Chapitre 8 :

 

 

- Je… tu es là.

 

- Ola ça ne va vraiment pas toi, fit-il en se penchant vers elle, les sourcils froncés. Qu’est-ce qu’ils t’ont fait bon sang ?!

 

- Je… non ça va. Je… je sors du cachot. C’est… Sassem m’a rendu visite, déclara-elle abruptement. Juste avant. La semaine dernière en fait. Il a dit qu’il voulait tuer Alexia. Il faut que tu ailles la retrouver et que tu la protèges, fit-elle soudain fébrile.

 

Enyalios la regarda un moment puis posa ses bras sur le comptoir qui prolongeait la vitre et plongea son regard sérieux dans le sien.

 

- She-wolf calme-toi, dit-il doucement. Elle va bien.

- Vraiment ? Tu l’as vue ?

 

- Non. Mais réfléchis deux secondes ok ? Il est venu la semaine dernière pour te dire qu’il savait où elle était et qu’il allait la tuer, c’est ça ?

 

Tia hocha la tête.

 

- Et j’ai reçu ton avertissement et donc elle aussi, il y a trois jours. Pourtant pendant les 5 jours qui ont séparé sa visite de ton coup de téléphone il n’est pas revenu pas vrai ?

 

- Je… je n’en sais rien. J’étais au cachot.

 

- Très bien, alors dès que tu sors d’ici tu te renseignes. S’il n’est pas venu, cela signifie soit qu’il t’a menti, soit qu’elle s’est échappée avant. Parce que l’on sait très bien que dans le cas contraire il serait venu te le dire.

 

Tia hocha la tête et ne souhaita plus qu’une chose, qu’il s’en aille pour qu’elle puisse se renseigner.

Enyalios l’observa s’agiter sur sa chaise et secoua la tête. « Ils lui ont vraiment fait du mal ici » songea-il avec colère. Mais il ne pouvait rien faire dans l’immédiat alors, il se concentra sur la raison de sa présence.

 

- Expliques-moi pourquoi tu es ici. Et pourquoi tu ne t’es pas encore échappée.

 

Tia se figea sur sa chaise. Enyalios venait d’utiliser le ton qu’il prenait lorsqu’elle était encore son apprentie et qu’elle avait fait une bêtise. Même après tout ce temps et toute son expérience, il avait encore le pouvoir de l’impressionner. Elle déglutit et sans le regarder, lui expliqua les circonstances qui avaient amené à son incarcération.

 

Il hocha la tête.

 

- Et pourquoi es-tu encore ici ?

 

Elle lui jeta un coup d’?il furtif.

 

- Ben, c’est pas une cabane perdu au milieu de la brousse, non plus.

 

- Ce n’est pas ce que je te demande. Ça fait bien deux semaines minimum que tu es ici, et tu n’as utilisé la boite que pour envoyer un message à ta blonde après une semaine et demi d’enfermement. Qu’est-ce qui t’arrive, nom de dieu ?! tonna-il.

 

- Je… je n’en sais rien... Je… je crois que tout me reviens, lâcha-elle d’une petite voix désespérée en faisant référence à son passé.

 

- Maintenant ?! s’exclama-il incrédule. Pourquoi maintenant ?!

 

- J’en sais rien, bon sang ! Je m’en serais bien passé ok ?! Ça m’emmerde autant que toi figure-toi !

 

- C’est la blonde, lâcha-il entre ses dents.

 

- Quoi ?!

 

- Alexia. C’est elle qui te fait perdre pied. Tu ne réfléchis plus correctement. Depuis que tu es avec elle, tu oublies tes réflexes, tu te relâches, tu ne te protège même pas nom de dieu ! Regarde-toi, tu les as laissé t’enfermer ! fit-il avec dégoût.

 

Tia serra les dents. Elle n’aimait l’entendre dire du mal d’Alexia. Mais il avait raison. Depuis qu’elle la connaissait, ses cauchemars étaient plus horrible même si moins fréquents, et ils se manifestaient parfois en plein jour.

 

Elle secoua la tête.

 

- Ce n’est pas elle. Enfin oui, bien sûr, ça à un rapport, mais ce n’est pas elle le problème. C’est moi.

 

- Tu dis ça parce que tu ne veux pas avoir à la lâcher.

 

Ils s’affrontèrent du regard un long moment, puis Enyalios ouvrit la bouche.

 

- Ce n’est pas le moment d’en discuter. Un de tes indics est ici avec ma s?ur, on va t’aider à sortir d’ici illégalement, étant donné que légalement, ça fait quelques jours qu’ils s’y essaient sans y parvenir. Lorsque je leur dirai que Sassem est venu te voir, leurs scrupules vont s’envoler comme neige au soleil. La prochaine fois que tu me reverras, tu seras libre, ok ?

 

- Je… oui, merci.

 

- Laisse-tomber. Et She-wolf…, fit-il en se relevant, reprends-toi. Une fois dehors, j’aurais besoin de toi et la gamine que t’as ramené aussi. Alors prends soin de toi ok ?

 

 

 

********************************

 

 

 

Dès qu’elle sortit du parloir, Tia demanda à voir l’infirmière et on la conduisit à la salle de soin. Celle-ci était pleine et l’infirmière très occupée. Tia étonnée, s’assit sur un siège libre et attendit.

 

Elle vit que chaque prisonnière attendait son tour sans manifester d’impatience ou d’hostilité, même lorsqu’il s’agissait de deux gangs rivaux. Elle nota sans surprise que l’infirmière était d’une douceur sans pareille avec chacune de ses patientes et qu’elle les traitait toute comme des enfants perdues. Elle remarqua aussi, que les prisonnières loin de la repousser ou de la railler, semblaient apprécier le traitement.

 

Elle fronça les sourcils quand elle comprit qu’elle avait eu droit à la même chose. Elle devait vraiment être mal en point pour s’être laissée ainsi aller. Elle constata néanmoins, avec une pointe de fierté, que le sourire que lui adressa l’infirmière lorsqu’elle l’aperçut était plus chaleureux que ceux qu’elle adressait aux autres.

 

Elle la vit lui faire signe qu’elle arrivait et se retourna vers sa patiente. Les prisonnières autour d’elle lui jetèrent un regard mi-intrigué mi-envieux. Elle se renfonça dans son fauteuil, satisfaite. Elle vit que Rhinnie se trouvait devant une table de soin et qu’un médecin lui recousait la pommette. Et se mit à observer le groupe de femmes blessées.

Du nombre et de la variété des membres de gangs, elle déduisit qu’il venait soit d’y avoir une émeute contre l’administration, soit une guerre entre gangs. Le peu de gardes portant un gilet pare-balles la fit pencher pour la seconde hypothèse.

 

L’infirmière arriva enfin.

 

- Tu vas bien ? demanda-elle très heureuse de voir qu’elle semblait revenue de son monde de cauchemar.

 

- Ça va, fit-elle en hochant la tête.

 

- Tu es là pour une raison précise ? Non pas que je ne sois pas ravie de te revoir. Surtout en aussi meilleure forme…

 

- Eh bien, en fait. Je me demandais si vous saviez si pendant mon isolement j’avais eu des visiteurs.

 

- Pourquoi ne le demandes-tu pas aux gardes ? demanda-elle étonnée.

 

- Ça prendrait plus de temps que de vous le demander. Ils devraient aller vérifier au poste d’accueil.

 

- Et qu’est-ce qui te fait croire que moi je le saurais ?

 

- Ben… vous vous êtes occupée de moi et… j’ai l’impression que dans votre façon de vous occuper d’une personne, vous aimez savoir qu’elle peut être entourée. Alors si j’avais eu des visites vous auriez aimé le savoir. Je crois, ajouta-elle hésitante.

 

L’infirmière eut un petit rire.

 

- Eh bien, on dirait que j’ai été cernée et bien cernée. Tu as raison, je me suis tenue au courant et non, je regrette, tu n’en as pas eu.

 

Le soulagement qui se diffusa dans tout son corps fut si intense qu’elle comprit qu’elle était tendue depuis la visite d’Enyalios. Et elle ne l’avait même pas remarqué. Il devenait urgent qu’elle commence à se reposer.

 

- Ne le soyez pas. Moi j’en suis heureuse.

 

Si l’infirmière fut surprise elle ne le montra pas et hocha simplement la tête. Elle posa ensuite une main sur son épaule et la pressa gentiment.

 

- Je peux te trouver un lit ?

 

Tia considéra l’offre quelques instants. Elle était très tentée de l’accepter, tant l’idée de dormir non loin d’elle la réconfortait, mais le brouhaha ambiant l’empêcherait de réellement bénéficier d’un sommeil réparateur.

 

- Non merci, c’est gentil. Je vais retrouver ma cellule et… me reposer jusqu’à demain au moins !

 

- Très bonne idée. Tu repasses dans la matinée ? Il faut toujours que je m’occupe de tes blessures.

 

Et ton poignet me préoccupe beaucoup.

- Mon poignet…, répéta Tia en le fixant.

 

Le plâtre neuf fit resurgir le visage de Jessica. Elle releva la tête.

 

- Jessica… commença-elle sans savoir quoi demander réellement. Elle…

 

- … est morte, oui. Je suis désolée.

 

- Pas autant que moi, chuchota-elle après un instant de silence.

 

L’infirmière fut appelée et elle dû quitter Tia à regret. Celle-ci la regarda vaquer à ses occupations quelques minutes puis se leva et accompagnée de son garde, rejoignit sa cellule. Elle s’allongea sur sa couchette et fixa le sommier au dessus d’elle.

 

Avait-elle le droit de sortir après avoir commis un meurtre ? Non, bien sûr que non…

Tia passa sa main sur son visage essayant d’effacer les larmes qui coulaient sans y parvenir vraiment.

 

Pourtant si Enyalios voulait la sortir de là, elle le laisserait faire. Même si Sassem n’était pas revenu, le risque pour Alexia était trop grand, et elle ne voulait pas le prendre.

 

Quant à savoir ce qu’elle ferait d’elle-même une fois cette situation réglée, c’était une autre paire de manches. Alexia voudrait-elle seulement encore d’elle ?

 

Tia soupira et se mit sur le côté, face au mur. Il ne fallait pas qu’elle y pense. Ce n’était pas le moment.

 

 Il ne fallait pas qu’elle pense du tout. Dormir c’était tout ce qu’il lui fallait.

 

 

**************************************

 

 

Tia était assise dans le fond du fourgon, solidement attachée au banc en acier. Des chaînes partaient de son cou et rejoignaient celles des ses poignets puis de ses jambes pour finir autour d’un des pieds du banc. Deux gardes l’encadraient et un troisième lui faisait face. Il y avait également deux autres gardes à l’avant dont un qui conduisait.

 

La prison avait reçu l’ordre de transférer Tia, peu après la visite d’Enyalios. On l’en avait prévenue, et un jour plus tard Tia était en chemin. Elle devait apparemment être emmenée aux locaux d’Interpol, situés en Autriche.

 

La mercenaire avait compris que cela faisait partie du plan d’Enyalios. Si peu de temps après sa visite, elle ne voyait pas comment ça aurait pu être une coïncidence. Et si c’en était une, elle savait qu’Enyalios en tirerait avantage.

 

Elle s’attendait donc à tout instant à un assaut de son mentor. Et elle l’attendait avec impatience, ressentant dans tout son corps une excitation familière circuler, ramenant à la vie son âme blessée.

Elle réprima un sourire, partagée quand à sa liberté prochaine. Elle était à la fois soulagée et coupable.

 

Elle ne devait pas y penser. Elle devait se concentrer sur Alexia et rien d’autre.

 

Elle inspira profondément lorsqu’ils débarquèrent enfin à l’aéroport. Elle commençait à se poser des questions.

 

Les gardes l’escortèrent au dehors puis l’emmenèrent sur le tarmac ou un agent d’Interpol les attendaient. Elle reconnut Karl, ce qui la rassura. Elle garda un visage impassible et fit comme si elle s’ennuyait prodigieusement.

 

Karl ne la salua pas et s’entretint directement avec ses gardes. Enyalios descendit de la passerelle de l’avion et salua ses « collègues » comme un cow-boy. Elle tourna la tête afin de ne pas éclater de rire devant son attitude pour le moins cliché, et elle se concentra sur le goudron à ses pieds.

Les trois gardes qui l’accompagnaient dans le fourgon la firent monter dans l’appareil et ils s’installèrent autour d’elle. Enyalios s’assit près d’un des gardes et engagea la conversation. Karl partit à l’avant de l’avion rejoindre le pilote.

 

Ils décollèrent peu après et Tia attendit en silence le signe d’Enyalios. Alors qu’ils survolaient les terres d’Europe et que les gardes avaient relâché leur vigilance Enyalios leur apporta un café. Une demi-heure après ils dormaient tous comme des bébés. Karl ressortit du cockpit et vint la délivrer de ses chaînes et Enyalios entreprit d’attacher les gardes avec.

 

- Je vais prévenir ma sœur de changer de cap. Un autre avion nous attend en Espagne. On y laissera nos petits copains, fit le grand brun.

 

Tia le remercia d’un hochement de tête, un peu surprise de la facilité et du manque d’action du plan.

 

- Le plan de vol est faux alors, on va devoir voler en dessous des radars, j’espère que tu n’as pas peur de l’eau, lança Karl taquin.

 

Elle leva un sourcil hautain.

 

- Tu ne vas pas avoir d’ennuis ? demanda-elle en indiquant les gardes.

 

- Non, j’ai utilisé une carte et un nom aussi faux que notre demande de transfert.

 

- Et comment vous vous y êtes pris ?

 

- Katrina et moi avons des contacts voyons ! Ne nous sous-estime pas, jeune dame !

 

- Jeune dame ? répéta-elle incrédule.

 

- J’ai huit ans de plus que toi ! D’ailleurs en tant qu’aîné tu me dois le respect.

 

Tia le fixa, gardant les yeux grands ouverts. Karl rit et renonça.

 

- Tiens, j’ai récupéré tes affaires personnelles.

 

- A la prison ? Comment tu as fait ?

 

- J’ai quelques talents, pas en aussi grand nombre que les tiens mais assez utiles quand même.

- Je vois.

 

Elle attrapa son sac et en ressortit son portable quelques minutes plus tard.

 

- Au fait tu vas bien ? l’interrogea l’agent du fédéral.

 

- Ouais pourquoi ?

 

- Eh bien… ton plâtre, ton visage…

 

- Je… ça va.

 

- Sûr ?

 

- Peut-être qu’il faudra que je revois un médecin pour ça, dit-elle avec une légère hésitation en levant son bras.

 

- Ok je téléphone à un ami en Espagne.

 

- Non. On s’en occupera plus tard. Je veux d’abord retrouver Lex.

 

- She-wolf si tu as besoin d’un médecin…

 

- J’ai dit non ! l’interrompit-elle.

 

Elle ouvrit son téléphone puis vit qu’elle avait un message. Elle composa le code de réception et écouta Alexia. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas entendu sa voix, qu’elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle se mordit la lèvre et se retourna vers le hublot, consciente qu’elle n’était pas tout à fait remise de son séjour en elle-même. Elle se promit de ne pas y retourner de si tôt.

Le message de sa compagne lui fit chaud au cœur mais elle ne comprit pas pourquoi elle n’était pas dans une de ses planques. Et de quel réseau parlait-elle ? Elle n’essaya pas de réfléchir et composa le numéro de sa petite amie, comme elle le lui avait demandé.

 

Le téléphone sonna longtemps dans le vide. Tia finit par raccrocher inquiète. Pas d’Alexia et pas de répondeur. Elle réessaya. En vain. Elle refit le numéro encore et encore, l’angoisse et la peur montant un peu plus à chaque échec.

 

Finalement elle bondit sur ses pieds et appela Enyalios. Karl la fixait, très surprit de son comportement.

 

- Qu’est-ce qui t’arrive ?

 

- Je… je n’arrive pas à joindre Alexia. Je suis sûre qu’il lui ait arrivé quelque chose ! Sassem…

- Sassem rien du tout, la contra Enyalios.

 

- J’ai fait faire une enquête et je le fais surveiller depuis que je sais qu’il à fait un tour en prison.

Après t’avoir rendu visite, il est directement retourné au siège de son entreprise en Afrique du Sud et n’en a pas bougé depuis, lui apprit Karl.

 

- Si Alexia a disparu ce n’est pas de son côté qu’il faut chercher.

 

- Exact. Et il y a quatre jours, elle m’a téléphoné pour me prévenir de tes ennuis et me demander de t’aider. Elle était en sécurité avec Lizzie et très inquiète pour toi. Elle a contacté apparemment tous tes amis.

 

- C’est vrai, elle m’a appelé trois fois au moins, confirma Enyalios. Je ne lui ai pas répondu vu que je soupçonnais que c’était pour t’aider, fit-il avec sa désinvolture habituelle.

 

Tia le fusilla du regard et se tourna vers Karl.

 

- Elle allait bien, lui dit-il.

 

- C’était il y a quatre jours et elle ne répond toujours pas, s’énerva-elle en se retenant de lancer le téléphone contre la paroi.

 

- Elle devait contacter Waco après moi. Peut-être qu’elle en sait plus que nous.

 

- Euh… si elle l’a appelée, elle ne sait certainement pas grand-chose. On… s’est quitté un peu fâchées en Italie. Je doute qu’elle ait accepté de l’aider.

 

Enyalios la fixa. Décidément ce séjour en prison l’avait chamboulée.

 

- Ça ne veut pas dire qu’elle ne sait rien She-wolf. Elle est cintrée je te rappelle, alors si elle s’est disputée avec toi, elle t’a probablement menacée…

 

Il attendit son acquiescement et poursuivit.

 

- … ce qui signifie qu’elle a cherché un moyen de te nuire. Si Alexia l’a appelée, elle s’est sûrement dit que c’était le moyen.

 

- Tu… tu crois ?

 

- Bon sang She-wolf reprend-toi ! lança-il avec colère. Et réfléchis ! Tu es plus intelligente que ça !

 

Tia tressaillit.

 

- Ok. Euh… je vais l’appeler.

 

Au même moment le téléphone sonna, la faisant sursauter. Elle le regarda la main sur le c?ur, avant de se dépêcher de répondre.

 

- Salut chérie ! lança une voix joyeuse.

 

- Waco.

 

- Tu m’as reconnue ! Comme c’est mignon… Je te manque ?

 

- Waco, où est Alexia ?

 

- Hummmm. Je n’en suis pas sûre…

 

- Waco !

La mercenaire blonde éclata de rire.

 

- Je blague, je sais où elle est. Mais je te le dirais pas, chantonna-elle.

 

Tia fulminait sur place. Elle se retint difficilement de l’invectiver.

 

- Qu’est-ce que tu veux ?

 

- Hummmm, eh bien je ne sais pas, dit-elle pensivement. Je m’amuse bien. Évidemment Alexia moins mais… tu sais ce qu’on dit… le malheur des uns fait le bonheur des autres…, fit-elle désinvolte.

 

Tia resta un long moment saisie d’angoisse à ces mots.

 

- Waco… souffla-elle. Je m’excuse. Mon comportement en Italie était insultant. S’il te plaît, dis-moi ce que tu veux…

 

Au bout du fil, Waco jubilait.

 

- Je vais y réfléchir, en attendant amuse-toi bien chérie !

 

Et elle raccrocha.

 

Tia fixa le vide. Elle ne savait pas où était Alexia. Elle ne le savait pas et elle était avec Waco. Oh dieu…

 

- Alors c’est bien cette folle qui la détient ? l’interrogea Enyalios.

 

- Oui, répondit-elle d’un air absent.

 

- Alors on n’a plus qu’à aller la récupérer, dit-il tranquillement.

 

Tia se tourna instantanément vers lui.

 

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

 

- Il y longtemps, commença-il en s’installant d’un air suffisant dans un fauteuil en cuir, j’ai décidé de poser un traceur sur elle. J’étais sûr, qu’un jour, je pourrais en avoir besoin. Au fil des années, chaque fois que je l’ai revue, je me suis permis de réitérer la chose. Aujourd’hui, je connais toutes ses planques, conclu-il très satisfait de lui.

 

Tia resta un instant sans voix.

 

- Ok. Alors… comment on s’y prend pour savoir dans laquelle elle se trouve ? intervint Karl.

 

- Je vais téléphoner à quelques hommes de confiance et leur demander de vérifier les planques. On devrait avoir des nouvelles rapidement.

 

- Et qu’est-ce qu’on fait en attendant ? demanda Tia très soulagée, en s’asseyant à côté de lui.

 

- On met au point un plan d’approche ou de sauvetage, voir les deux. Et dès qu’on atterrit, on te trouve de nouvelles fringues parce que le jean, ça ne va pas du tout à ton teint. Quant à toi Karl tu téléphones à ton ami médecin. Pas de protestation She-wolf ! dit-il lorsqu’il la vit sur le point de protester. Tu n’aideras personne handicapée.

 

Tia s’inclina devant la logique de l’argument. Puis elle le regarda d’un air soupçonneux.

 

- Dis-moi, tu n’as pas posé de traceur sur moi, hein ?

 

Enyalios éclata de rire.

 

 

 

**********************************

 

 

 

Quelque part en Guyane, Tia, Enyalios, Karl et Katrina observaient la cabane perdue dans les bois. Waco avait emmené Alexia ici, il y avait cinq jours maintenant et Tia n’avait pas arrêté de se torturer à essayer de savoir ce qu’elle avait bien pu faire endurer à sa compagne. La culpabilité le disputait régulièrement à ses craintes et Enyalios ne cessait de lui jeter des coups d’?il inquiets et agacés.

 

Elle savait qu’elle déconnait, et qu’elle devait se reprendre, mais c’était plus fort qu’elle. Depuis qu’elle avait tué Jessica et qu’elle s’était rendu compte qu’elle n’avait pas avancé depuis son enfance, elle était complètement déstabilisée.

 

Pourtant elle devait réagir, la vie d’Alexia était en jeu. Alors certes ils étaient quatre et chacun d’entre eux étaient expérimentés mais Waco était dingue et on ne savait jamais ce qu’elle pouvait créer comme ennuis.

 

Elle inspira plusieurs fois profondément et ferma les yeux. Elle se concentra sur le vide pendant qu’Enyalios et les deux autres se mettaient d’accord sur le chemin à suivre. Elle resta ainsi un long moment et lorsqu’elle les rouvrit, le calme était revenu. Elle sentait que le vernis de calme et de concentration qu’elle venait de créer ne tiendrait pas longtemps, mais il serait suffisant pour ce qu’elle avait à faire.

 

Dès que tout cela serait fini et qu’elle serait sûre qu’Alexia était remise, il faudrait qu’elle se penche sérieusement sur son problème.

 

Elle se tourna ensuite vers Enyalios et écouta son plan.

 

 

 

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Tia frappa à la porte de la cabane en sachant parfaitement que Waco l’avait vu. Enyalios et Karl avait fait le tour et s’était mis en position bien avant qu’elle ne s’approche. Katrina, elle, était restée en retrait pour le cas où cela se passerait mal. Elle devrait appeler les autorités locales puis atteindre Alexia et l’évacuer.

Elle attendit un moment avant que Waco ne finisse par venir lui ouvrir. Elle s’appuya au chambranle et lui lança un sourire joyeux. Cependant, Tia vit qu’il était tendu et s’en réjouit. Elle la bouscula, forçant le passage et inspecta la pièce du regard. Ne voyant pas sa compagne, elle poursuivit sa recherche, suivie par une Waco furieuse.

 

En désespoir de cause, elle lui fit un croche-pied alors qu’elle entrait dans un couloir étroit. Tia se retint au mur et se retourna. Elle se jeta sur elle et la plaqua contre le mur, son nez touchant le sien, et gronda entres ses dents :

 

- Je te conseille de me laisser la chercher si tu ne veux pas te retrouver sur le carreau dans les secondes qui vont suivre. Tu sais que même avec un plâtre, boiteuse ou manchote je suis capable de te mettre une raclée dont tu ne te relèveras pas. Par ailleurs commence à prier, parce que si je vois un seul bleu sur sa peau…

 

Tia ne finit pas sa phrase et laissa la menace planer et s’infiltrer dans le cerveau de la mercenaire. Waco déglutit et lui lança un regard plein de haine.

 

- Maintenant que les choses sont claires, dis-moi où elle est, siffla-elle.

 

Waco maintint son regard et leva une main dans la direction opposée à la sienne. Aussitôt Tia la relâcha et se précipita dans la pièce indiquée.

 

La première chose que vit Tia était le visage pâle et affaibli de sa bien-aimée. Les yeux clos, elle semblait épuisée. Pendant une seconde terrible, elle crut qu’Alexia n’était plus. Puis ses paupières papillotèrent et un poids invisible céda. Les yeux verts croisèrent les siens et une lueur de soulagement perça à travers les larmes qui envahirent bientôt son beau regard.

 

- Tia… souffla la jeune femme attachée.

 

Alexia était assise sur une chaise, pieds et poings liés à la structure métallique, elle-même reliée par une chaîne au mur de béton gris. Ses cheveux blonds étaient défaits et sales, son visage pâle et tiré. Un bleu ornait sa pommette et sa lèvre fendue laissait s’échapper un filet de sang. Un de ses yeux verts était envahi par des pétéchies ( Ndla : * pétéchies, pour ceux qui ne le savent pas se sont des petits vaisseaux sanguins qui ont explosées dans les yeux, laissant le blanc de l’œil rouge ) et légèrement enflé et bleui. Une bosse ornait son front et elle y voyait assez trouble.

 

Tia se précipita à ses côtés et commença à détacher son amie. Soudain un cri retentit à l’extérieur et elle vit Enyalios et Karl passer devant la pièce où elles se trouvaient et se précipiter au dehors. Tia n’y prêta pas attention. Tout ce qui comptait pour elle était devant ses yeux et maintenir un calme qu’elle ne ressentait pas à la vue de l’état de sa petite amie requérait toute son énergie.

 

- Lex, chérie, dit-elle doucement, ça va aller. On va te sortir de là.

 

Alexia, affaiblie par plusieurs jours de jeûne, n’eut pas la force de répondre mais son regard parlait pour elle. Elle se demandait si elle délirait ou si s’était la réalité. Tia était là, avec elle. Elle n’était plus en prison, elle n’était plus en Italie. Comment était-ce possible ? Mais si c’était un rêve, elle ne voulait plus se réveiller.

 

Sa Tia, son merveilleux amour était là… elle se perdit dans le bleu des yeux si magnifique qu’elle était persuadé de ne plus jamais revoir. Ses poignets et ses chevilles furent soudain libérés et elle se sentit soulevée dans les airs. Elle ferma les yeux devant le vertige qui la saisit soudain à cause du mouvement et elle passa des bras sans force autour du cou de sa compagne.

 

Lorsqu’elle posa la tête sur l’épaule solide et qu’elle sentit l’odeur distinctive de son corps, elle comprit que ce n’était pas un rêve et la joie de la revoir, de la sentir enfin, le disputa au soulagement d’être réellement sortie de ce cauchemar. Alors que Tia la portait au dehors, Alexia laissa libre cours à ses larmes et des sanglots violents la secouèrent.

 

A grandes enjambés, car ses côtes hurlaient, Tia l’amena auprès de Katrina où se trouvait aussi Karl. Il lui apprit que Waco s’était enfuie et qu’Enyalios lui courait après. En avisant le visage marqué de Katrina, elle comprit qu’Enyalios ne lâcherait pas l’affaire de si tôt. Personne ne touchait à sa s?ur sans en supporter les conséquences.

 

Tia hocha la tête et s’assit, dos contre un arbre et demanda une bouteille. Elle installa Alexia contre son torse et attrapa l’eau qu’on lui tendait. Elle porta le goulot aux lèvres exsangues de son amante et Alexia ouvrit la bouche. Tia laissa un mince filet s’écouler dans sa bouche avant de retirer la bouteille et de la laisser avaler. Elle refit le geste deux fois, puis reposa la bouteille et entreprit de la calmer en dessinant des cercles apaisants sur son dos tout en lui murmurant des mots d’amour.

 

- Watashi no hoshi, watashi no ai, watashi soko desu. Watashi soko desu shi aishïteru. Mon étoile, mon amour, je suis là. Je suis là et je t’aime. Mi-masu watashi Lex-san. Regarde moi Lex. Zembu yoku iku. Tout va bien.

 

Elle lui répéta encore et encore que tout allait bien et enfin, les sanglots s’espacèrent puis s’éteignirent. Tia la tint un long moment, savourant la chaleur et le poids de son corps retrouvé. Puis elle tourna la tête vers Katrina et lui réclama à demi-mot une barre de céréales et sa trousse de soin.

 

Elle incita ensuite son aimée à avaler quelques bouchées de la barre et entreprit ensuite de soigner sa bouche et de passer une pommade sur son ?il et sa pommette. Elle ausculta ensuite sommairement le reste de la jeune femme et nota avec soulagement l’absence d’autres mauvais traitements.

 

Elle berça son amie, réservant les questions qu’elle voulait lui poser sur sa captivité pour plus tard, et bientôt Alexia s’endormit se sentant enfin en sécurité. Katrina, Karl et elle-même attendirent le retour d’Enyalios plusieurs heures durant.

 

- Il est pas du genre à lâcher hein ? remarqua l’agent fédéral fatigué mais satisfait de la tournure des évènements.

 

- Pas vraiment non, répondirent les deux jeunes femmes ensembles.

 

Elles se regardèrent et se sourirent. Katrina lui tendit une barre de céréale et un sandwich, qu’elle accepta et se força à avaler. Puis elle but quelques gorgées de la boisson énergisante qu’elle avait apporté et posa sa joue contre le sommet du crâne d’Alexia. Elle respira avec délice son odeur personnelle. Et entreprit de raconter une des histoires fétiches de sa conteuse pour passer le temps.

 

 

 

Chapitre 9 :

 

 

Elles quittèrent

la Guyane

le lendemain. Alexia avait pu se reposer et après un petit-déjeuner très sucré et plein de chocolat, elle avait eu l’air mieux. Elle n’avait pas lâché sa mercenaire des yeux dès l’instant de son éveil. Elle avait d’ailleurs noté avec déplaisir les marques de coups sur son visage, les bleus étendus sur ses côtes et le plâtre neuf sur son poignet. Elle l’avait interrogée mais Tia avait donné une réponse évasive et elle était trop fatiguée pour pousser l’interrogatoire plus loin. Pour le moment.

 

En cet instant, elle se concentrait sur la présence de sa compagne toute proche. Elle avait expliqué, après un coup de téléphone à Linya, où elle se trouvait avant d’être séquestrée et où se trouvait Chushingura. Karl, Katrina et Enyalios, toujours dépité de n’avoir pu rattraper Waco, attendaient un peu plus loin l’arrivée de l’hydravion de Lance, le frère de Linya, sur le lac qui se trouvait non loin de Cayenne.

 

Le départ de leur petit groupe, grâce au réseau et avion trafiqué dans le but d’échappé aux radars autant qu’aux sonars éventuels, était beaucoup plus simple que leurs arrivées.

 

Le temps avait été compté et

la Guyane

se trouvait sur un des territoires les plus surveillés de Sassem. Sans parler du fait qu’ils étaient pour le moins repérables. Heureusement ils avaient pu, grâce à certains contacts peu scrupuleux d’Enyalios, s’y introduire le temps nécessaire au sauvetage.

 

Seulement, il ne fallait pas se faire d’illusion, les contacts d’Enyalios ne lui donneraient que peu d’avance avant de prévenir leur maître, c’est pourquoi leur départ se faisait par l’intermédiaire d’un réseau que même Sassem ne connaissait pas et qu’ils iraient se cacher en un lieu qui lui était inconnu.

 

Tia devait bien s’avouer qu’elle était surprise qu’un tel territoire existe. Elle était aussi déconcertée à l’idée qu’Alexia ai pu non seulement lui cacher une telle information, mais aussi qu’elle-même n’ait rien soupçonné. Elle ne savait si elle devait être fière de son amie ou vexée qu’elle ne lui ait pas fait confiance.

 

Elle baissa les yeux sur sa compagne, qui était accrochée à son bras valide et la fixait avec un mélange d’incrédulité et d’amour profond. Elle lui fit un petit sourire auquel elle s’empressa de répondre et resserra son étreinte sur son bras.

 

Elle releva la tête, scrutant le ciel en quête de l’avion noir, mais ne le vit ni ne l’entendit. Elle n’osait pas recroiser le regard d’Alexia qu’elle savait encore fixé sur elle. Tia était embarrassée d’une telle attention. Et même si elle la comprenait, étant donné qu’elle se sentait dans le même état d’euphorie à l’idée de l’avoir enfin retrouvée, elle ne savait pas quoi faire de tels égards.

 

En réalité, depuis qu’Alexia lui avait demandé ce qui lui était arrivé en prison, Tia se sentait mal.

Elle devrait tôt ou tard lui relater ce qu’elle considérait comme un acte de barbarie et elle craignait cet instant comme s’il allait déterminer le reste de sa vie, ce qui était peut-être le cas.

 

Cependant, elle avait constaté avec un soulagement coupable, qu’elle devrait repousser cet aveu difficile à plus tard, Alexia ayant eu des cauchemars la moitié de la nuit durant. Cela laissait présager que sa captivité avait été plus traumatisante que sa compagne ne l’avait laissé entendre, et la mercenaire devait lui permettre de s’en remettre avant d’aborder la question.

 

Enfin, l’hydravion se fit entendre et ils le regardèrent atterrir non loin d’eux. Un canot pneumatique dont la couleur rose fluo fit lever de nombreux sourcils, fut jeté au dehors où il se gonfla automatiquement. Le pilote se glissa à bord et commença à pagayer dans leur direction. Il parvint bientôt à terre et sauta sur la terre ferme puis tira le canot sur le sable avec l’aide de Karl.

 

Il se releva puis chercha Alexia des yeux et se dirigea d’un pas vif et déterminé vers elle. Elle l’accueillit d’un grand sourire et quitta le bras de sa bien aimée pour sauter dans les siens. Il la serra avec force contre elle et murmura :

 

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, petite s?ur. Linya m’a expliqué ce qui t’était arrivé et j’en suis désolé.

 

- Merci, répondit-elle en soupirant. Ça n’a pas été facile mais… ça va maintenant, ajouta-elle en jetant un regard à Tia.

 

Il suivit la direction de son regard et sourit en avisant l’incroyable beauté brune qui lui faisait face. « Elle a bon goût la frangine ! » songea-il impressionné. Lorsque Linya les avait prévenus, lui et Richard, des nouvelles orientations de leur sœur de cœur, il avait été franchement surprit et un peu déconcerté aussi. Mais en voyant l’amour manifeste qu’elle portait à la grande femme, il ne pouvait nier qu’elles faisaient un très joli couple. Et cela ne lui sembla plus aussi surprenant.

 

Par contre, il savait que Richard, qui avait toujours eu le béguin pour elle, allait avoir plus de mal.

 

- Bon, si tout le monde est prêt, on y va, lança-il après les présentations.

 

 

 

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L’arrivée sur l’île fut identique à celle de Lizzie. Tous durent lire et signer un contrat les liant au secret. Enyalios leva un sourcil et signa en riant. S’il décidait de ne pas respecter le contrat, il leur souhaitait bien du courage pour l’attraper.

 

Alexia salua Lance qui repartait pour une autre mission et le regarda partir, pendant que Linya accueillait les habitants temporaires de l’île. Elle l’entendit expliquer la philosophie de l’île et de l’association, ainsi que son fonctionnement sans pour autant les rejoindre. Elle préféra fixer son regard sur la végétation luxuriante et pleine de couleur qui entourait la piste.

 

Soudain elle sentit deux mains enserrer ses hanches et la presser contre un bassin ferme. Alexia se laissa aller contre le corps chaud et solide de sa compagne en soupirant d’aise. Elle était bien, mais une tension qu’elle ne parvenait pas à évacuer, circulait dans tout son corps depuis sa libération.

Elle était mal à l’aise et vaguement inquiète et ne se sentait vraiment bien que dans les bras de Tia.

 

Elle se retourna et se blottit contre elle essayant d’absorber un peu de son énergie, avant de se dégager et de la tirer par la main. Elle l’emmena au chalet de Linya pendant que celle-ci faisait visiter l’île à ses compagnons puis leur indiquait leurs appartements pour le temps de leur séjour.

 

- Je n’ai pas le droit à la visite guidée ? interrogea Tia avec amusement.

 

- Plus tard. Là tout de suite je veux autre chose, répondit-elle avec un regard lourd de sens.

 

La proposition voilée lui valut un grand sourire et elles pressèrent le pas.

 

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Le soir venu, elles retrouvèrent Linya sur la plage Est. Elle y avait fait brûler un grand feu de joie et un groupe de femmes jouaient de la guitare et chantaient en cœur. D’autres dansaient un peu plus loin et un autre groupe s’occupait d’un barbecue en plein air. Enfin un dernier se baignait sous la surveillance de quelques femmes vêtues d’un uniforme vert et marron. « La milice de l’île sûrement » songea Tia en se remémorant les explications d’Alexia.

 

Linya était assise sur la plage, les bras tendus derrière elle et elle fixait les danseuses d’un air amusé. En la rejoignant elles croisèrent Lizzie et celle-ci leur fit un petit signe en se mêlant aux miliciennes. Elle avait retrouvé avec une joie et un soulagement non dissimulés les deux femmes, l’après-midi même. Elle leur avait ensuite expliqué son enthousiasme envers la vie sur cette île et son envie d’entrer dans la milice. Alexia et Tia s’étaient alors concertées et après une discussion animée, avaient accepté de la laisser y entrer.

 

En les regardant débattre de son idée, Lizzie avait eu l’impression d’avoir des parents et cette idée, mais surtout le bien-être qui en avait découlé, l’avait vraiment surprise. Elle aimait beaucoup Tia, et Alexia n’était pas si mauvaise. Elle était même plutôt contente de la voir de retour.

 

En fixant leurs visages marqués et leur expression heureuse mais qui laissait entrevoir une douleur intérieure profonde, elle comprit que les dernières semaines avaient été vraiment difficiles pour elles et elle avait été impressionnée par la force déterminée qui se dégageait malgré tout d’elles.

Cela lui avait permis de comprendre que si elle persistait, elle pourrait un jour laisser derrière elle son passé et ses actes, et ne plus en souffrir autant.

 

Cela lui avait aussi permis de prendre enfin la décision qui la préoccupait depuis quelques temps. Elle était allée voir Linya l’heure suivante et avait révélé ce qu’elle avait entendu, en lui donnant les noms des personnes concernés. Elle avait constatée que Linya, loin d’en être fâchée, n’était même pas surprise. Elle lui avait expliqué que cela arrivait souvent et qu’elle allait s’en occuper.

Elle suivit ses « tutrices » des yeux quelques minutes puis retourna à la conversation qui avait lieu devant elle.

 

 

 

*************************************

 

 

Alexia et Tia avançaient main dans la main en regardant autour d’elles avec satisfaction.

 

L’ambiance était sympa et elles étaient contentes de pouvoir participer à quelque chose de festif pour changer. Elles virent Enyalios et Karl, l’air assez mal à l’aise, entourés d’un groupe de femme pour le moins hétéroclite. Une partie était très intéressée et l’autre très hostile. A leur attitude, elles pouvaient deviner qui était là depuis longtemps et qui venait à peine d’arriver.

Elles s’assirent aux côtés de Linya et discutèrent de tout et de rien.

 

Au bout d’un moment, Linya aborda un sujet plus sérieux en s’excusant de les y mêler.

 

- Je ne voulais pas vous en parler après ce que vous venez de traverser, néanmoins j’ai un problème que seule une de vous peut régler.

- Nous t’écoutons, déclara Tia décidée, quel que soit le problème en question, à le régler sans Alexia.

 

Elles venaient toutes deux de passer un après-midi pour le moins relaxant et Alexia avait meilleure mine et semblait aussi plus sereine, il n’était donc pas question de la replonger de si tôt dans les ennuis.

 

- Eh bien depuis quelques jours, j’ai remarqué plusieurs intrusions dans notre système informatique et je n’ai réussi ni à localiser la source du problème, ni à définir si on nous avait volé des données. On a bien des surdouées en informatique sur l’île mais je ne souhaite pas les y mêler, d’autant plus que l’ambiance est plutôt tendue depuis quelques jours.

 

- Et January ? demanda Alexia. C’est une Nazaréenne extérieure, expliqua-elle à sa compagne. Et c’est aussi la dirigeante d’une boîte informatique de premier plan. Magellan, tu en as sûrement entendu parler ? fit-elle en attendant son hochement de tête. C’est elle qui a installé le système de liaison entre les différents Aita et qui le gère en sous-main. Elle est retournée sur le continent il y a quatre ans et nous aide dans la plupart des problèmes que l’on rencontre avec nos systèmes informatiques.

 

- Elle est injoignable, lui répondit Linya. Une grosse affaire d’après sa secrétaire. C’est pour cela que j’ai pensé à vous. Alexia m’a dit que vous étiez une pirate informatique très douée.

 

- Oh, elle a dit ça… fit la grande femme, en levant un sourcil, amusée.

 

Tia était soulagé que le problème soit si minime et écarte d’office Alexia sans qu’elle ait à batailler. Cela dit la façon dont elle s’exprimait intriguait la mercenaire au plus haut point.

 

- Je veux bien m’en occuper, répondit-elle à Linya.

 

Puis se tournant vers la jeune femme blottit entre ses jambes :

 

- Pourquoi dis-tu « nous » ? Tu es impliquée là-dedans ?

 

- En fait, expliqua Linya, il y douze ans lorsque ma sœur aînée a fondé Lyoko, Alexia à tout de suite été emballée, tout comme moi d’ailleurs, mais nous étions trop jeunes et trop ignorantes de ce que cela impliquait vraiment pour être très utiles. Lorsque ma sœur est morte, deux ans plus tard, j’ai décidé que lorsque je serais en âge de le faire, je reprendrais son œuvre. Alexia et moi avons planché des années durant sur la meilleure façon de venir en aide à ces femmes et nous avons imaginé cet endroit. Nous avons commencé à le mettre en place il y a 8 ans et nous n’avons pas cessé d’y apporter des améliorations et d’étendre le réseau au reste du monde.

 

- Lorsque mon père à voulu m’impliquer dans ses affaires, j’ai dû prendre du recul avec notre bébé, fit-elle en partageant un regard avec Linya. Ça m’a fait mal, mais c’était avant tout un projet de famille et je voulais tellement faire plaisir à mon père. Cela fait maintenant cinq ans que j’aide nos sœurs par intermittence et que Linya a repris la direction du réseau seule.

 

- Je croyais que tu étais une fêtarde avant de me rencontrer ?

 

- Et bien pour être franche, les affaires de papa ne m’ont jamais réellement passionnée et j’ai profité de chaque déplacement pour oublier les affaires en faisant la fête jusqu’à outrance, ce qui avait tendance à l’agacer. Mais il ne disait rien puisque j’avais abandonné Lyoko pour lui. J’intervenais surtout lorsqu’il y avait des problèmes de politique interne ou pour parler à une de nos sœurs qui prenaient le mauvais chemin.

 

- Alex à toujours été très douée pour convaincre nos sœurs que la paix était le meilleur choix de vie, confirma Linya. Quand aux problèmes de politique interne, je dois avouer à ma grande honte, être une nullité dans les négociations. Alex, elle, s’en tire toujours avec brillo.

 

- J’ai remarqué qu’elle savait manier les mots en effet.

 

Alexia fixait Linya avec des yeux ronds. Jamais son amie n’avait expliqué les raisons qui la poussait à la mettre en première ligne pour régler certains problèmes et elle découvrait avec stupeur que sa meilleure amie avait une très haute opinion de ses capacités et semblait même les admirer !

 

Tia observait les deux femmes répondre à ses questions en complétant les réponses de l’autre, sans jamais se couper la parole et dans une harmonie complète et naturelle. De toute évidence, elles étaient très proches, et Tia qui avait subit un très fort ébranlement de sa personnalité et de son assurance ces derniers jours, sentit le doute et la crainte se frayer un chemin jusqu’à son cœur pour y creuser un trou ou commença à se nicher la jalousie.

 

Elle déglutit et contrôla la réaction imprévue qui venait de se manifester. Elle réussit à ne rien laisser paraître, mais l’effort que cela lui demanda lui fit comprendre qu’elle était réellement mal en point. Elle se demanda avec inquiétude combien de temps elle allait tenir avant de craquer à nouveau, et pria que cela puisse au moins attendre la complète guérison de sa compagne.

 

Elle le lui devait bien, pour tous les ennuis et les dangers dont elle était responsable depuis leur rencontre. Après, elle pourrait toujours la laisser ici et régler le problème Sassem seule ou bien s’enterrer quelque part où sa folie latente ne blesserait personne.

 

- Tu as mentionné différents Aita, qu’est-ce c’est ? demanda-elle pour faire diversion à ses propres pensées.

 

- C’est ainsi que l’on nomme les refuges pour les femmes que l’on accueille, expliqua Alexia.

 

- Ça signifie place libre en japonais, dit Linya obligeamment.

 

- Je sais, c’est pour cela que je posais la question. C’est curieux comme choix.

 

- Peut-être, acquiesça Linya en haussant les épaules. J’aime bien l’idée de virginité que cela suppose. Une place libre est un lieu où tout peut arriver. Où l’on peut recommencer à zéro, être quelqu’un d’autre. Où tout est à faire quoi.

 

- Vu comme ça, ça s’explique.

 

Elles abordèrent ensuite le problème interne révélé par Lizzie et débattirent de ce qu’elles allaient faire. Malgré tous ses arguments et ses tentatives, Tia ne réussit pas à écarter la jeune femme.

Alexia lui expliqua que c’était son rôle ici, qu’elle était connue pour cela et qu’en tant que second de Linya c’était son devoir. La mercenaire ne put que lui soutirer le droit d’être à ses côtés pour le cas où cela dégénèrerait puis Linya se leva et l’invita à la suivre pour qu’elle s’occupe du réseau informatique.

 

Tia la suivit en laissant avec regret et frustration une Alexia qui ne semblait soudain plus avoir besoin d’elle. Apparemment cette île et la présence de ces femmes, de ces Nazaréennes, la réconfortaient et la rassuraient aussi bien et peut-être mieux qu’elle-même.

 

En faisant ce constat, un vide soudain creusa un peu plus le trou en elle. C’était comme si sa raison d’être depuis son incarcération, la raison de son retour parmi les vivants, n’existait plus.

 

Et elle se demanda avec une frayeur enfantine ce qu’elle allait faire maintenant.

 

 

 

*******************************

 

 

 

Plusieurs jours passèrent et Alexia semblait se remettre. Tia quant à elle, trouva au début du moins, les longues grasses matinées très reposantes. Les cernes bleus sous ses yeux avaient fini par disparaître, à la plus grande satisfaction de sa compagne et ses blessures physiques semblaient en bonne voie de guérison.

 

Richard était passé quelques jours plus tôt pour manifester sa joie de revoir Alexia et en avait profité, en sa qualité de chirurgien, pour examiner le poignet de Tia. Il déclara que pour un travail vite fait, le chirurgien qui lui avait posé sa broche avait fait du très bon travail.

 

Il lui avait recommandé de ne plus se servir de son bras pendant deux bonnes semaines et lui avait posé d’office une écharpe, ce qui avait tiré une grimace à sa compagne.

 

Si Tia se remettait effectivement physiquement, ce n’était pas le cas de son mental. Son séjour en prison avait eu un effet dévastateur.

 

Pourtant elle le cachait très bien et Alexia n’avait encore rien remarqué. Ses cauchemars étaient devenus plus fréquents mais Alexia en faisait aussi, alors elle ne remarquait pas forcément les siens. De plus les trois-quarts de son temps elle le passait avec Linya à régler des problèmes de ci de là et à rattraper son année de retard et il lui arrivait régulièrement de s’endormir avec elle au milieu d’une réunion.

 

Si Alexia ne voyait rien, ce n’était pas le cas d’Enyalios, qui malgré la tension que générait sa présence sur l’île n’était pas reparti avec Karl. A demi-mot, il lui avait fait comprendre qu’il était resté pour elle et que si elle voulait parler il saurait écouter, à défaut de pouvoir trouver une solution.

 

Elle en avait été si touchée qu’elle avait failli éclater en sanglots. Pourtant elle n’avait rien dit. Une espèce de fierté mal placée l’en empêchait. Mais elle avait honte aussi. Comment aurait-elle pu lui expliquer ce qu’elle avait fait ? C’était comme si tous les efforts et sacrifices auxquels il avait consenti pour lui montrer sa voie, n’avait servit à rien. Elle ne se résolvait pas à lui dire qu’il avait perdu son temps avec elle.

 

Quelque part, elle savait que son refus obstiné de parler l’enfonçait davantage, mais elle ne parvenait pas à s’y contraindre. Elle avait déjà tellement de mal à refouler les images et la sensation de triomphe tout puissant qui l’avait submergée lorsqu’elle avait écrasé Jessica, que l’idée d’en parler lui soulevait le cœur.

 

La honte et le dégoût d’elle-même était trop fort…

 

 

 

********************

 

 

 

Cela faisait un mois qu’elle était là maintenant, et deux bonnes semaines qu’elle ne dormait presque plus. Elle ne cherchait même plus à retenir Alexia auprès d’elle, préférant la solitude où elle n’avait aucun effort à faire.

 

Même lorsqu’elle tenait Alexia dans ses bras, Tia ne souhaitait souvent qu’une seule chose, pouvoir se rouler en boule et ne plus être obligée de devoir participer à cette mascarade qu’était devenue sa vie.

 

En prison elle avait cru dur comme fer qu’Alexia serait la seule personne à pouvoir lui maintenir la tête hors de l’eau, et elle se rendait compte maintenant avec un désespoir croissant que ce n’était pas le cas.

 

Plus le temps passait et plus Tia sentait la souffrance, la haine et la peur prendre possession de son cœur.

 

Lorsqu’elle fermait les yeux et qu’elle le visualisait, elle l’imaginait en train de geler, des petits cristaux de glace le dévorant de l’extérieur alors qu’elle le voyait noircir et se racornir de l’intérieur et elle se demandait qui de la glace ou des ténèbres allaient gagner cette bataille.

 

Chaque jour Tia devait déployer des trésors d’énergie et puiser dans des années d’autodiscipline afin de réussir à donner le change ou simplement à se lever le matin.

 

Elle était face à la baie vitrée de la chambre qu’elle partageait avec Alexia et contemplait sans la voir la vue magnifique de l’océan brillant sous le soleil levant. Une fois de plus, la jeune blonde avait découché et Tia n’avait pas vu l’utilité de faire semblant de dormir. L’infirmière lui manquait. Ce qu’elle lui avait apporté l’avait aidé. Quelque part, elle regrettait d’être sortie de prison et pas seulement parce qu’elle savait que c’était là qu’était sa place.

 

Elle se tenait là, les mains dans les poches de son pantalon en toile noir, lorsque Linya frappa à la porte. Elle lui dit d’entrer, sans bouger d’un pouce, le visage tourné vers l’extérieur. La guide des Nazaréennes, que les siennes surnommaient

la Grande Linya

, en référence à

la Grande Marie

, la mère de Jésus et un des guides spirituels le plus suivi de son peuple, entra avec hésitation.

 

Depuis plusieurs jours déjà elle voyait que la mercenaire n’était pas dans son assiette. Elle avait interrogé Alexia à ce sujet, mais celle-ci lui avait répondu qu’elle se faisait des idées. Mais en la voyant là, debout devant cette fenêtre, auréolée de l’or que déversait le soleil partout sur son corps, elle ne vit que la tension et la souffrance qui émanait de tout son être.

 

Alors soit Alexia était aveugle, soit elle ne passait vraiment pas assez de temps avec elle ou alors elle ne voulait rien voir. Connaissant son amie, elle opta pour la troisième solution.

 

Linya s’occupait maintenant depuis suffisamment longtemps de femmes en souffrance, pour ne pas pouvoir rester insensible lorsqu’elle en avait une en face d’elle.

Linya s’avança lentement, pour ne pas lui faire peur et posa une main sur son dos lorsqu’elle fut suffisamment proche d’elle. Tia ne tressaillit même pas. Et Linya comprit qu’elle était au bout du rouleau. « Alors c’était pour ça qu’Enyalios est resté » songea-elle. « Peut-être est-il un meilleur homme que ce que je ne le pensais finalement. » Il était le seul à avoir compris sa détresse dès le départ. Mais de toute évidence, il n’avait pas su l’aider. Et elle n’était pas sûre, elle-même, de pouvoir y parvenir.

 

Les femmes qui venaient se réfugier chez elle, voulaient de son aide et elles étaient loin d’être aussi complexes que la grande femme à ses côtés.

 

Elle laissa son instinct parler et commença à caresser son dos dans un lent mouvement circulaire. Alexia lui avait dit qu’elle y était très sensible. Après un temps qui lui parut infini, elle sentit les muscles commencer à se détendre.

 

Elle poursuivit et lorsqu’elle sentit que la mercenaire était suffisamment détendue, Linya la poussa vers le lit. Tia se laissa faire et elle se retrouva bientôt contre la tête du lit, Linya à ses côtés. Elle lui prit la main et la serra entre les deux siennes puis passa son pouce sur le dessus de sa main et y fit d’autres cercles.

 

Elle posa le regard sur le profil si parfait qu’elle voyait et tenta de percer les pensées qui s’agitaient derrière ses yeux bleu sombre. Tia se tourna vers elle et elle croisa un regard d’une intensité et d’une fragilité incroyable. Elle vit l’enfer dans ses yeux là. Une douleur à fleur de peau. Et une peur palpable.

 

Ce qu’elle saisit de l’ampleur de la souffrance qui se cachait en elle la fit frémir. Son âme était en morceaux et elle luttait avec une énergie farouche pour les maintenir ensemble.

 

- Oh Tia… souffla-elle le cœur brisé de tant de chagrin.

 

Elle leva la main et la posa sur la joue douce de la grande femme. Une larme lui échappa et roula sur la main qui la touchait. Tia n’en pouvait plus. Elle n’avait plus la force de faire semblant et Linya semblait si désireuse de l’aider… Elle pencha la tête d’un côté pour mieux ressentir la chaleur dégagée par la main sur sa joue et planta son regard chaviré dans celui marron, de sa compagne.

 

Elle se pencha doucement vers elle déposa un baiser doux comme de la soie sur ses lèvres, mêlant le goût salé des larmes à celles des lèvres de Linya. Elle savait qu’elle ne devait pas… qu’Alexia ne méritait pas cela… mais elle voulait tellement oublier la douleur qui la rongeait…

 

Linya très sensible à sa peine, ne la repoussa pas. Elle ferma les yeux et prolongea le baiser. Puis elle recula et plongea son regard dans le sien avant de lentement, prendre son visage entre ses mains et de gentiment, délicatement, capturer les larmes qui coulaient sur la peau veloutée des joues de Tia avec sa bouche.

 

Elle embrassa chacun des pleurs et posa un nouveau baiser léger comme les ailes d’un papillon sur les lèvres de la mercenaire avant de l’attirer contre sa poitrine. Tia se laissa faire et absorba toute la chaleur et la douceur que voulait bien lui donner Linya avant de poser sa tête sur ses genoux.

 

Linya passa la main dans ses cheveux et la caressa avec une exquise douceur tout en murmurant à son oreille :

 

- Ça va aller. Ça va s’arranger, ne t’en fais pas, Tia. Elle va revenir vers toi, elle va voir que tu as besoin d’elle et elle sera là.

 

« Et ça ira mieux ? » se demanda la grande femme. « Est-ce que ça ira vraiment mieux ? Est-ce que sa présence est tout ce dont j’ai besoin pour refaire surface ? » Tia ne put répondre à ses questions, mais elle souhaita de tout son cœur que Linya dise vrai. Et elle pria… elle pria pour que se soit les bras d’Alexia qui la serre contre elle, que ce soit sa voix qui lui murmure des mots de réconfort, que ce soit sa chaleur qu’elle ressente.

 

Elle avait tellement besoin d’elle….

 

 

 

***********************************

 

 

 

Linya avançait sur le chemin qui menait à la plage avec une urgence qu’elle n’avait pas ressentit depuis bien longtemps. Elle avait laissé Tia, avec regret, endormie sur le couvre-lit. Elle avait posé une couverture sur son corps agité et était partie aussitôt à la recherche d’Alexia.

 

Elle la trouva enfin sur une dune, en train de surveiller l’entraînement de Lizzie comme à son habitude. Linya la rejoignit et donna une petite tape sur son épaule.

 

- Ah c’est toi, salut ! fit-elle en se retournant brièvement.

 

- Ouais c’est moi, répliqua-elle sèchement.

 

La dureté du ton rendit Alexia perplexe mais Linya ne pouvait s’en empêcher.

 

- Qu’est-ce qui se passe, un problème ?

 

- Ouais. Un de la taille du Texas et c’est à toi de le régler.

 

- Ok. De quoi s’agit-il ?

 

- De ta petite amie.

 

- De quoi tu parles ? demanda Alexia plus intriguée qu’inquiète.

 

Linya se mordit la lèvre pour ne pas lui hurler dessus. Le chagrin de Tia l’avait ébranlée comme c’était rarement le cas et elle avait du mal à rester calme.

 

- Tu le saurais si tu faisais un peu attention à elle ! lâcha-elle finalement. Bon dieu Alexia ! Merde ! C’est ta compagne et t’as pas été foutue de voir dans quel foutu détresse elle se trouve ! Tu ne cesses de me répéter à quel point tu l’aimes, à quel point ta vie n’a pas de sens si elle ne la partage pas et à quel point elle était ton unique envie lorsque tu étais retenue par Waco. Et pourtant ! Et pourtant elle est là, seule à se débattre avec ses démons sans que tu ne lève le petit doigt !

 

Alexia regarda son amie avec un mélange d’incrédulité devant ses cris pleins de colère et de malaise devant la justesse de ses propos.

- Alors c’est quoi ton problème bordel ?! T’as changé d’avis ?! Tu ne l’aimes plus, ça y est ?! Ta lubie est passée ?!

 

- Non ! hurla-elle à son tour. Ce n’est pas… ce n’est pas ce que tu crois ! Je l’aime et je l’aimerais toujours ! Seulement… fit-elle sa colère retombant. Seulement… c’est ça le problème.

 

- Mais qu’est-ce que tu racontes bon sang ?! s’exclama son amie pas du tout décidée à être patiente.

 

- Lorsque j’étais prisonnière de Waco, la seule chose qui m’importait, c’était elle. Je voulais qu’elle aille bien, je souhaitais plus que tout qu’elle aille bien, parce que je sentais que ce n’était pas le cas. Je me foutais comme de ma première chemise de mourir, du moment qu’elle allait bien. La revoir était mon unique objectif, expliqua-elle avec fougue. Mais lorsque je suis sortie et que mon souhait s’est réalisé, j’ai compris que j’aurais pu mourir sans même me défendre parce que je n’avais pas la tête à ça ! J’aurais pu mourir et j’ai bien cru que c’est ce qui allait m’arriver quand Waco m’a laissée attachée à cette chaise quatre jours durant sans boire ni manger ! Tu ne peux pas t’imaginer la terreur qui m’a alors traversée ! Et pourtant ! Pourtant je n’ai rien tenté ! Parce que mon unique préoccupation était le bien-être de Tia !

 

- Tu lui en veux alors ? s’exclama-elle incrédule.

 

- Non ! Non c’est à moi que j’en veux ! Depuis que je l’ai rencontrée, elle passe avant tout, y comprit moi-même et j’ai l’impression de me perdre ! fit-elle avec désespoir. Je n’ai pas vu qu’elle allait mal parce que je ne le voulais pas ! C’était égoïste et immonde ! C’était tout ce que tu voudras, je ne le nierai pas, mais j’avais besoin de me retrouver, fit-elle l’envie de se battre disparaissant.

 

- Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? demanda Linya soudain désolée pour elle.

 

- Parce que j’avais honte de ressentir ça.

 

- Il n’y a pas de quoi tu sais. C’est normal… ce que vous partagez toi et Tia… c’est si fort… je n’avais jamais vu une chose pareille. Alors que cela t’ait effrayé me semble normal. Ce qui m’étonne en revanche, c’est que tu ais mis si longtemps à réagir. Je ne pense pas que Tia en ait plus l’habitude que toi si ça peut te rassurer. Mais tu sais Alex, commença-elle en choisissant ses mots avec soin, ce qui vous lie toutes les deux… c’est unique… c’est magnifique… et c’est de l’amour. Il n’y a aucune raison de craindre l’amour. Avec lui il n’y a qu’une chose que l’on puisse faire. En profiter et s’en montrer digne.

 

- Ça fait deux choses… souffla Alexia frappée par la vérité et la force qui se dégageait de ces simples mots.

 

Linya sourit à sa tentative d’humour et l’étreignit. Elles se séparèrent en se souriant, se tenant toujours à bout de bras. Alexia était rassurée mais aussi mortifiée par sa stupidité.

 

- Tia va si mal que ça ? l’interrogea enfin Alexia hésitante.

 

- Vraiment oui, confirma son amie. Elle a besoin de toi comme elle n’a jamais eu besoin de personne auparavant.

 

- Enyalios le savait, marmonna-elle en baissant la tête.

 

- Alex…

 

- Je sais… je vais aller la retrouver.

 

- Alex…

 

- Quoi ?

 

- Si tu as besoin de moi…

 

- Tu es là, je sais. Merci.

 

Linya hocha la tête et la regarda partir à grandes enjambées vers son chalet.

 

Maintenant que la peur de se perdre avait disparue, Alexia sentait comme un nœud d’une force surprenante se loger dans son estomac. C’était un poids terrible qui lui fit saisir l’ampleur de la douleur que ressentait sa compagne.

 

Elle pressa alors le pas, espérant qu’en dépit de tout, de son égoïsme, de sa négligence et de l’immense vide qu’elle sentait en Tia, il n’était pas trop tard.