INDISCRETIONS

La Troisième Saison

Créée, Produite, Réalisée et Ecrite par

Fanatic et TNovan

 

Traduction : Fryda

 

Episode Vingt-Trois : Visite à Domicile (House Calls)

Robie et moi sommes dans mon bureau au travail. Gerrard est sur haut-parleur. Après mon appel frénétique et extrêmement furax d’hier, Robie a pris l’avion ce matin. Plus tard, avec Kels, nous allons voir Beth pour discuter de cette pitoyable excuse pour nous trainer au tribunal.

Robie tapote du bout de la gomme de son crayon sur mon bureau. C’est une de ses habitudes quand il est nerveux. Il passe les papiers en revue. « Gerrard, tu connais le juge Archer Flynn ? »

Mon frère marmonne un juron cajun très grossier. Si Mama l’entendait, malgré son âge, il serait puni. Ce n’est pas bon signe. « J’ai bien peur que oui. Si vous pouvez faire réaffecter le cas, faites-le. »

« Pour incompétence ? » Demande Robie.

« Pire. Pour bigoterie. Je l’ai rencontré à la conférence de l’association nationale des juges l’année dernière. C’est un connard fini. Il hait les homosexuels. Si quelque chose requiert sa discrétion, ça va se retourner contre vous. »

Robie et moi répétons le juron ensemble. « Je vais voir ce que je peux faire. »

Gerrard, après nous avoir livré la mauvaise nouvelle, essaie de me rassurer. « Ne t’inquiète pas, Harper. La loi est de votre côté. »

« Exactement », confirme Robie. « C’est clairement une victoire pour toi, Harper Lee. Vos enfants n’iront nulle part. »

« Nulle part », acquiesce Gerrard.

« Merci Gerrard. J’apprécie ton intervention. Au moins nous savons à quoi nous en tenir. » Je suis moins rassurée qu’ils ne le sont. La bigoterie est difficile à combattre. Même avec la loi à nos côtés.

Nous nous disons au revoir et raccrochons d’avec Gerrard. Robie pose une main rassurante sur mon épaule. « Allez, on va chercher ta femme pour manger. Je parie qu’elle a besoin qu’on lui remonte le moral. »

 

* * *

Nous sortons tous les trois du studio pour un déjeuner rapide. Un des endroits favoris de l’équipe est le Delta Grill, pas trop loin. Je voulais le tester puisqu’ils sont censés servir de la nourriture cajun. Je suis sceptique sur le fait que quelqu’un hors de la Nouvelle Orléans puisse faire justice à la cuisine cajun mais je veux bien essayer. Une fois.

Le restaurant est petit, avec un tiers de la place réservée à un bar bien fourni. Une serveuse nous emmène vers une table ronde, pose les menus et dit qu’elle revient dans une minute. Je tiens la chaise de Kels et je m’asseois à mon tour, en face de Robie.

« Comment tu fais pour être de plus en plus belle, Kels ? Tu as trouvé le secret de la vie éternelle et tu as oublié de nous en parler ? » Robie sourit d’un air coquin.

« Robie, personne ne t’a dit que tu es tellement plein de merde que tu devrais être vendeur de fertilisant ? Si ce n’est pas le cas, on devrait. Mais je t’aime quand même. » Ma nana soupire profondément. « Alors, il faut que je la tue à mains nues ou bien… ? »

Robie tapote la main de Kels. « Nan. Pas encore. Je pense que tu te sentiras mieux après notre rendez-vous avec Beth tout à l’heure. »

« Probablement. » Kels hoche la tête. « Dieu merci, Beth déteste cette garce au moins autant que moi. »

Je finis de lire le menu et je le referme. « Oh, je pense qu’elle a de la compétition maintenant. Je réclame la deuxième position. »

Kels se met à rire. Un son merveilleux à mes oreilles. « Elle pourrait se battre avec toi pour ça. Elle y est depuis plus longtemps. Elle pourrait ne pas vouloir la céder. Mais tu peux prendre la première place ex aequo avec moi, puisque tu as eu le mauvais goût de m’épouser et de te mettre dans la ligne de tir. »

Je porte ma main à mon cœur, en mimant une attaque cardiaque. « Mauvais goût ? Oh Chér, jamais, jamais. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. Tu le sais. Et je le sais. »

« Et je le sais aussi », déclare Robie. « La famille célèbre maintenant la journée de Kelsey Kingsley. »

Elle rit encore plus fort. « Vous devriez tous être des vendeurs de fertilisants. »

« C’est un juriste. C’est pareil », dis-je.

Robie me tape le bras. « Mais non ! » Il se tourne vers Kels et dit, « Christian t’envoie tout son amour. Et il m’a dit de dire bonjour à Tante Harper aussi. » Robie se met à rire, savourant mon retrait de la première place dans la vie de son fils. La seule raison pour laquelle ça ne me fait rien, c’est que c’est pour Kels. « Vous vous souvenez de ce jeu d’art et d’imagination que le méchant Oncle Lucien lui a acheté à Noël ? » Nous hochons la tête en chœur. « Et bien, dedans, il y a – je devrais dire il y avait – une tonne de petites étoiles à coller vertes. L’autre matin, Ren est allée chercher Kelly dans son berceau. Elle est immédiatement venue me chercher. Il semble que notre fils ainé a été occupé la nuit. Kelly était couverte, de la tête aux pieds, de ces foutus machins. Et Clark aussi. On a fini par trouver Christian profondément endormi dans le séjour, avec juste son bermuda et des étoiles partout sur lui aussi. J’étais content qu’il n’ait pas réussi à nous en coller aussi pendant la nuit. »

« Tabloïde, rappelle-moi d’envoyer une liste de cadeaux à Luc qu’il ne peut pas acheter à Collin et Brennan. Ça sera dessus. Brian aimerait sûrement mais Kam serait mortifié d’aller au parc comme ça. »

« Mon pauvre chien. » La pensée en soi est terrifiante.

« Et tu sais que ta fille serait capable de quelque chose comme ça. » Pour une raison quelconque, elle appuie sur le mot ‘ta’.

Je commence à protester mais je m’arrête. Bon sang. C’est vrai. Elle le ferait. Peut-être qu’on devrait acheter un cadenas pour la porte de notre chambre.

 

* * *

 

Beth vient nous chercher dans la salle d’attente de sa société de juristes. Les bureaux d’Anderson Kills sont impressionnants. Des canapés en cuir dans la salle de réception, de l’art dispendieux sur les murs, une réceptionniste assise derrière un bureau en ébène et une vue du centre ville impressionnante. Nous la suivons à son bureau. Tous les associés et les stagiaires ont l’air vanné et je suis contente de ne pas avoir suivi la filière du droit comme mes frères.

Le bureau de Beth est grand. Un bureau de coin comme je m’y attendais, avec une table de réunion à un bout, son bureau à l’autre. Il fait face au sud et à l’est, avec une bonne vue sur l’immeuble Chrysler et l’Empire State Building. Elle demande à sa secrétaire d’apporter un café et du thé pour Kelsey, et nous nous asseyons autour de la table.

« Beth, voici mon frère, Robie Kingsley. Il a sa propre société de juristes à la Nouvelle Orléans », dis-je en guise d’introduction.

« C’est un plaisir. Je comprends que le droit est courant dans votre famille. »

Robie hoche la tête. « Trois avocats, un juge. Harper fait bande à part dans ce domaine. »

Je fais un signe de croix. « Dieu merci. »

« Quel est votre spécialité ? » Demande Beth comme font tous les avocats quand ils se rencontrent.

« « Nous sommes une compagnie de contentieux. Nos clients viennent surtout du milieu des services financiers, et des assurances. Notre père dirige une banque d’investissement plutôt cossue. Nous sommes leur conseiller externe. »

« C’est bien d’avoir des contacts », murmure Beth. « Je suis ravie de vous rencontrer et ravie de vous avoir sur l’affaire. Je suis sûre que vous avez regardé le droit sur ce cas et en êtes arrivé à la même conclusion que moi. »

Robie hoche la tête. « Elle n’a aucun argument valable sur lequel s’appuyer. »

« Et s’agissant des choix de vie ? Des histoires personnelles ? » Kels prend une inspiration profonde. Je la reconnais comme venant des cours de Lamaze. C’est une inspiration pour se calmer. « Ce n’est pas un secret que Beth et moi avons eu une aventure pendant un moment, que ma mère connait bien. Je m’attendrais à la voir l’utiliser comme argument principal. Que je ne suis pas faite pour être parent parce que je suis lesbienne. »

Beth secoue la tête. « Ne t’inquiète pas pour ça, Kels. Ce n’est pas un procès pour remettre en question votre capacité à être parents. Ce n’est pas une bataille pour la garde des enfants. C’est une exigence d’avoir un droit de visite. Même Benett, ce sac à merde, pourrait lire le droit et se rendre compte qu’il n’y a aucun moyen pour ta mère de te prendre les enfants à cause de ton orientation sexuelle. »

« Beth, tu ne comprends pas. Si elle les a, ma plus grande peur c’est qu’elle ne les rende pas. Elle est capable de les emmener n’importe où, n’est-ce pas ? »

Nous restons silencieux. La réponse est évidente. Sa mère est tarée. Si elle a les enfants pour une visite, moi aussi, je m’inquiète que ça puisse devenir permanent.

« On n’arrivera pas à ça », dit Beth d’une voix ferme et assurée. « Nous avons le droit de notre côté. Les grands-parents n’ont le droit de visite que quand il pré-existait une relation avec l’enfant à laquelle le parent souhaite mettre fin pour une quelconque raison. Dans ces cas-là, le grand-parent est autorisé à voir l’enfant pour son bien, pas pour son propre bien. Ce bien est défini comme l’angoisse mentale et émotionnelle que vivrait l’enfant si le grand-parent était abruptement retiré de sa vie. Dans notre cas, Brennan et Collin n’ont aucune relation avec ta mère, quelle qu’elle soit. Nous allons maintenir les choses ainsi. »

« C’est fichtrement juste », approuve Robie. « Elle n’a aucune chance de gagner, Kels. »

« Tabloïde, es-tu préparée au fait qu’elle pourrait tenter de nous outer ? Tu sais, elle va aller voir la presse directement. »

C’est vrai. « Chér, ça t’affecte beaucoup plus que moi. Préfèrerais-tu que nous traitions avec elle en dehors du tribunal pour éviter ça ? »

« Non. Je veux juste que ce soit fini mais je ne veux pas d’elle près des bébés. Nous allons devoir aller au tribunal pour obtenir un tel jugement. Hors du tribunal ça signifierait une promesse. Je n’ai pas l’intention de faire de compromis. »

« Amen. »

Beth hoche la tête. « J’ai compris. Pas de compromis. Kels, tu as saisi quand j’ai dit que Bennett était l’avocat de ta mère ? »

« Merveilleux. C’est juste ce dont j’avais besoin.  Et bien ça va sûrement être une semaine de foire, pas vrai ? Si nous faisons venir CJ et Susan, vous pourriez tous aller dîner. » Ma femme, visiblement agitée, se repousse de la table et se met à faire les cent pas.

Robie se penche vers moi. « Je ne comprends pas. Qui est Benett ? »

« Son petit-ami du lycée. Katherine les a mis ensemble et il a été mécontent quand Kels a montré plus de jugeotte et a commencé à voir Beth. » Je regarde Kels. Tout ce que je veux faire c’est aller vers elle et la prendre dans mes bras. Ce ne serait pas une bonne idée juste maintenant. Comme un porc épic, ses piquants sont dressés et prêts à l’emploi.

« La bonne nouvelle, Kels, c’est que c’est un mauvais avocat. Je suis surprise qu’il se rende compte qu’un délit n’est pas un dessert (NdlT : traduction difficile ; en anglais le délit se dit “tort” et la tarte se dit “tart”) »

Robie se met à rire. Je présume que c’était un bon mot de juriste.

« Bien, alors, je vous suggère de trouver qui fait le boulot, Beth, parce vous savez que ma mère n’embauche pas les idiots. Bennett est juste là pour le côté torture. »

« C’est ce que je pense. Et le cerveau serait Al Chavez. C’est l’associé principal à la firme qui emploie Bennett. Je le connais. C’est un connard mais il n’est pas mou. »

« C’est une recommandation », maugrée-je.

Robie essaie d’entrer dans la conversation. « Je pense que l’aspect sur lequel nous devons nous concentrer maintenant, c’est le fait que la loi est de notre côté. Il n’y a aucune raison qu’un tribunal donne un droit de visite pour Collin et Brennan. Vous n’avez pas à vous inquiéter de ça toutes les deux, et laissez Beth et moi être les requins du droit pour quoi vous nous payez. »

Ça me semble une bonne idée. Je me repousse de la table. « D’accord, Kels ma chérie, pourquoi on ne rentre pas jouer avec nos bébés ? Je parie qu’on leur a manqué toutes les deux aujourd’hui. » Je dis une petite prière, espérant que ma nana ne va pas s’énerver sur moi.

« Rentrer », répète-t-elle, sa voix s’adoucissant. « Rentrer c’est bien. »

Je pense que c’est le moment de la toucher maintenant. Je prends sa main. « Rentrer c’est très bien. »

 

* * *

 

Collin est affalé contre mon épaule, profondément endormi. Il a mangé et porte ses vêtements pour la nuit, et il est blotti contre moi autant qu’il le peut. Il va aimer se blottir tout comme sa Mama. Il fait aussi un petit bruit dans son sommeil qui ressemble aux ronflements d’Harper. Je pose mes lèvres sur son petit front et je ferme les yeux.

Je ne la laisserai pas leur faire ce qu’elle m’a fait. Je ne la laisserai pas les faire se retourner contre Harper ou moi. Ce sont nos bébés. Nous les voulions. Nous les avons prévus. Nous les aimons avec tout ce que nous sommes et il n’y a rien que nous ne souhaiterions leur donner.

Je jure que je prendrai ma retraite et que je les emmènerai le plus loin d’ici que je le pourrai avant de la laisser s’approcher d’eux.

J’entends un gargouillis joyeux et je baisse les yeux. Brennan et Harper sont sur le sol. Toutes les deux sont allongées sur leur estomac à se regarder. Harper parle à notre petite fille et elle la taquine avec une peluche douce. Brennan lève maintenant brièvement la tête. On dirait qu’elle fait des mini pompes et elle produit un sourire réservé à cent pour cent à Harper.

J’ai remarqué que les deux bébés font la différence entre Harper et moi. Quand ils sont avec moi, ils sont heureux et calmes sachant que leur source principale de nourriture est tout près. Quand ils sont avec Harper, ils gargouillent, sourient et donnent des coups de pied en réponse à sa voix. Elle est la maman joueuse.

Je regarde Brennan qui tente fort de rouler sur le dos. Elle veut vraiment le faire. Il ne faudra plus longtemps. Chaque jour, ils font quelque chose de nouveau et de merveilleux. C’est une joie de les regarder devenir conscients et actifs.

Alors qu’Harper éloigne le jouet, Brennan lâche un petit cri qui annonce son déplaisir. Collin sursaute en réponse mais continue à dormir.

« Tabloïde ? »

« Hmm ? » Elle donne le jouet à Brennan et roule sur le dos pour me voir.

« Que penserais-tu si je quittais Indiscrétions ? »

Elle s’assied et me regarde très sérieusement. « Tu es sûre de vouloir faire ça ? »

Je soupire et je caresse le dos de Collin. « Je ne suis pas sûre de savoir ce que je veux pour l’instant. J’essaie de le deviner. Je te pose la question parce que tu sais que ton opinion m’importe en tant que réalisatrice et collègue. Sans parler que cela nous affecterait sur un plan personnel. J’ai vérifié. Je peux racheter mon contrat avec très peu de difficulté. Financièrement, ça n’est pas une si grosse perte et je peux toujours travailler en freelance. »

Elle regarde Brennan qui tient son jouet et le porte à sa bouche pour le mâchouiller. « Professionnellement, je détesterais voir ça se produire. Personnellement, je serais jalouse comme l’enfer parce que tu serais libre de rester à la maison et de profiter d’eux à plein temps. » Elle rampe vers moi et se met entre mes jambes pour que nous soyons en face l’une de l’autre. « Je veux que tu fasses ce qui te rendrait heureuse. Tu me le dis et tu sais que je serai là pour te soutenir peu importe ce qui arrive. »

Je tiens la tête de Collin et me penche en avant pour donner un baiser bien mérité à Harper. « Je te garde, l’Etalon. »

Notre fils commence à se réveiller et il est apparemment malheureux de la proximité entre sa Mama et moi. Il couine et presse ses petites mains contre le visage d’Harper pour l’éloigner.

« Je pense qu’il est jaloux. » Je le taquine tandis qu’il remue dans mes bras.

« Brave garçon. Il a vite appris à ne laisser personne trop près de sa maman. On a juste besoin de le convaincre que c’est correct si c’est moi qui suis si près. » Elle tend les mains. « Viens ici, petit homme. »

Je lui tends son fils et elle le serre contre sa poitrine. « Je peux être aussi près que je le veux », lui dit-elle, même quand sa main va vers ses lèvres et elle l’embrasse. « Oui, je peux. » elle se redresse et l’emmène pour le poser près de sa sœur. « Vous restez là tous les deux et vous jouez gentiment. »

Une fois qu’ils sont installés, elle revient vers moi et je m’installe entre ses bras. « Tout va bien se passer, Kels. Je te le jure. »

« Je sais. » Je ferme les yeux et je me détends dans le seul endroit au monde où je me sens vraiment en sécurité.

 

* * *

 

Je me réveille en sursaut au milieu de la nuit. Mon cœur bat dans mes oreilles, j’essaie quand même d’entendre ce qui a dû me réveiller.

Le moniteur pour bébé est silencieux. Collin et Brennan apprécient leur sommeil. Je suppose que Collin rêve de petites tétines. Brennan rêve de comment elle pourra rendre ma vie plus difficile en grandissant.

Kam est endormi sur son lit. Il rêve des rêves de chien, pas de doute. Même dans le noir je peux voir sa queue qui bat joyeusement. Il a dû attraper ce petit félin persan qu’il chasse toutes les nuits dans ses rêves.

Je roule hors du lit.

Du lait chocolaté. C’est ça que je veux.

J’aime bien le milieu de la nuit. C’est calme. Paisible. Même New York City semble vouloir ralentir pendant quelques battements de cœur. J’ouvre une fenêtre et j’écoute le silence. Pas de criquets dans la City, mais personne ne joue du klaxon en ce moment. Bon sang, il fait froid. Je ferme la fenêtre.

Je me verse un verre de lait chocolaté et je prends une longue gorgée. Oh oui. Ça descend doucement. Enfant, je me demandais toujours pourquoi les vaches marron ne donnaient pas de lait chocolaté. Ça me turlupine encore un peu.

Assise à la table de la cuisine, je trouve un exemplaire du New York Times. Je vais aux mots croisés et je suis heureuse de les trouver intacts. Ils sont pour moi, tout pour moi ! J’en remplis rapidement un tiers. Une fois qu’on connait les mots favoris, c’est plutôt facile de bien démarrer.

J’ai presque fini quand j’entends les griffes de Kam qui cliquètent sur le sol de la cuisine. Il vient vers moi et pose son museau sur ma cuisse. Ses yeux chocolat me regardent d’un air suppliant. Je secoue la tête. « Pas question que je te sorte par ce froid. Tu croises tes petites pattes et tu tiens, mon gars. Ou tu sors sur le balcon. Pourquoi tu crois qu’on en a un, hein ? » Je lui gratte affectueusement la tête. Il sort la langue et me lèche la jambe. « C’était plaisant, mon pote. »

« Qu’est-ce que tu fais debout ? » Demande Kels.

Je sursaute dans ma chaise, cognant les pattes arrière de Kam sans le vouloir. Il gémit sa protestation. Je regarde ma femme et me calme. « Salut. Je me suis réveillée avec une envie de lait chocolaté. »

Kels entre dans la cuisine. « Tu es enceinte ? »

Je ris à l’absurdité de la question. « Je ne le pense pas, chér, à moins que tu n’aies des talents dont nous n’avons pas connaissance. » J’ouvre les bras et elle se laisse tomber sur mes cuisses. Je l’entoure de mes bras et je la serre contre moi, le nez dans la douce peau de son bras. « Pourquoi tu es levée ? »

« Mon oreiller préféré me manquait. » Je commence à dire quelque chose de gentil mais elle m’interrompt. « Je l’ai trouvé sur le sol et j’ai remarqué que tu étais partie. » Elle me tord le nez. « Je rigole. »

« C’est bien. »

« Alors on reste debout toute la nuit ? Ou bien on essaie de dormir un peu avant que nos chers enfants insistent pour nous réveiller ? »

Je souris. Nos chers enfants. C’est tellement vrai. Pas question que la Mère Stanton pose les mains sur eux. Comme dit la NRA, en quelque sorte, elle les enlèvera de mes mains froides et mortes.

J’espère juste qu’on n’en arrivera pas là.

« Toi ? Moi ? Au lit ? Est-ce que j’ai déjà refusé une telle offre ? » Je grogne.

« Retiens tes chevaux, l’Etalon. On dort. »

« Je dors toujours après », je la taquine.

Elle pose ses doigts sur mes lèvres et me regarde avec des yeux brillants. « Après que tu te mettes au lit. Je sais. »

Elle est terrible pour ma réputation mais pour sûr, je l’aime.

 

* * *

 

« Je veux la première partie ici », je gratte mon crayon sur le papier, entourant le texte qui ne se lit pas aisément, « et ceci ici, retravaillé. » Je lève les yeux vers Teri, une scénariste, le membre le plus récent de notre équipe de production. « C’est un bon début, mais ça ne coule pas bien. Essaye de le faire plus à l’identique de cette section qui est géniale. » Elle rougit au compliment. Ah, l’innocence de la jeunesse.

« Je m’y mets tout de suite, Ms Stanton. »

« C’est Kelsey. J’aimerais voir l’intro suivante en même temps que celle-ci éditée, d’accord ? »

« Bien sûr. » Elle prend les fichiers et commence à se diriger vers la sortie. Elle s’arrête devant ma bibliothèque et regarde longuement la photo d’Harper et moi. « C’est une jolie photo, Ms… Kelsey. »

« Merci, Teri. Le frère d’Harper, Robie, l’a prise au dernier Thanksgiving. »

« Vous avez vraiment l’air heureuses ensemble. Normalement, au Thanksgiving de ma famille, nous nous battons longtemps avant que la dinde ne soit servie. Toutes nos photos du jour nous montrent avec des couteaux menaçants en main. » Elle secoue la tête au souvenir. « Très bien, au boulot. »

Elle sort et mon regard traine un long moment sur la photo. C’est un bon cliché. Et nous avons l’air heureux. Et nous ne nous en rendions même pas compte.

Je suis tirée de mon souvenir par la sonnerie du téléphone. « Kelsey Stanton », je réponds automatiquement.

« Salut, c’est Beth. »

Sa voix n’a rien de son dynamisme habituel. Je sens mon cœur qui tombe à mes pieds. Je me force à prendre une inspiration profonde. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Comme tu le sais, le cas a été assigné au juge Flynn. »

« Le bigot conservateur ? »

« C’est bien lui. J’ai reçu une information du tribunal aujourd’hui disant qu’il a ordonné une enquête à domicile par un travailleur social. »

« Une enquête à domicile ? » Je fais écho.

« J’ai déjà déposé une protestation formelle. Ça n’a pas de sens. Les enquêtes à domicile sont faites avant d’accorder une adoption, sauf dans les cas comme le tien et Harper. Dans le cas où la mère biologique consent et continue à vivre avec l’enfant, alors aucune enquête n’est demandée. Je pense n’en avoir jamais entendu parler dans le cas d’une demande de droit de visite. » Beth semble aussi frustrée que je suis en colère.

« Tu as dit que c’était bidon. Tu as dit que tu nous en débarrasserais. » Je lâche chaque mot avec colère, imaginant que c’est la chair de ma mère que je déchire.

« Je vais le faire, ma belle. C’est complètement irrégulier. Je vais le faire bloquer mais je ne voulais pas que tu sois surprise. J’imagine que Bennett va pousser la Cour pour une planification immédiate. Il sait que la demande n’a aucune chance si on l’instruit. Connard. »

Je sens mon visage rougir de rage. Je ne peux qu’imaginer ce à quoi il ressemble à cet instant. Je serre le crayon si fort dans ma main qu’il se casse. « Je ne veux pas qu’une étrangère vienne chez nous et évalue notre capacité à être parents, Beth ! Je ne la laisserai foutument pas entrer ! » Elle aura de la chance si je ne la mets pas en face du plus gros pistolet qu’elle ait jamais vu dans sa vie. A New York, ça veut dire beaucoup.

La voix de Beth est calme. Bien sûr, on ne parle pas de ses enfants à elle. Je me demande si ça ne la rend pas moins enthousiaste pour ce cas. « On n’en arrivera pas là, Kels. »

« Fais en sorte que ce soit le cas. »

Je raccroche.

Cette journée est pourrie.

 

* * *

 

Je reviens du New Jersey en voiture, je passe sur le pont G. Washington quand mon téléphone de voiture sonne. J’appuie sur le bouton du haut parleur et j’aboie, « Kingsley. »

« Salut. »

C’est ma femme. Mon ton change complètement pour devenir chaleureux et, je crois, charmant à bloc. « Salut, chér. Tu es à la maison ? Nue ? Sur notre lit ? A m’attendre ? »

« Euh, non aux quatre questions. » Elle est un peu désarçonnée par le ton de flirt. Je l’ai peut-être déjà toute à moi mais je veux la garder.

« Ahh, au boulot. Tu es nue ? Sur le canapé ? A m’attendre ? »

Elle rit. J’espère que c’est à mon esprit monorail et pas à ma suggestion. « Non plus, Tabloïde. »

« Merde. Oups, je dois deux dollars au bocal. »

« Et tu te tenais mieux que ça. »

Nous savons que c’est un peu exagéré. Mais avec les jumeaux dans les environs, je fais plus attention à mon langage. Etre un parent change tout. « Le nouveau gouverneur du New Jersey a hâte de te parler, ma chérie. Je te le dis, bientôt tu vas parler plus de politique que Wolf Blitzer. Peut-être qu’on va commencer à t’appeler Foxy Stanton pour la compétition. (NdlT : c’est un reporter de la chaine CNN ; là il y a un jeu de mots sur le prénom Wolf = Loup et Foxy = Renard)

Je peux deviner que ma nana secoue la tête. « Je ne pense pas, Tabloïde. »

« Alors qu’est-ce qui se passe ? » J’appuie sur mon klaxon pour l’idiot qui vient juste de décider de tourner sur West Side Highway depuis la voie la plus à gauche. Connard.

« J’ai des mauvaises nouvelles de Beth. Elle a dit que le juge a ordonné une visite à domicile. »

« Merde. Il faut qu’on accepte ta mère chez nous ? » Il faudra que j’embauche un exorciste.

« Non, je parle d’une enquête à domicile. Où un travailleur social vient et décide si tu es faite pour être parent. »

Hein ? « Je pensais qu’on était déjà parents, chér. Toi, visiblement, alors, et moi par le biais de l’adoption. Nous avons les papiers. »

« Je le sais. Beth a dit que c’était hautement irrégulier dans un procès pour droit de visite, mais le juge suit un plan politique. »

« Je ne suis pas une cause politique », maugrée-je en colère. « Toi non plus. Nos enfant sûrement pas. Je vais appeler Robie. Son avion a dû atterrir en Nouvelle Orléans. » Je suis fière de moi de me retenir. Je veux vraiment trouver cette garce, lui arracher la tête et la fourrer dans la benne. Mais je conduis. Je suis occupée.

« Est-ce que tu vas lui demander de revenir ? »

« Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Je pense qu’il faut que nous mettions la pression sur le vieux juge Flynn. » Matt ! « Pourquoi tu n’appellerais pas ton père, mon cœur ? Je parie qu’il a pas mal d’influence sur les cercles de la Droite. »

« Je pensais à la même chose. Mais je voulais que tu sois la première à le savoir. »

J’aimerais être avec elle pour la serrer dans mes bras. « Accroche-toi, Petit Gourou. On va s’occuper de ce cas. »

 

* * *

 

« Salut, petit gars. Tu as fait du bazar, pas vrai ? » Je roucoule pour Collin, lui changeant rapidement sa couche. Le seau fermé pour les couches est un des meilleurs achats que nous ayons fait. Qui imaginait qu’une telle odeur pouvait sortir de si petits corps ? Maintenant propre, Collin me sourit. « C’est mieux, hein ? » Je me penche et je lui mets des baisers sur ses joues potelées.

Depuis son berceau, Brennan lâche un son qui dit que j’ai d’autres couches à changer. Ça ne s’arrête jamais avec ces deux-là. J’emmène Collin à son berceau, je l’allonge et je lui tends une peluche dragon pour qu’il joue. « Fais comme si tu sauvais une jouvencelle pendant un moment, d’accord ? »

Je vais vers ma fille et je suis accueillie par un regard vert embué de larmes. Elle n’a pas commencé à pleurer encore mais elle en est tout près. « Non, non, non, mon cœur. Tu es heureuse, nous sommes heureux, tout va bien. » Elle a le hoquet. Je la sors du berceau et l’emmène vers la table à langer où je retiens ma respiration pendant les trente secondes suivantes.

Alors que j’enlève la couche de ses fesses, elle donne un coup de pied et envoie son talon dans le merdier. Je secoue la tête. « Ah, chér, c’est mal. » Je réussis, va savoir comment, à mettre la couche dans la poubelle, une serviette sur son pied et une nouvelle couche sous ses fesses, tout ça avec seulement deux mains. Elle est bientôt aussi propre et heureuse que son frère.

Nous nous étirons tous les trois sur le sol et nous poussons une grosse balle en tissu l’un vers l’autre. J’aide les jumeaux bien entendu, mais ils remuent et tente leur coup quand même. Nous gargouillons et rions tous ensemble.

Je les adore.

Je ne peux pas imaginer ne pas être présente à chaque moment de leur existence. Je ne peux pas imaginer avoir à donner à cette garce tarée plein accès à leurs vies précieuses. Je ne veux pas qu’elle passe le moindre moment avec eux parce je ne crois pas qu’elle veuille leur bonheur.

Elle veut le sien.

Je m’étire pour repousser la balle de Brennan et elle m’attrape les cheveux pour les porter à sa bouche. « Ouille, ouille, ouille », dis-je en chantonnant et en essayant de me libérer de sa poigne de fer. Il me faut quelques minutes mais je gagne ma liberté. J’ai maintenant une mèche de cheveux sympathiquement mouillée.

Je prends ma fille et je la serre aussi fort que je peux. « Mama t’aime, Brennan. Avec son cœur. Son âme. Son gros orteil. Il n’y a rien dans ce monde qui puisse nous séparer. »

Collin proteste d’être laissé en plan. « Viens ici, petit homme. » Je réussis à jongler avec deux bébés remuants dans les bras et je dépose des baisers sur leur crâne. Pauvre Brennan. Il faudrait que ses cheveux poussent bientôt.

« Nous sommes une famille. Rien ne viendra changer ça. Je le jure. »

Et, que Dieu me vienne en aide, je le pense, la Mère Stanton. Que je n’aie pas à le prouver.

 

* * *

 

Je rentre dans une maison calme et paisible. Je suis instantanément soupçonneuse. Rien n’est plus calme et paisible dans cette maison. Je renifle. Du thai. Mon estomac gronde. Oh, Harper, je t’aime de plus en plus. Je suspends mon manteau et j’apprécie la chaleur de notre appartement. Je me demande où sont mes enfants. Et combien de médocs Harper leur a donnés pour les garder au calme.

Dans la cuisine, je trouve Brian qui sort deux biberons du frigo. « Bonjour Kels, bienvenue. »

« Salut, Brian. Comment vont les enfants ? »

« Bien. L’Etalon les a complètement lessivés. Ils sont en haut, à peine réveillés, mais ils ont un peu faim. Je vais leur donner un biberon et les mettre au lit. » Il montre la porte de la salle à manger. « Elle t’attend là-bas. »

« D’accord. Merci. Je vais pouvoir les embrasser pour la nuit dans un petit moment. »

Il rit et secoue la tête. « Je ne pense pas. Pas si l’Etalon a gain de cause. »

Oh bon sang. Harper est d’humeur badine. Malheureusement pas moi. J’espère qu’elle gère le rejet aussi. Je prends une inspiration et j’entre dans l’autre pièce. J’y trouve de la cuisine thai prête à manger, une bouteille de de vin ouverte et Harper. Elle est habillée. C’est un bon signe.

« Salut, mon chou. Je suis rentrée. » Je la taquine.

« Comment ça s’est passé ? » Répond-elle du même ton.

« C’était dur. Je n’arrête pas de penser à tout ce merdier et au fait que je veux manger le cœur de ma mère… si elle en a un. »

« Mais non, chér ! Pourquoi avoir ce truc sec et rabougri quand tu peux avoir de la cuisine thai ? » Elle se lève et tire une chaise près d’elle. « Viens, assieds-toi et mange. »

Mes pieds me portent immédiatement. Ils connaissent une bonne offre quand ils en entendent une. Avant que je puisse porter la fourchette à ma bouche, Harper se penche et me donne un baiser de bienvenue. Je ferme les yeux et savoure l’instant. J’avais besoin de ça aujourd’hui. Besoin d’elle. 

Elle se recule et produit un sourire satisfait. « Contente de te voir. Mange ! »

Ce que nous faisons. Je déteste l’avouer mais c’est le meilleur repas que j’ai eu depuis un moment. Peut-être que c’est juste le fait d’être en sécurité à la maison. Savoir que mes enfants sont là-haut, bien à l’abri, loin de ma mère. Etre assise ici avec ma femme. Bien nourrie. La vie est belle.

« Il faut qu’on parle », dit Harper doucement, en posant sa fourchette sur le bord de son assiette.

Non, non, non. Pas de discussion. « A quel sujet ? »

« Et si. »

Je prends une inspiration profonde. 

« Et si ta mère n’était pas aussi stupide qu’on le pense ? »

D’accord, je ne m’attendais pas à des ‘et si’. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Je veux dire que ta mère sait trop bien qu’elle n’a aucun espoir qu’on lui accorde un droit de visite. Elle a fait ça pour une, ou plusieurs raisons. »

Je hoche la tête. « Comme quoi ? »

« Il y a le facteur ‘je vous emmerde’ évident. Elle fait ça pour nous torturer. Mettre le bazar dans notre merveilleuse et heureuse vie. » Harper prend ma main dans les siennes et la serre doucement. « Je ne laisserai pas ça se produire. »

« Ni moi », murmuré-je.

« Bien. Une autre raison est qu’elle se berce d’illusions. Elle pense pouvoir gagner, pas parce qu’elle est rationnelle, mais parce qu’elle est complètement irrationnelle. L’idée qu’un avocat pourrait prendre  avantage sur elle de ça est mal, à tout le moins. »

Je secoue la tête. « Elle n’est pas folle, Tabloïde. C’est une garce. »

« Je suis d’accord avec toi là-dessus. Alors pourquoi une garce lance-t-elle une procédure dont elle sait qu’elle ne peut pas la gagner ? Visiblement c’est pour nous faire chanter. Te faire chanter. Elle sait que les studios n’aimeraient pas que ta relation soit rendue publique. Elle te teste, mon cœur. Nous avons de la chance que la presse n’ait encore rien découvert. »

Je croise les bras et prend un air ennuyé. « Bien. Qu’elle le fasse. Si elle essaie d’utiliser ce moyen pour avoir mes enfants, j’appellerai la presse moi-même. Je porterai un tee-shirt avec un arc-en-ciel pour ma prochaine prestation. Je raconterai chaque secret méchant que je connais dans l’industrie. Bon sang, j’en connais tellement que d’être lesbienne passera pour pas grand-chose quand j’en aurai fini. »

« Et ta carrière, chér ? Tu as travaillé tellement longtemps et si fort pour foutre tout en l’air. »

Je m’éloigne de ma femme, étonnée par sa question. « Mais c’est bien de foutre en l’air mes enfants ? »

« Pas du tout. Tu me connais, Kels. Tu sais ce que je ressens pour ces deux petits humains là-haut. Je mourrais pour eux en une seconde. »

Je m’adoucis parce que je sais que c’est vrai. « Mes priorités sont tellement différentes, Harper. Je n’aurais pas pu le penser avant leur naissance. J’ai toujours su que je serais la meilleure journaliste au monde. Je voulais qu’on se souvienne de moi comme de Cronkite, Chancellor, Brinkey. J’ai tout fait pour y arriver. J’ai travaillé dur. Tard. Constamment. J’ai beaucoup sacrifié en route. Surtout de moi-même. Je ne veux plus le faire. J’ai tellement donné de moi, qu’il ne me restait pratiquement plus rien. »

« Oh, ma chérie. »

La compassion de Harper manque me faire perdre mon sang-froid, mais je prends une inspiration et je continue. « Mais tu es arrivée. Tu m’as rendu des morceaux de moi. Ta famille aussi. Et maintenant tous les deux sont entrés dans notre vie et pour la première fois, je me sens complète. Avec toi », je tends la main et je prends les siennes, « avec eux, je suis entière. Je ne lâcherai plus jamais un morceau de moi. Plus jamais. »

« Je ne te laisserai pas faire. J’aime tout de toi. Et je suis très, très gourmande quand il s’agit de toi. Ta mère, au contraire, je pense que je vais la mettre en pièces et la servir aux poissons. J’espère que ça ne t’ennuie pas. »

« Seulement si tu ne me laisses pas t’aider, Tabloïde. »

A suivre épisode 24

<fondu au noir>