INDISCRETIONS

La Troisième saison

Créée, produite, réalisée et écrite par :

Fanatic et TNovan

 

Episode Vingt : La Vie est Merveilleuse (It’s a Wonderful Life)

Il est presque l’heure de partir pour la messe de Minuit. J’enfile ma veste et je me dirige vers la chambre où je m’attends à trouver Kelsey prête à partir. Elle ne l’est pas. D’aucune façon. Mais les jumeaux portent leurs combinaisons chaudes. « Qu’est-ce qui se passe, chér ? »

« Harper… je ne peux pas… je… ah… » Elle craque et secoue la tête.

Je m’avance et je passe mes mains le long de ses bras. « Tu vas bien ? »

« Oui. Je suis juste fatiguée et je n’ai pas envie de sortir. Je suis désolée. »

Je me penche en avant et je prends sa température en posant mes lèvres sur son front. Ce n’est pas vraiment judicieux mais c’est plaisant. Je me recule et lui demande, « Tu veux qu’on reste avec toi à la maison ? »

« Non. Vas-y-toi. Je vais me coucher. Mama ne te pardonnera jamais si les jumeaux manquent leur première messe de Minuit. Je vais bien. »

J’étudie son visage un long moment notant les rides d’inquiétude et ses lèvres légèrement tombantes. « Je ne te veux pas bien, mon cœur. Je te veux en pleine forme. Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? »

« Non, Harper. Tu as fait tout ce qui était possible. Tu as été merveilleuse. C’est à mon tour maintenant. Je suis juste un peu déprimée. Il faut que je me repose. » Ma compagne essaie de sourire pour me rassurer mais ça ne marche pas. Ses yeux portent des larmes retenues et ses lèvres tremblent. « Va à la messe. »

« Je t’aime. » Je ne trouve rien d’autre à dire. « Si c’est quelque chose que j’ai fait… »

« Ce n’est pas toi. C’est moi. » Elle m’étreint rapidement en me tapotant le dos. « Je t’aime aussi, tu le sais. Je suis juste fatiguée. Il faut que je me repose, maintenant », elle me relâche, « tu prends les bébés et tu pars. Vous allez être en retard. »

Je m’éloigne à contrecœur. « Dors bien, ma chérie. On revient dans quelques heures. »

 

* * *

 

J’arrive à l’église et je suis contente de voir Gerrard dans le parking. Je lui fais signe et il me suit le temps que je gare la Lexus. Je saute de la voiture et je l’embrasse. « Joyeux Noël, Gerrard. »

« A toi aussi, petite sœur. »

« Jeune », je le corrige automatiquement. « Tu peux m’aider avec les jumeaux ? »

Il regarde Collin par la vitre. « Bien sûr. Toujours content de prendre mon neveu. Où est Kels ? Et Brian ? »

Je vais vers la portière du passager. « Elle se sentait mal. Et Brian n’est pas du genre religieux. » Nous nous penchons en même temps pour prendre les bébés. Je serre Brennan contre ma poitrine pour qu’elle reste au chaud dans la brise de la nuit.

« Je suis désolée pour Kels », dit Gerrard. Il prend Collin et nous commençons à nous diriger vers l’église.

« Est-ce que Katherine est passée par-là aussi ? »

« Un peu. » Il ajuste la capuche de Collin sur sa tête ébouriffée. « Katie a été calme pendant quelques jours. Rien de bien méchant. »

J’ouvre la porte du vestibule et nous entrons où la chaleur est plus que bienvenue. « Tu penses que j’ai empiré les choses ? »

« Quoi ? Comment ? »

« Elle semblait tellement malheureuse ce soir. Est-ce que j’aurais dû rester avec elle ? Est-ce que j’aurais dû lui en parler ? Je ne sais pas. Peut-être qu’elle est triste parce que je me débrouille mal avec les enfants… »

La main chaude de mon frère se pose sur mon épaule. « Ne sois pas si inquiète, Harper Lee. Kels t’aime. »

« Est-ce que ça suffit ? Et si elle n’était pas heureuse avec les choix que nous avons faits cette année ? Et si elle regrettait d’être mariée, d’avoir les jumeaux, de déménager pour New York ? »

Gerrard me regarde sérieusement en massant le dos de Collin pour le garder tranquille. « Je ne pense pas que ce soit le cas du tout. Je l’ai vue avec toi et Brennan et Collin. Elle a l’air d’une femme très heureuse. »

« Mais toutes ces choses qu’elle a abandonnées pour ça ? A cause de nous, à cause des bébés, elle a mis un frein à sa carrière. Ça a toujours été la chose la plus importante de sa vie. »

« Harper, tout dans la vie est une question de choix. Pour attraper l’anneau de cuivre, il faut lâcher les rênes d’une main. Alors peut-être que tu as moins de contrôle sur l’endroit où tu vas. Mais tu as l’anneau de cuivre dans la main. »

Je ricane. « Je ne suis pas très bonne en métaphores en ce moment, Gerrard. »

« Je dis que Kels et toi avez l’anneau de cuivre. Ne t’inquiète pas de savoir où la vie t’emmène à cet instant. Apprécie la chevauchée. »

 

* * *

 

Après qu’Harper est partie pour l’église, je me prépare une tasse de thé et je me dirige vers notre chambre. Je suis fatiguée mais pas assez pour dormir. Je reste là à siroter mon thé et à regarder par la fenêtre le ciel nocturne et clair. Je regarde les étoiles qui brillent comme des petits diamants. Si seulement je savais pourquoi je me suis sentie comme ça. J’ai tout ce que je veux. Une compagne merveilleuse, deux beaux enfants, je suis entourée par la famille et les amis. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? J’ai tout ce que je veux.

Et soudain, je réalise. J’ai tout ce que ‘je’ veux. Et Harper ? Seigneur, je l’ai pratiquement poussée à faire tout ça. Nous venions de commencer à nous connaître quand j’ai décidé d’avoir des enfants. Comment ai-je changé sa vie ? Qu’est-ce qu’elle serait devenue sans moi ?

« Je peux répondre à ça, Kels. »

Je tourne sur moi-même et je vois Erik qui se tient derrière moi. Il a l’air détendu et il porte un pantalon kaki et un pull bleu marine à col roulé. Pour quelqu’un de mort, il a plutôt  belle allure. Je lâche ma prise sur la tasse quand il s’avance et me tend la main.

« Je peux te montrer, Kels. Prends ma main. Je peux te montrer ce qu’elle serait devenue si vous ne vous étiez pas trouvées. » Il me fait signe de faire ce qu’il dit. « Viens. Prends ma main. »

Je ne sais pas pourquoi mais je le fais.

 

* * *

 

Dans l’église, je suis rapidement déchargée de Brennan. Sa Tante Katherine me la prend des bras. « Oooh, regardez ce beau bébé ! » Elle roucoule à l’intention de ma fille. « Joyeux Noël, ma douce. Tu grandis si vite ! » Elle se penche en avant et frotte son nez contre celui de Brennan. « Allons nous asseoir près de ta Grand’mère. Elle va être tellement contente de te voir. »

Je les regarde aller vers l’avant de l’église. Nous suivons. Je me sens les bras vides sans l’un des bébés. J’ai attendu si longtemps pour les voir. Et ensuite j’étais presque assurée de ne jamais les voir après l’accident avec les feux d’artifice. Ça m’aurait manqué de ne pas voir les cheveux de l’Ebouriffé, et les yeux magnifiques de Brennan. Je ne peux pas imaginer que je ne les aurais pas vus dans les bras de leur mère.

Est-ce que Kels ressent la même chose ?

Je me serre sur l’un des bancs avec ma famille. Avant que Mama puisse poser la question, je lui explique que Kels se sent malade. Mama est déçue naturellement ; autrement nous sommes au complet, à part Renée qui a accouché il y a quelques jours. Je me penche et je regarde les autres jumeaux de la famille, Thomas et Caitlin. A peine âgés de trois ans, ils sont endormis sur les genoux de leurs parents. Mais quelques-uns des enfants plus âgés sont cependant très contents de ne pas être encore au lit à cette heure tardive. Danielle me fait signe, son sourire dévoilant les dernières dents de lait à perdre.

Le service commence et je lutte pour me concentrer. Mon esprit continue à me ramener vers la maison. Vers Kelsey. Vers sa tristesse.

Est-ce qu’elle serait mieux sans moi ?

Tandis que la question traverse mon esprit, je remarque qu’il fait frisquet dans le sanctuaire. Il fait toujours un peu froid dans le bâtiment en béton, mais ceci n’est pas naturel. Je regarde autour de moi et tout semble figé dans le temps.

Est-ce que je suis en train de faire une crise cardiaque ?

« Ne t’inquiète pas », dit Shadow en venant près de moi sur le banc.

« Shadow ? » Mais qu’est-ce qu’elle fiche ici ? La dernière fois que je l’ai vue c’était à notre mariage au Nouveau Mexique.

La shaman navajo me sourit. « Harper, viens avec moi. »

Je me lève mais je regarde ma famille. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Faisons une marche spirituelle toutes les deux. »

Je sors dans l’allée entrainéee par quelque chose au fond de moi que je ne sais pas expliquer. Nous passons les portes massives qui mènent dehors. « Où allons-nous ? »

Tandis que Shadow commence à pousser la porte, elle me lance un coup d’œil par-dessus son épaule. « Voir à quoi d’autres choix auraient menés. »

 

* * *

 

** Erik et moi apparaissons au milieu d’un bar. Je reconnais immédiatement l’endroit. C’est le club où Harper trainait à Los Angeles. Je me souviens de la fois où je suis venue avec elle et que j’ai empoché tout l’argent de Bear et Gary. Je reconnais Bear de l’autre côté de la pièce. Même en habits civils, on devine qu’il est flic.

« Elle ne s’est jamais arrêtée de poursuivre sa conquête suivante », me dit Erik. Tandis qu’il me montre, Harper entre dans le bar.

Seigneur, qu’elle était prétentieuse. Regardez ce balancement. Même notre hamac ne balance pas autant. **

J’entre dans le Rio et je m’avance vers le bar. Bear lève les yeux de sa bière et me fait un signe de tête. « Comment vas-tu Harper ? »

Je passe ma jambe par-dessus le tabouret et je m’assieds. Je fais signe que je veux une bière et je prends une longue gorgée quand elle arrive. Oh oui, que c’est bon. « Mieux maintenant. »

« J’ai vu ton reportage. » Il fait un signe de tête vers la télévision. « T’es complètement barge ? »

« Le pistolet de ce connard avait la sûreté. Il ne pouvait blesser personne. » Je me tourne sur le tabouret pour regarder les offres de la soirée. Une blonde dans le box le plus éloigné, me sourit. Je pense que je l’ai eue la semaine dernière. Je ne me souviens pas. Ça ne joue pas en sa faveur en tous cas. « La chaine bouffe de ce truc. Mon producteur exécutif a presque eu un orgasme en voyant la séquence. »

Bear secoue la tête. « Tu vas finir morte un de ces jours, ma grande. Et je ne viendrai pas à tes funérailles. »

Je roule les yeux. « Ouais, ouais. Vivre vite, mourir jeune et laisser un cadavre en bon état. C’est ce qu’on dit, pas vrai ? » Cette brunette a belle allure. Je ne pense pas l’avoir eue déjà.

**Et comment tu te rappellerais, Harper Lee ? Tu as couché avec plus de gens que les marchands de matelas en ont vendus. « Ne fais pas ça. Tu es bien meilleure que ça, Harper. »

« Kels ? » Je regarde Erik et il hoche la tête. « Ne t’inquiète pas. Elle ne peut ni t’entendre ni te voir. C’est ce qu’elle serait sans toi. »

« Foutaises. Même sans moi elle a du potentiel. »

« Du potentiel, oui. Mais avec personne pour croire en elle et lui donner quelque chose pour quoi évoluer… et bien, peu de gens y survivent. Tu me l’as appris, Kels. »

« Mais je crois en elle ! Je sais ce qu’elle peut être. »

« Aurait pu être. Si elle t’avait rencontrée ; elle ne l’a pas fait. »**

« C’est ce que disent les gens stupides, Harper. Si ce n’est pas toi, tu vas entrainer quelqu’un d’autre. »

Je le frappe sur le bras. « Bear, vous les flics vous vous en faites trop. Bon, maintenant je vais voir ce qu’il y a au menu ce soir. »

« Tu veux plutôt dire ‘qui’ ?

Nous rions ensemble. Il me connait bien.

**J’en ai vu et entendu assez. Je n’ai certainement pas besoin de la voir choisir son jouet pour ce soir. Mon estomac fait des petits nœuds tandis que je prends la main d’Erik. « Allons-y. »**

 

* * *

 

** »J’ai bien peur que tu n’aimes pas mieux ça, Kels. Harper a commencé à boire au point de perdre connaissance. Elle se réveille dans des endroits où elle ne se souvient pas de comment elle est arrivée. »

Je la regarde frotter son visage sur l’oreiller, essayant de se réveiller. Elle est en piteux état : des cernes autour des yeux, le visage un peu gonflé par l’alcool et le manque de sommeil. Je ne mentionnerai même pas la femme à côté d’elle.

« Oh, Harper ! S’il te plait, ne fais pas ça ! »

« Kelsey, elle n’a aucune raison pour ne pas le faire. Elle est jeune, riche et talentueuse. Elle mène grande vie. »

« Elle vit dangereusement. »

« Elle ne le sait pas. Et si elle le savait, elle s’en ficherait. »

Quelques jours plus tard, je me réveille tôt, comme toujours. Même sans réveil. Je regarde autour de moi pour voir où je suis. Je ne reconnais pas cet appartement.

Je lève la tête. Je ne reconnais pas la fille non plus. C’est quoi son nom ? Jeri ? Carrie ? Lari ? Quelque chose comme ça. Oh bon. Je ne vais pas rester pour le petit-déjeuner et la causette.

Je me glisse hors du lit et je cherche mes vêtements. Il faut que je me souvienne de les empiler et pas de les jeter aux quatre coins de la pièce. Je finis par trouver mon jean dans le couloir. Ma chemise est dans la salle de bains. Elle est un peu mouillée et ça me tanne. Il va falloir que je passe dans une boutique en allant au boulot. Je ne veux pas être mal à l’aise toute la journée.

Je retourne dans la chambre pour mes bottes qui ont fini ici va savoir comment. Je ne veux même pas savoir ce qui s’est passé. Je jette un œil pour mieux voir ma conquête de la nuit.

Oh la vache.

Je devais être vraiment ivre.

Ouaf. Bon sang, j’espère que Bear et Gary ne m’ont pas vue partir avec elle. Il me faudrait des années pour retrouver ma réputation.

Oh c’est vrai. Je n’étais pas au Rio hier soir. C’était une sorte de bar high tech avec des miroirs partout. Seigneur, j’étais torchée. J’étais contre le bar à chercher quelqu’un pour passer la nuit. J’ai vu dans le miroir, la plus superbe des paires de jambes que j’avais vues depuis quelques temps. En remontant le corps mince, j’ai vu un cul superbe. Oh oui, je voulais mettre les mains dessus. Je me suis retournée pour trouver cette créature plaisante et j’ai vu mes jambes tourner au même moment.

Ensuite j’ai reconnu mes bottes.

**Je me tiens la tête. C’est pitoyable, Harper, tout simplement pitoyable. Je regarde Erik et je m’essuie les yeux, surprise de pouvoir pleurer dans ce tour personnel en enfer. J’aurais pensé que pleurer était interdit ici. « Elle a toujours eu un ego gigantesque. » Je hausse les épaules. « Mais c’était plutôt drôle. »**

Ça explique pourquoi je suis rentrée avec Rover. J’étais tellement contrariée de m’avoir évalué moi-même, j’ai pris la première femme qui trainait.

Il faut que j’aille au boulot.

 

* * *

 

**Oh Seigneur, je déteste déjà ça. Je prends la main d’Erik. Elle est étonnamment chaude, exactement comme je m’en souviens.

« Regarde juste, Kels. »

« Il faut qu’on arrête ! »

« On ne peut pas », me dit-il à nouveau.

« Oh tu ferais mieux de baliser, de ne pas pleurer, de ne pas crier, je te le dis », je chante à pleins poumons pour être entendue par-dessus le bruit du moteur de ma Harley.

« La Mère Noël arrive en ville ! » Crie Robie. Il pilote toujours sa BMW de miteux. Si c’est pas une Harley, ça sert à rien.

« Tu chantes comme une casserole », je lui crie.

Il me renvoie l’ascenseur. « Pourquoi on te fait des cadeaux et on t’encourage à venir à la maison pour les fêtes ? »

« Parce que je suis foutument charmante. »

Il ricane et secoue la tête. « Ah ouais, j’avais oublié. »

« T’as aussi oublié comment piloter ? » Je le mets au défi. Je déteste rouler à la vitesse limite avec autant de puissance entre les jambes. Je me sens plutôt comme ça tout le foutu temps.

Robie lance son moteur et s’éloigne de moi.

Oh oui, c’est l’heure de la chasse.

 

* * *

 

Je glisse pour m’arrêter et je saute de ma moto sans m’inquiéter qu’elle tombe. Je cours vers l’endroit où Robie est allongé. Il est hors de la route, balancé de sa moto quand le semi remorque l’a percuté. Il a pris le virage un peu trop vite, a croisé la ligne blanche et l’a payé.

S’il te plait, Seigneur, fais qu’il aille bien.

Je repousse le conducteur du semi pour venir près de mon frère. Il y a tellement de sang. Même avec son casque, son visage est souillé. On dirait qu’il a glissé sur le bitume sur son côté gauche.

Je cherche sous son blouson en cuir et je mets la main sur sa poitrine, me penchant pour voir si je peux le sentir respirer.

Il ne respire pas.

« Je pense qu’il est mort », dit le conducteur du camion. « Je ne l’ai pas vu. Il allait trop vite. Il était de mon côté de la route. Ce n’était pas ma faute. Je le jure. » Il bafouille sous le choc.

Je commence un massage cardiaque mais je m’arrête quand je sens les côtes de Robie s’effondrer sous mes mains. Sa poitrine est creusée.

Je sens de la bile dans ma gorge et je peux à peine tourner la tête à temps avant de vomir.

Il est mort. Mon frère est mort.

** Mes larmes coulent abondamment tandis que je me précipite. Pas Robie ! Non. Je regarde Erik. « Aide-le ! Fais quelque chose, pour l’amour de Dieu ! Ne laisse pas Robie mourir ! « 

Erik se contente de hocher la tête. « Je ne peux rien faire, Kels. Dans cette réalité, Robie est tué. »

« Que deviennent Renée, Christian et Clark ? »

« Tu verras. »

Je fonce vers Erik et je l’attrape par la chemise. « Emmène-moi alors ! Montre-les-moi. Je veux savoir s’ils vont bien ! »

« Ça viendra en son temps. Tu dois voir d’autres choses avant. »

« Je ne suis pas sûre de le vouloir. » J’essuie les larmes sur mes joues mais elles sont remplacées abondamment. Je ne peux pas croire que Robie est mort.

« C’était ta demande, Kels. Maintenant que nous avons commence, nous devons finir. » Il tend la main. « Allons-y. »

 

* * *

 

Je suis assise dans la salle d’attente de l’hôpital. Je pourrais être n’importe où. J’aimerais être morte. Robie est parti.

« Je m’avance et je viens m’agenouiller près d’elle ; j’essaie de la toucher sans me préoccuper du fait que je ne peux pas. « Ne dis pas ça, Harper. C’était un accident. Allez, bébé, sois forte. La famille aura besoin que tu sois forte. Tu sais comment faire. Tu m’as sauvé la vie plus d’une fois. »

« Et bien, peut-être que tu lui as donné une raison d’apprendre à être forte. » Il lève un sourcil. « Elle ne sait pas que tu es là. »

« Arrête ça ! Ramène-moi à la maison ! Ramène-moi dans ma famille ! »

« Quand il sera temps et il n’est pas encore temps. »**

J’essuie rageusement les larmes qui coulent le long de mes joues. La vie est foutument injuste. C’était mon frère ! Mon frère, Seigneur ! Tu m’entends ?! Pas étonnant que je ne crois pas en toi. Et je ne le ferai jamais.

Je serre ma poitrine contre mes genoux. Si je me roule en boule peut-être que la douleur sera moins forte. Autrement elle va grossir et me consumer.

Bon sang, Robie ! Tu n’as jamais été bon dans les virages. Qu’est-ce que tu foutais, merde ? Tu essayais de crâner ? Et maintenant Christian et Clark n’ont plus de Papa. Génial. Foutûment génial.

« Harper ? » Demande Mama depuis l’encadrement de la porte.

** Mama, oh pauvre Mama. Elle doit être dévastée, c’est sûr. Je veux aller l’embrasser.**

Je lève les yeux. Je suis heureuse que quelqu’un d’autre de la famille soit là maintenant. « Mama ? » Je me lève, prête à recevoir le câlin dont j’ai désespérément besoin.

« Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ? » Demande-t-elle, sans bouger.

Je reste où je suis. « De la moto. »

« Pourquoi il allait aussi vite ? »

Je hausse les épaules. « Je ne sais pas, Mama. »

** « Harper, comment peux-tu te tenir là et mentir à ta Mama comme ça. Tu ne lui as jamais menti ! »

« Kels, ce n’est pas la Harper que tu connais. C’est une Harper consumée par ses propres démons. Elle boit trop, s’amuse trop et elle mentirait au diable lui-même pour sauver sa peau. »

« Pas ma Harper. Harper a beaucoup de défauts mais elle ne ment pas ! »

« Exactement. Ce n’est pas ta Harper. Souviens-toi, tu voulais voir ce qu’elle serait sans toi dans sa vie. »**

Elle avance d’un pas et me pointe du doigt. « Tu ne sais pas. Je ne te crois pas, Harper Lee. Vous faisiez la course, pas vrai ? »

« On roulait, Mama. C’est tout. » Je recommence à pleurer. On a toujours fait la course, ça n’a jamais été un problème avant. Seigneur, je n’ai jamais pensé que ça arriverait.

« Tu l’as tué. »

Ma tête part brusquement en arrière aussi sûrement que si elle m’avait frappée. « Mama », je proteste, à peine capable de parler. Je l’adorais. C’était mon meilleur ami. Toute ma vie.

« Arrête. » Elle lève la main vers moi. « Ne me parle pas. Tu as tué ton frère. »

 

* * *

 

J’entre dans la maison de Mama. Je ne suis pas revenue depuis l’accident de Robie, il y a presque huit mois. Je ne suis venue que pour fêter le premier anniversaire de Clark. Je ne sais pas si on va même me laisser entrer.

Je frappe à la porte de derrière et Renée ouvre. « Harper », murmure-t-elle. Je ne sais pas si ça veut dire qu’elle est contente de me voir ou pas. « J’espérais que tu viennes. » L’instant d’après, Renée est dans mes bras et me serre fort.

Nous nous mettons à pleurer ensemble.

** Dieu soit loué, Renée ne semble pas la blâmer. C’était un accident. Un accident horrible mais un accident.**

Lucien arrive derrière Renée. « Tout va bien, Ren ? » Quand elle s’écarte, il me reconnait. « Harper ! Quelle surprise. »

Je hausse les épaules. « Une bonne, j’espère. »

« Entre. » Il recule et me laisse entrer.

Renée et moi nous essuyons les yeux et j’entre, me sentant comme une étrangère dans la maison de famille. Je me mets tout de suite à chercher Robie. Bon sang. Même après tout ce temps, je ne peux pas accepter qu’il soit parti.

** « L’endroit ne serait pas le même sans Robie », je marmonne.

« En effet. Mais pas seulement à cause de Robie. Ils ont aussi perdu Harper. Elle ne revient plus très souvent. »

« Harper va souvent à la maison. »

Il secoue la tête. « Non, plus maintenant. La culpabilité de ce qui s’est passé l’a éloignée de la famille. La famille Kingsley est entièrement différente de celle que tu connais. »**

Gerrard arrive et m’embrasse, initiant des étreintes de plusieurs membres de la famille. Je remarque qu’il manque deux personnes – Mama et Rachel. Je pose la question facile d’abord. « Où est Rach ? »

Luc rougit et baisse les yeux sur ses chaussures.

Katherine vient à sa rescousse. « Harper, Luc et Rach ont divorcé en juin. »

** Je sens des larmes revenir dans mes yeux. « Ils ont arrangé les choses. Ça va mieux. Ils ont adopté deux petits garçons. »

Erik soupire. Je ne comprends pas la situation. « Dans la vie que tu mènes avec Harper, oui, mais pas ici, Kels. Ici la famille n’a pas été assez forte pour les aider. »**

Oh. « Je suis désolée, mon grand. » Je le suis vraiment. J’aimais bien Rachel. Pour plus que la simple raison d’avoir testé la marchandise. Elle était gentille.

En réponse à ma question en suspens, Gerrard murmure. « Mama est dans la cuisine. »

Je m’excuse et je vais à l’arrière de la maison. Mama est au comptoir et elle pose le glaçage du gâteau de Clark. Elle ne se retourne pas quand j’entre. « Bonjour, Mama. »

Elle jette un coup d’œil par-dessus son épaule. « Harper. On ne t’attendait pas. » Elle se retourne et s’essuie les mains sur son tablier. Nous nous fixons pendant un long moment avant que je décide de jouer mon va-tout et que je l’étreigne.

Elle me tapote un moment le dos et nous nous écartons maladroitement. « Je voulais voir la famille. » Je plonge les mains dans mes poches pour les tenir tranquilles. « Tout le monde me manque. »

« Robie manque à tout le monde. »

Ouille. « Il n’y a pas un instant où il ne me manque. Pas un instant… »

« Assez. Les mots ne peuvent pas changer le passé, Harper. Robie est mort. Mon fils ne verra jamais ses enfants grandir, ne sera plus jamais à un événement familial, ne fera plus jamais partie de nos vies. »

« Mama, si je pouvais faire quelque chose pour changer le temps, je le ferai. Je souhaite que ça ait été moi. » C’est vrai.

« Moi non », murmure-t-elle. « Aussi horrible que ça l’est, je ne choisirai jamais entre vous. » Elle s’essuie à nouveau les mains, plus pour les occuper qu’autre chose. « Je ne peux simplement pas croire qu’il est parti. Et je n’arrive pas à oublier comment il est mort. Vous n’aviez rien à faire sur ces machines de mort ! Pas quand il avait des enfants si jeunes à la maison ! Rien à y faire, Harper ! »

« Je sais. » J’ai vendu ma moto immédiatement après l’accident. Je conduis un 4/4 maintenant. Je ne roulerai plus jamais en moto de ma vie. « J’aimerais revenir à la maison, Mama. »

Elle hoche la tête. « Bientôt. »

 

* * *

 

Je passe la nuit chez Renée. Christian et Clark sont contents de me voir. En tant que leur marraine, je ressens une obligation encore plus grande à leur égard. C’est ce qui a rendu plus dur le fait de rester éloignée pendant ces derniers mois. Renée me laisse leur lire des histoires avant de dormir et de les border. Je les embrasse chacun leur tour, essayant de ne pas pleurer. Ils m’ont tellement manqué.

**Je regarde le petit Christian. « Je t’aime. Comme j’aimerais être avec toi. »

« Ils ne te connaissent pas, Kels. Harper ne t’a jamais rencontrée. Elle ne t’a jamais amenée à la maison. Elle ne t’a jamais présentée à la famille. Clark et Christian n’ont pas de tante Kels qui les aime. »

« Je sais. » Je me tourne vers lui et je m’essuie les yeux. « Et je déteste ça ! Je déteste ça ! »

« Tu es supposée le détester. Tu voulais savoir ce que la vie d’Harper serait sans toi. Voilà. »

« Je ne fais pas une si grande différence dans sa vie ! »

« Apparemment si. Toi, votre mariage, vos enfants, ensemble vous complétez Harper Kingsley. Sans toi… » Il montre Harper et Renée.**

Je rejoins Renée dans le séjour et je m’effondre sur le canapé. « Ils sont merveilleux. » Je tends la main et je lui touche l’épaule pour lui faire un massage léger. « Tu as fait un boulot génial avec eux, Ren. Ils sont étonnants. »

Elle se laisse aller dans mon contact et sourit. « Tu leur as manqué, Harper. Surtout à Christian. Il demande toujours après toi. »

« Robie me manque. »

La respiration de Renée a un sursaut et elle hoche la tête. « Je sais, Harper. Il t’aimait tellement. »

Mes yeux se remplissent de larmes. « Je l’aimais aussi, Ren. Je n’ai jamais voulu qu’il lui arrive du mal. Jamais. »

« Harper, tu ne penses pas que je le sais ? Tu ne penses pas qu’il le savait ? » Elle se tourne sur le canapé et me prend les deux mains dans les siennes et serre fort. « Vous aimiez faire de la moto. C’est ce que vous faisiez ensemble. C’était un accident horrible. »

Je hoche la tête, ma gorge trop serrée pour que les mots passent. Au lieu de ça, j’attire Renée contre moi. Ça relâche les barrières et nous commençons à pleurer toutes les deux.

Une demi-heure plus tard, nous avons épuisé nos larmes. Je me recule et je regarde ses yeux humides. J’essuie les larmes sur ses joues. Ma main traine un instant trop long, puis deux.

Avant que je réalise ce qui arrive, nous nous embrassons. Profondément, des baisers affamés. Nous sommes deux personnes noyées dans l’émotion, s’accrochant l’une à l’autre avec désespoir. Mais elle a si bon goût. Ça semble si juste. Tandis que je la repousse sur le canapé, elle se laisse faire. Peut-être que je peux leur apporter quelque chose, à elle et aux enfants.

Quand elle tend la main vers les boutons de ma chemise, j’arrête de penser.

**Je ne peux pas regarder ça. Je secoue la tête et je ferme les yeux pour bloquer cette vision. Je savais qu’elles étaient un peu amoureuses l’une de l’autre mais je n’ai pas besoin de le voir. « Erik… » Heureusement il m’emmène loin de là.**

 

* * *

 

** Et m’amène ici ? « Merci beaucoup. » Je lui jette un regard noir. Il hausse ses épaules larges.** 

Le matin qui suit, je me réveille seule dans le lit. Je prends une profonde inspiration, me sentant vivante pour la première fois depuis des mois. Je peux recréer une vie pour moi en reprenant celle de mon frère. Je le lui dois, à ses enfants, à sa femme.

Sa femme. Je me demande où elle est.

Je me lève et j’enfile un caleçon et un tee-shirt. Je marche dans la maison, surprise que les enfants ne soient pas encore levés, et je la trouve dans la cuisine. Elle est en train de boire une tasse de café et elle regarde dehors. Je me verse une tasse et je la rejoins, lui embrassant la tempe. « Bonjour. »

Elle hoche la tête, et sirote à nouveau.

« Bien dormi ? » Je demande.

« On ne peut pas faire ça, Harper. » Elle s’éloigne de moi et met de l’espace entre nous. « Je ne… nous ne pouvons pas. »

Je sens mon cœur qui tombe à mes pieds. « Ren, est-ce que je t’ai blessée ? Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? »

« Non. » Elle secoue la tête. « C’est juste que… je t’aime tellement. Vraiment. Mais je ne peux pas. Pas maintenant. Et pas quand ça ressemble à un ersatz de Robie. »

Je pose ma tasse sur la table. Elle dit ça pour que je me sente mieux. Je connais bien Renée. « Je vais partir. Je suis désolée, Ren. Je n’ai jamais voulu que ça arrive. Je voulais juste souhaiter un joyeux anniversaire à Clark. »

« Je sais. » Elle se retourne et avant que je puisse réagir, elle passe les bras autour de moi et me serre fort.

Je lui rends doucement son étreinte et je m’excuse.

Je sais que je ne reviendrai jamais.

** « Oh Harper », je soupire en fermant les yeux et laisse retomber ma tête.

« Elle ne reviendra plus jamais, Kels. Elle ne reverra plus jamais sa famille. Ceci a été son erreur ultime. »

« Qu’est-ce qui lui arrive ? Qu’est-ce qui arrive au reste de la famille ?! »

Il secoue la tête en me lançant un regard profondément triste. « Tu ne veux pas le savoir. Disons juste qu’après la mort de Robie, rien ne pouvait plus faire tenir la famille ensemble. »

Je regarde Renée, avec des nausées et j’aimerais pouvoir vomir. « Tu as raison. Je ne veux pas savoir. Je veux rentrer. Je veux retrouver ma vie. Je veux être avec Harper et notre famille. »

Il me prend la main. « Ça je peux le faire. Tu en as assez vu. »**

 

* * *

 

** Quand Shadow ouvre la porte, nous avançons – non pas dehors – mais dans une chambre d’hôpital. Je pense à Frankie et à son malaise avec les hôpitaux. Ils sont remplis de gens malades. La personne sur le lit près de moi est assurément dans un monde de douleur. Vu sa taille et sa carrure, je peux dire que c’est une femme, bien qu’il soit difficile de deviner quoi que ce soit. Son visage est couvert de bandages, ses jambes, en traction, dans des plâtres et maintenues pour l’empêcher de bouger. Quelqu’un a fait de son mieux pour la tuer. Et à voir les choses, a presque réussi.

« Qu’est-ce qu’on fait ici ? » Demandé-je.

La porte s’ouvre et quelqu’un que je reconnais, entre – CJ. Je me demande ce qu’elle fait ici sauf si… »

« Oh Seigneur. Shadow. Dis-moi que ce n’est pas… »**

J’ai mal partout. Comme j’aurais souhaité qu’il me tue. La mort aurait assurément été préférable à vivre ce que va être ma vie maintenant. Il a pris tout ce que j’avais. Tout. Je ne peux même pas ouvrir les yeux. Je me demande combien mon visage est démoli. Entre les coups et le fait qu’il m’a coupée sans arrêt avec ce couteau, j’imagine qu’il est plutôt détruit.

Je ne peux pas empêcher les grognements de douleur qui s’échappent de mes lèvres. Quelqu’un me prend la main. « Kels », murmure sa voix douce dans mon oreille.

Je gémis. CJ. Dieu soit loué, elle est ici avec moi.

** Je me précipite vers le lit, en face de CJ. Je tends la main pour lui caresser les cheveux, mais elle la traverse. « Je suis ici, chér. Je suis ici », j’essaie de la rassurer.

« Elle ne peut pas t’entendre, Harper. »

« Et pourquoi pas, bon sang ? Pourquoi m’amener ici alors ? » Je regarde sa main dans celle de CJ. Ça devrait être la mienne.

« C’est sa vie sans toi. Si tu ne l’avais pas vue à la télévision au Rio, si tu n’avais pas pris le job chez KNBC. »

« Qu’est-ce qui lui est arrivé ? » Je m’étouffe en parlant.

« Le harceleur était toujours là. Mais cette fois, tu n’étais pas là pour deviner où il la détenait. »

Je me mets à pleurer.**

« N’essaie pas de parler, mon Ange. Ta mâchoire est brisée. Ta bouche est cousue. Contente-toi de me serrer la main. »

Je le fais aussi fort que je peux. Je me demande si elle saisit mon sentiment de panique et ma prière derrière lui.

« Je ne vais nulle part, mon Ange. Je suis là. Je m’occupe de toi. »

La tension quitte mon corps et ma respiration se libère en courts hoquets rauques. J’aimerais pleurer mais les bandages sur mes yeux m’en empêchent.

Je sens ses lèvres sur ma joue, douces et tendres. « Je te tiens, mon Ange. Je t’aime. Repose-toi maintenant. Je serai tout près de toi. »

Je calme ma respiration et laisse le sentiment que je ne suis pas entièrement seule, me bercer jusqu’au sommeil.

** »Tu n’es pas seule, chér. Je suis là. » Je me tourne vers Shadow. « Arrête ces conneries. Je ne veux rien de tout ça. »

« Je ne peux pas, Harper. Tu as lancé la roue du destin quand tu as voulu savoir ce que serait la vie de Kelsey sans toi. Maintenant tu dois regarder jusqu’à ce que la roue arrête de tourner. »

« Et ce sera quand ? » Il faut que je retourne chez ma compagne.

Shadow me regarde solennellement. « Parfois c’est jamais. »**

 

* * *

 

** « Je ne veux plus de ces conneries. Je veux rentrer à la maison près de ma famille. ! »

La chamane me fait signe de m’asseoir. Vu que je vois qu’elle ne parlera pas tant que je ne l’ai pas fait, j’obéis. « Tu n’as pas de famille, Harper. Pas ici. Pas maintenant. »

« Alors merde à ici et merde à maintenant ! » Je commence à me lever mais je suis arrêtée par une main étonnamment forte.

« Les Esprit veulent voir ce qui est en toi et dans ton cœur. Tu ne veux pas rater le test. »

Je grince des dents, je veux maudire les dieux, les esprits, le Père Noël, et tout le monde dans ce spectacle horrifique. « Qu’est-ce que je dois faire ? » Je finis par réussir à poser la question.

« Marche avec moi. »

 

* * *

 

**Nous retournons dans cette foutue chambre d’hôpital. Kels semble aller mieux. Je vais immédiatement près d’elle même si elle ne peut pas me voir ou me sentir. Restez distante me briserait le cœur.**

Après plusieurs jours à ne pas réussir à bouger toute seule, on me permet finalement de m’asseoir. On m’enlève les bandages des yeux aujourd’hui. Je suis anxieuse de savoir si je peux voir, mais malade à l’idée de ce que je vais voir dans le miroir. J’ai réussi à communiquer avec CJ et pour l’instant, elle a couvert ou retiré tous les miroirs de la chambre. Je ne peux pas m’imaginer en regarder un pour l’instant.

« Bien, Kelsey », mon docteur a une voix très douce, très apaisante. Mais, encore une fois, tout le monde m’a parlé comme s’ils marchaient sur des œufs. « Je vais enlever la gaze. Ouvrez très lentement les yeux. »

Je fais ce qu’il dit et la première chose que je vois, c’est CJ. Elle est là, me sourit, et elle tient un petit bouquet de freesias. Je savais que je les sentais. Elle s’assied sur le lit près de moi, essuyant avec précautions les larmes qui peuvent maintenant couler de mes yeux.

**C’est moi qui devrais être là. Je devrais essuyer tes larmes. Pas CJ. Elle t’a lâchée déjà. Tu ne l’aimais pas à cette époque. Tu t’accroches juste à elle parce que je ne suis pas là. Comme j’aimerais être là.**

Je déglutis et j’essaie de parler à travers mes dents serrées. « Salut, la Dure. Est-ce que c’est horrible ? »

« Absolument pas, mon Ange. Tu as toujours été et tu seras toujours, la plus belle chose dans ma vie. » Elle passe son pouce sur ma joue.

Je ferme les yeux et je m’appuie sur sa main. Elle a toujours eu les mains chaudes. « Merci. »

**Mains chaudes, cœur froid, c’est ce que dit toujours Mama.**

« Je le pense. On va te sortir d’ici dans quelques jours. On va rentrer à la maison et recommencer notre vie. Ensemble, comme ça devait être. J’ai été bête de te laisser sortir de ma vie. Je ne referai pas cette erreur deux fois. Je ferai tout ce que je pourrai pour te garder près de moi cette fois. On ne nous offre pas souvent une seconde chance d’être avec celle qu’on aime le plus au monde. Je ne vais pas te laisser partir de nouveau, Kelsey Diane. »

Je prends le temps de me regarder. La main droite dans un plâtre. Les deux jambes tellement brisées et bleuies que les médecins s’inquiètent que je puisse remarcher normalement un jour. Et ensuite il y a cet autre sujet ; je sais que je vais devoir vivre avec mais je ne peux pas. Pas encore.

**Je me tourne vers Shadow ? Quel autre sujet ? »

« Tu verras. »

Je déteste ces mots. Ça ne signifie jamais rien de bon.**

 

* * *

 

** Je suis Shadow hors de la chambre jusqu’à une autre. Je trouve Kels dans une chambre à coucher mais clairement pas à l’hôpital. Ça fait visiblement plusieurs semaines, si pas des mois, depuis que nous l’avons vue la dernière fois. Elle ne porte plus de plâtres aux mains et aux jambes. Les cicatrices sont encore importantes sur son visage mais elle est brillante à mes yeux.

Je saute hors du chemin quand CJ entre à toute vitesse.**

CJ apporte ce fauteuil et je grogne. « Non ! » Je grogne sur elle à travers ma mâchoire cousue.

Elle se contente de lever un sourcil et croise les bras. « Oui. Allez, Kels. Les docteurs ont dit qu’il était temps de te lever et bouger. »

« J’ai mal. »

« Je le sais, mon Ange, mais c’est la seule façon d’aller mieux. Ça fait trois jours qu’on t’a enlevé tes plâtres. Je ne te demande pas de courir un marathon. Je te demande de marcher depuis le lit jusqu’au fauteuil pour que nous puissions sortir sur la terrasse. Tu sais que tu aimes les matinées sur la terrasse. Et c’est une belle et chaude matinée. » Elle tend ses mains vers moi. « Allez, tu sais que je ne vais pas te laisser tomber. »

Je soupire, sachant qu’elle est tellement entêtée qu’elle ne lâchera pas. Elle ne va pas partir et me laisser tranquille. Depuis qu’elle m’a ramenée à notre vieille maison sur la plage, elle a été la plus tendre des soignantes. Elle est allée jusqu’à me laisser mon propre espace en me mettant dans la chambre d’amis et me disant qu’elle ne s’attend pas à ce que je revienne dans notre chambre avant que je sois prête.

Pourquoi est-ce que je me suis éloignée il y a tant d’années ? Pas une de mes meilleurs idées.

**Tu l’as quittée, chér, parce que tu venais vers moi. Parce que, peu importe ce que tu avais avec CJ, avec moi, tu as une maison, une famille et un amour…

Je t’aime Kelsey Diane. Je ne peux pas imaginer ma vie sans toi maintenant. Dieu seul sait ce que ce serait.**

Je hoche la tête et je lui tends la main. Elle me soulève lentement et tient bon. Je fais cinq pas très douloureux vers le fauteuil roulant. Une fois que je suis installée, elle pose une couverture sur mes cuisses et mes jambes. Je passe la main dans ses cheveux. Elle les a un peu laissé pousser. J’aime bien comme ça.

Elle lève les yeux et me fait un doux sourire. « Prête, mon Ange ? »

« Oui. » Je ne sais pas pourquoi elle reste avec moi comme ça. J’ai été méchante et diabolique, et horrible à son égard ces dernières semaines. J’ai jeté des choses sur elle et je l’ai maudite, et je l’ai affublée de noms horribles, mais elle ne m’a jamais quittée. Pas pour un simple moment. Je sais qu’elle doit utiliser tout son temps de repos du travail. Et dans ces nombreuses semaines, je n’ai jamais entendu une plainte passer ses lèvres, et elle n’a pas haussé le ton avec moi.

Elle fait attention de mettre le frein sur le fauteuil roulant avant d’ouvrir la porte du séjour vers la terrasse. « C’est trop », je lui dis, en secouant la tête quand je vois la table installée sur la terrasse arrière.

« Pas pour toi, mon cœur. Je t’ai préparé un lait frappé sympa ce matin. »

« Contente. » Je ne suis pas contente de prendre mes repas avec une paille. J’ai hâte qu’on m’enlève cet appareil. Je veux un hamburger, bon sang.

« Je sais, bébé, je sais. » elle pousse le fauteuil sur la terrasse et me place à la table. « Encore quelques jours seulement. Ensuite je te préparerai tout ce que tu veux. »

« Un burger CJ ? » Je souris et hausse les sourcils.

Elle s’assied près de moi et nous verse un shake à toutes les deux. Bon sang, elle l’a vraiment fait, pas vrai ? Boire beaucoup de ces  mêmes choses que j’ai été forcée d’ingurgiter [sgn1] ces dernières semaines. Je ne l’avais jamais remarqué jusqu’à maintenant.

« Oui, je pense que je peux réussir à nous griller deux de mes fameux hamburgers. » Elle glisse une petite paille à l’air vraiment idiot dans mon shake. Elle porte un nounours. « Bois. C’est un shake fraise-banane. »

« Pas de chocolat ? »

« Humm. Peut-être juste un peu. »

Je regarde la marée qui avance et recule. Les vagues qui alternativement s’avancent et viennent ensuite s’écraser sur la côte quand elles grandissent. Quelle belle métaphore pour mes émotions furieuses. Je sais ce dont j’ai besoin. J’ai besoin d’un peu de compagnie humaine. « CJ ? »

« Oui, mon Ange ? »

« Est-ce que je peux revenir dans notre chambre ? »

** »Non ! »

Shadow parle derrière moi, « elle n’est pas ta femme ici, Harper. »

« C’est que des conneries ! J’ai empêché ce salaud de lui faire ces choses. Je l’ai trouvée. Je l’ai prise à la maison avec moi. Tout ça c’est… fabriqué. Ce n’est pas réel. »

Montrant le couple devant nous, Shadow dit, « ça me parait réel à moi. »**

Le sourire que je reçois me donne la réponse bien avant qu’elle ne prenne ma main et parle. « Bien sûr que tu peux. Es-tu sûre de le vouloir ? »

Je hoche la tête. « Je ne dors pas bien. Je pense que c’est parce que je suis seule. J’ai toujours mieux dormi quand j’étais avec toi. Peut-être que je ne serai pas aussi horrible avec toi si je dors plus. »

« Mon cœur, tu as traversé une épreuve effrayante. Tu n’as pas été horrible avec moi. Tu as réagi exactement comme je m’y attendais. Moins que ça et j’aurais été inquiète. »

Je serre sa main. « Tu es si bonne pour moi, la Dure. Tu es coincée avec moi maintenant, tu le sais ? »

« Je ne voudrais pas que ce soit différent. » Elle fait un clin d’œil et prend une gorgée de son shake. « Tu sais ce n’est pas mauvais, mais un burger serait meilleur. »

« Sans rire. »

 

* * *

 

**Shadow me force finalement à entrer dans cette autre pièce. Je ne voulais pas y aller, inquiète de ce que je pourrais y voir. Pour autant que je veuille que Kels soit heureuse, dans cette vie ou n’importe quelle autre, je ne veux pas particulièrement la voir dans les bras de quelqu’un d’autre. Je suis soulagée quand je la trouve seule dans la salle de bains.**

Je regarde mon visage dans le miroir ? Pas étonnant que KNBC m’aie laissé tomber comme une vieille chaussette quand tout a été terminé. Mon apparence à  « un million de dollars » a été réduite à néant. La longue cicatrice rouge qui court sur le côté gauche de mon visage, depuis mon front, sur mon œil et mon menton, n’a certainement pas arrangé les choses. Sans oublier les autres plus petites dans son sillage. Le chirurgien plastique a dit que certains tissus endommagés pourraient être réparés mais je ne ressemblerai plus jamais à ce que j’étais autrefois.

Je me passe la main dans les cheveux. Ils commencent enfin à repousser après avoir été coupés et brûlés. Je touche le point à nu et rougi derrière mon oreille gauche et je me demande si ça va revenir complètement là où ils ont fait la greffe de peau. Basiquement, je suis hideuse. Je ne sais pas comment CJ peut supporter de me regarder.

**Incapable de résister, je viens derrière Kels et j’essaie de poser mes mains sur ses épaules une fois encore. Sachant qu’elles vont passer au travers, je les laisse trainer juste au-dessus de sa peau, souhaitant pouvoir la toucher. Je t’embrasserais jusqu’à ce que tes peurs s’en aillent, chér, je te serrerais et t’aimerais pour toujours. Ton apparence ne signifie rien pour moi. **

Je l’entends dans notre chambre. Elle soulève des poids et fait de la musculation. J’ouvre mon peignoir et j’examine mon corps maintenant couvert de petites cicatrices toujours rouge vif. Mes jambes ne seront plus jamais comme avant, et je vais toujours marcher en boitant parce que la jambe droite a été tellement endommagée. Le fait que je puisse marcher avec l’aide d’une canne est déjà stupéfiant. Je me dois de donner tout le crédit au kiné et à CJ. S’ils n’avaient pas eu cette détermination, je serais encore dans un fauteuil roulant.

Au moins maintenant je peux ouvrir et fermer la bouche. Ma mâchoire a bien guéri, ce qui est étonnant. J’en suis reconnaissante. Je ne réalisais pas combien la nourriture solide était bonne. Et CJ m’a gâtée. J’avais oublié combien elle était bonne cuisinière.

Je ferme mon peignoir et je prends ma canne pour commencer mon lent voyage vers notre chambre. Je la regarde placer la barre à sa place sur le banc. Elle prend une profonde inspiration et se redresse. « Comment tu te sens, mon Ange ? »

« Et bien, je sens bon au moins. »

« Contente de l’apprendre », me taquine-t-elle. Elle se sèche le cou et les bras. « Je devrais aussi prendre une douche pour ne pas t’offenser ce soir. »

Je la regarde se lever et s’avancer vers moi. J’arrête sa course vers la salle de bains, je l’attire vers moi et je lui dépose un baiser sur la joue. « Merci de m’aimer autant. »

« Crois-moi, mon Ange, c’est facile. » Elle fait un clin d’œil. « Je suis de retour dans une seconde. »

« D’accord. »

Pendant qu’elle est partie, je me glisse dans un pyjama confortable et je me mets au lit. Quelques minutes plus tard, CJ me rejoint, entrant avec précautions pour ne pas me secouer trop fort. Nous partageons le lit depuis un mois maintenant, et elle n’a fait aucun geste qui puisse me faire sentir mal à l’aise ou intruse. Elle s’installe, prend un livre sur sa table de chevet et l’ouvre au marque-page.

« Hé ? » Je roule pour lui faire face.

« Hmm ? » Elle tourne légèrement la tête.

« Il faut qu’on en parle. »

**Enfin.**

Elle ferme le livre et roule pour me faire face. « D’accord. »

« Je ne peux pas. »

« D’accord. »

« Peu importe comment ce bébé a été conçu, je ne peux pas le tuer. »

**Oh, Seigneur. Je cogne mes genoux contre le lit et je fixe le ventre de Kels. Un bébé ? « Il l’a violée ? »

Shadow hoche la tête, un air compatissant sur le visage. « Comme tu n’étais pas avec lui, personne n’est arrivé à temps. »

« Le salaud ! »

« Et, si tu avais su qu’il avait violé Kelsey, aurais-tu accepté l’enfant ? » Demande Shadow.

« Bien sûr ! » J’étudie son ventre où une nouvelle vie se forme et je pense à Brennan et Collin. « Je souhaite seulement… que ça ait été différent. »**

CJ sourit et passe les doigts dans mes cheveux. « Je le sais. Alors on va construire une nurserie dans la nouvelle maison. »

« Nouvelle maison ? Quelle nouvelle maison ? »

« Tu sais ce chalet que tu as toujours voulu sur ce terrain qu’on a dans l’Oregon ? »

« Oui. » Je me demande ce qu’elle mijote.

« Je démissionne, Kels. Je rends mon arme et ma plaque et on va construire cette maison, et on va prendre un nouveau départ. Toi, moi et le bébé. »

Je ne peux pas le croire. Je sens que les larmes et un sourire arrivent ensemble et je ne peux en arrêter aucun. « Tu ne dois pas… »

« Oh que si. Si on doit avoir une famille alors je dois trouver quelque chose de moins… » Elle hésite.

« Dramatique. »

« On dira ça. » Elle sourit. « J’ai trouvé un poste d’enseignant dans un lycée communautaire. Ça te dit d’être avec une vieille prof ennuyeuse, mon Ange ? »

Je me rapproche et m’installe entre ses bras. « Je te veux, la Dure. »

 

* * *

 

**Shadow et moi avançons dans le temps jusqu’à arriver dans leur maison, pleine de cartons. Je note que le ventre de Kels est gonflé et j’aimerais pouvoir mettre l’oreille contre, pour entendre le son de son enfant. « Qu’est-ce qui est arrivé à Collin et Brennan ? »

« Ils ne sont jamais nés. »

Mes enfants n’existent pas. Un monde sans Brennan et Collin ?

« Je veux rentrer ! Tout de suite ! »

Shadow secoue la tête. « On ne peut pas, Harper. Une fois en mouvement, on ne peut pas revenir. »

« Je veux ma vie et ma famille. »

La chamane semble réfléchir à ma requête pendant un instant mais elle dit quand même, « la roue est toujours en mouvement. »**

Encore deux semaines et au revoir Los Angeles ; salut l’Oregon. Je serai à mi-chemin du deuxième trimestre. Pas étonnant que j’étais si méchante avec CJ dans ces premières semaines. Je pensais que tout le malaise que je ressentais venait de mes blessures, mais non. Bon sang, la nausée du matin avec une mâchoire cousue n’était fichtrement pas marrante.

Je regarde la maison et tous les cartons qui attendent pour être remplis. Je devrais vraiment essayer de faire les petites choses pendant que CJ est au travail. Elle a été occupée pour finir tous ses dossiers et ensuite revenir pour emballer et s’occuper de moi. Il est temps que je commence à soulever mon corps à nouveau. Qui sera très considérable très vite j’en suis sûre. Je regarde mon ventre. On ne voit pas trop encore mais les docteurs nous assurent que le bébé est en bonne santé. Il faut que je croie qu’avec CJ et moi pour l’élever, ce sera un bébé bien adapté. Même si son père était… fou.

La sonnerie de l’entrée retentit et j’avance lentement vers la porte. Je l’ouvre et je vois le capitaine de l’unité de CJ et un homme que je reconnais immédiatement comme l’aumônier. Non ! Non ! Pas maintenant ! Non !

Je recule autant que je le peux. Je sais que j’ai l’air folle mais je ne veux pas entendre ce qu’ils ont à me dire.

« Non ! » Je secoue la tête vers le capitaine.

Il s’avance avec une expression douloureuse. « Je suis désolé, Kelsey. »

« NON ! »

 

* * *

 

** « Je ne veux pas en voir plus. Je ne peux pas. » Mon cœur a l’air de vouloir exploser. Je veux retourner à la messe. Je veux tenir mes bébés et les embrasser. Je veux rentrer à la maison et embrasser ma femme, ne jamais la laisser partir.

Shadow me pousse sur le chemin. « Tu le dois. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’il ne peut y avoir de doutes. »

Une fois encore, je me retrouve à l’hôpital. Mais je sais que je n’en sortirai jamais. Je regarde l’infirmière qui installe l’aiguille dans mon bras. Lentement je tends la main et je touche l’endroit. Juste assez pour me garder calme. M’empêcher de penser trop clairement.

Je lève les yeux et je la vois, ma mère, et les docteurs qui parlent calmement dans le coin de la pièce.

« Ne vous inquiétez de rien, Mme Stanton. Nous allons garder Kelsey heureuse ici. »

« Est-ce qu’elle sait qu’elle a perdu cet enfant ? »

« Je suis sûr que oui. Mais elle n’a rien dit depuis que vous nous l’avez amenée il y a un mois. »

« Alors il n’y aura aucun moyen pour elle de contester mon procès pour la tutelle ? »

« Non. Je témoignerai pour vous et j’ai la preuve médicale pour appuyer vos dires que le traumatisme des derniers mois l’a rendue folle. »

Je regarde mes pieds. Suis-je folle ? Je ne le pense pas. Je masse à nouveau l’endroit sur mon bras. Où est CJ ? CJ ? « CJ ? »

Ma mère traverse la pièce et se penche au-dessus de moi. « Elle est morte. Cette méchante femme est morte. Tu es en sécurité maintenant. Tout le monde va prendre soin de toi. » Elle se penche un peu plus comme pour me donner un baiser sur la joue. « Pour le reste de ta vie. » Elle recule. Pas de baiser.

Je les regarde quitter la pièce.

Et je masse à nouveau le point sur mon bras.

 

* * *

 

**Depuis l’endroit où je me trouve près de Kelsey, je croise le regard de Shadow. « Assez ! Je n’en peux plus ! Je ne te laisserai pas lui faire plus de mal ! Ramène-moi. Je me fiche pas mal des roues de la fortune, ou des tests, ou de quoi que ce soit. Je ne m’inquiète que d’elle. Et tu ne peux pas lui faire ça plus longtemps. »

Shadow sourit. « Alors, pourquoi t’es-tu posé la question ? » Elle commence à marcher vers une porte, m’appelant pour que je la suive.

« Interrogée ? »

« Ce que serait sa vie sans toi ? Si elle serait mieux sans toi ? Sans vos enfants ? Sans ta famille ? »

Tout ça était de ma faute ? « Je voulais juste… J’étais stupide. »

La chamane hoche la tête. « Il faut être sage pour admettre sa folie. » Nous nous arrêtons à la porte. « Accepte ton chemin, Harper. Et amène-nous tes enfants bientôt. »

Mes enfants. Ma femme. Ma maison. Ma vie. Je laisse passer un profond soupir. « Je t’en donne ma parole. »**

 

* * *

 

Le prêtre chante la fin de la messe. Mon cœur bat à tout rompre. Je regarde sur le banc et je vois mes enfants. Je suis soulagée bien au-delà de ce que les mots pourraient dire. Je tends les bras et Gerrard y pose Collin. Je le niche près de mon épaule gauche. « Brennan ? » Je murmure en indiquant que je la veux aussi. Katherine me la passe.

Je dépose des baisers sur leurs têtes tout en respirant leur douce odeur de bébé. « Je vous aime Brennan Grace et Collin Lee. Pour toujours. »

Gerrard met ses bras autour de mes épaules. « Ça va, Harper ? »

Je hoche la tête en m’obligeant à ne pas pleurer. « Oui, bien. C’est la messe qui m’a émue. »

Il me serre. « Mama va être aux anges d’entendre ça. »

Nous nous mettons à rire ensemble, ce qui nous vaut un regard noir de la part de Mama mais le prêtre descend l’aile au moment où nous rions. « Il faut que je rentre. » Je me mets debout en faisant attention d’équilibrer les jumeaux dans mes bras. On ne leur a pas enlevé leurs combinaisons vu que l’église est si froide.

Bien. Plus on rentre vite, mieux c’est.

« Je viens avec toi dehors », propose Robie alors que je suis pratiquement à la course. Il met la main en bas de mon dos, s’assurant que je ne glisse pas avec ma cargaison précieuse. « Pourquoi tu ne viendrais pas chez Mama et Papa pour boire du chocolat chaud ? »

« Il faut que je rentre retrouver Kels. » Des mots aussi vrais n’ont jamais été dits auparavant.

Il hoche la tête. « Je comprends. Bien que Renée nous a pratiquement mis dehors ce soir, Christian, Clark et moi. Je pense qu’elle voulait un peu de paix et de tranquillité avec sa fille. »

« Tu peux ouvrir les portières ? Ma clé est dans la poche gauche de ma veste. » Je préfère qu’il fouille plutôt que de lâcher mes enfants en ce moment.

Il appuie sur la télécommande et les portières se déverrouillent. « Je vais t’aider, Harper », dit-il doucement en prenant Collin. Je présume qu’il doit le faire sinon je devrais mettre l’un d’eux sur le toit. Ce n’est pas bon.

Il ceinture l’Ebouriffé et je me penche pour vérifier, et pour dire la vérité, donner un autre baiser à mon petit gars.

« Tu ne me fais pas confiance ? »

Je décide de surprendre mon frère avec un peu de joie de fête. Je me penche et je lui embrasse la joue. « Toujours. Bonne nuit, Robie. »

Il recule, complètement saisi par mes actions. « Bonne nuit, Harper. » Il se frotte la joue et retourne vers l’église.

J’installe Brennan en prenant un moment pour jouer avec elle. Elle est dans cet état nébuleux où elle est incroyablement douce et avec un air un peu idiot. « Qui t’aime, Brennan, hein ? » Je fais un bruit avec ma langue. Elle gigote et remue les bras. « Ta Maman et moi, voilà qui. Et ton frère. Bien qu’il le niera peut-être un jour. » Un autre bruit et je ferme la portière.

Encore vingt minutes et je tiendrai Kels dans mes bras.

 

* * *

 

Je sors de la douche, me sentant bien mieux. Mon cœur est finalement revenu à la normale et j’ai réussi à arrêter de pleurer. Maintenant tout ce que je veux, c’est qu’Harper rentre avec les bébés.

Je me change rapidement et je regarde dans le miroir. Pas grand chose à ajouter, Tabloïde. J’enfile mon peignoir parce que je ne veux pas que Brian ait une attaque cardiaque ou un truc avec lequel me taquiner plus tard ; je vais dans ma chambre pour le voir prendre les couffins des jumeaux. Je l’ai réveillé tout à l’heure pour lui demander cette faveur pour la nuit.

Il montre plusieurs choses posées sur ma table de nuit. « Je pensais que tu aimerais avoir quelque chose à grignoter. »

« Je vais avoir un mètre quatre-vingts de chose à grignoter bientôt. »

« Et bien », dit Brian en riant. « Je pensais à quelque chose que tu pourrais digérer en fait. »

« Bouge juste les lits, mon gars ! » Je le taquine en l’aidant à les transférer dans sa chambre.

Une fois qu’ils sont où il les veut, il montre deux paires de protecteurs d’oreilles. « Tu vois, je me suis préparé à tout. Moi, j’ai des bouchons d’oreille. Ils sont supposés assez bons pour bloquer le bruit d’un 747 mais je ne sais toujours pas s’ils seront suffisants pour ce soir. » Il me tourmente encore plus en sachant qu’il est l’un des rares à pouvoir s’en tirer.

« Espérons que les murs sont plus épais que ça. »

« Il faudrait qu’ils soient faits d’un béton de trente centimètres… »

J’entends la voiture qui se gare. « Sois gentil ! »

« Ce n’est pas mon boulot ! Toi, sois gentille. » Il remue les sourcils. « Tu t’es mariée avec elle, pas moi. »

« Moi, mon cher garçon, j’ai l’intention d’être très gentille ce soir. Si gentille, en fait, que la bonne vieille Harper n’aura pas la force d’affronter la lumière pendant deux jours. »

 

* * *

 

J’embrasse mes bébés en m’assurant qu’ils vont bien et sont contents et je les donne à Brian.

Ensuite je dis bonjour à Harper en la clouant contre le mur de l’entrée et je l’embrasse de la façon dont une femme assoiffée boit un bon verre d’eau fraiche. Je l’entends gémir et se relâcher juste un peu tandis qu’elle commence à glisser le long du mur. Je repousse son manteau de ses épaules, il cogne le sol avec un bruit sourd et j’arrête de l’embrasser assez longtemps pour qu’elle reprenne sa respiration.

« Viens avec moi. »

« Encore une minute de ce baiser et j’aurais joui devant toi », dit-elle dans un hoquet en se passant la main sur sa bouche.

« Prépare-toi, l’Etalon, tu vas avoir besoin de toute ta force ce soir. »

Je l’entends grogner tandis que nous montons à la chambre, mais ça ne sonne pas comme une protestation. Une fois à l’intérieur et la porte fermée, je me retourne. Je prends une profonde inspiration tandis que je détache mon peignoir et le laisse tomber sur le sol. Je la regarde absorber ce que je lui offre. Elle écarte les narines, baisse un peu les paupières et elle gronde à mon attention en faisant un pas en avant. C’est une expression de désir sexuel pur. Elle n’a aucune intention qu’on l’oublie et je n’ai aucune intention de l’oublier.

Je fais signe. « Tu portes trop de vêtements. »

« Je peux arranger ça », dit-elle en arrachant sa chemise pour l’ouvrir, envoyant des boutons partout.

« Je ne veux pas être tenue responsable de ça demain matin », dis-je en la taquinant. Je vais vers le lit et je m’agenouille au centre, en passant ma main joyeusement sur le couvre-lit.

Elle fait voler ses chaussures et commence à œuvrer sur le bouton de son pantalon. « Oh que si. C’est de ta faute. » Elle se sépare rapidement de ce qu’il reste de ses vêtements et me rejoint au centre du lit.

« Je prends le risque », lui dis-je en me penchant pour l’embrasser à nouveau. Nous nous enveloppons l’une l’autre de nos bras et nous laissons tomber sur notre lit en commençant ce qui va devenir une longue et lente nuit d’amour.

Aucune de nous n’est en contrôle de l’autre ce soir. Nous sommes toutes deux satisfaites de ce que nous prenons et donnons. Harper donne assurément autant qu’elle reçoit, et mon corps est en feu. J’écoute ses courtes inspirations et je sais qu’elle est sur le point de me répondre à nouveau, à mon toucher, à mes baisers, au fait que je l’aime.

« Kels… » Elle attrape le couvre-lit d’une main et passe la paume de sa main libre le long de mon dos dans un mouvement de massage, alors même que son corps pousse le mien. « Seigneur ! »

Je suis insistante dans l’acte d’amour ce soir, m’assurant qu’elle atteint sa satisfaction aussi souvent qu’elle me laissera la lui donner. En retour, je trouve la mienne. Je me sens faible et je sais que nos corps sont au bord de l’épuisement total. Quand nous aurons fini, il ne nous faudra pas longtemps pour nous endormir.

J’embrasse son cou la faisant gémir tandis que sa respiration et son cœur ralentissent. Je glisse mon corps sur le sien et je la regarde dans les yeux. « Je t’aime, Harper Lee. J’ai l’intention de passer le reste de ma vie avec toi. Je veux être celle en qui tu auras toujours confiance pour tes rêves et tes craintes. Je veux être celle à qui tu penses quoi qu’il arrive dans ta vie. »

Elle finit par calmer sa respiration. Elle m’enserre fort dans ses bras chauds et puissants puis embrasse doucement mes lèvres. « Ça vaut dans les deux sens, Kels, parce que tu es ma vie. Je t’aime. »

 

* * *

 

Je me réveille lentement, avec un sentiment de paix. Kelsey est dans mes bras, sa peau nue pressée contre la mienne. On est à Noël et elle est le meilleur cadeau que j’ai jamais eu. Grâce à elle, j’ai un mariage, une famille et une vie étonnante.

Elle est pratiquement allongée sur moi, sa tête sous mon menton, sa respiration contre ma poitrine. C’est bon de rester ainsi. Elle m’a attaquée hier soir. J’avais à peine passé la porte qu’on m’enlevait les jumeaux et qu’on m’emmenait dans notre chambre. Le reste est un peu flou.

Mais quel flou sympa.

Je passe les mains sur son dos, suivant la courbe de son échine. Ma main gauche masse son derrière. Il est tellement mignon. Bien sûr, je pense que tout chez elle est mignon. Mon autre main remonte et gratte sa nuque. Est-ce qu’on peut juste rester là pour toujours ? Je mets le nez dans ses cheveux et je respire son odeur, la nôtre.

Je suis heureuse quand elle lève les yeux et croise mon regard. Sa main remonte et écarte les cheveux de mes yeux. « Bonjour, l’Etalon. »

Le sourire sur ses lèvres est sans prix. Et je suis sûre que le mien l’est aussi quand elle m’appelle par mon surnom favori. « Salut, Beauté. Joyeux Noël. »

« Ça l’est assurément. » Elle s’étire contre moi et me frotte ce faisant. Oooh, sois prudente là ma chérie. « Tu penses qu’on pourrait se lever, aller chercher nos bébés pour en profiter ? »

Je suis surprise qu’on n’ait pas eu à se lever pour eux déjà. Je vais m’assurer de donner à Brian le bonus qu’on a prévu. « Tu ne penses pas qu’on devrait se doucher d’abord ? » Je renifle de manière exagérée. Joyeusement, je laisse ma main se balader sur ses fesses une fois de plus, effleurant le creux. « Je vais t’aider à te laver le dos. Au milieu d’autres choses. »

« Au milieu d’autres choses ? Promis ? »

« Oh oui Chér. Je te le promets. »

 

* * *

 

Un peu plus tard, nous récupérons Brennan et Collin. Brian est tellement content de nous voir. Il nous les passe et annonce qu’il retourne au lit. Je jure qu’il ronflait au moment où on a refermé la porte de sa chambre.

Tous les quatre nous nous dirigeons vers le séjour. Brennan fait des bruits de joie dans mes bras. « Tu sais quel jour on est, pas vrai, ma douce ? » Elle m’attrape les lèvres avec sa petite main.

Collin est affalé contre la poitrine de sa mère. Elle lui a manqué hier soir, je parie. Ses yeux bleus sont ouverts et il semble être pleinement conscient de où il est et qui le tient.

Kels et Collin s’installent sur le canapé et je mets les lumières du sapin en marche. J’attrape la télécommande et j’allume la chaine hifi ; le crooner Bing Crosby commence à chanter des chants de Noël. J’entends des bruits de succion derrière moi et je sais que Collin reçoit ce qu’il attendait depuis longtemps. « Il va bien ? »

« Très bien, il a juste faim. Je présume qu’il a été têtu comme d’habitude hier soir. »

Je fais un clin d’œil à ma compagne. « Je me demande de qui il tient ça. »

Des yeux verts innocents clignent vers moi. « Ah ben, je me demande aussi. »

Je vole un baiser avant d’aller jusqu’à l’arbre et de prendre un cadeau. C’est de ma part pour Collin. « Tu peux aider mon fils ? »

« Absolument. » Kels commence à déballer le cadeau. Elle n’est pas du genre qui me rend folle quand elle ouvre ses cadeaux – le genre qui garde chaque nœud et chaque morceau de papier. Mais elle n’est pas comme moi – une déchireuse. Quand elle arrive à la boite, je tiens le bas pour qu’elle puisse soulever le couvercle.

Je souris, attendant sa réaction. C’est un petit blouson en cuir. Brennan en a un pareil, bien sûr.

« Seigneur, Harper. » Kels rit et secoue la tête.

« Ça sera un peu grand au début mais ils vont grandir. » Je prends ensuite un cadeau sous le sapin, de la part de Kels pour Brennan. Je déchire l’emballage. Je sors une robe extrêmement froufroutante. Je la pose devant Brennan.

Elle bave dessus.

Kels roule les yeux. J’ai un sourire narquois et j’essuie le menton de notre fille, la félicitant doucement pour sa critique. Ensuite, je tends un cadeau pour Kels, de la part de Collin. Quand elle l’ouvre, elle se met à rire très fort, secouant Collin. Il se recule de son petit-déjeuner et lâche un petit cri de déplaisir.

Je me mets à rire. Son cadeau, c’est un mug qui dit : T’as du lait ? Ça me semblait juste trop parfait. J’embrasse les joues rebondies de Brennan. « Donnons aussi ton cadeau à Maman. » Nous allons sous le sapin et en sortons son cadeau. C’est une boite toute petite.

Quand Kels ouvre son paquet, elle découvre une boite bleue de chez Tiffany. Elle soulève le couvercle et trouve un médaillon en argent.

« Harper, c’est beau. Tu me le mets ? »

« Pourquoi tu me remercies ? C’est de la part de Brennan », je la taquine. Je pose Brennan sur le tapis et je fais le tour de Kels. Je relâche l’agrafe et j’installe la chaine autour de son cou, notant que le médaillon arrive juste entre ses seins. J’ouvre le médaillon et je lui montre les photos de Collin et Brennan à l’intérieur.

« Nos bébés », murmure Kels avant de m’embrasser.

« Tu as deviné, chér. » Je vais vers la chaussette pendue au-dessus de la cheminée et je mets la main dans celle de Kels. J’en sors un petit paquet soyeux et je le mets sur ses cuisses. « Regarde ce que le Père Noël t’a rapporté. »

Kels en sort le plus minuscule bikini string jamais créé. « Hum, tu as quelque chose en tête pour ce fil dentaire, l’Etalon ? Il n’y a pas beaucoup de tissu là-dedans. » Elle secoue la tête et fait tourner le vêtement sur son index. « A quoi ça servirait ? Je peux aussi bien aller nue à la plage. »

« Bien que ce soit traditionnel dans le sud de la France, je préfèrerais que tu fasses au moins semblant de t’habiller. Je détesterais avoir à tuer tout le monde là-bas. »

« Et cette chose est censée l’empêcher ? Je ne le pense pas. » Ma nana me lance un regard réprobateur. « Une bonne brise et il ne restera rien à l’imagination, mon cœur. » Elle suit son raisonnement avec un soupir dramatique. « Mais, hé, si tu veux que je me balade quasiment nue sur une plage… »

Je me demande comment effacer ce sourire diabolique de ses lèvres. « D’accord, chérie, peut-être que tu ne le porteras que dans la chambre d’hôtel. Mais j’ai des réservations pour nous en fin de printemps à Marseille. Je pensais que ça te ferait plaisir d’avoir une semaine sous le soleil, sur le sable et la mer avec moi, sans les enfants. »

« Tu seras prête à les laisser à ce moment là ? » Kels se lèche les lèvres et me sourit encore plus.

« Tu penses me connaître aussi bien… »

Kels coupe ma protestation. « Oui, je te connais aussi bien, l’Etalon. Crois-moi, ce sera plus facile de les emmener avec Brian avec nous, pour que tu ne sois pas au téléphone toutes les cinq minutes. »

Je sens une rougeur s’installer sur mon visage. Bon sang. Est-ce qu’il y a une chose que cette femme ne sait pas de moi ? « Heureusement pour toi, je leur ferai prendre une autre chambre, au cas où. »

 

<fondu au noir>