REPRESSION (RETRIBUTION)

Ecrit par Susanne M. Beck (Sword'n'Quill)

 

Chapitre 4 – 2ème partie

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La fête dura un bon moment et bien que je n’aie jamais vraiment apprécié l'alcool, je dois admettre qu'après quelques verres de la bière spéciale de Pop, j'avais du mal à me souvenir pourquoi je n'aimais pas ce genre de choses.

Bien entendu, après quelques verres encore, j'aurais eu du mal à me souvenir de mon propre nom, alors je choisis ce qui, pour moi, était la chose la plus sage à faire, de m'abstenir après deux verres.

Ou peut-être était-ce trois.

Comme je l'ai dit, le breuvage de Pop était un mélange puissant.

L'homme en question finit par s'avancer vers la fin de la soirée, pour tendre des ciseaux à moi et un trousseau de clés à Ice. La foule poussa une acclamation joyeuse et nous poussa vers la porte enrubannée pour le dernier acte de cette pièce de théâtre vespérale.

Je pris les ciseaux et fis un discours plutôt insipide qui, fort heureusement, m'est sorti de la mémoire jusqu'à aujourd'hui (je vous ai parlé de la bière de Pop, vous vous souvenez) et avec un sourire idiot, je coupai le ruban pour dégager le passage vers la porte.

Avec son sérieux habituel, Ice s'avança simplement jusqu'à la porte, inséra la clé dans la serrure, la tourna et ouvrit en grand.

La foule poussa une acclamation puis fit silence tandis que l'odeur de cèdre et de peinture fraîche m'accueillait, élevant encore plus mon humeur déjà vertigineuse. Après un moment, je pris conscience du silence derrière moi et me tournai lentement pour voir la foule qui nous observait avec expectative. Avec un cerveau qui tournait sur trois cylindres, je fixai le groupe de mes voisins me demandant si quelqu'un serait assez gentil pour m'indiquer la suite, parce qu'il semblait bien que c'était quelque chose d'une certaine importance.

Comme je ne recevais aucune réponse, je me tournai à nouveau vers la porte où se trouvait ma compagne, l'interrogation toujours évidente dans mes yeux, j'en suis sûre.

Et la terre se mit alors à tourner, mais pas à cause de l'alcool, lorsque je fus soulevée comme une nouvelle épousée dans les bras puissants de ma fiancée et transportée par-dessus le seuil de la façon la plus merveilleuse.

Et ça, ça semblait bien être l'action que la foule attendait, parce qu'ils explosèrent dans une acclamation spontanée dont j'étais sûre qu'on pouvait l'entendre facilement au-delà du lac et peut-être encore plus loin. Les bravos furent un peu étouffés quand Ice referma la porte de son talon puis me posa doucement sur les planches vernies de notre sol tout en me maintenant en équilibre d'une main sur mon épaule.

On n'aurait pas pu effacer le sourire sur mes lèvres avec un marteau-pilon et de la dynamite.

Je me blottis le long de son corps élancé et posai la tête sur son épaule tandis que nous regardions la foule se disperser joyeusement, par la petite fenêtre sur le côté de la porte.

« C'était vraiment gentil de leur part », dis-je finalement tandis que les derniers grills et les tonneaux à moitié vides étaient entassés sur plusieurs pickups alignés dans notre allée.

« Ça n'était pas mal. »

Une main bronzée apparut dans mon champ de vision et ferma doucement les rideaux, nous isolant pour le moment du monde extérieur. Cette même main appuya sur l'interrupteur près de la porte et la petite alcôve dans laquelle nous nous trouvions, fut baignée d'une douce lumière blanche.

Je m'éloignai d'Ice, me retournai et absorbai la beauté pimpante et brillante de notre foyer. « Je ne peux pas y croire », murmurai-je autant pour moi-même que pour ma compagne. « Après tout ce temps, on y est. Enfin. »

Je voulais juste rester là de longues heures et absorber l’ensemble, ce qui était difficile depuis l'endroit où je me tenais, mais même cette petite alcôve était la chose la plus précieuse que j'aie jamais vue, à moins que l'on ne compte, comme je le faisais, la présence tranquille qui se tenait près de moi.

« Et si je faisais un feu ? » Demanda Ice. « Il va faire frais ce soir. »

Je hochai la tête d'un air un peu absent, trop bien enveloppée dans cette couverture de chaleur dans laquelle je m'étais drapée pour remarquer quoi que ce soit à l'instant. Je sus quand elle me quitta cependant, l'absence de son corps chaud laissant le léger froid de la maison s'immiscer et me provoquer la chair de poule.

Le froid me donna l’élan voulu pour arrêter de jouer à la statue et m'éloigner de la porte, qui, bien que dénommée 'porte de devant', était en fait à l'arrière de la maison. Comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois, elle s'ouvrait sur une petite alcôve, qui elle-même s'ouvrait sur une sorte de porche vitré énorme qui longeait tout l'arrière et un des côtés de la maison en forme de 'L'. A gauche de la porte à laquelle je faisais face, se trouvait l'attirail habituel d'un porche, une balancelle et quelques chaises en bois que Pop m'avait imposées ainsi que deux petites tables au dessus en verre et une petite lampe de lecture. A droite et le long du même mur que l'alcôve, se trouvait une autre porte qui menait à la cuisine séparée qui, bien que ne comportant rien de plus qu'un réfrigérateur, quelques marmites et poêles et quelques plats et verres, était une pièce que j'avais hâte de connaître un peu mieux.

En restant chez Ruby, j'avais découvert une joie de cuisiner que je n'avais pas auparavant. Je suppose que c'était dû au professeur. Ruby était bien plus patiente que ma propre mère qui, après m'avoir regardée quelques minuscules secondes, levait invariablement ses mains dans un dégoût maternel en insistant pour faire les choses elle-même.

Cette pression inexistante, j'avais découvert que non seulement j'appréciais l'art culinaire, mais j'étais plutôt assez bonne dans ce domaine, si je pouvais me faire moi-même ce compliment.

Depuis la cuisine, quand on regardait vers l'extérieur, le petit bras du 'L' apparaissait, une zone totalement vide à ce moment, mais qui serait utilisée comme zone de stockage, qu'on appelait communément 'buanderie', où la machine à laver et le séchoir seraient installés aussitôt qu'on aurait l'argent pour en acheter.

Directement en face de l'alcôve où se trouvait la 'porte de devant', il y avait une autre porte et c'était celle qui menait dans la maison à proprement parler.

Je pris une profonde et joyeuse inspiration pour emplir mes poumons de l'odeur de la nouveauté et je passai cette porte pour entrer dans la partie principale de ma nouvelle maison. Cette partie de la cabane était, fondamentalement, un gigantesque espace dégagé, avec la salle à manger, le séjour et les bureaux, séparés uniquement par les différents types de meubles.

Le long du mur du fond, celui qui longeait la zone vitrée dans laquelle je venais juste de me trouver, il y avait une longue ligne de placards faits de manière exquise, brisée en son milieu par un énorme – et je dis bien énorme – foyer. Assez grand pour qu'Ice puisse se tenir dedans sans avoir à se pencher et assez large pour qu'elle puisse étendre complètement les bras sans toucher chaque côté, le foyer avait été le centre de beaucoup de réunions de famille dans mon enfance et j'espérais beaucoup qu'il le soit à nouveau.

En tournant le dos au mur qui abritait le foyer, la première chose que je voyais, c’était la lumière de la lune jouant sur le lac ; une vue rendue possible par un mur entièrement couvert de fenêtres, des fenêtres qui ne s’ouvraient pas seulement sur le bleu limpide du lac, mais aussi sur le porche vitré qui courait tout le long de l’avant de la maison.

La salle à manger, avec sa grande table en chêne solide, se trouvait sur ma droite. Devant soi, face à l’âtre, il y avait les canapés, les tables et les chaises qui composaient le séjour. A leur droite, la bibliothèque confortable avec ses étagères suspendues et qui occupaient deux murs, ses deux fauteuils confortables et les petites lampes posées sur les tables de coin.

Une autre alcôve suspendue se trouvait près de l’âtre et dans cette alcôve, il y avait la salle de bains et ce qui avait été, dans la première incarnation de la cabane, la chambre à coucher principale. Elle était maintenant prévue pour les visiteurs à cause de l’un des changements que j’avais apporté aux spécifications du chalet original.

Un escalier partageait l’espace avec la bibliothèque à l’extrême gauche de la maison, des marches qui menaient à un loft qui, comme le porche en-dessous, faisait la longueur de la cabane. Quand je vivais ici enfant, le loft avait été découpé en quatre chambres séparées, chacune d’elles avec ses propres murs et portes. Mais maintenant, il n’y avait ni mur ni porte, juste un gigantesque espace ouvert qui composait la chambre principale.

Le loft était bordé d’un côté par une énorme fenêtre et de l’autre, par une rambarde en bois faite pour donner l’impression d’une rampe découpée bien usée qui permettait de voir le reste de la cabane quand on se tenait en haut. Bien sûr, elle ne permettait pas l’intimité, mais le sentiment d’ouverture et d’aération, plus la taille immense de la pièce actuelle compensaient largement à mon avis.

Je soupirai d’un bonheur pur et sans tache et me retournai pour voir ma compagne me regarder, une expression d’affection amusée sur le visage. Je m’avançai vers elle, savourant la chaleur sur ma peau de notre feu qui grondait maintenant et je m’enroulai autour d’elle comme un crampon, absorbant chaque précieuse seconde de ce moment.

Je humai son odeur, l’odeur de la maison et l’odeur des bûches qui brûlaient, et je mis tout cela dans ma mémoire ; un souvenir que j’appellerais encore et encore pour savourer l’instant quand les jours seraient longs et les nuits plus longues encore.

« Merci », murmurai-je contre le tissu qui couvrait sa poitrine. « C’est tout ce dont j’avais rêvé et encore plus. Tu as donné vie à mon rêve. »

« Tu as toi-même donné vie à ton rêve, mon Angel », dit-elle d’une voix grondante, en posant sa joue sur ma tête. « Je t’ai un peu aidée, c’est tout. »

Peu d’humeur à discuter, je me contentai de m’enrouler encore plus autour d’elle, de fermer les yeux et de me sentir au sommet du monde.

Et quand la présence d’Ice, la chaleur du feu dans mon dos, l’excitation de la journée et deux – ou était-ce trois ? – verres de la bière de Pop, se combinèrent pour me faire bâiller pour la troisième fois en autant de minutes, Ice se recula doucement, remua la feu et, attrapant doucement ma main, m’emmena vers l’escalier qui menait à la chambre à coucher.

Notre chambre.

Cette pensée fit s’évanouir tout sommeil en moi comme s’il n’y en avait jamais eu et chaque marche de l’escalier me rendit encore plus éveillée et consciente, et assurément plus excitée.

En haut de l’escalier, Ice me lâcha la main et me laissa la précéder dans le loft, ce que je fis avec joie, absorbant tout ce que je voyais avec émerveillement et un regard appréciateur.

Puis je m’arrêtai quand quelque chose me sembla bizarre dans le lit que nous avions choisi ensemble, un énorme King size qui avait fait une très large entaille dans le peu d’économies que nous avions réussi à réunir.

Ce n’était pas le lit lui-même mais plutôt la tête de lit qui semblait… différente.

Je m’approchai du pied du lit et regardai le panneau dans la lumière vacillante du feu en bas, et la différence me frappa, et l’air quitta mes poumons quasiment au même moment que le sang quittait mon cerveau, me laissant un peu étourdie.

« Oh mon Dieu », murmurai-je impressionnée.

Là où une simple tête de lit en cerisier se trouvait auparavant, se tenait une autre en noyer massif. Au centre, un ovale méticuleusement gravé, et dans cet ovale, sculpté en bas relief, se trouvait la plus merveilleuse représentation d’un bonsaï que j’aie jamais vue, et croyez-moi quand je vous dis que j’étais devenue une experte en bonsaï au cours des dernières années en tant que compagne d’Ice.

Stupéfaite, je me retournai pour la regarder. « Où as-tu trouvé ça ? »

La plus infime des rougeurs éclaira ses traits, presque masquée par la lumière vacillante. « Je l’ai fait », dit-elle simplement.

« Tu l’as fait… tu as fait ça ? »

La rougeur grandit tandis qu’elle hochait lentement la tête, son expression me disant qu’elle n’était pas sûre de savoir comment je prenais ce cadeau magnifique.

Les larmes troublèrent ma vision tandis que je tendis la main, lui demandant silencieusement de me rejoindre près du lit. Je l’enveloppai alors dans une étreinte si forte qu’un atome aurait eu du mal à passer entre nous. « Même si je vis un millier d’années, je ne pense pas que je verrai quelque chose d’aussi beau », murmurai-je, ma voix étouffée par les larmes autant que par la poitrine d’Ice où je posai mes lèvres.

Après un moment elle se recula et essuya mes larmes de ses doigts légers. « Ne pleure pas s’il te plait, Angel. »

« Je ne peux pas m’en empêcher. Chaque fois que je pense que je ne pourrais pas être aimée plus, tu fais quelque chose comme ça. » Je souris au milieu de mes larmes. « Tu touches mon âme, Morgan. C’est de là que viennent les larmes. »

Elle me sourit, posa tendrement les doigts sur ma joue puis me reprit dans le merveilleux nid de ses bras, en posant un baiser sur ma tête. « Tu es aimée, mon doux Ange. Plus que tu ne le sauras jamais. »

Ses paroles poétiques, d’autant plus belles qu’elles étaient rares, firent redoubler mes larmes. Je posai la tête sur sa poitrine et regardai à nouveau la sculpture magnifique qui semblait vivre, respirer et danser au rythme de la lumière du feu. « Il a un nom ? » Demandai-je finalement, me souvenant du penchant de ma compagne pour donner des noms à ses arbres.

«

La Liberté

du Désir », murmura-t-elle, ses lèvres effleurant le lobe extrêmement sensible de mon oreille.

Mon corps explosa en flammes pour rivaliser avec le feu le plus brûlant que la nature avait à offrir et quand sa langue traça le chemin que ses lèvres avaient parcouru, suivie par le léger mordillement de ses dents, je fus définitivement perdue dans la chaleur brûlante de notre passion commune.

Ses bras puissants me soulevèrent et me posèrent sur notre lit avec une tendresse réservée aux objets sans prix tandis que ses lèvres, sa langue et ses dents continuaient lentement leurs assauts le long de mon corps, cette fois sur ma gorge nue ; gorge rendue rosée par la chaleur qu'Ice générait en moi.

Un mouvement du matelas et je fus soudain couverte d'une couverture vivante, enveloppée dans les odeurs enivrantes du musc primal et des épices exotiques, mon feu intérieur attisé quand ses lèvres pleines et humides trouvèrent les miennes, faisant se tordre mon corps sous le lourd poids de celui de mon amante.

Le baiser s'accentua et je goûtai le profond gémissement qui gronda dans sa poitrine. Je le goûtai, le savourai et le retournai en gémissant à mon tour tandis que ses doigts s'emmêlaient dans les courtes mèches de mes cheveux. Elle écarta les lèvres et je pris sa langue dans la mienne, l'idolâtrant avec la mienne tandis que nos corps dansaient en rythme sur les draps.

Après de longs moments de bonheur suprême, ses lèvres quittèrent les miennes et je sentis le grattement de ses dents le long de la veine sur ma gorge tandis que ses mains glissaient de mes cheveux, trainaient le long de mon corps dans un courant électrique de passion. Une cuisse puissante écarta mes jambes tremblantes alors que ses mains se mettaient à l'œuvre sur ma fermeture-éclair de jean, l'abaissant avec force tandis qu'elle grognait son désir dans le creux de ma gorge.

Une main excitée passa le barrage de mon slip, ses doigts se baignant dans l'humidité qu'ils y trouvèrent tandis qu'un sourire effrayant recourbait les coins de sa bouche magnifique et que sa langue pointait pour exciter mes lèvres humides prêtes au baiser.

Elle retira sa main et se mit à genoux, puis retira brusquement mon jean et mes sous-vêtements d'un mouvement fluide avant de les jeter sur le sol près du lit. La fraîcheur légère de l'air sur ma peau brûlante me produisit du plaisir à son tour.

Un plaisir qui fut rapidement surpassé quand elle chevaucha mes hanches nues et retira lentement son tee-shirt, dénudant ses seins magnifiques à mes yeux. Incapable de m'en empêcher, je tendis les mains et les recouvris, les sentant se durcir et grossir sous la tendre chair de mes paumes. Eclairée par la lumière du feu, elle était ma déesse sombre, faite de chaleur primale et de beauté enivrante.

Ses yeux brillèrent, argentés sous ses longs cils et ses hanches démarrèrent un lent balancement, je pus sentir la chaleur suinter d'elle même à travers le tissu épais de son jean tandis qu'elle chevauchait ma propre chaleur dans un rythme qui me faisait bouger les hanches contre elle, réclamant encore plus de contact.

« Plus fort », grogna-t-elle et je lui serrai les seins plus fermement, puis je pris ses tétons pointus entre mes doigts et je serrai assez fort pour faire apparaître le blanc de ses yeux tandis que ses poussées prenaient de la force, redoublant ma propre excitation jusqu'à ce que je soies sur la rive qui dansait aux confins de ma vision.

Elle se pencha plus fort et ses cheveux parfumés tombèrent en cascade autour de ma tête, puis elle posa le haut de son corps sur ses poings serrés de chaque côté de mes épaules. Ses hanches glissèrent entre mes jambes écartées tandis qu'elle continuait à pousser, tout en émettant des grognements gutturaux avec chaque mouvement de son corps.

« Plus fort », grogna-t-elle à nouveau et je ne pus qu'obéir tandis que le tissu tendu de son jean glissait contre moi encore et encore sans pause ni grâce. Mes jambes se soulevèrent de leur propre volonté, mes chevilles se nouèrent autour de ses genoux pliés, donnant de la puissance à ses poussées.

Elle tendit son long cou gracieux en arrière, exposant sa gorge tandis qu'un gémissement bas explosait, emplissant l'air de son cri primal.

« Oh mon Dieu », murmurai-je en regardant son orgasme la traverser, assombrissant et réchauffant sa peau d'une rougeur. « Mon Dieu, mon doux Seigneur. »

Ses dents blanches brillèrent et les muscles de sa mâchoire gonflèrent tandis qu'elle vivait la fin de son orgasme avec quelques poussées de plus contre moi. Puis elle s'effondra complètement sur moi, haletant dans mon cou tandis que ses lèvres chaudes se collaient à ma peau, me suçotant doucement et qu'elle reprenait son souffle.

Ses lèvres devinrent plus insistantes tandis qu'elle retrouvait sa force, suçant mon pouls comme pour aspirer le battement de mon cœur en elle. Elle relâcha ses mains et commença à refaire la carte de mon corps, passant fermement sur les collines et les vallées qu'elle y trouvait, m'excitant encore plus avec la passion féroce de son toucher. Elle finit par s'arrêter au col de mon tee-shirt et avec un geste grandiose, elle le déchira et exposa le reste de mon corps à la chaleur de la nuit.

Elle était inapaisable, insatiable sur mes seins, lapant la sueur qui les baignait comme un chat avec de la crème, ne laissant aucun centimètre carré de peau excitée sans contact. Ses mains continuaient leur propre voyage insatiable, ses paumes, rendues calleuses par ses longs travaux, m'excitaient et m'attisaient tandis que je me tordais sous ses attentions impitoyables, ne restant jamais assez longtemps à un endroit pour me donner ne serait-ce qu'un soupçon d'apaisement.

Mais c'était là, oh oui, je pouvais le voir, le ressentir, le goûter, le sentir avec chaque mordillement excitant, avec chaque caresse brulante. C'était là, peint à l'intérieur de mes paupières, chantonnant dans mes oreilles, promettant la liberté.

Promettant le salut.

Et puis, quand elle m’excita si fort que j'eus l'impression que chaque atome de mon corps était baigné, caressé et merveilleusement aimé, sa bouche chaude et humide vint sur moi, gémissant sur ma peau avide, et avec le premier contact de sa langue merveilleuse, le salut que j'avais si désespérément cherché fut mien et je m'envolai encore plus haut et plus fort que jamais auparavant.

Mon corps convulsa dans un relâchement heureux tandis que mes doigts s'emmêlaient dans le noir profond de ses cheveux, les utilisant comme une ancre pour m'empêcher de m'envoler complètement et de me perdre dans le bonheur suprême que j'étais devenue.

Et quand j'atteignis le sommet et me sentis retomber de l'autre côté, elle me remplit, pliant ses doigts et me caressant dedans et dehors, mêlant la lenteur et la rapidité, la douceur et la férocité, me nourrissant, me soulevant jusqu'à ce que le cri de mon orgasme fasse écho dans mes oreilles.

Et puis elle m'apaisa comme un entraîneur calme l'étalon agité, ses doigts repliés et nichés contre mon ventre, ses lèvres délivrant de doux baisers destinés, non pas à m'exciter mais à me calmer, et je revins à moi-même de la manière la plus douce avec sa tête posée sur ma cuisse, son menton relevé pour me regarder, une lumière joyeuse et heureuse brillant dans le bleu de ses yeux.

« Dieu que je t'aime », fut tout ce que je réussis à exhaler tandis que je caressais les cheveux humides de sueur sur son front, mon corps baigné par l'amour dans ses yeux.

Le sourire qu'elle me fit arrêta les battements de mon cœur, sa brillance pure m'en disant plus que les mots ne le feraient jamais.

Après un moment, elle se retira doucement et glissa près de moi, mêlant nos corps et caressant mon dos de manière apaisante. Je me redressai pour l'embrasser et mon goût sur ses lèvres fit rejaillir l'énergie en moi. Mais elle se recula, son pouce sur mes lèvres et elle secoua lentement la tête. « Repose-toi maintenant, Angel. Nous avons toute la nuit. »

Trop repue pour être déçue, je me laissai aller au besoin le plus fort de mon corps languide et je me sentis sombrer dans le sommeil et dans la force chaude et tendre de ses bras, me sentant en sécurité de savoir qu'elle veillerait sur les démons qui pourraient penser envahir mes rêves.

Et avec elle pour monter la garde, ils n'osèrent pas.

******

Tard le lendemain matin, je me réveillai avec le poids plaisant de la tête d'Ice posée sur le bas de mon ventre. Ses cheveux ébouriffés par le sommeil me cachaient partiellement son visage. Quelques mèches bougeaient doucement à chaque souffle long et lent, me chatouillant et me causant la chair de poule.

Sa respiration était fraîche sur la peau de mon corps qui s'éveillait lentement et je résistai au besoin de me tortiller, me rendant encore une fois compte combien le sommeil peut-être une merveilleuse source de rajeunissement. Comme si elle le ressentait, elle remua, juste un peu, resserrant sa prise autour de ma cuisse tout en frottant sa joue contre mon ventre dans un geste inconscient plein de confiance et d'amour.

Je retins ma respiration en souhaitant qu'elle ne se réveille pas trop tôt, je ne voulais rien d'autre à ce moment que chérir la chance rare de la regarder dormir, puis je me détendis quand sa respiration reprit le rythme du sommeil.

Le soleil d'automne qui passait par la fenêtre la baignait de bronze, une sculpture vivante réalisée par le plus accompli des artistes à l'image d'une déesse envoyée sur terre. Je la regardais tandis que les arbres qui ondulaient dehors provoquaient des ombres intéressantes sur sa peau nue, éclairant puis assombrissant les muscles épais de son dos.

Tandis que je la regardais, je tentai de me remémorer une époque où j'aurais été plus en paix mais en vain. Même le spectre omniprésent de la justice ne réussit pas à s'imposer à moi ce matin-là.

J'étais aimée. J'étais en sécurité.

J'étais à la maison.

Je levai la main et caressai doucement ses cheveux, laissant mon esprit divaguer sur tout et rien, contente de savourer la tranquillité d'un petit matin d'automne.

Elle bougea à nouveau, probablement sous l'effet de mes caresses languides et elle mit son visage sur mon ventre une fois de plus avant de déposer un baiser à l'intérieur de ma cuisse droite et ensuite de la gauche. Puis, son corps réchauffé par le lit et adouci par le sommeil, elle se redressa près de moi, m'attira dans ses bras et captura mes lèvres dans un baiser qui fit tournoyer mes sens.

« Bonjour », dis-je, avec dans la voix une tonalité bizarrement rauque, quand elle se recula enfin.

« Mmm », gronda-t-elle en faisant un bruit appréciateur avec ses lèvres. « Je crois bien qu'il est bon. »

« Bien dormi ? »

« Très. »

« Bien. » Et avec un sourire rempli de malice et le cœur plein de désir, je glissai le long de son corps et pris dans ma bouche un téton qui attendait patiemment, chantonnant de délice quand il se raffermit sous les caresses de ma langue.

Les doux murmures d'Ice et sa main sous ma nuque m'encouragèrent à laisser libre champ à ma passion matinale. Son corps répondit instantanément à mes touchers incroyablement audacieux et je sentis sa respiration devenir plus laborieuse tandis que ma main voyageait plus bas, effleurant les muscles plats de son ventre et le sentant se contracter sous mes doigts.

Et lorsque je plongeai profondément dans sa chaleur humide et sentit le resserrement accueillant sur mes doigts, les gémissements bas dans mon oreille me firent savoir que le paradis, bien loin d'être inaccessible, était un simple lit dans une simple cabane dans un bled à des kilomètres de nulle part.

Et c'est exactement là que je voulais être.

*******

Le temps est une chose bizarre. Il est parfois entre les mains d'un avare avide distribuant les secondes comme des dollars mangés par les mites. Et parfois, il se trouve dans les mains d'un skieur qui passe à si grande vitesse qu'on ne peut que s'arrêter et se demander où les jours sont passés quand on regarde dans le miroir et qu'on remarque son premier cheveu blanc. Pas que j'en ai trouvé, voyez-vous, mais je suis sûre que vous voyez ce que je veux dire.

Dire que nos premières semaines de cohabitation dans notre nouvelle maison furent emplies de bonheur charnel et spirituel, serait exagérer considérablement. Et bien peut-être pas pour la partie 'charnelle'. Ce fut décidément un bonheur suprême et si je veux être totalement honnête, ça l'est toujours.

Mais il y avait des ornières sur la route ce qui, je suppose, arrive à tous les couples qui s'installent pour la première fois. Les barrages étaient bien plus petits que lorsque je l'avais vécu avec Peter des années auparavant, mais ils étaient là et, étant donné mon amour pour Ice, ils me gênaient moins que les mêmes problèmes rencontrés avec mon mari mort.

Une des premières choses que je découvris, fut que mon amour pour les espaces dégagés aurait pu enfoncer un clou dans un cercueil pas encore construit.

S'il y a une chose qu'Ice garde plus jalousement que son intimité, je ne l'ai pas encore découverte. Même au Bog, l'antithèse parfaite d'une retraite à l'écart (même à l'isolement on est surveillé de plus près que par un faucon qui choisirait son dîner), elle avait réussi à rendre parfaitement clair pour tout le monde et à plusieurs reprises, que si elle était dans sa cellule et que la porte était fermée, Dieu préserve la femme, gardienne ou détenue, qui tenterait d'entrer sans une invitation écrite.

Mais dans une cabane avec peu de pièces et encore moins de portes, nous manquions cruellement d’un espace privé pour chacune de nous et je souhaitais parfois avoir eu assez de temps pour y penser avant que l'endroit ne soit terminé. Surtout quand je transférai ma 'salle de cours' de l'étude de Ruby à notre maison et qu'on eut dit qu'il y avait toujours des jeunes gens dans les parages. Payants ou pas, cela commença à faire beaucoup même pour quelqu'un d'aussi sociable que moi.

Quoi qu'il en soit, pas besoin de pleurer sur ce qui était fait, notre seul choix était de continuer et de tirer le meilleur parti de la situation.

Un des premiers changements que je fis, fut de transformer le porche arrière en une sorte de salle de classe. Il était confortable, bien éclairé et vitré pour nous protéger des intempéries. Il permettait également de tenir loin du regard des curieux la partie principale de la maison, sauf s'ils avaient besoin d'utiliser la salle de bains et quand cela arrivait, je les accompagnais.

De cette façon, quand Ice rentrait à la maison, tout ce qu'elle avait à faire c'était d'aller dans la partie principale du chalet et de fermer la porte derrière elle, ce qui lui donnait toute l'intimité dont elle avait besoin après avoir passé la journée à travailler au milieu des gens. Du moins jusqu'à ce que 'l'école' soit finie et que je rentre la rejoindre.

Elle semblait toujours plus que contente de me voir à ce moment-là.

Quand à moi, et bien, je n'avais jamais vraiment eu besoin de tellement d’intimité que ça. Et quand j'en ai vraiment envie, un long bain solitaire et luxueux plein de bulles odorantes, de chandelles et d'un bon livre me comble gentiment.

Tandis que la froide poigne de l'automne sur le temps s'appesantit, je commençai également à remarquer une certaine agitation chez ma compagne. Ice avait toujours été, et je crois qu'elle le sera toujours, une femme d'action. La construction de notre maison, ajoutée au dur travail que Pop lui donnait à faire, lui avaient occupé l'esprit et le corps pendant les longs mois de printemps et d'été.

Mais maintenant que la cabane était construite et que le travail ralentissait avec la fin de la saison touristique, il semblait bien qu'il n'y aurait plus grand chose à faire pour elle en dehors de couper des bûches pour notre feu vorace, une tâche à laquelle elle se consacrait avec la délectation d'un aveugle qui aurait recouvré la vue.

Et c'est ainsi que l'agitation commença à se faire ressentir. Elle se montra dans des petites choses. Comme quand elle commença à quitter le nid douillet de notre lit commun à des heures impossibles le matin pour enfiler des baskets et aller courir dans la forêt à une allure folle, pourchassant peut-être ses démons, les fuyant peut-être. Il y avait aussi le sac en toile cousu avec soin rempli de Dieu sait quoi, qui se retrouva soudainement accroché à l’avant-toit dans le coin de la maison. Les sons de ses coups violents qui le faisaient trembler, devinrent une habitude nocturne dans les environs. Bien que, pour être honnête, j'ai fait ma part de dégâts sur ce sac pendant que nous sommes restées ici. Les compétences en self-défense une fois apprises, demandent à être entretenues comme l'argent doit être poli pour éviter de ternir.

En plus, c'était amusant de frapper dans quelque chose qui ne rendait pas les coups. Pas trop en tous cas.

Mais, parce que les neiges de l'hiver n'étaient pas si loin, je savais que même ces activités-là ne seraient bientôt plus qu'un souvenir. Et si elle ne pouvait pas occuper son corps, il fallait que je trouve au moins un moyen d'occuper son esprit brillant.

Et puis j'eus une idée et je me giflai mentalement de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Ayant appris à le connaître de mieux en mieux, j'avais développé une sorte de relation proche avec Pop. Comme je l'avais été au Bog, il était l'homme qu'il fallait aller voir si on avait besoin de quelque chose qu'on n'arriverait pas à avoir autrement. Il avait les mains dans de nombreuses affaires et s'il vous aimait bien, il n'était pas contre partager les bénéfices. Pour un certain prix bien entendu. Bien que dans mon cas, le prix était si bas qu'il en était négligeable.

Et c'est ainsi que j'allais le voir un certain jour d'automne avec plusieurs requêtes et, avec une lueur de connaisseur dans les yeux, il accepta le défi et promit de faire de son mieux pour m'obtenir ce que je souhaitais. Avec Pop sur l'affaire, je savais que ma marchandise était quasiment entre mes mains.

Et comme prévu, une semaine au plus passa quand je reçus un appel me demandant de venir et de retirer mes paquets. Et pour le prix d'un repas fait maison, je rapportai à la maison des choses dont j'espérais qu'elles aideraient Ice à traverser le long hiver à venir.

Elle rentra ce soir-là, en sueur et échevelée, d'une journée à couper du bois, pas seulement pour notre feu à nous mais, à voir la quantité de mousse sur sa chemise et sur sa peau, pour la moitié de la ville également. Elle avait aussi aidé certains des habitants à remplacer le toit de Mrs. Symmonds avant que la neige ne se mette à tomber.

Après l'avoir laissé prendre sa douche, partager son dîner avec moi et parler de choses sans importance, je lui tendis une fine boite carrée enveloppée dans du papier cadeau.

Je reçus en retour un sourcil dressé avant qu'elle regarde la boite dans ses mains et qu'elle la fasse tourner dans la lumière.

« Et bien ? » Demandai-je, impatiente comme toujours. « Tu ne vas pas l'ouvrir ? »

« Je ne sais pas. Ça va me mordre ? » Son sourire était fait de pure malice.

« Non. Mais moi peut-être si tu n'ouvres pas ce fichu truc. »

« Oooh. Ça c'est effrayant. » Ses yeux irradiaient de l'amusement à proprement parler.

Je produisis mon meilleur froncement de sourcil et pensais y ajouter une moue pour faire bonne mesure. J'étais même sûre que je pourrais produire des larmes si ça lui faisait ouvrir la boite plus vite.

Avec un regard hypocrite de souffrance accablée, elle se mit à ouvrir le cadeau que je lui avais donné, arrachant le papier pour dévoiler la boite, le posant de côté avant d'ouvrir la boite elle-même. Son regard, lorsqu'il croisa enfin le mien, contenait un mélange de curiosité et d'affection. « Ça me rappelle des souvenirs », dit-elle en souriant.

Je lui rendis son sourire. « Ouais. Surtout les plus stupides, pour moi. Et pourtant, si tu ne m'avais rien demandé, je ne t'aurais jamais rencontrée, alors ma naïveté mise à part, ils sont plutôt bons. »

Elle s'avança vers moi la boite dans les mains et déposa un doux baiser sur mes lèvres. « Merci. »

« De rien. C'est... euh... juste une partie du cadeau. Tu veux bien me suivre ? »

Elle attendit un peu et hocha la tête puis me suivit jusqu'à la porte sous l'escalier, qui menait au porche avant dont les cloisons étaient couvertes de vitres en préparation de l'hiver et qui, de ce fait, était l'endroit rêvé pour mes cadeaux.

J'allumai les lampes encastrées que nous avions installées et je reculai légèrement, la laissant me précéder sur le porche. Je me tins dans l'ombre, attendant et souhaitant de tout mon cœur que mon présent lui ferait plaisir.

L'expression sur son visage quand elle se tourna vers moi ne me laissa aucun doute sur ce point.

« Je... euh... sais que tu n'as jamais pu récupérer ceux que tu as laissés alors je me suis dit que tu pourrais simplement les reproduire ici. » Je haussai les épaules, un peu embarrassée. « Ou bien en faire ce que tu veux. »

Je voulais en dire plus, peut-être pour m'expliquer un peu mieux, mais je me retrouvai soudainement engloutie dans une étreinte que je ne voulus jamais quitter.

Bien joué, Angel. J'entendis la voix de Corinne dans mon esprit. Vraiment bien joué.

Et dans un mouvement de son grand corps, je me sentis soulevée et emportée avec une grâce et une douceur infinies hors du porche jusqu'à notre lit.

Pour être correctement remerciée, pour les quatre bonsaïs qui passaient leur première nuit sur une longue table sur le porche de notre maison.

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Si mars est parfois considéré comme ayant l'humeur d'un lion, octobre fut tel un serpent à sonnettes à qui un touriste ennuyeux aurait marché sur la queue, essayant de prendre la photo 'parfaite' de sa femme et de ses enfants devant le Grand Canyon.

Ce qui, on peut le dire, est plutôt une humeur massacrante.

Les pluies apparurent, et apparemment elles apprécièrent ce qu'elles virent et décidèrent de rester pas mal de temps, s'attardant tel un invité qui ne comprendrait pas les signaux même s'ils l'aveuglaient.

Tout dans la ville s'arrêta et nos voisins commencèrent à faire des plaisanteries nerveuses sur les arches quand le niveau du lac ne tarda pas à dépasser ses limites et à s'inviter sur les propriétés environnantes, la plupart desquelles étaient des résidences permanentes pour les habitants de la ville. Ice et moi, nous fûmes pas mal occupées à aider nos amis et nos voisins à protéger leurs maisons des inondations et à nous préparer pour le long siège de l'hiver.

Un après-midi, le ciel s'annonça sombre et dangereux. Un degré environ en-dessous de zéro, la tempête lâcha sa furie, envoyant de la pluie verglacée sur nos fenêtres comme si elle essayait désespérément d'entrer. Dehors, le monde ressemblait à un paysage féérique, les arbres recouverts d'un manteau de glace scintillante.

J'étais assise sur le canapé devant un feu qui mugissait et grillait, confortablement enroulée dans ma plus chaude robe de chambre et écoutant Ice chantonner en chœur avec un aria qui passait sur notre chaine hi-fi tandis qu'elle feuilletait un quelconque magazine. Je ne portais aucun intérêt au journal posé sur mes cuisses tandis que j'écoutais le merveilleux son de sa voix, laissant la musique me submerger, réchauffant des endroits que même le feu ne pouvait toucher.

Je posai la tête sur le dossier du canapé, fermai les yeux et sourit, plaisamment ensommeillée et satisfaite de ce qu'était ma vie à ce moment particulier. Tandis que Mère Nature crachait le pire, j'avais chaud, j'étais au sec et j'étais aimée.

Ah oui, et plutôt bien aimée à ce sujet. Nous avions passé la plus grande partie de la matinée et une partie de l'après-midi dans un enchevêtrement de passion insatiable, savourant la chance de faire tout ce que nos désirs demandaient sans crainte d'yeux ou d'oreilles curieux.

Je laissai ces pensées flotter dans mon esprit et mon corps, souriant encore plus au serrement dans mon intimité aux sensations qu'elles produisaient. Puis j'ouvris les yeux et secouai la tête, me réprimandant pour ma bêtise. Je pris le journal et le secouai, feuilletant paresseusement les pages de nouvelles, cherchant quelque chose pour éveiller mon intérêt.

Ruby nous avait offert un abonnement au New York Times en guise de cadeau d'entrée dans les lieux. Je lui chapardais toujours ses journaux quand nous étions sous son toit, la privant d'une grande partie de ses mots croisés chéris. Alors que de ne pas vivre aux Etats-Unis à proprement parler, ne me manquait pas, j'appréciais toujours de savoir ce qui s'y passait à l'occasion et de ce fait, le journal était un cadeau bienvenu.

Je passai nonchalamment en revue les gros titres de la section nationale, cherchant quelque chose d'intéressant, quand mon regard fut attiré. J'arrêtai de cligner des yeux et lus à nouveau. Et encore. Quand je levai enfin les yeux, ce fut pour voir Ice qui me regardait attentivement.

« Tu vas bien ? »

« Je... ne sais pas. Je pense que oui. Je suis juste... pas vraiment sûre, je pense. »

Elle posa son livre sur la table et se mit debout avec grâce pour venir se tenir près du canapé. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Je lui tendis le journal. « Ça t'embêterait de lire ça et de me dire si je vois ce que je crois voir ? »

Après un instant, elle me rendit le journal. « Ouaip. »

Je regardai à nouveau le texte imprimé, essayant de me concentrer sur ce qu'il me disait.

PITTSBURGH, PENNSYLVANIA (AP)

La plus vieille détenue d'Amérique va bientôt goûter à une première note de liberté en 45 ans.

Corinne Weaver, 71 ans, va quitter la prison correctionnelle pour femmes de Rainwater près de Pittsburgh mardi. Weaver, qui purge trois condamnations à perpétuité successives pour l'empoisonnement de ses quatre maris, a obtenu le pardon du Gouverneur George Green le mois dernier.

Le cas de Weaver a été pris en main par des défenseurs des Droits de l'Homme après qu'elle eut connu une série d'attaques cardiaques qui l'ont laissée confinée à la chaise roulante.

« Il est inhumain de garder une vieille femme enfermée pour ses dernières années de vie dans sa condition », a dit Al Merman, président de Human Rigths Now !

Après de nombreuses campagnes de lettres et de protestations devant sa résidence, le Gouverneur Green a cédé. « J'ai revu l'affaire de Mrs Weaver », a dit le gouverneur lors d'une conférence de presse lundi. « Et je pense qu'elle n'est plus une menace pour la société. La chose la plus juste à faire est de la laisser obtenir sa liberté. »

Le principal opposant à Green pour les élections du mois prochain, Sam Jones, a été prompt à soutenir le cas de Weaver. « C'est une honte que le gouverneur ait dû en arriver à être poussé à prendre cette décision », a-t-il dit. « Il est évident que cette femme ne fera que souffrir encore plus en restant dans un système qui a cruellement besoin d'être réformé. »

L'avocate de Weaver, Donita Bonnsuer, une activiste réputée des Droits de l'Homme, n'était pas disponible pour commenter l'affaire.

« Tu le savais ? » Demandai-je en essayant d'éviter d'avoir un ton accusateur. Je savais qu'Ice avait gardé un œil sur Corinne, depuis le moment où elle avait quitté la prison la première fois, pour lui assurer sa sécurité face à des détenues menaçantes qui pensaient que mettre une rossée à des petites bibliothécaires était le sommet du divertissement. Penser qu'Ice aurait pu garder secrète la nouvelle de la santé défaillante de Corinne, et encore plus de sa libération à venir, me rendait vraiment furieuse.

« Pas pour les attaques, non. » Elle vint s’asseoir près de moi, sans me toucher, mais tout près. « Je savais pour les manifestations de protestation et Donita m’avait dit qu’il y avait une bonne chance pour que sa liberté conditionnelle lui soit accordée, mais elle m’a demandé de couper tout contact avec Corinne. Pour la même raison que quand je t’ai laissée tranquille lors de mon évasion. »

« Pour ne pas être reliée à elle. »

« Exactement. »

« Mais pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ? »

Ice soupira. « Parce que je ne voulais pas que tu aies de faux espoirs. » Elle tourna la tête pour me regarder. « Ecoute. Je sais combien Corinne compte pour toi. Elle compte beaucoup pour moi aussi. Je voulais juste être sûre avant de t’en parler, d’une manière ou d’une autre. Si j’ai commis une erreur, j’en suis désolée. »

Je soupirai à mon tour. « J’apprécie la raison pour laquelle tu penses que tu devais garder ça pour toi, Ice, mais j’aimerais vraiment que tu me traites comme une adulte. Je ne suis pas une gamine, Morgan. Je peux gérer les déceptions, tu sais. »

Ice regarda ses mains posées sur ses cuisses. « Je sais », répondit-elle doucement. « Je n’aime juste pas l’idée que tu aies à le faire. Surtout si je peux l’empêcher. »

Touchée par la gentillesse de son geste, même si je n’étais pas entièrement d’accord, je l’attirai dans une étreinte sincère, heureuse quand elle leva les bras pour me la rendre. Pour lui donner un peu d’espace, je changeai de sujet, légèrement. « Qu’est-ce qui va lui arriver ? »

« Donita va l’aider, j’en suis sûre. Tout comme elle voulait t’aider. Corinne a mis pas mal d’argent de côté. Ça va aller pour elle. »

Je soupirai bruyamment dans sa chemise. « Elle me manque. »

Elle me massa le dos pour m’apaiser. « Je sais, Angel. A moi aussi. Corinne est une bonne personne. »

Je me reculai légèrement. « Je déteste la savoir seule là-bas. Malade. Incapable de marcher. Entourée d’étrangers. En prison, elle avait quand même ses livres, son travail, ses amies. Et maintenant qu’est-ce qu’elle a ? » Je regardai mes mains. « Tout l’argent du monde ne lui rendront pas ces choses-là. »

« Elle a Donita », répliqua doucement Ice en prenant mes mains entre les siennes. « Et Donita a beaucoup de contacts, Angel. Des gens qui seront heureux de s’attacher à Corinne sans même penser à son argent. On s’occupera bien d’elle, crois-moi. » Son regard brûlant réchauffa le mien. « Je ne le dirais pas si je ne pensais pas que c’est vrai. »

Je hochai la tête puis regardai nos mains jointes. « Je sais. Je te crois, Ice. C’est juste que… » Je soupirai à nouveau. « Je veux l’aider. Elle a tant fait pour moi et je veux juste lui en rendre un peu. » Après un moment, je levai à nouveau les yeux vers elle. « Après sa libération, tu penses qu’il y a un moyen pour que je la contacte ? Même pour une seconde ? Pour me convaincre qu’elle va bien ? Je comprendrai si tu penses que ça n’est pas assez sûr. Il faut juste que je soies rassurée, c’est tout. »

Ice me sourit après un moment et pressa mes mains. « Je vais voir ce que je peux faire. »

Et ça je le croyais.

******

Les jours s’étirèrent lentement en semaines et finalement les neiges de l’hiver vinrent réclamer leur part. La saison des fêtes s’approchait rapidement et la ville rendue morne par l’hiver sembla s’éclairer juste à cette idée. Des arbres et des couronnes commencèrent à apparaître derrière les fenêtres et sur les portes et les gens semblaient plus amicaux – pas qu’ils ne l’étaient pas déjà – et saluaient tous les passants d’un sonore ‘Joyeuses Fêtes !’.

Ice ne fut pas souvent à la maison pendant cette première partie de l’hiver. Bien que le travail à la station de Pop ait diminué à cette période, il y avait toujours plein d’autres choses à faire si on savait où regarder et qu’on était prêt à transpirer.

Et Ice bien entendu, était experte pour les deux. Littéralement.

Quant à moi, j’étais occupée avec mes étudiants, leur nombre grandissant lorsque les enfants d’autres villes commencèrent à venir chaque semaine à mes sessions. Je passais aussi pas mal de temps avec Ruby, à parler de choses et d’autres, à simplement apprécier sa compagnie et son délicieux café.

Bien que je me fusse résolue au contraire, j’interrogeais souvent Ice au sujet de Corinne. Sa réponse était toujours la même. « Je fais de mon mieux, Angel. »

Pour détourner mon esprit et éviter de l’ennuyer trop avec mes questions incessantes, je tournai mes pensées vers d’autres choses. A savoir quoi acheter à ma difficile compagne pour Noël. Le livre autographié par Soljenitsyne était l’une des rares choses qui avait survécu intacte à son évasion du Bog et les quatre bonsaïs que je lui avais achetés s’épanouissaient de manière incroyable sous ses mains expertes. Des nouveaux outils, bien que pratiques, semblaient difficilement être le cadeau romantique, ou significatif que je voulais lui faire pour notre premier Noël en tant que femmes libres.

Il fallait que ce soit quelque chose de spécial. Quelque chose de rare. Quelque chose de parfait.

Et je trouvai soudain. Un cadeau absolument parfait, du moins pour moi. Mais il y avait deux problèmes. L’un d’eux était de savoir si un tel cadeau existait. L’autre serait de le trouver s’il existait vraiment.

Alors, bien sûr, j’allai voir Pop avec mes deux problèmes. Et avec son habituel sourire de connaisseur, il décida de m’aider du mieux qu’il pouvait.

Je rentrai à la maison, satisfaite de moi.

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A suivre – Chapitre 5 – 1ère partie