INDISCRETIONS

La Quatrième Saison

Réalisée par Jessica Grant

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

 

Traduite par Fryda (2015)

 

Episode DIX : Roule, Bébé, Roule (Roll, Baby, Roll)

« Hé ! »

Brennan me regarde, son nounours préféré dans la bouche. Elle l’emporte partout. Il sent comme Mama. « Quoi ? »

« Regarde-moi ! » Je lève mon bras et je pousse avec mes genoux et je bouge. En haut, en haut, en haut, jusqu’à ce que je sois sur mon côté, et ensuite…

Je suis revenu sur mon estomac. Zut.

« C’était quoi ça ? » Demande Brennan. Avant que je puisse répondre, elle recommence à mâchouiller son nounours.

Je mâche mon poing pendant quelques minutes. D’accord, Mama m’a montré comment faire ça hier soir. Elle roulait partout et faisait rire Maman. J’aime bien quand Maman rit alors je vais rouler aussi. « Sois gentille. »

Brennan soulève son nounours avec son pied. « Je suis gentille. »

Je sais pas. Elle a pleuré hier soir et a fait lever Mama. Mama a dit que ce n’était pas très gentil. J’essaie de rester tranquille la nuit, sauf si j’ai faim. Ou si je suis mouillé. Ou si Maman me manque. Ou si Mama me manque. Ou si j’ai froid. Ou si j’ai peur.

Allez, je recommence.

Je lève la tête. Je pousse avec mes mains. Je lève un peu les genoux. Et, voyons voir… il faut que je… je dois…

Zut, j’ai oublié.

Mama, reviens me montrer. « Mama ! »

« Elle prépare le dîner. »

« Mama ! »

« Qu’est-ce qui ne va pas, ma puce ? » Demande Maman. Elle pose le papier qu’elle tient et vient vers moi. Ses mains glissent autour de moi et elle me soulève. Elle me serre contre elle et me tapote le dos.

« C’est bon ça, Maman. »

« Qu’est-ce qui ne va pas, ma puce ? »

« Je veux que Mama me remontre ce truc de rouler. »

« Tu as faim ? » Demande-t-elle, sans me comprendre. Maman m’embrasse.

Mama et elle m’embrassent beaucoup. Kam aussi. Il aime bien embrasser mes pieds. Ça chatouille. « Non, je n’ai pas encore faim, Maman. Il faut que je roule pour te faire rire. »

« Harper ! »

Ah, bien, elle a fini par comprendre. Parfois je pense que Mama et elle ne peuvent pas bien parler. Elles ne semblent pas savoir ce que Brennan et moi on dit la plupart du temps. « Mama ! »

« Tu peux apporter les céréales ? Je pense que Collin a déjà faim. »

Oooh, Mam.

Elle tapote fermement ma couche. Ça semble être son moyen de vérifier s’il y a un problème. Je la cogne sur le menton. « Je vais bien, Mam. » Est-ce qu’elle ne pense pas que je lui dirais si j’étais collant ou mouillé ?

Mama arrive et me prend des bras de Maman. Elle me soulève en l’air et pendant un moment je vole. « Ouais ! C’est rigolo ! »

Maman rit. « Il parle plutôt beaucoup ce soir. Je pense qu’il a quelque chose en tête. »

« Je veux rouler. »

« Oh, vraiment, petit homme ? » Demande Mama en m’embrassant sur la joue.

Vous voyez, elles m’embrassent beaucoup. « Oui. Tu peux me remontrer ce truc de rouler ? Je veux le faire ; ça a l’air très drôle. »

« Et bien alors, on va te donner à manger. » Mama me pose sur le sol pendant qu’elle va vers la table.

Je n’ai pas faim. Je suis juste content d’être revenu sur le sol.

« Elles pensent que tu as faim », dit Brennan en riant. « Tu ne parles pas très bien. »

Je tire la langue à ma sœur.

D’accord, j’essaie encore une fois. Lever la tête. Pousser avec les bras. Pousser avec les genoux. Maintenant je dois glisser mon bras gauche de ce côté et…

Mama me soulève.

« Mama ! Mama ! J’y étais presque ! Je roulais presque ! » Je ferme les yeux et je donne des coups de pied, en espérant qu’elles me laisseront par terre. Comment je peux rouler si elles passent leur temps à me prendre ?

« Collin, chér, qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Pose-moi par terre ! » Je donne un coup de pied.

« Je pense qu’il a peur », dit Maman en venant vers nous. Elle me gratte le dos. « Chéri, qu’est-ce qui ne va pas ? Peut-être qu’il est fatigué. »

J’entends Brennan qui rit par terre.

« Je ne suis pas fatigué ! Je veux rouler ! »

« Tu ferais mieux de manger, Collin », crie Brennan. « Autrement elles vont te mettre au lit. Elles vont te mettre dans la chambre tout seul. »

Tout seul.

Je ne veux pas être tout seul. Je veux rester ici. Tout le monde est ici. Tout le monde sauf Oncle Brian. Mais il est sorti avec ce gars qui est venu à la maison. Il sentait comme les chiens, et Kam l’aimait vraiment bien, alors je pense qu’il est ok.

J’écoute Brennan et j’arrête de donner des coups de pied. Mama me met sous son menton et commence à danser avec moi. Maman et elle dansent beaucoup comme ça. « C’est mieux, hein ? Qu’est-ce qui ne va pas, Collin Lee ? On t’a ignoré ce soir ? »

Je secoue la tête. Je ne veux plus parler maintenant. Ça ne semble pas avoir d’effet.

« Tu sais que tu es mon meilleur garçon, pas vrai. Est-ce que mon meilleur garçon aimerait des bonnes céréales ? »

Si c’est si bon, pourquoi Maman et Mama n’en mangent pas ? Mais c’est bon. Ça a un autre goût que Maman. Bien que j’aime avoir Maman. Elle me tient très serré et elle chante pour moi. Elle a une jolie voix et elle est toujours chaude quand on se blottit contre elle. Parfois, quand je suis avec Maman, Mama vient et nous serre tous les deux. J’aime bien ça.

J’aime bien être avec elles. Et avec Brennan.

Mais je veux vraiment rouler.

 

* * *

 

« Salut, jolie fille. » Maman se penche au-dessus de mon lit et me prend. Je dois m’arrêter de pleurer quand elle m’enveloppe dans une couverture et me serre fort contre elle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? Hmm ? Tu es baignée, nourrie, tu portes un beau pyjama propre et chaud. Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Je ne me sens pas bien.

« Oooh, tu as de la fièvre », dit-elle après avoir pressé sa joue contre mon front.

Je ne sais pas comment ça s’appelle, mais je ne me sens pas bien.

« Allons en bas pour ne pas réveiller ton frère. »

Je pose ma tête sur son épaule et je la laisse me porter en bas. J’aime bien bouger comme ça ; elle m’embrasse toujours sur la tête. Mon oreille me fait mal aussi. Maman fait que ça s’arrête. Je veux pleurer mais je n’y arrive pas quand elle me tient.

« Harper ? » Maman appelle Mama avant même que nous soyons en bas. « On a une fille vraiment grognon ce soir. »

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » Mama nous rejoint alors que nous arrivons au rez-de-chaussée.

« Elle tire de nouveau sur son oreille. Je pense qu’elle a de nouveau une infection. »

Mama me prend et me serre contre elle et elle m’embrasse sur la joue. « Ça va être une longue nuit. » Elle embrasse mon oreille qui fait mal et souffle un peu d’air chaud dedans.

J’aime bien ça.

« Je vais chauffer l’huile d’olive et appeler le docteur. » Je renifle tandis que Maman me masse le dos avant de nous quitter. Je ne veux pas qu’elle me laisse !

« Oooh là, Gourou Rou ! » Mama reprend le massage. « Calme-toi. »

Non ! Je veux Maman !

« Elle revient tout de suite. »

Pas assez vite.

« Allons, mon cœur. » Mama s’assure que ma tête est couverte et que j’ai chaud, mais je veux que Maman revienne. Je vais pleurer jusque là.

Mama s’installe sur le canapé et masse mon oreille douloureuse. « Ça fait mal, ma puce ? »

Oui Mama, ça fait mal. S’il te plaît, arrête la douleur.

Maman revient et elles mettent le truc chaud dans mon oreille. C’est mieux. Ensuite j’ai un biberon chaud et sympa. C’est bien mieux.

J’ai mes deux mamans. Mon oreille va déjà mieux et j’ai un biberon. Je pourrais survivre.

« Qu’a dit le docteur ? »

« Il a dit que nous avions probablement raison. On devrait la garder au chaud ce soir, lui donner du Tylénol pour bébé et il nous verra à dix heures trente demain matin à moins que sa fièvre n’explose ce soir. »

 

* * *

 

Oh on va bien s’amuser ! Mama me passe mon tee-shirt préféré par la tête et me regarde. « C’est un très beau tee-shirt que tu as là, petit homme. »

Je me tape la poitrine et je regarde les ballons qui le décorent. J’aime bien les ballons. Je montre le bleu. C’est le meilleur. Il est gros. J’aime bien les gros ballons. Mama en a attachés sur mon lit un jour et j’étais triste quand ils sont partis. « Merci. Je l’aime bien. »

« Prêt à voir ton Oncle Robie ? »

Oh oui ! J’aime bien Oncle Robie. Il est drôle. Il fait toujours des grimaces et il me soulève dans les airs. Mama et lui rient et Tante Renée est vraiment gentille. Elle sent bon comme Maman et elle est vraiment douce. Et le mieux, Christian et Clark seront là. « On y va, Mama ! »

Mama rit. « Allez, fils. » Elle me prend et nous allons vers Maman et Brennan.

Mama se penche et me tient pour que je puisse embrasser Maman. Je presse ma bouche contre elle et elle se tourne pour embrasser mon nez. « Amusez-vous bien tous les deux, et soyez sages ! »

Nous rions tous les deux. Nous savons que Maman dit ça pour Mama et pas pour moi. Toutes les deux disent que je suis un bon garçon.

« Au revoir Brennan », je crie par-dessus l’épaule de Mama. Elle ne se sentait pas bien hier soir mais elle semble aller mieux aujourd’hui.

Brennan me fait un signe. « Dis bonjour à Kelly de ma part. »

 

* * *

 

Kam nous voit sur le chemin vers chez Oncle Robie et il danse autour de Mama. Il est tellement bête. Je tape dans mes mains et il me regarde. Avant que je puisse bouger il m’embrasse les pieds. « Oooh, Kam ! »

Mama lui tapote la tête. « Tu peux venir aussi, mon gars », dit-elle. Nous nous y attendions tous les deux. Nous le prenons toujours quand nous allons là-bas. Tous les trois on traverse la pelouse et on tape à la porte. Je peux frapper, ce qui est vraiment rigolo. Mais je ne fais pas beaucoup de bruit et Mama doit m’aider. Elle fait du bruit.

« C’est Collin ! » Crie Clark de l’autre côté de la porte moustiquaire. « Collin ! Collin ! Collin ! »

« Clark ! »

« Collin ! »

« Clark ! »

« Collin ! »

Tante Renée arrive en s’essuyant les mains sur une serviette. « Excuse-moi, mon chou. » Elle regarde mon cousin qui sautille, content de me voir. Je suis aussi content de le voir.

« Entre, Collin ! »

« Je peux pas. Tu es dans le chemin. » Je déteste le dire mais on pourrait rester dehors un bon moment.

Il arrête de sautiller et regarde sa Mama. Elle sourit et l’aide à reculer. Il reste là pendant qu’elle nous ouvre la porte. Kam se précipite dans l’ouverture et se dirige droit vers mon cousin. Il pousse Clark dans l’estomac de son museau. Kam fait tomber Clark.

« Méchant chien ! » Râle Clark.

Kam l’ignore et lui embrasse le visage.

« Kam, viens par ici », dit Mama.

Oh oh. Kam va avoir des ennuis. C’est la voix qu’elle prend quand j’attrape le truc qu’a Maman à l’oreille. Je ne sais pas pourquoi Maman porte des trucs brillants et marrants sur ses oreilles si ce ne sont pas des jouets.

« Je vais bien. » Clark se lève et s’essuie les mains sur son jean.

J’ai aussi un jean. Je voulais le porter aujourd’hui pour le montrer à Clark mais Mama m’a mis ce short à la place. Au moins, j’ai les ballons. « Kam ne te ferait pas de mal. C’est un gentil toutou. »

Clark repousse des cheveux de ses yeux. « Tu veux voir mon nouveau jouet ? »

« Tu as un nouveau jouet ? »

« Ouais. Il est gros. Ça s’appelle un… » Il se gratte le nez. Ça veut dire deux choses.

Tante Renée le remarque aussi. « Clark, mon chéri, tu as besoin d’aller sur le pot ? »

Il rougit violemment. « Non ! »

Tante Renée et Mama rient. « D’accord. »

« C’est un vrai Kingsley », dit Mama en me mettant sur le sol près de Clark. Je peux vraiment bien m’asseoir si Mama me met droit et que je garde les bras comme il faut. Autrement, Mama m’appelle ‘le furet’. Ou quelque chose comme ça. Quand elle fait ça, elle fait rire Maman. Les furets doivent être drôles.

Tante Renée me tend un cube. J’aime bien les cubes. « Je suis entourée de vrais Kingsley, depuis son Papa jusqu’à son frère aîné, de son oncle à sa Tante Harper, de sa Grand-mère à son Grand-père… tout le monde est un vrai Kingsley. Même ton chien. »

Kam piaule et s’allonge près de moi. Il est assez près pour m’embrasser le pied au cas où il se sentirait seul.

« Tu es une vraie Kingsley aussi, ma chérie. On ne peut pas le nier. » Mama va s’asseoir sur une chaise. « Où sont mon frère, ton aîné et ta fille ? »

« Lui et Christian sont en arrêt de jeu ; Kelly fait la sieste. »

Eheheh. Oncle Robie a un arrêt de jeu. Je n’ai jamais eu d’arrêt de jeu, mais Christian et Clark oui. Ils disent que c’est le pire. On doit être tranquille et ne rien faire. Je n’aime pas ça. J’aime bien parler et jouer.

« Qu’est-ce qu’ils ont fait ? »

« Tu vois quelque chose qui manque ? » Tante Renée regarde autour d’elle.

Je regarde aussi. Ooooh, je vois ce qui manque. « La lampe ! »

« Qu’est-ce qu’il y a, petit homme ? »

« La lampe, Mama. C’est la lampe qui manque. »

« Tu veux un autre cube ? » Mama essaie d’être gentille et me tend un cube bleu.

J’aime mieux le vert mais je prends ce qu’elle me donne. « Mama, c’est la lampe qui manque. C’est pour ça qu’Oncle Robie a un arrêt de jeu. » Je montre l’endroit où se trouvait la lampe. C’était une jolie lampe, avec beaucoup de couleurs et elle était vraiment jolie quand elle était allumée. Je me demande où elle est.

Clark lève les yeux de son nouveau livre. « Papa l’a cassée. »

« Pourquoi il l’a cassée ? C’était une lampe sympa. »

Clark mord son livre. C’est un livre en tissu mais il craque quand il le mord. Je me demande pourquoi ça fait ça. Mes livres ne craquent pas. Bien qu’un des livres a ce monstre qui sort quand je le lis, et ça me fait peur parfois.

« Ton frère et ton neveu ont décidé que vu que la saison de baseball a démarré, ils devraient lancer une balle. A l’intérieur. » Tante Renée ne doit pas aimer jouer à la balle. C’est étrange. Maman et Brennan aiment bien. Maman envoie toujours une balle à Brennan.

« C’était drôle », Clark se met à rire. « La balle a frappé la lampe et elle a fait boum ! » Il écarte ses bras. « Boum ! » Il répète en riant encore plus.

« Oups, hein ? » Mama rit. Elle fait toujours ça quand Oncle Robie a des ennuis.

« Quelque chose comme ça », Renée soupire. « Clark, montre ton nouveau livre à Collin. »

Clark le retire de sa bouche et le remue devant moi. « C’est ça. »

« Il fait du bruit. »

Clark hoche la tête et le serre. Il fait bip. « C’est le bruit que je préfère. » Il le serre à nouveau et rit.

Je me penche pour le serrer mais j’oublie la règle sur garder au moins une main au sol. « Ooh… » Je crie en tombant, face contre terre. « Ouille ! » Je me cogne rudement le nez et le menton. « Ouille ! Mama ! Ouille ! »

Mama me soulève immédiatement. « Hé, petit homme, tu t’es penché trop fort ? »

« Ouille ! » J’essaie de lui répondre mais j’ai mal aux lèvres.

Mama m’embrasse et me serre fort. « C’est bon, Collin. Tu as juste un bobo. Tout va bien. »

« Je n’aime pas les bobos. » Je sens ma lèvre inférieure qui tremble et de l’eau qui coule sur mon visage. « Je voulais regarder le nouveau livre. »

Clark tend le livre à Mama. « Tiens, Tante Harper. »

« Harper », dit Tante Renée à Mama. « Regarde en bas. »

« Oh, regarde Collin, Clark veut partager. » Mama et moi on s’assied sur le sol près de lui. Je suis sur les genoux de Mama comme ça je ne me pencherai pas accidentellement. Elle prend le livre des mains de Clark et il grince. « Tu as entendu ça ? »

Je hoche la tête en reniflant.

Tante Renée porte un mouchoir à mon nez. J’essaie de l’éviter mais je ne suis pas assez rapide. Ces trucs font mal. « Non. » Je veux lui taper la main mais je rate.

« Voilà, c’est mieux. » Elle écarte le mouchoir.

C’est un peu mieux mais je n’ai pas aimé ça. Mama me met le livre entre les mains et je le regarde. Il est joli. J’aime bien les couleurs brillantes.

« Tu as vu le joli lapinou ? » Demande Mama avec sa voix de bébé. Je me demande pourquoi elle parle comme ça des fois. « Où est le lapinou, Collin ? »

« Je ne sais pas, Mama. »

Elle me prend la main et la guide vers le livre. Oooh, c’est doux. Je me demande ce que c’est. Je tapote le livre. « C’est un doux lapinou, hein, mon gars ? »

Si c’est un lapinou, sûr qu’il l’est.

« Tu penses que je devrais apporter des lapins à Brennan et Collin pour Pâques ? » Demande Mama à Tante Renée.

« Je ne le ferais pas si j’étais toi, Harper Lee. Je doute que Kels les adore. Ils mangent tout ce qui passe à leur portée. Kam pourrait avoir un dîner de Pâques en avance si tu fais ça. »

Oh oh. Ça n’a pas l’air d’être une bonne chose.

« Alors, on va oublier », acquiesce Mama.

Je regarde Kam. Il sourit. Je pense qu’il aime les lapinous.

 

* * *

 

Je me sens bien mieux aujourd’hui. Maman et moi on est allées chez le docteur ce matin. Il a donné des gouttes à Maman pour mon oreille et ça n’a plus fait mal, mais il a dit de garder ma tête au chaud et au sec pendant quelques jours. Alors au lieu de sortir, Maman et moi on va travailler dans son bureau de la maison.

J’aime bien quand on fait ça. C’est rigolo et quelques fois on appelle Grand-père Stanton. Maman me laisse lui parler maintenant aussi et il rit de moi. Il ne semble pas prendre les choses sérieusement. J’ai essayé de lui parler de mon nounours l’autre jour et il a ri de moi.

Mon nounours est un sujet très sérieux.

On ne joue pas avec mon nounours comme dirait Maman.

Aujourd’hui on envoie des fax. Maman me laisse l’aider à mettre le papier dans la machine mais elle déteste quand je joue avec les boutons. Elle a dit quelque chose à Mama l’autre jour au sujet d’un appel à Bombay. Je ne connais personne à Bombay. Pourquoi j’appellerais là-bas ? J’aime juste le bruit des boutons quand j’appuie dessus.

« Alors est-ce qu’on envoie un fax à Tante Kendra pour voir si elle aimerait venir faire des piges pour nous ici ? » Demande Maman alors même que la page avance dans la machine.

Je hausse les épaules. « Bien sûr. «  Je suis allongée contre Maman et je regarde ce qu’elle fait tout en jouant avec mon nounours et je me rends compte que j’ai un peu faim. Je penche la tête en arrière pour essayer d’attirer son attention. « Maman ? »

Parfois j’ai le sentiment qu’on parle des langues différentes parce qu’elle ne semble pas me comprendre très bien à cet instant. J’espère qu’elle va s’améliorer vite. Mama aussi. C’est très frustrant. J’attrape son doigt et je le mets dans ma bouche pour le mâchouiller. Ça elle le comprend à chaque fois.

« C’est l’heure de manger, hein, mon cœur ? »

Ouais.

« Donne-moi juste une minute pour que je finisse ce que je suis en train de faire. »

D’accord.

Après qu’elle a fini ce sur quoi elle travaillait, elle me tourne et m’embrasse sur le nez. « Rien que du lait ou du lait et des céréales pour le déjeuner ? »

Du lait, s’il te plait, de la source. J’ai sommeil et je sais que je vais m’endormir si je suis avec toi.

« Puisque je travaille, pourquoi on ne fait pas ça de la façon la plus simple ? » Elle me positionne et je suis installée juste là où je voulais être. J’aime ma Maman. Elle est vraiment maligne.

Je tends mon nounours. Je sais qu’elle va me le garder en sécurité pendant que je mange.

 

* * *

 

« Maman ! Maman ! » Je crie. Je me débarrasse de ma couverture d’un coup de pied et je balance mes bras dans tous les sens. « Maman ! »

J’entends la porte qui s’ouvre et je regarde. Ah, Maman.

Maman se penche au-dessus du berceau et me prend. « Chh. Tout va bien, mon chéri. »

J’attrape Maman et je la serre fort. « Maman, j’ai vu des gros lapinous quand je dormais et ils essayaient de me manger. Mama a dit qu’ils mangent tout ce qu’ils voient. »

Elle me masse doucement le dos et lisse mes cheveux. Ils sont toujours hérissés. Brennan dit que c’est drôle mais elle n’a pas beaucoup de cheveux alors elle ne devrait rien dire. « Chh , du calme, mon chou. »

Je prends une grande inspiration. « Les lapinous sont effrayants. Ils ont ces museaux. Et cette queue. » Maman et moi on va vers le rocking chair. J’aime bien le rocking chair. On s’assied et elle met une couverture sur nous. C’est mieux. C’est chaud. Je pose ma tête sur l’épaule de Maman. « Je suis content que tu soies venue. »

Maman vérifie que je ne suis pas mouillé. Je suis un peu mouillé à cause des lapinous qui ont essayé de me manger. Mais ça va. Je veux juste être avec Maman. « On va te changer dans quelques minutes, d’accord, Collin ? »

Je hoche la tête. « D’accord. »

« Tu as fait un mauvais rêve ? Tu n’es pas aussi inquiet quand c’est la couche normalement. »

« Il y avait ce gros lapinou méchant. »

Maman sent que je vais encore m’énerver et elle commence à me masser le dos et à me bercer en même temps. « C’est bon, mon cœur, Maman est là. »

« D’accord. »

« Maman t’aime beaucoup. »

« Je t’aime aussi, Maman. » Je sens déjà le sommeil. C’est toujours bon de dormir sur Maman. Elle est si chaude et amicale, et si j’ai faim, il y a toujours quelque chose à manger. Je prends une profonde inspiration. Je peux sentir Mama sur elle. C’est bon.

Maman commence à chanter et je ferme les yeux.

 

* * *

 

« Très bien, mes petits bavous. On sort Kam, d’accord ? »

Oncle Brian relève la capuche de notre poussette et nous prépare pour notre promenade. Mama et Maman sont dans des réunions très importantes aujourd’hui et Oncle Brian a dit qu’on allait passer la journée ensemble. Ce qui est bien en fait, parce qu’on va dans des endroits marrants comme le parc.

Je m’assure que j’ai tout ce dont j’ai besoin : biberon, nounours et couverture. Je regarde Collin qui est déjà endormi. Il aime se balader en poussette mais il ne reste jamais éveillé assez longtemps. Il rate aussi tout le meilleur.

Oncle Brian nous appelle ses ‘aimants à mecs’. Je ne suis pas très sûre de savoir ce que ça veut dire mais j’ai le sentiment que si Mama l’apprend un jour, elle ne va pas aimer ça.

Kam marche près de la poussette et me regarde sans cesse. C’est notre chiot, mais il écoute toujours Mama et Maman. C’est un bon garçon aussi. Il n’aime pas quand des étrangers essaient de se rapprocher de nous. Il s’assied toujours tout près et il gronde vraiment jusqu’à ce qu’Oncle Brian lui dise que ça va.

Au parc, Oncle Brian me sort de la poussette parce que je suis toujours réveillée. Il s’assied sur le banc et jette un jouet et Kam court après. Ils sont tellement drôles.

« Et bien, Kam ! Tu pourrais mettre un peu plus de bave de chiot la prochaine fois ? » Il le tient entre deux doigts et le lance à nouveau. Kam va le rapporter encore, alors s’il veut vraiment s’en débarrasser, il faudra qu’il attende qu’on soit à la maison et le faire quand Kam ne sera pas dans le coin. C’est ce que Maman fait avec les tee-shirts de Mama.

« Oooh, regarde, Brennan, il est mignon ! Fais un signe au gentil monsieur ! » Il me prend la main et m’aide à faire signe à l’homme qui passe près de nous en courant. « Dommage que Doug dorme à la maison, hein ? »

Ouais, je ne pense pas vraiment que Mama approuverait ça, mais c’est tellement drôle que je ne vais pas lui dire.

 

* * *

 

C’est vraiment bon, Mama. J’aime bien l’heure du bain. Collin n’aime pas ça et il fait toujours une crise, alors Mama lui donne le bain en premier et moi après. J’aime bien ça.

« Tu es une gentille petite fille », me dit Mama quand elle met le truc sur ma tête et le masse sur mes cheveux. Je n’en ai pas autant que Collin mais les miens sont de la même couleur que ceux de Maman. Elle a de jolis cheveux. J’espère que j’en aurai autant qu’elle un jour.

Il fait un peu froid ce soir et je frissonne. Mama enlève le truc de ma tête et finit mon bain, puis elle m’enveloppe dans une serviette chaude et moelleuse. C’est vraiment bon.

« Comment va ma fille préférée ? » Mama me sourit et frotte ma tête avec le coin de la serviette. « Ton oreille va mieux ? »

Oh oui. Elle ne me fait plus mal. Je savais que Maman et toi vous arrangeriez ça. Vous le faites toujours.

Nous allons dans notre chambre pour que je puisse être habillée. Maman a Collin et il prend son dîner. C’est bientôt l’heure de dormir et bientôt on sera tous blottis et prêts à dormir. On ne peut pas faire autrement après un bain chaud et un biberon chaud. C’est une règle.

Je sais que c’est une règle parce que Mama a dit que c’était une règle et Mama a toujours raison.

 

* * *

 

Je m’accroche un peu plus à Mama que d’habitude. Nous sommes dans le hamac dans le jardin et ça me fait toujours peur. Mama entre la première et Brennan et moi on est allongés sur elle, ensuite Maman nous rejoint. C’est toujours effrayant parce que nous commençons à balancer vraiment haut. Puis Maman prend soit Brennan soit moi et Mama met ses bras autour de Maman, et…

Je suis content que le balancement se soit arrêté.

Je m’accroche au tee-shirt de Mama. Il fait chaud dehors et ça sent vraiment bon. Mama dit que c’est le magnolia mais je pense que c’est elle et Maman. Brennan et moi, on est d’accord qu’elles sentent meilleur que tous les gens que nous connaissons.

La main de Mama est sur mon dos et elle s’assure que je ne glisse pas. « Prêt pour la course d’œufs de Pâques cette année, chér ? »

Maman se blottit contre nous. Je tends mon pied et je touche Brennan. « Ça devrait être rigolo. Il y aura plus d’enfants autour de nous. »

« Et deux qui ne courent pas encore, mais qui espèrent quand même participer. »

Maman tapote Brennan sur le dos. « Je suis sûre qu’on peut tous les prendre. »

« Ça c’est ma nana. Bien sûr, ça pourrait être difficile si tu aides Christian. »

Maman se met à rire. « Tu es toujours frustrée qu’il m’ait demandé l’an dernier et pas à toi ? »

« J’ai toujours été sa tante préférée jusqu’à ce qu’une certaine blonde aux yeux verts n’arrive. Depuis ce moment-là, je suis devenue invisible. »

Pas pour moi, Mama.

« Pas pour moi, mon cœur », Maman dit ce que je pense.

« Oh oh », gémit Mama. On dirait Kam quand elle fait comme ça, grondante et drôle.

« L’an prochain, ce sera vraiment drôle. Les jumeaux courront à ce moment-là, Kelly aussi, et nous allons avoir huit enfants de moins de cinq ans. »

« Mon Dieu ! » Dit Mama.

« J’ai promis à Mama que nous allions peindre des œufs pour la chasse. Quand est-ce que tu veux qu’on le fasse ? »

Mama rit et je rebondis sur sa poitrine. « Quand Brian sera dans le coin. Il les fera tous avec brio. »

« Je doute que nous voyions beaucoup Brian avec Doug ici, mais je suis sûre que si je les laisse traîner, la fée des œufs s’en occupera. »

Pour une raison que j’ignore, Mama et Maman trouvent ça vraiment drôle et le hamac commence à balancer bien trop pour mon goût.

 

* * *

 

Et voilà. C’est le jour. Aujourd’hui je vais rouler partout. Mama et Maman sont plutôt tranquilles. Elles travaillent dans la maison. Je suis sur le sol avec Brennan. Elle est toujours un peu grognon à cause de son oreille, mais elle se sent mieux. Nous prenons tous bien soin d’elle.

Je lève la tête et je regarde autour de moi. Tout est calme. Personne ne va essayer de regarder mes couches ou de me soulever ou de me faire manger ou quoi. Je ramène mes jambes sous moi et je pousse fort vers le bas, et je pousse avec mes bras. En haut, en haut, en haut. D’accord, maintenant je dois mettre mon bras gauche…

« Harper ! Viens vite ! » Crie Maman en me sortant de ma concentration.

Mama arrive en courant. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Rien encore », dit Maman, « mais ça ne va pas tarder. Regarde Collin. »

Oooh, elles me regardent. D’accord, je peux faire ça.

« Ne te rate pas », m’avertit Brennan.

« Mais non. » D’accord, les genoux relevés. Les bras vers le bas. La tête levée, on la tourne. Maintenant mon bras un peu sur la gauche et…

Oooh, je suis sur le côté. Ouais ! Presque. Je sens le sol derrière moi. C’est un peu effrayant mais je suis plutôt sûr qu’il est toujours là. Alors que je tends la main, je tombe sur le dos. « Je l’ai fait ! »

« Collin ! Bravo ! » Maman commence à taper dans ses mains.

« Tu as roulé, petit homme ! » Mama me félicite en se laissant tomber derrière moi. « Tu viens de le faire ! Il ne faudra pas longtemps avant que tu ne rampes. »

Ramper ? Ça semble sympa.

« Essaie encore, ma puce. » Mama me soulève et me remet sur le ventre.

Aaah, Mama, je viens juste de me mettre sur le dos, maintenant je dois tout refaire ? D’accord, genoux, bras, tête, tourner et… rouler !

Oh oui !

Mama se penche sur moi et tape dans ses mains. « Qui est mon fils préféré ? »

« Moi ! »

« Crâneur », dit Brennan près de moi.

Je ris et je savoure la balade quand Mama me prend et me porte vers Maman. « Regarde ce grand garçon, Kels. »

« Il est aussi à toi », dit Maman avec l’air de vouloir pleurer.

« Maman, ne pleure pas. Rouler te fait rire. »

« Oui, on va le garder. » Mama me fait un gros baiser et ensuite elle embrasse Maman.

S’il vous plait, gardez-moi. J’aime bien être ici.

Et je sais rouler.

 

<Fondu au noir>

A suivre épisode 11.