29 juin 2009
Possibilités infinies, chapitre 4
Chapitre Quatre
« Reviens
Perdicas, tout est pardonné » (Come back Perdicus, all is forgiven)
Cass tourna son visage
vers le soleil et ferma les yeux pendant quelques précieuses secondes. Que
c’est bon d’être dehors – vraiment dehors, songea-t-elle en rouvrant les
yeux pour observer ce qui l’entourait. On n’a pas souvent cette opportunité.
Je suis contente que le capitaine ait décidé de prendre le risque d'autoriser
cette permission.
Tous les scans de la
superbe planète verte n’avaient montré que des océans bleus, des plages
blanches, des ruisseaux d'eau fraîche qui coulaient vers les vagues et la forêt
luxuriante. Il y avait de la vie sauvage en abondance, mais rien de plus gros
qu’un chimpanzé ne s’était montré sur les scans. Le capitaine avait néanmoins ordonné
que des détachements de sécurité couvrent chaque période de rotation sur la
planète, une précaution avec laquelle Cass était en parfait accord.
Elle avait passé les
quatre dernières heures sur la planète, à se balader au milieu des divers
groupes de membres d’équipage, à garder contact avec son équipe de sécurité et
à essayer de rester alerte dans cette chaleur propice au sommeil.
Elle se tenait
maintenant dans l’ombre de ce qui pouvait passer pour un palmier sur ce monde,
le dos pressé contre l’écorce rugueuse. Elle avait l’air détendue, mais sa main
reposait sur le phaseur accroché à sa ceinture et ses yeux bougeaient sans
cesse, balayant la plage sur toute sa longueur. A côté, un groupe d’amis se
prélassait, vêtus de maillots de bain, un pique-nique étalé sur une couverture.
B’Elanna Torres,
l’ingénieur en chef du Voyager et probablement la meilleure amie de Cass à
bord, était allongée sur le dos, redressée sur ses coudes et regardait
l’officier de sécurité.
« Par pitié, Cass,
prends une journée de congé, tu veux bien ? » La gronda la
demi-Klingonne. « Combien de fois tu en as l’occasion ? »
Cass haussa un sourcil
en direction de son amie.
« Pas assez
souvent », murmura-t-elle en regardant un autre groupe de femmes officiers
qui gambadaient dans l’eau peu profonde.
« Alors
déshabille-toi et viens t’allonger au soleil, femme », insista Torres.
Cass sourit
affectueusement à la brune séduisante. B’Elanna et elles avaient développé une
amitié improbable peu de temps après que le Voyager avait repris sa route vers
le Quadrant Alpha. Elle était basée sur un antagonisme mutuel au début, mais
avait évolué vers quelque chose plutôt proche de la solidarité féminine. Avec
une touche de flirt pour faire bonne mesure, songea Cass avec ironie.
Les deux femmes étaient
connues pour flirter sans cesse l’une avec l’autre, mais sans jamais aller
au-delà. B’Elanna était continuellement impliquée amoureusement quelque part et
Cass… et bien, Cass n’était pas impliquée amoureusement, pas depuis l’enseigne
Tina Roberts du moins. C’était un point de dispute légère entre elles, parce
que Torres persistait à monter des rendez-vous galants avec optimisme pour
Cass, auxquels elle se rendait avec un sourire Mais ça s’arrêtait toujours là.
Et malgré leur
proximité, Cass n’avait jamais raconté son histoire passée avec Lis à B’Elanna.
L’ingénieur traînait une réputation de commère et la dernière chose que Cass
souhaitait, c’était que ce genre de rumeur fasse le tour du vaisseau. Pas
maintenant. Pas quand Lis et Nick semblaient être si heureux ensemble et
qu’elle-même était heureuse de simplement vivre.
« Lt, peut-être que
ça vous a échappé, mais je suis en service là », dit Cass d'un ton à
moitié sarcastique, tout en souriant à l’ingénieur.
« Cass, ça va faire
bientôt quatre ans qu’on est ici et je peux compter sur les doigts d’une seule
main le nombre de fois où je ne t’ai pas vue être en service. »
La grande femme haussa
les épaules. « Lâche-moi un peu, tu veux ? C’est dans la nature de ce
boulot. » Elle regarda vers B’Elanna qui, bien que resplendissante dans un
maillot une-pièce jaune fluo, n’en avait pas moins des cercles sombres sous les
yeux. « Et excuse-moi de mentionner ça, mais est-ce que ce n’est pas toi
l’ingénieur en chef qui a aligné trois doubles périodes la semaine dernière ?
Mademoiselle Personne-ne-connaît-mes moteurs-mieux-que-moi. »
« Oh, la
ferme », dit Torres avec entrain. « C’est différent. Il y a des
réparations qu’il faut bien faire. Mais regarde autour de toi, Cass, la seule
menace c’est le coup de soleil imminent. »
Cass ricana.
« Allons B’Elanna.
C’est du Voyager qu’on parle. Regarde tout ce que nous avons vécu ces quatre
dernières années. Les Borgs, les Hirogens, l’espèce 8472 – tous les dingues et
les tarés de l’univers gravitent autour de nous. » L’ingénieur se mit à
rire. « C’est vrai. Quand avons-nous passé une semaine sans qu’il nous
arrive quelque chose de bizarre ? Pourquoi cette semaine-ci serait-elle
différente, juste parce que le soleil brille et que le sable chaud glisse entre
nos orteils ? »
Torres se mit sur son
estomac, ajustant la grande serviette sous elle avant de s’allonger, son front
bosselé posé sur ses mains.
« Tu deviens plus
amère et plus tordue en vieillissant, Lansdown », dit-elle, sa voix
légèrement étouffée.
Cass poussa pour se
décoller de l’arbre en repérant une autre silhouette familière qui s’avançait
vers elles.
« Non »,
dit-elle. « Je deviens juste plus sage avec l’expérience. » Elle
descendit un peu vers la plage puis se retourna et cria à l’intention de la Klingonne.
« Salut
Cass », dit le Lt Tom Paris en passant près d’elle.
« Salut Tom »,
répondit-elle avec entrain. B’Elanna et le pilote en chef du Voyager étaient
engagés depuis quelques mois dans une liaison enflammée avec des hauts et des
bas. L’opinion personnelle de Cass était qu’elle avait peu de chances de durer.
Mais on a vu plus étrange, songea-t-elle en descendant vers le bord de
l’eau.
Elle tourna vers le nord
et commença à se balader. Des groupes de membres d’équipage étaient éparpillés
partout sur la plage, occupés par diverses activités. Du volleyball, du
baseball de plage, des pique-niques… et du sexe… Cass sourit en voyant un
massif frétiller bizarrement. Pas de cris, donc ça ne peut pas être un
spécimen méchant de faune locale, pensa-t-elle en riant. Un cri étouffé
émana du buisson et Cass se mordit la langue pour s’empêcher de rire trop fort.
Pas encore de cris.
Elle continua à
patrouiller, échangeant avec les équipes de deux agents postées à intervalles
irréguliers le long de la plage. Pour la millionième fois en quatre heures,
elle souhaita porter autre chose que son uniforme, alors qu’un filet de sueur
descendait lentement entre ses omoplates. Devant, elle pouvait voir Nick et Lis
assis sur le sable et elle se dirigea vers eux.
On dirait qu’ils
s’amusent bien, pensa Cass. Ses amis avaient étalé un
pique-nique sur une couverture posée entre eux et Nick versait du champagne
dans un verre qu’il tendit ensuite à sa femme. Il avait fallu chaque minute du
temps passé dans le Quadrant Delta pour que Cass en arrive au point d’agir avec
son ex-amante et son mari avec un certain semblant de calme. Ça m’a pris
assez de temps, songea-t-elle. Mais au moins, maintenant, je peux
accepter l’idée que leur mariage doit suivre son chemin. Elle se
connaissait assez pour savoir que son cœur appartiendrait toujours à la jeune
psychologue et elle concentrait plutôt son énergie à être le meilleur officier
de Starfleet qu’elle puisse être.
Tant qu’elle est
heureuse… Cass s’avança vers les deux scientifiques.
« Bonjour,
Lt », dit Nick en versant un autre verre de champagne avant de s’étendre
sur la couverture. Le plus souvent, il maintenait la formalité de son rang,
même alors que leur relation s’était apaisée dans une calme acceptation
mutuelle au cours des années.
« Bonjour,
Nick », répondit-elle avec un sourire joyeux.
« Salut
Cassie », dit Lis. « Tu as l’air d’avoir chaud. »
« Sûrement parce
que c’est le cas », répliqua le grand chef de la sécurité. « Un de
ces jours, un cerveau brillant va inventer un uniforme plus approprié pour des
journées comme celle-ci. »
Lis était
resplendissante dans un deux-pièces vert qui faisait ressortir la couleur de
ses yeux. Entre autres choses, songea Cass avec ironie, avant de tourner
son esprit vers d’autres choses.
« Beau
choix », dit-elle, en indiquant les pots de salade de coleslaw et d’œufs,
de pain français croustillant, de caviar et de pinces de crabes.
« Joignez-vous à
nous », l’invita Nick en souriant tout en lui tendant le verre de
champagne.
Mmmmmm tentant, songea Cass en le lui prenant, sentant les gouttes fraîches
de condensation sur l’extérieur du verre dues à la boisson glacée. Elle prit
une gorgée prudente et grogna lorsque le liquide rafraîchissant apaisa sa gorge
sèche. Pas mauvais pour du synthéhol, pensa-t-elle. Pas aussi bon que
le vrai, mais pas mauvais du tout.
« Attendez un
instant », dit-elle en s’écartant de la couverture. Elle tapota son
communicateur. « Lansdown à Morgan. »
« Morgan
j’écoute », répondit son adjoint, qui se trouvait à l’autre bout de la
plage, en train de coordonner les équipes de sécurité éparpillées dans cette
zone.
« Comment ça se
passe, Ray ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.
« Rien ici, chef »,
répondit-il. « Tout est clair et calme. Le dernier rapport du Voyager dit
que c’est tranquille là-haut aussi. Bon sang, on dirait bien que cet endroit
s’avère aussi sympa qu’il en avait l’air sur les scans. »
« Mmmmmm »,
dit Cass d’un ton neutre. Elle était assez avisée pour ne pas se fier aux
apparences dans les missions d’exploration. Surtout sur une planète où la seule
anomalie était un champ magnétique bizarre qui les avait empêchés d’utiliser
les téléporteurs. Tout le monde avait dû venir par des navettes, dont trois
d’entre elles étaient garées tout près dans une clairière de la jungle.
« Rendez-moi un service, que le Voyager fasse un autre scan de la zone et
gardez trois pilotes en stand-by près des navettes dans la clairière,
d’accord ? »
Elle put presque
l’entendre lever les yeux au ciel.
« Faites-moi
plaisir, d’accord ? » Dit-elle en riant. « Je vais être occupée
pendant une quinzaine de minutes et je surcompense. Alors, s’il vous
plait. »
Son adjoint, à qui elle
faisait plus que confiance pour faire son travail avec compétence, rit avec
bonne humeur. « Pas de problème, chef. Amusez-vous. Faites-moi savoir
quand vous êtes à nouveau sur le pont. »
« Ok. Lansdown, fin
de communication. »
Cass se retourna vers
Lis et Nick et s’avança sur un coin de la couverture. Elle plia les jambes sous
elle avec grâce jusqu’à ce qu’elle soit assise sur le tissu à carreaux rouges.
« Je suis toute à
vous pour les quinze prochaines minutes », dit-elle, en souriant tout en
avalant une autre gorgée de champagne frais.
« Quinze
minutes ? Wow, vous vous laissez vraiment aller, Lt », dit Nick d’un
ton moqueur, tout en lui tendant une assiette en carton et une serviette.
« C’est un sale
boulot, Nick, mais quelqu’un doit bien le faire. »
Lis se mit à rire
doucement, appréciant l’échange de taquineries entre son mari et son ex-amante.
Je n’aurais jamais cru ça possible, pensa-t-elle. On ne peut pas dire
qu’ils sont amis intimes, mais on dirait qu’ils en sont venus à une sorte de
paix. Elle regarda Cass se servir de la nourriture, tandis que Nick
commençait à manger sa portion. C’est stupéfiant. Je suis une femme
incroyablement chanceuse.
Elle avait toujours des
moments d’inquiétude au sujet du beau et solitaire chef de la sécurité. Des
moments où la culpabilité, liée au fait que Cass avait choisi d’être seule
jusqu’à ce qu’elle puisse être avec elle, la submergeait presque.
Lis pencha la tête d’un
côté et regarda les angles superbes sur le visage de la jeune femme brune. Elle est si belle. Et avec tant d'amour à
donner. Je ne peux pas choisir à sa place. J’espère juste qu’elle ne me haïra
pas pour ça. Cass saisit son regard et lui envoya un sourire brillant, leur
regard se croisant dans une vague chaleureuse de compréhension mutuelle. Bon
sang, j’espère que je ne vais pas me haïr pour ça,
songea Lis.
« Alors », dit
finalement Cass, la bouche pleine de salade d'œufs. « Qu’est-ce qu’on
fête ? »
Le mari et la femme
échangèrent un regard entendu et Cass sentit qu’elle retenait sa respiration. Oh
oh, songea-t-elle, pourquoi est-ce que j’ai l’impression que ça va faire
mal ?
Autant lui dire
maintenant, pensa Lis en reconnaissant le ravissement à
peine voilé sur le visage de son mari. Je ne veux pas qu’elle le découvre
par les commérages des ponts inférieurs. Et, au moins ici, je sais que Nick
sera gentil.
La jeune blonde se
tourna pour faire face à Cass et la fixa avec un regard franc.
« Nous avons une
nouvelle à annoncer, Cassie », dit-elle doucement. « Je suis
enceinte. »
Cass espérait violemment
que son visage restait calme, parce que dedans, c’était le bazar. C’était comme
recevoir un coup de pied dans le ventre et elle sentit l’air sortir dans un
long soupir tremblant. Reprends-toi
Cassie, ils sont heureux de le dire, se réprimanda-t-elle.
« C’est
génial », dit-elle, en étirant son visage dans un sourire.
« Félicitations. A vous deux. » Elle tendit la main et serra celle de
l’heureux père. « La naissance est prévue pour quand ? » Il
faut que je sorte d’ici. Lis la regarda affectueusement et Cass détourna
immédiatement le regard. Elle sait exactement ce que je pense. Elle sait ce
que je ressens. Bon sang.
« Je suis enceinte
de six semaines », dit la conseillère.
« C’est
fantastique », dit Cass à nouveau. « Je suis vraiment heureuse pour
vous deux. » Son visage était douloureux à cause du sourire qu’elle
maintenait fermement en place. Son communicateur gazouilla, les surprenant
tous. Oh merci, songea-t-elle.
« Janeway à
Lansdown. »
« Oui,
Capitaine ? »
« Puis-je prendre
un peu de votre temps, Lt ? »
« Oui, madame. Où
êtes-vous ? »
« Au nord de votre
position, au bord de l’eau. »
Cass regarda sur sa
droite, le long de la plage, et repéra finalement le capitaine qui se tenait
près de la silhouette bien plus grande et plus imposante, de la Borg
« J’arrive,
Capitaine. » Elle se retourna vers Lis et Nick et haussa les épaules dans
un geste d’excuse. « Le devoir m’appelle », dit-elle en tendant sa
coupe de champagne à Nick. « Merci pour le verre. » Elle se releva
rapidement, avec l’ardent souhait d’être loin, le plus loin possible, du couple
bienheureux. « Et merci… de m’avoir annoncé la bonne nouvelle. » Elle
sourit brièvement bien que de manière peu convaincante et s’éloigna
maladroitement du pique-nique.
Bon sang, songea Lis en fermant les yeux face à une vague de
tristesse. Comme j’aurais aimé trouver une meilleure façon de faire ça. Elle
ouvrit les yeux et la regarda partir au petit trot vers la plage. Y avait-il
un autre moyen de lui annoncer ça sans la blesser comme je sais bien que ça l’a
fait ? Elle soupira.
« Hé », dit
Nick en essayant d’attirer l’attention de sa femme. Il attendit quelle tourne
son visage vers lui. « Ça va aller pour elle. »
« Je
l’espère », murmura Lis. « Je suis si heureuse pour ce bébé, je veux
juste que tout le monde le soit aussi. » Elle se pencha en avant et
l’embrassa légèrement. « Merci d’être gentil avec elle. »
Il haussa les épaules.
« Crois-le ou pas, je ne trouve vraiment aucun plaisir à la voir blessée,
Lissy », répondit-il. « Autrefois peut-être. Mais pas
maintenant. » Il tendit le bras et encercla sa taille pour l’attirer
contre lui. « Je préfère me concentrer sur toi. » Il l’embrassa.
« Et notre bébé. »
********************************
Cass courait lentement,
ses pensées emportées dans un tourbillon alors que ses pieds traçaient un
chemin régulier dans la bande de sable plus ferme près de l’eau. Elle avait
l’impression que la réalité lui était tombée dessus et l’avait frappée entre
les deux yeux avec quelque chose de dur et de massif.
Qu’est-ce qu’il y a,
Cass, s’interrogea-t-elle. Ce n’est pas comme
si ça devait t’étonner qu’elle souhaite avoir des enfants. Elle l’a toujours
dit. Et pour dire la vérité, tu as toujours pensé qu’elle ferait une mère
fabuleuse. Alors pourquoi est-ce que c’est comme si ton monde s’écroulait, bon
sang ?
Elle ralentit et se
remit à marcher, gardant un œil sur les vagues de bonne taille qui roulaient
lentement sur la plage.
Sois honnête, Cass. Tu
as toujours pensé que c’était juste une question de temps avant qu’elle réalise
qu’elle ne pouvait plus rester avec lui. Elle
shoota dans un morceau de bois flottant. Et maintenant tu sais combien elle
est engagée envers lui et leur famille, n’est-ce pas ? Maintenant tu sais
combien de temps tu vas devoir attendre. Elle déglutit, luttant contre le
sentiment qu’elle allait fondre en larmes.
Je suis en colère, réalisa-t-elle avec choc, surprise que ça lui ait pris si
longtemps pour appeler cette émotion par son nom. J’ai attendu si longtemps.
Et pour quoi ? Pour les regarder être heureux ensemble ? Est-ce que
je n’ai pas le droit d’être heureuse, moi ? Devant, elle pouvait voir
le capitaine et Seven, côte à côte. L’officier supérieur tenait une longue
canne à pêche et tentait d’expliquer quelque chose à la Borg. Combien
La sinistre vérité
pesait, telle une pierre glacée, au fond de l’estomac de Cass.
Elle ne va jamais le
quitter. Il va falloir que j'attende qu'il meure. Elle sentit la bile lui monter à la gorge et une vague
nauséeuse la fit s’arrêter net. Génial, songea-t-elle. Et toutes les
nausées matinales par sympathie en plus. J'avais vraiment besoin de ça. Elle
déglutit avec force et continua à marcher, perdue dans des pensées profondes et
mélancoliques. Est-ce que j’ai fait une énorme erreur – d’être restée seule
ou bien…
« Vous vous sentez
mal, Lt ? » Le ton saccadé de la voix de la grande Borg la
ramena brutalement à la réalité et elle se retourna pour croiser le bleu
intense des yeux si semblables aux siens par la couleur et la clarté.
« Seven… bonjour…
non je vais bien. Merci », dit Cass distraitement. Remets-toi en selle,
Lansdown, se morigéna-t-elle. Tu auras bien assez de temps plus tard
pour t’apitoyer sur ta vie.
La blonde sculpturale se
tenait au garde-à-vous, les mains derrière le dos. Elle haussa un sourcil
sceptique en direction du chef de la sécurité, la seule femme à bord du Voyager
avec qui elle pouvait croiser le regard à niveau.
« Je ne peux pas
croire que vous puissiez réellement vous sentir ‘bien’, Lt, dit le Borg d’un
ton analytique. « Votre visage est rouge, vos pupilles sont dilatées et je
crois qu’un examen médical plus approfondi révélerait que votre cœur bat trop
rapidement. »
Cass mit les mains sur
ses hanches, irritée de voir que Seven était aussi exacte dans ses
observations, que d’habitude. « J’ai dit que j’allais bien »,
répliqua-t-elle en laissant transparaître une note d’agacement dans sa voix.
Le capitaine Kathryn
Janeway observait l’échange entre ses deux membres d’équipage avec amusement.
Les deux femmes étaient étonnamment similaires de multiples façons. Elles
étaient de la même taille, bien que Lansdown fût plus solidement constituée.
Leurs yeux étaient très nettement semblables ; toutes les deux avaient les
cheveux longs, même si ceux de Seven étaient aussi blond platine que ceux de
Cass étaient noir d’ébène. Le visage et la main gauche de Seven étaient
couverts de petits vestiges des implants borgs qui l’avaient reliée au
Collectif. Et ces deux femmes souffrent d’isolement à un certain degré,
songea Janeway. Cass parce qu’elle le choisit, et Seven parce qu’elle
continue à ré-apprendre à être humaine.
Seven était sur le
Voyager depuis près d’un an, après avoir été arrachée au Collectif pendant la
rencontre du vaisseau avec le pire ennemi des Borgs, l’espèce 8472. Après que
le Docteur eut retiré la plus grande partie des implants qui avaient fait de
Seven un drone, Janeway s’était sentie obligée de prendre la jeune femme sous
son aile. Ça avait été un chemin chaotique au début, mais, ces derniers temps,
la belle blonde avait bien répondu à l’intérêt maternel du capitaine.
Maternel, mon œil, pensa Janeway, sardonique, en regardant Cass et Seven
jouter verbalement dans le soleil éblouissant. La Borg
« Capitaine ? »
Répéta Cass, en se rendant compte que son commandant ne l’avait pas entendue la
première fois et fixait en fait la grande blonde près d’elle. Le chef de la
sécurité sourit, reconnaissant une femme amoureuse quand elle en voyait
une. Intéressant, songea-t-elle. Un rapide coup d’œil à Seven lui
indiqua que la jeune femme rougissait légèrement sous le regard scrutateur de
la femme aux cheveux couleur auburn. Trrrrrrrrès intéressant.
« Capitaine », dit-elle à nouveau, cette fois avec plus de force.
Janeway arracha son
regard de Seven, embarrassée de voir que ses deux officiers avaient terminé
leur conversation sans même qu’elle s’en rende compte. La Borg
« Je commence à
penser que c’est le Capitaine Janeway qui nécessite une attention médicale »,
dit Seven d’un ton neutre.
Cass ricana. « Si
je ne vous connaissais pas mieux, Seven, je serais tentée de penser que vous
faites de l’humour », dit-elle.
Cela lui valut un regard
bleu froid rien que pour elle.
« Je tentais
d’expliquer le concept de la pêche », dit Janeway, en reprenant sa
contenance. « Sans beaucoup de succès, ajouterais-je. »
« Ça semble être un
procédé des plus inefficaces », dit Seven de manière hautaine. « Quel
est l’intérêt de dépenser tant d’énergie pour capturer un seul exemplaire d’une
nourriture que n’importe quel synthétiseur peut reproduire en quelques
secondes ? »
Janeway et Cass
échangèrent un regard amusé.
« Et bien, à part
le fait que ce soit un talent utile pour la survie, beaucoup de gens pensent
que la pêche est une forme sublimée de méditation », dit Cass, absolument
pince-sans-rire.
« La
méditation ? » L’expression de Seven suintait le scepticisme.
« Bien sûr »,
répondit Cass. « C’est un passe-temps calme et tranquille. En plus, il y a
un côté tactique. Il faut essayer de penser à la place du poisson. »
« Penser à la place
du poisson », répéta Seven avec mépris. « Peut-être… que la pêche…
pourrait faire partie de l’examen d’entrée à Starfleet. »
Les deux officiers
éclatèrent de rire à ces mots, provoquant un minuscule sourire sur les lèvres
de la blonde sculpturale.
« On pourrait faire
bien pire, Seven », dit Janeway après s’être suffisamment remise pour
parler. Elle tapota le bras de l’ex-Borg affectueusement. « Contente de
voir que votre sens de l’humour se développe plutôt bien. »
« Le Docteur m’a
dit que faire de l’humour pouvait être un moyen efficace de… » Seven
s’interrompit, à la recherche de l’expression exacte. « … Briser la
glace. »
Le capitaine hocha la
tête et sourit à sa jeune protégée. « Il a raison », répondit-elle.
Il y eut une pause
pendant laquelle la jeune femme blonde et son commandant échangèrent un long
regard, au grand amusement de Cass.
Il y a quelque chose
dans l’air, décida-t-elle.
« Si vous voulez
bien m’excuser, Kath… Capitaine », finit par dire Seven. « Je dois
retourner sur le Voyager par la prochaine navette pour me régénérer. »
Janeway hocha la tête et
la grande femme blonde partit vers la lisière du bois et les navettes en
attente.
« Vous vouliez me
voir, Capitaine ? » Demanda Cass tranquillement, heureuse de voir les
traits adoucis de Janeway tandis que celle-ci continuait à regarder Seven
s’éloigner.
Avec un soupir, le
capitaine retourna son attention vers son chef de la sécurité.
« Oui »,
dit-elle. « Marchons un peu, Lt. » Elles continuèrent ensemble vers
le nord le long de la plage en courbe. Cass finit par céder devant la chaleur
et retira son blouson, puis l’attacha par les manches autour de sa taille tout
en marchant.
« Je vais parler à
l’un de nos programmeurs en synthétiseur, Capitaine », dit Cass d’un ton
nonchalant. « Je veux voir si on peut obtenir un uniforme d’officier de
sécurité plus adapté à ce genre de climat. »
« Si ça peut être
fait sans utiliser trop d’énergie, alors je suis tout à fait pour »,
répondit le capitaine. « Informez-moi sur l’avancement de ce
projet. »
« Oui,
Capitaine. »
Janeway se mit à rire.
« Je pense que nous sommes assez loin du protocole de bord pour laisser
tomber les formalités, Cass », dit-elle. « En plus, ce dont je
voulais vous parler est plutôt personnel. »
Cass n’était pas
surprise. Pendant ces quatre dernières années, elle et le capitaine avaient
forgé une bonne relation de travail et elle savait que Janeway en était arrivée
à faire confiance à son jugement et à ses opinions. Elles avaient eu plusieurs
dîners de travail pendant cette période, appréciant la compagnie l'une de
l'autre et se découvrant un amour commun des activités de plein air. Janeway ne
sortait pas facilement avec son équipage, pour de nombreuses raisons, mais elle
avait un cercle restreint de personnes de confiance et Cass en faisait
intimement partie.
Et elle avait déjà la
moitié d’une idée de ce dont cette conversation allait être faite.
« Que pensez-vous
de Seven of Nine ? » S’aventura le capitaine.
Bingo, pensa Cass en souriant. « Je vais être honnête avec
vous, Capitaine, j’ai pensé que vous aviez ferré une prise bien plus grosse
qu’aucun d’entre nous n’aurait pu pêcher quand vous l’avez coupée du
Collectif. » Elle croisa le regard gris et froid de Janeway avec franchise.
« Ne vous méprenez pas, je pense que vous avez fait ce qu’il fallait pour
elle », continua-t-elle. « Je n’étais simplement pas sûre de voir
comment Seven allait jamais trouver son chemin au milieu des humains. »
Janeway hocha la tête.
Elle repoussa derrière son oreille, une mèche de ses cheveux auburn, maintenant
coupés plus court dans un style qui la rajeunissait.
« Je n’en étais pas
sûre moi non plus », admit-elle. « Mais j’ai été fière de la façon
dont tout le monde s'y est mis pour l’aider. Je sais qu’elle peut être…
caustique… parfois. »
Cass rit doucement.
« Je pense que la plupart des gens reconnaissent qu’elle a un haut niveau
d'intelligence, mais un niveau social plutôt faible, Capitaine. A part le
besoin de B’Elanna de l’expulser de la salle des machines à l’occasion, je suis
sûre que tout le monde s’adapte plutôt bien.
Janeway gloussa.
« Le tempérament de B’Elanna et l’entêtement de Seven font une combinaison
certes unique. Mais elle semble fonctionner. Même les leçons de comportement
social du Docteur semblent faire leur chemin. Qui aurait pensé qu’un hologramme
aurait quelque chose à apprendre à un humain ? »
Cass décida d’aller
droit au but.
« Je pense qu’elle
apprend surtout de vous », dit-elle, en s’arrêtant près d’un surplomb de
rochers bienvenu. Les deux femmes trouvèrent une pierre confortable sur
laquelle s’asseoir et Janeway brossa de la main un peu de sable sur ses jambes
nues avant de s’installer.
« Je
l’espère », répondit calmement l’officier.
Cass regarda le visage
de Janeway sur lequel se croisait une variété d’émotions. Elle reconnaissait
qu’il fallait un certain effort à cette femme très réservée pour arriver aussi
près de partager ses sentiments avec un officier subordonné. Elle est la
plus isolée de nous tous, songea Cass. Peut-être trop pour son propre bien. Elle contempla les expressions confuses sur le
visage du capitaine. Peut-être que je pourrais rendre les choses plus
faciles pour elle.
« Vous êtes attirée
par elle », lâcha-t-elle.
En réponse, elle reçut
tout d’abord un regard féroce et, pendant un bref instant, elle pensa avoir
peut-être poussé un peu trop loin leur relation extra-professionnelle. Mais
presque immédiatement, le regard de Janeway s’adoucit et un sourire passa sur
ses lèvres.
« Oui, c’est
vrai », admit-elle.
« Et c’est un
problème ? » Demanda Cass.
Janeway hocha lentement
la tête. « Ça pourrait l’être. C’est pour ça que je voulais vous demander
votre avis. »
Pendant quelques
instants, Cass se permit consciemment de repenser à la nouvelle de Cass et
Nick, ravalant le nœud douloureux dans sa gorge avec difficulté.
« Je ne suis pas
sûre d’être qualifiée pour donner des conseils sur la vie amoureuse,
Capitaine », dit-elle d’un ton bourru, en évitant le regard de l’autre
femme.
Il y eut un silence
pendant lequel Janeway étudia l’expression perdue sur le visage de son chef de
la sécurité.
« Des
problèmes ? » Demanda-t-elle d’un ton bref.
La jeune femme brune
secoua la tête rapidement, plus pour s’éclaircir les idées que pour répondre
par la négative.
« Lis et Nick viennent
de m’apprendre qu’ils attendent un enfant », dit-elle, en levant les yeux
vers le capitaine avec un sourire triste.
« Ah »,
répondit Janeway. Il ne fallait pas être physicien pour savoir que Cass était
toujours profondément entichée de la psychologue blonde. Elle s’est isolée
tout comme je l’ai fait, songea le capitaine en regardant Cass. Autres
raisons, même résultat. « Je suis désolée. Ça doit faire mal. »
« Oui. » Cass
se passa les doigts dans les cheveux et prit une inspiration profonde.
« Je commence à me demander si je n’ai pas fait une erreur toutes ces
années, à garder tout le monde à distance. A me refuser un peu de
bonheur. »
Janeway sourit
gentiment. « Intéressant. C’est exactement ce que je pense pour
moi », dit-elle.
« Je suis désolée,
Capitaine », Cass fit marche arrière. « Nous sommes supposées parler
de vos problèmes, pas des miens. » Elle sourit d’un air désinvolte.
« Allez-y, Ô Capitaine, mon Capitaine (NdlT : allusion à un poème
de Walt Whitman, 1900, Leaves of grass, je pense - http://fr.wikipedia.org/wiki/O_Captain!_My_Captain!
). Je vous donnerai mon meilleur conseil, absolument pas fiable comme il se
doit. »
Janeway soupira.
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas supposés avoir des relations amoureuses avec leurs
membres d’équipage », dit-elle. « Pour de nombreuses raisons,
pertinentes, raisonnables et sensées. »
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas habituellement égarés dans le Quadrant Delta avec une
chance minime de retrouver leur foyer de leur vivant », répliqua Cass tranquillement.
« Et techniquement, Seven n’est pas un membre d’équipage. Elle ne fait
assurément pas partie de Starfleet. »
« Oh, ça c’est un
peu tiré par les cheveux, Lt, et vous le savez bien. » Le capitaine se mit
à rire en remuant le doigt vers Cass. Elle sourit brièvement au raisonnement de
son chef de la sécurité. « Seven obéit à mes ordres. » Cass ricana et
Janeway rit en réponse. « La plupart du temps du moins. J’ai une autorité
sur elle. Les règles de Starfleet ont été écrites de cette façon pour éviter
l’abus de cette autorité. Elle est jeune et inexpérimentée par-dessus le
marché. Ne me dites pas qu’il n’y a pas une possibilité d’abus ici. Parce que
vous et moi, nous savons bien ce qu’il en est. »
Cass croisa les bras,
étira ses longues jambes et étudia le bout de sa botte pendant de longues
secondes avant de répondre.
« Il y a un vieux
dicton », finit-elle par dire. « Comme va le capitaine, ainsi va le
navire. »
Janeway hocha la tête en
souriant pour elle-même. « En d’autres mots, un capitaine heureux fait un
navire heureux. »
« Mhm. » Bon,
il est temps de pousser ma chance juste un peu plus loin, songea Cass.
« Alors », osa-t-elle. « Êtes-vous heureuse,
Capitaine ? »
Janeway laissa passer
une longue inspiration tremblante et se leva rapidement, pour faire les cent
pas en cercle, les mains sur les hanches.
« Cass,
Cass, Cass, Cass, Cass. Vous savez assurément
comment aller droit au but, n’est-ce pas ? » Marmonna-t-elle. Elle
finit par arrêter de faire un trou dans le sable et elle s’immobilisa. Une petite
vague vint se fracasser et tournoyer autour de ses pieds. « Non, je ne
suis pas heureuse, Lt », admit-elle. « Quand nous avons reçu la
transmission de la
Fédération
« Vous
l’aimez », dit Cass simplement.
Janeway soupira à
nouveau. « Oui. » Elle mit la main sur son front, essayant de calmer
ses émotions. « Mais je ne sais pas si j’ai le droit de… de… »
« Vous avez le
droit d’être heureuse, Capitaine », la coupa Cass. « Et Seven aussi.
A-t-elle donné le moindre signe qu’elle a le même sentiment pour
vous ? »
Janeway hocha la tête,
déconcertée de se sentir rougir. « Elle a ce que vous pourriez appeler le
béguin », dit-elle. « Elle est si fichtrement jeune, Cass. Elle n’a
jamais eu de relation adulte. Dieu sait ce à quoi elle peut bien penser. »
Cass sourit.
« Alors enseignez-lui, Capitaine. Faites ce que vous avez fait tout ce
temps. Expliquez-lui. Dites-lui ce que vous ressentez et quelles sont les
options auxquelles vous pensez. » Elle rit en voyant l’expression
sceptique du capitaine. « Elle est peut-être jeune en termes d’expérience
humaine, mais c’est une femme adulte, avec un cerveau adulte, capable de faire
ses propres choix. Donnez-lui une chance de faire celui-ci. »
Janeway regarda dans la
direction où Seven était partie. « Je le veux… tellement. » Cass se
contenta de sourire, en croisant le regard direct de son commandant.
« Allez-vous suivre votre propre conseil, Lt ? »
Le grand officier de
sécurité haussa les épaules. « Malheureusement, la femme que j’aime est
déjà très engagée par ailleurs », dit-elle calmement. « Que je décide
ou non de rester seule comme maintenant… » Elle secoua la tête. « Je
ne sais plus. » Elle leva les yeux vers le capitaine, son regard bleu
croisa le regard gris. « Ils sont heureux, vous savez ? »
Janeway hocha la tête.
« Je sais », dit-elle doucement.
« C’est dur de
lutter contre le bonheur. »
« J’aimerais bien
essayer ça, moi aussi de temps en temps », répondit Janeway d’un ton
neutre.
« Pourquoi pas
maintenant ? »
Les deux femmes se
regardèrent de longues secondes avant que le capitaine ne finisse par hocher la
tête lentement pour approuver. « Qui n’ose rien, n’a rien, hein
Lt ? »
« Exactement.
Pourquoi ne… »
Cass fut interrompue par
un hurlement perçant en provenance d'en bas sur la plage, qui lui fit dresser
les cheveux sur la tête. Au même moment les communicateurs des deux femmes
retentirent.
« Morgan à Lansdown ! »
« Kim à
Janeway ! »
Cass et le capitaine
étaient déjà en train de courir vers le son du hurlement aigu et incessant.
« Qu’est-ce qui se
passe, Ray ? » Cria Cass tout en percutant le sable de ses pieds,
faisant tomber le blouson attaché autour de sa taille.
« Des problèmes.
Des grandes créatures volent depuis le sud-est. Comme un essaim. Les éclaireurs
sont déjà là. » Il y eut des crépitements sur la ligne qu’elle reconnut
comme des tirs multiples en rafale du phaseur de Morgan. Elle regarda vers le
sud-est et eut un hoquet en voyant le spectacle. Des centaines de silhouettes
sombres formaient un nuage noir et sinistre et qui avançait vite.
« Emmenez tout le
monde aux navettes, Ray, aussi vite que possible. » Deux des créatures
étaient déjà au-dessus de la plage, menaçant un groupe d’officiers de
Starfleet. Elle pouvait voir plusieurs des membres de son équipe de sécurité
essayer de couvrir les nombreuses personnes en congé et non armées, les
dirigeant vers la clairière où attendaient les navettes.
Une des créatures, une
sorte d’entité arachnéenne semblable à un crabe et de la taille d'une petite
navette, avait embroché la cuisse d'une jeune enseigne avec son membre avant
dentelé et pointu. La femme se balançait, ensanglantée, au bout du membre et
c'était elle qui poussait des hurlements.
Cass s’arrêta
brusquement et tapa à nouveau son communicateur. « Ray, oubliez ça !
Amenez les navettes à la plage. Et vite ! »
Janeway rattrapa le chef
de la sécurité aux longues jambes. « Kim abat autant de créatures de l’essaim
principal qu’il peut », dit-elle à Cass dans un souffle. « Mais nous
ne pouvons pas prendre le risque qu’il tire près de la plage. »
Cass hocha la tête.
« Les navettes arrivent. » Elle pointa vers l’ouest l’endroit où deux
des trois appareils en attente s’élevaient au-dessus des arbres. La troisième,
elle le savait, se trouvait quelque part entre ici et le Voyager, avec Seven of
Nine à bord. Janeway pensait apparemment à la même chose et tapa son
communicateur.
« Janeway au Delta
Flyer. »
« Nous sommes déjà
en route vers vous, Capitaine », reçut-elle en réponse de la voix froide
de l’ex-Borg.
Cass leva les yeux et
repéra le Flyer qui descendait en piqué pour tenter d’abattre les créatures
déjà au-dessus de la plage. Pendant ce temps, les rayons plus larges des
phaseurs du Voyager arrivaient en arc de cercle depuis les cieux, décimant
largement l’essaim en approche.
Pas assez vite, pensa-t-elle en redoublant d’effort pour revenir en courant
sur la plage. Carrément pas assez vite.
****************************************
Lis se trouvait dans un
état de demi somnolence plaisant quand le bourdonnement bas et étrange avait
pénétré sa conscience. Allongée sur le dos, la tête posée sur la cuisse de son
mari, elle profitait pleinement de l’opportunité d’un vrai bain de soleil. Mmmmmm,
c’est un tel luxe, pensait-elle en enfouissant ses orteils dans le sable
chaud et humide.
« Chéri ? »
« Mhmmmmm ? »
Avait répondu son mari d’un ton ensommeillé.
« Est-ce que cette
chanson a une autre note ? »
« Quelle chanson
? »
Elle avait doucement
frappé son bras proche dans un agacement paresseux.
« La chanson que tu
fredonnes, idiot », avait-elle répondu.
« Lis »,
avait-il dit en clignant d’un œil. « Je ne fredonne pas de chanson. »
« D’accord »,
avait-elle dit joyeusement, satisfaite de pouvoir retourner dans son état de
somnolence. Mais le son avait persisté. En fait, son volume avait augmenté. Et
il y avait un autre son par-dessous, une sorte de cliquètement qui ressemblait
à …
Lis ouvrit grand les
yeux et s’assit. Elle protégea ses yeux du soleil et cligna plusieurs fois
avant de repérer le nuage noir vers la mer.
Un nuage noir avec un
son qui ressemble à un claquement de dents, se
rendit-elle compte dans un choc. Mon Dieu, ce n’est pas un nuage. Ce sont
des insectes.
Quelques créatures se
détachèrent de l’essaim et descendirent en piqué vers la plage. Maintenant, de
plus près, Lis pouvait voir qu’ils étaient beaucoup plus gros qu’elle ne
l’avait estimé tout d’abord. Beaucoup, beaucoup plus gros.
« Nick »,
dit-elle d’une voix rauque, en tendant la main pour trouver son mari.
« Mmmmmm ? »
« Nick,
lève-toi. »
« 'rquoi
faire ? » Marmonna-t-il.
« Nick, je suis
sérieuse. Lève-toi. Il faut qu’on parte d’ici. »
L’horrible insecte de
tête atteignit la plage, se laissant tomber sur le sable avec une grâce
effrayante qui fit se dresser les cheveux sur la tête de Lis. Il glissa vers un
groupe de femmes qui faisaient rapidement retraite vers la lisière.
« Pourquoi faut-il
qu’on parte d’ici ? » Demanda Nick d’un ton ensommeillé tout en s’asseyant
enfin et en ouvrant les yeux, juste à temps pour voir la créature empaler l’une
de ses collègues par la cuisse avec l’une de ses pattes avant. « Putain de
merde », marmonna-t-il.
« C’est tout à fait
ce que je pensais », dit sa femme tandis qu’ils se mettaient rapidement et
péniblement debout. « C’est quoi ? »
L’exobiologiste en Nick
regarda la créature avec détachement pendant un moment, alors même que les
hurlements de l’enseigne résonnaient autour d’eux.
« Huit pattes, un
corps segmenté. Plutôt arachnoïde de ce point de vue. Mais un squelette externe
comme ceux des mollusques. Des ailes dans un étui dur, comme un insecte »,
murmura-t-il. Il écarquilla soudain les yeux. « On se fout de ce que
c’est ! Allons-y. » Il poussa sa femme dans la direction de la
première navette qui s’était posée sur le sable à moins de deux cents mètres de
là.
Lis vit Cass et le
capitaine qui couraient depuis le nord et des membres des équipes de sécurité
qui arrivaient en courant de toutes les directions pour couvrir ceux qui se
frayaient un chemin vers les navettes. Le Delta Flyer faisait des tours
au-dessus de la plage, essayant d’empêcher d’autres membres de l’essaim de
rejoindre leurs congénères.
Cass passa en courant
tout près de Lis et Nick, se dirigeant vers l’enseigne blessée toujours
ballotée par griffe dentelée de l’insecte.
« Fichez le camp de
là, vous deux », hurla-t-elle en
passant. « Allez vers les navettes. Vite ! »
Lis se retourna pour
obéir tout en gardant un œil sur le grand chef de la sécurité qui envoyait des
tirs de phaseur vers la créature avec peu d’effets notables sur sa carapace
externe.
« Cass ! »
Hurla Nick. « Visez le ventre. Juste sous les mandibules. C’est le
meilleur pari pour passer l’armure jusqu’au cerveau. »
Cass prit un instant
pour acquiescer. Puis elle mit son phaseur sur le maximum et chargea l'horrible
créature. Le membre d’équipage blessé avait sombré dans l’inconscience. Ou
bien elle est morte, songea Cass. Dans tous les cas, je ne vais pas la
laisser à cette chose.
Tout en hurlant à pleins
poumons, Cass courut, plongea entre les pattes acérées et roula sur le dos sous
le ventre de la bête. Elle leva son arme et tira une décharge longue et
mortelle dans ce qu’elle espérait être son point le plus faible. Un couinement
épouvantable s’éleva et elle sentit la créature trembler en essayant d’échapper
à la brûlure du phaseur. Puis avec un bruit de succion, l’abdomen explosa,
envoyant des restes horribles aux quatre vents et de grosses éclaboussures de
matière verte partout sur Cass.
« Oh, quelle
merde. » Elle cracha des saletés de sa bouche et s’essuya le visage avant
de tapoter son communicateur. « Lansdown à Morgan. Ray, visez bas, le
ventre. C’est leur point faible », hurla-t-elle.
« Compris,
chef », répondit-il dans un souffle.
Cass roula au loin et
courut vers la femme blessée, où elle fut rejointe par le capitaine.
« Maintenez-là au
sol, Cass », dit Janeway en grimaçant et elle attrapa le morceau
d’appendice toujours encastré dans la cuisse de la femme. Cass se mit au-dessus
de l’enseigne, la maintenant immobile tandis que le capitaine retirait la
patte. Le sang commença à couler de la blessure tandis que Cass soulevait
l’officier évanoui et la mettait sur son épaule.
Elle grogna en se
redressant. Allez, Lansdown, tu peux faire ça, pensa-t-elle. Le
capitaine protégea ses arrières tandis qu’elle commençait à courir lentement le
long de la plage vers le Delta Flyer qui avait atterri à proximité. A bout de
souffle et en sueur lorsqu’elle atteignit le vaisseau, elle fut plus
qu’heureuse lorsque Seven ouvrit le sas et lui prit l’enseigne de son épaule.
« Vous avez quelque
chose de plus efficace qu'un phaseur de poing par-là, Seven ? »
Haleta Cass.
« Oui, Lt »,
répondit l’ex-Borg. Une fois qu’elle eut installé l’enseigne blessé à
l’intérieur, elle revint avec trois fusils phaseurs. Elle en tendit un à Cass,
un au capitaine qui venait de les rejoindre et elle en garda un pour elle.
Les trois officiers
supérieurs se mirent en ligne pour étudier la scène sur la plage devant elles.
La navette la plus éloignée était en train de décoller. Elles pouvaient
entendre l’échange de communication qui se déroulait entre le pilote et le
Voyager et elles savaient qu’il y avait beaucoup de monde à bord.
La seconde navette, à
environ 100 mètres
« Incroyable »,
murmura le capitaine. « On dirait qu’on n’était pas tous allongés au
soleil à parler d’amour il y a quelques minutes ? »
« Capitaine ? »
Dit l’ex-Borg surprise, en lançant un regard rapide au commandant.
Cass ricana.
« Juste une journée de plus dans le Quadrant Delta », répliqua-t-elle
avec cynisme. « La prochaine fois que quelqu’un suggère que nous prenions
un congé sur une planète où nous ne pouvons pas utiliser les téléporteurs, je
les confine en prison pour toute la durée. Venez. » Elle hocha la tête en
direction du dernier groupe, qui incluait B’Elanna, Tom, Nick et Lis, Samantha
Wildman et sa petite fille Naomi. Leur trajet vers la seconde navette avait été
coupé par plusieurs maraudeurs. « Ils ont besoin d’aide par-là »,
dit-elle en notant les tentatives des insectes pour encercler le groupe.
Elles commencèrent à
courir vers les officiers piégés, tirant en même temps pour distraire les
créatures.
« Lansdown à
Morgan. »
« Ici
Morgan », répondit l’adjoint de Cass, qui était l’officier supérieur sur
la seconde navette.
« Vous avez tout le
monde ? »
« Oui, chef. Tout
le monde sauf le groupe entre vous et nous. »
« Okay. Partez d’ici.
Tirez quelques coups de phaseurs en partant. »
« On y va. »
Janeway, Cass et Seven
se mirent en ligne et avancèrent avec détermination vers les insectes qui
dominaient le groupe d’officiers. Elles tirèrent continûment tout en
avançant ; elles entamaient à peine la carapace dure des créatures, mais
au moins elles les repoussaient assez pour tracer un chemin libre vers la Delta Flyer.
« Allons-y »,
cria B’Elanna, en menant les quelques vingt personnes du groupe vers la
sécurité du vaisseau. Un officier de sécurité armé et Nick, qui avait attrapé
un gros morceau de bois flotté qu’il balançait comme une masse, couvraient
leurs arrières. Tom prit la jeune Naomi dans ses bras et courut avec la jeune
fille aussi vite que possible. Lis aidait une jeune femme blessée, la portant à
demi.
« Allez, tout le
monde », cria le capitaine en revenant vers le Delta Flyer pour aider les
blessés à monter dans la navette. Seven la rejoignit, projetant brutalement une
de ses collègues plus petite dans le Delta Flyer sans cérémonie. Cass continua
à avancer, rejoignant Nick et l’officier de sécurité, Charlie Johnson.
« Reculez,
Nick », hurla Cass tout en tirant sur le mur d’insectes qui arrivait et
qui augmentait, tandis que de plus en plus de créatures de l’essaim rejoignaient
leurs congénères sur la plage. L’exobiologiste obéit, laissant tomber son
morceau de bois et se mettant derrière le tir de couverture des deux officiers
de sécurité. « Courez Nick, avant qu’ils n’essaient de passer par nos
flancs. »
Johnson et elle commencèrent
à reculer vers la navette, gardant la ligne des insectes à distance sous leurs
tirs constants. Elle entendit plus qu’elle ne vit Nick commencer à s’éloigner
d’eux en courant et elle pouvait aussi entendre les moteurs du Delta Flyer qui
montaient en puissance. Il est temps de foutre le camp de ce petit coin de
paradis, pensa-t-elle.
« Je vais vous
dire, Charlie, je n’aime pas la façon dont ces salopards se rassemblent vers
nous », marmonna-t-elle à l’enseigne près d’elle. « Je vais compter
jusqu’à trois et nous allons nous retourner et foutre le camp en courant,
okay ? »
« Oui,
madame », dit Johnson. « Je vais pas discuter. »
« Alors c’est
bon », dit-elle, en tirant quelques décharges de plus, heureuse de voir
que l’insecte devant elle explosait quand elle atteignit son point faible. C’était
un peu trop près pour mon goût, pensa-t-elle en secouant la tête pour
enlever de la boue verte de son visage. « On y va. Un… deux…
TROIS ! »
***********************************
Lis déposa sa collègue
blessée dans le fauteuil le plus proche à bord du Delta Flyer et revint vers
l’ouverture. Tout le monde était à bord maintenant et Tom et Seven s’étaient
installés aux postes de pilote et de co-pilote pour préparer la navette au
décollage.
Tout le monde est à
bord… La jeune blonde regarda rapidement autour
d’elle, à a recherche des deux visages qu’elle aimait par-dessus tout. Sauf
Nick et Cass, se rendit-elle compte avec un sursaut de frayeur.
Elle rejoignit le
capitaine au sas et prit une inspiration involontaire en voyant la scène qui se
déroulait à environ cinquante mètres de la navette. Elle regarda son mari
laisser tomber le morceau de bois qu’il avait utilisé et se mettre derrière
Cass et l’autre officier de sécurité. Sur un mot de Cass, il se mit à courir et
Lis retint sa respiration en le regardant tenter de trouver son équilibre dans
le sable glissant.
Quelques secondes après,
elle eut conscience de Cass et Johnson qui se retournaient pour courir
également vers eux.
Tout se passe au ralenti, pensa Lis avec anxiété. Allez, allez. Le monde se
télescopait pour lui arriver dessus et elle avait douloureusement conscience de
chaque expression sur le visage de son mari, sur le visage de Cass. Elle
pouvait entendre Janeway respirer difficilement près d’elle, elle était consciente
à l’extrême de son propre battement de cœur dans ses tempes. Tout ça ne va
pas assez vite. Derrière les officiers qui accourraient il y avait un mur
noir et menaçant d’insectes cliquetant, sifflant et augmentant à chaque
seconde.
Puis le soleil disparut,
une énorme ombre tomba sur la navette, une forme sombre qui arrivait entre le
Flyer et les trois officiers isolés.
« Non »,
murmura Lis.
********************************
Nick savait qu’il était
dans le pétrin. Il s’arrêta brusquement tandis que la bête impressionnante
atterrissait entre lui et le Delta Flyer. Il était assez près pour sentir
l’étrange odeur métallique qui émanait de l’insecte, assez près pour ressentir
ce qui semblait être une haleine, brûlante et puante sur sa peau. Il leva les
yeux vers ce que le scientifique en lui déduisit être un visage, huit yeux
brillants et noirs sans pupille, autour d’une bouche semblable à un bec. Nick
pouvait entendre Cass et l’autre officier de sécurité qui couraient vers lui et
était vaguement conscient des rayons de phaseurs qui passaient autour de lui,
cherchant les points faibles de la créature.
Pendant de longues
secondes, Nick fixa les yeux de l’insecte, sachant que ce n’était pas des
animaux sans conscience, mais des êtres intelligents et pensants.
Il joue avec moi, réalisa-t-il, un
frisson glacé le long de la colonne vertébrale. Avant qu’il puisse réagir, la
créature balança un long membre vers lui, jetant le petit homme sur le côté
loin de la navette, vers l’eau, isolant efficacement Nick de ses collègues.
Momentanément étourdi, il se remit debout péniblement, tressaillant quand son
corps protesta contre l’atterrissage sur le sable dur et mouillé.
Cass regarda Nick
s'envoler dans les airs et sentit son cœur plonger.
Ce n’est pas juste un
animal qui attaque, songea-t-elle. C’est
un être intelligent qui torture un être inférieur. Comme un chat avec une
souris. Elle et Johnson atteignaient le Delta Flyer, où Lis était retenue
par Seven of Nine, qui maintenait la petite femme d’un bras long et puissant. Janeway
se tenait également dans l’entrée.
Cass saisit d’un regard
l’expression sur le visage de Lis et sut qu’il n’y avait qu’une seule chose à
faire. Elle poussa rapidement l’officier subalterne dans la direction de
l’entrée de la navette et commença à avancer vers l’insecte qui avait repoussé
Nick loin de son salut. Elle leva le fusil phaseur sur son épaule et commença à
tirer, envoyant salve après salve sur l’exosquelette coriace de l’insecte.
Lis sentit que son monde
s’était arrêté. Elle ne pouvait pas vraiment voir Nick, la silhouette imposante
de l’insecte masquait son mari à sa vue. Son ex-amante avançait à grands pas
confiants, la colère et le défi irradiaient de sa haute silhouette tandis
qu’elle tirait. Lis pouvait entendre quelqu'un crier, des mots désespérés
remplis d’angoisse, et il lui fallut plusieurs secondes avant de reconnaître sa
propre voix. Elle luttait contre le bras renforcé de la Borg
« Dr Dayton, s’il
vous plaît, ne luttez pas contre moi », dit la voix froide du Borg dans
son oreille droite. « Il n’y a rien que vous puissiez faire que le Lt
Lansdown ne puisse faire plus vite et avec plus d’efficacité. »
« Non, non, il faut
que j’aille les aider », dit Lis avec impuissance. Janeway se pencha vers
elle et prit le visage de la jeune femme entre ses mains, l’obligeant à tourner
la tête jusqu’à ce que la jeune blonde n’ait pas d’autre choix que de croiser
son regard.
« Lis », dit
le commandant avec force. « Laissez Cass faire son travail. On n’a pas
beaucoup de temps. Je vais bientôt devoir ordonner que cette navette décolle.
Cass est la meilleure chance de Nick là-dehors. »
Lis fixa, sans la voir,
le capitaine pendant quelques secondes, puis, lentement, elle hocha silencieusement
la tête. Elle sentit le bras de Seven se détendre autour de sa taille et la
psychologue tourna la tête pour regarder la progression de Cass vers l’insecte
qui avait isolé Nick près de l’eau. Elle était consciente des tirs constants du
Delta Flyer pour garder à distance le reste de l’essaim, dont la plus grande
partie était maintenant sur la plage.
Nick tenta vainement de
contourner l’insecte, feintant à gauche puis à droite, mais la créature aux
pattes multiples était trop rapide et trop soucieuse de s’amuser avec lui.
Chaque fois qu’il tentait de bouger sur le côté, l’insecte se déplaçait pour
bloquer son mouvement, le ramenant toujours plus près de l’eau. Nick avait
lancé quelques regards vers le Delta Flyer, vers le visage désespéré de Lis
évident dans l’ouverture. Il savait que Cass avançait vers sa position, tirant
sur la créature par-derrière. Il pouvait aussi voir la masse principale des
insectes qui se rapprochait de la navette, dont le risque d’être encerclée
grandissait.
Ils sont en danger à cause
de moi¸ réalisa-t-il. Ils seraient déjà loin et
en sécurité depuis le temps. Il tenta désespérément de penser à un moyen de
sortir de cette situation. Je n’ai nulle part où aller. Il voyait les
décharges de phaseur ricocher sur le dos de l’insecte et le vit être de plus en
plus irrité par l’attaque de Cass. Elle se met en danger pour moi, pensa
Nick, surpris malgré la relation amicale qui s’était instaurée entre eux au
cours des ans. Je ne peux pas la laisser faire ça, décida-t-il soudain. Il
faut que je la laisse…
A ce moment, une
décharge du phaseur de Cass frappa une partie particulièrement sensible de
l’armure de l’insecte et la grande créature tournoya vers elle, oubliant
momentanément le jouet qu’elle avait trouvé en Nick. Cass recula, surprise, mais
elle retrouva son équilibre, tirant à nouveau tandis que la grande créature se
dressait sur ses pattes arrière, la menaçant de ses pinces avant.
« Vite, Nick, c’est
votre chance », cria-t-elle.
Sur des jambes qui
semblaient soudain liquéfiées, le scientifique commença à contourner l’insecte,
qui semblait maintenant se concentrer pour se débarrasser des frappes de
phaseur irritantes. Il se pencha vers Cass et la frappa d’une patte, la
touchant sur le côté et lui faisant perdre l’équilibre.
Cass regarda le fusil
qui lui sautait des mains, et sentit des éraflures brûlantes là ou les
dentelures de la créature avaient pénétré son tee-shirt. Elle rampa
désespérément sur le sable pour reprendre le fusil, mais elle en fut empêchée
lorsque l’insecte la cloua au sable par le mollet. Pendant de longues secondes
angoissantes, elle attendit le coup fatal qu’elle était sûre de recevoir, mais
l’insecte la relâcha alors, les piquants de son exosquelette la déchirant en se
retirant. Elle figea son visage, déterminée à ne pas donner à la créature la
satisfaction de l’entendre hurler et roula sur le dos.
Ce qu’elle vit lui donna
la chair de poule.
Nick avait couru entre
elle et l’insecte quand il avait vu qu’elle était clouée au sol. Distrait et
agacé par l’homme, l’insecte avait lâché Cass, mais était maintenant bien
concentré sur une cible plus facile. Nick criait et remuait les bras dans sa
direction, essayant d’attirer son attention loin l’officier blessé.
« Non, Nick,
qu’est-ce que vous faites ? Courez ! ! » Cria Cass. Elle se
mit debout péniblement et avança vers le scientifique, mais la il repoussa avec
force et, déséquilibrée par la blessure de sa jambe, elle trébucha en arrière.
« Allez à la
navette, Cass », répondit-il à travers ses dents serrées, maintenant le
contact visuel avec le prédateur devant lui. « Il ne laissera partir qu’un
seul d’entre nous. »
« Nous pouvons y
arriver tous les deux si nous commençons à courir maintenant »,
rétorqua-t-elle. « Venez, Nick. Plus nous attendons, moins la navette a de
chances de décoller en sécurité. »
Nick réfléchit. Il pensa
à sa femme et à son bébé pas encore né et prit sa décision.
« Alors
allez-y », dit-il, les yeux toujours fermement fixés sur le visage de
l’insecte. Il fit deux pas en arrière et tourna le dos à la bête tueuse. Cass
regarda la scène, le regard marron de Nick croisa le sien. Elle le soutint,
l’exhortant silencieusement à se mettre à courir.
Mais soudain, il
s’immobilisa et elle ne put comprendre pourquoi. Un hurlement perçant lui
parvint de derrière, depuis l’ouverture de la navette, et lui apprit que
quelque chose d’horrible se produisait, et seuls les yeux de Nick qui
s’écarquillaient lui donnèrent un indice. Elle baissa les yeux vers le torse de
l’homme, horrifiée de voir une énorme pince pointue dépasser de son estomac.
Oh mon Dieu, pensa-t-elle. Oh mon Dieu, comment va-t-il survivre à
ça ? Elle sut alors que c’était Lis qui hurlait derrière elle. Oh
mon Dieu, comment puis-je l’aider ? Cass avança uniquement portée par
son instinct, regardant avec horreur le sang se déverser de l’estomac et de la
bouche de Nick. L’insecte le secoua, son corps impuissant bougeait autour de
l’extrémité de la griffe comme une poupée de chiffon. Il poussa l’homme vers
elle et Cass tenta de l’agripper.
Nick savait qu’il était
un homme mort. Etrangement, il n’avait pas senti le coup qui le tuait. Pas
de douleur du tout, pensa-t-il. Comme c’est bizarre. Il sentait le
sang dans sa bouche, le voyait sortir par à-coups de lui, autour de la griffe
alien qui l’avait empalé. C’est comme si ce n’était pas mon sang,
pensa-t-il. Le monde tournoyait étrangement autour de lui tandis que l’insecte
le secouait, mais il ne lutta pas. Je ne suis plus qu’un trophée pour lui
maintenant. L’insecte le redescendit jusqu’à ce que ses pieds traînent dans
le sable et, soudain, Cass se trouva devant lui. Rassemblant ses dernières
forces, il l'agrippa par son tee-shirt, à pleines mains, et l’attira vers lui.
« N’essayez pas de
bouger », dit Cass. « Je vais tenter de vous tirer de là. »
« Non Cass »,
dit-il, sa respiration sortant en sons rauques horribles et gargouillants. Il
savait qu’il l’aspergeait de son propre sang. « Allez… à… la
navette… »
« Je ne peux pas
vous laisser », cria-t-elle avec désespoir. « Je ne peux pas. »
« Vous…
devez », répliqua-t-il.
Dans la navette, Janeway
avait les mains pleines. Lis était hystérique dans les bras de Seven et il
fallait bien toute la force de la
Borg
« Capitaine ! »
Le cri venait de Tom Paris depuis le siège du pilote. « Il faut qu’on
parte ! » Dit-il. « On ne peut pas les retenir plus
longtemps. »
« A mon signal, M.
Paris », répondit le capitaine, souhaitant désespérément donner le plus de
temps possible à Cass et Nick. Mais d’après ce qu’elle pouvait voir, Nick était
mal parti. Bon sang, je ne veux avoir à abandonner aucun de vous deux,
pensa-t-elle sombrement, détestant la décision qu’elle allait devoir prendre.
« Cass »,
cria-t-elle. Elle vit le chef de la sécurité jeter un coup d’œil par-dessus son
épaule et elle sut que la jeune femme brune prendrait conscience de leur propre
situation difficile.
« Partez »,
dit Nick d’une voix rauque, toujours agrippé au tee-shirt de Cass. L’homme
mortellement blessé soutint son regard pendant de longues secondes.
« Vous… devez… vous occuper… de Lis… et… du bébé », murmura-t-il, la
voix éraillée.
L’insecte en avait
assez. Il secoua Nick à nouveau et Cass vit le supplice dans les yeux de
l’homme tandis que la large blessure dans son ventre grandissait encore.
Les yeux de Cass s’emplirent
de larmes d’impuissance. « Je le ferai, je le promets »,
répondit-elle, d’une voix rauque, reconnaissant maintenant qu’il n’y avait plus
d’espoir pour cet homme.
« Partez »,
hurla-t-il et cette fois elle n’attendit pas, tournant le dos à la scène
horrible pour aller vers la navette.
« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON”,
hurla Lis. « Ne le laisse pas, noooooooooon. Nicholas,
noooooooooon ! ! ! ! ! » Seven détourna
brutalement la petite femme de la porte tandis que Janeway aboyait ses ordres à
Paris.
« Allons-y,
Tom ! » Ordonna-t-elle.
« Oui,
Capitaine », répondit-il tandis que ses doigts s’agitaient sur les
panneaux de contrôle.
Janeway se retourna pour
regarder Cass qui arrivait vers la navette, courant et boitant à moitié, et
elle sentit le Delta Flyer commencer à s’élever au-dessus du sable.
« Allez
Cass », la pressa-t-elle, en regardant le mur d’insectes qui se
rapprochait rapidement. « Courez ! ! » Le capitaine sentit
la présence de Seven près d’elle.
« Aidez le Dr
Dayton, Capitaine », dit le Borg calmement. « Je vais assister le Lt
Lansdown. » La blonde sculpturale se pencha au-dehors et tendit sa main
renforcée par l’implant vers le chef de la sécurité. Leurs doigts se
touchèrent, puis leurs paumes et Seven eut une prise solide autour du poignet
de la jeune femme brune tandis que le Flyer quittait complètement le sol.
Pendant de longs
moments, Cass resta suspendue sous l’appareil, son seul contact étant les
doigts froids et puissants de l’ex-drone. Puis elle réussit à balancer ses
jambes vers le haut en tournant, elle trouva le bord du sas et se hissa à
l'abri. Sur un mot hurlé par le capitaine, Paris lança les moteurs du Flyer et
ils se retrouvèrent au-dessus de la horde grouillante des insectes.
Cass rampa dans le sas
et regarda par-dessus bord. Frustrés par la fuite de la navette, les insectes
tournaient maintenant leur attention vers Nick. Ils l’entourèrent et plongèrent
sur lui. Cass ferma les yeux à la vue du petit corps du scientifique mis en
pièces.
Seigneur, Nick, je suis
tellement désolée.
Seven frappa un panneau
de contrôle et la porte du Flyer se referma en glissant.
« Vous êtes
blessée, Lt », dit-elle.
« Ce n’est
rien », répondit Cass brutalement. Elle se mit debout et, ignorant la
douleur brûlant son mollet, elle alla vers les horribles hurlements de douleur
de Lis. La jeune femme effondrée était blottie dans les bras du capitaine.
« Tenez-là un
instant pendant que je cherche une hypospray de quelque chose pour la
calmer », murmura Janeway. Elle se mit sur le côté pour que Cass puisse
prendre sa place mais Lis se rebella.
« Tu l’as abandonné
là-bas », hurla-t-elle en repoussant Cass. « Comment as-tu pu faire
ça ? Tu l’as ABANDONNE là-bas. » Elle commença à frapper la poitrine
du chef de la sécurité de ses poings serrés. Cass tenta de l’attirer contre
elle, essaya de bloquer ses bras en la serrant plus fort, mais la petite femme
se libéra et la repoussa. Avant que le capitaine puisse poser l’hypospray sur
son cou, Lis rejeta sa main en arrière et frappa Cass au visage, d’un coup
violent.
L’hypospray relâcha sa
dose de sédatif et la jeune femme retomba sur son siège, inconsciente.
Abasourdie et blessée, Cass s’éloigna, ignorant le regard de sympathie de son
commandant et ceux, curieux, de Seven of Nine et des autres membres d’équipage
éparpillés dans la navette. Elle avança en titubant et finit par trouver un
siège juste derrière Tom et B‘Elanna dans le cockpit. Elle s’y laissa tomber,
les coudes sur les genoux et enfouit son visage dans ses mains.
Quelques secondes
passèrent avant qu’elle sente que B’Elanna se levait de son fauteuil et venait
s’agenouiller près d’elle.
« Tu saignes,
Cassie », dit son amie calmement.
« Ça n’a pas
d’importance », marmonna Cass, peu concernée à cet instant de se vider de
son sang. Comment puis-je me disputer avec Lis ? Elle a raison. Je l’ai
laissé là-bas. Est-ce que j’aurais pu atteindre ce fusil si j’avais essayé un
peu plus ? Est-ce que j’ai tout fait pour le sortir de là ? Est-ce
que je l’ai laissé mourir là, sans faire tout ce que je pouvais ? Elle
sentit que B’Elanna son mollet d’un bandage improvisé et elle marmonna un
remerciement.
Janeway entra dans le
cockpit.
« Tom, dès que nous
serons à portée de téléporteur, transportez le Dr Dayton à l’infirmerie »,
dit doucement le capitaine. Elle baissa les yeux vers Cass qui la regardait
d’un air interrogateur. « Elle fait une hémorragie », murmura-t-elle.
*********************************
A suivre – 5 ème partie
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=372843&pid=14237537
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
