INDISCRETION

La Troisième Saison

 

Créée, produite, réalisée et écrite par

Fanatic et TNovan

Traduite par : Fryda

 

Episode Vingt-Deux : Retour à la Normale (Back to the Grind)

Je roule sur le dos et je me frotte le visage. C’est déjà le matin ? Je jurerais qu’un trente tonnes m’est passé sur le corps, et encore une fois et puis s’est garé sur ma poitrine. Je me redresse sur les coudes et j’arrête l’alarme du réveil d’une tape. Kels grogne et roule sur le dos. Je lui tapote la hanche. « Désolée, mon cœur. »

On a passé la nuit debout. Brennan est malade. On pense qu’elle a une infection de l’oreille. Sa petite main allait toujours à son oreille. Elle nous a brisé le cœur, pleurant et hurlant toute la nuit. Elle était tellement malheureuse. Elle a fini par sombrer dans un sommeil agité il y a environ une heure.

« Pauvre petite chose », je murmure en la regardant dans son couffin. « Il faut que tu ailles mieux, mon cœur. » Nous avons mis Collin en haut dans la nurserie pour qu’il puisse dormir. Nous nous sommes dit qu’il fallait qu’au moins un membre de la famille soit reposé.

Je pars en titubant dans la salle de bain et je réussis à rester éveillée pour prendre ma douche. Je ne veux pas aller travailler aujourd’hui.

Je veux pas. Je veux pas. Je veux pas.

Kels ne vient pas travailler aujourd’hui. Il faut que Brennan voie le dr Thompson. En plus, je ne veux absolumment pas éloigner Kels de sa fille. Je pense qu’elle se sent aussi mal que Brennan.

Je ne veux pas les quitter. Ni Collin. Notre petit garçon n’est pas encore malade, heureusement. J’espère que ça va rester ainsi. Deux personnes malheureuses c’est déjà bien assez. Je n’en ai pas besoin de trois.

Quand je sors de la salle de bain, je vois Kels qui berce Brennan. « Elle est réveillée ? »

Kels lève les yeux, la détresse évidente sur son visage. « Quelques minutes après que tu as commencé ta douche. »

« Je suis désolée, chér. Je ne voulais pas l’ennuyer. » Génial, Harper, bien joué. Je vais vers mes deux nanas. Brennan est toute rouge. Je mets doucement ma main sur son front et je sens qu’elle a de la fièvre. « Quand est-ce que tu vas chez le dr Thompson ? »

« Le message dit que son cabinet ouvre à neuf heures. On sera sur le pas de sa porte. »

Je hoche la tête. Je ne veux pas aller travailler. Mais je sais que Langston a besoin de moi. Nous mettons en place des interviews post-inaugurales avec l’administration qui arrive. Et elles sont à moi, toutes à moi.

Brennan lâche un cri et recommence à toucher son oreille. Kels donne l’impression qu’elle va se mettre à pleurer à tout instant.

« Ça va aller, mon coeur. »

« Oh tu sais bien que oui, si je dois vendre mon âme pour que ça arrive. »

Je dépose un baiser sur le front de Brennan. « Je pense qu’on peut garder la négociation de nos âmes avec le diable pour plus tard… peut-être quand ils auront leurs dents. »

Ceci me vaut le premier sourire depuis plusieurs heures. « D’accord. Je garde la mienne pour les dents et toi la tienne pour leurs rendez-vous amoureux. »

Je grogne et je me serre le cœur. « Ne prononce pas le mot en ‘a’. Je pense qu’on va arranger des mariages pour les deux. »

« Ouais c’est ça. » Ma nana ne me croit pas. Brennan recommence à s’agiter et Kels se concentre pour la calmer. « Tu penses que cette petite fille acceptera ça ? Elle montre déjà qu’elle est méfiante. Elle va être aussi mauvaise que toi. Si ce n’est pire. »

Cette fois je couvre les oreilles de Brennan. « Chut. Ne lui donne pas des idées. Espérons qu’elle sera plus comme toi que comme moi. » Je vole un baiser à Kels tant que je peux. « Il faut que je me dépêche. Tu m’appelleras après avoir vu le médecin ? »

« Tu peux le croire. Dès que j’en sais plus, tu le sauras. »

« Merci mon cœur. Je vais dire au revoir à Collin. J’ai mon bipeur et mon téléphone mobile en permanence. » Je ne mettrai même pas les appareils en mode vibreur. Je veux savoir ce qui se passe avec ma petite fille.

« J’appelle dès que nous avons fini chez le médecin. Je vais l’emmener là-bas et rentrer directement après. On t’appelle sur le chemin du retour »

J’embrasse tout le monde une fois de plus et je me dépêche de sortir de la pièce avant de changer d’avis et de rester comme je le veux. Je fonce en haut et je trouve Collin réveillé dans son berceau. Il est sur le dos et bouge partout ses petites jambes. Quand il me voit apparaître, je suis récompensée d’un sourire superbe. « Salut, l’Ebouriffé », je le salue. Je le soulève. « Tu es un bon petit garçon qui attend que Mama rentre pour te voir. » Il se laisse aller contre moi, à la fois heureux de se blottir et encore un peu fatigué.

Je sens qu’il est mouillé à travers sa grenouillère et je l’emmène à la table de change. « Et tu ne remues même pas. Tu dois savoir que ta Maman et moi nous avons eu une nuit difficile. » Je détache ses vêtements et je me penche pour lui souffler sur l’estomac. Il remue et bouge les jambes. Une de ses mains s’enfonce dans mes cheveux et les attrape fermement.

Comment une si petite personne peut-elle avoir une poigne aussi forte ?

Quand je finis par me dégager de sa main, je me mets à une certaine distance et je le change vite. « T’es mon homme. Oh oui. » Je lui embrasse les joues et le nez.

« Je pensais que c’était moi ton homme », dit Brian depuis la porte.

« Cest vrai », je réponds de la voix la plus sarcastique que je peux avoir à cette heure-ci avec si peu de sommeil.

« Bien, maintenant », répond-il d’une voix de reine haut perchée. Il entre et secoue les cheveux de l’Ebouriffé avec affection. « On dirait bien que tu as besoin de dormir un peu plus. Brennan a eu une nuit difficile ? »

« C’est l’euphémisme de l’année. Bien sûr, on n’est que le 8 janvier alors on est tôt dans le jeu. » J’embrasse Collin à nouveau et je le tends à Brian. « Bien, mon gars, il faut que j’aille travailler. Tu prends bien soin de ta Maman et de ta sœur, d’accord ? »

Brian fait tourner Collin dans ses bras et lève sa petite main pour me faire signe. « On s’occupe de tout, Mama. T’inquiète. Passe une bonne journée. Je t’aime. »

Pour va savoir quelle raison, ça me rend hystérique. Quand je peux à nouveau respirer et parler, j’embrasse encore une fois mon fils. « Je t’aime aussi, Collin. » Je claque Brian sur l’épaule. « Merci Brian. Je me sens mieux avec toi ici. »

« Je suis content. C’est pour ça que je suis là. Je vais m’assurer que tout le monde se repose suffisamment. »

Je soupire. « J’aimerais pouvoir rester alors. Oh bon, des montagnes à conquérir, des dragons à tuer, m’attendent. A ce soir. »

« Essaie de ne pas t’inquiéter. Tout le monde va aller bien. Je te le promets. »

Je fais signe et je me dirige vers le boulot. Essayer de ne pas m’inquiéter ? Bien sûr. Demande-moi de faire quelque chose de facile – comme oublier de respirer.

 

* * *

 

Le dr Thompson regarde dans l’oreille de ma fille. Elle n’est absolumment pas amusée et tente de le repousser à coups de pied. « Reste tranquille, petite madame. Ça ne va prendre qu’une seconde. » Il lui masse la tête pour l’apaiser et continue à l’examiner.

Lorsqu’il a fini, il jette le coton tige dans la poubelle et met l’otoscope dans sa poche. « Bien vu, Kelsey. Elle a une infection auriculaire. »

« C’est sérieux ? »

« Non. Beaucoup de bébés en ont. Nous allons arranger ça et le surveiller. Certains bébés en ont beaucoup. D’autres n’en ont qu’occasionnellement. Tant que ce n’est pas un problème récurrent, elle ira bien. » Il remet ma fille dans sa couverture et me la tend. « Vous êtes sûre qu’Harper et vous êtes parents pour la première fois ? La plupart d’eux m’appellent au premier éternuement. »

Brennan s’agite jusqu’à ce que je la tienne contre moi. « Et bien, Harper et moi nous savons que les bébés peuvent être malades. Sa fièvre n’était pas si forte hier soir… » Là il faut que je l’interroge. « Est-ce que j’ai commis une faute en n’appelant pas hier soir ? »

« Non. Non. Je ne voulais pas dire ça du tout. Vous avez bien agi. » Il me tapote la main. « Kelsey, vous êtes une bonne mère. Je peux dire que ça vous vient naturellement. Brennan va bien. Je vais lui mettre des gouttes dans l’oreille et vous renvoyer toutes les deux chez vous pour vous recoucher. »

« Est-ce que j’ai dit combien cette idée me plait ? »

Il sourit avec compassion. « Vous semblez fatiguée. »

« Je le suis. Elle n’a pas été heureuse cette nuit. »

« Elle ne le sera pas pour quelques jours encore, mais vous faites du bon travail. Assurez-vous que vous mangez et dormez suffisamment sinon vous ne serez plus bonne à grand-chose. Comment va Collin ? »

« Il va bien. Il est à la maison avec la nounou. Je n’ai pas pensé pertinent des les sortir tous les deux par ce temps. »

« Bien vu. » Il sort son carnet et fait une ordonnance. « Je vais mettre des gouttes maintenant et lui donner une dose d’antibiotiques jusqu’à ce que vous récupériez l’ordonnance. »

« Ça va aller, n’est-ce pas ? » Il faut que je sache tandis que je regarde ma petite fille qui semble si malheureuse. Il faut que je lui coupe ses tous petits ongles. Elle a réussi à se blesser le visage hier soir quand elle attrapait son oreille.

« Ça va aller. Elle a besoin de prendre les gouttes et après deux ou trois jours de traitement et d’antibiotiques, elle se portera comme un charme. »

Je ne peux pas m’empêcher de rire doucement. Je n’ai pas entendu cette expression depuis des années. Ma grand-mère l’utilisait. Mais cette phrase me dit que tout va bien se passer. C’est étonnant comme de simples mots peuvent faire la différence.

 

* * *

 

Une fois que Brennan est installée dans son siège auto, j’essaie de l’amuser et de la mettre à l’aise avant de rentrer. Les gouttes que le docteur a mises dans son oreille semblent l’aider un peu. Je sais que ma petite se sent toujours mal et je ne peux pas y faire grand-chose de plus que ce que je fais en ce moment. Je ne me suis jamais senti aussi inutile.

Je prends une inspiration profonde avant de démarrer la voiture et de mettre le chauffage. Je tends la main et j’appuie sur le bouton pour appeler le téléphone d’Harper. Ça sonne une fois. « Elle va bien. » Je le dis avant qu’elle ait une chance de parler. « Nous avions raison ; elle a une infection à l’oreille. »

« Autrement ça va ? »

« Elle va bien. Elle est bougonne. Elle veut rentrer et s’allonger sur le canapé avec moi. »

« Marrant. C’est exactement ce que je veux faire. C’est vraiment ma fille. » Elle s’interrompt un instant puis me demande d’une voix douce. « Comment vas-tu, mon cœur ? »

« Je suis fatiguée et affamée. Je rentre à la maison, j’envoie Brian chercher les médicaments pour Brennan et je lui demande de s’arrêter au restaurant pour prendre quelque chose de diabolique, comme un cheesecake au chocolat. Ensuite je prends notre fille et je me blottis sur le canapé avec elle pour essayer de la convaincre de dormir deux heures. »

« Bon plan. Je dois apporter quelque chose en rentrant ? »

« Juste toi. Comment se passe ta journée ? » Je caresse la joue de Brennan qui vient de lâcher un autre cri puissant. « Je sais que ça fait mal, mon cœur. On rentre à la maison. »

« Oooh, je t’ai dégoté une bonne interview. »

« Dis-moi que c’est avec le meilleur pédiatre au monde. » J’enclenche une vitesse et Brennan et moi sommes en route. Je veux rentrer à la maison bien chauffée.

« Et si c’étais simplement le dirigeant du monde ? »

« Ah, tu veux dire le nouveau Président nommé ? Hmmm… je préfèrerais parler à un spécialiste otorhino. »

Elle se moque de moi. « Je vais aussi y travailler. »

« Fais ça, Tabloïde. Entretemps, comment vas-tu convaincre Langston de me libérer assez longtemps pour aller à Washington ? Tu sais, on n’arrivera jamais à le faire venir à New York. » Je refuse de dire le nom de l’homme qui a volé la Maison Blanche de manière si flagrante. Je suis encore choquée qu’Harper ait voté pour lui. Ne devrait-elle pas être démocrate ? Je ne suis pas sûre de savoir comment je vais survivre aux quatre prochaines années (NdlT : la fiction est ancienne, on ne parle pas d’Obama ici)

« J’ai mes entrées, ma chérie. »

« Tu me dis quand je dois être prête à partir. Mes sacs sont déjà prêts. »

« C’est un voyage d’une journée pour toi, Kels. J’irai la veille mais toi, tu n’as besoin d’y être que pour un jour. Je te veux à la maison avec nos bébés. »

Je regarde ma petite fille qui a fini par se décider à s’endormir. « Moi aussi, Tabloïde, moi aussi. » Je prends une inspiration profonde et je prends un autre tournant. « Ça me va, l’Etalon. Nous rentrons maintenant et nous faisons une sieste, comme ça nous serons réveillées et peut-être pas trop grognonnes quand tu rentreras ce soir. »

« Génial. Je vais m’avancer dans mon travail pour rentrer à temps. Au revoir. Embrasse notre fille pour moi. »

« Absolument, mon cœur. Je t’aime. A ce soir. Au revoir. » Je déconnecte et me concentre sur la route du retour.

 

* * *

 

Je me sens bien mieux avec le téléphone à la main. Ma fille va aller bien. Mon fils va bien. Ma femme est fatiguée. Je suis fatiguée. Nous allons tous survivre.

Je prends le téléphone et je tape rapidement un numéro que je connais très bien. Deux sonneries et Mama répond. « Allo ? »

« Mama, c’est Harper. »

« Mon Cœur. Tu dégages encore cette mauvaise neige qui est tombé le weekend dernier ? »

« Heureusement, je n’ai pas de pelle alors personne ne peut me dire de m’y mettre. Je me demandais si tu pouvais passer un coup de fil à Kels un peu plus tard dans la journée. »

« Bien sûr. Tout va bien ? »

« Brennan a une infection auriculaire. Je pense que ça effraie un peu Kels. Dans des moments comme celui-là, on a besoin de sa maman. » C’est tellement vrai. J’aimerais qu’elle puisse venir pour nous faire du chocolat chaud et tout arranger. « Mais attends quelques heures, s’il te plait. Kels a dit qu’elle rentrait et essaierait d’endormir un peu Brennan. »

« Je vais le faire. Bon, retourne au travail Mon Cœur. »

« Oui Mama. »

Bon, j’ai maintenant l’impression que tout va bien aller. Je me dirige vers une réunion de production et je m’arrête pour attraper le café le plus gros que je peux me verser. J’envisage un instant de prendre toute la cafetière et d’y mettre une paille mais je décide que ça fait peut-être un peu trop.

Tandis que je me dis que ce serait bien d’avoir un de mes enfants dans un sac avec moi, c’est bon d’entrer dans la salle de guerre. Je prends ma place à la droite de Langston. Un endroit que j’ai réclamé quelques semaines avant Kels et que j’ai laissé pour la naissance.

Jac est assise au bout de la table et elle a l’air gonflée et fatiguée. Elle a fait la plupart des sujets faciles ces derniers temps. Tout ce qui demande une vraie planification ou du management a été donné à Josh, Doug ou moi.

Avec les contacts de Papa et de Matt, j’ai réussi à obtenir un gros poisson. Un très gros poisson. Ce n’est pas rien d’avoir un beau-père qui est un grand conributeur du parti républicain, et qui a co-présidé plusieurs événements pour lever des fonds pour le président élu.

Langston entre et s’assied à la table. Je suis souvent tentée de regarder sous la table pour voir si ses pieds touchent terre. L’homme est petit. Il nous grogne son bonjour puis montre Josh. « Qu’est-ce qui se passe avec votre sujet ? Est-ce que le labo a reçu les résultats ? »

Josh se gratte le menton. Ça veut dire non. Je suis contente de ne pas être Josh à cet instant. Langston ne demande rien s’il n’est pas intéressé. « Pas encore, chef. Mais je vais me remettre sur leur dos. »

« Bon Dieu, Levy ! Le sujet est programmé pour la semaine prochaine. Quand est-ce que vous comptez savoir quand le principal élément du sujet est vrai ou pas ? » Bien vu. Tout le sujet est basé sur le fait que les suppléments nutritionnels n’ont pas ce qu’ils disent avoir. Les résultats du labo vont être importants.

« Je les aurai d’ici la fin de la journée. »

Langston grogne. « Doug, parlez-moi des interviews que vous avez prévues pour le sujet sur les missiles. »

Heureusement, Doug est mieux préparé que Josh et il lâche une liste d’officiels du Pentagone et de contractants militaires qu’il a prévus pour être interviewés par Brenda. Seigneur, Brenda a eu ce sujet ? Ça devrait être intéressant à voir.

Le sujet de Jac est sur le pardon. Je me demande si elle en a déjà eu l’expérience ? Ou si elle l’a donné un jour ?

Il me garde pour la fin. « Kels va avoir une interview exclusive avec Bush après l’inauguration. Laura sera là en partie et racontera son rôle en tant que Première Dame. »

Jac ricane. « Ça devrait être intéressant. »

Langston l’ignore. « Les papiers pour la sécurité sont en ordre Kingsley ? »

« Kels est déjà allée à la Maison Blanche pour interviewer Hillary Clinton. Ça ne devrait pas être un problème. Le reste de l’équipe passe aussi. Je suis en haut de liste. » Je jette un coup d’œil à mes notes. « Je vais avoir besoin d’un assistant supplémentaire pour que ça se passe bien. » Les assistants du réalisateur sont importants dans l’émission. Avoir une équipe de premier plan à Washington DC et être les premiers à interviewer le quarante-troisième président des Etats-Unis demande une logistique supérieure.

Langston hoche la tête. « Prenez Harron et Ashford. Faites-moi savoir s’il vous faut autre chose. Joli boulot d’avoir alpagué ça, Harper. Merde à Dateline et Quarante-huit Heures. Nous sommes la meilleure émission du Prime. Faisons en sorte que tout le monde le sache. »

« Oui, monsieur. »

Oh oui. C’est bon d’être de retour au boulot.

 

* * *

 

Mais mon euphorie ne dure pas longtemps. Je suis assise à mon bureau quand j’entends la porte de mon bureau se fermer.

Merde.

Brenda.

Oh oui la merde complète. Je cherche une arme défensive sur mon bureau mais je ne trouve rien. Il faut que je me procure une masse. Ou peut-être que j’arrête de me doucher. Nan. Kels n’aimerait pas ça.

« Salut, Harper. Bon retour parmi nous. »

« Brenda. »

« Bonne année. »

Heureusement on n’est pas minuit et elle ne fait pas la moue. « A toi aussi. Je peux t’aider ? Je suis au milieu d’un boulot. » En fait, la meilleure chose que je pourrais faire serait de battre en retraite tactique. Je ressens le besoin d’aller à la baie d’édition. Je me lève, je prends mon dossier et je commence à aller vers la porte.

Brenda se met sur mon chemin. « Comment vont les jumeaux ? »

Je suis trop abasourdie pour répondre. C’était la dernière question à laquelle je m’attendais. « Bien. Ils sont beaux. Parfaits », je bredouille. Je ne vois aucune raison pour parler de l’infection de Brennan avec elle.

« Et Kels ? » Ronronne-t-elle en arquant le dos pour montrer ses meilleurs atouts.

Je pars sur la droite. « Kelsey est magnifique. Tu m’excuses ? » J’essaie à nouveau de la contourner.

« Elle se sent mieux ? Je sais qu’accoucher peut être dur. »

Je fronce les sourcils. Je me demande où on va là. « Elle est parfaitement en forme. »

« Il faut du temps pour se remettre… euh… en selle, non ? »

Ah là je sais. Je forme une expression intriguée sur mon visage et je penche la tête. « Hein ? »

Elle passe la main le long de mon bras, joue avec mes doigts à la fin de la caresse. « Tu as des besoins que Kels ne peut pas remplir. Pas besoin que tu soies privée pendant des mois pendant qu’elle guérit. Je peux m’occuper de toi. »

Bon sang, c’est direct. Et faux. Je me penche et je mets mes lèvres près de son oreille. « Tu sembles oublier que nous sommes lesbiennes, Brenda. Je n’ai pas de Tab A qui blesse son Slot B en ce moment. » Je passe près d’elle, ignorant le fait que je doive entrer en contact avec elle ce faisant. « Je ne pense pas que tu soies dans notre équipe, Brenda. Ou alors, on ne t’a jamais bien baisée. »

 

* * *

 

Lorsque je rentre à la maison, j’entre dans une zone de guerre. J’entends les deux bébés qui pleurent. Quelqu’un fait un boucan monstre dans la cuisine et le téléphone sonne.

Oh oui, être parent.

Je pose ma mallette, je jette mon manteau sur le rack et je me prépare pour la bataille. J’entre dans la cuisine et j’observe la scène. Collin est dans son petit siège et s’agite de partout. Il n’est visiblement pas heureux à cet instant.

Brian est aux fourneaux et essaie de finir ce qui ressemble au dîner. Bien que beaucoup de fumée s’échappe et que ça n’augure rien de bon pour le futur de notre repas. Il ne m’entend même pas entrer dans la pièce. Il est trop occupé à remuer de la sauce et à apaiser mon fils.

Je prends le téléphone. « Nous ne sommes pas intéressés. Merci. » Les seuls qui nous appellent sur la ligne fixe sont les démarcheurs. Tous les autres utilisent nos téléphones mobiles. Ensuite, je débranche le téléphone fixe. Je tapote Brian sur le dos. « Comment ça va ? »

Il saute au plafond. « Saint maquereau ! » Il tourne sur lui-même et me lance un regard diabolique. « Tu m’as fichu une sacrée frousse. »

Je hausse les épaules. « Et comment tu fais la différence avec tout ça ? » Je vais vers mon fils et je le soulève de sa chaise. « Salut, mon pote. Qu’est-ce qui te rend grincheux, hein ? »

« Je pense que sa couche est sale. Je n’ai encore pas eu le temps de la changer. Ça a été chaotique par ici. »

Je déboutonne son body juste au niveau de la couche et je glisse mon doigt à l’intérieur. « Ouais, il est mouillé », je confirme. Je lui embrasse les joues. « C’est bon, Collin. Mama va réparer tout ça tout de suite. » Je vois son sac de couches tout près et j’en retire tout ce dont j’ai besoin pour remettre en ordre le monde de mon fils. Une fois que j’enlève la couche mouillée, il s’arrête immédiatement de pleurer. Il tourne son regard bleu clair vers moi et cligne des yeux pour enlever les larmes. « C’est bon, mon tout beau, c’est Mama. La vie est belle. » Malheureusement, j’entends Brennan qui hurle toujours comme si c’était la fin du monde. « Où sont mes deux nanas ? »

Brian donne un coup de tête en direction du séjour. « Elle essaie de la faire manger. »

« En parlant de ça, est-ce que mon petit homme a été nourri ? »

« Le biberon se réchauffe. »

« J’y vais. » Je l’attrape et me dirige vers le champ de bataille suivant. Kels est assise sur le canapé, essayant de convaincre ma fille de téter. Brennan refuse absolumment. Tout son corps est rougi et ses petits poings sont serrés de colère. Elle a un hurlement à briser du verre.

Collin est heureusement satisfait maintenant et affalé contre moi. Nous entrons dans la pièce. « Salut, ma chérie, je suis rentrée. »

Elle me regarde, la frustration clairement affichée sur son visage. « Tu es sûre de vouloir rester ? Tu peux partir pour les collines maintenant. »

« Nan, c’est moi la cavalerie. Je suis ici pour que ta journée se passe mieux. » Je me penche et je dépose un baiser sur ses cheveux. « Pourquoi tu ne nourrirais pas Collin ? Et je peux essayer de faire manger Brennan ? » Je soulève notre fils. « Tu vois ? Regarde comme il est heureux. Allez, on échange. »

« Crois-moi, Tabloïde, personne dans cette maison n’a été particulièrement heureux aujourd’hui. Mais maintenant que tu es là, je suis sûre que tout va aller mieux. »

« Mais oui chér. » Nous échangeons les bébés et je me retrouve les bras pleins d’un bébé malade et grognon. Je regarde le visage de ma fille. Elle est momentanément perplexe au changement de paysage, mais le répit ne dure pas. Elle lâche un hurlement d’enfer. « Ouh la la, ma chérie. Tout va bien se passer. Je te le promets. » Je la serre contre moi et je confirme que Collin est toujours heureux. Il l’est. Il a son dîner. « Tu veux que j’aille en haut avec elle pour que Collin et toi puissiez vous reposer ? »

Kels me fait signe de venir près d’elle. « Non, reste avec nous. Peut-être qu’on arrivera à les calmer en même temps. Avec Collin calmé, peut-être que Brennan fera de même. Ils ont l’air de fonctionner en tandem de temps en temps. »

« Est-ce que c’est vrai, petite fille ? » Je demande doucement. Peut-être que si je parle d’une voix douce elle va se détendre aussi. « Est-ce que toi et ton frère vous travaillez ensemble quelquefois ? » Je m’assieds sur le canapé et j’essaye de lui faire prendre le biberon.

Elle le repousse et hurle de plus belle.

« Essaie de la tenir droite sur ton épaule Harper, ça semble marcher un peu aujourd’hui. »

Je suis immédiatement la suggestion de ma femme. Qui résulte en une baisse des cris de Brennan. Je lui tapote doucement le dos et je la berce. « Ça va aller, ma chérie. » Hmm, je me souviens de ce que Mama disait qui marchait avec nous. « Excusez-nous un moment. » Nous allons dans la cuisine et je regarde dans le placard pour de l’huile d’olive.

« De quoi as-tu besoin, l’Etalon ? » Demande Brian. Je pense qu’il est anxieux de nous voir quitter une cuisine devenue paisible maintenant.

« De l’huile d’olive. Tu peux en réchauffer un peu et en mettre dans un compte-gouttes ? »

« D’accord. » Il étire le mot pour m’indiquer que je suis folle.

« Merci. » J’embrasse Brennan et je retourne dans le séjour. Je m’assieds près de Kels et je lui demande par-dessus les cris de Brennan, « alors, je devine que tu n’as pas pris cette sieste que tu espérais ? »

« Non, en effet. » Elle hausse les épaules et ajuste Collin sur sa poitrine. « Mais c’est bon. Elle n’a pas crié toute la journée, alors elle a un peu dormi. » Profond soupir. « J’avais aussi du travail à faire à la maison aujourd’hui, avant de retourner au studio. »

« Je suis désolée, mon cœur. » Je lui fais ce que j’espère être un sourire pour la rassurer mais je ne suis pas sûre que ça ait marché. Je suis sur le point de recommencer quand Brian entre dans la pièce.

« Et voilà, l’Etalon. » Il me tend le compte-gouttes et se dépêche de retourner dans la sécurité de la cuisine. « Le dîner est presque prêt. »

Alors que je suis sur le point de mettre les premières gouttes dans l’oreille infectée, Kels m’arrête en posant doucement sa main sur la mienne. « Harper, qu’est-ce que tu fais ? »

Oups, j’aurais probablement dû expliquer avant. « C’est une vieille recette Kingsley. Mama dit que ça marchait du tonnerre sur nous. On chauffe un peu d’huile d’olive et on met cinq gouttes dans l’oreille infectée. Ça apaise et le bébé se calme. »

Kels enlève sa main, mais elle a toujours l’air sceptique. « Le docteur a prescrit des gouttes, Tabloïde. Mais je veux bien voir si ça marche. »

« Merci chér. » Allez les gouttes, au boulot ! Ne me faites pas passer pour une imbécile. J’administre les gouttes dans son oreille aussi bien que possible. Au début, elle s’arrête de pleurer, surprise. Puis elle recommence mais avec moins de volume. Je souris à Kels. « Il faut quelques minutes. »

« Pas de problème. »

Après quelques minutes de plus, Brennan pose la tête sur mon épaule et se calme. Merci, mon Dieu ! Je jette un coup d’œil à Kels qui fait faire son rot à Collin. Enfin le calme. Je fais des petits cercles sur le dos de Brennan. « C’est bon, mon cœur. Tout va bien. »

Je suis récompensée par un sourire magnifique. « Bon boulot, l’Etalon. Je te garde. Mais le soin de Mama n’est pas une carte blanche pour ne pas lui donner la prescription du docteur. »

Je hoche la tête. « Absolumment pas. La cure d’antibiotiques je veux dire. Si on a de la chance, elle va même dormir un petit moment maintenant. »

« Oh, si je pouvais avoir cette chance. »

« La chance n’a rien à voir avec ça, Petit Gourou. C’est du talent pur. » Je m’assure de dire ça avec le ton le plus arrogant possible et juste une touche de taquinerie.

Cette fois, je suis récompensée par un coup sur mon avant-bras. « Oh, s’il te plait. »

« Ma chérie, tu sais que j’ai de très, très, très beaux talents. » Je me penche pour l’embrasser.

Je reçois un baiser bref et chaste. « D’accord, je t’aime. Ne me laisse pas te tuer. Tu manquerais au chien. »

Je ris doucement pour ne pas déranger ma petite fille. « En parlant de Kam… où est le gros poulet ? »

« Oh, il s’est caché sous le lit toute la journée. » Collin ferme les yeux de sommeil lui aussi. Il relâche un soupir de satisfaction et se blottit contre sa maman.

« Je vais demander à Brian de le sortir tout à l’heure. Je parie qu’ils seront contents tous les deux de sortir un petit moment. » Je presse le pied de mon fils. « Tu veux allonger Collin sur le canapé et je resterai avec les deux ? Tu peux prendre un bain bouillonnant. »

« Une douche chaude bien agréable. » Ses yeux s’embuent à cette perspective. « Oui, je prendrais bien une douche chaude bien agréable. »

« Vas-y, fais-toi plaisir. Nous serons là à ton retour. »

« Ça marche. » Kels pose Collin près de moi, ses petits pieds contre ma cuisse. Il est déjà profondément endormi. Elle nous donne un baiser à Brennan et moi et se précipite dans la chambre avant que l’une ou l’autre nous ne changions d’avis.

Une fois que j’entends l’eau couler, je recule légèrement Brennan pour voir si elle s’est endormie. Alors que ses paupières sont lourdes, elle continue à lutter. Pauvre bébé.

Voyons voir, qu’est-ce que faisait Mama encore ?

Elle nous chantait des berceuses. Elle aimait particulièrement ‘Berceuse pour un Ange’. C’était comment déjà ? Je ferme les yeux et je retourne de deux décennies dans le temps. J’entends la voix de Mama qui chante doucement dans ma chambre. (NdlT : la chanson est en français et traduite en anglais dans le texte original aussi je n’ai pas changé le texte même avec les approximations)

pour toute la vie

for all of life

les feuilles tombent dans l'oubli

leaves fall into the forgotten

mais aux bras du vent nous resterons

but in the arms of the wind we will remain

comme enfants berçants

like cradled children


je sais que nous avons

I know that we have

la peur de la mort

fear of death

mais verrons comme la vie soit douce

but we will see how sweet life is

elle va et vient

it comes and goes

sans jamais pretense

without ever a pretense

sauf l'amour qui éxiste dans nos ames

except the love that exists in our souls


maintenant, mon ange

now, my angel

ferme les yeux

close your eyes

je touche ta main légèrement

I touch your hand so lightly

écoute le vent

listen to the wind

partons, va-t-en

let's leave, go on

je serai toujours avec toi

I will be with you always


pour toute la vie

for all of life

les feuilles tombent dans l'oubli

leaves fall into the forgotten

mais aux bras du vent nous resterons

but in the arms of the wind we will remain

comme enfants berçants

like cradled children

Lorsque je regarde à nouveau, Brennan est profondément endormie.

 

* * *

 

Je fonce dans la nurserie aussi vite que je le peux. J’attrape rapidement Collin et je l’emmène dans la salle de bains des jumeaux, anxieuse de l’éloigner de sa sœur avant qu’il ne la réveille. Kels a eu un mal de chien à l’endormir ce soir, pauvre petite chose, et je veux que la mère et la fille ait le plus de sommeil possible.

« Hé, hé petit homme, qu’est-ce qui ne va pas ? » Je lui demande en embrassant son front ridé. Il suce l’air prêt à pleurer de nouveau, mais ensuite il semble se rendre compte que je le tiens. Il relâche un soupir tremblotant. « Tu es gentil. Voyons cette couche, d’accord ? » J’ouvre sa brassière et je suis immédiatement assaillie par l’odeur de caca de bébé. « Pas étonnant. Je serais grognonne aussi. »

Je suis une pro du change de couches. Après le grand nombre de neveux et nièces, je peux laver le derrière d’un bébé, le sécher et lui remettre sa couche en soixante secondes et même moins. Une fois ce besoin particulier de Collin réglé, je jette ses vêtements souillés dans le bac. Nous retournons sans bruit dans la nurserie où j’attrape une nouvelle brassière dans la commode et nous descendons.

Quelques minutes plus tard, j’ai un biberon chaud et prêt à l’emploi. Maintenant que ce problème de tétine a été réglé, j’apprécie de nourrir mon fils. J’adore l’intimité du moment que nous passons ensemble, et la façon dont il s’enroule contre moi. Pendant qu’il mange, je lui caresse doucement les cheveux.

« Qu’est-ce que tu vas faire quand tu seras grand, Collin ? Tu vas être un juriste comme tous tes oncles ? Ou une star de la télévision comme ta Maman ? Ou bien un quarterback connu ? Hmmm ? »

Collin souffle une bulle de lait.

« J’espère que ce n’est pas un commentaire sur le football, mon fils », je le taquine. Je joue avec ses doigts minuscules. Qui sait combien les ongles peuvent pousser vite sur quelqu’un d’aussi petit ? J’ai vu une pub l’autre soir qui m’a fait pleurer. C’était une campagne de prise de conscience sur le syndrome du bébé secoué. Ils montraient une photo d’un minuscule bébé accroché à tellement de tubes, on ne pouvait même plus le voir. Comment quelqu’un peut-il faire du mal à quelqu’un d’aussi précieux que mon Collin ? Brennan est malade et Kels et moi sommes malades pour elle. Ça me brise le cœur de ne pas pouvoir guérir son infection de l’oreille. Et qu’elle ne puisse pas me dire ce dont elle a besoin pour aller mieux.

« Reste en bonne santé, petit homme. L’un de vous malade à la fois, c’est la règle. »

Il repousse la bouteille vide et fixe ses yeux bleus dans les miens. Il semble attendre quelque chose. Une histoire. Nous leur racontons toujours une histoire avant de les coucher.

D’accord, tous les livres sont en haut dans la nurserie. Et on leur a raconté les classiques dix mille fois dans une si petite vie.

Qu’est-ce que je peux lui raconter ?

Je sais.

« C’était un dernier jour de décembre très, très froid, il y a trente-trois ans. C’est arrivé l’année de la naissance de ta Maman. Bon, ta Mama n’allait pas naître avant sept autres années, parce que ta Maman avait volé le berceau, mais c’est une autre histoire. » Collin sourit. Il a compris ma blague. « D’accord, alors c’était une journée très, très froide de décembre dans le Wisconsin. Il faisait moins douze degrés et avec le vent, ça faisait moins quarante-neuf. Brr. » Je fais semblant de frissonner et je le serre un peu plus.

« Deux légendes s’affrontaient sur le terrain ce jour-là. C’était Vince Lombardi et Tom Landry. Lombardi était la pierre angulaire des Packers. Et Landry commençait juste sa carrière avec les Cowboys. Souviens-toi, fils, après les ‘Saints’ nous aimons nos ‘Boys’. On appelait ça le Tournoi Glacial. C’était tout le football. 

« Le chauffage en dessous de Lambeau Field est tombé en panne le soir d’avant le jeu. Ceci a rendu le terrain encore plus dur et froid qu’une piste de patinage sur glace. Tout le monde pensait que le responsable du jeu allait le reporter mais ce ne fut pas le cas. Il savait que c’était des guerriers.

« Les arbitres ne pouvaient pas utiliser leurs sifflets parce que les petites boules à l’intérieur avaient gelé. Il était pratiquement impossible de courir sur le terrain et les passes n’étaient pas mieux. Dans le quatrième quartier, nos ‘Boys’ menaient 17 à 14. Les Packers ont récupéré la balle sur leur ligne des trente-deux à quatre minutes cinquante secondes de la fin. Bart Starr faisait traverser le terrain à son équipe, pour arriver dans la ligne d’une verge des ‘Boys’ avec seize secondes à jouer. Starr a demandé une interruption de jeu.

« Lombardi avait le choix. Ils pouvaient prendre la route sécurisée, mettre un but et lancer le jeu en dépassement de temps. Ou ils pouvaient aller vers la grandeur et tenter un touchdown. Il décida de tenter le championnat en un jeu. Ils allaient tenter une sortie du quaterback. Les Packers avaient remarqué que le plaqueur défensif des Cowboys, Jethro Pugh, tendait à sortir tôt de sa position. Les Packers pariaient qu’ils pouvaient le contrer et que Starr pourrait foncer lui-même dans la zone d’en but. Ce serait difficile. Le terrain était glissant. Personne n’avait réussi à courir longtemps. Mais Lombardi a dit à Starr, « Fonce et qu’on en finisse. »

« Alors ils retournèrent sur le terrain. La balle fut attrapée, Starr la mit contre sa poitrine. Kramer et Bowman firent bloc pour lui et il atteignit la zone d’en but. Souviens-toi, mon fils, il n’y a que le porteur de balle qui puisse passer le plan pour que ça compte. Les Packers ont gagné 21-17 en nous apprenant qu’il ne faut jamais s’arrêter quand on peut réussir à gagner. Et voilà l’histoire du Tournoi Glacial. »

Je regarde Collin et je vois qu’il est paisiblement endormi dans mes bras. Brave petit. Je décide de ne pas déranger Brennan ou Kels. Je m’étire sur le canapé et je pose Collin sur ma poitrine ; je mets une couverture sur nous deux et je m’endors immédiatement.

 

* * *

 

L’infection de Brennan commence à se calmer et je sens que finalement, être de retour au travail va me faire du bien. Ou du moins, c’est ce que je me dis. Je prends l’ascenseur pour monter à mon bureau pour prendre quelques affaires avant d’aller au studio.

Dans quelques jours, j’y croirai peut-être même. Ensuite, peut-être que non.

Je sais qu’ils vont bien. Ils sont à la maison avec Harper et elle s’occupe très bien d’eux. Probablement mieux que je ne le ferais. Ce truc avec l’huile d’olive a vraiment fait la différence pour Brennan l’autre jour. J’ai passé la journée avec elle à essayer de la faire aller mieux et Harper rentre à la maison et en moins d’une demie-heure, elle est calmée et dort paisiblement. Harper a vraiment le truc.

Je sors de l’ascenseur, les bureaux sont plutôt tranquilles. Il faut que je prenne quelques dossiers de production et vu que je n’ai pas d’assistant en ce moment, je prends les choses moi-même. Il faut vite que je me trouve un assistant.

Je déverrouille la porte de mon bureau après plusieurs semaines, c’est bon de se retrouver au travail, et de retour avec toutes mes capacités. Pas seulement physiques, mais aussi intellectuelles et d’un point de vue créatif aussi. En tant que présentatrice, j’ai un pouvoir considérable sur le journal et la direction qu’il va prendre. Je serai la première personne qu’on désignera si nous ratons la nouvelle année.

Bienvenue dans le vingt et unième siècle, Kelsey.

 

* * *

 

Premier arrêt : une courte réunion de production avant de passer à l’antenne. Tout le monde semble content de me revoir, ce qui est sympathique. On m’a donné mon script et des notes de dernière minute. Le réalisateur me dit qu’il y a des nouveautés sur le plateau qu’il veut me montrer et il me conseille d’arriver un peu en avance. Je hoche la tête et je lui dis que je serai là.

Arrêt suivant, habillage et maquillage. Ah oui, mes vêtements et mon visage. C’est bien que je n’en sois pas responsable en ce moment. Le sweater que je portais hier était taché de bave de bébé. Pas attirant mais nécessaire dans mon deuxième job. Je pense que c’est comme ça que les enfants marquent leur territoire.

Je m’installe dans la chaise de maquillage, je me penche en arrière et je ferme les yeux.

« Kels, c’est tellement bien de vous revoir », me dit Grace en sortant la petite boite qui contient le maquillage qu’elle utilise sur moi. « Comment la maternité vous traite-t-elle ? »

« Globalement, j’adore ça. Mais ces derniers jours ont été un défi en matière de patience et de compréhension pour toute la famille. »

« Hmmm, un bébé malade ? »

Je la regarde. « Comment vous savez ça ? »

« Je reconnais les yeux tirés d’une maman avec un bébé malade à la maison. J’en ai trois moi-même. C’est quoi le problème ? »

« Brennan a une infection auriculaire. »

« Elles peuvent être méchantes. »

« C’est ce que j’ai vu. »

« Attendez qu’ils commencent à faire leurs dents. »

« Oh oui. » Je soupire et je ferme les yeux. « Ça s’arrange avec le temps, pas vrai ? »

« Absolumment Kelsey. La joie qu’ils apportent surpasse toujours la frustration. Et on peut toujours dormir après qu’ils aient grandi et qu’ils aient quitté la maison. »

« Sympa. Merci pour la discussion. »

« A votre service. »

 

* * *

 

Je regarde ma montre. C’est l’heure. J’assieds Brennan, ou plutôt elle s’affale, sur le canapé près de moi ; je prends la télécommande et je zappe sur le canal quatre. Le générique pour Indiscrétions retentit et Collin gazouille joyeusement.

Une coïncidence ? Je pense que non.

Je fais rebondir mon fils sur mon bras. « C’est bien, Collin. Maman arrive à la télévision. » Brennan piaille pour protester et qu’on la laisse toute seule. « Lève-toi, petite. » Je la taquine. Puis je la soulève de ma main valide et je l’installe sur mes cuisses près de son frère.

Le visage magnifique de Kels apparait sur l’écran. « Bonsoir. Je suis Kelsey Stanton et vous êtes sur Indiscrétions. » Elle a belle allure. Grace est toujours géniale pour ma nana. Si la maquilleuse vous déteste, vous pouvez être effrayant à la télévision.

« Faites-signe à Maman ! » J’attrape leurs petites mains et je les remue frénétiquement vers l’écran. « On t’aime, Maman. »

Brian entre dans le séjour et secoue la tête. « Tu es folle, tu t’en rends compte ? »

« … tout cela à notre retour », Kels finit l’intro et nous avons droit à une pub.

Je me penche et je dépose des baisers sur les cheveux ébouriffés de Collin et sur la tête presque chauve de Brennan. « N’écoutez pas le méchant monsieur, les enfants. Il est juste jaloux que ce ne soit pas sa maman à la télévision, toute belle et intelligente. »

Ce commentaire fait éclater de rire notre nounou, ce qui surprend Collin. « Oh Seigneur, la pensée de ma mère à la télé. » Il prend un ton de fausset et imite sa mère, du moins je le présume. « Tu dois arrêter de regarder cet instrument du diable, jeune homme. Tout ce que ça fait, c’est enseigner aux gens de devenir pervers. Tu veux devenir pervers, jeune homme ? » Il passe à une voix de petit garçon. « Ben, oui, maman, je veux être un pervers en grandissant. »

« Tu peux parler que je suis folle. »

« Alors non seulement tu ne voudrais pas du Saint Houx à la télévision, mais elle ne viendrait pas même si tu lui demandais gentiment. »

« Notre premier sujet ce soir », l’émission revient à l’antenne et nous revoyons Kels, « concerne le dépistage des employés pour détecter un potentiel comportement violent sur le lieu de travail. »

« Et voilà ton plan pour Bruce, l’Etalon. »

Malgré mon rire, je serre mes bébés et je réussis à leur dire, « ignorez votre tante Brian. Donnons toute notre attention à votre Maman. Son job, c’est de présenter le journal. Elle est comme une ancre sur un bateau, elle stabilise l’émission (NdlT : en anglais le présentateur se dit ‘anchor – man ou woman’ soit l’homme ou la femme ancre). Tout dépend d’elle. Elle met un visage sur les informations. Si les gens l’aiment, ils croiront ce qu’elle dit. Autrement, non. Et ils ne nous regarderont pas. Ce serait mauvais. Nous vivons et mourons en fonction des audiences. Et aussi nos bonus. » Je note que les yeux de Collin se ferment. Brennan mâchouille son poing.

« On dirait qu’ils ne sont pas friands des nouvelles, l’Etalon. »

« La semaine prochaine, je leur donnerai du popcorn à mâcher pendant que je leur explique tout. »

 

* * *

 

Dieu merci, on est samedi. La semaine a été longue. Très longue. Entre la reprise du travail et l’infection de Brennan, elle a été très stressante. Je regarde ma petite fille endormie dans le creux de mon bras. Les antibiotiques semblent agir et l’huile d’olive chaude marche à chaque fois qu’elle est grognonne. J’ai demandé à Kels de m’en verser quelques gouttes dans l’oreille hier soir, juste pour vérifier. C’était plutôt cool pour être honnête.

Malgré l’infection, Brennan, et Collin, grandissent comme de la mauvaise herbe. Chaque jour, quelque chose semble changé en eux. Collin a de plus en plus l’air d’un petit homme. Malgré ses débuts éprouvants, il commence à grossir. Brennan ressemble à la va-t-en-guerre qu’elle sera. Ses cheveux blonds poussent bien mais ils sont toujours un peu épars. Ses yeux sont d’un vert absolu. Elle me fait perdre mon souffle, de la même façon que sa Maman me fait chaque fois que je la vois.

Kels et moi, et Brian aussi, sommes tombés dans un rythme doux. Je pars au travail avant Kels, alors elle s’occupe des repas du matin. Mais je suis de retour quand la journée de Kels est à moitié faite, alors je les nourris tôt le soir. Brian prend le reste.

Je n’ai jamais pensé à moi comme ça. Je me disais que ce serait un pantalon en cuir, une Harley, et une nouvelle femme par nuit jusqu’à ce que je meure. Ou jusqu’au jour où je serais rattrapée par tout ça. Maintenant je mourrais si on m’enlevait tout ça.

Brennan fait claquer ses lèvres en dormant. Elle rêve qu’elle tète. Moi aussi je rêve des seins de Kels. Telle mère, telle fille. Nous quittons le solarium pour aller à l’étage du séjour où Kels est assise, à lire quelques notes de production, et Collin est joyeusement allongé sur le sol près d’elle. Sa main est légèrement posée sur le ventre de Collin et elle le chatouille sans y penser à intervalles, ce qui provoque des coups de pied joyeux de la part de mon fils. Je pose Brennan dans sa chaise à bascule et je me laisse tomber près de Collin.

« Tu es heureux avec ta Maman, Collin ? » Je lui demande ça d’une voix que je jure ne jamais avoir utilisée dans ma vie. « Dis ? » Je souffle sur son estomac entre les doigts de Kels.

Elle rit et essuie sa main sur ma chemise. « Bon, beuh. Merci beaucoup. »

Je capture sa main et la porte à mes lèvres, pour lui donner un baiser léger. « A ton service, chér. J’aime les samedis, ça c’est sûr. »

Au moment où je m’installe près de Collin pour jouer avec lui, on sonne à la porte. J’attends un moment que Brian réponde, avant de me rappeler qu’il passe la journée avec Doug. Je grogne et je me relève, avec précautions pour ne pas marcher sur des bébés, des jouets ou ma femme en traversant le séjour.

J’ouvre la porte et je vois un type dans un imper onéreux qui se tient là. Ça doit être un des habitants de l’immeuble que nous n’avons pas encore rencontré. « Bonjour. »

« Bonjour. Etes-vous Harper Kingsley ? »

Je hoche la tête et tends la main. « C’est moi. Et vous êtes ? »

« Phillip. » Il secoue fermement ma main. « Est-ce que Kelsey Stanton vit aussi ici ? »

Une petite alerte bourdonne à l’arrière de mon cerveau mais c’est normal pour un voisin de s’enquérir sur une célébrité dans l’immeuble, je suppose. « Oui. Je peux vous aider ? »

« Pourriez-vous lui donner quelque chose pour moi ? »

« Bien sûr mais puis-je demander de quoi il s’agit ? » Je me sens bien moins amicale maintenant.

« Ms Stanton et vous avez reçu une invitation à comparaître. Bonne journée. » Il met deux enveloppes épaisses dans ma main, se retourne et repart rapidement.

Bon Dieu. Ce type était un huissier. Comment a-t-il réussi à monter ? Le portier et moi allons avoir une longue conversation là-dessus. Avant qu’autre chose ne se produise, je recule et je ferme la porte, la verrouillant par sécurité.

Je m’assieds sur les marches et j’ouvre l’enveloppe qui m’est destinée. J’en sors une feuille et je lis rapidement le contenu.

Requête pour les Droits de Visite.

C’est quoi ça, bon sang ?

Requérante : Katherine Lesley Stanton.

« Bordel ! » Je jure tout haut, sans m’occuper de la bonbonne des jurons à cet instant. « Bordel de merde ! »

J’imagine les diverses façons de tuer ma belle-mère quand je vois sa fille dans le couloir. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Ta mère. » Je lui tends son enveloppe.

« Oh, qu’est-ce qu’a encore fait la sorcière ? »

« Je n’ai pas tout lu mais elle nous intente un procès. Elle veut un droit de visite des jumeaux ordonné par le tribunal. » Je commence à regarder les piles de papier, essayant d’aller au bout.

Kels me rejoint sur les marches en tirant sa copie de l’acte. J’entends quelque chose de bizarre comme ‘disposez du corps’, et je m’étonne de la façon dont elle a lu dans mon esprit.

« Je vais faxer une copie à Robie », dis-je en me relevant. La force croisera la force, espèce de garce au cul serré. « Est-ce que je dois faire la même chose pour Beth ? »

« Oh non. » Elle secoue la tête. « Je vais appeler Beth. Mais faxe une copie à mon père. »

Je ris. « Matt va surement apprécier ça. Il voulait une nouvelle raison pour tuer son ex femme. » Je ne peux même plus appeler Katherine mère de Kels. Ceci lui aliène tous ses droits. Pour toujours.

« Je ne peux pas croire qu’elle fait ça. Elle a complètement perdu l’esprit. »

« Elle va avoir perdu bien plus que ça quand nous en aurons fini avec elle. » Je pose ma main sur son épaule et je la presse doucement. « Tu vas bien ? »

« Non », dit-elle entre ses dents. « Mais je suis bien trop en colère pour envisager autre chose que la mort de cette musaraigne. »

« Lente et douloureuse, pas vrai ? »

« Oh oui. Très lente. Très douloureuse. »

<Fondu au noir>

A suivre partie 23