Conquise, partie 8

Par Leslie Ann Miller

 

Disclaimers- Les personnages de Xena et Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation du copyright n’est intentionnée.

Violence- Oui, assez. Rien de pire que vous pouvez voir dans la série.

Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, vous devriez essayer de lire autre chose.

Hurt/Comfort- Oui

Autres- Cette histoire est basée sur l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »

Remerciements- Je suis spécialement reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex- gardes ? pour leur relecture et leur assistance.

 

Laissez-moi savoir en anglais ce que vous en pensez, bon ou mauvais ! Mon adresse mail est : Gunhilda@ionet.net (auteur)

 

Ou en français à gagamare@free.fr ! (traductrice)

 

 

Une lumière et des voix me réveillèrent d’un sommeil réparateur.

 

« Ecoutez, espèces d’idiots, » disait Xena. « Je pensais que vous étiez loyaux envers Alexandre. Il ne sera pas content lorsqu’il s’apercevra de ce qui est arrivé à son poète favori ! »

 

J’ouvris les yeux. Xena était retenue le dos contre les barreaux par ses chaînes, et un garde était agenouillé en face de la cellule, le pain et le fromage encore à la main.

 

« Aie, » grommela-t-il en me jetant un coup d’œil coupable. Il rougit en voyant mes yeux ouverts et détourna rapidement le regard, posa le pain et le fromage à la hâte. « Nous n’avons pas les clefs, ma dame, » dit-il, et je sus qu’il s’adressait à moi.

 

« Si cette damnée salope est saoule, prenez lui les juste ! » s’exclama Xena.

 

« Le Capitaine ne nous laissera pas faire. » Le garde croisa à nouveau mon regard. « Je suis désolé, ma dame. »

 

Je commençai à me redresser sur mes coudes, mais m’écroulai tandis qu’une vague de d’étourdissement me parcourais.

 

« Ma dame ? » demanda le garde avec intérêt.

 

Je grognais.

 

« Vois ! » dit Xena. « Et elle n’ira pas mieux tant que vous ne m’aurez pas apporté quelque chose pour que je lui fasse une attelle à la jambe. Je jure sur le Styx que je ne l’utiliserais pas pour blesser quelqu’un. »

 

Le garde se releva, mais hésita. Il jeta un coup d’œil à ses compagnons tenant la manivelle en bas des escaliers. « Ca va remonter jusqu’au Capitaine, mais je demanderais. » Il attrapa mon regard. « Tiens bon là-dedans, ma dame. Nous vous ferons sortir, d’une manière ou d’une autre. »

 

L’obscurité descendit tandis que les gardes relâchaient Xena et se retiraient dans les escaliers.

 

« Merci d’essayer, » dis-je.

 

Les chaînes raclèrent tandis que Xena se déplaçait pour prendre le pain et le fromage. Elle vint ensuite s’asseoir à coté de moi. « Je sais que tu dois être affamée. » Elle plaça un gros morceau de fromage dans ma main.

 

« Comment fais-tu ça ? » demandais-je.

 

« Fais quoi ? »

 

« C’est comme si tu pouvais voir. »

 

« Je le peux. Il y a un tout petit peu de lumière qui passe à travers le trou pour l’eau dans le plafond durant la journée. Ca me suffit. Reste par ici pendant un an et toi aussi tu devrais développer ce sens. »

 

« Non merci. »

 

Elle étouffa un petit rire.

 

Nous finîmes de manger en silence. Elle me donna du pain, et nous partageâmes l’eau de l’outre qui avait été remplie. J’aurais donné n’importe quoi pour un peu de vin et mes médicaments contre la douleur, mais je me sentais considérablement mieux avec quelque chose dans mon estomac.

 

« Je n’aurais jamais pensé que du pain rassis pouvais être aussi bon, » grognais-je.

 

Xena renifla. « Eh bien, tu n’as pas mangé énormément les trois premiers jours. »

 

Ca m’interpella. « Enormément ? Tu veux dire… j’étais réveillée ? » C’était étrange de ne plus se rappeler de ces moments. C’était vraiment dérangeant.

 

« Eh bien, tu n’étais pas très cohérente. En fait, tu te contentais principalement de poser les mêmes questions encore et encore. » Elle semblait ennuyée.

 

J’étais mortifiée. « Quelles sortes de questions ? »

 

« Où suis-je ? Qu’est-ce qui est arrivé ? Que tu ne pouvais te rappeler de rien. Pas même de ton propre nom. »

 

« Oh. » Je me demandais encore à quoi ce que ça ferait d’oublier son propre nom lorsque j’entendis un étrange son de grattement provenant d’un coin éloigné de la salle. « Qu’est-ce que c’est ? »

 

« Oh… juste Arès et quelques-uns de ses amis venant pour un casse-croûte. Ils savent qu’il faut venir après que les torches sont parties. Je vais leur faire peur si tu veux. »

 

« Loin de moi l’idée de me dresser entre des amis… ! »

 

« Gabrielle, ce sont des rats. Veux-tu réellement les sentir grimper sur toi ? »

 

J’ingurgitais difficilement. « Grimper ? »

 

« Après un moment, tu aspires à un contact avec n’importe quel être vivant. »

 

Erk !

 

Je n’avais rien dit, mais Xena devait avoir senti ma réponse. Elle vociféra contre les bruits de grattement jusqu’à ce qu’il finissent par s’estomper.

 

Après un moment, tu aspires à un contact avec n’importe quel être vivant. Pendant un instant, j’ai vu avec une grande clarté combien l’existence de Xena dans cette cellule était vraiment horrible. Comment s’était-elle débrouillée pour survivre ?

 

Xena toucha mon épaule. « Gabrielle… » commença-t-elle.

 

Je souris à l’obscurité et plaçai ma main sur la sienne.

 

Elle commença à retirer sa main puis s’arrêta. « Euhhh… » recommença-t-elle. « Je sais que ça ne signifie pas grand chose pour toi venant de moi, mais pour ce que ça vaut, et bien, je suis désolée de ce qui t’est arrivé. Tu ne le méritais pas. »

 

Je sais que j’ai dû rester bouche bée. « Xena, es-tu sûre que cette fièvre ne t’a pas dérangé le cerveau ? »

 

Elle éloigna sa main avec colère et je regrettais immédiatement mes mots.

 

« Ca n’a rien à voir avec la fièvre, » s’offusqua-t-elle.

 

« Xena, je suis désolée. Je te taquinais juste. » Je tâtonnai dans l’obscurité. Je trouvai une chaîne et la suivit jusqu’à son poignet. Je pris sa main et la serra. « Je suis seulement surprise, c’est tout. Je, eh bien, tu sais, je ne me serais jamais attendue à ce que tu sois gentille avec moi, et pourtant tu l’as été. Je ne comprends juste pas pourquoi. »

 

« Je suppose que je… » hésita-t-elle. « Je suis… je pense… je… Oh, par les mamelles d’Athéna, je ne peux pas faire ça ! »

 

« Faire quoi ? »

 

« Oublie ça. »

 

« Non ! Qu’allais-tu dire ? »

 

« Oh zut ! Tu n’abandonnes jamais, n’est-ce pas ? »

 

« Non. Têtue comme une mule, comme mon père avait pour habitude de dire. »

 

« Et presque tout autant irritante, également. »

 

« Alors, qu’est-ce que tu allais dire ? » demandai-je, refusant d’être distraite.

 

Je l’entendis glousser puis finalement soupirer. « Depuis combien de temps je suis là, Gabrielle ? » demanda-t-elle finalement, et son ton était aussi sérieux et sans désir de confrontation que celui que je l’entendais utiliser désormais.

 

« Un petit peu plus d’un an. »

 

« Un petit peu plus d’un an. Un an ça fait long pour n’avoir rien d’autre à faire que réfléchir. »

 

Ca l’était certainement. « Et ? » l’encourageai-je quand il fut évident qu’elle n’allait pas continuer.

 

« Il y a plusieurs années, un femme en Chine, Lao Ma, m’a appris comment méditer. C’est la seule chose qui m’a gardé saine d’esprit. Mais… »

 

« Mais quoi ? »

 

Elle soupira. « Quand tu médite, tu es forcée de regarder à l’intérieur de toi. Disons seulement que je n’ai pas aimé ce que j’ai vu au bout du compte. Je n’aime pas… ce que je vois. » Elle renifla. « Tu as perdu une jambe, Gabrielle. Mais moi j’ai… j’ai perdu une âme. »

 

Oh dieux, voilà qui était une confession. Une Conquérante introspective ne portait pas à attentions, mais il me semblait clair que Xena avait tort sur un point : elle avait une âme, parce qu’elle venait juste de me le prouver aussi certainement que si elle avait pris une épée, s’était ouverte sa poitrine en la déchirant, et avait jeté son cœur sur une table juste devant moi. Et qu’est-ce que j’étais supposée faire avec ça ?

 

Pour l’amour des dieux, j’avais passé la majeure partie de ma vie à haïr cette femme. Rares étaient les jours pendant ces huit dernières années où je n’avais pas maudit son nom. Certes, je m’étais permise de me sentir désolée pour elle ces derniers jours et certes, j’avais vu qu’elle n’était pas totalement monstrueuse. Mais c’était comme si l’Olympe allait s’écrouler et que le soleil allait s’arrêter de briller et que la terre allait être engloutie par la mer le jour où Xena, Destructrice des Nation et Conquérante du Monde, admettrait qu’elle n’était pas une bonne personne. Ca bouleversait l’ordre de l’univers, et moi en tout cas ça me bouleversait.

 

J’admets que je luttais avec mes émotions… comment pouvait-elle me placer dans cette position ? Je pouvais prendre cette offre et lui la renvoyer en pleine figure, la blesser comme elle avait pris plaisir à me blesser en tant d’occasion, ou je pouvais l’accepter avec miséricorde.

 

« Je parie que tu le savais déjà, cependant, n’est-ce pas ? » dit calmement Xena alors que je ne disais rien.

 

Je poussais un long soupir. « Xena, il fut un temps où j’aurais été entièrement d’accord avec toi. Mais je suis étendue ici vivante, et je suis dans une situation considérablement moins inconfortable que j’aurais pu l’être autrement, alors je me sens obligée de te faire remarquer qu’une personne sans âme ne se soucierait pas de ce qu’une autre personne a besoin. Je pense que ça montre très bien ta situation, peut importe que toi ou moi l’admettions ou pas. »

 

« Et tu préférerais que ce ne soit pas le cas ? »

 

« C’est plus facile de te haïr que de te pardonner. »

 

« Penses-tu que tu pourras jamais me pardonner ? »

 

« Est-ce que tu me demandes ça hypothétiquement ? »

 

« Je… je ne sais pas. »

 

« Hypothétiquement… » commençai-je, avant de m’arrêter. Je ne pouvais pas croire que j’étais en train d’avoir cette conversation. Ca semblait si irréel. « Es-tu en train de me demander de te pardonner, Xena ? »

 

« Bien sûr que non ! »

 

Je levais les yeux au ciel. Non, bien sûr que non. « D’accord, alors, hypothétiquement, j’aimerais penser que je pourrais pardonner n’importe qui, parce que c’est la bonne chose à faire. »

 

« Pourquoi ? »

 

« Pourquoi quoi ? »

 

« Pourquoi est-ce que c’est la bonne chose à faire ? Quel bien ça fait ? »

 

Je me sentis soudainement comme un philosophe avec un jeune étudiant. Comment pourrait-on expliquer les bienfaits du pardon à un enfant ? « Eh bien, tout d’abord, » commençai-je, « le pardon n’est pas quelque chose que tu fais pour une autre personne. »

 

« Non ? »

 

« Si je te pardonnais, Xena, ça ne ferait pas de toi une personne meilleure. Et ça ne rendrait pas non plus ce que tu m’as fait moins terrible ou mal. Le pardon est quelque chose que tu fais pour toi-même, pour que tu n’aies pas à transporter le fardeau du ressentiment. »

 

« Alors pourquoi ne m’as tu pas pardonné ? »

 

J’ingurgitais difficilement. C’était une bonne question, mais je ne pouvais immédiatement formuler ma réponse. Les dieux savaient que je m’étais posé la même question un millier de fois. Je me haïssais pour ma haine de Xena, mais je n’avais jamais été capable de la pardonner. Pourquoi pas ? « Je pense que je me suis toujours convaincue que tu étais impardonnable, » dis-je lentement. « Mais je pense, je pense qu’en réalité c’est parce que je me rappelle chaque jour sans exception ce que tu m’as fait, alors je ne peux simplement pas l’oublier. Je n’aime pas toujours qui je suis, Xena, et je t’en blâme. Et je suppose que parce que je t’ai blâmé et détesté depuis si longtemps, c’en est devenu une habitude. Certaines choses deviennent tellement une part de toi qu’elle sont difficiles à faire disparaître, même si elle ne sont pas bonne pour toi. »

 

A nouveau, il y eu un silence entre nous, et je ne ressentais plus dès lors cette partie poète ou philosophe. Je me sentais vidée et écorchée d’avoir admis la vérité à moi-même. J’étais enveloppée par ma haine de Xena simplement parce que c’était une habitude. C’était qui j’étais. Ce que j’étais devenue. Et c’était vraiment, vraiment moche. Je combattis une monté de larmes qui m’assaillaient.

 

« Est-ce que ça aiderait si je te disais que j’étais désolée pour ce que je t’avais fait ? »

 

A nouveau, furieuse contre ma perte de contrôle, je commençais à pleurer. Mon monde était en train de s’effondrer. En tant que poète, Je développais sur les émotions et les expériences, mais là c’était juste trop.

 

« Oh non, » grogna Xena. « Je retire ce que j’ai dit ! »

 

« Tu n’as pas intérêt ! » sanglotais-je. « Tu n’as pas intérêt. »

 

« Est-ce que tu pleures toujours autant ? »

 

« Non ! »

 

« Est-ce que tu as mal ? »

 

« Non ! Je veux dire, oui, mais ce n’est pas pour ça que je suis en train de pleurer… »

 

« Pourquoi es-tu en train de pleurer alors ? »

 

J’essayai de sourire entre deux inspirations. « Parce que je te pardonne, Xena. » Voilà. Je l’avais dit. Je l’avais dit et je le pensais. J’avais attrapé ma rancœur et l’avais foutu dehors, et j’avais laissé mes larmes nettoyer ce qu’elle avait laissé derrière.

 

Quand j’eus finalement pleuré tout mon saoul, Xena serra ma main, et je réalisais avec surprise qu’elle l’avait tenue tout le long. « Tu as tort à propos d’une chose, tu sais, » dit-elle doucement.

 

« Qu’est-ce que c’est ? » reniflai-je.

 

« Le pardon peut signifier quelque chose pour l’autre personne. »

 

Avec un sanglot, je tendis ma main libre pour toucher sa figure, et mes doigts tâtonnant trouvèrent sa joue. Elle était trempée. « Xena, pleures-tu ? »

 

Elle se dégagea brusquement de mon toucher. « Bien sûr que non ! »

 

Je souris malgré moi. « C’est bien de pleurer parfois, tu sais. »

 

Xena reniffla. « Tu m’en diras tant ! »

 

« Même Achille a pleuré lorsque Patrocle a été tué. »

 

« Achille était une poule mouillée ! »

 

« Comment peux-tu dire ça ? ! »

 

« Facile ! Cinq mots : Achille…. Etait… une…. »

 

Elle s’arrêta lorsque je pressai doucement mes doigts sur ses lèvres. « Xena… »

 

« …pmf. »

 

« Xena, je suis trop fatiguée pour me disputer avec toi. » Je laissais mes doigts s’égarer à travers sa joue, essuyant l’humidité qui restait encore.

 

Xena attrapa ma main. « Ta main est glacée, » dit-elle.

 

Je grimaçai. « Je suis désolée, » dis-je, essayant de m’échapper de sa poigne. Elle la garda serrée.

 

« Ne le sois pas. » De chaudes lèvres effleurèrent ma peau.

 

Le sentiment que le monde me tournait autour revint en force. « Ne… » murmurai-je, sentant les larmes remonter à nouveau. Qu’est-ce qui n’allait pas avec moi ? !

 

« Pourquoi trembles-tu ? As-tu froid ? Ne fais pas quoi ? »

 

J’étais si perdue et fatiguée. J’avais toujours mal à la tête. J’étais fatiguée de réfléchir, fatiguée d’essayer de rivaliser d’esprit avec cette épuisante femme à coté de moi, fatiguée d’essayer de comprendre ce qui m’arrivait, fatiguée de m’inquiéter de ce qui m’arrivait. « Tiens moi, » soufflai-je.

 

« Ne pas te tenir ? Qu’est-ce qui te fait penser que c’est ce que j’avais l’intention de faire ? Je l’ai seulement fait auparavant parce que tu gelais à mort ! »

 

Dieux, avait-elle a tourner tout en bataille. Et quand m’avait elle tenue auparavant ?

 

« Ou tu voulais dire... ? »

 

Je ne savais pas ce que je voulais dire. Je ne savais pas ce que je voulais. Je me sentais si embrumée soudainement. Que se passait-il ? J’avais la sensation très bizarre de tomber. « Prends moi, » murmurai-je tandis que je me laissais dériver.

 

 

Je me réveillai dans l’obscurité et la chaleur, enroulée dans les bras de Xena sous deux couvertures. Elle ronflait doucement à coté de moi. C’était étrange considérant l’identité de la personne qui me tenait, mais je me sentais en sécurité, soulagée. Peut-être que c’était parce que la seule autre personne qui m’a jamais tenu comme ça était Alexandre, et j’avais confiance en lui sur ma vie. Je me rendormis facilement.

 

 

J’étais couchée sur une croix, mes mains et mes jambes tenues par les soldats aux visages sculptés dans de la pierre. Le premier clou fut enfoncé dans ma main droite. La sensation du métal glissant dans ma chair, déchirant les tendons et les os, était et j’en suis reconnaissante, exempte de douleur. Je n’ai pas crié lorsqu’ils ont enfoncé le clou à travers ma main droite avec la même sensation de haut le cœur. Etrangement, ils ont seulement cloué un pied au bois.

 

« Brisez-lui la jambe, » ordonna la voix de Xena, et je regardai derrière les visages des gardes pour voir Thalassa, habillée comme Xena l’Impératrice, me regardant avec un sourire diabolique. Elle tenait un fouet dans sa main unique. Il avait la tête d’un hideux serpent vivant.

 

Je priais Athéna pour un peu de pitié quand un garde aux larges épaules se tint devant moi avec un énorme marteau. Il frappa, et je criais à l’agonie tandis que les os de ma mauvaise jambe volèrent en éclat.

 

Thalassa fit signe au garde de prendre congé et s’agenouilla à côté de moi. « Gabrielle, » dit-elle, caressant ma joue du dos de la main. « Nous étions faites pour être ensemble, toi et moi. » Le serpent qui lui tenait lieu de fouet glissa sur la peau exposée de mon estomac.

 

Je gémis, luttant contre les clous qui me tenaient en place. Je ne pouvais pas bouger, pas même ma jambe libre ; je ne pouvais me défendre contre Thalassa ou le serpent.

 

Thalassa laissa tomber le fouet, et il commença à faire son chemin en rampant vers la ceinture de ma jupe. « Gabrielle, » murmura Thalassa, se déplaçant vers ma figure. Elle fit courir sa langue le long de ma mâchoire.

 

J’essayais de détourner la tête, mais elle attrapa mon menton, me forçant à la regarder.

 

« Je t’aime Gabrielle, » dit-elle doucement, ses lèvres touchant presque les miennes. Son haleine sentait l’alcool et le vomi.

 

J’étouffais. « Non ! »

 

Elle m’embrassa, amenant ses lèvres contre les miennes jusqu’à ce qu’elles s’engourdissent ? , sa langue essayant de passer de force entre mes dents. Entre mes jambes, un froid serpent pleins d’écailles commença à s’enrouler autour du haut de mes cuisses.

 

J’essayais de crier, mais je n’y parvint pas.

 

La langue de Thalassa réussi à entrouvrir mes dents et entra furtivement, explorant de fond de ma bouche, forçant son chemin encore plus loin, se dirigeant au fond de ma gorge. Pendant ce temps, le serpent se tortillait contre mon aine, glissant le long de mes parties les plus privées.

 

Mon esprit se remplit d’horreur et de panique devant mon impuissance.

 

Soudain, Thalassa commença à me secouer, criant mon nom. « Gabrielle ! Gabrielle ! »

 

« Réveille-toi Gabrielle ! »

 

Je refis surface de mon rêve avec un halètement, comme une femme en train de se noyer recherchant de l’air. Mes yeux s’ouvrirent à une obscurité totale, et je me demandai pendant une horrible seconde si j’étais vraiment réveillée.

 

« Gabrielle ? ! » demanda Xena en remuant doucement mes épaules.

 

« Xena ? ! » demandai-je frénétiquement, essayant de la trouver de ma main.

 

Elle la saisit fermement et la serra. « Je suis là. Tu as eu un cauchemar. »

 

« Oh dieux… oh dieux, c’était affreux. Je m’étouffais au souvenir. Je savais que je tremblais, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Je haletais, ressentant encore la présence suffocante de Thalassa sur moi.

 

« Tout va bien. Tu es réveillée maintenant, » dit doucement Xena, caressant mes cheveux.

 

Petit à petit, je me calmais sous ses administrations. Je contrôlais ma respiration frémissante et la laisser s’apaiser, laissant les derniers vestiges de l’horreur disparaître. « J’avais des cauchemars presque chaque nuit pendant des mois après avoir perdu ma jambe, » dis-je doucement. « Cela faisait un moment que je n’en avais pas eu, cependant. »

 

« Je suis sûre que cette… situation… fait resurgir de nombreux mauvais souvenirs pour toi. »

 

« Ouais. Je… Je déteste vraiment me sentir si inutile. »

 

Xena continua à me caresser les cheveux en silence.

 

« Xena ? »

 

« Oui ? »

 

« Merci pour m’avoir réveillée. »

 

« De rien. »

 

Je ne pouvais pas me rendormir, pas si tôt après le cauchemar, et Xena ne semblait pas encline à essayer non plus. Elle s’était installée près de moi sur le côté, juste assez proche pour que ses bras me touchent à peine. Je languissais qu’elle me tienne comme avant, mais je ne savais pas comment le lui demander sans sembler encore plus idiote et faible que je me sentais déjà.

 

Il sembla que nous restâmes de cette façon pendant une éternité. Sans la moindre lumière ou autre stimulation, c’était dur de voir passer le temps. J’écoutais le son de la respiration de Xena, la seule distraction que j’avais pour garder mes pensées loin de ma douleur. Le souffle, la vie, l’âme. Il y avait quelque chose de magnifique dans le simple fait de respirer. Etrangement je n’y avais jamais fait attention auparavant.

 

Je me réveillais avec un sursaut, surprise d’avoir fini par m’endormir.

 

« Les gardes arrivent, » murmura Xena, et je sentis une rafale d’air froid tandis qu’elle glissait hors de dessous les couvertures.

 

Je remarquais la lumière vacillante sur le mur et le bruit de nombreux pieds descendant les escaliers. Xena était assise contre le bord de la cage où les chaînes la repousseraient quand ils tourneraient la manivelle.

 

La lumière des torches tandis que les gardes entraient était presque aveuglante. Il étaient trois, l’un étant le soldat qui avait promis de réclamer des attelles pour ma jambe.

 

« Ma dame, » dit-il doucement. « Etes vous encore éveillée ? »

 

Ce qu’il demandait réellement, pensais-je, était « êtes-vous encore en vie ? ». Je lui fit un signe rassurant de la main, depuis qu’il m’était douloureux de relever la tête. « Encore là, encore d’attaque, » dis-je, avant de reconsidérer la question. « Euh, pas d’attaque pour le moment, mais définitivement encore là. »

 

Il sourit et acquiesça à ses compagnons. Ils actionnèrent la manivelle jusqu’à ce que les bras de Xena soient étendus au maximum derrière elle dans cet angle horriblement inconfortable.

 

Il vint plus proche et s’agenouilla devant la cage, plaçant deux de mes longs étuis à parchemin de cuir ciré sur le sol avec une de mes vieilles nippes.

 

« Pourquoi avez vous amené ça ? » demandai-je perplexe.

 

« Le guérisseur a suggéré que les étuis feraient de bonnes attelles mais pas de bonnes armes. Le tissu peut être déchiré en bandes pour attacher les étuis. Je suis désolé, madame, mais le Capitaine m’a interdit de vous apporter quelque chose de nos réserves. Bien sûr, depuis que ceci vous appartient, ce ne sont techniquement pas nos réserves… »

 

« Est-ce que vous allez avoir des problèmes pour avoir fait ça ? » demandai-je avec anxiété. Je n’aimais pas ce que j’avais vu de l’administration des punitions ici jusque là.

 

« Eh bien, nous ne sommes pas actuellement en train de désobéir à ses ordres directs. » Il jeta un coup d’œil à Xena. « Tant qu’elle tient parole de ne pas les utiliser contre nous, le Capitaine ne nous infligera pas des dommages irréparables. »

 

« Je suis plus inquiète à propos de Thalassa. Et arrêtez de m’appeler ‘madame’. Mon nom est Gabrielle. »

 

Il sourit. « Je ne peux pas prévoir ce que la dirigeante va faire, mais elle ne me fait pas peur. »

 

« Tu devrais, » dit Xena sombrement. « Elle est dangereuse. »

 

« Peut-être, » dit-il avec un air de doute. « Mais elle n’a jamais maltraité un garde. Jamais. »

 

« Quel est ton nom ? » demandai-je.

 

« Paeonius, » répondit-il.

 

« Paeonius, » dis-je, « tu es un homme bon pour m’aider ainsi, et tu as ma plus profonde gratitude. Mais si tu voulais faire une chose de plus pour moi, je ferais en sorte que ton nom soit immortalisé dans un poème de gratitude."

 

Il se racla la gorge, mais ses yeux brillèrent d’excitement. « Tout ce que tu veux, » dit-il.

 

« Voudrais-tu envoyer un mot à Alexandre sur ma condition ? Peut-être que le cuisinier voudra bien prendre son bateau. Ou tu pourrais envoyer un message avec le prochain bateau de ravitaillement. »

 

Il sembla déçu. « Ca a déjà été fait. L’aide du cuisinier est parti hier. »

 

Je lui souris. « Ne t’en fait pas, je vais quand même t’écrire un poème. »

 

« Merci ! J’ai un fils.. ça signifiera tant pour lui ! » Il se retourna vers les escaliers. « Nous devons y aller maintenant, avant que le Capitaine arrive. Si vous avez besoin de quoi que ce soit d’autre, dites le au garde qui apporte la nourriture du soir. Assurez vous juste que le Capitaine n’est pas avec lui. » Avec ça, il retourna vers ses compagnons. Ils relâchèrent la manivelle, et ensemble ils remontèrent les escaliers, prenant les torches avec eux.

 

Xena retrouva les étuis à parchemins et la tunique. Je l’entendis déchirer le vêtement en lambeaux. Quand le bruit de grattement des rats qui approchaient m’effrayèrent, elle cria pour les faire fuir.

 

Pauvre Arès. Pas de nourriture à nouveau.

 

« Je vais éclisser ta jambe, » dit Xena, repoussant la couverture. « Ca va sûrement faire mal. »

 

Je serrais les dents pendant la douloureuse épreuve, mais une fois que ce fut fait, j’expirais un soupir de soulagement. Au moins je pouvais changer ma position sur le sol désormais sans peur de déplacer les os.

 

« Ca va mieux ? » demanda Xena.

 

« Beaucoup, merci. »

 

« La plupart de ta tunique est déjà partie. Ca te dérange si je la porte ? »

 

La pensée qu’elle est était si magnifique nue et que c’était une honte de vouloir la couvrir me traversa l’esprit, mais c’était ridicule, bien sûr. « S’il te plaît, vas-y. »

 

Après un bon lots de raclement de chaînes, Xena grogna. « Tu es une vraiment petite chose, n’est-ce pas ? »

 

« Ca ne va pas ? » La tunique se portait très large. Même étant donné notre différence de taille, il était dur à croire que Xena ne pouvait pas la porter.

 

« Eh bien, je ne peux pas faire rentrer mes épaules à cause des ces maudites chaînes. Je dirais seulement que ça tiendra en place de son propre chef. » Elle étouffa un rire. « Je suppose que c’est une bonne chose, maintenant que j’y pense. » Elle s’assit à côté de moi. « Est-ce que tu aimerais essayer de t’asseoir ? »

 

« Tu sais, ça faisait vraiment mal quand j’essayais de bouger la tête pour regarder le garde. Je ne suis pas sûre que ça serait une très bonne idée. »

 

« Hmmm. Probablement pas alors. » Elle commença à sonder mon crâne du bout des doigts. « Est-ce que ça fait mal ? »

 

De la lumière flasha devant mes yeux. « Aie ! »

 

« Hum-hum. Tu as un nœud de la taille d’un œuf juste derrière ton oreille. Ca va te poser des problèmes jusqu’à ce que la bosse disparaisse. »

 

« Eh bien, arrête d’y mettre des coups ! »

 

« Je n’y mets pas des coups ! Je cherche juste à vérifier que rien n’est fracturé. »

 

« Comme si tu pouvais faire quelque chose si c’était le cas ? ! »

 

Sa main recula avec un raclement de chaînes, puis se réinstalla sur mon épaule. « Je suis désolée. Tu as raison. »

 

Je pouvais dire à sa voix qu’elle se sentait mal, mais ma tête pulsait à nouveau, et je me sentais grincheuse. « Xena, pourquoi es-tu devenue une chef de guerre ? »

 

Sa main se glaça. « Tu es plus têtue que n’importe qu’elle mule ! Plus du genre souche d’arbre dans le pré d’un pauvre fermier ! »

 

Je me fis toute petite devant la colère dans sa voix. « Oublie que j’ai demandé. »

 

Elle soupira. « J’étais une jeune femme vraiment en colère, Gabrielle. Je suis devenue chef de guerre parce que je le pouvais. J’étais bonne, et je le savais. »

 

« C’est clair, » agréai –je. « Mais pourquoi étais-tu si en colère ? »

 

Tous d’abord, je ne pensais pas qu’elle allait me répondre. Je pouvais sentir la tension dans sa main, et j’étais sûre qu’elle était en proie à un sérieux débat intérieur. Allait-elle me le dire ? Connaissait-elle même la réponse ? Allait-elle l’admettre si c’était le cas ? Finalement, cependant, elle commença en hésitant à me raconter l’histoire de comment son frère Lyceus avait été tué, et comment sa mère l’avait reniée.

 

« Cyrène t’a giflée ? » demandai-je choquée lorsqu’elle eu terminé.

 

« Oui. »

 

« Et c’est à ce moment que tu as quitté la maison ? »

 

« Oui. »

 

A retenir, Cyrène d’Amphipolis a créé Xena la Conquérante avec une simple gifle. Oh, il était bien possible que quelque chose d’autre ait tourné Xena vers une vie de violence, mais le rejet de sa mère combiné avec la mort de son frère chéri avait visiblement été le cataclysme qui l’avait envoyé sur son chemin de destruction. Même Xena l’avait identifié comme tel.

 

A quel point l’histoire aurait elle pu être différente si Cyrène l’avait réconfortée à la place ? « Je vais avoir à réécrire mes chapitres concernant Cyrène et la bataille d’Amphipolis, » dis-je sérieusement.

 

A mon soulagement, Xena rit tout bas. « Ouais, fais donc ça. »

 

Je souris. « Je vais avoir à réécrire quelques uns de mes chapitres à propos de toi, également. »

 

« Non. Je mérite tout ce que tu as dit. Et probablement un grand nombre pire. »

 

« Mais tu es capable de changer, Xena ! C’est quelque chose qu’Alexandre et moi n’aurions jamais cru ! »

 

« Ca va juste montrer que le beau gosse n’est pas parfait, n’est-ce pas ? » renifla Xena. « N’espère pas que ma bienveillance dure toujours. Les vieilles habitudes sont dures à briser. »

 

Oh, je n’avais pas le moindre doute que la Xena que je détestais pouvait être de retour à chaque seconde. Mais j’avais vu un coté d’elle différent maintenant, et je savais que son cœur n’était pas complètement corrompu et diabolique que je l’avais tout d’abord cru. En fait, il y avait quelque chose là qui était presque, eh bien, aimable.

 

« Pourquoi es-tu en train de sourire comme ça ? » demanda Xena avec suspicion. « Si tu savais ce qui est bon pour toi, tu aurais peur de moi. »

 

J’espérais qu’elle ne pouvait pas me voir rougir dans l’obscurité, mais je me sentais comme un enfant prise la main dans le sac de bonbons. « Si j’avais su ce qui était bon pour moi, je n’aurais jamais quitté Poteidée, » fis-je en souriant, essayant de cacher mon embarras. « Et je n’aurais certainement pas rejoint la rébellion contre toi. »

 

« Tu n’as jamais eu peur de moi, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle lentement.

 

Autant pour ma tentative d’humour. « Non, tu me terrifiais. Tu m’as crucifiée ! Tu as tué tant… » Je ne pouvais finir ma pensée, ne pouvais me forcer moi-même à penser à tous les amis et compagnons tués par cette femme et ses soldats. « Comment pouvais-je ne pas avoir peur de toi ? Nous vivions dans la peur de toi et ton armée chaque jour de nos vies ! »

 

Je l’entendis se relever nerveusement. « Je suis désolée, » dit-elle.

 

Je fermai les yeux. « C’est le passé maintenant. Je t’ai pardonné. »

 

« Je sais, mais… Je ne veux pas que tu aies peur de moi, Gabrielle. Je ne le veux plus. »

 

Je soupirai. « Je vois ça maintenant. Même si je ne comprends toujours pas pourquoi. Tu pourrais facilement me détester autant que je te haïssais. »

 

Son soupir fit écho au mien et elle s’assit à nouveau à mon côté. « Parle moi de ta famille, » dit-elle.

 

« Pourquoi ? »

 

« J’aimerais en savoir plus à ton propos. »

 

« OK, » dis-je doucement. Elle changeait de sujet, et je me demandais ce que ça signifiait, mais ça ne me dérangeais pas de lui parler de ma famille. Alors je lui racontais mes parents et ma sœur Lila, et ce que c’était que de grandir dans une Ferme à Poteidée. C’était une vie sympa jusqu’à ce que Xena vienne au pouvoir. A ce moment, les choses se compliquées.

 

Je passais sous silence les pires détails, comme les jeunes hommes qui avaient passé contrat avec l’armée pour compenser les taxes que leurs familles ne pouvaient pas payer ; les mêmes jeunes hommes qui ne furent pas payés comme des soldats comme promis, mais enrôlés de force comme esclaves galériens dans la flotte de Xena. Je sautais le passage du dur et terrible hiver qui m’avait conduit hors de ma maison simplement parce qu’il n’y avait pas assez de nourriture pour nous tous, et que c’était moi, avec mes talents de barde, qui avait les meilleures chance de trouver un endroit pour vivre ailleurs. J’avais dit que mon père avait été tué pendant la guerre, mais pas qu’il avait été exécuté pour avoir frappé un des soldats de Xena pour défendre Lila de ses avances violentes alors qu’il était saoul.

 

Je finis sur une note heureuse. Ma mère avait réussi à garder la ferme avec l’aide de Lila ; et maintenant qu’Alexandre était empereur, les choses allaient très bien pour elles.

 

Quand j’eus terminé, Xena garda le silence pendant un très long moment. « Il y a beaucoup de choses que tu ne m’as pas dites, » dit-elle. « Pourquoi as-tu quitté ton foyer ? »

 

« Peut importe, Xena. C’est le passé. »

 

« Pourquoi as-tu quitté ton foyer ? » insista-t-elle.

 

Je soupirais. « Il n’y avait pas assez de nourriture. »

 

« Pourquoi ? Vous avez une ferme, n’est-ce pas ? Les récoltes n’ont pas été bonnes ? »

 

« Ton armée a confisqué la plupart de nos moisson et de nos animaux ; nous avions dû vendre ce qu’ils avaient laissé pour payer les taxes. Nous nous sommes débrouillés pour garder une vieille vache et quelques poulets qui étaient trop rapides pour les soldats. Mais ce n’était pas assez. J’ai dit à mes parents que je partais pour retrouver Perdicas, mais je pense qu’ils connaissaient la vérité. Sinon, ils ne m’auraient jamais laissé partir. »

 

« Comment t’es-tu débrouillée sans argent ? »

 

« Au début, je racontais mes histoires. Après, j’ai rencontré Alexandre. »

 

« Et il avait de l’argent ? »

 

« Un peu. »

 

« J’en suis heureuse, » dit-elle lentement. Elle se déplaça pour trouver ma main et la serra. « Parfois j’aimerais… » Elle s’arrêta et relâcha ma main.

 

« Quoi ? »

 

« Rien. »

 

Je tâtonnais pour retrouver sa main, mais trouvais sa cuisse à la place. Je laissais ma main rester dessus, appréciant la douce chaleur de sa peau. « Tu as dit, ‘parfois j’aimerais…’ J’aimerais savoir ce que tu désires, Xena. »

 

Elle se racla la gorge. « Parfois, je souhaiterais revenir en arrière et faire les choses différemment. »

 

« Tu ne le dis pas juste comme ça ? »

 

« Non. »

 

« Xena ? »

 

« Oui ? »

 

« Si tu pouvais t’échapper de cette prison et retrouver ta liberté, que ferais-tu ? »

 

« Est-ce que c’est une question piège ? »

 

« Non, je suis juste curieuse. Est-ce que tu essayerais de renverser Alexandre ? »

 

Elle y réfléchit pendant un moment avant de répondre. « Avant toute chose, je tuerais cette salope de Thalassa pour ce qu’elle t’a fait. »

 

Bien que ce n’était pas ce à quoi je m’attendais, ça ne me surprit qu’à moitié. « Elle te blâme pour la perte de son bras, tu sais ? »

 

Xena renifla. « Ouais, elle me l’a bien fait comprendre durant toute l’année. Crois moi, c’est l’unique raison pour laquelle elle est encore en vie. Mais ce n’est pas une excuse pour te blesser ! »

 

« Tu veux dire que tu as eu une opportunité de la blesser et tu ne l’as pas fait ? »

 

« Gabrielle, non seulement j’ai eu l’opportunité de la tuer, mais j’aurais pu m’échapper au moins à quatre occasions différentes. Pour gueuler fort, elle prend les clefs avec elle et renvoie les soldats pour pouvoir me torturer sans qu’ils ne voient. »

 

Elle m’avait dit ça d’un air si désinvolte, je ne pus m’empêcher de la croire. D’un autre côté, j’avais vu Thalassa inconsciente près de la cage de Xena moi-même. Sans les gardes la tenant en place, Xena aurait sans aucun doute pu prendre le fouet de Thalassa et le retourner contre elle. Cela signifiait que Xena s’était délibérément laissée fouettée, et elle a refusé l’opportunité se libérer. « Pourquoi ne t’es-tu pas échappée ? »

 

Elle fit un bruit que je ne pus interpréter sans voir son visage. « Peut-être que ça semblait me demander un trop grand effort. »

 

« Tu voulais être punie, n’est-ce pas ? » demandai-je avec stupeur.

 

« Je ne suis pas une sorte de masochiste, si c’est ce que tu sous-entends ! » dit-elle, semblant vraiment offensée.

 

« Peut-être pas, mais… tu penses vraiment que tu le mérites, n’est-ce pas ? » Bien qu’elle l’avait dit auparavant, j’avais pris ses mots comme s’ils étaient une sorte de résignation ou d’acceptation de son sort. Mais ça… ça c’était encore plus profond.

 

Son silence était toute la confirmation dont j’avais besoin. J’essayais de comprendre cette dernière révélation.

 

Il était impensable qu’elle ait eu l’opportunité de s’échapper et ne l’avait pas fait. Une chose était claire, cependant, les sentiments de culpabilité de Xena étaient plus forts et plus profonds que je ne l’avais suspecté. Ceci étant posé, son comportement si peu caractéristique d’elle envers moi n’était pas si incroyable. Manifestement, cette transformation de personnalité avait démarré il y a un bon moment.

 

Alors la pensée me frappa tel un des éclairs de Zeus. « Tu nous as laissé gagner la guerre, n’est-ce pas ? » Je pris une inspiration. C’était sensé… le fait qu’elle nous ait laissé la capturer dans la bataille finale ; le fait qu’elle ait fait autant d’erreurs cette dernière année. Maintenant que j’y pensais, tout avait commencé avec le rasage d’Athènes… et Amphipolis dans le même temps, bien sûr. Ce qui aurait dû être une défaite fatale pour la rébellion était devenu à la place le tournant de notre succès.

 

J’entendis Xena changer de position. « Je ne vous ai pas laissé gagner, » répondit-elle finalement.

 

« Mais tu aurais pu y mettre un terme après Athènes, si tu le voulais, n’est-ce pas ? » insistais-je.

 

« Peut-être… je ne sais pas ! » Elle se leva, et ses mouvements étaient à nouveau tangibles dans l’obscurité. « Ca n’a plus d’importance maintenant, de toute façon. »

 

Peut-être qu’elle n’avait même pas été consciente de ce qu’elle faisait, pensais-je. Il était possible qu’elle se soit minée elle-même inconsciemment. Peut importe la cause, elle avait fait des erreurs indignes d’elle cette dernière année. « Ca m’importe, » dis-je.

 

« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça t’importerais, Gabrielle ? Tu veux une histoire pour que l’on se souvienne d’Alexandre comme ‘’le Grand’’. Ca va rendre sa grande victoire un peu creuse, maintenant, si je l’ai laissé gagner, n’est-ce pas ? » Elle eut un rire amer.

 

« Je préfèrerais que l’histoire connaissent la vérité, » dis-je en pesant mes mots.

 

Je l’entendis traverser la cellule et retins ma respiration.

 

« Dis leur ça, alors ! » dit finalement Xena en grinçant des dents. « Arès m’a abandonnée le jour où j’ai brûlé Athènes. »

 

« Arès ? Le dieu de la guerre ? »

 

« Non, Arès le rat ! » dit elle avec irritation. « Qui d’autre ? ! »

 

J’ignorais le sarcasme. « Pourquoi t’a-t-il abandonné ? »

 

« Athéna. Le bâtard a peur d’elle, et lorsque j’ai abattu le Parthénon, ça la vraiment mise en colère. »

 

C’était un peu déconcertant. Elle parlait des dieux comme si elle les connaissait personnellement. « Vraiment, alors tu blâmes les dieux pour ta défaite, » dis-je.

 

« Non. Mais lorsque Arès est parti, je pense que j’ai commencé à réaliser ce que j’étais devenue. Je ne voulais pas l’admettre, Gabrielle, mais j’étais malade à cause de ce que j’avais à Athènes. Tous ces enfants… »

 

Elle fit un bruit ressemblant énormément à un sanglot.

 

Ses soldats avaient massacré des centaines de civils innocents quand Athènes était tombée. Beaucoup d’autres encore avaient été brûlés vifs dans les bâtiments où ils étaient partis chercher refuge. « Tous ces enfants, » répétais-je dans un murmure, fermant mes yeux pour faire face à cet horrible souvenir.

 

« Oh dieux ! » gémit Xena, un arrachement de boyaux qui m’amena un instant les larmes aux yeux. Soudain, elle tomba sur ses genoux à côté de moi et se cacha la tête dans mon épaule. « Dis-leur que je suis désolée, Gabrielle. S’il te plaît… dis leur que je suis tellement vraiment désolée ! Laisse l’histoire savoir que je regrette ce que j’ai fait ! »

 

C’était si soudain et complètement inattendu que je restais juste là, estomaquée, tandis que la femme, littéralement, effondrée au-dessus de moi, pleurant.

 

Je pris un moment pour me recomposer, puis pour la recueillir dans mes bras. Mon cœur avait mal pour elle. Un tel carnage pèserait lourdement sur la conscience de n’importe qui avec une conscience. Et Xena avait une conscience. Je sentis les larmes couler le long de mes joues. Pourquoi, oh pourquoi n’avait-elle pas découvert ça des années plus tôt ? !

 

Cela aurait paru étrange pour n’importe quel garde qui se serait rendu à la cellule de Xena ; de nous voir toutes les deux enroulées dans les bras l’une de l’autre, pleurant comme des enfants jusqu’à ce que nous n’ayons plus de larmes.

 

Nous sous sommes ainsi tenues l’une l’autre silencieusement jusqu’à ce que le vacillement des torches annonce une autre visite des gardes amenant de la nourriture.

 

« Merci, » murmura Xena dans mon oreille avant de se repousser elle même au loin de moi.

 

Je saisis son épaule. « Xena, je vais faire en sorte que le futur sache la vérité à ton propos. »

 

Suite dans la partie 9