Chapitre 7 :

 

Lorsque She-wolf déboucha sur le chemin qui faisait le tour de l’hôtel, elle vit Sassem monter dans sa voiture. Elle s’élança, refusant de laisser s’enfuir sa proie. En moins de 5 secondes, elle se retrouva à la hauteur de

la BMW. D'un

grand coup de pied elle explosa la vitre avant, s’entaillant la jambe et le pied au passage.

 

« Foutu verre ! Je l’avais oublié ! »

 

Elle retira sa jambe de la vitre et sans perdre un instant passa la main dans l’ouverture et attrapa le col de chemise de Sassem. Elle le tira d’un coup sec vers elle en ouvrant de son autre main, la portière. Un pied hors du véhicule, Sassem se dégagea de la prise de She-wolf et se redressa de toute sa hauteur.

 

Il faisait une tête de plus qu’elle, autrement dit c’était un géant. Il avait des traits affirmés et réguliers. Un nez fin et aristocratique. Il était véritablement très beau. Les cheveux et les yeux marron, il possédait une force froide unique. Elle couvait sous la surface comme le torrent sous la glace. Et comme le torrent, elle était présente mais n’était visible pour personne. Il ne la laissait transparaître qu’en de rares occasions. Et de toute évidence, celle-ci en était une.

 

She-wolf se mit en position de combat. Elle savait qu’elle avait l’avantage de la jeunesse, il avait 11 ans de plus qu’elle, mais elle était blessée, ce qui l’avantageait lui.

 

« Idiote, triple idiote ! Si tu rates ton coup parce que tu as manqué de patience… » ragea-elle.

 

Il se redressa, se mit calmement en position de combat et laissa sa sauvagerie ressortir en un rictus cruel. Ce qui effrayait le plus chez Sassem, c’était son calme absolu en toutes circonstances. Il était si sûr de sa destinée que rien ne l’effrayait ou ne le perturbait. Depuis leur première rencontre, elle se demandait ce qui le rendait si certain de ce que lui réservait l’avenir. Il n’avait aucun doute : il était destiné à diriger le monde. Et malheureusement pour ce monde, Sassem semblait très prêt de le réaliser.

 

Aussi vif qu’un serpent, il donna le premier coup, qu’elle para sans difficulté. Elle répliqua presque aussitôt, mais il s’y attendait. Ils se tournèrent ainsi autour pendant quelques temps, s’échauffant autant que s’évaluant. Sachant qu’avec le sang qui s’écoulait de sa jambe, le temps lui était compté, She-wolf passa aux choses sérieuses la première. Elle le frappa d’un coup de pied tournant qui fut si fulgurant que Sassem eut à peine le temps d’interposer son bras entre sa tête et lui. La force du coup le projeta contre la portière et son crâne cogna contre la portière.

 

Il se redressa en secouant un peu la tête. S’il l’avait pris en pleine tête, il aurait eut à coup sûr la nuque brisée. Il lui fallait se méfier, elle n’était plus la gamine qu’il avait fait former.


Alors qu’elle reprenait son équilibre, il se baissa, lança son pied pour un balayage qu’elle évita d’un bond. Sassem ayant prévu sa réaction, son pied gauche était déjà parti en direction de son ventre. Elle le bloqua des deux mains et lui fit subir une torsion qui l’obligea à suivre le mouvement s’il ne voulait pas se retrouver avec une cheville brisée.

 

Elle atterrit sur ses pieds nus les mains toujours occupées par la chaussure de son adversaire. Sassem était maintenant à plat ventre et tentait de se retourner ou tout au moins de se dégager. Mais She-wolf le tenait d’une poigne d’acier. Elle tira d’un coup sec sur sa jambe pour le rapprocher, plaça ses mains de part et d’autre du genou et s’apprêtait à le briser d’un coup de son propre genou lorsqu’elle fut brutalement soulevée du sol et projetée sur la voiture d’en face.

Occupée par son combat avec Sassem, She-wolf en avait oublié les gardes du corps. Elle tomba avec rudesse sur le pare-brise d’une Bentley. Sous la force de l’impact celui-ci se fendilla, lui arrachant un grognement de douleur. Elle se redressa pourtant avec vivacité, comme si de rien n’était, et se jeta sur l’armoire à glace numéro un, qu’elle calma d’une clé de bras très douloureuse.

 

Prenant appui sur lui, elle envoya son pied dans le ventre du second qui se plia en deux.

Elle finit le premier d’une manchette dans la nuque et se retourna pour faire face au numéro deux  qui se jetait littéralement sur elle. Elle sourit et se décalant d’un pas, fit pivoter son corps à demi pour le laisser passer. Il s’écrasa sur

la Bentley

qui vit son capot s’affaisser légèrement.

 

« J’en connais un qui va avoir une surprise quand il voudra rentrer chez lui. » songea-elle en voyant les dégâts.

 

L’armoire à glace numéro deux profita de sa distraction pour envoyer son poing droit sur son visage. Elle se retourna et dans un même mouvement, lui sourit, évita le poing et attrapa son bras qu’elle utilisa comme levier pour envoyer valser le pauvre inconscient plus loin. Elle se dirigea ensuite vers le numéro trois, histoire de le finir et lui envoya son pied dans le visage. Il s’écroula au sol, inconscient. Le malabar numéro deux se relevait à peine lorsqu’elle le rejoignit. Il leva le poing dans l’intention manifeste de lui faire mal, mais elle le bloqua avec sa main et approchant sa tête de son visage, elle lui susurra :

 

- Faudrait voir à renouveler vos techniques les gars, c’est un peu ennuyeux tout ça.

 

Il ne vit pas venir le poing en direction de sa mâchoire, mais ne rata aucune des trente-six chandelles que celui-ci fit exploser dans sa tête.

 

She-wolf le regarda s’effondrer avec satisfaction. Puis se souvenant de Sassem, elle se retourna, mais sa voiture et lui-même avait disparu.

 

«  Lâche » fulmina-elle.

 

Alexia était arrivée en plein milieu de son combat contre Sassem et elle avait été impressionnée par la virtuosité de She-wolf qui avait manifestement le dessus sur son adversaire. Puis lorsque les gardes du corps s’en étaient mêlés, elle avait paniqué et téléphoné à la police. Trois malabars contre une seule femme, même entraînée… elle n’aurait pas cru que She-wolf ait le dessus.

 

Et pourtant… elle les avait défaits en moins de cinq minutes. Et avec une telle facilité ! Mais le plus incroyable avait été son sourire. Elle jouissait de ces combats, de cette violence… cela lui plaisait… Alexia était un peu inquiète de cela mais ne renonça pas à son idée de convaincre She-wolf de l’emmener avec elle. Lorsqu’elle la vit chanceler, elle se précipita à ses côtés.

 

- She-wolf ? Ça va ?

 

- Hein ? fit celle-ci surprise de la voir. Qu’est-ce que tu fais là ?

 

- Je t’ai suivie.

 

- Pourquoi ?

 

Alexia qui ne s’attendait pas à faire cela dans de telles circonstances, inspira profondément et planta son regard dans le sien.

 

- Je veux que tu m’emmènes.

 

She-wolf fronça les sourcils, perplexe.

 

- Heu… où ça ?

 

- Avec toi ! répliqua Alexia sur le ton de l’évidence.

 

- Ça j’avais compris, mais où ?

 

- Où tu veux.

 

She-wolf était perdue. Qu’est-ce voulait dire Alexia ? Bon sang cette perte de sang l’empêchait de réfléchir clairement !

 

- Je… je ne suis pas sûre de comprendre.

 

- Je veux que tu m’emmène avec toi et que tu m’apprennes tout ce que tu sais. Je veux être comme toi. Cette vie de gosse de riche n’est pas pour moi. Je suis différente des autres héritiers. Je m’ennuie. Je veux de l’aventure et plus que tout, je veux être avec toi.

She-wolf secoua la tête. Elle avait un peu de mal à la suivre. Sa déclaration avait déclenché comme un écho en elle. Ou une impression de déjà vu.

 

- Tu ne veux pas être comme moi. Tu ne sais même pas qui je suis.

 

- D’après ce que je viens de voir, associé à ce dont j’ai été témoin en Russie, je pense avoir une bonne idée de qui tu es.

 

- Non, crois-moi tu ne sais rien, réfuta-t-elle durement.

 

- Laisse-moi en juger par moi-même, insista Alexia.

 

« Dieu que cette fille était têtue ! »

 

- Très bien. Pourquoi je t’emmènerais ? A quoi me servirait une petite princesse ? On parle de vie et de mort là.

 

- J’en ai conscience et j’y ai déjà réfléchi. J’apprends très vite, donc je saurais me défendre rapidement. D’ailleurs j’ai déjà commencé à prendre des cours, tu n’auras pas à te soucier de moi, je ne te ralentirai pas, je ne serai pas un boulet. Je pourrais te raconter des histoires aussi, tu as pu remarquer que je suis plutôt bonne conteuse.

 

- Que veux-tu que je fasse d’une conteuse ?

 

- Il faut savoir se distraire pour se concentrer avec une réelle efficacité.

 

She-wolf haussa les épaules et essaya de partir, mais Alexia la retint. Elle n’avait pas fini. She-wolf souhaitait plus que tout qu’elle la laisse s’en aller. Elle se sentait faible à cause de la perte de sang et d’ailleurs remarqua-t-elle, sa blessure saignait toujours. Il lui fallait trouver un abri rapidement, avant de s’évanouir. Elle leva la tête et voulut signifier une fin de non recevoir, mais ses yeux verts suppliant la happèrent et elle oublia ce qu’elle voulait dire.

 

- Je suis une bonne bricoleuse et une bonne cuisinière. Je ferai ce que tu me diras et ne me plaindrai jamais. Et…

 

Là Alexia abattait sa dernière carte, la plus grosse.

 

- … je serai une bonne couverture pour toi.

 

She-wolf haussa les sourcils intriguée, mais incapable de parler tant elle se sentait faible.

 

- Ma réputation de noceuse, commença-t-elle en grimaçant, te donnera une raison insoupçonnable d’être où tu voudras. Ce sera officiel, tu n’auras plus besoin de te cacher. Tu pourras être mon garde du corps, ma dame de compagnie, mon chaperon ou encore une amie, fêtarde comme moi ! Personne n’y trouvera rien à redire, je voyage beaucoup et j’ai la réputation comme tous les gosses de riches d’être superficielle et intéressée uniquement par moi-même. Et je peux te faire inviter officiellement dans toutes les soirées mondaines ! Et je peux aussi utiliser la réputation et le nom de mon père pour obtenir beaucoup d’informations.

 

- …

 

- Prends-moi à l’essai ! lança-t-elle en désespoir de cause. Je ne manque pas d’argent. Si un jour tu te lasses de moi ou que tu penses que je ne te suis plus assez utile ou que je te ralentis, tu pourras me larguer n’importe où. Je pourrai toujours rentrer… considère-moi comme une assistance. Une assistante stagiaire…

 

Alexia attendait inquiète la réponse de She-wolf. Mais celle-ci ne venait pas et elle ne savait si c’était une bonne ou une mauvaise chose.

 

- She-wolf ?

 

- Ok, lâcha-elle dans un souffle, les yeux fermés.

 

- Yiiiaaaaaaaa !!!! s’exclama Alexia en levant le poing en l’air.

 

Et après tout pourquoi pas ? C’est vrai qu’elle pouvait lui être utile et elle pourrait la larguer n’importe où vu sa richesse. Et puis, si elle voulait la faire taire, il n’y avait pas trente-six réponses possibles. Alexia lui apportait aussi quelque chose dont elle-même n’avait pas conscience… Elle contrebalançait son irrationalité envers Sassem.

 

Elle perdait la capacité de réfléchir lorsqu’il était là. Il n’y avait plus que sa haine et sa rage, son désespoir et sa vengeance. Mais à cette soirée, pendant quelques minutes, elle avait oublié Sassem et tous les sentiments noirs qu’il faisait naître en elle. Bien sûr cela pouvait aussi s’avérer dangereux. Elle pouvait être distraite au mauvais moment par sa faute ou encore s’attacher à elle ce qui la rendrait plus faible. Mais les bénéfices étaient supérieurs aux problèmes éventuels. Enfin pour l’instant…

 

- Mais à une condition…

 

- Tout ce que tu veux !

 

Soudain des sirènes éclatèrent dans le lointain. She-wolf rouvrit les yeux, aux aguets.

 

- Ils viennent par ici ?

- Qui ça ?

 

- Les flics.

 

- Oh oui, je les ai appelés quand ces trois hommes se sont jetés sur toi.

 

- Merde, soupira-elle.

 

Elle n’était vraiment pas en état pour ça.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ?

 

She-wolf la fixa quelques secondes le visage impassible avant de lâcher :

 

- Je suis recherchée par Interpol… entre autres.

 

- Oh…

 

Alexia était étonnée. Elle ne s’attendait pas à ça.

 

- Toujours intéressée ? fit She-wolf sarcastique.

 

- Plus que jamais ! s’enthousiasma-t-elle. Tu es drôlement intéressante !

 

Cela lui valut un regard incrédule de la part de sa compagne.

 

- C’est quoi la condition ? reprit Alexia.

 

- Euh…

 

She-wolf se reprit:

 

- Tu dois jurer sur ce que tu as de plus cher de ne rien révéler de ce que tu apprendras de moi. Jamais.

 

- Promis.

 

- Ce n’est pas un jeu. Si tu reviens sur ta parole, je te tuerai, dit-elle en la regardant bien en face.

 

- Je… vraiment ?

 

- Vraiment.

 

Alexia la dévisagea. Elle était sérieuse… Elle réfléchit alors sérieusement et dit finalement :

 

- Je te le jure, une pause, et je ne reviens jamais sur une parole que j’ai donnée.

 

She-wolf la considéra quelque peu, puis hocha la tête et lâcha :

 

- Ok, alors maintenant tu vas chercher ta voiture et tu rappliques ici avant que les flics n’arrivent.

 

Pendant qu’Alexia se précipitait à la recherche de sa voiture, She-wolf se pencha sur ses blessures et les examina. Elles n’étaient pas trop profondes, mais nécessiteraient néanmoins des points. Elle arracha le bas de sa robe et en fit un bandage serré autour de sa cuisse et un autre autour de son pied, ce qui arrêta l’hémorragie. Elle partit ensuite récupérer son sac, caché un peu plus loin dans un bosquet d’arbres.

 

Lorsqu’elle revint, Alexia était là, la cherchant des yeux, un peu inquiète à l’idée qu’elle soit partie sans elle. She-wolf s’approcha, ouvrit la porte arrière mais ne put grimper dans le pick-up.

 

- Alexia…

 

Soulagée de voir qu’elle était encore là, Alexia se précipita vers elle.

 

- Il faut que tu m’aides.

 

Elle acquiesça et l’examina afin de comprendre pourquoi elle avait besoin d’aide.

 

- Oh mon Dieu, mais… quand… comment ? Ne me dis pas que tout le temps où je te parlais tu perdais du sang ?!

 

- Ok, je ne te le dis pas, répliqua She-wolf tranquillement.

 

 - Je… je… c’est…

 

Furieuse contre elle-même autant que contre sa compagne, elle ferma la bouche et l’aida à grimper. Puis elle fit le tour du véhicule et s’installa derrière le volant.

 

Elles sortaient tout juste de l’enceinte de l’hôtel lorsque deux voitures de police débarquèrent.

Elles les croisèrent, mais personne ne tenta de les arrêter. She-wolf sortit son téléphone portable de son sac et composa un numéro.

 

- Waco ? C’est Enyo. Il est parti de l’hôtel il y a environ dix minutes.

 

-…

 

- Ok. Alors à plus.

 

Elle raccrocha et rangea son téléphone dans son sac.

 

- Qui c’était ?

 

- Une collègue, elle va s’occuper de la suite pour Sassem.

 

- C'est-à-dire ?

 

She-wolf lui lança un regard irrité car fatiguée mais répondit.

 

- Le suivre.

 

- Pourquoi f…

 

She-wolf la fixait les yeux plissés.

 

- … Non rien. Hum… On va où ? Tu as besoin d’un médecin ?

 

- Non. Continue tout droit.

 

La réponse était sèche. Il était clair que cette association n’allait pas être de tout repos, mais Alexia n’aurait échangé sa place pour rien au monde. Elle lança un regard en coin à sa compagne et sourit. Elle avait le plus beau profil jamais vu… « Concentre-toi Alexia, tu conduis, je te le rappelle ! »

Elle fixa son regard sur la route, raffermit ses mains sur le volant et essaya de se préparer pour sa nouvelle vie.

Fin de la partie une.