CHAPITRE TROIS

 

L’épisode de Kreizeck, intitulé « Craquement », avait fini d’être tourné au début de la semaine suivante, et malgré mes doutes originaux et l’intense aversion que j’avais pour l’homme, à la fin de la post production, l’épisode se révéla être un de meilleurs que nous ayons jamais tourné. Nous étions néanmoins tous contents5 de retrouver nos réalisateurs habituels, et les semaines suivantes passèrent rapidement tandis que nous nous réinstallions dans notre routine.

‘C9’ marchait sur un cycle de 16 jours par épisode, les huit premiers jours dédiés à la pré production comme le casting et la recherche de lieux de tournage et les huit jours suivant dédiés au tournage. En faisant tourner les réalisateurs et les équipes de production, ils étaient capables de faire se chevaucher le pré production de l’épisode suivant avec le tournage de l’épisode du moment, le département casting était perpétuellement en train de recruter et les équipes de production étaient perpétuellement en train de préparer la semaine suivante.

C’était un programme exténuant qui allait de fin juillet à mi mai, et je savais que je n’étais pas la seule à attendre les vacances d’été. Comme beaucoup d’autres membres du casting, j’avais d’autres projets pendant les vacances, je serais donc occupée, mais un changement de rythme serait vraiment le bienvenu.

Liz n’avait pas reparlé des redoutés « écrivains d’Internet qui croyaient qu’elle était lesbienne » après le jour de la conférence de presse, mais Paula m’avait dit qu’elle avait demandé plus de sites et passait, au grand agacement de Paula, beaucoup de temps sur l’ordinateur de son assistante.

Je commandai un nouvel ordinateur portable en ligne et le donnais à Paula quand il arriva plusieurs jours plus tard, lui disant de le garder et de donner l’autre à Liz. Elle sembla stupéfaite par ma générosité, mais Seigneur, je gagnais plus d’argent que je n’étais capable de dépenser… autant le dépenser pour des gens que j’appréciais. 

Robyn fit sensation au Brésil pendant la coupe Davis pendant qu’elle regardait de son siège VIP les services et les revers de volées de Josh Riley gagner deux matchs, aidant les Etats-Unis gagner la coupe. Son visage et sa peau bronzée étaient montrés et commentés tellement souvent que c’était à se demander si quelqu’un se rappelait que le but du voyage était le tennis. Je regardais autant de matchs que je pouvais, ne faisant même pas l’effort de me mentir et de me dire que j’étais là pour le tennis, même si c’était du sacrément bon tennis. Je voulais juste voir son visage. Le souvenir de son corps contre le mien ne faisait plus s’arrêter ma respiration mais était gravé dans ma mémoire et n’allait pas s’en aller de sitôt.

Je la voyais peu et seulement au passage depuis notre dernière scène, l’intrigue dans laquelle elle avait impliquée sur ‘C9’ ayant été momentanément conclue, sa présence n’était plus requise sur notre plateau, j’étais donc surprise de la voir arriver un matin à une lecture préliminaire du dernier épisode de la saison, plus d’un mois après le tournage de « Craquement ».

Le but d’une lecture était de réunir les producteurs, le réalisateur et les membres récurrents du casting pour lire le scénario de l’épisode suivant et de permettre à chacun de faire des remarques ou de discuter de problèmes de lieux de tournage ou de casting. C’était le seul rôle qu’avaient les acteurs dans le processus de pré production et j’appréciais d’avoir l’opportunité de pouvoir jeter un œil à ce que nous ferions la semaine suivante et de faire des remarques.

J’arrivais dix minutes en avance et, après m’être servi un verre d’eau, discutait paresseusement avec Josiah Rollins, un homme légèrement rond avec des cheveux roux se clairsemant , et Micah Saams un beau géant avec une peau chocolat et des yeux verts saisissants. Ces deux derniers étaient des membres réguliers de l’équipe, jouant deux des quatre détectives de la série mis à part Liz et moi.

Le reste du casting s’assit en face de nous : Danny Lorenzo, un homme à femmes italien exubérant mais incontestablement sympathique, Henry Stoddard, trapu, fort et chauve avec une moustache foisonnante, et enfin Arturo Garza, une ancienne star de soap opéra avec un sourire éblouissant, un accent charmant et l’égo qui allait avec.

Je souris légèrement lorsque j’entendis Danny et Henry débattre des détails de la dernière rumeur qui impliquait deux membres de l’équipe, plusieurs poulies et un outil électrique.

Ma phase d’amour des chèvres semblait être enfin terminée. Peut être que les gens arrêteraient de bêler dans mon dos et de faire des blagues sur des sandwiches au fromage de chèvre pendant le déjeuner.

On peut toujours espérer.

La porte s’ouvrit et Robyn entra, s’arrêtant sur le seuil pour survoler la pièce.

« Salut tout le monde » dit-elle.

Danny s’arrêta au milieu d’une phrase et Josiah et Micah devinrent silencieux.

Mon Dieu qu’elle était attirante.

Les cheveux en arrière retenus dans une natte lâche balayant les angles nets de son visage, un débardeur noir à bretelles fines montrant des kilomètres de peau glorieusement bronzée, un paire de jeans délavés qui couvrait ses jambes interminables, et des sandales plates et simples exposant des ongles vernis bordeaux.

Arturo fut le premier à récupérer. « Ah… Robyn. Tu es une vision, comme d’habitude. Je t’en pris, viens t’asseoir avec moi. »

Il se leva et tira la chaise près de lui, s’inclinant galamment. Je roulais des yeux et quand je regardais Robyn, ses yeux étaient sur moi et son sourire de Mona Lisa, rempli d’humour était bien en place.

C’était bon de la voir.

Très, très bon.

Et pas simplement parce qu’elle faisait s’asseoir et supplier mes hormones.

C’était plus que ça. Elle m’avait réellement manquée, son sourire m’avait manqué, sa voix, sa présence. Qu'est-ce que ça peut bien faire ! Pourquoi ne pas lui dire ? C’était quelque chose d’amical à faire, n’est-ce pas ? Ça ne voulait pas nécessairement dire que je voulais la déshabiller et manger des Sunday au caramel sur son estomac.

« Hey Robyn, ça fait longtemps. »Je lui souris timidement. « Ça me fait plaisir de te voir. »

Elle me fit un signe de la tête, sa bouche se tordant en un sourire honnête. « Caidence. »

Je rougis.

Bon sang.

« Oui, Robyn, ça fait longtemps qu’on ne t’a pas vue. » gronda la voix profonde de Micah, éloignant l’attention de tout le monde de moi. « Qu’est-ce qui t’amène ? On ne te voit pas normalement pour ces trucs préliminaires. Ils vont faire quelque chose de grand pour le dernier épisode ? »

Robyn fit le tour de la table, ignora la chaise que Arturo avait tirée et s’assit sur la chaise qui était près de moi. C’était normalement la chaise de Liz, mais je n’allais sûrement pas lui faire remarquer.

« Tout ce que je sais c’est que j’ai reçu un message hier soir me disant de venir ici ce matin à 9 heures tapantes. » Elle haussa les épaules. « Et me voilà. »

Ça tu l’es, je pensais tout un prenant une gorgée d’eau dans le verre, en face de moi, l’observant furtivement pendant que son attention était sur Micah.

« Oui, ça tu l’es, » dit Arturo avec son charme onctueux et parfaitement accentué.

Oh mon Dieu. J’étais Arturo au féminin.

Je m ‘étranglais et avalais, toussant à m’en mouiller les yeux. Josiah tapa lourdement dans le dos.

« Doucement Joe, tu vas la tuer. » Dit Robyn, mettant sa main sur mon bras. Joe cessa sa raclée et Robyn se pencha l’inquiétude se lisant don visage. « Ça va, Caid ? »

« Oui, » je grinçais après un moment, occupée à essayer de respirer malgré sa proximité ou le fait qu’à mon souvenir, c’était la première fois qu’elle utilisait mon diminutif.

« Yo Caid, ça va ? »

Je levais la tête et donnais à Danny un sourire pâle. « Oui Danny, je vais bien. »

Je toussais une dernière fois et clignais rapidement des yeux.

Merde. Ma gorge était irritée, j’avais mal au crâne et j’étais extrêmement embarrassée.

Mais du bon côté, la main de Robyn était sur mon bras et elle me regardait avec inquiétude… la vie pourrait être pire.

« De l’eau ? » Elle enleva sa main et prit mon verre toujours à moitié plein de la table.

« Oui, merci. »

La conversation reprit autour de nous et je bus une gorgée que j’avalais avec précaution.

« Hey. » Sa voix était douce.

Je la regardais avec interrogation.

« C’est bon de te voir aussi. » Elle me sourit et frappa mon épaule avec la sienne. « Tu m’as manqué. »

« Oui ? » je lui demandais avec un sourire stupide.

« Oui. »

Nous nous sourîmes et je me sentis triste et ravie en même temps.

Robyn était belle, intelligente, marrante…

Et complètement hétéro.

Il est possible que je ne mange jamais de Sunday sur son estomac mais je pouvais peut être l’inviter à prendre un café un fois, ou à dîner, ou à faire une randonnée, juste en tant qu‘amies.

Parce que je réalisais que j’appréciais sincèrement Robyn en tant qu’amie.

Sur un coup de tête je lui demandais, « Tu fais quelque chose après ? Pour le déjeuner ? »

« Je dois être de retour sur ‘En leur défense’ à 13h30.» elle me répondit en haussant le sourcil mais sans hésitation.

« Ça te dit de m’accompagner pour un petit voyage ? »

« Et bien, je ne peux certainement pas dire non à ça. »

« Génial, je… »

La pièce devint silencieuse quand le créateur de la série, Grant Hardy, entra avec deux des producteurs exécutifs, deux co exécuteurs et quatre scénaristes comprenant le premier scénariste, Dorn Talren.

Bon sang, qu’est ce qui se passait ? Dorn assistait rarement à ces trucs et Grant jamais. Et combien de producteurs exécutifs il nous fallait pour faire la lecture préliminaire d’un scénario ?

Je regardais Robyn qui avait l’air aussi perplexe que moi.

« Bonjour tout le monde ! » tonitrua Grant.

Un chœur de saluts adoucis accompagna le groupe pendant qu’il s’installait autour de la longue table et que Grant contemplait les membres de son cast.

« Où est Liz ? »

« Ici Grant , » provint la réponse de la porte tandis que Liz entrait dans la pièce, fronçant légèrement les sourcils quand elle remarqua Robyn à la place près de moi. Elle me dépassa, me serrant l’épaule pour me saluer et prit la chaise libre de l’autre côté de Robyn.

« Bien. Je n’aurais pas voulu que tu loupes ça. Après tout c’était partiellement ton idée. » Il fit un signe à un des scénaristes qui commença à distribuer des copies du script autour de la table.

Liz parut confuse pendant un instant puis sourit brillamment. « Tu as aimé ? »

« Très certainement. Le concept en tout cas. On a changé des choses dont on pense qu’elles marcheront mieux. »

Son sourire chancela mais elle pris le script en hochant la tête.

« Maintenant, » il tonitrua. « Vous vous demandez probablement tous ce qu’il se passe. »

Il y eut des hochements de tête prudents autour de la table et Grant sourit. « Vous savez tous que la série marche bien. Nous avons été dans le top 5 de notre tranche horaire pendant toute la saison et les chiffres continuent de monter. Les cadres pensent que ça montre que nous devons garder les choses comme elles sont, mais je ne suis pas arrivé à ma place en me reculant et en étant prudent. Je vois ça comme une opportunité de prendre des risques. Le dernier épisode de la saison va nous préparer à de grandes choses pour l’année prochaine. »

Il se leva et commença à faire les cent pas. « Nos chiffres sont les meilleurs pour la tranche 18-49 ans et c’est parfait pour ce à quoi nous pensons vu que c’est démographiquement une tranche d’âge légèrement plus ouverte d’esprit que les plus vieux ou les plus jeunes. » Il se stoppa et appuya ses mains sur la table, attrapant le regard de chaque membre du casting. « Nous allons en profiter et écrire l’histoire de la télévision en même temps. »

Il s’assit et ouvrit son exemplaire du script. « Commençons. »

Il y eut une pause pleine d’attente et finalement Micah se racla la gorge. « Grant ? Tu ne vas pas nous dire… »

Le créateur leva la main. « Non, je veux que vous regardiez ça sans pré conception. Comme le feront les téléspectateurs. »

Micah haussa les épaules et ouvrit son script, imité par le reste d’entre nous ;

Les scripts étaient divisés en 4 actes, comptant chacun à peu près 15 minutes de la série et contenant 3 à 5 scènes. Ce script était bon, rappelant quelques intrigues d’épisodes précédents impliquant Robyn et jouant sur la tension développée entre son personnage et le mien pendant la tristement célèbre scène du placage contre le mur.

La bombe n’explosa pas avant la moitié du quatrième acte, juste avant la scène finale.

La scène était encore entre nos personnages, Rita et Judith, échangeant des piques pendant une descente au bureau de Judith.

Je lu mes lignes puis allais un peu en avant pendant que Robyn lisait les siennes remarquant que cette fois c’était le personnage de Robyn qui était agressif, poussant Rita contre le mur et …

Je tournais la page de manière absente.

… l’embrassant.

Je relus les dernières lignes, cillant à cause du choc. A côté de moi, la voix de Robyn bégaya et s’arrêta.

« Quoi !?! » Liz poussa un cri strident, me tirant de mon ébahissement. Je regardais vite Robyn.

Elle fixait les pages avec de grands yeux et le visage très pâle.

« Grant, ce devait être moi ! » fulmina Liz. « Cette histoire était pour moi ! Tu te souviens de notre conversation ? Moi voulant prendre quelques risques et me diversifier ? »

« Liz, chérie, calme toi, » dit l’homme de manière apaisante, « nous avons vraiment aimé l’idée mais quand on l’a proposée à un échantillon de spectateurs, les gens ne voulaient pas te voir embrasser une autre femme. »

« Mais il voulait la voir elle ? » Les mots et le regard qu’elle m’adressa étaient venimeux, incrédules.

J’inspirais brusquement. Ça faisait un petit moment que je n’avais pas eu à recevoir une des tirades de Liz. J’avais oublié quelle peste elle pouvait être.

« Et bien en fait, oui. Son personnage au moins, » dit Grant, faisant signe à l’un des producteurs exécutifs. « Raj ? »

Raj Maris remua quelques papiers en face de lui, sortant une feuille bleu pale. « Nous avons sondé un groupe de 18 à 35 ans, et seulement 13% du groupe croyaient que Jen embrasserait une femme, et juste 2% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne. Pour Rita » il me jeta un coup d’œil, « 71% croyaient qu’elle embrasserait une femme et 40% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne, plusieurs ont d’ailleurs commenté qu’ils pensaient qu’elle l’était déjà. »

Seigneur. 40% du public savait avant moi.

« Les chiffres pour Judith sont plus hauts que ceux de Jen mais pas aussi hauts que Rita, sauf quand ils étaient interrogés spécialement sur le couple Jen/Rita – beaucoup ont dit que la scène dans ‘Craquement’ leur avait fait se poser des questions. »

« Putain de merde ! » dit Danny, comprenant enfin pourquoi toute cette agitation. « Tu vas rendre Caid lesbienne ? Et Robyn ? » Son ton était incrédule.

Il y eut d’autres murmures autour de la table.

« Je suis quasiment sûre qu’il pense à nos personnages, Danny. » Dit Robyn d’un ton amusé, son sang froid retrouvé. « Caid et moi n’allons pas nous changer tout à coup en lesbiennes… désolée de te décevoir. »

Danny eut l’air anéanti.

Je comprenais sa douleur. Ça ne m’aurait pas dérangé non plus que Robyn se change en lesbienne.

La colère de Liz s’était transformée en un état de choc. Je doutais qu’elle ait déjà été aussi bas dans les sondages depuis le début de sa carrière. Elle fixa le script puis le referma doucement.

Uh-oh.

Ce n’était jamais bon quand Liz faisait les choses doucement.

Elle se leva et me regarda un instant. Elle avait l’air blessée, comme si je l’avais trahie.

Ça me tua.

« Liz… » Je ne savais pas ce que j’allais dire mais je voulais dire quelque chose pour arrêter ce regard. 

« Je ne veux pas te parler maintenant, Caid, » elle dit, levant la main. « Je ne peux pas croire que tu… » Elle secoua la tête et quitta la pièce.

« Nom de Dieu ! » Je lâchais une fois que la porte se soit fermée derrière elle. Je jetais mon script et passais nerveusement ma main dans mes cheveux. « Je n’ai rien fait ! » Je m’attaquais à Grant. « Merci pour l’avertissement. Bon sang, ça a peut être ruiné définitivement notre relation de travail sans mentionner notre amitié – ça aurait été sympa de nous prévenir. »

La pièce devint mortellement silencieuse.

Personne ne parlait comme ça à Grant.

Surtout pas une ex actrice de pub pour la bière.

Une ex actrice de pub pour la bière très dispensable qui avait choisi un moment extrêmement stupide pour perdre son calme.

Sous la table, Robyn m’attrapa la cuisse et la serra durement, me disant sans mots de la fermer.

J’inspirais plusieurs fois pour retrouver mon contrôle. Grant me regardait, les yeux plissés.

« Grant, » dit Robyn d’un ton que je n’avais jamais entendu. Il était plein de promesses, faisait allusion à des fantasmes se réalisant et faisait se tortiller inconfortablement dans leurs fauteuils tous les hommes de la pièce. C’était le sexe, la chaleur et les interdits… fait pour attirer l’attention pour que Robyn puisse faire ce qu’elle veule.

Putain. J’avais besoin d’un truc comme ça.

« Grant, tu crois que Caid et moi on pourrait discuter avec toi en privé après la lecture ? Je pense qu’il y a des choses dont il faudrait discuter. » Son sourire promettait la même chose que sa voix, et plus.

Nom de Dieu. Et je croyais que Liz était bonne à ça.

J’enlevais sa main de ma cuisse et la mis doucement sur son genou. Même si j’étais consciente de son but manipulateur, j’étais loin d’être indifférente à l’aura soudaine ‘viens et sers toi’ dégagée par Robyn. Sa main sur cette partie de mon anatomie… je pouvais faire sans.

Elle me regarda rapidement et je lui fis un sourire crispé, lui assurant que j’avais repris le contrôle sur mes envies suicidaires d’insultes de producteur.

« Bien sûr, Robyn, » Grant acquiesça docilement, oubliant un instant mes transgressions. Il regarda autour de la table. « En fait, pourquoi on n’en reste pas là ? Lisez le reste de votre côté et parlez à Kenny ou Brenda si vous avez des commentaires ou des suggestions avant la réunion des scénaristes demain à 14h. Okay ? »

Joindre ses lèvres et les appliquer sur les fesses insultées.

Je me levais quand le dernier scénariste quitta la pièce, ignorant l’avertissement du regard de Robyn.

Avant, je travaillais dans l’industrie du service. Le léchage de cul était une de mes spécialités.

Bon, je n’ai pas la beauté classique de Robyn ou Liz, mais j’ai de grands yeux verts expressifs et une bouche large et pleine qui avait été qualifiée récemment d’une des 20 plus embrassable de la télévision. Je tournais ces grands yeux vers Grant et adoptais une expression affligée.

« Grant, je suis vraiment désolée de t’avoir parlé comme ça. J’étais contrariée par la réaction de Liz, et je n’avais aucune raison de te parler de cette manière. » Je mis une main sur son bras. « J’espère que tu peux accepter mes excuses. Je te promets que ça n’arrivera plus jamais. »

Après quelques instants de moi agenouillée près de lui, l’essence même de la supplique, Grant hocha la tête. « Fais attention à ce que ça ne reproduise pas. Fais attention. »

« Ça ne se reproduira pas. » Je serrais son bras et me redressais, souriant légèrement à l’expression surprise de Robyn.

Je suppose que je ne pouvais pas lui en vouloir d’être surprise, jusqu’à peu elle avait l’impression que j’avais l’intellect et la maturité d’une personne de 12 ans.

Je revins vers ma chaise et m’affalais lourdement dessus, le problème avec Liz me préoccupant maintenant que j’avais sécurisé mon emploi.

J’avais oublié toute cette histoire d’embrasser Robyn devant un groupe de caméras. Pas pour longtemps.

« Grant » dit Robyn, « à propos du scénario. J’aurais vraiment préféré que tu m’en parles avant de l’approuver. C’est quelque chose dont j’ai besoin de parler avec Mark. » Mark Goodhead était son agent et Robyn souhaitait lui parler pour savoir si cela pourrait affecter la suite de sa carrière.

« Tu dois parler à quelqu’un toi aussi ? » Me demanda Grant me ramenant dans la conversation. Son visage avait un air prédateur – une mauvaise réponse j’aurais rampé pour rien.

Ça faisait beaucoup plus longtemps que moi que Robyn était dans le métier, mannequin pendant les premières années avant de se mettre à jouer. Robyn Ward s’était suffisamment fait un nom pour pourvoir refuser le script et supporter les conséquences. Pas Caidence Harris. Malgré la popularité de ‘Central 9’, j’étais toujours une nouvelle venue dans le métier et je ne pouvais pas me permettre de refuser. Surtout après m’être comportée comme une conne avec l’homme qui pourrait briser ma carrière avec quelques mots.

Il le savait et je le savais.

« Non, ça me va. » Je lui répondis comme il savait que je le ferais.

Dans huit jours, nous commencerions à tourner ce scénario et j’embrasserais une femme face à la caméra. Cela dépendait de Robyn de qui serait cette femme.

 

 

Nous sommes retournées en silence à la caravane après la réunion avec Grant, je pensais à Liz et à comment réparer notre désaccord. Je penserais plus tard à embrasser Robyn ou une autre femme.

Quand je pourrais paniquer en privé.

Robyn était au téléphone en train de prendre rendez vous avec son agent. Elle lui disait qu’elle avait besoin de lui parler d’une « opportunité intéressante. »

Une manière intéressante de le formuler.

Nous avons traversé le terrain et mon pas ralentit tandis que nous passions devant la caravane de Liz. Je sentis une douce pression sur mon bras.

« Je ne pense pas qu’aller lui parler maintenant soit une très bonne idée, Caid. » dit doucement Robyn. J’hésitai et elle m’arrêta en enveloppant ses longs doigts autour de mon poignet. « Fais moi confiance, Caid. Laisse la tranquille un moment. Essaie demain. »

Elle me poussa légèrement en direction de notre caravane et recommença à marcher. Nous entrâmes dans la caravane sans parler, je marchais tout en rassemblant distraitement quelques bricoles que j’avais laissées ce matin, avant la lecture.

« Caid… »

Je me retournais, clignant des yeux. « Hmmm ? »

Elle eut l’air de vouloir dire quelque chose puis de changer d’avis. « Alors, c’était quoi ce petit voyage dont tu parlais. J’ai… » Elle regarda la volumineuse montre en argent à son poignet, « deux heures et demi, à prendre ou à laisser. »

« Oh ». Je la fixais stupidement.

« Ça tient toujours non ? Tu m’as promis un déjeuner, Harris. Ne me laisse pas tomber. »

Mes lèvres formèrent un sourire. « Et bien, je détesterais te décevoir. »

« Bien. Je déteste être déçue. » Elle leva les bras et se regarda. « Suis-je habillée de manière appropriée ? »

Je penchais la tête, savourant l’opportunité de pouvoir l’observer de la tête aux pieds.

« Tu es parfaite. » je lui dis, et je le pensais. Je regardais ses pieds. « Elles ont l’air plutôt confortables. Tu peux marcher dans ces sandales ? »

Elle haussa les sourcils. « Je vais devoir ? »

« Il y a de fortes probabilités, » je lui répondis vaguement.

« Je peux. »

« Alors, comme je le disais c’est parfait. »

Je souris et pris sur la table un petit sac. « Allons nous en d’ici. »

Je la conduis à mon bébé ; une Audi S4 décapotable bleu métallisé. Ça avait été mon premier gros achat après avoir signé un contrat de quatre ans pour C9, complètement frivole et très peu pratique, je l’adorais.

La capote était déjà baissée je ne l’avais pas remise ce matin quand j’étais arrivée et je lançais mon sac sur la baquette arrière, ouvrit la porte et m’installais derrière le volant.

Robyn se déplaça doucement autour de la voiture, la jaugeant. « Oh Caid, je ne savais pas que c’était la tienne. Je me demandais. Cette voiture est géniale. » Robyn traîna son doigt sur le capot tandis qu’elle allait de l’autre côté, ouvrait la porte et s’installait à côté de moi. « J’ai toujours voulu un cabriolet mais je suis désespérément pragmatique sur ce genre de choses. » Elle passa son doigt sur le tableau de bord. « C’est trop cool. »

Putain de chanceux de tableau de bord.

Je tapotais le volant. « Twila, voici Robyn. Robyn, voici Twila. »

Oui, je donne des noms à mes voitures.

Je sais je suis ringarde, et j’étais définitivement en train de le laisser paraître à Robyn, mais je n’en avais pas grand-chose à faire. J’étais contente de quitter le studio et d’être en sa compagnie.

Elle tapota le tableau de bord, son expression était sérieuse. « Ravie de te rencontrer Twila. »

Cette femme est parfaite.

Je secouais la tête et fouillais mes poches pour chercher les clés, je grognais lorsque je me souvins que je les avais laissées dans mon sac. J’attrapais mon sac par l’espace entre nos deux sièges et le mis sur mes genoux, pris les clés et fouillais encore un peu avant d’extraire une casquette délavée venant d’un événement caritatif auquel j’avais participé il y a quelques années.

« Il peut y avoir du vent, » je lui dis en lui tendant la casquette avant de refermer le sac et de le remettre à l’arrière.

« Merci. » Elle passa sa longue natte dans le trou à l’arrière de la casquette et la positionna sur sa tête. « Alors, on va où ? »

Elle avait l’air adorable. Comment quelqu’un pouvait-il avoir l’air d’air si sexy et si adorable en même temps ? Je secouais la tête et démarrais la voiture.

« Déjeuner. »

Elle s’appuya contre le cuir et sourit. « Déjeuner. »

Le studio était situé sur le côté ouest de Pasadena et je pris la 210 pour un moment avant de sortir au nord de Lake Avenue. Sans la capote faire la conversation était difficile, mais ne pas parler ne semblait nous déranger ni l’une ni l’autre, nous apprécions simplement le soleil et la légère brise. Nous nous arrêtâmes chez un épicier dans lequel je rentrais pour prendre un sac de nourriture et nous continuâmes à travers Altadena et sur Chaney Trail.

Je surpris le sourire de Robyn du coin des yeux lorsque nous passions le panneau nous indiquant que nous rentrions dans la forêt nationale de Angeles. Je soupirais de soulagement, ne réalisant pas que j’avais été inquiète qu’elle n’apprécie pas notre destination. Je garais la voiture, remarquant avec satisfaction qu’il n’y avait que quelques voitures de garées.

Robyn se tourna vers moi, toujours souriante. « Donc, c’est ici le déjeuner ? »

« Nan. » J’attrapais le sac de nourriture, re capotais la voiture et remontais les vitres, ne voulant tenter personne avec une voiture grande ouverte. « Tu vas devoir travailler un petit peu pour ton déjeuner. »

J’ouvris la porte et sortis, et elle fit de même.

« Hey, » elle dit en claquant la porte. « Tu n’avais rien dit à propose de travailler pour son déjeuner. »

Je me contentais de sourire et commençais à marcher, sûre qu’elle suivrait. Nous marchions à travers la forêt, suivant les panneaux indiquant les chutes de Millard Canyon. Le sentier suivait la rivière à travers un petit canyon ombragé et nous atteignîmes les cascades en moins de 15 minutes. L’espace autour des chutes était vide ; les propriétaires des voitures devaient avoir marché plus loin derrière les cascades.

Je nous menais hors du sentier, au dessus de quelques rochers et sous un grand chêne près de la paroi du canyon, m’installant sur un rocher plat. Robyn s’assit gracieusement à côté de moi, regardant la cascade de 25 mètres juste devant nous. Le courant était fort du aux pluies récentes et les cascades étaient impressionnantes. Nous n’avions pas parlé pendant la courte marche et le silence avait semblé confortable, pas du tout gêné.

J’ouvris le sac de l’épicerie et le bruissement du papier attira l’attention de Robyn. Elle me regarda.

« Donc, c’est ici le déjeuner ? » elle me demanda avec espoir.

Je sortis du sac deux sandwiches, deux bouteilles d’eau, un paquet de chips, une pomme, une orange et un brownie, ainsi que quelques serviettes.

« C’est ici le déjeuner. » Je lui tendis un sandwiche et une bouteille d’eau. « Pomme ou orange ? »

« Orange s’il te plait. »

Je lui tendis l’orange et bus une gorgée d’eau tandis qu’elle déballait son sandwich.

Elle ouvrit le sandwich, fronçant légèrement des sourcils. « Rosbif ? »

« J’ai dinde et avocat, si tu préfères je prendrai celui la. »

Elle regardait toujours le sandwich. « Et si j’étais végétarienne ? »

Je buvais encore de l’eau et je m’arrêtai en pleine gorgée. J’abaissais la bouteille.

« Tu l’es ? » Merde. J’aurais du demander au lieu de supposer…

« Pas du tout. » Elle prit un énorme morceau de son sandwich, le mâchant avec bonheur pendant un moment avant d’avaler. « Je me demandais juste comment tu savais que j’aimais le rosbif. »

Je soupirais de soulagement. « Tu as juste l’air d’une fille qui aime le rosbif. »

Elle s’arrêta de manger un moment, réfléchissant à ça. « Je ne sais pas comment je dois le prendre. »

« Je ne voulais pas… »

« Caid », elle rit et mangea un autre morceau. « Je plaisante. »

« Oh »

Nous fûmes silencieuses pendant un moment, mangeant notre déjeuner et écoutant le fracas de l’eau sur les rochers. Quand je finis, je fis une boule avec le papier ayant enveloppé mon sandwich et le remis dans le sac. 

« C’était comment le Brésil ? » je lui demandais au bout d’un moment, ouvrant les yeux et les dirigeant sur elle. « Tu sais qu’ils t’ont montré presque autant que Josh ? »

Elle rit. « Caid, c’était incroyable. C’était fou. Je regardais le court pendant un point vraiment disputé et la caméra qui était sensée être sur les joueurs était dirigée sur moi. Mon Dieu, et chaque fois qu’on allait quelque part, il y avait tous ces photographes qui nous suivaient… »

« Ça semble vous arriver aussi aux Etats-Unis. »

« D’une certaine manière oui, mais rien qui ne ressemble à ça… Josh adore l’attention pourtant. » Elle frissonna. « Ugh, je ne peux pas le supporter. »

Ça m’a surprise. Elle semblait être à l’aise sous les projecteurs, comme si elle l’aimait.

« Josh a bien joué, » je dis après quelques minutes de silence.

« Je trouve aussi. » Elle pencha sa tête en arrière et ferma les yeux, attrapant un rayon de soleil perçant le feuillage et m’offrant une vue excellente de sa gorge, douce et embrassable et de son décolleté. Je regardais ailleurs et me raclais la gorge.

« Ce match contre Gruspania… c’était serré. »

Elle sourit, les yeux toujours fermés. « J’avais peur qu’il soit contrarié après celui là… c’est un gros bébé quand il pense qu’il n’a pas joué aussi bien qu’il aurait pu. Il ne l’était pas finalement. »

Nous étions toutes deux silencieuses pendant quelques minutes et Robyn se mit à rire. « En fait, il aimerait bien te rencontrer. »

Je la regardais d’un air perplexe. « Ah bon ? »

« Oh, il ne l’admettra jamais mais je me souviens que quand j’ai commencé à faire des scènes sur Central 9, Josh était tout excité que je travaille avec Caidence Harris, la fille Balentine la plus sexy.

« Oh mon Dieu », je grognais et fermais les yeux. Pendant mon époque de pub de bière, j’avais représenté Balentine Pilsner, une bière de style allemand, produite en Amérique avec un nom irlandais. Elle était étonnamment populaire, surtout dans les milieux étudiants. « Tu plaisantes. »

« Non, ses mots exactement. » Elle se tut pendant quelques secondes. « J’aimerais bien le faire. »

J’ouvris les yeux et la regardai. Elle m’observait mais détourna son regard.

« Faire quoi ? »

Son regard revint vers moi. « Te le présenter. On pourrait peut être aller dîner un soir. Tu pourrais emmener … quelqu’un si tu veux… enfin, si tu vois quelqu’un… » Son débit rapide au début finit en balbutiement. Elle se remit à regarder les cascades.

Génial. Une conversation entre filles sur ma vie amoureuse avec l’objet de mon affection.

« Je ne vois personne. » lui dis-je avec un sourire narquois. « Franchement, je ne sais pas où tu trouves le temps. Généralement, je m’écroule sur mon lit dès que j’arrive à la maison. J’ai à peine assez d’énergie pour me brosser les dents alors voir quelqu’un. Et ça serait sympa au fait. »

Elle m’avait écoutée avec attention et son front se fronça à la dernière partie. « Pardon ? »

« Un dîner, »je clarifiais. « Ou autre chose avec toi et Josh. Si tu es okay avec juste moi, non accompagnée. »

« Ça ira très bien. Demain soir ? » Elle me demanda avec espoir.

« Ummm… » Elle m’avait pris de court. Je repassais mon programme pour le lendemain. « On tourne en ville demain et je n’aurais sûrement pas fini avant huit heures… »

« Viens à la maison. Josh s’occupera du grill. Il ne sait pas faire cuire un œuf mais qu’est ce qu’il maîtrise le grill. » Elle me toucha brièvement le bras. « A moins que ce ne soit trop tard ? »

Sa tête était penchée sur le côté, elle me regardait de ses yeux incroyablement sombres. Elle avait laissé la casquette dans la voiture et des mèches de cheveux sombres étaient sorties de sa natte pour venir caresser son visage.

Je respirais difficilement, submergée par une avalanche d’émotions. Parfois, le simple fait de la regarder provoquait ça en moi. Elle était tellement belle… j’en avais presque mal.

« Non, ce n’est pas trop tard. J’adorerais ça. » Je réussis à lui dire.

Elle me lança un sourire éclatant et nos regards se croisèrent, la douleur s’intensifia.

Je sautais sur mes pieds, époussetant la saleté de mon jeans et rassemblant les restes de notre déjeuner. « On ferait mieux de rentrer. »

« Oh… ouais. » Elle avait l’air déçue mais se redressa doucement. « J’imagine. » Sa main passa sur mon bras, laissant un chemin de délicieux picotements sur son passage. « Merci Caid. C’était vraiment très agréable. Tu fais ça souvent ? »

Je regardais aux alentours pendant un instant, le temps de retrouver mon équilibre et haussai des épaules. « Ça dépend je suppose. J’aime bien m’éloigner du plateau quand je peux et il y a beaucoup d’endroits à Los Angeles à moins d’une demi heure, trois quarts d’heure de voiture… J’ai choisi celui ci parce que c’était près et que je ne savais pas combien de temps tu voulais marcher dans ces sandales. Normalement, je préfère marcher un peu plus. »

« Je laisserai une paire de chaussures de marche dans la caravane comme ça la prochaine fois, je serai préparée. » Elle étira ses bras au dessus de sa tête, se penchant d’un côté puis de l’autre pour relaxer son dos ; elle ne remarqua donc pas l’énorme sourire sur mon visage.

La prochaine fois.

La vache. J’aimais la manière dont ça sonnait.

Je rassemblais nos ordures et déballais le brownie, le cassant en deux et tendant une moitié à Robyn.

« De l’énergie » je lui dis, « pour le chemin du retour brutal et long. »

Elle regarda la friandise avant de la prendre avec un soupir de résignation. « Si je continue à traîner avec toi, je vais devoir ajouter un autre kilomètre à mon jogging matinal. »

Je souris et pris un morceau, mâchant avec bonheur. « Tu cours ? »

Elle hocha la tête tout en grignotant délicatement son morceau. « Oui, j’ai commencé à l’université…c’est devenu une habitude maintenant. Je nage aussi environ deux fois par semaine. C’était ça ou arrêter de manger et j’adore manger. »

Voilà qui expliquait ses bras longs et puissants et ses épaules bien développées.

« Quelle distance tu cours habituellement ? »

« A peu près huit kilomètres je suppose. »

Je hochais la tête. C’était aussi ce que je faisais la plupart des matins. Je lui dis nonchalamment, « on devrait y aller ensemble un jour.»

Elle sourit. « Bonne idée. Ce sera bien de courir avec quelqu’un à nouveau… j’avais l’habitude de courir avec Josh mais il s’est mis dans la tête l’attitude ‘je suis un athlète professionnel et je dois t’écraser’. » Dit elle, prenant l’accent de Arnold Schwarzenegger à la fin de la phrase. «  J’ai fini par lui dire d’aller essayer d’écraser quelqu’un d’autre. Maintenant il paye quelqu’un pour se faire écraser. »

Je ris et engouffrais le reste du brownie avant de nous remettre sur le chemin et nous commençâmes à marcher côte à côte.

« Je promets de ne pas t’écraser. En fait, avec ces jambes interminables, je pense que c’est toi qui vas m’écraser. »

Jésus. Je ne viens pas de dire ça ?

Robyn me lança un regard étrange mais ne fit aucun commentaire. « Deal. »

Nous marchâmes calmement pendant quelques minutes, Robyn se mettant derrière moi quand nous croisâmes un groupe de trois femmes d’âges moyen bavardant se dirigeant vers les cascades. La femme en tête du groupe cligna des yeux en me reconnaissant.

« Bonjour, » je dis quand ses yeux s’agrandirent de surprise.

« Bonjour Mesdames. » la voix grave de Robyn détourna son attention et ses yeux s’agrandirent encore plus. Elle ralentit et nous regarda passer la bouche ouverte. Les deux femmes derrière elle, absorbées dans leur conversation, se cognèrent dans son dos en piaillant de surprise. Robyn et moi continuâmes de marcher, souriant légèrement au son des chuchotements rapides derrière nous.

Robyn fit deux grands pas et se retrouva à nouveau à mes côtés, regardant les parois du canyon avec un sourire satisfait. Elle semblait à l’aise dans ce genre d’activité.

« Je suppose que tu ne fais pas de VTT ? » je lui demandais soudainement.

« Je n’en ai jamais fait. » Elle me regarda et sourit. « Mais j’ai eu envie d’essayer. »

La vache.

 

 

Trente minutes plus tard je garais Twila à ma place de parking, je ris quand Robyn tapota doucement le capot et chuchota, « merci ».

« Tu devrais peut être t’en acheter une Robyn. » Je sortis, attrapai mon sac et je le passai sur mon épaule.

Elle se mit à marcher à côté de moi. « Je n’en ai plus besoin maintenant, je n’aurai qu’à te demander de me conduire. »

Je pense qu’elle s’attendait à une répartie mais vu que cela ne me posait absolument pas de problème, je me contentais de sourire.

Nous marchâmes jusqu’à la caravane, j’entrais la première, m’arrêtant abruptement quand je vis une Liz à l’air hagard sur mon canapé.

« Caid.. » elle fit mine de se lever mais retomba lorsqu’elle aperçut Robyn derrière moi. Elle fronça des sourcils, son regard passant de Robyn à moi.

Robyn s’avança légèrement, sa pose détendue mais subtilement agressive. Je la regardais avec surprise.

Robyn me défendant ? Cette pensée me rendit ridiculement heureuse, que ce soit vrai ou pas.

Je mis ma main doucement sur son bras et me mis en face de Liz. « Liz… je suis contente que tu sois là… »

Les yeux de Liz décochèrent des regards à chacun de nos visages puis à ma main toujours sur le bras de Robyn. Elle fronça encore plus des sourcils. Elle nous fixa pendant un instant, secoua légèrement la tête et se leva.

« Bonjour Robyn. Ça te dérange si je parle une minute à Caid ? »

Robyn me lança un regard interrogateur, je lui souris, lui assurant que tout allait bien. Elle regarda Liz. « Bien sûr Liz. Je dois retourner à En leur défense de toute façon. » Elle mit une main sur mon épaule et serra doucement. « Merci pour le déjeuner Caid. C’était le meilleur que j’ai eu depuis un moment. Je t’appelle pour demain ? »

Je hochais la tête en souriant, Robyn lança un dernier regard à Liz et sortit.

Le front de Liz se plissa tandis que la porte se fermait. « Qu’est ce qui se passe avec elle ? »

Je haussais les épaules et l’observais en essayant de jauger son humeur. J’espérais qu’elle était là pour mettre les choses à plat mais il était tout à fait possible qu’elle était là juste pour me crier après… je n’aurais pas du libérer Robyn après tout.

Elle se tourna brusquement vers moi et me serra dans ses bras brièvement mais avec force. Liz n’était pas quelqu’un de tactile et la surprise me figea. Avant que j’aie pu répondre, elle recula l’air gêné.

« Liz… »

« Tiens. » Elle me poussa quelque chose et j’ouvris automatiquement la main pour le prendre. « Je suis désolée d’avoir été une telle conne, Caid. Je n’ai jamais voulu être comme ça avec toi. »

Je regardais l’objet entre mes mains. Trois barres miniatures de Cookies’N Cream.

« Paula m’a dit de t’offrir des fleurs ou quelque chose comme ça mais je sais que tu détestes ces trucs vu comment elles meurent et empestent ta caravane, et putain, tout le monde envoie toujours des fleurs pour se rattraper, et je sais que tu adore ces machins au chocolat… » Liz balbutiait et je la regardais en souriant doucement.

J’adorais ces barres au chocolat débiles. Il y avait peut être quatre personnes sur terre qui savait ça sur moi. Liz s’en était souvenue, et sans l’aide de Paula.

J’adorais quand les gens me surprenaient positivement.

« … et j’étais juste tellement en colère après Grant de m’avoir laissée dans le noir… »

« Liz, ça va. »

Elle s’arrêta. « Vraiment ? »

Je hochais la tête. « Vraiment. »

Le soulagement fit se relaxer tout son corps et elle s’affala sur le canapé. « Merci mon Dieu. »

« Mais juste pour que tu saches, » j’ajoutais, « Liz la Charmante est toujours ma préférée. »

Elle se mordit la lèvre. « Je suis vraiment désolée Caid. »

« Je sais que tu l’es, cher. » Je déballais l’une des barres chocolatées et lui offris. « Tu en veux une ? »

Elle fit la grimace. « Ah ça non. Ces trucs sont répugnants. Je ne sais pas comment tu peux les manger. On dirait des cubes de lard avec des fourmis dedans. »

Le bonbon fit une pause dans son chemin vers ma bouche. Je le regardais avec beaucoup d’attention et vis qu’elle avait raison.

« Où est ce que tu as vu un cube de lard dans tout ta vie, mademoiselle ? » Je mis le bonbon dans ma bouche en essayant de ne pas penser à du lard ou des fourmis.

Elle renifla. « Je sais à quoi le lard ressemble. »

« C’est vrai que tu cuisines tellement souvent. »

« Hey, je regarde la chaîne cuisine… ces mecs adorent le lard. » Ses yeux s’agrandirent. «  Putain de merde, l’autre nuit je les ai vu faire ce truc avec une sorte de melon pas net et une partie d’un requin qui ne devrait jamais être montrée à la télévision ... »

Mon rire bruyant résonna contre les murs de la caravane. J’adorais cette femme et c’était sympa de me rappeler pourquoi.

Elle s’arrêta au milieu de sa phrase. « Quoi ? »

« Liz, ne change pas. »

Elle me sourit superbement. « Bien sûr que non, Sugar. Pourquoi modifier la perfection ? »

Pourquoi, effectivement.

Je ris encore et m’assis près d’elle sur le canapé.

« On est okay ? » elle me demanda encore.

« On est bien. »

Elle se tourna vers moi, soudain très sérieuse. « Tu fais partie du peu de vrais amis que j’ai ici, Caid. Je ne pourrais pas le supporter s’il y avait quelque chose qui vienne gâcher ça. »

« Ça me ferait aussi beaucoup de peine Liz, » je lui dis tout en lui tapotant la cuisse. « Et je pense que tu as beaucoup plus d’amis que ce tu crois. »

Je m’appuyais contre les coussins en soupirant. Aujourd’hui j’avais appris que mon futur sur C9 était sur le point de prendre un virage très intéressant, étais passée très près de terminer ma carrière, avais failli perdre une bonne amie, m’étais lancée dans une amitié prometteuse avec une femme dont je voulais bien plus que l’amitié… Ça avait été une grosse journée et on n’en était qu’à la moitié.

« En parlant d’amis, Robyn et toi aviez l’air plutôt copines. Je ne savais pas que vous passiez du temps ensemble ? »

« On n’en passait pas avant aujourd’hui. J’avais besoin de m’éloigner un peu du plateau et Robyn m’a accompagnée. »

«  Oh, Caid… tu ne l’as pas emmenée faire une de tes petites marches ? » Elle fronça le nez en signe de désapprobation. J’avais invité Liz une fois à l’un de mes petits voyages après lequel nous étions d’accord toutes les deux que je ne lui redemanderais plus jamais. Liz et la nature ça faisait deux.

« Elle a aimé. » Je lui dis, un peu sur la défensive.

« Je savais que cette fille avait quelque chose de bizarre… »

« Elle n’a rien de bizarre ! » La véhémence de mon ton nous surprit toutes les deux.

« Whoa, Caid je rigolais. En fait, j’aime plutôt bien Robyn. N’importe quelle personne qui peut faire taire Arturo avec un regard est okay selon moi. »

Je me grattais la tête et soupirais. « Désolée, je pense que je suis un peu à cran aujourd’hui. »

Le silence suivit pendant quelques minutes. Je regardais ma montre, remarquant que je devais bientôt aller au maquillage.

« Caid ? » Le regard de Liz était perdu dans l’espace et son expression perplexe.

« Hmmm ? »

« A ton avis, pourquoi personne ne pense que je pourrais embrasser une femme ? »

Ouh la la. Je savais que ces chiffres idiots allaient l’inquiéter.

« Je ne sais pas, Liz, mais je ne m’en inquiéterais pas trop à ta place. C’était juste un sondage. »

Elle hocha la tête et se tut pendant un moment.

« Tu as déjà ? »

J’étais en train d’observer paresseusement le plafond, je me tournais vers elle. « J’ai déjà quoi ? »

« Embrassé une femme ? »

« Non, » je lui répondis honnêtement après un instant d’hésitation.

Mais j’en ai eu envie. Comme j’en ai eu envie. Pendant la scène avec Robyn, à la lecture d’aujourd’hui, aux cascades et à chaque fois que Robyn entre dans une pièce…

« Tu en as déjà eu envie ? »

J’inspirais nerveusement et Liz me regarda de manière curieuse.

Je restais immobile pendant un moment puis me raclais la gorge et dis doucement, « Oui. »

Elle hocha pensivement la tête. « Ça doit être ça. Je n’ai jamais eu envie. D’embrasser une femme je veux dire. »

Je la fixais, je ne savais pas ce à quoi je m’attendais, mais certainement pas à une logique calme.

Elle se leva en utilisant un accoudoir et un de mes genoux. « Bon, je dois être au studio à deux heures. Paula devrait être à la porte d’un moment à l’autre. Autant lui épargner le voyage. » Elle s’arrêta à la porte. « Je suis contente qu’on soit okay, Caid. »

Je retrouvais ma voix. « Moi aussi. »

Elle ouvrit la porte et regarda au dessus de son épaule. « Et ne pense pas qu’on en ait fini avec le fait d’embrasser une femme. On reparlera de ça plus tard. »

La porte se ferma avec un vif snick.

Je grognais et mis ma tête dans mes mains.

Génial. Juste génial.