INDISCRETIONS

La Troisième Saison

Créé, produit, réalisé et écrit par

Fanatic et TNovan

 

Traduction : Fryda

 

 

Episode dix-huit : Kingsley contre Kingsley

« Il y a des barboteuses de rechange dans le tiroir du haut. Les couches sont ici sur l’étagère au bout de la table, et il y a une douzaine de biberons dans le frigo pour quand ils auront faim. Si tu as besoin de nous, j’aurai mon téléphone mobile, le numéro est sur… »

Harper m’entoure de ses bras en riant. « Chér, Brian sait où se trouvent les choses. Il vit ici. Et il a notre numéro plus que mémorisé. »

Je penche la tête pour la regarder. « Bien sûr, ris donc, Tabloïde. Tu es pire que moi et tu le sais bien. »

« Mais non ! » Un regard bleu innocent croise le mien. « Brian sait que je le tuerai tout simplement si quelque chose arrive aux enfants pendant qu’on est parties. »

Brian amène d’un air dramatique sa montre à ses yeux et pointe du doigt. « Hé ! Regardez l’heure ! Vous ne devriez pas partir pour ne pas rater vos réservations ? »

La réponse d’Harper c’est de se pencher et de m’embrasser. Pas vraiment celle que Brian attendait mais je ne me plaindrai sûrement pas.

Je commence à me dégager mais Harper me prend la nuque dans sa main. Elle continue à m’embrasser, calmement, profondément, sans s’occuper de Brian. J’entends la porte de la cuisine se fermer et je présume que Brian est parti. J’espère qu’il n’est pas allé chercher l’appareil photo.

Oooh, c’est bon.

Harper sait embrasser, ça c’est sûr. Pas étonnant que je l’ai épousée. Avant que les choses n’aillent trop loin, et il est bien trop tôt pour moi pour faire quoi que ce soit, je commence à me désengager. Je lui donne une série de petits baisers pour nous éloigner du danger. Quand je me dégage cette fois, Harper respire fort avec une nuance sombre dans les yeux. Je souris. « Prête à partir ? »

« Oh chér, l’effet que tu me fais. »

 

* * *

 

J’emmène Kels en ville dans le Quartier Français. Pas de grand plan pour ce soir. Nous avons toute une vie pour faire connaissance de cet endroit merveilleux. Ce soir, nous n’entrons qu’à peine dans le Quartier pour aller au Red Fish Grill. Je ne veux pas que ma compagne marche trop. Elle dit qu’elle va mieux après la césarienne mais je ne veux pas prendre de risques.

Nous sommes assises à l’arrière du restaurant, dans une pièce à part, calme et privée. Le maître d’hôtel connait bien ma famille et il reconnait Kels par ses apparitions à la télévision. Sur les murs il y a des photos noir et blanc prises par la mère du propriétaire, qui montrent la Nouvelle Orléans et la Louisiane quand les choses étaient plus simples. Notre coin est entouré de vieux volets, récupérés dans des résidences qui ont été démolies. Ils nous donnent un sentiment d’intimité. Nous commandons et nous nous détendons avant qu’on nous apporte notre dîner.

« La maternité te va bien, chér. Tu es plus éblouissante que jamais. » Je savoure le sourire qui s’installe sur les lèvres de Kels à ce compliment. « Je suis tellement heureuse que notre famille soit réunie. »

« Nous pouvons être fières de beaucoup de choses. Nous venons de loin. »

Je repense à Thanksgiving et à Noël de l’an dernier, comme tout était différent. Comme nous étions différentes. « Alors quand penses-tu qu’on pourra emmener les jumeaux à DysneyWorld ? »

« Et bien, on peut les y emmener quand ils auront six ou sept ans et qu’ils seront assez vieux pour l’apprécier, mais moi je t’accompagne dès que tu veux y aller. »

« Vraiment ? » Génial ! Très bien ! Je veux y aller ! Il est probablement trop tôt pour laisser les jumeaux à ce stade. Peut-être en janvier. « Merci chér. » Je lui prends la main par-dessus la table. « Comment tu vas, mon cœur ? »

Elle pousse un gros soupir que je ressens dans ma propre poitrine. « Ça dépend des moments. Tout le monde me dit que c’est normal. Tu le sais. Tu étais avec moi. »

Je masse le dos de sa main avec mon pouce. « Tu as été géniale. Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ? »

« Tu fais déjà ce que tu peux. Ce n’est pas toi, c’est moi. C’est à propos de tous ces méchants restes d’hormones. J’ai encore les hormones mais plus les bébés. Mais bien que ces dernières semaines aient été inconfortables, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Les sensations quand ils bougeaient me manquent, tu vois ? C’est bizarre mais vrai. »

C’est bizarre parce que je ressens tout le contraire. Je suis si heureuse qu’ils soient sortis là où je peux les voir et les sentir bouger. « Je peux faire quelque chose ? Si ça peut t’aider, tu peux t’allonger sur le canapé avec un grand tee-shirt et je glisserai les jumeaux dessous. »

Ça me vaut un vrai rire de la part de ma compagne. « Je ne pense pas qu’ils adoreraient ça. Ils aiment être dehors. » Elle tourne sa main dans la mienne et chatouille ma paume. « Ils aiment être avec toi. »

Ça oui. Presque autant que j’aime être avec eux. « Je ne peux pas dire le contraire, chér », dis-je avec le ton le plus pince-sans-rire que je peux.

« Non, et je n’ai pas pensé que tu le ferais, Tabloïde. » Elle tapote ma main d’une manière aussi condescendante que son ton.

« Je pense quand même que le truc du tee-shirt pourrait marcher. »

« Crois-moi sur ce coup-là, on passe tous les trois. »

« Et moi dedans ce soir ? » Je lui souris d’un ton concupiscent.

« Tiens-toi bien. » Elle dit cela au moment où la nourriture nous est apportée. Kels a commandé du thon fumé et moi du poisson-chat avec des patates douces. C’est presque aussi bon que la cuisine de Mama. Presque.

« Pour l’instant. Alors, qu’est-ce que tu veux pour Noël ? »

« J’ai tout ce que je veux, Tabloïde. Ne t’inquiète pas pour moi. Tu as deux autres personnes à gâter. »

« J’ai déjà commandé les Harley customisées. » Je dis ça juste pour avoir une réaction. Trois-deux-un-

« Oui, oui, bien sûr. » Hmmm, ma nana n’accroche pas. Je dois perdre la main.

« Tu veux en parler ? » Je fais aussi bien d’amener le sujet. J’ai l’impression qu’on a un éléphant rose à notre table. Et il est foutument sûr qu’il n’y a pas la place pour nous trois.

« Parler de quoi ? »

« Ta mère. »

Kels s’arrête de manger et me regarde solennellement. « Pourquoi ruiner une soirée parfaite avec ça ? »

D’accord, je pense que l’éléphant rose va rester. Je vais juste me bouger pour qu’il ait plus de place. « Aucune raison, chér. Je me disais juste que comme on n’avait pas d’autre distraction, on pourrait parler. Mais je suis heureuse malgré tout – je retire ce que je viens de dire – je suis bien plus heureuse de rester là et de te faire les yeux doux toute la soirée.

Un autre rire. « Et bien, s’il te plait, continue à savourer ta soirée. »

Vu qu’on me donne la permission, je frotte ma jambe contre la sienne sous la table. « Je vais le faire. »

« Contente de l’entendre. »

Je ressens un choc électrique quand elle me masse la main en retour.

 

* * *

 

« Oui, c’est ma petite fille toute douce. » C’est marrant comme d’être avec un bébé transforme l’adulte le plus mature en idiot béat.

Je ne suis pas faite autrement.

Je mets ses petites chaussettes et elle me donne des coups de pied, en serrant les orteils pour m’empêcher de réussir. Cette enfant n’aime pas porter de vêtements. Nous allons avoir bien du mal pour qu’elle reste habillée quand elle sera plus grande. Je décide, pour l’instant, que les chaussettes, sa couche et une couverture, seront suffisamment chaudes pendant que je la nourris. Elle sera plus détendue comme ça.

« Allez. Il est temps de manger. Le temps que tu finisses, ta Mama et ton frère seront rentrés de la promenade avec le chien. »

Je m’installe avec Brennan et je la serre contre moi. Elle commence immédiatement à chercher et se tourne vers mon sein. « Tu es aussi vilaine que ta Mama. » Je la taquine.

Seigneur qu’elle est belle. Pimpante et déterminée. Et bien, au moins elle y vient avec honnêteté. J’ai remarqué que quand je nourris Collin, il aime bien se recroqueviller et venir aussi près de moi qu’il peut. Brennan, en revanche, aime bien s’étirer et semble se détendre immédiatement.

« On va voir ta grand-mère et ton grand-père Kingsley demain. Oui, on va passer toute la journée là-bas. Ce sera notre premier jour officiel à la Conspiration de la Cuisine. Toutes tes tantes seront là. On va préparer le dîner et parler de ta Mama et de tes oncles. Mais tu dois promettre de ne rien raconter de ce que tu entendras. Pas qu’on dise de méchantes choses sur eux, mais ils ne le savent pas et ça les rend dingues. »

 

* * *

 

« Tu veux bien sortir avec ton père ! » Me lance Kels tandis que je mets le sac de couches dans le coin de la cuisine.

« Kels… »

« Ne me donne pas du Kels. Sors. »

Je regarde ma Mama qui me lance un regard désapprobateur tout en sortant Collin du landau. « Je n’ai rien fait. » Je me défends. C’est la vérité. Je n’ai rien fait. Ce n’est pas ma faute si Kelsey s’est transformée en une diablesse bourrée d’hormones.

« Je sais », dit Mama doucement. « C’est comme ça après l’arrivée des bébés. Ça ne durera pas. »

Je regarde Kels qui s’occupe de Brennan en m’ignorant complètement. « Combien de temps ? » Je demande du coin de la bouche, priant le Seigneur que cette femme folle ne m’entende pas.

« Jusqu’à ce que ce soit terminé. » Merci Mama, ça m’a beaucoup aidée. « Sors aider ton Papa avec les lumières de Noël. Il me fait peur quand il monte sur cette échelle et commence à balancer des trucs. »

Je soupire et je dépose un baiser sur la tête de mon fils. Je m’aventure dans le monde sans femme et j’espère faire de même avec Brennan. Kels me laisse embrasser ma fille mais je ne vais sûrement pas prendre le risque d’un baiser avec elle. J’aime ma tête là où elle se trouve, merci beaucoup.

Mama quitte la cuisine et me met un thermos et deux tasses dans la main. « Pour toi et Papa. Il t’expliquera tout. Va lui parler avant que tes frères n’arrivent. Je vais m’occuper de Kelsey. »

Dieu merci, quelqu’un va le faire. Sinon je vais devoir mettre du valium dans son jus.

 

* * *

 

Papa regarde du haut de l’échelle, une guirlande lumineuse jetée sur son épaule, des clous dans la bouche et un marteau dans sa main droite. Il a avalé un clou un jour et nous avons passé le début des vacances aux urgences. Mama n’était pas très contente. Papa était moins content quand le docteur a dit de laisser les choses se faire naturellement. Mais il fait toujours les choses à sa façon.

J’ouvre le thermos et je verse une tasse du merveilleux café de Mama. Oh que c’est bon. « Bonjour Papa. »

Il me regarde et sourit. Il se met à parler mais réalise ce qu’il a entre les dents. Je lève la tasse et il descend de l’échelle. Le café de Mama nous fait toujours venir en courant, nous les Kingsley.

Avec prudence, il met les clous dans sa ceinture à outils. Je ne sais pas pourquoi il ne les laisse pas là dès le début. Nous avons abandonné l’idée de lui poser cette petite question. Je lui tends la tasse vide et je la remplis. Il prend une longue gorgée. « Ça c’est du bon café », blague-t-il en montrant la tasse en imitant la publicité du vieux Folger.

« Comment vas-tu Papa ? »

« Ça va. J’essaie d’accrocher ces guirlandes lumineuses.  Chaque année, ça a l’air un peu plus compliqué. »

Je ris. « C’est parce que tu veux faire plaisir à tes petits-enfants. Le Père Noël se tient près de la cheminée, des alligators sur le toit pour mimer les rênes, des lumières sur le tour de la maison, des couronnes accrochées à toutes les fenêtres et des guirlandes lumineuses sur chaque branche de notre vieux chêne. Pas étonnant qu’il te faille une éternité pour installer tout ça chaque année. »

« Tu sais le meilleur par-dessus tout, Harper ? Je veux dire en dehors du fait que les gamins adorent ? »

Je mets une main dans la poche de mon jean. Il fait froid sans mes gants. « Non, Papa. Quoi ? »

« C’est que ça rend dingue Mme DuBois au bout de la rue. Je ne pense pas que cette vieille peau ait une once de bonheur en elle. Ça la rend folle de voir tant de lumières sur une seule maison. » Papa fait alors une imitation géniale de cette femme. « Ça dévalorise le voisinage. Vous ne vous rendez pas compte que vous vivez dans le Quartier des Jardins ? » Il prend un peu de son café. « On peut bien apprécier la vie, non ? En plus ça rend heureux mes gamins. »

« C’est ça le sujet, non, rendre les gamins heureux ? »

Il me tape dans le dos me faisant presque m’étouffer avec mon café. « Tu as deviné, hein ? Juste retour des choses, Harper Lee. »

Seigneur, j’espère que non. Je mourrais si mes enfants me ressemblaient trop. « Une question, Papa. Comment je peux rendre ma femme heureuse ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Je hausse les épaules et je secoue la tête. « Si je le savais. Elle est possédée. Elle m’a ordonné de quitter la cuisine et la Conspiration n’était même pas arrivée. Elle était totalement furieuse contre moi en venant ici. Et, Papa, je n’ai rien fait. Je le jure. C’est comme de vivre avec le Dr Jekyll et Mr Hyde. »

« C’est le cas, mon cœur. »

« Ah oui ? » Merde.

Il pose sa tasse et commence à remonter à l’échelle. « Oui. On appelle ça la dépression post-partum et c’est une vraie garce. »

« C’est un euphémisme. » Je grimpe pour le rejoindre sur le toit. J’adore les alligators. Bien sûr, j’ai toujours eu un faible pour les méchantes bestioles. En parlant de ça. « Tu veux bien m’expliquer ? »

« Ta Mama et moi, on a traversé ça cinq fois. Ça a montré son bout de nez environ deux semaines après ta naissance. Elle était fatiguée, déprimée et plus ronchonne qu’une femme Cajun devrait l’être. » Mon père s’assied sur l’un des alligators. « Certains jours, j’étais très content que mon français soit moyen. Ou, du moins, je faisais comme si je ne comprenais pas ce qu’elle disait. »

« Combien de temps ça a duré ? »

« Ça dépend. Deux semaines habituellement. Surmonte ça avec Kels. Sois de bonne humeur. Apporte ton aide avec les gamins. Et quoi que tu fasses, Harper Lee, ne l’explique pas à Kels. »

« Tu parles d’expérience, Papa ? »

Il hoche la tête avec une expression qui en dit long. « Avec Gerrard, je ne savais pas ce qui se passait. Mais avec Jean, j’avais compris. Alors j’ai dit à Cécile pourquoi elle était si méchante avec moi. Je lui ai parlé de l’information médicale que j’avais trouvée et que c’était simplement ses hormones qui échappaient à tout contrôle. »

Je ferme les yeux, imaginant la scène. C’est pas joli. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Disons que j’ai dû prétendre que je n’étais vraiment pas bon en français. J’ai eu la chance de pouvoir prendre mon fils au bout d’une semaine. Et, bien que je n’aie pas été renvoyé de la chambre à coucher, il y faisait plutôt froid. »

« J’ai compris. Ne pas dire à Kels que j’ai compris ce qui lui arrive. »

« Pas si tu veux vivre pour assister au premier anniversaire des jumeaux. »

 

* * *

 

J’enveloppe Collin dans la couverture alors qu’il s’installe pour sa sieste. « Dors bien, l’Ebourriffé. »

Je reviens à la cuisine où le reste de la CdC s’est finalement réuni. Je prends mon jus et je me laisse tomber dans ma chaise en regardant Katherine qui berce Brennan. « C’est la meilleure partie dans cette famille, les plus jeunes sont en train d’avoir des bébés. »

« Parles-en », grogne Renée en passant la main sur son estomac. Oh comme je la comprends.

« Katherine et moi on a le plaisir de serrer et bercer des nouveaux bébés sans l’inconvénient de les porter », dit Elaine en se mettant à la table. « On peut maintenant laisser ça à nos sœurs plus jeunes et plus énergiques. »

« Je suis aussi énergique qu’une limace ces jours-ci. » Je laisse tomber ma tête sur la table ce qui fait rire tout le monde.

Je la relève quand je sens la main de Mama dans mes cheveux. « Est-ce qu’Harper ne t’aide pas comme elle le devrait ? »

« Oh non ! Harper a été géniale la plupart du temps. Jusqu’à ce qu’elle dise un truc stupide et que j’aie envie de la tuer. »

« Oh oh. » Toutes mes sœurs et Mama le disent en même temps.

« Quoi ? C’est vrai. L’autre jour, je lui demande à quoi je ressemble et elle dit, ‘géniale pour une femme qui vient de mettre au monde des jumeaux’. Enfin quoi, pourquoi elle n’a pas juste dit, ‘Kelsey, tu ressembles à une vache de Guernesey ? »

Elles se mettent toutes à rire de moi. Elaine rit si fort qu’elle en a des larmes.

« Quoi !? »

« Kels, Harper était sincère. Tu as une mine superbe pour une femme qui vient d’avoir des jumeaux », annonce Rachel. « Tu l’as juste mal pris. Ça arrive souvent après qu’on ait eu un bébé. Crois-moi. » Elle secoue la main par-dessus la table. « Je l’ai beaucoup vu avec ces trois-là. »

« Absolument. » Mama prend Brennan des mains de Katherine et lui donne le biberon qu’elle a fini de chauffer. « Il n’y a pas de honte à avoir et tu ne peux pas le contrôler. Jonathan et moi nous l’avons vécu cinq fois et je l’ai vu avec chacune d’entre vous les filles. » Elle embrasse Brennan sur la tête avant de secouer la sienne légèrement. « Katherine a failli faire fondre Gerrard en larmes une fois après la naissance de Joseph. Vous pouvez toutes être un vrai nid de vipères quand vous vous y mettez. »

« Je ne veux pas ronchonner sur elle comme je le fais », réponds-je solennellement. « C’est juste sorti comme ça. »

« Nous le savons bien, Kels. Crois-moi, nous le savons. » Katherine me tapote la main. « Et ça va passer. Essaie juste de ne pas être trop dure avec elle. Elle ne veut que ton bien. »

« Je sais. Et elle est complètement géniale avec les bébés. Alors pourquoi le fait qu’elle respire me tanne tellement ? Et si j’entends le mot hormones sortir de vos bouches, je hurle. »

Elles restent toutes silencieuses. Mais elles ricanent.

J’adore ma famille.

« Ça va passer. Bien que, essaie de ne pas tuer Harper d’ici là. » Mama me fait un sourire et un clin d’œil. « Je suis trop vieille pour la remplacer et je ne voudrais pas revivre ce que tu vis pour tout l’or du monde. Les miens sont poussés et maintenant je gâte mes petits-enfants. En plus, je ne pense pas que Jonathan supporterait que je sois+ de nouveau, voyons comment me nomme-t-il déjà ? La Femme Démon Cajun, je pense que c’était son mot préféré. » Elle vérifie le biberon de Brennan. « Eh bé, quel appétit on a là, ma toute petite. De laquelle de tes Mamans tu as pris ça ? »

 

* * *

 

« Oh le temps dehors est effrayant mais le feu est tellement chaleureux, et puisque nous n’avons nulle part où aller, qu’il neige, qu’il neige, qu’il neige (NdlT : traduction libre d’une chanson de Noël de 1945 – Let it Snow !) » Je chante en chœur avec Nathalie Cole. Nous sommes en route pour acheter notre premier sapin de Noël en tant que famille. Les jumeaux dorment béatement dans les sièges auto. Ils aiment m’entendre chanter.

Kels coupe la radio.

Apparemment, ma femme, elle, n’aime pas.

Je commence à chanter intérieurement ma nouvelle chanson préférée sur l’air de ‘Rawhide’ : hormones, hormones, hormones. Oh ces méchantes hormones. Les hormones rendent ma femme cinglée. Oh comme j’espère qu’elles vont bientôt quitter son corps. Et nous serons de nouveau heureux. Hormones. Sortez. Disparaissez. Hormones !

Je sauve ma vie en ne chantant pas tout haut.

Je souris à Kels et je me gare dans le parking de la serre. « On y est », j’annonce sans que ce soit nécessaire. Je saute hors de la voiture, faisant attention à ne pas verrouiller les portes et piéger les jumeaux dedans. Quelque part, je sens que dans l’état actuel de Kels, ça ne serait pas bien pris. Je détache Brennan de son siège auto et je la mets dans le sac de Petit Gourou. Elle lâche un petit cri, agacée d’être interrompue dans son sommeil, mais je la calme vite. Kels me regarde par-dessus la voiture, avec l’air de vouloir me prendre la gamine si je ne fais pas attention.

Hormones, hormones, hormones. Oh ces méchantes hormones.

« Allons-y ! » Dis-je un peu trop joyeusement mais merde quoi.

Elle met la casquette sur la tête échevelée de Collin et suit Brennan et moi tandis que nous nous dirigeons vers la serre. Je m’avance vers la ligne des arbres près du mur, divisée par type d’arbres. Je me dirige tout de suite vers la section des Cèdres Rouges de l’Est. C’est mon préféré. C’est un bel arbre, très dense, d’un vert profond et avec une senteur merveilleuse. Je commence à chercher le meilleur banc.

Et le voilà.

« Regarde ça, Brennan », je murmure à mon bébé endormi. « C’est l’arbre de Noël parfait. » Je me tourne et je cherche ma nana. Elle regarde un sapin de Noël Charlie Brown. Non, non, non. Ça n’ira pas. Je m’avance et je lui tends la main. Je prends un risque en le faisant. Elle peut autant la taper que la prendre. « Viens voir celui que j’ai trouvé. »

Elle prend ma main à contrecœur. « D’accord. »

Une fois là, Kels le fixe longuement.

Je ne suis pas sûre que ce soit bon signe.

« C’est plutôt grand. »

« Je sais ! Il n’est pas magnifique ? Il va toucher le plafond du séjour. Et on aura tellement de place pour les décorations ! »

« On a des décorations ? » Demande Kels d’un air de doute, en jaugeant toujours l’arbre.

Hmm. Je hausse les épaules et lui fais un sourire charmeur. « On en aura. »

« Je vois. » Elle pointe de nouveau le Charlie Brown. « Je préfère celui-là. »

« Chèr, tu me charries, non ? »

Les yeux verts en colère me regardent et disent non. « Harper, je ne vois pas de raison d’apporter une forêt dans notre maison. Il va y mourir et laisser des milliers d’aiguilles sur le tapis. » Elle touche l’arbre en retirant sa main brusquement. « Les aiguilles sont très piquantes. » Elle me lance un regard noir comme si c’est moi qui l’avais fait comme ça. « Les jumeaux pourraient être blessés. »

« C’est sûr. Ils vont se lever, traverser la pièce et y grimper. » Alors que les mots sortent de ma bouche, je sais que j’ai fait une erreur tactique.

Kels se gratte le front, probablement pour essayer d’éviter que ses cornes ne pointent. « Harper, non. On n’a pas besoin de ce monstre dans la maison. Seigneur, quelle taille fait ce truc ? Pense : petits bébés, petit arbre. Quand ils seront plus grands, l’arbre pourra être plus grand. » Elle pointe avec son pouce derrière son épaule. « Cet arbre-là  est parfaitement sympa. »

« C’est un petit arbuste », je réplique. « Mon cœur, ma famille a toujours eu des arbres de bonne taille. Robie va se moquer de moi dans ma propre maison s’il voit ça dans le séjour. »

« Harper, cet arbre fait deux mètres. Il est pleinement respectable. Cette chose », elle montre mon arbre, « c’est un sequoia en comparaison. »

« J’ai toujours aimé les sequoias. Kels, mon cœur, ma famille a toujours eu ce genre d’arbre quand je grandissais. J’en veux vraiment un pour ma famille à Noël. » Je lui fais mes plus beaux yeux de chiot. Voyons si le monstre aime les chiots. Ou si elle les mange au petit déjeuner.

Kels prend une inspiration profonde. « Si je trouve une seule aiguille sur le sol, toi et ton arbre vous passez Noël avec Mama et Papa. »

Je me penche impulsivement en avant pour l’embrasser sur le front. « Alors je devrais faire comme le Père Noël et te quitter ? »

Kels ne réplique pas.

J’essaie à nouveau. Ma nana doit sourire. Je sais qu’elle en est physiquement capable. « Je devrai faire comme Michael Jacskon et filer ? »

« Harper, je ne veux pas te blesser. »

C’est une menace que je considère sérieuse.

« Je vais payer l’arbre. »

Elle hoche la tête et serre Collin contre elle. Au moins mon petit garçon est en sécurité avec elle. « Bien dit. »

Lorsque nous rentrerons à la maison, je vais avoir une longue conversation avec Brian sur les heures d’aspirateur. Je préfèrerais passer Noël avec ma famille.

 

* * *

 

Nous ramenons l’arbre sans plus de problème. J’ai payé pour qu’on nous le livre. Le regard de Kels quand j’ai proposé de l’attacher sur le toit de la Lexus était sans prix. Et incendiaire. Maintenant qu’il est là, j’ai recruté Robie pour qu’il m’aide à le mettre dans la maison et l’installer dans le séjour. J’ai d’abord demandé à Brian sans réfléchir. Il avait peur que ça lui donne des cals.

Pour marquer l’occasion de notre premier arbre de Noël, Robie a amené tout le clan. Un des premiers sourires que j’ai vu sur les lèvres de ma femme, c’est quand Christian s’est précipité vers elle. Il passe les bras autour d’elle avec abandon, sans s’occuper des hormones de lièvre ou Dieu sait quoi. « Tante Kels ! » Crie-t-il.

Kels l’embrasse en retour. On ne m’a pas serrée comme ça depuis pas mal de jours. Je pense à repousser Christian du chemin mais je me retiens. « Voilà mon grand garçon ! Comment vas-tu aujourd’hui ? »

« J’ai trois ans et demi ! » S’exclame-t-il en levant ses doigts.

« Oh mais oui. C’est pour ça que tu es mon grand garçon. »

Robie rit et me pousse. « Il m’a demandé l’autre jour si Noël ne risquait pas d’interférer avec ses cadeaux d’anniversaire. Renée lui a expliqué que son anniversaire était dans six mois. Il dit son âge depuis pour être sûr que personne ne mélange les deux. »

Je secoue la tête. Seigneur. Nous les Kingsley, nous sommes tous des petits bonshommes avides.

Christian tourne le regard vers notre arbre. « Qu’est-ce qu’il est grand ! »

Kels me lance un regard. « Oui, c’est vrai. »

Je lui lance un sourire. « Mais oui ! »

Renée va vers le canapé et se laisse tomber près de Kels. Elle se masse le ventre, ma nièce lui donnant visiblement des coups de pied à voir son expression. « Comment a-t-elle réussi à te convaincre ? »

« C’était plus facile que de discuter. J’avais mal au crâne. »

« Tu te rends compte que maintenant on va devoir laisser entrer un arbre au moins aussi grand chez nous, pas vrai ? »

Robie capte ce commentaire et se précipite vers Kels. « Merci chér ! » Il donne à ma femme très surprise un rapide baiser sur les lèvres.

Ma nana se tourne vers Renée. « Ou bien, on pourrait venir chez toi avec les enfants et laisser les petits gamins ici avec l’arbre. » Elle produit un sourire éclatant en même temps que l’offre.

« Nan, celui-là change les couches tous les jours, je ne peux pas me passer de ses services », dit Renée en déclinant.

Pfiou. J’ai eu peur pendant un instant. « Arrête d’embrasser ma femme et viens par ici, Robie. »

Nous travaillons un moment sur la base de l’arbre. Il entre à peine. Dieu faites que ça marche. Sinon je pourrais craindre pour mes fesses. J’en entendrai parler toute une éternité. L’éternité de notre vie de couple.

Une fois que la base est attachée, nous redressons à nouveau l’arbre.

Oh merde.

Il ne rentre pas.

Les vingt centimètres du haut sont pliés.

Kels lâche un soupir dramatique. Elle en a souvent ces jours-ci. « Renée, je paye bien Brian pour changer les couches. Tu es sûre que tu ne veux pas en profiter ? Autrement Harper va venir repeindre ton plafond aussi. »

« C’est bon. Pas de dommages permanents. On pose l’arbre et je vais chercher la scie. »

Nous commençons à le baisser quand Renée crie. « Clark ! »

Son plus jeune fils a réussi à venir exactement à l’endroit où descend l’arbre. Brian l’attrape ce qui nous vaut un bon cri. Qui réveille Brennan et Collin. Et Kam commence à aboyer juste pour participer.

Je sais qu’on va me blâmer pour tout ça.

« Harper Lee, amène tes fesses ici ! » Je me retourne et je vois Kels qui avance vers les couffins. « Kam, tais-toi ! »

Génial, maintenant elle crie aussi sur le chien. Je suis perdue. « Oui, ma chérie ? »

« Sors ton chien. » Elle montre Kam dont la queue se lève au mot ‘sors’. « Après tu viens m’aider avec tes enfants. Tu joueras avec ton arbre ensuite. »

Oooh, ça semble cochon mais ça ne l’est pas. Mais je ne vais fichtrement pas parler de ça maintenant.

« Harper a des ennuis, Harper a des ennuis ! » Robie commence à chanter. Je vais lui botter les fesses plus tard. Je mets le chien dehors et je prends mon fils. Les femmes de la famille semblent être contre moi pour l’instant. Robie, pour se sauver la vie, part dans la cuisine chercher la boite à outils.

« C’est bon, Collin. » J’embrasse sa petite tête ébouriffée. Je regarde ma femme. Elle a toujours l’air agacé.

Renée va vers elle et lui passe le bras autour des épaules. « Comment ça va, Kels ? »

« Est-ce que Mama est absolument sûre que je ne peux pas la tuer ? »

Renéee hoche la tête solennellement. « Elle manquerait au chien. »

Heureusement, Kels se met à rire. « Oui, et bien, à moi aussi. Je présume. » Elle me lance un regard. « A la fin. »

« Je présume que c’est mieux que jamais », dis-je d’une voix trainante.

Kels a un sourire narquois. « Si j’étais toi, je me contenterais de ça pour l’instant. »

C’est le plus gentil commentaire de Kels aujourd’hui. Je saisis ma chance et je m’approche d’elle. Renée recule pour que je puisse entourer toute ma famille. Seigneur, que c’est bon. « D’accord », murmuré-je.

« Si tu es gentille, je te laisserai peut-être t’excuser plus tard. »

Robie commence à scier à ce moment précis, brisant le peu de paix que nous savourions. Mais il me rapproche d’avoir mon arbre installé.

J’embrasse Kels sur la tempe. « J’ai hâte d’y être, mon cœur. »

 

* * *

 

Dimanche matin, la sonnette d’entrée résonne au moins vingt fois avant que je me décide à passer la tête à la fenêtre. Je pense à jeter quelque chose sur quiconque est dehors. « Quoi ? » Grogné-je en essayant de ne pas réveiller les bébés.

Robie s’écarte de la porte et lève les yeux. « Harper Lee ! Descends ! J’ai des billets en loge skybox pour les Saints aujourd’hui. Et on y va ! »

Oui ! Ça fait diablement longtemps que les Saints n’ont pas eu une bonne saison. Des sièges skybox dans le SuperDome pour un jeu de l’équipe locale. Oh oui. « Ils jouent contre Denver, c’est ça ? »

« Oh que oui. »

Bon sang ! Je n’aime pas les Broncos depuis qu’Elway y est allé. C’est peut-être un bon quaterback mais je suis toujours fâchée avec ses airs de primadonna. Il a été approché proprement par Baltimore. Il n’a juste pas voulu jouer avec une équipe terrible. Alors à chaque fois que je peux regarder Denver et les conspuer, je le fais.

Mais la question c’est… Kels va-t-elle me laisser y aller ?

« J’arrive dans une minute, Robie. » Je ferme la fenêtre et je me retourne pour voir ma femme réveillée. Je vais jusqu’au lit et je me mets sous la couverture avec elle. « Bonjour, chér. » Je me penche pour l’embrasser ? J’espère que ça va marcher. Je me suis bien excusée hier soir.

Je suis récompensée par un baiser. C’était agréable. Bref, mais agréable. « Tu as les pieds froids », se plaint Kels alors je les frotte le long de ses jambes chaudes. Elle me tape l’épaule d’un air joueur. « Pourquoi ton frère nous réveille-t-il à cette heure un dimanche ? J’ai été réveillée quatre fois par Collin cette nuit. »

Je tressaille. Je le sais. « Tu sais comment est Robie. Il ne réfléchit pas. Il a des billets pour les Saints aujourd’hui. Il veut que j’aille au match avec lui. Ça t’ennuie ? C’est la première fois depuis un fichu temps qu’on a une équipe qui vaut la peine d’être vue. »

« Oh, bien sûr, vas-y. Prends ta journée. Après tout, j’ai été réveillée la plus grande partie de la nuit. » Le doux moment qu’on a partagé est parti. Mon épouse continue. « Je comprends tout à fait que tu aies besoin d’une pause avec ta femme et tes bébés. »

Oh merde. « Chérie, je n’ai pas besoin, je ne veux pas d’une pause avec toi ou les bébés. Honnêtement. C’est juste que ce sont des sièges skybox au SuperDome. Nous sommes 8-4 cette saison, le haut de notre division. »

« Hé, je comprends tout à fait. » Kels se glisse hors du lit et passe une robe de chambre, la serrant un peu trop fort autour de sa taille. « Je sais que des billets de football sont bien plus importants que du temps avec tes bébés. Je veux dire que, hé, ils ont trois semaines. Ils vont rester comme ça pour toujours. Je ne m’inquièterai pas de rater des occasions d’être avec eux. » Elle va vers les couffins et vérifie que Collin et Brennan vont bien, et ils sont bien heureusement endormis. Elle part ensuite d’un pas ferme vers la salle de bains.

Je la suis. Ce n’est pas particulièrement le choix le plus sage mais c’est celui que je fais. « Nous parlons de six heures là, Kelsey, à peine une vie. Je ne vois pas pourquoi tu te comportes comme si je vous abandonnais tous les trois. »

Kels prend une inspiration profonde et je me prépare pour sa prochaine sortie. Au lieu de ça, elle dit, « Tu as raison. Je suis désolée, Harper. » L’instant d’après, j’ai les bras plein de Kelsey et elle me serre fort. Surprise mais heureuse, je resserre les bras autour d’elle. Je ne veux pas qu’elle se sente rejetée. « Vas-y, va au match. Passe un bon moment avec Robie. Tu as aussi droit à une pause. »

Je lui embrasse les cheveux. « Je n’aurai jamais besoin d’une pause de toi ou les jumeaux. Je veux juste acclamer les Saints et voir Fetch Monster. »

« Bien, alors laisse-moi faire une pause de toi », me taquine-t-elle. « Je ne vais même pas demander ce qu’est un Fetch Monster. »

« Je te le dirai quand même. » Je déteste les hormones mais je suis contente qu’on ait traversé ça sans trop de problème. « Fetch Monster est un grand et vieil Australien qui retire le tee de lancement pour nous à tous les matches à domicile. Son vrai nom est Bleu, à propos. Il a son propre fan club. »

« Et je suis sûre que tu as une carte de membre. » Elle me tapote doucement la poitrine. « Va. Habille-toi et passe un bon moment avec Robie. »

Je capture ses lèvres un long moment tant qu’elle est de bonne humeur. Ou du moins tant que je suis dans un de ces moments. Quand nous nous séparons finalement, je fais un clin d’œil. « Merci chér. J’apporterai des souvenirs. »

 

* * *

 

Je regarde Collin installé dans sa balancelle à mâchouiller son poing. « Oui, l’Ebouriffé, c’est toi après. » Il bouge la main et donne des petits coups de pied. « Tu peux protester autant que tu veux mais tu vas bien prendre un bain, ça c’est sûr. »

Brennan frappe et envoie de l’eau de la baignoire vers le comptoir. « Et toi, petite fille, et bien, tu apprécies ça un peu trop. » Elle attrape le gant de toilette et essaie de le porter à sa bouche. Elle veut toujours avoir quelque chose dans la bouche. « Comment peux-tu me ressembler autant et agir autant comme ta Mama ? » Je passe le tissu sur son tout petit corps et elle a l’air de vraiment aimer ça. Je me contente de secouer la tête.

J’attrape ensuite une grosse serviette pourpre épaisse et je la déplie avant de mettre Brennan sur mon épaule et de l’envelopper bien au chaud. Elle adore vraiment ce moment. Elle a coutume de s’endormir enveloppée dans sa serviette tandis que je la sèche.

Je la pose sur la table et je lui mets sa couche avant de l’habiller rapidement pour qu’elle ne prenne pas froid. Elle attrape sa barboteuse et me regarde et pendant un bref moment, je me rends compte qu’elle est mon futur.

Mon futur est allongé là, à me faire confiance pour prendre soin d’eux, d’être toujours là pour eux. Ça ne cessera jamais jusqu’à ce que je ferme les yeux pour la dernière fois. Ils seront toujours mes bébés. Peu importe s’ils deviennent grands.

Peu importe ce qu’ils feront dans la vie. Mon amour pour eux doit être plus fort que ce que j’ai pu donner à autrui. Les larmes coulent quand je me rends compte que c’est le cas. Ils m’ont maintenant. Et pour toujours.

Je cligne des yeux pour ravaler mes larmes et je souris à ma petite fille. Une minuscule langue rose sort de ses lèvres rouges. « Et bien, c’est ton avis », lui dis-je tandis que j’attache la dernière fermeture de sa barboteuse.

Tandis que je lui embrasse les joues, elle se met à gigoter et à se tortiller, en faisant des bruits de bébé légers. « D’accord, c’est le tour de ton frère maintenant. » Je la mets dans sa chaise et je place une couverture sur elle avant de mettre la ceinture de sécurité en place. Elle tourne la tête vers la gauche à la recherche de sa tétine attachée à la chaise avec une corde. Une réponse brillante à un problème rencontré par Brian la semaine dernière quand il les baignait. Brennan n’arrêtait pas de recracher sa tétine pendant qu’il essayait de baigner Collin. Il l’a finalement attachée à la chaise pour ne pas avoir à la chercher et être distrait avec Collin dans la baignoire.

Je la lui donne et je la regarde fermer les yeux. Elle est baignée, nourrie, au chaud et heureuse, et prête à s’endormir. Et cette petite fille est exactement comme moi pour ça, elle adore dormir. Bon sang, la réveiller est un crime puni par la meilleure crise qu’elle puisse faire et elle peut vraiment faire de grosses colères quand elle veut.

Collin a l’air tout à fait terrifié. Il déteste le moment du bain. Je sais que s’il pouvait parler, j’entendrais mon premier ‘oooh, Maman, il faut vraiment ? » « Oui, l’Ebouriffé, il faut. » Je ris.

Pendant que je le déshabille, Brian entre dans la salle de bains. « Ooooh, la princesse est endormie. Tu veux que je l’emmène à ta chambre ? »

Je regarde son frère et j’acquiesce de la tête. « Oui, je pense qu’il va faire une crise. »

« Kels, il est comme tous les hommes que j’ai connus. Si tu ne fais pas ce qu’il pense que tu dois faire quand tu le mets tout nu, il va avoir une crise. »

Je ris et je termine de déshabiller Collin. « Tu es vraiment diabolique. »

« Non, réaliste. » Il attrape soigneusement Brennan sans la réveiller. Il est tellement doux avec eux, c’est mignon. Il va faire un père merveilleux un de ces jours, s’il le décide. « Hé, cheffe. Comment vas-tu ? Tout va bien ? »

J’enveloppe Collin dans une couverture et je le remets dans sa chaise pour nettoyer l’eau du bain pour lui. « Oui, je vais bien. Je m’adapte juste au fait d’être mère. Il y a tout le temps un million de petites choses à penser et je m’aperçois que j’essaie toujours de penser à trois coups d’avance maintenant. Seigneur, Brian », je retourne au comptoir avec la baignoire, « je les aime tellement. Mais ce n’est pas seulement fatigant physiquement, mais aussi mentalement. » Je souris à Collin tout en le prenant. « Viens par ici, l’Ebouriffé, on va te laver les cheveux. »

« Est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider ? Parfois j’ai l’impression d’être payé pour ne rien faire. Toi et Harper vous êtes toujours là. »

« Oui, et bien. » J’ouvre la couche de Collin mais je ne l’enlève pas. Il ne m’a pas fallu lontemps pour apprendre cette première leçon de maman d’un petit garçon. « Tu auras encore plus de raison de gagner ton dû quand nous serons de retour à New York et qu’Harper et moi retournerons au travail. Mais pour l’instant, je veux juste être avec eux. »

Je mets Collin dans l’eau et je fais glisser sa couche sous lui avant de poser un gant de toilette sur lui. « Tu ne m’auras pas aujourd’hui, l’Eclabousseur », je le taquine en prenant un autre gant. Il me fait un long et bruyant grognement de protestation. « Tu devrais apprendre à te détendre et à apprécier comme ta sœur. » Je suis récompensée de ces paroles de sagesse par de l’eau droit sur le visage quand ses poings et ses pieds touchent l’eau. « D’accord, fais comme tu veux. »

Brian embrasse Brennan sur le haut de la tête. « Oooh, petite fille, tu sens bon. Toute fraîche et poudrée. On va t’emmener pour te mettre sous ta couverture spéciale, hein ? »

Il ne lui faut pas longtemps pour la déposer et revenir. Je suis sur le point de laver les cheveux de Collin et de finir de le préparer. En fait, il n’a pas été trop méchant aujourd’hui. Il est plutôt calme bien que je doive changer de vêtements parce que j’ai aussi reçu un bon bain.

« Je devrais prendre l’appareil et faire une photo tant que ses cheveux sont mouillés et abaissés. » Brian sourit à Collin qui a attrapé son doigt de nounou pendant que je l’habille.

« Vas-y. » Je prends une brosse pour lisser ses cheveux, soucieuse de sa fontanelle. « Ton oncle Brian va prendre une photo, l’Ebouriffé. Essaie au moins d’avoir l’air heureux. Parce que dans vingt-cinq ans, quand je montrerai ça à ta moitié, je ne veux pas qu’on croit que tu as eu des mauvais traitements quand tu étais bébé. Et un bain ne compte pas comme mauvais traitements. Peu importe ce que tu en penses. »

 

* * *

 

Enfin.

Calme et tranquille.

Les jumeaux dorment. Brian est parti explorer le Quartier Français. Et Kels et moi, nous sommes blotties devant le foyer près de notre arbre nouvellement décoré. Les guirlandes s’allument et s’éteignent. Ça a été dur pour pouvoir mettre des ampoules sur l’arbre. Kels était persuadée que ça allait mettre le feu. J’ai dû lui montrer le certificat de garantie du laboratoire avant qu’elle n’accepte. Même alors, ça a été entre deux pendant un moment.

Mais maintenant avec la lueur du feu et les lumières de l’arbre, nous sommes baignées dans une lumière romantique. Kels est entre mes bras et pour l’instant, de bonne humeur. J’ai bien l’intention de la garder ainsi. Nous avons des tasses de chocolat chaud près de nous, un plateau de pâtisseries de la boulangerie Haydel et des chants de Noël en fond. En fait, c’est un de mes chants préférés.

« Dans la plaine, nous pouvons bâtir un bonhomme de neige », je chante en même temps doucement dans l’oreille de Kels. « Et faire comme si c’était Parson Brown. Il va dire ‘êtes-vous mariés’, nous dirons ‘non, mec, mais tu peux faire le boulot quand tu seras en ville.’ (NdlT : Parson Brown représente un pasteur anglican, le boulot ici veut dire qu’il va marier les gens)  Plus tard nous conspirerons, en rêvant près du feu, pour affronter sans peur, les plans que nous avons faits, en marchant dans un pays merveilleux d’hiver. »

Kels se serre un peu plus contre moi. Si cela était possible, nous partagerions la même peau en cet instant.

Je l’embrasse derrière l’oreille. C’est un de mes endroits préférés pour les baisers. « On a plutôt bien œuvré avec les plans qu’on avait en tête, non, chér ? »

« Nous avons plutôt bien œuvré avec les plans qu’on avait en tête, Tabloïd. Pourquoi ? »

J’embrasse à nouveau l’endroit, passant un long moment à juste enfouir mon nez sur sa peau. « Pas de vraie raison. On a juste eu quelques jours difficiles. Je voulais m’assurer qu’on était sur les bonnes voies. »

« Et bien, tu es sur la voie. Mais je pense que j’ai encore une vis ou deux de desserrées en ce moment. Je suis désolée d’avoir été aussi difficile à vivre. »

Je lui prends la mâchoire pour qu’elle me regarde. « Tu n’es jamais difficile à vivre, chér. » Je lui caresse la joue, m’émerveillant une fois encore à la douceur de sa peau. « J’ai de la chance de t’avoir dans ma vie. Même les jours les pires, ma vie est mille fois meilleure avec toi dedans. En plus, j’adore le fait d’avoir la plus belle des épouses Kingsley. » Je lui embrasse le nez.

« Ben voyons. » Elle roule la tête et fait craquer sa nuque. Je le sens dans la mienne. « Je suis tellement fatiguée. Je ne sais pas pourquoi. Mais c’est vraiment agréable de se détendre comme ça. »

« Tu es fatiguée parce que tu élèves les deux plus beaux et intelligents bébés du monde. Ça te demande beaucoup. »

« Tu les élèves avec moi. Pourquoi tu n’es pas fatiguée ? »

Je décide que le jeu n’est pas risqué. J’attends un instant et je fais un sourire supérieur. « Je suis plus jeune que toi. »

« Tu sais, c’est une vraie bonne raison. » Kels me tape doucement dans les côtes ? « Alors rien que pour ça, tu vas t’occuper de les nourrir ce soir. Je dors. Tu pourras brûler un peu de cette jeune énergie. »

« Marché conclu. Comme je ne peux pas brûler cette énergie d’une autre façon… » Je souris pour retirer l’ironie de mes mots. Je suis plus qu’heureuse d’attendre jusqu’à ce qu’elle soit prête, et capable de faire d’autres activités. « Mais sérieusement, ma chérie, je pense que c’est une idée géniale ; Pourquoi tu ne t’installes pas dans la chambre d’amis, pour ne pas être dérangée du tout ? »

« Non, ce n’est pas ce que je veux. Je veux juste savoir que je n’ai pas besoin de me lever ce soir. »

« Tu n’as pas besoin de te lever. En fait, je veux que tu dormes aussi longtemps que tu peux. Brian et moi allons prendre les jumeaux au matin. » Je me penche en avant et me permet un autre baiser. « Là maintenant, c’est ton tour d’être chouchoutée. D’accord ? »

« Je suis d’accord avec ça maintenant. Peut-être que je me sentirai plus humaine au matin et qu’on prendra tous un petit déjeuner sympa. Brian semble travailler dur lui aussi. A propos, on a besoin de couches. »

Je ne sais pas pourquoi mais je trouve ça incroyablement drôle. Nous voilà en train de savourer un instant romantique sympa, à se faire des câlins, et voilà qu’elle discute de couches. Je pense que je suis en train de perdre mon doigté. Je continue à rire, incapable de m’arrêter.

« Et j’ai dit quoi de drôle, Tabloïde ? »

Je m’étouffe sur un nouveau rire. « Ben, chér, on est assises là blotties devant le feu et tu me parles de couches. J’ai perdu mon doigté ? »

Maintenant qu’elle comprend, elle me rejoint dans le rire. « Non, bien sûr que non. Ça m’est juste passé par la tête et je suis tellement fatiguée, je pensais que je pourrais le mentionner avant d’oublier. Parce, je vais te dire, ça ne sera pas aussi drôle si tu dois utiliser ton maillot de Tulane pour envelopper le derrière de ton fils. »

« Ne blague pas avec ça. » Je fais un signe de croix. Les couches seront toujours une priorité. Et je cacherai mon maillot.

 

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