La prophétie

 

Partie I : Perdition

 

Chapitre 1 :

Rouge, noir, rouge, noir. Tout clignotait comme un néon abîmé. Les couleurs étaient comme la tapisserie qui peignait l’atmosphère. Sanglante, sombre, terrifiante et si emplie de tension et de peur qu’elle était certaine que personne ne pouvait y survivre.

C’était impossible.

Comme pour lui donner tord, deux enfants apparurent. Un garçon et une fille. Leurs traits étaient dissimulés dans l’ombre et ils dégageaient une aura terrifiante.

Derrière eux une ombre commença à prendre forme. Une ombre improbable. La malveillance qui suintait de tous les pores de sa peau était si forte qu’il était impossible de ne pas en être affecté.

Et, alors que l’ombre se faisait charnel, une douleur aiguë transperça son rein droit. Tia se raidit et se retourna vivement. Mais l'individu qui venait de la poignarder était autant dans l’ombre que le reste des personnes présente.

Le couteau fut retiré brutalement et le sang commença à s’écouler, emportant son essence avec lui.

Un rire retentit alors. Glacé, violent et qui la balaya comme un fétu de paille. Elle eu l’impression d’être sous une grêle de glace, fouetté par un vent qui aurait prit une forme physique.

Et cela commença. Son âme fut comme attirer hors de son corps. Morceau par morceau, pièce par pièce, énergie spirituel à la fois pleine de vie et comportant la mort, Tia lutta contre sa perte. Mais le démon avait prit une forme palpable. Un pied dans leur monde, rien ne pouvait plus l’arrêter.

Le dévoreur d’âme était en marche.

 « Je te l’avais dit, fit une voix emplie d’une déception si forte qu’elle en était palpable, sans moi tu ne peux rien…».

Elle l'entendit alors, son autre elle-même, cette âme damnée qu’elle avait refusé obstinément d’accepter disparaître en premier. Comme un ultime sacrifice fait pour lui prouver que même elle, elle pouvait aimer.

Tia ouvrit les yeux en inspirant brusquement. La sueur qui couvrait son corps n’était pas dû à la chaleur et les frissons qui la secouait non plus.

Ses mains se refermaient convulsivement sur les draps et elle serrait les dents, étouffants les gémissements qu'elle sentait monter.

Après de longues minutes passées à se concentrer sur sa respiration, son cœur recommença à battre normalement.

Soupirant, elle se redressa en s’essuyant le front. Elle passa ses jambes par-dessus le bord du lit et courba l’échine, les mains crispées sur les draps. L’absence de Lex se faisait sentir jusque dans son sommeil.

Elle se demandait encore comment les choses avaient pu tourner ainsi Elle se leva et rejoignit la baie vitrée qu’elle avait fait installer pendant la grossesse de Lex. Une demande de sa femme.

- Une parmi tant d’autre, murmura-t-elle avec un sourire en se remémorant ce temps heureux.

La lune était pleine cette nuit et les étoiles brillaient tant qu’il aurait fallu être aveugle pour ne pas les voir. Elle les contempla longuement, en quête de ses parents et de ce sentiment familier qu’elle n’était pas totalement seule.

Elle mit plus longtemps que d’habitude à retrouver leur présence, cette atmosphère particulière qui lui disait qu’aujourd’hui ils étaient dans cette étoile ci. De même la sérénité qui en découlait habituellement eu du mal à se frayer un chemin.

Elle finit par poser le front contre la vitre en soupirant.

- Lex…

Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi alors qu’elle venait seulement d’accoucher ? Pourquoi un tel revirement ? La grossesse et l’accouchement s’était extrêmement bien passé. Elles avaient nagé dans un bonheur sans nuage malgré les prédictions des fils du Vent et la menace d’Ashee.

Pourtant quelques jours après son retour et celui des jumeaux à la maison, son attitude avait complètement changé. De joyeuse, elle était devenue sombre, anxieuse, sursautant au moindre bruit. D’attentive envers ses enfants, elle était devenue irritable, ne supportant plus de devoir s’en occuper, de devoir leur consacrer ses jours comme ses nuits.

Tia savait qu’avec un seul bébé c’était déjà difficile, alors elle comprenait que Lex ai eu du mal avec deux. Mais cela n’expliquait pas ce revirement si brutal. Elle les aimait en sortant de la maternité. Pourtant quelques jours plus tard, elle ne les supportait plus. Ne voulait plus s’en occuper.

Tia et elle avait alors commencé à se disputer à ce sujet. Lex refusant d’expliquer pourquoi elle agissait ainsi, de lui parler de ce qui la tracassait. Pour finir, à bout, Lex avait fait son sac et était partie.

Sans un mot, elle avait disparu en plein milieu de la journée. Tout juste avait-elle envoyé un sms à Frédéric une fois certaine d’être assez loin.

Elle n’avait pas dit ou elle était partie. Elle n’avait pas dit quand elle revenait, ni même si elle reviendrait.

Tia avait cru devenir folle à tourner en rond sans rien pouvoir faire. Même lui parler était devenu impossible. Et Len et Lara qui posaient des questions auxquels elle ne pouvait pas répondre. Tout ça était incompréhensible.

C’était un comportement si étranger à sa compagne que Tia était encore plus confuse. Elle avait fini par se résigner à appeler Lynia la veille. Mais leur amie n’avait pas non plus de nouvelle d’Alexia et cela avait achevé d’inquiéter Tia.

La mercenaire ne savait plus quoi faire. S’occuper de quatre enfants seule étaient une tâche qui relevait de l’impossible. Néanmoins Frédéric avait fait sa part durant les treize premières années de Len et Lara et Tia ne voulait pas lui en demander plus. D’autant moins qu’il était assez âgé maintenant et que deux bébés étaient simplement trop pour lui. Et puis il avait une compagne maintenant. Et Tia savait qu’il avait mit sa vie entre parenthèse pour elle. Elle ne pouvait décemment plus le lui demander, même si,elle le savait, il se serait exécuter sans discuter.

De toute façon, la question n’était plus là. Elle avait beaucoup regretté d’avoir été absente pour Len et Lara et ne souhaitait pas renouveler cette erreur, même si à l’époque elle ne pouvait rien faire d’autre.

Mais c'était bien plus difficile que ce à quoi elle s'était attendue. Elle était épuisée et stressée. Elle n'avait pas la moindre idée de ce que c'était que d'être un parent. Elle avait toujours eu Frédéric et Lex pour l'aider. Là, elle était seule. Et les bébés... elle ne connaissait simplement pas. Elle angoissait un peu plus chaque jour à l'idée de faire quelque chose qui influencerait négativement ses enfants. C'était si facile de briser la psyché d'un enfant...

Le départ de Lex ajoutait aussi à son anxiété. Non seulement elle s’inquiétait pour sa compagne, mais également pour leur mariage. Et si Lex était partie parce qu’elle avait comprit qu’elle, Tia, ne pourrait pas lui convenir ? Et si soudain elle avait cessé de l’aimer, mais n’était pas parvenue à le lui avouer ?

A cette pensée, le ventre de Tia se noua de nouveau et se détournant du ciel étoilé, elle serra la mâchoire à s’en faire mal.

Elle traversa la chambre et le couloir attenant pour déboucher dans la cuisine qui lui faisait face et s’arrêta devant le petit îlot central que Frédéric avait fait ajouter lorsqu’il s’était rendu compte que tout le monde ou presque s’y arrêtait le matin pour petit déjeuner.

Elle posa les mains sur la surface lisse, la détaillant d’un regard absent.

Elle ne savait comment se sentir concernant l’arrivée de Linya dans la journée. La jeune femme avait déclaré sa venue en apprenant le départ de Lex. Elle était aussi choquée, confuse et inquiète qu'elle.

Finalement, Tia renonça à tenter de calmer son esprit tourmenté. Elle retourna dans sa chambre et se changea. Elle enfila un short noir et un t-shirt à manche courte de la même teinte.

Avant de sortir, elle longea le couloir ou se trouvait les chambres de ses enfants. Les chambres de Len et Lara se faisaient face, mais les jumelles partageaient la même. Frédéric avait déménagé dans un des bungalows situés plus loin sur le terrain du ranch lorsqu’Anna avait accepté d’habiter avec lui.

Elle vérifia que tout allaient bien pour eux et laissa un mot, ainsi que deux biberons prêt, sur l’îlot dans la cuisine. Le mot expliquait à ses aînés qu’elle était partie courir et que, pour le cas où elle ne serait pas de retour à temps pour donner leurs biberons aux jumelles, ils devraient la remplacer.

Puis elle sortie.

                                                                       ***

Affligée par la tristesse qui assombrissait l’esprit de son amie, la déesse de l’amour la suivie des yeux un moment. Elle savait où se trouvait Lex mais ne pouvait le dire à Tia. Son intercession en faveur de Lex au début de sa grossesse avait été découverte par Zeus et elle avait été privée d’un bon nombre de faveur depuis lors.

Elle n’avait pas le droit de se montrer aux mortels en tant que déesse, ni de leur accorder des faveurs. Elle avait contrevenu aux deux interdits et en payait aujourd’hui les conséquences. Depuis que les mortels avaient peu à peu oublié leurs existences, Zeus avait décrétés que les Dieux se tiendraient à distance.

Leur temps était dépassé, avait-il affirmé. Aujourd’hui, les mortels et les Dieux ne peuvent plus cohabiter. Tant que dans leur imaginaire ils continuaient d’exister, alors l’Olympe s’en contenterait.

Aphrodite n’était pas d’accord avec cela. L’Olympe ne pouvait exister que si les mortels pensaient à eux. Plus ils croyaient en leur existence, plus leur force devenait importante. De ce fait, et vu la vitesse à laquelle les mortels les remplaçaient par des idées sans queue ni tête et des Dieux inexistants, multipliant des religions sans consistance réelles, l’Olympe, tout comme les autres Royaumes des Cieux, ne tarderaient bientôt plus à disparaître.

Arès pensait la même chose. Les Dieux devaient se rappeler aux humains pour ne pas disparaître. Mais Zeus était leur maître en plus de leur père et ils ne pouvaient braver ses décisions.

Tia et Lex étaient ses amies depuis des siècles, pourtant si cette fois encore elle intervenait, Zeus avait été très clair sur ce qui l’attendait. Elle serait déchue de son immortalité et devrait vivre sa vie en tant que simple mortelle. Aphrodite adorait ses amies. Elles étaient plus réelle pour elle que celles qu’elle avait sur l’Olympe. Mais la simple idée de sa vie comme mortelle, d'une fin prochaine, l’emplissait d’effroi.

Elle était née déesse et appréciait son immortalité. Sûrement bien plus que la plupart des Dieux.

Elle devait trouver un moyen de convaincre son père que leur intervention auprès des mortels leur était bénéfique à eux comme aux Dieux. Zeus aimait les mortels. Vraiment. Il les estimait.

Aussi devait-elle trouver un moyen d’utiliser cela à son avantage.

Aphrodite regarda passer son amie. Tia ne la vit pas bien sûr, mais comme à son habitude elle marqua un temps d’arrêt sans comprendre que c’était un sixième sens chez elle. Qu'elle était et avait toujours été capable de sentir la présence d’un Dieu. Puis elle poursuivie sa route d’un pas de plus en plus rapide.

Bientôt Tia se mit à courir et Aphrodite la vit s’éloigner avec le sentiment qu’elle ne retrouverait plus jamais son amie. Leur relation passée était terminée depuis des siècles, mais pour Aphrodite c’était hier, et la voir passer devant elle sans pouvoir l’arrêter pour la taquiner, la réconforter, ou simplement la sermonner pour avoir laisser partir Lex, lui serrait le cœur.

Elle se souvenait de leur première rencontre. Tout était mal partie alors.

Elle venait rendre visite à son cher frère, lequel venait une fois de plus de se disputer avec leur père et s’était enfui sur la terre des mortels pour faire avancer une campagne de guerre qui promettait d’être sanglante, selon ses propres termes.

Elle était arrivée dans un éclair de lumière blanche, car elle appréciait particulièrement les entrées spectaculaires, les siennes surtout, et était tombée sur la dernière conquête de son frère, endormie sous les couvertures de leur couche.

Son arrivée l’avait réveillée et aussitôt mise en alerte. Elle avait bondi avant même qu’Aphrodite ne comprenne ce qui se passait et l’avait plaquée contre un meuble, la main autour de sa gorge.

Lorsqu’elle avait comprit qu’elle avait affaire à une déesse, qui plus à celle de l’amour, la jeune femme l’avait lâché avec un petit rire méprisant.

Aphrodite s’était massée la gorge, outrée, puis avait détaillée l’insolente de bas en haut. Qu’elle n’avait pas été sa stupéfaction en prenant conscience qu’il existait une humaine capable de l’égalée sur le plan de la beauté ! Une flambée de jalousie l’avait prise et elle avait lancé son pouvoir sur la malheureuse avant d’avoir eu le temps d’y penser.

La jeune femme avait été envoyée à l’autre bout de la tente et dans sa chute, avait fracassé un secrétaire. Comme si elle n’avait rien sentis, elle s’était aussitôt redressée, un rictus de joie sauvage et une lueur de rage au fond des yeux. Elle s’était jetée sur la déesse sans hésitation et Aphrodite stupéfaite et effrayée par sa hargne, s’était empressée de s’éclipser.

Aujourd’hui encore Aphrodite admirait ce courage et cette détermination sans faille qui l’avait de tout temps, animé. Elle avait tout de suite compris pourquoi son frère avait été si fasciné par la guerrière. Elle possédait un feu intérieur qui existait chez très peu de guerrier. Sa rage décuplait sa force ,et sa volonté lui donnait une puissance sans pareille. Elle ne doutait pas, ne déviait pas de sa trajectoire et tout cela était encore relevé grâce à une intelligence fine qui, d’après ce qu’elle avait apprit par la suite, avait été façonné par la plus grande manipulatrice chamane de son époque.

Soupirant, Aphrodite regarda la grande silhouette disparaître à l’horizon. Tout était mal partie dès le départ entre elles. Pouvait-elle voir cela comme un signe ? Aujourd’hui aussi cela semblait impossible de redevenir amies, pourtant à l’époque, elles avaient fini par le devenir.

Qui sait…, songea-t-elle avec espoir.

                                                                       ***

Comme malgré elle les pas de Tia l’avait mené au ranch de Rhapsody. Depuis le départ de Lex elle n’y était pas revenue. Cela ne faisait que trois semaines mais pour Tia, cela semblait bien plus.

Argo lui manquait. Rhapsody lui manquait. Linya également. Et Lex, surtout Lex.

Elle ne savait pas pourquoi mais se présenter devant Rhapsody en ayant été quitté par Lex lui était impossible. Elle avait honte.

Pourquoi ?

Tia soupira et s’assit sur un rocher qui surplombait le domaine de son amie et observa les chevaux s’agiter doucement. Lao Ma lui manquait. Sa sagesse, sa douceur, son réconfort. Elle devait se faire violence pour ne pas aller rejoindre celle qui, aujourd’hui, avait accueilli son âme.

Avant qu’elle ne rencontre Gabrielle voilà des siècles, peu de personne avait réellement compté pour elle. Deux en fait. Juste deux. Et parmi elles, Lao Ma. Elle avait changé sa vie et sa façon de voir le monde. Elle avait, maintenant, Tia le comprenait, préparer le terrain pour Gabrielle. Ces deux femmes se ressemblaient tant… ou plutôt s’était ressemblée.

Aujourd’hui, même si des points communs perduraient, Gabrielle était aussi loin de Lex que Lao Ma de Rhapsody. Mais le même sentiment la submergeait à leurs contacts. Elle sentait leurs âmes et cela faisait naître tant de chose… cette familiarité la rassurait.

Oui, Rhapsody n’était pas Lao Ma, mais elle était tout aussi rassurée par ses mots et sa présence. Le même amour et la même dévotion l'envahissait. Un mélange de reconnaissance et de culpabilité, de joie et de jalousie.

Et il en allait de même avec Lex.

Ces derniers temps ses anciens souvenirs semblaient se bousculer pour émerger et il lui était de plus en plus difficile de parvenir à gérer toute les émotions qui leur étaient liés.

Elle aurait aimé pouvoir en discuter avec quelqu’un. Savoir s’il en allait de même avec Lex. Mais elle était partie et parler de cela avec Rhapsody risquait bien de révéler à la jeune femme des choses qu’elle n’avait pas envie de savoir.

Tia ne voulait pas la perturber. Mais elle se sentait si seule.

- Lex, fit-elle au vent, pourquoi m’as-tu laissé ?

A bout, Tia posa son front contre ses avant-bras réunis et ferma les yeux. Elle resta dans cette position alors que le soleil se levait. Inconsciente du temps qui passait, elle se laissa menée par ses souvenirs. Elle était de plus en plus souvent emportée par eux. Lorsqu’elle en sortait elle se demandait si elle allait s'y perdre un jour.

Lorsqu’elle émergea finalement, Argo la surplombait. Un sourire incertain fendit les lèvres de la mercenaire en avisant l’équidé qui lui avait été si fidèle à travers les âges.

Elle se redressa en grimaçant, son dos n’avait pas apprécié la position, et découvrit qu’Argo n’était pas seule. Rhapsody la dévisageait. Hésitante, sa voisine sourit.

- Tu veux un café ?

Lentement, Tia hocha la tête puis accepta la main tendue. Elle se remit sur pied en se mordant la lèvre. Ses membres raidis protestaient. Rhapsody se détourna pour prendre la tête de leur petit groupe, mais Tia ne voulu pas lâcher sa main.

Surprise, la jeune femme se retourna et étudia son visage, à la fois las et triste, si triste… Elle pressa sa main avant de se mettre à sa hauteur. Elles regagnèrent sa maison ainsi, Tia à sa gauche et Argo à sa droite, dans un silence lourd de mélancolie.

Elle laissa Argo dans le corral devant la maison et, toujours sans lâcher la main de Tia, l'entraîna dans la cuisine. Elle la fit s’asseoir puis entreprit de préparer du café frais. Après plusieurs minutes d’attentes silencieuses, celui-ci fut près et elle en servit une tasse à Tia avant de faire de même pour elle.

Elle s’assit à côté de son amie, avant de se dire qu’au vu de la discussion qui s’annonçait un canapé serait plus confortable. Aussi se leva-t-elle et reprit-elle la main de Tia pour l’amener au salon. Elles s’assirent l’une à côté de l’autre et se firent face.

Tia n’osait pas lever les yeux et cela l'inquiétait d’autant plus.

- Les enfants sont en week-end chez leur petit ami respectif.

Tia cligna des yeux puis fronça les sourcils avant de croiser enfin son regard.

- Ton fil est gay ? fit-elle surprise.

Rhapsody sourit en secoua la tête.

- Non, mais c’était plus court que dire : ma fille est chez son copain et mon fils chez sa copine.

Tia hocha la tête et repartit dans ses pensées. Rhapsody leva une main et pressa doucement l’épaule de son amie.

- Cela veut dire que tu peux me parler librement. On ne sera pas surprise.

Tia acquiesça. Le silence se prolongea et Rhapsody se demanda ce qui avait bien pu se passer pour mettre Tia dans cet état. Finalement, parce que l’inaction n’était pas son point fort et que voir Tia ainsi lui serrait le cœur elle déposa sa tasse sur la table basse devant le canapé et se pencha vers elle.

Elle attrapa la tasse que Tia tenait toujours et la déposa à côté de la sienne avant d'attirer son amie dans ses bras.

Tia se raidit mais Rhapsody persista et passa doucement sa main dans son dos. Et soudain ce fut comme un barrage qui cède. Tia referma ses bras autour de Rhapsody et la serra à l’étouffer.

Rhapsody n’entendit aucun pleurs, mais elle sentit les larmes couler sur ses joues. Tia inspira brusquement puis lâcha, d’une voix si basse qu’elle en était inaudible :

- Lex est partie…

 

Chapitre 2

Lex était assise sur le bord de son lit, les coudes sur les genoux, le regard grave tourné vers l'intérieur. La chambre était plongé dans la pénombre. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait là. Ne savait pas pourquoi elle s'obstinait autant tout en étant incapable de revenir en arrière.

Un bruit à l'extérieur attira son attention et elle finit par se lever pour aller jeter un coup d'œil. Elle écarta le rideau vert kaki et fixa la femme qui pestait parce que sa fille avait fait tomber sa glace sur son pantalon. Un instant, sa bouche se pinça avant qu'elle ne se détourne de cette scène avec dégoût.

Elle laissa le rideau retomber et s'appuya contre le mur, les bras croisés. Pour la centième fois depuis le début de la journée son regard tomba sur son sac. A l'intérieur se trouvait une photo qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'emmener. Tia. Son cœur et son corps tout entier la réclamait. Elle ressentait son absence de façon physique.

Leur lien, qu'elle avait délibérément coupé, avait laissé un vide absolue dans son esprit. Sa décision de partir avait été aussi brutale qu'inévitable. Elle savait avoir fait la bonne chose, mais elle ne pouvait simplement pas vivre sans son âme sœur sans en souffrir de façon paralysante.

Elle était également tourmentée parce qu'elle l'avait laissé tomber. Au pire moment qui soit. Alors que Tia doutait déjà tant d'elle à cause de la louve, mais aussi parce qu'elle se retrouvait avec  quatre enfants, dont deux nouveaux-nés, dont elle ne saurait sûrement pas quoi faire, et... parce qu'elle l'avait trahie.

Lex écarquilla les yeux. Elle l'avait trahie. Cette révélation lui causa un choc physique. Elle lui avait promis qu'elle ne la quitterait jamais. Elles s'étaient promis de ne plus jamais se séparer après le désastre qui avait amené Tia en prison en Italie plusieurs années plus tôt. Et elle venait de briser sa promesse.

Lex se laissa glissée au sol, atterrée. Son regard glissa sur le téléphone posé près du lit et elle dû se planter les ongles dans la main pour réprimer l'affolante envie de l'appeler.

Elle ne pouvait pas faire ça. Elle était partie pour une bonne raison. Elle ne pouvait pas revenir. Elle n'avait rien résolu.

Cette certitude fit retomber son désir. Avec un désespoir croissant elle remonta ses genoux contre elle avant d'y poser ses avant-bras et de laisser son front reposer dessus. Ses longs cheveux blonds s'étalèrent autour, l'enfermant dans un cocon étouffant.

Elle avait mis au monde deux magnifiques petites filles. Aussi splendide l'une que l'autre. D'une perfection dont elle était persuadée être impossible à créer. Mais elle ne pouvait pas les approcher. Elle était incapable de les toucher sans éprouver une peur terrifiante. Elle en était arrivée a un point ou simplement poser les yeux sur elles la rendait malade.

Elle ne savait pas comment expliquer cela. Elle ne savait pas pourquoi cela arrivait. Elle était perdue. Associer a cela sa terreur de perdre Tia à cause de cette maudite prophétie, de la louve qui semblait dévorer l'âme de celle qu'elle aimait un peu plus chaque jour et sa trahison... cette inimaginable trahison qui la ferait tuer la femme qu'elle aimait... comment pouvait-elle rester à ses côtés dans ses conditions ?!

Cela faisait des semaines qu'elle errait de motels en motels, se demandant comment allait ses enfants, comment tenait Tia. S'escrimant a trouver une solution a ce qui la hantait. Mais elle n'arrivait à rien et elle devenait folle si loin d'elle. Son manque était une torture dont elle n'avait pas imaginer la force.

Elle ne pouvait pas vivre sans elle. Littéralement. Ca la tuait. Et elle était pétrifiée à l'idée que sa compagne, sa si douce, si forte et si fragile compagne, puisse vivre la même torture par sa faute.

Ce fut alors que ça la frappa. Elle ne pouvait pas vivre sans elle. Si jamais Tia devait mourir, elle n'aurait qu'à la rejoindre tout simplement. Elle se redressa d'un coup.

Et puisqu'elle l'avait déjà trahie, elle n'avait plus à craindre de le faire. L'acte qui menait à la trahison importait peu. Ce qui torturait Alexia était le fait même de trahir Tia. Et puisqu'elle l'avait déjà fait, c'était comme si la prochaine n'avait plus d'importance. Certes, dans celle de sa vision elle tuait Tia en le faisant, mais puisqu'elle avait pris la décision de partir avec elle si cela finissait par advenir, quelle importance ?

Un rire d'autodérision éclata soudain dans la pièce. De qui se moquait-elle ? Tuer Tia n'avait pas d'importance ? La trahir une seconde fois non plus ? Et leurs enfants dans tout ça, comptaient-ils si peu qu'elle ne s'en souci même pas ?

- Je deviens vraiment folle, gémit-elle le désespoir faisant couler des larmes de rage le long de ses joues. Tia, souffla-t-elle dans un gémissement, je ne peux pas... je...

Elle se roula en boule sur le sol et laissa les larmes couler en silence. Si elle ne revenait pas auprès de Tia autant mourir maintenant, songea-t-elle au comble du désespoir. A quoi bon vivre comme ça ?

                                                                       ***

Linya arriva dans une maison encore endormie. Un peu surprise du silence, pour une fois il ne semblait pas y avoir de touriste, elle déposa ses affaires dans la chambre qui était devenue la sienne et passa voir chacun des enfants dans leurs chambres.

Satisfaites de les voir encore endormis, elle se dirigea vers la cuisine. Elle vit que le café avait été lancé et attrapa sa tasse favorite dans le placard avant de s'en verser. Elle s'assit en soupirant sur un tabouret et contempla d'un air absent le dessin de son mug. Il s'agissait d'une perle blanche, toute simple, perdue entre le fond d'un riche bleu intense et une plume qui l'effleurait en tombant. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle aimait cette tasse plus que les autres.

Elle parcouru du regard la pièce et vit le mot que Tia avait laissé ainsi que les biberons. Elle attrapa la note, la lut et la reposa en se demandant quand elle était partie et donc, quand elle rentrerait.

A peine quelques minutes plus tard elle vit Tia passer la porte de la cuisine et sursauta, elle ne l'avait pas entendu rentrer, avant de sentir un sourire fleurir sur son visage. Dieu qu'elle lui avait manqué...

Elle se leva et se jeta dans ses bras.

- Je n'ai pas entendu la porte d'entrée, tu es toujours aussi silencieuse qu'un chat, marmonna-elle tout contre son cou en la serrant contre elle.

Elle se recula un peu, sans cesser de l'enlacer, et nota son regard rougit par les larmes. Sans cesser de sourire elle se mit sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur son nez.

- Tu m'as manqué Tia.

La grande femme sentit quelque chose se dénouer et enlaça Linya a son tour tout en lui rendant son sourire. Elle posa ensuite son front contre le sien et soupira.

- Tu m'as manqué aussi.

- Mes affaires m'ont tenue longtemps loin d'ici cette fois mais... j'ai toujours autant l'impression de n'être chez moi que lorsque je suis là, constata-t-elle d'un ton absent avant d'ajouter :

- Je suis désolée d'avoir mis si longtemps à revenir.

Comprenant ce qu'elle ne disait pas, Tia, les yeux toujours fermés et son front ne quittant pas le sien, protesta :

- Ta présence n'aurait rien changé. Lex... Lex n'était plus elle-même. Tu ne l'aurais pas reconnu. Tu n'aurais rien pu faire.

Linya ne dit rien. Lex et elle avait grandi ensemble. Elles se connaissaient de façon intime. Elle savait qu'elle aurait pu faire la différence. Au moins la raisonner, ouvrir le dialogue qui semblait rompu entre elle et son âme sœur.

Tia sentit sa réserve mais ne tenta pas de la convaincre plus avant. Sa crise de larme l'avait épuisée. Elle inspira profondément, se redressa et plongea son regard azur dans celui d'une amie devenu si chère a son cœur que sa simple présence l'apaisait.

Elle sourit doucement et lâcha :

- Tu as le même effet sur moi que Lao Ma et Lex...

Linya accepta le compliment en lui rendant son sourire. Elle le savait déjà. Tia et Lex, le lui avait répéter plusieurs fois au cours des années passées. Tia était toujours si émerveillée et surprise qu'une autre que sa bien-aimée Lex y parvienne que s'en était touchant. Et Lex... Lex toujours aussi jalouse, même si elle se contrôlait mieux et parvenait presque à le cacher.

- Je t'aime Tia.

La jeune femme écarquilla les yeux avant de répondre maladroite et embarrassée :

- Moi aussi.

- Toi aussi quoi ? Rétorqua-elle pour la taquiner.

- Je... heu... je t'aime aussi, finit-elle par bredouiller la voix chevrotante.

Linya éclata de rire et planta un baiser sonore sur sa joue avant de s'écarter et d'aller récupérer sa tasse.

- J'adore tellement quand tu paniques comme ça, se moqua-t-elle en la regardant par dessus sa tasse. Tu es si adorable quand tu es gênée.

Tia se racla la gorge avant de ramasser ce qui lui restait de dignité et de se verser un bol de café.

- Un bol carrément ? Railla Linya.

- J'ai mal dormi, répondit Tia en baissant les yeux.

Tia dormait mal sans Lex. Ca avait toujours été ainsi se souvint Linya. Elle posa sa main sur celle de son amie et déclara :

- Je dormirais avec toi cette nuit.

Tia secoua la tête.

- Je ne suis pas un bébé Linya...

- Je dormirais avec toi, la coupa-t-elle doucement en pressant sa main, son regard plongeant dans le sien.

Tia souhaitait protester. Elle pensait vraiment ce qu'elle avait dit. Elle n'était pas une enfant. Elle n'avait pas peur du noir. Pas peur de la solitude. Elle ne voulait pas être protégée comme ça.

Mais elle dormirait peut-être mieux si quelqu'un était avec elle. Avec un peu d'effort elle pourrait se convaincre que c'était Lex et oublier pour quelques heures que son monde avait éclaté...

Alors elle cessa de jouer les dure, hocha la tête et la remercia. C'était ça qui était magique avec ses amies, on n'avait pas à se forcer. On pouvait être faible parfois.

- Rhapsody mange avec nous ce midi.

- C'est de là que tu viens ? S'enquit Linya

Tia hocha de nouveau la tête.

- Tu la vois beaucoup ces derniers temps ?

Tia releva la tête, quelque chose dans son ton l’interpellant.

- Pas vraiment. Je l'ai évité depuis le départ de Lex en fait.

- Evité ? Il y a une raison à cela ?

Tia pencha la tête de côté pour l'observer, essayant de comprendre ce qu'elle sentait.

- Tu es jalouse ? Lança-t-elle sur une inspiration.

La bouche de Linya se crispa puis elle soupira en reposant sa tasse.

- Je crois que oui, répondit-elle d'un ton blasée.

- Mais pourquoi ? Fit la grande femme éberluée.

Linya la fixa d'un air pensif.

- Je ne sais pas trop. La peur de perdre une amie qui m'est très chère peut-être ?

Tia fronça les sourcils.

- Tu...

- Je sais ce que tu vas dire, l'arrêta Linya. Mais c'est Lao Ma et je suis...

Ayant du mal a mettre des mots sur ce qu'elle ressentait elle s'interrompit en fronçant les sourcils.

- Tu ne sais pas à quel point toi et Lex comptez pour moi. Tu ne sais pas à quel point je me sens proche de toi. Autant que de Lex. Je t'aime avec la même force que je l'aime et toi et moi n'avons jamais eu, dans toutes nos vies passées, les liens que tu as eu avec Lao Ma. Jamais.

- Je...

Tia s'interrompit. Elle ne savait pas quoi répondre à ça.

- Et puis... je me sens comme... obligée de te revendiquer aussi.

- Hein ?

Linya eut un petit sourire devant l'expression de Tia.

- Pas comme ça Ti. Juste... Lex n'est pas là et c'est mon amie. Quelque part je me sens obligée de défendre ce qui lui appartient.

Tia cligna des yeux. Linya sourit à nouveau puis lâcha un petit rire avant de se pencher vers elle et de dire :

- Donc tant que notre Lex n'est pas revenu chère Tia, tu es à moi. Gare a tes fesses.

Tia cligna une fois de plus les yeux. Comment était-elle sensée le prendre ? Linya agissait comme si Lex allait forcément revenir, comme si elle n'était partie qu'en vacance.

- Elle va revenir. Je te le jure Ti, Lex va revenir.

- Tu sembles si sûre de toi...

- C'est de toi que je suis sûre.

Tia fronça les sourcils.

- Elle ne peut pas vivre sans toi, dit-elle avec un sourire triste. Rappelle-toi que sa pire terreur est de devoir te quitter trop tôt à cause de sa maladie...

Tia baissa la tête, les yeux sur le plan de travail.

- Elle a changé, rétorqua-elle la gorge serrée. Elle s'est peut-être finalement rendu compte que je ne suis...

- Stop. Ne va pas dans cette voie. Et arrête de te réfugier derrière ces excuses idiotes. Ca n'a jamais eu de prise que sur toi. Lex n'a jamais trouvé que tu n'étais pas assez bien pour elle, alors arrête. Vous avez fondé une famille et on sait toute les deux que tu ne lui as pas facilité la tâche. Et rien ne pouvait la rendre plus heureuse que cette famille.

- Mais tu ne l'as pas vu ! S'écria son amie. Avec les jumelles elle était juste... elle ne pouvait même pas les toucher ! Elle les déteste ! Elle...

Linya se leva soudain et prit le visage de Tia entre ses mains avant de l'embrasser avec force. Elle quitta ses lèvres lorsqu’elle sentit la grande femme se figer et lança :

- Tu connais Lex aussi bien que moi. Elle avait une bonne raison de partir. Lorsqu'elle sera prête, lorsqu'elle sera obligée de faire face à l'évidence, elle reviendra. Je n'ai aucun doute là-dessus.

Tia déglutie, essuya les larmes qui lui avait échappé et accepta les propos de Linya. Elle connaissait Alexia depuis plus longtemps et elle semblait n'avoir pas le plus petit doute. Alors même si Linya n'avait pas vu Lex depuis son retour de la maternité, Tia décida de faire confiance a son amie. A Lex aussi. La Lex qu'elle aimait et avait épousé n'était pas capable de vivre sans elle. La Lex qui possédait son cœur et son âme depuis des siècles avait l'habitude de se battre pour elles. Linya avait raison. Lex reviendrait. Elle devait y croire.

                                                                       ***

Ashee sourit. Les yeux fixés sur les flammes noires qu'elle avait invoqué, elle sentait le dévoreur d'âme satisfait.

- Tout se déroule comme prévu, fit-t-elle en se retournant vers son Lieutenant favori.

C'était également le fils de l'ancien chef qu'elle avait tué pour modeler cette tribu a son image. Il était suffisamment jeune pour qu'elle lui lave le cerveau sans problème. Depuis la mort de son père, premier sacrifice requis pour lancer le retour du dévoreur dans leur monde, elle l'avait gardé auprès d'elle et l'avait « éduqué ». Il n'avait que 17 ans mais elle le savait loyal envers elle et envers leur cause.

Sa magie associé a sa rébellion d'enfant qui l'avait poussé a trahir son père, l'enchaînait à sa personne comme un chien a son maître. Ce qu'il était précisément pour elle, songea-t-elle avec un sourire mauvais.

- J'ai une mission a te confier. Une mission d'importance.

Il hocha la tête et attendit les instructions.

- Je veux que tu t'infiltres dans l'entourage de la Gardienne. Que tu l'observes et que tu te rapproches de ses enfants.

Il hocha la tête et Ashee se retourna vers le feu noir. Le départ de la Traîtresse n'avait pas été prévue et l'avait obligé à revoir ses plans. Mais finalement cela avait été une chance. La trahison que la prophétie avait raconté au fil des années pouvaient ne pas être a prendre littéralement avait-elle fini par songer. Son départ pouvait être cette trahison tant attendu et si crainte par la Traîtresse. Cela avait entraîné des réactions qui, en définitive, allait grandement servir ses plans.

Elle n'avait pas besoin que Gabrielle se retourne contre la Gardienne. Elle n'avait qu'a les garder séparer et, pour le cas où elle reviendrait, a inciter les choses à s'envenimer entre elles. Avec son départ, la foi de la Gardienne en elle était déjà ébranlé. Elle n'avait qu'a poussé un peu plus les loin les choses pour être certaines que rien ne pourrait restaurer leur foi l'une en l'autre.

Et elle avait son idée sur la façon de faire et qui utiliser pour cela. Elle sourit puis se tourna vers son jeune Lieutenant.

- Je vais venir avec toi. Cela facilitera grandement les choses pour toi et à moi, cela me permettra de faire quelques... ajustements.

- Quel sera la priorité sur place Prêtresse ?

- Pour toi, comme je te l'ai dit, te rapprocher des jumeaux. Ils sont les réceptacles de nos Maîtres. Ils doivent donc être traiter avec la plus grande circonspection. Le mieux serait qu'ils nous rejoignent de leur pleins gré. C'est important pour le rituel et la force que notre Maître aura a sa disposition. Mais au pire, on pourra s'en passer. Néanmoins, essaie au maximum de les amener a nous par eux-même. Le temps que cela prendra ne compte pas. Pour moi... garder la Traîtresse et la Gardienne séparer. Et continuer de détourner l'attention de la Gardienne de sa Louve. Ces deux-là ne doivent jamais fusionner.

Elle se détourna du garçon et se dirigea vers sa table de magie. Elle ouvrit un livre et commença à chercher :

- Cela ne nécessitera que le renforcement de sentiments déjà présent. Pour ce qui concerne la Traîtresse, je vais avoir besoin de quelque chose de plus subtile.

- Pour les gardez séparer ?

- En effet, mais j'ai commis l'erreur de sous-estimer leur relation par le passé et la force de leurs liens. Je ne peux pas faire cela deux fois. Je préfère prévoir quelque chose pour le cas où la petite blondasse revienne quand même. Les Dieux ne devraient plus intervenir d'après le Dévoreur, mais là encore je ne peux être certaine de rien. Aphrodite a toujours eu un faible pour Gabrielle. Elle pourrait briser une fois de plus les règles et aider sa protéger.

Elle trouva enfin ce qu'elle cherchait dans son livre et avec un sourire de joie mauvaise, lâcha :

- Je vais donc envoyer un petit cadeau afin de les aider à faire le bon choix.

 

Chapitre 3 :

Tia essayait de comprendre comment les choses en étaient arrivées là. Elle était assise à la table du salon, Linya à sa droite et Rhapsody à sa gauche. Toute trois partageait un repas, mais cela ressemblait plus à une guerre froide.

« Heureusement que les enfants sont en ville avec leurs amis et que Fréderic à emmené les Jumelles faire un tour » songea Tia aussi embarrassée que gênée par l'attitude de ses deux amies. Frédéric était complètement gaga de Jiyeon et Maki et il adorait jouer les grands-pères gâteaux avec sa compagne. Laquelle était tombée sous le charme des magnifiques petites filles dès qu'elle les avaient aperçue.

« Mais qui ne le ferait pas ? » Songea leur mère avec fierté, elles étaient absolument et en toute objectivité, d'une perfection totale. « Enfin... a part Lex ».

Le manque d'amour de sa femme pour leurs filles étaient quelque chose qu'elle ne comprenait pas. Pire, elle lui en voulait. Soupirant intérieurement, elle revint à la scène présente et se demanda comment ce repas allait finir.

Linya agissait comme elle en avait prévenu Tia plus tôt dans la matinée. Comme si elle était sa propriété, ce qui ne semblait pas du goût de Rhapsody. Et elle, Tia, ne savait pas du tout quoi dire pour calmer les choses. Déjà elle ne savait pas bien comment prendre l'attitude de Lynia. Mais y réfléchir était au dessus de ses forces.

Depuis le départ de Lex elle devait mobiliser tout ce qui était en elle pour s'occuper correctement de ses enfants. Elle n'avait pas la force de faire plus. Pas l'envie non plus. Aussi décida-t-elle de les laisser se débrouiller. C'était ses amies de toute façon, elles ne feraient rien de complètement définitif. Du moins elle l'espérait.

- Tu es d'accord Tia ? Fit soudain Rhapsody en posant une main sur la sienne pour attirer son attention.

Tia sursauta, interrompue dans ses pensées moroses et tourna son attention vers elle.

- Pardon. Tu disais ?

Mais avant que Rhapsody ait pu répéter sa question, une Linya dédaigneuse et aussi vive que l'éclair attrapa la main sur celle de Tia et la rejeta plus loin. Avant de sourire d'un air satisfait à sa rivale en prenant la main de Tia de façon ostensible et de croiser leurs doigts.

La mercenaire fixa leurs mains enlacées un peu gênée avant de se racler la gorge et de regarder Linya. Elle devait dire quelque chose pour la calmer, clairement elle cherchait les ennuis, mais était à court d'inspiration.

En plongeant son regard dans celui noisette de son amie, elle découvrit autant de détermination que d'inquiétude. Elle vit également une pointe de malice et cela, plus que tout autre chose, l'empêcha de dire quoi que se soit. C'était une attitude si... identique à celle de Lex, que la nostalgie l'envahis. Elle baissa les yeux et se concentra sur leurs mains jointes en se persuadant que c'était celle de son aimée.

Elle la serra en fermant les yeux avant de se traiter de lâche et de les rouvrir en portant son attention sur Rhapsody. Qui la fixait d'un air choquée et déçue.

- Ce n'est pas ce que tu crois, fit-elle la voix éraillée à cause de la boule qui lui enserrait la gorge.

- Je n'ai rien dit, rétorqua son amie.

- Tu n'en as pas besoin, ton regard parle pour toi.

Rhapsody se tue et laissa son attention errer. D'abord sur le visage de Tia. Puis sur celui de Linya. Enfin, sur le reste de la maison et le temps splendide au dehors. Qui était-elle pour juger ? Lex avait abandonné sa famille. Si Tia voulait se consoler avec quelqu'un d'autre, elle en avait parfaitement le droit.

Alors pourquoi cela l'ennuyait-t-elle autant ?

- Tu fais ce que tu veux, lâcha-t-elle finalement.

Elle avait l'impression que Tia trahissait Lex. Ou plutôt l'amour qu'elles se vouaient. Tia et Lex avaient toujours agit comme si rien au monde n'était plus susceptible de les rendre heureuse que les sentiments qu'elles se portaient. Qu'ils les rendaient vivante, capable de renverser le monde. Elles lui avaient fait croire que l'amour avec un grand A était réel. Qu'il existait et était merveilleux.

Elle en voulait a Tia de briser cette image et cette promesse implicite en se consolant si facilement du départ de celle qu'elle appelait pourtant son âme sœur.

Linya choisit cet instant pour intervenir :

- Non vraiment, ce n'est pas ce que tu crois. Tia et moi sommes aussi proche que je le suis de Lex. Ni plus, ni moins.

Rhapsody fronça les sourcils, perplexe. Qu'est-ce que c'était sensée vouloir dire ? Elle se souviens soudain des remarques d'une femme lors du mariage de Lex et Tia, quelques années plus tôt, qui faisait allusion a un trio...

Elle écarquilla les yeux. Nan quand même pas ?? C'était d'elle qu'elle parlait ? C'était... réel ??! A en voir leur main soudée, c'était sûrement le cas.

Mais en ce cas, pouvait-on encore parler de grand amour, d'âme sœur et que sais-je encore lorsque le couple devenait trio ??? Une morsure de jalousie soudaine flamba dans son cœur et elle se mordit violemment la lèvre pour la faire taire. Elle était toujours aussi confuse lorsque celle-ci apparaissait et ne comprenait pas comment une telle chose était possible.

Pouvait-on être amoureux sans être attirée ? Mais peut-être se leurrait-elle, peut-être était-elle réellement attirée par Tia après tout.

Son regard son posa sur ses lèvres et elle s'imagina l'embrasser. Mais comme les fois précédentes, cela ne réveilla absolument pas sa libido. Bien au contraire même, cela calma instantanément sa bouffée de jalousie.

Incompréhensible.

Elle soupira puis capitula. Ca n'avait aucune importance. Aujourd'hui son amie était venue la voir parce qu'elle souffrait. Pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, Tia avait baissé sa garde et était venue la voir pour se confier.

Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle était en dessous de tout depuis son arrivée une heure plus tôt. Bien qu'elle ne comprenne pas d'où cette improbable sentiment de propriétaire provenait, elle le mit de côté afin de se concentrer sur son amie.

Et si son amie avait besoin d'une « distraction » pour se sentir mieux, alors soit.

- C'est bien que Tia soit entourée dans un moment comme celui-ci, déclara-t-elle en regardant Linya bien en face.

Celle-ci sentit le changement d'atmosphère et, après une hésitation, hocha la tête en signe d'acceptation.

- Qu'est-ce que tu dirais si on rejoignait Frédéric et Anne après le repas ? Lança-t-elle en se tournant vers son amie. Je n'ai pas revue mes filleules depuis leurs naissances et je suis curieuse de voir combien elles ont grandi !

Tia hocha la tête, soulagée que la tension disparaisse, même si elle se demandait ce qui s'était passé et interrogea Rhapsody :

- Tu viens avec nous ? Ca fait longtemps que tu n'as pas vu Maki et Jiyeon.

Rhapsody acquiesça avec plaisir. Des bébés, surtout aussi joyeuse et magnifique que ceux-là, ne pourrait qu'alléger définitivement l'ambiance. De plus, elle voulait apprendre a mieux connaître Linya.

- Bien alors, finissons vite notre repas et filons passer quelque chose de plus léger, il fait vraiment chaud, et rendons nous tous au lac, ok ? Lança Linya.

Les deux femmes hochèrent la tête dans un bel ensemble et Tia sourit. Ses filles et le lac. Un après-midi agréable se profilait.

                                                                       ***

Linya était allongée sur une serviette de bain, les coudes relevés, en maillot deux pièces rayé rouge et blanc, et lorgnait Tia avec un brin d'agacement. La grande femme était peut-être déprimée, mais dieu, elle n'avait pourtant rien perdue de sa perfection !

Elle n'avait pas mis de maillot. Elle portait un short en jean qui moulait son derrière parfait et un haut de bikini noir avec des sortes de dentelles noirs sur le dessus. Avec sa peau cuivré et ses longs cheveux noirs et raide lâchés, elle était à se pâmer.

Linya souffla de frustration et se laissa retomber sur le dos.

- Tu boudes ? Fit soudain la voix de la mercenaire tout près d'elle. 

Linya sursauta et la regarda approcher sans rien dire. Tia s'assit a ses côtés et leva un sourcil.

- Non, daigna-t-elle finalement répondre.

- C'est très convaincant, s'amusa son amie.

Linya la fusilla du regard et lâcha du bout des lèvres :

- Tu es obligée d'être si foutrement parfaite all the time ?

Un lent sourire se dessina sur le visage plus que satisfait de son amie, et Linya sentit son humeur s'assombrir encore. Elle grinça des dents et détourna les yeux et entreprit d'ignorer la perfection a ses côtés lorsque une parfaite et mignonne petite chose roses s'approcher en babillant des sons sans queue ni tête.

Elle en oublia tout ses griefs et observa Tia prendre délicatement dans ses bras la petite fille qui rampait dans sa direction. Tia manipulait ses filles avec tellement de douceur, tellement d'attention et tant d'amour que le cœur de Linya se gonflait de tendresse.

Elle vit Rhapsody approcher et retient un mouvement d'humeur. Rien a faire, elle ne parvenait pas a apprécier la jeune femme. Elle était pourtant spirituelle et chaleureuse, elle possédait un rire communicatif et charmant et semblait être une excellente amie pour Tia. Mais elle ne pouvait se défaire d'un sentiment d'agacement à chaque fois qu'elle la voyait.

Jetant un coup d'oeil a Tia, elle se demanda si c'était en rapport avec elle. Incapable d'avoir une réponse, elle renonça a y réfléchir et tenta, une fois encore, de laisser une chance a la jeune femme.

Celle-ci s'assit a ses côtés et, tout en observant Tia jouer avec sa fille, entreprit de lui poser un millier de question.

De son côté Tia profitait de ce moment de calme extrêmement rare et sourit a son ancien mentor qui, avec sa compagne, faisait barboter Jiyeon au bord du lac et lança un coucou sonore à sa fille avant de revenir à Maki qui essayait de mettre dans sa bouche une mèche de ses cheveux.

Elle rit et retira la dites mèche de ses mains avant d'effleurer le ventre de sa fille pour le plaisir de l'entendre rire.

Maki était l'enfant qui lui ressemblait le plus. Elle possédait ses yeux bleus et ses cheveux d'un noir d'encre. Mais le bleu de ses yeux tirait sur le turquoise et donnait a son regard une beauté sans pareille. Elle possédait en outre des bouclettes adorables qui ornait sa tête et venait, selon son oncle Gin, du côté de sa mère. Sa peau était aussi cuivré que celle de Tia et cela ravissait la grande femme.

Jiyeon était née trois minutes avant Maki, elle était donc techniquement l'aînée, comme Len l'était avec Lara. Jiyeon ressemblait à Lex. Elle était blonde, mais d'un blond presque blanc,  avec des yeux d'un vert intense mouchetés de paillettes d'or. Sa peau à elle était rosé, comme celle de Lex et Linya.

Souvent on lui demandait pourquoi ses filles portait des noms asiatiques alors qu'elles n'en possédaient aucun trait. Tia se contentait de rire sans répondre. Un nom pour elle, se devait de refléter un esprit, des qualités et non une origine géographique. Mais allez expliquer ça sans automatiquement déclencher un débat.

Elle joua avec ses filles une partie de l'après-midi, laissant son âme se remplir de cette joie intense que lui procurait leurs rires, leur odeurs, leurs babillements joyeux et leurs petites joues minuscules.

A la fin de la journée, Tia se sentait mieux. Grâce a ses filles, mais également grâce a Linya, Rhapsody, Anne et Fredéric. Ils avaient vraiment pris grand soin d'installer une atmosphère chaleureuse et légère et cela avait fonctionné.

Ils avaient ensuite tous rejoint l'arrière de la maison pour lancer un grand barbecue suite à une idée lancé par Anne. Tia s'était occupé du feu, arguant que tant qu'a faire un barbecue en plein air, autant en faire un à l'ancienne.

Une heure plus tard, la viande grillait au dessus du feu, empalé sur des tiges en fer et Len et Lara les avaient rejoints. Apparemment ses jumeaux aînés avait passé une super après-midi avec leurs amis.

- Maman, lança soudain Len la bouche pleine, j'ai dit a Jenny qu'elle pourrait venir la semaine prochaine, c'est bon pour toi ?

Tia avait dévisagé son fils quelques instant, interdite.

- Tu as fait quoi ?

- J'ai dit à Jenny...

- Je sais ce que tu as dit, le coupa-t-elle.

- Ben alors...

- Tu as invité ta copine sans me demander mon autorisation au préalable ? L'avait-elle à nouveau interrompu froide comme la banquise.

- J'ai 18 ans m'man, avait rétorqué son fils avec impudence, je ne suis plus un bébé. Et c'est les vacances la semaine prochaine alors...

- Oh et tu paies un loyer aussi ? Tu fais les courses ? Tu travailles ?

Len allait rétorquer, de mauvaise humeur, quand elle avait repris la parole :

- Tu as 18 ans Len, mais tu vis chez moi. Quand tu seras autonome tu décideras de ce que tu veux faire chez toi. Ici se sont mes règles.

Len avait ouvert la bouche.

- Je n'ai pas terminé. Jenny est encore mineure, reprit-elle après un silence lourd. Tu ne décides pas pour elle. Tu m'informes de tes envies et JE parle avec son père. Tu n'es pas un adulte parce que la loi dit que tu l'es.

Elle ne l'avait pas quitté des yeux et Len avait fini par baisser la tête aussi énervé que honteux.

- Je me suis bien fait comprendre ?

Il avait hoché la tête et elle n'avait plus insisté. Le reste de la soirée s'était passé de façon agréable entre grillade, blagues idiotes et jeux de cartes.

Elle savait que dès le lendemain elle téléphonerait au père de Jenny pour faire venir la jeune fille comme convenue. Len et Lara, même s'ils n'en parlaient pas, avaient été très affecté par le départ de Lex. Et avant ça, par leurs disputes régulière. Lex leur manquait, elle le savait, mais elle ne pouvait rien faire. A part détourner leur attention et les apaiser un peu. Ce que Jenny allait très bien réussir a faire pour Len.

Elle s'installa en soupirant dans son lit, fixant sans la voir la porte de la salle de bain en face. Linya en sortie et Tia cligna des yeux. Elle avait oublié que son amie dormirait avec elle ce soir. Elle la suivit des yeux alors qu'elle rejoignait le côté opposé du lit et la détailla. Ses cheveux blonds et bouclés avaient été raidie et avait beaucoup poussé. Ils lui arrivaient au bas des reins et Tia dû admettre que cette coiffure lui allait à ravir.

Pour dormir elle avait revêtu un déshabillé en satin rose pâle qui s'arrêtait au dessus du genou et cela la fit sourire.

- Quoi, fit celle-ci en avisant son petit sourire amusée.

- Tu dors vraiment avec ça ?

Linya examina sa tenue, perplexe avant de revenir à elle :

- Et bien oui... il fait chaud en ce moment et j'adore les déshabillés. Pourquoi ?

- C'est tellement... cliché

Linya s'arrêta dans son mouvement et s'assit sur ses pieds repliés, mains sur les genoux.

- Cliché ? En quoi ?

Tia haussa les épaules.

- C'est toujours comme ça les femmes sont fringués dans les séries tv. C'est sexy et léger, et parfait pour séduire.

Linya éclata de rire avant de s'allonger dans le lit en secouant la tête.

- Je te rassure belle gosse, je n'ai pas l'intention de te séduire. Je suis juste une adoratrice des déshabillés.

Tia leva un sourcil et lâcha :

- Chacun ses lubies.

Linya lui avait tiré la langue avant de se blottir sous les draps et de se tourner sur le côté pour lui faire face.

- Les enfants sont bien couchés ?

Tia hocha la tête.

- Les jumelles ont été lessivés par cette sortie en plein air je crois. Elles se sont endormis sitôt la tête posé sur leur couchette. Len est encore au téléphone avec Jenny, mais il doit raccroché dans 5 minutes et Lara finit ses devoirs.

- Tu te couches toujours avant tes aînés ?

La mercenaire secoua la tête en expliquant :

- Jamais. Ils ont l'habitude de se coucher tard, mais jamais après moi. Aujourd'hui, disons que je suis fatiguée.

Linya n'ajouta rien. Si Tia dormait aussi peu qu'elle le pensait, ça n'avait rien d'étonnant. Elle tapota l'oreiller a côté d'elle et son amie finit par s'allonger a son tour. Linya mit près d'une heure a s'endormir, il en allait toujours ainsi lorsqu'elle changeait de continent. Elle en profita pour penser à Lex tout en restant attentive au sommeil de Tia. La jeune femme avait plongé dans les bras de Morphée extrêmement vite.

Au milieu de la nuit, un mouvement brusque la réveilla. Linya mit quelques secondes avant de  se souvenir où elle se trouvait et quelques secondes de plus avant de comprendre ce qui se passait.

Tia avait un cauchemar. Et ce qui l'avait réveillé était les bras de son amie. Elle avait attiré Linya entre eux et plongé son visage sur le haut de son ventre en gémissant de frayeur.

Linya posa une main sur le sommet de son crâne et fredonna une chanson pour essayer de la calmer. Lex lui avait souvent dit au fil des années que sortir Tia d'un de ses cauchemars était aussi stressant que difficile. Mais elle avait finis par trouver une méthode lui permettant un retour en douceur parmi les éveillés. La calmer grâce a une chanson était la 1ère étape. Accompagner ceci de caresse en cercle dans son dos était la suivante. Une fois celle-ci calmer il fallait la secouer doucement pour la réveiller complètement.

Linya était sereine. Contrairement a Lex, elle n'était pas amoureuse de Tia au point d'être physiquement affecté par sa souffrance muette. Bien sûr cela lui serrait le cœur, mais sa vie n'était pas en danger et elle savait quoi faire. De plus elle avait l'habitude des comportements apeurés de femmes et d'enfants ayant subis des traumatismes à cause de Lyoko. Aussi était-elle passablement blindée.

Après de longues minutes, les tremblements de Tia se calmèrent et sa respiration se fit plus profonde. Elle ouvrit les yeux quelques secondes après, lorsque Linya la secoua en l'appelant doucement.

Elle resta un long moment ainsi, sans bouger, les bras autour de la taille de Linya, sa tête contre son estomac, à se vider l'esprit. Linya ne chercha pas à briser le silence et elle lui en su gré.

Finalement elle se redressa et se laissa tomber à côté de Linya. Elle était sur son côté droit et Linya se mis sur son côté également, afin de faire face à son amie. Elles se regardèrent un long moment puis Linya chuchota :

- Ca va mieux ?

La mercenaire acquiesça légèrement.

- Tu veux en parler ?

Tia hésita puis ouvrit la bouche, hésita encore et lâcha :

- Non.

Linya hésita à son tour. Elle n'était pas Lex mais savait que Tia avait besoin de sortir ce qui la tourmentait. Grâce à son expérience dans ce domaine, elle savait que le timing était important. Parfois il fallait en pousser certain pour qu'ils se confient. Parfois c'était l'inverse. Avec Tia c'était très changeant bizarrement.

Suivant son intuition, Linya lança soudain :

- Je lui en veux moi aussi tu sais.

Elle sentit l'attention de son amie se braquer sur elle avec une intensité dérangeante.

- Elle ne m'a rien dit. N'as même pas essayé de me contacter. Elle a juste... disparu. Comme si nous n'avions pas grandis ensemble et tout partagé depuis toujours. Comme si je ne comptais pas, n'était pas importante.

Tia entendit l'amertume et la colère et la compris. Mais elle ne voulait plus penser à Lex. C'était trop douloureux. Trop lourd a transporter jour après jour, heure après heure. Son absence créait un gouffre que ses enfants parvenaient à peine a recouvrir. La journée encore, cela allait, elle était occupée, elle devait penser a ses enfants et à ce qui sauraient les consoler de l'absence de leur mère. Mais la nuit... la nuit elle ne pouvait simplement pas l'oublier.

La présence de Linya aurait dû être une distraction suffisante et elle l'aurait peut-être été mais si son amie se mettait à l'évoquer alors cela n'allait pas fonctionner.

- Je ne veux pas en parler, la coupa-t-elle. Je suis désolée, mais je ne refuse de le faire. On en a déjà discuté lorsque tu es arrivée et il n'y a rien que l'on puisse faire ou dire qui changera quoi que se soit à la situation.

- Il ne s'agit pas de régler les choses Tia, il s'agit de s'en soulager. Tu...

- Ca ne fera rien partir. Je continuerais de ressentir ça et rien ne pourra le changer. En parler ne sert a rien et je ne veux pas le faire alors n'insiste pas, lança-t-elle avec froideur et agressivité.

Linya hocha doucement la tête avant de dire, en hésitant :

- Je comprends. Mais si tu...

Vive comme l'éclair Tia se jeta sur elle. La main sur sa bouche, elle écrasa son corps sur le sien et la fusilla du regard. Le bleu glacial la transperça lorsqu'elle siffla avec colère :

- Je t'ai dis non, Linya. Je ne veux pas en parler. Ne prononce plus son nom. Je ne le répéterais pas, c'est clair ?

Linya déglutit en hochant la tête. Sans la quitter des yeux, Tia retira sa main et ce que fit ensuite Linya la décontenança totalement. Sa jeune amie posa sa main sur sa joue et rapprocha son visage du sien avec lenteur. Saisie, la mercenaire ne fit pas un mouvement alors que les lèvres de son amie se rapprochaient. Juste avant qu'elle ne touchent les siennes, Linya murmura, son souffle se mélangeant au sien :

- Je t'aime Tia.

 

Chapitre 4 :

Le 1er baiser fut léger. Comme une plume se déposant sur un oreiller. Le second plus appuyé, sans pour autant être invasif. Pour le troisième, Linya fit basculer son amie d'un mouvement preste. Tia se retrouva alors sous elle et Linya put, tout à son aise, déposer une pluie de baiser sur sa bouche et son visage.

Pétrifiée Tia ne sut pas quoi faire.

Linya s'arrêta soudain et en plantant son regard dans le sien, réitéra sa déclaration :

- Je t'aime.

Tia se racla la gorge, inquiète et hocha doucement la tête.

- Je ne te ferais jamais le moindre mal si je ne pensais pas cela bénéfique pour toi... tu me crois n'est-ce pas ?

La mercenaire réfléchit quelques secondes puis hocha à nouveau la tête.

- Et je t'ai dit que tant que Lex, LEX, insista-t-elle alors qu'un éclair de colère traversait les yeux bleus sous elle, notre âme-soeur a toute les deux, ne reviendrait pas, tu serais à moi.

Une pause.

- Je l'ai dit, non ?

Tia pinça les lèvres et acquiesça de nouveau, de mauvaise grâce cette fois.

- Tu es à moi.

Linya attendit. Son amie finit par comprendre qu'elle attendait son accord et, sans vraiment savoir pourquoi, elle le lui donna.

- Alors fais ce que je te dis. Ecoute-moi et donne moi autant de crédit que tu donnais a Lex.

Une nouvelle pause.

- Tu as besoin d'en parler, finit-elle doucement. Et je suis ton amie. Ta meilleure amie. Lex compte aussi pour moi. Pas autant que pour toi, mais presque. Tu le sais. Ne me laisse pas seule avec mon angoisse et je ne te laisserais pas seule avec la tienne.

Tia médita ces paroles un long moment. Elle comprit alors pourquoi elle avait donné son consentement a Linya. Elle avait besoin d'un guide qui lui dirait quoi faire et comment se comporter. Sans lui, sans elle, elle ne faisait qu'errer au hasard. Lex avaité été ce guide. Et Linya était la personne à qui elle tenait le plus en dehors de sa femme, et de ses enfants bien sûre. Elle faisait très difficilement confiance et jamais avant d'avoir pu partager un baptême du feu avec celle-ci.

Pourtant elle faisait confiance a Linya. Elle était, avait été, toujours spéciale pour elle. Elle se souvint fugacement que dans leurs premières vies ensemble, si elle avait eu énormément d'admiration et beaucoup d'amitié pour elle, elle n'avait jamais été aussi attaché ni eu une telle confiance en Linya.

A bien des égards cette vie, cette dernière vie que les Dieux lui avaient accordés avec son âme-soeur, était meilleure et pire que tout celles qui avaient précédé. Elle n'aurait plus d'autre chance avec Lex. Elle n'aurait pas plus de temps. Le perdre ne servait pas leur amour et les efforts fait jusque là, au delà du temps et de l'espace, pour avoir une chance de le vivre.

Elle voulait être avec Lex et elle aimait et avait suffisamment confiance en Linya pour l'aider a réaliser son vœu le plus cher.

- D'accord. Je... si la douleur devient trop insupportable, je t'en parlerais. Je... répondrais à tes questions. Je te... laisserais prendre certaines décisions pour moi, comme Lex le faisait. Mais...

Tia fit face a son amie.

- Promets-moi qu'elle reviendra. Promets-moi que tout ce que fais et tout ce que je vais faire, la fera revenir.

Linya soupira.

- Je ne peux pas faire ça Tia. Je ne sais pas ce que Lex a en tête ni même si elle veut revenir. Je ne peux donc pas le faire, mais... je peux te promettre que je ferais tout ce qu'il faut, et te ferais faire tout ce qu'il faut, pour que tu sois en mesure de supporter son absence. Pour que tu sois capable de l'attendre.

Tia serra les poings, incapable de savoir si elle pouvait se contenter de ça. Deux mains fermes enserrèrent les siennes et la grande femme les fixa.

- Tu ne sais même pas, à l'heure actuelle, si tu es capable d'accepter son retour. Tu ne sais même pas si tu le veux.

Surprise Tia releva la tête.

- N'ai pas l'air si surprise, releva Linya avec un petit rire triste. Je suis comme toi tu sais. Bien sûr, au fond de nous, on veut son retour. Mais... elle nous a abandonné. Peut-être avait-elle une bonne raison, peut-être pas. Mais pour toi comme pour moi, on sait qu'aucune raison ne peut être bonne. Elle n'a pas voulu partager ce qui la tourmentait, elle n'a pas voulu nous faire confiance pour l'aider a surmonter le problème. Elle n'a pas eu confiance en nous. En notre relation. Après tout ce qu'on a partagé...

Une larme échappa a Linya qui réprima un mouvement d'humeur mais pinça les lèvres. Tia prit conscience qu'elle n'avait jamais vu son amie pleurer. Elle aussi se sentait trahie...

Alors soudain Tia lâcha prise. Elle enlaça Linya et la serra contre elle en se promettant qu'elles tiendraient le coup. Suffisamment longtemps pour demander des comptes a Lex. Et peut-être, peut-être aussi suffisamment longtemps pour lui pardonner.

                                                                       ***

Les jours suivants, une sorte de routine s'installa. Une routine qui permit a tout le monde de souffler et se détendre. Tia comprit que même sans en parler, elle avait alourdit l'atmosphère. Jusque là ls jumeaux n'étaient presque jamais à la maison. Mais depuis l'arrivée de Linya, ils restaient plus souvent volontiers au ranch.

Frédéric passa plus de temps avec Anna et moins avec elle ou les jumelles à s'inquiéter et la couver. Ce qu'elle apprécia également. Tia eut à nouveau l'impression de faire partie de quelque chose. D'avoir une famille.

Bien sûr, techniquement elle en avait toujours eu une mais ce sentiment, seule Lex lui avait permis de le ressentir. Elle avait resserré les liens entre elle et le reste de sa famille et Tia avait simplement lié sa femme a ce sentiment. D'autant qu'elle était la première à lui avoir permis de le ressentir et de comprendre qu'Enyalios et Frederic avait toujours été sa famille. Qu'elle ne leur avait juste pas permis, et ne se l'était pas permis aussi, de le ressentir.

Aujourd'hui c'était différent. Lorsque Lex était partie, le sentiment familiale avait fait de même. Il manquait quelque chose. Avec Linya, elle ressentait les choses différemment. Bien sûr, il manquait toujours quelque chose pour que sa famille soit complète. Il manquait Lex. Mais elle le ressentait moins durement et elle voyait que c'était la même chose pour les jumeaux.

Linya adoucissait leur perte et leur permettait également de se retrouver. D'être à nouveau une famille.

Linya avait raison. Elle était sa meilleure amie.

En ce moment la jeune femme s'agitait au téléphone après d'un des gestionnaires de ses refuges. Il avait apparemment commis une bourde. Une grosse bourde vu l'énervement de Linya.

Tia jeta un œil a ses jumeaux et leur dit :

- Commencez a scellez les chevaux. Len tu rejoins Tamara et vous préparez les clients à la randonnée.

- On se contente des précautions d'usage ou ont fait la totale ?

- Tu sais quoi, fit sa mère avec un petit sourire malicieux, tu décides. Toi et Lara êtes seuls sur ce coup.

Lara et Len se jetèrent un regard anxieux et perplexe à la fois.

- Tu... veux dire qu'on dirige la sortie seule ? Tenta Lara

Tia hocha.

- Parfaitement.

Len et Lara ouvrir des yeux comme des soucoupes.

- T'es sérieuse maman ?! S'exclama Len au comble de l'excitation. On le fait tout seul ??!

Leur mère acquiesça de nouveau et expliqua :

- Vous avez dix-huit ans comme tu me l'as fait si gentiment remarqué la semaine précédente...

Len grimaça et Tia poursuivie :

- Et il serait temps que vous agissiez en adulte. Tu veux des privilèges d'adultes ? Alors tu dois être responsable comme tel. Vous dirigez la sortie en effet, mais cela signifie surtout que la sécurité de chacun des clients est de vôtre responsabilité.

La mercenaire laissa un silence puis reprit :

- C'est clair pour vous ?

Lara et Len hochèrent la tête dans un bel ensemble et ne purent empêcher un sourire large comme le titanic de s'épanouir sur leur visage.

- On fera ça bien m'man, promit Len.

- Tout se passera bien, ne t'en fait pas, renchérit sa sœur excité comme une puce.

- Si c'est le cas, il est bien possible que je vous laisse gérer également l'arrivée et le séjour des clients qui ont réservé pour la semaine prochaine entière. Un groupe d'amoureux de la nature. Totalement novice en tout.

Là, la mâchoire de ses jumeaux manqua se décrocher.

- Tu, tu c'est sérieux ?? bafouilla Lara.

- Oui. Je superviserais bien entendue et moi, Fredéric ou Linya seront toujours dans les parages pour répondre a vos éventuels questions ou problèmes, mais oui, dans l'ensemble se sera vous qui gérerez. Ce ranch vous appartiendra un jour, cet entreprise également. Il est temps que vous en preniez conscience.

Les jumeaux étaient sidérés et plus que ravis. Len avait néanmoins une réserve. Lara également.

- Lorsque le temps sera venu, Frédéric vous formera aussi sur le côté administratif de l'entreprise.

- Mais les jumelles, lança soudain Len, ça leur appartiendra aussi non ?

Tia sourit.

- Elles pourront travailler pour vous ou faire autre chose. Peut-être même que d'ici là j'aurais lancé une autre affaire et qu'elles en hériteront. Dans tout les cas, ce ranch, c'est a vous qu'il reviendra. Vous l'avez mérité.

Les jumeaux sourirent. Puis Len inspira et lança :

- Maman ?

Tia le regarda et attendit.

- Je... j'ai toujours envie d'être mercenaire tu sais... comme toi.

- L'un n'empêche pas l'autre, répondit-elle avec un sourire. J'en suis le parfait exemple.

Secrètement elle espérait qu'il renoncerait a cette vie en endossant ces nouvelles responsabilités. Lex lui avait expliqué que le lui interdire purement et simplement et était le meilleurs moyen de le braquer et le voir prendre cette voie. Alors elle tentait une approche plus subtile. D'autant que son fils insistait énormément depuis quelques semaines pour qu'elle l'emmène dans sa prochaine mission.

- Et moi je pourrais toujours être Jockey ? Intervient Lara. Ca n'est pas incompatible non ?

Tia secoua la tête.

- Non ça ne l'est pas, confirma sa mère. Mais je pensais que tu avais renoncé a cette idée. Tu n'en parle plus depuis un moment.

- Depuis l'assassinat de mon ancien entraîneur ici tu veux dire ? Contra-elle avec une pointe d'amertume. Frédéric n'arrive pas a en trouver un qui veuille prendre de risque. Apparemment on sait qu'il est mort à cause de notre famille...

Une pointe de culpabilité assaillit Tia. Elle n'avait même pas prit la peine de se renseigner suite à ce malencontreux incident. Elle n'avait pas prêter attention au devenir de sa fille, a ses ambitions. Elle avait été tellement obnubilés par ses propres problèmes.

Décidément, elle avait été en dessous de tout, songea-t-elle avec une pointe de colère envers elle même. Mais a sa décharge, c'était Lex qui gérait ce genre de chose avec Frédéric. Ca lui plaisait énormément de s'occuper des enfants et de leur devenir.

Ca ne l'avait pourtant pas empêcher de partir sans plus se soucier d'eux.

En colère, Tia chassa ces pensées inutiles et revient à sa fille.

- Je vais m'en occuper. J'ai quelques contacts qui devrait pouvoir nous aider à ce sujet.

Lara haussa les épaules. Les yeux sur le plan de travail elle lâcha :

- C'est trop tard de toute façon, je suis trop vieille pour ça.

- N'importe quoi ! S'emporta son frère avant que Tia n'est le temps de réagir. Tu es pile dans le bon âge. En plus tu es toujours petite et légère. Tu t'entraînes seule tout les jours. Tu as toute tes chances au contraire !

Très fière de son fils et touchée par la solidité des liens de ses jumeaux, elle se leva et les enlaça dans une étreinte inattendue.

- Je suis fière de vous, fit-elle en embrassant le haut de leur crâne.

Les jumeaux rendirent son étreinte à leur mère, heureux et fier. Leur mère était peu porté sur les déclarations et il en allait de même pour les étreintes. Ils en étaient donc d'autant plus touchés.

Après cela ils sortirent de la cuisine, le cœur débordant d'amour, de joie et de fierté, paré pour leur première responsabilité d'adulte.

Tia se tourna alors vers Linya, toujours dans le salon et qui s'énervait de plus en plus au téléphone et la rejoignit. Son amie faisait les cent pas et agitait les mains comme pour frapper l'importun ce qui lui tira un sourire.

Elle s'assit sur le canapé et profita d'un moment ou Linya passait devant elle pour attraper son poignet l'attirer à ses côtés. Linya lâcha un petit cri surprit et lui lança un regard déconcerté. Tia entreprit alors de lui masser les épaules et le dos et Linya se mordit la lèvre pour empêche le soupir de bien-être d'être audible.

La tension qui l'habitait se relâcha quelque peu et elle reprit sa conversation avec moins d'agressivité. Quelques minutes plus tard elle raccrocha et prit soin de faire comprendre a Tia qu'elle pouvait continuer.

Elle rassembla ses cheveux bouclés, récemment teint en auburn, sur le côté et les passa par dessus son épaule droite. Elle pencha ensuite la tête de côté et, les yeux fermés, laissa les mains expertes de Tia dénouer les raideurs dans sa nuque avec délectation.

Après de longues minutes de massage en silence, Tia retira ses mains et interrogea Linya :

- Il y a quelque chose que je puisse faire ?

- Autre que ce que tes divines mains viennent d'accomplir ? Soupira Linya d'aise en se laissant allée contre le dossier du canapé. Non.

Elle tourna son visage vers son amie et lui sourit.

- Tout vas bien avec Lyoko ?

Linya hocha la tête mais Tia était septique et le lui fit savoir d'un levé de sourcil.

- Ce n'est pas grand chose. J'ai l'habitude, expliqua la dirigeante. Rien qui ne peut être résolu.

- Je ne dis pas le contraire, rétorqua la mercenaire, je te demande si je peux t'être utile dans cette résolution, rien d'autre.

Linya se mâchonna sa lèvre en réfléchissant et finit par répondre :

- Tu pourrais oui. Si ça ne t'ennuie pas de voyager quelques jours.

- Tu plaisantes pas vrai ? J'adoooore voyager. Et je le sens enfermer ici. Je n'en es pas bougé depuis... enfin bref, j'adorerais t'aider.

Linya hésita une soconde avant d'oser demander :

- Et ça ne posera pas de problème avec... tu sais, ton loup ?

Tia qui l'avait complètement oublié écarquilla les yeux.

- Je... je ne pense pas non.

- Mais tu n'en es pas sûre.

- Eh bien... non. Pour tout te dire je l'avais oublié. Elle se fait vraiment discrète ces temps-ci.

- Ce qui devrait t'inquiéter non ?

- Eh bien... je suppose... oui.

Tia se fit pensive alors que Linya enchaînait :

- La prophétie. Lex m'en a parlé tu sais. Ca n'a pas l'air d'être quelque chose à prendre à la légère.

- Ca ne l'est pas... mais... Lex n'est plus là et je n'ai aucune idée de ce qu'il faut que je fasse. Est-ce que je dois risquer ma vie alors que mes enfants sont seuls ?

- Mais est-ce que tu as seulement le choix ? Je veux dire, Ashee, cette chamane s'appelle bien comme ça non ?

Tia hocha la tête.

- Eh bien cette Ashee est dangereuse et croit dur comme fer à cette prophétie. Je doute qu'elle renonce a venir te tuer. Et si elle vient, tes enfants seront en danger... 

Tia échangea un regard inquiet avec Linya.

- Tu as raison. Mais je ne sais toujours pas quoi faire.

La grande brune se prit la tête entre les mains, les coudes sur ses genoux. Linya mit une main sur son dos et le caressa.

- Appelle ta louve.

Tia lui jeta un regard et attendit.

- Elle semble au courant de beaucoup de chose et n'a apparemment pas vraiment besoin d'être dans les parages pour les connaître ou te les faire connaître. Ce qui est normal vu que c'est un esprit. Elle sera sûrement à même de te dire si tu as encore du temps pour penser. Et peut-être même qu'elle pourra te prévenir lorsqu'Ashee bougera.

Tia réfléchis quelques secondes à ses propos.

- Encore une fois tu as raison.

Elle dévisagea son amie un instant.

- Lex semble t'avoir dit beaucoup de choses...

Cette déclaration arracha un sourire a Linya.

- C'est mon âme-soeur depuis notre naissance.

Tia grimaça. Elle n'avait jamais pu accepter cet état de fait sans une pointe de contrariété. Même si ce n'était pas sur le même plan, Lex et Linya était effectivement des âmes-soeurs et Tia, avait-elle découvert, n'aimait pas, mais alors pas du tout partager.

Linya qui avait suivit son raisonnement rit avant de déposer un baiser sur sa joue.

- Tu l'es aussi rassure-toi.

Puis elle se leva et s'étira en soupirant de bien-être.

- Je n'ai pas besoin que tu me rappelles que Lex et moi partageons aussi un lien, grogna-t-elle agacée.

- Je parlais de toi et moi, se moqua son amie en la regardant par dessus son épaule avant de se rendre sur le patio.

- Oh...

Absurdement satisfaite, Tia la rejoignit en lui demandant :

- Tu as une idée de comment je fais pour contacter la louve ?

- Comment tu fais d'habitude ?

- D'habitude c'est elle qui me contacte...

Linya fit volte-face et l'attrapa par les épaules.

- Tu sais comment faire Tia, alors arrêtes de te poser toute ces questions. Elle est toi et tu es elle. Juste, contacte-la quand tu te sentiras prêtes, ok ?

Tia hésita, puis acquiesça. Linya la lâcha et s'appuya contre la rembarde que Tia avait installée quelques années plus tôt et observa le paysage alentour. Il donnait d'un côté sur la route principale qui menait à l'entrée du ranch après avoir serpenté autour de plusieurs petites maisons et de l'autre sur un immense ravin. Les rochers couvraient toute les nuances d'ocre, rouge, jaune et marron et c'était splendide a voir. En face, on pouvait voir quelques habitations et un plat désertique seulement coupé par les écuries du ranch.

- Il faudra penser à installer une barrière quand les jumelles commenceront a gambader partout, fit-elle en désignant le ravin à leur droite.

- Frédéric n'en a pas mis pour les jumeaux, répondit la mercenaire avec un haussement d'épaule. Et je veux que mes enfants grandissent en ayant conscience que la vie est dangereuse. Tout le temps, partout. Et qu'ils doivent être prudent par eux-même.

Linya la fixa sans rien dire. Parfois Tia la déconcertait complètement. Depuis le départ de Lex elle avait perdue toute son assurance et comptait sur elle pour lui montrer quoi faire et comment mener sa vie. Et parfois, comme maintenant, elle faisait preuve d'une certitude a toute épreuve.

Ce qu'elle venait de dire se tenait. Et c'était même une philosophie de vie qu'elle approuvait car pleine de bon sens. Mais elle l'appliquait a une chose qui ne devait pas l'être.

Cependant la contredire alors qu'elle manifestait si peu de fois son assurance risquait de la faire reculer sur la voie qu'elle essayait de lui faire retrouver.

Elle soupira. Sa tâche était ardue et elle était fatiguée. Elle aussi aurait aimé qu'on la rassure et prenne soin d'elle. Un compagnon de vie était-il si difficile a trouver ?

Elle jeta un œil a Tia. Probablement que oui, concéda-t-elle, et même une fois trouvé, le garder s'avérait très fatiguant et compliqué.

- Tout ce qu'il y a de beau dans la vie mérite les efforts qu'on doit fournir pour les obtenir et les garder, marmonna-t-elle pour elle-même.

- Mais ça n'empêche pas d'être crevé et d'en avoir marre parfois, compléta Tia doucement.

Linya hocha la tête.

- Qu'est-ce qui t'a inspiré cet accès de mélancolie ?

- Toi, répondit son amie un peu tristement.

- Moi ?

- Oui, toi. Ce que tu dis à du sens, enchaîna-t-elle sans lui laisser le temps de répondre, mais tu ne peux pas l'appliquer aux enfants.

Tia fronça les sourcils. Elle était un peu perdue.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu veux que tes filles deviennent fortes et solides et ça se comprends. Mais à la base, chaque être humain est différent. Et tu dois d'abord cerné les forces et les faiblesses de celui que tu souhaites aider ainsi avant de le lancer dans le monde.

Linya secoua la tête.

- Ta façon de voir les choses, et celle de Frédéric à fortiori, est celle d'un monde, d'un peuple qui ne garde en vie que les plus fort. Qui font une sélection. Mais Tia, on n'est plus dans ce monde aujourd’hui. Et même une personne faible à la base peut devenir forte. Il suffit de trouver ses faiblesses et de les combler une par une.

Tia la dévisagea un instant avant de répliquer :

- Tu ne pouvais juste me dire que c'était moins dangereux de mettre une barrière que de compter sur la chance comme avec les jumeaux ?

Linya sourit. Tia le prenait mieux que ce qu'elle avait craint.

- Et en quoi je suis responsable de ta mélancolie ? Lança-t-elle ensuite.

Son amie fit la moue. Elle qui pensait avoir noyé le poisson. Elle opta pour une demi-vérité.

- J'aimerais rencontrer quelqu'un sur qui compter moi aussi...

- Si c'est pour qu'il te lâche quand tu te mets a y croire, tu ne rates rien crois-moi, rétorqua son amie avec amertume.

- Tia on a en déjà parlé, alors on ne va pas revenir dessus, mais tu sais que ce n'est pas si simple alors arrête de faire comme si ça l'était. Ca m'agace.

Tia grinça des dents. Elle détestait quand on la remettait a sa place ainsi. Linya était la seule a oser lui faire comprendre qu'elle se comportait comme un bébé sans détour. Même Lex se débrouillait pour faire passer le reproche pour un compliment.

- C'est un des rare trucs que tu ne partages pas avec Lex, grinça Tia.

- Je ne suis pas Lex, répondit Linya en haussant les épaules. Même si tu as tendance a vouloir penser le contraire.

La mercenaire se retourna vers elle à la fois gênée et outrée :

- Je t'ai déjà dit que je ne l'avais pas fait exprès !

Linya, imitant l'expression favorite de son amie, leva un sourcil sceptique en la dévisageant sans rien dire.

- Je te le jure ! Je dormais ! Je ne l'ai pas fait exprès !

- Je sais que je te plais, répliqua la dirigeante de Lyoko implacable. On le sait toute les deux.

- Bon sang Linya, je te jure que je ne faisais pas semblant pour te tripoter ! Puis je me suis déjà excuser dix fois ! Tu vas me le reprocher encore longtemps ?!

Linya ne pu réprimer son sourire plus longtemps.

- Aussi longtemps que ça te mettra dans l'embarras, répondit-elle dans un éclat de rire.

 

Chapitre 5 :

« Je suis là »

Tia se redressa, à l'écoute.

« Tu me cherchais » Ce n'était pas une question. Tia acquiesça avant de se rendre compte que c'était inutile et répondit tout haut.

« Tes pensées sont les miennes. Tu devrais le savoir depuis le temps »

« Etait-ce un reproche ? » songea Tia avant de grimacer en comprenant que la louve pouvait entendre cela aussi.

« Ecoute, fit-elle finalement, tu dois probablement m'en vouloir... »

« Oh non, répliqua la louve sarcastique, pourquoi ferais-je ça ? »

Tia fronça les sourcils. Est-ce possible pour un esprit fait à partir de tout ce qu'il y avait de plus noir, d'être... sarcastique ? Ca ne demandait pas un peu de lumière, l'humour ?

« Tu te poses trop de questions » Tia sursauta avant de faire la grimace. Elle se frotta les yeux en soupirant. Elle avait du mal a se concentrer ces derniers temps. Elle dormait mal. Malgré la présence de Linya, elle continuait de faire des cauchemars. Et le pire c'est qu'ils concernaient tous Lex. Elle ne cessait de la voir morte et cela la terrifiait.

Linya n'arrêtait pas de lui dire qu'elle projetait ses peurs ainsi, mais Tia avait dû mal à croire qu'il ne s'agissait que de cela. Elle et Lex avait toujours eu un lien particulier et, certes, celui-ci était oblitéré depuis le départ de Lex, mais elle était sûre malgré tout que quelque chose se passait avec sa femme.

« Tu as finis de t'apitoyer sur ton pauvre sort ? » Tia grimaça a nouveau. « Je t'écoute, répondit-elle » « Non, moi je t'écoutes. Tu n'as pas quelque chose à me demander ? »

«  Oui... » Tia hésita. « Ca concerne plusieurs choses en fait... »

« Crache le morceau, ton hésitation est agaçante. Deviendrais-tu faible ? »

Tia pinça les lèvres contrariée avant de répondre :

« Peut-être bien. Lex est partie et mon équilibre s'en trouve ébranlé. J'ai besoin de savoir si elle va bien. Peux-tu me le dire ? »

« Je ne lui suis pas liée. Je ne suis liée qu'à toi »

« Mais tu es moi et je suis liée a Lex. Enfin, je l'étais mais... »

« Je ne peux pas, la coupa la Louve sèchement. »

« Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? » s'enquit Tia sur une intuition.

« C'est la même chose. C'est tout ce que tu avais a demander ? »

Tia inspira profondément pour calmer la colère qui montait et mit de côté son inquiétude pour Lex. « Ashee... j'ai besoin de savoir où elle en est dans ses plans. Ais-je encore un peu de temps ? Les jumeaux sont-ils vraiment en danger ? Va-t-elle les utiliser ? »

« Oh ça y est, la grande et puissante mercenaire s'intéresse à la prophétie capable de la réduire en poussière, elle mais également le reste du monde... »

Tia soupira. Elle n'aimait pas son double. Vraiment pas.

« La réponse a tes questions tient en un seul mot : oui. »

La respiration de Tia se bloqua dans sa poitrine.

« Tu ferais bien de t'y préparer. Elle ne va pas tarder à lancer sa première attaque. Et tu sais que tu ne pourras pas y faire face tant que tu ne m'accepteras pas. »

« Je sais. Mais je ne suis pas prêtes. Je ne suis même pas en mesure de retenir le noir déjà présent en moi alors si tu t'y ajoutes... eh bien je ne pense pas qu'Ashee soit réellement le pire problème qui existera pour le monde »

« Tu es devenu faible... tu as besoin de moi. Une fois réuni, tes doutes s'envoleront »

Tia entendait l'énervement et une pointe de mépris dans le ton de son loup. Elle réprima un mouvement de répulsion tant cela lui rappelait Sassem.

« Si je dois m'unir a toi un jour, il est hors de question que cela me fasse ressentir les sentiments qui agitaient Sassem, répliqua-t-elle sur un ton glacial. Alors tu ferais bien d'apprendre a te modérer. Et a accepter la faiblesse. Ca n'est pas, contrairement à ce que tu penses, un problème. Ni pour vivre, ni pour combattre »

« Tu parles comme si tu avais le choix, se moqua son loup. Mais si tu ne m'acceptes pas, tu mourras. Et tu n'auras plus jamais la possibilité de voir ta bien-aimée Gabrielle. Je ne suis pas seulement ta noirceur, poursuivie la louve implacable. Je suis ta force, ta puissance, la magie dont tu auras besoin pour vaincre le démon de la chamane ! »

Le visage de la mercenaire se ferma.

« Je déciderais quand j'aurais besoin de toi, si j'ai besoin de toi, répondit-elle. Et je ne pense pas que m'unir a toi changera quoi que se soit concernant mon avenir avec Gabrielle. Il n'y aura pas d'autre vie et je sais que je n'irais pas au paradis. J'ai commis bien trop d'atrocité pour ça. »

Tia sentit son âme noir brûler soudain de haine et elle comprit qu'elle n'était pas la seule que cet état de fait déchirait. La louve... comme elle ne cessait de le répéter, était une partie d'elle. Etait elle. Et en tant que tel, à travers les siècles, elle aussi avait aimé Gabrielle. Elle l'aimait toujours avec la même force que la sienne. Le même désespoir.

Alors elle sût qu'elle aussi était bloquée par Lex. Même si Tia la suppliait, la Louve n'était simplement pas en mesure de savoir si leur âme-soeur allait bien. L'agressivité de l'esprit était donc compréhensible. Elle la tenait pour responsable de son départ. Tia n'avait pas pris suffisamment soin de leur âme-soeur, sinon pourquoi serait-elle partie ?

Parfois être un animal devait être plaisant, songea la grande femme, fatiguée. Leur raisonnement était si simple...

« Trouve la ! » cingla son esprit protecteur avec colère. « On n'a trop peu de temps avec elle pour que tu continu de le gâcher ainsi ! »

Puis la mercenaire sentit son âme noire reculer et elle sentit un poids en moins appuyer sur sa poitrine. Et elle respira plus librement.

                                                                       ***

Tia et Linya se trouvait cette fois sur le territoire de Rhapsody. Les jumeaux avaient été invités par les enfants de Rhapsody, Drew et Gipsy. Bien que Drew ait deux ans de moins que sa sœur et les jumeaux, il traînait souvent avec eux. Plus mature que les garçons de son âge, sa sœur n'avait jamais semblé ennuyé de l'avoir toujours dans les jambes.

Tia et Linya avait alors décidé de les accompagner. Tia, car elle souhaitait revoir sa chère Argo, ainsi que s'excuser du comportement quelque peu possessif de Linya de la dernière fois. Linya quand à elle ne voyait pas bien pour quelle raison des excuses étaient nécessaire et avait tenu à l'accompagner simplement parce qu'elle était curieuse de voir ou la professeur vivait.

Et peut-être aussi a tenir Tia à l'oeil. Lex s'était souvent plaintes des liens trop étroits des deux femmes. Elle lui avait expliqué aussi pourquoi, de même que le fait que Rhapsody n'était pas au courant de la raison de cette intimité. Lex aimait beaucoup Rhapsody. Elle la considérait et l'estimait beaucoup, mais elle n'était pas dupe. Tia avait aimé cette femme bien avant de la rencontrer et c'était peu de dire qu'elle avait changé sa vie. De ce fait Lex était constamment nerveuse concernant ses liens avec sa femme.

Et si Lex était nerveuse, alors Linya allait extrêmement vigilante.

Drew avait invité plusieurs de ses amis et Gipsy avait fait de même. Tia aperçut David, l'ex de sa fille parmi eux. Lara aussi et cela ne sembla pas lui faire très plaisir.

- T'en fait pas, fit Len en s'approchant de sa sœur, il ne t'embêtera pas. Il est moins con qu'avant. Il a grandis.

Sa sœur lui jeta un coup d'oeil sceptique.

- Je t'assure. Jany, sa dernière copine, m'a dit qu'il avait été très correcte avec elle. Il ne l'a trompé qu'une seule fois et s'en est excuser sans qu'elle ait besoin de piquer une crise pour ça. Et il l'a largué après 6 mois d'une vraie relation. Il a fait beaucoup d'effort d'après elle.

Lara ricana.

- Cette pouf de Jany est amoureuse de lui depuis la 6ième. Je la vois mal dire du mal de lui. Elle doit rêver qu'il la reprenne ! Rétorqua Lara agacée.

Len aurait rit si sa sœur n'avait pas autant souffert a cause de lui. De plus il soupçonnait son ancien ami de vouloir revenir avec sa sœur. Un an et demi plus tôt ils avaient rompu définitivement après un an de relation tumultueuse. Lara en avait été très affecté et Len n'était pas très sûr que sa sœur s'en soit vraiment remise. David avait été son premier amour. Tout deux s'étaient tourné autour pendant deux ans avant de sauter le pas et de s'essayer au couple.

Len n'était pas prêt à laisser David blesser à nouveau sa sœur. Aussi, lorsqu'il remarqua parmi les amis invité par Gipsy un garçon qui semblait intéressé par sa sœur, s'empressa-t-il de les rapprocher.

Lui même fit signe a Gipsy de le rejoindre. Il sortait depuis peu avec elle et elle avait plutôt mauvais caractère parfois. Il n'avait pas mentionné Jenny, qui devait d'ailleurs venir lui rendre visite la semaine suivante, après d'âpres négociation entre sa mère et la sienne.

Lara n'approuvait pas ses deux relations simultanées et il n'avait pas eu l'intention d'en avoir deux à la base. Gipsy et lui... ça avait un peu été un accident. Il avait trop bu, elle dansait, il l'avait trouvé très attirante et sans plus réfléchir, il l'avait embrassé.

Elle avait rendu son baiser sans hésitation, prouvant par la même qu'elle attendait qu'il se décide depuis un moment. Ou alors elle aussi avait beaucoup trop bu. Toujours est-il que le lendemain, son meilleurs ami Junica, lui avait montré la vidéo de ses exploits de la veille et il avait crânement rétorqué qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait à ce moment là.

Et depuis lui et Gipsy sortait ensemble. Cela faisait donc trois semaines et il n'avait toujours pas décidé si c'était une bonne chose ou pas. De même qu'il se creusait l'esprit pour savoir comment éloigner Gipsy du ranch durant le mois que Jenny allait passer avec lui.

Pour l'heure il était surtout intéressé par la relation entre sa sœur et son nouvel ami. Apparemment il s'appelait Sahel et était arrivé en ville deux semaines plus tôt seulement.

- Tes parents ont été muté dans le coin ? S'enquit-il curieux.

- Ma mère oui. Elle veut venir ici depuis, je sais pas... je dirais deux ans.

- Elle travaille dans quoi ? Interrogea à son tour Lara, charmé par son sourire plein de fossette.

- Elle est soigneuse.

- Vraiment ? Quel est sa spécialité ? Intervient Gipsy.

- Les chevaux.

- Le soigneur de ma mère a démissionné y'a un mois et elle galère pour en trouver un abordable. Ca intéresserait ta mère ?

Sahel haussa les épaules et sans quitter des yeux Lara, lâcha :

- Sûrement. Je lui en toucherais un mot en rentrant.

- Ca intéressera la mienne aussi, fit valoir Lara en minaudant. On avait le même soigneur...

Du coin de l'oeil elle vit le visage de David s'assombrir et éprouva une pointe de satisfaction. En plus Sahel était vraiment beau gosse et son regard, très intense lorsqu'il la dévisageait la troublait énormément.

Finalement ça pourrait bien être une très bonne journée, songea-elle en s'asseyant a ses côtés pour apprendre à mieux le connaître.

                                                                       ***

- Ton fils et ma fille sortent ensemble il semblerait, remarqua Rhapsody en fronçant les sourcils. Depuis quand ?

- Aucune idée, répondit l'intéressée contrariée.

Jenny arrivait dans quatre jours. A quoi jouait son fils ? Rhapsody se rapprocha d'elle, les bras croisés sur la poitrine, les yeux fixés sur leurs enfants.

- En tout cas, ils ont l'air d'être bien ensemble...

- Mmmm.

Tia ne savait pas quoi répondre. Ni comment réagir. Son hôte lui fit signe de la suivre et elles laissèrent les ado entre eux et se dirigèrent vers le manège ou Argo se trouvait.

- Elle va bien, fit Rhapsody. Mais elle a dû sentir que tu allais venir car depuis ce matin elle piaf d'impatience. Si tu pouvais la monter avant de repartir ce soir, ça m'arrangerait.

Tia rit. Rhapsody et elle savait parfaitement que le service, c'était Rhapsody qui le rendait en laissant la mercenaire passer du temps avec sa chère jument.

Avant d'arriver au manège, Linya les rejoignit, s'imposant, pas du tout discrètement, entre les deux femmes. Elle attrapa même la main de Tia en souriant, bien qu'elle gardait les yeux fixés sur Argo.

Tia ne trouva rien a y redire. La présence de Linya lui facilitait la vie et comblait le vide laissé par Lex en atténuant du même coup le sentiment de trahison de sa femme. Et ça lui permettait également d'empêcher Rhapsody de trop se rapprocher. Depuis quelques temps elle sentait que l'âme ancestrale de son amie commençait à prendre le dessus en sa présence, ce qui avait pour résultat d'augmenter sa confusion.

Et Tia aimait sa relation amicale avec Rhapsody. C'était la première amie qu'elle s'était faite seule. La seule qui n'avait rien a voir avec son monde. Elle ne souhaitait pas que les choses changent. Mais elle pressentait que ne rien dire au professeur ne mènerait qu'a plus de problème.

Rhapsody ne comprenait pas ce qui se jouaient au sein d'elle-même. Elle se pensait en train de tomber amoureuse de Tia. La mercenaire le voyait dans son regard et cela la peinait.

Il y avait une différence notable entre l'âme qui vivait en Rhapsody et qui elle était. Au contraire d'elle même ou de Lex, ou même de Linya, Rhapsody n'avait pas hérité de beaucoup des caractéristiques de son ancien elle-même. Elle ne partageait que peu de chose avec. Tia sentait que le lien entre son âme ancienne et celle que Rhapsody était aujourd'hui, n'était pas aussi fort que celui qui existait pour Lex, Linya ou elle-même, Tia. Elle n'avait pas vraiment fusionné avec.

Elle ne savait pas comment cela fonctionnait alors peut-être que c'était normal. Mais elle pensait néanmoins que ne pas comprendre d'où venait telle ou telle sensation, sentiments ou souvenirs ne pouvait que perturber une personne normalement saine d'esprit.

Tia décida que si les choses s’aggravaient pour Rhapsody elle serait complètement honnête avec elle, même si elle sentait que cela lui ferait perdre ce coin qui jusque là n'était rien qu'à elle...

En arrivant près du manège ou Argo s'ébrouait, Tia lança un sifflement sourd qui attira la jument à elle. Avec un sourire heureux elle prit le museau de sa bien-aimée entre les mains et posa son front contre le sien en lui murmurant des compliments qu'elles seules comprenaient.

Linya s'appuya contre son dos et posa son menton sur l'épaule de sa grande amie, heureuse de la voir enfin sourire de façon sincère, puis enroula ses bras autour de sa taille et observa la jument avec curiosité.

Lex lui avait fait part de l'hostilité de l'animal envers elle et Linya se demande s'il en irait de même avec elle ou si c'était un traitement qu'Argo réservait à la compagne de son amie.

Rhapsody étudia le tableau formé par la jument et ses deux amies avec un mélange de contentement et de jalousie. La façon dont Tia et Linya intéragissait était aussi naturelle que celle qui existait entre sa jument et Tia.

Elle ne comprenait pas vraiment comment Tia et sa jument avait pu se liée si vite et de façon si forte. Pas plus qu'elle ne comprenait que Tia ait pu déjà remplacer Lex.

Mais était-ce seulement de là que venait ce sentiment qu'elle refusait de nommer ? Ou était-ce parce que sa grande amie avait cherché, et trouvé, du réconfort auprès d'une autre personne qu'elle ?

Refusant encore une fois de laisser ses pensées partir dans cette direction, Rhapsody s'efforça de traiter Linya avec chaleur, bien que la jeune femme soit hostile avec elle. Elle nota, avec une certaine amertume, que Linya ne semblait pas le moins du monde avoir de problème a montrer sa jalousie, elle. Elle était presque pire que Lex.

Le reste de l'après-midi fut à l'image de ces quelques moments. Agréable et agaçant tout à la fois. Mélange de légèreté et confusion également, à chaque fois que la grande femme se trouvait seule avec elle. Aussi Rhapsody finit-elle par trouver les interruptions de Linya plus que bienvenue. Car avec elle, la jeune femme apportait une certitude. La certitude que Tia n'était pas libre. Et qu'elle n'avait donc aucune question a se poser.

Elle fut soulagée de ce constat et éprouva dès lors plus de facilité à être agréable avec la jeune rousse. Linya dû le sentir car elle sembla se détendre au fur et à mesure que les heures s'écoulaient et finit par accepter la présence de Rhapsody.

Tia en conçut beaucoup de soulagement. Les prochaines visites ne devraient plus générer autant de tensions à l'avenir, songea-t-elle en fin de journée. Elle aimait ses deux amies et avait fini par accepté avoir besoin d'elles pour tenir pendant l'absence de Lex. Elle comptait donc revoir Rhapsody aussi souvent qu'il lui était possible de le faire.

Les jours suivants, la routine de Tia s'enrichit des visites régulières de Rhapsody que Linya avait finit par inviter à manger avec elles au moins une fois par jour. Le midi ou le soir selon la disponibilité de la jeune femme.

Avec elle, Drew et Gipsy venaient également. Le ranch était devenue plus vivant et cette animation et ces va et vient constant mirent du baume au cœur de la mercenaire, en la distrayant de façon agréable et amusante.

Linya parvint même à lui montrer combien les choses allaient être amusante lorsque Jenny allait débarquer. Coincée entre ses deux petites amies, Linya, et finalement Tia elle-même, se demandait comment Len allait s'en tirer.

                                                                       ***

La veille de l'arrivée de Jenny, Tia fit un cauchemar. Comme d'habitude il concernait Lex et ses craintes vis à vis d'elle. Mais cette fois c'est de son abandon qu'elle rêva, de son absence et de ce que son futur, sa vie... devenait sans elle.

Elle rêva qu'elle n'était jamais revenu. Qu'elle avait vieilli sans elle, accompli ses missions sans elle, que ses filles n'avaient jamais connu leur mère et que sa vie n'avait plus jamais été la même.

Et un sentiment d'une grande tristesse s'empara d'elle.

Elle se réveilla soudain, les larmes dévalaient ses joues et une émotion douloureuse étreignait son cœur. Linya, qui l'avait réveillé en l'entendant gémir, était en face d'elle. Ses yeux posés sur elle était inquiet.

Durant une seconde, dans cette pénombre Tia crue qu'ils étaient vert et pendant un instant, elle eut l'impression que c'était Lex qui était là. Mais la main qui l'étreignit dissipa cette impression et la déception l'envahit.

Heureusement pour elle, il faisait toujours nuit, elle n'avait donc pas à camoufler sa réaction. Elle sentit Linya se rapprocher, puis la prendre dans ses bras, comme à chaque fois qu'elles se réveillaient en pleine nuit. Linya lui caressa le dos sans rien dire pendant un moment, lui laissant le temps de se remettre de ses émotions.

- Tu veux en parler ? S'enquit-elle quand elle sentit Tia se détendre enfin.

Tia secoua la tête. Alors Linya resserra son étreinte et Tia nicha sa tête contre son torse et ferma les yeux. Elle se sentait bien. Elle avait l'impression d'être protéger. C'était une sensation inédite pour elle que de se sentir protéger ainsi. Avec Enyalios elle s'était sentit en sécurité mais n'avait pas eu l'impression d'être protéger. Avec Lex... elle était bien, elle était elle-même, elle se sentait soutenue, aimée, adorée même, respectée, admirée, elle avait trouvé une égale, une partenaire mais elle n'avait jamais ressentie ça...

Elle se demanda si c'était ce sentiment que les enfants ressentaient dans les bras de leur mère... Lex lui avait dit qu'il était difficile a décrire et que c'était la chose la plus naturelle du monde.

Elle se sentait comme cela là, dans les bras de Linya.

De longues minutes s'écoulèrent dans cette étreinte chaleureuse et le sentiment de solitude et de perte insupportable fut repousser au loin. Elle comprit que c'était à Linya qu'elle le devait. Que peut-être... son avenir ne serait pas aussi vide qu'elle en avait rêvé, si Linya en faisait partie.

Elle finit par se redresser et frotta son nez au sien, surprenant Linya. Un petit rire lui échappa.

- Tu as eu peur que je ne t'embrasse ? Lança-t-elle taquine

- Non, répondit Linya, c'est ton mouvement soudain qui m'a surprise. Dans ce noir on ne voit rien, tu le sais.

- Toi, tu ne vois rien, rétorqua Tia avec arrogance en haussant une épaule, moi je vois très bien.

- Oui comme en plein jour, se moqua Linya.

- J'ai des yeux de chats, répondit Tia en haussant un sourcil qu'elle ne pouvait voir.

- Des yeux de chats, c'est ça, marmonna Linya pas convaincu.

- Tu doutes de moi ?! S'insurgea la mercenaire. Tu veux une preuve ?!

- Oh mais je t'en pris, prouve moi tes dires grande mercenaire ! Rit Linya.

Tia se redressa brusquement et d'un mouvement vif, arracha les couvertures couvrant le corps de son amie.

- Ne bouge pas, lui intima Tia alors que Linya se redressait en protestant.

La jeune femme se laissa retomber sur le dos et Tia commença a énoncer :

- Tu portes une nuisette rouge qui s'arrête au dessus de tes genoux.

Linya ricana :

- Ca prouve juste que tu as une bonne mémoire.

- D'une, je me suis couchée après toi, et tu avais déjà éteins les lumières.

- Argument invalide, tu as allumé avant de me rejoindre.

- Faux, je n'en es pas besoin, j'ai des yeux de chats je te rappelle.

- Ce point-ci n'est pas encore prouvé, se moqua son amie.

- Si tu me laissais finir, soupira Tia.

- Mais je t'en prie, fais donc, déesse Tia.

- Ok, alors même si j'avais entraperçue la couleur au moment de me couché, je n'aurais certainement pas vu la dentelle qui borde ton décolleté et encore moins celle-ci, fit-elle en longeant du doigt le bas de son déshabillé.

- Tu cherches encore a me tripoter, grogna Linya.

- Pas du tout ! Se défendit Tia. Je suis juste une personne tactile et là, je prouvais seulement mon point de vue !

- C'est ça, ricana son amie, si tu en es convaincu toi-même. Mais je t'en prie, poursuis ton exposé, je m'en voudrais de te couper dans celui-ci.

- Tes cheveux sont relevés.

Linya fronça les sourcils et se toucha les cheveux.

- C'est de la chance. Il fait chaud et je les ais dégagé de ma nuque. De la simple logique.

Cette fois ce fut Tia qui ricana.

- Si ça te fait plaisir de le croire.

Un éclair de malice traversa soudain son regard et elle lança :

- Tu veux une preuve irréfutable ?

Linya acquiesça et Tia déclara :

- Je peux te montrer de façon exacte où commence et où se termine ton déshabillé.

Et avant qu'elle n'ait eu le temps de répliquer, Tia posa son doigt sur la bretelle gauche du vêtement et descendit lentement jusqu'en haut du décolleté. Elle fit ensuite de même avec la bretelle droite avant de suivre de l'index la dentelle du décolleté.

- Tia, gronda Linya, t'en as pas marre de chercher des excuses ?!

- Nan, chuchota-t-elle soudain à un souffle de sa bouche. Pas du tout.

Linya écarquilla les yeux et déglutie en retenant son souffle.

- Tia...

Mais elle ne sut pas quoi rajouter et elle sentit Tia se rapprocher encore, son souffle se faisant plus chaud sur sa peau.

- Ne t'en fais pas... chuchota la mercenaire.

Et alors qu'elle n'en avait pas eu l'intention du tout, ce n'était qu'un jeu, comme souvent entre elles depuis qu'elles se connaissaient, elle posa finalement ses lèvres sur celle de son amie.

Et pourquoi pas ? Songea la grande femme. Au nom de quoi devait-elle la fidélité à Lex ? Elle était partie. Une colère soudaine balaya ses derniers scrupules et, posant la main derrière la tête de Linya, elle attira celle-ci dans un baiser passionnée.

                                                                       ***

Enyalios était à la fois en colère et emplis de pitié. Ce qu'il voyait ne méritait pas d'autre sentiment. Il s'accroupit près de la forme allongée dans sa propre crasse en soupirant. Il leva une main hésitante puis la posa sur l'épaule de Lex, incertain de ce qu'il allait trouver.

- Regarde ce que tu t'es fait, murmura le grand homme avec inquiétude.

Il retourna le corps inconscient en retenant son souffle. L'odeur était très forte, certes, mais il craignait surtout ce qu'il allait découvrir.

- Pas tout les dieux, marmonna-t-il, faites qu'elle soit en vie, faites qu'elle soit en vie.

Dans le cas contraire il n'osait imaginer la réaction de sa protégée.

Lex roula sur le dos et Enyalios scruta avec attention intense son visage avant de porter la main à sa gorge et l'oreille à son nez.

Il ferma les yeux, et son expression se relâcha.