INDISCRETIONS

Deuxième Saison

Crédits :

Créé, Produit, Réalisé et Ecrit par :

Fanatic and TNovan

Traduction :

Mintpepper

Episode Dix-huit : Je le veux

Je m’accroche à Kels comme à une bouée de sauvetage. Une autre grande tradition de mariage Kingsley est sur le point de venir me jouer un sale tour. Pendant que Kels va passer la soirée dehors avec mes frangins, je suis condamnée à une soirée avec mes sœurs. Je vais me faire torturer pendant qu’elle, elle va faire la fête.

Y a pas de justice dans ce foutu monde.

« Toi, sois sage ! » je plaisante, en lui pinçant gentiment le nez. Il est si mignon. Elle est si mignonne. « Je sais ce qui arrive quand tu sors. Tu te fais coffrer ou bien tu reviens enceinte. »

Ce commentaire la fait rire, et elle remonte ses mains le long de mes bras pour les nouer derrière mon cou. « Alors je promets de ne pas retomber enceinte, même si je pense que c’est biologiquement impossible vu mon état actuel. Et je ferai de mon mieux pour ne pas me faire arrêter. »

« Je ne viendrai pas encore te tirer d’affaire. » Je n’oublierai jamais la détresse de son visage cette nuit où j’ai payé sa caution à Los Angeles. Mais bon, c’est Beth qui a raté le coche. J’ai gagné, j’ai gagné, j’ai gagné. « Je te laisserai là-bas, cette fois. Juré que je le ferai. »

« Comme si j’y croyais une seule seconde. » Elle s’appuie contre moi et me donne un long baiser. Je m’entends gémir et je me demande encore une fois pourquoi je la laisse sortir. Il y a tellement d’autres trucs plus chouettes qu’on pourrait faire de notre soirée. Je veux dire, on pourra même pas passer la nuit de demain ensemble, grâce à la minute d’irritation de mon adorable future épouse la semaine dernière envers moi.

« Okay ! » sonne la voix de Robie dans mon oreille. « Ça suffit la guimauve. Lâche la blonde lentement, Kingsley, et personne ne sera blessé. »

« Va te faire cuire un œuf. »

« Tu veux pas plutôt me passer une cuisse ? Kels m’a dit que tu avais un goût de poulet… mouillé ! »

Il me faut tout mon self-control pour ne pas péter un plomb. Mon frère est dingue. Dieu sait que c’est ce que j’aime chez lui. Je baisse les yeux vers Kels, qui a enfoui son visage contre mon épaule.

« Je te jure que je n’ai rien dit, » elle marmonne.

Je ne la crois pas une minute, mais dans l’intérêt du bonheur conjugal, je vais laisser glisser. « D’accord, tu peux sortir et leur dire tout ce que tu veux. » Je détache ses bras de mon cou et la confie à Robie. « Mais ne viens pas me le reprocher si demain matin tes sœurs en savent bien plus sur toi que ce que tu souhaiterais. » Je m’autorise un sourire crâneur. « Ce qui inclut, entre autre, où se situe un certain petit tatouage. »

« Kels ! » Robie a l’air particulièrement réjoui par cette idée. Les bad girls déguisées en filles modèles, ça lui a toujours plû. « T’as un tatouage ? »

« C’est une tache de naissance, » elle proteste, en me lançant un regard lourd. A la guerre comme à la guerre, bébé, c’est toi qu’as commencé avec cette histoire de poule mouillée.

« Oh, mais bien sûr, » ricane Robie. « Tatouage, tache de naissance, quoi que ce soit, ça m’a l’air d’être dans un endroit marrant. » Il étudie les fesses de ma fiancée. Pas de doute qu’il souhaiterait avoir une vision au rayon-X pour pouvoir voir au travers de son jeans.

Je lui flanque une claque derrière la tête. « C’est exact, mais toi tu ne le verras pas. » Je croise les bras sur la poitrine et prends mon air le plus intimidant, ne laissant aucun doute sur la localisation de ladite tache.

« Harper ! » Kels est en train de passer par quatre tons de rouge tout à la fois. C’est un phénomène intéressant.

« Viens, Kels, » dit Robie en lui offrant son bras. « Je vais te montrer ce que c’est de sortir prendre du bon temps. » Il lui fait un clin d’œil. «

La  Conspiration

a prévu une sacrée soirée pour ta copine et ça va pas être joli-joli, alors sortons tant qu’il est encore temps. »

« Bonne idée, Robie, très cher. » Kels plisse son nez et me tire la langue.

« Fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, » je blague, en lui mettant une tape sur le derrière tandis qu’elle et Robie franchissent la porte d’entrée.

Je reste là un moment. C’est le calme avant la tempête. Je le sais d’instinct. Puis j’entends la voix de Rene derrière moi. « Oh, Harper ! Viens donc nous rejoindre, tu veux ? »

Je laisse retomber ma tête. La tempête a commencé.

Première fois que je suis invitée dans la cuisine, et c’est pour ça. Oh bon Dieu, j’ai perdu la boule. Lentement, je me retourne et me dirige vers le repère de

la Conspiration

de

la Cuisine. Je

sais ce que ressentent les espions sur le point d’être questionnés. Non, je retire. Je préfèrerais être une espionne. L’interrogatoire ne serait pas aussi sans pitié que celui qui m’attend.

Je les vois, depuis l’encadrement de la porte. Elles sont toutes assises d’un côté de la table, les mains croisées en face d’elles, en train de me regarder. Elles feraient un parfait sous-comité du Sénat.

Mama et Papa sont allés chez Gerrard et Katherine ce soir, pour surveiller tous les plus petits et laisser la maison vide à

la Conspiration

pour s’occuper de son affaire. Je me demande si je peux les poursuivre pour cruauté mentale.

Rachel désigne la chaise solitaire de l’autre côté de la table. « Prends un siège, Harper. Ça ne sera pas douloureux. »

« Pas trop, » ajoute Katherine, en buvant une gorgée de son vin.

 

* * *

 

Robie me guide jusqu’à

la Lincoln Navigator

, la voiture familiale de Gerrard, qui nous attend. Gerrard, Jean et Lucien sont déjà à l’intérieur en train de remuer au son d’un groupe Zydeco. Le Zydeco est un goût acquis, qui requiert pour l’accordéon une affinité que je ne possède pas encore complètement. Par contre, il y a une joie contagieuse à voir les quatre frères Kingsley chanter à tue-tête les paroles. Cette nuit s’annonce fun.

Je grimpe sur le siège arrière, et m’installe entre Jean et Robie. Gerrard se retourne depuis le siège avant. « T’es prête, chér ‘tit chou ? »

Il vient de m’appeler une chère petite chérie ; je doute d’être tout-à-fait prête pour ça. Je doute aussi d’être tout-à-fait prête pour ce que ces quatre-là ont prévu, mais, nom d’un chien, j’en suis. En plus, ça n’arrivera qu’une seule fois dans ma vie. « Prête pour quoi ? » Autant essayer d’obtenir cette information.

« Ooo la la, t’aimerais bien savoir, hein ? » répond Robie en glissant son bras autour de mes épaules.

« Harper a dit que si je me faisais arrêter, elle ne viendrait pas payer la caution. » Je me dis que je devrais souligner ce point.

Les frères éclatent de rire. « Chér’, d’ici que

la Conspiration

en ait fini avec Harper Lee, c’est nous qui pourrions bien payer la sienne. Et maintenant, que la fête commence ! »

Et avec des exclamations et des hourras, on quitte la maison pour se diriger vers le Quartier Français.

 

* * *

 

Je sais que je ne suis pas sortie de l’auberge dès le moment où la bouteille de tequila est posée sur la table.

Aucun de mes frères n’a pris la peine de me mentionner que les frangines m’ont concocté un genre de jeu à boire tordu. Pendant qu’elles vous grillent sur vos intentions, elles vous abreuvent de tord-boyaux. Un seul shot pour chaque bonne réponse et deux pour chaque mauvaise réponse.

Ce soir, elles ont décidé de faire ça dans le style de ce foutu jeu animé par Regis Philbin [NDLT : le présentateur du ‘Qui veut gagner des Millions’ américain]. Donc, on me pose des questions débiles et j’ai droit à des ‘jokers’ pour m’aider. Il faut que quelqu’un se charge de botter le cul de Regis du haut en bas de Broadway. En regardant le shot que j’ai dans la main, c’est exactement ce que je songe à faire quand je serai de retour à New-York.

« Alors, Harper. » Rene me sourit en coin, l’air de bien trop rigoler à mes dépens. « Avale, qu’on puisse passer à la partie aptitudes mécaniques de notre quiz. »

Je repose le shot et retire le citron vert de ma bouche. Je souris à Rene d’une façon un poil inapproprié. C’est de sa faute, elle m’a rendue ivre. « Et quel genre d’aptitudes mécaniques tu voudrais que je te démontre, Rene ? » Je lui lance un regard lubrique par-dessus la table.

Je suis assez fière de moi quand elle rougit et détourne le regard. J’ai encore le truc.

« Ceci te semble-t-il familier ? » Elaine agite un bandeau du bout du doigt. Bon sang, Kels. Qu’est ce qui t’a pris de leur donner ça, à elles en particulier ?

« Oh merde ! » je grogne. « Soyez sympas là. »

Rachel rit en se levant et contourne la table. Je la regarde attraper le bandeau tout en s’approchant. « Nous sommes sympas, Harper Lee. Nous sommes le groupe de femmes les plus sympas que tu rencontreras jamais. » Elle place le bandeau sur mes yeux. « Tu va devoir faire ça trois fois ce soir. Ceci est la première. Nous attendons de toi que tu le fasses correctement à chaque fois. »

Rachel s’éloigne, je les entends bouger dans la pièce en faisant Dieu sait quoi. Sois forte, Harper. Ce n’est que

la Conspiration

de

la Cuisine.

« Tu commences à avoir l’alcool qui te monte à la tête, pas vrai Harper ? »

« Je suis parfaitement sobre. » Okay, là c’est un peu exagéré mais ça je l’admettrai jamais.

« Bien sûr. » rigole doucement Rene dans mon oreille. Oh purée. Je secoue la tête, pour essayer d’en déloger l’air qu’elle vient juste d’y mettre. Elle me prend les mains et les place sur la table. Je sens qu’on pose quelque chose entre. Mais qu’est ce qu’elles fabriquent ?

« Voilà le plan, » explique Katherine, qui a clairement l’air de se marrer. « Il y a un bébé et une couche sur la table. Change-le. »

« Tu plaisantes, hein ? » S’il-vous-plaît, Seigneur, dites-moi qu’elles ne sont pas assez cinglées pour avoir posé là Geoffrey ou Clarck en agneaux sacrificiels.

« Eh non. C’est un fait scientifiquement prouvé qu’être réveillé d’un sommeil profond pour changer la couche d’un bébé peut se comparer exactement à tenter de le faire saoul et à l’aveugle, » me sort Elaine, en plaçant la couche dans ma main.

« Il faut qu’on connaisse tes limites. On doit dire à Kelsey quand ce n’est pas sûr de te laisser gérer les bébés. » Rene guide mon autre main vers le ‘bébé’. Je constate au premier contact que c’est une poupée. Merci mon Dieu.

 

* * *

 

On gare

la Navigator

et on pénètre dans le Bistrot à Maison de Ville. Gerrard est manifestement bien connu ici et on nous assoit immédiatement à une table d’angle. Le Bistrot est une petite salle de restaurant avec des banquettes de cuir marron, des boiseries sombres et des peintures aux couleurs vives. L’effet est sobre mais pas minimaliste. Je m’enfonce dans la banquette en cuir, toujours prise en sandwiche entre deux Kingsley.

Gerrard commande une bouteille de Vieilles Vignes des vignobles d’Hubert Lignier Morey-Saint-Denis. Le sommelier murmure son approbation et nous laisse pour chercher la bouteille à la cave. Ça m’a l’air délicieux, mais je ne peux pas m’imbiber avant encore six mois et quelques.

« Alors, Kelsey, qu’est-ce qui fait qu’une gentille fille comme toi peut vouloir fréquenter Harper ? » demande Robie d’un ton neutre. « Je veux dire, tu as sûrement eu de meilleures offres. »

Je le regarde, pour essayer de deviner son degré de sérieux. Il est exactement comme ma partenaire, il ne peut rien cacher. Clairement, il s’amuse avec moi. « C’est qu’elle avait tellement la classe sur sa moto. »

Les frères éclatent de rire. « J’en ai une de moto. » m’informe Lucien.

Jean lance une serviette roulée en boule sur son petit frère. « Elle ne parle pas d’une moto-cross, Luc. » Il passe la main sur sa mâchoire non rasée. « Sais-tu vraiment dans quoi tu t’embarques en épousant Harper ? »

« Autre que dans un grand clan de Cajuns ? »

« Et une redoutable Conspiration de

la Cuisine.

» ajoute Gerrard.

« Dites-moi, alors ? » Ça devrait être intéressant.

« Ben, elle est grognon le matin, » me dit Jean sans que ce soit nécessaire.

« Et elle a tendance à attirer les pépins partout. Et je ne parle pas de ce fichu fainéant de chat qu’elle a collé à Mama, là. » apporte Lucien.

Robie hausse les épaules. « La police a été impliquée par le passé. »

« A Tulane elle a été bannie de toutes les sororités, » me dit Gerrard.

Ça je ne savais pas. Mais c’est compréhensible. Les gars des fraternités ne lui arrivent pas à la cheville pour ce qui est de corrompre les innocentes. J’aurais aimé aller à Tulane. Ça m’aurait plu ce genre d’éducation. [NDLT : Sur les campus américains, les étudiants s’organisent souvent en associations qui n’ont pas d’équivalents ailleurs, les ‘sororités’ pour les filles et ‘fraternités’ pour les garçons.]

« On dirait qu’elle cadre parfaitement avec le reste d’entre vous. » Je me rendosse et croise les bras sur la poitrine, profitant de leurs airs choqués. Je ne mordrai pas à l’hameçon. S’ils veulent me faire tiquer, il va falloir faire beaucoup mieux que ça.

 

* * *

 

J’ai dû bien m’en sortir avec le premier test ‘change la poupée’ car je n’ai eu qu’un shot à boire, mais elles ont enlevé la preuve avant que j’ai pu la voir.

« Quelle est la couleur préférée de Kels ? » demande Elaine, en levant les yeux d’un bloc-notes plein de questions.

« Quoi ? »

« Quelle est la couleur préférée de Kels ? » elle répète, en me versant un autre shot.

Je réalise que je n’en ai aucune foutu idée. Ça c’est mauvais, à une multitude d’échelles.

Rachel me tend mon téléphone portable. « Tu veux utiliser un joker ? »

Ouaip, je vais botter le cul de Regis.

Je prends le téléphone et ouvre le clapet, puis je le fixe une seconde. Je réalise que je suis en train de devenir saoule. Je tente de retenir un rire tout en essayant de me souvenir du raccourci pour le numéro de Robie sur mon téléphone. Je ne lui parle que tous les jours, après tout.

Rene se penche par-dessus mon épaule et appuie sur le bouton à ma place. Je place le téléphone à mon oreille et tourne la tête vers elle. L’alcool commence à faire son effet et je souris bêtement. Son parfum sent très bon. C’est définitivement une bonne chose que je sois…

« Stanton, » sonne sa voix dans mon oreille.

Merde de merde ! C’est pas Robie.

« Allô ? » elle ajoute. J’entends tous mes frangins se marrer dans le bruit de fond. Les salauds.

« Hey, bébé. C’est quoi ta couleur préférée ? » Espérons qu’elle va juste lâcher le mot et je pourrai terminer ce foutu jeu à un moment de ce millénaire.

« Tu veux dire que tu ne sais pas ? » elle rit à mon oreille.

Je baisse la tête. « Chér, s’il-te-plaît… » Je suis prête à supplier au point où j’en suis. A la cadence où je vais, je vais avoir la gueule de bois pour une semaine.

« Passe le téléphone à Rene, Tabloïde. »

« Kels, chérie… »

« Passe le téléphone à Rene. »

« S’il-te-plait ne m’oblige pas. »

« Maintenant, Tabloïde. » Bon, au moins elle est en train de rigoler.

Je tends le téléphone à Rene qui s’éloigne de la table pour prendre l’appel dans un coin privé. Oh purée, je vais déjà avoir des ennuis.

Je l’entends refermer le téléphone. Elle se tourne vers moi et me sert un double shot, puis un simple supplémentaire. « Shot de pénalité. » Elle glisse le troisième shot vers moi, et dit, « Vert Forêt. Tâche de t’en rappeler, Championne. »

Comme si j’allais me souvenir de quoi que ce soit vu le degré d’alcoolémie que j’atteins.

 

* * *

 

Nous avons transporté notre petite fête du Bistrot à Jackson Square. Dans la chaleur du soir d’été, tout un nombre de diseurs de bonne aventure et d’artistes restent à l’extérieur. Nous nous promenons alentour jusqu’à ce qu’on en trouve un que les garçons veulent bien gracier de leur clientèle.

Ce médium-là est extra extra large. D’un coffre considérable, paré d’une robe pourpre, d’un turban doré et de plus de bijoux que ne tolère le bon goût. Il est assis derrière une table pliante, sur une chaise pliante qui semble être à deux doigts de s’effondrer. Etalé en face de lui se trouve un assortiment de cartes et de cristaux.

Gerrard me pousse dans une chaise en face du voyant. Mes frères s’alignent en mur autour de moi.

Le médium me regarde et sourit agréablement, ignorant la force d’intimidation derrière moi. « Bienvenue. Que voudriez-vous connaître ? »

« Le futur. Que me réserve-t-il ? »

« Une question que nous nous posons tous. » Il soulève le jeu de tarot et le mélange. Une fois satisfait de son réarrangement, il tire et pose neuf cartes en forme de croix et triangle. Il pointe la carte au centre de la croix. « Cette carte est celle des Amants, et elle vous représente. En ce moment, l’énergie principale de votre vie est dirigée vers l’amour. Cette carte, » il pointe celle au-dessus des Amants, « représente les influences sur vos pensées. C’est la carte de

la Force. Vous

êtes une femme de courage. »

« Bien vrai, » s’accorde Robie, en pressant mes épaules. « Elle va épouser ma sœur. » Les frères s’esclaffent.

Le médium sourit, il vient juste de gagner gratuitement plusieurs bouts d’info me concernant à utiliser. « Celle-là, » il indique la carte à droite de la croix, « est le Hiérophante. Elle me dit que mariage et alliance agissent sur vos émotions en ce moment. » Eh bien, étonnant. Regardez ça. « Et celle-ci, » la carte en bas de la croix, « est le Soleil. Elle me dit que le bonheur et le contentement sont les forces dominantes sur vos émotions en ce moment. Enfin, cette carte, l’Impératrice, me dit que vous prenez les commandes et que vous grandissez dans votre vie spirituelle. » Hmm, ça ressemble plus à Harper à ce point, mais, je suppose que c’est vrai.

Mon téléphone sonne et me fait sursauter. J’avais oublié que je le portais, clippé à ma ceinture. Merde. J’espère que ce n’est pas la chaîne. Je ne veux pas avoir à m’occuper du monde réel. « Stanton. » Je n’entends que du silence. « Allô ? »

« Je parie que c’est Harper qui utilise un joker, » dit Robie, faisant de nouveau éclater de rire les garçons.

« Hey, bébé, » dit Harper, la voix lourde d’alcool. « C’est quoi ta couleur préférée ? »

Je secoue la tête. Pauvre chou. Elle a trébuché sur une question aussi près du début. Ma chère épouse va finir complètement ivre avant que la soirée finisse. « Tu veux dire que tu ne sais pas ? »

« Chér, s’il-te-plait, » elle couine.

Il faut que je sois sûre qu’elles la traitent bien. Ma chérie n’a pas l’air aussi désespérée normalement. A moins que je sois en train de lui faire des trucs. Personne n’a intérêt à la toucher ou bien elles auront affaire à moi. « Passe le téléphone à Rene, Tabloïde. »

« Kels, chérie… »

« Passe le téléphone à Rene. »

« S’il-te-plait ne m’oblige pas. »

Je cède presque avec cette plainte Je veux rentrer à la maison et la secourir de

la Conspiration. Je

pourrais bien commencer à les appeler l’Inquisition après cette nuit. « Maintenant, Tabloïde. »

« Salut, Kels. Tu t’amuses bien avec les garçons ? » demande Rene une fois en ligne.

« Vous êtes prudentes avec Harper. Je la veux en un seul morceau et capable de tenir debout pour le mariage. »

« Ne t’inquiète pas. On la retournera intacte. Ou presque. »

La ligne est coupée. Hmm… il se pourrait qu’on doive rentrer tôt. Je remets le téléphone à sa place et fais un sourire d’excuse au médium. « Désolée. Continuez s’il-vous-plaît. »

 

* * *

 

On a progressé au deuxième test ‘change la poupée’ et y a pas de doute, je sens les effets de la tequila. Je sais que je suis bourrée parce que j’ai dû prendre deux shots.

« Okay, Harper Lee ! » Elaine consulte sa fiche une fois de plus. Elle montre la prochaine question à Rachel qui commence à rire et hoche la tête. « La position sexuelle préférée de Kelsey. »

« Ben quoi ? » Je bombe un peu le torse. C’est un domaine dans lequel je me sens en pleine confiance. Saoule ou pas. J’ai certainement jamais eu de plaintes.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Si le courage de la tequila ne courait pas dans mes veines, cette question me ferait disparaître sous la table. Grand Dieu, elles n’ont donc aucune honte ? Mais, toutes choses égales par ailleurs, je me redresse sur mon siège. « N’importe laquelle qui m’implique. »

Rachel baisse les yeux sur le papier en face d’elle. « Ce n’est pas ce qui est écrit là. »

« Quoi ! » j’explose ; je me lève et me penche par-dessus la table, en m’étirant pour avoir un aperçu.

Elle retourne la feuille pour ne pas que je puisse voir la réponse. Elle me montre une question précédemment répondue. C’est l’écriture de Kels. Oh, bébé, comment t’as pu me faire ça ?

Katherine glisse encore le téléphone vers moi. « Tu veux l’appeler ? »

Vous savez j’ai tendance à penser qu’être bourrée comme un coing et vouloir discuter de vos positions sexuelles préférées au téléphone ne ressemble pas à une bonne idée. Surtout quand elle est de sortie avec mes frangins.

« Alors ? » répète Katherine.

« Je peux pas juste prendre un shot de pénalité ? » Ou quatre. N’importe quoi pour éviter cet appel.

« Non. Il faut d’abord que tu demandes, au moins, » me dit Rene, en ouvrant le téléphone et en tapant le numéro avant de me le tendre.

« Stanton. »

« Bébé, qu’est-ce que t’essaies de me faire ? »

« Moi ? Je ne suis même pas là Tabloïde. » Elle a l’air tellement innocente que je ne m’y trompe pas.

« T’as laissé des notes. »

« Non, elles m’ont posé des questions et j’y ai répondu. »

« Ben, y a une question en particulier où j’aurais préféré que tu laisses un blanc. »

« A t’entendre, » elle observe, « il y en a plusieurs où tu aurais préféré que je laisse un blanc. De laquelle est-on en train de parler, Tabloïde ? »

« Celle sur le sexe. »

« Laquelle ? »

Je regarde mes sœurs, assises en face de moi avec des sourires jusqu’aux oreilles. « Sainte mère de Dieu, qu’est-ce qui va pas chez vous ? » Je baisse le ton pour Kels. « Position préférée. »

Elle me donne la réponse. Je ne peux pas leurs dire ça. Rien à faire si je finis encore plus saoule.

 

* * *

 

Nous sommes à présent installés dans Preservation Hall. Le billet d’entrée est au prix ridiculement bas de cinq dollars. Donc, j’ai maintenant la confirmation que les hommes Kingsley sont radins en sortie. Je suis contente d’épouser leur sœur. Harper sait comment vous faire passer une bonne soirée.

Dans tous les sens du terme.

Je voudrais être avec elle, là tout de suite. Et, je parie qu’elle aussi.

Le groupe est bon, et joue du jazz, naturellement. Robie se penche et me tend une liste. « On a trouvé quelques prénoms qui nous semblent convenir pour les bébés. »

J’ai peur.

« Je suis sûr qu’Harper t’as expliqué que selon la tradition, le premier-né doit porter le nom d’un de nos distingués ancêtres. »

Non, elle ne m’a pas expliqué. Je jette un coup d’œil à la liste. Pour les garçons, on a : Antoine, Pierre, Jean, Philonise, Herbert, et Xavier. Pour les filles, je trouve : Geneviève, Marie, Isabelle, Romaine, Véronique, Désirée et Marguerite. Aucun n’est atroce. Mais aucun ne sera choisi, néanmoins.

Nous n’avons pas encore discuté des prénoms. Je me demande si c’est normal.

« Je ne vois pas Christian sur cette liste. » Je la froisse et la rends à Robie.

Mon téléphone sonne de nouveau.

Gerrard vérifie sa montre et tend la main. « Payez, » il ordonne.

On a encore fait un pari contre ma pauvre Tabloïde, à ce que je vois.

Je réponds au téléphone en commençant à avancer entre les bancs vers le mur du fond, afin de ne pas déranger les gens. Je ne supporte pas les gens qui discutent au téléphone pendant les concerts. « Stanton. »

« Bébé, qu’est-ce que t’essaies de me faire ? »

Ma fiancée est saoule. « Moi ? Je ne suis même pas là Tabloïde. »

« T’as laissé des notes. » accuse-t-elle, d’un ton boudeur.

Seigneur, elles lui ont montré ? J’esquive, « Non elles m’ont posé des questions et j’y ai répondu. »

« Ben, y a une question en particulier où j’aurais préféré que tu laisses un blanc. »

Il n’y a qu’une seule question à laquelle elle peut faire référence. J’étais abasourdie qu’elles me la posent. Et je ne suis toujours pas sûre de ce qui m’a pris de leur répondre. Enfin, pas le temps pour les récriminations maintenant. « A t’entendre, il y en a plusieurs que tu aurais préféré que je laisse en blanc. De laquelle est-on en train de parler, Tabloïde ? » Je le sais, mais je veux lui la faire dire.

« Celle sur le sexe. » elle chuchote.

« Laquelle ? » Allez, bébé, dis-le. Un peu d’humilité c’est bon pour l’âme.

Je l’entends recouvrir le combiné avec sa main et dire quelque chose à

la Conspiration. Elle

le découvre et retourne au bout du fil. « Position préférée. »

Je sens le rouge me chauffer le visage avec cette question, même si je l’attendais. Dieu, même quand elle est ivre, harcelée par mes sœurs, et parfaitement pitoyable, elle m’excite. « Chérie, tu te rappelles ce que tu as promis de me faire la semaine dernière ? Le soir où Mama t’as surprise ? C’est ma préférée. »

La ligne se coupe.

Mon pauvre bébé. On devrait rentrer, et bientôt.

 

* * *

 

« J’aime particulièrement cette position ! » rigole Kelsey en rebondissant au milieu du lit. Je ne me rappelle même pas comment j’ai atterri là hier soir. Après cette dernière question, à laquelle j’ai refusé de répondre, j’ai été forcé de boire deux shots de pénalité. Tout le reste est dans le brouillard.

Je découvre ma tête. Le soleil est bien trop brillant pour ma gueule de bois, ce matin. On pourrait pas le baisser d’un cran, ou vingt ? Et ma très chère femme est beaucoup trop guillerette pour moi aujourd’hui. Je vois que mes frères ont été plus sympas avec elle que

la Conspiration

avec moi. Je ne pense pas que je remettrai un jour les pieds dans cette cuisine. Ça a été efficace, elles m’ont foutu la frousse pour le reste de ma vie.

« Devrais-je m’inquiéter, Tabloïde ? » Kels agite ce qui devait être ma troisième tentative de ‘change la poupée’. Okay, la couche est sur la tête. On en était à la deuxième bouteille de tequila à ce moment-là. J’ai de la chance que la foutu couche ait au moins fini sur la poupée.

Je grogne et me recouvre la tête. « Va-t-en, » je grommelle.

« Ah non. J’ai des ordres de Mama. Elle dit que tu as assez dormi et qu’il est l’heure de se lever. Elle dit que si tu ne te lèves pas toute seule, elle va monter ici. Elle a dit de te rappeler comment elle faisait pour faire lever Robie quand ça lui arrivait. »

Oh, ça je m’en souviens. Elle passait l’aspirateur dans sa chambre et elle lui servait un énorme petit-déj au lit, avec des œufs brouillés bien baveux ‘pour qu’il se sente mieux’. C’était pas joli à voir.

Je rejette les couvertures. « Je me lève, » je marmonne en me dirigeant vers la douche.

 

* * *

 

Elle me manque. Et je suis tellement nerveuse pour demain que je n’arrive pas à dormir. Obliger Harper à rester chez Robie était une très mauvaise idée. J’ai détesté lui dire bonne nuit après le dîner de répétition, plus tôt dans la soirée. Je voyais bien qu’elle n’était pas ravie non plus, mais Mama insistait.

Glissant hors du lit, je sors sur le balcon dans l’air nocturne. Il fait chaud, avec une légère brise qui porte toutes les merveilleuses senteurs de cet endroit. Je me rappelle notre promenade dans le jardin au-dessous, il n’y a pas deux mois, après qu’elle m’ait fait sa demande. N’y pense pas, Kels. Tu vas juste te rendre malheureuse.

« Seigneur, tu me manques, Tabloïde. J’aimerais que tu sois là. » Je me penche sur la rambarde et me demande si elle se sent comme moi.

« Attention à ce que tu souhaites, chér. » Ses mains agrippent la barre et elle se hisse vers le haut, faisant apparaitre tout d’un coup sa tête par-dessus le rebord. Elle me fait un sourire éclatant, puis commence à passer de l’autre côté.

Je recule d’un pas et lui offre une main en soutien. « Qu’est-ce que tu fais là ? » je chuchote. Je suis enchantée, mais il faut que je demande.

« Je passe la nuit avec toi. »

« Si Mama t’attrape… »

« Tu deviens veuve. Pourquoi tu crois que je suis passée par là ? Je suis trop grande pour encore rentrer par la foutue trappe à chien. » Elle me tire dans ses bras. « Il était hors de question que je passe la nuit loin de toi. »

« Pour une fois, je suis contente que tu sois têtue. Et ça fait un dollar, chérie. » Je soupire avec contentement, en me pelotonnant dans ses bras. « Harper, est-ce que tu es nerveuse pour demain ? »

« Terrifiée. »

« Bien. Contente de savoir qu’il n’y a pas que moi. »

« Nan. C’est ce qu’on appelle l’Effet Mama. » Elle m’embrasse sur le haut du crâne.

Je suis tellement contente qu’elle soit là. « Allons nous coucher. » Je la tire par la main vers notre chambre. « Je ne veux pas prendre le risque qu’on te voit là dehors. »

 

* * *

 

Okay, bon, j’ai triché. Où est le problème. On est déjà mariées.

C’est idiot. C’est pas comme si j’étais une ado qui fait le mur.

Eh non, je suis une adulte de vingt-cinq ans qui fait le mur.

Même, c’est agréable. Je tiens Kels dans mes bras, allongée et détendue. On est toutes les deux si stressées pour demain qu’on ne peut pas fermer l’œil. On est tombées d’accord pour bien se tenir vu que Mama a des oreilles comme une chauve-souris. Je préfèrerais lui faire l’amour comme moyen de soulager le stress, mais, étant données les circonstances, ça fera l’affaire.

« Harper ? »

« Oui ? » Mes lèvres effleurent son front tandis que je respire l’odeur de son shampoing et de son parfum. Elle s’est servie de celui à la pomme, ce matin.

« Il y a quelque chose que j’aimerais vraiment te donner. »

« Oh, Kels… » Comment peut-elle me donner plus ? Bon sang, elle m’a déjà offert un avion. Notre propre ticket privé pour le Mile High Club. [NDLT : le club –informel- des gens qui se sont envoyés en l’air en avion.]

« Chut. Pas de protestation. » Elle sort du lit, me laissant les bras vides, et récupère une boîte dans la commode. Je ne me sens pas mieux avant qu’elle ne retourne dans mes bras dans sa position initiale. « Toutes les choses du monde ne valent rien du tout si on n’a pas quelqu’un avec qui les partager. Et même alors, ce ne sont que des choses qui peuvent être remplacées. Mais trouver la personne avec qui l’on veut passer le reste de sa vie, avec qui élever des enfants… Eh bien, ça n’arrive qu’une seule fois dans une vie. Toi, Harper, ne pourras jamais être remplacée dans mon cœur. »

« Kels… » Je repousse les cheveux de ses yeux et regarde dans cette couleur de printemps et de nouveaux départs.

« Laisse-moi terminer. » Elle place doucement un doigt sur mes lèvres. « Une fois de temps à autre, il y a une chose qui ne peut en fait pas être remplacée, parce qu’elle sert à symboliser plus que la somme de ses parties. Je possède quelque chose comme ça et je pense que tu devrais l’avoir. »

Je n’imagine même pas de quoi elle peut bien parler, mais je sens que c’est très important pour elle.

« S’il-te-plaît, prends ceci. Je veux que ce soit toi qui l’aies. Je sais que le moment venu, tu la transmettras de la façon appropriée. »

Je prends la boîte dans une main, peu encline à perdre le contact avec ma fiancée, et soulève le couvercle. C’est la montre à gousset de son grand-père. Je me souviens de quand on l’a lui a donnée au Texas l’année dernière. Je ne sais pas quoi lui dire.

Elle pose doucement sa paume contre ma joue et m’embrasse. Parfois, les mots sont inutiles.

 

* * *

 

Eh bien ça y est. Ça y est définitivement. Plus d’arrêt possible de la montagne russe. On ne descend pas. Oh, je crois que je vais être malade.

Rene a dû sentir ma détresse, elle est à mes côtés avec un verre d’eau froide. « Kels, ça va ? Tu prends une couleur vert bizarre. »

« Comme Kermit, » je bredouille en prenant le verre. Soudain, je me sens un peu mieux. On dirait que j’avais juste besoin d’une idée pour penser à autre chose. « Oui, ça va. Je ne pensais pas que je serai aussi nerveuse. »

Elle hoche la tête d’un air compréhensif. « C’est parfaitement normal. »

« Combien de temps nous reste-t-il ? »

« Juste quelques minutes. La limousine devrait être là bientôt pour nous emmener jusqu’à chez nous. »

« Bien. » Je prends une autre gorgée d’eau.

« Mon Dieu, Kelsey, tu es superbe ! » Je lève le regard et découvre mon père. Il est très beau dans son costume et il rayonne. Il traverse la pièce sans me quitter des yeux. Pour la première fois de ma vie, je me sens véritablement comme la prunelle des yeux de mon père.

Je souris quand il s’arrête en face de moi. « Je suis contente que tu approuves. »

« Mon cœur, j’ai toujours approuvé. Je n’ai peut-être pas toujours compris, mais j’ai toujours approuvé. » Il noue mon bras au sien. « La voiture est là. Tu es prête ? »

« Aussi prête que je peux l’être. »

 

* * *

 

Papa me donne une claque dans le dos alors que je me tiens sur le côté, en attendant de faire mon apparition sur le kiosque. J’observe le jardin et je vois toute la famille Boudreaux assise de mon côté. Du côté de Kelsey, il y a tous les amis que nous avons invités. Au premier rang, Amanda et Claire. Je dois bien l’admettre, la petite sœur de Kels est mignonne comme un cœur. J’essaye de déterminer si ce serait bizarre de tenter de la faire sortir avec Clark plus tard dans la vie. Ça pourrait faire flipper ma chère Kelsey, par contre.

Au second rang viennent les Furies. Ma propre description de CJ, Susan et Beth me fait marrer. Vous avez eu votre chance avec elle et vous êtes passées à côté. Mais pas moi. Ah non. Moi je sais reconnaître quelque chose de bien quand je le vois. Et je ne suis pas assez stupide pour le laisser filer entre mes doigts. Alors, calez vous bien et profitez du spectacle. Foster aussi est assise avec elles. Ne va pas par là, Harper. On s’en fout de qui est la foutue cinquième personne avec qui Kels a couché. Parce qu’il n’y en aura jamais de sixième dans la vie de Kels si tu as quelque chose à dire là-dessus.

Derrière elles se trouvent mes potes de Los Angeles : Bear, Jims et Conrad. Les cheveux de Jims penchent vers le rouge maintenant. Il faut que quelqu’un ait une discussion avec ce gamin. Peut-être que j’enverrai Brian à ses trousses. Brian et son copain, Doug, sont assis derrière eux. L’assistant de Kels est tout pimpant vêtu d’un costume noir avec une veste dorée éclatant. C’est comme s’il avait regardé Quatre Mariages Et Un Enterrement une fois de trop.

Au rang suivant se trouvent mes plus anciennes amies, Terry et Beth. Terry et moi, on a mis Tulane sens-dessus-dessous ensemble. Quand mes frères ont évoqué que j’ai été bannie de toutes les sororités, ils ont négligé de préciser que tout était de sa faute. Dieu seul sait ce qu’elle va nous sortir pour la réception. Beth et sa partenaire Caroline, je les connais depuis que je suis haute comme un alligator. Elles aussi viennent du bayou. Nos familles remontent à très longtemps et techniquement, Beth et moi avons un lien de parenté à un certain niveau.

Je suis contente de voir entrer les Docteurs Solomon et Stern par le jardin de derrière. Je vois que Gerrard et Lucien les escortent jusqu’à leurs sièges. Bon, tous ceux qu’on a invités sont venus. Et, Mama a été sage et pour sa part n’a invité que des membres de la famille. Je ne vois aucun membre de son comité nulle part, ce qui me soulage d’une grosse partie de mon stress.

« Tu t’accroches, Harper ? » Papa demande.

Je souris. « C’est déjà terminé ? »

« Non. Mais, bientôt. Souviens-toi de bloquer tes genoux quand tu y seras. Autrement, tu vas te retrouver étalée par terre. »

« Merci, Papa. J’apprécie le conseil. »

Il fourre ses mains dans ses poches et se penche en arrière sur ses talons. « Tu peux en supporter encore un peu ? » J’acquiesce et il continue. « Aime-la plus que toi-même chaque jour que Dieu fait, il n’y a pas de jour de vacance quand on veut bien se comporter. Ne laisse jamais rien devenir plus important pour toi que son bonheur, même pas tes enfants. Si tu gardes la mère heureuse, les enfants s’en sortiront très bien. Crois-moi, je parle d’expérience. »

« Merci, Papa. »

« Et ne doute pas de toi, Harper. Tu as les bons instincts. Je suis très fier de toi. »

« Je t’aime, Papa. »

« Moi aussi, ma petite fille. Tu es prête à rencontrer ton futur ? »

Je regarde autour de moi à la recherche de Robie. Je le vois au tournant, Kam sur les talons. Maintenant on est prêt. Je me penche pour ajuster le nœud-pap’ de Kam. « Tu es encore plus beau que ton Oncle Robie. » Je le dis bien fort pour que Robie entende.

« Ouais, rigole va. En route. C’est l’Heure avec un grand H. »

 

* * *

 

En sortant de la voiture, la première chose que je remarque c’est à quel point la maison est belle. Mince, Rene, tu devrais arrêter de te plaindre de Robie. Ça va pour vous. Je soupire, lisse ma robe et attends les instructions. Pour faire simple, j’ai dit à Rene que j’éteignais mon cerveau et que je lui faisais confiance pour me montrer la bonne direction. Trop à penser et je tombe dans les pommes.

Je sens mon père me prendre la main et la serrer légèrement pour attirer mon attention. Il me tend un bouquet de fleurs. Des roses blanches et des gypsophiles. Raffiné. « Prête, ma puce ? »

J’acquiesce simplement.

Il me fait contourner la maison jusqu’au jardin. Nous n’y allons pas tout-de-suite, mais je vois l’environnement. Oh Seigneur. Toute la famille d’Harper et tous nos amis sont là. « Où est Rene ? » je bafouille.

« Elle est avec le reste des témoins. On s’apprête à commencer. » Il me tapote gentiment la main. « Détends-toi, mon cœur, je suis là. »

Je ne sais pas pourquoi mais je n’arrête pas de regarder le sol. Je pense que j’ai besoin de me concentrer sur le fait qu’il y a vraiment une surface solide sous mes pieds.

Le quatuor à cordes commence à jouer et je vois toutes les sœurs quitter notre petite aire d’attente. Après le départ de Rene, la musique change et Papa me tire par la main. « C’est notre signal, chérie. Allons-y. »

Et le voyage commence.

Je réussis je ne sais comment à garder la tête droite. Le sourire sur mon visage est bien réel. Il est là pour la bonne raison que je ne peux pas l’empêcher. Le jardin est splendide et c’est un bel endroit pour se marier. Il est rempli de vie nouvelle et de tous les gens qu’on aime et qui nous aiment.

Puis mes yeux tombent sur le kiosque. Là. Les voilà, ces yeux bleus.

« Oh mon Dieu, ce qu’elle est belle, » je chuchote à mon père en resserrant ma prise sur son bras, une fois que j’ai une bonne vue sur Harper.

Elle porte le costume Armani avec, dessous, le chemisier en soie ivoire assorti à ma robe. Ses cheveux sont détachés mais peignés en arrière. C’est la créature la plus éblouissante que mes yeux ont jamais vu. Mon estomac remonte lentement de là où il était tombé à l’instant où je l’ai vue.

Je sais que c’est important pour mon père, alors j’espère qu’il ne sera pas déçu par le fait que je ne peux tout simplement pas la quitter des yeux. Je m’en rends à peine compte quand il s’arrête finalement, m’embrasse sur la joue, et me laisse en train de fixer son visage.

 

* * *

 

J’espère vraiment que personne ne me posera de questions à propos du mariage. Et je suis soudainement reconnaissante que Mama ait engagé un vidéaste et un photographe. Je sais sans doute possible que je ne me souviendrai de rien.

Je suis debout sous le kiosque, Robie d’un côté, Kam de l’autre. Le prêtre de la famille est là aussi. Je vois mes frères escorter leurs femmes le long de l’allée centrale et prendre place autour de nous. Je ne fais pas vraiment attention à eux. Mon cerveau enregistre quelque part qu’ils ont tous l’air beau. Ce qu’ils portent, j’en ai aucune idée. Des vêtements.

Kels, c’est entièrement différent. C’est comme si elle avait marché dans une flaque de soleil, tellement elle paraît lumineuse à mes yeux. Je n’ai jamais eu beaucoup d’intérêt pour les robes ou comment les décrire, mais là, soudain, je sais. Je sais que c’est une robe ajustée qui descend jusqu’au sol en taffetas de soie ivoire, avec un décolleté et des manches trois-quarts. Je suis une Rain Man de la mode.

Et maintenant elle est là, elle me regarde avec la plus douce des expressions sur le visage. On croirait que c’est la première fois que je l’épouse vu comment je me sens. Je serais une vraie boule de nerfs si on n’avait pas eu la cérémonie au Nouveau Mexique, je crains. Contente que Papa m’ait dit de bloquer les genoux.

Je crois que je viens de serrer la main de Matt et j’ai convenu de quelque chose. Ce que c’était, aucune idée. J’offre ma main vide à Kelsey. Elle la prend et je la guide en haut des marches jusqu’à notre place en face du prêtre. Kam s’installe en face d’elle.

Kels me lance un regard amusé. « Un chien fort élégant. »

Je hausse une épaule. « C’est un grand jour. »

Le prêtre nous laisse notre moment, sachant que c’est plus pour calmer nos cœurs qui battent la chamade qu’autre chose. A cause de l’opposition de l’église à notre mode de vie, il ne va pas faire la cérémonie habituelle, mais une sur laquelle on s’est accordés tous les trois auparavant. « Harper et Kelsey, vous franchissez aujourd’hui une grande étape de courage et d’engagement pour faire partager l’amour, la compréhension et la maturation. Quand un engagement de cette solidité est pris par deux personnes, la force de cet engagement, de cet amour, de ce courage, nous atteint et nous touche tous, nous qui vous entourons, et nos vies en sont changées et nous partageons une partie de votre amour. Telle une pierre qui tombe dans une marre immobile, les vaguelettes de cet amour s’étendent depuis cette cérémonie et changent le monde dans lequel nous vivons, pour le rendre meilleur. »

Je ne crois pas avoir remarqué avant combien de nuances de couleurs différentes il y a dans ses yeux. Ils sont verts et dorés avec un soupçon de bleu.

« A présent, votre famille et vos amis souhaitent pour vous un foyer, pas un lieu en pierre et en bois, mais un îlot de paix, un endroit qui vous fournira la force et le soutien qui demeure avec soi et vous porte à travers vos vies quotidiennes. Il ne devrait jamais être dit de l’une ou l’autre de vous, que vous montrez plus d’inquiétude pour un ami que l’une pour l’autre. Il faut faire preuve de plus de bonté, de gentillesse et d’inquiétude dans l’intimité de votre propre foyer que nulle part ailleurs. Car en effet, votre foyer devrait être un refuge à l’abri de la confusion et de la folie engendrées par le monde. »

Ses cheveux aussi sont beaux. Je les aime mieux coupés courts ; je ne sais pas trop pourquoi. Ça fait plus sexy, plus mature. J’aime la façon dont ils glissent entre mes mains quand je les caresse. Leur douceur contre ma peau quand on fait l’amour. Leur odeur quand je me blottis à côté d’eux dans mon sommeil.

« Vous prenez à présent sous votre responsabilité le bonheur de la personne que vous aimez le plus au monde. Vous ajoutez à votre vie non seulement l’affection que vous vous portez, mais également l’accompagnement et la bénédiction d’une profonde confiance. Vous acceptez de partager la force, les responsabilités et de partager l’amour. Je vous réclame et vous charge toutes les deux de vous souvenir que l’amour et la confiance seuls seront les fondations d’un foyer heureux et durable. Nul autre lien humain n’est plus tendre, nuls autres vœux ne sont plus sacrés que ceux que vous assumez maintenant. »

Kels me caresse le dos de la main avec son pouce, me donnant la chaire de poule. L’effet qu’elle me fait avec un simple toucher. Je passe le mien sur sa paume et apprécie pleinement la réaction que ça me vaut. J’écoute le prêtre une minute pour voir si on approche du moment où je peux l’embrasser.

On dirait pas. Mince.

« Car y a-t-il quelque chose de plus grand pour deux âmes humaines que de sentir qu’elles sont liées pour la vie ? De s’affermir l’une l’autre dans chaque entreprise, de se reposer l’une sur l’autre dans chaque peine, de minimiser l’une pour l’autre chaque douleur, d’être l’une avec l’autre dans les souvenirs silencieux et inexprimables à l’heure de l’ultime adieu ? »

Ses lèvres sont légèrement entrouvertes et elle porte une très belle couleur de rouge-à-lèvres. J’ai envie de l’embrasser. Termine ton histoire ou bien je vais couper à l’essentiel.

« Alors, j’ai une question à vous poser à toutes les deux : acceptez-vous de vous aimez, de vous réconforter, de vous honorer, de vous garder l’une l’autre et pour toujours ? »

On est tellement absorbées l’une par l’autre qu’aucune de nous deux ne réalise qu’on nous a posé une question, jusqu’à ce que Robie claque des doigts devant mon visage.

L’audience rigole. Je crois que j’entends même rire Mama.

Je cligne des yeux et m’éclaircis les pensées un instant. « Oui, » je réponds, sans savoir ce que j’accepte au juste. J’espère que c’était pas d’abandonner notre premier-né ou un truc affreux dans ce genre.

Le prêtre regarde Kels qui accepte rapidement elle aussi. Il faudra que je lui demande ce qu’on a accepté plus tard. Si elle le sait.

Je vois Robie et Rene tendre tous les deux quelque chose au prêtre, et j’en déduis que ça doit être la partie échange des alliances de la cérémonie.

« Que ces alliances symbolisent la dévotion et l’engagement que l’une a pour l’autre. Ces alliances, données par amour, sont un gage pour vous tous qui êtes témoins que Harper et Kelsey sont véritablement unies ensemble en ce jour. Répétez après moi : par cette alliance je te jure mon amour et ma dévotion les plus sincères. »

Je prends la bande de platine toute simple que j’ai acheté pour aller avec sa bague de fiançailles et je la glisse à la main de Kels, fière de moi pour ne pas l’avoir laissée tomber. Puis j’y ajoute la bague de fiançailles, Kels me l’ayant confiée hier. Une fois que les deux bagues sont mises, j’embrasse sa main.

J’essaye de garder la main immobile pendant qu’elle y glisse mon alliance. Pas de cafouillage, Kingsley. Encore juste quelques minutes et tout ça sera fini. Souviens-toi de respirer. Tourner de l’œil n’est pas envisageable, là.

« Harper et Kelsey, nous avons tous entendu votre promesse de passer vos vies ensemble. Nous respectons l’alliance que vous avez faite. Ce n’est pas l’état ou bien le pasteur qui se tient devant vous qui rend cet engagement réel, mais plutôt l’honnêteté et la sincérité de votre amour l’une pour l’autre. Au nom de tous ceux présents, je reconnais que vous êtes unies aux yeux de Dieu et de vos familles. » Il fait une longue pause, pour m’embêter, sachant ce que je veux entendre. « Vous pouvez embrasser la mariée. »

Est-ce que tout le monde lèche les bottes de Mama ?

Enfin, ça ne va pas m’empêcher d’embrasser ma femme. Je passe les bras autour de Kels et l’attire contre moi. « Tu as fait de mes rêves une réalité, » je chuchote avant de l’embrasser.

Okay, maintenant je comprends pourquoi Mama voulait un mariage formel.

 

* * *

 

Je me détends dans les bras d’Harper. Nous nous sommes reculées dans un coin pour un instant, enfin seules, avant que la fête ne démarre. Quand j’ouvre les yeux, je vois Harper en train de regarder son alliance.

« Des regrets ? » je demande doucement, en frottant ma joue contre son épaule.

« Oh non. » Elle m’embrasse sur le haut du crâne. « Je ne la retirerai jamais, Kels. Elle fait partie de moi maintenant, juste comme toi et les bébés. J’en suis très fière. »

« Hé, vous deux ! » Robie a trouvé notre cachette et vient à la charge. « On peut pas commencer cette fête sans vous. »

« Pourquoi pas ? T’as commencé des tas d’autres fêtes sans moi. » Harper me serre encore plus près pendant qu’elle taquine Robie. Moi-même je suis parfaitement contente là où je me trouve.

« Parce que, espèce de nouille, vous êtes les invitées d’honneur de celle-là. » Il désigne le jardin. « Tout le monde vous attend. »

« Dis-leur qu’on s’est enfuies. » je dis avec un rire.

Harper ricane avec moi, sachant la vérité que cache ce commentaire.

« Allez, vous deux. Si je reviens sans vous, Mama aura ma peau. » Dans une autre famille, ce serait une exagération. Dans la nôtre, c’est la simple vérité.

« Aurons-nous pitié de ce pauvre garçon ? » Harper me regarde avec une lueur diabolique dans l’œil.

« Mais oui. » Mais d’abord je m’attarde à l’embrasser, une promesse pour plus tard. Je ne veux pas qu’elle se laisse trop prendre par la réception. J’ai des plans.

Une fois de retour dans le jardin, les gens nous entourent. Dieu merci, nous n’avons pas fait ça à l’intérieur. Ma claustrophobie m’aurait sans aucun doute rattrapée. Papa se tient sur les marches du kiosque et capture l’attention de tout le monde avec un de ses sifflements perçants. Je ne sais pas comment cet homme fait pour atteindre une telle note. J’en ai mal aux dents rien que d’y penser. « Pour que cette fête commence dans les règles de l’art, le jeune couple aura la première danse ensemble. »

Ça me convient. Les lèvres d’Harper sont toutes proches de mon oreille. « J’ai choisi la musique pour celle-là. J’espère que ça ne t’embête pas. »

« Je te fais confiance, Tabloïde. »

« Bien. » Harper me prend par la main et me mène au centre de la piste de danse, qui a été montée sous une tente le long de la maison. Elle hoche la tête vers le DJ qu’on a loué et la musique commence sans attendre.

Je soupire et je me coule contre elle en entendant les notes d’ouverture. Elle sait que c’est une de mes chansons préférée. Et elle est parfaite pour aujourd’hui. Alors qu’on commence à bouger avec la musique, je me recule un peu pour pouvoir observer son visage.

After your laughter like thunder (Après ton rire comme le tonnerre)

After you skin like coffee and cream (Après ta peau comme un café crème)

After it takes our bodies into the night (Après nos corps emportés dans la nuit)

After we’ve come to the extreme (Après être allé jusqu’à l’extrême)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Just inside your arm (Au creux de ton bras)

I want to listen to your heart beat (Je veux écouter ton cœur battre)

And your breathing on and on (Et ton souffle à l’infini)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Surrender to your peace (M’abandonner à ta paix)

And go to sleep (Et m’endormir)

Mon Dieu, elle est belle, exactement comme cette chanson. C’est tout ce que je veux dans ma vie avec elle.

After we’ve gone a million miles (Après qu’on ait parcouru des millions de kilomètres)

Made true our dreams with sweat and bone (Qu’on ait réalisés nos rêves à la sueur de nos fronts)

After we’ve built it up with our bare hands (Après qu’on ait tout bâtit à mains nues)

Made strong a place we can call home (Qu’on ait rendu fort un foyer bien à nous)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Just inside your arm (Au creux de ton bras)

I want to listen to your heart beat (Je veux écouter ton cœur battre)

And your breathing on and on (Et ton souffle à l’infini)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Surrender to your peace (M’abandonner à ta paix)

And go to sleep (Et m’endormir)

Je veux bâtir un foyer et une famille avec elle. Je la veux pour toujours et toujours dans ma vie.

And when the light in my eye is fading (Et lorsque la lumière de mes yeux s’estompera)

When running water becomes too deep (Lorsque l’eau qui coule deviendra trop profonde)

Finally angels turn my fire to dust (Que finalement les anges changeront mon feu en cendres)

And when my soul’s no longer mine to keep (Et que je n’aurai plus la garde de mon âme)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Just inside your arm (Au creux de ton bras)

I want to listen to your heart beat (Je veux écouter ton cœur battre)

And your breathing on and on (Et ton souffle à l’infini)

I want to lay down on your shoulder (Je veux m’allonger sur ton épaule)

Surrender to your peace (M’abandonner à ta paix)

And go to sleep (Et m’endormir)

And just go to sleep (Et juste m’endormir)

C’est là que je me mets à pleurer à chaque fois. Même si je ne veux jamais penser qu’on sera séparées, quand le temps viendra, je veux qu’elle soit là. Je veux qu’elle soit la dernière chose que je verrai, parce qu’elle a été la première chose de ma vie que j’ai véritablement vue.

Alors que la musique s’achève, elle me tire à nouveau contre elle et on reste debout là un moment, perdues dans les bras l’une de l’autre. La musique redémarre et la fête commence autour de nous. Soudain, je sens un élancement et je m’éloigne d’Harper, la main sur l’estomac.

« Kels ! » J’entends très clairement l’inquiétude dans sa voix, et je sais qu’elle pense qu’il se passe quelque chose de terrible. « Chérie, parle-moi. »

Je lève les yeux et souris, en forçant les mots à sortir. « J’ai senti les bébés bouger. »

 

* * *

 

La chanson se termine et tout s’emballe. Je crois qu’à peu près soixante membres de ma famille viennent de se précipiter sur la piste de danse. On est passé d’une chanson lente et romantique à ‘Whatever Boils Your Crawfish’ de Jimmy C. Newton. Je m’apprête à inviter Kels à faire trois pas avec moi, quand elle agrippe son ventre.

Oh Seigneur ! Les bébés ! « Kels, chérie, parle-moi ! »

Elle lève les yeux avec un air émerveillé. « J’ai senti les bébés bouger. »

« Ils vont bien, hein ? Tu vas bien ? » Quelqu’un me bouscule en dansant. Je l’ignore. On ne bougera pas de là tant que je ne sais pas si ma famille va bien.

Kels se dépêche de me rassurer, avec un sourire qui s’éclaire de seconde en seconde. « On va bien. Ils ont bougé. » Elle me serre fort la main. « Je les ai sentis. Je ne les avais jamais sentis avant. » Elle a l’air sur le point de pleurer à tout instant. « Ils ont bougé, » elle murmure.

Je n’ai jamais été aussi jalouse de toute ma vie. Je tombe à genoux et presse mon oreille contre son estomac, pour essayer de les entendre. Je capte un gargouillement, mais je pense que c’est le petit-déj de Kels plutôt que mes enfants.

Kels se plie en deux de rire et me tire sur mes pieds. « J’ai dit qu’ils avaient bougé, Tabloïde, pas parlé. »

Je me sens rougir. « Ouais… ben… »

Rene accourt à ma rescousse. « Tu l’as déjà mise à genoux, Kelsey. Je suis fière de toi. Ça n’a pris que, » elle attrape le poignet de Robie et regarde sa montre, « quinze minutes de mariage. C’est un record, même pour les femmes Kingsley. »

« Lavette, » Robie marmonne pour que je sois la seule à entendre.

Je lui lance un regard qui traduit le déplaisir intense qu’il me cause. « Puis-je avoir cette danse ? » je demande à Rene, en tendant la main.

« Si ça ne dérange pas Kels de partager ? »

« Oh non, je vous en prie. Faites donc. Je suis certaine que mon charmant beau-frère et moi trouverons de quoi nous occuper pendant que vous n’êtes pas là. »

« Et comment, chér, et comment. » Robie fait valser Kels dans ses bras et ils s’éloignent.

« Ça fait plaisir de te voir aussi heureuse, Harper. »

Mes yeux arrêtent de suivre ma partenaire. J’embrasse Rene sur la joue. « Merci, Ren. J’ai dû aller chercher Kels parce que toutes les meilleures filles étaient déjà prises. Tu sais, avant Kels, je me disais que, s’il arrivait quoi que ce soit à Robie… »

Elle tend la main pour me couvrir la bouche. « Je sais, Harper. Et j’aurais dit oui. »

Et avec cette admission je sens que le reste de mon béguin pour Rene se dissipe finalement. Je l’adorerai toujours. Elle sera toujours ma sœur préférée. Mais, elle sera pour toujours ma sœur.

« Je pense qu’il vaudrait mieux que tu ailles sauver Kels avant que les pirouettes de Robie ne l’achèvent. A moins d’être habituée, ça donne vraiment la nausée. »

« Je t’aime Ren, » j’admets, en me penchant pour la prendre dans mes bras.

« Va la chercher, l’étalon. » Rene chuchote dans mon oreille. Quand je me recule avec un air outré, elle désigne un Brian tourbillonnant au milieu de la piste de danse. « Il y a quelqu’un qui a des choses à dire. »

« Je savais que c’était une erreur. »

 

* * *

 

Harper et moi profitons d’une autre occasion de danser l’une avec l’autre. C’est vraiment merveilleux d’être ici, de partager ça avec notre famille et nos amis. Et j’aime aussi beaucoup le petit sourire idiot que Harper a porté toute la journée. « T’ai-je dit récemment que tu étais adorable ? » Je lève la main pour essuyer une petite trace de rouge-à-lèvre de sa joue. Pas ma couleur, mais aujourd’hui difficile de dire d’où ça vient. Elle s’est fait embrasser par presque toutes les femmes présentes. C’est certainement une part de la raison pour le petit sourire idiot.

En parlant d’adorable, Christian s’approche lentement en traversant la piste de danse, l’air très timide. Je lève les yeux et aperçois Robie, qui a visiblement envoyé son fils dans le ‘no man’s land’, et qui dissimule à peine un sourire.

« Lève la tête, » je chuchote dans l’oreille d’Harper. « Je crois que quelqu’un va vouloir interrompre. »

Elle baisse le regard sur Christian, tout juste arrivé, et masque vite un sourire quand il tire sur sa veste. Harper le gratifie d’une très sérieuse expression. « Oui, petit bonhomme ? »

Il nous regarde en alternance puis lui fait signe avec la main de se baisser, et lui chuchote quelque chose à l’oreille quand elle arrive à son niveau. J’observe son visage devenir rouge vif pendant qu’il lui parle.

Harper hoche la tête et chuchote en retour. L’instant suivant, elle s’agenouille pour qu’il puisse lui tapoter l’épaule. C’est tellement mignon. Elle le félicite et ensuite donne ma main à Christian. Avec un clin d’œil, elle se relève et se recule pour regarder.

Ainsi, je dois danser avec l’homme de la famille Kingsley qui possède presque autant de mon cœur que sa tante. Il est si craquant avec son costume et sa cravate, les cheveux tout lissés en arrière, et ses grands yeux bleus levés vers moi.

« Est-ce que tu t’amuses bien ? »

« Oui, Tante Kels. »

« Alors, tu voudrais un petit frère ou une petite sœur ? »

« Mama dit une fille. » Il hausse les épaules, comme s’il n’était pas convaincu par le sujet.

« Et toi ? Qu’est-ce que tu voudrais ? »

Christian regarde autour de lui, pour sa mère je suppose. Aussi doucement qu’il peut réussir à parler pour que je l’entende quand même, il dit: « Je veux un frère. »

« Eh bien, » je me penche et le serre dans mes bras tandis que la chanson se termine, « tu as le droit de vouloir un autre frère, tu sais. »

« Vraiment ? » Ça fait de mon neveu un petit garçon très content.

« Absolument, mais ne sois pas déçu si c’est une fille. Les filles ça peut être rigolo aussi, tu sais. »

Il serre les bras autour de mon cou et me fait un bisou sur la joue. « Je sais. Je t’aime Tante Kels. »

« Je t’aime aussi, mon bonhomme. »

Il tord le visage et cherche de l’aide vers Robie. Je le regarde articuler quelque chose à Christian qui dit alors, « Fécilitations, Tante Kels. »

Je peux à peine me retenir de rire à sa tentative de faire passer un mot aussi long par sa petite bouche. C’était un bel essai. « Merci, mon chou. »

Il regarde encore vers son père. Oh bon sang, Robie mijote quelque chose. Il me regarde à nouveau et prend une grande inspiration. « Bonne chance avec elle. »

Je suis absolument abasourdie par ce qu’il vient de dire. J’ai envie d’éclater de rire, mais je sais que ça lui ferait de la peine. C’était souhaité avec tant de sincérité.

Christian regarde son père une fois de plus et sourit, en levant les deux pouces. « Papa m’a dit de dire ça. J’adore Tante Harper. »

Je le serre fort dans mes bras et lui fais un gros bisou sur la joue, avec effets sonores. « Je le sais, Christian. Ton Papa est un sacré numéro, pas vrai ? »

« Mama dit que c’est à cause de lui qu’on a besoin d’une fille. »

 

* * *

 

Harper et moi prenons un moment pour s’asseoir et se détendre. Dieu sait qu’on en a toutes les deux besoin. Je regarde les invités ; tout le monde a vraiment l’air de passer un bon moment. Et je suis contente de le voir. Je ne savais pas comment ça se passerait avec mes ex ici, mais nous étions toutes restées amies. Je ne me voyais pas exclure mes amis de l’évènement, peu importe les circonstances.

Quand je l’entends, je sais ce qui arrive. Oh Seigneur. Harper, s’il-te-plaît ne la tue pas, c’est juste la manière de CJ de dire au revoir. Pile à cet instant, je vois CJ demander à Harper si ça ne la gêne pas que je danse avec elle. Ma chère épouse hoche la tête et je pousse un soupir de soulagement. Pas d’effusion de sang aujourd’hui. CJ m’offre sa main et on se dirige vers la piste de danse. Elle prend bien garde de conserver une distance appropriée entre nous pendant qu’on danse.

« Il fallait que tu choisisses celle-là, n’est-ce pas ? » J’essaye de sourire.

« C’est la vérité. Je te l’ai toujours dit. »

« Je sais. Tu m’as beaucoup donné,

la Dure. Du

courage, de la force… »

Elle me coupe d’un mouvement de tête. « Tu en a toujours eu, mon Ange, toujours. »

« Tu tiendras toujours une place spéciale dans mon cœur, tu le sais, non ? » Je passe la main sous le revers de sa veste, réalisant que je l’ai achetée pour elle.

« Je sais. » Elle inspire une grande bouffée. « Harper a beaucoup de chance. Je suis contente qu’elle n’ait pas été aussi bête que moi. Je suis ravie qu’elle t’ait trouvée et qu’elle se soit bien accrochée. Tu mérites toutes les bonnes choses que la vie peut apporter, Kels. Si ça ne pouvait pas être moi, je suis contente que tu aies trouvé quelqu’un qui peut te les donner. »

Je ne sais pas quoi dire. CJ a toujours dit que personne ne me remplacerait jamais dans sa vie et apparemment elle le pense. « Tu me promets que tu seras toujours prudente ? »

« Je n’ai jamais brisé cette promesse. Je n’ai pas l’intention de commencer maintenant. » Alors que la musique s’estompe, elle se penche et m’embrasse très légèrement sur la joue, en me chantant les dernières paroles. « But above all this I wish you love. I will always love you. [Mais par-dessus tout je te souhaite l’amour. Je t’aimerai toujours.] » Elle s’écarte de moi, pose sa paume contre ma joue et essuie une larme de son pouce. « Au revoir, mon Ange. »

Je reste là et la regarde disparaître dans la foule. « Au revoir,

la Dure.

»

 

* * *

 

Je suis une adulte mûre et responsable. Je suis une adulte mûre et responsable. Je me répète cette phrase en boucle pour garder le cul fermement plantée sur cette chaise.

Ma jeune mariée est en train de danser là devant avec la seule autre personne qu’elle dit avoir aimée. Ça me gênerait pas si elle dansait avec Susan, ma remplaçante. Ou même Beth. Avec Beth c’était pratique, pas une histoire d’amour. CJ c’est une toute autre histoire.

La chanson n’aide pas beaucoup. ‘I Will Always Love You’ c’est pas rassurant. Surtout de la part de quelqu’un qui porte un flingue pour son job.

Garde le cul sur la chaise, Kingsley.

« Comment ça se passe pour toi ? » demande Rachel, en glissant sur le siège d’à-côté.

« Ça va bien. Mama a organisé un joli mariage, hein ? »

Rachel devient pensive. « En effet. »

Oh non… pas le bon sujet à évoquer avec une ex qui a des problèmes de couple.

Toute la population lesbienne est obligée de coucher ensemble ou quoi ? Je veux dire, c’est écrit dans le contrat quelque part ? On jurerait qu’il y a sept lesbiennes sur cette planète : trois couples, et la nana qui les fait casser.

« J’ai eu tort, » souffle Rachel presque trop bas pour que je l’entende.

Je me demande si je devrais l’ignorer. Je ne pense pas que ce soit vraiment le moment ni le lieu. Quoi qu’il se passe, je sais que Robie vénère le sol que foule Rene. Et je lui confierais ma vie et celle de Kels. Mais, Lucien…

Je garde le silence si longtemps que Rachel le prend comme une invitation à partir. Elle commence à se lever, mais je tends la main et l’attrape par le poignet. « Tu ne peux pas vivre avec des regrets, chér’. Ça va te consumer de l’intérieur. »

Elle se rassoit, croise les jambes, et s’essuie les joues avec colère. « Comme on fait son lit, on se couche, hein ? »

« Ce n’est pas ce que je voulais dire. »

« Je sais. »

« Il faut que vous discutiez vous deux. Lucien est quelqu’un de bien, derrière tout ça. » Je le vois en train de danser sous la tente avec Laurence, l’aînée de nos nièces. « Je pense que ça été dur pour lui, d’être l’enfant du milieu, pour être honnête. »

« On peut dire qu’il s’est fait prendre en tenailles, ça c’est sûr. » Elle soulève un verre de champagne de la table et désigne Gerrard avec. « Nous avons le juge avec quatre enfants et une superbe femme. Son meilleur ami est l’avocat avec cinq enfants et une superbe femme. » Elle pointe Jean et Elaine. « Le petit frère de Luc, celui qui est censé le prendre comme exemple, devient à la place inséparable avec le bébé de la famille. A eux deux ils réussissent à séduire la moitié des filles de Tulane. Robie grandit et dirige son propre cabinet d’avocats, épouse une superbe Cajun –ce qui rend Mama heureuse, et a deux enfants et un dans le tiroir. L’enfant prodigue n’est pas si prodigue que ça et rentre à la maison un jour de Thanksgiving avec une célébrité de la télévision à la traîne. En six mois elles sont mariées et ont deux enfants à venir. Et avec quoi se retrouve Luc ? Un boulot de droit dans une boîte à but non lucratif et une femme avec qui sa sœur a couché en premier. »

« Rachel, je ne sais pas quoi dire. » C’est la vérité vraie. Tout ça me dépasse complètement. J’aimerais bien que Kels soit là. Elle est bien meilleure que moi avec les femmes en larmes.

« Il n’y a rien à dire, Harper. Seigneur, je n’aurais pas dû en parler. C’est le jour de ton mariage. Et je me comporte en égoïste. » Elle se lève et pose une serviette en papier toute froissée sur la table. « Félicitations, Harper. Et je le pense. Kels est génial. »

Elle part avant que je puisse penser à un truc à répondre.

 

* * *

 

« Hey, beauté, » elle chuchote dans mon oreille. Ça envoie des frissons le long de mon épine dorsale et qui continuent vers une destination un peu plus au sud. J’adore quand elle fait ça. Je frissonne et gronde avant de me tourner pour lui faire face. Ses yeux me disent qu’elle sait l’effet qu’elle me fait et qu’elle est très contente d’elle. « Je vais te le faire payer plus tard. » Je me lèche les lèvres en lui chuchotant ça dans l’oreille et je mordille légèrement le lobe.

Les préliminaires ont commencé. Je me demande combien de temps on va encore tenir ici. Heureusement que les Kingsley savent continuer à faire la fête sans les invitées d’honneur.

« Sois sage, » répond Harper, à moitié convaincue. « Pour l’instant au moins. Tu pourras mordre mes boutons plus tard. »

Je fais courir ma main sur le zip de la chemise sous sa veste. « Tabloïde, tu ne porte aucun bouton. » Elle se contente de me faire son petit sourire lascif et je sais à quoi elle pense. « Ah oui, j’avais oublié ceux-là. »

Elle retire ma main avec un petit tapotement, me faisant sortir de ce qui était lentement en train de devenir une irrésistible emprise sexuelle. « Encore juste un peu plus longtemps, Gourou, c’est promis. Pour le moment il y a quelqu’un de très important que je veux que tu rencontres. »

Elle me guide jusqu’à la table où est assise sa grand-mère. Je trouve difficile de croire que cette femme a quatre-vingt douze ans. Il doit y avoir quelque chose dans l’eau du coin. Mince, si on se fie à sa mère et à sa grand-mère je vais avoir de quoi m’occuper avec celle-là pour très longtemps. J’aime cette idée.

« Nonny ? » Harper prend un siège à-côté d’elle. « J’aimerais te présenter Kelsey. »

Elle lève les yeux, et m’évalue avant de sourire. « Cecile a raison. Vous êtes une bien jolie fille. » Je ne peux pas m’empêcher de rougir. Prenant le siège indiqué par la grand-mère d’Harper, je me laisse jauger par la matriarche de la famille. C’est une position que Cecile remplira dans trente ans et quelques, j’en suis certaine. « Alors vous êtes la compagne de Léone ? »

Je regarde Harper, qui lève les yeux au ciel en entendant son nom Cajun, puis je retourne à sa grand-mère. « Oui, madame. »

« Eh bien, » elle lisse la serviette sur ses genoux, puis ajoute une lichette de crème à son café, avant de poursuivre, « je suis heureuse qu’elle ait décidé de s’installer et de cesser de briser tous les cœurs derrière elle. »

Harper reste silencieuse et respectueuse, mais passe la main sur son visage et pose le menton sur son poing. Elle essaye de cacher un petit sourire en coin.

« Avez-vous réussi à la faire descendre de cette motocyclette horriblement bruyante ? »

Je me rends soudain compte que Harper n’a pas été sur

la Harley

depuis le jour… Ça explique beaucoup de choses, comme pourquoi elle laisse son bébé dans le garage de Robie, aussi loin. Je déglutis avec peine et réponds, « Oui madame. Je crois qu’elle y a renoncé pour le Carême. »

« Bon, tant mieux. Faites en sorte que ça continue. »

« Oui, madame. C’est promis. » Quelque chose me dit que c’est de toute façon l’intention d’Harper. Je pensais qu’elle avait dépassé sa culpabilité à propos de l’attaque. Il faut croire que non. Je tends le bras et serre sa main plus grande dans la mienne.

« Vous prenez bien soin de ma Léone, c’est entendu ? »

« Je le ferai avec plaisir. »

« Bien. » Elle prend son café dans une main, boit une longue gorgée, avant de se tourner vers Harper. « Et toi, » elle tapote Harper sur la joue, « sois heureuse et vis une longue et merveilleuse vie. Tous mes vœux de bonheur. »

Nous venons ainsi d’être bénies par la matriarche de la famille.

Harper attrape la main de sa grand-mère avant qu’elle ne puisse lui pincer la joue, et l’embrasse très tendrement. « Je le serai, Nonny, c’est promis. »

 

* * *

 

Parfois la vie est totalement formidable. Prenez la mienne, par exemple. Ça fait deux fois en un mois ou presque que j’épouse la femme que j’aime. On attend nos premiers enfants dans quelques mois. On a deux nouvelles maisons, un avion, une voiture… tous les jouets. On a une super carrière. On est entourées par une famille qui s’élargit constamment, en fait.

La vie est belle.

Cependant, tout n’est pas toujours rose dans la vie.

La tornade Cecile se dirige droit sur moi.

Je le vois dans ses yeux pendant qu’elle traverse la fête. Elle vient pour jubiler. Je me rendosse dans ma chaise et tente d’avoir l’air nonchalant.

« Tu passes un bon moment ? » Ses yeux qui pétillent me disent que le plaisir que me donne cette journée est évident.

Maintenant je dois ravaler ma fierté et l’admettre haut et fort. « Oui, Mama, je passe un super moment. »

Elle tourne le regard vers Kelsey, qui, pour le moment, est entourée de Papa et Matt. Papa et Matt étaient réjouis de se revoir et encore plus contents de devenir parent par alliance, pour ainsi dire. Qui sait quels autres genres de fusions et acquisitions sortiront de celle de moi et Kels. Quoique, pour l’instant, ils n’ont pas l’air de parler business. Ils sont plutôt en train de rire et de sourire tous les trois, à l’aise les uns avec les autres.

Cette vision me réchauffe le cœur. Pendant vingt ans la pauvre Kelsey a eu l’impression de ne pas avoir de père, et maintenant elle en a deux.

« Kelsey est très belle dans cette robe. »

« Kels est belle en pantalon de survêt’ et en T-shirt, Mama. C’est pas les habits, c’est la personne. »

« Je sais. » Elle s’assoit à côté de moi, et passe la main sur mon bras. « Tu en es la preuve vivante. »

Oups, elle est encore fâchée que je n’aie pas porté une robe. Moi ma théorie, c’est que si les robes, les collants et les talons hauts c’était si génial que ça les hommes en porteraient. En attendant, je reste en pantalon et près du sol. « Merci. Je crois. » Je prends une gorgée de mon verre de champagne, savourant la sensation des bulles sur ma langue. « Alors tu vas le dire, ou pas ? »

« Dire quoi, mon Cœur ? »

« Ne joue pas les innocentes avec moi, Mama. Tu meurs d’envie de dire ‘Je te l’avais bien dit.’ »

« Eh bien, pour que je fasse ça, » elle me lance son fameux regard, « il faudrait que tu admettes que c’était une bonne idée. » Elle englobe la fête d’un geste.

Voyons voir : un groupe de musique qui joue, les gens qui dansent, le champagne qui coule à flots, la famille en visite, les amis qui s’amusent et assez de bouffe pour nourrir un petit pays. Tout le monde présent pour célébrer une date symbolique dans la vie de Kels et la mienne. L’expression de bonheur que ma femme porte sur son visage.

Je me mords la lèvre et baisse la tête. Finalement, j’abandonne avec un soupir. « Oui, Mama, c’était une bonne idée. »

« Je te l’avais bien dit. »

 

* * *

 

Tout le monde fait sonner sa fourchette contre son verre se champagne. Je sais ce que ça signifie – ils veulent que j’embrasse la mariée. Je suis très heureuse de m’exécuter. Apparemment, la famille approuve ma technique parce qu’on entend des acclamations surgir de nos observateurs.

« Si je pouvais avoir l’attention de tous, » dit Papa en s’avançant au milieu de la mêlée. « Si vous voulez bien tous lever votre verre avec moi pour porter un toast aux jeunes mariées. »

J’attire Kels devant moi et enroule mes bras autour d’elle, laissant mes mains reposer sur le renflement de son ventre. Bon sang, j’aimerais bien pouvoir sentir nos petits gars bouger. C’est vraiment pas juste. J’ai enduré toutes les nausées matinales avec elle, et j’ai aucun des bénéfices. Je me penche et frotte ma joue contre la sienne.

Papa tend le bras et attire Mama à côté de lui. « Quand les enfants trouvent leur véritable amour, c’est pour les parents une véritable joie. A votre amour et à notre joie ! »

« Mais oui ! » s’exclame la foule. Ils font encore tinter leurs verres et j’embrasse Kels sur le coin de la bouche.

Gerrard s’avance dans le cercle. « Que vos cœurs battent à l’unisson à partir de ce jour ! »

Encore des tintements, encore un bisou.

Jean vient ensuite. Il se frotte la main contre la mâchoire et nous fixe un long moment, l’air de décider de son toast. Finalement, il nous lance son sourire breveté de bad boy. « Harper, Kelsey, un mariage peut connaître beaucoup de hauts et de bas. Que les vôtres soient tous sous la couette ! »

« Jean ! » le réprimande Mama. Elaine le tire en sûreté vers la foule avant que Mama ne puisse lui mettre une taloche.

Au tour de Lucien. « J’ai longtemps cherché quoi dire pour ce toast. Après avoir bien réfléchi, j’ai enfin trouvé la phrase parfaite mais j’ai décidé de la garder pour votre prochain mariage. »

La foule s’esclaffe et siffle, prenant son toast pour une blague. Je vois Rachel quitter les festivités.

Robie secoue la tête et s’avance dans le cercle jusqu’à se tenir à côté de moi. « Harper a été ma meilleure amie depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Je ne me rappelle pas un seul évènement important de ma vie où elle n’était pas là. Généralement en train de m’attirer des ennuis. »

« Mais non ! C’était le contraire, Robie, et tu le sais très bien ! » je le gronde.

« Chut, c’est moi qui raconte là. Harper et moi on a tout fait ensemble et nous sommes aussi proches que peuvent l’être un frère et une sœur. Je l’aime de tout mon cœur, et ma femme aussi, et nos enfants pensent qu’elle fait se lever et se coucher le soleil. Naturellement, l’idée que quelqu’un soit digne d’elle nous rendait sceptique. Et puis, elle a ramené Kels à la maison. On a tout de suite su qu’il fallait la garder. Elle a ensorcelé notre fils aîné et est devenue partie intégrante de notre vie. Alors, maintenant, j’ai l’honneur de vous présenter à tous la nouvelle meilleure amie de ma meilleure amie. » Robie s’approche et embrasse Kels sur la joue. « Vive les mariées ! »

Je le tuerai plus tard pour m’avoir fait pleurer à mon propre foutu mariage.

« Le gâteau ! » quelqu’un s’écrie. « C’est l’heure de couper le gâteau ! »

Mama fait signe aux serveurs de l’apporter. Pendant qu’il avance à travers la foule sur son chariot, les gens se mettent à rire. Kels tord le cou et me regarde. « C’est bizarre. »

Je hausse les épaules, essayant de ne pas gâcher la surprise.

Il arrive. Kels le regarde fixement pendant longtemps. « Oh mon Dieu, » elle chuchote.

Le gâteau est une réplique de trois pieds de long et un de large d’un Twinkie.

« Je ne vais tellement pas expliquer ça à ta mère. » [NDLT : cf. saison 1 épisode 10]

 

* * *

 

Je ne peux que secouer la tête quand Harper me tend le couteau à gâteau. « Après toi, chér. »

Oh oui, Tabloïde, et tu vas payer cher pour ça.

Ensemble nous découpons la fin du ‘gâteau’ et en prenons chacune un morceau entre les doigts. C’est là que commence l’impasse. On se regarde l’une l’autre un moment, sachant que c’est maintenant que ça pourrait devenir salissant. Très salissant.

Etant à cet instant l’adulte de cette relation, j’abandonne en premier et lui offre un morceau, espérant qu’elle sera également charitable avec moi. Elle prend le gâteau dans sa bouche et se débrouille pour garder le bout de mes doigts un peu plus longtemps que nécessaire. Enfin, que nécessaire en face d’un public. Surtout en face d’un public qui comprend nos parents.

D’accord, Harper, chérie, c’est toi qui as commencé. Elle place le gâteau devant mes lèvres. Je saisis son poignet pour être certaine qu’elle ne pourra pas s’échapper. Puis je prends tout mon temps avec le gâteau et les doigts qui le tiennent.

« Gentille ! » elle s’écrie dans un mi-hoquet, mi-grondement. « Sois gentille. »

« Tabloïde, je suis toujours gentille. » Je fais un dernier baiser au bout de ses doigts.

« Tu as vraiment un côté diabolique, Kelsey Diane Kingsley, » elle gronde dans mon oreille, en attrapant une serviette pour se nettoyer les mains.

Ça sonne extrêmement bien. « J’ai appris de la meilleure, Harper Lee Kingsley. » Je m’essuie moi aussi la bouche et les mains, et offre à ma chère épouse un baiser de paix.

« Alors, » intervient la voix de quelqu’un dans la foule, mettant fin plus tôt que prévue à notre baiser. « Est-ce que Kelsey va jeter le bouquet ? »

Harper me regarde pour mon assentiment. Quand je hoche la tête, elle rit, « Oh, pourquoi pas ? » Elle me tend les roses. Une fois que le serveur a mis le gâteau en sûreté, nous sommes encerclées par toutes les célibataires de la famille et des amis.

« Attendez une minute, » je songe à voix haute. « Si moi je lance le bouquet, je pense que Tabloïde ici présente devrait s’occuper de la jarretière. » Je me tourne vers la foule. « Pas vous ? »

Les rires et les sifflets confirment mes suspicions, je me suis mariée dans une famille de fous. Je reporte le regard sur Harper. « A genoux, Tabloïde. »

Le grognement que rugit la foule la provoque un peu. Je hausse un sourcil et fais un geste de la main. Très lentement, elle tombe à genoux. J’avance le pied en face d’elle. « Elle est là-haut. Va la chercher, » je la taquine.

Je pense qu’elle va s’évanouir. Elle inspire profondément et ses mains remontent très lentement sous ma robe et le long de ma jambe. Je ne peux que sourire quand une main trouve la jarretière et que l’autre continue vers le haut sur la côté intérieur de la jambe, en direction d’un endroit qu’elle ne devrait pas visiter en public. Danger, Will Robinson. « Sois sage, » je préviens à voix basse.

« C’est toi qu’as commencé. » Elle me chatouille légèrement la cuisse puis fait glisser la jarretière en bas de ma jambe. Avec une grâce fluide, elle se relève et fait tourner la jarretière autour de son index.

« Ouais, mais c’est toi qui pourra finir plus tard, » je lui dis doucement tandis qu’on se tourne vers la foule.

J’adore ce grognement.

 

* * *

 

J’en suis venue à la conclusion que ma femme est quelqu’un de très cruel. Alors que je fais tourner la jarretière autour de mon doigt, j’en suis même certaine. Elle a l’air gentil, comme ça, mais sous cet extérieur innocent bat le cœur d’une femme réellement dangereuse.

La foule me sort de mes pensées. Kels et moi on se prend par la main, on tourne le dos à la foule en attente et on lance les objets par-dessus nos épaules. Les rires éclatent avant qu’on se soit retournées pour découvrir qui sont les gagnants.

« On dirait que ce sera moi la prochaine mariée ! » Brian rit en brandissant le bouquet de Kels. Il tire une rose du bouquet et la coince entre ses dents. Son petit copain, Doug, se cache le visage d’un air faussement embarrassé.

Je regarde un peu partout et vois que c’est Luc qui tient la jarretière. Oh Dieu, il fallait que ça tombe sur lui, hein ?

« Tu connais les règles, Harper ! » Robie se bidonne en désignant Brian avec son appareil photo. « Toi et Kels vous devez danser la prochaine danse avec les gagnants. »

Je baisse la tête. Je savais que faire venir Brian allait me jouer des tours. Et maintenant il y aura des preuves photographiques que peut-être dans le fond, je l’aime bien. « D’accord, d’accord. » Je me rends en levant les mains. « Mais après cette danse Kels et moi on prendra congé de vous tous. » Les gens grognent et commencent à protester. « Elle a besoin de se reposer et j’admets que je suis un peu fatiguée aussi. »

« Ouais, vous avez toutes les deux besoin d’aller au lit, » lance Terry depuis la piste de danse, suivi par encore plus d’acclamations, de beuglements, et de tapements de pieds. « Toute cette danse m’a épuisée. Quelqu’un veut faire une sieste avec moi ? » Ses yeux atterrissent sur Beth et je jurerais voir jaillir des étincelles.

Une autre mord la poussière.

Je serais contente de voir Beth avec quelqu’un, quand même. Je ne veux pas qu’elle ait de temps libre sur les bras avec des ‘miles’ à sa disposition.

« Mais, nous voudrions tous vous remercier d’être venus aujourd’hui pour partager notre bonheur. » je continue. « Alors, s’il-vous-plaît, restez et amusez-vous. » Je guide Kels sur la piste et la confie à Luc. Il a un peu trop bu, je pense. Si Kels a de la chance, elle sera capable d’abréger leur danse.

Je ne suis pas certaine d’avoir cette chance. Brian a mis la rose qu’il a enlevé du bouquet à sa boutonnière, pour compléter son look de dandy Anglais. Il tend le reste à Kam avec pour instruction de les retourner à Kels. Kam trotte vers elle, les fleurs dans la gueule, ayant apparemment compris. Quel bon chien.

Brian me fait face à présent et fait une pose. « Viens-là, l’étalon ! »

La foule autour de nous éclate d’un rire franc. « Si tu essayes seulement de m’embrasser je te botte le cul, » je lui dis quand il approche.

« Je n’en rêve même pas. »

 

* * *

 

« Ça c’est un bon chien, » je félicite Kam, en lui prenant les fleurs. Il a toujours son nœud papillon et il est simplement trop mignon. J’espère qu’il y aura beaucoup de photos de lui.

« Si c’est pas le comble ça. »

Je lève les yeux et découvre Luc debout devant moi. Je sens qu’il est ivre. Quelque chose me dit que ça ne va pas être un des moments les plus confortables de mon existence. Débrouille-toi au mieux, Kels. Ce sera bientôt terminé, et ensuite toi et Tabloïde vous pourrez partir d’ici.

« Qu’est ce qui est le comble, Luc ? » Alors même que je pose la question, je réalise que c’était une erreur. Mais je suis incapable de laisser passer quoi que ce soit, il semblerait.

« On dirait, » il se rapproche de moi, et l’odeur d’alcool de son haleine me donne un peu mal au cœur, « qu’y a un peu de justice dans ce monde. » Ses mains caressent mes bras, me faisant frissonner. Pas de la bonne façon.

« C’est-à-dire ? » Voilà que je recommence.

« C’est assez juste, tu crois pas ? Harper a pu essayer la mienne. Ça semble correcte que je puisse essayer la sienne. » Il saisit ma main un peu plus fort que nécessaire.

« Ça suffit. » Je le préviens à voix basse, m’éloignant lentement de lui une fois de plus. Je ne veux vraiment pas attirer l’attention par ici. Nous n’avons pas besoin de problèmes le jour notre mariage. Il paraît évident à la façon dont il tangue sur ses pieds que Luc ne fonctionne pas à plein régime pour le moment. « Pourquoi tu n’irais pas t’asseoir, Luc ? On parlera plus tard, si tu veux, mais là tu n’es pas dans ton état normal. »

« Oh mais moi j’suis dans mon état normal. C’est toi qu’es pas normale. » Il a l’air particulièrement content de sa petite blague minable. Il fait un geste vers Harper. « C’est quoi le truc avec elle d’ailleurs ? T’as une idée du nombre de femmes avec qui elle a couché ? T’es la dernière d’une très longue liste. »

« Le mot important étant dernière. » Je gratte Kam derrière l’oreille, laissant Luc purger son système. Apparemment il a besoin de se soulager. Je peux le laisser faire. Il ne parle pas suffisamment fort pour attirer trop l’attention sur nous.

« Tu crois quand même pas qu’elle va pas aller baiser ailleurs, si ? »

« Je sais que non. Elle a déjà eu l’occasion et elle ne l’a pas prise. »

« Les vieilles habitudes ont la peau dures, Kelsey. Elle se plantera. Elle trouvera une petite jeune quelque part et elle couchera derrière ton dos. Et quand ça arrivera, tu vas lui pardonner et la reprendre ? »

« Luc, tu n’as aucune idée de ce dont tu parles. Va donc t’asseoir et je demanderai à quelqu’un de t’apporter une bonne tasse de café fort. Je pense que tu as assez bu pour aujourd’hui. »

« Oh, je fais que commencer, » il gronde en m’attrapant par le haut du bras.

« Garde, » je dis fermement, en dégageant mon bras de Luc.

Kam s’anime en face de moi. Mon chien se dresse là, en montrant les dents, en grondant et en aboyant contre Luc qui recule immédiatement. Kam ne bouge pas de son poste. Il continue à claquer des mâchoires et à aboyer. Mes yeux rencontrent ceux de mon beau-frère ; il ne s’attendait certainement pas à ce que mon mignon petit chiot avec son nœud papillon se transforme soudainement en cinquante kilos de furie déchaînée.

Quand je vois venir Harper, je rappelle Kam. Luc trébuche en arrière sur une table, les yeux toujours fixés sur moi et le chien.

« Kels, qu’est-ce qui s’est passé ? » demande Harper, ignorant son frère pour le moment.

« Luc a glissé et Kam a dû penser qu’il allait me blesser, » je dis ça suffisamment fort pour que tout le monde entende. C’est important pour Luc de sauver la face. Il n’y a rien de pire qu’un saoulard énervé et embarrassé qui veut régler des comptes. « Tout va bien. Tout le monde va bien. » Je donne un bon gratouillement à mon chien et me penche pour le féliciter, à voix basse. Pas besoin que chacun sache que s’il s’est tourné contre Luc, c’était intentionnel.

 

* * *

 

Je marche jusqu’à mon frère et l’aide à se redresser. Moi je sais ce qui s’est passé. Si Kam s’est mis en position de garde, c’est que Kels en a donné l’ordre. Ça veut dire que Luc a fait quelque chose qui l’a effrayée ou surprise. Je ne vais pas laisser cet incident gâcher le jour de mon mariage. Mais, je peux garantir qu’on en rediscutera dans le futur.

Je maintiens l’impression d’aider mon frère. « Tu la touches encore, » je chuchote dans son oreille, « et je laisserai Kam te déchirer en morceaux. Et si le chien n’est pas là pour le faire, je m’en occuperai à mains nues. » Je lui donne cet avertissement tout en tapotant une poussière imaginaire de ses vêtements. « Est-ce qu’on est clair là-dessus, grand frère ? »

« Très. »

« Bien. Rentre chez toi. »

 

* * *

 

Je guide mon adorable épouse sur le côté jusqu’au fronton de la maison, qu’elle pense toujours appartenir à mon frère. La foule s’amenuise un peu dans le coin, maintenant que la nourriture a été servie, la musique lancée et qu’on a jeté les fleurs et la jarretière. Il faudra un moment avant que la fête ne se termine entièrement, mais on est enfin libre de prendre la tangente.

« Où est-ce qu’on va ? » Kels demande. J’image qu’à cette heure elle doit commencer à être fatiguée.

« Dans notre suite de lune de miel. »

Elle regarde autour d’elle et ne voit ni limousine ni carriole pour nous emporter. « On marche ? »

La question est posée d’une petite voix si pitoyable que ça me fend le cœur. « Non, bébé. Je veux juste te montrer quelque chose très vite. » Je prends gentiment sa main et la mène à travers le jardin, jusqu’à la boîte-aux-lettres près du trottoir. Elle est toute simple, en bois, avec une plaque accrochée dessus où on peut lire ‘Kingsley’. Il y a deux crochets en-dessous où une deuxième plaque devrait se trouver, mais est absente.

Kels la fixe. Elle la regarde comme si j’avais perdu les pédales. « C’est une boîte-aux-lettres. »

« C’est exact, mais pas n’importe quelle boîte-aux-lettres. » Je l’ouvre et cherche à l’intérieur, retirant la deuxième plaque qui devrait elle aussi être accrochée. Sans lui laisser la lire, je la fixe aux crochets. Puis je m’écarte. « Notre boîte-aux-lettres. » Sur la plaque on lit : Harper & Kelsey. Il y a toute la place pour rajouter le nom des jumeaux.

« Oh mon Dieu ! » Kels s’exclame, en faisant passer son regard de moi à la maison et vice-versa. « Ce n’est pas la maison de Robie ? »

Je pointe la maison d’à-côté. « C’est celle-là. »

« Celle-ci c’est la nôtre ? »

« Et comment. »

« On a une maison ? »

Je soulève Kels dans mes bras, étonnée de sa légèreté malgré sa grossesse. Elle a un hoquet de surprise et noue ses bras autour de mon cou. « Harper ! Je suis trop lourde ! »

C’est une faible protestation. Mon bébé est fatiguée. « Nan, t’es juste bien. » Je la tiens bien, prudente avec ma précieuse cargaison. Je la porte le long du trottoir, jusqu’à la maison, à travers le seuil d’entrée. En l’embrassant, je chuchote contre ses lèvres, « C’est toi ma maison. »

 

* * *

 

« Comment ça fait ? » demande Harper. Elle repose de nouveau son oreille contre mon estomac.

« Un peu comme quand tu as le trac. » Je fais courir mes doigts dans ses cheveux, les peignant des racines jusqu’aux pointes. Nous sommes étalées sur l’unique meuble de toute la maison – notre lit. Ma femme est toujours concentrée sur l’essentiel. On peut encore entendre les bruits de la fête qui se déroule à l’extérieur, mais ça semble à un monde de distance. Nous nous sommes libérées de nos vêtements, mais on se contente pour l’instant de se détendre ensemble.

« Alors comment tu sais que c’était pas juste le trac pour aujourd’hui ? »

Ooh, ma pauvre Tabloïde. Ça l’embête vraiment de ne pas encore pouvoir les sentir bouger.

« Eh bien, je ne peux pas l’expliquer. C’est juste différent. En plus la partie stressante de la journée était terminée quand je les ai sentis la première fois. »

« Tu peux toujours ? » Elle se tourne et me fait un bisou sur le ventre.

« Oui. » Elle passe et repasse la main sur mon estomac comme un sourcier qui chercherait de l’eau. Je l’attrape et la maintiens en place. « Tu pourras aussi très bientôt, promis. »

Elle soupire et me donne un autre bisou avant de remonter à la tête du lit avec moi. Un énorme sourire étire ses lèvres. « J’ai hâte. »

« Je sais, » je chuchote, en l’embrassant sur le menton. « Par ailleurs, » je remue les sourcils, « ceci est techniquement une autre nuit de noce. Tu te souviens comme on s’était amusées lors de la première ? »

« Oh ouais. »

« Tu veux essayer de faire mieux? »

« Au moins. J’ai des comptes à régler, pu… » Elle s’arrête et me fait un petit sourire. « Disons juste que je veux te rendre la monnaie de ta pièce pour avoir laissé

la Conspiration

me malmener comme ça. »

« Nan, pas la peine de me rendre la monnaie. » je réponds d’un ton joueur. « Ça m’a fait plaisir. »

Elle cache sa tête dans la courbe de mon cou, m’embrasse sous l’oreille. « Possible, mais tu dois me laisser prendre ma revanche pour cette question de position. »

« C’est ça la punition ? »

« Ça le sera d’ici que j’en aie fini avec toi. » Elle me mordille l’oreille puis ses mains commencent un lent massage de tout mon corps.

« Oh oui. Punis-moi. Vas-y, » je gémis. « S’il-te-plaît. Toute la nuit. »

 

 

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