29 juin 2009
Sassem, partie VII d
Chapitre 7 :
Alexia
se réveilla en sursaut. Le corps en sueur et le cœur battant à un rythme
effréné. Elle ajusta sa vision et mit quelques minutes à se rappeler ou elle se
trouvait. Elle était dans l’hydravion de Lance et survolait l’Océan pacifique
depuis, elle regarda sa montre, une heure seulement. Elle soupira et se radossa
à son siège.
Qu’est-ce
qui s’était passé ? Elle avait fait un cauchemar. Bizarre, il était flou
et pourtant les sentiments de peur et de douleur qu’il véhiculait étaient très
clairs, eux. Et depuis qu’elle s’était éveillée, un sentiment d’urgence la
tenaillait. Elle ne parvenait pas à se calmer. Après quelques minutes, elle se
leva et parcourut la cabine étroite de l’avion de long en large en
réfléchissant.
Elle
avait déjà ressenti ça auparavant. Elle essaya de se souvenir de la date
précise. Peut-être que ça avait une importance particulière ? Après tout,
c’était peut-être un truc qu’elle avait mangé ou bien une situation qui la rendait
nerveuse. Elle se creusa les méninges et se souvint. C’était lors de sa
séparation d’avec Tia.
Pouvait-ce
être une coïncidence ? Ça arrivait à nouveau alors qu’elles étaient
séparées. Ça n’avait aucun sens, elle ne comprenait pas. Quand bien même ça
n’aurait pas été une foutue coïncidence, elle ne voyait pas pourquoi elle
ressentait ça.
Est-ce
que c’était parce que la mercenaire lui manquait ? N’importe quoi. Elle
lui manquait depuis le premier jour, et si ça avait un lien, elle l’aurait
ressenti au début et pas au moment de son retour. Elle soupira doucement. A
quoi bon se torturer les méninges ? Elle ne pouvait rien faire de toutes
façons.
Elle
se massa le ventre en tentant de faire passer le malaise persistant. Elle se
mordit la lèvre et s’essuya le front. L’angoisse tendait chacun de ses muscles
et nouait son estomac. Elle s’assit à nouveau et appuya son front contre le
hublot. Elle laissa son regard errer sur l’eau si proche. Une fausse manœuvre
de Lance et ils s’abîmaient tous en mer. Elle, Lance et son escorte. Pourtant
ce n’était pas cette perspective qui lui tordait l’estomac. Elle le savait sans
pour autant parvenir à en déterminer l’origine.
Dieu
que c’était frustrant. Quelque chose clochait… mais quoi ? Devrait-elle en
parler à Tia ? Ce pouvait être un avant goût de Huntington, même si… même
si elle ne se rappelait pas que sa mère ai souffert de ce type de maux avant…
sa dégradation. Peut-être simplement qu’elle avait peur de mourir comme elle…
et que c’était la façon dont son inconscient et son corps la prévenait qu’elle
devait se pencher sérieusement sur le sujet au lieu de l’enfouir au fond d’elle
et de nier la possibilité de sa maladie.
Elle
n’en avait vraiment pas envie. Mais… si Tia avait pu partager ses pires
cauchemars, elle devrait pouvoir faire pareil. Même si… même si dans son cas il
s’agissait de la possibilité de mourir…
Non.
Non, elle ne pouvait pas. Pas encore. Plus tard peut-être. Ouais plus tard.
Pour l’instant, elle voulait juste profiter du temps qu’elle passait avec Tia. Au
maximum. Dans l’insouciance la plus complète. Et si un jour elle apprenait
qu’elle était malade, alors elle profiterait toujours de son temps avec Tia
mais cela aurait un autre goût. Plus amer, moins léger. Et si ce jour devait
vraiment arriver, elle ne voulait pas que se soit trop tôt, alors elle repoussa
cette idée loin au fond de son cœur et de son esprit et fixa ses yeux sur
l’horizon au loin, où Tia, elle le savait, l’attendait.
**********************************
Linya
lutta contre le courant et la douleur qui vrillait ses tempes pour maintenir à
la surface une Tia inconsciente. Elle grimaça et se demanda combien de temps
elle parviendrait à tenir comme ça. Tia était lourde et elles étaient loin de
la côte. Sans parler de sa tête qui pulsait d'une douleur qui lui donnait
vraiment envie de vomir. Elle avait prit un morceau de bois sur le crâne qui
lui avait ouvert l’arcade et une bosse de la taille d’un œuf était en train de
se former sur sa tempe, elle le savait.
Elle
avait vu Tia voler au loin puis remonter à la surface avant d’être renvoyée
sous l’eau. Elle avait attendu quelques minutes mais ne la voyant pas remonter,
elle s’était précipitée avec inquiétude au fond de l’océan.
Elle
avait cherché pendant de longues minutes angoissante la jeune femme au milieu
des débris et avait enfin réussi à la retrouver. Elle l’avait remontée aussi
vite que possible. Apparemment, le souffle de l'explosion lui avait coupé la
respiration. Et si Linya avait dû la stimuler pour qu’elle reprenne une bouffée
d’air, au moins elle n’avait pas avalé d’eau.
Elle
ne voyait pas son visage, mais sa respiration était rapide et irrégulière et ça
l’inquiétait. Elle essaya de voir où elles étaient, mais la côte était vraiment
trop loin pour elle. Alors, elle regarda autour d’elle et avisa un gros morceau
de l’épave qui flottait non loin et s’y rendit avec difficultés.
Elle
grimaça, mais parvint à soulever le corps de la mercenaire et à le hisser sur
la planche. Elle s’appuya contre et reprit son souffle en l’examinant du coin
de l’œil. Elle était pâle et du sang coulait d’une vilaine blessure à son
front. La plaie était gonflée et bleuie. Des brûlures légères et d’autres à
l’aspect moins engageant, parsemaient son visage, ses bras et le haut de son
torse. Linya passa une main rapide sur le haut de son corps et sentit en
grimaçant qu’elle avait des côtes cassées.
C’était
vraiment mauvais, mais c’était déjà un miracle qu’elle ait survécu à
l’explosion, alors elle n’allait pas faire la fine bouche. Mais comment cette
explosion avait pu avoir lieu ?
Elle
regarda vers l’île et vit avec soulagement un bateau se diriger vers elle.
L’explosion n’avait pas été très discrète heureusement.
Les
secours arrivèrent et elle leur jeta un regard de gratitude profonde.
Conception était parmi elles, et cela la soulagea. C’était une femme forte et à
l’esprit pratique, qui allait toujours à l’essentiel. Elle était en quelque
sorte son bras droit sur l’île et elle respectait profondément la mercenaire.
Deux autres femmes de la milice étaient là avec une des infirmières de l’île.
« Bénis sois-tu Conception », pensa-t-elle un peu rassurée. Elles
hissèrent Tia avec son aide avant qu'elle ne monte à son tour sur le bateau et
enfin elles repartirent vers la terre ferme.
*******************************
Lorsqu’Alexia
débarqua sur l’île, tard dans la nuit, elle fut surprise de ne trouver ni
Linya, ni Tia pour l’accueillir. A la place, elle trouva Conception avec un air
passablement épuisé. Elles se saluèrent et attendirent que le bateau reparte
avant de parler.
-
Vous avez fait bon voyage ? s’enquit la chef de la milice.
-
Oui, enfin ça pouvait aller. Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi
Linya et Tia ne sont pas là ? Il y a un problème ? Je sais qu’il est
tard, mais ce n’est pas une chose qui leurs pose problème d’habitude.
-
Eh bien, en fait…
La
femme d’âge mûr s’humecta les lèvres, un peu hésitante. Comment lui annoncer
ça ? Alexia vit l’hésitation et son estomac effectua un plongeon soudain.
Elle attendit avec une appréhension grandissante, la réponse de la femme.
-
Cet après-midi, elles sont sorties en mer pour faire un peu de plongée et heu…
et bien, le bateau a explosé.
Alexia
se figea et alors que son visage perdait toute trace de couleur et qu’un
million de pensées et de cris d’horreurs se bousculaient dans sa tête, elle se
sentit envahie d’une faiblesse si grande qu’elle vit la terre tourner autour
d’elle.
Comprenant
ce qui se passait, Conception se précipita vers elle et agrippa ses deux bras.
-
Non, non, calmez-vous, elles vont bien ! Elles sont vivantes ! Tout
va bien ! dit-elle précipitamment tout en se morigénant devant sa bourde.
Lentement,
comme si la voix venait d’un ailleurs très lointain, les mots pénétrèrent son
esprit et sa vision s'éclaircit peu à peu. Elle inspira une grande goulée d’air
comme une noyée qui revenait à la vie. « Elle est vivante ! Tia est
vivante ! ». Le soulagement fut si intense que ses jambes lâchèrent
et qu’elle se retrouva au sol, Conception accompagnant sa chute en douceur.
Elle laissa les larmes de soulagement couler de ses yeux et prit plusieurs
inspirations tremblantes en se passant une main sur le front. « Ok,
reprends-toi Lex ! Elle va bien, elles vont bien toutes les deux ».
-
Je… d’accord.
Elle
inspira encore une fois, profondément, et tendit une main.
-
Aidez-moi à me relever et expliquez-moi tout. Mais avant tout où
sont-elles ? Et comment vont-elles ?
Conception
l’aida à se remettre sur ses pieds et reprenant leur chemin, plus lentement
cette fois, elle la surveilla d’un œil inquiet tout en lui répondant.
-
Linya va bien, elle a une légère commotion, mais avec du repos elle se remettra
vite. Votre amie en revanche, à plusieurs blessures assez sérieuses. Mais
rassurez-vous aucune qui mette sa vie en danger ! ajouta-elle rapidement
en la voyant se figer de nouveau.
Alexia
hocha la tête et reprit sa marche, attendant plus d’explications, se forçant au
calme, alors qu’elle rêvait de se jeter sur la femme à ses côtés et de la
secouer en lui hurlant de lui donner ses réponses plus vite. Conception dut le
sentir car elle accéléra son débit.
-
Elle a des brûlures sans gravité au visage et au torse. Et des un peu plus
grave, deuxième et à certains endroits, troisième degré aux bras. Elle a deux
côtes de cassées et une commotion à surveiller attentivement. Certains examens
ont montré qu’elle aurait une certaine sensibilité à la lumière, mais avec le
temps et de bonne lunette de soleil, cela devrait s’estomper. En dehors de ça,
elle va bien. Elle a eu de la chance vous savez, elle a été prise dans
l’explosion, c’est un vrai miracle qu’elle n’est rien de plus.
Alexia
hocha la tête, la gorge trop nouée pour pouvoir parler. Et Conception
reprit :
-
On les a installées à l’hôpital, mais votre amie n’a pas eu l’air d’apprécier.
Comme sa commotion devait être surveillée, on a dû l’endormir pour qu’elle
reste tranquille. Linya n’a pas voulu la quitter. Elle se sent responsable je
crois.
-
Pourquoi ça ? demanda enfin la jeune femme, l’esprit soudain alerte.
-
Eh bien, vous savez que votre amie a reprit l’entraînement des recrues de l’île
à ma demande et à celle de Linya ?
-
Oui. Quel rapport ?
-
Eh bien, elle a eu quelques démêlés avec certaines des filles. Elle a dû en
exclurent deux il y à quelques jours et… elles l’ont plutôt mal pris.
-
Vous êtes en train de me dire que l’explosion n’était pas un accident ?
fit-elle d’un ton soudain coupant.
-
Au début, c’est ce que l’on croyait mais après une petite enquête, il s’est
révélé que non et des ennemis, je veux bien croire que votre amie en a pas mal
en dehors d’ici, mais sur l’île, c’est assez réduit.
-
Les deux exclus ?
-
Oui.
-
Laquelle des deux ? A moins qu’elles ne soient complices ?
-
On n’en sait encore rien. On enquête toujours.
-
Ok. Vous en avez parlé avec Tia et Linya ?
-
Oui.
-
Et qu'est-ce qu'elles ont dit ?
-
Linya penche pour Genshenka. Elle dit que Jodie n’a pas suffisamment de matière
grise pour ça. Mais votre amie dit qu’il ne faut pas conclure trop vite. Elle
veut des preuves.
-
Elle a raison. Mais j’imagine que vous n’aviez pas l’intention d’accuser sans
preuves ?
- Non,
bien sûr ! Mais...
-
Mais vous cherchez d’abord de leur côté. C’est logique. Bon et votre prochaine
étape c’est quoi ? Vous les avez interrogées ?
-
Euh, pas encore, non. On… a d’abord voulu examiner les restes. On voulait
savoir ce qui c’était passé. En fait, on a passé la journée à rapporter et
reconstruire le puzzle de l’épave en étudiant les morceaux restant. On a conclu
à un acte criminel il y a à peine une heure et bon, Linya veut assister à
l’interrogatoire alors, on s’est dit qu’on pouvait attendre demain. Ce n’est
pas comme si elles pouvaient s’enfuir. On est sur une île, après tout.
-
J’aimerais être là, si c’est possible, lorsque vous le ferez.
-
Bien sûr, pas de problème, s’empressa de répondre la chef de la milice.
Bizarrement,
Conception comme la plupart des Nazaréennes qui avaient un poste à
responsabilité, respectait mais aussi craignait Alexia. Tout le monde savait
que s’il arrivait quoi que se soit à Linya, c’était elle qui reprendrait
l’association et même si elle n’était pour l’instant qu’une sorte de second
dans les affaires courantes à travers le monde, tout ceux qui avaient eu
affaire à elle, savaient qu’elle menait les affaires différemment de Linya.
Elle était plus directe, franche parfois jusqu’à la brutalité. Et à d’autres
moments, elle était capable d’une grande diplomatie et d’une manipulation très
subtile.
A
chaque fois qu’elle avait eu besoin de remonter les bretelles à quelqu’un, elle
l’avait fait sans ambages et avec une froideur clinique. Il n’y avait rien de
personnel, rien de méchant. Et c’était peut-être pire.
C’était
pourquoi, les femmes comme Conception n’avaient aucune envie de déplaire à
Alexia et s’empressaient de répondre à ses attentes.
Après
cette mise au point, elles cheminèrent jusqu’à l’hôpital en silence. Alexia
pressant inconsciemment le pas, voulant plus que tout, en cet instant, être
auprès de Tia. S’assurer par elle-même qu’elle allait vraiment bien.
*************************************
Lorsqu’elle
pénétra dans la chambre, Alexia ne vit pas Linya, ni même l’infirmière qui
changeait la perfusion. Son regard se fixa directement sur la forme endormie de
son amante et ne la quitta plus. Elle s’avança vers elle, et examina son
visage. Elle était pâle et avait les traits tirés. Une plaie gonflée et violette
ornait son front et descendait sur sa tempe.
La
seule vue du visage de sa petite amie amena une vague de soulagement si
intense, que ses jambes tremblèrent à nouveau. Mais elle serra les dents et
tint bon. Pas question de s’effondrer. Elle était vivante, rien d’autre ne
comptait. Pour repousser la vague de vertige qui l’avait prise, elle se
concentra sur sa compagne.
Elle
avait de profonds cernes bleus et elle se demanda depuis quand elle dormait
mal. Elle s’assit à son côté et lorsqu’elle voulut lui prendre la main, elle
nota qu’une autre main la tenait déjà. Elle fronça les sourcils et remonta le
long du bras, pour parvenir au regard fatigué mais amusé de sa meilleure amie.
-
Tu ne m’avais même pas remarquée hein ?
Alexia
rougit un peu et ouvrit la bouche pour s’excuser mais Linya secoua la tête.
-
Ça va, ne t’en fait pas je comprends.
Elle
tourna les yeux vers le visage pâle de la mercenaire.
-
Elle est tout ce qui compte, dit-elle avec gravité. C’est une chose que je peux
comprendre.
Elle
croisa le regard d’Alexia et lui sourit.
-
Elle va bien, rassure-toi. Quelqu’un joue aux cartes avec elle parce qu’elle ne
voulait pas rester tranquille et qu’avec sa commotion, c’est plutôt indiqué
même si elle ne doit pas dormir. Mais sinon, elle est en pleine forme.
-
Conception m’a expliqué… qu’elle avait eu beaucoup de chance.
-
Oui. En fait, il faut remercier ses incroyables réflexes et son instinct. Elle
a sauté au moment ou l’explosion a eu lieu, échappant ainsi au plus gros de la
déflagration. Mais… c’était vraiment impressionnant de la voir ainsi engloutie
par les flammes avant d’être éjectée au loin. Je… j’ai vraiment eut peur.
Alexia
posa une main sur celle de son amie avec une expression inquiète.
-
Excuse-moi, je suis une bien piètre amie. Je ne t’ai même pas demandé comment
tu te sentais.
-
Ne t’en fais pas. Comme je te l’ai dit, je comprends et pour répondre à ta
question, je vais bien. J’ai juste reçu un bout du bateau sur le crâne, mais ça
n’est pas bien grave.
Alexia
passa un doigt doux sur la tempe et l’arcade abîmée de sa meilleure amie.
-
Ça ne fait pas trop mal ?
-
J’ai pris des calmants, alors non. Mais je vais avoir droit à un mal de tête du
tonnerre demain, déclara-t-elle dans un petit rire.
-
Je suis désolée.
-
Ne le sois pas, ce n’est pas toi qui a saboté le bateau.
-
Non, fit-elle en se retournant vers son amante, mais ceux qui l’ont fait vont
le regretter, dit-elle d’un ton si farouche que Linya en frissonna.
Elle
n’avait jamais vu une expression si intense sur son visage, jamais vu une
détermination si sauvage. Elle vit pour la première fois ce que Tia avait
appris à son amie auparavant si caractérielle. La force, la résolution et
l’évaluation froidement clinique d’une situation violente et dangereuse. Alexia
avait changé. Elle était plus que son bras droit. Plus qu’une héritière. Bien
plus qu’une simple femme. Alexia était devenue une mercenaire.
Lorsqu’elle
eut compris cela, Linya se demanda, malgré ce qu’elle lui en avait dit quelques
mois plus tôt, si c’était une bonne chose. Bien sûr elle avait l’air heureuse
avec Tia. Elle n’avait même l’air heureuse qu’avec elle. Mais… ce qu’elle
voyait… ce qu’elle faisait… elle n’était pas sûre de pouvoir apprécier le
changement qui s’opérait en une femme qu’elle connaissait intimement depuis sa
naissance. Accepterait-elle de passer toujours au second plan comme cela avait
été le cas cette dernière année ? Elle qui avait quasiment passé chaque
seconde de son existence avec Alex ?
Pourrait-elle
accepter cette nouvelle femme qui prenait naissance sous ses yeux ?
Pourrait-elle continuer de l’aimer comme avant ? Ou bien ces différences
dont elle prenait seulement conscience maintenant, signeraient le glas de leur
relation ?
« Seul
le temps le dira, j’imagine » songea-elle un peu déprimée. Mais en même
temps, cette expression si forte sur le visage de son amie démontrait de façon
si puissante tout ce qu’elle ressentait pour sa compagne, que Linya ne put
qu’en être impressionnée et aussi… un peu envieuse, elle devait bien se
l’avouer. Elles avaient l’air de tant s’aimer… elle espérait vraiment qu’un
jour, elle aussi aurait la chance de connaître cela.
**********************************
Deux
jours plus tard, après une enquête acharnée et l’aide précieuse d’Alexia, qui
avait appris de nombreuses choses dans l’art de la manipulation avec Tia,
qu’elle maîtrisait pourtant déjà pas mal auparavant, Jodie avait vendu la mèche
sans même sans apercevoir.
Elle
était détenue dans une pièce hautement surveillée en permanence par deux
miliciennes qui se relayaient toutes les six heures. Genshenka n’avait pas été
impliquée par Jodie même si tout le monde la soupçonnait, sans preuve on
n’avait pas pu proférer une seule accusation et elle vaquait toujours librement
sur l’île.
Linya
ne savait pas trop quoi faire de Jodie. Elle ne pouvait pas prévenir la police
car cela aurait impliqué de les mettre au courant de l’île et de son
fonctionnement, mettant beaucoup trop de choses, et de gens, en danger. Elle
essayait de voir si elle pouvait s’arranger avec des policiers et des juges
Nazaréens, mais pour l’instant c’était le flou total. Jamais ce genre de
situation n’avait eu lieu.
Tia
était sortie de l’hôpital le matin même et Alexia ne la lâchait pas d’une
semelle. Elle regardait souvent autour d’elle, pour s’assurer que Genshenka
n’était pas dans les parages et elle avait demandé à quelques filles de
surveiller la jeune femme, discrètement, de manière à empêcher un nouvel
attentat contre sa compagne. Mais c’était, là aussi, une situation qui devrait
vite se régler. Elles ne pouvaient pas garder une femme potentiellement
dangereuse et capable de tuer une des siennes au milieu d’autres femmes
fragiles et influençables. Ou l’épisode Jodie pourrait se renouveler.
La
seule bonne nouvelle était Erika. Elle semblait avoir bien retenu la leçon
dispensée par Tia quelques jours plus tôt et évitait Genshenka comme la peste.
Elle avait même commencé à parler avec Droqkwé et était venue s’excuser auprès
de Tia, la veille, de son comportement indigne d’une Nazaréenne. Mais la
mercenaire lui avait dit que n’étant pas Nazaréenne, ce n’était pas elle qui
avait été lé plus offensée. Erika avait réfléchi a cette déclaration un moment
avant de hocher la tête et de sortir d’un pas décidé de la chambre d’hôpital.
Dès
que la mercenaire s’était réveillée, elle lui avait fait part de la décision de
Linya de vouloir participer au reste de l’attaque et pas seulement de leur
prêter des messagers. Pendant qu’elles étaient à l’hôpital, Linya avait eu une
conférence téléphonique avec tous les continents, ce qui incluait aussi le
réseau de son cousin, et avait transmis le problème Sassem, expliquant durant
de longues heures, qui il était et les ennuis qu’il créait.
La
réponse et une première estimation devrait être disponible d’ici la fin de la
semaine. En attendant, Linya avait demandé à Conception de procéder à un
rassemblement. Le lendemain de l’arrivée d’Alexia sur l’île, après le déjeuner,
tout le monde avait été réuni au centre de l’île ou Alexia, qui avait laissé sa
mercenaire à contrecœur, avait exposé le problème Sassem et ce qui était fait
en haut lieu pour y remédier.
Elle
leur avait ensuite demandé de réfléchir à une possible participation. Elle
avait expliqué les différentes fonctions dans lesquelles on pourrait avoir
besoin d’elle, en insistant surtout sur les messagers, car c’était là les moins
dangereux et les plus importants. Pour finir, elle avait conclu que si elles
s’étaient résignées à faire appel aux Nazaréens, c’était parce qu’elles avaient
besoin de personnes fiables et qu’eux seuls leur semblaient faire l’affaire.
Depuis,
les murmures allaient bon train, la plupart des femmes de l’île étant plutôt
fières de voir l’une des leurs, Alexia, avoir un rôle si important dans une
affaire de cette envergure et très flattées de se voir requérir leur aide.
Pendant
que les Nazaréens réfléchissaient, que Linya tentait de régler le problème
Jodie et qu’Alexia surveillait et faisait surveiller Genshenka, Tia reprit le
cours de sa vie comme si rien n’avait changé. Elle sortit de l’hôpital, très
heureuse du retour de sa petite amie, et demanda à Conception de reprendre le
côté physique des entraînements tel que les démonstrations et les duels,
pendant qu’elle-même continuerait les évaluations et critiques des mouvements
et les explications orales.
Elle
avait commencé dès sa sortie par un entraînement assez simple de nouvelles
recrues au niveau moyen. Et alors qu’elles se connaissaient si mal, elles
n’avaient eu aucune difficulté à enseigner ensemble, enchaînant oral et
physique comme si elles avaient fait cela toute leur vie.
Alexia
qui suivait son amante comme son ombre, avait profité du spectacle avec un
sentiment de fierté incroyable. Tia était si à l’aise ! Elle avait observé
les lignes de son visage, si net et si franc, qui reflétait une palette incroyable
d’émotions diverses ou une neutralité absolue, selon qu’elle se laissait aller
ou non. Mais quoi que se soit c’était toujours une décision consciente, ce qui
époustouflait Alexia.
Alors
qu’elles rentraient enfin au chalet, elles avaient deux heures avant le
prochain entraînement, elle s’en ouvrit à la mercenaire.
-
Tu pourrais m’apprendre à contrôler les expressions de mon visage ? Je
trouve ça incroyable ce que tu es capable de laisser transparaître ou non. Tu
influences totalement les personnes en face de toi ! Tu peux même laisser
apparaître une expression que tu ne ressens pas du tout, juste pour obtenir la
réaction que tu veux en face, c’est… c’est… y’a pas de mots qui décrivent assez
bien à quel point c’est génial !
L’enthousiasme
de sa compagne arracha un petit rire à la grande femme.
-
Et comment sais-tu que je ne ressens pas l’émotion que je montre ?
-
Ha ! Parce que je te connais, tient ! répondit-elle avec une petite
tape sur son bras, avant de la retirer très vite avec une grimace. Désolée, j’ai
oublié.
-
C’est rien, dit Tia en haussant les épaules. Tu ne m’as pas fait mal. Mais
c’est ok, je t’apprendrais. Cela dit, c’est quelque chose auquel tu devras
t’entraîner seule. Je ne peux que te donner quelques indications, le boulot
c’est toi qui devras le faire. De même que le sentiment qui te domine lorsque
tu veux paraître impassible, il faudra que tu trouves le tien et que tu t’y
accroche. C’est… très particulier comme truc.
-
C’est quoi le sentiment qui te domine toi ? Dans ces moments là je veux
dire.
-
La colère. Une colère froide. Elle me prend aux tripes et je la dirige
naturellement dans le reste de mon corps. Et c’est un peu comme si elle figeait
tout ce qui ne pouvait pas être à son service.
-
Oh.
Alexia
réfléchit à ce qu’elle venait d’apprendre.
-
Au fait, fit la mercenaire pour changer de sujet et alléger un peu
l’atmosphère, tu sais que des affaires à moi ont mystérieusement
disparues ?
-
Noooon, vraiment ? rétorqua la jeune femme avec innocence, acceptant ainsi
le changement de sujet.
-
Vraiment.
-
Mais que s’est-il passée ? demanda Alexia l’air particulièrement concernée
par la situation.
Tia
ne put se retenir plus longtemps et elle éclata de rire. Alexia lui retourna un
grand sourire avant de déclarer abruptement :
-
Je ne veux plus qu’on se sépare.
Le
rire se calma, puis disparut et un sourire en coin apparut.
-
J’ai déjà entendu ça, la taquina-elle.
-
Je sais. Mais cette fois je pense réellement que ça ne nous réussit pas.
-
Lex, fit la grande femme en s’arrêtant de marcher et en se tournant vers elle,
les deux mains sur ses épaules, parfois la séparation est nécessaire. On ne
doit pas en avoir peur, car elle fait partie de la vie. Tant qu’on sait qu’au
final quelqu’un nous attend, on n’a pas à la craindre.
-
Mais c’est ça le problème Tia. A chaque fois que je suis partie, à mon retour
je ne t’ai pas trouvé. Il a fallu que je te cherche. Alors, ok, il y a deux
jours, la recherche n’a pas été longue, mais il n’empêche que tu n’étais pas
là, dit-elle en posant une main douce sur la joue de sa compagne. Et j’ai peur,
vraiment peur qu’à notre prochaine séparation je ne puisse plus te retrouver.
« Et
qu’est-ce que je suis sensée répondre à ÇA ?, songea la grande femme un
peu prise au dépourvu. Elle a raison, je pense la même chose. »
-
On… on verra ça quand ça se présentera ok ? Mais il ne faut pas qu’on
craigne la séparation Lex. Ce n’était que des coïncidences, des coïncidences
malheureuses, mais des coïncidences quand même. Et puis au final on est là
ensemble non ?
-
Oui. Mais… bon on verra quand ça se présentera, conclut-elle.
« En
espérant que ça n’arrive jamais » songèrent-elles en même temps.
Un
silence s’installa, pendant lequel elles reprirent leur chemin, Tia un bras
bandé posé sur l’épaule de sa petite amie et Alexia un des siens passé autour
de sa taille.
-
Et quels vêtements exactement, ont eu la grossièreté de disparaître ?
lança-t-elle plus légère.
-
Une culotte et un soutien-gorge ! répondit son amie d’un ton outré.
-
Rhooo les vilains, les bonnes manières se perdent, soupira-t-elle l’air très
affectée.
-
Ouais. Surtout celles des petites amies, rétorqua Tia en pressant l’épaule de
sa compagne avec un sourire canaille.
-
Hé ! Je suis irréprochable ! J’ai bien fait attention à ce que MA
petite amie ne s’ennuie pas pendant mon absence et pense à moi TOUT les
jours ! Je suis une petite amie parfaite !
Tia
lâcha un petit rire en ouvrant la porte.
-
Ouais… parfaite, répondit-elle en plongeant son regard dans le sien et en
laissant transparaître tout ce qu’elle avait ressenti pendant son absence et
tout ce qu’elle voulait faire en cet instant pour combler le manque qui avait
été le sien.
Le
sourire entendu qui lui fut retourné fut la réponse que Tia attendait. Elle se
baissa soudainement et attrapant sa compagne, la souleva dans ses bras et sans
écouter ses protestations, elle fila, très très pressée, en direction de leur
chambre.
Chapitre 8 :
La
fin de la semaine arriva vite et Alexia put commencer une sélection des
messagers parmi les volontaires de l’île pendant que Tia faisait, avec l’aide
des infos envoyées par Karl, une estimation des forces armées dont ils allaient
disposer pour l’attaque. A partir de là, elle commença la préparation de
l’assaut. Elle comptabilisa les différents points, lieux et personnes à
attaquer, les équipes, et le nombre de personnes dans ces équipes, qu’il y
aurait sur chacun d’eux. La répartition des forces, leur hiérarchisation, les
capitaux que cela allait demander, le matériel dont ils devraient disposer.
Lorsque
la fin de la semaine arriva, Tia avait réussi, après diverses conférences
téléphonique avec les différents dirigeants des armée des pays concernés, à
décider de tout ces détails. Elle demanda alors à Karl d’organiser le
déplacement des forces armées qu’elle avait sélectionné dans différents lieux
sécurisé qu’elle connaissait pour les entraîner. La phase deux allait
commencer.
Elle
en parla à Linya qui accepta que les équipes, dont allaient faire partie les
Nazaréens, puissent faire leur entraînement sur l’île des femmes et celle des
hommes, à la condition express qu’ils soient tous endormis à leur arrivé. Idem
pour leur départ.
Tia
eut un peu de mal à faire accepter cela, mais elle y parvint et Karl s’occupa
d’organiser le transport. Lorsque tout fut au point, Tia donna une date où les
transferts devraient être effectués. Soit dans deux semaines. En attendant,
tous devaient rentrer chez eux, se détendre et profiter de leur famille, car ce
pourrait être la dernière fois.
Karl
acquiesça gravement avant de poser la question, qui il le savait, serait mal
reçue.
-
She-wolf ?
-
Hum ?
-
Les différents généraux et heu chefs d’agences, veulent te voir.
-
Comment ça ?
-
Ils… disent qu’ils ne peuvent faire confiance à une personne qu’ils n’ont même
pas eu l’occasion de rencontrer. Et donc, heu, ils exigent une rencontre.
-
Oh ils exigent ? fit-elle sarcastique.
-
She-wolf, tu ne peux pas leur en vouloir, tenta de l’apaiser Karl, ils
remettent la vie de leurs hommes et la réussite de l’opération dans tes seules
mains. Ils veulent s’assurer qu’elles sont sûres.
-
Ou bien me mettre la main dessus et me faire cracher les infos qui leur
manquent afin de reprendre le contrôle de l’opération…
-
Ils ne le feront pas. Pas parce qu’ils n’y ont pas pensé mais parce qu’ils
savent que si cette opération à une chance d’aboutir c’est avec l’aide de tout
le monde et le plan est bien trop avancé pour pouvoir le revoir. Et la moitié
de celui-ci repose sur tes contacts. Te mettre dans cette position c’est se les
mettre à dos. Ils sont ambitieux et tout ce que tu veux, mais pas stupides. Ils
savent combien Sassem est dangereux pour le monde. Comme Hitler en son temps.
Ils s’allient malgré leurs rivalités et leurs haines mutuelles… pour combattre
quelque chose de pire qu’eux. Crois-moi, tu n’as rien à craindre d’eux. Mais si
ça peut te rassurer, tu peux organiser cette réunion sur ton terrain.
Tia
resta silencieuse un moment, absorbant les informations et débattant de leur
véracité.
-
Je vais y réfléchir.
Puis
ils raccrochèrent. Tia contempla un instant le ciel bleu au dehors en se
demandant si c’était raisonnable. Les dirigeants des armées ou des équipes
passent encore, mais les chefs d’agences… la moitié d’entre elles rêvaient de
lui mettre la main dessus, depuis de nombreuses années déjà.
Elle
soupira et se renfonça dans son siège. Et si au lieu de se triturer les
méninges seule dans son coin, elle allait en débattre avec sa moitié ?
« Ouais excellente idée » songea-t-elle ragaillardie par sa décision.
Elle se leva et sortit du bureau de Linya, situé dans un bâtiment de deux
étages au cœur de l’île. Ce bâtiment abritait tous les bureaux. Ceux de la
milice, de l’administration qui recensait les Nazaréennes, leurs allers et
venues… Tia en sortit et s’accorda une petite pause devant les portes. Elle
s’étira en levant le visage pour l’offrir aux rayons du soleil de midi et
soupira de bien-être.
Certes
ses brûlures étaient encore parfois douloureuses et ses côtes lui faisaient
quasiment mal tout le temps, de même qu’elle devait encore porter ces fichus
lunettes de soleil du lever au coucher, mais sa tête allait mieux et Alexia
était là, alors… la vie était belle !
La
voir à son chevet, lorsqu’elle s’était réveillée avait réellement été un
soulagement. Elle avait été si heureuse, qu’elle en avait oublié la douleur.
Elle avait tendu une main couverte de crème apaisante et de pansements vers le
visage inquiet mais à l’expression douce de son amie. Elles s’étaient
dévisagées un long moment, oublieuses du temps passé séparées, de la douleur ou
de l’environnement où elles se trouvaient.
Aujourd’hui,
Linya était sortie de l’île tôt le matin. Alexia n’en avait rien su avant que
Tia ne lui en parle, ce qui l’avait beaucoup surprise. Elle lui avait demandé
des explications, mais Tia ne se voyait pas lui dire qu’elle était allée sur le
continent pour régler les derniers détails de la fête qui commencerait ce soir.
Tia
sourit puis grimaça. Elle était un peu embêtée de se rendre à la fête si
longtemps souhaitée, avec une tête comme la sienne. Le bleu sur son front et sa
tempe avait disparu mais ses lunettes, qu’elle ne pouvait quitter que dans la
pénombre, allaient faire tâche. Les bandages le long de ses bras, l’obligeaient
à renoncer à mettre la robe qu’elle avait spécialement achetée pour l’occasion,
ce qui l’ennuyait prodigieusement.
Linya
lui avait dit qu’elle s’occuperait aussi de sa tenue lorsqu’elle serait sur le
continent et elle en frémissait d’avance. Les idées de Linya étaient… assez
originales en générale et si l’envie lui prenait de lui faire une blague avec…
elle ne pourrait strictement rien y faire.
Elle
secoua la tête et haussa les épaules, et enfin reprit son chemin en direction
du terrain d’entraînement. Alexia devait s’y rendre après son premier cours de
Grec ancien et Conception l’y attendait pour répéter avec elle les nouveaux
mouvements qu’elle devrait apprendre aux filles aujourd’hui.
Tia
allait mieux physiquement mais Lex l’avait harcelée pour qu’elle ne reprenne
pas les efforts trop vite et… elle avait cédé... encore. « Elle a vraiment
une mauvaise influence sur moi », songea la grande femme en souriant.
Elle
l’aperçut en arrivant et elle ne put empêcher de petites étincelles de joies de
s’allumer en elle. Elle leva la main et lui fit un signe que sa compagne
s’empressa de lui retourner en pressant le pas. Juste pour jouer un peu, Tia
bifurqua et se dirigea vers Conception qui s’échauffait sur le bord de la piste
de course. Elle la saluait au moment lorsqu’un cri, suivit d’un corps
bondissant, attirèrent son attention.
-
Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah Tiaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Alexia
atterrit sur le dos de sa petite amie et la déséquilibra. Elles s’affalèrent
toutes les deux sur le sol et Alexia entendit un grognement étouffé sous elle.
« Mince ! J’avais oublié ! ». Elle se dépêcha de se
relever, enlevant son poids du corps de sa compagne.
-
Excuse-moi, j’ai complètement oublié tes côtes ! s’exclama-elle penaude.
Ça va ?
Tia
rit un peu en se relevant, une main sur son côté droit et l’autre sur ses
lunettes.
-
Arrête de t’en faire Lex. Ça ne te pose aucun souci quand on est au lit, et pourtant
depuis ton arrivée, on est plutôt acrobatique dans ce domaine !
Conception
qui s’était rapprochée en entendant les cris d’Alexia eut la surprise de voir
une rougeur se diffuser des joues au reste du visage. Elle n’avait pas
l’habitude de voir Miss Stefanos sous un jour aussi humain. Habituellement elle
était franche, sévère voire capricieuse, parfois douce et gentille, très
souvent calme et pleine de bons sens, mais jamais, jamais
rougissante, timide et amusante comme elle l’était depuis qu’elle avait
amené cette grande femme sur l’île.
C’était
une constatation qui ne laissait pas de la surprendre mais qu’elle appréciait
beaucoup.
-
Bonjour, fit-elle aux deux femmes.
-
Bonjour, répondirent-elles en cœur.
Elles
échangèrent un regard et se mirent à glousser comme des gamines. « Eh ben,
à ce rythme je ne suis pas prête de les faire mes répétitions ! »
songea la chef de la milice un peu perplexe devant ce comportement totalement
immature de la part de deux femmes fortes et impressionnante comme elles.
Malgré
les pensées pessimiste de la chef, les exercices se passèrent bien et après la
petite séance, Tia envoya Lex lui chercher une bouteille d’eau, en prétextant
qu’elle avait un peu mal aux côtes et préférait rester tranquille en attendant
que ça passe. Une fois que la jeune femme se fut éloignée, elle attira
Conception vers les bancs.
-
Dès ce soir, vous allez devoir vous débrouiller sans moi pour les entraînements
et ce jusqu’à la fin de la semaine. Si il y a un problème voici mon numéro
perso, mais n’en abusez pas et ne le donnez à personne. Très peu dans le monde
l’a alors…
-
J’ai compris. Merci de me faire confiance.
-
De rien. C’est assez rare lorsque je le peux, mais quand ça arrive en règle
générale je ne le regrette pas.
-
Ça c’est un sacré compliment de votre part ou je ne m’y connais pas !
s’exclama la femme avec un sourire en coin. Et qu’est-ce qui nécessite votre
absence pendant une semaine, si ce n’est pas trop indiscret ?
-
Une fête surprise pour Lex.
La
chef la fixa avec de grands yeux. Tia leva un sourcil.
-
Un problème ?
-
Hein ? Non, non. Je ne vous imaginais pas organisant des fêtes d’une
semaine c’est tout.
-
Ben, c’est pas moi qui l’organise. C’est Linya. C’est pour ça qu’elle est
absente. Elle rentre ce soir. On emmène Lex et on revient à la fin de la
semaine. Je vous ai préparé un programme à suivre avec les équipes et Linya
devrait régler les détails en ce qui concerne Genshenka et Jodie en ce moment
même. Elle vous dira quoi faire en rentrant. L’île sera alors sous votre
responsabilité. Mais comme je vous l’ai dit, en cas de problème vous pouvez
m’appeler. De toute façon on ne sera pas très loin.
-
Ok. Eh bien, c’est cool pour moi. Mais… pourquoi n’organisez-vous pas la fête
ici ?
-
Des tas d’extérieurs doivent y assister, et une semaine de nouba ininterrompue,
risquerait de créer quelques ralentissements dans le fonctionnement de l’île
non ?
-
Plutôt oui ! répondit la femme en riant.
****************************
Linya
revint comme convenu, sur le coup des 19h. Tia lui sourit lorsqu’elle passa la
tête dans l’embrasure de la porte et elle mit un doigt sur sa bouche pour lui
intimer de se taire. Puis alors qu’elle voyait qu’Alexia sortait de la salle de
bain, elle entra en trombe dans la chambre et sauta dans les bras de Tia qui était
assise sur le lit en criant :
-
Alexia n’est pas là, pas vrai ?! Alors profitons-en, mon amour !
Et
elle la renversa sur le lit et l’embrassa avec passion alors que Tia éclatait
de rire, sans réussir à pouvoir garder son sérieux. Comme prévu Alexia se précipita
dans la chambre, une serviette blanche enroulée autour de son corps pour tout
vêtement, elle se planta à leurs côtés, les poings sur les hanches l’air
absolument furax.
-
Ben vous gênez pas surtout !
-
C’est ce qu’on fait mon cœur, répondit la mercenaire avec un grand sourire.
-
Je t’avais dit que me laisser trop longtemps seule avec elle aurait des
conséquences chérie, déclara Linya avec un sérieux. Non mais tu l’as regardée,
fit-elle en se redressant sur ses genoux, en désignant de la main le corps
étendu sous elle. C’est… c’est… irrésistible ! s’écria-elle en se jetant
brusquement sur le corps en question.
Elle
releva le t-shirt de Tia et commença à mordre comme une affamée le ventre
musclé de la grande femme. Tia éclata de rire sous le toucher tout sauf doux et
se tourna sur le côté pour lui échapper.
Enfin,
Alexia comprit la blague et se détendit, puis en voyant la grimace de sa
compagne lorsqu’elle se tourna sur le côté, elle se reprit.
-
Lin arrête. Tia est encore blessée.
Linya
se redressa d’un coup.
-
Oh ! Pardon j’avais oublié !
-
Ouais on n’arrête pas de me dire ça aujourd’hui ! Pourtant mes pansements
ne sont pas très discrets, fit-elle en levant ses deux bras couverts de
bandages.
Les
deux femmes grimacèrent, prises en faute.
-
Désolée, fit Linya. C’est juste… que tu donnes l’impression de ne pas avoir
mal, comme si, ben, comme si tu n’avais rien en fait. Alors on a tendance à ne
plus voir tes pansements.
-
Ah, alors c’est de ma faute ? rétorqua-elle sarcastique.
-
Tout à fait ! répondirent-elles en cœur.
Tia
les dévisagea tour à tour, puis tapa sur la cuisse de Linya.
-
Tout est ok ?
-
Ouaip c’ptaine ! fit la jeune femme en la saluant comme un marin.
-
Alors vire de là, j’ai très envie de sexe mais pas avec toi.
Linya
écarquilla les yeux, un peu surprise d’une telle franchise. Puis elle grimaça,
une main devant les yeux.
-
J’avais pas besoin de cette image, merci les gars.
Elle
se leva en agitant une main devant ses yeux, comme pour effacer l’image
imprimée sur sa rétine.
-
Ah, attend Lin, la rappela la mercenaire avant qu’elle ne passe la porte. Tu as
trouvé une solution pour J et G ?
-
Temporairement seulement. Pour le reste on y travaille toujours. Mais on peut
profiter de la semaine tranquille, ne t’en fait pas.
-
Bien et …
-
Je t’en parlerais plus tard si ça ne t’ennuie pas chou, parce que là il faut
que j’aille me laver l’esprit !
-
Très drôle ! rétorqua la mercenaire avant de se tourner vers son amante et
de l’attirer sur ses genoux.
Toujours
allongée sur le dos, elle regardait le corps encore mouillé d’Alexia d’un air
concupiscent.
-
Tu sais qu’t’es très sexy toute mouillée, chérie ? fit-elle d’un ton
traînant.
Il
y avait tant de sous-entendus dans la phrase qu’Alexia ne put empêcher la
rougeur, embarrassée habituelle, de l’envahir.
-
Au fait qu’est-ce qu’il y a cette semaine dont vous allez profiter toutes les
deux ? demanda-t-elle soupçonneuse.
-
Ha ha ! fit la grande femme en posant un long doigt fin sur son nez. Ça,
c’est une surprise !
-
Une surprise ? Pour moi ?
-
Je ne dirais rien de rien, mon cœur, fit-elle en roulant sur le lit, basculant
sa petite amie sur le dos et la dominant de sa taille. Tu verras ce soir,
reprit-elle en lui mordillant le lobe de l’oreille. Pour l’instant on a
d’autres trucs trèèèèèès important à faire.
-
Comme quoi ? souffla la jeune femme en sentant une chaleur familière
monter du milieu/au creux de son ventre.
-
Des trucs, chuchota son amie en lui léchant le creux du cou, ... sexuels.
La
respiration d’Alexia se bloqua avant de repartir dans un sifflement et elle
répondit.
-
Ha ça… oui, tout a fait d’accord pour les faire…
Tia
n’attendit pas plus et elle lécha le cou abandonné. Elle descendit un peu,
parsemant la peau humide de doux baisers. Parvenue à la lisière de la
serviette, elle tira doucement dessus avec les dents et celle-ci se défit avec
lenteur, glissant tranquillement le long du corps de son amie et toucha enfin
le lit, révélant le corps splendide et souple de son amante.
Un
instant elle se recula, profitant de la vue, se repaissant du velouté qui
semblait l’appeler, de sa couleur dorée qui demandait ses lèvres, de sa
souplesse qui réclamait sa langue. Une main caressa sa joue et elle leva les
yeux, croisant le regard émeraude de la femme qu’elle aimait plus que la vie.
Elle
lui offrit le plus doux, le plus aimant et le plus beau des sourires. Ses yeux
brillèrent un peu dans les rayons du soleil couchant et Alexia grava l’image
qu’elle avait sous les yeux et que lui accordait cette journée. Sa mercenaire
la regardant avec un amour si profond et si tranquille, tellement sereine
qu’elle crut voir une personne âgée de plus de mille années et possédant tant
de connaissances sur le monde qu’elle avait appris la beauté primordiale des
choses les plus simples, qu’elle ne put que se mordre la lèvre pour retenir
l’émotion, qui, à coup sûr gâcherait l’instant.
Elles
partagèrent un morceau de perfection, si rare, elles en avaient conscience, que
tout le monde n’avait pas droit au sien au cours de leur vie. Ce fut un instant
unique, magique, où leurs âmes, leurs cœurs et leurs esprits vibrèrent à
l’unisson. Tout disparut peu à peu de leur vision, de leur conscience même. Le
soleil qui, en se préparant pour la nuit, les enveloppait d’une lueur
scintillante, les bruits que faisait Linya au loin en se préparant pour la
surprise, le lit sur lesquelles elles étaient couchées et qui par sa douceur et
sa fermeté, leur permettait de se maintenir dans cette position sans effort et
même… le corps de l’autre en face, qui avait fait naître ce sentiment intense, puissant
et à jamais éternel…
Il
ne resta que leur yeux, la lueur qui y vivait et qui disait tout ce que l’autre
avait besoin de savoir, et même ce qu’elles ne demandaient pas. Elles y lurent
le passé, le présent et surtout l’avenir, leur
avenir. Ensemble. Quelques soient les épreuves. Quelques soient les
douleurs. Quelques soient les sacrifices. Toujours.
Puis
la réalité reprit ses droits et Linya entra sans frapper et les apostropha.
-
Oh bordel ! cria-elle en se détournant du corps nu de sa meilleure amie
sur lequel reposait une mercenaire à moitié dénudée elle-même, une main sur un
sein, une autre sur la joue de son amie et se trouvant si près l’une de l’autre
qu’elle était sûre d’avoir interrompu un baiser.
-
Vous n’avez pas encore fini ! reprit la dirigeante de l’île. Ça fait une
heure, bon sang !
Puis
plus bas, comme pour elle-même :
-
Je ne savais pas que ça prenait autant de temps entre nanas. Peut-être que ça
vaudrait le coup d’essayer. Sans blague les mecs ça leur prend quoi dix minutes
tout compris et elles une heure et c’est encore que les préliminaires !
L’orgasme doit être terrible !
Au
début, les filles eurent un peu de mal à revenir à la réalité mais la dernière
déclaration de Linya les sortit de leur transe et elles éclatèrent de rire. Tia
roula sur le côté en se tenant le ventre et Alexia fit de même mais en
regardant le dos de Linya.
-
Lin, t’es incroyable, lui souffla-elle en essuyant une larme au coin de ses
yeux.
Linya
prit cela pour un droit à se retourner et le fit. Elle leva un sourcil devant
la tenue inchangée d’Alexia et écarquilla les yeux un peu surprise devant ce
qu’elle voyait.
-
Waaaa, je n’avais pas fait gaffe que t’avais autant changée physiquement. Ça te
va drôlement bien.
Alexia
rougit un peu devant le regard curieux de son amie et eut un geste inutile pour
cacher un peu son corps. Tia rabattit un bout de la serviette sur le bas de son
corps avant de caresser paresseusement son dos, envoyant une vague de délicieux
frissons, tout le long de son corps, ce qui ne l’aida pas à retrouver sa
dignité. Linya observa la réaction avec intérêt.
Alexia
se mordit la lèvre de volupté et ses yeux se voilèrent progressivement, en
suivant le rythme de la main de Tia. Une chair de poule, régulière, couvrait sa
peau par vagues et elle vit ses jambes se croiser, comme pour retenir ce
qu’elle sentait venir. Linya vit la tête railleuse de Tia, en appui sur son
coude replié sur le lit, se pencher sur le cou de sa compagne et souffler
doucement dans le creux. La réponse ne se fit pas attendre et Alexia se cambra,
collant au maximum son dos contre celui de sa partenaire, laissant un échapper
un soupir ressemblant à un gémissement.
La
mercenaire eut un petit rire et lança à une Linya, complètement fascinée par
son étude :
-
On apprécie la vue ?
Cela
fit rougir les deux femmes qui s’empressèrent de se détourner l’une de l’autre,
rouges comme des écrevisses et embarrassées au-delà du possible. « C’est
fou l’effet que me fait Tia, songea sa compagne incrédule. Même avec des
spectateurs, je ne peux pas m’empêcher de réagir ! » Quand à Linya
elle n’arrivait à croire qu’elle venait de jouer les voyeuses, et sur sa
meilleure amie qui plus était !
Tia,
elle, jouissait de la gêne qu’elle venait de créer. « Ça t’apprendra
à entrer sans frapper Lin », se dit-elle avec un petit sourire sadique.
Elle jeta un œil à sa montre et vit avec stupeur qu’une heure était réellement
passée. Elle fronça les sourcils. « On a passé une heure à se regarder
dans le blanc des yeux ?! » Elle secoua la tête totalement incrédule.
Puis elle capta les positions toujours immobiles de ses amies et le sourire
revint.
Elle
passa un bras possessif sur la taille nue de sa petite amie et l’attira à elle.
Elle l’embrassa avec passion, faisant à nouveau perdre le sens de la réalité à
Alexia et caressa son corps sans retenue, ignorant complètement Linya qui figée
sur place, se demandait si elle pouvait sortir. Elle entendait les soupirs
d’Alexia et comprit qu’elle avait intérêt à disparaître vite fait. Elle ne
parvenait pas à croire que Tia faisait l’amour à sa meilleure amie sans se
soucier d’elle.
Elle
opérait une retraite aussi discrète que possible quand un gémissement plus
profond que les autres la gela sur place. Elle jeta un coup d’œil malgré elle
et ce qu’elle vit amena une vague de chaleur en elle. Une bouffée d’excitation
suivit et elle déglutit difficilement. Tia leva les yeux et croisa son regard.
Le sourire qu’elle lui retourna fit faire un bond à son estomac. « Elle le
fait exprès ! » Mais ce constat ne réussit pas à la faire déguerpir.
Une soudaine humidité mouilla l’intérieur de ses cuisses et elle inspira
profondément. « Oh bon sang ! »
Elle
n’arrivait pas à croire à ce qui lui arrivait. Elle ne quittait pas des yeux la
mercenaire, qui faisait de même, tout en léchant le corps d’Alexia. Elle recula
lentement sans regarder vraiment où elle allait, au moment où elle atteignait
la porte et faisait volte-face, Tia l’arrêta.
-
Linya, fit-elle de sa voix de basse rauque et sexy.
La
femme stoppa sa retraite, sans pour autant se retourner.
-
La prochaine fois que tu entres sans frapper… joins-toi à nous.
A
ces mots, Linya bondit vers la porte et Tia ne put retenir un petit rire.
-
C’était vraiment méchant, grogna son amie en réclamant son visage, qu’elle
embrassa à pleine bouche tout en lui retirant son t-shirt.
Tia
rendit la politesse puis répondit :
-
Alors pourquoi tu ne m’as pas arrêtée ?
-
Parce que tu as raison… admit-elle avec une moue contrariée.
-
Oh, vraiment ? Elle devra se joindre à nous alors ? Je ne savais pas
que tu fantasmais sur ta meilleure amie, la taquina-elle.
-
Que tu es drôle, mon cœur. Non, elle doit frapper avant d’entrer ou en assumer
les conséquences. Mais bon sang Tia, tu ne pouvais pas être moins… explicite.
Je ne vais plus pouvoir la regarder en face maintenant, gémit-elle en
enfouissant sa tête dans l’épaule de sa compagne.
-
Fallait protester chérie, murmura-elle à l’oreille qu’elle commença de
mordiller.
-
Comme si je pouvais avec ta bouche sur moi…
Ces
paroles furent englouties dans un nouveau gémissement de plaisir.
*************************************
Plus
tard dans la soirée, Alexia ouvrait de grands yeux émerveillées devant la
splendeur de la surprise que lui avaient concoctée Linya et Tia. Elle
n’arrivait à en croire ses yeux. La salle, les décorations, les gens, les
tenues, la nourriture… tout lui rappelait les fêtes de son ancienne vie et,
avec un sentiment qu’elle ne pensait pas ressentir, elle accueillit tout cela
avec une joie enfantine.
Elle
nota avec plaisir la présence de Gin, Trinity et Lizzie qui vinrent la saluer
quand ses amis la laissèrent respirer. Linya lui glissa que c’était une fête
typique. Ce qui se traduisait par : fête fastueuse, outrageusement longue
et très décadente. C’était une chose qui ne lui avait pas du tout manqué dans
son existence plus spartiate avec la mercenaire. Pourtant elle était là et la
perspective de profiter d’une semaine de superficialité la séduisait
infiniment.
Tia
lui pressa le bras et elle croisa son regard malicieux.
-
Tu aimes ?
-
J’adore ! Mais comment, pourquoi ?
-
Avec l’aide de Linya. Et pour rien... parce que c’est toi…
-
C’est tout ?
-
Eh bien… tu m’as tellement apporté… tellement soutenue… Je voulais juste… eh
bien… te rendre hommage en quelque sorte ou te remercier. Choisis.
Alexia
dévisagea cette femme surprenante et si merveilleuse qui avait organisé une
chose qu’elle exécrait et auquel elle participerait une semaine durant, juste…
pour elle. Pour la remercier.
Mais
mon dieu… de quoi ? De l’aimer ?
-
Tia… tu n’en as pas besoin. Je t’aime et c’est la seule récompense que je
souhaite.
-
Peut-être, mais moi je pense le contraire, alors économise ta salive et profite
de ta surprise.
Alexia
lui lança un sourire lumineux et sous la pression de sa main, elle avança vers
ses amis, qu’elle n’avait plus vu depuis longtemps et qu’elle ne reverrait
probablement pas avant un moment, mais qui était ce soir et pour le reste de la
semaine, ses compagnons de fête.
En
passant, elle repéra Linya et elle la remercia d’un sourire. Son amie le lui
retourna mais aucune des deux ne put maintenir le contact plus de deux
secondes. « Eh bien ça va nous prendre un moment pour oublier cet incident
gênant, mais peut-être que cette fête accélérera le mouvement ? »
songea Alexia avec un petit sourire torve pour sa compagne qui en comprit
parfaitement la raison et leva son verre en un toast railleur.
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