INDISCRETIONS

Deuxième saison

Accord parental ignoré

Crédits :

Créé produit, écrit et réalisé par :
Fanatic et Tnovan


Épisode 9 : Sens interdits.

« Allez debout, belle endormie. » Une voix m’arrive, forte, trop pleine d’énergie pour cette heure du jour. « Allons sortir Kam au parc. »

Tu emmènes Kam au parc. Tu n’as pas besoin de moi pour ça. Pourquoi est-ce que tu m’as cassé les pieds pour qu’on achète ce super et énorme lit si je ne peux jamais faire la grasse matinée dedans? En plus, c’est moi qui l’ai emmené au parc hier soir pendant que tu engueulais ces andouilles de monteurs qui avaient perdu les cassettes du reportage.

Harper a rendu Kam complètement fou à force de crier et de marcher de long en large dans l’appartement. Le côté attaque de mon chien de garde est ressorti avec force. J’ai dû le sortir de l’appartement pour qu’il se calme, qu’ils se calment tous les deux. Kam est entraîné à répondre aux ordres de ma voix, pas Harper.

Une respiration canine m’arrive dessus alors que le sujet de mes pensées pose sa truffe près de mon visage. J’espère, vraiment, que c’est Kam et non Harper. Sinon, quelqu’un a vraiment besoin de se brosser les dents.

« Hugum. » Je grogne et recouvre ma tête avec mon oreiller. Est-ce que cette femme comprend le concept de week-end? Deux jours. Deux jours sur les sept où je ne demande qu’à dormir tard. C’est pas trop demander, non? Je ne suis pas déraisonnable là quand même, non?

« Kelsey Stanton, si tu ne vires pas ce joli corps qu’est le tien en dehors de ce lit de suite, je vais le faire pour toi. »

Je sors la tête et lui tire la langue.
« Oh ça c’est très adulte de ta part. » Harper se baisse et gratte Kam derrière les oreilles. « Allez viens, tu as besoin de marcher un peu, et Kam et moi on veut aller au parc pour jouer. »

Je regarde mon copain poilu de l’autre côte du lit. Il est assis sur son arrière-train avec les pattes de devant posées sur le bord du lit, il me regarde alors que sa langue pendouille sur le côté de sa gueule. Pour être tout à fait juste, il envoie son haleine fétide sur moi. Et je l’ai acheté pour me protéger. Traître. « Lui a un manteau de fourrure. Et toi tu es juste folle. En plus, le bébé et moi, on veut dormir. » Je ferme les yeux et me ré enroule sous les couvertures. Et zut, je peux sentir leurs deux regards sur moi. Je tente un coup d’œil pour voir si elle va accepter mon argument. C’est sûr, elle y réfléchit. Cool, ce truc d’être enceinte va vraiment être drôle.

Harper saute de l’autre côté du lit et tire les couvertures au pied du lit. Elle repousse ma chemise de nuit, pose ses lèvres sur mon ventre et chuchote un truc. Puis elle tourne la tête pour poser son oreille à la place de sa bouche et écoute. Au bout d’un moment, elle tourne la tête pour me regarder en souriant. « Nan, je crois que non. Petit Gourou veut aller au parc et jouer lui aussi. Debout. »

J’abandonne. Trois contre un c’est pas juste.

Petit Gourou et moi on va avoir une discussion. On va devoir cohabiter durant les prochains mois. Ceci n’était pas un bon départ.

*****

C’est un matin clair et froid qui sent l’hiver. C’est très joli dehors, bien plus que je ne l’aurais cru, mais bon sang qu’il fait froid. Et qui aurait cru que le soleil se levait si tôt? Je cherche mes lunettes de soleil dans ma poche et les pose sur mon nez. Je bois une petite gorgée de ma tasse de thé très chaud que j’ai emmenée avec moi pour que ma matinée devienne plus tolérable. Je tourne la tête vers Harper qui est assise à côté de moi sur le banc, en train d’échanger ses baskets contre sa toute nouvelle paire de rollers.

« Tu vas te casser le cou. » Mon Dieu, je parle déjà comme une mère.

« Mais non. » Elle souffle vers moi puis retourne vers ses patins pour les serrer.

« Harper, tu n’as jamais fait de rollers avant et là en plus tu vas prendre Kam en laisse. » Oh mon Dieu! Ça doit être hormonal. J’ai l’impression de ne pas pouvoir me retenir.
« Kels, chér, je sais ce que je fais. » Elle met ses chaussures dans un sac çà dos qu’elle me tend. « T’inquiète pas. »

Je suis sensée m’inquiéter. Je vais être mère. J’ai regardé. C’est dans le contrat, Tabloïd. Je ne m’attendais pas à ce que ça arrive aussi tôt.

« D’accord. »  Je mens mais je me lève et baisse la tête vers Kamali. « Fais attention à elle. Ne la blesse pas. »

Kamali frappe sa queue  sur le sol en la remuant et regarde sa compagne de jeu. Je connais ce regard. Je crois que je lui lance le même plusieurs fois chaque jour.

« Oh très drôle. » Elle prend la laisse dans ma main, elle en profite pour effleurer le dos de celle-ci du bout des doigts.

Ce qui fait que je lui lance le même regard que Kamali, mais avec des intentions différentes. Je ne veux pas aller courir avec elle, ça c’est sûr.

Elle sourit, elle connaît exactement mes pensées.  « Plus tard, c’est promis. » Elle gratte Kamali derrière les oreilles. « Allez mon garçon, on y va! »

Et ils partent en faisant la course dans une des allées du parc comme des fous. Le chien court à fond la caisse avec Harper derrière lui sur ses rollers.  Quelqu’un va perdre un œil, j’en suis sûre.

Moi, je mets le sac à dos sur mon épaule et commence à marcher tranquillement derrière eux. J’essaie de régler mon pas pour pouvoir les garder dans mon champ de vision. Bien que ce ne soit pas vraiment nécessaire parce qu’ils sont revenus derrière moi et me foncent dessus comme deux gamins fous. Ce qu’ils sont.

Je les regarde jouer ensemble, un sourire étire ma bouche. C’est vraiment difficile de croire que ces deux-là peuvent blesser quelqu’un s’ils se sentent en danger. Ou pour être plus exacte, s’ils me sentent en danger. J’imagine même pas comment ils seront avec le bébé.

Pour le moment, Kamali est devenu notre aîné. Harper s’est instantanément collée à lui dès notre retour de Columbus. Et depuis la semaine dernière, ils s’admirent mutuellement. Il lui fait plus la fête qu’à moi quand on rentre, il arrête pas de lui lécher le visage. Encore que ça, je m’en passe.

En retour, Harper se régale en le taquinant et en se bagarrant avec lui. L’autre soir, elle s’est servi de lui comme oreiller alors qu’elle était allongée sur le sol pour regarder la télé. Kamali est juste resté là à remuer la queue sur le sol en me regardant avec des yeux qui criaient ‘fais un truc pour ça d’accord? C’est ton humaine.’ Il a réussi à s’échapper quand elle a essayé de le tasser comme un coussin.

Mon portable sonne, me sortant de pensées sur ma petite famille, comme si c’était le moment. « Stanton. » Je réponds en espérant que ce n’est pas le boulot. C’est le week-end les mecs, personne ne pourrait le leur dire?

« Salut ma puce. »

Je lâche presque le téléphone en entendant cette voix. « Bonjour, Père. » Je m’arrête de marcher, ma tête tourne un peu. Je regarde autours de moi et trouve un banc vide où je m’assois aussitôt. Harper paniquerait complètement si je m’évanouissais au beau milieu de Central Park.

« Je suis désolé. Je n’ai pas pu t’appeler plus tôt. Je suis rentré aux Etats-Unis tard la nuit dernière. »

« C’est bon. » Ça a toujours été bon. Tu as ta grosse et importante carrière et tu me laisses me débrouiller toute seule. Peu importe si j’ai deux ou trente-deux ans. C’est toujours pareil pour toi, Père.

« Non, ma puce, c’est pas bon. J’aurais dû être… »

« Je comprends. » Je lui coupe la parole, je ne veux pas entendre ses excuses. Il n’y a rien de pire.

« Kelsey, s’il te plait, laisse-moi une chance. » Il me répond. « J’ai été terriblement inquiet pour toi ma fille. »

Je lève la tête pour voir Harper et Kamali revenir vers moi. Harper a vraiment l’air inquiet.  « Je vais bien. » J’essaie de garder une voix neutre. « J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie récemment. »

Vraiment beaucoup de chance. Plus que tu ne le sauras jamais. Il faudrait plus que de rares appels ou les rencontres au tribunal pour que je te mette au courant de tout ça.

« Je sais. J’aimerais bien en entendre plus là-dessus. Tu es libre pour déjeuner aujourd’hui? »

Merde, putain Kels, ça t’apprendra à penser si fort.
« Attends. Laisse-moi réfléchir. » Je baisse le téléphone alors qu’Harper vient s’asseoir juste à côté de moi.

« Qu’est-ce qui se passe mon cœur? Tu vas bien? Y’a un souci? » Elle demande immédiatement, sa voix trahissant son inquiétude.

Non, je vais pas bien et quelque chose ne va pas. Mais comment dire cela à quelqu’un pour qui la famille est tout. « C’est mon père. » Je secoue mon téléphone.  « Il veut qu’on déjeune ensemble aujourd’hui. »

« Super! » Elle me répond, puis prend conscience de l’expression sur mon visage. « Est-ce que tu en as envie? »

« Je sais pas. » Non, pas du tout. Jamais. Je préfèrerais me glisser des échardes sous les ongles. Mais malheureusement, c’est mon père. « Tu viendrais avec moi? »

« Tu sais bien que oui. »

Je reprends le téléphone et respire profondément. « Ok pour déjeuner. Je viendrai avec quelqu’un. Quelqu’un que tu devrais rencontrer. »

« Ok ma puce, tout ce que tu veux. »

*****

Quand nous revenons à l’appartement, il y a un message sur le répondeur. Je regarde Kels s’affaler dans le canapé, s’allonger et couvrir son visage de son bras. Dès que je retire le collier de Kam, il monte sur le canapé et s’allonge derrière elle. Elle se retourne et se colle à lui. Quel veinard ce cabot.

Le coup de fil de son père l’a vraiment retournée. Je ne sais pas quoi faire pour qu’elle aille bien, j’aimerais qu’elle aille mieux que bien. J’appuie sur le bouton du répondeur. « Kelsey, Harper, ici le docteur Solomon. Désolée, je n’ai pas pu vous appeler hier mais je dois vous parler. Je serai à mon bureau jusqu’en début d’après-midi. Appelez-moi. »

Kels effraie Kam en se rasseyant immédiatement, et j’attrape le téléphone si rapidement que je la laisse presque échapper. Bon sang, on est bien pareilles. J’ai mis le numéro en mémoire cette semaine en anticipant sur une perte passagère de mes capacités mentales comme ça m’arrive ces derniers temps. Je lance ma numérotation et m’installe par terre entre les jambes de Kels, je lui passe le téléphone dès que ça commence à sonner. Je prends sa main et j’attends. Mon Dieu, par pitié, faites que notre bébé soit encore avec nous.

« Docteur Solomon, c’est Kels. »

Je regarde son visage en serrant sa main pendant qu’elle écoute le médecin. Kels me sourit et me fait ‘oui’ de la tête. Merci, mon Dieu!

« Merci Dr. Solomon. Oui elle a l’air très content. Elle est là devant moi avec un grand sourire idiot sur le visage. »

Je n’ai pas un grand sourire idiot sur le visage, j’ai un énorme sourire très idiot sur le visage. Raccroche ce téléphone Kels, on a un truc à fêter. Comme si elle lisait dans mes pensées, elle coupe la communication et jette le téléphone à l’autre bout du canapé.

« C’est officiel, Tabloïde, nous sommes enceintes. »

Whaou!

Elle continue. « On devrait attendre encore un peu pour l’annoncer à tout le monde mais ça devrait être bon pour la famille. » Elle caresse mon visage. « Ce qui veut dire Mama. »

Et merde. « Kels, elle va me tuer. » Je me prends la tête dans les mains. Faut que j’en profite, bientôt elle ne sera plus sur mes épaules.

Elle se moque de moi et gratte la base de mon cou. « Je te promets que je ne vais pas la laisser te faire du mal. Je lui dirai que je t’ai séduite et que je ne t’ai laissée aucune chance. »

Hé! Mais c’est ce qu’il s’est passé. Ouais, ça me sauvera quand même pas à la maison. « Kels, tu comprends pas. Tu es enceinte. Et je ne t’ai pas épousée. Oublie la loi un moment, Mama n’y accorde aucune importance de toute façon. » Je soupire. Je pourrais passer le reste de ma vie sans voir la famille, non? Non! Mais bon Dieu… « Et Mama va s’en moquer de savoir que je ne t’ai pas ’vraiment’ mise enceinte. » Je pose mon menton sur ses genoux en serrant ses mollets contre ma poitrine.

« Quoi tu ne m’as pas vraiment mise enceinte? » Kels me parle tout en passant sa main dans mes cheveux. « Bien sûr que si tu l’as fait. »

« Hein? » Je penche la tête pour voir son visage parce que là, j’ai raté un truc. Je sais aussi que j’ai loupé autre chose.
« C’est toi qui l’a fait, chérie. T’as poussé la seringue. » Elle tapote mon front. « TU m’as mise enceinte. » Puis elle m’embrasse le bout du nez.

Mon Dieu. Je l’ai mise enceinte. Et je savais ce que je faisais en plus. Et je l’ai pas épousée d’abord. Je suis morte.

Mama va me tuer.

*****

J’ai décidé que, le choc de la rencontre allant tuer mon père, je n’allais pas lui dire pour le bébé. On ne devrait le dire qu’aux seules personnes qui vont aimer cet enfant, pas à quelqu’un qui ne le connaîtra même pas. Les Kingsley devraient être les premiers à être au courant. Mama et Papa, et tous les oncles, tantes et cousins de Petit Gourou à La Nouvelle Orléans sont notre vraie famille. Et depuis la mort d’Erik, je n’en ai aucune autre.

Je ne vais pas non plus bien me saper pour le voir. L’endroit sur lequel on s’est mis d’accord est décontracté alors je vais y aller comme ça. J’attrape ma paire de jeans dans le dressing et saute dedans. Cool, ils sont encore à ma taille. Pour combien de temps encore?

Harper sort de la salle de bain, elle rentre sa chemise en jeans dans son pantalon et boutonne celui-ci. Elle est superbe, mais elle l’est tout le temps. Que va-t-elle penser de moi dans quelques semaines?

« Hé, Tabloïde, tu m’aimeras encore quand je serai grosse? » Je fais une démonstration en tirant sur mon chemisier.

« Mon cœur, c’est pas être grosse, c’est être enceinte. » Me répond-elle, assise sur le lit pour enfiler ses chaussures.

« Bonne réponse, Tabloïde. » Je me penche vers elle et l’embrasse. « Tu es très gentille. »

« Ouais. C’est une de mes nombreuses qualités. » Elle pose ses mains sur mes hanches pour m’attirer plus près d’elle. Elle soulève mon chemisier et embrasse mon ventre. «  Hé Petit Gourou, comment ça va là dedans? Tu es bien confortable, au chaud, tu grandis bien hein?  On va aller voir un peu ton grand-père. »

« Hum, Harper? » Je passe ma main dans ses cheveux. Elle lève la tête pour me regarder.  « Je ne vais pas lui dire à propos du bébé. »

« Non? »

Elle a l’air blessé, comme si elle pensait que j’avais honte d’elle ou de notre vie ensemble. « Non mon cœur. Ta famille devrait savoir en premier. Il n’a pas gagné le droit d’être le grand-père de ce bébé. Pas plus que celui d’être mon papa. »

« Kels, ma douce, tu es sûre? »

« Je suis tout à fait sûre. S’il te plait? Je ne veux pas qu’il sache. En tout cas pas maintenant. Je sais que la famille c’est très important pour toi, mais, eh bien, je ne suis même pas sûre qu’il veuille continuer à faire partie de ma vie. Ou même si moi je veux qu’il en fasse partie. »

« Pourquoi ça? »

« D’abord parce qu’il va te rencontrer. Je n’ai pas l’intention de lui cacher quoi que ce soit à propos de nous. Et s’il ne peut pas l’accepter, je me fiche qu’il fasse partie de ma vie. Ce n’est pas comme s’il allait me manquer de toute façon. »

« Ok, je comprends. Tu crois qu’il va flipper? »

« Mon père ne flippe pas. Le pire de ce qui peut arriver, c’est qu’il va se lever très calmement et partir. Il ne ferait jamais un scandale dans un lieu public. »

« Bon, ben ça c’est bien. J’aurais détesté avoir à le boxer en public. »

« Ah, mon héroïne. » J’embrasse le sommet de son crâne. « Merci mon Dieu pour tes miracles. »

« Amen. » Elle m’embrasse à nouveau sur le ventre, me rappelant le plus merveilleux miracle du monde.

*****

Le père de Kelsey n’est pas vraiment comme je l’avais imaginé. J’avais dans la tête un genre de Simon Lagree : mince, élancé, avec une fine moustache dont les extrémités se recourbent. (NDLT : Simon Lagree est un personnage de La case de l’Oncle Tom. C’est un marchand d’esclaves cruel qui achète Tom.) Au lieu de ça, je rencontre un homme carré, grand, charmant, avec un grand sourire.

A la minute où Kels et moi sommes entrées dans le restaurant, il s’est levé pour nous inviter à sa table. Mon Gourou n’a même pas eu le temps de dire bonjour qu’il la serrait maladroitement et longuement dans ses bras. Elle a l’air très mal à l’aise mais fait ce qu’elle peut pour retourner l’attention.

« Père, comment va-tu? » Elle s’éloigne de lui et tend sa main vers moi. Je la prends immédiatement. Relax, ça va aller Gourou. Je ne vais le laisser, lui ou un autre d’ailleurs, te faire du mal.

« J’étais mort d’inquiétude, mon cœur. Vraiment, réellement, mort d’inquiétude. » Il nous fait un signe de la main pour que l’on s’installe à table. « Comment tu te sens? »

Kels m’a fait passer en premier pour que je prenne le siège à côté de son père, sans jamais me lâcher la main.  « J’ai eu des moments difficiles mais je suis passé au travers. »

« Ça c’est ma fille. T’as toujours été une guerrière. »

« Ouais, bien… » Elle me sourit puis se regarde son père. « Je veux te présenter Harper Kingsley. »

Il me sourit et me tend sa main. « Ravi de vous rencontrer. Je crois que l’on s’est parlé au téléphone une fois. »

Je dois me libérer de la main de Kelsey pour prendre celle de son père. Cool, Gourou. On va traverser ça sans aucun problème. Même si ton père n’y arrive pas.  « C’est exact, Monsieur. Pendant que Kels était à l’hôpital. »

« Je suis très heureux de vous rencontrer alors. J’ai apprécié votre aide. »

« J’étais ravie de le faire, Monsieur. » Il faut que je sois polie avec le père de Kelsey, peu importe les circonstances.

« Oh s’il vous plait, Monsieur c’est vraiment trop formel pour moi, je m’appelle Matt. »

Je regarde vers Kels qui tient son verre d’eau en regardant son père avec un regard très étonné. Elle pose son verre sur la table. « Depuis quand? » Le ton de sa voix est glacial.
« Quoi? » Demande-t-il.

« Depuis quand tu t’appelles Matt? »

Il a l’air abasourdi par la question. Il bégaie un peu avant d’arriver à parler normalement. « Les choses changent Kelsey. Les gens changent. »

Elle n’a pas l’air très convaincue. « Ces derniers temps, j’ai rencontré des gens qui me permettent de rester moi-même. »

Son père affiche un sourire triste. « Oui, j’ai bien peur que oui. Ta mère et moi, on s’est comporté avec toi de façon très incohérente. Et très mal aussi, j’en ai peur. »

« Quelle nouvelle. » Kels répond amèrement. Malgré tout elle se reprend et l’expression sur son visage redevient neutre.

Il fait le tour de la table et pose sa grosse main sur le petit poignet de Kels. « Je mérite ta colère, tu as tout à fait raison. Je suis heureux que tu aies la rage au ventre, ma chérie. Je suis navré de ne pas te l’avoir transmis moi-même. Je me suis détourné de ta mère et on s’est battu à mort trop longtemps. Quand je l’ai quittée, je t’ai quittée aussi. C’est une décision que je regretterai toute ma vie. »

« Pourquoi? T’as eu ce que t’as voulu? » Elle se dégage doucement de sa main.

Il baisse les yeux sur sa Rolex et ses boutons de manchette en diamant alors qu’il recule sa main. « Ce que je pensais vouloir. Mais j’aurais dû te vouloir toi. »

Je vois que des larmes menacent de couler des yeux de Kels, mais elle les ravale. Sa main serre la mienne de plus en plus fort.

« Je n’aurais jamais dû te quitter en même temps qu’elle. J’avais tort. Et je ne pourrai jamais m’excuser assez pour ça, bébé. »

Une larme s’échappe et coule sur la joue de Kels.

Pressentant son avantage, Matt continue. « Je sais que je ne peux pas changer le passé. Mais j’aimerais changer le présent. Je n’aime pas ne pas te connaître, ne pas faire partie de ta vie. J’aimerais en faire partie, si tu es d’accord. »

Je caresse doucement la main de Kels pour essayer de la calmer un peu et de lui rappeler que je suis là pour elle. Elle n’a pas besoin de ce stress. Ce n’est pas bon pour elle et certainement très mauvais pour notre bébé.
Elle prend une profonde inspiration en lissant la nappe avec sa main libre.  « Bien, avant que tu ne t’engages dans quelque chose de trop radical pour toi, laisse-moi te donner quelques détails sur ma vie présente. Le premier, le plus important, c’est que Harper est ma partenaire. »

Définitivement, j’adore être le détail plus important.

Je peux dire, à l’expression de son visage, qu’il n’a pas vraiment compris.

« Ma compagne. » Kels lui explique. « Je suis lesbienne, Père. Harper et moi vivons ensemble. »

Il plisse les yeux vers moi, il s’assoit plus profondément dans la banquette. Son dos est très droit. Il n’a pas l’air d’être un homme heureux.

Et merde.

Il retourne les yeux vers Kelsey. « Tu es sûre de ça? »

« Est-ce que je suis sûre que Harper et moi vivons ensemble? » Demande Kels, incrédule.

« Heu, n… non. » Il bégaie. Il me regarde, puis regarde à nouveau sa fille. « Non, je parle d’être une… une lesbienne. Est-ce qu’elle a…? Est-ce qu’elle était…? »

Je pressens l’insinuation. Ce n’est certainement pas moi qui l’ai convertie.

« Je suis tout à fait sûre. Ce n’est pas une passade. Je vais le rester, Père. Je m’en suis aperçue au lycée. Mais tu aurais préféré ne pas le savoir. »

« Tu as raison. J’aurais préféré. » Il prend une profonde inspiration suivi d’une longue gorgée du verre d’eau posé devant lui.

Kels a raison. Il ne fera pas d’esclandre. Il va juste se lever doucement et blesser à nouveau ma chérie. Connard.

« Apparemment, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas. Alors je vais devoir te demander de prendre le temps de tout me raconter. »

Mince. Il veut continuer.

Kels paraît aussi choquée que moi, sa mâchoire n’arrive plus à remonter depuis les derniers mots de son père.
« Je ne peux pas dire que de te savoir lesbienne me réjouisse, Kelsey. » Il me regarde et tente un demi sourire. « Sans offense, Harper. Notre monde est cruel envers les gens qui sont différents. En tant que père, je ne veux pas que mon enfant soit blessée. Pour plein de raisons. Est-ce que cela compte? »

Pour la première fois de ma vie, je peux parler à quelqu’un de parent à parent. Enfin presque parent techniquement, mais c’est pas grave.  « Oui monsieur, ça compte. Et je ne veux pas non plus que quiconque fasse de mal à Kelsey, si ça aide. »

Il acquiesce et fait signe au garçon qui s’approche pour prendre notre commande de revenir plus tard. « Ça aide. » Manifestement, il se concentre sur ce qu’il va dire. Finalement, ça sort. « Est-ce que vous aimez ma fille? »

« Pardon monsieur? » Je suis complètement prise au dépourvu par sa question.

Son regard se durcit. Il se penche en avant, pose ses coudes sur la table. Sa tête arrive presque au milieu de la table. « C’est une question facile, Harper. Est-ce que vous aimez ma fille? Oui ou non? »

Ok, je comprends pourquoi les Bulgares le voulaient pour redresser leur économie. « Oui, monsieur. Je l’aime. Plus que tout. »

Apparemment, il est satisfait de ma réponse.  Il se remet en arrière et pose un regard très paternel sur Kels. « Tu es heureuse? »

Kels se tourne et me regarde pendant un long moment. Je me perds dans ses yeux. Ils ont la couleur de l’été et je ressens leur chaleur jusqu’au plus profond de moi. Elle répond à son père mais ne me quitte pas des yeux. « Je peux dire en toute honnêteté que je n’ai jamais été plus heureuse de toute ma vie. » Je vois la pure vérité dans ses yeux et derrière le sourire qu’elle m’offre.

Magnifique mon ange. Je te promets que le meilleur de notre passé sera le pire de notre futur ensemble.

On se perd l’une dans l’autre un long moment, on imagine notre vie ensemble, avec un enfant. J’espère que notre enfant lui ressemblera. Ainsi, je pourrai tous les jours, offrir tout mon cœur à chacun d’eux.

Finalement Matthew parle, tout à fait conscient de nous interrompre. « Bien, je crois que c’est tout ce qui compte alors. Je ne peux pas dire que j’approuve, Kelsey. Mais je suppose que tu as passé, depuis longtemps, l’âge où l’on a besoin de l’approbation de ses parents. »
« Oui, il y a longtemps. » Confirme-t-elle.

« Je t’ai demandé de faire partie de ta vie. J’en avais l’intention. Je l’ai toujours. » Comme Kelsey ne proteste pas, il continue à parler. « J’ai été un père horrible, mais j’aimerais être ton ami. Si tu penses que tu as, dans ta vie, une place pour moi. »

Matt et moi attendons la réponse de Kelsey. Je pense que ce sera oui mais je ne suis pas sûre. Une histoire de trente-deux ans est longue à oublier. Surtout quand on a eu des derniers mois comme les siens.

« J’aimerais bien. »

« Merci, Kels. Je te promets que tu ne le regretteras pas. »

Vaudrait mieux Matt. Ou t’auras à faire avec moi.

*****

« Tu crois que ces oreilles vont continuer à grandir? » Elle me parle de quelque part dans l’appartement où elle et Kam se courent l’un derrière l’autre comme des gosses. Heureusement, le bébé sera trop petit pour se joindre à eux pendant un an ou même plus.

Je verse un verre de jus de fruit et remets la carafe dans le frigo. « Quoi? »

Harper et Kam me rejoignent dans la cuisine, le chien la pousse contre le mur en se mettant debout sur ses pattes arrières. Il est encore essoufflé de la course qu’ils viennent de faire autour de l’appartement. Elle place ses mains devant son nez. « Pouah! Il faut qu’on t’achète des pastilles de menthe. » Lui reproche-t-elle. « Tu crois que ces énormes, ridicules grandes oreilles vont continuer à grandir? » Elle tient une des oreilles en question du bout des doigts.

Je dois admettre qu’elles sont un peu grandes. « Pourquoi pas. T’as vu la taille des tiennes? » Je la taquine tout en buvant mon jus de fruits. J’attrape un flacon de vitamines et en prends deux cachets dans ma main. « Viens là l’Étalon, j’ai besoin de toi. »

« Oh, j’aime entendre ça. Kam, assis. »

Notre chien revient sur le sol immédiatement. On peut lire dans ses yeux qu’il est très déçu de voir son jouet vivant s’éloigner.

Harper traverse la cuisine et m’assoit sur le comptoir, elle s’installe entre mes jambes. Ses mains vont et viennent sur mes hanches.  « Qu’est-ce que je peux faire pour toi? Hein? »

Ça c’est ma chérie. Toujours prête pour un câlin. Mais ce ne sera pas maintenant. « Tu peux casser ça en deux pour moi? » Je lui tends les vitamines.

Ses sourcils se collent l’un à l’autre. « C’est quoi ces foutus machins? »

« Vitamines pour femmes enceintes. Ne te paraissent-elles pas merveilleuses? »

« Elles sont énormes. » Elle approuve, les casse et me les rend.

« Merci. » Je prends une autre gorgée de mon verre et avale les cachets. Puis, j’entoure mes jambes autour de sa taille. « Tiens, pendant que je te tiens… »

« Oui. » Elle a l’air très très heureux.

Je m’étire et attrape un pot vide sur l’étagère. « Donne-moi un dollar. »

« Hein? »

Je tends ma main. « Un dollar, Tabloïde. Donne-moi un dollar. »

Elle rit doucement et cherche dans ses poches. Elle retire un billet de son portefeuille mais le garde à la main et le fait même passer derrière elle ce qui m’oblige à me pencher en me collant à elle pour l’attraper. Alors que je me penche elle me vole un bisou mais me laisse prendre le billet.

« C’était sournois. » Je la réprimande avec un clin d’œil. Comme si je ne l’avais pas vu venir. Je passe le billet dans le pot par la fente du couvercle.

« Tu me taxes pour un baiser maintenant. Merde. Kels, je vais être en banqueroute avant la fin de la semaine. »

« Ça te prendra autant de temps? » Je la taquine. « Donne-moi un autre dollar. »

On recommence le même processus.

« Tu vois ma puce, c’est un pot à jurons. A chaque fois que l’une de nous deux jure, elle doit mettre un dollar dans le pot. »
Ses yeux s’écarquillent et elle secoue la tête. « Oh, Kels, allez! »

« Non, Tabloïde, le bébé peut entendre tout ce que l’on dit. Tu veux vraiment que le premier mot que notre bébé dira à Mama soit un juron? »

« Oh putain, non! »

Je tends ma main pour un autre dollar.

« Merde! »

Elle râle en retirant deux billets de un pour me les tendre.

« Tu veux me donner directement un billet de vingt et te lâcher un peu? » Je la regarde alors qu’elle range son portefeuille dans sa poche. Oh, je crois que j’ai un problème maintenant.

Je sursaute et crie quand ses doigts chatouillent mes côtés. « Oh, tu te crois drôle, n’est-ce pas? » Elle a un regard diabolique. C’est mon préféré sur elle. Ça veut dire que je ne vais pas tarder à être dans une situation ’délicate’. J’adore les week-ends quand on ne travaille pas. J’essaie de ne pas lâcher le pot alors que je me tortille sur le comptoir. Il faut que je pose ce truc avant qu’il finisse par terre.

« Arrête ça! » Je tape sur ses mains. Je veux qu’elle me touche, mais pas comme ça. Enfin si un peu mais c’est plus drôle de résister.

Elle ignore ma demande et continue à me chatouiller. « Arrêter quoi? » Avec sa main droite elle me pince un côté. « Ça? » Pareil de sa main gauche. « Ou ça? »

« Bon Dieu! Les deux! »

Elle arrête immédiatement, attrape le pot à jurons et le met devant mon nez. « Par ici la monnaie mon cœur. »

Elle m’a eu.

*****

Brian me tend un verre de jus de fruits quand je reviens dans mon bureau au studio. J’ai passé presque toute la journée à enregistrer des commentaires en voix off et des spots de pub pour l’émission. Il a passé presque tout le temps avec moi, s’occupant de mes demandes et prenant soin de mes affaires depuis un petit bureau dans la partie réservée à la production. C’est un sacré bon assistant. J’ai vraiment de la chance de l’avoir. Il me sourit et me lance son meilleur regard qui dit  ‘tiens le coup bébé, c’est bientôt vendredi’. Dommage qu’on ne soit que lundi.

Je jure devant Dieu, que si Bruce n’arrête pas de me mater de cette façon, je vais jeter Kam et Harper sur lui. Pas nécessairement dans cet ordre d’ailleurs. C’est pas de chance pour lui parce que j’ai le sentiment que Kam serait plus doux pour le mettre en lambeau. Sans compter qu’il irait plus vite.

Je m’assois à mon bureau et mon ordinateur me bipe. Ah, je connais ce bip là. Je prends une gorgée de jus de fruits et fais tourner ma chaise pour me trouver en face de l’écran où se trouve ma messagerie.

Kingsley : Hello bébé.

Stanton : Eh ben, ça a l’air d’aller. T’as réussi à étrangler quelqu’un?

Kingsley : Pas encore, mais la journée n’est pas finie. Je garde espoir.

Je ne peux pas me retenir de rire. Je peux l’imaginer assise là se frottant les mains l’une contre l’autre. Elle n’est pas tendre avec son monteur. Il a l’air plus intéressé par les heures qu’il peut grappiller que par la meilleure coupe possible d’un segment de bande. Il n’y a rien qui l’énerve plus qu’une mauvaise conscience professionnelle.

Stanton : LOL! C’est cool d’avoir un garde du corps dans la vie mon amour.

Kingsley : Hé bien tu en as un. Comment se passe ta journée?

Même si elle n’est pas dans la pièce avec moi, je soupire comme si elle pouvait m’entendre. Je devrais lui dire à propos de Bruce? Nan. Elle va le tuer et après ça, Langston sera bien trop énervé.

Stanton : Ça va. Dieu merci, c’est presque fini. Je suis fatiguée et je rêve d’un bon bain chaud.

Kingsley : Hum, oui, ça me paraît bien. Tu as besoin de quelqu’un pour te laver le dos?

Le dos et d’autres choses.

Stanton : Toujours.

Kingsley : Hé, j’ai une super idée pour le nom du bébé si c’est une fille.

Stanton : Mmm, dis moi ça.

Kingsley : Gertrude. On pourrait l’appeler Trudi.

Je regarde le moniteur très étonnée. J’espère vraiment qu’elle n’est pas sérieuse. S’il vous plait, Mon Dieu, faites que sa grand-mère ne s’appelle pas Gertrude ou un truc du même genre. Je ne peux pas faire ça à notre enfant.

Stanton : Harper, quand nous rentrerons à la maison tu mettras un dollar dans le pot pour avoir ne serait-ce que pensé à un tel nom et n’avoir pas eu assez de courage pour me le dire en face.

Kingsley : LOL. Ok ma puce. Comme tu veux.

Whaou, sa grand-mère ne s’appelle pas Gertrude. Je vous dois gros pour ça Seigneur. Très gros.

Stanton : Moi j’ai pensé à un truc mieux : Afrodile.

Kingsley : Je crois que tu ne veux pas entendre ma réponse.

Stanton : Ça veut dire jonquille.

Kingsley : Suis allergique.

Stanton : Ok. Que penses-tu d’Églantine?

Kingsley : A tes souhaits.

Stanton : Tu aimes?

Kingsley : Non. J’ai cru que tu avais éternué.

Stanton : LOL. Ça veut dire rose sauvage.

Kingsley : T’as quoi sous les yeux? Le guide destiné aux parents afin de trouver pour leurs enfants un prénom pourri venant des fleurs?

Stanton : C’est un livre très rare. Il n’est même plus édité.

Kingsley : En ben on est sauvé. Ok que penses-tu de Clarabelle?

Stanton : La vache ou le clown? Tu devrais avoir honte de toi de proposer ce nom là.

Kingsley : Ok, d’accord. Je n’ai jamais eu honte de moi. Encore que il y a eu cette fois dans le bayou, mais c’est une autre histoire.J

Je secoue la tête. Parfois elle est désespérante. Note mentale pour moi-même : lui demander de me raconter l’histoire du bayou quand elle sera dans une position compromettante. Elle met toujours beaucoup plus de bonne volonté dans la négociation dans ces cas là.

Stanton : Tu n’es qu’une sale gosse.

Kingsley : Et t’adores ça. Hé ma puce, est-ce que par hasard tu as téléphoné?

Je respire profondément et prends une carte de visite dans mon agenda. J’étais trop épuisée pendant plein de jours, d’autres, je l’ai regardée fixement sans rien faire ou alors je l’ai juste rangé dans ma poche.

Stanton : Hum, non, pas encore.

Kingsley : Tu vas le faire hein? Je ne te pousse mais je te le rappelle.

Appelons un chat un chat Harper. Tu me pousses. Mais tu as raison de le faire et je t’aime aussi pour ça.

Stanton : Oui, oui je vais le faire maintenant

Kingsley : Ok, bébé. Je te laisse. Je t’aime.

C’est la seule raison pour laquelle j’appelle. Enfin, ça et notre bébé. Je veux qu’il ou elle ait une maman qui ne soit pas tout le temps au bord de la crise de nerf.

Stanton : Je t’aime aussi. A plus tard.

Je tourne la carte dans mes mains un moment avant de prendre le téléphone et de composer le numéro.

« Bureau du Dr Sherwin. » La voix qui répond est agréable.
« Bonjour, j’ai besoin de prendre un rendez-vous avec le médecin. J’ai besoin… » C’est très dur pour moi de l’admettre. « J’ai besoin de parler à quelqu’un à propos d’une épreuve par laquelle je suis passée récemment. » J’ai tout dit d’un coup, sachant très bien que si ça ne sortait pas maintenant, ça ne sortirait jamais.

La voix à l’autre bout du téléphone est pleine de compassion.  « Le Dr Sherwin sera ravie de vous recevoir Madame. Puis-je avoir votre nom? »

« Kelsey Stanton. »

*****

Je frappe sur le montant de la porte et attends qu’il lève la tête. Et il prend grandement son temps pour le faire. C’est un VIP après tout. Tous les autres peuvent attendre. Je me force à être patiente alors que tout ce que je veux faire c’est d’aller lui taper dessus.

Bruce m’accorde enfin son attention. Il hésite un moment mais décide de  m’adresser son sourire de tournage. « Harper, que me vaut le plaisir de ta visite? »

Ok bonhomme, on va parler de ton plaisir. « Ça t’ennuie pas si je m’assois? » Je n’attends pas sa réponse et je me pose sur la chaise en face de lui de l’autre côté de son bureau. Je ne vais pas non plus m’embêter à lui demander si je peux poser mes pieds sur son bureau, je le fais directement.

Il bloque sur mes bottes, choqué. Je l’ignore. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi? »

« Depuis quand est-tu sur Indiscrétions Bruce? » Je lui pose la question de façon tranquille. Je connais bien sûr la réponse mais ce n’est pas le problème.

« Quatre saisons maintenant. J’ai rejoint l’équipe lors de la seconde saison. »

Oui, et il a remplacé un autre jeune étalon dans son genre. « Ça te plaît d’être le grand mâle du bureau, hein? »

« Hein? »

« Tu sais ce que je veux dire, Bruce. Tu es jeune, pas trop moche, avec un peu de charme, riche… » On partage un sourire connaisseur. Il sait ce que je veux dire. On a qui on veut avec tout ça. Et tu fais la loi ici depuis quatre saisons. »
Il sourit et déploie ses mains sur son bureau. « Bien, Larry n’est pas vraiment dans la compétition. Il est trop vieux et il a du bide à force d’aller dans les repas d’affaires des studios. »

Je souris en retour. Je ne considère pas non plus Larry comme étant dans la compétition. « Tu sais je t’ai regardé Bruce, et je me suis vue moi-même. »

« Vraiment? » Son ton est un brin sceptique.

« Enfin, moi, il y a sept mois de ça. » J’hausse les épaules. « J’étais une chienne moi aussi. »

« Pardon? »

Je frotte mon jean. « J’étais une chienne, tout comme tu es un chien. J’allais dehors afin de renifler tout ce que je pouvais me mettre sous la dent tous les jours. Peu importe les platebandes sur lesquelles je marchais. Si tu vois ce que je veux dire. »

Il croise ses bras sur sa poitrine. « Hum, hum. »

« Je te mets en garde de ne pas marcher sur mes platebandes. »

« Je te suis pas là. » Il s’enfonce dans son fauteuil en cuir. Il essaie de la jouer cool. Mais j’y arrive mieux que lui.

« Je crois que si. Si j’apprends que tu as reniflé autour de Kelsey de nouveau, je te neutraliserai moi-même. Couic, couic. » J’accompagne mes mots de mouvements de cisailles.

Bruce ricane Mais c’est un rire jaune. « Est-ce que vous me menacez, Ms Kingsley? »

« Non, Mr Bartlett. Je vous fais une promesse. Alors dorénavant, vous voyez Kelsey comme un gros sens interdit. Ainsi, nous n’aurons plus à avoir d’autres conversations aussi agréables que celle-ci. »

*****


En allant vers mon bureau, je m’arrête dans celui de Kels. Doucement, pour qu’elle ne s’aperçoive pas de ma présence, je m’arrête dans le bureau de Brian. Je sors un billet de cent dollars de mon portefeuille. « Amène ton petit copain dehors pour dîner. »

« Oh oh… le vert a toujours été ma couleur préférée. » Il soupire en glissant le billet dans sa poche.

Je ris doucement et continue mon chemin dans le couloir.

« Je n’ai pas de petit ami en ce moment, l’Étalon. » Il parle derrière moi. « Mais tu feras très bien l’affaire. »

Il faut que je parle à Brian, il faut que je lui explique qu’il doit me voir comme un gros sens interdit.

<A suivre>
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