REPRESSION (RETRIBUTION)

Ecrit par Susanne M. Beck (Sword'n'Quill)

 

Chapitre 9 – 1ère partie

*********************

Je sentis une main sur mon épaule et, dans ma terreur, elle était froide et squelettique. Je tournai la tête, m’attendant à demi à voir le cadavre pourrissant de Carmine me demandant de le suivre. Ou bien – que Dieu m’épargne cette image – une Ice qui aurait décidé que j’étais un témoin de sa dépravation dont il valait mieux se débarrasser.

Mais au lieu de ça, ce fut le visage meurtri et inquiet de Corinne qui m’accueillit, un million de questions dans les yeux.

« C-Corinne ? »

« En chair et en os, comme tu le vois. » Elle pencha la tête et me regarda par-dessus ses lunettes. « Tu avais l’air de faire un sacré cauchemar. »

« Un cauchemar ? »

Elle plissa les yeux. « Tu vas bien, Angel ? »

Je tendis une main tremblante et effleurai son bras du bout de mes doigts. Il était chaud et solide, et très réel.

Il ne m’en fallut pas plus.

Je me lançai en avant et me jetai dans ses bras, m’enfouissant dans sa chaleur, la laissant infiltrer le froid de la mort qui m’entourait comme une puanteur d’abattoir, trop vide pour même me soulager en pleurant.

Après un moment, elle m’entoura de ses bras et je sentis sa main caresser affectueusement mes cheveux tandis qu’elle murmurait doucement à mon oreille.

Quelques instants plus tard, elle s’écarta avec précaution, avec affection et me garda à distance de ses bras, à me regarder attentivement. « Bon, tu veux bien me dire ce qu’il se passe et pourquoi tu es en bas en train de faire des cauchemars, et pas là où je m’attends à ce que tu soies ? »

Après quelques tentatives hésitantes, je finis par rassembler ce qui me restait d’esprit et je lui racontai mon rêve ; tout, jusqu’à la dernière scène horrible. Qui était une chose, pensai-je, que je ne serais jamais capable de raconter à quiconque tant que je vivrais.

« Ça me semble plausible », fit remarquer Corinne lorsque j’eus fini, d’un ton pas plus surpris que si je lui avais raconté que je venais d’aller faire une ballade. « Y a-t-il autre chose ? »

Un peu perdue, je la fixai. Où était ma colère ? Où était l’outrage que mon esprit devrait conjurer à la vue d’une telle image horrifiante de la femme que je disais aimer ?

Après un instant, son expression changea. Son visage se durcit et elle plissa les yeux. « S’il te plait, dis-moi qu’il y a autre chose, Angel. »

Je la regardai, incapable de dire quoi que ce soit, incapable de comprendre où ça nous menait.

Elle soupira. « Angel, Ice a dû te regarder être menacée par une arme, On l’a assommée et trainée loin de chez elle pour être exécutée. Est-ce que tu t’attendais à ce qu’elle laisse ça se produire simplement ? »

« Non. Non ! C’est juste que... »

« Juste quoi, Angel ? » Ses yeux noirs brillèrent d’une terrible pitié et je me sentis sur la défensive.

« Arrête de me regarder comme ça, Corinne. »

« Comme quoi ? » Demanda-t-elle, avec un sourire moqueur.

« Comme si j’étais une fichue gamine à qui on vient de dire que le Père Noël n’existe pas. »

« Peut-être quand tu cesseras de te conduire comme ça. »

« Corinne ! »

« Combien de fois Ice t’a-t-elle dit qu’elle était une meurtrière, Angel ? »

« Quoi ? Je ne… »

« Combien de fois ? »

Je sentis que je m’échauffais tandis que je la regardais, mes poings s’ouvrant et se refermant sans cesse. « Je ne sais pas. »

« Une fois ? Plus d’une fois ? Tu dois bien te souvenir d’une telle chose, Angel ?

Je grinçai des dents. « Corinne… »

« C’est une simple question, Angel ? Combien de fois ? »

« Je ne sais pas. Plusieurs fois », concédai-je.

Elle sourit et hocha la tête. « Et comment as-tu répondu à ça ? Lui as-tu dit que tu comprenais ? T’es-tu sauvée en hurlant ? Quoi ? »

« Tu sais bien ce que j’ai dit, Corinne. » Je pouvais entendre les battements de mon cœur dans mes oreilles.

« Je ne sais pas, Angel. Mais je peux l’imaginer. Tu lui as dit que tu comprenais, n’est-ce pas ? »

« Je ne… » Elle me regarda. « Oui ! Oui, ça te va ? Je lui ai dit que je comprenais ! »

Elle hocha la tête, apparemment satisfaite. « Mais tu ne comprenais pas, n’est-ce pas », commença-t-elle, sa voix adoucie par une compassion qui me brûlait plutôt qu’elle ne me guérissait. « Tu ne la comprenais pas du tout malgré que tu lui aies dit le contraire. Tu ne comprenais pas ce que c’était que d’avoir le cœur si froid et si noir que prendre la vie d’une autre personne ne faisait pas plus d’effet que d’aller faire un tour au marché. Tu ne comprenais pas que quand la mort ne signifie rien, la vie encore moins. »

« Ça suffit, Corinne ! » Hurlai-je, mes mots rebondissant sur l’étendue plane du lac et faisant s’envoler un petit groupe d’oiseaux effrayés. « Ça suffit. »

Elle sourit à nouveau. « Ah oui ? Je ne le pense pas, Angel. En fait je pense que c’est loin de suffire. » Son expression s’adoucit un peu. « Ice est une tueuse, Angel. Elle n’est peut-être pas que ça, mais ça constitue une grande partie de ce qu’elle est. Ça dessine ses pensées, façonne ses actions. C’est instinctif, comme de respirer. » Sa voix douce traina un instant tandis qu’elle fermait les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient remplis d’un savoir horrible dont je voulais détourner mon regard et pourtant je ne le pouvais pas.

« Chaque jour de sa vie, Angel, chaque jour, elle doit faire le choix conscient de vivre sans violence. Un autre jour à lutter contre ses instincts. Un autre jour à essayer désespérément de se raccrocher à la plus fine et la plus frêle des cordes qui la relient au chemin qu’elle a choisi. Et tu sais pourquoi elle le fait, Angel ? »

Je la regardais, soudainement perdue, doutant soudain de la seule chose dans ma vie que je pensais être immuable. Les convictions d’Ice. « Parce qu’elle sait que c’est ce qui est juste ? » Hasardai-je.

Le sourire qu’elle me fit, triste et rempli d’une douce déception, tirailla mon cœur. « Non, Angel. Bien que ça puisse être ce qui est ‘juste’, ce n’est pas la raison pour laquelle elle le fait. »

« Alors pourquoi ? »

Elle prit ma main et la serra fort. « Elle fait ces choses parce qu’un jour, il y a plusieurs années de ça, elle a rencontré quelqu’un qui, sans même essayer, l’a touchée au fond d’elle et a pris un cœur qu’elle ne se souvenait plus d’avoir. Une personne qui, contre toute attente, l’a capturée sans effort et la retient aujourd’hui encore. Et une personne dans les yeux de laquelle elle ne se laissera jamais voir autrement que parfaite. » Elle sourit à nouveau. « Elle fait ces choses pour toi, Angel. Parce qu’elle t’aime. Et parce que tu as réussi à faire une chose que personne n’avait réussi à faire. »

« Quoi donc ? » Demandai-je, consciente que ma voix était rauque.

« Tu lui as fait voir qu’elle valait la peine d’être aimée. C’est ce qui l’aiguillonne, ce qui dicte ses actions aujourd’hui. Ça pèse lourdement sur chaque décision qu’elle prend, parce que peu importe ce qui advient, peu importe, elle ne veut pas, jamais, que tu la vois comme quelqu’un d’indigne. »

Les larmes tracèrent silencieusement des ruisseaux sur les collines et les vallées de mes joues et de ma mâchoire. En les voyant, Corinne serra ma main plus fort, pour me réconforter, et peut-être pour me montrer qu’elle comprenait. « C’est un fardeau pour n’importe qui, Angel. Je le sais. Ice le sait aussi. Mais quand tu lui as dit, pas une seule fois, mais de nombreuses fois, que tu comprenais et que tu acceptais qui et ce qu’elle était, elle a eu l’impression que c’était un fardeau que vous pourriez porter ensemble. »

De sa main libre elle essuya doucement mes larmes. « Elle t’a ouvert son cœur et son âme, Angel. L’obscurité et la lumière. C’est un cadeau que peu de gens reçoivent dans ce monde. Un cadeau inestimable. Et quand elle prend des décisions contre sa nature, comme de permettre à Cavallo de vivre, tout en sachant d’instinct qu’elle va le payer, elle le fait parce qu’elle veut que ce soit cette personne que tu vois quand tu la regardes chaque jour. »

Un sanglot monta spontanément dans ma gorge et je me couvris la bouche pour le retenir. « Elle m’a dit ceci un jour », dis-je en hoquetant, comprenant seulement le sens vrai derrière ses paroles. « Que tout ce qu’elle voulait être, c’était la personne que je voyais en la regardant. »

Corinne hocha la tête, le visage doux mais grave. « Elle croit en toi, Angel. Elle croit que tu l’aimes pour ce qu’elle est autant que pour la personne qu’elle pourrait devenir. Sa noirceur sera toujours là. Parce qu’elle n’est pas mue par elle ne signifie pas qu’elle est partie, peu importe la force de votre désir pour que ce soit le cas. Ce n’est pas une tache que l’on peut nettoyer ou un péché qui peut miraculeusement être pardonné, comme dans la confession d’un pénitent face à un prêtre en robe noire. C’est une partie d’elle aussi profonde que son amour pour toi. Aucun d’eux ne peut être effacé. »

Son regard se durcit et j’eus l’impression qu’elle regardait aux tréfonds de mon âme. « La décision t’appartient, Angel. Soit tu l’acceptes pour tout ce qu’elle est, sachant que, étant donnée la vie que vous partagez, il y aura des moments où elle devra agir selon son instinct, parce qu’elle s’est permis d’aller contre cet instinct dans le passé et qu’elle doit maintenant en payer le prix, ou bien… »

Je sentis ma respiration bloquée dans ma gorge. « Ou bien ? »

« Vas-t-en, Angel. Vite et loin. Brise tes liens avec elle et ne regarde jamais derrière toi. Bull me dit qu’elle pense peut-être que tu es morte. Si tu ne peux pas être celle dont elle a besoin, la seule personne au monde qui l’aime sans conditions, alors s’il te plait, pour son propre bien, laisse-la pleurer ta mort et en finir avec ça. Ne la blesse pas plus en la laissant voir la condamnation de sa nature dans tes yeux. »

Après un long moment, elle relâcha ma main et se leva. « Pense à ce que j’ai dit, Angel. Je serai là-haut avec Ice. »

Je me levai aussi. « Je viens avec toi. »

Il ne fallut qu’un simple contact sur mon bras pour arrêter mon élan. « Tu as écouté un seul mot de ce que j’ai dit, Angel ? »

« Oui, Corinne. Mais il faut que je la voie. Que je sois avec elle. Je dois… »

Elle secoua lentement la tête d’un air triste. « Non, Angel. C’est quelque chose que tu vas devoir faire sans elle. Ice ne peut pas t’aider. »

« Mais… »

« Non, Angel », dit-elle d’un ton ferme. Son regard s’adoucit légèrement. « Angel, je t’aime de tout mon cœur. Tu le sais. Mais j’aime aussi profondément Ice. Et je ne veux pas la voir blessée, par toi ou n’importe qui d’autre. Alors s’il te plait. Reste ici et réfléchis à ce dont nous avons parlé. Ecoute ton cœur, Angel. Il te dira ce que tu dois faire. »

Je sentis mes épaules s’affaisser dans la défaite. Presque contre ma volonté, je hochai la tête pour accepter sa requête. Une requête dont je savais bien, connaissant aussi bien Corinne, qu’elle était plus un ordre qu’une simple demande ou une faveur.

Elle sourit légèrement et avec un hochement de la tête, elle se retourna et quitta le ponton. Je la regardai repartir avec précautions vers la cabane, mes pensées tournoyant vertigineusement.

Quand elle eut disparu au coin de la maison, je me retournai et fis face à l’eau sombre, sans vraiment la voir à cause des larmes qui brouillaient ma vision.

Les larmes passèrent et je restai lasse, vide et très désorientée. Je voulais tellement aller auprès d’Ice. La voir, la tenir, lui caresser les cheveux, sentir que quelque part toutes les réponses à mes questions seraient dans cette simple connexion si profonde entre nous. Une connexion que je pouvais sentir même à cette distance. Une distance que, par ma peur, j’avais causée.

Je me contentai de remercier Dieu dans toute sa pitié qu’Ice ne soit pas réveillée pour la voir.

Je savais aussi que Corinne avait raison. Ice ne pouvait pas m’aider. Personne ne le pouvait, à part moi-même.

Je m’entourai de mes bras alors qu’un vent froid passait sur le lac, avant-coureur d’un hiver proche, même maintenant, au milieu d’un été glorieux.

Tandis que je regardai par-dessus le lac et que le vent faisait plier les arbres, je me forçai à examiner les plus difficiles des questions de Corinne. Est-ce que j’aimais Ice pour elle-même ? Pour la femme qu’elle était vraiment ? Ou bien, est-ce que j’aimais plutôt la femme que je voulais qu’elle soit, une image que j’avais construite dans mon esprit ; un chevalier blanc chargeant sur un étalon, le cœur pur et l’âme sans tache.

Je reniflai doucement. Peut-être étais-je allée trop loin avec cette analogie du ‘Chevalier Errant’. Ice n’avait jamais été, même dans les premiers moments où je la connaissais, ce que quiconque considèrerait un cœur et une âme purs.

Mais là encore, qui parmi nous l’était ?

Certainement pas moi.

Alors la question subsistait. Qui aimais-je vraiment ?

Un être humain réel, fait de chair et d’os ? Ou une image en surimpression sur cette personne, qui la rendait plus acceptable pour ma sensibilité, en tous cas en l’état.

Ce serait fichtrement facile de tout envoyer promener et de faire ce que mon cœur me dictait, à savoir que j’aimais Ice de toutes mes forces, qu’elle tenait mon cœur dans le creux de sa main, que je lui avais donné ma confiance comme à personne d’autre, et que la seule pensée de ne plus l’avoir dans ma vie me retournait les tripes.

Mais je savais aussi que faire cela nous rendrait un mauvais service à toutes les deux.

Le rêve me terrifiait plus que je n’étais prête à l’admettre à quiconque. Et jusqu’à ce que je trouve pourquoi, jusqu’à ce que je trouve une explication qui satisfasse mon besoin de savoir, je ne serais d’aucune utilité à aucune de nous deux.

Et Ice ne méritait que le meilleur de ma part.

Comment j’allais le lui donner était une toute autre question.

Je m’entendis grogner tandis que je m’asseyais à nouveau avec raideur sur le bois froid et usé du ponton. Tant de pensées, de sentiments, d’émotions et d’images passaient dans mon esprit qu’il m’était difficile de savoir par où commencer. Et même, de savoir comment commencer.

« Le meilleur endroit pour commencer est souvent le début », aimait à me dire ma mère.

Je haussai les épaules pour moi-même. Ça me semblait un aussi bon endroit qu’un autre.

Un nom me vint à l’esprit et je m’y accrochai.

Cavallo.

Le salaud qui avait tout commencé. Le salaud qui avait failli tout terminer.

De ce que je pouvais me souvenir de son histoire, racontée par bribes par Corinne, Cavallo était ce qu’on appelait ‘une taupe’. Il avait grandi dans les rangs de la Famille criminelle à laquelle Ice était attachée, les Briacci, tout en étant profondément blotti dans la poche arrière du plus grand rival des Briacci. Espérant planter la graine de la méfiance, il avait monté un piège contre Ice, l’envoyant tuer un innocent.

Mais, et j’avais presque oublié ce point dans ma terreur suite au cauchemar, elle avait refusé de le tuer.

« Elle a refusé », murmurai-je presque à voix haute, rendant cette idée réelle et présente.

Même en sachant que ce refus pourrait entrainer sa propre mort, elle était quand même allée contre les ordres.

« Beaucoup d’entre nous ont dressé des limites et c’était une de mes limites. Je n’ai jamais tué d’innocents et je n’ai jamais tué de témoins, peu importe contre qui ils témoignaient. »

Je me souvenais de ces paroles comme si elle les avait prononcées cet après-midi même au lieu d’il y a cinq ans. Elles prirent soudain une autre signification tandis que la première partie de mon puzzle se mettait silencieusement en place.

Lorsque l’homme fut quand même tué, Ice avait décidé de casquer pour ça, pour employer le vocabulaire de prison un instant, allant aussi loin que refuser même les services juridiques extraordinaires de Donita, pour qui elle comptait beaucoup et qui voulait tellement l’aider.

Et parce que l’Ice que je rencontrai au Bog cette première fois, était une femme qui avait accepté la part de lumière dans son âme et bien qu’elle ne fût pas coupable du crime pour lequel on l’avait condamnée, elle était déterminée à être châtiée pour ceux pour lesquels elle n’avait pas été condamnée, même si cela signifiait, comme cela semblait être le cas alors, donner sa liberté en paiement pour le reste de sa vie.

Aurais-je pu faire la même chose ?

Et bien, d’une certaine façon, je l’avais fait. Je n’étais pas plus coupable d’avoir tué mon mari qu’Ice ne l’était pour le meurtre d’un innocent, mais moi aussi, je voulais en payer le prix parce que, que ce soit ou pas un meurtre, je l’avais bel et bien tué.

Alors, de cette façon en tous cas, Ice et moi étions plutôt semblables.

Une autre pièce s’ajouta sur le plateau.

Je retournai mon esprit vers Cavallo. Non content d’avoir piégé Ice, il voulait tourner le couteau dans la plaie de toutes les manières possibles, alors qu’il était toujours dans la Famille, avec l’intention, un jour, de fomenter un coup d’état et d’en prendre la direction. Il avait piégé la femme de Briacci, une femme qui avait pratiquement été une seconde mère pour Ice, qui avait été jetée en prison puis avait vu son meurtre mis en scène pour une seule personne dans le public.

La femme que j’aimais.

Et bien que dévastée par la mort d’une personne qu’elle avait aimée, et bien que je sois sûre qu’elle avait toutes les occasions de perpétrer sa propre justice sur cet homme, elle était restée en prison, déterminée à payer pour ses crimes.

Une autre pièce du puzzle se mit en place tandis que je commençais à regarder les événements de cinq ans de ma vie sous un jour totalement nouveau, me demandant, avec un peu de honte, pourquoi je ne m’étais pas inquiétée de le faire avant.

Cavallo avait tourné le couteau encore un peu plus dans son cœur en passant un marché avec le directeur de la prison, condamnant Ice à la servitude en lui faisant faire ce qu’il voulait, à savoir démonter des voitures qu’il vendait ensuite à un prix plus que profitable. Et quand elle en eût finalement assez et qu’elle refusa de continuer, Cavallo, par son avocat marron, Morrison, la menaça de faire du mal à la chose la plus chère à son cœur dans ce monde.

Moi.

Croyez-moi quand je vous dis que je ne prends pas ça à la légère, ni que c’est comme un énorme massage à mon ego en pleine santé que de dire une telle chose aussi banalement. C’est tout simplement la vérité telle que je la connaissais à l’époque et telle que je la connais aujourd’hui.

Est-ce qu’une tueuse sans conscience aurait pris cette menace au sérieux et se serait couchée ? Ou bien est-ce qu’elle n’aurait pas plutôt taillé le directeur en pièces et pris le premier otage venu, pour aller en ville en mission spéciale pour délivrer personnellement à Cavallo son arrêt de mort ?

Ice avait simplement répondu à ma question par ses actions.

Elle avait pris le fardeau. Elle avait accepté le couteau au fond de ses tripes, pas avec calme non, mais elle l’avait accepté tout autant, pour me garder en sécurité, en bonne santé et toute entière.

Et pourtant, ça ne suffisait pas encore pour Cavallo.

Dans une scène qui hante toujours mes rêves et continuera à le faire, je le crains, jusqu’à ce que j’aie fini de dérouler mon fil mortel, il s’est retrouvé face à face avec elle – avec un grillage et une dizaine de gardes armés jusqu’aux dents entre eux, courageux comme il l’était – il s’est moqué d’elle et quand il a vu qu’elle ne mordait pas à l’hameçon à sa guise, il lui a tiré dans le dos.

Quasiment contre ma volonté, la scène repassa dans toute sa splendeur et en Technicolor dans mon esprit.

Serrant une dernière fois et dans un hurlement de Cavallo, Ice relâchait sa prise et levait ses mains nues en souriant. Elle reculait volontairement de deux pas du grillage, faisait un clin d’œil au mafieux, puis elle se retournait.

Nos regards se croisaient tandis qu’elle finissait de se retourner et le monde commençait à tourner au ralenti. Du coin de l’œil, je pouvais voir Cavallo passer sa main valide dans son manteau.

« Ice ! » Je m’élançais vers elle, en direction de ses jambes. « Nooooon ! »

Elle écarquillait les yeux de questionnement.

Le bruit d’un coup de feu résonnait, bizarrement assourdi dans l’air turbulent.

La question dans ses yeux était devenue un choc tandis que le sang giclait et tachait le petit trou noirci soudainement apparu dans le coin gauche de sa combinaison. Elle baissait les yeux puis me regardait à nouveau.

Son regard devenait vide comme dans mon rêve et elle s’écroulait au sol sans un bruit.

J’atterrissais sur elle en hurlant.

Je m’écartais rapidement, essuyant brutalement mes larmes tandis que je la mettais sur le dos. « Oh Seigneur, non. Ice, non. S’il te plait. Oh Seigneur. »

Le sang sortait de la blessure par à-coups lents et paresseux. Mais cela signifiait qu’elle était toujours vivante. Je pressais une main sur le trou dans sa poitrine et utilisais l’autre pour écarter les cheveux de son visage. « Oh Seigneur, s’il te plait, réveille-toi, Ice. S’il te plait, ne meurs pas. S’il te plait. Ne me fais pas ça. S’il te plait. Oh Seigneur. Oh Seigneur. »

Je paniquais et je le savais. Mais je ne semblais pas pouvois m’arrêter. Le sang coulait dans l’espace entre mes doigts, me peignant dans sa vibration brûlante. « Ne meurs pas, Morgan Steele. Je te défie de mourir devant moi ! »

Le bruit de pas hâtifs me faisait lever les yeux. Les visages pâles et effrayés de Sonny, Pony et Critter me faisaient face.

« Oh merde ! » Grognait Pony en s’agenouillant près de moi, posant sa main sur la mienne dans une tentative pour arrêter le flot de sang.

« Appelez une ambulance ! » Hurlais-je sans même sentir la pression de la main de Pony sur la mienne. « Allez ! »

Sonny hochait brusquement la tête et se retournait pour partir en courant, en direction de la prison dans une course effrénée. La foule choquée se séparait pour la laisser passer.

« Ils sont partis ? » Demandais-je à Pony, ma vue bloquée derrière moi par son corps musclé.

« Qui ? » Demandait Pony d’un ton distrait, le visage grimaçant tandis qu’elle augmentait la pression sur ma main. »

« Le directeur et… le tireur. »

Mon amie regardait par-dessus son épaule, me bloquant toujours la vue sur la grille et la zone au-delà. « Y a une bagnole qui fait crisser ses pneus en sortant du parking », me disait-elle en grognant, puis elle retournait toute son attention à sa tâche pour ralentir le saignement qui s’écoulait de ma compagne avec chaque battement de son cœur.

« Dieu soit loué. »

« Pourquoi tu r’mercies Dieu ? Ça pourrait bien être l’assassin d’Ice qui se sauve ! »

« Elle ne mourra pas. Je le sais. Elle ne peut pas. »

« J’aimerais bien avoir ta foi, Angel. »

« Tu n’en as pas besoin. J’ai assez de foi pour nous toutes. »

Je clignai des yeux et essuyai les larmes sur mon visage tandis que mon esprit relâchait enfin sa prise et me laissait revenir au présent.

« J’ai gardé la foi, Ice », murmurai-je. « Et tu ne m’as pas laissé tomber. »

Et pourtant, même après avoir reçu ce coup de feu dans le dos comme un animal enragé, elle n’était toujours pas partie le chercher.

Non, pas avant que la dernière goutte ne soit versée dans le vase. Une goutte représentée par une visite de Morrison à l’hôpital pour la prévenir que, si quelqu’un devinait l’identité de la personne qui lui avait tiré dessus, ma vie deviendrait un enfer, et toute chance pour moi de retrouver un jour la liberté serait balayée comme des immondices dans le ruisseau et, très sûrement, mon âme avec elle.

« Je savais alors que je ne pourrais jamais faire marche arrière. Il fallait que… je m’occupe de certaines choses pour que cette menace ne devienne jamais une réalité. »

Ce ne fut que quand la dernière goutte fut finalement versée dans un vase totalement plein qu’elle se lâcha complètement, pas pour se protéger elle, mais pour me protéger moi.

Parce qu’elle m’aimait.

Et quand elle avait enfin eu l’occasion de se débarrasser de toute la douleur, de la souffrance, de l’angoisse et de la rage sur le seul homme qui avait causé tout ceci, qu’avait-elle fait ?

Je fermai les yeux pour me souvenir.

« Je voulais tellement le tuer que je pouvais en sentir le goût. Mon doigt pressait la gâchette, un millimètre de plus, le coup serait parti et tout aurait été terminé. »

Elle avait penché la tête et avait regardé le plafond, les muscles de sa mâchoire en mouvement tandis qu’elle se passait les mains dans les cheveux. « Je n’ai pas pu le faire », avait-elle murmuré d’un ton dur. « Je le voulais, Seigneur, je le voulais tellement. Je voulais mettre fin à sa misérable petite vie puante. » Elle avait soupiré et secoué la tête. « Mais je n’ai pas pu. »

Pourquoi ? Me rappelai-je lui avoir demandé.

« Je le regardais dormir et j’ai pensé à toi. » Et à ce moment-là, son regard, pour la première fois, s’était posé sur moi. Elle avait légèrement souri. « Au moment où j’avais tenu la vie de Cassandra entre mes mains. Je me souvenais de toi en train de me dire de ne pas abandonner mes rêves, qu’elle n’en valait pas la peine. Et je me suis rendu compte que si je redevenais cette personne, celle qui tuait pour se débarrasser de ses problèmes, ce serait exactement ce que j’aurais fait. » Les larmes brillaient dans ses yeux. « Mes rêves ne valent peut-être pas grand-chose, mais c’est tout ce que j’ai. Et je ne pouvais pas les abandonner. Pas pour lui. Pour personne. »

« Oh, Ice » murmurai-je comme je le fis à l’époque.

Tant de choses prenaient du sens à mes yeux maintenant, quand je les regardais avec la distance du temps. L’attachement constant d’Ice aux changements qu’elle avait commencé à faire dans sa vie bien avant que nous ne tombions amoureuses. Son refus d’être entrainée à faire quelque chose qui devenait injuste pour elle, jusqu’à ce qu’elle soit placée dans une situation où les choix n’existaient pas.

Je commençais enfin à voir deux très différents côtés dans la partie d’Ice qui était une tueuse. L’une d’elle tuait dans la fièvre de la passion, pour se protéger ou protéger ceux qu’elle aimait. L’autre, diamétralement opposée à la première, tuait avec le désintérêt froid et lointain d’un assassin, ce qu’elle avait été pendant très longtemps.

La première était une part inhérente de sa nature, une nature forgée par la vie qu’on l’avait forcée à vivre quand une innocente filette de dix ans s’était réveillée un beau matin pour découvrir que ceux qu’elle aimait n’étaient plus.

La seconde, que je commençais à entrevoir, était plutôt contre nature pour elle, bien qu’elle avait développé un certain talent pour ça au cours du temps, et qu’elle l’utilisait autant que les outils dont elle se servait pour réparer les autos.

Si rien d’autre, Ice était une femme faite de passions incroyables. Elle avait une capacité immense, presque infinie, à aimer. Et une capacité pratiquement égale pour la colère. Alors que l’amour avait toujours été réprimé comme un poulain ombrageux et vulnérable, la colère avait pu fleurir.

Et alors, pour une raison qu’elle seule connait, Ice avait décidé de saisir l’occasion de révéler son cœur et de laisser l’amour sublimer la rage dans son âme.

Cette décision avait demandé un grand tribut cependant. Un tribut qu’elle payait aujourd’hui. Et un tribut que moi, dans mon égoïsme, je n’imaginais pas exister.

Jusqu’à aujourd’hui.

Tel l’apôtre Paul sur la route de Damas, les écailles me tombaient enfin des yeux et je vis pleinement ce que le fait pour Ice de laisser Cavallo vivre signifiait vraiment.

Un saut les yeux bandés du haut d’une haute falaise avec la confiance pour seul filet.

La confiance en elle-même, dans son cœur, qu’elle prenait la bonne décision. La confiance dans un système de justice qui avait misérablement failli à faire ce qui était juste. La confiance dans un dieu ou une sorte de destin miséricordieux qui verrait son action de rédemption et en serait satisfait.

Un jour, un sage a dit, je crois, que deux sur trois, ce n’est pas si mauvais, je suis sûre qu’il serait d’accord pour dire qu’un sur trois c’est plutôt minable.

Comme une rangée de dominos ou un château de cartes poussés par la main d’un enfant insouciant, ce simple acte miséricordieux a lancé une série d’événements inévitables qui nous a menées à cet endroit, où tout ce qui aurait pu tourner de travers l’a fait et où la femme assurée et fière qui avait fait ce saut, était maintenant allongée, brisée et en sang, en châtiment d’un acte de bonté qui s’était retourné contre elle par vengeance.

Je repensai à la nuit où elle avait reçu l’appel téléphonique l’informant que Cavallo avait été libéré et était à la poursuite de chair fraîche. Elle avait voulu garder cette information pour elle-même, mais je l’avais bousculée, aiguillonnées, cajolée et j’avais pleurniché jusqu’à ce qu’elle s’ouvre à moi et dépose ses tracas devant moi.

Et qu’est-ce que je lui avais donné en retour ?

La dérision. Le sarcasme. La tyrannie de ma morale. J’avais même eu le culot de la traiter de froussarde. Je l’avais accusée d’utiliser Cavallo comme excuse pour fuir les gens qui l’aimaient. Je l’avais menacée de m’accrocher à chacune de ses pensées, à chacun de ses mouvements, comme un parasite indésirable

Quand avais-je cessé de faire confiance à son instinct ?

Quand avais-je commencé à penser que le mien était meilleur ?

Je sentais mon visage rougir de honte. La chair tendre de mes paumes protesta quand mes ongles y creusèrent leur domicile.

Tout ce qu’elle avait voulu, c’était créer un espace de sécurité autour de moi. Un endroit où je serais heureuse, où je me sentirais en sécurité, où je serais aimée et où je ne manquerais jamais de rien. Meneuse d’hommes innée, elle avait réprimé cette qualité et avait choisi de marcher à mon côté, m’apportant son aide, sa chaleur, sa force et son amour pour s’assurer que mes rêves étaient comblés, du mieux de ses capacités considérables et bien au-delà de mes espoirs les plus fous.

Et qu’avais-je fait de cette liberté qu’elle m’avait donnée ? Je l’avais saisie et je m’étais sauvée avec et je l’avais bien piégée, la plaçant avec mes paroles dans une cage dont les barreaux étaient formés et dessinés par les liens d’amour que nous partagions.

Une cage dorée, peut-être, mais une prison plus grande encore, d’une certaine façon, que le Bog ne l’avait jamais été.

« C’est une adulte », me dis-je. « Tout à fait capable de prendre ses propres décisions. Ne lui enlève pas ça aussi, en croyant que tu l’as en quelque sorte piégée contre son gré. Ce n’est pas ce qui s’est passé et tu le sais très bien. »

« Peut-être », me répondis-je. « Mais lui as-tu posé la question ? As-tu pris, ne serait-ce qu’une minute, pour savoir ce qu’elle désirait, plutôt que de projeter tes rêves et tes désirs sur elle et de considérer que c’était bien ? »

Est-ce que je l’ai fait ?

Je repensais à la conversation que nous avions eue dans cette minuscule chambre d’hôtel qu’Ice avait prise juste après nos retrouvailles. Je me souvenais de l’odeur de moisi du radiateur tandis que l’air qu’il soufflait faisait légèrement bouger les lourds rideaux qui masquaient la chambre aux yeux indiscrets. Je me souvenais de la texture raide et brillante du dessus de lit. Mais plus que tout, je me souvenais de l’expression sur le visage de mon amour, de la lueur dans ses yeux, du ton de sa voix.

« Bon sang, Angel ! ! Si tu restes avec moi, tu vas juste t’enfermer dans une autre prison ! Tu peux comprendre ça ? »

Oui, elle était en colère. Mais cette fois… cette fois, je n’avais pas peur.

« Ice, la seule prison dans laquelle je vais retourner, c’est celle dans laquelle tu vas m’envoyer en refusant de me laisser prendre mes décisions moi-même sur ce que je veux faire de ma vie. Il n’y aura pas d’autres barreaux que ceux qui entoureront mon cœur. C’est un endroit où je ne veux pas aller, jamais. Ce serait un million de fois pire que le Bog le sera jamais. » Je lui avais attrapé la main que j’avais serrée très fort, levant nos mains jointes pour qu’elle puisse les voir pleinement. « Ma vie est avec toi, Morgan Steele. Et ça depuis le premier jour où je t’ai vue. Ça ne changera jamais, que tu me laisses rester avec toi ou pas. »

Pour la première fois depuis que je la connaissais, Ice avait eu l’air effrayé. Ce n’était pas de la panique, j’en suis sûre, mais elle avait peur. « Je… ne peux pas… »

J’avais mis le doigt sur ses lèvres. « Peut-être pas », avais-je murmuré. « Mais moi je peux. »

Et je l’avais fait.

Et en le faisant, j’avais proprement et avec efficacité, retourné la situation à son détriment. En me clivant à elle malgré ses objections sincères et recevables, j’avais pris la décision de ses mains et je l’avais transformée pour en faire la mienne.

Elle avait tenté de m’avertir – oh Seigneur, combien de fois ? – qu’un jour on en arriverait là.

Et quand ce fut le cas, je lui donnai tout sauf ce dont elle avait le plus besoin.

Mon soutien.

Elle avait fait ce qu’elle avait à faire. Ses actions, plutôt que d’être l’émergence des tréfonds osbcurs d’un cœur noirci, étaient, tout simplement la seule chose qu’elle pouvait faire. Pas d’exceptions, pas d’excuses.

Elle avait été acculée dans un coin et en était sortie en se battant.

Si ça avait été moi, je serais morte dans cette clairière. N’importe qui d’autre que je connaisse aussi.

Elle avait survécu.

Et à la fin, après l’annonce des résultats, c’était tout ce qui comptait

Elle avait survécu.

Et d’un seul coup, tous mes doutes, tous mes soucis, mon sentiment d’insécurité, s’effritèrent et s’envolèrent. Ma honte était toujours prégnante et c’était une chose que je devrais gérer encore très, très longtemps.

Et bien, ça n’avait pas d’importance.

Ce qui en avait, c’était que la femme que j’aimais de toute mon âme avait besoin de moi, peut-être plus qu’elle n’avait jamais eu besoin de personne auparavant.

Et peu importe que survienne l’enfer, ou un tsunami ou une bibliothécaire âgée avec une affinité pour le poison, le poker et les théières, je ferais de mon fichu mieux pour être pour Ice ce qu’elle était pour moi.

Tout.

Imprégnée de ma mission, je me relevai, à peine consciente de la raideur dans mes muscles et de la douleur sourde dans ma jambe. Je sortis du ponton à grands pas déterminés, montai la colline et entrai dans la maison, ignorant les regards interrogateurs lancés dans ma direction par les hommes et les femmes venus apporter leur soutien à une amie blessée et dans le besoin.

Le visage figé dans un masque de pierre que j’empruntai temporairement à Ice, je montai les marches et entrai sur le champ de bataille, lançant à Corinne un regard qui disait, avec le plus grand sérieux, que si elle voulait la guerre, elle l’aurait. Et que je ne cesserais pas avant de l’avoir gagnée.

Elle lut parfaitement l’intention dans ces premières secondes silencieuses, écarquillant légèrement les yeux avant de se détendre dans le fauteuil qu’elle avait tiré près du lit. Elle me fit un petit sourire d’acceptation et pencha légèrement la tête en direction d’Ice, toujours profondément endormie.

« Est-ce qu’elle s’est réveillée un instant ? » Demandai-je en luttant pour empêcher mon visage de rougir à nouveau.

« Non. Elle se repose tranquillement. »

Je hochai la tête. Puis j’adoucis consciemment mon regard. « Je l’aime, Corinne. Toute entière. Tu peux me croire ou non, ça te regarde. Mais je l’aime vraiment et je ne l’abandonnerai jamais. » Je déglutis, fort. « A moins qu’elle ne me le demande. »

« Et si elle le fait ? »

Je pris une inspiration profonde, la relâchai et prononçai les mots inscrits dans mon cœur. « Si elle le fait, je la laisserai partir. Sans discuter. »

Après un moment, Corinne hocha la tête. Puis elle eut un sourire de travers. « Est-ce qu’il y a jamais eu aucun doute ? »

« Non. Des questions, oui. Des peurs, oui. Un doute ? Non. »

Ses yeux brillèrent. « Je ne le pensais pas. »

Mes yeux s’écarquillèrent à leur tour. « Tu ne le pensais pas... Alors pourquoi ? »

« Parce que tu avais besoin de t’asseoir pour examiner les choses par toi-même, Angel. Une partie de toi a vécu dans un monde de rêves pednant très longtemps. Et à moins que tu ne te donnes le temps de découvrir la réalité de tes vrais sentiments, les choses auraient continué à faire boule de neige jusqu’à ce qu’on soit tous ensevelis. Ice ne mérite pas ça. Ni toi d’ailleurs. » Elle rit doucement. « Tu as pris la bonne décision, Angel. »

Je ne pus m’empêcher de rire de soulagement. « Rappelle-moi de te frapper plus tard. »

« Oooooh, c’est promis. »

Je résistai à l’envie de lui mettre une bonne claque, mais je me glissai plutôt sur le lit pour me blottir tout près de la seule personne au monde qui tenait mon cœur dans sa paume, et je sombrai immédiatement dans un profond sommeil sans rêve, sans remarquer quand son bras s’enroula autour de mes épaules dans un geste inconscient d’acceptation et d’amour.

*******

A suivre – Chapitre 9 – 2ème partie et fin