INDISCRETIONS

Deuxième saison

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

Episode 19 : J’adore Paris au printemps

Traduction reprise par Fryda (décembre 2011)

NdlT : Les termes en italiques sont en français dans le texte ou des tournures de cajun, parler de la Louisiane.

*****************

« Oh Seigneur, oui. »

Kels m’attrape les fesses et me colle contre elle. Je me penche et capture ses lèvres dans un baiser torride. Je reste immobile un moment pour laisser Kels me sentir puis je reprends notre rythme.

Sa main droite commence une lente caresse le long de ma colonne vertébrale, m’effleurant. Ça me distrait mais aussi tout comme le contact de ses seins sous les miens. Nos corps glissent aisément l’un contre l’autre. Des mois passés à s’aimer nous ont appris à nous connaître et la sueur qui résulte de nos efforts facilite grandement le mouvement. Son souffle s’accélère et je suis satisfaite de sentir sa réponse à mon contact.

Elle bouge sa jambe et l’enroule autour de ma taille. « Harper… » Dit-elle dans un souffle. Ma chérie a les yeux fermés et la tête en arrière. Ça lui fait arquer le corps et je glisse mon bras sous elle, je la tiens serrée et j’utilise l’autre pour m’empêcher de peser totalement sur elle. J’adore être aussi près d’elle.

Qui aurait pensé que le sexe marital était si bon ?

Kels me ramène à la réalité en criant. J’arrête tout mouvement immédiatement et commence à me reculer. « Bébé, je t’ai fait mal ? »

Elle prend une inspiration profonde et ouvre des yeux embués. « Non… » Elle essuie la sueur de mon front. « C’est tellement bon. C’est intense. »

« Les bébés ? » Je ne suis toujours pas convaincue.

« On va tous bien. Mais ça va changer si tu t’arrêtes maintenant. » Elle prend mon sein dans sa main et pince mon téton sans que je m’y attende, ce qui me fait tomber sur elle. « C’est mieux », dit-elle en soupirant, tandis que je glisse sur elle.

Je ris sur sa peau, goûtant le sel de sa sueur. Je dépose des baisers sur sa poitrine et sur son cou avant d’atteindre à nouveau sa bouche. « J’adore être mariée avec toi », dis-je dans un murmure avant de couper court à toute réplique de sa part. Mais sa réponse est évidente quand ses hanches recommencent à bouger.

Nous recommençons. Je suis très consciente des changements dans son corps. Ses seins sont plus lourds et totalement appétissants. Il se pourrait que je doive lutter avec nos enfants pour les approcher dans quelques mois. Mais pour l’instant, je n’ai pas de concurrence.

Ses mains viennent s’enfouir dans mes cheveux et me maintiennent en place, pas que j’ai la moindre intention de bouger. « Je t’ai tellement », halète Kels, « attendue. »

Je grogne sur son sein.

« Rien n’importait avant toi », continue-t-elle.

Je prends le rythme, anxieuse de la satisfaire. Le vol vers Paris nous a presque consumées de désir. Quand on a fini par arriver à l’hôtel La Vie en Rose, on a vraiment eu du mal à arriver à la chambre. Et là, le roulis de notre bateau-hôtel ajoute à notre plaisir.

Seigneur que je suis contente que ses nausées matinales soient passées et pour de bon.

Je commence à rire mais ce n’est pas vraiment drôle. Ses ongles me grattent l’épaule et je me concentre sur la tâche. Je bouge rapidement et profondément, j’écoute les changements dans sa respiration, tout ce que je veux c’est l’entendre crier de plaisir. J’adore être avec elle comme ça, face à face, seins contre seins, hanches sur hanches. J’adore la regarder dans les yeux et vivre tout ça comme elle le fait.

Elle me donne cette vision de son cœur. Ses yeux écarquillés et inquisiteurs. Elle en veut plus. Je peux le lui donner.

Ma main glisse de dessous elle jusqu’à sa hanche. Je l’attrape et commence à guider ses mouvements, l’écartant un peu plus, la soulevant en rythme avec mes poussées. Kels me mord le cou en réponse. Oui, mon bébé est au bord. Je fais tourner mes hanches. Une fois, une seconde fois et une troisième.

« Harper ! S’il te plait ! »

« Qu’est-ce que tu veux chér ? Je dis d’une voix rauque, connaissant parfaitement la réponse.

« Seigneur… » Elle halète. « S’il te plait. »

« De quoi tu as besoin ? »

« De toi ! »

Je l’embrasse rudement. « Tu m’as, chér. » Je bouge à nouveau. « Mon cœur, mon âme et… » Je grogne quand elle met la main entre nos corps et me touche. « Et mon corps. » On peut jouer à deux à ce jeu. Je me frotte à sa main la faisant hoqueter et se mordre la lèvre inférieure.

Tout comme Kels, toute mon attention est concentrée sur un point précis de mon corps. Je la sens monter, la vague submergeante de la jouissance. Elle commence dans mes tripes, un serrement et un chatouillis dans mes extrémités et qui saisit rapidement tout mon corps.

Je veux le partager avec elle. Je bouge avec force contre elle et nous crions ensemble au même moment. Son corps se raidit entre mes bras. Puis tremblante, elle retombe sur le matelas m’entrainant avec elle. J’enfouis mon visage dans son épaule, humant son odeur, la nôtre.

Ses bras s’enroulent autour de mon cou et elle me serre contre elle. « Je t’aime, Harper. Tellement. »

Je prends des inspirations profondes pour calmer mon cœur qui bat vite. Je suis inquiète pour nos enfants, je roule de son corps et avec quelques mouvements rapides, je jette mon accessoire. Je m’enroule autour d’elle et j’étale ma main sur son sein que je masse doucement, faisant rouler le téton entre mes doigts. « Tu es toute ma vie. » Je la regarde avec intérêt quand son corps me répond à nouveau.

Elle ferme les yeux. « J’aime bien les lunes de miel. »

Je mordille son oreille. « On en a eu deux jusqu’ici. Je ne sais pas à combien on sera capables d’échapper. » Bien que Dieu sait combien lui faire l’amour tout le reste de ma vie résonne d’une manière douce à mes oreilles.

Kels se tourne vers moi et me fait un sourire très satisfait. Je le mets de côté. Je lui embrasse l’épaule. Kels me caresse les cheveux et dit, « on aura toujours Paris. »

J’éclate de rire et je la prends dans mes bras. « Tu es folle. »

* * *

Le matin suivant nous débarquons de notre petit paradis. La Vie en Rose est accosté juste en dessous du Pont de la Tournelle, sur la Rive Gauche. Je prends une inspiration profonde et suis assaillie par l’odeur de pain fraîchement cuit et de café de la multitude de petits troquets que nous croisons sur notre route. Je prends fermement la main de Kels dans la mienne, reconnaissante de notre anonymat en France. Tout le monde se fiche pas mal de savoir qui on est. Dans mon jean et ma veste en cuir, les cheveux tirés en arrière dans une queue de cheval, et avec des lunettes de soleil, on pourrait être n’importe quel couple hétéro amoureux. Et Dieu sait que Paris fourmille d’amoureux.

« Où est-ce qu’on est ? » demande Kels, en s’appuyant contre mon bras.

Je lui embrasse les cheveux. Mon Petit Gourou n’a pas vraiment vibré de joie quand je lui ai fait la surprise de notre voyage de noces. D’abord, le Concorde est un peu trop petit pour sa claustrophobie, même s’il rabote la moitié du temps de vol. Ensuite, pour une raison quelconque, mon épouse qui parle le français n’a pas beaucoup d’intérêt pour Paris.

Qui peut ne pas aimer Paris ?

Malheureusement, les billets étaient payés ainsi que notre hôtel flottant. Kels, éternel bon petit soldat, a accepté mon plan. Je pense que le fait que ce n’était que pour trois jours y a été pour quelque chose.

Il faudra que je me souvienne de ça : à l’avenir, demander son avis à l’épouse sur les projets de voyage avant de sortir la carte de crédit.

Je suis persuadée de pouvoir faire en sorte que Kels tombe amoureuse de la Ville de Lumières, comme ça a été le cas pour moi à mon premier voyage. « Ça c’est la Rive Gauche et on est dans le Quartier Latin. On l’appelle comme ça parce que c’était le centre de la vie universitaire parisienne et qu’on y parlait que le Latin. »

« J’aurais échoué. »

« Pareil pour moi, bébé. »

« Alors », elle me caresse le bras de sa main libre, « c’est quoi nos plans pour aujourd’hui ? »

Ils changent rapidement à son contact. « Je pensais qu’on pourrait aller vers l’Ile de la Cité et voir Notre Dame et la Sainte Chapelle. »

« Je connais Notre Dame, mais la Sainte Chapelle, c’est quoi ? »

« Beau, comme toi. »

Ma réponse la fait rougir et sourire timidement. Je suis peut-être mariée mais j’ai encore le truc.

* * *

Nous traversons la Seine et nous retrouvons vite devant Notre Dame. L’édifice est magnifique, un chef d’œuvre de l’architecture gothique du treizième siècle. Des vitraux, des statues, des tours à escaliers en spirale et des gargouilles se combinent pour refléter la splendeur de ses artisans et le Dieu qu’ils servaient. Je dois admettre avoir un faible pour les gargouilles, qui œuvrent ici à la fois comme entonnoirs et comme symbole des âmes piégées entre le paradis et l’enfer.

« Stupéfiant », murmure Kels, malgré le fait que nous nous tenions à l’extérieur du sanctuaire.

Je montre la statue à la gauche de la porte. Elle dépeint un homme qui tient sa tête dans ses mains. « C’est Saint Denis. C’était l’évêque de Paris et il a été décapité par les Romains. La légende dit qu’après avoir été décapité, il s’est levé et a mis sa tête sous son bras. Il s’est arrêté à une fontaine pour la laver et il est reparti pour trouver une meilleure place auprès de son Créateur. »

« Et les gens croient ça ? »

« Tellement que le christianisme a gagné du terrain. Mais Notre Dame n’a pas toujours été une cathédrale chrétienne. Pendant la Révolution française, elle est devenue le ‘Temple du Culte de la Raison’. Une femme vêtue comme notre Statue de la Liberté se trouvait sur l’autel pour représenter le symbole de la divinité de l’Homme. »

« Comment tu en sais autant sur Paris ? »

« Ma chérie, je suis née en Louisiane, qu’on a achetée aux Français. Je peux tracer mes ancêtres jusque dans la campagne française au début du seizième siècle. » Je souris d’un air cavalier et je prends un accent français horrible, un peu comme Pépé le Putois (NdlT : en VO : Pepe le Pew est une mouffette (pas un putois…) créé par Looney Tunes, et qui se promène dans Paris au printemps à la recherche du Grand Amour). « En plus, je voulais devenir une amante fabuleuse en grandissant. »

Kels rit de mon trait d’esprit. « Ça, tu l’as réussi. »

« Ma petite mouffette du sexe faible », je continue en lui prenant les hanches pour la coller contre moi. « Tu m’as trouvée ! » Je lui embrasse le front. « Comme c’est mignon ! » Le nez. « Comme c’est malin ! On ne se séparera plus jamais ! » Alors que nous rions toutes les deux, je réussis à l’embrasser sur les lèvres.

« Toi », réplique Kels, dans un accent encore pire, « tu es ma mouffette préférée. »

* * *

Nous nous détournons de notre route vers la Sainte Chapelle. Harper insiste pour que nous achetions des glaces malgré le fait que nous n’avons pas encore mangé. Je proteste mais ça ne fait que la renforcer dans l’idée qu’elle a mérité cette indulgence, et elle m’emmène vers une petite devanture de magasin. Nous nous penchons au-dessus du comptoir et étudions tous les parfums de glace et de sorbet présentés.

« Allez, ne commande pas juste du chocolat ou de la vanille », m’avertit Harper. « Ce truc est génial. » Elle regarde la serveuse et lui fait un sourire énorme. La fille prend ça pour du flirt. Mais moi je sais ce que c’est. Harper est très certainement excitée par l’idée de manger cette glace.

Ah les jeunes. Je regarde la liste des parfums et je fais mon choix. « Framboise », je commande. J’ai toujours adoré ce fruit.

Harper me regarde d’un air lubrique. « Mangue et fruits de la passion », dit-elle.

Bien sûr qu’elle veut de la mangue et de la passion. Harper est faite de passion. Surtout récemment. Dieu merci les femmes atteignent leur apogée sexuelle en fin de trentaine et début de quarantaine. Je pourrais bien ne pas survivre à Harper autrement. Je ne sais pas ce que je vais faire d’elle dans quinze ans.

Purée, bien sûr que je sais. Je vais m’allonger et en profiter. Et m’assurer que la porte de la chambre à coucher est verrouillée pour que les jumeaux n’entrent pas accidentellement.

Harper me regarde attentivement tandis que je goûte ma première glace de chez Bertillon.

Oh mon Dieu. C’est stupéfiant. C’est un orgasme culinaire.

Harper doit voir et comprendre ce qui se lit sur mon visage. Elle a une expression étonnamment suffisante. « Plus tard, je te le promets. »

Je commence à apprécier Paris.

* * *

C’est époustouflant. Je me tiens dans l’église supérieure de la Sainte Chapelle, baignée d’un arc-en-ciel de couleurs. Je tends la main et regarde les couleurs chatoyantes danser sur ma peau. Il se pourrait que je révise mon opinion sur Paris.

La cathédrale est faite de pierre et de verre. Elle a été terminée en cinq années étonnantes ; il a fallu près de deux siècles pour terminer Notre Dame. La pièce dans laquelle nous nous trouvons est magnifique. Le mur en face de l’autel a un vitrail rose énorme qui, selon les guides qui nous sont fournis, dépeint la fin du monde. A partir de la gauche de l’autel et faisant le tour des deux autres murs, il y a quinze vitraux séparés avec plus de  onze cents scènes, la plupart tirées de la Bible.

Harper me montre une scène. « Ça c’est Caïn qui frappe violemment Abel. Caïn est en rouge. » Je hoche la tête. « Ces panneaux décrivent la vie de Moïse. Ceux-là l’arrestation de Jésus et sa crucifixion. »

Je regarde le guide que je tiens. « Ça dit que c’est comme ça qu’on a appris la Bible aux illettrés. »

« Vrai. Bien que ce haut sanctuaire ait été créé pour les membres de la famille royale. La véritable raison pour laquelle cette cathédrale a été construite, c’était pour recevoir la couronne d’épines que Jésus portait à sa crucifixion. »

« On peut la voir ? » Je commence à regarder vers l’autel un peu plus attentivement. Ça serait impressionnant, même si je doute que ce soit l’authentique.

« J’ai bien peur que non chér. Elle est maintenant dans le trésor de Notre Dame et on ne la sort que pour le Vendredi Saint. On vient juste de la rater. »

Je décide de m’amuser un peu avec elle. « Pourquoi est-ce qu’on n’est pas venues pour Pâques alors ? »

Harper commence à répondre, s’arrête, recommence. Elle finit par lever ma main et remue mon alliance devant mes yeux. « Peut-être l’année prochaine. »

Je reconnais l’expression dans les yeux d’Harper. Je l’ai vue hier soir et ce matin. Plusieurs fois. Et merde, on est en voyage de noces. Personne ne s’attend à ce qu’on quitte la chambre, encore moins à ce qu’on fasse du tourisme comme on a fait aujourd’hui. « Ça me va parce que j’ai des plans pour toi là maintenant. »

« Ah oui ? » Harper répond, avec une grande expression d’espoir.

« Absolument. Emmène-moi à la maison, Tombeuse. »

* * *

Kels n’est pas branchée à l’idée de nous arrêter pour un déjeuner tardif sur la route du retour, mais j’insiste. J’ai bien l’intention qu’on ne sorte pas ce soir. Alors on a besoin de recharger notre énergie.

En plus, je veux que ma chérie voie voit un peu de la ville. Autrement Mama va avoir une attaque si Kels ne peut décrire que l’intérieur de notre cabine quand on rentrera.

On se dirige vers le Marais qui se trouve être aussi le quartier gay de Paris, comme le Village l’est à New York. Ici, je n’ai pas de scrupules à tenir la main de Kels et à me pencher pour lui poser un baiser sur la joue.

Ce quartier est l’un des plus vieux de Paris et une grande partie de la population juive de la ville y réside. C’est aussi là que je trouve ma nourriture préférée au Yahalom, qui vend du pain halla qui fond dans la bouche.

On mange et on prend un taxi jusqu’à notre bateau.

Et on s’installe pour la soirée.

* * *

« Ne bouge pas », je ronronne dans son oreille, en entrant dans la douche derrière elle. Elle se fige. Elle me connait bien. Je tends la main pour lui prendre le savon. Je commence à laver longuement et lentement son dos, avec ce qui est plus un massage humide qu’autre chose. « C’est bon ? »

« Oh oui », répond- elle sans bouger un seul muscle. Elle connait mes règles. Je lui dis de ne pas bouger, elle ne bouge pas. Elle est très obéissante, tout bien considéré.

Je prends mon temps et j’écoute sa respiration, ou plutôt, je l’écouter essayer de contrôler sa respiration. Je souris et je glisse mes mains autour de son torse pour continuer à la savonner. Elle a un contrôle extrêmement étonnant sur ses muscles. Je peux pardonner le léger tremblement. Après tout, je fais de mon mieux pour la torturer. De la meilleure des façons.

Elle déteste que je ne la laisse pas me toucher, mais ça lui va quand même. Du moins, elle ne s’en est jamais plainte. Je parie que si je me mets devant elle, ses yeux seront fermés. Quand elle les ouvrira, ils seront de cette couleur bleue vraiment incroyable. C’est le regard qu’elle a quand elle est excitée. Et ça ne rate jamais pour moi non plus.

Je pourrais aussi bien tester cette théorie.

Je me glisse devant elle, l’eau chaude me massant le dos et je regarde son visage. Les yeux bien fermés. Mes mains remontent lentement de son estomac à ses seins. Je les pétris affectueusement. Elle prend une inspiration profonde et tremblante. Elle ouvre les yeux et me regarde, en se léchant les lèvres. Comme prévu, ses yeux sont très bleus, très sexys.

« S’il te plait », murmure-t-elle.

« S’il te plait quoi, Tabloïde ? » Je continue sur sa poitrine en me rapprochant d’elle. Je sens la chaleur qui irradie d’elle et qui ne vient pas que de l’eau qui coule de la douche.

« Laisse-moi te toucher. »

Seigneur que c’est tentant, j’adore son contact. Mais pas maintenant. « Non », je traine sur le mot. « Si je fais ça, tu vas prendre la main. Je veux diriger. »

« Je te promets… »

Je me penche et je capture sa bouche dans un baiser torride. Quand j’en ai fini, je recule. « Non », je répète doucement. Ma main droite voyage le long de son corps et écarte ses cuisses. Elle bouge vite à ma requête silencieuse. « Le mur », je lui dis.

Elle grogne, trouvant une position dans la douche qui lui permet d’écarter les bras sur les côtés. Ça a deux objectifs. Un, ça lui donne le soutien dont elle a besoin. Et deux, ça lui donne quelque chose à faire de ses mains au lieu de débattre quant à savoir si elle va me toucher ou pas. Je sais que l’un de ces jours, elle va péter les plombs que je lui fasse ça.

Mais je sais qu’elle adore ça. Je peux le dire simplement en la regardant. Sa peau rougit, sa respiration augmente et ses muscles se tendent. S’il y avait le moindre doute dans mon esprit, il disparait totalement quand ma main glisse entre ses jambes. Je regarde les muscles rouler sur son estomac tandis que j’explore tout mon content. Les gémissements me renseignent sur le plaisir qu’elle prend à mon toucher.

« Oh tu aimes ça, pas vrai, Tombeuse ? » J’enroule ma main libre dans ses cheveux et je frotte mon corps contre le sien, continuant mes investigations. Comme si j’avais besoin d’investiguer. Je connais chaque partie de son corps et je sais comment les faire réagir.

Je sais qu’elle a probablement eu des amantes bien plus talentueuses que moi mais on dirait que je la satisfais toujours. Dans mon cœur, dans mon esprit et avec mon corps, ceci est bien plus que du sexe. C’est faire l’amour. On peut coucher avec n’importe qui. On ne peut faire l’amour qu’avec quelqu’un qui a votre cœur et votre âme. Tout comme elle a les miens.

« Kels… » Elle grogne, la tête tombant vers l’avant. « Oh, bébé, s’il te plait. » Je regarde ses bras trembler tandis qu’elle se retient au mur.

Mes mains massent sa nuque, mes lèvres trouvent son oreille. Je laisse un chemin de petits baisers avant de mordiller un peu son lobe. « Tu veux aller au lit, Tabloïde ? »

« Oui, s’il te plait. »

Je me tourne, la plantant là. A la regarder, on penserait qu’elle a été enchainée et torturée pendant des heures. Elle a la tête penchée en avant, la respiration saccadée. Après avoir coupé l’eau, j’attrape une serviette et je la sèche puis je lui lève le menton pour que son regard croise le mien. « Va au lit et attends-moi », je lui dis doucement. « Tu sais comment je te veux, pas vrai ? »

« Oui. »

Elle bouge alors et se dirige vers notre chambre à coucher. Je me sèche, prenant mon temps, utilisant une huile de corps légèrement parfumée à la lavande pour me mettre à mon avantage. Je suis sûre que je lui donne assez de temps pour qu’elle marine dans son jus, comme on dit.

J’entre dans notre chambre et je la trouve étendue sur le lit. Elle est sur le dos et agrippe déjà les draps. Je ris doucement en marchant lentement autour du lit. Son regard me suit. « Je veux essayer quelque chose de nouveau ce soir, Harper. Tu en as envie ? »

« Oh oui. » Elle hoche la tête. « Je ferai tout pour toi. »

« Hmm, comme c’est gentil. » Je Llui dis-je en m’allongeant près d’elle. « Parce que ce que j’ai en tête est en fait pour toi. »

Elle déglutit et ferme brusquement les yeux. « Seigneur…  »

J’adore jouer avec elle. « Pas un mot, Tabloïde. » Je m’étire sur le dos et je la guide sans mots jusqu’à ce qu’elle soit à genoux au-dessus de moi.

Alors je commence une exploration orale profonde de l’intérieur de ses cuisses, sans jamais aller assez haut pour être là où elle me veut vraiment. J’entends ses grognements et gémissements de frustration mais elle ne dit pas un mot, parce que je lui ai dit de ne pas parler. C’est son halètement qui me distrait de ma quête. Je m’arrête, je lève les yeux et je lui dis tout en amenant mes mains sur ses côtés. « Tu veux peut-être te tenir à la tête de lit. » Et je vais où elle me veut et a besoin de moi. Elle tremble déjà. Ses hanches bougent dans mes mains en sursauts rapides.

Finalement, elle ne peut plus s’en empêcher et doit parler. « Oh Seigneur, Kels, s’il te plait. S’il te plait. »

J’adore la façon, dont elle supplie.

J’entends un grognement rude, sa respiration s’arrête et tous ses muscles se raidissent ; Tandis que je prends tout ce qu’on me donne et que je le fais mien, j’imagine que l’arrière de la tête de lit portera des marques permanentes de ses doigts.

Elle s’affaisse en avant dans un dernier orgasme et s’appuie contre la tête de lit. Je bouge et viens me mettre derrière elle, massant son dos et essuyant une goutte de transpiration qui coule lentement. « Viens, bébé. Allonge-toi avec moi. Je vais te tenir. »

Je la guide et elle me tombe dans les bras, tranquillement allongée, tremblant légèrement. Elle ouvre les yeux et me regarde. Ils sont presque gris maintenant. « Je t’aime. »

« Je t’aime aussi. Beaucoup. »

* * *

Je tourne le coin de la rue et je sens l’air quitter mes poumons. Plus loin dans le couloir, rehaussée par le soleil de l’après-midi, se trouve la Venus de Milo. Elle est exquise et bien au-delà de tout ce que j’avais imaginé. Je tire Harper par la main et je l’entraine dans le couloir, sans me préoccuper des autres personnes sur notre chemin.

Nous nous tenons devant la barrière de cordes et regardons la sculpture. « Mon Dieu, qu’elle est belle », je murmure.

« Elle a été sculptée en 150 avant JC. Tu peux imaginer ce que ça doit avoir été d’assister à sa création ? Et de savoir combien de générations l’ont regardée et ont ressenti la même chose ? »

Voilà une facette d’Harper différente de ce que j’ai connu jusqu’ici. « Tu es romantique », dis-je d’un ton accusateur en tirant sur sa veste en cuir. « Pas du genre inavouée, plutôt du genre invétérée. »

Elle m’embrasse sur le dessus de la tête, déplaçant mes cheveux. « Juste avec toi, chér. »

« Bien. » Je n’aime pas l’idée que quelqu’un d’autre puisse voir cette facette d’elle. Mon pouce frotte mon alliance. « Je te veux toute à moi. »

Nous nous promenons dans le Louvre jusqu’à ce que nous arrivions dans la pièce qui abrite l’œuvre d’art la plus célèbre et la plus fortement assurée – la Joconde. La première chose que je remarque, c’est combien la galerie est bondée. La seconde, c’est combien le portrait est petit. Il est en sécurité derrière un épais panneau de verre, ayant déjà été volé une fois au musée. Malgré les interdictions, beaucoup de gens prennent des photos avec flash du chef d’œuvre de Léonard.

Harper renifle et fait la grimace.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Elle se penche pour murmurer sa réponse. « Je pense que certains de nos amis touristes devraient prendre une douche. Soit c’est ça, soit cette pièce mérite une meilleure climatisation. »

Je serre les lèvres pour m’empêcher d’éclater de rire. C’est vrai. Ça sent vraiment mauvais ici.

« Tu peux la voir ? » demande-t-elle.

Je me dresse sur le bout de mes pieds et je regarde par-dessus la tête du touriste qui se trouve devant moi. « Ouais, plutôt bien. »

Soudain, je sens deux grandes mains autour de ma taille et je suis soulevée. J’ai l’impression d’être redevenue une enfant, petite et légère, sans souci. Elle me tient assez haut pour que je puisse voir par-dessus tout le monde. Je me rends soudain compte que bientôt elle va le faire avec nos enfants. Une vague d’affection pour ma compagne monte en moi et je hoquète sur des larmes inattendues.

Elle me remet au sol et me regarde d’un air interrogateur. « Ça va ? »

Je hoche la tête et glisse les bras autour d’elle, sans me soucier du fait qu’on est dans un endroit public. Je pose mon oreille sur son cœur et j’écoute pendant un long moment pendant qu’elle me caresse affectueusement les cheveux.

« Il est temps de rentrer à l’hôtel ? »

« Non, tu m’as promis un dîner et un tour sur la grande roue à La Concorde. Tu dois me nourrir pour me donner des forces, tu sais ? »

Elle rit de son rire séduisant. « Très bien, je veux assurément que tu soies forte. J’ai des plans pour toi. »

* * *

L’aube est encore à quelques heures quand je me réveille. Je m’étire et j’entends mon épaule craquer. Je me demande ce qui m’a réveillée ?

« Harper, mon chou. » Elle me tapote affectueusement le dos. Je sens qu’elle veut me réveiller mais elle se sent un peu coupable.

Je roule sur le dos et je la prends dans mes bras. « Oui, chér ? Je peux faire quelque chose pour toi ? » J’adore les lunes de miel. Je commence à tracer des lignes légères sur son dos. Sa peau est si douce. Et goûtue. Je me penche et je la mordille sur la nuque.

« Harper », elle grogne en bougeant contre moi.

« Oui, chérie, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

Elle met les mains sur mes épaules et me repousse légèrement. « Tu peux m’apporter des plats chinois ? »

Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

Je secoue la tête, j’ai dû mal entendre. « Des plats chinois ? »

« Du poulet et des haricots mangetout. »

« Des haricots mangetout ? »

« Et de la soupe aigre et un nem et », je la vois rougir même dans l’obscurité de la cabine, « un Twinkie. »

Mon chou, j’ai déjà un Twinkie que tu peux manger. Kingsley, arrête ça. Tout de suite. Tu n’y es pas du tout là. Ne rends pas ça plus difficile qu’il ne faut. « Des envies ? »

Elle acquiesce de la tête.

Et bien, je savais que ce jour viendrait. Je me glisse hors des draps et la chaleur et le confort de son corps me manquent instantanément. Je commence à enfiler des vêtements. Je regarde ma montre et je grogne. Où est-ce que je vais trouver un traiteur chinois à trois heures du matin à Paris, bordel ?

Quand je suis prête à partir, je me penche et je donne un baiser langoureux à ma femme. « Je reviens dès que possible. »

Elle passe les doigts sur ma veste. « Merci, ma chérie. Oh », elle me rappelle alors que j’atteins la porte de la chambre, « tu peux t’assurer que c’est de la sauce brune, pas blanche ? »

« Bien sûr », je réponds. Je veux dire, bordel, c’est déjà une tâche impossible, pourquoi ne pas la rendre encore plus dure, hein ?

* * *

Hmm. Paris a été merveilleux. C’était beau et très romantique, et pour le sexe, ça a été incroyable, mais c’est bon d’être de retour à New York. C’est la journée du checkup, alors on va probablement avoir plus d’images des bébés. Je pense que Kevin a plutôt bien deviné qu’Harper les attend à chaque fois que nous venons. Il en a fait une partie régulière de mes examens. Tant que ça ne fait pas de mal aux bébés, je n’ai aucun problème avec ça. J’adore la façon dont ça fait sourire Harper. Ça lui donne aussi une autre connexion avec nos enfants.

« Alors », dis-je pour attirer l’attention de mon épouse qui a été capturée par un  tableau sur le mur.

« Kels, tu devrais voir ça. C’est super cool. Il faut qu’on en ait un comme ça à la maison. Il y a tout sur les bébés semaine après semaine. »

« Tout comme les trente ou quarante livres sur les bébés que tu as achetés et la pléthore de sites internet que tu as marqués. Tu n’a pas besoin d’un tableau mural. »

« Pour mon bureau. »

« Tabloïde, amène tes fesses par ici et assieds-toi avec moi. » Je tends la main d’un air très déterminé. « On a des trucs à penser. »

« Comme quoi ? » Elle balance sa jambe par-dessus un tabouret près de la table et prend ma main en s’asseyant.

« Une nounou et des prénoms. »

« Ah oui, une nounou avec un prénom, ce serait bien », dit-elle pour me taquiner. « Autrement, on va passer notre temps à dire ‘hé vous’. »

« Pourquoi est-ce que je t’ai épousée ? » Je la pousse d’un air joyeux.

Elle se penche pour grogner dans mon oreille : « parce que je t’ai mise enceinte. Il fallait bien que je fasse de toi une femme honnête. »

« Tu peux continuer à le croire si tu veux. »

« C’est ce que je vais faire, merci. » Elle m’embrasse.

Kevin entre et nous trouve dans un silence romantique. « Est-ce que vous vous arrêtez quelquefois ? » Il pose mon dossier sur le comptoir et l’ouvre, jetant un coup d’œil aux notes de l’infirmière.

« On attend d’être ici en fait. Les salles d’examen l’excitent », dit Harper d’un ton chantant.

Ce qui lui vaut une bonne tape sur la jambe.

Kevin s’assied près de moi en face d’Harper. « Alors comment vous sentez-vous ? »

« Je me sens super bien. J’ai senti les bébés bouger la semaine dernière. »

« Ah, une petite accélération. » Il sort son ruban et prend les mesures auxquelles je me suis habituée. « C’est attendu, surtout avec des jumeaux. Vous avez deux petits qui se battent pour prendre la place. Attendez de sentir le vrai premier coup de pied. Ça ne devrait plus tarder maintenant. » Il hoche la tête, visiblement satisfait de la taille de mon estomac. Pas moi. Même si je sais que c’est bon pour les bébés. C’est mauvais pour ma fierté.

« Je vois que vous avez pris pas mal de poids. » Mince alors, ouille ! « J’aimerais que les mères qui font une grossesse multiple fassent autant attention à elles que vous le faites. »

« Je peux compter sur des encouragements et un bon soutien de la part de celle-ci. » Je pousse Harper. « Elle ne me laissera pas faire quelque chose qu’elle pense mauvais pour nous. »

« Excellent. » Il fait un clin d’œil à Harper. « Ce sont des bébés très chanceux. » Il se tourne et note quelque chose sur le tableau. « Kelsey, dans quelle position dormez-vous habituellement ? »

« Sur le côté, collée contre Harper. »

« Sur le côté droit ou le gauche ? » Demande-t-il sans jamais détourner le regard du tableau.

« Le gauche. »

« Bien. C’est parfait en fait. »

« C’est si important ? » Harper semble un peu agacée par ses questions sur nos habitudes de sommeil.

« Oui, ça l’est en fait. Dormir sur le côté gauche accroit l’arrivée de sang dans l’utérus de Kelsey. C’est mieux pour les bébés. Si elle avait dormi sur le côté droit, je lui aurais demandé d’essayer de s’adapter, mais pas besoin. » Il se tourne à nouveau vers nous et nous fait un sourire encourageant. « Pas étonnant que ces bébés se développent aussi bien. Vous êtes trop douées toutes les deux », nous taquine-t-il. « On n’arrive même pas à vous faire commettre des erreurs. »

Il pratique l’examen médical aussi vite et aussi efficacement que d’habitude. Il est très satisfait des progrès de nos bébés. Il inscrit encore des notes sur mon tableau avant de revenir pour faire les photos des bébés pour Harper.

Seigneur que je déteste ce gel. Je ne m’y attends jamais vraiment et je tressaille à chaque fois.

Harper regarde attentivement l’écran, attendant que Kevin lui montre les bébés et toutes les nouveautés sur eux. Je suis allongée les yeux fermés et j’écoute ces merveilleux battements de cœur.

Stupéfiant.

* * *

Il y a un désavantage à être mariée à une femme enceinte : je dois maintenant faire les magasins. Et j’ai intérêt à aimer tout ce que je vois. Comme si j’allais discuter avec elle maintenant. Je veux vivre pour voir mes enfants. Elle est extrêmement sensible au fait qu’elle achète des vêtements de grossesse. A cause des jumeaux, ça se voit plus tôt que la plupart des femmes à son stade. Je continue à lui dire qu’elle est belle mais ça n’a pas l’air de la calmer vraiment.

« Il faut vraiment qu’on réfléchisse à embaucher une nounou », me dit-elle une nouvelle fois inutilement tandis que je change les paquets que je porte de côté. Je me demande ce qu’elle penserait si j’embauchais une mule pour les porter pour moi ? C’est probablement une très mauvaise idée. Vire-moi ça.

« Je sais. Comment tu vois ça ? Par une agence ou une petite annonce ? »

« On peut essayer les deux, je pense. » Elle soupire en regardant un autre haut. Il ressemble exactement à celui qu’elle vient de me montrer, mais quand elle le lève pour que je donne mon avis, j’acquiesce de la tête. A ce rythme, je ne vais plus jamais pouvoir secouer la tête pour dire ‘non’.

« Qu’est-ce que tu préfères ? »

Je pense qu’elle me parle de la façon d’embaucher une nounou. « Je veux être sûre qu’on a une bonne trame d’entretien et on doit faire une recherche sur leurs antécédents. La plupart des agences n’en font qu’une au mieux. Et personne, mais alors personne sûr, ne s’approchera de nos enfants sans que je sache ce qu’elle a mangé au petit déjeuner en classe de troisième. Je ne prends pas de risques avec vous trois. »

Ça me vaut un sourire éclatant. « Je parie que Papa pourrait nous trouver quelqu’un pour faire ça. »

« Oh, sans aucun doute. »

« Je vais l’appeler tout à l’heure. »

Je souris à ce commentaire. Je suis vraiment contente que Kels et son père s’entendent aussi bien. Je ne sais pas si elle l’a remarqué, mais elle semble plus heureuse maintenant qu’ils ont commencé à se réconcilier.

« Bon », elle avance vers le présentoir de vêtements suivant. « On commence à travailler sur les questions pour les entretiens et on passe une annonce, je présume. »

Je hoche à nouveau la tête. Il faut que je retourne travailler pour trouver quelqu’un à contredire et avec qui discuter.

* * *

Je m’assois derrière mon bureau. Je suis prête à recommencer à travailler. Je démarre l’ordinateur et j’attends que Brian finisse de rassembler les dossiers qu’il a pour moi. J’ai vu Harper il y a quelques minutes. Elle engueulait quelqu’un et elle avait l’air contente d’elle.

La porte s’ouvre. Brian apporte une petite pile de dossiers, et me lance un regard circonspect en me les tendant.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Il y a un mémo de Langston. »

« J’ai des ennuis ? » J’esquissee un sourire narquois en prenant mon coupe papier. J’ouvre l’enveloppe cachetée d’un geste sec, un peu à la façon dont j’aimerais couper la gorge de Langston…

« Je n’ai jamais vu arriver de bonnes nouvelles dans une enveloppe cachetée. Tu veux de la tisane ? »

« Oui, s’il te plait. » Je retire le mémo tandis que Brian quitte mon bureau. Je m’enfonce dans mon fauteuil et je prends le temps de lire avec soin le mémo adressé à Harper et à moi.

Oh oui, je suis dans de mauvais draps.

Mes reportages ont été réattribués aux autres correspondants et j’ai été reléguée à tous les petits reportages merdiques qu’il a pu trouver, des segments qui vont être traités par des producteurs de segments de bas niveau. Les reportages les plus importants ont été distribués et Harper va travailler avec Kendra, Sam et les autres sur ceux-là.

Je soupire en continuant à lire. Toutes mes apparitions personnelles, en public et sur des shows ont été annulées. Et mon temps d’antenne a été coupé.

Il y a un an, j’aurais été contrariée et j’aurais fait une crise. Mais maintenant, je suis contente de prendre ça comme un allègement de ma charge de travail et de me détendre. C’est mieux pour mes bébés. C’est nul pour ma carrière, mais c’est mieux pour mes bébés.

Je pose la lettre sur mon bureau et je ferme les yeux. Je me passe la main sur l’estomac et je peux encore les sentir bouger. Ils bougent pas mal et j’en savoure chaque seconde. J’essaie de ne pas le mentionner ou d’en faire trop là-dessus en ce moment parce qu’Harper ne peut pas le partager avec moi et je sais que ça la tanne vraiment.

« Kels ? » J’ouvre les yeux, Brian me tend mon thé. « Tu vas bien ? »

« Oh, oui. »

« Des mauvaises nouvelles ? »

« En temps normal, oui. En ce moment, non. » Je souris, prends mon thé et le sirote.

« D’accord, qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Kelsey Stanton ? » Il se penche comme s’il m’examinait pour trouver des implants de personnalité.

Je le renvoie d’un geste. « Brian, parfois on arrive à un moment dans sa vie où les priorités commencent à changer. Les miennes changent. Chaque jour où je vis une nouvelle expérience avec ma grossesse, mon centre d’intérêt évolue. Tu vois ce que je veux dire ? » Je me penche en avant et je lui fais signe de s’asseoir. « Je veux une famille. Je veux une famille bien plus que je ne veux une carrière, je pense. J’ai vu de très près ce que mettre sa carrière par-dessus tout peut faire à une famille et je ne le laisserai pas arriver. »

« Je comprends tout à fait. »

Juste au moment où je vais commenter ces mots, Harper passe ma porte avec sa copie du mémo à la main. Ou, devrais-je dire, une copie incroyablement chiffonnée du mémo dans sa main. « Quel fils de pute de salaud de conn… »

Je prends mon stylo et je commence à noter. Je vais lui faire verser de l’argent pour les comptes des jumeaux. Ça sera plus facile que de tenter de l’arrêter à ce stade. Oh, bon, je vais essayer quand même. « Harper, ma chérie, calme-toi. »

Brian fait une sortie rapide en refermant ma porte derrière lui. Il est malin, ce garçon.

« Je vais avoir une conversation d’homme à homme avec lui, enfin si c’est un homme. »

Je me lève de derrière mon bureau et je vais vers elle. Je lui caresse lentement les bras, j’essaie qu’elle me regarde. « Tu veux bien te calmer et m’écouter un instant ? Tout ça me va très bien. »

« C’est des conneries ! Tu as travaillé depuis le début pour en arriver là. Et maintenant, un connard met la merde à cause de nos enfants. Non ! Je ne vais pas rester les bras croisés. Il a pas choisi la bonne personne à emmerder. » Elle essaye de se dégager pour aller faire quelque chose d’incroyablement stupide. Je la retiens serrée.

Quand elle arrête de gigoter, je l’amène près du divan et je la fais asseoir. Je me place plutôt stratégiquement devant elle et je mets les mains sur mon estomac. « C’est bon, Harper. C’est mieux pour moi en ce moment. Mieux pour eux. Moins de travail c’est une bonne chose. »

« C’est pas juste, merde. »

« Juste ? Dans ce boulot, qu’est-ce qui est juste ? Non, ça ne l’est pas. Mais là maintenant, c’est ce qui est mieux. Et si tu fais quelque chose, tu vas aussi payer mon erreur. Alors, je veux que tu te comportes correctement et que tu fasses ce que le chef veut. » Je glisse ses mains sous mon haut comme ça elle a un contact direct avec les bébés. « On va savourer cette période et peut-être commencer à acheter des meubles pour bébé. »

« Tu ne dis pas ça juste parce que tu penses que je t’en demanderais trop ? » Sa voix, pour la première fois dans mon souvenir, contient une touche d’insécurité. « Tu sais que j’aime bien les grands reportages, mais Kels, je ne pourrai jamais te faire de mal, ni à nos bébés. Jamais. »

« Oh mon chou, je le sais bien. Harper, il fait ça parce que je l’ai embarrassé et que je l’ai envoyé au diable. C’est moi qu’il attaque. Pas toi. Tu restes sur les gros reportages. Je suis retirée de la course. On me rappelle qui est le chef, qui a le pouvoir. »

« Ça fait chier. Je n’aime pas l’idée de ne pas travailler avec toi. »

« Je sais, mais tu as toujours le contrôle créatif sur mes travaux. Et tu peux toujours sortir sur les grands reportages. Je peux te dire que Kendra a vraiment le feu sacré. Je pense que tu vas adorer travailler avec elle. »

« Tu me manques déjà. Je me fous totalement du feu de Kendra ou de quoi que ce soit. »

D’accord, je peux déjà dire que le mode Mère poule ne va pas tarder à sortir. « Harper, écoute-moi. Ne prends pas ça pour toi. Je ne le fais pas pour ça. Je regarde le bon côté des choses. J’ai moins de travail et plus de temps pour me préparer pour les bébés. C’est bien. Il faut que tu restes concentrée et que tu continues à lui produire les super histoires qu’il est habitué à recevoir de toi. Et je n’en attendrai pas moins de toi. Tu comprends ? »

Elle finit par sourire. Je pense qu’elle a saisi. Je sens qu’elle me masse le ventre. « D’accord, chef. Seigneur, que je t’aime. Et je pense que je dois un fric fou au fonds pour la scolarité des jumeaux. »

« Ouais, j’en ai bien peur, Tabloïde. » Je me penche et je l’embrasse sur le front. « On va essayer d’arranger ça avec le dîner auquel, à propos, tu m’emmènes ce soir et dont tu payes l’addition. D’accord ? »

« C’est comme si c’était fait, chér. »

« Bien. On devrait commencer à réfléchir à comment on va appeler ces deux-là, aussi. Je pense que ce sera plus facile d’attirer leur attention plus tard s’ils ont des noms. »

Elle rit de ma blague. « Sûr. Voyons voir… » Elle fronce les sourcils en réfléchissant. Je sens poindre les ennuis. « Carol et Coral ? Susan et Suzanne ? »

Je plisse le nez en entendant ces noms. Je me demande si Tabloïde se rend compte qu’elle propose de donner le nom d’une de mes ex à un des bébés. J’en doute. « Tu essaies d’ajouter plus d’argent au fonds pour le lycée ? Et qu’est-ce qui te fait penser que les deux sont des filles ? Ça pourrait être des garçons. Ou un de chaque. »

« Jonah et Johan ? Patrick et Patricia ? » Elle finit par s’arrêter, heureusement. « J’essaie seulement d’être serviable, ma chérie. J’ai hâte que le Dr McGuire nous dise le sexe des bébés. Tu veux le savoir aussi, non ? »

« Hmm, tu sais, je n’y ai pas vraiment pensé pour être honnête. » Je m’installe sur le divan près d’elle dans le creux de son bras, et je retire de la peluche imaginaire de sa chemise. « Je pense. Ça rendrait le choix des noms et les achats plus faciles. Mais, Harper, s’il ne peut pas le dire par ultrasons, je ne veux pas prendre le risque d’une amniocentèse. C’est bien trop dangereux. D’accord ? »

« Bien sûr, mon chou. En plus, je m’évanouirais si je voyais l’aiguille, je parie. » Elle sourit alors d’un air triomphant. « Et j’ajouterai tes dollars à ma note. »

« Marché conclu. Tu vois, on n’a pas besoin de ce genre de stress », je la taquine et je prends une grande inspiration, contente que la tempête soit passée. « Un mètre quatre-vingts de productrice évanouie, à mon avis, ce n’est pas très bon. »

« Nan, pas du tout. » Je sens ses lèvres sur le dessus de ma tête et je me blottis un moment, sachant qu’elle va devoir retourner travailler bientôt. « Merci, bébé. »

« Avec plaisir. C’est pour ça que je suis ici. »

 

<Fondu au noir>