INDISCRETIONS

Deuxième saison

Accord parental ignoré

Crédits :

Créé produit, écrit et réalisé par :
Fanatic et Tnovan


Épisode 10 : Meilleurs amis.

Je me sens vraiment très bien à ce moment précis, je suis devant la cheminée, allongée sur le ventre en train de lire un livre sur les bébés. Kels somnole en se servant de mon dos nu comme d’un oreiller. Voilà une parfaite façon de passer un jeudi soir, écouter du jazz, faire l’amour à ma compagne, et lire un peu pour savoir comment Petit Gourou grandit là-dedans.

« Kels? »

« Hum? » Elle se tourne, s’enroule dans un drap et remonte à côté de moi. Je sens sa main qui est restée sur mon dos et qui me caresse doucement. Il est encore humide de sueur de notre dernier exercice. Si elle continue comme ça, je pourrais bien transpirer encore un peu.

« Notre bébé a la taille d’une graine. »

« Quel genre de graine? » Elle dessine des formes au hasard sur ma peau. Ça me rappelle quand vous êtes enfant et que votre meilleure amie vous dessine des mots dans le dos avec les doigts et que vous devez deviner quel mot c’est. Les ongles de Kels passant doucement sur ma peau est une sensation extraordinaire. Si j’étais Pépin, je ronronnerais.

« Hein? » J’étais un peu distraite.

Elle ricane, elle me connaît assez bien pour savoir quel est mon problème en ce moment. « Quel type de graine? Kiwi, orange, pomme, citrouille? »

« Ah, hum, attends, laisse-moi voir. » Je fais un effort pour me concentrer sur la page suivante. « Orange. »

« Bonne nouvelle parce que j’ai horreur des pommes. Il y a autre chose que je devrais savoir? » Elle se moque. Elle à l’air ravi de me voir toujours le nez fourré dans un des livres sur la grossesse. Enfin, quand je ne suis pas occupée avec elle.

« Ouais, les nausées matinales ne devraient pas tarder. » Je la taquine un peu en jetant le livre sur le côté. Je me retourne sur le dos et la prends dans mes bras. J’ai assez lu pour l’instant.

« Et bien, on va adorer ça toi et moi. » Kels s’enroule sur moi et pose sa tête sous mon menton.

« Bien sûr ma chérie. Je suis un merveilleux soutien. Dès que quelqu’un vomit, je l’accompagne. On peut peut-être installer la chambre dans les toilettes. »

Kels éclate de rire, son corps entier est secoué. « Marché conclu, Tabloïde. Merci mon cœur. »

Je secoue la tête en fronçant les sourcils. « Je ne disais pas ça pour être gentille. » C’est la vérité. Je ne déteste rien plus que vomir. C’est en partie la raison pour laquelle je n’ai jamais beaucoup bu d’alcool dans le passé. Je déteste le matin après une cuite. Alors que les matins après des nuits agitées ne m’ont jamais gênée.

« Tu as dit que cette grossesse allait être un travail d’équipe. Seulement, il y a certaines choses que je vivrai et toi non. » Elle tapote mon menton.

« Jésus, merci. »

« On va partager beaucoup de choses, on se connaîtra mieux encore. » Dit-elle pour m’encourager.

« Ça va être super. » Je sais que j’ai l’air de douter. J’en ai assez de ce sujet, rien que d’y penser, j’ai déjà la nausée. Je baisse la tête et mordille son oreille. Dieu, elle a si bon goût.

« Oh, Tabloïde. » Elle s’arque-boute contre mon corps. « Tu sais, on devrait peut-être penser à de la vraie nourriture, un truc plus substantiel assez rapidement. Petit Gourou et moi on a faim. »

« C’est trop tôt pour avoir des envies. » Je marmonne contre son cou. C’est très bien d’avoir lu des infos utilisables.

« Je n’ai pas dit qu’on avait envie d’un truc. J’ai dit qu’on avait faim. »

« Ça, c’est couper les cheveux en quatre. » Je l’embrasse dans le creux derrière son oreille, je sens ses cheveux. « De quoi as-tu envie? » En ce qui me concerne, je me contenterais de cette nourriture -à.

« Après toi? Hum, une pizza, je pense. Super garnie. »

Je ris un peu, me recule pour la regarder, je retire les cheveux tombés sur son visage. « Et tu disais que tu n’avais pas d’envies? »

Elle ouvre le drap pour m’inviter à me coller à elle. C’est une invitation que je ne peux, ne veux, ni ne voudrai jamais, refuser. J’ai l’impression d’être une adulte sortie d’un livre du Dr Seuss. (NDLT : Theodor Seuss Geisel, plus connu sous le pseudo de Dr Seuss, est un auteur américain. Il est très connu des enfants américains. Il pensait que les contes pour enfants comportaient des connotations sexuelles constantes mais importantes pour le développement de l’enfant, aussi, il a dépeint des adultes assez libérés dans beaucoup de ses œuvres, destinées aux enfants mais aussi dans celles destinées aux adultes.)

« Ouais, d’accord, c’est vrai. » Kels me répond entre les baisers. « Tu vas me dire non? »

« Est-ce que j’ai l’air d’être folle? »

« Non. Tu as l’air de m’aller parfaitement vu d‘ici,l’Étalon. »

OK, je préfère largement ce surnom quand c’est elle qui s’en sert plutôt que Brian. Je la serre contre moi. Je peux sentir que ces seins ont un peu grossi. Je suis curieuse de voir comment ils vont devenir. Je dépose un baiser sur le sommet de l’un d’eux. « Je pourrais ne manger que toi. »

« Oh ce que c’est mignon. » Elle murmure au creux de mon oreille alors que sa respiration s’accélère.

Certainement. Je grogne et la rapproche encore de moi.

Elle enroule ses jambes autour des miennes pour qu’on soit collées l’une à l’autre. Cette position me rappelle des souvenirs remontant à un tout petit plus tôt dans la soirée. Je lisais quelques chapitres d’un des livres de grossesse et j’ai trouvé des dessins très intéressants. J’ai réussi à convaincre Kels qu’on devait essayer, de cette façon on n’aura pas la pression plus tard.

Bien sûr, on est assez excitées là, et la pression monte.

Kels lèche mon cou. Ça me rappelle un truc page vingt-sept qui avait l’air prometteur. Et maintenant, comment on fait sans que l’une de nous deux ne se luxe un membre? Je ne voudrais pas avoir à expliquer les circonstance d’un tel accident dans une salle d’urgences.

Oh, s’il vous plaît? Ne me dites pas que je viens d’entendre la sonnette de la porte d’entrée. Kels arrête ce qu’elle était en train de faire. Zut, elle a entendu aussi. Ce n’était pas mon imagination.

« Ils vont partir. » Je lui certifie.

Ils l’auraient probablement fait si ce foutu chien ne s’était pas réveillé pour commencer à aboyer. Bon Dieu, Kam, la prochaine fois, ouvre la porte, peu importe qui c’est. Il n’ y a rien de tel pour leur faire comprendre qu’on est à la maison.

« Et, Merde! » Je râle. « Foutu chien! »

Elle se recule de moi, son visage est rouge. « Va ouvrir la porte et mets deux dollars dans le pot. »

Je me lève et mets mon peignoir tout en râlant et en essayant de retrouver ma respiration. A ce rythme, je vais avoir économisé suffisamment d’argent pour payer les études supérieures du bébé bien avant la fin de l’année.

*****

Je me précipite dans notre chambre pour prendre mon peignoir quand j’entends Harper accueillir Robbie et Renée. Alors que je me glisse dans mon vêtement, je réalise que je sens… je sens le sexe. Non. Mon Dieu, j’empeste le sexe. Et Harper aussi bien évidemment. Et elle est en train d’accueillir son frère et sa belle-sœur.

Seigneur, je veux mourir. Le Complot de la Cuisine va me parler de ça sans fin.

Le complot. Notre famille. Je m’arrête, ma main recouvre mon cœur. J’espère que tout va bien. On n’attendait pas Robbie et Renée. Je ne comprend pas qu’ils soient venus sans prévenir.

Je ferme mon peignoir autours de ma taille, je jette un coup d’œil rapide au salon, encore que je ne puisse pas cacher tout ça maintenant, puis je me dirige vers la porte d’entrée.

Harper est en train d’aider Robbie avec les bagages, une valise et deux housses à costumes. Renée les contourne et me regarde. « Oh, Robbie, je pense qu’on a interrompu quelque chose »

Robbie rougit un peu en me regardant. « Ah Dieu, Kels, je suis désolé. On aurait dû téléphoner avant. Mais on voulait vous faire une surprise à toutes les deux, voir votre nouvel appart… »

Je souris d’un air penaud. « On est surprises. » Je m’avance et embrasse Renée. « C’est une idée merveilleuse. Tout va bien? La famille? Où sont les garçons? »

« Les garçons sont en train d’être pourris gâtés par leur Grand-mère et Grand-père. »

Robbie rigole et donne un revers de main dans l’épaule de Harper. « Si on de la chance, elle va les garder comme elle a fait avec ton chat. »

« Robbie! Ça va! » le reprend Renée. Elle repose son attention sur moi. « Doit-on chercher un hôtel? »

« Ça va pas non! Venez, entrez. On va vous installer et aller se laver un  peu. »

Robbie se marre.

Harper lui file un coup de coude dans le bide. « Tu vas danser comme un dinde dans la cendre chaude. » murmure-t-elle.

Je relève la tête, mon embarras est momentanément remplacé par une certaine confusion. « Robbie va danser comme un Indien et un truc en cendre? »

Les trois autres rigolent. « C’est une vieille expression Cajun qui veut dire que Robbie est vraiment dans le caca d’alligators. » Elle pose sa main sur mon bras. « On est vraiment désolés. » Répète Renée.

« Hey! Pourquoi a-t-elle droit aux excuses et pas moi? Aucun de vous ne m’a dit quoi que ce soit. » Harper grogne en caressant le chien. On dirait qu’elle n’a plus que lui pour se plaindre.
« Parce que tu ne fais que râler pardi! » fait remarquer Robbie.

« Donne-moi un dollar. » Harper tend la main vers son frère. (NDLT : il y a ici un jeu de mot qui ne rend pas en français. Râler se dit bitch qui signifie aussi salope.)

« Quoi? Je dois te donner un dollar parce que tu n’as pas pu finir de tirer ton coup? »

Dieu, s’il vous plait, je vous le demande épargnez-moi ça.

Renée met une claque derrière la tête de son mari. « Possédé! Je dois te mettre une calotte! Robert Francis Kingsley! Ta Mama pourrait te couper la tête pour avoir parler ainsi! »

Elle me regarde avec, dans les yeux, une compassion infinie qu’elle a acquis je présume en étant membre du clan Kingsley depuis plusieurs années maintenant. « Peux-tu m’indiquer la direction de la chambre d’amis? Il faut que je parle en privé avec mon mari pendant un moment. »

« Ouais! Et Harper pourra finir son affaire avec Kels. » Rajoute Robbie en riant.

Harper tape avec son doigt sur la poitrine de son frère. « Avec moi, ça dure plus longtemps qu’un petit moment, Robbie. »

« Mon Dieu! C’est comme s’ils avaient encore trois ans! »

« A l’étage, la porte en face de l’escalier. » Je marmonne.

« Viens Robbie, avant que nous ne soyons plus les bienvenus ici. »

*****

Si je continue à bouger sans penser à tout ça, peut-être que je ne vais pas mourir d’embarras. Ce n’est pas comme si notre famille ignorait que nous sommes des adultes consentantes mais… Je ne m’étais pas attendue à les avoir devant la porte pendant que nous étions… consentantes. Je suis presque tentée de dormir dans une autre chambre cette nuit. Mais c’est pas comme si Harper allait me laisser faire.

Je commence à ranger le salon. Je ne veux pas que la famille  puisse voir que j’ai été consentante ici, et là, ou encore là et plus récemment là-bas. Sans prêter attention à la baisse de la température extérieure, j’ouvre les portes-fenêtres qui donnent sur la terrasse. Ensuite, j’ouvre une fenêtre du patio. Il faut vraiment aérer ici.

Harper reste dans la pièce et se moque de moi « Ça va, c’est bon, c’est juste Robbie et Renée. »

« Juste Robbie et Renée? Juste ton frère préféré et sa femme. Juste les parents de mon petit chéri… »

Elle me coupe la parole. « Tu as un chéri? »

« Christian, tu te souviens? »

« Ben, tu sais ma chérie, Christian est une assez bonne preuve que Robbie et Renée ont fait par le passé exactement la même chose que nous ce soir. T’inquiètes pas de ça. » Elle vient et me prend dans ses bras. « C’est pas toi qui me disais d’arrêter de flipper à propos de mes parents et de leurs siestes? »

« C’est pas pareil. » Je marmonne contre son peignoir.

« Comment ça? »

« C’est de moi dont on parle. »

*****

Je fais mousser le shampooing sur mes cheveux, j’ai toujours suivi la règle : faire mousser, rincer, recommencer, quand je sens un courant d’air froid sur mon corps nu. Debout, dans l’encadrement de la porte, Harper est là, toute aussi nue que moi. Son regard se pose sur moi, sur mon corps qui lui appartient. Je peux la sentir sur moi aussi sûrement que si elle me touchait réellement.

« Besoin d’aide? » Elle n’attend pas la réponse. Elle rentre avec moi dans la cabine de douche, ses mains vont directement dans mes cheveux récemment coupés et elle masse mon cuir chevelu.

« Harper! Je t’ai déjà dit que… Oh Dieu, tu es très douée. » Je n’ai vraiment plus aucune volonté dès que ça concerne Harper. Sans compter que c’est encore meilleur quand on a été interrompue plutôt brusquement.
Maintenant, ses mains, couvertes de mousse, passent sur mon cou et mes épaules, se perdant sur ma peau surchauffée. Harper m’embrasse et me rapproche d’elle.

Il me faut un moment pour reprendre mes esprits. Je tire doucement sur l’anneau dans son nombril, je sais que ça va attirer son attention. « Non, Harper. On doit juste se doucher maintenant. »

« Pourquoi faire? » Elle demande tout en collant sa bouche sur la peau de mon cou.

Pourquoi? C’est une très bonne question. « Harper, »Je proteste. « Si tu veux pas que Robbie et Renée sachent vraiment ce qu‘on était en train de faire, tu ferais mieux d‘arrêter tout ça, maintenant! »

Je sens son rire contre moi. En me retournant, je vois ses yeux plein de joie. « C’est pas comme si c’était encore un secret maintenant, Kels. »

« Ça n’en était pas un avant non plus. »

« Oh vraiment?  Est-ce qu’on a été un sujet de discussion pour le Complot de la Cuisine? »

Et merde! Comme si son ego avait besoin de savoir qu’on parlait de ce sujet là en particulier. Je prends du gel douche et commence à laver toutes les parties de corps que je peux atteindre. Manque de chance, j’ai trouvé les seins de Harper. La laver à cet endroit précis fait fuir toute ma bonne volonté.

« Alors qu’est-ce que tu leur a raconté, bébé? Tu peux me le dire. »

Je mets ma tête sous le jet d’eau. Peut-être que toute cette eau va étouffer ses mots, et ma libido.

Non, y’a aucune chance.

*****

Une heure plus tard, nous sommes tous assis dans le salon. Je fais visiter l’appartement entier à Robbie et Renée pendant que Kels commande de quoi manger. Je ne crois pas l’avoir déjà vu rougir autant. Même quand sa mère nous a interrompues et qu’elle m’a demandé de me promener en tenue d’Ève, elle n’avait pas bougé d’un iota. Ou quand Erik nous avait surpris sur le canapé.

Oh, j’ai compris, c’était toujours moi qui étais interrompue avant. Cette fois, c’était elle. Mon pauvre, sensible et frustré Gourou.

« Alors, qu’est-ce qui vous amène ici? »

« Ce n’est pas que nous ne soyons pas ravies de vous voir. » Rajoute Kels immédiatement.

Je prends sa main et la pose sur mon genou. « Ouais. » Je dis cela sans aucune sincérité.

« On a pensé que ça serait sympa de nous faire un grand week-end et maintenant qu’on a un pied-à-terre à New York… » Robbie plaisante en retour et serre Renée contre lui. « On s’est dit que chez vous ça allait être un endroit super romantique. »

« Tu as toujours été un grand couillon. » Oh, Mama aurait ma peau si elle savait que j’ai traité mon frère d’andouille, même si c’est pour rire.

Kels lève la tête et me regarde. « Arrête de te moquer Tabloïde, et tu dois mettre un autre dollar dans le pot. On est ravies que vous soyez là. Vous deux êtes toujours les bienvenus dans notre maison. »

« Encore que, vous allez pas pouvoir avoir cette chambre bien longtemps. » Je rajoute avec un ton suffisant. Allez, Kels, bon sang j’espère que ça te fait rien si je lâche le morceau. Je ne peux plus me retenir.

« Vraiment? Pourquoi? Kels te met déjà à la porte de la chambre? »

« Non. » Je lui balance une cacahuète tout près de la tête. « Ça va être la chambre du bébé. »

Robbie hausse les épaules, il répond vaguement. « Et bien, dans quelques années, on devra aller dormir dans une autre chambre. »

« Non, dans quelques mois. » J’amène la main de Kels sur mes lèvres et l’embrasse. Si je considère le regard plein d’affection qu’elle pose sur moi, je dirais qu’elle n’est pas fâché après moi pour avoir lâché le morceau.

Renée comprend immédiatement ce que je dis. Elle crie de joie en sautant sur ses pieds et applaudit. Juste après ça, Kels est arrachée de mes mains et serrée très fort dans les bras de ma belle-sœur.  « Félicitations! »

Robbie a besoin de quelques secondes de plus. Il me sourit. « Eh c’est bon pour toi Harper Lee! On dirait que j’ai été très efficace dis donc. »

Je peux pas croire ce mec. Tu parles d’un ego. « Comme si on savait que c’était toi. »

« C’est Harper. » Kels rajoute par-dessus l’épaule de Renée.

« Ben, en tout cas, on peut pas lui mettre sur le dos pour Renée. On peut pas hein? »

« Robbie! » Nos deux compagnes le rappellent à l’ordre en même temps.

« Renée? » Kels se recule des bras de ma belle-sœur et regarde son ventre. « Tu es enceinte? »

« Oui. Et c’est de ta faute. La danse salace à Mardi Gras a été un puissant aphrodisiaque. »

*****

Je remue un peu la tête pour détendre mon cou, puis je tourne les épaules pour relâcher la tension. Alors que voir Robbie et Renée débarquer la nuit dernière était une bonne surprise, ça n’a rien changé pour mon boulot  maintenant.

En plus, j’avais oublié que je faisais la promo d’Indiscrétions dans la matinale aujourd’hui. Ce qui veut dire qu’il fallait que je sois là à cinq heures du mat’, ce qui signifie que je me suis levée à quatre heures. Je me suis sentie comme si j’avais de nouveau huit ans quand je suis allée me coucher à dix heures hier soir en laissant les grandes personnes à discuter autour de la table de la cuisine. C’était dur de m’endormir sans mon oreiller préféré. Kam ne peut définitivement pas la remplacer.

Le seul bon côté de tout ça, c’est que j’aurai avancé tout mon boulot et que je vais pouvoir partir tôt ce soir. Par contre, Harper va être occupée sur la pré et la post-production et on sera chanceux si on la voit avant huit heures ce soir. C’est une bonne chose que je m’entende aussi bien avec sa famille.

Le côté négatif, en plus du fait que Harper va rentrer tard, c’est que notre chien va déprimer car son jouet préféré ne sera pas là ce soir pour l’emmener au parc. Je vais devoir demander à Robbie de jouer les substituts pour ce soir. J’espère qu’il court vite.

Mon téléphone sonne, me sortant de mes pensées. A mesure que je décroche le téléphone, je pose mon regard sur la photo de Harper et moi. Oh oui, je devrais emmener Robbie et Renée dîner ce soir pour les remercier pour ça.

« Stanton. »

« Hé, boss! » La voix affectueuse de Brian est toujours agréable à entendre après une longue matinée de travail. Il n’y en a qu’une que j’aime plus. « La sécurité a deux personnes à l ‘entrée principale qui demandent après toi ou l’Étalon. Ils disent être son frère et sa belle-sœur. »

« Ah merde. J’ai oublié de prévenir la Sécurité qu’on allait avoir des invités aujourd’hui Zut. Écoute, j’ai encore deux ou trois trucs à faire. Tu peux y aller et les faire entrer? »

« Bien sûr. Comment vais-je les reconnaître? Y’a toujours un million de gens dans ce truc. »

« Eh bien, si le Gardien ne les a pas fait attendre assis à part, cherche le gars qui ressemble exactement à Harper. »

« OhmonDieu! S’il te plait, dis-moi que c’est une blague. Mon petit cœur pourrait ne pas supporter un tel choc! »

« Non. Je te le jure. Ils pourraient être jumeaux. » J’attends sa réponse. Elle ne vient pas. « Brian? Brian? » Ma com est coupée et je vais à la porte de mon bureau pour voir mon assistant personnel se ruer dans l’ascenseur. Je remue la tête, sachant pertinemment que le temps qu’il arrive au Bureau de la Sécurité, il sera redevenu total pro. Il faut juste qu’il avale la bouffée de libido qu’il vient de prendre en plein cœur.

Comme je connais ce sentiment. Tous les Kingsley réveillent les instincts les plus basiques. Il est absolument évident que Harper réveille les miens.

Je retourne dans mon bureau, sors mon porte-monnaie de mon sac et mets plusieurs billets de un dans le pot à jurons du boulot. J’ai mal parlé. C’est déjà arrivé. L’autre jour, après qu’elle soit sortie pour une réunion concernant la production, je suis allée dans son bureau et j’ai trouvé un billet de cinquante dollars dans son pot. Elle m’a dit que les producteurs étaient tous d’une humeur massacrante et qu’elle avait senti la nécessité de payer pour tout le monde. Elle était certaine que le bébé avait entendu tout un tas de trucs qu’il n’aurait pas dû pendant que j’étais dans le bâtiment.

J’ai presque terminé quand Brian accompagne Robbie et Renée à la porte de mon bureau. Alors qu’il les fait entrer, il me lance un regard sauvage par-dessus l’épaule de Robbie en faisant semblant de lui mordre la nuque. Je ne peux que lui faire un signe de tête pour qu’ils rentrent et que Brian sorte en même temps. Il faut que je sorte Robbie de là avant que mon cher assistant ne lui saute dessus.

« Salut vous. Donnez-moi deux secondes et je suis toute à vous pour vous faire faire le tour du propriétaire. Asseyez-vous un instant. Harper est à fond alors vous êtes coincés avec moi aujourd’hui. »

Je me rends compte que ‘à fond’ pourrait être mal interprété par ces deux-là et je ne le veux pas. Je jette un coup d’œil vers eux. Ils ne relèvent pas ou n’ont rien entendu. Dieu merci.

« Kels, je suis impressionné. » Robbie se jette sur le canapé, exactement comme aurait fait Harper si elle avait été là. Je jure que les Kingsley sont interchangeables. Renée tape son pied dans la table basse et s’assoit à côté de lui.

« Merci Robbie. » Je ferme plusieurs items sur le bureau de mon PC et m’apprête à partir.

« Tu sais, ça me fait réaliser qu’on a une célébrité dans la famille. »

« T’es vache.. » Je roule des yeux. Si j’en suis une, c’est pour une raison que je ne veux pas entendre maintenant.

« Non sérieux, j’ai vu ta photo en bas et encore une quand on est arrivé ici. Ils ne font ça que pour les célébrités. Je sais au moins ça du showbiz. »

« Robbie, tu avais déjà une célébrité dans la famille. Harper est une excellente productrice. Avec le Prix Peabody dans sa poche en plus, sa côte a crevé le plafond ici. Langston ne l’admettra jamais, mais il sait bien qu’elle est une vraie mine d’or. CBS va tout faire pour pouvoir la garder. »

« Ouais, mais c’est pas sa tête à elle que le public voit toutes les semaines. »

« C’est vrai. Mais les têtes , y’en a treize à la douzaine. Ils pourraient remplacer la mienne par une autre, une autre blonde qui leur coûterait moins cher en plus. Sans compter que, j’ai presque trente-trois ans, mes jours à l’écran sont comptés, je le sais bien. »

« Tu crois vraiment? » Demande Renée, le ton de sa voix prouvant qu’elle est véritablement intéressée par le sujet.

« Oui bien sûr. Peu de femmes atteignent le niveau de Barbara Walters dans ce boulot. (NDLT : Barbara Walters est une journaliste américaine née en 1929, qui a débuté sa carrière en 1949 et est encore en activité. Elle a travaillé pour CBS et NBC. Elle travaille actuellement pour ABC, pour qui elle a récemment interviewé Barack Obama.) J’y suis depuis déjà dix ans. C’est long. Il est évident que les prix que j’ai reçus ont bien aidé mais, ils ne tiennent pas autant à moi qu’à Harper. Le producteur fait le Talent, mais le Talent ne fait pas le producteur. Ils auraient beaucoup de mal à remplacer Harper et ils le savent. Donne-lui quelques années d’expérience de plus, un autre prix ou deux, et elle sera capable de faire ce qu’elle veut pendant les trente-cinq prochaines année » J’enfile ma veste et attrape mon sac. « Prêts? »

« Tout à fait. » Renée se lève et Robbie lui tend la main pour qu’elle l’aide à sortir du canapé. « Bouge tes fesses toi-même mon gars. »

« Ouais. » Je vais vers Renée, passe mon bras autours de ses épaules et nous dirige vers la porte. « Il y a des femmes enceintes ici. » Je souris à Renée alors que Robbie râle et se lève pour nous suivre. « Il faut que je demande à Harper de lui donner des cours pour mieux te traiter. »

« Est-ce qu’elle te gâte? » Sa voix est envieuse.

« Elle me pourrit complètement. »

J’essaie de faire faire une pause dans la réunion pour que Harper puisse au moins venir dire bonjour, mais elle est avec Langston.  Y’a rien à faire. Je suppose qu’on ferait mieux de partir après avoir laissé un mot dans son bureau. Je lui mets que je suis avec Robbie et Renée et qu’on passera la prendre plus tard. On a tous des téléphones portables, ce sera facile de nous retrouver quand elle aura fini.

Après leur avoir fait visiter les bureaux de la chaîne j’appelle Brian rapidement pour lui dire que j’ai terminé pour aujourd’hui. Je déteste quand l’une doit partir avant l’autre, mais au moins ce soir, je suis en bonne compagnie. Je peux envisager une bonne soirée ce qui n’inclut pas, rentrer à la maison, brosser les dents du chien et m’assurer qu’il a une haleine à la menthe. Correction. Je peux envisager une bonne soirée ce qui n’inclut pas QUE rentrer à la maison et m’occuper d’une haleine pourrie. Parce que si on laisse traîner ne serait-ce qu’un seul jour, l’haleine de Kam va atteindre un niveau toxique.

*****

Robbie et moi descendons de bonne heure samedi matin pour aller faire quelques paniers dans Central Park. Ça été notre passe temps favori quand Robbie était au lycée et à la fac de droit. Certains jours, on ne disait rien d’autre que le score. Et d’autre fois, on débattait de tous les sujets du monde.

C’est sur un terrain de basket que j’ai dit à Robbie que j’étais gay. C’est sur un autre que Robbie m’a demandé un coup de main pour faire sa demande en mariage à Renée. On a fait une partie après la naissance de Christian. Et on a aussi beaucoup vomi dans les fourrés parce qu’on avait carrément trop mangé au IHOP avant. (NDLT : IHOP = the International House Of Pancakes. Chaîne de restaurants spécialisés dans les petits-déjeuners et les desserts.)

On a épuisé tout un tas de ballons et une douzaine de paires de baskets à jouer ainsi. Alors, c’est tout simplement naturel qu’on soit là tous les deux maintenant, alors que Renée et Kels sont enceintes.

Robbie me fait une passe facile. J’attrape le ballon et lui relance en me plaçant pour empêcher sa progression.

« Alors, tu vas avoir un enfant, hein? » Il grogne en sautant pour shooter.

Je le retiens au sol. « On dirait bien. » Je sors de la raquette. (NDLT : raquette ou bouteille = zone en dessous du panier.)

Robbie me lance le ballon. « Tu penses vraiment que c’est juste pour Kels? »

J’arrête mon drible. « Quoi? Qu’est-ce que tu veux dire par là? Pour l’amour de Dieu, c’était son idée. »

Il hausse les épaules. « Y’a pas d’offense Harper. Mais, tu te sens prête à devenir parent? Tu vois, t’as été voir à droite à gauche pendant longtemps, est-ce que tu es prête à arrêter tout ça? »

Je peux pas croire ces conneries. « J’ai déjà arrêté tout ça. Depuis Thanksgiving. J’ai même pas juste dit bonjour à une autre femme depuis que je suis avec Kels. Non de Dieu, Robbie, je peux pas croire que tu me soupçonnes de ça! »

« Je ne te soupçonne pas Harper, c’est juste que… » Il a l’air franchement embarrassé. « Pour ce que ça me concerne, je crois que Kels n’a personne pour veiller sur elle. »

Je croise mes bras sur ma poitrine. « Je veille sur elle. » Je suis en train de me mettre vraiment en colère. Je pensais qu’on aurait plutôt fêté l’évènement.

« En dehors de toi. Je veux dire comme un père ou un grand frère. »

« Son père et elle ne sont pas très proches. Et elle est fille unique. »

Robbie s’appuie sur le poteau du panier de basket. « OK, alors laisse-moi être son grand frère pour une minute tu veux? »

« D’accord. » Je suppose que ce n’est pas le bon moment de faire remarquer que Kels est plus vieille que nous deux.

« Quelles sont tes intensions à son sujet ? En dehors de coucher avec elle et d’avoir un enfant avec elle. »

Je jette le ballon à Robbie. « Alors c’est de ça dont on parle? Tu veux que je me marie? C’est ça? Tu veux te venger pour le toast que je vous ai portés à tous les deux? » Je me sens mieux maintenant. Ça, je peux le faire. J’avais déjà commencé à faire mes plans là-dessus.

« Je suis sérieux, Harper. Tu vas l’épouser? Lui faire les promesses devant Dieu et ta famille? » Il commence à s’énerver contre moi maintenant. « Je crois qu’elle le mérite, Harper, elle le mérite vraiment. »

Je serre Robbie dans mes bras. Je l’embrasse sur la joue, il a besoin de se raser. « Je t’aime Robbie. » Je me recule et souris. « Mais, la vache, t’as vraiment failli me mettre en colère. J’espérais pouvoir enlever Renée un moment cet après-midi pour savoir ce qu’elle pense de la bague que j’ai choisie pour Kels. »

Je regarde la colère s’effacer de son visage. « C’est vrai? Pourquoi pas moi? »

« Parce que Renée a failli avoir la bague que t’avais trouvé dans une boîte de céréales. »

Il renifle. « Ça nous aurait fait économiser de l’argent pour la maison. Alors, quand est-ce que tu vas lui demander? »

« A Pâques, devant toute la famille. » Je dribble un peu avec le ballon. Il faut que je lui demande. « Est-ce que toi et les autres frangins allez me faire chanter cette chanson? »

Robbie a un sourire diabolique. « Oh oui, c’est parfait, tu connais les règles. »

« Ouais, enfin c’était toujours vachement plus drôle quand c’était l’un de vous mon gars. »

« Ouaip. C’est la vie. »

Je suppose que c’est ce qu’on appelle une roue qui tourne. « Tu penses que Mama sera contente? »

Robbie penche sa tête vers moi. « Oh oui. Je crois que Mama aime Kels autant que Renée qui a du sang Cajun rappelle-toi. Elle va exploser. Elle a finalement rempli sa cuisine. »

« Hé. » Ça ma rappelle que je voulais lui demander. « Est-ce que Renée t’a déjà dit de quoi elles parlaient? »

Il secoue la tête. « Ça non. Elle se contente de me torturer à ce sujet. »

« Tu penses qu’elles programment notre avenir là-dedans? »

« Bien sûr, tu le sais. Mais vous, les lesbiennes, vous prenez toute la place. »

Je regarde mon frère, je ne suis pas sûre de bien comprendre. J’ai pas l’habitude de l’entendre parler de mes préférences sexuelles. « Comment ça? »

« Eh ben, quand tu vas faire ta demande, Mama sera en extase et va penser que rien de mieux ne pouvait arriver. »

« C’est parce qu’elle est dans ce fichu comité. Et puis, elle était pareille pour toi et Renée. »

Il me regarde, tout à fait sceptique. « En tout cas, si Renée avait été en cloque au moment de ma demande, je pense que Papa m’aurait couru derrière à coup de pieds dans le train et… »

Je donne à Robbie un léger coup dans la poitrine. « Ah ça oui! Et Kels n’est pas ’en cloque’ espèce de nase, parle correctement. Sans compter que vous avez tous un truc à voir là-dedans. »

« Ne le dis pas à Mama! » Il proteste en levant les mains. « Je veux qu’elle soit en colère après toi, pas après moi. »

Je redeviens sérieuse. « Bien, il va falloir qu’on s’arrange pour annoncer tout ça sans que l’un de nous soit ennuyé. » Avant qu’on se remette à jouer, il y a quelque chose que je dois dire à Robbie. « Tu sais, j’espère vraiment que le bébé est de toi, Kels adore Christian et tu sais ce que je ressens pour Clark. Et puis, tu as toujours été mon meilleur ami, aussi loin que je me souvienne. J’espère juste que notre enfant te ressemblera beaucoup »

Il sourit. « Je t’aime aussi, Harper. Mais cet enfant est tout à vous. »

*****

« Oh alors ça, c’est trop cool! » Robbie s’écrie alors qu’on entre dans la loge privée du Yankee Stadium. Il ressemble tout à fait à Christian quand il rit.

Je me moque de lui, j’enlève ma veste de supporter et la jette sur un des nombreux canapés de la pièce. « Contente que ça te plaise. J’ai un abonnement pour des place dans les gradins juste derrière la base, mais je n’ai le droit de les utiliser que quand je peux amener Harper avec moi. Sans ça, j’essaie de me mettre ici. »

Il quitte des yeux la fenêtre qui surplombe les gradins. « Pourquoi? »

Je hausse les épaules. « Harper préfère ainsi et moi aussi d’ailleurs, vraiment. Être enlevée change vraiment ta vision de la sécurité tu sais? »

« Ouais je sais, enfin Dieu merci non mais, j’imagine. Je suis désolé que ça te soit arrivé, écoute, » Il vient vers moi et prend doucement mes mains. « tu sais que toute notre famille est là pour toi si tu as besoin de nous. »

J’acquiesce d’un signe de tête en regardant dans une paire d’yeux qui sont comme le miroir de ceux de ma partenaire.  Je me retrouve à serrer Robbie dans mes bras un long moment. « Vous n’avez pas idée de ce que vous avez déjà fait pour moi. »

« Eh ben, tu nous a débarrassé de Harper, on te doit beaucoup pour ça. » il plaisante en se détachant de cette étreinte.

Je le tape sur le bras. « Tu es mauvais, vraiment mesquin avec ta sœur. »

« C’est elle qui a commencé. »

Ouais, ils ont trois ans d’âge mental. Et ça ne changera probablement jamais.

Je rigole alors que la porte s ‘ouvre et que le personnel entre. Des serveurs en livrée arrivent et installent un buffet et un petit bar dans le coin de la pièce. Robbie les regarde comme s’ils venaient de lui apporter le monde entier sur un plat en argent.

Je suis ravie de sortir avec Robbie aujourd’hui. Renée m’a demandée d’emprunter Harper pour qu’elle puisse lui montrer un bijou qu’elle veut acheter pour l’anniversaire de Robbie. Bien que j’aurais dû savoir qu’elle accepterait sans réfléchir, j’ai été étonnée de sa rapidité pour le faire. Harper aime son frère, et elle ferait n’importe quoi pour lui. Même le sacrifice suprême : faire du shopping. Je crois que la prochaine fois que je vais vouloir l’emmener faire des courses, je dirai que c’est pour Robbie.

En tout cas, le timing était parfait. A peine cinq minutes après que Harper et Renée soient parties, les gars du magasin sont arrivés. Il fallait qu’ils installent le nouveau barbecue de Harper sur la terrasse et il leur restait à livrer quelques trucs que j’avais commandés. Je voulais que ça soit une surprise mais je m’étais presque résignée à ce que ça n’en soit plus une. Et finalement, ça va en être une. En plus, je vais pouvoir assister à un match de base-ball. L’un dans l’autre, si on y pense bien, c’est une bonne journée.

Et puis elle arrive : Gixane, la photographe de la chaîne et la femme qui fait toutes les pub pour Indiscrétions. Elle est l’un des artistes les plus talentueux avec qui j’ai travaillé, mais elle est aussi connue pour avoir des mœurs très légères. Pas légères dans le sens vulgaire du terme mais dans le sens artistique. Je suis habituée à elle et je l’aime bien, vraiment, mais là, j’ai peur pour Robbie. Il n’a pas du tout de sens artistique en lui, Dieu le bénisse.

« Écoute, Langston a mouillé son pantalon de joie quand il a appris que t’étais fan des Yankees, alors on doit faire quelques photos de toi au match. » Elle m’informe pendant qu’elle prépare son équipement.

Alors il a choisi ce match, alors que j’y assiste avec le frère de Harper et pas Harper elle-même. Putain, il y a des choses qui ne changeront jamais, clauses morales ou pas. Je remue la tête. Je sais que ça ne sert à rien de discuter.  « Bien, mais tu devras avoir l’accord de Mr. Kingsley avant de faire des photos de lui. »

« J’ai le contrat standard. » Elle en sort un de son sac et le tend à Robbie avec un stylo.

Je le regarde et le trouve en train de la mater comme Gros minet devant Titi. Oh zut, c’est vrai, il est avocat. Il a des contrats standards pour déjeuner tous les jours. Ça va être drôle à voir. Je parie que Robbie peut empêcher Gixane de prendre la moindre photo de lui en trouvant assez de lacunes dans son contrat ’standard’. Ce n’est pas un revanche contre Langston pour avoir choisi de faire faire des photos spécialement aujourd’hui mais c’est un bon début.

*****

Je suis très impressionnée de combien ça a été facile de partir de l’appartement ce matin. Renée sait comment tourner une histoire, ça c’est sûr. Il faudra que je m’en souvienne à l’avenir.

Renée veut aller chez Tyffany et Compagnie à pied mais je ne vais pas la laisser faire. C’est à presque deux kilomètres et elle est dans une condition physique délicate. Je me sens aussi protectrice avec elle que je le suis avec Kels. On prend un taxi pour aller directement au magasin.

Faire les courses chez Tyffany est une expérience. Ça coûte les yeux de la tête, les deux yeux, et plus si affinité. Les consultants de vente - y a-t-il une seule personne aux États-Unis de nos jours qui ne soit pas consultant en quelque chose?- présentent tous bien et sont bien habillés. Et ils ont toujours un truc à dire quoi qu’on achète.

« J’espère que tu vas l’aimer. » Je dis en emmenant Renée vers la bague que j’ai choisie. Je la trouve absolument fantastique, mais avant de dépenser une petite fortune, je veux demander un deuxième avis. Et pas celui d’un consultant qui veut sa commission.

On est accueillies par Janet, le vendeuse avec qui j’ai traité pour choisir la bague.  « Ms. Kingsley, ravie de vous revoir. »

« Bonjour, Janet. »

« Et voici l’heureuse élue? »

Renée rougit et remue la tête. « Non, je suis la belle-sœur. »

« Dommage, c’est vraiment une jolie bague. » Elle retourne derrière le comptoir et sort un plateau duquel elle retire l’anneau que j’avais choisi. Elle le manipule avec attention et le dépose sur le carré de velours devant nous sur lequel est posé une petite loupe.

Renée s’étouffe. « Oh, Harper! » Elle tend la main et prend la bague pour la regarder de plus près. C’est un anneau de platine serti de neuf diamants dont celui du milieu pèse deux carats.

« La pierre du centre est d’une clarté exceptionnelle. » Janet explique. « En dehors d’un diamant parfait, c’est le mieux que vous pouvez trouver. Seul un expert peut voir les imperfections de cette pierre, et seulement en regardant par-dessous. »

« Joli. »

« La catégorie de couleur est E, c’est-à-dire, sans couleur.  C’est particulièrement important quand on a un anneau en platine. Seul l’or jaune autorise une moins grande pureté de pierre. »

Renée acquiesce et regarde les huit autres pierres. « Et pour ceux-là? »

« Les quatre diamants les plus près du centre sont taillés façon princesse. Ils pèsent un demi carat, sont d’une très bonne clarté et leur catégorie de couleur est F. Les quatre diamants de l’extérieur ont les mêmes caractéristiques si ce n’est qu’ils sont taillés en ovale. »

Renée me regarde avec un peu d’appréhension. « Est-ce que je me risque à demander combien elle coûte ? »

Je fais signe à Janet de continuer et de le dire. Je peux pas le cacher. Amex va m’adorer. (NDLT : le terme abrégé pour American Express.) Dieu merci, j’ai des points de fidélité pour mes billets d’avion à chaque achat.

« Avec les taxes, cinquante-cinq milles sept cent cinquante dollars. On offre la gravure. »

Renée relâche sa respiration en remuant la tête. « J’espère bien. »

« Alors qu’est-ce que tu en penses? Est-ce qu’elle va l’aimer? Est-ce que c’est la bonne bague pour Kels? »

« Harper, c’est parfait. Et si Kels ne l’aime pas, je le prendrai. »

Je lui jette un regard vicieux. « Seulement si je te prends avec. » Je regarde avec amusement le visage très rouge de ma belle-sœur.

« Harper, si tu me traitais de la même façon que tu la traites elle, je dirais oui sans la moindre hésitation. »

Oh oh, je n’aime pas du tout la tournure que ça prend. Non pas que je ne sois pas flattée, sans compter que j’adore Renée. C’est vrai, avant que je rencontre Kels, j’étais à moitié amoureuse de ma belle-sœur. Mais je n’aime pas qu’elle dise ça sans la moindre réflexion. Ce qui veut dire que je dois parler à Robbie. « Çhér, est-ce que Robbie ne te traite pas bien? Tu peux tout me dire tu le sais. »

Je me retrouve soudain avec les bras pleins de … Renée qui se jette sur moi. « Harper, tu aurais dû tomber amoureuse il y bien longtemps. Tu es absolument fantastique ces jours-ci. »

« Je l’étais pas avant? » Je râle.

Renée commence sa réponse mais part dans un fou rire. En regardant par-dessus son épaule, je parle à Janet. « Je la prends. »

« Quelle taille vous voulez? »

Je détache les mains de Renée toujours serrées autours de mon cou et je commence à regarder chacun de ses doigts pour trouver celui qui a la bonne taille.

« Qu’est-ce que tu fais? Ça chatouille. » Renée tente de se libérer.

« Arrête de bouger. » Je la réprimande. Mes doigts entourent chacun des siens en prenant la forme d’une bague. Ouais, ça y est, je l’ai. Je le pose devant Janet. « C’est la bonne taille. »

Janet est une professionnelle et ne se moque pas de moi. A la place, elle mesure le doigt de Renée et note la taille. « Et que doit-on graver? »

Je cherche dans la poche de ma veste et ressors un bout de papier avec les mots écris dessus. Je lui tends et attends, avec appréhension, que Janet les lise. Je me demande si elle lit le français. Elle me sourit. « Ce sera prêt la semaine prochaine. »

Je lui tends ma carte bancaire. « Merci. »

« Qu’est-ce que tu fait graver? » Renée essaie de lire le papier à l’envers.

« Renée est très bruyante. » Je mens.

« Gamine. »

« Non, plus maintenant. »

*****

Kels et Robbie ne sont pas encore rentrés du match quand on arrive à la maison. Mais je trouve plein de nouveaux trucs et le plus beau barbecue à gaz du monde sur la terrasse. J’aime cette femme. Elle me connaît. Ce soir, on mange des steaks. Il faut que j’essaie mon nouveau jouet.

Renée laisse échapper un sifflement depuis l’entrée de l’appartement. « T’as un sacré truc là, Harper. »

« T’as pas besoin de me le dire Renée. Je suis vraiment vernie. »

« C’est rien de le dire. » Elle sort sur la terrasse et vient inspecter mon nouveau jouet. « Y a-t-il un truc trop gros pour cuire sur ce truc? C’est immense! »

Je soulève Renée dans mes bras et la dépose sur la grille. Elle passe presque en entier sur le grill, je suis sûre que c’est bon si j’enlève ses chaussures. « Non, rien n’est trop gros, même pas toi. »Je me moque un peu.

Elle s’accroche à mes bras en criant. « Redescends-moi! Je peux pas croire que tu aies fait ça. »

Je la repose doucement à terre et lui embrasse la joue. « C’est toi qui as demandé. Et puis je pensais qu’on devait faire un barbecue ce soir. Qu’est-ce que t’en penses? »

Elle passe sa main sur le couvercle du grill. « J’espérais que ce couvercle permettrait à Robbie de ne pas voir ce qu’il y a dessous. Il va vouloir le même maintenant. Il ne peut pas laisser sa petite sœur avoir un jouet plus beau que les siens. »

« En tout cas, j’aurai toujours eu le mien en premier. »

Renée me pousse gentiment. « Vous et votre compétitivité. »

« C’est une tradition de fierté du clan Kingsley. » La sonnerie de mon téléphone interrompt nos plaisanteries. Mon cœur s’accélère, je suis instantanément inquiète pour Kels. Je me demande quand cette phase va s’arrêter, si jamais elle s’arrête. Cependant, je sais que Robbie est exactement comme moi, il préfèrerait mourir plutôt que quelque chose arrive à Kels pendant qu’ils sont ensembles. « Kingsley. » Je réponds.

« Bonjour, Harper? C’est Matthew Stanton. Je vous rappelle suite à votre coup de fil. »

« Ah, Mr. Stanton, merci de me rappeler aussi rapidement. »

« Appelez-moi Matt, vous vous souvenez? Que puis-je faire pour vous? »

Je fais signe à Renée que je reviens dans une minute et je m’éloigne vers un coin plus privé de la terrasse. « Eh bien, Matt, y’a une question que j’aimerais vous poser. »

<A suivre>

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