Chapitre Cinq

« Une amie dans le... euh, laissez tomber »

(Friend in... er, never mind)

 

(NdlT : le titre anglais fait référence au titre du dernier épisode de la saison 6 de la série Xena la Guerrière « A Friend in Need »)

 

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Les deux femmes étaient allongées, épuisées, un peu en travers, dans un enchevêtrement de draps chiffonnés, de jambes nues et de volupté. Elles haletaient, à court de paroles, avec pour seuls mouvements de faibles contacts du bout des doigts sur de la peau en sueur. Tandis que le battement de leur cœur ralentissait et que leur respiration revenait à la normale, la plus grande glissa ses longs bras puissants autour de la plus petite et l’attira contre elle, jusqu’à ce qu’elles soient enroulées l’une contre l’autre dans une position parfaite.

« Mmmmm, ma chérie, merci. C’était merveilleux. Juste ce dont j’avais besoin », murmura la plus petite des deux, les bras posés sur ceux de son amante.

L’autre femme ne dit rien, mais pencha la tête pour déposer une série de baisers doux et tendres depuis la nuque de sa partenaire jusqu’au bout de son épaule. Elle fut récompensée par un grognement.

« Comment savais-tu ? » Demanda la femme entre ses bras.

« Comment je savais quoi ? » Murmura celle-ci dans l’oreille terriblement proche de ses lèvres.

« Que j’avais besoin de toi ce soir. Que j’avais besoin d’oublier le reste de l’univers, juste pour une nuit. »

La grande femme réfléchit quelques secondes, en repensant à ces derniers jours.

« J’ai observé que quand tu ressentais un stress excessif, tu fronçais tout le temps les sourcils », répondit-elle d’un ton analytique. « Et aussi que quand nous sommes sur la passerelle, tu es souvent assise avec le bout des doigts contre ta tempe, ce qui, je l’ai remarqué, indique chez toi la présence d’un mal de crâne. »

Un rire de gorge chez son amante fit passer des vibrations dans leur corps.

« Y a-t-il quelque chose que tu ne remarques pas chez moi ? »

Elle sentit sa compagne secouer lentement la tête derrière elle.

« Je ne crois pas. »

Le capitaine Kathryn Janeway se retourna lentement jusqu’à être nez à nez avec la belle femme blonde, l’ex-Borg connue sous le nom de Seven of Nine.

« Ma chère Annika », murmura-t-elle en utilisant son nom humain plutôt que la désignation que lui avait donnée le collectif Borg il y a tant d’années. « Même si nous vivions jusqu’à 100 ans sans retourner dans le Quadrant Alpha, je ne comprendrais toujours pas comment je peux avoir la chance de t'avoir. »

Les yeux bleu glacier clignèrent d’un air interrogateur.

« Clarifie. »

« Oh oui », murmura le capitaine en embrassant doucement la jeune femme sur la bouche. « Te trouver ici, ça a déjà été une grande chance. T’aimer était un petit miracle. Découvrir que tu m’aimes… » Elle secoua la tête d’émerveillement. « Je suis une femme très chanceuse. »

Seven fixa les yeux gris qui s’ouvraient sur une âme qui signifiait tout pour elle.

« Je ne crois pas que la chance ait joué le moindre rôle là-dedans, Kathryn », dit-elle tranquillement. « Tu es la compagne idéale pour moi. Intelligente, courageuse, forte… » Elle s’interrompit, son expression s’adoucit, la jeunesse transparaissant dans le léger demi-sourire sur ses lèvres. « Plus belle que quiconque que j’aie jamais vu. Tu étais le choix le plus évident pour moi. »

Janeway se sentit rougir dans les bras de la jeune femme.

« Je t’aime, Annika », murmura-t-elle en enfouissant son visage dans le cou long et doux. Elle sentit les bras de l’ex-Borg l’entourer, l’attirer plus près dans un nid chaud et sûr au milieu des draps.

« Et je t‘aime aussi, Kathryn », répondit Seven. « Tout le reste serait inefficace. » Le rire de Janeway en réponse amena un rare sourire plein sur les lèvres de la jeune blonde. « Souhaites-tu faire l’amour à nouveau ? » Demanda-t-elle avec espoir.

Kathryn sourit contre le cou de Seven. « Ça t’ennuie si on attend un peu ? » Répondit-elle.

« Non », répondit la jeune femme. « Tant que je peux continuer à te serrer contre moi », dit Seven.

« Mmmmmm, oui, s’il te plaît. »

Quelques minutes de silence satisfait s’ensuivirent. Seven écoutait la respiration de son amante, s’attendant presque à la voir passer au lent rythme qu’elle avait appris à associer avec la routine de sommeil de Janeway. Mais au contraire, le capitaine commença à s’agiter un peu entre ses bras.

« Quelque chose te taraude, Kathryn », dit Seven doucement. Elle attendit jusqu’à ce qu’elle sente le petit hochement de tête en réponse sur son cou. « Peut-être serait-il utile que tu en parles ? »

Janeway soupira. C’était l’un des dilemmes dans la relation avec un membre de son équipage. Combien de fois parle-t-on des affaires du vaisseau, songea-t-elle. Jusqu’où puis-je laisser tomber le masque de commandement avec quelqu’un qui va recevoir mes ordres le matin suivant ?

Elle bougea légèrement dans les bras de Seven, s’installant de façon à se relever sur un coude. La jeune femme blonde roula sur le dos et la fixa patiemment.

« Ma chérie, il faut qu’on mette au point quelques règles », commença Janeway, en traçant doucement la joue de Seven du bout de son doigt.

« Encore des règles ? » Demanda la jeune femme, un peu plaintivement. Le capitaine sourit à ces mots, sachant combien Seven s’agaçait contre la hiérarchie si essentielle au bon déroulement des opérations de Starfleet.

« J’en ai bien peur, mon amour », répondit-elle. « Tu comprends bien qu’en tant que capitaine, j’ai beaucoup de responsabilités, beaucoup de décisions difficiles à prendre chaque jour ? »

« Oui, Kathryn », dit l’ex-Borg avec solennité. « C’est l’une des raisons pour lesquelles je t’aime. Tu es toujours si forte, même quand les choses sont… difficiles. »

Janeway hocha la tête. « Mais tu comprends bien que je ne peux pas toujours être forte ? » Demanda-t-elle. « Il y a des moments où quand je reviens ici dans mes quartiers et que je me relâche… » Elle déglutit et détourna son regard du regard bleu pénétrant. « Je suis humaine, Annika, mais cet équipage a besoin que je sois plus que ça certains jours. »

« Tu crains que si tu me laisses voir tes faiblesses, je sois moins efficace en tant que membre d’équipage », déclara Seven, comprenant immédiatement pourquoi le capitaine était restée à l’écart du reste du personnel du Voyager pendant si longtemps.

« Oui, il y a de ça. Mais je suis aussi inquiète de devenir un capitaine moins efficace. »

Seven eut l’air totalement intriguée par ces mots.

« Tu penses que si je te vois quand tu es vulnérable, ça donnera moins d’importance à tes ordres ? » Demanda-t-elle.

Janeway relâcha lentement sa respiration.

« Et bien, dit comme ça… »

Seven tendit la main et toucha la joue de l’autre femme.

« Kathryn, tu n’es pas logique », dit-elle doucement. « Je sais que je suis maintenant dans une position privilégiée. A l’inverse du reste de l’équipage, je peux voir combien ces décisions sont difficiles pour toi. Je vois comment elles t’affectent. Mon respect pour toi n’en est qu’augmenté par ce privilège. »

Janeway sourit à la jeune femme qui se montrait aussi perspicace que belle.

« Tu me demandes d’être discrète, correct ? » Demanda Seven calmement.

Janeway hocha la tête. « J’ai besoin de savoir que tout ce que je te dis en privé ne reste qu'entre toi et moi », répondit-elle doucement.

La main de Seven glissa autour du cou de Janeway pour l’attirer dans un baiser paresseux et sensuel, qui les laissa toutes deux sans souffle.

« Vous avez ma parole, Capitaine », murmura l’ex-Borg lorsqu’elles se séparèrent, leurs bouches se touchant à peine.

« Merci, ma chérie », répondit Janeway d’une vox rauque. Elle se détendit et s’allongea sur le corps puissant de la jeune femme blonde ; elle sourit quand elle sentit le bras gauche de Seven l’entourer pour l’attirer plus près. « Je me sens en sécurité avec toi. »

Seven pencha la tête juste assez pour embrasser le dessus du crâne de Kathryn, respirant l’odeur propre et unique des cheveux de son amante.

« Dis-moi ce qui t’ennuie », suggéra-t-elle.

Janeway soupira à nouveau.

« Lis et Cass », dit-elle simplement.

Il y eut un petit silence tandis que Seven réfléchissait à sa réponse.

« Je comprends que tu sois inquiète pour le Dr Dayton », dit enfin l’ex-Borg. « Mais pourquoi pour le Lt Lansdown ? »

Janeway se blottit un peu plus dans le creux du bras de Seven.

« Parce qu’elles ont eu un passé ensemble », répondit-elle. « J’espérais que Cass serait capable de donner à Lis tout le soutien dont elle a besoin en ce moment. Mais jusqu’ici, elle semble l’avoir totalement laissée seule. »

« Un passé ? Tu veux dire qu’elles étaient amantes ? »

Le capitaine hocha la tête, en réfrénant un bâillement.

« Oui. Avant qu’elles ne rejoignent le Voyager. »

« Dans ce cas, je ne comprends pas comment le Lt Lansdown peut rester éloignée », dit Seven. « Si tu avais perdu ton mari et ton bébé en une seule après-midi, je ne supporterais pas de rester loin de toi. »

Janeway leva les yeux vers sa jeune amante et sourit avec tolérance.

« C’est bon de le savoir, chérie », répondit-elle. « Mais les choses sont un peu plus compliquées pour Cass, je pense. »

« Parce que Lis l’a frappée ? »

« Mmmmmm, ça en fait partie. »

« Pourquoi est-ce qu’elle a fait ça ? Le Lt Lansdown a fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver le Dr Standish. La blâmer pour sa mort était une estimation inappropriée de la situation. »

Janeway traça lentement des cercles sur l’estomac plat de son amante et ses doigts tracèrent les bords durs de l’implant Borg qui encerclait toujours la hanche de la jeune femme.

« Ce n’est pas si simple, je pense, ma douce », dit-elle, presque hypnotisée par la chair de poule qui suivait le bout de ses doigts. « Lis a regardé son mari mourir d’une horrible mort et cela lui a causé un choc. Je pense que si la situation avait été inversée et que ça avait été Cass que nous ayons dû laisser sur cette maudite plage, c’est Nick qu’elle aurait frappé. »

Seven ferma les yeux face au chatouillis sensuel qui irradiait des doigts de Kathryn. Elle luttait pour rester concentrée sur le conversation tandis que son corps, fraîchement éveillé aux joies du contact de la caresse, réclamait moins de parlote et plus de sexe.

« Les Humains sont si contradictoires », dit-elle en fronçant les sourcils.

Janeway eut un rire. « C’est en partie  ce qui fait de nous des Humains», répliqua-t-elle.

« Ça ne fait qu’une semaine. Peut-être que le Lt Lansdown… » Seven chercha la phrase exacte. « … attend le bon moment. »

« Enormément de choses peuvent arriver en une semaine, ma chérie », répondit Janeway, laissant ses doigts vagabonder sur les seins généreux de la jeune femme blonde. « Regarde-nous. » Elle sourit lentement, savourant l’expression de pur désir sur le visage de la jeune femme.

Seven grogna lorsque les doigts légers effleurèrent et pincèrent. « Vas-tu parler au Lt Lansdown ? » Réussit-elle enfin à articuler.

« J’ai bien peur de devoir le faire », dit le capitaine en soupirant. « J’ai dit à Lis de prendre tout le temps dont elle a besoin, mais la vérité, c’est que nous ne pouvons pas nous passer d’elle indéfiniment. Et Cass agit un peu machinalement. En plus, je pense que Lis a besoin d’elle. »

Seven ne put résister plus longtemps. Elle prit Kathryn dans ses bras et les fit rouler toutes les deux jusqu’à ce qu’elle soit au-dessus d’elle. Elle glissa sa cuisse entre celles de Janeway et commença un mouvement lent de va-et-vient tout en pressant la chaude humidité.

« J'ai besoin de toi, Kathryn Janeway », dit-elle doucement.

« Ooh », dit le capitaine en soupirant tout en s’arquant contre Seven. « Par la déesse, Annika, quel effet tu me fais », grogna-t-elle. « Tu apprends vite, ça on peut le dire. »

« J’ai le meilleur professeur dans tout le Quadrant Delta », roucoula la jeune blonde dans son oreille. « Apprends-moi encore, Kathryn. Apprends-moi comment te satisfaire. »

« Ohhhhhhhh… »

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Les étoiles passaient en tournoyant derrière la grande baie vitrée tandis que le Voyager continuait son voyage en vitesse de distorsion vers le Quadrant Alpha. Derrière l’aluminium transparent, une petite silhouette était assise dans la pièce obscure. Blottie dans un coin d’un grand fauteuil, Lis serrait une tasse de café refroidi entre ses mains. Comme elle l’avait fait pendant la plus grande partie de la semaine passée depuis sa sortie de l’infirmerie, elle fixait silencieusement les traces argentées dans le vide, ses pensées aussi éphémères que les galaxies qui passaient.

Elle ne se souvenait pas beaucoup des premiers jours après leur retour de la planète sur laquelle Nick – et son bébé – étaient morts. Elle supposait que c’était une bénédiction. Tout ce qu’elle pouvait voir dans son esprit, c’était le visage pâle et épouvanté de Nick, ses lèvres tachées de son propre sang. Et ensuite ça avait été un tourbillon de visages, le Capitaine Janeway, Seven of Nine, Cass, le Docteur, et les crampes horriblement douloureuses avaient marqué la fin de sa grossesse si brève.

Deux jours d’oubli total avaient suivi, elle le savait. Puis on l’avait laissée revenir dans ses quartiers. Des quartiers qu’elle n’osait pas regarder de trop près, tellement remplis de souvenirs de sa vie avec Nick.

C’est déjà assez dur que ma tête soit remplie de souvenirs des bons moments… et des mauvais, songea-t-elle. Mais surtout des bons moments, reconnut-elle. Particulièrement ces quatre dernières années où ils avaient réussi à reconstruire leur mariage après sa liaison avec Cass.

Cass. Pourquoi n’est-elle pas venue au service funèbre, se demanda Lis, en ressentant une autre vague de douleur au souvenir de l’absence du grand chef de la sécurité aux cheveux noirs. Je n’ai jamais été si seule dans ma vie.

Une larme unique coula sur la joue de la jeune femme.

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A l’autre bout du vaisseau, Cass avait ses propres problèmes. Elle pataugeait dans les raapports de personnel de son département, mais rien ne lui venait facilement à l’esprit. Comme ça avait été le cas toute cette dernière semaine, le chef de la sécurité avait des problèmes pour se concentrer sur autre chose que son rôle dans la mort de Nick Standish.

Elle n’avait pas eu la force de participer au service funèbre. La pensée d’être repoussée, accusée à nouveau par Lis, était trop lourde à supporter et elle avait plutôt opté pour une nuit solitaire à boire, enfermée dans ses quartiers. Mais même cette décision avait provoqué des spasmes de culpabilité.

J’aurais pu faire plus, songea-t-elle. N'est-ce pas ? Elle avait eu beau revivre en esprit les événements sur la plage pendant des jours et des jours, ça ne lui avait pas montré ce qu’elle avait mal fait ou ce qu’elle aurait pu mieux faire. Cass était intransigeante dans les reproches qu’elle se faisait.

Ce foutu fusil, pensa-t-elle pour la millionième fois en une semaine. Si seulement je l’avais tenu plus serré… Si je n’avais pas écouté Nick quand il m’a dit de le laisser. J’aurais pu le sauver, non ?

Lorsque le Delta Flyer avait enfin pu échapper au champ étrange de la planète qui bloquait la téléportation, Lis saignait à profusion et sa fausse couche était inéluctable. Cass l’avait regardée partir dans une gerbe de particules dorées avec un sentiment de terreur et de culpabilité, persuadée que la psychologue la blâmerait aussi pour ça.

Peut-être que c’est ça que je ne peux pas affronter, pensa Cass d’un air chagrin tout en ajoutant une requête pour des félicitations au dossier de Charlie Johnson. Je ne pourrais pas supporter d’entendre Lis me blâmer aussi pour la mort de son bébé.

Elle finit par repousser l’ordinateur et alla vers une étagère toute proche. Elle y prit une bouteille de whisky pur malt. Pas de synthéhol pour moi ce soir, pensa-t-elle en se versant une dose de liquide ambré dans un verre. Je suis fatiguée de réfléchir. Peut-être que demain je trouverai un moyen de me racheter. Mais là maintenant, tout ce que je veux, c’est tout oublier. Elle avala d’un coup, en hoquetant face à la brûlure du liquide qui coulait en elle. Puis elle s’en versa un autre et se retourna pour aller vers le canapé sous le hublot.

Se ravisant, elle tendit la main vers la bouteille et l’apporta avec elle, s’installant dans les coussins doux pour une nuit d’oubli.

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Janeway entra avec force son code maître sur le panneau de contrôle de la porte des quartiers de Lis. Malgré ses essais répétés, celle-ci n’avait pas répondu à ses demandes alors que l’ordinateur de bord lui disait que non seulement la psychologue était à l’intérieur, mais qu'elle était éveillée.

Je n’aime pas faire ça, pensa Janeway en entrant la combinaison chiffrée qui allait lui permettre d’entrer. Mais il y a quelque chose qui ne va vraiment pas ici.

La porte finit par s’ouvrir en glissant et le commandant du Voyager entra dans dans la pénombre du logis de Lis. Janeway attendit quelques secondes après la fermeture de la porte derrière elle, laissant ses yeux s’adapter à la pièce éclairée par la lumière des étoiles. Elle pouvait juste deviner une silhouette encadrée par la baie. Lis était appuyée contre la cloison et fixait l’espace d'un œil vide.

« Lis ? »

« Entrez », dit doucement la silhouette près de la fenêtre.

Janeway s’avança lentement jusqu’à se trouver près de la psychologue. La lumière des étoiles éclairait un visage plus aminci et plus hagard que la semaine précédente. Des ombres noires rendaient les yeux de Lis, habituellement vifs, creux et ternes.

« Pas besoin de vous demander si vous dormez », dit calmement Janeway. « Vous avez une tête de déterrée, Lis. »

« Je n’ai pas l’impression de quoi que ce soit en fait », répliqua la jeune blonde. « Je suis, c’est tout. » Le capitaine tendit la main et la posa sur le haut du bras de la jeune femme. « Je me sens vide. » Inconsciemment, Lis laissa tomber sa main sur son ventre, comme pour rassurer le bébé qui ne s’y trouvait plus.

« Je comprends », dit Janeway doucement, bien qu’elle savait que ce n’était pas vraiment le cas. Le capitaine avait perdu son père, et un ancien petit ami, plusieurs années auparavant, et bien entendu, être le capitaine d’un vaisseau d’exploration de Starfleet, signifiait qu’elle était bien trop habituée à la perte de membres d’équipage sous son égide. Mais rien ne souffrait la comparaison avec la perte d’un mari et d’un enfant, même à l’état d’embryon, en un seul après-midi.

Un regard vert hanté et terne chercha le sien et Janeway se rendit compte que Lis savait à quel point elle ne pouvait pas comprendre.

« Il faut que vous dormiez un peu », dit le capitaine, en optant pour l’aspect pratique plutôt que pour des platitudes.

Lis secoua lentement la tête. « Je ne veux pas dormir », dit-elle. « Je… je n’aime pas ce que je vois… quand je dors. »

« Peut-être que le Docteur peut vous aider », suggéra Janeway doucement.

« Peut-être… Mais je ne pense pas qu’il puisse arrêter les cauchemars », répliqua Lis. « Je ne veux pas aller là-bas. »

Janeway hocha la tête, sachant qu’elle ne pouvait pas la forcer plus pour l’instant. La douleur est une chose difficile à prédire, pensa-t-elle. Et Lis le sait mieux que quiconque.

« Il faut que vous parliez à quelqu’un », tenta-t-elle.

La psychologue s’appuya contre la cloison et regarda le capitaine, un petit sourire sur les lèvres.

« Qui conseille le conseiller », murmura-t-elle. « Vous, Capitaine ? »

Janeway n’éluda pas la question. « Vous savez que ma porte vous est toujours ouverte. Mais vous savez aussi que ce dont vous avez besoin à cet instant, c’est le soutien de vos amis. Les gens qui vous connaissent le mieux. Et ce n’est pas nécessairement votre commandant. »

Lis hocha lentement la tête. « La seule personne qui pourrait m’aider, y semble peu encline, Capitaine », dit-elle tristement.

Hmmmmm, songea Janeway, ses soupçons confirmés. Ainsi elle ne se souvient pas.  « Et bien je soupçonne que le Lt Lansdown se sent un peu incertaine sur le fait que vous vouliez ou pas de son aide. »

Lis fronça les sourcils. Pourquoi Cass ressentirait-elle une telle chose, se demanda-t-elle. Une bribe de souvenir fit soudainement surface et elle hoqueta, les yeux écarquillés.

« Je l’ai frappée », dit-elle, en se couvrant rapidement le visage des mains. Seigneur, quelle imbécile. « Pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? » Demanda-t-elle au capitaine, en laissant retomber ses mains.

« Le choc », dit Janeway brusquement. « N’y pensez pas pour l’instant », ajouta-t-elle rapidement, en voyant le visage de Lis commencer à se plisser au souvenir. « Et laissez-moi m’occuper du Lt Lansdown. » Le capitaine s’avança, diminuant l’espace entre elle et la petite femme blonde avant de mettre la main sur l’épaule de Lis. « Entre-temps, je veux que vous commenciez à prendre soin de vous, conseillère. Prenez ça comme un ordre. »

Lis hocha légèrement la tête et fit un faible sourire au capitaine, alors même qu’elle pensait qu’il n’y avait pas grand-chose à faire pour prendre soin d’elle-même. Je veux juste ne plus rien ressentir, pensa-t-elle en regardant Janeway quitter ses quartiers.

Je ne veux plus rien ressentir du tout, jamais.

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Un mur sonore frappa Janeway lorsqu’elle entra dans les quartiers de Cass quelques minutes plus tard. Pas étonnant qu’elle ne m’ait pas entendue, pensa le capitaine, en tressaillant sous l'assaut des mega-decibels d’une musique rock qui ne pouvait être que klingonne. Ce bruit rendrait sourd un mastodonte.

« Ordinateur, arrête la musique », cria-t-elle, espérant que l’ordinateur de bord serait capable de distinguer sa voix de la cacophonie. Soulagée par le silence soudain, Janeway s’amusa à regarder la danse gracieuse mais visiblement éméchée de son chef de la sécurité.

« Hé ! Ordinateur ! ! Elle est où la musique, bordel ? » Hurla la femme déroutée tout en tournoyant pour se trouver face à son commandant. « Saaaaaalut, Capt’ne », articula-t-elle, son accent australien rehaussé par l’alcool. « Vous êtes venue boire un coup avec moi ? »

Seigneur, pensa Janeway en levant les yeux au ciel. Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Elle prit une inspiration profonde et s’approcha de Cass. « En fait, Lt, je suis venue vous parler », dit-elle.

« Ehhh bééé, c’est génial ça », s’enthousiasma la grande femme. Cass tendit le bras pour entourer les épaules du capitaine. « Je sais », dit-elle, en tirant Janeway vers le canapé. « Vous avez encore besoin de conseils, hein ? Pour attirer la charmante et belle Seventy-Nine dans vos draps, j’parie. » Elle s’affaissa sur le canapé, en tirant Janeway avec elle. « Bon sang, j’vais vous dire, Capt’ne, va vous falloir un bon nonosse et du dressage pour garder celle-là sous contrôle. » Cass se mit à rire de manière incontrôlée à cette pensée et Janeway saisit l’occasion pour se libérer, en se mettant à une distance respectable de la femme aux longs bras.

Je n’arriverai à rien avant qu’elle ne soit redevenue sobre, réalisa-t-elle. Elle regarda Cass se verser un autre verre pour elle-même et un pour le capitaine, renversant du whisky sur la table basse en essayant de se concentrer sur les verres. Je pourrais un peu accélérer le processus. Elle tapota son communicateur.

« Janeway à infirmerie. »

« En quoi puis-je vous aider, Capitaine ? » Répondit le HMU de son ton mesuré.

« Vous pouvez enfiler votre émetteur mobile et me rejoindre dans les quartiers du Lt Lansdown, Docteur », répondit-elle.

« Elle est souffrante ? Blessée ? »

« Ni l’un ni l’autre », dit Janeway brusquement. « Apportez une hypospray de suppresseur d’alcool, si ça ne vous ennuie pas. »

« Ahhh », dit le Docteur d’un air narquois. « Dois-je apporter le remède anti-gueule de bois, aussi ? »

Janeway regarda le chef de la sécurité imbibé d’alcool, adossée dans le canapé et qui chantonnait pour elle-même. Elle donna sa réponse avec une lueur malicieuse dans l’œil.

« Non », dit-elle. « Je pense que je vais la laisser souffrir un peu. »

« Compris », répondit le Docteur. « J’arrive. »

Quelques secondes plus tard, il se matérialisait au milieu du séjour, une hypospray dans la main.

« Tiens, tiens, tiens », dit-il d’un ton dédaigneux en notant la pièce en pagaille. « On se donne du bon temps, je vois. »

« Saaaaaaluuuut, Doc ! ! Contente de vous voir, mon pote ! » Le salua Cass, en bondissant pour se lever tant bien que mal du canapé avant de s’avancer vers l’hologramme. Il resta stoïque et leva l’hypospray, relâchant son contenu aussitôt qu’elle toucha le cou de la grande femme.

Désorientée pendant un moment, Cass tituba sur place jusqu’à ce que le médicament fasse son effet et elle redevint sobre en un instant.

« Holà », marmonna-t-elle. Janeway se mit au fond du canapé et croisa les bras sur sa poitrine, attendant que son chef de la sécurité recouvre ses esprits. « Oooohhhhh ! » Cass porta rapidement les mains à ses tempes où un mal de crâne lancinant avait mystérieusement commencé à se développer.

« Mon travail est terminé », dit le Docteur avec un grand geste de son hypospray.

« Merci Docteur », dit le capitaine en le remerciant d’un signe de tête, alors que le HMU se téléportait à nouveau. « Lt, venez donc me rejoindre sur le canapé. »

« Oh bon sang », grogna Cass. Elle revint lentement et s’assit avec précautions. « Capitaine, je suis vraiment désolée. » Ses cheveux noirs tombèrent vers l’avant lorsqu’elle enfouit sa tête entre ses mains.

« Oubliez ça, Cass. Mais bon, vous allez sûrement ajouter ça à la liste des choses pour lesquelles vous vous flagellez », dit Janeway ironiquement. Cass se redressa lentement, repoussant les cheveux de son visage de ses longs doigts.

« Je sais que ma cervelle me sort par les oreilles, Capitaine, mais vous pourriez m’expliquer ça en mots d’une seule syllabe ? » Cass savait qu’elle avait l’air un peu irrité mais comme elle pouvait à peine s’entendre parler elle-même au-dessus du battement dans son crâne, elle décida de se laisser un peu aller.

Janeway laissa la jeune femme mariner un moment avant de décider de son angle d’attaque.

« Cass », dit-elle en se penchant en avant. « Il y a une femme à l’autre bout de ce vaisseau qui a terriblement besoin de vous. Elle souffre et elle se sent très seule. N’ajoutez pas à sa douleur en restant loin d’elle. »

Un regard injecté de sang mais toujours d’un bleu perçant, soutint le sien. « Elle ne veut pas de moi près d’elle, Capitaine », dit Cass brutalement. « Elle me l’a fait comprendre très clairement. »

« Jusqu’à il y a vingt minutes avant que je le lui rappelle, elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle vous avait frappée, Lt », répliqua le capitaine. « C’était dû au choc, Cass. Rien de plus. Sortez-vous ça de l’esprit et allez apporter du réconfort là où on en a vraiment besoin. »

« Est-ce que c’est un ordre, Capitaine ? »

Janeway soupira d’agacement. « Vous n’avez pas besoin d’un fichu ordre pour faire ça, et nous le savons toutes les deux », lâcha-t-elle. « En dehors du reste, vous êtes son amie. Vous êtes la seule sur ce vaisseau qui peut lui parler. Ne restez pas assise là à me dire que vous ne voulez pas l’aider, parce que je ne vous croirai pas un seul instant. Alors mettez à la poubelle, votre apitoiement, votre auto-flagellation, et tous les blocages que vous cachez dans votre pauvre tête douloureuse, c’est là qu’est leur place. Elle a besoin de vous. C’est tout ce qui devrait compter. »

Elle se leva rapidement, agacée d’avoir perdu son sang-froid avec la jeune femme qui se tenait assise dans un silence obstiné. Janeway se retourna et la regarda.

« Bon sang, Cass. Ne me poussez pas à vous l’ordonner. »

Il y eut un autre silence alors que le regard bleu se levait vers elle. Cass finit par hocher la tête en baissant les yeux.

« Ce qui est drôle, c’est que c’est comme si j’avais besoin qu’elle soit en colère contre moi. La claque qu’elle m’a donnée était justement l’excuse dont j’avais besoin », dit-elle doucement.

Janeway hocha la tête. « Comme je l’ai dit, Lt. Il y a une femme à l’autre bout de ce vaisseau qui a terriblement besoin de vous. »

Ce fut le tour de Cass de hocher la tête. « Je ferai de mon mieux, Capitaine. »

« Bien. « Janeway se dirigea vers la porte. A mi-chemin, une pensée traversa son esprit et elle s’arrêta, se retournant pour faire face à Cass à nouveau. « Et à propos, au sujet de cette autre chose dont nous discutions. » Elle sourit en voyant le chef de la sécurité hausser un sourcil. « J’ai tenu compte de votre conseil. Ça a marché. » Le sourire de Kathryn devint canaille. « Merci. »

Cass répondit au sourire du capitaine par un autre.

« A votre service. »

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Une heure plus tard, sobre, lavée et vêtue d’un pantalon décontracté et d’un tee-shirt, Cass se tenait devant la porte fermée de Lis. Avec incertitude, elle tendit la main vers le panneau de contrôle puis la retira à nouveau.

Merde, se dit-elle en prenant quelques inspirations. Et pourquoi je suis aussi nerveuse, bon sang ? Je connais Lis mieux que moi-même. Et elle a besoin d’une amie là maintenant. Elle se passa la main dans les cheveux et redressa ses épaules. Allez Lansdown, reprends-toi.

Elle tendit à nouveau la main et demanda l’entrée. La porte s’ouvrit sans attendre et elle entra dans la pénombre. Cass ne le savait évidemment pas, mais Lis n’avait pas changé de place depuis que Janeway était partie, son épaule gauche contre l’avancée principale de l’encadrement du hublot, les bras croisés, le dos légèrement tourné vers la porte.

« Bonjour Cass », dit la jeune femme blonde tranquillement sans regarder le chef de la sécurité.

Cass ne dit rien, mais elle vint se mettre derrière elle. Toute l'incertitude qu’elle avait pu avoir sur la façon d'approcher Lis s’évapora lorsqu’elle ressentit la douleur et la tristesse qui émanait de la jeune femme blonde par vagues. Un désir presque submergeant écrasant de protéger son ancienne amante monta en elle et elle tendit les bras, les passa autour de la taille de Lis et l’attira doucement. Il y eut un instant d’immobilité, puis Lis se détendit et s’appuya contre la silhouette chaude et solide derrière elle.

La jeune femme ferma les yeux, ne se sentant soudain plus aussi seule. Cela ne faisait pas disparaître la douleur de la perte, mais, au moins, maintenant elle avait l’impression d’avoir une alliée.

« Je suis désolée », murmura Cass près de son oreille. « Pour tout. »

Lis prit une longue inspiration saccadée qui se transforma en sanglot quand elle sentit les bras de Cass se serrer autour d’elle. D’un seul mouvement, elle se retourna, enroula ses doigts autour du tissu doux du tee-shirt de Cass et y enfouit son visage lorsque les larmes apparurent enfin.

Brièvement déroutée par la réaction soudaine de Lis, Cass s’adapta rapidement et étreignit la jeune femme avec douceur. Elle glissa une main vers la nuque de Lis et la maintint tout près, sa joue posée sur les cheveux blonds et fins.

Pendant quelques minutes, elles restèrent ainsi, Cass berçant une Lis éplorée tandis qu’une semaine entière de tristesse retenue sortait à flots.

« N-ne… ne m-me qu-quitte p-pas », dit enfin la jeune femme blonde au milieu des sanglots.

« Pas question », répondit Cass doucement. « Je ne vais nulle part, ma chérie. » Elle laissa Lis s’appuyer contre elle et bougea légèrement pour les maintenir en équilibre. « Mettons-nous à l’aise », suggéra-t-elle en les emmenant vers le canapé.

Lis la lâcha suffisamment pour que Cass puisse les installer toutes deux dans un coin sur les coussins légers. La femme brune sourit doucement tandis que Lis se remettait entre ses bras et s’enroulait autour d’elle.

« Essaie de dormir », murmura Cass.

Lis secoua la tête avec frénésie contre son épaule. « Non. Je ne peux pas », dit-elle la gorge serrée. « Les c-cauchemars sont t-trop horribles… »

« Chhhut », dit Cass d’un ton apaisant. « Ils n’oseront pas venir avec moi dans le coin. Je vais découper les monstres en tranches avec mon épée à double tranchant. »

« D-d’accord. Je… je suis d-désolée de t-avoir f-frappée, C-Cassie », murmura Lis d’un ton hésitant.

« Ne t’inquiète pas pour ça, mon amour », répondit celle-ci calmement. « Je suis juste heureuse que tu n’aies pas tenu un phaseur. » Elle sourit en sentant un rire ténu secouer la silhouette mince entre ses bras. « Tu as eu une réaction normale à une situation anormale, Lissy. Tu le sais. Je ne veux plus que ça t’inquiète, d’accord. »

Elle sentit Lis hocher la tête.

« Je ne v-veux plus penser à t-tout ce qui s’est p-passé du tout », dit doucement la jeune femme blonde.

« Je sais, ma douce. Et c’est bon pour le moment. Tout ce dont tu as besoin ce soir, c’est de dormir. On va devoir parler de ce qui s’est passé à un moment ou un autre. Mais pas maintenant, pas ce soir. D’accord ? »

« D’accord. » Lis s’installa plus confortablement et se détendit de manière visible contre le corps chaud de Cass. « Merci », murmura-t-elle.

Cass l’embrassa doucement sur le dessus de la tête. « Ordinateur. » Un bip familier lui répondit. « Accède à mes fichiers musicaux. Lansdown Alpha 3-2-2-1. Volume bas. » De la musique celtique douce emplit la pièce et Cass serra un peu plus les bras autour de Lis, pour les mettre à l’aise pour la nuit à venir.

En quelques minutes, elle sentit la jeune femme épuisée se laisser totalement aller dans son étreinte. Enfin, songea Cass. Je ne l’ai jamais vue aussi épuisée. Peut-être que quelques nuits de sommeil décent l’aideront à se remettre d’aplomb. Avec un soupir profond, Cass, qui n’avait pas vraiment dormi elle-même, appuya la tête contre le dossier du canapé et ferma les yeux, se laissant aller au sommeil.

**************************************

B’elanna Torres prit une autre gorgée de sa première tasse de café de la journée tout en lisant le PADD dans sa main. Il était sept heures du matin et l’ingénieur en chef savourait un petit déjeuner confortable au mess avant le démarrage de sa période de service. Elle avait réussi à persuader Tom Paris de retourner dans ses quartiers au milieu de la nuit. La demi-Klingonne volcanique était déconcertée de découvrir que plus sa relation avec le beau pilote avançait, plus elle était irritée à son égard.

Ce qui est totalement injuste envers lui, concéda-t-elle. Elle soupira en passant en revue le journal de la période gamma. J’aimerais juste qu’il me tienne un peu plus tête, songea-t-elle. Il peut être si gentil, mais il n’est tout simplement pas… Avec un grognement agacé elle jeta le PADD sur la table.

A quelques tables d’elle, un groupe de jeunes membres d’équipage, incluant deux personnes de l’ingénierie, remarqua-t-elle, étaient engagés dans une conversation animée. La plupart venaient juste de terminer leur période gamma, B’elanna en était sûre, et ils étaient de bonne humeur. Heureuse d’être distraite de ses propres problèmes pour quelques minutes, elle porta son attention vers leur conversation tout en entamant une assiette des meilleurs œufs brouillés de Neelix. N’importe quoi pour m’éviter de penser au goût, pensa-t-elle ironiquement.

Elle laissa les détails de la conversation passer sur elle un moment, puis une voix particulière attira son attention.

« Allez », dit la jeune femme. « Qui parie avec moi ? »

« Qu’est-ce qu’on parie ? » Dit une autre femme.

« Des rations de synthétiseur », répondit la première.

« Et sur quoi on parie ? » demanda un des hommes.

Cela produisit des rires qui firent dresser les oreilles de l’ingénieur en chef.

« Le principe c’est de deviner combien de temps il va falloir au Dr Dayton pour harponner le Lt Lansdown », dit la première femme.

Que…pensa B’elanna en couvrant son étonnement par une autre gorgée de café.

« Tu m’a perdu là », dit l’homme. « De quoi tu parles ? »

« Oh, tu n’es pas au courant ? » Demanda la femme. « Elles étaient amantes. Il y a des années de ça. Avant de venir à bord du Voyager. »

« Et alors ? »

« Alors tout le monde sait que Lansdown s’est retenue depuis. Regarde ce qui s’est passé avec Tina Roberts », expliqua-t-elle. « En plus Dayton l’a fait poireauter depuis. En restant amies. Et maintenant la rumeur dit que Lansdown est en service commandé de ‘réconfort’. » La jeune femme mit l’emphase sur le mot en mimant des guillemets avec ses doigts.

B’elanna était abasourdie. D’un côté, elle ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait. Cass et Lis. D’un autre côté, pensa-t-elle. Ça donne du sens à pas mal de choses à propos de Cass.

« Bon sang, » dit l’un des autres hommes. « Le Dr Standish n’est mort que depuis deux semaines environ. Tu ne suggères pas sérieusement que le Dr Dayton est calculatrice à ce point ? »

La voix de la raison, songea B’elanna.

Sa collègue haussa les épaules. « Hé, c’est ça le but du jeu, Josh. Tu peux parier qu’il leur faudra six mois pour se mettre ensemble si tu veux. Personnellement, je pense que c’est déjà en train d’arriver. Si tu penses autrement, tu paries tes rations et tu montres que t'as pas que de la gueule. »

Il y eut une pause alors que Josh étudiait visiblement ses options.

« Très bien », finit-il par dire. « Je suis de la partie. »

Ça suffit, pensa B’elanna. J’ai assez entendu de conneries. Elle frappa la table du plat de sa main en se levant brusquement. Le bruit fut assez fort pour faire taire les conversations autour d’elle, un effet dramatique qui la satisfait tandis qu’elle s’avançait vers les hommes d’équipage en question.

« L-Lt… » Dit avec hésitation la femme qui avait lancé l’idée, une Bolienne. Si sa peau bleue avait pu rougir d’embarras, elle l’aurait fait.

« Je vais vous donner un petit conseil, dit B’elanna d’un ton menaçant en s’appuyant sur la table avec ses mains. L’ingénieur en chef utilisait sa redoutable réputation à son avantage, sa lèvre supérieure légèrement retroussée. « Je vous suggère d’oublier ce petit jeu. Je vais aussi vous suggérer de limiter vos ragots à vous-mêmes au lieu de spéculer sur la vie privée de vos officiers supérieurs. » Elle soutint le regard de l’organisatrice du pari. « Et si j’entends encore un seul mot sur ce sujet, je vous traîne les uns après les autres chez le capitaine. » Son regard passa de l’un vers l’autre. « Est-ce que je me fais bien comprendre ? »

Un chœur de ‘oui, madame’ et ‘bien, lieutenant’, lui répondit.

« Fichez le camp d’ici, tous », grogna-t-elle. Elle faillit se mettre à rire en voyant la vitesse à laquelle le groupe se dispersait, abandonnant des plats et des tasses de café fumantes dans leur sillage. « Imbéciles. »

« Un problème, Lt ? » Dit une voix basse et riche derrière son épaule droite et B’elanna sursauta légèrement à sa proximité.

« Salut », répondit-elle d’un ton bourru en se retournant pour faire face à Cass.

« Salut à toi », répondit le chef de la sécurité joyeusement. « Tu souffles dans les bronches de quelques membres d’équipage avant le petit déjeuner, B’elanna ? C’est une bonne façon de commencer la journée. »

La Klingonne renfrognée les mena à sa table et se rassit avant de prendre sa fourchette pour une autre attaque sur ses œufs qui refroidissaient.

« Ils se comportaient comme des gamins imbéciles », dit-elle évasivement, sans croiser le regard bleu amusé de Cass. « Ils me couraient sur les nerfs. » Pourquoi elle ne m’a rien dit sur Lis et elle ? Se demanda-t-elle.

Cass avait été chef de la sécurité assez longtemps pour savoir quand on lui racontait des salades. « Oui, oui », dit-elle en observant B’elanna avec attention. Il y a quelque chose, pensa-t-elle.

« Alors, comment va Lis ? » Demanda la Klingonne.

Okay, ça ce n’est pas une coïncidence, se dit Cass. « Elle se remet », dit-elle tout haut. « Ces deux dernières semaines ont été rudes, mais je pense qu’elle commence à se frayer un chemin. »

B’elanna la regarda rapidement. « Tu es restée avec elle, hein ? »

Cass hocha la tête. « Elle dort mieux quand elle n’est pas seule », répondit-elle. Leurs regards se croisèrent et Cass leva les yeux au ciel d’agacement. « Lâche-moi un peu, B », dit-elle. « J’ai dormi sur le canapé, d’accord ? »

B’elanna leva les mains en signe de reddition. « Okay, okay. Ne sors pas ton phaseur », marmonna-t-elle.

Cass posa sa fourchette et regarda son amie droit dans les yeux avec un regard bleu glacier. « C’est quoi ça, B’elanna ? Et c’était quoi tout ce cirque d’intimidation ? »

Zut, elle ne va pas laisser tomber, réalisa l’ingénieur. Elle posa ses couverts et croisa le regard de Cass. « Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit au sujet de Lis et toi ? » Demanda-t-elle calmement.

Bon sang, je ne m’attendais pas à ça, pensa Cass, désarçonnée par la question. Elle y réfléchit un instant. « Parce que Lis avait droit… a droit… à son intimité », dit-elle simplement. « Elle est… était… mariée, et elle n’avait certainement pas besoin que ce genre de rumeur fasse le tour. Les choses étaient assez sensibles entre Nick et moi sans que ce genre de conneries ne soit ressuscitées. »

« Et tu pensais qu’on ne pouvait pas me faire confiance pour garder ce genre d’information ? » Demanda B’elanna, un peu froissée par cette pensée.

« Allons, B, sois un peu honnête. Tu n’es pas vraiment immunisée contre la tentation d’un petit ragot juteux. »

« Pas ce genre-là, Cass. Pas un truc malveillant comme… » Elle montra de la tête dans la direction de la table où s’étaient trouvés les membres d’équipage.

« Ah. Alors il y avait bien quelque chose », dit Cass après réflexion. « Crache le morceau, B’elanna. »

La Klingonne soupira d’un air dramatique.

« Très bien. Mais tu ne vas pas aimer ça. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et soutint le regard de Cass. « Ils pariaient sur le temps qu’il vous faudrait, à Lis et à toi, pour vous mettre ensemble… sentimentalement parlant. » Elle s’interrompit, pas sûre de savoir ce qu’elle devait vraiment dire à son amie. Le regard bleu perçant et furieux la fixait. Oh bon sang. « Mais ils ne l’ont pas dit aussi poliment. »

« Et comment ils l’ont dit au juste ? » Gronda Cass, sa voix dans le registre dangereusement bas et calme que B’elanna avait appris à connaître et qui annonçait les ennuis.

« Cass, oublie ça. Ça n’a pas d’imp… »

« Dis-moi juste », la coupa le chef de la sécurité.

B’elanna soupira. Pourquoi je n’ai pas pris le petit déjeuner dans mes quartiers, moi ?

« L’essentiel de la conversation portait sur le fait que Lis te faisait poireauter depuis des années, en maintenant votre amitié, et en te gardant à bonne distance, pendant que tu la laissais plutôt faire en devenant la princesse des glaces avec toutes les autres. Le pari c’était de voir qui pourrait deviner combien de temps il lui faudrait pour te dégeler maintenant que Nick est parti. » Elle sortit le tout d’une traite sans croiser le regard froid et coléreux de son amie.

« Et bieeeen, est-ce que ça n’est pas tout simplement génial ! » Gronda Cass. Elle lança un regard à l’ingénieur en chef. « Et c’est aussi ce que tu penses ? »

« Hé ! » B’elanna réagit brusquement en laissant sa colère légendaire exploser un moment. « C’est moi qui ai chassé ces idiots, tu te souviens ? En plus », rappela-t-elle à Cass, « je ne suis au courant de tout ça que depuis dix minutes grand maximum. Je ne suis pas sûre que ça m’autorise à avoir quelque opinion que ce soit. »

Pendant quelques instants, les deux femmes au fort tempérament se lancèrent des regards noirs. C’est Cass qui lâcha la première.

« Je suis désolée de ne pas avoir pu t’en parler, B », dit-elle calmement.

« Bon sang, Cassandra, tu sais bien que je ne peux pas résister quand tu me regardes comme ça de tes beaux yeux bleus », rétorqua B’elanna en retrouvant leur mode de flirt habituel. Elle sourit à la jeune femme aux cheveux noirs et fut soulagée de recevoir un sourire en retour. « Tu me racontes maintenant ? »

Cass hocha la tête et laissa tomber son regard sur ses mains, qui jouaient avec sa tasse de café sur la table.

« Tu as déjà rencontré ton âme-sœur, B ? » Demanda-t-elle doucement.

« Je ne suis pas sûre de savoir ce que cela signifie », répondit B’elanna ironiquement, en repensant à sa propre histoire d’amour en dents de scie.

« Moi si », répondit Cass. « Au moment où j’ai rencontré Lis, je l’ai su. Je savais que c’était la seule personne avec laquelle j’étais supposée être. » Elle jeta un regard à la Klingonne, qui avait penché la tête sur le côté et l’écoutait. « Je ne veux pas seulement dire que j’étais attirée par elle, ou qu’elle m’intriguait. Je veux dire que… je l’ai rencontrée et soudain je pouvais voir ce qui manquait à dans ma vie. Et pas seulement ça, je pouvais aussi voir la personne qui pouvait me donner ce dont j’avais besoin. » B’elanna hocha la tête et elle continua.

« Lis a une théorie sur l’amour », dit-elle en souriant. « C’est comme si nous avions un puzzle sur la poitrine. Et certaines pièces sont manquantes. Des pièces dont nous avons besoin pour être complets. Et nous passons toute notre vie à sillonner l’univers en essayant de trouver la personne qui a nos pièces manquantes. » Elle regarda à nouveau vers B’elanna. « Lis a mes pièces manquantes », dit-elle simplement. « Et j’ai les siennes. »

L’ingénieur refoula des larmes. « C’est magnifique », dit-elle d’une voix éraillée. « Est-ce que Lis était mariée quand vous vous êtes rencontrées ? »

Cass approuva de la tête. « Le timing était plutôt mauvais », dit-elle ironiquement. « Mais c’est comme si ce que nous ressentions était une force inéluctable. » Elle laissa à nouveau tomber son regard. « Je n’essaye pas d’excuser notre comportement… nous avons fait notre choix et saisi notre chance. Et à la fin, c’était trop. » Elle tendit la main et pressa le dessus de son nez, essayant de repousser le mal de crâne qu’elle pouvait sentir démarrer derrière ses yeux.

« Et c’est ça qui est le plus irritant avec les ragots et toutes ces conneries. Dépeindre Lis comme une garce manipulatrice nous dessert toutes les deux grandement. Elle n’est vraiment pas comme ça, B’elanna. En fait, c’est la personne la plus honorable que je connaisse. »

« Parce qu’elle a décidé de rester avec Nick ? » Demanda l’ingénieur.

« Mmmmmm, en partie. Mais surtout à cause de la raison pour laquelle elle a décidé de rester avec lui », répondit Cass. « Elle s’est rongé les sangs pour trouver un moyen de tout arranger. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas continuer à nous rendre heureux, Nick et moi. Et elle a choisi de rester avec celui à qui elle avait fait une promesse pour la vie. Je ne peux pas penser à quelque chose de plus honorable que ça. »

« Nick est arrivé le premier », dit l’ingénieur en hochant la tête.

« Et bien, c’est peut-être un peu simpliste, mais oui. C’est la vie », répondit Cass. « Notre vie est une ligne droite. Nous ne pouvons pas prendre des décisions et faire des promesses basées sur ce qui pourrait arriver, mais seulement sur ce que nous savons dans le présent. Qu’était-elle supposée dire ? ‘Je t’épouse Nick, mais seulement jusqu’à ce que quelqu’un de mieux arrive ?’ » Elle ricana de dérision. « Elle a fait de son mieux. »

« Mais ça te fait du mal », persista B’elanna.

« Je suis adulte, B’elanna. Je suis capable de faire des choix et de juger par moi-même. C’est moi qui ai choisi d’être avec Lis en connaissant les risques. C’est moi qui ai choisi de disparaître dans l’espace pendant deux ans pour m’éloigner de tout ça. C’est moi qui ai choisi de ne pas m’impliquer avec quelqu’un d’autre ici sur le Voyager parce que je pensais que ce n’était pas juste de les duper. » Elle appuya chaque point en se tapant le sternum du doigt. « Et c’est moi qui ai choisi d’attendre le temps qu’il faudrait. » Elle déglutit. « Je ne peux pas dire combien de fois elle m’a dit de l’oublier et de chercher le bonheur avec quelqu’un d’autre. »

B’elanna hocha la tête. « Je comprends », dit-elle doucement.

Cass rit légèrement. « Merci, mais non, tu ne comprends pas », répliqua-t-elle. « Pas tant que tu n’auras pas été dans cette situation. » Elle regarda son amie d’un air interrogateur, peu surprise de voir l’ingénieur secouer la tête.

« Le pire, ce sont les critiques sur Lis », continua la jeune femme aux cheveux noirs. « Mes parents étaient les meilleurs à ce jeu, mais entendre ce qu’ont dit ces membres d’équipage, ça montre que ces vieilles conneries courent toujours. »

B’elanna s’éclaircit la gorge, hésitant à dire ce qu’elle pensait. Cass le remarqua et sourit d’un air ironique à son amie.

« Vas-y, pose-la moi ta question », dit-elle d’un ton las.

« D’accord », dit l’ingénieur. Elle prit une inspiration profonde. « Si elle est si honorable, pourquoi est-ce qu’elle a démarré cette liaison avec toi ? »

Cass soupira. C’est la question que tout le monde pose¸songea-t-elle.

« Il y a tellement de réponses à ça, B », répondit-elle calmement. « Le plus simple c’est de dire que leur mariage était dans le pire état qu’il soit. Des journées à ne pas se parler du tout. Pas de caresse, pas d'affection. Les besoins de chacun étaient négligés. Elle était tourmentée par ça, et elle avait l’impression que le reste de sa vie allait être comme ça. »

B’elanna sourit doucement. « Et c’est là que tu te pointes avec ses pièces manquantes. »

Cass hocha la tête, contente de voir que l’ingénieur pouvait saisir que rien n’était aussi noir et blanc que cela semblait en surface.

« Je n’étais pas innocente sur ce coup-là, B », dit-elle. « Je connaissais la situation et j’ai bien joué le jeu de la séduction. »

B’elanna sourit. « Vu comme tu es irrésistible », la taquina-t-elle.

« Oh ferme-là », rétorqua Cass. « Bon, oui. » Elles éclatèrent de rire ensemble, le soulagement jouant pleinement sa part dans leur bonne humeur.

« Merci de m’avoir raconté ça, Cassie », dit la jeune femme lorsque leurs rires s’éteignirent.

Cass haussa les épaules. « J’aurais dû le faire il y a bien longtemps. Je suis désolée de ne pas l’avoir fait. »

« Oublie ça. » Un silence confortable s’installa pendant quelques instants. « Bon. Et maintenant ? »

Cass haussa élégamment el sourcil. « Lis et moi, tu veux dire ? »

B’elanna hocha la tête.

« Rien. La dernière chose dont elle a besoin, c’est de complications. Elle a besoin de pouvoir pleurer Nick correctement. Comme ça, quand le moment sera venu pour elle et moi, elle pourra venir sans tout ce poids que nous trainons depuis six ans. »

B’elanna la regarda droit dans les yeux.

« Alors tu vas encore l’attendre ? »

Cass produisit son sourire à 1000 watts. « Elle mérite chaque minute de cette attente, alors oui. Aussi longtemps qu’il le faudra. Ce dont elle besoin de ma part maintenant, c’est de l’amitié et du soutien. Et c’est ce qu’elle va avoir, peu importe ce que pensent ou disent les cyniques. Ils ne me connaissent pas, ils ne la connaissent pas, et ils ne connaissent pas les sentiments entre nous. »

B’elanna apprécia le feu dans les yeux bleus de son amie et prit une décision immédiate.

« Si je peux faire quelque chose pour t’aider, fais-le-moi savoir », dit-elle avec fermeté.

Cass sourit à nouveau. « Vous savez, Lt, j’ai entendu des rumeurs qui disent que vous mangez les membres d’équipage mal élevés au petit déjeuner, mais je commence à penser que vous n’êtes qu’une mignonne petite sentimentale. »

« Oh la ferme », marmonna l’ingénieur avec bonhommie.

*********************************

Cass entra dans ses quartiers à la fin de sa période de travail. La journée avait été plutôt routinière, le Voyager avançait dans un coin relativement vide de l’espace, ce qui rendait l’existence merveilleusement monotone. Cela avait donné à l’équipage une occasion bien nécessaire de rattraper les petites réparations et de l’entretien, pas seulement pour le vaisseau, mais aussi pour eux-mêmes. Tout le monde rechargeait ses batteries.

Sauf Lis et moi, pensa Cass avec lassitude en jetant ses PADD sur la table. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi depuis un an. Une semaine d’insomnie suivie d’une semaine de sommeil dans des positions variées et bizarres sur le canapé de Lis, commençaient à se faire sentir dans le dos de la jeune femme élancée et elle fit des mouvements avec précautions en allant vers sa chambre à coucher. Il est temps de me doucher et de changer de vêtements avant que je ne m’effondre, songea-t-elle.

Son communicateur bipa avant qu’elle ne fasse un pas de plus et elle le frappa avec irritation. Son impatience disparut quand elle entendit la voix perdue.

« C-Cassie ? »

« Lis ? Qu’est-ce qui se passe, bébé ? »

« Tu arrives b-bientôt ? »

« Oui, ma mignonne. Je viens de rentrer du travail. La journée a été difficile ? »

Elle entendit les larmes qui affleuraient dans la réponse hésitante de Lis. « Ou-oui. »

Merde, je peux me doucher plus tard, pensa Cass en retirant rapidement son pantalon d’uniforme pour enfiler un jogging. « J’arrive tout de suite. »

« M-merci. »

Ces derniers jours, Cass avait aidé Lis à emballer les morceaux de sa vie avec Nick. La procédure avait été longue et triste et elle savait que la jeune femme blonde avait passé la journée avec les derniers souvenirs et pensées de cette période. Le chef de la sécurité partit au petit trot dans les couloirs du vaisseau, sachant que la soirée allait probablement être plutôt sombre.

Elle trouva Lis blottie sur le canapé, les jambes pliées sous elle. Elle tenait un petit PADD et pleurait doucement. Cass s’avança et s’accroupit devant elle, les mains sur les genoux de Lis.

« Hé, ma beauté », dit Cass doucement, en observant des yeux verts remplis de larmes. « Qu’est-ce que tu tiens, là ? »

Silencieusement, Lis tendit le PADD et Cass le prit, le retournant pour pouvoir lire son contenu. Elle sentit une pointe de douleur en sympathie quand elle se rendit compte de ce qu’elle regardait – un scan généré par ordinateur d’un fœtus en mouvement, à peine formé, le minuscule cœur qui battait à peine discernable. Bébé Standish.

« Oh Lissy », murmura Cass. Elle se redressa et étreignit Lis dans ses longs bras protecteurs, tout en rendant le PADD à la femme éplorée.

« Le-le Docteur a fait le scan le matin où nous sommes allés à la plage », bafouilla la jeune femme blonde. « Il-il a dit qu’elle était p-parfaite. »

« Mhmmmmm », répondit Cass calmement, sentant la jeune femme se blottir un peu plus dans son étreinte, le visage dans le creux de son cou. « Elle est très belle, ma chérie. »

Lis hocha la tête, incapable de parler à cause de sa gorge douloureusement serrée.

Doucement, doucement, pensa Cass, se rendant compte que c’était la première fois qu’elles parlaient du bébé perdu. « Je parie que tu avais commencé à penser à des noms et lui trouver des affaires, pas vrai ? » Demanda-t-elle doucement.

Lis hocha la tête à nouveau, cette fois en étreignant Cass plus fort lorsqu’un sanglot se fraya un chemin.

« C’est bon, mon amour, laisse-toi aller », murmura Cass. « C’est bien de pleurer pour elle, Lis. »

Des sanglots profonds de douleur secouèrent le petit corps mince dans ses bras, un son déchirant qui amena des larmes aux yeux de Cass. Elle serra fort et laissa Lis pleurer tout son soûl.

« J’aurais d-dû faire m-mieux », sanglota la jeune femme. « Je n-ne l’ai p-pas as-assez p-protégée… »

Oh mon ange, ne te fais pas ça, pensa Cass en les balançant doucement d’avant en arrière d’un air apaisant. « Tu as fait de ton mieux, Lis. »

« P-pas as-assez… » Dit-elle en pleurant. « P-pas as-assez ! »

« Tu ne pouvais rien faire d’autre, ma chérie. Rien. »

« T-tu n-ne le sais p-pas. »

Cass serra Lis un peu plus et caressa les cheveux blonds et soyeux avec sa joue. « Je te connais, Lis », murmura-t-elle avec ferveur. « Et je sais que tu as fait de ton mieux. »

Après plusieurs minutes de bercement, de pleurs et de sons apaisant, Lis se détendit dans les bras de Cass, l’épuisement asséchant les larmes.

« Est-ce que ça va toujours faire aussi mal ? » Murmura la jeune femme.

« Une partie de toi aura toujours mal, oui », répondit Cass avec honnêteté. « Mais tu vas trouver un endroit où le ranger, et chaque jour sera plus supportable. »

« Tu le promets ? »

Cass sourit.

« Je le promets. »

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A suivre – Chapitre six