PARTIE II : Se retrouver

Chapitre 1 :

Tia se pencha vers Linya et l'embrassa avec ferveur, tendresse, reconnaissance et une passion qui les laissa toutes les deux haletantes. Elle s'arracha à ses lèvres et la dévisagea, un peu stupéfiée par la force de ce qu'elle ressentait. Elle ne s'y était pas attardée au-delà du plaisir qui explosait entre elles jusque-là, mais elle prit conscience qu'au-delà du physique même, elle ressentaitdes choses pour Linya.

Elle ne lui avait pas menti, elle l'aimait. Mais elle pensait alors parler d'amitié. Une amitié puissante, forte et mâtinée d'un désir fou, mais une amitié quand même.

Et elle se rendait compte que finalement, ces dernières semaines elle était réellement tombée amoureuse de Linya.... ce qu'elle lui avait déclaré, en faisant référence à leur destin, était vrai. Elle l'avait pensé plus d'une fois. Elle s'était posé beaucoup de questions sur la possibilité d'un couple entre elles, surtout lorsqu'elle allait mal et que Lex n'était pas là pour elle.

Mais elle découvrait que ces questions... pouvaient bien recouvrir une vérité qu'elle n'avait jamais réellement osée envisager malgré ses prétentions quelques minutes plus tôt. Linya... Linya pourrait bien être son âme sœur dans cette vie. Sa rédemption. Celle avec qui elle était destinée à finir sa dernière vie...

Sinon comment expliquer la maladie de Lex ? Ou son départ ? Et les si nombreuses failles que Lex avait taillées dans leur couple avaient pour but de la rapprocher un peu plus de Linya à chaque fois ? Et que dire de ces nombreuses fois où Lex elle-même l'avait poussée dans ses bras ? Et si tout cela n'avait été que des signes qu'elle était réellement destinée à être avec Linya ?

- Mais alors qu'en est-il de Lex ? Lui souffla la voix perfide de sa Louve. N'a-t-elle donc droit qu'au sacrifice et à la souffrance ? N'est-elle donc destinée à vivre que pour le bonheur de Tia/Xena ? N'a-t-elle pas droit elle aussi d'être heureuse ? Et si pour une fois c'était TOI qui te sacrifiais ? Gronda son âme noire avec une rage qui faillit balayer son esprit.

Mais alors Linya lui rendit son baiser avec une douceur qui apaisa son âme, leurs âmes, à la plus grande stupéfaction de la Louve et Tia put rétorquer :

- J'ai sacrifié mon âme pour elle. J'ai commis l'impensable, l'impardonnable en la déchirant en deux pour elle. C'est pourquoi aujourd'hui tout est menacé. Notre seule et dernière chance elle-même se retourne contre nous. Et si c'était la preuve que nous n'étions pas faites l'une pour l'autre ? Plaida Tia. Et si cela démontrait qu'ensembles nous ne sommes destinées qu'à nous blesser un peu plus ? Linya me guérit. Linya a même un effet sur toi. Elle est notre futur maintenant. Et c'est peut-être bien une chance pour Lex aussi finalement. Etre loin de moi, loin de nous, ne pourra que la garder en vie plus longtemps. Elle arrêtera de souffrir et de se poser des questions qui la torturent... tu ne peux pas nier que depuis qu'elle est dans nos vies elle ne fait que souffrir... Elle... ne peut pas, ne doit pas gâcher le peu de temps qu'il lui reste avec nous...

Seul le silence lui répondit. La Louve, elle le sentait, était en colère qu'elle puisse envisager avec autant de sérieux de laisser tomber Lex mais elle sentait également le doute. Ses propos l'avaient ébranlée. Tout comme l'apaisement procuré par Linya un peu plus tôt l'avait troublée.

- La prophétie parle de Lex, finit-elle par répondre. Pas de Linya. Elle est ta véritable destinée. Notre destinée.

Et avant qu'elle n'ait pu rétorquer, la Louve avait quitté son esprit. Tia savait que malgré sa dernière affirmation, elle aussi était troublée. Mais peu importait la raison de son départ, ces nouveaux doutes avaient apaisé sa rage et Tia eut la confirmation que c'était à son âme noire qu'elle devait ses pertes de contrôles.

La langue de Linya dans son cou la ramena au moment présent et elle laissa le désir, mâtiné pour la première fois depuis des mois, d'un bien-être serein, l'envahir. Elle soupira et repoussa son amie contre le matelas. Elle plongea son regard dans le sien et murmura contre sa bouche :

- Je t'aime...

Elle fit glisser sa langue sur les lèvres de Linya.

- Je t'aime...

Elle introduisit sa langue dans sa bouche pour un baiser lent et sensuel.

- Je t'aime...

Elle descendit dans son cou, ses mains effleurant avec précaution ses hanches, déposant des caresses légères comme des papillons sur la peau qu'elle dénudait avec une exquise douceur.

- Je t'aime...

Elle plongea ses doigts dans la moiteur du sexe tendu vers elle. Linya soupira et gémit alors qu'elle allait venait avec une langueur extrême, poussant aussi loin qu'elle le pouvait.

- Je t'aime..., fit-elle alors que Linya criait sa jouissance.

Tia garda le regard fixé sur elle alors qu'elle se frottait avec vigueur contre le haut de sa cuisse.

- Je t'aime, esquissa-t-elle avec ses lèvres avant de l'embrasser encore au moment où elle même jouissait.

Dans le silence feutré de la chambre à demi éclairée, les respirations s'apaisèrent, les cœurs se calmèrent et Linya se mit à caresser les cheveux de Tia avec une calme tendresse.

- Je t'aime aussi, finit-elle par répondre doucement alors que Tia s'endormait contre elle.

                                                                       ***

Les jours suivants se déroulèrent comme si Linya n'était jamais partie.

Lara lui faisait toujours la tête, Len était préoccupé par ses problèmes de cœur, Frédéric s'occupait de remettre les points sur les I à Tamara qui accumulait les maladresses et les étourderies depuis qu'elle et Lizzie avaient encore rompu et Tia sirotait son café en surveillant du coin de l'œil les jumelles qui somnolaient dans leurs couffins posés sur la table dans un coin de la cuisine.

Linya était en train de se préparer une nouvelle tasse et avait le dos tourné. Les yeux de Tia détaillèrent la splendide chute de rein, mise admirablement en valeur par un jean slim en se demandant si elle avait le temps d'entraîner son amie dans la chambre avant d'accueillir les clients qui devaient arriver dans 30 minutes.

Linya se retourna, surprit son regard et haussa un sourcil avant de s'approcher d'elle.

- N'y pense même pas, fit-elle en s'asseyant à côté d'elle à l'îlot central.

Tia ne répondit rien, se contentant de darder un regard sombre d'intensité sur elle. Linya finit par s'agiter. Elle s'éventa le visage de la main en évitant son regard et Tia se moqua, doucereuse :

- Que se passe-t-il mon cœur, tu as chaud ?

- Non, non, répondit l'intéressée de mauvaise foi.

Tia fit un mouvement et aussitôt Linya se raidit en lançant :

- Je t'interdis de bouger !

Deux sourcils surpris s’élevèrent.

- Tu es la pire obsédée que j'ai jamais vue !

- Merci, répondit la mercenaire avec un sourire satisfait.

- Ce n'était pas un compliment, fit son amie en se renfrognant.

Tia haussa les épaules sans se départirent de son sourire.

- Ce n'est pas de ma faute. C'est hormonal.

- Hormonal, ricana Linya, c'est ça ouais.

La grande femme l'observa un moment alors qu'elle terminait son café. Elle se rapprocha et posa son menton sur l'épaule de Linya en enroulant ses bras autour de sa taille avant de s'asseoir, obligeant la dirigeante à suivre le mouvement. Celle-ci resta debout mais ne refusa pas l'étreinte.

Tia gardait les yeux fixés sur le profil de sa petite-amie avec une certaine vulnérabilité. Elle se sentait étrangement comme une enfant lorsqu'elle était avec Linya... elle n'avait jamais expérimenté ces sentiments et cela la déstabilisait.

Qu'est-ce qui, chez Linya, la poussait à être tout ce qu'elle n'était pas ? Qu'est-ce que la jeune femme touchait chez elle pour qu'elle se sente si vulnérable ? Etait-ce elle ou le départ de Lex l'avait-il fragilisée bien plus que ce qu'elle avait cru ?

Elle n'en avait aucune idée... mais elle avait constamment besoin de se rassurer en la touchant, en décryptant chacun de ses mots, de ses actes, pour s'assurer qu'elle aussi l'aimait suffisamment pour ne pas la quitter.

Elle marchait littéralement sur des œufs, faisant bien attention à ne rien faire ou dire qui soit susceptible de la blesser ou de la repousser. Elle était constamment inquiète. Pourtant malgré cette inquiétude, elle était heureuse.

Lorsque Linya d'un geste, un mot, la rassurait comme elle en avait besoin, elle goûtait une sérénité et un calme qu'elle avait perdue au départ de Lex. En dehors de cela, seules ses jumelles avaient un effet apaisant. Et lorsqu'elle se trouvait entourée de ces trois femmes, elle entrait dans une bulle hors du temps dont elle ressortait ragaillardie et aussi confiante qu'avant.

Linya avala sa dernière gorgée, reposa sa tasse puis fit face à Tia en passant ses bras autour de son cou. Elle se pencha et déposa un baiser qui se prolongea quelques secondes. Elle y mit fin et dévisagea la mercenaire. 

« Je ne sais pas quoi faire, songea-t-elle, tout ceci ressemble à un rêve. Ou à une trêve. Ça ne semble pas réel et je ne sais pas quoi faire... »

Tia ne chercha pas à la caresser ou à la dominer comme c'était le cas avant. Cela la soulageait et déstabilisait tout à la fois. Autant que le regard empreint d'incertitude qu'elle ne cessait de poser sur elle depuis leur discussion.

Elle ne savait pas comment la rassurer. Elle était elle-même extrêmement incertaine. Elle craignait et souhaitait le retour de Lex le plus rapidement possible. Que tous ces doutes pour elles toutes cessent et que tout redevienne normal, c'était tout ce qu'elle souhaitait. Même si elle se doutait qu'en ce qui la concernait, la normalité ne serait plus jamais la même.

- Tu as prévu quelque chose ce soir ? Lança-t-elle après une inspiration.

Tia secoua la tête sans desserrer son étreinte autour de sa taille.

- J'ai pensé qu'on pourrait peut-être s'offrir une soirée en famille, si ça te va...

- En famille ? S'étonna Tia.

Linya hocha la tête.

- C'est plutôt tendu entre Lara et nous et... Len n'est plus très présent depuis ses problèmes avec Gipsy et Jenny. J'ai pensé que ce serait une bonne façon de resserrer les liens entre nous. De montrer à Lara que même si je suis là, on peut passer un bon moment tous ensemble... et que tu ne l'abandonnes pas. 

- Ça pourrait être une bonne idée, acquiesça la mercenaire un peu surprise.

- Ça pourrait même être une excellente idée, se moqua Linya en la singeant.

Tia sourit en lui donnant une petite tape sur les fesses. La tension avait disparu de son regard et Linya s'en félicita. Elle avait réussi à la rassurer cette fois. Puisse-t-elle être aussi douée dans le futur.

Tia l'attira sur ses genoux et toucha son nez du sien, le frottant gentiment. Puis elle leva une main, replaça une mèche des cheveux de la dirigeante derrière son oreille et plongea son regard dans le sien.

Elle s'approcha lentement de sa bouche, y déposa un baiser puis se recula, scrutant le visage et les réactions de sa petite-amie.

Elle aimait le trouble qu'elle lisait dans ses yeux châtains. Elle caressa du bout des doigts la joue où de minuscules taches de rousseur parsemaient sa peau pâle et observa les lèvres de Linya s'entrouvrir légèrement et la couleur de ses yeux s'assombrir.

Elle la désirait. Et Tia était simplement stupéfiée. Comment une telle chose pouvait-elle être possible ? Non seulement la très hétéro Linya la désirait mais son désir était à fleur de peau. Sa sensibilité avait littéralement basculé du néant à... ça. Le plus petit effleurement la faisait réagir.

C'était impressionnant. Et effrayant. C'était presque sorti de nulle part. Et si cela repartait de la même façon ? S'inquiéta-t-elle.

Pour garder Linya auprès d'elle, Tia était prête à faire beaucoup. Pour commencer si elle tombait amoureuse, Linya n'aurait plus de raison de partir. Mais comment séduisait-on une femme comme Linya ?

Comment faisait-on tomber amoureuse une femme avec autant d'élégance d'esprit et de cœur ? Son intelligence lui était de loin supérieure. Sa générosité et sa culture largement au-dessus d'elle. Qu'avait-elle à lui offrir ?

Tia s'humecta les lèvres, nerveuse et Linya le vit. Elle passa son pouce sur ses lèvres avant de les embrasser.

« La voilà à nouveau inquiète », songea-elle dépassée. Pourquoi ? Comment c'était arrivé ? Pouvait-elle effacer cette inquiétude ? Si seulement elle en connaissait le déclencheur...

Ces questions elle se les posait des dizaines de fois chaque jour et cela l'épuisait. Alors elle l'embrassa avec ferveur, passion et fièvre et tout ce qui n'était pas leur désir l'une pour l'autre disparu.

                                                                       ***

Lara ne put s'empêcher de sourire devant le tableau. Linya faisait avancer une Jiyeon déterminée et dandinant quelques pas devant elle. Cela faisait trois mois maintenant que Linya et sa mère avaient entamé une relation amoureuse. Trois mois qu'elles avaient également instauré cette sortie strictement familiale et qui se déroulait chaque vendredi soir de chaque semaine.

Et si au départ, tout comme Len, cela leur avait semblé pénible, ils avaient fini par réellement apprécier ces moments. Lara s'habituait lentement mais sûrement, à la présence de Linya. C'était surtout à sa mère qu'elle en voulait en réalité. A ses deux mères.

Lex avait commencé à les appeler il y a deux mois. Une fois par semaine. Chaque Mercredi. Elle avait déclaré dès le premier appel qu'elle rentrerait. Mais avait été incapable de préciser quand. Elle n'avait pas été capable de donner explication sur son départ et sa raison. Elle avait promis de répondre à tout en rentrant, mais Lara trouvait cela bien commode étant donné qu'elle n'avait pas donné de date de retour.

Personne n'avait prévenu Lex que sa mère et Linya avaient entamé une liaison. Sa mère ne prenait même pas les appels de Lex. Elle refusait purement et simplement de lui parler. A chaque fois c'était Linya qui le faisait et elle détestait l'air douloureux qui en résultait lorsqu'elle finissait par raccrocher parce qu'elle savait qu'elle avait le même. Len quant à lui se refermait totalement pendant des heures après chaque appel.

Malgré tout, elle ne pardonnait pas à Tia sa liaison avec une autre femme que sa deuxième maman. Elle avait prévenu dès le départ qu'elle n’appellerait jamais Linya maman, ne la considérerait jamais comme telle et que rien ne l'y forcerait.

Linya avait juste hoché la tête en répondant qu'elle ne s'y était pas attendu.

Néanmoins elle était forcée de reconnaître que les décisions et pire, la présence de Linya, faisaient énormément de bien à leur famille. En cet instant elle marchait en tête de leur petit groupe. Elle était penchée en avant, les petites mains de Jiyeon enroulées autour de ses doigts, elle faisait ses premiers pas hors de l'enceinte sécurisée de leur ranch et elle était toute excitée de marcher sur le trottoir. Le bruit et le monde était loin de la gêner bien au contraire et elle babillait avec sa mère de substitution avec entrain.

Maki quant à elle s'était écroulée de fatigue dans les bras de son grand frère et dormait, un pouce dans la bouche en bavant légèrement, ce qui le faisait rire.

Sa mère quant à elle suivait Linya à la trace en riant des facéties de sa fille. Elle n'aimait pas la façon dont sa mère suivait toujours Linya comme un petit chien perdu. Elle détestait ce que le départ de Lex avait fait de sa mère et la seule chose qui lui avait finalement fait accepter Linya, c'était que parfois son ancienne maman, solide et sûre d'elle, réapparaissait lorsqu'elles étaient ensemble.

Soudain elle aperçut Sahel sur sa gauche et sourit de ravissement. Il lui fit un petit signe et elle acquiesça. Elle le suivit des yeux alors qu'il traversait la rue pour se rendre au parc de l'autre côté. Ces dernières semaines, les moments passés avec son petit ami avaient été plus que parfaits. Elle était tombée amoureuse et passait chaque seconde de chaque journée à penser à lui et à se demander comment elle avait pu se passer de lui avant.

Elle rejoignit sa mère et Linya qui s'étaient arrêtées devant un glacier et se racla la gorge.

- Maman, je peux aller au parc ? Je sais que c'est notre soirée famille, mais j'ai vu Camille et comme tu le sais j'ai raté mon dernier exam' de physique « Et celui de Math, de Géo et d'histoire, songea-elle sans pour autant le dire à voix haute » et je voudrais lui demander si elle peut passer à la maison demain pour me donner un cours particulier.

Tia jeta un coup d’œil à Linya, cherchant manifestement son approbation ce qui agaça sa fille. Depuis quand c'était Linya, qui n'avait même pas de liens familiaux avec elles, qui décidait de leur éducation ?!

Mais la jeune femme était occupée à essuyer Jiyeon qui s'était mise a à trépigner d'impatience  devant le kiosque et avait renversé sur elle la boule de glace achetée quelques secondes plus tôt.

- Pas de problème mon ange, finit par répondre sa mère. On ira s'installer là-bas, ajouta-t-elle en désignant une aire de pique-nique, rejoins-nous quand tu as terminé. Et ne traîne pas.

Lara acquiesça et dut se faire violence pour ne pas courir rejoindre Sahel. Une fois hors de vue de sa mère, elle sortit son téléphone et appela son petit ami. Deux minutes plus tard elle le retrouvait derrière le stand de friandises fermé du parc.

Il l'attira à elle et, sans gaspiller une seconde, lui fit perdre pied en l'embrassant avec un empressement digne d'un assoiffé en plein désert.

Elle se colla contre lui en soupirant. Les mains du jeune garçon se mirent à parcourir son corps et, comme à son habitude, s'égarèrent sous le chemisier. Rapidement il dégrafa son soutien-gorge.

Parce qu'il était toujours très pressé et pressant, elle avait fini par n'acheter que des soutiens-gorge qui se dégrafaient sur le devant. Avant cela il se contentait de repousser le tissus au-dessus de sa poitrine ce qui manquait de confort.

Comme elle ne s'attendait pas à le voir, elle avait enfilé un chemisier, mais il n'avait pas pris la peine de défaire les boutons, si bien que le vêtement était à moitié remonté sur son ventre et que deux boutons sautèrent sous ses assauts.

Elle le vit mais ne l'enjoignit pas pour autant à se calmer. D'une part parce que cela l'agaçait d'être interrompu lorsqu'il était dans cet état. Et d'autre part parce qu'elle s'en moquait. Elle trouverait bien une idée pour expliquer ça à ses mères.

Il déposa une myriade de baisers dans son cou et elle gémit en même temps que ses mains malaxaient ses seins et tendaient ses mamelons. Soudain il échangea sa place avec elle, la pressant contre le mur du kiosque et sa main droite plongea dans son pantalon. Il la ressortit rapidement pour défaire son bouton et sa braguette avant de faire de même avec les siens.

Puis il remit sa main dans sa culotte et tout en l'embrassant, plongea ses doigts dans son sexe qui commençait s'humidifier. Satisfait, il repoussa son vêtement et attrapa son membre qu'il fit glisser sur sa fente à plusieurs reprises avant d'empoigner ses cuisses et de les lui écarter. Il releva une de ses jambes et se recula le temps de reprendre son sexe en main et le pousser contre l'entrejambe de Lara.

Elle n'était pas tout à fait prête mais encore une fois elle ne dit rien. Elle sentit son gland pénétrer sa fente et poussa un soupir, l'encourageant à poursuivre bien qu'il n'en ait pas besoin. Une seconde plus tard il était tout au fond d'elle et s'activait avec détermination.

Après quelques allées et venues, le plaisir monta et Lara donna des coups de reins pour aller a à sa rencontre. De plus en plus rapides et durs les coups de boutoir de Sahel la faisaient défaillir. Elle jouit en retenant un cri et il explosa, son sperme s'écoulant en long jet chaud.

Une fois encore, ils n'avaient pas utilisé de préservatif. Et une fois encore elle se dit que ce n'était pas grave. Sahel faisait attention à son cycle et elle ne doutait pas de sa fidélité.

Il se retira et se rajusta puis l'aida à faire de même avant de la repousser contre le mur en l'embrassant à nouveau.

- Tu me rends fou, murmura-t-il contre ses lèvres.

Elle se pressa contre lui.

- Je t'aime, lui répondit-elle.

Il sourit et comme à son habitude, ne répondit pas. Et comme d'habitude, Lara se convainquit que ce n'était pas grave. Qu'il le lui dirait lorsqu'il serait sûr de ses sentiments. Qu'au moins, il ne lui mentait pas.

Il se détacha d'elle et lui prit la main.

- Une promenade au clair de lune ? Lança-t-il avec un sourire, un geste en direction de l'astre blanc dans le ciel.

Lara vérifia sa montre et grimaça en avisant le temps écoulé.

- J'aurais adoré, mais je n'ai pas le temps. Ma mère va se douter de quelque chose.

Sahel haussa une épaule.

- Ok alors, on se voit demain.

- Oui. Rendez-vous à 7h30 devant le gymnase.

Il hocha la tête et la laissa partir. Lara était en train d'inventer une histoire pour justifier le temps écoulé autant que les boutons manquant à son chemisier lorsqu'elle avisa David, en grande discussion avec son frère. Elle grimaça en se demandant pourquoi sa mère ne l'avait pas encore dégagé.

Puis elle vit que celle-ci était passablement occupée avec Maki qui venait de lui vomir dessus et elle soupira. Elle rejoignit Len et David et s'en voulut lorsque, en croisant son splendide regard vert, son cœur manqua un battement.

Il lui sourit et elle dut planter ses ongles dans ses paumes pour s'empêcher de lui répondre. Depuis qu'elle était en couple avec Sahel il avait redoublé de charme et de gentillesse envers elle. Il lui avait déclaré n'avoir cure de son copain et qu'il allait la récupérer. Qu'il se montrerait à la hauteur cette fois. Qu'il avait grandi, qu'il savait ce qu'il voulait et que ce qu'il  voulait c'était elle.

Une partie d'elle voulait qu'il sorte définitivement de sa vie. Il lui avait fait bien trop de mal. Et elle était heureuse avec Sahel et ne voulait pas qu'il gâche tout. Sahel était d'ailleurs très jaloux du temps qu'elle passait avec lui et ne le cachait pas. Mais une autre partie d'elle voulait qu'il tienne parole.

Et elle devait reconnaître qu'il n'avait jamais été aussi persévérant ni constant dans ses humeurs. Elle le trouvait aussi plus mature dans ses propos et plus compréhensif. Le voir l'agaçait. Mais il avait été là à deux reprises ces derniers mois où elle avait eu besoin d'une oreille attentive. Il l'avait réellement écoutée ces fois-là et n'avait rien tenté en retour.

Elle avait découvert un ami et appréciait cela. Mais elle le craignait aussi.

- Salut beauté sauvage, lança-t-il de sa voix grave qu'elle trouvait terriblement sexy, lorsqu'elle arriva à leur hauteur.

Elle avala sa salive en se traitant d'idiote. Comment pouvait-elle se laisser troubler comme ça alors qu'elle avait un petit ami aussi parfait et sexy que Sahel ?

C'était incompréhensible et incontrôlable et cela l'énervait au plus haut point.

- Salut, répondit-elle en rougissant et se maudissant intérieurement d'être si faible.

Il nota son rougissement et son sourire s'accentua. Cela la fit craquer et elle soupira. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?

 

Chapitre 2 :

Enyalios soupira, épuisé. Il était assis sur son lit, adossé au mur et surveillait le sommeil agité de Lex. Toutes les nuits depuis qu'il l'avait retrouvée, elle faisait des cauchemars.

Et plus le temps passait, plus elle faisait des progrès sur elle-même et plus ses cauchemars empiraient. Il ne comprenait pas pourquoi. Le contraire aurait dû se produire.

Cela faisait maintenant deux semaines qu'il passait une partie de ses nuits à veiller sur son sommeil. Il la réveillait parfois, lorsque ses rêves semblaient trop douloureux. Mais la plupart du temps il la laissait les combattre. Pour l'endurcir.

Cela lui rappelait ses premiers mois avec Tia. Elle était si jeune alors et si... en colère qu'il avait été déstabilisé lorsque la nuit venue elle devenait si vulnérable.

Il était mieux préparé cette fois. Il savait quoi faire et quoi dire. Il était plus mature.

Mais voir la si courageuse et têtue blonde de sa protégée se débattre avec sa confusion et ses démons lui inspirait beaucoup de compassion. Et parfois un peu de pitié.

Tia et elle avaient beaucoup traversé et il se demandait si leurs épreuves allaient un jour avoir une fin. Il avait téléphoné à sa protégée plus tôt dans le mois. Il savait qu'elle ne prenait pas les appels de Lex et devait savoir à quoi Lex allait devoir faire face en rentrant.

Il ne lui avait pas dit où ni avec qui il se trouvait. Il avait juste pris des nouvelles. Il avait ainsi appris que Tia et Linya étaient ensemble. Et il s'interrogeait quant à la conduite à tenir. Laisser Lex le découvrir elle-même ou la préparer à ce qu'elle allait trouver et le lui dire avant ?

Cela serait aussi un bon moyen d'éclaircir ses pensées toujours aussi confuses concernant sa femme. Et de tester sa volonté.

Un gémissement le tira de ses réflexions et il se leva en soupirant. Il s'étira en rejoignant le lit de Lex et s'assit à côté d'elle. Il passa la main dans ses cheveux en une caresse apaisante. Cela fonctionnait parfois, et se mit à fredonner une chanson qu'il chantait à Tia les nuits où elle ne parvenait pas à se tirer de ses cauchemars même une fois réveillée.

Après quelques minutes, Lex cessa de s'agiter et sa respiration redevint régulière. Il resta néanmoins en place une heure de plus sans cesser sa caresse. Puis il se leva et rejoignit son lit où il s'écroula de fatigue.

Il se faisait trop vieux pour tout ça, songea-t-il en fermant les yeux.

                                                                       ***

L'entraînement avait été difficile aujourd'hui. Lex sortit de la douche et s'habilla rapidement d'un short et d'un t-shirt délavé. L'expression fatiguée de son visage dans le miroir au-dessus de l'évier faisait écho à son épuisement intérieur.

Plus le temps passait et moins elle se sentait forte. Elle mourait pourtant d'envie de rentrer. C'était même devenu son unique obsession. Elle ne pensait qu'à cela, ne parlait que de cela à Enyalios et déprimait un peu plus après chaque coup de téléphone.

Elle n'était pas capable de leur dire quand elle rentrerait et savait que c'était quelque chose qui pesait aux jumeaux. Linya lui semblait distante et Tia... Tia refusait de lui adresser la parole.

Elle se sentait coupable également, elle ne demandait jamais de nouvelles des jumelles. Linya le lui avait fait remarquer et sa voix, pour la première fois depuis qu'elles se connaissaient, transpirait l'accusation.

Son refus de s'expliquer avant son retour autant que celui d’en communiquer une date précise contribuait à tout cela elle le savait. Alors elle ne lui en voulait pas. Mais cela lui pesait.

Enyalios avait suggéré qu'elle cesse ses appels, arguant que cela la déprimait, mais il avait tort. Cela raffermissait son désir de revenir.

La frustration engendrée par la lenteur de sa convalescence la rendait folle. Enyalios faisait de son mieux pour l'en soulager. Et souvent ses exercices tantôt défouloir, tantôt de réconfort, suffisaient. Mais il arrivait que la déprime d'être si loin de ceux qu'elle aimait l'emporte.

Elle avait de plus en plus l'impression qu'elle ne rentrerait pas.

Elle sortit de la salle de bain, puis de la maison et rejoignit le café où elle avait pris ses habitudes, situé en face de la place du marché et de l'église. Elle s'installa à sa table habituelle, commanda un monaco et observa la vie qui se déroulait sans elle.

C'était reposant. Elle ne se posait pas de question. Lorsqu'elle les observait les gens, elle se demandait seulement qui ils étaient et ce qu'ils faisaient là. Elle leurs inventait une vie, une famille, une raison à ce passage ici, parfois rapide, parfois traînant.

Elle repoussa ses cheveux mouillés derrière son oreille et nota distraitement qu'ils avaient poussés et qu’elle apprécierait de les faire couper.

Une demi-heure plus tard, Enyalios apparut, l'air aussi épuisé qu'elle. Il commanda un whisky sec, ce qui lui fit lever un sourcil mais il le lui retourna, associé à son éternel sourire satisfait. Elle haussa les épaules et revint à son étude.

- Je veux rentrer, fit-elle pour la dixième fois ce jour-là.

Enyalios retint un soupir, puis décida de tenter une autre approche.

- Tu en es où dans tes réponses, attaqua-t-il, sais-tu seulement pourquoi tu es partie ?

Contre toute attente elle acquiesça. Il écarquilla brièvement les yeux et l'écouta avec attention alors qu'elle s'expliquait.

- Avant d'accoucher j'avais terriblement peur de ce que la prophétie allait réserver à nos enfants et à Tia. Lorsqu'elle a déclaré qu'elle attendrait que j'accouche pour se mettre en quête de la Louve j'ai été soulagée. Ce qui est contradictoire avec le fait qu'avant ça je l'encourageais à rechercher sa Louve.

- J'imagine que tu sais maintenant pourquoi...

Lex acquiesça.

- Je crois... que je n'avais pas mesuré l'ampleur de l'emprise que la Louve avait sur Tia avant de la voir s'assombrir. Je pensais que si elle était à nouveau complète, les choses s'arrangeraient et que je retrouverais ma Tia...

Enyalios comprit.

- Puis tu as compris que c'était impossible. Qu'une fois son âme au complet, la Tia que tu connaissais disparaîtrait. Tout comme la Louve.

Elle hocha la tête.

- Et c'est une nouvelle personne que j'aurais devant moi.

- Et tu as commencé à douter.

Lex le dévisagea, les yeux emplis de larmes.

- Et si la Louve, cette partie d'elle-même qui lui fait si peur, prenait le dessus ? Et si ma Tia disparaissait complètement ??

Elle se détourna et fixa les pavés de pierre sans les voir.

- Se serait alors ma faute.... puis les jumelles sont arrivées... et je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'au départ imminent de Tia. Elles étaient juste devenues quelque chose m'empêchant de me concentrer sur Tia. Je... je les ai rendues responsables, me disant que si elles n'étaient pas nées, Tia ne parlerait pas de départ. Mais c'est idiot, je sais ! S'écria-t-elle en se retournant vers lui.

Enyalios ne dit rien, la regardant seulement avec compassion et cela suffit à la rassurer. Elle inspira et poursuivit son explication :

- J'en suis venue à ne plus pouvoir supporter leur présence. Les entendre, les voir me mettaient sur les nerfs et... je me sentais étouffée entre Tia qui ne comprenait pas ce qui se passait, ses questions incessantes et la Louve... la Louve que j'entendais l'appeler chaque nuit, même lorsque Tia dormait et ne l'entendait pas...

Lex ferma les yeux.

- C'était insupportable... j'ai... j'ai juste eu besoin de prendre l'air et... c'est ce que j'ai fait.

Elle s'interrompit en ouvrant les yeux sur le vide.

- Et tu n'es jamais revenue.

Elle secoua la tête.

- Je... ce n'était pas prémédité... mais je me sentais si libre et si... soulagée.

Elle croisa son regard, tentant de lui faire comprendre son sentiment de frustration, de peur et de culpabilité.

- Je ne pouvais pas revenir...

- Pourquoi ? Dit-il doucement.

- Au début... seulement parce que je ne comprenais même pas pourquoi j'étais partie, vraiment partie je veux dire. Un jour ou deux pour respirer, c'était ce que je m'étais dit. Mais le troisième jour je n'ai pas pu franchir cette porte et... je suis juste restée là... sur ce lit minable.

Un silence, puis :

- Tu as fini par comprendre ?

Alexia hocha la tête.

- Si je restais loin d'elle. Si j'obligeais Tia à s'occuper des jumelles et des jumeaux en plus du Ranch... alors elle ne pourrait pas partir. Alors sa Louve... sa Louve ne pourrait pas la changer...

- Donc... tu es partie parce que tu avais peur de ce que tu l'avais encouragée à faire, s'accepter en entier... et tu n'es pas revenue pour les mêmes raisons ?

- Je... non, je suis partie parce que je ne supportais pas les jumelles, la culpabilité de ne pas être capable de les aimer et... les appels de la Louve... c'était...

Elle se tourna vers lui.

- C'était plus un tout, tu vois ? Oui ce tout était généré par mon incapacité à accepter de voir Tia changer... par ma faiblesse mais... ça a dérivé sur autre chose et... tout s'est compliqué.

- D'accord. Tu sais donc pourquoi tu es partie et pourquoi tu n'es pas revenue.

Une pause.

- Pourquoi t'es-tu laissée mourir ?

Lex ferma les yeux, la honte la submergeant au souvenir de sa faiblesse et la raison de celle-ci.

- Parce que je l'ai trahie. Exactement comme l'a dit la prophétie. Je l'ai trahie.

Elle inspira et déclara d'une voix tremblante :

- J'ai fait exactement ce que les gens craignaient que je ferais... j'ai retiré toutes ses forces à Tia. J'ai... je ne lui ai même pas laissé une chance d'accomplir la prophétie, j'ai... laissé Ashee gagner...

- Et qu'est-ce qui peut bien te faire croire que c'est déjà terminé ?

Alexia ouvrit la bouche, puis la referma. Elle haussa les épaules.

- Je l'ai trahie. Dans la prophétie cela dit clairement que cela fait pencher la balance du mauvais côté. Que... que cela fait perdre Tia.

- Mais le combat n'a pas été mené encore.

- Et il ne doit jamais l'être ! Je l'ai trahie elle mourra inévitablement !

- Sais-tu pourquoi tu veux rentrer maintenant ? Répondit-il au lieu de la contredire.

Un instant déstabilisée, elle ne répondit pas tout de suite. Puis l'image de Tia lui vint.

- Parce qu'elle me manque, lâcha-t-elle dans un gémissement douloureux. Elle me manque tant que j'ai l'impression de mourir...

- Si tu rentres maintenant. Tu devras l'aider dans ce combat.

Lex ouvrit la bouche pour protester mais il la coupa :

- Le combat est inévitable. Ashee viendra pour prendre les jumeaux. Et Tia ne laissera jamais cela arriver.

Lex acquiesça en se mordant la lèvre. Sa guerrière était si protectrice... évidemment qu'elle ne laisserait personne emmener ses enfants.

- Tu ne peux rien y faire. Si tu ne rentres pas, ce combat aura lieu sans toi. Et Tia perdra. Et tu perdras Len et Lara également. Si tu rentres... tu peux faire la différence. La Louve, même si elle change Tia, peut faire la différence. Je sais que tu as peur de ces changements, mais ils sont nécessaires si tu ne veux pas tout perdre.

- Mais je perdrai quelque chose...

- Vivre nous fait perdre quelque chose. On perd une chose à chaque fois qu'on en découvre une nouvelle. C'est ainsi. Accepte-le. La seule chose que tu peux contrôler, c'est la hauteur de la perte. Et les retombées de celle-ci dans ta vie. Au final, c'est toi qui te fais le plus de mal.

Le silence s'installa, chacun méditant les propos de l'autre. Finalement, Enyalios reprit la parole.

- Tu ne peux pas rentrer.

Lex le fixa.

- Tu n'es pas prête. En l'état... tu gâcherais tout avec Tia. Tu as beaucoup à te faire pardonner et... pour être franc, je ne suis pas certain que tu y parviendras... ce que tu as perdu en partant, tu n'en mesure pas encore l'importance.

Il chercha les mots adéquats.

- Tu dois rentrer avec l'idée que peut-être... tu ne retrouveras pas ta famille comme tu l'espères... que peut-être les choses sont irréparables entre vous. Tu dois rentrer avec l'idée que malgré cela, tes enfants compteront sur toi et que tu pourras faire partie de ce combat. Que tu devras faire partie de ce combat, corrigea-t-il. Même si tu n'es plus avec Tia, il s'agit de ta famille et de ton combat au même titre que celui de Tia. C'est de vous deux que parle la prophétie.

La gorge serrée, Lex mit un moment avant de poser la question qui la terrorisait :

- Qu'est-ce que tu ne me dis pas En ? Tia... Tia m'a oubliée ?

Enyalios secoua la tête.

- Je ne pense pas qu'elle le puisse, avoua-t-il franchement. Mais je crois... qu'elle pense que ce serait plus sain et équilibré pour elle de vivre sans toi.

Cela fit mal et Alexia dut faire appel à toute sa maîtrise pour ne pas se rouler en boule et gémir. Elle passa les bras autour de son corps et ferma les yeux. Enyalios passa un bras autour de ses épaules lorsque les larmes se mirent à couler en silence, l'attirant vers lui.

« Et je ne lui ai pas encore dit le plus difficile... » Songea-t-il avec tristesse. « Quel gâchis... »

                                                                       ***

Le lendemain, alors qu'Alexia tentait encore de se remettre de ce qui avait été dit, il décida de lui changer les idées et l'entraîna dans une soirée qu'il nomma, la soirée sans tabou.

Rien de ce qui serait fait ou dit lors de cette soirée ne serait révélé. Au début, dire qu'elle était réticente était un euphémisme, mais il s'appelait Enyalios et avait déjà eu affaire à plus forte partie.

- Rester là à te morfondre ne changera pas la situation, avait-il déclaré. Tu dois accepter la situation et la possibilité que tu ne puisses pas arranger les choses et trouver la force d'avancer dans la direction que tu choisiras à partir de là.

- Et sortir faire n'importe quoi va m'y aider ? Avait-elle rétorqué, agacée de son manque de tact.

- Tout à fait ! Pendant une nuit complète tu vas faire tout ce que tu as envie de faire, tout ce qui te passe par la tête sans t'inquiéter une seconde des conséquences. Ça va te libérer l'esprit. Crois-moi c'est radical. Là, tous tes ennuis et tes inquiétudes te pèsent. Après ça, tu y verras plus clair.

Elle leva un sourcil sceptique puis s'inclina. Elle était trop lasse pour protester plus avant et accepta de le laisser décider de la soirée.

- Tu m'as habillée comme une pouffe, fit-elle remarquer quelques minutes plus tard en s'examinant, contrariée.

- Et maquillée aussi, confirma-t-il.

Elle le fixa un instant, stupéfaite de sa fierté qu'elle jugeait mal placée, avant de demander :

- Il y a une raison à ce... déguisement ?

- Te faire draguer bien sûr !

Alexia fronça les sourcils.

- Je suis mariée, releva-t-elle d'un ton plat.

- Pas ce soir, répondit-il avec un sourire coquin.

- En... je t'adore vraiment, mais je ne tromperai pas Tia.

- Ma douce, rétorqua-t-il en lui attrapant le menton d'un air doucereux, tu l'as déjà fait... tu ne peux pas faire pire que de l'abandonner.

Alexia écarquilla les yeux devant ce coup de poignard et retint sa respiration alors que sa bouche se tordait d'amertume. Les larmes montèrent et elle fusilla son ami du regard.

- Tu... c'est...

- Vrai ? Suggéra-t-il avec un sourire hautain.

Alexia serra les poings de rage.

- Je croyais qu'on était amis.

- C'est pour cela que je te mets devant la vérité. Quel genre d'ami serais-je si je te mentais ou te confortais dans le mensonge ? Plus vite tu accepteras la vérité moins elle aura d'emprise sur toi et plus vite tu seras capable d'avancer.

- Il... il y a d'autre façon de dire... ça.

- Je ne pense pas non.

Il se détourna et s'examina dans le miroir, replaçant une mèche de ses cheveux bruns derrière l'oreille. Il avait lissé ses cheveux habituellement bouclés et rasé son bouc. Il avait remplacé son anneau à l'oreille par un simple clou au diamant bleu.

Avec sa mâchoire carrée et ses traits masculins, il se savait extrêmement viril, charismatique et séduisant. Sans parler de sexy en diable. Il s'était revêtu d'un costume trois pièces noir aux reflets bleu marine qui lui donnait l'air d'un PDG tout droit sorti des pages de GQ magazine.

- En un mot comme en cent, je suis à damner.

Il jeta un coup d’œil à Alexia et soupira. Elle ne décolérait pas. Pire elle semblait blessée. Pour la dérider il décida de l'embrasser. Il l'attira contre lui et pressa sa bouche contre la sienne avant de glisser sa langue entre ses lèvres et de lui faire découvrir toute l'étendue de son savoir.

D'abord surprise, Alexia se laissa faire. Puis elle sentit son corps réagir. Elle lui rendit alors son baiser avant de le repousser. Elle savait parfaitement pourquoi il avait fait cela.

- Satisfait ? Lança-t-elle mi-irritée, mi-amusée. Tu as fait valoir d'où venait l'expertise actuelle de Tia ET réalisé un fantasme dans le même temps.

Ravi, il ajusta sa cravate en répondant :

- C'est probablement le seul moment où personne ne pourra me reprocher ma tentative.

- Je n'appelle plus ça une tentative quand ça réussit, marmonna-t-elle toujours contrariée par son culot et son absence de remords.

- On remet ça ? Lança-t-il plein d'espoir.

Cela la fit rire et elle lui donna un petit coup dans l'épaule avant de le suivre hors de la salle de bain.

- En route pour notre folle soirée, bébé, lança-t-il d'une voix de crooner en lui ouvrant la porte de la maison.

Elle lui retourna son sourire et inspira profondément. Jusque-là il avait prouvé qu'il savait ce qu'il faisait alors elle allait faire un effort et essayer de faire ce qu'il attendait d'elle. Et puis... ça pourrait être fun. Une nuit entière à juste... vivre. Ça pouvait même être plus que ça.


Chapitre 3 :

La lumière du jour tomba paresseusement sur le lit où Tia demeurait. Sereine, elle observa le rayon se frayer un lent passage jusque sur le haut de sa jambe, avant de décider qu'elle avait suffisamment paressé.

Ce que sa compagne pensait aussi apparemment puisqu'elle entra dans leur chambre en clamant qu'elle était une des pires feignasses qu’elle n’avait jamais côtoyé.

Tia fit la moue en la regardant approcher puis retirer les draps de son corps pour l'inciter à se lever. Linya se redressa et attendit, tapant du pied pour manifester son impatience.

N'y tenant finalement plus elle leva les yeux au ciel et lâcha, exaspérée :

- Tu vas te lever oui ?! C'est 11h !

- C'est Dimanche.

- On est un Ranch Tia, ça n'entre pas en ligne de compte !

« Ce qu'elle est canon lorsqu’elle s'énerve », songea la mercenaire peu impressionnée par son accès d'autorité. Ses yeux se plissaient et ses lèvres suivaient le mouvement avant de se pincer. Et lorsqu’elle était exaspérée, elle faisait rouler ses yeux avant de les lever au ciel. Une rougeur envahissait légèrement ses joues et faisaient ressortir ses adorables taches de rousseur en disparaissant.

Elle soupira alors que Linya tempêtait de plus belle et roula sur le côté, lui tournant résolument le dos pour lui signifier son indifférence. C'était la partie qu'elle regrettait le plus de sa vie de mercenaire. Elle avait de longues périodes de pause pendant lesquelles elle pouvait paresser à l'envie sans compte à rendre.

Ça lui manquait parfois. Comme là.

Puis elle entendit Linya trépigner, ce qui la fit glousser. Aussitôt le silence se fit et Tia résista à l'envie de voir de quoi il retournait. Puis elle sentit le matelas s'affaisser légèrement et sourit d'anticipation. Linya pensait pouvoir l'avoir ainsi ? Elle allait être déçue.

Linya se colla contre le dos de son amie avant d'enrouler son bras autour de sa taille, laissant reposer sa main sur son ventre plat. Elle joua négligemment avec la peau au-dessous et déposa un baiser dans son cou, juste sous son oreille.

Mais contre toute attente elle ne tenta rien de plus. Elle sentit son souffle dans sa nuque se faire plus régulier, profond et lent.

Elle était en train de s'endormir ?!

Tia hésita, puis souleva le bras de Linya avant de se retourner pour vérifier. Elle tomba nez à nez avec deux yeux marron très contents d'eux. Tia grimaça.

Linya rit et embrassa son amie avec une passion frémissante. Puis elle se redressa lui donna une tape sur les fesses et se leva d'un bond.

- Allez tire-au-flanc, debout !

- Tu ne veux pas revenir au lit plutôt ? Répondit-elle, boudeuse.

Linya secoua la tête et répliqua :

- Si tu continues de me laisser tout faire, je vais accumuler du retard pour Lyoko, ce qui m'obligera à repartir. C'est ce que tu veux ?

Tia se redressa vivement.

- Non. C'est bon je me lève.

Un sourire satisfait aux lèvres, Linya sortit de la chambre. Tia soupira. Linya se tuait à la tâche. Littéralement. Elle s'occupait de son association chaque matin et chaque soir. Elle commençait donc ses journées très tôt et les finissaient très tard. Parfois elle devait s'absenter en journée aussi pour régler certaines choses pour Lyoko.

Le reste du temps elle donnait un coup de main pour gérer les clients et le Ranch et s'occupait des enfants comme si c'étaient les siens. Elle passait beaucoup de temps avec les jumelles. Et depuis deux semaines, beaucoup avec Len aussi. Il réclamait leur attention comme s'il avait soudain régressé ce qui inquiétait Tia. Linya lui avait expliqué que c'était normal, qu'il tentait de retrouver un équilibre mit à mal avec la réapparition soudaine de Lex et son arrivée à elle dans la vie de sa mère.

Elle trouvait qu'il s'adaptait étonnamment bien et elle prenait sur son temps pour avoir de longues discussions avec lui, ou faire des balades. Le week-end dernier ils étaient même partis pour une nuit et deux jours grimper un plateau réputé difficile. Cette balade sportive les avait  rapprochés.

Plus le temps passait et plus Tia se sentait à nouveau normale. La présence de Linya, qui l'épaulait dans tous les domaines l'aidait considérablement. Ses émotions se stabilisaient. Tia était consciente de tout ce que faisait Linya pour la rassurer et retrouver confiance. La seule ombre au tableau était Lex... ses coups de fil chaque mercredi était un rappel constant que tout pouvait basculer à nouveau.

Et elle était de moins en moins encline à vouloir la voir revenir.

Elle se leva en se demandant si elle n'en demandait pas trop à Linya. Elle traversa le couloir qui menait à la cuisine et se servit une tasse de café. Elle poursuivit ensuite son chemin en direction du salon où elle fit un petit coucou à Lara qui était blottie dans les bras de Sahel en regardant un film romantique, et déboucha sur la véranda où Linya et ses filles prenaient le soleil.

- Ah ouais, je vois que ça bosse dur, remarqua-t-elle. Il était urgent que je me lève en effet.

Linya sourit sans ouvrir les yeux et Tia s'assit à côté d'elle, la couvrant en partie des rayons, ce qui lui arracha une grimace. Elle détailla le haut de bikini que sa petite amie avait enfilé et apprécia le choix des couleurs. Blanc rayé de bleu, vert et jaune.

Elle se pencha et entreprit de faire disparaître la moue contrariée de son amie. Linya laissa la langue taquine s'insinuer entre ses lèvres et rendit le baiser avec langueur. Tia mit fin au baiser et posa son front contre le sien.

Linya ouvrit les yeux et se laissa happer par le bleu incroyable des yeux de Tia. Elles restèrent quelques secondes ainsi, puis Tia l'embrassa de nouveau. Et, alors que Linya reprenait son harassant bronzage, Tia posa sa tête sur la poitrine de son amie.

Les petits coups de chat sur ses seins firent rire Linya qui leva une main pour caresser ses cheveux.

- C'est fou ce que tu peux aimer ça, murmura la dirigeante. Lex n'en a jamais fait mention pourtant...

Linya se mordit la lèvre et Tia se raidit. Elle n'arrivait pas à ne pas mentionner Lex. Elle avait fait partie de sa vie depuis sa naissance et, avec Tia, elles formaient un couple inextricable. C'était comme un réflexe.

Tia ne dit rien et Linya reprit sa caresse, inquiète d'avoir gâché l'instant. Tia se racla la gorge avant de déclarer :

- Je n'avais pas cette habitude avant.

- Oh... vraiment ?

Tia hocha la tête.

- C'est... quelque chose qu'on partage. Quelque chose... à nous.

Linya lutta contre le plaisir que ces mots faisaient naître. Elle luttait chaque jour contre son attachement de plus en plus viscéral à Tia, à ses enfants, au Ranch. Elle ne voulait pas considérer le Ranch comme sa maison, cette famille comme la sienne.

Elle n'était pas naïve et savait que quoi qu'en disent Tia et Lex, elles étaient faites l'une pour l'autre. Des âme-sœurs dévouées l'une à l'autre depuis leur toute première rencontre. Elle n'était qu'une passade, un intermède agréable dont Tia avait besoin pour ne pas perdre pied face à l'abandon de sa femme et aux inquiétudes générées par la prophétie.

Et elle s'en voulait d'avoir cédé à Tia... elle savait qu'elle allait souffrir de toute cette histoire. Non seulement elle allait perdre Tia, mais pour avoir osé séduire sa femme, elle savait que Lex ne lui pardonnerait pas non plus.

Elle avait gâché une vie d'amitié... une amitié qui lui avait toujours été si précieuse...

Alors elle faisait de son mieux pour maintenir à flot la famille de sa sœur de cœur, pour qu'elle puisse avoir une chance de la retrouver sans que son départ n'ait causé de dégâts irréparables dans leurs relations. Elle le faisait pour Lex, mais aussi pour elle. Elle voulait profiter de chaque seconde qui lui était offerte.

En les observant toutes ces années, elle les avait enviées, parfois jalousées... elle voulait vivre ce qu'elles avaient alors. Et c'était exactement ce qu'elle vivait. Son rêve devenu réalité.

Elle se moqua d'elle-même. Elle ne comprenait toujours pas ce qui s'était passé. Elle ne comprenait toujours pas comment elle avait pu soudain se découvrir gay. Comment avait-elle pu ne jamais le remarquer ? Ou s'en douter au moins ?

Mais peut-être était-ce seulement Tia... 

Elle n'en savait rien. Elle ne le saurait qu'une fois loin d'elle, à tenter de se remettre et de se trouver... Ça allait sans nul doute être un des pires moments de sa vie. Mais elle ne voulait pas y penser maintenant.

Elle serra soudain sa main dans les cheveux de la mercenaire qui était la sienne en cet instant, et l'obligea à tourner le visage vers elle avant de l'embrasser avec possessivité.

Elle repoussa Tia et murmura tout contre sa bouche :

- Tu es à moi.

Un éclair de surprise traversa le regard de Tia qui acquiesça docilement. Linya n'était jamais possessive. C'était une première. Une première qu'elle appréciait.

***

A la plus grande surprise de Tia et sa petite famille, Lizzie débarqua au Ranch trois jours plus tard. D'après Frédéric, Tamara était d'humeur exécrable, en dent de scie toutefois, depuis deux mois. Elle était repartie se rabibocher avec Lizzie à peine une semaine plus tôt. Et voilà que Lizzie débarquait...

Pour une fois, la mercenaire n'avait pas voulu s'en mêler. Elle avait déjà bien assez à faire de ses propres problèmes sans rajouter ceux des autres.

Et bien que Lizzie ait par le passé fait des erreurs inquiétantes, Tia avait suffisamment confiance en elle pour être sûre qu'elle ne se blesserait plus comme elle l'avait alors fait.

Néanmoins son apparition surprise la força à s'interroger plus avant. Elle la prit à part l'après-midi du deuxième jour de son arrivée.

Elle la dirigea d'abord vers l'arrière de la maison, puis décida qu'une balade à cheval serait tout aussi bénéfique et la mena vers les écuries. Sans poser de question, Lizzie scella son favori, un Paint-Horse du type Western pleasure. Elle adorait le style des Paint-Horse de manière générale mais celui-ci possédait une lueur qu'elle avait jugée facétieuse la première fois qu'elle l'avait rencontré et depuis, il était son favori.

- Hello Juny, chuchota-t-elle près de son museau en lui flattant l'encolure, comment va mon buddy préféré ? Je ne t'ai pas trop manqué ?

Tia leva un sourcil amusé avant d'enfourcher le premier cheval qui lui était tombé sous la main. Tout cheval qui n'était pas son Argo chéri ne méritait pas son attention avait-elle un jour décrété à sa femme. Celle-ci avait levé les yeux au ciel, excédée devant cet amour excessif pour un simple cheval.

Bien entendu elle n'avait pas rien déclaré de tel à voix haute, elle était bien trop sage, mais Tia connaissait sa femme. Lex était aussi jalouse d'Argo que Gabrielle avait pu l'être.

Lizzie emboîta rapidement le pas à sa cousine par adoption. Au début Tia se contentait d'aller au pas et de profiter du paysage en silence.

- On va se traîner toute la journée ? Lança Lizzie pour titiller sa cousine.

Tia se retourna, la dévisagea et, sans la quitter des yeux, donna un grand coup de talon dans les flancs de sa monture qui partit au galop en un quart de seconde. Lizzie écarquilla les yeux avant d'éclater de rire et de lancer Juny à sa poursuite.

Au terme d'une course effrénée, que Tia perdit à son plus grand étonnement, elles s'arrêtèrent finalement dans une clairière où courait un filet d'eau, qui avait autrefois dû être une rivière. Lizzie se laissa tomber comme une masse après avoir attaché Juny à un arbre. Tia fit de même en grommelant.

- Qu'est-ce que tu dis ? S'enquit Lizzie en retenant un rire.

- Si ça avait été Argo on t'aurait écrasée, répondit la mercenaire mauvaise perdante.

- Hum hum, répondit Lizzie sans se mouiller.

Elle se mordit la lèvre pour empêcher un sourire de s'épanouir et laissa le silence s'installer. Durant de longues minutes seul le cours d'eau et son bruissement feutré entre les pierres se fit entendre. Puis Tia se racla la gorge, incertaine de la façon dont aborder le sujet :

- Comment ça va avec heu Tamara ?

Lizzie lui lança un regard en coin, toujours amusée mais un peu contrariée également.

- Pas la peine de prendre cet air gêné, je savais que tu m'amenais ici pour ça.

Tia hocha la tête, soulagée que sa cousine ne soit pas fâchée. Lizzie haussa les épaules.

- Je ne sais pas trop. Tamara est... compliquée. Et fatigante.

Lizzie secoua la tête, agacée, et arracha des brins d'herbes à côté d'elle.

- J'ai parfois, souvent, du mal à la suivre. Elle s'auto-sabote en permanence. Elle me blesse, s'en veut, se fustige, s'excuse, me fait des promesses, les tient pendant un temps, puis tout recommence. C'est comme si elle était incapable de juste... je ne sais pas, s'accorder le droit d'être heureuse. Du coup elle m'en empêche aussi et autant que je l'aime, je suis fatiguée de subir tout ça en boucle. A quoi bon être patiente si au bout du compte je sais que ça recommencera ?

Lizzie dévisagea Tia en quête d'une réponse satisfaisante.

- Tu n'es pas obligée de le faire... ça fait plus d'un an et demi que ça dure, ajouta-t-elle rapidement en voyant Lizzie sur le point de protester, et oui, on est d'accord, pendant cette période Tamara à beaucoup changé, fait beaucoup de progrès, mais Lizzie, on savait dès le départ que ce serait un travail de longue haleine.

Elle fit une pause puis, voyant que sa cousine l'écoutait, reprit :

- Si tu ne te sens pas capable de supporter cela sur le long terme, le très long terme, peut-être vaut-il mieux laisser cela à quelqu'un d'autre ?

- Mais je l'aime ! Protesta la jeune fille.

- Mais l’aimes-tu assez ?

Lizzie ouvrit la bouche. Et la referma.

- Est-ce... est-ce que tu te vois passer ta vie entière avec elle ? Ajouta doucement Tia quelques secondes plus tard. Et supporter ce cycle encore plusieurs années ?

- Années ? Releva Lizzie atterrée. Tu n'exagères pas un peu ?

Tia secoua la tête.

- Je suis passée par là. A moins d'être absolument certaine que la personne pour qui tu fais tous ces efforts est l'amour de ta vie, supporter tout cela est vraiment difficile. Même ainsi cela l'est. Je n'ai pas été quelqu'un de facile à vivre. Lex a dû m'apprendre beaucoup de choses. Des choses qui paraissent simples à la plupart des gens. Elle a également dû me faire perdre un certain nombre d'habitudes mauvaises dans la vie de tous les jours, mais qui m'étaient nécessaires pour mon style d'existence, vitales même. Ça a demandé des années. Lex a été d'une patience angélique. Si tu n'es pas capable de ça, tu ne peux pas aider Tamara. Tu lui mettras des bâtons dans les roues. Si tu l'aimes, mais que tu ne te sens pas à la hauteur... laisse la rencontrer quelqu'un qui le pourra...

Lizzie lui jeta un regard noir et blessé à la fois. Elle pinça les lèvres et ne dit rien pendant un moment.

- Et moi, lança-t-elle finalement. Je ne suis pas... normale non plus. Qui va m'aider à le devenir ? Qui va me guérir ?

Tia aurait aimé lui dire qu'il n'y avait rien d'anormal chez elle. Mais elle savait à quoi Lizzie faisait allusion et elle était bien placée pour savoir à quel niveau cela changeait radicalement la façon dont on voyait et le monde, et soi-même.

- La normalité n'existe pas, répondit-elle plutôt. Quand à ta guérison... je trouve que tu te débrouilles très bien. Tu n'as pas besoin de quelqu'un pour ça.

- Mais j'ai besoin d'être aimée et comprise, rétorqua farouchement sa cousine, les larmes faisant briller ses yeux. Et Tamara le peut. Je sais qu'elle le peut.

- Peut-être. Je pense qu'elle t'aime vraiment. Mais t'aime-t-elle suffisamment ?

Lizzie voulu répondre mais une larme s'échappa et elle dut réprimer les trémolos qui n'auraient pas manqué de faire trembler sa voix.

- Lizzie, fit Tia en lui attrapant une main, je sais que vous tenez l'une à l'autre... mais depuis le premier jour, je sais aussi que vous êtes toutes les deux trop... endommagées pour réussir à vous aider de façon vraiment efficace...

- Alors je suis endommagée finalement ? Se moqua Lizzie avec un sourire tremblant.

- Non. Oui. Je ne sais pas. Et moi le suis-je ? Lui demanda-t-elle en retour.

Lizzie pinça une nouvelle fois les lèvres et détourna le regard. Oui. Oui Tia l'était. Mais elle ne voulait pas le dire à voix haute. La mercenaire l'obligea à la regarder et déclara :

- Est-ce si mal ? D'être endommagée, me rend-il plus pitoyable ? Sans espoir ? Mauvaise ?

Lizzie fronça les sourcils et secoua la tête.

- Quand tu me regardes, sachant tout ce que tu sais sur moi, que vois-tu ?

Lizzie prit le temps de la réflexion. Puis, sans lâcher sa main, répondit :

- Une guerrière, une femme forte, incroyablement belle. Dedans comme dehors. Une battante. Une protectrice.

- C'est parce que j'ai été abîmée que je suis comme ça aujourd'hui, répondit Tia après une pause.

Après un autre instant Tia reprit :

- A toi de choisir comment utiliser ce qui t'a blessée. Etre brisée n'est pas un problème, ni une honte... on n'a pas choisi de l'être. C'est ce que tu décides de faire avec la douleur, la honte et la colère que cette blessure a laissé, qui fera de toi quelqu'un d'admirable ou de monstrueux. Pas la blessure. Seulement ce que tu en fais. 

Lizzie hocha lentement la tête.

- Il est difficile de savoir quoi en faire, et comment le faire puis le faire, lorsque l'on côtoie quelqu'un qui vit exactement la même chose. Je le sais... fit-elle doucement en se remémorant un temps sur une île où ni elle ni Lex n'allaient bien, je l'ai vécu. Quelqu'un doit s'effacer pour permettre à l'autre de guérir. Mais si les blessures sont trop importantes alors s'effacer n'est simplement pas possible... tu pourrais perdre pied en attendant que Tamara se remette. Et vice-versa. C'est risqué. Vraiment risqué.

- Mais possible, non ?

- Oui, mais... hésita Tia.

- Mais ?

- Il te faut une ancre. Quelqu'un, quelque chose auquel te raccrocher, qui te permettra de souffler, de ne pas complètement perdre le contrôle pendant tout ce temps. Mais... c'est aussi instable que risqué. Dans un autre genre. Tu pourrais... te rapprocher de cet « ancre » et t'éloigner de celle que tu considères comme ta moitié. C'est pour ça entre autre chose, que tu dois être sûre que la personne pour qui tu entreprends tout ça, est bien celle avec qui tu finiras ta vie. Sinon tu pourrais provoquer plus de dégâts que tu n'aideras à en réparer pour toi comme pour elle. Sans parler des dommages collatéraux pour cet ancre que tu te seras choisi.

Tia secoua la tête.

- Mais même avec cette garantie rien ne certifie que cela fonctionnera. Si le temps nécessaire à sa guérison est trop long, même avec une ancre tu pourrais t'enfoncer. Lizzie, cela demande tellement d'énergie de maintenir quelqu'un à flot. Et cela en demande tellement de se maintenir soi-même à flot. Les deux ensembles...

Tia soupira.

- Pour être franche, j'aimerais que tu laisses Tamara et te concentre sur toi. Ce que tu as traversé l'année passée...

- … est derrière moi, la coupa Lizzie.

Tia lui jeta un bref coup d’œil.

- Mais c'est difficile de l'y laisser, non ? Fit-elle doucement.

Lizzie ne répondit pas.

- C'est arrivé pour une raison. Et... je sais que ce n'est pas résolu. Tu es une personne forte et déterminée Mais je sais aussi combien il est difficile de lutter contre ses impulsions auto destructrices lorsque l'on n’est pas suffisamment soutenue. Ou que l'on traverse un mauvais moment, une mauvaise journée. Même soutenu c'est difficile.

- Tamara me soutient.

- Quand elle le peut, je n'en doute pas. Mais elle ne le peut pas tout le temps, non ?

- Moi non plus, la défendit-elle.

- C'est exactement ce que je dis.

Lizzie se mordit la lèvre en croisant son regard. Tia y lut un mélange de colère et de tristesse. Le message était passé. Elle se leva et pressa l'épaule de sa cousine :

- Je te demande juste de réfléchir. Et de penser à toi. A ta sœur et à ton père. A moi. On s'inquiète pour toi. On a besoin que tu ailles bien Liz. On t'aime.

- Tamara m'aime aussi.

- Et c'est pourquoi elle essaie si fort de s'améliorer.

Tia secoua la tête.

- Mais ce n'est simplement pas le bon timing... vous pourrez toujours vous retrouver plus tard. Lorsque vous irez chacune mieux. Ça pourrait même être un but. Non ?

Lizzie regardait droit devant elle. Elle finit par fermer les yeux et se lever.

- Je vais y réfléchir.

Tia hocha la tête, pressa une dernière fois son épaule et rejoignit son cheval. Lizzie fit de même et, alors qu'elles se mettaient toutes deux en selle, Tia se demanda si elle n'aurait pas dû aborder le vrai problème. Celui qui causait tant de souffrances à Lizzie. Ce qui l'empêchait d'avancer et la faisait cauchemarder aujourd'hui encore.

Elle jeta un coup d’œil à sa cousine puis décida que ça n'aurait pas été judicieux. Lizzie devait d'abord avoir l'esprit libre pour accepter de se pencher sur son véritable problème. Elle n'accepterait pas de le faire si Tamara avait besoin d'elle.

Elle avait dit et fait ce qu'elle pouvait. A part faire venir son Oncle et Trinity, elle ne pouvait qu'espérer que Lizzie saurait prendre la bonne décision.

En pansant sa monture, Tia décida qu'un week-end familial ne pouvait pas être si mal. Elle appellerait son Oncle et verrait quand lui et Trinity seraient libres de passer.

                                                                       ***

Leur retour fut calme et reposant. Délaissant la course de l'aller, elles décidèrent cette fois de passer par des petits chemins qui remirent les capacités de Lizzie à l'épreuve et permirent à Tia de se changer les idées. 

Ce fut donc détendues et satisfaites que les deux jeunes femmes arrivèrent au ranch. Elles se rendirent aux écuries, pansèrent et nourrirent leurs montures avant de rejoindre la maison en discutant à bâton rompus.

Le silence inhabituel lorsqu'elles passèrent la porte interpella la mercenaire qui se tendit instinctivement. Lizzie s'en aperçut et fronça les sourcils d'inquiétude. Elles firent quelques pas dans le couloir et croisèrent Linya qui semblait les attendre. Appuyée dos contre l'embrasure de la porte menant au salon, elle arborait un air aussi triste que nerveux.

Tia s'approcha aussitôt et enroulant sa main autour de son poignet dans un geste de réconfort, elle lui demanda :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu vas bien ?

Linya la dévisagea sans répondre, puis fit un mouvement du menton en direction du salon. Tia tourna la tête et elle découvrit les jumeaux, Lara et Len, leurs petites sœurs dans les bras, assis sur le canapé au centre de la pièce.

En face d'eux, sur le fauteuil de gauche, situé pour l'occasion près de la double porte vitrée se trouvait Lex.

Le choc cloua Tia sur place. Elle se crispa, resserrant sans s'en rendre compte sa prise sur le poignet de Linya qui étouffa un gémissement en tentant de retirer sa main. Le mouvement attira l'attention de Tia qui s'arracha finalement au regard hypnotique de sa femme.

Elle dévisagea Linya sans pour autant relâcher son poignet. La dirigeante renonça à se défaire de son étreinte et lui rendit son regard. Farouche et sombre, il fut la claque qui lui permit de sortir de sa torpeur.

S'accrochant à ce regard, Tia relâcha le souffle qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir. Puis elle dévisagea, réellement cette fois, sa vis-à-vis. Linya avait un air sauvage et ombrageux qui la frappa de plein fouet.

Un frisson de désir pur et violent la traversa. Choquée, la mercenaire recula d'un pas en fronçant les sourcils. Elle n'était pas tant choquée par son attirance, ou même sa violence envers Linya que par ce timing pour le moins étonnant. Le regard de Linya avait, pendant une seconde, complètement éclipsé le retour de Lex.

Sa Lex.

A nouveau ses pensées dérivèrent et elle se détourna de Linya pour revenir à sa femme.

Le bleu croisant le vert s'accrocha, se mélangea et durant une minute qui s'étira comme une éternité, il n'y eu plus que le soulagement et la joie immense de ces retrouvailles inattendues.

Puis Tia revint à la réalité. Le silence dans la pièce était pesant. Comme si les jumelles elles-mêmes avaient compris l'important du moment, elles se tenaient bien sagement dans les bras de leurs frères et sœurs sans émettre même un gazouillement.

La mercenaire toisa sa femme de toute sa hauteur. Lex semblait mal à l'aise mais déterminée.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda finalement la grande femme.

 

Chapitre 4 :

Lex fronça les sourcils et s'humecta les lèvres, nerveuse.

- Comment ça, ce qu'elle fait là ? Intervint Enyalios que Tia n'avait pas remarqué.

Il se trouvait dans le coin de la pièce, les bras croisés et le dos appuyé au mur. Il la toisait d'un regard peu amène qui la choqua. Il prenait son parti ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? Lui demanda-t-elle, un peu perdue.

Enyalios ignora la nouvelle question et poursuivit :

- Elle est rentrée. Chez elle.

Le mercenaire avait appuyé sur ses derniers mots et cela fit grincer des dents la grande femme. Elle serra les poings.

- Ca n'est plus...

- Mes enfants y habitent. Mes affaires s'y trouvent. Ma femme s'y trouve. C'est chez moi, la coupa Lex, faisant sursauter tout le monde.

Un éclair de rage traversa les yeux bleus électrique et Lex eut peur mais refusa de faire marche arrière. Enyalios lui avait dit que cela serait difficile. Elle s'y était attendue.

Elle voulait retrouver sa famille et pour ça elle allait devoir batailler. Et elle devait dès à présent faire comprendre à Tia qu'elle ne repartirait pas. Qu'elle ne se laisserait pas non plus  impressionner. Qu'elle était chez elle, elle aussi.

C'était d'autant plus important que Tia aurait besoin d'elle pour accomplir la prophétie. Et elle, Lex aurait besoin de Tia pour contrer la sienne. De toute façon, l'une sans l'autre elles ne pourraient ni y survivre ni être en mesure de protéger leurs enfants. Il ne s'agissait pas que d'elles. Et ça, Lex avait fini par le saisir.

Enyalios lui avait également permis de comprendre que c'était sa peur et rien d'autre qui serait susceptible de faire se réaliser sa prophétie. Que s'éloigner n'empêcherait nullement celle-ci de s'accomplir.

C'était cette certitude, qu'il était vital pour la survie de Tia et de leurs jumeaux qu'elle soit à leurs côtés, qui l'avait définitivement convaincue de revenir et de se battre pour retrouver sa famille.

Ça et le fait qu'elle était simplement incapable de vivre loin de son âme-sœur plus longtemps.

Tia s'apprêtait à répondre vertement lorsque Linya l'en empêcha. Elle posa sa main sur son avant-bras et, sans la regarder, répondit à Lex :

- La chambre en face de celle de Lizzie est disponible, tu es libre de t'y installer.

Lex cligna des yeux, un peu surprise. Elle savait que Linya lui en voudrait. Salement. Mais elle ne s'attendait pas à une telle hostilité. Ni à ce qu'elle parle pour Tia. Elle savait que son amie était restée ici depuis son départ et avait, en quelque sorte, comblé son absence, mais ce qu'elle décelait dans le ton employé et la tournure de la phrase, suggérait que Linya se sentait chez elle.

Pas qu'il en allait autrement avant. Linya avait toujours été chez elle ici, mais cette fois c'était... différent. Linya... avait… « pris possession » des lieux. Elle agissait comme... eh bien, comme la maîtresse de maison et non plus comme une habitante de passage.

Et la traitait, elle, Lex, comme une invitée.

Passé le moment de surprise, Lex songea qu'elle l'avait bien cherché et ne protesta pas. Elle hocha la tête et la remercia. Elle se tourna ensuite vers ses enfants pendant que Linya parlait à voix basse à Tia.

Lex résista à l'envie de les observer pour voir comment sa femme prenait la chose et se concentra sur Len et Lara et les adorables petites filles qu'ils tenaient dans leurs bras.

- Comment allez-vous ? S'enquit-elle doucement.

Len pinça les lèvres et détourna le regard sans répondre. Lara en revanche la dévisagea de toute sa hauteur. Son regard d'un vert intense lui fit savoir toute la colère et le ressentiment qu'elle lui inspirait et Lex sentit son souffle se couper.

La douleur de ce rejet autant que de celle dont elle était la cause la transperça. Elle se mordit la lèvre et ne retint pas sa fille lorsque celle-ci se leva brusquement pour sortir de la pièce sans lâcher sa sœur.

- Je vais la coucher, lança-t-elle à sa mère en passant, c'est l'heure de sa sieste.

Tia la laissa passer avant de se retourner vers Len.

- Va coucher Maki aussi, lui dit-elle.

Len hocha la tête et se leva.

- Attends, intervint Lex, je peux... je peux la prendre un peu avant ?

Linya vit une remarque acerbe sur le point de sortir de la bouche de Tia et s'empressa d'acquiescer. Elle fit signe à Len et attrapa la main de Tia pour l'inciter, d'une pression, à rester calme.

- C'est sa fille, murmura-t-elle en la suppliant du regard.

Tia détestait être dans cette situation. Elle aurait donné tout ce qu'elle avait en cet instant pour jeter Lex hors de son ranch, de sa vie, mais Linya avait raison, les jumelles étaient ses filles et si à ses yeux elle avait perdu tout droit sur elles à la seconde où elle les avait tous abandonnés, Tia savait que ses filles avaient besoin de leur mère.

Lorsque Lex prit Maki dans ses bras, Len sortit aussitôt de la pièce. Tia lui pressa l'épaule alors qu'il passait à côté d'elle. Elle comprenait comment il se sentait. Il faudrait qu'elle ou Linya lui parle plus tard. A Lara également. Elle échangea un regard avec son amie et vit qu'elles étaient sur la même longueur d'onde ce qui la soulagea et la rassura.

Puis elle revint à Lex et en les voyant toutes les deux, cela la frappa. Lex tenait Maki dans ses bras. C'était la première fois depuis la presque naissance des jumelles que Lex le faisait de son plein gré. La première fois qu'elle le souhaitait.

Le mélange d'émotions qui l'assaillit alors lui laissa un goût amer de regrets, d'espoir et de colère.

Sans plus pouvoir se retenir, elle tourna les talons et sortit de la maison sans un mot ni un regard. Linya la laissa faire, inquiète, autant pour Tia que pour elle-même. Puis elle reporta son attention sur Lex. Au même moment Lex releva la tête et elles se dévisagèrent, incertaines quant à la conduite à tenir.

Finalement Linya s'approcha et tendit les bras à Maki qui s'empressa de lui tendre les siens avec un sourire ravi. Lex sentit un pincement au cœur alors que sa fille semblait si désireuse de s'éloigner d'elle.

Mais là encore, elle l'avait bien cherché alors elle ne dit rien. Elle suivit Linya des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse de sa vue et soupira en se frottant les yeux.

- Ça ne s'est pas si mal passé, fit Enyalios en s'approchant doucement.

Lex qui l'avait complètement oublié sursauta en se retournant. Elle le remercia d'un sourire et répondit :

- J'imagine que ça aurait pu être pire en effet. Tia ne m'a pas jetée dehors, bien qu'elle en est ait eu très envie, je l'ai vu.

- Tu peux remercier Linya pour ça.

Lex hocha la tête. Elle savait ce qu'elle devait à sa sœur. Ce qui accentua sa culpabilité de l'avoir abandonnée sans un mot. Plus encore que Tia ou ses enfants, c'était de ne pas avoir du tout communiqué avec Linya qui lui avait le plus pesé.

Elles s'étaient toujours tout dit, d'aussi loin que Lex se souvienne, Linya avait fait partie de sa vie et de ses secrets. Elle n'avait jamais envisagé une seule seconde de lui cacher quoi que ce soit sur quel que sujet que ce soit. C'était Linya. C'était sa sœur, son autre elle-même. Elle la comprenait et lui pardonnait tout depuis toujours.

Mais cette fois Linya ne semblait pas vouloir oublier facilement. Lex savait qu'elle avait passé une ligne en partant sans la prévenir ou plus tard en ne lui indiquant pas qu'elle était vivante et allait bien.

Toutes les fugues qu'elle avait autrefois faites, que ce soit par ennui, agacement ou nécessité, comme après la mort de sa mère, ne s'étaient jamais déroulées sans que Linya ne soit au courant. Parfois avant son départ, parfois après. Certaines fois Lex communiquait à peine avec elle et lui donnait peu d'information sur son lieu de retraite, mais elle n'avait jamais complètement fait l'impasse. C'était comme un pacte entre elles.

- Je sais, soupira-t-elle tendue. Je sais.

Enyalios attrapa le sac de Lex et la poussa gentiment en direction de la chambre que Linya leur avait attribuée. Il ne la rassura pas, ne l'encouragea pas. Les mots avaient déjà été dits. Seuls les actes auraient un impact maintenant. Lex le savait. Enyalios n'était présent que pour lui rappeler qu'elle n'était pas seule et pouvait, devait, le faire.

Il restait également pour Tia. Elle aurait tôt ou tard besoin de lui parler. Ne serait-ce que pour connaître la raison de sa présence aux côtés de sa femme.

                                                                       ***
Le lendemain matin Linya était en train de préparer le petit déjeuner après avoir recouché les jumelles qui venaient de terminer leur biberon, lorsque Tia entra dans la pièce. Elle était rentrée tard la veille. Elle ne l'avait pas réveillée et Linya s'était endormie, inquiète sur la façon dont allait se dérouler les choses à partir de maintenant.

Linya nota son arrivée et la salua d'un hochement de tête sans s'arrêter dans sa tâche ni la regarder. Tia s'approcha et enroula ses bras autour de sa taille, nichant sa tête dans son cou en soupirant.

- Je suis désolée, marmonna-t-elle alors que Linya poursuivait sans tenir compte d'elle. J'ai merdé. Je n'aurais pas dû te laisser te débrouiller seule avec elle comme ça.

- Elle, Enyalios, les enfants. Tous les 4.

Le ton avait été coupant. Tia se mordit la lèvre en relevant la tête. Elle lui en voulait vraiment. Elle la força alors à arrêter sa préparation et à lui faire face. Linya croisa les bras sans la regarder.

- Je suis vraiment désolée. J'ai... paniqué. Je crois. Je ne m'attendais vraiment pas à la voir.

- Lara et Len non plus. Moi non plus.

- Ok, je sais, mon comportement est inexcusable. Donne-moi une autre chance, Linya. Je vais avoir du mal à faire face à sa présence si tu es contre moi.

Linya daigna lever les yeux sur elle et secoua la tête légèrement.

- Je ne suis pas contre toi. Je suis juste déçue que tu n'aies pensé qu'à toi. Je ne sais pas plus que toi comment lui faire face. Et par-dessus le marché, je ne sais même plus où cela nous place toi et moi.

Tia fronça les sourcils.

- Comment ça où ça nous place ?

La grande femme pencha la tête sur le côté, perplexe.

- En tant que couple.

- Eh ben, comme un couple, répondit Tia toujours aussi perdue.

- Lex est revenue.

- Et ?

- C'est ta femme.

- Et ta meilleure amie. On peut passer les évidences ?

Linya soupira et décroisa les bras.

- Tu ne comprends pas que ça remet tout en cause ou tu ne veux pas y penser ?

- Un peu des deux j'imagine, finit par lâcher Tia en soupirant.

Tia se frotta les yeux, soupira encore et regarda Linya bien en face.

- Je ne peux pas te promettre qu'on restera ensemble, mais je peux t'assurer que pour l'instant cela ne change absolument rien. Qu'elle soit là ou non ne change pas mes sentiments pour toi. J'ai toujours besoin de toi, je t'aime et je veux être avec toi.

Linya laissa passer un moment avant de la regarder et d'acquiescer. Elle se retourna et reprit la préparation de sa pâte à cookie.

- Et c'est tout ? Lâcha Tia désappointée. Pas de réciprocité ? Pas de je t'aime aussi ?

Linya haussa les épaules. Exaspérée, Tia la fit se retourner d'un mouvement et, s'emparant de son visage lui donna un baiser profond et intense. Linya lui répondit d'abord doucement puis avec ferveur. Finalement, elle la repoussa la respiration hachée.

- On peut dire que tu sais te faire entendre, fit-elle les yeux brillants de désir.

Tia sourit avec satisfaction. Elle prit Linya dans ses bras et posa son menton sur sa tête. Mais elle avait donné des idées à Linya qui se recula juste ce qu'il fallait pour avoir accès à ses lèvres. Elle entreprit alors de lui faire comprendre avec quelle fièvre elle l'avait attendue la veille au soir et ce que Tia avait manqué à se cacher comme elle l'avait fait.

Linya se recula ensuite et entreprit de terminer sa pâte à cookie, laissant une Tia troublée et dans l'expectative.

- Qu'est-ce que...

Elle se racla la gorge et recommença.

- Pourquoi tu t'arrêtes en si bon chemin.

- Ce n'est pas le moment, répliqua Linya très contente d'elle-même.

- Personne n'est levé, il n'y a pas de meilleur moment au contraire.

Linya secoua la tête et termina son mélange sans rien dire. Elle poussa Tia de son chemin et attrapa une plaque de cuisson. Mais avant que la jeune femme n'ait eu le temps de récupérer son bol de préparation, Tia l'avait attirée à elle. Glissant la langue dans sa bouche et ses mains sous son T-shirt elle s'empressa d'augmenter son excitation pour de l'empêcher de la repousser, touchant toutes les parties sensibles de son anatomie.

La mercenaire descendit dans son cou, déposant de brûlants baisers sur la ligne électrique qui reliait son cou à sa clavicule et Linya gémit. La dirigeante passa une main dans les cheveux de Tia et l'agrippa soudainement, l'obligeant à relever la tête pour ensuite plaquer sa bouche sur la sienne avec une passion contenue.

Un violent juron les sortit de leur intermède fiévreux. Elles tournèrent la tête vers l'embrasure de la porte et y découvrirent une Lex complètement choquée.

Linya s'empressa de repousser Tia en remettant de l'ordre dans ses cheveux et ses vêtements.

- Depuis quand tu es lesbienne ? Finit par demander Lex en retrouvant sa voix.

- Je ne le suis pas, répondit Linya aussitôt. Enfin, je ne crois pas.

Elle secoua la tête en passant une main frustrée dans sa chevelure.

- Je n'en sais rien.

- En tout cas le « contact » de Tia n'a pas l'air de te poser de problème, rétorqua son amie en la dévisageant une lueur de colère dans les yeux.

- Il ne m'en a jamais posé si tu te souviens bien, répondit Linya déterminée à ne pas se laisser intimider.

Lorsque Tia lui avait proposé de sortir avec elle officiellement elle avait accepté implicitement d'assumer ses actes. Y compris auprès de Lex. Et elle comptait bien s'y tenir, mais c'était loin d'être aisé. Le sentiment de trahison qu'elle voyait dans les yeux de Lex lui tordait l'estomac.

- Tu disais que ce n'était que des jeux ! Répondit rageusement Lex en serrant les poings.

- Et ça l'était, mais cela me perturbait aussi. Rappelle-toi combien de fois j'ai eu des doutes ! Je les faisais taire pour toi et parce que quelque part cela m'arrangeait aussi de ne pas plus me poser de questions, mais... tu n'étais pas là cette fois Lex. Tu n'étais pas là et... j'ai dû me poser toutes ces questions à nouveau et y trouver une réponse.

Elle fit un pas, une main en avant, suppliante :

- Je sais que je n'aurais pas dû Lex, mais c'était... quelque chose d'inattendu. Quelque chose, je ne sais pas, je l'ai ressenti comme un cadeau.

Stupéfaite, Tia dévisagea sa petite amie. Un cadeau ? Elle s'était imposée à Linya sans lui demander son avis.

- Ne prends pas le blâme comme ça, intervint la grande femme, attirant l'attention de sa femme. On ne peut pas vraiment dire que je t'ai laissé beaucoup de choix.

- Au début peut-être, et encore, mais la suite... je l'ai voulue. De toutes mes forces, ajouta-t-elle en croisant le regard de Tia. Et je le veux encore. Malgré Lex, malgré ma culpabilité.

Elle se retourna vers Lex.

- Je suis désolée. Je sais que ce que j'ai fait est mal, que tu ne pourras pas me pardonner. Que j'ai tort et... que je perds mon temps, je le sais déjà. Mais... je ne peux pas te la laisser Lex... je suis tombée amoureuse de ta femme.

La consternation se peignit sur les traits de Lex qui ouvrit la bouche pour répondre mais ne put trouver quoi que ce soit à dire. C'était une blague ?

Elle reporta son attention sur sa femme et la découvrit en train de dévisager Linya, manifestement touchée par sa déclaration. « Nom de dieu, dites-moi que c'est une blague, je vous en supplie... » Songea-t-elle en sentant le désespoir s'infiltrer à nouveau dans son âme. Tia était amoureuse de Linya ?!

Les regardant tour à tour, elle sentit une colère monstrueuse prendre forme en même temps que la culpabilité qu'elle ressentait jusqu'alors s'effaçait comme si on avait donné un coup d'éponge dessus.

Les deux femmes qui comptaient le plus, qui signifiaient tout pour elle et qui la connaissaient mieux qu'elle-même, la trahissaient et ne semblaient même pas en éprouver une once de remords ??!

C'était inacceptable.

Quelque part, quelqu'un qui avait attendu ce moment toute sa vie sentit une altération dans le lien mystique qui le reliait à l'être pour qui elle était née. Elle l'explora, comprit, et comme en écho, sentit une rage ténébreuse faire fondre les derniers vestiges de doute en elle.

Tia allait payer sa trahison. La Louve se mit en chemin.

                                                                       ***

Après cette scène des plus explosives, Lex avait tourné les talons et on ne l'avait plus revue de la journée. Enyalios, exaspéré, était parti à sa recherche, laissant une Tia perplexe d'être l'objet de sa colère. Ce n'est pas comme s'il n'était pas au courant de leur liaison. Il avait même paru la comprendre lorsqu'elle la lui avait annoncée quelques semaines plus tôt, alors pourquoi ce soudain revirement ?

Après réflexion elle trouva qu'il était extrêmement protecteur avec sa femme. Et cette constatation ne lui plut pas du tout.

La journée se déroula étrangement bien. Les jumeaux en ne trouvant pas leur seconde mère dans les parages s'étaient détendus. Lara avait demandé la permission de passer l'après-midi en ville avec Sahel ce que Linya avait accepté. Len quant à lui avait rejoint Lizzie et tous deux étaient partis aider aux corvées du ranch. Il y avait peu de clients, mais ils demandaient tout de même un peu d'attention.

Len était extrêmement fier de voir combien sa mère avait confiance en lui. Elle le laissait en effet s'occuper de plusieurs clients seul depuis quelques mois, à l'incitation de Linya qui lui avait certifié que cela l'aiderait à rester dans le droit chemin.

Après la débâcle amoureuse dont il était responsable, il s'était mis à déprimer et à sortir de moins en moins souvent. Aujourd'hui, entre ses nouvelles responsabilités et le cadre familial mit en place par Linya, il avait l'air d'aller bien. Lara également. Tia savait ce qu'elle devait à Linya. Pour ses enfants, mais aussi pour elle. Elle n'avait repris pied que parce que Linya était présente pour elle.

Elle comprenait la Louve, et son besoin impérieux de savoir Lex de retour dans leur vie. Elle avait d'ailleurs senti un flot de rage incandescent ce matin en provenance de son autre moitié. Le fait que cela arrive au moment même où Lex les découvrait lui avait fait comprendre que, d'une façon ou d'une autre, la Louve avait une « vue » de ce qui se passait dans sa vie. Elle l'avait toujours su, mais elle ne s'imaginait pas que cela allait dans le détail. Du moins pas à ce point. Elle pensait même que cela n'était lié qu'à ses émotions. De toute évidence elle s'était trompée.

Avant qu'elle ne se retrouve complètement débordée par une rage sans nom, la Louve avait refermé leur lien. Sur le moment cela l'avait soulagée. Maintenant, cela l'inquiétait. Il ne s'était pas rouvert et elle sentait que quelque chose se préparait.

Lassée de s'inquiéter, elle décida de faire une liste de ce qui posait problème dans sa vie et de décider d'un ordre de priorité quant à leurs résolutions. Cela lui éviterait de se sentir submergée, ce qu'elle commençait justement à ressentir.

Tout d'abord il y avait l'évident problème du retour de Lex. Ensuite, la prophétie. Et enfin, la Louve.

Le retour de Lex entraînait d'ailleurs plusieurs autres problèmes. Linya, Les jumeaux, les jumelles. Gérer les inquiétudes et insécurités de Linya, elle s'en sentait capable. Les jumeaux aussi. Les jumelles, c'était autre chose. Elle avait un sentiment ambivalent à leurs sujets. Elle était heureuse pour ses filles que leur mère daigne enfin les prendre dans ses bras. Mais elle répugnait à les lui laisser également. Elle craignait que les filles ne s’attachent à elle et que Lex ne change encore d'avis.

Elle devrait en parler avec Linya. Elle savait toujours ce qui était le mieux à faire pour tout le monde. Elle était douée pour mettre de côté ses propres sentiments pour rester objective.

En ce qui concernait la Prophétie, les choses n'étaient pas sous son contrôle. Elle ne pouvait décemment pas continuer de faire ce qu'elle faisait depuis des mois maintenant, à savoir se cacher la tête dans le sable en attendant que les choses passent.

Les choses ne passeraient pas. Ou si elles passaient, elles entraîneraient beaucoup de morts. Et cela serait entièrement sa faute, pour ne pas avoir eu le courage de faire face à son devoir.

Pour en avoir discuté plusieurs fois avec Linya, elle savait qu'elle était injuste avec elle-même. Elle n'avait pas refusé de faire face à la prophétie, elle n'en avait simplement pas eu les moyens jusque-là. Elle était émotionnellement instable depuis le départ de Lex et elle avait eu besoin de temps pour se retrouver, se reconstruire. Pour être capable de se battre sans le soutien et l'aide de Lex.

Cela lui avait demandé beaucoup de temps. Bien plus qu'ils n'en avaient elle le savait. La Louve était bien trop insistante pour qu'elle ne comprenne pas à quel point ils manquaient tous de temps. Mais elle n'était alors pas en mesure de seulement se tenir debout sans détruire ce qu'il y avait autour d'elle. Linya était la preuve flagrante qu'elle avait sérieusement déconné.

Cette situation actuelle ne serait jamais arrivée si elle avait été plus forte. Plus solide.

Elle soupira. A quoi bon ressasser ? Ce qui était fait était fait. Elle était avec Linya maintenant et Lex était de retour. Elle allait devoir faire avec.

Quant à la Louve... Tia n'avait jamais été vraiment inquiète qu'elle ne lui fasse du mal. Pas intentionnellement du moins. Ses ténèbres étaient plus violents et sombres que ceux avec lesquelles elle vivait depuis toujours, et c'était cela qui l'inquiétait et l'incitait à reporter encore et encore le moment de leur fusion. Elle avait eu tellement de mal à garder le contrôle sur les siens jusque-là qu'elle était réellement effrayée par ceux de la Louve. Mais elle avait toujours su qu'un moment viendrait où elle se sentirait prête à le faire. Puis Lex était partie.

Et quelque chose avait changé. La Louve semblait... plus agressive encore, plus violente. Avec elle cette fois. La Louve avait toujours été son ange-gardien. Maintenant... elle se sentait traquée.

La prochaine confrontation qu'elles auraient ne serait pas à son avantage elle le savait. La Louve lui reprochait le départ de Lex et n'avait vraiment pas bien pris sa liaison avec Linya. Le retour de Lex... avait encore accentué la hargne qui émanait d'elle. Et maintenant leur lien était comme brisé.

Elle était inquiète. Vraiment inquiète.

Mais c'était quelque chose qu'elle ne pouvait pas contrôler non plus.

Alors son ordre de priorité serait le suivant :

Recoller les morceaux de sa famille. Stabiliser les choses pour tout le monde. Attendre l'apparition de la Louve et voir comment calmer les choses à ce moment-là. Le plus important était de stabiliser leurs situations à tous. Sa famille était sa priorité. De toute façon c'était tout ce qu'elle pouvait faire. Le reste était hors de sa portée.

Une fois sa décision prise, Tia se sentit mieux. Elle leva la tête pour suivre des yeux Linya qui revenait d'une sortie avec des clients et lui fit un petit coucou de la main.

Elle la vit expliquer le programme du lendemain puis prendre congé. Les clients se séparèrent, certains en groupe. L'un d'entre eux attira l'attention de Linya avant qu'elle n'ait une chance de tourner les talons et Tia le détailla.

Grand, mince, un chapeau de cowboy sur le crâne, il avait l'attitude typique du macho en quête d'une aventure. Et Linya visiblement était l'aventure qu'il souhaitait pour ce soir. Tia retint un grognement et laissa sa petite amie gérer la chose. En le voyant sourire de toutes ses dents avant de lui dire au revoir, Tia fronça les sourcils.

Linya la rejoignit enfin et s'assit à ses côtés, allongeant ses jambes devant elle avec un soupir de bien-être.

- Qu'est-ce qu'il te voulait, ce cowboy de pacotille ? Demanda finalement la mercenaire après une minute de silence.

Linya eut un sourire que Tia peina à interpréter.

- M'inviter à dîner.

- Il a drôlement bien réagi quand tu l'as envoyé boulé, je trouve.

Linya tourna son attention vers elle, un peu surprise.

- Tu nous as observés ?

Tia haussa les épaules.

- Vous étiez devant moi.

Linya hocha la tête.

- J'ai accepté son invitation.

- Pardon ? Fit-elle soudain tendue.

Linya se redressa et fit face à sa petite amie, mal à l'aise sous son regard soudain glacial.

- Tia... je sais que tu penses... pouvoir gérer les choses ou que cela n'est pas nécessaire de les changer mais...

- C'était pour ça ce sourire ? La coupa-t-elle brusquement.

Devant l'incompréhension de Linya, Tia expliqua :

- Je t'ai vu sourire quand je t'ai demandé ce qu'il te voulait. Je n'arrivais pas à le comprendre mais c'est parce que tu étais contente en fait. Il te plaît et tu étais ravie de son invitation !

Linya la dévisagea calmement, un peu tristement puis répondit :

- Oui, il me plaît. Du moins il m'aurait plu avant toi. Et maintenant que Lex est de retour je dois... je ne sais pas, voir si je suis toujours hétéro ou bi, ou si tu m'as complètement changée.

Tia serra les poings de rage et la coupa de nouveau :

- Tu parles comme si on avait rompu mais aux dernières nouvelles toi et moi sommes toujours ensemble.

- Ca ne durera pas, on le sait toutes les deux.

Tia se mordit la lèvre violemment pour se retenir de dire des choses qu'elle regretterait. Elle inspira ensuite profondément et lâcha :

- Tu as pourtant dit à Lex que tu ne pouvais pas me laisser à elle.

- Je ne peux pas. Je ne veux pas du moins. Je... mais je suis réaliste. Lex est ton âme-sœur, on le sait toutes les deux, Lex le sait, bon sang tout le monde le sait ! Je ne vois pas de raison de me faire du mal à rester et espérer quelque chose qui n'arrivera pas ! Et Lex est ma meilleure amie, j'ai eu un moment de folie, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Je suis désolée, je veux retrouver ma meilleure amie. Je veux retrouver mes deux meilleures amies. Tu me manques Tia. Lex me manque. Cette situation est aussi douloureuse qu'anormale.

Tia avala la boule qu'elle sentait dans sa gorge. Elle refusait de pleurer. Elle ne s'était jamais vraiment fait larguer et ça n'était pas... agréable.

Elle dévisagea sa vis-a-vis. Linya. Magnifique Linya. Son âme était aussi splendide que celle de Lex. Du moins la Lex d'avant. Elle ne pouvait pas la perdre elle aussi. Linya se trompait, Lex... n'était plus celle à qui elle avait donné son âme. Oh bien sûr qu'elle l'aimait. Dieu la revoir l'avait électrisée. La savoir à proximité et ne pas pouvoir la toucher la rendait dingue.

Mais elle savait que la Lex qui l'avait laissée tomber, elle et leur famille, n'était pas celle qui l'avait épousée. Elle... n'avait simplement plus confiance en elle.

Et si elle avait retenu une chose de la prophétie, c'est qu'elle aurait besoin de quelqu'un de confiance à ses côtés. Linya était cette personne. Elle en était intimement convaincue.

Aussi elle ne pouvait laisser Linya la rejeter comme ça. Elle n'avait rien fait dans les règles avec elle. Elle ne pouvait pas la laisser partir, alors qu'elle savait, sentait, que Linya n'avait jamais vraiment été totalement heureuse avec elle.

- Je t'aime...

Linya cligna des yeux, tentant en vain de chasser les larmes qui étaient venues s'y loger. Elle secoua la tête et tenta de répliquer mais Tia ne lui en laissa pas le temps.

Deux mains sûres d'elles entourèrent soudain son visage et les lèvres de sa mercenaire se posèrent sur les siennes. Doucement, mais fermement, elles restèrent en place quelques secondes avant que Tia ne chuchote tout contre elles :

- Je t'aime. Ne t'avise pas de vouloir me convaincre du contraire. Je sais ce que je ressens. J'aime Lex. Bien sûr que j'aime Lex. Comment je pourrais cesser de l'aimer ? Mais je t'aime aussi Linya et... j'ai bien plus confiance en toi que je n'ai confiance en elle. Et dieu... si tu te voyais comme je te vois, tu comprendrais pourquoi je t'aime et combien je t'aime.

Tia se recula de quelques centimètres pour plonger son regard dans le sien, désespérant de la convaincre.

- Je t'aime bien plus que tu ne le penses. N'essaie pas de comparer ça à ce que je ressens pour Lex, c'est différent mais pas moins fort. Linya j'ai besoin de toi. Et pas seulement parce que Lex est de retour ou le temps de m'habituer à son retour. J'ai besoin de toi parce que je t'aime et que je n'imagine pas un avenir où tu n'es pas...

Linya ne disait rien mais écoutait attentivement.

- Tu te souviens de ce que cela me faisait lorsque Lex entrait dans une pièce ?

Linya hocha légèrement la tête.

- La voir, entendre sa voix, la regarder bouger... m'emplissait de désir. Systématiquement. C'était comme un réflexe physique. Elle n'avait qu'à apparaître pour que je me sente soudain moins affligée par mon passé...

Linya hocha de nouveau la tête. Tia n'avait pas retiré ses mains autour de son visage, elles se trouvaient à quelques centimètres l'une de l'autre.

- Je ressens la même chose pour toi.

Linya ferma les yeux. Elle voulait tellement y croire...

- Tu as fait un transfert Tia. Rien de plus. Ce n'est pas moi que tu aimes, mais Lex à travers moi. Tu l'as dit toi-même, l'empêcha-t-elle de répondre, je te rappelle Lex. La Lex d'avant. Tu me dis de ne pas nous comparer, mais tu me compares sans cesse à elle.

- Linya...

Tia ne savait pas comment convaincre son amie de ce qu'elle ressentait pour elle alors elle joua sa dernière carte.

- Peut-être que tu as raison... Je n'en sais rien finalement. Toute cette situation est trop compliquée, nos sentiments à tous trop explosifs et ambivalents. Mais Linya... tu n'en sais rien non plus...

Linya rouvrit les yeux.

- Et si j'avais raison et toi tort ? Et si je t'aimais vraiment ainsi et que tu gâchais tout entre nous ? Tu veux réellement rester dans le doute ? Tu es sûre que tu n'auras pas de regret ? Si on y réfléchit bien, pour qui l'amour est sûr ? Depuis quand être en couple est un chemin facile ou certain ? Tu ne peux pas nous enterrer sans nous donner une chance. Nous deux ensemble, c'est aussi réel pour moi que Lex et moi. Tout le monde était certain, y compris nous, que nous ne nous séparerions jamais, que nous étions destinées l'une à l'autre... et pourtant regarde-nous maintenant.

Tia reprit après un instant :

- Maintenant je ne pense qu'à toi Linya... Je t'aime, je te désire, je nous vois un avenir. Ne me quitte pas parce que tu as peur. S'il te plaît...

Linya prit le temps d'absorber tous les mots que Tia avait lâché dans l'air. Puis sans rien répondre, elle posa ses mains autour de son visage, imitant Tia et attira la jeune femme à elle. Leur baiser fut sans passion, mais empli de toute la tendresse et l'amour qu'elles ressentaient l'une pour l'autre.

 

Chapitre 5 :  

- Tu ne vas pas aller à ce rendez-vous, pas vrai ? Interrogea Tia en voyant son amie enfiler une veste en cuir stylé sur un petit top au décolleté en dentelle.

Linya haussa les épaules en retirant sa chevelure de la veste puis lui fit face. Tia était attablée à l'îlot de la cuisine et la regardait en fronçant les sourcils. Maki était installée dans un siège bébé à sa droite et jouait allègrement avec sa nourriture, plongeant sa petite main dans le bol devant elle avec joie.

- Où est Jiyeon ?

- Avec Len. Il la promène dehors, mais ne change pas de sujet.

- Elle a mangé au moins ? S'enquit Linya, inquiète.

- Tu sais bien que les filles sont décalées. Jiyeon a toujours faim avant Maki. Et Maki dort toujours au moins 2 heures avant Jiyeon tout en se réveillant en même temps qu'elle. Arrête de m'ignorer. Tu ne sors pas avec ce type, rassure-moi ?

- Jiyeon à a toujours faim de toute façon, marmonna Linya en lui tournant le dos. 

Tia pinça les lèvres et se leva pour rejoindre son amie. Elle posa ses deux mains sur le plan de travail devant lequel elle se trouvait, l'empêchant de s'échapper, et lui murmura à l'oreille :

- Je croyais qu'on s'était mis d'accord ?

Les épaules de Linya s'affaissèrent et elle soupira. Elle se retourna et déposa un petit baiser sur les lèvres de Tia avant de répondre :

- On s'est mis d'accord, mais je ne peux pas vraiment annuler comme ça sans l'offenser.

- Et quel serait le problème avec ça ?

- Il est critique.

Tia fronça les sourcils.

- Il existe des critiques pour les ranchs ?

Linya hocha la tête.

- Ecoute je sais qu'on n'a pas de problèmes financiers et que le ranch se porte aussi bien que sa réputation, mais autant ne pas prendre de risque, tu ne penses pas ?

- Et tu comptes coucher avec lui aussi ? Pour la bonne réputation du ranch ? Railla Tia énervée.

Linya la dévisagea, une moue sur le visage, puis passant les mains sur les hanches de son amie, l'attira à elle.

- Pas du tout. Tu n'as rien à redouter. Je veux juste lui faire passer un bon moment.

Tia sentit ses dents grincer à ces mots.

- Pas dans ce sens Tia, soupira Linya avant de sourire.

- Ça t'amuse ?

- De te voir jalouse ? Oh que oui !

Tia la fusilla du regard un moment puis brusquement, l'embrassa. Avec une ferveur qui laissa Linya pantelante, la respiration hachée.

Très satisfaite de son effet, Tia regagna sa place et lâcha :

- Dépêche-toi, ton critique va attendre.

Linya hocha la tête d'un air absent en se touchant les lèvres, puis attrapa son sac et déglutit avant de se pencher vers Maki et de l'embrasser sur la joue. Elle regarda sa petite amie avant de décider que ce ne serait pas une bonne idée de faire la même chose et se contenta d'un petit geste de la main en se dirigeant vers la porte.

- Passe une bonne soirée mon ange, se moqua Tia.

- Toi aussi, répondit Linya, gênée d'être troublée et aussi transparente pour Tia.

Sa voix se cassa sur la dernière syllabe et le ricanement de la mercenaire l'accompagna jusqu'à ce que la porte se referme.

Quelques minutes plus tard, la porte d'entrée se fit de nouveau entendre et Tia retint un sourire moqueur. Elle leva les yeux et découvrit Lex. Elle perdit aussitôt son sourire et bien que Lex le vit et en fut blessée, elle ne dit rien et franchit la distance qui les séparait.

Elle s'assit à côté de sa fille autour de l'îlot et demanda :

- Qu'est-ce qu'elle mange ?

                                                                       ***

Sahel glissa la main sous le t-shirt de Lara et la jeune fille soupira. Un toussotement soudain les fit sursauter et les séparèrent. Ils se trouvaient chez Sahel, sur le canapé de celui-ci. Lara avait été si heureuse qu'il veuille enfin lui montrer sa maison qu'elle avait sauté sur l'occasion. Il lui avait dit que sa mère souhaitait la rencontrer à peine une heure auparavant et, très nerveuse, elle lui avait demandé de lui changer les idées, ce qu'il s'était empressé de faire avec joie.

Lara se leva d'un bond en rajustant son t-shirt. Sahel fit de même mais plus lentement, un sourire effronté sur le visage. Il passa ensuite une main autour de la taille de sa petite amie et toisa sa mère.

- Je ne pensais pas que tu rentrerais si tôt.

Celle-ci leva un sourcil de défi et le toisa en retour. Il finit par s'agiter, mal à l'aise. Lorsqu'il baissa finalement les yeux, sa mère se tourna vers Lara.

- Lara, c'est cela ?

La jeune fille acquiesça, nerveuse.

- Tu peux m'appeler Neha, fit la mère de Sahel en lui tendant la main.

- V... vraiment ?

Neha hocha la tête puis l'invita à s’asseoir d'un geste. Sahel et Lara s'installèrent à nouveau sur le canapé mais gardèrent sagement leurs mains sur leurs genoux. Pendant que Neha apprenait à connaître la jeune fille et la mettait à l'aise, Sahel vit Ashee lui faire signe de la cuisine. Il acquiesça imperceptiblement et se levant, s'excusa pour aller aux toilettes.

Il rejoignit Ashee et referma la porte de la cuisine.

- Comment ça se passe ? L'interrogea la grande prêtresse

- Très bien. Neha joue bien son rôle. Et Lara est... nerveuse. Du coup elle ne verra rien venir.

- Parfait. Invitez-la à dîner avec vous. Et débrouille-toi pour qu'elle ingère ça pendant le repas.

Ashee lui tendit une fiole.

- Qu'est-ce que c'est ? S'enquit Sahel

- Juste une préparation qui l'aidera à être plus « réceptive ».

Sahel fronça les sourcils en examinant la fiole.

- Ça ne va pas la rendre malade, hein ?

Ashee leva un sourcil et plissa les yeux.

- T'inquiéterais-tu pour elle ?

Sahel se figea. Puis soupira et haussa les épaules.

- Oui. Elle est un des réceptacles choisi de notre Maître. Elle doit rester en bonne santé non ?

- Ca n'a pas d'importance son état physique, ou mental, rétorqua Ashee peu convaincue par son explication. Car à la seconde où il la possédera elle bénéficiera de ses dons de guérison. Quant à son mental, disons qu'il sera obsolète. 

- Dois-je le mettre dans sa nourriture ou sa boisson ? Demanda Sahel en évitant de réfléchir à ce que sa déclaration impliquait.

De toute évidence ses rêves de mariage étaient vains. Il n'avait pas réellement saisi ce qui allait advenir. Une seconde il se demanda si elle l'avait délibérément omis ou s'il avait seulement mal compris.

- Peu importe.

- Et... qu'est-ce que cela va faire ? Sur elle je veux dire ? A quoi cela va vous servir ? Et pourquoi maintenant ?

- Lex est de retour, répondit Ashee en croisant les bras tout en le détaillant.

Le jeune garçon craintif et silencieux mais dur comme le roc qu'elle avait fait sien depuis son arrivée dans la Tribu avait changé. Il était devenu plus assuré et plus curieux également. Et elle n'était pas certaine que ce soit une mauvaise chose. Mais pas certaine non plus que cela en soit une bonne.

- Son retour m'ennuie mais je peux retourner cet inconvénient en notre faveur. Le reste de mes plans fonctionne très bien. La distraction que j'ai envoyée à la Gardienne fonctionne à merveille, bien que différemment que prévu, la Traîtresse est toujours aussi faible et la seconde âme de la Gardienne s'est retournée contre elle. Il n'y a pas de meilleur moment pour agir que maintenant. Son retour va jeter la pagaille dans la vie de sa famille adorée. Personne, et surtout pas la Gardienne, ne fera attention aux jumeaux. Si l'on reste discret dans leurs changements, lorsque Xena se rendra compte de quelque chose, il sera trop tard.

Sahel hocha la tête et demanda :

- Dans combien de temps on rentre alors ?

- Un mois ou deux, répondit-elle en haussant les épaules. Cela dépendra du temps que cela prendra de briser la barrière des jumeaux.

- Et cela ne mettra pas la puce à l'oreille de la Gardienne la soudaine disparition de ses enfants ?

Un sourire amusé apparut au coin des lèvres d'Ashee.

- Pas si l'excuse de leur départ est plausible. Et une fois les jumeaux bien établis dans notre tribu, et surtout notre Maître bien ancré parmi nous, la présence de la Gardienne ne pourra plus rien y changer.

- Cela prendra longtemps ? De bien les ancrer je veux dire...

- Entre une semaine et un mois. Encore une fois, cela dépendra de la résistance des jumeaux une fois dans leur nouvelle tribu. A leur départ d'ici ils auront toujours la maîtrise des événements et leurs âmes. Ils décideront toujours de leur vie. Il faudra terminer les différents rituels et surtout parvenir à obtenir leur complet accord pour « s'effacer » devant l'âme de notre Maître.

- Il faut qu'ils soient d'accord pour ne devenir que des réceptacles ? S'exclama Sahel incrédule. Mais ils ne voudront jamais ! Surtout lorsqu'ils auront goûté aux pouvoirs octroyés par notre Maître !

Ashee faillit éclater de rire devant la naïveté de son élève. L'approche de ce qu'elle espérait depuis temps de temps, le pouvoir absolu bientôt à sa portée, la rendait pleine d'allégresse.

- Tu penses que notre Maître ne sera pas capable de faire plier la volonté de deux enfants ?

Sahel rougit, honteux. Ashee reprit :

- Retourne-y et soit aussi charmant qu'à l'accoutumée. Et n'oublie pas de lui faire ingérer ceci. Cette nuit, notre Maître lui rendra sa première visite.

Sahel hocha la tête et mit la fiole dans sa poche puis rejoignit Lara et sa « mère ».

                                                                       ***

- Déjà de retour ? Entendit Linya en passant la porte d'entrée.

Surprise, la jeune femme se retourna sur sa meilleure amie et la découvrit, les bras croisées, avec sur le visage, une expression railleuse et colérique à la fois. Les cheveux en bataille, elle était simplement superbe. Cela lui mit un coup au cœur et la surprit tellement qu'elle fit un pas en arrière avant de se ressaisir.

Elle retira sa veste en tapant ses chaussures sur le tapis avant d'accrocher sa veste au porte-manteau. Elle passa ensuite devant Lex sans répondre et pénétra dans le salon. Elle marcha jusqu'à l’extrémité du canapé et se retourna, sachant parfaitement que son amie l'y aurait suivi. Sans lui jeter un regard, elle s'assit sur l'accoudoir et imitant sa pose, bras croisés sur le torse, lui fit enfin face.

- Tu as quelque chose à me dire ? Releva sèchement Linya.

- Non contente de me piquer ma femme, tu l'as la trompes ? Rétorqua Lex avec autant d'amertume que de colère.

Linya serra les dents avant de lâcher, d'une voix basse et rageuse :

- Je ne t'ai rien volé du tout, tu t'es enfuie comme une lâche, tu l'as abandonnée. Tu m'as abandonnée. Tu n'as donné aucune nouvelle à aucune de nous. On était aussi inquiète qu'en colère. Au final, se soutenir c'est tout ce que l'on a pu faire.

Lex serra les poings et la mâchoire à se faire mal.

- Et quel soutien, répliqua-t-elle perfidement.

Linya se contenta de la dévisager froidement. Le silence s'étendit comme une chape de plomb. Mais avant qu'il ne s'alourdisse, Linya le rompit :

- Qu'est-ce que tu veux ?

Lex, estomaquée, ouvrit la bouche sans répondre. Elle se reprit après quelques secondes et lança avec colère :

- A ton avis ?! Ma femme ! Mes enfants ! Ma maison ! MA VIE PUTAIN !

Si l'explosion soudaine de Lex surprit Linya, elle n'en laissa rien paraître. Elle ne cilla même pas. Une rage froide l'avait saisie dès les premiers mots de Lex et ne la quittait plus, anesthésiant tout autre sentiment.

- Tu crois y avoir droit ? Rétorqua-t-elle plutôt. Personne ne t'a rien pris Alex, TU as tout abandonné.

Lex serra les poings, une étincelle de rage assombrissant le vert de ses yeux. Elles se dévisagèrent un long moment. Puis Linya se leva et s'approcha de son amie. Elle s'arrêta à quelques centimètres de son visage et déclara distinctement :

- Tout se mérite Alex.

Puis elle prit son visage entre ses mains et planta un baiser sur ses lèvres. Elle tourna ensuite les talons, laissant Lex seule dans le salon. Dès que Linya fut sortie de la pièce, Lex laissa tomber son attitude agressive. Les épaules basses, le regard absent, elle était désemparée. Elle ne s'attendait pas à une telle hostilité de la part de sa meilleure amie.

Linya lui en voulait assurément plus que ce à quoi elle s'attendait. Etait-ce pour cela sa relation avec Tia ? Une sorte de vengeance ? Ou bien comme elle lui avait expliqué, un réconfort nécessaire après son départ ?

Etait-ce plus ? Elle n'arrivait pas à concilier l'image qu'elle avait toujours eue de Linya avec celle d'une femme qui lui prenait la sienne. Linya savait combien elle aimait Tia. Tia savait combien elle aimait Linya. Elle ne parvenait pas à comprendre...

Comment elles avaient pu lui faire ça ? Et pourquoi lui en voulaient-elles ainsi ? D'accord elle était partie mais... elle avait une raison ! Elles auraient dû le savoir ! C'étaient les deux personnes qui la connaissaient le mieux au monde bordel !

Son accès de colère retomba de nouveau. Il en allait ainsi depuis avant la naissance des jumelles. Des allers et retours constants entre ses émotions. Elle s'était bien demandé si elle n'était pas bipolaire mais cela concernait bien plus que la tristesse et la joie. Elle était, la plupart du temps, emplie d'inquiétude ou de colère, d'appréhension et de confusion.

Lex se frotta les yeux en soupirant, de nouveau accablée. Tia n'avait même pas cherché à la retrouver. Elle s'était directement consolée avec Linya.

- Tu n'aurais pas dû l'attaquer ainsi, fit la voix grave d'Enyalios dans son dos.

Lex se retourna vivement en sursautant. Enyalios sourit et elle se sentit soudain plus détendue.

- Je sais, soupira-t-elle. Mais ça a été plus fort que moi. Savoir qu'elle était sortie avec ce... type ! Finit-elle en pinçant les lèvres en colère.

- Et pourquoi cela t'a mise dans cet état ? S'enquit son vis-à-vis en haussant un sourcil. Es-tu en colère qu'elle délaisse ta femme ? Outrée qu'elle la trompe ?

- Ce n'est pas ça, s'agaça Lex. C'est juste que ce n'est pas elle !

Enyalios laissa quelques secondes défiler puis remarqua :

- Donc ce qui t'ennuie, c'est qu'en faisant cela, Linya s'est trahie elle-même ?

Lex s'apprêtait à acquiescer lorsqu'elle croisa son regard. Il la dévisageait, très sérieux mais un peu surpris. Et cela la frappa. Elle ouvrit puis ferma la bouche sans émettre un son.

Elle n'en revenait pas. Elle s'était mise en colère parce qu'elle s'inquiétait pour Linya ?? Comment dans une situation comme la leur avait-elle pu faire passer ça au premier plan ?? Bien qu'elle ait prétendu le contraire devant Linya, ce n'était pas le bien-être de sa femme ou sa jalousie qui avait primé.

Elle était sidérée. Elle ne se comprenait pas.

Elle retourna un regard empli de désarroi sur son ami. A demi-mot il comprit. Il s'approcha d'elle et l'entoura d'un bras rassurant. Elle se laissa aller contre lui, complètement perdue.

                                                                       ***

Furieuse, Linya retira sa veste et dès le pas de la porte de sa chambre passé, elle jeta sa veste en direction de la chaise située à côté de l'armoire à sa droite. Elle marcha directement vers la fenêtre. S'arrêtant devant, elle croisa les bras en laissant son regard vagabonder sur la vue qui donnait sur l'arrière de la maison. Elle l'avait toujours trouvée stupéfiante. Autant parce qu'aussi loin que le regard portait il n'y avait aucune âme qui vive que parce qu'elle donnait sur un à pic vertigineux qui coupait littéralement l'horizon en deux.

Elle n'en revenait pas du culot d'Alex ! De quel droit elle s'ingérait dans sa relation avec Tia ?! C'était elle qui était partie bon sang !

Ce qu'elle refusait de s'avouer était la véritable raison de sa colère. Bien sûr elle était jalouse, bien sûr elle en voulait à Lex de son départ. Mais c'était surtout de se rendre compte que seule comptait pour elle Tia qui l'avait accablée et mise en rage. Elle n'avait, depuis qu'elle avait repris contact avec eux, que les noms de Tia et leurs enfants à la bouche.

A croire qu'elle ne lui avait rien fait à elle ! C'était prendre tellement à la légère leur relation, faisant comme si elle n'était pas si importante, si spéciale, que cela avait blessé profondément Linya.

Elle qui s'inquiétait comme une folle des réactions de son amie, elle aurait mieux fait de s'épargner les angoisses qui la maintenaient éveillée les nuits ! Alexia ne s'intéressait qu'à la façon dont elle pourrait récupérer Tia et les enfants et elle avait décidé de faire d'elle, Linya, l'ennemie. Celle qui lui avait tout pris et qu'elle devait abattre.

A cette pensée, Linya ferma les yeux touchée si profondément dans son âme que des larmes s'échappèrent sans qu'elle ne s'en rende compte.

Alex lui avait tant manqué... elle savait que plus rien ne serait jamais comme avant, mais elle n'avait pas imaginé à quel point les choses seraient différentes.

Ennemies.

C'étaient ce qu'elles étaient désormais. Linya réprima un sanglot en resserrant les bras autour d'elle. Elle était l'ennemie de celle qui avait toujours été sa meilleure amie, sa sœur, son bébé, son autre moitié...

Le vide qu'elle avait ressenti lors de sa disparition ne disparaîtrait jamais. Pire, un poids s'y était logé maintenant. Le désespoir qui était le sien ne cessait finalement de croître. Elle ne se voyait aucun avenir avec Tia. Ce n'était qu'une question de temps avant qu’Alex ne la récupère. Ses enfants la toléraient mais leurs relations avaient changé depuis qu'elle avait « pris la place », dixit Lara, de leur vraie mère, Lex. Finie la gentille Tante Lin.

Elle se retrouverait d'ici très peu de temps sans plus rien.

Elle se redressa. Non c'était faux. Elle était toujours la dirigeante des Nazaréens. Elle était très fière de cet accomplissement et beaucoup de gens comptaient sur elle.

Bien sûr, elle aurait du mal à se remettre de la disparition de tout ce qui avait tant compté pour elle, mais elle était capable d'y faire face. Elle n'était pas aussi fragile qu'Alex. Et elle avait quelque chose à quoi se raccrocher.

Elle refusa de s'appesantir plus longtemps sur l'immense tristesse et la confusion qui serait la sienne lorsqu'elle partirait.

Sur l'île, entourée des Nazaréennes, elle serait pile au bon endroit pour se reconstruire. Elle aurait aimé pouvoir se tourner vers sa famille, mais comment leur expliquer qu'Alex et elle c'était fini ? Que Tia et Alex ne reviendraient plus ? Que c'était sa faute et qu'il n'y avait plus rien à faire ?

Elle ne s'en sentait ni la force ni le courage. Elle retournerait simplement à sa vie de Nazaréenne et recommencerait à zéro. C'était ce qu'elle leur apprenait après tout.

Sa décision prise, le calme revint dans son esprit. La tristesse ne s'effaça pas, mais la colère s'estompa.

Elle se retourna et sursauta en avisant Tia. Une main sur son cœur elle s'exclama :

- Tu m'as fait peur! Depuis quand es-tu là ?

A mi-chemin entre la compassion et la tristesse, mâtinée d'une pointe d'agacement, Tia la dévisagea. Elle leva une main pour effacer les traces de larmes sur sa joue et dit :

- J'ai entendu les cris.

Une pause.

- Tu vas bien ?

Linya hésita, puis hocha la tête. Un rapide sourire, suivi d'un baiser sur sa joue et elle s'esquiva. Du moins essaya-t-elle, car Tia la suivit et l'empêchant de franchir en sens inverse le pas de leur porte, l'attira à elle. Linya posa les mains à plat sur la poitrine de Tia et la repoussa légèrement.

- Je vais bien, assura-t-elle en la regardant dans les yeux.

« Dieu qu'elle est belle » songea Tia en détaillant ses magnifiques yeux noisettes, ses boucles qui frisottaient légèrement à cause du temps de l'Ontario, et ses lèvres, tentantes, voluptueuses mais pas trop, qu'elle adorait titiller en y passant la langue lors de leurs ébats.

- Non c'est faux. Pourquoi me mens-tu ? Rétorqua doucement la mercenaire.

Tendue, Linya ne savait quoi faire. Finalement elle soupira et lâcha :

- Alex est... furieuse. Elle... estime que je te trompe en sortant avec quelqu'un d'autre.

La mâchoire de Tia se décrocha.

- Que... que tu me trompes ? Attends, comment est-elle au courant pour ta sortie ? Non, attends, elle...

Tia s'interrompit abruptement pour réfléchir à ce qu'elle allait dire. Elle était consciente qu'avec Linya elle marchait sur des œufs lorsque Lex était impliquée, aussi fut-elle très attentive au choix de ses mots.

- Ca... ne la regarde pas, déclara-t-elle après quelques secondes de silence. C'est entre toi et moi que cela se passe.

- Mais c'est ta femme, répliqua Linya en cherchant un indice sur le visage de sa vis-à-vis sur ce qu'elle pensait réellement de tout cela.

- Non, elle ne l'est plus, répondit Tia doucement.

Linya allait rétorquer quelque chose mais Tia ne lui en laissa pas l'occasion. Tout aussi doucement mais fermement, elle expliqua :

- Quand bien même je l'aimerai toute ma vie, elle n'est plus ma femme désormais. Elle ne l'est plus depuis qu'elle a décidé que nous étions mieux loin d'elle.

- Tia...

La grande femme secoua la tête. 

- Linya tu dois comprendre... certaines choses ne sont pas pardonnables.

- Tu dis n'importe quoi, soupira la dirigeante. Il n'y a rien qui ne soit pas pardonnable entre vous. Vous vous aimez bien trop pour agir comme tout le monde et placer votre ego avant le reste.

- Je ne place aucun ego avant le reste comme tu dis, mais je dois penser à nos enfants. A moi également. Son départ m'a quasiment détruite. Et sans toi, je sais que j'aurais fini en pièce. Même avec la responsabilité des enfants. Je sais que j'aurais fini par lâcher prise. Je ne peux pas risquer une nouvelle fois une telle chose. Je ne peux pas faire ça aux enfants... J'ai été suffisamment égoïste, il est plus que temps qu'ils passent avant.

Tia fit une pause avant de terminer :

- C'est toi qui m’as appris cela. C'est toi qui m'as appris à être une meilleure mère. Une meilleure adulte.

Aussi choquée qu'émue par sa déclaration, Linya ne savait pas quoi dire. Tia l'attira alors sur leur lit où elles s'assirent.

- J'ai beaucoup réfléchi tu sais. A propos de nous, de moi et Lex, des enfants. De ce qui serait meilleur pour nous tous et... du destin aussi. J'ai... on a beaucoup supporté Lex et moi pour être ensemble. On n'a pas cessé de se chercher à travers les siècles sans perdre espoir, en croyant plus que tout qu'être unies était notre destinée...

Linya acquiesça. Elle pensait la même chose.

- Pour cela on a beaucoup souffert. Beaucoup sacrifié. Mais nous ne sommes pas les seules... toi et tous ceux que l'on a rencontré dans nos premières existences et qui nous ont suivi, siècles après siècles, vies après vies et qui n'ont cessé de nous soutenir, de nous aider... vous aussi avez énormément souffert et sacrifié...

Linya écarquilla les yeux. Elle n'avait pas songé à cela.

- Et j'ai pensé également... et si en réalité nous rechercher encore et encore était ce qui détruisait nos vies ? Etre ensemble ne nous a, au final, jamais apporté le bonheur. Et cette vie... c'est la dernière à laquelle je peux prétendre. Ma dernière chance de bonheur. Et j'ai pensé...

Tia jeta un coup d’œil à Linya et serra sa main dans la sienne, un peu nerveuse.

- Lex m'a rendue meilleure. Elle a fait de moi une personne bien meilleure que je n'aurais jamais pu en rêver. Elle a cru en moi sans relâche, m'apportant autant d'amour et de soutien que j'en avais besoin. Et j'ai fait de même pour elle. Je crois... je crois qu'aujourd'hui on est au bout du chemin qui devait être le nôtre. Je crois que l'on n'a plus rien à s'apporter à part de la souffrance. Je crois, je crois sincèrement Linya... je crois que c'est toi qu'il me faut maintenant.

Une pause.

- Elle a fait de moi une adulte capable de se prendre en main sans vaciller, quelqu'un dont je peux être fière. Tu fais de moi une mère dont je peux être fière et une adulte que je peux respecter. Je crois que j'avais besoin de Lex pour te trouver et accepter ce que tu m'apportes comme j'ai eu besoin de Lao Ma pour accepter ce que Lex m'a apporté... Je crois que Lex, comme Lao Ma, n'était qu'une étape avant toi...

Choquée au-delà du possible, car elle ressentait l'intense sincérité de Tia, Linya était comme statufiée. Soudain elle se leva et se dirigea vers la porte avant de revenir tout aussi soudainement vers Tia.

Levant les yeux vers elle, Tia n'osa pas se lever. Elle appréhendait beaucoup trop ce que son amie allait dire.

- Je... je ne suis même pas gay, lâcha-t-elle finalement. Comment peux-tu dire que tu laisses tomber ton âme-sœur pour moi ? Comment tu peux même oser penser qu'elle n'est qu'une étape qui te mène à moi ? Ça n'a absolument aucun sens !

Tia ouvrit la bouche pour répliquer mais Linya la devança.

- Il y a une prophétie sur vous bon sang !

Linya se passa les mains sur le visage et tourna les talons, avant de, de nouveau faire demi-tour, pour revenir vers Tia.

- Quoi que tu prennes pour la vérité Tia, tu as besoin d'elle, déclara-t-elle avec lassitude. Cette prophétie... tu ne la réaliseras pas sans elle. Et tes enfants... vos enfants, doivent être protégés coûte que coûte. Tu ne peux pas faire cela seule. Tu as besoin d'elle.

Puis, tournant les talons pour de bon, elle sortit de la pièce.

 

Chapitre 6

Tia vit Enyalios entrer sans le noter. Elle était toujours prostrée sur le lit où Linya venait de la laisser. Il la vit et soupira. Décidément rien ne lui serait épargné. Il s'approcha du lit et se laissa tomber dessus.

- Tu ne me facilites pas la tâche tu sais...

Tia sortit enfin de sa torpeur et le fixa.

- Qu'est-ce que tu attends de moi ?

- Pas grand-chose, fit-il en haussant les épaules.

- Pourquoi es-tu là ?

- Pour la soutenir.

Cela la mit en colère.

- Et de quel droit ? Tu agis comme si c'était moi la méchante dans l'histoire !

- C'est faux, se défendit-il, tu sais que je suis de ton côté. Je l'ai toujours été.

- Alors qu'est-ce que tu fous là ? S'énerva-t-elle.

Il laissa le silence s'installer, attendant de voir Tia se calmer puis reprit :

- A quel moment l'as-tu écoutée ? Lui as-tu demandé pourquoi elle était réellement partie ? Pourquoi elle était revenue ? Sais-tu seulement ce qu'elle a traversé ?

Tia serra les poings. Elle ne voulait pas demander. Elle ne voulait pas ressentir de compassion ou comprendre. Elle ne voulait pas revenir vers Lex. Elle lui en voulait beaucoup trop et pour elle aucune excuse n'était acceptable. Elle lui avait promis qu'elles ne seraient plus jamais séparées, qu'elles ne se quitteraient plus quelles que soient leurs difficultés et leurs douleurs. Et elle n'avait pas tenu parole.

- Tu lui dois au moins ça.

Tia le fusilla du regard.

- Ecoute, je sais que les choses ont été difficiles pour toi aussi. Et que tout est différent maintenant. Que... tu tiens vraiment à Linya et à ce que vous avez construit ici. Et je comprends. Je ne dis pas que tu dois abandonner tout ça.

- Et qu'est-ce que tu me demandes alors ? De lui donner une chance ?

- J'ai entendu ce que Linya t'a dit. Elle a raison. Tu as besoin de Lex. La prophétie...

Il secoua la tête.

- Je sais que ça t'inquiète depuis le début, mais tu ne peux plus continuer de faire l'autruche.

- Je sais ça ! L'interrompit-elle. Je ne suis pas stupide. C'est juste que... tout est compliqué. Trop compliqué. Et tout arrive en même temps. C'est... et puis je voulais y faire face, je te rappelle ! S'exclama-t-elle soudain. Mais en partant Lex a tout chamboulé. Qu'étais-je sensée faire ? Laisser les enfants et partir en quête d'Ashee ? Seule, sans soutien ? En les laissant comme ça moi aussi ? Je ne savais même pas si Lex allait revenir ou non ! Comme tout le monde le dit, elle fait partie de la prophétie, et les enfants aussi !

Elle secoua la tête et sa colère retomba.

- Je n'arrivais même pas à comprendre la situation. Je... je ne savais pas quoi faire... Je ne le sais toujours pas. Tu le sais toi ?

Enyalios resta silencieux. Comme elle, il n'avait aucune idée de ce qui serait le mieux à faire. Mais il connaissait, la guerre, le combat et cette prophétie en était un. Il connaissait la marche à suivre dans ces cas-là. Il y avait un objectif, une cible à abattre et peu de temps pour le faire.

- Tu devrais commencer par l'écouter. Et lui laisser une place dans ta vie. Même si ce n'est plus celle d'avant. Pour les enfants. Elle aussi aura du mal à faire avec. Sa femme avec sa meilleure amie. Penses-y Ti, c'est loin d'être simple pour elle. Mais au moins elle essaye.

Il se leva et lui tapota la tête.

- J'espère que ça s'arrangera avec Linya.

Puis il sortit. Tia bascula sur le dos. En fixant le plafond elle se dit que ce ne serait peut-être pas si mal pour tout le monde si elle et Lex parvenaient à un statu quo. Elle espérait juste que cela n'aggraverait pas les choses avec Linya.

Personne ne semblait vouloir le croire, mais elle refusait de perdre Linya au profit de Lex. Elle aimait vraiment la dirigeante des Nazaréens. Elle lui avait beaucoup apporté ces derniers mois, ces dernières années. Si elle n'avait pas été là, son couple avec Lex n'aurait certainement pas duré aussi longtemps. Elle ne se rappelait que trop bien d'un jour sur l'île des Nazaréens où tout avait été très près d'être détruit entre elle et Lex.

Elle ne savait pas ce que l'avenir lui réservait, mais Enyalios et Linya avaient raison. Elle avait besoin de Lex. Que ce soit pour la prophétie ou leurs enfants, elle devait installer un statu quo.

Elle ne savait pas combien de temps encore Ashee allait les laisser en paix, mais elle pariait sur le fait que cela ne durerait plus très longtemps. Elle ne voulait pas vraiment y songer, sa vie était un bordel complet, mais elle n'avait pas le choix et elle avait déjà perdu bien trop de temps.

Elle se redressa donc, bien décidée à remettre sa vie en ordre. Elle espérait juste qu'elle ne perdrait pas Linya dans le processus.

                                                                       ***

Lara se réveilla en sursaut. L'esprit confus, le corps en sueur et la respiration hachée, elle mit quelques secondes à comprendre où elle se trouvait. Rassurée par les contours familiers de ses meubles, les battements de son cœur commencèrent à se calmer.

Elle tenta de se souvenir de ce qui l'avait mise dans cet état mais n'y parvint pas. C'était extrêmement flou, pourtant le sentiment de toute-puissance et de terreur mélangés, lui, était très clair. Elle secoua la tête et repoussa ses couvertures pour se lever. Mal à l'aise sans savoir pourquoi, elle essuya son front avec son avant-bras et tenta de relaxer ses épaules qu'elle trouvait douloureuses.

Tout en faisant rouler ses épaules pour les détendre, elle sortit de sa chambre et remonta le couloir jusqu'à la cuisine. En jetant un œil sur l'horloge elle vit qu'il était 3h du matin et soupira. Elle n'avait plus du tout envie de dormir. La journée allait être très longue.

Elle s'assit à l'îlot, posant sa tête entre ses mains et se mit à réfléchir vaguement à son programme du jour. La semaine prochaine elle devait reprendre les cours, les vacances touchaient à leur fin et elle devait sérieusement se mettre à ses révisions. Les premiers examens pour le bac tombaient bientôt. Mais depuis que sa mère l'y avait encouragée, elle ne pensait qu'à son avenir de Jockey.

Il y avait même une course pour laquelle elle s'entraînait, mais elle n'était pas très importante et elle commençait à se décourager quant à ses chances de percer un jour dans ce métier. Elle n'avait gagné aucune de celles auxquelles elle s'était inscrite dernièrement.

Elle se demanda si elle ne ferait pas mieux de faire comme Len et de se consacrer à l'apprentissage de la gestion du Ranch. Elle se leva pour se préparer un café et y ajouta quelques marshmallows puis elle traversa le couloir, fit de même avec le salon et fit coulisser la porte fenêtre donnant sur le patio. Elle s'installa sur la balancelle que sa mère avait fait installer à la demande de Lex pendant sa grossesse et savoura l'instant.

Le silence, l'obscurité, les étoiles et son café, elle se sentit tout de suite mieux. Après quelques  minutes, la fraîcheur de l'air la fit frissonner mais elle eut la flemme de retourner à l'intérieur.

Soudain une couverture légère atterrit sur ses jambes et quelqu'un s'assit à côté d'elle. Lara se retourna vers la nouvelle venue, étonnée. Elle ne l'avait même pas entendue venir.

- J'ai été surprise de la voir encore en état, fit Lex en rompant le silence. Je pensais que ta mère l'aurait réduite en miette après... après mon départ.

Lara se détourna et but une gorgée de son café sans répondre. Elle ne savait du reste pas quoi dire.

Lex prit comme une victoire le fait que sa fille ne parte pas sitôt sa présence identifiée. Elle se réjouit également que Lara ne lui jette pas un de ses regards furieux, bien que ceci, elle l'attribua à sa probable fatigue.

Nerveuse à l'idée de briser le fragile moment qu'elle partageait avec sa fille aînée, elle décida de se murer dans le silence. Elles restèrent ainsi, côte à côte à admirer les étoiles durant presqu'une heure.

Au final, ce fut Lara qui entama la discussion.

- Pourquoi es-tu revenue ?

Lex se tendit, puis soupira.

- La question est plutôt pourquoi suis-je partie.

Fronçant les sourcils, Lara la dévisagea. Son profil était toujours le même et elle fut surprise de ne pas la trouver changée. Elle n'avait pas vraiment pris le temps de détailler sa mère depuis son retour mais elle avait cru que leur séparation aurait laissé des traces sur son visage. S'apercevoir que ce n'était pas le cas la blessait.

- C'était une erreur. Commise sous l'emprise d'une confusion induite par ma peur. Je... c'est une discussion que je dois avant tout avoir avec ta mère, mais sache que je ne me cherche pas d'excuse. Je n'en ai pas. J'ai merdé et je le sais.

Lara se laissa le temps d'absorber l'explication comme les non-dits avant de demander :

- Et qu'est-ce qui nous prouve que tu ne referas pas les mêmes erreurs ?

- Rien. Ma parole. Mais je sais qu'elle ne vaut pas grand-chose pour vous ces jours-ci.

- Maman ne t'aime plus, lâche brusquement Lara.

Lex tressaillit violemment et Lara la vit serrer les poings. Elle avait presque mal pour elle. A vrai dire elle ne savait pas ce qu'elle ressentait réellement. Toute cette situation était vraiment trop compliquée. Linya, Lex, sa mère... elle aurait aimé ne pas être au milieu de tout ça.

- Je...

Lex se racla la gorge et recommença :

- Je le sais.

- Elle aime Tante Lin, ajouta Lara avec une pointe de dégoût.

Lex le nota et se tourna vivement vers elle.

- Ca n'a pas l'air de te plaire.

Lara haussa une épaule.

- Ca n'est pas ça. C'est juste... elle nous a fait croire que toi et elle c'était un destin, une fatalité. Que vous étiez des âmes sœurs et au final... elle t'a oubliée avec une rapidité déconcertante. C'est comme si Tante Lin l'avait ensorcelée.

Lara secoua la tête.

- Et ça, ça me dégoûte.

Lex déglutit, en proie à un mélange d'émotions violentes qu'elle s'efforça de refréner au maximum.

- Je ne pense pas que ce soit aussi simple... ta mère... ta mère me hait en ce moment. Et la haine est, bien souvent, une forme d'amour... je... ne pense pas qu'elle ne m'aime réellement plus du tout. Je pense...

Elle fit une pause pour trouver les mots justes.

- Je pense qu'elle avait besoin de m'effacer pour tenir bon. Je ne lui en veux pas pour ça. Ce serait faire preuve d'un trop grand égoïsme. Linya a raison, c'est moi qui suis partie. C'est ma faute si elle a souffert au point d'avoir besoin de m'effacer pour ne pas s'effondrer.

Etonnée, Lara posa un nouveau regard sur sa seconde mère.

- Et Tante Lin ? Tu ne lui en veux pas non plus ?

Lex hésita.

- Se serait mentir que de dire que non, répondit-elle finalement avec un sourire mi-figue mi-raisin. Mais je m'inquiète plus de comment mon amie hétéro pur jus a pu soudain se transformer en lesbienne. Je veux dire, ok, on ne sait pas forcément que l'on l'est avant la bonne personne mais dans le cas de Linya... disons qu'on y a tous songé il y a longtemps et que jamais rien n'a semblé la faire pencher de ce côté...

- Elles sont tombées amoureuses, qu'est-ce qu'il y a comprendre ?

- Encore une fois, c'est plus compliqué que ça, soupira Lex.

- Moi je pense surtout que tu refuses d'y croire. Si elles s'aiment, alors maman ne voudra plus jamais de toi et tante Lin... tu auras du mal à la retrouver. Et je sais que tu tiens à elle comme à la prunelle de tes yeux. On le sait tous.

Lex retint un mot cinglant. Lara avait raison. Et tort. Elle pensait ce qu'elle avait dit.

- Peut-être. Mais peut-être pas. Pour ce qui est de ta mère je suis d'accord. Pour Lin... je ne pense pas. Mais peu importe pour l'instant, ça n'est pas l'important.

- Et c'est quoi l'important alors ?

- Toi. Ton frère. Tes sœurs. Faire en sorte que Tia me laisse une chance de faire partie de vos vies.

Lara fut bien malgré elle touchée par les mots de sa mère. Elle ne se souvenait pas d'une seule fois où Lex ou sa mère n'aient pas mis leurs intérêts à elle et Len, avant leur amour.

- Maman est très en colère.

- Je sais. Toi et Len aussi. Avec raison. Je sais que je dois mériter votre confiance. Je demande juste le droit d'essayer.

Lara ne dit rien. Le silence s'installa de nouveau mais plus serein.

- Tu devrais aller te recoucher, dit Lex en posant une main sur la cuisse de sa fille. Il est encore tôt et il me semble que tu n'as rien de prévu avant l'après-midi.

- J'ai un entraînement, rétorqua sa fille.

Lex secoua la tête.

- Frédéric m'a dit hier après-midi que Perce-neige avait un problème au sabot. Il va devoir faire venir un vétérinaire et un maréchal ferrant.

- Quoi ?! Mais la course est dans 5 jours !

- Je sais, je suis désolée mon ange. J'ai parlé avec Frédéric à ce propos. Si tu es d'accord on va faire le point cet après-midi ensemble et te mettre au point un véritable programme. Tu as 19 ans, c'est maintenant ou jamais de te lancer pour de bon comme Jockey. Tes statistiques ne sont pas mauvaises.

- Mais pas excellentes non plus.

- Tu as grandi ces derniers mois, il est possible que cela t'empêche d'être dans le top, mais cela ne devrait pas t'empêcher de réaliser une bonne carrière. Mais on en reparlera plus tard. Va te coucher mon ange.

Lara leva sa tasse avec un sourire moqueur.

- C'est du café.

Lex rit.

- Comme si je l'ignorais. Je me retiens de t'arracher ce nectar des dieux depuis que je t'ai rejointe.

Cela fit sourire Lara. Elle retrouvait sa mère dans cette phrase et cela faisait vraiment du bien. Soudain elle perdit son sourire.

- Tu m'as manqué, lâcha-t-elle sans la quitter des yeux.

Emue, Lex pinça les lèvres pour retenir les larmes qui venaient de monter. Elle s'éclaircit la gorge et répondit :

- Tu m'as manqué aussi.

Après une hésitation, elle attira sa fille dans ses bras. Lara lui rendit son étreinte à l'étouffer. Lex finit par s'écarter en essuyant une larme sur sa joue.

- Tu devrais aller dormir maintenant. Le café n'a pas tellement d'effet sur toi et tu le sais.

Lara acquiesça sans rien dire. Elle essuya ses larmes et se leva. Elle ne voulait pas se réconcilier avec sa mère aussi vite. Elle lui avait brisé le cœur. Mais elle lui avait tellement manqué et elle était là et était toujours elle-même, sa mère, qui s'inquiétait et s'occupait d'elle quoi que Lara dise ou fasse.

Elle en avait marre d'être en colère. Elle ne voulait pas prendre de parti. Elle voulait juste retrouver ses mères ensemble. Sa famille comme avant.

Elle déposa un baiser sur la joue de sa mère et retourna dans la maison. Lex la suivit des yeux avant de revenir à la vue devant elle. Elle adorait le Ranch. Son calme, ses vues, différentes selon l'angle où l'on se trouvait dans la maison, les chevaux, ses amis, même les clients...

Comment avait-elle pu quitter tout cela ?

Un hurlement déchira brutalement l'atmosphère. Lex se leva d'un bond en fixant l'horizon. C'était de là que provenait le cri. Il était long, profond, il lui rappelait... oui, c'était cela, le cri d'un Loup.

Elle fronça les sourcils, inquiète. Se pouvait-il qu'il s'agisse de... ?

Elle se retourna vers la maison et fit un pas avant de s'arrêter net. Son premier réflexe avait été d'aller voir Tia. Mais si elle entrait dans cette chambre, elle y trouverait sa femme avec une autre et ça... elle n'était pas prête à le voir.

Un nouveau hurlement retentit, plus proche cette fois. Elle se demanda quoi faire. Un troisième hurlement, toujours plus proche, la décida. Elle descendit les marches qui menaient à l'avant de la maison et commença à remonter le chemin en direction des cris.

Elle n'était pas sûre qu'il s'agisse bien du Loup de Tia, mais même si certains d'entre eux s'échappaient parfois du Parc Algonquin, le Ranch était situé bien trop loin pour que se puisse être l'un d'eux. Et les Loups sauvages étaient peu nombreux même s'ils existaient. Et du reste, ce n'était pas de ce côté de l'Ontario qu'on pouvait en trouver, pas assez de forêt et trop d'espaces plats.

Donc elle était à peu près certaine qu'il s'agissait bien du Loup de Tia. Et cela ne présageait rien de bon s'il était dans les parages. Tia n'était absolument pas prête pour la fusion.

Elle espérait pouvoir le lui faire comprendre sans se faire mordre. Elle savait bien que c'était une partie de Tia. Et d'après elle, la Louve était incapable de lui faire le moindre mal. Néanmoins c'était un animal sauvage et la partie la plus violente et la plus sombre de sa mercenaire. Elle avait vu ce que cela faisait à sa femme lorsqu'elle était sous l'influence de la Louve.

Tia allait avoir besoin de toute sa volonté et sa force pour rester elle-même lors de la fusion. Et elle entendait bien être là pour la soutenir lorsque cela arriverait.

Elle marcha un moment, mais les cris s'étaient arrêtés et elle ne savait plus dans quelle direction se diriger. Elle tourna un moment, attendant un nouvel indice mais il n'y en eu pas et elle finit par rebrousser chemin, frustrée.

                                                                       ***

Elle avait été sur le point de la rencontrer. Lex venait à elle. Elle l'avait entendue et s'était immédiatement dirigée vers elle.

Et TIA l'avait empêchée de la rejoindre ! Comment avait-elle osé ?! Elle lui avait interdit, INTERDIT, d'approcher. De rejoindre SA Lex. Oubliait-elle donc à qui elle s'adressait ?!

Cela suffisait. Il était temps de lui rappeler qui commandait maintenant. Qui avait toujours commandé entre elles deux.

Elle pouvait lui interdire d'approcher Lex ou même les jumeaux mais il n'était pas dans ses moyens de l'empêcher de l'approcher elle. Et il était plus que temps que Tia et elle se retrouvent.

 

Chapitre 7

Ce matin, comme chaque matin depuis près d'une semaine maintenant, tout le monde s'était retrouvé pour partager le petit-déjeuner dans le salon. Cela avait été initié par Tia. Elle s'était à cette occasion, excusée pour son comportement désagréable et avait déclaré à Lex qu'elle ne se mettrait pas entre elle et les enfants. Qu'ils avaient besoin d'elles deux.

Cela avait surpris, mais surtout soulagé la jeune femme qui voyait en ce geste un possible  retour de sa femme. Bien sûr elle ne se faisait pas d'illusions sur la difficulté que cela serait de se faire pardonner, mais elle y croyait.

Ceci étant, Tia se donnait un mal de chien pour lui faire comprendre le contraire. Elle flirtait avec Linya à chaque fois qu'elle en avait la possibilité. Et Lex avait bien du mal à refréner sa jalousie naturelle.

Ce matin ne faisait pas exception. Tout le monde était réuni autour de la table. Frédéric et sa femme, Anna se trouvaient en bout de table et se faisaient face, les jumeaux étaient à leurs droites. Lizzie manquait à l'appel. Elle avait décidé de repartir chez elle afin de régler les choses, ou tout du moins, les éclaircir avec Tamara, et était partie la veille.

Les jumelles sur leur chaise haute étaient, l'une à côté de Tia, en bout de table, l'autre à côté de Lex en face de Linya, qui elle était, à côté de Tia. Lex, elle, se trouvait en face de Tia. En première place pour profiter des gestes tendres et des œillades pleines de désir des jeunes femmes.

Comme d'habitude elle rongeait son frein et les ignorait de son mieux. Elle en profita pour se concentrer sur sa fille. Cette semaine elle avait pris beaucoup de plaisir à s'occuper d'elle et à apprendre à la connaître. Maki et Jiyeon étaient réellement adorables et elle ne comprenait pas comment elle avait pu à ce point les repousser jusque-là.

Bien que cela ne fasse qu'une semaine, elle adorait chaque minute et chaque seconde qu'elle passait avec ses jumelles. Elle avait encore parfois des moments de malaise. Pas seulement parce qu'elle ne savait pas comment s'occuper de bébé, mais plus comme une réminiscence de ce qu'elle avait ressenti pour ses filles après leur naissance. Ces moments lui faisaient peur et elle aurait aimé pouvoir s'en ouvrir à Tia, mais elle craignait qu'elle retire alors son autorisation de partager leurs vies.

Avec Lara la paix était fragile, mais autant l'une que l'autre prenait soin de ne pas la briser. Len, quant à lui était plus difficile à cerner. Il ne semblait pas souhaiter rester en colère contre elle. Il était tout prêt à tout effacer, pourtant quelque chose semblait le retenir.

Linya lui avait dit que c'était certainement de la crainte. Qu'il attendait quelque chose qui lui prouverait sans conteste qu'elle ne repartirait pas. Elle avait été surprise de l'intervention de Linya. Elle aussi semblait souhaiter faire la paix. Lex était mitigée à ce sujet d'ailleurs. Comme elle ne savait pas ce qu'elle ressentait vraiment, elle avait décidé de se contenter d'être courtoise avec Linya.

Jiyeon attira son attention en tapant avec enthousiasme sur le plateau devant elle et Lex laissa de côté sa tartine pour lui retirer sa cuillère des mains. Elle attrapa ensuite un bout de son pain perdu et lui en donna un morceau.

Aussitôt vu, aussitôt englouti. Jiyeon se jetait sur la nourriture comme un assoiffé sur l'eau en plein désert. Néanmoins la grimace qui suivit la disparition du morceau de pain fit rire sa mère.

- Elle n'a pas l'air d'apprécier le pain perdu, remarqua Lara avec un sourire.

- Ça doit être la cannelle que j'ai ajoutée, fit Linya. C'est probablement un peu trop spécial comme goût pour un bébé.

Lex lui jeta un bref coup d’œil, agacée sans savoir pourquoi. Le repas se termina néanmoins dans une ambiance sereine. Les jumeaux partirent directement après le repas pour leurs cours de rattrapage et ce, bien que ce soit le week-end. Cette année Tia avait décidé de faire de leur réussite scolaire une priorité, surtout depuis le fiasco des examens blancs, et elle ne lésinait pas sur les cours particuliers qu'elle leur imposait.

Ainsi Len avait vu son temps de travail au ranch réduit et son temps d'étude augmenter. Idem pour Lara avec sa passion de Jockey. Lex avait promis à sa fille qu'elle discuterait avec Tia d'un assouplissement concernant son cas, quand celle-ci serait remise de son choc devant leurs notes des plus catastrophiques.

L'avantage de ce surplus de travail scolaire était que Len avait moins de temps pour penser à ses déboires amoureux. Lara en revanche pestait devant ce temps restreint qu'elle passait auparavant avec Sahel.

Lex était un peu déconcertée devant les histoires des jumeaux. Elle l'était d'autant plus que Linya semblait à son aise et bien que sa fille s'en défende, elle entretenait une relation des plus naturelles avec Linya. Lex était forcée de reconnaître que sa famille avait su trouver un équilibre qui convenait à chacun grâce à Linya. Cela lui fit mal autant que cela la soulagea.

Elle était fatiguée de ses émotions si continuellement contradictoires. Elle avait l'impression d'être déchirée en permanence et n'avait aucune idée de comment se stabiliser elle-même. Elle ne savait plus ce qu'elle ressentait réellement. Tout était trop violent et contraire. C'était épuisant et décourageant.

Sans Enyalios, elle aurait probablement déjà jeté l'éponge. Elle était vraiment reconnaissante au mercenaire de l'avoir trouvée, remise sur pied et de rester à ses côtés. Sa présence silencieuse était comme un roc lui permettant de reprendre sa respiration avant de se jeter à nouveau dans la mêlée.

Elle récupéra Jiyeon et la déposa dans sa poussette avant de rejoindre Tia. Celle-ci était assise sur le canapé et jouait avec Maki. Linya, elle, débarrassait la table avec Anna. Frédéric était retourné à leur bungalow afin de se préparer avant l'arrivée de nouveaux clients. Une famille de New-York qui venait rendre visite à de la famille et qui avait vu leur panneau publicitaire en ville. Ils avaient décidé de s'offrir une excursion pour la journée, faire découvrir les environs et les chevaux à leurs enfants.

- Je peux emmener Maki et Jiyeon en promenade ? S'enquit Lex en s'asseyant en face d'elle.

Tia leva les yeux sur sa femme et acquiesça. Elle lui tendit Maki et Lex se leva pour la prendre. Elle jeta un coup d’œil à Tia et décida de s’asseoir à côté d'elle. Elle se racla la gorge, nerveuse, avant de demander :

- Tu, heu, ça te dirait de nous accompagner ? On va juste faire une petite promenade dans les environs. Je heu, j'ai pensé que ça serait bien pour les filles d'avoir un moment avec leurs deux mères. Ce n'est pas du tout pour m'imposer ou quoi que ce soit, ajouta-t-elle sans lui laisser le temps de répondre, je pensais juste que ce serait bien pour les filles.

Tia leva une main pour interrompre le flot de paroles et Lex se tut.

- C'est une bonne idée, répondit-elle seulement.

Après quoi elle se leva, reprit Maki des bras de Lex et se dirigea vers la poussette. Excitée comme une puce par ce pas en avant, Lex se leva d'un bond et rejoignit sa femme qui entreprenait de sortir la poussette de la maison. Linya leur fit un petit signe alors qu'elles franchissaient la terrasse et Tia le lui retourna avec un sourire.

Cela doucha l'enthousiasme de Lex mais ne le fit pas complètement disparaître. C'était la première fois depuis son retour qu'elle se retrouvait en tête à tête avec Tia sans qu'aucune hostilité ne tende l'atmosphère.

Elles cheminèrent quelques minutes en silence, jouant avec leurs filles et leur montrant différents aspects du paysage qui méritaient leurs attentions. Elles arrivèrent près du lac et décidèrent d'en faire le tour.

- C'est amusant, remarqua Lex en laissant Jiyeon enrouler ses petits doigts autour de sa main, je n'avais jamais fait le tour avant. Et toi ?

Tia hocha la tête.

- Linya aime bien en faire le tour le soir. C'est devenu un rituel. Je cours autour aussi le matin. C'est reposant, ce silence.

Lex contrôla tant bien que mal la morsure douloureuse qui étreignit son cœur. Linya était partout. Tia n'avait que son nom à la bouche, elle était dans sa tête et partout dans sa vie. Il n'y avait aucun moyen pour Lex de l'éviter.

Et quelque part, elle ne le voulait pas. Linya lui manquait. Pas autant de que Tia néanmoins, mais presque autant. Et parfois elle se surprenait à faire passer Linya avant Tia et elle ne se comprenait à nouveau plus. Elle croyait, avait toujours cru, que Tia était sa priorité numéro 1...

Elle était tellement perdue....

Elle décida de se concentrer sur le moment présent plutôt que de ressasser une fois de plus sa confusion. Elle était là avec sa femme et ses enfants, c'était tout ce à quoi elle aspirait pendant sa retraite avec Enyalios.

Elle leva les yeux sur Tia qui marchait devant. Elle avait déposé la poussette sur le côté près d'un talus et sorti Maki qui faisait maintenant des cercles autour de sa mère qui l'appâtait avec un biscuit en riant de ses dandinements.

Le tableau la fit sourire et elle prit Jiyeon dans ses bras pour les rejoindre plus vite. Elle déposa sa fille près de sa sœur et donna un gâteau à chacune en pointant du doigt sa femme :

- C'est mal de se moquer de petites choses sans défense comme ça, la tança-t-elle avec un sourire.

Tia le lui retourna avant de s'en rendre compte et de lui tourner le dos en fronçant les sourcils. Elle s'installa près de l'eau, pour empêcher ses filles de trop s'en approcher et Lex l'y rejoignit en soupirant.

Elle se laissa tomber à ses côtés, releva ses genoux et posa ses avant-bras dessus avant de se tourner vers sa femme et de lâcher :

- Tu crois qu'un jour tu pourras de nouveau me sourire sans que ça te semble mal ?

Tia détourna le regard, gênée.

- Qu'est-ce que je dois faire Tia ? Dis le moi et je le ferai. Je veux juste... regagner ta confiance. Je ferai ce que tu veux pour ça.

Tia se mordit la lèvre avant de secouer la tête. Elle soupira, un peu énervée, puis porta son regard sur sa femme.

- Je ne... ça n'est pas... Bordel !

Elle n'arrivait pas à trouver ses mots et cela l'agaça un peu plus. Elle passa une main dans ses cheveux puis se tourna de nouveau vers elle, avant de renoncer. Elle soupira et regarda le sol à ses pieds, découragée.

- Je suis vraiment désolée Tia, murmura Lex profondément blessée de voir son âme-sœur si perdue et malheureuse par sa faute.

Tia leva les yeux et étudia avec attention le visage de sa vis-à-vis.

- Pourquoi es-tu partie ? Demanda-t-elle finalement après de longues minutes de silence.

Lex retint sa respiration. LE moment était arrivé. L'explication qui allait tout changer en bien ou en mal selon la façon dont Tia l'accepterait...

Elle appréhendait autant qu'elle appelait ce moment de tous ses vœux depuis son retour. Jusqu'à présent l'hostilité de Tia était telle, qu'aucune explication n'aurait été acceptable. Mais la paix entre elles était encore fragile et elle n'était pas certaine que Tia était soit prête à l'entendre. Néanmoins elle n'avait pas le choix. Pas si elle voulait récupérer sa femme.

Aussi inspira-t-elle profondément et se lança-t-elle.

- C'était un tout. Un tout né de ma peur de te perdre.

A ces mots Tia fronça les sourcils.

- Je sais que  je t'encourageais à accepter la Louve, que j'encourageais votre « réunion »... mais je n'avais pas réellement saisi ce que cela signifiait... lorsque je l'ai fait, ça a juste tout changé en moi. J'avais tellement peur Tia, de te perdre, que j'en suis devenue obsédée ! Et les jumelles... elles me pesaient, je sais que c'est horrible à dire, que c'est moi qui les voulait mais... lorsque j'ai réalisé que mon accouchement signerait ou signifierait ton départ, j'ai juste... perdu l'esprit je crois...

Lex était attentive aux moindres changements sur le visage de sa femme, mais celle-ci était aussi impassible qu'à leur rencontre ce qui la rendit encore plus nerveuse et désemparée. Elle était persuadée que Tia n'accepterait pas ses explications. Soit elle n'y croirait pas, soit elle remettrait en cause leur légitimité.

- Les... les jumelles, reprit-elle suppliante, sont devenues un fardeau que je ne voulais plus assumer. Et tu étais si en colère de me voir les rejeter comme ça sans raison, si inquiète pour moi, les filles et le fait de devoir reporter ton départ. Je te voyais perdue et déçue et j'aurais fait n'importe quoi pour te soulager mais je n'y arrivais plus. Je... je ne pouvais physiquement plus les approcher, elles me rendaient malades. Juste les regarder me rendait malade. Je m'en voulais de ressentir de telles choses, quel genre de mère étais-je ?! Et j'ai commencé à me sentir étouffée entre tes questions, ton inquiétude et les filles, la Louve et ce futur impossible à éviter... les jumeaux... dans tout ça je les ai complètement oubliés. Ce danger imminent qui les guettait pourtant si fortement, je l'ai juste oublié. Je ne voyais que toi et moi, ma trahison et ta mort. Je...

Lex baissa la tête en écrasant une larme rageusement. Elle n'avait aucun droit de pleurer.

- Je suis désolée...

Le silence s'étira et Lex n'osa pas relever la tête. A la place elle se tourna vers ses filles qui s'étaient assises au milieu du chemin et babillaient gaiement en se lançant de la terre et de l'herbe. Jiyeon en avait d'ailleurs plein les cheveux et cela avait l'air de prodigieusement amuser sa sœur.

Finalement elle entendit Tia se racler la gorge et son cœur se mit à battre plus fort.

- En somme c'est ma faute...

Lex se retourna vivement vers sa femme.

- Non, bien sûr que non ! S'écria-t-elle. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

- Je sais, la coupa Tia. Mais ça l'est quand même. Je n'ai... je n'ai pas su être présente pour toi. Je n'ai pas su te comprendre. J'ai juste... aggravé ta situation...

Tia secoua la tête sans la regarder, l'air profondément coupable. Elle se mura dans le silence un moment puis releva les yeux et, plongeant son regard dans le sien elle déclara :

- Pourtant tu es coupable aussi. Tu aurais dû me parler. Me faire confiance. A moi, à Linya. Tu nous as tourné le dos comme si l'on n’avait rien traversé ensemble. Tu t'es enfermée dans ton monde et nous en as exclues... Lex, tu m'avais promis que je ne serais jamais seule...

- Je sais je n'aurais pas dû partir...

- Ce n'est pas ça, la coupa la mercenaire en fronçant les sourcils de colère, tu m'as exclue de ton monde... tu m'as laissée sur le bas-côté. Tu m'as laissée seule... Tu m'as menti...

Tia dévisagea Lex qui, en cet instant, cherchait désespérément les mots capables d'effacer la douleur qu'elle voyait dans le regard de Tia.

- Et ça Lex, ça tu vois, je ne peux pas te le pardonner... j'ai cru en toi plus qu'en n'importe qui dans ce monde. Tes mots étaient de véritables promesses gravées dans mon âme... mais tu m'as exclue... tu m'as laissée. Après avoir juré de ne plus jamais le faire... Et je suis tombée en morceau, encore.

La souffrance de Tia refit surface et c'est avec un désespoir palpable qu'elle poursuivit sans la quitter des yeux :

- Et je ne peux plus le faire Lex. Je ne peux plus tomber en morceau. Je ne serai plus capable de me relever. Ça a été tellement dur cette fois, tellement insupportable. Si j'en avais été capable je me serais arraché le morceau d'âme qui reste encore, je me serais ôté le cœur, j'ai failli le faire... Lex, j'ai vu le fond du puits et j'ai fait payer la souffrance que tu m'as infligée à Linya. Je lui dois tout et je lui ai tellement fait de mal... Et elle n'avait personne vers qui se tourner tu sais. Tu lui as fait autant de mal qu'à moi et j'en ai rajouté une couche et elle n'avait personne... si tu savais comme je m'en veux...

Lex était déchirée, les larmes de Tia étaient si violentes, si sincères, elle ressentait jusque dans son âme la culpabilité de sa femme. Elle avait créé un sacré bordel en partant. Elle n'aurait jamais pensé que cela provoquerait un tel désastre...

Tia, Linya... elle ne savait pas comment réparer. Elle ne savait même pas si elle en était capable. Si ses amies la laisseraient même faire...

Elle avait tellement à se faire pardonner. Elle ferma les yeux, ne cherchant pas à réprimer ses propres larmes.

A sa plus grande surprise, deux bras forts l'entourèrent soudain. Elle ouvrit les yeux et découvrit les iris bleus turquoise de la seule femme à avoir jamais fait battre son cœur.

- Ne pleure pas, murmura Tia en la serrant contre elle. Tu sais que je n'ai jamais pu supporter de te voir pleurer.

Et comme si un barrage cédait enfin, Lex éclata en sanglots, un soulagement immense déferlant dans son esprit. Elle se laissa aller dans l'étreinte solide de sa femme en s'imprégnant de la chaleur, de la solidité et de la force exceptionnelle de son âme-sœur.

Elle pleura un long moment et Tia la laissa faire, caressant ses cheveux avec cette douceur exquise qui lui avait tant manqué. Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle remarqua les petites menottes de ses filles sur ses bras et elle eut un petit rire émerveillé.

Ses filles, ses merveilleuses petites filles avaient essayé de la consoler... c'était si magique, si émouvant qu'elle manqua se remettre à pleurer. Comment avait-elle pu un jour penser qu'elles étaient repoussantes ?

Elle se dégagea de l'étreinte de sa femme et attira ses jumelles, les serrant fort tout en prenant soin de ne pas leur faire de mal. Elle déposa ensuite un baiser sur chacune des joues veloutées et les rassura :

- Maman va bien mes bébés, maman va bien grâce à vous. Vous pouvez retourner jouer...

Comme si elles avaient compris ou étaient simplement satisfaites, elles se redressèrent et tournant le dos à leurs mères, retournèrent à leur jeu sur le chemin.

- Maki ma chérie, en revanche si tu pouvais cesser de vouloir changer la couleur de cheveux de ta sœur en la tartinant d'herbe et de terre je t'en serais reconnaissante, lança Lex alors que la jeune interpellée se baissait pour attraper une poignée de terre.

Elle entendit Tia rire à ses côtés et se tourna vers elle. Le sourire ne se flétrit pas lorsqu'elles croisèrent leurs regards et cela réchauffa Lex jusque dans ses os.

- Je t'aime, fit Lex doucement. Je sais que c'est encore trop tôt pour te le dire... mais je veux que tu le saches... je t'aime.

- Je sais, répondit Tia en détournant les yeux.

Lex la vit déglutir avant de dire :

- Mais cela ne change rien. Je... je comprends pourquoi tu es partie et j'accepte ma part de responsabilité dedans, mais... j'aime vraiment Linya Lex.... et je ne la laisserai pas.

Ces derniers mots elle les avait lâchés en la regardant droit dans les yeux. Elle vit la douleur qu'ils causèrent et s'en voulut mais ne les reprit pas. Elle pensait chacun d'eux.

- Lex...

Tia tendit la main mais Lex se détourna, tentant tant bien que mal de retenir ses larmes.

- J'ai vraiment tout gâché hein..., souffla-t-elle.

Puis Lex fronça les sourcils. Tia n'avait pas dit qu'elle ne l'aimait pas. Ni qu'elle voulait mettre fin à leur mariage pour être avec Linya. Elle avait juste précisé qu'elle ne voulait pas laisser Linya. Elle releva la tête, pleine d'espoir.

Tia nota le changement sans le comprendre.

- Je ne te le demande pas, déclara finalement Lex doucement.

Ce fut au tour de Tia de froncer les sourcils, perplexe.

- Linya... je ne te demande pas de la laisser... je l'aime tu le sais, je ne ferai rien pour la faire souffrir délibérément. Et elle est heureuse avec toi. Du moins elle le semble. Et... toi aussi, ajouta-t-elle après une hésitation. Même si ça me coûte de le reconnaître. 

Tia ne comprenait pas où elle voulait en venir.

- Qu'est-ce que... qu'est-ce que tu attends de moi Lex ? Demanda la mercenaire.

- Je veux seulement que tu comprennes que je ne cherche pas à chambouler de nouveau ta vie et celle des enfants. Je veux juste en faire partie...

Tia hocha la tête. Lex inspira profondément avant de poursuivre :

- Je ne repartirai pas Tia. Je te le jure. Je sais que tu ne me crois pas et tu as tous les droits de ne pas le faire, mais je te promets que je ne repartirai pas. Je regagnerai ta confiance, celle des enfants et celle de Linya. C'est mon unique objectif.

Tia resta silencieuse. Puis :

- Pourquoi es-tu revenue ? Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis finalement ? Et pourquoi ça t'a pris autant de temps ?

Lex ouvrit la bouche puis la referma. Elle se détourna de Tia et entoura ses jambes de ses bras. Elle savait qu'elle était obligée d'aborder le sujet pour regagner sa confiance mais ça... c'était quelque chose qui la fragilisait encore beaucoup. Elle avait honte et ne voulait pas avouer à Tia qu'elle avait voulu mourir... et que seule l'intervention d'Enyalios l'en avait empêchée. Comment lui avouer qu'elle avait failli l'abandonner pour toujours elle et les enfants ? Comment Tia pourrait lui pardonner après ça ? Après tout ce qu'elles avaient vécu ensemble, après sa peur d'Huntington, comment lui avouer qu'elle avait laissé sa faiblesse gagner ?

Tia la vit se refermer sur elle-même et fut incapable de faire comme si cela ne l'atteignait pas. Depuis que Lex lui avait avoué la raison de son départ, elle était partagée entre un mélange de colère envers elle-même et de douleur pour Lex. Comment avait-elle pu ne pas s'apercevoir de sa souffrance, de sa solitude ? Comment avait-elle pu la laisser s'enfoncer au point que la fuite lui sembla la seule solution ? Elle s'en voulait tellement... elle avait laissé tomber sa femme... et ça elle ne pouvait pas se le pardonner.

 Elle attira la jeune femme dans ses bras et la berça.

- Ce n'est pas grave si tu ne peux pas en parler. On n'est pas obligé de faire ça maintenant.

Lex se sentit rassurée par son étreinte et sa gentillesse. Elle n'était pas pardonnée mais sentait qu'elle était sur la bonne voie. Elle retrouvait Tia, petit à petit. Leur connexion, leur compréhension, leur compassion l'une pour l'autre. C'était un tel soulagement !

Elle se laissa aller dans ses bras. Les yeux fixés sur les jumelles, elle sentait le souffle de Tia sur ses cheveux et pendant l'heure où elles restèrent ainsi, Lex eut l'impression de revenir en arrière. Un bonheur tranquille, un amour serein, partagé, rassurant.

En quittant le chemin pour revenir au ranch, Lex était plus déterminée que jamais. Elle voulait retrouver cela, ce sentiment, ce futur que Tia lui avait décrit lorsqu'elles s'étaient mariées. Ces heures qu'elles venaient de passer ensemble avaient changé les choses entre elles et raffermi la volonté de Lex.

Elle sourit en songeant à la fierté d'Enyalios lorsqu'il se rendrait compte que son incertitude avait disparu. Elle n'était pas prête à tout dire à Tia, pas encore, mais elle le ferait, elle n'en doutait plus. Et elle savait que lorsque ce serait le cas, Tia comprendrait. Elle comprenait toujours tout. Et bien que Tia s'en défende, elle était toujours sa femme. Sa bienveillance et sa compréhension à son égard plus tôt en était une preuve indiscutable.

Tia de son côté se sentait soulagée. Cette haine qu'elle avait ressentie pour Lex lui avait énormément pesé. La petite blonde, sa partenaire depuis leur rencontre, possédait toujours son âme et son cœur. En ça Linya avait raison. Elle aimait et aimerait Lex jusqu'à la fin. Ne plus avoir autant d'hostilité à son égard, comprendre enfin la raison de son départ la soulageait donc intensément.

Mais cela l'ennuyait également. Il aurait été plus simple pour sa relation avec Linya que les choses restent ainsi. Plus simple pour Linya mais pour elle également car elle était toujours blessée par son abandon et aurait souhaité garder cette colère qui l'en protégeait en partie.

Néanmoins le soulagement l'emporta et lorsque son regard croisa le vert attendu depuis tant de mois, le pétillement qu'elle y décela lui fit rater un battement et embrasa son âme. Une chaleur longtemps disparue remonta et l'emplit.

Elle retourna le sourire donné avec une joie non dissimulée. Celui de Lex s'agrandit et elles finirent par se détourner l'une de l'autre pour porter attention à leurs filles, qui cheminaient gaiement à leurs côtés. Tia se sentait bien. Elle était heureuse.

                                                                       ***

Le reste de la journée fut calme. Lex prit les jumelles avec elle et partit rendre visite à Rhapsody. Frédéric, accompagné d'Anna s'occupèrent des clients avec Tia. Et Linya profita de sa liberté pour traiter les affaires en cours de Lyoko. Elle fit également un résumé des informations à transmettre à Lex. Elle ne savait pas encore quand aborder le sujet mais elle savait qu'elle le devrait tôt ou tard.

Les jumeaux rentrèrent en fin d'après-midi et passèrent leur après-repas à faire leurs devoirs en pestant contre l'autoritarisme de leur tyran de mère. Celle-ci se moqua d'eux et leur répondit que s'ils avaient travaillé comme ils le devaient dès le départ, ils n'en seraient pas là.

Une fois tout le monde dans sa chambre, Tia invita Linya à la rejoindre pour une promenade nocturne. Celle-ci l'enjoignit d'y aller en première car elle avait un coup de téléphone à passer.

Tia sortit donc sur la terrasse et profita de sa solitude pour étudier le ciel. Elle fit quelques pas et s'assit sur la pelouse devant le ranch sans cesser d'observer les étoiles. Elle s'adonna, pour la 1ere fois depuis le départ de Lex, à son jeu favori, à savoir chercher sa famille.

Un grondement bas brisa soudain le silence. Tia se mit aussitôt en position de combat, son corps passant en pilote automatique. Elle découvrit avec stupeur sa Louve qui la fixait, un peu plus loin.

Inquiète de ne pas avoir ressenti sa présence elle tenta d'établir un dialogue, mais l'esprit fermé de la Louve fut imperméable, ce qui augmenta le mauvais pressentiment de Tia.

Cependant lorsque la Louve se mit enfin en mouvement elle ne s'attendait pas du tout à ce qui suivit.

La Louve lui sauta littéralement à la gorge.

 

Chapitre 8 :

 

Saisie par un acte qu'elle n'aurait jamais imaginé voir la Louve commettre, Tia ne réagit pas et prit l'animal sauvage de plein fouet. Son mouvement instinctif de recul lui permit néanmoins d'éviter le plus gros de l'attaque. La Louve referma sa mâchoire sur l'épaule de Tia qui cria sous le coup de la douleur. Cela lui permit de reprendre ses esprits et, alors qu'elle tombait au sol, elle ceintura la Louve et la projeta au loin.

Dans le processus elle sentit un morceau de sa chair partir avec la mâchoire et elle hurla. Elle se releva néanmoins aussitôt en portant une main à son épaule pour contenir le flot de sang. La Louve se remit sur ses pattes au même moment. Elles se dévisagèrent, Tia stupéfiée et en colère, la Louve déterminée.

- Qu'est-ce qui te prend ? lança la mercenaire la voix basse.

Pour toute réponse, la Louve s'élança à nouveau sur elle dans un grondement de rage pur. L'aura sombre de l'animal était aussi dense que profonde et, pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, Tia la sentit « l'attaquer ». Effrayée, elle fit un bond sur le côté et la Louve la manqua.

Mais la Louve était, au contraire de la mercenaire, dans une forme folle. Elle n'avait passé ces derniers mois qu’à ronger son frein et augmenter sa rage. Et elle n'était pas blessée.

Tia était de taille à faire face aux animaux sauvages, elle l'avait déjà fait du reste. Mais cet animal-ci était intelligent, aussi intelligent qu'elle. Et elle n'était pas certaine que blesser ou tuer la Louve ne se répercute pas immanquablement sur elle.

Incertaine de l'attitude à tenir, Tia ne put qu'esquiver encore et encore les attaques de plus en plus violentes et rapides de sa vis-à-vis. Autant Tia sentait ses forces s'amoindrir, autant la Louve semblait infatigable.

Tia avait néanmoins toujours eu une condition physique exceptionnelle, aussi parvint-elle à tenir ce rythme un bon moment. Pendant tout ce temps, elle ne cessait de tenter un contact mental avec sa Louve. Mais leur lien avait comme disparu. Elle n'en trouvait pas le chemin et Tia commença à paniquer.

Qu'est-ce que cela signifiait ? Etait-ce un coup d’Ashee ? Avait-elle fichu toutes leurs chances en l'air en retardant encore et encore leur fusion ?

- Je t'en prie, répond-moi, supplia-t-elle à bout de souffle. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu m'attaques ? Est-ce...

Le choc, lui, la coupa dans sa phrase. La Louve venait de la percuter au niveau du plexus. Tia tomba à genou et relâcha la pression sur son épaule. Le sang se remit à couler. Cherchant son souffle, la mercenaire releva la tête rapidement. Elle eut tout juste le temps de voir la tête de sa Louve en gros plan avant que celle-ci ne frappe de sa patte le côté de sa tempe.

Des étoiles explosèrent derrière ses yeux et un voile noir recouvrit sa vue. Tout d'abord Tia crut qu'elle allait s'évanouir, mais n'en sentant pas la faiblesse caractéristique, elle comprit vite que ce ne serait pas le cas. Alors elle pensa avoir perdu la vue.

Elle s'attendit à tout instant à sentir les crocs de la Louve sur son cou. Elle musela sa crainte. Ce n'était pas la première fois qu'elle était privée de ce sens et elle s'était entraînée pour pouvoir être toujours aussi dangereuse, même ainsi. Alors elle aiguisa ses autres sens et tenta de localiser la Louve. Mais elle n'entendit rien. Ne sentit rien.

Même ses mouvements semblaient se faire dans le vide.

C'est alors qu'elle comprit. Le vent avait disparu. La sensation de l'herbe et de la terre également. Elle ne ressentait même plus les sensations de son corps...

La Louve avait, elle ne savait comment, fusionné avec elle. Pire, elle avait pris possession de son corps...

                                                                       ***

Aux quatre coins du monde, une sorte de déflagration mystique déforma la toile du temps. Le futur s'altéra et les fils du Vent, les premiers soldats de la Gardienne qui veillaient sur la Prophétie depuis son apparition, sentirent celle-ci changer.

L'inquiétude fut comme une vague qui monta crescendo.

Car aussi improbable que cela soit, cette nouvelle Prophétie ne cessait de se mouvoir. Les futurs qu'elle montrait étaient aussi dérangeants les uns que les autres. Incertains, parfois sombres, parfois sanglants, souvent flous, les Fils du Vent et tous ceux qui avaient attendu ce temps ne surent plus quelle conduite tenir. Leur base venait de s'écrouler.

Un conseil fut tenu. Une décision fut prise. Un envoyé fut délégué.

La Gardienne devait être tenue au courant.

                                                                       ***

- Tia ? Tia, mon ange, ça va ? Fit Linya en se penchant sur sa petite amie assise dans l'herbe.

Elle scruta les alentours, inquiète. Quelque chose clochait...

- Oh mon dieu Tia, c'est du sang ?! S'exclama-t-elle soudain en avisant son vêtement taché au niveau de l'épaule.

Posant la main sur la joue de Tia, elle força celle-ci à se tourner vers elle. Ce qu'elle découvrit fit remonter un frisson d'appréhension le long de son échine. Le regard de Tia était... différent. Plus sombre, noir, presque opaque. Et ce qui se dégageait de Tia... ce côté sauvage, dangereux et un peu sensuel... cela faisait bien des années qu'elle ne l'avait plus vu.

- Qu'est-ce qui se passe Tia ? Qu'est-ce qui t'arrive ? La pressa-t-elle inquiète. Tu es blessée, qu'est-ce qui...

- Je ne suis pas blessée, la coupa la grande femme en se redressant.

Pour prouver ses dires Tia défit les boutons de sa chemise et montra son épaule. Pas une égratignure n'abîmait sa peau.

Fronçant les sourcils Linya demanda :

- C'est quoi tout ce sang alors ? Demanda-t-elle toujours inquiète.

Tia haussa une épaule, désinvolte.

- De la peinture.

Linya ouvrit de grands yeux, stupéfaits.

- De... de la peinture ?? Mais heu, qu'est-ce que... comment de la peinture s'est retrouvé...

- Quelle importance ? La coupa à nouveau Tia.

Puis la grande femme la dévisagea sans rien dire. Après quelques minutes intenses, qui mirent Linya mal à l'aise, un rictus de dédain déforma sa bouche.

- Tu es belle, c'est un fait, lâcha-t-elle finalement. Mais tu ne lui arrives vraiment pas à la cheville. 

- P... pardon ? De quoi... ?

- Lex, la coupa-t-elle encore. Qui d'autre ? Mon amour, mon âme-sœur, la femme sans qui vivre n'a aucun intérêt. Lex... ma femme.

Déstabilisée tant par sa froideur que par son regard qui ne la lâchait pas, Linya recula d'un pas. Tia en profita pour avancer, la dominant de toute sa stature et la dirigeante se sentit vaciller. Tia recommençait son jeu de dominance ce qui la rendait à la fois inquiète pour elle et pour Tia. Qu'est-ce qui avait pu amener à cette situation, cet état d'esprit ?

- Lex... a dit quelque chose ?

- Qu'elle m'aimait. Qu'elle m'avait toujours aimée. Qu'elle veut que nous nous redonnions une chance.

Tia avançait toujours sur elle, lentement, comme un prédateur acculant doucement sa proie et Linya reculait sans comprendre ce qui se passait mais la peur l'étreignait un peu plus à chaque pas. Peur et appréhension se mélangeaient, tant et si bien qu'elle ne savait plus ce qu'elle craignait... l'issue de cette conversation, qu'elle pensait déjà connaître ou... Tia elle-même.

- Et... qu'as-tu répondu ? Demanda-t-elle en déglutissant.

Finalement Linya butta contre un arbre et Tia put à loisir la toiser de toute sa hauteur.

- A ton avis ? Murmura la mercenaire en se penchant sur elle.

Elles étaient si proches l'une de l'autre que Linya sentait son souffle contre son visage.

- J'ai dit oui.

Linya écarquilla les yeux, saisie. Cette réponse, elle l'attendait depuis longtemps. Elle avait toujours su que sa relation avec Tia était vouée à l'échec. Mais elle avait beau s'y attendre cela faisait mal. Vraiment mal.

Le silence les enveloppait. Les deux femmes ne bougeaient plus. Linya finit par rompre cet instant suspendu.

- Alors... tu romps avec moi ?

Elle n'avait pu empêcher une note d'espoir de transparaître. Elle espérait tant une autre réponse. Tia ricana et cela la poignarda en plein cœur. Pourquoi éprouvait-elle le besoin d'être aussi blessante ?

- Bien sûr que je romps avec toi. Tu n'es pas Lex, tu ne le seras jamais.

Linya avala sa salive avant de rétorquer :

- Je n'ai jamais prétendu le contraire. Je n'ai... je n'ai jamais voulu me mettre entre vous, tu le sais. Pour moi... toi et Lex êtes indissociables.

Linya leva un regard empreint d'une douce nostalgie sur Tia. Elle se souvenait d'une époque où les voir ensemble l'emplissait d'une joie douce-amère.

- Je vous ai toujours trouvées si belles ensemble... votre amour crève les yeux.

Linya baissa puis releva les yeux, plus déterminée.

- Je ne me mettrai pas entre vous. Pardonne-moi d'avoir joué l'égoïste lorsqu'elle est revenue... je n'aurais pas dû, je savais que cela vous compliquerait la tâche. Excuse-moi...

La Louve se recula légèrement, perplexe. Elle dévisagea Linya avec plus d'indulgence qu'auparavant. Elle était intriguée. En plongeant son regard dans celui de sa vis-à-vis elle sentit un calme étrange l'étreindre. Secouant la tête, elle chassa la sensation puis déclara :

- Puisque tout est clair entre nous, peux-tu me dire où se trouve Lex ? Je dois lui annoncer ma décision et je ne souhaite pas perdre une seconde de plus.

Un éclair de douleur traversa les yeux marron, ce qui contraria la Louve qui pinça les lèvres. Linya attrapa son chemisier au niveau de son cœur et referma le poing sans s'en rendre compte.

- Dans sa chambre je pense... elle terminait de coucher les jumelles quand je suis sortie te rejoindre.

La Louve hocha la tête et, après un dernier regard, tourna les talons pour enfin rejoindre son aimée.

Linya la suivit des yeux puis se laissa glisser le long du tronc, les larmes débordant de ses yeux. Comment en était-elle arrivée là ? Comment tout avait pu basculer aussi vite ? Tout semblait aller si bien entre elles pourtant !

Elle prit sa tête entre ses mains sans réprimer ses sanglots. Qu'y avait-il à comprendre ? Tia et Lex, Lex et Tia. C'était ainsi et c'est tout. Unies à jamais.

Elle avait tout perdu finalement, exactement comme elle l'avait craint.

                                                                       ***

La Louve ne perdit pas de temps, elle sentait Tia s'agiter en elle, comprenant ce qui était en train de se jouer. Mais elle se leurrait si elle pensait pouvoir récupérer le contrôle de son corps. Elle n'était pas assez forte. Si faible, songea-t-elle avec mépris. Comment avait-elle pu la laisser décider de leur avenir si longtemps ?

Repoussant cette pensée inutile, elle pénétra à l'intérieur de la maison et traversa le couloir pour se rendre directement dans la chambre de Lex en suivant son odeur. Elle s'arrêta sur le seuil, afin de localiser les différents habitants.

Une fois rassurée sur la sécurité de ses quatre enfants, elle sonda les alentours. Frédéric, son mentor, celui qui lui avait attribué son nom sans le savoir, se trouvait dans son bungalow avec sa fiancée.

Elle découvrit avec contrariété qu'Enyalios était présent. Il était actuellement aux écuries, il ne représentait donc pas un danger immédiat, mais sa présence ne lui plut pas. Il était extrêmement dévoué à Tia et la connaissait sous ses pires aspects de façon encore plus intime que cela était le cas pour Linya et Lex et il risquait de se rendre vite compte que la jeune femme n'était plus aux commandes.

Elle allait devoir la jouer fine.

Mais pour l'heure, elle avait autre chose auquel elle devait s'atteler. Poussant la porte de la chambre de Lex, elle entra sans frapper. La jeune femme était étendue sur son lit et fixait le plafond. A son entrée, elle tourna vivement son attention vers elle et écarquilla les yeux en la découvrant.

Sans un mot, la Louve la fixa et, tout en refermant silencieusement la porte, laissa tout le désir et l'amour que la petite blonde lui inspirait transparaître dans son regard. Elle vit Lex se tendre. La jeune femme se redressa lentement sans la quitter des yeux, soudain nerveuse. La Louve s'avança vers le lit comme un prédateur, détaillant le corps de Lex avec une intensité si violente que la petite blonde sentit son entrejambe s'humidifier.

Stupéfaite de l'effet que sa femme lui faisait d'un simple regard elle n'osa pas prononcer un mot, de peur de rompre cet instant qu'elle appelait de tous ses vœux.

Elle se rappela ce que sa femme lui avait dit plus tôt dans la journée à propos de Linya, mais elle préféra penser que quelle que soit la suite de ce moment, il était une étape positive sur le chemin de leurs retrouvailles.

La Louve arriva au pied de son lit et plongea son regard dans le sien. Elle se pencha ensuite sur elle et, enserrant son menton entre son pouce et son index, elle attira ses lèvres à elle. Lorsque leurs peaux se touchèrent enfin, une vague d'une incroyable intensité les frappa toutes les deux.

Soulagement, désir au-delà du supportable, sentiment qu'elles étaient exactement là où elles devaient être, les submergèrent et les emportèrent sans qu'elles n'en aient conscience.

S'arrachant littéralement leurs vêtements, elles se dévorèrent l'une l'autre sans prendre la peine de savourer le toucher enfin retrouvé. Le désir trop violent, trop intense, les consumait totalement. Rien d'autre n'importait plus pour les deux femmes que de l'assouvir. Et seule l'autre en était capable.

Rapidement, elles furent nues l'une contre l'autre. A bout de souffle et sans cesser de se caresser, elles s'unirent avec une passion d'une violence qu'aucune des deux n'avait jamais ressenti. Les doigts en Lex, la Louve se sentit enfin complète. En elle, les doigts de la petite blonde s’agitaient avec autant de frénésie que les siens.

Aspirant les tétons tendus devant sa bouche, la Louve ressentit la vague de plaisir monter encore et encore. Elle allait et venait dans le sexe vibrant de Lex avec une force qui l'aurait blessée en d'autres circonstances. Mais pour l'heure, Lex criait son plaisir, lui ordonnant d'aller plus vite, plus fort et plus loin.

Après plusieurs minutes d'une montée de plaisir d'une hauteur qui ne semblait jamais vouloir s'arrêter de grimper, l'orgasme explosa en elles deux, les balayant comme des fétus de paille dans le vent.

Elles hurlèrent à l'unisson, inconscientes du lieu, de l'espace et du temps. A ce moment précis, celui de leur libération, deux choses se produisirent instantanément.

La première fut l'explosion d'une vague mystique d'une pureté et d'une puissance qui fit voler en éclat la nouvelle Prophétie encore fluctuante. Celle-ci se brisa en milliers de minuscules éclats avant de commencer à se reconstituer, pièce par pièce, grain de poussière par grain de poussière en un nouvel édit. Par moment il semblait hésiter, comme s'il prenait en compte des éléments encore incertains. Cependant il se construisait, avec une solidité que l'ancienne Prophétie ne possédait pas. Les événements passés et ceux actuels semblaient donner à cette nouvelle Prophétie une implacabilité que rien ne saurait détourner. Ce n'était plus une possibilité qui se dessinait sous les yeux des Fils du Vent, mais une vérité. Simple et brutale, que rien ne pourrait faire plier. Ils se mirent alors à attendre avec une crainte mêlée d'espoir, la fin de sa construction.

Dans le même temps, la Louve, balayée par l'amour inconditionnel de Lex pour Tia fut brusquement repoussée au loin dans son propre esprit. Tia reprit possession de son corps et s'empressa de bâtir une prison aussi solide qu'opaque autour d'elle. La Louve ne prit pas conscience de tout cela, elle avait été refoulée bien trop loin en elle-même pour en être capable.

Mais Tia ne se faisait pas d'illusion, tôt ou tard, elle saurait se sortir de là. Il lui faudrait alors être plus que prête pour cette nouvelle bataille qu'aucune d'elles n'avait pourtant le temps de mener. Car d'où elle était, Tia avait senti le bouleversement mystique qui venait d'avoir lieu. Et si elle n'en comprenait pas la teneur, elle savait parfaitement que cela ne pouvait être de bon augure et que le temps était plus que jamais limité.

Lorsqu'elle sentit Lex s'agiter sous elle, Tia prit conscience du lieu où elle se trouvait. Dire qu'elle était horrifiée était un euphémisme. La Louve avait littéralement violé son esprit et lui avait fait faire des choses contre sa volonté. Des choses que seule, elle n'aurait pas faites. Coucher avec Lex n'était pas du tout dans ses plans.

Cela allait compliquer considérablement les choses. Tia retira doucement ses doigts d'entre les jambes de Lex et s'écarta, pleine d'appréhension. Si la Louve lui avait fait faire cela, qu'avait-elle pu l'obliger à accomplir d'autre ?

Tia chercha du regard le réveil et vit que seulement une heure était passée depuis sa perte de contrôle. En une heure on ne pouvait pas détruire tant de choses que cela, n'est-ce pas ? Elle entendit Lex soupirer puis passer un bras autour de sa taille.

Tia se retourna, inquiète, et la découverte du regard serein, du sourire alanguis et du corps nu et détendu lui arracha toute pensée cohérente. Lex était splendide. Son corps s'était raffermi et avait perdu les quelques rondeurs prises lors de sa grossesse. Sans qu'elle ne puisse s'en empêcher elle leva une main et passa un doigt sur la longue cicatrice qui barrait toujours son dos, souvenir d'une de leur mission il y avait quelques années...

Des années...

Elle avait passé des années avec Lex... comment tout effacer, comment faire comme si cela n'avait pas été une perte de temps au vu de leur situation actuelle ?

C'était un tel gâchis...

Non, ça n'en était pas un, décida-t-elle soudain. Lex avait été un merveilleux cadeau dans sa vie. Une personne d'une préciosité telle qu'aujourd'hui encore elle éveillait des dizaines de sentiments intenses et contradictoires en même temps. Elle lui avait tant appris sur elle-même... elle lui devait la personne qu'elle était aujourd'hui.

Elle lui devait ses filles.

Tia en avait conscience et en concevait une immense gratitude. Lex était à part, elle l'avait toujours été, le serait toujours. Pourtant cela ne suffisait pas... la gratitude n'était pas ce qui devait cimenter un couple. L'amour... l'amour l'était. Et elle ressentait un amour immense pour Lex.

Mais là encore cela ne suffisait pas. Elle n'avait plus confiance en elle. Elle n'était plus aussi certaine qu'auparavant que Lex ne la briserait pas encore. Ses intentions avaient été bonnes et pour cela, elle ne lui en voulait plus. Mais elle ne pouvait plus, ne voulait plus jamais se retrouver dans une position où sa vie n'avait plus la moindre importance parce qu'elle n'était pas là. Ca n'était pas normal.

Et le plus ironique là-dedans était que c'était à Lex qu'elle devait cette prise de conscience. Elle, Tia, comptait. Si ce n'était pas pour les autres, au moins pour elle-même. Elle avait appris à s'aimer, à se respecter. Grâce à Lex. Elle lui devait vraiment tout, songea la mercenaire déchirée.

Perdue dans ses pensées, son doigt parcourant toujours la peau de sa femme, elle ne vit pas Lex se rapprocher. Ses lèvres sur les siennes la ramenèrent au présent. Et, pendant un instant d'une exquise douceur, elle en profita. La chaleur familière de leur amour partagé déferla dans chaque partie de son corps et de son cœur et elle se sentit merveilleusement bien.

Sa main glissa de son dos sur son côté pour l'attirer à elle dans une étreinte possessive. Lex soupira de bien être alors que Tia intensifiait leur baiser. Lorsque la main de Lex partit en exploration le long de ses côtes, Tia s'arracha à ses lèvres à regret.

Elle attrapa la main tentatrice et se recula. Puis, les yeux dans ceux de sa femme elle dit :

- Je t'aime Lex...

Cela fut dit de façon si triste que Lex comprit. Rien n'était résolu. Son cœur se serra et elle laissa Tia poursuivre alors qu'elle mourait d'envie de la faire taire.

- Mais je ne peux pas... je... ce n'était pas moi tout à l'heure. Je suis désolée.

Lex fronça les sourcils.

- Comment ça ce n'était pas toi ? Tu vas dire que je t'ai forcée peut-être ? Lança-t-elle avec une pointe de colère contre son défilement.

Tia secoua la tête.

- Non, bien sûr que non. C'est...

Tia hésita. La plus grande crainte de Lex venait d'avoir lieu, pouvait-elle le lui révéler sans qu'elle ne panique ?

- La Louve... la Louve est venue tout à l'heure, révéla-t-elle finalement.

Aussitôt et comme attendu, Lex se raidit.

- Tu vas bien ? Demanda-t-elle aussitôt.

Tia acquiesça.

- Mais elle est... en moi maintenant.

Lex écarquilla les yeux et la dévisagea, très inquiète soudain, cherchant comme un indice de changement en elle.

- Ca ne s'est pas passé... extrêmement bien, expliqua la mercenaire. Elle, je ne sais pas pourquoi, s'est mise à m'attaquer. Et... je ne sais pas comment, elle a pris possession de mon corps. Littéralement Lex.

Elle étudia le visage de sa femme, attentive à ses inquiétudes, cherchant autant à s'expliquer qu'à la rassurer.

- Pendant une heure apparemment, c'est elle qui a eu le dessus sur moi.

Lex se mit à réfléchir.

- Ca n'est pas censé se passer ainsi normalement non ?

Tia secoua la tête.

- Alors... qu'est-ce qui s'est passé ?

- Je n'en ai aucune idée. Selon moi, c'est un coup d’Ashee. Je ne vois pas d'autre explication.

- Et... qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

- Là non plus je n'en ai aucune idée. Je ne pense pas que la Louve souhaite une fusion. On dirait qu'elle veut juste... m'écraser. Et, sans prendre en compte le fait que je ne le souhaite pas, cela ne nous fera pas gagner contre Ashee. La Prophétie est claire là-dessus, seule notre totale fusion en est capable. Je ne sais pas comment la raisonner, je n'arrive même pas à communiquer avec elle. Tout ce que j'ai réussi à faire c'est l'emprisonner dans son propre esprit. Mais je sais que ce n'est qu'une mesure temporaire.

Lex se redressa, ramenant pudiquement le drap sur sa poitrine, et s'appuya contre la tête du lit. Tia fit de même, exception faite de la partie pudique.

- Et comment as-tu repris le contrôle ?

Une rougeur diffuse colora soudain les joues de Tia. Etonnée, Lex la dévisagea.

- C'est grâce heu, à l'orgasme que tu m'as donné. C'est comme si... je ne sais pas, comme si cela avait déboussolé la Louve.

- Oh mon dieu Tia, depuis quand cela te gêne de parler de sexe ? Lança Lex mi stupéfaite mi-moqueuse.

- Je, ça ne me gêne pas, se défendit la grande femme piquée au vif. C'est juste... c'était tellement fort que même sans être aux commandes j'en ai été retournée. Je me demande même comment tu fais pour ne pas être dans les pommes actuellement.

Lex éclata de rire.

- Oh mon dieu cette suffisance mon amour !

- Ne te moque pas, reprit Tia agacée, c'était bien plus fort que d'habitude je le sais !

Lex rit encore avant de répondre :

- Oui, ça l'était. Oh que oui. J'ai cru mourir sur place. Le meilleur coup de ma vie, sans aucun doute. Mais contrairement à la Louve, cela m'a redonné une énergie folle.

Deux sourcils perplexes opérèrent une remontée sur le front de Tia. A cette vue, Lex eut de nouveau un petit rire. Après un silence serein, Lex revint à la réalité.

- Qu'est-ce que cela veut dire pour nous ? Est-ce que... tout ceci, fit-elle en les désignant d'un geste, tu vas faire comme si ça n'était jamais arrivé ? Je veux dire, tu pourrais, ce n'était pas toi après tout...

Tia resta pensive un moment avant de demander, incapable de s'en empêcher bien qu'elle savait que cela blesserait Lex.

- Tu sais si j'ai... dit quelque chose à Linya ? Si... elle sait pour nous, ça ?

Lex détourna les yeux, en proie à un intense coup de poignard dans le cœur. Linya. Encore et toujours sa sœur de cœur. Avait-elle donc réellement perdu sa place auprès de Tia à son profit ?

Et si la réponse était positive, était-ce une si mauvaise chose ? De toutes les personnes qu'elle avait connues dans sa vie, Linya était l’être à l'âme la plus belle. Elle était fière de l'avoir pour meilleure amie. Fière et heureuse. Tia aurait pu bien plus mal tomber.

Elle avait toujours souhaité le meilleur pour Tia et si c'était Linya après tout qui l'était ?

Lex secoua la tête. Même si tel était le cas, deux choses étaient à prendre en compte. Tia n'était pas le meilleur choix pour Linya et pour elle aussi, Lex avait toujours voulu le meilleur. Elle était objective, elle aimait Tia à la folie, littéralement. Mais elle n'était pas la personne qu'il fallait pour Linya. Elle était à la fois trop dure et renfermée et trop écorchée. Linya souffrirait en étant avec elle.

La seconde chose était que de tout cela elle se fichait. Tia était à elle, et si elle n'était pas la meilleure personne pour sa mercenaire, cela importait peu finalement. Tia était à elle point.

Elle se retourna vers sa femme, déterminée. Si seulement Tia acceptait de lui laisser une seconde chance... elle semblait si désireuse de rester avec Linya, si volontaire à laisser leur histoire au passé.

- Je t'aime Tia... plaida-t-elle en désespoir de cause.

Mais Tia détourna le regard et cela lui déchira le cœur. Sa main se crispa sur le drap et elle dut se forcer à respirer calmement. Une fois certaine de pouvoir camoufler ses tremblements, elle répondit à la question de Tia :

- Non, je n'en sais rien. Tu es juste... apparue. Tu ne m'as strictement rien dit avant... avant que tu ne sois toi-même de nouveau.

Tia soupira. Elle rejeta les draps et attrapa ses vêtements pour les enfiler rapidement. En constatant leur état, elle grimaça. La Louve et Lex avaient été très... passionnées apparemment. Et impatientes.

Alors que sa femme se débrouillait tant bien que mal avec ses vêtements, Lex ne pouvait s'empêcher de réagir face à l’absolue perfection de son âme-sœur. Elle était si splendide que cela lui brisait le cœur.

- Il faut que je trouve Linya, fit Tia en se retournant vers elle.

Elles se dévisagèrent un instant.

- Je suis vraiment désolée Lex...

La jeune blonde hocha la tête sans quitter le bleu de ses yeux. Tia était comme hypnotisée, elle ne parvenait pas à s'arracher à son regard. Lex lui avait tellement manqué... Elle fit un pas en avant puis se reprit. Non, ça n'était pas possible.

Elle vit Lex ouvrir la bouche pour dire quelque chose mais la mercenaire la devança.

- Je t'aime Lex. Je t'aimerai toute ma vie tu le sais... mais ça n'est pas possible. Ca ne le sera plus jamais. Il faut que tu tournes la page. Ma vie est avec Linya maintenant. Je l'aime. Je l'aime vraiment même si vous avez tous du mal à le croire. Et plus que tout, j'ai une confiance en elle que je n'ai plus en toi.

Plus que tout ce qui avait été dit jusque-là, ce furent ces derniers mots qui firent le plus mal à Alexia. Elle se retrouva aussi désemparée et perdue qu'à l'époque où une certaine She-Wolf n'avait pas encore croisé sa route. Elle ne savait alors pas qui elle était, ce qu'elle voulait faire de sa vie ou quoi être. Tout était teinté de la peur de sa maladie. Cette condamnation était ce qui rythmait son existence.

Avant Tia, il n'y avait pas eu une journée qui passe sans qu'elle n'y pense. Tia avait tout changé. La notion même de vie et de mort avait pris une autre signification avec elle à ses côtés.

Comment allait-elle faire maintenant qu'elle ne s'y trouvait plus ? Songea-elle en proie à la panique.

Puis une main étreignit la sienne et, comme si elle avait compris le chemin que ses pensées avaient pris, Tia déclara :

- Tu ne seras jamais seule Lex. Même si nous ne sommes plus un couple, je serai toujours à tes côtés. Et Linya aussi.

Étrangement, au lieu de la douleur attendue à cette affirmation, Lex en fut réconfortée. Elle s'apaisa doucement et finit par hocher la tête.

- Par-delà la vie..., souffla-t-elle

- Par-delà la mort, poursuivit Tia sur le même ton.

- Ensemble à jamais, finirent-elles à l'unisson.

Tia sourit à sa femme.

- Rien ne changera cela.

Mais comment peut-on faire coïncider cela avec ton couple avec Linya ? Songea la petite blonde sans rien dire. En dévisageant Tia elle ne s'inquiéta plus. Xena trouvait toujours une solution. Elle l'avait toujours fait. Tia trouverait un moyen de rendre cela possible. Tout était, après tout, une question d'équilibre.

Elle s'approcha et déposa un bref baiser sur les lèvres de sa femme avant que celle-ci ne puisse l'en empêcher. 

- Je te crois. Mais je veux que tu saches que je n'abandonnerai pas l'idée de te récupérer. Et peut-être... peut-être que la solution se trouve juste sous notre nez.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? L'interrogea Tia en fronçant les sourcils. A quoi tu penses ? Ajouta-t-elle alors que Lex hésitait.

- A un trio. Un vrai cette fois. Toi, moi et Linya.

Stupéfaite Tia la dévisagea en se demandant si elle n'avait pas perdu l'esprit.

 

Chapitre 9 :

 

Tia secoua la tête en se reculant.

- Ce n'est pas à cela que je songeais en te disant...

- Je sais, la coupa Lex, frustrée. Je sais mais... réfléchis, ça pourrait être la solution. Tu m'aimes, tu l'as dit toi-même. Ne me fais pas croire que l'idée de passer la le reste de ta vie sans plus jamais partager notre amour ne te déchire pas comme cela le fait avec moi, parce que je ne te croirais pas. Et Linya, Linya nous aime toutes les deux, et je vous aime toutes les deux. Ça pourrait marcher. Linya te calme et te stabilise, elle pourrait nous permettre de nous retrouver et...

- Lex stop. Ce que tu proposes, c'est l'utilisation pure et simple des sentiments de Linya à notre profit et ça... c'est non.

- Ce n'est pas ce que j'envisage. Je suis sérieuse quand je parle de trio Ti.

- Je sais que tu penses l'être, rétorqua celle-ci inflexible. Mais tu n'aimes pas Linya ainsi. Et Linya ne t'aime pas non plus comme ça. Tu te vois coucher avec elle ?

La grimace de Lex à ses mots était éloquente.

- Tu vois ! Vous en êtes incapables. Et du reste, je ne ferais pas cet affront à Linya. Je n'arrive même pas à croire que tu puisses te rabaisser ainsi en faisant cette proposition.

- Je ferais n'importe quoi pour te ramener dans ma vie. Et je ne considère certainement pas cela comme rabaissant. Je sais que je peux...

Lex inspira profondément et mit toute la sincérité qu'elle ressentait dans ses mots :

- Linya est une femme d'une grande beauté. Et je ressens une affection sans pareille pour elle. En dehors de toi elle est même la femme que j'aime le plus au monde. Je sais que je peux apprendre à l'aimer. Et... je ne peux pas parler pour elle, mais je suis sûre qu'elle serait d'accord.

- Qu'est-ce qui t'en rend si certaine ? Demande Tia intriguée par sa certitude.

- Je la connais. Elle se sent tellement coupable de notre séparation...

- Ca n'est pas de sa faute, l'interrompu durement Tia.

- Je le sais, tu le sais, mais Linya...

Lex secoua la tête.

- Elle ne voit pas les choses ainsi. Pour elle, notre couple est une évidence. Elle se voit comme un obstacle et s'en veut terriblement. Je... quelque part, je sais que cette proposition la rassurerait. Elle serait avec toi mais n'aurait pas besoin de s'en sentir coupable car je serais avec toi aussi.

Tia resta silencieuse un moment.

- Je ne... je ne pense pas être capable de ça Lex... je... je suis vraiment bien avec Linya, juste nous deux... non, je ne veux pas y réfléchir. On a d'ailleurs d'autres choses à penser dans l'immédiat, termina la mercenaire en faisant allusion à la Prophétie.

- En es-tu sûre ? J'ai toujours eu l'impression que l'état de notre couple était partie prenante de cette Prophétie.

Tia fronça les sourcils. Elle ne pouvait nier cela, elle aussi avait eu cette impression. Elle soupira une fois de plus.

- Je dois trouver Linya, lâcha-t-elle fatiguée de toutes ces questions.

Lex hocha la tête. Elle aussi était épuisée. Elle laissait la discussion là mais savait qu'elle y reviendrait bientôt. Et Tia aussi.

La mercenaire sortit de la pièce d'un pas lourd et Lex se laissa aller contre la tête du lit, à la fois inquiète et pleine d'espoir pour leur futur à tous.

                                                                       ***

Tia trouva Linya au dehors. La jeune femme était assise contre un tronc d'arbre près du lac. Elle crut tout d'abord qu'elle l'attendait car Tia lui avait donné rendez-vous ici peu de temps avant que la Louve ne lui vole son corps. Mais en découvrant son visage défait et les larmes qui avaient mouillé ses joues elle sut que la Louve était passée par là.

Elle se mordit la lèvre en dansant d'un pied sur l'autre, incapable de savoir comment elle allait rattraper les horreurs que son autre moitié devait avoir dites. Déjà qu'en temps normal Linya était difficile à convaincre, mais avec le retour de Lex c'était devenu une tâche quasi quotidienne digne d'Hercule.

Lex n'avait peut-être pas tort après tout, songea la mercenaire en hésitant sur la marche à suivre. Linya leva une main pour essuyer sa joue et cela brisa le cœur de Tia. Elle aimait tellement Linya... cela la surprenait autant que cela surprenait les autres, mais c'était la vérité.

Elle était irrémédiablement tombée amoureuse de cette merveilleuse femme. Par bien des aspects il était vrai qu'elle ressemblait à Lex mais elle avait toujours trouvé Linya plus forte que sa femme, plus intelligente aussi. Non pas que Lex soit idiote, loin de là, Lex possédait une intelligence intuitive et une créativité que Tia lui enviait beaucoup. L'intelligence de Linya était plus fine, plus subtile et elle plaisait tout autant à Tia que celle de Lex.

La jeune femme était également plus sûre d'elle, moins indécise ou dominée par ses peurs. Elle possédait une générosité égale à celle de Lex et une détermination sans faille. Et, ce que Tia préférait par-dessus tout, elle ne s'imposait pas. C'était une personne discrète et douce sans pour autant être effacée.

Tia adorait ce mélange de discrétion et de force, d'assurance et de douceur. Cela agissait comme un aphrodisiaque sur elle et le meilleur dans tout ça ? Elle n'avait qu'à regarder la Dirigeante pour ressentir ce mélange.

Elle était séduite, totalement. Et cela la déstabilisait complètement.

Elle s'approcha de la jeune femme et s'assit à ses côtés sans un mot. Linya lui jeta un coup d'œil, incertaine mais ne dit rien.

Tia s'humecta les lèvres avant de se lancer, nerveuse :

- Je ne sais pas ce que je t'ai dit il y a une heure. Je ne... la Louve a pris possession de mon corps. Je sais que ça à l'air d'une pauvre excuse mais c'est la vérité.

Linya la dévisageait d'un œil rond.

- Ne me laisse pas comme ça s'il te plaît, je vois bien que tu as pleuré, alors dis-moi Linya, qu'est-ce que cette satanée Louve t'a dit ?

En voyant l'air sincèrement inquiet de Tia, Linya sut que la jeune femme ne lui mentait pas. En elle une lueur d'espoir se battit avec sa culpabilité.

- Elle a juste rompu avec moi.

Tia pinça les lèvres et hocha la tête.

- Ce n'était pas moi, pas une seule seconde je n'ai envisagé de rompre avec toi. A aucun moment. Ça vient entièrement de la Louve. Tu me crois, dis ?

Linya hésita puis acquiesça. Tia lui prit la main et plaida encore :

- Je... ne veux pas rompre avec toi. Je suis heureuse. Je sais que tu penses que je peux l'être encore plus si je retournais avec Lex mais je n'en éprouve pas le besoin. Il faut que tu me croies.

Linya détourna le regard. Le silence de son amie angoissait Tia. D'autant plus qu'elle n'avait pas encore abordé le pire de la conversation. Décidant que l'attaque était encore la meilleure des défenses, elle se lança sans plus y réfléchir.

- J'ai couché avec Lex.

Aussitôt Linya lui accorda toute son attention. Douleur, colère, soulagement, confusion, tous ces sentiments traversèrent le regard ambre de Linya et Tia précisa aussitôt.

- C'était la Louve. Je... j'ai repris possession de mes moyens une fois que... eh bien après...

Tia étudia le beau visage de Linya sans parvenir à découvrir ce qu'elle pensait réellement.

- J'ai déjà mis les choses au clair avec Lex. Je ne veux pas me remettre avec elle. Je lui ai dit de tourner la page.

Linya ouvrit la bouche, stupéfaite. Tia l'avait choisie elle plutôt que Lex ? Dans quel monde ??

- Dis quelque chose, la supplia la grande femme, tu me rends nerveuse.

Tia l'aimait. Tia l'aimait vraiment... Une larme roula sur sa joue et elle ne sut si c'était de gratitude ou de culpabilité envers Lex ou même un peu des deux. Mais elle identifia sans mal la joie qui étreignit sans cœur quand enfin, elle se sentit rassurée.

Elle posa une main sur la mâchoire de Tia et se pencha pour l'embrasser. Ce baiser fut doux et tendre et sensuel et il rassura totalement Tia sur ce que ressentait Linya.

Lorsqu’elles se séparèrent, Linya déclara :

- Je te crois.

Le sourire que lui répondit Tia valait mille mots.

- Vraiment ?

Linya hocha la tête. Puis enchaîna avec une question.

- Qu’en est-il de la Louve ?

« Et comment Lex a pris ton rejet ? » songea-elle sans oser poser la question à voix haute. Non cette question-ci elle y trouverait une réponse en allant directement voir l’intéressée. Elle était toujours sa précieuse meilleure amie et elle s'inquiétait pour elle. 

- J'ai réussi à la contenir pour l'instant. Mais je ne sais pas combien de temps cela va durer, soupira la grande femme. Si elle reprend le dessus, elle pourrait à nouveau dire des choses qui te blesseront...

- Ca n'est pas grave, la rassura Linya, je suis prévenue cette fois, je n'y ferai pas attention.

Tia entreprit alors de lui relater ses craintes et la situation singulière dans laquelle les mettait tous la Louve. Ce qu'elle avait ressenti lorsque la Louve avait été repoussée au loin et ce qu'il convenait de faire.

Les deux femmes discutèrent un long moment, tentant de trouver une marche à suivre, une route, capable de satisfaire à la fois la nécessité de se lancer à la poursuite d’Ashee et celle de régler les problèmes actuels.

Il n'y avait pas de solution miracle mais elles s'accordèrent sur l'affirmation de Lex. Son mariage avec Tia avait une importance dans la Prophétie, alors, d'une façon ou d'une autre, elles allaient devoir réparer leur relation. Il était important, vital même, qu'elles soient en parfaite harmonie le jour où elles devront se retrouver face à la Chamane.

- Il faudra qu'on en discute avec Lex demain, conclut Tia.

Linya hocha la tête en se promettant d'avoir une discussion avec Lex avant. Une discussion à cœur ouvert. Elle espérait ainsi se libérer de cette culpabilité qui la hantait.

                                                                       ***

Le lendemain matin, Linya se leva et prépara le café. Sachant que Tia avait toujours tendance à tirer au flanc le matin, elle avait décidé de profiter de sa grasse matinée pour parler avec Lex. Elle attendit à côté de la machine pendant que le café passait, tout en réfléchissant à ce qu'elle allait lui dire.

Elle n'avait pas réussi à définir ses arguments lorsque le café fut terminé. Elle attrapa deux mugs, les remplit puis, s'armant de courage, sortit de la cuisine pour se diriger vers la chambre de son amie.

Elle ouvrit la porte sans frapper, certaine que la jeune femme dormait encore. De ce point de vue-là, elle était pire que Tia. La réveiller allait s'avérer coton. Heureusement pour elle, elle possédait une arme secrète.

Elle déposa le mug de Lex sur la table de nuit, non loin de la tête de son amie et attirant le fauteuil vers le lit, s'assit et attendit.

Il ne fallut que quelques minutes avant qu'un œil collé par le sommeil s'ouvre avec une certaine difficulté. Linya eut un petit rire devant le tableau. Lex n'avait mis en mouvement que son œil et une main, le tout passablement endormi et tâtonnant. Elle faillit d'ailleurs bien renverser le mug.

Lex se redressa à peine pour avaler sa première gorgée, qui fut par ailleurs suivie d'un soupir de bien-être si profond que Linya rit de nouveau.

Ce fut à ce moment-là que Lex nota sa présence. Elle ouvrit un second œil et la dévisagea un instant avant de décider qu'elle était une raison suffisante pour exiger une mise en position assise.

La couverture glissa des épaules de la jeune femme alors qu'elle s'appuyait à la tête du lit en baillant largement, dévoilant le fait que Tia n'était pas la seule à dormir nue.

Ce n'était pas la première fois que Linya voyait Lex nue, aussi lorsqu'elle suivit le mouvement de la couverture des yeux, fut-elle extrêmement surprise par les battements soudain précipités de son cœur.

Elle releva rapidement le regard et chercha un lieu neutre où regarder. Lex finit par tourner son attention sur elle et fronça les sourcils en la voyant si nerveuse.

- Un problème ? Fit-elle en baillant de nouveau.

Elle but une nouvelle et longue gorgée avec un air de félicité suprême pendant que Linya répondait en marmonnant :

- Non, non pas du tout.

- Alors pourquoi tu ne me regardes pas ?

Linya inspira brièvement pour se calmer et posa les yeux sur le visage de son amie en tentant de son mieux de ne pas laisser son attention dériver plus bas.

- Tu voulais quelque chose ? S'enquit Lex alors que le silence s'éternisait. Tu as prévu un petit dèj complet ou je n'ai droit qu'au nectar des Dieux ?

L’appellation tira un sourire à Linya. Lex sentit son cœur se serrer. Depuis quand voir sa meilleure amie sourire lui donnait ce sentiment doux-amer de mélancolie ?

- Je souhaitais te parler en tête à tête à propos... d'hier soir...

Linya s'interrompit, incertaine de la réaction de son amie. Comme celle-ci se contentait de pincer les lèvres elle poursuivit.

- Tia veut qu'on discute toutes les trois de la suite des événements mais j'ai pensé qu'on devait d'abord mettre les choses à plat entre nous. Et... je voulais savoir comment tu allais aussi.

Le premier mouvement de Lex fut de la fusiller du regard. Puis elle secoua la tête, se passa la main dans les cheveux et soupira. Les mouvements firent remonter sa poitrine et Linya, par réflexe, la regarda. Sa bouche s'assécha et elle s'empressa de revenir au regard incrédule qui la dévisageait.

Prise sur le fait, elle ne put empêcher la rougeur d'envahir ses joues. Consciente d'être transparente, elle ferma les yeux et passa sa main dessus, embarrassée au-delà du possible.

- Tu me matais ? Formula la petite blonde stupéfaite.

- Non je... oui, soupira-t-elle. Mais je fais de mon mieux pour ne pas... dériver.

Elle lui jeta un coup d'œil et fit un geste de la main en demandant :

- Est-ce que tu peux relever le drap ou je ne sais pas moi, enfiler un T-shirt ?

Lex ne fit pas un geste et continua de la dévisager. Finalement, elle se redressa.

- Depuis quand ? L'interrogea-t-elle intriguée et toujours étonnée. Depuis quand je te plais ?

- Je ne... ce n'est pas...

Frustrée et embarrassée autant que confuse, Linya perdit soudain son légendaire self-control et se leva d'un bond en hurlant.

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Bordel de merde !

Puis elle se mit à faire les cents pas sans jeter un regard à Lex, tout à ce qui se jouait en elle. C'était la première fois que Lex voyait Linya dans cet état. La jeune femme était toujours d'un calme olympien. Un vrai roc. C'était déstabilisant.

Pour s'occuper autant que dans l'espoir d'apaiser Linya, Lex glissa une main le long du pied du lit, à la recherche du T-shirt balancé la veille. Elle le mit puis attendit sagement que son amie se calme.

Celle-ci fit volte-face et la fusilla du regard.

- Tout ça c'est de ta faute ! L'accusa-t-elle avec colère.

Lex écarquilla les yeux.

- P... pardon ??

- Ta faute et celle de Tia ! A quel moment vous avez pensé que vos petits jeux avec moi seraient une bonne idée ?! S'exclama-t-elle sans lui laisser le temps d'en placer une. Vous avez passé votre temps à m'allumer ces dernières années sans aucun égard sur ce que je ressentais.

- C... ça n'avait pas l'air de te déplaire, bredouilla Lex complètement déstabilisée par la colère de Linya.

- Ça me mettait mal à l'aise ! Et tu le savais ! Tu te souviens de votre premier séjour sur l'île ? De ce moment où tu as allumé Tia et laissé Tia te caresser devant moi ?! Et tu m'as regardée, tu guettais mes réactions, et j'étais terriblement mal à l'aise et ça t'amusait bordel !!

Lex déglutit en baissant les yeux, reconnaissant implicitement sa culpabilité.

- Ce n'était qu'un jeu, protesta-t-elle faiblement.

- Un jeu !! Pour vous s'en était un, pour moi c'était... c'était... je ne sais pas exactement ce que c'était mais ça n'était pas un jeu ! Tu le sais, on a même été obligé d'avoir un rendez-vous Tia et moi putain ! Tout ça par ta faute !

Lex voyait la colère céder le pas au désespoir et sentait la culpabilité monter à mesure.

- Toutes ces années à jouer avec mes sentiments et mon désir, à essayer de me troubler encore et encore et voilà ! S'exclama-t-elle en ouvrant les bras. J'ai été troublée ! Et bien plus ! Je suis gay maintenant ! Et ça t'étonne ?!

- Je ne... ce n'est pas... raaaaaaaaaaaah, s'écria Lex frustrée à son tour.

Elle leva les yeux sur Linya, un air d'enfant sur le visage et dit :

- J'ai mis un t-shirt !

Cela coupa net Linya dans son élan. Elle laissa retomber ses bras. Les deux femmes se dévisagèrent un moment. Puis Linya soupira et se rassit dans son fauteuil.

- Tu ne veux pas venir à côté de moi ? Ne put s'empêcher de demander Lex avec un sourire coquin.

Linya ouvrit la bouche, la referma, détourna les yeux et eut un petit sourire.

- T'es vraiment une gamine, lâcha-t-elle soudain plus détendue.

Lex rit doucement. Un silence puis :

- Je suis désolée. Je le pense. Je ne... je n'avais jamais pensé à ça... ainsi. Je suis vraiment désolée Lin...

Linya médita ses propos un instant.

- Je sais. Ce n'est pas entièrement de votre faute de toute façon. Si ça n'avait pas été vous, j'imagine que ça aurait été quelqu'un d'autre, soupira-t-elle. C'est juste que...

- Il a fallu que ce soit nous..., compléta Lex.

Elles échangèrent un regard empli de compréhension et Linya hocha la tête.

- Du coup je ne peux pas vraiment t'en vouloir, hein... sourit tristement Lex. On a tout fait quelque part, pour que tu tombes sous le charme de Tia...

- Je ne... je ne suis pas sûre que cela soit vraiment la raison. A vrai dire... je ne sais pas pourquoi, ni comment c'est arrivé. Je ne comprends pas vraiment. Ça... j'ai déjà eu quelques petits moments de doutes oui mais... ça n'a jamais duré et puis, lors de ce rendez-vous avec Tia, celui que tu nous avais obligées à avoir, on a... eh bien essayé avec Tia et je n'avais rien ressenti. Pourquoi maintenant les choses ont-elles changé ? Ça n'a pas de sens.

- Un déclic ? Fit Lex en haussant les épaules. Tu es le genre de personne à tomber amoureuse et à désirer ensuite. L'un découle de l'autre pour toi. Tu es juste... tombée amoureuse et puis... voilà. A l'époque tu ne l'aimais pas comme ça je suppose...

Linya s'humecta les lèvres en détournant le regard. Ce qu'elle allait dire maintenant la gênait horriblement.

- Ça a n'explique pas mon... heu soudain intérêt pour toi. Je... quand tu es revenue, je l'ai ressenti presque tout de suite. Comme un coup au cœur. Mais ce n'était pas autant que maintenant. C'est juste... en même temps tu n'étais pas à moitié nue, mais je t'ai vraiment trouvée superbe et ça m'a surprise, bredouilla-t-elle de plus en plus nerveuse et gênée.

- Tu es... amoureuse de moi ?

- Non ! Se récria son amie indignée.

- Ca va ne le prends pas comme ça, rétorqua Lex vexée. C'était juste une question. Et t'as raison, ça n'explique pas ton intérêt pour moi. A part si Tia a été un déclic et que maintenant que ton côté lesbien est révélé, tu ne te censures plus toi-même et n'as donc plus besoin d'avoir des sentiments pour désirer quelqu'un.

- N'importe quoi, répondit Linya. Hors de question. J'ai déjà changé d'orientation sexuelle, pas question que je change aussi de mode de fonctionnement. Hors de question que soudain je te considère autrement. Non. Tu es ma meilleure amie, point.

- C'est pas vraiment un choix tu sais.

- La discussion est close, s'obstina Linya, fermée.

- C'est toi qui voulais qu'on discute d'hier ! S'indigna Lex.

- Pas de nous. De toi et Tia, de moi et Tia.

- Donc de nous, répondit Lex du tac au tac en levant un sourcil hautain.

- Putain tu fais chier Lex !

La jeune femme ouvrit la bouche en un rond parfait puis s'exclama, réprobatrice :

- Tu n'as pas appris que le sexe entre femmes avec Tia on dirait, mais aussi ses bonnes manières !

Linya la fusilla du regard puis se leva, agacée. Elle tira sur le bas de son t-shirt pour le rajuster puis se rassit, de plus en plus énervée. Elle avait complètement perdu l'habitude des conversations qui partaient en cacahuète. Lex avait toujours eu le chic pour remarquer ou dire des choses qui soit l'énervait, soit la déstabilisait par son côté à côté de la plaque.

- Très bien, parlons de nous dans ce cas, fit-elle avec un mouvement du menton comme pour la défier de poursuivre.

Lex eut un sourire hautain, signifiant clairement qu'elle relevait le défi.

- J'ai parlé avec Tia après nos... galipettes, attaqua-t-elle.

- C'était la Louve, grinça des dents Linya.

- Et donc, poursuivit la petite blonde sans tenir compte de son intervention, j'en suis arrivée à une conclusion, que j'ai soumise à Tia et qui, d'après ce que j'ai pu voir tout à l'heure, devrait te convenir tout autant qu'à elle.

Dans l'espoir d'agacer un peu plus son amie, Lex maintint le suspense et Linya leva les yeux au ciel.

- Crache le morceau, on ne va pas y passer la nuit.

Lex secoua la tête, déçue.

- Tia a vraiment tué tes bonnes manières... mais je te les ferai regagner, compte sur moi ! Termina-t-elle avec une petite tape sur son bras.

Linya pinça l'arrête de son nez dans l'espoir de se calmer. Lex finit par avoir pitié et, après un petit rire moqueur devant son air courroucé, elle lâcha le morceau.

- Je veux qu'on forme un trio.

Linya cligna des yeux. Une fois. Puis deux. Puis fronça les sourcils.

- Un vrai cette fois.

Devant le silence de son amie, Lex précisa :

- Je suis sérieuse.

Toujours rien.

- Ca devrait te rendre heureuse. Je te plais non ?

Lex finit par s'agiter.

- Deux pour le prix d'une, tenta-t-elle encore.

Linya ne réagissait toujours pas.

- Lin, supplia Lex, dis quelque chose s'il te plaît, tu me stresses.

- Moi, articula la principale intéressée stupéfaite, moi, je te stresse ???

Lex ne put s'empêcher de rire. Malgré leur situation plus que particulière, elle était heureuse de constater que sa relation avec Linya n'était pas morte. Aussi bizarre que soit leur conversation, elle ressentait en sa présence ce qu'elle avait toujours ressenti. Elle était à l'aise, insouciante et certaine que Linya n'avait que son intérêt en tête. En un mot comme en cent, elle se sentait aimée et en confiance. Elle ne doutait plus qu'elles parviendraient à surmonter cette situation.

- C'est amusant, murmura Lex sans quitter Linya des yeux, tu m'as volé ma femme dans un certain sens, mais je ne le ressens pas comme ça au final. Je sais que pour toi les choses sont plus compliquées et que cela ne correspond pas à ce que tu t'imaginais de toi et de ton avenir, mais moi, ça me convient. Tout ça, cette situation. Je t'aime Lin. Peut-être pas comme toi et moi on aime Tia, mais je t'aime quand même. Je tiens à toi. Et ce trio, c'est spécial c'est vrai, mais je sais qu'on peut le faire réussir.

- Tu veux juste récupérer Tia, murmura Linya à son tour.

- Évidemment, répondit Lex sur le même ton, en haussant une épaule, mais je ne mens pas. Je ferai en sorte que ça marche aussi entre toi et moi. Et entre Tia et toi.

- A la seconde où vous vous réconcilierez, je n'existerai plus.

- C'est faux. Je pensais la même chose au début, mais c'est faux. Tu le sais. Tia t'aime. Et... tu es ma meilleure amie, je ne pourrai jamais te faire ça.

- Et pourquoi pas ? Tu l'as déjà fait. Tu es partie, sans rien dire, sans explication, sans excuse. Sans nouvelle. Tu n'en avais rien à faire de mon inquiétude à ce moment-là. Tu n'en avais rien à faire de moi.

- Je n'en avais rien à faire de moi non plus.

Lex vit que Linya était sur le point de dire quelque chose mais Lex l'interrompit.

- On en discutera une autre fois. Il y a plus urgent pour l'instant.

Linya fronça les sourcils.

- Quoi donc ?

- Tia vient de se lever.

Linya cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Et soupira.

Lex était insupportable.

 

Chapitre 10 :

Len était inquiet. Les yeux sur sa sœur, il se demandait ce qui lui arrivait. Depuis plusieurs jours déjà Lara semblait fatiguée. Elle dormait mal lui avait-elle dit lorsqu'il l'avait interrogée. A une ou deux reprises la nuit, il l'avait entendue hurler. Elle faisait des cauchemars et ils semblaient violents. Mais lorsqu'il lui avait demandé de les raconter, elle avait été incapable de le faire.

Aujourd'hui les cernes mangeaient son visage et il se demandait comment ses mères faisaient pour ne même pas s'en rendre compte. Certes, Lara passait aussi peu de temps que possible à la maison depuis le retour de Lex, mais il pensait qu'elles auraient dû le voir.

Linya avait bien fait une remarque en début de semaine mais sa sœur avait esquivé et depuis Linya semblait préoccupée par tout autre chose.

Lara lui jeta un regard en coin agacé. Il savait qu'il la couvait trop et que cela lui pesait, mais c'était plus fort que lui. D'autant qu'il sentait que ses cauchemars commençaient à envahir ses propres nuits. Leurs connexion, à Lara et lui, s'était renforcée avec les années au lieu de se déliter comme cela était habituel lorsque des jumeaux, même vrais, grandissaient.

Cela venait probablement de leur mode de vie particulier. Avoir des mères mercenaires et être souvent dans la ligne de mire de leurs ennemis n'aidaient pas trop à la tranquillité d'esprit.

Aujourd'hui néanmoins Lara ne semblait pas encline à sortir. Trop fatiguée selon ses dires, et cela inquiétait son frère encore plus. Il songea à inviter David, faisant l'impasse sur Sahel car il ne savait trop pourquoi, il ne l'appréciait pas vraiment. Il le trouvait trop gentil, trop prévenant. Il semblait trop amoureux et quelque chose sonnait faux pour lui, mais Lara refusait de l'entendre.

David, bien qu'il ait beaucoup fait souffrir sa sœur, avait changé, et Lara était toujours aussi sensible à son charme. Même si elle s'en défendait, il aurait fallu être aveugle pour ne pas s'en apercevoir. Avec un peu de chance elle se confirait à lui.

Décidé, il se rendit dans sa chambre afin de téléphoner à son ami. Lorsqu'il revint il se demanda s'il ferait mieux de la prévenir à l'avance ou si la surprise était préférable. Bien qu'elle soit toujours sous le charme de David, Lara réagissait une fois sur deux mal à sa présence.

Prenant son courage à deux mains il se lança :

- David sera là dans une demi-heure.

Aussitôt sa sœur fit volte-face pour le fusiller du regard. Puis elle sembla réfléchir. Finalement, elle hocha la tête. Elle le regarda ensuite, suspicieuse et demanda :

- C'est pour me surveiller ?

Etonné par la tournure de pensée de sa sœur, Len répondit :

- Non, c'est pour te changer les idées.

Lara fronça les sourcils avant de s'adoucir.

- Désolée, je... suis crevée, expliqua-t-elle avant de s'asseoir à côté de lui dans le canapé.

- Je sais, c'est pour ça.

- Heu... en quoi faire venir David va m'aider à ne plus être fatiguée ?

- Tu ne veux pas me dire pourquoi tu n'arrives pas à dormir, mais peut-être qu'à David tu te confieras ?

Lara ouvrit des yeux ronds.

- Et qu'est-ce qui diable te fait croire ça ?

Len haussa les épaules.

- Même si tu ne veux pas le reconnaître, vous vous êtes rapprochés et j'ai confiance en lui.

Lara le dévisagea, les sourcils froncés.

- Et Sahel, il vient aussi ?

Son frère secoua la tête.

- Pourquoi ? S'étonna Lara.

- Tu le vois tout le temps. Et puis ça n'a pas l'air de tant te réussir que ça. Je te trouve plus fatiguée lorsque tu reviens d'un de tes rendez-vous avec lui.

- Tu te fais des idées, répondit-elle en évitant son regard.

Elle aussi avait noté cet état de fait et ça ne laissait pas de la surprendre. Ils ne faisaient rien de particulier pourtant. Ils discutaient, regardaient un film, allaient se promener et/ou couchaient ensemble. Ils buvaient du thé aussi. C'était la nouvelle marotte de son petit ami, il adorait découvrir pleins de thé différents. Du coup à chacun de leur rendez-vous ils en buvaient immanquablement.

Une demi-heure tapante après son coup de téléphone, David sonnait à la porte.

- Toujours aussi ponctuel, marmonna la jeune fille alors que son cœur, ce traître, se mettait à battre la chamade.

Son frère revint dans la pièce avec David et elle s'efforça de jouer l'indifférence. Mais lorsqu'il s'assit à côté d'elle et déposa une bise sur sa joue en la saluant, elle ne put s'empêcher de le regarder et de se perdre dans ses yeux d'un vert éclatant.

Pourquoi, mais pourquoi lui faisait-il encore et toujours cet effet ?! Et pourquoi alors qu'elle était si bien avec Sahel et si amoureuse de lui, voulait-elle encore que David l'embrasse et lui dise qu'il n'avait jamais aimé qu'elle ?

Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ?! Pourquoi était-elle si obsédée par ce garçon ?! Il était beau, bien sûr, et amusant, et c'était quelqu'un de calme et de réfléchi. La plupart du temps, c'est-à-dire quand il ne s'agissait pas des filles. Il était grand, sportif et gentil. La plupart du temps aussi. Il lui était arrivé à quelques reprises d'agir comme un crétin. Et pas seulement avec elle.

Mais elle l'avait aimé avec une force qui lui retournait l'estomac à chaque fois qu'elle songeait à se séparer de lui. Parfois, elle songeait qu'il était sa véritable âme-sœur. A l'image de Lex et de sa mère, ils ne semblaient pas pouvoir se passer l'un de l'autre. Ce sentiment, elle le savait, était réciproque. Mais elle avait perdu confiance en lui. Trop de tromperie, trop de mensonge.

Elle ne voulait plus souffrir ainsi.

Elle réussit à se détourner de lui et fixa la télévision. Oui, Len avait raison, ils s'étaient rapprochés ces derniers mois, oui il lui faisait toujours un effet de fou. Mais elle refusait de retomber dans le même piège.

Concentrée sur le film qui passait, elle ignora copieusement son frère et son ami. Avec un peu de chance, songea-elle avec espoir, le temps que le film se termine, il se sera lassé. Il n'avait jamais été d'un naturel patient.

                                                                       ***

Les trois femmes se dévisageaient, chacune assise à un coin de l'îlot. Lex étudiait avec attention le visage de sa femme, tout en buvant son café. Tia alternait entre Lex et Linya, un peu nerveuse. Elle avait complètement oublié son mug de chocolat chaud et sa tartine. Linya, elle, buvait son thé en se frottant les yeux de fatigue.

Lex une fois réveillée, n'avait pas démordu de son idée de trio et avait passablement soûlée Linya avec, jusqu'à ce qu'elles rejoignent Tia dans la cuisine. En les voyant débarquer, Tia avait jeté un coup d'œil au visage sombre de sa petite amie et avait commencé à se dandiner d'un pied sur l'autre.

Amusée, Linya l'avait rapidement rassurée et résumé en deux mots leur étrange réconciliation, ce qui avait stupéfait autant que soulagé la mercenaire.

Elles s'étaient toutes attablées en attendant que les enfants se réveillent, mais les jumelles ne daignaient pas pleurer et les jumeaux avaient vite migré dans le salon. Depuis, les trois femmes se demandaient quoi dire.

Soupirant, Lex décida que cela avait assez duré.

- Ok, on peut dépasser les moments maladroits et directement aller au but ?

- C'est-à-dire ? Fit Tia sur ses gardes.

- La Prophétie. La Louve. Tu as bien dit que tu avais senti quelque chose se passer hier soir non ? Pendant, enfin juste après qu'on se soit unie ?

Linya tiqua et s'empressa de prendre une gorgée de son thé pour contrer sa subite mauvaise humeur. Elle ne savait si c'était la manie de Lex de rappeler qu'elle s'était tapé sa copine ou le fait que Lex le lui rappelle pour l'ennuyer qui l'agaçait le plus.

Le regard en coin que celle-ci lui jeta lui fit comprendre que le rappel était intentionnel et Linya leva les yeux au ciel. Lex était vraiment une gamine parfois.

Devant le tableau Tia ne put empêcher un sourire étirer le coin de sa bouche, qu'elle cacha derrière son mug dont elle venait de se souvenir. Elle grimaça en avalant une gorgée froide de son lait au chocolat et se leva pour le mettre au micro-onde.

- Oui, répondit-elle enfin. Mais je ne sais pas ce que ça signifie.

Elle s'appuya au comptoir derrière elle et croisa les bras.

- Ça ne peut pas être bon..., releva Linya.

Lex acquiesça et dit :

- On devrait peut-être contacter le type bizarre qui nous a vendu nos bagues en Grèce ? Je veux dire, d'après les Fils du Vent, il fait partie d'un ordre qui s'occupe de la Prophétie si je me souviens bien. 

Tia marqua son assentiment puis devint songeuse. Elle resta si longtemps silencieuse que Lex finit par se tourner vers Linya. Elle leva sa tasse et lança, avec un sourire émerveillé :

- Au fait, merci pour le nectar des Dieux, tu fais vraiment un café d'enfer !

Linya cligna des yeux. Décidément ce matin, Lex se surpassait dans le passage du coq à l'âne. Elle ne souvenait plus de la dernière fois où elle avait eu autant de mal à la suivre. Avait-elle juste perdu l'habitude ou était-ce autre chose ?

Quoi qu'il en soit, c'était à l'image de leur relation. Grippé. Linya souhaitait retrouver leur complicité d'antan, mais comme pour leur conversation, cela manquait de fluidité, de naturel. Lex pourtant ne paraissait pas ressentir de malaise contrairement à elle...

Et Linya se demandait bien pourquoi. Certes, Lex avait des choses à se reprocher vis-à-vis d'elle, elles avaient d'ailleurs plutôt bien fait le tour de la question le matin même, mais Linya aussi en avait. Et le fait que Lex n'aborde même pas le sujet et soit si chaleureuse avec elle l'inquiétait au lieu de la rassurer.

- De rien, répondit-elle après un instant de flottement.

- Ca y est, je me souviens ! S'exclama soudain Tia, faisant sursauter tout le monde.

- Tu te souviens de quoi ? Demanda sa femme.

- De l'endroit où trouver ce vieux monsieur !

- Il n'était pas si vieux, rétorqua Lex en secouant la tête.

Linya ne put empêcher un sourire d'étirer ses lèvres. Lex était vraiment amusante à être si intentionnellement à côté de la plaque.

Tia fronça les sourcils avant de se tourner vers Linya.

- Je me souviens de l'adresse exacte ! Fit-elle avec un sourire d'enfant, très fière d'elle.

Linya acquiesça avec un sourire et demanda :

- Tu pars quand ?

- Oh je ne pars pas. Je vais chercher son numéro de téléphone et si besoin j'enverrai quelqu'un là-bas.

- Je me demande bien qui pourrait être envoyé là-bas et qui aurait toute ta confiance, lança la voix grave d'Enyalios qui était adossé au chambranle de la porte donnant sur le côté couloir.

- Oh tu étais là, remarqua-t-elle avec un temps de retard.

Puis, plissant les yeux suspicieuse :

- Tu étais parti non ?

Enyalios la fusilla du regard.

- C'est toujours un plaisir de noter qu'on fait attention à moi. Et oui, j'étais parti. Un contrat, expliqua-t-il brièvement.

Elle hocha la tête puis, juste pour l'énerver :

- Tu es parti combien de temps ?

Son regard noir lui valut un sourire de Tia.

- Ca serait sympa de ta part d'y aller pour moi, ajouta-t-elle ensuite avec un double haussement de sourcil.

Enyalios leva les yeux au ciel et échangea un regard entendu avec Linya. La jeune femme lui semblait être la seule personne sensée et adulte de la pièce en dehors de lui.

- Quand veux-tu que j'y aille ?

- Le plus tôt serait le mieux. Maintenant ?

- Je viens d'arriver.

- Genre... y'a 10 min ? S'étonna Tia.

Enyalios s'efforça de ne pas montrer son irritation. Tia n'avait donc vraiment pas remarqué ses allées et venues ? C'était un peu vexant.

- J'irai demain matin. Il me faudra l'adresse et une description de la cible. Et les questions à lui poser aussi. Combien je serai payé ? Demanda-t-il après une brève pause.

- Tu veux qu'on te paie ? S'exclama Lex avec un air horrifié. Pourquoi ?

La mâchoire du mercenaire se décrocha légèrement. En désespoir de cause il se tourna vers Linya et la supplia du regard. La Dirigeante le prit en pitié et, après un petit rire moqueur intervint.

- Ok c'est notre ami, mais ce qu'on lui demande c'est quelque chose qu'on peut faire nous-même mais que par fainéantise nous lui demandons d'accomplir. Ce n'est pas notre larbin Lex. De plus, en le payant, on peut être certain que le travail sera parfaitement réalisé. On peut même se permettre des exigences, termina-t-elle avec un sourire en coin et un regard malicieux.

- Ooooh des exigences... releva Lex soudain songeuse.

Enyalios se redressa, subitement inquiet. Tia échangea un regard amusé avec Linya. La mercenaire lui prit la main et eut envie de l'embrasser. Mais Lex étant dans les parages et leur nouvelle relation encore fragile, elle s'en abstint.

Et ce fut ce moment que choisit la Louve pour se réveiller. Tia vacilla et un voile noir passa devant ses yeux. Elle ne s'évanouit pas mais ce fut comme si soudainement, elle se retrouvait dans son esprit en face de son âme damnée.

- Tu m'as enfermée, rugit-elle au comble de la rage.

La colère de la Louve était telle que la respiration de Tia en fut coupée. Tia sentait un début de panique s'insinuer en elle. Elle ne comprenait pas comment la Louve s'y était prise pour l'amener ici. Ni où « ici » se trouvait exactement.

                                                                       ***

Lara sortait de la salle de bain lorsque cela se passa. Tout d'abord, ce fut comme un étourdissement. Le temps qu'elle cligne des yeux, cela avait disparu. Croyant à un tour de son imagination, elle n'y prêta pas attention.

Elle fit quelques pas, traversant le couloir, pour rejoindre sa chambre. A peine avait-elle franchi le pas et refermé la porte, elle s'effondra. Sans raison, ni prémisse, elle s'évanouit.

A peine quelques secondes plus tard, elle se réveilla. Désorientée, elle se demanda ce qu'elle faisait sur le sol. Elle se redressa sans mal et fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Elle n'avait pas de souvenir de rêve, ni de maux de tête. Elle n'avait, constata-t-elle en se mettant debout, aucun vertige ni sensation de faiblesse.

Au contraire même, elle se sentait en pleine possession de ses moyens, bourrée d'énergie. Sentant comme un picotement parcourir son corps, elle s'approcha de son miroir en pied pour s'examiner.

Elle ne découvrit rien d'anormal sur sa peau. Étrangement, son malaise, et les sensations qui en résultaient, ne l'inquiéta pas. 

Elle releva le visage, étudiant celui-ci et ouvrit légèrement la bouche, surprise, en avisant ses yeux. Ils étaient rouges. Pas d'un rouge éclatant, on devinait le bleu derrière. Ils étaient plus teintés de rouge que réellement rouge. Néanmoins c'était inhabituel.

- C'est... joli, remarqua-t-elle intriguée.

Elle n'éprouvait toujours aucune inquiétude. En revanche sa curiosité était dévorante. Elle cligna plusieurs fois des yeux en changeant sa tête d'angle, afin de jouer avec la lumière et soudain, cela disparut.

Contrariée, Lara se rapprocha du miroir. Scrutant l'iris de ses yeux, elle vit que cela n'avait pas totalement disparu. Une minuscule tache rouge s'était formée sur le côté droit de son œil gauche.

Elle recula d'un pas, satisfaite puis se rendit près de sa commode pour s'habiller. Le temps d'ouvrir son tiroir, elle avait tout oublié, mais la tache rouge, elle était toujours bien présente.

Ce soir David avait convaincu son frère de le laisser seul avec elle. Elle avait d'abord eu l'intention de décliner sèchement après avoir appelé Sahel. Mais son petit ami n'avait pas répondu et son frère l'avait presque suppliée, arguant que ce serait un bon moyen pour elle de se détendre et de mettre en même temps les choses au clair avec David si elle y tenait vraiment.

Maintenant, son intention était différente. Elle choisit avec soin les vêtements les plus sexys de son dressing et songea que cela serait amusant si pour une fois, c'était elle qui faisait perdre pied au beau David.

Elle se maquilla, se coiffa et se parfuma. Une fois prête, elle vérifia son allure générale et sourit, satisfaite. David allait en perdre son langage.