29 mai 2008
Cible mouvante, première partie, chapitre 2
MOVING TARGET par Melissa Good
CIBLE MOUVANTE
Partie 1
Traductrice: Gaby
Chapitre 2
Elles arrivèrent tard au centre de convention, un peu avant minuit, plus tôt que ce qu’avait planifié Dar. Le bâtiment était éclairé de l’extérieur cependant, et les gardes de sécurité et l’agitation autour de l’endroit les rassurèrent.
Dar s’avança vers l’entrée principale, traversa l’esplanade, s’approcha des portes et jeta un coup d’œil aux gardes. « ‘soir. » Elle salua le premier garde cordialement en sortant sa carte d’identité de sa poche arrière pour la lui montrer.
L’homme étudia sa carte et lui jeta un coup d’œil rapide. « L’entrée de service se trouve à l’arrière du bâtiment. » Lui dit-il poliment.
Un sourcil sombre finement sculpté s’arqua. « Pardon ? »
« Les manutentionnaires rentrent par derrière. » Expliqua le garde poliment.
Dar baissa le regard vers son corps et le releva pour croiser celui du garde. « Est-ce que je ressemble à un ouvrier ? »
« Oui m’dame. » Répondit l’homme. « Vous pouvez entrer par derrière. »
Kerry se couvrit la bouche et retint le rire qui menaçait de faire éruption. L ‘expression sur le visage de sa bien-aimée était tout simplement inestimable.
« Ce n’est pas drôle. » Dit Dar avec irritation.
« Allez. » Kerry ravala son amusement et prit le bras de Dar pour se diriger vers l’arrière du bâtiment. « Ne te fâche pas avec lui Dar. Tu n’auras qu’à appeler le service de la convention demain matin et faire virer leur compagnie entière. » Elle haussa la voix légèrement, juste assez pour être sûre que les gardes l’entendent.
« Tu trouves que je ressemble à un ouvrier ? » Dar ignora son manège, et tourna vers elle un regard indigné.
« Absolument pas. « La rassura Kerry. « C’est juste le débardeur et les jeans déchirés, chérie. Orlando n’est simplement pas prêt pour un DSI qui n’est pas tiré à quatre épingles. » Elle prit le bras de Dar et le tapota de nouveau. « Allez viens. » Du coin de l’œil elle pouvait voir les yeux du garde s’agrandir comme des soucoupes. « Je parie que si tu le voulais tu pourrais faire virer la boîte des services de la convention toute entière. Ça pourrait être amusant, non ? »
Les yeux de Dar se rétrécirent soudainement. « Tu trouves ça drôle de faire peur au garde hein ? » Prononça-t-elle à voix basse.
« Oui. » Kerry lui sourit de façon charmante. « Laisse-moi encore deux minutes et il devra changer de pantalon. » Elle remua les doigts vers l’homme en question. « Il le mérite bien cet espèce d‘idiot avec la vision d‘un rhinocéros en pleine nuit. »
Dar ricana, son humour retrouvé. Elle drapa son bras autour des épaules de Kerry et se dirigea vers l’arrière du bâtiment en laissant derrière elles l’infortuné garde. Son ego avait été froissé par la remarque de l’homme, elle avait assez de lucidité pour s’en rendre compte.
« Connard. » Kerry maintint la porte de sécurité ouverte vers l’espace de chargement du bâtiment et attendit que Dar soit passée pour s’y engager à son tour. « Qu’était-il censé penser Dar ? Ça aurait pu être vrai. »
« Quoi ? »
« Tu aurais très bien pu faire partie de l’équipe de montage. » Kerry apaisa sa partenaire sur les nerfs. « Il est presque minuit. Qui ça aurait ennuyé que tu rentres par la porte principale ? Qui t’aurait vu, mis à part le personnel de nettoyage ? » Elle ferma la porte derrière elles et suivit Dar vers une porte de chargement du bâtiment largement ouverte, des bruits de martèlement et de raclement clairement audibles à l’intérieur.
« J’en sais rien, et je m’en fiche pas mal. » Ronchonna Dar, tandis qu’elles passaient de l’air chaud de la nuit à celui froid mais sentant le renfermé du bâtiment. Des néons fluorescents éclairaient un plancher en béton armé et ce qui ressemblait à l’intérieur d’un grand entrepôt.
Ce que c’était, au fond. Kerry plissa le nez à l’odeur de moisissure venant d’un ensemble de draperies posé en tas près de la porte. « Sympa. »
« Peut-être qu’ils auront un marteau que je pourrais leur emprunter. » Marmonna Dar.
« Dar. » Kerry lui tapota le derrière. « Tu veux bien te calmer ? C’était rien qu’un sac de conneries. Ne me dis pas que tu es devenue si sensible en vieillissant. »
Sa compagne lui fit une grimace renfrognée.
« Okay. » Kerry pouvait voir un tas de gens devant elles, tous très occupés. Elle attrapa le bras de Dar et la tira dans un coin, hors de vue de l’immense pièce principale. « Mon cœur. » Dar n’était pas aussi sensible d’habitude, et Kerry ressentit que prendre un moment avec elle maintenant pourrait payer sur la durée. « Ça t’a vraiment ennuyée ? »
Sa grande compagne s’appuya contre le mur et se passa une main dans les cheveux. « C’est stupide pas vrai ? » Admit-elle en levant les yeux. « C’est juste mal passé je crois, et je n’ai même pas l’excuse d’être dans ma mauvaise période du mois. »
Kerry glissa ses doigts dans les passant de la ceinture de Dar. « Écoute, je t’ai demandé de porter ces jeans parce que je te trouve vraiment sexy dedans. » Elle tira un peu. « Et je n’ai pas épousé un ouvrier du bâtiment. »
L’expression de Dar s’adoucit. « Je sais. » Elle baissa le regard. « Et étant donné que j’ai choisi de porter une paire de bottes que j’ai utilisées pour peindre le chalet, je suppose qu’il marque un point. »
« Hmm. »
« Un débardeur, des jeans déchirés pleins de peinture et des chaussures de rando… tout ce dont j’ai besoin c’est d’un tatouage et je pourrais passer pour le parfait stéréotype de butch. »
Okay, la crise était passée. Kerry se relaxa et sourit. « Nan, tu devrais porter des pantalons en cuir pour ça. »
« J’en ai. » Lui rappela Dar. « Mais tu vas devoir m’arrêter pour que je ne les porte pas en été. » Elle cogna le genou de Kerry avec le sien. « Allez. Allons voir ce que trafiquent les gamins et fichons le camp d‘ici. »
Elle marchèrent vers la porte ouverte du hangar et le centre de la convention, en marquant un arrêt pour se repérer. La salle était immense et pleine de tarés de l‘informatique. L’odeur des nouveaux ordinateurs mélangée à celle de vieux café était étouffante.
« Whaou. » Kerry se frotta le nez. « Quel zoo. »
« Hmm mm. » Dar se redressa de toute sa taille, observant la salle. Le salon commercial avait été disposé de manière réglementaire, les box de charpente de bois s’étiraient en rangs ordonnés, espacés par de larges allées au milieu des stands des différents compagnies. « Ah. Nous sommes là. » Elle montra une bannière au logo familier, à demi suspendue, à demi drapée sur quelques poutres en métal.
« C‘est un emplacement intéressant. » Kerry la suivit entre deux stalles de bois, esquivant un technicien qui se battait avec un écran de projection et qui faillit la cogner. Elles marchèrent entre des piles d’équipements et arrivèrent jusqu’à l’espace plus grand réservé à ILS.
Quatre de leurs techniciens étaient sur des échelles, essayant de soulever l’immense tube d’acier conçu par le département Marketing pour le fixer sur le stand, et tandis qu’elles les observaient, la lourde structure se mit à pencher de manière précaire. Sans échanger un mot Dar et Kerry réagirent, s’élançant pour leur venir en aide.
Kerry saisit l’échelle la plus proche qui commençait à se renverser tandis que Dar utilisait sa haute taille pour attraper la charpente d’acier, en la portant à bout de bras alors que le technicien luttait pour récupérer le contrôle. « Whaou! » La femme blonde grommela, jetant son corps contre l’échelle qui menaçait de s’effondrer sur elle. « Doucement les gars les gars ! »
« Merde ! » Le technicien sur l’échelle jura. « Ce putain de truc à été construit avec de la pâte à modeler ! »
« Okay, tenez bon. » Dar agrippa l’échelle et monta plusieurs marches, hissant la charpente avec elle. « Faites passer ce bout de ce côté, Bruce. »
Le tech sur l’échelle d’à côté cligna des yeux, réalisant juste qui s’adressait à lui. « Bon Dieu de merde. » Lâcha-t-il. « Vous êtes arrivée y’a longtemps m’dame ? »
« Juste à temps apparemment. » Grommela Dar. « Vous allez fixer ce truc ou vous préférez qu’on se retrouve le cul sur le béton ? »
Kerry pouvait entendre la tension dans la voix de sa compagne, et sous les jeans déchirés elle pouvait voir les jambes de Dar qui forçaient pour garder sa charge en équilibre. Avec le poids de Dar qui faisait contrepoids, l’échelle ne menaçait plus de se renverser et elle déplaça sa prise pour entourer ses bras autour des cuisses de sa compagne dans une prise sûre.
« Okay… Okay… On y est presque ! » Bruce haleta, s’étirant au dessus de l’échelle pour donner un coup de clé à douille sur les boulons tandis que Dar soutenait toujours. Il vissait rapidement, les muscles bougeant sous sa peau alors qu’il s’occupait du dernier verrou. « C’est fait ! »
Dar relâcha prudemment sa prise, soulagée que la structure semble tenir en place toute seule. Elle plia les doigts et secoua les bras, jetant un coup d’œil au technicien toujours perché au-dessus d’elle. « Par tous les diables qu’est-ce que vous être en train de faire les gars ? »
Bruce riveta l’autre bout de la structure, descendit l’échelle et sauta les dernières marches. Il était de taille moyenne et pas très costaud, avec de grands yeux marrons pleins d’un air de surprise perpétuel. « On voulait commencer à organiser le stand m’dame. » Il marqua une pause. « On ne devait pas ? »
Dar descendit de l’échelle et épousseta ses mains pendant que le technicien derrière elle descendait avec précaution. « Ils n’ont pas d’équipe de montage ici ? » Elle regarda autour d‘elle, soudain consciente que dans beaucoup de stands autour des équipes aux tee-shirts de leurs différentes compagnies se battaient pour assembler les structures. « C’est quoi ce bordel ? »
Kerry baissa la tête en passant sous l’échelle et la rejoignit, comme tout le reste de l’équipe. « Salut les gars. » Elle les accueillit d’un sourire tout en surveillant Dar qui commençait à enquêter dans les environs comme un grand chat méfiant.
« Hey, patronne. » Un des gars aux cheveux blonds filasses proche d’elle lui rendit son sourire. « Qu’est-ce que vous faites ici ? Mark disait que vous ne deviez pas monter avant quelques jours. »
« Eh. » Kerry posa ses mains sur ses hanches. « On a décidé de venir un peu plus tôt… On vous a dit pourquoi il n’y a personne de l’équipe d’organisation ici ? Vous n’avez pas à faire ça les gars, Dar a raison. On les paye assez cher pour qu’ils fassent leur boulot correctement. »
« Et bien. » Bruce se faufila jusqu’à elle. « Quand on est arrivé il y a quelques heures, le gars responsable nous a dit que si on voulait que ça avance il fallait qu’on se débrouille nous-mêmes. » Expliqua-t-il avec un haussement d’épaule. « Tout le monde râlait, mais qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre ? »
« Appeler ? » Kerry le regarda, levant les mains pour appuyer ses paroles. « Ce n’est pas comme si mon numéro de téléphone était top secret. »
Le technicien blond à côté d’elle tressaillit. « On ne voulait pas que vous nous preniez pour des pleurnichards. Ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup à faire… Il suffisait juste de monter les tuyaux pour qu’on puisse commencer à câbler. Pas comme les autres gars, ils essaient encore de monter tous ces trucs en planches de bois pour faire tout leur stand, pratiquement sans aucun matériel. »
« Mmh. » Kerry hocha la tête. « Les responsables, ils sont toujours ici ? »
« Sûrement pas. » Grogna Bruce. « Ils se sont barrés en laissant les gardes à l’entrée. « Quelle bande de… umh… » Il se souvint à qui il parlait et sa voix s‘éteignit.
« Nous les avons rencontrés. » Marmonna son chef. « Ils ne nous ont pas fait très bonne impression. Hey Dar ? »
Sa compagne s’était dirigée vers le stand suivant et parlait aux occupants. Elle leva une main à l’appel de Kerry mais continua sa conversation. « Et bien de toutes façons nous allons vous aider à mettre tout ça sur pied. » Dit Kerry aux techniciens. « Qu’est-ce qu’il faut monter ensuite, ces pôles piquets là? » Elle les montra du doigt.
Dar revint avant qu’ils aient pu commencer, et elle ne semblait pas contente. « Les gars de Lucent disent qu’ils ont entendu que le centre n’a pas payé leur équipe d’organisation pour la dernière convention, alors ils sont tous partis. » Annonça-t-elle. « Ils étaient plutôt furax. Selon leur technicien en chef, le centre leur a en gros expliqué qu’ils n’avaient qu’à attendre jusqu’à demain, que quelques ouvriers viendraient peut être, ou alors qu’ils n’avaient qu’à le faire eux même et la fermer. »
Bruce hocha la tête. « C’est ce qu’ils nous ont dit aussi. » Acquiesça-t-il. « Alors on en a parlé et on a décidé de voir ce qu’on pouvait faire. On ne voulait pas que vous arriviez ici et que rien ne soit prêt. »
Dar soupira. « Bon, en échange, c’est nous qui nous pointons pour vous aider à monter ça et à tirer les câbles. Ça fera une bonne histoire en revenant au bureau. Allons-y. Plus vite ce sera fait, plus vite nous pourrons sortir d’ici. »
Kerry s’éloigna et attrapa une bobine de câbles et une clef à mollette. « Les commutateurs sont là-bas ? » Elle montra une pile de boîtes en carton marron portant un logo familier. « Cody, pourquoi ne commencez-vous pas à les sortir ? »
« En parlant de ça. » Dar se tourna et pencha la tête en arrière. « Laissez moi deviner. Il n’y a aucune arrivée télécom, c’est ça ? »
« Nan. » Dit Bruce. « C’est là le vrai problème. » Admit-il. « Mark n’a envoyé aucun gars des réseaux longue distance. »
« Ce n’est pas un problème. » Kerry lança à Dar un kit d’outils réseau que sa compagne rattrapa avec une grâce consommée. « Je pense que les boîtes de connecteurs jack sont posées sur le pôle plateau, Dar. » Elle poussa Bruce d’un coup de coude vers la structure restante pas encore suspendue. « Allons-y les gars, déplaçons ces échelles. »
Dar sortit un stylo de sa poche et gribouilla les numéros de série des ports connecteurs sur le poteau que Kerry avait repéré, marquant une pause avant de ranger son stylo en apercevant plusieurs personnes à l’entrée qui se tenaient simplement là, à les observer.
Personne qu’elle ne reconnaissait, mais si elle regardait bien, elle pouvait apercevoir le logo sur la chemise du plus proche. « Aah. » Murmura Dar. «Nos adversaires sans scrupules. » Une lueur apparut dans son regard, tandis qu’elle mettait le papier sur lequel elle venait d’écrire dans sa poche arrière et qu’elle se dirigeait vers l’espace des télécoms, devant lequel ils allaient probablement passer.
Deux des nouveaux venus traversèrent la pièce, ne lui jetant qu’un coup d’œil superficiel. Les trois autres restés à l’entrée parlaient entre eux l’air pincé. Ils rendirent le signe de tête de Dar d’un air absent, l’oubliant dans la seconde.
« Vous voulez attendre demain ? Jackson a juré qu’ils auraient une équipe. » Dit le plus grand d’entre eux. « Je ne trimballerai pas tout le matériel jusqu’ici. »
« Je serais ravi de partir, mais je veux attendre qu’ILS ait fini de monter leur système, voir ce qu’on peut en apprendre. Ces gars sont du genre à nous endormir debout. » Répondit le second, un homme bien bâti avec des cheveux épais et noirs, et un air de directeur. « Peut être que nous pourrions en recruter quelques uns, j’ai entendu dire qu’il allait y avoir des licenciements. »
Le premier homme rit.
Mais il aurait probablement arrêté s’il avait pris la peine de se retourner pour voir les yeux d’un bleu de glace percer des trous invisibles à l’arrière de sa tête.
« Occupez vous des gars. Je m‘occupe des nanas aux câbles. » L’homme le plus petit rit à son tour. « On peut leur reconnaître une chose, ils savent engager sur le physique. »
Dar jeta un coup d’œil à la boîte dans ses mains et l’ouvrit, choisissant une paire de pince crocodile et l’étudiant, tout en se demandant de combien d’années de prison elle écoperait si elle arrachait les gonades de ce bâtard avec cet outil. Puis elle soupira et reposa la pince, se tourna et poursuivit son chemin avec un sang froid digne d’éloges.
Le travail avant le plaisir. Leur temps viendrait bien assez tôt.
* * * * *
« Venez-là les gars. » Kerry s’avança dans le stand, portant une demi-douzaine de canettes de soda dans une poche faite avec l’avant de son tee-shirt. Les techniciens l’entourèrent et firent timidement leur choix pendant que Kerry restait au milieu. « Allez-y ils sont frais. »
« Merci m’dame. » Bruce s’assit sur un commutateur en s’essuyant le front.
Deux heures étaient passées et ils avaient fini de monter la structure du stand avant de se rendre compte que le centre avait éteint l’air conditionné. Ils étaient passé rapidement d’un air confortable à une chaleur lourde, étouffante même, jusqu’à ce que Dar dévoile son drapeau pirate et ne parte en chasse pour trouver la salle de commande de l’air conditionné.
Maintenant l’air circulait de nouveau normalement, et Dar était revenue fouiller méthodiquement les circuits non étiquetés à la recherche de celui qu’ils avaient commandé.
« Okay. » Kerry s’assit avec son propre soda et l’ouvrit, prenant une longue gorgée avant de continuer. Elle était couverte de sueur et de poussière et son genou lui faisait mal là où elle s’était cogné brutalement au coin d’un commutateur, mais elle regarda autour d’elle et elle trouva leurs progrès plus que satisfaisants. « Une fois la ligne en fonctionnement, nous aurons presque tout fait en attendant que les serveurs arrivent demain. »
Les techniciens avaient l’air fatigué, mais soulagé. « Vous pensez que le circuit sera monté ce soir ? » Demanda Bruce.
« Oh, j’en suis sûre. » Kerry se pencha en arrière et étendit ses jambes, les croisant aux chevilles, et observa leur longueur nue studieusement. « Même si Dar doit tirer un câble de fibres depuis Miami, il sera monté. » Elle leva les yeux vers ses troupes, avec un sourire. « J’ai la foi. »
Les quatre techniciens sourirent en retour.
« Merci d’être passé et de nous donner un coup de main m’dame. C’était vraiment cool. » Dit Cody.
« Pas de problème. » Kerry jeta un coup d’œil sur le côté quand un mouvement attira son attention, et se tut en apercevant un groupe de leurs concurrents s’approchaient. Elle les regarda venir, alors qu’ils observaient leur stand d’un regard attentif. « Salut. »
« Salut. » L’homme en tête la salua avec un sourire sympathique. « Vous avez été bien occupés les gars. »
« Comme tout le monde non ? » Répondit Kerry. « Quel bordel hein ? »
« Ouais. » L’homme acquiesça. « On a décidé d’attendre un peu d’aide demain pour mettre les choses en place, mais je vois que vous avez décidé de le faire vous-même, hein ? »
Kerry fit le tour du stand du regard. « Apparemment. » Dit-elle. « On va pouvoir partir et dormir l’esprit tranquille maintenant. »
L’homme enfonça ses mains dans ses poches et gloussa. « Ouais, je suis sûr que vous devez être très prudents et consciencieux. J’ai entendu dire que ça déménageait pas mal chez vous. Vous ne voulez prendre aucun risque hein ? »
Les techniciens regardèrent Kerry, qui observait l’homme avec des yeux verts interrogatifs. « Pardon ? » Demanda-t-elle.
« Ah, allez, on a entendu parler de vos problèmes… putain, nous en avons causé la plupart ! » L’homme rit. « Pas de rancoeurs… En fait, vous me paraissez doués les gars. Ça vous intéresserait de passer de l’autre côté ? »
Les sourcils de Kerry disparurent sous sa frange. Le reste de l’équipe resta prudemment silencieux, apparemment satisfait de la laisser continuer la conversation. « Je n’ai aucun souci avec les gens qui me payent. » Dit-elle. « Et vous les gars ? » Ses yeux questionnèrent ses hommes.
« On est okay. » Répondit Bruce. « Pas de problème ici. » Il ajouta, tandis que le reste des techniciens hochaient la tête.
« Oh allez. » L’homme leva les deux mains. « Vous êtes là, transpirant comme des porcs à vous casser le cul pour monter tout ça et vos boss qui se prennent pour des mecs importants sont tranquillement assis dans leurs chaises de cuir dans leur grand bureau avec vue panoramique. C’est comme ça que vous aimez que les choses se passent ? »
Bruce rit doucement, les yeux fixés sur la tête ébouriffée de Kerry qui commençait à montrer des signes distincts de tension furieuse.
« Ce n’est pas comme ça que notre compagnie fonctionne. » Dit l’homme qui ne voyait apparemment rien.
« Ce n’est pas vraiment comme ça que notre compagnie fonctionne non plus. » Répondit Kerry d‘un ton calme.
« Ah ouais? C’était quand la dernière fois que vous avez vu votre patron ramasser un câble ? » Riposta l’homme. « Je parie sur ‘jamais‘. »
Les lèvres de Kerry se courbèrent dans un sourire réticent. « Je parie que vous avez tort. » Dit-elle en apercevant la silhouette distincte de Dar s’approcher du groupe. Sa compagne semblait exténuée mais triomphante. Elle passa en frôlant les intrus, ramassa un câble d’interface et le poussa à sa place. « On est sur pied ? »
« Putain d’infrastructure de fils de pute de merde. » Grogna Dar en connectant le routeur pour l’amorcer. « Je suis étonnée que ce fichu soixante-six bloc de commutation n’ai pas été assemblé avec de vieux bouts de chewing-gum. »
« Traduction, on est sur pied. » Kerry interpréta le juron. Tous les techniciens applaudirent et sifflèrent.
Dar étudia les diodes en grommelant. « Oui. » Elle épousseta ses mains en donnant aux étrangers un coup d’œil refrogné. « Excusez-moi. » Elle s’assit à côté de Kerry et examina la paume de sa main, couverte de poussière et d’égratignures à vif. Après un instant elle leva les yeux vers les hommes. « Vous voulez quelque chose ? » Dit-elle d’un ton cassant.
Surpris, leurs mâchoires se décrochèrent. « Euh, non, juste une petite visite. Écoutez, soyez cool, hein ? Venez me voir si notre conversation vous a intéressés. » L’homme à l’avant du groupe leva la main et l‘agita. Puis il s’avança et la tendit à Kerry. « Je m’appelle Robert Caustens, et je suis le directeur des systèmes d’information pour Telegenics. »
Kerry prit sa main sans hésiter et la serra. « Kerry. Ravie de vous rencontrer. J’espère que les choses vont s’arranger pour vous. »
Les deux hommes partirent.
« Seigneur. » Kerry se mit à rire. « Quel abruti. »
« Il vous a débauché? » Se renseigna Dar, son regard interrogateur tourné vers le reste de l’équipe.
« Oui m’dame. » Cody hocha la tête. « Il a dit qu’on ne devait pas bosser pour une compagnie où les gros bonnets restent tranquillement au sommet de leur tour d’ivoire. » Il fit un clin d’œil à Dar, en gardant un visage calme. « C’était plutôt marrant. »
Dar étendit ses jambes et laissa reposer ses mains abîmées sur ses genoux. « Tu sais, c’est juste foutument drôle. » Elle jeta un coup d’œil à Kerry. « On est supposé être dans une tour ? Pourquoi tu ne m’as rien dit? Et pourquoi il n’est pas venu me débaucher moi ? »
« J’en sais rien boss. Peut être qu’il a eu peur de toi. » Kerry prit la main de Dar et la retourna. « Je crois que tu as une écharde. Laisse moi m’en occuper. »
« Merci. » Dar se détendit. « Okay, on nettoie cet endroit messieurs, et on sort vite fait de ce foutu garage. »
Bruce se leva et releva le routeur pendant que le reste de l’équipe commençait à ranger l’espace. Kerry pencha la tête sur sa tâche, plissant les yeux pour voir clairement sous l’ennuyeuse lumière fluorescente.
« C’était les gars qui nous ont piqué nos contrats? » Demanda Cody à Dar timidement. « C‘est à cause d‘eux que tout le monde est si énervé? »
« Mmh. » Dar fit un signe de tête. « Ils viennent juste de monter leur compagnie. Ils ont fait leur entrée sur scène l’année dernière, et ils ont visé un paquet de contrats en renouvellement. Pas seulement chez nous, mais nous avons été violemment critiqués, bien plus que nos amis… » Dar pointa quelque chose sur sa droite, où un de leur plus gros concurrent était installé. « Ils en ont perdu quelque uns eux aussi. »
« Ils sont si bons que ça ? » Demanda Bruce.
« Ils sont bon marché. » Répondit la DSI. « C’est leur angle d’attaque, ils s’appuient sur une offre à moyen terme et leurs équipes sont taillées au cordeau, comme ça ils peuvent assurer l’entretien de leurs contrats à bas prix. » Elle observa la tête pâle de Kerry. « Sur une petite échelle ça marche, si tout fonctionne correctement. »
« Est-ce que c’est déjà arrivé ? » Marmonna Kerry.
Bruce chargeait le commutateur qu’ils venaient de monter sur le chariot roulant avec une porte verrouillée, aidé de Cody. « Mais c’est ce qu’ils racontent à tout le monde. » Dit-il. « Ils peuvent le faire pour une compagnie à la fois, mais ils ne peuvent pas le faire pour toutes les compagnies tout le temps. »
Dar lui fit un sourire chaleureux et sexy. « C’est bien ça. » Elle le complimenta. « C’est comme la bourse. Tu ne peux rien prévoir avec du court terme. »
« Là. » Kerry se redressa en passant son pouce sur la paume calleuse de sa compagne. « Ce n’était pas une écharde Dar, c’était un bout de métal. » Dit-elle. « Et il était probablement rouillé. On devrait peut-être voir pour trouver une trousse de premier secours. »
« Merci, Dr Kerry. » Dar lui lança un regard affectueux en cognant légèrement son épaule. « Bien, je pense que nous en avons fini ici. Laissons le marketing foutre le bordel partout ici demain matin. » Elle jeta un coup d’œil aux techniciens. « Vous savez comment rentrer à votre hôtel les gars? »
« Hum… Je pense qu’il y a une navette… » Dit Bruce d’un ton hésitant en vérifiant sa montre.
« Allez. » Dar se leva, serrant la main de Kerry dans la sienne, et la hissa avec elle. « En se serrant un peu on devrait pouvoir rentrer. » Elle se redressa de toute sa hauteur, observant les alentours. La plupart des équipes avaient renoncé et étaient tout simplement parties, et ils étaient pratiquement seuls dans la grande pièce caverneuse, il ne restait que quelques groupes qui essayaient de manière peu convaincante de terminer leur montage. « Bon boulot tout le monde. »
Bruce leva les yeux vers elle. « M’dame ? » Dit-il. « Je pense que vous avez fait le plus gros. »
« Nous ? » Répondit Kerry d’une voix traînante. « Nan. On est bien au frais tout en haut de nos tour d’ivoire, vous vous souvenez ? Dans nos confortables fauteuils en cuir, à manger… hmm… »
« Des quiches. » Dar tapota le chariot roulant. « Ou du caviar. »
« Beurk. » Kerry plissa le nez. « Que dirais-tu d’une pizza plutôt ? »
Les techniciens gloussèrent en suivant leurs deux chefs vers la porte de service, après que Bruce ait de nouveau vérifié que la caisse roulante soit bien fermée. Ils passèrent devant quelques retardataires, mais ils ne virent aucun de leurs amis de Telegenics, et ils quittèrent la salle calme et silencieuse.
L’extérieur était aussi sombre et calme. Le garde posté à l’entrée de service les regarda passer, alors qu’ils faisaient le tour du bâtiment et qu’ils se dirigeaient vers la Lexus solitaire de Dar qui attendait tranquillement dans le cône de lumière d’un lampadaire. Le chant léger des criquets résonnait dans les buissons qui entouraient le parking, et Dar lui fit écho en actionnant l’ouverture automatique des portes au loin.
« Quelqu’un veut laisser Kerry s’asseoir sur ses genoux ? » Demanda Dar alors qu’ils atteignaient la voiture.
Quatre paires d’yeux choqués lui firent face, dans une surprise évidente qui la fit sourire. « Je prends ça comme un non. » Elle ouvrit le coffre et poussa les sacs. « L’un d’entre vous monte là, les autres à l’arrière. Le trajet n’est pas long. »
« Tu es terrible. » Kerry ouvrit la portière à l’avant du côté passager.
Dar les regarda s’entasser alors qu’elle ouvrait sa propre portière, faisant une pause quand un mouvement au bout du parking attira son attention. Une voiture était garée près de la porte d’entrée du centre, et au moment où elle regardait, deux silhouettes sortirent et se dirigèrent vers la porte d’entrée gardée.
Dar cligna des yeux, et se pencha un peu en avant. Malgré la distance et l’obscurité elle les reconnut, ce qui amena une petite grimace sur son visage.
« Dar ? » L’appela Kerry.
« Ouais. » La grande femme se glissa à la place du conducteur. « Tu as vu ça ? » Elle montra les deux silhouettes. « Tu les reconnais ? »
Kerry regarda attentivement à travers la vitre. « Hmm… Pas vraiment… Oh. » Elle se rassit. « Ce n’est pas Michelle Graver ? »
« Hmm hmh. » Dar hocha la tête. « Je crois bien que oui. »
« Elle n’avait pas monté sa propre boîte ? C’est ce que tu m’avais dit je crois. »
« Hmm hmh. » Dit Dar de nouveau. « Elle a trouvé une nouvelle partenaire apparemment. » Son visage semblait avoir été coupé dans la glace, tellement les angles étaient froids. « Qui se ressemble s‘assemble. » Elle démarra la Lexus et passa une vitesse. « Shari a finalement trouvé son alter ego. »
La mâchoire de Kerry se referma dans un ’clac’ audible.
Dar traversa le parking en passant lentement devant la voiture garée, elle portait un logo sur la portière du conducteur. Elle rit doucement quand elle lut l’inscription, et qu’elle entendit le son de consternation et de dégoût venant de Kerry. « J’aurais dû deviner. » Elle accéléra et conduisit jusqu’à l’entrée, où le garde ouvrait courtoisement la porte de verre aux deux femmes. « Telegenics. »
« Brochette de gouines aigries. » Dit Kerry dans un souffle, si doucement que c’était un miracle de Dar l’ait entendu. « Mais je suppose qu’elle ne pouvaient pas faire valider ce nom. »
« Quelque chose ne va pas, patron ? » Demanda Cody d’un ton hésitant, depuis la banquette arrière.
« Oh, non. » Kerry se pencha en arrière dans son siège et croisa les bras. « Tout est parfait. » Son regard glissa vers le profil de Dar. « Tout simplement parfait. » Répéta-t-elle. « Tu ne penses pas qu’elles vont foutre le bordel dans nos affaires, hein ? »
Dar marqua une pause à la sortie du parking, se penchant sur le volant pour vérifier la route. « Non. » Elle continua sa route, tournant sur la route principale. « Elles ne pensent pas en avoir besoin pour le moment. » Mais ses doigts tambourinaient sur le volant pensivement.
« Mais tu vas quand même contrôler quelques trucs en arrivant à l’hôtel. »
« Ouais. »
Kerry soupira. « Tout ça devient vraiment dégoûtant. »
« Oh ouais. »
« Bien, on va rendre ça encore plus dégoûtant pour elles que pour nous. » Décida Kerry. « Qu’elles aillent au diable. »
Quelque part là-dedans, Dar réussit à vraiment sourire. Elle se détendit et se pencha en arrière, oubliant les nœuds de son estomac. « Ouais, attends qu’elles aient vu l’épave qui leur sert de stand. » Ajouta-t-elle.
« Et à quel point le nôtre ne l’est pas. » Kerry sourit largement.
Ça aurait presque valut le coup d’être là pour voir ça songea Dar, heureuse de pouvoir sentir l’air conditionné l’entourer, et impatiente de prendre la douche qui l’attendait une fois arrivée. Kerry bougea sur son siège et posa sa main sur son genou, les yeux verts emplis d’une douce promesse.
Qu’elles aillent en enfer. « Laisse-les transpirer. J’ai éteint l’air conditionné avant de partir. »
Kerry se mit à rire. Les techniciens l’accompagnèrent, pas vraiment sûrs de la raison, mais tout a fait disposés à la suivre dans sa bonne humeur.
Ils roulèrent dans la nuit, laissant les lumières éclatantes du centre de la convention derrière eux.
* * * * *
A suivre.
Commentaires
Ouah! merci pour la rapidité des posts! Je commence à entrevoir ce qui a valu ce titre à cette fic. Je sens que les échanges Dar/Kerry et Michelle/Shari vont être de haut vol... Ce qui fait que je suis super impatiente de lire la suite. Décidemment, Miss Roberts a beaucoup d'ennemi(e)s... pour notre plus grand plaisir de lecteurs. Merci Gaby de continuer à nous faire partager les aventures des héroïnes de Missy Good.
Merci
Merci, j'aime beaucoup les séries de Missy Good je te remerci de faire la traduction, c'est génial, mon anglais étant déplorable je n'ai pas pu profiter de la suite de cette superbe série.
un très grand merci pour la traduction des aventures de Dar et Kerry que j'adorent. Vivement la suite je dois dire!!!!!!
Hourra !
Vivement la suite !
Et merci pour le travail effectué !
Super !
J'adore vraiment Dar et Kerry Mon anglais étant déplorable, je suis ravie de trouver des gens de
bonne volonté qui ont la gentillesse de traduire
pour nous. Merci et vivement la suite !
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