REPARATION

Par Susanne M. Beck (SwordnQuill)

Chapitre 7

 

NdlT : Cette partie contient des scènes de sexe entre deux femmes, dont une avec un objet réservé à cet usage. A vous de voir si vous passez la partie concernée, vous êtes averti –e- s J

 

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« Assieds-toi ici et enlève donc ta chemise », dis-je en emmenant ma compagne dans la salle de bains avant de refermer la porte derrière nous, « et je vais voir ce que je peux faire pour nettoyer cette coupure. »

Sans un mot, elle s’assit sur le couvercle fermé des toilettes comme je lui demandais, ses doigts assurés s’activant rapidement sur les boutons de sa chemise avant de la faire tomber de ses larges épaules bronzées. Elle n’avait pas prononcé un mot depuis qu’elle avait ordonné à Rio de prendre la longue route pour rentrer à la maison, un ordre que celle-ci avait suivi à la lettre, transformant une balade de vingt minutes en un périple de deux heures.

Elle semblait profondément enfouie dans ses pensées, cachées sous le poids des émotions qui passaient derrière son regard acéré et furieux.

Je lançai quelques coup d’œil à la dérobée dans sa direction tout en nettoyant le sang sec de la longue entaille étroite sur le haut de son bras. Elle semblait absorbée dans la contemplation de ses mains, les fixant intensément, les faisant tourner, encore et encore tandis que je m’affairais.

Lorsque j’eus fini, je rangeai les ustensiles et vint me placer devant elle, m’agenouillant entre ses cuisses écartées. « Hé », dis-je doucement, en levant les yeux vers son visage fermé. « Ça va ? »

Un fantôme de sourire se posa sur ses lèvres tandis que son regard s’éclairait et se concentrait sur le mien. « Oui. Je vais bien. »

Le silence tomba à nouveau tandis que je fouillais mon esprit à la recherche d’une ouverture. « On dit que je sais bien écouter. »

Son sourire devint un tout petit peu plus prononcé après un moment. « On dit ça, hein ? »

« Ouais. L’oreille la plus attentive dans trois pays. »

Elle rit doucement puis baissa le regard à nouveau vers ses mains, les frottant l’une contre l’autre. Après un moment, elle parla si doucement que je dus tendre l’oreille pour l’entendre, même si nous n’étions qu’à quelques centimètres l’une de l’autre.

« J’avais l’habitude de penser que si j’essayais suffisamment, je pourrais m’en débarrasser. »

« De quoi ? » Demandai-je du même ton tranquille.

« Du sang. Sur mes mains. Tellement de sang », murmura-t-elle, serrant très fort les poings. « Mais peu importe combien j’essaie, il est toujours là. Toujours. » Elle croisa alors mon regard, le sien brillant de tellement d’angoisse que mon cœur se serra puissamment et que les larmes coulèrent de mes yeux sans retenue « Parfois la nuit, j’ai mal tellement j’ai envie de te toucher, de te prendre dans mes bras. Mais comment pourrais-je te souiller avec tout ce sang ? »

Je lui pris les mains et les ouvris doucement, caressant chaque paume, chaque doigt avant de les lever et de les poser contre mon visage, autour de mes joues, frottant mon nez contre chacune d’elles. « Tu ne me souilles pas, Ice. Tu me rends entière. De façons que je n’aurais jamais rêvées. »

Son regard s’obscurcit tandis qu’elle tentait de retirer ses mains. Je les retins, opposant ma propre force et ma volonté aux siennes. Un combat inégal, oui, et de loin, mais un combat que j’étais déterminée à gagner.

« Non », dit-elle.

« Si, Ice, si. Tu m’as toujours dit ce que j’étais pour toi. Je pense qu’il est temps que je te dise qui tu es pour moi. » Je vissai mon regard dans le sien, ne la laissant pas le détourner ou rentrer dans sa prison d’auto culpabilité. « Tu es mon espoir. Ma force. La joie de ma vie. Tu es mon mentor. Mon guide. Et ma lumière. »

Elle secoua lentement la tête, tentant de nier ma déclaration.

« Si, tu l’es. Peu importe combien tu veux le croire ou pas, c’est comme ça. Lorsque je me trouve dans un endroit très sombre, tout ce que j’ai à faire, c’est te regarder, ou penser à toi, et c’est comme de voir le soleil après un mois de pluie. Parce que tu es en moi, si profondément que je ne peux jamais être seule, même si nous sommes séparées par des kilomètres. » Je lui souris, la joie de cette vérité irradiant de mon visage. « Tu ne le vois pas, Ice ? Tu ne me souilles pas. Tu ne le pourrais pas. Et tu sais pourquoi ? »

Je retirai sa main droite de mon visage et déposai un baiser sur sa paume, puis je la mis sur mon cœur. « Parce que tu es ici. Dans mon cœur. Et plus mon cœur bat, plus tu entres en moi, jusqu’à ce que je sois totalement remplie de la joie de t’aimer. T’aimer toute entière, Ice. La partie heureuse et celle qui est en colère. La partie qui aime et celle qui hait. La partie qui pardonne et celle qui cherche la vengeance. »

Je relâchai sa main et mis les miennes sur son visage, le retenant affectueusement entre mes paumes. « Toute entière. »

Il y avait une expression d’émerveillement sur son visage, mais c’était celle d’un homme seul dans le désert qui voit une oasis au loin et, peut-être, est effrayé à l’idée de se rapprocher pour ne voir qu’une illusion là où la promesse de la vie se tenait, luisante d’espoir.

Sachant que d’autres paroles ne la convaincraient pas, je laissai mon cœur parler en lieu et place. Je me levai de ma place entre ses jambes et rapprochai nos visages pour couvrir ses lèvres des miennes dans un baiser empli de tendre promesse, aussi fort que je le pouvais.

Après ce qui sembla une petite éternité, elle répondit, gémissant doucement tandis que la main qui me tenait la joue se frayait un chemin dans mes cheveux, nous rapprochant encore et approfondissant le baiser que nous partagions. Approfondissant également le lien entre nous.

Un lien éternel.

Après un long moment, elle s’écarta et me regarda, son visage toujours empli d’émerveillement. Mais cette fois, c’était celui d’un homme qui a découvert que, finalement, l’oasis était réelle. « Je… pense que j’avais besoin de ça », dit-elle doucement, la voix rauque.

« Seigneur, moi aussi », répondis-je avec la ferveur d’une convertie de fraîche date.

« Est-ce que… je peux te serrer contre moi ? Juste un petit moment ? »

Cette requête simple m’emplit d’une joie que je ne pourrais même pas commencer à décrire, et je sais que mon visage le montrait à travers le sourire rayonnant que je sentais venir. « Tu n’as pas idée de combien j’aimerais ça. »

Son sourire en réponse fut presqu’aussi timide tandis qu’elle tendait la main pour prendre la mienne.

La chambre à coucher était fraîche et peu éclairée, et elle contenait un soupçon de l’odeur de ma compagne dans l’air immobile. Je la respirai profondément et suivis Ice qui alla s’asseoir sur le lit bas, puis s’étira sur le dos, les pieds pendant légèrement sur le bord, même avec sa tête posée contre le mur.

« C’est comme au Bog, hein ? » Blaguais-je en attrapant un de ses pieds d’un air joueur.

« Ce n’est pas si mal », répondit-elle doucement, en croisant les chevilles avant de poser ses mains croisées sur son ventre plat.

Je la pris au mot et me mis à côté du lit et, à la dernière seconde, je retirai ma chemise, ayant follement besoin de sentir sa peau douce et soyeuse contre la mienne. Ses yeux brillèrent tandis qu’elle m’observait et elle ouvrit grands les bras et m’accueillit tandis que je m’allongeais sur le lit étroit. Je me collai contre elle, passant une jambe par-dessus ses cuisses et enroulant un bras autour de son ventre tout en posant ma tête une fois de plus sur sa poitrine.

Il y avait un sentiment de retour à la maison, aussi brillant et parfait que le soleil sur la neige fraîchement tombée, et je sentis les larmes me piquer les yeux au vu de la pure beauté qui emplissait mon âme jusqu’à en déborder.

Sa main vint caresser mes cheveux, son contact chaud, tendre et amoureux. Mon corps se remplit de chaleur et une douce douleur que je ne me souvenais avoir jamais éprouvée auparavant. J’empêchai mes larmes de couler, sachant très bien qu’elle se serait arrêtée à la seconde où elle les aurait senties sur sa peau.

« Je t’aime, Angel », murmura-t-elle.

Ce fut la dernière chose dont je me souvins alors que la journée réclamait son dû et que je m’endormais avec la musique du battement de son cœur dans mon oreille.

Je t’aime aussi, Ice. Plus que tu ne le sauras jamais.

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Un coup frappé à la porte me sortit de mon sommeil non prévu et lorsque j’ouvris les yeux, ce fut pour voir la porte s’ouvrir brusquement et un rayon de lumière pénétrer dans la chambre à coucher plongée dans le noir absolu. La tête de Pony se matérialisa quasiment sortie de nulle part, un petit sourire sur les lèvres. « Le dîner est presque prêt, si vous avez faim. »

« On arrive dans un moment », répondit Ice en étirant légèrement son long corps pour s’installer sur le lit.

Pony hocha la tête et referma la porte, ramenant l’obscurité dans la pièce.

« Salut, la dormeuse. Tu t’es bien reposée ? » Sa voix ronronna dans l’obscurité au-dessus de moi et envoya un chatouillis chaud et bienvenue tout le long de mon corps.

J’étais contente que l’obscurité cache ma rougeur. « Désolée. Je ne voulais pas… »

« Ne sois pas désolée, Angel. Tu avais besoin de te reposer. »

« Mais… »

« Chhhh. Ce n’était pas une si grande épreuve que de te serrer contre moi pendant ton sommeil. Crois-moi. »

M’inclinant devant sa logique supérieure, je reposai ma tête sur sa poitrine, inhalant son odeur avec un plaisir indéniable. Sans surprise, ma main avait fait son chemin vers le haut pendant mon sommeil et elle couvrait maintenant un de ses seins. Je fis trainer mes doigts légèrement sur la peau chaude et douce et souris en sentant sa réponse manifeste.

Comme elle ne semblait pas décidée à arrêter le mouvement, je sentis que je m’enhardissais et répétai mes actions en baissant la tête très légèrement pour poser une ligne de baisers sur sa poitrine exposée.

Elle avait un goût de sel, de soleil et de mystères à explorer. Je sentis ma faim monter mais pas pour de la nourriture. Ses doigts s’agrippèrent dans mes cheveux et elle me guida doucement lorsque je refermai mes lèvres sur elle et suçai, le doux soupir de plaisir qu’elle s’autorisa fut tel un retour au foyer.

J’aurais continué à m’enhardir dans mes attentions si mon estomac n’avait pas choisi ce moment précis pour faire entendre ses exigences ; exigences qui avaient peu à voir avec la faim qui consumait le reste de mon corps.

Ice relâcha mes cheveux et se sortit doucement de dessous moi.

« Hé ! J’aimais bien ce que je faisais ! »

« Je pense que ton ventre aimera encore mieux quelque chose de plus nourrissant d’abord. »

« Alors mon ventre n’a qu’à aller tout seul à la cuisine, parce que le reste ne bouge pas d’ici. » Je tendis à nouveau la main vers elle mais fut affectueusement arrêtée.

« Manger d’abord. Le plaisir ensuite. »

« Beuhhhh… ! »

Elle rit doucement. « Je ne vais nulle part, Angel. Nous avons toute la nuit. »

Lorsque mes yeux s’ajustèrent à l’obscurité, je pus voir l’ombre légère sur son visage au-dessus de moi. « Promis ? »

Son sourire était empli d’amour. « Promis. »

« Alors d’accord. Qu’est-ce qu’on attend ? » Demandai-je en me tortillant pour sortir du lit et attraper ma chemise tout en lançant la sienne à Ice.

Elle l’attrapa et sortit du lit avec plus de grâce que moi. Elle leva le vêtement au-dessus de sa tête et le fit glisser, puis elle passa les doigts dans ses cheveux et les remit en ordre. Une action qui valut à mon estomac une mauvaise note de la part de mes hormones pour avoir gâché leur plaisir.

Mon estomac grogna en réponse, ce qui renvoya mes hormones dans leur cachette, trouillardes qu’elles étaient.

« Prête ? »

« Oh oui. »

Nous savions toutes les deux que je parlais de bien plus que de nourriture.

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Le dîner s’avéra être fantastique. Rio prouva qu’elle était une cuisinière excellente et ruina toute envie de ma part de manger de la cuisine mexicaine ailleurs. Le bref répit que nous avions sembla détendre Ice ce qui, en retour, laissa aussi les autres se détendre. La conversation fut plaisante, même si futile, et même Pony se dérida assez pour lâcher une blague par-ci par-là. Elles étaient toutes invariablement horribles mais au moins c’était mieux que de rester assise avec l’air de quelqu’un dont la meilleure amie venait de mourir et qu’elle était la suivante sur la liste.

Le repas terminé et la vaisselle lavée et rangée, bien que la soirée en soit encore à ses débuts, tout le monde se déclara épuisé et prêt à aller dormir. Il y avait une seconde chambre dans la maison avec deux lits d’une personne, là où les policiers qui gardaient Ice avaient dormi. Au grand soulagement de Rio, Ice distribua les consignes de sommeil, à savoir que Critter et Nia partageaient la chambre à coucher et Rio et Pony dormaient dans le séjour.

Alors qu’Ice passait quelques coups de fil, Pony et Rio firent un dernier tour autour de la maison, s’assurant qu’il n’y avait aucun signe de problème. Je bavardai avec Critter pendant un moment tandis que Nia se lavait, et une fois que la salle de bains fut libre, je décidai de m’offrir une longue douche bien chaude pour nettoyer le reste de la pression de la journée.

Pas que quelque chose d’aussi simple qu’une douche puisse balayer les images de sang et de mort que la journée avait apportées, mais peut-être qu’un nettoyage physique en entrainerait un spirituel également.

Du moins, j’en avais l’espoir.

J’entrai dans la douche et fermai le rideau derrière moi avant d’attraper le savon tandis que l’eau chaude et fumante cascadait sur moi. De l’eau chaude, un luxe que je ne considèrerais plus jamais comme acquis, peu importe la durée de ma vie.

Tandis que je passai le savon odorant sur mon corps, les images de la journée commencèrent à être remplacées par d’autres visions, plus personnelles. Des scènes de corps serrés dans l’amour, de peau couvertes de sueur glissant sans effort l’une contre l’autre, d’humidité riche et de doux gémissements.

J’étais si prise dans ce rêve éveillé que je ne remarquai pas, au premier abord, que le fantasme était devenu réalité, comme si mes pensées l’avaient souhaité. Je me figeai tout d’abord, à la réalisation tardive d’un corps pressé derrière le mien, mais la sensation de ce corps et la tendre force des mains qui capturaient le savon des miennes, transformèrent mes muscles en ciment puis en gelée en un battement de mon cœur.

Des mains puissantes et bronzées firent jaillir l’écume de la barre de savon puis la replacèrent sur le bord. Ces mêmes mains tracèrent ensuite un chemin soyeux sur mon corps, excitant mes seins dans des cercles affolants jusqu’à ce que je pense devenir folle de désir.

Incapable de supporter l’excitation sensuelle plus longtemps, j’attrapai les mains et les glissai le long de mon corps jusqu’à ce qu’elles enveloppent mes seins. Les longs doigts glissèrent sans effort sur mes tétons, pinçant légèrement, tirant légèrement. Ma respiration allait au gré des doux soupirs et des gémissements murmurés.

Ses lèvres douces et ses dents pointues mordillèrent la peau de mon cou et de mon épaule, et sa langue pointa, excita et goûta tandis que je me tortillais sous ses mains.

Puis elle me retourna pour lui faire face. Elle prit mon visage entre ses grandes mains tendres et baissa la tête pour mêler nos bouches tandis que l’eau cascadait sur nous deux. Je goûtai la pointe amère de minéraux et la douce faim de ses lèvres lorsqu’elle les ouvrit et attrapa ma langue pour un tendre duel.

Ses seins, pleins et fermes, frôlaient ma peau sensible, m’envoyant des chatouillis de sensation dans tout le corps et faisant couler l’humidité entre mes jambes. Ses mains quittèrent mon visage et tracèrent mon épine dorsale, descendant pour entourer mes hanches et resserrer nos corps sur toute leur longueur. Le savon et l’eau offraient une délicieuse sensation de glissement que nos corps usaient comme s’ils dansaient au son d’une musique que seuls nos cœurs pouvaient entendre.

Seigneur, je brûlais pour elle. D’une brûlure plus puissante et plus exigeante que tout ce que j’avais ressenti jusque là. Elle me consumait. Elle dérobait mon souffle. Elle faisait battre mon cœur dans ma poitrine, mon corps battant avec chaque contraction puissante.

Nos bouches toujours emmêlées dans un baiser passionné, elle me souleva légèrement et tandis que mes jambes s’écartaient de leur seule volonté, elle plaça sa longue cuisse puissante entre les miennes et me reposa dessus. Je grognai de plaisir tandis qu’elle me retenait puis elle bougea contre moi, mon dos contre les carreaux chauds et glissants de la douche.

Ses mains assurées et tendres me firent glisser sur sa cuisse et je hoquetai à la sensation qui parcourut mon corps, le transformant en une flamme fulgurante qui ne connaissait aucune frontière. Lentement au début, puis avec une vitesse délicieusement grandissante, elle poussa contre moi, sa peau chaude et souple et ses muscles durs comme l’acier inlassablement à la poursuite de mon plaisir et du sien tout autant.

Elle gémit doucement et brisa le sceau de nos lèvres avant de poser le front contre le carreau, près du mien, tournant la tête pour passer la langue sur le lobe de mon oreille. « Jouis pour moi, douce Angel », grogna-t-elle à voix basse dans mon oreille, attisant mes terminaisons nerveuses tandis qu’elle suçait mon lobe. « Laisse-moi te sentir. »

Je haletai pour un souffle désespérément manquant et penchai la tête en arrière, au-delà de toute pensée rationnelle, dénudant mon cou pour l’assaut de ses lèvres, de sa langue et de ses dents, mes hanches glissant dans un rythme intemporel et primal de faim et de désir brûlant.

Sa langue lécha le creux de ma gorge, puis le pouls qui battait puissamment et rapidement sur mon cou. Et lorsque ses dents mordirent doucement la peau qu’elle avait si plaisamment capturée, ce fut le déclencheur qui me relâcha tandis que l’obscurité derrière mes paupières explosait dans un éclat de lumière et d’ombres brillantes.

Mon âme était libre, flottant sur une mer de béatitude et de sensations. Ice était mon ancre, ses mains chaudes et ses mots d’amour doucement murmurés me gardaient reliée au monde réel tandis que mon esprit prenait son essor vers les cieux et au-delà.

Lentement, si lentement, je revins sur terre pour me retrouver dans l’étreinte profonde d’Ice. L’eau était maintenant froide et la douche glacée provoquait des frissons incontrôlables en moi. Un mouvement rapide arrêta l’eau et avant que je ne réalise ce qui se passait, je fus portée par des bras puissants hors de la douche.

Je fus ensuite déposée doucement sur le sol et maintenue tandis qu’elle attrapait une grande serviette moelleuse. Elle me sécha avec soin, tendrement, me faisant me sentir la personne la plus aimée sur la terre, puis elle m’enveloppa dans la serviette et me souleva à nouveau dans ses bras, l’expression d’adoration absolue sur son visage presque douloureuse par son intensité.

Nous descendîmes le couloir court et sombre, Ice peu soucieuse de sa nudité. Elle ferma la porte de la chambre derrière nous avec son pied et me posa doucement sur le lit, son expression douce et aimante. « Comment te sens-tu ? » Demanda-t-elle en écartant doucement les mèches de cheveux de mon front.

« Oh, je me sens… je suis… merveilleusement bien. »

Son sourire était lent et affectueux. « Je suis contente. »

« Moi aussi », répondis-je avec ferveur.

Elle m’ébouriffa les cheveux et se redressa avant de s’écarter légèrement, étirant ses épaules et faisant rouler sa tête pour détendre les muscles tendus. Je la regardai en silence, attirée comme toujours, par la pure magnificence de son corps nu. L’eau froide et son excitation indéniable avaient eu un effet merveilleux, comme vous l’imaginez bien, j’en suis sûre, et tandis que je l’observais, fascinée, une simple goutte d’eau, huileuse d’humidité, roula lentement entre ses seins jusqu’aux plis des muscles de son abdomen et vint se nicher dans le creux de son nombril.

Je regardai son trajet à travers des yeux enflammés, mes lèvres soudain brûlantes du désir de goûter l’humidité. Elle saisit mon fantasme et un sourire secret s’étira sur ses lèvres ; elle alla jusqu’à la table de chevet. Mon regard était scotché sur elle ; scotché sur chaque mouvement sensuel de sa peau soyeuse ; scotché sur le léger balancement de ses hanches et sur la trace noire d’encre de ses cheveux mouillés qui coulaient sur son dos fuselé. Je serrai les poings, luttant désespérément contre le besoin de tendre la main et de l’attirer contre moi pour la faire jouir jusqu’à l’étourdissement.

Elle ouvrit un petit tiroir de la table de chevet et en sortit un objet qui fit imploser tout mon corps d’un désir renouvelé et déchaîné. Elle le tint à la faible lumière de la lampe de chevet et le secoua pour en libérer les lanières, puis elle me regarda, le sourcil dressé et un léger sourire joua sur ses lèvres.

« Oui », dis-je la gorge serrée, me demandant soudain où tout l’air de la pièce s’en était allé, « s’il te plait. »

Je passai un bref instant à me demander où elle avait bien pu dénicher une telle prise, mais cette pensée fut rapidement perdue dans l’éclair de ses yeux tandis qu’elle refermait le tiroir et venait se mettre près de moi sur le lit. Elle me tendit le phallus et je le pris avec des mains légèrement tremblantes. Il était de taille moyenne, à deux bouts, le bout légèrement plus court destiné à être inséré dans celle qui le portait.

J’effleurai la peau chaude et souple, puis levai les yeux vers elle, souriant d’anticipation. Les yeux noirs et brillants, les narines très légèrement écartées, elle souleva une longue jambe et mit le pied sur le lit, s’ouvrant à moi.

Elle était luisante d’humidité, si ouverte et prête à mon contact. Je l’écartai pleinement à mon regard enflammé, passant le doigt sur l’humidité luxuriante, observant le frisson qui parcourait son corps. Incapable de m’en empêcher, je me penchai vers l’avant et la but profondément, gémissant au goût de son empressement sur mes lèvres et ma langue. Des doigts puissants s’emmêlèrent dans mes cheveux, me tenant contre elle tandis que ses hanches cognaient contre ma bouche qui festoyait.

Je n’étais jamais rassasiée, cette femme sexy, mouillée, et oh tellement onctueuse. Plus elle m’en offrait et plus j’en prenais, comme un mendiant avide au festin d’un roi.

Et lorsque je la sentis atteindre le point de non retour, j’entrai le phallus en elle, l’emplissant pleinement tandis que je goûtais les prémisses musquées de son orgasme sur ma langue. Son corps frissonna, ses parois se refermant brutalement sur l’objet dans ma main et ses hanches me poussant de façon incontrôlable. Son grognement de jouissance fut une musique douce à mes oreilles.

Lorsque ses frissons ralentirent, puis stoppèrent totalement, je me reculai après avoir posé un tendre baiser. Puis je levai les yeux, lui souriant de manière effrontée. Elle me fixa, son regard à demi-fermé et brûlant tandis que ses doigts œuvraient sur le harnais sur ses hanches et l’y attachaient.

Je me retrouvai sur le dos, pas très sûre de savoir comment, avec Ice à quatre pattes au-dessus de moi, comme un grand prédateur affamé, sa proie entre ses mains. Ses lèvres couvrirent les miennes dans un baiser de passion illimitée tandis que ses doigts dénouaient ma serviette.

Cette tâche finalement accomplie à sa satisfaction, elle s’abaissa et lécha chaque goutte d’humidité qui avait échappé à l’absorption de la serviette, s’affairant à son devoir avec un grand plaisir. Sa langue et ses lèvres semblaient être partout à la fois et je frissonnai, mon corps tendu et brûlant de désir. Elle dessina une trace torride sur mon corps, s’arrêtant sur chaque sein pour sucer et mordiller, avant de descendre plus bas, encore plus bas. Lorsque sa langue fouilla, poussa, dans les replis de mon nombril, je pensai jouir à ce moment-là du pur pouvoir érotique déployé.

Elle descendit encore, sa langue frottant l’intérieur de mes cuisses, mes genoux et mes mollets et jusqu’à mes orteils. Alors qu’elle saisissait le premier dans la chaleur de sa bouche, la jouissance refusée jusque là explosa à pleine puissance et je criai tandis que les contractions flamboyaient à travers moi comme un feu attisé par le vent sur une plaine herbeuse.

Mais elle était implacable, cette femme, mon amante, et elle remonta le long de mon corps avec la même mesure lente, jusqu’à ce qu’elle atteigne l’endroit où j’étais feu et flammes, désir battant. Elle me prit dans sa bouche, grognant, sa langue pointant et excitant, caressant et dansant, me poussant plus haut que je n’avais jamais pensé aller, et puis encore plus haut, répondant à mes cris par de profonds gémissements.

Mon corps finit par atteindre sa limite et se raidit tandis qu’un autre orgasme brûlait en moi sur les vrilles d’un feu affamé. Elle me retint tendrement dans sa bouche tandis que mon orgasme finissait, puis elle remonta rapidement le long de mon corps, se nichant contre moi, me regardant dans les yeux, son regard brûlant d’amour. Mes muscles usés tremblant, je me détendis sous le poids assuré et chaud de son corps, mes yeux se fermant tandis que je sentais qu’elle me caressait tendrement les cheveux et le visage, m’apaisant et me ramenant à moi.

« Seigneur, comme je t’aime. »

Je ne sais pas si ces mots étaient destinés à atteindre mes oreilles ou pas, mais ce fut le cas et ils amenèrent un sourire sur mes lèvres. J’ouvris les yeux pour chercher son regard, brillant de larmes non versées. Je tendis la main pour prendre son visage et passai le pouce tendrement sur sa joue, saisissant une larme qui s’échappait de ses cils. « Et je t’aime aussi. Plus encore que l’air que je respire. »

Elle sourit à travers ses larmes et baissa la tête pour m’embrasser. C’était un baiser de la promesse d’un amour sans limite, apporté à mon cœur par le sien de la manière la plus affectueuse.

Bien qu’il n’y eut rien de passionné dans cet échange de souffle, incroyablement, mon corps recommença à répondre à sa simple proximité et sa chaleur. « S’il te plait, murmurai-je à bout de souffle. « Il faut que je te sente en moi. » C’était un besoin qui englobait tout, un dernier acte d’achèvement pour que mon cœur et mon âme soit totalement apaisés.

Elle continua à m’embrasser tendrement, presque avec révérence, et elle enleva quasiment tout son poids de moi tandis que ses mains couraient le long de mon corps, le bout de ses doigts caressant les pics et les vallées et tout ce qui se trouvaient entre eux avec une grâce qui, pour moi, était la beauté incarnée.

Ses mains finirent par se nicher entre mes jambes, me préparant pour son entrée. J’étais plus que prête et elle sourit quand elle sentit cette évidence qui s’offrait à elle. Elle écarta doucement mes jambes en continuant à déposer des baisers profonds dans ma bouche, nos langues dansant un ballet lent et sensuel.

Puis elle me couvrit de son corps à nouveau, son poids sur ses bras tandis qu’elle me regardait, une question silencieuse dans les profondeurs embrumées de ses yeux.

« Oui », murmurai-je, voulant par-dessus tout ce qu’elle m’offrait si silencieusement, d’une manière si aimante. « S’il te plait, oui. »

Une main disparut de ma vue et je sentis vite le bout lisse et rond du phallus qui traversait ma chaude humidité. Un bref instant plus tard, il était à l’entrée même de mon corps. Elle se pencha, ses cheveux tel un rideau autour de nos visages, elle m’embrassa profondément et glissa aisément à l’intérieur, me remplissant complètement, merveilleusement, plus que je ne l’avais jamais ressenti.

Pleinement gainée, elle était au-dessus de moi, attendant que mon corps s’ajuste, ses baisers profonds et passionnés emportant mon esprit loin de mes muscles tendus à l’extrême limite vers quelque chose d’infiniment plus plaisant.

Elle s’ajustait parfaitement en moi, comme une pièce de puzzle, et mon corps prit rapidement la mesure de cette nouvelle sensation, exigeant vite plus. Je passai les doigts sur son dos musclé jusqu’à ses hanches. Je les agrippai et l’attirai contre moi. « Maintenant », grognai-je dans son oreille.

Elle grogna à son tour et fit comme demandé, se retirant doucement avant de pousser à nouveau. Le plaisir était indescriptible et je faillis crier de la joie de le ressentir.

Ensemble, nous partîmes dans un rythme parfait. Nous nous embrassâmes passionnément jusqu’à ce que nous soyons à bout de souffle l’une et l’autre et que nous devions nous écarter. La tête d’Ice était posée contre la mienne tandis qu’elle poussait dans mon corps demandeur, ses cheveux mouillés de sueur luisant sur mes joues et mes lèvres, son odeur aussi enivrante que celle de notre amour qui flottait dans l’air qui nous entourait.

Je l’attirai contre moi, rapidement et avec force, avec le besoin de tout ce qu’elle pouvait me donner, et encore plus. Elle répondit comme si elle était née pour ça, remuant en moi avec un désir non retenu, relâchant l’obscurité et la lumière en elle, la passion et la tendresse, la puissance et la force. Elle m’envoyait tout ça tandis que ses grognements légers et ses gémissements bas emplissaient mes oreilles comme une symphonie.

Elle jouit la première, le dos arqué, la tête en arrière, exposant sa gorge, mes hanches poussant aveuglément, avec force, sans aucun pensée ni volonté. La sueur coula d’elle et sur moi, un baptême de feu et de passion.

Une demi-seconde plus tard, j’étais moi-même entraînée dans le vortex tourbillonnant où la vie que je connaissais, avait cessé d’exister et où seul résidait le plaisir.

Je pense que j’ai dû m’évanouir pendant un moment parce que lorsque je revins dans mon corps, ce fut pour sentir tout son poids sur moi, sa poitrine se soulevant au rythme de ses halètements pour retrouver son souffle. Lorsqu’elle me sentit bouger, elle tenta de rouler de moi, mais il n’en était pas question et je l’enveloppai de mes bras, mon corps toujours battant autour du phallus toujours profondément en moi.

« Non. Reste. S’il te plait », haletai-je, totalement à bout de souffle moi-même. « J’ai besoin de ça. J’ai besoin de toi. »

Elle se remit sur moi, couverture vivante d’amour, de chaleur et de sécurité, et à partir de ce moment, je ne sus plus grand-chose jusqu’à ce que le soleil se fût à nouveau levé.

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Le matin suivant, je me réveillai avec quelque chose d’inattendu et de vraiment, vraiment bienvenu. Alors que mes penses brumeuses commençaient à entrer dans la conscience, je rélaisai que le léger battement près de mon oreille était celui du cœur d’Ice. Le chatouillis sur mon dos était la sensation de sa main qui massait ma peau en cercles infinis. Bien que nous ayons été ensemble depuis huit ans à ce moment-là, je ne peux compter sur les doigts d’une seule main, le nombre de fois où je me suis réveillée dans ses bras et il me reste probablement un doigt ou deux pour le compte.

Ses doigts hésitèrent brièvement quand elle réalisa que j’étais réveillée, puis reprirent leur douce caresse sur ma peau. « Bonjour, douce Angel. » Le ténor profond de sa voix roula depuis sa poitrine, m’emplissant d’une chaleur plus que confortable.

« Mmm. Bonjour à toi, mon amour. »

« Bien dormi ? »

« Comme un bébé. Et toi ? »

« Très bien. Merci. »

Son toucher me chatouilla légèrement et je frissonnai, puis m’étirai, tressaillant légèrement lorque je sentis le pincement des crampes.

Elle se raidit sous moi, comme toujours, se concentrant sur mes émotions avec une acuité incroyable. « Ça va ? »

Je penchai la tête et lui souris d’un air rassurant. « Je vais très bien. C’est juste un peu douloureux. »

Son visage se figea immédiatement tandis que son regard se détournait du mien. « Je suis… »

« Non », l’avertis-je en posant deux doigts sur ses lèvres pleines. « Ne le dis pas. N’y pense même pas. » Je bougeai un peu pour pouvoir la voir plus facilement et glissai mes doigts sous son menton pour diriger son regard vers moi. « Ice, la nuit dernière a été la plus merveilleuse de ma vie. S’il te plait, ne dis pas que tu es désolée de l’avoir permis. »

Elle finit par croiser mon regard mais l’expression de culpabilité masquée hantait toujours le bleu profond et pur de ses yeux.

Je souris et lui serrai doucement la mâchoire entre mes doigts. « Allez, Ice. N’est-ce pas toi qui as dit qu’il y a deux sortes de douleur ? La bonne et la mauvaise ? »

La culpabilité dans ses yeux fondit un peu. Je m’étirai à nouveau, mon sourire s’élargissant aux signes envoyés par un corps qu’on avait bien aimé. « Celle-ci est, assurément », ajoutai-je en bâillant, « la bonne. »

Cela me valut le sourire que j’attendais et je le capturai de mes lèvres, savourant le contact chaud pendant un long et merveilleux moment avant de m’écarter et de reposer ma tête sur sa poitrine. « Alors », commençai-je, en essayant fort d’avoir l’air nonchalant, « c’est quoi nos plans pour aujourd’hui ? »

Elle rit. « Tes plans, Angel, sont de dormir encore un peu. On a une longue route devant nous. »

Je levai la tête pour la fixer, sûre que ma peur pouvait aisément être lue mais sans y prêter attention. « Pas vers la frontière… »

Son regard était doux, sa main tendre en caressant mes cheveux. « Non. Pas à la frontière. »

Dieu merci », répondis-je dans un soupir de soulagement tandis que je reposais ma tête sur sa peau chaude.

Je levai la main. « Et avant que tu ne dises quoi que ce soit, je sais que c’est dangereux. Et je sais que je serais sûrement plus en sécurité avec Montana de l’autre côté de la frontière. Mais ça n’a pas d’importance. Rien n’a d’importance. Pas tant que je ne deviens pas une distraction ou un danger pour toi en restant ici. » Je levai les yeux et croisai son regard directement. « Je reste ? »

Elle me retourna mon regard à l’identique, ses yeux ne montrant ni tromperie, ni ruse. « Je m’inquièterai toujours, Angel. Comme je l’ai fait dès le premier jour où tu as mis le pied hors du Bog et que tu as décidé de faire ta vie avec moi. Je porterai toujours la culpabilité de te faire vivre par les erreurs de mon passé. »

« Tu ne m’as pas forcée à ça, Ice », répliquai-je avec humeur. « C’était ma décision à moi seule à partir du moment où tu as dit ‘on y va’. »

« Je sais. » Ses mots étaient à peine plus que murmurés. « Et une partie de moi se maudira toujours pour ne pas t’avoir pris cette décision des mains quand je pouvais le faire. Mais maintenant… » Elle leva la main puis la laissa retomber sur mon épaule. « … maintenant… je n’échangerais pas une seconde avec toi, danger ou pas, pour quoi que ce soit dans le monde. »

Je savais que je rayonnais, mais je ne pouvais m’en empêcher. Pour une femme de si peu de mots, elle avait la capacité de faire déborder mon cœur de joie avec les phrases les plus simples. « Alors, on est ensemble là-dedans, hein ? »

Après un instant, elle hocha la tête. « Ensemble. »

Je levai la tête et scellai le vœu avec un baiser, qui mena rapidement à un autre baiser, puis un autre, un autre encore, jusqu’à ce que mon pincement de douleur soit remplacé par des pincements d’une sorte bien plus agréable. Nous fîmes l’amour longtemps, lentement à la lumière montante du soleil, et ensuite, les plans d’Ice pour moi se réalisèrent.

Je dormis.

******************

« Je t’aurai, ma jolie ! Et ton petit chien aussi ! ! Ahahahahaha ! »

Je lançai un regard acerbe sur ma gauche puis regardai à nouveau dans le miroir qu’on tenait devant moi, me rendant compte que Critter avait correctement estimé la situation. En fait, il ne serait pas exagéré de dire que la Méchante Sorcière de l’Ouest était la déesse Aphrodite, comparé à ce à quoi je ressemblais avec cette perruque spéciale sur la tête.

« Au moins je n’ai pas l’air de quelqu’un dans les cheveux de qui une famille de rats a élu domicile », répliquai-je, pour lui balancer ma vérité à mon tour.

Elle ne tenta même pas de relancer la balle, sachant que j’avais raison. Elle choisit plutôt de sourire d’un air penaud et haussa les épaules. « Elles avaient meilleure allure sur les mannequins desquels on les a volées. »

Je me tournai vers elle les yeux écarquillés. « Tu les as volées ? » Je n’étais pas sûre de savoir ce qui me choquait le plus. Qu’elle les ait volées, ou bien ce qu’elle avait volé.

« Ben… pas au sens traditionnel, non. »

« Je pense qu’il va falloir que tu m’expliques ça… »

Avant qu’elle puisse répondre, la porte de la salle de bains s’ouvrit brusquement et Pony en sortit à grands pas. « Qu’est-ce que vous fichez toutes les deux… oh Seigneur, donne-moi ça ! » Elle attrapa la perruque suur la tête de Critter d’une main, une brosse de l’autre et commença à peigner le bazar emmêlé qui avait une faible ressemblance avec de vrais cheveux jusque là.

En peu de temps, elle le transforma d’un nid de rats en une œuvre d’art.

Critter et moi la fixions, ébahie.

« Tu me fous la trouille, Pon », dit Critter avec un air vraiment effrayé. Comme si sa compagne avait disparu dans l’ether et qu’une Martha Stewart plutôt ‘butch’ avait pris sa place.

Elle nous lança un regard qui était le symbole même du mépris et elle mit la touche finale à son chef d’œuvre. « Mon père était barbier et ma mère possédait un salon de beauté. Je ne peux pas empêcher qu’une partie des conneries qu’ils ont essayé de m’apprendre ait fini par entrer. »

Finissant sa transformation magistrale de la première perruque, elle tendit la main pour la seconde. « Donne. »

« Avec plaisir », répondis-je en retirant la perruque de ma tête pour la lui tendre, et la regardant appliquer ses talents également à celle-ci.

Les perruques étaient une idée d’Ice. Et une bonne idée, assurément.

De ce qu’on m’avait dit, la zone appelée le Nid du Scorpion, était une partie du désert plutôt étendue et quasiment vide, ponctuée ici et là de villes minuscules. Essayer de trouver un homme dans un tel endroit était comme, à ce qu’on m’avait dit, chercher un carré de sucre sur une plage de sable blanc.

Pour le trouver, nous avions besoin de l’aide des habitants. Nous avions aussi besoin de rester aussi anonymes que possible pour ne pas soulever de soupçons exagérés. Des soupçons qui pourraient être rapportés à Cavallo et le faire soit s’enterrer encore plus, soit sortir à pleine puissance pour s’en prendre à nous.

Des soupçons qui ne manqueraient pas d’être éveillés si deux blondes aux yeux clairs, se montraient soudainement au milieu de nulle part en posant des questions.

Bien sûr, les perruques ne règleraient pas toutes les difficultés inhérentes à une telle tâche. Comme le fait que ni Critter ni moi ne parlions plus de quelques mots d’espagnol.

Malgré tout, Rio, Pony et Nia étaient toutes brunes, tout comme Ice, bien que contrairement à ma compagne, leurs yeux étaient marron ou noisette foncé. Toutes parlaient aussi couramment l’espagnol. Et comme Critter et moi allions être avec elles comme des abeilles sur du miel, j’avais l’espoir que nous passerions inaperçues dans ce groupe particulier. A mons, bien sûr, que nous ne finissions par ressembler à deux figurantes dans un navet d’horreur de série B.

Pony me fit signe de m'approcher et remit la perruque sur ma tête au moment où la porte s'ouvrait et que Nia entrait, les bras chargés de vêtements. « Cool ! » Dit-elle en me souriant. « Une bébé-Cher en trip acide ! »

Pony et moi froncèrent les sourcils, ce qui, bien entendu, n'apporta absolument rien de bon. En fait, les froncements jumeaux ne firent que l'embarquer dans une restitution particulièrement épouvantable de 'Gypsies, Tramps and Thieves' (NdlT : Chanson de Cher, précisément) qui faillit briser le miroir que je tenais.

Toute ma vie, j'avais été sûre qu'il n'y avait personne qui chantait plus faux que mon défunt père chéri. C'était un moment plutôt foldingue pour découvrir combien je me trompais sur ce sujet-là particulièrement.

Des prières mélancoliques pour qu'elle se taise ne firent que l'aiguillonner jusqu'à ce que Pony en ait finalement assez et ne la pousse rudement hors de la salle de bains, en claquant la porte derrière elle avant de la verrouiller pour éviter toute intrusion future. Le rire de Nia résonna dans le couloir mais diminua rapidement, laissant un silence bienvenu dans son sillage.

« Cette femme a vraiment besoin d'un psy », grogna Pony en tournant Critter dos à elle avant de replacer la perruque sur les cheveux blonds de sa compagne. Après s'être affairée dessus, elle recula et évalua son travail, un large sourire recourbant ses lèvres. « Le look diseuse de bonne aventure. J'aime bien ça. Ah oui ! »

« Au pied, Fido », dit Critter d'un ton blagueur en se tournant vers moi. « Et bien ? Qu'est-ce que tu en penses ? »

Je souris lorsqu’elle me fit face. En réalité, Pony ne s'était pas vraiment trompée. « Vous voulez bien lire dans ma paume, Madame Fifi ? »

Elle écarta ma main d'un geste sec et attrapa le miroir. « Vous êtes bêtes toutes les deux. Tout simplement bêtes. » Elle regarda dans le miroir et fronça les sourcils en tirant sur sa frange. « J'ai l'air d'une idiote. »

« Ah non, ça c'est moi », la rassurai-je, me souvenant de ma propre image dans le miroir.

« Tu n'as pas l'air idiote, Angel. Tu as l'air... euh... »

« Bizarre ? Démente ? Tarée ? »

« Sensass ! » Cria-t-elle en souriant. « Nia avait raison, maintenant que j'y repense. »

Je mis les mains sur les hanches. « Chante une seule parole d'une seule chanson de Cher et je te ligote les lèvres. »

Pony ricana, ce qui lui valut un grognement de la part de Critter. Pas complètement idiote, Pony se tut au milieu de son ricanement. Elle s'éclaircit la gorge et tendit la pile de vêtements que Nia avait laissée derrière elle après son éviction sans cérémonie. « Passez ça et sortez quand vous aurez fini », déclara-t-elle, essayant visiblement de retrouver un peu de contrôle sur la situation. « On partira aussitôt qu'Ice et Rio seront de retour. »

« Où est-ce qu'elles sont parties, à propos? » Demanda Critter en choisissant un haut en simili soie d'un violet criard avant de le plaquer contre sa poitrine en me regardant, un sourcil dressé.

Je secouai la tête dans un non positivement ferme et définitif. Elle soupira et jeta la chemise dans la pile avant de fouiller pour trouver autre chose.

« Chercher une autre voiture, vu que l'autre a été réduite à l'état de merde hier. »

Critter secoua la tête d'un faux-air de dégoût et attrapa une autre chemise, cette fois d'une couleur bleu-vert légèrement mieux que la violette. Légèrement. Comme d'un cheveu seulement. « Parfois, Pon, j'aimerais bien être ta mère. Je te ficherais la fessée pour ton langage », dis-je.

« Tu peux me coller la fessée quand tu veux, bébé », répliqua Pony en remuant les sourcils avec un air salace. « Tu apportes le martinet et j'apporte le savon comestible. »

Je ricanai et me retournai avant de fouiller dans le tas de vêtements pour trouver quelque chose tandis que Critter poussait sa compagne lubrique hors de la salle de bains étroite, fermant et verrouillant la porte derrière elle en ignorant le cognement indigné qui résonna juste après.

« Pourquoi est-ce que je m'accroche à cette femme, je ne le saurai jamais. »

« Parce que tu l'aimes. »

Elle sourit. « Ouais. Sûr que je l'aime. »

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« I’ve been through the desert on a horse with no name. It felt good to get out of the rain. In the desert . . . . » (NdlT : chanson de Neil Diamond, traduction libre : J’ai traversé le désert sur un cheval sans nom. C’était bon de quitter la pluie. Dans le désert…)

« Nia… »

« … you can remember your name, cause… » (Tu peux te souvenir de ton nom, parce que…)

« Nia ! »

« … la la la la la la la, la la la, la, la… »

« Nia ! ! »

La voix discordante s’interrompit lentement et je reçus un regard renfrogné dans le rétroviseur. En d’autres circonstances, être la cause de l’agacement d’une amie m’aurait ennuyée.

On n’était pas dans ce cas.

Quatre heures de voyage dans un désert sans intérêt et monotone, et les petits hommes avec des marteaux-pilons allaient sortir de mon cerveau à travers mes tempes.

Ce n’était pas tant l’ennui total et absolu du voyage jusqu’ici. Ce n’était pas tant les amortisseurs décoiffants qui faisaient tout sauf amortir la route défoncée et trouée de nids-de-poule. Ce n’était même pas le soleil aveuglant qui insistait pour me fixer furieusement par le pare-brise, me forçant à plisser les yeux si fort que les muscles de mes joues et mes orbites menaçaient de se figer de manière permanente.

Non, c’était une chose bien pire que toutes celles-là mises ensemble.

C’était le son grinçant de la voix de Nia qui passait en revue son catalogue mental et vocal extensif de ce qu’elle appelait des ’chansons de voyage’. Je pensais plutôt que des ‘chansons à pousser au suicide’ était un titre plus conforme, parce que c’était assurément ce que je pensais faire après que le troisième passage de ‘Send in the Clowns’ eut agressé mes tympans.

Lorsqu’il fut rapidement suivi par ‘Don’t Cry Out Loud’, les pensées de suicide miséricordieux cédèrent la place à des pensées d’homicide vengeur, accompagnées d’images mentales vivaces (et curieusement satisfaisantes).

Ice ne semblait absolument pas affectée mais je n’en attendais pas moins. Sa concentration sur la tâche qui l’occupait faisait partie de ces choses dont on fait des légendes et cette tâche-ci n’était pas différente des autres.

Alors qu’un silence bienheureux s’installait, je reposai ma tête douloureuse contre le vinyle craquelé de la banquette et fermai les yeux pour me protéger du rude soleil du désert, tentant de repousser mon mal de crâne.

Avec le seul ronronnement du moteur pour compagnon, je me sentis commencer à glisser dans un léger sommeil, la douleur derrière mes yeux s’atténuant tandis que ma respiration se calmait.

Juste avant que le sommeil m’emporte complètement, je sentis une poussée peu amicale du côté de mes reins. Pensant que Nia bougeait les jambes, je l’ignorai.

Jusqu’à ce qu’elle revienne, et encore, de moins en en moins amicale. Puis le bourdonnement démarra, doucement d’abord, puis discordant et grinçant dans mes oreilles. J’ouvris les yeux et sentis mes poings se serrer inconsciemment pour suivre le serrement de ma mâchoire. La colère m’envahit, profonde et puissante, bannissant ce qui me restait de sommeil de sa chaleur brûlante.

Je pouvais sentir mes yeux lancer des éclairs sans même avoir besoin d’un miroir, et je sentis mon corps, raidi par tant d’heures de voiture, commencer à se tourner vers l’arrière, où la source de mes frustrations se trouvait, dans son propre petit monde.

Quoique j’ai pu vouloir faire (et pour dire la vérité, je pense que ça n’aurait pas été grand-chose) fut stoppé quasiment à la racine par une main ferme sur ma cuisse. Ma colère s’écoula comme de l’eau dans une passoire tandis que je fixais les yeux semblables au cristal liquide, qui me regardaient par-dessus le bord des lunettes de soleil.

L’expression dans ces yeux me convainquit de prévoir un autre plan. Ce que je fis. Et vite.

« Nia ? » Dis-je aussi calmement que possible.

« Quoi ? »

« Je réfléchissais. » Oh bon sang que c’était vrai.

« A quoi. »

Pouvait-elle être plus irritable ?

« Et bien… comme nous sommes au Mexique et qu’il faut que je m’adapte… »

Un ricanement moqueur.

« Ouais, c’est sûr. »

C’était positivement sûr.

Calme, Angel. Reste calme. Aie des pensées joyeuses. Joyeuses. Joyeuses. Joyeuses.

« Est-ce que tu pourrais m’apprendre un peu d’espagnol ? Tu sais, juste pour pouvoir me débrouiller ? »

Heureusement, les coups cessèrent, suivis de près par le bourdonnement.

« Vraiment ? »

« Oui, vraiment. Je connais bonjour, au revoir, merci, quelques jurons et je sais compter jusqu’à dix… je crois. Ce qui ne va pas me mener bien loin. »

Elle rit doucement.

« Alors… tu peux m’aider ? S’il te plait ? »

« Bien sûr ! Ça serait génial ! ! »

Merci mon Dieu.

« Hé ! Je connais une chanson géniale que ma prof d’espagnol nous a apprise en primaire. Voyons si je peux me souvenir du début. »

Je m’affaissai à nouveau dans le siège, vaincue.

Dans une tentative pour gagner sa sympathie, je roulai la tête en direction d’Ice, pour la voir tourner à nouveau son attention vers la route, le coin de sa bouche se relevant très légèrement.

Je fronçai les sourcils, sachant qu’elle pouvait le ressentir.

Attends un peu, amour de ma vie. Tu vas payer pour ce sourire narquois. Plus tard.

******************

Deux heures et un cours accéléré d’espagnol pour les handicapés musicaux plus tard, mon regard repéra fort heureusement une ville qui se rapprochait rapidement sur la gauche. Si deux maisons encadrant une ancienne station d’essence pouvait être considérées comme une ville, bien sûr.

« Ice, tu ne penses pas qu’on pourrait… »

Elle avait déjà commencé à entrer dans la station d’essence avant que j’ai pu finir ma question, un petit sourire sur les lèvres.

« Si je ne te connaissais pas aussi bien, je penserais que tu t’amuses là », marmonnai-je du coin de la bouche.

Le silence fut ma seule réponse.

En soupirant, je tournai la tête et regardai à nouveau par la vitre, pour avoir la moitié de mon visage quasiment arrachée par la main projetée rapidement en avant de Nia qui pointa quelque chose.

« Où est-ce qu’elles vont ? »

Clignant des yeux tout en les protégeant du soleil brûlant et sans merci, je vis la voiture de Rio qui nous dépassait rapidement dans un long nuage de poussière du désert.

« Oui. Où est-ce qu’elles vont ? »

« Il y a une autre ville à environ 80 kms plus avant. Elles vont y aller en repérage et nous nous rejoindrons après pour comparer nos notes. »

« Alors je présume qu’on ne s’est pas arrêtées ici pour l’habituel ‘arrêt pipi et dégourdissage de jambes’, n’est-ce pas ? »

Elle rit doucement et se tourna vers moi tout en garant la voiture en douceur devant quelques pompes antiques. « Ça l’est aussi. »

Je lui rendis son rire. « Bien, parce que mes reins sont prêt à déposer une réclamation à leur syndicat et je pense qu’aucune de nous n’aimerait qu’ils se mettent en grève. »

Aussitôt que la voiture s’arrêta, je sortis, grognant de douleur combinée avec du soulagement, mes tendons surtendus chantant leur colère comme une corde de guitare qu’on pince une fois de trop. Je m’étirai vers le ciel et jetai un coup d’œil autour de moi, et je vis une opportunité de mettre à contribution mon nouveau (sans mentionner durement gagné) bi-linguisme.

« Hmm Voyons voir. Station-service et Boutique de Pedro. Plats chauds. Boissons fraîches. A… » Je clignai des yeux et les frottai, puis je regardai à nouveau, tentant de me convaincre que ce que je pensais voir n’était finalement pas ce que je voyais réellement.

Mais les mots refusaient de changer.

Je me tournai pour chercher Nia, mais ce fut pour la voir disparaître rapidement dans la boutique, à la recherche des toilettes, sans aucun doute. Ice était occupée à insérer le tuyau d’essence dans le réservoir.

Je me retournai vers la pancarte. « Plats chauds. Boissons fraîches. Animaux… familiers. » Mon regard descendit. « Serpents à sonnettes. Tarantules. Scorpions. »

Un frisson de révulsion fila le long de ma colonne vertébrale sur des pattes d’araignée. Je me détournai rapidement de la pancarte pour me retrouver le nez contre la poitrine de ma compagne, qui m’étreignit rapidement pour m’éviter de nous renverser toutes les deux. « Il y a le feu quelque part ? »

« Oh ! Désolée », marmonnai-je dans sa chemise en cachant mon rougissement à son regard ardent. « Ce n’est… heu… rien. »

« Mm. Hm ; » Elle me prit doucement les bras et recula d’un pas. « Je pensais que tu allais… » Elle pencha la tête dans la direction des toilettes.

« Je… euh… j’ai changé d’avis. »

Son sourcil grimpa au-dessus du bord de ses lunettes. Tandis que je la regardai, elle tourna juste un peu la tête et je sus qu’elle lisait la pancarte dont je venais de me détourner. Je rougis à nouveau de ma propre idiotie.

Après une seconde, elle me regarda à nouveau. « Je ne pense pas qu’ils les laissent ramper sur le sol, Angel. »

« Peut-être pas », répliquai-je, la voix emplie de doute, « mais je ne suis pas sûre de vouloir fréquenter l’établissement de quelqu’un qui pense que câliner des scorpions est une entreprise qui peut rapporter. »

Son rire fut bas et doux, et apaisant. « Je ne pense pas que tu aies aucunement à t’inquiéter. » Elle passa nonchalamment un bras sur mes épaules et me tint serrée contre elle. « En plus, je n’ai pas entendu hurler Nia. »

« Elle est morte en silence », répliquai-je d’un air sombre. « Ils sont probablement en train de l’enterrer à l’arrière en ce moment. »

Elle rit à nouveau, un peu plus fort cette fois et me poussa de sa hanche. « Allez, mon Angel. Il faut que je paye l’essence et tu as des reins à soulager. »

« Bien sûr, c’est bon », dis-je grommelant. « Rappelle-toi seulement que je ne veux pas d’un cercueil ouvert à mes funérailles. »

Adieu, monde cruel.

******************

La soirée s’annonçait lorsque j’étalai ma couverture sur une roche longue et plate qui se trouvait sur une petite colline qui surplombait le désert mexicain. Le reste de l’après-midi avait été relativement calme.

Après qu’Ice en eut terminé avec le propriétaire de la station service, elle nous conduisit à nouveau dans le désert à la rencontre de Rio et des autres, qui s’étaient garées sur le côté de la route à six kilomètres environ de la ville où elles s’étaient arrêtées, visiblement pour réparer un pneu crevé.

De là, nous continuâmes encore quelques heures jusqu’à ce que nous sortions de la route pour nous retrouver dans une petite vallée enclavée, entourée de petites collines de chaque côté. Il devint rapidement évident que nous allions camper pour la nuit. Nia me surprit. De manière plutôt peu charitable, je la prenais pour une citadine, qui rejetait toute tentative de vie à la dure.

Et ce n’était pas le cas. Elle sauta sur l’idée, un peu comme un poisson saute dans l’eau, et s’y mit rapidement, nous aidant à décharger l’équipement et à installer le campement, comme si elle avait fait ça toute sa vie.

Le sol fut nettoyé en deux temps trois mouvements, les tentes – trois en tout – furent rapidement montées et un feu préparé, entouré d’un anneau de pierres du désert. Pony et Nia se mirent à cuisiner le dîner tandis qu’Ice, Critter et Rio se tenaient dans un coin, en pleine conversation.

Comme il n’y avait plus de tâche pour m’occuper, je décidai d’emporter une couverture en haut de la colline la plus à l’ouest et de regarder le soleil se coucher. C’était devenu une habitude depuis que j’étais arrivée dans le désert et que je détestais ne pas pouvoir effectuer.

Alors je m’assis sur mon rocher toujours chaud du soleil puissant de la journée et je regardai le ciel se changer en une myriade de couleurs tandis que le soleil se rapprochait inexorablement de l’horizon. Je fermai les yeux et penchai la tête en arrière pour sentir les dernières chaleurs du soleil caresser mon visage tandis que le vent rafraîchissant du désert soulevait doucement mes cheveux sur mon front (j’avais retiré cette foutue perruque affreuse au moment même où nous avions installé le campement, avec un soulagement bienheureux).

Soudain, je sentis un sweatshirt léger et chaud se poser sur mes épaules, apportant avec lui l’odeur de la femme que j’aimais. J’ouvris les yeux lentement, un sourire recourbant mes lèvres spontanément lorsque je vis Ice qui se tenait derrière et au-dessus de moi, les yeux brillant des deniers rayons du soleil qui s’y réfléchissaient.

« Salut », dis-je, me surprenant moi-même avec ma voix rauque.

« Salut toi », répondit-elle, en souriant de cette façon bizarre que j’adorais tant. « Ça ne te dérange pas que je te tienne compagnie ? »

« Pas du tout. »

Elle s’assit derrière moi tandis que j’observais ses longues jambes qui apparaissaient de chaque côté des miennes, et je soupirai de bonheur lorsque ses bras entourèrent ma taille et m’attirèrent légèrement en arrière jusqu’à ce que je sois contre sa poitrine, enveloppée dans le nid chaud de ses bras, de ses jambes et de son corps.

« Mmm, que j’aime ça. »

« Ah oui ? » Elle baissa la tête jusqu’à ce que son menton soit sur mon épaule. Ses cheveux me chatouillaient les joues et la chaleur de son corps envoyait une chaleur picotante dans le mien.

« Ouais. Un rocher chaud, un coucher de soleil, et toi. On peut se souhaiter pire. »

« Mm. Je présume que oui. » Elle me serra contre elle et nous gardâmes le silence tandis que le soleil montrait ses dernières lueurs et plongeait derrière le bord du monde pour une autre journée.

Nous célébrâmes l’événement avec un baiser. D’autres baisers s’ensuivirent jusqu’à ce qu’ils se fondent en un seul et unique entremêlement de lèvres et de respirations saccadées.

Qui sait jusqu’où nous serions allées si ‘le dîner est prêt !’ n’avait retenti depuis la vallée en dessous ?

« C’est une conspiration », marmonnai-je d’un ton sombre, réarrangeant mon tee-shirt et boutonnant mon jean tandis que je faisais un réel effort pour calmer le feu qui brûlait en moi.

Ice rit doucement et se mit gracieusement debout, puis elle me releva avec une aisance trompeuse. Elle déposa un autre doux baiser sur mes lèvres toujours gonflées de passion, glissa un bras autour de ma taille et nous descendîmes la colline vers nos amies qui attendaient.

**************

« Oh… Seigneur… mon Dieu ! » Réussis-je à hoqueter lorsque les dernières secousses traversèrent mon corps, me laissant affaiblie et sans souffle, et hors du temps et de l’espace.

Les secousses – plutôt les mouvements convulsifs de quelqu’un qui touche une barrière électrique qu’autre chose – reprirent lorsqu’Ice remonta le long de mon corps collant de sueur, s’arrêtant ici et là pour embrasser et mordiller plusieurs endroits sensibles ce faisant.

Sa tête sombre apparut de dessous le sac de couchage, ses yeux brillants et encore assombris de l’amour que nous venions de faire. Elle s’étira de tout son long à côté de moi et me caressa tendrement l’estomac et les seins, me faisant reprendre connaissance avec ma propre peau tandis qu’elle me ramenait doucement à la réalité.

L’expression sur son visage était un mélange d’amour et d’une pointe de vanité.

Pas que je la blâmais, aucunement. Avec une précision d’alchimiste et un talent consommé, elle avait réussi, en quelques courts instants seulement, à me transformer d’être humain en pieuvre sans squelette.

« Ça va ? » Demanda-t-elle après un moment, le timbre rauque de sa voix et la lueur chaude de ses yeux m’emplissant d’une chaleur différente, tout aussi bienvenue que le feu que nous venions de partager.

« Mmm. A la perfection, comme toujours », réussis-je à marmonner, mes lèvres et ma langue affichant leur lassitude rémanente. « Ce truc du camping a du bon, si tu veux mon avis. »

Son sourire subtilement narquois devint un large sourire tandis qu’elle tendait la main pour m’ébouriffer les cheveux.

« Alors il va falloir qu’on le fasse plus souvent. »

Je lui retournai son sourire et roulai sur le côté pour enfouir mon visage dans la vallée chaude des ses seins. « C’est une idée qui me va. »

Le coton du sac de couchage me chatouilla le visage lorsqu’Ice le releva pour couvrir mon corps qui se refroidissait rapidement. Puis elle entoura ma taille de son bras, ses doigts puissants traçant des caresses au hasard et sans but sur la peau mouillée de mon dos.

Je m’étais presque assoupie au son des battements de son cœur quand une pensée envahit mon esprit embrumé et humide et je bougeai, sortant la tête pour regarder mon amante, qui fixait devant elle, semblant perdue dans ses pensées. « Ice ? »

Elle cligna des yeux et revint à elle-même avant de me regarder, son regard acéré et attentif. « Oui ? »

« C’est quoi le plan ? Pour demain, je veux dire. Est-ce que Rio a eu une information valable ? »

« En fait, oui. » Elle s’écarta légèrement et s’étira, le dos arqué. Je tressaillis au bruit de plusieurs vertèbres qui se remettaient en place. « On dirait que notre ami Cavallo a embauché des truands locaux comme accolytes. Certains de ses hommes à lui n’étaient pas très chauds pour passer Dieu seul sait combien de temps coincés au milieu de nulle part sans pouvoir dépenser leur argent mal gagné. »

« C’est bon pour nous, ça ? »

Elle haussa les épaules. « Ça dépend. Ils vont être plus difficiles à repérer, mais je les préfère à un professionnel bien entrainé. Ils sont généralement moins malins. » La lueur dans ses yeux me dit tout ce que je devais savoir sur combien elle allait s’amuser à les tester.

« Alors… on fait quoi maintenant ? »

« Il y a un marché découvert chaque samedi. Le contact de Rio dit que ça marche très bien, surtout qu’on s’approche de Noël. Les gens des villes et des fermes environnantes viennent vendre leurs produits et d’autres marchandises. La rumeur dit que Cavallo va envoyer quelques-uns de ses hommes pour acheter des provisions qu’il ne peut pas obtenir dans les petits marchés là où il se cache. »

« Et il se cache où ? »

Son regard repartit au loin. « Je ne le sais pas. Pas encore. Mais si ces idiots font une apparition, je vais les suivre jusqu’à son repaire. » Un sourire froid recourbait ses lèvres, me gelant jusqu’aux os.

Incapable de m’en empêcher, je tendis la main et caressai son visage du bout des doigts, tentant de la ramener de l’obscurité où elle était partie.

Après un long moment, elle revint et me regarda avec une pointe de dépit dans les yeux. « Désolée. »

« Pas besoin », répliquai-je en souriant, la main toujours sur sa joue. Je sentis mon sourire se teinter d’impertinence. « Alors, qu’est-ce que nous autre mortelles allons faire pendant que tu apportes à nouveau la sécurité à l’humanité ? »

Elle rit doucement et pressa ma main, puis elle l’apporta à ses lèvres pour déposer un baiser sur ma joue. « M’aider. »

Ma mâchoire tomba. « Pardon ? Tu veux bien répéter ? »

Elle rit à nouveau. « Tu m’as entendue. »

« Et bien, oui, je t’ai entendue, mais… »

Son visage devint sérieux. « Angel, c’est une chose que d’entrer dans une résidence gardée avec le dessein d’assassiner quelqu’un. C’en est une totalement différente que d’entrer dans cette même résidence pour tenter d’en sortir cette personne vivante. Je vais avoir besoin d’aide et je vous fais confiance pour me l’apporter. »

« Tu sais bien qu’on va le faire, Ice. Peu importe ce qu’il faut faire. »

Elle sourit. « Je sais. »

La promesse fut scellée avec un baiser.

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Je me réveillai le lendemain matin avec la vision du soleil qui se frayait un chemin à travers le nylon de la tente. Je pus dire sans coup férir que l’air était sec et frais, mais j’avais chaud, lovée dans le nid soyeux des sacs de couchages et des couvertures. J’étais seule, bien sûr, mais cette réalisation ne m’ennuya pas vraiment, parce que je savais avec certitude qu’Ice était tout près. Le fait de penser à elle et à l’amour que nous avions fait jusque tard dans la nuit, apporta un sourire à mes lèvres tandis que je m’étirais et bâillais. L’odeur de bacon grillé sur un feu de bois mexicain assailla mes sens et me fit immédiatement saliver.

Ouais, ce truc du camping m’allait particulièrement bien.

Comme je pensais à me mettre sur le côté pour profiter de quelques instants de sommeil en plus, l’auvent d’entrée se souleva et Ice entra en se baissant, les mains pleines d’une assiette de nourriture et d’une tasse en fer-blanc de ce qui sentait le café, semblait-il. Elle se redressa de presque toute sa hauteur (c’était une tente plutôt minuscule), et me regarda avec un sourire sur les lèvres.

Elle était magnifique dans son jean léger et usé, son tee-shirt noir côtelé et une chemise en coton large ouverte sur sa silhouette élancée et musclée. Ses cheveux noirs étaient relâchés et tombaient sur ses épaules larges, et son visage affichait une brillance due au soleil qui lui donnait l’apparence d’une immortalité robuste dont je semblais ne plus pouvoir écarter le regard.

Pas que je le souhaitais non plus.

Sa beauté m’ôtait toujours le souffle et j’aurais volontiers vécu avec cette affliction particulière pour le reste de mes jours et au-delà.

Elle courba un sourcil face à mon évident regard évaluateur et s’abaissa avec grâce sur le sol de la tente pour s’asseoir les jambes croisées près de moi, l’assiette et la tasse en équilibre sur ses genoux.

« Désolée », finis-je par lâcher, en rougissant sous le poids de son regard, bien que patient. « Euh… c’est pour moi ? »

« Bien sûr », répondit-elle, en hochant la tête. « Si tu as faim. »

« Je pourrais manger quelque chose », accordai-je, en me sortant de mon nid confortable pour m’asseoir. L’air frais du dehors frappa mon corps nu d’une bonne claque, me faisant frissonner de partout. « Brr. »

Elle posa l’assiette et la tasse sur le sol et retira sa chemise qu’elle passa sur moi, m’aidant à passer les bras dans les manches avant de la boutonner rapidement sur ma poitrine et mon ventre. Je ne pus m’empêcher de rire en tendant les bras, une bonne quinzaine de centimètres de tissu en trop pendouillant sur le bout de mes doigts.

Elle leva les yeux au ciel, secoua la tête et m’aida à rouler les poignets pour que mes mains apparaissent, puis elle me tendit le petit déjeuner qu’elle avait apporté.

« Oh, c’est bon ça », réussis-je à prononcer malgré une pleine bouche d’œufs et de bacon, que je fis descendre avec une gorgée de café fort et stimulant. « Rappelle-moi de remercier la cuisinière. »

« Si tu ne la tues pas avant », répliqua-t-elle, les yeux brillant de malice.

« C’est Nia qui a fait ça ? » Demandai-je incrédule. Pendant tout le temps où je l’avais connue, je ne l’avais jamais vue s’approcher d’une cuisine, encore moins à l’intérieur.

« Ouais. Elle est plutôt adroite avec les fourneaux. »

« Wow. » Ce fut tout ce que je pus articuler en réponse.

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Ice partit après que j’eus terminé, prenant mes plats sales pour les nettoyer. Laissée à moi-même, je me levai et m’habillai rapidement, plus à cause du froid qu’autre chose. Après avoir placé la fichue perruque sur mes cheveux et l’avoir ajustée au mieux de mes possibilités, j’ouvris l’auvent de la tente et sortis dans l’air matinal, plissant des yeux à la lumière crue du soleil qui brillait sur le campement.

Mes amies s’affairaient comme un groupe d’abeilles industrieuses qui nettoyaient un essaim. Tandis que je m’avançais vers Ice qui rangeait des affaires dans le coffre, je ne pus m’empêcher de remarquer Pony et Critter qui démontaient une tente, en souriant et en gloussant comme deux écolières. Il y avait une lueur sur leurs visages et dans leurs yeux. Presque comme si…

« Est-ce qu’elles ont partagé une tente hier soir ? » Demandai-je à ma compagne en lui tendant nos sacs de couchage et nos couvertures.

Ice regarda par-dessus son épaule et eut un sourire narquois. « Et encore plus que ça, si on en juge à ce matin. »

« Mais… comment… ? »

Ice haussa les épaules. « Rio en a eu marre des pleurnicheries de Pony alors elle a échangé. »

« Mais Nia ? » Je regardai à nouveau vers le campement et vis Rio et Nia qui s’affairaient à éparpiller les cendres du feu, en bavardant aimablement.

« Rio a dit que Nia était une personne parfaitement… gentille. »

« Stupéfiant. » Je tendis la main pour me gratter la nuque. « Je présume que le béguin est loin alors. » Et pour m’en assurer, je regardai à nouveau par-dessus mon épaule mais pour voir une chose à laquelle je ne m’attendais pas.

Nia fixait quelque part derrière moi et sur ma droite, l’expression sur son visage donnant une nouvelle signification au mot ‘rêveuse’. Lorsque nos regards se croisèrent, elle regarda rapidement ailleurs, la culpabilité clairement affichée sur ses traits juvéniles. « Oh oh. »

« Quoi ? » Demanda Ice en se retournant, puis elle me regarda à nouveau, ses sourcils affichant deux points d’interrogation sur son front.

« Encore une qui craque pour toi », répondis-je avec mon meilleur ton de ‘souffrance intense’.

Elle ricana. Puis elle leva les yeux au ciel et se remit au travail. « Tu rêves, Angel. »

« Oh, je ne pense pas, mon bel amour. Je suis bien réveillée, merci beaucoup. »

« Alors tu vois des choses. »

« J’ai une vue parfaite comme tu le sais. »

Elle regarda vers Nia, puis vers moi.

« Tu verras bien », l’avertis-je en ajoutant un sourire narquois qui lui en dit plus que les mots ne le feraient.

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A suivre – Chapitre 8