veux qu’il arrive à Garanimus ? » Fut sa réponse. « Ce sera totalement à toi de décider… j’ai entendu dire que vous deux aviez… une histoire. »

Xena le regarda en silence pendant un long moment, tout en réfléchissant. Il était nerveux, attendait sa décision. Ça se voyait dans sa respiration, courte et faible et la sueur sur son front. « Très bien », finit-elle par dire très calmement. « Parle-moi de ce plan avec le poison. »

Une cruauté furtive passa sur son jeune visage de manière inattendue. « Demande à ta petite amie. » Sa bouche forma un sourire narquois. « Demande-lui au sujet du porto qu’elle va apporter ce soir… rempli d’assez de drogues pour assommer un centaure. » Il regarda son visage avec avidité pour guetter une réaction, déçu quand il n’en vit pas. « Tu ne me crois pas ? »

« Oh », souffla Xena doucement. « Si… je te crois. »

Il haussa les sourcils. « Tu n’es pas surprise », dit-il doucement. « Elle pense que tu lui fais confiance. » Il sourit lentement. « Mais tu es plus maligne que ça, pas vrai ? »

La guerrière le regarda directement tout en vidant sa tasse. « Ne fais jamais confiance à personne, gamin. » Elle posa la tasse. « Tu vivras plus longtemps comme ça. » Elle se leva et s’étira. « J’ai des plans à mener. »

Il se leva également mettant les épaules en arrière dans un soulagement évident. « Je sais que je fais ce qui est juste pour mon peuple », déclara vertueusement le garçon. « Et tu ne le regretteras pas non plus, Xena… je te le promets. »

Xena lui fit face et eut l’impression d’avoir dix ans de plus en voyant son visage juvénile. Elle leva la main. « Garde la tête baissée ce soir… ça va chauffer. »

Il lui attrapa la main avec prudence, enroulant ses doigts autour de son avant-bras, sentant les muscles puissants sous la peau douce. « Ne t’inquiète pas… je le ferai. »

Xena soupira et leva la main pour se gratter la tête et se passer les doigts dans les cheveux. « C’est plutôt compliqué comme affaire… même pour quelque chose dans lequel Gabrielle est impliquée », murmura-t-elle à la pièce vide, ramassant ses papiers puis laissant son regard passer sur le dessus du bureau.

Le journal de Gabrielle s’y trouvait, retenant par le coin un parchemin sur lequel se trouvait un grand X.

« Hmm. » Xena passa le doigt sur le matériau. « X marque un endroit ou bien X signifie moi… quelles sont les chances pour l’un ou l’autre ? » Elle tira sur le parchemin et le déplia, surprise quand plusieurs petits objets noirs en tombèrent. Elle regarda de plus près et sourit. Des pépins de pomme.

Le morceau comportait des écrits, bien entendu, et elle le prit avec elle dehors, dans la lumière, où elle s’appuya contre le balcon et l’étudia.

Salut.

Je savais que tu ouvrirais ceci. Ça aurait pu être une carte au trésor, tu sais… avec ce grand X marqué à l’endroit du trésor et peut-être que je voulais que ce soit un secret.

Oui, en effet.

Merci pour la pomme. Elle était délicieuse et c’était agréable d’avoir quelque chose de sûr et de goûtu à manger ce matin avant que j’aille rendre visite à la Princesse Minaude.

Sois prudente… je sais que tu t’amuses beaucoup avec les garçons, mais ces épées sont acérées et je m’inquiète pour toi parfois. Ce qui est plutôt idiot, je sais, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’espère que ça ne te rend pas trop furieuse.

Je voulais juste t’avertir… je vais faire des achats avec la princesse. J’ai promis de ne pas revenir avec des petites fanfreluches roses pour attacher ton fourreau, mais à part ça… C’est bon.

Je pense à toi.

G.

Xena se pencha en arrière et laissa la douceur des mots la submerger, sentant un pincement poignant quand elle se souvint de combien ces petites notes lui avaient manqué pendant leur éloignement. Une chose tellement minuscule… mais elle se souvenait en avoir trouvé une vieille au fond de l’une de ses sacoches de cheval, en chemin vers la Chine.

Ça lui avait fait tellement de mal de l’ouvrir. Elle avait juste refermé la main autour et avait fixé l’obscurité d’une nuit nuageuse sur une mer démontée, et elle avait ressenti la perte. Elle avait tenté de la jeter par-dessus bord, vraiment tenté, mais quelque part, ce maudit petit paquet refusait de quitter sa main. Au lieu de ça, elle l’avait remise, fermée, à l’endroit où elle l’avait trouvée.

Elle plissa le front et rentra, avec l’intention de récupérer ses papiers et de retourner à l’armurerie. Mais… comment avait-elle fini par fouiller dans ce sac ? Avant qu’elle ne le sache, ses doigts tenaient l’objet sale et abîmé devant ses yeux.

Non. Sa main commença à descendre pour le ranger. Abandonne ces souvenirs, espèce de folle.

Elle ne comprit jamais comment le parchemin se retrouva ouvert et comment elle-même se retrouva à le tenir sous la lumière du soleil qui entrait dans la pièce, ses yeux irrésistiblement attirés par les lettres effacées.

Xena.

Nous sommes toutes les deux dans un endroit obscur. Et… je sais que tu seras seule quand tu liras ceci, parce que tu seras sur le bateau.

Et pas moi. Je voulais juste que tu saches combien c’était difficile pour moi. Je pensais que… ce serait facile de tourner le dos. Après tout, nous ne sommes plus vraiment… amies, pas vrai ?

Mais ce n’est pas facile. Ça me ronge tellement à l’intérieur que je ne peux pas dormir. Je ne peux pas réfléchir clairement.

Je ne peux pas te tourner le dos, peu importe combien je tente de me convaincre que c’est la bonne chose à faire pour nous deux. Alors… ce que je voulais que tu saches, même si tu ne veux pas l’entendre, c’est que quand ce maudit bateau reviendra au port ici, je serai là à t’attendre.

C’est stupide parce que nous ne nous parlons presque plus.

Mais je ne peux pas abandonner. Tu signifies trop de choses pour moi, Xena. Et n’ose même pas ne pas revenir.

Peut-être qu’après que tu seras partie un moment, quand nous nous reverrons, tu souriras. Et je sourirai et tout ira bien et tu sais quoi, je me suis rendu compte hier, quand je regardais par-dessus le feu, que la raison pour laquelle ça me fait si mal c’est que je t’aime encore.

S’il te plaît… sois prudente. Prends soin de toi.

Reviens à la maison.

Gabrielle

Xena se laissa lentement tomber dans le fauteuil et mit la tête entre ses mains posées sur ses genoux. Un flot d’émotions diverses la submergea et elle les laissa suivre leur cours avant de lever la tête et de la secouer doucement, fixant le parchemin. J’aurais dû l’ouvrir. Dieux. Elle pensait probablement que je l’avais fait et que je l’ignorais.

Est-ce que cela aurait fait une différence ? La guerrière fixa platement la pièce. Qu’aurait-elle fait si elle avait lu cela, à mi-chemin de la Chine ?

Nagé pour revenir. Lui indiqua son esprit ironique.

Avec un soupir, elle se leva et mit très précautionneusement le parchemin sous sa cuirasse, regardant la petite pierre autour de laquelle il avait été enroulé. Elle reconnut le caillou comme l’un de ceux qu’on trouvait à Amphipolis et elle jongla avec, puis elle le rangea, bien trop loin. Il fallait qu’elle en parle à Gabrielle plus tard… la barde devait savoir que sa douce supplique ne s’était pas écrasée contre un mur d’indifférence.

En fait… elle s’assit à nouveau devant le journal de la barde et l’ouvrit avec hésitation à une page blanche, celle qui venait après sa dernière entrée. Elle prit la plume et mordit le bout pour l’humidifier puis elle la trempa dans la petite bouteille d’encre en céramique que Gabrielle avait laissée ouverte.

Elle se concentra et commença à écrire, ce qu’elle fit pendant presque un quart de chandelle avant de s’arrêter et de relire ses mots. Et bien, il n’y avait aucun doute sur qui était la poétesse dans cette relation, elle tressaillit, mais… Gabrielle disait toujours que c’était l’intention qui comptait.

Elle relut à nouveau la page et espéra que c’était le cas. Les mots n’étaient certainement pas sa spécialité. Avec un soupir, elle data l’entrée et ensuite, en bas, elle la signa avec un grand geste avant de mettre du sable sur l’encre et de souffler pour la sécher.

Satisfaite, elle prit ses parchemins et se dirigea vers la porte, s’arrêtant dans l’entrée pour regarder en arrière le journal silencieux et elle rit. « Je n’ai pas fini d’en entendre parler. » Elle secoua la tête d’un air ironique, mais sourit alors qu’elle se glissait dehors et descendait l’escalier.


La princesse revint à elle, peu de temps après, alors qu’ils l’arrosaient d’eau. Elle hoqueta et cligna des yeux, fixant le garde inquiet ; puis son regard alla vers Gabrielle. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

La barde s’appuya sur son bâton, ôtant le poids de son genou. « Tu t’es évanouie », lui dit-elle. « Quand je t’ai demandé qui voudrait te kidnapper. »

Elle roula de nouveau les yeux, mais la barde la tapota rapidement sur le bras. « Hé… allez maintenant… ce n’est pas si mal. Tu sais combien de fois j’ai été kidnappée ? »

Distraite, Silvi la regarda. « Vraiment ? »

Gabrielle hocha la tête avec un air ironique. « Oh oui… ça arrive tout le temps », l’assura-t-elle. « La question c’est, qui voudrait te faire ça à toi ? »

La princesse cligna des yeux. « Et qui voudrait te le faire à toi ? »

Ils regardèrent tous Gabrielle, curieux. « Oui… » Murmura Elanora. « Je me le demande aussi. » Son regard étudiait la barde.

Ah. Gabrielle mâchouilla sa lèvre. « Et bien… je… voyage avec Xena… vous vous souvenez ? » Leur dit-elle, lentement. « Les gens pensent que… qu’ils peuvent l’atteindre en… hum… je présume en me menaçant. » Elle vit l’expression incertaine qu’elle recevait. « Tu sais… pour qu’elle fasse des choses, ce genre de trucs. »

« Vraiment », répondit Elanora. « Et ça marche ? » Son visage ne montrait que peu d’intérêt.

« Euh… non… non… pas vraiment », mentit Gabrielle. « Je veux dire que… qui je suis, pas vrai ? Ils… présument des choses. » Elle haussa les épaules. « N’importe… ça finit toujours bien… je veux dire que vous l’avez vu… je peux vraiment m’occuper de moi-même. » Elle baissa les yeux sur le chemin. « On devrait y aller… quelqu’un devrait savoir ce qui se passe… que quelque chose s’est passé. »

« Oh oui », acquiesça Silvi en laissant la barde l’aider à se relever. « Tu as été merveilleuse », dit-elle avec enthousiasme. « Je pouvais à peine le croire… ces hommes n’avaient pas une chance. »

Gabrielle soupira. « Oui… c’est utile parfois. » Mais elle était consciente du regard froid qu’elle recevait de la cousine de la princesse et elle se fit une note mentale de parler à Xena aussitôt qu’elle serait rentrée.

Avant que la jeune fille ne puisse avoir une autre idée brillante.

Ils marchèrent lentement pour rentrer en traversant le marché et Silvi insista pour continuer ses achats sur le chemin, déclarant qu’elle ne devait pas être vue ayant peur. Elle s’arrêta à un étal d’eau et elles achetèrent toutes des gobelets d’eau parfumée au citron et elles se mirent en cercle, savourant la brise et la boisson fraîche. « Gabrielle… » Silvi se retourna soudain. « Parle-nous de Cécrops ! »

La barde examinait des petites boucles d’oreilles, débattant sur le fait qu’elle pourrait convaincre son âme sœur de les porter. Elles étaient jolies, juste la bonne taille et avec une minuscule pierre bleu clair sertie… et elle décida qu’elle pourrait probablement les avoir. Elle leva la main pour repousser Silvi et se tourna vers le joaillier. « Combien ? »

L’homme la regarda avec sagacité. « Dix dinars. »

Gabrielle les reposa. « Je ne pense pas », dit-elle en ricanant doucement.

« Sont horriblement jolies, jeune fille », rit l’homme. « Je vais te dire, cinq dinars. »

Le regard vert se cloua sur lui. « Trois. » Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine et attendit, sans regarder les babioles exprès.

Il secoua la tête. « Le travail me coûte plus que ça. »

Elle attendit.

« Quatre », finit-il par dire en lui jetant un regard.

Elle sourit. « Très bien. » Elle fouilla dans sa bourse et lui tendit les dinars et il enveloppa les boucles pour les mettre dans un tout petit sac en coton avant de les lui tendre. « Merci. » Arès renifla le sac et lui lécha la main tandis qu’elle écartait l’objet. « Arrête ça », réprimanda-t-elle le loup.

L’homme hocha la tête puis se tourna vers la princesse. « Vous voulez quelque chose aujourd’hui, Votre Majesté ? »

« Pas aujourd’hui », dit Silvi en lui souriant. Elle tira Gabrielle sur le chemin et attendit qu’elles soient hors de portée d’oreille. « Qu’est-ce que tu viens de faire ? » Demanda-t-elle en regardant par-dessus son épaule.

Gabrielle lui jeta un coup d’œil, désorientée. « Heu… j’ai acheté quelque chose ? » Hasarda-t-elle.

« Il t’a dit le prix et tu as refusé ! » Objecta la princesse. « Comment as-tu fait ça ? »

« Et bien… » La barde était contente qu’elles se soient éloignées de l’histoire de Cécrops. « Il voulait les vendre… le prix qu’il demande c’est juste ce qu’il veut pour ça… pas ce qu’il va prendre pour ça », expliqua-t-elle en remontant le long chemin en pente qui menait au château. « Tu ne le fais pas ? »

« Bien sûr que non. » La princesse avait l’air choquée. « Je leur donne juste de l’argent et ils me donnent ce que je veux en retour… je n’imagine pas discuter là-dessus. »

Elanora les rattrapa. « Je suis sûre que c’est plutôt différent pour elle, Majesté… » Commenta-t-elle en lançant un regard condescendant à la barde. « Tu n’as pas à être regardante sur les dinars. » Elle agita légèrement son éventail. « Ça doit être très déprimant. »

La barde sentit ses poils se hérisser et une sensation intéressante qui laissa passer une douce brise fraîche toucher sa nuque. « Je n’ai jamais pensé à ça comme ça, en fait », répondit-elle d’un ton cassant. « Je pense juste qu’on doit obtenir le plus pour ce que l’on a… et je sais ce que valent les choses. » Elle regarda la brunette d’un air froid. « Les gens ne tirent pas avantage de moi comme ça. »

« Oh. » Silvi lui tapota le bras. « Je n’ai pas à m’inquiéter de ça… personne ne voudrait prendre avantage de moi. »

Gabrielle mit un point d’honneur à laisser son regard vert brume traîner longtemps sur Elanora, avant de le tourner vers la princesse. « Bien sûr que non », acquiesça-t-elle ironiquement tandis qu’elles atteignaient le bord de la cour intérieure. « Et bien, ça a été génial, mais je dois aller chercher des choses… »

Silvi lui tint le bras. « Oh non… non non… Gabrielle, tu dois venir avec moi dans mes quartiers… le guérisseur doit jeter un œil à tes blessures. » Elle commença à marcher, tirant la barde derrière elle. « Tu le dois… je n’entendrai pas de refus… et je veux que tout le monde sache quelle héroïne tu es. »

« Hum… » Gabrielle essaya d’arrêter de marcher, mais son genou lâcha et elle trébucha vers l’avant. « Non… vraiment… je vais bien… » Protesta-t-elle. « Il faut juste que je m’asseye un moment, vraiment… j’ai un bandage dans mes affaires à l’écurie, je peux juste… »

« Absolument pas. » Silvi secoua la tête continuant à tirer la barde impuissante vers l’avant. « Ecoute… tu peux à peine marcher. » Elle se tourna vers Elenora. « Va chercher Jiles… il faut qu’il vienne voir Gabrielle tout de suite. »

La jeune fille tourna les talons et partit, suivie par une des dames qui papillonnaient derrière elle.

« Silvi… » Gabrielle tressaillit en posant rudement la jambe. « Ecoute… vraiment, je dois…»

« Non non non », la réprimanda la jeune fille. « Tu viens avec moi. » Elles tournèrent le coin et s’arrêtèrent brusquement, confrontées à six pieds d’une guerrière grande, sombre et dangereuse vêtue de cuir. « Par Zeus ! »

« A peine. » Xena laissa son regard passer sur elles, s’arrêtant momentanément sur le visage de Gabrielle avant de tourner son attention sur la princesse. « Il y a un problème ? » Demanda-t-elle en bloquant proprement leur chemin.

Silvi se redressa poussant Gabrielle derrière elle. « Hors de mon chemin », commanda-t-elle. « Ce ne sont pas tes affaires. »

La guerrière haussa les sourcils. « Ça se discute », répliqua-t-elle froidement. « Il faut que je parle à Gabrielle. »

« Elle doit voir le guérisseur. Tu peux attendre », déclara Silvi, mais sa voix tremblait.

La guerrière écarta les narines. « Je vais m’en occuper. Sa voix était neutre et froide.

« Certainement pas », répliqua bravement la princesse.

« Silvi. » Gabrielle mit doucement la main sur son épaule. « Tout va bien, vraiment. Xena est aussi guérisseuse. » Elle contourna la jeune fille, essayant de ne pas boiter trop fort. La secousse perceptible qui traversa son âme sœur lui donna acte qu’elle se retenait d’attraper la barde par pure volonté et Gabrielle savait qu’elles étaient dangereusement près de faire éclater leur couverture. « Je… viendrai te voir après qu’on aura examiné ça… c’est bon… vraiment. »

La princesse eut fortement l’air d’en douter, mais elle finit par avancer à contrecœur vers l’escalier, suivie par sa cour, les regardant par-dessus son épaule jusqu’à ce qu’elle disparaisse au tournant.

La barde soupira et se tourna pour faire face à sa compagne tandis que des mains chaudes lui attrapaient les épaules. « Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ? » Demanda Xena avec anxiété. La soudaine métamorphose du seigneur de guerre en amoureuse inquiète était presque drôle et la barde dût un peu se mordre la lèvre pour s’empêcher de rire.

« Comment t’es-tu blessée ? Qu’est-ce qui s’est passé ? » Répéta la guerrière en l’étudiant. « Est-ce que c’est une coupure ? Qu’est-ce que tu as fait à ton genou ? »

« Xena. » Gabrielle essaya d’interrompre ce flot de paroles.

« Est-ce qu’on t’a attaquée ? » Continua la guerrière. « Gabrielle, pour l’amour des dieux… que… »

« Xena, chut… » La barde mit affectueusement la main sur sa bouche. « On peut monter ? Ma jambe me tue… je te dirai ce qui s’est passé en montant. »

Silencieusement, la guerrière entoura la taille de la barde de son bras et la soutint tandis qu’elle montait en boitant. La chaleur coula en elle et elle se retrouva à s’appuyer de plus en plus sur sa compagne, qui prit volontiers son poids sur elle. « Merci. » Elle leva les yeux vers le visage tranquille. « Je ne voulais pas te dire de te taire comme ça… mais la matinée a été frénétique. »

« C’est bon », répondit Xena en regardant autour d’elle. « Par Hadès… ça prend trop de temps. » Elle souleva la barde et remonta les dernières marches en bondissant, donnant un coup de coude à la porte de leurs quartiers pour l’ouvrir et entrer. Après que la porte se fut refermée, elle se tint un long moment sans bouger, à se contenter de regarder une Gabrielle qui se reposait paisiblement. « C’est confortable ? »

La barde remua les orteils. « Très. » Elle soupira alors que Xena la déposait doucement sur le lit. « Ils ont essayé de kidnapper la princesse… Xena, je ne sais vraiment pas ce qui se passe ici. » Elle sourit lorsqu’Arès bondit sur le lit et se blottit contre elle, le museau posé sur sa cuisse.

La guerrière s’agenouilla près du lit et la mit à plat pour examiner l’éraflure sur ses côtes. « Moi si », répondit-elle d’un air absent en avançant pour tâter le genou de la barde, maintenant légèrement gonflé et bleui. « On a la princesse, qui veut une chose, on a ses nobles, qui en veulent une autre, et on a Garanimus, qui n’a aucune idée de ce qui se passe et qui ne sait pas ce qu’il veut. » Elle soupira et se leva. « Petite entorse… ça va faire mal un moment. »

Gabrielle croisa les mains sur son estomac et soupira. « J’espérais que ce ne soit pas ça. » Elle tourna la tête et regarda sa compagne qui ramassait les affaires de son kit. « Six types nous sont tombés dessus au marché… j’ai été un peu trop enthousiaste avec un coup de pied… et j’ai oublié de prendre une assise comme tu me l’avais enseigné, avant de tendre la jambe. » Elle bougea la jambe et tressaillit. « Je me sens vraiment idiote. »

« Mmpf. » Xena revint et se remit à nouveau sur un genou, déroulant un bandage doux. « Ça arrive… j’ai fait ça des tonnes de fois », la rassura-t-elle la jeune femme, en lui donnant une petite tape sur la jambe. « Mais tu dois faire attention… tu ne veux pas en faire trop avec ton corps, mon amour. »

« Ah. » Gabrielle la regarda ironiquement. “Alors… je devrais cogner des bandits infects plus doucement, plus affectueusement ? » Fit-elle remarquer. « C’est ça que tu me dis ? »

La guerrière lui lança un regard. « Très drôle », grogna-t-elle. « Non, ce n’est pas ce que je dis. » Elle s’affaira avec ses provisions. « Je… il faut que tu… sois plus prudente, c’est tout. »

« Mmhmm. » La barde la regarda. « Et ceci dit par la femme qui m’a raconté qu’elle a continué à se battre pratiquement jusqu’à son accouchement. »

Les yeux bleu clair lui lancèrent un regard sombre. « C’était différent », marmonna Xena. « Je n’avais pas le choix. »

Gabrielle tendit la main et lui caressa les cheveux. « Je sais… mais… Xena, je ne vais pas laisser ça m’empêcher de faire ce que je dois faire… ses gardes étaient inutiles », répondit-elle. « Et qu’est-ce que j’étais supposée faire… reculer et laisser ces types la prendre ? »

« Hmpf », grogna la guerrière.

La barde se mit à rire. « Grognonne. » Elle pinça affectueusement l’oreille de sa compagne. « Je t’aime vraiment, tu sais… et je sais que tu t’inquiètes juste pour moi. »

Xena arrêta ce qu’elle faisait et leva des yeux qui s’adoucissaient. «Je suis trop mère poule, hein ? »

Cela lui valut un sourire espiègle. « Oui… mais je pense que c’est mignon. »

La guerrière plissa les yeux. « Mignon, hein ? » Elle fit appel à son meilleur regard intimidant. « Je suis supposée être une machine à tuer sans cœur, Gabrielle. Tu ruines ma réputation. »

« Ooh… » La barde roucoula. « J’adore cette expression. » Elle gloussa en prenant la joue de Xena dans ses mains. « Tu es teeellement méchante. »

Elles se regardèrent longuement puis se mirent à rire ensemble. « Très bien… très bien… » Xena secoua la tête et soupira. « Je vais essayer de garder mon instinct hyperprotecteur sous contrôle », finit-elle par répondre. « Oh oui… à propos, un des membres de la famille de ta princesse m’a fait une offre… apparemment ils n’apprécient pas l’idée d’un roturier qui deviendrait leur dirigeant. »

Gabrielle haussa un sourcil blond. « Vraiment ? » Dit-elle d’un ton songeur. « Et bien… ça a du sens… ils sont probablement derrière les types qui ont essayé de nous kidnapper aujourd’hui. »

« Peut-être. » Xena passa de l’onguent sur la partie bleuie puis elle la banda avec dextérité. « M’a proposé un boulot… un appartement douillet… mon choix pour des esclaves sexuels… » Elle finit et se leva, utilisant un petit morceau de tissu humide pour nettoyer l’éraflure sur la poitrine de la barde. « Tout ce que j’ai à faire c’est battre Framna… » Elle leva les yeux. « Alors… qu’est-ce que tu penses de lui ? »

Gabrielle emmêla ses doigts dans l’armure de la guerrière et tira fort. « Viens par ici. »

Xena hésita puis se laissa tomber dans le lit près d’elle, s’étirant avant de mettre la tête sur une main.

« Il est… » Gabrielle roula sur elle-même et se blottit contre elle, ignorant la morsure froide de l’armure contre sa peau. « Il est bien, je trouve… il semble vraiment attaché à elle… il est beaucoup plus vieux. » Elle regarda la guerrière. « Pas que ça importe… mais elle est vraiment très jeune. »

Xena réfléchit. « Tu penses qu’elle est capable de diriger cet endroit. »

Un hochement de tête négatif. « Non », répondit Gabrielle promptement. « Absolument pas… il a l’air bien, je veux dire que, il est gentil et tout ça… pas comme je m’attendais à le voir. » Elle fit une pause. « Il a un respect très sain pour toi. »

Cela amena un léger sourire aux lèvres de Xena. « Mais pas la princesse. » Elle passa les doigts dans les cheveux clairs de la barde quand elle la sentit se rapprocher. « Mais je n’aime pas les cousins et Garanimus va mettre le bazar ici, alors… » Elle laissa sa tête reposer brièvement sur l’oreiller et inspira la senteur chaude de son âme sœur. « Je présume que je vais aller conclure un marché avec le petit ami de la princesse. »

« C’est compliqué », se plaignit Gabrielle avec ironie en lui lançant un regard. « Et je te défie de dire que c’est parce que je suis impliquée », l’avertit-elle d’un ton joueur.

« Moi ? » Xena écarquilla les yeux d’un air innocent en pointant sa poitrine. « Je ferais ça ? »

«Oui. » La barde lui tapota le ventre. « Tu le ferais assurément. »

La guerrière rit et roula sur le dos, entrelaçant les mains sur son estomac et croisant les chevilles. « Tu me connais trop bien, ma barde », dit-elle au dais de lit, regardant ses fanfreluches blanches avec dégoût. « La princesse semble t’aimer beaucoup. »

Gabrielle, affairée avec la boucle qui maintenait l’armure de Xena, s’arrêta dans son effort et leva les yeux. « Elle pense que je suis une sorte de… je ne sais pas… peut-être que c’est parce que je suis tellement différente d’elle… » Elle réfléchit brièvement. « Elle n’est pas mauvaise, juste vraiment… heu… protégée, tu sais ? »

Un œil bleu roula pour la regarder affectueusement. « Et tu es une femme expérimentée… bien sûr… je peux voir la fascination. »

La barde éclata de rire à cette description. « Je ne pense pas que ce soit ça », objecta-t-elle.

« Ah… je pense que c’est exactement ça », désapprouva Xena en remuant un doigt. « Ecoute… elle n’a probablement jamais quitté la cité… et tu arrives, tu as voyagé partout, tu es une barde célèbre… »

« Xena ! » Gabrielle la tapa doucement. « Ce n’est pas vrai. » Arès pointa les oreilles au son brusque, mais il resta immobile, se contentant de jeter un regard vers sa grande maîtresse.

« Bien sûr que si ! » Répondit la guerrière. « Une Reine Amazone… tu es probablement la chose la plus excitante qui lui est arrivée depuis qu’on l’a laissé porter cette petite couronne. » Elle croisa les bras, visiblement bien amusée. « Alors… qu’est-ce que ça fait d’être une célébrité ? »

« Xena. » Gabrielle lui lança un faux regard noir. « Je vais commencer à te chatouiller si tu n’arrêtes pas. Je ne suis pas une célébrité. »

Un éclair de dents blanches. « Bien sûr que si… et ensuite tu t’en vas cogner les types qui essayent de la kidnapper ? Je sens… un grand paquet d’idolâtrie de héros flotter par ici. » Elle tendit la main et chatouilla le menton de la barde. « Et tu le mérites amplement. »

Gabrielle mâchouilla sa lèvre, reconnaissant à contrecœur que son âme sœur avait probablement raison. Beuh. Elle plissa le visage.  C’est pire que ces Amazonettes. « Elle est juste impressionnable », finit-elle par marmonner. « Ça va lui passer. » Puis elle fit une pause et réfléchit un moment. « Mais tu sais… en y repensant… » Maintenant son regard allait vers le profil détendu pose sur l’oreiller près d’elle. « Moi, ça ne m’a jamais passé. »

Xena fronça les sourcils.

Gabrielle sourit affectueusement. « Je t’ai eue. » Elle finit de détacher l’armure de la guerrière et la fit passer par-dessus sa tête, pour la poser sur la surface moelleuse du lit. « Parlons d’idolâtrie de héros. » Elle se glissa plus près et ses yeux brillèrent en voyant le regard noir de sa compagne. « Je pense que je peux discuter de ça comme une autorité en la matière, pas vrai ? »

« Gabrielle… » La guerrière sentit une rougeur monter à son cou.

« Tu vois, la différence c’est que j’ai une vraie héroïne honnête qui vit et qui respire avec laquelle je passe la plus grande partie de la journée. » Répliqua la barde doucement. « Tout le monde a l’air tellement ordinaire en comparaison. » Elle traça du doigt une ligne sur la peau de son âme sœur. « J’adore quand tu rougis… tu es si mignonne. »

Xena pianota sur son estomac couvert de cuir. « Tu gagnes », concéda-t-elle avec grâce dans leur petite guerre de taquineries.

La barde sourit. « Je sais. » Elle se pencha et l’embrassa sur le nez. « Je vais arrêter de t’embarrasser maintenant. » Elle se blottit un peu plus et mit la tête sur l’épaule de Xena. « Alors… comment s’est passée ta journée ? »

La guerrière étouffa un bâillement et haussa légèrement les épaules. « Pas mal… on a mis en place les tours de garde et tout le reste… » Répondit-elle. « J’ai fait travailler les troupes… on s’est un peu entraînés… » Son regard alla vers sa compagne. « J’ai fini par avoir des nausées la moitié de la journée… tu sais, comme d’habitude. »

Gabrielle la regarda et se mordit la lèvre. « Oups… » Elle cligna des yeux. « Désolée. » Elle tapota le ventre de la guerrière. « J’espère que ça ne va pas durer. »

Xena rit ironiquement. « Nan… c’est tout bon… ça me rend un peu… » Elle fit une pause puis continua. « Ça me fait faire partie de ça. » Elle resserra sa prise sur la jeune femme. « Ça ne me gêne pas… c’est quand même toi qui as tout à faire. »

Gabrielle soupira de contentement. « Mais pas avant un moment. » Elle bâilla. « Est-ce que tu vas m’en vouloir si je t’utilise comme oreiller pendant un petit moment ? » Demanda-t-elle d’un ton d’excuse.

La guerrière cligna des yeux et les ouvrit un peu coupable. « Heu… non… bien sûr que non. » Elle regarda vers la fenêtre. « On a un moment avant que je doive vérifier que tout va bien… hum… vas-y. » Elle regarda la barde fermer les yeux et sentit la chaleur de sa respiration tandis qu’elle soupirait, même à travers le cuir.

Silencieusement, elle regarda la tête claire posée contre la sienne, notant la légère lueur du soleil qui faisait ressortir les traits de sa compagne. Une des mains de la barde était enroulée sur sa cage thoracique, ses doigts pliés contre elle et elle la couvrit de sa propre main, souriant lorsque leur prise s’emmêla.

Être allongée là, avec Gabrielle, son dilemme semblait bien moins… important. Alors et si elle réussissait à faire que l’armée de Garanimus se rende ? Et si elle laissait tout le monde penser qu’ils l’avaient surpassée ? Ce qui était important c’était que personne ne soit blessé, pas vrai ?

Xena soupira. Tout ce qui serait blessé, ce serait sa fierté, vraiment. Travailler avec une armée aujourd’hui… elle avait commencé à calculer exactement comment elle allait défendre la cité contre une force bien plus grande… quelles techniques, comment elle pourrait installer des petits pièges… à un moment, elle s’était retrouvée à vraiment apprécier le plan tandis qu’elle faisait travailler des muscles mentaux qui étaient restés endormis pendant longtemps.

Ils pouvaient le faire avec elle à leur tête… elle le savait et tourner le dos à cette connaissance était… dur. Mais elle savait que continuer comme ça la mettait en danger, bien plus que le reste de l’armée, parce qu’elle était une cible tellement naturelle. Elle avait beaucoup de confiance dans ses propres compétences, mais…

Mais. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver, pas dans une guerre. On pouvait se préparer, et avoir des compétences, et un plan… et un fichu salaud pouvait avoir de la chance et vous ficher une flèche dans le corps quand vous ne regardiez pas.

Elle n’allait pas imposer ça à Gabrielle. Pas maintenant. Il y avait des choses bien plus importantes dans la vie que gagner des guerres, et la fierté d’une combattante bornée, entêtée et à moitié folle.

Pas vrai ?

Bon sang, ça piquait. Xena regarda le dais. Sa nature compétitive faisait une crise.

Elle voulait battre les forces de Framna. Elle voulait être maligne et tactiquement brillante, et réussir malgré les chances, tellement qu’elle pouvait presque le sentir. L’immersion des derniers jours dans son ancienne vie l’avait hameçonnée… tirant sur des vieux réflexes et lui redonnant le goût de l’excitation de diriger une armée.

Ce n’était pas bon. Elle prit une profonde inspiration et sentit Gabrielle bouger, puis s’enrouler un peu plus autour d’elle, son genou bandé contre la cuisse de sa compagne. Elle pouvait sentir le léger mouvement de la respiration de la barde, et elle le laissa l’apaiser, la laissa lui rappeler qui elle était maintenant. Ou bien ce qui était important.

Elle ferait, elle le savait, ce qui était juste, et prudent… et sûr. Elle serra les muscles de sa mâchoire puis se détendit. Pour l’amour de Gabrielle.

Elle lui devait cela.


Mmmm. Gabrielles’autorisa le luxe de passer lentement du sommeil à l’éveil, savourant le chaud réconfort qu’elle sentait autour d’elle. Le soleil passait sur elle et lui offrait un sympathique contrepoint au cuir doux et odorant sur lequel elle reposait. Elle prit une profonde inspiration d’un air plein de l’odeur distincte de Xena et elle sourit, puis elle ouvrit lentement les yeux.

« Salut », dit Xena en la regardant. « Tu te sens mieux maintenant ? »

Gabrielle s’étira puis se détendit à nouveau. « Oui… sauf que j’ai vraiment faim. » Elle lança un regard penaud vers Xena. « On n’a pas déjeuné. »

La guerrière rit d’un air tolérant. « J’ai du pain, du fromage et de la viande séchée si tu es intéressée. » Elle s’interrompit alors que Gabrielle hochait la tête avec enthousiasme. « Et des fruits… »

« Où ça ? » La barde roula et passa les jambes par-dessus le bord du lit, délogeant Arès qui sauta en bas et lui lança un regard outré.

« J’y vais », proposa Xena en glissant au bout du lit avant de se relever. Repose ta jambe. » Elle alla jusqu’à son sac et en sortit les provisions qu’elle avait prises ce matin-là.

Gabrielle ignora sa suggestion et se leva avec précaution, testant son genou. « Je me sens beaucoup mieux », dit-elle en faisant quelques pas hésitants. « Vraiment. » Elle continua vers le petit bureau et s’y assit avant de poser les mains de chaque côté de son journal, ratant le regard furtif que lui lançait sa compagne, qui prenait une portion de nourriture pour un Arès affamé.

« Hum… » Xena se leva et se dirigea vers elle, lui tendant une tranche de pain largement couverte de viande et de fromage, ainsi que deux grandes prunes. « Que penses-tu de ça ? »

La barde repoussa doucement le journal et accepta les objets, posant le sandwich avant de mordre avec bonheur dans une prune. « Oooh… » Elle mâcha d’un air heureux. « Comment tu fais pour trouver les meilleurs fruits de la Grèce ? » Elle regarda le lent sourire apparaître sur les lèvres de Xena. « Laisse-moi deviner… c’est un de tes nombreux talents ? »

« L’entraînement », répondit Xena avec un sourire narquois. Puis son expression se figea. « Tu vas… euh… faire des trucs de barde ? »

Gabrielle s’arrêta au milieu d’une bouchée. « J’allais mettre mon journal à jour, si c’est ce que tu veux dire », répondit-elle en lançant un regard curieux à son âme sœur. « C’est bon ? »

« Oh… oui… bien sûr… j’étais… heu… je vais vérifier… la garde et les armes et ce genre de choses », répondit Xena en allant vers le lit pour prendre son armure. « Je serai… partie un moment… tu… prends ton temps. » Elle eut un sourire éclatant pour Gabrielle puis sortit en lui faisant un petit geste. « Au revoir. »

La porte se referma.

Gabrielle ferma sa mâchoire pendante et regarda Arès qui la regardait lui aussi. « Que… qu’est-ce que… ça veut dire ? ? ? ? »

« Roo. » Le loup regarda la porte puis trotta vers elle et s’allongea à ses pieds.

« Je pense que tout ce truc de la grossesse la perturbe, Arès. » La barde secoua la tête et finit sa prune avant de commencer le sandwich tout en ouvrant son journal. « Elle est perdue. »

L’écriture attira son regard. Tellement différente de la sienne, soignée… celle de Xena était hardie et distincte, légèrement penchée et avec des jambages caractéristiques. Elle aurait reconnu son auteur même si son regard n’avait pas été attiré par la signature et elle absorba le nom avant de lever les yeux et de commencer à lire.

Gabrielle,

Tu as ce livre entier dans lequel tu ranges tes pensées, et tes sentiments – j'ai pensé que sur une page, juste une, tu devrais avoir les miens par écrit.

Je ne suis pas très douée avec les mots – nous le savons toutes les deux. Il m’est difficile de décrire ce que je ressens, surtout quand mes sentiments sont aussi forts que parfois il est dur de seulement y penser.

Nous avons traversé beaucoup de choses. Je présume que tu sais que d’y avoir survécu individuellement est plutôt incroyable, et le fait que nous ayons survécu et soyons restées ensemble est au-delà de l’incroyable. Je sais que je ne méritais aucune de ces choses et aussi je présume que j’ai eu de la chance parce que toi tu les méritais.

Je regarde les choses terribles que j’ai faites dans ma vie et il y avait un temps où, dans les derniers mois, j’ai presque ajouté ce jour d'automne ou j'étais dans une clairière près de Potadeia à ma liste de regrets, parce que nous regarder détruire quelque chose que je chérissais dans mon cœur me tuait. Je ne comprenais pas ce qui arrivait, mais je pouvais sentir l’obscurité en moi me tirer encore et encore plus, et il y a eu des moments où je traversais la ligne, et la laissait presque me reprendre, parce que je ne pouvais pas voir de raison d’y résister, pas encore.

Je ne sais pas vraiment ce qui m’a arrêtée. Peut-être que c’était la promesse que je t’avais faite, à l’époque.

Je n’ai jamais voulu te faire du mal ou te voir blessée, mais j’ai fini par comprendre cela, pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes ensemble, toi et moi. Nous pourrions être blessées de nouveau, mais c’est une chance que nous devons prendre, parce que je ne vais pas laisser tomber ce que nous avons. Je suis plutôt bonne pour avoir ce que je veux et c’est toi que je veux.

Je t’aime. C’est juste pour que tu le voies écrit, au cas où quelqu’un te poserait la question, d’accord ? Pour qu’il n’y ait aucun doute là-dessus. Essaye de ne pas renverser de l’eau sur la page quand tu liras ceci.

Tu as apporté beaucoup de choses dans ma vie auxquelles je ne m’étais pas attendue – j’avais l’habitude de voir les choses plutôt en noir et blanc, et maintenant j’ai toutes ces couleurs auxquelles tu m’as éveillée. Comme la beauté d’un oiseau qui chante le matin, ou combien c’est génial de regarder un coucher de soleil. Ecouter ta poésie et voir le monde à travers tes yeux me font me rendre compte des nombreuses choses que j’ai ratées, après Cortese.

C’est comme si ma vie recommençait. Je sais que je fais marche arrière parfois et que ça te fait peur, mais tu ferais bien de savoir que tu es l’une des raisons pour lesquelles je continue à avancer à nouveau. Si tu as jamais douté de combien tu es importante pour moi, ne le fais pas, d’accord ? Je serais vraiment perdue dans l’obscurité sans toi. Parfois, quand ma tête est pleine des mauvaises choses que j’ai faites, je peux te regarder et me souvenir de bêtises que j’ai faites qui t’ont fait sourire et c’est suffisant pour repousser ces choses pendant un moment.

Je suis contente que tu aies décidé de partager ma vie. Tu es ma compagne et ma meilleure amie, et l’une des plus merveilleuses personnes que j’ai jamais connues. Tu es la meilleure des choses qui me soit jamais arrivée.

Nous partageons quelque chose de très spécial, même moi je m’en rends compte. Je sais que c’est la raison pour laquelle nous avons traversé ces âges sombres et c’est ce qui nous a réunies à nouveau. Mais au fond de mon esprit, une petite partie de moi essaie de croire que même si nous n’avions pas partagé ça, si nous étions deux autres personnes ordinaires, peut-être que nous nous serions choisies quand même.

Un jour, ma barde – tu seras celle dont on se souviendra. Tes histoires et ta façon de vivre… c’est ce que les gens raconteront encore et encore… et je ne serai qu’une combattante qui te garde en sécurité quand tu voyages à travers le monde.

Ça me va.

Un jour, quand je serai trop vieille pour bouger, j’aimerais être assise sur notre porche et laisser nos petits-enfants me sauter dessus, pendant qu’ils t’écoutent raconter des histoires du bon vieux temps.

Le plus drôle, c’est que jusqu’à ce que je te rencontre, je n’ai jamais pensé que vieillir me concernerait. Tu vois comment tu changes les choses ?

Je présume que ça suffit maintenant, hein ? La dernière fois que j’ai autant écrit, c’était une exigence de reddition d’une grande cité près de Thèbes. Je pense que je préfère cette fois-ci.

Xena.

Elle relut trois fois avant de finalement lever les yeux et regarder la porte fermée. « Grande froussarde », accusa-t-elle la guerrière absente. « Tu as peur que je te trouve en flagrant délit d’être sentimentale, hein ? » Gabrielle suivit du doigt les lettres impétueuses avec plaisir, entendant la voix de sa compagne sans effort. Certaines parties la firent sourire. D’autres… de les lire faisait tout simplement mal. Mais c’était réel et honnête et c’était tout Xena, direct d’une façon dont peu de gens l’étaient.

« Je t’aurais choisie n’importe comment », murmura-t-elle, sentant une larme glisser sur son visage. « Et tu le méritais, Xena… je me fiche de ce que tu dis, ou de combien de fois tu me dis que tu ne le méritais pas. » Arès poussa sa main, la lécha en piaulant. « Arès… ta maman est sentimentale. »

« Agrrr. » Le loup lui mâchouilla légèrement les doigts.

« Oui, c’est vrai… et maintenant… je vais devoir la trouver et la sortir de la poubelle d'armures moisies où elle s’est cachée, et lui dire simplement combien je l’aime. Ça te va ?

Arès remua la queue et se leva, trottant vers la porte où il se retourna pour la regarder, interrogateur.

Gabrielle sourit et se leva, fermant le journal avant de contourner la table. « Ouille. » Elle tressaillit lorsque son poids se porta sur sa jambe blessée. « Allez Gabrielle… haut les cœurs… ce n’est qu’une petite entorse. » En grimaçant, elle plia le membre et fit quelques petits cercles jusqu’à ce que la douleur soit tolérable, puis elle attrapa son bâton et se dirigea vers la porte.

Qui s’ouvrit quand elle l’atteignit, laissant apparaître Silvi. « Oh Gabrielle… les dieux soient loués tu vas bien. J’étais terriblement inquiète. »

« Hum. » La barde soupira et se reprit. « Oui… je vais bien… vraiment. »

« Cette femme ne t’a pas… fait de mal… non ? » Le visage de la princesse était inquiet. « Tu sembles… bouleversée. »

« Non… non… » Gabrielle leva la main. « Elle… tout ce qu’elle a fait c’est me bander le genou… ça… va bien… vraiment… je heu… j’allais sortir. »

Silvi captura sa main levée et la retint, la tirant vers le canapé bas. « Gabrielle, il faut que je te parle. »

Soupirant intérieurement, la barde la suivit et s’assit, appuyant son bâton contre le bord de la table proche. « Oui ? » Elle tapota Arès qui était revenu vers elle et qui s’assit avec persistance à côté d’elle. Il lança un regard franchement grognon à la princesse.

« Elanora pense que… je ne sais pas vraiment comment demander cela. Mais… cette femme… »

« Xena », corrigea Gabrielle d’un ton neutre.

« Oui… elle ne t’a pas… fait des avances, n’est-ce pas ? » Demanda la princesse.

« Des avances ? »

« Des attentions non désirées ? » Essaya à nouveau Silvi.

« Des attentions non désirées ? » Répéta Gabrielle espérant qu’on ne lui demandait pas ce qu’elle pensait.

« Heu… » La princesse rougit délicatement. « T’avoir forcée ? »

« Oh ! » La barde mit un sourire faible sur ses lèvres. « Voyons voir… des avances… non… des attentions non désirées… absolument pas… forcées ? Non… pas que je sache. »  Et voilà, Gabrielle… dis la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Elle fit une pause dans ses pensées. Et bien, deux sur trois ce n’est pas si mal, comme dirait Xena. « Elle n’est en fait pas si mauvaise quand on apprend à la connaître. »

L’incrédulité se fraya un chemin sur le visage de Silvi. « Je pense qu’elle est horrible. »

Gabrielle la regarda. « Pourquoi ? »

« Elle a tué des milliers de gens, Gabrielle… et… et… les histoires… les meurtres… les saccages... les viols… les pillages… » bafouilla la jeune fille.

La barde pencha la tête d’un côté. « Et que crois-tu que fait Framna ? » Demanda-t-elle avec une logique dévastatrice. « C’est un seigneur de guerre, tout comme elle l’était. »

Un silence de mort s’installa tandis que la jeune fille la fixait.

« Ça dépend du regard qu’on jette sur les choses, hein ? » dit Gabrielle doucement. « Je pensais la même chose que toi… jusqu’à ce que je rencontre Xena et que j’apprenne à la connaître… et j’ai trouvé qu’elle était bien plus, et bien moins que toutes les histoires que j’ai entendues la moitié de ma vie. »

Silvi se leva et alla à la fenêtre, visiblement agitée. « On dirait que… que… tu l’aimes bien. »

« C’est le cas », répondit calmement la barde. « J’ai accepté de t’aider pas pour la blesser, mais pour faire en sorte que les gens ne soient pas tués dans un combat insensé. »

La princesse se retourna brusquement et lui fit face. « Tu n’es pas gardée contre ta volonté, n’est-ce pas ? »

Gabrielle secoua lentement la tête. « Non. » Elle fit une pause. « Je n’ai jamais dit que je l’étais. »

Un léger cliquetis attira son attention et elle tourna la tête pour voir un panneau s’ouvrir et la grande silhouette de Framna se glisser à l’intérieur. Oh oh. Des alarmes se déclenchèrent dans son esprit et elle tendit la main inconsciemment pour attraper son bâton. Près d’elle, Arès lâcha un grondement bas et sourd.

« J’ai entendu ce que j’avais besoin d’entendre, Votre Majesté », dit le grand homme sérieusement. « On dirait qu’Elanora avait raison… elle est un danger pour nous. »

Gabrielle se leva du canapé et recula, levant son bâton. « Je pense que vous faites une erreur. »

L’homme s’avança en la regardant attentivement. « Je suis sûre qu’elle a parlé de nos plans à Xena… » Murmura-t-il. « Mais… je crois que la détenir forcera cette démone à nous obéir dans tous les cas. »

La barde se redressa. « Vous faites vraiment, vraiment, une erreur », les avertit-elle. « Xena n’est pas ici pour se battre… elle veut suivre votre plan. » Elle fit une pause. « Mais si vous faites quelque chose comme ça, je ne peux rien garantir. »

Framna leva la main. « Pose le bâton et on ne te fera pas de mal. Ce n’est pas mon intention. »

La colère de Gabrielle monta. « Reste où tu es et c’est toi qui n’auras pas mal », répliqua-t-elle. « Tu essaies quoi que ce soit et je te ferai souhaiter ne pas l’avoir fait. « Ooh. Là… c’est mieux, hein Xena ? Arès se hérissa devant elle, son pelage se dressant tandis qu’il baissait la tête. « Tu as bien plus d’ennuis que je n’en aie, mon pote. »

Le seigneur de guerre la fixa puis il plongea en avant pour attraper son bâton.

« Idiot. » Gabrielle bougea le bâton hors de sa portée et le fit tourner, le frappant dans les genoux avant de le faire tomber. Ce qu’il fit avec un bruit sourd et il se redressa péniblement en tressaillant. « Et moi qui pensais que tu n’étais pas si mauvais. » Elle tira sur son bâton en arrière puis le poussa en avant, le cognant dans la poitrine avec le bout, le forçant à reculer.

Arès se lança en avant, grognant de façon hideuse, et accrocha sa mâchoire au bras rapidement levé de Framna, tournant violemment la tête ce qui fit perdre l’équilibre à ce dernier. Le loup modifia sa prise et fonça sur la gorge du seigneur de guerre, la manquant de près avant de plonger ses crocs dans son épaule.

« Arès ! » La voix coupa court aux grognements et aux cris de Framna et le loup obéit à la demande, relâchant sa victime avant d’aller vers la grande silhouette sombre qui se tenait dans l’encadrement de la porte. « Brave garçon. » Xena lui caressa la tête puis regarda vers son âme sœur. « Je ne peux pas te laisser seule une minute, pas vrai ? »

« Hé ! » Gabrielle s’appuya sur son bâton. « C’est moi qui gagnais. » Elle tourna son regard vers la princesse qui était blottie près du canapé, visiblement morte de peur. « Silvi, tu ferais mieux de t’asseoir. »

Xena ferma la porte derrière elle et avança à grands pas dans la pièce, lançant à peine un regard vers la jeune fille tandis qu’elle atteignait le seigneur de guerre plaintif pour le regarder à son tour. « Tu as de la chance que je sois de bonne humeur », dit-elle froidement. « Ou je l’aurais juste laissé te mâchouiller un peu plus longtemps. » Son regard glacial alla vers la barde. «Tu veux bien t’asseoir pour alléger ce genou ? »

La barde leva les yeux au ciel et boita pour contourner le bureau avant de s’installer dans le fauteuil avec un soupir audible, puis elle prit son sandwich à moitié mangé et le mâchouilla. « Oui, grand-mère », répliqua-t-elle la bouche pleine, recevant un clin d’œil en retour.

Xena attrapa la tunique du seigneur de guerre et le souleva, le poussant rudement sur le canapé. « Voyons ça », grogna-t-elle de dégoût, en lui prenant le poignet pour examiner les traces de crocs. « Tu as eu sacrément de la chance, mec », l’informa-t-elle. « Bon… je pense qu’il faut qu’on parle maintenant. »

Il la regarda en silence, tenant son bras de l’autre main tandis que le sang coulait. « Xena sourit, pas un de ses sourires gentils, et elle s’appuya contre le bureau. « Ou bien je peux te livrer à la MissTapdur, la Reine des Amazones ici présente. » Elle saisit Gabrielle en train de réfréner fortement un sourire à ces mots et elle mit une expression menaçante sur son visage. « Elle peut faire de toi de la purée en moins d’un quart de marque de chandelle, je te préviens. »

Son regard alla lentement d’elle à la barde puis à nouveau sur elle. « Qu’est-ce que tu veux ? » Demanda-t-il, la voix rauque.

Xena sourit. « C’est mieux. » Elle se laissa tomber dans le fauteuil. « Et si tu es un vrai bon garçon, je vais même m’occuper de tes blessures », l’informa-t-elle d’une voix soyeuse. « Maintenant, parlons affaires. »


Gabrielle mâcha son sandwich, contente de laisser sa compagne mener ces négociations. Elle avait rarement l’occasion de voir la guerrière utiliser la persuasion. Xena appliquait habituellement une méthode plus directe pour marchander et il était intéressant d’avoir un aperçu de son côté plus astucieux même dans la modification du langage de son corps tandis qu’elle s’apprêtait à conclure un marché avec le seigneur de guerre blessé.

Au lieu de se tenir droite, ce qui mettait en valeur sa taille intimidante, elle avait choisi de se poser sur le bord du bureau, un peu en arrière et les jambes croisées aux chevilles. Elle avait aussi croisé les mains posées sur une cuisse et penché la tête d’un côté, minimisant l’impact de son regard acéré.

Intéressant, songea Gabrielle en regardant le mouvement du corps de Xena sous sa combinaison de cuir et son armure, réussissant par sa seule volonté à s’empêcher de tendre les mains pour la toucher. Elle pouvait presque sentir la texture chaude et rugueuse du cuir sous ses doigts et ce qu’elle ressentait quand Xena bougeait en le portant. La guerrière prit une inspiration pour commencer à parler et le tissu se resserra, envoyant un minuscule couinement de plainte. Avec un effort, Gabrielle détourna son attention de ces détails fascinants et écouta la conversation.

« Alors. » Xena baissa le ton de sa voix. « Tu cherches à faire une conquête dans le sang, hein ? »

Framna la regarda  très inquiet. « Conquête ? » Murmura-t-il en lançant un regard à Silvi. « Non… je n’ai aucun intérêt à prendre une cité. C’est Silvi que je veux aider… Je veux libérer cet endroit de ce salaud. »

La guerrière l’étudia. « Et ensuite quoi ? » Demanda-t-elle tranquillement. « Voyons voir… ton plan fonctionne. L’armée de Garanimus va dormir, tu prends le pouvoir… et quoi ensuite? Qu’est-ce que tu fais d’eux ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et bougea un peu.

Il haussa une épaule large. « Ceux qui le voudraient… s’ils sont valables, ce dont je doute, pourraient rester avec mon armée… ceux qui ne le sont pas… seraient libres de partir. » Il avait le regard cloué sur son visage avec prudence, cherchant une réaction.

« Ça aurait marché à la perfection », dit Silvi, nerveusement. « C’était un très bon plan, jusqu’à ce que tu le ruines. » Ceci était dit pour Gabrielle qui la regarda solennellement. « Je ne peux pas croire que j’ai été trompée aussi vulgairement par toi. » Elle lança un regard blessé vers la barde.

Le regard bleu clair la cloua. « Gabrielle ne t’a pas trompée », lui dit sèchement Xena puis elle se leva et alla à la fenêtre, les forçant à se retourner pour la regarder. « Tu restes ici après ça ? » Demanda-t-elle en tenant paresseusement une main dans la lumière du soleil, la regardant danser sur sa paume. Une douce brise souffla, remuant ses cheveux noirs et apporta une touche de cuivre et de cuir vers Gabrielle. La barde la respira joyeusement, mais garda le silence, mâchant son déjeuner.

Il hésita puis regarda la princesse. « Si Silvi veut que je reste, oui. »

Xena se retourna et s’appuya sur les doubles portes qui menaient sur le balcon, laissant la lumière chaude mettre son visage dans l’ombre et accentuer les lueurs étincelantes de ses yeux. « Très bien… voici le marché. » Elle croisa les bras. « Je n’ai rien contre toi et tout ce que j’ai promis à Garanimus, c’était de prendre la direction de son armée… pas d’en faire quelque chose. »

Ils la regardèrent d’un air méfiant.

« Alors… je laisse faire votre plan à deux conditions », continua Xena en levant la main, un doigt dressé. « Un, que personne, et je dis bien personne, ne soit blessé. » Elle leva un second doigt. « Et deux, c’est moi qui décide de quand et où l’armée de Garanimus, l’incluant, sera dispersée. »

Framna se leva lentement et lui fit face, la toisant de toute sa hauteur. « Nous avons un facteur de six à un en notre faveur… pourquoi accepterais-je ces conditions. » Il la jaugea. Silvi se tourna de façon à faire aussi face à Xena, mais elle resta assise, presque accroupie derrière le dossier du canapé comme si cela la protégeait de la silhouette intimidante.

Xena sourit. « Pour deux raisons. » A nouveau un doigt levé. « Un, parce que tu ne perds rien ainsi. » Un second doigt maintenant pointé sur lui et là, la menace roulait d’elle comme une vague sombre. « Et deux, parce que je vais prendre cette petite armée de cent hommes et te battre si tu ne le fais pas. » Sa voix tomba sur les derniers mots, et prit une texture profonde et grondante tandis qu’elle plissait les yeux.

Gabrielle sentit un frisson familier le long de son dos tandis qu’elle regardait le côté sombre de sa compagne émerger, la peignant d’une qualité féline qui était tellement perceptible que même le grand seigneur de guerre recula d’un pas. Dieux… La barde réalisa que son regard était cloué sur la silhouette menaçante de Xena, regardant la respiration régulière tandis que la guerrière attendait la réponse de Framna.

« Tu… es plutôt prétentieuse si l’on considère que tu ne les as eus que quelques jours », temporisa-t-il, la voix légèrement hésitante.

Xena lui offrit un de ses sourires pleins, complètement détendue et confiante, et Gabrielle put voir les doutes de Framna se multiplier devant ses yeux. Elle sourit à son âme sœur derrière leur dos et leva un pouce, avant de cligner, ce pour quoi elle reçut un haussement de sourcil et une courbure spéciale de son sourire en réponse.

Framna prit une inspiration et regarda Silvi. « Je vais accepter… mais à une condition », finit-il par répondre. « Toi et cette armée, vous quittez cette cité et ne revenez plus jamais. »

La guerrière se mit à rire. « Je ne pense pas que ce sera un problème. » Elle se repoussa de la porte et alla vers lui, un bras tendu. « Marché conclu ? »

Il hésita. « Comment je sais que je peux te faire confiance ? »

Les yeux bleus luirent doucement. « Tu ne le peux pas. Tu dois juste faire un choix. Oui, ou non. » Elle tourna sa main. « Marché conclu, ou pas ? » Elle se tint là, stable et alerte, les muscles marqués dans ses épaules se tendant légèrement tandis qu’elle attendait.

Framna soupira puis il tendit la main à contrecœur et attrapa son avant-bras, serrant avec précautions, puis relâchant comme si elle était quelque chose de dangereux. « Conclu. » Il recula et Silvi se leva rapidement allant près de lui, une main tremblante sur son bras, une expression mêlée de peur et de dégoût sur le visage tandis qu’elle regardait Xena.

La guerrière croisa les bras. « Bien. » Elle eut un sourire tordu. « On se voit au dîner alors », ajouta-t-elle d’un ton neutre. « Reste tranquille et fais ce que je dis, d’accord ? »

Une expression de frustration et de colère passa sur son visage. « Pas de coup tordu. »

Xena se contenta de rire. « Pas de coup tordu », l’assura-t-elle.

Silvi se redressa. « Et tu peux laisser ta… » Son regard alla vers Gabrielle pendant un instant, ensuite revint vers la guerrière. « Ton esclave ici. Je ne la veux pas à ma table. »

Gabrielle fut debout avant que Xena put même ouvrir la bouche. « Attends une fichue seconde. » La barde mit les mains sur les hanches. « Xena, je veux savoir pourquoi tout le monde présume que je suis une sorte d’esclave personnelle à ton service. » Sa voix était sèche de colère.

« Je heu… » Xena pinça les lèvres et se frotta la mâchoire tandis qu’elle regardait son âme sœur d’un air penaud. « Parce qu’ils ne te connaissent pas ? »

« C’est à cause du cuir ? De l’épée, des bottes ? Quoi ? » Demanda la barde rhétoriquement. « Ou bien… laisse-moi deviner… c’est ta taille, pas vrai ? » Gabrielle fit face à Silvi, ses yeux vert brume pleins d’étincelles. « Ecoutez bien, je ne suis ni une esclave, ni une servante, ni rien d’autre, compris ? » Déclara-t-elle avec fermeté.

Silvi la regarda avec horreur puis elle détourna les yeux et se rapprocha de Framna.

« Oui », gronda Xena en plissant les yeux d’un air dangereux. « Réfléchissez un peu… si elle faisait ma taille, avec son attitude, vous seriez dans un monde d’ennui, n’est-ce pas ? Vous seriez probablement en train de plonger du balcon à cet instant. »

Gabrielle tourna un regard faussement agacé vers sa compagne, mais ne dit rien.

« Elle sera avec moi ce soir », continua froidement Xena en fixant Silvi. Ensuite son regard passa sur Framna. « Tu ferais bien de retourner à ton armée… pour pouvoir faire ta petite entrée. » Une pause. « Attention au ravin dehors… j’y ai vu des serpents. »

Il écarquilla les yeux en l’entendant dire où se trouvaient exactement ses troupes. « D’accord », marmonna-t-il en prenant le bras de Silvi pour aller vers la porte cachée. Xena les suivit avec Arès sur ses talons et qui grondait, pour fermer le panneau derrière eux et s’y appuyer.

« Alors… Votre Royale PetiteTaille… comment vont les choses dans les donjons ? » demanda la guerrière, les yeux brillants. « Quel couple de gamins. »

Gabrielle s’était assise et avait maintenant le menton sur une main et l’autre un doigt plié en direction de son âme sœur.

Xena regarda autour d’elle s’il n’y avait pas une autre cible puis pointa sa propre poitrine.

La barde sourit et hocha la tête, pliant à nouveau son doigt.

La guerrière traversa la pièce lentement, les mains derrière le dos jusqu’à ce qu’elle arrive au bureau. « Ouuuiii ? » Gronda-t-elle à voix basse, la tête penchée d’un côté, fixant Gabrielle.

La barde se leva puis sauta sur son fauteuil et mit les deux avant-bras sur les épaules de Xena. « Tu es… la plus grande, mais la plus mignonne, des poules mouillées couvertes de cuir de toute la Grèce. »

« Moi ? » Couina Xena. « Quoi… je n’étais pas assez intimidante ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse… que je lui fiche une trouille à le transformer en une masse de gélatine tremblante ? » Elle rit. « Je l’ai menacé de toi deux fois, qu’est-ce que tu veux de plus ? »

« Ça. » Gabrielle mit le front contre celui de la guerrière. « Ce n’est pas ce dont je parle. » Elle lui embrassa le nez. « Et tu le sais bien. »

Le regard de Xena alla vers le bureau et son visage prit une expression presque timide. Elle jouait paresseusement avec une plume tombée, mettant les pennes en ordre nerveusement. « Oh », souffla-t-elle.

La barde inspira l’odeur propre de ses cheveux. « Sais-tu quel cadeau ça a été pour moi ? demanda-t-elle doucement. « Comprends-tu combien c’est important pour moi d’avoir ces mots écrits de ta main dans ce journal qui est tellement une partie de moi-même ? »

Un sourire troublé et soulagé recourba les lèvres de Xena. « Je présume que je le sais maintenant. » Elle leva les yeux et regarda la barde. « C’était bien, hein ? » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je ne… suis pas sûre de savoir pourquoi j’ai fait ça… je sais que c’était un peu incohérent… c’est juste… sorti comme ça. »

Gabrielle lui prit le visage entre ses mains et fixa mélancoliquement ses yeux. « Ma chérie, tu peux être incohérente dans mon journal tant que tu veux, d’accord ? » Répondit-elle. « C’était la surprise la plus extraordinaire… et mon anniversaire n’arrive pas avant… » Elle s’arrêta pour compter.

« Huit jours, douze marques de chandelle », murmura Xena en concentrant son regard sur la poitrine de la barde, qui était au niveau de sa tête. Elle leva les yeux alors que le silence s’éternisait pour voir des larmes couler sur les joues de Gabrielle. « Hé… » Elle leva une main d’un air déconcerté pour essuyer doucement le liquide. « Tu savais que je m’en souviendrais. » Sa voix traîna. « Pas vrai ? ? » Les deux derniers mots sortirent de manière hésitante.

La barde entoura sa nuque de ses deux bras et la rapprocha. « Oui. » Elle prit une inspiration tremblante tout en cachant son visage contre l’épaule de Xena. « Je me souvenais en fait de ce que j’avais eu à mon dernier anniversaire. »

Intriguée, la guerrière la serra. « C’était quoi, mon amour ? »

« Nous. »

Le doux murmure parvint à son oreille et Xena serra fort la mâchoire à la vague d’émotion. Est-ce que ça faisait juste une année depuis qu’elles se tenaient sous la pluie, dans un village centaure et qu’elles avaient passé la ligne sur laquelle elles balançaient depuis longtemps déjà ? Bien sûr que oui. Elle le savait très bien.

« C’est aujourd’hui, pas vrai ? » dit Gabrielle dans un souffle.

Xena hocha la tête.

« On dit que… la première année est toujours la plus difficile. » Gabrielle mit sa joue contre le cou de la guerrière. « Ça devrait être une brise à partir de maintenant, non ? »

La guerrière sourit et lui frotta le dos. « Je vais faire de mon mieux pour m’en assurer. » Elle souleva Gabrielle de son fauteuil et la posa sur le sol, effleurant le dessus de son crâne d’un baiser. « Contente que tu aies aimé la note. »

« Oui vraiment beaucoup », approuva la barde en lui faisant une dernière étreinte avant de la relâcher tandis qu’elles se tournaient en entendant un coup à la porte. « Oh oh… quoi maintenant ? »

« Que je sois damnée si je le sais. » Xena soupira. « Entrez. »

La porte craqua en s’ouvrant et Mestre entra, portant un plateau avec des verres et un grand pichet. « On m’a dit de vous apporter ça », dit la jeune fille, en gardant les yeux cloués sur Xena, réussissant à communiquer une intense désapprobation dans sa posture rigide. « Attention, ma ‘am… c’est un peu gâché, je crois. » Son regard se porta délibérément sur Gabrielle et s’y maintint puis elle retourna d’un air de défi vers Xena.

La guerrière soupira intérieurement. J’ai le truc pour choisir les alliés les plus improbables. « Merci, Mestre », répondit-elle. « Je ferai attention. »

A contrecœur, la jeune fille hocha la tête puis sortit, mais pas sans jeter quelques coups d’œil derrière elle. Xena attendit que la porte se referme avant d’aller renifler le contenu. « Du porto ? » Elle lança un regard à Gabrielle. « Je déteste le porto. »

« Je sais. » La jeune femme hocha la tête. « Je voulais m’assurer qu’au cas improbable où je ne serais pas là quand on l’apporterait, tu ne boirais pas le tout d’une traite. »

Haussement des deux sourcils. « Moi, d’une traite ? » Xena ricana. « Ça ne risque pas, Gabrielle. »

La barde boita vers elle et lui tapota le côté. « Je blaguais. » Elle renifla le pichet et plissa le nez. « Je sais que tu en commandes dans les tavernes uniquement parce que tu es convaincue que c’est tellement mauvais que c’est sécurisé. »

Xena sourit et poussa le pichet. « Aucune maladie ne pourrait vivre là-dedans, pas vrai ? » Elle fit une grimace. « Alors… qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? »

La barde haussa les épaules. « Quatre paquets de ce qu’ils veulent donner à tout le monde ce soir. »

« Quatre ? ? ! !” Cria Xena. “Bon sang, Gabrielle… est-ce que tu pensais que tu devais aussi assommer Argo?”

Gabrielle rit doucement et glissa un bras autour d’elle. « Hé… tu es une grande fille. » Elle pressa son côté. « En plus, avec toi on n’est jamais trop prudent, en tous cas j’aime à le penser. »

« Mmpf. » La guerrière grommela. « Moi et ma réputation… c’est une chose dangereuse. »

« Deux choses dangereuses », rectifia la barde d’un ton absent, s’appuyant contre le cuir, souriant un peu tandis que le bras de Xena tombait sur ses épaules. « Désolée, j’ai un peu fait sauter ma couverture. »

Xena haussa les épaules. « Nan… t’inquiète pas pour ça… ça n’allait plus durer très longtemps de toutes les façons. »

Un signe de tête. « Alors… tu vas laisser tout le monde prendre de ce truc et dormir, pas vrai ? »

« Nan. » Xena secoua la tête.

Gabrielle leva sa tête blond-roux et fixa sa grande compagne. « Hein ? »

Un demi-sourire apparut. « Ne fais jamais confiance à un plan qui n’est pas le tien, Gabrielle. »


A suivre 8ème partie

 

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11 décembre 2016

Edition de presque l'hiver

mar

Au menu :

- sixième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Clap de fin, une ff francophone signée Gaxé !

Bonne lecture !

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Chose promise, chose due, 6ème partie

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

6ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Xena fut vaguement consciente que quelque chose lui chatouillait l’oreille et elle se réveilla en sursaut, inspirant de surprise tandis qu’elle clignait des yeux pour éloigner un lourd sommeil. Il faisait très sombre dans l’écurie et une brise fraîche soufflait, faisant bruisser la paille. Argo recula d’un pas, ayant atteint son but de réveiller sa cavalière, cognant son museau contre un seau d’eau avec une intention évidente.

« Très bien… » Marmonna Xena, en libérant l’un de ses bras enroulé autour du corps endormi de Gabrielle avant de se frotter les yeux. « Attends… »

Arès leva la tête à son murmure et lécha ses pattes arrière, laissant dépasser sa langue rose. « Agrrrrrr. »

La guerrière cligna à nouveau puis elle sentit ses yeux se refermer contre sa volonté, tandis que le chaud confort de leur nid l’attirait à nouveau vers le sommeil. Avec un effort, elle résista, ouvrant péniblement les yeux et secouant un peu la tête pour l’éclaircir. « Ouaouh. » Elle massa doucement le dos de la barde. « Hé… l’endormie… »

Gabrielle remua puis ouvrit un œil vert, la regardant avec ressentiment. « Chut. »

Xena rit et lui caressa les cheveux, la tapotant affectueusement. « Allez… il fait presque nuit… je veux rentrer me débarrasser de cette crasse. »

La barde mit le nez dans son cou et le mordilla. « J’dois ? » Se plaignit-elle en se nichant un peu plus. « C’est très, très confortable ici, Xena. »

La guerrière lâcha un rire ironique. « Merci… mais oui, tu dois. » Elle tapota le dos chaud. « Allez… tu pourras retourner dormir dans le château, d’accord ? » Elle fit une pause. « A moins que tu ne sois intéressée par un dîner. »

L’œil vert roula et l’étudia. « Un dîner ? » dit-elle d’un ton songeur et spéculateur. « Hmm. »

Elles se levèrent et Xena remplit le seau d’eau d’Argo avant d’aller vers la porte et de regarder dehors. « La pluie a cessé », dit-elle en se passant une main dans ses cheveux noirs et décoiffés.

Gabrielle vint péniblement près de la guerrière et posa son menton sur son bras, qui entourait la poignée de porte. « C’est chouette. » Elle bâilla. « Est-ce que je peux admettre que je ne veux vraiment pas m’asseoir dans ce hall immense ce soir et écouter des gens babiller ? » Son regard alla vers le visage de son âme sœur. « Je dois un peu rattraper le temps dans mon journal… et j’aimerais passer un peu de temps à frotter une certaine princesse guerrière. »

Xena sourit puis haussa les épaules. « Bien sûr… je vais attraper quelque chose à la cuisine et dire à Garanimus qu’il joue avec lui-même ce soir. » Elle s’interrompit et tressaillit. « Hum… ça sonne bizarre. »

Gabrielle gloussa. « Oh oui. » Elle renifla doucement. « Mais tu es sûre ? Je peux me forcer à me réveiller si tu penses que nous devrions faire une apparition. »

La guerrière prit une profonde inspiration de l’air frais et humide. « Ils peuvent… » Elle réfréna les mots. « Oui, j’en suis sûre. » Elle plia les bras. « Pour te dire la vérité… je pense que j’en ai un peu trop fait… mon corps n’est plus habitué à faire ce truc toute une journée. »

La barde roula les yeux derrière le dos de sa compagne. Xena, Martyre Guerrière de l’apitoiement d’Amphipolis. « Et pourquoi pas un massage du dos sympathique, hein ? » Elle tapota la partie en question et poussa un peu plus la porte. « Pauvre chose… allons te rentrer avant que tu ne rouilles. »

Un sourcil noir et bien dessiné se haussa proprement. « Je pense qu’on est condescendante à mon égard », l’accusa Xena.

Gabrielle cligna des yeux innocents et brumeux. « Moi ? » Un pouce pointé sur sa poitrine. « Je ferais ça, à toi ? » Elle mit une main dans le coude de la grande femme. « On y va ? »

Xena bougea et ajusta sa cuirasse, puis elle les mena dans la cour. Elle laissa Gabrielle se diriger vers leurs quartiers tandis qu’elles atteignaient le couloir intérieur et elle se baissa pour passer la petite porte de côté dont elle se souvenait qu’elle menait à la cuisine. Elle pouvait entendre le faible cliquetis tandis que les serviteurs installaient le hall pour le dîner, et elle fut soudain inondée du sentiment reconnaissant que Garanimus allait se passer de leur compagnie. Ce qu’elle voulait vraiment, c’était passer du bon temps avec… Gabrielle et lui parler… tellement de choses étaient arrivées depuis ce matin, elle avait cruellement besoin d’espace pour simplement… l’absorber.

« Xena. »

Une voix basse et rocailleuse l’arrêta dans sa marche et elle tourna la tête. « Bonjour Grandma. » Elle pencha la tête, sentant l’agitation de la vieille femme. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La cuisinière prit son bras et tira. « Viens avec moi. »

La guerrière se laissa mener dans une petite zone étroite de rangement, dont la petitesse lui donna de l’inconfort. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Répéta-t-elle, en pressant son dos contre le mur tout en fixant la vieille femme avec impatience.

« R’garde ici. » Grandma se lécha les lèvres et regarda autour d’elle. « Faut pas qu’tu fasses confiance à cette petite pétasse blonde. »

Xena s’immobilisa et plissa le front. « Petite blonde… tu veux dire Gabrielle ? »

Un mouvement nerveux des yeux. « Si c’est ça son nom… oui… la fille qui voyage avec toi. » Elle se pencha un peu plus. « J’tassure, p’tite pousse… elle te veut qu’du mal… attention à toi. »

Xena prit plusieurs inspirations, repoussant un sentiment de peur profondément. « Tu as tort, Grandma. » Elle baissa la voix. « Elle n’est pas comme ça. »

Un léger ricanement. « Vous les jeunes… z’avez le sens d’un poulet, ah oui… j’te dis, elle est pas bonne pour toi… et elle attend un ptit, la petite putain, pour commencer. »

D’un seul coup, la pièce parut bien trop petite. Xena sentit qu’elle ne retenait plus sa colère et elle bondit en avant, attrapant Grandma par surprise et la clouant contre le mur opposé. « Ne dis plus jamais ça… sur elle. » Xena laissa sortir un grognement bas et coléreux.

La vieille femme écarquilla les yeux, mais elle ne dit rien.

« Je connais vos plans. » La guerrière détacha les mots. « Si c’est ce que tu veux dire au sujet de… Gabrielle… qui travaillerait contre moi. »

« Tu… tu sais ? » Couina Grandma. « Elle t’a dit ? »

La guerrière la relâcha et recula, luttant pour se contrôler. « Je sais », répéta-t-elle tranquillement. « Elle m’a tout dit. »

La vieille femme la fixa dans un silence pensif pendant un moment. « Ah. Tu vas nous arrêter alors ? »

Xena baissa les yeux. « Je vais attendre de rencontrer cet autre seigneur de guerre », dit-elle lentement. « Ensuite je déciderai quoi faire. » Un souffle. « Il se joue peut-être de vous. »

Grandma soupira et se pencha en arrière, levant une main tremblante à sa tête. « Je suis… désolée… je… je savais pas quoi faire… ma loyauté est ici, tu vois, mais… » Ses yeux délavés se posèrent sur elle. « Pour l’amour de ta mère… je… »

La guerrière ferma les yeux. « Grandma… merci d’avoir pensé à moi », dit-elle tranquillement. « Je suis un peu sensible quand il s’agit d’elle… elle compte beaucoup pour moi. »

« Oui. » La cuisinière la regarda. « N’importe quel idiot verrait ça. » Elle pinça les lèvres. « J’voulais pas que tu sois blessée. » Un soupir. « Elle est bien, alors ? Tu sais, alors…  qu’elle attend ? »

Un sourire las passa sur les lèvres de la guerrière. « Oh oui… je le sais. » Elle hocha deux fois la tête. « Mais… comment… » Elle eut un regard intrigué. « Ça ne fait qu’une semaine environ. »

Grandma rit doucement. « Ah… Dieux, ptite pousse… j’suis sur terre depuis assez longtemps pour savoir c’que j’vois… Mais j’pensais que ça faisait plus d’une semaine. » Elle eut un regard furtif vers Xena. « Euh… »

Et voilà. Xena soupira intérieurement, se réconciliant avec beaucoup de réponses à cette question particulière. « Le père c’est mon frère, Toris. »

Grandma toussa. « Oui… Ce p’tit lascar agaçant ? » Elle secoua la tête. « Par les dieux. »

« Il a bien grandi », l’assura Xena. « Ecoute… je peux avoir de quoi manger à emporter… la journée a été longue… je vais éviter le cirque en bas. »

Sans un mot, Grandma les conduisit hors de la réserve jusque dans la partie principale de la cuisine. Xena était consciente, avec ses sens périphériques, d’observateurs silencieux qui se fondirent dans l’obscurité du hall après qu’elles furent passées.


Gabrielle sentit la porte se refermer derrière elle avec un sentiment de soulagement. La pièce était fraîche et légèrement éclairée et elle envoya Arès trotter devant elle tandis qu’elle allait à la table et y allumait la chandelle. Quelques pas l’amenèrent à l’âtre et elle remua le feu, ajoutant du bois au centre pour faire monter la chaleur. « Elle va avoir un bain chaud cette fois, Arès », dit-elle solennellement au loup. « Avec beaucoup de bulles… juste comme elle l’aime. » La pensée de passer une soirée seule avec son âme sœur amena un sourire sur ses lèvres. « Je vais lui laver les cheveux… et lui faire ce massage du dos. Tu penses qu’elle va aimer ? »

Arès pencha la tête.

« Je pense aussi », décida la barde avec un sourire tandis qu’elle sortait une chemise fraîche, douce et propre pour sa compagne. Elle alluma d’autres chandelles et s’installa au bureau, prit sa plume et sortit son journal de la sacoche. « Voyons si je peux écrire quelque chose avant qu’elle ne débarque. »

Où est-ce que je commence ? La seule chose qui m’inquiète maintenant c’est le point le plus discutable que je puisse imaginer. Ça a commencé ce matin – quand elle s’est levée avec des nausées et je me suis rendu compte que toutes les choses idiotes qu’elle faisait et les trucs dont elle faisait l’expérience la semaine dernière n’étaient pas de son fait. C’était moi… et j’ai dû le lui dire parce qu’elle commençait vraiment à flipper.

Elle a même mentionné les Parques… alors je sais qu’elle commençait à perdre pied. La pensée de retraverser tout ça lui fait peur et pour être honnête, à moi aussi, parce que ça a été le début d’une très longue et très sombre partie de ma vie. Alors, il fallait que je lui donne assez d’indices de ce qui se passait.

Je ne savais pas comment ce serait reçu, mais bon sang, j’ai fini par le savoir. Je ne l’avais jamais vu aussi heureuse… c’était comme… je ne m’y attendais pas. Je… savais qu’elle serait contente pour moi… je présume que je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi heureuse pour elle-même.

Est-ce que ça a du sens ? Je l’espère. J’ai marqué cette page pour pouvoir y retourner et relire cette note, parce que ça marque un moment très important dans ma vie. Je sais que je me souviendrai de l’expression dans ses yeux ce matin… pour toujours, parce que je sais que c’est moi qui l’y ai mise.

Je l’ai fait. C’était génial. Tellement génial. Je me sentais merveilleusement bien.

Maintenant je peux être heureuse aussi… c’est fantastique… comme si je ne pesais pas plus qu’une fleur… je flotte partout. Je pense que je suis plus heureuse de la façon dont elle a réagi que je ne le suis de tout ça en premier lieu.

Bizarre.

Je peux le dire maintenant. Je vais avoir un enfant.

Je n’ai pas plus de preuves que je n’en avais hier soir, mais quelque part… je le sais. Je le sens… comme ce sentiment de chatouillis enfoui en moi… Xena a dit que mon corps est occupé à créer une nouvelle vie et que c’est pour ça que je suis autant fatiguée, et penser à ce qui se passe là-dedans c’est tellement bizarre.

Comme si… est-ce que ça commence comme une personne en miniature et qui grandit ? Est-ce que ça respire de l’eau ? Est-ce que ça nage là-dedans… comme je nage dans un lac ? Est-ce que c’est un garçon, ou bien une fille… à quoi va-t-il ressembler… je ne peux pas m’empêcher de rester assise là à me questionner.

Neuf mois c’est fichtrement long, vous savez ? Combien de temps va-t-il falloir avant que je le sente bouger ? Xena le sait probablement… je pense que je lui demanderai quand elle reviendra.

J’espère qu’il aura les traits de Toris… ces cheveux noirs et ces yeux… je ne veux pas qu’il me ressemble.

C’est horrible, n’est-ce pas ? Mais Hope me ressemblait. Même Xena l’a dit… au tout début. Elle a dit que le bébé me ressemblait.

Je ne veux pas que ce soit le cas cette fois. Je veux que celui-ci me rappelle Xena et Toris… pas moi. Ou bien Hope. Xena dit qu’il y a une bonne chance pour qu’elle ait les cheveux noirs au moins… elle m’a donné cette petite leçon sur les chevaux aux crinières noires, et des queues noires, et des poulains noirs… elle m’a perdue en chemin, mais le fond de ça c’est qu’elle pense qu’un enfant entre nous aurait plutôt les cheveux noirs que ma couleur. Entre nous… c’était drôle qu’elle dise ça… presque comme si elle voulait dire nous, comme dans moi et elle, et pas nous, comme dans moi et Toris.

Je le souhaite. Mais je pense que ça va aller… basé sur sa réaction ce matin, en tous cas. Je jure qu’elle est plus excitée que moi.

Xena dit qu’elle aimerait que le bébé ait mes yeux. Elle a dit qu’elle les aimait vraiment beaucoup… la couleur et tout. Je ne vois pas vraiment ça moi-même et je pense que les siens sont bien plus beaux, mais… je présume que ce n’est pas la peine de discuter.

C’est tellement excitant de parler des possibilités. Je peux sentir une attente intense… et je suis assise ici à me demander comment je vais passer les neuf mois… je vais être cinglée à attendre. Je réfléchis en permanence… je ne suis pas une personne patiente.

Xena est bien plus patiente que je ne le suis… même si elle ne s’en rend pas compte. Je rêvassais aujourd’hui tandis que nous étions dans ce bain tordu… l’imaginant en train de bercer un bébé… de chanter pour lui… malgré son côté coriace, ce n’était pas difficile de l’imaginer. Elle regarde ces petites choses sans défense et elle fond… elle ne s’en rend même pas compte, mais elle a ce petit sourire, juste au coin de la bouche et ses yeux étincellent un peu.

Sa voix… elle est si belle. Je ne peux pas croire qu’elle ait commencé à me chanter cette chanson de berger tout à l’heure… elle le fait si rarement… ça me surprend toujours de l’entendre. Je pourrais l’écouter chanter pendant des heures… mais je sais que je n’aurai que quelques minutes… c’est presque comme si elle n’avait que peu de temps pour ce talent… et elle n’aime pas l’utiliser trop souvent. Je lui ai posé la question là-dessus… elle dit que… qu’elle doit se sentir d’une certaine façon avant de chanter, parce que cela ouvre une partie de son âme avec laquelle elle n’est pas très à l’aise.

C’est dommage. Je souhaiterais que tout le monde puisse l’entendre. Ils seraient stupéfaits.

J’ai hâte de voir le visage d’Ephiny quand je lui dirai qu’elle va devenir tante. Deux fois… si Xena a raison pour Granella et elle l’a probablement. Je pense que ça va me plaire que quelqu’un à la maison traverse la même chose… je sais que Xena va me soutenir, mais c’est différent.

Soutenir… oui et maintenant il faut que je trouve un moyen de l’empêcher de traîner autour de moi comme une vieille poule avec un seul œuf.

C’est probablement une cause perdue, hein ?

Des bruits de pas familiers attirèrent son attention et elle leva les yeux quand la porte s’ouvrit sur son âme sœur, dont les bras étaient chargés. « Xena ! » Gabrielle se tortilla pour se relever et s’avança pour attraper un panier des doigts de la grande femme. « C’est quoi tout ça ? »

« Oh. » La guerrière posa le reste de son fardeau et rit un peu. « Heu… Grandma… a fait une sorte… de petite erreur et elle était… je présume qu’elle voulait se racheter. » Elle observa les friandises. « Ça devrait suffire pour nous. »

Gabrielle poussa les paquets. « Peut-être bien. » Elle eut un sourire espiègle pour son âme sœur et se tapota l’estomac. « Je suis plutôt affamée… ou bien devrais-je dire… nous sommes plutôt affamées. » Elle rit. « C’est plutôt sympathique… maintenant j’ai une bonne excuse pour faire le goret. »

Xena haussa les deux sourcils d’un air joyeux. « Est-ce que tu as déjà eu besoin d’une excuse ? » Elle se baissa quand un morceau de tissu tournoya vers elle puis elle contourna la chaise entre elles et saisit Gabrielle qui tentait de s’échapper, la soulevant avant de la faire tourner. « Ecoute bien, toi… » Elle embrassa affectueusement la barde. « Sois goret autant que tu veux, ma barde… je ne veux pas que nous ayons faim l’une ou l’autre. »

Gabrielle lui encercla la nuque de ses bras et tira sa tête vers le bas, goûtant ses lèvres avec un plaisir sensuel. « Je pense que je peux gérer ça. » Son corps se pressa contre celui de Xena, cherchant avidement le contact et elle sentit les bras qui la serraient se raidir par pur réflexe. « Quelle erreur ? » Elle s’interrompit et regarda Xena.

Celle-ci lui lança un regard ironique. « Elle était… euh… elle m’avertissait à ton sujet. »

Un froncement de sourcils. « Moi ? ? ? » La voix de Gabrielle prit une tonalité intriguée. « Qu’est-ce qui… » Puis elle se souvint. « Oh. » Elle laissa sa tête retomber en avant et la posa sur la clavicule de sa compagne pendant un long moment avant de relever les yeux. « Qu’est-ce que tu lui as dit ? »

Les yeux bleus paisibles la regardèrent en retour. « La vérité. »

Gabrielle eut le souffle court. « Est-ce que c’était malin ? »

Une longue pause. « Je n’y ai pas pensé », admit doucement Xena. « Je ne pouvais pas la laisser penser ça de toi. » Elle caressa les cheveux de la barde. « Je pense que c’est bon… elle a pris un énorme risque rien que pour essayer de m’avertir… je pense qu’elle va garder ça pour elle. » Elle recourba le bord de sa lèvre. « Elle m’aime plutôt bien. »

Tu ne pouvais pas la laisser penser ça de moi. Gabrielle soupira intérieurement, sentant un pincement de tristesse. Lui laisser penser que j’allais te trahir… ça fait bien trop mal, pas vrai ? 

Xena sentit le changement d’humeur et elle plissa le front. « Je… je pense vraiment que ça va aller, Gabrielle… je lui ai dit que j’allais attendre de rencontrer ce Framna avant de décider quoi faire… je… je pense qu’elle espère que je vais simplement m’allier à lui », expliqua-t-elle d’une voix hésitante. « Elle se souvient de moi quand j’étais une gamine… je… »

Gabrielle prit une profonde inspiration et leva la main pour mettre deux doigts sur les lèvres de sa compagne. « Xena… détends-toi… je suis sûre que tu as raison. » Une pause. « Je… n’ai pas réfléchi à ce que les gens allaient penser de moi… et maintenant que je le fais, ça me taraude. » Elle eut un regard triste pour la grande femme. « J’ai pris l’habitude de ne pas y penser, parce que je… savais… que tu saurais combien c’est impossible. » Elle serra la mâchoire. « Et… maintenant je ne peux pas… l’accepter comme ça. »

Xena la fixa. « Gabrielle… » La voix de la guerrière était calme et triste. « Je croirai toujours en toi… et je te ferai confiance… parce que c’est beaucoup trop douloureux de faire autrement. »

« Mais… » Cette fois, les doigts se posèrent sur ses lèvres à elle.

« Pas de mais. » Xena secoua la tête. « Non. Ne me demande pas d’abandonner cette foi. Je ne le peux pas. »

Gabrielle déglutit, se rendant compte peut-être pour la première fois combien leur relation était devenue dangereuse pour sa calme compagne. C’était une grave vulnérabilité que Xena semblait avoir acceptée, le prix que la guerrière payait pour leur proximité. Cela effrayait et rassurait la barde à la fois. « Je ne l’aurais jamais demandé », répondit-elle doucement. « Je ne le demanderai jamais. Elle reconnut la seconde déclaration comme un vœu solennel et il dissout une partie de la tension en elle.

Xena produisit un sourire et mit son front contre celui de la barde. « Merci. » Elle soupira. « Je vais aller prendre ce bain rapide… tu veux commencer avec ce truc ? »

« Nan. » Gabrielle secoua la tête et enroula ses doigts dans les attaches qui retenaient la combinaison en cuir de sa compagne. « Je dois m’assurer que tu ne te noies pas. » Elle guida une Xena volontaire jusque dans la salle de bains et elle déboucha la citerne, laissant le feu réchauffer l’eau qui s’écoulait vers la grande baignoire. Tandis qu’elle se remplissait, elle prit le temps de retirer l’armure et la combinaison de la guerrière silencieuse, notant les coupures et bleus mineurs dessous. « Tu as été occupée aujourd’hui, pas vrai ? »

Xena baissa les yeux puis haussa les épaules. « Oui… j’ai commencé par une sorte de buffet gratuit, je présume… qu’ils m’attaquent tous en même temps ensuite on a fait de l’entraînement en escouade… des groupes de six ou huit, puis un sur un… on a travaillé sur des compétences individuelles… des trucs à l’épée… ce genre de choses », répondit-elle avec désinvolture.

Gabrielle attendit un peu et la regarda. « Tu t’es amusée, hein ? »

La guerrière étouffa un sourire penaud et se gratta la mâchoire. « Ça faisait un moment », reconnut-elle. « Oui… en effet… c’était vraiment bon de relâcher toutes ces tensions… je n’ai pas vraiment eu d’entraînement de ce genre depuis longtemps. » Elle s’interrompit. « Je ne savais pas si j’en étais encore capable. »

La barde eut un sourire narquois. « Laisse-moi deviner… c’est le cas. »

Une expression légèrement jubilatoire mit une lueur dans les yeux bleus. « Oui. » Xena eut un rire diabolique. « Je leur ai botté les fesses. »

Gabrielle sourit, notant la posture familière des épaules de sa compagne. « Je ne peux pas croire que j’ai raté ça… j’ai été coincée à écouter la plainte romantique d’une adolescente. » Elle poussa Xena dans les côtes. « Dans la baignoire, Oh princesse guerrière du bottage de fesses. »

Les longs doigts s’avancèrent et dénouèrent sa ceinture, libérant le tissu soyeux de son corps. « Seulement si tu viens avec moi », lui dit Xena, traçant la clavicule maintenant dénudée du bout du doigt.

Gabrielle gloussa doucement. « Ça va faire trois bains aujourd’hui », protesta-t-elle, mais elle se rapprocha et frotta doucement son corps contre celui de la grande femme. « Mais je pense que ça va être mon préféré. » Sa peau semblait très sensible et le lent mouvement des mains de Xena sur ses côtés laissait des traînées de feu, surtout lorsque ses lèvres furent prises et qu’elle sentit le frottement des cheveux noirs sur ses épaules nues.

L’eau chaude était merveilleuse et glissait sur leurs corps joints, Gabrielle chercha l’éponge qu’elles utilisaient et commença un lent nettoyage excitant sur le corps de son âme sœur, passant l’éponge légèrement rugueuse sur la peau tandis que les muscles dessous ressortaient en réaction. Elle était vaguement consciente d’un désir insistant, d’un besoin prégnant du toucher de Xena, et elle eut presque un cri de soulagement lorsque les mains de la guerrière trouvèrent des endroits familiers et sensibles, et que l’eau tourbillonnante s’évaporait entre elles.


Il lui fallut plus de temps que d’habitude pour reprendre son souffle, songea la barde, ou du moins elle en eut l’impression ; Elle flottait doucement dans l’étreinte de Xena, regardant de minuscules îles de bulles luisantes lui passer devant le nez. Elle souffla doucement sur l’un des petits radeaux et le regarda cogner la poitrine de la guerrière.

Xena leva la tête du bord de la baignoire et ouvrit les yeux quand elle sentit le souffle chaud chatouiller sa peau. « Est-ce que tu t’es déjà transformée en prune séchée ? » Demanda-t-elle.

« En pruneau », la corrigea soigneusement la barde. « Et je vérifierais bien, mais ça voudrait dire que je bouge et je suis trop bien installée pour le faire. »

La guerrière roula la tête d’un côté et observa la jeune femme. Gabrielle était blottie contre elle un bras autour de sa taille, l’autre autour de son dos, avec la tête posée sur l’épaule de Xena, et ses jambes musclées  enroulées autour de celles de la guerrière. Elle leva une main et la passa sur la hanche de la barde, chatouillant joyeusement la peau douce. « Nan… pas encore. »

La barde l’éclaboussa. « Arrête ça. »

« Arrêter quoi ? » Xena continua son avancée, faisant glisser ses doigts à l’arrière de la cuisse de la barde, vers un point particulièrement chatouilleux.

« Xena. » Gabrielle réfréna un gloussement impuissant et l’éclaboussa encore plus fort.

« Oui ? » Le chatouillis continua tandis qu’elle passait légèrement le doigt le long de la jambe de la barde. « Quelque chose ne va pas ? »

« Arghh… » Gabrielle fit de même, enroulant son bras pour toucher Xena sur un endroit vulnérable juste sous les côtes, puis elle anticipa le mouvement de la guerrière, tendit la main vers le bas et captura l’arrière de son genou, qui était de loin l’endroit le plus sensible qu’elle avait trouvé pour une séance de torture par chatouillis sur le long corps. « Oooh… je t’ai eue… »

« Grph. » Xena se mordit la lèvre tandis que les doigts de la barde trouvaient un endroit faible puis elle céda et éclata de rire alors que la barde sentait la victoire et qu’elle ajouta une attaque soudaine sur son nombril. « Grâce… grâce… tu as gagné », cria-t-elle tandis que Gabrielle produisait un rire bas de triomphe.

« Hé… » La barde se fraya un chemin vers le haut en mordillant le cou de sa compagne avant de finir par l’embrasser. « Ne joue pas avec moi, espèce de chiot grandi trop vite. »

Xena lui mordilla l’oreille. « Grrrr. » Elle sourit et l’étreignit. « Allez… j’entends ton estomac qui gronde. »

La barde soupira d’un air désabusé et laissa tomber sa main sur l’endroit en question. « Je peux voir que je ne vais pas porter longtemps l’habit d’Amazone. » Elle traça les muscles tendus d’un doigt nonchalant. « Ils vont disparaître rapidement si mon appétit se développe. »

C’est la seconde fois qu’elle mentionne ça, analysa Xena. Oh oh. Je ferais mieux d’avoir cette conversation maintenant. La guerrière mit les bras autour de la barde et laissa ses mains venir reposer sur son ventre. « Est-ce que ça t’inquiète vraiment ? » Demanda-t-elle en observant le visage de Gabrielle tandis que la jeune femme réfléchissait.

« Ça ne devrait pas », finit par répondre la barde. « Je veux dire que… je sais que ça ne devrait pas. »

« Mais ? » Insista Xena qui savait trop bien.

Le silence, jusqu’à ce que Gabrielle plonge un doigt dans l’eau. « Je ne sais pas… est-ce que c’est orgueilleux et égoïste de dire que j’aime bien mon apparence actuelle ? » Finit-elle par admettre. « Je sens bien que je ne devrais pas penser cela… je veux dire, c’est stupide de s’inquiéter pour ça, pas vrai ? »

Les yeux bleus clairs l’étudièrent avec une compréhension ironique. « Peut-être… mais c’est aussi complètement naturel de ressentir cela, Gabrielle. » Elle rassura la barde troublée. « Je n’ai jamais connu de femme enceinte qui se pensait attirante pendant la grossesse. »

Les yeux verts se tournèrent vers elle avec incertitude. « Vraiment ? »

« Mmhmm », l’assura Xena. « Et… je n’ai jamais connu personne qui soit amoureux d’une femme enceinte et qui n’ait pas pensé qu’elle était absolument magnifique. »

Un ricanement. « Tu essaies de me remonter le moral », l’accusa Gabrielle.

Un sourire charmant croisa son regard. « Je n’ai aussi jamais connu personne qui croit cela. » Elle embrassa la barde sur le nez. « Mais c’est vrai… tu dois simplement me croire. »

Gabrielle plissa les yeux. « Xena, j’ai vu des femmes enceintes. » Elle s’interrompit pensivement.

Son âme sœur la regarda avec un œil brillant. « Et tu étais amoureuse d’elles? » Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

Gabrielle tambourina sur sa poitrine. « Eh bien, non… mais… »

Xena sourit. « Pas de mais… Ecoute, souviens-toi quand tu es venue à l’écurie aujourd’hui? »

La barde fut désarçonnée par ce soudain changement de sujet. « Euh… oui, mais que… »

Un doigt lui imposa de se taire. « Tu es entrée directement, tu as traversé l’écurie d’un pas militaire et tu m’as pratiquement noyée dans une étreinte. »

Gabrielle cligna des yeux, désorientée. « Oui… alors ? » Répondit-elle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Rien… sauf que j’ai combattu des gros types couverts de sueur et de boue toute la journée, j’étais enduite de poussière et de crottin et d’une dizaine de sortes de saletés, et que je sentais comme une pile de crotte de centaure vieille de trois jours », déclara Xena. « Je crois bien que j’étais aussi attirante à ce moment-là qu’une truie dans son auge. »

Un nouveau clignement des yeux verts. « Hum… » La barde plissa le visage. « Je n’avais pas remarqué. » Elle regarda Xena. « Je présume que c’était ta démonstration, hein ? » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je ne réfléchis habituellement pas à ton apparence… »

« Merci. » La guerrière se mit à rire. « C’est une bonne chose. »

La barde lui donna une légère tape. « Ce n’est pas ce que je voulais dire… je veux dire que parfois je… comme au mariage de Lila. Quand tu es entrée, tout habillée de fête et que tout le monde a toussé à en perdre un poumon  … alors je t’ai regardée et j’ai, en quelque sorte… ouaouh. »

Xena rougit légèrement. « Comme moi hier soir, quand je t’ai regardée », railla-t-elle avec un sourire narquois.

Ce fut le tour de Gabrielle de rougir. « Hum… merci », marmonna-t-elle. « Mais la plupart du temps, quand je te regarde, c’est pour saisir des petits indices sur ce que tu ressens ou à quoi tu penses… je ne… pense pas à… ton apparence. »

Xena attendit pour être sûre qu’elle avait terminé. « Alors… qu’est-ce qui te fait penser que c’est différent pour moi ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonné.

« Et bien. » Gabrielle prit tout son courage à deux mains, maintenant qu’elles parlaient, et d’un sujet auquel elle avait beaucoup réfléchi ces derniers temps. « D’abord, sortons de l’eau. » Elle se désengagea de la guerrière et se leva, souriant quand Xena se leva avec elle et lui prit doucement le coude pour l’aider à enjamber le bord de la baignoire. Elles se séchèrent et enfilèrent des chemises, puis elles s’installèrent avec le pique-nique impromptu.

« J’ai remarqué. » Gabrielle mordilla un morceau de fromage. « Que tu as tendance à t’impliquer avec des gens de belle allure. »

Xena s’arrêta au milieu de sa gorgée et la regarda, amusée. « C’est très vrai. » Ses yeux bleus étincelèrent. « Et j’aime à penser que mes goûts se sont améliorés avec le temps. »

La barde sourit et baissa les yeux avant de s’éclaircir la gorge. « Je ne… jamais… je veux dire que je ne savais pas combien c’était important pour toi. » Elle prit une inspiration et leva les yeux. « Le fait que tu… heu… » Une pause. « M’aies trouvé attirante m’a surprise en quelque sorte. » Une pause plus longue. « Ça le fait toujours… parfois… du moins pour une petite partie de moi. »

Xena s’interrompit au milieu d’une bouchée et se contenta de la fixer. « Tu blagues, pas vrai ? » Finit-elle par bafouiller, avalant vite. « Tu n’es pas sérieuse là, non ? Gabrielle, regarde-toi dans un miroir parfois… tu es une très belle partie de l’humanité. » Elle contourna la table devant laquelle elle se tenait et s’assit sur le divan bas capitonné près de la jeune femme. « Mais pour répondre à ta question, pas du tout. » Elle leva une main et traça la joue de la barde du dos de ses phalanges. « Pas avec toi. » Un léger sourire passa sur ses lèvres. « Je pense que… quand on dit que l’amour est aveugle…c’est de ça qu’on parle. »

Finalement, Gabrielle sourit en retour. « Je pense que tu as raison. » Elle soupira. « Merci… d’avoir écouté mes insécurités idiotes. » Elle se tut.

Xena mit un bras autour de ses épaules. « Tu as peur ? » Demanda-t-elle doucement.

La barde la regarda droit dans les yeux. « Oui… un peu. »

La guerrière l’étreignit. « J’avais peur aussi », confessa-t-elle. « Ça passe après un moment. »

Gabrielle s’appuya contre elle et soupira. « Merci. » Elle finit son fromage et commença un morceau d’agneau froid. « Tu veux entendre un nouveau poème ? »

Xena se pencha en arrière et tira la barde sur un endroit confortable contre elle. « Bien sûr. » Elle tendit une cerise à la jeune femme que celle-ci attrapa de ses dents blanches.


Elle ne se souvenait pas de s’être rendormie. Juste d’un crépuscule calme et brumeux qui descendait sur elle et sur une barde déjà endormie tandis qu’elles faisaient face à la fenêtre ouverte, et elle sentit la brise fraîche et humide pénétrer doucement.

Xena se sentait très détendue, à part une raideur lancinante dans ses épaules, produite par les travaux de la journée, soupçonna-t-elle. Les bruits de la pièce montaient et descendaient, les légers craquements du feu et le doux bruissement du vent qui tournait autour du parchemin de Gabrielle. Arès était enroulé autour de ses jambes étendues, son museau posé sur son pied et elle pouvait légèrement sentir la chaleur de sa respiration sur sa peau.

Un nouveau son aurait dû l’avertir, mais elle écoutait dans un brouillard tandis que les cliquetis qu’elle entendait se traduisaient dans son esprit endormi comme l’ouverture de la porte.

Des bruits de pas approchaient. Elle essaya d’être inquiète, mais la lassitude insidieuse semblait la submerger, la gardant paisiblement en place jusqu’à ce que le son d’un rire léger et de l’acier raclant le cuir amène un éclair d’avertissement même à travers le brouillard qui l’entourait.

Des drogues. Elle sentit son cœur battre plus fort et elle connut un moment de panique exacerbé tandis qu’elle réalisait que son corps ne répondait pas à son commandement, même si elle pouvait sentir le couteau levé et qu’elle sut qu’elle n’avait que quelques secondes pour l’empêcher.

Sa seule volonté la força à lever un bras pour intercepter la lame froide dirigée vers sa poitrine, et elle sentit le feu brûlant lorsque sa pointe perça son avant-bras, une douleur qui transperça proprement la brume et lui apporta des munitions pour combattre les chaînes des herbes.

Ses doigts se refermèrent sur du tissu et elle serra la main, se propulsant hors du lit, entendant le cri étouffé de surprise lorsque son assaillant se retrouva sur le sol, luttant avec une femme à demi paralysée, mais toujours dangereuse qui était de plus en plus furieuse et mobile.

Il se trémoussa et se sortit de sa prise et il se tortilla pour s’éloigner, évitant de justesse le bond vers lui, tandis qu’il se précipitait vers la porte à toute vitesse et la claquait derrière lui.

Xena sentit son cœur battre hors de contrôle tandis qu’elle se forçait à se lever, attrapant le divan pour se soutenir, tout en avalant avec panique des goulées d’air, sentant de plus en plus à court de souffle à chaque fois que sa poitrine pompait. Avec désespoir, elle trébucha vers ses sacoches, tombant à mi-chemin et sentant une douceur lancinante traverser sa cage thoracique, tandis qu’elle atteignait les sacs et les saisissait, renversant leur contenu devant sa vision brumeuse.

Son kit de soin… et deux bourses… elle réussit tant bien que mal à les ouvrir et versa les herbes, mélangeant une pincée de chacune et les enfournant dans sa bouche, ravalant toute l’humidité qu’elle pouvait pour les avaler.

C’était mauvais au goût et elle faillit vomir, mais elle tint bon en grimaçant, jusqu’à ce que la lumière battante dans sa vision commence à ralentir et que son cœur battant à tout rompre se calme.

L’odeur du sang vint à ses narines et elle ouvrit lentement les yeux, clignant jusqu’à ce que le brouillard recule et qu’elle puisse se concentrer sur la coulée rouge le long de son bras. Bon sang, pensa-t-elle faiblement. Alors. Dans la nourriture… un sentiment de déception nauséeux coula en elle alors qu’elle réalisait ce que cela signifiait. Je présume que Grandma ne m’a pas fait confiance après tout.

Pas le temps pour ça, décida-t-elle en testant ses bras et se repoussant du sol. Elle se mit à genoux puis regarda autour d’elle, pour voir les silhouettes endormies d’Arès et Gabrielle. Elle se mit lentement debout, balançant un peu et elle attrapa le dossier du fauteuil pour reprendre son équilibre.

Ce n’était pas passé loin. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux. Pas loin du tout. Ses genoux se mirent à trembler et elle s’appuya sur le meuble, déglutissant. Elle regarda autour d’elle, notant que le bassin d’eau pouvait être un suspect supplémentaire pour l’empoisonnement et elle attrapa une outre qu’elles avaient dans leur équipement, l’ouvrit et renifla avec soin. Après une gorgée d’essai, elle soupira de soulagement, reconnaissant l’odeur et le goût distinct de la maison. Elle vida la moitié du sac, puis se leva tranquillement, jusqu’à ce que son corps réponde mieux et que la brume autour d’elle diminue.

Une traînée de sang courait le long de son bras, tombant de ses doigts sur le sol carrelé et elle plia la main, envoyant des gouttelettes de sang autour d’elle. Une recherche rapide dans son kit lui fit trouver une bande dont elle enveloppa son bras avant de la nouer.

Elle ramassa les herbes et les mit dans sa main en coupe, étudiant son âme sœur d’un air interrogateur. Je ne peux pas lui donner ça… mais il faut qu’elle se débarrasse de la drogue alors… Elle posa une des herbes et plongea dans le sac pour en ressortir une sorte différente. Elle va me haïr pour ça.

Avec un soupir, elle les mélangea avec de l’eau de l’outre et alla au côté de sa compagne, s’agenouillant avec un équilibre instable avant de lui tourner le visage vers l’avant. Elle ouvrit la bouche de la barde et versa une bonne quantité du mélange, provoquant un réflexe de déglutition, qui fit presque tousser la jeune femme. En grimaçant, elle lui en donna une autre dose et fut récompensée par le battement des cils clairs.

Les yeux verts allèrent confusément vers elle. “Xe?” La voix de la barde était douce et légère.

« Chh… oui, c’est moi. Ecoute… on a des tas d’ennuis, mon amour… La nourriture était empoisonnée », lui dit doucement Xena. « Un type a tenté de me poignarder… mais il s’est enfui.

« Par les dieux… ah. » La barde se serra l’estomac. « Je… je ne me sens… pas bien.”

Xena soupira. « Je sais… c’est de ma faute… Il faut que je te débarrasse de ce truc. »

Un tressaillement. « Oh… par les dieux… tu n’as pas fait ça. »

« Si, je l’ai fait. » Xena la souleva en balançant un peu, puis elle alla vers la salle de bains, où elle avait vu un grand bassin. « Ça ne va pas être drôle… mais je ne pouvais pas te donner l’antidote. » Elle posa la barde et, sentant les convulsions soudaines, elle la tint tandis que celle-ci vidait le contenu de son estomac dans le bassin. « Brave fille. » Elle se laissa tomber sur un genou d’un air las et elle entoura la barde d’un bras, la soutenant et ignorant son propre inconfort. « Doucement… doucement… je t’ai. »

A la fin, Gabrielle reposa son front sur la pierre froide, enroulant ses doigts sur le bord tandis qu’elle aspirait de grandes goulées d’air. « Dieux », murmura-t-elle doucement.

Xena la serra affectueusement. « Je suis désolée… Je n’ai pas pu penser à un autre moyen. » Elle s’excusa, s’assit rudement sur le sol pierreux et posa la tête contre le mur.

La barde se redressa. « Et toi ? » Elle s’éclaircit la voix et tressaillit.

La guerrière ferma les yeux et secoua la tête. « J’ai pris un mélange de trucs… ça va aller. » Elle se massa la poitrine et toussa. « Mais c’est un peu dur pour le cœur… et on ne peut pas le prendre si on est enceinte. »

Une petite main réchauffa soudain la peau de sa poitrine et elle se força à ouvrir les yeux, pour voir le regard très inquiet de Gabrielle. « Tu es blanche comme un linge, Xena. » La main bougea et toucha son front. « Et tu as froid… mais tu transpires. »

Un léger mouvement de la tête. « Ce sont les herbes… ça va aller. » Elle se pencha vers l’arrière et compta les battements de son cœur, anxieusement. J’espère. A la fin, les battements ralentirent et elle relâcha un léger soupir. « Par les fesses des Amazones, ça craint ce truc. »

Gabrielle se blottit contre elle. « Je pensais que tu avais dit que Grandma t’aimait plutôt bien. » Elle regarda son âme sœur qui fixait le mur opposé avec une grimace. « Peut-être que ce n’était pas elle. » Elle prit la main de sa compagne qui se réchauffait lentement. Peut-être que quelqu’un d’autre l’a mis dans la nourriture… et qu’elle te l’a juste donnée… il n’était pas prévu que tu t’arrêtes là-bas. »

Xena hocha un peu la tête. « C’est à ça que je pensais. » Elle plia un peu la main. « Mais qui que ce soit, il s’attendait à ce que ce truc marche… je sais que je l’ai surpris. » Lentement une lueur sombre grandissait dans les yeux bleu clair. « Si je bouge vite, je pourrais même les attraper pendant qu’on lui arrange l’épaule. »

Un piaulement attira son attention et elle se tourna pour voir Arès qui avançait en trébuchant, l’air très malheureux. Il balançait en avançant et sa langue rose pendait de détresse.

« Viens ici, mon gars. » Xena tendit la main. « Heureusement que tu n’as pas pris grand-chose ce soir, pas vrai ? » Elle serra le loup qui s’approchait et elle l’étreignit. « Juste un peu de l’agneau… les épices ont dû masquer le goût. »

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

« On trouve qui c’était » répondit Xena tout aussi tranquillement, mais ses yeux brillaient.


« J’t’avais dit qu’c'était complètement idiot de… » La voix basse siffla puis s’interrompit, tandis qu’on entendait des bruits de pas étouffés approchants. « Va dormir, Grandma… Lâche-nous juste, tu veux ? »

La vieille femme fit le tour du coin en boitant et se redressa, les mains sur les hanches, surveillant la scène. « C’est quoi c’te folie ? » Elle leva une chandelle pour voir Jaras, le contremaître du château assis sur un tabouret bas qui se tenait le bras et grimaçait. « Qu’esse qui t’es arrivé ? »

Jaras ne répondit pas, il se contenta de serrer les dents tandis que l’homme plus âgé près de lui œuvrait pour arranger la fracture en haut de son bras. « J’ai eu un accident », finit-il par gronder, puis il hoqueta. « Bon sang… fais attention… »

Le regard de la cuisinière passa d’un homme à l’autre. « Très bien… espèce de petites ordures… quels ennuis vous avez causés ? » Elle repéra un petit sac dans la ceinture de l’homme plus âgé et elle fonça en avant, le surprenant et elle chipa la bourse. « C’t’à Delagos… il le cherchait… » Elle amena le sac à son visage fripé et le renifla. « Par les dieux… Qu’est-ce qu’on a là ? »

L’homme eut un regard noir. « Rends-moi ça… et va au lit, vieille chèvre. »

Elle recula d’un pas vers la porte ouverte. « Pas tant qu’tu me dis pas ce qui s’passe… et c’qui t’es arrivé… on est supposés être ensemble là-dedans, tu t'souviens? »

« Pas depuis qu’t’as décidé d’être avec cette garce », lâcha Jaras. « Alors ça t’regarde pas… fiche le camp, vieille peau. » Il se leva, ignorant son bras et plongea vers le sac, que Grandma tint hors de sa portée. « Sois maudite ! »

Une main se referma sur la sienne et prit le sac et elle se retourna avec un hoquet. « Oh… »

Le silence tomba sur eux tandis que les deux hommes regardaient par-dessus son épaule, vers la grande femme aux cheveux noirs qui se tenait là, le petit sac dans sa main, une lueur dangereuse dans les yeux. Les deux silex acérés et glaciaux se tournèrent dans la direction de Grandma. « Bouge. » La voix de Xena était basse et vibrante, mais un peu rauque.

Grandma se glissa hors de son chemin et se pressa contre le mur, désorientée. Son regard tomba sur le bandage qui entourait le bras de la guerrière puis sur le sac. « Dieux… » Dit-elle dans un souffle, regardant les deux hommes silencieux et craintifs. « Vous n’avez pas fait cette chose stupide. »

La guerrière s’avança jusqu’à ce qu’elle surplombe un Jaras assis. Elle leva le sac. « Tu es responsable pour ça ? » Son regard passa sur son bras et un sourire léger et moqueur recourba ses lèvres.

Il déglutit. « T’es pas… naturelle… ça aurait dû t’assommer plus fort… »

Elle lui donna un coup violent du dos de la main qui l’envoya contre le mur, puis elle s’avança et le souleva, le cognant à nouveau contre le mur si fort que les cloisons bougèrent et que la poterie s’écrasa en mille morceaux sur le sol. « Tu n’as aucune idée de ce que je suis. » La voix de Xena gronda vers lui. « Tu sais ce que je fais aux gens qui essaient de m’empoisonner ? »

Il tremblait si fort qu’on entendait le cliquetis de ses dents.

Elle se rapprocha, le poussant encore plus fort contre le mur. « Tu sais ce que je fais à ceux qui blessent mes amis ? » Une question grondante. « Supposons que tu me dises ce que tu pensais faire là-bas ce soir ? »

L’homme plus âgé répondit. « Nous débarrasser de toi. »

Xena regarda par-dessus son épaule. « Et tu penses que c’est une bonne chose ? »

Il se contenta de la regarder, confus.

« Garanimus n’est pas un de mes amis », déclara platement la guerrière. « Apprenez à connaître vos ennemis avant d’essayer de les tuer. » Elle se retourna vers Jaras et le laissa tomber, puis elle le mit sur le tabouret et planta un doigt expert sur un point de pression. Il hoqueta tandis que son bras s’effondrait. Elle arracha le reste de sa manche puis étudia la fracture. Avec un léger juron, elle attrapa son coude puis tira fort et elle fit tourner son poignet, remettant les os en place. « Bande ça », lâcha-t-elle à l’autre homme, le regardant le faire tout en jetant des coups d’œil prudents vers elle. Quand il eut fini, elle relâcha le point de pression puis fit un pas en arrière. « N’essayez plus jamais », les avertit-elle doucement. « Je sais quel est votre petit plan… et je n’ai aucune intention de me mettre au milieu si vous pensez que ce seigneur de guerre est ce que vous pensez qu’il est. »

Ils la regardèrent, les yeux arrondis. « C’est un homme bon… et il est juste avec notre princesse », marmonna le plus âgé.

« On verra bien », répliqua la guerrière. « Peut-être que je vais trouver un marché pour que personne ne soit blessé. » Elle leur lança un regard d’avertissement. « Si jamais j’attrape l’un de vous autour de moi comme ça, il y aura du sang partout dans ce fichu château. Compris ? »

Ils la fixèrent d’un air têtu.

Xena les observa à nouveau puis se baissa pour sortir et elle s’appuya brièvement contre le mur pour retrouver sa force avant de se redresser. Grandma l’avait suivie à l’extérieur et la regardait, inquiète. « Par Hadès, quelle nuit », fit remarquer la guerrière avec un soupir las, contente, d’une façon obscure, que Grandma n’ait pas été impliquée.

« Tout va bien, ptite pousse ? » Demanda doucement la vieille femme. « T’as l’air pâle. »

« Je vais bien », la rassura Xena. « Ça m’apprendra à baisser ma garde. » Sa voix contenait une note de dégoût contre elle-même. Au loin, elle entendait les sons de la musique en provenance de la salle principale. « Tu aurais de l’aubépine ? »

Un regard ancien et sage la fixa avec prudence. « Oui… un peu.. » Elle s’autorisa à mettre la main sur le poignet de la guerrière et elle tâta le pouls. « Par la Grande Artémis, qu’est-ce que tu t’es fait ? »

Un léger haussement d’épaules. « Je n’avais pas le temps de doser l’antidote », déclara calmement Xena. « Je pense que j’en ai trop mis. »

Grandma claqua de la langue avec inquiétude et elle se précipita vers un petit placard, ouvrant brusquement les portes avant de fouiller dans une série de petits sacs en cuir. « Non… non… non… où est… ah. » Elle tira un sac en tissu clair et l’ouvrit, puis elle renifla le contenu. « Oui… Voilà. » Elle le tendit à la guerrière. « T’as besoin d’une infusion, alors… »

Xena secoua la tête. « Je vais m’en occuper… merci. » Elle se repoussa du mur et se dirigea vers le couloir principal. A la porte, elle se retourna et croisa le regard de la vieille femme. « Je ne veux faire de mal à personne, Grandma. Dis-leur de ne pas réessayer, d’accord. »

Celle-ci fronça ses sourcils gris. « Je vais leur dire, ptite pousse… mais tu vas t’mettre au lit avant d’décorer le sol ici. »

La guerrière hocha brièvement la tête puis elle se retourna et traversa le couloir. Elle était sur le point de monter l’escalier quand une voix l’appela et elle jura doucement entre ses dents. Impatiente, elle se retourna et s’appuya contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine. « Qu’est-ce que tu veux, Gar ? »

Il traversa le sol dallé et s’arrêta devant elle. « Tu ne te joins pas à nous ? »

« Pas ce soir », répondit-elle brièvement. « Je suis sûre que tu peux te débrouiller tout seul pour t’amuser. »

Il pencha la tête d’un côté tout en l’étudiant. « J’ai dit quelque chose ? » Tenta-t-il. « Je pensais qu’on s’était accordés tout à l’heure. »

Xena soupira intérieurement. « Tu n’as rien dit… je ne suis juste pas d’humeur à être en compagnie ce soir. »

« Sauf avec ta jolie amie… je comprends. » Mais il sourit pour retirer la pointe de ses paroles. « Ecoute… Je voulais te dire qu’elle devenait pas mal amicale avec la princesse des glaces… elle devrait faire attention… ces sangs bleus peuvent être mauvais… je ne veux pas que ses sentiments soient blessés. »

Xena le regarda puis lâcha un léger rire. « Merci… mais Gabrielle peut prendre soin d’elle-même » l’assura-t-elle tranquillement. « C’est plutôt à eux de faire attention. » Elle sentit un soudain désir de lui dire ce qui se tramait, mais elle le ravala. « Bon dîner. » Elle se retourna et commença à monter les marches, très consciente de son regard sur elle.

Le tournant de l’escalier fut très bien accueilli et elle était contente de l’avoir passé, s’arrêtant pour reprendre un peu son souffle avant de continuer à monter. Alors qu’elle arrivait à leur chambre, elle entendit des voix à l’intérieur et ses sens luttèrent pour se mettre dans une alerte douloureuse tandis qu’elle se concentrait sur les mots.

Bon sang. Elle jura doucement. La princesse. Elle débattit brièvement avec elle-même pour savoir si elle laissait ou non le dialogue continuer, puis elle se rendit compte qu’il y avait une probabilité qu’elle s’évanouisse là dans le couloir et elle poussa la porte avec une détermination grimaçante.

Gabrielle était assise au petit bureau, son corps tendu, et elle s’arrêta de parler alors que la porte s’ouvrait à l’intérieur. Son regard alla immédiatement vers le visage de Xena et elle écarquilla les yeux avant de se lever par pur réflexe, ce qui fit réaliser à la guerrière qu’elle n’avait pas l’air d’aller si bien. La barde était un peu pâle, mais autrement semblait aller bien, et elle pouvait voir qu’Arès avait l’air grognon, mais surtout alerté, la tête haute, derrière le genou de Gabrielle.

« Silvi… je vais heu… je viens te voir dans un petit moment, d’accord ? » Gabrielle regarda la princesse qui observait Xena avec une aversion glaciale. « Après le dîner. »

La jeune fille leva le menton. « Très bien. » Elle attrapa le bord de sa robe et se glissa dehors, avec un œil vigilant sur la grande silhouette à peine éclairée qui se tenait devant la porte en bois.

Celle-ci se referma avec un bruit solide, puis Xena eut conscience d’un autre bruit plus léger quand la chaise sur laquelle Gabrielle était assise toucha le sol alors que cette dernière sautait par-dessus et fonçait sur le sol dallé. « Assieds-toi. » La voix de la barde contenait une note d’urgence nerveuse tandis qu’elle se laissait pousser en arrière et qu’elle sentait la surface douce du lit derrière ses cuisses.

Elle était sur le point de protester, mais ses genoux choisirent ce moment pour lâcher et elle s’effondra en arrière, tandis que les sons de la pièce commençaient à résonner bizarrement. Des mains très chaudes lui prirent le visage e elle lutta pour se concentrer sur les yeux verts plongés dans les siens, répondant à la panique qu’ils contenaient. « Hé… c’est bon… »

« Non ça n’est très certainement pas bon », répondit sèchement Gabrielle. « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, Xena… allons… il faut que tu me dises quoi faire. »

Il lui était difficile de se concentrer. Elle pouvait sentir sa poitrine oppressée qui l’empêchait de bien respirer et le battement erratique de son cœur qui lui donnait mal au crâne. Elle fronça les sourcils et força son bras à bouger pour tendre la petite bourse. « Du thé. »

La barde la fixa, visiblement déchirée entre attraper le sac et ne pas la relâcher. Après une demi-seconde, elle relâcha sa prise et prit le sac, se tourna et traversa la chambre vers le feu. « Tu as de la chance… je faisais déjà bouillir de l’eau », cria Gabrielle par-dessus son épaule. Ses mains tremblaient tandis qu’elle mettait des herbes dans une tasse. « Combien ? »

Pas de réponse.

« Xena… combien ! » Sa voix contenait de la panique et elle le savait, mais un regard au visage de son âme sœur au moment où la porte s’était ouverte avait failli arrêter son cœur de battre.

« Une poignée », finit par répondre la guerrière calmement.

Elle versa la dose puis la couvrit d’eau, jurant alors qu’elle coulait doucement. Une fumée piquante et amère s’éleva et elle attendit que cela infuse, tout son corps tremblant d’impatience. « Tiens bon, tigresse… c’est presque prêt. » Elle s’était un peu reposée après le départ de Xena puis elle était péniblement allée au bureau et s’était assise, ce qui était mieux que d’être allongée. Silvi était arrivée quelques instants plus tard.

Comptant silencieusement entre ses dents, elle se leva, tenant la tasse à deux mains et elle retourna au lit où Xena était allongée, ses yeux maintenant fermés et sa respiration légère et rapide. Gabrielle se força à rester calme et elle posa la tasse, puis elle attrapa son âme sœur par les épaules et la secoua. « Xena ! »

Pas de réponse. Elle secoua plus fort.

Rien. Prenant sur elle et serrant encore plus les dents, elle relâcha sa main droite et la tira en arrière puis elle la claqua sur la joue pâle de sa compagne, le coup résonnant dans la chambre et dans son cœur.

Elle eut un souvenir ironique d’un trône en Chine, et tandis que les yeux bleus s’ouvraient dans un choc nébuleux, elle vit une ombre du même cauchemar profondément en eux.

Pas le moment. « Allez… s’il te plaît… tu dois boire ça. » Gabrielle glissa doucement sur le lit et entoura les épaules de sa compagne de son bras, la soutenant tout en tenant la tasse en bois près de ses lèvres. Elle pouvait sentir le battement sauvage du cœur de Xena sous ses doigts et elle sentit sa propre panique remonter tandis que la guerrière prenait une gorgée hésitante de la tisane. « Encore… c’est ça. »

La moitié de la tasse disparut avant qu’elle ne sente le battement erratique commencer à se stabiliser et que les inspirations profondes de la guerrière commencent à ralentir. Xena mit les mains autour du contenant, serrant le bois de ses doigts tremblants.

Gabrielle sentit sa panique reculer et elle massa doucement le haut du bras de sa compagne. Après un long moment d’immobilité, Xena se détendit un peu et laissa sa tête reposer contre l’épaule de la barde. « Stupide », murmura-t-elle. « Vraiment stupide. »

La barde sentit une vague de soulagement la traverser et elle appuya sa tête contre celle de son âme sœur. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle d’une voix tremblante, sentant la peau sous sa joue bouger en un petit hochement. « Tu viens de me ficher une frousse bleue, Xena. »

Arès passa timidement la tête au-dessus du bord du lit et lécha le genou de la barde, puis il tourna le regard vers le visage pâle de sa maîtresse et piaula.

Xena lâcha la tasse, la laissant tomber sur le lit avant de se redresser un peu en prenant une inspiration profonde. « Désolée… » Marmonna-t-elle, en s’appuyant contre les oreillers, les doigts contre son pouls. « C’est mieux. » Son regard passa sur la pièce, reconnaissante que les couleurs battantes aient diminué, ne laissant que les ombres éclairées par les chandelles. Elle finit par tourner la tête et son regard passa sur le visage tendu et pâle près d’elle. « Merci. »

Gabrielle leva les doigts pour toucher sa joue avec hésitation. « Désolée de t’avoir frappée », dit-elle doucement. « J’étais… juste… j’avais si peur. »

Xena pinça les lèvres dans un léger sourire. « C’est bon », répondit-elle tranquillement, capturant la main de la barde pour l’embrasser, puis elle serra les doigts froids. « Tu as fait ce qu’il fallait. » Elle croisa le regard de Gabrielle et elle sut qu’elles se souvenaient toutes deux d’un moment différent. D’un endroit différent.

Une larme coula lentement sur le visage de la barde et sa mâchoire trembla tandis qu’elle refoulait une émotion intense. Xena pouvait le sentir, à la fois en elle-même et à travers la connexion qui les reliait. Délibérément, elle mit la main de la barde contre son cœur et elle s’appuya contre elle dans une confiance affectueuse.

Parce que dans ce long et sombre instant en Chine, derrière toute la douleur, l’angoisse et l’horreur, derrière la trahison… était ressortie l’unique et chatoyante connaissance que malgré toute la colère et l’éloignement… Gabrielle avait été là. Elle avait traversé un océan, frayé son chemin pour obtenir les grâces de Ming Tien et s’était opposée à lui. Elle avait posé sa demande d’un cœur dont elle n’avait aucune idée si elle en possédait encore une partie. Elle avait lutté contre les souvenirs d’un amour inconnu et s’était mise carrément dans son chemin, déclarant avec courage. « Tu fais partie de moi. Et je ne vais pas abandonner sans me battre. »

Personne dans sa vie ne l’avait fait auparavant. Et dans ce moment de profonde honte et de totale désolation de son âme… elle avait aimé Gabrielle bien plus que la barde ne l’avait jamais rêvé.

Cette dernière finit par prendre une inspiration tremblante. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle renifla un peu et prit la tasse vide de son autre main. « Qu’est-ce que c’est ? »

La guerrière soupira et bougea, mais elle ne relâcha pas sa prise. « Je n’ai pas… mesuré l’antidote avec soin. J’en ai trop pris », admit-elle. « J’aurais dû faire comme avec toi… mais j’étais… trop pressée, je pense… et je n’ai pas pensé que mon corps réagirait aussi mal. » Elle regarda la tasse dans les doigts de la barde. « Ce truc a réglé le problème. »

Un léger signe de tête. « Tu vas bien maintenant ? » Demanda Gabrielle avec hésitation. « Tu étais si pâle… et froide. » Elle posa la tasse et toucha le visage de sa compagne. « Tu es bien plus chaude maintenant. »

Xena s’appuya contre l’oreiller, se sentant très épuisée. « Oui… je vais bien », rassura-t-elle la jeune femme. « L’antidote… accélère ton corps pour qu’il puisse réagir contre les drogues… mais parfois il est hors contrôle, et… » Elle se massa la poitrine, un geste inquiétant pour la barde. « C’était comme si je manquais d’air. »

« Dieux. » Gabrielle sentit son cœur s’arrêter un instant. Elle fit une pause et réfléchit profondément. « C’est la même chose que tu as utilisée après que nous… je veux dire, dans la rivière ? Durant l’inondation ? » La guerrière avait failli se noyer et avait subi un choc brumeux et froid.

Cette dernière hocha faiblement la tête. « Oui. » Elle s’obligea à garder les yeux ouverts et regarda la barde. « Peut-être que c’était le mélange des deux drogues… je ne sais pas. » Elle s’interrompit. « Mais la journée avait été rude aussi. » Elle plissa le front au souvenir.

Gabrielle sourit. « Rude… et merveilleuse », rappela-t-elle doucement à son âme sœur, surprise de voir une expression de profonde tristesse sur le visage anguleux. « Quoi ? »

Un jour de terreur, et de possibilités, se souvint Xena. Elles avaient failli se noyer en sauvant une famille dans une rivière enragée, puis elles avaient été emportées par le courant. Gabrielle… s’en était sortie, mais elle… Elle s’était laissée tomber sous la barde pour que celle-ci soit au-dessus de l’eau pendant la descente, et…

La mort s’était vraiment rapprochée. Assez près pour qu’elle voie ce qui se trouvait de l’autre côté et qu'elle sache que l’autre côté n’était pas le Tartare.

Mais c’était passé. C’était avant qu’elle ne soit furieuse et qu’elle parte après César et ne tue Ming Tien… et perde un fils. Et qu’elle faille perdre l’autre moitié de son âme. Avant qu’elle ne voie Gabrielle perdre son innocence et que sa confiance ne soit brisée au-delà de tout espoir de réparation. Avant Hope.

Mais c’était passé. Et on était maintenant, et maintenant… elle savait, au plus profond d’elle-même que l’unique et brève chance qu’elle avait vue tendue vers elle, brillante et luisante… n’existait plus. Cette connaissance faisait mal… ça avait presque été mieux qu’elle ne voit jamais la possibilité du tout, parce que le Tartare et elle… elle s’était toujours attendue à ça.

« Xena ? » Gabrielle s’était penchée très fort sur elle et lui tenait le visage à deux mains, fixant ses yeux, de plus en plus alarmée. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Alors pourquoi est-ce que j’ai eu une seconde chance? Un caprice des dieux ? Ou bien juste une chose supplémentaire à me prendre ? Elle couvrit la main de Gabrielle de la sienne et laissa son corps se détendre un peu. Et bien, ils vont devoir lutter avec bec et ongles cette fois-ci. « Je vais bien… je me souvenais juste de quelque chose. » Elle réussit à sourire. « Tu sais, je ne me souviens toujours pas de comment nous sommes sorties de dessous cet arbre. »

Le regard vert brume captura le sien. « Moi non plus, mais je sais que tu nous en as sorties d’une façon ou d’une autre », répondit-elle tranquillement. « Comme tu le fais toujours. » Elle se mit à côté de Xena. « Comme tu le feras toujours. »

Toujours. C’était un mot qui ressemblait curieusement à ‘pour toujours’. « Je fais de mon mieux », admit Xena puis elle prit une profonde inspiration et réfléchit à des choses arrivées plus récemment. « Ce n’était pas Grandma. »

Cela lui valut un sourire de soulagement de Gabrielle. « Bien. » Celle-ci désengagea sa main et détacha l’armure de Xena de ses doigts expérimentés. « Baisse la tête. » Elle souleva les plaques et les laissa tomber près du lit, puis elle commença à délacer un des bracelets. « Tu vas… rester ici. » Elle finit un bracelet et tira sur l’autre bras de Xena, délaçant le second. « Et je ne veux pas de discussion. » Elle regarda les doux yeux bleus tout en retirant le bracelet, puis elle avança sur le lit et chercha les boucles qui retenaient les plaques de jambes. Elle sentit un sursaut et leva les yeux d’un air sévère. « Hé ! »

Xena réfréna un sourire las. « Ça chatouille », expliqua-t-elle penaude.

« Oh. » Gabrielle lui tapota le genou pour s’excuser. « Désolée. » Elle finit de retirer l’armure et délaça les bottes de la guerrière, les faisant glisser avant de les laisser tomber au petit bonheur. Elle caressa la peau douce dessous, sentant la chaleur revenir, puis elle se retourna et revint en haut du lit, s’installant à côté de Xena qui la regardait tranquillement, avant de lui prendre la main. « Tu as trouvé le type qui a fait ça ? »

La guerrière hocha lentement la tête. « Oui… mais je ne suis pas sûre de les avoir convaincus de ne pas recommencer. » Elle laissa rouler sa tête en arrière et regarda le plafond. « Je vais sortir demain… aller chercher des provisions. On ne mange plus rien de cette cuisine. » Elle posa la main sur son estomac et regarda la barde d’un air las. « C’est ma faute… j’aurais dû me rendre compte que quelque chose d’autre se tramait… je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi ces derniers temps. »

Gabrielle s’avança et posa une main sur son épaule. « Je … pense que j’ai probablement quelque chose à voir avec ça », admit-elle d’un ton désabusé. « Tu as eu beaucoup de choses à penser. »

Xena réfléchit pendant un moment en silence puis elle soupira. « Oui », finit-elle par confirmer. « Tu as peut-être raison. » Elle leva les yeux l’air pensif. « C’est dangereux, Gabrielle… ça a failli nous tuer ce soir. »

Elles se regardèrent calmement.

Xena plissa les traits puis elle haussa les épaules. « Je présume que je dois juste faire plus attention, » conclut-elle puis elle se mit assise. « Peut-être que je… »

Deux mains se positionnèrent fermement sur ses épaules et elle fut repoussée par le poids de la barde. « Non, tu ne feras rien », objecta Gabrielle, sérieusement. « Pas maintenant. » Elle attendit pour s’assurer que la guerrière n’allait pas bouger puis elle la relâcha et rampa dans le lit, se blottissant près d’elle. « Je ne sais pas pour toi, mais moi je tremble encore à l’intérieur. »

La guerrière hésita puis elle mit ses longs bras autour d’elle. « Que voulait la princesse ? » Demanda-t-elle calmement.

Gabrielle lui aurait cogné la tête si elle avait eu une main libre. « Dieux… elle attend que Framna se glisse ici demain tôt… avant que son armée ne le rejoigne. Elle voulait que je le rencontre. » Elle s’éclaircit la voix. « En fait… elle veut que j’écrive un poème sur lui… elle a aimé un de ceux que je lui ai lus l’autre jour. »

Une pause. « Lequel ? » Demanda Xena, un peu curieuse.

La barde toussa légèrement. « Celui sur l’huître », murmura-t-elle en se massant la tempe.

« Ahhhh… » Son âme sœur lui sourit. « Est-ce qu’elle sait de quoi il parle ? »

« Hum. » Gabrielle rougit légèrement. « J’en doute. » Une pause plus longue. « J’en doute vraiment. » Elle leva les yeux d’un air accusateur. « Et tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire quand je l’ai écrit. » Elle plissa le front. « Ça ne m’est même pas venu à l’esprit jusqu’à ce que tu… heu… » Elle bougea le regard. « Arrête de sourire comme ça. »

Xena obéit. « Je parie que tu as toujours ces perles dans un coin, pas vrai ? » La taquina-t-elle doucement.

Un rire léger. « Humm… oui… c’est vrai », admit-elle avec un demi-sourire. « Tu veux venir avec moi… on pourrait régler tout ce truc… quand je le rencontrerai. »

« Non… » Xena secoua la tête. « Si Garanimus a vent de tout ça, il risque de réagir… j’aimerais éviter un bain de sang si je peux. » Elle réfléchit. « Nous en restons au plan… je vais travailler avec l’armée demain… tu peux le rencontrer… voir un peu quel genre de type c’est. Ensuite nous laisserons la confrontation se dérouler comme prévu… je pense qu’il va essayer de gagner du temps… laisser son armée hors les murs et obtenir une invitation pour rester au château demain soir. Ensuite il fera donner l’assaut. »

« Et s’il est valable… est-ce que tu laisseras les choses se faire ? » Demanda Gabrielle en la regardant.

Elle hocha la tête. « Gar n’est pas … l’homme qu’il faut… pour gérer un endroit comme ça… la seule chose que je veux faire c’est que personne ne soit blessé. »

Un signe de tête. « Et s’il ne l’est pas ? Si tout ce qu’il veut c’est prendre la cité ? »

Xena eut un sourire crispé. « Alors il aura un combat sur les bras. »

Gabrielle étudia le visage bronzé et anguleux dans la faible lueur de la chandelle. « Je pensais que tu avais dit que tu ne voulais pas être impliquée ? » Commenta-t-elle puis elle tapota la poitrine de Xena tandis que la guerrière se tournait vers elle, surprise. « Ne te méprends pas… je suis d’accord avec toi. » Elle fit une pause. « Je ne t’ai jamais vue tourner le dos à un combat. »

Les yeux bleus devinrent introspectifs. « Je présume que je l’ai dit, non ? » Songea-t-elle. « Je ne sais pas… peut-être que c’est parce que j’ai commencé à en connaître… ce ne sont pas de mauvaises gens… juste des gens mal dirigés », dit-elle d’un ton pensif et sombre.

La barde traça une ligne le long de l’épaule musclée contre laquelle elle était appuyée. « Plus maintenant », déclara-t-elle tranquillement. « Et je pense qu’ils le savent. » Son regard scruta le profil silencieux. « Tu ne vas pas les abandonner. » Même après seulement deux jours, elle s’étonnait d’avoir marché au milieu des combattants qui partaient sur son chemin vers les écuries hier, d’avoir entendu leurs commentaires et les murmures excités qui tombaient en cascade autour d’elle. Xena leur avait fait quelque chose… avait touché quelque chose au fond d’eux qui avait déclenché une loyauté que la barde pouvait sentir monter.

La fierté de son âme sœur ne lui permettrait pas de simplement s’éloigner d’une bataille, pas sans une raison grave et impérieuse. Même avec les forces de Framna qui étaient plus nombreuses que les leurs… les leurs ? Gabrielle ne put s’empêcher de rire d’elle-même. Même avec ça, Xena trouverait un moyen de gagner. Mais heureusement, Framna serait ce que Silvi pensait qu’il était et tout se finirait.

Un poème d’amour. Gabrielle soupira. Il lui était difficile d’en écrire un pour quelqu’un d’autre. Peut-être que Framna l’aiderait en étant vraiment mignon. Ou du moins avec une allure héroïque.


Je regarde le ciel au-dessus de moi

Des nuages et de l’air, bleu et clair.

Loin au-dessus, un oiseau jaillit, les ailes déployées.

Soutenu par sa seule force,

Et la foi qu’il peut voler.

 

Et puis je regarde dans tes yeux

Un bleu plus clair que n’importe quel ciel ne l’a jamais été.

Et je jaillis, les ailes déployées,

Soutenue par le seul amour,

Et ta foi en moi.

Gabrielle soupira et mordilla sa plume, regardant les mots. Non. Quatre poèmes d’amour et pas un seul qui n’aille à quiconque d’autre qu’elle. Elle laissa son regard glisser vers sa droite, là où Xena était enfoncée sur le canapé bas, son manteau léger autour d’elle, à regarder les étoiles par la fenêtre.

Arès était allongé près d’elle, sa tête sur ses cuisses et elle caressait sa fourrure en rythme. La lumière des étoiles se reflétait dans ses yeux et tandis que la barde regardait, elle cligna deux fois des yeux, un mouvement léger des cils noirs face à l’obscurité.

Elle avait tenté de persuader la guerrière de se reposer un peu, mais Xena lui avait dit que d’aller se coucher avec tous ces… comment déjà… déchets… dans son système, n’était pas une bonne idée. Alors la guerrière était assise, lui offrant une compagnie silencieuse tandis qu’elle jouait avec sa poésie et composait les entrées dans son journal.

Gabrielle elle-même ne se sentait pas merveilleusement bien… sa gorge lui faisait mal d’avoir eu à vomir si violemment un peu plus tôt, et elle avait toujours des crampes d’estomac, des spasmes, plus à cause des herbes que Xena lui avait données que du poison original. Mais elle gardait le silence là-dessus… parce qu’elle ne voulait pas que Xena se sente mal… et elle savait que ce serait le cas. Même si elle n’avait pas vraiment eu le choix… et Gabrielle préférait avoir des nausées que de passer par ce qu’avait Xena.

Ou de faire quelque chose qui blesserait le bébé.

Cette pensée la taraudait aussi. Que Xena avait réfléchi rapidement et s’était rendu compte qu’il y avait un problème et quoi faire à ce sujet. Elle se demanda comment fonctionnait l’esprit de la guerrière… elle semblait garder trace des détails d’une façon stupéfiante… comme ça, par exemple. Elle avait cette liste d’herbes dans son cerveau, comme une bibliothèque… et elle savait toujours comment utiliser la bonne. Maintenant… c’est comme si elle avait passé en revue sa liste d’herbes puis avait ajouté la connaissance du fait qu’elle était enceinte, et cela l’avait fait passer en revue une autre liste. Incroyable. « Hé, Xena ? »

Celle-ci tourna la tête et elle put voir des éclairs de sa chandelle se refléter dans les yeux de sa compagne. « Hmm ? »

« Garçon ou fille… qu’est-ce que tu en penses ? » C’était une question calculée pour attiser l’intérêt de la guerrière et cela marchait. Xena passa sur l’autre côté du canapé et s’appuya sur l’accoudoir, la regardant. « Et bien ? »

« C’est une question difficile », dit Xena d’un ton traînant. « Il est un peu tôt pour deviner… mais après un moment, il y a quelques théories… » Elle s’interrompit. « Ça a de l’importance pour toi ? »

Un hochement positif de la tête. « Nan. » La barde se pencha un peu plus en avant, les coudes posés sur ses genoux et les doigts entrelacés. « Mais ce serait plus facile pour lui si c’était un garçon. »

Une expression intriguée passa sur le visage de son âme soeur. « Pourquoi tu dis ça ? » Demanda Xena, curieuse.

Gabrielle rit. « ALLONS, Xena… quelles seraient les attentes d’une fille qui grandirait avec NOUS comme parents ? » Elle fit un sourire. « Reine des Amazones et Princesse Guerrière ? »

Un éclair de dents blanches en réponse. « Je n’avais pas pensé à ça », admit Xena. « Je présume que ça pourrait finir par être un peu intimidant. »

La barde hocha la tête. « Et bien, si elle est un tant soit peu comme toi, ça ne va pas la déranger. »

Xena leva les yeux et fronça légèrement les sourcils. « Comme Toris, tu veux dire », la corrigea-t-elle.

Le regard vert croisa le sien. « Oui. C’est ce que je voulais dire », acquiesça aimablement Gabrielle, ensuite elle changea de sujet. « Comment te sens-tu ? »

La guerrière plissa un peu le front tandis qu’elle étudiait Gabrielle dans un silence intrigué pendant un long moment. « Mieux, merci… et toi ? »

Gabrielle remua la main. « Quelques crampes », lui dit-elle. « Et j’ai un peu mal à la gorge.

Xena se leva, délogeant Arès, qui grogna pour se plaindre et elle alla vers son kit. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? » Dit-elle d’un ton accusateur.

« Tu étais à moitié consciente », répliqua Gabrielle, ironiquement. « Ça ne me semblait pas si important. »

La guerrière jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et revint, lui jetant un petit paquet avant de continuer vers le feu. « Tiens… suce ça. »

Gabrielle attrapa le paquet avec soin et tira sur les lanières en cuir qui le tenaient fermé. « Que… » Elle ouvrit le sac et mit un doigt inquisiteur à l’intérieur. « Mmm… ça sent le miel. » Elle l’ouvrit totalement et versa une partie de son contenu dans sa paume. Des petits globes dorés scintillèrent dans la lumière de la chandelle, relâchant une merveilleuse odeur. Elle en prit un et le mit dans sa bouche, le faisant rouler avec plaisir. « Trs bn. »

« Contente que tu aimes », répondit Xena tout en mélangeant quelque chose dans deux tasses.

« Tuf pe mlger ac ? » Les sourcils de Gabrielle grimpèrent dans sa frange.

« Bien sûr », l’assura la guerrière. « Tu exprimes toujours plus de choses avec le ton de ta voix qu’avec tes mots en ce moment. » Une pause. « Gabrielle. » Les yeux bleus connaisseurs la regardèrent avec une étincelle.

« Amsnt. » La barde suçait sa friandise.

« Merci », répondit Xena en s’approchant pour lui tendre une tasse. « Ça va t’aider pour tes crampes. »

« Ouf mran » Les yeux verts la regardaient, attentifs.

« Je t’aime aussi. » Xena passa les doigts sur les cheveux clairs de la barde. « Qu’est-ce que tu écris ? »

La barde tourna son parchemin vers le cercle de lumière et écarta son bras pour révéler les mots. La main de Xena tomba légèrement pour venir sur son épaule tandis qu’elle lisait, puis elle se raidit brièvement. « C’est beau, mon amour », murmura-t-elle. « Mais je… je pense que ça n’est pas dans le bon sens. »

Gabrielle mit sa friandise d’un côté dans sa bouche. « Si tu veux que ça aille dans l’autre sens, il faut que tu écrives le poème. » Elle sourit pleinement à la guerrière. « C’est mon poème et tu es mon vent. »

Xena s’assit sur le banc près d’elle et mit la tête sur une main. « Ah oui ? »

« Oui. » Elles se laissèrent flotter dans le regard de l’autre pendant un instant.

« Tu veux aller t’asseoir dehors ? » Demanda doucement la guerrière. « C’est sympa sur le balcon. »

Gabrielle sentit une vague de joie passer sur elle. « Oui, je veux bien », répondit-elle en se levant tout en prenant la main de sa compagne tandis qu’elle sortait sous le ciel nocturne, qui étalait une couverture de lumières scintillantes à l’horizon. Xena étala son manteau sur les dalles et s’assit, un pied contre la rambarde en pierre. La barde s’installa près d’elle et s’appuya en arrière, tandis qu’un long bras protecteur l’entourait.

Elles levèrent les yeux. « Je pense que c’est un cygne. » Gabrielle pointa un dessin.

Xenia sourit vers une éternité d’étoiles. « Je pense que c’est un aigle. »


« La voilà », leur chuchota Bennu tandis qu’il repérait Xena qui traversait à grands pas la grande salle du dîner bruyante. C’était la salle commune dans laquelle mangeaient tous les soldats, et à cette heure du matin, elle était bien occupée. Un chuchotement traversa la pièce, cependant, quand la présence de Xena fut notée et son regard bleu glace passa sur eux tandis qu’elle se dirigeait vers la table du fond.

D’instinct, Bennu se leva à son approche, tressaillant un peu à ses muscles raidis de la session de la veille, et notant que sa commandante ne semblait pas avoir le même problème. Elle avait été… par les dieux, ils avaient parlé d’elle toute la nuit, tous ceux qui étaient là-bas, racontant à ceux qui n’y étaient pas, jusqu’à ce que les histoires deviennent tellement incroyables qu’ils en étaient aussi bons que la vérité l’était.

« Bonjour », Xena hocha brièvement la tête vers lui, puis elle se retourna et fit face à la pièce, dont l’attention était fixée sur elle avec une intensité vivace. « Ce soir nous nous attendons à une visite d’une autre armée. » Elle laissa ces mots les imprégner et vit les échanges de regards.

« Ce qui va se passer dépendra, pour une grande partie, de comment cette armée perçoit nos compétences et notre préparation. »

Notre. Nous. Xena s’imprégna de l’air entêtant du commandement et sentit l’impact que son propre charisme avait sur la salle. « Ils sont six fois plus nombreux que nous. » Son visage se plissa soudain dans un sourire. « Maintenant… personnellement… je n’ai aucun problème avec ça. »

Les hommes qui l’avaient combattue relâchèrent des rires bas d’approbation.

Elle s’autorisa à rire elle aussi. « Mais ce sera mieux pour tout le monde qu’ils décident de repartir. » Elle s’arrêta un instant. « C’est ce dont je vais essayer de les convaincre. »

Vers l’arrière, un soldat grand et mince se leva et mit les pouces dans sa ceinture, prenant une inspiration pour parler.

Xena attendit.

« Xena. » L’homme s’éclaircit la voix et regarda autour de lui ; c’était visiblement un porte-parole. « Quel est ton intérêt dans tout ça ? »

La guerrière mit son pied sur le banc devant elle et posa les mains dessus. « Je dois un service à Garanimus », répondit-elle. « Pourquoi ? » Elle le sentait venir, mais… une traction sur les vieilles cordes qui envoya un sursaut délicieux le long de son dos. Leurs yeux le lui donnaient… les lui donnaient. Ils étaient à elle si elle les voulait.

« Nous nous… je veux dire… je me… demandais juste… » Il prit une inspiration. « Combien de temps tu vas rester… dans le coin ? »

Les poils des bras de Xena se dressèrent en réponse. « Tu cherches à te débarrasser de moi ? » Elle sourit d’un air paresseux.

Un silence de mort. Puis. « Non », répondit bravement l’homme en regardant autour de lui, recevant des hochements d’approbation. Il leva les yeux vers Xena. « Non. »

Un frisson d’anticipation traversa la salle tandis que tous les yeux se tournaient vers elle. Ils n’étaient pas si mauvais… songea-t-elle.  Un talent brut pour certains d’entre eux… je pourrais en faire quelque chose en un mois… peut-être deux… les transformer. Pas un grand groupe, non… mais ce serait une agréable armée mobile… une bonne force de frappe.

Je pourrais. Les vrilles insidieuses du pouvoir s’enroulaient autour d’elle, lui rappelant comment c’était avant. Je pourrais le faire. Je pourrais les prendre.

Elle ferma brièvement les yeux. Et faire quoi d’eux, Xena ? Un cirque ? Recommencer à sillonner la moitié de la Grèce ? Reviens sur terre.

Elle laissa son regard passer sur eux et un léger sourire sexy passa sur ses lèvres. Elle sentit la réaction à ça, une vague d’énergie animale qui flotta autour d’elle comme de l’eau. « Chaque chose en son temps », dit-elle calmement, laissant sa voix passer au-dessus d’eux. « Passons cet obstacle. » Un bref hochement de tête. « La garde devra être particulièrement serrée aujourd’hui et j’ai besoin d’au moins deux patrouilles dans les bois hors de la cité. » Son regard alla vers un Bennu toujours silencieux.

« Je m’en occupe », gronda le grand soldat.

Xena regarda les tables dont les occupants la fixaient avec anticipation. « Ça vous ennuie que je me joigne à vous pour le petit déjeuner ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.

Une place fut libérée pour elle si vite que ce fut un miracle que des échardes ne volent de la table. Elle s’assit entre deux archers qui la regardaient avec de grands yeux ronds, comme des enfants au Solstice. « Vous me passez le cidre ? » Elle cacha un sourire quand trois mains se lancèrent vers le pichet comme un seul homme et faillirent arracher la poignée.

Un maximum de respect. La mystique du commandement. Elle avait presque oublié comme c’était bon.

Presque.


« Gabrielle ? »

La barde leva les yeux de sa chope de cidre et se concentra sur la princesse. « Dieux… je suis désolée… que disais-tu ? »

« Tu vas bien ? » Silvi la fixait avec inquiétude. « Tu sembles si distraite… tu n’as pas dormi cette nuit ? J’avais plutôt peur pour toi quand cette femme est revenue… tu avais l’air très bouleversée. »

« Hum… » Gabrielle se massa la tempe. « Je… heu… je ne pouvais pas dormir cette nuit, non… pas jusqu’à très tard. » Elle prit une gorgée de cidre avec précaution. « Je… ne me sentais pas bien. » Elle tapota son estomac.

En fait, elle se souvenait vaguement d’avoir été soulevée et portée à l’intérieur après une longue et merveilleuse soirée à regarder les étoiles et à se câliner, et elle s’était retrouvée mise au lit près d’une princesse guerrière affectueuse et câline.

Bien sûr, Xena avait quitté à l’aube, mais quand elle s’était réveillée un peu plus tard, elle avait trouvé une belle rose posée sur son oreiller et un petit sac de petits pains ronds de goûts différents. Et une note.

Je vais bien.

Va doucement et sois prudente.

Pense à une bonne histoire à raconter ce soir.

X

Mais la meilleure chose… la plus stupéfiante des choses était attachée à la note, la plus grosse, la plus fraîche et la plus sucrée des pommes qu’on pouvait imaginer.

Une coïncidence, pas vrai ?

Vrai.

« Et bien, j’espère que tu te sens mieux maintenant », déclara Silvi, passant poliment à la barde un plateau de fruits en tranches. « S’il te plaît, sers-toi. »

« Hum… non merci. » Gabrielle lui sourit. « J’ai eu une pomme au petit déjeuner. » Elle regarda autour d’elle, notant le silence boudeur de Vasi au bout de la table. « Alors… quel est le plan ? »

La princesse se glissa dans le siège près d’elle. « Elanora est allée au marché… elle va rentrer bientôt et il sera dans son escorte. Personne ne le remarquera… est-ce que ce n’est pas rusé ? » Elle leva les yeux à l’approche de pas. « Oh… les voilà. » Sa voix chantait presque d’anticipation.

La porte s’ouvrit brusquement et Elanora entra, suivie par deux femmes et un grand homme en livrée. Son regard scruta la pièce jusqu’à ce qu’il trouve Silvi, puis son visage s’éclaira. « Votre Altesse ! »

Gabrielle lâcha un soupir silencieux. Il était grand, plus grand que Xena, même, avec des cheveux roux flamboyant, qui allaient avec les taches de rousseur sur son visage bien proportionné, mais pas beau. Il avait les épaules larges et de longs bras, avec les poignets épais d’un épéiste et de grandes mains.

Il s’agenouilla devant Silvi et lui prit la main, l’embrassant légèrement. « Ça fait trop longtemps. »

Elle sourit avec délice. « Pas après ce soir, ce ne le sera plus. » Elle lui prit les mains et le fit se lever. « Framna, venez rencontrer la personne dont je vous ai parlé. » Elle l’amena à la table et Gabrielle se leva quand ils l’atteignirent. « Voici la barde Gabrielle. »

Celle-ci leva les yeux pour croiser le regard gris poli qui l’observait avec soin. Elle tendit le bras et lui fit un sourire. « Bonjour… ravie de vous rencontrer. »

Il prit son bras avec hésitation, puis avec plus d’assurance quand il sentit sa force. « Moi aussi, Gabrielle. » Sa voix était étonnamment douce pour un homme aussi grand. « Je connais votre nom. » Il fit une pause. « Mon cousin connaissait feu votre mari. »

La barde prit une inspiration. « Il est de Potadeia ? » Cela pourrait jeter un loup au milieu de cette histoire, s’il avait été chez lui récemment.

« Non. » Framna secoua la tête. « Il le connaissait de la campagne troyenne. » Il hésita. « Il a dit que c’était un homme bon… mes condoléances. »

Cela semblait si… ridicule. « Merci », répondit gracieusement Gabrielle.

« Alors. » L’homme fit un sourire à la princesse. « Sa Majesté me dit que vous allez être notre as dans le jeu, est-ce juste ? » Il la regarda respectueusement. « Vous avez beaucoup de cran pour faire ça… la réputation de Xena est connue dans tout le pays… c’est un grand risque pour vous. »

« Pas vraiment », répondit la barde d’un ton neutre. « Elle me fait confiance. »

Il l’étudia et une lueur d’admiration passa dans ses yeux. « Vous êtes une femme courageuse. » Il se tourna vers Silvi. « Je crois que vous nous avez sauvés… à ce que me dit mon homme, elle aurait fait la différence… même avec les autres soldats terrassés. »

Silvi écarquilla les yeux. « Vraiment… une seule personne ? Avec tous vos hommes grands et forts ? »

Framna secoua la tête. « Ce n’est pas juste une personne… c’est un démon, Silvi… La championne, l’Elue d’Arès… un de mes hommes l’a vue combattre une fois, à Cirron. »

La princesse couvrit sa bouche et fixa le loup noir qui était patiemment assis aux pieds de Gabrielle. « Il s’appelle Arès ! » Elle le montra.

« Roo ? » Le loup leva les yeux et haleta.

« Il nous espionne pour elle ! » Accusa Silvi en serrant le bras du seigneur de guerre. Il lui tapota la main pour la réconforter.

« Doucement, Votre Majesté. » Il regarda le loup. « Ce n’est qu’une bête. »

« Grrrrr… » Répondit Arès en soulevant son pelage. Gabrielle laissa nonchalamment tomber ses doigts sur sa tête et le caressa.

« Il faut que je retourne à mon armée », dit Framna, relâchant à contrecoeur le bras de Silvi. « A ce soir alors… après le dîner. » Il jeta un coup d’oeil à Gabrielle. « Vous savez de combien de doses vous avez besoin pour elle ? »

Gabrielle l’étudia. « Combien m’en faudrait-il pour vous? »

Il écarquilla les yeux. « Deux paquets. »

Elle acquiesça de la tête. « Mettez-en quatre. » Tant qu’on en est à peaufiner ta réputation, mon amour… pourquoi ne pas mettre le paquet ? « Il me faut un grand pichet de porto… elle ne le sentira pas là-dedans. »

« Bien vu », approuva Silvi essoufflée. « A ce soir alors ! » Elle escorta l’homme de haute taille à la porte et ils sortirent ensemble, laissant Gabrielle seule avec un Vasi silencieux et un Arès toujours grondeur. Elle s’assit et prit une gorgée de son cidre, regardant le grand garçon aux cheveux noirs d’un air interrogateur. « Tu ne l’aimes pas. »

Vasi sursauta et lui lança un regard noir. « Ce ne sont pas vos affaires. »

Elle mâchouilla un morceau de melon pensivement. « Il a l’air d’être un bon gars. »

Il leva les yeux. « Il n’a pas plus d’intérêt que de la poussière. »

« Ah. » Gabrielle prit un autre morceau de melon et mordit dedans. «Tu ne veux pas qu’il devienne roi, c’est ça ? »

Le garçon s’approcha. « Il n’a aucune éducation pour ça », lui dit-il en regardant autour de lui. « Il n’est pas né pour ça… comment pourrait-il gouverner la cité ? »

La barde se frotta les doigts et le regarda. « Je pensais que tu étais d’accord avec ce plan ? »

Vasi fixa la table d’un air dégoûté. « Et qu’est-ce que ça apporterait si je protestais ? » Demanda-t-il rhétoriquement. « Mais… non, la cité a besoin d’un vrai chef. »

Gabrielle prit deux chèvres et les ajouta à deux moutons, ce qui lui fit un centaure. « Laisse-moi… deviner. Si quelque chose arrivait à Silvi… tu ne serais pas son héritier, par hasard ? »

Il la regarda furtivement. « Si. »

« Ah. » Gabrielle hocha la tête pour elle-même. « Xena a raison. »

Il raidit le dos en entendant ce nom. « A quel sujet ? »

Elle soupira. « Rien de ce dans quoi je suis impliqué ne reste simple. »

Vasi lui lança un regard soupçonneux. « Qu’est-ce qu’elle entend par là ? »

Le retour de Silvi lui évita de répondre. Elle était rouge et ses cheveux étaient un peu décoiffés. « Est-ce qu’il n’est pas merveilleux ? » Lâcha-t-elle à la barde, s’avançant vers elle avant de s’asseoir. « N’est-ce pas ? »

Gabrielle entrelaça ses doigts. « Il est vraiment mignon », assura-t-elle la princesse. « Et il a de beaux yeux. »

Silvi pressa ses deux mains sur son coeur. « Et c’est dit par la Barde de l’Amour. »

La barde en question tressaillit. « Est-ce que… est-ce que tu vas le voir avant le dîner ? »

La princesse regarda des deux côtés avec une précaution excessive. « Chut… peut-être. » Elle gloussa légèrement. « Il a dit qu’il allait m’apporter une fleur pour que je la porte… est-ce que ce n’est pas romantique ? » Elle baissa les yeux. « Peut-être comme cette magnifique rose ? » Elle fixa la fleur. « C’est adorable. »

Gabrielle sourit. « Merci. » Peut-être que ton amour véritable et mon amour véritable pourraient comparer leurs choix floraux, songea-t-elle irrévérencieuse. Je parie que la mienne gagnerait. « Tu n’as pas dit que tu voulais aller au marché aujourd’hui ? »

Silvi sourit joyeusement. « Oui… » Elle gloussa. « Il a été si mignon… je voulais lui acheter quelque chose qu’il porterait ce soir. » Elle prit la main puissante de Gabrielle dans la sienne. « Gabrielle… tu connais les guerriers… peux-tu m’aider à choisir ? »

La barde sourit et lui tapota la main. « Bien sûr que je peux. »

Voilà, Xena, songea-t-elle tandis qu’ils se préparaient à être escortés dans la cour. Pas de danger… qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver pendant que je fais des achats.


A suivre 7ème partie

 

Posté par bigK à 16:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Clap de fin, de Gaxé

 

                                                               CLAP DE FIN

 

 

Doucement, je passe un chiffon humide sur son front pour en éponger la sueur. Elle s’agite, marmonne un peu, mais n’ouvre pas les yeux. Je soupire, retenant péniblement un petit sanglot, puis recule légèrement afin de m’adosser sur ma chaise, avant de fermer moi aussi mes paupières.

 

Rapidement, de nombreux souvenirs me reviennent en mémoire, quelques images qui défilent derrière mes yeux fatigués. Les premiers jours passés en sa compagnie, alors qu’elle s’amusait, elle ne m’en a jamais rien dit mais je suis tout à fait persuadée de ça, de mes difficultés à suivre son rythme. Notre premier baiser, plus de deux ans plus tard, dans une petite clairière et sous un ciel étoilé, et tellement d’aventures que nous avons vécues ensemble, en Grèce, en Europe du Nord ou même en Chine….

Le bruit d’une quinte de toux particulièrement violente et sifflante me ramène brusquement à l’instant présent et je sursaute, rouvrant aussitôt les yeux pour voir ma compagne, à demi redressée mais semblant toujours inconsciente de son environnement, toussant violemment alors que des postillons d’une salive rougeâtre giclent sur la couverture de peau qui recouvre le lit. Grimaçant en remarquant les traces sanguinolentes sur ses expectorations, je me penche vers elle pour repousser les mèches, plus grises que noires à présent, qui collent à son front et ses joues luisantes de sueur, avant de tremper de nouveau le chiffon dans l’eau pour nettoyer son visage encore une fois, alors que je la soutiens de ma main gauche pendant qu’elle cherche son souffle et tousse encore et encore.

La quinte finit par s’achever et elle se laisse tomber sur l’oreiller, ouvrant enfin ses yeux bleus dans lesquels plus aucun éclat ne brille, pour me jeter un regard étonné.

- « Gabrielle ? »

Elle tente de se relever, son corps tremblant sous l’effort que ça lui demande et jette un coup d’œil par la fenêtre.

- « A quel moment de la journée sommes-nous ? Est-ce que ce n’est pas le moment d’aller m’occuper des bêtes ? » 

Je lui souris doucement et la repousse contre l’oreiller, posant délicatement ma main sur le haut de sa poitrine, avant de lui répondre, le ton apaisant.

- « Tout est pris en charge. Ne t’inquiète donc pas pour ça et repose toi. »

Elle fronce les sourcils, l’air intrigué et m’interroge encore une fois.

- « Pourquoi suis-je au lit ? »

Je n’ai pas besoin de lui répondre puisqu’elle se rallonge sans attendre, en fermant de nouveau les yeux, son épuisement clairement visible sur son visage. Je n’en suis pas tout à fait certaine, mais il me semble qu’elle se rendort aussitôt. Je jette un petit regard par la fenêtre, vers l’extérieur, pour constater que la nuit est près de tomber. Il y a encore peu de temps de cela, il aurait été l’heure de nous mettre à table, devant un repas que j’aurais préparé. Mais je doute que Xéna puisse avaler quoi que ce soit, et pour ma part, j’ai l’impression que je n’aurai plus jamais faim de ma vie. Je pousse un soupir plein de lassitude, regarde tendrement ma compagne, et finalement, me glisse dans le lit à ses côtés. Elle geint doucement et s’agite, mais quand je la prends dans mes bras, posant sa tête sur mon épaule, elle s’apaise un peu et semble dormir bien plus calmement, même si sa respiration reste courte et sifflante. Comme elle, je ferme les yeux et je finis par m’endormir moi aussi.

Je rêve. Des rêves multiples, colorés et mouvementés dans lesquels je revois nos nombreuses aventures, et les multiples personnages qui les ont partagées avec nous. Joxer bien sûr, mais aussi Salmonéus, Autolycos, les amazones, Meg et princesse Diana et bien d’autres encore Et puis Mynia, Arès, Aphrodite, sans oublier celles contre laquelle nous avons tant lutté, Alti et Callisto.

Je revois les combats, les luttes, les victoires et les défaites. Je revis de manière particulièrement réaliste les moments de tendresse, les petites joies et les grands bonheurs…             Et puis, mon esprit s’arrête sur nos dernières journées sur la route.

Nous avions fait une halte dans une auberge, dans un village dont le nom m’échappe. Nous étions toutes les deux fatiguées, couvertes de poussière après un voyage long quoi qu’un peu monotone, sur des routes très ensoleillées et poussiéreuses. L’ombre et la fraîcheur de la petite salle me firent soupirer d’aise tandis que ma compagne, elle, tentait d’étirer sa colonne vertébrale douloureuse de la longue chevauchée tout en espérant que je ne le remarquerais pas. Nous nous assîmes rapidement dans un coin d’où nous pouvions voir l’ensemble de la pièce, l’endroit stratégique selon elle, son préféré.

Et puis, à peine étions-nous installées, qu’il était là. Un grand gaillard brun et musclé à l’expression et au regard agressifs qui, manifestement, avait décidé de chercher la bagarre aussitôt qu’il avait reconnu ma compagne.

- « Ne serais-tu pas la célèbre Xéna ?

Il ricana, observant avec une désinvolture exagérée le sourcil qui venait de monter haut sur le front de mon amie tandis que je me crispais, reconnaissant immédiatement le genre de personnage belliqueux qui cherche la bagarre pour le simple plaisir qu’il éprouve à se battre. Comme à l’accoutumée dans ce genre de situation, Xéna resta parfaitement calme, se contentant d’esquisser un demi-sourire et d’interroger, la voix dangereusement basse.

- « Et si j’étais celle que tu crois, que me voudrais-tu ?»

- « Si tu étais… »

Il s’interrompit un instant pour plonger son regard dans le sien.

- « Ce que je veux, c’est te combattre, et te vaincre. Je veux être celui qui aura fait mordre la poussière à la célèbre princesse guerrière. »

Le sourcil de ma compagne grimpa encore plus haut, mais après quelques secondes, elle haussa les épaules et porta son verre de vin à ses lèvres en murmurant.

- « Je ne suis pas celle que tu cherches. »

Pendant une seconde il parut stupéfait, puis, il éclata de rire et dégaina son épée pour en approcher la pointe de la gorge de mon amie. Mais elle réagit très vite et repoussa vigoureusement l’arme, se levant aussitôt en repoussant bruyamment sa chaise sur le sol. Son ton était dédaigneux alors qu’elle répondit sèchement.

- « Si un combat est la seule chose qui peut te satisfaire, qui suis-je pour te refuser le plaisir de prendre une déculottée ? »

Il y eut un peu de morgue dans le reniflement qu’il émit en réponse mais il n’en dit pas davantage et précéda ma compagne jusqu’à la porte de l’auberge, puis dans la rue poussiéreuse devant l’établissement.

Ce fut long, et très difficile. Un combat qui semblait ne jamais devoir finir, les deux combattants n’ayant visiblement aucune envie de céder. Inquiète, je regardai ma compagne grimacer et s’essouffler, paraissant par moments en très grande difficulté. Mais s’il y a une chose qui n’a jamais changée chez mon amie, malgré les nombreuses années écoulées depuis notre rencontre, c’est bien sa fierté, et sa force de caractère. En l’observant, je notais pourtant sa fatigue et ce qui me semblait être une réaction à de vilaines douleurs dans l’une de ses épaules, conséquences d’une blessure reçue de nombreuses années auparavant.  Mais elle s’en sortit finalement. Principalement grâce à sa volonté, et aussi, je dois bien l’admettre, à quelques petites astuces de la guerrière expérimentée qu’elle est.

Quand son épée s’enfonça dans la chair de la cuisse de son adversaire et qu’elle en porta ensuite aussitôt la pointe sous sa gorge, son expression particulièrement menaçante, l’homme n’en menait pas large et reconnut tout de suite sa défaite, lâchant son arme en murmurant, le ton vaincu et les yeux baissés.

- « Je reconnais ma défaite. Ne me tue pas, s’il te plaît. »

Xéna ne baissa pas sa lame immédiatement mais, au contraire, l’appuya un peu plus fortement sur la gorge de l’homme avant de finalement baisser son arme, posant dans le même temps le pied sur la lame de son adversaire puis de lui indiquer qu’il pouvait s’en aller d’un simple signe de tête. Il ne demanda pas son reste et s’enfuit aussi vite qu’il le pouvait, boitant bas et tentant de diminuer le saignement de sa cuisse en appuyant fortement sur la plaie avec son poing. Ma compagne le regarda partir, une expression dédaigneuse sur son visage, et restant bien droite après avoir rengainé son épée.

Et puis, dès que l’homme fut hors de vue, elle s’effondra. Complètement. Ses genoux ployèrent et elle s’appuya lourdement sur mon épaule pour ne pas chuter au sol. Sa respiration s’accéléra, ses épaules tombèrent et, pour la première fois, elle parut plus que son âge. Un âge que j’ai toujours eu un peu de mal à évaluer, les années passées dans la glace semant la confusion dans mon esprit. Mais malgré tout, je sais qu’à l’exception de cette période, elle a passé au moins soixante-dix ans sur cette terre.                              Ce qui me surprend le plus, au fond, ce n’est pas l’âge somme toute vénérable qu’elle a atteint (et je suis parfaitement consciente que je ne suis guère plus jeune qu’elle), mais qu’elle ait réussi à y parvenir sans jamais faiblir et en donnant toujours l’impression d’être aussi forte et résistante maintenant que quand elle avait trente ans.

Sauf que ce n’était pas le cas ce jour-là. Et que si je pouvais le constater, c’était parce qu’elle ne pouvait plus le cacher. Elle resta un long moment à essayer de reprendre son souffle tout en faisant quelques petits mouvements comme pour assouplir les articulations de ses épaules et de ses poignets, avant de se redresser enfin, tirant machinalement sur sa tunique, puis de me désigner l’intérieur de l’auberge d’un mouvement du menton.

Nous retournâmes nous asseoir à la même table qu’auparavant et reprîmes nos verres en silence jusqu’à ce qu’une jeune femme, sans doute âgée d’à peine vingt ans, nous apportent deux assiettes remplies d’une espèce de ragoût accompagné d’un assortiment de légumes plutôt malodorant. En face de moi, ma compagne fronça le nez mais saisit fermement sa cuillère, mangeant lentement, toujours sans prononcer une parole. J’attendis un long moment, mais finalement, je pris la parole, choisissant chacun de mes mots avec de grandes précautions.

- « Xéna, je me demandais… »

Elle leva les yeux de son assiette, mais les abaissa aussitôt, ne semblant pas très intéressée par ce que j’avais à dire, sans doute parce qu’elle devinait ce dont je voulais parler. Mais je ne me défilai pas et commençai doucement.

- « Tu m’as l’air particulièrement fatiguée. »

Elle ne me regarda même pas lorsqu’elle répondit, laconique

- « C’était un combat difficile. »

Je soupirai mais poursuivis, gardant ma voix douce et la plus convaincante possible.

« - Il ne s’agit pas de cela. Tu sais très bien que le problème ne date pas d’aujourd’hui, ni même d’hier. »

Elle haussa les épaules, maussade, mais concéda tout de même, sa voix si basse que je dus tendre l’oreille pour saisir ses paroles.

- « Je sais. »

Honnêtement, je n’attendais pas qu’elle reconnaisse qu’il y avait un problème. Non pas qu’elle soit obtuse, au contraire, mais simplement parce que le sujet est particulièrement sensible pour elle. Soulagée de cette petite avancée, j’en profitai pour enfoncer le clou.

- « Chaque année, chaque mois qui passe empire les choses, tu t’en rends compte, n’est-ce pas ? »

Elle acquiesça d’un bref mouvement du menton. J’insistai, décidant de ne plus tourner autour du pot et lançant carrément.

- « Le poids des années pèsent lourdement sur tes épaules et chaque combat est plus difficile que le précédent. Tu ne peux plus continuer comme ça, Xéna, un jour ou l’autre, ça finira mal. »

Pour la première fois de ma vie, je la vis qui semblait vaincue. Elle hocha la tête en silence et poussa un profond soupir avant de reprendre, le ton las.

- « Je ne sais pas quoi faire, Gabrielle. Je sais que je vieillis et je ne compte plus les petites douleurs qui m’assaillent constamment. Mais qu’y puis-je ? J’ai une réputation à défendre, et lorsqu’on me provoque, il faut que je réponde. J’ai essayé de prétendre que je n’étais pas celle qu’il croyait, mais… Je ne pouvais tout de même pas me défiler. »

Je hochai la tête, je la comprenais tout à fait, d’autant plus que j’ai toujours su à quel point elle est fière. Mais, dans mon esprit, c’était de sa sécurité qu’il s’agissait dorénavant, ma plus grande crainte étant qu’un jour ou l’autre, elle perde le combat de trop, celui qui serait, de ce fait, le dernier. Alors, je tendis la main et pris doucement la sienne, avant de murmurer gentiment.

- « Je crois que nous devons changer de mode de vie maintenant, quitter la route et nous installer quelque part, rester un peu tranquilles. »

Elle resta silencieuse un long moment, continuant à manger lentement son espèce de ragoût, vraisemblablement sans prêter la moindre attention à son absence de saveur. Délicatement, je caressai sa main d’un petit mouvement de mon pouce, attendant patiemment qu’elle tire enfin une conclusion de cette petite discussion. Mais ce ne fut qu’une fois qu’elle termina son assiette, alors que j’avais à peine touché la mienne, qu’elle releva les yeux vers moi, poussant un profond soupir avant de répondre à voix basse.

- « Je n’ai aucune envie de changer notre manière de vivre, et je ne me suis jamais imaginée fermière, à m’occuper de poules, de vaches ou à cultiver des champs, ni même à réparer des clôtures. »

Elle soupira de nouveau et passa une main lasse sur sa nuque avant de reprendre, semblant se forcer à prononcer chaque mot.

- « Mais, pour être honnête, je dois reconnaitre que la vie sur la route est de plus en plus pénible, et fatigante. »

Je retins un sourire, ravie qu’elle se laisse convaincre, du moins à ce qu’il me semblait, et tentai de lui proposer une autre alternative.

- « Si l’idée de nous installer dans une ferme ne te convient pas, peut-être préfèrerais tu aller chez les amazones. Après tout, je suis encore leur reine, et je suis persuadée qu’elles nous accueilleraient à bras ouverts. »

Cette fois, elle réagit beaucoup plus vivement et redressa la tête, ses yeux lançant des éclairs.

- « Pour que chacune d’entre elles puisse constater à quel point je suis tombée bas et puisse se gausser de la princesse guerrière, ou pire encore, la prendre en pitié ? Il n’en est pas question, Gabrielle, je préfère encore rester sur la route et prendre le risque de me trouver confrontée à plus fort que moi ! »

Son ton sans réplique me décida à ne pas insister, du moins pour l’instant. Après tout, les occasions d’amener de nouveau ce sujet sur le tapis ne manqueraient sans doute pas dans l’avenir. Alors, je souris et hochai vigoureusement la tête. Cela sembla la satisfaire pour l’instant et elle s’adossa plus confortablement contre le dossier de sa chaise avant de parcourir la salle de l’auberge du regard, ses yeux passant d’un visage à l’autre alors que sa mine se faisait de plus en plus désabusée. Finalement, elle fit un signe à la serveuse pour qu’elle apporte un autre pichet de vin et se servit largement en murmurant

-« Je n’ai pourtant guère envie de leur ressembler… »

Elle ne prononça plus une parole par la suite, et je me tus aussi, la regardant pour la première fois s’enivrer sciemment et méthodiquement. Puis, une fois qu’elle fut à peine capable de tenir sur ses longues jambes, je l’aidais à monter les marches branlantes qui menaient à la chambre que nous avions réservée.

Sa décision paraissait avoir été prise plutôt rapidement, mais il fut évident pour moi qu’elle avait déjà pensé à tout cela, car le lendemain elle n’aborda pas le sujet, se contentant de se mettre dès le milieu de la matinée à la recherche d’une ferme, de terres, où nous pourrions nous installer sans tarder. Cela ne prit d’ailleurs que peu de temps et moins de deux semaines plus tard, nous prîmes possession de la maison et des terres que nous occupons encore aujourd’hui.

Elle n’eut apparemment pas grand mal à s’adapter à cette nouvelle vie, même si elle ne l’appréciait pas. En vérité, elle semblait plutôt résignée, et les seuls moments où je retrouvais la « vraie » Xéna, celle qui ne semblait jamais déprimée ou fatiguée, était ceux où elle partait pour de longues chevauchées sur le dos d’Argo V, ou VI, je ne sais plus. Là, je retrouvais dans les expressions de son visage, la joie sauvage qu’elle avait toujours éprouvée chaque fois qu’elle galopait.

C’est d’ailleurs ainsi qu’elle tomba malade, alors qu’elle était partie pour une longue promenade et qu’elle revint sous une énorme averse. Elle prit encore le temps de bouchonner et de nourrir sa jument avant de rentrer à l’intérieur, frissonnant déjà de froid. Et elle ne s’en releva jamais. Je la vis tomber malade un peu plus chaque jour. Frissonner, éternuer, et surtout tousser. Une toux de plus en plus grasse qu’aucune infusion et aucun cataplasme ne purent calmer. Une semaine après cette sortie, ce fut la fièvre qui survint, elle aussi augmentant légèrement chaque jour. Et après presque une semaine, elle s’alita. Je fis tout ce que je pus, lui passai sur la poitrine tous les baumes que je connaissais et en inventai même un ou deux, qui furent aussi inefficaces que les précédents. Je lui préparai toutes les tisanes possibles et imaginables, lui prodiguai tous les soins que je connaissais, mais rien n’y fit. J’ignorai si elle payait sa vie vécue hors de tout confort ou si sa santé, habituellement excellente, s’était finalement détériorée de manière définitive après tant d’années, mais son état ne s’améliora pas et, au bout de trois semaines, je n’étais pas loin de jeter l’éponge moi aussi.

 

Une autre quinte de toux particulièrement longue m’éveille brusquement et je sursaute, tendant immédiatement les bras pour enlacer ma compagne dont le souffle se fait de plus en plus court et sifflant. Doucement, je dégage les cheveux de son front et la soutient jusqu’à ce qu’elle se rallonge et ouvre enfin les yeux, me regardant avec ce qui me semble être de la résignation. Mais si sa voix est faible, son ton est tout à fait clair et lucide tandis qu’elle plonge son beau regard azur dans le mien.

-« Je suis désolée de te laisser tomber, Gabrielle, mais il semble que tu vas devoir finir le chemin toute seule. »

Je tente de sourire tout en fronçant les sourcils, une combinaison difficile, mais elle reprend péniblement son souffle avant que je ne dise le moindre mot pour réfuter ses propos.

-« Non, ne dis rien. C’est la fin, je le sais et tu le sais aussi. »

Elle s’interromps le temps de tousser longuement, et reprends aussitôt, levant faiblement une main tremblante pour essuyer les quelques larmes qui coulent sur mes joues.

-« J’ai beaucoup de regrets, concernant les nombreuses atrocités, les massacres, les pillages et les exactions de toutes sortes que j’ai commises dans ma jeunesse. Mais après avoir rencontré Hercule, j’ai fait de mon mieux pour me racheter, et j’espère avoir réussi. Surtout, je remercie tous les Dieux, à moins que ce ne soit le hasard, d’avoir croisé ton chemin et de t’avoir laissé me suivre… »

De nouveau, elle cesse de parler un instant, essoufflée, puis recommence à parler, semblant avoir de plus en plus de mal à respirer, et je dois me pencher pour mettre mon oreille tout près de sa bouche afin de ne pas manquer un seul mot de ce que je sais être sans doute ses dernières paroles.

-« Tu es et as toujours été une bénédiction dans ma vie, Gabrielle. Tu es celle qui m’a soutenue quand je doutais, et qui m’a aidée chaque fois que j’entreprenais quelque chose. Tu as apporté la joie, l’optimisme et la bonté dans mon existence. Rien, dans ma vie, n’aurait été pareil sans toi. »

Elle se tait encore une fois et ferme les yeux. Je vois encore sa poitrine se soulever légèrement au rythme de plus en plus laborieux de sa respiration et, persuadée que ce n’est plus qu’une question de minutes, ou de secondes, je pose délicatement mes lèvres sur son front, peinant de plus en plus à retenir mes larmes, Et puis, au bout d’un moment, je sens son corps se raidir et son souffle se raccourcir un peu plus, alors que je ne pensais pas que c’était encore possible. Difficilement, elle ouvre ses paupières, ses yeux déjà vitreux, et murmure :

-« Je t’aime Gabrielle, et au fond, je crois que je n’ai jamais aimé que toi. »

Un sanglot enfle dans ma poitrine, mais avant même que je l’ai relâché, son corps, dans mes bras, devient aussi mou qu’une poupée de chiffon…

 

Elle n’est pas morte au combat, comme elle l’aurait sans doute souhaité, mais elle est morte dans mes bras et je veux croire que ça lui a apporté un certain réconfort. Je me suis occupée de ses funérailles, au village, et depuis, l’urne qui contient ses cendres ne me quitte plus.

Je m’en vais là où elle n’a pas voulu aller. Je retourne chez les amazones, qui, j’en suis persuadée, m’accueilleront à bras ouverts. J’ai envoyé un messager à Eve, pour l’informer du décès de sa mère et si je n’ai pas encore reçu de réponse, je suis certaine qu’elle viendra me rendre visite au village. Ma conscience est tranquille et si la fatigue se fait sentir davantage chaque jour, je ne m’en inquiète pas. Bientôt, je me présenterai moi aussi devant Charon qui m’amènera au royaume d’Hadès. Et je la retrouverai là-bas. Cette pensée me fera tenir aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que j’arrive à destination. Ensuite, j’attendrai. Et si j’en crois tous les messages que m’envoient mon corps et mon pauvre esprit plein de chagrin, il n’y en aura pas pour longtemps.

Bientôt, je la retrouverai…

 

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29 octobre 2016

Lecture !

mar

De la bonne lecture pour un dimanche que je vous souhaite agréable !

- Cinquième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Nos vies passées, de honey, fin de l'histoire !

A bientôt !

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Chose promise, chose due, partie 5

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due (Promises Kept)

5ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Les châteaux ont un air lugubre sous la pluie, décida Gabrielle. Du moins de l’extérieur, ce qui rendait le fait d’être à l’intérieur bien plus agréable quand la tempête faisait rage dehors. Elle était couchée sur le côté un bras sous la tête, à regarder la pluie fouetter le balcon et à écouter avec plaisir la douce respiration égale derrière elle.

Xena l’entourait de ses bras et le visage de la guerrière était niché dans son cou, réchauffant sa nuque d’une façon très agréable ; elle était toujours profondément endormie dans ces heures de l’avant-aube.

En fait, songea Gabrielle. Pourquoi je suis réveillée ? Elle s’était réveillée peu de temps avant, alors qu’un éclair illuminait la chambre et maintenant elle n’arrivait plus à retrouver le sommeil. Son attention se tourna brièvement en elle, vérifiant avec précautions la possibilité qu’elle ait des nausées et elle fut légèrement déçue de ne pas en avoir. Bien que… ça pourrait être un bienfait mitigé… En se souvenant de ce que ça avait été la dernière fois.

Dieux. C’était comme si elle éjectait toutes ses tripes … avec des spasmes si rudes que ça lui avait donné mal au crâne et avait irrité sa gorge. Elle avait mal partout et elle se souvenait d’un sentiment juste… horrible, comme si tout son corps se rebellait contre elle, luttant contre elle à chaque tour.

Elle soupira. Ce n’était définitivement pas le cas cette fois. Elle prit une profonde inspiration, consciente de chaque touche de fumée humide depuis les chandelles vacillantes et de la brise brumeuse et humide également. Elle se sentait… bien. Très centrée et paisible, malgré la situation stressante dans laquelle elles s’étaient retrouvées, et la sécurité réconfortante de l’étreinte de Xena ne faisait qu’intensifier ce sentiment.

Un mouvement derrière elle lui fit lever les yeux tandis que Xena bougeait et mordillait légèrement son oreille. « Hé ! » Lâcha-t-elle, surprise. « C’est mon oreille ! » Elle donna un petit coup joyeux dans les côtes de son âme-sœur.

« Mmm. » Le grondement sourd chatouilla l’oreille en question. « Je sais. » La guerrière mordilla à nouveau puis tourna son attention vers la fenêtre. « Oh. Bien. » Un soupir. « C’est une bonne chose que j’aime la boue, pas vrai ? »

Gabrielle roula sur le dos et regarda pensivement la grande femme. « Tu sais, Xena… » Elle secoua lentement un doigt paresseux. « Ça pourrait être dangereux pour toi de tomber malade maintenant… en fait je pense moi que ce serait stratégiquement… mauvais. »

Les yeux bleus se tournèrent vers elle dans la lueur faible. « Ah oui ? Et bien, je pense moi que tu veux juste que je traine au lit avec toi toute la matinée », contra-t-elle avec un léger sourire narquois.

La barde sourit. « C’est vrai, mais je pense quand même que sortir par ce temps est plutôt idiot. » Elle se blottit plus près et commença un doux dessin. « Qu’est-ce que tu veux prouver… que tu ne fonds pas ? » Elle sourit quand elle sentit le corps de Xena réagir, se coller plus à elle et se détendre. « Hmm ? »

« J’avais l’habitude de faire faire des exercices à mon armée chaque fois qu’il pleuvait », répondit-elle d’une voix légèrement amusée. « Pour les habituer à plusieurs conditions… si on ne s’entraine que quand il fait beau, qu’est-ce qui va se passer quand on va se retrouver pris dans une tempête au milieu de la bataille ? »

Gabrielle réfléchit un long moment. « Hm. » Elle finit par lever les yeux. « C’est tout à fait pertinent, Xena. »

La guerrière ouvrit les yeux avec un air innocent. « Et ça te surprend ? » Elle soupira. « Je ne fais pas toujours les choses parce que je suis du genre à contrarier, ma barde. » Elle bougea un peu et soupira. « Il faut que je me lève de toutes les façons… je savais bien que je n’aurais pas dû manger ces trucs au piment hier soir… j’ai des nausées. » Elle roula sur le dos et tressaillit. « A quoi je pensais, par Hadès. » Son front se plissa d’inconfort. « Dieux. »

La barde se mit sur un coude et regarda sa compagne avec inquiétude. « Ça va aller ? »

Xena donna l’impression de se concentrer sur quelque chose pendant un instant puis elle ouvrit les yeux et fit un petit signe de tête. « Oui… il faut juste que je prenne de ce truc que je t’ai donné l’autre jour. »

Gabrielle sortit du lit en se tortillant. « C’est quoi… je vais te le chercher », proposa-t-elle en se dirigeant vers leurs affaires. « C’est le truc jaune et vert, c’est ça ? » Elle se tourna pour voir le signe de tête de sa compagne. « Tiens bon. » Elle mit les herbes dans une tasse en bois qu’elle remplit d’eau propre et froide et elle remua avec le doigt. Ensuite elle revint vers le lit et s’assit sur le bord, tendant la tasse. « Tiens… bois ça. »

Xena vida le contenu et laissa sa tête retomber sur l’oreiller. « Bon sang. » Elle semblait un peu surprise. « Je ne me suis pas sentie aussi mal depuis longtemps. »

La barde lui prit la tasse et la posa, puis elle se rapprocha et glissa une main derrière la tête de Xena pour masser la nuque de son âme-sœur. Bizarre. Je m’attendais à me réveiller malade et c’est elle. Elle en fut intriguée puis elle contracta le front. Attendez une minute, par tous les dieux. « Xena, tu as mangé de l’asperge hier soir. Je n’ai pas les symptômes mais elle oui !

« Non pas du tout. » Xena secoua la tête. « Je déteste les asperges. » Une pause. « Tu le sais bien. »

Une longue pause. « Dieux. » Les yeux bleus s’ouvrirent avec consternation. « Mais si. » Elle leva sa tête sombre et regarda Gabrielle dans la pénombre, consternée. « Qu’est-ce que j’ai donc par Hadès ? » Une touche de panique se fraya un chemin dans sa voix. « Ce ne sont pas encore les Parques… n’est-ce pas ? »

Il lui fallut beaucoup pour ne pas sourire largement mais la barde y parvint. Au lieu de ça, elle rampa plus près et tira sur la guerrière pour l’étreindre affectueusement. « Viens par ici », ordonna-t-elle doucement. Bon… il est temps de parler ouvertement… les dieux savent que je ne veux pas qu’elle déraille sans raison et si elle pense à la façon dont elle s’est comportée ces deux derniers jours, elle va sûrement le faire. « Allez… par ici. »

Xena lui lança un regard intrigué mais obéit, laissant sa tête reposer sur l’épaule de la barde. « OK », marmonna-t-elle, une expression tendue sur le visage. « Je ne peux pas recommencer, Gabrielle… c’était… dieux… c’était le début…non… je… »

« Chh… doucement… écoute-moi, d’accord ? J’ai une petite histoire pour toi », l’informa Gabrielle en rassemblant son courage. « Tu te souviens de notre union ? »

La guerrière s’arqua pour se redresser et la fixa. « C’est quoi cette question ? » Demanda-t-elle, tout son corps raidi.

« Doucement… » Gabrielle la repoussa vers le lit. « Je présume que oui… ok, bon, je parlais à Elaini le matin avant la cérémonie et elle me racontait des histoires vraiment très drôles sur comment ça se passe quand des gens unis par le Lien avaient des enfants. »

« Gabrielle, qu’est-ce que ça a à voir avec tout ça ? » Répliqua Xena, d’un ton irrité. « Je les ai entendues… Jess m’a raconté comment il avait commencé à manger des pommes de pin un jour et… » Elle s’arrêta et inspira. « Hum. Désolée… continue. » Sa voix s’adoucit soudain. « S’il te plait. »

La barde s’éclaircit la gorge. « Et bien, ce qu’elle disait c’était qu’elle et Jess partageaient, je veux dire partageaient vraiment tous les différents stades de la grossesse… jusqu’aux symptômes. » Elle sentit la respiration de sa compagne s’accélérer et elle savait que la sienne aussi. S’il vous plait, dieux… qu’elle ne soit pas trop déçue. S’il vous plait. « Elle a dit que c’est comme ça que ça se passait pour eux. »

« Pour eux. » La voix de Xena devint un peu rauque.

S’il vous plait. « Oui. »

« Gabrielle, nous sommes comme eux. » Une réponse tendue et chargée.

« Je sais. » S’il vous plait. S’il vous plait. S’il vous plait. « C’est vrai. »

Un silence.

« Et par hasard tu ne serais pas en retard. » Presque avec hésitation. 

« Sept jours. » Et elle ferma les yeux et se contenta d’attendre.

Un sourd grondement sauvage fit trembler sa peau et elle sentit tout le corps de Xena convulser tandis que leurs positions s’inversaient et qu’elle était blottie dans des bras puissants. Elle croisa toutes les parties de son corps et regarda la guerrière.

Un regard étincelant soutint le sien tandis qu’un énorme sourire passait sur les lèvres de Xena. « Fils de BACCHAE !!! » Le cri faillit lui percer les tympans et Gabrielle eut à peine l’occasion de respirer avant d’être soulevée et qu’on la fit tournoyer puis elle se retrouva serrée à nouveau contre le corps très chaud de Xena, où elle put entendre le battement effréné du cœur de son âme-sœur contre sa peau, et elle fut étreinte si fort que ça lui fit presque mal.

Je présume que tout va bien. Elle sentit une vague chaude de soulagement la traverser. Merci.

« Pourquoi tu ne l’as pas dit ? » Dit Xena dans un souffle tandis qu’elle la prenait par les épaules et la regardait droit dans les yeux. « Dieux, Gabrielle… tu n’as pas idée de combien je… »

La barde sentit un sourire passer sur ses lèvres. « Et bien… honnêtement… je ne m’en suis pas rendue compte moi-même avant hier… je vérifiais mon journal pour autre chose et j’y ai vu que j’aurais dû commencer mon cycle avant que nous partions et je ne l’avais pas fait et… » Elle relâcha un souffle joyeux. « Mais je ne m’attendais pas à ce que ça commence aussi vite… et tu l’avais dit… alors… je… je me suis dit que j’étais juste en retard… c’est tout… parce que je n’avais aucun autre symptôme vraiment. » Elle gloussa. « Mais… »

Xena se frappa le front. « Mais moi si. » Elle leva les yeux d’agacement. « Dieux… comme j’ai été stupide. »

Elles se regardèrent puis Xena lâcha un cri puissant et la reprit, sautant hors du lit et les faisant tournoyer toutes les deux en cercle, avant de faire deux grands pas et de se lancer dans un saut exubérant qui les fit presque atterrir près de la fenêtre battue par la pluie. Elle sauta de bas en haut jusqu’à ce que la barde fonde dans des rires impuissants et soulagés, puis elle se tint simplement là à la serrer et à la bercer d’avant en arrière. « Ooouuuh. » Elle relâcha un long souffle saccadé. « Gabrielle… Gabrielle… Gabrielle… »

Cette dernière se laissa aller dans ce qui était un moment de joie pure dans une vie qui en manquait cruellement. « Je présume que tu te sens mieux maintenant, hein ? » Finit-elle par réussir à balbutier, reprenant son souffle après avoir ri et pleuré en même temps.

« Je me sens géniale. » Xena rayonnait. « Je… je ne voulais rien dire avant parce que… parce que je te connais… je veux dire que je ne… » La guerrière s’interrompit et prit une profonde inspiration. « Que je reprenne du début… je suis fichûment contente d’entendre ça, Gabrielle. »

« Je ne l’aurais jamais deviné. » La barde l’étreignit joyeusement. « Moi aussi… même la pensée est tellement merveilleuse. Je peux à peine le supporter. »

La guerrière la fit encore tournoyer et rit, puis elle enlaça son âme-sœur et soupira béatement. « Je ne peux pas le croire… Gabrielle, connais-tu la probabilité que… »

« Réussir en une fois ? » Répondit doucement la barde. « Plutôt basse, non ? »

Un éclair explosa, les illuminant et faisant ressortir les cheveux noirs de Xena. « Très… et quand dis-tu que tu devais… »

Gabrielle se désengagea, alla vers le bureau et revint avec son journal dont elle fit tourner les pages. « Là. »

Elles regardèrent toutes les deux la page puis l’une l’autre. Xena écarquilla perceptiblement les yeux. « Je ne… » Elle s’arrêta puis prit une inspiration. « Peut-être que les dieux te regardaient, mon amour. »

La barde passa le doigt sur la page et hocha faiblement la tête. « Peut-être », répondit-elle d’une voix pensive. Elle fit tourner les pages en arrière et son regard se posa sur un jour particulier. « Xena… est-ce que je devrais ressentir quelque chose aussi tôt ? »

La lumière en provenance de la fenêtre fut bloquée lorsque son âme-sœur se tourna et réfléchit à la question. « Et bien… tout le monde est différent, Gabrielle… mais… je dois dire que non… en fait, j’étais un peu… j’ai réfléchi à ça hier soir. »

« Mm. » Le regard vert étudiait le parchemin. « Trois ou quatre semaines tu as dit… c’était plutôt la norme, pas vrai ? » Répondit-elle doucement en refermant le journal. « Et bien, je présume que je me suis juste prise un peu au jeu, pas vrai ? » Elle sourit. « C’est peut-être à cause de notre connexion. »

Les yeux de Xena brillèrent à nouveau. « Tu as raison… j’avais oublié ça. » Un grand sourire illuminait son visage. « Je présume qu’il est trop tôt pour se demander si c’est un garçon ou une fille, n’est-ce pas ? »

Cela lui valut un rire. « Un peu. » La barde posa son journal et alla vers son âme-sœur, l’entourant joyeusement de ses bras. « Et quoi qu’il en soit, je m’en fiche. » Elle laissa Xena l’entraîner vers un grand fauteuil près de la fenêtre et elle s’installa avec joie près d’elle pour regarder ensemble la tempête. Assise aussi près de la grande femme, elle pouvait presque sentir les vagues de délice qui coulaient d’elle, et tandis qu’elle levait les yeux, elle eut le plaisir de voir ce profil habituellement sévère éclairé d’un bonheur absolument sans frein.

Toute cette inquiétude pour rien. Elle soupira intérieurement, profondément satisfaite. « Alors… je présume que rien d’important ne va se produire avant un moment, hein ? »

Xena rit doucement. « Et bien… non… pas avant un moment… rien de plus que ce qui s’est déjà passé. » Elle lança un regard à la barde. « Je pense que tu vas faire des siestes et avoir un air radieux pendant que moi, je serai malade et dans la brume la moitié du temps. » Mais elle souriait.

« Hé… ce n’est pas de ma faute ! » Gabrielle leva la main. « Avoir l’air quoi ? » Ajouta-t-elle en reniflant doucement.

La guerrière l’enlaça d’un bras protecteur. « J’y pensais hier soir… tu as cette lueur autour de toi. »

« Xena, ce n’est pas vrai. » Un craquement de tonnerre donna de l’emphase à ses mots.

Un long doigt traça sa mâchoire. « Oh que si. » Le ton était absolu. « C’est beau. » Elle pencha la tête et s’empara des lèvres de la barde pendant un long moment, puis elles se séparèrent un peu et leurs nez se touchèrent. « J’aurais dû le deviner à te voir… » Ensuite elle laissa tomber sa main et effleura légèrement la poitrine de Gabrielle, et elle sentit la prise brusque d’air. « Sensible, hein ? »

« Ouaouh. » La barde rit faiblement. « Oui. »

Xena gloussa sur elle-même et secoua la tête. « Aussi aveugle qu’un nouveau-né. » Elle soupira. « Quelle guérisseuse je fais. »

Gabrielle rit doucement. « Ne commence pas avec ces bêtises. » Elle mit le nez dans le cou de son âme-sœur, respirant son odeur distincte joyeusement. Puis elle ouvrit les yeux et cligna. « Mais… tu sais quoi… je suis un peu fatiguée. »

Vivacité de Princesse Guerrière immédiate. « Ah oui ? » Xena l’étudia. « Au lit alors », ordonna-t-elle. « Allons… »

La barde se laissa aimablement conduire jusqu’au matelas doux et s’y assit.

« Tu dois t’assurer d’avoir beaucoup de repos », lui dit sévèrement son âme-sœur. « Ne tire pas sur la corde, Gabrielle. »

« Oui oui. » Celle-ci croisa les bras sur sa poitrine. « Alors… je présume que je devrais rester loin du stress, pas vrai ? »

« Absolument », approuva Xena avec un signe de tête.

« Tu sais ce qui est vraiment stressant ? » Répondit la barde d’un ton paisible.

Le regard bleu l’étudia. « Quoi ? »

Un sourire. « Les cauchemars. » Elle tendit la main vers la guerrière mise en échec. « Je présume que tu restes ici, hein ? »

Xena mit les mains sur ses hanches. « Très malin, Gabrielle. » Mais elle sourit et céda, entrant dans le lit près de sa compagne pour l’enlacer dans une étreinte exubérante. « Au cas où tu n’aurais pas compris le message… » Murmura-t-elle dans l’oreille rose près de sa bouche. « Je suis sur le point de m’évanouir tellement je suis heureuse. »

Gabrielle sourit largement sur la peau douce qui l’entourait. « J’ai compris le message », répliqua-t-elle dans un murmure satisfait. « Moi aussi. »


La tempête avait empiré, se rendit compte Gabrielle, tandis qu’elle était bien au chaud dans le lit à écouter Xena s’affairer dans la chambre. Il ne s’était pas passé beaucoup de temps parce qu’aucune d’elles n’était vraiment d’humeur à dormir et elle se mit presqu’à rire quand elle entendit le son bas et mélodieux de Xena qui chantonnait tout en se déplaçant.

Bons dieux. Gabrielle se mordit la lèvre et leva les yeux vers le ciel froufroutant du lit à baldaquins. Elle est grisée. Une douce sensation la toucha quand elle se souvint de la dernière fois qu’elle avait vu son âme-sœur d’une telle bonne humeur. La dernière fois ? La seule fois, Gabrielle… quand elle avait soupçonné qu’il serait possible qu’elle n’aille pas passer l’éternité au Tartare.

Et tu craignais qu’elle ne soit déçue. Oh bon sang. Elle jeta un coup d’œil à sa compagne qui avait enfilé une tunique large bleu pâle et avait démarré un petit feu dans l’âtre pour faire chauffer de l’eau. Dehors, des coups presque incessants de tonnerre ponctuaient les éclairs et le tambourinage de la pluie battante emplissait la chambre. Gabrielle était très contente d’être là où elle était, avec la présence proche et réconfortante de Xena.

Un léger coup retentit par-dessus le bruit de l’averse et elles échangèrent des regards tandis que Xena se mettait debout et traversait la pièce. « J’y vais. » Elle remua la main dans la direction de la barde. « Reste bien assise. »

La guerrière mit la main sur la poignée et la tira avec précautions, révélant le visage soupçonneux de Mestre. « Salut », dit Xena d’une voix traînante puis elle s’éclaircit la gorge. « Je veux dire, qu’est-ce que vous voulez ? »

La fille arborait une expression renfrognée. « Y a des fuites dans la salle principale, alors on vous porte la nourriture ici. » Elle poussa un plateau vers la guerrière et attendit qu’elle le prenne puis elle tourna les talons et partit.

Xena la regarda partir. « Bonne journée », dit-elle d’un ton neutre au couloir vide, avant de rentrer la tête à l’intérieur et de refermer la porte. « Elle est gentille. » Elle regarda le plateau, distinguant des petits pains et une sorte de pâte à tartiner ainsi qu’un bol couvert qui sentait pas mal les œufs. « Miam. » Ses yeux brillèrent dans la lueur faible vers son âme-sœur.

Gabrielle se mit à rire. La tempête au dehors avait obscurci l’aube naissante et Xena avait allumé des chandelles dans la chambre, qui la peignaient d’une lueur jaune chaleureuse. L’air était humide et froid et la barde débattit brièvement avant de se décider à se tortiller pour sortir du lit et rejoindre son âme-sœur près de la table. « Qu’esse tu fais ? »

La guerrière leva les yeux de son travail avec un sourire radieux. « Je rends des hommes malheureux. Tu veux m’aider ? » Elle tapota le banc capitonné près d’elle et passa un bras autour de la barde quand celle-ci s’assit à son tour. « Je change la garde ici, tu vois… » Elle pointa. « Pour avoir trois points de plus ici et ici et ici. » Un long doigt toucha les trois points sur ce que Gabrielle reconnut être une carte du château. « Et j’ajoute trois tournées pour qu’ils se recoupent ici, et ici. »

Gabrielle cligna des yeux. « Oh. » Elle regarda la grande femme qui avait recommencé à chantonner. « Et tu fais ça pour… ? »

« Hmmm… quoi ? » Xena la regarda. « Ah… et bien, parce que quiconque s’approcherait du château depuis cette direction… ou cette direction, ou sous cette arche, ou derrière le bassin ici… serait indétectable autrement. »

« Ouaouh », répondit la barde respectueusement. « Oui… je vois combien ce serait ennuyeux… alors pourquoi personne d’autre ne l’a vu ? »

Des cils noirs battirent doucement sur des yeux bleus brillants. « Parce qu’ils ne sont pas moi. » Un sourire brillant s’ensuivit. « Parce qu’ils ne pensent pas en cercles… » Elle bougea un doigt dans trois dimensions. « Ils ne pensent qu’à l’assaut frontal. » Elle traça une ligne sur la table. « Ou en défense… j’essaie de me mettre dans les bottes de l’autre gars et je pense offensive. » Un haussement d’épaules. « Comme… comment j’attaquerais ce château si j’avais une armée… ce genre de truc. » Une pause. « Tu te sens bien ? » Xena la regarda avec inquiétude.

Gabrielle se frotta l’oreille et refréna un sourire. « Je vais très bien, merci », rassura-t-elle son âme-sœur. « Et tu ne vas pas me demander ça pendant neuf mois, si ? » Elle la regarda et reçut une expression penaude en retour. « Oui oui… c’est bien ce que je pensais. » Elle tapota le bras de sa compagne. « Garde ça pour plus tard quand je serai énorme et que je ne pourrai pas bouger, d’accord ? »

Xena posa sa plume et se carra dans son fauteuil, étudiant la jeune femme près d’elle. « Nan… je ne pense pas que ce sera aussi ennuyeux pour toi », dit-elle en désapprouvant. « Tu es trop forte… » Elle toucha le côté de la barde judicieusement. « Plus tu as de muscles, plus c’est facile… parce que ton corps peut gérer la tension supplémentaire… c’est quand tu n’es pas habituée à l’activité que tu as de vrais problèmes pour porter. »

Gabrielle se redressa pensivement. « Vraiment ? » Elle posa la main sur son estomac et réfléchit. « Ça va être bizarre. »

La guerrière, pour une fois, interpréta correctement l’insécurité de sa jeune compagne. « Tu vas être vraiment mignonne enceinte. » Elle la prit dans ses bras.

« Merci. » Gabrielle enfouit son visage dans le tissu propre et doux. « Hé… » Elle leva les yeux, une expression diabolique dans le regard. « Maintenant j’ai l’excuse parfaite pour te chiper tes vêtements. »

Xena éclata de rire. « Je pensais exactement la même chose », admit-elle. « Comme si tu avais besoin d’une excuse avant. »

Un coup à la porte interrompit leur plaisanterie joyeuse et Xena tourna le regard. « Entrez. » Elle prit sa plume et la fit tourner entre ses doigts tandis que la porte s’ouvrait et que Bennu passait une tête trempée et échevelée. « Salut Bennu… viens par ici. »

Avec hésitation, il obéit, dégoulinant d’eau sur le marbre en se frottant les mains. « B’jour. » Il semblait soulagé de la voir. « Les tempêtes c’est horrible… tout est calme maintenant pour sûr. »

Xena fit un geste vers le fauteuil. « Assieds-toi… » Elle regarda la marmite d’eau chaude qui bouillonnait. » Attends… » Elle commençait à se lever quand Gabrielle la repoussa sur l’épaule.

« Je m’occupe de ça. Tu termines. » Elle lança un regard à sa compagne quand elle pensa avoir une protestation en retour et elle remua le doigt. « J’ai dit, laisse. »

Un sourire radieux lui répondit. « Ça va être dur. »

La barde se leva et traversa la pièce derrière elle en lui tapotant le dos. « C’est bon, tigresse… comme toi. »

Bennu regarda cet échange la mâchoire béante, perché nerveusement sur le bord du fauteuil douillet. « Ah… »

Xena eut un regard acéré. « Y a un problème ? » Ses yeux ne contenaient plus maintenant qu’une froideur toute affairée. « Je veux que cette routine de patrouille change aussitôt que possible. »

Il cligna des yeux. « Non non… bien sûr. » Timidement, il se leva et la rejoignit à la table pour regarder la carte. « Ah… oui… Garan a dit qu’on ne devait pas surveiller ce coin là… » Il posa un doigt énorme sur la carte. « Ou bien ici… parce que personne n’essaierait de venir par les plages. »

Un sourire narquois et froid se forma sur les lèvres de Xena. « Moi si. »

« Ah ouais ? » Demanda le grand soldat avec un ton surpris. « Pourquoi ? »

« Bien sûr. » Une réponse confiante. « Parce que personne de sensé ne le penserait et… personne ne défendrait ce coin. »

« Oh. » Il sourit avec hésitation. « C’est tordu ça. »

« Mm. » Xena retourna son attention à la carte. « Ajoute trois patrouilles de plus ici, et fais les commencer tout de suite… » Elle le regarda. « Ou bien dois-je supporter cette initiative en personne ? »

Il se gratta la tête. « Ben… certains d’entre nous… on pensait utiliser l’arrière de la grande écurie… y a pas beaucoup de bêtes là-dedans… pour que vous nous montriez un peu plus de ces trucs à l’épée… » Une tonalité d’espoir flottait dans sa voix. « Et pis, ben sûr… certains d’entre nous préfèreraient s’étrangler avant de vous revoir. »

La guerrière se mit à rire doucement. « C’est bien ce que je me disais… vous allez voir vos souhaits se réaliser… j’ai de l’énergie à revendre… alors si vous voulez qu’on commence, je vous retrouverai dans cette écurie dans un petit moment. » Elle se retourna et regarda la fenêtre. « Je ferais habituellement des exercices par ce temps, mais… » Un haussement d’épaules. « Par Hadès… je vais être gentille pour changer. »

« Pour chan… » Bennu arbora un sourire plus confiant. « Bien… bon, je vais prendre ça alors. » Il toucha les changements sur la carte. « Et on se r’trouve vite. »

Xena mit le menton sur une main et le regarda partir, puis elle prit un petit pain sur le plateau et posa une portion d’œufs dessus avant de prendre une bouchée. « Mmmm… je pense qu’on est toujours sur la liste des favoris… ce n’est pas trop mauvais. » Elle regarda Arès allongé à ses pieds et qui la regardait avec espoir. « Tu le penses aussi, hein ? » Elle mit une portion d’œufs dans un bol vide et le posa pour le loup affamé. « Et voilà. »

Gabrielle revint et posa une tasse fumante devant elle avant de dérober une bouchée de son petit déjeuner tout en s’asseyant. « Tu as raison. » Elle avala puis en reprit un peu. « Tu vas t’amuser avec les gars ? »

Xena finit son petit pain et se lécha les doigts. « Oui oui… à moins que tu ne veuilles que je reste avec toi ? »

La barde faillit laisser tomber sa tasse. « Quoi ? » Elle la posa avec soin et regarda la grande femme. « Xena, nous sommes en mission ici. »

Un hausement d’épaules. « Je m’en fiche », répondit cette dernière honnêtement. « Je me fiche de Garanimus, ou de Framna, ou de leurs armées puantes. » Le regard bleu la fixa. « Je m’inquiète pour toi. » Elle fit une pause. « Il y a eu de nombreuses fois où mes priorités nous concernant ont été fichues par ma faute, Gabrielle, mais ce n’est pas une de ces fois-là. »

Gabrielle prit plusieurs inspirations avant de répondre. « Je sais à quoi tu penses en disant cela, Xena… Qu’une bonne chose soit dite là maintenant, d’accord ? » Elle se rapprocha. « Nous n’allons pas laisser ça changer ce que nous faisons, compris ? Ces gens ont besoin de notre aide… et ça signifie qu’ils ont besoin de ton aide. » Une longue pause puis un sourire se dessina sur les lèvres de la barde. « Mais tu n’as aucune idée du bien que tu viens de me faire. »

Le sourire fut retourné. « Oh si je le sais. » Elle ébouriffa joyeusement les cheveux de Gabrielle. « Allons finir ce fichu truc alors, hein ? Pour qu’on puisse continuer… maintenant je veux vraiment voir les enfants de Jessan. » Elle réfléchit. « Oh oui… et rendre visite aux Amazones. »

« Beuuuh », acquiesça son âme-sœur. « Cela me donne… quoi… au moins deux mois avant que je trouve comment l’annoncer à mes parents ? » Elle eut une grimace comique. « Ça ne sera pas une de tes explications directes, Xena. » Un soupir. « Je peux juste imaginer les assomptions. »

Xena rit ironiquement tout en se levant et s’étirant. « Dis-leur que tu as avalé une graine de pomme et qu’elle a poussé », conseilla-t-elle d’un ton joueur tout en embrassant le dessus de sa tête, ratant l’expression soudaine et surprise qu’elle reçut de la jeune femme. « C’est une histoire qui en vaut une autre si tu manques d’explications. »

Gabrielle la regarda traverser la pièce éclairée par les chandelles et échanger sa tunique pour sa combinaison en cuir. « Oui. Je présume que ça l’est », murmura doucement la barde. « Hé Xena ? »

« Oui ? » La guerrière s’arrêta en plein mouvement pour passer sa cuirasse par-dessus sa tête.

« Est-ce que c’est possible ? »

Xena cligna des yeux et lentement les plaques s’installèrent sur ses épaules avec un haussement pour les mettre en place. « Bien sûr que non. » Elle attacha les verrous d’épaules. « Pourquoi ? »

« Comme ça… c’est juste une question… tu me connais. » La barde sourit. « Ça ferait une histoire géniale. »

La guerrière s’avança et se mit à cheval sur le banc, les avant-bras posés sur ses genoux pour regarder son âme-sœur avec un très grand sérieux. « A quoi penses-tu ? » Elle se rapprocha et prit les mains de la barde. « Tu veux revenir sur ta décision ? »

« Non. » Gabrielle scruta son visage avec attention. « Je… je souhaite juste… » Elle se tut, se sentant idiote. « Oublie… c’est un moment de bêtise de ma part… je… j’ai vraiment hâte que ça arrive. »

« Mais ? » Un ton doux, inexorable.

« Mais rien. » Gabrielle secoua la tête.

Un silence.

« Vraiment, dit la barde.

« Tu es fâchée qu’on soit ici… à la façon dont ça s’est passé… C’est Toris ? Il a… » Xena sentit qu’elle balbutiait. « Je sais… il y a quelque chose là-dedans, Gabrielle, je peux le sentir en toi. »

Un soupir profond. « Je veux que cet enfant soit de nous deux. »

Xena plissa le front. « Mais il sera de… oh. » Elle leva les mains de Gabrielle et les embrassa. « Pour ce qui me concerne, il le sera. »

« Je le sais bien. » La barde sourit. « Tu vois ? Je t’ai dit que c’était de la bêtise. » Elle libéra une de ses mains et tapota la joue de Xena. « Ce n’est pas comme si nous avions le choix. »

Xena se leva, visiblement perturbée et elle alla à la fenêtre. « J’aurais pu demander un service », répondit-elle tranquillement. « Les dieux m’en doivent bien assez. » Elle se retourna. « Tu aurais dû dire quelque chose, mon amour. »

La barde secoua lentement la tête. « Non… je n’en veux pas… tu ne leur a jamais rien demandé. Je ne veux pas que ce soit sur mon ardoise. » Elle prit une inspiration et se leva pour aller retrouver Xena. « S’il te plait… ne t’en fais pas pour ça, Xena… c’était tellement agréable de te voir heureuse toute la matinée. »

Lentement, la guerrière sourit. « Très bien. » Elle prit la barde dans ses bras. « Il pourrait aussi bien être de moi vu la façon dont je me sens. »

Gabrielle sentit le battement du cœur à travers le cuir et elle sourit la bouche contre le tissu. « Je sais… c’est tellement mignon. » Elle se recula et sourit d’un air espiègle. « J’espère que tu vas penser à t’arrêter de chantonner quand tu battras tous ces types. »

Un haussement de sourcil. « Hmph… et toi tu vas faire quoi ? »

« Je vais essayer de faire parler la princesse… il se passe quelque chose ici, tu sais », répondit la barde d’un ton pratique.

« Alors sois prudente », lui conseilla doucement Xena en se rapprochant à nouveau.

« Moi ? » Le son étouffé s’éleva. « Tu vas te battre avec des dizaines de types méchants et mal attifés qui portent des armes acérées et moi je vais faire une bataille de cerveaux avec une princesse rachitique à peine poussée et tu me dis à moi d’être prudente ? »

« Oui oui. »

« D’accord. »

Le tonnerre roula sur elles, éclairant proprement deux corps tellement serrés qu’ils pouvaient ne faire qu’un.


Gabrielle se permit de prendre un long bain luxurieux dans l’eau chaude fournie par le feu préparé par son âme-sœur. Elle se dit qu’essayer de sortir la princesse royale du lit juste après l’aube n’était probablement pas une bonne idée de toutes les façons et en plus, combien de fois avait-elle eu l’occasion de s’offrir un bain dans une baignoire en marbre ?

Elle soupira et s’adossa, éclaboussant un peu des pieds dans l’eau bouillonnante et elle inspira la fumée légère et odorante. Les bains n’étaient jamais comme ça à Potadeia, se souvint-elle. Là-bas, c’était une tâche du soir, faite par une Hécube fatiguée et distraite après que son père se soit, soit endormi, soit rendu à l’auberge. La baignoire était vieille et pleine d’échardes, et l’eau était au mieux tiède, et ça avait été son travail de s’assurer que Lila était bien lavée, pour épargner du temps et des efforts à sa mère.

Et bien sûr, avec Xena… et bien, s’il y avait de l’eau c’était bien assez, peu importe la température autour d’elles. Elle avait toujours considéré que la guerrière l’aimait comme ça, jusqu’à cette soirée spéciale.

La journée avait été longue, froide et pluvieuse et elles avaient  avancé péniblement dans de la boue à hauteur des genoux la plus grande partie du temps. Les jambes d’Argo était couvertes de boue jusqu’aux genoux et Gabrielle avait cessé de parler depuis longtemps pour économiser son énergie pour marcher et trembler. Elle voyageait avec Xena depuis seulement six mois et son corps commençait à peine à s’ajuster à son nouveau style de vie.

Quand Xena s’était finalement arrêtée, vers le soleil couchant, elle avait tranquillement et péniblement marché jusqu’à un rocher et s’était assise, sans même se rendre compte où elle était jusqu’à ce qu’une main lui touche l’épaule, et elle avait levé les yeux vers un visage couvert de boue et trempé. « Je me reposais juste un instant… je vais repartir », avait-elle dit, ne voulant pas frustrer l’ex seigneur de guerre habituellement impatiente.

Un regard bleu fatigué l’avait étudié puis un léger sourire s’était installé sur le visage habituellement sévère de la guerrière. « Pas ce soir. Viens. »

Elle avait pris la main tendue de Xena et s’était laissée conduire dans ce qu’elle devinait maintenant être une auberge, entendant le faible cliquetis des plats qu’on servait et sentant la chaude odeur de ragoût de bœuf dans l’air. Mais Xena ne s’était pas arrêtée là, elle avait continué dans un couloir jusqu’à une suite à l’arrière, où elle avait échangé des mots à voix basse avec les deux femmes qui travaillaient dans la chambre, avant de leur passer des pièces.

Gabrielle avait regardé dans la pièce et cligné des yeux. Elle était grande avec un feu chaud dans un coin, mais le centre était occupé par une énorme baignoire en bois avec des nuées de fumée qui s’en élevaient. Xena avait observé le résultat puis s’était retournée. « Ça te dit un bain chaud ? »

La barde ne pouvait que la regarder dans un silence béat, ce qui provoqua un rire las de la part de sa grande compagne. Elles s’étaient déshabillées et avaient grimpé dans la baignoire, et elle avait manqué s’évanouir au pur plaisir d’avoir chaud et d’être propre, pour ce qui lui semblait être la première fois depuis bien longtemps. Elle s’était frottée partout et à la fin, elle s’était contentée de se détendre, et avait regardé la guerrière silencieuse, qui lui faisait face depuis le côté opposé de l’énorme baignoire. « C’était génial », avait-elle dit en soupirant.

Xena avait souri, une chose rare à ce point et elle s’était étirée. « Oui… j’oublie parfois combien j’aime un bon bain chaud. »

Gabrielle l’avait franchement dévisagée avec de grands yeux. « Vraiment ? Je pensais que tu n’aimais que les trous boueux froids et inconfortables » avait-elle balbutié. « Et dormir sur des rochers. »

Pendant un instant, elle avait pensé que Xena allait retourner dans sa coquille sévère mais la guerrière lâcha finalement un rire ironique. « Nan », avait-elle admis. « Mais on est coincées avec ça… on n’a pas besoin de se plaindre. » Elle avait fini de faire trempette et s’était levée hors de l’eau, roulant la tête pour relâcher ses épaules tandis qu’elle se séchait avec un soupir quasiment silencieux.

A contrecoeur, la barde s’était rincée une dernière fois et était sortie de la baignoire en se tortillant et, sans regarder ce qu’elle faisait, elle avait glissé sur une petite flaque d’eau, criant un peu quand elle avait vu le sol monter bien trop vite.

Elle ne le toucha jamais. Des mains puissantes l’avaient saisie et remise droite sur ses pieds tellement vite qu’elle eut besoin d’une minute pour reprendre son souffle. « M… mer… merci. »

« Tu peux rester loin des ennuis pendant une seule marque de chandelle ? » Avait demandé Xena exaspérée.

Ses épaules s’étaient affaissées et elle avait regardé le sol, l’eau s’écoulant de ses cheveux clairs. « Je présume que non », avait-elle dit en soupirant. « Désolée. »

Sans qu’elle s’y attende, elle avait senti une main lui tapoter la joue et lui lever la tête. « C’est bon. » La guerrière avait ri. « Qu’est-ce que je ferais si je ne t’avais pas pour m’occuper, hein ? » Elle regarda autour d’elle puis de nouveau la barde. « En plus… tu me donnes une bonne excuse pour passer une nuit hors du mauvais temps. »

« Moi ? » Gabrielle avait protesté. « Je ne t’ai pas demandé de t’arrêter ici. »

Un haussement d’un sourcil noir et bien dessiné.

« Ce n’est pas que je n’apprécie pas », avait admis la barde. « J’étais plutôt fatiguée. » Une pause. « Et mouillée. » Une autre pause. « Et j’avais vraiment froid. » Un soupir. « Merci, Xena. »

Elle avait reçu un rire de bon cœur de la femme habituellement exaspérée.

Et plus tard, bien lovée dans son petit lit, laissant l’odeur des couvertures propres monter autour d’elle, elle était restée réveillée assez longtemps pour regarder, à travers ses yeux plissés, Xena se permettre le luxe d’une chemise propre au lieu de dormir dans la combinaison en cuir et se coucher dans l’autre lit de la pièce avec une expression de soulagement presque pathétique. Et de s’envelopper dans le couvre-lit chaud, un bras enroulé autour de l’oreiller soyeux.

« Xena ? » Avait-elle demandé doucement.

Le regard tellement bleu que la lumière de la chandelle ne parvenait pas à l’atténuer s’était tourné vers elle. « Oui ? »

« Ça ne m’ennuie pas de dormir sur les rochers tant que je suis avec toi. » C’est son enthousiasme juvénile qui s’était exprimé mais elle l’avait pensé, aussi idiot que ça lui paraissait depuis.

Un silence absolu avait accueilli sa déclaration pour l’instant, elle avait alors pensé que Xena n’allait pas répondre, et elle avait soupiré pour elle-même et s’était blottie un peu plus dans ses couvertures.

« Gabrielle ? »

La chaleur était ostensible dans cette voix. « Oui ? »

« Merci. » Un léger soupir. « Maintenant dors. »

Mais elle avait vu le sourire tranquille, là dans la lumière de la lune qui passait par la vitre et la baignait d’argent, et pendant un bref moment, elle avait vu sa compagne sévère et peu communicante dans une lumière totalement différente… Moins de la guerrière, moins de la tueuse froide et sans cœur, et plus d’une personne, comme elle-même, qui pouvait apprécier un bain chaud dans une journée froide et pluvieuse.

Maintenant, bien sûr, Gabrielle rit pour elle-même, elle savait bien mieux combien son âme-sœur était une bête de plaisir, cette fraudeuse adorable. Elle appréciait ce matelas doux et moëlleux autant que la barde, peut-être plus.

Elle sortit de la baignoire et se sécha avec une des serviettes agréablement parfumées, ensuite elle alla dans la pièce principale et sortit une tunique propre dont elle ajusta les replis autour de son corps, examinant les effets dans le miroir.

Une jeune femme tranquille et sérieuse la regardait, plus vieille que dans son souvenir, mais aussi bien plus assurée qu’elle n’avait jamais espéré l’être. Elle mit les mains sur ses hanches et regarda son reflet d’un air désabusé. « Xena, il faut que tu fasses examiner tes yeux bleus de bébé. Je ne rayonne ni en forme ni en silhouette. »

« Roo ? » Arès trottina vers elle et leva les yeux vers elle d’un air interrogateur. Il la tapota dans le ventre de son museau et glapit en remuant la queue.

Elle le regarda. « Bien sûr… bien sûr… Tu me le dis MAINTENANT. » Elle le réprimanda, riant quand elle vit ses oreilles tomber pathétiquement. « Oh… je sais que tu as essayé hier… c’est bon. » Elle lui frotta doucement la tête, puis elle alla vers la table et s’assit, tirant vers elle son journal. « Bon sang bon sang bon sang… J’ai une sacrée histoire à noter aujourd’hui. » Elle aiguisa sa plume et rit tandis qu’elle mettait ses pensées en ordre.

Un coup à la porte l’empêcha de commencer, cependant, et elle leva les yeux. « Entrez. »

La porte s‘ouvrit, poussée contre le mur et Silvi glissa à l’intérieur, impeccablement vêtue d’une longue robe flottante qui mettait en relief son physique presque douloureusement mince. « Bonjour. »

Gabrielle hésita, puis se décida pour un sourire radieux au lieu d’une révérence. « Bonjour… tu te lèves tôt. »

Silvi traversa la pièce, remuant son éventail vers le domestique qui la suivait. « Ferme la porte », ordonna-t-elle. « Et laisse nous. »

La porte se referma et Silvi se retourna regardant tranquillement la barde.

Gabrielle joignit les mains sur son journal et la regarda à son tour, contente d’être au moins sortie de la baignoire.

« Toi aussi tu te lèves tôt, Gabrielle », observa la princesse. « Aprsè une soirée aussi tardive, j’aurais pensé que tu aurais dormi ce matin. » Elle regarda subrepticement la pièce. « Où est ton amie ? »

Gabrielle haussa un sourcil blond. « Xena ? Elle ne dort pas tellement », répondit la barde avec un rire. « Elle est sortie faire travailler les troupes, ajuster la garde, ce genre de choses. » Elle fit tourner sa plume dans ses doigts. « J’allais voir si je pouvais te parler après avoir fini de mettre mon journal à jour. »

Sivi s’avança, s’éventant un peu. « Un journal ? Comme c’est intéressant. Qu’est-ce que tu mets dedans ? »

« Mes pensées… surtout », répliqua la barde. « Les choses qui m’arrivent… comment je les ressens, parfois des petites poésies. »

La princesse regarda le journal. « Il est plutôt grand… depuis combien de temps tu fais ça ? »

« Oh… juste près de trois ans, je pense. Je l’ai commencé peu après avoir commencé à voyager avec Xena. » Gabrielle prit une gorgée de son thé maintenant froid. « Tu ne veux pas t’asseoir ? »

Mais la jeune femme alla plutôt vers la fenêtre. « Tu portais une belle robe hier soir. » Elle regarda la barde par-dessus son épaule. « J’étais plutôt envieuse… et je crois que je te dois une excuse pour t’avoir considérée comme une barbare. Tu ne l’es pas. »

Cela lui valut un sourire chaleureux. « Merci… c’était plutôt une surprise… mais j’ai vraiment aimé. » Elle fit une pause. « Je ne m’habille pas souvent comme ça… la plupart du temps nous portons des trucs pratiques… quand on traverse le pays comme nous le faisons, c’est plutôt difficile de porter des fanfreluches. »

Silvi regarda autour d’elle. « Alors tu n’es pas très habituée à ceci. » Son visage prit une teinte légèrement amusée et elle revint vers la table avant de s’asseoir avec grâce sur le bord du banc. « Dis-moi comment est ta maison, Gabrielle. »

La barde croisa les mains en réfléchissant. « Et bien, nous vivons dans une cité nommée Amphipolis, et elle est beaucoup plus… petite, je pense, mais aussi plus colorée. » Elle regarda autour d’elle. « Nous avons des tapis peints sur les murs et des couchages en fourrure, et des oreillers partout. »

« Ça semble… joli », répondit la princesse puis elle s’éclaircit un peu la gorge. « C’est de là que tu viens ? »

Gabrielle prit une autre gorgée. « Non… mais ce n’est pas loin. Je suis de Potadeia… c’est un village fermier vraiment très petit. » Elle s’interrompit et regarda ses mains. « On élève des moutons aussi… mon père travaille la terre et ma mère est au foyer et elle a un petit jardin d’herbes. »

« Oh », murmura Silvi. « Tu as des frères et sœurs ? »

La barde hocha la tête. « Une sœur plus jeune, Lila. Elle vient d’avoir un bébé. » Elle sourit. « Il est vraiment mignon. »

La princesse tapota sa robe. « Tu leur rends souvent visite, alors ? »

« Bien sûr », répondit Gabrielle, un peu perplexe. « Nous nous y sommes arrêtées en venant ici, d’ailleurs. »

« Ah. » Le regard de Silvi croisa celui de la barde. « Et que pensent tes parents de ce qui t’est arrivé ? »

Pendant un moment, Gabrielle faillit perdre son sang-froid, tandis qu’elle cherchait une réponse à ce qui était, en surface, une question innocente. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Répondit-elle lentement, pour gagner du temps.

« Et bien… que tu voyages avec cette femme, et tout ça », compléta Silvi.

« Oh. » La barde eut un soupir de soulagement intérieur. « Ils n’étaient pas très… heureux de ça, au début… mais… l’an dernier environ, ils s’y sont plutôt faits… maintenant je pense qu’ils aiment bien Xena. » Elle fit une pause. « Pourquoi ? »

Silvi se pencha en avant et couvrit bravement la main de la barde de la sienne. « Ecoute… tu es une bonne personne, Gabrielle… je pense que nous… peut-être qu’on peut s’entraider, pas vrai ? » Elle regarda autour d’elle. « Si tu nous aides, je te ferai une place ici… elle ne pourra rien te faire. » Elle leva la main quand la barde commença à protester. « Non… attends ? Je sais que tu vas protester de ta loyauté… comme je l’ai dit, tu es une bonne personne, mais tout le monde peut voir qu’elle te domine… voici ta chance de te libérer. »

Les dieux soient loués, elle a assez parlé pour que je garde la mâchoire fermée, pensa Gabrielle en se mordant fort l’intérieur des lèvres. D’accord… d’accord… réfléchis, Gabrielle… ne réagis pas, réfléchis juste. Il se passe vraiment quelque chose ici… ça pourrait être ma meilleure chance de le découvrir. « Qu’est-ce que je dois faire ? » Finit-elle par répondre d’une voix prudente.

La princesse rayonna. « Je savais que tu serais d’accord… quand j’ai vu combien tu étais effrayée hier soir quand ces deux bêtes se battaient… j’ai dit à Vasi que tu serais de notre côté. »

J’étais effrayée que Xena ne le soulève pour l’envoyer par-dessus la table et ne ruine le dîner, Silvi… Songea Gabrielle. « C’était vraiment effrayant, oui… mais quel est le plan… qu’est-ce que je dois faire ? »

« Pas ici. » La princesse se leva et s’éventa. « Viens… Elanora et moi allons nous baigner bientôt… rejoins-nous et là, nous serons sûres d’être en privé. »

« Ma sœur et moi nous faisions pareil. » Gabrielle sourit d’un air ironique. « Très bien… Allons-y. » Elle rangea son journal et se leva, ajustant sa tunique avec des mains légèrement nerveuses. « Viens, Arès. » Elle tapota sa jambe, réconfortée par la sensation de chaleur apportée par le pelage tandis que le loup se pressait contre elle.

Silvi passa devant mais eut un regard par-dessus son épaule vers le loup. « Il va partout avec toi ? » Elle baissa les yeux. « Il est très grand. »

« Oui », répondit Gabrielle. « Xena lui a dit de le faire. » Ça devrait la calmer.

La princesse hoqueta. « OH… pauvre petite. » Elle lança un regard dégoûté à Arès. « Comme c’est horrible. » Elle baissa la voix. « Tu dois tout me dire sur Xena. »

« Tout ? » Demanda la barde.

« Oui », l’assura Silvi solennellement. « On doit profiter de tous les avantages… quelles sont ses faiblesses ? »

Les pâtisseries fourrées à la crème ? Gabrielle gloussa intérieurement. « Elle n’en a pas, que je sache », dit-elle à la princesse, d’une voix basse et sérieuse.

« Elle a soulevé ce connard hier soir… elle est vraiment aussi forte ? » Murmura Silvi d’un ton pressé.

« Oh oui », l’assura Gabrielle. « Elle est incroyablement forte… elle me soulève la moitié du temps et elle ne s’en rend pas compte… et bien sûr tu sais qu’elle peut soulever Argo. »

« Argo ? »

« Son cheval. »

« Non ! » Silvi hoqueta. « C’est pas vrai ! »

« Absolument », insista Gabrielle. « Une fois je l’ai vue attaquer cinq cents hommes… toute seule, et elle n’avait même pas une égratignure. »

La princesse écarquilla les yeux d’horreur. « Par les dieux… c’est horrible ! »

« Mm… » approuva Gabrielle. « Le sang coulait si épais qu’on aurait dit une rivière… et, à propos, elle attrape des poissons à mains nues et elle peut courir plus vite qu’une panthère. »

« Une panthère ! »

« Oui… elle a ces cicatrices sur les bras… » Gabrielle toucha le haut de ses épaules. « Elle a étranglé une panthère à mains nues une fois. » Là, elle était vraiment accrochée. » Et tu sais, elle peut boire des tonneaux de bière et ça ne l’affecte jamais… et elle peut courir des jours et des jours et des jours… elle n’est jamais fatiguée et jamais blessée… c’est flippant parfois. »

Silvi mâchouillait ses ongles à ce moment. « Oh bon… oh bon… c’est pire que ce que j’imaginais… les dieux soient remerciés qu’ils t’aient mise de notre côté… qu’est-ce qu’on va faire… tu es notre seule chance. »

« Pour faire quoi ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

« Eh ben… pour la droguer et l’endormir, bien sûr », dit la princesse d’une voix étouffée. « C’est ce qu’on va faire avec tous… avant d’ouvrir les portes et de laisser nos bons amis et sauveteurs entrer. » Elle tira sur la manche de Gabrielle et l’emmena dans une petite antichambre où la barde pouvait entendre des cliquetis subtils et des sons métalliques en provenance de la grande pièce derrière. « Viens… on va planifier tout ça… tu vas rencontrer le champion de notre cause. »

Oh bon sang. Gabrielle soupira silencieusement.  Dans quoi je me suis fourrée là ? 


Il lui fallait produire un énorme effort, songea Xena, pour ne pas siffler joyeusement tandis qu’elle avançait dans le sombre couloir principal et se dirigeait vers la porte qui menait hors de la vieille écurie. Elle fit un détour vers la vitre pour regarder dehors, observant la pluie lourde peindre les panneaux en plomb avec un plaisir absent tout en se passant en revue les révélations de la matinée.

C’était un mélange curieux d’euphorie et d’un vague embarras, tandis qu’elle laissait la sensation de la condition de sa compagne lutter avec sa propre contrariété de ne pas l’avoir vu avant qu’elle ne lui en parle.  Oh et comment elle lui en avait parlé… bons dieux aux petites bottes en poisson. Ce n’était pas assez qu’elle ait été imperméable aux signes sur Gabrielle… mais ne pas se rendre compte des évolutions de son propre corps ?

Xena leva les deux mains et les laissa retomber sur ses cuisses. Je me sens tellement idiote… Elle sourit à son reflet.  Mais je m’en fiche plutôt. Maintenant, la rêverie bizarre, son manque d’attention et les drôles d’habitudes pour se nourrir dans lesquelles elle s’était trouvée ces derniers temps, prenaient un sens plutôt raisonnable… étant donné ce que lui avait dit Jess après qu’elle lui eut confié que Gabrielle avait un désir d’enfant.

Mais…  Elle leva lentement un doigt et traça la progression d’une goutte d’eau de l’autre côté de la vitre tandis qu’elle glissait lentement. Nan… ça devait être une coïncidence… elle ne pouvait pas avoir ressenti les effets le jour où Cyrène et elle étaient allées à la foire.

Son esprit revint en arrière et elle réexamina la soirée en question, se souvenant des regards bizarres que lui lançait sa mère tandis qu’elle mangeait joyeusement un morceau de chaque chose que les étals offraient… et la sensation de distraction étourdie lui revint également.

Mais c’était totalement impossible.

La coïncidence et le besoin d’écarter son esprit loin de tout ce qui se passait étaient la seule réponse logique. En plus, se souvint Xena, elle aimait la plus grande partie de ces trucs de foire, elle l’avait toujours fait, même gamine. Elle sourit à son reflet déformé, puis se retourna et alla de nouveau vers la porte, se laissant aller à son désir en sifflant une vieille chanson que sa mère chantonnait souvent en déplumant les poulets.

« Ouaouh, tite bourgeonne. » La voix rocailleuse l’arrêta et elle se retourna.

« Bonjour, Grandma. » Elle fit un sourire à la vieille femme. « Belle journée, hein ? »

La cuisinière ricana. « T’as besoin de verres là, je pense. » Ses yeux noirs et usés étudièrent la guerrière, qui bondissait légèrement sur place sur l’avant de ses pieds. « Qu’esse qui t’rend si joyeuse en ce matin dégoûtant ? »

Xena prit une inspiration puis fit une pause. « Hum… » Elle haussa les épaules. « Je suis joyeuse, c’est tout… c’est un crime dans le coin ? » Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

« Eeeeh ben… » Grandma pencha la tête d’un côté et étudia la grande femme. « T’as l’air d’un chat qu’a mangé un oiseau chanteur, on dirait. » Elle renifla. « C’est quoi ce sifflement… bien que si je me souviens bien, t’as un tas de chansons sympas. »

La guerrière rit puis prit une inspiration et chanta un couplet d’une chanson qu’elle avait sifflée, regardant avec amusement la vieille femme écarquiller les yeux. Elle finit puis fit un clin d’œil. « Faut que j’y aille. » Elle se retourna et bondit dehors, appréciant la sensation de la pluie froide qui la frappait.

Grandma la regarda disparaître puis secoua la tête. « Que j’sois maudite. »

Une tête échevelée sortit par la porte de la cuisine tandis que le serveur clignait des yeux dans la pénombre. « Par la Bonne Artémis… qui est-ce qui chantait ? »

Grandma le poussa hors du chemin. « Personne qui t’intéresse. Sors d’mon chemin, sac d’os. »

Xena accéléra, traversant la cour tandis que la tempête faisait rage autour d’elle. La pluie froide ravigorait ses sens et elle évita une pierre pavée brisée, ensuite elle sourit diaboliquement et changea de direction, se dirigeant vers le centre de l’espace ouvert. Une fois qu’elle eut atteint le petit trou dans le centre, elle sauta et se retourna deux fois, atterrissant à deux pieds dans la partie la plus profonde de la flaque, expulsant une cascade d’eau froide et boueuse.

« Ah. » Xena sortit la langue et attrapa quelques gouttes, puis elle s’accroupit et sauta vers le haut, se retournant à nouveau à la fin de son saut, prenant de grandes foulées à son atterrissage tandis qu’elle repartait vers la grande porte à demi fermée des écuries du château.

Dieux… que c’était bon de se sentir bien. De ressentir que pour une fois, au moins pour un court instant, les choses allaient bien. Elle était consciente que penser qu’il n’y aurait pas de problème… après tout, le simple fait de porter un enfant pouvait être dangereux. Mais… quelque part, aussi fort qu’elle l’essayait, elle ne pouvait empêcher son esprit de vagabonder sur la route de la spéculation, en pensant au bébé… est-ce que ce serait un garçon ou une fille ? Est-ce que le bébé ressemblerait à son âme-sœur ou bien à son frère ? Secrètement, elle avait l’espoir que les beaux traits sombres de sa famille iraient bien à l’enfant… bien qu’elle souhaitât un peu qu’il finisse avec les yeux vert brume uniques de sa compagne.

Il y a assez de bleu bébé dans la famille, je pense. Elle sourit et évita un poulet errant, qu’elle chassa avec quelques pas et elle le regarda battre des ailes dans un outrage dégoûté. Penser à l’enfant aussi tôt était…

Stupide, mais… Xena soupira et s’arrêta, se secouant vigoureusement tandis qu’elle atteignait le surplomb et elle mit les mains sur la porte. Elle se passa une main dans ses cheveux complètement trempés et elle remua les doigts pour les raidir un peu. Ok… ok… allons, Xena… il faut être un mauvais et méchant seigneur de guerre maintenant. Ravale et va jouer ton rôle… allez… pense à trois jours de merde de cochon laissée sous le soleil.

Elle prit une inspiration et attendit qu’un air sérieux s’installe sur son visage. Puis elle tira sur la porte et entra à grands pas, avec un brusque signe de la tête au groupe d’hommes assemblés. « Bonjour. »

Elle se rendit compte qu’il y avait presque la moitié des hommes de l’armée rassemblés dans la pièce et la pensée la réjouit encore plus, si c’était possible. La moitié ? Bon sang… je présume que j’ai toujours cette bonne vieille magie, hein ? « J’ai entendu dire que vous vouliez avoir quelques leçons. »

L’homme le plus proche, un soldat trapu avec des cheveux châtain coupés très courts lui sourit, montrant un espace entre ses dents de devant. « Si qu’on doit être coincés avec toi, on f’rait aussi bien d’apprendre quéque chose », lui dit-il franchement. « Palton là-bas a raconté des histoires sur comment il t’a vue tenir tête à toute une armée. C’est vrai ? »

Un cercle solide s’était rassemblé autour d’elle, la fixant avidement.

Xena sourit, de son plus grand et méchant sourire imaginable. « C’est vrai. Vous voulez voir comment ? »

Ils lui sourirent en retour.

« Très bien. » Elle repoussa ses cheveux mouillés de ses yeux et recula d’un pas, puis elle dégaina son épée. « Allez-y. » Elle leva sa main libre et leur fit paresseusement signe d’avancer. « Venez m’attaquer. »

« Tu es sérieuse ? » L’homme couina en regardant le groupe assemblé.

« Je suis sérieuse », l’assura Xena, faisant tourner son épée dans des cercles parfaits. « Venez. »

« Tous ? » Demanda un autre homme, incrédule.

« Oui oui », l’assura la guerrière. « A moins que vous ne soyez tous pétochards. » Elle bougea ses pieds, sentant l’apport délicieux d’énergie la traverser et soulever les poils de sa nuque tandis que son corps répondait au défi, mélangeant la part d’Arès en elle avec la part d’elle qui réagissait à la condition de sa compagne, réclamant une action sauvage et joyeuse. « Cot cot… » Elle claqua les lèvres. « Cot cot cot… »

Ils grognèrent et le râclement du métal sur le cuir remplit la grande pièce quasiment vide, puis un cri s’éleva et ils foncèrent en avant, plongeant vers sa silhouette bondissante et moqueuse.

L’acier résonna sur l’acier, tandis qu’une dizaine de lames croisaient la sienne, et elle les laissa pousser ses bras vers le bas, la faisant s’accroupir. Elle se releva brutalement et le premier cercle tituba, surpris par la violence de son action. Elle croisa l’attaque de la deuxième vague, sa lame bougeant avec une telle rapidité qu’elle n’était qu’une simple lueur, repoussant coup après coup, tandis qu’elle bougeait constamment, s’écartant, évitant leur prise.

Oh… par les dieux que c’était bon. Xena lâcha un cri sauvage et effrayant et elle passa sous un long bras, tout en frappant de sa poignée un soldat déséquilibré, l’envoyant au sol. Une autre épée apparut dans sa vision périphérique et elle la repoussa, laissant son mouvement tournoyant se terminer pour frapper une autre lame qui visait ses genoux.

Elle sauta et les surprit, passant au-dessus de la première rangée pour atterrir derrière eux, puis elle tournoya et leur envoya une série rapide de coups de pieds, les envoyant voler pour la plupart tandis qu’elle se baissait et évitait les plongées frénétiques du deuxième rang. Elle tournoya à nouveau, amenant sa lame vers le haut et elle fit un cercle, croisant leurs attaques et leur infligeant des défaites, redirigeant leurs lames et évitant des mains, dans une débauche de talents martiaux que ces hommes, du moins, n’avaient jamais vus de toute leur vie.

Et plus que sûrement, ils ne reverraient plus jamais. C’était Xena à son meilleur jeu, et boostée par l’énergie sauvage que sa joie pompait en elle, elle dépassa même ses talents les plus développés, tandis qu’elle se lançait dans un autre salto et réussissait à désarmer une demi-douzaine d’homme en atterrissant, avec des mouvements rapides de son poignet qui fit croiser sa lame et les leurs pour les leur arracher. Un saut et elle était de l’autre côté et commençait à les attaquer dans le dos, plongeant en avant dans un style classique, se défendant avec ses avant-bras cuirassés, tandis qu’elle menait l’assaut avec son épée, avançant d’un pas à la fois tandis qu’elle forçait la ligne des hommes hurlants en arrière, et encore, et encore, tous leurs efforts futiles contre cette femme seule aux cheveux noirs qui ne cessa jamais de sourire tandis qu’elle les défaisait, pas même un instant.

« C’est comme ça. » Elle commença à leur faire le cours, tout en forçant un groupe contre une poutre et les désarmant proprement de ses coups de pieds talentueux. « Il faut toujours bouger. » Elle sauta par-dessus le groupe et en engagea un autre, se laissant tomber accroupie et les surprenant tandis que les coups pleuvaient au-dessus de sa tête, puis elle sauta à nouveau et les frappa avec un coup de pied latéral qu’ils ne la croyaient pas capable de faire. « Oh… et l’élément de surprise compte toujours pour beaucoup. »

Elle combattit le troisième et dernier grand groupe jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent contre une poutre et ils finirent le dos contre le silo de foin. Elle sourit encore plus et fit deux long pas en avant, puis elle sauta, faisant tourner son épée tandis qu’elle atteignait le point le plus haut et découpait le filet de foin qui laissa tomber une cascade de paille sur eux tous, les enfouissant jusqu’au cou. « Utilisez les outils que vous trouvez », ajouta-t-elle puis elle se retourna et bondit vers une poutre, regardant les groupes aux yeux écarquillés qui l’observaient de derrière les stalles. « Et il faut vraiment s’amuser avec ce que vous faites. »

Un instant de silence mortel s’ensuivit.

« Cot », dit Bennu faiblement tandis qu’il passait la tête depuis l’endroit où il était tombé près d’une mangeoire. « Cot… cot… »

Un chœur de caquètement emplit la pièce, recouvert par le rire clair et sonnant de Xena. Elle espérait que son âme-sœur s’amusait au moins aussi bien.


La salle de bains était immense, songea Gabrielle en suivant la princesse à l’intérieur, où Elanora attendait déjà, le visage renfrogné quand elle reconnut qui sa royale cousine avait amenée.

Il y avait un grand bassin enfoncé au centre de la pièce, les bords à hauteur de siège et des tissus cotonneux déjà préparés pour le séchage. Trois servantes se trouvaient tranquillement dans la pièce, faisant une courbette à la princesse quand elle s’approcha. « Sois contente, Elanora… comme je l’ai prédit, Gabrielle est avec nous », annonça la jeune fille. « Et elle jouera son rôle… c’est très bien que j’ai pensé à l’inclure, parce que je crois vraiment qu’elle est la seule à pouvoir venir assez près de cette femme pour lui donner le poison. »

La fille aux cheveux noirs eut un sourire à contrecoeur. « C’est bien, Ta majesté. » Elle inclina la tête vers Gabrielle.

Silvi se rengorgea. « Et mon père qui disait que je n’avais aucun talent pour prévoir… maudit soit son souvenir. » Elle alla vers la servante la plus proche. « Allez… baignons-nous… je trouve ce temps très inconfortable. »

Les servantes les aidèrent à se déshabiller, sauf Gabrielle, qui déclina avec un sourire, parce qu’elle n’avait que sa tunique et ses bottes à enlever. Elle attendit poliment qu’elles aient fini puis elle les rejoignit au bord du bassin, consciente de leur yeux curieux et avides.

Par les dieux… Elle les regarda à son tour. On peut pratiquement voir à travers elles. Les deux majestés étaient, c’est vrai, minces comme des pelures d’oignon, et leur peau était blafarde, presque translucide. La barde pouvait voir les veines bleues sous la peau et elle faillit faire un bruit de la langue pour désapprouver. Son corps bronzé, robuste et musclé était un contraste visible et surprenant et elle décida qu’elle préférait que ce soit comme ça.

« Vous ne sortez pas souvent, pas vrai ? » Demanda-t-elle d’un ton ironique tandis qu’elle se glissait dans l’eau très chaude et étirait ses bras le long des côtés. De la confiance, la voix de Xena fit écho dans sa tête. Tout vient de toi. « Ce n’est pas très sain. »

Les deux filles se regardèrent puis tournèrent leur regard vers elle. Gabrielle se rendit compte que l’autre chose qui les séparait était justement ça, elles étaient des filles et elle… Elle cligna des cils en réaction à la pensée. Elle, de l’autre côté, elle était une femme.

Beurk. Exprima son cerveau.  Je parie qu’elles me regardent comme je regardais Xena.  Un souvenir lui rappela la première fois où elles s’étaient baignées ensemble et elle rougit légèrement.

Sa sœur était très jeune. Sa mère… était sa mère. Xena… Elle se souvint de ce corps bronzé et fin avançant vers elle dans le soleil couchant. Xena était une femme, la première qu’elle voyait dans ce genre de situation de proximité et ça l’avait rendue consciente des parties d’elle-même qu’elle n’avait pas soupçonnées jusque là.

« Et bien », murmura Silvi en détournant le regard et en rougissant un peu. « Tu me sembles parfaitement saine. »

Elanora se contenta de fixer franchement. « Par la Grande Artémis… » Elle ricana. « Je crois que tu as plus de muscles que Vasi. »

Gabrielle sourit poliment et serra le poing, faisant sursauter les muscles de son bras. « Ils peuvent servir quelquefois », assura-t-elle à la jeune fille. « Bon… c’est quoi le plan ? »

Elles flottèrent toutes les deux pour se mettre de chaque côté d’elle. Elle résista au besoin incontrôlable de fuir et se força à rester immobile, tandis qu’elles s’avançaient. Elle se rendit compte que ses narines étaient écartées et elle dut se mordre la lèvre pour ne pas sourire à ce qui lui faisait penser à son âme-sœur dans la même situation.

« C’est vraiment très simple », dit Silvi, d’une voix douce. « Le soir avant qu’ils attaquent, nos gens vont servir de la nourriture avec des herbes, ça les fera dormir. Ensuite, à la nuit, nous allons ouvrir les portes et les laisser entrer, et voilà tout. » Elle échangea un regard avec Elanora. « Ils sont en chemin en ce moment… l’un de leurs hommes est déjà à l’intérieur et observe. »

Voilà. Gabrielle soupira silencieusement. Xena avait raison. Comme d’habitude. « Qu’est-ce que vous en tirez ? » Demanda-t-elle d’une voix tranquille. « En quoi cet autre seigneur de guerre est-il meilleur ? »

Silvi sourit. « Il me fait la cour. » Elle se rengorgea. « Et il a promis sur sa vie qu’il me verrait libre et assise sur le trône de mon père, sans cet animal. Ensuite… » Elle rougit. « Il m’a offert son cœur. »

La barde se frotta l’oreille.

« N’est-ce pas la chose la plus romantique qu’on n’ait jamais entendue ? » Elanora soupira, claquant des mains. « Il est très bel homme… la semaine dernière il a envoyé une fleur pour elle. »

Ay yi yi. Gabrielle se mordit la lèvre. « C’est… adorable », dit-elle. « Alors… après que tout soit terminé… tu vas… le faire roi, c’est ça ? »

« Et bien. » Silvi rit doucement. « Comme il sera mon consort et que je serai faite Reine, je suppose que oui… mais ça ne signifie rien pour lui. » Elle soupira puis leva les yeux. « Mais peut-être que… et bien, tu crois à la romance, Gabrielle ? Tu crois en l’amour… l’amour au premier regard ? »

Et me voilà coincée entre un Centaure et l’arrière-train d’un Sphinx. Gabrielle soupira d’un air désabusé. « Oui, en fait, oui, Silvi », répondit-elle. Un souvenir vivace d’un chemin poussiéreux au-dehors de Potadeia lui remplit la mémoire, quand elle avait vue pour la première fois, une femme féroce aux yeux sauvages, y gagnant d’un seul coup un futur, une âme-sœur et une meilleure amie. « Je… crois à ces choses. »

La princesse rayonna. « Alors viens… raconte-moi… raconte-nous, qu’est-ce que tu trouves romantique ? Ma fleur… et le poème adorable qu’il m’a écrit… ces choses me touchent au cœur. Et toi ?

Un petit sourire se fraya un chemin sur les lèvres de la barde. « Ce que je trouve romantique ? » Elle répéta la question puis pencha la tête en arrière et fixa le plafond. « Et bien… des choses différentes de celles que tu mentionnes, je présume… des lucioles… » Elle ferma les yeux. « Des couchers de soleil… la senteur du jasmin. » Elle ouvrit les yeux et regarda la fenêtre. « Un baiser sous la pluie. » Elle sourit pour elle-même. « Se réveiller un matin froid avec les bras de la personne aimée autour de soi, qui te garde au chaud. »

« Oh ! » Silvi inspira en frappant dans ses mains. « Tu as déjà été amoureuse, pas vrai ! »

Gabrielle hocha la tête. « Oh oui. » Elle referma les yeux et se laissa ressentir le sentiment chaud et assuré qui l’enveloppait d’un voile léger. « Les poèmes ne lui rendent pas justice. » Elle cligna des yeux vers les jeunes filles et secoua un peu la tête. « On vous fait toutes ces envolées… sur la dévotion éternelle… et l’amour courtois ceci… ou cela… »

« Oui… oui… » Couina Elanora. « Il y a plus que ça ? »

« Mmm. » La barde sourit. « On ne vous prépare pas au… côté physique… à ce que c’est… on ne vous dit pas comment aimer quelqu’un change la façon de le voir… comment vous… ressentez… ce qu’il est. » Elle soupira. « Comment on apprend ce qu’est son odeur… et le bruit de ses pas… ou ce qu’on ressent quand on est regardée… ou comment un toucher peut vous faire lâcher les genoux… ou comment simplement voir son visage peut faire fondre votre cœur. » Elle regarda Silvi qui la fixait, les yeux écarquillés. « C’est ça l’amour », dit-elle doucement à la jeune fille. « Ça vous relie… il ne s’agit pas de fleurs… de poèmes… ou de paroles. » Elle mit le poing sur son cœur. « C’est ceci… et c’est la chose la plus puissante que vous ressentirez jamais… ça changera votre vie pour toujours. »

Silvi pressa les mains sur sa gorge. « Tu me coupes le souffle », haleta-t-elle. « Quelle barde merveilleuse tu fais… être capable de faire ça. » Puis son jeune visage devint sérieux. « Gabrielle… pourquoi n’es-tu pas avec ton amour en ce moment ? Est-ce que Xena t’en a éloignée ? » Sa voix comportait une indignation outragée.

Un signe de tête. « Non. » Gabrielle choisit ses mots avec grand soin, ne voulant pas mentir, mais sachant que la vérité à cet instant détruirait la confiance qu’elle avait bâtie et la priverait de plus d’informations. « Elle ne l’a pas fait. »

« Tu as été mariée ? » Demanda Elanora avec sympathie, ayant apparemment oublié toute sa défiance et son mépris initiaux. « Comme c’est affreux. »

« Je l’ai été », répondit la barde. « Mais il est mort… très vite après notre mariage. » C’était la vérité… ou du moins ça s’en approchait.

« Oh ! » S’exclamèrent les jeunes filles en même temps, en pleine détresse. « Ne crains rien », l’assura Silvi. « Après que nous nous serons débarrassés de ces hommes horribles… et que je serai à ma place, je te trouverai quelqu’un pour s’occuper de toi, Gabrielle… en retour de ta loyauté. »

Silvi, si tu as de la chance, beaucoup de chance, la personne que j’aime plus que ma propre vie, s’assurera que tu ne passes pas le reste de la tienne enchaînée à un seigneur de guerre opportuniste. « Merci », répondit-elle simplement. « J’ai des… oh, je pense qu’on peut les appeler des poèmes d’amour… que j’ai écrits… vous aimeriez les entendre plus tard ? »

« De la part de la Barde de l’Amour… comme c’est romantique », soupira Elanora. « Oh oui, s’il te plait. »

Si tu répètes jamais ça près des oreilles de Xena, ce qui se trouve être approximativement d’ici à Athènes, la Barde de la Vengeance Cruelle viendra te rendre visite la nuit dans ta chambre avec un gâteau de boue. « Bien sûr. » Gabrielle sourit. « Est-ce que vous avez quelque chose à l’esprit pour le déjeuner ? »

« Ah… oui. » Silvi eut l’air immensément contente d’elle-même. « Je crois que nous avons du bouillon aujourd’hui. »

« Du bouillon », répéta lentement Gabrielle. « C’est de la soupe, n’est-ce pas ? » Elle pianota sur le bord du bassin. « Vous savez, mesdames… il faut que je vous dise que… l’amour demande beaucoup d’énergie. »

Des yeux jeunes et surpris se fixèrent sur elle. Elle plia un muscle. « Croyez-moi… et le bouillon n’entre pas dans le département de l’énergie. »

Elles se regardèrent, consternées. « B… b… bien, qu’est-ce que tu suggères ? » Demanda Silvi avec hésitation. « Je ne peux pas me permettre le gruau… il tombe en moi comme un sac. »

Gabrielle se gratta le nez. « Et bien… si vous me montrez où est la cuisine… je pense que je peux réparer ça. » Elle fit une pause. « Je sais cuisiner. »

Des grands yeux. « Vraiment ? » Demanda Silvi. « C’est stupéfiant. »

« Pas vraiment », lui dit la barde. « Il a fallu que je m’occupe de nous nourrir, Xena et moi. J’ai appris vite. »

« Beuh. » Elanora fit la grimace. « Je pense qu’elle est horrible… elle ne se contente pas de sucer le sang des cochons ou un truc comme ça ? »

Ceci faillit déclencher une colère homérique sans barrière mais quelque part, quelque part, Gabrielle réussit à garder le couvercle dessus. « Je… ne l’ai jamais vue faire ça », dit-elle d’un ton traînant, en prétendant être dégoûtée. « Elle préfère la viande crue. » Une pause. « Elle et le loup… ils partagent, vous savez. »

« BEEUUUHHH !!! »

Arès passa la tête et mit ses pattes sur la pierre. « Roo ?? » Il ruina son effet de dégoût en l’embrassant affectueusement sur la tête. « Agrrruoo ? »

« Arès… arrête ça. » Elle soupira en se frottant les oreilles. « C’est vraiment un gentil garçon. » Puis elle leva les yeux vers les deux jeunes filles. « Ecoutez… ce truc… hum… » Elle prit une inspiration. « Je ne… ça ne va pas lui faire de mal, hein ? Juste l’endormir ? » Elle hésita. « Je ne pense pas que je pourrais… hum… »

Silvi tendit la main et lui tapota le bras. « C’est juste un truc pour dormir… mon homme l’a dosé et nous l’avons testé la semaine dernière… ne t’inquiète pas. » Une pause. « Et après… mon amoureux s’occupera d’elle… tu seras en sécurité, Gabrielle, je te le promets. »

Elle croit en lui. Pensive, la barde s’en rendit compte. Et la pensée de lui enlever cette croyance que quelqu’un a en quelqu’un d’autre… peut-être qu’elle a raison. Peut-être qu’il est… ce qu’il dit… un bon gars. « Merci », répondit-elle tranquillement. « On déjeune ? » Et ensuite, une visite à l’écurie.


« Très bien… ça suffit pour aujourd’hui », dit Xena d’un ton sec tandis qu’elle rengainait son épée avec soin dans son étui. « Je veux que ces quartiers soient propres quand je reviendrai ce soir après le dîner, compris ? »

Des signes de tête épuisés mais le murmure des conversations ne comportait aucune malice, il reflétait les discussions sur les combats et la technique, et quelques-uns des tours qu’elle leur avait douloureusement enseignés. Elle s’appuya contre un support et les regarda sortir en file indienne, fit un signe de la main à Bennu qui avait subi, peut-être injustement, la brutalité de son enseignement. Il avait quand même l’air enjoué et il lui fit un grand sourire tandis qu’il se retournait et sortait en dernier.

Elle lui sourit en retour puis se repoussa du support et avança péniblement vers l’endroit où Argo était confortablement installée, mâchant une bouchée de foin odorant. « Salut, ma fille. » La guerrière se laissa tomber sur le ballot près de la stalle et la jument s’avança volontiers, soufflant des morceaux de foin partout sur sa cavalière. « Oh… merci. » Xena se brossa et rit, puis elle gratta les oreilles de la jument. « J’ai un secret à te dire… »

Argo se rapprocha et mit le museau dans la poitrine de la guerrière.

« Oui… tu vas bientôt être tante », murmura Xena dans l’oreille du cheval.

La jument hennit et secoua la tête.

« Non… non… c’est vrai… tu vas être tante », insista sa cavalière, en faisant tourner quelques crins. « Gabrielle va avoir un bébé… ce n’est pas génial ? »

Elle fut pratiquement repoussée par un museau récalcitrant. « D’accord… d’accord… ce n’est peut-être pas si génial pour toi… mais ça l’est pour moi. » Le cou soyeux était un endroit confortable pour poser un instant sa joue. « Je vais avoir une autre chance, Argo… et j’ai peur, et je suis heureuse… j’espère que je ne vais pas tout faire capoter cette fois. »

Un reniflement.

Xena rit doucement. « Merci pour la confiance. » Des bruits de pas dans le foin boueux l’alertèrent et elle leva les yeux pour voir Garanimus qui traversait l’écurie. Même sa présence ne pouvait mettre un frein à sa bonne humeur, se rendit-elle compte, et elle s’adossa à nouveau dans le ballot, croisant les jambes aux chevilles tout en attendant qu’il arrive.

Il s’arrêta à un mètre d’elle et observa la pose détendue. « J’ai entendu dire que j’avais raté l’école des méchants coups. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu veux une leçon privée ? » Elle sourit mais pas un de ces gentils sourires. « Je suis prête pour ça. »

Il leva les deux mains. « C’est une arène dans laquelle je ne me mesurerai pas à toi, Xena », répondit-il. « J’ai eu une réponse de Framna… je pense qu’il a acheté le marché à moitié. Il vient dans cette direction… mais il dit que c’est pour nous rencontrer… » Il eut un regard direct vers Xena. « Et trouver une issue. »

Elle croisa les mains sur son ventre et l’observa. « Très bien… ça semble plutôt bien », dit-elle pensive. « Combien de temps avant qu’il n’arrive ici ? »

Un haussement d’épaules. « Demain soir… au plus tôt. » Il regarda autour de lui. « Je dois admettre que… ces fichus huttes ont meilleure allure qu’avant. » Son regard se fixa à nouveau sur elle. « Ecoute… Xena… je sais qu’il y a du sang versé entre nous… et tu ne vas pas faire ça pour l’amour du passé… mais c’est mieux pour ces gens. »

Xena ricana. « Tu te fiches de ces gens comme du cul lisse d’un Centaure, Garanimus… tu ne veux pas perdre ton petit ticket repas c’est tout, et le confort de l’endroit. » Elle avança un pied et le cogna légèrement dans le ventre. « Ne me sers pas de platitudes. Je vais le faire, mais reste hors de mon chemin et quand ce sera fini… je ne veux plus jamais entendre parler de toi, compris ? »

Il tressailit et se frotta l’estomac. « T’sais, Xena… c’est ce que j’ai toujours aimé chez toi… tu n’as jamais eu à te poser de questions sur ce que tu pensais. » Il lui fit un sourire sardonique. « Mais ce n’était pas si mal… nous avons eu du bon temps, tu dois l’admettre. »

Elle croisa les bras. « Un peu », admit-elle, laissant un sourire plisser son visage. « Mais pas beaucoup et le dernier a annulé tous les autres. » Maintenant son expression se durcissait. « Je ne suis pas vraiment du genre à pardonner. »

Il s’avança d’un pas. « Est-ce que tu sais au moins pourquoi je l’ai fait ? »

Le regard bleu le cloua. « Ils t’ont offert mille dinars pour nous vendre. »

Il eut le souffle coupé. « Tu savais. »

Elle hocha la tête. « Je savais. »

Fasciné, il se percha sur le bord de son ballot. « Mais tu es venue, quand même… pourquoi ? »

Un léger sourire ironique toucha ses lèvres. « Juste pour voir si je pouvais le faire », répliqua-t-elle tranquillement. « Je n’ai jamais pu résister à un défi. »

Il la regarda. « Bon sang… tu es folle. »

Xena rit. « Bien sûr que je le suis… je suis ici, pas vrai ? »

Garanimus secoua la tête. « Je ne pouvais laisser passer mille dinars, Xena… ça me tenait pendant un très, très long moment. Peut-être que ça m’a sorti de cette course à la belette. »

Un soupir. « Tu aurais pu juste me demander. Je t’aurais fait une proposition. » Elle le fixa. « C’est pour ça que tu te bats pour rester ici… pas vrai ? Tu veux prendre ta retraite ? »

« Tu ne m’aurais pas laissé partir. » Il ricana doucement, puis fit une pause, en la regardant avec incertitude. « Tu l’aurais fait ? »

Elle se pencha en arrière et soupira. « Je commençais à être lasse de ça, à ce moment-là déjà, Gar… » Elle roula la tête d’un côté en le regardant. « Oui… je l’aurais fait… je t’aurais insulté… donné quelques coups… mais oui. »

Il ferma les yeux. « Allez savoir. » Un haussement d’épaules. « Tu aimes ce que tu fais maintenant, honnêtement, Xe ? »

« Oui… honnêtement. » Elle rit doucement. « Il m’a fallu du temps pour m’y faire… mais… oui. »

Leurs regards clairs se croisèrent et le visage de Garanimus s’adoucit et perdit beaucoup de son cynisme ardu, et Xena fut énergiquement rappelée de pourquoi ils avaient été attirés l’un vers l’autre, ces nombreuses années auparavant. « On fait la paix ? » Elle laissa sa propre expression se détendre dans un sourire tranquille, et elle tendit la main.

Il la prit, serrant son avant-bras avec gentillesse. « On fait la paix. »

Ils gradèrent le silence puis il relâcha sa prise et regarda autour de lui. « Ces hommes parlent de toi comme si tu étais le Dieu de la Guerre, tu sais. »

Elle roula les yeux. « Oh, par les boules du Centaure… NE VA PAS PAR-LA », s’exclama-t-elle avec dégoût. « J’ai assez d’ennuis avec lui. »

Garanimus rit. « Bien sûr, bien sûr… t’as donné son nom à ton chien, Xena… à quoi tu t’attendais ? » Il esquissa un salut ironique puis se retourna pour partir. Il fit un pas puis se retourna. « Tu es de bonne humeur… je vais prendre le risque de te demander alors. Toi et la gamine… vous êtes ensemble ? »

Xena leva les yeux de l’armure qu’elle ajustait. « Ensemble ? Non. Ensemble n’est pas le mot pour ce que nous sommes. »

Il accepta cela. « Très bien… alors… »

« Le mot pour ce que nous sommes c’est mariées. » Xena baissa à nouveau les yeux et tapota l’armure avec la poignée de son épée.

« Mariées », répéta-t-il faiblement. « Toi… et la gamine ? »

Xena hocha la tête. « Ouaip. » Elle leva les yeux. « Et ce n’est pas une gamine. »

Il cligna des yeux puis s’assit brusquement sur le ballot. « Oh. » Il fit une pause. « Je ne… ah… je n’ai jamais pensé… hum… je n’ai jamais imaginé que tu étais du genre qui se marie, Xena. »

Elle lefixa, amusée. « Les choses changent. » Elle fit une pause. « Les gens changent… j’ai changé. »

Garanimus ne répondit pas, il se contenta de rester assis, mâchant un brin de foin pendant un long moment puis il se releva et grogna, avant de partir en prenant l’herbe avec lui.

Xena rit pour elle-même et puis tout haut tandis qu’Argo lui chatouillait la jambe de ses moustaches soyeuses. « Hé… » Elle soupira et passa les doigts dans la crinière de la jument. « Je ne pensais pas non plus être du genre qui se marie, Argo… tu le sais ? » Son pouce jouait paresseusement avec la bague sur son doigt et elle la regarda, laissant la douce lumière grise se refléter sur la pierre. « Pas moi, hein ? Ne laisse personne s’approcher trop près… ne sois pas impliquée… c’est trop drôle… je suis tellement impliquée avec elle que parfois c’est dur à croire. » La jument poussa un peu plus de son museau et Xena la récompensa d’une étreinte. « Je serais tellement perdue, Argo… si quelque chose devait lui arriver… » Elle laissa les mots traîner et posa la joue sur la peau douce. « J’aimerais l’envelopper dans du coton… mais je sais que je ne peux pas, pas vrai ? Surtout maintenant, ma fille… je veux vraiment que tout se passe bien… elle le mérite, après cette dernière fois. »

Argo hennit doucement, habituée aux mots murmurés à voix basse. Elle mordilla le cuir de sa cavalière puis baissa les oreilles tandis que la porte s’ouvrait en craquant. Xena leva les yeux par-dessus le cou doré et cligna, tandis que la pluie envoyait une Gabrielle trempée mais joyeuse. « Hé ! » Cria-t-elle en s’extirpant du ballot tout en prenant une des couvertures d’Argo sur le dispenseur.

« Ouaouh… » La barde se secoua violemment en envoyant des goutellettes sur le foin. « Quelle tempête. »

« Gabrielle ! » Xena l’atteignit et elle mit la couverture sur ses épaules, l’en entourant tout en utilisant le bout pour lui sécher ses cheveux mouillés. « Tu es complètement trempée ! »

La barde soupira. « Ça a été l’histoire de ma vie toute la journée… hé… arrête ça. » Elle se tortilla pour échapper à la prise pleine de sollicitude de Xena. « Tiens… je t’ai apporté le déjeuner. »

La guerrière prit le paquet en fronçant les sourcils. « J’aurais pu attendre… » Grogna-t-elle. « Tu n’avais pas à prendre des risques pour venir ici par ce temps. »

Les yeux verts la regardèrent avec bienveillance. « Je sais. » Gabrielle se rapprocha, serrant la couverture contre elle et elle posa la tête sur la poitrine de son âme-sœur. « Mais je voulais vraiment être avec toi. » Elle soupira lentement alors que des bras chauds l’encerclaient et la rapprochaient. « J’ai trouvé ce qui se passe et je pensais que tu ferais mieux de le savoir. »

Xena l’embrassa sur le haut de sa tête mouillée. « D’accord… d’accord… viens par ici… asseyons-nous et tu me diras tout. » Elle conduisit sa compagne jusqu’au coin de la stalle d’Argo et les installa dans un paquet propre de foin, Gabrielle près d’elle. La barde se tortilla jusqu’à ce qu’elle puisse se blottir contre Xena et elle posa la tête sur la haute épaule avec une satisfaction tranquille. « Qu’est-ce que c’est ? » La guerrière montra le paquet.

« Oh. » Gabrielle soupira. « Ça fait partie de l’histoire… ce sont des sandwiches… c’est sans risque. Je les ai faits. »

« Ah. » Xena ne perdit pas de temps et arracha le paquet, son corps lui rappelant vivement qu’elle l’avait plutôt malmené une grande partie de la journée sans même s’arrêter pour manger. « Merci », marmonna-t-elle la bouche pleine. « Je… ne… heu… » Elle remua la main.

« T’es pas arrêtée pour manger de toute la journée, même si on est presque au soleil couchant et que tu es partie depuis l’aube », proposa la barde pince-sans-rire. « Quelle surprise. Tu sais, tu es impossible parfois. »

Un sourire en coin fut sa réponse tandis que Xena plongeait dans la nourriture. Gabrielle se contenta de secouer la tête et se rapprocha. « Ils vont attendre que l’autre seigneur de guerre arrive ici… puis ils vont droguer tous les hommes de Garanimus et ouvrir les portes. »

Xena s’arrêta de mâcher et la regarda avec un respect surpris. « Ouaouh », marmonna-t-elle en avalant rapidement. « Bon travail. »

« Sans effort », répliqua Gabrielle tranquillement. « Ils m’ont donné l’information après m’avoir recrutée. »

Un haussement de sourcil. « T’avoir recrutée ? » Xena eut l’air intriguée puis son expression s’assombrit. « Oh. » Elle posa le sandwich et fixa le foin. « Je vois. »

La barde enroula ses doigts autour des longs doigts de la guerrière. « C’est compréhensible, Xena… tu travailles avec lui. »

Xena déglutit plusieurs fois. « Les marchands ne le pensaient pas », répondit-elle doucement, puis elle soupira. « Mais je présume que tu as raison. » Elle fit un effort visible pour mettre ses pensées de côté. « Alors… tu es infiltrée, hein ? Bon travail, ma barde. »

Gabrielle la fixa puis elle leva la main pour repousser les mèches de son visage. « Ma chérie, ce ne sont que des enfants et ils ne savent rien. » Elle frotta une tache de boue sur le nez de Xena, la faisant un peu cligner des yeux. « Et… franchement… je suis vraiment contente qu’ils m’aient persuadée de faire partie de tout ce truc… parce qu’apparemment c’est ma responsabilité de m’occuper de toi… ce soir. » Un sourire nostalgique élargit ses lèvres. « Je pense que c’est un meilleur plan que d’avoir un de ses pauvres enfants qui essaye et que tu le bottes jusqu’à la semaine prochaine. » Une pause. « Ou pire. »

Xena lui embrassa les doigts, qui étaient toujours en train de caresser son visage. « Bien vu, mon amour. » Un sourire revint sur ses lèvres. « Je me sens plus en sécurité. »

« Mm. » Une expression de soulagement passa sur le visage de la barde. « Silvi, apparemment, a le béguin pour l’autre seigneur de guerre. »

« Ah. » Maintenant la compréhension se lisait sur les traits bronzés de Xena. « Il l’aime bien, ou bien… ? »

« Eh. » Gabrielle remua la main. « Il a évoqué un tas de parties du corps pour la voir libre et posée sur son trône… avec l’attente qu’elle l’épouse après que tout sera terminé. »

Une pause. « Tu n’y crois pas ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Et bien, on a déjà entendu parler d’un seigneur de guerre qui est tombé follement amoureux. »

Xena inclina la tête et toucha le front de la barde du sien. « C’est très vrai… et je devrais le savoir. »

Gabrielle traça sa joue avec sa main. « J’espère qu’elle est aussi chanceuse que moi », murmura-t-elle. « Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Xena mit les bras autour du corps fin de la barde et soupira. « Et bien… je présume qu’on doit attendre que ce type arrive ici… et le jauger. S’il est comme elle le pense… je voterai pour qu’on les laisse faire… sauf que… » Ses yeux prirent une teinte troublée. « Que certains de ces gars ne sont pas si mauvais. »

« Mm… maintenant que tu les as battus, tu veux dire. » La barde prit le morceau de sandwich que Xena avait oublié et le lui tendit. « Allez. » Elle attendit que la guerrière accepte le morceau et le mâche lentement. « On va penser à quelque chose… qui sait… peut-être que tu peux raisonner ce type. » Un soupir. « C’est agréable et chaud ici. » Elle s’enroula un peu plus et posa la tête sur l’épaule de Xena.

« Ouille… hé… tu ne veux pas faire ça… je suis vraiment sale », protesta Xena en lui lançant un regard ironique. « Je sens pire qu’Argo un mauvais jour. »

Le cheval renifla d’outrage et tapa du sabot.

Gabrielle la renifla délicatement puis sourit. « Hmm… en fait… non. »

« Gabrielle. » La voix de Xena baissa d’une octave, en remontrance. « Bien sûr que si. »

« Hé… peut-être que d’être enceinte affecte mon sens de l’odorat… mais… non je t’assure que tu ne me gênes pas du tout. » La barde se blottit contre elle en soupirant d’aise. « Mon oreiller de guerrière. »

L’oreiller en question sourit largement. « Ils devaient penser que j’étais cinglée… je voltigeais partout comme une sorte d’écureuil enragé. » Elle massa doucement le ventre de la barde. « Tu as été dans mes pensées toute la journée. »

« Pareil », fut la réponse endormie. « Elles m’ont entrainé dans le bain avec elles… ça a été une sacrée expérience, puis je les ai convaincues de me laisser faire un raid dans la cuisine sinon je me serais retrouvée coincée avec une tasse de soupe au bœuf pour le déjeuner. » Elle bâilla. « Ensuite nous avons fini dans notre chambre… et je leur ai lu quelques poèmes. »

Xena mâcha tranquillement le reste de son sandwich. « Ah oui ? Quel genre ? »

« Des trucs romantiques. » La barde tendit la main et détacha la boucle de l’armure de Xena sur son épaule gauche, puis elle enleva la cuirasse, tirant avec impatience sur l’autre boucle. « Enlève ça ! »

Xena écarquilla ses yeux bleus. « Oui, madame ! » Elle rit tout en retirant les plaques et en se penchant un peu plus, faisant un endroit confortable pour que la barde puisse s’y allonger. « Fatiguée ? » Demanda-t-elle d’un ton sympathique.

Un hochement de tête somnolent. «  Oui… mais ce n’est pas comme si j’avais fait des choses toute la journée… dieux… j’ai l’impression d’avoir marché pendant des marques de chandelle. »

Un sourire nostalgique passa sur les lèvres de la guerrière. « Ton corps est occupé à fabriquer une nouvelle vie… ça demande beaucoup de travail, t’sais. » Elle fit des cercles lents et doux sur la peau soyeuse de la barde, sentant le mouvement de la respiration de Gabrielle qui ralentissait, et la barde s’enveloppa un peu plus contre la forme couverte de cuir de sa compagne. Avec une légère prise de souffle, celle-ci se mit à chanter, d’une voix basse et vibrante, un chant de berger dont elle savait que Gabrielle avait dû l’entendre une grande partie de sa vie.

Un lent et doux sourire passa sur les lèvres de la barde. Elle s’imprégna de la musique, absorbant les chaudes vibrations dans la poitrine sous son oreille tandis que la voix de Xena montait au refrain, d’un brave berger à la recherche d’un agneau perdu.

Petite fille… petite fille…

Qui erre dans le danger lointain

Petite fille… petite fille…

Es-tu bien loin ?

Viens à moi, je crie ton nom

Le lait de la mère t’attend à la maison…

Petite fille… petite fille….

Ne va plus si loin.

La pluie tombait en rafale sur le toit en chaume de l’écurie. Mais sa furie ne parvenait pas à briser la bulle chaude de lumière dorée qui semblait s’installer autour de deux formes immobiles et rêveuses.

Mais à l’arrière de l’écurie… des yeux mi-clos et anciens se montrèrent puis disparurent, l’outrage les colorant.


A suivre 6ème partie

 

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Nos vies passées , chap.11 à Fin

Chapitre 11 :

 

 

En cherchant Lara qui ne se trouvait pas dans sa chambre, Lizzie tomba sur Len. En le voyant au bord de la piscine, les pieds dans l'eau et l'air maussade, elle hésita avant de finalement se décider. Elle s'assit à ses côtés après avoir retiré ses sandales et joua quelques secondes avec l'eau sans rien dire.

 

Le jeune homme finit par se tourner vers elle et elle sourit.

 

- Ca fait un moment qu'on ne s'est pas vu, fit-elle tranquillement, comment tu vas ?

 

Il la fixa quelques secondes avant de hausser les épaules.

 

- Tu ne sais pas hein ? Je connais ça.

 

Il souleva un sourcil et elle le trouva si semblable à Tia se faisant qu'elle en fut troublée quelques secondes.

 

- Waaaa, tu ressembles tellement à ta mère que par moment c'est déstabilisant... pendant une seconde j'ai cru que c'était à elle que je parlais. Vraiment perturbant.

 

La réflexion le prit au dépourvu et elle le vit. Ravie de lui voir cette expression, Lizzie sourit avant de reprendre.

 

- Je cherchais ta sœur. Linya m'a dit qu'elle s'était disputée avec son petit ami et que ça n'allait pas fort. Tu sais où elle est ?

 

Il secoua la tête et elle haussa une épaule, résignée.

 

- Je ne sais pas ce que vous avez vécu ces derniers temps et il est fort probable que tu ne veuilles pas en parler. Sûrement que tu penses que personne ne peut comprendre et tu dois te sentir seul. Peut-être que tu as raison, peut-être que personne ne peut comprendre.

 

Etonné d'être si bien lu, il la dévisagea et elle plongea son regard dans le sien.

 

- Pour beaucoup de choses j'ai été à ta place. Ces sentiments, par bien des côtés je les partage encore. Mais je travaille là-dessus. Il y a longtemps tes mères m'ont fait comprendre que rien ne devait être gardé pour soi. Bien sûr on ne peut pas tout dire à tout le monde, il faut savoir choisir. Et pour ça, parfois il faut prendre son temps pour trouver la bonne personne à qui se confier. Et même quand on pense l'avoir trouvée, parfois on se trompera et cela fera plus mal qu'avant encore...

 

Elle fit une pause, revivant ses propres déceptions.

 

- Je sais tout ça... mais ça ne veut pas dire que tu dois arrêter de chercher, arrêter d'essayer de trouver la bonne personne à qui te confier. Ne pas parler c'est tuer son âme, tuer ce qui fait que nous sommes nous... Tu n'as pas besoin de ta voix pour parler, tu peux écrire des mots ou bien utiliser la langue des signes ou même t'exprimer autrement, par l'art... mais tu dois parler à quelqu'un de ce qui te ronge ainsi. Même si tu penses qu'on ne peut pas comprendre, tu dois essayer. Parce que parler n'est que la première étape dans le chemin de guérison, pas la dernière... les gens se trompent souvent en pensant qu'une fois les choses dites, tout s'arrangera... comme si ça pouvait être si simple, soupira-t-elle.

 

Lizzie commença à balancer ses pieds dans l'eau, un mouvement qui l'aida à canaliser sa nervosité grandissante. C'était si difficile de parler de choses qui nous touchait... elle n'aimait pas ce sentiment mais savait aussi que si les confidences étaient bien accueillies, cela pouvait être source de lien profond qui se nouaient.

 

Elle inspira pour se donner un peu de courage et se lança :

 

- Par exemple... savais-tu que j'avais déjà tué quelqu'un ? Pas tué par accident mais de sang froid ? C'était quelque chose de très réfléchi, un plan que j'avais mis au point pendant de nombreuses semaines. Une vengeance auquel je tenais plus que tout...

 

Elle osa regarder son petit cousin en face et découvrit le choc sur son visage.

 

- J'étais plus jeune que toi. 17 ans. C'est jeune pour tuer. Jeune pour penser à le faire par vengeance. Comment fait-on pour se remettre d'un acte commis par haine ? Ca détruit une partie de nous-même... tuer le fait, mais le faire par vengeance, par haine... c'est comme alimenter le pire de soi, comme renoncer à son humanité, à son enfance... et le pire, c'est que quelque part, je ne regrette pas la mort de ce type. Il le méritait. Mais je regrette d'avoir perdu ça... même si je ne sais pas ce que c'était précisément, je sens son absence et ça pèse. Tous les jours.

 

Une larme lui échappa et elle l'essuya rageusement.

 

- Ça pèse tellement que de ne pas en parler te fait faire de mauvais choix... j'ai choisi Tamara car je voulais être punie. Etre amoureuse d'une personne inaccessible, qui ne te retourne pas tes attentions, est une façon de se punir. Pourquoi mériterais-je d'être heureuse alors que j'ai tué par haine ? Peu importe que celle-ci ait été justifiée...la haine reste la haine et la laisser grandir jusqu'à ce point fait de toi plus un animal qu'un être humain...

 

Elle se tourna vivement vers lui :

 

- Attention, il n'y a rien de mal à être un animal ! Mais si c'était mon destin, je serais née dans un autre corps n'est-ce pas ? Nier le cadeau que l'on m'a fait de réfléchir, de faire partie de l'espèce humaine et de n'y voir que le mal que l'on cause et que l'on vit, c'est triste non ? En tant qu'être humain, on peut changer les choses, on peut découvrir des endroits superbes, rencontrer des gens géniaux, s'amuser, construire, rire... c'est un peu plus limité pour les animaux et c'est avant tout une question de survie, l'existence pour eux. Nous, nous vivons. Mais lorsque l'on hait, lorsque l'on tue, lorsque l'on se prive d'une partie de nous-même, on ne vit pas. Je n'ai plus envie de gâcher mon temps ainsi... je veux vivre.

 

En prononçant ces mots, Lizzie eut la surprise de se sentir plus sereine. Ces mots, ils impliquaient qu'elle allait devoir se montrer plus honnête avec Anne-Lise et avec elle-même. Accepter le fait, que peut-être, cette fois encore, elle avait choisi quelqu'un incapable de lui rendre ce qu'elle donnait... elle ne savait pas si c'était vrai, elle avait l'impression qu'Anne-Lise était différente, mais peut-être était-ce juste le contraste avec Tamara comme l’avait fait remarquer Linya. Pourtant Tamara avait essayé de l'aimer correctement... et cela l'avait fait l'aimer encore plus.

 

Tamara lui manquait encore très souvent. Mais lorsqu'elle était avec Anne-Lise, elle parvenait à l'oublier et cela lui faisait un bien fou. Etait-ce pour cela qu'elle était tombée amoureuse ? Etait-elle même amoureuse ?

 

Cela faisait un an qu'elle et Tamara avaient rompu et 5 mois qu'elle sortait avec Anne-Lise. Elle se pensait amoureuse, mais c'était peut-être juste du soulagement ? Celui d'une liberté retrouvée, d'avoir le droit de rire sans se sentir coupable en voyant la peine dans les yeux de l’autre...

 

Elle ne savait pas actuellement mais elle comptait bien le découvrir. Elle voulait vivre, elle le pensait. Cela signifiait découvrir ce qu'elle ressentait et se donner une vraie chance de vivre une histoire d'amour sincère et surtout, saine.

 

- Et toi Len, est-ce que tu veux vivre ?

 

Le jeune homme la dévisagea, saisit par ses confidences et la justesse de ses conclusions. Il détourna le regard, fixant l'eau sans la voir, incapable de donner une réponse.

 

Voulait-il vivre ? Assurément il ne souhaitait pas mourir, mais si on s'en tenait à la définition de Lizzie, le contraire de mourir n'était pas forcément vivre. Alors voulait-il vivre selon ses termes ? Et quel serait l'autre chemin ? S'il vivait mais pas comme Lizzie l'entendait, que serait sa vie ?

 

Pour la première fois, il envisagea son futur sous la forme de son présent et la vision qu'il en eut fut si terne et sans relief que même pour lui, cela s'apparenta à la mort.

 

Quel intérêt de vivre dans ces conditions ?

 

Mais comment fait-on pour vivre quand on ne se voit aucun autre avenir que la grisaille présente ? La volonté de changer les choses suffit-elle ?

 

Il releva la tête pour regarder Lizzie. Ce qu'elle lui avait dit était loin de ce qu'il avait imaginé la première fois qu'il l'avait rencontrée. Il ne se serait jamais douté de rien en fait. Les gens renvoyaient vraiment une image très différente de ce qu'ils étaient en réalité. Ou plutôt les gens se faisaient une idée de ce que vous étiez à partir de quelques éléments que vous laissiez entrevoir. De qui était-ce la faute finalement si les autres ne nous connaissaient pas ?

 

Et quelle image les gens se faisaient-ils de lui ? Etait-ce différent selon la personne qui regardait ? Ou chacun tirait-il les mêmes conclusions des éléments donnés ?

 

C'était peut-être un peu trop philosophique pour une conversation de fin de journée... ou peut-être souhaitait-il juste détourner son attention de la question posée. Il soupira. Lizzie attendait sa réponse. Gentiment, sans pression, elle était juste là et attendait.

 

Il voulait lui en donner une mais il ne savait pas laquelle. Elle posa une main sur son épaule et déclara :

 

- C'est bon, rien ne t'oblige à répondre maintenant. Prends le temps d'y réfléchir.

 

Il la dévisagea, hésitant, avant d'ouvrir la bouche, éprouvant un besoin de lui répondre qu’il n’avait plus ressenti depuis un moment. Il voulait qu’elle le comprenne.

 

- C'est juste, fit-il la voix éraillée avant de tousser pour l'éclaircir, que je ne sais pas quoi te dire...

 

Lizzie contrôla soigneusement son expression pour ne pas réagir. Elle n'avait pas vécu cela pendant des semaines comme c'était le cas du reste de la famille, alors il lui fut facile de le faire.

 

- Tu veux vivre ?

 

- Je... je crois oui... mais...

 

- Tu ne sais pas comment.

 

Len secoua la tête.

 

- Un jour après l'autre, répondit-elle après un instant de réflexion. Ce que tu as envie ou besoin de sortir de toi, tu dois le faire. Tu vois tout en sombre parce qu'en toi c'est ainsi. Sortir la douleur de soi, c'est en sortir la grisaille. Ce qui te fait peur, honte, te met en colère ou te rend triste, ce sont des sentiments qui éteignent les autres par leur force. Ils sont intenses ces sentiments. Il ne faut pas les sous-estimer. Et si tu commençais par ce qui t'a coupé l'envie ou la force de parler ?

 

Un éclair de terreur traversa son regard bleu ciel, surprenant Lizzie qui pressa son épaule en le rassurant :

 

- Rien ne t'oblige à le faire maintenant ou avec moi. Juste, pense-y.

 

Il hésita, hocha la tête et soupira de soulagement. Il pouvait attendre encore un peu avant de parler. Il n'y avait rien qui pressait. Il commença à se détendre. Lorsqu'il comprit que bientôt, juste parce qu'il l'avait envisagé, il pourrait se libérer de ce qui lui pesait ainsi, un peu de joie colora ses émotions. La solitude recula légèrement et il se sentit un peu mieux. Lizzie avait raison, parler était peut-être bien salutaire.

 

- Je ne suis pas...

 

Il chercha ses mots, il voulait la réconforter comme elle l'avait fait.

 

- Je t'aime toujours...

 

Il se frotta le front, contrarié de ne pas parvenir à mettre ses émotions en mots alors qu'elle le fixait d'un air surpris.

 

- Ce que tu as fait, finit-il par dire, ne change rien pour moi. Tu es toujours la même. Peut-être moins demoiselle en détresse que je ne le pensais, mais je ne te vois pas... différemment, pas en mal en tout cas.

 

Un léger sourire fendit le visage de sa vis-à-vis et elle le remercia d'une pression sur l'épaule avant de reposer sa main sur le bord de la piscine.

 

- Une baignade ça te dit ? C'est idiot d'être là, de crever de chaud et de ne même pas profiter de la piscine, tu ne trouves pas ?

 

Il sourit en coin et acquiesça.

 

- Si tu vois ta sœur, fit-elle alors qu'il se levait pour aller se changer, dis-lui de nous rejoindre. Un bon défoulement en famille, y'a rien de mieux pour se sentir mieux.

 

Il hocha la tête et Lizzie le regarda partir avant de se dépêcher de rejoindre sa chambre pour se changer en songeant que Linya risquait d’attendre Len un moment. Elle avait complètement oublié de lui passer son message.

 

                                                                       ***

 

Malgré les visiteurs nombreux tout au long de l'année, l'accès au temple d'Aphrodite n'avait pas été facilité. Tia et Lex n'arrivèrent qu'au milieu de la nuit à destination. Essoufflées, elles contemplèrent le majestueux édifice.

 

- Rien à voir avec ce que ce crétin d'Arès a fait, remarqua Lex les poings sur les hanches. Aphrodite peut être fière, son Temple est aussi grandiose qu'elle !

 

- Kyaaaaaah, merciiiiii ! Fit une voix stridente avant que deux bras n'enserrent vigoureusement le cou de Lex.

 

Aphrodite, frotta son visage contre le sien puis se recula et frappa dans ses mains, toute excitée.

 

- Cela fait siiiii longtemps Gabrielle ! Pourquoi n'es-tu pas venue me rendre visite plus tôt ? Enfin, peu importe, tu es là maintenant !

 

Joignant le geste à la parole, Aphrodite sautilla sur place, incapable de refréner sa joie.

 

- Salut Xena ! Je t'avais vue tu sais, je ne t'ignorais pas !

 

Tia sourit à la déesse, sincèrement heureuse de la voir.

 

- Je sais, c'est juste que Gabrielle est ta petite chouchoute.

 

- Vous êtes toutes les deux mes amies ! Protesta la déesse en se vexant. J'ai toujours pensé à vous deux !

 

Lex rit et tapota le dos de son amie divine.

 

- Xena te taquine, ne l'écoute pas.

 

Tia sourit et ne corrigea pas Lex. Elle n'était même pas certaine, ici, au pied du Temple à converser avec la déesse qu'elle n'était pas en fait Xena et que Tia était une ancienne vie.

 

- Et si on entrait prendre le thé ? Proposa soudain la déesse. J'ai de nouveaux employés et ils sont à croquer !

 

Tia et Lex sourirent et suivirent leur amie à l'intérieur du Temple. La déesse les conduisit au fond de l'édifice, dans un endroit aménagé rien que pour ses apparitions. D'après la déesse, c'était là un morceau de l'Olympe qu'elle avait transféré pour ses petits plaisirs. Le temps y passe différemment précisa-t-elle en les y précédant. Plusieurs éphèbes étaient occupés à rafraîchir l'atmosphère à l'aide de gigantesques éventails. D'autres s'occupaient de disposer boissons et nourritures sur une petite table et enfin les derniers montaient la garde.

 

Lex désigna les éventails.

 

- Tu sais que la clim existe de nos jours...

 

- Je suis une déesse Gabrielle, je n'ai pas besoin que l'on m'évente. C'est pour le plaisir des yeux seulement.

 

Lex rit et secoua la tête. Les siècles s'étaient succédé mais la déesse de l'amour n'avait pas changé d'un poil. Une fois tout le monde installé, Tia entra directement dans le vif du sujet.

 

- Que fabrique Arès ces derniers temps ?

 

- Tu veux des nouvelles d'Arès ? S'étonna la déesse de l'amour. Voilà qui va le ravir !

 

- Ne dis pas n'importe quoi, contredit Lex avec une moue dégoûtée, qui voudrait des nouvelles d'un type pareil ? Non, on voudrait savoir ce qu'il manigance contre nous encore.

 

- Oh, vous avez remarqué alors..., fit la déesse penaude.

 

Tia prit sur elle de ne pas grincer des dents.

 

- Difficile de ne pas remarquer quand on perd l'esprit. Est-ce à dire que tu ne nous aurais rien dit si on n'avait pas soulevé le sujet ?

 

- Arès avait promis d'arrêter avant que cela ne dégénère vraiment ! C'est pour son jeu vous comprenez. Si vous êtes patientes, ça s'arrêtera bientôt.

 

Lex et Tia se regardèrent avant de dévisager la déesse, perplexe.

 

- Son jeu ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Une télé réalité ou quelque chose dans le genre. Vous en êtes les héroïnes !

 

Elle avait déclaré cela avec un air réjoui, comme s'il s'agissait d'un honneur.

 

- Tous les Dieux de l'Olympe et des autres pays en sont fans !

 

Tia toisa son amie avant de demander, toujours perplexe :

 

- Arès a fait une télé réalité sur Lex et moi ? Comment ça ?

 

- Il suit vos aventures bien sûr ! Il monte les images lui-même, y ajoute des musiques épiques et fait les commentaires d'introductions et de conclusions. C'est une très bonne émission, je vous assure, vous devriez la regarder !

 

Lex fixa sa femme en se demandant quoi répondre à ça. Tia se pinça l'arête du nez. Voilà une chose qu'elle avait oubliée avec la déesse de l'amour, les migraines.

 

- Aphrodite, sur quoi portent nos dernières « aventures » ? demanda la mercenaire en mettant des guillemets invisibles sur le dernier mot.

 

- Hmmm, eh bien j'ai raté les deux derniers lives donc je ne saurais dire avec précision mais il y a quelques jours, cela te suivait Xena, lorsque tu jouais les justicières un peu partout.

 

Satisfaite d'avoir répondu correctement à son amie, elle ignora le désarroi qu'elle venait pourtant manifestement de déclencher chez la grande guerrière. Celle-ci fixait sa femme avec un air peu assuré mais brave.

 

- Je peux tout t'expliquer mon amour.

 

Lex leva un sourcil, croisa les bras et lâcha :

 

- J'attends.

 

                                                                       ***

 

Len était occupé à changer ses petites sœurs et chassa la main de Jiyeon, qui tentait de le repousser avec ses petites mains, tout en empêchant Maki de s'enfuir du lit, lorsque Gipsy entra en trombe.

 

- Len ! S'exclama la jeune fille, tu ne vas jamais le croire !

 

Le jeune garçon leva la tête surpris. C'était le milieu de la nuit et il ne s'attendait pas à ce qui que ce soit hors lui et ses affreuses petites sœurs ne dorment pas. Il était en train de sérieusement songer à aller chercher Linya pour l'aider lorsque sa petite-amie était apparue.

 

- Ma mère parle chinois !

 

Len fronça les sourcils.

 

- Je sais c'est impossible ! Elle l'a jamais appris en plus ! Et tu sais pas le pire, elle comprend même plus l'anglais ! Elle avait même pas l'air de me reconnaître !

 

- Et elle est où maintenant ? S'inquiéta-t-il.

 

- Avec Enyalios et Linya. Andy est allé les chercher. Mais même quand ils sont arrivés, elle n'a pas eu l'air de les reconnaître. Enfin Enyalios si, mais pas comme on l'espérait. Elle arrêtait pas de dire Arès Arès. C'est vraiment flippant..., termina-t-elle en se laissant tomber sur le lit à côté de Maki qui avait fini par rouler loin de son encombrant frère.

 

La jeune fille l'attrapa et la serra contre elle, en quête de réconfort. Elle soupira quelques secondes plus tard, soulagée. Elle recula la petite fille pour mieux la regarder et déclara :

 

- Tes sœurs sont spéciales, quand je les prends quand je suis stressée, elles me calment aussitôt. Enfin c'est sûrement une idée que je me fais. Attends une minute Len MAIS TU PARLES !

 

Elle bondit sur ses pieds, serrant toujours la petite fille contre elle qui couina de contrariété et dévisagea son petit-ami.

 

- Depuis quand ?! Tu vas bien ?!

 

Len hocha la tête.

 

- Cet après-midi. Lizzie m'a... elle a dit des choses qui m'ont donné envie de répondre je crois. Je ne sais pas trop.

 

Gipsy resta la bouche ouverte, partagée entre la joie de voir son petit-ami aller mieux, et la jalousie de ne pas être celle à son origine.

 

- Quand je vais dire ça à David, marmonna-t-elle.

 

- Il est déjà au courant. Je suis allé le voir avant de me coucher, je... j'avais des choses à lui dire.

 

Il s'était excusé, chose qu'il avait eu envie de faire depuis longtemps mais ne s'était pas cherché d'excuses. La discussion avait été étonnamment facile. David n'était pas en colère. Plus perplexe et perdu, vis-à-vis de sa sœur notamment, qu'autre chose. Il avait répondu à toutes ses questions même lorsque celles-ci étaient devenues difficiles. Lizzie avait eu raison, parfois le bon moment arrivait sans qu’on le cherche et alors les mots sortaient sans avoir besoin d'y réfléchir ou de craindre la réaction des autres.

 

David avait été très compatissant lorsqu'il lui avait parlé de son expérience avec le démon. Cela lui avait fait du bien, mais là encore, Lizzie avait vu juste. S’il était soulagé d'en avoir parlé, cela n'avait pas effacé sa terreur à ce souvenir. Pas plus que l'horreur avec laquelle il se considérait désormais. Il n'aurait jamais pensé être capable d'infligé autant de souffrances à autrui aussi gratuitement et y prendre tant de plaisir. Composer avec ce qu'il avait appris de lui allait être long et difficile. Tout comme effacé la terreur d'avoir approché d'un peu trop près le Dévoreur.

 

Néanmoins ses émotions étaient redevenues plus stables et normales. Les couleurs s'invitaient dans sa vie et lui redonnaient espoir. D'après ce qu'il avait glané sans que sa famille ne s'en aperçoive, sa mère avait fait elle aussi d'horribles choses. Peut-être était-ce la personne la mieux placée pour l'aider à surmonter ce qu'il ressentait vis-à-vis de lui-même...

 

Pour une fois, il allait suivre les directives de sa sœur et parler à leurs mères. Elle allait mieux, elle le lui avait assuré. Rien n'était fini et avec ce qu'elle avait appris de Sahel, c'était un nouveau coup dur pour elle, mais les épreuves l'avaient endurcie et il savait qu'elle s'en sortirait. Elle était devenue forte sa petite sœur. Elle n'avait ni besoin de David, ni de Sahel pour s'en sortir. Pas plus que de lui, songea-il avec une pointe de tristesse.

 

- Et... pourquoi tu ne m'as rien dit ? Fit Gipsy vexée.

 

- Je ne t'ai pas trouvée... tu étais où d’ailleurs?

 

- Avec ma mère en ville. Elle voulait qu'on profite de notre présence ici pour visiter. Tu aurais quand même pu m'appeler, ajouta-t-elle en sortant son téléphone de sa poche.

 

- Désolé, j'ai perdu l'habitude de téléphoner avec celle de parler.

 

Gipsy se rassit sur le lit avec une grimace compréhensive.

 

- Et... ça va ? Tu... tu veux parler ?

 

Len secoua la tête.

 

- Pour l'instant ça va. Mais je sais que tu es là si j'en ai besoin. Tu as été là tout le temps où je ne parvenais pas à dire un mot. Je... je ne m'attendais pas à ça et ça m'a beaucoup aidé... merci.

 

Gipsy lui sourit et le cœur de Len rata un battement. Maintenant qu'il se sentait moins piégé, le sentiment que Gipsy lui inspirait lui faisait du bien. Avant l'effet était différent. Il avait besoin d'elle, ressentait le manque lorsqu'elle n'était pas à ses côtés mais ce n'était pas aussi fort. Et parfois sa présence lui avait fait mal. Il pensait alors qu'il ne serait jamais capable de vraiment profiter de l'amour qu'il ressentait et cela le blessait.

 

Plus maintenant. Maintenant il pouvait le ressentir et anticiper les moments qu'ils passeraient ensemble avec joie et une pointe d'excitation. Avant il vivait le présent. Maintenant il voulait un futur avec elle.

 

Il finit de remettre son pyjama à Jiyeon pendant que Gipsy berçait Maki. Ils les mirent ensuite dans leur lit et allumèrent leur veilleuse.

 

Ils les observèrent un moment puis sortirent. Len raccompagna sa petite-amie jusqu'à sa chambre et proposa :

 

- Va te reposer, je vais voir où en sont Enyalios et Linya avec ta mère.

 

- Je peux le faire moi-même. Tu ferais mieux de te reposer, la journée a été difficile pour toi.

 

- Je veux prendre soin de toi Gipsy. Je veux être un bon copain pour toi. Je... je t'aime.

 

L'aveu, lâché d'une voix timide, fit rougir la jeune fille.

 

- Je t'aime aussi, répondit-elle tout aussi timidement.

 

Il hocha la tête, lui prit la main et dit :

 

- Tu es là pour moi, je veux être là pour toi.

 

- Tu l'es...

 

- Pas jusqu'à présent. Mais je vais l'être maintenant. Va t'allonger, je vais voir où ça en est et si ton frère n'est pas encore couché, je l'enverrai le faire. Ça ne sert à rien qu'on soit tous présent. Enyalios et Linya savent gérer n'importe quoi. Je suis sûr que demain, ta mère sera de nouveau elle-même.

 

Gipsy hésita puis acquiesça. Il s'agissait de sa mère tout de même, mais elle décida de faire confiance à Len. Le jeune homme semblait très confiant dans les capacités des deux adultes, elle n'avait pas de raison de douter. Néanmoins, elle rejoignit son lit avec des milliers de questions, dont une qui ne cessait de revenir : qu'est-ce qui arrivait à sa mère ?

 

                                                                       ***

 

Les explications avaient été tendues mais Tia s’était vite rendu compte que Lex la faisait marcher. Quelque part, entre deux souvenirs de vies anciennes, Lex avait compris qui pouvait être derrière ces apparitions subites. Gabrielle avait toujours pensé qu’elle n’avait été qu’un levier pour Xena, que cet esprit de justice était le moteur même qui incitait la princesse guerrière à avancer. Après tout, c’était la raison pour laquelle elle avait commencé ses campagnes guerrières avant de se perdre en chemin.

 

Une fois la situation éclaircie, Tia revint à Aphrodite, qu’elle remercia en la fixant d’un regard noir puis reprit leur conversation interrompue :

 

- Donc Arès s’amuse à nous suivre et relater nos « aventures » c’est ça ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Et c’est tout ? Il n’a rien à voir dans ce qui nous arrive ? Tu semblais dire que les choses allaient s’arranger bientôt, j’en conclus qu’il nous a fait quelque chose.

 

- Non pas vraiment. Je l’ai cru au début aussi, mais en réalité il s’est contenté de remarquer ce qui aller se passer avec le temps et qui a été accéléré lors de votre combat contre Alti. Il en a tiré parti et c’est tout. Tu connais Arès.

 

- Tu peux préciser s’il te plaît ? Qu’est-ce qui a déclenché ce qui nous arrive ? Et comment l’arrêter ?

 

- Oh Xena, soupira la déesse désolée, j’aurais aimé t’aider mais je ne suis pas dans le secret des Dieux, je ne sais pas ce qui a déclenché tout ça, je suis navrée…

 

Une seconde, la guerrière resta bouche bée.

 

- Aphrodite, déclara-t-elle lentement, tu es une Déesse, tu es forcément dans le secret des Dieux… ou du moins tu peux l’être.

 

Aphrodite se figea un instant.

 

- Ah oui, c’est vrai. Ok, je vais me renseigner pour vous. Quoi que cela irait plus vite si on demandait à Arès.

 

Au regard consterné de sa femme, Lex, qui se demandait bien quel était son nom alors qu’elle la savait être sa femme, gloussa. Etait-ce Amina ? Ouria ? Mika ? Pourquoi ne se souvenait-elle plus de son nom ?

 

Contrariée, elle sentit soudain la présence de sa femme dans son esprit et se sentit rassurée. Ca n’avait pas d’importance. Tant qu’elles étaient ensemble, le reste n’était que détail. Et puis elles étaient ici pour régler ça justement.

 

- Ce serait pratique en effet, si Arès daignait se montrer.

 

- Je peux arranger ça, fit la déesse en claquant des doigts.

 

Aussitôt l’odeur caractéristique du Dieu qui avait pris un malin plaisir à lui pourrir l’existence apparut.

 

- Hey ! fit-il l’air outré, j’allais prendre mon bain !

 

En effet, le Dieu était vêtu en tout et pour tout d’une serviette de bain.

 

- Petite vicieuse va, reprit-il aussitôt plein d’aplomb, régalez-vous donc ! s’exclama-t-il en ouvrant grand les bras avec un sourire.

 

Un peu étonnée, Xena remarqua qu’il était identique au corps d’Enyalios et se sentit furieuse d’avoir un jour cédé au mercenaire qui pourtant était devenu son meilleur ami. Elle soupçonnait le Dieu de la guerre d’avoir prévu ce coup-là.

 

- Arès, j’ai des questions pour toi, fit-elle de mauvaise humeur. Et tu vas y répondre ou je t’émascule.

 

- Tout de suite les menaces, Xena ma chère tu n’as pas changé, répliqua-t-il dans un grand sourire joyeux. Je suis content de te revoir !

 

- Il est toujours aussi cinglé, marmonna la barde entre ses dents.

 

Le Dieu de la guerre prit place avec toute la grâce qui le caractérisait sur un des divans de la pièce et fit un geste les invitants à poser leurs questions.

 

- Allez-y, posez moi vos questions, pour une fois je n’ai rien fait de mal, je répondrai donc avec plaisir. En échange d’un petit service bien sûr.

 

- Quel genre de service ? fit la mercenaire en plissant des yeux, méfiante.

 

- Oh rien ne me vient à l’esprit pour l’instant, mais je saurai me rappeler à toi le moment voulu. Alors on a un deal ?

 

Tia échangea un regard avec Gabrielle et acquiesça.

 

                                                                       ***

Enyalios était épuisé. Garder un œil sur quatre adultes libres de leurs mouvements de façon constante le rendait angoissé et insomniaque, ce qui avait pour conséquence de créer une légère paranoïa chez lui.

 

Sur une intuition, créée il en était certain par cette paranoïa, il se mit en quête de Linya afin de s’assurer qu’elle allait bien. La nuit dernière ils avaient tous deux été surpris par la soudaine crise identitaire de Rhapsody. Le pire étant qu’elle ne parlait que Chinois, ce que ni l’un ni l’autre ne connaissait. La calmer et lui expliquer ce qui se passait et où elle se trouvait avait été sport. Et ce d’autant plus qu’elle les prenait pour des ennemis, elle n’aimait pas Arès apparemment, et qu’elle maîtrisait une forme de combat qui manipulait les énergies et qui l’avait envoyé plusieurs fois dans le mur.

 

Il n’avait dormi que trois heures avant que sa nouvelle parano ne le réveille et ne le pousse à la recherche de Linya. Ne la trouvant nulle part dans la maison, il fit le tour de la propriété extérieur. Bien qu’il fasse encore nuit, les premières lueurs de l’aube ne tarderaient plus à se montrer et il ne s’inquiéta pas de prendre une lampe-torche. Ne la découvrant pas plus, il commença à s’inquiéter sérieusement.

 

Suivant son intuition, il remonta le chemin jusqu’au portail et continua de marcher à pas rapides le long de la route. Alors qu’il arrivait à un carrefour il la découvrit un peu plus loin. Et ce qu’il vit envoya un pic d’adrénaline dans tout son corps.

 

- Linya ! cria-t-il en piquant un sprint. Ne bouge pas !

 

Mais la jeune femme ne parut pas l’entendre et poursuivit sa route, traversant la triple voie comme si elle se promenait dans un parc.

 

Parvenu presque à sa hauteur il réalisa qu’il n’arriverait pas à temps pour empêcher le bus qui arrivait de la percuter. Mu par la force du désespoir il bondit, poussant sur les muscles de ses cuisses au-delà de ses limites et percuta la jeune femme violemment. Poursuivant son mouvement il la plaqua contre lui, l’obligeant à suivre le mouvement de son corps qui se mettait en boule afin d’amortir le choc lorsqu’ils tomberaient au sol.

 

Avec Linya dans les bras, l’efficacité de celui-ci fut réduite et il percuta assez douloureusement l’asphalte. Sans perdre une seconde, il se releva et prenant Linya dans ses bras bondit sur le talus quelques pas plus loin.

 

Enfin en sécurité et hors d’haleine, Enyalios prit le temps d’inspecter le corps de la dirigeante. Heureusement, elle ne semblait pas avoir été touchée et il se laissa tomber sur le sol, la jeune femme toujours dans les bras.

 

Lorsqu’il eut repris son souffle, il dévisagea son amie et demanda :

 

- On peut savoir ce qui t’a pris ?

 

Mais Linya ne savait quoi répondre. Elle ne comprenait même pas ce qu’elle faisait là. Elle n’avait aucun souvenir de s’être déplacée.

 

- Pourquoi suis-je dans tes bras ? demanda-t-elle alors.

 

Enyalios ouvrit la bouche puis comprit que ce devait être une autre identité qui avait pris le dessus et remercia sa paranoïa.

 

- Je vais tous vous enfermer à double tour la nuit, marmonna-t-il pour lui-même, qu’au moins la nuit je puisse me reposer parce qu’à ce rythme-là, c’est moi qui ne vais pas tenir jusqu’au retour de Tia.

 

Puis plus haut :

 

- Tu as eu une soudaine envie de moi et bien que je sois particulièrement flatté de la chose, je dois te dire que je ne suis pas un homme facile. Ce sera le mariage ou rien, belle damoiselle. Car mon corps n’est pas à vendre !

 

Il avait terminé sa tirade d’un hochement de tête solennel et le contraste entre ces propos et la situation fut telle que Linya fut prise d’un fou rire qui dura tant qu’elle se mit à pleurer. Lorsqu’enfin elle réussit à se calmer elle dévisagea son ami et déclara :

 

- Merci, j’en avais besoin. J’ai l’impression que les choses deviennent de plus en plus chaotiques et dangereuses, je me trompe ?

 

Il secoua la tête et finit par se remettre sur son séant, entrainant Linya avec lui. Elle tendit la main pour repousser les mèches qui tombèrent soudain devant ses yeux et sourit. Enyalios était… aussi beau que courageux, charmant et drôle. D’un certain point de vue, il était le parti idéal. Il ressemblait étrangement à Tia en plus farfelu et un poil moins tacticien.

 

Il était peut-être bien fait pour elle mais il était encore beaucoup trop tôt. Elle avait encore le cœur douloureux à la seule pensée de la grande mercenaire et n’était pas capable d’offrir à son ami ce qu’il attendait d’elle.

 

Elle avait beaucoup réfléchi depuis sa déclaration des plus surprenantes. Au dire de Tia, Enyalios n’avait jamais été amoureux. De son propre aveu c’était une chose qu’il évitait de son mieux. Il n’était pas ravi de l’aimer, mais il avait fini par l’accepter et souhaitait essayer de vivre une relation normale. Elle craignait un peu de devoir l’éduquer sur ce plan. Elle se souvenait parfaitement des difficultés de Lex avec Tia. Décidemment, soupira-t-elle en pensée, Tia et lui avait beaucoup trop de points communs.

 

Prise au dépourvu, elle lui avait dit qu’elle y réfléchirait.

 

C’était chose faite.

 

- Je suis désolée En… je ne vais pas pouvoir donner suite à ta déclaration.

 

Il comprit tout de suite à quoi elle faisait allusion et il fut surpris par l’intensité de la peine qu’il ressentit.

 

- Pourquoi ? demanda-t-il en faisant de son mieux pour le dissimuler.

 

- Parce que Tia me hante encore. Elle n’est pas facile à oublier et le fait que ce soit toi qui me demande… ça… rend les choses plus difficiles. Tu ne t’en rends probablement pas compte, mais tu lui ressembles vraiment beaucoup et si un jour je devais accepter de me mettre avec quelqu’un, ne vaudrait-il pas mieux pour cette personne qu’elle soit certaine que ce n’est pas parce qu’elle m’en évoque une autre que j’ai accepté ?

 

Il serra les dents et réfléchit à la question. En effet, ça blesserait son égo, mais plus encore, comprit-il, il voulait être aimé pour lui et pas parce qu’il rappellerait quelque chose à quelqu’un.

 

Aussi, bien que cela lui fasse du mal, il accepta la décision de Linya. Que pouvait-il faire d’autre de toute façon ? Il ne s’agissait pas de séduction ici. Sur le plan physique, il avait bien vu qu’elle le trouvait attirant. Très attirant même. Mais cela ne faisait pas une relation.

 

Il dut serrer les poings alors qu’il lui répondait qu’il comprenait, tout en les remettant tous deux sur pieds.

 

- J’espère que je serai le premier que tu appelleras lorsque tu auras guéri d’elle… à moins que cela ne soit qu’une excuse pour me rejeter sans me blesser ? S’inquiéta-t-il soudain.

 

Linya sourit tristement en posant la main sur son bras.

 

- Si tu es célibataire et toujours déterminé à ce moment-là, je t’appellerai mais je doute que tu aies cette patience.

 

- Tu ne me connais pas si bien si tu le penses vraiment, répondit-il déterminé.

 

Il était d’un naturel patient, c’était lui qui avait inculqué cette qualité à Tia. Il espérait juste que ce serait de lui qu’elle s’éprendrait lorsqu’elle serait enfin capable de regarder autour d’elle. Il fronça les sourcils. Peut-être y avait-il un moyen de s’en assurer…

 

 

Chapitre 12 :

 

En rentrant à l’hôtel, Lex et Tia avaient enfin obtenu les réponses à leurs questions mais ne se trouvaient pas plus avancées quant à la solution. Ce qui avait déclenché tout cela était Tia elle-même. Ou plutôt l’apparition de la Louve dans son environnement immédiat. Une âme n’était pas faite pour être déchirée, mais elle n’était pas plus faite pour se côtoyer ainsi librement une fois la section effectuée. Si la Louve n’avait pas cherché à retrouver Tia, tout ceci aurait pu être évité. Mais si la Louve ne l’avait pas fait, alors Ashee aurait gagné.

 

Néanmoins le processus consistant à être submergé par les vies anciennes aurait été long si Ashee n’était pas intervenue sur les dimensions et l’espace-temps lui-même afin de maîtriser ses pouvoirs et ses propres vies passées au mieux. Rencontrer la chamane avait éveillé les vies anciennes qui ne l’avaient pas encore été et accéléré la propagation de leur influence sur leur identité actuelle.

 

Tia avait compris que son entourage proche n’était pas le seul touché ainsi. De par le monde, tous ceux qui possédaient une âme à plusieurs existences et qui avaient rencontré Ashee avaient vu leurs anciennes vies s’éveiller. Autrement dit, d’autres vies étaient actuellement en danger. Et ni Tia, ni Lex ni aucun des deux Dieux interrogés ne savaient comment contrer cela.

 

Pourtant Lex avait avancé un argument qui pouvait obliger les Dieux à en faire leur problème et réfléchir donc sérieusement à sa solution. L’éveil des vies anciennes pouvaient, à terme, mener à la fin des cycles de réincarnations. Et si le phénomène ne faisait que se propager, alors sous peu il n’y aurait plus assez de vivants pour faire tourner le monde. Et une fois morts, les âmes anciennes hanteraient pour l’éternité plusieurs dimensions car, quoi qu’on en dise, les domaines des morts gérés par les Dieux n’étaient pas capables de s’occuper d’autant d’esprits. C’était la raison même qui les avait poussés à concevoir les cycles de réincarnations après plusieurs siècles de création de vies humaines.

 

Cet argument avait amené Aphrodite à promettre d’en toucher un mot à Zeus. Cependant le Dieu des Dieux était plutôt mal luné concernant Xena et sachant que cette requête venait d’elle il pourrait bien, malgré son affection pour les mortels, rechigner à le résoudre.

 

Avant de repartir, Tia avait bien fait comprendre à Arès qu’il n’était pas dans son intérêt de poursuivre son émission sur elle et Lex et qu’il s’exposerait, le cas échéant, à de violentes et déplaisantes représailles.

 

Elles venaient à peine de s’assoupirent lorsque le téléphone sonna, les faisant sursauter. Lex attrapa son portable en grognant et maugréa un :

 

- Ca a intérêt à être important…

 

- Eh bien, fit la voix grave d’Enyalios, ça dépends si pour toi la vie de Linya en a.

 

Aussitôt, Lex se redressa, l’esprit en alerte.

 

- Linya ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Elle va bien ?

 

Elle sentit sa femme se redresser à ses mots et soupira en entendant les explications du mercenaire.

 

- C’est bon, j’ai entendu, fit sa femme alors qu’elle s’apprêtait à lui répéter l’échange.

 

Lex sourit, elle avait presque oublié l'ouïe légendaire de Xena.

 

- Et sinon tout va bien ?

 

Enyalios lui relata l’épisode avec Rhapsody et termina sur une bonne note en parlant du retour de Len au pays des parlants. Lex raccrocha et se blottit dans les bras de Tia qui s’était rallongée.

 

- Les choses vont de mal en pis malgré l’amélioration de l’état de Len… j’ai peur de ce qui risque d’arriver si on n’obtient pas rapidement un accord avec Zeus.

 

Tia ne répondit pas, inquiète également et remercia mentalement Enyalios de sa présence vigilante. Elle lui devrait une grosse faveur quand tout serait terminé.

 

Resserrant son étreinte autour de sa femme, elle finit par sombrer dans un sommeil agité.

 

                                                                       ***

 

- Alors qu’a dit père ? S’enquit Aphrodite.

 

Arès haussa les épaules.

 

- Il n’a pas daigné me prendre en audience. J’ai transmis le message à Héphaïstos, ton cher mari. Comme il a encore l’attention de père et qu’il doit une faveur à Xena, j’ai pensé que c’était une bonne idée.

 

- Ca m’étonne que tu y aies pensé.

 

La déesse s’approcha de son frère et lui tapota l’épaule.

 

- Bon travail.

 

- Ton opinion de moi me consterne chère sœur, mais je passerai outre cette insulte implicite, j’ai du travail qui m’attend.

 

- Je pensais que tu avais abandonné l’idée de ta télé-réalité. C’est ce que tu as dit à Xena en tout cas.

 

- Tu plaisantes ? Les audiences sont énormes et nos spectateurs me lyncheraient si j’arrêtais tout maintenant !

 

- Si elle s’en rend compte, Xena va te le faire regretter…

 

- Comme si les menaces de Xena m’avaient déjà arrêté, s’amusa-t-il. Et puis elle n’est plus Xena, bien que tu t’obstines à ne pas le voir.

 

- Oh je le vois et tu as raison, elle n’est plus Xena, elle est bien plus dangereuse qu’alors. Toi tu oublies qu’elle possède l’expérience de centaines de vies. Qu’elle a souffert bien plus que tu ne souffriras jamais. Ca augmente considérablement sa motivation, sa patience et son intelligence. Choses qui étaient déjà très élevées lorsqu’elle n’était que Xena.

 

Sur ces bons mots, la déesse de l’amour tourna les talons. Arès, déconcerté, songea que parfois, sa sœur n’était pas aussi sans cervelle qu’elle voulait bien le faire croire.

 

Arès haussa les épaules. Il était immortel. Tia pouvait bien le punir comme elle le voudrait, il ne craignait en définitive pas grand-chose. Après tout, le pouvoir de les tuer, sa chère princesse guerrière l’avait perdu il y avait bien longtemps.

 

Et puis quoi qu’elle en dise, Xena avait un faible pour lui. Souriant à cette pensée, il s’éclipsa pour se rendre dans son Royaume.

 

                                                                       ***

 

Depuis sa dispute avec Sahel, Lara évitait tout le monde. Elle avait bien conscience d’Enyalios lorsque celui-ci venait la voir pour s’assurer de son état mais il ne la dérangeait pas, aussi avait-elle eu tout le temps dont elle avait eu besoin pour réfléchir.

 

Elle aimait Sahel, elle lui devait la vie. Quoi qu’elle pense de son rôle dans le plan d’Ashee ou du mensonge qui en avait découlé. Elle ne pouvait nier qu’il l’aimait sincèrement et l’avait choisie plutôt que le chemin qu’on lui avait enseigné. Et cela pesait dans la balance. Néanmoins, comme avec David, elle ne parvenait plus à lui faire confiance.

 

Elle aimait deux garçons aussi fantastique l’un que l’autre, mais auquel elle ne pouvait faire confiance. Ou plutôt que la double peine qu’ils lui avaient infligée l’empêchait de prendre le risque d’être blessée à nouveau.

 

Au cours de ses réflexions, elle avait fini par comprendre qu’elle avait toujours dépendu de quelqu’un. David, Sahel ou Len. A chaque fois qu’elle avait vécu des choses difficiles, elle s’était accrochée à eux comme à une bouée. Elle savait que ce n’était fondamentalement pas mauvais mais elle aurait aimé être capable, comme ses mères ou Linya, d’être suffisamment forte pour tenir debout toute seule. Elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’ainsi que l’on était capable de faire les bonnes choses et de prendre les bonnes décisions. En somme de guider sa vie sur la bonne voie avec ou sans quelqu’un la partageant.

 

Mais cela signifiait se connaître à fond. Et Lara avait réalisé qu’elle ne se connaissait pas si bien que ça. Et comble de tout, elle se découvrait assez lâche…

 

Maintenant que son ancienne vie lui revenait sous forme de rêves plus violents et horribles les uns que les autres, elle découvrait une nouvelle facette d’elle-même. Lorsqu’elle vivait en tant qu’Eve, elle avait été impitoyable. Mais elle n’avait pas perdu son temps à s’apitoyer sur son sort et avait tenté, à l’image de Xena, sa mère, de trouver un moyen utile de se racheter. Se perdre dans la culpabilité ne menait à rien et ne servait personne.

 

Eve avait été une inspiration à son époque, un messie et Lara en était aussi impressionnée que fière. Elle ne prétendait pas devenir à nouveau cela, mais savoir que ce genre de possibilité existait, qu’elle était capable d’une telle chose, était extrêmement gratifiant. Du pire pouvait naître le meilleur. C’était ainsi que sa mère menait sa vie depuis toujours.

 

Et c’était ainsi qu’elle voulait mener la sienne.

 

Elle soupira. Comment l’annoncer aux deux concernés ? Et comment allaient-ils le prendre ? Mal assurément.

 

Eh bien, songea-t-elle déterminée, ce sera ma première épreuve.

 

Lara était soulagée, trouver un but la débarrassait de tous ses doutes et ses interrogations. Elle se découvrait une nouvelle force. En fait, ce qui minait la force intérieure des gens c’étaient les doutes ni plus ni moins, comprit-elle. A elle de ne pas l’oublier à l’avenir.

 

                                                                       ***

 

- Ah nous avons un appel ! s’exclama le Dieu de la guerre en faisant apparaître un ancien téléphone à cadran européen. Arès Dieu de la guerre et présentateur favori des Dieux à votre écoute ! Quel est votre nom cher téléspectateur et à quel sujet appelez-vous ?

 

- Cupidon. J’appelle à propos des surnoms.

 

- Ah très bien ! Quel est votre proposition ?

 

- Eh bien, étant donné que tout le monde prend Xena pour un homme, qu’il n’intervient que la nuit, qu’il est furtif, rapide et se fond dans les ténèbres, je gage que les mortels la surnommeront Batman d’ici peu !

 

- Oooh mais notre ami Cupidon se tient bien au courant des héros mortels dites-moi ! Très bien, je valide votre réponse cher téléspectateur et merci pour votre contribution !

 

- A-t-on le temps de prendre un autre appel ?

 

Héphaïstos arriva sur ces entrefaites et lui fit signe.

 

- Ah, on me fait signe que non ! Dieux de l’Olympe et du reste du monde, je vous prie de bien profiter de notre coupure sponsor, je reviens dans un instant !

 

Hermès apparut à la seconde où Arès claqua des doigts pour sortir du champ des caméras et commença son laïus, illustré par ses dons, concernant son service de messagerie rapide.

 

- Alors mon frère, ton entretien avec père s’est bien passé ?

 

- On peut dire ça. Il a été rapide et Héra s’est incrustée.

 

Arès gloussa.

 

- Ca a dû être intéressant.

 

Héphaïstos haussa les épaules.

 

- Alors, le résultat ?

 

- Zeus a écouté ce que j’avais à dire puis il a réfléchi un moment. Héra est arrivée et il a déclaré que ce n’était pas de son ressort seul. Ensuite il m’a congédié.

 

- Je vois…

 

- Ah oui ? Parce que moi pas trop.

 

Arès dédia à son frère un sourire cabotin.

 

- Si ça t’intéresse, après la coupure sponsor, tu n’auras qu’à suivre mon émission.

 

Héphaïstos sourit. Arès claqua des doigts et fit disparaître Eitri, Dieu mineur nordique qui avait, entre autre, fabriqué le marteau de Thor et promettait un service impeccable à qui savait y mettre le prix.

 

Arès prit place au centre de la pièce et Héphaïstos se laissa tomber sur le fauteuil au coin de la pièce, afin de suivre en direct l’émission qu’il ne ratait jamais, même s’il refusait de le reconnaître. Arès savait y faire pour rendre intéressant une émission banale. Mais ici, il avait choisi une icône parmi les Dieux et cela, associé à son sens du drame, rendait tout le monde accro.

 

- Cher spectateur, nous avons un invité spécial aujourd’hui ! Le mari de notre déesse de l’amour, j’ai nommé Héphaïstos en personne ! Avance mon frère, ne soit pas si timide !

 

Rougissant, le jeune Dieu rejoignit Arès en protestant :

 

- On n’est que fiancé…

 

- Oui, oui, fit son vis-à-vis avant de se tourner vers la caméra : Héphaïstos ici présent s’est entretenu avec l’élu parmi les élus, j’ai bien sûr nommé Zeus lui-même il y a à peine quelques minutes à ma demande ! Cela concerne bien entendu notre Tueuse de Dieux favorite : Xena !

 

Arès fit une pause pour maintenir le suspens puis déclara, plein d’emphase :

 

- Zeus a décidé que ce n’était pas à lui seul de choisir de ce qu’il adviendra, cher téléspectateur ! Eh oui, vous avez bien entendu ! Nous allons sous peu, si ce n’est d’ailleurs pas déjà lancé, assister à la toute première réunion des Dieux des Dieux depuis des millénaires !!

 

Héphaïstos ouvrit la bouche, stupéfait. Arès tirait une telle conclusion d’une simple phrase ? Bon, il possédait un esprit fin et connaissait mieux Zeus que n’importe qui, exception faite d’Héra, mais tout de même…

 

- Crois-tu ? Ne put-il s’empêcher de demander. Cela me paraît un peu excessif. Il ne s’agit que du devenir de quelques mortels après tout… Pour toute autre personne, Zeus ne se serait même pas abaissé à écouter ma demande. C’est seulement parce qu’il a un passif avec Xena, via notamment Hercule, son fils préféré, qu’il s’y intéresse.

 

- Tu penses cela, rétorqua Arès l’air carnassier en posant une main sur son épaule, parce que tu n’as pas réfléchi à l’implication réelle de ce qui se passe. Selon le choix qu’il sera fait, les conséquences peuvent signer notre renouveau ou notre complet déclin, cher petit frère.

 

Héphaïstos ouvrit des yeux ronds.

 

- A ce point ?

 

Arès hocha la tête.

 

- Demande à ta femme lorsque tu lui rendras visite, ce soir. Elle t’expliquera.

 

Héphaïstos leva un sourcil sceptique.

 

- Aphrodite ? On parle de la même ?

 

- Tu m’insultes mon frère ! s’exclama le Dieu de la guerre outré. Aphrodite est ma sœur, tu ne devrais pas la sous-estimer comme ça, ajouta-t-il avant de sourire, charmeur : Surtout qu’elle ne l’apprenne pas… tu passerais un mauvais quart d’heure… et tu as tendance à oublier, dans ton aveuglement amoureux, que notre chère Déesse de l’amour est actuellement la divinité la plus puissante sur l’Olympe, elle n’est pas qu’un corps splendide...

 

- Je sais ça ! protesta le jeune homme. C’est juste qu’en dehors d’elle-même et de quelques privilégiés, elle ne s’intéresse pas à grande chose.

 

- Il me semble que tu as occulté un fait important, cher beau-frère. Parmi ces privilégiés, deux mortelles possèdent son affection la plus profonde, et ce depuis des siècles, ce qui suffit à la motiver et à se sentir concernée.

 

Arès frappa soudain dans ses mains et sourit à la caméra :

 

- Cher ami, notre émission journalière arrive à son terme. Rendez-vous demain, à la même heure, pour un point sur les dernières aventures de nos mortelles favorites ! Discorde, je rends l’antenne ! A vous les studios !

 

- C’est ringard ça, marmonna Héphaïstos en s’éloignant, c’est une vieille formule qui ne se dit plus.

 

- Oh vraiment ? J’ai eu l’air ringard alors ? Releva-t-il contrarié. Discorde ! cria-t-il à l’attention de la déesse qui rédigeait ses fiches. Discorde viens ici une minute !

 

                                                                       ***

 

Le lendemain, reposées, Tia et Lex décidèrent de rentrer. Techniquement les Dieux n'avaient toujours pas le droit de descendre en terre mortel mais Aphrodite leur avait assuré que pour sa réponse, Zeus ferait une exception.

 

Partir pouvait être risqué si Aphrodite s'était avancée dans ses propos mais au pire, Tia savait qu'elle n'aurait qu'à utiliser Morphée pour communiquer avec elles. Et rester plus longtemps loin de leurs enfants mais également de Linya et Rhapsody pouvait être dangereux. Enyalios devait être épuisé.

 

A leur arrivée, elles furent surprises de découvrir Lizzie. La jeune fille était finalement revenue et cela réjouit Tia qui la serra dans ses bras avec un grand sourire.

 

- Vous ne deviez pas rester jusqu'à ce que heu Zeus vous donne sa réponse ? S'enquit Enyalios en se sentant un peu stupide.

 

Parler des Dieux comme s'il était commun de discuter avec eux ou comme si même ils existaient vraiment le mettait toujours mal à l'aise. Il ne remettait pas en cause les affirmations de ses amies, il avait vu trop de choses avec Ashee pour cela mais c'était quand même une chose surréaliste pour lui.

 

- C'était le plan mais d'après Aphrodite ça pourrait prendre un moment et elle nous a assuré nous contacter sans faute, où que l'on soit, pour nous tenir au courant.

 

- Je vois.

 

En retournant à l'intérieur de la maison Tia remarqua :

 

- Tu as l'air... abattu, quelque chose s'est passé ?

 

Enyalios lui jeta un regard de chien battu mélangé à une dose d'agacement. Le résultat était aussi saisissant que mignon.

 

- Qu'y a-t-il ? S'étonna-t-elle.

 

- C'est ta faute tout ça, marmonna-t-il en détournant le regard.

 

- Comment ça ?

 

Le mercenaire la fixa un instant puis tourna la tête d'un air hautain avant de s'éloigner à grand pas sous le regard déconcerté de son amie.

 

- J'ai raté un épisode ? Fit-elle un poing sur la hanche.

 

Linya lui jeta un regard d'excuse et répondit :

 

- Désolé, c'est ma faute. Ça passera ne t'en fait pas.

 

- Vous vous êtes disputés ? L'interrogea Lex.

 

Elle fronça les sourcils.

 

- Il s'est mal comporté ? Parce que si c'est le cas, je vais lui faire passer l'envie de...

 

- Non, ce n'est pas ça, l'interrompit son amie. Ne t'en fais pas, vraiment, ça va s'arranger.

 

Lex fit la moue, peu convaincue mais ne poussa pas plus loin.

 

- Comment était votre voyage sinon ?

 

Lex lança un regard en coin diabolique à sa femme.

 

- Intéressant je dirais.

 

Tia sentit l'appréhension la saisir.

 

- Comment ça ? Fit Linya.

 

- Tu as entendu parler des exploits du « justicier » ?

 

Tia sursauta et grimaça avant de se jeter sur sa femme pour la faire taire. Celle-ci esquiva en riant et lui tira la langue avant d'attraper sa meilleure amie par le poignet et de la tirer derrière elle en se mettant à courir.

 

En poursuivant les jeunes femmes, Tia aperçut sa fille au bord de la piscine et se souvint qu'elle s'était disputée avec Sahel. Curieuse de savoir où elle en était, elle laissa là sa course-poursuite, de toute façon Lex arriverait à ses fins quoi qu'elle fasse, et rejoignit sa fille.

 

Elle s'assit à ses côtés et balança ses pieds dans l'eau. Voyant que sa fille n'avait pas noté sa présence, elle sauta dans l'eau toute habillée, empoigna l'adolescente et la jeta au centre du bassin. Celle-ci remonta à la surface en crachant ses poumons, complètement abasourdie.

 

- Maman ! S'écria-t-elle. Pourquoi tu as fait ça ?!

 

Les mains sur les hanches, Tia considéra sa fille un instant avant de sourire de façon malicieuse et de se jeter sur elle. Mais comme sa mère plus tôt, celle-ci esquiva l'attaque d'un mouvement instinctif qui prit Tia au dépourvu. Voyant son avantage, Lara se jeta de tout son poids sur son dos.

 

Mais Tia n'était pas née de la dernière pluie et elle attrapa le pied de sa fille, tira dessus et entraîna la jeune fille avec elle. La mère et la fille jouèrent ainsi durant plusieurs minutes avant que Lara ne crie grâce et ne grimpe sur le rebord de la piscine en soufflant comme un bœuf, épuisée.

 

Tia se hissa à ses côtés sans avoir l'air de fournir le moindre effort ce qui acheva de convaincre sa fille qu'elle était plus proche du Dieu que du simple humain. Avec une moue dégoûtée, la jeune fille roula sur le côté et se mit péniblement sur pied. Une serviette lui tomba dessus, la recouvrant entièrement et elle sentit quelqu'un la frictionner avec efficacité.

 

Sachant qu'il s'agissait de sa mère, Lara se laissa faire, un profond sentiment de bien-être l'envahissant. Elle se retourna et, toujours couverte de la serviette, passa ses bras autour de la taille maternelle.

 

Elle la serra contre elle un long moment sans rien dire et Tia lui rendit son étreinte en silence, appréciant ce doux moment. Ceux-ci se faisaient de plus en plus rares à mesure que Lara grandissait et elle craignait le jour où son bébé serait trop grand et partirait de la maison. Emménager ici, comprit-elle, était un bon moyen de contrer cela.

 

Lara fit glisser la serviette de sa tête et dévisagea sa mère, avant de l’informer :

 

- J'ai décidé d'apprendre à me connaître.

 

Tia haussa les sourcils mais ne dit rien, attendant la suite.

 

- Je l'ai annoncé à David et Sahel... ça ne s'est pas très bien passé.

 

- Qu'avaient-ils à y redire ? Demanda-t-elle sans comprendre le rapport entre les deux.

 

- Ca nécessite que je sois seule...

 

- Oh, je vois.

 

Un silence.

 

- Tu... le vis bien ? Je veux dire, tu étais prête à épouser Sahel et je sais que David t'aime énormément.

 

Lara posa la tête sur la poitrine de sa mère et soupira.

 

- Je les aime tous les deux mais je ne suis pas en mesure de prendre soin de l'un d'entre eux ou de nos couples ou même de choisir entre eux parce que je ne suis même pas en mesure de prendre soin de moi. Je dois faire les choses par étape. Je sais qu’au fond, David comprend mais Sahel... la façon dont il a grandi et les mœurs de sa Tribu sont tellement loin de notre façon de vivre et de penser que je ne crois pas qu'il ait compris que cela n'avait rien à voir avec lui.

 

- Je pourrais essayer de lui parler si tu veux...

 

La jeune fille secoua la tête.

 

- Linya s'en est déjà occupé. Ils s'entendent bien tous les deux étonnamment. Sahel écoute ce que dit Linya... je ne l'ai pas revu depuis qu'elle lui a parlé alors je ne sais pas s'il a fini par comprendre… il m'évite je pense...

 

Lara s'écarta et lança, soudain plus joyeuse :

 

- Oncle Gin a décidé d'organiser une petite fête ce soir pour votre retour à toi et Lex ! Lizzie a dit qu'elle inviterait sa petite-amie pour l'occasion, on va enfin la rencontrer !

 

Tia sourit, même si Lara était affectée par ses affaires de cœur ou toutes les choses qui lui étaient arrivées ces derniers mois, elle semblait également plus calme et plus forte. Elle songea alors que Lex avait eu raison, une fois de plus, Lara, à l'image d'Eve, saurait se relever. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'aurait pas besoin d'elles, mais elle s'inquiéterait moins maintenant. Son bébé avait grandi...

 

Avec un sourire doux-amer, Tia passa la main sur la tête de sa fille, la caressant à plusieurs reprises et demanda :

 

- Et sinon, pas trop de cauchemars ?

 

Lara secoua la tête.

 

- Len en fait toujours autant, mais je crois que cela a plus à voir avec ce qui est arrivé dernièrement qu'avec les souvenirs de Solan... Je m'inquiète pour lui maman. Il va mieux et reparle mais je crois que ce qu'Ashee lui a fait est plus profond que ce qu'elle m'a fait.

 

- C'est possible, répondit Tia après réflexion, mais ton frère est quelqu'un de réfléchi et puisqu'il reparle, on finira par parvenir à lui faire dire ce qu'il a sur le cœur. Si ce n'est pas moi ou Lex, alors ce sera toi, Gipsy ou Linya.

 

Linya avait établi une connexion avec son fils. Ils avaient tous deux une relation faite de respect et d'admiration qui l'avait surprise par sa maturité. Elle avait alors compris que son fils avait grandi et apprit beaucoup de choses pendant qu'elle se laissait aller à tomber en morceaux. Si ce qu'il avait appris lui était utile aujourd’hui pour faire face à ce qu'il vivait, cela n'était peut-être pas une si mauvaise chose qu'elle ait été absente alors. Après tout sans son absence jamais Linya n'aurait noué de lien suffisant avec les jumeaux pour changer la donne de la Prophétie et sauver ses enfants avec Frédéric.

 

Il y avait toujours un mal pour un bien. Elle ne devait plus l'oublier. Même si pour certaines choses, elle mettait du temps à comprendre quel bien coulait de telle souffrance, elle attendrait avant de s'apitoyer, elle cherchait et s'efforcerait de vivre avec optimisme.

 

Et cela commençait maintenant. Les inquiétudes devaient cesser. Que Zeus leur donne une solution ou non, elle Tia, finirait par en trouver une. Et s'il n'y en avait pas, alors elle trouverait un moyen de rendre leurs souvenirs anciens utiles, une méthode pour les empêcher de submerger leur vie actuelle.

 

Ses idées plus claires Tia remercia sa fille et la serra une fois encore contre elle avant de l’enjoindre à aller se changer. Elle fit de même puis rejoignit Rhapsody. Elle devait avoir une discussion avec elle à propos de ce qui se passait. Si elle voulait trouver un moyen de contrôler la résurgence de leurs souvenirs, cela commençait par être conscient du phénomène.

 

Ensuite, elle irait voir son fils et parlerait avec lui pour voir où il en était. De ce qu'elle avait aperçu lorsqu'elle était arrivée, il allait mieux. Bien même. Il souriait à Gipsy d'une façon qu'elle ne lui avait jamais vue auparavant. S'il était amoureux d'elle alors il se laissait le droit d'aimer. Et si c'était le cas alors il prendrait soin de lui. Il était plus conscient encore que Lara de l'importance d'aller bien soi-même pour être capable de prendre soin des autres. Lex lui avait appris cela et il avait bien mieux retenu la leçon qu'elle ou Lara. Ou peut-être était-ce simplement qu'elle et sa fille ne comprenait pas ces choses-là aussi bien que Lex et Len.

 

En rejoignant Rhapsody dans le patio arrière, elle sourit en se demandant à qui Maki et Jiyeon ressembleraient le plus en grandissant et de qui elles apprendraient le plus. En pensant à cet avenir, qu'elle n'envisageait pas sans Lex, Tia eut une idée. Cet avenir elle entendait bien le rendre réel. Cela ne demandait qu'un petit miracle mais après tout, les Dieux étaient réputés pour cela non ?

 

                                                                       ***

 

Les débats entre les Dieux furent houleux. Zeus, qui avait souhaité maintenir ceux-ci secrets avait dû revoir sa copie lorsqu'Eli s'était invité au débat. Aphrodite, Arès et tous ceux qui pensaient avoir une bonne idée des choses à faire ou même simplement une opinion qu'il souhaitait faire entendre, avaient ensuite déboulé.

 

Zeus en avait été fort contrarié mais la chose était une première et surtout donnait quelque chose de nouveau aux Dieux à se mettre sous la dent. Xena avait toujours eu cet effet et ça n'avait apparemment pas changé. Néanmoins certains des arguments avancés aussi bien par sa fille Aphrodite, à son grand étonnement, ou par Eli, à son grand agacement, avaient touché un point sensible.

 

Ils avaient discuté longtemps, mené plusieurs réunions, cela avait pris des journées entières. Des journées Olympiques. Zeus sourit de son propre jeu de mot. Le temps de l'Olympe n'était pas celui des mortels. Lorsque les autres Cieux, à l'image de Midgar, avaient décidé de se joindre également à eux, Zeus avait dû établir un roulement très strict pour permettre à tous de s'exprimer sans que cela ne tourne à la bagarre générale. Ce qui bien sûr tombait à l'eau dès lors que Discorde ou différents Dieux de la guerre se retrouvaient dans la même pièce.

 

Pour finir, Zeus les avait laissés se débrouiller et entraîné Eli à l'écart. Débattre avec lui était certes particulièrement agaçant, ce prophète d'une nouvelle religion sur son propre terrain l'irritant particulièrement, mais cela avait l'avantage de rester dans le calme et d'avancer.

 

Pour finir, une décision avait été prise et Eli avait proposé de se rendre sur Terre pour mettre Xena au courant. Zeus avait accepté. Il refusait de descendre sur la terre des mortels depuis qu'il avait perdu son fils adoré Hercule. Bien que celui-ci se soit régulièrement réincarné, il n'était plus Hercule et ne savait même pas qui il avait été la plupart du temps. Cela le rendait particulièrement triste, même s'il comprenait sa décision de vivre comme un humain jusqu'au bout.

 

Zeus se pencha en avant, curieux de voir comment la princesse guerrière allait prendre la nouvelle. Assurément elle ne s'attendait pas à la petite surprise qu'il avait demandé à adjoindre à tout cela.

 

Zeus était rancunier, mais il savait également tous les bienfaits que la grande femme et sa petite-amie avaient rendu au monde, aussi bien qu'aux Dieux en son temps. Il avait la mémoire longue pour les rancœurs, mais il la possédait aussi pour les récompenses et après tout ce que ces deux guerrières avaient vécu, elles méritaient bien cela.

 

Il vit Eli apparaître soudain devant Xena, en plein milieu de la piscine dans laquelle elle s'amusait avec sa femme et les vit sursauter, comme prises en faute. Cela l'amusa. Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour parler, Eli la devança et lui apprit ce qu'elle attendait et ce qu'elle n'attendait pas. Il la vit se figer et se tourner vers Gabrielle sans y croire. La petite barde se mit à pleurer, le visage dans les mains et Xena l'attira à elle pour la consoler, pleurant avec elle.

 

Eli resta un peu, incertain, cherchant Eve des yeux mais une semonce en provenance de Zeus le rappela à l’ordre et il s'éclipsa.

 

Les Dieux ne devaient pas se mélanger aux mortels, eut-il été leur prophète dans une autre vie. Satisfait, Zeus se redressa et soupira en voyant qui approchait.

 

Héra. Furieuse. Allons bon qu'avait-il encore commis comme impardonnable faute ?

 

 

Epilogue :

 

 

Depuis le début de la journée les festivités organisées au Ranch battaient leur plein. Officiellement, c’était pour fêter leur anniversaire de mariage/premier baiser/et tout ce qui était passé par la tête de Lex. Elle voulait tout regrouper, grisée par les bonnes nouvelles apportées par Eli, ce qui avait obligé Tia à lui parler du renouvellement de leur vœux. Etrangement, la jeune femme avait avoué vouloir faire cela avec juste leurs enfants, Linya, Enyalios  et Frédéric et Anna comme témoins. Mais elle avait également précisé vouloir faire une fête à tout casser avant cela. Tia avait donc prit ses dispositions pour emmener sa petite famille à Hawaï la semaine suivante. Elle comptait y organiser là-bas leur renouvellement de vœux et leur lune de miel.

 

L'expression de Lex à la mention de leur destination avait été adorable. Des étoiles brillaient littéralement dans ses yeux. Elle avait soupiré intérieurement, ennuyée de devoir passer sa lune de miel avec tout ces gens, fusse sa famille alors que la seule idée qu'elle avait en tête avant cela tenait en un mot : luxure. Mais bon, peut-être parviendrait-elle à envoyer tout ce beau monde dans un autre pays une fois la cérémonie achevée ?

 

On pouvait toujours rêver...

 

Une autre lubie de sa charmante femme,l'avait obligé à revoir toute la logistique de cette fête à « tout cassser ». En effet Lex avait tenu à ce que cela se passe au Ranch, elle n’avait pas expliqué pourquoi mais la mercenaire avait compris qu’elle voulait mettre un point final au chapitre de cette histoire à l’endroit où tout avait vraiment commencé pour leur famille.

 

Lex avait ensuite annoncé à Tia que dès l’année prochaine, il faudrait rajouter une date d’anniversaire. Celui de leur libération.

 

Lex avait été très heureuse de revoir son vieil ami, Eli. Et dans ces circonstances encore plus. Elle regrettait de ne pas avoir plus profité de sa présence mais à présent, elle savait qu’elle aurait l’occasion de le revoir. Lui et Aphrodite. De toute façon lorsqu’il lui avait annoncé les deux bonnes nouvelles elle n’avait rien pu faire d’autre que de s’écrouler en larmes. Elle n’avait pensé à rien d’autre qu’au soulagement infini que la seconde nouvelle lui avait apporté.

 

Car comme une récompense, un bonus ou simplement une grâce, les Dieux avaient supprimé son gêne malade, comme Aphrodite l’avait fait chez ses jumelles. Ce faisant ils lui avaient rendu sa vie.

 

D’après Eli, les Dieux avaient pris conscience que les actions de Tia, à l’image de celles de Xena et Gabrielle en leur temps, avaient ravivé l’espoir chez les mortels. Et des Mortels chez qui l’espoir primait recommençaient à croire dans les Dieux. Surtout lorsque les héros en lesquels ils croyaient signaient leur actes de bravoure d’ancien noms légendaires liés aux Dieux.

 

En effet, Tia lors de certaines de ses sorties nocturnes n’avaient pu résister à laisser une carte de visite. Capeline, la justicière Française des années 1700 avait ainsi refait surface sur les lèvres des mortels, tout comme ceux de Xena et Gabrielle.

 

Ainsi grâce à elles, l’ère qui s’annonçait signait le renouveau des Dieux. Cela affectait le Dieu unique prôné par Eli mais d’un autre côté cela faisait à nouveau parler de lui également. Notamment à travers la réinsertion réussie d’Eve, son premier et prophète favori.

 

Ainsi, comme lors de leur première existence, Xena et Gabrielle faisaient naître de l’espoir et créaient leur légende. Une légende où rien n’était impossible.

 

Tia et Lex étaient si heureuses et soulagées, qu’elles avaient convié tout le monde, clients comme employés à une journée de fiesta gratuite et ininterrompue.

 

Sahel qui n’avait pas le cœur à la fête avait demandé à retourner dans sa Tribu. Lara en avait été plus affectée qu’elle ne l’avait pensé, néanmoins elle était restée déterminée. Sahel avait montré son téléphone avant de monter dans l’avion et l’avait assuré qu’il serait toujours joignable pour elle.

 

Tia avait payé un guide pour le raccompagner, même s’il avait affirmé pouvoir se débrouiller seul et avait ensuite prévenu la nouvelle chef de sa Tribu.

 

Gin et Trinity avaient pris des congés et les avaient accompagnées au Ranch. Trinity était arrivée avec un cavalier, à la surprise général. Et ce qui était encore plus surprenant était sa timidité à son égard. Tia avait ironisé qu'elle avait enfin trouvé son maitre ce qui lui avait valu un regard noir de l'intéressée. Apparemment, le jeune homme, répondant au nom de Vince, était perchiste de haut niveau et avait littéralement eu le coup de foudre pour Trinity lors d'une fête de charité quelques mois plus tôt. Depuis lors, il la poursuivait d'une cours assidue qui avait émoussé les barrières infranchissable de la demoiselle. Cela plus ses projets d'expansion pour leur compagnie familiale annonçait une année à venir riche et occupé.

 

En bon père, un brin accro à ses filles, Gin avait incité Lizzie à laisser Anne-Lise, aussi gentille, les deux mercenaires avaient pu constater, que l’avait prétendu Lizzie afin de prendre un peu son indépendance affective. C’était ces mots précis, prononcés par son modèle et héros personnel, Tia, qui avait convaincu la jeune femme. Ca et le fait qu’Anne-Lise n’avait toujours pas terminé ses examens. Malgré tout, Lizzie avait souhaité que cette séparation fortuite serve à quelque chose. Elle avait conscience que ce n’était pas sympa de faire cela à sa petite-amie pendant une période aussi délicate pour elle, mais elle avait peur de perdre courage si elle attendait plus.

 

Aussi avait-elle pris celui-ci à deux mains alors qu’elle l’a raccompagnée après la petite fête organisée par son père et avait-elle tout déballé de son passé. Avant sa rencontre avec Tia, son histoire avec Tamara et tout ce que cela avait eu de traumatisant dans sa vie. Les séquelles que cela avait laissées. Elle avait même évoqué son amour pour sa grande cousine.

 

Anne-Lise n’avait rien dit, un peu choquée par tout cela mais lui avait assuré qu’elle la recontacterait lorsqu’elle aurait pris le temps d’y réfléchir. Elle l’avait prévenue que cela prendrait un peu de temps, sa priorité restant ses examens. Et bien qu’elle soit pleine d’appréhension, Lizzie avait été impressionnée par sa force de caractère et sa capacité à sectoriser les choses dans son esprit.

 

Présentement la jeune fille se trouvait avec sa sœur, près du buffet qui faisait plusieurs mètres de long. Lex avait vu les choses en très grand et Tia n’avait pas vu de raison de la briguer, aussi la jeune femme avait-elle commandé un orchestre qui jouait près du lac où une piste dansante avait été montée pour l’occasion. Entouré de pilier et de colonnes recouvertes de lierre, le lieu était enchanteur.

 

Pour ceux préférant la nourriture chaude, un barbecue géant était tenu par les amis et employés qui se relayaient à tour de rôle. Deux maîtres-nageurs avaient également été requis pour les baigneurs. En effet alcool et chaleur allaient rarement de pair avec la nage.

 

Tia avait invité tous ceux qu’elle connaissait et cela incluait aussi bien Marcelius que Gabriel qui était quand même plus vivable, elle s’en souvenait, lorsqu’il était Iolas. Curieuse, la mercenaire les observait de loin. Elle avait fini par comprendre qu’ils ne s’étaient encore jamais rencontrés et elle se demandait si celle-ci n’allait pas réveiller quelque chose.

 

Lorsque le petit homme blond, toujours aussi excité, laissa la demoiselle qu’il était en train de draguer pour se rendre au barbecue que tenait Marcelius, Tia se tendit, dans l’expectative.

 

- On dirait presque que tu as parié, se gaussa sa femme en avalant une gorgée de son vin favori.

 

Celui-ci était un cadeau de Linya qui l’avait importé de France pour l’occasion. C’était un grand cru d’Alsace, de la cuvée schoenenbourg. La bouteille seule coûtait 70 euros. Mais les arômes de fruits de la passion ravissaient le palais de Lex qui en avait fait sa boisson alcoolisée préférée.

 

- C’est le cas.

 

Surprise Lex haussa les sourcils.

 

- Avec qui et quoi ?

 

- Enyalios bien sûr, qui d’autre ? Sourit-elle sans quitter des yeux ses cibles. Et ce qu’on a parié ne regarde que nous.

 

Suspicieuse, Lex dévisagea sa femme. Ces deux-là étaient capables des trucs les plus stupides et elle se doutait bien que si Tia ne voulait rien lui dire, c’était parce que le gage pour le perdant devait être particulièrement idiot.

 

Tia put dire l’exact moment où Marcelius découvrit Gabriel. Le grand homme se transforma littéralement en statue de sel. Tia aurait ri si Gabriel n’avait pas fait la même chose. Cela dura quelques secondes puis l’ancien surhomme reprit vie et s’approcha du petit homme. Il posa une main sur son épaule et sourit stupidement. Le même sourire déforma le visage de Gabriel et Tia gloussa.

 

- J’ai gagné mon pari.

 

Très fière, Tia posa les mains sur les hanches en se redressant et chercha Enyalios des yeux. Lorsqu’elle le trouva, elle le toisa en haussant deux sourcils particulièrement satisfaite et le mercenaire comprit. Il fit la grimace, désappointé et se détourna. Tia ricana et se mit à marmonner.

 

- Qu’est-ce que tu racontes ?

 

- Rien, rien, répondit la grande femme avec un sourire diabolique, j’anticipe juste le gage qu’En va devoir faire tout à l’heure.

 

Tia ricana encore ce qui finit par intriguer sa femme.

 

- J’aurais le droit d’y assister ?

 

La mercenaire gloussa.

 

- Oh ne t’en fait pas, tout le monde y assistera.

 

Sur ces entrefaites, Harry se présenta devant elles. Surprises Tia et Lex sursautèrent. La grande femme fronça les sourcils. Comment le vieil homme était-il apparu sans qu’elle ne s’en rende compte ? Une seconde, quand était-il arrivé d’ailleurs ?

 

- Je tenais à vous remercier en personne pour votre invitation, ainsi qu’à vous féliciter pour la réussite de votre dernière mission. Les Dieux se sont montrés conciliants, comme prévu.

 

« Comme prévu ? » songea Tia. Ça voulait-il dire que le vieil savait déjà lorsqu’elle était allée le voir que cela se terminerait ainsi ? Pourquoi ne pas le lui avoir dit alors ? Comme s’il lisait dans son esprit, Harry répondit :

 

- Parler de l’avenir, à moins qu’il ne provienne d’une prophétie, est strictement interdit. Il est bien trop facile de le changer d’un seul mot mal choisi ou mal compris.

 

- Mais les Prophéties c’est bon ? Releva la grande femme sceptique.

 

Harry acquiesça avant d’expliquer :

 

- Elles sont suffisamment floues pour que même nous, nous n’ayions pas une vision claire du futur. Elles agissent plus comme un warning et de toute façon leur but est de changer le futur car celui prévu de base est sombre et met en danger plus que le futur d’une personne.

 

- Donc c’est bon, résuma Lex.

 

Harry hocha la tête.

 

- J’ai cru comprendre, enchaîna-t-il aussitôt, que vous fêtiez ici votre anniversaire de mariage, aussi je me suis permis d’apporter un présent pour commémorer ce jour.

 

Et comme s’il était magicien, ce que Tia soupçonnait qu’il était, il sortit de nulle part un livre assez épais qu’aussitôt elles reconnurent. Il s’agissait du registre d’unions des âmes, qui notait magiquement les unions mystiques depuis le commencement du monde et qui, grâce à un code couleur, notifiaient la situation de chacune d’entre elles au moment de la mort des partenaires ou au temps présent pour celles en vie. Certaines, destinées à la rencontre bien avant leur naissance, voyaient leurs noms déjà inscrit dans le registre, attendant simplement la réalisation de celle-ci.

 

- C'est..., commença Lex.

 

Harry hocha la tête avant qu'elle ne termine sa phrase.

 

- Mais vous pouvez nous le donner ? Je veux dire, il n'y a pas que nos vies dedans...

 

- Que ce soit notre Tribu ou vous qui le conservez, l'essentiel est qu'il le soit et qu'il se transmette à travers le temps. Prenez-en soin, il y a un peu de l'âme de chacun de ces couples à l'intérieur. Le lire est assez intéressant, ajouta-t-il avec un petit sourire, parfois triste, parfois heureux. Il s'agit de morceaux de vie après tout, ce livre est donc comme elle. Je pense qu'il vous revient, ne me demandez pas pourquoi, c'est ainsi que je le ressens et on ne remet pas en cause les intuitions des Oracles, c'est malvenu et source potentielle de drame.

 

- Oh, je n'avais pas l'intention..., protesta Lex, mais le vieil homme avait déjà tourné les talons.

 

Lex se tourna vers sa femme, déconcertée et celle-ci lui ébouriffa les cheveux, amusée.

 

- Je te prends ça, fit-elle en joignant le geste à la parole, je vais le poser dans la chambre, j'ai bien l'intention d'entamer sa lecture ce soir. Toi tu as un visiteur, ajouta-t-elle avec une mine contrite, avant de m'en vouloir, profite plutôt de cette opportunité comme d'une chance pour combler le fossé.

 

Sur ces mots, Tia tourna les talons et Lex, perplexe se retourna pour découvrir… son père au milieu du chemin qui regardait autour de lui, un peu perdu. Stupéfaite, Lex songea à courir après Tia pour l'engueuler avant de prendre conscience de combien il lui avait manqué. Tout allait bien pour elle désormais. N'était-il pas temps de faire la paix ? Elle avait ce qu'elle avait toujours souhaité. Elle pouvait lâcher un peu de lest, faire preuve d'indulgence envers ce père célibataire qui l'avait aimée et élevée du mieux qu'il pouvait après avoir perdu l'amour de sa vie. Les Dieux seuls savaient si elle aurait été capable de faire aussi bien si elle avait perdu Tia. Il avait fait de son mieux. Il avait seulement souhaité son bien. Ce qu'il pensait être son bien divergeait de ce qu'elle pensait mais cela ne faisait finalement pas de lui un être mauvais. Et puis, le choc de la savoir gay était passé maintenant, il devait être plus enclin à l'accepter sinon il n'aurait pas accepté l'invitation de Tia.

 

Son esprit adoucie par une nouvelle compréhension, Lex s'avança vers son père.

 

                                                                       ***

 

Un peu plus tard dans la soirée, Lex rejoignit Linya sur la terrasse sous le porche du ranch.

 

- Marre de la foule ? S'enquit la petite blonde.

 

- Un peu. Ça n'a jamais été mon truc ces mondanités, tu le sais.

 

- Tu joues mieux la comédie d'habitude.

 

Linya rit.

 

- C'est pour le boulot ça, mon ange ! Ici c'est pour le plaisir.

 

- Du coup ça ne devrait pas être difficile.

 

- Tu me cherches, c'est ça ? Tu sais que je fais bien semblant, que j'y suis habituée à cause de notre milieu et de toi qui adore ça et qui m'a traînée à chacune d'elles, mais cela m'épuise. Et puis je ne prends qu'une pause, en quoi ça t'ennuie à ce point ?

 

- Ca ne m'ennuie pas, soupira Lex, c'est juste... je te cherchais, j'avais besoin de te parler...

 

- Quelque chose ne va pas ? Fit-elle soudain inquiète.

 

- Tia a invité mon père...

 

Linya réprima un sourire devant la mine pitoyable de son amie.

 

- J'ai vu oui. Ça avait l'air de bien se passer.

 

- C'était le cas mais... j'avais tellement peur de dire ou de faire quelque chose qui le remettrait dans en colère que j'ai été plus tendue qu'autre chose... c'était crevant...

 

- Et tu me cherchais juste pour me raconter ça ?

 

Lex lui jeta un regard mi-déçue mi-vexée.

 

- Fais pas ta méchante, j'ai besoin d'un câlin.

 

Linya rit et l'attira dans ses bras.

 

- Là, là, il va mieux mon gros bébé ? Rit-elle en lui caressant les cheveux.

 

Lex, parfaitement satisfaite, hocha la tête tout contre sa poitrine. Consciente que la position plaisait à son amie qui en profitait un peu trop, le sourire de Linya se fit torve. Elle la repoussa, faussement agacée :

 

- Je ne pense pas que ta femme apprécierait de te voir te frotter à la poitrine d'une autre femme comme ça.

 

- Bah ça dépend, rétorqua Lex avec un grand sourire, si la femme en question n’est pas contre le partage.

 

« Et c'est reparti... », Songea la dirigeante blasée. Un éclair passa dans son regard et son sourire remonta sur un coin.

 

- Dans ce cas, ça change tout...

 

Et elle se pencha sur Lex et l'embrassa. Stupéfaite, celle-ci se figea alors que son amie forçait le barrage de ses lèvres de la langue. Contre toute attente, Lex resta figée, la rougeur envahissant son visage. Linya finit par avoir pitié d'elle et se recula.

 

- Et voilà, déclara-t-elle les yeux plissés, contente d'elle, le baiser promis. Il n'y en aura plus maintenant, dommage que tu n'en es pas profité plus que ça.

 

Sur ces mots, elle se remit sur pied, repoussa ses cheveux en arrière et lui jeta un regard par-dessus l'épaule.

 

- Ce n’est pas tout ça mais Enyalios attends pour sa danse, figure-toi qu'il est amoureux fou de moi et que je peux faire de lui ce que je veux...

 

Sous le choc une seconde fois, Lex ne put que regarder son amie s'éloigner avant de reprendre brusquement ses esprits. Elle se leva d'un bond en lui courant après, geignarde :

 

- Attends une seconde, c'est pas juste ça ! Tu peux pas partir comme ça après un tel baiser et encore moins sans m'avoir donné tous les détails concernant Enyalios ! C'est pas cool Linya ! Eh, tu m'écoutes ! Linyaaaaaaaaaaaa !

 

Pour toute réponse, la Dirigeante gloussa et accéléra le pas, ravie de son petit effet. Elle aussi elle pouvait jouer !

 

                                                                       ***

 

Malgré ce qu’elle avait déclaré à Lex, Enyalios n’avait pas invité Linya à danser, aussi fut-elle surprise lorsqu’elle se retrouva sur la piste de danse en sa compagnie. Assuré comme à son habitude, il ne semblait pas affecté par son rejet. Il la faisait virevolter tout en la couvant d’un regard sombre et amusé.

 

Elle découvrit avec un peu de gêne que c’était elle qui était embarrassée. Elle était mal à l’aise sous son regard et ne comprenait pas pourquoi.

 

La musique joyeuse et entraînante laissa opportunément place à un slow et Linya soupçonna son partenaire d’y être pour quelque chose. Son sourire satisfait le lui confirma.

 

Alors qu’il l’attirait contre son torse et l’enfermait dans une étreinte solide, elle sentit son souffle contre son oreille et son cœur fit un bond.

 

- Tu vas bien ? demanda-t-il, tu n’es pas aussi silencieuse d’habitude…

 

- Non, non, tout va bien.

 

Elle se recula un peu et le dévisagea.

 

- Je suis juste un peu… étonnée que tu ne m’évites pas.

 

Enyalios eut un sourire en coin.

 

- Et pourquoi je ferais ça, je ne suis pas un gamin. Tu me sous-estime, beauté, si tu t’imagines que ton refus actuel signifie que j’ai abandonné. J’ai bien l’intention d’attendre que tu sois prête. Et ce temps je compte le mettre à profit.

 

- A… à profit ? Bafouilla-t-elle, surprise et embarrassée par sa déclaration.

 

Il hocha la tête.

 

- Je vais continuer d’apprendre à te connaître et te donner l’occasion de me rendre la pareille.

 

- Ah et… comment feras-tu ça ?

 

- Je vais devenir ton nouveau partenaire. Je t’aiderai avec Lyoko à chaque fois que tu en auras besoin. Je le ferai gratuitement, en échange simplement d’un peu de temps avec toi.

 

Linya ouvrit la bouche, en quête de quelque chose à rétorquer mais ne trouva rien.

 

- Ne t’en fais pas, les jours où tu ne feras pas appel à moi et où je n’aurai pas de mission, je viendrai te rendre des visites amicales.

 

Autrement dit, elle allait l’avoir sur le dos pratiquement 24h/24… étrangement cette idée fut loin de lui provoquer l’agacement supposé. Le sourire dont il ponctua sa déclaration final acheva de la déstabiliser et elle finit par rougir sous son regard scrutateur. Celui-ci s’agrandit alors puis il se pencha doucement, déposa un baiser léger comme les ailes d’un papillon sur ses lèvres et chuchota :

 

- Je t’aime. C’est une première pour moi mais je saurai me montrer digne d’une personne comme toi. J’ai appris beaucoup en observant Tia et Lex. Plus encore en t’observant et je ne compte pas m’arrêter là. Alors commence à t'y habituer car ça n’est pas près de changer.

 

La rougeur sur les joues de la jeune femme s’accentua et elle se surprit à attendre avec impatience ces moments de collaborations. L’avenir lui apparaissait finalement moins triste que prévu, avec lui dans les environs elle aurait très peu de temps à consacrer à son chagrin d'amour. Elle sourit, hocha la tête et répondit avec un air de défi :

 

- J’attends de voir ça.

 

Les yeux de son vis-à-vis se mirent à pétiller mais il n’eut pas le loisir de poursuivre la discussion car ce fut ce moment que Tia choisit pour lui tomber dessus, un immense sourire aux lèvres.

 

- Il est temps de payer ton dû mon petit Enyalios, ricana-t-elle en posant la main sur son épaule.

 

                                                                       ***

 

La nuit n'allant pas tarder à tomber, Lex et Tia avaient décrété que c'était le moment pour la découpe du gâteau. Il s'agissait d'une immense pièce-montée surmontée de deux guerrières, l'une vêtue de cuir rouge et l'autre d'une armure marron avec épée et chakram.

 

- Tout a commencé avec elles, chuchota Lex à sa femme qui fixait les deux figurines avec étonnement, il est normal qu'on les invite à notre happy end.

 

Avec un sourire entendu, Tia acquiesça. Elle leva ensuite la main pour réclamer le silence.

 

- Je sais que tout le monde attendait avec impatience le moment du découpage, commença-t-elle avec un brin de grandiloquence avant de poursuivre d'un air sadique, et pour être à la hauteur de ces attentes, je me devais de réfléchir à un moyen de le rendre... historique. C'est pourquoi j'ai fait appel à une personne en particulier pour accomplir cette tâche.

 

Tia s'arrêta pour ricaner avant de se tourner vers le ranch, les mains en porte-voix.

 

- Enyalios ! Cria-t-elle, on t’attend, on a faim !

 

Puis elle se tourna vers les invités et les incita de la voix et de la main à crier avec elle :

 

- On a faim, on a faim !!!

 

Tout le monde reprit le mantra en chœur docilement. Lizzie ne voyait pas où sa cousine voulait en venir mais à son air un peu trop contente d'elle-même, cela risquait d’être amusant. Comme les autres elle se tourna vers le ranch mais avant de pouvoir joindre sa voix à la leur, sa sœur lui tapota l'épaule et lui désigna quelque chose derrière elle.

 

- Je crois que ta réponse vient d'arriver, fit-elle avec un sourire.

 

Déconcertée, Lizzie se retourna et découvrit, quelques pas plus loin, Anne-Lise, l'air un peu gêné. Elle ouvrit la bouche et écarquilla les yeux avant de se mettre en mouvement sans en avoir conscience. Elle s'arrêta devant son amie, lui prit la main, hésitante et dit :

 

- S... Salut.

 

Anne-Lise lui répondit par un sourire et une pression de la main ce qui encouragea la jeune fille.

 

- Tes examens se sont bien passés ? Je ne pensais pas te voir si vite, ajouta-t-elle.

 

Anne-Lise hocha la tête.

 

- J'avais hâte d'en finir, je n'ai fait que penser à toi et ça m'a légèrement perturbée. Je ne pense pas avoir d'aussi bonnes notes que prévu, mais pour ce que je vise, cela suffira.

 

Devant l'air coupable de sa petite-amie, Anne-Lise fit un pas en avant et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Elle aimait ça, que sa copine, bien que plus jeune en âge, soit plus grande qu'elle. Ça lui donnait l'impression d'être une petite chose dont Lizzie saurait prendre soin.

 

- Ne soit pas désolée, c'est une bonne chose. C'est la première fois qu'une fille entre à ce point dans ma tête. Tu sais combien de temps j'ai attendu que quelque chose comme ça m'arrive ?

 

Lizzie se souvint qu'Anne-Lise avait l'air d'envier ses amies follement amoureuses de leurs copains respectifs lorsqu'elles n'étaient encore qu'amies toutes les deux. Les yeux pétillants, Lizzie comprit qu'Anne-Lise l'aimait peut-être déjà avant, mais que ce qui lui avait permis d'en prendre conscience et de s'en réjouir était le pas qu'elle-même avait fait vers elle. La confiance pouvait être dangereuse placée chez la mauvaise personne, mais donnée à la bonne, cela renforçait les liens.

 

Anne-Lise ici, cela signifiait qu'elle l'acceptait comme elle était. Cela aurait suffi à son bonheur mais entendre que la fille qu'elle aimait, l'aimait en retour et qu'elle était, en quelque sorte, ce qu'elle avait attendu tout ce temps, remplissait Lizzie d'un tel bonheur qu'elle crut qu'elle allait éclater.

 

Elle attrapa le visage de son amie et l'embrassa à son tour, mettant toute sa joie et son amour en celui-ci avant de la tirer derrière elle pour qu'elles rejoignent la liesse général.

 

Ravies, les deux jeunes filles crièrent en chœur avec la foule jusqu'à l'apparition d'Enyalios... qui fit taire toutes les voix d'un seul coup avant qu'un immense éclat de rire ne secoue l'ensemble du groupe.

 

L'air tout d'abord gêné au-delà du possible, Enyalios prit ensuite soin de se montrer hautain. Se redressant de toute sa stature, il bomba le torse et avança dignement, fendant la foule pour rejoindre Tia qui ricanait en le montrant du doigt, beaucoup trop fière d'elle.

 

Il lui retourna un regard noir et tenta de garder sa prestance naturelle malgré sa tenue des plus ridicules. Il était vêtu en tout et pour tout d'un pagne de paille, d'un os enroulé dans ses cheveux qui avaient été permanentés pour l'occasion. Sa peau toute entière était recouverte d'un maquillage marron foncé.

 

- Mais... d'où vient cette idée de gage ? Demanda Lex entre deux étranglements.

 

- Tu te souviens il y a trois mois, une famille avait oublié une partie de ses affaires ici. Avant de les renvoyer pour être sûr que tout ce qu'ils attendaient s'y trouvait, on a fait l'inventaire avec Frédéric. Enyalios était ici et il s'ennuyait alors il nous a aidé. Parmi les affaires il y avait une série de BD de Tintin. L'une d'elle, Tintin au Congo a attiré son attention et il l’a lu. Il a prétendu, en voyant Lara se marrer devant la tête des indigènes en demandant à Sahel si certains étaient vraiment comme ça, que lui, même ainsi serait viril et sexy. Tu penses bien que j'ai retenu son affirmation. Je savais que tôt ou tard je pourrais la lui faire ravaler...

 

- Il est peut-être ridicule, pouffa Linya à ses côtés, mais on ne peut pas nier qu'il garde un côté viril et sexy malgré tout.

 

- Il a pris bien soin de huiler son corps, rigola Lex, pour qu'on ne manque pas sa musculature avantageuse et...

 

- … ça fait son petit effet, concéda Tia avant de répliquer, mauvaise joueuse : il n'en reste pas moins ridicule et je m'en vais immortaliser ce moment épique.

 

Sur ces mots, elle sortit son téléphone et entreprit de prendre une série de clichés avant de le faire basculer en mode vidéo en ricanant qu'il s'en souviendrait toute sa vie. Aussi digne que possible, le mercenaire attrapa le couteau et entreprit de découper avec soin les parts de la pièce-montée.

 

- Au fait, songea soudain Lex, tu ne m’as pas dit ce qu’était la bonne question concernant le justicier.

 

Tia ricana.

 

- Je parie que tu n’y as pas vraiment réfléchi.

 

A l’expression de sa compagne, elle avait visé juste. Tia ricana encore, se pencha, l’embrassa et déclara tout contre sa bouche, à la plus grande frustration de Lex :

 

- Cherche encore petit scarabée, ta fainéantise me consterne.

 

Lex se recula, la fusilla du regard et soupira. Elle aurait peut-être dû songer à déposer une réclamation auprès des Dieux concernant l’arrogance de sa femme… si elle avait bien négocié, elle aurait peut-être même pu la rendre docile.

 

Jaugeant celle-ci du regard, elle songea à l’argumentaire à déposer auprès d’Aphrodite. Maintenant que les négociations avec les Dieux étaient rouvertes, nul doute qu’elle aurait l’occasion d’en parler avec elle dans le futur.

 

Tia ricana encore, et en l’entendant, Lex songea que ce qui aurait dû être un son agaçant lui donnait un coup au cœur. Dieu que Tia était sexy… tout la rendait sexy…

 

- Si tu veux préparer un coup d’état mon amour, il vaudrait mieux la prochaine fois penser à fermer notre lien un peu plus, chuchota-t-elle en faisant allusion à son plan de la rendre docile.

 

- C’était juste pour rire, s’excusa-t-elle en rougissant avant de lui tirer la langue. Tu peux être si agaçante par moment.

 

Là, Tia éclata de rire.

 

- Comme si tu n’étais pas folle de ce côté de moi !

 

Consciente qu’elle disait vrai, Lex l’ignora superbement avant de détailler la foule alentour. Elle était heureuse d'y voir tous ces visages amis. Son futur était serein, sa mort également puisque leur cycle de réincarnation à elle et Tia n'était pas terminée. Eli avait été catégorique là-dessus, Zeus tenait à ce qu’elles poursuivent leurs influences sur les mortels au-delà de cette vie.

 

Plus tard ce soir-là, Tia avait avoué qu’elle avait eu l’intention d’extorquer à Zeus la guérison de sa maladie s’il ne l’avait pas accordé de lui-même. Elle s’était rappelé une faveur qu’il lui devait depuis l’époque où elle avait été Xena et étant donné qu’il avait tardé à la lui rendre, sa guérison aurait été les intérêts qu’elle comptait réclamer.

 

Savoir que Tia n’avait ni oublié ni renoncé à la sauver coûte que coûte, redevenant par cette décision l’héroïne capable de repousser l’impossible, Lex avait senti son cœur se gonfler d’une joie si intense qu’elle avait éclaté en sanglots.

 

Lex était heureuse. Complètement et totalement. Tous ses amis étaient en vie et présents, sa famille, toute sa famille, était ici. Son père était d'ailleurs en train de montrer à Jiyeon et Maki leur tonton En qu'il ne fallait surtout pas imiter à l'avenir. Lex était heureuse de voir qu'en apercevant ses deux adorables jumelles, son père avait perdu toute son arrogance et ses certitudes idiotes pour redevenir le père qui l'avait élevée, tombant complètement sous le charme de ses petites-filles.

 

Le regard de Lex glissa sur son père et elle rendit son sourire à la mère de Linya. Sa famille était arrivée dans l'après-midi et Rhapsody et ses enfants une heure plus tôt. Gipsy s'était d'ailleurs empressée de rejoindre Len. Son fils avait eu l'air plus heureux et serein que jamais, ce qui l'avait beaucoup rassuré. Lara était célibataire mais n'avait pas semblé aussi affectée qu'elle et Tia l'avaient craint. Au contraire, on aurait dit qu'une assurance nouvelle la possédait. Il y avait bien du Eve en elle, avait songé Lex. Gabrielle avait toujours aimé Eve, même si celle-ci ne l'avait pas vraiment cru. Alors Lex était heureuse de voir un peu d'elle en sa fille.

 

Elle répondit au petit geste de Rhaspody, heureuse de sa présence. La jeune femme n'avait pas été mise au courant de toute cette histoire d'âme. Elle avait cru être tombé malade et avoir déliré à cause de la fièvre et personne ne l'avait détrompé. Néanmoins Lex était impressionnée par sa volonté de se cacher la vérité. Tia avait été plus indulgente, sa vie actuelle ne ressemblait en rien à celle qu'elle avait eu, et Lao-Ma avait toujours dit être capable d'échanger une vie royale contre une famille heureuse. Etre morte de la main de son fils avait dû la traumatisé plus que ce qu'elles avaient imaginée...

 

Pour l'heure les problèmes de la jeune femme était terminé. Elle avait perdu son mari et son frère mais elle avait ses deux enfants, heureux et en bonne santé. Ses dettes étaient réglées et son amitié avec Tia était indestructible, même si elle n'en avait pas conscience. Elle avait déclaré vouloir reprendre l'enseignement maintenant que ses dettes étaient payées. Lex espérait qu'elle rencontrerait vite quelqu'un qui lui ferait oublier ses quelques troubles avec sa femme. Elle le méritait et cela lui permettrait à elle, Lex, de vivre leur amitié plus sereinement. Elle aimait vraiment beaucoup la Rancheuse. Après tout, elle n'avait jamais pu être réellement en colère contre les dérapages que Rhapsody avait vécu avec Tia, et ce, dès le premier jour, néanmoins cela jetait quand même un petit voile sur leur relation et elle serait heureuse de le lever.

 

Lex finit son tour des yeux et découvrit que tout le monde la fixait. Elle se tourna vers sa femme et la vit en train de lui tendre une part de gâteau. Un sourcil levé de sa femme lui fit comprendre qu'elle n'était pas dupe de son moment de distraction et elle sourit. Elle ouvrit la bouche et Tia y déposa un morceau. La grande femme ne résista pas à sa pulsion et déposa un baiser appuyé sur ses lèvres alors qu'elle refermait la bouche. Elle la prit ensuite dans ses bras et sourit à Enyalios de toutes ses dents :

 

- Tu vas devoir rester comme ça jusqu'à la fin de la petite fête, déclara-t-elle doucereuse.

 

Son ami lui jeta un regard hautain avant de partir à grand pas, entraînant une Linya écroulée de rire, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Tia se tourna vers la femme qui faisait battre son cœur depuis tant de siècle, déposa un baiser sur sa tempe et laissa sa tête reposer sur la sienne.

Elle était heureuse.

 

Après tous ces siècles d'attente, elle avait enfin pu épouser sa Gabrielle. Et elles étaient assurées de finir leur existence ensemble.

 

Elle était sa femme, pour toute leur vie et son âme-sœur pour d'autres vies.

 

Xena et Gabrielle, ensemble à jamais. C'est ce qu'elles avaient toujours voulu. Tia se redressa et Lex la regarda. Elles se perdirent dans les yeux de l'autre, leurs âmes chantant à l'unisson.

 

- Ca y est, chuchota Lex, on peut enfin être juste heureuse. Je t'avais dit que si on restait ensemble sans abandonner, on y arriverait. On l'aurait eu plus tôt si tu n'avais pas été aussi têtue. Stupide princesse guerrière qui veut toujours avoir raison.

 

- J'ai eu de la chance de croiser la route d'une barde naïvement optimiste et qui a décidé que m'aimer était la chance de sa vie. Alors merci pour ta foi en moi à travers tous ces siècles. Ce moment c'est à toi qu'on le doit.

 

Parfaitement d'accord avec ça, Lex hocha la tête et Tia lâcha un petit rire. Gabrielle était modeste, mais Lex non. Lex était Lex, même avec l'âme et les souvenirs de Gabrielle. Et c'était bien comme ça.

 

 

 

Fin.

 

 

 

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01 octobre 2016

Edition automnale

mar

Au menu :

- quatrième partie de Chose promise, chose due, de Missy Good, traduction de Fryda !

- Nos vies passées, de honey, chapitres 5 à 10

Bonne lecture !

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Chose promise, chose due, partie 4

Voir les avertissements en partie 1


Chose promise… chose due

4ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Le long couloir se terminait dans une sorte de cul-de-sac dans lequel était encastrée une large porte en bois, flanquée de deux gardes qui avaient l’air de s’ennuyer. « Elle est là … s’ils vous laissent entrer », expliqua Mestre brièvement, puis il s’arrêta et laissa Gabrielle et Arès continuer, observant les hommes avec un dégoût plein de lassitude.

La barde évalua les gardes en s’approchant et ils la regardèrent. Tous les deux étaient jeunes et négligés, avec des cheveux noirs et une armure correcte. Le garde le plus proche leva la main quand elle s’avança à distance de discussion. « Fiche le camp. »

Gabrielle soupira intérieurement. Ce n’était pas un bon début. « Bonjour », répondit-elle. « Je m’appelle Gabrielle. »

L’homme cligna des yeux. « Fiche le camp », répéta-t-il.

« J’aimerais vraiment entrer pour parler à la Princesse », répliqua la barde en se rapprochant, ses mouvements rassurants. « Vous savez… elle semblait plutôt seule hier soir… je pensais essayer de lui remonter un peu le moral… je suis une barde… j’ai plein d’histoires à raconter. »

« Fiche le camp ou je te coupe la tête », répliqua l’homme.

Gabrielle regarda le loup au pelage noir assis patiemment à ses pieds. « Tu sais, Arès… parfois, je ne suis pas d’humeur à traiter les choses par la parole. » Elle soupira puis regarda le garde. « D’accord. Laissez-moi entrer ou je dirai à Xena que vous ne l’avez pas fait et elle viendra vous briser les deux bras. »

Silence de mort tandis que les deux gardes la regardaient, puis échangeaient un regard. « Si elle est de bonne humeur », continua la barde. « Mais si elle est de mauvaise humeur, elle va probablement vous briser aussi les jambes… Bien que je l’ai déjà vue vraiment hors d’elle et commencer à arracher des parties de gens qui l’ont rendue furieuse. « Elle mit les mains sur ses hanches et attendit.

Le garde recula avec un faux sourire, puis il déverrouilla la porte et lui fit signe d’entrer.

« Merci. » Gabrielle lui fit son visage le plus approbateur. « J’apprécie vraiment. » Elle se glissa dans la chambre et regarda autour d’elle. C’était une suite de plusieurs pièces et des voix basses et étouffées lui parvenaient de derrière une arche masquée par un rideau. « Et bien, Arès… nous y sommes maintenant », murmura-t-elle en se passant les doigts dans les cheveux tout en ajustant sa tunique. « Espérons qu’elle ne va rien nous jeter à la tête. » Elle alla tranquillement vers la porte et se tint dans l’encadrement, une main sur les tentures qui tombaient de l’ouverture.

Les voix s’arrêtèrent lorsqu’ils la repérèrent et trois paires d’yeux surpris, puis hostiles, se tournèrent vers elle. La princesse se trouvait là avec un jeune homme et une jeune femme qui portaient des vêtements de grande valeur. Ils avaient environ le même âge et le garçon essayait de faire pousser une moustache.

Ce qui n’avait pas de franc succès, mais Gabrielle avait des choses plus importantes à régler. « Bonjour. » Elle se tint là, calmement, grattant la tête d’Arès, calmant le loup dont les poils se dressaient à ce mauvais accueil. « Je pense qu’on s’est rencontrées hier soir. »

Le garçon se mit devant la princesse. « N’approchez pas… je vous préviens, je suis un excellent combattant. »

Gabrielle rit, sa voix ensoleillée sonnant dans la pièce. Elle écarta les bras et se regarda. « Je pense que vous devez me confondre avec ma compagne… c’est elle la grande aux cheveux noirs qui fait dans le cuir et les coups de pied aux fesses» Elle sourit. « Je suis une barde et je raconte des histoires. »

Ils la regardèrent d’un air soupçonneux.

« Vraiment. » Gabrielle laissa ses bras retomber et les regarda tous les trois. « Je voulais juste te parler. »

La princesse se leva et poussa le garçon hors du chemin, avançant rapidement vers la barde, puis s’arrêtant à une longueur de bras. Elles faisaient à peu près la même taille, mais la princesse avait une constitution très mince, presque filiforme en profond contraste avec l’assurance robuste et musclée de la barde. Elle regarda Gabrielle droit dans les yeux pendant un long moment. « Laissez-nous », finit-elle par dire en se tournant vers ses amis. « Allez… allez vous chercher un petit déjeuner. »

Le garçon se hérissa. « Ecoute, Silvi… on ne va pas te laisser seule avec cette barbare. »

Gabrielle se gratta l’oreille. « C’est la première fois qu’on m’appelle comme ça », murmura-t-elle à Arès, qui leva la tête et se lécha les pattes arrière. « Bon sang, ils ont dû vivre en vase clos s’ils pensent que moi, je suis une Barbare. »

Silvi l’entendit et lança un regard rapide dans sa direction avant de faire un geste aux deux autres. « C’est bon… partez. » Elle tourna sa tête rousse et regarda Gabrielle, laissant son regard balayer la barde de la tête aux pieds. « Prenez un plateau et revenez. Ça ne devrait pas prendre longtemps. »

Avec des regards sévères, les deux autres quittèrent la pièce et un profond silence colora la pièce en leur absence. Silvi se tourna et joignit les mains devant elle. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle leva le menton et prit une expression noble.

« Juste parler », répondit la barde avec un sourire. « Je ne suis jamais venue dans cette cité auparavant… ça semble agréable. »

« Nous n’avons rien à nous dire », répondit Silvi. « Alors si ça ne t’ennuie pas, je suis plutôt occupée. »

Gabrielle regarda autour d’elle, notant les volants froufroutants  sur le lit et l’air de jeunesse des meubles de la chambre, et elle se dit que c’était probablement la chambre d’enfance de la princesse, pas encore adulte. « J’étais curieuse… en fait… hier soir, quand tu nous as été présentée, tu semblais amicale. Après le départ de Linneus, tu ne l’étais pas. » Elle s’interrompit et regarda la princesse. « Pourquoi ? »

« Et bien. » Silvi était déconcertée et cela se voyait. « Je… euh… je ne sais pas de quoi tu parles. Pourquoi devrais-je être amicale avec l’un de vous ? Vous êtes tous des porcs. » Elle lança un regard distinctement inamical à Gabrielle. « Vous êtes des amies de Garanimus le connard. »

Gabrielle soupira et alla vers une petite table pour se percher sur le coin. « Pas vraiment. » Elle joua avec un morceau de rocher qui se trouvait sur la table. « C’est plus une histoire de service obligé. » Elle leva les yeux et regarda la princesse. « Est-ce que Linneus est un de tes amis ? »

« Un simple soldat ? Ne sois pas stupide », répondit brusquement Silvi. « Il représente simplement une faction plus acceptable. »

Les sourcils blonds grimpèrent. « Un seigneur de guerre ou un autre… quelle différence cela fait-il ? » Demanda Gabrielle avec curiosité. « Je ne comprends pas. »

Silvi vint vers elle. « Ça fait une réelle différence, espèce de folle », répliqua-t-elle. « N’importe qui est mieux que ceux que nous avons maintenant… ils sont horribles… j’aimerais les voir tous morts… et nous qui pensions avoir une chance d’en être débarrassés. » Elle jeta un regard noir amer à Gabrielle. « Jusqu’à ce que tu arrives. » La princesse se tordit les mains. « Toi et cette… cette femme. »

La barde la regarda tranquillement. « Elle est plutôt gentille quand on arrive à la connaître mieux. »

Silvi la fixa. « Quoi ? »

« Xena. » Gabrielle se leva et croisa les bras. « Je présume que c’est d‘elle dont tu parles… ce n’est pas une mauvaise personne. »

Les cils clairs battirent plusieurs fois. « Comment peux-tu dire ça ? »

La barde soupira et laissa un sourire affectueux venir sur ses lèvres. « Je vis avec elle depuis trois ans », répondit-elle tranquillement. « Ecoute, elle n’aime pas Garanimus… s’il y a un moyen de le sortir d’ici, elle le trouvera. »

Silvi s’arrêta puis contourna la barde avec un air interrogateur. « Et pourquoi elle ferait ça ? » Demanda la jeune fille, le visage endurci. « Elle est aussi mauvaise que lui… peut-être pire de ce que j’ai entendu. »

Gabrielle souffla. « Ce n’est pas vrai. » Une pause pensive. « Plus maintenant. »

La fille rit brièvement. « C’est une putain… ils sont amants… pour qui tu me pr… » Elle s’interrompit à l’avancée brusque de Gabrielle, se figeant quand des yeux devenus aussi froids qu’une tempête sur l’océan s’arrêtèrent à quelques centimètres d’elle, dans un visage dont la contenance normalement amicale était passée à une colère soudaine avec une vitesse surprenante.

« Ne l’appelle pas comme ça. » La voix de Gabrielle était devenue basse et dure. « Tu ne la connais pas du tout. »

Silvi recula d’un pas nerveux. « M… » La jeune femme blonde semblait soudain bien plus menaçante que les gardes devant la porte.

La barde avança d’un petit pas, les poings serrés. « C’est ma meilleure amie et je ne supporte pas les petites filles ignorantes qui parlent d’elle comme ça. »

La princesse leva les mains. « D’accord… d’accord… calme-toi. » Elle prit une inspiration tremblante. « Ecoute, je suis une princesse royale… »

« Et je suis une Reine amazone », contra Gabrielle. « Qu’est-ce que tu voulais dire ? » Elle était toujours hérissée.

« Une… » Les yeux gris s’agrandirent. « M… »

Brusquement, Gabrielle se reprit et détendit fortement sa posture. Dieux… qu’est-ce que tu crois être en train de faire, par Hadès ? « N arrive habituellement juste après », dit-elle calmement. « Désolée… je suis un peu sensible quand des gens supposent des choses sur elle que je sais ne pas être vraies. »

Silvi cligna des yeux. « Tu es vraiment une Reine amazone ? »

Gabrielle se frotta le nez. « Oui », répondit-elle. « Bizarre, hein ? »

La jeune fille l’étudia. « Tu n’as pas l’air d’une reine. Tu as plutôt l’air d’une paysanne. »

La barde refusa de mordre à l’hameçon. « Les Amazones ne vivent pas dans des palaces froufroutants », répondit-elle d’un ton neutre. « Et elles ne règnent pas simplement à cause de leur naissance. »

Silvi eut l’air blessée. « Tu es grossière. »

« Honnête », lança Gabrielle « Et pas aussi grossière que tu ne l’es. »

Toutes les deux se fixèrent. Silvi finit par lâcher un soupir vexé. « Je ne t’aime pas beaucoup. »

Gabrielle ne dit rien.

Un long silence.

« Pourquoi voudrait-elle nous aider », finit par demander la princesse à contrecœur.

La barde avança d’un pas et se réinstalla sur le coin de la table. « C’est ce qu’elle fait, maintenant. »

Silvi leva son nez fin et aristocratique. « Je trouve ça difficile à croire. »

Lentement, Gabrielle sourit. « Elle aussi. » La barde croisa les bras. « Mais c’est vrai. »

Un souffle, et soudain la princesse eut vraiment l’air d’une jeune fille effrayée, engloutie dans une situation qui lui échappait. « Pourquoi aide-t-elle Garanimus, alors ? Elle ne voit pas combien il est horrible ? »

La barde se leva et alla vers les doubles portes ouvertes qui menaient à un petit balcon incurvé. Elle mit les mains sur le rebord et regarda en bas, où elle vit des petites silhouettes qui avançaient laborieusement près de plusieurs petits bâtiments juste à droite de la cour principale du château. Son regard trouva immédiatement ce qu’elle cherchait, une silhouette confiante qui se tenait sous un arbre proche, attentive. « Elle le voit. » Elle se retourna pour répondre à Silvi qui était sortie et regardait aussi vers le bas. « Mais elle lui doit un service… et elle prend ce genre de choses très au sérieux. »

Silvi observa l’activité en bas. « Qu’est-ce qu’ils font ? »

Gabrielle regarda. « Ils se lavent », répondit-elle succinctement.

Un petit sourire hautain recourba les lèvres de la princesse. « Vraiment. » Elle regarda les hommes. « Peut-être qu’ils vont prendre la crève alors et qu’on sera débarrassés d’eux comme ça. » Elle se retourna tandis que des voix flottaient depuis la porte ouverte. « Vasi. »

L’homme se précipita à l’intérieur, sa main sur sa dague, une expression presque comique d’héroïsme noble sur le visage. « Je suis là, Altesse ! » Il lança un regard soupçonneux à Gabrielle. « Tu vas bien ? » Demanda-t-il à la princesse.

« Oui, je vais bien », l’assura Silvi. « Nous discutions juste. » Elle regarda à l’intérieur. « Allons prendre le petit déjeuner. » Son regard alla vers la barde. « Gabrielle, c’est ça ? »

Un hochement de tête.

Des yeux gris qui contenaient maintenant un soupçon de respect timide, mais prudent étaient dirigés vers elle. « Tu veux te joindre à nous ? »

L’homme ricana. « Silvi, tu veux rire ? » Il lança un regard incrédule à Gabrielle. « Tu ne vas pas manger avec une paysanne, pas vrai ? »

La princesse sourit légèrement. « Ah, Vasi… les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent », murmura-t-elle. « Tu peux nous laisser si tu veux… tu as mon autorisation. »

Vasi la regarda puis Gabrielle, confus. « Non… non… Majesté… Il est hors de question de te laisser sans protection », bafouilla-t-il. « Bien sûr que je reste. »

Silvi hocha la tête. « Très bien. » Elle se dirigea vers les portes intérieures où l’autre jeune fille attendait. « Elanora… s’il te plaît, asseyons-nous. » Elle s’assit attendant qu’ils la rejoignent. Vasi et Elanora regardèrent Gabrielle avec incertitude tandis que la barde prenait tranquillement son siège, faisant signe à Arès de s’enrouler près d’elle. « Ce sont mes cousins », expliqua la princesse, levant un petit pain feuilleté du plateau avant de le placer au milieu de son assiette. « Leur père et le mien sont frères. »

Gabrielle les étudia. « Ravie de vous rencontrer… » Déclara-t-elle d’un ton plat.

« Mm… » Silvi hésita. « Et comment tu préfères qu’on t’appelle… juste Gabrielle ? »

La barde hocha la tête.

La princesse posa un petit pain sur l’assiette de son invitée et tendit le plateau à ses cousins. « Je crois que tu as dit être une… une barde, c’est ça ? » Elle eut un autre hochement de tête pour réponse. « Alors… tu racontes des histoires ? »

« Oui. » Gabrielle prit une gorgée d’eau du verre devant elle. « Tu voudrais que j’en raconte une ? »

« Sur les vaches et les poulets ? » Ricana Vasi.

Le regard vert brume le cloua sur place. « En fait, je pensais plutôt à une tentative de meurtre sur la Reine Cléopâtre d’Egypte… et comment elle a été déjouée », répondit Gabrielle d’un ton neutre. « Mais je peux aussi trouver un ou deux poulets si c’est le genre de choses que vous voulez entendre. »

Les trois la regardèrent avec un peu d’étonnement. « Je n’en ai pas entendu parler… père l’aurait sûrement dit. » Vasi lui lança un regard soupçonneux.

« Et bien… » Gabrielle rit doucement tout en prenant son petit pain pour y mettre du beurre et de la confiture. « Ça a été gardé sous le manteau… on ne veut pas faire de la publicité à ce genre de chose. »

Elanora s’éclaircit la voix. C’était une fille aux cheveux noirs avec un nez crochu et des yeux très grands. « Alors comment tu le sais, toi ? » Sa voix était à demi méprisante et à demi défiante.

Gabrielle prit une bouchée et la mâcha, les regardant avec des yeux connaisseurs. « J’y étais », répondit-elle après avoir avalé. « Vous voulez que je raconte ? »

Silvi posa son menton sur sa main et mordilla sa propre portion. « S’il te plaît. »


Le soleil de la fin d’après-midi tombait sur le dos de Xena, la couvrant de chaleur sur ses épaules tandis qu’elle regardait les derniers soldats, irrités et dégoûtés, mais propres, retourner péniblement dans leurs quartiers maintenant balayés, lavés et débarrassés de la saleté. Elle avait travaillé avec eux toute la journée, portant des seaux d’eau et maniant une pelle pour débarrasser l’endroit d’une accumulation de poussière et de mousse qui lui retournèrent l’estomac même à elle.

A gauche de chaque hutte, des rangées d’armures séchaient, les morceaux de métal résonnant piteusement dans la brise vive qui lui soulevait les cheveux et soufflait le frais sur sa nuque. Au moins ça sent meilleur, décida Xena, balançant d’avant en arrière sur ses talons et observant son travail avec un sourire hautain et satisfait. Du coin de l’œil elle saisit plusieurs villageois qui regardaient avec des airs amusés et qui disparurent quand ils la virent venir dans leur direction.

Ils s’éparpillèrent à l’exception d’une femme d’âge mûr appuyée contre le puits, ses bras croisés sur son ample poitrine. Elle retourna le regard interrogateur de Xena et la guerrière s’avança pour prendre une rasade d’eau tant qu’elle y était. La femme la regarda descendre le seau dans le puits et le remonter avant de parler.

« T’les as lavés, pas vrai ? » Des yeux marron foncé l’observaient avec prudence.

Xena prit une rasade d’eau et l’avala. « Ouais. » Elle remit le seau sur son crochet et se tourna pour être face aux quartiers de soldats, tenant la louche dans une main et prenant de l’eau par à –coups. « Fallait. »

Un ricanement. « Dieux, pour sûr. » Un silence tandis que la vieille femme l’étudiait franchement. « On dit que tu viens d’Amphipolis », finit-elle par grogner, en croisant les bras.

Xena se tourna, surprise. « C’est vrai », répondit-elle lentement. « Pourquoi ? »

Un hochement de la tête grise. « J’avais une amie là-bas… y a longtemps. Aubergiste. » Elle observa le visage de Xena avec soin.

Celle-ci cligna deux fois des yeux bleus. « Cyrène ? »

Un signe de tête. « Ouais. »

Xena sourit d’un air ironique. « Ma mère. »

Les deux sourcils gris se haussèrent en même temps. « Que j’sois damnée. » Elle regarda la guerrière de plus près. « Ouais… ça se pourrait. » Son regard voyagea. « Elle était pas si grande… mais… par les cloches d’Hadès… la dernière fois que j’t’ai vue, t’étais rien qu’une jeune pousse qui courait partout dans les écuries. » Un léger rire s’ensuivit. « T’as ben grandi, pas vrai ? »

C’était… Xena soupira. Un moment embarrassant, mais d’une certaine façon, il la touchait aussi. « Ça se pourrait bien que c’était moi », commenta la guerrière. « Comment tu t’appelles ? »

« Les gens m’appellent juste vieille Grandma », répondit la femme dans un rire. « Je m’occupe de la cuisine. » Son regard acéré se concentra sur Xena. « Ta maman était plutôt bonne cuisinière. »

La guerrière rit avec hésitation. « Elle l’est toujours. » La louche était maintenant vide et, à cause du creux dans son estomac, elle se rappela qu’elle avait négligé de s’arrêter pour manger de toute la journée. « En parlant de ça, il faut que j’attrape une pomme ou un truc à manger. »

« Tch », la femme claqua des lèvres. « Viens, p’tite pousse… j’ai du pain et du fromage que j’peux t’donner. » Elle se repoussa du puits et avança en boitant avec raideur, faisant signe à Xena de la suivre. « Quelqu’un qui enlève la puanteur de ces bâtards mérite au moins ça. »

Se sentant légèrement absurde, Xena leva les mains puis les laissa retomber, projetant une trace de boue de son gambison. Oh bon… pas la peine de discuter. J’espère qu’elle ne m’appellera pas comme ça devant Gabrielle. Je n’ai pas fini d’en entendre parler.

Elles entrèrent dans la cuisine par la porte du jardin d’aromates, qui distillait son odeur épicée dans l’air, les baignant de traces flottantes de thym tandis qu’elles le traversaient. Les gens dans la pièce se turent tandis que les regards se tournaient et repéraient la grande silhouette de Xena, et elle put voir les regards outragés dirigés vers sa guide âgée.

« R’mettez-vous au boulot », cria soudain Grandma en secouant les mains. « C’est pas le spectacle de jongleurs. »

Des gens se hâtèrent de sortir de son chemin tandis qu’elle retournait vers le garde-manger, retirant une miche de pain d’une étagère avec un juron étouffé. Elle prit un couteau de cuisine d’une main experte et en coupa un grand morceau, le coupa au milieu ce qui relâcha son odeur chaude de levure.

Xena inspira profondément l’odeur familière et fut satisfaite de regarder Grandma plonger un pinceau  dans de l’huile d’olive pour en étaler une bonne couche de chaque côté du pain ; puis celle-ci tendit la main et coupa deux grands blocs de fromage de chèvre et les posa sur le dessus du snack impromptu. Elle mit les deux côtés ensemble et tendit le tout à Xena. « Tiens. Vas-y… avant que les yeux de celles-là roulent sur le sol et que j’doive nettoyer avant le dîner.

« Merci. » La guerrière accepta de bon cœur. « J’apprécie. »

Un ricanement. « T’sais… c’t’à moi qu’ta mère a donné c’fichu coq. »

Xena écarquilla légèrement les yeux. « Sparky ? » (NdlT : je ne traduis pas volontairement. Vient de spark = étincelle) Elle jeta un coup d’œil autour d’elle comme si le coq, mort depuis belle lurette sûrement, allait jaillir et la piquer de son bec.

Grandma rit. « Par Artémis la toute-puissante, oui… un sacré emmerdeur… mais un bon reproducteur. » Elle fit un sourire grognon à Xena. « Le monde est p’tit, hein ? »

La guerrière sourit en retour. « Plus petit que tu ne le penses. » Elle prit le pain et le fromage dans sa grande main puis fit un signe de tête à Grandma. « Attention à toi. »

La vieille femme la regarda partir, le regard cloué sur la grande silhouette jusqu’à ce qu’elle disparaisse par la porte qui menait au hall principal de banquet. « C’est pas moi qui dois faire attention, p’tite pousse », murmura-t-elle pour elle-même, lançant maintenant au personnel qui fronçait les sourcils un geste vulgaire. « Vaut mieux l’avoir comme amie qu’ennemie, bouseux », cracha-t-elle en retournant à son travail.

« Grandma, comment tu as pu ? ! » Siffla l’intendant du château en se frottant les mains sur son tablier de dégoût.

« Ferme-la, face de chien geignard », répliqua la vieille femme. « Elle fait pas partie d’eux. »

L’homme lui attrapa le bras. « Ecoute, vieille folle… il l’a fait venir ici et il la met à la tête de l’armée. »

« Ouais. » Grandma se retourna et le fixa. « Mais qui te dit ce qu’elle va en faire ? »


Xena riait toujours en se glissant dans la chambre qu’on leur avait assignée, absorbant son vide tranquille avec un petit soupir de déception. Gabrielle doit toujours être occupée avec la princesse… se rendit-elle compte, puis elle posa son snack et alla vers le miroir pour regarder son reflet.

Beurk. La guerrière tressaillit en voyant sa silhouette couverte de boue avec dégoût. Ensuite elle s’éclaira. Hé… bonne excuse pour essayer cette baignoire sympa… pas vrai ? Elle sourit et détacha les boucles du gambison puis entra dans la pièce de bain et l’examina.

Ah. Un tuyau en pierre menait à un bassin fermé où elle s’était lavée le matin même. On pouvait enlever le bouchon, ce qui permettrait à l’eau de couler dans la baignoire. L’aqueduc passait aussi contre l’arrière de l’âtre de la chambre, pour qu’en cas de froid, l’eau puisse ainsi être chauffée. Le fond de la baignoire comportait un autre bouchon en grès, qu’on pouvait soulever pour laisser l’eau s’écouler vers un autre aqueduc qui se vidait dans la penderie et vers la rivière qui coulait le long de la cité, présuma-t-elle.

Sympa. Son visage se plissa en un sourire et elle tira sur la bonde du bassin, relâchant un flot d’eau vers la grande baignoire. Elle regarda autour d’elle et repéra un pot en terre dont elle retira le bouchon et elle renifla avec prudence. Ah. La senteur riche de fleurs sauvages monta vers elle, des pétales séchés destinés visiblement à être jetés dans le bain. Adroitement, elle posa le pot puis revint dans la pièce principale et s’agenouilla près de ses sacoches, fouillant dans l’une d’elles jusqu’à ce qu’elle trouve un pain de leur propre savon, dont la senteur lui rappelait Amphipolis et la cuisine de sa mère en hiver, quand l’aubergiste avait versé de l’eau chaude dans une grande baignoire et avait baigné sa gamine récalcitrante.

Xena rit, se souvenant du soupir agacé de sa mère tandis qu’elle frottait des couches de boue. « Je te jure, Xena… » S’était souvent exclamée Cyrène. « Qu’est-ce que tu fais… tu nages dans ce truc ? » La garder dans des chemises propres était toujours difficile, aussi, se rappela-t-elle avec ironie. Pauvre maman.

Une pensée la fit s’arrêter. Est-ce que j’aurais été aussi patiente qu’elle ?  Puis une seconde fois.  Le serai-je ? Elle laissa un minuscule frisson d’anticipation descendre le long de son dos. Je l’espère. L’idée de… d’une certaine façon, recommencer… avoir une seconde chance de faire ça bien… Un long et lent souffle sortit de ses poumons. Je ne me suis jamais considérée comme maternelle… mais dieux… que je veux ça.

Elle sortit un petit sac de sels de bain qu’elles avaient acheté à Potadeia et elle retourna dans la salle de bains, jetant une poignée de sels dans l’eau avant de poser le pain de savon et de finir de déboucler son gambison et de l’enlever ; elle s’assit ensuite et retira ses bottes qu’elle avait pris la précaution de rincer avant de rentrer dans le palais, ne voulant pas apporter la moitié des écuries avec elle.

Avec un soupir, elle se plongea dans l’eau tourbillonnante, regardant paresseusement le niveau monter et lui couvrir les cuisses. Elle s’adossa et laissa son corps se détendre, relativement contente des événements de la journée et sentant une satisfaction tranquille à l’idée qu’elle avait réussi à atteindre son objectif sans tuer personne.

Les deux jambes brisées et l’épaule disloquée ne comptaient pas vraiment… elle devait bien faire cesser ces combats, pas vrai ? Les hommes avaient commencé à se chamailler tandis qu’ils se lavaient et il y avait eu des sentiments blessés… qui n’étaient pas aussi douloureux que les blessures physiques que Xena prodigua pour leur abandon colérique. Ah… l’odeur d’hommes mouillés et nus qui séchaient sous le soleil… Elle plissa le nez. Ça avait senti pire qu’Arès quand il était allé nager dans le trou de boue près d’Amphipolis.

« Tu te bats pas à la loyale ! » avait crié l’un d’eux, courbé en deux suite à un coup particulièrement vicieux sur ses parties génitales. Elle s’était contentée de sourire.

Elle sourit à nouveau et regarda le plafond carrelé. Ça fait un moment que je n’ai pas passé une journée dans les tranchées… j’ai oublié combien j’appréciais ça. Elle avait terminé la journée en donnant aux soldats qui avaient fini de se nettoyer, un petit entraînement, échangeant des coups d’épée dans le soleil éblouissant avec quelques-uns des plus courageux, qui n’étaient, pour la plupart, pas si mauvais.

Bennu, le grand, était l’un de ses favoris. Il était entraîné et fort, et elle s’était rendu compte qu’elle devait s’étirer pour croiser ses attaques, ce qui eut pour résultat de provoquer une légère douleur dans des muscles qu’elle avait négligés depuis un moment. Sa vie à Amphipolis l’avait maintenue occupée, mais les longues journées avec les chevaux, la chasse, à faire son devoir de guérisseuse et à aider à l’auberge… lui laissaient peu de temps pour s’entraîner. Elle avait maintenu ses courses matinales, mais elle avait fermement réservé ses nuits pour son âme sœur. Point barre.

Malgré les douleurs… elle prit le savon et frotta son épaule. Elle était toujours dans le coup… un peu rouillée, peut-être… ce à quoi elle s’attendait, mais elle avait senti les choses commencer à se remettre en place vers la fin de la journée. Les mouvements commençaient à être plus fluides et elle avait arrêté de penser à ce qu’elle faisait, laissant son corps faire le travail et glisser à nouveau dans un rythme familier et reconnaissable.

Le loup était toujours en elle et était très satisfait de son entraînement du jour, se rendit-elle compte, en s’étirant de tout son long dans la baignoire à regarder l’eau tournoyer autour d’elle. De l’exercice, elle en avait plein à Amphipolis et quand elles voyageaient, mais ceci… était différent. Se battre touchait quelque chose de très essentiel en elle, relâchant une pression qui avait grandi au cours des mois passés.

Une pression qu’elle n’avait même pas remarquée jusqu’à ce qu’elle soit relâchée, la remplissant d’une satisfaction tranquille et féline. Elle se regarda sur toute sa longueur et remua les orteils, observant l’eau qui tournoyait et elle soupira, massant paresseusement le savon sur une fine cicatrice, presque invisible sur sa cuisse. Ça vient d’où, déjà ? Oh oui… la bagarre dans la taverne hors d’Athènes, la nuit où Gabrielle avait décidé de rester à l’Académie. Elle s’était soulée et s’était laissé surprendre.

Et elle avait dû trouver une fiche excuse à la noix quand Gabrielle était revenue, curieuse comme jamais.

Elle pointa les oreilles en entendant un pas familier qui venait du couloir et la porte s’ouvrit, apportant une présence chaleureuse et le cliquetis de griffes de loup sur le marbre. « Salut ! » Cria-t-elle et elle entendit Gabrielle changer de direction.

La barde trotta pour entrer dans la pièce et elle s’arrêta, les mains sur ses hanches tandis qu’elle repérait son âme sœur qui se prélassait dans la baignoire. « Et bien. » Un large sourire recourba ses lèvres. « Je peux penser à des choses bien pires vers lesquelles revenir », continua-t-elle et elle se percha sur le bord de la baignoire, passant ses doigts dans l’eau odorante. « Salut. »

Xena étira ses bras sur le dessus du bassin et l’observa paresseusement. « Salut à toi. »

Gabrielle tendit la main et écarta les cheveux mouillés des yeux de Xena. « Comment ça s’est passé ? »

Un haussement d’épaules. « Pas si mal… c’est propre maintenant. « J’ai fait un peu d’entraînement à l’épée… pas grand-chose d‘autre. » Une pause. « Et toi ? »

« Ah. » La barde croisa les jambes et soupira. « Et bien, si je te disais que la princesse est une petite geignarde coincée avec une illusion de divinité royale, tu me croirais ? »

« Ouille. » Xena tressaillit. « Désolée. » Elle tendit la main et la posa sur la jambe de la barde.

« Non non… ça a été… une expérience formatrice. » Gabrielle leva la main. « Et elle a deux cousins qui sont pires. Nous avons passé la journée à parler de leurs lignées royales et de ce qu’ils allaient porter pour un bal qui arrive, et décider de la couleur qu’il fallait ordonner à la cuisine pour faire le dessus du dessert. »

« Ah. » Xena se couvrit la bouche pour masquer un sourire. « Heu… et bien, j’ai déblayé de l’engrais et des ordures toute la journée. »

Gabrielle n’avait pas l’air de sympathiser. « Ils mangent des sandwiches au concombre au déjeuner. Xena, tu as déjà mangé un sandwich au concombre ? »

« Heu. Non. » Répondit la guerrière d’un ton hésitant. « Je ne le pense pas. »

« C’est un petit morceau de vieux pain avec de l’huile rancie et un légume tiède et gorgé d’eau posé dessus », indiqua la barde serviablement. « Ils pensent que c’est aristocratique d’être fin comme du papier. » Son expression en disait des tonnes sur ce qu’elle pensait elle de tout ça.

« Les gens ou les concombres ? » Demanda Xena ironiquement. « Heu… il y a du pain et du fromage dans l’autre pièce si tu as faim. »

Une pause. « Est-ce que je t’ai déjà dit combien je t’aime ? » Gabrielle battit des cils avec un air dévot à l’intention de sa compagne. « J’allais faire un raid dans tes sacoches pour prendre une barre de fruits. » Elle se pencha et embrassa la tête mouillée de Xena.

La guerrière rit. « Vas-y… garde m’en une bouchée, mais sers-toi. Il se trouve que la cuisinière en chef est une vieille amie de maman. » Elle regarda Gabrielle sortir de la pièce et rit un peu pour elle-même.

La barde revint très vite avec le sandwich et le coupa en deux pour en tendre une portion à Xena et garder l’autre. « Mmmm… » Elle prit une bouchée et mâcha, les yeux fermés de ravissement. « Ils peuvent faire ce qu’ils veulent de ces concombres. » Elle avala. « Les mettre dans leur royal sphincter. »

Xena éclata de rire en luttant dur pour ne pas recracher sa bouchée de pain et fromage. « Gabrielle ! » Elle regarda pensivement sa compagne. « Et bien, au moins elle t’a parlé… tu as fait des progrès ? »

Gabrielle sourit la bouche pleine et hocha la tête. « Ils ont arrêté de m’appeler barbare et ont fini par me demander mon aide pour écrire quelque chose. » Elle prit une autre grosse bouchée. « Mais dieux… » Les mots étaient étouffés. « Qu’ils sont jeunes. »

La guerrière mit la main sur sa cuisse. « Tu n’es pas beaucoup plus vieille qu’eux, mon amour », lui rappela-t-elle doucement. « Et arrête de mâcher aussi vite… ça ne va pas disparaître. »

La barde sourit. « Je sais… pour les deux. » Elle se força à mâcher plus lentement. « Mais j’ai vraiment faim et quand j’avais leur âge, je n’avais pas à diriger une cité. »

« Hmm. » Xena mâchouilla sa propre portion pensivement. « C’est vrai », admit-elle. « Alors… » Dit-elle d’un ton songeur. « Quel est son problème ? »

« Oh. » Gabrielle finit son pain et se frotta les mains. « Elle déteste Garanimus. » Son expression était maintenant sérieuse. « Elle est fâchée parce que tu l’aides à maintenir le contrôle sur la cité… ils espéraient que Framna les chasserait… ils se disaient que n’importe qui serait mieux que ce qu’ils ont maintenant. »

La guerrière relâcha un long soupir et se pencha en arrière dans l’eau, la tête posée sur le bord de la baignoire. « Et bien… je ne sais pas… c’est un salaud, oui. Mais qui dit que Framna est meilleur ? » Elle tourna le regard vers son âme sœur. « Bien que… il faut que je te dise que… j’ai été bien plus impressionnée par leur émissaire hier que par quiconque que j’ai rencontré aujourd’hui. » Elle tressaillit. « Il a plusieurs bons combattants, mais la plupart d’entre eux sont soit des amateurs complets, soit des ratés. » Elle ne cracha pas de dégoût, mais elle donna l’impression qu’elle l’avait fait.

Gabrielle traça paresseusement les poils fins sur le bras de sa compagne. « Est-ce que tu les as proprement impressionnés ? Je t’ai vue superviser les efforts de nettoyage. » Elle sourit.

Xena eut l’air pensif. « Oui, je pense que oui », admit-elle. « Tu sais, le truc habituel de les cogner un peu, ce genre de chose. » Elle étudia la surface de l’eau tranquillement jusqu’à ce que des doigts affectueux lui prennent le menton et lui fassent tourner la tête pour qu’elle regarde les yeux verts maintenant sérieux. « Je… je… heu… »

« Tu t’es amusée », finit Gabrielle pour elle sombrement. « Xena, je sais que c’est le cas… c’est une chose pour laquelle tu es douée. »

La Guerrière scruta son visage. « Oui. » Une pause. « Et je présume que ça ne nuit pas que je me l’autorise une fois de temps en temps… ce n’est pas comme si j’en avais l’occasion souvent. » Elle hésita en voyant le pincement dans les muscles faciaux de Gabrielle. « Ou que je le veux. »

La barde sourit affectueusement. « Xena… tu seras toujours une combattante… toi et moi nous le savons. Quand tu auras cent ans, tu continueras probablement toujours à botter des fesses. » Elle passa la main dans les cheveux noirs mouillés. « Et… je… en quelque sorte… je dois admettre que ça a toujours été un peu excitant de te regarder le faire. »

Un haussement de sourcil noir. « Vraiment ? » Demanda Xena, curieuse. « Je ne pensais pas que tu… tu voyais ça comme ça. »

Un petit rire de Gabrielle. « Oui… moi la douce petite Gabrielle de Potadeia qui aime la paix et a de grands idéaux et une morale immaculée. » Elle leva les yeux au ciel avec un air de sarcasme évident. « Oui… je confesse… mon aveu mauvais et noir… je pense que tu es incroyablement sexy quand tu combats. »

Le visage de Xena se figea totalement, comme si elle n’arrivait pas à décider quelle réaction elle devait avoir, alors elle eut un compromis et n’en eut aucune. « Euh. »

« Hé. » La barde rit d’un air diabolique. « Je t’ai eue. » Elle tapota le menton de sa compagne. « Tu vas finir ça ? » Elle montra les restes de pain et de fromage toujours dans la main de Xena. La guerrière lui tendit sans un mot et elle sourit. « Merci. »


Un coup à la porte attira l’attention de Gabrielle et elle traversa la pièce pour poser la main sur la poignée et tirer le grand portail pour l’ouvrir. Un jeune homme très grand et bien bâti se tenait là, avec un visage propre presque douloureux. « Eh bé… Bonjour. » Gabrielle lui sourit. « Puis-je t’aider ? »

Il regarda ses mains qui tenaient un paquet de parchemins. « Ah… le genrl a d’mandé ça. »

Genrl… genrl… général ? Gabrielle s’interrogea un moment. « Oh… tu veux dire Xena ? » Elle rit un peu. « Bien sûr… bien sûr… entre. » Elle s’écarta pour le laisser entrer. « Hé… Xena… un de tes… heu… soldats est là. »

« Ah oui ? » La guerrière entra dans la pièce avec pour seul vêtement un morceau de coton autour de son corps. « Oh… salut Bennu… c’est le truc ? » Elle se passa les mains dans ses cheveux pour commencer à les sécher et alla vers la table avant de poser un pied nu sur le banc d’un air absent tandis qu’elle se séchait un de ses longs bras.

Bennu… Gabrielle le regarda. Bon… il a un nom autre que… Elle gloussa pour elle-même en voyant ses yeux s’arrondir. Abasourdi. « Tu vas bien ? » Elle observa son regard qui passait dans toute la pièce, s’installant sur tout sauf son âme sœur à demi nue. Xena, Xena, Xena… « Je peux te les prendre. »

« Euh. » Il se concentra sur elle trouvant cela plus sûr. « Ouais. » Il lui tendit la pile de parchemins. « Et v’là. » Une mouche bourdonna attirant son attention et il la regarda un moment. « Tout qu’est nettoyé, c’est bon. La plupart des gars s’est arrêté de rouscailler… on dirait qu’les filles du village ont commencé à passer la tête, maint’nant que ça sent pas si mauvais. »

Xena et Gabrielle échangèrent des regards. « On aurait dû amener Salmoneus après tout », murmurèrent-elles en même temps et elles se mirent à rire. « Bien… bien… » Xena prit brusquement les parchemins des mains de sa compagne et les posa sur la table, commençant à les passer en revue. « Merci, Bennu. » Elle leva les yeux et vit qu’il rougissait. « Bennu ? »

Il leva les yeux du sol à contrecœur. « Ouais ? »

« Essayons que ça reste comme ça un moment, hein ? » La guerrière lui sourit. « Je ne veux pas repasser par là… on a bien trop de boulot dans les prochains jours. »

Il hocha vigoureusement la tête. « Bien. » Puis il recula vers la porte. « Je vais… euh… vérifier la garde. »

Xena pencha légèrement la tête. « Très bien… ça me semble une bonne idée. » Elle lui fit un signe de tête et le regarda se retourner et se prendre la porte en plein visage, puis il réussit à l’ouvrir et disparut derrière.

Un silence pensif tomba. « Qu’est-ce qui ne va pas chez lui bon sang ? » Se demanda Xena, en secouant ses cheveux noirs avant de lever un parchemin pour l’étudier.

Gabrielle se retourna et lui fit face, les mains sur ses hanches, fixant sa compagne. « Xena… tu es incorrigible. »

Cette dernière leva des yeux bleus surpris et se concentra sur elle. « Hein ? » Elle regarda autour d’elle d’une façon intriguée. « Moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

La barde s’avança à grands pas et l’enlaça lentement, passant un doigt paresseux sur sa peau exposée. « Juste être là, à demi nue… avec un air incroyable, c’est tout. » Elle suivit la ligne du coton qui passait sur le haut de ses cuisses. « Ce n’était pas juste, non ? »

La guerrière baissa les yeux. « Oh. » Elle fit un sourire cavalier à la barde. « Je n’y pensais même pas. » Elle retourna son attention au document, le laissant tomber sur la table avant de se pencher dessus avec soin. « Bon sang… est-ce qu’il a oublié tout ce que je lui ai appris ? » Elle soupira de dégoût. » Regarde ça…la garde est bien trop loin et il ne les fait pas se recouvrir. Si l’un d’eux va prendre une… » Elle laissa sa voix traîner dans un murmure. « Crétin. »

Gabrielle regarda le parchemin puis sa compagne et sourit. Elle commença doucement à mordiller son épaule, retirant les gouttelettes d’eau en passant, et lorsqu’elle atteignit la courbe des muscles sur le côté du cou de Xena, la guerrière avait oublié ses plans et tournait la tête, pour croiser volontiers les lèvres de la barde.

Elle sentit un toucher le long de son côté qui tirait sur le coton et elle prit le visage entre ses mains tandis qu’elle sentait le tissu glisser et que des doigts doux et connaisseurs traçaient sa peau rafraîchie par l’eau, laissant des traces de chaleur qui lui coupèrent le souffle et envoyèrent des élans de sensation le long de son dos. Elle rapprocha Gabrielle, une main trouvant le nœud de sa ceinture et la relâchant, l’autre traçant sans répit la joue de la barde.

Gabrielle fit des cercles avec ses pouces sur les côtes de son âme sœur, puis elle glissa ses mains vers le haut, sur la courbe de ses seins et elle sentit une brise fraîche passer sur son dos alors que Xena lui enlevait sa chemise et que leurs corps s’effleuraient. Cela lui envoya des frissons tout le long de son dos et elle grogna, mordillant doucement la peau accessible de Xena. Les bras puissants se refermèrent sur elle et elle prit une inspiration, sachant qu’elle allait être soulevée et elle anticipa le lâchage sur ce lit doux et moelleux.

Ah. L’odeur de linge propre et d’herbe s’éleva autour d’elle et elle remua tout contre, sentant la fraîcheur du tissu se réchauffer sur sa peau. Puis les mains de Xena commencèrent une avance lente et volontaire sur ses endroits les plus sensibles, lui prenant son souffle et sa pensée, et ses sens pour un très long moment.


Gabrielle était allongée dans un demi-sommeil, traçant paresseusement des petits dessins sur la peau de son âme sœur. « On m’a demandé de raconter des histoires ce soir », murmura-t-elle, entendant la respiration de Xena devenir plus profonde tandis que cette dernière décidait de répondre.

« Mmm ??? Bien… ce sera mieux que ces charlatans de musiciens d’hier soir », répondit la guerrière avec un léger ricanement. « Dieux… c’était quoi ça ? »

« C’était de la musique d’époque, Xena. » Gabrielle lui lança un regard ironique de ses yeux à demi fermés. « Tu n’as pas aimé parce qu’il n’y avait pas de tambours. »

Un haussement de sourcil. « Je n’ai pas aimé parce qu’on aurait dit que trois chats faisaient l’amour dans un bac à engrais, Gabrielle. »

« Trois ? » La barde gloussa.

« Oui oui… deux en train de le faire et un troisième frustré », répondit la guerrière. « Tu sais pourquoi les chats miaulent quand ils s’accouplent ? »

Une pause pensive. « Nnnoooooon… »

« Le chat a des ardillons sur ses parties », indiqua Xena joyeusement. « Comme une rangée d’épines. »

Un silence absolu, complet, de mort. Ensuite. « QUOI ??? » Gabrielle se mit sur ses coudes et regarda sa compagne avec attention. « DES EPINES ?? Oh dieux… » Elle se couvrit les yeux d’une main et cria. « Ouille ! ! ! » Après un instant, elle regarda Xena. « Je suis contente que les humains n’aient pas ça. »

Un œil bleu tourné vers elle avec un air sardonique. « On serait éteint. »

Elles se regardèrent et éclatèrent de rire. « Alors… tu as eu une demande royale, hein ? » Xena rit légèrement. « Qu’est-ce que tu vas raconter ? »

Un haussement d’épaules. « Je ne sais pas encore… David et Goliath peut-être. » Elle posa le menton sur la clavicule de Xena. « A moins que tu ne me demandes d’en raconter une sur toi. » Un battement innocent des cils vers la grande femme. « J’adooooorerais faire ça. »

Xena se mâchouilla la lèvre puis laissa un sourire éclairer son visage. « Vas-y », répondit-elle doucement. « Je pense que j’aimerais bien. »

Gabrielle la fixa, abasourdie, puis elle tendit la main et se frotta l’oreille. « Est-ce que je viens bien d’entendre ça ? » Lâcha-t-elle. « Je ne peux pas le croire. »

La guerrière la regarda tranquillement. « J’ai fait tellement de choses dans ma vie dont je ne suis pas fière, Gabrielle… ça m’aide à me souvenir, parfois, qu’il y a des choses qui me font me sentir bien… »

« Très bien. » Gabrielle souffla puis sourit. « D’accord. » Elle cligna des yeux et bâilla, puis posa la tête sur l’épaule de sa compagne. « Ouille… tu m’as fatiguée… et je n’ai pas encore décidé ce que j’allais porter…. Pas que j’ai tellement de choses… »

Une étincelle subtile s’alluma dans les yeux de Xena. « Oh… je suis sûre que tu vas trouver quelque chose… Tu peux porter n’importe quoi et ça te va. »

Le visage de Gabrielle devint très sérieux et elle leva la main pour la poser sur le front de son âme sœur. « Où est Xena et qu’as-tu fait d’elle, espèce d’imposteur. »

Des yeux de chiot la regardèrent en retour. « Je ne peux pas être gentille de temps en temps ? »

« Mph. » Gabrielle fit retraite et reposa la tête. « D’accord… je suis trop fatiguée pour discuter. » Elle se blottit dans les plumes avec satisfaction.

Xena lui caressa les cheveux, son visage portant un air de tranquille nostalgie. « Fais une sieste… je vais aller… euh… vérifier la garde. »

Un léger hochement de tête. « Oh… d’accord… si tu dois… » La barde soupira. « Mais tu vas me manquer. »

La guerrière se dégagea doucement et tira la couverture légère sur le corps nu de son âme sœur. « Je ne serai pas longue », promit-elle puis elle roula hors du lit et enfila une tunique en laine brute bleu foncé ainsi que ses bottes. Elle prit une petite bourse dans sa sacoche et fit signe à Arès de rester là avant d’aller à la porte. Le loup plaqua les oreilles, apparemment content de rester blotti aux pieds de Gabrielle.

Tandis que la porte se refermait derrière elle, un œil vert brume s’ouvrit avec un air interrogateur, et puis tourna pour regarder le loup. « Je me demande ce qu’elle a en tête, Arès ? »

« Agnrrooo », répondit le loup avec réserve.


Xena descendit l’escalier principal en direction de la grande porte du château. Elle y était presque quand elle entendit qu’on l’appelait et elle soupira. Elle laissa sa main retomber de la poignée et se retourna, dans l’attente. « Oui, Garanimus ? »

Le grand homme blond vint vers elle à grands pas. « Où tu vas ? » Son regard saisit ses vêtements ordinaires. « Où est-ce que tu as eu ça, dans une poubelle ? »

Xena l’ignora et se retourna pour repartir, ouvrant la porte avant de s’éloigner.

« Hé ! » Il l’attrapa par l’épaule et s’arrêta quand elle s’arrêta pour le regarder. Lentement, il enleva sa main. « Très bien… désolé. »

« Je vais marcher », l’informa Xena froidement. « J’ai fait mon œuvre aujourd’hui à nettoyer ton armée puante. »

Garanimus ricana. « J’ai entendu ça. » Il étudia son regard glacial et leva la main. « Trêve… trêve… allons, Xena… on était capable de passer une marque de chandelle ensemble sans commencer à se battre à poings nus. »

L’expression de Xena ne changea pas. « C’était il y a bien longtemps. »

Une faible grimace d’ironie passa sur son beau visage. « Tu m’en veux toujours, hein ? »

La guerrière écarta légèrement les narines. « Parce que tu as failli emmener une armée entière à la mort ? Oui. » Elle sentit ses mains se refermer doucement en poings. « J’ai une bonne mémoire pour ça. »

« Ah ah… » Il leva le doigt. « Tu ne serais pas ici à râler si ce n’était pour moi. »

Xena plissa les yeux et elle sentit son pouls s’accélérer. « Je n’aurais pas été capturée si ça n’avait été à cause de toi… alors ne sois pas trop fier de toi. » Un souvenir bref et sombre d’avoir été fouettée contre un arbre, tandis qu’on lui lançait des pierres et des pointes, la frappa et elle lutta contre lui. « Tu as de la chance de n’avoir fini qu’avec les bras cassés. »

« Mm… » Il l’étudia. « Il t’a fallu du temps pour dépasser ça… Ils avaient juré t’avoir cassé le dos. »

Une profonde inspiration. Elle se souvint sombrement la souffrance. « Pas vraiment. » Des mois passés où chaque mouvement envoyait des dagues sur chaque nerf. « Je parie qu’ils auraient souhaité l’avoir fait. » Une chevauchée tumultueuse vers un campement, chaque plongée des sabots la secouant, mais elle s’en fichait. Et elle avait tué, et tué, et tué encore… son épée était trempée de sang. « Tu as eu de la chance d’en être sorti. »

« A ce qu’on m’a dit », répondit Garanimus d’un ton bref. « D’un ou deux survivants… j’ai croisé leur route dans le sud après ça. »

Elle se retourna et commença à descendre les marches larges et il la suivit. « Pendant un moment… j’ai pensé que c’était pour ça que tu avais abandonné… d’avoir été blessée comme ça. Ensuite j’ai entendu parler de ton armée qui s’était retournée contre toi », fit-il remarquer avec une bonhomie étudiée.

Xena pinça les lèvres. « Ils ont aussi regretté ça. » Elle ferma les yeux et repoussa énergiquement sa colère. Il n’en vaut pas la peine. « Mais je n’ai jamais abandonné. » Elle atteignit le bas des marches et prit un chemin qui menait au marché.

« Alors… après tout ça… ça ne te manque pas de diriger une armée ? » Persista-t-il en étirant ses enjambées pour la rattraper. « Allons, Xena… vu les histoires que m’ont raconté les hommes aujourd’hui… tu n’as pas vraiment perdu la main. »

La guerrière relâcha un long souffle contrôlé. « Non. » Elle se retourna et croisa son regard. « Je mets ces talents à un meilleur service maintenant. » Et combien de tout ça était une illusion ? Elle soupira intérieurement. « Je dors bien mieux la nuit. » Ça au moins, c’était la pure vérité.

Garanimus garda le silence pendant un long moment tandis que leurs bottes frappaient la terre sur le chemin. « Tu crois vraiment que tu peux être absoute pour toutes les choses que tu as faites ? » Finit-il par demander, avec une touche de dérision dans la voix.

« Non. » Xena s’arrêta et lui fit face. « Non. Mais ça ne veut pas dire que je vais arrêter d’essayer. »

Il soupira. « Je ne te comprends pas. »

Elle le répudia d’un regard. « Tu ne l’as jamais fait. » Elle secoua la tête. « Fiche le camp d’ici, Garanimus… j’ai des choses à faire. » Elle reprit sa marche, entrant dans les rangées d’étals et le laissant là dans un petit nuage de poussière qu’elle laissa derrière elle.


Une fois dépassé le début du marché et masquée à sa vue, Xena s’arrêta et mit la main sur une poutre d’étal en prenant de longues inspirations profondes tandis qu’elle luttait pour reprendre ses esprits. Il avait pressé sur tous ses boutons, c’était sûr… le truc c’était de ne pas lui montrer qu’il le faisait. Ne pas lui montrer combien il avait été près de… deviner que cette blessure avait presque fini sa carrière de seigneur de guerre.

Seule son obstination l’avait empêchée et… Xena secoua les restes d’irritation. Ça, elle en avait un tas. Elle repoussa les souvenirs sombres et se concentra sur sa mission, ses yeux clairs cherchant parmi les marchands avec une sérieuse intensité.

Ah. Elle repéra sa cible et partit en patrouille de reconnaissance, tournant autour prudemment, tandis qu’elle examinait sa sélection de victimes. Son imagination étudia les angles et elle finit par se glisser hors de sa cachette derrière un poteau et elle fit un signe de tête au marchand de tissu. « Celle-là. Combien ? »

Il faillit sortir de lui-même. « Dieux ! » Il leva sa main vers sa poitrine dans un battement. « Tu sors d’où, par Hadès ? »

Un haussement de sourcil noir. « Combien ? »

Le marchand la regarda. « Et bien. » Son regard expérimenté la jaugea, soupesant les vêtements sommaires et sa posture de commandement, et la bourse qu’il pouvait voir pendre à sa ceinture. « Mon chou, ça ne va pas t’aller. » Il fit une pause. « Ne le prends pas mal. »

« Ce n’est pas pour moi », l’informa Xena. « Et je ne le prends pas mal. »

Il se frotta brusquement les mains. « Un cadeau alors… ah oui… et bien, c’est une pièce très, très belle comme tes jolis yeux l’ont remarqué… » Il toucha le tissu vert riche et scintillant du doigt. « C’est merveilleux… de la soie, de Chine. »

Xena se laissa imaginer les plis soyeux enroulés autour du corps de sa compagne et elle sourit intérieurement. « Combien ? »

« Vingt dinars », dit-il.

Elle le regarda, les deux sourcils arqués.

« Ça vient de Chine… c’est très, très, très loin, mon chou… c’est… eh bien c’est… » Il fit un geste avec ses mains.

« J’y suis allée », lui dit la guerrière impassible.

« Vraiment », lâcha-t-il. « Raconte ? J’ai entendu dire qu’ils avaient des singes comme animaux de compagnie, c’est vrai ? »

Xena faillit rire. « Non. » Elle secoua la tête. « Je vais te dire… ajoute cette demi-cape et tu auras tes vingt dinars. »

Il la regarda. « Tu n’es pas d’ici, pas vrai ? »

La guerrière lui lança un regard. « Non… et si la personne pour laquelle j’achète ça découvre que tu m’as demandé vingt dinars, tu ne seras plus ici longtemps non plus. » Elle tendit la main vers sa bourse. « Marché conclu ou pas ? »

« Très bien… marché conclu. » Il lui sourit et prit la robe pour la plier délicatement de ses mains expérimentées et tordues, et il la mit dans un morceau de tissu écru pour en faire un paquet.

Xena compta les dinars et elle était sur le point de les lui tendre lorsque des voix puissantes attirèrent son attention. Elle tourna le regard pour voir deux soldats, installés à l’étal d’un marchand de provisions, et qui tenaient le marchand impuissant contre les murs fins de son abri en lui criant dessus. « Tiens-moi ça un instant », dit-elle au tisserand, rangeant sa bourse tout en marchant vers la dispute.

Les deux soldats harcelaient l’homme, brandissant une grande miche de pain et exigeant qu’il la remplisse de pain de viande. Xena ne s’embêta même pas à demander ce qui se passait. Elle tapa sur l’épaule du plus proche et tandis qu’il se retournait, elle lui mit son poing dans le visage.

Il tomba et avant que son compagnon puisse dire un mot, elle lui cloua le menton de son coude. Puis elle soupira et regarda autour d’elle, repérant une carriole et un poney tout proches, le chariot rempli de provisions. « Tu allais vers le château ? » Demanda-t-elle au conducteur qui la fixait de ses yeux agrandis. Il hocha la tête, et elle grogna, puis attrapa l’homme le plus proche et le souleva pour le mettre dans le chariot, puis fit de même pour son acolyte. Elle tendit une pièce au conducteur. « Lâche-les aux baraquements. »

Il fixa la pièce puis la regarda. « Oui, madame. » Il attrapa les rênes de son poney et tira pour qu’il avance, essayant de masquer un sourire. Xena le regarda partir puis secoua la tête et se tourna vers le marchand. « Désolée. » Elle renifla délicatement les senteurs qui sortaient de son étal. « Qu’est-ce que tu as là-dedans ? »

L’homme se frotta le poignet douloureux d'avoir été malmené et prit une inspiration. « Des boulettes », répondit-il doucement. « Farcies de noix pilées et de baies. » Il en prit une d’un pot et la lui tendit. « Tu veux essayer ? »

Xena la prit et mordit dedans avec prudence, puis elle sourit. « Je vais en prendre. » Elle posa une pièce sur la planche étroite à l’avant de son étal. « Je reviens tout de suite. » Elle finit la boulette qui avait beaucoup de goût et retourna vers son ami le tisserand, comptant une nouvelle fois les dinars.

Il les prit lentement et lui tendit le paquet. « Tu… » Il passa le doigt sur les pièces. « Tu es Xena, pas vrai ? »

La guerrière soupira légèrement, mais carra ses épaules. « Oui. »

Une petite foule s’était amassée et entendit sa réponse. Elle put sentir les murmures habituels. Oh bon… autant pour l’amusement… il est temps de partir d’ici. 

Le marchand de boulettes s’avança, en tenant un paquet de ses petits snacks. « Mais… » Il la scruta. « Mais… tu es une héroïne », balbutia-t-il. « Qu’est-ce que tu fais à aider des gens comme lui ? » Il fit un signe de tête en direction du château. Un murmure d’approbation monta autour d’eux.

Une héroïne ? De qui ils pensent parler par Hadès ? Sûrement pas de moi… Elle jeta un coup d’œil autour d’elle et saisit les regards des gens qui l’entouraient maintenant et elle relâcha un minuscule soupir. Oui. Moi. Ils parlent de moi. Un éclair soudain de souvenir oublié fit surface, l’auberge quand elle était très jeune et un groupe des amies de sa mère, assises en cercle, travaillant sur une grande couverture tout en parlant. La plus vieille s’était tournée vers elle et avait demandé. « Et qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande, petite fille ? »

Toris voulait être marin. Lyceus soldat.

« Je veux être une héroïne », avait-elle dit dans sa logique d’enfant, voyant ça comme la meilleure chose au monde.

Cyrène avait ri ironiquement et lui avait caressé ses cheveux en pagaille. « Si quelqu’un peut le faire, ce sera toi, ma jolie. »

Un sourire douloureux vint sur ses lèvres. La route avait été fichûment longue pour arriver ici, maman… et je ne suis pas complètement sûre d’être arrivée au bout. Mais… je me sens plus proche de cette petite fille-là maintenant que je ne l’ai jamais été depuis très, très longtemps.

« Et bien… » Elle réalisa que ces gens voyaient en fait une différence entre Garanimus et elle. « Il pense que je l’aide », finit-elle par répondre. « Il m’a demandé de l’aider à l’empêcher d’être attaqué par Framna. » Elle fit une pause. « Il ne m’a jamais demandé ce qui arrivera après ça. »

Des sourires narquois passèrent dans la petite foule et la plupart d’entre eux se mêlèrent au soleil couchant rougissant tandis qu’elle attrapait ses boulettes et mettait la robe sous un bras. Le marché semblait beaucoup plus amical quand elle fit un signe de tête au tisserand et avança, repérant un homme grand et très mince avec une moustache qui lui rappela irrésistiblement Autolycus. Il marcha à côté d’elle tranquillement et mit les mains derrière son dos.

« Tu es Xena ? »

Elle hocha la tête en attrapant une boulette. « C’est ça. »

« Mm. » Il renifla. « Tu voyages avec Gabrielle la barde ? »

Cela lui valut un sourire. « C’est ça », répéta-t-elle.

Il lui sourit en retour. « J’ai quelque chose qui pourrait t’intéresser. » Il leva la main dans la direction de ce qui était, apparemment, sa zone de marchandise. « Je l’ai vue raconter des histoires dans une petite cité à l’est d’ici… et ça m’a donné une idée. » Il fit une pause. « Je suis orfèvre. »

Xena sourit et avala une autre boulette. « Emmène-moi. »


C’était un rêve paisible cette fois-ci. Gabrielle flottait doucement au-dessus d’un champ d’herbes,  un soleil chaud se déversant sur son corps. Elle était consciente d’être nue, mais ça ne l’ennuyait pas outre mesure. En bas, des agneaux laineux jouaient dans l’herbe, frappant de leurs petits sabots noirs  tout en lâchant des baa aigus qui montaient vers elle, allongée et détendue, son menton posé sur ses bras croisés.

Le soleil semblait la traverser et elle roula sur le dos, le laissant la baigner, sentant sa peau absorber sa chaleur avec une sensation d’être emplie qui était plutôt bizarre. Elle prit une inspiration de l’air propre et frais, l’aspirant au fond de ses poumons tandis qu’une vague de bien-être la recouvrait.

 

Des oiseaux volaient en cercle et leurs cris la poussèrent lentement et à contrecœur vers la réalité, tandis que l’appel joyeux d’un rouge-gorge filtrait vers ses oreilles par la fenêtre du château. Elle ouvrit lentement les yeux et s’étira sur la surface moelleuse, la tapotant d’une main. « Oui… c’est presque comme un nuage, je pense », remarqua-t-elle, amusée de voir comme le doux matelas s’insinuait dans ses rêves. « Tu penses qu’on peut convaincre Xena de l’emmener à la maison avec nous, Arès ? »

Le loup dressa les oreilles et pencha la tête, poussant son pied de son museau. « Roo ? »

Gabrielle roula sur le dos et le poussa. « Roo toi-même. » Elle bâilla et poussa les couvertures, sortit du lit et traversa la pièce pour prendre sa chemise. « Dieux… je deviens paresseuse ou quoi ? » Elle rit. « Peut-être que je dois manger plus de légumes, qu’est-ce que tu en penses ? »

Arès sauta du lit et trotta vers elle puis lui lécha ses genoux dénudés.

« Arrête ça… je ne peux pas suivre Xena si je dors tout le temps », informa-t-elle l’animal velu. « Sans mentionner que je vais me faire chahuter dans pas longtemps. » Elle se passa les doigts dans ses cheveux pour les ordonner puis elle s’assit au petit bureau dans la chambre et sortit son journal, aiguisant une plume tout en tournant les feuilles pour trouver le bon endroit. « Voyons voir… est-ce que j’ai noté ce point sur Salmoneus… » Elle étudia son entrée précédente. « Oui… mais j’ai dit… il y a combien de jours déjà ? » Elle se gratta le nez. « Deux… ou bien… attendez… quand est-ce qu’on a quitté Amphipolis… »

Quelques pages en arrière et elle étudia la date puis tourna encore une page en arrière. « Oui… ok… bien. Je me souviens maintenant… et… » Son attention fut soudain attirée par une petite note presque masquée dans un coin. Elle la fixa, clignant légèrement des yeux, puis la toucha d’un bout de doigt hésitant.

« Six jours. » Sa voix n’était qu’un faible murmure. « Six jours, Arès… Nous avons quitté Amphipolis il y a six jours… et j’aurais dû commencer mon cycle avant que nous partions. »

Le loup pencha sa tête noire. « Roo ? »

« Ce n’est pas possible, pas vrai ? Quelles sont les chances pour ça, hein ? » Demanda-t-elle au loup en pianotant sur la table. « Et je n’ai pas été malade le matin… sauf une fois et c’était à cause des herbes, pas vrai ? Xena a réglé ça… ? »

« Aggrroo. » Arès s’allongea et mit le museau sur son pied nu.

« Nan… ce serait trop tôt pour ça de toutes les façons », décida-t-elle, mais un léger sourire se frayait un chemin sur ses lèvres. « Je ferais mieux d’attendre quelques jours avant de commencer à … me poser des questions. »

Trop tard. Elle se leva et fit les cent pas en réfléchissant. « D’accord… d’accord… bon… je suis en retard. » Elle leva les deux mains. « Pas la peine d’en faire un plat… j’ai déjà été en retard. » Elle plissa le front. « Et j’ai été… un peu… » Elle bougea un peu. « Sensible… aussi… alors… oui, ça doit être ça… je suis juste en retard. » Elle regarda Arès qui l’observait attentivement. « Pas vrai ? »

Le loup se leva obligeamment et s’avança puis il posa son museau froid et humide sur son ventre et renifla. « Aggrrrrr. »

« Et… qu’est-ce que tu… veux dire… par là ? » Gabrielle prit son museau d’une main et lui lança un regard noir. Il remua la queue. « Tu imagines des choses, Arès », le réprimanda-t-elle. « Je suis juste… en retard… je n’ai pas été malade le matin… pas de désir pour des trucs comme la dernière fois… j’ai juste… été un peu plus affamée que d’habitude. » Elle s’interrompit. « Mais c’est normal pour moi, pas vrai ? Quand nous voyageons, je suis toujours comme ça. »

Le loup s’assit. « Roo », acquiesça-t-il aimablement.

Gabrielle soupira. « Bien. » Une autre pause. « Je suis sûre que je vais commencer mon cycle ce soir… peut-être demain… » Elle sentit une déception distincte à cette pensée. « Après tout, pas d’autres symptômes… et… ça ne fait que six jours. »

Ils se regardèrent. « Tu penses qu’ils ont une bibliothèque ici, Arès ? » Dit-elle d’un ton songeur. « Peut-être qu’ils ont un parchemin ou deux qui listent… d’autres choses… à chercher. »

Arès éternua.

« Oui… tu as raison… je devrais juste attendre. » La barde fit encore quelques pas. « En plus, ce n’est pas moi qui agis bizarrement… c’est Xena. » Elle repensa au comportement récent et bizarre de son âme sœur. « Elle se comporte comme une poule ronchon… peut-être qu’elle est enceinte. »

Arès cligna des yeux puis éternua à nouveau. « Agrrrooo. »

« Très bien… ce serait difficile, oui… mais tu sais quoi, Arès ? » Elle s’assit sur le sol et sourit lorsque le loup se mit immédiatement sur le dos pour quémander une caresse sur le ventre. « Plus que tout au monde, si je pouvais avoir un souhait, ce serait que nous puissions partager ça. » Elle soupira doucement passant ses doigts dans le pelage épais. « J’adore vraiment Toris… et il est si doux… mais… je sais qu’elle n’aura plus jamais un enfant elle-même et je souhaiterais pouvoir… Elle semble encore tellement seule parfois, Arès… elle a ce regard… et je sais qu’elle pense à Solan. »

Elle soupira un peu. « Je sais qu’elle aimera l’enfant que je porterai… mais Arès… je veux qu’il soit le nôtre… dieux, que je le veux. »

« Agrrrroooo. » Le loup posa la tête à nouveau sur son mollet et soupira en la regardant avec adoration.

« Je sais… pas besoin d’espérer des poissons volants, hein ? » Elle rit ironiquement puis des pas puissants saisirent son attention et elle regarda avec attention la porte qui s’ouvrait et sa partenaire qui entrait. « Par les dieux de l’Olympe, Xena… Qu’est-ce que tu as fait ? » Elle rit en se tortillant pour se lever tandis que la guerrière s’approchait de la table à grands pas lents et laissait tomber une brassée de paquets. « C’est quoi tout ça ? »

La guerrière cligna de ses yeux bleus en pure innocence. « J’ai fait des achats. »

La mâchoire de Gabrielle s’affaissa. « Toi ? » Elle toucha un paquet avec précautions. « Tu as fait des achats ? »

Xena hocha la tête puis recula et se laissa tomber sur le dos sur le lit. « Ouaip… j’ai juste… heu… je pensais que nous… et bien, je ne faisais pas vraiment les courses… je cherchais un peu… quelque chose de spécifique, mais… j’ai vu des trucs dont nous avions besoin alors… » Elle leva une main bronzée puis la laissa retomber sur le lit. « J’y suis allée, j’ai acheté, je suis revenue, fin de l’histoire. »

« Oui oui. » La barde leva un paquet et le secoua doucement. « Alors… qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » Elle renifla soudain. « Mm… ça sent quoi ? »

« Oh. » Le regard de Xena semblait rivé sur le plafond. « Et bien… il y avait quelques bons marchands de nourriture là-bas… j’ai pensé que je pourrais te rapporter une ou deux choses. »

Gabrielle se mit à la tâche, triant les paquets. Elle mit la nourriture sur un tas et regarda dans les emballages. « Voyons voir… des boulettes… des noix… un kebab… une brochette de fromage de chèvre… des poches d’agneau au curry… » Elle leva les yeux. « Tu en as mangé ? »

La guerrière se lécha les lèvres. « Heu… oui… j’en ai mangé. » Une pause. « Un de chaque en fait. »

Gabrielle éclata de rire. « Xena ! Tu vas être malade… espèce d’idiote… »

« Nan. » La guerrière la renvoya d’un geste paresseux de la main. « J’ai une bonne digestion… en plus, tu as mangé mon déjeuner… j’avais faim. »  Et l’air frais avait donné bon goût à tout aussi, songea-t-elle, en croisant les mains d’aise sur son ventre. Meilleur que ce qu’elles allaient probablement avoir pour le dîner, de toutes les façons. « Je pense que la cuisinière met des trucs mauvais dans la nourriture qui est servie à Garanimus… on aurait dit qu’on avait ajouté de la cannelle dans ce rôti. »

« Hmm. » Gabrielle mordilla un kebab. « C’est plutôt goûteux. » Elle mit la nourriture de côté et examina le reste des paquets. « Alors… c’est quoi tout ça. »

« Oh. » Xena roula sur le côté et mit la tête sur sa main. « Tu as dit que tu t’inquiétais de ce que tu allais porter ce soir. Je m’en suis occupée. »

La barde s’arrêta, une main sur l’emballage en coton. « Xena. » Elle hésita. « Tu n’avais pas à faire ça. »

Les yeux clairs la regardèrent sérieusement. « Je sais. Mais je le voulais. » Elle sourit en se moquant d’elle-même. « Je pense que je me suis sentie un peu impulsive ce soir. » Une pause. « Ouvre-le. »

Gabrielle prit une inspiration puis elle délia les morceaux de tissu qui fermaient le paquet et elle les relâcha, soulevant le couvercle avant de pousser un soupir. « Oh dieux… » Elle toucha doucement la soie. « C’est superbe. »

Xena sourit. « Passe-la. »

Ce que fit la barde, sentant le tissu frais et lisse envelopper son corps. « Ouaouh », dit-elle dans un souffle en tournant la tête pour regarder dans le miroir. Elle sentit une main glisser le long de son côté tandis qu’elle clignait des yeux à son reflet. « Heu… »

Une main arrangea doucement l’encolure qui tombait soyeusement, ce qui laissa exposée une grande partie de ses épaules. La robe s’accrochait à ses courbes, mais était coupée de telle façon que chaque mouvement était détendu et Xena l’ajusta avec soin. « Pas mal, Rouquine », lui dit la guerrière joyeusement en déposant un baiser sur sa nuque. « Assieds-toi… je vais arranger tes cheveux. »

Comme dans un rêve, la barde obéit, sentant les chatouillis tandis que les mains de Xena peignaient et arrangeaient les boucles claires. « Alors… as-tu décidé ce que tu allais raconter ? » La voix de Xena voyagea dans ses oreilles comme de la bière douce.

La barde hocha lentement la tête. « Oui… en fait… » Elle leva la main et arrangea son collier de cristal. « Mais c’est une surprise. »

Xena rit doucement. « D’accord… » Elle finit la coiffure. « Et voilà… » Elle avait proprement tourné les cheveux épais de son âme sœur et les avait relevés, exposant son cou à la brise fraîche qui entrait par la fenêtre. « Tu aimes ? »

Gabrielle se leva et alla au miroir, Xena sur ses talons, une expression de joie enfantine dans ses yeux. « Je suis… heu… » Les yeux verts lui rendaient son regard gravement dans le miroir, cherchant un visage qui semblait avoir acquis des angles plus longs et une radiance légère et intérieure, qui n’était perceptible que pour elle. « Hum. »

La guerrière rit et glissa les bras autour d’elle par derrière, laissant ses mains s’installer d’un air protecteur autour de l’estomac de la barde et elle posa le menton sur la tête claire. « Tu es magnifique. »

Gabrielle laissa ses mains retomber sur celles de sa compagne, regardant leur position pensivement, puis elle leva les yeux par-dessus son épaule vers les yeux bleus brillants. Elle passa en revue plusieurs plans d’attaque. « Tu as été… câline… ces derniers temps. » Elle se décida sur ce chemin.

Xena soupira doucement. « Je présume que oui… est-ce que ça t’ennuie ? » Elle n’avait pas vraiment de moyen de l’expliquer non plus. Juste ce besoin nostalgique de se blottir, ce qui était en fait plutôt déconcertant. Probablement des effets secondaires de… tout.

« Non non… non… » Gabrielle se hâta de la rassurer. « Pas du tout… non… c’est juste… un peu différent, c’est tout. » Elle mâchouilla un peu sa lèvre. « Arès… m’a pas mal suivie ces derniers temps aussi… vous complotez quelque chose tous les deux ? »

La guerrière eut l’air vraiment surprise. « Non… mais je lui ai dit de rester près de toi… il y a des sales types dans le coin. »

« Oui oui. » La barde s’appuya contre le corps chaud niché contre elle. « Hé… » Elle rit légèrement. « Tu penses que Granella a donné la nouvelle à Toris maintenant ? »

Xena rit. « Tu penses qu’il pouvait s’empêcher de demander ? En plus… si j’ai bien remarqué, je suis sûre qu’elle l’a fait. » Elle ferma les yeux et respira l’odeur de la barde, détestant avoir à la relâcher. « On ne peut pas garder ce genre de chose secrète bien longtemps. »

Un sourire passa sur les lèvres de la barde. « C’est vrai… c’est vrai… en plus si elle est malade tout le temps… c’est une plutôt bonne indication, pas vrai ? » Elle s’arrêta un instant. « Ou ces besoins de manger. »

La guerrière la berça doucement. « Et bien… pas toujours non », répondit-elle. « Certaines personnes ne sont pas malades… et beaucoup n’ont pas d’envies du tout. » Elle réfléchit rapidement. « Moi par exemple. »

« Vraiment ? » dit Gabrielle d’un ton songeur. « Alors… comment tu sais ? »

Un haussement d’épaules. « Et bien… ne pas avoir tes règles… c’est un bon indice. » Elle sourit à sa compagne. « Surtout si tu es régulière, comme toi. » Elle chantonna en réfléchissant, ne saisissant pas la soudaine lueur d’émotion sur le visage de son âme sœur. « Certaines personnes ont des migraines… mal au dos… de la fatigue… des rêves bizarres… leur sens du goût est plus fort… ce genre de choses. »

« Vraiment. » Gabrielle dit cela avec un ton complètement différent cette fois. « Intéressant. »

« Mm… » Xena approuva. « Tout le monde réagit différemment, je pense… j’ai eu mal au dos et je manquais souvent de souffle… parce que je… » Elle relâcha la barde et toucha sa propre cage thoracique. « Je respire profondément habituellement… alors quand le bébé a commencé à grandir là-dedans, c’est devenu un peu serré. »

« Oh. » Gabrielle se retourna et lui fit un sourire. « Je présume que c’est normal, hein ? » Elle passa un doigt paresseux le long de la poitrine de Xena, la chatouillant un peu. « Quand est-ce que tu as commencé à te rendre compte ? »

La guerrière pencha la tête et une petite ride apparut sur son front. « Oui… » Répondit-elle en traînant sur le mot. « Ça fait… hum… il faut un mois ou deux cependant… ça demande deux semaines au moins pour que ce genre de choses commence… » Elle hésita. « Il m’a fallu tout ce temps… probablement plus… je… ne pense pas qu’on puisse s’en rendre compte après quelques jours. »

« Oh… bien… » Gabrielle rit en la frappant. « Alors… quand nous rentrerons à la maison… ça devrait être plutôt visible. »

« Oui », répondit Xena. « Ça devrait. » Une vague expression distraite passa sur son visage expressif puis elle sourit et pinça la joue de la barde. « Tu es prête ? »

« Oui », répondit la barde en s’appuyant pour l’embrasser. « Merci… je ne peux pas croire comme c’est beau. »

Cela lui valut un sourire très large et rare de sa compagne. « Je peux le croire… oh… attends. » Xena se tourna à demi et leva un paquet plus petit de la table, qui était caché sous la robe. « Un type t’a vue raconter des histoires il y a quelques mois… il a fait ça parce que tu l’as inspiré… apparemment, ils sont très populaires… alors il… Gabrielle ? »

La barde regardait la petite babiole que Xena tenait et elle cligna à la vue des minuscules boucles d’oreilles, qui portaient des plumes miniatures et des minuscules bâtons. « Beuh. » Elle leva le doigt et les effleura, écoutant le tintement musical tandis que les morceaux d’argent étincelaient devant elle. « Heu… c’est… tellement… il… j’étais… moi ? »

Xena sourit. « Absolument toi… peu de gens que je connais mélange une plume et un bâton de cette façon. » Elle tendit la main et ajusta la babiole autour de l’oreille de son âme sœur, arrangeant les breloques pour qu’elles tombent. « Très… amazone. »

Gabrielle jeta un coup d’œil dans le miroir, ravie. « Oui… c’est vrai… » Elle se tourna et passa les bras autour d’une Xena surprise. « Merci… je les adore. » Elle la relâcha et se pencha en arrière pour qu’elles puissent croiser le regard. « Je t’aime. »

Xena lui fit un sourire de contentement. « Pareil. » Elle l’étreignit une nouvelle fois chaleureusement puis soupira. « Je présume que je ferais mieux de mettre mon armure… il est temps d’aller pratiquer mes regards noirs et sévères. »

La barde ricana doucement contre sa poitrine. « Tu as vraiment besoin de les pratiquer ? Je ne le pense pas. Tu as cloué ces idiots, Xena. »

Elles rirent ensemble.


Gabrielle prit une inspiration profonde avant d’entrer dans la salle éclairée par les torches, très consciente de la silhouette sombre et sinueuse qui faisait planer une ombre sur elle, une main légèrement posée au bas de son dos. Tout semblait un peu chaotique, surtout parce que sa tête tournait avec des possibilités nouvelles et soudaines, et un peu parce qu’elle se sentait hypersensible à chaque son, chaque odeur… même l’air semblait palpable sur sa peau, faisant flotter le tissu soyeux contre elle.

Des têtes qui se tournaient à leur entrée, elle y était habituée. Mais les yeux restaient sur elle cette fois, des sourcils haussés, des expressions qui passaient de simplement curieux à… Elle déglutit. Je présume que je dois faire bonne impression. Une voix mentale rit ironiquement.

Elle sentit des doigts qui lui chatouillaient le dos et elle répondit avec un sourire, tandis que Xena la guidait vers la table principale, où Garanimus se tenait, parlant à deux de ses lieutenants. Le seigneur de guerre leva les yeux à leur approche et elle vit son regard s’agrandir et un sourire sournois recourber ses lèvres. « Ouille », murmura la barde. « Il ressemble à une belette quand il fait ça. »

Un moment de silence interrogateur de Xena, puis. « Mmmm… » Elle réfléchit. « Plutôt un castor. »

La barde observa. « Oh oui… les dents. Tu as raison. »

Elles allèrent à leurs sièges et Xena s’arrêta un moment tandis que Gabrielle s’asseyait, les mains posées sur le dossier du fauteuil de la barde, croisant le regard de Garanimus. « Un problème ? » Demanda-t-elle, faisant sourdre une touche de menace dans sa voix.

L’homme se rapprocha. « Oh non… pas du tout, Xena. » Il s’appuya contre le bras du fauteuil. « Hé petit pois… t’es toute proprette… »

Gabrielle lui fit son sourire le plus sincère. « Merci », répondit-elle d’un ton neutre. « Je pense qu’il y a un ver sur ton épaule. »

Il sursauta et se regarda brusquement, faisant tomber l’insecte d’un geste rapide.

Le visage de Xena devint extrêmement figé tandis qu’elle serrait fort la mâchoire sur un désir fervent de rire. « On ne peut pas garder un bon ver, comme je dis toujours. » Elle s’assit à son tour près de la barde et croisa les jambes aux chevilles, fixant pensivement ses mains serrées. « Des nouvelles de Framna ? » Demanda-t-elle d’un ton ennuyé.

« Heu… non. » Garanimus finit de s’examiner en cas de nouveaux envahisseurs et il s’assit, claquant des doigts à l’intention de l’homme petit aux cheveux bruns à sa droite. « Amène tusaisqui ici. » Il regarda Gabrielle à nouveau. « J’ai entendu dire que le petit pois a passé la journée avec la morveuse. »

Gabrielle essaya de se détendre et de se concentrer sur le présent, refoulant le passé récent et le proche futur. « Pardon ? » Elle pencha la tête l’air interrogateur. « Si vous parlez de la princesse… oui c’est vrai. Nous avons passé la journée à parler d’Histoire et de politique entre les royaumes. » Et bien, l’histoire sur Cléopâtre comptait bien pour ces deux sujets, pas vrai ?

On amena Silvi, entre deux gardes, et elle s’assit avec une dignité admirable, fixant droit devant elle tandis que les tables se remplissaient et Garanimus fit signe aux serviteurs de commencer.

« J’me dis qu’il va faire un de ces deux trucs. » Garanimus parla la bouche pleine de pain. « Soit il part ailleurs, soit il tente un assaut frontal. »

Xena prit une asperge et la mâchouilla pensivement. « Peut-être. » Elle trempa le bout du légume dans une sauce rouge. « Mais si c’était moi… je te prendrais au mot. » Elle tourna son regard vers lui. « Ou bien j’enverrais quelqu’un ici pour découvrir si c’était vrai. »

Il haussa les épaules. « J’ai des gardes. »

La guerrière se mit à rire. « Ma mère pourrait passer tes gardes. » Elle finit une asperge et en prit une autre. « Je vais changer la routine des patrouilles pour qu’au moins ils ne pensent pas que nous sommes paumés. »

« Bien », grogna-t-il doucement. « Fais juste en sorte qu’il reste calme. »

Ils finirent de manger, puis la princesse se pencha d’un air raide et parla à voix basse. Le seigneur de guerre écouta, se nettoyant les dents, puis il rit. « Bien sûr… pourquoi pas par Hadès ? » Il tapota Xena sur l’épaule, surprenant la guerrière qui était assise les doigts joints, visiblement profondément enfouie dans ses pensées. « Hé ! »

Xena roula la tête vers lui. « Quoi ? »

« Silvi veut que petit pois raconte une histoire », l’informa l’homme blond.

La guerrière lui rendit son regard, le visage impassible. « Elle s’appelle Gabrielle. »

Garanimus leva les yeux au ciel d’exaspération. « Allons, Xena… je me fiche totalement du nom de ton petit jouet… Je… » Il s’arrêta de parler, surtout parce qu’une main serrait sa gorge. Xena se leva, le sortant de son fauteuil à la vue de tous et le secouant jusqu’à ce que ses dents claquent.

« Tu… » La guerrière se pencha. « abuses de ma patience… » Sa voix était un léger grognement. « Mortellement. » Elle lui donna une claque sur le visage et l’envoya s’affaler, et elle aurait continué si une main forte sur son bras ne l’avait arrêtée. C’était si… proche. Elle pouvait sentir la férocité monter en elle, lui chatouillant le bout des doigts. Bon sang. Elle prit une inspiration. Je ne suis habituellement pas autant incontrôlée… qu’est-ce que j’ai ces jours-ci, par Hadès ? Avec un effort visible, elle se calma, se retournant pour faire face à l’expression inquiète de Gabrielle. « Désolée », marmonna-t-elle.

« Y a pas de mal », blagua faiblement Gabrielle en massant le poignet agité de sa compagne d’un pouce. « Je pense que je peux trouver quelque chose à raconter à ces gens. » Elle regarda Xena lui faire un lent mouvement de tête puis s’asseoir, s’affalant contre le dossier du fauteuil tandis que Garanimus se mettait péniblement debout pour tomber dans son propre fauteuil en se massant le cou.

« Garce », grogna-t-il. « Tu vas me le payer. »

Xena lui lança un regard sévère. « Prends un ticket, espèce de misérable vache sans foutus neurones », grogna-t-elle à son tour, sa main bougeant à nouveau. « Et ferme-la ou je t’arrache la langue. »

Un silence tomba après ces mots. « Bien. » Gabrielle le brisa avec un éclat volontaire. « Alors je vais commencer, d’accord ? » Elle laissa sa main reposer sur l’épaule de Xena, sentant la tension mouvante sous son contact avec inquiétude. Doucement tigresse… ne le laisse pas te mettre dans cet état. Dit-elle silencieusement à la guerrière, s’interrogeant sur la susceptibilité de sa compagne. « Garde-moi du dessert. »

Xena soupira et lui fit un sourire désabusé. « D’accord », répondit-elle et elle regarda la barde contourner la table et se frayer un chemin jusqu’au centre de la pièce. Ensuite Garanimus sortit de ses pensées tandis qu’elle se concentrait sur les belles lueurs et les ombres qui glissaient sur le corps de son âme sœur, saisissant des éclats dans ses yeux vert brume et ses cheveux clairs. La barde était vraiment belle et Xena laissa le mot rouler sur elle tandis qu’elle sentait son corps qui se calmait et son attention qui se concentrait sur les mouvements fluides et le rythme distinct du récit de Gabrielle.

Cela lui donna une chance de… réfléchir. Quelque chose avait provoqué une minuscule et vive démangeaison à l’arrière de son cerveau et maintenant, tandis qu’elle regardait son âme sœur et écoutait les ohh et les rires appréciateurs du public, elle tenta de s’en inquiéter pleinement. Quelque chose au sujet de sa compagne ?

Hmm. Elle pencha la tête pensivement. La barde semblait plutôt normale… elle souriait à un commentaire de l’un des servants joliment vêtu et son visage s’éclaira alors qu’elle avançait dans sa narration. En fait, elle avait l’air… vraiment en bonne santé… presque… rayonnante. Xena goûta ce mot avec prudence et fixa sa compagne avec une attention sérieuse.

Quelque chose qu’elle avait dit… quelque chose qu’elle avait… ah. Non, ce n’était pas une chose qu’elle avait dite… c’était un ton qu’elle avait eu en prononçant le mot. « Vraiment. » Xena avait passé trois ans quasiment jour après jour et nuit après nuit avec la barde et elle avait passé énormément de temps à l’écouter parler, babiller, raconter, intimer, discuter et répéter… elle connaissait chaque son, chaque nuance de la voix de Gabrielle, jusqu’aux accents sur les syllabes, bien que la barde ne l’aurait probablement pas deviné. Alors… Ce ‘vraiment’ avait signifié une révélation, à laquelle Gabrielle ne s’était pas attendue, mais qui lui faisait plaisir.

Hmm… Elles avaient parlé de signes de grossesse.

Xena cligna des yeux alors que la conclusion évidente montait en elle et lui tapait sur l’épaule. Elle sentit une secousse bienvenue et étourdissante d’excitation à cette idée, puis la réalité s’immisça et elle soupira.

Nan. Sa logique rejetait ce fait en se basant sur le temps. Ce qu’elle avait dit à Gabrielle était vrai… il fallait plusieurs semaines de signes pour que cela commence à se voir… Du temps dont elles n’avaient pas eu assez. Alors. Si ce n’est pas ça… alors… Son regard glissa sur le côté. Est-ce que la princesse pourrait… Elle jeta un regard vers Garanimus avec une intention mauvaise. Que les dieux me gardent, si tu… Lui promit-elle sombrement en se faisant une note mentale que Gabrielle découvre si le seigneur de guerre avait touché la jeune fille.

Puis son regard revint vers sa compagne et elle rougit un peu lorsqu’elle vit que la barde lui souriait, une expression affectueuse faisant briller ses yeux. Elle dut prendre beaucoup sur elle pour ne pas fondre sur place et se laisser dissoudre dans une chaude pile de cuir couverte de guimauve avec des petits bouts de métal qui ressortaient.

Elle se décida plutôt pour un demi-sourire et un haussement de sourcils. Dieux… Gabrielle avait raison… elle était vraiment une boule de guimauve ces derniers temps… et ce n’était ni le lieu ni le moment d’en faire la démonstration, pas avec Garanimus qui lui faisait la tête en silence et une armée à gérer. En plus, la barde était occupée à raconter des histoires sur elle et ce ne serait pas pertinent qu’elle semble s’en réjouir.

Trop, en tous cas. C’était mauvais pour son image.

Au lieu de ça, elle regarda le public, évalua les citoyens coincés et polis, assis avec malaise au milieu des soldats bagarreurs et malpolis. Ce n’était pas un bon mélange… songea-t-elle,ressentant l’hostilité dont une bonne partie était dirigée vers elle, malgré son coup récent avec Garanimus. Est-ce qu’ils voulaient vraiment qu’un autre seigneur de guerre prenne cet endroit ? C’est sûr… ce n’était pas une récompense, mais… ça n’avait aucun sens. Il se passait autre chose ici… elle pouvait le sentir chatouiller le bout de ses sens.

Un timide éclaircissement de voix interrompit ses pensées et elle tourna la tête pour voir un serveur aux cheveux mi-longs se tenir près d’elle avec un petit plateau. « Oui ? » Elle adoucit consciencieusement sa voix, en voyant son inconfort.

Il poussa le plateau vers elle avec hésitation. « Grandma a dit de vous donner ça. »

Xena regarda l’assiette puis lui fit un sourire ironique. « Merci… et dis-lui aussi que j’ai dit merci. » Elle la prit et la posa sur la table, soulevant une des petites choses avant d’en mordiller le bord. Le garçon la fixa un moment puis lui fit un sourire timide et disparut. Du coin de l’œil, elle était consciente du regard attentif de Garanimus et elle l’ignora, tout en s’adossant pour savourer la friandise. Je parie qu’elle ne t’en a jamais envoyé, hein ? projeta-t-elle vers le seigneur de guerre. J’ai toujours eu plus de chance avec les gens que toi… au moins ils me respectent sans que j’ai tout le temps besoin de rosser tout le monde.

Elle finit la pâtisserie, savourant les senteurs subtiles et elle regarda l’assiette, puis elle soupira et croisa les bras, résolue à garder le reste pour Gabrielle.

La barde finissait son dernier récit et elle accepta les applaudissements gracieusement, puis elle revint et s’installa dans le fauteuil près de Xena, relâchant un long souffle. « Ils sont difficiles », murmura-t-elle doucement. « Tu vas bien ? »

Le regard bleu se posa sur elle. « Oui. » Xena poussa l’assiette vers elle. « Le dessert. »

« Merci. » Gabrielle lui sourit tandis qu’elle en prenait une. « Tu as remarqué, Xena… ils servent des plateaux différents aux types de Garanimus et aux autres gens. » Elle garda la voix très basse, sachant que sa compagne l’entendrait.

Xena écarquilla un peu les yeux et elle tourna à demi la tête pour regarder son âme sœur. « Non… je n’ai pas remarqué… tu es sûre ? » Dit-elle un peu embarrassée. J’étais bien trop occupée à rêvasser… réveille-toi, Xena… reprends tes esprits.

Un léger hochement de tête. « Oui. » La barde mordilla la pâtisserie. « On ne peut pas vraiment le voir de cet angle… mais quand on est là-bas, on voit bien mieux ce qui se passe… ils ont un groupe de serveurs qui vont vers les locaux et un autre qui va vers les soldats. » Elle s’interrompit, réfléchissant. « Bizarre. »

« Bien vu », la complimenta la guerrière ironiquement. « Il y a plus ici que ce que nous voyons. »

« Mm. » Gabrielle approuva. « Je pense qu’on ferait bien de mieux regarder. »


Gabrielle s’assit tranquillement au bureau, tapotant sa lèvre inférieure du bout de sa plume, le menton posé sur un poing. Son journal était ouvert devant elle et elle relisait sa dernière entrée, tandis que le léger son rythmique d’une épée qu’on aiguisait grattait dans le coin.

Elle est horriblement calme ce soir. Pas qu’elle ne le soit pas habituellement, elle l’est, mais c’est ce genre de calme fait d’humeur sombre et de roues mentales qui tournent partout, qui me rend un peu nerveuse. Je pensais avoir fait un bon travail avec les histoires… je dois l’avoir fait… même Garanimus a dit quelque chose que je suppose pouvoir plus ou moins considérer comme gentil, mais après que j’ai eu fini, Xena s’est mise en mode grognon et je ne suis pas sûre de savoir pourquoi.

Je pense qu’elle ne réalise même pas qu’elle est en train d’aiguiser ce truc… son allure dit qu’elle est à des lieues d’ici et j’ai bien peur que des petits copeaux de ce métal aillent commencer à joncher le sol. Si je ne la connaissais pas mieux, je dirais qu’elle rêve, mais…

Alors… je me sens plutôt bien maintenant, parce que le dîner s’est bien passé et que les histoires ont été appréciées… et… beuh. C’est si étrange d’écrire cela… je pense qu’il est possible que je sois enceinte.

Ouaouh. J’ai relu cette phrase au moins six fois. Je ne peux pas en être sûre et tout ce que j’ai pour l’instant est plutôt fragile. Je suis en retard… j’ai calculé de presque sept jours maintenant. Une semaine et ajouté à ça, une preuve ou deux qui pourraient, ou pas, être des nausées matinales, un vertige et le fait que j’ai dû faire la sieste deux jours d’affilée maintenant.

Ce n’est pas grand-chose… en fait, Xena se comporte bien plus étrangement que ça – peut-être que j’avais raison. Peut-être que c’est elle qui couve quelque chose… et je réagis à ça. Elle a été tellement… distraite ces derniers jours. Au début je pensais que c’était Garanimus, et elle est pire en sa présence, mais… non, je peux dire qu’elle a du mal à se concentrer et par mes dieux… elle a fait des achats aujourd’hui et m’a rapporté des trucs. Sans raison. Et les câlins et les attentions… dieux, elle s’occupe de moi comme d’un chaton ces temps-ci. C’est presque drôle parce que parfois elle ne s’en rend pas compte, et parfois oui, et quand c’est le cas, elle se comporte comme si elle n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait.

Je pense qu’elle est désorientée. Je sais que je le suis. Je suis assise ici à débattre sur le fait de… d’amener le sujet ou pas, et d’en parler un peu. Je démarre à chaque fois, puis je m’arrête et je pense que je m’en rends compte parce que j’ai peur.

J’ai peur parce que… je veux vraiment être heureuse pour ça… et je veux qu’elle le soit. Je ne veux pas qu’elle fasse semblant, juste pour que je me sente bien et je sais qu’elle le ferait et que je verrais la différence. Je veux être excitée et grisée et sauter de haut en bas… mais j’ai tellement peur que si je le mentionne, je vois… du regret dans ses beaux yeux bleus. C’est un peu… idiot, je sais – parce que si je le suis, il n’y a rien à faire et je sais qu’elle me soutiendra quoi qu’il en soit… mais… je ne veux pas juste son soutien. Je veux qu’elle soit aussi heureuse que moi.

Peut-être que j’en demande trop.

Jessan m’a dit que lui et Elaini partageaient beaucoup pendant sa grossesse. Je me demande si ce sera pareil pour nous ? Au moins Xena a vécu ça auparavant… alors… en fait, si j’étais enceinte, elle devinerait les signes avant moi. Pas vrai ?

A moins qu’elle ne soit distraite, ce qu’elle est. Peut-être que je devrais attendre que tout ça soit fini, alors, quand nous serons dans les bois, au calme et en paix, peut-être avec un saumon ou deux, je pourrais juste… amener le sujet dans la conversation.

Oh. Oui. Je vois ça d’ici. « Alors, Xena… tu veux bien regarder cette chouette… qui construit un nid et dépose un œuf. Ce qui me rappelle que… Dieux, je préfère en rire…

Et bien, je ferais mieux de fermer ce sujet et de dormir un peu… J’ai promis à Xena d’essayer de trouver ce qu’ont les villageois contre la princesse. Mais ce ne sera pas facile… parce qu’ils sont vraiment soupçonneux à son égard, et au mien aussi.

La barde posa sa plume et croisa les mains sur le parchemin, en regardant sa grande compagne de près. « Xena ? »

« Oui ? » Xena sursauta et fit un petit geste de la tête. « Dieux… désolée… je ne sais pas où j’avais la tête à l’instant. »

Gabrielle ferma son journal puis se leva et alla rejoindre sa compagne pour s’asseoir sur le banc capitonné. « Tu te sens bien ? »

Pas de déni, ce qui l’inquiéta. La guerrière rengaina lentement son épée et la posa contre le mur, puis elle mit les coudes sur ses genoux et les mains l’une contre l’autre d’un air décontracté.

« Je ne sais pas », admit-elle doucement à voix basse. « J’ai vraiment du mal à rester concentrée… et je pense que Garanimus m’agace vraiment. » Un léger mouvement de la tête. « Je ne peux pas croire que j’ai perdu le contrôle comme ça là-bas. »

La barde glissa un bras autour de ses épaules. « Tu ne l’aimes vraiment pas, hein ? »

Un silence morose. « Ce qu’il a fait… l’attaque dans laquelle j’ai été prise m’a blessée… plutôt mal. Il m’a fallu un moment pour dépasser ça… il m’aurait fallu moins de temps sauf que… aussitôt que j’ai pu chevaucher, j’ai conduit une armée contre celle à qui il nous avait vendus et… » Elle s’arrêta et soupira. « Beaucoup de gens sont morts. »

« Alors… tu lui en veux vraiment beaucoup », théorisa Gabrielle.

Un signe de tête.

« C’est un abruti. » Une déclaration neutre. « C’est à ce moment-là que tu t’es blessée au dos ? »

Un autre signe de tête.

« Mm. » La barde passa légèrement le pouce sur sa peau. « Ainsi… il espérait faire de l’argent en te trahissant… au lieu de ça, il a été blessé, tu t’es remise et maintenant il doit ramper avec un groupe de types puants et il est forcé de te demander un service. » Elle fit une pause. « Il a tout perdu. »

Elle pouvait voir les roues tourner.

« Hum. » Xena prit une inspiration. « Je n’ai jamais vu les choses sous cet angle. » Un demi-sourire se fraya un chemin sur ses lèvres. « Je présume que oui. » Elle observa le sol d’un air sérieux. « Peut-être que c’est juste ça… j’ai un arrière-goût du passé et ça ramène beaucoup de souvenirs. » Un soupir. « La stratégie… le défi… il y avait des trucs à ce sujet qui… poussaient des parties de moi à terminer des choses que je ne pense pas que j’aurais faites avec un autre style de vie. »

Le silence s’installa entre elles introspectivement.

« Et ensuite, quand j’ai commencé à me sentir mieux », continua Xena en se détendant un peu. « Je me souviens des mauvais moments. La douleur… dieux… c’était tellement douloureux parfois que je restais allongée au lit la nuit et je mordais ma lèvre pour ne pas crier. Ça et les hurlements des hommes blessés… regarder de bons soldats mourir parce que nous n’avions pas le temps de nous arrêter pour leur trouver des médicaments… » Elle haussa les épaules. « Je ne veux pas que ça revienne… et Garanimus ne peut pas comprendre ça. »

« Je doute qu’il puisse comprendre même comment lacer ses propres bottes », commenta sèchement Gabrielle. « Mais je comprends que tu sois mal à l’aise avec lui… je souhaiterais pouvoir t’aider. » Elle posa la tête sur l’épaule de la guerrière.

Xena soupira. « Ça va me passer. » Elle tendit la main et prit celle de la barde, la portant à ses lèvres pour un doux baiser. « Merci de m’avoir demandé. »

Un doux sourire lui répondit. « Ça fait partie du job. » Elle se leva et tira. « Allez, tigresse… j’entends ce doux lit moelleux qui m’appelle… »

« Rrr. » Xena grogna joyeusement, se laissant mettre debout et soufflant les chandelles avant de se mettre au lit. Elle en laissa une vaciller légèrement près du lit, assez pour envoyer de légères ombres sur le mur du fond et couvrir le pelage noir d’Arès de confettis cramoisis. « Hé… » Murmura-t-elle tandis que la barde se blottissait, l’entourant fermement de ses bras.

« Hmm ? » Gabrielle était occupée à s’entourer du corps chaud de la guerrière. « Je ne serre pas trop fort, non ? »

« Non non… non. » La rassura Xena vigoureusement. « Est-ce que ces marrants trucs roses te semblaient aussi avoir un goût bizarre ce soir ? »

« Hum. » La barde réfléchit. « Je n’en ai pris qu’un ou deux… ils étaient un peu épicés… en plus tu les as finis. »

« Je sais », répondit la guerrière d’un ton intrigué et ensommeillé. « Il y avait du piment rouge écrasé dedans. »

« Ah oui ? » Gabrielle plissa le front. « Je pensais que tu détestais le piment rouge ? »

Un moment de silence pensif. « C’est le cas. »

« Etrange », commenta la barde.

« Oui. » Le mot gronda dans la poitrine de Xena. « Peu importe. »


A suivre 5ème partie

 

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