Partie VIII : En attendant.

 

 

 

Chapitre 1 :

 

Il fallut quelques jours pour régler les détails de leur départ et surtout que celui-ci ne perturbent pas le déroulement des opérations en cours et suivantes. Elles donnèrent leurs dernières instructions et, accompagnées de Linya, elles se rendirent à leur premier moyen de transport. Linya avait insisté pour qu’elles utilisent son réseau.

- Je te dis à bientôt alors, fit Alexia à son amie. On est ok, tu arrives avec le groupe des messagers ?

- Oui Lex, pas de souci. Je vais arranger les choses avec Conception et mon cousin et je serais toute à toi pour les prochaines semaines. Enfin, à vous deux, lança-t-elle avec un sourire coquin à l’attention de la mercenaire.

- Oh, tu as changé d’avis finalement ? railla la grande femme. Tu es partante pour un petit trio ? Qu’est-ce que tu en penses mon amour, demanda-t-elle en se tournant vers sa compagne, on l’accepte au sein de notre couple ?

- Ça me paraît faisable, acquiesça son amie d’un air très sérieux. Mais les câlins du matin sont pour moi et Ti, prévint-elle Linya. Et le soir aussi. Nous deux et vous deux se sera la journée.

- Et pourquoi tu aurais tout les meilleurs moments avec elle ? s’insurgea la dirigeante les mains sur les hanches.

- Ben parce que j’étais la première tiens.

- Et moi j’ai pas mon mot à dire ? intervint la grande femme.

- Non ! répondirent-elles en cœur.

Puis toute trois éclatèrent de rire. L’ambiance était des plus détendues depuis qu’elles avaient toutes mis les choses au point. Finalement, Tia devait convenir que l’absence d’ambiguïté rendait les choses plus amusantes. Tia se pencha et relevant son menton d’un doigt, elle embrassa Linya sur la bouche.

- T’ais-je déjà remercié de m’avoir sauvé la vie ?

- Heu… non, en fait. Non mais, quelle ingratitude ! s’exclama-t-elle soudain.

Tia l’embrassa à nouveau puis se recula.

- Eh bien c’est chose faite maintenant, dit-elle tranquillement.

- Dis-moi, amour, tu ne profiterais pas un peu de la situation des fois ? interrogea Alexia pas du tout dupe.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, rétorqua son amie. Il n’y a aucune ambiguïté entre nous.

- Peut-être mon cœur, mais tu n’en restes pas moins une lesbienne qui trouve Lin très séduisante.

Tia releva vivement les yeux vers la dirigeante qui lui fit une petite grimace d’excuse. La mercenaire se racla la gorge.

- Heu… eh bien, Lin est une jolie femme c’est sûr, mais rien à voir avec toi, mon amour, fit-elle précipitamment.

- C’est ça, rattrape-toi, lui lança-t-elle.

Puis elle se tourna vers son amie et la serra dans ses bras.

- A bientôt.

- A bientôt et… prend soin de toi et… d’elle.

- Pas de souci, elle est ma priorité.

Linya hocha la tête et alors qu’Alexia grimpait dans l’hydravion de Lance, Tia la prit à son tour dans ses bras et murmura près de son oreille.

- Sincèrement… merci de m’avoir sauvé la vie. Peu de personne on réussit cet exploit. J’ai une dette envers toi. Demande-moi ce que tu voudras, quand tu le voudras. Je serais là.

La jeune femme hocha la tête dans le creux de l’épaule de la grande femme et lui rendit son étreinte. Puis sans la lâcher, mais en reculant un peu pour voir son visage, elle lui demanda.

- Est-ce que je peux t’embrasser ? C’est toujours toi qui le fais et dans cette crique tu m’as montré l’étendue de ton savoir en la matière mais moi pas, et en fait… ça m’embête un peu.

Un sourcil se leva face à la demande surprenante.

- Tu ne deviendrais pas accro à mes baisers toi ? la taquina-elle. J’adorerais laisser une aussi belle femme que toi me taquiner les amygdales…

- Heuuurk ! fit la dirigeante en prenant un air dégoûté qui amusa beaucoup la mercenaire.

- … mais Alexia m’arracherait les yeux en plein vol si je faisais ça.

- T’as une façon de présenter les choses ! Ça refroidit instantanément. Oh, mais attends ! Ça aussi ça a fait partie de ta formation n’est-ce pas ?

- Eh oui.

- Eh bien c’est assez efficace, heureusement pour moi, n’étant pas sensible à ton charme, ça ne m’a rien fait.

Sur cette déclaration, elle attrapa la nuque de la grande femme et l’attira à elle brusquement. Elle embrassa la mercenaire sans passion mais avec un savoir-faire étonnant. Totalement prise au dépourvu, Tia se laissa faire et sentit progressivement son sang s’échauffer. « Ok, on arrête les frais » songea-t-elle en détachant sa bouche de celle de son amie.

- Hum, tu sais, s’étrangla-t-elle un peu, on n’embrasse pas ses amies comme ça, avec la langue et tout, pour juste dire au revoir.

- Je vois que ça t’a fait de l’effet, chuchota-t-elle doucereuse. Et… oh, dit-elle joyeusement, Alex aussi l’a vu.  

« Oh la garce ! » songea la grande femme en fixant la jeune femme dans les yeux, pour lui signifier que son petit jeu avait été découvert. Linya sourit, se recula d’un pas et lança :

- Bon vol ! Amusez-vous bien toute les deux !

Tia la regarda partir, n’osant pas se retourner et croiser le regard sûrement noir de sa petite amie. Finalement quand il n’y eut plus rien à voir, elle se résigna et grimpa à bord de l’hydravion en évitant les yeux d’Alexia et en ignorant le rire moqueur de Lance.

- Si on m’avait dit que je verrais ma frangine embrasser une nana ! lança-t-il à Alexia. La tienne en plus ! M’enfin, elle à bon goût !

« Oh que c’est sympa d’en rajouter une couche ! se dit la mercenaire avec un regard noir en direction du pilote qui lui sourit. Tu ne perds rien pour attendre ! »

 

*************************************

 

Le vol se passa mieux que Tia ne l’avait prévu, Alexia ayant parfaitement comprit le petit jeu de sa meilleure amie. Cependant, s’amuser au dépend de sa compagne fut plus fort qu'elle et elle fit semblant d’être totalement hors d’elle, notamment en lui reprochant de se laisser embrasser un peu trop facilement. Elle enchaîna en lui posant des questions sur jusqu’où elles étaient allées toutes les deux, histoire de l’embarrasser au maximum, mais Tia saisit la balle au bond et lui décrivit en détail ce qu’elle avait fait à Linya. Les caresses, les endroits où elles avaient eu lieu, les soupirs que celles-ci avaient lâché… rien ne fut oublié. La mercenaire fit ce récit pour Lance, Alexia le comprit vite, lorsqu’elle vit que sa compagne ne lâchait pas le pilote du regard.

A plusieurs reprises, l’avion effectua quelques piqués, dû a des sursauts au récit, rapidement rattrapé heureusement. Chaque déglutissement, chaque soubresaut de l’appareil, amenait un sourire railleur sur les lèvres de la grande femme et Lance finit par comprendre le message. Il s’excusa d’un hochement de tête et Tia stoppa son récit.

Les réponses permirent aussi à Alexia de voir que sa petite amie était quand même allée assez loin dans l’exploration du corps de sa meilleure amie.

- Eh bien, tu connais son corps aussi bien que le mien finalement, lâcha-elle faussement courroucé. Tu lui as quasiment fait l’amour.

- Oui, enfin non ! Je…

« Oh bon sang pourquoi je n’ai pas réfléchit avant d’ouvrir ma grande gueule ! » Puis elle aperçut l’étincelle malicieuse et soupira de soulagement. « Ok, encore un jeu. Décidément, ça n’arrête plus ! Mais tant qu’on peut… » Après Sassem, elles n’en auraient peut-être plus l’occasion ou l’envie, alors…

- En fait, fit-elle avec un sourire à l’attention de Lance autant que de son amante, elle a un sexe terrible. Il est plus étroit que je ne l’aurais pensé et très doux. J’ai bien aimé y mettre le doigt.

L’avion eut une embardée si brusque que les deux femmes tombèrent pratiquement de leur siège. Lorsque l’avion se stabilisa, Alexia et Tia se dévisagèrent puis éclatèrent de rire.

- Tu… tu ferais bien d’arrêter, bredouilla la jeune femme entre deux hoquets, sinon on va finir par se cracher en mer !

Tia se tenait le ventre en riant.

- J’apprécierais pas mal, ouais, lança Lance depuis l’avant de l’avion avec un regard noir pour la mercenaire.

« J’avais pas besoin de savoir ça sur la vie de ma frangine ! Bon sang, quand je vais apprendre à Richard qu’elle et Alexia forme un trio avec la copine d’Alexia, il va en cracher ses poumons ! »

 

****************************************

 

Elles arrivèrent en Ontario le lendemain en milieu d’après-midi, après une halte en France. Alexia se plaignit de devoir repartir avant d’avoir pu visiter la capitale et surtout la tour Eiffel, tant et si bien, que Tia lui promit qu’elles y retourneraient après l’épisode Sassem, pour fêter ça.

Frédéric vint les chercher au petit aéroport qui jouxtait son domaine, une vingtaine de kilomètre au Sud du Ranch. Il les accueillit avec un large sourire, heureux de revoir Tia si vite, et ne s’en départit pas durant tout le trajet du retour. Il leur posa un millier de questions sur ce qu’elles avaient fait après être parties du ranch et ne s’offusqua pas des réponses évasives qu’il obtint.

Alexia lui parla de la fête organisée par Tia et de l’incroyable surprise qu’elle lui avait faite. Elle babilla sur les différents détails des sept jours d’amusement quasiment sans reprendre son souffle, ce qui amena un sourire amusé sur le visage de son amie. Elle échangea un regard avec Frédéric et elle surprit une lueur admirative dans ses yeux.

- Quoi ?

- Tu as organisée une fête ? Comme ça ? Pour rien ? C’est terriblement gentil de ta part.

Tia haussa les épaules et détourna les yeux un peu gênée.

- C’était rien, marmonna-elle.

Alexia lui caressa le bras avec un petit sourire indulgent.

Elles arrivèrent enfin à la maison et Tia s’empressa d’emmener leur sac dans leur chambre. Puis elle rejoignit les deux autres dans le salon.

- Ils sont au courant ?

- Non, fit Frédéric avec un petit sourire. Je me suis dit qu’une surprise serait plus marrante.

Tia hocha la tête.

- Et ils rentrent quand ?

Il montra l’horloge.

- Dans une heure.

- Bien.

- Alors ta famille, tu vas la faire venir ?

Tia se tourna vers son amie et se remémora leur conversation à ce sujet.

- D’après Lex, j’ai le droit d’avoir toute ma famille avec moi avant le grand moment et… comme elle l’a dit, si jamais Sassem apprend votre existence à tous, cela n’aura plus d’importance après… l’attaque.

Frédéric l’observa un long moment.

- Ça c’est valable si tu gagnes.

Tia baissa les yeux sur le parquet avant de les relever et de planter un regard déterminé dans les siens.

- Si je pars perdante… je perdrais.

Il acquiesça et attendit la suite.

- Et… Lex à raison, je n’aurais pas de meilleure motivation pour réussir mon entreprise que d’avoir mes enfants à protéger. Mais cela ne veut pas dire que je ne prendrai pas un maximum de précaution. Leur sécurité est ma priorité mais… je… veux leur présenter leur grand-oncle et leurs grandes cousines. Je… je veux le faire moi-même Gin, a le droit de savoir qu’il a une famille plus grande. Il… c’est vraiment important pour lui la famille et je veux que mes enfants sachent qu’en cas de problème il est là et qu’ils ne seront jamais seuls.

Tia termina son monologue et attendit avec une certaine anxiété sa réaction.

- Ça me paraît être d’excellentes raisons. Pour ce qui est de la sécurité, du moins pour les déplacements, je m’en charge. J’ai encore des contacts fiables, hors du contrôle de Sassem.

- Ok. Merci.

- Je t’en prie. Je suis d’accord avec ta compagne, tu as le droit d’avoir ta famille avec toi, d’autant plus à un moment pareil. Mais… tu es sûre de parvenir à le supporter ? Je sais que la foule n’a jamais été ta tasse de thé.

« Si tu savais ce que je me suis tapé comme bain de foule dernièrement ! » songea la mercenaire assez fatiguée.

- Ça ira, je… commence à en avoir l’habitude, fit-elle en haussant les épaules.

Il haussa ses deux sourcils broussailleux.

- La semaine de fête.

Elle se rendit ensuite à la cuisine pour se faire un sandwich. Frédéric se tourna alors vers Alexia qui n’avait pas dit un mot jusque là.

- Vous êtes dangereuse, déclara-il tranquillement.

La jeune femme ne manifesta aucune surprise. Elle savait ce qui lui valait une telle affirmation.

- Vous avez une énorme influence sur elle et vous êtes parvenue à la convaincre que mettre ses enfants en danger, même de façon minime, serait positif pour elle. Bravo, je vous félicite.

- Je ferais n’importe quoi pour l’obliger à revenir en vie de sa confrontation avec Sassem. Si les jumeaux courent le moindre danger, elle refusera de perdre, se battra même lorsque cela paraîtra vain. Elle n’abandonnera jamais. Tia a une volonté puissante, unique en fait. Elle est capable de beaucoup de choses seulement parce qu’elle se dit qu’elle le doit. Sassem à une influence néfaste sur elle. Il est capable de lui faire perdre de vue son intérêt, de lui faire perdre pied. Elle… pourrait avoir envie d’abandonner, dit-elle en revoyant l’image de son amante, étendue dans le noir après un cauchemar terrible où Sassem en était le centre. Et ça, ça ne doit pas arriver.

Elle le fixa droit dans les yeux.

- Vous voyez, j’ai un problème. Je ne peux pas vivre sans elle. Ses enfants… c’est la motivation la plus puissante que j’ai pu trouver.

- Vous l’aimez vraiment, répondit-il en la regardant d’un air bienveillant.

Elle lui fit un sourire doux.

- Plus que ma vie.

- Je suis heureux pour elle. Elle a trouvé une personne bien, qui saura prendre soin d’elle et qui ne fuira pas devant son mauvais caractère.

- Quel mauvais caractère ? interrogea la mercenaire en revenant de la cuisine avec un sandwich de la taille de la maison dans la main.

 

*************************************

 

Le soir, Alexia et la mercenaire se retrouvèrent au calme avec un soulagement visible. Lorsque les jumeaux avaient aperçu leur mère, ils s’étaient figés puis avaient cherché des yeux leur père adoptif et lorsqu’ils l’avait vu hocher la tête, confirmant que ce n’était pas un rêve, ils avaient lâché leur cartable et s’étaient précipités sur la grande femme avec rapidité et beaucoup de bruit.

Ils lui avaient sauté littéralement dessus et elle avait dû se camper solidement sur ses deux pieds pour ne pas être renversée. Elle les avait serrés avec force contre elle et ils lui avaient rendu son étreinte avec la même vigueur.

Et tout le long du dîner, ils n’avaient cessé de babiller, lui racontant en long en large et en travers, tout ce qu’ils avaient fait en son absence, ne s’interrompant dans leur récit que pour lui poser des questions, sans pour autant attendre la réponse.

La mercenaire les avait envoyés se coucher avec une joie mêlée de soulagement, puis avait rejoint sa compagne dans leur chambre et s’était allongée à côté de ses jambes.

Elle roula sur le côté et posa une main sur la cuisse de son amie.

Alexia était dos à la tête du lit, une jambe allongée devant elle et l’autre replié pour qu’elle puisse y appuyer son ouvrage. Elle était en train de tailler un morceau de bois, long comme la main. Elle lui avait sourit brièvement lorsqu’elle était entrée avant de retourner à son travail.

Tia l’observa. Elle était penchée sur le bois, un couteau de chasse bien aiguisé dans sa main et une expression de concentration intense sur le visage. Ses fins sourcils blonds, froncés, et son casque de cheveux blonds, lui donnaient un air angélique que la mercenaire trouvait à chaque fois révélateur. C’était ce qu’elle était pour elle, un ange. « Le mien » songea-t-elle avec un sourire.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Un ordinateur portable. Enfin j’essaye, répondit-elle sans lever les yeux.

- Un ordinateur ?

- Hmmmm, pour mon père.

Tia sentit une vague de compassion et de malaise mélangé, lui tordre le ventre.

- Je suis désolée qu’il ait refusé de venir, dit-elle doucement.

Elle se sentait responsable. Alexia s’était brouillée avec sa seule famille, famille avec laquelle elle s’entendait très bien auparavant, à cause d’elle. De même que son refus de venir au ranch tendait plus à sa présence qu’à un refus de voir sa fille.

- Pas grave, répondit sa compagne en haussant les épaules.

Les yeux de Tia s’adoucirent.

- Bien sûr que c’est grave, Lex.

Elle caressa doucement la cuisse à ses côtés, dans un geste de réconfort.

- C’est ton père et tu l’aimes…

- De toute évidence lui non.

- Oh, Lex… je suis désolée. Mais je suis sûre que tu te trompes. Ton père t’aime, il ne sait juste pas comment te le montrer. Il… pense que je suis mauvaise pour toi et… il fait ce qu’il pense le mieux. Ce n’est pas contre toi… c’est contre moi.

Alexia leva les yeux de son ouvrage pour les poser sur sa compagne.

- Et ça marche ?

- Comment ça ?

- Tu t’en veux ?

Tia hésita et Alexia eut sa réponse. Elle détourna les yeux en colère.

- Oui, mais je sais que je suis faite pour toi, alors ça ne marche peut-être pas tant que ça.

La jeune femme baissa à nouveau les yeux sur elle et passa le bout de ses doigts sur la joue douce à sa portée.

- Je ne veux pas que ça marche Ti. Tu es faite pour moi. Si mon père est trop con pour le comprendre alors tant pis pour lui. Et ne t’en fait pas, il n’est pas ma seule famille. J’ai celle de Linya. J’ai passé la moitié de mon temps fourrée chez eux, à faire des blagues avec elle ou à faire tourner en bourrique un de ses frères. Quand j’étais plus jeune, j’étais folle de Richard ! Et j’aurais donné n’importe quoi pour l’épouser. J’en avais même parlé à ses parents. Ils étaient tout à fait d’accord, dit-elle avec un petit rire.

- Et qu’est-ce qui s’est passé ?

- J’ai eut 12 ans et… Danzel a emménagé dans le quartier.

Tia aperçut le sourire nostalgique de son amie et elle essaya vainement d’étouffer la vibration qui pulsa dans son cœur.

- Tu…

La mercenaire s’interrompit et se racla la gorge.

- Tu… C’était vrai ce que tu lui as dit ?

- Quoi donc ?

- Que… tu aurais donné n’importe quoi pour te remettre avec lui.

- Oui, avoua-t-elle les yeux perdus dans le vague.

- Pendant longtemps ?

- Jusqu’à ce que je te rencontre, fit-elle avec un petit sourire.

Loin de la rassurer, cette déclaration l’angoissa.

- Pendant 6 ans ?! Tu as rêvé de lui pendant 6 ans ?!

Alexia sembla comprendre que quelque chose clochait et elle s’allongea près de son amie, la tête près de la sienne, sa main calmement posée sur sa joue.

- Oui, acquiesça-t-elle doucement. Mais je l’ai oublié dès l’instant où j’ai posé les yeux sur toi. Tu étais si intrigante, si sûre de toi et dieu je crevais tellement d’envie de toi que ça me rendait dingue ! Tu as éclipsé son image comme ça, fit-elle en claquant des doigts. Et ça m’a drôlement surprise. Six ans à rêver de lui et je l’ai oublié en deux secondes, sans regret ni remord.

L’estomac de Tia se desserra un peu.

- Mais… il me ressemble pourtant.

Alexia la regarda étonnée.

- En quoi ?

- Les yeux, la taille… ce genre de choses.

- Tia, mon amour. Tes yeux sont incomparables. Les siens sont justes bleus. Et ils ne soutiennent vraiment pas la comparaison. Tu sais ce qu’est la dernière chose que je me suis dit à propos de Danzel ?

La grande femme secoua la tête.

- Je les ais comparé aux tiens et j’ai décidé dans la seconde que c’étaient les tiens les plus beaux. Ils ont une couleur riche très intense que j’ai été incapable d’oublier, même après ton départ. Tu vois finalement, je ne l’aimais pas autant que ce que je pensais. Mes sentiments pour lui étaient si pâles en comparaison de ceux que j’ai aujourd'hui pour toi. Mais je t’avouerai avoir été vraiment très surprise. Dès la première seconde entre nous… ça a été si fort…

Tia lui sourit sans que cela n’atteigne ses yeux.

- Qu’est-ce qu’il y a Ti ? s’inquiéta son amie en lui caressant les cheveux.

- Rien. Enfin, fit-elle avec une grimace en voyant son regard d’avertissement, je… c’est idiot. C’est juste que ça m’ennuie de constater que je ne suis pas la première.

- Mais tu es la première.

- Pas… en amour. Tu… tu es la première pour moi Lex. La seule. Je… ne pensais même pas que ça m’arriverait un jour. Je ne t’attendais pas mais ce que je ressens depuis que j’ai accepté de te prendre avec moi est… unique. Je sais que je n’aimerais plus personne après toi.

- C’est pareil pour moi, tenta de lui faire comprendre Alexia, je… ok, j’ai aimé d’autres personnes avant toi mais rien qui ne sois comparable. Tia, il faut que tu me crois. Je ressens la même chose que toi.

- Je te crois, dit-elle en fermant les yeux pour profiter de la chaleur de la main qui n’avait pas cessé son va-et-vient inconscient de ses cheveux à sa joue. Mais il n’y a eu que des hommes dans ton existence. Et tu les as aimés. Comment je peux être sûre de ne pas être seulement une expérience ? Mais ce n’est pas tellement ça qui me pose problème. Même si c’est un peu le cas quand même. C’est juste… que j’aurais aimé être la première, je crois. Ce sont les expériences qui marquent le plus.

- Peut-être, mais moi je préfère ce qui dure toute la vie. C’est ça qui compte à la fin. La personne avec qui l’on a voulu finir sa vie. Tu n’es pas une expérience. Tu es mon cœur comme je suis le tien. Les expériences c’était Richard et surtout Danzel. Il n’y a rien dans mon existence, dans mon avenir ou dans mon passé, qui ne vaille plus la peine que toi.

Un lent sourire heureux apparut sur le visage de sa compagne.

- Tu veux finir ta vie avec moi ?

- Bien sûr ! Pas toi ?

- Je n’y avais jamais songé. Mais… ça me semble un bon plan, fit-elle en ouvrant ses yeux et en les plongeant dans le vert éclatant qui lui faisait face.

- Tant mieux. Parce que même si tu n’es pas d’accord… je ne te lâcherai pas !... Jusqu'à ce que tu cèdes.

- Tu es têtue, dit la mercenaire en passant un long doigt fin sur la mâchoire aux angles doux de sa partenaire.

Alexia hocha la tête.

- Mais feignante, la taquina-t-elle en posant le doigt sur son nez.

- Hein ?! Comment ça ?!

- Ça fait un bon bout de temps que tu ne t’es pas entraînée, mon cœur.

- Toi non plus !

- Erreur ! Je n’ai jamais arrêté. J’ai même trouvé le temps d’en recommencer un ancien. La plongée, précisa-t-elle devant son regard interrogateur.

-Armfpfff, grogna sa compagne d’un air renfrogné.

- Je vois que tu es d’accord. Donc dès demain, on s’y remet.

Alexia haussa les épaules puis une idée sembla lui traverser l’esprit et elle fixa sa compagne.

- Et si on commençait maintenant ? Y’a un ou deux trucs dont je ne me souviens plus, fit-elle en lui lançant un sourire coquin.

- Ho, c’est embêtant ça… répondit la grande femme qui avait comprit à quoi faisait allusion son amante, et qu’est-ce que je peux te montrer pour pouvoir te rafraichir la mémoire ?

- J’ai une suggestion, souffla-t-elle tout contre ses lèvres.

- Je t’écoute.

- Si on reprenait tout depuis le début ? Je crois que j’ai besoin de revoir les bases.

Un petit rire retentit dans la pièce suivit bientôt par d’autres sons plus privés.

 

Chapitre 2 :

 

Le lendemain matin, comme prévu, Tia se leva avec le soleil. Elle secoua doucement sa compagne qui grogna de mécontentement.

- On vient à peine de se coucher, marmonna-t-elle la tête dans l’oreiller.

Tia sourit et se pencha vers elle.

- Ok. Cinq minutes. Pas plus.

Elle s’habilla et se rendit dans la cuisine où elle trouva Frédéric en train de préparer le café.

- Depuis quand tu te lèves aussi tôt ? lui lança-t-elle en s’accoudant au plan de travail qui se trouvait au centre de la pièce.

La montagne qu’il était s’approcha d’elle, l’obligeant à lever les yeux, ce qui lui arrivait rarement, et ouvrit le robinet à ses côtés. Il se lava les mains et les essuya avant de répondre.

- Un cauchemar.

Tia hocha la tête, elle connaissait bien ça. Même si cela arrivait moins souvent quand Lex était avec elle. Depuis quelques temps, elle connaissait une recrudescence de mauvais rêves. Certains étaient si violents, que même Alexia ne pouvait les empêcher, ce qui l’inquiétait beaucoup.

- Ça t’arrive encore ? Je croyais que tu avais dépassé ça ?

- En effet, mais depuis que je sais que tu vas t’attaquer à Sassem en face à face, c’est revenu. Je suis inquiet pour toi, voilà.

- Oh. Je suis désolée.

- Tu n’y es pour rien. Rassure-toi, ça passera… lorsque tu auras écrasé ce salopard.

L’affirmation la fit sourire.

- C’est sympa de voir comme tu me fais confiance.

- J’aimerais participer à ton plan, déclara-t-il abruptement.

Tia cligna des yeux, étonnée.

- Je… j’apprécie. Mais… non. Ce… les jumeaux auront besoin de toi… au cas où.

- Je comprends. Je voulais quand même tenter ma chance. Tu sais, dit-il en approchant un peu plus, que tu as toujours énormément compté pour moi, n’est-ce pas ? Je… t’ai toujours considéré comme mon enfant.

Il posa une main sur sa joue et la dévisagea avec la même bienveillance que lors de son adolescence. Frédéric avait été un roc sur lequel elle avait toujours pu compter. Mais à l’époque, si elle savait cela, elle ne se laissait pourtant pas aller. Elle avait prit bien trop de coups pour oser encore prendre ce risque.

Il avait fait preuve d’une douce patience. Lui laissant l’espace et la liberté dont elle avait besoin, mais se trouvant là à chaque coup dur, comme les massacres de fin d’années, ou… ses viols. Il avait tout de suite su quand Sassem avait abusé d’elle. Mais la violence rageuse dont elle avait fait preuve le matin suivant avait pu lui mettre la puce à l’oreille.

Il avait comprit sans qu’ils aient à en parler, il l’avait soutenu à sa façon, lui procurant plusieurs dérivatifs à sa hargne et sa douleur. Elle n’avait pas pleuré. Pas après la première fois et en fait… pas non plus après la seconde. Elle avait plongé dans un abîme de douleur et une dépression qui l’avait affaiblie, mais elle n’avait pas versé une seule larme. Elle ne pouvait pas. Elle le savait déjà à l’époque, si elle pleurait elle ne se relèverait pas. Et elle s’était trop battue pour finir comme ça.

La première fois qu’elle avait pleuré, c’était avec Alexia. Et même là, c’était plus de soulagement d’avoir terminé de revivre ce cauchemar, qu’à cause du viol en lui-même.

- Je sais, répondit-elle finalement. Et tu ne peux pas savoir combien de fois ça ma sauvé la vie de le savoir… souffla-t-elle la gorge serrée par l’émotion. On… on n’a jamais parlé de…

- De ce qu’il t’a fait, termina-il pour elle. Non, en effet. Mais on n’a jamais parlé de grand-chose.

- On n’en a jamais eu besoin.

Leurs échanges s’étaient toujours passés à un autre niveau. Des regards, des petites tapes sur l’épaule, quelques attentions spéciales… pas de mots, ou peu. Il y en avait eut pourtant. Mais concernant sa fuite.

Frédéric l’avait surprise en lui en parlant peu de temps après son premier viol. Elle avait vu une étincelle de rage peu commune chez cet homme intense mais toujours placide, et cela faisait si bien écho à la sienne, qu’elle s’était calmée suffisamment pour retomber dans l’anonymat de sa classe et ne plus attirer l’attention de tout les gardes en présence.

Frédéric lui avait expliqué comment et quand il voyait leur départ. Elle savait qu’il l’aimait bien, car il avait pris sa défense et minimiser les problèmes qu’elle avait pu créer à chaque fois qu’il avait pu, mais elle était loin de se douter qu’il tenait suffisamment à elle pour renier tout son passé et ce qu’il avait construit, de trahir son employeur et de tout quitter… juste pour la soustraire à son enfer.

Il avait entrouvert une porte sur un possible et laisser entrer une lumière qu’elle croyait à jamais éteinte. Après son seconde viol, elle s’était accroché à cette étincelle, c’était même la seule chose qui lui avait évité la dernière place lors du tournoi final. Elle avait croisé son regard inquiet et ça lui avait donné la force de gagner ce fichu combat, sonnant par là même la condamnation à mort de son adversaire.

Ce paradoxe de vie et de mort, de sauver sa peau en condamnant quelqu’un, l’avait toujours profondément bouleversée. Et ce jour-là plus qu’aucun autre, ou elle était si faible et si perdue, ça l’avait déchirée. Frédéric était venu la voir le soir même, lui enjoignant de sa voix bourrue mais inquiète de se battre encore un peu. De tenir quelques jours encore. Que tout ça serait bientôt fini. Ce qu’elle avait fait. Mais ce qui arriva peu après… la fit craquer. Elle était rentrée dans sa milice. Ils auraient pu s’enfuir avant mais… il y avait Ronin.

Penser à lui, lui faisait mal… à plus d’un titre. Elle devrait peut-être en parler avec Alexia.

Elle leva les yeux sur Frédéric, qui comme à son habitude lui parut d’une solidité sans faille. Sa montagne personnelle… « S’il n’avait pas été là après Ronin, songea-t-elle en secouant la tête, une douleur furtive traversant son regard, j’aurais abandonné… » Elle lui devait sa vie, mais aussi celle de ses enfants.

Elle pouvait compter sur lui, quoi qu’il lui arrive.

- Si jamais… je ne revenais pas. J’aimerais qu’Alexia fasse partie de leur vie.

Il hocha la tête sans la quitter des yeux, comprenant de qui elle parlait. Encore une fois, ils se dirent par l’intermédiaire de leurs yeux plus qu’avec des mots. Elle se reconnaissait en lui comme il le faisait en elle. C’était pourquoi il se comprenait sans parler. C’était pourquoi il l’avait nommée She-wolf. Il s’était toujours considéré comme un loup. Du genre solitaire, qui un jour, sans raison particulière, avait décidé de rompre sa solitude et l’avait faite entrer dans son cercle personnel. Il l’avait adoptée et à eux deux, ils avaient formé une meute. Ils la formaient toujours, mais l’ancien chef était devenu vieux et elle avait dû prendre la suite.

C’était elle qui dictait leur vie maintenant. Mais il était encore là en cas de coup dur et il le serait toujours.

- Tu as trouvé quelqu’un de bien qui se soucie de toi et qui ne laissera rien se mettre en travers de ton chemin. Y comprit toi-même, dit-il doucement. Elle a une très forte volonté et je pense qu’elle est ce qu’il te faut. Je suis content que tu l’ais rencontrée.

- Je pense comme toi, même si parfois elle joue avec le feu.

- Au moins tu ne t’ennuieras pas.

- Comme si c’était une chose possible avec moi, répliqua-elle avec un petit sourire.

- Non, je veux dire… si un jour tu décides de t’installer, elle saura rendre le quotidien piquant, suffisamment je pense, pour t’empêcher de regretter ce que tu auras quitté.

- Oh. Eh bien, tu as sûrement raison, mais… je n’ai aucune intention de laisser tomber mon métier et…ce n’est pas elle qui m’en empêchera, c’est mon apprentie et ce job lui plaît.

- Peut-être mais cela ne t’empêche pas de t’installer.

- Ça t’ennuie si on reprend cette conversation après que Sassem et son organisation auront été exterminé ?

- Pas du tout, fit-il avec un petit rire en se reculant enfin, mettant ainsi un terme à une scène haute en émotion.

Elle prit deux tasses de café et les emporta dans sa chambre. Elle posa celle de sa compagne sur la table de chevet près de sa tête et s’installa sur la chaise à bascule en bois qui était à côté. Elle sourit lorsqu’une main émergea de sous les draps pour attraper la tasse à l’aveuglette.

Alexia était physiquement incapable de résister à une tasse de café. Elle aimait ça comme d’autre aime l’amour, les bonbons ou le sexe. C’était son péché mignon et sa drogue et elle ne pouvait passer une journée sans en boire plusieurs litres. Souvent, Tia se disait que c’était pour ça qu’elle avait des idées bizarres.

- Allez feignasse, fit-elle en poussant le corps emmailloté dans les draps du bout de son pied nu, c’est l’heure de se lever.

Un grognement animal fut la seule réponse qu’elle obtint. Néanmoins, la tasse disparut sous les draps et réapparut, vide, quelques instants plus tard.

- Encore, grogna une voix caverneuse en agitant la tasse sous son nez.

Ti lâcha un petit rire en l’attrapant. Elle la posa sur la table de chevet et déclara :

- Si tu en veux plus, il va te falloir te bouger mon amour. Je suis ta compagne, pas ta boniche.

Alexia se redressa et s’assit en lui lançant un regard noir.

- Et alors ? grogna-elle, échevelée. Rien ne t’empêche de prendre soin de moi en me rendant de temps à autre un petit service.

Tia lui sourit puis avala une gorgée de son café.

- Je pense que le dernier service que je t’ai rendu, m’octroie au moins quelques semaines de tranquillité dans ce domaine, dit-elle tranquillement.

Alexia fit la moue mais ne protesta pas.

- Tu vas ma la balancer souvent celle-là hein ?

- Oh oui ! répondit joyeusement la mercenaire. Je ne vais pas te rater mon cœur, comme ça la prochaine fois que tu as l’idée saugrenue de m’organiser un rencard avec une de tes amies, tu y réfléchiras peut-être à deux fois.

- Tu ne crois pas que le fait que tu ais pu explorer son corps en détail et que je le sache est une punition suffisante ?

- Non.

Alexia soupira. Puis haussa les épaules et se leva. Elle attrapa sa tasse et se rendit dans la cuisine.

- Eh !

- Quoi ?! fit la jeune femme en se retournant énervée. Je vais me chercher du café, ça te pose un problème ?!

- Frédéric est dans la cuisine et si je suis sûre que te voir nue lui fera un chouette souvenir et une bonne blague à raconter, mais je ne suis pas certaine que se soit ton cas. Mais tu fais comme tu le sens.

Le sourire suffisant de son amie fit grimper en flèche son agacement autant que sa libido. Dieux, mais qu’est-ce qui clochait avec elle, pour aimer autant son arrogance ?! Elle fit demi-tour et attrapa un t-shirt à Tia. Elle le mit puis se retourna, la dévisagea et dut se mordre la lèvre pour réprimer son envie de lui sauter dessus. Elle tourna les talons et se précipita dans la cuisine.

 

**************************************

 

Alexia se baissa puis recula d’un pas tout en se redressant, évitant ainsi l’enchainement de coups de pieds de Tia. Elle bloqua d’un croisement de bras le poing de son amie et l’enlaçant fermement, elle tira d’un coup sec vers elle, amenant le corps de la mercenaire près d’elle tout en remontant son genou. A sa grande surprise, il atteint son objectif et frappa avec un bruit mat le ventre de son amie qui se plia en deux et émit un grognement étouffé.

Profitant de ce qui semblait être une expression de surprise sur le visage de sa compagne, Tia passa une jambe derrière les siennes, son bras toujours dans l’étau des mains d’Alexia elle poussa sur son torse et d’une torsion brève, fit basculer son apprentie qui atterrit avec rudesse sur le dos. Aussitôt, Tia la rejoignit au sol et d’une prise de lutte efficace, l’y bloqua.

Alexia frappa le sol du plat de la main et la mercenaire la libéra. Elle se redressa en soupirant et fixa un regard contrarié sur son maître.

- Tu n’as pas été assez attentive, la tança son amie.

- Je sais, c’est juste… j’ai été surprise d’avoir pu te toucher.

Tia sourit et leva deux doigts.

- Deux choses, mon cœur. Petit un, se laisser surprendre par une chose que l’on a réussi est le meilleurs moyen de perdre, comme tu as pu le constater. Si tu ne crois pas en ce que tu fais, pourquoi donc le faire ? Petit deux, c’était un fait exprès. Il faut parfois savoir prendre des coups pour arriver à ses fins.

- Tu… as fait exprès de me laisser de te frapper ?!

- Oui. Je voulais te donner une leçon et… ça a marché ! N’aies pas peur de prendre des coups. Evite-les pour ne pas te faire assommer et tuer, mais si en prendre un peut te permettre de placer un coup qui est susceptible de te faire gagner, alors n’hésite pas. Je voudrais que tu apprennes à encaisser et à dépasser la douleur. Il ne faut pas qu’elle te gêne, qu’elle détourne ton attention ou t’empêche de regarder devant toi.

La jeune femme acquiesça et soupira.

- Et tu proposes quoi ? Je te sers de punching-ball ?

Elle ne vit pas le choc dans ses yeux, à causes des lunettes qui ne la quittait plus, mais vit bien les traits de son visage se tendre.

- Excuse-moi, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je suis juste hyper vexée de m’être encore fait avoir.

- Je pourrais te laisser me toucher, mais je ne vois pas en quoi ça te ferait avancer, alors sois sympa et grandis un peu, déclara-t-elle durement avant de se remettre en position. Allez, on reprend.

Alexia craignait les entraînements, pas tant à cause des coups, quoi que…, mais surtout parce que sa petite amie disparaissait totalement et laissait sa place à un maître rude et exigent, qui n’admettait ni plainte, ni ronchonnement. Et si elle en comprenait l’utilité, le fait était que ça la faisait quelque peu flipper. Elle n’avait plus l’impression de savoir qui était en face d’elle et parfois… parfois elle lui faisait peur.

Elle lança son pied vers la tête de la grande femme et si Tia bloqua facilement le coup, elle la laissa enchaîner avec le kata apprit quelques mois plus tôt et qu’elle venait à peine de revoir. Elle vit arriver un poing près de son visage et sentit sa tête partir en arrière. Elle sentit le goût du sang et se redressa en clignant des yeux plusieurs fois.

- Repousse la douleur, entendit-elle. Imagine que ce n’est qu’un pincement que tu peux ignorer. Enferme-la à double tour derrière une porte blindée et continue.

Alexia fit comme le lui demandait son mentor. Si elle ne parvint pas à ignorer complètement la douleur, elle réussit quand même à se concentrer sur son adversaire et relança son attaque.

Après une heure de ce régime, Tia décréta une pause. Alexia s’effondra sur place et souffla comme un bœuf, en constatant avec une certaine rancœur, que ce n’était pas du tout le cas de son amie. Elle la fusilla du regard alors qu’elle lui tendait une bouteille d’eau en souriant.

- Pas trop mal pour une feignasse qui n’a rien fichu pendant plusieurs semaines.

Alexia souffla comme un cheval.

- Ça va la lèvre ? fit la mercenaire en essuyant le sang sur son menton.

- Ouais, répondit son amie maussade. J’le sens à peine ! railla-t-elle avec un nouveau regard furieux.

Tia fronça les sourcils et se remit sur ses pieds, un peu piquée.

- Tu ne devrais pas retourner voir un docteur, pour tes yeux ? lança son amie, autant pour changer d’humeur que parce qu’elle était un peu inquiète.

- Pas vraiment, fit la grande femme en croisant les bras sur sa poitrine. La doctoresse de l’île m’a dit que ça prendrait du temps et qu’il n’y avait que moi qui saurait quand je serais guérie.

- D’ac, mais je serais plus tranquille si tu voyais un médecin. Juste pour savoir si ta guérison se passe bien.

- Je vais bien Lex.

- Je sais mais… écoute, tu n’as plus une seule blessure au visage, tes côtes sont réparés et tes brûlures aux bras ont pratiquement disparues. Pourtant tu portes toujours ces lunettes 24h sur 24. Et… ça m’inquiète.

La mercenaire soupira.

- Si ça peut te rassurer. J’irai voir le médecin de Len, comme ça je m’assurerai qu’il va bien lui aussi.

- Ça me va. Mais je viens avec toi.

Tia la dévisagea, un sourire amusé accroché aux lèvres.

- T’es une vraie sangsue, tu sais ? Mais je crois bien que j’aime ça, fit-elle en se penchant langoureusement vers sa partenaire au sol.

Elle l’embrassa puis lui murmura à l’oreille.

- J’aime que tu prennes soin de moi, mais ne t’étonnes pas si j’ai un peu de mal à l’accepter parfois. Le manque d’habitude, sans doute.

Alexia hocha la tête sans se rappeler de quoi elles parlaient, regardant rêveusement le visage parfait de son amie.

- Puisqu’on est d’accord… on peut se remettre au boulot, fit-elle en se redressant d’un bond.

Alexia poussa un soupir à fendre l’âme et laissa sa petite amie passer du mode amoureux au mode combattante en un battement de cil.

 

*******************************

 

- Elle fait quoi maman comme travail, exactement ? interrogea Len en se tournant vers son père.

- Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

- Elle a rien dit, intervint Lara. C’est sa copine qui l’a fait. Mais elle a pas dit grand-chose. Juste qu’elles voyageaient pour aider les gens. Mais c’était pas très détaillé et je vois pas pourquoi elles ont besoin de faire ça, fit-elle en montrant de la main sa mère remettre sur pied sa compagne et prendre une position de combat, pour ce genre de travail. Alors c’est quoi ?

Frédéric dévisagea ses deux petits êtres confiés à ses soins par sa fille spirituelle. Ils lui ressemblaient et dégageaient la même détermination et la même intelligence.

- Interrogez votre mère, déclara-t-il finalement.

La petite fille le dévisagea, contrariée. Len par contre ne détachait pas ses yeux de sa mère. Sa façon de se mouvoir lui évoquait un couguar des montagnes. Il avait vu un documentaire la semaine dernière et sa mère bougeait exactement comme lui. Elle avait l’air dangereuse et il aimait ça.

- Maman ! cria-t-il soudain interrompant brièvement sa concentration. T’es la meilleure !

Là, elle se tourna vers lui et fit un signe accompagné d’un grand sourire. Alexia avait vu sa compagne s’arrêter brusquement dans ses mouvements et se tourner vers l’extérieur, mais emportée par son élan, elle ne parvint pas à stopper son mouvement et sa compagne prit son talon en pleine tête.

La mercenaire encaissa le coup, sans perdre son équilibre et se retourna vers elle avec ce qui semblait être un air furieux. Elle porta la main à sa tête puis se tourna vers ses enfants qui se tenaient près de la voiture, prêts à partir à l’école. Elle vit que son fils s’apprêtait à la rejoindre et s’empressa de le rassurer.

- Ça va, ne t’inquiète pas ! Elle tape comme une fillette.

Son fils interrompit sa marche et éclata de rire.

- Rejoint Frédéric, vous allez finir par être en retard à l’école, fit-elle en appuyant ses dires d’un signe de la main. On se voit se soir, ok ? Bonne journée mes deux amours, leur lança-t-elle alors qu’ils grimpaient dans le 4X4 noir de leur père.

- Je tape pas comme une fillette ! s’insurgea son amie en croisant les bras avec une moue.

- Peut-être pas, dit-elle avec un sourire, néanmoins tu boudes comme elle.

La mâchoire de sa compagne se décrocha et Tia secoua la tête en réprimant un nouveau sourire qui aurait achevé de la vexer.

- Allez viens, on arrête là pour ce matin. Mais cet après-midi, course et parcours d’obstacle !

- Génial ! Mais après la visite chez le doc ok ?

- Oui m’dame ! fit-elle en portant la main à son front comme un marin.

- Et ta tête ça va ?

- T’en fais pas, je l’ai à peine senti !

- C’est ça fait ta maligne !

- Je ne fais pas ma maligne, je te signale que ton coup n’as même pas délogé mes lunettes de mon nez, alors tu m’excuseras, mais pour la force faudra repasser, mon amour.

- J’ai retenu ma force ! déclara la jeune femme de mauvaise foi.

- Bien sûr, c’est évident, fit-elle en levant un sourcil hautain. Un petit-déj ?

Alexia plissa les yeux, puis décida de laisser passer l’insulte sous-jacente. Elle mourrait de faim.

 

********************************

 

Après le déjeuner, Tia consulta ses messages. Alexia regarda par-dessus son épaule en posant son menton sur sa tête et ses bras autour de son cou.

- Karl ?

- Hmm hmm. Il a fixé une date pour la réunion. Dans quatre jours à 3h de route d’ici dans un bâtiment désaffecté. Ça va être marrant, fit-elle désabusée. Linya t’a appelée ?

- Ouais, hier soir. Elle et ses recrues arriveront deux jours après ta réunion.

« Hmmm, pile pour la saint-valentin, songea la mercenaire. Comme ça même pas besoin de trouver une excuse pour l’emmener en ville. Merci Lin »

- Dis-moi, c’est quoi exactement le plan pour… Sassem ? hésita Alexia. Je me doute bien que les détails de l’attaque ne sont pas réglés, sinon tu n’aurais pas cette réunion, mais… tu dois le tuer non ?

- Bien sûr, répondit la mercenaire en fronçant les sourcils. Je pensais que tu n’avais rien contre ?

- Non, enfin… c’est vrai qu’après… ce que tu m’as appris sur lui, je ne vais pas pleurer sa mère mort ou, bref, tu sais ce que je regretterais dans sa mort ?

Tia secoua la tête.

- De ne pas pouvoir le tuer moi-même.

La grande femme écarquilla de grands yeux choqués. « Non… non pas ça ». Elle se redressa et se leva d’un bond, et prenant sa compagne par les deux bras, elle plongea ses yeux dans les siens avec une urgence fébrile.

- Tu ne dois pas, Lex… Ne deviens pas comme moi. La vie a de l’importance, c’est toi qui me l’a appris. Ne deviens pas comme moi.

- Tia, Tia calme-toi, fit-elle en posant une main contre le cœur de sa petite amie. Je ne… calme-toi ok ?

Tia prit une profonde inspiration et Alexia sentit les battements de son cœur affolé, retrouver un rythme normal.

- Ok. Tu… je ne trouve pas injuste qu’il soit tué, mais je trouve injuste qu’il ne soit pas encore puni et tu ne peux pas m’obliger à penser le contraire. Cela n’a rien avoir avec toi et tout avec ma conception de la justice sur terre. Alors respire, ça n’est pas ta mauvaise influence comme tu sembles le penser, j’aurais réagi de la même manière avant de te rencontrer. Je ne suis pas… une gentille petite fille, je ne l’ai jamais été. Une petite fille pourrie gâté tu te souviens ? Capricieuse, boudeuse et immature ?

- Tu te trompe. Je veux dire, ok tu étais comme ça, mais pas seulement. La générosité, l’écoute, la compassion… tout ça a toujours été en toi. Tu étais bien meilleure que tu ne semble le penser.

- Peut-être… mais ça c’est une autre discussion, déclara-t-elle avec un sourire. Et ne me demande pas de ne pas devenir comme toi… c’est ce dont je rêve. Pas ta réplique exacte, mais te ressembler, ça oui… je le veux. C’est même pour ça que je suis là, tu te rappelle ? Tu dois m’apprendre ce que tu sais.

- En tant que mercenaire oui. Pas en tant que personne. Ne me ressemble pas en tant que personne.

- Et pourquoi ça ? Nom de dieu Ti, tu as si mauvaise opinion de toi-même ! Mais il n’y a que toi pour ça ! Tu es une personne formidable ! Courageuse, aimante, attentionnée… tu es mon modèle et pas seulement le mien, Lizzie, Len… tous ont vu en toi quelque chose de beau… j’aimerais tellement que tu te vois comme on te voit…

- Et c’est toi qui me dis ça ? répliqua la grande femme avec un sourire triste.

Elles échangèrent un regard plein de regret et de douleur. Finalement, Tia lâcha les bras de sa compagne et soupira.

- Ça ne marchera pas. On est trop…

Le cœur d’Alexia se glaça et elle tendit une main instinctive vers celle de la mercenaire qu’elle serra avec une force désespérée.

- Ok, la coupa-t-elle. Et si je te demandais de ne pas tuer Sassem ? fit-elle dans une tentative désespérée de changer de sujet avant que des mots sur lesquels aucune d’elles deux ne pourrait revenir soient dit.

- Pourquoi je ne le ferais pas ? demanda la grande femme en fronçant les sourcils, intriguée.

Heureuse que sa diversion ait marché, Alexia réfléchit à sa réponse et comprit en la trouvant que le sujet n’était peut-être pas si anodin et lancé au hasard que ça. Elle inspira pour se donner du courage et répondre honnêtement.

- Parce qu’à chaque fois qu’un homme t’a posé un problème… tu l’as tué.

- Que… quoi ?!

- Pedro, le chef de ta première milice… et maintenant Sassem.

La colère flamba dans les yeux de sa compagne.

- C’était des accidents ! Je n’avais pas prévu la mort, ni de Pedro ni de ce connard de chef ! Ça n’était pas prémédité ! Bordel, j’arrive pas à croire que tu me dises ça… après tout ce que je t’ai confié...

Alexia se mordit la lèvre.

- Je ne dis pas ça pour te faire du mal, fit-elle en levant une main vers sa joue alors que Tia se dérobait et reculait de quelques pas. Mais Tia… réfléchis… ce que je dis est vrai. Tu as tué tout les hommes qui t’ont fait du mal. Je ne veux pas que ça devienne une habitude. Pas que leur mort m’ennuie en quoi que se soit, j’ai des envies de meurtre à chaque fois que je pense à eux, mais… j’ai peur que ce qu’il y a de bon en toi… d’aimant… disparaisse avec eux.

- Ça n’arrivera pas Lex. Ce qu’il y a de bon en moi, viens de toi. Tant que tu es là, je ne risque rien.

Les mots la touchèrent mais ne la convainquirent pas.

- Tu te trompes. Tu as toujours eu ça en toi. Tu crois que Frédéric aurait pu s’attacher à toi s’il n’avait pas vu quelque chose de bon en toi ? Ce n’est pas moi qui t’ai rendu bonne. Je t’ai seulement convaincue de le montrer aux autres. Si tu as pu t’accrocher, vaincre toutes ces épreuves que la vie a placé sur ton chemin, c’est parce qu’il y a un très fort espoir en toi. Et l’espoir naît de l’amour et non de la haine.

Tia soupira et laissa retomber ses épaules, vaincues.

- Lex… je ne peux pas épargner Sassem. Cette opération existe parce que les moyens légaux ne serviraient à rien. On ne peut pas l’arrêter, il fait disparaître les preuves dès qu’elles existent et quand bien même ce serait possible… cela ne détruirait pas l’organisation. Il nommerait un régent extérieur et continuerait de tout diriger de sa prison. Sassem n’est pas seulement mon problème. Il est dangereux pour moi, c’est vrai. Mais aussi pour toi, pour les jumeaux et pour le reste du monde. Quelque part, il est pire qu’Hitler. Lui au moins ne se cachait pas. Il ne s’agit pas de le tuer pour se venger, même si je ne nie pas que j’en ai envie et qu’il y aura un peu de ça, mais pour protéger les innocents qui existent encore dans ce monde. Il est comme un cancer qui se répand doucement, insidieusement à travers le monde. Si on veut lui donner une chance, il faut retirer l’origine du mal… et peut-être qu’ainsi, le monde pourra se réparer de lui-même. Pour Pedro et le chef de ma première milice… je ne peux pas dire qu’au bout d’un moment je n’aurais pas décidé consciemment de les tuer. Parce que se serait faux. Cet accident est une chance en fait, ça m’épargne le fait d’avoir tué aussi jeune avec sang-froid. Je ne crois pas que j’aurais été la même si ça avait été le cas. Et ne me dis pas que j’aurais pu les dénoncer, déclara-t-elle brusquement. Il aurait déjà fallu que je puisse m’enfuir. Et tout comme pour Sassem, à quoi cela aurait-il servi ? Dans un monde dominé par la corruption, on ne m’aurait même pas entendu. La prison, les dénonciations… ça c’est bon pour les mondes dominés par les gens bons. Et Lex, notre monde n’en est pas un. Pour y parvenir, il faut éliminer les gens comme eux pour laisser une chance aux gentils de pouvoir apparaître et laisser une influence durable. Tuer Sassem est une nécessité si on veut que notre monde ait un avenir. Tu sais que c’est vrai.

- Mais pourquoi faut-il que se soit toi ? murmura-t-elle douloureusement.

- Parce que, répondit la grande femme en se rapprochant de sa compagne et en lui relevant le menton pour que leurs regards se croisent, je le connais mieux que personne, parce qu’il est entraîné et que même avec des dizaines de descriptions, les meilleurs combattants n’arriveront pas à saisir sa sauvagerie, sa violence et sa force. Mais surtout, parce qu’il ne laissera personne l’approcher à part moi.

Tia relâcha son menton et l’attira dans ses bras.

- Il m’aime Lex, murmura-t-elle à son oreille, du moins croit-il que c’est de l’amour. Je l’obsède, jour et nuit et je me suis arrangée au fil des années pour que jamais il ne m’oublie.

- Comment ça ? s’inquiéta sa compagne en rejetant la tête en arrière pour la regarder dans les yeux.

- A chaque fois que j’ai saboté un de ses plans, je lui ais laissé un mot où je lui disais à quel point face à moi il était pathétique et où je lui décrivais avec force détails ce que je lui ferai quand je déciderai de lui mettre la main dessus. J’ai à chaque fois, laissé entendre que c’était moi qui maîtrisais le jeu. A l’heure actuelle et après nos deux confrontations, il doit être fou de rage et rêver d’une confrontation où il me soumettra. Il m’attend Lex. Il me laissera l’approcher et ça me donnera une chance de le tuer.

Alexia resta un long moment silencieuse.

- Pourquoi n’emmènerais-tu pas une escouade avec toi ? tenta-t-elle encore.

- Parce que je ne le veux pas ?

Le regard noir et contrarié qui lui fut rendu la fit sourire.

- Ok. Surtout parce qu’il s’y attend et qu’il aura prévu un comité d’accueil. Il y aura beaucoup de mort parmi eux et honnêtement, je sais que si je viens seule, il insistera pour que se soit un duel, à main nue, histoire d’asseoir son pouvoir sur moi. Les seules morts qu’il pourrait y avoir alors, serait la sienne ou la mienne. Une fois Sassem éliminé, ses troupes se rendront.

- L’éternelle adage du « coupe la tête et le corps tombera », soupira son amante.

- Oui. Mais dans notre cas, il faut aussi couper ses bras et ses jambes, sinon le corps bougera toujours. Et… je compte sur toi pour cela.

Alexia comprit parfaitement ce que voulait faire son amie.

- Pas question, dit-elle d’un ton sans réplique. Si tu affrontes Sassem, je serai là.

- Il t’utilisera contre moi, Lex.

- Pas si je me cache. Il ne sait pas combien nous sommes réellement liées. Il pense sûrement que je te suis ou bien que je suis une de tes milliers de conquête.

- Peut-être mais rien n’est moins sûr. Et le domaine où on se rencontrera, grouillera de soldats, tu risques d’être repérée, c’est trop risqué.

Le regard que lui lança Alexia était déterminé. Et Tia soupira encore.

- On peut remettre cette discussion ? Je ne me sens pas de taille pour ça maintenant.

- Bien sûr, mais je ne changerais pas d’avis.

- On verra…