INDISCRETIONS

La Quatrième Saison

Réalisée par Jessica Grant

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

 

Traduite par Fryda (2015)

 

Episode 9 : Poissons d’Avril (April’s Fools)

« Fais attention avec mon fils », je réprimande Luc alors qu’il tient Collin comme un ballon de foot américain. Un qu’on va laisser tomber.

Il fronce les sourcils mais ajuste sa prise. « J’ai deux enfants, Harper Lee. »

« Deux qui ne cassent pas quand on les laisse tomber. Au moins, pas aussi mal. » J’ajoute. Je remue les céréales pour enfants et je les renifle. C’est mauvais. Mais mon garçon adore ça. Kels et moi on les a essayées sur lui hier et après le premier choc, il en a réclamé plus. Il grandit tellement vite. Sa sœur aussi ; elle adore cette pâte.

Ils n’en prennent pas beaucoup en ce moment, juste assez pour que Kels ait pu réduire d’un repas par jour. Je pense que ça l’a beaucoup aidée. Et pourtant une partie de moi a peur que ma chère épouse ait un peu de souci au moment de les sevrer complètement. Je sais qu’elle aime être reliée à eux comme ça et que ça va être aussi dur pour elle que pour eux.

Brennan est heureuse dehors avec sa maman. Je regarde la table de la cuisine et je trouve déconcertant de voir tous mes frères qui y sont installés. C’est comme un épisode de ‘La Quatrième Dimension’. Tout est contraire à ce qu’il devrait être. Gerrard est à la place de Katherine, Jean à celle d’Elaine, Luc à celle de Rachel, Robie à celle de Renée et Papa à celle de Mama, et moi je suis en train de préparer le dîner pour mon fils. La seule chose constante dans la cuisine, c’est Brian. Il est à sa place habituelle au comptoir, et il s’amuse bien trop à mon goût.

« Harper, tu ne devrais pas porter le tablier de ta Mama ? »

« Je remue une cuillère de bouillie dans sa direction. « Pourquoi tu n’es pas dehors ? »

Il croise les jambes avec arrogance. « Parce que je suis un membre honorable de la Conspiration de la Cuisine, pas un membre actif. Je peux aller et venir à ma guise. »

« Je pense que tu es un espion », grommelle Jean. « Mais je vais vous dire une chose, après cinq enfants, je sais comment bouger dans une cuisine. Et m’occuper d’une couche. » Il tapote le derrière de son fils Geoffrey. Qui à huit mois, commence à apprendre à aller sur le pot, et porte des couches pour grand garçon depuis peu.

« J’suis pas un bébé. » Geoffrey corrige son père d’un ton très sérieux.

Jean sourit avec fierté. « Plus maintenant, mon pote. »

« Alors », dit Brian avec un sourire hautain, « tu as grandi dans cette maison, pas vrai ? »

« Nous avons tous grandi ici », répond Gerrard. « Papa a grandi ici aussi. »

« D’accord, alors dans quel placard Mama garde-t-elle ses épices ? »

Papa se lève et va vers le placard le plus proche du four. Il l’ouvre avec un grand geste. Malheureusement, pas d’épices. Il rougit et marmonne, « elle doit les avoir changé de place. »

Nous rions tous mais aucun de nous ne lui montre dans quel placard elles sont. Nous ne voulons pas admettre que nous ne savons pas. Mais ce n’est pas notre faute. Mama ne permet à personne d’autre qu’à la Conspiration de venir quand elle cuisine.  Et elle nous tapote les mains quand nous voulons faire quelque chose nous-mêmes. C’est plutôt compréhensible.

Ça l’est.

Je prends les céréales et la plus petite cuillère jamais inventée sur la table. Je m’assieds à la place de Kels et je commence à nourrir mon garçon. Il n’a pas vraiment besoin de céréales mais c’est vraiment amusant de le regarder mâcher.

« Papa », dit une voix de petite fille depuis la porte. Deux têtes se tournent dans sa direction, seuls Gerrard et Jean ont des petites filles qui savent parler. C’est Caitlin, une moitié de l’autre paire de jumeaux de la famille. Elle porte une jolie robe d’été, bleu ciel avec des marguerites jaunes. Ses yeux sont de la couleur de la robe et elle regarde Jean. « Mama a dit que tu allais nous faire des biscuits. »

Jean regarde la Conspiration par la fenêtre. « Ah oui ? » Il tend la main et elle vient vers lui pour grimper vite sur ses genoux.

Caitlin serre le bras de son petit frère, ce qui lui fait perdre sa concentration sur son album de coloriage pendant un instant. Geoffrey se tortille et reprend sa tâche. Caitlin se tourne vers son père et dit, « elle a dit que tu pourrais nous faire des biscuits aux pépites de chocolat. »

Il hoche la tête. « Pas de problème. Bien sûr qu’on peut en faire. » Par on, je présume qu’il entend quelqu’un d’autre que lui. Il ne peut pas faire bouillir de l’eau, encore moins faire quelque chose de complexe dans la cuisine.

La main minuscule de Caitlin se lève et lui entoure le visage, serrant ses joues de manière comique. « Vraiment, Papa ? Tu promets ? »

« Je promets, moustique. Est-ce que Mama a dit autre chose ? »

Nous attendons tous sa réponse avec avidité. La Conspiration peut être vraiment méchante parfois. « Non. Elle avait trop de travail avec le feu. »

Nous nous tournons tous pour regarder par la fenêtre. Je commence à compter les têtes, plus que contente de voir Kels et Brennan au loin.

« Et voilà où vont nos steaks, les gars », soupire Papa. « Je ferais mieux d’aller vérifier le barbecue. »

Nous nous signons avec l’espoir que rien ne lui est arrivé. Cette chose est un membre fier de notre famille depuis aussi loin que nous pouvons nous en souvenir.

 

* * *

 

Je suis assise sur le côté avec le plus petit des enfants, qui ne sont pas encore assez âgés pour le chahut organisé des frères et sœurs et leurs mamans. Mon poignet cassé me garde tout autant hors jeu.

J’apprends assez vite que dedans ou dehors, Mama gère la CC. J’ai compris ça à la seconde où elle m’a chipé la balle de foot de ma main valide et m’a envoyée sur les bords du terrain m’occuper des plus petits.

Nous avons deux aires de jeu en cours et une variété de jouets pour que tout le monde soit heureux. Tout le monde, oui, sauf ma fille qui a décidé d’être une vraie sorcière aujourd’hui. Rien ne la contente sauf de dormir dans mes bras. Pas que ce choix me rende malheureuse mais à la seconde où je pense qu’elle est endormie et que j’essaie de la poser, elle se réveille et pleure à nouveau.

Je la regarde se nourrir. J’espère qu’après un petit en-cas de mi-matinée elle se sentira un peu mieux et fera une sieste dans son landau, pour que mon bras valide puisse se reposer.

« Jonathan Kingsley ! » Je lève les yeux pour voir Mama remuer une fourchette de barbecue devant le visage de son époux et le pousser vers la porte arrière de la maison. « Essaie seulement un peu de venir me dire comment… »

Je ne peux pas m’empêcher de rire devant cette scène. Elle a dit qu’il viendrait et elle avait raison. Elle nous a dit qu’aussitôt qu’ils entendraient le mot ‘feu’ sortir de la bouche de Caitlin, l’un d’eux viendrait et que ce serait probablement Papa.

Le ‘feu’ n’a pas été plus qu’une flamme haute autour de la nourriture sur le grill. Ça n’a jamais été un feu et ça n’a jamais été hors de contrôle. Elaine a simplement dit à Caitlin de le mentionner pour voir ce qui se passerait. Les garçons adorent leur grill.

Je suis surprise qu’ils ne soient pas tous sortis en trombe avec la moitié des pompiers de la Nouvelle Orléans sur leurs traces.

Lentement, Brennan s’endort. Elle n’est pas encore décidée à me lâcher et en même temps, elle est tellement détendue qu’elle ne peut pas résister. Renée s’approche et la prend doucement de mes bras pour la poser dans le landau. Ma sœur et moi échangeons des regards pleins d’espoir en regardant ma fille se blottir près de son nounours préféré.

Elle adore vraiment cet ours parce qu’il sent comme Harper. Cette enfant n’est pas idiote. Elle utilise la même méthode que moi pour avoir sa Mama près d’elle. Et quand elles font la sieste ensemble, cet ours est toujours posé entre elles. Ainsi elle utilise le nounours de la même façon que j’utilise l’oreiller d’Harper quand elle est partie. Je me fiche de savoir pourquoi elle dort. Le fait est qu’elle dort.

D’accord, elle dort, jusqu’à ce que Jean sorte avec un plateau de pains pour les hamburgers et les hot-dogs et laisse la porte moustiquaire se refermer brusquement.

« Je vais le tuer ! » Je grince des dents et me lance vers mon frère.

La main de Renée surgit et attrape mon sweatshirt. « Non, ne fais pas ça. Elaine va devoir le remplacer et nous avons déjà passé assez de temps sur sa formation. »

Elle réussit à calmer Brennan sans la prendre. Mon bébé se rendort avec juste une toute petite larme le long de sa joue. Je l’essuie. Je déteste la voir en détresse. Mais maintenant qu’elle finit par dormir, je peux laisser vivre Jean. Ren a raison ; ce serait un gâchis de laisser filer tout le gros travail d’Elaine comme ça.

Ça me rappelle que…

« Oh, Renée, ma chérie ? » Je fais un sourire diabolique à ma sœur. « Tu ne penses pas que tu dois avoir cette petite conversation avec Harper ? »

 

* * *

 

« Combien de temps on doit laisser bouillir ces patates ? » Demande Robie en en poussant une avec une fourchette.

« Jusqu’à ce qu’elles soient cuites. »

Robie lance un sale regard à notre plus vieux frère. « Vous voulez vous en occuper, votre Honneur ? »

Gerrard se lève de table et avance à grands pas vers la cuisinière. Il regarde dans la marmite à la masse d’eau bouillante et les dizaines de patates au fond. « Je pensais que les gens normaux coupaient ces trucs d’abord. »

« Pas Mama. »

« Alors je suis un peu perdu. »

« Laissons Harper s’en occuper », marmonne Luc en arrivant de la grande salle où il est allé chercher des cartes à jouer. « C’est une fille. Ou du moins, c’est ce que dit Kelsey. »

Je tends la main pour le taper à l’arrière de la tête. « Continue, joyeux drille, et tu en seras une aussi. »

« Oooh », les garçons font écho à ma menace.

Je prends un couteau, je lance un regard à Luc, et je vais vers la marmite. Je pique une des patates avec le couteau et il s’enfonce aisément. « C’est prêt. C’est comme ça qu’on devine. C’est pas si difficile, les gars. » J’ai dû me nourrir toute seule pendant des années. Je peux faire ça. Les autres sont passés directement de la maison de Mama à leur foyer d’homme marié. Luc est resté à la maison le plus longtemps, bien qu’on dirait que c’était Jean.

« Et maintenant ? »

Je regarde Robie d’un air incrédule. « T’es un petit malin, je parie que tu peux deviner. Qu’est-ce que tu crois qu’il faut pour faire de la purée ? »

« Un presse-purée ? »

« Entre autres. »

 

* * *

 

Je me gratte la joue près de Mama et j’écoute le bruit qui vient de la cuisine. « Tu penses que tout va bien là-dedans ? »

« Oh, ça va bien. » Mama ne quitte jamais des yeux la nourriture sur le grill. « J’ai peut-être un peu réarrangé les ustensiles ; ça a peut-être créé de la confusion. » Elle me regarde et me fait un sourire ‘innocent’.

« Harper a raison. Nous sommes diaboliques. » Je sirote mon thé et je tressaille quand j’entends un des garçons crier quelque chose que Mama va lui faire regretter plus tard.

« C’est inné chez toute femme du Sud, Kelsey. Vous les épousez, vous les torturez. Mais il faut toujours penser à les aimer aussi. »

« C’est une leçon qui me plait bien. »

« La torture ou l’amour ? »

« Oui. » Je ris et je nous ressers du thé. « Harper est unique et parfois elle peut être tellement crédule. »

Mama rit en secouant la tête et elle m’attrape le bras. « Elle est exactement comme Jonathan. Au début quand nous étions mariés, il tombait dans tous les panneaux. Malheureusement, je ne pouvais pas garder un visage sérieux assez longtemps pour que ça marche vraiment. »

« Je sais. Il y a quelque chose en eux. Quand on les regarde, on ne peut pas supporter l’idée de faire quelque chose de trop horrible. »

« Ce sont les yeux bleus », dit Mama avec un air de finalité. « Les Kingsleys devraient avoir honte d’utiliser leurs yeux bleus pour arriver à leurs fins. »

« Alors, » annonce Elaine en volant un petit morceau de hot dog sur le grill, ce qui lui vaut une tape de Mama. Elle devrait bien le savoir. Est-ce que le fait de venir dans le domaine des garçons fait mourir les neurones plus vite ou quoi ? « De quoi on parle ? »

« Des yeux bleus. »

« Oh, alors n’oubliez pas non plus la façon qu’ils ont de pencher leur tête tristement. » Elle rit, sachant immédiatement que nous parlions de nos époux respectifs.

Katherine s’insère dans la conversation tout en relançant la balle aux garçons un peu plus vieux qui sont sur le point de commencer un match. Ils ont été proprement impressionnés aujourd’hui en voyant comment leur maman est douée pour le football. Katherine sait comment marquer un touchdown et ne laisse jamais les garçons l’oublier.

« Est-ce qu’on parle de la moue patentée des Kingsley ? »

Je manque sortir mon thé par les narines. Je ne sais pas combien de fois je l’ai pensé quand Harper fait la sienne. « Oui, en fait, c’est de ça qu’on parle. »

« Gerrard n’en fait même plus. Nous sommes mariés depuis trop longtemps. Après quelques années, ça perd de son efficacité. Maintenant il ricane. »

Mama rit à nouveau, elle trouve ce commentaire amusant. Elle tousse en avalant accidentellement de la fumée du gril. « Jonathan ne fait plus la moue et il a passé le stade du ricanement. Il sort en grommelant pour lui-même. »

Rachel nous rejoint après avoir été envoyée en mission de reconnaissance.

« Comment ça se passe là-bas ? » Je demande, en montrant la cuisine.

Elle prend une inspiration profonde et la relâche lentement. « Et bien, ils n’ont pas encore mis le feu à la cuisine. Je pense aussi qu’ils aimeraient que Brian les laisse entre eux. Il passe son temps à les charrier. Il se pourrait qu’ils le jettent dehors avant que ce soit fini. »

Je roule les yeux, sachant combien notre nounou peut être baveux quand il le décide. « Qu’est-ce qu’il fait ? »

Elle me fait un signe. « Rien de sérieux, à peine remettre leur virilité en cause. »

Harper pourrait le tuer elle-même.

 

* * *

 

Je fais passer une nouvelle tournée de boissons aux enfants et aux épouses. On pourrait penser qu’on est au milieu de l’été à la façon dont ils consomment la limonade, le thé glacé, l’eau et le jus de fruits. J’ai commencé en apportant seulement de la limonade. Rachel a dit d’un air détaché qu’elle préfèrerait le thé glacé. Elaine a rapidement ajouté qu’elle aimerait plutôt du thé froid. Mama a insisté pour avoir de l’eau. Quelques uns des enfants, je suis sûre qu’ils étaient manipulés par la Conspiration, ont demandé du jus de fruits. Alors maintenant je me casse pratiquement le dos chaque fois que j’apporte d’autres rafraîchissements.

Avant de retourner à l’intérieur, je me laisse tomber sur la balancelle du porche. C’est là que j’ai embrassé Kels, pour de vrai du moins. Elle avait si bon goût. Je me souviens qu’elle pleurait, submergée par l’émotion. Je ris. Qui ne le serait pas ? Submergée par la famille, parce qu’elle n’en avait jamais eu auparavant. Je leur serai reconnaissante pour toujours de l’avoir adoptée aussi vite.

Je ferme les yeux et je savoure les souvenirs d’être tombée amoureuse pour la première fois dans ma vie.

Seigneur, mon souvenir est génial, parce que je la sens qui me touche. Je grogne alors que des ongles grattent doucement ma nuque. Sa respiration est douce sur ma joue. Je tourne mon visage pour l’embrasser, ouvrant les yeux pour que je puisse voir son tendre regard.

« Oh merde ! » Je jure en sautant en arrière et me cognant la tête sur l’arrière de la balancelle.

« Doucement, Harper, ne te fais pas mal », roucoule Renée, en me rejoignant sur la balancelle, assise un peu trop près.

« Robie est dans la cuisine », je réussis à dire en déglutissant. Je ne peux pas imaginer qu’elle m’a confondu avec lui. Nous avons plus d’une différence évidente. Je regarde vers le porche en espérant que ‘La Cogneuse’ n’arrive pas. Elle nous tuerait toutes les deux, c’est sûr.

« Ah oui ? Et tu dis ça pourquoi ? » Ren se rapproche, me laissant happer une bouffée de son parfum. « Depuis quand je ne suis pas autorisée à m’asseoir près de toi ? »

« Près, pas dessus », je marmonne.

« Qu’est-ce qui se passe avec toi ? » Demande Renée, en me poussant doucement. « On dirait que je vais te mordre. »

Je secoue la tête, mon rêve a dû me perturber le cerveau. « Désolée. Je pensais à Kels quand tu es arrivée. »

« Ouais, Kels a beaucoup de chance. »

Il y a de la tristesse dans sa voix que je ne me souviens pas avoir entendu auparavant. Je vois clairement maintenant que Renée a une expression inquiète sur le visage, qui marque ses beaux traits. Je passe sur mon choc initial et je prends sa main. « Qu’est-ce qui ne va pas, ma chérie ? »

« Eh, je réfléchissais juste. »

« A quel sujet ? »

« A combien Kels et toi vous aviez de la chance et comme vous semblez heureuses. C’est vraiment remarquable depuis que vous êtes venues ici. » Elle me regarde sous ses cils épais et sourit d’un air taquin. « Tu pourrais vouloir t’assurer que la fenêtre de votre chambre est fermée à partir de maintenant. »

Il fait chaud ici ou quoi ? « Chérie, j’essaie juste d’inspirer mon frère pour qu’il se surpasse. » Je me dis que vu que je suis embarrassée, je ferais aussi bien de faire avec.

« Tu ne l’inspires peut-être pas, mais tu m’inspires moi. »

Oh merde. Des souvenirs de Rachel m’assaillent. Je relâche doucement la main de Renée et je la repose sur ses genoux. « Ren… »

« Harper », dit Renée avec un regard grivois.

« Seigneur, je t’aime, Ren. Vraiment. Mais je ne pourrai jamais… » Je manque de mots, hautement surprise de me voir dans une telle situation. « J’aime complètement Kels et… »

« Oui, ben, j’aime aussi Kels. Ça ne veut pas dire que je ne peux pas t’aimer. Il faut que je te dise, Harper, que quand j’ai entendu Kels crier ton nom l’autre nuit, j’ai commencé à saliver. »

Je suis en enfer. Et je suis bien trop près des flammes. Le Seigneur sait que je trouve Renée incroyablement sexy et attirante, mais elle est la femme de mon frère et la meilleure amie de ma femme. Je me lève d’un coup, comme un bouchon resté trop longtemps dans l’eau. « Je pense que Robie et toi vous devez vous parler. Tu veux que j’aille le chercher ? » Tant que j’y suis, je pense que je vais faire un pas en arrière. Ou deux.

Je crie quand je sens deux bras qui encerclent ma taille. Vu que l’un d’eux a un plâtre, j’ai une plutôt bonne idée de qui est ma ravisseuse. « Salut, Sexy. Qu’est-ce qui se passe ? »

Qu’est-ce qu’elle a entendu ? Pas beaucoup vu que Renée et moi sommes toujours vivantes. « Rien. »

« Ren, je pensais que tu allais venir lui parler. »

« Je l’ai fait. Elle ne semble pas intéressée. » Renée hausse les épaules d’un air séduisant.

Harper ! Détourne le regard avant que tu n’aies besoin que les voisins relancent des feux d’artifice. « Hein ? » J’opte pour la stupidité. A ce moment là, ça semble être le plus sûr.

« Pas intéressée ? Tu lui as expliqué ? »

« Je commençais quand elle a sursauté. »

Je plisse les yeux quand Kels commence à me caresser l’estomac. Elle sait bien qu’elle ne doit pas faire ça si elle n’a pas l’intention d’être sérieuse. C’est ce qu’elle fait la nuit quand elle veut que je sache qu’on pourrait faire mieux que dormir.

« Peut-être que je devrais partir pour que tu finisses de lui parler. Je suis sûre qu’elle se sent un peu intimidée à l’idée de partager. » La main de Kels effleure ‘accidentellement’ ma poitrine.

Et soudain, je vois clairement les choses. Je prends sa main et je la laisse où elle est. « Partager ? » Je fais écho en gardant un soupçon de confusion dans ma voix.

« Oui, partager. » Kels se glisse autour de moi pour pouvoir regarder Renée. Je me demande comment elles font pour ne pas éclater de rire. « Ren et moi, nous en avons parlé. Nous pensons que tu ferais une merveilleuse garniture dans un sandwich. »

« Vraiment ? Tu serais d’accord avec ça ? » Je suis le portrait de la plus haute sincérité. Mon expression, le ton de ma voix, ma posture, tout transporte ma vraie surprise à cette offre. Et mon vrai intérêt.

« Bien sûr. Nous pensons que ce serait vraiment sympa. Pas toi ? »

Je tends la main à Renée et je la soulève de la balancelle pour l’amener vers nous. J’entoure sa taille de mon bras et je me tiens entre elles deux. « C’est ce dont j’ai rêvé », je murmure en me penchant pour embrasser Renée sur la nuque. Au lieu de ça, je lèche ma sœur pour avoir été diabolique et avoir tenté de m’embrouiller l’esprit.

Alors qu’elle répond avec un cri, Kels éclate de rire. « D’accord, ma chérie, tu nous as eues. Enlève tes lèvres de cette femme. »

Je remue le doigt devant son visage. « Tu es très méchante. »

« En fait », réussit-elle à dire entre ses rires, « je pensais que nous étions vraiment bonnes. Tu as marché. » Ma femme et mon ancienne petite amie se tapent la main. « Joyeux Poisson d’Avril. »

Je m’essuie le front. « Elle m’a fait peur. » Je montre Renée maintenant. « C’était un peu trop vrai à un moment. »

« Trop vrai ? » Renée tape du pied d’un air indigné. « Je ne joue pas si bien la frustration sexuelle, merci beaucoup ! »

« Apparemment, si. » Kels m’essuie le front et se penche contre moi d’un air attirant. « Regarde la, elle transpire. »

« Je reviens », promet Renée.

Je suis sur le point de protester, de suggérer qu’on joue ce jeu avec Robie, mais je remarque que Kels est toujours contre moi et que nous sommes seules. « Tu veux qu’on se fasse des papouilles ? » Je murmure. « Nous pouvons revivre la belle époque sur le porche. »

« J’adorerais. »

Ça c’est ma nana.

 

* * *

 

Je pense n’avoir réussi à embrasser ma femme que peu de fois quand je sens un regard sur nous. Mon pouce caresse la joue de Kels tandis que je m’écarte lentement. Je maintiens le contact visuel avec ma nana et je demande à la personne derrière nous, « je peux faire quelque chose pour vous ? »

Un rire. Hmm c’est un des enfants. Je décide, après un bref moment d’hésitation, de rester exactement là où je suis. Les yeux de Kels sont de la couleur de l’été et je n’arrive pas à me détacher de leur promesse.

« Vous vous embrassez beaucoup. »

C’est Danielle. Qui devrait savoir exactement combien Kels et moi nous nous embrassons vu qu’elle semble compter en permanence.

Kels chantonne d’un air appréciateur. « Oui, c’est vrai. » Ses doigts glissent le long de mon bras et de mon épaule pour venir s’enfouir dans les cheveux sur ma nuque. Mon corps est électrifié à ce contact.

« Tu aimes ça ? »

C’est quoi cette foutue question ? Je suis sur le point de lâcher mes pensées quand les lèvres de Kels se mettent sur mon chemin. Elle m’embrasse doucement mais à fond. « Oh oui », répond Kels un peu après pour nous deux. « Elle est bonne. »

Je rougis et je suis contente que Danielle ne puisse pas me voir.

Kels m’embrasse à nouveau, un peu plus longtemps cette fois, ce qui me fait oublier ma nièce. « Ce siège est magique, pas vrai ? »

Je hoche vigoureusement la tête. « Absolument. Merci d’être venue à la maison avec moi, chér. »

Elle me tire contre elle pour continuer. « Merci d’avoir demandé. »

 

* * *

 

« Je ne comprends pas », soupire Luc en posant ses cartes.

Robie fait un geste vers sa pile de chips en diminution. Des vraies chips en fait, vu qu’on n’a pas nos jetons de poker sous la main. Juste là, nous utilisons diverses saveurs de chips Lay pour compter nos points. Les ‘Barbecue’ valent vingt cinq cents, les ‘Crème et oignon’ un sou, et les ‘régulières’ un penny. « Visiblement, tu ne comprends pas en effet. Tu manges tes foutus sous, Luc. »

Luc soupire et prend une chips de son tas. « Qu’est-ce qu’elles font ici toute la journée ? »

Je ris et je hausse les épaules. Je viens juste de finir de changer la couche de Collin et il est maintenant allongé dans le creux de mon bras. Je devrais être sur la balancelle avec ma femme pour conclure mais Danielle ne nous lâchait pas, et Robie est arrivé et m’a trainée ici. Apparemment, j’aurais dû rester à l’intérieur, comme on nous l’a ordonné aujourd’hui. Mon fils était heureux de me voir, son oncle Gerrard avait du mal à l’intéresser. Collin et moi on a un vrai lien et d’être simplement ensemble est assez pour nous. Enfin, être ensemble avec un biberon. « Elles parlent de nous », je dis avant d’effleurer de mes lèvres les cheveux désordonnés de mon fils.

« Je ne comprends toujours pas. Je veux dire, Seigneur, qu’est-ce qu’on fait qui est si intéressant ? »

Mes autres frères commencent à rire de Luc. « Bon sang, Luc, si tu ne sais pas… » Je laisse la phrase en suspens. Etant donnée mon affaire avec Rachel, c’est mieux que je le laisse tranquille.

« Est-ce que je dois t’envoyer une carte routière pour t’y retrouver ? » Demande Jean par-dessus ses cartes.

Lucien pose les siennes et mange une autre chip. « J’t’en ficherais. C’est juste que… je veux dire, je vous regarde et je vois les mêmes quatre personnes avec lesquelles j’ai grandi. Je sais où vous travaillez, je connais vos femmes, je connais vos enfants. Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? »

« Nos émotions. » Gerrard fait semblant de renifler.

« Notre beauté intérieure », Robie se joint à lui.

« Nos pensées profondes », je marmonne. Les femmes.

« Et pourquoi on avait cet air quand on a dit quelque chose sans y faire attention. » Jean a toujours des ennuis avec ça.

« Les filles font vraiment ça quand elles sont ensemble ? » Me demande Luc. Soudain, je suis l’experte locale.

Je hausse les épaules. « Je ne sais pas. Kels et moi on se parle. Et c’est génial parce qu’il y a un niveau plus profond qu’avec vous, les gars. Je sais tout d’elle. » Oh oui, c’est sûr.

Gerrard hoche la tête mais a une expression de déni. « Oui, mais je ressens la même chose avec Katherine. Je la connais par cœur, mais nous ne restons pas des heures à parler. Nous l’avons fait, surtout quand nous étions fiancés, mais depuis… je ne me rappelle pas de quand nous nous sommes ouverts l’un à l’autre à fond. Sauf peut-être après chaque naissance. »

« Alors de quoi vous parlez ? » Demande Robie.

« La vie, comment les choses arrivent. Les notes de Joseph, le récital à venir de Laurent, le club de lecture de Danielle, le football des bambins (peewee) de T-Jean. Nous parlons des trucs domestiques, de nos plans sur l’avenir. »

« Comment tu sais qu’elle est heureuse ? » Demande Luc. Je me demande ce qui cause toutes ces questions. Il doit être inquiet au sujet de Rachel. Si c’était assez développé, il dirait quelque chose. Jusque là, aucun de nous ne va lui demander de quoi il retourne.

« Elle dit qu’elle l’est. En plus je l’observe. »

Jean hoche sagement la tête. « Lainey me dit normalement si elle ne l’est pas. Ou elle me fait un dîner froid. C’est toujours un bon signal. »

« Gerrard », je suis intéressée d’en apprendre plus de lui, parce que je tends à l’imiter beaucoup dans mon propre mariage, « quand tu dis que vous ne vous ouvrez pas l’un à l’autre, qu’est-ce que tu veux dire ? Katherine est très sensible. Comment tu peux ne pas le faire ? »

« Je présume que, bon, je ne le fais pas. Mais je l’écoute toujours. Elle sait vraiment me garder au parfum sur ses sentiments. »

« Bien entendu, c’est pareil avec nos femmes », dit Robie, en jouant une nouvelle main au poker. « De quoi elles se parlent quand elles sont ensemble ? Mama les garde toujours ici le dimanche. Chaque fois que l’un de nous entre dans la cuisine, elles arrêtent de parler. Entretemps, on est dehors à jouer, dormir, faire le barbecue, et d’autres choses, mais on fait une dizaine de trucs et elles se contentent de rester ici à papoter. »

« Elles ont l’air d’aimer ça. »

« Ne le prenez pas mal », dit Luc, en nous préparant pour une déclaration offensive, je n’en doute pas, « mais je ne m’imagine pas m’intéresser à quoi que ce soit que vous pourriez dire vous tous. »

« Pareil ici, Luc », semblons-nous marmonner en même temps.

J’adore mes frères. 

 

* * *

 

C’était vraiment une journée magnifique avec la famille, mais un peu de tranquillité avec Harper est vraiment un plus maintenant.

Brian est dans sa chambre avec son nouvel ordinateur et un graveur de CD, et il télécharge Dieu sait quoi sur internet. Parfois, je m’attends à voir débouler ‘Les Men in Black’ qui demanderaient à le voir.

Les deux bébés sont baignés, nourris et avec leur oncle Brian, qui a promis que leurs mamans ne seraient pas dérangées ce soir, sauf si quelqu’un est possédé par le démon et finit par recracher de la soupe aux pois.

Je suis étendue sur notre grand lit de plumes, bien installée entre les draps de soie que j’ai mis pour ce soir.

Harper est toujours sous la douche. Quand on est rentrées à la maison, je lui ai dit d’y aller directement. Quelqu’un au poker de ce soir fumait le cigare et l’odeur était vraiment accrochée sur elle. Je ne tolère plus l’odeur du cigare depuis l’incident à Los Angeles. Mais maintenant je peux lui demander de la faire disparaître et ça me va.

Je l’écoute dans la salle de bains, qui chante sous la douche. Elle a vraiment une belle voix. Elle devrait chanter plus souvent, ou, du moins, ne pas être embarrassée quand elle le fait.

J’écoute avec soin et j’entends qu’on arrête l’eau, la porte de la douche s’ouvre, puis se referme avec un petit bruit. Maintenant elle fredonne. Elle est heureuse ce soir. C’était une bonne journée avec la famille, même si une bonne partie de celle-ci a consisté à s’envoyer des vannes. Tout était fait avec humour et avec amour, et ça fait la différence.

Je me tourne pour faire face à la porte de la salle de bains quand elle sort, attrapant la lumière. Ses cheveux sont toujours mouillés ; j’adore quand c’est comme ça. Sa peau est encore rosie de l’eau chaude et je peux déjà sentir son savon et son shampoing d’ici. Elle porte un boxer et un vieux tee-shirt bien usé. Il va bientôt être temps de le jeter et il y aura une discussion sur ce sujet. Je vais jeter ce vieux chiffon et elle va le secourir. Et ce sera comme ça pendant des semaines. C’est presque un jeu entre nous maintenant.

« Toi », je commence avec un petit grognement, en étirant le son, « tu es trop habillée. »

Elle s’arrête et me sourit. « Ah oui ? »

Je hoche la tête. « Oui oui. Tu ne viens pas sur ses draps en soie avec », je montre le vêtement, « ça. »

Elle croise les bras sur sa poitrine. « Et tu suggères que je porte quoi ? »

Je soulève le drap du dessus pour qu’elle puisse voir ce que je porte. « Quelque chose comme ça. »

Lentement, elle s’essuie le bord de la bouche et s’éclaircit la voix. « Il n’y a pas grand-chose là. Je pourrais m’enrhumer. »

« Tu pourrais », j’acquiesce avec une petite moue. « Mais tu pourrais aussi avoir tellement chaud que tu te mettes à transpirer. »

Elle hoche la tête et remue les sourcils. « Tu penses vraiment que ça pourrait arriver ? »

« Je suis prête à parier là-dessus, l’Etalon. »

Elle retire rapidement son tee-shirt. « Alors je vais prendre le risque. »

Dès qu’elle est au lit, nous sommes dans les bras l’une de l’autre. Il n’y a aucun doute que la nuit va être longue et sans sommeil, mais nous allons nous amuser. « Harper ? »

« Hmmm ? » Elle met le nez dans mon cou, sachant exactement où mordiller pour me rendre folle.

« Tu as fermé la fenêtre ? »

 

* * *

 

Le lendemain matin, je descends tranquillement pour aller chercher le journal. Je suis impressionnée d’être levée à cette heure-ci. Je me sens merveilleusement détendue et heureuse. Rassasiée me vient aussi à l’esprit. Oh oui. Rassasiée.

Je pense que l’air frais est juste ce qu’il faut à la Conspiration. Il faut qu’on les sorte plus souvent. Qu’on les laisse batifoler et développer leur appétit. Elle était vorace hier soir, ça c’est sûr. Il faut que je voie si les garçons ont pensé la même chose.

J’ouvre la porte principale et je trouve le moniteur pour bébé écrasé sur le dessus du Times-Picayune. Je ris. Je présume que Robie et Renée l’ont trouvé dans leur chambre hier soir. J’espère que Ren ne va pas choisir de mentionner notre petit enregistrement d’hier soir.

J’espère qu’ils n’ont pas écouté trop longtemps avant de l’écraser. Je regarde vers la maison de mon frère et je le vois qui se dirige vers sa voiture. « Bonjour », j’appelle d’un ton doucereux.

Il se détourne pour venir me voir avant de partir au travail. « Tu veux t’expliquer ? » Il pousse les restes du récepteur de sa chaussure.

Je souris. « Oh, Ren a mentionné un truc au sujet d’être inspirée. »

Il croise les bras sur sa poitrine, la faisant gonfler, en essayant d’avoir l’air viril. Ça me fait rire. « Je ne pense pas vraiment. Nous avons trois enfants, Harper Lee. »

« Robie, toi et moi nous savons que la reproduction n’a rien à voir avec la finesse. Je veux dire que, allez, Jean a cinq morveux. »

« C’est vrai », admit-il. « Mais ça t’ennuierait dans le futur de ne pas émettre combien Kels et toi êtes heureuses ? Je sais que vous n’en souffrez pas, mais, bon, certains d’entre nous pourraient souffrir d’anxiété à cause de la performance, si tu vois ce que je veux dire. »

Je ris. « Compris. »

« Bien sûr, Mama a bien ri quand elle a apporté un des jouets qu’on a laissé derrière nous hier. »

Je sens que je rougis. « Tu veux rire. »

Robie sourit. « Tu peux toujours espérer. »

 

* * *

 

Ah, paix et tranquillité. Brian et les bébés dorment encore. Kels est blottie contre moi dans la cuisine. Elle porte un déshabillé tellement transparent que je suis reconnaissante que Brian soit tellement gay qu’on pourrait presque le considérer comme une lesbienne. Je porte mon boxer et mon top. Je l’ai trouvé à la poubelle ce matin. Kels doit apprendre à ne pas faire ça. Alors je le porte.

Nous sommes paresseusement en train de partager des morceaux de petit déjeuner et des baisers. Nous faisons moins bien pour le partage du journal mais ça va quand même.

Soudain, notre matinée tranquille est interrompue. Christian arrive en courant par la porte de derrière, la porte moustiquaire cognant en se refermant après son passage. Le suivant à entrer brusquement c’est Clark, suivi par Kelly dans une poussette. Renée dirige la poussette. Elle observe notre état vestimentaire et roule les yeux. « Seigneur. »

« Il y a un problème ? » Ma nana envoie un énorme sourire benêt qui me rend fière.

Christian regarde sa tante préférée. « Tu es toute transparente, tante Kels. »

Kels rit mais, dans un effort de ne pas augmenter le problème, elle ne part pas en courant de la pièce. « Oui, mon chéri, je sais. Tante Harper va me chercher une robe de chambre plus épaisse, pas vrai ? »

J’attrape le tablier sur le tabouret tout proche. J’en entoure le cou de ma femme. « Est-ce que ça te réchauffe, mon cœur ? »

« Non. Et si tu ne vas pas me chercher une robe de chambre correcte, il se passera du temps avant que je ne te réchauffe à nouveau. »

Christian ricane, capable de reconnaître que j’ai des ennuis mais pas sûr de savoir pourquoi. Je lui ébouriffe les cheveux tout en me dépêchant de monter. Je ne suis pas stupide. Je corrige. Je ne suis pas aussi stupide. J’attrape la robe de chambre de Kels et je reviens vers la cuisine. « Et voilà, chér. » Je tente à nouveau de me pencher pour l’embrasser sur la joue en guise d’excuse.

Renée se sert une tasse de café et verse du jus aux garçons. Ils vont vers le jeu de dînette en plastique que nous avons dans la cuisine. C’est tellement mignon. Je regarde Christian qui aide Clark à s’installer sur le banc. C’est un bon frère aîné. Bien sûr, Christian tapote la tête de Clark comme un chiot récompensé avant d’aller à son côté de la table.

« Merci », Kels soupire. Elle regarde Renée. « Ma voix est encore rauque. Il y a encore du travail. »

« Oh oui, je vous ai entendues travailler. »

« Non, ça c’était jouer », réplique Kels.

René a un sourire narquois. « Ça ressemblait à beaucoup de travail pour moi. Je veux dire qu’Harper avait beaucoup d’ordres à suivre en même temps. »

« Oui, c’est bien pour moi qu’elle soit multitâches. »

Je rougis violemment, mais ni Kels ni Renée ne s’inquiètent de ça. Renée tourne plus de crème dans sa tasse. « Hmm… mais je pensais que vous n’étiez plus dans la télévision toutes les deux. »

« Je lui ai dit de fermer la fenêtre. » Je reçois un regard réprobateur. Je me demande quand je vais prendre un coup réprobateur. « Elle n’a pas écouté. Je te l’ai dit, il faut que je travaille des trucs. »

« Oui oui. » Renée sourit malicieusement dans ma direction. Elle tend les mains dans la poussette et en sort un moniteur de bébé qu’elle pose sur la table. « Tu le reconnais ? »

Merde, merde, merde. Hé, attendez une minute. J’ai jeté avec soin les restes de l’appareil. « Non », je grommelle. Renée m’ignore.

« Pourquoi, oui ; oui je le reconnais. Comment as-tu obtenu ça bon sang ? »

« Vu que le vôtre a connu un destin funeste hier soir, Robie et moi avons pensé que vous aimeriez avoir le nôtre ce soir. Vu qu’il semble y avoir de la compétition… »

Oh Seigneur, je suis grillée.

« Harper ? » La voix de ma femme est encore douce pour le moment. « Tu veux me dire pourquoi notre moniteur a connu un destin funeste ? »

« Non. »

« Je pense que tu devrais. » Son regard va vers notre sœur. « Ou peut-être que tu préfèrerais que Renée me le dise ? »

J’essaie de me décider vite pour savoir ce qui serait le pire. Quand Renée propose de raconter, je me décide. « On dirait que quand j’ai sorti la poubelle hier soir, notre récepteur a fini dans leur chambre. »

« Dis-lui où le moniteur a fini », ajoute vite Renée, en savourant un peu trop la situation.

« J’y arrive », je grogne. « Je pense qu’il était peut-être dans notre chambre. »

« Tu penses ? »

Je me frotte le nez et je fais un doigt à Renée. C’est du niveau lycée mais ça marche. « Robs avait besoin d’aide. »

Kels se tourne vers Renée et je me dis que je vais être complètement calcinée. « Robie a besoin d’aide ? Et pourquoi pas le viagra ? J’ai entendu dire que ça fait des miracles. » Elle regarde vers moi par-dessus son épaule. « Mais je ne pense pas que Robie ait besoin d’aide, Harper Lee. Tu me comprends ? »

« Oui, madame. Haut et fort. »

« Bien. Maintenant excuse-toi auprès de Renée. Et ce soir, nous allons faire du baby-sitting pour que Robie et Renée puissent avoir du bon temps pour eux deux. »

Ma sœur a un air triomphant et je me dis soudain que c’est pour ça qu’elle est venue ici. Elle ne voulait pas qu’on soit à égalité, elle voulait laisser les enfants. Je plisse les yeux et je l’étudie, me demandant comment exactement, je vais faire égalité à mon tour. Parce que je le ferai. « Désolée, Ren. Et nous avons hâte d’avoir les garçons et Kelly ce soir. »

 

<Fondu au noir>

A suivre épisode 10