07 février 2009
Et dans son propre rôle, chapitre 3
CHAPITRE
TROIS
L’épisode de Kreizeck, intitulé
« Craquement », avait fini d’être tourné au début de la semaine
suivante, et malgré mes doutes originaux et l’intense aversion que j’avais pour
l’homme, à la fin de la post production,
l’épisode se révéla être un de meilleurs que nous ayons jamais tourné. Nous
étions néanmoins tous contents5 de retrouver nos réalisateurs habituels, et
les semaines suivantes passèrent
rapidement tandis que nous nous réinstallions dans notre routine.
‘C9’ marchait sur un cycle de 16 jours par
épisode, les huit premiers jours dédiés à la pré production comme le casting et
la recherche de lieux de tournage et les huit jours suivant dédiés au tournage.
En faisant tourner les réalisateurs et les équipes de production, ils étaient
capables de faire se chevaucher le pré production de l’épisode suivant avec le
tournage de l’épisode du moment, le département casting était perpétuellement
en train de recruter et les équipes de production étaient perpétuellement en train de préparer la semaine
suivante.
C’était un programme exténuant qui allait
de fin juillet à mi mai, et je savais que je n’étais pas la seule à attendre
les vacances d’été. Comme beaucoup d’autres membres du casting, j’avais
d’autres projets pendant les vacances, je serais donc occupée, mais un
changement de rythme serait vraiment le bienvenu.
Liz n’avait pas reparlé des redoutés
« écrivains d’Internet qui croyaient qu’elle était lesbienne » après
le jour de la conférence de presse, mais Paula m’avait dit qu’elle avait
demandé plus de sites et passait, au grand agacement de Paula, beaucoup de
temps sur l’ordinateur de son assistante.
Je commandai un nouvel ordinateur portable
en ligne et le donnais à Paula quand il arriva plusieurs jours plus tard, lui
disant de le garder et de donner l’autre à Liz. Elle sembla stupéfaite par ma
générosité, mais Seigneur, je gagnais plus d’argent que je n’étais capable de
dépenser… autant le dépenser pour des gens que j’appréciais.
Robyn fit sensation au Brésil pendant la
coupe Davis pendant qu’elle regardait de son siège VIP les services et les
revers de volées de Josh Riley gagner deux matchs, aidant les Etats-Unis gagner
la coupe. Son visage et sa peau bronzée
étaient montrés et commentés tellement souvent que c’était à se demander si
quelqu’un se rappelait que le but du voyage était le tennis. Je regardais
autant de matchs que je pouvais, ne faisant même pas l’effort de me mentir et
de me dire que j’étais là pour le tennis, même si c’était du sacrément bon
tennis. Je voulais juste voir son visage. Le souvenir de son corps contre le
mien ne faisait plus s’arrêter ma respiration mais était gravé dans ma mémoire
et n’allait pas s’en aller de sitôt.
Je la voyais peu et seulement au passage
depuis notre dernière scène, l’intrigue
dans laquelle elle avait impliquée sur ‘C9’ ayant été momentanément conclue, sa
présence n’était plus requise sur notre plateau, j’étais donc surprise de la
voir arriver un matin à une lecture préliminaire du dernier épisode de la
saison, plus d’un mois après le tournage de « Craquement ».
Le but d’une lecture était de réunir les
producteurs, le réalisateur et les membres récurrents du casting pour lire le
scénario de l’épisode suivant et de
permettre à chacun de faire des remarques ou de discuter de problèmes de lieux
de tournage ou de casting. C’était le seul rôle qu’avaient les acteurs dans le
processus de pré production et j’appréciais d’avoir l’opportunité de pouvoir
jeter un œil à ce que nous ferions la semaine suivante et de faire des
remarques.
J’arrivais dix minutes en avance et, après
m’être servi un verre d’eau, discutait paresseusement avec Josiah Rollins, un homme légèrement rond avec
des cheveux roux se clairsemant , et Micah Saams un beau géant avec une peau
chocolat et des yeux verts saisissants. Ces deux derniers étaient des membres
réguliers de l’équipe, jouant deux des quatre détectives de la série mis à part
Liz et moi.
Le reste du casting s’assit en face de
nous : Danny Lorenzo, un homme à femmes italien exubérant mais incontestablement sympathique, Henry
Stoddard, trapu, fort et chauve avec une
moustache foisonnante, et enfin Arturo Garza, une ancienne star de soap opéra
avec un sourire éblouissant, un accent
charmant et l’égo qui allait avec.
Je souris légèrement lorsque j’entendis Danny et Henry débattre
des détails de la dernière rumeur qui impliquait deux membres de l’équipe, plusieurs poulies et un outil électrique.
Ma phase d’amour des chèvres semblait être
enfin terminée. Peut être que les gens arrêteraient de bêler dans mon dos et de
faire des blagues sur des sandwiches au fromage de chèvre pendant le déjeuner.
On peut toujours espérer.
La porte s’ouvrit et Robyn entra,
s’arrêtant sur le seuil pour survoler la pièce.
« Salut tout le monde » dit-elle.
Danny s’arrêta au milieu d’une phrase et
Josiah et Micah devinrent silencieux.
Mon Dieu qu’elle était attirante.
Les cheveux en arrière retenus dans
une natte lâche balayant les angles nets
de son visage, un débardeur noir à bretelles fines montrant des kilomètres de
peau glorieusement bronzée, un paire de
jeans délavés qui couvrait ses jambes interminables, et des sandales plates et
simples exposant des ongles vernis bordeaux.
Arturo fut le premier à récupérer.
« Ah… Robyn. Tu es une vision, comme d’habitude. Je t’en pris, viens
t’asseoir avec moi. »
Il se leva et tira la chaise près de
lui, s’inclinant galamment. Je roulais
des yeux et quand je regardais Robyn, ses yeux étaient sur moi et son sourire
de Mona Lisa, rempli d’humour était bien
en place.
C’était bon de la voir.
Très, très bon.
Et pas simplement parce qu’elle faisait
s’asseoir et supplier mes hormones.
C’était plus que ça. Elle m’avait
réellement manquée, son sourire m’avait manqué, sa voix, sa présence. Qu'est-ce
que ça peut bien faire ! Pourquoi ne pas lui dire ? C’était quelque chose
d’amical à faire, n’est-ce pas ? Ça ne voulait pas nécessairement dire que
je voulais la déshabiller et manger des Sunday au caramel sur son estomac.
« Hey Robyn, ça fait
longtemps. »Je lui souris timidement. « Ça me fait plaisir de te
voir. »
Elle me fit un signe de la tête, sa bouche
se tordant en un sourire honnête. « Caidence. »
Je rougis.
Bon sang.
« Oui, Robyn, ça fait longtemps qu’on
ne t’a pas vue. » gronda la voix profonde de Micah, éloignant l’attention
de tout le monde de moi. « Qu’est-ce qui t’amène ? On ne te voit pas
normalement pour ces trucs préliminaires. Ils vont faire quelque chose de grand
pour le dernier épisode ? »
Robyn fit le tour de la table, ignora la
chaise que Arturo avait tirée et s’assit sur la chaise qui était près de moi.
C’était normalement la chaise de Liz, mais je n’allais sûrement pas lui faire
remarquer.
« Tout ce que je sais c’est que j’ai
reçu un message hier soir me disant de venir ici ce matin à 9 heures
tapantes. » Elle haussa les épaules. « Et me voilà. »
Ça
tu l’es, je pensais tout
un prenant une gorgée d’eau dans le verre, en face de moi, l’observant furtivement pendant que son attention était
sur Micah.
« Oui, ça tu l’es, » dit Arturo
avec son charme onctueux et parfaitement accentué.
Oh mon Dieu. J’étais Arturo au féminin.
Je m ‘étranglais et avalais, toussant
à m’en mouiller les yeux. Josiah tapa lourdement dans le dos.
« Doucement Joe, tu vas la
tuer. » Dit Robyn, mettant sa main sur mon bras. Joe cessa sa raclée et Robyn se pencha l’inquiétude se lisant don
visage. « Ça va, Caid ? »
« Oui, » je grinçais après un
moment, occupée à essayer de respirer malgré sa proximité ou le fait qu’à mon
souvenir, c’était la première fois qu’elle utilisait mon diminutif.
« Yo Caid, ça va ? »
Je levais la tête et donnais à Danny un
sourire pâle. « Oui Danny, je vais bien. »
Je toussais une dernière fois et clignais
rapidement des yeux.
Merde. Ma gorge était irritée, j’avais mal
au crâne et j’étais extrêmement embarrassée.
Mais du bon côté, la main de Robyn était
sur mon bras et elle me regardait avec inquiétude… la vie pourrait être pire.
« De l’eau ? » Elle enleva
sa main et prit mon verre toujours à moitié plein de la table.
« Oui, merci. »
La conversation reprit autour de nous et je
bus une gorgée que j’avalais avec précaution.
« Hey. » Sa voix était douce.
Je la regardais avec interrogation.
« C’est bon de te voir aussi. »
Elle me sourit et frappa mon épaule avec la sienne. « Tu m’as
manqué. »
« Oui ? » je lui demandais
avec un sourire stupide.
« Oui. »
Nous nous sourîmes et je me sentis triste
et ravie en même temps.
Robyn était belle, intelligente, marrante…
Et complètement hétéro.
Il est possible que je ne mange jamais de
Sunday sur son estomac mais je pouvais peut être l’inviter à prendre un café un
fois, ou à dîner, ou à faire une randonnée, juste en tant qu‘amies.
Parce que je réalisais que j’appréciais
sincèrement Robyn en tant qu’amie.
Sur un coup de tête je lui demandais,
« Tu fais quelque chose après ? Pour le déjeuner ? »
« Je dois être de retour sur ‘En leur défense’ à 13h30.»
elle me répondit en haussant le sourcil mais sans hésitation.
« Ça te dit de m’accompagner pour un
petit voyage ? »
« Et bien, je ne peux certainement pas
dire non à ça. »
« Génial, je… »
La pièce devint silencieuse quand le
créateur de la série, Grant Hardy, entra avec deux des producteurs exécutifs,
deux co exécuteurs et quatre scénaristes comprenant le premier scénariste, Dorn
Talren.
Bon sang, qu’est ce qui se passait ?
Dorn assistait rarement à ces trucs et Grant jamais. Et combien de producteurs
exécutifs il nous fallait pour faire la lecture préliminaire d’un
scénario ?
Je regardais Robyn qui avait l’air aussi
perplexe que moi.
« Bonjour tout le monde ! »
tonitrua Grant.
Un chœur de saluts adoucis accompagna le
groupe pendant qu’il s’installait autour de la longue table et que Grant
contemplait les membres de son cast.
« Où est Liz ? »
« Ici Grant , » provint la
réponse de la porte tandis que Liz entrait dans la pièce, fronçant légèrement les
sourcils quand elle remarqua Robyn à la place près de moi. Elle me dépassa, me
serrant l’épaule pour me saluer et prit la chaise libre de l’autre côté de
Robyn.
« Bien. Je n’aurais pas voulu que tu
loupes ça. Après tout c’était partiellement ton idée. » Il fit un signe à
un des scénaristes qui commença à distribuer des copies du script autour de la
table.
Liz parut confuse pendant un instant puis
sourit brillamment. « Tu as aimé ? »
« Très certainement. Le concept en
tout cas. On a changé des choses dont on pense qu’elles marcheront
mieux. »
Son sourire chancela mais elle pris le
script en hochant la tête.
« Maintenant, » il tonitrua.
« Vous vous demandez probablement tous ce qu’il se passe. »
Il y eut des hochements de tête prudents
autour de la table et Grant sourit. « Vous savez tous que la série marche
bien. Nous avons été dans le top 5 de notre tranche horaire pendant toute la
saison et les chiffres continuent de monter. Les cadres pensent que ça montre
que nous devons garder les choses comme elles sont, mais je ne suis pas arrivé
à ma place en me reculant et en étant prudent. Je vois ça comme une opportunité
de prendre des risques. Le dernier épisode de la saison va nous préparer à de
grandes choses pour l’année prochaine. »
Il se leva et commença à faire les cent
pas. « Nos chiffres sont les meilleurs pour la tranche 18-49 ans et c’est
parfait pour ce à quoi nous pensons vu que c’est démographiquement une tranche
d’âge légèrement plus ouverte d’esprit que les plus vieux ou les plus jeunes. »
Il se stoppa et appuya ses mains sur la table, attrapant le regard de chaque
membre du casting. « Nous allons en profiter et écrire l’histoire de la
télévision en même temps. »
Il s’assit et ouvrit son exemplaire du
script. « Commençons. »
Il y eut une pause pleine d’attente et
finalement Micah se racla la gorge. « Grant ? Tu ne vas pas nous
dire… »
Le créateur leva la main. « Non, je
veux que vous regardiez ça sans pré conception. Comme le feront les
téléspectateurs. »
Micah haussa les épaules et ouvrit son
script, imité par le reste d’entre nous ;
Les scripts étaient divisés en 4 actes,
comptant chacun à peu près 15 minutes de la série et contenant 3 à 5 scènes. Ce
script était bon, rappelant quelques intrigues d’épisodes précédents impliquant
Robyn et jouant sur la tension développée entre son personnage et le mien
pendant la tristement célèbre scène du placage contre le mur.
La bombe n’explosa pas avant la moitié du
quatrième acte, juste avant la scène finale.
La scène était encore entre nos
personnages, Rita et Judith, échangeant
des piques pendant une descente au bureau de Judith.
Je lu mes lignes puis allais un peu en
avant pendant que Robyn lisait les siennes remarquant que cette fois c’était le
personnage de Robyn qui était agressif, poussant Rita contre le mur et …
Je tournais la page de manière absente.
… l’embrassant.
Je relus les dernières lignes, cillant à
cause du choc. A côté de moi, la voix de Robyn bégaya et s’arrêta.
« Quoi !?! » Liz poussa un
cri strident, me tirant de mon ébahissement. Je regardais vite Robyn.
Elle fixait les pages avec de grands yeux
et le visage très pâle.
« Grant, ce devait être
moi ! » fulmina Liz. « Cette histoire était pour moi ! Tu
te souviens de notre conversation ? Moi voulant prendre quelques risques
et me diversifier ? »
« Liz, chérie, calme toi, » dit
l’homme de manière apaisante, « nous avons vraiment aimé l’idée mais quand
on l’a proposée à un échantillon de spectateurs, les gens ne voulaient pas te
voir embrasser une autre femme. »
« Mais il voulait la voir elle ? » Les mots et le regard
qu’elle m’adressa étaient venimeux, incrédules.
J’inspirais brusquement. Ça faisait un
petit moment que je n’avais pas eu à recevoir une des tirades de Liz. J’avais
oublié quelle peste elle pouvait être.
« Et bien en fait, oui. Son personnage
au moins, » dit Grant, faisant signe à l’un des producteurs
exécutifs. « Raj ? »
Raj Maris remua quelques papiers en face de
lui, sortant une feuille bleu pale. « Nous avons sondé un groupe de 18 à
35 ans, et seulement 13% du groupe croyaient que Jen embrasserait une femme, et
juste 2% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne. Pour Rita » il
me jeta un coup d’œil, « 71% croyaient qu’elle embrasserait une femme et
40% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne, plusieurs ont d’ailleurs commenté
qu’ils pensaient qu’elle l’était déjà. »
Seigneur. 40% du public savait avant moi.
« Les chiffres pour Judith sont plus
hauts que ceux de Jen mais pas aussi hauts que Rita, sauf quand ils étaient
interrogés spécialement sur le couple Jen/Rita – beaucoup ont dit que la scène
dans ‘Craquement’ leur avait fait se poser des questions. »
« Putain de merde ! » dit
Danny, comprenant enfin pourquoi toute cette agitation. « Tu vas rendre
Caid lesbienne ? Et Robyn ? »
Son ton était incrédule.
Il y eut d’autres murmures autour de la
table.
« Je suis quasiment sûre qu’il pense à
nos personnages, Danny. » Dit Robyn
d’un ton amusé, son sang froid retrouvé.
« Caid et moi n’allons pas nous changer tout à coup en lesbiennes… désolée de te
décevoir. »
Danny eut l’air anéanti.
Je comprenais sa douleur. Ça ne m’aurait
pas dérangé non plus que Robyn se change en lesbienne.
La colère de Liz s’était transformée en un
état de choc. Je doutais qu’elle ait déjà été aussi bas dans les sondages
depuis le début de sa carrière. Elle fixa le script puis le referma doucement.
Uh-oh.
Ce n’était jamais bon quand Liz faisait les
choses doucement.
Elle se leva et me regarda un instant. Elle
avait l’air blessée, comme si je l’avais trahie.
Ça me tua.
« Liz… » Je ne savais pas ce que
j’allais dire mais je voulais dire quelque chose pour arrêter ce regard.
« Je ne veux pas te parler maintenant,
Caid, » elle dit, levant la main. « Je ne peux pas croire que
tu… » Elle secoua la tête et quitta la pièce.
« Nom de Dieu ! » Je lâchais
une fois que la porte se soit fermée derrière elle. Je jetais mon script et
passais nerveusement ma main dans mes cheveux. « Je n’ai rien
fait ! » Je m’attaquais à Grant. « Merci pour l’avertissement.
Bon sang, ça a peut être ruiné définitivement notre relation de travail sans
mentionner notre amitié – ça aurait été sympa de nous prévenir. »
La pièce devint mortellement silencieuse.
Personne ne parlait comme ça à Grant.
Surtout pas une ex actrice de pub pour la
bière.
Une ex actrice de pub pour la bière très
dispensable qui avait choisi un moment extrêmement stupide pour perdre son
calme.
Sous la table, Robyn m’attrapa la cuisse et
la serra durement, me disant sans mots de la fermer.
J’inspirais plusieurs fois pour retrouver
mon contrôle. Grant me regardait, les yeux plissés.
« Grant, » dit Robyn d’un ton que
je n’avais jamais entendu. Il était plein de promesses, faisait allusion à des
fantasmes se réalisant et faisait se tortiller inconfortablement dans leurs
fauteuils tous les hommes de la pièce. C’était le sexe, la chaleur et les
interdits… fait pour attirer l’attention pour que Robyn puisse faire ce qu’elle
veule.
Putain. J’avais besoin d’un truc comme ça.
« Grant, tu crois que Caid et moi on
pourrait discuter avec toi en privé après la lecture ? Je pense qu’il y a
des choses dont il faudrait discuter. » Son sourire promettait la même
chose que sa voix, et plus.
Nom de Dieu. Et je croyais que Liz était
bonne à ça.
J’enlevais sa main de ma cuisse et la mis
doucement sur son genou. Même si j’étais consciente de son but manipulateur,
j’étais loin d’être indifférente à l’aura soudaine ‘viens et sers toi’ dégagée par Robyn. Sa
main sur cette partie de mon anatomie… je pouvais faire sans.
Elle me regarda rapidement et je lui fis un
sourire crispé, lui assurant que j’avais repris le contrôle sur mes envies
suicidaires d’insultes de producteur.
« Bien sûr, Robyn, » Grant
acquiesça docilement, oubliant un instant mes transgressions. Il regarda autour
de la table. « En fait, pourquoi on n’en reste pas là ? Lisez le
reste de votre côté et parlez à Kenny ou Brenda si vous avez des commentaires
ou des suggestions avant la réunion des scénaristes demain à 14h. Okay ? »
Joindre ses lèvres et les appliquer sur les
fesses insultées.
Je me levais quand le dernier scénariste
quitta la pièce, ignorant l’avertissement du regard de Robyn.
Avant, je travaillais dans l’industrie du
service. Le léchage de cul était une de mes spécialités.
Bon, je n’ai pas la beauté classique de
Robyn ou Liz, mais j’ai de grands yeux verts expressifs et une bouche large et
pleine qui avait été qualifiée récemment d’une des 20 plus embrassable de la
télévision. Je tournais ces grands yeux vers Grant et adoptais une expression
affligée.
« Grant, je suis vraiment désolée de
t’avoir parlé comme ça. J’étais contrariée par la réaction de Liz, et je
n’avais aucune raison de te parler de cette manière. » Je mis une main sur
son bras. « J’espère que tu peux accepter mes excuses. Je te promets que
ça n’arrivera plus jamais. »
Après quelques instants de moi agenouillée près
de lui, l’essence même de la supplique, Grant hocha la tête. « Fais
attention à ce que ça ne reproduise pas. Fais attention. »
« Ça ne se reproduira pas. » Je
serrais son bras et me redressais, souriant légèrement à l’expression surprise
de Robyn.
Je suppose que je ne pouvais pas lui en
vouloir d’être surprise, jusqu’à peu elle avait l’impression que j’avais
l’intellect et la maturité d’une personne de 12 ans.
Je revins vers ma chaise et m’affalais
lourdement dessus, le problème avec Liz me préoccupant maintenant que j’avais
sécurisé mon emploi.
J’avais oublié toute cette histoire
d’embrasser Robyn devant un groupe de caméras. Pas pour longtemps.
« Grant » dit Robyn, « à
propos du scénario. J’aurais vraiment préféré que tu m’en parles avant de
l’approuver. C’est quelque chose dont j’ai besoin de parler avec Mark. »
Mark Goodhead était son agent et Robyn souhaitait lui parler pour savoir si
cela pourrait affecter la suite de sa carrière.
« Tu dois parler à quelqu’un toi
aussi ? » Me demanda Grant me ramenant dans la conversation. Son
visage avait un air prédateur – une mauvaise réponse j’aurais rampé pour rien.
Ça faisait beaucoup plus longtemps que moi
que Robyn était dans le métier, mannequin pendant les premières années avant de
se mettre à jouer. Robyn Ward s’était suffisamment fait un nom pour pourvoir
refuser le script et supporter les conséquences. Pas Caidence Harris. Malgré la
popularité de ‘Central 9’, j’étais toujours une nouvelle venue dans le métier
et je ne pouvais pas me permettre de refuser. Surtout après m’être comportée
comme une conne avec l’homme qui pourrait briser ma carrière avec quelques
mots.
Il le savait et je le savais.
« Non, ça me va. » Je lui
répondis comme il savait que je le ferais.
Dans huit jours, nous commencerions à
tourner ce scénario et j’embrasserais une femme face à la caméra. Cela
dépendait de Robyn de qui serait cette femme.
Nous sommes retournées en silence à la
caravane après la réunion avec Grant, je pensais à Liz et à comment réparer
notre désaccord. Je penserais plus tard à embrasser Robyn ou une autre femme.
Quand je pourrais paniquer en privé.
Robyn était au téléphone en train de
prendre rendez vous avec son agent. Elle lui disait qu’elle avait besoin de lui
parler d’une « opportunité intéressante. »
Une manière intéressante de le formuler.
Nous avons traversé le terrain et mon pas
ralentit tandis que nous passions devant la caravane de Liz. Je sentis une
douce pression sur mon bras.
« Je ne pense pas qu’aller lui parler
maintenant soit une très bonne idée, Caid. » dit doucement Robyn.
J’hésitai et elle m’arrêta en enveloppant ses longs doigts autour de mon
poignet. « Fais moi confiance, Caid. Laisse la tranquille un moment.
Essaie demain. »
Elle me poussa légèrement en direction de
notre caravane et recommença à marcher. Nous entrâmes dans la caravane sans
parler, je marchais tout en rassemblant distraitement quelques bricoles que j’avais laissées ce matin, avant la
lecture.
« Caid… »
Je me retournais, clignant des yeux.
« Hmmm ? »
Elle eut l’air de vouloir dire quelque
chose puis de changer d’avis. « Alors, c’était quoi ce petit voyage dont
tu parlais. J’ai… » Elle regarda la volumineuse montre en argent à son
poignet, « deux heures et demi, à prendre ou à laisser. »
« Oh ». Je la fixais stupidement.
« Ça tient toujours non ? Tu m’as
promis un déjeuner, Harris. Ne me laisse pas tomber. »
Mes lèvres formèrent un sourire. « Et
bien, je détesterais te décevoir. »
« Bien. Je déteste être déçue. »
Elle leva les bras et se regarda. « Suis-je habillée de manière appropriée ? »
Je penchais la tête, savourant
l’opportunité de pouvoir l’observer de la tête aux pieds.
« Tu es parfaite. » je lui dis,
et je le pensais. Je regardais ses pieds. « Elles ont l’air plutôt
confortables. Tu peux marcher dans ces sandales ? »
Elle haussa les sourcils. « Je vais
devoir ? »
« Il y a de fortes
probabilités, » je lui répondis vaguement.
« Je peux. »
« Alors, comme je le disais c’est
parfait. »
Je souris et pris sur la table un petit
sac. « Allons nous en d’ici. »
Je la conduis à mon bébé ; une Audi S4
décapotable bleu métallisé. Ça avait été mon premier gros achat après avoir
signé un contrat de quatre ans pour C9, complètement frivole et très peu
pratique, je l’adorais.
La capote était déjà baissée je ne l’avais
pas remise ce matin quand j’étais arrivée et je lançais mon sac sur la baquette
arrière, ouvrit la porte et m’installais derrière le volant.
Robyn se déplaça doucement autour de la
voiture, la jaugeant. « Oh Caid, je ne savais pas que c’était la tienne.
Je me demandais. Cette voiture est géniale. » Robyn traîna son doigt sur
le capot tandis qu’elle allait de l’autre côté, ouvrait la porte et
s’installait à côté de moi. « J’ai toujours voulu un cabriolet mais je
suis désespérément pragmatique sur ce genre de choses. » Elle passa son
doigt sur le tableau de bord. « C’est trop cool. »
Putain
de chanceux de tableau de bord.
Je tapotais le volant. « Twila, voici Robyn. Robyn, voici
Twila. »
Oui, je donne des noms à mes voitures.
Je sais je suis ringarde, et j’étais
définitivement en train de le laisser paraître à Robyn, mais je n’en avais pas
grand-chose à faire. J’étais contente de quitter le studio et d’être en sa
compagnie.
Elle tapota le tableau de bord, son
expression était sérieuse. « Ravie de te rencontrer Twila. »
Cette femme est parfaite.
Je secouais la tête et fouillais mes poches
pour chercher les clés, je grognais lorsque je me souvins que je les avais
laissées dans mon sac. J’attrapais mon sac par l’espace entre nos deux sièges
et le mis sur mes genoux, pris les clés et fouillais encore un peu avant
d’extraire une casquette délavée venant d’un événement caritatif auquel j’avais
participé il y a quelques années.
« Il peut y avoir du vent, » je
lui dis en lui tendant la casquette avant de refermer le sac et de le remettre
à l’arrière.
« Merci. » Elle passa sa longue
natte dans le trou à l’arrière de la casquette et la positionna sur sa tête.
« Alors, on va où ? »
Elle avait l’air adorable. Comment
quelqu’un pouvait-il avoir l’air d’air si sexy et si adorable en même
temps ? Je secouais la tête et démarrais la voiture.
« Déjeuner. »
Elle s’appuya contre le cuir et sourit. « Déjeuner. »
Le studio était situé sur le côté ouest de
Pasadena et je pris la 210 pour un moment avant de sortir au nord de Lake
Avenue. Sans la capote faire la conversation était difficile, mais ne pas
parler ne semblait nous déranger ni l’une ni l’autre, nous apprécions
simplement le soleil et la légère brise. Nous nous arrêtâmes chez un épicier
dans lequel je rentrais pour prendre un sac de nourriture et nous continuâmes à
travers Altadena et sur Chaney Trail.
Je surpris le sourire de Robyn du coin des
yeux lorsque nous passions le panneau nous indiquant que nous rentrions dans la
forêt nationale de Angeles. Je soupirais de soulagement, ne réalisant pas que j’avais
été inquiète qu’elle n’apprécie pas notre destination. Je garais la voiture, remarquant avec
satisfaction qu’il n’y avait que quelques voitures de garées.
Robyn se tourna vers moi, toujours
souriante. « Donc, c’est ici le déjeuner ? »
« Nan. » J’attrapais le sac de
nourriture, re capotais la voiture et remontais les vitres, ne voulant tenter
personne avec une voiture grande ouverte. « Tu vas devoir travailler
un petit peu pour ton déjeuner. »
J’ouvris la porte et sortis, et elle fit de
même.
« Hey, » elle dit en claquant la
porte. « Tu n’avais rien dit à propose de travailler pour son
déjeuner. »
Je me contentais de sourire et commençais à
marcher, sûre qu’elle suivrait. Nous
marchions à travers la forêt, suivant les panneaux indiquant les chutes de
Millard Canyon. Le sentier suivait la rivière à travers un petit canyon ombragé
et nous atteignîmes les cascades en moins de 15 minutes. L’espace autour des
chutes était vide ; les propriétaires des voitures devaient avoir marché
plus loin derrière les cascades.
Je nous menais hors du sentier, au dessus
de quelques rochers et sous un grand chêne près de la paroi du canyon,
m’installant sur un rocher plat. Robyn s’assit gracieusement à côté de moi, regardant la cascade de 25 mètres
juste devant nous. Le courant était fort du aux pluies récentes et les cascades
étaient impressionnantes. Nous n’avions
pas parlé pendant la courte marche et le silence avait semblé confortable, pas
du tout gêné.
J’ouvris le sac de l’épicerie et le
bruissement du papier attira l’attention de Robyn. Elle me regarda.
« Donc, c’est ici le
déjeuner ? » elle me demanda avec espoir.
Je sortis du sac deux sandwiches, deux
bouteilles d’eau, un paquet de chips, une pomme, une orange et un brownie,
ainsi que quelques serviettes.
« C’est ici le déjeuner. » Je lui
tendis un sandwiche et une bouteille d’eau. « Pomme ou
orange ? »
« Orange s’il te plait. »
Je lui tendis l’orange et bus une gorgée
d’eau tandis qu’elle déballait son sandwich.
Elle ouvrit le sandwich, fronçant
légèrement des sourcils. « Rosbif ? »
« J’ai dinde et avocat, si tu préfères
je prendrai celui la. »
Elle regardait toujours le sandwich.
« Et si j’étais végétarienne ? »
Je buvais encore de l’eau et je m’arrêtai
en pleine gorgée. J’abaissais la bouteille.
« Tu l’es ? » Merde.
J’aurais du demander au lieu de supposer…
« Pas du tout. » Elle prit un
énorme morceau de son sandwich, le mâchant avec bonheur pendant un moment avant
d’avaler. « Je me demandais juste comment tu savais que j’aimais le
rosbif. »
Je soupirais de soulagement. « Tu as
juste l’air d’une fille qui aime le rosbif. »
Elle s’arrêta de manger un moment,
réfléchissant à ça. « Je ne sais pas comment je dois le prendre. »
« Je ne voulais pas… »
« Caid », elle rit et mangea un
autre morceau. « Je plaisante. »
« Oh »
Nous fûmes silencieuses pendant un moment,
mangeant notre déjeuner et écoutant le fracas de l’eau sur les rochers. Quand
je finis, je fis une boule avec le papier ayant enveloppé mon sandwich et le
remis dans le sac.
« C’était comment le
Brésil ? » je lui demandais au bout d’un moment, ouvrant les yeux et
les dirigeant sur elle. « Tu sais qu’ils t’ont montré presque autant que
Josh ? »
Elle rit. « Caid, c’était incroyable.
C’était fou. Je regardais le court pendant un point vraiment disputé et la
caméra qui était sensée être sur les joueurs était dirigée sur moi. Mon Dieu,
et chaque fois qu’on allait quelque part, il y avait tous ces photographes qui
nous suivaient… »
« Ça semble vous arriver aussi aux
Etats-Unis. »
« D’une certaine manière oui, mais
rien qui ne ressemble à ça… Josh adore l’attention pourtant. » Elle
frissonna. « Ugh, je ne peux pas le supporter. »
Ça m’a surprise. Elle semblait être à
l’aise sous les projecteurs, comme si elle l’aimait.
« Josh a bien joué, » je dis
après quelques minutes de silence.
« Je trouve aussi. » Elle pencha sa
tête en arrière et ferma les yeux, attrapant un rayon de soleil perçant le
feuillage et m’offrant une vue excellente de sa gorge, douce et embrassable et
de son décolleté. Je regardais ailleurs et me raclais la gorge.
« Ce match contre Gruspania… c’était
serré. »
Elle sourit, les yeux toujours fermés.
« J’avais peur qu’il soit contrarié après celui là… c’est un gros bébé
quand il pense qu’il n’a pas joué aussi bien qu’il aurait pu. Il ne l’était pas
finalement. »
Nous étions toutes deux silencieuses
pendant quelques minutes et Robyn se mit à rire. « En fait, il aimerait
bien te rencontrer. »
Je la regardais d’un air
perplexe. « Ah bon ? »
« Oh, il ne l’admettra jamais mais je
me souviens que quand j’ai commencé à faire des scènes sur Central 9, Josh était tout excité que je travaille avec Caidence
Harris, la fille Balentine la plus sexy.
« Oh mon Dieu », je grognais et
fermais les yeux. Pendant mon époque de pub de bière, j’avais représenté
Balentine Pilsner, une bière de style allemand, produite en Amérique avec un
nom irlandais. Elle était étonnamment populaire, surtout dans les milieux
étudiants. « Tu plaisantes. »
« Non, ses mots exactement. »
Elle se tut pendant quelques secondes. « J’aimerais bien le faire. »
J’ouvris les yeux et la regardai. Elle
m’observait mais détourna son regard.
« Faire quoi ? »
Son regard revint vers moi. « Te le
présenter. On pourrait peut être aller dîner un soir. Tu pourrais emmener …
quelqu’un si tu veux… enfin, si tu vois quelqu’un… » Son débit rapide au
début finit en balbutiement. Elle se remit à regarder les cascades.
Génial. Une conversation entre filles sur
ma vie amoureuse avec l’objet de mon affection.
« Je ne vois personne. » lui
dis-je avec un sourire narquois.
« Franchement, je ne sais pas où tu trouves le temps. Généralement, je
m’écroule sur mon lit dès que j’arrive à la maison. J’ai à peine assez
d’énergie pour me brosser les dents alors voir quelqu’un. Et ça serait sympa au
fait. »
Elle m’avait écoutée avec attention et son
front se fronça à la dernière partie. « Pardon ? »
« Un dîner, »je clarifiais.
« Ou autre chose avec toi et Josh. Si tu es okay avec juste moi, non accompagnée. »
« Ça ira très bien. Demain
soir ? » Elle me demanda avec espoir.
« Ummm… » Elle m’avait pris de
court. Je repassais mon programme pour
le lendemain. « On tourne en ville demain et je n’aurais sûrement pas fini
avant huit heures… »
« Viens à la maison. Josh s’occupera
du grill. Il ne sait pas faire cuire un œuf mais qu’est ce qu’il maîtrise le
grill. » Elle me toucha brièvement le bras. « A moins que ce ne soit
trop tard ? »
Sa tête était penchée sur le côté, elle me
regardait de ses yeux incroyablement sombres. Elle avait laissé la casquette
dans la voiture et des mèches de cheveux sombres étaient sorties de sa natte
pour venir caresser son visage.
Je respirais difficilement, submergée par
une avalanche d’émotions. Parfois, le simple fait de la regarder provoquait ça
en moi. Elle était tellement belle… j’en avais presque mal.
« Non, ce n’est pas trop tard.
J’adorerais ça. » Je réussis à lui dire.
Elle me lança un sourire éclatant et nos
regards se croisèrent, la douleur s’intensifia.
Je sautais sur mes pieds, époussetant la
saleté de mon jeans et rassemblant les restes de notre déjeuner. « On
ferait mieux de rentrer. »
« Oh… ouais. » Elle avait l’air
déçue mais se redressa doucement. « J’imagine. » Sa main passa sur
mon bras, laissant un chemin de délicieux picotements sur son passage.
« Merci Caid. C’était vraiment très agréable. Tu fais ça souvent ? »
Je regardais aux alentours pendant un
instant, le temps de retrouver mon équilibre et haussai des épaules. « Ça
dépend je suppose. J’aime bien m’éloigner du plateau quand je peux et il y a
beaucoup d’endroits à Los Angeles à moins d’une demi heure, trois quarts
d’heure de voiture… J’ai choisi celui ci parce que c’était près et que je ne
savais pas combien de temps tu voulais marcher dans ces sandales.
Normalement, je préfère marcher un peu
plus. »
« Je laisserai une paire de chaussures
de marche dans la caravane comme ça la prochaine fois, je serai
préparée. » Elle étira ses bras au dessus de sa tête, se penchant d’un
côté puis de l’autre pour relaxer son dos ; elle ne remarqua donc pas
l’énorme sourire sur mon visage.
La prochaine fois.
La vache. J’aimais la manière dont ça
sonnait.
Je rassemblais nos ordures et déballais le
brownie, le cassant en deux et tendant une moitié à Robyn.
« De l’énergie » je lui dis,
« pour le chemin du retour brutal et long. »
Elle regarda la friandise avant de la prendre
avec un soupir de résignation. « Si je continue à traîner avec toi, je
vais devoir ajouter un autre kilomètre à mon jogging matinal. »
Je souris et pris un morceau, mâchant avec
bonheur. « Tu cours ? »
Elle hocha la tête tout en grignotant
délicatement son morceau. « Oui, j’ai commencé à l’université…c’est devenu
une habitude maintenant. Je nage aussi environ deux fois par semaine. C’était
ça ou arrêter de manger et j’adore manger. »
Voilà qui expliquait ses bras longs et
puissants et ses épaules bien développées.
« Quelle distance tu cours
habituellement ? »
« A peu près huit kilomètres je
suppose. »
Je hochais la tête. C’était aussi ce que je
faisais la plupart des matins. Je lui
dis nonchalamment, « on devrait y aller ensemble un jour.»
Elle sourit. « Bonne idée. Ce sera
bien de courir avec quelqu’un à nouveau… j’avais l’habitude de courir avec Josh
mais il s’est mis dans la tête l’attitude ‘je suis un athlète professionnel et
je dois t’écraser’. » Dit elle, prenant l’accent de Arnold Schwarzenegger
à la fin de la phrase. « J’ai fini par lui dire d’aller essayer d’écraser
quelqu’un d’autre. Maintenant il paye quelqu’un pour se faire écraser. »
Je ris et engouffrais le reste du brownie
avant de nous remettre sur le chemin et nous commençâmes à marcher côte à côte.
« Je promets de ne pas t’écraser. En
fait, avec ces jambes interminables, je pense que c’est toi qui vas
m’écraser. »
Jésus. Je ne viens pas de dire ça ?
Robyn me lança un regard étrange mais ne
fit aucun commentaire. « Deal. »
Nous marchâmes calmement pendant quelques
minutes, Robyn se mettant derrière moi quand nous croisâmes un groupe de trois
femmes d’âges moyen bavardant se dirigeant vers les cascades. La femme en tête
du groupe cligna des yeux en me reconnaissant.
« Bonjour, » je dis quand ses
yeux s’agrandirent de surprise.
« Bonjour Mesdames. » la voix
grave de Robyn détourna son attention et ses yeux s’agrandirent encore
plus. Elle ralentit et nous regarda
passer la bouche ouverte. Les deux femmes derrière elle, absorbées dans leur conversation,
se cognèrent dans son dos en piaillant de surprise. Robyn et moi continuâmes de
marcher, souriant légèrement au son des chuchotements rapides derrière nous.
Robyn fit deux grands pas et se retrouva à
nouveau à mes côtés, regardant les parois du canyon avec un sourire satisfait.
Elle semblait à l’aise dans ce genre d’activité.
« Je suppose que tu ne fais pas de
VTT ? » je lui demandais soudainement.
« Je n’en ai jamais fait. » Elle
me regarda et sourit. « Mais j’ai eu envie d’essayer. »
La vache.
Trente minutes plus tard je garais Twila à
ma place de parking, je ris quand Robyn tapota doucement le capot et chuchota,
« merci ».
« Tu devrais peut être t’en acheter
une Robyn. » Je sortis, attrapai mon sac et je le passai sur mon épaule.
Elle se mit à marcher à côté de moi.
« Je n’en ai plus besoin maintenant, je n’aurai qu’à te demander de me
conduire. »
Je pense qu’elle s’attendait à une répartie
mais vu que cela ne me posait absolument pas de problème, je me contentais de
sourire.
Nous marchâmes jusqu’à la caravane,
j’entrais la première, m’arrêtant abruptement quand je vis une Liz à l’air
hagard sur mon canapé.
« Caid.. » elle fit mine de se
lever mais retomba lorsqu’elle aperçut Robyn derrière moi. Elle fronça des
sourcils, son regard passant de Robyn à moi.
Robyn s’avança légèrement, sa pose détendue
mais subtilement agressive. Je la regardais avec surprise.
Robyn me défendant ? Cette pensée me
rendit ridiculement heureuse, que ce soit vrai ou pas.
Je mis ma main doucement sur son bras et me
mis en face de Liz. « Liz… je suis contente que tu sois là… »
Les yeux de Liz décochèrent des regards à
chacun de nos visages puis à ma main toujours sur le bras de Robyn. Elle fronça
encore plus des sourcils. Elle nous fixa pendant un instant, secoua légèrement
la tête et se leva.
« Bonjour Robyn. Ça te dérange si je
parle une minute à Caid ? »
Robyn me lança un regard interrogateur, je
lui souris, lui assurant que tout allait bien. Elle regarda Liz.
« Bien sûr Liz. Je dois retourner à En
leur défense de toute façon. » Elle mit une main sur mon épaule et
serra doucement. « Merci pour le déjeuner Caid. C’était le meilleur que
j’ai eu depuis un moment. Je t’appelle pour demain ? »
Je hochais la tête en souriant, Robyn lança
un dernier regard à Liz et sortit.
Le front de Liz se plissa tandis que la
porte se fermait. « Qu’est ce qui se passe avec elle ? »
Je haussais les épaules et l’observais en
essayant de jauger son humeur. J’espérais qu’elle était là pour mettre les
choses à plat mais il était tout à fait possible qu’elle était là juste pour me
crier après… je n’aurais pas du libérer Robyn après tout.
Elle se tourna brusquement vers moi et me
serra dans ses bras brièvement mais avec force. Liz n’était pas quelqu’un de
tactile et la surprise me figea. Avant que j’aie pu répondre, elle recula l’air
gêné.
« Liz… »
« Tiens. » Elle me poussa quelque
chose et j’ouvris automatiquement la main pour le prendre. « Je suis
désolée d’avoir été une telle conne, Caid. Je n’ai jamais voulu être comme ça
avec toi. »
Je regardais l’objet entre mes mains. Trois
barres miniatures de Cookies’N Cream.
« Paula m’a dit de t’offrir des fleurs
ou quelque chose comme ça mais je sais que tu détestes ces trucs vu comment
elles meurent et empestent ta caravane, et putain, tout le monde envoie
toujours des fleurs pour se rattraper, et je sais que tu adore ces machins au
chocolat… » Liz balbutiait et je la regardais en souriant doucement.
J’adorais ces barres au chocolat débiles.
Il y avait peut être quatre personnes sur terre qui savait ça sur moi. Liz s’en
était souvenue, et sans l’aide de Paula.
J’adorais quand les gens me surprenaient
positivement.
« … et j’étais juste tellement en
colère après Grant de m’avoir laissée dans le noir… »
« Liz, ça va. »
Elle s’arrêta.
« Vraiment ? »
Je hochais la tête. « Vraiment. »
Le soulagement fit se relaxer tout son
corps et elle s’affala sur le canapé. « Merci mon Dieu. »
« Mais juste pour que tu
saches, » j’ajoutais, « Liz la Charmante est toujours ma
préférée. »
Elle se mordit la lèvre. « Je suis
vraiment désolée Caid. »
« Je sais que tu l’es, cher. » Je
déballais l’une des barres chocolatées et lui offris. « Tu en veux
une ? »
Elle fit la grimace. « Ah ça non. Ces
trucs sont répugnants. Je ne sais pas comment tu peux les manger. On dirait des
cubes de lard avec des fourmis dedans. »
Le bonbon fit une pause dans son chemin
vers ma bouche. Je le regardais avec beaucoup d’attention et vis qu’elle avait
raison.
« Où est ce que tu as vu un cube de
lard dans tout ta vie, mademoiselle ? » Je mis le bonbon dans ma
bouche en essayant de ne pas penser à du lard ou des fourmis.
Elle renifla. « Je sais à quoi le lard
ressemble. »
« C’est vrai que tu cuisines tellement
souvent. »
« Hey, je regarde la chaîne cuisine…
ces mecs adorent le lard. » Ses yeux s’agrandirent. « Putain de
merde, l’autre nuit je les ai vu faire ce truc avec une sorte de melon pas net et une partie d’un
requin qui ne devrait jamais être montrée à la télévision ... »
Mon rire bruyant résonna contre les murs de
la caravane. J’adorais cette femme et c’était sympa de me rappeler pourquoi.
Elle s’arrêta au milieu de sa phrase.
« Quoi ? »
« Liz, ne change pas. »
Elle me sourit superbement. « Bien sûr
que non, Sugar. Pourquoi modifier la perfection ? »
Pourquoi, effectivement.
Je ris encore et m’assis près d’elle sur le
canapé.
« On est okay ? » elle me
demanda encore.
« On est bien. »
Elle se tourna vers moi, soudain très
sérieuse. « Tu fais partie du peu de vrais amis que j’ai ici, Caid. Je ne
pourrais pas le supporter s’il y avait quelque chose qui vienne gâcher
ça. »
« Ça me ferait aussi beaucoup de peine
Liz, » je lui dis tout en lui tapotant la cuisse. « Et je pense que
tu as beaucoup plus d’amis que ce tu crois. »
Je m’appuyais contre les coussins en
soupirant. Aujourd’hui j’avais appris que mon futur sur C9 était sur le point de prendre un virage très intéressant, étais
passée très près de terminer ma carrière, avais failli perdre une bonne amie,
m’étais lancée dans une amitié prometteuse avec une femme dont je voulais bien
plus que l’amitié… Ça avait été une grosse journée et on n’en était qu’à la
moitié.
« En parlant d’amis, Robyn et toi
aviez l’air plutôt copines. Je ne savais pas que vous passiez du temps
ensemble ? »
« On n’en passait pas avant
aujourd’hui. J’avais besoin de m’éloigner un peu du plateau et Robyn m’a
accompagnée. »
« Oh, Caid… tu ne l’as pas emmenée
faire une de tes petites marches ? » Elle fronça le nez en signe de
désapprobation. J’avais invité Liz une fois à l’un de mes petits voyages après
lequel nous étions d’accord toutes les deux que je ne lui redemanderais plus
jamais. Liz et la nature ça faisait deux.
« Elle a aimé. » Je lui dis, un
peu sur la défensive.
« Je savais que cette fille avait
quelque chose de bizarre… »
« Elle n’a rien de
bizarre ! » La véhémence de mon ton nous surprit toutes les deux.
« Whoa, Caid je rigolais. En fait,
j’aime plutôt bien Robyn. N’importe quelle personne qui peut faire taire Arturo
avec un regard est okay selon moi. »
Je me grattais la tête et soupirais.
« Désolée, je pense que je suis un peu à cran aujourd’hui. »
Le silence suivit pendant quelques minutes.
Je regardais ma montre, remarquant que je devais bientôt aller au maquillage.
« Caid ? » Le regard de Liz
était perdu dans l’espace et son expression perplexe.
« Hmmm ? »
« A ton avis, pourquoi personne ne pense
que je pourrais embrasser une femme ? »
Ouh la la. Je savais que ces chiffres
idiots allaient l’inquiéter.
« Je ne sais pas, Liz, mais je ne m’en
inquiéterais pas trop à ta place. C’était juste un sondage. »
Elle hocha la tête et se tut pendant un
moment.
« Tu as déjà ? »
J’étais en train d’observer paresseusement
le plafond, je me tournais vers elle. « J’ai déjà quoi ? »
« Embrassé une femme ? »
« Non, » je lui répondis
honnêtement après un instant d’hésitation.
Mais
j’en ai eu envie. Comme j’en ai eu envie. Pendant la scène avec Robyn, à la
lecture d’aujourd’hui, aux cascades et à chaque fois que Robyn entre dans une
pièce…
« Tu en as déjà eu envie ? »
J’inspirais nerveusement et Liz me regarda
de manière curieuse.
Je restais immobile pendant un moment puis
me raclais la gorge et dis doucement, « Oui. »
Elle hocha pensivement la tête. « Ça
doit être ça. Je n’ai jamais eu envie. D’embrasser une femme je veux
dire. »
Je la fixais, je ne savais pas ce à quoi je
m’attendais, mais certainement pas à une logique calme.
Elle se leva en utilisant un accoudoir et
un de mes genoux. « Bon, je dois être au studio à deux heures. Paula
devrait être à la porte d’un moment à l’autre. Autant lui épargner le
voyage. » Elle s’arrêta à la porte. « Je suis contente qu’on soit
okay, Caid. »
Je retrouvais ma voix. « Moi
aussi. »
Elle ouvrit la porte et regarda au dessus
de son épaule. « Et ne pense pas qu’on en ait fini avec le fait
d’embrasser une femme. On reparlera de ça
plus tard. »
La porte se ferma avec un vif snick.
Je grognais et mis ma tête dans mes mains.
Génial. Juste génial.
Commentaires
La suite ! La suite ! ^^
J'espère qu'on pourra profiter de la suite de cette FF. Le début était prometteur ! :)
vivement la suite
c'est vachement bien :) !
j'attends la suite avec impatience =D
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