INDISCRETIONS

La Quatrième Saison

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

 

Traduite par Fryda (2015)

Episode Onze : Ce Qu’on Ne Ferait Pas Par Amour (The Things you’ll do for love)

Ça doit être la chose la plus idiote que j’ai jamais faite. Je regarde mon permis et je ne peux toujours pas croire que je l’ai fait. Les choses qu’on fait quand on aime quelqu’un. Je range mon permis dans ma poche arrière et je prends une profonde inspiration en essayant de deviner ce que devrait être la prochaine étape.

Je frotte mon poignet. Il est toujours sensible après avoir été débarrassé du plâtre ces derniers jours. Qu’est-ce qui est bon pour un poignet douloureux ? Aller acheter un nouveau vêtement qui va bien avec l’autre partie de la chose la plus idiote que j’ai jamais faite.

Je détache mon téléphone et je ne peux pas m’empêcher de rire. J’ai hâte de voir l’expression sur le visage de Tabloïde. Robie et Renée ont été vraiment bons pour m’aider à cacher cette petite surprise.

« Kingsley. »

« C’est bon de savoir que je t’ai bien programmée dans mon téléphone, L’Etalon. Ça pourrait être embarrassant de vous inverser toi et ma petite amie », je la taquine tandis que je me dirige vers la Mercédès.

« C’est vrai. » J’entends le sourire sur ses lèvres. « Alors, où es-tu ? »

« Sortie. »

« Non ! Vraiment ? Je n’aurais jamais deviné. »

« Où es-tu, toi ? »

« Chez Mama. »

« Tu réclames de la nourriture ? »

« Bien sûr. Mama serait déçue si on ne le faisait pas. »

Je ne peux m’empêcher de rire. C’est probablement vrai. Mama est une femme très heureuse maintenant que tous ses enfants et ses petits enfants sont chez elle ‘là où est leur place’. Elle cuisinerait pour Harper chaque jour pour nous garder là si elle le devait.

« Et, mon cœur, je vais prendre un peu plus de temps que je ne l’avais prévu. J’ai à faire un peu de courses. »

« Tu as à faire ? » Je peux entendre le doute dans sa voix.

« C’est ce que j’ai dit », je la taquine en retour.

« Le monde va s’écrouler si tu ne vas pas dépenser cet argent ? »

« Oui. » Je ris en déverrouillant la portière et je me glisse à l’intérieur. « Il exploserait tout simplement. »

« Mama, tu seras heureuse de savoir que Kels est partie dans une croisade de femme solitaire pour sauver le monde de la combustion spontanée en utilisant sa carte de crédit et son chéquier. » J’entends Mama qui rit à l’arrière. « Mama dit que c’est très gentil de faire ce sacrifice pour le compte du monde entier. »

« De rien. Je ne devrais pas être partie plus de deux heures.Je peux t’apporter quelque chose ? »

« Hmm… oh oui, pourquoi pas ces beignets de la petite boulangerie de la Quatrième Rue ? Ils seront géniaux avec du café et les mots croisés le matin. »

« Parfait. Une longue matinée au lit avec les bébés et les mots croisés du dimanche ? »

« Ça résonne comme le Paradis pour moi. »

« Moi aussi, L’Etalon. Je t’aime. Je serai vite rentrée. »

« On sera là. »

 

* * *

 

« C’est qui mon homme ? C’est qui mon homme ? » Je chantonne, appuyée sur mes genoux et mes mains près de mon nouveau fils rouleur. Depuis qu’il a trouvé comment faire ça il y a environ une semaine, il ne s’est pas arrêté. C’en est presque drôle. Il a aussi compris comment se jeter en avant. Il ne rampe pas, mais il va le faire d’ici deux semaines.

Brennan n’a pas encore commencé à rouler. Je pense qu’elle attend simplement de se lever et de marcher. C’est bien ma poucette. Là où Collin est plus dans une nature douce comme Kels, Brennan est faite de courage et de détermination comme moi. Tandis que Collin et moi nous roulons en riant, elle nous regarde, son nounours préféré serré contre sa poitrine, à comploter la domination du monde, j’en suis sûre.

« Hein ? C’est qui mon homme ? »

« Je ne savais pas que tu avais un homme », murmure Brian derrière moi, en me tapotant les fesses.

Plus rapidement qu’il ne s’y attendait, je lui attrape le poignet et je serre. « Je parie que toi et cette main vous êtes bien reliés. »

Il glousse. « Nous nous sommes rencontrés une fois ou deux. »

« Je suis sûre que tu aimerais la garder pendant un certain… » Je fais une pause dramatique, « temps. »

« Assurément un certain temps, oui. »

Je bats en retraite et je le relâche. « Ne retouche jamais plus mon cul, Brian. »

« Est-ce que je devrais être inquiète à la vue de cette scène ? » Une voix sonore s’élève près de la porte arrière.

Je grogne et je me cogne la tête sur le sol. Brennan se met à rire, semblant avoir compris la blague. « Ce n’est pas drôle », je marmonne.

« Je ne sais pas, Harper. Je pense que c’est même fichtrement amusant. »

Je regarde Renée et j’espère que je ne rougis pas autant que je pense le faire. « Tu lâches un seul mot de ça à Kels et je te jure que… »

Elle soupire et roule les yeux. « Oui, oui, oui. Qu’est-ce que tu peux me faire, Harper ? Je suis la mère de trois des petits-enfants de ta Mama, et membre de la Conspiration de la Cuisine. Je suis sacrosainte. » Elle s’approche en balançant ses hanches pleines de manière emphatique. Ça me rappelle la célèbre femme de la publicité pour un parfum, qui chantonne ‘Je peux apporter le bacon chez toi et le rôtir dans une pöelle’. Et par-dessus tout, je suis cajun. Si ta Mama découvre que tu m’as jamais menacée… »

Je me cogne à nouveau la tête par terre, ce qui fait éclater de rire Brennan. Les femmes. Elles sont solidaires. Même à cinq mois.

« J’abandonne. »

« Bien, alors ça ne te dérangera pas de porter ça. »

De la poche de sa robe d’été, Renée sort un bandeau. Seigneur, est-ce que tous les couples Kingsley en ont un ? Si elle sort des menottes ensuite, je fonce dehors. Je me redresse et je m’assieds sur mes talons. « C’est pour quoi ? » J’ai des raisons d’être inquiète. C’est Renée. Et Robie, aucun doute.

« Une surprise. »

Brian tape dans ses mains d’un air excité. « J’adore les suprises ! »

« Je suis sûre que tu n’es pas invité », je gronde.

« C’est pas juste. » Notre nounou sait diablement faire la moue. Il l’a perfectionnée surtout maintenant que Doug est retourné à New York. Ces deux-là doivent trouver une solution. L’un des deux doit déménager. Je me demande si Kels va me demander d’héberger aussi Doug.

Je ferais mieux d’augmenter notre budget provisions.

« En fait, Brian, j’espérais que tu puisses surveiller les jumeaux pour mademoiselle Harper Lee pendant que je l’emprunte. »

Il fait semblant de réfléchir un moment. « Est-ce que vous filmez tout ? »

Elle sourit, en montrant ses perles blanches parfaites. « Absolumment. »

« D’accord. Amusez-vous bien. »

Sur ces mots, mon monde vire au noir. « Hé, pas si serré », je proteste tandis que Renée menace de couper l’arrivée de sang à mon cerveau.

« Je ne veux pas que tu triches accidentellement. » Renée met plus que de l’emphase sur le mot ‘accidentellement’.

« Je ne veux pas faire accidentellement une crise cardiaque. »

« Oh, tu vas la faire, Harper Lee. Tu vas la faire. »

Pourquoi Kels n’est pas là pour me sauver ? Cette envie de shopping pour sauver le monde de la destruction, ce qui dure depuis plusieurs jours maintenant, semble même un peu trop pour mon épouse aimée.

Renée m’aide à me lever et prend ma main pour me diriger. « Assure-toi que je n’écrase pas un des enfants, Ren. Kels ne me le pardonnerait jamais. »

Elle rit. « Je les aime, Harper. Ne t’inquiète pas. »

« Aime-les, aime leur mère. »

Renée me fait tourner et me tapote la joue, sa respiration chaude sur ma peau. « J’aime Kels, beaucoup. »

« Tu sais bien ce que je voulais dire », je marmonne mais je n’insiste pas. Elle me conduit dehors par la porte de derrière, en bas du petit escalier qui mène au jardin. Tandis que nous arrivons dans l’herbe, je m’arrête un instant. « Tu n’as pas laissé trainer de râteaux par ici, hein ? »

« Tss, tss, Harper. Ce que tu peux penser de moi. »

« Des binettes ? »

Un autre claquement de bouche.

« Des pelles ? »

Je suis pincée sur le dessus de la main pour celle-là.

« Pas de trous inattendus que je devrais connaître ? »

« Seulement celui dans ta tête. »

Je tends la main et je l’attrape. Je porte peut-être un bandeau mais j’ai de bons réflexes. Elle produit un bruit de surprise.

« Ne me fais pas mettre la capuche. »

Je parie qu’elle en a une aussi. « Je peux te demander où nous allons ? »

« Bien sûr. » Nous continuons à marcher, en cercles d’après moi, mais j’ai peut-être tort. J’ai été un peu distraite par le badinage.

« Alors ? » J’insiste.

« Une aiguille tirant le fil. » Renée craque sur son propre jeu de mots. (NdlT : mille excuses de la traductrice ici de ne pas faire mieux car il s’agit d’un jeu de mot en anglais ‘a needle pulling thread’ qui signifie coudre en fait et qu’on retrouve dans La Mélodie du Bonheur avec Julie Andrews quand elle égrène les notes de musique ‘Do, le do, il a bon dos, etc. Les jeux de mots étant plutôt pauvres…)

Au début, je ne comprends pas. Ensuite je suis frappée. La Mélodie du Bonheur (The Sound of Music). Seigneur, j’espère que personne ne va implanter les paroles du « Berger solitaire » dans ma tête. C’est aussi mauvais que « Summer Lovin » de Grease. C’est quoi déjà ce vieux jeu de mots ? John Révoltant et Olivia Bombe à Neutrons. Je me demande ce qui lui est arrivé à elle ? Ou à cette nana là, Debbie Boone ? J’étais à la maternelle quand elle chantait « You light up my life ». Je me souviens de Gerrard qui chantait ça dans toute la maison. Je me demande s’il blaguait ou bien s’il l’aimait vraiment. Il faut que je me souvienne de lui demander un de ces jours. En public, bien sûr. Je ricane.

« Qu’est-ce qui t’amuse ? » Me demande Ren d’un air soupçonneux.

« Oh, rien. » Je le dis avec le ton le plus innocent que je peux. Je n’ai pas fait un chouïa attention à ce qu’on faisait, pour dire la vérité, mais je n’ai pas besoin qu’elle le sache.

Nos pieds touchent le trottoir et après quelques pas rapides, Ren s’arrête. « Est-ce que tu as payé ton assurance médicale ? »

« Tu parles. » Je réponds plus bravache que je ne me sens vraiment, mais la maxime des Kingsley c’est de ne jamais leur laisser voir qu’on transpire. Bon, c’est l’une de nos maximes. Nous avons tendance à en inventer en avançant en âge.

« Reste tranquille. » Renée fait le tour et vient derrière moi ; elle lève les mains sur le bandeau. Avec une lenteur exaspérante, elle le retire de mes yeux.

Oh oui.

Je déglutis et je chancelle. La chanson du jour c’est maintenant officiellement ‘I got chills, they’re multiplying’ (NdlT : J’ai des frissons et ils se multiplient : Grease). Je sens la chair de poule sur mes bras tandis que je fixe ce qui se trouve dans le garage de Renée et Robie.

C’est une Harley Davidson, une Ultra Classic Electra Glide en Blue Pearl (NdlT : pas de traduction ici, on se prosterne juste devant l’engin J). C’est chaud, c’est sexy et ça a des courbes magnifiques.

C’est l’exacte description que je pourrais faire de Kels qui la chevauche. J’absorbe lentement la vue : des bottes de motard noires, un jean bleu délavé recouvert d’un pantalon de cow boy (NdlT : surpantalon sans fond de culotte), une chemise en coton blanc ouverte un peu trop, une veste en cuir noir qui descend sur une poitrine ample, une veste en cuir pareille balancée sur l’arrière de la selle, des gants de moto dans la poche arrière du jean. « Salut toi, l’Etalon. »

Je hoche la tête, incapable d’en faire plus.

Renée me tape sur l’arrière de la tête. « Où sont tes bonnes manières ? »

« Salut », je dis doucement en m’avançant. « Jolie monture. »

Elle caresse le siège près d’elle doucement et je sens ma tension qui monte. « Oooh, elle l’est. »

« Tu sais t’en servir ? » Je la défie en essayant de reprendre un peu la main. Je doute que ce soit possible, surtout si quelqu’un me force à marcher longtemps à cet instant.

« Je sais comment lancer le moteur. Tu me connais, je ne prends jamais rien sans savoir comment m’en servir », roucoule Kels.

Je cherche de l’aide autour de moi et je ne suis pas surprise de ne pas en trouver. Je suis toute seule sur ce coup-là. Je déglutis et je ramasse le peu que je peux de moi. « Tu veux aller te balader, petite fille ? »

« Et bien, peut-être. Est-ce que tu fais partie de celles avec qui ma mère m’a avertie de ne pas trainer ? » Elle se penche en avant et me montre une bonne partie de son décolleté, et elle a un sourire concupiscent. « Est-ce que tu es celle qui est vraiment vilaine pour moi ? Qui va m’emmener dans le jardin et prendre l’avantage de ma nature innocente ? »

Innocente, mon cul.

Kels trace la longueur du réservoir d’un ongle peint en rouge sang et remonte à sa poitrine. « Parce que, si ce n’est pas le cas… tire-toi. Je ne suis pas intéressée. »

« Oh, chér, je suis tout ça et bien plus. » Reprenant mes esprits, j’avance vers elle d’une démarche chaloupée. « Je vais te montrer ce que c’est que d’avoir de la puissance entre les jambes pour changer. » Je laisse ma main se poser sur sa cuisse et je la touche légèrement.

Kels me tape la main, brisant l’électricité du moment. Elle rit et secoue la tête. « Je sais ce que c’est que d’avoir de la puissance entre les jambes. J’ai réussi à te garder plutôt occupée pendant près de deux ans. » Je gonfle la poitrine à cette déclaration, contente que Renée l’ait entendue. Rapporte ça à Robie et aux autres garçons. Ha ! « Je dirais que je suis plutôt puissante là où ça compte. Maintenant, est-ce qu’on va parler de la moto ? »

Je lui rends son sourire et je trace ses courbes de la main. « Elle est superbe. Elle est à qui ? »

« A moi. »

« A toi ? » Je réponds. « Comme dans… elle t’appartient ? » Elle hoche lentement la tête, comme si j’étais un peu lente, ce que je suis à cet instant. « Depuis quand tu sais piloter ce genre de choses ? » Je secoue la tête alors qu’une meilleure question me vient à l’esprit. « Depuis quand tu veux savoir comment piloter ce genre de choses ? »

« Je prends des leçons depuis plusieurs semaines maintenant. J’ai eu mon permis hier. » Elle le sort et le secoue devant mes yeux. « Je voulais apprendre parce que c’est quelque chose que tu aimes faire et je pensais qu’on pourrait le faire ensemble. » Elle s’arrête un instant puis continue avec une note d’insécurité dans la voix. «  A moins que ce ne soit une chose que tu n’as pas envie de partager avec moi. Si c’est le cas, je comprends. Je vais juste vendre la moto et laisser tomber le cuir. » Elle lâche un profond soupir, qui dément ses propos antérieurs. « Je pensais qu’on pourrait passer un long weekend. Juste nous deux. Prendre la route, trouver un hôtel pas cher, et se faire des choses légères – et vilaines. »

Je tends les bras et j’entoure ses hanches fines de mes mains, savourant la sensation du jean et du cuir mélangés. « Tout d’abord, mon petit opossum, il n’y a rien que j’aimerais faire plus avec toi qu’avec quiconque d’autre. » Je lui embrasse le nez parce qu’il est à portée. « Deuxièmement, tu laisses tomber ce cuir et je ne sais pas ce que je ferais. Troisièmement, chérie, tu n’es visiblement pas de la Louisiane quand tu suggères de rester dans un hôtel pas cher. Je te jure qu’il y a des bestioles dans ces endroits, plus gros que les alligators du bayou. Nous irons dans un hôtel onéreux faire des choses légères. Ça les rendra encore plus vilaines. » Je me penche et je mets le nez dans son cou, absorbant son odeur, faite de cuir et de Harley. C’est une odeur entêtante. « Qu’est-ce que tu penses de ça ? » Je murmure contre sa peau.

Les mains de Kels s’enroulent autour de moi, l’une sur ma nuque, dans mes cheveux, et qui me cloue là où je suis ; comme si j’avais l’intention de bouger. « Oh, marché conclu, l’Etalon. Marché conclu. »

 

* * *

 

Ça n’a pas été facile pour nous deux mais nous avons réussi à le faire ; nous avons laissé les bébés sans nous pour la première fois depuis leur naissance.

Je me demande laquelle de nous deux va craquer et appeler la maison la première. Même si nous savons que nos enfants vont bien et ne pourraient pas être plus en sécurité et heureux. Personne à la maison ne laissera rien leur arriver. La vérité est qu’à cinq mois, Brennan et Collin ne pourraient pas être moins inquiets. Tant que Collin roule comme un petit singe et que Brennan a son nounours à mâchouiller, ils sont tous les deux plutôt satisfaits.

Leur Mama et moi, cependant, nous avons besoin d’un peu de temps d’adulte non-maman à passer ensemble. Avec tout ce qui est arrivé et tous les changements que nous avons connus, nous avons besoin d’être loin ensemble quelques jours.

Je pense que j’ai une crise de mi-vie. Soit c’est ça soit je perds lentement la tête. Je pense que je ferais mieux d’opter pour la théorie de la mi-vie. Mon thérapeuthe appelle ça ‘saisir l’enfant sauvage’. Il m’a dit que je n’avais jamais vraiment fait ça, de lâcher prise et de faire quelque chose que je ne ferais pas normalement.

Oui, acheter une moto, apprendre à piloter et trainer Harper pour un weekend de libertinage et de sexe débridé est quelque chose que je ne me serais pas vue faire. Avant, je n’aurais pas ‘saisi mon enfant sauvage’, mais je l’ai plutôt saisie elle et enfournée dans une veste cintrée. Mais elle va s’amuser ce weekend, ça c’est sûr.

Harper et moi nous sommes arrêtées pour déjeuner. J’apprends que piloter une moto a des effets intéressants sur le corps. Basiquement, j’ai mal aux fesses. Et je déteste les bottes. Je suis sûre que quand elles seront ‘cassées’, elles seront parfaites mais là maintenant, elles font mal. J’espère qu’Harper est d’humeur à me faire un bon massage ce soir parce que je vais en avoir besoin.

Je suis aussi contente qu’elle ait décidé que c’était mieux d’opter pour un hôtel cher pour nos petits plans de débauche. Un endroit avec une grande baignoire à bulles sympa dans la salle de bains. D’accord, je l’admets, je ne suis pas encore prête à sortir de ma zone de confort. Un môtel bon marché n’aurait pas été une bonne idée. J’ai encore besoin de luxe. Et d’un service de chambre.

Je coupe le moteur et je prends une profonde inspiration en enlevant le casque pour me gratter le crâne et libérer mes cheveux. J’entends Harper qui ricane. Elle sait que c’est une épreuve pour moi. Nous verrons si elle rit toujours quand je la laisserai seule dans la chambre d’hôtel. Je m’éclaircis la voix et je range mon casque avant de balancer ma jambe par-dessus le réservoir et descendre de la moto.

Tandis que je l’approche, je lui produis mon meilleur sourire supérieur. « Ris donc, Tabloïde. Je garderai ça en tête quand il sera temps de jouer avec ce que j’ai apporté. » Je tire sur mes gants, je les enfourne dans ma poche arrière et je me dirige vers le restaurant.

 

* * *

 

Mon épouse est une femme très, très diabolique.

Je la regarde marcher devant moi. Je le fais parce que je peux et qu’elle a un cul génial. Oui, j’aime aussi la façon dont il est moulé dans ce jean et ce pantalon de cowboy. Je me demande si je peux la convaincre de ne porter que le pantalon de cowboy dans la suite ce weekend ?

Doux Seigneur, je ferais mieux d’entrer avant que cette pensée et le soleil ne me fassent fondre sur place. Sans mentionner le fait que je veux que personne à l’intérieur ne pense que Kels est bonne à prendre. Si quelqu’un doit la prendre, ce sera moi.

Kels est assise au comptoir quand j’entre et je prends le tabouret près d’elle. Elle se tourne vers moi et sourit. « Salut, étrangère, tu viens souvent ? »

Je me bats pour ne pas sourire.

Elle se lèche les lèvres, a un sourire concupiscent et ensuite elle regarde par-dessus son épaule vers ma moto, visible par la fenêtre du restaurant. « Bel engin. »

Je lève une épaule, essayant de ne pas avoir l’air trop pressé de parler à cette étrangère blonde. J’ai une réputation à défendre. « Merci. J’en suis plutôt fière. »

« Tu peux l’être. Elle est sexy. » Elle regarde droit devant et sirote un verre de thé glacé que la serveuse a placé devant elle.

Je fais signe que j’en veux un parce que ma femme essaie de me tuer. Il me faut quelque chose pour me rafraîchir ou ça va devenir affreux. C’est très mal d’être excitée aussi longtemps. Je suis dans cet état depuis que j’ai posé les yeux sur Kels dans le garage il y a deux jours. Nous – ou plutôt Kels et Renée – ont décidé que je devais attendre jusqu’à l’endroit où on va ce weekend. C’était supposé être mieux pour nous que la tension monte.

Et bien, chér, je suis à point !

« Alors. » Elle me regarde à nouveau avec des yeux qui me déshabillent de chaque morceau de tissu que je porte. Je jure qu’elle est la seule femme dans ma vie qui a jamais été capable de me faire me sentir aussi exposée… et d’aimer ça. « Tu as des plans pour ce soir ? »

« Hummm… » Merde, je sais que j’avais un neurone actif il y a une minute. D’accord, je suis une étrangère motarde, grande et sombre, levée par une étrangère motarde blonde et sexy, dans un restaurant où plusieurs routiers intéressés regardent le spectacle. « Et bien, ma belle, ça dépend de ce que tu avais en tête. » En y pensant, la serveuse a l’air horriblement intéressée aussi.

Kels se penche en avant et me souffle, « j’ai cette petite fantaisie profonde, sombre et vilaine d’amener quelqu’un de délicieusement grand et sombre dans un hôtel et de la baiser jusqu’à plus soif. »

Oh Seigneur !

L’un des gars grogne alors je n’ai pas besoin de le faire.

Je la regarde. Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Kelsey ? Ce n’est pas ma femme. Je ne sais pas qui c’est mais ce n’est pas ma femme.

Mais est-ce que ça m’inquiète ?

Ha ! A peine.

Kels ronronne. « Tu as du mal à respirer ? On dirait que tu as avalé ta langue. Toute entière. »

Pas loin.

« C’est dommage alors », continue Kels joyeusement comme si elle parlait du temps qu’il fait. « J’aurais préféré être celle qui essaie de le faire plus tard. »

Je croise les jambes pour aider à atténuer le battement. Je m’éclaircis la gorge et je prends une autre gorgée. Kels sourit d’un air ironique et sirote à nouveau son thé. J’oublie toujours qu’elle aime jouer à ces jeux-là et qu’elle est vraiment bonne.

« Alors, qu’est-ce que vous allez prendre ? » La serveuse reste calmement devant nous et attend une réponse raisonnable, un léger sourire sur les lèvres. Je suis presque effrayée de ce que Kels pourrait dire à cet instant.

« Un burger complet avec des frites. » Oh, c’est sûr, on dirait l’image de l’innocence et de la légèreté quand quelqu’un d’autre nous parle.

« Mettez-en deux et ajoutez un milkshake au chocolat au mien. »

« Une seule addition ? » La serveuse nous regarde tour à tour se demandant comment ce scénario se déroule.

Kels sourit. « Oui, et donnez-lui. » Elle me montre du pouce. « Le moins qu’elle puisse faire, c’est me payer le déjeuner. »

Je regarde à nouveau ma nana et j’attends que des petites cornes lui sortent sur le dessus de la tête. Je me penche en arrière sur mon tabouret et je jette un nouveau regard sur son cul.

« Qu’est-ce que tu regardes ? »

« Je cherche ta queue. Je pense que tu as dû la laisser avec ta fourche quelque part. »

« Je l’admets, je suis une vilaine fille. » Elle prend une inspiration profonde et la relâche lentement. « La question, c’est, est-ce que tu veux être vilaine avec moi ou est-ce que je le suis trop pour toi ? »

A ce moment précis, je ne suis sûre de rien.

 

* * *

 

Nous nous garons au Briarwood Plantation, un peu au nord de Bâton Rouge. Nous ne sommes qu’à deux heures de la maison si quelque chose devait se produire, mais assez loin pour que les choses soient différentes.

Et bon sang, qu’elles le sont. Il se trouve que je suis mariée à une lesbo en moto. Je ne me plains pas mais je pense que nous avons causé quelques blessures à des gars pendant le déjeuner. Je pense que la lap dance impromptue n’a pas été ce qu’ils attendaient. Comment je suis restée sur ce tabouret, je ne le saurai jamais.

Des cuisses fermes.

Je sais, je souris d’un air supérieur.

Et je vais les mettre à profit ici ce soir, je crois. Oh oui. Maintenant je n’ai qu’à entrer et nous enregistrer.

Ma femme me tape sur les fesses puis se permet d’y rester plus longtemps. « Qu’est-ce qu’il y a, l’Etalon ? Trop vieille pour rouler en moto ? »

« Oh je te garantis, chér, que je suis assez bonne pour rouler toute la nuit. »

Elle hausse les épaules, peu convaincue. « Nous verrons bien. » Elle se penche au-dessus de sa moto et ouvre le compartiment arrière dont elle sort un sac en nylon. Je tends la main pour le lui prendre mais elle le recule en remuant un doigt. « Non, non, l’Etalon, c’est à moi. »

« Très bien », je dis en trainant la voix, reconnaissant la forme d’un des objets. « Où est ton sac de voyage ? »

Elle soulève le sac. « C’est presque tout là-dedans. » Elle sort un autre sac de la seconde sacoche et me le jette. « Voilà le reste. Tu peux le porter. »

Je le soulève et je remarque qu’il est très léger. Ça me fait plaisir.

Je prends le mien. Il ne pèse pas beaucoup plus. J’ai une paire de sous-vêtements propres, un autre tee-shirt noir et serré comme ma nana aime les voir sur moi, une autre paire de chaussettes, ma brosse à dents et du déodorant. Et de la poudre pour bébé. Ça me permet d’entrer plus facilement dans ce pantalon en cuir. Mais bon sang, que je suis bien dedans.

Nous avançons jusqu’à la maison principale et entrons dans cette beauté raffinée. C’est un manoir de style Renouveau Grec, entouré de chênes et rempli de meubles d’époque. Au milieu des chênes se trouvent des petites maisons éparpillées, construites par le premier propriétaire pour ses filles et leurs maris. Les propriétaires plus récents ont rénové les maisons, installant des jacuzzis dans chacune et d’autres apports luxueux.

Et je compte faire un apport luxueux moi-même ce soir.

Une femme patricienne nous accueille en levant à peine un sourcil délicat à la vue de notre accoutrement et de notre attitude. « Bienvenu à Briarwood Plantation. »

« Merci », répond Kels pour nous deux. « Nous avons apprécié le trajet jusqu’ici. »

Un clin d’œil et un sourire. Elle a dû entendre nos Harley se garer. « Oui, j’en suis bien sûre. »

« Nous sommes les Kingsley. »

« Bien sûr. » Elle sort une clé de la poche de sa robe et la tend à mon épouse. « Vous avez la maison à l’arrière. Très privée. »

« Bien », ronronne Kels. C’est ma nana. Je souris et je regarde l’échange.

Notre hôtesse nous indique un panneau manuscrit sur sa gauche. « Si vous voulez bien signer et puis-je avoir une carte de crédit ? »

« L’Etalon, tu veux t’occuper de ça ? »

J’essaie rudement de réfréner un rire. Je sors mon portefeuille de ma veste en cuir et je trouve ma carte Platinum. Les gens se sentent toujours mieux en la voyant. Même quand je suis traitée comme une totale esclave du sexe.

Surtout là.

Allez, chér, finissons-en. Je suis prête pour ce qu’il y a dans le sac. Vraiment prête. Total prête. Surtout avec le pantalon en cuir.

Notre hotesse disparait un moment. Kels nous enregistre et ensuite s’approche de moi et m’attrape le cul à travers le cuir. « Prête à rouler ? »

Si je ne l’étais pas avant, je le suis fichûment maintenant. « A ton service. »

Un sourire lent et sexy étire les lèvres de ma femme. « Tu vas l’être. »

 

* * *

Oh oui ! C’est bon. J’ouvre les yeux et je regarde Harper, assise à l’autre bout du jacuzzi. Elle est très gentille en ce moment et me masse doucement les pieds et les jambes comme je le lui ai dit.

Elle me sourit quand elle voit que je la regarde. Elle masse avec soin de haut en bas de mes mollets. « Comme ça ? » Elle s’interrompt un instant, butant sur le titre, elle déteste cette partie, mais il faut que nous voyons jusqu’à quel point elle veut jouer à la vilaine. « Majesté. »

Je prends une inspiration profonde et je fais tourner mon doigt dans l’eau. « Ça ira. » Je dois me retenir de sourire. Le but de tout ce jeu, c’est le jeu précisément. Nous avons des rôles. Nous n’avons pas à composer avec le monde réel. Ce soir, je suis la maîtresse de ce domaine et elle n’est qu’une servante au service de mon corps. Si elle a de la chance, je lui donnerai un nom.

Je recourbe mon doigt et je lui fais signe de s’approcher. Elle traverse lentement l’eau, essayant de ne pas sourire.

« Baisse les yeux », je lui rappelle. Elle baisse la tête et les yeux mais le sourire lui échappe.

« Oui, Majesté, comment puis-je te servir ? » Elle ronronne positivement ces mots en s’approchant assez de moi autant qu’elle l’ose, étant données les contraintes de nos rôles. Cette question envoie des frissons le long de ma colonne vertébrale.

Je prends tendrement son visage entre mes mains et je l’embrasse sur les lèvres tout aussi doucement. « Le dîner. Je pense que tu devrais aller commander le dîner. » Je l’embrasse à nouveau. « Tu sais ce que je t’ai dit de commander. »

« Oui, Majesté. » Je m’attends à ce qu’elle sorte de la baignoire mais elle ne bouge pas. Elle a un bon souvenir des règles.

« Tu peux partir. »

Je la regarde qui se lève lentement pour quitter la baignoire. Elle sait ce qu’elle fait. Elle expose un mètre quatre-vingts du corps le plus parfait au monde, et elle n’est pas pressée de le couvrir. Elle prend une serviette et commence très lentement à se sécher. Elle commence par ses épaules et ses bras, s’assurant que quand la serviette me bloque la vue d’un côté, elle se tourne pour que je puisse voir l’autre. Par exemple, je suis maintenant récompensée par une vue de son fessier parfaitement musclé, que j’ai bien l’intention d’avoir un peu plus tard.

Alors elle veut jouer, hein ? D’accord, nous allons jouer. « Viens ici. » Je peux voir que ça la surprend mais elle obéit et revient vers moi. « Tourne-toi. »

Elle me lance un regard plein de curiosité mais elle me tourne le dos. Elle est là debout avec la serviette toujours dans sa main. Je tends la main et la passe sur son dos, ce qui produit un petit gémissement et je note qu’elle écarte légèrement les jambes.

Très lentement, je laisse ma main voyager entre elles, et je trouve de la chaleur et de l’humidité qui ne sont pas dues au jacuzzi. Je reçois aussi un gémissement plus fort quand je reste où je suis et joue doucement.

Un sourire m’étire les lèvres quand je vois sa tête tomber vers l’avant, savourant le moment. « Tu voudrais dire quelque chose ? » Je peux à peine m’empêcher de rire tandis que je la vois secouer la tête. Je sais bien. Je sais qu’elle voudrait dire beaucoup de choses mais elle n’ose pas.

« Tourne-toi. »

Elle prend une profonde inspiration et se retourne pour me faire face et je me remets à mon jeu précédent. Cette fois, je peux voir son visage. Elle serre les dents et retient sa respiration. Naturellement, j’augmente la pression et la vitesse. Elle ferme les yeux et se lèche les lèvres. Bon sang, c’est sexy. J’adore cette expression sur elle.

Mais la nuit va être longue. Je remets ma main dans l’eau. « Le dîner », je lui rappelle.

Je ris tandis que les grognements les plus longs et les plus profonds que j’ai jamais entendus de sa part, la suivent jusqu’à la porte. Je me couvre les yeux d’un tissu chaud et je plonge dans la baignoire, savourant l’eau chaude.

 

* * *

 

Je prends une profonde inspiration après avoir raccroché. Le repas commandé, je peux prendre un instant pour moi. Kels, ou devrais-je dire, sa Majesté, m’a ordonné de m’habiller de manière appropriée pour recevoir le dîner.

Ma version d’approprié et celle de Kels diffèrent un peu.

Je lève le string et le demi-soutien-gorge. Le string est en dentelle blanche et ne couvre pas grand-chose et même ce qu’il couvre n’est pas laissé à l’imagination. Le soutien-gorge est fait pour soulever et mettre en valeur, et, apparemment, il laisse mes tétons abordables si on devait les réclamer. Vu que je ne vais pas donner à manger au serveur, je ne sais pas pourquoi je dois être aussi disponible mais je présume juste que nous ne reviendrons plus jamais ici de toute notre vie. Jamais.

Si seulement nous avions donné des faux noms à l’enregistrement.

Oh bon. Au moins, je ne suis pas gênée de mon allure. Un grand métabolisme, doublé d’heures de courses, de roller, de chevauchées, de courses avec Kam, et maintenant de roulades avec Collin, ont payé. J’aime mon apparence et je sais que les femmes et les hommes me trouvent attirante. Et si ma femme apprécie de m’exhiber, je peux y souscrire.

Mais personne ne la voit, elle.

Je ne suis pas partageuse.

« Viens ! » m’appelle sa Majesté depuis son bain.

J’ai bien l’intention de venir mais à la vue de la lueur dans les yeux de Kels, je pense qu’il va encore se passer un peu de temps ce soir.

J’entre dans la salle de bains et je garde les yeux baissés comme on me l’a dit.

« Sèche-moi. »

Je préfèrerais qu’elle reste humide.

 

* * *

 

Je pense que le serveur qui nous a apporté notre dîner a failli avoir une crise cardiaque au moment où il est entré dans la chambre.

Alors que je traine dans un peignoir sympathiquement cotonneux, dans un fauteuil capitonné dans le coin, Harper a répondu dans le petit attirail que je lui ai fourni. Et je veux vraiment dire petit attirail. Mais bon sang, la dentelle blanche lui va bien. Je savais que ce serait le cas. Elle va être le sujet des fantaisies adolescentes du jeune homme pendant des semaines à venir. Cette pensée me fait aussi rire. Ses amis ne le croiront jamais.

Je prends une inspiration profonde et relaxante et je me lève de mon fauteuil pour aller regarder la table sur laquelle se trouve notre dîner, pour voir si quelque chose me plait. Je regarde la table puis elle. Elle me plait et le reste le fera aussi.

Je prends une fraise dodue sur la table et je la plonge dans un bol de crème épaisse. Mon autre main trouve un de ses seins pleins et je commence un massage ferme, savourant la sensation du téton qui durcit contre ma paume.

Je mords dans la fraise et je continue à masser sa poitrine. « Oh, c’est bon. » Je mâche très lentement la baie et je la regarde. Ses yeux sont fermés et elle se concentre, aucun doute la dessus, sur ce que je lui fais.

Je lui tends le reste de la fraise et je pousse le fruit entre ses lèvres. Tandis qu’elle le mange de mes doigts, je me penche en avant et je murmure, « peux-tu prendre aussi bien que tu donnes ? »

Elle hoche rapidement la tête. « Je l’espère. »

« Moi aussi. »

 

* * *

 

Je me réveille tôt. Je reprends mes habitudes. Entre les bébés et la gym chaque matin, je me suis rendue compte que le matin devenait mon moment préféré de la journée.

Je regarde la silhouette endormie d’Harper. Elle a été une bonne fille hier soir. Elle a très bien pris tout ce que je lui ai ordonné. Nous étions toutes les deux très heureuses quand nous nous sommes effondrées dans les bras l’une de l’autre et que nous nous sommes blotties l’une contre l’autre jusqu’à ce que nous nous soyons endormies.

Nous avions besoin de ça. Nous avions besoin de partir et de faire comme si pendant quelques heures.

Je suis fichûment fière de dire qu’après notre appel pour dire à tout le monde que nous étions bien arrivées et savoir si tout allait bien pour Collin et Brennan, nous n’avons pas rappelé. Nous nous adaptons plutôt bien à notre vrai foyer. Il y a quelque chose à avoir une maison et un jardin – et de la famille tout près – qui rend les choses plus réelles et plus sécurisées. Je ne peux pas l’expliquer. C’est tout simplement comme ça.

Je me passe les doigts dans les cheveux et je les repousse derrière mon oreille. Un œil bleu fatigué s’ouvre.

« On vient pas juste de s’endormir ? » Elle marmonne.

« Hmm, non, ça fait un moment. »

« Je suis fatiguée.

« Oooh, pauvre bébé. Est-ce que je t’ai épuisée ? »

« Et bien, il faut que je te dise, Petit Gourou », elle grogne en roulant sur le dos. « J’ai piloté longtemps une moto. Je suis habituée à avoir mal aux muscles mais je ne pense pas vraiment pouvoir marcher beaucoup aujourd’hui. »

« Alors, basiquement, tes plans seraient de rester au lit toute la journée ? »

« Je ne pense pas avoir le choix. » Elle rit. « Qui savait que tu pouvais faire autant de dommages en ayant les jambes écartées comme ça ? Ah, tu la joues dure assurément, n’est-ce pas ? »

« Tu sais bien que je le fais. » Je me penche et je l’embrasse. « Je l’ai toujours fait, je le ferai toujours. »

 

* * *

 

Nous passons la journée au lit exactement comme je l’espérais. Le jour, il n’y a pas de jeu, juste de l’intimité. Nous commandons un énorme petit déjeuner et réussissons à le manger jusqu’à la dernière miette. Cette fois le serveur ne se rince pas l’œil. Je l’accueille à la porte en sortie de bain et je ne le laisse même pas entrer dans la suite.

Nous lisons le journal ensemble, avec Kels qui, à un moment, tatoue les réponses aux mots croisés sur mon estomac. Avec un marqueur, rien de moins. Je vais le nettoyer un peu plus tard ce soir.

Je ne peux même pas dire combien c’est important pour moi qu’elle ait appris à piloter. J’adore ma Harley et maintenant je peux partager avec Kels.

J’aime bien partager des choses avec elle.

Surtout le jouet spécial dans le sac en nylon.

Je souris et je me penche sur le côté du lit et le sors de l’endroit où elle l’a jeté hier soir.

Je vais aimer les matins.

 

* * *

 

Je gare ma moto à l’arrière du chemin d’entrée et je coupe le moteur. Je coupe aussi la communication entre nos casques et j’entre à la maison en même temps que j’enlève le mien. J’entends Harper qui se gare dans le chemin derrière moi. Nous serions bien arrivées en même temps mais elle a été arrêtée par un feu rouge à un bloc environ de la maison.

Je pose le casque sur la table de la cuisine et je commence à chercher les bébés. Ils m’ont tellement manqué. « Brian ?! »

« La nurserie ! » Crie-t-il. « Bienvenue à la maison. »

Je monte vers la nurserie et je trouve Brian qui enfile le pyjama à Brennan ; Collin est déjà changé et dans son berceau. Je laisse Brian finir avec Brennan et je prends Collin. « Salut, petit singe. » Je le taquine en lui donnant un baiser sur la joue. Entre ses cheveux noirs et ces roulades qu’il a commencé à faire, il me fait penser à un petit bébé chimpanzé qui ne marche pas encore. Ils roulent pour se déplacer et Collin en fait une plutôt bonne imitation.

Brian se retourne et me regarde de haut en bas. « Je te jure, de toutes les choses te concernant sur lesquelles j’aurais parié, Kels », il prend Brennan et l’aide à me faire un geste de la main, « la Reine du Cuir n’était pas l’une d’elles. » J’entends Harper qui monte l’escalier précipitamment.

« Tu es jaloux. »

« Zut, oui ! J’aimerais bien avoir aussi belle allure dans ce pantalon de cow-boy en cuir. » Harper entre et soulage immédiatement Brian de Brennan. Il lui lance un regard appréciateur. « Eh bé, tu n’as pas l’air épuisée du tout, l’Etalon. »

Elle se redresse et lui lance son fameux regard noir. « Bien sûr que non ! » Le regard est atténué par les baisers répétitifs qu’elle dépose sur les joues rebondies de Brennan.

Je réfrène un sourire. Je vais garder son secret. Après tout, elle a une réputation à défendre. Ça ne serait pas bien qu’il apprenne qu’elle m’a demandé de m’arrêter une fois. Ou qu’elle a failli s’évanouir une autre fois.

Il semble sceptique mais il embrasse Brennan sur la tempe, puis se tourne et embrasse Collin avant de nous laisser seules avec nos bébés.

Je me penche et j’embrasse doucement Harper. « Je t’aime, l’Etalon. »

« Je t’aime aussi, Petit Gourou. »

« Et il faudra qu’on recommence, mais il faut que je te dise que… »

« Oui ? » Elle lève un sourcil et ajuste Brennan dans ses bras.

« Je brûle les bottes. »

<Fondu au noir>

A suivre épisode 12