INDISCRETIONS

La Troisième saison

Créée par Fanatic et TNovan

 

Traduction : Fryda

 

Episode Trois : Matériel promotionnel

Je jette un dernier coup d’œil dans le miroir. D’accord, j’ai pris pas mal de poids avec les bébés mais il le fallait bien. Pour eux et à cause d’eux. L’un dans l’autre, je trouve que je les porte bien encore. Pas trop sur le visage… oh au diable. S’il veut me virer, qu’il le fasse. Je n’ai pas besoin de son foutu boulot de toutes les façons.

Il ferait mieux de ne pas avoir de projets pour le job d’Harper. Parce que si c’est le cas, ça va saigner. Tout ce qu’elle a fait, c’est vouloir une famille avec moi.

Je retourne vers le lit et je prends ma veste. Je l’enfile et je tire sur les manches et le col quand Harper apparait dans l’encadrement de notre chambre. Elle lâche un sifflement bas et appréciateur.

« Oh, tu es superbe. Pourquoi tu t’es bien habillée ? C’est pourquoi le tailleur ? »

« Langston. J’ai rendez-vous avec lui à la première heure. »

Elle rit. « Il cherche les emmerdes aujourd’hui ? »

« Ça va te coûter un dollar, même si c’était le bon contexte. Et ne crois pas que je n’ai pas remarqué que tu faisais référence au Hoover Dam quand on était à la Nouvelle Orléans (NdlT : le Hoover Dam est un grand barrage aux USA et le jeu de mot porte sur Dam et Damn = merde, putain, bordel, etc. qui se prononce de la même manière). Robie et toi vous n’avez trompé personne. » Je tire sur mes manches. « Je ne veux pas que Langston pense avoir à faire à une femme enceinte émotive. Je veux qu’il sache qu’il a toujours en face de lui la meilleure foutue correspondante d’Indiscrétions. »

« La meilleure foutue correspondante de tous les temps. Et on doit un dollar aux bébés toutes les deux. »

« Et je suis sûre », je lui dépose un baiser sur la joue quand je passe près d’elle pour aller dans le séjour prendre ma mallette, « que tu seras ravie de le prendre sur toi. »

« Comme toujours », dit-elle derrière moi en me suivant.

Je finis de ranger ma mallette mais elle m’est enlevée des mains. « Je peux porter… » Mes mots sont stoppés par un doigt devant mes yeux m’avertissant de garder le silence et de l’accepter. Ce que je fais avec un petit soupir. « Mon verre », je marmonne. Puis je donne un baiser au doigt et à sa propriétaire. « Je t’aime, Tabloïde. Tu réalises que dans moins d’une heure, je pourrais être au chômage ? »

« Eh bien, si c’est le cas nous rentrons à la Nouvelle Orléans. Je ne vois pas où est le problème. »

Je mets les mains sur mes hanches dans une position très maternelle. « Hmm, et ton job, oh Productrice Senior ? »

« Que penses-tu de cette phrase délicieuse ? ‘Prends ce job et fourre-te-le où tu veux, je ne travaille plus ici.’ »

Je lève maintenant les doigts pour entourer les siens et les plier légèrement. « Oh non ! Pas question ! N’y pense même pas. Je ne te laisserai pas sacrifier ta carrière même si la mienne part dans les toilettes. Tu es bien trop douée pour même y penser. »

Elle sourit pour me faire plaisir. « D’accord, ma douce. Je ne le ferai pas, c’est promis. Mais je ne pense pas que tu aies à t’inquiéter pour ton job. » Elle me caresse les bras et me regarde droit dans les yeux, sachant que ce contact visuel direct me calme quasiment toujours. Mais est-ce qu’elle a besoin d’être aussi sexy avec ces nouvelles lunettes ? Je voulais partir en colère, pas excitée.

Trop tard.

 

* * *

 

Brian nous rejoint aussitôt que nous sortons de l’ascenseur. J’espère que ce ne sont pas de mauvaises nouvelles. On n’en a pas besoin en ce moment et je détesterais avoir à le tuer. Même s’il n’est qu’un messager. Ma nana adore ce petit couillon.

« Bienvenue, patronne ! » Il prend Kels dans ses bras et celle-ci lui rend son embrassade.

Il se recule et me fait un grand et bon sourire. « Salut, l’Etalon ! T’as la forme ! » Il fait un clin d’œil en me poussant de son coude.

« Tiens-toi bien. » Je lui tends la mallette de Kels. « Elle n’est pas autorisée à lever le petit doigt. Si elle a besoin de quelque chose et que tu ne peux pas le faire, tu viens me chercher. »

« Compris. » Il met la malette sur son épaule.

« Je jure que… » Kels commence à protester.

« Tu fais ça et ça va te coûter un dollar », je lui dis tout en lui massant le bas du dos.

Alors que nous nous dirigeons vers son bureau, Langston nous rejoint dans le couloir. « Kingsley. » Il tend la main. « Content de vous revoir et en forme. J’ai besoin de vos compétences. »

« Merci. » Je réussis à lui serrer la main malgré l’attelle. Il semble ne pas la remarquer.

Il relâche ma main et se tourne vers Kels. « Stanton, vous êtes prête à aller là-haut ? »

Oh merde. En haut ce n’est pas bon. En haut, on embauche et on vire.

Kels, toujours très professionnelle, ne laisse pas paraître une once de l’anxiété que je sais qu’elle ressent. « Bien sûr. »

« Kingsley, il faut que vous alliez voir Bruce. Il a reçu une mission qui le met sens dessus dessous. »

C’est sûr puisque c’est de Bruce que nous parlons. « J’y vais. » Je prends un instant pour rassurer Kels. Langston pourra toujours me crier dessus après. « A tout à l’heure. » Je lui fais un sourire et un clin d’œil.

 

* * *

 

Voilà, c’est dit. Je suis virée. Ça ne me dérangeait pas de quitter un boulot quand je l’avais décidé mais je n’ai jamais été virée de quelque part. Mais ça ne m’oppresse pas non plus en ce moment. J’observe le patron essayant de savoir combien ça va être douloureux. Il a un superbe visage neutre.

« Comment va Harper ? »

Comment va Harper ? Comment va Harper ? Espèce de salaud insensible, Harper va bien. Tu viens de la voir dans le couloir. Ça te plait ce jeu du chat et de la souris, hein ? D’essayer de me faire transpirer et me tortiller. Et bien oublie ça. Je ne vais pas te donner cette satisfaction. « Elle va bien. Sa vue est pratiquement revenue à la normale et elle est vraiment contente d’être de retour au travail. »

« Et nous sommes contents de l’avoir de retour. C’est difficile de trouver un bon producteur », lance-t-il en regardant les numéros des étages s’éclairer.

Je présume que son emploi est garanti. Une chose dont je n’ai plus à m’inquiéter. Dieu merci.

J’entre dans la salle de conférence et je vois qu’on a prévu un petit déjeuner. Je présume que c’est mon ‘dernier repas’. Marrant, je ne m’étais jamais vue comme un personnage christique avant ça. Il y a quatre places à la table. Langston tire une chaise et me la tient. « Kelsey ? »

« Merci. » Je m’assieds. Je déteste attendre. Prends la hache et coupe-moi la tête, d’accord ?

« Kevin et M. Roth seront là d’ici quelques minutes », me dit Langston en se servant une tasse de café, puis il me montre la cafetière.

« Non merci. » Je m’éclaircis la voix et décide d’en finir. « Le chef du département infos et le responsable de la chaine viennent pour me virer ? »

Il manque s’étouffer avec son café qu’il rattrape en grande partie avec sa serviette. « Vous virer ? Kelsey, on ne va pas vous virer. »

 

* * *

 

« Viens », dis-je à Brian, « on va attendre la suite dans le bureau de Kels. » Ça va être intéressant à tout le moins. On a encore un mois devant nous avant de trouver des jobs à la Nouvelle Orléans. Ou si Kels veut rester à New York, je suis sûre qu’une autre chaine va s’empresser de l’embaucher.

« Tu ne dois pas voir Bruce ? » Demande-t-il d’un ton automatique puis il s’arrête en voyant mon expression.

Je hausse les épaules. « Bruce peut attendre. Je veux savoir ce qui arrive avec Kelsey. »

« Tu penses que Langston est en colère contre elle ? »

« Il nous a envoyé une vidéo pendant qu’on était à la maison. Sa grossesse n’est pas restée un secret comme on l’espérait. »

« Désolé. »

Je m’installe sur le canapé de Kels et je m’étire. Je peux me détendre pour le coup. « C’est la vie. C’était idiot de penser que ça ne s’ébruiterait pas à un moment. »

« Hé, je vais peut-être trop vite mais… » Brian se lève et ferme la porte du bureau de Kels. « Ecoute, si pour une certaine raison, Kels devait partir… »

« Oui ? »

« Je veux la suivre. Elle est merveilleuse. Bien sûr, je n’ai pas besoin de te le dire, l’Etalon. » Il devient sérieux et se frotte les mains sur ses cuisses. « C’était plutôt dur avant qu’elle n’arrive. Etre aussi ouvertement gay ne passe pas si bien dans l’Amérique classique. Même dans les arts du spectacle. »

« Je suis désolée. » Je le suis vraiment.

« Alors si elle part, je pars. »

Et j’ai une idée. « Tu as des frères et sœurs ? »

Brian a l’air désorienté au changement complet de sujet. « Euh, oui. Trois sœurs. »

« Des nièces, des neveux ? » C’est ma façon de faire l’entretien d’une nounou. Au moins, je suis sûre que Brian ne me fera pas de gringue.

Il hoche la tête joyeusement. « Une bonne douzaine. Catholiques. Pas de contrôle des naissances. » Il roule les yeux.

Je ris. Je connais ce genre de famille. J’en ai une. « Ils t’aiment ? »

La mâchoire de Brian s’affaisse et il me fixe pendant plusieurs secondes. Il commence à parler, s’arrête puis secoue la tête. « Bien sûr ! »

Ça calmerait sûrement l’anxiété de Kels au sujet de Brennan et de Bébé Gourou Timide. Bien sûr, elle serait ennuyée de perdre un merveilleux assistant mais nos enfants sont plus importants. Maintenant, à la gorge. « Tu vis toujous dans cet horrible appartement de Hell’s Kitchen ? »

« Oui ! » Il relâche un profond soupir et croise les jambes. « L’eau chaude était encore en panne ce matin. La semaine dernière, trois fois. »

« Qu’est-ce que tu dirais de vivre dans l’Upper East Side ? »

« Oui, oui, bien sûr. Tu penses que Langston va vraiment me donner une telle augmentation ? »

« Non. Mais… » Kels, ma chérie, j’espère que ça ne t’ennuiera pas. « Qu’est-ce que tu dirais de venir vivre avec Kels et moi ? »

Il plisse les yeux tentant de décider si j’ai perdu la tête. « Tu veux m’adopter ? Je veux dire que je suis flatté et tout et tout. Voyons voir. Brian Dixon Kingsley. Je ne serai pas Brian Stanton, hein ? Je veux intégrer la famille. Harper, Kelsey et Brian Kingsley. Ça sonne plutôt bien. »

Que le Seigneur m’épargne. « Sûrement pas. Je pense que tu nous coûterais bien trop cher. »

« Etalon, je sais que tu ne veux que le meilleur pour tes enfants, dont je serai le plus âgé, et heureusement, je ne veux que le meilleur. »

« Tu ne veux que ce qui est cher. Ecoute, je veux t’embaucher comme nounou. »

« Hein ? »

Ne me fais pas répéter, Brian. « Tu as un problème d’oreille ? »

« Je vais être au pair ! » Il tape des mains d’un air excité. « Est-ce que je pourrai mettre un uniforme de bonne ? »

Je croise les bras sur ma poitrine. « Tu prévois de faire le ménage. »

« Non. »

« Alors non. »

« Bon sang. »

« Oh et pas de juron chez nous. Kels va te botter les fesses. Et voilà ton salaire. » On négociera le reste plus tard. Je pense que je viens de bien agir. Ce sera sympa de voir un grand sourire sur les lèvres de ma nana.

 

* * *

 

Je ne m’attendais tellement pas à ça. Je lis toujours les papiers qu’on m’a donnés là-haut quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Une secrétaire qui travaille sur cet étage me donne un petit coup au coude. « Ms Stanton, vous allez à votre bureau ? »

« Hmm ? » Je lève les yeux et je fais un geste. « Oh oui, merci. » Je replonge dans mes papiers et je sors de l’ascenseur. Je m’arrête à la cuisine commune et me prépare une tasse de thé. Je pourrais retourner à mon bureau mais je sais qu’Harper y est et je ne suis pas encore prête à lui expliquer. Je m’appuie contre le comptoir, je continue à lire et je sirote mon thé.

Je pense que sa Mama manque à Brennan. Elle m’a donné un coup de pied rien moins qu’inconfortable. « Tiens-toi bien. » Je me masse le côté, essayant de la calmer. « Maman a besoin de comprendre ce truc. »

Je continue à lire et Brennan continue son cirque. « Tu es bien comme ta Mama. » Je finis par prendre une profonde inspiration et décide d’aller annoncer la nouvelle à mon épouse bien-aimée.

Lorsque j’entre dans mon bureau, j’y trouve mon épouse et mon assistant qui sourient comme des idiots. Ça me fiche la frousse. Ça ne peut signifier que quelque chose de mauvais. « Qu’est-ce qu’il y a les enfants ? » Mon regard passe de l’un à l’autre, attendant que l’un d’eux crache ce qu’ils ont concocté.

« Je vais faire du café. » Brian rit puis nous laisse en fermant la porte derrière lui.

Je mets les mains sur mes hanches et je tapote du pied. « Alors ? »

« Je suis sur le point de faire de toi une femme très heureuse. »

« Harper, ma chérie, Langston aurait une attaque s’il tombait sur toi en train de faire de moi une femme très heureuse ; Alors pourquoi tu ne me dis pas ce qui se passe entre Brian et toi. »

Elle éclate de rire et me prend dans ses bras. « Je te garantis qu’il ne se passe rien entre Brian et moi. Et Langston peut me baiser le cul. Mais, ma chérie, j’ai résolu notre problème de nounou. »

« Notre problème de nounou ? De mon point de vue, nous n’avons pas de nounou, donc nous n’avons pas de problème. » Je la regarde et je lève un sourcil. « A moins que tu n’aies embauché la trainée. »

« Je l’ai fait. Mais pas celle à laquelle tu penses. »

Je suis vraiment désorientée. « Commence au début. »

« Et bien j’ai commencé à réfléchir… je sais, chaque chose en son temps… et je me suis rendue compte que la personne que nous cherchons devait être quelqu’un en qui nous avons confiance. Et je me suis rendue compte que la personne en qui nous avons le plus confiance, c’est – Dieu nous préserve – Brian. »

« Brian ? Mon Brian ? Tu as embauché Brian pour être notre nounou ? » Je ne peux pas m’empêcher de m’écarter d’elle en riant. « Oh bon, je vois. » Je m’appuie contre mon bureau en essayant de contrôler mon rire. » Je vais devoir me trouver un nouvel assistant maintenant. Ils ne m’ont pas virée, Tabloïde. Ils veulent me promouvoir. »

« Te promouvoir ? La seule chose au-dessus c’est… Ils veulent te faire présentatrice vedette, chér ? »

Je remue le nouveau contrat devant elle. « Ce serait le cas, oui. Ils veulent que je prenne l’antenne. »

Je suis soudainement dans ses bras et la pièce tourne. « Oui ! » Puis elle commence à m’embrasser plutôt profondément. La pièce tourne toujours et il faut que je l’arrête.

Je m’écarte doucement. « Harper, repose-nous. Petit Gourou Timide n’aime pas ce manège. »

Lorsque mes pieds retrouvent le sol ferme, je vois Harper à genoux devant moi. Elle a remonté mon chemisier et ses lèvres sont sur ma peau. « Vous savez quoi ? Votre Maman va être présentatrice de… »

Je l’attrape et la mets debout. « Tabloïde, je n’ai pas encore dit oui. »

« Pourquoi bon sang ? » Je lui lance un regard. « Oups », elle se penche et embrasse mon ventre, « désolée les enfants. »

« Parce que je voulais d’abord en parler avec toi. »

« Oh, ok. De quoi tu voulais discuter, bébé ? »

« Mon nouveau contrat sera de trois ans. Bien sûr je vais leur demander de me permettre de le racheter si je décide de partir. Une grosse augmentation, de grosses primes, mais ça met fin à notre exclusivité de travail. On va te passer un nouveau contrat. Tu ne seras plus ‘ma’ productrice. »

Elle se calme et hoche la tête. « Qu’est-ce que tu veux faire ? »

Je prends une très, très profonde inspiration. « Et bien, j’aurais enfin le job dont je rêvais. C’est énorme. Mon nouveau contrat est, et bien, stupéfiant, vraiment. » Je ne peux m’empêcher de sourire. « Tu ne peux pas imaginer le nombre d’avantages que tu as quand on te donne ‘le fauteuil’ par ici. Mais je ne veux pas que tu aies l’impression que je me débarrasse du contrat qu’on a signé toutes les deux. Je sais que ton nouveau contrat sera très lucratif. Roth est très impressionné par ton Peabody. »

Harper me fait un énorme sourire. « Ma chérie, c’est ce dont tu as rêvé et ce pour quoi tu as travaillé toute ta vie. Fais-le. Prends-le. Je suis derrière toi. Et fière de toi aussi, Bon Dieu. »

« Tu es sûre ? » Je passe mes doigts sous le col de sa veste. « Ça veut dire qu’on ne peut pas aller à la maison avant un bon moment. »

« Les enfants et toi vous êtes ma maison. En plus je ne vois pas notre maison à la Nouvelle Orléans aller nulle part. Et Grand-père Stanton est ici. »

« C’est vrai. » Je suis maintenant dans ses bras et je m’appuie contre elle. « Mais ma mère aussi. »

 

* * *

 

Je sors Harper de mon bureau en lui rappelant qu’elle a des trucs à faire et que je dois appeler des gens. Plus précisément mon agent et mon avocat. Foster va faire un arrêt cardiaque quand elle verra mon nouveau salaire. Ma seule commission va lui rapporter un max.

Avant qu’elle ne parte, elle prend un instant pour me promettre une célébration que je n’oublierai pas de sitôt. Je regarde ma montre. Bon sang, il n’est que dix heures trente. Je ne pourrai jamais attendre aussi longtemps.

Je fixe le contrat tout en prenant le combiné pour numéroter. Il est temps de faire gagner beaucoup d’argent à Foster et Beth.

 

* * *

 

Je replace le combiné, mes deux appels terminés, et j’appelle Brian.

« Tu m’as appelé ? » Il a l’air positivement dans les nuages.

« Tu travailles toujours pour moi ? »

« Oh, je pense que je peux finir la semaine », dit-il en blaguant.

« Eh bé, merci. Dans ce cas peux-tu faxer quelques trucs à mon agent et à mon avocat ? Et, Brian, ce sont des documents hautement confidentiels. Ne les laisse pas trainer, d’accord ? »

« Compris. » Ma porte s’ouvre. Il me sourit. « Dites-moi, Mme Kingsley, elle porte quoi l’Etalon quand elle se détend à la maison. »

« Pas grand-chose. » Oh Seigneur, je ne vais pas m’en sortir aujourd’hui.

« Ooooh, ça peut être marrant. Moi pareil. »

Je laisse tomber ma tête. Dans quoi me suis-je fourrée ?

 

* * *

 

Kels m’a mise de bonne humeur. Et quelle journée ça va être. C’est dingue les choses qui peuvent se passer quand on est en congé maladie.

Larry quitte l’émission pour cause de problèmes personnels. Je parie que les paris sur les jeux ont fini par avoir raison de lui. Mais je vais creuser pour voir ce qu’il en est vraiment. Dites que je suis curieuse.

Je frappe à la porte du bureau de Bruce. Je me demande comment il va prendre la nouvelle que Kels reprend le job de Larry ? Il devrait accuser le coup. Et ne pensez pas que je ne vais pas en apprécier chaque instant. Je vais voir si je peux enregistrer sa réaction même. Comme ça j’aurai quelque chose à me passer quand je suis triste.

« Entrez ! » Dit-il en grognant.

Lorsque j’entre, je vois immédiatement le problème. Il est littéralement enfoui dans du matériel de recherche. « Langston m’a envoyée t’aider à retrouver ton sujet. »

Il lève les yeux et veut être odieux avec moi mais il sait qu’il ne vaut mieux pas. Je peux faire ou défaire son travail et il le sait. « Merci. »

« De rien. C’est pour ça qu’on me paye grassement. » Je peux être gentille avec lui aujourd’hui. On a le monde au bout d’une corde.

 

* * *

 

Je m’étire, en triant une autre pile de documents de recherche par terre.

« Alors, tu as entendu dire que Larry s’en va ? » Demande Bruce d’un ton naturel en prenant des notes sur un cahier. Il essaie de feindre l’indifférence et de me soutirer de l’information. Heureusement, je connais tous les trucs des reporters.

« C’est ce que j’ai entendu dire. » Je suis foutument neutre sur ce coup-là. Jusqu’à ce que Kels signe le contrat, tout est vraiment top secret.

« J’espère que Kelsey n’est pas trop ennuyée qu’on ne la prenne pas comme présentatrice vedette. »

Il a toute mon attention maintenant. « Qu’est-ce qui te fait penser qu’on ne va pas la prendre ? »

« Allons Harper, petite amie ou pas, tu sais bien qu’on ne donne pas la place aux femmes. Encore moins si elles sont enceintes.

Elle est ma femme, pas ma petite amie, trouduc. « Oui, mais on ne sait jamais. Tu vois, cette femme en particulier a deux Emmys et un Peabody dans sa ceinture. » Pas comme toi.

« Ouais, et de ce que j’ai entendu, des jumeaux aussi. » Il se renfonce dans son fauteuil et croise les mains sur son estomac. « Harper, je ne veux pas t’attrister mais je pense que tu devrais te préparer à l’emmener acheter quelque chose de cher pour qu’elle se sente mieux dans quelques semaines. »

Là il commence vraiment à me courir. Voyons si je peux lui répondre sans le tuer dans le mouvement. Ou donner un nouvel appendice à son corps. « D’abord, Bruce, je n’ai pas à vanter ses mérites. Jamais. C’est une professionnelle de bout en bout. Je la respecte fichtrement et tu serais bien avisé d’en faire autant. Ensuite, je ne discute pas de ma vie privée avec toi. Jamais. Mais laisse-moi t’expliquer qu’elle n’est pas ma petite amie. C’est mon épouse et bientôt la mère de mes enfants. Ne perds jamais ça de vue. Et ensuite, rien n’est fini avant que le gong ne résonne. J’ai découvert qu’il ne faut jamais sous-estimer Kels. » Je m’arrête et je respire. J’imagine une belle forêt, un ruisseau bouillonnant et la tête de Bruce sous l’eau pendant que je le noie. Une magnifique scène pastorale. « Bon, tu es prêt à discuter de ce foutu sujet ? Ou bien tu veux que je revienne plus tard ? »

« Doucement Harper. Hé, je pense que c’est génial que tu aies autant d’enthousiasme pour Kels. Peut-être qu’ils vont changer le format et lui offrir le deuxième poste. En fait, je pourrais le recommander. »

Ouais, bien, quand les poules auront des dents. « Je pense qu’il vaut mieux qu’on se concentre sur nos boulots. Langston fera ce qu’il faut pour l’émission. »

« Oui, j’en suis sûr. » Il prend encore quelques notes.

Il l’a déjà fait, espèce de salaud.

 

* * *

 

Je suis de retour à mon bureau et je lis des cahiers de production en essayant de me mettre à niveau, lorsque j’entends frapper à ma porte. Je regarde ma montre. Ouaouh. Il est déjà quinze heures trente. Je parie que c’est Kels avec un sandwich pour moi. « Entrez. »

La porte s’ouvre et je constate que je me suis trompée. C’est Kendra et elle n’a pas de nourriture. Tant pis. Malheureusement mon appétit est maintenant bien conscient de l’heure qu’il est. « Salut, tu as un instant ? »

« Bien sûr. »

Elle s’écarte de la porte et je me demande un instant si elle n’a pas mal compris ma réponse. Puis Kendra revient en trainant un ado dégingandé derrière elle. Il est un peu plus grand qu’elle et commence à s’épaissir. Il a la même peau couleur café que Kendra et des yeux doux. « Voici mon neveu, Frank. Frankie, voici Harper Kingsley, la productrice dont je t’ai parlé. »

Il sort sa main de la poche de son jean et me la tend. Il a une poignée de main ferme. C’est bon signe. « Ravi de vous rencontrer, Ms Kingsley. »

Je ris. « Harper, ça ira. Ravie de te rencontrer, Frank. Ta tante m’a beaucoup parlé de toi. »

Il rougit. « Ah elle est pas objective. »

« Pour de bonnes raisons si j’ai bien compris. Alors qu’est-ce qui t’amène ici ? »

C’est Kendra qui répond. « Il va être stagiaire ici un moment. »

Bien. Je suis contente que les choses se passent bien pour ce jeune homme. J’en déduis qu’il vit avec Kendra aussi. « Excellent. On t’a mis avec qui ? »

Frank me regarde puis sa tante. « Vous. »

Je présume que c’est un des mémos que je n’ai pas encore lu. « Génial. Tu sais organiser des choses ? Et tu sais utiliser un ordinateur ? »

« Oh oui, Harper, ce gamin sait organiser. Tu devrais voir sa collection de CD. Non seulement elle est classée par ordre alphabétique mais il l’a indexée de mille façons. »

Il hausse les épaules. « J’aime bien l’informatique. »

« Bien. Bon, viens que je te présente à l’autre moitié de l’équipe. » Ça devrait être amusant. Kendra m’a dit qu’il était plus ou moins amoureux de Kels.

« Vous voulez dire Mademoiselle Stanton ? » Il prononce son nom avec révérence.

Je ris. « C’est Madame Kingsley pour toi, Frank. » Il lui faut une seconde mais il devine ce que je suis en train de lui dire.

Bienvenue dans la famille, Frank. J’ai le sentiment qu’on va aussi t’adopter.

 

* * *

 

Frank sur mes talons, je me dirige vers le bureau de Kels. Je regarde derrière moi et le langage de son corps me dit qu’il est fichtrement anxieux. « Elle ne mord pas. » Ce n’est pas exactement vrai mais il n’a pas besoin de le savoir. En plus, j’aime ça quand elle mord.

Il me fait un signe raide de la tête. Je m’arrête et je me tourne vers le jeune homme, qui regarde la porte du bureau. J’ai du mal à m’empêcher de rire. Je me sens un peu désolée pour lui.

« Frank, ça va aller, vraiment. Kels est quelqu’un à qui on peut facilement parler et elle est très amicale. Mais bon, elle est enceinte alors elle pourrait être un peu grognon mais ce n’est pas son état normal. Et ça n’aurait rien à voir avec toi. » Tout est de ma faute, dit-elle.

« D’accord », croasse-t-il comme on s’y attend d’un ado dans ce genre de situation.

La porte du bureau est ouverte. Je m’arrête un instant et j’écoute avant de frapper sur l’encadrement. Elle est en réunion avec un scénariste.

« Je pense que si nous transférons cette section à la page suivante, juste avant la conclusion, ça marchera mieux. Nous ne voulons pas perdre la section mais elle semble aller mieux ici », dit-elle au jeune homme avec qui elle travaille.

Je passe la tête. Le scénariste est debout près d’elle appuyé contre son bureau. Ils lèvent tous les deux les yeux. « Kelsey, quand tu auras une minute, je voudrais te présenter quelqu’un. »

« En fait, Ms Kingsley », Aaron referme le script, « nous en avons fini. » Il regarde Kels. « Je fais ces changements et je les renvoie d’ici deux heures. »

« Prends ton temps, Aaron. Je ne m’en occuperai sûrement pas avant demain matin. » Il hoche la tête puis sort.

Je regarde Frank. « Prêt ? » Je réfrène un rire. On dirait que la mort s’est posée sur lui. Pauvre petite chose.

« Harper, que se passe-t-il ? » demande Kels depuis son bureau tout en commençant à se lever.

Je lui fais signe de se rasseoir, ce qu’elle fait puis pose sa joue sur sa paume. « Voici », je le tire dans le bureau, « Frank. C’est le neveu de Kendra et mon nouveau stagiaire. »

« Ravie de te rencontrer, Frank. » Kels se lève et lui tend la main.

Elle m’observe de derrière son bureau tandis que je m’agenouille et que je tapote les joues de Frank. « Il va bien ? » Elle est tiraillée entre une inquiétude réelle et une envie de rire. Aucune de nous ne s’attendait à ce qu’il s’évanouisse.

 

* * *

 

Je gare la Range Rover devant la chaine de télévision, dans un couloir de bus aux heures pleines. Je suis le conducteur que tout New Yorkais déteste. Oh bon. J’ai une femme énormément enceinte qui vient d’avoir une super promotion et on va fêter ça. Le reste de New York peut aller se faire voir.

Je saute à bas de la voiture et j’ouvre la portière côté passager pour ma nana tout en lui donnant un coup de main. Le 4x4 c’est bien pour avoir une vue de haut de la route mais mauvais si on transporte une femme qui porte des jumeaux. Je me dépêche de remonter pour passer la vitesse.  Ce qui, au moins, arrête les coups de klaxons. Mais les bordées d’injures continuent.

« On se refait des amis, Tabloïde ? » Me taquine Kels.

« C’est tout moi, ça. Amicale. »

« Alors… » Elle traine sur les mots et attrape mon petit copain du tableau de bord, « c’est quoi le plan, Stan ? »

« On a plein de choses à fêter. » Je le lui reprends et le remets à sa place.

« Oh oui, comme quoi ? »

Je coupe la route à un taxi. Seigneur, que j’aime faire ça. « On a embauché une nounou. »

« Je devrais te frapper pour ça. » Kels me tapote le genou pour adoucir ses mots. « Je ne veux même pas penser au remplacement de Brian. »

Oh, j’espère que je n’ai pas foiré. « Est-ce que je… »

Avant que je puisse finir ma pensée, Kels m’interrompt. « C’est un choix parfait, mon cœur. Je te charrie. » Elle prend ma main et s’appuie contre moi. « Alors, où va-t-on ? »

« Un de tes endroits préférés. »

« Ah oui ? Hmm… un indice ? »

Je ris. J’espère qu’elle va aimer ma surprise. « Il y a une vue géniale. »

« Fenêtre sur le Monde ? »

« Pas aussi géniale. » Difficile de faire mieux qu’un immeuble de cent étages. « Il y a de la musique géniale. »

« Oooh, la Chambre Arc-en-Ciel ? »

Je ris. « Mais pas de la musique live. »

Kels fait la moue. Elle n’aime pas quand elle ne trouve pas tout de suite. Elle pense me connaître. « Quoi d’autre ? »

« On y sert des pâtes stupéfiantes avec des queues de bébés homard. » J’entends son estomac gronder. Bingo. J’avais bien choisi.

« Je sais – La Taverne sur l’Herbe. »

« Nan. Tu ne trouveras jamais. Abandonne. »

« Hmpff. » Kels croise les bras sur son vaste ventre. Je parie que je pourrais y poser ma tasse de café ces temps-ci.

J’ai foutument pas intérêt d’essayer.

« Tu abandonnes ? »

« Le Tribeca Grill ? »

« Nan, nan, nan. » Je lui prends la main et y dépose un baiser. « J’ai pensé que tu aimerais un diner traiteur sympa et tranquille à la maison. J’ai tout arrangé. Tout ce qu’on a à faire, c’est rentrer à la maison, se mettre à l’aise, manger tout notre content et ensuite… fêter. » Je traine sur ce dernier mot.

« Ce n’est pas à ça qu’est destiné le dîner ? » Ma nana joue avec moi.

Je tourne sa main et je pose mes lèvres sur son poignet, notant que son pouls augmente. « Non. Le dîner c’est pour manger. »

« Est-ce que ce n’est pas de ça que tu parlais ? »

Je lui embrasse la paume. « Façon de parler. »

 

* * *

 

Je savais qu’il y avait une raison pour laquelle j’aime Harper, outre le fait qu’elle est belle à couper le souffle et si sexy que ça devrait être illégal. Je suis assise dans le séjour, digérant ce repas merveilleux et me relaxant pendant qu’elle prépare quelque chose dont elle a dit que ça me rendrait heureuse par-delà les mots. Elle ne sait pas que je le suis déjà.

Je prends la télécommande de la télé et je l’allume. Je zappe et m’arrête lorsque je vois un regard familier.

Erik.

J’ai été incapable de regarder un de ses films depuis qu’il a été tué. Le choc de voir son visage me coupe le souffle pendant un bref instant. Puis il parle et le son de sa voix amène des larmes dans mes yeux. « Tu me manques, petit con. »

Je sais que je devrais changer de chaine mais je n’y arrive pas. D’une façon bizarre, je suis heureuse de le revoir. C’est un peu comme si il n’était pas parti, comme si je pouvais prendre le téléphone et l’appeler.

« Hé Petit Gourou. » Harper entre dans le séjour avec deux tasses du thé spécial de Mama. Elle s’arrête en voyant le film. « Je pensais qu’on devait aller au lit et se détendre. » Elle a une expression inquiète comme si de voir Erik avait gâché notre soirée parfaite. Peut-être qu’il y a quelques mois, ça aurait été vrai. Mais pas maintenant.

« En fait, est-ce qu’on peut le regarder ? » Je tapote le canapé pour l’inviter à se joindre à moi.

« Bien sûr. » Elle vient vers moi, pose les deux tasses puis s’installe derrière moi.

Je m’appuie sur elle et place ses mains à l’endroit où Brennan est la plus active. D’un geste automatique elle commence à masser l’endroit et Brennan semble se calmer. Je jure que cette enfant connait déjà la différence entre Harper et moi. Et elle joue à la chouchou.

Elle me serre dans ses bras en me laissant regarder le film. Elle est tranquille et respectueuse malgré le fait que c’est l’un des pires navets jamais réalisés. Je ris et je la regarde.

« C’est nul, pas vrai ? »

Harper fait une réponse diplomatique. « Ce n’est pas bon mais Erik si. Je vois pourquoi il allait bientôt percer. Il fait du bon boulot avec quelque chose de nul. »

« Il faisait toujours de son mieux, peu importe le genre d’ineptie qu’on lui donnait à jouer. »

Nous regardons en silence quelques minutes encore. « Kels ? » Le ton d’Harper est prudent, ce qui est inhabituel chez elle.

« Oui ? » J’espère que ça ne la taraude pas.

Elle masse mon ventre une fois encore. « Si Bébé Gourou Timide est un garçon, on n’a qu’à l’appeler Collin, en mémoire  d’Erik. »

Je me tourne pour lui faire face. Derrière ses nouvelles lunettes, son regard est doux et cherche le mien. « Vraiment ? » C’est plus que je ne lui aurais jamais demandé.

« Oui », elle hoche la tête, « il n’y a pas de nom que j’aimerais le plus donner à un fils que celui de ton meilleur ami. »

Je pense que c’est un peu exagéré étant donné qu’il y a son père et ses frères, surtout Robie, mais je suis touchée de son intérêt. Je me penche et lui donne un léger baiser et je caresse sa joue en me reculant. « Merci. Je sais que s’il avait vécu, Erik et toi auriez été les meilleurs amis au monde. Alors je suggère que si Bébé Gourou Timide est un garçon, nous l’appelions Collin Lee. »

Le sourire d’Harper est éclatant. « Collin Lee Stanton Kingsley ? » Elle teste le nom pour voir s’il sonne bien. « J’aime bien. Collin Kingsley. On dirait une star de cinéma. »

Je repousse les cheveux de son visage. « S’il ressemble à sa Mama, il le sera. J’espère qu’ils auront tes yeux. »

Elle rit doucement. « Nan, je veux qu’ils te ressemblent. »

« On n’a qu’à faire un compromis », je suggère.

« Je t’aime, Petit Gourou. Du plus profond de mon cœur et de mon âme. »

Je me lève et je l’entraine avec moi. « Viens mon amour », j’éteins la télé puis me tourne vers elle et lui fais un sourire, « ajoutons ‘corps’ à cette liste. »

Elle se lève si vite que j’ai peur qu’elle se fasse mal. Alors que nous allons vers notre chambre à coucher, elle passe son bras valide autour de mes épaules et enfouit légèrement son nez dans mon cou. « Tu sais, Tabloïde, on devrait vraiment penser à un autre nom pour une petite fille, au cas où. »

« Nargretris Triffle… » Marmonne-t-elle contre mon cou.

« Une autre suggestion comme celle-là et tu dors sur le divan. »

 

* * *

 

Nous sommes allongées au lit, rassasiées de deux des besoins basiques de l’humanité. Kels est sur le dos, le drap remonté sur le bas de son corps. Le ventre ample qui abrite nos enfants est nu. Très détendue et très heureuse, je suis blottie près de son estomac. « Ici Harper Kingsley qui vous parle depuis l’extérieur du ventre de votre maman », dis-je de ma meilleure voix de présentatrice.

Kels rit et me donne un petit coup sur la tête. « Ils commençaient seulement à se calmer là-dedans. »

Je l’ignore. Je parle à mes gamins. « Aujourd’hui CBS a annoncé que Kelsey Stanton Kingsley a accepté le poste de présentatrice vedette de leur magazine télévisé numéro un, Indiscrétions. Ms Kingsley, gagnante d’un Emmy et d’un Peabody, était sur l’émission depuis le début de l’année. Au sujet de la promotion, Ms Kingsley a dit », je m’arrête et je regarde Kels pour le commentaire.

Elle me fait un sourire très indulgent. « Je suis honorée qu’on me confie cette responsabilité. Indiscrétions comprend les meilleurs correspondants de l’industrie. Ensemble nous continuerons à apporter aux gens l’analyse profonde des nouvelles qu’ils attendent de nous. »

Je lui embrasse le ventre. « Des personnes du mileu rapportent que Ms Kingsley travaille également sur un projet personnel. Récemment, des rumeurs ont fait surface comme quoi elle attendrait un enfant d’ici la fin de l’année. Quand on lui pose la question, voici ce que Ms Kingsley a à dire. »

Kels s’empêche difficilement de rire. « Oui, c’est vrai. J’attends des jumeaux pour la Noël. »

Je hoche la tête d’un air grave. « Oui pile pour Noël. On dirait que les enfants Kingsley savent quand se montrer pour avoir des cadeaux. Et aussi, comme ils ont été conçus par insémination, les enfants choisissent les fêtes pour rencontrer leur autre parent. Pour le diner. » (NdlT : ici il y a un jeu de mots intraduisible car insémination se dit turkey baster en anglais, littéralement une poire de dinde ou poire à jus d’un point de vue culinaire, il y a donc une allusion à la dinde de Noël)

Incapable de se maîtriser plus longtemps, Kels se met à rire.

« Comme autres nouvelles, le ménage Kingsley a embauché une nounou aujourd’hui. Brian Dixon, également connu comme tatie Brian », ceci me vaut une autre tape joyeuse, « va commencer quelque part en octobre. Brian, mieux connu pour son interprétation outrancière d’assistant de Ms Kingsley, tiendra le rôle de la nounou pour nos précieux Brennan Grace et Bébé Gourou Timide. »

Je suis sur le point de raconter plus d’ânerie quand Kels m’interrompt. « Redis-le », murmure Kels en tirant ma main sur son ventre.

D’accord. Qu’est-ce que j’ai dit ? Ah oui le p’tit couillon. « Brian… »

« Non, son nom à elle. »

« Brennan ? »

Un coup.

Est-ce que c’est bien ce que je pense ?

« Brennan Grace ? »

Un coup, deux coups.

« C’est toi bébé ? » pas de réponse. « Brennan ? »

Un coup.

Ma petite fille utilise le morse pour communiquer avec moi. Bon sang, je savais que ces gamins seraient malins. « Petit Gourou Timide ? »

Rien.

« Brennan Grace ? »

Boum, boum.

Kelsey n’a jamais été aussi radieuse que quand je lève les yeux vers elle à cet instant. « Elle connait son nom », je murmure plus qu’épatée.

« Et mieux encore », répond-elle, « elle te connait toi. »

 

<fondu au noir>