MOVING TARGET par Melissa Good

CIBLE MOUVANTE

Partie 8

Traductrice: Gaby

 

 

Chapitre 17

 

Kerry se força à rester détendue, elle se concentra pour garder les mains sur les côtés sans serrer les poings. « Écoutez Barry, vous n'avez pas vraiment le choix là. » Elle avait déjà relevé les manches de sa chemise pour pouvoir supporter la chaleur étouffante du bureau ajoutée à celle de l’éclairage de secours, mais elle refusait d’essuyer la sueur qui coulait sur son front alors qu’elle développait ses arguments.

L'homme avec qui elle parlait, un directeur de secteur grand et costaud avec une moustache tombante et des yeux désespérés claqua du plat de la main sur le bureau. « Kerry, je ne peux pas le faire. » Répéta-t-il pour la énième fois.

« Vous le pouvez. » Répliqua une Kerry inflexible. « Le résultat étant que vous n’avez pas le choix. » Sa voix était déjà légèrement rauque.

« Si je vous laisse le faire, il faudra que je laisse les autres faire pareil. Est-ce que vous savez combien de lignes passent par ce bâtiment ? Pour le secteur financier ? Seigneur, Kerry, est-ce que vous pensez être les seuls sans courant ? »

« Nous avons un contrat. »

« ILS EN ONT TOUS ! » Hurla Barry, frustré. « Bon sang, vous ne vous rendez pas compte de ce que vous me demandez. »

Qu'est-ce que ferait Dar ? Kerry prit une inspiration. Dar hurlerait plus fort, jusqu'à ce que les murs tremblent. Mais elle ne pouvait pas faire ça – ce n'était pas vraiment son style. « Barry, vous avez un contrat avec nous pour nous fournir une alternative. Là vous ne le faites pas. Est-ce que toutes les autres compagnies vous payent aussi cher pour ce genre d'assurance ? »

Il la regarda fixement.

« On vous paye pour être sûr. » Kerry respira et haussa légèrement la voix. « Pour ETRE SÛR... que nous ne soyons jamais en panne. JAMAIS. Pas pour être à 99% de potentiel, pas à 99.5%, pas à 99.9%. Pour être à 100%, Barry. Je ne peux pas me permettre de faire moins, et vous le savez fichument bien vous aussi. »

« On ne peut pas simplement accrocher ce truc à un générateur. » Répondit-il après un moment d'hésitation. « Ça ne marche tout simplement pas comme ça. Vous ne pouvez pas vous rendre compte de la complexité de cet ensemble et je... »

Kerry fit le tour de son bureau et le saisit par le revers de sa veste, ce qui les choqua tous les deux. « Je ne peux pas m’en rendre compte ? ? Je ne peux pas m’en rendre compte ? Bon Dieu, à qui pensez-vous parler là, au vice président des opérations de Publix ? Seigneur Dieu, Barry ! J'ai une technologie plus complexe dans mon salon que tout ce que vous pouvez avoir dans tout cet endroit ! »

Il écarquilla les yeux. « Bon, écoutez-moi là. Et lâchez-moi ! »

Ce que fit Kerry, mais elle ne recula pas. Les mots de Dar résonnaient dans sa tête comme des cornes de brume, et elle mettait toute son énergie à ne pas le secouer jusqu'à ce qu'il lui donne l'accès. « Barry, utilisez votre tête. Simplement pour que je ne sois plus sur votre dos, faites-le. »

« Je ne peux pas. »

« Vous le pouvez. » Insista Kerry.

« Kerry, pour l'amour de Dieu, je ne peux pas. Ça me coûterait mon job ! »

Kerry se pencha vers lui, espérant avoir la prestance de Dar. « Vous le ferez. » Elle le cloua du regard. « Ou bien ça vous coûtera votre job de toutes façons. Je vous le jure. »

Est-ce qu'il allait la croire ? Kerry se força à garder un regard froid et direct, ne lui offrant aucun compromis. Son estomac faisait des boucles, mais elle espérait qu'elle n'en montrait rien.

Il se redressa et prit une inspiration avant de répondre, la libérant partiellement tandis que ses épaules s’affaissaient. « Kerry, ce n'est pas si simple. Soyez raisonnable. Vous ne pouvez pas simplement brancher ce fichu truc sur un générateur. Et si ça fait sauter les tableaux électriques ? On fera quoi ensuite ? »

Ah. Kerry sentit qu’elle gagnait, comme dans ce moment particulier dans une guerre où vous sentiez que votre équipe était sur le point de sortir de l’impasse et que vous commenciez à avancer vers la victoire. « Alors vous me donnerez la facture. » Dit-elle rapidement. « Je prends la responsabilité de ma décision. »

Il se pencha en avant. « Vous savez de combien d'argent on parle ? »

« Oui. » Elle hocha la tête un tout petit peu, et elle adoucit son expression. « Allez, Barry. Débarrassez-vous de moi. Vous savez que je dois le faire. »

Barry se détendit dans la défaite. « Bordel. » Il leva les deux mains des accoudoirs de son fauteuil et les laissa retomber. « Je suis foutu de toutes façons. Je suis le putain d'idiot qui a oublié de programmer l'entretien de ce foutu système de secours. »

Kerry sentit la sueur couler le long de sa nuque, et elle lui accorda un moment de sympathie fatiguée. « Merci Barry. Laissez-moi prévenir mon équipe pour qu'ils s'en occupent. » Elle hésita. « Est-ce que vous avez quelqu'un d'autre qui soit aussi pénible que moi ? Je peux voir si nous avons assez de puissance pour partager un peu. »

Il secoua la tête après une seconde. « Je ne sais même pas par où commencer. »

« Okay. » Kerry se détourna et marcha vers la porte, attrapant déjà son téléphone. Elle appuya sur le bouton de la radio. « Mark ? »

« Ouais ? » Une voix légèrement inquiète lui répondit.

« Vas-y. » Lui dit Kerry, et elle essuya enfin la sueur de son visage d'une main. « Approche le camion de l’arrière du bâtiment. Pas la peine de donner de beaux clichés aux journalistes. » Elle regarda autour d'elle pour trouver la sortie de secours, et la repéra au fond sur un mur dans la faible lueur. Il faisait chaud et étouffant dans le Centre Opérationnel, et tout était vide de personnel, de manière inquiétante.

Ça n'avait aucun sens, en convint-elle. Pourquoi payer des techniciens pour rester là et regarder un équipement qui ne fonctionne pas ? Avec un petit soupir, elle appuya sur la barre d'ouverture des portes et les ouvrit en grand, trouvant un peu de soulagement dans l'air légèrement plus frais de ce début de soirée qui l’effleura doucement.

Trouvant un morceau cassé d'un panneau électrique bien à propos, elle bloqua la porte, et s’appuya contre le mur arrière du bâtiment pour attendre l’arrivée de Mark et son équipe. Elle poussa un bout d'ardoise du bout du pied, heureuse d'avoir pris le temps de mettre des jeans et une chemise légère avant de venir.

Même avec ça il faisait trop chaud, mais en portant autre chose elle aurait risqué de compromettre sa capacité à imposer son autorité de façon sérieuse, et Kerry n'était pas aussi stupide. Elle ferma les yeux pendant une minute, le stress de la journée pesant fortement sur ses épaules.

Et puis le grondement d'un moteur en approche la fit se redresser. Elle balaya la fatigue et s'avança pour aller à la rencontre de Mark alors qu'il arrivait près de l'immeuble avec le camion loué et qu'il amenait l'arrière du véhicule tout près de la sortie de secours.

« Hé, chef. » Le chef de

la Sécurité

paraissait aussi mal que se sentait Kerry. Il ouvrit la portière, sortit et fit le tour de la camionnette pour ouvrir la porte arrière et laisser descendre les quatre autres techniciens dans l'air humide du soir. « Désolé pour le voyage les gars. »

« Merde. » L'un d'entre eux se frotta la tête. « Oh. » Il grimaça en repérant Kerry. « Désolé, madame. »

« Merde, c’est tout à fait le terme. » Répondit Kerry. « Okay. » Elle regarda dans le camion. « Six. C'est bien. »

« C'est tout ce qu'ils avaient. » Expliqua Mark. « Ce sont les plus gros... la plupart des petits avaient déjà été vendus. Tu sais comment sont les gens. Heureusement qu'on est à la mi-saison. »

« Vrai. » Kerry étudia les machines. « Combien il en faut pour faire fonctionner le commutateur à l'intérieur, Mark ? »

« Laisse-moi voir. » Mark fila à l'intérieur du bâtiment, il sortit sa lampe-torche et se pencha à l'intérieur. « Bon Dieu, on cuit là-dedans ! » Il ressortit sa tête. « Hé... je ne suis pas sûr qu'on puisse faire marcher ces trucs même si on a assez de jus. Ils vont surchauffer. »

Merde. Kerry tambourina contre la cloison du camion, alors qu'un sentiment d'horrible impuissance s'emparait d'elle. « Vois de quoi ces trucs vont avoir besoin. » Dit-elle à Mark pour lui laisser le temps de réfléchir.

Idiote. Bien sûr qu'ils allaient avoir besoin d'être refroidis. Elle cligna des yeux quand une goutte de sueur glissa de son front. Pourquoi est-ce qu'elle n'avait pas pensé à ça ? Kerry posa sa tête contre le mur en métal. Peut-être qu'elle avait trop l'habitude de s'appuyer sur Dar pour penser à sa place ?

Un souffle d'air frais lui rafraîchit le visage et elle regarda à l'intérieur de la camionnette, sa main posée dans le compartiment sombre. Elle recula et regarda sur le côté, repérant la plaque qui mentionnait une plateforme avec l’air conditionné. « Vous avez une lampe de poche ? » Demanda-t-elle au technicien près d'elle.

« Euh... bien sûr. » Le technicien aux cheveux bouclés la lui tendit.

Kerry se tourna et éclaira l'intérieur de la camionnette, repérant le large dispositif climatique près du plafond. « Okay. » Elle vit Mark qui sortait du bâtiment. « Comment ça se présente ? »

Il haussa les épaules. « On peut faire ça avec une de ces ventouses. » Il indiqua les générateurs. « Il n'y a pas de problème, mais ça ne va pas marcher plus de dix minutes, chef. Je ... » Il hésita. « J'aurais dû penser à ça. »

« Pourquoi ? Même eux ils n'y ont pas pensé. » Kerry soupira et montra l'intérieur. « En tout cas ils ne l'ont jamais mentionné. Alors peut-être qu'ils se sont dit qu'on va trouver une solution pour ça aussi. »

« Ouais. » Mark fronça les sourcils.

« Alors c'est ce qu'on va faire. Écoute. » Kerry s'éloigna du camion. « Voilà le plan. Mark – prends ces quatre là et mets-les en marche. Vois ce dont on a besoin pour les connecter en série, mais tu les fais fonctionner un par un pour qu'on puisse les utiliser plus longtemps. Quand on manquera de carburant on passera au suivant, mais on ne peut pas se permettre de perdre de la puissance. »

« Euh... »

« Quand tu auras fait la liste de ce dont tu as besoin, des boites de pompes par exemple, appelle-moi à Home Depot. Je vais aller acheter des conduits d'air conditionné et du ruban adhésif pour qu'on puisse faire tourner le camion toute la nuit et souffler l'air là-dedans. » Dit-elle. « Okay ? Merci. Appelle-moi. »

Elle se tourna et se dirigea vers sa voiture, sachant qu'elle laissait derrière elle des employés bouches bées. Elle atteignit

la Lexus

, déverrouilla les portières et sauta dans la voiture avant de démarrer le moteur et de refermer la portière alors que la climatisation la baignait dans une fraîcheur bienvenue.

Est-ce que Mark pourrait tout mettre en route ? Se demanda Kerry. S'ils ne trouvaient pas un moyen de faire fonctionner le tout, tout ça serait inutile. Couper les liaisons quand ils allaient devoir aller chercher du gasoil. « Une chose à la fois, Ker. » Se dit-elle en faisant avancer la voiture avec une expression déterminée. « Qu'est-ce que Dar m'avait dit une fois ? Un pas à la fois et vous pouviez manger une chèvre entière, queue et sabots compris ? »

Elle fit avancer la voiture sur la route avec précaution, vu que les signalisations étaient HS elles aussi. La panne de courant était si importante que la compagnie d'électricité n'avait même pas pu indiquer quand elle pourrait s’en occuper. Il y avait eu beaucoup trop de dommages dans beaucoup trop d'infrastructures quand la chute anormale d'une station de transfert avait renvoyé toute la puissance dans le réseau électrique.

Alors, il fallait qu’ils trouvent une solution ici. Il le fallait. Ils n'avaient pas le choix – la pression augmentait, et elle commençait à recevoir de plus en plus d'appels de clients frustrés avec un réseau de service inexistant ou si lent qu'il bloquait leurs ressources vitales.

Un bouchon à une intersection la força à s'arrêter, et elle posa ses avant-bras sur le volant en attendant que le trafic diminue. Une vague de nausée lui rappela qu'elle n'avait pas pris de dîner, et bien que manger soit la dernière chose qu'elle avait envie de faire en ce moment, elle savait qu'elle aurait des problèmes si elle ne le faisait pas assez vite.

Elle avait déjà un mal de tête à cause du stress. Avec un soupir, elle enclencha le frein à main et elle se pencha pour attraper quelque chose dans le vide-poche jusqu'à ce que ses doigts rencontrent un peu de cellophane. Elle sortit la barre énergétique, l'ouvrit d'un coup de dents et en prit une bouchée sans quitter la route des yeux.

Ce n'était pas très satisfaisant, mais c'était une barre banane-noisette, et ça calma un peu sa faim. Kerry mâcha alors qu'elle passait l'intersection sombre, et elle dut klaxonner quatre ou cinq fois pour ne pas se faire percuter par d’autres voitures. « Bah... bah... Hé ! Idiot ! Fais attention ! »

La Mustang

, visiblement de location, l'évita dans une explosion de klaxons.

Kerry sentit son cœur marteler dans sa poitrine, et elle passa l'intersection pour se diriger vers le magasin qui était heureusement tout près. Elle entra dans le parking sans plus d'accident, et se dirigea vers le magasin, échangeant avec regret l'intérieur frais de sa voiture pour la chaleur de l'extérieur.

Le Home Depot était lui aussi branché sur un générateur, et à l'intérieur l'air était moite. Kerry eut du mal à respirer, entre la sciure et l'odeur d'huile du générateur, mais elle passa outre, jetant un coup d'œil dans les rayons jusqu'à ce qu'elle trouve la rangée des centrales d'air portables. Elle s'arrêta devant les conduits comprimés et soudain, elle réalisa qu'elle n'avait aucune idée de la longueur qu'elle devait prendre.

« Seigneur. » Kerry se frappa la tête, abasourdie par l’idée qu'elle avait stupidement oublié de mesurer la longueur dont elle allait avoir besoin. « J’aurais dû faire revenir Dar quand même. Je ne suis pas fichue de m’occuper de ça. »

Mais Dar n'était pas là, alors après un moment à se botter mentalement les fesses, Kerry s’appuya contre le rayonnage en acier et ferma les yeux, essayant de se rappeler la configuration peu familière du bâtiment de l'entreprise téléphonique. « Okay. » Soupira-t-elle. « Combien de Dar les bras étendus te faut-il pour combler l'espace entre le camion et le commutateur, Kerry. Allez, réfléchis un peu. »

Dar était la chose la plus facile qu'elle pouvait imaginer, et elle savait que l'envergure des bras de sa compagne faisait environ un mètre quatre-vingt de long. Mentalement, elle positionna la grande silhouette, l'imaginant près du camion, puis près de la porte, puis à l'intérieur, puis dans le couloir, puis dans l'angle, et elle continua comme ça, Dar après Dar, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé sa réponse. « Mmh... Dix Dar. Quelle chance j'ai. »

Kerry chargea le chariot avec vingt-deux mètres de canalisations pour être sûre, et quatre rouleaux de bande adhésive, et elle vérifia son téléphone portable. Il était toujours résolument silencieux, alors elle poussa le chariot vers le rayon électricité, et elle commença à passer en revue les différents dispositifs.

De quoi aurait-elle besoin ? L'urgence d'appeler Dar pour lui demander faillit la submerger, mais Kerry serra fermement la main loin de son téléphone et se concentra sur les grandes boîtes alignées sur les rayonnages. Des câbles ? Ils en avaient déjà. Du gasoil ? Mark s'était arrêté pour en prendre. Le regard de Kerry erra sur les choix possibles jusqu'à ce qu'elle aperçoive une boîte couverte de poussière tout en bas du rayon, étiquetée GAC Load Control Systems, le dernier article de ce genre.

Elle s'accroupit et tira la boîte vers elle, libérant un nuage de poussière antique qui faillit l'étouffer. Étouffant un éternuement, elle observa le libellé de la boîte, et elle essaya de lire les indications techniques pour les ajuster avec les concepts qu'elle connaissait déjà. « Hmm. Équilibrage de la charge entre deux ou plusieurs générateurs. » Elle posa ses mains sur la boîte. « Et bien, je présume que c'est ce qu'on a prévu de faire. » Avec un grognement, elle la souleva et la posa sur son chariot avec le reste de ses articles, avant d’aller vers la caisse en traînant le caddy à la manière d’un poney suant et poussiéreux. Elle attendait derrière le comptoir en tendant sa carte de crédit quand trois ou quatre hommes déboulèrent dans le magasin, se précipitant dans l'entrée avant de se diriger vers le rayon d'où elle sortait quelques instants plus tôt.

Kerry se tourna vers la caissière quand elle lui présenta le ticket à signer, et elle fit un petit sourire quand elle vit à quel point elle semblait fatiguée. « Dure journée. »

« C'est rien de le dire, ma belle. » La femme lui rendit sa carte.

« Merde, ils en avaient un cet après-midi. » L'homme revint, clairement frustré. « Seigneur, ces foutus générateurs ne donneront rien de bon si on ne peut pas les connecter en série et garder toute leur puissance... hé ! » Il s'arrêta et fixa le chariot de Kerry. « Elle en a un ! Elle l'a ! »

Hé ! Répéta Kerry silencieusement. J'avais bien deviné alors ! Whaou ! « C'est vrai. Excusez-moi, messieurs. » Elle empocha sa carte et commença à pousser son caddy près d'eux. « J'ai des choses à faire, du courant à générer, vous savez ce que c'est. »

« Merde ! Hé, est-ce qu'on peut vous le racheter ? Je vous paye le double ! » L'homme se rapprocha d'elle. « Allez, madame... j'en ai vraiment besoin ! »

« Non merci. Désolée. Moi aussi j'en ai besoin. » Kerry se dirigea vers sa voiture d'un pas décidé.

« Est-ce que vous savez ce que c'est au moins ? » Hurla l'homme de frustration.

Kerry s'arrêta, se tourna et le regarda, une main posée sur sa hanche.

« Ouais, ouais, okay. » L'homme fit un geste de la main dégoûté vers elle et secoua la tête. « Cinq minutes trop tard. »

« C'est exact. » Kerry le chassa d'un geste de la main. « Allez en chercher dans un autre Home Depot. Filez. » Un grondement sourd retentit dans le ciel, et elle leva les yeux, surprise de voir l'amoncellement de nuages sombres. « Oh, génial. Exactement ce qu'il me manquait. » Elle donna une poussée au chariot et se dirigea vers

la Lexus.

« J’aurais peut-être dû prévoir une tente. »

Le tonnerre gronda de nouveau, comme pour se moquer d'elle.

* * * * *

Le téléphone portable de Dar sonna au moment où elle entrait dans le hall de l'hôtel, et elle trouva un coin calme pour se laisser tomber dans un fauteuil en cuir et répondre. « Oui ? »

« Dar ! » La voix d'Alastair envahit le téléphone. « Par tous les saints ! Où êtes-vous ? »

« A New York. » Répondit Dar. « Je sauve les fesses d'un de nos clients. Pourquoi ? »

« Vous savez ce qui se passe en Floride ? Dar ! On a la moitié du réseau en panne ! »

Les présentateurs silencieux sur CNN faisaient face à Dar sur l'écran de la grande télévision du bar, avec des images d'un Miami plongé dans le noir en arrière-plan. « On fait la une sur CNN. Bien sûr que je sais ce qui se passe, Alastair. » Dit-elle d'un ton cassant. « Kerry s'en occupe. »

« Quoi ??? » Son patron couina presque. « Dar ! C'est sérieux ! »

« Et je suis à plus de

3.000 km

! » Hurla Dar en réponse, mais à voix plutôt basse parce trois hommes au bar s’étaient retournés pour la regarder. « Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Seigneur, Alastair, calmez-vous ! »

« Me calmer. » Fulmina Alastair. « J'ai une réunion internationale avec le conseil d'administration dans deux heures, au cas où vous l'auriez oublié, Dar. »

Oups. « Sans blague. Moi aussi. » Répliqua Dar calmement. « Et ? »

« Dar. »

Elle pouvait presque entendre la frustration paniquée dans le ton de sa voix. « Alastair, c'est une panne de courant. La plupart de nos ressources sont sur le satellite, et Kerry travaille sur un plan pour remettre plus de lignes en marche. Vous vous attendez à ce qu'on fasse quoi ? Changer les lois de la physique ? Tout l'argent de la banque n'arrangera rien, parce qu'ils s'occupent d'abord de faire tourner les fichus hôpitaux. Et devinez pourquoi ? Parce qu'ils sont prioritaires. »

Il y eu un bref silence. « Kerry travaille sur quelque chose ? »

« Bien sûr. » Dar injecta autant de d'impatience qu'elle put dans le ton de sa voix. « Je pensais qu'on avait dépassé ce foutu stade de 'je l'ai engagée pour son physique'. Quel est votre problème ? »

Alastair soupira. « Je ne suis pas habitué à m'appuyer sur quelqu'un d'autre que vous. Voilà mon problème. »

« Vous désirez quelque chose madame ? » Vint lui demander une serveuse.

Dar hésita, et débattit un instant la réponse en couvrant le microphone du bout des doigts. Puis elle haussa une épaule. « Vous avez un milk-shake au chocolat à portée de main ? »

La femme sourit. « Je peux vous trouver ça. Je reviens dans un moment. »

« Et bien. » Dar parla dans le téléphone. « Il va falloir vous y habituer. »

Alastair fit une pause, puis prit une grande inspiration audible. « Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »

Qu'est-ce que c'était supposé vouloir dire ? Se demanda Dar d'un ton désolé. « Je la paye pour une raison. » Dit-elle finalement. « Si je ne pensais pas qu'elle peut gérer tout ça, je serais déjà rentrée. »

Son patron soupira. « Ouais, je sais. » Admit-il. « Désolé, Dar. Disons que c'est un compliment équivoque. »

« Ouais. » Dit Dar doucement. « Écoutez, elle va régler cette affaire. Faites-lui confiance. »

« Vu que vous le faites, alors moi aussi. » Dit Alastair. « Ça m'a juste foutu la frousse, Dar. Les derniers mois ont été plutôt tendus ici. La dernière chose dont j'ai besoin c'est de la mauvaise pub... Que diable est-il arrivé au backup qu'on est supposé avoir là-bas ? »

Dar expliqua le problème. « Et bien en fait c'est un problème avec Bellsouth. Ils ont buggé. Ça ne nous a pas aidés. »

« Je vais en toucher deux mots à Ham là-dessus. » Indiqua le président d'ILS d'une voix maintenant vive et concentrée. « Quoi qu'il en soit, on peut déjà prévoir un budget pour ça. Tenez-moi informé, vous voulez bien, Dar ? »

« Je le ferai » Promit Dar. « A plus tard à la conférence téléphonique. »

« Avec de bonnes nouvelles. » Dit Alastair.

« Avec des nouvelles. » Clarifia Dar. « Ou alors je serai dans un avion en partance pour le sud, je vous le garantis. »

Un soupir plutôt satisfait. « Maintenant je me sens mieux. » Répondit-il. « Merci, Dar. On se reparle plus tard. »

Dar ferma son téléphone portable et l'accrocha à sa ceinture. Elle glissa au fond du fauteuil en cuir et leva les yeux vers le plafond jusqu'à ce que la serveuse arrive avec son milk-shake. « Merci. »

« Vous êtes sûre de ne pas vouloir un peu d'alcool dedans ? » Demanda la femme avec un sourire sympathique. « Vous avez l'air d'en avoir besoin. »

Dar observa le verre pendant un long moment, puis elle leva les yeux vers la serveuse. « Non merci. » Elle prit la boisson fraîche entre ses mains. « Ça suffira pour le moment. » Elle montra à la femme sa clef de chambre, puis elle signa le bon de contrôle imprimé qu'elle lui présenta. « J'apprécie la pensée. »

« Quand vous voulez, d'accord ? » La femme lui sourit chaleureusement. « Demandez simplement Angie. » Elle dit un clin d'oeil à Dar puis elle se dirigea vers le groupe d’hommes d'affaires plus âgés en costume assis tout près.

Dar ne remarqua pas vraiment la tentative de flirt. Elle se leva et se dirigea vers l’ascenseur, à peine consciente des yeux attentifs qui l'observaient.

* * * * *

Mark vint à sa rencontre au moment où elle sortait de

la Lexus

, son visage montrant son inquiétude. « Kerry, écoute, j'ai essayé comme un barjo de comprendre ce qu’était ce truc électrique, mais... »

« Pas de problème. J'ai ce qu'il faut. » Dit simplement Kerry. « Je vais avoir besoin d'un coup de main avec les affaires dans le coffre. Tu as réussi à monter les générateurs ? »

« Ouais, mais... » Mark montra le ciel complètement obscurci. « Je ne sais pas ce qu'on va pouvoir faire avec ce temps. »

« Pas de problème. » Répliqua encore Kerry avec un sourire grimaçant. « J'ai acheté un auvent. Allons-y. » Elle se tourna et se dirigea vers l'arrière de la voiture, elle ouvrit le coffre et abaissa le hayon. « Les gars, sortez ces tuyaux et l’adhésif, et commencez à les dérouler. On va devoir les faire passer de l'unité d'air à l'arrière du camion jusqu'à l'intérieur du bâtiment. »

« Oui, madame. »

« Mark, tu montes l’auvent. Je vais m'occuper de relier et connecter ce bidule aux générateurs. Ensuite on pourra les allumer et voir ce que ça donne. » Finit Kerry vivement. « Des questions ? Okay, alors c'est parti. Je veux sortir de ce sauna. »

« Je m'en occupe, chef. » Mark sortit l'auvent, le jeta sur son épaule, et se décala pour que les deux autres techniciens s'occupent de sortir les tuyaux. Il suivit Kerry jusqu'à la porte de derrière et l'observa poser un genou à terre devant les générateurs et commencer à ouvrir la boîte de sa machine. « Whaa. Je ne savais pas que tu t'y connaissais en électricité, chef. »

Kerry ouvrit l'emballage de mousse et en sortit l'unité de contrôle, puis elle l'étudia sérieusement. Quatre entrées à l'arrière, quatre à l'avant, des cadrans, des jauges... Seigneur. « Ouais, et bien... tu ne sais jamais quand les vieux cours d'université vont te servir pas vrai ? » Elle reposa l'unité et se pencha pour attraper les prises isolées, elle connecta une extrémité à chaque générateur, et l'autre côté à l'arrière de l'unité.

Ses mains tremblaient. Kerry s'essuya le front du dos de la main. « Hé, Mark ? »

« Ouais ? » Mark finit de dérouler la toile et s'approcha d'elle. « Tu as besoin de moi ? »

« Est-ce que tu peux aller chercher mon sac à dos dans la voiture ? » Elle attrapa les clefs dans la poche arrière de ses jeans, et les lui tendit. « J'ai besoin d'un truc. »

« Madame... vous voulez ça sur le sol ou...?? » Un des techniciens sortit la tête pour lui parler. « C'est un peu branlant. »

Kerry se leva et inspecta l'intérieur du bâtiment, sentant une bouffée d'air vicié. « Laissez-moi vérifier les tableaux... ah. » Elle enjamba le tuyau pas encore déroulé et observa le commutateur, s'accroupissant devant dans un silence humide. « Okay, les prises sont là, donc les admissions doivent être là-derrière. » Elle indiqua le ventilateur. « Alors ça devrait pomper directement derrière ça. »

« On l'amène jusqu’ici ? » Demanda le technicien, en touchant le haut de l'unité. «  Ça fait un sacré coude. »

Merde, c'est vrai. Kerry leva la tête, et prit la lampe-torche du technicien pour examiner le plafond bas. « Non, passez de l’adhésif sur la barre transversale, ici.... vous voyez ? Et puis vous... »

« On les enroule, comme ça ? » Le technicien enroula un morceau de bande adhésive autour du tuyau et le maintint dans cette position. « Comme ça ? »

« Parfait. » Kerry lui donna une tape sur l'épaule. « Vous les suspendez comme ça jusqu'à la porte, et vous les tirez jusqu'au camion. Vous avez assez de longueur ? »

« Oh ouais. » Le technicien hocha la tête. « C'est parfait. »

Kerry lui sourit avant de sortir et de retourner à son travail. Le soleil était tombé depuis longtemps, et il faisait noir. Elle tourna les yeux vers Mark qui revenait avec son sac qu'il lui tendit. « Merci. » Elle sortit une autre barre énergétique et déchira l'emballage. « Comment avance le auvent ? »

« Je suis meilleur avec des routeurs. » Dit Mark tristement, en fixant les piquets. « Mais je pense que j'y suis presque. »

Kerry leva les yeux. « Il vaudrait mieux. » Murmura-t-elle entre deux bouchées.

« Qu'est ce qu'on fera si ça ne marche pas ? Ces générateurs ne sont pas très puissants. » Commenta Mark alors qu'il glissait un piquet dans un coin de tissu et qu'il le soulevait. « Il y a beaucoup de matériel dans ce foutu machin. »

« C'est un modulateur de puissance. » Kerry plissa les yeux dans l'obscurité. Elle leva les yeux quand elle vit un rai de lumière l'éclairer, et elle sourit d'un air appréciatif à Mark. « Merci. »

« A ton service. » Mark tenait la lampe-torche entre ses dents et montait la tente avec ses deux mains. « Tu sais combien de fois j'ai dû faire ça la dernière fois qu'on s'est déplacé en région ? C'est l'horreur ! »

Kerry connecta chaque chose entre elles. Avec un dernier soupir, elle se pencha et pressa l'interrupteur du premier générateur, retenant sa respiration jusqu'à ce que la machine réagisse et se mette en route dans un fort grondement. Un fredonnement bas lui donna la peur de sa vie, jusqu'à ce qu'elle baisse les yeux pour voir les jauges qui s'agitaient avec obéissance sur son équipement. « C'était leur dernier. » Sa voix craqua presque. « J'ai dû me battre avec quelques types pour l'avoir. »

Mark jeta un coup d'œil aux cadrans par dessus son épaule, pointant sa lampe vers eux. « Wow. » Dit-il d'un ton respectueux. « Bon Dieu, tu connais ton boulot, c'est le moins qu'on puisse dire. »

L'ironie de la situation fit sourire brièvement Kerry. « Merci. »

Un autre flash de lumière les interrompit soudain, et ils levèrent les yeux pour trouver une caméra de télévision qui les regardait de son œil rond inquisiteur, suivi de près par un journaliste trébuchant qui faillit perdre son équilibre sur le sol argileux.

« Oh oh. » Murmura Mark. « Ce n'est pas bon. »

Kerry soupira quand le journaliste se dirigea vers elle. « Tu veux être vice-président d’un jour ? »

« Nan nan. »

« C’est bien ce que je pensais. »

« Je parie que t’aimerais que Big D soit là. »

La sueur qui lui coulait dans les yeux ressemblait vraiment à des larmes. Kerry baissa les yeux pendant un long moment avant de s'essuyer le visage avec sa manche et de relever la tête pour faire face au cirque.

C'est le bon moment pour faire entrer les clowns.

* * * * *

Il faisait noir dans la chambre d'hôtel. Dar était allongée sur le lit, son ordinateur ouvert devant elle et son téléphone portable posé près de sa main.

Mais l'écran de veille tourbillonnait doucement et l'écran du portable était noir. Dar était simplement étendue là à regarder les formes hypnotiques, attendant dans ce qui lui paraissait être la plus longue nuit de sa vie.

Tout était vraiment tranquille, et après un moment elle leva la main pour la laisser retomber sur le clavier, ramenant l'écran à la vie, qui montrait maintenant la carte du réseau qu'elle avait ouvert. Les lignes menant à Miami étaient toujours éteintes, et elle ressentit un moment de honte quand elle se mit à espérer qu'elles resteraient comme ça.

Pas pour le bien de Kerry. Pour le sien, parce que si ça ne s'arrangeait pas, le téléphone sonnerait bientôt, et elle pourrait prendre son sac et prendre un avion pour rentrer à la maison.

La maison.

Mais alors qu'elle regardait l'écran, les lignes clignotèrent, et doucement se mirent à changer de couleur, passant au rouge, puis au jaune, puis au vert, et Dar cligna des yeux et s'assit, se penchant en avant pour observer attentivement. Les lumières se raffermirent et se maintinrent, clignotant d'une couleur rafraîchissante qui ressortait clairement sur le fond noir.

Elle l'a fait. Une vague de fierté monta dans son estomac à côté de la tristesse, et en dépit de tout ça, elle se mit à sourire. A moins que le courant soit revenu mais... Elle vérifia les jauges. Non, le bureau était toujours sur le générateur. Elle relâcha son souffle dans un mélange d'émotions. « Brave fille. »

Le téléphone sonna. Dar regarda un long moment le nom de l'appelant avant de décrocher et d'apporter le téléphone à son oreille. « Salut. »

Un long, très long soupir. « Ça a marché. » Kerry semblait presque étourdie par le soulagement. « Oh Mon Dieu, Dar. Ça a marché. Ça a marché. On est debout. »

Passant outre son propre désappointement ridicule, Dar décida de saisir. « Je savais que tu y arriverais. » Dit-elle. « Dis-moi ce qui s'est passé. »

« Attends, laisse-moi m'asseoir. » Kerry était presque à bout de souffle. Elle entendit le bruit d'une portière qu'on refermait, puis le bref grondement d'une voiture qui démarrait. « Seigneur. Désolée. Il fallait que je mette la clim. J'ai bien cru que j'allais mourir dans cette fichue fournaise. »

Dar ferma les yeux et s’imprégna simplement de la voix. « Ça paraît être l'enfer. »

« Oh, chérie... par où je commence. » Kerry soupira. « Merde, j'ai un mal de tête horrible. »

Dar plia les doigts par réflexe, un témoignage de son inclinaison naturelle à répondre à ce genre de commentaire par un petit massage sur la nuque de Kerry. « Tu as pris quelque chose ? »

Un autre soupir. « Il faut d'abord que je mange. Sinon ça va me rendre malade. »

« Tu n'as pas dîné ? » Dar vérifia sa montre.

« Je n'ai pas déjeuné. » Admit Kerry. « J'ai juste pris quelques barres. Quoi qu'il en soit... Ils se sont battus bec et ongles, Dar. Ils ne voulaient absolument pas que je touche à quoi que ce soit, parce que tout le monde voulait un bout de la couverture. »

« J'en suis sûre. » Dit Dar. « Où es-tu maintenant ? »

« Devant le centre de commande. Mark et l'équipe s'occupent de nettoyer. On va laisser deux techniciens sur place pour qu'ils remplissent les réservoirs à essence. »

Dar ouvrit son pda, tapa un message et l'envoya rapidement. « Bonne idée. »

« Merci. » Dit Kerry. « On a du faire face à quelques obstacles, mais finalement tout a bien marché. J'ai réussi à connecter les générateurs ensemble, et on allait juste les mettre en route... »

« Les connecter ensemble ? »

« Ouais, j'ai trouvé un appareil, un truc qui m'a permis de les brancher tous ensemble. Tu sais... Enfin, bien sûr tu dois le savoir parce que tu m'as dit d'aller chercher un groupe de générateurs, mais je n'avais pas pensé à la manière dont je devrais les faire marcher ensemble, et je suppose que tu pensais que je le savais alors... »

Dar écarquilla les yeux. « Merde. » Elle soupira. « Je n'avais pas pensé à ça, Kerry. Je pensais juste que tu aurais besoin de plus qu'un seul générateur au cas où nos données soient dirigées vers plus d'un commutateur. »

Kery resta silencieuse pendant un moment. « Oh. » Dit-elle finalement. « Wow, et bien, non... j'ai utilisé ce truc pour qu'ils marchent tous ensemble, comme ça on n'a pas besoin d'éteindre les lignes pour faire le plein d'essence ou un truc du genre. »

« Continue. »

« Et puis ensuite j'ai dû trouver un moyen pour refroidir le commutateur. » Dit Kerry. « J'ai utilisé un conduit d'air conditionné que j'ai fait passer du commutateur jusqu'à la porte et jusqu'au camion qu'on avait loué... il avait l’air conditionné à l'arrière. »

Dar posa son menton sur son poing, un grand sourire sur le visage. « Hmm hmm. »

Kerry s'éclaircit la voix. « Ça s’est super bien passé. Et puis les journalistes sont arrivés. » Elle lâcha un soupir agacé. « Dar, ils nous ont traité comme un groupe de voyous pris en défaut. Comme si je trichais ou un truc du genre pour avoir ce que je voulais. »

« Chérie, c'est ce que tu as fait. » Lui indiqua Dar. « Mais c'est bon. C'est pour ça que tu es payée. »

« C'est ce que je leur ai dit. » Dit Kerry. « Il est parti, mais je pense qu'il va bientôt revenir. Quoi qu'il en soit, j'ai relié le tout, j'ai branché le commutateur dessus, et on a retenu notre souffle. »

« Et ça a marché. »

«  Ça a marché. »

« Kerry ? »

« Mmh ? »

« Tu as fait un boulot génial. Tu t'es occupée de tout avec succès, et j'apprécie vraiment. Bien joué. Très bien joué. » Dit Dar en appuyant sur chaque mot.

Kerry soupira et il y eu un léger bruit comme si elle laissait tomber sa tête contre la vitre. « Merci, chef. » Répondit-elle simplement.

Elles restèrent silencieuses pendant un moment. Puis Dar fit passer le téléphone d'une oreille à l'autre. « Je suis foutument fière de toi. »

Un léger reniflement traversa la ligne téléphonique. « Même si ça veut dire que tu n’as pas eu besoin de venir à la rescousse ? » Demanda Kerry, en blaguant faiblement.

« Ouais. »

Kerry fit un petit son de contentement, mais ensuite elle soupira. « Tu sais quoi ? »

« Non, quoi ? »

« J'étais en train de penser à un truc que tu m'as dit une fois. Sur ce que tu avais ressenti quand tu avais eu ta promotion, cette fois-là ? Et que tu étais simplement rentrée à la maison et que c'était comme... »

« Au bout du compte ça n'importait pas vraiment, ouais. » Dit Dar. « Qu'est-ce qui t'a fait penser à ça ? »

« Euuuh. C'est parce que je suis assise là à penser qu'après toute cette journée misérable, horrible et dégoutante – tout ce que je vais avoir c'est une maison surchauffée et plongée dans le noir et un lit vide. »

Dar se retrouva sans voix.

« Je veux un câlin. » Se plaignit Kerry. « Je te veux toi. » Et puis il y eu un bruissement, et elle entendit la vitre de la voiture s'ouvrir. « Ne bouge pas, chérie. » Dar entendit le bruit du vent dans le combiné. « Hé Mark... oh...oh, ouais, hum... ça a l'air génial... ouais. Merci ! Comment... oh, ça sent super bon. Merci. »

Dar sourit faiblement à son reflet dans l'écran de son ordinateur. Elle attendit que les bruits de l'extérieur disparaissent alors que Kerry remontait la vitre et elle entendit un froissement de sacs en papier de l'autre côté de la ligne.

« Est-ce que tu as quelque chose à voir avec ça, Paladar ? »

« Moi ? » Demanda Dar. « Je suis assise dans ma chambre d'hôtel à New York. Qu'est ce qui te fait penser que j'ai quelque chose à voir avec le fait qu'on vienne de te livrer ton dîner ? »

Un léger rire connaisseur lui répondit. « Le fait que mon sandwich au poulet et aux épices n'a pas de laitue, un supplément de fromage, que la pane est épaisse et que ma pomme de terre cuite au four n'a pas de bout de lard dessus. Mark aurait pu deviner le numéro deux, mais pour les autres, c'est ton empreinte qu'il y a paaaartout autour. »

Dar leva la main devant ses yeux, et étudia le bout de ses doigts. Puis elle laissa son bras retomber sur le lit. « C’est le moins que je pouvais faire. » Concéda-t-elle. « Vu que je ne suis pas là pour le faire moi-même. »

« J'aimerais que tu sois là. » La voix de Kerry était étouffée pendant qu'elle mâchait. « Je peux l'admettre maintenant que toute cette merde est finie. »

« Moi aussi j'aimerais être là. » Dit Dar doucement.

Kerry avala, et s'éclaircit légèrement la gorge. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle d'une voix douce. « Tu parais vraiment fatiguée. »

Est-ce qu'elle l'était ? Dar étudia l'écran avec ses lumières vertes clignotantes. « Ouais. Je vais bien. » Répondit-elle après une bref silence. « Je me suis inquiétée à ton sujet toute la nuit, c'est tout. »

« Hmm. »

« Au moins j'ai de bonnes nouvelles pour la réunion téléphonique du conseil d'administration dans une heure et demie. » Dar fit un effort pour que son ton soit normal.

« Une réunion téléphonique ? Je ne savais pas que tu en avais une. » Dit Kerry.

« Ouais, moi aussi je l'avais oublié. Alastair me l'a rappelé. » Admit Dar. « C'est sur mon emploi du temps... je m'en serais rappelé de toute façon. Ça me donne quelque chose à faire maintenant que la crise est passée. »

Kerry sembla réfléchir à la question pendant quelques instants, mâchant son sandwich au poulet avec une concentration presque audible au téléphone. « Tu veux un bout de mon pané ? »

Dar ricana.

« Tu veux que je prenne un avion et que je vienne à New York ? » Demanda Kerry. « Pas pour le travail. Juste pour te tenir compagnie et avoir mon câlin ? »

« Tu as vraiment besoin de demander ? » Répondit Dar tristement. « Tu sais que j'adorerais ça. Mais tu as cette fichue offre, Ker. Ça ne va pas me prendre plus d'un jour ou deux pour régler ça. Après je reviens et tu auras droit à ton câlin. »

« Mmh. » Grogna Kerry d'un air malheureux. « Qu'ils aillent au diable. » Dit-elle. « Oh, merde. J'avais raison. Voilà les fichus journalistes qui reviennent. »

« Ouille. »

« Tu penses qu'ils vont juste rester là à me filmer si je mange mon dîner à l'intérieur de la camionnette et que je refuse d'ouvrir la porte ? »

« Dar sourit. Tu peux toujours essayer chérie. » dit-elle. « Je pense que je vais pouvoir appeler le service d'étage aussi maintenant. »

« Méchante Dar. »

« Méchante Kerry. » Répondit Dar immédiatement. « On est deux. »

Kerry rit soudainement, un son léger et joyeux qui détendit les muscles crispés de la nuque de Dar en un instant. « Oh, quel joli compliment. Okay, l'amour de ma vie... je te laisse commander ton dîner et j'essaye de ne pas étrangler ces journalistes. Je t'appelle plus tard ? »

« Sûr. » Acquiesça Kerry. « Je te ferai savoir ce que le conseil aura dit sur mon ingénieuse vice-présidente des opérations. »

« Je t'aime. »

« Je t'aime aussi. A plus tard. » Dar ferma son téléphone, et elle se sentit mieux que toute la nuit. Assez bien pour qu'elle se lève et qu'elle aille vers le bureau pour pouvoir s'asseoir et commander son dîner au service d'étage avec un intérêt acceptable.

* * * * *

A suivre.