22 juin 2008
Insurrection, chapitre 62, 3ème partie
CHAPITRE SOIXANTE-DEUX – 3ème partie
Ecrit par Susanne Beck et Okasha
*******
« Après
la mort de sa mère, Peter, un agnostique invétéré, s'intéressa jusqu'à
l'obsession à la Bible
« Les
enfants, Virgilius. Les enfants ! »
Adam
lève la main. « S'il vous plait. Pour que tout ceci ait un sens, il faut
que je le raconte dans l'ordre. »
« Nous
n'avons plus beaucoup de temps », réplique Kirsten, le cœur serré tandis
qu'elle observe sa compagne se frayer un chemin en fauchant un groupe d'androïdes.
« Nous
aurons du temps pour celà », répond-il en se levant pour aller aux confins
de la pièce encombrée. « Il était particulièrement intéressé par la Genèse la Terre
« Je
connais les textes, Virgilius. Continuez. »
« Dans
sa maladie, Peter croyait que Dieu lui était apparu et avait déclaré que les
humains avaient, comme il le disait, 'épuisé leur cadeau'. Ils avaient pris le
monde qui leur était donné et l'avaient violé ; pour de la nourriture, pour un
refuge, pour la capacité de voyager loin, pour la technologie. »
« Ça
c'est ironique », réplique Kirsten en riant. « M. Technologie
lui-même, devenu l'épée de Dieu contre la technologie. Oh oui, c'est carrément
tordant, comme disait mon père. » Elle pose la tête sur son poing.
« Alors, il invente les androïdes, s'insinue dans les bonnes grâces de
monsieur tout le monde avec ses inventions et, quand on s'y attend le moins...
bang. Technologie, un point, humanité, zéro. Dieu, Westerhaus et la Terre la Nouvelle Trinité.
« Les
premiers androïdes qu'il a développés n'ont jamais été prévu pour faire l'intendance de la Terre
« Ce
qui veut dire qu'un domestique ne peut pas devenir un ouvrier du bâtiment à
moins d'être reprogrammé. »
« Exactement »,
répond Adam en souriant. « Malgré leur valeur et leur indestructibilité,
il manque aux androïdes la chose principale nécessaire à un gardien. »
Kirsten
pâlit tandis que la réponse lui apparaît. « Un cerveau pensant »,
murmure-t-elle, figée par l'horreur de cette pensée. « Seigneur Dieu ! Il
a inventé un androïde avec une conscience ! »
*******
Koda
retire la goupille de sa dernière grenade et attend que la marche impassible
des androïdes les amène au tournant du couloir. Elle se tient sur le côté,
derrière la porte ouverte du poste de sécurité avec le bouclier anti-émeute
relevé pour protéger sa tête sans casque. Pendant une minute, pas une de plus,
elle plonge au plus profond jusqu'au point d'équilibre de son esprit, régule
son cœur, rythme ses poumons et son diaphragme, étend et aiguise ses sens. Elle
sent le battement de son cœur, qui cogne contre ses côtes, le bourdonnement de
son sang dans ses veines. Ses sens deviennent plus acérés de telle façon que
ses oreilles distinguent dans le léger frémissement dans le couloir vide, de
manière extrême, chaque bruit de pas tandis que l'ennemi approche. Elle attend.
La
première demi-douzaine d'androïdes arrive au coin du couloir au petit trot et
lui laisse deux secondes pour réagir. Koda lance la grenade en levant haut le
bras dans un arc-de-cercle. Elle atterrit au milieu du groupe et déchire les
vêtements et les plaques en métal sur deux androïdes, les renversant sur un
troisième qui tombe à plat ventre, son arme se déchargeant sous lui lorsqu'elle
touche le sol. Il ne se relève pas. Un autre, ses jambes arrachées à mi-cuisse,
se tient sur ses moignons desquels sortent des câbles. Il a laissé tomber son
arme et secoue sans cesse la tête de gauche à droite en récitant d'une voix
haute et atone : « Circuit 456, contrôle. Synthétiseur vocal, contrôle.
Carte graphique, contrôle. Carte d'accélération, contrôle. Circuit 456,
contrôle,... », encore et encore. Un de ses collègues, toujours debout, le
repousse sans cérémonie du pied, marche
sur les autres au sol et avance résolument.
Koda
le laisse venir sans attaquer jusqu'à ce qu'il soit à trois mètres d'elle. Elle
épaule le fusil à pompe puis fait feu et fait sauter sa tête de ses épaules,
qui atterrit avec un bruit métallique sur les cadavres en métal sur le sol,
avant de rouler avec fracas le long du couloir. Elle tire une autre munition
dans la brèche et envoie le reste du corps bouler sans tête contre le mur. Il
reste là, le torse contre la cloison, ses pieds remuant en petits pas
spasmodiques qui ne le mènent nulle part.
Avantage
: toujours au camp des bons. Koda sourit et fonce en avant, évitant le cratère
causé par l'explosion. Tout comme les murs, les sols de l'Institut Westerhaus
sont renforcés par un mètre de béton, et prévus pour survivre au légendaire Big
One qui est toujours censé emporter la Californie
Au
bruit de pas dans le couloir, Koda se libère de l'enchevêtrement métallique et
fait retraite vers sa place derrière la porte du poste de sécurité. Pendant une
demi-seconde elle regarde vers le bureau de Westerhaus, espérant un signe,
n'importe quel signe, que Kirsten a avancé dans sa recherche pour le code.
Parce que je ne vais pas pouvoir tenir beaucoup plus
longtemps. Ils vont finir par arriver dans ce couloir à toute vitesse et tout
va être terminé.
Mais
ce qui arrive là n'est pas une avancée massive mais le bruit des pas d'un seul
individu, qui marche calmement, avec mesure. Ils s'arrêtent juste au coin avant
le mur, hors de vue, hors de portée de tir. Une voix, masculine, douce et
pleine de raison, dit : « Docteur Rivers ? Ceci n'est pas nécessaire.
Pouvons-nous parler ? »
En
réponse, Koda attrape son fusil et envoie une giclée de balles dans le mur
juste devant l'endroit où doit se tenir son interlocuteur. « C'est tout ce
que j'ai à dire, espèce de salopard ! Vous avez quelque chose à ajouter
? »
Une
silhouette s'avance dans le couloir à environ cinq mètres d'elle. Il – ou la
chose - se dit-elle avec férocité, la
chose porte une chemise en coton et un jean, les bouts de ses bottes usées
apparaissent sous le bas effiloché. On voit des rides au coin de ses yeux
bleus, et ses cheveux, coiffés avec soin sur son front, sont aussi blanc que du
sel. « Bon, Docteur Rivers », dit-il, « Dakota... vous faites
une terrible erreur. Vous êtes en train de gâcher votre vie pour... » Il
lève les mains, paumes vers le haut dans un grand geste, « ... pour quoi ?
Ça ne doit pas se passer comme ça. Vraiment. »
C'est un androïde, se rappelle-t-elle. Mais un androïde très très réaliste.
Oublie qu'il ressemble au voisin d'à côté. « Okay », dit-elle.
« Coupez vos circuits. Tous, vous y compris. Alors ça n'aura pas besoin de
se 'passer comme ça'. » Elle crache quasiment les derniers mots et sent
son cœur avoir un sursaut douloureux. Elle tempère consciemment sa colère. Ils
veulent de l'émotion. Ils veulent qu'elle retombe à la merci du brouilleur
neural ou Dieu sait quel foutu truc ça peut être.
« Je
ne pense pas. » De nouveau le geste ouvert et qui cherche à
raisonner. « Ecoutez-moi. Suffisamment d'humains sont morts. Nous avons ce
qu'il nous faut, pour les années à venir. Nous allons vous laisser en paix.
Vous et les autres humains pourrez vivre normalement. Vous n'avez pas besoin de
nous craindre. »
Ce
qui est étrange, c'est qu'elle n'est même pas tentée. L'offre de l'androïde
n'est pas entièrement déraisonnable ; c'est le marché passé par l'esclavagiste
avec l'esclave, par le boucher avec le troupeau. Cette fois nous ne prendrons
qu'autant parmi vous. Les autres peuvent vivre.
Jusqu'à
la prochaine fois.
Et
la fois d'après.
« J'ai
vu ce que vous avez fait ! » Hurle-t-elle. « Je vous emmerde, vous et
votre marché ! »
« Vous
n'avez pas entendu mon offre. »
« Laissez-moi
deviner. Livrez-nous Kirsten King et vous pourrez tous sortir d'ici. »
Elle prend une longue inspiration régulière. Chaque seconde où elle fait parler
cette chose aide Kirsten, la rapproche de la réponse. « Non. »
« Alors
vous allez mourir, toutes les deux. Ce n'est pas nécessaire. »
« Faites-moi
une meilleure offre. »
« Vous
vivrez. Elle ne souffrira pas, je vous le promets. »
« J'ai
dit une meilleure offre, salopard ! »
« Il
n'y en a pas. Oui ou non. Maintenant. »
« Et
bien alors. » Koda jette son bouclier et contourne la porte. « Je
présume que tout ce que j'ai à dire... »
L'androïde
attend en silence. Avec des réflexes si rapides qu'elle-même n'a pas le temps
de planifier la manœuvre, Koda ramène le fusil à pompes et fait exploser la
tête de l'androïde. « ... non. »
******
« Oui »,
répond Adam en venant s'installer derrière elle. « Ça lui a pris de
nombreuses années, lui a coûté de nombreux échecs, mais oui, il a inventé un
androïde capable de penser par lui-même. »
« Comment
? » Demande Kirsten d'un ton sec, en frappant la table de la main.
« Comment diable a-t-il fait ça ? »
Adam
reste silencieux un instant, se pince les lèvres et glisse les doigts le long
du col côtelé de sa chemise. « La plus grande partie des travaux
préliminaires, ou ce qui passait pour tel à ce moment-là, avait été fait des
dizaines d'années avant la naissance de Westerhaus. Le câblage logique et la
technologie des puces électroniques appliqués au tissu vivant n'étaient plus
vraiment un domaine nouveau lorsque les premiers androïdes ont été développés.
La régénération de la moelle épinière, l'utilisation par la Navy
« Parce
que, au fond, il serait toujours humain. »
« Exactement.
Alors le problème devait être approché sous un autre angle. » Il fit une
nouvelle pause, la tête penchée en posture de réflexion. « Vous vous
souvenez de la série d'enlèvements d'enfant à Washington DC il y a environ une
dizaine d'années ? »
Kirsten
réfléchit un moment. « Je pense, oui. Dans des orphelinats surtout.
Certains dans des hôpitaux. Quelques-uns, peu, dans leurs berceaux. Ils n'ont
jamais capturé les kidnappeurs ni trouvé les c... corps... » Elle
écarquille les yeux. « Non. S'il vous plait, ne me dites pas qu'il... »
« Si.
Il l'a fait. »
« Mais
pourquoi ? » Crie Kirsten en frappant la table de son poing.
« Pourquoi les enfants, bordel ? ! ? »
« Pour
la génétique », répond Adam. « Et la capacité à produire un composé
qui, avec une petite aide extérieure, changera un simple drone en un membre de
la race des Seigneurs de Westerhaus. »
« Arrêtez
de parler en énigmes, mince ! On n'a pas le temps pour... oh Mon Dieu. »
Elle se met lentement debout, son visage pâle comme la mort entre ses mains.
« Oh Mon Dieu. C'est de l'hormone de croissance, c'est ça. De l'hormone de
croissance humaine. Il y a eu des essais, il n'y a pas si longtemps, pour la
coupler avec la régénération nerveuse... »
« Précisément.
Un marqueur génétique est injecté à l'enfant, ce qui cause un adénome de
l'hypophyse. De six mois à un an, selon l'âge de l'enfant cobaye, l'adénome se
forme et commence à produire de l'hormone de croissance en grandes quantités.
Quand le niveau est au plus haut, l'hormone est... récoltée et le donneur
euthanasié. »
« Euthanasié
? ! ? Vous voulez dire tué ! ! ! »
« Oui »,
répond Adam en regardant ses chaussures. « Ils étaient tués. Sont toujours
tués, tous au nom de la science... et... de l'humanité. D'une façon que je ne
connais pas, l'hormone transmet la pensée aux circuits androïdes. C'était
l'ingrédient qui manquait à M. Westerhaus toutes ces années. Quand il l'a
trouvé, il a pleuré. Pas de tristesse, mais de joie. »
Il
ne s'attend pas au crochet du droit qui touche son menton avec une précision
infaillible. Il lève les mains tout en tombant en arrière, s'écrase contre la
desserte et envoie la cafetière et les tasses au sol dans un grand fracas.
« Espèce
de fils de pute ! » Gronde Kirsten qui avance sur lui comme un loup en
chasse. « Espèce de sale foutu fils de pute ! ! ! Vous saviez ce qui
se passait. Vous le saviez ! Et vous n'avez rien fait pour l'arrêter ! !
! »
« Je
ne pouvais pas l'arrêter », réplique-t-il en ne faisant aucun geste pour
bloquer ses coups. « Je n'avais aucun moyen de l'arrêter. Mais vous,
Docteur King, vous, vous le pouvez. »
Une
partie de ce qu'il a dit finit par atteindre son esprit et ses coups
faiblissent, puis cessent et elle se redresse comme un soldat jouet dont les
piles auraient perdu de l'énergie. « Comment, » dit-elle brutalement,
sa voix rauque d'avoir crié et étouffée par les larmes qu'elle tente
désespérément de retenir. « Dites-le moi. »
Il
se tourne vers elle et la guide doucement vers le bureau principal. Le texte
étrange continue à se dérouler dans un flot infini et nauséeux. « Pendant
des mois », commence-t-il doucement, « j'ai tenté de déchiffrer cette
ligne de code, mais je n'ai trouvé aucun point de référence dans ma recherche
pour savoir où commencer. La
Pierre
« Pourquoi
? Qu'est-ce que j'ai de si spécial ? »
« Vous
êtes sa plus grande adversaire, et le fait que votre remarquable intelligence
dans ce domaine égale la sienne... »
********
Les
androïdes s'effondrent au sol pour venir s'ajouter au carnage, et Koda fait
deux pas rapides en arrière pour revenir à l'abri dans le poste de sécurité. Un
coup d'œil sur la rangée de moniteurs montre l'escouade restante qui se sépare
en deux parties, la seconde prenant la direction opposée dans le couloir. Le
premier contingent, qui se tient juste au-delà de sa portée de tir derrière le
tournant, ne bouge pas.
Bien sûr que non. Ils vont attendre que l'autre groupe arrive
par-derrière pour attaquer des deux côtés. Je ne peux pas les laisser faire.
Il
lui reste deux armes automatiques, un fusil à pompe et une sculpture sans nom.
Si elle ne s'occupe pas maintenant du premier groupe, elle sera piégée. Pire,
elle va laisser le bureau de Westerhaus et Kirsten exposés à au moins un des
deux groupes. Et tout sera terminé. Kirsten va mourir et le monde sera à la
merci des créatures de Westerhaus pour des années, peut-être des générations.
Peut-être
pour toujours.
Je ne peux pas les laisser faire.
Koda
passe la mitraillette sur son épaule et prend le M-16 en mains. Le fusil ne lui
servira pas ici. Se cacher non plus.
Elle
se prépare contre la douleur qu'elle sait s'ensuivre et fonce hors du poste de
sécurité, en courant à pleine vitesse vers le tournant et le groupe plus petit
d'androïdes qui attend. Elle sait à la microseconde quand son cœur se remet à
battre à son rythme normal par la douleur soudaine qui traverse sa poitrine.
Ses jambes fonctionnent toujours cependant, ainsi que ses mains. C'est tout ce
qui compte.
Elle
contourne le coin à pleine vitesse et lorsqu'elle arrive en vue du groupe
ennemi, elle appuie de manière spasmodique sur la gâchette, arrosant toute la
largeur du couloir. Au milieu du rythme saccadé du M-16, elle peut entendre
l'impact des balles sur le métal lorsqu'elles touchent leurs cibles ; des
androïdes tombent face à son assaut, d'autres relèvent leurs armes pour tirer à
leur tour, bégayant une réponse. Une balle passe près de sa tête, assez près
pour qu'elle sente l'air bouger à son passage. Une autre la touche pile au
centre de sa veste en kevlar, un coup qui porte et la chaleur blanche s'élève
dans sa poitrine, lui coupant le souffle. Elle l'ignore et jette le M-16 quand
il est vide, elle sent la crosse solide de la mitraillette entre ses mains à la
place. Et puis elle tire à nouveau en un large balayage, sans prendre le temps
de viser, frappant ses cibles agglutinées dans leurs détecteurs, leurs jambes,
la masse solide et résistante de leur torse. L'un d'eux tient une chose ronde
dans sa main, sa surface en métal sombre bien marquée, et Koda vise haut pour
atteindre le poignet. La chose tombe et roule au milieu des androïdes, mais
aucun d'eux ne semble le remarquer tandis qu'ils l'arrosent de balles, et elle
se baisse très bas pour les éviter, feinte sur un côté, se baisse à nouveau.
Quelque chose bouge le long de sa jambe, autre chose le long de son épaule
gauche, mais elle n'a pas le temps de regarder, tandis qu'elle serre les dents
contre le ravage causé à son sternum, et elle tire et tire encore et encore. Et
encore. Et encore.
Ses
doigts serrent encore la gâchette mais pour rien. Vingt secondes ont dû passer
depuis qu’elle a tourné le coin du couloir. Les androïdes sont éparpillés sur
le sol, certains criblés de balles, d’autres dont les morceaux sont dispersés,
des cavités béantes dans leur matrice de détection. Des câbles tordus et un
filet de lubrifiant jaune-vert serpente sur le carrelage. La respiration de
Koda est saccadée, des halètements secs, tandis que la douleur des blessures de
sa jambe et de son épaule l’envahit, rejoignant celle qui rampe dans sa
poitrine. Elle se plie à la taille, les mains sur les genoux, et elle force sa
respiration à ralentir, à être plus régulière, et elle amène son cœur sous
contrôle, et avec lui la douleur qui menace de l’emporter sur sa vague rouge.
Il y a quelque chose de mouillé dans sa main et quand elle la lève pour
regarder sa paume, du sang foncé coule sur le sol.
Du
sang foncé.
Du
sang veineux.
Elle
ne saigne pas à mort, du moins pour l’instant. Une rapide inspection lui montre
une blessure équivalente sur l’arrière de sa cuisse ; l’entrée est propre.
Du rouge tâche l’angle de son épaule, une déchirure à travers sa chemise montre
du sang et de la peau égratignée. « C’est juste une égratignure, madame. »
Egratignure, mon œil. Ce truc fait plus mal qu’il n’y parait, pire en ce moment
que le trou dans sa jambe. Mais c’est parce que son corps n’a pas eu le temps
de traiter le vrai dommage. La blessure va faire mal. Ça c’est une certitude.
Sans
prévenir, le couloir devant elle explose de fumée et de feu.
Koda
se jette en arrière et lève rapidement les mains pour se protéger la tête
tandis que la grenade soulève des morceaux de métal et de plexiglas, les
projetant comme des éclats d’obus dans les murs et le plafond. Un fragment
d’acier se fiche dans le dos de sa main et le sang frais coule sur son visage.
Puis le silence.
Koda
retire l’écharde de l’espace entre deux tendons apparents sur sa peau, les
lambeaux de celle-ci étalés en éventail sur son poignet. Elle amène ses pieds
sous elle et avance en trébuchant vers les débris. Un androïde bouge une main
et elle retire la sculpture de sa ceinture et lui fracasse méthodiquement la
tête. Puis elle prend ses armes, engage des nouvelles munitions et boite
jusqu’au poste de sécurité.
Les
écrans lui montrent le dernier groupe d’androïdes quelque part vers le tournant
du bâtiment, mais elle ne sait pas dire à quelle distance. Elle n’a pas de
point de référence ; elle sait juste qu’ils sont quelque part sur le long
chemin qui fait le tour entre sa position et le cratère encore fumant dans le
couloir. Ils savent probablement que le premier groupe a essuyé un échec. Ils
savent probablement aussi qu’elle est blessée et commence à manquer de
munitions.
A
manquer de stratégie. A manquer de force. Elle se penche pour examiner le trou
dans sa jambe une seconde fois. Un filet de sang sort par à-coups, écarlate,
brillant de l’oxygène renouvelé. Elle jure doucement. La balle a dû entailler
l’artère. Elle a dû l’ouvrir en plongeant au sol. Elle retire le bandana de son
cou et le serre autant que possible sur le trou dans son jean. La pression
devrait faire l’affaire. Temporairement en tous cas.
Mais
bon, tout est temporaire maintenant.
Je me demande, se dit-elle nonchalamment en
vérifiant ses munitions une fois de plus, je me demande si c’est vrai que
parfois nous retournons dans le temps. Je pense que j’aimerais quelque chose de
pré-colombien la prochaine fois si c’est vrai. Cahokia, peut-être. Les
bâtisseurs de tertres, Kirsten aimerait ça. Je ne suis pas sûre d’avoir envie
de naître dans le monde futur.
J’aurais dû demander à Wa Uspewikakiyape quand j’en avais
l’occasion.
Je devrais l’avoir bientôt d’ailleurs.
Un
léger mouvement sur l’un des moniteurs
attire son regard. Les androïdes bougent.
Ils
arrivent vite cette fois. Koda les entend avant de les voir, leurs pieds
battant dans un rythme mécanique parfait. Si elle reste là, elle sera piégée.
Il ne faudra qu’un seul androïde, une seule arme. Et ensuite la voie vers le
bureau de Westerhaus leur sera ouverte.
Elle
se glisse hors de la pièce et à nouveau derrière la porte. Son blindage lui
donnera un peu de protection. Elle appuie à nouveau la mitraillette AK contre
le bord du panneau, et attend que le contingent arrive en vue. Le tonnerre de
leur course s’arrête quelque part juste après le virage. Puis rien. Le silence.
Le calme s’étire jusqu’à ce qu’elle commence à se demander si l’explosion de la
grenade ne l’a pas partiellement rendue sourde. Elle pourrait retourner à
l’intérieur et vérifier les moniteurs. Ils pourraient s’être à nouveau divisés,
et arriver à nouveau de deux directions. Mais c’est ce qu’ils veulent qu’elle
fasse. Cela leur donnerait un angle de tir parfait.
Une
balle. Il n’en faudrait qu’une.
Elle
attend, tandis que le sang coule sur sa jambe et son bras, tandis que ses
muscles se raidissent. Elle attend.
Salauds. Putain de guerre des nerfs.
Je ne lâcherai pas. Je ne peux pas.
Un
androïde seul avance dans le couloir en pleine vue. Elle tire juste au moment
où un objet quitte sa main dans une parfaite parabole pour passer au-dessus de
la porte et vient pile sur elle, s’enflammant dans sa descente. Elle se jette
contre le mur mais il frotte son bras, envoyant des flammes sur sa manche et
sur sa veste en kevlar. Elle roule sur elle-même pour éteindre le feu qui lèche
sa chemise et la jambe de son jean, et ne ressent même pas la brûlure
lorsqu’elle frappe la grenade incendiaire du pied pour l’envoyer dans le
couloir. Elle continue à brûler sur le carrelage, de la fumée noire s’échappe et
la suffoque. Elle examine les dommages. Les ruines de sa manche pendent de son
poignet. La peau dessous a déjà commencé à faire des ampoules. Pire encore, la
veste pend par une seule bretelle, ses plaques blindées glissent sous le tissu.
Inutiles. Elle la retire et la laisse tomber. Pas le temps, pas de moyen d’en
trouver une autre.
Elle
attrape à nouveau son fusil et attend.
Ils
arrivent vite au coin du couloir. L’AK cogne son épaule tandis qu’elle les
arrose de balles, faisant s’entrechoquer ses os, envoyant un filet frais de
sang sur sa poitrine. Une autre grenade incendiaire atterrit sur la porte,
frappant le bord pour tomber en arrosant le sol de flammes. Leur tir de retour
cogne l’acier de la porte, une balle traverse la vitre en lexan au-dessus et l’arrose
d’une myriade de fragments acérés. Un androïde sort de la masse et fonce vers
sa position, en se maintenant contre le mur d’en face. Elle envoie une giclée
de balles dans sa tête et il trébuche sur la bombe qui grésille, son uniforme
s’enflamme. Oh non, salopard. Tu veux
passer, tu dois d’abord me tuer.
Mais
le reste continue sans se décourager, si près maintenant qu’elle peut voir les
anneaux colorés de leurs détecteurs optiques. Si elle ne bouge pas elle sera
piégée contre le mur aussi sûrement que si elle se trouvait dans le poste de
garde.
Un
cri aigu comme celui d’un faucon s’échappe de sa gorge tandis qu’elle se met
debout et commence à contourner la porte, arrosant l’ennemi de son tir. Deux
d’entre eux trébuchent et tombent mais le reste continue inexorablement.
Quelque chose la frappe à la hauteur de sa hanche droite et la fait tituber en
arrière tandis qu’elle vide son chargeur et met la seconde arme dans sa main,
la faisant tressauter dans sa paume tandis qu’elle pousse la gâchette et la maintient.
Une chaleur pénible traverse son épaule gauche et son bras perd soudain toute
sensation, le canon de son arme tombe. Elle la place sur son côté, sans briser
le rythme de tir. Un autre androïde tombe. Un autre encore.
Son
arme s’arrête. Plus de munitions.
Une
giclée d’arme automatique explose devant elle. La douleur transperce son corps,
les griffes d’une bête géante la frappe de la hanche à l’épaule. Le sang tâche
l’avant de sa chemise. Une ombre passe devant ses yeux, s’éclaircit, revient.
Les bruits lui parviennent avec une clarté anormale. Elle entend le bruit de
son fusil qui heurte le sol et rebondit. Et elle entend le grattement d’une
grenade qui roule sur le sol pour venir cogner son pied.
Elle
ne peut pas respirer. Ses côtes sont comme un étau qui lui presse les poumons
et en sort la vie. Le goût d’acier du sang est dans sa bouche, coulant au loin
dans son corps. Avec une lenteur exquise, une précision exquise, elle tend la
main vers le bas, attrape la grenade et vise les androïdes. Un rugissement
pareil à celui d’une cascade, la rage de milliers de tonnerres roulent en elle
et elle recule en trébuchant contre la porte du bureau de Westerhaus. Elle
s’ouvre derrière elle et elle plonge dans les abysses.
Adam
se tourne soudain vers la porte, l’horreur sur son visage. Kirsten se tourne
pour voir Koda tomber sur le seuil, le corps tâché de sang du cou à la cuisse,
un filet rouge au coin de la bouche. Ses yeux fixent le plafond sans le voir,
les pupilles fixes, sans vie.
*******
A suivre CHAPITRE SOIXANTE-TROIS
– 1ère partie
Commentaires
Superbes chapitres !
Merci de nous avoir donné la becquée pour le postage précédent avec une version allégé. Et merci de l'avoir complété.
C'est pas possible de nous laisser dans un moment pareil.
Un seul point négatif par rapport à la construction : inimaginable de ne pas attaquer le code tout de suite et de sefaire raconter lexplications après, si on survit, bien sur.
Très agaçant.
A part ça super texte, super traduction ; ça rappelle un peu la dernière bataille de Xena dans Friend in need.
Merci encore !
Excuses
Juste pour dire que je suis désolée des coupures pas jolies dans le texte. Elles sont incompréhensibles et je n'arrive pas à y remédier :O(
J'ai rien remarqué, ou alors veux-tu parler de coupures dans le graphisme, de sautages de lignes, de choses comme ça ?
Pas grave.
J'ai aussi à présenter mes excuses pour mon dernier post plein de fautes et pas très lisible.
Voilà ce que c'est que de lire et poster à pas d'heures.
Qui sait ? Peut-être ne faudra-t-il pas attendre trop longtemps mais... en contrepartie, tout sera fini...
Merci pour le compliment en tout cas
Pour le graphisme Kaktus peut-être qu'en copiant et en collant dans un .doc ou autre pour harmoniser...
Euh... finalement il faudra attendre un peu plus que je ne le pensais pour cause de délai de relecture. A bientot sur les ondes
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