Guerrière et Amazone

Vous trouverez ici des Fans Fictions francophones et des traductions tournant autour de la série Xena la Guerrière. Consultez la rubrique "Marche à suivre" sur la gauche pour mieux utiliser le site :O) Bonne lecture !!

17 octobre 2009

Sassem, partie 9

 

Chapitre 1 :

 

Tia était revenue la veille de sa dernière réunion d’avec les dirigeants, chefs d’agences et chefs d’unités. A cette occasion, elle avait revu Enyalios qui s’était fait une joie de pointer du doigt tout ce qui manquait encore à leur plan. Il l’avait tancée devant tout le monde pour son manque de rigueur.

Elle avait accepté la critique sans rien dire, se contentant d’un :

- Je vais y remédier.

 

Les dirigeants avaient alors posé un autre regard sur lui… et sur elle. En acceptant la critique sans tenter de se justifier elle avait acquis leur respect, c’était d’ailleurs pourquoi Enyalios s’était permis une remise en cause public. Avoir leur respect faciliterait toutes les demandes et les ordres qu’elle ne manquerait pas de devoir donner.

Quand à Enyalios, ils avaient fini par comprendre qu’il n’était pas qu’un excellent soldat, mais aussi un fin stratège à l’intelligence rusée. Tout ceci, avait semble-t-il, redonné confiance aux chefs. Et si leur moral était bon, celui des troupes sur le terrain aussi. Bref, la réunion avait été moins ennuyeuse et beaucoup plus utile que la précédente.

 

Le lendemain matin à son réveil, elle contempla sa compagne. Pour une fois, elle n’eut pas l’envie irrépressible de la supplier de lui pardonner. Elle repensa à la conversation qu'elles avaient eu pendant l’anniversaire des jumeaux. Peut-être que le lui avoir dit, l’expliquait ? Après tout, Lex lui avait dit que savoir qu’elle s’en voulait, avait apaisé la colère inexplicable qui la prenait parfois. Mais elle souhaitait toujours lui dire merci.

 

C’était quand même fou de ne pas savoir d’où tout cela venait. Mais comme elle le lui avait dit, se poser des questions ne changerait pas leur sentiment, alors autant ne pas le faire…

 

« C’est ça, on y croit… c’est dingue ce que tu peux être douée pour nier les choses que tu ne veux pas voir » songea-t-elle avec un brin d’ironie.

 

En même temps que pouvait-elle faire d’autre ? Elle n’avait pas du tout l’intention de voir un psy, et exception faite de ses réveils emplis de remords et de gratitude, ce que cela faisait naître en elle était bon… alors pourquoi s’en préoccuper ?

 

Elle posa les yeux sur Alexia. « Parce que ce n’est pas que du bonheur pour elle, peut-être ? » se dit-elle en sentant un remord monter en elle. Son égoïsme laissait sa compagne se débattre avec une forte peur et une colère qui ne lui appartenait apparemment pas.

Elle détourna le regard et se leva. Ses gestes étaient brusques à l’image de sa tension interne. Elle repoussa au loin cette nouvelle culpabilité et se rendit dans la cuisine préparer un café à sa marmotte préférée. Aujourd’hui, elles partaient. Et les adieux allaient être suffisamment longs et pénibles pour ne pas ajouter la pression du temps qui file à tout ça.

 

 

***************************************

 

 

Il avala une gorgée de son whisky en admirant la vue… et en surveillant les jardiniers dans leur besogne. Le jardin était à son image… ordonné, précis et grandiose. Cela faisait dix minutes qu’il était planté face à sa baie vitrée, essayant de diriger son esprit vers autre chose que son problème actuel.

 

Acceptant le fait que la vue n’était pas le bon remède, il mena son verre et lui-même à son bureau en chêne, spécialement créé pour lui. Il était truffé de caches et de tiroirs secrets. Il avait bien entendu un coffre-fort où il rangeait diverses choses précieuses, mais depuis l’effraction de She-wolf dans son complexe, l’année précédente, il avait été obligé de revoir tout son système de sécurité dans chaque bâtiment qu’il possédait.

 

De ce fait, ces caches étaient protégées par un code ou une serrure. Chaque protection était différente et c’était la même chose pour tout son système à travers le monde. Cela avait demandé un temps infini et beaucoup de travail et d’imagination, mais il ne pouvait se permettre d’être négligeant lorsqu’il s’agissait d’elle.

 

Ainsi, même si elle parvenait à nouveau à s’introduire dans une de ses propriétés, elle aurait bien du mal à découvrir un seul des codes ouvrant ses cachettes. En admettant même qu’elle les trouve. Alors toutes…

 

Ses secrets étaient en sécurité et cela l’emplissait de satisfaction.

 

Après avoir vérifié ses mails professionnels, il se résigna à prendre à bras le corps le problème qui le préoccupait. Elle, encore. Cela faisait maintenant un bon moment qu’il n’en avait plus entendu parler. Plusieurs mois en fait, et au lieu de s’en réjouir, en se disant qu’elle avait dû s’établir quelque part et qu’il devrait avoir ainsi plus de facilités à lui mettre la main dessus, comme il l’aurait fait pour n’importe qui d’autre, il s’inquiétait.

 

She-wolf n’était pas du genre à se terrer. Toutes les occasions étaient bonnes pour contrer ses actions et elle n’en manquait jamais une. Avant, tout du moins. Depuis L’Italie… elle était étonnamment discrète. Il avait été contrarié en apprenant son évasion, mais certainement pas surprit.

 

Aucune prison n’était capable de la retenir. Mais il avait espéré bénéficier de plus de temps. Il avait voulu la récupérer et avait été pris de court. Et il n’aimait pas être pris de court.

 

Il savait qu’elle était liée à cette gamine, la petite Stefanos. Il ne voyait pas tellement pourquoi, d’après ce qu’il avait appris, c’était une gosse de riche typique. Pourrie gâtée dès l’enfance, capricieuse, et habituée à donner des ordres. Il avait été très étonné de la surprendre dans son complexe.

 

Peut-être était-ce la perte de leurs mères à un jeune âge qui les avaient rapprochées ? Quoi qu’il en soit, il y avait quelque chose à utiliser. Il envoya donc un message à un des ses régents en Grèce. Il avait ordonné la surveillance de son père dès la seconde où il avait reconnu la fille.

Ainsi, il avait vu ses gardes du corps, tout aussi discrets que ses espions, se mettre en place autour de lui et le surveiller de loin. Sûrement une idée de She-wolf. Elle était si prévoyante… Mais si ses espions les avaient remarqués, la réciproque n’était pas vraie et dans ces conditions les contourner ne devrait pas être un problème.

 

Il décida de prendre les devant, si She-wolf mijotait quelque chose autant lui offrir une petite surprise… la prendre au dépourvu pourrait lui être salutaire, voire même, lui faire prendre l’avantage. Et comme il n’aimait pas être une proie, fusse celle de cette femme, il commanda l’enlèvement de Stefanos.

 

Faire pression sur la gamine, c’était faire pression sur She-wolf. Elle avait toujours été bien trop

sentimentale….

 

Il sourit aux différents plans qui germaient dans son esprit retors et qui tous, se terminaient par une She-wolf suppliante, couchée à ses pieds…

 

 

**********************************

 

 

Les adieux furent aussi difficiles que ce qu’avait craint Tia. Ses enfants ne voulaient pas accepter sa décision. Len se retrancha dans un silence hostile et Lara la supplia de rester. L’échange de leurs attitudes aurait pu être intéressant si elle n’en avait été la cible.

- Pourquoi tu dois partir ? gémit Lara.

- Je vous l’ai déjà expliqué, chérie, fit-elle en s’accroupissant devant elle. Je n’ai pas le choix.

- Mais c’est toi le chef, ça veut dire que tu peux faire ce que tu veux…

- Arrête tes caprices, déclara sèchement son frère. C’est pas ça qui va la faire rester.

- Len, soupira sa mère en passant une main sur sa joue qu’il repoussa.

Tia jeta un coup d’œil suppliant à sa compagne et celle-ci, bien qu’elle ne puisse distinguer ses yeux, comprit la demande. Elle s’agenouilla à son tour et leva les yeux sur les jumeaux. Les tournant fermement vers elle, elle les fixa tour à tour.

- Écoutez, on sait que vous préfèreriez que votre mère reste, mais ça n’est pas possible. Et si vous souhaitez réellement qu’elle revienne, elle doit se libérer de cet homme. Il a beaucoup de moyens et peut lui causer énormément d’ennuis. Si on ne saisit notre chance ici… vous ne la reverrez que pour de brefs séjours. Mais si tout se passe comme on l’espère… il y a de fortes chances pour que vous la revoyiez plus longtemps et plus souvent. Alors au lieu de l’affaiblir en lui faisant de la peine comme vous le faites en ce moment, donnez-lui vos forces. Rendez-la invincible. Et elle reviendra plus vite et en meilleur santé qu’elle ne l’a jamais été.

Les enfants la regardèrent avec de grands yeux. Alexia était gentille et drôle, elle ne leur avait jamais parlé avec dureté. Len hocha finalement la tête et Lara posa timidement une question.

- C’est vrai ? Vous reviendrez plus souvent ?

Len guetta sa réaction autant que sa sœur. Elle tourna la tête vers la mercenaire et ils firent de même.

- C’est vrai. Peut-être même qu’on pourrait… je ne sais pas… faire du ranch notre pied-à-terre. Entre deux missions, par exemple. Enfin, c’est une chose à laquelle on doit réfléchir, car elle implique certaines choses et… enfin bref, on pourra au moins l’envisager. Mais si… je ne vais pas m’occuper moi-même de… cet homme. Il y a de fortes chances que l’on n’ait même pas cette possibilité.

- Ok, on a compris, fit Len.

Il poussa un peu sa sœur et se planta en face de sa mère.

- Je suis désolé, lui dit-il gravement. On ne voulait pas te faire de la peine.

Elle leva la main et la posa sur sa tête avec un petit sourire.

- Ce n’est rien. C’est le propre des enfants, j’imagine.

- On va t’attendre, parce que comme le dit Alexia, t’es la meilleure, alors on sait que tu vas battre ce type.

Il lui prit la main et d’un air embarrassé se pencha vers elle.

- Je suis pas sûr que ça marche vraiment, mais… je sais que je veux que tu reviennes et… et je veux que tu sois invincible comme Hulk. Alors je te donne mes forces, chuchota-t-il.

Sur ce, il se redressa et fermant les yeux, enserra de ses deux mains, celle de sa mère. Après quelques secondes il les rouvrit et la regarda.

- Ça a marché ? demanda-t-il plein d’espoir.

Tia le dévisagea, une vague de tendresse puissante la balayant.

- Oui, fit-elle la gorge nouée sans le quitter des yeux. Oui, ça a marché.

Son sourire rayonnant lui réchauffa le cœur et il se tourna vers Alexia, fier de lui. Il laissa sa place à sa sœur et reprit sa place aux côtés de la compagne de sa mère. Celle-ci se leva et lui ébouriffa les cheveux.

- Bientôt tu pourras plus le faire, lui dit-il joyeusement, je suis presque à ta taille !

- Mais pas encore ! rétorqua-t-elle amusée.

Lorsque Lara eut terminé, Tia l’attira à elle et la serra très fort contre elle. Elle saisit la main de son fils et l’amena à elles. L’étreinte dura un moment, aucun d’eux ne voulant lâcher l’autre.

- Quoi qu’il arrive n’oubliez jamais que je vous ai toujours aimés.

Ils se séparèrent enfin et elle essuya leurs larmes doucement. Puis elle se releva et fixa son oncle. Ce grand homme fort qui lui ressemblait tant.

- J’aime bien tes yeux, dit-elle en souriant. Ils ont une chouette couleur.

Gin rit et la serra dans ses bras. Il aurait voulu lui dire des milliers de choses, mais toutes ou presque avait déjà été dites et le reste, elle le savait déjà.

- Fais attention à toi, lui dit-il avec force. Je n’ai pas envie de te perdre à nouveau.

Elle hocha la tête. La voix de Lara s’éleva alors.

- Alexia sera là, t’en fait pas oncle Gin. Elle va la protéger, pas vrai ? demanda-t-elle en se tournant vers elle.

Alexia acquiesça, surprise mais touchée de la confiance que Lara avait en elle. Elle aperçut le sourire de Tia et lança :

- Tu ne m’en crois pas capable ?

- Oh si ! Mais je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un en aurait envie. Pas de cette manière. Encore moins que ça me ferait plaisir.

Elles se sourirent puis Tia se tourna vers Lizzie à qui elle dit quelques mots en l’étreignant. La mercenaire se redressa et se tourna ensuite vers sa cousine qu’elle dévisagea. Elle leva un index et le posa sur le bout de son nez avec un sourire plein d’affection.

- Ne fais pas trop de bêtise en mon absence, p’tit chiot.

Une succession d’émotions défila alors sur le visage de sa cousine. De la stupéfaction, de l’espoir, de la joie et enfin de la nostalgie. Mais la joie domina et elle attrapa son index et serra sa main dans la sienne.

- Sinon mmm’a pourrait se fâcher hein ? lui répondit-elle avec un sourire plein de larmes.

Lorsqu’elle était bébé, elle suivait Tia partout. Sa mère était morte peu avant de la mettre au monde et elle avait fait un blocage sur sa cousine. A chaque fois qu’elle était dans les parages, elle attrapait un de ses vêtements et si Tia allait trop vite pour elle, elle se laissait traîner. Tia avait fini par la surnommer 'p’tit chiot'. Elle, elle l’appelait 'mmm’a', car elle la prenait pour sa mère. Tout ceci, c’était son père qui le lui avait raconté car elle était trop jeune à l’époque, elle avait un an, pour s’en souvenir.

- Mon premier souvenir joyeux… et tu es dedans. Ça en dit long sur les sentiments que j’avais pour toi.

Trinity se mordit la lèvre pour retenir son émotion. Puis, sa cousine l’attira doucement dans ses bras. Elle ferma les yeux et comprit que quelque chose avait définitivement changé entre elles. Et elle s’en réjouit.

 

******************************

 

Leur arrivée sur l’île les trouva fourbues. Le soleil se levait lorsqu’elles mirent enfin le pied sur la terre ferme.

- J’ai faim, fit la voix basse de la mercenaire.

- Et moi je suis fatiguée, renchérit Linya.

- Écoutez-moi ces deux petites natures ! se moqua Alexia.

- On n’est pas des petites natures ! protesta Linya, et pour te le prouver je vais aller de ce pas à mon bureau en ville !

- Et moi je vais aller voir Conception.

- Eh une seconde vous deux ! Sans vouloir vous ennuyer, vous sentez sévèrement mauvais, alors prenez au moins une douche !

- Oh, tu entends Ti, fit Linya avec une voix langoureuse en lui prenant le bras. Alexia veut qu’on prenne notre douche ensemble.

- Alors cela serait malpoli de notre part de décliner son souhait.

Elle se tourna vers la dirigeante avec un visage joyeux.

- Allons-y !

Et alors qu’Alexia les regardait partir bouché bée, elles se mirent à courir.

- Hey ! C’est pas ce que j’ai dit, lança-t-elle en leur courant après.

 

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Une heure plus tard, après une bataille d’eau qui avait dégénéré dans toute la maison en lancer d’éponges mousseuses, elles se mirent au nettoyage avec quelques grognements.

- J’aime bien les jeux, mais le nettoyage… grogna Alexia.

- Je pense que je vais engager une femme de ménage, acquiesça Linya.

Tia se redressa et les fixa tour à tour.

- Hey les feignasses ! Y’a des conséquences à tout, vous pouvez passer par-dessus et vous contenter de vous amusez !

- Pourquoi pas ?

- Parce que la vie n’est pas ainsi. Vous ne pouvez pas apprendre à faire face aux grosses conséquences si vous évitez les petites. Voyez les petites, comme l’eau et la mousse partout dans la maison, comme un entrainement pour le jour où une grosse vous tombera sur le coin de la figure.

- Je ne vois pas l’intérêt de s’entraîner, contra Linya.

- Vraiment ? Comment crois-tu que la force morale se développe ?

Linya la regarda d’un air désabusé puis soupira et s’accroupit pour ramasser une éponge.

- Ok, pas de femme de ménage.

- Je ne suis pas bien sûre que tu aies saisi l’intérêt, mais je n’ai pas tellement envie d’épiloguer là-dessus. J’ai trop envie d’un café.

A ces mots, la tête d’Alexia se releva vivement et son visage s’éclaira, arrachant un petit rire à sa compagne.

- Allez viens la droguée.

- Hey, si vous faites une pause, moi aussi ! décréta Linya en leur emboitant le pas.

Tia attrapa un bloc note et un stylo et les tendit à la dirigeante. Elles s’assirent autour de la table pendant que la mercenaire leur tournait le dos pour s’occuper du café.

- Tu peux me noter les noms des filles encore dispos s’il te plaît ? lança-t-elle par-dessus son épaule. Que se soit sur l’île ou dans les autres villages.

Linya hocha la tête

- Ça ne devrait pas être trop long j’en ai discuté avec Conception et les autres régentes dans l’avion, l’informa-t-elle.

Puis elle se mit au travail. Alexia la regarda faire un moment puis se leva pour récupérer tasses, cuillères et sucre.

- Crème pour moi, lui marmonna Linya en réfléchissant.

- Comme si je ne le savais pas depuis le temps ! répliqua son amie en levant un sourcil.

Elle prit la crème et le lait pour Tia et déposa le tout sur la table. Au même moment, sa compagne apporta le café et le servit. Elles sirotèrent leur boisson, perdues dans leurs pensées. Enfin, Linya eut terminé et poussa la feuille vers Tia. Celle-ci l’examina puis la donna à Lex.

- Coche celles dont tu penses qu’elles seraient un bon choix. On n’en prend que 8.

- 8 seulement ? s’étonna Linya.

- Oui. Elles vont rejoindre une unité qui était déjà prévue. J’ai juste besoin de quelques personnes sûres pour veiller sur cette jolie demoiselle et surveiller mes arrières. Pour le reste, l’unité s’en occupera.

Alexia hocha la tête tout en finissant son travail.

- C’est fait.

- Entoure maintenant celles que tu adores et rayes celles que tu détestes, dit son amie sans regarder ce qu’elle avait fait.

- Pourquoi tu lui demandes ça ? l’interrogea Linya.

- Pour mesurer l’influence que mes émotions ont sur ma capacité d’analyse, lui répondit la petite blonde penchée sur sa feuille. Tiens voilà, fini.

Tia récupéra la feuille et l’étudia.

- Pas mal. Y’a du progrès.

Alexia sourit fièrement. Elle avait accompagné Tia et Frédéric lors de leur visite des différentes unités, pour apprendre à détecter ce qui faisait d’une personne un bon soldat et/ou un bon chef. Elle avait fait pas mal de bourdes au début, mais les leçons données par les deux experts avaient apparemment porté leurs fruits !

- Au fait, Conception a appelé pendant que vous preniez votre… douche, dit-elle avec un sourire entendu. Genshenka veut te voir.

Tia leva deux sourcils étonnés et hocha la tête.

- Ok. Alors allons-y.

- Hepepepep ! la retint Alexia. Vous n’allez (vas) pas utiliser cette excuse pour me laisser finir de nettoyer !

 

**************************************

 

Linya avait emmené Tia dans un entrepôt à l’autre bout de l’île, qui servait de QG à la milice.

- Qu’est-ce qu’on fait ici ? Genshenka bosse à nouveau pour la milice ?

- Non. C’est juste là qu’on a installé la prison provisoire.

La grande femme fronça les sourcils. Linya le vit et expliqua :

- On fait construire une prison à côté, pour le cas où ce genre de choses se reproduiraient, mais on avait besoin d’un endroit solide et pas trop petit et le débarras qui se trouve ici est le seul qui corresponde à ces critères et qui n’a pas de fenêtre.

- Ok, mais je croyais que tu avais passé un accord avec le système judiciaire de Thessalie pour Jodie ? Et pourquoi tu m’emmènes la voir, ce n’est plus Genshenka qui le voulait ?

- Excuse-moi, je me rends compte que j’ai omis de te parler de certaines choses. Jodie a bien été transférée en Thessalie et je suis fière de t’apprendre que les accords que nous avons signés avec la Thessalie sont en train d’être négociés dans tous les autres territoires. Bien sûr tout le monde n’est pas d’accord, mais on a suffisamment de partisans pour finir par y arriver. Quand à Genshenka, nous l’avons mise ici, car elle a avoué savoir que Jodie tramait quelque chose. Le fait qu’elle n’en ait pas parlé fait d’elle une complice même indirectement et puis… je ne suis pas vraiment sûre qu’elle n’ait pas participé.

- Pourquoi tu ne la remets pas aux mains des agents de Thessalie, dans ce cas ?

- Parce qu’elle n’est pas Thessalienne et que le fait que nous n’avons pas de preuve autre que sa parole, va forcément poser des problèmes de juridiction. On veut être sûr de nous avant d’engager une bataille qui va nous coûter une partie du financement de l’organisation.

- Je vois. Tu veux que je l’interroge pas vrai ? fit la mercenaire avec un petit sourire.

- Oui.

- Ok. Tu sais ce qu’elle me veut sinon ?

- Pas la moindre idée.

Elle s’arrêta devant une porte verrouillée par un cadenas et à laquelle on avait ajouté une ouverture à hauteur des yeux. Deux femmes étaient assises non loin autour d’une table. Linya leur fit signe de rester assises et se tourna vers son amie.

- C’est là.

Tia hocha la tête et Linya déverrouilla la porte en criant à Genshenka de se reculer au fond de la pièce. Elle vérifia que celle-ci exécutait bien l’ordre avant de retirer le cadenas. La mercenaire entra et Linya referma la porte.

Elle vit alors arriver une Alexia furax.

- C’était très mature de vous faire la belle pendant que j’avais le dos tourné ! lança-t-elle agacée.

Linya regarda la porte maintenant verrouillée avec envie. Tia allait échapper au pire.

 

***************************

 

La pièce était exigüe mais suffisamment grande pour contenir un lit, une table et deux chaises. Genshenka et Tia ignorèrent les chaises et se tinrent l’une en face de l’autre, se jaugeant du regard. La grande femme sourit lorsqu’elle avisa la moue renfrognée de la rousse à la vue de ses lunettes.

Elle décela de la colère et de la rage mais aussi un certain remord et lorsqu’elle prit la parole, elle y vit une honte sincère.

- Je voulais te voir, commença la petite femme, parce que je veux participer à l’opération contre Sassem. Je sais que tu as besoin d’une garde personnelle, j’ai entendu Conception en parler.

Tia la toisa.

- Et pourquoi je te prendrais ?

- Parce que je regrette ce que j’ai fait. Parce que je crois en la philosophie Nazaréenne et que je veux me racheter. Si je veux à nouveau être digne des gens qui vivent sur cette île, je dois montrer qu’on peut me faire confiance et que… que je… j’ai changé.

- Vraiment ? fit la grande femme avec un air condescendant. Tu as changé ? Comme ça ?

- Ouais ! Enfin… je sais que je n’ai pas été très maligne et… mais je m’en suis rendue compte et… il faut que je me libère, souffla-t-elle sans la regarder.

- Continue.

- Je sais qu’il y aura des hommes là-bas. Et… il faut que je me réadapte à eux. Que je… je sais que je ne leur ferai pas confiance comme ça, mais… ça me semble une première étape acceptable, être au milieu d’eux… devoir leur obéir…

Enfin, la jeune femme leva les yeux sur elle et Tia y vit une envie sincère, un espoir de changement. Le désir honnête et brutal d’une nouvelle vie.

- Ok, accepta la mercenaire sans plus y réfléchir. Mais tu seras sous les ordres de Conception et si Alexia te donne un ordre, n’importe lequel, même s’il ne te plaît pas, tu l’exécutes dans la seconde. Et pour que tout soit bien clair, ton objectif principal est de la protéger. Si j’apprends que tu as fait quoi que se soit qui l’a mise en danger…

Sa voix se fit basse et menaçante et elle se pencha sur la prisonnière en laissant sa haine transparaître un peu.

- … le monde ne sera pas assez grand pour que tu puisses t’y cacher.

Genshenka écarquilla les yeux. Qu’est-ce qui avait bien pu lui faire croire qu’elle avait eu une chance contre elle ? Bon sang, cette femme était effrayante ! Elle déglutit et hocha la tête.

- Bien.

Tia lui tourna le dos et sortit. Elle vit qu’Alexia les avait enfin rejointes.

- Alors ? s’enquit Linya.

- C’est ok. Tu peux la laisser libre.

- Vraiment ?

- Vraiment. Oh, et tu peux la rajouter à la garde.

- Attends une seconde, intervint Alexia en la suivant, je ne lui fais pas confiance moi et c’est de ma vie qu’il s’agit.

- Justement. Tu devrais savoir qu’il n’y a rien de plus important pour moi que ta vie. Je pense qu’elle souhaite sincèrement se racheter et qu’on doit lui laisser une chance.

- Ok, mais pourquoi maintenant ? Cette opération est trop importante et dangereuse Tia !

- En effet, mais les choses arrivent rarement au bon moment, alors on doit faire avec. Si on veut être fixé sur elle, cette opération est le meilleur test possible.

- Tia, commença sa compagne exaspérée. Je...

- Lex, la coupa-elle en stoppant sa marche, si tu n’as pas confiance en elle, alors surveille-la. Si tu as le moindre doute sur elle pendant l’opé, alors vire-la. Mais laisse-lui au moins une chance. Elle veut revenir parmi les Nazaréennes et tu sais comme moi qu’elle ne parviendra pas à s’y intégrer vraiment si elle ne regagne pas leur confiance. Elle a aussi besoin de se mêler à des hommes, elle le reconnait elle-même. Cette opération est suffisamment loin des combats pour lui ôter un stress qui pourrait lui faire prendre la mauvaise décision mais suffisamment proche quand même pour qu’elle soit obligée de faire confiance à ceux qui seront sur place.

Alexia la fixa un moment puis soupira et haussa les épaules. Tia leva une main et la posa sur son épaule.

- Fais-moi confiance et surtout Lex… fais-toi confiance. Tu sais faire la différence entre ennemis et alliées, tu l’as toujours su.

 

Chapitre 2 :

 

Tia se réveilla, comme bien souvent, avec les premiers rayons du soleil. Elle fixa la lumière qui filtrait par les stores et lorsqu’elle dut plisser les yeux pour ne pas sentir la douleur, elle comprit qu’elle devait remettre ses lunettes. Au lieu de le faire, elle se tourna vers sa compagne et profita de la pénombre qu’il y avait encore de ce côté de la chambre.

Elle sourit à la vue de sa petite amie qui se trouvait tête et pieds inversés. Alexia avait la fâcheuse habitude de bouger pendant la nuit. La seule façon pour Tia de passer une bonne nuit était de plaquer la jeune femme contre elle et même ça, parfois, ne suffisait pas. De toute évidence, cette nuit avait été une de celle-là !

Sa compagne était tournée sur le côté et menaçait à tout instant de basculer sur le sol. C’était en fait un vrai miracle que ce ne soit pas encore le cas. Cela la faisait toujours rire quand un bruit sourd au milieu de la nuit, suivi d’un cri plaintif, la réveillait. Aujourd’hui la seule chose qui empêchait la petite blonde qui partageait sa couche, de tomber, était les draps, qui étaient si fortement entortillés autour d’elle et de ses jambes, qu’il était étonnant que le sang circule encore !

Elle tendit la main vers les dites jambes, au demeurant fort appétissantes, et entreprit de dénouer les draps. Elle fit cela avec lenteur et beaucoup de précaution, car elle ne voulait pas la réveiller.

Ces derniers temps, Tia faisait énormément de cauchemars et Alexia commençait à sérieusement manquer de sommeil. Bien sûr, elle ne se plaignait pas et ne lui en voulait nullement, mais la mercenaire commençait à s’inquiéter des cernes noirs qui se faisaient de plus en plus visibles.

Et même si son câlin du matin allait lui manquer elle prendrait sur elle, héroïquement. Évidemment, le manque de sommeil avait aussi un impact sur la grande femme mais, il était bien moindre. Elle avait reçu un entraînement ou plutôt un conditionnement à l’école. Les élèves étaient régulièrement privés de sommeil et tout était réuni pour les fatiguer le plus possible. Le dernier à s’endormir gagnait le droit de ne pas prendre de beigne. C’était bien simple, à chaque fois que l’un deux avait le malheur de fermer les yeux, un des gardes chargés de leur surveillance, le réveillait à coup de poings.

Plus tard, Enyalios l’avait encouragée à maintenir son endurance. Il disait que c’était un atout majeur que de pouvoir continuer à évaluer une situation avec lucidité et de pouvoir se battre malgré la fatigue. En cas de capture dans une zone hostile, cela pouvait aussi se révéler bénéfique. Etre insensible à ce genre de maltraitance était un bon point et donnait l’assurance à ses clients que jamais rien ne lui ferait révéler ses secrets et les leurs… sauf si elle le décidait.

Elle s’était donc délibérément privée de sommeil. Mais depuis qu’elle avait fait la connaissance de celle qui partageait désormais sa vie, elle devait s’avouer qu’elle avait un peu négligé cet aspect de son entraînement. Elle n’était en définitive pas si contrariée par ses cauchemars. Ils lui permettaient au moins de récupérer une part importante de ce qui faisait sa force et l’obligeaient à faire face à ses pires peurs, la préparant lentement mais sûrement, à sa rencontre avec son diable personnel.

Elle termina sa besogne et d’un léger mouvement des lèvres, déposa un baiser sur la peau lisse de son amante, appréciant leur texture douce, grâce à une lotion qu’Alexia mettait toujours après qu’elle se soit épilée.

Hier soir, sa compagne avait voulu lui faire une petite surprise et elle l’avait éloignée de la maison avec l’aide de Conception. Linya quant à elle, avait donné un coup de main à sa meilleure amie pour la préparer à leur petite soirée.

Lorsque Tia était revenue de son entraînement, elle avait trouvé le chalet empli de bougies au parfum de Lys, la fleur préférée de la grande femme. Alexia l’attendait appuyée sur le mur de la cuisine. Un déshabillé de soie vert émeraude et son bracelet de saint-valentin pour seul vêtement.

Tia avait retenu son souffle et s’était dirigée vers elle sans quitter son corps magnifique des yeux. La jeune femme l’avait empêché de la prendre dans ses bras d’un geste de la main. Elle lui avait désigné la table du salon et l’avait incitée à la suivre.

Alexia avait obligé son amie à déguster tout le repas en sachant pertinemment qu’elle ne portait rien en dessous de ce qu’elle voyait. Elle l’avait provoquée quasiment pendant tout le repas, montrant une jambe fuselée par-ci, un décolleté plongeant par-là…

La mercenaire avait dû faire appel à toute sa discipline pour ne pas envoyer valser couverts et nourriture et plaquer la tentatrice directement sur la table. Elle avait respiré profondément en se disant que l’attente en valait la peine.

Et lorsque le dessert était arrivé, elle avait conclu qu’effectivement le jeu en valait la chandelle. Alexia s’était présentée à elle et avait lentement, délicatement, repoussé ses bretelles de soie et avait laissé tomber le déshabillé à ses pieds. Elle s’était tenue là, immobile les yeux perdus dans les siens, éclairée uniquement par les bougies réparties un peu partout. Tia avait déglutit et s’était repue de ce spectacle extraordinaire. Enfin, son amie avait mis fin à son supplice en lui prenant la main pour la guider vers leur chambre, dont le chemin était balisé de pétales de roses de différentes couleurs.

Tia avait été stupéfiée, tant par le décor que par la créativité d’Alexia une fois dans la chambre. Elle avait été la victime consentante de toute ses fantaisies jusqu’à ce qu’enfin, épuisées, toute deux s’endorment.

Elle se leva et récupéra ses lunettes et quelques vêtements, puis elle se dirigea discrètement vers son bureau. Elle ouvrit son ordinateur, tapa son code personnel et le laissa charger ses données. Sans prendre la peine de revoir la stratégie de l’attaque comme elle le faisait chaque jour, elle se rendit directement sur sa messagerie professionnelle.

Elle lut les différents mails envoyés par les dirigeants et chefs d’agences. Ils seraient tous prêts d’ici 48h, mais ils étaient mécontents à l’idée de ne pas connaître à l’avance les plans tactiques et les lieux exactes qu’elle avait choisis d’attaquer. Tia ricana intérieurement. Si ces idiots ne comprenaient pas pourquoi elle prenait ces précautions, elle ne perdrait pas son temps à le leur expliquer.

Elle avait passé la semaine passée à préparer, en collaboration avec Enyalios, les fiches explicatives et schémas tactiques détaillés pour chacune des unités. Il n’y aurait qu’un exemplaire de chaque et elle ne les leur remettrait qu’au moment de son appel. Les soldats en prendraient connaissance pendant leur transport sur la zone d’attaque, en même temps qu’ils se pareraient de tout leur matériel.

Elle termina son petit tour d’horizon et cliqua sur l’icône d’écriture de courrier. Elle rédigea un mail à ses enfants où elle leur disait combien ils lui manquaient, puis en envoya un à Enyalios. Elle lui demandait de relayer, par l’intermédiaire de son réseau de contact personnel, un message pour Sassem.

Le temps qu’il lui parvienne et qu’elle reçoive la réponse, les 48h requises seraient écoulées et plus rien ne l’empêcherait de mettre fin au règne de terreur de cet homme.

Elle referma enfin son ordinateur et se tourna vers sa compagne, toujours profondément endormie et vit qu’elle était sur le point de basculer. En souriant, elle s’approcha d’elle et la repositionna doucement au centre du lit. Elle la recouvrit ensuite du drap qui avait glissé et laissa ses doigts passer sur les mèches blondes avec légèreté et affection.

Finalement, son estomac menaçant une rébellion bruyante, elle se résolut à sortir de la pièce pour rejoindre la cuisine. Elle y pénétra et vit que Linya s’y trouvait déjà. Elle avait les yeux fermés et les mains enroulées autour d’une tasse d’où s’échappait un arôme fort appétissant. Avant que la dirigeante ne sente sa présence, Tia eut le temps de voir la tension et l’angoisse marquer son visage.

C’était étrange… Linya avait toujours l’air si joyeuse et résolument optimiste qu’elle en avait oublié qu’elle était un être humain avec des peurs et des doutes comme tous les autres. A chaque fois qu’elle avait eu besoin de son aide dans la réalisation de ses projets, elle avait répondu présente sans même prendre une seconde pour hésiter. La mercenaire avait fini par en oublier qu’elle n’était pas une habituée des combats et que celui-ci étant loin d’être une simple bataille, cela générait forcément une pression et une angoisse monstrueuse.

Tia se racla la gorge pour se signaler et Linya reprit un visage plus animé, mais le sérieux de son expression demeura. Elle dévisagea la grande femme et comme si elle avait décidé que ce qu’elle voyait lui plaisait, ou comme si elle se réveillait, elle la salua d’un hochement de la tête. La mercenaire le lui retourna et s’approcha des placards.

- Comment se fait-il que tu sois debout si tôt ? l’interrogea-t-elle tout en sélectionnant les ingrédients dont elle allait avoir besoin.

- Je pourrais te retourner la même question. Je vous ai entendus cette nuit. Le moins que l’on puisse dire c’est que vous ne manquez pas d’énergie.

La réflexion amusa la grande femme et elle jeta par-dessus son épaule un sourire coquin.

- Si ça te gênait tant que ça, fallait venir nous rejoindre. Je suis sûre que tu aurais passé une meilleure nuit.

Linya lui retourna son sourire et sentit une bouffée de tendresse l’envahir. Elle avait traversé des épreuves traumatisantes et malgré cela, loin de se refermer comme l’aurait fait n’importe qui d’autre, elle s’était ouverte… à l’amour… à l’amitié… et elle avait gardé suffisamment de sensibilité pour se rendre compte quand une personne n’allait pas fort et suffisamment de compassion et de gentillesse pour essayer de lui rendre son morale… à sa façon tordue certes, mais… c’était bien présent et les personnes soit disant équilibrées qui peuplaient ce monde se révélaient en général bien moins attentives qu’elle.

- J’en suis sûre, confirma-t-elle, ses yeux marrons brillant à nouveau.

Satisfaite, la mercenaire retourna à ses préparatifs.

- Tu t’inquiète pour Lex.

Linya acquiesça. Tia se retourna vers elle et la dirigeante n’eut d’autre choix que de renouveler son geste. Elles se sourirent et la grande femme revint à ses œufs.

- Tu n’as pas à t’en faire. Elle sera à l’écart de la plupart des combats. Et j’ai recruté tes meilleures combattantes pour la protéger.

- Je sais.

- Évidemment, l’implication de tes Nazaréens doit te contrarier un peu, étant donné ton idéal pacifiste et… je t’en remercie d’autant plus.

- Ne le fais pas. Elles en ont besoin. Sinon, elles ne se seraient pas portées volontaires. De plus, ce combat n’est pas seulement le tien… et tu le sais.

- Oui. Mais ça ne t’empêche pas de t’inquiéter. Elles sont sous ta responsabilité.

Linya acquiesça d’un sourire triste.

- Ça va bien se passer, Lin, déclara (la) Tia en laissant ses préparatifs de côté pour lui faire face. Elles sont entourées de professionnels et aucune d’elle ne fait partie des premières vagues d’attaques. Si elles ne jouent pas aux héros, elles s’en sortiront sans trop de bobos.

- Je sais. J’ai confiance en toi. Tu es probablement la personne la plus intelligente qu’il m’ait été donné de rencontrer. Mais on ne sait jamais. Les variables imprévues existent.

- Oui. Mais s’en faire à ce sujet ne mène à rien. Parce ce qu’elles sont imprévues justement, on n'y peut rien. Alors autant ne pas s’en préoccuper.

Linya hocha la tête en déclarant avec un sourire :

- Néanmoins je parie que tu y as réfléchi et que tu as une solution toute prête pour chacune d’entre elles.

Tia ricana et se retourna. Elle attrapa un fouet et commença à battre la pâte pour les muffins. Linya l’observa un moment et se leva. Elle s’approcha d’elle et colla doucement son corps contre son dos, entourant de ses bras sa taille forte. Elle posa ses deux mains sur ses abdos plats et sa joue contre ses omoplates. Elle sentit sa grande amie se raidir mais ne bougea pas.

- Tu t’es oubliée, fit-elle doucement.

- Comment ça ?

- Je m’inquiète pour toi aussi.

Curieusement, cette déclaration d’une simplicité confondante, la laissa pantoise. Elle savait que Linya l’aimait bien et elles s’entendaient d’ailleurs extrêmement bien toutes les deux, pourtant, jamais il ne lui était venu à l’esprit qu’elle pourrait lui être attachée ainsi.

- Je… vraiment ?

L’étonnement transparut dans sa question et Linya fronça les sourcils.

- Évidemment. Que… ? Tu es à ce point peu habituée aux autres ?

- C’est pas ça…, répliqua la grande femme un peu vexée. C’est juste que… on ne s’inquiète pas pour moi, c’est tout.

- Alexia le fait.

- A part elle.

- Ton oncle le fait. Tes enfants aussi. Et Frédéric. Enyalios aussi d’après ce que j’ai pu remarquer.

Tia soupira, prise au dépourvue.

- Et moi.

- Ok. D’accord, mais… enfin… c’est récent, fit-elle en se retournant.

Linya desserra son étreinte juste ce qu’il fallait pour la laisser faire mais la réaffirma dès qu’elle fut en position. Elle posa son menton contre sa poitrine provocant un chatouillis involontaire chez sa compagne et l’écouta.

- Je n’ai pas l’habitude et, bon même si on me dit de faire attention, personne ne doute réellement qu’il m’arrivera quelque chose. A part Lex. Et toi si j’en juge à ta voix. Pourquoi t’inquiètes-tu comme ça pour moi ? T’ai-je donné une raison de douter ? demanda-t-elle un peu préoccupée.

- Non Ti. Mais tu oublies que je t’ai vu dans tes moments de faiblesse les plus profonds et que je t’ai sauvé la vie aussi. Je sais que tu es humaine. Les autres… excepté Enyalios, peut-être, te voient comme une espèce de super héros invincible et c’est vrai que tu es très forte et que tu as des talents assez incroyables, comme que ton intelligence, tes capacités d’adaptation, ta rapidité, ton ouïe, ta vision aussi, même si depuis quelques mois, elle est un peu handicapée. Tu possèdes des qualités de combattante hors du commun, mais je t’ai vu affaiblie, inconsciente et perdue. Je sais ce qui se cache sous ton armure… et si je ne doute pas de toi, je ne peux pas pour autant faire comme si ma vision de toi n’avait pas été modifiée par ces aspects.

Tia resta silencieuse un bon moment et son visage impassible, ainsi que ses lunettes miroirs, ne l’aidèrent pas à savoir ce qu’elle pensait. Elle reposa sa joue contre son torse, ne s’offusquant pas du fait que la mercenaire ne lui rendait pas son étreinte.

- Je ne cherche pas à te faire douter de toi-même, expliqua-t-elle. Je veux juste que tu comprennes que je te connais… et que ces aspects de toi me font t’aimer. Et je m’inquiète toujours pour ceux que j’aime. Si je n’avais pas vu ta détresse après… après l’Italie, peut-être que je n’aurais fait que t'apprécier. Si je ne riais pas autant avec toi, peut-être que je ne t’aurais pas adorée. Je suis désolée si je te gêne ou te met mal à l’aise, mais c’est ce que je ressens et je n’ai pas l’habitude de m’en cacher.

Une main vint se déposer doucement sur le sommet de sa tête. Elle descendit gentiment jusqu’à ses épaules puis retourna à sa place et reprit son mouvement. Etrangement, le fait d’être caressée comme le serait un petit animal de compagnie ne la dérangea pas. Elle en éprouvait plutôt un bizarre réconfort.

- Je ne pense pas que ça soit un problème, répondit la mercenaire doucement.

La dirigeante lut entre les lignes et comprit que Tia acceptait tout ce qu’elle venait de dire, y comprit la responsabilité d’être la cause de son inquiétude et celle qui consistait à la réconforter. Le temps sembla se suspendre.

Puis la réalité reprit ses droits et Linya fronça le nez. Elle fixa la mercenaire qui la regardait avec un petit sourire et lui dit avec une grimace :

- Tu n’as pas pris de douche après ton entraînement, hein ?

Son amie eut un petit rire.

- Alexia n’a pas voulu me laisser approcher d’une douche. Elle a dit qu’elle adorait mon odeur après un effort physique. Que ça relevait ma senteur naturelle. J’ai eu l’impression très vivre d’être un plat, mais bon, elle était à moitié nue et je n’avais pas du tout envie de la contrarier.

- Tu m’étonnes ! railla la jeune femme.

- Mais si mon odeur te dérange tant que ça, pourquoi tu ne me lâche pas ?

A ce moment là, toutes deux entendirent de petits pas dans l’escalier et elles se sourirent.

- Parce que je veux que tu m’embrasses, déclara-t-elle d’un ton éperdu. Alexia dort encore, profitons-en !

Tia retint un énorme sourire, ce qui aurait tout gâché et se pencha sur la jeune femme. Elle posa délicatement ses lèvres contre les siennes et, décidant de prendre la jeune femme à son propre piège, elle passa le bout de sa langue contre celles-ci avant de faire glisser sa main de sa tête à ses fesses.

Linya eut un petit sursaut et s’écarta en la fusillant du regard.

- Pas mal, mon cœur, lança une voix mal réveillée et bougonne.

Les deux femmes enlacées, tournèrent la tête vers la nouvelle venue. Alexia était adossée au chambranle de la porte. Elle les fixait pas très certaine de ne pas rêver.

- Je peux me joindre à vous ?

Les deux femmes se consultèrent du regard puis avec un sourire gourmand, Linya recula d’un pas et toutes deux ouvrirent leurs bras largement avant de lancer :

- Quand tu veux !

Alexia leur retourna leur sourire et d’un bond se jeta dans leurs bras, manquant de faire basculer sa meilleure amie. Elles s’étreignirent en riant, puis s’attablèrent devant une bonne tasse de café, pendant que Tia finissait de préparer les pâtisseries.

 

*************************************

 

Deux jours plus tard, Tia reçut la réponse attendue, sous forme de mail accompagné d’une vidéo. A cette vue elle fronça les sourcils. « Qu’avait encore inventé ce malade ? »

 Elle lut le mail, mais il disait simplement que tout était dans la vidéo. Elle cliqua pour la lancer. Lorsqu’elle l’eut entièrement visionnée, son visage était contracté en un masque de colère brûlante. « L’enfoiré… l’enfant de salaud… le petit fils de pute ! Bordel ! » Elle ne parvenait pas à croire qu’elle ait pu penser qu’il était suffisamment naïf pour ne rien voir venir !

Elle posa à nouveau les yeux sur la vidéo et la relança. Il fallait qu’elle la revoit plus calmement. Elle se concentra d’abord sur le visage du père d’Alexia. Il semblait contrarié, un peu incrédule et très inquiet. Cependant il n’avait pas été malmené et semblait en bonne santé. La chaise sur laquelle il était attaché était de facture classique mais les liens n’avaient pas l’air de lui couper la circulation. En résumé, il était bien traité.

Bien. Point suivant. Elle laissa la vidéo défiler et tenta de reconnaître quelque chose du décor qui l’entourait, mais les murs de béton gris et l’absence de lumière lui faisait penser à n’importe quelle geôle.

Elle renonça finalement et se concentra sur le dernier point. Sassem. Il s’était lui-même filmé, revendiquant ce crime sans aucune inquiétude. Pour une raison étrange, il semblait penser qu’elle ne le dénoncerait pas. Quelque en soient les raisons, ça jouait en sa faveur. Il ne se doutait pas une seconde de l’ampleur de ce qui allait lui tomber dessus.

Il ne prononçait qu’une phrase… mais quelle phrase.

- Puisqu’enfin tu sembles prête à m’affronter, disait-il avec un rictus sauvage et supérieur, comme s’il ne doutait pas une seconde de la façon dont allait tourner la rencontre, rejoins-moi où tout à commencer.

La vidéo s’arrêtait après ça. Elle fixa le vide quelques instants. « La Colombie. » Plus précisément l’école où son enfer avait été à son apogée. Elle savait que sa première rencontre avec lui avait eu lieu bien plus au Sud de l’école, mais il ne parlait pas de ça. Leur « histoire » avait commencé à l’école.

Elle avait eu l’intention de l’attaquer en France, où elle savait qu’il se trouvait jusque là, mais il n’était pas du genre à attendre. Elle ne savait pas ce qui la faisait fulminer le plus. Qu’il l’oblige à retourner au dernier endroit sur terre où elle avait l’intention d’aller un jour, ou bien qu’il foute en l’air son plan si bien établi.

Il y avait déjà une équipe qui s’occupait de l’école. Autrement dit, si elle faisait ce qu’il demandait, elle serait obligée de faire une séparation distincte entre son équipe de renfort et la garde A, d’avec le reste des troupes sur place. Elle ne savait pas si son équipe en serait capable. Assister à ces combats sans y participer. Peut-être même n’aurait-il pas le choix ?

Ils allaient être si prêts ! Bon sang, Lex ! Comment la protéger si elle se retrouvait prise entre deux feux ?! Elle se leva et fit les cent pas. « Sale fils d’enculé ! » Il la foutait dans un beau bordel.

Elle stoppa soudainement son va-et-vient. Qu’est-ce qu’elle allait dire à sa compagne ? Si elle lui parlait de la situation de son père, sûr qu’elle s’inquiéterait. Et manquer de concentration pouvait être fatal dans ces circonstances.

De plus, elle était à peu près certaine qu’il se trouvait non loin de Sassem. C’était un moyen de contrôle sur elle, que ne manquerait pas d’utiliser ce pleutre. Et si Lex l’apprenait, là encore elle risquait de faire une bêtise.

En clair, il n’y avait pas trente-six solutions. Elle allait lui mentir. Cette idée l’angoissait profondément. Alexia lui faisait enfin confiance et quand elle s’apercevrait qu’elle avait été manipulée, la colère mais surtout la déception serait difficile à encaisser.

Elle repoussa ces pensées et se concentra sur ce qu’elle allait devoir ajuster dans son plan. Lorsqu’elle eut les idées plus claires, elle tapa le code accompagné du logo S qu’elle avait mis au point pour prévenir ses alliées du lancement de l’opération, et attendit. Il allait être relayé par les différents satellites qu’elle avait ciblé plus tôt. Le bip de confirmation de réception se fit entendre et elle rassembla les affaires dont Alexia et elle allaient avoir besoin.

 

Chapitre 3 :

 

La mise en place des différentes unités se fit sans anicroche, dans la discrétion et la rapidité la plus parfaite. Mais lorsqu’elle rejoignit son équipe et qu’elle y adjoignit la garde A, elle entendit quelques grondements de mécontentement. Et lorsqu’elle apprit à tout ce beau monde qu’ils allaient rejoindre une autre équipe en Colombie, là, les commentaires fusèrent.

Elle leva la main, réclamant le silence et leur dit de la fermer. Le plan était le même. La différence résidait dans le placement sur le terrain, qu’ils allaient étudier pendant le trajet. En aucun cas ils ne devraient participer à l’assaut numéro 1. Celui-ci était d’ailleurs repoussé. Les hommes devraient la laisser pénétrer sur le terrain puis dans le complexe, qui abritait la résidence de Sassem.

Ils devraient attendre 15 minutes avant de se lancer. Le chef de l’unité sur place, serait celui qui lancerait le signal de l’attaque généralisée. Chaque chef avait choisit un soldat en particulier dont le but ne serait pas la participation aux combats mais le repérage du commandant de la base et de son second et leur exécution.

Dans le cas des écoles, les soldats furtifs, comme on les avait nommés, seraient aux nombres de 3 car outre le commandant de l’école et son second, il y avait aussi les instructeurs en stratégie, en combat et en armement qui étaient de véritables dangers.

Une autre unité serait spécialement déployée pour s’occuper des élèves. Ce serait elle la première à agir, attrapant, ciblant et en endormant le plus possible. Ils auraient 2 minutes 30 pour cela. L’unité dodo devrait ensuite se replier et laisser la place à l’unité d’assaut. Au milieu des combats, l’unité dodo devrait repérer les gamins sur lesquels ils n’avaient pu mettre la main et les endormir à distance.

Elle expliqua tout ceci à ses hommes pour qu’ils comprennent bien comment allait se dérouler les choses et combien le chaos qu’ils auraient sous les yeux était organisé.

Ils devraient alors analyser le combat et décider vers quel point ils seraient le plus utiles. Elle-même ou Conception, le cas échéant, se chargerait de leur donner le signal.

Une fois dans l’avion militaire, elle étala une carte sur le sol et montra où allait se trouver l’unité. Elle leur présenta ensuite différents points où ils pourraient se planquer en attendant de la rejoindre et/ou d’aider les équipes sur place.

Elle prit ensuite Conception à part et lui expliqua les derniers rebondissements. Elle lui donna un émetteur réglé sur une autre fréquence que celui des unités en place et lui dit que, lorsqu’elle saurait où se trouvait le père d’Alexia, elle la préviendrait. Elle devait donc choisir quelqu’un qui la suppléera auprès de l’unité, le temps qu’elle s’occupe de le délivrer.

Bien sûr tout ceci devait être gardé secret.

- Alors je propose Alexia. Elle est intelligente, possède l’expérience des combats et ne se laissera pas impressionner par cette bande de machos. De plus, elle bénéficie de ta protection et de tes enseignements. Tout le monde sait qu’elle est ton apprentie, ils ne remettront donc pas ses ordres en cause. En plus, si je l’emmène, au moment où elle saura que c’est son père que nous allons sauver, elle risque de perdre son sang-froid.

- Très juste. Ok. Je te laisse le soin de lui expliquer ce qui va se passer une fois sur place et ce que tu attends d’elle. Parles-en aux hommes aussi. Les surprises en zone de combats sont très malvenues. 

- Pourquoi ne le fais-tu pas toi-même ?

- Je n’ai pas envie de mentir à Lex… et pour les hommes, eh bien il faut que vous preniez votre place de chef, sinon il risque d’y avoir des frictions et des remises en cause aux mauvais moments. Toi et Lex, vous devez utiliser le temps du transport pour vous imposer.

Conception hocha la tête et se rendit près d’Alexia. Celle-ci écouta attentivement ce qu’elle lui disait, mais fronça les sourcils et leva la tête vers sa compagne en signe d’incompréhension. Tia resta impassible et elle finit par reporter son attention sur Conception.

Tout au long du voyage, la mercenaire tenta de juguler sa nervosité. Elle sentait les regards inquiets et perplexes de sa compagne et elle les évitait en se sentant de plus en plus traitresse.

Finalement, peu avant d’arriver à destination, elle prit sa petite amie à part et lui fit quelques recommandations. Alexia en profita pour lui poser les questions qu’elle retenait depuis le début.

- Pourquoi m’as-tu nommée chef suppléante ? Et pourquoi ne me l’as-tu pas annoncée toi-même ? C’est quoi cette mission dont tu as chargé Conception ? Pourquoi ne veut-elle rien me dire ?

Tia choisit délibérément de ne répondre qu’à certaines d’entre elles et ignora purement et simplement les autres.

- Ce n’est pas moi qui t’es choisie pour ce job, mais Conception, ce n’était donc pas à moi de t’en informer. Tu devrais d’ailleurs en être flattée, je ne suis pas la seule à avoir remarqué tes qualités.

La mercenaire lui donna ensuite quelques conseils qui la rassurèrent puis lui tourna le dos en lui disant qu’ils arrivaient. Alexia sentait bien qu’elle ne lui disait pas tout et ça l’agaçait un peu, mais elle était si préoccupée par ce qui allait bientôt avoir lieu qu’elle oublia bien vite sa contrariété.

Serait-elle à la hauteur ? Elle ne connaissait pas ces hommes, n’avait même pas travaillé une seule fois avec eux. Comment pourrait-elle se faire écouter d’eux ? Elle jeta un regard en coin à sa compagne. « Fais-toi confiance Lex, moi j’ai confiance en toi »  lui avait-elle dit.

« Fais-toi confiance, fais-toi confiance… ok, ok. On va essayer. » Elle respira un grand coup et sentit la tension s’évacuer… vite remplacée par une angoisse sourde à mesure qu’ils se rapprochaient de l’endroit où Tia la quitterait bientôt pour rejoindre son bourreau.

Elle savait que ce n’était pas très professionnel et que ça tendrait à minimiser sa crédibilité, mais elle ne pût réprimer son impulsion. Elle prit la main de sa compagne et la serra aussi fort que possible. La pression lui fut retournée, à un degré moindre, heureusement pour ses os, et elle perçut la tranquille sérénité de sa compagne s’écouler en elle

Alors qu’elles s’arrêtaient au point convenu et que ses hommes se répartissaient le terrain, l’unité dodo prit position dans les arbres et en lisière de forêt. L’unité d’assaut, elle, poursuivit son avancé et se fondit dans l’obscurité du crépuscule, encerclant tout le territoire visé. La garde A, se regroupa un peu en arrière et se détendit.

Les 3 soldats choisis par le chef de l’unité d’assaut se tinrent en retrait, entre l’unité de Tia et la leur et regardèrent la mercenaire. Elle leur fit le signe convenu et ils disparurent parmi les ombres.

Alors, la mercenaire se tourna vers sa compagne et, puisqu’elles étaient maintenant trop près pour parler sans prendre un risque, Tia retira ses lunettes et elles se regardèrent. Un long échange, plein d’amour, de tendresse et de courage. Bien des promesses furent dites dans ce regard et bien des encouragements passèrent. Puis, la grande femme remit ses lunettes protectrices, rompant le contact, et après une dernière pression sur son épaule, elle partit.

Alexia fixa aussi longtemps que possible sa silhouette et alors qu’elle passait la lisière des arbres, une sensation diffuse de malaise la fit frissonner.

 

**************************************

 

Elle sortit du couvert des arbres au moment où les rayons du soleil illuminaient la place. Jusqu’à cet instant, elle avait réussi à repousser le malaise que revenir en ces lieux créait. Elle y était parvenu. Mais plus maintenant.

Privée du soutien silencieux de sa compagne, elle était parfaitement consciente de sa vulnérabilité. Elle ignora les visages hostiles tournés vers elle et les regards suspicieux. Comme elle l’avait prévu, Sassem voulait cette rencontre, en conséquence il avait prévenu tout le monde de la laisser entrer et surtout, surtout de ne pas la toucher.

Elle était à lui, elle le savait, c’était pourquoi elle ne se préoccupa pas d’eux et leur tourna le dos sans aucune crainte. Plus elle se rapprochait de l’annexe Nord, où se situait la résidence de Sassem, plus la peur étreignait Tia. Elle avait l’impression de faire un bond en arrière et ses mains moites lui confirmèrent qu’elle perdait ses moyens.

Elle inspira plusieurs fois, profondément, ralentissant légèrement le pas, histoire de se donner le temps de se reprendre, sans pour autant donner l’impression d’avoir peur, et chercha des yeux l’endroit suffisamment surveillé qui indiquerait où était le père d’Alexia. Elle faillit le rater. Sassem avait apparemment fait quelques rajouts depuis son évasion.

Une petite maison en béton avait été construite entre les deux bâtiments qui constituaient les lieux de vie et d’apprentissage des élèves. Elle était encadrée par une demi-douzaine de gardes armés jusqu’aux dents. De toute évidence Sassem s’attendait à ce qu’elle s’y rende, ou au moins y fasse un détour avant de le rejoindre.

Il allait être déçu. Elle claqua une fois la langue, indiquant ainsi à Conception qu’elle avait repéré la prison. Elle murmura ensuite deux mots, choisis avec soin pour indiquer sa position et coupa le micro. D’un mouvement du poignet, elle changea la fréquence et se retrouva sur celle des unités d’assaut.

- 10 minutes, chuchota-t-elle en Grec ancien.

Toutes les communications auraient lieu dans cette langue, comme c’était prévu depuis plusieurs mois déjà. Elle savait que c’était une des rares langues que Sassem ne connaissait pas et n’avait donc pas appris à ses subordonnés.

Ainsi, en admettant qu’elle perde et que Sassem parvienne à trouver leur fréquence radio, il n’aurait aucune chance de comprendre ce qu’ils se disaient et donc aucun moyen de contrer les stratégies avant qu’elles ne soient mises en œuvre.

Après quelques minutes de marche tendue, elle parvint à la massive porte en chêne, que Sassem avait fait sculpter et installer par la promotion précédent la sienne, qui indiquait l’entrée de sa maison.

Elle n’eut pas besoin de toquer, il la guettait. Il ouvrit la porte avec lenteur. Et elle se retrouva à fixer l’ouverture qui s’agrandissait, avec la peur absurde que le noir qui se dessinait devant elle ne l’absorbe. Enfin, Sassem apparut.

Tout de suite, elle nota des changements chez lui, depuis leur dernière rencontre. Il avait épaissi, ses muscles fins avaient pris plus de poids, son corps était plus massif, mais associé à sa grande taille cela lui donnait une allure folle. Il avait revêtu un pantalon en tissu noir brillant comme en portait parfois les combattants de full contact et une langue de feu remontait de son pied nu jusque sur le haut de sa cuisse gauche.

Il ne portait pas de haut, et elle vit ses pectoraux et ses abdos saillirent. Il s’était entraîné. Sérieusement. Mais elle aussi. Elle vit les gants noirs de combattant qu’il portait et comprit ce qu’il avait en tête. Elle déglutit et ne répondit pas à son sourire doucereux.

- Mais entre donc, She-wolf.

Elle attendit qu’il se recule, ce qu’il fit en riant, ravi de voir qu’elle le craignait, et pénétra enfin dans la demeure qui avait été le théâtre de tant de ses souffrances.

 

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Alors que l’attente s’égrenait avec une lenteur qui la rendait folle, des milliers de questions sans réponse tournoyaient dans sa tête. Elle ne parvenait à rester immobile qu’au prix d’un violent effort de volonté. Elle mourrait d’envie de se précipiter sur les pas de Tia, craignant plus que tout, que revenir en cet endroit la perturbe au point qu’elle ne sache plus très bien où elle se trouvait.

Elle vit soudain Conception se raidir et comme si elle avait reçu un signal secret, « ce qui devait être le cas », songea-t-elle avec une grimace, elle fit un signe aux Nazaréens qui formait son équipe et laissant Genshenka et deux autres personnes, un homme qui venait sûrement de l’île voisine de celle des femmes et une Nazaréenne provenant d’un village qu’elle ne connaissait pas encore, disparaître dans la végétation.

Elle avait été surprise que Genshenka, qui aimait tant l’action, se porte volontaire pour rester avec elle. Elle ne la quittait pas des yeux et Alexia se demandait ce que cela cachait. Lorsque Conception eut disparu, elle vit le bouton rouge se trouvant sur son bracelet de montre s’allumer. L'attaque était imminente.

Elle vida alors son esprit des pensées parasites, et, comme Tia le lui avait appris, se concentra sur son objectif et les moyens de l’atteindre. Pendant les prochaines minutes, ou heures, elle n’aurait rien d’autre en tête. Il le fallait. Des vies dépendaient des ordres qu’elle donnerait et des décisions qu’elle prendrait.

Elle inspira profondément et guetta la lumière verte. Lorsqu’elle la vit apparaître, elle leva la main et à l’aide de signes complexes, elle indiqua à ses hommes et femmes de se placer et de ne plus bouger jusqu’à son ordre.

Elle eut une pensée brève pour sa compagne et lui envoya amour et courage, puis l’extirpa de sa tête et s’accroupit, observant le déroulement des étapes et le moment et les endroits où elle devrait envoyer ses soldats.

 

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Lorsque la lumière passa au vert, Enyalios d’un geste de la main, envoya son unité au combat. Il les laissa prendre quelques pas d’avance et les suivit. Ils avançaient tous dans un silence quasi-religieux et guettaient le moindre mouvement suspect.

Alors qu’Enyalios approchait de la demeure gigantesque, de toute évidence Sassem n’était pas le seul à avoir la grosse tête, du bras droit de Sassem, il leva les yeux et vit que ses snipers étaient en position.

Entourant la maison, comme une enceinte son château fort, se trouvait différents postes de gardes et des maisons où vivaient des familles d’esclaves, sexuels ou manuels, selon les besoin du maître de maison. Ce cas de figure avait été prévu. Les lâches s’entouraient toujours d’innocents.

Les snipers étaient là pour ça. Les premières salves seraient pour les endormir. Servis avec des silencieux, les projectiles devraient permettre aux quelques hommes qu’il avait affecté à la récupération et à la mise en sécurité des civils, de se mettre en position sans être repérés.

Il lança le signal convenu : le cri d’un animal du coin, et les premiers tirs eurent lieu. A peine un chuintement les signala à Enyalios. Et de son poste d’observation, il vit les premiers esclaves tomber sans bruit, sans cri et sans attirer l’attention. Il attendit un peu et lorsqu’il fut évident que quelque chose se passait, il lança un ordre bref dans son micro à l’attention de ses snipers qui rechargèrent, avec de vrais balles cette fois, et commencèrent à tirer, toujours en silence, sur les snipers adverses.

Enyalios fit alors un petit bruit dans son micro et alors que les soldats affolés par l’attaque dont ils n’entendaient ni ne voyaient rien, couraient en tout sens, ses hommes pénétrèrent le village et entamèrent leur mission de récupération.

Ils furent découvert moins vite que ce qu’il avait prévu. Une fois cela fait, il fit signe à sa première équipe de s’élancer. Puis il donna l’ordre à ses snipers de se concentrer sur les chefs.

L’équipe 1 se rua dans le village en hurlant. Ils tirèrent le maximum de cartouches et firent un maximum de dégâts. Le but de cette cacophonie soudaine était de détourner l’attention des soldats, qui avait pris l’unité de récupération comme cible, et de créer un moment de panique.

Au milieu de cette attaque silencieuse, le boucan infernal généré par l’équipe 1 atteint son objectif. Satisfait, Enyalios observa le plan d’Enyo se dérouler à la perfection et attendit son heure.

 

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Linya suivait les points de couleurs sur l’écran géant installé dans le QG qui retransmettait les opérations en Europe. Ce bunker se trouvait sous une librairie-café branchée, les allées et venues auxquelles étaient soumis les divers employés de cet endroit, n’étaient ainsi, pas suspect.

Elle ne savait pas trop quelles sections de quels gouvernements travaillaient dans ce lieu. Il y avait trop de nationalités et de langues. Elle ne chercha donc pas à apprendre quoi que se soit sur cet endroit. La seule chose qui lui importait était d’être tenue au courant de ce qui se passait sur le terrain et d’être écoutée lorsqu’elle avait une remarque à faire.

Le premier point, elle pouvait s’en occuper elle-même. L’écran et les commentaires, ainsi que les conversations radio étaient suffisamment explicites pour ça. Le second point en revanche… si elle n’avait pas été une amie personnelle de Tia, si elle n’avait pas fourni les personnes leur garantissant une communication sécurisée et qu’elle n’avait pas été un des fournisseurs de soldats et des finances, elle ne serait même pas là.

Le fait était, que les deux dernières raisons expliquaient sa présence. Mais c’était les deux premières qui lui permettaient d’être entendue.

Elle écoutait donc attentivement les retransmissions effectuées par ses messagers et traduisaient les choses qui lui semblaient importantes, ou leur faisaient un résumé. Si une des actions sur le terrain nécessitait une réaction rapide de leur part, elle ne leur demandait pas leur avis, ne leur faisait même pas part de ses réflexions, elle donnait des ordres et on lui obéissait. Même si elle n’avait pas en charge une seule des unités sur le terrain, elle et une des Nazaréennes de l’île, étaient les seules à posséder à la fois la connaissance de la langue Grec ancienne et la stratégie militaire adéquate pour savoir de quoi elles parlaient.

Les grands pontes la regardait avec condescendance et hostilité mais n’empêchaient pas leurs employés d’obéir.

Elle était une des associés de She-wolf et cette mercenaire avait prouvé qu’elle savait ce qu’elle faisait. De plus, au vu de ce dont elle avait été capable pour se débarrasser d’un de ses ennemis, ils n’avaient pas le moins du monde envie de la remplacer dans ce domaine. Une fois de plus, la réputation de la grande et redoutable femme lui servit.

Linya avait demandé à être affectée à ce QG, pour pouvoir suivre l’attaque à laquelle participait Alexia et Tia et elle avait été très contrariée d’apprendre le changement de plan. Cependant, après plusieurs heures passées ici, elle prit conscience qu’elle avait eu beaucoup de chance. Si elle avait dû entendre seconde par seconde ce qui se passait ou non pendant leurs assaut, elle aurait pété un câble !

Le stress de ces opérations était impressionnant et si elle réagissait ainsi avec des personnes qu’elle ne connaissait pas, elle ne voulait même pas imaginer dans quel état elle aurait été s’il avait été question de Tia et d’Alexia.

Heureusement, fréquenter la grande femme lui avait permis d’apprendre à cacher son stress et elle en était vraiment contente. Elle n’aurait pas été très crédible si elle avait bégayé ou transpiré à tout bout de champ !

Si elle était extrêmement occupée à diriger et retransmettre les nouvelles qu’elle recevait, elle ne pouvait s’empêcher régulièrement de surveiller l’opérateur qui rendait compte du déroulement des opérations sur les différents continents et d’essayer d’entendre comment cela se passait sur le continent Sud-Américain.

Mais elle était trop loin et les retransmissions radios des équipes d’Europe parasitaient sa concentration. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle se résigna à laisser tomber pour se concentrer exclusivement sur ce qui se passait ici. Trop de choses étaient en jeu pour prendre plus de risques. Elle saurait tout bien assez tôt.

Elle fit donc confiance à Tia, comme tout le monde, et la sortit, avec Alexia, de son esprit. Elle nota ensuite avec satisfaction que l’assaut d’Enyalios se passait à merveille. Si tout allait bien pour lui, qui avait formé sa grande amie, tout devait bien aller pour elle.

 

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Karl suivit son partenaire et se planqua derrière une voiture. Les balles sifflaient et malgré l’assurance qu’il entendait dans la voix de son chef d’unité, il était mal à l’aise. Certes, tout semblait se dérouler à merveille… mais cela n’excluait pas les bobos éventuels. Pas encore. D’autant moins en fait qu’il n’avait pas encore repéré le numéro 3.

Lui et son partenaire, le sergent Kasrez, avaient été affectés la veille à cette mission, et personnellement prévenus par She-wolf. Karl était plutôt fier de la confiance qu’elle lui manifestait ainsi, mais il n’avait jamais été à l’aise avec ce genre d’assaut avec un objectif différent de celui du reste du groupe. D’où l’ajout de son partenaire plus rompu à ça que lui.

Il avait reçu l’ordre de ne se préoccuper que de repérer et éliminer le numéro 3. Et ce, quoi qu’il se passe pour eux. Eliminer. Ça non plus il ne se sentait pas de le faire. Il était entré au FBI pour faire honneur à Frédéric qui l’avait sorti de sa galère et avait à peine 8 ans de plus que la mercenaire. Il la considérait depuis toujours comme une petite sœur récalcitrante et rebelle, qu’il se devait de surveiller et d’aider.

Elle, en revanche, pensait, au début du moins, qu’il était idiot et naïf et qu’il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il avait mis des années à lui faire comprendre qu’elle pouvait se fier à lui et lui demander de l’aide. Qu’il ne la dénoncerait pas malgré les morts qu’elle semait sur son passage et qu’il la protégerait autant qu’il en était capable.

Un jour, 8 ans après leur première et très brève rencontre lorsqu’elle avait mis au monde ses jumeaux, elle l’avait appelé. Elle savait qu’il était agent au FBI, et elle avait besoin d’un tuyau sur un client Américain qu’elle trouvait douteux.

Après cela, leur relation avait moins tendue, mais toujours superficielle. Elle ne se livrait pas et ne demandait jamais rien sur lui, Frédéric et les jumeaux. Cependant, il lui donnait des nouvelles de Len et Lara dès qu’il le pouvait, car il savait que ça comptait pour elle. Mais ça n’avait jamais été plus loin. Le fait qu’elle lui demande des renseignements étaient déjà un grand pas, et il devait cet intérêt soudain au fait que Frédéric avait été son mentor autant que le sien.

Il se baissa au moment où la déflagration d’une grenade atteignait le véhicule qui le protégeait lui et son partenaire. Les vitres explosèrent et le verre ainsi projeté lui entailla la peau du visage et des mains.

Il secoua la tête et vit son coéquipier s’élancer vers le bâtiment, où espéraient-ils, se trouvait leur cible. Il se redressa et arrosa la zone devant lui pour couvrir son déplacement. Lorsqu’il fut en sécurité, Karl se remit à l’abri derrière ce qui restait du camion militaire. Son coéquipier lui fit signe d’y aller et il le vit se pencher sur le côté et le couvrir comme il venait lui-même de le faire.

Courber en deux, il se dépêcha de le rejoindre. Ils se plaquèrent tout deux contre le mur et reprenant leur souffle, ils virent passer l’équipe bêta et l’équipe têta pour prendre en tenaille un groupe de soldats particulièrement kamikaze. Son partenaire lui expliqua, par signes à cause du bruit, ce qu’ils allaient faire ensuite. Karl hocha la tête et partit devant.

Les hommes qui gardaient l’entrée du bâtiment tombèrent avant même de savoir ce qui leur arrivait. L’agent du FBI pénétrait dans l’immeuble quand une douleur intense au niveau du sternum lui coupa brusquement le souffle et l'envoya rouler à terre.

Un sniper de l’équipe dêta régla son compte au soldat qui venait de lui tirer dessus avant qu’il ne prenne son partenaire comme cible. L’équipe dêta était chargée de déblayer le terrain extérieur pour eux. Le sergent ne perdit pas de temps, attrapa son bras et le tira à l’abri à l’intérieur du bâtiment.

Il vérifia son pouls et Karl repoussa sa main en grognant.

- Je vais bien, gronda-t-il. C’est le gilet qui à tout pris.

Kasrez acquiesça et l’aida à se remettre d’aplomb. Karl secoua la tête et écarta la douleur de son esprit pour se concentrer sur ce qui les attendait. Etre entré était une chose. Ne pas se faire tuer dans un lieu regorgeant de cachettes, en était une autre.

 

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Frédéric entendit avec effroi qu’un des hommes de l’équipe Rex avait été abattu. Il pria pour qu’il ne s’agisse pas de Karl ou qu’au moins cela ne soit pas trop grave. Il avait recueilli ce délinquant lorsqu’il avait 12 ans. Il avait essayé de lui voler son bagage à main, croyant à tord, qu’il était un de ces nombreux touristes venu visiter l’Amérique. A l’époque M. Ricardo Senior lui avait demandé de superviser une vente d’armes pour le moins difficile.

Le gosse lui avait rappelé ce qu’il avait été avant que son patron ne le prenne en main, et il avait décidé, dans la seconde, de le prendre sous son aile. Seulement il ne voulait pas l’impliquer dans des affaires illégales. Alors au lieu de l’adopter, comme il en avait d’abord eu l’intention, il était devenu son tuteur et l’avait inscrit dans la meilleure école privée d’Amérique. Il l’y avait laissé, le surveillant de loin en loin et lui rendant visite aussi souvent que cela lui était possible.

Malgré la voix qu’il avait choisi, il avait été très fier que son fils adoptif devienne un agent du gouvernement. Et encore plus fier, lorsque de son propre chef, il avait décidé de prendre She-wolf sous son aile. Il aimait ce gosse autant qu’il aimait Tia, mais Karl malgré l’endroit où il l’avait trouvé et le métier qu’il exerçait, avait eu une vie protégée. Il n’était pas aussi doué que Tia et il était donc plus inquiet pour lui que pour elle.

Pourtant, il resta concentré sur la tâche, que l’homme qui dirigeait les opérations lui avait assignée. Il s’occupait du placement et du déplacement des troupes sur 3 des 20 lieux qui étaient attaqués. Le chef, un agent haut placé à la CIA, lui avait attribué, comme à plusieurs autres, la surveillance et la gestion de ces attaques. Il avait bien tenté d’obtenir celle de Tia et de Karl, mais il n’en avait pas été question. L’homme n’aimait pas se voir dicter sa conduite par une vulgaire criminelle, comme il appelait Tia, et l’avait délibérément écarté de ses gosses.

Frédéric s’était juré de lui faire ravaler ses paroles sur sa gamine lorsque tout cela serait terminé.

Chacun des soldats de chacune des unités dont il avait la charge, étaient repérables sur l’écran en face de lui grâce à une lueur verte. Les ennemis, eux, étaient figurés par des points rouges. Les chefs d’équipes étaient en violet et le chef d’unité en bleu. Pour l’heure, une de ses équipes, située (en) au Brésil était en train de se faire prendre en tenaille.

Il bascula sur la fréquence radio du chef de cette équipe et le prévint. Il prit ensuite contact avec le chef d’unité et lui expliqua quoi faire pour éviter de perdre ses hommes. Pendant les 10 minutes suivantes, il oublia tout pour ne s’occuper plus que de cette équipe et du problème qu’ils affrontaient.

Lorsqu’enfin le danger fut écarté, il vérifia l’état et l’avancée de ses autres unités. Avec satisfaction, il vit que ça allait. Néanmoins, l’unité G, située au Pérou, avait vu son équipe B, être entièrement décimée par une embuscade. Le chef d’unité, au lieu de sonner la retraite, comme tout le monde l’aurait fait, avait ordonné le maintien des positions, et, avec l’aide d’un petit groupe de soldats, il avait contourné les hommes embusqués pour les mettre à genoux. Ils avaient ensuite pu reprendre le déroulement normal du plan.

Frédéric nota le nom du chef et le rangea dans un coin de son esprit. Un homme aussi audacieux et un peu dingue, pourrait lui être utile un jour.

Il put enfin se tourner vers son collègue qui s’occupait de l’unité où se trouvait l’équipe Rex et d’une phrase brève, il lui demanda des nouvelles. L’homme ne put pas lui répondre tout de suite, et Frédéric fut contraint de ronger son frein en revenant à ses obligations.

Tout en vérifiant qu’il n’y avait pas de nouvelle catastrophe il jeta un œil à l’homme qui s’occupait de l’unité de Tia. Rien dans son attitude ne semblait indiquer un problème et il devrait se contenter de cela, l’homme étant trop loin pour qu’il puisse lui poser des questions.

Alors qu’il reposait les yeux sur son écran, son collègue lui répondit enfin :

- L’équipe Rex est dans la place. Pas de bobo.

Il le remercia d’un hochement de tête et laissa la vague de soulagement s’évanouir lentement, puis il reporta à nouveau toute sa concentration et ses connaissances sur son travail, en espérant que Tia saurait rester calme.

 

Chapitre 4 :

 

Conception attendit que l’attaque soit lancée et bien entamée avant d’entraîner son groupe à l’intérieur de l’école. Elle avait repéré l’endroit gardé où devait se trouver M. Stefanos, mais s’y rendre maintenant, c’était être prise pour cible.

Elle vit l’équipe 1 passer à l’action et avancer silencieusement parmi les arbres. Ils se mirent en position et attendirent. L’équipe dodo, placée en hauteur dans les arbres, vérifia que ceux qui devaient récupérer les élèves étaient en place puis commença à tirer. Les premiers à tomber furent les plus éloignés de la lisière des bois.

Progressivement, alors que les snipers se rapprochaient des bords, la panique prit les élèves et les soldats. Mais cela ne dura pas longtemps. Très vite les chefs apparurent et aboyèrent des ordres. Alors, sans attendre que les récupérateurs passent à l’action, l’équipe 1 s’avança. Ils tirèrent sur les soldats, visant en priorité les chefs, mais ne parvenant que rarement à les toucher. 

Manifestement, ils s’attendaient à une attaque de ce genre. Ils auraient dû y penser. Sachant qu’Enyo venait et connaissant sa réputation, ils étaient sur leur garde. Résultat, l’avantage de la surprise passait à la trappe.

 

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Alexia vit que l’assaut tournait court et en comprit la raison. Elle bascula sa fréquence radio sur celle du chef d’unité et lui conseilla de compter sur le silence et la vivacité. Il acquiesça et elle l’entendit donner des ordres en ce sens. Elle contacta ensuite les snipers et leur ordonna de passer aux munitions réelles, de laisser tomber leur objectif jusqu’à nouvel ordre.

Après cela, elle regarda derrière elle et dit à son équipe de se tenir prête. Elle se rapprocha un peu et s’arma de patience. Elle attendait de voir si les nouveaux arrangements allaient à nouveau faire pencher la balance de leur côté, avant de décider quoi faire.

Elle voulu contacter Conception pour la mettre au courant, mais celle-ci lui avait dit de ne pas le faire tant qu’elle ne l’aurait pas en vision. Elle prit donc son mal en patience en essayant d’éviter de penser à sa compagne.

 

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Conception vit l’équipe 1 reculer et se fondre dans la pénombre générée par les bois sans cesser de tirer. Elle vit que les récupérateurs parvenaient à ne pas se faire remarquer et que les snipers étaient passés aux balles réelles.

Les soldats commencèrent à se regrouper, reculant devant les tirs ennemis dont ils ne parvenaient pas à déterminer l’origine. Reprenant confiance, Conception entendit le chef de l’unité donner des ordres précis, divisant ses hommes en plusieurs petits groupes qui se concentrèrent chacun sur un objectif donné.

Voyant que la bataille était à nouveau sous contrôle, Conception fit signe aux siens de la suivre. Courbée et silencieuse, les femmes avancèrent à sa suite. La chef de la milice s’autorisa un rapide tour d’horizon et vit avec satisfaction que les gardes, s’ils étaient toujours présent, avaient leur attention focalisée sur les combats autour d’eux.

Elle laissa un des groupes de l’équipe 1 s’avancer vers eux et passant près de deux élèves endormies, elle fit signe à Erika de s’en occuper. Conception signala ensuite leur position aux soldats devant elle et vit le chef hocher la tête avant de lui dire, par signes, de rester en arrière.

Elle dispersa 3 des 4 personnes qui lui restaient autour des bâtiments, pour surveiller leurs arrières. Une de chaque côté de la prison, plaquées contre les murs des deux immeubles l’encadrant et la troisième reculant dans la forêt.

Conception s’aplatit alors au sol et les 2 soldats qui lui restaient firent de même. Elle vit la demi-douzaine de gardes s’effondrer bientôt et le chef du petit groupe se retourna vers elle. Ils communiquèrent par signes durant quelques secondes. Conception acquiesça et ordonna à ses deux derniers soldats d’accompagner le groupe.

Elle attendit qu’ils disparaissent dans les bâtiments alentour et lorsqu’Erika revint, elle lui fit signe de la suivre. Ensemble, elles rejoignirent la prison et y pénétrèrent.

 

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Alexia vit que l’équipe 1, en association avec l’équipe dodo, reprenait le contrôle. Elle put se détendre un peu et laissa son regard errer dans la direction qu’avait prise sa compagne. Soudain un groupe de soldats ennemis surgit sur son flanc droit.

Ils furent aussi surpris de la trouver qu’elle. Ils levèrent leurs armes et Alexia fit de même. Une fraction de seconde avant que les coups de feu ne partent, elle se rappela qu’elle n’était pas seule.

- Feu ! hurla-t-elle.

Une forme dure la percuta de plein fouet au moment même où les soldats appuyaient sur la détente. Les balles sifflèrent mais ne la touchèrent pas. « Par quel miracle ?! » Puis elle atterrit rudement sur le dos et roula sur elle-même entraînée par la forme qui l’avait projeté.

Lorsqu’elle retrouva son équilibre, elle se retrouva nez à nez avec le visage grimaçant de Genshenka. Celle-ci se redressa en se retournant vivement. Alexia se releva et vit que le combat ne se poursuivait plus avec les armes, qui avaient valsées, mais à mains nues. Trois formes étaient étendues sur le sol devant elle. Tous des ennemis.

Alexia sentit la peur s’éloigner un peu, avant de voir le Nazaréen resté pour sa protection, étendu un peu plus loin. Il ne bougeait plus. Elle se figea puis vit Genshenka se jeter sur un des soldats. Alors elle se réveilla et lança l’ordre à ses troupes de se mêler aux combats. Puis comme les autres… elle se jeta dans la bataille.

 

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Tia était entrée et avait suivi Sassem avec autant de calme que cela lui avait été possible. Il l’avait détaillée tranquillement, l’accablant de commentaires lubriques, sur ses choix vestimentaires.

Il voulait lui faire sentir combien il appréciait de la voir moulée dans son marcel noir et combien son treillis noir gâchait ses formes avantageuses. Il l’avait ensuite obligée à retirer ses chaussures et ses chaussettes et lui avait indiqué le couloir à sa gauche. Curieusement, il n’y avait aucun soldat et il ne l’avait pas fouillée. Croyait-il qu’elle allait se la jouer à la loyale ? Il était vraiment mégalo si c’était ce qu’il pensait !

Elle l’avait suivi jusqu’à la pièce qu’elle avait appris à craindre au cours de son « éducation », celle de sa mise à l’épreuve.

Lorsqu’il était dans les parages la deuxième année de sa formation, bien avant son premier viol, il avait pris l’habitude de l’emmener ici, afin de tester ses progrès et son ascendant sur elle. Elle ne se rappelait plus le nombre de fois où il lui avait fichu une telle raclée qu’elle mettait ensuite des jours à s’en remettre. Il venait parfois la voir pour lui dire qu’ainsi, elle deviendrait plus forte et qu’il faisait ça pour son bien.

Elle ne l’avait pas cru à l’époque et ne savait toujours pas si elle était devenue plus forte grâce à ça. En revanche, ce qu’elle savait, c’est que c’était ici, dans cette pièce vaste et éclairée, où trois des quatre murs étaient en verre, qu’elle avait appris à haïr le soleil.

Elle passa le seuil avec le même sentiment qu’autrefois, une angoisse sourde et une impatience fébrile, qui la faisait paraître nerveuse. Sur le sol, se trouvait un immense signe japonais entouré d’un cercle rouge et inscrit sur fond blanc. Le reste était recouvert de peinture blanche, car comme il le lui avait expliqué une fois, le blanc révélait le sang.

Alors qu’elle mettait le pied sur ce sol honni, il s’amusa à lui montrer les divers endroits où épuisée et sanglante, elle s’était effondrée, défaite et impuissante. Les traces étaient restées.

- Je n’ai voulu ni les enlever, ni faire entrer un autre soldat. Je ne voulais pas risquer de les altérer. Tu vois, ajouta-t-il avec un sourire presque affectueux, tu m’as beaucoup manqué.

La même terreur glacé lui serra le ventre et elle dut faire un effort colossal sur elle-même pour parvenir à s’arracher à ses souvenirs.

« C’est un malade, il veut te déstabiliser, ne le laisse pas contrôler la situation » s’admonesta-t-elle.

- Je vois surtout, répliqua-t-elle avec nonchalance, qu'il faut que tu aille voir un psy.

Immédiatement, son visage se contracta une grimace de rage pure. Plus que tout au monde, il craignait de devenir aussi fou que sa mère, morte après avoir suivi sur l’autoroute des fées venues lui parler. Alors la moindre référence à la folie le plongeait dans un état effroyable. Elle s’en était aperçu après une remarque anodine d’un de ses régents en visite sur le site. Il l’avait exécuté dans la seconde.

Ses réactions extrêmes prouvaient sans l’ombre d’un doute sa folie, mais Tia avait gardé ça pour elle, mettant de côté une information potentiellement utile mais dangereuse pour elle à l’époque. Pour un homme se targuant d’être la maîtrise de soi incarnée, c’était dangereux. C’était d’ailleurs la seule chose qui lui faisait perdre son calme légendaire.

Comme prévu, il perdit son sourire et éructa une menace sans aucune signification et fit un pas vers elle. Tia attendait ce moment. Un Sassem sans contrôle était dangereux, mais un Sassem avec toutes ses capacités était mortel.

Alors qu’elle se préparait à l’attaque il secoua brusquement la tête et reprit pied.

- Bien joué chaton, lança-t-il avec un sourire amer et heureux à la fois.

Tia se hérissa. Elle haïssait ce surnom. Il le lui avait donné en réaction au nom dont Frédéric l’avait dotée. Une sorte d’ultime moquerie, signe de sa toute puissance sur elle car face à lui, c’était tout ce qu’elle était à l’époque. Un chaton.

Il avait su si bien la détruire…

- Je n’en attendais pas moins de toi. Néanmoins, je pense qu’il est temps de passer aux choses sérieuses. Tu n’y vois pas d’inconvénients ?

La question était de pure forme et la mercenaire n’y répondit pas, se contentant de se placer en position défensive. Il adorait attaquer et pensait qu’être le premier à le faire, dans un duel ou une bataille, était le signe des gagnants. 

Autant lui laisser croire qu’il maîtrisait les choses. D’ici peu il tomberait de son piédestal.

Elle le vit sourire d’anticipation et la vague de haine que cela amena en elle, faillit lui faire perdre la tête. Elle se contrôla difficilement et attendit, concentrant son esprit sur sa respiration pour ne plus se laisser une chance de dériver.

Il lança son pied vers sa tête et elle bloqua le coup avec son bras. Rebondissant, il utilisa l’élan ainsi obtenu pour se retourner et changeant de pied d’appui, il jeta sa jambe avec plus de force de l’autre côté de sa tête.

C’était un enchaînement qu’il utilisait souvent lorsqu’elle était jeune, et elle avait rapidement appris à le voir venir. Seulement à l’époque, elle était loin d’être suffisamment carrée pour ne pas se faire projeter au loin par sa seule puissance. Après plusieurs rencontres brutales avec le mur, elle avait appris à se baisser. Elle avait aussi appris qu’éviter un coup avait un double avantage. Il fatiguait plus vite son adversaire, surtout si le coup était puissant et il lui permettait, à elle, de garder ses forces. Contrer un coup, demandait de raidir son corps pour forcer l’autre à se fracasser sur vos protections. Cela faisait aussi appel à l’équilibre. En bref, ça nécessitait une utilisation de tous les muscles de son corps. On s’épuisait vite à ce rythme.

Contrer un coup devait être utilisé lorsque la rapidité était trop importante pour l’éviter ou bien lorsque l’on souhaitait soi-même en porter un. En clair, en cas de contre-attaque prévue ou de dernier recours défensif.

Elle l’évita donc, mais pas en se baissant, il s’y attendait trop, elle recula d’un pas et laissa son pied passer à quelques centimètres de son nez, déplaçant une quantité d’air importante. Elle s’apprêtait à lancer sa première attaque quand, la surprenant, il utilisa son élan pour se relancer avec encore plus de force. Elle eut tout juste le temps de placer ses bras devant elle. Elle banda les muscles de ses jambes en abaissant son centre de gravité et parvint à encaisser sans bouger d’un centimètre.

Pas question de lui laisser croire qu’elle était la même que la gamine de l’époque. Elle était devenue forte et elle entendait bien le lui faire savoir. Elle retint la grimace qui menaçait, lorsque l’impact de son talon contre ses avant-bras se répercuta jusqu’à ses épaules. La seule chose qui la consolait de la douleur qui fusa soudain, était que Sassem devait ressentir la même chose dans sa jambe.

D’ailleurs, il n’eut d’autre choix que de se reculer d’un bond pour se laisser le temps de récupérer en se mettant hors de sa portée. « C’est ça mon pote, recule ».

Elle s’élança vers lui d’un seul mouvement et lança un enchaînement de coup précis mais peu puissant, l’obligeant à reculer et à utiliser son pied encore douloureux. Soudain, elle se baissa et effectua un balayage rapide de son pied droit avant de s’appuyer sur ses deux mains et de frapper de son autre jambe dans le ventre de son adversaire.

Elle sentit qu’il bandait les muscles de ses abdos pour amortir le choc mais vit avec plaisir que le coup porta quand même. Elle prit appui simultanément sur ses jambes, et donc le ventre de Sassem, et ses mains et fit un retourner qui lui permis d’être à nouveau debout et opérationnelle alors qu’il était toujours au sol.

Il lui jeta un regard noir et d’un mouvement souple et vif, il se remit sur pied. Au moment il allait lancer une attaque, des coups de feu et des cris retentirent au loin et attirèrent son attention. Elle sourit et profita de sa distraction pour se jeter sur lui.

Elle eut le temps de lui envoyer une droite puissante qui jeta sa tête sur le côté et le fit reculer d’un pas. Elle ne perdit pas de temps à évaluer les dégâts causés et enchaîna avec divers coups de pieds et de poings qui, pour la plupart, firent mouche.

 

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Alexia se jeta sur le côté pour éviter son assaillant et heurta une Genshenka vacillante. Elle s’aperçut alors avec stupeur que la jeune femme était blessée. Deux petits trous dans le dos laissaient s’écouler d’abondant flots de sang. « Des balles… dans le dos… », songea la jeune femme. Elle comprit subitement comment la jeune femme avait été blessée. En la protégeant lorsque les soldats avaient débarqués. Elle s’avisa alors de sa pâleur et comprit qu’elle n’allait plus tenir très longtemps. Elle sentit, plus qu’elle ne vit ou n’entendit, son adversaire s’élancer vers elle.

Laissant son instinct parler, elle se baissa et lança sa jambe en arrière. Elle entendit un bruit et sourit. Elle tourna la tête et vit son opposant au sol, évanoui. En tombant sa tête avait heurté une racine noueuse à l’air très solide. Elle remercia sa copine la chance et fit un tour d’horizon. Les quelques soldats qui les avaient surpris peu de temps auparavant, étaient sur le point d’être vaincus, mais elle aperçut, avec stupeur, un autre groupe de soldats arriver.

« Ils sont trop nombreux » pensa-t-elle avec angoisse. « On va se faire submerger » Si les hommes de son équipe étaient restés, il n’y aurait pas eu de problème, mais elle leur avait dit de rejoindre la zone de combat et de se mettre à la disposition du chef d’unité. « Idiote ! » Mais aussi comment aurait-elle pût prévoir qu’il y avait d’autres soldats que ceux présents à l’école ?!

Alexia secoua la tête dégoûtée. « Tia l’aurait prévu, elle ».

- Repli ! Repli ! cria-t-elle en s’éloignant.

Puis elle ouvrit son micro et envoya une demande d’aide urgente à l’attention de quiconque l’écoutait et se trouvait à proximité, en signalant sa position, et pria pour tenir jusqu’à l’arrivée de la cavalerie.

Elle remarque que Genshenka peinait sérieusement à la suivre et se souvint de sa blessure. Immédiatement elle se porta à sa hauteur et la soutint.

- Non, grogna-t-elle faiblement, va-t-en, je m’en occupe.

Alexia la fixa ébahie.

- Ne dis pas n’importe quoi, répliqua-t-elle en la traînant presque, tu tiens à peine debout.

Alors qu’une rafale éclatait et touchait une Nazaréenne, Meris, si elle se souvenait bien, elle poussa Genshenka au sol et l’écrasa de tout son poids. Un râle de douleur s’échappa de sa pauvre protégée et elle dut plaquer une main sur sa bouche pour la faire taire. Dans un chuchotement, elle l’enjoignit à ne plus faire ni mouvement, ni bruit.

Des pas les dépassèrent et d’autres coups de feu éclatèrent un peu plus loin. Elle vit tomber un soldat ennemi, non loin d’elles. Elle en conclut que son appel avait été entendu. Mais est-ce que ça suffirait ?

Elle rampa vers le soldat mort et sans même lui jeter un regard, tira à elle sa mitraillette. Elle fouilla ensuite rapidement ses poches et en sortit trois chargeurs qu’elle fourra dans les siennes.

Puis elle rejoignit Genshenka qui était d’une pâleur fantomatique et avait les yeux clos. Pleine d’appréhension, elle la secoua. Presque immédiatement une main se tendit et la saisit au cou. Alexia n’eut pas trop de mal à s’en dégager et se penchant sur elle la rassura. Après quelques secondes, son regard perdit son air vague et se fixa sur elle. Elle ouvrit quelques unes de ses poches et en sortit le nécessaire pour stopper les hémorragies.

Elle retourna alors Genshenka, sans aucune des précautions habituelle, et déchira rapidement son vêtement à hauteur des plaies. Elle grimaça un peu en les voyant vraiment, puis appliqua désinfectant et compresses et la remit sur le dos. Enfin, elle lui fit avaler un médicament sensé épaissir son sang et ralentir l’écoulement.

- Reste sur le dos, ça appuiera sur tes plaies et contribuera à stopper la perte de sang. 

Genshenka acquiesça faiblement et Alexia eut un instant de remord, qu’elle chassa vite. Ce n’était pas le moment. Elle prit quand même le temps de faire une chose qui allégea sa conscience.

- Merci, lui souffla-t-elle près de son oreille.

Genshenka cligna des yeux sans la quitter du regard.

- Je dois aller voir si Meris est encore en vie, lui dit-elle ensuite. Ne bouge pas ! intima-t-elle avec tout ce qu’elle put trouver de menaçant en elle. J’en ai pour deux minutes.

Genshenka fit mine de protester et s’agita.

- Genshenka, gronda-t-elle. Je sais que Tia t’a dit de me protéger, mais là, tu me mets en danger à t’obstiner de la sorte. Et tu sais combien elle déteste qu’on me mette en danger.

La menace agit comme un calmant surpuissant. Lui expliquer combien risquer sa vie en se relevant était stupide et vain et combien cela la faisait se sentir coupable n’aurait servi à rien. Sur Genshenka, seule les paroles de Tia et de Linya semblaient fonctionner. C’était étonnant quand même, ce revirement soudain. De pire ennemie Tia était devenue modèle et mentor.

Sa compagne lui avait expliqué que Genshenka voulait prouver sa valeur et les convaincre qu’elle avait changé.

Pour les autres elle ne savait pas, mais en ce qui la concernait c’était chose faite !

 

************************************

 

Après plusieurs minutes d’un combat acharné, Tia et Sassem se séparèrent. Elle avait l’impression que cela faisait une éternité qu’elle lui faisait face et rendait coup pour coup. Après un moment, où profitant de sa surprise, elle l’avait dominé, il avait fini par se reprendre et depuis le statu quo perdurait.

Elle avait au moins deux côtes de fracturés et sa mâchoire était si douloureuse que c’était un miracle qu’elle ne soit pas déboitée. Elle avait mal aux mains à force de cogner et regrettait de ne pas avoir accepté les protections proposées plus tôt.

Elle fixa le visage malmené de son ennemi et retrouva un semblant de calme. Il avait le nez brisé, un œil enflé et des bleus sur le torse et le dos. Il la fixait avec hargne et cela la fit sourire. « Alors c’est moins facile que prévu on dirait ? » songea-t-elle railleuse.

Tout à coup, alors qu’elle allait de nouveau passer à l’attaque, un garde surgit sur sa droite et elle fit un bond de côté, s’éloignant de lui mais gardant toujours Sassem en vue.

Avait-il changé d’avis ? Ou bien avait-elle cru qu’il voulait un duel ? S’était-elle trompée ?

- Monsieur, fit le garde en s’inclinant rapidement sous les yeux stupéfait de Tia, je m’excuse de vous déranger, mais le camp est attaqué et nous sommes en train de perdre. Nous devons vous évacuer !

Sassem darda un regard noir sur la mercenaire. Curieusement, elle se sentit honteuse. Elle n’avait pas respecté les règles et il le savait. Puis elle se secoua. « Mais qu’est-ce qui me prend ? Jouer selon ses règles ? Et puis quoi encore ?! » Sassem était un monstre, elle n’avait pas à s’en vouloir de ne pas être loyale. C’était quand même effrayant de voir combien il avait encore de l'influence sur elle.

- Dégagez ! fit-il sans regarder le garde.

- Mais… monsieur, bredouilla l’homme, la situation…

- Mon combat n’est pas terminé, articula-t-il avec un calme trompeur. Je ne partirai pas tant que ce ne sera pas le cas. Quand à vous, débrouillez-vous pour les retenir.

- Qu… comment ?

- Sortez les tanks abrutis !

L’homme se mit au garde à vous en sursautant et se rua au dehors, non sans jeter un coup d’œil haineux à la mercenaire au passage. Tia sentit l’appréhension la gagner. Des tanks ?! Ça n’était pas prévu ! Elle rebrancha son micro et chuchota en grec, à l’attention de tous ceux qui écoutaient.

- Tanks en approche, je répète Tanks en approche.

Elle reçut la confirmation par quelques soldats qu'elle avait été entendue, puis le chef d’unité et Conception le firent aussi et elle soupira de soulagement. Et leur dit de contacter le QG, Frédéric saurait comment réagir. Conception en profita pour lui dire que l’opération spéciale avait été un succès.

- Ok. Alors récupère Lex et dégagez. Toi et la garde A, rejoignez l’équipe de récupération et éloignez-vous.

- Bien reçu.

Elle coupa le micro et une douleur fulgurante traversa son crâne. Elle se retrouva au sol, Sassem la dominant de sa haute taille. Comment avait-il fait ? Durant toute la communication, elle ne l’avait pas quitté des yeux !

- Tu me sous-estimes She-wolf, tu veux que je me sente insulté ? fit-il d’une voix doucereuse.

Elle roula en arrière et se remit sur ses pieds, juste à temps pour parer une attaque. Elle se baissa et passant sous sa garde envoya son poing en avant. Elle toucha son plexus l’obligeant à se plier en deux, le souffle coupé. Attrapa sa tête, elle enchaîna avec un coup de genou, qu’il para en plaçant ses mains en protection.

Il se laissa ensuite tomber au sol et entoura ses jambes de ses bras au moment où elle reposait son pied, et, il resserra brusquement son étreinte en poussant vers l’avant, lui faisant perdre l’équilibre. Elle se retrouva sur le dos, Sassem accroché à ses jambes. Il leva la tête vers elle et lui fit un sourire torve.

- Comme au bon vieux temps… murmura-t-il en rampant sur elle.

La panique la prit et elle se dégagea sans beaucoup de grâce, guidée par la peur et rien d’autre. Une fois debout, loin de lui, elle reprit son souffle et se força à reprendre son calme. Il se releva en souriant. Il leva la main et lui montra ce qu’il avait attrapé, son sourire se transformant en grimace de colère.

- Tu m’as pris pour un idiot, chérie ? Tu cherches à me vexer, c’est ça ?

Tia pinça les lèvres. « Merde ! J’ai laissé la peur me distraire et voilà le résultat ! ». Sassem avait récupéré son micro. Une erreur tactique importante. Au moins, elle avait toujours son récepteur, tenta-t-elle de se consoler.

 

************************************

 

Alexia arriva près de Meris et soupira de soulagement. La jeune femme était vivante, consciente et elle n’avait qu’une blessure légère à l’épaule. Enfin, légère… si elle pouvait arrêter l’écoulement sanguin et empêcher l’infection. Ou trouver un hôpital qui ferait tout ça pour elle. Elle retira la main de Meris de son épaule, en lui intimant de rester silencieuse et vérifia rapidement l’état de sa plaie.

Elle posa ensuite plusieurs compresses dessus et reposa la main de Meris.

- Appuie très fort et suis-moi, chuchota-t-elle. On doit rejoindre Genshenka.

Meris acquiesça en grimaçant et se redressa. Courbée et utilisant tous les arbres et plants épais pour se cacher, elles parvinrent à revenir vers Genshenka sans se faire repérer ni se faire toucher par une balle perdue.

Alexia installa Meris non loin d’elle et se tourna vers la jeune femme allongée. Sa pâleur avait atteint un point si critique qu’elle n’avait déjà plus l’air présente. L’angoisse l’étreignant, elle la secoua doucement en l’appelant, mais la blessée ne réagit pas. Merde ! Elle avait perdu connaissance. Si on ne la sortait pas rapidement de là, elle allait y rester !

Elle entendit le bruit caractéristique d’une mitraillette que l’on arme et relevant les yeux en même temps que sa propre arme, elle vit qu’un soldat les avait repérées, il tourna brièvement la tête pour avertir ses collègues. Manifestement, il n’avait pas vu qu’elle était armée et à son jeune âge elle devina que c’était un des élèves. Il était encore novice.

Avec un sentiment de trahison intense et déchirant, elle visa le garçon et tira. Il reçut une rafale qui l’éventra et Alexia reçut une giclée de sang en plein visage. Elle se baissa, protégeant Genshenka et Meris de son corps, alors que le garçon se crispait et tirait droit devant lui. Il s’effondra sur le dos et s’agita en gargouillant.

Il posa son regard étonné et douloureux sur elle et elle vit, sans pouvoir détourner les yeux, la vie le quitter. Lorsque ses yeux se voilèrent définitivement, elle retint un sanglot. Elle venait de tuer un gosse. Un être à l’image de sa compagne à l’époque. Peut-être aussi innocent et perdu qu’elle.

Elle se mordit la lèvre et repoussa l’horreur de son geste au fond d’elle. Un autre jour elle y penserait et se lamenterait. Pour l’heure, elle devait s’occuper des deux blessées et se renseigner sur le déroulement de la bataille.

Elle se redressa vivement et regarda autour d’elle. Son estomac se serra. Elles étaient encerclées. Complètement submergées par le nombre de soldats surgis de nulle part. Elle balança une rafale devant elle et se mit ensuite à couvert lorsque la réplique retentit de toute part.

Elle se recroquevilla et poussa Meris à plat ventre. Elles étaient perdues… Aucune chance d’en réchapper, ils étaient beaucoup trop nombreux.

Soudain, au milieu de ses pensées défaitistes, des coups de feux éclatèrent autour d’elle et échangeant un regard avec Meris, elle reconnut le bruit caractéristique des armes de leurs équipes. « Les renforts ! ». Son cœur bondit de joie et d’espoir et elle attendit que le bruit cesse et que le silence retombe avant de se redresser avec précaution.

Conception surgit devant elle, manquant lui faire avoir une crise cardiaque. Elle finit sur les fesses et la femme se pencha sur elle.

- Tout va bien ? demanda-t-elle inquiète.

- Oui, fit-elle en acceptant sa main pour se relever. Enfin, Genshenka doit être évacuée au plus vite et Meris est blessée aussi.

Conception hocha la tête et appela deux de ses soldats pour qu’ils s’occupent d’elles, puis entraîna Alexia avec elle.

- Il faut qu’on évacue, Tia nous a dit que des Tanks arrivaient.

- Elle va bien ? s’enquit-elle vivement.

- Oui, ça avait l’air en tout cas. Tu as entendu ce que j’ai dit ?

- Tia est en chemin ?

- Aucune idée.

- Alors je ne pars pas. Tu crois qu’il y a d’autres équipes en manœuvre ? J’ai pas envie d’être à nouveau prise en tenaille.

- J’ai envoyé deux personnes s’en assurer. Mais Alexia tu ne peux pas rester.

- Je ne partirai pas sans Tia, alors économise ta salive.

- Tu ne resteras pas ici, jeune fille ! tonna une voix familière.

Alexia se retourna et posa un regard stupéfait sur l’homme qui venait de parler, son père.

 

Chapitre 5 :

 

Tia se releva et se jeta sur le côté dans le même mouvement. Elle roula, se redressa et sans même jeter un œil derrière elle, balança son pied en hauteur. Elle atteignit la mâchoire de Sassem et apprécia la sensation d’éjection qu’elle provoqua.

Elle lui fit face et s’élança vers lui. Il lança son poing vers son ventre et elle l’évita d’un pas sur le côté sans même ralentir. Elle baissa la tête et utilisant son élan et ses mains, projeta son adversaire au loin, le faisant décoller du sol.

Tia sourit et s’arrêta, laissant à son cœur le temps de retrouver un rythme normal. Elle essuya la sueur qui s’écoulait sur ses joues et attendit. Sassem se releva rapidement en grimaçant. Il se campa solidement sur ses jambes et lui jetant un regard rageur, réfléchit à sa prochaine attaque.

Il était bon. Probablement bien meilleur que dans son enfance. Tia le reconnaissait volontiers. Pourtant, et cette constatation l’emplissait de joie, il n’était pas aussi bon qu’elle. Et il était en train de s’en rendre compte.

Cependant elle ne devait pas se déconcentrer ou perdre de vue son objectif. Il avait réussi à placer de bons coups et elle était loin d’être au meilleure de sa forme. En clair, elle ne devait pas se relâcher. Il profiterait de sa moindre faiblesse, elle le savait.

Elle ne devait pas le laisser réfléchir, sa supériorité physique n’étant plus d’actualité, il était certain qu’il allait essayer de raviver ses souvenirs, histoire de la déstabiliser. Elle s’élança donc et d’un bond puissant et aérien, se jeta sur lui, pied en avant, dans un mouvement digne des plus grands karatékas.

Il eut le temps de la voir arriver et de s’écarter. Et avant qu’elle ne touche à nouveau le sol, il la surprit en attrapant sa jambe et en utilisant son élan à elle pour la jeter au loin. Complètement prise au dépourvu elle vit le mur se rapprocher et elle se prépara à l’impact.

« Bon sang, ça va faire mal », se dit-elle en se fixant comme objectif de ne pas se briser d’os et de rester, si possible, consciente.

 

***********************************

 

- Papa ?

Alexia n’en revenait pas. C’était le dernier endroit sur terre où elle pensait le retrouver !

- Que… ?

- Sassem l’a enlevé il y a deux jours, environ. Tia nous avait assigné comme mission de le délivrer, expliqua Conception. C’est chose faite, alors maintenant on dégage, fit-elle en lui prenant le bras.

Alexia se dégagea d’un mouvement brusque. Puis secoua la tête, incrédule. Tia savait… et elle n’avait rien dit ?! Pire, elle avait tout organisé dans son dos ! Elle releva la tête, une flambée de colère illuminant son regard et le plongea dans celui de Conception, qui ne broncha pas.

- Tu savais, gronda-t-elle menaçante, et tu n’as rien dit !

- A quoi ça t’aurait avancé ? Tu aurais paniqué, te serais posée plein de questions et au final tu aurais été une gêne, plus qu’autre chose.

La chef de la milice leva une main.

- Je ne dis pas ça pour remettre en cause tes capacités, mais lorsque la famille est en jeu et que le combat devient personnel, rien ne garantie plus notre capacité à voir clairement les choses. On n’avait ni le temps, ni l’énergie nécessaire pour te convaincre de nous laisser gérer tout ça nous même.

- Alors vous avez menti, dit-elle implacable.

- Oui. Et ça a marché. Alors maintenant on y va, sinon tout ceci n’aura servi à rien. Alexia, ajouta-t-elle précipitamment en montrant son père de la main, c’est un civil. On ne peut pas le laisser plus longtemps que nécessaire au milieu des combats. Des tanks arrivent et…

Conception leva la tête. Un grondement grave et puissant s’éleva soudain.

- Ils sont là. On n'a plus le temps, reprit la militaire en lui saisissant le bras.

Encore une fois Alexia se dégagea.

- Bon sang, grogna la femme en colère. Je sais, dit-elle tout haut, que tu veux attendre Tia, mais ça n’est pas possible. Et elle sait ce qu’elle fait, alors cesse de t’inquiéter !

Alexia n’était pas inquiète, elle était bouillonnante de colère ! Elle ne parvenait pas à croire que Tia ait pu lui mentir ! Et sur un truc aussi important qui plus était ! Elle regarda son père et son expression fatigué, sa barbe de plusieurs jours et ses habits froissés et tâchés la firent revenir à la réalité. Il avait été enlevé par Sassem. Ce monstre assoiffé de sang.

Elle fit un pas vers lui et demanda, inquiète :

- Tu vas bien ?

Son expression sévère s’adoucit alors qu’il la voyait si soucieuse et il lui sourit.

- Ça va. Ça n’a pas été trop méchant. Juste… fatiguant.

Elle hocha la tête. Elle ne voyait aucune blessure. Ils avaient eu de la chance, et elle le savait. Elle se retourna vers Conception.

- Tu as raison. On ne peut pas rester là, d’autant que Genshenka et Meris ont besoin de soins.

La femme acquiesça, soulagée.

- Allez-y.

Conception fronça les sourcils, pas très sûre d’avoir saisi.

- Tu ne viens pas ?

Alexia secoua la tête. Même si elle était en colère contre la mercenaire, elle ne pouvait pas l’abandonner derrière elle. C’était au dessus de ses forces.

- Tu l’as dit toi-même. Lorsque les choses deviennent personnelles, rien ne permet de rester objectif. Et pour Tia, Sassem est une affaire personnelle.

Sans plus argumenter, elle tourna les talons et s’enfonça dans la forêt, sans écouter son père qu’un soldat avait été obligé de saisir pour l’empêcher de la rejoindre. Conception jura et donna des ordres à son second, puis s’élança sur ses traces.

Elle la rattrapa pile au moment où surgissait un tank devant elles. Elles se figèrent sur place, et alors que le canon de l’engin s’orientait dans leur direction, elles se mirent à courir. Aussi vite et aussi loin que possible.

 

*****************************

 

Tia avait eu de la chance. Elle avait heurté le mur avec une violence suffisante pour lui briser la nuque mais, elle avait réussi à se tourner assez pour présenter son épaule en premier. Elle tomba sur le sol blanc avec un cri de douleur impossible à retenir. A peine à terre, elle roula sur le côté et se recroquevilla en position fœtal.

Elle jeta un œil à son épaule et l’affreuse déformation confirma son diagnostic. Elle avait une épaule déboitée. Elle dut refermer bien vite les yeux quand le soleil se déversant à flot des trois murs en verre, lui apprit qu’elle avait aussi perdu ses lunettes.

Elle entendit Sassem ricaner quand il comprit qu’il avait repris l’avantage. « Une putain de fraction de seconde… ! Merde ! ». Une main soutenant son épaule blessée, sans rouvrir les yeux, elle s’adossa rapidement au mur et à l’aide de ses jambes, se redressa. Elle rouvrit les yeux en les plissant au maximum et vit qu’il arrivait.

Les larmes inondant son regard, elle se retourna et fit face au mur opaque. Cela soulagea instantanément ses yeux. Son cerveau tourna à cent à l’heure. Priorité numéro une : remettre son épaule en place. Numéro deux : trouver ses lunettes. Numéro 3 : mettre fin à ce combat. Elle ne tiendrait plus très longtemps.

Elle sentit que Sassem se trouvait juste derrière elle et une inspiration subite la poussa à se retourner et à se jeter de toutes ses forces sur lui en criant. Ou plus précisément, son épaule. La force de l’impact déplaça son épaule et projeta son adversaire au sol.

Elle grimaça et des flots de larmes coulèrent. Elle cligna furieusement des yeux et, sans prendre la peine de plus réfléchir, se retourna à nouveau et se jeta contre le mur. Son épaule émit un bruit distinct d’os qui frottent l'un contre l'autre et elle crut s’évanouir tant la sensation était écœurante.

Elle lutta contre elle-même et s’affala sur le sol. Son épaule était à nouveau en place, mais ses yeux la brûlaient tant qu’elle doutait de pouvoir seulement les rouvrir un jour. Et elle n’avait même pas repéré ses lunettes…

Les larmes coulant sur ses joues et épuisée autant à cause de la douleur qu’à cause de la pression qu’elle se mettait depuis qu’elle avait remis le pied ici, elle n’avait plus la force de se relever. Aussi, quand Sassem la saisit d’une main et la releva, elle se laissa faire.

- Alors petite fille, susurra-t-il à un souffle d’elle. On abandonne ?

La phrase rituelle la replongea dans le passé. On abandonne… ce qui se passait après… « Non, jamais plus ! » se dit-elle dans un sursaut de colère et de panique. Elle se dégagea en le repoussant, puis ouvrant grand les yeux, repoussa au loin la souffrance et balança un uppercut qui fit basculer sa tête en arrière.

Il n’eut pas le temps de réagir que déjà elle enchaînait avec plusieurs coups dans l’estomac. Retrouvant ses réflexes, Tia exécuta une partie d’un de ses katas préférés : Jion. Elle termina son enchaînement par une clé qui immobilisa Sassem tout contre elle. A moitié sonné, il se retrouva avec les bras bloqué, la mercenaire juste dans son dos. Pour ne pas prendre de risque, Tia donna un petit coup derrière ses genoux et il tomba à terre. Sans relâcher sa position, la mercenaire le suivit dans sa chute et ils se retrouvèrent à genoux, la grande femme enserrant fermement ses jambes.

Sassem ne pouvait plus bouger. Il avait perdu. Elle sourit et murmura :

- Vous abandonnez, ô grand maître ? railla-t-elle.

Elle le sentit se tendre quand il comprit qu’il ne se dégagerait pas. Tia n’avait qu’à changer sa prise, d’un rapide mouvement du corps, et il se retrouverait avec deux bras puissant entourant son cou. Il poussa un hurlement de rage impuissant et la grande femme ricana.

Enfin, songea-t-elle, enfin… elle était libre ! Elle l’avait vaincue, elle était plus forte que lui et elle n’avait même pas eu besoin de le tuer pour ça ! Il ne la dominait plus, ne serait plus jamais le monstre de ces cauchemars…

Tout à sa joie, elle ne sentit pas le garde s’approcher. Par contre la douleur qui explosa dans son crâne, elle ne la manqua pas. Pas plus que le voile noir qui s’abattit soudain devant ses yeux.

La dernière chose qu’elle perçut fut le corps soudain libre de toute entrave de son pire ennemi.

 

*******************************

 

La première explosion se produisit à peine à quelques pas d’elles et Conception se jeta sur sa compagne pour la protéger. Dès que les débris de terre, de roches et d’arbres retombèrent, elles se relevèrent et poursuivirent leur course folle.

- Il faut qu’on trouve un abri ! hurla la chef de la milice.

Alexia acquiesça en zigzaguant. Une nouvelle explosion retentit et elles furent, cette fois, rejetées un peu plus loin. La petite blonde se releva presque immédiatement en grimaçant, l’atterrissage avait été rude, et tirant sa compagne, elle s’élança en direction d’un enchevêtrement de lianes, qui à défaut de les protéger, les cacherait au moins aux yeux de leur poursuivant.

Au moment où elle passait le mur végétal, des rafales éclatèrent derrière elles et Alexia comprit que le tank n’était plus leur seule préoccupation. Elle réfléchit à toute vitesse et eut une soudaine illumination.

- Allons vers le camp ! cria-t-elle à sa collègue. Plus on s’y enfoncera, moins ils oseront tirer. Trop de risque de tuer un de leur chef !

- Et après ?! Tu crois que leurs collègues vont gentiment nous laisser passer ?!

- Oui ! Avec le renfort des tanks, ils ne s’attendent pas à ce qu’on se jette directement dans leurs jambes ! Le temps qu’ils réagissent, on aura repéré la résidence de Sassem et avec un peu de chance, on sera trop près d’elle pour qu’ils osent tirer ! On n’aura pas plus qu’à y entrer et à trouver Tia !

C’était complètement dingue ! Et pourtant… c’était suffisamment fou pour réussir. « Et, admit la militaire, c’était leur seule chance… »

 

************************************

 

- Bordel, mais vous allez me laisser leur parler oui ! cria Frédéric à bout. Vous avez entendu, non ?! Il me demande personnellement ! C’est un ordre de Tia !

Le grand ponte de la Cia le toisa avec mépris.

- Ce n’est pas elle qui décide, articula-t-il soigneusement.

- Bien sûr que si ! contra le Russe. C’est elle qui à tout mis en place, abruti !

- Elle n’est pas ici, déclara l’homme imperturbable. De plus, il y a un opérateur pour l’Amérique du Sud. Il est parfaitement qualifié pour répondre à cette demande.

- Ah ouais ? railla la montagne. Vous connaissez les tanks de Sassem ? Leur modification particulière ? Vous croyez qu’il suffit de faire explosez les rails pour les mettre hors course ?

Un instant, l’homme eut l’air déstabilisé, puis il haussa les épaules et l’ignorant délibérément, il ordonna à l’opérateur de s’en occuper. Celui-ci lui jeta un regard d’excuse et commença à donner ses instructions. Frédéric fulminait sur place.

Il fixa un moment le grand ponte qui se prenait pour dieu et se jura que dès le dernier coup de feu donné, il cognerait sur ce type jusqu’à ce que celui-ci le supplie d’arrêter. Et si Tia et Alexia avaient eu des problèmes par sa faute… il pouvait numéroter ses abattis.

Il entendit la nervosité dans la voix de l’opérateur et comprit que ça ne se passait pas comme il l’avait espéré. Sans perdre une seconde, il le rejoignit, abandonnant son poste sans hésiter et tapa sur l’épaule du pauvre homme.

Celui-ci tourna un regard anxieux vers lui et le soulagement remplaça l’angoisse lorsqu’il le reconnut. Il lui demanda un résumé de la situation et l’homme lui fit un compte rendu de la situation sur place. Jusqu’à l’arrivée des tanks, ils avaient tout eu bien en main. Mais depuis, ça ressemblais fort à sauve-qui-peut, et chacun pour soi.

Il allait lui expliquer quoi faire, quand une main s’abattit sur son épaule. Une voix furieuse et reconnaissable entre mille, cria :

- Mais pour qui vous vous prenez, nom de dieu ?! Vous ne savez pas obéir à un ordre ?! Retournez à votre place !

Frédéric se retourna calmement vers le grand crétin de la Cia et lui répondit :

- Je n’ai aucun ordre à recevoir de vous.

- A votre place ! Ou je vous relève de vos fonctions ! hurla-t-il tout près de son visage, se tenant sur la pointe des pieds.

- Je n’ai ni la patience, ni l’envie d’entrer dans une joute orale.

Sur ce, il lui balança son poing massif dans la figure et l’homme s’écroula, inanimé. Un silence choqué suivit, que Frédéric ignora. Se retournant vers l’opérateur, il lui expliqua ce qu’il devait dire et faire et attendit que les consignes soient passées, avant de rejoindre son poste. Il n’avait aucun moyen de savoir si Tia allait bien, la communication avait apparemment été coupée et Alexia était en pleine de zone de combat, la contacter maintenant pouvait être une distraction dangereuse. Elle était vivante et le point jaune symbolisant Tia était toujours sur l’écran, ce n’était pas une garantie suffisante, mais il devrait s’en contenter.

- Tenez-moi au courant, lui dit-il en se rasseyant devant sa console.

Lentement, chacun revint à ses tâches personnelles sans que personne ne se précipite vers l’homme inconscient. Ils avaient tous bien trop à faire.

 

************************************

 

Tia reprit lentement conscience de son corps. Tout d’abord, une douleur atroce pulsa sous son crâne et celle qui frappa derrière ses yeux une milliseconde plus tard ne l'aida pas vraiment à l'oublier ! « Bon sang ! Qu’est-ce que… ? Où suis-je ? » La souffrance qui sourdait de son épaule et de ses côtes, la mit sur la voie, mais ce furent les mains dures qui se baladaient sur son corps qui la ramena brutalement au temps présent.

Elle ouvrit les yeux en sursautant, tant à cause de la douleur qui explosa dans ses yeux, l’éblouissant violemment, que par l’image qu’elle avait perçue juste avant. Sassem. Sur elle. «  Oh dieu, non ! ».

Elle voulut le repousser, mais la faiblesse générale de son corps épuisé, associé au poids de son bourreau, la cloua sur place. Elle gémit et cela le fit rire. Il approcha son visage du sien et chuchota :

- Tu es si contente de me voir, chérie ? Je te comprends.

Puis il l’embrassa, écrasant ses lèvres sous les siennes. Elle s’agita et il attira sa tête à lui, la maintenant fermement dans cette position. Il introduisit sa langue dans sa bouche, en pinçant les nerfs de sa mâchoire pour l’obliger à ouvrir la bouche.

Tia dut se retenir de vomir quand sa langue dure et exigeante explora l’intérieur de sa bouche. Il posa une main sur le haut de sa cuisse et tirant brutalement, lui souleva la jambe, se plaçant ainsi sur son entrejambe.

La panique de la jeune femme se mua en terreur quand la sensation de son bassin se frottant contre son sexe, se mêla à ses souvenirs.

Des râles, des grognements sourds et le déchirement, la brûlure intérieure que jamais rien ne pourrait lui faire oublier, quelque soit le temps qu’elle vivrait, la submergèrent à nouveau. Elle ne voulait pas revivre ça… elle ne pouvait pas…

Dans un effort permis par l’adrénaline qui se rua soudain dans ses veines, Tia repoussa le corps lourd de son agresseur et roula sur le côté pour mettre le maximum de distance entre eux.

Il grogna de frustration et se releva rapidement. Étant donnée son incapacité à rouvrir les yeux, Tia ne put l’éviter lorsqu’il se jeta sur elle, la plaquant contre le mur. Elle essaya de retenir le cri de terreur qui montait en elle, mais n’y parvint pas.

Il tourna son visage vers lui et réintroduisit sa langue en elle. Il aimait cette sensation. Utilisant son corps comme un bélier, il la pressa contre le mur, l’empêchant de bouger et monta une main à l’assaut de son sein gauche qu’il malaxa durement pendant que son autre main descendait vers le sexe tant espéré.

Lorsque la main rude pressa brutalement son sexe, elle sursauta et se débattit avec la rage du désespoir. Si seulement, elle pouvait ouvrir les yeux !

- Monsieur ! cria une voix inconnue.

Sassem se retourna vers l’inconnu avec colère.

- Quoi ?! brailla-t-il tellement sûr de son ascendant sur la mercenaire qu’il lui tourna le dos, se contentant de la retenir par le bras.

C’était sa chance. Tia ouvrit précautionneusement les yeux. Aussitôt les larmes et la douleur affluèrent, mais elle persista et réussit à distinguer son environnement. Ses lunettes étaient à l’autre bout de la pièce. Beaucoup trop loin. Et de toute façon, vu l’état de ses yeux, elle n’était pas sûre que cela servirait à grand-chose. Elle tourna le visage vers l’immense baie vitrée en face d’elle.

- Nous sommes attaqués !

- Je le savais déjà, merci ! Pauvre crétin, fit-il en se tournant de nouveau vers sa proie.

- Non, monsieur, vous ne comprenez pas. Toutes nos bases dans le monde le sont. Tous vos généraux, vos lieutenants, vos alliés… toute l’organisation subit une attaque en règle !

- Quoi ?! s’écria Sassem consterné en revenant à son subordonné.

Deux autres soldats surgirent dans la salle et il fit un pas vers le premier. Se faisant, il lâcha la mercenaire qui n’attendait que cette occasion. Elle s’élança et repoussa Sassem, en le projetant sur le soldat et elle en profita pour attraper l’arme que l’homme avait lâché pour rattraper son maître. Sans perdre une seconde, elle leva son revolver et tira.

La baie vitrée se fendilla mais ne céda pas. Tout en courant vers elle, Tia renouvela ses tirs, jusqu’à ce qu’enfin, la vitre cède. Elle se jeta dans l’ouverture ainsi créée et atterrit au dehors. Elle roula, se releva et sans se préoccuper du soleil qui brûlait ses rétines, elle s’élança vers la jungle. Elle était sa seule chance.

 

FIN PARTIE IX

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