INDISCRETIONS

La Troisième Saison

Créé, produit, réalisé et écrit par

Fanatic et TNovan

 

Traduction : Fryda

 

 

Episode dix-sept : Le Choc des Titans (Clash Of The Titans)

J’ai remarqué que je me réveille automatiquement maintenant, généralement en même temps que Collin. Ceci me laisse le temps de me réveiller et de sortir du lit. Collin ne dort pas quatre heures d’affilée comme sa sœur le fait la plupart du temps. Je pense que c’est parce qu’il est plus petit et qu’il a connu une naissance plus rude.

Ou bien c’est juste que mon fils va être un garçon à sa maman. Ce qui me va très bien.

J’allume la petite lampe près des couffins et je les regarde tous les deux. Brennan dort toujours et ma doctrine c’est que si elle dort paisiblement, je la laisse faire. Mais Collin est réveillé et me cherche. Il ne pleure pas la plupart du temps. Il sait que je vais venir.

« Bonjour, l’Ebouriffé. » Je ris en le sortant du couffin. Ses cheveux sont vraiment trop. Encore une fois je les lisse en arrière en le berçant et en allant vers le séjour. Une fois que nous sommes installés, je commence à le nourrir. Il semble s’en sortir de mieux en mieux aussi avec ça. Il n’est plus aussi avide que les premiers jours. Je présume que nous apprenons tous les deux.

Je regarde le lit et je vois Harper qui bouge et roule sur le côté. Elle a appris à dormir malgré les collations nocturnes de son fils. C’est une bonne chose  comme ça elle est bien reposée pour se réveiller le matin et s’occuper d’une Brennan très ronchonne dès le matin. Encore un trait que Brennan partage avec Harper.

Elle semble se moquer pas mal de qui la nourrit du moment qu’elle l’est. Collin, d’un autre côté, n’aime pas trop le biberon. Il le prend, mais il faut plus de temps pour le convaincre. Alors je suis heureuse et satisfaite d’être avec lui en cet instant.

Je veux que les bébés acceptent à la fois le sein et le biberon au cas où, par exemple, je ne serais pas en mesure de les nourrir. Jusqu’ici ça marche. C’est très certainement une expérience. J’ai aussi découvert que, du moins pour moi, les livres parlant de bébés sont un leurre. Une partie des choses qu’on trouve dans ces livres est tout simplement stupide.

« Allez. Tu ne retournes pas te coucher. Je sais que tu n’as pas fini. » Je caresse sa joue pour qu’il se nourrisse un peu plus. Il aurait tendance à dormir sur place si je le laissais faire. Il attrape mon doigt et le retire de sa joue. Est-ce que je t’ennuie, l’Ebouriffé ? Je sens un sourire tirer le coin de mes lèvres.

Je suis encore étonnée de les voir si petits mais ô combien parfaits. Et du chemin parcouru depuis un an. Seigneur, je me souviens encore lorsqu’ Harper m’a mis Clark dans les bras pour la première fois. J’étais terrifiée à l’idée de lui faire du mal. Mais maintenant tenir mes propres enfants me vient si naturellement et si facilement.

A regarder mon fils, je peux dire qu’il n’a pas très envie d’être nourri en cet instant. Il veut dormir. J’ai bien compris et je le berce. Il fait quelques bruits de succion, satisfait. Il tient toujours mon doigt et je sais que je devrais le remettre dans son couffin et aller au lit à mon tour, mais je n’arrive pas à m’en convaincre. Réaliser combien nous étions proches de le perdre est toujours très vif dans mon esprit et celui d’Harper. Je sais que c’est idiot de penser à ça alors qu’il est ici, joyeux et en pleine santé, mais je ne peux pas m’en empêcher.

Le fait que le Dr Maxton m’ait dit de ne plus avoir d’autres enfants me rend également très protectrice de mes bébés. Je serais perdue sans eux. Regarder ce doux petit garçon qui me fait tant confiance, endormi dans mes bras, est le sentiment le plus grand du monde. Ça aide à apaiser les sentiments que j’ai eus quand le docteur a dit que je ne devrais plus jamais être enceinte, même d’un seul enfant. Je voulais une grande famille. Après être devenue une partie de celle de Harper, pourquoi pas moi ?

Harper a été géniale sur tout ça. Elle était inquiète à mon sujet et pensait à ma santé avant tout. Une fois que le docteur nous a rassurées sur ce point, ça nous a bien aidées. Et pourtant, je pense qu’elle est un peu déçue. Mais, comme je lui ai dit, et elle a immédiatement acquiescé, quand nous serons prêtes à agrandir notre famille, il y aura plein d’enfants qui attendent d’être adoptés. Jake et Stevie en sont un parfait exemple.

Mon fils soupire et je sais qu’il est temps de le remettre dans son couffin et de retourner me coucher. Je lui fais un bisou puis je vérifie du côté de Brennan et je lui donne aussi un baiser. Quand je me réinstalle près de Harper, elle roule sur elle-même et m’entoure la taille de son bras.

« Il a tout bu ? » Marmonne-t-elle.

Je me tourne pour lui faire face. « Tu sais si bien faire semblant ! » Je lui donne un petit coup sur le bras.

Elle ouvre un œil et me regarde. « C’est une belle vue, tu sais ? »

« Quoi ? »

« De te voir comme ça avec eux. Je dois admettre que je suis un peu jalouse de voir combien ils ont besoin de toi. »

« Tu n’as pas à l’être, l’Etalon. Ils t’aiment et ont besoin de toi tout autant qu’ils m’aiment et ont besoin de moi.

 

* * *

 

Brian et moi nous regardons par-dessus la Lexus. « Bon, tu te souviens, personne d’autre ne porte les jumeaux que nous. Quelqu’un éternue ou tousse, nous partons immédiatement. Vérifie les couches régulièrement parce que c’est bientôt le moment pour les deux. Les biberons sont dans le sac chauffant et devraient être bons pour dans une heure. Nous pourrons les nourrir à l’aire de restauration. »

Brian hoche la tête et bâille. « J’ai compris, l’Etalon. Est-ce qu’on doit synchroniser nos montres ? » Il lève le poignet et pointe sa montre.

« Non. Parce que nous n’allons pas être séparés. Nous y serons pour une heure environ ensuite on va chez Mama. C’est pour donner une petite pause à Kels. Rien de plus. » Je lance un regard intense à Brian de manière à appuyer le sérieux de ce que j’ai dit.

« Très bien alors ! » Il va pour ouvrir la portière arrière pour prendre Brennan. Elle ne s’ouvre pas. « Euh, l’Etalon ? »

« Quoi ? »

Il me fait un énorme sourire et montre la portière. « Tu as enfermé les jumeaux à l’intérieur. »

Merde ! J’essaie immédiatement avec ma portière et je me rends compte que c’est vrai. Merde ! Je tapote mon jean et je suis extrêmement soulagée de trouver les clés dans ma poche et pas sur le contact comme je le craignais. J’ouvre immédiatement la portière du conducteur et j’appuie sur le bouton de verrouillage. Alors que Brian et moi nous prenons les jumeaux, je l’avertis, « pas un mot. »

 

* * *

 

Le centre commercial est bondé, me rappelant pourquoi je hais les courses durant les périodes de fête. Brian et moi utilisons les harnais. Je ne voulais pas avoir à faire rouler une poussette double à travers cette foule. Avant que nous nous éloignions de la voiture, je vérifie deux fois le harnais de Brian. Il porte ma petite fille après tout. Une fois que je suis convaincue qu’elle est en sécurité, nous nous dirigeons tous les quatre vers les portes.

Même avec toute cette activité, les jumeaux attirent les acheteurs pressés. « Oh, regardez ! Comme ils sont mignons ! » Crie une femme en nous voyant. « Des jumeaux ? »

Je soupire. Donc ça commence. « Oui. Des faux jumeaux. » Ça devrait être évident vu les cheveux noirs en vrac de Collin et les cheveux presque transparents de Brennan, mais les gens ne sont pas très malins comme je l’ai remarqué.

« Comme c’est mignon. » La femme se recule et me regarde un moment. « Vous avez l’air en pleine forme. Il m’a fallu des mois pour perdre le poids après mon premier enfant. »

Je me rends compte qu’elle pense que Brian et moi sommes les parents. Je suis sur le point de protester quand Brian m’entoure les épaules de ses bras. « N’est-ce pas ? Mais c’est mon petit pruneau. Depuis ses problèmes de poids dans les années quatre-vingt, elle fait vraiment attention à sa ligne. »

Je ne sais pas si je dois le frapper ou rire. Ah, merde quoi ? « C’est vrai, mon orteil scintillant. »

La femme nous regarde et se dit qu’elle a mieux à faire. « Et bien, joyeuses fêtes et félicitations ! »

Quand elle est hors de portée, Brian commence à pouffer de rire. « Seigneur, que j’aime les Louisiannais. Ou quelque soit leur nom. Louisipiens ? Louisians ? »

Avant que je puisse répondre, Brennan nous fait part de son déplaisir à avoir été réveillée.

Je fronce les sourcils vers notre nounou. « Toi. Tiens-toi bien. »

Il hoche solennellement la tête. « Bien, l’Etalon. » Il commence à balancer et à parler doucement à ma fille. Je me penche et je la regarde.

« Ma chérie, tout va bien. Tatie Brian est désolée de t’avoir fait peur. » Elle a un hoquet. Seigneur ce qu’elle est belle.

Oh oui.

C’est une super idée.

« Viens Brian. J’ai un plan. »

 

* * *

 

Nous entrons dans une boutique d’artisanat et je trouve rapidement ce que je cherchais. Des petites casquettes avec des bois de rênes. Avec une petite modification elles iront très bien aux jumeaux. Ensuite je conduis Brian au milieu du centre commercial là où le Père Noël s’occupe des listes de souhaits de nombreux enfants.

Tandis que nous faisons la queue, la femme derrière nous s’intéresse aux jumeaux. « Oooh, c’est leur premier Noël, hein ? »

Non, le deuxième. Ils sont juste petits. Je lutte pour éviter de lever les yeux au ciel. « Ils sont arrivés à temps pour les cadeaux », je réponds. Sois polie, Harper. Elle essaie d’être gentille. « Ils sont notre friandise de Thanksgiving. »

« Comme c’est mignon ! »

Brian s’invite à nouveau dans la discussion. « Ils semblent avoir un penchant pour les poires à jus. »

Je pense que je vais le tuer plus tard.

Alors que nous arrivons à l’avant de la queue, la petite elfe nous dirige vers le Père Noël. « En fait je ne veux pas de photos d’eux avec lui. »

Elle me regarde, perplexe. « Vous vous rendez bien compte que c’est la queue pour le Père Noël, non ? »

« Je veux juste une photo d’eux dans son fauteuil. »

« Son fauteuil ? » Répète-t-elle.

Je hoche la tête. « Ouaip. » Kels me tuerait si je les emmenais voir le Père Noël sans elle. Mais elle ne peut pas objecter à des casquettes de rênes dans un grand fauteuil rouge, non ? »

 

* * *

 

J’essuie la sueur sur mon visage et ma nuque avec une serviette épaisse et je me dirige vers la cuisine pour trouver une bouteille d’eau. Je faisais régulièrement des exercices avant d’être enceinte et j’ai continué tant que j’ai pu pendant ma grossesse, mais ceci est mon ‘vrai’ premier exercice depuis la naissance des enfants. Bien sûr, par ‘vrai’ exercice j’entends une marche lente sur le tapis roulant.

Je m’arrête.

Je ris à mon manque de détermination, sachant que je vais m’y remettre d’ici un jour ou deux. Pas que j’ai une mauvaise forme pour une femme qui a donné naissance à des jumeaux, mais j’avais un corps quelque part et j’aimerais le retrouver. La maison est très calme aujourd’hui. Avec Harper, Brian et les jumeaux partis faire des courses, j’ai un peu de calme.

Bien sûr, je ne sais pas trop quoi en faire. C’est amusant de voir comme des petites personnes vous obligent à ajuster votre vie, vous contrôlent, et que vous vous sentiez si perdue quand ils ne sont pas là pour le faire.

Harper me manque aussi. Je regarde ma main gauche. Au moins, mon alliance me va de nouveau.

Je regarde ma montre et je sais qu’ils ne seront pas de retour avant des heures. Une visite à Mama et Papa sera dans l’ordre des choses, juste comme ça. Mama va dorloter ses petits-enfants et Harper et Brian vont manger. J’attrape le téléphone accroché au mur et je fais sauter la capsule de ma bouteille d’eau.

Je numérote et j’attends qu’Harper décroche. Ça prend un peu plus de temps ces jours-ci. Elle doit jongler avec un bébé d’abord.

« Allô, chèr », dit-elle en reconnaissant le numéro affiché.

« Salut, l’Etalon. Dis, tu as prévu de passer chez Mama ? »

« Mais bien sûr. Mama serait déçue autrement. »

« C’est ce que je me disais. Alors tu vas faire une descente dans le frigo ? »

« Mais bien sûr. Mama serait déçue autrement. Pourquoi ? Qu’est-ce que je peux t’apporter, ma chérie ? »

« Quelque chose de bon. » Je baisse la tête en me disant que je ferais mieux d’être claire là-dessus maintenant. « Un produit de ma belle-mère qui m’adore. De préférence quelque chose au chocolat si elle en a. »

« Du chocolat ? C’est bien à Kelsey Stanton que je parle ? » Je l’entends tapoter le téléphone. Petite fûtée.

« Kingsley, merci beaucoup. Et oui, quelque chose au chocolat. »

« D’aaaaaccord. Et, Kelsey Kingsley, je suis fière de toi. Tu as attendu quasiment une heure avant d’appeler pour vérifier si je m’en sors. »

« Je ne vérifie pas. »

Elle rit. « Très bien. On va t’apporter du chocolat de chez Mama. »

« Merci. Je jure que je ne vérifie pas si tu t’en sors. Je vérifie que les bébés vont bien. Tu es assez grande pour t’occuper de toi. Comment vont-ils ? »

Alors qu’elle me répond, la sonnette résonne à la porte et je m’y rends. Je roule les yeux en entendant le rire d’Harper qui augmente. « Ils vont très bien. On vient juste de les nourrir et Brennan est profondément endormie. Collin rôte. Tu leur manques mais ils vont bien. »

J’ouvre la porte sur mon père et Amanda. « Attends une seconde, Tabloïde. » Je couvre le téléphone de ma main et je fais signe à mon père et à sa femme d’entrer. Une fois qu’ils sont à l’intérieur, je reparle à Harper. « Tu es sauvée, l’Etalon. Grandpa et Grandma viennent d’arriver de New York. » Je tends le téléphone à mon père.

« Harper ? » Dit-il un peu désorienté mais avec la volonté de jouer le jeu. J’aide Amanda en prenant Claire. « Merci », dit mon père en me souriant tandis que je dépose un baiser sur le front de ma petite sœur. Je les emmène à la cuisine pour qu’on puisse mettre Harper sur haut-parleur. « Alors, c’est quoi tes ennuis ? » Demande-t-il à ma meilleure moitié.

« Aucune raison ne me vient à l’esprit, monsieur. Demandez à votre fille. »

« Kels, pourquoi Harper a des ennuis ? »

« D’une part, elle riait de moi. D’autre part elle a tes petits-enfants. »

Il hoche la tête. « Compris. Harper, tu as tout entendu ? »

« Oui. »

« J’aimerais bien voir mon petit-fils et ma petite-fille. On verra quant au fait de rire aux dépens de ma fille quand tu seras là. »

« Oui, monsieur. Est-ce que votre fille veut toujours du chocolat ? »

« Oui, j’en veux toujours, Harper Lee. »

« Vous devriez vérifier que c’est bien votre fille, Matthew. Okay, on va s’arrêter chez Mama et on sera de retour dans moins d’une heure. »

« Génial, à bientôt alors. »

 

* * *

 

J’installe Papa et Amanda dans la chambre d’amis. Pendant qu’Amanda déballe leurs affaires, Papa et moi emmenons Claire à la nurserie pour la mettre dans un des berceaux. Ce n’est pas comme si Brennan et Collin allaient en avoir besoin vite.

« Tu as une belle maison, Kelsey. » Il pose une couverture sur Claire et lui caresse la tête un moment pour qu’elle s’endorme.

« Merci. J’ai hâte qu’Harper et moi puissions y venir toujours. »

Il me regarde. « Vous prévoyez de quitter New York ? »

Nous prenons le récepteur d’intercom avec nous en quittant Claire pour redescendre. « Pas tout de suite mais oui. Je le pense. Ce sera sympa d’être près de la famille d’Harper quand les enfants grandiront. »

« Oh, je vois. » Je saisis la nuance de déception dans la voix de mon père.

Je l’emmène à la cuisine et je lui fais signe de s’asseoir. Je nous prépare quelque chose à boire et je le rejoins à table. « Ne le prends pas mal. Je suis contente que toi et moi ayons dépassé nos problèmes et que tu sois de retour dans ma vie. Je suis satisfaite que tu sois marié et heureux, et d’avoir une petite sœur. Mais Harper et sa famille », je fais une pause. Je ne veux pas le blesser mais il mérite que je dise la vérité. « Et bien, ils m’ont donné une famille. Ils m’ont acceptée. Ils m’ont fait comprendre ce que c’est d’avoir une famille. »

« Oui, je présume que j’ai merdé là-dessus, pas vrai ? »

« Papa, tu as fait ce que tu devais. Je ne comprenais pas et je t’en ai voulu pendant longtemps. Je pensais que tu me détestais autant qu’elle. Je pensais que vous me détestiez tous les deux. C’était dur de grandir dans ce climat. De se sentir rejetée et mal-aimée. »

Je regarde les larmes qui coulent sur ses joues. « Je suis désolée, Kelsey. Je ne savais pas. »

Je tends la main et j’essuie sa joue. « Je sais. Toi et moi nous revenons de loin. Beaucoup de tout ça tient à l’amour et au soutien que j’ai trouvé ici. Je veux que mes enfants l’aient aussi et qu’ils n’aient jamais de doutes là-dessus. »

Il hoche à nouveau la tête. « Je comprends ça. Tu viendras nous rendre visite, pas vrai ? »

« Ça c’est sûr. Les moments passés avec Ma et Pa cet été ont été parmi les meilleurs de ma vie. Brennan et Collin connaîtront tout ça avec toi et Amanda. Bien sûr, tu es le bienvenu quand tu veux. »

« Nous saisirons cette offre, ma chérie. Je te le promets. »

« Contente de l’entendre. »

 

* * *

 

Nous entrons dans l’allée de chez Mama qui nous accueille immédiatement. Elle n’est pas là pour m’accueillir. Elle est là pour prendre ses petits-enfants. Je suis juste la personne qui les transporte. Elle est visiblement déchirée quand elle arrive près de la voiture. Lequel devrait-elle prendre ? Des décisions, des décisions.

J’ai le même problème la plupart du temps moi-même.

Elle se décide enfin pour Brennan parce qu’elle est la plus près. Mama se penche dans la voiture et la sort de son siège auto, submergeant mon aînée de bisous.

« Salut, Mama », gazouille Brian.

« Bonjour Brian. » Elle l’embrasse sur la joue. Elle me regarde. « Bonjour mon Cœur. Où est ma petite ? »

Je mets Collin contre ma poitrine et j’essaie de lui lisser les cheveux. C’est si adorable. J’adore ce petit garçon. Mon cœur se serre quand je repense à sa naissance. Je pose mes lèvres contre ses cheveux.  « Tu es mon garçon pour toujours, Collin », je murmure. Je souris à Mama. « Elle est à la maison. On lui donne un peu de répit. »

« Très bien, Harper. » Mama est fière de moi.

« Elle nous a envoyés ici pour trouver du chocolat. »

« Tch », Mama me réprimande. « Ta compagne ne mange pas de chocolat. Si tu en veux, tu le dis. Ne mets pas le blâme sur elle. »

Je commence à protester mais je m’arrête. Ça ne va pas me servir. Personne ne va le croire. Bon sang, même moi j’ai du mal. Je me demande ce qui se passe ? « Oui, Mama. » Elle nous emmène à l’intérieur en disant à ma fille combien c’est important de dire la vérité. Brian nous suit en riant de moi. « Tu m’aimes, pas vrai, Collin ? »

Une fois à l’intérieur, nous nous installons autour de la table de cuisine. « Ils sont déjà si grands. » Mama dépose Brennan dans le siège bébé qu’elle garde à portée de main pour la visite de ses petits-enfants. Après l’avoir sécurisée, elle me soulage de Collin. « Ces cheveux ! » S’exclame-t-elle en les lissant.

« Est-ce que l’un de nous avait des cheveux comme ça bébé ? »

Elle rit. « Tous les garçons. Il fait juste partie de la famille. »

C’est mon signal. « En parlant de famille, je ne peux pas rester longtemps, Mama. Le père de Kelsey est arrivé de New York il y a quelques minutes. Il faut que je ramène ces deux précieux paquets de joie à la maison pour qu’il puisse les voir. »

« Matthew est là ? »

Je hoche la tête. « Et Amanda et Claire. »

« Jonathan ! » Mama quitte la pièce. Je l’écouter marcher dans la maison jusqu’à ce qu’elle trouve Papa. Je ne comprends pas ce qu’ils se disent mais j’entends leurs voix qui se rapprochent.

« Et voilà mon petit fils ! » Lâche -t-il en entrant dans la cuisine, les bras chargés avec Collin. « Voilà ta sœur, Collin. Elle est si jolie, pas vrai ? »

Mama est allée vers le téléphone et elle compose. « Ma petite ! » S’exclame-t-elle.

Hmmm… je me demande de quoi il retourne.

« Non, je n’ai pas composé un faux numéro. Ta Harper est ici avec mes bébés et on a une question pour toi. » J’attends que Mama pose la question mais au lieu de ça elle se met à rire. Quand elle reprend son souffle, elle dit, « c’est merveilleux ! Alors c’est réglé ! On vous voit tous ici pour le dîner. »

Je secoue la tête et je soupire. Ce que Mama veut, Mama l’obtient.

« Mais oui, venez maintenant. On vous attend tous ! » Elle m’apporte le téléphone. « Tiens, Kels veut te parler. »

« Chèr ? »

« Oui ma chérie. Ne donne pas de biberon aux bébés, il faut que je les nourrisse. »

J’ai appris à ne pas discuter cette directive. « Pas de problème. Ils sont plutôt satisfaits pour l’instant. J’espère que ça ne gêne pas ton père. Tu sais comment vont les choses ici. » Ceci me vaut un regard noir de Mama.

« Non, je suis sûre qu’il sera fortement content de revoir Mama et Papa. »

« A tout à l’heure alors. » Nous nous disons au revoir et je jette un coup d’œil à mes parents. « Ils arrivent. On dirait bien qu’on a une grande réunion de famille. »

 

* * *

 

Papa tapote Collin dans le dos. Il m’a pris mon fils à mi-chemin de son repas pour que je puisse manger. Matthew a Brennan et Mama a Claire. Le repas a été amusant, Papa et Matthew  ont échangé l’un avec l’autre. Ce qui, bien sûr, s’est dégradé pour devenir un moment de ‘qui peut embarrasser le plus son enfant’, avec Papa et Matt racontant des histoires pour lesquelles Kels et moi allons les tuer plus tard. Il faut aimer sa famille.

« Je ne sais pas comment vous arrivez à faire ça, Matt. Je ne peux pas m’imaginer avoir une petite comme Claire à mon âge. »

Matthew met les bras autour de la chaise d’Amanda. « J’ai eu une bonne motivation. En plus, Jonathan, vous avez une tribu de petits-enfants pour vous garder jeune. Combien sont-ils maintenant ? »

Avant que Papa puisse répondre, Mama le fait. « Quinze et un autre attendu pour Noël. »

Amanda sourit à Mama. « Ça fait un paquet. Je peux à peine m’arranger avec une. Je ne m’imagine pas en élever cinq. S’ils sont tous aussi actifs qu’Harper… »

Génial, maintenant Amanda a rejoint la meute. J’envoie un morceau de pain en direction de ma belle-mère. Qui est plus jeune que ma femme. Bon sang, le destin a un certain sens de l’humour.  « Hé, attention. »

Kels me tapote la jambe. « Couchée, Tabloïde. »

Brennan choisit cet instant pour se faire entendre. Matthew lui embrasse le haut du crâne et la tend à Kelsey. « Elle te veut, je pense, Kels. »

« Je sais. C’est le moment. Je le sens. » Elle serre Brennan plus près et je me penche pour faire partie de ce moment. Je mets le nez contre Brennan et ensuite contre Kels et je l’embrasse derrière l’oreille. « Je vais l’emmener dans le séjour. »

« Tu es fatiguée ? »

Elle hoche la tête. « Un peu. »

Je me lève et je tire sa chaise et je les suis dans l’autre pièce, m’assurant qu’elles sont toutes les deux à l’aise avant de retourner à la table.

« Ça te plait d’être un parent, Harper ? » Me demande Matthew bien que je le soupçonne de connaître la réponse.

Brian se met à rire si fort que j’ai peur qu’un morceau de crevette reste coincé dans sa gorge. Non, je n’ai pas peur. Je l’espère. « Tu veux rire ? Plaire ? Je me demande pourquoi ils ont une nounou. On me laisse rarement faire quelque chose pour les jumeaux. »

« Pourquoi je te paie alors ? »

« Parce que ta femme m’adore. »

Et bien, je ne peux pas discuter là-dessus.

« Du dessert ? » Mama se repousse de la table et nous regarde pour savoir ce qu’on veut. Personne n’est assez stupide pour rejeter l’offre de Mama.

« Je vais vous aider, Mama », propose Brian. Fayot.

La sonnette d’entrée résonne. Moi aussi je peux jouer à ça. « J’y vais. » Je bondis vers la porte d’entrée et je jette un coup d’œil à mes filles. Elles semblent toutes les deux aller bien. Je sais que chaque fois que j’étais à la place de Brennan, mon monde allait fichument bien.

Arrête ça, Harper.

J’ouvre la porte. Et je dois me retenir de la refermer brutalement.

La Mère Stanton.

Comment elle nous a trouvées, bon sang ?

« Katherine », dis-je en me forçant à être polie. « C’est inattendu. »

Elle enlève ses gants et les met dans la poche de sa veste. Elle fait un pas, me passe à côté et entre dans la pièce en disant, « J’en suis sûre. Je suis venue voir mes petits-enfants. »

Je dois me mordre la langue pour m’empêcher de répondre comme j’aimerais. « Je ne savais pas que ça vous intéressait. »

« Puis-je voir ma fille, s’il vous plait ? » Ses yeux scannent l’entrée de la maison familiale. Il est clair qu’elle est impressionnée.

Nous sommes civilisés. Je suis plutôt fière de nous. Bien que je ne sois pas si stupide pour croire que ça va durer. « Un instant, s’il vous plait. Je vais voir si elle est disponible. »

Je la laisse dans l’entrée et je vais dans le séjour. Je déteste ruiner ce magnifique moment. Pardonne-moi, Kels. « Chèr, ta mère est à la porte. » Il n’y a aucun moyen d’édulcorer cette situation aussi je n’essaie même pas.

Kels me regarde avec une expression neutre. Brennan en revanche, continue à téter heureuse et satisfaite. « Ma mère ? Ma mère ? Pourquoi ma mère est là ? »

Je ne connais pas la réponse à cette question. Quand le démon se présente, c’est généralement mauvais signe. « Elle dit qu’elle veut voir ses petits-enfants. » Je me prépare pour la réaction que j’attends de ma femme.

« Bord… hum. » Elle s’arrête avant de devoir de l’argent au bocal. Maintenant que les bébés sont là, Kels a fait monter l’amende à deux dollars par juron. Harvard, ils arrivent. Elle dégage doucement Brennan de son sein, ferme sa blouse et se prépare pour la bataille. Notre fille n’est pas heureuse de ce changement. Elle claque des lèvres lactées et fixe sa mère, outragée. « Tu la prends et je m’occupe de la sorcière. Je vais me débarrasser d’elle. » Elle commence à me tendre notre fille qui se met à pleurer.

« Tu es sûre, ma chérie ? Je serais ravie de lui montrer la porte moi-même. »

« Oh oui, j’en suis sûre. Tu peux lui donner le biberon ? »

Je hoche la tête en silence. Cela signifie que je vais emmener Brennan vers le reste de la famille. Il est temps de rameuter les troupes. « Bien sûr. Appelle si tu as besoin de moi. » Je prends Brennan et je vais vers le couloir avec Kels.

Où nous sommes rejointes par la Mère Stanton.

« Kelsey », clame Katherine, son attention capturée par le bébé que je porte. Je serre Brennan un peu plus contre moi et je commence à lui masser le dos doucement. « C’est un des enfants ? »

Je continue à marcher. Je me dépêche d’aller dans la salle à manger et je donne Brennan à Mama. « Tu peux lui donner le biberon ? »

« Qu’est-ce qui ne va pas, Harper Lee ? Qui était à la porte ? » Demande Papa.

« Katherine Stanton. Il faut que je retourne auprès de Kelsey. »

Matthew repousse sa chaise et jette sa serviette sur la table. « Je m’occupe d’elle. »

Je pose la main sur son bras. Rien ne me ferait plus plaisir que de le laisser la tailler en pièces. Mais ma nana a le droit de tenter sa chance. Avec moi comme secours. « Donnez-nous un moment, Matt. Si nous avons besoin de la cavalerie, nous appellerons. Je vous le promets. »

Je me dépêche de retourner dans le couloir. Je reste en arrière, loin de la vue de Kels mais visible pour Katherine. Je croise les bras sur ma poitrine et je regarde. Un mauvais geste, madame, et je me fiche que vous soyez sa mère. J’aurai vos fesses.

« Kelsey », dit la Mère Stanton, « je suis venue ici pour voir mes petits-enfants. Tu n’as pas pris la peine de m’avertir de leur arrivée. Le moins que tu puisses faire, c’est de me laisser les voir. »

« Le moins que je puisse faire ? » Kels a un rire amer. « Ils ne sont pas tes petits-enfants, Mère. Tu te souviens ? Tu m’as désavouée. Ils ne sont pas plus à toi que je ne le suis. »

« Tu ne veux pas qu’on reprenne ce sujet. Laisse-moi juste les voir et je m’en irai ensuite. »

« Ou bien quoi ? »

Je suis aussi intéressée par cette réponse. J’entends le sang qui bat dans mes oreilles et je suis toute prête pour la bagarre.

« Je suis parfaitement au courant de ce que ta soi-disant ‘épouse’ et ton père ont fait pour me pourrir la vie. Certaines choses étaient amusantes. Crois-moi, ma chérie, je peux te pourrir encore plus la vie que tu peux pourrir la mienne. Je n’ai pas de secret caché pour mon public adoré, pas vrai ? »

Si je la tue ici à la Nouvelle Orléans, personne n’en saura rien. J’ai un frère juge et trois autres avocats. Bon Dieu, on pourrait même m’ériger un monument pour ça.

Kelsey se penche en avant. Je vois que ses épaules tremblent. Ma nana est en surchauffe. « N’essaie pas de nous menacer, moi et les miens. Tu n’as pas encore vu le début de ce que je peux faire. Je suis sûre que Papa et Harper ont été légers avec toi. Maintenant, fiche le camp. »

« Ainsi de te retrouver au milieu de tout ça et de ce mode de vie, t’a apparemment changée. Tout ce que je voulais, c’était voir mes petits-enfants. Si tu ne considères pas que tu peux me faire cette petite concession, alors je prendrai d’autres mesures pour que cela arrive. »

Sale garce ! Je suis chauffée par cette nouvelle menace sur notre nouvelle famille. Je ne suis plus inquiète que Kelsey me voit et je viens directement derrière elle. Je mets les mains sur ses épaules. Nous sommes là-dedans ensemble, mon cœur. Je suis sur le point de demander qu’on arrête tout ça quand j’entends Matt derrière moi.

« Katherine, comme c’est inattendu. »

« Tiens, tiens, Matthew. » Son apparition semble l’avoir bousculée. Avec des cibles multiples, son poison a moins de puissance. « Je vois que tu as été accueilli dans cette petite bergerie. Tu approuves tout ceci ? »

« Tout quoi ? » Matthew se met derrière nous. J’apprécie d’avoir son soutien de poids. Je sens Papa et Mama tout près. La colère cajun de Mama est en train de bouillir. Je présume que Brian et Amanda s’occupent des enfants.

Je masse les épaules de Kels en essayant de libérer sa tension. « Tout va bien, chèr. Laissons Katherine venir s’asseoir dans le séjour et on discutera de ça en privé. »

Avant que ma compagne puisse répondre à ma suggestion, sa mère parle. « Cette… relation que votre fille a forgée. Le fait qu’elle a fait venir des enfants innocents dans quelque chose de dégoûtant et pas naturel… »

« Assez ! » Dit Mama en s’avançant au milieu de nous. « Vous ne pouvez pas venir chez moi et dire de telles choses. Vous ne pouvez pas venir chez moi et exiger des choses. Dans cette maison, dans notre maison, Kelsey reçoit du respect et de l’amour. Et dans cette maison, le mariage de ma fille et de Kelsey est quelque chose de sacré et qui mérite le respect. » Mama s’arrête et se tapote la poitrine, tentant apparemment de calmer sa colère avant qu’elle ne dise quelque chose qu’elle regretterait. « Si vous avez une requête, faites-la. Mais pas de menaces ici. »

Nous attendons tous sa réponse.

« Tout ce que je demandais, c’était de voir mes petits-enfants. »

Mama nous regarde toutes les deux et je me sens comme un écolier coupable. « Jonathan, s’il te plait, emmène la mère de Kelsey dans le séjour, comme Harper l’a suggéré. Donnez-nous un moment pour discuter de ça en tant que famille, Mme Stanton. »

Un point pour Mama. Même quand elle est diplomate, elle sait creuser.

Papa fait ce qu’on lui a demandé et je fais tourner Kels entre mes bras pour la rapprocher de moi.

« Harper, je ne veux pas d’elle près de nos bébés. »

Je resserre ma prise et je lui embrasse les cheveux. Elle tremble dans mes bras. « Chhh, tout va bien se passer. Je te le jure, ma chérie. » Faites que ce soit le cas, Seigneur. Ne faites pas de moi une menteuse.

Mama nous touche toutes les deux. « Allons dans la salle à manger parler de tout ça. »

Lentement, nous allons dans cette direction. Une fois là, Kels se dégage de moi et va vers nos bébés pour les embrasser plusieurs fois.

« Qu’est-ce que vous en pensez, Matt ? »

« Je pense que je devrais embaucher un… » Il prend une inspiration profonde, « … pour l’instant et jusqu’à ce que je puisse appeler mes avocats, c’est peut-être mieux de la laisser les voir. »

« Non ! » Répond brusquement Kels, ce qui effraye Brennan qui continue à téter son biberon.

Il y a trop de monde ici, trop d’activité. Je me penche près de Kels et je lui prends la main. « Viens avec moi un instant, chèr. On va parler toi et moi, et on décidera de ce qu’on veut faire.

 

* * *

 

Voilà ce qui m’arrive de n’avoir pas embarqué mes pieux et mon eau bénite. J’ai mal à l’estomac. Je ne peux pas croire qu’elle nous a suivies jusqu’ici. Harper m’installe à la table de cuisine et me donne un verre d’eau avant de me rejoindre. Elle me prend la main tout en laissant l’autre libre pour que je puisse boire. « Je ne veux pas qu’elle les approche, Harper. »

« Je sais, chér. Je comprends, crois-moi, je comprends. »

« D’accord, alors c’est réglé. On la met dehors. »

Elle rit doucement en secouant la tête. « Non, chér. On ne la met pas dehors. »

Très bien, maintenant je suis furieuse. « Ne te moque pas de moi, Harper Lee. Et si tu es d’accord avec moi, pourquoi tu ne vas pas là-bas pour jeter dehors cette misérable garce hors de cette maison ?

« Je ne me moque pas de toi, Kels. Et il n’y a rien que j’aimerais mieux que de faire ce que tu suggères. Mais… » Elle me caresse la joue, ses yeux bleus tournés vers moi, « il faut qu’on réfléchisse à long terme et pas à court terme. On lui donne quelques minutes avec eux, avec Mama et moi dans la pièce, ensuite on la met dehors. Ensuite on parle à nos avocats. J’ai peur de ce qu’elle pourrait tenter. Plus on la fâche, plus ça risque d’arriver. »

« Je ne veux pas qu’elle pense qu’elle a un droit sur eux. Lui laisser les voir ne va faire que l’encourager. »

« Peut-être. Ou ça peut l’apaiser. Tu veux prendre le risque ? Gardons la tête froide, ma chérie. Ensuite on épinglera sa peau inutile sur le mur. Je te le promets. »

Je me penche en arrière et je croise les bras. « Tu essaies de me dire que je ne suis pas très raisonnable, pas vrai ? »

Elle me sourit. « Non. Je te dis que tu es une maman formidable. Je suis tellement heureuse que Brennan et Collin t’aient dans leur vie. »

« Oui oui. » Je ne la crois pas un seul instant. « Très bien. C’est bon. On dirait que je suis en infériorité ici. Mama et toi vous pouvez la laisser les voir. Je vais rester ici pour appeler Beth. »

« Je t’aime, Kels. De tout mon cœur. Je le jure, je ne laisserai jamais rien arriver à nos enfants. »

« Ni moi non plus, Tabloïde. Même si je dois tuer cette garce de mes propres mains avant que tout ceci ne se termine. » Je sens la colère monter en moi comme l’autre fois. « Je l’ai fait une fois, je peux le refaire. Et pour protéger mes enfants, je le ferai. Je jure que je le ferai. »

Elle me tend la main et je me penche pour la prendre. « Je sais. C’est une des autres raisons pour lesquelles je t’aime. Finissons-en et toi tu appelles Beth. D’accord ? »

« D’accord. »

 

* * *

 

Voir ma femme dans cet état me rend furieuse. Je lui embrasse la tête avant de quitter la cuisine. Des visages anxieux me regardent depuis la table à manger. « Mama, toi et moi on va s’asseoir un quart d’heure avec Katherine, Brennan et Collin. Après, il faut qu’elle parte. »

Mama hoche la tête. Elle prend Brennan dans ses bras et ajuste sa barboteuse. Brennan lâche un énorme rot et nous rions tous, contents de cette distraction. Je prends Collin des mains d’Amanda et nous nous dirigeons vers le séjour.

A son passif, il faut dire que Katherine est tranquillement assise et ne fouille pas la pièce comme je m’y attendais. Elle lève les yeux et sourit en voyant que nous avons les bébés.

« Voici Collin Kingsley et voici Brennan Kingsley. » Mama et moi nous asseyons sur le canapé et nous tournons les jumeaux pour qu’elle puisse les voir.

« Ils sont beaux. Brennan ressemble tout à fait à Kelsey à sa naissance. »

Je souris à ma petite fille. Elle est précieuse. Pas étonnant que je l’aime. « Elle est magnifique. Elle a bon appétit et nous laisse dormir. »

« Kelsey était un bébé tranquille. Elle dormait toute la nuit au bout de quelques semaines. » Elle prend une profonde inspiration comme si elle se demandait ce qu’elle devait faire. « Je peux ? »

Oh Seigneur. J’aurais voulu qu’elle ne pose jamais la question. Mama me regarde pour avoir ma permission. Je hoche la tête à contrecœur.

« Bonjour, petite fille. Tu ressembles tant à ta mère. C’était aussi un beau bébé. » Elle me regarde. « Est-ce que Kelsey a eu des soucis ? »

Je ne sais pas ce que Kels voudrait que je lui dise. « Rien de trop méchant. Collin est arrivé par césarienne, mais autrement, ça s’est bien passé. » J’embrasse la tête ébouriffée de mon fils.

« Elle a été longtemps en travail ? »

« Non, ça s’est plutôt bien passé. » Je ris de ce que je viens de dire. « Bien, c’est facile pour moi de dire ça. C’est Kels qui a fait tout le dur labeur, j’étais juste là pour la claque. »

Katherine semble se rendre compte que son temps est bientôt décompté. Elle rend doucement Brennan à Mama et se tient au-dessus de moi pour avoir une meilleure vue de Collin. « Je devrais partir. »

Mama me donne Brennan et j’ai les bras pleins de bébés soudainement. « Je vous montre le chemin. »

 

* * *

 

Je me sens un peu mieux après avoir parlé à Beth. Rien de mieux qu’un avocat en colère qui est de votre côté. Beth prend l’affront de manière personnelle, elle connait ma mère depuis longtemps. Elles se haïssent mutuellement. Il n’y a pas un coup fourré, une chausse-trappe qu’elle n’utilisera contre maman. Seigneur, j’adore Beth.

Je prends une longue gorgée d’eau froide, contente de voir que mes mains ne tremblent plus. Je déteste me mettre en colère parce que je tremble et j’ai envie de pleurer. Je ne pleure que parce que je sais que je ne peux pas tuer la personne qui me met en colère. Malheureusement, l’autre personne ne le sait pas.

Je vais dans le couloir et me dirige vers le séjour. Je veux m’assurer que la garce ne les torture pas ou ne leur jette pas du sang de chèvre ou un truc comme ça. Je suis plus que surprise de voir Harper seule dans le séjour en train de roucouler pour nos enfants. Je vais vers la porte principale et je vois Mama et la Mère Stanton qui sortent. Ne la regarde pas dans les yeux, Mama. Tu vas te transformer en pierre.

Intriguée, je tends l’oreille. Tu dis un seul truc de travers à Mama et je dors en prison. Directement en prison. Sans passer par la case départ. Sans ramasser les deux cents dollars.

« Merci d’avoir convaincu Kelsey de me laisser les voir. »

« Je n’ai rien à voir avec ça. C’était la décision d’Harper et Kelsey. Puis-je vous poser une question, Katherine ? »

Et j’étais en infériorité, espèce de vieille chauve-souris, ou ça ne serait jamais arrivé.

« Bien sûr. »

« Vous sembliez très douce avec Brennan et vous aviez des souvenirs affectueux de Kelsey bébé, qu’est-ce qui a mal tourné ? Depuis que Harper l’a amenée à la maison, Kelsey a capturé le cœur de toute ma famille. Nous sommes tous tombés amoureux d’elle. Je suis surprise de voir que sa mère ne pense pas la même chose. »

Elle était quoi ? Elle avait quoi ? Je secoue la tête. J’ai sûrement entendu de travers. Cette femme et moi n’avons pas eu une conversation correcte depuis que j’ai dix-huit ans. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne pouvais plus en supporter plus.

« Des choses sont arrivées entre Kelsey et moi depuis qu’elle est devenue adulte. Des choses qui ont empêché que nous soyons correctes l’une envers l’autre apparemment. Elle a décidé que j’étais le diable incarné. » Ton portrait est sur des posters de recherche dans les églises, madame, ils te montrent avec des cornes et une queue. Maman tremble de colère. C’est là que je comprends. « Je ne serais pas mal traitée par quiconque. Et cela inclut ma propre enfant. »

Toi mal traitée ? Et moi alors ? La façon dont j’ai été traitée ? Tu reçois comme tu donnes, Maman.

Mama hoche la tête. « Des choses arrivent dans les familles. C’est pourquoi il faut toujours plus d’amour. Mes cinq enfants ne sont pas devenus exactement ce que je m’attendais à voir, et je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’ils font. Mais le sang est plus lourd que les circonstances. Et si vous aviez tant de problèmes avec Kelsey, pourquoi avez-vous posé des questions sur le travail et l’accouchement ? Pourquoi êtes-vous venue jusqu’ici pour voir ses enfants ? Pourquoi avez-vous pris le temps et la peine pour découvrir qu’elle avait accouché et se trouvait à la Nouvelle Orléans ? »

Ouais, trouve une bonne réponse pour dire pourquoi tu es sortie de ton cercueil pour venir ici. Je parie que tu voyages avec. Ça doit coûter une fortune.

« Pour être honnête, je ne sais pas vraiment. Je me souviens d’une période dans ma vie où j’étais heureuse. Juste après la naissance de Kelsey. Je pense que je voulais voir si elle était aussi heureuse. »

Elle voulait voir si j’étais heureuse ? Pourquoi ? Pourquoi mon bonheur a de l’importance maintenant ? Ça n’en a jamais eu avant.

« Elle l’est. Je détesterais que cela change. »

« Moi aussi. Bonne soirée, Mme Kingsley. »

Je recule quand elle fait ce dernier commentaire. Elle semble si sincère, mais mon cerveau me dit de ne pas lui faire confiance. Elle ne pense jamais ce qu’elle dit et elle a toujours une idée derrière la tête.

« Bonne soirée, Mme Stanton. »

Ma mère part et se dirige vers sa voiture de location garée sur le côté de la rue. Mama se retourne et me voit dans l’encadrement de la porte. « Comment ça va, ma petite ? »

Comment je vais ? Comment je vais ? Si je le savais moi-même. Je suis désorientée. Ces mots font écho dans ma tête tandis que je me passe les doigts dans les cheveux. « Tu sais, juste quand je pense que je la hais plus que tout, elle fait quelque chose de presque décent. Est-ce qu’elle essaie de me rendre folle ? »

Mama hausse les épaules. « C’est dur de lire dans le cœur de quelqu’un qui l’a masqué pendant tant d’années. Je pense que tu as raison de ne pas lui faire confiance. Mais tu ne devrais pas la haïr. A la fin, c’est toi que cela diminue. Et toi, ma petite, tu es bien trop précieuse pour qu’on en perde même un petit bout. »

Voilà le type de mère que je voudrais être. Je prends vivement Mama dans mes bras et je la serre très fort. « Merci. »

 

* * *

 

Je n’arrive pas à dormir. Je sais que la sorcière prépare un mauvais coup. Je le sens.

Je suis dans le séjour, blottie sur le canapé avec une tasse de thé chaud, un livre et notre couverture de mariage. Les jumeaux sont paisiblement endormis à quelques pas et Kam est allongé entre leurs couffins.

Il était si drôle quand il est rentré ce soir. Il a senti que quelque chose n’allait pas et que j’étais inquiète pour les bébés. Alors il a voulu voir les bébés d’abord, assis tranquillement entre les couffins, nous regardant les mettre dedans avant d’être satisfait. Ce n’est que quand il a été sûr que Brennan et Collin étaient en sécurité qu’il a réclamé sa promenade.

Harper a dit qu’il est sorti, a fait un tour rapide du jardin et ensuite a voulu rentrer tout de suite. Après ça, il s’est couché entre nos deux enfants et il y est depuis. Il essaie de les protéger pour moi. Tu es un bon chienchien Kam, mais si quelqu’un doit la mordre, ce sera moi.

Je regarde Harper profondément endormie de l’autre côté du canapé. Je souris et secoue la tête. Elle a absolument refusé d’aller se coucher sans nous et elle est maintenant allongée sur l’estomac, un bras tombant du canapé, l’autre sous son oreiller, les pieds pressés contre ma jambe. Elle est vraiment endormie et ronfle doucement. Je passe le doigt sur sa chaussette, de la même façon qu’elle le fait à Collin et elle sursaute un peu en s’éloignant et en grognant.

Ma femme et mes enfants partagent beaucoup de traits. Il n’y a aucun doute que les bébés soient des Kingsley. Dieu merci.

A quelques pas, du coin de l’œil, je vois un petit pied qui bouge. C’est Collin. Mais ça doit être une coïncidence. Je regarde tour à tour sa Mama et le lit de mon fils. C’est quand même étrange quelle que soit la façon dont on le prend.

Les mouvements de Collin deviennent vite des cris et il se met à pleurer. Oh, mon fils a besoin d’être changé. Les seules fois où il crise semblent être quand il a besoin d’être changé. Avant que je puisse me lever, toute la pièce est réveillée. La colère de Collin a réveillé sa sœur, sa Mama et son chien. Il est presqu’aussi bon que moi.

Harper se passe une main sur le visage pour effacer le sommeil. J’ai découvert la semaine dernière que c’est un trait des Kingsley. J’étais chez Robie et Renée pour aider cette dernière à quelques petits trucs et il est venu à la cuisine. Il s’est gratté le visage tout en traversant la pièce et il est allé directement à la cafetière. Ça doit être dans les gènes. La seule chose qui empêche les gens de les confondre, c’est que Harper a les cheveux longs et Robie n’a pas de seins.

Harper se tient au-dessus du couffin à essayer de se décider qui elle aide en premier. Elle cligne rapidement des yeux et secoue la tête, essayant de retrouver ses esprits. Je prends Brennan et je lui tends. « Je pense qu’elle est juste en colère contre son frère. Prends-la et allonge-toi. Je parie que vous allez vous rendormir toutes les deux. »

Elle prend notre fille et la serre contre elle en retournant au canapé. Elle s’allonge, Brennan contre sa poitrine et elle lui masse le dos. Je prends Collin. Il donne des coups de pied, hurle et pique une bonne crise contre moi. C’est une future célébrité comme je n’en ai jamais vue.

« C’est bon, l’Ebouriffé, ça vient. Je te jure que ça vient. On va te nettoyer et te sécher. Tu vas cogner quelque chose si tu continues comme ça. »

Il finit par se calmer quand il se rend compte qu’il est dans mes bras. Il ne faut pas longtemps pour rectifier ce qui n’allait pas dans son monde. Quand il est sec et dans une nouvelle barboteuse, nous passons quelques minutes à jouer. Il tient mes index et je dépose des petits baisers sur ses joues. Son corps minuscule sursaute et il lâche des petits miaulements, en faisant claquer ses lèvres. Il va maintenant vouloir son snack de minuit.

Je le soulève et l’emmène à la cuisine. « Devine quoi, grande bouche. Maman a besoin d’un peu de temps libre. Tu vas avoir un biberon. » Il donne des coups de pied, étirant tout son corps dans le creux de mon bras. « Ouais, et bien le dur. Crois-moi, l’Ebouriffé, ce n’est pas la fin du monde. »

« Si ça l’est », dit Harper en entrant dans la cuisine derrière nous. « Fais-en deux, d’accord ? » Elle dépose un baiser sur la tête de Brennan. « J’ai compris ce qui se passait quand j’ai été mordue. »

Je ris et je sors un autre biberon.

Installés sur le canapé, les jumeaux tètent leur biberon sans aucune hésitation. Kam est satisfait que nous fassions notre boulot de parents et il s’est rendormi. Harper bâille mais moi, je me demande toujours ce que ma mère a en tête.

Mais pour l’instant, tout le monde est heureux, au chaud et en sécurité.

Et je ferai tout ce qu’il faut pour que ça dure.

 

<fondu au noir>