REPARATION

Par Susanne M. Beck (SwordnQuill)

Chapitre 8 – 1ère partie

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« Wow ! Cet endroit me fait penser au marché aux puces où ma mère m’emmenait quand j’étais gamine ! »

Je ne pus qu’acquiescer à la remarque de Nia tandis qu’Ice faisait le tour du marché et se dirigeait vers l’endroit qui servait de parking.

Des bannières de toutes les couleurs claquaient joyeusement dans le vent frais de novembre, apportant un contrepoint presque musical au bruit des étals qu’on installait, aux rires des enfants et aux aboiements frénétiques des chiens qui couraient en tous sens en pourchassant tout ce qui leur passait par la tête.

Les senteurs alléchantes de la viande et des légumes grillés ramenèrent immédiatement à mon esprit les jours de ma jeunesse bien sage, lorsque les dimanches (après l’église bien entendu) étaient réservés au rite sacro-saint des visites au marché aux puces et aux brocantes familiales. Ma grand-mère était une des plus grandes trouveuses de bonnes affaires de tous les temps. Il n’y avait pas une seule pancarte placardée sur un poteau de téléphone qu’elle n’adorait pas, à mon grand dépit. Les sorties hebdomadaires à la pléthore de marchés aux puces qui couvraient les paysages plats de l’Indiana, étaient traités avec la même révérence que celle que les Croisés avaient dû avoir quand ils recherchaient le Sacré Graal. Et j’ai passé de nombreuses journées à essayer les robes usées de quelqu’un d’autre – toujours trois tailles trop grandes comme ça je pourrais grandir dedans – et à souhaiter être ailleurs, avec un sentiment de désespoir commun aux enfants et aux animaux en cage. Comme être dans un cabinet de dentiste, à me faire vriller les dents sans anesthésiant, par exemple.

Ice me sortit brusquement de ma rêverie en touchant légèrement ma jambe avant d’ouvrir sa portière et de sortir silencieusement de la voiture. Je tendis la main vers la poignée et imitai ma compagne, frissonnant un peu dans l’air étonnamment frais, avant de serrer un peu plus ma surchemise en velours côtelé sur moi, heureuse d’avoir sa chaleur.

Ice me regarda, les yeux à nouveau cachés derrière des lunettes de soleil miroir. « Prête ? »

« Dès que tu me dis pour quoi je dois me tenir prête, alors oui », répliquai—je en souriant.

Elle me sourit d’un air narquois, sortit une grande liasse de billets mexicains et me la tendit. « Ne dépense pas tout au même endroit. »

Je regardai l’argent dans ma main puis de nouveau ma compagne. « Redis-moi ça… »

« Shopping », répondit-elle en pliant mes doigts sur l’argent pour que je ne risque pas de l’éparpiller sur tout le marché. « Tu sais… regarder des trucs, marchander, dépenser de l’argent. »

« Et c’est censé t’aider… comment déjà ? »

Elle sourit. « Angel, je fais confiance à ton instinct. Tu ne connais peut-être pas cet endroit ou ces gens, mais tu sais quand quelque chose ne te semble pas à sa place. Et pour que ceci ait au moins une toute petite chance de marcher, j’ai besoin de pouvoir me reposer sur cet instinct pour me sortir d’affaire. Alors… » Son sourire s’élargit. « … amuse-toi. Fais du shopping. Mange quelque chose. Garde juste les yeux et les oreilles grand ouverts et si tu repères quelque chose, n’importe quoi, qui te paraisse ‘déplacé’, fais-le moi savoir. Et prends Nia avec toi, c’est mieux. Elle peut t’aider à traduire tout ce que tu as du mal à comprendre, et tu es la seule à qui je fais confiance pour s’assurer qu’elle ne s’attire pas d’ennuis. »

Bien que mon expression extérieure ne changea pas d’un iota, le sourire grandit en moi. Ses paroles de confiance n’étaient pas souvent dites tout haut, mais quand elles l’étaient, je me sentais comme une gamine le matin de Noël, remplie de joie et de bonheur quand je les recevais.

« Je pense pouvoir faire ça », répondis-je, aussi nonchalamment que possible.

Elle me pressa l’épaule. « Bien. Allons-y alors. »

Je m’offris un rapide baiser sur sa joue pour nous porter chance, attrapai la main de Nia et entrai dans l’arène.

Les senteurs, les images et les sons du marché découvert m’attiraient comme la lumière un papillon de nuit. Partout où mon regard se posait, il y avait quelque chose pour attirer mon attention. Je pouvais dire que plutôt que de ressembler aux marchés aux puces de mon enfance lointaine -des Attrapes—Vieilles Dames’, comme mon père les appelait dans ses rares moments de bonne humeur– ce marché-ci était plus dans la veine des foires artisanales où ma mère était parfois connue pour se rendre après des kilomètres de voyage.

Les artisans sur bois et les peintres se disputaient l’espace avec les tisseurs de tapis et les fabricants de meubles. Des étals remplis jusqu’au moindre centimètre carré de produits frais, étaient encadrés par des artisans sur cuir et des tailleurs de vêtements, qui étalaient leurs marchandises sur des tables à tréteaux et des caisses.

Plusieurs heures ayant passé depuis mon petit déjeuner, mon nez, comme souvent, prit la situation en main. Il m’emmena vers un étal, derrière lequel se tenait un homme qui faisait ressembler Mathusalem à un bambin tout juste sorti des couches. Son sourire était large et privé de dents, mais ses yeux noirs luisaient d’intelligence et de gentillesse. Dans chaque main, il tenait une brochette fine en bois portant d’épais morceaux de porc grésillant, de piment, d’oignons et de tomates cerise. La nourriture avait l’air merveilleuse et sentait encore meilleur. Avec un sourire et un grand geste, il nous offrit une brochette à chacune.

« Gracias », répondis-je dans mon espagnol rudimentaire tout en prenant la friandise en salivant.

Son sourire s’élargit tandis qu’il remuait les mains vers nous dans un signe universel pour nous montrer ses marchandises.

Je fis passer la brochette dans mon autre main et fouillai dans la poche où j’avais rangé l’argent qu’Ice m’avait donné tout en me torturant l’esprit pour trouver comment dire ‘combien ?’ en espagnol.

Voyant l’argent dans ma main, l’homme leva la main et secoua la tête négativement, disant quelque chose trop vite pour que je puisse comprendre et plissant légèrement le front. Je regardai Nia à la recherche de son aide.

Elle vint près de moi et mit ses lèvres tout près de mon oreille. « Tu vas l’offenser si tu lui donnes de l’argent. Il nous a donné sa nourriture en cadeau. »

« Tu en es sûre ? » Murmurai-je en retour.

« Affirmatif. »

Après un instant, je hochai la tête à contrecœur et Nia se recula, remerciant l’homme pour nous deux. Son sourire radieux revint et il nous fit un signe avant que deux autres clients ne détournent son attention.

Je remis l’argent dans ma poche et savourai mon cadeau. Je mordis dans la viande succulente, sentant mes yeux faire le tour de mon crâne ce faisant. La combinaison des saveurs était du nectar sur ma langue et je grognai de délice. « Seigneur, c’est merveilleux ! »

« Oui, c’est plutôt bon, non ? » Répondit Nia, en prenant une bonne bouchée à son tour. « Peut-être que je vais lui demander s’il veut bien partager sa recette plus tard. »

« Ce serait génial !’

Nous nous tournâmes et descendimes le large chemin entre les étals, esquivant adroitement plusieurs passants en marchant tout en remplissant nos estomacs. Je gardais les yeux et les oreilles ouverts comme Ice me l’avait demandé, espérant que s’il y avait le moindre problème, je le trouverais avant qu’il ne me trouve.

Et je le trouvai en effet, pas plus de quinze minutes plus tard tandis que Nia s’arrêtait pour examiner un tapis magnifiquement tissé. Je regardai alentours et vit trois hommes vraiment très grands qui venaient dans ma direction, bien qu’à deux ailes sur la gauche de celle où je me trouvais à ce moment-là. L’expression sur leur visage ne laissait aucun doute que la joie de Noël leur était passée à côté. En fait, elle avait probablement détalé en hurlant dans la nuit une fois qu’elle eut posé ses yeux virtuels sur eux.

Je les regardais les yeux plissés tandis qu’ils repoussaient une file de gens de leur chemin, dont un jeune garçon qui tomba et se cogna rudement la tête sur une des tables. Sa mère le souleva rapidement et fonça dans la sécurité incertaine de la foule, les larmes coulant sur son visage comme sur celui de son fils.

Le trio rit cruellement et continua son chemin, faisant des ravages sur les étals et les clients près desquels ils passaient, attrapant la marchandise et la jetant ou la fracassant sous leurs bottes au-delà de tout espoir de réparation sur le sol rocailleux.

Je détournai mon regard d’eux un moment, confiante dans le fait que je pourrais les suivre à la trace de leur destruction, et j’attrapai Nia par le bras pour la faire se retourner face à moi. « Va chercher Ice. »

« Quoi ? » Demanda-t-elle, essayant sans y parvenir de retirer ma main de son bras. « Pourquoi ? »

« Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Vas-y, c’est tout. S’il te plait. »

« Mais… »

« Sil te plait. »

Elle me regarda d’un air dubitatif pendant un long moment, mais quelque chose dans mon regard dut la convaincre parce qu’elle se détendit alors. « Ok. Je vais la chercher. » Elle hésita en souriant d’un air narquois. « Je présume que tu parles de la grande femme sombre et magnifique, et pas de ce truc froid qu’on trouve en cubes, pas vrai ? »

Je resserrai ma prise. « Nia… »

« D’accord ! D’accord ! J’y vais ! Lâche mon bras alors, tu veux bien ? »

Je la relâchai et la poussai doucement dans la direction d’où nous venions avant de me retourner.

La trace des brutes, comme je l’avais prédit, fut plutôt facile à retrouver et à suivre. Comme un Sherlock Holmes des temps modernes, je suivis les simples indicateurs du passage des hommes et les rattrapai à un étal qui semblait spécialisé dans le ravitaillement, la viande séchée, le poisson, des trucs comme ça.

Je traversai vite pour ne pas être surprise en train de regarder, et me retrouvai au milieu d’un grand étalage de carillons éoliens de toutes tailles, formes et espèces. Le simple courant d’air provoqué par mon passage les fit tinter, mais les hommes que je suivais n’eurent même pas un regard dans ma direction, à ma grande reconnaissance.

Tout en faisant semblant d’examiner avec attention les marchandises devant moi, je regardai le plus grand des hommes agripper le pauvre commerçant par l’avant de sa chemise et le secouer comme un chien le ferait d’une chaussette sale, tandis que ses acolytes attrapaient des caisses en bois et commençaient à les remplir de toute la nourriture sur laquelle ils posaient leurs mains charnues.

Une très grande partie de moi voulait se précipiter hors de ma cachette et mettre un terme à ce vol manifeste. Mais tout au fond, je savais que si je faisais cela, et qu’il s’agissait bien des hommes que nous recherchions, mon acte de chevalerie – à défaut d’un meilleur terme – ne ferait que causer plus d’ennuis qu’il ne risquait d’en résoudre, et nous allions vraisemblablement perdre la seule chance que nous avions de tracer Cavallo jusqu’à son repaire.

Alors je restai où je me trouvais, bien qu’à contrecœur, et regardai les dents et les poings serrés, les brutes spolier le pauvre homme de toutes ses possessions.

Le marchand fut rejeté dans son étal maintenant dépouillé et le trio rit en prenant les caisses, criant des insultes facilement compréhensibles dans toutes les langues.

Bon sang, Nia. Où est-ce que tu peux bien être ?

Les hommes disparurent rapidement de ma vue, bien que les bruits de leurs rires malveillants furent encore facilement audibles par-dessus celui, étouffé, de la foule.

Après un dernier regard alentours qui me convainquit que la cavalerie n’allait pas débarquer de sitôt, je pris une profonde inspiration et sortis de ma cachette, avec l’intention de suivre ces hommes jusqu’à la nationale si nécessaire. Je les rattrapai rapidement, bien qu’en restant à bonne distance en arrière. Pas que cela eut de l’importance. Ils ne regardaient nulle part ailleurs que droit devant eux, leur mission apparemment accomplie.

Je les suivis jusqu’à ce qu’ils arrivent au portail puis je m’arrêtai un moment pour réfléchir. Mais il n’y avait vraiment pas d’autre choix pour moi. Bien que je n’aie pas les clés de la voiture et que je ne puisse vraiment suivre ces hommes où qu’ils aillent ensuite, je pouvais au moins avoir une description de leur véhicule et donner à Ice la direction générale dans laquelle ils se rendaient.

Je hochai la tête pour approuver ma décision et entrai dans la dernière rangée d’étals, mais je fus arrêtée net par une poigne chaude et ferme sur mon poignet. Je tournoyai sur moi-même pour voir Ice, un sourire dans les yeux, si pas sur ses lèvres. Elle me tira vers elle puis se retourna et fit un léger signe de la tête. Rio et Nia sortirent de l’ombre de l’étal derrière nous et elles se lancèrent d’un pas volontaire derrière les hommes que je suivais.

« Bon boulot », dit Ice doucement lorsqu’elles sortirent par le portail et furent hors de ma vue.

« Merci », répondis-je, en souriant à ce compliment et en m’appuyant contre son corps puissant et musclé pendant un instant. « Alors… est-ce qu’on les suit ? »

« Nan. »

Je m’écartai et la regardai. « Non ? »

« Rio et Nia s’en occupent. »

« Mais… je ne comprends pas. Ce ne sont pas les bons types ? »

« On dirait bien, si. »

« Alors pourquoi est-ce qu’on ne les suit pas ? »

Parfois, la logique circulaire si particulière d’Ice me donnait le tournis.

Et on était assurément à un de ces moments-là.

« Alors ? »

« Ce sont des appâts. »

« Pardon ? »

Elle me regarda, un sourire subtil sur les lèvres. « Des appâts. Cavallo a peut-être un ego aussi grand que ce pays tout entier, mais il n’est pas entièrement stupide. Il sait qu’il est suivi. Il ne sait seulement pas par qui. »

Une lumière s’alluma dans les recoins les plus éloignés de mon esprit tourbillonnant. « J’ai compris. Il pense être suivi, alors il envoie quelques gorilles tyranniques qui font volontairement du racket pour piéger quiconque serait intéressé par l’endroit où il se trouve. Les traqueurs suivent les appaâts et il envoie les bons gars ensuite quand la voie est libre. »

Son sourire s’agrandit encore plus, pour atteindre la lueur claire dans ses yeux. « C’est tout à fait ça. »

« Je sentis mon front se plisser. « Mais ça veut dire que Rio et Nia vont peut-être droit dans un piège. Pourquoi tu les as laissées suivre ces types ? »

« Juste au cas où Cavallo serait devenu stupide avec l’âge. »

« Et si ça n’est pas le cas ? »

Elle me pressa la main avant de la relâcher. « Rio connait ce désert mieux que quiconque. S’il l’entraine dans un piège, elle le saura. »

« J’espère que tu as raison. » Bien que Rio et moi ne fussions pas les meilleures amies du monde, j’en étais venue à respecter grandement la grande femme tranquille. Je ne voulais pas qu’on lui fasse du mal. A Nia non plus, malgré mes pensées souvent exprimées sur le contraire.

« J’ai raison. »

Et parce que c’était Ice qui disait ça, j’abandonnai toutes mes réticences et je la crus simplement.

« Alors… je présume qu’on continue le shopping, hein ? » Je sortis ces mots avec ma meilleure voix nonchalante, mais j’ai bien peur que mon sourire ne me trahit.

Ma compagne leva les yeux au ciel et eut un sourire dans ma direction. « Je pense, oui. »

J’affectai un soupir. « Bon, d’accord. Ça va être une rude épreuve mais je devrais pouvoir m’en sortir. Je pense. »

Elle eut un sourire narquois et me poussa doucement dans la direction d’où j’étais venue. « Reste dans ce coin. Si tu vois quelque chose qui ne te semble pas tourner rond, viens me chercher. Je ne serai pas trop loin. »

« On fait comme ça. »

Tandis que je m’éloignais, quelque chose de très brillant saisit mon regard. Comme une sorte de corbeau trop grand attiré par une feuille d’aluminium pour y abriter son nid. Je me dirigeai infailliblement dans la direction qui avait attiré mon attention.

L’étal était petit et un peu en retrait des autres. Tandis que je m’approchais, il devint rapidement évident qu’un maître orfèvre avait choisi cet endroit pour exposer son travail délicat. Je regardai avec émerveillement en arrivant devant la longue table d’exposition. La plupart des pièces était des bijoux ; il y avait surtout des bracelets, des pendentifs, des bagues. Ils ressemblaient, bien que de bien meilleure qualité, à des pièces que j’avais vues dans les bijouteries les plus chères à un moment ou un autre de ma vie, surtout dans le sud-ouest. Les étiquettes de prix pour de telles œuvres d’art commençaient autour de cinq cents dollars et montaient au-delà. J’hésitais à regarder le prix de celles-ci.

Plutôt que de regarder les étiquettes de prix, je décidai d’observer plutôt l’artiste lui-même, qui était assis sur ce qui ressemblait à un tonneau de bière en bois, tout en travaillant à sa dernière création. Il était jeune, ça je pus le dire au premier coup d’œil. Avec des cheveux noirs épais taillés à la serpe, qui semblaient presque bleus dans la lumière intense du soleil ; il était plutôt petit mais vigoureux et bien musclé dans son tee-shirt blanc collant, son jean passé et ses bottes poussiéreuses.

Comme s’il sentait mon regard sur lui, il leva les yeux et me gratifia d’un sourire juvénile qui atteignait les profondeurs noires d’encre de ses yeux enfoncés. Charmée, je ne pus m’empêcher de sourire en retour, notant ce faisant sa grande ressemblance avec Rio. Il était évident qu’ils avaient partagé le même ancêtre, bien que je doute qu’ils fussent parents de quelque façon que ce soit.

Il ne dit rien et se remit à sculpter, apparemment satisfait de mon intrusion. Je regardai ses mains tandis qu’il travaillait, ses doigts épais, carrés et brusques. Et pourtant assurés, puissants et rapides, si différents des longs doigts d’Ice qui bougeaient presque avec une grâce liquide en faisant la même tâche, bien que son choix à elle se portât sur le bois et pas sur l’argent.

Tandis que je regardais, je m’assurai d’être aussi consciente de mon environnement à tout instant. Mon regard bougeait en permanence, scrutant le marché et les gens, cherchant quelque chose, n’importe quoi, qui mettrait mon radar interne de danger en marche.

Jusque là, tout semblait tranquille.

Le marché semblait avoir recouvré rapidement du bazar que les brutes avaient causé, comme le font les rassemblements publics souvent quand tout est terminé et qu’il n’y a plus rien à voir.

Je revins vers l’objet de mon attention, il avait terminé son travail et frottait l’œuvre avec un chiffon à polir. L’argent apparut derrière le chiffon doux, luisant joyeusement sous le soleil. Je devinai que c’était un bracelet par le vague dessin qui brillait tandis qu’il travaillait dessus. Plutôt large pour le poignet, de huit centimètres environ avec un dessin sculpté tout le long.

Il me fit un sourire juvénile et presque timide et me tendit l’objet pour que je l’examine, un rapide mouvement de sa tête m’invitant à le prendre pour le regarder de plus près. Je lui souris et tendis la main, puis je m’arrêtai, les doigts à quelques centimètres de leur but. Je sentis ma mâchoire béer tandis que mon regard fixait le dessin sur le bracelet.

Le haut d’un soleil levant était sculpté en bas-relief sur la surface. Et dessous, un arbre magnifiquement taillé avec un dessin complexe, étendait ses branches au soleil.

Un bonsaï.

Assez proche de celui qu’Ice avait sculpté sur notre tête de lit pour être son jumeau.

Je levai les yeux pour regarder l’artiste qui l’avait créé. Ses yeux noirs, jeunes et innocents quelques secondes auparavant, semblaient presque anciens dans leur sagesse. Ce n’est pas comme s’il me regardait. C’était comme s’il regardait à travers moi, au-delà de la chair et des os, dans cet espace où résidait mon âme.

Je sentis un chatouillis de peur monter le long de mon dos.

« Comment… ? » Dis-je d’une voix trainante, me rendant compte dans mon choc que j’avais parlé anglais.

Il sourit, mit le bracelet dans ma main et recula d’un demi pas, diluant quelque peu la tension entre nous. « Parfois, les choses sont comme ça », dit-il, également en anglais, sa voix douce et chaleureuse. « Il vous appartient, maintenant. »

« Oh non », objectai-je, en lui rendant le bracelet. « Je ne peux vraiment pas… »

Il leva les mains, refusant de le reprendre. « J’ai eu cette vision, et quand vous êtes venue, je savais qu’il vous était destiné. » Il pencha légèrement la tête. « Il y a quelqu’un près de vous pour qui ce dessin a une signification profonde, pas vrai ? »

Stupéfaite, je ne pus qu’hocher la tête.

« Bien. Alors j’ai choisi avec sagesse. S’il vous plait. Acceptez mon cadeau pour vous deux. C’est une tradition de mon peuple. »

« Mais… je… »

« Je vous le donne, sachant qu’il sera chéri. Que puis-je demander de plus ? »

Je ris un peu, autant pour briser la tension que pour autre chose. « Et bien, l’argent c’est bien aussi… »

Il rit alors, ressemblant bien plus au jeune homme qu’il était – à mon grand soulagement – qu’au sage  ancien qui était apparu quelques secondes plus tôt. « Oui, l’argent a ses vertus. Et soyez assurée que la compensation que je reçois de joailliers bien fortunés du nord, me garantit d’en être rarement privé. Mais si l’art n’est pas parfois fait pour l’amour de l’art, il perd rapidement une grande partie de sa signification. » Il sourit. « Pour moi du moins. Alors prenez ceci, avec mes bons vœux, et appréciez-le. Ou bien jetez-le. Il est à vous. »

Je connaissais très bien l’expression de ce regard. C’était la même dont Ice usait quand un sujet était clos au-delà de toute possibilité qu’on le rouvre jamais. Dans ce siècle ou dans n’importe quel autre, d’ailleurs. C’était une expression pour laquelle il n’y avait en fait qu’une seule réponse.

Un consentement poli.

« Merci. »

Un autre sourire charmant et juvénile et il me donna congé, bien que sans rudesse, en retournant toute son attention à son travail.

Un peu perdue, je regardai à nouveau le bracelet dans ma main, l’examinant sous tous les angles possibles sous la lumière intense du soleil de midi. J’imaginai, ce faisant, ce qu’il donnerait sur le poignet d’Ice, l’argent brillant avec éclat sur le bronzage profond de sa peau.

Ice ne portait pas habituellement de bijoux. En fait, depuis le temps que je la connaissais, je ne l’avais jamais vue, ne serait-ce que jeter un coup d’œil à un bijou, encore moins en porter un.

Et pourtant, j’avais le sentiment que cet objet particulier pourrait changer tout ça.

Et si ce n’était pas le cas, ce n’était pas comme si j’avais perdu de l’argent au passage.

« Et en parlant d’argent », murmurai-je pour moi-même après avoir lancé un dernier coup d’œil à mon bienfaiteur. « Je pense que je connais quelqu’un qui en apprécierait là maintenant. »

Après un rapide coup d’œil alentours pour noter que la voie était libre, je partis dans la direction de l’étal que les brutes avaient mis sans dessus dessous un peu plus tôt. Le propriétaire était toujours là, assis sur une caisse retournée, les épaules affaissées de désolation. Plusieurs personnes s’étaient rassemblées autour de lui, lui parlant à voix basse et avec sympathie. J’eus mal pour lui, ce pauvre homme qui avait sûrement perdu les chances de revenus pour préserver sa famille de l’hiver.

J’entrai dans la petite foule et sortis tout l’argent qu’Ice m’avait donné pour lui mettre dans ses mains tremblantes. « Pour vous » dis-je dans mon espagnol approximatif de collège. « Joyeux Noël. »

Il me regarda avec des yeux humides de la taille et de la forme de soucoupes. Sa bouche pendouillait dans un ovale parfait tandis qu’il me fixait.

Je rougis à en faire pâlir un coquelicot et baissai légèrement la tête, souris et tournai rapidement les talons avant de risquer de me mettre à pleurnicher comme une idiote sous l’influence de trop de joie de Noël.

Courant à moitié le long de la large allée poussiéreuse, je regardai rapidement autour de moi, puis me figeai lorsque je vis deux silhouettes qui entraient par le portail principal. Deux hommes grands avec des coupes de cheveux militaires, des épaules larges et des vêtements qui, bien qu’ils fassent le maximum pour avoir l’air ordinaire, étaient visiblement très chers.

Je réfléchis rapidement et me mis dans un étal de coin, respirant vite en tentant de lutter contre les souvenirs que leur présence apportait. Des images où je fixais le canon d’un pistolet en tentant de protéger Corinne de mon corps. Des images de ma compagne inconsciente traînée tandis que je priais et suppliais qu’ils veuillent bien la laisser.

« Très bien, Angel, murmurai-je, le son de ma propre voix me calmant un peu. « Ce n’est pas le moment d’avoir des flashbacks, là. Ce sont les types qu’on attendait. Tu le sais bien. Alors tu te mets en route et tu trouves Ice, d’accord ? »

Ainsi raffermie, j’étais sur le point de me tourner quand deux mains chaudes descendirent sur mes épaules et faillirent me faire mourir en hurlant. « Bien vu », entendis-je d’une voix rauque dans mon oreille, tandis que des cheveux parfumés effleuraient doucement ma joue.

« Seigneur, Ice », dis-je dans un souffle, en me détendant contre elle. « Tu as failli me causer une attaque cardiaque. »

Avec une douce pression, Ice recula et Critter et Pony vinrent autour de nous. « Ce sont eux ? » Demanda Critter en regardant quelque part au-delà de mon champ de vision.

« Ouaip », répondit Ice doucement.

« Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant », ajouta Pony.

« Je vais vous montrer », répondit-elle en prenant ma main dans la sienne, puis en partant de cette longue démarche ‘on ne fait pas de prisonnier’, qui me fit à moitié courir à chaque pas pour rester debout.

Avant que je ne le réalise, nous étions sorties par le portail en direction de notre voiture, garée à l’arrière.

« Heu, Ice ? » Demandai-je lorsque je pus reprendre mon souffle.

« Mm ? » Répondit-elle en déverrouillant les portières pour les ouvrir rapidement.

« Ce ne sont pas les gars… qu’on cherche là-bas ? »

« Oui. » Le mot sortit rapidement.

« Alors… pourquoi est-ce qu’on va dans la direction opposée ? On n’est pas supposées les surveiller ? »

« C’est exactement ce qu’on va faire. »

Je regardai par-dessus mon épaule vers Critter, qui sourit et haussa les épaules d’impuissance avant de baisser la tête et de s’asseoir sur le siège arrière. Pony se contenta de sourire d’un air hautain.

Je regardai ma compagne. « Ce ne serait pas mieux de les surveiller là où on peut les voir ? »

Son sourire fit honte à celui de la Madone. « On va le faire. Après. »

Je grommelai et me glissai dans la voiture avant de claquer la portière. Ice sourit d’un air narquois en se glissant à l’intérieur et lorsqu’elle baissa ses lunettes, je vis ses yeux briller de malice. Je passai la langue et elle rit, en posant une main chaude sur ma cuisse. « On va attendre qu’ils sortent. De cette façon, ils ne verront personne les suivre hors du marché. Ensuite, quand ils partiront, on va les suivre à une distance de sécurité. »

« Ça parait pertinent », accordai-je, ne voulant pas la laisser se tirer d’affaire complètement.

Mais bien sûr, elle ne se laissa pas avoir. « Bien sûr que ça l’est », répondit-elle en me donnant sa propre version d’un sourire impertinent avant de remettre ses lunettes à leur place habituelle et de se tourner vers l’avant à nouveau.

Mais sa main chaude était toujours posée confortablement sur ma cuisse, et lorsque je la couvris de la mienne (comme si je pouvais m’en empêcher), elle pressa nos doigts doucement, et tout alla pour le mieux dans mon monde.

***************

Nous n’eûmes pas à attendre longtemps avant que les deux hommes apparaissent au portail et se dirigent vers leur voiture, suivis par plusieurs marchands, chacun portant des caisses pleines de marchandises. La voiture en question était une longue berline autrement noire, mais couverte à cet instant de poussière du désert jaune rougeâtre. Garée au milieu d’un groupe de camionnettes et de voitures probablement volées, dont la date de sortie devait se situer à la fin des années quatre-vingt-dix, elle ressortait comme un marteau-pilon avide.

En quelques minutes, les marchands eurent fini de placer leurs caisses sur le siège arrière et le coffre de la voiture et furent sommairement renvoyés d’un geste par les deux hommes sans demander leur reste, pour ce que je pus en voir.

Les hommes entrèrent dans leur voiture et démarrèrent dans un nuage de gravillons et de poussière.

Un instant plus tard, Ice démarra la voiture et se mit derrière d’autres acheteurs qui rentraient chez eux après une longue journée de marchandage. Elle avait pris les radios des deux voitures de police avant qu’elles ne s’envolent pour le paradis des autos et les avait réinstallées dans les deux voitures que nous utilisions actuellement. Elle décrocha le micro et poussa le bouton tandis que nous roulions à vitesse moyenne sur une nationale à deux voies droite comme une flèche, en suivant un petit convoi de voitures et de camionnettes. « Tu m’entends ? »

« Ouais », dit Rio dans la radio.

« Comment ça s’est passé ? »

« C’était bien des appâts, en effet. Ils nous ont entrainées dans une bonne traque mais j’ai fait demi-tour avant que cela ne devienne trop évident. On revient vers vous maintenant. »

« On est en route, en direction de l’ouest vers les montagnes. On est à environ deux kilomètres. »

« Je continue et je me range derrière vous, alors. »

« Très bien. On suit une berline noire, deux hommes à l’intérieur. »

« C’est bon. Terminé. »

Ice rangea le micro et mit les deux mains sur le volant pour poursuivre le soleil d’hiver qui commençait sa lente descente en méandres à l’ouest vers la ligne de montagnes à proche distance.

La conversation, le peu qu’il y en eut, fut décousue et je passai du temps à remercier silencieusement Ice pour avoir envoyé Nia avec Rio. Quarante-cinq minutes après notre départ, je vis la berline beige abîmée de Rio nous croiser, puis faire un demi-tour sur la nationale et se placer derrière la rangée de voitures qui se dirigeaient vers l’ouest.

Nous continuâmes pendant peut-être une autre demi-heure lorsque la radio d’Ice crépita d’un appel entrant. La voix pressée de Rio sortit du haut-parleur. « Merde. Je sais où il va. Suis-moi. »

Tandis qu’Ice ralentissait, Rio traversa une ligne jaune et se plaça devant notre voiture. Devant et sur la gauche, il y avait un embranchement, et quand Rio mit son clignotant, Ice la suivit derrière une rangée de deux ou trois autres voitures pour tourner également, laissant le reste de la caravane improvisée continuer, toujours menée par les hommes de Cavallo.

Nous étions dans les avant-monts et tandis que les voitures devant Rio continuaient, celle-ci s’arrêta, son pare-chocs avant touchant presque la colline rocheuse qui s’élevait devant nous comme un aileron de requin dans un océan calme, mais plutôt sale.

La voiture n’était pas encore à l’arrêt qu’elle sortit brusquement et courut sur le flanc de la colline (plutôt une petite montagne en fait) à une vitesse bien plus grande qu’on imaginerait un aussi grand corps capable de le faire.

Nia sortit plus lentement, se contentant de regarder la montagne et la silhouette de Rio qui revenait rapidement avec la bouche ouverte de choc.

Après s’être garée à côté de la voiture arrêtée, Ice sortit d’un pas plus tranquille, mais une fois qu’elle fut dehors, elle alla vers Rio, la rattrapant plutôt vite malgré l’avance de celle-ci.

« On monte ? » Me demanda Pony, les sourcils dressés.

« On monte », répondis-je en partant déjà.

« Je m’en doutais », marmonna-t-elle, en grimpant près de moi avec Critter et Nia sur nos traces.

La montée était raide, l’équilibre précaire, et quand je parvins enfin en haut, je respirais difficilement et je baignais dans une fine couche de sueur. Mais j’étais contente dans mon for intérieur, de noter que Pony et Critter étaient toutes les deux encore plus essoufflées que moi, alors que Nia bataillait encore pour atteindre le sommet, le visage coloré et couvert de sueur.

Je couvris les derniers mètres et allai me poster près d’Ice, qui se tenait dans un petit bosquet de pins durs et noueux, respirant comme si elle venait de faire une simple promenade sur une route de campagne. Mais là où j’aurais pu autrefois ressentir de l’envie à voir son étalage suprême de forme physique, je me contentai de simplement sourire et secouer la tête.

« Quoi ? » Demanda-t-elle, le sourcil dressé.

« Rien », répondis-je en la poussant un peu. « Qu’est-ce qui se passe ? »

Je suivis le doigt pointé de ma compagne et remarquai une demeure plutôt grande entourée de tous les côtés par de hauts murs de pierre. La maison elle-même semblait faite d’adobe rose avec un toit de tuiles espagnoles bleues. Elle avait l’air pas mal délabrée, comme si on ne s’en était pas occupé depuis pas mal de temps. Une partie des tuiles manquait, la cour pullulait de cactus, oliviers et pins trop poussés, et la grande piscine creusée était remplie à ras-bord d’algues vertes et de Dieu seul sait quoi d’autre.

Tandis que je regardai, la berline noire entra dans la résidence et s’arrêta dans l’allée circulaire près de l’entrée principale de la maison. Plusieurs hommes sortirent de celle-ci, tous armés, pour aider à prendre les caisses que les hommes avaient rapportées avec eux.

Malgré mes efforts, je ne pus voir Cavallo lui-même ce qui, pour autant que vous puissiez le deviner, ne me posa aucun problème.

« Comment l’as-tu su ? » Murmurai-je à Rio, qui se tenait de l’autre côté d’Ice.

Elle me regarda avec une expression dégoûtée à son propre égard. « Je ne le savais pas. Mais j’aurais dû. » Ses grandes mains formaient des poings serrés, qu’elle cognait inutilement contre ses cuisses de la taille de troncs. « Y a beaucoup de résidences comme ça dans le coin. Les seigneurs de la drogue et les dictateurs en cavale se cachent par-ici. Ils font ça depuis cinquante ans voire plus. Je ne me suis pas rendu compte qu’il était planqué ici jusqu’à ce qu’on se rapproche. Bon sang. »

« Ça suffit, Rio. » La voix d’Ice était douce mais le ton de commandement qu’elle contenait était indéniable, et immuable.

Les épaules de Rio s’affaissèrent.

« Tu sais quelque chose sur cette résidence précise ? » Demanda ma compagne, en couvrant l’endroit en question du regard.

L’expression de l’autre femme s’éclaira légèrement tandis qu’elle carrait les épaules. « En fait, oui. Un ami à moi a été gardien ici pendant dix ans avant que le seigneur de la drogue qui vivait ici ne reparte chez lui. Pour autant que je sache, ça a été vide pendant deux ans, peut-être trois. »

« Est-ce que ton ami est toujours dans le coin ? »

« Oui. A vingt-cinq kilomètres environ dans la direction d’où on est venues. »

« Très bien. Allons-y. Je veux avoir une bonne idée de ce qu’il y a à l’intérieur avant de décider quoi faire. »

Sachant reconnaître qu’une conversation était terminée quand je l’entendais, je me détournai de la vue de la résidence depuis le sommet puis me figeai lorsque je tentai mentalement d’ajuster l’image que mes yeux m’envoyaient.

Ce que je pensais voir, c’était une grande nappe de brouillard arrivant de l’est. Si le brouillard était jaune, bien sûr. Ce qui n’est pas le cas normalement. Mais comme le brouillard, elle avait une qualité mystérieuse, cette nappe, et elle aurait même pu être belle à sa façon, à part cette affreuse couleur jaune.

Transportée, mais un peu effrayée, pour être honnête, je levai les yeux. Et je vis quelque chose qui, si cela était possible, était encore plus étrange.

C’est comme si quelqu’un avait pris une règle et avait tracé une ligne parfaitement droite le long du ciel. A l’est de cette ligne, le ciel était d’un bleu d’hiver clair et plein de vie. A l’est, un vide noir profond. Noir comme la nuit, mais sans aucune lune ou étoile pour montrer le chemin.

C’était quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant et c’était plus qu’effrayant.

Et comme pour m’effrayer encore plus, une brise rafraîchissante se leva. Et cette brise était froide. Glacée.

Je frissonnai dans la chemise en coton qu’Ice m’avait donnée et la serrai un peu plus contre ma peau couverte de sueur.

Pony se retourna juste après moi et comme moi, elle se figea à cette vue. « Une tempête de poussière », marmonna-t-elle d’un air dégoûté. « Merde. »

« Plus que ça », dit Rio derrière nous. « Une mousson. Et une sévère, à en juger le ciel. »

« Une mousson ? » Répliqua Pony. « En décembre ? ! ? »

« Mère Nature ne lit pas toujours le calendrier de l’Homme Blanc », répondit Rio.

« Elle devrait commencer alors, purée. »

Sentant qu’une tempête d’une autre nature commençait à monter, je m’avançai, détournant l’attention de Rio de Pony. « Alors, qu’est-ce qu’on fait ? »

« On va vers l’est, comme prévu. »

« Dans la tempête ? » Demandai-je, la voix colorée de doute.

Son regard sombre croisa le mien. « Le seul chemin à travers ces montagnes, c’est de prendre la nationale, qui mène droit au fond de la vallée et qui traverse une rivière importante. C’est à cinquante kilomètres environ avant que le fond de la vallée ne remonte. C’est une plaine d’inondation. On n’arrivera jamais à aller plus vite que la tempête. » Elle montra devant elle. « Il y a des terres plus hautes à l’est. C’est plus sûr, même si ça signifie entrer dans la gueule de la tempête. »

Je regardai Ice qui hocha la tête pour acquiescer la déclaration succincte de Rio.

« On sort de la friteuse pour sauter dans le feu, hein ? »

Ma compagne sourit un peu avant d’avancer et de toucher légèrement mon dos. « Allons-y. »

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A suivre chapitre 8 – 2ème partie