INDISCRETIONS

La Troisième Saison

Créé, produit, réalisé et écrit par :

Fanatic et TNovan

Traduction : Fryda (2013)

 

Episode Treize : De la Bouche des Enfants (Out Of The Mouth Of Babes)

« Bouge. »

« Non toi, bouge. »

« Je suis serrée comme tout. »

« Brennan, tu ne bouges jamais. Je vais le dire à Maman. »

Je roule des yeux, peu impressionnée par la menace de Collin. « La dernière fois que tu as ‘dit’ quelque chose à Maman, tu lui as mis un coup dans le dos. Ça l’a rendue malheureuse. Je n’aime pas quand elle est malheureuse. Arrête de faire le sale gosse et bouge. »

Collin bouge légèrement sur sa gauche. « D’accord mais pas plus. »

« Oui, oui. » Je me penche en arrière et je m’étire un peu. On est vraiment à l’étroit ici. Je ne vois pas comment on peut y rester plus longtemps. A moins que Maman ne fasse plus de place, mais elle n’aime pas être aussi grosse déjà. Du moins c’est ce qu’elle dit. 

Collin se frotte les mains. « Alors qu’est-ce que tu penses qu’on pourrait faire aujourd’hui ? »

C’est une bonne question. Les choses ont changé ces derniers temps. Maman et Mama ne sont pas ensemble tout le temps. Mama part un moment ; quelquefois elle prend le Chiot. Et Maman et Tante Brian jouent la journée. Ils chantent beaucoup. Mais Mama a une plus belle voix que Tante Brian. Il chante juste plus fort. « Je sais pas, Collin. Mais le seul moyen de le savoir, c’est de faire lever Maman. »

Il rit. « J’aime bien réveiller Maman, parce que Mama se lève aussi. »

Oui, avec Mama on s’amuse. « D’accord, tu sais comment faire. »

Ensemble nous commençons à bouger nos bras et nos jambes dans toutes les directions. Parfois je cogne Collin accidentellement.

« Hé, fais attention ! »

« Il fait sombre ici », je le taquine.

« Oui oui. »

Nous continuons jusqu’à ce que maman nous bouscule. Notre tâche est accomplie.

« Retournez dormir », dit Maman et elle masse le dos de Collin. Le chanceux. Maman a la main douce.

Il se laisse aller dans sa main. « On a qu’à dormir encore un peu », dit Collin en baillant. C’est si facile avec lui.

« Hé vous deux », dit Mama, sa voix toute proche. « Il est trop tôt pour se lever. Donnez encore une heure ou plus à votre Maman, d’accord ? » Elle me frotte la tête.

« D’accord, ça me va, Collin. »

 

* * *

 

« Harper », dit Maman alors que nous sommes alllongés dans le machin qui balance. « Ces piles ne sont pas encore mortes ? »

« Hmm, chér, ma pile ne n’arrête jamais », dit Mama de la voix de Chiot qu’elle emploie quelquefois. « C’est moi le modèle pour le Lapin Duracell. »

Brennan se gratte la tête. « Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui est drôle ? Pourquoi Maman rigole ? »

Je hausse les épaules. « Je ne sais pas. C’est quoi une pile ? » Soudain le ventre de Maman est plus clair. Un point brillant rouge et rond apparait au-dessus de ma tête. « Oh ouais ! Brennan ! C’est le moment de jouer. » Je pousse le truc osseux de Maman et je me propulse vers la lumière. « Vroum ! »

Soudain ma sœur se réveille un peu plus. « Génial ! C’est mon tour ! C’est mon tour ! »

La lumière apparait près de son bras. Brennan donne un coup de coude dessus. « Je l’ai eu ! »

Ça clignote deux fois au-dessus de moi. « A moi ! A moi !

« Harper », dit Maman.

« Salut mes petits chéris », dit Mama en se collant contre nous.

Je ris et je la tape.

« Hé ! » Elle adore ça. Je le sais parce qu’elle me tape toujours en retour.

Je ris à nouveau. Elle est marrante.

« Harper ! » Dit encore une fois Maman.

Elle dit toujours ça à Mama. Je pense que ça veut dire ‘arrête’ parce que, quand elle le dit la deuxième fois, le point rouge disparait.

 

* * *

 

Maman et Mama nous ont emmenés pour qu’on prenne encore notre photo. Je ne sais pas ce que ça veut dire exactement. Tout ce que je sais, c’est qu’aller voir Dougie fait battre le cœur de Maman plus fort, ce qui veut dire que quelque chose ne va pas avec elle. Jen’aime pas beaucoup quand ça le fait.

« Ça va faire sursauter Maman. Elle dit que c’est froid. »

« Mais ça ne dure qu’une seconde », réplique Brennan. Elle aime bien discuter.

« Brennan ? »

« Quoi ? »

« Qu’est-ce qui est froid ? »

« Je ne sais pas. »

« Ça doit être vraiment mauvais », je dis.

« Pourquoi ? »

« Ben, réfléchis un peu. Maman sursaute et dit que c’est froid. Si ça fait sursauter Maman, ça veut dire qu’elle n’aime pas ça. Alors si elle n’aime pas ça, c’est que ça doit être mauvais. »

« Mais quelquefois Mama fait sursauter Maman et ça n’est pas mauvais. » Brennan tire sur son oreille.

« Mama ne doit pas être froide alors. »

« Je pense que je n’aimerais pas être froide. »

« T’inquiète pas. Mama et Maman ne laisseront pas ça nous arriver. Elles l’ont dit. Elles ont même acheté des couvertures spéciales pour l’empêcher, tu te souviens ? »

« Oui oui. » Je me tourne un peu parce que je sens Maman bouger. Ça veut dire qu’elle n’est pas à l’aise. « C’est quoi une couverture ? »

« Je n’en suis pas sûr mais c’est important, parce Maman semble toujours avoir les siennes. »

J’écoute maintenant parce que quand le docteur Dougie prend la photo, il dit toujours à Mama et Maman ce qu’il fait. Quelquefois il dit que je fais des choses que je ne fais pas.

« Kevin. » Ah, c’est la voix de Maman. J’adore sa voix. Elle me fait me sentir toute chaude. « Vous pouvez nous dire qui est qui ? »

« Bien sûr. » Le docteur Dougie semble être quelqu’un de gentil. Maman se détend quand il lui parle, la plupart du temps. Une fois il a dit quelque chose et son cœur allait si vite que j’ai cru qu’il allait se casser. Mais Mama l’a emmenée à la maison et ça allait mieux. Mama dit qu’elle sait toujours la faire aller mieux. « On dirait que Brennan est sur votre droite et Collin sur la gauche. »

« Et ben, merde alors », dit Mama.

Oh bon sang, ça va lui coûter un dollar. Je me demande ce que c’est un dollar ? Je sais qu’il y a toute une liste de mots pour lesquels Maman réclame un dollar. Je vais devoir faire attention à ce que je dis parce que je n’ai pas de dollar.

 

* * *

 

Il faut que je sorte.

Il faut que je sorte.

Il faut que je sorte.

Je regarde vers La Brune. Regarde-moi ! Mes yeux sont jaunes. Une petite ballade dans les bois serait la bienvenue.

Il faut que je sorte. Sois gentille !

Alpha dit quelque chose et me montre. Merci, merci. Je m’avance et je lui lèche la main de gratitude. Au moins quelqu’un me comprend.

La Brune s’avance et met sa laisse à mon cou. Elle a toujours besoin de mon aide quand nous sortons. Bien que, parfois, elle me l’enlève pour que je puisse courir plus vite. Pour une deux jambes, elle est plutôt lente. Sauf quand elle porte les pattes rondes et glissantes. Alors elle est presque à ma hauteur.

Allons-y.

« D’accord, Kam, on y va. Calme-toi. »

Elle aboie bizarrement. La seule chose qu’elle arrive à dire juste c’est mon nom. Je ne sais pas pourquoi Alpha n’arrive pas à lui apprendre à faire mieux.

Nous allons vers la pièce qui bouge où nous retrouvons un autre deux jambes et Fritz. « Hello Fritz. » Je le renifle. On n’est jamais trop prudent. Juste parce que Fritz semble ne pas l’être assez.

« Salut, Kam. » Il me renifle aussi.

« T’as l’air jaune, vieux. »

Je hoche la tête et je montre la Brune. « Elle ne voulait pas sortir. Elle n’aime pas partir maintenant qu’Alpha est aussi près d’avoir ses petits. »

Fritz s’assoit sur ses deux pattes. « Tu m’en diras tant. Mes deux jambes ne voulaient pas quitter les deux jambes dans la boite. »

« Cette boite est mauvaise. Les petits deux jambes ont l’air d’hypnotiser les grands deux jambes. » La porte de la pièce qui bouge s’ouvre. La Brune tire sur sa laisse pour me demander de trouver le chemin pour elle. « Faut que j’y aille, Fritz. Content de t’avoir vu. »

« A plus. »

On sort et La Brune me gratte derrière les oreilles. « Tu as été méchamment amical avec Fritz dans l’ascenseur. Vous causez bien ? »

Je regarde autour de moi. Je ne vois pas Fritz. Je tire sur sa laisse. Allez La Brune, allons dans l’herbe. J’ai des besoins.

 

* * *

 

J’aime bien le grand endroit avec de l’herbe. Tous les jours j’emmène La Brune et on voit nos amis. Tous les deux jambes se tiennent à un endroit et s’aboient dessus. Parfois ils boivent de l’eau noire dans des petits bols. Je n’aime pas l’eau noire. Une fois, j’ai essayé d’en avoir de La Brune et elle en a versé accidentellement sur mon museau. Ça m’a brûlé et m’a fait éternuer. Pourquoi les deux jambes boivent de l’eau chaude ? ça n’a pas de sens. Alpha boit quelque chose fait avec de l’eau chaude, mais elle met la douceur dorée dedans. Quelquefois elle m’en donne. J’aime bien la douceur dorée. Même si ça rend ma langue collante. C’est une friandise spéciale que seule Alpha me donne.

Je fais la course avec Chloe jusqu’à l’arbre loin. J’aime bien Chloe. Elle est vraiment mignonne. Elle a un poil doux qui est toujours propre et elle a un collier vraiment joli. Il brille.

« Kam, est-ce que ton Alpha a eu ses petits ? »

Les filles aiment bien parler des petits. « Pas encore. Bientôt. Je parie qu’elle va trouver un endroit chaud rapidement. »

« Tu vas la laisser utiliser ton lit, pas vrai ? »

Je me gratte la truffe. « Je ne pense pas qu’elle y tiendra. »

« Elle est si grosse ? »

« Non, ma Brune est plus grande. Mais Alpha va avoir une grande portée. »

Chloe regarde vers La Brune. Elle montre ses dents à une autre deux jambes. Ça ne veut pas dire la même chose que pour nous. « C’est sympa qu’Alpha ait apporté La Brune chez vous pour jouer avec toi. »

« Oui, elle est arrivée quelques jours après moi. Je pense que c’est parce qu’Alpha savait qu’elle allait avoir une portée que je devrais protéger. Alors elle voulait que je m’amuse aussi. La Brune est plutôt douée pour une deux jambes. » De tous les deux jambes dans ce grand espace d’herbe, j’ai la meilleure. Chloe le sait alors alors je n’ai pas besoin de le dire.

Chloe et moi on regarde son deux jambes. Il faut qu’il passe plus de temps ici et qu’il coure avec nous. Ces boites à deux jambes l’hypnotisent vraiment. « Elle peut attraper la balle déjà ? » Demande Chloe.

Je secoue tristement la tête. Je suis un peu honteux de notre manque de progrès dans ce domaine. « Elle continue à la lancer loin. Je lui rapporte pour qu’elle puisse la mâchouiller et elle la relance. Parfois je dois lui apporter plusieurs fois avant qu’elle la garde. »

« Elle finira par apprendre. »

Nos deux jambes commencent à aboyer sur nous. « Ils doivent vouloir rentrer à la maison. »

Chloe soupire. « On pourrait penser qu’ils trouveraient leur chemin tout seul maintenant. On les amène tous les jours ici et retour. »

Je ne réponds pas. Quand on a raison, on a raison.

 

* * *

 

La journée a été plutôt calme. Maman était vraiment fatiguée, alors Collin et moi on a essayé d’être vraiment gentils. La plupart du temps, Maman est restée allongée et nous a massés. Elle dit tout le temps qu’elle veut aller à la Nouvelle Orléans. J’ai demandé à Collin si ça voulait dire qu’on est dans la Vieille Orléans mais il ne savait pas.

Maman nous a raconté des histoires drôles aujourd’hui. Il y en a une qui est particulièrement étrange. Ça s’appelle « Des Œufs Vert et du Jambon ». D’habitude c’est Mama qui nous les raconte mais Maman a raconté aujourd’hui.

« Je l’aime bien. »

Collin me regarde de l’autre côté de la pièce. « C’est marrant. J’aime bien quand Maman rit. »

Quand Maman rit, ça nous fait rebondir. Une fois, elle a tellement ri à quelque chose que Mama a fait, que Collin et moi on a failli changer de position. « Qu’est-ce qui est drôle avec les œufs verts ? »

« Je ne sais pas. C’est quoi des œufs ? »

J’en sais rien. « C’est quoi un Jean Bon ? »

« Hé ! »

« Quoi ? » Je sursaute un peu. Il m’a fait peur à crier comme ça.

« Comment on sait que tu es Brennan et je suis Collin ? »

« Parce que Dougie l’a dit. »

Mon frère se gratte le derrière. « Il l’a dit ? »

« Oui, souviens-toi de cette fois où tu tirais sur ta troisième jambe. »

« Je faisais pas ça ! » Collin la regarde. « Elle n’a pas grandi plus. Ça m’inquiète. »

« Moi, j’en ai pas du tout. »

Il tourne des grands yeux vers moi. « Tu n’as pas peur ? Et si c’était important ? »

« A quel point ça peut être important si je n’en ai pas ? »

« Heu, je n’y avais pas pensé comme ça. »

Bien sûr que non.

 

* * *

Très bien !

Deux balades dans la même journée !

Je vis grandement ! Je tire sur la laisse de La Brune et elle me rattrape rapidement. Elle porte ses pattes rondes et glissantes alors on n’a pas besoin d’aller doucement. On court à côté de la rambarde en bois et on dépasse beaucoup de deux jambes.

On se rapproche d’un deux jambes avec une boite brillante quand La Brune tire sur sa laisse pour demander qu’on s’arrête. Elle doit déjà être fatiguée. Les deux jambes n’ont pas beaucoup de résistance. Je m’arrête et je vais voir ce qu’il y a.

La Brune avance et aboie sur le deux jambes avec la boite brillante. Elle aime bien ce deux jambes.

Moi aussi.

Il lui donne un rouleau de viande. Je la regarde tremper la viande dans une sauce et mettre un tas de choses malodorantes dessus. Peut-être que la viande est mauvaise ?

Je renifle.

Ça me semble bon.

La Brune me regarde et montre ses dents. « Tu en veux un aussi, Kam ? Kels ne nous laisse pas manger de hot dogs à la maison, alors il faut qu’on les prenne quand on les trouve, pas vrai ? Et ce qu’elle ne sait pas ne lui fera pas de mal. »

Je me demande ce que La Brune aboie quand elle me tend aussi un rouleau de viande. Elle ne doit pas être inquiète avec le mien parce qu’elle ne le traite pas de la même façon que le sien.

On est assis sur l’herbe et on mange notre snack.

J’aime bien emmener la Brune pour faire des balades. Alpha est géniale mais avec sa portée, elle bouge encore plus lentement qu’avant. Je suis tellement excité par les chiots. J’attends des frères ou des sœurs avec qui jouer. J’espère qu’ils aiment la bagarre comme La Brune. Quelquefois on tient chacun un bout d’une corde et on le tire pendant des heures. Une fois, elle tirait tellement fort qu’elle me faisait balancer d’avant en arrière sur le sol. C’était marrant.

Alpha lui a aboyé dessus pour ça.

La Brune attend aussi les chiots avec impatience. Elle est pratiquement aussi protectrice avec Alpha que moi. Quelquefois elle me fait même peur.

Mais elle ne fait pas peur à Alpha. C’est drôle. Quand La Brune est près d’Alpha, elle n’est plus aussi féroce. Elle montre beaucoup les dents mais après elle lèche Alpha et elle la nettoie. Alpha aime bien ça. Parfois, La Brune est tellement distraite par ses léchouilles que je dois monter la garde tout seul.

La Brune n’a pas été bien formée quand elle était chiot, j’en ai bien peur.

Alpha n’aime pas beaucoup que je la nettoie. Je présume que c’est pour ça que La Brune est sa compagne. Quelquefois je suis triste de ne pas en avoir.

Peut-être un jour.

 

* * *

 

« Heaven, I’m in Heaven. » Mama chante. Elle aime bien chanter pour Maman. Et pour nous. La plupart du temps, quand elle fait ça, Collin et moi on s’endort. Je pense parfois que c’est ce qu’elle essaie de faire. « And my heart beats so that I can hardly speak. »  (NdlT : chanson interprétée par Fred Astaire dans un film musical)

Maman bouge ce soir, plus que d’habitude. Quelquefois elle bouge tellement vite que je cogne Collin.

« Arrête de me toucher », dit-il pour m’avertir.

« Je ne te touche pas. »

« Si. »

« Non. »

« Si. »

« And I seem to find the happiness I seek », chante Mama. « When we’re out together, dancing cheek to cheek. »

Soudain, on est sens dessus dessous quand Maman tombe à la renverse. Collin et moi on crie et on cherche quelque chose pour s’accrocher. Malheureusement tout ce qu’on a ici c’est l’un l’autre et les cordes attachées à notre ventre.

Mama attrape Maman qui se met à rire. « Harper ! Tu ne peux pas renverser une femme enceinte. »

Collin et moi on tourne toujours. Je manque finir à l’envers. « Enlève ton pied de ma figure. » Je pousse dessus.

« Où est-ce que je peux le mettre ? »

« Où il était avant. »

Il regarde. « Ta jambe y est. »

Beuh, on le croirait pas mais si. « D’accord, on va essayer d’arranger ça. » Je mets ma main sur son épaule et je pousse en haussant les épaules et en essayant que Maman nous fasse un peu plus de place. C’est vraiment trop étroit ici.

« Ouille ! » Collin proteste tout en se mettant sur le côté.

« Tu m’en diras tant. »

« Il faut que je m’asseye un instant, Harper », dit Maman.

Bien, assieds-toi.

« Tout va bien, chér. ? »

« Oui. C’est juste que je ne pense pas que les jumeaux ont apprécié ça. » Elle commence à masser là où je suis contre elle.

« Non ? » la voix de Mama se rapproche. Comment elle peut faire ça et pas Maman ? « Je suis désolée, mes petits. Tout le monde va bien là-dedans ? »

« On va bien, Mama », répond Collin. Pour le prouver il tape sur le côté de Maman.

« Oooh ! » S’exclame Maman. « Là, Harper, donne-moi ta main. Et dis quelque chose. »

« Quelque chose. »

Maman se met à rire. « Sale gosse ! Aux jumeaux. »

« Salut vous deux. »

« Salut ! » On crie de notre côté. Collin donne une tape à Mama là où elle presse sur lui.

C’est maintenant le tour de Mama de rire. « Ils sont actifs, c’est sûr. J’ai hâte de les voir, Kels, et de les tenir. »

Collin donne un coup de pied. « Je veux voir Mama aussi ! »

C’est vraiment le fils à Mama. « Et Maman ! » j’ajoute.

« A quoi tu penses qu’elles ressemblent ? » Demande Collin.

« Je sais pas. »

« Je parie qu’elles sont grandes. Enormes ! » Collin met ses mains loin l’une de l’autre.

Je n’avais pas pensé à ça. « Pourquoi ? »

« Parce qu’elles sont tellement bruyantes. »

 

* * *

 

Je me réveille et je m’étire. Qu’est-ce qui m’a réveillé ? Je bâille et j’écoute. Maman et Mama parlent. Elles font beaucoup ça. J’aime bien les écouter. Leurs voix sont chaudes et douces et je me sens tout heureux.

Je ferme les yeux.

« Je suis une énorme baleine échouée. »

« Même pas, ma chérie. Tu es une belle femme enceinte de jumeaux… et sur le point d’accoucher. »

« Alors tu es d’accord ? »

J’ouvre un œil. Je veux entendre comment Mama se sort de ça.

« J’en appelle au cinquième amendement. » (Ndlt : amendement de la constitution des Etats-Unis qui permet de ne pas avoir à se justifier sur une prise de position, souvent mentionné par les médias)

Elles rient ensemble. Il faut que je me souvienne de ce truc du ‘cinquième’. Je pourrais bien en avoir besoin dans le futur quand j’aurai une femme à moi. Je pense vraiment que je devrais en avoir une. Elles semblent plutôt géniales.

« Ma chérie, tu as bientôt fini. Tu es dans la dernière ligne droite. Dans deux semaines au plus, nous allons avoir deux beaux enfants à aimer et à gâter. Tout ça parce que tu les auras amenés dans ce monde. »

« Tu es gentille. »

« Je sais. »

Elles rient encore. Elles rient beaucoup ensemble. Peut-être que c’est pour ça qu’on est tous heureux.

« J’ai pensé à Collin », dit Mama.

D’accord, maintenant elles ont toute mon attention. Qu’est-ce qu’il y a avec moi ?

« Ah oui ? Sa future carrière de footballeur ? »

C’est quoi un footballeur ? C’est quoi une carrière ?

« J’ai déjà un petit maillot pour lui », dit Mama, « mais ce n’est pas la question. Je pensais à quand il serait né. »

« Oui ? »

« Et tu sais, à cette petite procédure qu’on fait sur la plupart des garçons. »

Maman rit, à voix basse et profonde, on dirait un peu comme Chiot. « Tu peux le dire, Harper. »

« Bien, bien. La circoncision. » On dirait Chiot maintenant.

« Tu vois, ce n’était pas si difficile ? Et alors, de quoi s’agit-il ? »

« Je ne veux pas qu’on le fasse à Collin. »

Faire à moi ? Je n’aime pas le son de ce truc.

« Hmm. D’accord. Pourquoi non ? »

« Ce n’est pas nécessaire. Et, ben, quelquefois il arrive de mauvais trucs. »

Comme quoi, Mama ?

J’ai peur.

Est-ce que je dois réveiller Brennan ?

« Harper ! »

« Si ! Allez, notre propre chaine a fait un sujet sur ce pauvre gamin qui a été complètement émasculé accidentellement. La famille l’a élevé comme une fille et il était complètement chamboulé. Je ne veux pas prendre le risque que ça arrive. »

Elevé comme une fille ! Non !

C’est quoi une fille ?

« Il y a une chance sur un million. »

« Une fois c’est bien assez. En plus, euh, ben… »

« Quoi ? »

« Il se trouve qu’aucun des hommes Kingsley ne l’a été. »

« Oh je n’ai pas besoin de vérifier ça. »

« J’espère que non. J’ai eu une petiite discussion avec Robie sur le sujet. Je veux dire que tu n’aimerais pas que ses cousins Clark et Christian se moquent de lui, non ? »

Qui sont Clark et Christian ?

« Mon Christian est trop gentil pour faire ça. En plus, je suis d’accord avec ta décision, Harper. J’ai aussi fait des recherches là-dessus. »

« Ah oui ? Génial. Merci. »

D’accord, comme ça ils ne vont rien me faire.

Je pense que c’est bien.

J’aimerais savoir. Je pense que les choses seront plus claires quand Brennan et moi on sera nés. Je ne sais pas bien ce que ça veut dire mais Mama et Maman semblent excitées à cette idée. Si elles pensent que c’est bien, alors ça doit l’être.

Bâillement.

Je pense que j’ai encore besoin de sommeil.

Bonne nuit, Mama. Bonne nuit, Maman. Bonne nuit, Brennan.

 

* * *

 

De l’air frais ! Enfin !

Alpha ne semblait pas vouloir sortir aujourd’hui. Couineur la gardait tout le temps allongée. Si elle doit avoir ses petits, il faut qu’elle commence à trouver un endroit chaud. Elle a besoin d’un endroit sûr, où personne ne peut la trouver quand elle a ses chiots.

Je pense avoir vu un bon endroit. Je tire sur la laisse d’Alpha. Elle ne le trouvera jamais sans moi. Les deux jambes n’ont pas une très bonne vue ni un bon odorat. Quelquefois je suis surpris qu’elles arrivent à trouver de la nourriture et qu’elles fassent la différence entre les amis et les ennemis.

« Kam, ralentis », Alpha aboie sur moi en tirant sur sa laisse pour attirer mon attention. Je jette un coup d’œil derrière. Elle respire difficilement. J’espère qu’elle ne va pas avoir les petits maintenant. Je regarde Couineur.

« Je vais le prendre, Kels. »

« Merci, Brian. »

Il prend la laisse d’Alpha et met sa patte en dessous de la sienne. « Pourquoi tu ne t’assoierais pas un instant ? Je vais faire perdre un peu d’énergie à Kam. Et je t’apporte de l’eau. D’accord ? »

Alpha va vers un bout de bois et s’assied. Je pose mon museau contre son ventre et je renifle. Non. La portée semble intacte. Je lèche la patte d’Alpha.

« Je t’aime aussi, Kam. » Alpha me gratte derrière l’oreille et ma queue tape fort sur le sol. Elle sait toujours le bon endroit.

« Allez, Kam. » Couineur veut courir.

Je regarde Alpha pour avoir sa permission.

Elle montre les dents vers moi et remue sa patte vers Couineur. « Allez. Amusez-vous bien. »

Couineur et moi on quitte Alpha et on sort sur la grande place herbeuse. Aucun de mes amis habituels n’est là pour l’instant. Ce n’est pas notre heure de rencontre. Couineur est rapidement fatigué et il m’enlève sa laisse.

« Va chercher la balle, Kam, va chercher. » Il prend une balle rouge brillante et la lance loin.

Je le regarde. Pourquoi est-ce que les deux jambes passent leur temps à perdre leur jouet à mâcher ?

« Va chercher, Kam. »

Je regarde l’endroit où la balle est dans l’herbe. Il ne la voit pas ? Pourquoi il ne va pas la chercher ?

« Allez ! » Couineur commence à remuer ses pattes.

Je trotte pour aller chercher le jouet. J’espère qu’il ne va pas encore le perdre. Peut-être que je vais le porter pour lui jusqu’à ce que je ramène Alpha à la maison.

Quand je prends la balle, je jette un œil vers Alpha. Ce que je vois me fait lâcher la balle de Couineur. Mon poil se redresse et je tremble de colère.

Un deux jambes essaie de faire peur à mon Alpha. Je renifle. Et je fais pareil.

« Eloigne-toi d’elle ! Eloigne-toi d’Alpha ! Ouste ! Ouste ! Ouste ! » Je crie en traversant le champ en courant. Je saute par-dessus le bois où elle est assise et j’atterris à ses pieds.

Le grand deux jambes chancelle en arrière et perd son équilibre. Il sent comme l’eau jaune que La Brune boit parfois. Je déteste cette odeur.

« Va-t-en ! » Je l’avertis à nouveau.

« Gentil chien ! »

Je montre mes dents et je claque la mâchoire quand il essaie de me toucher la tête. Je me mets entre lui et Alpha. Personne ne fait de mal à mon Alpha ou à mes petits frères et sœurs.

« Va-t-en ! » Je montre encore plus les dents.

« Brian ! » Aboie Alpha.

Le deux jambes malodorant recule tandis qu’un autre deux jambes commence à venir en courant en m’entendant aboyer. Il aboie à un deux jambes, juché sur un renifleur, de venir aussi.

« Tu ferais mieux de partir ! Trouillard ! Va-t-en ! » Je continue à crier.

Il écoute mon conseil et part aussi vite qu’il le peut.

Ce n’est pas parce qu’une menace est passée que mon Alpha est en sécurité. Je peux encore sentir sa peur. Je viens vers elle pour qu’elle se sente mieux. Avec précaution, je regarde le deux jambes qui arrive. Je découvre mes dents. Le renifleur garde l’autre deux jambes à une bonne distance.

Ils peuvent rester où ils sont. Alpha est en sécurité avec moi.

« Couché, Kam », aboie Alpha. « Brian, passe-moi sa laisse. »

J’entends un claquement et je me rends compte qu’Alpha a de nouveau attaché sa laisse sur moi. Bien. Maintenant je vais pouvoir m’occuper d’elle s’il faut qu’on parte vite.

Le renifleur regarde vers le champ herbeux là où le méchant deux jambes est parti en courant. « Il sentait mauvais. »

« Il voulait faire du mal à mon Alpha. »

« C’est bon, mon grand. » Alpha commence à caresser mon poil en s’occupant de moi. « Tu as été génial ! Tu es un chien si courageux ! »

Je me détends un peu en sentant qu’Alpha va mieux. Je renifle. C’est le cas.

Le deux jambes s’avance et je lui lance un regard d’avertissement.

« Madame, vous pouvez vous assurer que votre chien ne va pas me mordre ? »

Je grogne doucement en guise d’avertissement. Le regard n’a pas suffi s’il aboie sur Alpha.

« C’est bon, Kam. C’est un officier de police. Il est ici pour nous aider. Sois gentil. » Alpha s’occupe encore plus de moi. Elle trouve à nouveau ce point derrière mon oreille.

« Je le connais », dit Renifleur en balançant sa grande tête vers le deux jambes. « Il ne fera pas de mal à ton Alpha. »

« Il ferait bien de ne pas essayer. »

« Kam », aboie Alpha.

Je m’assieds tranquillement et j’observe. Que quiconque fasse un mauvais mouvement et ils verront que je suis peut-être jeune mais mes dents sont toutes bien poussées.

Alpha presse sa joue contre mon pelage et me masse la poitrine. « Tu es absolumment merveilleux, Kam. »

Je sens comme Alpha maintenant.

J’aime bien ça.

 

* * *

 

La Brune vient là où Alpha et moi nous sommes assis. Depuis tôt ce matin, Alpha est restée près de moi. C’est bon. Je ne la veux pas loin de moi non plus. Je n’aime pas qu’on fasse peur à mon Alpha.

Qu’est-ce qui sent bon ?

Je regarde les pattes de La Brune.

Oh bon sang.

Je salive.

Ça sent bon.

La Brune lève le morceau de viande. « Tu en veux, Kam ? Pour avoir été si bon garçon avec Kels aujourd’hui ? »

Le prendre reviendrait à quitter Alpha.

Je lèche mes pattes arrière.

Et je reste où je suis.

La Brune regarde Alpha et lui montre les dents. « Je pense que quelqu’un rechigne à te quitter, Kels. »

Alpha me gratte la tête. « Mon héros. »

« Hé ! Et moi ? »

Alpha me tire de nouveau contre elle. Je pose ma tête sur son ventre et j’écoute ses petits. Ils sont toujours affairés là-dedans.

« Tu n’étais pas avec moi dans le parc aujourd’hui quand un type bourré a commencé à devenir trop agressif. Tu n’as pas sauté par-dessus le banc pour atterrir devant moi en l’effrayant presque à en mourir. Et tu n’as pas contenu les forces de police quand on est venu m’aider. » Alpha met sa bouche contre mon poil. « C’était Kam. Mon héros. »

La Brune me regarde bizarrement. Je ne pense pas qu’elle aime que sa compagne pose ses pattes sur moi comme ça. Elle me tend à nouveau la viande. « Ouais, c’est ton héros. »

Je me rends compte que j’ai un choix à faire. Je décide d’avoir le meilleur des deux mondes et de ne pas fâcher La Brune. Je tourne la tête et je lèche vite le visage d’Alpha. Puis je trottine vers La Brune, lui enlève la viande des mains et je me dirige vers mon lit.

La Brune prend ma place dans les pattes d’Alpha. » Je déteste avoir à te dire ça, Kels, mais ton héros vient de te lâcher pour un bout de viande. »

Alpha met à nouveau sa bouche contre celle de La Brune. « Tu ne ferais jamais ça, pas vrai ? »

« Pas pour un steak, non. Mais peut-être pour des crevettes à la créole de Mama. »

 

* * *

 

« J’aime bien quand Maman fait ça », dit Collin en riant.

« Moi aussi », j’acquiesce. Je me concentre. Je veux du lait. Je sais que Maman ne me décevra pas. Elle ne le fait jamais. Quoiqu’on veuille, elle nous le donne.

« Mon Dieu, Kels ! Comment peux-tu manger ça et boire du lait ? » Demande Mama.

La bonne question, c’est pourquoi Collin voulait des haricots de Lima et de la glace.

« Et je suis supposée boire quoi à cette heure-ci, Tabloïde ? »

« C’est vrai. A trois heures du matin on ne peut pas être très exigeante. »

« Non, parce que si on devient trop exigeante, une autre devra sortir trouver autre chose. »

« Le lait, c’est bon pour toi, mon cœur. Bois. » Mama rit. Elle doit aussi aimer le lait.

« J’ai hâte d’être à la maison. » Maman me masse le dos tout en parlant à Mama. Oh, c’est gentil et ça me donne sommeil. « J’ai vraiment hâte de voir tout le monde. »

Il doit y avoir beaucoup de monde dans cet endroit, la Nouvelle Orléans, dont Mama et Maman parlent toujours. Je sais qu’on y va bientôt pour naître. Pourquoi on ne peut pas faire ça où on est maintenant ?

« Hé, Collin ? »

« Oui. » Il me regarde et il rôte.

« Tu penses que c’est parce que Mama dit qu’on est deux nouvelles petites vies, qu’on doit aller à cette Nouvelle Orléans pour naître ? »

« Ça se peut. Peut-être que c’est une règle. »

J’y pense un moment et ensuite je commande des spaghettis. Pourquoi est-ce que Mama grogne comme Le Chiot maintenant ? »

« Oh, Kels, ma chérie, je t’aime mais ça c’est tordu ! »

 

* * *

 

« Brennan, comment tu penses que ça va être quand on sera nés ? »

« Ça sera bien. »

« Pourquoi tu penses ça ? »

Brennan hausse les épaules. « Parce que Maman et Mama disent que ça va l’être. »

« J’ai hâte de les voir. Maman est vraiment jolie. »

« Comment tu sais ça ? »

Je soupire. « Parce que Mama le dit tout le temps. »

« C’est vrai. » Brennan lève les bras au-dessus de sa tête et s’étire. « J’ai hâte d’avoir plus de place pour bouger. Mama dit qu’on va avoir notre propre chambre sur laquelle elle travaille. »

« Ça sera plus grand qu’ici alors », j’acquiesce, « si Mama peut tenir dedans. Je veux voir Le Chiot. »

« Et tante Brian ! »

« Quelle taille tu penses qu’on aura quand on sera nés ? »

Brennan change de position. « Je ne pense pas que ce sera plus long, Collin. On manque d’espace ici. »

« Mais on sera ensemble, non ? Je ne veux pas être tout seul. »

« Absolumment. Nous sommes une famille. Les familles restent ensemble. »

 

<Fondu au noir>