INDISCRETIONS

La Troisième Saison

Créée, produite, réalisée et écrite par

Fanatic et TNovan

Traduction : Fryda

 

Episode Dix-neuf : Adoption

Je suis assise dans le séjour en train de nourrir Collin quand le téléphone sonne. Harper, Brian et Kam jouent dans la cour. J’espère que Brennan va bien. Harper l’a avec elle dans son sac à dos enveloppée dans la couverture Navajo, alors je pense qu’elle a assez chaud. Ils ont essayé de sortir avec un frisbee et un ballon de foot. Je les ai stoppés à la porte et j’ai confisqué les jouets. Tu fais du mal au bébé, tu meurs, Harper Lee.

Je tends le bras vers la table et je prends le téléphone. Je l’amène à mon oreille et Collin me frappe le bras du pied. Pour quelqu’un d’aussi petit, il est étonnamment fort. Il est aussi très possessif. Il déteste que mon attention soit détournée de lui. « C’est bon, l’Ebourriffé. Ça ne sera pas long, je te le promets. » Je presse le bouton ‘parler’. « Allô ? »

« Salut ma beauté ! » Carillonne Beth joyeusement. « Comment va ta maternité ? »

« Tout va bien, merci beaucoup. » Je serre un peu plus Collin en fait. « C’est tout mielleux pour tout te dire. Je nourris mon fils pendant qu’on parle. » Collin fait un gros rot au même moment. « Attends de le voir, Beth. Il est beau. Il a des cheveux noirs épais tout comme Harper. »

« Ce sont ses enfants après tout. C’est normal qu’ils lui ressemblent. »

« En fait, Brennan tient plus de moi. » Je lâche un petit rire en pensant à ce que je vais dire après. « Mais elle se comporte tout comme Harper. »

Beth fait une pause et reprend. « Ce sont ses enfants, après tout. » Son ton est taquin comme si j’avais raté la blague.

C’est vrai ? « Quand est-ce que le juge a signé ? »

« Il y a moins de cinq minutes. J’ai le document juste ici. Alors tu peux dire à la grande brune magnifique qu’elle doit maintenant officiellement participer à toutes les réunions de l’association des parents d’élèves. »

« C’est merveilleux ! Bien que j’ai peur pour les professeurs des jumeaux. Harper est déjà le parent le plus impliqué du monde. » Je ferme les yeux et je prends une inspiration profonde, sentant une paix s’installer sur moi, qui m’a manquée depuis une semaine environ. « Elle va mieux respirer. Je le sais, je me sens déjà mieux. »

« C’est signé, scellé et livré, Kelsey. Tu n’as pas à t’inquiéter. Je t’ai dit que je m’en occupais. J’espère presque que ta mère tente quelque chose. J’adorerais la mettre en pièce au tribunal. »

« Je vais te dire, Beth, j’espère qu’elle va bien se tenir. Mais j’ai un mauvais pressentiment. » En fait, chaque fois que j’entends le nom de ma mère, j’entends de la musique diabolique à l’orgue en arrière-plan.

« Je m’inquièterai pour elle, ma chérie. C’est pour ça que tu me payes. » D’accord, Beth. A part quelques honoraires, tu ne m’as pas pris un seul dollar dans cette affaire. « Tu apprécies tes bébés. Quand est-ce que j’aurai l’occasion de les rencontrer, à propos ? »

« On devrait rentrer à New York juste après le premier de l’An. »

« Parfait. Est-ce qu’ils en auront fini avec les crachottis et d’avoir besoin de couches sans arrêt d’ici là ? »

Je secoue la tête. Beth n’a aucune fibre maternelle en elle. C’est un pur requin tueur. J’ai hâte de mettre un des bébés entre ses bras et de regarder ce qui va se passer.

Mais je m’assurerai qu’elle est assise bien sûr. Et que je sois tout près.

« Hum, non. Ils vont le faire pendant un bon moment. » Je regarde mon petit garçon avec ses lèvres lactées. Je lui chatouille l’estomac et il donne des coups de pieds pour protester.

« Ça a l’air d’être le bazar. » J’entends l’autre ligne sur son téléphone et elle me met en pause un moment. Quand elle revient, elle m’a l’air en colère. « Il faut que j’y aille, ma choute. J’ai quelques fesses d’avocat à botter. Félicitations ! Ta famille est maintenant légale. »

« Fais-leur la peau, Requin. J’ai une Mama à qui je dois annoncer la bonne nouvelle. A bientôt. »

 

* * *

 

Nous sommes à l’extérieur et nous savourons l’air frais, hors du chemin de Kels. Elle va mieux ces temps-ci mais elle est toujours un peu chatouilleuse. J’ai remarqué qu’être de sortie est une des meilleures solutions. Kels nous a pris nos jouets mais nous nous débrouillons. Je suis assise sur la balancelle et je me balance. Brennan adore absolument ça. Quand nous sommes sortis, au début elle râlait un peu. Elle dort maintenant. Brian lutte avec Kam, avec un bout de corde dans la bouche, à jouer au tir à la corde avec le chien.

« Tu vas perdre des dents à faire ça », je l’avertis. Seigneur, on dirait Kels.

Comme mû par un signal, Kam tire fort et Brian s’effondre sur le sol. « Ouille ! »

« C’est ta fichue faute aussi. »

Brian roule sur le dos et me montre du doigt. « Deux dollars, L’Etalon ! » Je lui fais un doigt tout en prétendant me gratter le nez. « Oh, comme c’est subtil ! »

Nous éclatons de rire.

Et c’est là que je remarque Kels et Collin qui se tiennent à la porte de derrière. Je me demande ce qu’elle a vu et entendu.

« Harper Lee, viens ici s’il te plait. » Hmmm, je pense qu’elle a entendu quelque chose. « Tout de suite ! »

Ouaip, elle a entendu et vu quelque chose.

« Harper a des ennuis, Harper a des ennuis ! » Chante Brian.

Je dirais bien à Kam de le mordre mais le merveilleux chien de garde de Kels le ferait et ça ne serait pas beau à voir. Néanmoins, j’obéis à ma femme. « Viens, Brennan, on rentre. Peut-être que tu peux protéger ta Mama. »

A l’intérieur, Kels me lance le regard de la mort. Je souris vaillamment, me disant qu’elle ne me tuera pas tant que j’ai le bébé.

« Mets Brennan dans sa chaise. »

Ce n’est vraiment pas bon signe. J’embrasse les beaux cheveux blonds de Brennan. « Souviens-toi de moi, mon cœur. »

Une fois qu’elle est attachée, je me tourne pour faire face à mon épouse. Elle montre le canapé. Je m’assieds. « Oui ? »

« Tu dois apprendre à faire plus attention avec tes enfants, Harper. »

Hein ? « Quoi ? J’étais assise sur une balancelle, Kels », je proteste. « Je n’ai rien fait. Seigneur, je le jure, Kels, je ne laisserai jamais rien arriver à Brennan ou à Collin. Jamais. » Hormones, hormones, hormones. J’espère qu’elles vont très vite s’en aller.

Kels secoue la tête et remue le doigt. « Oui, et bien, que ça reste ainsi, tes bébés sont très fragiles en ce moment… »

Est-ce qu’elle est sérieuse ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je regarde Collin en me demandant si je lui ai cassé quelque chose en le passant pour qu’il soit nourri. Il a l’air d’aller plutôt bien. Brennan choisit ce moment pour mâchouiller son poing. Elle semble aller bien. « Qu’est-ce que j’ai fait ? »

« Je veux juste que tu sois plus prudente avec tes enfants, Tabloïde. »

Kels mâchouille sa lèvre inférieure.

Elle ne le fait jamais sauf quand elle veut s’empêcher de sourire.

Je me repasse ce qu’elle a dit. Être plus prudente avec mes enfants.

Mes enfants.

Mes. Enfants.

L’adoption ?

« Tu dis ce que je pense que tu dis, chér ? »

« Et qu’est-ce que tu penses que je dis, l’Etalon ? »

L’Etalon. C’est moi. Je gonfle un peu la poitrine à cette expression.

Je me mets debout brusquement et je prends les jumeaux dans mes bras, les embrassant à répétition. « Mama est ici. »

Kels nous rejoint et elle glisse les bras autour de nous. « Elle l’est c’est sûr. C’est devenu officiel il y a une demi-heure. Beth m’a appelée pour annoncer la bonne nouvelle.

Je tourne la tête et j’embrasse Kels. « Nous sommes une famille, mon cœur. »

« Nous avons toujours été une famille dans tous les sens du terme, » me contre Kels, en me tapotant le nez. « Maintenant nous avons les papiers pour le prouver. »

 

* * *

 

Les jumeaux ont fini par s’endormir pour la nuit. Ou une partie de la nuit, comme c’est souvent le cas. Dieu merci il y a les siestes. J’en prends pratiquement autant que les jumeaux. Je ne sais pas comment je vais survivre quand je reprendrai le travail.

Je monte dans le lit et je me blottis près de Kels. Depuis que les jumeaux sont arrivés, elle s’endort pratiquement tout de suite après s’être couchée. Ce n’est pas une bonne chose à mon avis. Aujourd’hui ça n’interfère qu’avec nos conversations. Plus tard ça interférera avec des activités plus importantes.

Non, non, non. Ce n’est pas bon.

J’entoure sa taille et je la serre contre moi. Je lui embrasse la nuque et passe le nez dans ses cheveux. « Comment vas-tu, mon cœur ? »

Elle réussit à marmonner. « Je dors. »

Je ris. « Non, ce n’est pas vrai. Tu m’as répondu. » Je lui embrasse à nouveau la nuque. « Ça te va qu’on baptise les bébés ce week-end, oui ? »

« Bien sûr. »

Je hoche la tête, peu surprise de la réponse. « Je présume, je veux dire qu’on n’a jamais vraiment discuté de nos croyances. Dans un sens religieux du terme. » Je présume que certains penseront que nous aurions dû avoir cette conversation il y a bien longtemps.

« Je sais », répond-elle en caressant mon avant-bras et le dessus de ma main. « Mais c’est très important pour Papa et Mama, alors ça me va. Nos enfants prendront leurs propres décisions dans ce domaine quand ils seront assez vieux. Qui sait ? Collin pourrait vouloir être un moine boudhiste. » Kels roule sur le dos et j’observe le mouvement de ses seins dans la lumière de la lune. Pas que je puisse faire quoi que ce soit pour l’instant. Je me contente de lui gratter le ventre.

Retour au sujet en cours. « Vrai. Il pourrait. Bien que je ne sais pas ce qu’ils feraient de sa tête ébouriffée. Personnellement, ses cheveux me manqueraient. » Mon beau bébé. Je m’interroge, « En quoi crois-tu, Kels ? » Je me mets sur un coude pour la regarder.

« Hmm… » Kels est momentanément déstabilisée par mon changement de sujet. « Je présume que je n’y ai jamais vraiment pensé. »

« Jamais ? »

« Non, pas vraiment. » Elle fait un doublé de haussement d’épaules et de bâillement. « J’ai été exposée à plus de religion depuis que je t’ai rencontrée et épousée que je n’en ai eu de toute ma vie. »

Je m’installe à nouveau près d’elle. « Ça te pose un problème, chér ? »

« Non, pas du tout. Je sais que des familles ont des croyances profondes et que ta famille en fait partie. Est-ce que ça t’ennuie que je n’en ai pas ? »

Je me penche et je l’embrasse. « Pas du tout. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, ma chérie, je ne suis pas une Catholique pratiquante. »

Elle rit. « J’ai remarqué. Nous allons nous assurer que les enfants sont élevés dans le respect des croyances de la famille, et aussi celles qui sont différentes. Quand ils seront assez grands, ils pourront choisir leur propre chemin. »

« Ça me parait bien. Je ne voulais pas qu’on fasse les choses contre ta conscience. Parce que, ma chérie, tu es plus importante pour moi que n’importe quoi en ce monde. »

« A part peut-être ces deux petits-là. » Ma compagne montre les berceaux où Brennan et Collin dorment profondément. « Et c’est comme ça que ça doit être. Peu importe ce qui se passera entre nous maintenant ou dans le futur, Tabloïde, nous devons promettre de faire ce qui est le mieux pour eux. »

Je prends sa main dans la mienne et l’amène à mes lèvres. Je l’embrasse doucement, juste au-dessus de l’alliance. « Je le promets. Tant que tu comprends que t’aimer et être aimée de toi est ce qui est le mieux pour eux. Pour le reste de ma vie, le reste de ta vie, de leur vie. Tu comprends ça ? »

« J’ai compris. » Elle semble réfléchir à tout ce que je lui ai dit. « Je t’ai épousée, je suis coincée avec toi, hein ? Est-ce que c’est ce que tu essaies de me dire ? »

« Oui, exactement. J’ai essayé d’acheter des menottes avec des diamants au lieu d’une alliance mais Mama m’a convaincue que c’était grivois. »

Kels rit et je m’inquiète qu’elle réveille les bébés. « Mama est une personne sage, L’Etalon. Prends exemple et tu pourrais peut-être apprendre un truc ou deux. Je sais que pour moi ça l’a fait. »

J’allais suggérer que nous dormions tant que c’est possible mais je suis intriguée maintenant. « Qu’est-ce que tu as appris ? »

« Je ne peux pas vraiment l’expliquer. C’est une façon de penser et de réagir. Le fait d’être mère. »

Je hoche la tête. Il est tard de toutes les façons pour avoir ce genre de discussion. « Tu as bien appris, Kels. Tu es une maman fantastique. Et je suis totalement objective. »

« Hmmm, bien sûr. Mais tu peux être aussi objective que tu veux. » Kels s’enroule contre moi et met sa tête sous mon menton. C’est bon. Si bon. « Je sais que je vais m’installer confortablement et que quelqu’un va se réveiller. Collin sait ces choses-là, je le jure. »

« C’est parce qu’il a un petit périscope au-dessus de son berceau. Ça lui dit quand on est confortablement installées. » Je lui masse légèrement le dos. « J’irai le chercher s’il se réveille. Toi dors. »

« Marché conclu. Vu que tu as eu une longue sieste sympathique aujourd’hui. Espèce de voyouse. » Kels me mord à un endroit où elle ne me laisserait pas la mordre ces temps-ci.

« Hé ! » Je fais semblant de protester. C’était bon. « Je t’aime. Bonne nuit, bébé. »

 

* * *

 

« Mama, tu es notre invitée. Tu ne devrais pas faire le petit-déjeuner pour nous », je proteste mais du bout des lèvres. Personne ne fait les gâteaux et la sauce comme ma Mama. Ajoutez à ça des saucisses et des œufs et c’est une crise cardiaque sur un plateau. Mais quelle belle façon de partir.

Mama me regarde depuis les fourneaux, elle porte le tablier que j’ai acheté à Brian pour me moquer. En dessous du tablier elle porte un tailleur Chanel. J’ai peur que la graisse ne le ruine. « Ne m’insulte pas en m’appelant invitée », me réprimande-t-elle. « La dernière fois que j’ai vérifié, j’étais ta mère. Ça ne s’arrête pas parce que je suis dans ta maison. »

N’essayez jamais de dire à une femme Cajun la place qu’elle a dans votre vie. « Je suis désolée, Mama. Je voulais juste dire que tu n’avais pas à travailler. »

Elle s’adoucit. « Je sais mon Cœur. Maintenant, va finir de te préparer. Après qu’on ait mangé, on va habiller les jumeaux. »

J’obéis. Ce matin, Mama a apporté ma robe de baptême qui est un peu grande sur Brennan mais toujours en bon état. Avec Kelsey, elle l’a emmenée chez un tailleur cette semaine et elle a fait faire une robe semblable pour Collin. Je ne comprendrai jamais pourquoi les petits garçons ne portent pas de costume de baptême, mais je me suis rebiffée devant assez de traditions dans la famille pour laisser celle-ci tranquille.

Je passe près de Papa et Brian dans le séjour. Ils jouent aux échecs et boivent le fameux café de Mama. Je prends une profonde inspiration et je savoure la senteur du sapin de Noël. Je vérifie automatiquement qu’il n’y a pas d’aiguilles qui trainent, parce que je prends encore au sérieux cette menace de la Fille aux Hormones. J’ai acheté un aspirateur rien que pour ça. Je vérifie les jumeaux qui sont tous les deux à l’aise dans leur siège à bascule.

En haut, Kels enfile sa robe au moment où j’entre dans notre chambre. Je savoure la vue de son dos nu et elle tend le bras en arrière pour la zipper. « Laisse-moi faire », dis-je, la surprenant.

Elle sursaute et se retourne, remuant un doigt vers moi. « N’arrive pas comme ça en douce. »

Je lui lance un faux regard noir. « Ne me tourne pas le dos. »

Kels bat des cils. « Alors comment pourrais-tu me zipper sinon ? »

« Oh chér », je ronronne en m’avançant pour entourer son corps mince de mes bras. « Je peux penser à un tas de choses. » Je glisse une main dans sa robe émeraude et je caresse la peau nue de son dos, glissant sous son attache de soutien-gorge pour m’arrêter entre ses omoplates. « La vraie question c’est : pourquoi je voudrais le faire ? » Je ne m’inquiète pas de sa réponse, au lieu de ça, je l’embrasse. Sa bouche s’ouvre sous la mienne et elle se rend à mon baiser, me laissant entrer, explorer. Bien sûr, c’est un territoire déjà conquis, mais je savoure le fait d’y entrer aussi souvent que possible. Quand je la sens glisser sa main dans l’arrière de mon jean, je sais que je me fais encore avoir. Autant pour ma conquête.

Elle gratte légèrement ma peau de ses ongles et elle m’envoie des courants de plaisir. En même temps, elle se frotte comme un chat contre moi, la texture de sa robe enivrante, en même temps que le baiser. Je sens ses seins gonflés sous les miens, leur rondeur due à la vie qu’elle a donnée à nos enfants. Son autre bras vient s’accrocher autour de ma nuque, me rapprochant, comme si j’avais d’autres plans.

Quand il devient clair que nous respirons le même air, je recule légèrement. « Comment peux-tu espérer que je vais aller à l’église après un tel baiser ? »

Les yeux de Kels scintillent. « C’est toi qui as commencé. »

Je hoche la tête. C’est vrai. « Je vais prendre une douche rapide. » J’avais prévu de simplement mettre mon pantalon mais maintenant il faut que je descende ma température à un niveau gérable.

« Fais ça oui, l’Etalon. »

 

* * *

 

Nous nous asseyons pour manger le festin de Mama. Papa tient Brennan et lui donne le biberon. Il a toujours aimé nourrir les petits-enfants. Mon père, malgré sa réputation de banquier sérieux, est l’un des hommes les plus gentils que j’ai connus. Brennan répond déjà à sa voix, sachant qu’elle va être spéciale. Collin reçoit son petit-déjeuner de sa source favorite, Kelsey. Il pique une crise si on veut lui donner le biberon, alors Kels a dû se changer vite pour le nourrir au sein. Je ne peux pas regarder, comme je le fais habituellement, parce que Kels a une couverture par-dessus son épaule et fait preuve d’un peu de modestie à table.

« Alors, vous pensez que votre fille va garder sa robe jusqu’à la fin de la cérémonie ? » Demande Papa doucement. Le dégoût de Brennan pour les vêtements devient déjà un sujet de légende dans  notre famille.

« Et bien, si Renée arrive à la tenir suffisamment fort, tout devrait bien se passer. » Naturellement nous avons demandé à Robie et Renée d’être parrain et marraine pour les jumeaux. Dans la religion catholique, les parrains et marraines sont responsables de l’éducation spirituelle des enfants. Ce lien spécial doit transcender l’espace et le temps, laissant deux autres adultes aux enfants pour s’inquiéter d’eux toute leur vie. Là où, pour beaucoup, cela signifie simplement un autre cadeau à Noël et aux anniversaires, notre famille prend cela très au sérieux. Je suis marraine de Christian et Clark, même si je n’ai pas pu assister au baptême de Clark. Aussi, je ressens une connexion profonde avec mes neveux. Je sais que peu importe ce qui leur arrivera, ils m’auront toujours. C’est le vœu que j’ai fait.

« Mama, combien de temps dure la cérémonie habituellement ? » Demande Kels. Toutes nos traditions sont nouvelles pour ma compagne. Bien que, je dois admettre que j’ai aussi besoin qu’on me rafraîchisse l’esprit.

« Une demi-heure au plus. Le prêtre est très bon pour ça. Il sait que les bébés n’ont pas besoin d’un long sermon. »

« Même les grands bébés », dis-je. Brennan lâche un gros rot tandis que Papa lui tapote doucement le dos. Nous rions tous à ce sens inné du timing.

 

* * *

 

Nous arrivons à l’église à l’heure juste. Le parking est plein. Non seulement la famille proche sera là mais aussi les parents de Mama. Ils prennent au sérieux les mariages, les baptêmes et les funérailles. Je suis excitée à l’idée de présenter mes enfants à Grandmaman. J’ai eu peur qu’elle ne vive pas jusque-là pour les voir. C’est une peur rationnelle fondée sur son âge mais pas sur sa santé. Papa insiste pour dire que les femmes Boudreaux sont trop entêtées pour mourir. Mademoiselle Marguerite comme il appelle Grandmaman, sera toujours pas loin.

Mama, Papa et Brian se dépêchent d’entrer dans l’église pour rejoindre leur place. Kels et moi nous trainons à la porte, en tenant nos enfants pour attendre l’arrivée de Robie et Renée. C’est la coutume que les parrain et marraine saluent les bébés à la porte et les emmènent à l’intérieur. C’est la chose que je n’aime pas dans les baptêmes, ce n’est pas moi qui tiens mes enfants.

Robie et Renée descendent l’aile centrale et nous rejoignent à l’extérieur. Je laisse passer un long sifflet que Renée, au début, prend pour elle. Elle est sur le point d’accepter mon compliment quand je dis, « Robie, t’es sacrément sapé. »

Il me fait un doigt mental. Pas sympa pour quelqu’un qui va devenir le parrain de mes enfants. « Je vois que tu as réussi à boutonner correctement ta chemise », réplique-t-il.

Je souris à Kels. « J’ai eu de l’aide. »

Renée me tape le bras joyeusement. « Nous sommes à l’église, Harper Lee. »

Je lui tends Brennan. « Arrête de me frapper et prends ma fille. »

Nous donnons les enfants à Robie et Renée et nous les suivons dans l’église. Nous sommes à mi-chemin dans l’aile quand le prêtre nous rejoints. Robie dit, « Mon Père, Brennan et Collin Kingsley sont venus demander la foi dans l’Eglise de Dieu. »

Le prêtre fait le signe de la croix et nous emmène devant l’autel. Je me demande, alors que nous sommes debout là, derrière Robie et Renée, depuis combien de temps je ne suis pas allée à l’église. Normalement, quand j’y vais, c’est avec ma famille pour un service au lever du soleil au Lac Pontchartrain. Je présume que la dernière fois que je suis entrée dans une église date de deux ans, pour la messe de minuit à Noël. Le Seigneur a tendance à me faire peur dans les espaces confinés.

Je jette un coup d’œil par-dessus l’épaule de mon frère et je suis ravie de voir que les jumeaux sont endormis. C’était notre plan. Nous nous sommes assurés qu’ils mangent bien avant la cérémonie pour qu’ils fassent la sieste. Il n’y a rien de pire qu’un baptême au cours duquel l’enfant hurle tout le long.

Pas mes gamins. Ce sont des anges parfaits.

J’étais un peu hésitante sur le baptême. Comme Kels et moi en avons parlé hier soir, je ne suis pas vraiment considérée comme une catholique pratiquante. Le fait que Mama ait réussi à faire baptiser mes enfants à l’église est un testament à sa foi et à l’attitude progressiste de notre prêtre. Bien que je ne puisse pas imaginer mes enfants dans une église qui condamne leur mère et moi. Mais, en même temps, je ne peux pas les imaginer ne partageant pas la foi de mes parents.

La chose qui me gêne le plus dans les baptêmes, c’est cette théorie qui veut que l’enfant est touché par le péché originel et que si on ne le baptise pas, il ira droit en enfer. La pensée que quelque chose tache l’âme de mes enfants n’a aucun sens pour moi. Je n’ai jamais rencontré de créatures plus innocentes de toute ma vie. Collin, mon doux petit garçon, et Brennan, ma fille volontaire, sont complètement immaculés de toutes les mauvaises choses du monde, y compris mes propres faiblesses. Ils sont parfaits. Nous ne devrions pas les baptiser mais plutôt nous-mêmes. D’une certaine façon, je me souviens que la Bible dit que nous allons devenir des petits-enfants.

J’aimerais bien être Collin. Il est heureux et il tend vers les bonnes choses de la vie. Sa mère. Et j’aimerais être comme Brennan ; Elle croit qu’elle peut se frayer un chemin dans le monde – nue. Elle est une femme autonome. Déjà. Ils savent aussi tous les deux que Kelsey est la meilleure chose au monde.

Ils ont une vie simple. Ils aiment et sont aimés. Je prie pour que ce soit comme ça pour l’éternité.

Je regarde le prêtre pratiquer le rite du baptême sur nos enfants. Le signe de la croix. Le placement de l’étole. La profession de foi. L’eau versée sur leurs têtes.

Ça ne fait pas plaisir à L’Ebouriffé. Il ouvre brusquement les yeux et commence à protester contre ce bazar sur sa coiffure. Le prêtre et Robie se mettent à rire à sa consternation. Robie lisse les cheveux de Collin et ça semble le calmer. Vanité, ton nom est Collin. Brennan elle, dort pendant tout le baptême

Tandis que le prêtre parle, je prends la main de Kels. Si quelque chose devait nous arriver, que Dieu nous en préserve, je suis contente que nos enfants aient Robie et Renée pour veiller sur eux. Robie est mon meilleur ami et mon frère. Parfois je pense que nous sommes une seule et même personne. Sauf pour ce truc de juriste. C’est une maladie de famille. Et Renée, à côté de Kels, est la femme la plus spectaculaire au monde. Si les jumeaux ne pouvaient nous avoir, ils ne pourraient pas avoir mieux que leurs parrain et marraine.

Dans l’assistance, Mama et Papa rayonnent de fierté. Je suis contente de faire ça pour eux, et pour que les jumeaux aient une autre communauté pour veiller sur eux quand ils grandiront.

En pensant à l’adoption, je vois Jake et Stevie qui sont assis sur les genoux de leurs nouveaux parents. Les garçons semblent s’habituer pas mal à notre grande famille cajun bruyante. Leurs ainés cousins surtout, ont rendu leur transition plutôt aisée. Joseph, en tant que plus âgé des petits-enfants, a décidé de les prendre sous son aile. Il est comme son père, un meneur naturel. Jake et Stevie l’adorent maintenant et le suivent comme des chiots dans la maison de Mama et Papa. Laurent joue aussi les mamans.

Je soupçonne qu’on fêtera leur baptême dès que l’adoption sera finalisée. Gerrard m’a confié qu’il espère aider à l’expédier avant le début de l’année. Je l’espère. Tout le monde mérite d’avoir une famille pour les fêtes de fin d’année.

Je suis surprise par mes pensées quand je sens Robie qui me tend Collin. Sa tête est toujours mouillée et je presse mes lèvres sur ses cheveux. Il cligne des yeux embués de fatigue. « C’est bon, mon gars. Je vais chercher le sèche-cheveux dans la voiture. »

 

* * *

 

Une heure plus tard, nous sommes tous assemblés dans un restaurant pour la réception. C’est la première apparition en public des jumeaux et tous les parents nous ont rejoints. Brennan et Collin se comportent bien. Ils gèrent le fait d’être poussés, tirés et examinés par toutes sortes de gens. Heureusement, tous adorent nos enfants. Mais c’est normal. Après tout, ce sont simplement les meilleurs.

Je surveille l’arrivée d’un membre particulier de la famille. Quand elle arrive, je sors doucement Brennan des bras de tante Madeline. Je croise le regard de Kels et elle et Collin viennent vers moi.

Kels me sourit. « Oui ? C’est le moment ? »

Je hoche la tête. « Grandmaman est arrivée. »

Nous avançons vers la matriarche de la famille Boudreaux et nous asseyons près d’elle. Je regarde les rides sur son visage et le gris de ses cheveux et je vois le futur de Mama. Alors que Grandmaman a pu diminuer physiquement avec l’âge, son esprit en revanche est intact. Elle fixe des yeux étonnamment bleus clairs sur nous puis sur les jumeaux. Elle tend une main tremblante et caresse les cheveux de Collin. « Exactement comme toi, Leone. »

Je hoche la tête d’un air désabusé. « Espérons que pas vraiment, Grandmaman. »

Grandmaman sourit à mon humour et tapote le genou de Kels. « Vous avez bien du travail, pas vrai ? »

« Oui, madame, c’est vrai, mais j’adore ça. Ils sont ma vie tout simplement. » Je ne suis pas sûre de savoir si elle parle des bébés ou de moi, mais ça me va.

Grandmaman se penche en arrière et fixe ma compagne. « Vous avez épousé ma Léone ? »

« Oui, madame, en effet. Je l’aime beaucoup. » Ceci était pour moi. Je me penche et je lui embrasse la joue.

« Alors il ne faut pas m’appeler Madame. Je suis ta Granmaman. »

Une belle rougeur anime les joues de ma compagne et elle sourit. « Oui, Grandmaman. »

« C’est bien mieux », la félicite Grandmaman. Elle tend les mains vers Brennan et je l’aide à installer notre fille sur ses genoux. « Est-ce que Léone t’a raconté la fois où elle avait huit ans et que Jonathan était dans une pièce de théâtre ? »

Oh oh.

Kels me jette un coup d’œil. « Non, Grandmaman, elle ne l’a pas fait. » Elle me regarde à nouveau et fait un clin d’œil. « Ben voyons. »

Grandmaman rit et lisse le peu de cheveux de Brennan. « A l’agence de Jonathan à l’époque, il y avait une tradition de jouer une pièce pour les fêtes de fin d’année pour lever de l’argent pour la charité. Aucun d’eux ne savait jouer, bien sûr. C’était des banquiers sans aucune imagination. » Elle sourit, savourant de taquiner mon père même s’il n’est pas dans le coin pour l’entendre. « Et bien, cette année-là, Jonathan jouait un rôle qui impliquait d’embrasser une autre femme que Cécile. Pour une raison quelconque, à ce moment de la pièce, Cécile n’était pas dans le théâtre. Quand il l’a fait, Léone s’est levée au milieu de la rangée et a hurlé, ‘ Mama, Papa embrasse une autre femme ! ‘ Et elle a ensuite couru à la vitesse où ses jambes de huit ans pouvaient la porter pour rapporter le crime. »

Kels se met à rire de moi. « Alors c’est de là que Danielle tient. » Est-ce que cela fait un an que j’ai embrassé cette femme merveilleuse pour la première fois ?

Grandmaman tend la main vers Collin. Kels le pose près de sa sœur. Au début, Collin n’apprécie pas le changement de scène. Il commence à protester mais s’arrête rapidement quand Grandmaman se met à chanter pour eux.

« Couvre-toi bien, ne prends pas froid. Toi, mon enfant, toi qui t’en vas passer quelque temps chez celui qui t'a aussi donné la vie. »

Grandmaman me chantait ça. Mon amour, mon enfant.

Kels se blottit dans mes bras et nous regardons Grandmaman bénir nos enfants.

Oui, ceci était une bonne décision.

 

* * *

 

Je prends le téléphone sur son support. « Quelqu’un ferait bien d’être mort », je marmonne.

« Je vais l’être si je n’emmène pas Ren à l’hôpital, Kels. Elle va me tuer. » Robie se met à rire. « Est-ce qu’Harper et toi pouvez passer prendre les garçons ? »

Je m’assieds immédiatement et j’allume la lumière. « Bien sûr ! » Je claque les fesses d’Harper. « On arrive tout de suite. Est-ce que Ren va bien ? »

« Génial, pour quelqu’un en travail. » Il rit à nouveau. Il essaie de le masquer mais je peux entendre ce timbre du futur père dans sa voix. « On se voit dans une minute. » Il raccroche et je saute du lit et enfile ma robe de chambre. « Allez, Harper, lève-toi ! Il faut que tu ailles chercher Christian et Clark. Robie emmène Renée à l’hôpital. La petite Kelsey est prête à rejoindre la famille. »

Harper se lève et enfile son sweater sans un mot. Je vais à la chambre de Brian et je frappe à la porte avant d’ouvrir et de passer la tête. « Brian ? »

« Kels ? Quelque chose ne va pas ? »

« Non, tout va super bien. J’ai besoin que tu ailles à côté et que tu aides Harper à récupérer Christian et Clark. »

« Oooh, un autre bébé rejoint la ferme des lapins de la famille Kingsley. » Il rit en se levant et se gratte la tête. « J’attrape mon jeans et mes chaussures. »

Je retourne à notre chambre quand j’entends la crise de Brennan depuis le couloir. Je souris. Je suis très fière de pouvoir les reconnaître par leurs cris maintenant. Harper est penchée sur le berceau et essaye de la calmer. Je m’avance et je gratte le dos d’Harper. « Vas-y mon cœur. Je vais m’occuper d’elle. C’est bientôt l’heure de manger de toutes les façons. »

« D’accord. On revient tout de suite. »

« Tu peux mettre Clark dans un des paniers quand tu reviendras. Et nous mettrons Christian ici pour le reste de la nuit. Je vais préparer la méridienne pour lui. »

« Compris. » Elle s’interrompt et me sourit. « Maman », me taquine-t-elle avant de quitter la chambre.

Elle a raison. Seigneur, qui aurait cru cela possible ? Je réussis à contenter assez Brennan pour avoir le temps de préparer un lit pour Christian. Ensuite, la petite demoiselle Harper la Seconde refuse d’être ignorée plus longtemps. Je la prends dans mes bras. « Bonjour, Ronchonne. Est-ce qu’il est temps ? » Je m’installe dans le fauteuil pour la nourrir quand Collin décide de nous rejoindre. Je rapproche son berceau et je lui donne sa tétine, ma main posée sur son ventre. « Tu vas devoir attendre ton tour, l’Ebouriffé. Brennan t’a battu sur ce coup-là. »

Quelques minutes plus tard, j’entends Harper et Brian qui reviennent. Brian emmène Clark, qui est apparemment profondément endormi, à la nurserie et Harper traine un semi-inconscient Christian dans notre chambre. Elle le porte sur une épaule avec Elmo sous son bras. Elle pose notre neveu en lui donnant Elmo. Il semble plutôt satisfait et roule sur le côté.

Il ouvre ses yeux endormis vers moi. « Salut, Tante Kels. » Il salive ses mots.

« Hello, mon cœur. Il est tard, rendors-toi », lui dis-je en même temps qu’Harper le recouvre.

« Oui, madame. » Il se blottit contre Elmo et s’endort profondément en quelques secondes.

« Si je pouvais dormir comme ça. » Harper bâille et enlève ses chaussures sur place. « Clark ne s’est même pas réveillé quand nous l’avons pris et enveloppé dans des couvertures. Il a dormi tout le temps. Pas un mot. »

« Et bien, c’est dur de jouer toute la journée. Ça vous fatigue vraiment. »

Harper tombe au sol avec les bras dramatiquement étendus. « Comme si je ne le savais pas. »

Collin râle, plus en colère encore qu’avant. Je pense qu’il ne veut pas attendre plus longtemps. Soit c’est ça, soit il a entendu sa Mama et il fait une crise pour attirer son attention. Peu importe ce que c’est, ça a marché. Harper roule sur le ventre et rampe vers lui.

« C’est quoi le problème, l’Ebouriffé ? Est-ce que Maman prend trop de temps ? »

« Pas moi, c’est sa sœur. »

« Tu penses qu’il va vouloir le biberon ? »

« Tu peux essayer. » Je soupire. Il semble être de plus en plus difficile là-dessus mais il est tard. Il pourrait se laisser convaincre.

« D’accord. »  Elle se met debout pour aller lui chercher un biberon. Je ne suis pas sûre de savoir comment elle fait pour les réchauffer aussi vite. Ça ne semble jamais lui prendre aussi longtemps qu’à moi. Ça pourrait être parce que je suis à demi-endormie quand je le fais et qu’elle, elle semble bien réveillée. Au moment où les bébés font du bruit, elle sait qu’elle est de garde de nuit, elle se lève prête à faire.

Elle rapporte le biberon et soulève Collin en s’installant à mes pieds. Elle tente de lui donner le biberon. Il le prend et il recrache. J’entends Harper soupirer et essayer à nouveau. Encore le même résultat.

Elle secoue la tête. « Kels, il n’aime pas ça. »

« Donne-le-moi. » Nous faisons l’échange. Brennan accepte volontiers le biberon et Collin m’accepte volontiers moi. Ça m’inquiète. Il faut que je me souvienne de parler au pédiatre de ça.

Je regarde les deux femmes préférées de ma vie. Elles prennent du bon temps. Quand Harper la tient, Brennan passe plus de temps à jouer qu’à manger. Des gens ont tenté de me dire que les bébés ne sourient pas si jeunes. Ils sont tellement sûrs d’eux. S’ils pouvaient voir Brennan dans les bras de Harper, ils verraient un bébé avec un bon et grand sourire sur les lèvres. Cette petite fille adore sa Mama. Ce qui est normal vu que sa Mama l’adore aussi.

Christian bâille et cligne à nouveau des yeux. Il semble qu’il se réveille. Je suis sure que c’est d’avoir eu sa nuit totalement interrompue. « Tante Harper ? »

« Oui, Christian ? »

« Où sont Mama et Papa ? »

« Ils sont allés à l’hôpital. Ta Mama va avoir le bébé. »

Il se redresse, soudain bien réveillé et très alerte. « Ma Kelsey ? »

Nous rions toutes les deux. « Oui, ta Kelsey. »

« Oh bon sang ! » Il tape dans ses mains, surprenant Collin, qui oublie momentanément ce qu’il fait. « Quand ? »

« Oh, mon cœur, ces choses prennent du temps », lui dit Harper. « Mais quelqu’un va nous appeler et nous dire exactement le moment où elle arrive. Jusque là, il faut que tu t’allonges et que tu essaies de dormir. Comme ça tu seras reposé et prêt à voir ta petite sœur quand elle viendra. »

« Oui, madame ! » Il se reblottit et ferme les yeux. Nous nous regardons l’une l’autre et roulons les yeux. Il est si adorable dans sa détermination à essayer de dormir.

 

* * *

 

L’appel n’arrive qu’à trois heures de l’après-midi. Oooh, Renée ne va pas être contente de Robie pendant un moment. Peu importe le fait qu’il n’a rien à voir avec la durée de travail, c’est lui qui l’a mise enceinte. J’ai dit la même chose à Harper et la mienne a plutôt été rapide pour une première grossesse.

Je passe le téléphone à Christian pour qu’il entende la bonne nouvelle de la bouche de son père. « Elle est là ? Ma Kelsey ? »

« Oui elle est bien là, mon garçon. » Robie rayonne à travers l’écouteur. « Elle est très jolie, comme ta Mama. »

Christian hoche la tête et se frotte les mains. Il a hâte de mettre les mains sur elle. Je dois admettre que je suis anxieuse de la voir aussi. Personne n’a donné mon nom à un enfant. Personne ne l’a jamais voulu. Eh bé, les choses changent.

« Je peux la voir, Papa ? »

« Bien sûr, chér. Je viens te chercher dans une heure. Tu penses que tu peux convaincre Tatie Kels et Tante Harper de venir aussi ? »

Il tourne son regard vers moi. J’accepte bien volontiers. « On va se préparer, Robie. Il faut juste qu’on prévienne Brian qu’il est de garde avec les jumeaux. »

« Merveilleux. Encore quelques coups de fil et je passe te prendre, mon fils. »

« Salue bien Renée. »

« Au revoir Papa. »

Tandis que je raccroche, Christian se jette dans mes bras. « Elle est arrivée ! »

« Oui, mon cœur. »

 

* * *

 

Quand nous entrons dans la chambre d’hôpital, Clark plonge des bras de Harper vers Renée, tandis que Christian l’ignore complètement. Il manque percuter le berceau dans son enthousiasme à atteindre sa sœur. Il la fixe un long moment et se tourne vers son père. « Pourquoi elle est aussi vieille ? »

Hmm. Je n’ai jamais pensé à un bébé comme vieux. Robie non plus quand il regarde par-dessus l’épaule de Christian. « Pourquoi tu dis ça, mon fils ? »

Il montre son visage. « Elle est toute ridée. Comme Grandmaman. »

Nous éclatons de rire y compris Renée. Elle le regrette immédiatement, tressaillant et serrant les draps du lit d’hôpital. Clark resserre sa prise sur sa mère et enfonce son visage dans le creux de son cou.

Le bruit surprend la petite Kelsey et elle laisse apparaître son déplaisir. Tout comme moi. Nous avons besoin de notre sommeil réparateur. Christian saute en arrière d’un mètre au moins. Nous recommençons à rire et Robie prend sa fille. « C’est bon, mon gars. Elle te dit juste bonjour. »

« A moi ? »

Robie hoche la tête et va vers le fauteuil. Il s’assied et invite Christian à venir sur ses genoux aussi. Avec prudence, il pose Kelsey dans les bras de son frère.

Je vais vers Harper et je glisse mon bras autour de sa taille. « Comme j’aimerais avoir un appareil photo. »

Mon épouse maligne sort un petit appareil photo numérique de la poche de sa veste. « Comme ça ? »

Je lui lance un regard. « Prends juste la photo, Tabloïde. » Ce qu’elle fait immédiatement.

« Tu l’as bien entraînée », commente Renée.

Je m’avance vers ma sœur et je l’embrasse car elle le mérite, ce qui met Clark en sandwich entre nous. « Comment vas-tu Ren ? »

« Je suis fatiguée et j’ai des courbatures. »

Je connais la chanson. « Et bien, il se trouve que je sais de première main que le clan Kingsley tend à nourrir bien ses nouvelles mamans. Nous avons encore quelques plats dans le frigo. »

« Mais je ne peux pas manger le chili spécial de Jean non plus. »

C’est exactement le plat que j’ai refusé de décongeler. C’est peut-être sa spécialité mais c’est mortel. « Elle est belle. »

Renée me tapote le dos. « Elle a un prénom qu’elle doit mériter. »

 

* * *

 

Nous jouons au poker dans le salon. J’ai promis à Kels qu’on allait rester calme pour ne pas déranger les jumeaux. Et nous avons tous reçu des directives de couvre-feu plutôt strictes de nos épouses. Avec trois d’entre nous qui ont des enfants récents à la maison, les femmes semblent penser qu’on devrait aussi être là. Vous m’en direz tant.

Robie étudie sa main avec attention. Ça veut dire que c’est plutôt bon. Il essaie de trouver un moyen de nous bluffer. « Je vais voir ta mise, Jean. Ma chance doit tourner parfois. »

Ouaip. C’est du bluff. Je regarde mes cartes. Trois pareilles. Pas assez bon, a priori. « Je me couche », je pose mes cartes sur la table, face cachée.

« Comment vont tes garçons, Luc ? » Demande Gerrard. « Ils étaient beaux à l’église hier. »

Il rit et secoue la tête. « Tu aurais dû voir par quoi Rach est passée pour les garder propre. Je jure que Jake est comme Pig Pen de Charlie Brown. Partout où il va, la saleté le suit. »

J’en ai vu la preuve chez Mama. C’est un don unique qu’il a. « Est-ce que tu as pensé à l’aider ? » Je le taquine.

Il me lance un bretzel à la tête. « Fiche-moi la paix. »

Gerrard récupère le bretzel pour que je n’aie pas d’ennuis avec la boss. « On dirait bien que ça veut dire non, Lucien. »

« Tu aurais dû voir à quoi ressemblait Rachel quand elle est sortie de la salle de bains avec eux. Elle était tachée de la tête aux pieds. Je m’étais déjà douché. » Luc sourit d’un air narquois, semblant se rendre compte qu’il aurait dû apporter son aide. Je le laisse tranquille pour l’instant. Je ne m’imagine pas m’en sortir comme ça avec Kels. Ou le vouloir.

« Tu as hâte de retourner à New York ? » Me demande Gerrard en tirant les jetons de poker vers lui. Le bluff de Robie n’a pas eu raison de son full.

« Oui et non. J’adore le job mais je n’aime pas être loin de la famille. Bien que je ne comprends vraiment pas pourquoi vous me manquez. »

Jean arrête de mâchouiller son cigare éteint assez longtemps pour répliquer. « C’est ma conversation brillante. »

« Ouais, c’est ça. Comment j’arrive à vivre sans ta présence constante ? »

Il hausse ses larges épaules et prend la carte qu’on lui a servie. « Je vais t’acheter un médaillon. » Nous éclatons de rire tous en même temps.

Gerrard lève sa chope de bière. « Un toast. »

D’accord, c’est inattendu mais nous suivons. « A la parentalité. Comme un homme sage l’a décrit un jour, parfois on dirait que ce n’est rien d’autre que nourrir la main qui vous mord… »

« Kels serait d’accord là », je ricane. Contente que Kels ne soit pas dans la pièce pour entendre ça. J’aurais de sérieux ennuis pour ça.

Gerrard secoue la tête vers moi. « Mais il n’y a pas de meilleure récompense dans la vie. Je suis si content que nous ayons quelque chose à vivre ensemble. A nos enfants. »

Nous faisons tinter nos verres et buvons.

 

<Fondu au noir>