Chapitre 7 :

 

Alexia se réveilla en sursaut. Le corps en sueur et le cœur battant à un rythme effréné. Elle ajusta sa vision et mit quelques minutes à se rappeler ou elle se trouvait. Elle était dans l’hydravion de Lance et survolait l’Océan pacifique depuis, elle regarda sa montre, une heure seulement. Elle soupira et se radossa à son siège.

Qu’est-ce qui s’était passé ? Elle avait fait un cauchemar. Bizarre, il était flou et pourtant les sentiments de peur et de douleur qu’il véhiculait étaient très clairs, eux. Et depuis qu’elle s’était éveillée, un sentiment d’urgence la tenaillait. Elle ne parvenait pas à se calmer. Après quelques minutes, elle se leva et parcourut la cabine étroite de l’avion de long en large en réfléchissant.

Elle avait déjà ressenti ça auparavant. Elle essaya de se souvenir de la date précise. Peut-être que ça avait une importance particulière ? Après tout, c’était peut-être un truc qu’elle avait mangé ou bien une situation qui la rendait nerveuse. Elle se creusa les méninges et se souvint. C’était lors de sa séparation d’avec Tia.

Pouvait-ce être une coïncidence ? Ça arrivait à nouveau alors qu’elles étaient séparées. Ça n’avait aucun sens, elle ne comprenait pas. Quand bien même ça n’aurait pas été une foutue coïncidence, elle ne voyait pas pourquoi elle ressentait ça.

Est-ce que c’était parce que la mercenaire lui manquait ? N’importe quoi. Elle lui manquait depuis le premier jour, et si ça avait un lien, elle l’aurait ressenti au début et pas au moment de son retour. Elle soupira doucement. A quoi bon se torturer les méninges ? Elle ne pouvait rien faire de toutes façons.

Elle se massa le ventre en tentant de faire passer le malaise persistant. Elle se mordit la lèvre et s’essuya le front. L’angoisse tendait chacun de ses muscles et nouait son estomac. Elle s’assit à nouveau et appuya son front contre le hublot. Elle laissa son regard errer sur l’eau si proche. Une fausse manœuvre de Lance et ils s’abîmaient tous en mer. Elle, Lance et son escorte. Pourtant ce n’était pas cette perspective qui lui tordait l’estomac. Elle le savait sans pour autant parvenir à en déterminer l’origine.

Dieu que c’était frustrant. Quelque chose clochait… mais quoi ? Devrait-elle en parler à Tia ? Ce pouvait être un avant goût de Huntington, même si… même si elle ne se rappelait pas que sa mère ai souffert de ce type de maux avant… sa dégradation. Peut-être simplement qu’elle avait peur de mourir comme elle… et que c’était la façon dont son inconscient et son corps la prévenait qu’elle devait se pencher sérieusement sur le sujet au lieu de l’enfouir au fond d’elle et de nier la possibilité de sa maladie.

Elle n’en avait vraiment pas envie. Mais… si Tia avait pu partager ses pires cauchemars, elle devrait pouvoir faire pareil. Même si… même si dans son cas il s’agissait de la possibilité de mourir…

Non. Non, elle ne pouvait pas. Pas encore. Plus tard peut-être. Ouais plus tard. Pour l’instant, elle voulait juste profiter du temps qu’elle passait avec Tia. Au maximum. Dans l’insouciance la plus complète. Et si un jour elle apprenait qu’elle était malade, alors elle profiterait toujours de son temps avec Tia mais cela aurait un autre goût. Plus amer, moins léger. Et si ce jour devait vraiment arriver, elle ne voulait pas que se soit trop tôt, alors elle repoussa cette idée loin au fond de son cœur et de son esprit et fixa ses yeux sur l’horizon au loin, où Tia, elle le savait, l’attendait.

 

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Linya lutta contre le courant et la douleur qui vrillait ses tempes pour maintenir à la surface une Tia inconsciente. Elle grimaça et se demanda combien de temps elle parviendrait à tenir comme ça. Tia était lourde et elles étaient loin de la côte. Sans parler de sa tête qui pulsait d'une douleur qui lui donnait vraiment envie de vomir. Elle avait prit un morceau de bois sur le crâne qui lui avait ouvert l’arcade et une bosse de la taille d’un œuf était en train de se former sur sa tempe, elle le savait.

Elle avait vu Tia voler au loin puis remonter à la surface avant d’être renvoyée sous l’eau. Elle avait attendu quelques minutes mais ne la voyant pas remonter, elle s’était précipitée avec inquiétude au fond de l’océan.

Elle avait cherché pendant de longues minutes angoissante la jeune femme au milieu des débris et avait enfin réussi à la retrouver. Elle l’avait remontée aussi vite que possible. Apparemment, le souffle de l'explosion lui avait coupé la respiration. Et si Linya avait dû la stimuler pour qu’elle reprenne une bouffée d’air, au moins elle n’avait pas avalé d’eau.

Elle ne voyait pas son visage, mais sa respiration était rapide et irrégulière et ça l’inquiétait. Elle essaya de voir où elles étaient, mais la côte était vraiment trop loin pour elle. Alors, elle regarda autour d’elle et avisa un gros morceau de l’épave qui flottait non loin et s’y rendit avec difficultés.

Elle grimaça, mais parvint à soulever le corps de la mercenaire et à le hisser sur la planche. Elle s’appuya contre et reprit son souffle en l’examinant du coin de l’œil. Elle était pâle et du sang coulait d’une vilaine blessure à son front. La plaie était gonflée et bleuie. Des brûlures légères et d’autres à l’aspect moins engageant, parsemaient son visage, ses bras et le haut de son torse. Linya passa une main rapide sur le haut de son corps et sentit en grimaçant qu’elle avait des côtes cassées.

C’était vraiment mauvais, mais c’était déjà un miracle qu’elle ait survécu à l’explosion, alors elle n’allait pas faire la fine bouche. Mais comment cette explosion avait pu avoir lieu ?

Elle regarda vers l’île et vit avec soulagement un bateau se diriger vers elle. L’explosion n’avait pas été très discrète heureusement.

Les secours arrivèrent et elle leur jeta un regard de gratitude profonde. Conception était parmi elles, et cela la soulagea. C’était une femme forte et à l’esprit pratique, qui allait toujours à l’essentiel. Elle était en quelque sorte son bras droit sur l’île et elle respectait profondément la mercenaire. Deux autres femmes de la milice étaient là avec une des infirmières de l’île. « Bénis sois-tu Conception », pensa-t-elle un peu rassurée. Elles hissèrent Tia avec son aide avant qu'elle ne monte à son tour sur le bateau et enfin elles repartirent vers la terre ferme.

 

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Lorsqu’Alexia débarqua sur l’île, tard dans la nuit, elle fut surprise de ne trouver ni Linya, ni Tia pour l’accueillir. A la place, elle trouva Conception avec un air passablement épuisé. Elles se saluèrent et attendirent que le bateau reparte avant de parler.

- Vous avez fait bon voyage ? s’enquit la chef de la milice.

- Oui, enfin ça pouvait aller. Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi Linya et Tia ne sont pas là ? Il y a un problème ? Je sais qu’il est tard, mais ce n’est pas une chose qui leurs pose problème d’habitude.

- Eh bien, en fait…

La femme d’âge mûr s’humecta les lèvres, un peu hésitante. Comment lui annoncer ça ? Alexia vit l’hésitation et son estomac effectua un plongeon soudain. Elle attendit avec une appréhension grandissante, la réponse de la femme.

- Cet après-midi, elles sont sorties en mer pour faire un peu de plongée et heu… et bien, le bateau a explosé.

Alexia se figea et alors que son visage perdait toute trace de couleur et qu’un million de pensées et de cris d’horreurs se bousculaient dans sa tête, elle se sentit envahie d’une faiblesse si grande qu’elle vit la terre tourner autour d’elle.

Comprenant ce qui se passait, Conception se précipita vers elle et agrippa ses deux bras.

- Non, non, calmez-vous, elles vont bien ! Elles sont vivantes ! Tout va bien ! dit-elle précipitamment tout en se morigénant devant sa bourde.

Lentement, comme si la voix venait d’un ailleurs très lointain, les mots pénétrèrent son esprit et sa vision s'éclaircit peu à peu. Elle inspira une grande goulée d’air comme une noyée qui revenait à la vie. « Elle est vivante ! Tia est vivante ! ». Le soulagement fut si intense que ses jambes lâchèrent et qu’elle se retrouva au sol, Conception accompagnant sa chute en douceur. Elle laissa les larmes de soulagement couler de ses yeux et prit plusieurs inspirations tremblantes en se passant une main sur le front. « Ok, reprends-toi Lex ! Elle va bien, elles vont bien toutes les deux ».

- Je… d’accord.

Elle inspira encore une fois, profondément, et tendit une main.

- Aidez-moi à me relever et expliquez-moi tout. Mais avant tout où sont-elles ? Et comment vont-elles ?

Conception l’aida à se remettre sur ses pieds et reprenant leur chemin, plus lentement cette fois, elle la surveilla d’un œil inquiet tout en lui répondant.

- Linya va bien, elle a une légère commotion, mais avec du repos elle se remettra vite. Votre amie en revanche, à plusieurs blessures assez sérieuses. Mais rassurez-vous aucune qui mette sa vie en danger ! ajouta-elle rapidement en la voyant se figer de nouveau.

Alexia hocha la tête et reprit sa marche, attendant plus d’explications, se forçant au calme, alors qu’elle rêvait de se jeter sur la femme à ses côtés et de la secouer en lui hurlant de lui donner ses réponses plus vite. Conception dut le sentir car elle accéléra son débit.

- Elle a des brûlures sans gravité au visage et au torse. Et des un peu plus grave, deuxième et à certains endroits, troisième degré aux bras. Elle a deux côtes de cassées et une commotion à surveiller attentivement. Certains examens ont montré qu’elle aurait une certaine sensibilité à la lumière, mais avec le temps et de bonne lunette de soleil, cela devrait s’estomper. En dehors de ça, elle va bien. Elle a eu de la chance vous savez, elle a été prise dans l’explosion, c’est un vrai miracle qu’elle n’est rien de plus.

Alexia hocha la tête, la gorge trop nouée pour pouvoir parler. Et Conception reprit :

- On les a installées à l’hôpital, mais votre amie n’a pas eu l’air d’apprécier. Comme sa commotion devait être surveillée, on a dû l’endormir pour qu’elle reste tranquille. Linya n’a pas voulu la quitter. Elle se sent responsable je crois.

- Pourquoi ça ? demanda enfin la jeune femme, l’esprit soudain alerte.

- Eh bien, vous savez que votre amie a reprit l’entraînement des recrues de l’île à ma demande et à celle de Linya ?

- Oui. Quel rapport ?

- Eh bien, elle a eu quelques démêlés avec certaines des filles. Elle a dû en exclurent deux il y à quelques jours et… elles l’ont plutôt mal pris.

- Vous êtes en train de me dire que l’explosion n’était pas un accident ? fit-elle d’un ton soudain coupant.

- Au début, c’est ce que l’on croyait mais après une petite enquête, il s’est révélé que non et des ennemis, je veux bien croire que votre amie en a pas mal en dehors d’ici, mais sur l’île, c’est assez réduit.

- Les deux exclus ?

- Oui.

- Laquelle des deux ? A moins qu’elles ne soient complices ?

- On n’en sait encore rien. On enquête toujours.

- Ok. Vous en avez parlé avec Tia et Linya ?

- Oui.

- Et qu'est-ce qu'elles ont dit ?

- Linya penche pour Genshenka. Elle dit que Jodie n’a pas suffisamment de matière grise pour ça. Mais votre amie dit qu’il ne faut pas conclure trop vite. Elle veut des preuves.

- Elle a raison. Mais j’imagine que vous n’aviez pas l’intention d’accuser sans preuves ?

- Non, bien sûr ! Mais...

- Mais vous cherchez d’abord de leur côté. C’est logique. Bon et votre prochaine étape c’est quoi ? Vous les avez interrogées ?

- Euh, pas encore, non. On… a d’abord voulu examiner les restes. On voulait savoir ce qui c’était passé. En fait, on a passé la journée à rapporter et reconstruire le puzzle de l’épave en étudiant les morceaux restant. On a conclu à un acte criminel il y a à peine une heure et bon, Linya veut assister à l’interrogatoire alors, on s’est dit qu’on pouvait attendre demain. Ce n’est pas comme si elles pouvaient s’enfuir. On est sur une île, après tout.

- J’aimerais être là, si c’est possible, lorsque vous le ferez.

- Bien sûr, pas de problème, s’empressa de répondre la chef de la milice.

Bizarrement, Conception comme la plupart des Nazaréennes qui avaient un poste à responsabilité, respectait mais aussi craignait Alexia. Tout le monde savait que s’il arrivait quoi que se soit à Linya, c’était elle qui reprendrait l’association et même si elle n’était pour l’instant qu’une sorte de second dans les affaires courantes à travers le monde, tout ceux qui avaient eu affaire à elle, savaient qu’elle menait les affaires différemment de Linya. Elle était plus directe, franche parfois jusqu’à la brutalité. Et à d’autres moments, elle était capable d’une grande diplomatie et d’une manipulation très subtile.

A chaque fois qu’elle avait eu besoin de remonter les bretelles à quelqu’un, elle l’avait fait sans ambages et avec une froideur clinique. Il n’y avait rien de personnel, rien de méchant. Et c’était peut-être pire.

C’était pourquoi, les femmes comme Conception n’avaient aucune envie de déplaire à Alexia et s’empressaient de répondre à ses attentes.

Après cette mise au point, elles cheminèrent jusqu’à l’hôpital en silence. Alexia pressant inconsciemment le pas, voulant plus que tout, en cet instant, être auprès de Tia. S’assurer par elle-même qu’elle allait vraiment bien.

 

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Lorsqu’elle pénétra dans la chambre, Alexia ne vit pas Linya, ni même l’infirmière qui changeait la perfusion. Son regard se fixa directement sur la forme endormie de son amante et ne la quitta plus. Elle s’avança vers elle, et examina son visage. Elle était pâle et avait les traits tirés. Une plaie gonflée et violette ornait son front et descendait sur sa tempe.

La seule vue du visage de sa petite amie amena une vague de soulagement si intense, que ses jambes tremblèrent à nouveau. Mais elle serra les dents et tint bon. Pas question de s’effondrer. Elle était vivante, rien d’autre ne comptait. Pour repousser la vague de vertige qui l’avait prise, elle se concentra sur sa compagne.

Elle avait de profonds cernes bleus et elle se demanda depuis quand elle dormait mal. Elle s’assit à son côté et lorsqu’elle voulut lui prendre la main, elle nota qu’une autre main la tenait déjà. Elle fronça les sourcils et remonta le long du bras, pour parvenir au regard fatigué mais amusé de sa meilleure amie.

- Tu ne m’avais même pas remarquée hein ?

Alexia rougit un peu et ouvrit la bouche pour s’excuser mais Linya secoua la tête.

- Ça va, ne t’en fait pas je comprends.

Elle tourna les yeux vers le visage pâle de la mercenaire.

- Elle est tout ce qui compte, dit-elle avec gravité. C’est une chose que je peux comprendre.

Elle croisa le regard d’Alexia et lui sourit.

- Elle va bien, rassure-toi. Quelqu’un joue aux cartes avec elle parce qu’elle ne voulait pas rester tranquille et qu’avec sa commotion, c’est plutôt indiqué même si elle ne doit pas dormir. Mais sinon, elle est en pleine forme.

- Conception m’a expliqué… qu’elle avait eu beaucoup de chance.

- Oui. En fait, il faut remercier ses incroyables réflexes et son instinct. Elle a sauté au moment ou l’explosion a eu lieu, échappant ainsi au plus gros de la déflagration. Mais… c’était vraiment impressionnant de la voir ainsi engloutie par les flammes avant d’être éjectée au loin. Je… j’ai vraiment eut peur.

Alexia posa une main sur celle de son amie avec une expression inquiète.

- Excuse-moi, je suis une bien piètre amie. Je ne t’ai même pas demandé comment tu te sentais.

- Ne t’en fais pas. Comme je te l’ai dit, je comprends et pour répondre à ta question, je vais bien. J’ai juste reçu un bout du bateau sur le crâne, mais ça n’est pas bien grave.

Alexia passa un doigt doux sur la tempe et l’arcade abîmée de sa meilleure amie.

- Ça ne fait pas trop mal ?

- J’ai pris des calmants, alors non. Mais je vais avoir droit à un mal de tête du tonnerre demain, déclara-t-elle dans un petit rire.

- Je suis désolée.

- Ne le sois pas, ce n’est pas toi qui a saboté le bateau.

- Non, fit-elle en se retournant vers son amante, mais ceux qui l’ont fait vont le regretter, dit-elle d’un ton si farouche que Linya en frissonna.

Elle n’avait jamais vu une expression si intense sur son visage, jamais vu une détermination si sauvage. Elle vit pour la première fois ce que Tia avait appris à son amie auparavant si caractérielle. La force, la résolution et l’évaluation froidement clinique d’une situation violente et dangereuse. Alexia avait changé. Elle était plus que son bras droit. Plus qu’une héritière. Bien plus qu’une simple femme. Alexia était devenue une mercenaire.

Lorsqu’elle eut compris cela, Linya se demanda, malgré ce qu’elle lui en avait dit quelques mois plus tôt, si c’était une bonne chose. Bien sûr elle avait l’air heureuse avec Tia. Elle n’avait même l’air heureuse qu’avec elle. Mais… ce qu’elle voyait… ce qu’elle faisait… elle n’était pas sûre de pouvoir apprécier le changement qui s’opérait en une femme qu’elle connaissait intimement depuis sa naissance. Accepterait-elle de passer toujours au second plan comme cela avait été le cas cette dernière année ? Elle qui avait quasiment passé chaque seconde de son existence avec Alex ?

Pourrait-elle accepter cette nouvelle femme qui prenait naissance sous ses yeux ? Pourrait-elle continuer de l’aimer comme avant ? Ou bien ces différences dont elle prenait seulement conscience maintenant, signeraient le glas de leur relation ?

« Seul le temps le dira, j’imagine » songea-elle un peu déprimée. Mais en même temps, cette expression si forte sur le visage de son amie démontrait de façon si puissante tout ce qu’elle ressentait pour sa compagne, que Linya ne put qu’en être impressionnée et aussi… un peu envieuse, elle devait bien se l’avouer. Elles avaient l’air de tant s’aimer… elle espérait vraiment qu’un jour, elle aussi aurait la chance de connaître cela.

 

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Deux jours plus tard, après une enquête acharnée et l’aide précieuse d’Alexia, qui avait appris de nombreuses choses dans l’art de la manipulation avec Tia, qu’elle maîtrisait pourtant déjà pas mal auparavant, Jodie avait vendu la mèche sans même sans apercevoir.

Elle était détenue dans une pièce hautement surveillée en permanence par deux miliciennes qui se relayaient toutes les six heures. Genshenka n’avait pas été impliquée par Jodie même si tout le monde la soupçonnait, sans preuve on n’avait pas pu proférer une seule accusation et elle vaquait toujours librement sur l’île.

Linya ne savait pas trop quoi faire de Jodie. Elle ne pouvait pas prévenir la police car cela aurait impliqué de les mettre au courant de l’île et de son fonctionnement, mettant beaucoup trop de choses, et de gens, en danger. Elle essayait de voir si elle pouvait s’arranger avec des policiers et des juges Nazaréens, mais pour l’instant c’était le flou total. Jamais ce genre de situation n’avait eu lieu.

Tia était sortie de l’hôpital le matin même et Alexia ne la lâchait pas d’une semelle. Elle regardait souvent autour d’elle, pour s’assurer que Genshenka n’était pas dans les parages et elle avait demandé à quelques filles de surveiller la jeune femme, discrètement, de manière à empêcher un nouvel attentat contre sa compagne. Mais c’était, là aussi, une situation qui devrait vite se régler. Elles ne pouvaient pas garder une femme potentiellement dangereuse et capable de tuer une des siennes au milieu d’autres femmes fragiles et influençables. Ou l’épisode Jodie pourrait se renouveler.

La seule bonne nouvelle était Erika. Elle semblait avoir bien retenu la leçon dispensée par Tia quelques jours plus tôt et évitait Genshenka comme la peste. Elle avait même commencé à parler avec Droqkwé et était venue s’excuser auprès de Tia, la veille, de son comportement indigne d’une Nazaréenne. Mais la mercenaire lui avait dit que n’étant pas Nazaréenne, ce n’était pas elle qui avait été lé plus offensée. Erika avait réfléchi a cette déclaration un moment avant de hocher la tête et de sortir d’un pas décidé de la chambre d’hôpital.

Dès que la mercenaire s’était réveillée, elle lui avait fait part de la décision de Linya de vouloir participer au reste de l’attaque et pas seulement de leur prêter des messagers. Pendant qu’elles étaient à l’hôpital, Linya avait eu une conférence téléphonique avec tous les continents, ce qui incluait aussi le réseau de son cousin, et avait transmis le problème Sassem, expliquant durant de longues heures, qui il était et les ennuis qu’il créait.

La réponse et une première estimation devrait être disponible d’ici la fin de la semaine. En attendant, Linya avait demandé à Conception de procéder à un rassemblement. Le lendemain de l’arrivée d’Alexia sur l’île, après le déjeuner, tout le monde avait été réuni au centre de l’île ou Alexia, qui avait laissé sa mercenaire à contrecœur, avait exposé le problème Sassem et ce qui était fait en haut lieu pour y remédier.

Elle leur avait ensuite demandé de réfléchir à une possible participation. Elle avait expliqué les différentes fonctions dans lesquelles on pourrait avoir besoin d’elle, en insistant surtout sur les messagers, car c’était là les moins dangereux et les plus importants. Pour finir, elle avait conclu que si elles s’étaient résignées à faire appel aux Nazaréens, c’était parce qu’elles avaient besoin de personnes fiables et qu’eux seuls leur semblaient faire l’affaire.

Depuis, les murmures allaient bon train, la plupart des femmes de l’île étant plutôt fières de voir l’une des leurs, Alexia, avoir un rôle si important dans une affaire de cette envergure et très flattées de se voir requérir leur aide.

Pendant que les Nazaréens réfléchissaient, que Linya tentait de régler le problème Jodie et qu’Alexia surveillait et faisait surveiller Genshenka, Tia reprit le cours de sa vie comme si rien n’avait changé. Elle sortit de l’hôpital, très heureuse du retour de sa petite amie, et demanda à Conception de reprendre le côté physique des entraînements tel que les démonstrations et les duels, pendant qu’elle-même continuerait les évaluations et critiques des mouvements et les explications orales.

Elle avait commencé dès sa sortie par un entraînement assez simple de nouvelles recrues au niveau moyen. Et alors qu’elles se connaissaient si mal, elles n’avaient eu aucune difficulté à enseigner ensemble, enchaînant oral et physique comme si elles avaient fait cela toute leur vie.

Alexia qui suivait son amante comme son ombre, avait profité du spectacle avec un sentiment de fierté incroyable. Tia était si à l’aise ! Elle avait observé les lignes de son visage, si net et si franc, qui reflétait une palette incroyable d’émotions diverses ou une neutralité absolue, selon qu’elle se laissait aller ou non. Mais quoi que se soit c’était toujours une décision consciente, ce qui époustouflait Alexia.

Alors qu’elles rentraient enfin au chalet, elles avaient deux heures avant le prochain entraînement, elle s’en ouvrit à la mercenaire.

- Tu pourrais m’apprendre à contrôler les expressions de mon visage ? Je trouve ça incroyable ce que tu es capable de laisser transparaître ou non. Tu influences totalement les personnes en face de toi ! Tu peux même laisser apparaître une expression que tu ne ressens pas du tout, juste pour obtenir la réaction que tu veux en face, c’est… c’est… y’a pas de mots qui décrivent assez bien à quel point c’est génial !

L’enthousiasme de sa compagne arracha un petit rire à la grande femme.

- Et comment sais-tu que je ne ressens pas l’émotion que je montre ?

- Ha ! Parce que je te connais, tient ! répondit-elle avec une petite tape sur son bras, avant de la retirer très vite avec une grimace. Désolée, j’ai oublié.

- C’est rien, dit Tia en haussant les épaules. Tu ne m’as pas fait mal. Mais c’est ok, je t’apprendrais. Cela dit, c’est quelque chose auquel tu devras t’entraîner seule. Je ne peux que te donner quelques indications, le boulot c’est toi qui devras le faire. De même que le sentiment qui te domine lorsque tu veux paraître impassible, il faudra que tu trouves le tien et que tu t’y accroche. C’est… très particulier comme truc.

- C’est quoi le sentiment qui te domine toi ? Dans ces moments là je veux dire.

- La colère. Une colère froide. Elle me prend aux tripes et je la dirige naturellement dans le reste de mon corps. Et c’est un peu comme si elle figeait tout ce qui ne pouvait pas être à son service.

- Oh.

Alexia réfléchit à ce qu’elle venait d’apprendre.

- Au fait, fit la mercenaire pour changer de sujet et alléger un peu l’atmosphère, tu sais que des affaires à moi ont mystérieusement disparues ?

- Noooon, vraiment ? rétorqua la jeune femme avec innocence, acceptant ainsi le changement de sujet.

- Vraiment.

- Mais que s’est-il passée ? demanda Alexia l’air particulièrement concernée par la situation.

Tia ne put se retenir plus longtemps et elle éclata de rire. Alexia lui retourna un grand sourire avant de déclarer abruptement :

- Je ne veux plus qu’on se sépare.

Le rire se calma, puis disparut et un sourire en coin apparut.

- J’ai déjà entendu ça, la taquina-elle.

- Je sais. Mais cette fois je pense réellement que ça ne nous réussit pas.

- Lex, fit la grande femme en s’arrêtant de marcher et en se tournant vers elle, les deux mains sur ses épaules, parfois la séparation est nécessaire. On ne doit pas en avoir peur, car elle fait partie de la vie. Tant qu’on sait qu’au final quelqu’un nous attend, on n’a pas à la craindre.

- Mais c’est ça le problème Tia. A chaque fois que je suis partie, à mon retour je ne t’ai pas trouvé. Il a fallu que je te cherche. Alors, ok, il y a deux jours, la recherche n’a pas été longue, mais il n’empêche que tu n’étais pas là, dit-elle en posant une main douce sur la joue de sa compagne. Et j’ai peur, vraiment peur qu’à notre prochaine séparation je ne puisse plus te retrouver.

« Et qu’est-ce que je suis sensée répondre à ÇA ?, songea la grande femme un peu prise au dépourvu. Elle a raison, je pense la même chose. »

- On… on verra ça quand ça se présentera ok ? Mais il ne faut pas qu’on craigne la séparation Lex. Ce n’était que des coïncidences, des coïncidences malheureuses, mais des coïncidences quand même. Et puis au final on est là ensemble non ?

- Oui. Mais… bon on verra quand ça se présentera, conclut-elle.

« En espérant que ça n’arrive jamais » songèrent-elles en même temps.

Un silence s’installa, pendant lequel elles reprirent leur chemin, Tia un bras bandé posé sur l’épaule de sa petite amie et Alexia un des siens passé autour de sa taille.

- Et quels vêtements exactement, ont eu la grossièreté de disparaître ? lança-t-elle plus légère.

- Une culotte et un soutien-gorge ! répondit son amie d’un ton outré.

- Rhooo les vilains, les bonnes manières se perdent, soupira-t-elle l’air très affectée.

- Ouais. Surtout celles des petites amies, rétorqua Tia en pressant l’épaule de sa compagne avec un sourire canaille.

- Hé ! Je suis irréprochable ! J’ai bien fait attention à ce que MA petite amie ne s’ennuie pas pendant mon absence et pense à moi TOUT les jours ! Je suis une petite amie parfaite !

Tia lâcha un petit rire en ouvrant la porte.

- Ouais… parfaite, répondit-elle en plongeant son regard dans le sien et en laissant transparaître tout ce qu’elle avait ressenti pendant son absence et tout ce qu’elle voulait faire en cet instant pour combler le manque qui avait été le sien.

Le sourire entendu qui lui fut retourné fut la réponse que Tia attendait. Elle se baissa soudainement et attrapant sa compagne, la souleva dans ses bras et sans écouter ses protestations, elle fila, très très pressée, en direction de leur chambre.

 

Chapitre 8 :

 

La fin de la semaine arriva vite et Alexia put commencer une sélection des messagers parmi les volontaires de l’île pendant que Tia faisait, avec l’aide des infos envoyées par Karl, une estimation des forces armées dont ils allaient disposer pour l’attaque. A partir de là, elle commença la préparation de l’assaut. Elle comptabilisa les différents points, lieux et personnes à attaquer, les équipes, et le nombre de personnes dans ces équipes, qu’il y aurait sur chacun d’eux. La répartition des forces, leur hiérarchisation, les capitaux que cela allait demander, le matériel dont ils devraient disposer.

Lorsque la fin de la semaine arriva, Tia avait réussi, après diverses conférences téléphonique avec les différents dirigeants des armée des pays concernés, à décider de tout ces détails. Elle demanda alors à Karl d’organiser le déplacement des forces armées qu’elle avait sélectionné dans différents lieux sécurisé qu’elle connaissait pour les entraîner. La phase deux allait commencer.

Elle en parla à Linya qui accepta que les équipes, dont allaient faire partie les Nazaréens, puissent faire leur entraînement sur l’île des femmes et celle des hommes, à la condition express qu’ils soient tous endormis à leur arrivé. Idem pour leur départ.

Tia eut un peu de mal à faire accepter cela, mais elle y parvint et Karl s’occupa d’organiser le transport. Lorsque tout fut au point, Tia donna une date où les transferts devraient être effectués. Soit dans deux semaines. En attendant, tous devaient rentrer chez eux, se détendre et profiter de leur famille, car ce pourrait être la dernière fois.

Karl acquiesça gravement avant de poser la question, qui il le savait, serait mal reçue.

- She-wolf ?

- Hum ?

- Les différents généraux et heu chefs d’agences, veulent te voir.

- Comment ça ?

- Ils… disent qu’ils ne peuvent faire confiance à une personne qu’ils n’ont même pas eu l’occasion de rencontrer. Et donc, heu, ils exigent une rencontre.

- Oh ils exigent ? fit-elle sarcastique.

- She-wolf, tu ne peux pas leur en vouloir, tenta de l’apaiser Karl, ils remettent la vie de leurs hommes et la réussite de l’opération dans tes seules mains. Ils veulent s’assurer qu’elles sont sûres.

- Ou bien me mettre la main dessus et me faire cracher les infos qui leur manquent afin de reprendre le contrôle de l’opération…

- Ils ne le feront pas. Pas parce qu’ils n’y ont pas pensé mais parce qu’ils savent que si cette opération à une chance d’aboutir c’est avec l’aide de tout le monde et le plan est bien trop avancé pour pouvoir le revoir. Et la moitié de celui-ci repose sur tes contacts. Te mettre dans cette position c’est se les mettre à dos. Ils sont ambitieux et tout ce que tu veux, mais pas stupides. Ils savent combien Sassem est dangereux pour le monde. Comme Hitler en son temps. Ils s’allient malgré leurs rivalités et leurs haines mutuelles… pour combattre quelque chose de pire qu’eux. Crois-moi, tu n’as rien à craindre d’eux. Mais si ça peut te rassurer, tu peux organiser cette réunion sur ton terrain.

Tia resta silencieuse un moment, absorbant les informations et débattant de leur véracité.

- Je vais y réfléchir.

Puis ils raccrochèrent. Tia contempla un instant le ciel bleu au dehors en se demandant si c’était raisonnable. Les dirigeants des armées ou des équipes passent encore, mais les chefs d’agences… la moitié d’entre elles rêvaient de lui mettre la main dessus, depuis de nombreuses années déjà.

Elle soupira et se renfonça dans son siège. Et si au lieu de se triturer les méninges seule dans son coin, elle allait en débattre avec sa moitié ? « Ouais excellente idée » songea-t-elle ragaillardie par sa décision. Elle se leva et sortit du bureau de Linya, situé dans un bâtiment de deux étages au cœur de l’île. Ce bâtiment abritait tous les bureaux. Ceux de la milice, de l’administration qui recensait les Nazaréennes, leurs allers et venues… Tia en sortit et s’accorda une petite pause devant les portes. Elle s’étira en levant le visage pour l’offrir aux rayons du soleil de midi et soupira de bien-être.

Certes ses brûlures étaient encore parfois douloureuses et ses côtes lui faisaient quasiment mal tout le temps, de même qu’elle devait encore porter ces fichus lunettes de soleil du lever au coucher, mais sa tête allait mieux et Alexia était là, alors… la vie était belle !

La voir à son chevet, lorsqu’elle s’était réveillée avait réellement été un soulagement. Elle avait été si heureuse, qu’elle en avait oublié la douleur. Elle avait tendu une main couverte de crème apaisante et de pansements vers le visage inquiet mais à l’expression douce de son amie. Elles s’étaient dévisagées un long moment, oublieuses du temps passé séparées, de la douleur ou de l’environnement où elles se trouvaient.

Aujourd’hui, Linya était sortie de l’île tôt le matin. Alexia n’en avait rien su avant que Tia ne lui en parle, ce qui l’avait beaucoup surprise. Elle lui avait demandé des explications, mais Tia ne se voyait pas lui dire qu’elle était allée sur le continent pour régler les derniers détails de la fête qui commencerait ce soir.

Tia sourit puis grimaça. Elle était un peu embêtée de se rendre à la fête si longtemps souhaitée, avec une tête comme la sienne. Le bleu sur son front et sa tempe avait disparu mais ses lunettes, qu’elle ne pouvait quitter que dans la pénombre, allaient faire tâche. Les bandages le long de ses bras, l’obligeaient à renoncer à mettre la robe qu’elle avait spécialement achetée pour l’occasion, ce qui l’ennuyait prodigieusement.

Linya lui avait dit qu’elle s’occuperait aussi de sa tenue lorsqu’elle serait sur le continent et elle en frémissait d’avance. Les idées de Linya étaient… assez originales en générale et si l’envie lui prenait de lui faire une blague avec… elle ne pourrait strictement rien y faire.

Elle secoua la tête et haussa les épaules, et enfin reprit son chemin en direction du terrain d’entraînement. Alexia devait s’y rendre après son premier cours de Grec ancien et Conception l’y attendait pour répéter avec elle les nouveaux mouvements qu’elle devrait apprendre aux filles aujourd’hui.

Tia allait mieux physiquement mais Lex l’avait harcelée pour qu’elle ne reprenne pas les efforts trop vite et… elle avait cédé... encore. « Elle a vraiment une mauvaise influence sur moi », songea la grande femme en souriant.

Elle l’aperçut en arrivant et elle ne put empêcher de petites étincelles de joies de s’allumer en elle. Elle leva la main et lui fit un signe que sa compagne s’empressa de lui retourner en pressant le pas. Juste pour jouer un peu, Tia bifurqua et se dirigea vers Conception qui s’échauffait sur le bord de la piste de course. Elle la saluait au moment lorsqu’un cri, suivit d’un corps bondissant, attirèrent son attention.

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah Tiaaaaaaaaaaaaaaaaa !

Alexia atterrit sur le dos de sa petite amie et la déséquilibra. Elles s’affalèrent toutes les deux sur le sol et Alexia entendit un grognement étouffé sous elle. « Mince ! J’avais oublié ! ». Elle se dépêcha de se relever, enlevant son poids du corps de sa compagne.

- Excuse-moi, j’ai complètement oublié tes côtes ! s’exclama-elle penaude. Ça va ?

Tia rit un peu en se relevant, une main sur son côté droit et l’autre sur ses lunettes.

- Arrête de t’en faire Lex. Ça ne te pose aucun souci quand on est au lit, et pourtant depuis ton arrivée, on est plutôt acrobatique dans ce domaine !

Conception qui s’était rapprochée en entendant les cris d’Alexia eut la surprise de voir une rougeur se diffuser des joues au reste du visage. Elle n’avait pas l’habitude de voir Miss Stefanos sous un jour aussi humain. Habituellement elle était franche, sévère voire capricieuse, parfois douce et gentille, très souvent calme et pleine de bons sens, mais jamais, jamais rougissante, timide et amusante comme elle l’était depuis qu’elle avait amené cette grande femme sur l’île.

C’était une constatation qui ne laissait pas de la surprendre mais qu’elle appréciait beaucoup.

- Bonjour, fit-elle aux deux femmes.

- Bonjour, répondirent-elles en cœur.

Elles échangèrent un regard et se mirent à glousser comme des gamines. « Eh ben, à ce rythme je ne suis pas prête de les faire mes répétitions ! » songea la chef de la milice un peu perplexe devant ce comportement totalement immature de la part de deux femmes fortes et impressionnante comme elles.

Malgré les pensées pessimiste de la chef, les exercices se passèrent bien et après la petite séance, Tia envoya Lex lui chercher une bouteille d’eau, en prétextant qu’elle avait un peu mal aux côtes et préférait rester tranquille en attendant que ça passe. Une fois que la jeune femme se fut éloignée, elle attira Conception vers les bancs.

- Dès ce soir, vous allez devoir vous débrouiller sans moi pour les entraînements et ce jusqu’à la fin de la semaine. Si il y a un problème voici mon numéro perso, mais n’en abusez pas et ne le donnez à personne. Très peu dans le monde l’a alors…

- J’ai compris. Merci de me faire confiance.

- De rien. C’est assez rare lorsque je le peux, mais quand ça arrive en règle générale je ne le regrette pas.

- Ça c’est un sacré compliment de votre part ou je ne m’y connais pas ! s’exclama la femme avec un sourire en coin. Et qu’est-ce qui nécessite votre absence pendant une semaine, si ce n’est pas trop indiscret ?

- Une fête surprise pour Lex.

La chef la fixa avec de grands yeux. Tia leva un sourcil.

- Un problème ?

- Hein ? Non, non. Je ne vous imaginais pas organisant des fêtes d’une semaine c’est tout.

- Ben, c’est pas moi qui l’organise. C’est Linya. C’est pour ça qu’elle est absente. Elle rentre ce soir. On emmène Lex et on revient à la fin de la semaine. Je vous ai préparé un programme à suivre avec les équipes et Linya devrait régler les détails en ce qui concerne Genshenka et Jodie en ce moment même. Elle vous dira quoi faire en rentrant. L’île sera alors sous votre responsabilité. Mais comme je vous l’ai dit, en cas de problème vous pouvez m’appeler. De toute façon on ne sera pas très loin.

- Ok. Eh bien, c’est cool pour moi. Mais… pourquoi n’organisez-vous pas la fête ici ?

- Des tas d’extérieurs doivent y assister, et une semaine de nouba ininterrompue, risquerait de créer quelques ralentissements dans le fonctionnement de l’île non ?

- Plutôt oui ! répondit la femme en riant.

 

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Linya revint comme convenu, sur le coup des 19h. Tia lui sourit lorsqu’elle passa la tête dans l’embrasure de la porte et elle mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer de se taire. Puis alors qu’elle voyait qu’Alexia sortait de la salle de bain, elle entra en trombe dans la chambre et sauta dans les bras de Tia qui était assise sur le lit en criant :

- Alexia n’est pas là, pas vrai ?! Alors profitons-en, mon amour !

Et elle la renversa sur le lit et l’embrassa avec passion alors que Tia éclatait de rire, sans réussir à pouvoir garder son sérieux. Comme prévu Alexia se précipita dans la chambre, une serviette blanche enroulée autour de son corps pour tout vêtement, elle se planta à leurs côtés, les poings sur les hanches l’air absolument furax.

- Ben vous gênez pas surtout !

- C’est ce qu’on fait mon cœur, répondit la mercenaire avec un grand sourire.

- Je t’avais dit que me laisser trop longtemps seule avec elle aurait des conséquences chérie, déclara Linya avec un sérieux. Non mais tu l’as regardée, fit-elle en se redressant sur ses genoux, en désignant de la main le corps étendu sous elle. C’est… c’est… irrésistible ! s’écria-elle en se jetant brusquement sur le corps en question.

Elle releva le t-shirt de Tia et commença à mordre comme une affamée le ventre musclé de la grande femme. Tia éclata de rire sous le toucher tout sauf doux et se tourna sur le côté pour lui échapper.

Enfin, Alexia comprit la blague et se détendit, puis en voyant la grimace de sa compagne lorsqu’elle se tourna sur le côté, elle se reprit.

- Lin arrête. Tia est encore blessée.

Linya se redressa d’un coup.

- Oh ! Pardon j’avais oublié !

- Ouais on n’arrête pas de me dire ça aujourd’hui ! Pourtant mes pansements ne sont pas très discrets, fit-elle en levant ses deux bras couverts de bandages.

Les deux femmes grimacèrent, prises en faute.

- Désolée, fit Linya. C’est juste… que tu donnes l’impression de ne pas avoir mal, comme si, ben, comme si tu n’avais rien en fait. Alors on a tendance à ne plus voir tes pansements.

- Ah, alors c’est de ma faute ? rétorqua-elle sarcastique.

- Tout à fait ! répondirent-elles en cœur.

Tia les dévisagea tour à tour, puis tapa sur la cuisse de Linya.

- Tout est ok ?

- Ouaip c’ptaine ! fit la jeune femme en la saluant comme un marin.

- Alors vire de là, j’ai très envie de sexe mais pas avec toi.

Linya écarquilla les yeux, un peu surprise d’une telle franchise. Puis elle grimaça, une main devant les yeux.

- J’avais pas besoin de cette image, merci les gars.

Elle se leva en agitant une main devant ses yeux, comme pour effacer l’image imprimée sur sa rétine.

- Ah, attend Lin, la rappela la mercenaire avant qu’elle ne passe la porte. Tu as trouvé une solution pour J et G ?

- Temporairement seulement. Pour le reste on y travaille toujours. Mais on peut profiter de la semaine tranquille, ne t’en fait pas.

- Bien et …

- Je t’en parlerais plus tard si ça ne t’ennuie pas chou, parce que là il faut que j’aille me laver l’esprit !

- Très drôle ! rétorqua la mercenaire avant de se tourner vers son amante et de l’attirer sur ses genoux.

Toujours allongée sur le dos, elle regardait le corps encore mouillé d’Alexia d’un air concupiscent.

- Tu sais qu’t’es très sexy toute mouillée, chérie ? fit-elle d’un ton traînant.

Il y avait tant de sous-entendus dans la phrase qu’Alexia ne put empêcher la rougeur, embarrassée habituelle, de l’envahir.

- Au fait qu’est-ce qu’il y a cette semaine dont vous allez profiter toutes les deux ? demanda-t-elle soupçonneuse.

- Ha ha ! fit la grande femme en posant un long doigt fin sur son nez. Ça, c’est une surprise !

- Une surprise ? Pour moi ?

- Je ne dirais rien de rien, mon cœur, fit-elle en roulant sur le lit, basculant sa petite amie sur le dos et la dominant de sa taille. Tu verras ce soir, reprit-elle en lui mordillant le lobe de l’oreille. Pour l’instant on a d’autres trucs trèèèèèès important à faire.

- Comme quoi ? souffla la jeune femme en sentant une chaleur familière monter du milieu/au creux de son ventre.

- Des trucs, chuchota son amie en lui léchant le creux du cou, ... sexuels.

La respiration d’Alexia se bloqua avant de repartir dans un sifflement et elle répondit.

- Ha ça… oui, tout a fait d’accord pour les faire…

Tia n’attendit pas plus et elle lécha le cou abandonné. Elle descendit un peu, parsemant la peau humide de doux baisers. Parvenue à la lisière de la serviette, elle tira doucement dessus avec les dents et celle-ci se défit avec lenteur, glissant tranquillement le long du corps de son amie et toucha enfin le lit, révélant le corps splendide et souple de son amante.

Un instant elle se recula, profitant de la vue, se repaissant du velouté qui semblait l’appeler, de sa couleur dorée qui demandait ses lèvres, de sa souplesse qui réclamait sa langue. Une main caressa sa joue et elle leva les yeux, croisant le regard émeraude de la femme qu’elle aimait plus que la vie.

Elle lui offrit le plus doux, le plus aimant et le plus beau des sourires. Ses yeux brillèrent un peu dans les rayons du soleil couchant et Alexia grava l’image qu’elle avait sous les yeux et que lui accordait cette journée. Sa mercenaire la regardant avec un amour si profond et si tranquille, tellement sereine qu’elle crut voir une personne âgée de plus de mille années et possédant tant de connaissances sur le monde qu’elle avait appris la beauté primordiale des choses les plus simples, qu’elle ne put que se mordre la lèvre pour retenir l’émotion, qui, à coup sûr gâcherait l’instant.

Elles partagèrent un morceau de perfection, si rare, elles en avaient conscience, que tout le monde n’avait pas droit au sien au cours de leur vie. Ce fut un instant unique, magique, où leurs âmes, leurs cœurs et leurs esprits vibrèrent à l’unisson. Tout disparut peu à peu de leur vision, de leur conscience même. Le soleil qui, en se préparant pour la nuit, les enveloppait d’une lueur scintillante, les bruits que faisait Linya au loin en se préparant pour la surprise, le lit sur lesquelles elles étaient couchées et qui par sa douceur et sa fermeté, leur permettait de se maintenir dans cette position sans effort et même… le corps de l’autre en face, qui avait fait naître ce sentiment intense, puissant et à jamais éternel…

Il ne resta que leur yeux, la lueur qui y vivait et qui disait tout ce que l’autre avait besoin de savoir, et même ce qu’elles ne demandaient pas. Elles y lurent le passé, le présent et surtout l’avenir, leur avenir. Ensemble. Quelques soient les épreuves. Quelques soient les douleurs. Quelques soient les sacrifices. Toujours.

Puis la réalité reprit ses droits et Linya entra sans frapper et les apostropha.

- Oh bordel ! cria-elle en se détournant du corps nu de sa meilleure amie sur lequel reposait une mercenaire à moitié dénudée elle-même, une main sur un sein, une autre sur la joue de son amie et se trouvant si près l’une de l’autre qu’elle était sûre d’avoir interrompu un baiser.

- Vous n’avez pas encore fini ! reprit la dirigeante de l’île. Ça fait une heure, bon sang !

Puis plus bas, comme pour elle-même :

- Je ne savais pas que ça prenait autant de temps entre nanas. Peut-être que ça vaudrait le coup d’essayer. Sans blague les mecs ça leur prend quoi dix minutes tout compris et elles une heure et c’est encore que les préliminaires ! L’orgasme doit être terrible !

Au début, les filles eurent un peu de mal à revenir à la réalité mais la dernière déclaration de Linya les sortit de leur transe et elles éclatèrent de rire. Tia roula sur le côté en se tenant le ventre et Alexia fit de même mais en regardant le dos de Linya.

- Lin, t’es incroyable, lui souffla-elle en essuyant une larme au coin de ses yeux.

Linya prit cela pour un droit à se retourner et le fit. Elle leva un sourcil devant la tenue inchangée d’Alexia et écarquilla les yeux un peu surprise devant ce qu’elle voyait.

- Waaaa, je n’avais pas fait gaffe que t’avais autant changée physiquement. Ça te va drôlement bien.

Alexia rougit un peu devant le regard curieux de son amie et eut un geste inutile pour cacher un peu son corps. Tia rabattit un bout de la serviette sur le bas de son corps avant de caresser paresseusement son dos, envoyant une vague de délicieux frissons, tout le long de son corps, ce qui ne l’aida pas à retrouver sa dignité. Linya observa la réaction avec intérêt.

Alexia se mordit la lèvre de volupté et ses yeux se voilèrent progressivement, en suivant le rythme de la main de Tia. Une chair de poule, régulière, couvrait sa peau par vagues et elle vit ses jambes se croiser, comme pour retenir ce qu’elle sentait venir. Linya vit la tête railleuse de Tia, en appui sur son coude replié sur le lit, se pencher sur le cou de sa compagne et souffler doucement dans le creux. La réponse ne se fit pas attendre et Alexia se cambra, collant au maximum son dos contre celui de sa partenaire, laissant un échapper un soupir ressemblant à un gémissement.

La mercenaire eut un petit rire et lança à une Linya, complètement fascinée par son étude :

- On apprécie la vue ?

Cela fit rougir les deux femmes qui s’empressèrent de se détourner l’une de l’autre, rouges comme des écrevisses et embarrassées au-delà du possible. « C’est fou l’effet que me fait Tia, songea sa compagne incrédule. Même avec des spectateurs, je ne peux pas m’empêcher de réagir ! » Quand à Linya elle n’arrivait à croire qu’elle venait de jouer les voyeuses, et sur sa meilleure amie qui plus était !

Tia, elle, jouissait de la gêne qu’elle venait de créer. « Ça t’apprendra à entrer sans frapper Lin », se dit-elle avec un petit sourire sadique. Elle jeta un œil à sa montre et vit avec stupeur qu’une heure était réellement passée. Elle fronça les sourcils. « On a passé une heure à se regarder dans le blanc des yeux ?! » Elle secoua la tête totalement incrédule. Puis elle capta les positions toujours immobiles de ses amies et le sourire revint.

Elle passa un bras possessif sur la taille nue de sa petite amie et l’attira à elle. Elle l’embrassa avec passion, faisant à nouveau perdre le sens de la réalité à Alexia et caressa son corps sans retenue, ignorant complètement Linya qui figée sur place, se demandait si elle pouvait sortir. Elle entendait les soupirs d’Alexia et comprit qu’elle avait intérêt à disparaître vite fait. Elle ne parvenait pas à croire que Tia faisait l’amour à sa meilleure amie sans se soucier d’elle.

Elle opérait une retraite aussi discrète que possible quand un gémissement plus profond que les autres la gela sur place. Elle jeta un coup d’œil malgré elle et ce qu’elle vit amena une vague de chaleur en elle. Une bouffée d’excitation suivit et elle déglutit difficilement. Tia leva les yeux et croisa son regard. Le sourire qu’elle lui retourna fit faire un bond à son estomac. « Elle le fait exprès ! » Mais ce constat ne réussit pas à la faire déguerpir. Une soudaine humidité mouilla l’intérieur de ses cuisses et elle inspira profondément. « Oh bon sang ! »

Elle n’arrivait pas à croire à ce qui lui arrivait. Elle ne quittait pas des yeux la mercenaire, qui faisait de même, tout en léchant le corps d’Alexia. Elle recula lentement sans regarder vraiment où elle allait, au moment où elle atteignait la porte et faisait volte-face, Tia l’arrêta.

- Linya, fit-elle de sa voix de basse rauque et sexy.

La femme stoppa sa retraite, sans pour autant se retourner.

- La prochaine fois que tu entres sans frapper… joins-toi à nous.

A ces mots, Linya bondit vers la porte et Tia ne put retenir un petit rire.

- C’était vraiment méchant, grogna son amie en réclamant son visage, qu’elle embrassa à pleine bouche tout en lui retirant son t-shirt.

Tia rendit la politesse puis répondit :

- Alors pourquoi tu ne m’as pas arrêtée ?

- Parce que tu as raison… admit-elle avec une moue contrariée.

- Oh, vraiment ? Elle devra se joindre à nous alors ? Je ne savais pas que tu fantasmais sur ta meilleure amie, la taquina-elle.

- Que tu es drôle, mon cœur. Non, elle doit frapper avant d’entrer ou en assumer les conséquences. Mais bon sang Tia, tu ne pouvais pas être moins… explicite. Je ne vais plus pouvoir la regarder en face maintenant, gémit-elle en enfouissant sa tête dans l’épaule de sa compagne.

- Fallait protester chérie, murmura-elle à l’oreille qu’elle commença de mordiller.

- Comme si je pouvais avec ta bouche sur moi…

Ces paroles furent englouties dans un nouveau gémissement de plaisir.

 

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Plus tard dans la soirée, Alexia ouvrait de grands yeux émerveillées devant la splendeur de la surprise que lui avaient concoctée Linya et Tia. Elle n’arrivait à en croire ses yeux. La salle, les décorations, les gens, les tenues, la nourriture… tout lui rappelait les fêtes de son ancienne vie et, avec un sentiment qu’elle ne pensait pas ressentir, elle accueillit tout cela avec une joie enfantine.

Elle nota avec plaisir la présence de Gin, Trinity et Lizzie qui vinrent la saluer quand ses amis la laissèrent respirer. Linya lui glissa que c’était une fête typique. Ce qui se traduisait par : fête fastueuse, outrageusement longue et très décadente. C’était une chose qui ne lui avait pas du tout manqué dans son existence plus spartiate avec la mercenaire. Pourtant elle était là et la perspective de profiter d’une semaine de superficialité la séduisait infiniment.

Tia lui pressa le bras et elle croisa son regard malicieux.

- Tu aimes ?

- J’adore ! Mais comment, pourquoi ?

- Avec l’aide de Linya. Et pour rien... parce que c’est toi…

- C’est tout ?

- Eh bien… tu m’as tellement apporté… tellement soutenue… Je voulais juste… eh bien… te rendre hommage en quelque sorte ou te remercier. Choisis.

Alexia dévisagea cette femme surprenante et si merveilleuse qui avait organisé une chose qu’elle exécrait et auquel elle participerait une semaine durant, juste… pour elle. Pour la remercier.

Mais mon dieu… de quoi ? De l’aimer ?

- Tia… tu n’en as pas besoin. Je t’aime et c’est la seule récompense que je souhaite.

- Peut-être, mais moi je pense le contraire, alors économise ta salive et profite de ta surprise.

Alexia lui lança un sourire lumineux et sous la pression de sa main, elle avança vers ses amis, qu’elle n’avait plus vu depuis longtemps et qu’elle ne reverrait probablement pas avant un moment, mais qui était ce soir et pour le reste de la semaine, ses compagnons de fête.

En passant, elle repéra Linya et elle la remercia d’un sourire. Son amie le lui retourna mais aucune des deux ne put maintenir le contact plus de deux secondes. « Eh bien ça va nous prendre un moment pour oublier cet incident gênant, mais peut-être que cette fête accélérera le mouvement ? » songea Alexia avec un petit sourire torve pour sa compagne qui en comprit parfaitement la raison et leva son verre en un toast railleur.