Pâques est un des évènements importants dans notre famille. Après Noël, c’est l ‘évènement religieux le plus importants, qui donne l’occasion de prendre des vacances. Mama et Papa sont de fervents catholiques, même si leurs idées diffèrent avec celles de l’Église sur certains points, et le dimanche matin se passe à

la Messe. Pour

Pâques, on va toujours à la messe au lever du soleil au bord du lac Pontchartrain.

 

Kels était pas vraiment ravie quand je l’ai réveillée de bonne heure ce matin pour partir. Petit Gourou non plus. Donc, Kels, et moi avec, on a vomi tous nos cookies aux toilettes avant de descendre pour rejoindre Mama et Papa dans la voiture. J’espère que Mama va penser qu’on a l’air crevée parce qu’on a trop célébré nos fiançailles cette nuit.

 

L’office est simple et, pour moi tout au moins, assez agréable. Tous les membres de la famille sont assis côte à côte, sans surprise, tous les enfants sont éparpillés sur les genoux des uns et des autres. Christian a pris sa place favorite sur les genoux de Kels. J’ai pris Clark. Les cinq enfants de Jean ont abandonné leurs parents, sauf Geoffrey qui est trop petit pour le faire tout seul mais il a été enlevé par sa tante Katerine. Ils sont assis sur les genoux ou à côté de leur oncle ou tante préféré ou bien leur grands-parents. Les quatre enfants de Gerrard ont fait pareil. C’est comique de voir notre jeu de chaises musicales quand on s’assoit sur les chaises pliantes disposées vers l’est et donnant sur le lac.

 

Le prêtre a fait un sermon assez bref mais concentré sur la renaissance que peut vivre certains à travers la foi. C’est un message fort et je comprends pourquoi mes parents aiment appartenir à leur paroisse. J’apprécie aussi que le prêtre n’informe pas de façon assez fréquente moi ou ma famille, que je vais aller griller en enfer.

 

Après le service, quand je présente Kels comme ma fiancée, il est vraiment ravi de la rencontrer. Je l’ai déjà vu deux ou trois fois et il connaît suffisamment bien Mama et Papa pour se sentir assez à l’aise et pour se moquer de moi en me disant que j’ai enfin réussi à me caser. Il arrive même à me choquer en me proposant de faire lui-même notre cérémonie d’union.

 

Je me demande ce que Mama a bien pu lui dire pour qu’il me propose ça.

 

Je murmure une réponse évasive. Je n’ai pas commencé à penser à l’organisation de notre mariage, ou quel que soit le nom qu’on va lui donner, cérémonie d’union, cérémonie d’engagement, après-midi barbecue. Je sais juste que je veux vivre avec Kels pour le reste de ma vie. Et je veux qu’elle le sache. Tout le reste n’est que superflu, un petit extra.

 

On rentre à la maison pour déguster le festin que Mama et la conspiration ont préparé. Mais d’abord, il y a la chasse aux œufs de Pâques. La nuit dernière, après ma demande, la famille a peint une quantité d’œufs capable de donner une crise cardiaque aux poules pondeuses chez Tyson Farm. Papa s’est levé tôt ce matin et les a tous cachés un peu partout dans le jardin. Je ne sais pas comment il arrive à faire ça dans le noir.

 

Tous les enfants courent partout dans le jardin pour en ramasser le plus possible. Mais bien sûr, le plus important est l’œuf doré, celui avec de l’argent dedans. En général, l’argent est posé sur le compte épargne du découvreur, mais ce qui est génial, c’est de le trouver. Et Mama donne systématiquement un billet de vingt à dépenser tout de suite.

 

Je regarde les pitreries des enfants dans le jardin avec amusement. Christian amène un autre œuf à Kels qu’elle met aussitôt dans le sac qu’il lui a confié. Il est trop gros à porter pour lui pendant qu’il cherche les œufs. Et il ne peut pas le laisser dans le jardin sinon ses cousins vont tout lui piquer.

 

Avant, c’est à moi qu’il le confiait.

 

J’ai été détrôné. Mais je ne le blâme pas.

 

Il se débrouille super bien. Il en a plus de dix déjà. A trois ans, c’est pas mal. Bien sûr, Robbie est derrière pour l’aider. Et à vingt-huit ans, c’est pas terrible. Je regarde mon frère en train de taper dans le lierre qui pousse le long du mur de derrière. Il appelle mon neveu qui trouve un nouvel œuf là-dedans.

 

Il n’y en a plus qu’une centaine à trouver avant d’en avoir fini avec cette chasse.

 

Je marche vers Kels et enroule les bras autour d’elle, je la serre contre moi mais sans la déranger dans la mission qu’on lui a confiée. Elle s’appuie contre moi et lève un sourcil interrogateur.

 

Ouais, c’est le moment de chambouler le monde de Mama.

 

Je regarde autour de nous et accroche le regard de Renée. Elle va retrouver Robbie dans le jardin. Ok, on est prêt.

 

Cire ces pompes et résiste. Mama ne va pas me tuer. Elle ne voudrait pas que mon enfant grandisse sans moi.

 

J’espère.

 

« Je crois que le nôtre sera trop petit pour participer l’année prochaine, non? » Je parle assez fort pour que Mama entende. Pas très fort cependant, elle est juste à un mètre de nous. Je lui jette un regard. Ouais, elle a entendu.

 

Kels, de son côté, garde son calme. « Oui, mais il le fera l’année d’après. »

 

Maintenant, on attend.

 

Trois… Deux… Un…

 

« Hein? » Mama demande avec une voix très grave.

 

Qu’est-ce que j’ai dit? Il faut que je répète. « C’est juste que notre bébé sera trop petit l’année prochaine pour participer à la chasse aux œufs. A moins que Robbie soit là pour aider son neveu ou sa nièce. »

 

Renée, bénie soit-elle, comprend l’allusion. « Non, il ne pourra pas faire ça. Il sera bien trop occuper à changer les couches de notre nouveau né. On dirait que trois va être un bon chiffre.

 

La tête de Mama pivote pour regarder le ventre de Renée et lance un regard brillant à son fils.

 

« T’as menti! » Elle lui reproche.

 

« Mais, non! » Robbie et moi répondons tous les deux en même temps. On ne ment pas.

 

« Mais ça, c’est fort quand même. » Un sourire se forme lentement sur son visage. Lui annoncer l’arrivée de deux nouveaux petits-enfants le jour d’une fête religieuse sacrée pour elle était une excellente stratégie. Peut-être que je vais vivre assez longtemps pour voir mon enfant.

 

Oui, c’est vraiment fort. Je touche le ventre de Kels. « Mama, mon premier né. » Je pense être assez en sécurité pour paraître excitée maintenant.

 

« Notre. » Kels me reprend. « Notre premier né, Tabloïde. »

 

« Comment? » Cette question, elle la pose à Robbie. Elle sait que, aussi talentueuse que je puisse être, je n’ai pas fait ça toute seule. Elle soupçonne Robbie. « Fais pas le fou! »

 

Je me marre. « Fais pas le fou! » Je veux voir comment il va se sortir de ça.

 

« Mama, je ne devrais pas avoir à répondre à cette question, même pas à toi. »

 

Elle le tape sur le bras. Et elle commence à rire. Elle rit tellement fort que j’ai peur qu’elle se blesse.

 

« Mama? » Elle est comme hystérique. Et ça empire. Des larmes coulent sur ses joues.

 

« Mama? » Je pose ma main sur son dos.

 

Gerrard et Katerine arrivent vers nous en courant, craignant que quelque chose ne soit arrivé. « Qu’est-ce qu’il s’est passé? » Gerrard demande. « Papa? »

 

Je regarde avec appréhension tous mes frères qui arrivent autour de nous. Papa les rejoint dans la mêlée et tend Geoffrey à Elaine alors qu’il passe devant elle. « Cécile? »

 

« Jonathan, » Elle respire un peu, elle commence à se calmer. Elle se redresse et sourit. « Harper va te faire grand-père à nouveau. »

 

« C’est pas moi. » Je proteste alors que tout le monde regarde mon ventre. « C’est Kelsey. »

 

« Et Renée aussi. » Kels attire habilement l’attention sur autre chose que sur son abdomen.

 

« Et moi qui pensait que tous les lapins étaient dans le jardin aujourd’hui. » Gerrard murmure.

 

Et on éclate tous de rire.

 

 

*****

 

 

Je regarde par la fenêtre de la cuisine alors que j’installe quelques affaires sur un plateau. Harper est dehors avec les enfants et ses frères. Clark est contre elle dans un sac kangourou. Dieu, j’ai tellement hâte de la voir avec notre enfant. Je ris lorsque je réalise que je ne verrai peut-être plus notre enfant après sa naissance. Je ne pourrai jamais le ou la retirer des bras de Harper. Je vais devoir allaiter juste pour pouvoir prendre notre bébé dans mes bras. Et même là, je pense que je vais devoir lutter pour le lui arracher des bras.

 

« Kelsey, viens par là et joins toi à nous. » Katerine m’appelle depuis la table en tapant sur ma chaise. « C’est le moment. »

 

Je remue doucement la tête. Elles veulent tout savoir. Il n’y a simplement aucun secret dans cette famille. Mes yeux se posent sur Rachel. Enfin si, un. Mais je parie que les garçons ont raconté à leurs femmes ce qui s’était passé à la partie de poker. Mama doit être la seule à ne pas connaître cette histoire. Je me retourne et me tiens prête à répondre, je croise mes bras sur ma poitrine. Dieu, quelles plaies. Je décroise les bras et la pièce entière éclate en se moquant de moi.

 

« Ok allez, on se calme. » Je lance en traversant la pièce. « Sinon vous n’obtiendrez rien de moi. »

 

« Hum, hum, bien sûr. » Renée me regarde d’un air narquois alors que je m’assois et me sers un verre de jus de fruit.

 

« Renée, ma très chère sœur. » Je prends sa main et la fixe avec un regard diabolique. « Évite, ou je leur dit tout à propos de Mardi Gras. » Je joins mes mains sur la table. Je termine mon commentaire avec un petit rire qui la fait rougir.

 

Hé j’apprends vite. Et peut-être que je n’étais pas la seule à sentir quelque chose sur la piste de danse.

 

« Mardi Gras! » Elaine se fait entendre. « Je crois qu’on sait tous ce qu’il s’est passé à Mardi Gras. Vous avez toutes les deux bien picoler et êtes tombées enceinte. »

 

« J’étais parfaitement sobre. » Je me défends en buvant mon jus de fruit. « Et comme vous le savez certainement, pour Harper et moi, ce n’était pas un accident, on a tout fait en connaissance de cause. Sans compter que, l’une de nous deux devait être capable de conduire jusque chez le médecin le lendemain matin. »

 

« Oh mon Dieu! Ça j’en aurais pas été capable. » Renée grogne en tapant son front contre la table.

 

Cela entraîne une autre crise de rire autours de la table. Mama lui passe la main dans le dos gentiment. « C’est bon ma douce. Je crois me rappeler avoir été dans la même situation quand Robbie a été conçu. »

 

Je recrache presque mon jus de fruit. Je suis habituée à ce qu’on parle de nos vies sexuelles alors que Mama est assise là à écouter tranquillement, à acquiescer de la tête de temps en temps ou à donner un conseil quelques fois. Mais je n’ai pas du tout l’habitude qu’elle participe à la conversation au premier plan.

 

Mama se tourne vers moi alors que je m’essuie la bouche avec une serviette. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Elle plisse le front en regardant vers moi.

 

Quel est le problème? Elle a vraiment besoin de le demander? Je sens le rouge qui me monte déjà aux joues.

 

« Tu voudrais savoir où Harper a été conçue? »

 

La table entière éclate de rire. Je tape mon front contre ma main. « Si vous le devez vraiment. » Je murmure et lève les yeux en faisant un petit sourire. Ça va être intéressant de torturer Harper avec ça. Ma pauvre chérie.

 

Je me rends compte que je suis dans le caca d’alligator quand une lueur de malice passe dans ses yeux. « Dans ce merveilleux et confortable lit dans lequel vous dormez toutes les deux. »

 

Oh mon Dieu! J’explose de rire en imaginant ce que Harper pourrait faire si elle savait ça.

 

« On a cassé deux des pieds de ce lit ce soir-là. » Tout le monde pleure simplement de rire à cette révélation. « Hum, hum. » Mama acquiesce de la tête. « C’est un bon lit. »

 

Je l’ai toujours su.

 

« Attendez voir. » Mama tapote sa joue avec sa cuillère. « Gerrard est arrivé après une intéressante rencontre entre Papa et moi dans un bois à la frontière de l’état. »

 

« Dehors? » C’est au tour de Katerine de ne plus savoir où se mettre.

 

« Vous les jeunes vous imaginez que vous avez tout inventé. »

 

Mama est vraiment en grande forme aujourd’hui.

 

« Jean a été… » Elle baisse la tête et la secoue un peu de droite à gauche avant de regarder Elaine. « Jean a été conçu sur le siège arrière de la voiture alors que nous rentrions d’Atlanta. » Elle sourit. « C’était une longue route. On a eu besoin de s’allonger un peu. » Mama hausse les épaules de façon nonchalante. La pauvre Elaine a l’air d’être prête à glisser sous la table.

 

Rachel ne lève même pas les yeux, elle rougit déjà. « Tu sais, ça doit expliquer le caractère de Luc. Il a été conçu à la maison, dans notre lit, position du missionnaire. » Elle remue la tête de haut en bas comme si ça expliquait tout. « On n’a pas donné à cet enfant le goût de l’aventure. »

 

Dieu, cette dernière phrase me fait me demander ce qu’ils ont exactement fait dans ou sur notre lit. Harper a définitivement le goût de l’aventure et Mama et Papa ont presque cassé le lit. Pas besoin de se demander pourquoi elle est comme elle est.

 

Je me demande à quoi va ressembler notre bébé.

 

 

*****

 

 

Je suis assise sous le porche, en train de faire un câlin à Clark pendant qu’il dort. Le Complot a kidnappé ma chérie. Les enfants sont dehors en train de jouer dans le jardin. Je suis ravie de rater le lancer d’œufs cette année. Robbie m’a dégommée beaucoup trop vite l’année dernière.

 

« Tu vas bientôt avoir un petit cousin bonhomme. Tu ne vas pas rester le bébé de la famille pendant très longtemps encore. Surtout pas avec ton Papa dans le coin. Je te dis même pas avec combien de frères et sœurs tu vas te retrouver. »

 

« Hey, ne lui fais pas peur il est encore trop jeune. » Lucien me parle en s’asseyant sur la chaise à côté de moi.

 

« Salut Luc. » J’embrasse Clark dans ses cheveux noirs. « Comment ça va? »

 

« Très bien. » Il serre ses mains l’une dans l’autre , son regard est fixé dessus. On reste assis l’un à côté de l’autre un long moment. « Félicitations Harper, tu dois être très contente. »

 

Je ne peux pas retenir mon sourire. « Sacrément ouais. »

 

« J’ai été un crétin. »

 

Je hausse les épaules. « Ça arrive à tout le monde de temps en temps. » Je le regarde droit dans les yeux. « Dieu sait, que j’ai passé une grande partie de ma vie d’adulte à en être une. »

 

« En tout cas, vous avez réussi à passer outre cette merde Harper, ça c’est sûr. »

 

« Ne jure pas autour de Kelsey. Elle va t’appliquer la règle, un gros mot un dollar. »

 

« Tu dois déjà être à sec maintenant. »

 

« Put… » Oups. Presque. Je te devrai juste cinquante cents pour celui-là Kels. « De justesse. » J’entends un éclat de rire qui vient de la cuisine. Je me demande de quoi elles parlent. Comme si je ne le savais pas. « Luc, ne blesse pas à nouveau Rachel de cette façon. Si jamais tu as un problème avec moi, règle-le avec moi. Pas avec elle. C’est une femme merveilleuse. Et pour une raison qui m’échappe, elle t’aime. »

 

« Je sais. » Il se penche et m’embrasse sur la joue. « Joyeuses Pâques, Harper. »

 

 

*****

 

 

Alors que le dîner est presque prêt, Mama nous a envoyées, Renée et moi, nous reposer. Je crois qu’elle se souvient bien ce que c’est que d’être enceinte. Renée est déjà au frais dans une des chambres d’amis et moi, je suis allongée dans notre chambre. Je dois admettre que je trouve plutôt difficile de dormir dans ce lit maintenant. Dieu, j’espère que je vais pouvoir garder mon sérieux quand Harper et moi allons nous coucher ce soir.

 

Un léger coup à la porte attire mon attention. Je lève la tête pour voir Rachel jeter un œil à l’intérieur. Oh merde.

 

« Kelsey? Hum, est-ce que je peux entrer? »

 

Je me redresse contre la tête de lit et lui fais signe d’entrer. « Bien sûr. »

Elle rentre et reste sur le pas de la porte. « Ça t’ennuie si je ferme la porte? »

 

Oh merde, ça, ça ne peut pas être bon. Je suis prête à parier qu’on va parler de ce truc entre Luc et Harper… ou entre elle et Harper. Je sais pas si je veux vraiment parler de ça. Surtout pas en ce moment.

 

« Non, mets-toi à l’aise. »

 

« Merci. » Elle ferme et prend place près du lit. Ça me rappelle que c’est cette même chaise sur laquelle Harper s’est assise cette nuit-là, après la partie de poker. « Kelsey, je voulais m’excuser auprès de toi pour les problèmes que la crise de nerfs de Luc a pu vous causer à Harper et toi. »

 

Je tapote sur le lit pour l’inviter à me rejoindre alors que je m’assois en tailleur. « Rach, cela ne nous a causé aucun problème. »

 

Elle lève un sourcil en signe de surprise. « Vraiment? »

 

« Vraiment. Comment je pourrais en vouloir à Harper pour un truc qui est arrivé alors que je ne la connaissais même pas? Vous avez flirté à

la Fac. Pas

de quoi casser trois pattes à un canard. »

 

Elle parait soulagée et laisse échapperun soupir lourd. « Merci mon Dieu. J’avais peur… » Elle répond à mon invitation et me rejoint sur le lit. Elle étudie ses mains jointes. « J’avais peur que tu lui en veuilles de ne pas te l’avoir dit. Je sais que tu ne le savais pas avant. »

 

« Non. Elle tenait sa promesse envers toi. C’était très important pour elle. »

 

Rachel me sourit. « L’une de ses plus grandes qualités est la loyauté. »

 

« C’est l’une d’entre elles. » J’acquiesce de bon cœur avec un grand sourire. Il ne vaut mieux pas aller dans cette direction au vu de la situation.

 

« Félicitations en tout cas. Tu dois être super contente. Fiancée et enceinte. »

 

« Oh oui. Je crois que l’an 2000 va me réussir, si l’on tient compte de ça. »

 

« Tu le mérites. »

 

« Je ne sais pas si je le mérite, mais j’en suis ravie. »

 

« Tu dois le vivre à fond. Luc et moi essayons d’avoir un bébé depuis plus d’un an maintenant, mais… » Sa main se lève et attrape une larme avant qu’elle ne tombe.

 

Oh Dieu. Je file vers elle pour me rapprocher. Je ne sais pas trop ce que je dois faire après. Je choisis de laisser simplement ma main dans son dos. Je ne sais pas si je dois lui parler de ce que m’a dit Harper à propos de la soirée de poker. Mais je sais un truc absolument sûr. Lucien Kingsley ment comme un arracheur de dents à ses frères et à sa sœur.

 

« Hé. » Je fais de petits cercles pour masser son dos. « Harper et moi avons dû lire beaucoup de trucs sur la grossesse et tous disaient la même chose : ça peut prendre très longtemps avant de tomber enceinte. »

 

Elle acquiesce de la tête tout en essayant de ne pas craquer. « Je sais, mais je commence vraiment à perdre espoir. Je suis allée chez mon médecin et il a dit que tout allait bien. Il a dit qu’il n’y avait aucune raison médicale pour que je ne sois pas enceinte. »

 

« Est-ce que Luc a été faire des tests? »

 

« Non, c’est une tête de mule. Il dit que si ses frères ont pu faire onze enfants à eux trois, il va bien réussir à en faire un. » Elle finit avec un petit rire mais c’est clair qu’elle est tout sauf joyeuse. « Et en plus, maintenant toi et Harper avez réussi à en faire un. »

 

Je me sens très mal pour Rachel, mais encore une fois je ne sais pas trop quoi dire. J’essaie. « Rachel, s’il y a quoi que ce soit que Harper et moi puissions faire pour vous aider, tu sais que tu peux nous appeler n’importe quand. »

 

« Merci. J’ai eu envie plusieurs fois. Tu sais, j’ai envie de parler. Harper et moi avons toujours pu parler de tout. Mais depuis que mon mari a ouvert sa grande gueule, je ne voulais pas causer de problème entre vous deux. »

 

« Jamais. Et si tu veux à nouveau appeler, fais-le. Peu importe l’heure du jour ou de la nuit. »

 

Elle lève la tête vers moi avec un sourire. « Tu sais, Harper est vraiment chanceuse. Je suis contente qu’elle t’aie trouvée. Elle mérite le meilleur. »

 

 

*****

 

 

Je la regarde dormir. Elle est allongée sur le ventre et mon bras est enroulé autour d’elle et son ventre est posé dans ma main. J’adore faire ça. Je me sens reliée à elle et au bébé quand on dort ainsi.

 

Sa main gauche est fermée en forme de poing près de son visage. Je me demande si c’est à ça que va ressembler notre petit bout, une version miniature d’elle. La bague en diamants en moins. Si on a une fille, elle ne pourra pas porter une telle bague avant longtemps. Un très long temps. Quand elle aura trente ans ou presque. Je retiens mon rire pour ne pas perturber son paisible sommeil.

 

Je suis très fière de Kels. Pas seulement grâce à la façon dont elle a survécu à l’épreuve qu’elle vient de vivre, mais aussi grâce à sa façon de continuer à se battre. Elle a été très forte pour accepter d’aller à ses rendez-vous avec son nouveau thérapeute. Le Dr. Sherwin et moi n’avons pas encore beaucoup parlé mais nous avons eu un court entretien plus tôt dans la semaine. Apparemment, toutes ces choses par lesquelles Kels passent en ce moment sont normales. Quand quelqu’un se remet d’un traumatisme comme celui qu’elle a vécu, ça prend beaucoup de temps à la victime d’arriver à en parler, surtout aux personnes dont elle est proche.

 

Le Dr. Sherwin m’a assuré que Kels lui parlait et que j’avais très bien fait de la soutenir avec patience. Qui aurait cru que je pouvais faire ça? Je ne savais juste pas comment lui adoucir les choses, alors je me suis tu et j’ai écouté. Je dois me souvenir de cette technique.

 

Kels se tourne sur son côté gauche. Elle soupire doucement.

 

Moi aussi.

 

Mais ça c’est parce qu’elle me coupe le souffle.

 

 

*****

 

 

Il y a des super bons restes qui m’attendent dans le réfrigérateur, je le sais. J’ai regardé Mama mettre cette tarte aux noix de pécan là-dedans. Et avec mes frères qui vivent tous dans leur propre maison, c’est à moi, tout à moi.

 

« C’est ici. » Me dit Mama lorsque je rentre dans la cuisine.

 

Je tourne la tête pour la voir en train de manger un morceau de ma tarte en buvant un verre de lait. Ouais, c’est ici. Mama porte le même peignoir que je lui connais depuis que je suis née. C’est Papa qui lui a acheté la première fois qu’il a été à Hong-Kong. « Tu as déjà dormi? » Je demande en me frottant le visage. Je suis debout juste parce que Kels se lève toutes les trente minutes pour faire pipi. J’espère que c’est une phase vraiment passagère.

 

« Je suis bien obligée de rester réveillée pour garder le bateau avec tout ce qui se passe dans cette famille. » Elle prend un couteau sur la table et coupe un morceau de tarte pour moi. « Viens par-là et assieds-toi. »

 

J’obéis. Mama et moi avons toujours été des spécialistes des petits tête à tête nocturnes pour discuter. En plus, quand j’ai laissé Kels, elle s’est rendormie aussitôt.

 

« Tu m’impressionnes, Harper Lee. Ce sont de grand pas, amener une fille à la maison, la présenter à la famille, tomber amoureuse, la demander en mariage, fonder une famille. Attention à toi, c’est pas dans le bon ordre, mais ça me va quand même. » Puis elle me sert un verre de lait. Ça c’est ma Mama, elle prend toujours soin de moi, même quand elle me fait un reproche.

 

« Mama. » Je goûte un morceau de tarte. Oh doux Jésus, ce que c’est bon.

 

« Le Comité va être si excité quand je vais leur annoncer la nouvelle. Mon Dieu. On va avoir un sacré paquet de spectateurs. Tant de nos membres avaient espérer que tu ferais un truc pareil. Maintenant, il n’y a aucune chance que l’archevêque nous laisse utiliser la cathédrale Saint-Louis. C’est bien dommage car on va utiliser le mariage pour démontrer que l’on a besoin de législation ici comme dans le Vermont.

 

« Non. » Je dis cela entre les bouchées de tarte.

 

« Pardon? »

 

« Non, Mama. Ce n’est pas un projet pour ton Comité. Dans l’absolu, je ne sais pas encore quelle sorte de cérémonie nous aurons, mais ce sera simple et privé. »

 

« Harper. » Elle tend la main et couvre la mienne. « C’est un évènement très important. Un de ceux qu’il faut célébrer, autant que l’État le permet. »

 

Je me force à calmer ma mauvaise humeur. « Il sera célébré. Mais je ne suis pas une cause, Mama. Et je ne laisserai pas Kels en être une non plus. »

 

« Mon cœur, comment peux tu dire une chose pareille! »

 

« Depuis la minute où j’ai fais mon coming-out, tu as démarré la bagarre. Tu as ce foutu autocollant arc-en-ciel sur ta voiture, tu as rejoint ce Comité, tu en as été élu présidente. Je suis ton enfant gay. J’ai fait avec ton anti-capitalisme, ton combat pour la protection de l’environnement, pour la non prolifération des armes à feu, pour la séparation de l’Église et de l’État et pour l’école publique. » Je repousse l’assiette, je n’ai plus faim. « Tu sais, pour un moment aussi important dans ma vie, je voudrais être juste ta fille, et pas ta fille lesbienne. »

 

« Harper… »

 

« Non, écoute. Kels et moi sommes dans une position délicate à New York. On a négocié un bon contrat pour que les studios soient au courant pour nous, mais on sera grillées à la minute où notre histoire s’affichera dans les médias. Des lesbiennes enceintes ne font pas monter les taux d’audience. Et les producteurs qui épousent les présentatrices lesbiennes enceintes ont un très court plan de carrière. C’est un secret de famille, Mama. Même ton Comité ne doit pas savoir pour nous. »

 

« Les mentalités ne changeront jamais tant que des gens comme toi resteront cachés. »

 

« Merde, Mama! Non! Je ne ferai courir aucun risque à Kelsey, que ce soit pour le combat ou pour être vues. Si tu n’es pas d’accord avec moi, au moins, respecte mon avis. »

 

« Je ne savais pas que tu ressentais ça. » Mama parle doucement, presque gênée.

 

« A quel sujet? » Ma colère n’est pas encore calmée. « A propos de moi qui suis un sujet d’expérience dans une famille opposée à l’expérimentation? Ou à propos de moi qui essaie de protéger la femme que j’aime? Ou à propos de moi qui refuse d’être traitée de façon différente alors que je ne fais que dire que je ne le suis pas? Alors lequel des trois? »

 

« Ce n’est pas comme ça, Harper. »

 

« Vraiment? En tout cas c’est comme ça que je le ressens. »

 

« Tu es spéciale, c’est tout. »

 

Je grogne. « Ok, super. Merci. Mais je peux faire sans. Je veux juste être moi. Je veux être reconnue non pas parce que j’aime les femmes mais parce que j’aime Kels et notre enfant et cette famille. Je voudrais être appréciée parce que je suis une excellente productrice dans un magazine d’infos de New York. Je voudrais être plus que le résultat de ma sexualité. »

 

« Tu l’es mon bébé. Mais je ne peux pas faire autrement qu’être une mère. »

 

« Quoi? » Je sens ma colère quitter mon corps à l’écoute de ces mots doux.

 

« L’âge de tes enfants n’a aucune importance mon Cœur, tu veux toujours les protéger. »

 

Je prends une gorgée de lait. « Tu as rejoint le Comité pour me protéger? »

 

« Eh bien, l’État ne va pas le faire à ma place ça c’est sûr. Ton Papa et moi avons été si heureux ensemble pendant plus de cinquante ans. Nous avons cinq superbes enfants, onze petits-enfants, deux de plus en route et qui sait combien à venir. Jonathan et moi sommes passés à travers vos maladies ensemble, les urgences familiales, les rencontres parents professeurs et tellement d’autres choses. L’idée que ma petite chérie ne puisse pas vivre tout ça me rend dingue. »

 

« Et un peu folle. »

 

Elle rit. « Et un peu folle. »

 

« Il faut que ça soit une cérémonie douce et calme, Mama. Juste la famille, très informelle, très vite. »

 

« Ça me paraît bien. »

 

« Et je ne porte pas de robe. »

 

Elle me lance un regard de réprobation mais acquiesce. « Bien sûr que non. » Dit-elle finalement. « C’est un évènement informel. »

 

« Je t’aime, Mama. »

 

« Je t’aime aussi, mon Cœur. »

 

 

 

<A suivre>

 

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