REPRESSION (RETRIBUTION)

Ecrit par Susanne M. Beck (Sword'n'Quill)

 

Chapitre 8-2

 

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Peu de temps après que Bull fut sorti chercher ses affaires, Pop partit également, prétendument pour aller chercher de l’eau fraîche, des chiffons et du savon pour laver le sang qui couvrait le corps d’Ice, afin que Bull puisse soigner la plus grande partie de ses blessures.

Restée seule avec ma compagne, je montai avec prudence sur le grand lit puis m’allongeai près d’elle. Je tendis la main pour écarter une mèche de cheveux et la fis rouler entre mes doigts, tout en regardant son visage abîmé et figé. « Bonjour, mon cœur. C’est moi. » Je m’interrompis. « Et bien, je suppose que ça, tu le sais déjà, non ? Tu sembles toujours savoir quand je suis dans les parages et je ne pense pas que ce soit différent maintenant, n’est-ce pas ? »

Je m’interrompis puis me mis à rire doucement. « Oui, je raconte n’importe quoi. Comme d’hab’, hein ? » Je soupirai en reniflant pour ravaler mes larmes. « Tu m’as manqué, Ice. Je me sentais… je ne sais pas… morte à l’intérieur. Comme si quelqu’un avait pris mon âme et l’avait arrachée de mon corps. Et quand j’ai pensé que tu étais morte… »

Je laissai les larmes couler un instant avant de me ressaisir face à leur tentation séductrice. « Bon, ça suffit. Tu n’es pas morte. Tu es vivante et nous allons tous faire ce qu’il faut pour que tu le restes, d’accord ? »

Je souris alors, en imaginant le haussement de sourcil sardonique. « Oui, tu m’as bien entendue. ‘Nous’. Quand tu te réveilleras, je pense que tu auras une sacrée surprise, mon amour. Toi, la personne qui croit qu’elle est incapable d’être respectée et aimée, tu es aimée par beaucoup plus de gens que tu ne le penses. Tu ne croirais pas le nombre de gens qui se sont volontairement mis en danger pour retrouver les crétins qui t’ont kidnappée. » Je sentis mon sourire s’agrandir. « Tu serais fière d’eux, Ice. Dieu sait combien moi, je le suis. »

Tout ce que j’aurais pu ajouter fut interrompu par le retour de Bull, avec Pop sur ses talons. Il portait un grand sac à dos vert avec une croix rouge sur le devant.

« Un cadeau de l’Oncle Sam », dit-il en, souriant tout en levant le sac lorsqu’il me vit le fixer. « Je vous ai entendue parler. Elle s’est réveillée ? »

Je rougis un peu. « Non. Je… me parlais à moi-même, je pense. Je lui disais qu’elle m’avait manqué et des trucs comme ça. » Je haussai les épaules.

« C’est bien. »

« Bien ? »

Il posa le sac sur le lit et hocha la tête. « Oui. Où qu’elle soit, elle sait qu’elle est en sécurité. Mais c’est bien de le rappeler parfois. Surtout quand on est blessé. » Il sourit légèrement et posa doucement sa grande main sur son épaule. « Quoiqu’elle ait enduré, ça n’a pas été marrant. Elle a besoin d’entendre votre voix pour se souvenir que ça en valait la peine. »

« Vous pensez qu’elle peut m’entendre, alors ? »

« Oh oui. Même si elle ne répond pas pour l’instant, elle vous entend. J’en suis sûr. Alors ne vous arrêtez pas de parler pour moi. Ça ne peut que me faciliter le travail. » Il eut un sourire en coin. « Surtout si elle se réveille pendant que je m’occupe d’elle et qu’elle décide que ma figure gagnerait à être complètement refaite. »

Me souvenant de ce qu’elle avait fait au pauvre docteur qui avait tenté de lui enfoncer un tube par le nez quand elle semblait inconsciente, je ne pus m’empêcher de rire. « Alors je promets de faire de mon mieux pour que votre figure reste aussi avenante que maintenant. »

Oups ! Après une année passée, j’avais complètement oublié le béguin qu’il avait pour moi.

Le rougissement de Bull aurait pu mettre le feu au lac.

Et Pop se mit à rire, ce qui fit froncer les sourcils à Bull, puis tout redevint normal.

Ou du moins, aussi normal que ça devait l’être.

« Allez Tyler, on va la nettoyer un peu comme ça c’gars-là pourra faire c’qu’il est v’nu faire. »

Ce que nous fîmes, chacun de nous utilisant des serviettes et beaucoup de savon et d’eau pour s’occuper avec délicatesse de sa peau déchirée et gonflée. On allait doucement, au début, surtout moi qui essayais d’être la plus tendre possible, ne voulant pas infliger plus de douleur à ma compagne déjà horriblement blessée.

Mais quand Bull me dit – plutôt âprement je trouve – d’y mettre un peu plus de muscle, je me mis à la nettoyer plus à fond et, par nécessité, moins tendrement, en tressaillant à chaque fois que le tissu passait sur la rougeur irritée et gonflée qui entourait ses entailles comme une marque obscène.

Mais elle, elle ne tressaillait pas, et ne tiquait même pas. Pas même quand Bull utilisa son gant de toilette pour nettoyer les bords du trou de la balle dans sa cuisse, tentant de retirer le sang et la saleté incrustés qui l’avaient infecté.

Je levai les yeux vers lui, certaine que mon expression d’inquiétude se voyait clairement sur mon visage.

Après un moment, il jeta le chiffon sale sur le sol et vint à la tête de lit en apportant une petite lampe de poche qu’il avait dénichée dans les profondeurs de son sac à dos de l’armée. Utilisant ses mains énormes avec douceur, il palpa le crâne d’Ice sous la masse épaisse et emmêlée de ses cheveux, et il fronça une ou deux fois les sourcils.

Puis il souleva chaque paupière flasque tour à tour et fit passer le rayon de sa lampe sur ses yeux plusieurs fois avant de les refermer et de ranger la lampe avec le reste de ses affaires.

« Et bien ? » Demanda Pop avant que je puisse énoncer la même question.

« Elle a plusieurs bosses de bonne taille sur le côté droit de la tête et sa pupille gauche est un peu léthargique, alors je présume qu’elle a une bonne commotion cérébrale par-dessus le marché. » Il se tourna pour me regarder. « Est-ce qu’elle avait l’air d’aller bien quand elle vous a parlé ? »

Je réfléchis un moment. « Et bien, elle ne semblait pas reconnaître Pop au début, mais bon, il pointait une arme sur elle, alors je suis sûre qu’on peut probablement l’excuser sur ce coup-là. Et, pendant un instant, je ne pense pas qu’elle m’ait reconnue non plus, mais quand je l’ai appelée, elle a baissé son arme et elle est venue vers moi. » Je fermai les yeux pour me souvenir. « Elle m’a dit qu’elle les avait tous tués et qu’ils ne me feraient plus jamais de mal. Et ensuite elle s’est évanouie. »

Il hocha la tête. « C’est bon, alors. »

« Alors, c’est à cause de la commotion qu’elle ne réagit pas à la douleur ? »

« En partie. Ajoutez à ça une bonne dose d’épuisement et on a sûrement notre réponse. »

« Sûrement ? » Demanda Pop, ses sourcils broussailleux froncés bas sur ses yeux.

Bull écarta les mains. « Je suis désolé. C’est ma meilleure hypothèse. Il n’y a qu’un IRM qui nous dirait ça avec certitude, et comme les chances de la faire passer dans un de ces trucs sans être vu, sont plutôt minces… »

Les deux hommes se tournèrent vers moi et je sentis une fois de plus le poids du monde se poser sur mes épaules avec comme une intention de s’y installer un bon moment.

Instinctivement, je regardai vers Ice, à la recherche de réponses dans ce visage figé, abîmé et aimé. Q’est-ce que tu ferais à ma place, Ice ? Est-ce que tu ferais confiance à Bull, ou est-ce que tu voudrais être absolument sûre ?

Puis je ris doucement, attirant le regard de mes compagnons comme si une seconde tête m’était soudainement poussée, un peu sur la gauche de la première.

Je sais ce que tu ferais, mon amour. Tu m’emmènerais à l’hôpital si vite que les pneus en saigneraient.

Je tendis une fois encore le doigt pour toucher une mèche de cheveux, désespérée d’y trouver une sorte de connexion avec elle. Une connexion qui ne soit ni froide, ni pâle, ni sanglante.

Mais tu n’es pas moi. Et pour autant que je déteste l’admettre, tu ne peux pas m’aider sur ce coup-là, n’est-ce pas ?

Je soupirai.

Alors soit je fais confiance à Bull et j’espère qu’il n’a pas tort, soit je t’emmène dans un hôpital pour être sûre et je prends le risque le plus garanti de te voir embarquée vers les Etats-Unis, enchaînée.

Cette vision précise, celle qui avait hanté mes cauchemars cette année passée, me vint à l’esprit, et soudain, la décision ne fut plus si difficile à prendre du tout.

Je levai alors les yeux vers les visages attentifs de mes amis, croisai leur regard sans ciller et sans hésitation. « Je vous fais confiance, Bull. Et je sais qu’Ice aussi. » Je souris. « Alors, que le spectacle commence et qu’on recolle les morceaux, ok ? »

Bull me sourit en retour et me donna une petite tape sur l’épaule avant de retourner à son sac, qu’il ouvrit pour commencer à en sortir une quantité stupéfiante de matériel médical, comme un magicien sort des dizaines de lapins de son chapeau-claque.

« Qu’est-ce que vous avez fait ? » Finis-je par demander alors que tout le matériel était étalé sur la table près du lit. « Cambriolé un hôpital ? »

« Nan. J’ai un ami au sud qui m’approvisionne. » Il hausa les épaules. « C’est pas grand-chose. »

« Et vous gardez tout ça dans votre camionnette ? »

Il se mit à rire. « Ben, quand on emmène un groupe de grands chasseurs blancs dans une ballade et qu’on passe une nuit ou deux à retirer une bordée de chevrotine du popotin de quelqu’un avec juste une pince à épiler et un briquet Zippo, on apprend vite que les Boy Scouts ont raison. » Il se mit alors debout. « Je vais m’laver les mains et ensuite on pourra commencer. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » Demandai-je.

Il sourit doucement. « Juste… lui tenir la main. C’est le meilleur remède pour elle en ce moment. »

Je hochai la tête.

Ça, je pouvais le faire.

*******

Quelques heures plus tard, tout était fini.

Ice était calmement allongée au centre de notre grand lit, donnant l’impression d’être incroyablement petite et incroyablement fragile sous les couches de bandages blanc éclatant qui l’emmaillotaient de la tête aux pieds.

Serpentant de dessous un tel bandage qui entourait son bras gauche, sortait un tube d’intraveineuse connecté à une poche transparente de liquide accrochée à un piquet improvisé, qui faisait habituellement office, aux jours meilleurs, de porte-manteaux.

Bull aseptisa une des intraveineuses et injecta une dose de morphine dans le tube, puis il jeta la seringue usagée et retira ses gants tachés de sang ; il grogna de satisfaction et étira son corps massif dans toutes les directions. « Ça devrait la garder inconsciente pendant un moment », dit-il en tordant sa nuque d’une telle façon qu’une vertèbre se remit en place en craquant.

« Est-ce qu’on peut faire quelque chose d’autre ? » Demandai-je depuis ma place près du lit. La douleur dans mes genoux me tuait, surtout celui qui était blessé mais je n’allais pas me plaindre.

« Nan. Le reste dépend d’elle. Donnez-lui du temps pour se reposer et commencer à guérir. Elle s’en sortira quand elle sera prête. »

Je me mis debout péniblement et boitai vers Bull avant de l’envelopper dans l’étreinte la plus serrée que je pus, je mis ma joue contre son large torse et m’accrochai à lui comme à ma vie. « Merci », dis-je, ma voix étouffée contre sa chemise. « Merci beaucoup. Je ne sais pas ce qu’on aurait fait sans vous, Bull. Vous lui avez sauvé la vie. Je ne l’oublierai jamais. Jamais. »

Il ne dit rien mais je pouvais sentir qu’il acceptait mes remerciements dans la façon dont il me serra à son tour avant de me soulever de terre et de me déposer sur le lit à côté de ma compagne. « Il est temps de jeter un coup d’œil à vos blessures », dit-il en souriant.

« Oh, non. Vraiment », objectai-je tandis qu’il attrapait la serviette qui, Dieu seul sait comment, entourait toujours ma jambe. « Je n’ai pas besoin de… »

« Chut. »

Et étonnamment, je me tus.

Je pris ma meilleure expression de femme bafouée et croisai les bras sur ma poitrine en le regardant découvrir ma jambe avec douceur pour dévoiler ma blessure. « C’est pas mauvais. Quelqu’un a plutôt fait un bon travail pour nettoyer ça. »

« C’était Tom », répondis-je. Puis je levai les yeux vers Pop qui était resté quasiment silencieux tandis que Bull s’occupait d’Ice, apportant de l’aide quand il fallait mais sans faire grand-chose d’autre, ses pensées semblant ailleurs. « En parlant de lui, où est-il ? »

« Je lui ai parlé il y a un petit moment. Il a dit qu’il n’arrivait pas à joindre Johnny sur

la CB

alors il partait voir ce qui se passait. »

Je me redressai. « Il y a un problème ? »

Pop haussa les épaules. « Nan. Ils étaient sûrement sortis des camionnettes pour aller étudier c’qu’ils avaient trouvé. »

« Mais ça fait un bon moment. Est-ce que quelqu’un n’aurait pas dû rappeler depuis ? »

Pop ne semblait pas particulièrement inquiet. « Faut leur donner du temps. Ça va aller. »

Je hochai la tête et regardai à nouveau Bull qui me fixait, une grande seringue dans la main et le genre de sourire que le Dr Frankenstein devait arborer juste avant de tirer la manette fatidique.

« Qu… ? »

« Oh, allez, Angel. C’est juste une petite aiguille », me taquina-t-il, sans merci.

« Petite pour vous, peut-être… »

« Très bien », répliqua-t-il, en bougeant comme s’il voulait mettre la seringue de côté, « mais les points de suture vont vous faire encore plus mal sans ça. »

« D-des p-points de suture ? »

J’entendis Pop glousser sur le côté et je lui lançai un regard furieux avant de retourner mon attention vers le grand type avec la grande aiguille. « Ça n’est pas si moche », contrai-je en pliant mon genou pour montrer que ça n’était pas si moche, et je faillis me couper la langue en deux quand un élancement de douleur monta jusqu’à l’aine. « Vous voyez ? » Dis-je à travers mes dents serrées.

Bull sourit. « Oh, je vois très bien, oui. » Il utilisa sa main libre pour me pousser l’épaule jusqu’à ce que mon dos soit contre la tête de lit. « Fermez les yeux et pensez à des choses gaies. C’est juste une petite piqûre. Vous ne sentirez rien. »

« Vous savez », dis-je quand ma mâchoire finit par se relâcher, « vous avez de la chance d’être armé, Bull, parce que je pourrais être tentée de faire une remarque méchante pour réfuter ce que vous venez de dire. » Puis je souris. « Ou le confirmer. »

Son visage prit une teinte blanche pendant un moment quand il intégra ma menace, puis il rougit à nouveau, un rouge profond de camion de pompiers. Pop toussa à l’arrière, sur le point de s’étouffer quand lui aussi comprit la blague.

Mon propre rire tranquille fut rapidement coupé quand je sentis une aiguille pointue glisser sous ma peau, suivie par une sensation de brûlure intense alors que le produit se propageait dans mes tissus. « Ouille », dis-je, en fronçant les sourcils.

« Ça vous apprendra », répliqua-t-il, impénitent. « Maintenant, restez tranquille une minute et donnez-lui une chance de faire son effet. »

Bien qu’extrêmement tentée de lâcher une bordée de jurons qui aurait fait friser sa barbe, je tins sagement ma langue, choisissant le silence comme la meilleure preuve de courage.

Du moins tant qu’il avait des objets pointus à portée de main.

Quelques minutes plus tard, il revint avec du matériel de suture en main, et presque avant que je m’en rende compte, je fixai une longue rangée de points bien soignés à l’endroit où une entaille ouverte se trouvait peu de temps avant. « Merci, Bull. Désolée de vous avoir causé du souci. »

Il sourit en retirant ses gants. « Ne vous inquiétez pas pour ça. Vous étiez bien plus cool qu’un chasseur pleurnichard avec le cul criblé de chevrotine, ça c’est sûr. » Puis il me regarda les yeux plissés. « Vous savez, ces cernes sous vos yeux vont pas tarder à réclamer leur dû. Quand c’est que vous avez dormi pour la dernière fois ? »

Embarrassée, je regardai mes mains, serrées entre mes cuisses. « Je… heu… ne me souviens pas. »

« C’est bien c’que j’pensais. Vous avez besoin de vous reposer. Alors allongez-vous près de Morgan et essayez de vous détendre. Je garderai un œil sur vous deux. »

« Vous aussi vous avez besoin de repos », répliquai-je, en notant les larges cernes sombres sous ses yeux.

« Ouais, mais moi je suis en un seul morceau. » Puis il sourit et je pus presque sentir une arrière-pensée qui montait. « En plus, je pense que Morgan dormira mieux si vous êtes près d’elle, non ? »

« Vous êtes un homme rusé, mon ami. »

Il haussa les épaules en riant. « Ça a marché, non ? »

« Oui. »

« Alors c’est bon. » Il me gratifia d’un clin d’œil. « Faites de beaux rêves. »

Ma liste de représailles venait de s’allonger officiellement.

*******

Quelques temps plus tard, je fus réveillée des profondeurs d’un sommeil de plomb dû à l’épuisement, par quelque chose que je ne reconnus pas tout de suite.

Puis ça revint et cette fois, je le reconnus rapidement.

Ice tressaillit, puis gémit, comme si elle avait mal.

Galvanisée, je m’écartai vivement, l’horreur me montant au visage lorsque je me rendis compte que, à un moment dans mon sommeil, j’avais inconsciemment adopté une de mes positions préférées, blottie sur le côté, ma tête sur son épaule, mon bras serré autour de sa taille et ma jambe valide posée négligemment sur les siennes.

« Oh mon Dieu, Ice. Je suis désolée ! Je ne me rendais pas compte que… »

« Angel… »

« Je sais. Je suis là. Je suis désolée, mon cœur… » Je tendis la main pour la toucher puis je me rendis compte que ses yeux, loin d’être ouverts et remplis de douleur, bougeaient incessamment sous ses paupières bien closes.

« Ice ? » Tout son visage était littéralement baigné d’une sueur épaisse.

« Angel ! ! Non ! »

Un long bras sortit brusquement de dessous les couvertures. Les tubes d’intraveineuse s’allongèrent, puis se libérèrent brutalement alors que le sang et le médicament éclaboussaient le lit. « Lâche-la, espèce de salopard ! »

« Ice ! Non ! » Je tendis la main et lui attrapai le bras mais elle se libéra sauvagement tandis qu’elle levait ses deux jambes et repoussait les couvertures.

« Lâche-la, Carmine… C’est ça, lâche-la, ou bien je t’arrache le cœur et je te le fais bouffer. »

« Ice... s’il te plaît.. » Je voulus tendre la main pour la toucher, l’assurer que j’étais vivante et pas en danger, mais il n’y avait pas un endroit de son corps où je pouvais le faire sans lui faire mal. Alors, je me rallongeai et mis mes lèvres le plus près possible de son oreille que je l’osais. « Ice je vais bien. Ça va. Carmine n’est pas là, mon cœur. Tu fais juste un mauvais rêve. C’est tout. Juste un cauchemar. »

« .. Angel ? »

« Oui, mon cœur. C’est moi. Tout va bien. Nous allons bien. Personne ne va nous faire du mal. Je te le promets. »

Et pendant un moment, elle resta absolument immobile, et je lâchai silencieusement un soupir de soulagement.

« Angel ! Nooooon ! »

Elle se raidit sous moi, puis commença à remuer violemment, comme si, dans les profondeurs de son délire fiévreux, elle était maintenue par des chaines faites de l’acier le plus résistant, et qu’elle essayait désespérément de s’en libérer.

Tandis que je la regardais, horrifiée, son visage se tordit dans une grimace de rage sombre et sous ses paupières serrées, un flot de larmes commença à couler.

« Ice », murmurai-je dans son oreille, faisant attention à ne pas être frappée par ses mains qui battaient l’air. « Calme-toi. Je vais bien. S’il te plait, calme-toi. » Je mis ma main sous sa poitrine pour tenter de la calmer, puis je la retirai vivement. Elle était rouge et collante de sang.

Je me forçai à rester calme face à cette nouvelle horreur, sachant que mon agitation pourrait aisément s’insinuer dans l’état fiévreux dans lequel se trouvait son esprit et rendre les choses pires qu’elles ne l’étaient déjà. Je levai la tête avec précautions et tentai de regarder par-dessus la rambarde pour entrevoir quiconque pourrait se trouver au rez-de-chaussée, tout en me demandant pourquoi ils n’avaient pas accouru en entendant les premiers cris de douleur d’Ice.

Elle se raidit, puis recommença à remuer dans tous les sens, ses bras et ses jambes sursautant tandis qu’elle grondait de fureur. Elle libéra un bras de ce qui le retenait dans son cauchemar et le balança avec force, ratant de près ma tête alors que je m’abaissais pour éviter son coup mortel.

Lorsqu’elle frappa à nouveau, je m’écartai d’un bond et me fis tomber par-dessus le lit avant de m’écraser sans grâce sur le sol dur. Je ramenai rapidement mes jambes sous moi et me relevai pour sauter à nouveau sur le lit, tout en appelant à l’aide.

Du sang frais apparaissait sous les bandages blancs, les tâches grandissant de plus en plus tandis qu’elle continuait à se débattre sur le lit.

Un bruit de bottes remplit la maison tandis que je continuais à tenter de calmer ma compagne sans la toucher, sachant que toute tentative pour la contraindre serait rapidement et rudement repoussée.

Puis je me retrouvai à nouveau dans les airs lorsque Tom me souleva du lit et me posa sur le sol derrière lui, avant d’attraper le bras agité d’Ice et de le clouer sur le lit. Pop fit de même avec l’autre bras, et John, le plus grand des hommes à part Bull, attrapa ses jambes.

Grognant et tentant de mordre comme un animal piégé, Ice faisait appel à toutes ses forces pour se défendre contre cette nouvelle menace, repoussant les mains qui la retenaient tandis que son corps se cabrait et se tordait violemment. Les hommes trébuchaient et juraient face à sa force immense avant de sauter à nouveau dans la mêlée, essayant de la maintenir assez longtemps pour que Bull, qui fouillait frénétiquement dans son sac magique, puisse faire quelque chose pour la calmer.

Bull en sortit une seringue déjà remplie et se mit entre Tom et la fenêtre. « Très bien, tenez-la. Il faut que je… merde ! »

La seringue vola près de ma tête, suivie par un Bull renversé en arrière et qui faillit me faire tomber lorsqu’il s’effondra sur moi, tout en faisant sauvagement mouliner ses bras pour garder l’équilibre.

« Tenez-la, bon sang ! Elle arrache tous ses points de suture ! »

« On fait de notre mieux ! Cette foutue bonne femme est plus forte qu’un ours ! »

« Angel ! ! ! »

Quelque chose dans le ton de sa voix fit vibrer une corde tout au fond de moi et je tentai désespérément de passer entre les corps serrés qui entouraient le lit. « Ice ! »

« Angel ! ! ! »

Je vis sa main tendue et tremblante et je tentai de l’attraper, mais je fus repoussée hors du chemin par Bull qui tenait une autre seringue. J’essayai de passer près de lui mais il grogna tout en avançant sa hanche pour m’empêcher de m’approcher du lit, criant des ordres aux autres hommes qui luttaient. « Retournez-la, bon sang ! Il faut que je… »

Il fit un demi-pas en arrière pour éviter un coup et, voyant une opportunité, je me glissai dans l’espace laissé et me jetai sur le lit près de ma compagne qui remuait violemment. « Ça suffit ! » Criai-je. « Reculez ! Tout de suite ! »

Les quatre hommes me regardèrent, le choc peint sur leurs visages, mais, comme un seul homme, ils obéirent.

Puis je me tournai vers Ice, obtenant confirmation de ma supposition.

Elle était réveillée. Ses yeux étaient grands ouverts, remplis de douleur, et brillants de larmes. « Angel ? » Demanda-t-elle avec un ton de désolation si incroyablement triste que mon cœur se brisa sous son poids noirci et sans vie.

« Je suis là, ma chérie. Je suis là. »

Elle tendit à nouveau la main vers moi et retira ses doigts juste avant qu’ils ne touchent mon visage. « Je suis désolée. Je suis tellement, tellement désolée. J’ai essayé de te sauver. Je... »

« Ice ! » Tu m’as sauvée ! Je suis là ! Juste là ! »

Mais elle ne m’entendait pas. Elle continuait à parler comme si elle regardait un fantôme muet. « S’il te plait, Angel, pardonne-moi. Je n’ai pas pu… »

Ce fut alors que Bull, saisissant sans aucun doute l’opportunité du calme soudain d’Ice, passa près de moi, lui dénuda la hanche et plongea son aiguille dans sa peau bleuie, poussant rapidement le piston puis retirant l’aiguille avant de se reculer.

La colère brilla dans ses yeux, puis ils devinrent presque morts quand le médicament qu’il avait utilisé, coula dans son organisme affaibli. « … pas pu te sauver… », marmonna-t-elle tandis que ses yeux se fermaient enfin et que sa tête roulait sur le côté.

Je me tournai vers Bull, mes yeux brûlant aussi de colère. « Pourquoi vous avez fait ça ? » Protestai-je, sentant mes poings se refermer avec le désir de frapper. « Pourquoi ? ? ? »

« Il fallait qu’on l'endorme, Angel », dit-il d’un ton raisonné. « Il faut qu’on s’occupe de ces points de suture. »

« Espèce d’idiot ! Elle pense que je suis morte ! Et quand la drogue que vous lui avez injectée va perdre de son effet, comment vous pensez qu’elle va réagir ? Il n’y a plus rien pour elle maintenant ! Plus rien ! ! »

Ses yeux s’agrandirent quand il réalisa la situation. « Je suis désolé… Je ne… »

« Bien sûr que non ! Vous n’avez pas réfléchi ! Vous ne m’avez pas fait confiance ! Vous n’avez rien fait ! ! »

« Angel.. » Tom tenta de s’interposer, alors je retournai ma colère contre lui.

« Ce n’est pas un animal dangereux qu’il faut tranquilliser, Tom. C’est une femme qui pense que celle qu’elle aime est morte. Comment vous sentiriez-vous si c’était vous ? »

Incapable de soutenir mon regard, il regarda le lit sans répondre.

Je me tournai vers les autres. « Alors ? Et vous ? »

« T’as demandé de l’aide, Tyler », finit par dire Pop. « C’est pas comme si on avait déjà fait ça avant. Peut-être qu’on a fait une erreur, mais on était sincère. »

Je pus sentir la colère s’échapper de moi en entendant ses paroles. Je soupirai et desserrai les poings. « Je sais, Pop. J’aurais juste souhaité avoir plus de temps avec elle, c’est tout. J’aimerais… et bien, ça n’a plus d’importance maintenant. » Je me tournai vers Bull. « Je suis désolée de vous avoir crié dessus comme ça, Bull. Je sais que vous n’aviez pas le choix. »

Il sourit et mit la main sur mon épaule. « Vous bilez pas. La prochaine fois, je ferai confiance à votre instinct, ok ? »

« Espérons juste qu’il n’y aura pas de prochaine fois. » Je souris pour atténuer la rudesse de mes mots.

Il hocha la tête. « D’accord. Et si vous m’aidiez à enlever les bandages pour qu’on puisse regarder les dommages, hein ? »

« Ça me va. »

*******

Finalement, les dommages n’étaient pas si sévères qu’il semblait à première vue. Bien qu’elle ait arraché quelques points sur la longue entaille profonde sur son ventre, les autres blessures s’étaient juste un peu aggravées et avec quelques pressions, elles arrêtèrent de saigner relativement vite.

Sa fièvre restait le plus grand danger, montant si haut à certains moments, que Bull craignait qu’elle ne fasse une attaque. Nous la baignâmes avec de l’eau fraîche pour la maintenir du mieux que nous pûmes jusqu’à ce que les antibiotiques qu’il lui avait injectés fassent correctement leur travail.

Lorsque les choses se furent un peu calmées, j’eus enfin la présence d’esprit de me rendre compte de qui était venu à mon aide. Depuis le lit où j’étais près d’Ice, je regardai Tom et John, qui semblaient franchement peu à leur place maintenant que le danger immédiat était passé.

« Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? » Demandai-je.

John hocha la tête. « Ouais. On a trouvé la voiture. Ce qu’il en restait. »

Je me redressai sur mon séant, la main d’Ice serrée sur mes cuisses. « Où ? »

« A environ une cinquantaine de kilomètres au sud-est, en dehors d’une des routes forestières qu’on avait contrôlées. Moins à vol d’oiseau, bien sûr. Elle… a quitté la route pour percuter un arbre. Et plutôt vite. »

Je sentis le sang quitter mon visage tandis que je serrais plus fort la main inerte d’Ice. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

John regarda Tom et Pop avant de retourner son attention vers moi. « Le chauffeur est mort instantanément. Il… euh… avait un volant en travers de la poitrine. »

Mon estomac se retourna et je déglutis la bile qui menaçait de sortir. Sans vraiment savoir pourquoi, je lui fis signe de la tête de continuer.

John gratta sa barbe épaisse, puis soupira. « Le gars sur le siège du passager, pour autant que je puisse le dire, a volé à travers le pare-brise et percuté un arbre. Il est probablement mort vite aussi. »

« Et… les autres ? »

« Ils ont survécu. A l’accident, en tous cas. »

Alors que j’attendais qu’il continue, John regarda à nouveau son frère et Pop. Les trois hommes s’agitaient, ne voulant visiblement pas en dire plus sur le sujet. « S’il vous plait ? » Demandai-je. « Il faut que je sache. »

Pop s’avança et posa doucement la main sur mon épaule. « Tyler, les hommes qui ont fait du mal à Morgan sont morts. C’est mieux de s’en tenir à ça. »

Je le voulais. J’aurais probablement donné une fortune pour ne pas entendre ce qui allait venir. Mais à la fin, je ne pouvais simplement pas m’en tenir à ça comme Pop le demandait. Il fallait que je sache ce qui s’était passé. Ice, j’en étais certaine, ne me le raconterait jamais, et le trou que ça allait laisser, allait, j’en étais sûre, s’agrandir avec chaque jour qui passe. « S’il vous plait, dites-le moi. S’il vous plait. »

Des regards plus furtifs furent échangés avant que Tom ne décide, apparemment, de s’avancer et de prendre le taureau symbolique par les cornes. « C’était comme… » Il leva les mains, les paumes vers le haut, à la recherche des mots justes. « Comme si une meute de loups les avait attaqués ou un truc comme ça. C’était… » Il déglutit fortement, pâlissant visiblement. « Moche. »

« Moche comment ? » Ma voix était si douce que je fus surprise qu’on m’ait entendue.

« Moche. »

« Peut-être que des loups sont vraiment venus. Après, je veux dire. »

Tom et John secouèrent la tête. « Non », dit John. « Les cadavres ne perdent pas autant de sang. »

« Avant, alors ? » Demandai-je, déterminée à trouver une explication, autre que la plus évidente, que je n’étais pas prête à croire. « Peut-être qu’elle les a laissés pour mort, et qu’ensuite, quelque chose est venu et a fini le boulot ? »

Les deux hommes secouèrent à nouveau la tête. « Je suis désolée, Tyler », dit Tom, « mais ce n’est pas ce qui s’est passé. »

« Comment vous le savez ? »

« Parce qu’ils avaient des blessures par balles à la tête. Deux d’entre eux derrière l’oreille. Un à la tempe. Il portait les marques d’une attaque sauvage aussi, va savoir pourquoi. »

Oh, je connaissais la raison. Je la connaissais aussi bien que je savais qui avait été tué par une balle dans la tempe. »

Le même homme qui avait pointé son arme sur ma tempe.

« Carmine. »

« Quoi ? » Demanda Tom.

« Carmine. C’est celui qui a menacé de me tuer si Ice ne baissait pas son arme. »

Bull, qui avait écouté tranquillement, hocha la tête. « Ajouté au fait qu’il était son ami. Il l’a trahie. Elle n’a jamais aimé ça. Mettez tout ça dans une boule, ajoutez les crétins qui lui ont tiré dessus, et je suis surpris qu’elle en ait laissé assez pour que vous puissiez encore trouver quelque chose. »

La nausée qui menaçait depuis le début de la conversation, finit par m’atteindre. Mon estomac se serra, rudement, et je plongeai sur le côté du lit.

Bull réagit instantanément, me redressa et poussa un bassin vers ma bouche ouverte, celui qu’il avait utilisé pour nettoyer les blessures d’Ice. Il n’y avait pas vraiment grand-chose à vider dans mon estomac mais celui-ci ne semblait pas le réaliser. Je hoquetai et sanglotai, essayant désespérément de reprendre mon souffle tandis que la vision d’Ice et des hommes qu’elle avait tués, passait dans mon esprit dans un flot continuel, me donnant encore et encore des crampes d’estomac.

Lorsque mes muscles finirent, heureusement, par se détendre, je m’effondrai sur le lit, sentant à peine le chiffon frais que Bull utilisait pour me nettoyer le visage et le front. « Ça va ? » Demanda-t-il, en utilisant presque exactement le même ton de voix qu’Ice dans les situations similaires.

« Je n’en suis pas sûre », répondis-je aussi honnêtement que je le pus.

Et plus important, irais-je un jour mieux ?

Qu’Ice ait tué ces trois hommes n’était pas vraiment un problème pour moi.

Une fois, pendant la capture d’Ice et mes recherches pour la retrouver, j’avais fini par apprendre un secret profond, sombre et peu ragoûtant sur moi-même.

Et c’était que si je l’avais pu, je les aurais tous tués sans ciller pour me l’avoir prise si violemment.

Non, ce n’était pas le fait qu’elle ait tué.

C’était la manière dont elle avait tué.

Remarquant que Bull me fixait toujours, une main sur mon épaule, je me repris et me reculai un peu, redressant mes jambes douloureuses.

« Qu’est-ce qui se passe, Angel ? » Demanda-t-il d’une voix douce.

Je déglutis et réussis à produire un sourire. « Je… heu… j’ai besoin d’air, je pense. »

« Oh. » Il fronça légèrement les sourcils et se redressa de toute sa hauteur pour me regarder.

Je me forçai à sourire plus largement encore. « Franchement, Bull, je vais bien. C’est juste... vous savez… il faut que je sorte un peu d’ici. » Pour donner du crédit à mes paroles, je me glissai hors du lit pour me lever et m’étirer. « Je vais dehors. Près de l’eau. Vous m’appelez si elle se réveille ? »

Il me regarda et eut l’air de vouloir dire quelque chose mais après un moment, je vis ses épaules s’affaisser et il se contenta d’acquiescer de la tête.

« Génial. Merci. »

Alors que j’arrivai en bas de l’escalier, je vis Pop qui reposait le combiné. Je le regardais d’un air interrogateur.

Il sourit légèrement. « Ruby, » expliqua-t-il. « Corinne est sortante. Faut que j’aille les chercher pour les ramener à la maison. »

Le sourire qui me vint aux lèvres fut véritable cette fois. J’allais les accueillir toutes les deux les bras grands ouverts, surtout Corinne, dont je ressentais qu’elle devait avoir quelques-unes des réponses que je cherchais désespérément dans ma tête. « Merci, Pop. Ce sont de très bonnes nouvelles. »

« Ouaip. » Il plissa les yeux en me regardant. « T’es sûre que ça va aller, Tyler ? Tu m’as pas l’air d’aller trop bien là. »

Je sentis que je hochais la tête, mes lèvres formant le mensonge qui tomba si naturellement de ma bouche. « Je vais bien. Vraiment. J’ai juste besoin d’air pur, c’est tout. »

Le regard qu’il m’adressa me fit comprendre de manière très certaine qu’il ne croyait absolument pas mon mensonge. Mais après un instant, il haussa les épaules. « Fais c’que t’as à faire. »

Je hochai la tête. « Merci, Pop. »

*******

Je me retrouvai sur le petit ponton vert, sans vraiment savoir comment j’y étais arrivée, mais reconnaissante pour son calme frais, silencieux et dénué de toute question.

Ma tête était un véritable fouillis d’émotions conflictuelles, suivie de près par mon cœur.

Je m’assis sur le bois usé du ponton et fis traîner mon pied dans l’eau en regardant la lune montante jouer avec les vaguelettes remuées par la brise rafraichissante, tout en appuyant mon dos contre l’un des piliers qui retenaient le ponton à la plage et disparaissaient sous l’eau peu profonde et brillante.

Ice avait passé de longues journées d’hiver à tenter de m’apprendre les connaissances nécessaires à la méditation. Je fis appel à ces connaissances, écartant de mon esprit toutes pensées intrusives et me concentrant sur l’air qui entrait et quittait mes poumons, sans me rendre compte du moment où je m’endormis entre une inspiration et la suivante.

Je me retrouvai sur une route poussiéreuse loin au milieu de nulle part. Pour une raison que seul un rêve peut expliquer, j’étais vêtue d’un simple drap blanc, qui se tordait et ondulait sur mon corps en réponse au vent qui tournoyait dans la futaie où je me trouvais.

La nuit était claire et étoilée, des étoiles qui, alors que je les regardais, se mirent à tourner au-dessus de ma tête dans une valse majestueuse, au son d’une musique qu’elles seules percevaient.

Je tentai de tourner, de bouger, de regarder autour de moi, mais je semblai être enracinée. Dans un sol qui n’était ni chaud ni froid, ni mouillé ni sec, un sol qui se contentait d’exister.

Je regardai mes pieds et vis qu’ils étaient cachés, enveloppés dans une brume blanche et soyeuse qui montait du sol, et qui couvrait le sol de la forêt comme sortie d’un conte de fées.

Bien que j’eusse peut-être dû, je ne ressentais aucune peur. Juste un sentiment d’anticipation, sachant que mon esprit m’avait amenée ici pour une bonne raison, et sachant aussi que je n’étais plus très loin de connaître cette raison.

Ma rêverie fut brisée par des faisceaux jumeaux de lumière brillante qui traversèrent le vallon forestier embrumé comme un chevalier blanc sur un étalon lancé en pleine course. Tandis que je continuais à regarder – n’ayant pas d’autre choix, pourrais-je ajouter – les faisceaux fusionnèrent pour devenir les phares d’une voiture en approche. Une voiture qui descendait, à très grande vitesse, la route sur laquelle j’étais précisément enracinée, incapable de m’écarter de sa course.

J’ouvris grand la bouche dans un cri silencieux tandis que mes jambes ignoraient les messages désespérés que mon cerveau leur envoyait.

A la toute dernière seconde, la voiture bifurqua brusquement sur la gauche et se dirigea vers un petit talus puis dans la forêt même, où elle fut stoppée, soudainement, violemment, dans un hurlement de métal arraché et de verre brisé, par le tronc massif d’un très vieux et très solide arbre qui tressaillit à peine sous l’impact énorme.

Puis la forêt redevint silencieuse.

Je regardai avec horreur, sachant que personne ne pouvait avoir survécu à la violence de l’accident. Et pourtant, il fallait que je coure pour m’en assurer, mais mes pieds envoûtés restaient figés dans le sol, refusant même les ordres les plus puissants.

Puis, à mon grand étonnement, une des portières arrière s’ouvrit, et une silhouette couverte de sang en sortit en trébuchant, s’effondra sur le sol en grognant et il – je pouvais assurément dire que c’était un homme – se tint la tête à deux mains tout en balançant son corps massif de gauche à droite de douleur.

Un second homme suivit le premier. Celui-là réussit tant bien que mal à rester debout, bien que son visage ne fût qu’un masque effrayant de sang, qui coulait en abondance de l’entaille ouverte qui allait de son front à son nez.

Puis une troisième silhouette émergea et je la reconnus facilement et immédiatement, bien qu’elle fût meurtrie, blessée et aussi ensanglantée que ses deux prédécesseurs.

« Ice ! » Criai-je, mon cœur battant rapidement dans ma poitrine.

Mais elle ne m’entendait pas. Elle ne leva même pas la tête dans ma direction alors qu’elle enjambait le corps du premier homme, percutant presque le second ce faisant.

Tandis que j’observais, elle regarda l’homme qu’elle avait failli percuter, une brève lueur de colère dans ses yeux clairs. Puis celle-ci mourut brusquement et elle le repoussa pour passer, se dirigeant, dans une démarche vacillante, vers la route où je me tenais, ses lèvres bougeant dans une litanie silencieuse, et j’aurais payé une fortune pour l’entendre.

Ce fut alors que le troisième homme sortit de l’épave et celui-là aussi je le reconnus tout de suite, ayant eu une rencontre très personnelle avec lui quelques jours avant, quand son arme était pressée contre ma tempe.

« Carmine », lâchai-je d’un air dégoûté. Je sentis mes lèvres se tordre de dégoût alors que je le regardais brosser nonchalamment le verre brisé de son costume toujours impeccable, comme s’il n’en avait rien à faire.

Il sourit légèrement d’un air narquois et tendit la main dans son dos. Quand il ramena sa main, elle tenait la même arme que celle qu’il avait mise contre ma tête. Avec une grâce négligente, il leva le canon et le pointa dans la direction d’Ice.

« Ice ! » Hurlai-je, en secouant tout mon corps pour tenter de bouger. « Ice ! Baisse-toi ! ! ! »

Mais bien entendu, elle ne m’entendait pas. Elle continuait à marcher vers la route, portant occasionnellement sa main sur sa nuque, là où la crosse d’un pistolet l’avait frappée et rendue inconsciente, une expression presque distraite sur le visage.

« Ice ! S’il te plait ! ! ! Baisse-toi ! ! ! »

Presque comme si elle m’avait entendue, elle se retourna, mais il était trop tard.

Le coup de feu résonna dans la forêt.

Ice tomba à genoux, ses mains couvrant instinctivement la blessure juste au-dessus de sa hanche.

Carmine baissa son arme et avança lentement vers Ice tandis que derrière, ses deux sbires réussissaient à oublier leurs blessures et à venir près de leur chef, un de chaque côté, comme des presse-livres ensanglantés.

Il avança jusqu’à ce qu’il se tienne devant sa silhouette agenouillée, son revolver toujours au bout de son bras ballant. « M. Cavallo voulait qu’on te ramène pour qu’il puisse finir le travail lui-même. »

« Il n’a même pas les tripes de finir de dîner », répliqua Ice, sa voix railleuse et froide.

Carmine pencha la tête – pour acquiescer, je pense – Avant d’empêcher un de ses sbires de frapper Ice du dos de la main pour son insolence. Puis il continua, de son ton égal et calme. « Puisque cela semble maintenant impossible, je n’ai vraiment pas d’autre choix que de mettre fin à tout ça ici. »

Il tendit sa main libre et, presque avec douceur, il prit le menton d’Ice.

Elle le repoussa d’un mouvement de la tête, les dagues sorties de ses yeux le traversant, les dents dénudées dans un feulement de pur défi.

Il pencha à nouveau la tête, puis retira sa main. « Je dirais bien que je suis désolé, mais à cet instant, je ne pense pas que tu me croies. »

« T’as bien raison. »

« Tu veux faire passer un message ? »

Je la regardai, affolée, secouer à nouveau la tête. Une seconde plus tard, une boule luisante de crachat coulait des yeux de Carmine.

Une fois encore, il empêcha ses acolytes de le venger, puis il tendit nonchalamment la main et essuya le cadeau d’Ice avec un petit sourire hautain, en secouant la tête. « Au revoir, Morgan. Malgré la situation, ça a été un honneur de te connaître. »

Puis lentement et avec mesure, il leva le pistolet jusqu’à ce que le canon soit à vingt centimètres de son front.

« Non ! ! ! » Hurlai-je. « Ice ! ! ! »

Et à nouveau, ma prière ne fut pas entendue.

« Ce n’est qu’un rêve », murmurai-je pour moi-même, les larmes coulant à flots sur mon visage. « Juste un rêve. C’est tout. »

Pour me prouver que c’était vrai, je pinçai la peau tendre à l’intérieur de mon bras aussi fort que je pus.

La vision ne changea pas.

Je tendis la main et enfonçai deux doigts dans la peau gonflée de mon genou lacéré.

Une douleur aveuglante me traversa, suffisamment pour réveiller le cadavre le plus figé, sans pour autant me libérer de ce cauchemar.

Je clignai des yeux sur des larmes de douleur et d’affliction et faillis ne pas voir ce qui arriva ensuite.

Presque plus vite que l’œil pouvait suivre, le poing d’Ice partit directement dans l’aine de Carmine. Le pistolet fléchit puis tomba complètement lorsqu’il utilisa ses deux mains pour les porter à l’endroit du coup. Ses yeux étaient exorbités et, presque dans un ralenti, il tomba à genoux, la bouche ouverte dans un rictus de douleur insoutenable et silencieuse.

Je m’entendis hurler de joie tandis que les deux malfrats qui restaient, dans un geste d’empathie masculin universel, tressaillirent et tendirent les mains pour protéger leurs propres parties intimes.

Ce qui donna à Ice suffisamment de temps pour s’éloigner en roulant sur elle-même et se remettre debout avec plus ou moins d’équilibre.

« Attrapez-la ! » Dit Carmine en hoquetant, le visage d’une pâleur que je n’avais jamais vue auparavant.

Rassemblant le peu d’esprit qu’ils se partageaient, les deux sbires commencèrent à avancer d’un pas lourd vers ma compagne. Elle sourit puis leur fit signe d’approcher. Je voyais bien qu’elle testait la capacité de son côté blessé, tentant, j’imagine, de savoir s’il soutiendrait son poids si elle avait besoin de lancer un coup de pied.

Ils arrivèrent à portée en portant des coups droits violents qu’elle réussit à bloquer facilement, attrapant leurs poings dans chacune de ses mains avant de les faire reculer de plusieurs pas.

Malheureusement, le mouvement lui fit également perdre l’équilibre et quand elle mit tout son poids sur le côté blessé, sa jambe lâcha et elle tomba sur un genou, les dents serrées face à la douleur que je savais la transpercer. 

« Allez, Ice », murmurai-je. « Lève-toi, ma chérie. Ne les laisse pas te battre. »

Mettant de côté le peu de délicatesse qu’ils possédaient, les deux hommes se mirent en tête d’utiliser leurs corps massifs pour pousser ensemble Ice au sol, l’y clouer et commencer à faire pleuvoir les coups sur son corps sans protection.

Au début, elle se contenta de rester allongée sous le poids massif, les bras instinctivement levés pour protéger sa tête.

« Bats-toi, Ice ! » Criai-je, en me penchant pour chercher des pierres assez lourdes. « Bats-toi, bon sang ! »

Mais il n’y avait rien. Sous la brume, le sol était aussi lisse et ferme qu’un sol vernis.

Un des hommes, qui avait asséné un coup particulièrement violent sur la poitrine d’Ice, plaqua son corps lourd et charnu contre sa hanche blessée en riant. « Elle résiste pas beaucoup là, hein Tony ? »

« Pour sûr », acquiesça Tony en affichant le QI d’une trainée de bave de limace.

« Mais elle a de beaux seins », dit le premier en reluquant la poitrine d’Ice à travers la déchirure béante de sa chemise.

« Pas mal », dit Tony, en s’offrant à son tour un long regard appuyé. « Mais j’pense que j’préfère la blondinette. « Elle, c’t’un sacré morceau ! » Il mit ses mains en coupe devant lui pour illustrer ‘le morceau’ tandis que je regardais, les dents serrées.

« Oh ouais. J’prendrais bien un bout d’ce p’tit lot ! » En souriant, il regarda Ice, passant brutalement les doigts dans ses cheveux pour lui relever la tête. « Qu’esse t’en penses, la gouine ? Tu veux r’garder quand je baiserai ta petite amie à l’en faire se pâmer ? Que j’la f’rai hurler ? J’parie qu’elle aimerait un peu de viande mâle dans sa p’tite chatte goûtue, hein ? Peut-être d’abord dans sa bouche ? Pour lui enlever le goût d’la foufoune ? »

Et pendant que je regardais, le visage d’Ice, tout son corps, semblèrent changer devant mes yeux. Mon esprit galopant assimila le changement à un truc dans un film de loup-garou que j’avais vu quand j’étais jeune –avec Michal Landon, je crois.

Ses yeux, habituellement du bleu le plus clair, s’assombrirent jusqu’à en devenir presque noirs. Elle rougit, le visage rempli de rage, et les tendons de sa mâchoire et de sa nuque ressortaient comme dans un bas-relief. Je pouvais presque sentir l’énergie noire qui irradiait de son corps tandis que ses muscles tremblaient et sursautaient, et qu’elle se ramassait comme un félin prêt à bondir sur sa proie.

D’une simple poussée de ses hanches, elle réussit à désarçonner l’homme qui était sur elle, l’envoyant voltiger à plusieurs mètres en arrière pour atterrir sur un Carmine toujours haletant.

Puis elle roula sur elle-même et ce faisant, elle avança les deux mains pour saisir Tony par sa veste et l’envoyer au sol, où elle le cloua sous le poids de son corps. Elle se redressa, tendit les mains et attrapa sa tête, qu’elle commença à cogner sur le sol, encore et encore sans s’arrêter, avec des grognements gutturaux sortis du fond de sa poitrine.

Alors même qu’il était évident que Tony était bien au-delà de toute résistance, Ice continuait à cogner sa tête sur le sol, les mains couvertes du sang de l’homme, son visage et les restes de sa chemise couvertes de projections ensanglantées.

Les deux autres s’aidèrent mutuellement à se relever et vinrent péniblement et en boitant, au secours de leur compagnon. En les entendant, Ice se leva et tournoya, relâchant sa fureur aveugle sur eux d’une façon que je n’avais jamais vue auparavant – et que je priai avec force de ne jamais revoir.

Je tentai de me rappeler que tout ceci n’était qu’un rêve, probablement une tentative de mon esprit de fabriquer un scénario pour ce qui c’était réellement passé vu que je ne l’entendrais jamais de la bouche d’Ice.

J’essayai de hurler, de lui dire à elle, et aussi à mon esprit, d’arrêter, mais ma voix n’était qu’une minuscule chose insignifiante, perdue au milieu des bruits de fureur et de douleur qui emplissaient l’air à l’en saturer.

Je tentai de mettre les mains sur mes oreilles pour bloquer les sons, mais ils passaient clairement à travers.

Je tentai de fermer les yeux face à cette vision, mais on aurait dit que mes paupières étaient des vitres, me condamnant à rester silencieusement là tandis que mon esprit changeait la femme que j’aimais en animal.

Elle les battait au sang, les battait jusqu’à ce qu’ils tombent. Et lorsqu’ils tombaient, elle les relevait et les battait à nouveau. Et encore.

Et encore.

Bientôt, même les réserves d’Ice se tarirent et le combat commença à ressembler à un ballet sous l’eau.

Elle asséna un puissant direct du droit au visage du gorille et il tomba, le blanc de ses yeux seul visible. Quand Ice prit une seconde pour reprendre son souffle, en se penchant à la taille, les mains ensanglantées sur ses genoux, Carmine vint en trébuchant pour attraper le pistolet qu’il avait laissé tomber quand Ice l’avait frappé plus tôt.

Il se tourna et leva lentement l’arme comme si le pistolet était fait d’un acier extrêmement pesant, le canon tremblant violemment tandis qu’il le pointait dans la direction d’Ice.

En le voyant, elle se redressa et le fixa, sans aucune peur dans ses yeux assombris. « Pose ça, Carmine. C’est fini. »

« Oui, c’est fini », dit-il, la voix haut perchée et tremblotante. « Pour toi. »

« Même si tu me tues, Cavallo s’arrangera pour que tu soies un homme mort aussitôt que tu mettras le pied aux States. »

Carmine haussa les épaules. « Alors je n’y retournerai pas. »

« Alors pourquoi me tuer ? » Demanda Ice d’un ton raisonné, saisissant sa chance de faire quelques pas en avant pour se rapprocher de lui lorsqu’elle remarqua, tout comme moi, que le canon retombait légèrement.

« Parce que j’ai donné ma parole. »

« On peut revenir sur une promesse. »

« Pas celle-ci. » Le pistolet reprit une position plus ferme. « Au revoir, Morgan. »

Mon hurlement et le coup de feu résonnèrent simultanément.

Le sang gicla d’un trou nouvellement formé dans la cuisse d’Ice.

Mais cette fois, elle ne tomba pas.

Comme un robot insensible à la douleur, elle continua à avancer vers lui tandis qu’il écarquillait les yeux et qu’une terreur très réelle les envahissait. Il leva à nouveau le pistolet mais le seul bruit qui en jaillit fut le clic inutile de la gâchette.

Ice sourit. Un sourire terrible, horrible. « T’aurais dû accepter mon offre, Carmine. »

Un pas de plus. Deux. Trois.

D’autres clics résonnèrent tandis que Carmine continuait à appuyer sur la gâchette d’un pistolet visiblement vide ou enrayé. Saisi d’une pure panique, il leva l’arme encore une fois et, avec le peu de forces qu’il lui restait, il la jeta vers Ice, qui la repoussa d’un mouvement distrait et lent de la main en continuant son avancée lente et mesurée.

Avec un grognement inarticulé, Carmine partit sur la gauche et courut en trébuchant aussi vite qu’il le pouvait vers Tony, et il attrapa le pistolet dans le holster sur le dos de l’homme.

Ice fut sur lui avant même qu’il ne puisse penser à se retourner, ses mains attrapant son col et lui arrachant le pistolet.

Elle passa un bras autour du cou de Carmine et baissa l’arme pour donner le coup de grâce derrière l’oreille gauche de Tony, dont le visage était face au sol et qui gémissait.

Puis elle traîna Carmine avec elle tandis qu’elle allait vers l’autre brute, le tuant de la même façon alors qu’il tentait de lutter pour se remettre debout.

Elle traîna Carmine au centre de la clairière, puis le força à se mettre à genoux et s’agenouilla derrière lui.

Elle mit le pistolet sur sa tempe.

« Tu veux faire passer un message ? » Sa voix était remplie d’une sombre ironie.

« S’il te plait. Ne me tues pas. »

« Trop tard. » Son doigt se resserra sur la gâchette. « Au revoir, Carmine. Dis au diable que je le verrai bientôt, d’accord ? »

« Ice. Nooon », dis-je en gémissant.

Mais bien sûr, elle ne pouvait pas m’entendre.

Une demi-seconde plus tard, l’affaire était close.

Sans aucune émotion, elle repoussa son corps ballant, puis se releva et vacilla tandis que le pistolet pendait dans sa main ensanglantée.

Après qu’elle eut rassemblé ce qui lui restait de forces, elle revint vers la route et leva les yeux. Pendant une demi-seconde, je pensai qu’elle me voyait.

Elle écarquilla les yeux.

Puis elle trébucha et faillit tomber.

Elle serra les dents et recommença à avancer dans ma direction, comme attirée par ma présence comme un aimant par le fer.

Je tendis les bras vers elle, l’appelant à moi, même si, du plus profond de mon âme, je ressentais, pour la première fois, de la crainte face à cette femme qui était mon amante.

Elle traversa la distance entre nous dans une démarche engourdie, trainante, le sang coulant de ses nombreuses blessures, la tête baissée, le pistolet balançant sans but sur le côté.

Et alors, comme je suis certaine que ça ne peut arriver que dans un rêve, elle me traversa comme si je n’étais pas là du tout.

Et ce que je ressentis… Seigneur... ce que je ressentis quand elle traversa mon âme…

La Mort.

Un vide froid d’un noir profond et pourri.

Et au milieu de cette noirceur affreuse, la plus infime et vacillante des flammes, un souffle doux loin de la mort.

Une flamme qui portait mon image.

Et en la voyant, je hurlai.

Et je hurlai encore.

Et encore.

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Suivre et fin – Chapitre 9