Avertissements de l’auteure (et de la traductrice) : voir 1ère partie


Le Saut de la Foi

(Leap of Faith)

Partie 6

Par Mélissa Good (1998)

Traduction Fryda (2015)

 

Le tonnerre la réveilla, un roulement long et brusque qui fit grincer les poutres en bois de la cabane et cligner Gabrielle des yeux dans la lueur de l’avant-aube. Les chandelles avaient brûlé et la seule lumière visible était celle du ciel gris profond à peine visible par la fenêtre.

Une brise humide et musquée entra, lui apportant la senteur de la pluie, et elle soupira, puis se blottit tout près du grand corps chaud avec qui elle partageait le lit. Une douce danse de la pluie bruissa sur le toit en chaume et crépita sur le porche en bois, tapotant en rythme, et l’attirant vers le sommeil, mais elle résista une minute.

Elle attendit que sa vision s’ajuste puis leva les yeux, souriant à demi à l’expression détendue et presque enfantine de paix sur le visage de Xena. Elle fait confiance à cet endroit, se dit Gabrielle. Elle s’y sent en sécurité… ce qui est bien, je présume… parce que moi aussi. Un autre roulement de tonnerre vibra dans l’air et elle regarda les muscles du visage de la guerrière se tendre lentement, puis les cils noirs battirent et elle observa les yeux bleus ensommeillés. « Désolée… je t’ai réveillée ? » Demanda Gabrielle d’un ton taquin.

« Nan. » Xena secoua un peu la tête. « La tempête. » Elle lança un regard interrogateur à la fenêtre. « Journée pluvieuse. »

« Mmmhmmm », acquiesça Gabrielle. « Parfait pour rester au lit. » Elle lissa de ses doigts la silhouette nue de Xena. « A moins que tu ne veuilles aller sortir les Amazones de leur lit et aider à la décoration pour l’union. »

« Sûrement pas », déclara fermement Xena en l’attirant contre elle. « Quelqu’un d’autre peut être la Princesse Guerrière aujourd’hui… je ne bouge pas. »

« Elles vont te taquiner », objecta Gabrielle paresseusement, savourant la plaisanterie et le contact chaud de la peau contre la peau.

« Elles peuvent se frotter à des chèvres poilues », répliqua Xena joyeusement.

Gabrielle se mit à rire doucement. « Oh… Xena… Xena… c’est une image mentale dont je me serais passée. » Elle chatouilla la guerrière sur le ventre, la faisant se tortiller. « Des Amazones et des chèvres… où est-ce qu’elles mettraient la fourrure ? Je présume qu’elles pourraient accrocher des petites fausses barbes… »

Xena se laissa aller à rire. « Tu ME cries dessus pour des images indésirables… beuh… des Amazones barbues… à quoi tu penses ? » Elle s’étira avec un léger grognement. « Dieux… ça fait mal. » Elle fit jouer ses épaules. « Rappelle-moi de ne pas faire ça, d’accord ? »

Gabrielle glissa les mains dans le dos de sa compagne et commença un doux massage sur les muscles tendus. « Te rappeler de ne pas faire quoi, mon amour… sauter des montagnes, combattre des cochons, sauver des vaches, être aspirée par des tornades… il faut que tu sois plus précise. »

« Mm. » La guerrière marmonna joyeusement. « Je pense que c’est le toit qui m’a finie. » Sans raison apparente, elle attrapa Gabrielle et l’étreignit furieusement pendant un temps infini, puis elle la relâcha et souffla.

« C’était pour quoi ça ? » Demanda Gabrielle en posant la tête sur l’épaule de la guerrière, traçant doucement la courbe de son sein. « Pas que je m’en plaigne, tu sais. »

Un haussement d’épaules. « Aucune raison… j’en avais juste envie », répondit Xena, son regard allant vers la fenêtre quand un éclair, accompagné d’un roulement de tonnerre, éclaira la pièce. « Je pensais à toutes les fois, quand nous nous sommes rencontrées, où je voulais le faire et je ne l’ai pas fait… et j’ai décidé… je présume… que je ne le voudrais jamais plus sans le faire, plus jamais. »

Gabrielle passa un long moment à disséquer cette déclaration inhabituellement longue. « Combien de fois ? » Demanda-t-elle finalement, curieuse.

« Oh… » Xena roula légèrement la tête pour observer le visage de sa compagne. « Tu as ceci… » Elle mit un doigt sur la lèvre inférieure de la barde. « Tu mordilles un peu ta lèvre… et tu baisses les yeux… je ne peux pas vraiment le décrire. » Elle caressa la joue de la barde. « Mais je sais que… c’est quand tu es triste… ou bien que… quelque chose t’ennuie… et chaque fois que je le voyais, je voulais juste m’approcher et te serrer. »

La barde cligna des yeux. « Xena… ça fait un horrible nombre de fois », confessa-t-elle.

« Je sais », soupira la guerrière.

« Et bien… » Son âme-sœur réfléchit. « Je… » Elle s’arrêta puis reprit. » Avec toi… c’est vraiment difficile de dire quand quelque chose ne va pas… mais tu t’agites. »

Une contraction des sourcils noirs. « Je m’agite ? »

« Oui… » Gabrielle réfréna un sourire. « Tu fais des trucs avec tes mains… oooh. » Elle gloussa doucement quand un toucher connaisseur glissa sur son côté. « Pas ce genre de choses… mais ne t’arrête pas. » Elle perdit le fil de ses pensées pendant un moment puis le retrouva. « Des trucs… comme de jouer avec tes gantelets… bouger des choses… ajuster ton armure… jongler avec des pierres… Affûter ta dague… juste… jouer avec des choses et après un moment, je me suis rendu compte que tu faisais cela quand tu étais contrariée. »

« Oh. » Xena réfléchit. « Je ne me suis jamais rendu compte que… »

« Mm. » Gabrielle lui toucha le front. « Et… ça, ça m’a pris une éternité pour savoir ce que ça signifiait… mais quand tu es vraiment fatiguée ou que tu as mal… tu as cette petite ride juste ici. »

« Ah oui ? » Demanda la guerrière, légèrement surprise.

« Mm hmm », confirma la barde. « J’ai dû t’étudier, Xena… ce n’est pas comme si tu me disais quand quelque chose ne va pas, tu sais. »

Elle baissa son regard bleu. « Je sais. » Elle captura le pouce de Gabrielle et l’embrassa. « C’est ce truc de l’ego. » Elle haussa un peu les épaules. « Grand guerrier méchant… nous ne sommes pas supposés avoir mal, ou être fatigués, ou admettre quelque faiblesse. » Elle s’interrompit. « C’est un peu stupide quand on y pense. »

« Tu n’aimes pas être vulnérable », déclara Gabrielle.

« Non. » Xena le confirma. « Je déteste ça… j’ai l’impression de perdre le contrôle. »

« Mmhmm… et tu détestes vraiment ça. »

« Oui », admit honnêtement la guerrière.

« Mais tu le fais sans arrêt avec moi… te laisser être vulnérable », dit Gabrielle doucement.

Un long silence. « C’est différent », marmonna Xena, à la fin. « C’est… Gabrielle, pourquoi est-ce qu’on a cette conversation maintenant ? On pourrait être… » Les yeux vert brume plongèrent dans les siens en silence. « Nous… je… » A nouveau le silence. « Avec toi c’est différent. Je te fais confiance. »

La barde relâcha un léger soupir. « Merci. » Elle embrassa l’épaule de Xena. « Tu n’as pas idée de combien ça compte pour moi. » Elle se rendit compte qu’elle avait poussé son âme-sœur aussi loin qu’elle était disposée à répondre sur ce point, mais elle avait reçu la réponse qu’elle attendait.

Elles écoutèrent tranquillement la pluie pendant un moment, échangeant des baisers et des touchers à la fois stimulants et à demi-réconfortants. Gabrielle laissa ses lèvres se balader le long du corps de sa compagne, goûtant et mordillant avec une espièglerie séduisante tandis que Xena faisait de même, produisant des petits grognements ronronnants que la barde trouva… « Mmm… » Elle chatouilla le nombril de la guerrière. « J’aime bien ces sons. »

« Ah oui ? » La taquina sa compagne. « Viens par ici… »

Elle roula sur elle-même et amena doucement la barde sur le dos, se pencha au-dessus d’elle et commença une exploration lente et minutieuse de sa peau, souriant quand les mains de Gabrielle commencèrent à se refermer convulsivement sur elle tandis qu’elle atteignait à peine les épaules de la barde. « Mmm… » Elle s’interrompit et pencha la tête. « Ah… moi j’aime bien ces sons-là. »

Gabrielle la gratifia de plusieurs paroles sous vocales et elle ferma les yeux, savourant les sensations séductrices évoquées par sa compagne. Elle perdit le contrôle de ses mains qui se baladèrent sans cesse sur le corps élancé et remuant au-dessus d’elle, et elle l’attira plus près, avec une soif d’intensité.

Xena obéit, laissant leurs corps bouger de manière taquine l’un contre l’autre tandis qu’elle continuait sa lente progression, riant doucement contre la peau de la barde qui se réchauffait tandis qu’elle était récompensée de plus de sons. « Mmm… » Elle mordilla légèrement un endroit particulièrement sensible. « C’est nouveau ça. » Elle sentit Gabrielle abandonner tout contrôle, dans une confiance simple qui portait sa propre profonde et poignante signification. Elle glissa un peu son corps vers le haut et lâcha un tout petit grognement dans l’oreille rougie de la barde. « Tu es à moi. »

Un léger sourire apparut sur la bouche de la barde. « Corps, cœur et âme », murmura-t-elle d’un ton rauque. « Ça l’a toujours été. »

Gabrielle sentit qu’elle replongeait dans le sommeil après ça… longtemps après ça, en fait, se rendit-elle compte, repue dans un brouillard chaud. La pluie tombait toujours dehors et Xena semblait se tenir à sa décision de paresser au lit toute la matinée. Pas qu’elle s’en plaignit. Elle était vaguement consciente de bruits d’agitation dehors, ce qui indiquait un peu d’activité, mais rien qui ne lui fasse penser que leur présence était indispensable.

Non, elle ne s’en plaignait pas du tout, blottie dans un lit très agréable et doux avec Xena enroulée autour d’elle, une tempête dehors leur donnant une excuse parfaite pour rester là où elles se trouvaient, et Xena qui voulait justement rester là où elles étaient, s’autorisant à laisser son instinct rare de paresse aller jusqu’à un niveau inhabituel.

Peut-être qu’elle avait vraiment mal au dos, songea Gabrielle, un tout petit froncement d’inquiétude plissant son front tandis qu’elle passait le bout de ses doigts sur la blessure en cours de guérison sur la poitrine de sa compagne, tressaillant aux bleus maintenant visibles et horribles qui couvraient la moitié de son torse. Ma pauvre et courageuse guerrière, elle soupira et tira les couvertures sur les épaules de Xena. Ils ne voient jamais le prix que tu payes pour toutes ces actions héroïques, pas vrai ?

Gabrielle ferma les yeux et laissa divaguer ses pensées, se rappelant des événements des derniers jours avec l’intention de les mettre sur parchemin. Xena cligna des yeux endormis vers elle et mit le nez dans sa nuque, puis elle referma les yeux et commença à faire des dessins sur la peau de la barde, ce qui lui attira le regard de sa compagne. « Hé… comment tu vas ? »

Xena garda les yeux fermés. « Bien… bien… » Marmonna-t-elle doucement.

« Est-ce que ton dos va bien ? Tu as mal ? » Demanda-t-elle doucement, lissant les cheveux en désordre vers l’arrière.

La guerrière garda le silence un moment puis finit par hausser les épaules. « Un peu… c’est plutôt raide… » Elle s’étira puis se détendit à nouveau sur la surface douce du lit. « Je deviens assurément trop vieille pour ça », ajouta-t-elle d’un ton grognon.

Gabrielle ricana et leva les yeux au ciel. « Oh… ne commence pas avec ce caca de Centaure, Xena. »

Un autre haussement d’épaules. « C’est vrai. » Xena relâcha un léger soupir.

« Oh. » La barde sourit et la regarda avec affection. « Bon… tu es en train de me dire que dans ta jeunesse… tu pouvais… oh… rester deux jours sans  dormir, grimper quelques montagnes, sauter d’une falaise, te battre avec deux douzaines de brigands… être emportée par une tornade, lutter avec un cochon, sauver une vache et défaire quelques bandits de deux fois ta taille… et ne rien sentir. » Une longue pause. « C’est ça ? »

Un œil bleu se tourna vers elle.

« Ouaouh. » Gabrielle lui tapota le côté. « Tu devais être sacrément formidable. Je suis contente que tu aies ralenti ou je n’aurais jamais été capable de te suivre. »

Cela lui valut un de ces charmants sourires penauds qu’elle adorait, ceux qui allaient de la bouche de Xena à ses yeux et transformaient son visage, de son expression habituellement sévère à une joie espiègle et enfantine. Ça déclencha une réponse équivalente en elle et elle sourit en retour, remuant le doigt vers son âme-sœur. « Je t’ai eue. »

Elle passa un peu plus de temps à rêvasser, puis elle se trémoussa pour sortir du lit et enfila une chemise de nuit avant de rallumer les chandelles et s’étirer. « Il faut que je mette mon journal à jour », expliqua-t-elle en donnant une tape de regret sur la cuisse de Xena. « Je reviens. »

La guerrière ouvrit un œil somnolent et la regarda. « Bonne idée. » Elle mit les mains derrière sa tête et bâilla. « Tu peux me donner tous les détails pendant que tu fais ça. »

Gabrielle prit une pomme des petites provisions qu’elles gardaient habituellement dans la cabane pour des petites faims et elle mordit dedans. « Très bien », concéda-t-elle. « Mais alors tu dois me dire tout ce qui t’est arrivé et pas ce truc de ‘Oh, on a juste grimpé la montagne, sauté par-dessus le ravin, trouvé le donjon’ et toute cette merde de Centaure, Xena. »

Celle-ci sourit et roula sur elle-même en soupirant. « Je ne suis pas bonne pour décrire les choses comme tu le fais, ma barde. » Elle sortit du lit et alla vers leur commode pour en sortir une vieille tunique en coton rouge avant de l’enfiler. « Mais je verrai ce que je peux faire. » Elle alla vers l’âtre et arrangea le petit bois, puis elle sortit sa pierre et son percuteur de son sac et commença à produire une joyeuse flamme. « Il faut que je nettoie cette fichue armure… qui est probablement une solide boule de boue séchée maintenant. »

Elle sortit la petite marmite de la pièce arrière et la remplit à la citerne d’eau dehors, puis elle la mit à chauffer sur le feu et sortit sur le porche pour prendre son armure. « Ouille. » Elle secoua l’objet gorgé d’eau. « Et bien, au moins ça a été proprement lavé. » Elle leva les yeux pour voir deux silhouettes capées qui avançaient en marchant dans les flaques et elle attendit. « Bonjour. »

Toris secoua la tête et envoya des gouttes partout avant de regarder sa sœur. « Qui vient de commencer », répliqua-t-il d’un ton taquin, montant sur le porche avec Granella sur ses talons. « Maman voulait qu’on s’assure que vous avez survécu… mais ce n’est pas comme si les autres étaient debout aussi. »

Xena étouffa un bâillement et ouvrit la porte. « Entrez… j’arrive tout de suite. » Elle s’accroupit et commença à trier l’armure, mettant de côté les bracelets et les brassards avant de secouer les pièces de torse emmêlées.

Toris la regarda un moment puis entra dans la cabane et fit un signe à Gabrielle qui écrivait régulièrement. « Bonjour. »

La barde leva les yeux et sourit. « Salut… » Elle mâchouilla sa plume. « Entrez… asseyez-vous. »

Granella enleva sa cape et la pendit sur le crochet avec celle plus longue de Toris. Elle rejoignit l’homme grand aux cheveux noirs qui s’était assis sur le canapé et regardait Gabrielle tranquillement. « Alors… » Elle croisa les bras. « Raconte-nous tout, ok ? On demande sans arrêt aux autres et tout ce que je reçois c’est un ‘demande à Gabrielle’ énervant. » Elle avança un de ses pieds bottés. « Alors… je te le demande, Gabrielle. »

« Tout pareil. » Toris hocha la tête.

Xena choisit judicieusement cet instant pour revenir dans la cabane, portant sa cuirasse d’épaule en direction du feu avant de la laisser tomber sur le tapis de l’âtre pour mettre les morceaux de cuir et de métal à sécher. Arès la rejoignit, en s’enroulant sur le tapis avec un soupir.

« Par quoi est-ce que je vais commencer », dit Gabrielle d’un ton songeur, en s’adossant dans sa chaise.

« Le début, c’est bien », répliqua Granella, d’un ton pratique.

Xena s’éclaircit la gorge. « Comment va Ephiny ? »

L’Amazone remua la main. « Elle a très mal… et sa vision est vraiment floue. Elle s’inquiète beaucoup de ça. » Son regard scruta le visage de Xena. « Tout ce que tu pourras faire pour la rassurer sera bienvenu. »

La guerrière étudia la pièce d’armure dans ses mains. « Je ne suis pas sûre de pouvoir faire grand-chose », répondit-elle tranquillement. « Elle a reçu des mauvais coups… et ils ont pris de l’ampleur avant que je n’arrive. »

Un silence embarrassé. « Mais ça va aller de mieux en mieux, pas vrai ? » Demanda Gabrielle avec précautions.

Xena prit une inspiration. « Je ne sais pas. » Un léger signe de la tête. « Peut-être… peut-être pas. » Elle recommença à étudier son armure. « Il faut qu’on attende un moment. »

Granella croisa les bras et relâcha un souffle explosif. « Bon sang. » Elle lança un regard inquiet à Gabrielle. « Bon… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Gabrielle croisa les mains sur son journal. « Ok… et bien, ils m’ont prise… et j’ai fini par éviter le donjon pour atterrir droit dans les quartiers de Paladia. »

« Qui ? » Demanda Toris.

« La prisonnière qu’on a jetée dans la prison de Josc », indiqua Xena tout en mélangeant des herbes dans plusieurs bols qu’elle avait posés devant ses genoux. « Elle menait toute l’opération. »

« Ah », répondit son frère. « Merci. » Il se tourna à nouveau vers Gabrielle. « Désolé. »

« C’est bon. » La barde sourit. « En tous cas, elle… hum… elle m’a dit qu’ils m’avaient enlevée, ainsi que les autres pour nous échanger contre les gens qu’on a capturés dans ce raid contre les marchands. » Gabrielle carra ses épaules et regarda avec précautions la couverture de son journal. « Et Ephiny était là… elle… n’était pas vraiment en bonne santé. » Elle cligna des yeux. « Paladia était… » Inconsciemment, son regard alla vers Xena pour la supplier de venir à son aide.

« Elle avait donné des drogues à Ephiny et l’avait prise contre sa volonté », déclara la guerrière, d’un ton neutre. « Saleté. »

Granella rougit de colère. « Quoi ? »

Gabrielle lança un regard à sa compagne et hocha la tête. « C’est vrai », confirma-t-elle calmement. « Alors… j’ai tenté de distraire Paladia autant que possible… Je la poussais à regarder ce qu’elle faisait. » Un tressaillement désabusé. « Ce n’était pas vraiment efficace… je présume… j’ai essayé de lui faire lâcher Ephiny… et elle m’a dit que la seule façon dont elle pourrait le faire, c’était que je prenne sa place. »

Granella et Toris la regardèrent, choqués. « Non… »

« Si. » Gabrielle leva la tête. « Et j’ai dit que je le ferais… parce qu’Eph vivait vraiment un cauchemar et je pensais que je pourrais mieux gérer ça. »

« Gabrielle… » Dit Toris dans un souffle. « C’est… »

« Stupide, je sais. » Gabrielle étudia ses mains. « Mais c’était tout ce que je pouvais faire, alors je l’ai fait… je pensais que ça lui ferait gagner du temps… et je… » Un petit sourire tira ses lèvres. « Je savais que l’aide était en chemin. »

Les regards se tournèrent vers le foyer où Xena versait l’eau maintenant bouillante sur les herbes. « Et bien… c’est vrai », dit Granella toujours en colère. « Mais bon sang… quelle truie. »

« Les truies sont plus légères et plus amicales », marmonna Xena en remuant l’eau. « C’est fichument bien que Gabrielle ne m’ait rien dit avant que je me mette en face de ces griffes dans ce puits. »

« Quoi ? » Demanda Toris, surpris.

« Xena, tu te bats, je parle, tu te souviens ? » Gabrielle soupira. « Laisse-moi raconter. » Elle se frotta le nez. « Où en étais-je… oh. Bien… et bien, le matin suivant, Paladia n’était pas dans les environs… et j’ai pu convaincre mon garde de m’emmener faire un tour… et qu’il me laisse aller dans le donjon, pour que je puisse voir si tout le monde allait bien. » Elle leva les yeux quand sa compagne lui tendit une coupe fumante. « Merci. »

Xena distribua des coupes à son frère et à Granella, puis elle reprit sa position sur le tapis et croisa ses longues mains autour de sa tasse.

Gabrielle prit une longue gorgée et regarda le liquide pensivement. « J’ai trouvé Ephiny là-bas », dit-elle, presque dans un murmure. « Elle avait été battue… je savais que c’était mauvais. Elle m’a dit qu’elle l’avait fait exprès… elle avait attaqué Paladia, l’avait blessée… pour que je ne… n’aie pas à… hum… »

« Par Artémis », dit l’Amazone dans un souffle. « C’était courageux. »

La barde hocha lentement la tête. « Oui… mais elle l’a payé. » Elle relevait maintenant son regard vert brume. « Après que je les ai laissés… Paladia m’a interrogée… je pense que j’ai fait voler ma couverture en éclats. » Elle soupira. « Alors elle m’a emmenée dans leur grande caverne… et… hum… je présume que j’allais être fouettée. »

« Tu l’a été », marmonna Xena. « Salauds. »

« Alors qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda calmement Granella.

Gabrielle fit tourner sa plume entre ses doigts. « Et bien, j’étais attachée comme un porc et Paladia me disait que j’étais idiote de croire dans les héros, et qu’ils ne tombaient pas comme ça du ciel pour résoudre mes problèmes. » Elle regarda sur le côté et vit le léger sourire narquois sur les lèvres de Xena. « Alors, bien sûr, Xena est tombée du ciel et elle a commencé à nettoyer le sol avec les brigands. »

« Joli timing, sœurette », dit doucement Toris en la regardant.

La guerrière haussa les épaules. « C’est arrivé comme ça. » Elle s’interrompit. « On est entrées dans les grottes… et on a trouvé Eph… Les autres l’ont sortie de là alors moi je… » Un sourire. « Je suis allée chercher mon amie ici présente toujours emmêlée dans les ennuis. »

« Oh. » Gabrielle remua les mains. « Ecoutez-la, non mais. » Elle se leva et s’avança en se pavanant vers Toris et Granella et elle mit théâtralement les mains sur ses hanches. « Ecoutez donc ça… ce blablabla habituel. » Elle se tourna pour leur faire face. « Leur repaire était dans un volcan… c’était un labyrinthe de tunnels et autres… et il n’y avait qu’une seule entrée… qui était plutôt épaisse et avec tous ces gardes… pas vrai ? »

« Gabrielle… » Xena soupira.

« Pas vrai ? » Elle regarda Toris. « C’est ça… et le volcan était comme ça… » Elle fit un cercle dans l’air plus un autre plus grand. « Avec un mur extérieur, entre le cône intérieur et le cône extérieur, vous voyez ? » Ses yeux brillèrent. « Alors il n’y avait aucun moyen d’entrer ! »

« Gabrielle… » La guerrière soupira à nouveau.

« Non… non attendez le meilleur », promit la barde. « Alors… elle saute… notez ça, elle SAUTE… d’un mur à l’autre, dans l’air, par-dessus cet énorme trou, avec sous elle rien d’autre que des milliers de pieds de roche… elle traverse en sautant et attrape cet arbre, et elle attache une corde pour que le reste des Amazones puisse la suivre. »

Ils fixèrent Xena qui accorda férocement son attention à son armure, travaillant avec soin pour réparer une épingle tordue. Elle refusa de lever les yeux et fut contente que la lueur de l’extérieur masque le fort rougissement qui réchauffait sa peau. Dit comme ça… ça semblait…

Impossiblement stupide. Peu perspicace, risqué, idiot… et si elle avait échoué ? Comment pouvait-elle avoir été aussi bête ?

« Eponine me l’a dit », dit Granella tranquillement. « C’était la chose la plus courageuse qu’elle ait vue de toute sa vie. » Les lèvres de l’Amazone se recourbèrent. « Et ça veut dire quelque chose venant de cette vieille couenne de Centaure.

Xena garda les yeux baissés, consciente des regards sur elle.

« Et bien… c’est Xena… vous savez bien. » Gabrielle garda sa voix décontractée et presque désinvolte. « Elle fait toujours des trucs comme ça… ça rend mon travail vraiment, vraiment facile. » Elle eut leur attention, l’éloignant de son âme-sœur visiblement embarrassée. « Alors, quoi qu’il en soit… Xena arrive et bouscule un peu Paladia… ensuite nous bottons des fesses et prenons à notre tour des prisonniers et nous partons. » Elle fit à nouveau tourner sa plume. « Eph… n’allait pas vraiment bien… le gonflement était vraiment méchant… Xena l’a mise dans une source d’eau froide… ça l’a ramenée après un moment. Ensuite on s’est un peu reposés… on a combattu, et on est venus par ici dans la matinée. » Elle haussa les épaules. « C’est vraiment que ça… oh… et bien, oui, on a vu la tornade. »

« Beuh. » Toris la regardait toujours les yeux écarquillés.

« De très près, en fait… elle nous a emportées et on a été entrainées hors du chemin, mais elle nous a relâchées et ensuite on est venues ici », finit la barde en remuant la plume. « C’était juste… une de nos journées habituelles, je pense. » Elle mordit le bout de la plume et leur fit un sourire éclatant.

Toris et Granella se regardèrent. « Bien. » Toris se mâchouilla la lèvre pensivement. « Hum… je suis content que tout se soit bien passé finalement. » Il hésita. « Plus ou moins… je veux dire… je plains Ephiny… elle a vraiment manqué de chances ces derniers temps. »

« Mm. » Gabrielle se rassit. « Oui… moi aussi je la plains. » Elle étudia ses mains. « Mais je pense qu’elle va se remettre… on la garde ici encore quelques jours pour qu’elle se repose... elle verra votre union… ça va aller. »

Tous les deux rougirent et se sourirent. « Ok… alors tout est réglé », finit par dire Toris. « Josc va célébrer notre cérémonie, puis il va appeler Maman et Jo pour la leur… il a tous les papiers… on cache leurs cadeaux dans nos quartiers. »

Toris avait deux petites chambres à l’extérieur de l’auberge principale, près du couloir qu’il partageait avec Cyrène. Xena se demanda s’il n’en voulait pas un peu à sa mère d’avoir construit cette cabane… elle savait qu’elle lui en aurait un peu voulu. « Vous avez trouvé un endroit pour construire ? » Demanda-t-elle d’un ton ordinaire.

Granella la regarda d’un air neutre. « Construire quoi ? »

La guerrière se pencha en arrière et étira ses longues jambes sur le tapis. « Un endroit où vivre… vous ne pouvez pas finir dans la chambre à coucher d’enfant de Toro… allons. » Elle lança un regard en coin à son frère, notant le léger rougissement. « Vous choisissez un endroit… on vous aidera à construire. » Elle croisa le regard de Gabrielle. « Pas vrai ? »

La barde comprit parfaitement son intention. « Bien sûr… autrement où allons-nous mettre tous les trucs que vous allez recevoir ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonnable.

Toris échangea un regard avec sa promise. « Euh… je n’avais pas… hum… je n’ai même pas… »

« Visiblement. » Xena lui lança un regard ironique. « Commencé à y penser. » Elle était contente que l’attention se soit déportée et elle posa sa pauvre pièce d’armure bien travaillée. « Qu’est-ce que vous avez pour maman ? »

« Une nouvelle commode pour les draps », répondit rapidement Granella. « Avec les draps. »

« Dieux… » Xena se mit doucement à rire. « Vous voulez dire que les chiffons qu’elle raccommodait depuis toutes ces années vont enfin devenir des chiffons ? »

« C’est vraiment bien », ajouta Gabrielle enthousiaste.

« Et vous ? » Toris haussa un sourcil.

Xena et Gabrielle échangèrent des regards de conspirateurs. La guerrière inclina la tête en direction de leur propre placard. « Allez… montre-leur. »

Gabrielle se leva volontiers et alla jusqu’à la commode, en sortant deux petits paquets et les tendant au frère de son âme-sœur. « Xena savait que… leur grande objection serait… pas d’anneau… alors… »

Toris déballa les paquets et posa les deux anneaux sur sa grande paume, secouant légèrement la tête. « Dieux… sœurettes… ils sont parfaits. »

Faits d’or et d’argent en filigrane, entremêlés de nœuds habilement ouvragés qui se complétaient l’un l’autre, sans jamais se finir, les anneaux étaient identiques dans leur forme, ne différant que par la taille. Xena avait fait appel à un vieux bijoutier pour qu’ils soient achevés le plus vite possible, et elle était, de manière raisonnable, subtilement fière d’elle-même pour l’avoir fait. « Oui… joli travail », dit-elle en commentaire. « On est prêts autrement ? »

Toris sourit. « Oui… Gran a convaincu ses copines de nous aider à décorer… l’auberge est prête pour demain… alors vous êtes tranquilles. » Il se pencha en arrière et entrelaça ses doigts derrière sa tête. « Elle va nous tuer… mais ça en vaut la peine. »

Des sourirent s'épanouirent  tandis que le tonnerre roulait incessamment dehors.


Je devrais détester cette fichue chambre, songea Eponine. Elle avait tiré le gros fauteuil près du lit où Ephiny était allongée, et elle avait dormi là, d’un sommeil agité, enveloppée dans une couverture douce et bleu clair que Cyrène lui avait donnée. Mais j’ai un point sensible à son égard.

Le temps dehors était mauvais et un vent humide soufflait contre la fenêtre. Eponin serra plus fort sa couverture autour de son cou et fit de même pour sa compagne endormie. Les marques sur le visage d’Ephiny avaient séché et les bleus commençaient à prendre la faible teinte de jaune et vert, indiquant qu’ils guérissaient, mais elle sentit la colère recommencer à monter en elle tandis qu’elle les étudiait.

Garce. La maîtresse d’armes se permit un long moment de pensées de dégoût. J’aimerais juste… Elle prit une inspiration profonde et la relâcha, puis une seconde. Je pensais bien que Xena allait tout régler quand cette foutue truie a attrapé Gabrielle… bon sang si elle n’avait pas retenu ce coup de pied à la dernière seconde.

Ça avait été si… rapide. A un moment, Paladia étranglait à mort la barde surprise, puis… Eponine posa son menton sur son genou relevé et regarda à travers la fenêtre ouverte, notant les feuilles d’un vert riche qui relâchaient de la moisissure sur le rebord. Elle avait entendu le craquement solide d’un os brisé et elle s’était rendu compte, dans un instant de souvenir, exactement ce que la grande guerrière aux cheveux noirs aurait pu lui faire hors de cette écurie il y a quelques mois.

Que Xena ait choisi de laisser tomber ses défenses et permis à Eponine de la frapper sans répondre en disait long, depuis que cette réaction défensive avait plongé tout au fond en elle, sans y réfléchir, ou prévoir…

« Hé. » La voix d’Ephiny lui parvint.

« Heu… » La maîtresse d’armes tourna brusquement son attention vers le lit et regarda sa compagne avec anxiété. « Tu as besoin de quelque chose ? » Elle posa sa couverture et s’agenouilla près du lit. « Tu as faim… ou soif, froid… chaud… quoi ? »

Ephiny roula la tête d’un côté et lui lança un regard ironiquement tolérant. « Tu marmonnes… ça me rend nerveuse. »

« Oh. » Eponine se frotta le nez. « Désolée. »

La régente sourit tranquillement. « Mais j’ai un peu faim. » Elle leva un peu la tête et haussa un sourcil, puis elle roula lentement pour se mettre sur un coude, avec les mains nerveuses d’Eponine autour elle. « Hmmm… pas trop mal. » Elle prit une inspiration et cligna des yeux. « C’est toujours trouble. »

« Hum… » Eponine tapota maladroitement l’oreiller derrière elle. « Ne… bouge pas trop… ok ? » Elle poussa sur les épaules d’Ephiny pour l’allonger à nouveau. « Tu pourrais… »

« Vomir ? » Répondit Ephiny d’un ton neutre. « Peut-être. » Elle se releva, se soulevant un peu plus haut. « Tu penses qu’ils vont nous cantonner au pain et à l’eau ? » Elle mit la main sur le bras d’Eponine. « Ecoute… ils étaient plutôt en colère contre moi ici… ne t’énerve pas s’ils te toisent, d’accord ? »

« Ils n’ont pas le droit d’être en colère contre toi, Eph ! » Protesta Eponine. « C’est toi qui a eu le bras cassé, tu te souviens ? Elle devrait être en colère contre moi plutôt. » Elle baissa les yeux. « C’est moi qui voulait son sang, pas toi. »

Ephiny leva la main et lui effleura la joue. « Pony, laisse tomber… on a toutes fait des erreurs dans ce bazar… Cyrène est sa mère, je ne la blâme pas de protéger Xena. » Elle tira sur la tête aux cheveux fauves et l’embrassa. « Ça a été dur pour nous toutes. »

Eponine plissa le front. « Oh oui… ça me rappelle… » Elle se redressa et croisa les bras, une expression sévère sur le visage. « A quoi tu pensais, de venir ici toute seule ? ? ? ? »

« Mmm. » Ephiny ferma les yeux. « Je sens un évanouissement venir », dit-elle. « Mais je me demandais quand tu te mettrais à crier sur ce sujet. » Elle ouvrit un œil. « Sois gentille. »

L’attitude d’Eponine vola en éclats. « Oh… Eph… ce n’est pas juste », marmonna-t-elle. « Tu aurais au moins pu attendre que je revienne… Tu parles d’un retour déplaisant à la maison. »

La régente ouvrit l’autre œil et étudia sa compagne. « Ça merappelle. » Elle tapota des doigts sur la couverture douce qui la couvrait. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » Elle contracta le front. « Tu n’es pas supposée être de retour avant une semaine et demie. »

Un silence, tandis qu’Eponine examinait sérieusement ses mains, les doigts entremêlés. « Je… » Mal à l’aise, elle se leva et alla à la fenêtre, s’appuyant contre l’encadrement et regardant la pluie qui tombait régulièrement. « La chasse ne se passait pas bien… je… je ne sais pas… j’ai juste… décidé de rentrer plus tôt », finit-elle par répondre d’une voix légèrement rauque.

Ephiny eut une expression légèrement intriguée. « Et bien… je ne me plains pas… j’étais juste curieuse. »

Un léger coup à la porte interrompit l’échange et Eponine alla ouvrir, reconnaissante.

Elle recula avec incertitude en se retrouvant devant le regard froid et évaluateur de Cyrène. « Hum… désolée… je… »

L’aubergiste regarda au-delà et ouvrit la porte en grand. « Détends-toi », dit-elle calmement. « Je ne pensais pas te revoir ici aussi tôt. » Ces mots étaient à l’intention d’Ephiny. Cyrène tourna le regard vers Eponine. « Si tu vas à la cuisine, il y a un plateau tout prêt… »

La maîtresse d’armes hocha la tête d’un air brusque. « Merci », répondit-elle d’un ton hésitant, puis elle passa la porte, mais pas sans un dernier regard inquiet vers le lit.

Cyrène s’avança et s’assit dans le fauteuil abandonné par Eponine ; elle posa légèrement les coudes sur ses genoux. « Xena a dit que tu venais ici. »

Ephiny la regarda avec prudence, clignant des yeux pour essayer d’ajuster ses traits. « Oui. » Elle prit une inspiration. « Je… te dois des excuses », dit-elle tranquillement. « Et hum… »

« Non », dit Cyrène avec un soupir. « Tu ne me dois pas d’excuses. Je t’en dois moi. Tu avais raison d’être inquiète pour Gabrielle. » Elle regarda le sol. « Xena est ma fille et je l’aime, mais je ne suis pas aveugle sur ce qu’elle est. » Elle s’interrompit. « Ou ce dont elle est capable. »

Ephiny sentit qu’un sourire se frayait un chemin sur son visage. « Ne dis pas ça à Gabrielle », répondit-elle d’un ton ironique. « Elle te botterait les fesses. »

Cyrène leva les yeux et elle eut un demi-sourire bien familier. « C’est plutôt vrai, oui. » Elle hésita puis continua. « Il se trouve qu’elles ont décidé qu’elles étaient importantes l’une pour l’autre et c’est bon pour moi. »

La régente hocha lentement la tête. « Moi aussi. » Elle s’interrompit. « Alors tout va bien entre nous ? »

L’aubergiste lui tapota le bras. « Tout va bien. »

Eponine rentra dans la chambre, les regardant avec incertitude. « Salut. »

Ephiny réfréna un sourire. « Tout va bien – je ne suis pas morte. » Elle lança un regard à Cyrène. « On a… fait la paix. »

La maîtresse d’armes posa le plateau et s’essuya avec soin les mains sur le cuir. « Oh… génial… hum… » Ses yeux couleur caramel fouillèrent attentivement la chambre puis s’arrêtèrent sur le visage de Cyrène. « Ecoute… j’étais vraiment furieuse contre elle… pour ce qu’elle avait fait à Eph… et j’avais peur pour Gabrielle… c’est une gamine tellement gentille. » Eponine prit une inspiration. « Peut-être que… je… elle m’a laissée la frapper… et… »

Cyrène tendit la main. « Dis-toi que tu es chanceuse », dit l’aubergiste d’une voix traînante. « Elle ne m’a pas laissée le faire depuis qu’elle a sept ans. »

Elles la regardèrent. « Sept ans ? » Demanda lentement Ephiny. « Elle ne… »

« Me frappait pas ? Non… » Cyrène rit. « La petite vaurienne était plus rapide qu’un furet. Elle avait ce truc favori d’aller dans la cour quand elle savait que je la cherchais pour une fessée… elle se mettait derrière ce grand arbre… elle savait que je ne pourrais pas l’attraper. » Elle soupira. « Ça ou bien elle grimpait sur ce maudit truc… elle s’est endormie là-haut une fois où j’étais vraiment furieuse. »

Ephiny rit de surprise. « Quelque part… je ne peux pas m’imaginer… » Eponine secouait rapidement la tête faisant bouffer ses cheveux autour d’elle.

« Non. » Cyrène devint sérieuse. « La plupart des gens ne le peuvent pas – ils ne voient que le côté dur et la colère, et les combats. Mais c’est ma fille au-dessous de tout ça… et elle est bien plus intelligente et plus sensible qu’on ne lui en donne crédit. »

Ephiny l’étudia avec gravité. « Sauf Gabrielle. »

Cyrène hocha la tête. « Oui. » Elle se leva et frotta ses mains sur son tablier. « Pas la peine de vous montrer maintenant -  c’est rude là dehors. J’ai envoyé se reposer tous ceux que je trouvais. » Elle regarda Ephiny. « Renas est venu ici ce matin ? »

Ephiny hocha la tête. « Oui… » Elle eut un demi-sourire. « Il s’est souvenu de moi, c’est sûr. » Elle garda le silence. Renas avait été doux et avait nettoyé ses coupures et éraflures, mais il n’avait pas eu de mot d’encouragement pour la rassurer sur des blessures qui pourraient durer… ou bien si sa vue allait revenir. Là maintenant, la pièce était pratiquement dans un brouillard, avec des halos autour des chandelles vacillantes, et des ombres noires qui bougeaient et se transformaient en Cyrène et Eponine.

Elle avait peur et ça ne la dérangeait pas de l’admettre pour elle-même. Elle avait toujours un mal de crâne lancinant, un battement de l’intérieur qui envoyait des élancements de douleur dans son dos, et l’œdème rendait douloureux même le fait de parler. Mais pas besoin de paniquer, pas vrai ? Elle pouvait tout aussi bien rester allongée et profiter du lit doux et de la bonne nourriture, et voir ce que le futur proche allait apporter. « Merci pour le petit déjeuner », dit-elle doucement.

« Pouh », ricana Cyrène. « C’est une auberge et je suis l’aubergiste… à quoi tu t’attendais ? » Ses sourcils grimpèrent brusquement. « Du pain et de l’eau ? »

Eponine toussa.


La cave à légumes était humide et presque silencieuse. Autour de Paladia étaient accrochées les provisions de l’été, entreposées pour les mois froids à venir et elle était seule. Au début, ils l’avaient amenée à un autre endroit, mais après une courte discussion murmurée, elle avait été amenée ici. Un guérisseur était venu et avait jeté un regard neutre à son bras ; il avait changé les bandages et posé une crème âcre sur la peau ouverte. Les deux Amazones se tenaient attentives, leurs mains ne quittant pas leurs armes jusqu’à ce que le guérisseur ait fini et quitté la cellule.

Puis elles étaient parties aussi, verrouillant derrière elles avec un grincement d’acier lourd. Elles avaient laissé une grande chandelle, assez loin pour qu’elle ne puisse pas l’atteindre, attachée comme elle l’était, et ça avait été sa seule compagnie pendant la longue nuit humide.

Ça et la douleur dans son bras, qui faisait mal, vraiment mal et battait tellement qu’elle pouvait voir les images rougies des battements contre l’intérieur de ses paupières.

Elle avait pensé… à coup sûr… elle pouvait tuer cette petite… avant que quiconque ne puisse la stopper. Elle n’avait pas vu bouger Xena… juste… un impact, et la douleur… Aucun mortel ne pouvait bouger aussi vite.

Elle avait faim, et soif, et… les murs en terre noirs et humides semblaient se rapprocher en silence. Solitaire. Même dans les grottes, elle avait toujours eu de la compagnie quand elle le voulait… soit dans la grande pièce, où ils racontaient des histoires et jouaient à des jeux jusqu’à ce qu’ils s’endorment, ou dans ses propres quartiers, où il n’y avait pas manque de volontaires, avides de gagner ses faveurs, quand elle n’avait pas de captive.

A la maison, il y avait toujours eu ses frères et sœurs, mais… l’hiver dernier avait mis fin à ça. Sa sœur lui manquait… Ephiny la lui rappelait… un peu. Peut-être que c’était les cheveux bouclés.

Là, elle se demandait ce qui allait lui arriver. Allaient-ils la tuer ? Cette Amazone-là le voulait assurément. Mais Xena l’avait arrêtée… et on aurait dit que Gabrielle était d’accord avec ça.

Gabrielle… elle la détestait. Ce visage suffisant et cet air d’une morale tellement supérieure.

Finalement, elle s’était endormie jusqu’à ce que le soleil se lève, passant un petit rayon de lumière grise par l’étroite fenêtre vitreuse pratiquement au niveau du sol. Il pleuvait, elle pouvait entendre le tambourinement de l’eau sur le sol, un bruit familier de son enfance quand ses parents travaillaient la terre, une pauvre famille qui avait à peine de quoi manger.

Maintenant, ironiquement, elle était entourée de nourriture et elle ne pouvait pas la toucher.

Des bruits de pas, très légers. La porte s’ouvrit et cette foutue gamine se glissa à l’intérieur. « Va-t-en. » Elle ne voulait pas voir son visage affreux et osseux. La fille l’ignora et s’installa, posant un plateau de quelque chose devant elle. Oh. De la nourriture. Est-ce qu’elle devait manger ? Pas manger ? Oh, zut… elle pouvait tout aussi bien. Elle fit passer sa main valide devant elle, tirant sur les menottes qui l’attachaient aux anneaux profondément enfouis dans la terre battue solide.

Sur le plateau il y avait du pain, avec des morceaux de fruits dedans, pour ce qu’elle pouvait en dire, et un bol de céréales épaisses à l’odeur de noisette. C’était bon et elle mangea tout, ignorant le visage sombre et attentif de la fille cinglée.

La nourriture lui fit du bien, elle était moins étourdie, et même la douleur dans son bras semblait se calmer un peu, bien que c’était peut-être la distraction due à sa petite copine. Elle espéra qu’elle ne se mette pas à parler, sa voix causant à Paladia un mal de crâne aussi méchant que celle de Gabrielle. C’était une voix qu’il fallait écouter, à qui il fallait faire attention, parce qu’elle avait des sons intéressants et différentes façons de former les mots. Elle détestait ça.

Oh dieux… elle allait parler. Paladia soupira intérieurement. Bon, ça fera au moins passer le temps.

« Tiens. » Cait avait fini de mélanger quelque chose dans un bol. « Renas a dit que tu pouvais avoir ça, c’est pour la douleur. » Elle lui tendit la coupe.

Paladia la regarda d’un air soupçonneux et renifla le contenu. « Qu’est-ce que c’est ? »

La jeune fille haussa les épaules. « Je sais pas, pour sûr… c’est lui le guérisseur. » Elle prit les plats et les mit sur le plateau. « Tu peux le boire ou pas… mais c’est sûrement mieux que ça ne l’est sans. »

Paladia dût admettre que c’était probablement vrai. Elle prit une gorgée puis tressaillit, et elle but la mixture d’un coup, sentant le chatouillis d’herbes macérées quand elle descendit dans sa gorge. « Beuh. »

« Oui, et ben… » Cait se frotta les doigts. « Ça ne te tuera pas… t’inquiète. Je l’aurais fait moi-même si c’était le plan. » Son regard froid et gris scruta le visage de Paladia. « Tu as plutôt de la chance qu’Ephiny aille mieux… et que rien n’est arrivé à Gabrielle hier soir. »

La grande femme ricana. « Tu appelles ça de la chance ? » Elle cligna des yeux. « Je suis choquée que ta précieuse Xena ne se soit pas occupée de ce petit détail… elle est supposée être une telle tueuse. »

Cait sourit de son sourire calme et impitoyable. « C’est plutôt que… si elle te voulait morte, tu le serais déjà. » La jeune fille croisa les mains. « Mais la Reine n’aime pas tuer, je me demande pourquoi. »

Paladia la fixa. « Qui décide de ce qui va m’arriver ? »

L’Amazone fine et blonde laissa un lent sourire se former sur ses lèvres. « C’est elle… et elle est toujours tellement, tellement juste. » Puis elle se leva et prit le plateau avant d’aller à la porte et de frapper.

Après qu’elle fut partie, le silence et la pluie revinrent, et elle fut seule avec sa seule douleur, ses pensées et l’odeur de la terre humide.


« Xena, viens par ici. » Gabrielle leva les yeux, près de la commode où elle avait pris une tunique propre. « Xena ? »

La guerrière sursauta puis se tourna depuis l’encadrement où elle était appuyée paresseusement. « Hum ? Désolée… » Elle alla vers Gabrielle. « Qu’est-ce qui se passe ? »

La barde pencha la tête, légèrement intriguée. « Tu n’es pas réveillée, ça c’est sûr. » Elle tendit la main pour tester le front de Xena. « Et bien… tu n’es pas fiévreuse… » Ses yeux verts brillèrent. « Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Sa compagne la gratifia d’un sourire détendu. « Je ne sais pas… je suis juste de bonne humeur pour changer, je présume. » Elle laissa Gabrielle lui enlever doucement sa chemise souple et passer la tunique neuve, l’attachant avant de boucler la ceinture avec un geste taquin. « Merci. »

Gabrielle lui donna une petite tape sur les côtes. « Va mettre tes bottes, ok ? » Elle la poussa un peu. « J’ai faim. »

Xena rit et lui entoura la taille de ses mains fortes, la soulevant pour l’embrasser longuement. Elle sentit les mains de Gabrielle autour de son biceps et sourit un peu tandis qu’elles se séparaient et elle étudia les yeux paisiblement fermés de sa compagne. Elle toucha les paupières tremblantes de ses lèvres et regarda les pupilles claires et vertes de son âme-sœur apparaître. « Moi aussi. »

« Mm. » Gabrielle relâcha sa prise sur le bras de Xena et leva la main pour caresser le visage de la guerrière. « Toi aussi quoi ? »

Xena se laissa aller à rire et lui donna une étreinte inattendue. « Allons… j’entends ton ventre gronder d’ici. » Elle reposa la barde à contrecœur. « On a promis de les retrouver là-bas pour le dîner… je peux juste imaginer ce qu’on va se prendre si on n’y va pas. »

Gabrielle se rapprocha avec un déhanché léger, passant les mains sur le corps élancé de sa compagne. « Ils peuvent embrasser mes fesses de barde, Xena. »

« Hmmmm ? ? ? » Xena haussa brusquement les sourcils. « Pas à moins qu'ils ne veuillent voir leurs lèvres arrachées et pendues au-dessus du foyer de ma mère, Gabrielle. »

Elles se regardèrent et éclatèrent de rire. « Oh… elle est bonne celle-là. » La barde lui tapa la poitrine. « Le foyer, hein ? »

« Fesses de barde ? » Répéta Xena en lui donnant une tape sur la partie du corps évoquée. « Viens, allons nous faire mouiller. »

Gabrielle se fraya un chemin dans une ouverture sur le devant de la chemise de sa compagne et lécha la peau. « Très bien… si tu le dis. »

« Ga… » La voix de Xena sursauta. « Ouaouh. » Elles se regardèrent à nouveau et rirent. « Oh bon sang… on ne va pas trop loin, pas vrai ? »

La barde relâcha un soupir moqueur. « Oh… très bien… » Elle prit son manteau de la table et tendit le sien à Xena. « Mets ça… tu ne vas pas passer toute la soirée mouillée. »

Un sourcil noir se courba d’un air suggestif, accompagné d’un sourire diabolique.

« Xena. » Gabrielle leva les yeux au ciel. « Allons. » Elle alla vers la porte en tirant sa compagne derrière elle. « Ecoute… je veux qu’ils amènent Paladia de cette cellule… pour qu’elle dîne dans l’auberge avec nous tous. »

Xena se figea, manquant soulever Gabrielle de terre. « Quoi ? »

La barde se retourna et mit la main sur la poitrine de Xena. « Je sais… ça semble fou… mais j’ai le sentiment qu’il y a quelqu’un là-dedans, Xena… et si je dois la juger, je veux être sûre de moi. »

La guerrière plissa le front. « Et qu’elle dîne avec nous te le permet comment ? »

« Ça ne le fait pas… mais ça la met dans un environnement plus normal… je ne pense pas qu’elle ait jamais eu ça. » Les yeux vert brume la suppliaient. « Fais-moi cette faveur, s’il te plaît ? »

Un demi-sourire. « Tu es la Reine », murmura Xena. « Très bien… mais je te le dis, Gabrielle… elle fait mine de bouger là-bas et je vais… »

« Chh. » La barde la poussa un peu. « Xena, elle un bras complètement fracturé… quels ennuis tu penses qu’elle peut faire ? Que tu ne peux gérer ? Par Hadès… que je ne peux gérer ? »

« Rrrr », grogna Xena. « Très bien. »

Une tape sur la cage thoracique de la guerrière. « C’est ma tigresse, ça. »

« Hum… » Xena se frotta la mâchoire. « Essaie de ne pas m’appeler comme ça devant Toris, ok ? »

« Eh. » Gabrielle sourit de son sourire plein et espiègle. « Des munitions… j’aime bien ça. »

Elles sortirent sous la pluie, Xena tirant sur la capuche de son manteau huilé avant de faire la même chose pour sa compagne. « Tu sais… » Dit calmement la guerrière, en regardant Arès s’agiter sous la pluie. « Gabrielle. Je ne suis pas sûre que l’amener là-dedans en présence d’Ephiny soit une bonne idée. »

La barde la regarda, repoussant le bord de sa capuche. « Elle n’est pas assez stupide pour tenter quelque chose. »

Xena donna un coup de pied dans un caillou et le regarda faire une éclaboussure dans les flaques. « Non… je sais bien… je pensais à Eph… Elle a plutôt passé de mauvais moments avec elle. »

Gabrielle réfléchit à ces mots. « Et bien… oui… d’accord… je vois ce que tu veux dire. » Elle mâchouilla sa lèvre. « Bon alors… laisse-moi parler à Eph d’abord… la sonder pour voir comment elle se sent avant de le faire, ok ? »

La guerrière hocha la tête, soulagée. « Ok. »

Un léger coup contre sa hanche. « Tu deviens très sensible en vieillissant, Xena. »

Celle-ci lui lança un regard noir. « Ce n’est pas… »

« Chh. » Gabrielle lui tapota le bras. « Je blaguais juste. » Elle entrelaça ses doigts avec ceux de son âme-sœur. « En fait, je pense que je perds la main… j’aurais dû m’en rendre compte sans que tu dises quoi que ce soit… c’était plutôt stupide et insensible. »

Elles marchèrent en silence. « Tu es… concentrée », finit par dire Xena, tandis qu’elles approchaient de l’auberge, à demi cachées par la pluie. « Mais je le fais aussi, parfois. » Le bois trempé des marches de l’auberge clapota légèrement alors qu’elles montaient. « J’oublie les choses importantes… comme les sentiments des gens. »

La barde attrapa la clenche et ouvrit la porte avant d’entrer. « Je n’étais pas comme ça », déclara-t-elle tranquillement. « Je n’aime pas ça. » Ou bien est-ce parce que je suis tellement convaincue que je peux retourner les gens ? Ajouta-t-elle en silence. Wow… reprends-toi, Gabrielle… est-ce que c’est de ça qu’il est question ?

Une sensation vertigineuse la saisit tandis qu’elles entraient dans l’auberge. J’étais tellement sûre de pouvoir changer l’état d’esprit de Paladia… qu’est-ce que j’allais faire si je n’y arrivais pas ? Est-ce que j’aurais été capable de gérer la situation si elle m’avait fait ce qu’elle a fait à Eph ? Son cœur s’arrêta un instant.  Si j’avais laissé se dérouler les choses comme elles étaient… et pas essayé de changer de place avec elle, elle n’aurait pas eu à faire ce qu’elle a fait. Bon sang. Mais j’étais tellement sûre de moi, pas vrai ? Tout comme j’étais sûre pour Hope. Ses épaules s’affaissèrent et elle sentit une pression chaleureuse sur elles.

« Hé. » La voix de Xena interrompit son introspection. « Donne-moi ton manteau. » La guerrière lui prit le vêtement et posa les deux manteaux sur une étagère près de la porte, avant de remettre une main sur sa nuque pour masser les muscles soudain tendus. « Allons saluer Eph. »

Gabrielle hocha la tête en silence et sentit la douce pression s’accentuer.

« Gabrielle ? » La voix de la guerrière semblait hésitante.

« Oui. » Elle prit une inspiration et regarda sa compagne. « Je pense que j’ai fait une grosse erreur dans cette grotte. »

Le pouce de Xena lui caressa la joue. « Ne reviens pas là-dessus, mon amour. » Un sourire désabusé. « Ça n’amène rien de bon… je le sais mieux que quiconque. » Elle guida Gabrielle le long du couloir court qui menait aux quartiers temporaires d’Ephiny et elle tapa légèrement à la porte.

« Entrez. » La voix d’Ephiny était neutre. La porte s’ouvrit vers l’intérieur et la maîtresse d’armes recula, avec un sourire instinctif. « Hé… regarde ce que la tempête a apporté. »

Elles entrèrent et Gabrielle vint immédiatement se mettre au côté d’Ephiny, s’asseyant sur le petit tabouret près du lit. « Salut toi. »

La régente était à demi assise, à demi inclinée, et semblait remarquablement éveillée. « Salut à toi aussi », répondit-elle. « Qu’est-ce que vous avez fait toute la journée toutes les deux ? »

Xena s’appuya contre le mur et croisa les chevilles. « Pas grand-chose », confessa la guerrière. « Renas est passé… il a dit qu’il était venu te voir trois fois… je me suis dit que tu n’avais probablement pas besoin que je traîne par ici aussi. »

Ephiny la regarda puis sourit. « Hé… je peux voir le bleu de tes yeux… c’est une amélioration », dit-elle d’un ton animé. « Les choses s’éclaircissent. »

Cela lui valut un sourire de tout le monde. « C’est bon à entendre », répondit Xena d’un ton soulagé. « Maman vous a nourries ? »

Eponine ricana doucement. « Oui… on peut dire ça. » Elle se lécha les doigts et lança un regard coupable vers Xena. « Elle a été géniale… elle a apporté ces petites boules… » Elle souleva un panier quasiment vide vers la guerrière. « Je pense qu’il y a de l’alcool dedans. »

Xena renifla délicatement. « Hum… oui. » Elle en prit un et le mit dans sa bouche avant de mordre. « Hmmm… » Elle haussa les sourcils. « C’est sûr qu’il y en a. »

« Hé. » Gabrielle lui lança un regard plissé.

La guerrière prit une autre pâtisserie et la lança, regardant avec stupéfaction Gabrielle la rattraper avec les dents.

« Mmm… » La barde mâcha d’un air joyeux, puis elle se tourna à nouveau vers Ephiny. « Alors… tu te sens mieux ? »

La régente regarda ses mains, croisées sur la couverture et hocha lentement la tête. « Beaucoup mieux… oui. Le repos a fait du bien. Je n’ai plus mal à la tête… c’est juste un peu raidi. » Elle s’étira légèrement. « Autrement… zut… je me sens plutôt bien. »

« Hm. » Gabrielle la regarda pensivement puis lança un regard à sa compagne.

Eponine soupira. « Allez Xena… allons comparer nos techniques à l’arc. » Elle échangea un regard ironique avec la grande guerrière. « Je sens un royal relent de ‘laissez-nous seules’ par ici. »

« Hé ! » Gabrielle et Ephiny protestèrent en chœur.

Xena eut un sourire amusé. « J’ai une meilleure idée… allons trouver plus de ces petits encas. » Elle se repoussa du mur et attrapa la poignée de la porte, un sourcil recourbé à l’attention d’Eponine. « Ça te dit ? »

« Oh oui », répondit rapidement Eponine. « Je te suis. »

« Vous feriez mieux de nous en rapporter », avertit Gabrielle en essayant de réfréner un sourire. Elle regarda la porte se refermer puis se tourna vers Ephiny et secoua la tête. « Elles sont subtiles, pas vrai ? »

Ephiny retint un sourire. « Tu as réussi à la faire se détendre un peu aujourd’hui ? Tu sembles aller mieux. »

La barde se frotta le nez. « Oui… mais je n’ai pas eu beaucoup de travail pour ça… elle était plutôt épuisée », répondit-elle. « Mais nous allons bien… et toi, comment vas-tu vraiment ? »

La régente étudia ses mains. « J’ai eu beaucoup de temps pour penser… probablement trop. » Elle leva la main et repoussa avec précautions ses cheveux de ses yeux. « Je… n’ai pas encore dit à Pony… ce qu’elle a fait. »

« Mmf. » Gabrielle émit un son de sympathie. « Ça te taraude vraiment ? »

Ephiny fit une pause. « Plus j’y pense… je… je veux dire que, je présume que… quand ça se produisait, j’étais en mode réaction, tu sais. »

Gabrielle hocha la tête.

« Alors… c’était juste… et bien, survivre et m’en inquiéter plus tard », marmonna la régente.

« J’ai connu ça », répondit doucement la barde. « Je l’ai vécu. »

Un silence. « Je présume que oui, pas vrai ? » Finit par murmurer Ephiny. « Est-ce que… tu te sentais salie, Gabrielle ? »

La barde hocha lentement la tête. « J’étais en colère… et effrayée… et… » Elle s’interrompit. « Et coupable… comme si c’était de ma faute. » Elle prit une inspiration. « Comme si j’avais fait quelque chose pour le mériter. »

Ephiny relâcha une inspiration longtemps retenue. « Je… j’ai honte. » Elle tordit ses mains et Gabrielle lui prit les doigts chaleureusement. « Je… j’aurais dû pouvoir l’arrêter… faire quelque chose… j’ai juste… bon sang… »

« Eph… ce n’était pas de ta faute », insista Gabrielle tranquillement. « Tu n’étais pas responsable de ce qui s’est passé là-bas. »

« Mon esprit le sait », répondit doucement l’Amazone. « Je suis une personne pratique, Gabrielle… je me le dis toujours, mais… »

La barde lui tapota doucement l’estomac. « Mais ça fait mal ici… ton cœur ne comprend pas. »

Ephiny hocha la tête. « Oui », admit-elle en s’accrochant à la main de la barde. « J’ai l’impression d’avoir laissé tomber tout le monde… comme je me suis laissé tomber, être capturée… dieux… Gabrielle… comment j’ai pu être inconsciente là-bas ? C’était des fichus gamins. »

Gabrielle mit le bras autour de ses épaules et la serra. « Vous êtes tous pareils, vous les guerriers, tu le sais ? » Lui dit-elle d’un ton ironique. « C’est cette fichue fierté. »

Ephiny se détendit et posa la tête sur l’épaule musclée de Gabrielle. « C’est un truc d’Amazone… on fournit l’attitude avec le cuir et les perles. » Elle s’interrompit. « Gabrielle… je ne… j’ai du mal à trouver un moyen de dire à Pony ce qui s’est passé », admit-elle tranquillement. « Je ne pense pas pouvoir le faire. »

La barde renifla d’un air pensif. « Et bien… à moins que je ne me trompe… tu n’auras pas à le faire. »

Ephiny cligna des yeux. « Xena ? » Elle fut partagée rapidement entre l’anxiété et le soulagement.

« Mmhmm », répondit Gabrielle. « Elle est… » La barde fit une pause. « Probablement en train de lui donner des conseils. » Elle hésita puis reprit. « Elle… je n’attendais pas vraiment de compréhension… de sa part. Parce qu’elle est tellement indépendante… c’est… et bien, peu importe… je ne m’attendais pas à ça. Mais… elle a un… moyen de… » La barde s’interrompit, à la recherche des mots. « Elle voit des vérités en moi… que je ne… vois pas parfois… Je présume que je le fais aussi pour elle… mais après qu’on soit rentrées ensemble… elle m’a vraiment aidée. »

Ephiny resta silencieuse un moment, digérant ces mots. « Ecoute… je suis désolée pour tout ce truc avec nous. »

« N’en sois pas désolée », répondit rapidement Gabrielle. « Ephiny… plus j’y repense… je suis contente que tu l’aies fait… c’était la bonne chose… c’était la seule chose logique à faire. Tu n’avais aucun moyen de savoir ce qui se passait, et elle est une personne très, très dangereuse. Je… j’aurais pu avoir de gros ennuis. »

« Mais… »

Gabrielle soupira. « Je sais… j’ai crié… mais je sortais juste d’un endroit vraiment sombre à ce moment-là… on avait juste… seulement juste… réussi à rabibocher les choses… et je savais combien elle souffrait. » Elle soupira. « Je… sais que j’ai surréagi. »

Ephiny cligna des yeux. « C’est ton cœur qui parlait. »

Cela lui valut un sourire serré de la part de la barde. « Oui… c’était ça… mais tu as fait ce qu’il fallait et je dois aussi une excuse à Pony et Solari. » Elle soupira. « Ça compte beaucoup pour moi qu’elles aient voulu risquer leur vie pour m’aider à en sortir. »

La régente lâcha un soupir de soulagement. « C’est bon de te l’entendre dire. » Elle resserra sa prise sur les doigts de Gabrielle. « Pony l’aime beaucoup… ça… n’a pas été facile pour elle de faire ce qu’elle a fait. »

Gabrielle se mordit la lèvre. « Je sais », répondit-elle doucement. « Xena comprend… elle a dit qu’elle aurait fait exactement la même chose à votre place. » Elle posa avec prudence sa tête contre celle d’Ephiny. » Parfois mon cœur est aveugle quand il s’agit d’elle. » Elle fit une pause. « Je pense que… peut-être qu’elle va… parler à Pony de ce qui s’est passé et l’empêcher de faire une bêtise. »

Ephiny tressaillit. « Elle va être intenable… elle est pratiquement aussi protectrice que tu l’es. »

La barde cligna des yeux. « MOI ? »

Ephiny la regarda de près et haussa péniblement un sourcil.

Gabrielle fit un bruit d’accord. « Ok… ok… alors… est-ce que tu es prête à sortir pour dîner, ou bien… »

La régente se mâchouilla la lèvre. « Je… oui, j’aimerais bien voir des gens… c’est trop calme ici. Trop de temps pour juste… »

« Penser », proposa Gabrielle.

« Oui », confirma Ephiny. « Gabrielle, je peux te poser une question ? »

Le regard vert vint se poser sur elle avec incertitude.

Ephiny la relâcha et se pencha en arrière, l’étudiant avec curiosité. « Pourquoi est-ce que tu sens toujours le cuir ? »

Le visage de la barde prit une teinte cramoisie et elle lâcha un rire embarrassé. « Euh… et bien, en fait dans le cas présent, c’est parce que cette chemise était dans le même tiroir que l’autre jeu de cuir de Xena. »

« Oui oui. » Ephiny tapota son bras du doigt. « Et les autres fois où j’étais près de toi ? »

Gabrielle baissa les yeux et rit à nouveau. « Allons, Eph… quel genre de question est-ce ? Xena porte du cuir pratiquement tout le temps, tout comme vous. » Elle sourit d’un air penaud. « Et je suis toujours avec elle… ou appuyée contre elle. Tu sais qu’elle fait un dossier génial ? »

« Tout ce truc de se toucher est important pour toi, pas vrai ? » Demanda calmement Ephiny.

Un haussement d’épaules. « Je pense… oui… c’est… c’était une des choses… qui me manquait le plus quand nous étions séparées… c’est finalement ce qui m’a fait tout laisser derrière moi, je pense… j’ai eu peur, pendant un long moment, de ne plus être capable de… hum… » Elle leva la main et la laissa retomber. « Être proche de… et bien, de quiconque… sans revivre ce qui m’était arrivé. » Elle relâcha un souffle. « Mais ce n’est pas ce qui s’est produit… j’ai retrouvé tout ça quand nous avons recommencé à être proches. »

La régente hocha une fois la tête de manière emphatique. « J’ai réalisé ça… et Gabrielle, comprends-moi… c’est pour ça que j’ai fait ce que j’ai fait. » Elle agrippa le bras de la barde. « Je ne pouvais pas te regarder traverser ça… pas maintenant… pas après ce qui t’était arrivé. » Elle eut un petit sourire. « Je ne le regrette pas. »

Un souffle profond. « Merci. » Gabrielle la regarda droit dans les yeux. « Tu avais probablement raison… et ce que tu as fait était très courageux. »

Ephiny eut un sourire en coin. « Mm… je dois l’admettre… c’était génial de le faire. » Ses yeux clairs étincelèrent. « Ça valait ce qui est arrivé… elle a couiné comme une truie. » Elle fit une pause. « C’est vraiment une gamine déjantée. »

Elles se regardèrent sobrement. « Alors… est-ce qu’on va essayer de la retourner ? » Demanda Ephiny d’une voix neutre.

« Tu penses qu’on peut ? » Demanda Gabrielle en penchant la tête d’un côté.

La régente haussa les épaules. « Ça vaut la peine d’essayer… il y a eu des moments où je pensais l’avoir presque convaincue… et si quelqu’un pouvait trouver un peu de soleil dans ce ciel assombri, c’est bien toi. » Elle s’interrompit et joua avec la couverture tirée autour de sa taille. « Je ne l’aime pas beaucoup, Gabrielle… je… j’aurais été plus heureuse si tu avais laissé… et bien, si tu n’avais pas décidé de la ramener avec nous. » Elle leva son regard clair et une expression calme et douloureuse y entra. « Je préférerais que tout le village ne sache pas ce qui est arrivé. »

Gabrielle s’assit, perplexe. « Je… » N’avais pas pensé à ça. « pensais que tu voulais la voir traduite en justice. »

Ephiny la regarda d’un air malheureux. « La justice ne demande qu’une décision. » Elle prit une inspiration. « Et ça ne demande que toi. » Elle ferma les yeux et laissa tomber sa tête. « Gabrielle… s’il te plaît… je ne veux pas avoir à affronter tout ça. » Elle leva les yeux. « Je ne peux pas. »

La barde mit la main sur son épaule. « Ephiny… je… » Les mots lui manquèrent et elle garda le silence. « Très bien », finit-elle par dire. « Ça reste hors du village. »

La régente laissa sa tête retomber sur l’oreiller et lança un regard reconnaissant à son amie. « Merci. » Elle regarda pensivement le mur. « Je m’amusais à imaginer que Xena la battait, tu sais. » Son regard croisa celui de la barde, ironique. « Je me souviens de ce que tu as fait quand Arella te harcelait tout le temps. » Sa voix traîna. « Ça faisait du bien. »

Gabrielle tressaillit intérieurement. « Et bien, c’est ce qu’elle a fait », répondit-elle tranquillement. « Hé… on va te mettre un châle… et on va retrouver les deux autres, hein ? Je suis sûre qu’elles ont tout mangé dans la cuisine à cette heure. »

Ephiny eut un sourire tremblant. « Oh… ça vaudra qu’on les taquine… Pony a râlé pendant près d’une demi-lune quand on est rentrées d’ici l’autre fois, au sujet du poids qu’elle avait pris avec la cuisine de Cyrène… je l’ai blaguée là-dessus. » Son sourire glissa et elle baissa les yeux.

La barde glissa les bras autour d’Ephiny à nouveau et la serra affectueusement. « Ça va aller, Eph. » Elle sentit les muscles se contracter sous son toucher alors que la régente luttait pour ne pas s’effondrer. « Tu vas aller bien… donne juste un peu de temps au temps. »

Une inspiration tremblante et une seconde et Ephiny se redressa. « Oui… je sais. » Elle s’éclaircit la voix. « Merci, mon amie. » Elle serra la mâchoire et passa la main dans ses cheveux bouclés. « Allons les retrouver, ok ? »


Xena passa la tête dans la cuisine puis eut un petit rire et poussa la porte pour l’ouvrir, se glissant à l’intérieur avant de la tenir pour Eponine. « Et voilà. » La pièce était vide, une grande marmite bouillonnant doucement sur le feu et plusieurs denrées cuites sur des plateaux et en train de refroidir partout. « Mmm. » Un sourire en coin apparut sur les lèvres de la guerrière.

« Ça sent super bon ici », murmura Eponine, en s’avançant pour regarder dans le chaudron frémissant. « C’est quoi ça ? »

Xena la rejoignit, jetant un coup d’œil judicieux au contenant. « Je n’en ai aucune idée. » Elle prit une grande cuillère et la plongea dedans, observant le contenu qui en émergea. « Des légumes… de la viande… oh, je pense que c’est du gibier… » Elle regarda autour d’elle et repéra une demi-miche de pain et en arracha un bout, puis elle le plongea dans la marmite et le mâcha pensivement. « Oui oui. » Elle était soudain consciente du fait qu’elle n’avait rien mangé depuis la veille et prit résolument deux bols dans lesquels elle versa des portions. « Tiens. »

« Mais… » Dit Eponine puis elle sourit d’un air ironique et prit le sien sans discuter plus avant, rejoignant Xena qui allait à la petite table de travail et posait le bol et le demi-pain. « Xena… je… hum… j’ai une question un peu bizarre à te poser… »

La guerrière jeta un coup d’œil aux mains agitées d’Eponine et soupira. « Attends. » Elle sortit de la cuisine et attrapa un pichet qu’elle remplit à un tonneau devant la porte avec des gestes négligents. Elle prit deux chopes de sa main libre puis ouvrit la porte d’un coup de pied et revint à l’intérieur. « Ok. » Elle posa la bière sur la table après en avoir versé deux bonnes rasades et elle poussa une chope vers Eponine.

L’Amazone haussa un sourcil. « Hé… je ne te demande pas le sens de la vie là. »

Xena s’assit et avança son bol, prenant un morceau de viande avec le bout de sa dague et elle le mâcha. « Alors ? » Elle avala. « C’est quoi la question ? » Elle en avait déjà une plutôt bonne idée, mais ça ne faisait jamais de mal de laisser les gens énoncer leurs pensées tout haut. En plus, si elle parle…décida Xena. Je peux continuer à manger.

« Hum. » Eponine prit un morceau de pain et le plongea dans le bol puis elle mordilla le bout. « Bon… est-ce que… Gabrielle t’a raconté tout ce qui s’est passé là-bas ? »

Bingo ! Xena soupira et pêcha une carotte, qu’elle coupa en deux avec ses dents. « Oui. » Elle mâcha. « Ça n’a pas été très plaisant. »

Eponine hocha la tête d’un air incertain. « Et bien… oui… je pense… » Elle attrapa sa chope de bière et prit une gorgée. « Est-ce que… hum… et bien… » Elle lâcha un soupir. « Est-ce que quelque chose s’est produit autre que… je veux dire… je… bon, ça semble stupide, je sais… mais j’ai eu cette… »

Xena s’arrêta de manger et posa sa dague, croisant les mains sur son bol tout en fixant l’Amazone. « Ecoute. » Elle traîna sur le mot. « Quelque chose s’est produit… mais je ne suis pas sûre d’être la bonne personne pour te le raconter. »

Eponine serra les mains autour de la chope et la guerrière vit que sa respiration s’accélérait soudainement. « Je… » Elle déglutit. « Très bien », finit-elle par murmurer. « Mais je ne pense pas qu’elle va me le raconter. »

La guerrière pianota sur la table. « Peut-être pas. » Elle eut un air songeur. Bon sang… est-ce que je dois lui dire ? Gran sait… Gabrielle sait… est-ce que je voudrais savoir si ça lui était arrivé à elle ? Xena réfléchit d’un air malheureux. Oui… bien sûr que oui… Mais c’est plus facile pour elle de raconter ce genre de choses… qu’est-ce que je ferais ? Est-ce que je lui raconterais ? Elle examina cette pensée avec soin, tressaillant à cette pensée. Non… je me contenterais… de l’enterrer. Elle soupira intérieurement. Oh par Hadès… je déteste faire ça. « Très bien… écoute-moi. »

Eponine leva les yeux avec prudence. « T’as pas à faire ça. »

La guerrière prit une longue gorgée de la bière et se lécha les lèvres. « Ferme-la et écoute. » Elle posa la chope. « Ça a été affreux là-bas. Paladia est une sale truie… elle s’est procuré des herbes… de la came… et elle en a donné à Eph… et elle… » Elle hésita, se souvenant qu’Eponine était sa compagne. « Ce n’était pas de la faute d’Eph… elle n’avait pas le choix, d’accord ? »

Eponine la fixa, la confusion se mêlant lentement et douloureusement à une compréhension nauséeuse et angoissée. Elle émit un cri de souffrance animale et baissa les yeux vers la table, scrutant le bois comme si c’était un parchemin qui lui donnerait d’autres réponses.

Xena bougea un peu embarrassée. Bon sang… je déteste ça… je déteste ça… je déteste ça. « Elle va bien… elle va… aller bien… c’est juste dur… tu comprends. »

La mâchoire de l’Amazone remua plusieurs fois, mais elle n’émit aucun son.

La guerrière prit une inspiration et frappa rudement sur la table, avec un son proche du tonnerre. « Ecoute ! » Elle baissa consciemment la voix, croisant le regard d’Eponine qui levait les yeux, surprise. « Tu ne peux pas t’effondrer, ok ? Tu dois lui apporter du soutien. » Xena cligna des yeux, quelque part surprise par sa propre véhémence. « C’est… » Elle s’arrêta un long moment, choisissant ses mots avec prudence. « C’est important que tu sois là pour elle. »

Eponine se contenta de la regarder.

Xena regarda la table sans même la voir. « Je n’étais pas là… pour Gabrielle », admit-elle d’une voix calme, presque atone. « Et ça l’a déchirée jusqu’à ce que je le sois. Elle levait maintenant les yeux, sans expression. « Ne fais pas ça. »

L’Amazone la fixa, respirant avec force. « Je… je ne le ferai pas », murmura-t-elle, en gagnant un tout nouveau niveau de compréhension sur la personne compliquée assise en face d’elle. « Mais je ne sais pas quoi lui dire. »

Xena recommença à manger, apparemment peu concernée. « Tu n’as pas besoin de lui dire quoi que ce soit. » Elle garda la tête baissée. « Tu le fais avec le toucher… et… le regard, sois juste là pour elle, OK ? » Elle plongea un morceau de pain dans le ragoût et le mâcha longuement. « Ça va aller. » Il lui fallait toute sa concentration pour ne pas trembler, pour garder sa voix égale, ses mouvements ordinaires.

Eponine prit lentement une bouchée de ragoût, inconsciente de ce qu’il contenait et elle mâcha, visiblement enfouie profondément dans ses pensées. « Merci », dit-elle, finalement, après avoir avalé. Elle resta silencieuse un long moment puis elle mit brusquement les mains sur la table et se releva. « Je vais aller tuer cette garce. »

Xena était prête pour ça, ayant lu la posture du corps d’Eponine avec une précision infaillible. Elle lâcha sa cuillère et tendit la main, attrapant le bras d’Eponine et la faisant brutalement se rasseoir avec une force stupéfiante. « Non. »

« Xena… je… »

« Non. » La guerrière lui lança un regard de dessous ses sourcils froncés et elle laissa sa voix descendre à son registre le plus bas et le plus sérieux. « Tu ne vas pas faire ce genre de chose. »

« Elle ne s’en sortira pas comme ça, bon sang, Xena ! » Gronda la maîtresse d’armes en tirant sur la poigne d’acier qui la retenait.

« Elle ne le fera pas », répliqua la guerrière sans la lâcher. « Tu vas faire quoi… aller battre à mort une prisonnière enchainée qui ne peut même pas se défendre ? Ça te rend meilleure ? »

Eponine arrêta de lutter et la fixa, haletante. « Pourquoi tu ne l’as pas tuée, par Hadès ? Tu savais ce qu’elle avait fait… elle essayait de tuer Gabrielle… s’il fallait une raison… pour l’amour des dieux, Xena ! »

Xena la regarda platement. « C’est ce que tout le monde attend de moi, pas vrai ? » Elle relâcha le bras de l’Amazone et s’assit à nouveau, ses mains sur ses cuisses. « Même Gabrielle me l’a demandé. »

Eponine cligna des yeux et prit une inspiration lente et irrégulière. « Je… » Elle s’arrêta, ne sachant pas quoi dire.

La guerrière se leva et alla vers le feu, ajoutant plus de ragoût dans son bol d’un geste mécanique. Puis elle revint et s’assit, la tête posée sur une main tandis qu’elle donnait des petits coups à son bol avec sa cuillère. « C’est bon. » Elle haussa légèrement les épaules. « C’est ce pour quoi je suis bonne, je présume. » Elle lança un regard ironique à Eponine. « Honnêtement… j’ai dit à Gabrielle que je devais m’être rendu compte qu’elle ne voulait pas que Paladia soit tuée… mais la vérité, c’est que j’ai glissé. » Elle s’interrompit. « Je pense. »

Eponine ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, puis elle s’éclaircit la voix. « Quoi ? »

Xena renifla d’un air pensif. « J’ai glissé. Le sol était mouillé… quand je donne un tel coup de pied, je mets mon poids sur ma jambe droite. » Elle laissa sa main tomber sur sa cuisse. « Et j’ai glissé dans la boue… j’ai raté mon but. » Elle joua un peu plus avec le ragoût, mais ne le mangea pas. « Alors… voilà ta réponse. Elle a eu de la chance. »

L’Amazone se calma, les bras croisés sur sa poitrine. Elle regarda la table pendant un long moment douloureux puis elle relâcha un soupir. « Je n’y crois pas. »

La guerrière se figea puis leva légèrement ses yeux bleus vers elle. « Quoi ? »

Eponine secoua la tête avec un froncement de sourcil buté. « Je n’y crois pas… la boue, la glace, l’eau, les raz de marée… si tu voulais qu’elle meure, elle serait morte. » Elle inhala. « Je pense que ce que tu as dit à Gabrielle était vrai… » Elle soupira. « Parce que c’est vrai – elle ne voudrait pas… tout comme Ephiny ne voudrait pas que j’aille battre une fichue gamine malfaisante », admit-elle tranquillement. « Même si je me sentirais mieux après. »

Xena réfléchit à ces mots. Ça n’avait pas été un choix conscient, ça elle le savait bien. Elle avait vu Gabrielle en danger et son corps avait réagi. Point final. « Peut-être », accepta-t-elle de dire. « Mais tu ne vas pas le faire. »

L’Amazone la fixa du regard. « Non. » Elle laissa un léger sourire tirer ses lèvres. « En plus… tu me botterais les fesses et je ne suis pas d’humeur à avoir les fesses bottées aujourd’hui. » Elle carra les épaules et prit une longue gorgée de bière puis elle relâcha un souffle de soulagement. « Merci… de me l’avoir dit. »

La guerrière mâcha lentement un morceau de carotte. « A ton service. » Elle leva les yeux quand la porte s’ouvrit, ressentant une présence familière et ne fut pas surprise de voir la tête blonde de Gabrielle. « Hé. »

« Ah hah. » La barde lui fit un petit sourire. « Je savais qu’on allait vous trouver toutes les deux là où se trouve la nourriture. » Elle tint la porte ouverte avec précaution pour Ephiny, drapée dans un châle soyeux et cotonneux. Elle utilisa ce mouvement pour masquer un regard derrière la régente pour sa compagne ; elle reçut en retour de son regard de gratitude un haussement de sourcil et un léger signe de la tête. Tu es ma tigresse, énonça-t-elle silencieusement tandis qu’elle installait Ephiny dans le siège au bout de la table et la contournait pour rejoindre Xena. « Alors… c’est quoi ça ? » Elle montra le bol de ragoût abandonné de la guerrière.

« Un encas », répondit Xena en observant les deux Amazones qui se regardaient du coin de l’œil.

« Ça ne t’ennuie pas si je le prends », répondit Gabrielle en tirant le bol vers elle et en retirant rapidement la cuillère de la main de son âme-sœur. Elle prit une bouchée et eut un tout petit clignement d’œil. « Mmm… tu n’aimes pas ? »

« C’est mon second bol », expliqua Xena en s’appuyant sur ses avant-bras et en jouant avec sa chope. « C’est bon de te voir debout, Eph. » Elle tourna son attention vers la régente qui investiguait les bonnes choses qu’avait Eponine. « Excuse mes mauvaises manières », dit cette dernière, en se levant pour prendre un autre bol et verser une portion à Ephiny. « Tiens. » Elle poussa le ragoût et s’assit à son tour.

Gabrielle tendit les pieds sous la table et les enroula autour des jambes de sa compagne ; elle vit un sourire étirer les lèvres de Xena lorsqu’elle sentit le contact. De l’autre côté de la table, Eponine murmurait tranquillement à la régente, une main sous son bras. La barde posa la tête sur l’épaule de son âme-sœur. « Tout va bien ? »

Xena se rapprocha inconsciemment et haussa un sourcil en réponse. « Plus ou moins. Et toi ? »

La barde remua la main. « On en parlera plus tard. » Elle soupira et frotta sa joue contre le haut du bras de Xena. « J’ai besoin de conseils. »

Elles se regardèrent toutes quand la porte extérieure s’ouvrit dans un grand bruit et que Johann entra en titubant, portant une poule très ébouriffée. « Ah. » Il soupira brutalement en les voyant. « Est-ce que l’une de vous, jolies jeunes filles, saurait comment sortir ces fichus machins d’une cheminée ? » Il se tourna vers Xena. « Ta mère est sur le toit et elle les pousse avec un balai, et elles sont dingues. »

Elles se regardèrent, alarmées. « Ma mère ? » Demanda brusquement Xena.

« Sur le toit ? » Questionna Gabrielle. « Avec ce mauvais temps ? »

Eponine grogna. « Ça doit être un sacré balai. »


Xena songea que c’était une bonne occasion pour laisser Eponine et Ephiny seules. Elle n’était certes pas une experte sur le sujet, mais elle soupçonnait qu’une ‘discussion’ était de mise et en plus, qu’est-ce qu’il y avait de mieux qu’une fuite dehors sous la pluie avec Gabrielle, avec la perspective de plumes de poulet mouillées ?

« Beuh. » Gabrielle souleva ses bottes de la boue avec prudence et elle la regarda. « Ça n’aurait pas pu attendre que ce soit plus sec ? » Elle était un pas devant son âme-sœur tandis qu’elles contournaient l’arrière de l’auberge et elles regardèrent le toit en chaume trempé. « Maman ! »

Cyrène, penchée dans la cheminée jusqu’aux épaules sursauta et faillit perdre pied. Elle sortit sa tête de l’ouverture et leur jeta un regard noir. « Quoi ? ? »

Gabrielle écarta ses cheveux blonds mouillés de son front et lança un regard à sa compagne. « Tu vas rester plantée là ? »

Xena était… plantée là, en fait, avec les poings fermement posés sur ses hanches, une expression interrogative sur le visage. « Oui, oui… » Elle secoua la tête puis recula d’un pas et commença une courte course vers l’auberge, s’élançant sur la paroi en bois, puis sur le toit en un saut parfait. Elle atterrit proprement à peu près à deux mètres de sa mère et avança à grands pas sur le toit vers la cheminée. « Salut. »

« Crâneuse », lâcha Cyrène. « Saut de chat… Tu es pire qu’un lapin sur de l’herbe, parfois. » L’aubergiste était d’humeur fougueuse et la pluie n’aidait en rien.

La guerrière appuya ses coudes sur le haut de la cheminée et se souleva pour regarder par-dessus le bord dans l’ouverture sombre. « C’est trop long de prendre l’échelle » dit-elle d’un air absent en se protégeant les yeux. « Combien il y a de ces foutus trucs là-dedans ? »

« Six. » L’aubergiste soupira. « Pour te dire la vérité, petite mioche, je pourrais juste allumer le grand foyer et les rôtir, mais j’ai peur qu’ils ne bloquent le conduit et que la fumée entre dans la cuisine. »

« Maman ? » Xena pencha la tête puis estima la distance et les angles.

« Hmm ? » Cyrène la rejoignit.

« Tu ne m’as pas appelée comme ça depuis que j’avais dix ans. » La guerrière la regarda avec une expression partagée entre l’ennui et l’amusement.

L’aubergiste ricana. « T’as fichtrement raison… je ne pouvais pas t’appeler comme ça après que tu es devenue plus grande que moi, pas vrai ? » Elle donna une tape à Xena sur la cuisse. « Mais je me dis que tu vas pardonner un caprice à une vieille femme. »

Le regard bleu se posa sur elle. « Seulement parce que tu es ma mère… et s’il te plaît… ne m’appelle pas comme ça quand… »

« T’appeler comment ? » Gabrielle émergea de l’autre côté du toit, se frayant un chemin avec précautions sur les poutres pour les rejoindre. « L’échelle c’est parfait, Xena. »

Cyrène eut un sourire purement diabolique. « Petite mioche. » Elle tapota la joue de Xena.

Les yeux de la barde s’éclairèrent de délice. « Oooh. »

Xena soupira et posa son front sur sa main. « Est-ce qu’on peut sortir ces fichus poulets de là, s’il vous plaît ? » Pria-t-elle pathétiquement.

Gabrielle et Cyrène échangèrent des sourires narquois puis la rejoignirent pour regarder en bas. « Est-ce que Gabrielle t’a déjà laissé lire les merveilleuses petites histoires qu’elle a écrites sur ton enfance, ma chérie ? » Demanda Cyrène d’un air innocent.

Xena se redressa et regarda sa compagne. « Nooon… » Elle étira le mot. « Je ne pense pas qu’elle l’ait fait. »

La barde colla un sourire éclatant sur ses lèvres. « Eh. » Elle regarda la cheminée. « Des poulets ? » Elle entoura la cheminée de ses bras et se souleva à demi au-dessus de l’ouverture. « Allez… petits petits… cot cot… »


La cuisine était très calme après le départ de Xena et Gabrielle, seul le doux craquement du feu sous la cuisinière brisait le silence, ainsi que le léger grattement du bois sur le bois tandis qu’Ephiny finissait son ragoût. Elle posa la cuillère et croisa les mains autour de son bol. « Alors. » Elle tourna la tête et regarda le visage plat et anguleux de sa compagne.

Eponine pensait à ce que Xena avait dit et elle hocha une fois la tête pour elle-même, puis elle tendit la main et entremêla paisiblement ses doigts avec ceux d’Ephiny. « Si tu veux en parler, je suis là. » Elle énonça les mots comme si elle les goûtait tout en parlant. « Si tu veux juste un câlin, je suis là aussi. » Elle prit une inspiration tremblante puis cligna des yeux et regarda timidement Ephiny. « Et… si tu veux que je prenne un couteau vraiment effilé… et que je commence à graver la loi amazone sur son corps, je… le ferai. »

Ephiny serra les doigts puis s’appuya lentement contre sa compagne, la tête posée contre l’épaule couverte de cuir. « Je la hais », murmura la régente.  « Comme je haïssais ces salauds de Thessaliens qui ont tué Phantès. »

Eponine inspira et se tourna à demi, pour prendre Ephiny dans ses bars. « Quand on la ramènera… » Son esprit commença à passer en revue plusieurs moyens de la punir. »Je te jure que… »

« Non », murmura Ephiny contre sa peau. « Gabrielle m’a promis de régler les choses ici. Je ne veux pas que la Nation tout entière apprenne ce qui s’est passé. » Elle inspira. « Je vais bien… je veux juste mettre tout ça derrière moi. »

La maîtresse d’armes garda le silence, en lui tapotant maladroitement la nuque. « Très bien… » Finit-elle par dire. « Je vois ce que tu veux dire, oui. » Elle entendit un bruit sourd au-dessus d’elles et leva les yeux pour voir un morceau de toile d’araignée tomber et venir se déposer au hasard sur les boucles claires d’Ephiny. Irritée, elle souffla dessus. « Mais je vais m’assurer que la Reine connaisse ses options », finit-elle par gronder doucement. « Toutes… ses options. »

Ephiny hocha la tête en silence. Elle resta tranquille un moment puis elle tapota la jambe d’Eponine. « Merci. »

« Pourquoi ? » Demanda Eponine d’un air grognon.

« Pour être ici. » La régente lui sourit. « J’avais besoin d’une amie… et tu en es une bonne. »

Eponine sourit à son tour, laissant de côté son attitude de guerrière pour une fois. Son visage se détendit dans une douceur très rare pour elle, tandis qu’elle croisait le regard de sa compagne. « Tu es vraiment spéciale, Eph… et je vais m’atteler très fort à partir de maintenant pour t’éviter les ennuis. »

Cela lui valut un sourire ironique et douloureux. « Marché conclu. »

Un bruit sourd attira leur attention vers le haut et elles regardèrent le plafond, où plus de toile d’araignée, mélangée maintenant à de la poussière et des morceaux de chaume, voletait vers le bas. « Hum. » Ephiny regarda alentour. « Tu… ferais mieux de couvrir cette marmite, chérie. »

La maîtresse d’armes se dégagea à contrecœur de son étreinte avec Ephiny et se leva, attrapant un couvercle en bois pour le glisser sur la marmite qui bouillonnait sur le feu. » Qu’est-ce qu’elles font là-haut par Artémis ? » Curieuse, elle alla vers l’âtre, maintenant frais et sombre, avec sa pile de bois de corde sec et elle se baissa, se mit sur un genou et regarda en haut.

Une plume jaune et noire unique et solitaire voleta vers le bas pour atterrir sur son genou. Eponine la prit et l’examina puis elle se pencha un peu plus vers l’avant et cria dans la cheminée. « Hé ! ! ! »

Un cri puissant, frustré et étranglé lui répondit. Elle lança un regard vers Ephiny puis haussa les épaules et retourna dans l’ouverture de la cheminée, se levant à l’intérieur et tapotant avec un bras. « Yow ! » Cria-t-elle.

Ephiny entendit un bruit d’ailes puis Eponine réémergea, suçotant son pouce avec une plume logée dans ses cheveux noirs. « Ce foutu truc m’a mordue. » Elle se retourna. « Restez là-haut, espèce de morveux à plumes ! »

Juste à ce moment-là, la porte battante s’ouvrit et Arès bondit à l’intérieur, avançant en glissant vers Eponine d’abord, qu’il renifla minutieusement, puis d’un pas volontaire et très ‘loup’ il alla vers l’âtre, où il sentait des victimes goûteuses. Il se mit sur ses pattes arrière et plongea en avant, grognant avec enthousiasme.

Une lutte sauvage et frénétique leur parvint depuis l’ouverture, puis un caquètement puissant et un battement d’ailes furieux, qui voletèrent vers le bas et tachetèrent le pelage noir du loup. Les bruits étaient couverts par des cris, puis une série de coups sourds, un autre cri, et un bruit d’écrasement.

Le silence tomba.

Une seule plume blanche descendit lentement, atterrissant sur le sol cendreux près des pattes d’Arès.

« Roo ? » Il la regarda puis se lécha les cuisses de déception.

Ephiny se découvrit les yeux et regarda Eponine qui tressaillait et regardait la porte avec hésitation. « Je… pense que… quelqu’un d’autre… va avoir des ennuis… cette fois », dit la régente.

Eponine fonça vers la porte et l’ouvrit, passant la tête dehors dans la brume grise, clignant des yeux contre l’humidité sans voir personne alentour. Elle s’avança un peu plus, ensuite elle trotta pour contourner l’auberge et se figea. « Euh. »

Xena était assise sur le sol, tenant un poulet sous son bras et fléchissait l’autre main avec une grimace douloureuse. Deux volatiles étaient perchés sur le toit, et la regardaient  avec un air désapprobateur, les autres poulets se baladaient sous la pluie, picorant des petits insectes qui gigotaient dans la boue.

La guerrière était couverte de suie, tout comme les poulets, des taches noires assombrissaient sa peau de même que les plumes avec une minutie égale. Eponine serra la mâchoire, déterminée à ne pas se mettre à rire, et elle se mit à marcher pour aller voir si la chance aidant, la guerrière s’était blessée pendant sa chute du toit, mais des bruits de pas dans la boue s’approchaient d’elle et elle se retourna pour voir Gabrielle se précipiter, glissant pour s’arrêter près de sa compagne avec une expression d’inquiétude sur le visage. « Hé… »

La guerrière leva les yeux. « Je vais bien… j’ai blessé ma fierté plus qu’autre chose. » Elle lança un regard ironique à la barde. « Ça fait un bon moment que je ne suis pas tombée d’un toit involontairement. » Elle regarda le poulet qui la fixait à son tour, un œil tourné vers elle. « Tu as vu ce que tu as fait ? »

« Cot. » Le poulet la piqua et elle le lâcha avec un cri d’indignation. « Hé ! » Son regard noir clouait le volatile qui ne se repentait pas. « Sacré remerciement. »

« Cot ! » Le poulet piqua vicieusement sa botte puis il partit en titubant, secouant ses plumes.

Gabrielle mit la main sur l’épaule de Xena et se tourna alors que Cyrène arrivait en se brossant les mains. « Et bien, maman… les poulets sont partis. » Elle observa les volatiles qui se pavanaient. « Tu les élèves pour qu’ils soient irritables ou quoi ? »

Cyrène rejoignit Eponine qui se tenait près d’elles et elle renifla d’un air pensif. « On m’a déjà accusée de ça. » Elle posa les doigts sur les cheveux noirs de sa fille. « Mais pas à propos de poulets. »

« Hé ! » Protesta Xena en levant les yeux.

« Tu vas bien, ma chérie ? » Sa mère se relâcha, refrénant un sourire. « C’était une sacrée chute. »

La guerrière se renfrogna. « Oui, je vais bien. » Elle se releva en se secouant, visiblement très inconfortable et embarrassée. « Je vais me rincer et me changer. » Elle tourna les talons et partit sans autre commentaire.

Les trois femmes se regardèrent. Gabrielle soupira. « Je suis… » Elle chercha dans sa tête une excuse pour aller à leur cabane. « Hum… »

« Oh, vas-y. » Eponine leva les yeux au ciel puis elle se tourna vers Cyrène. « Besoin d’aide avec le feu de bois ? » Elles regardèrent la barde qui partait, suivant volontairement les pas de Xena jusqu’à ce que la guerrière ralentisse et la laisse la rattraper.

Tout était dans le langage du corps, songea Cyrène, en regardant les gestes tendus et brusques se détendre et se modifier tandis que Gabrielle lui disait des mots gentils. Elle regarda les épaules se détendre et même de là où elle était, elle vit la distance se rétrécir entre elles tandis que la barde passait le bras autour de la taille de la grande femme, la tirant vers la cabane qu’on voyait à peine dans la brume. « Bien sûr… j’adorerais avoir de l’aide pour le feu de bois », répondit-elle d’un air absent.

« Elles fonctionnent vraiment bien ensemble, pas vrai ? » Dit Eponine d’un ton pratique. « C’est un sacré truc. »

L’aubergiste sourit. « Oui, ça l’est très certainement. » Elle secoua la tête. « Allons, sortons de cette fichue pluie et préparons le dîner. » Elle se tourna vers Eponine. « Comment va Ephiny ? »

L’Amazone au regard couleur caramel la regarda timidement. « Très bien… » Marmonna-t-elle. « Merci de le demander. » Elle marcha près de l’aubergiste tandis qu’elles rentraient dans l’auberge.


« Hé. » Gabrielle accéléra, essayant de rattraper la guerrière qui avançait vite. Elle savait que Xena l’avait entendue, avec ses oreilles elle pouvait entendre un lapin tentant de lui échapper à 15 mètres, mais son âme-sœur ne ralentissait pas et elle pouvait voir la colère inscrite dans la raideur de son allure. « Xena… »

Finalement, les longues enjambées hésitèrent puis ralentirent et elle la rattrapa ; elle jeta un coup d’œil sur sa gauche pour voir le visage calme et figé de Xena. « Ça t’ennuie que je me joigne à toi ? » C’était une requête à demi blagueuse, mais elle sentit la tension intérieure de sa compagne quand elle n’eut pas de réponse. « Xena ? »

Le regard bleu renfrogné croisa le sien. « Oui ? » La guerrière continuait à avancer. « Je pense que je peux me changer sans avoir besoin d’aide, Gabrielle. »

Il y avait un temps, songea la barde, où j’aurais été dévastée par ces mots. « On a atteint la limite de la taquinerie, hein ? » Répondit-elle dans une sympathie tranquille. « Désolée. »

Un muscle de la mâchoire de Xena bougea et elle cligna des yeux. « Ce n’est pas ça », mentit-elle. « Je… déteste juste… »

« Avoir l’air idiot devant tout le monde », compléta la barde. « Je sais. » Elle eut un petit sourire. « Si ça peut te consoler, ça a été la chute d’un toit la plus gracieuse que j’ai jamais vue. » Ah… Les épaules de Xena se détendirent et elle eut un regard en coin ironique à l’attention de la barde.

« Ce n’est pas de ta faute si Arès a fichu une trouille bleue à ces poulets stupides et qu’ils sont sortis de la cheminée comme ça. » Gabrielle se rapprocha et glissa un bras autour de la taille de sa compagne. « Si tu ne nous avais pas rattrapées, nous serions tombées avec toi et je doute que j’aurais survécu aussi bien… sans mentionner ce que ça aurait fait à ta mère. »

« Hmff », grogna Xena alors qu’elles atteignaient l’escalier de la cabane et le montaient. « Alors… comment ça s’est passé avec Eph ? » Demanda-t-elle tout en ouvrant la porte et en se libérant de Gabrielle assez longtemps pour entrer.

La barde sourit pour elle-même. Je suis devenue bien meilleure pour gérer ce truc… je me demande si elle sait combien elle est mignonne quand elle est grognonne à mon égard ? J’ai envie de l’étreindre et de lui pincer la joue. Gabrielle imagina la réaction si elle le faisait. Non… peut-être pas. « Et bien… » Elle attendit que Xena ferme la porte et se tourna pour lui faire face, détachant la boucle sur sa tunique boueuse et relâchant les nœuds. « Xena, je pense que tout ça la taraude plus qu’elle ne le laisse voir. »

Xena resta tranquille et laissa la barde s’occuper d’elle, tandis qu’elle examinait le bleu éraflé et qui rougissait maintenant sur son poignet. « Une guerrière amazone qui cache ses sentiments ? Ça n’existe pas », fit-elle remarquer avec un sourire. « Mais tu as probablement raison. »

Gabrielle enleva le vêtement mouillé et sale et le jeta sur le dossier d’une chaise proche. « Très drôle », marmonna-t-elle. « J’étais sérieuse, Xena… elle ne veut pas emmener Paladia au village. » La barde prit un morceau de tissu doux et sec et se mit à l’œuvre de retirer l’eau de la peau bronzée face à elle. « Je lui ai promis de m’occuper de tout ça ici. »

Xena prit une profonde inspiration et la relâcha, puis elle leva les mains et les posa sur les épaules de Gabrielle, emmêlant ses doigts dans les cheveux clairs mouillés, les ébouriffant. « Qu’est-ce que tu as prévu de faire ? »

La barde garda le silence un moment, passant ses mains d’un air absent sur le corps de sa compagne dans un geste apaisant. Finalement, elle leva les yeux vers le regard patient et attentif de Xena. « J’ai prévu de te demander un conseil », répondit-elle honnêtement. « Parce que… là maintenant… je ne suis pas sûre de faire confiance à mon jugement. »

La guerrière hocha lentement la tête puis dégagea ses mains et alla vers la commode, ouvrit un tiroir et en sortit une tunique sèche, la glissa par-dessus sa tête et laissa les plis venir se draper sur son corps musclé. « Tu veux la sauver. » Ce n’était pas une question, mais il y en avait une d’implicite dans la demande.

Gabrielle mit les mains sous ses bras et cligna un peu, contemplant les poutres. « Ma réponse à ça devrait être oui. » Ses yeux vert brume étaient un peu sombres et très sérieux. « Je ne sais juste pas pourquoi j’ai considéré que je pouvais. » Elle fit une pause. « On pourrait penser que j’ai pu apprendre depuis tout ce temps que les gens ne changent pas uniquement parce que je le veux. »

Xena s’assit lentement sur le bord du lit et baissa la tête, étudiant le plancher. Cette seule phrase dit tout, non ? Lui rappela sa conscience amèrement. Tu ne seras jamais capable de restaurer cette facette de sa foi, peu importe combien tu essayes. Jamais. « Je pense que oui », reconnut-elle doucement.

Un silence calme et contemplatif tomba entre elles. Finalement, Xena se redressa, avec l’impression de faire deux fois son âge. « Et bien, tu as plusieurs choix. » Elle fut consciente du ton rauque de sa voix et s’éclaircit la gorge avant de continuer. « Tu peux la remettre aux autorités pour qu’elle soit jugée… parce que ce n’étaient pas seulement les Amazones qui étaient affectées… beaucoup d’autres cités aussi. » Son regard alla vers la fenêtre où la pluie continuait à tomber. « Ou tu pourrais la condamner selon la loi des Amazones. »

Gabrielle leva les yeux, essayant de déchiffrer la note étrange dans la voix de son âme-sœur. Oh… par Hadès… Elle se rendit soudain compte. Elle pensait que je parlais d’elle quand j’ai dit… Rapidement, elle alla vers le lit et se laissa tomber sur un genou, les deux mains sur les cuisses de Xena. « Quelles sont ses chances, Xena ? » Elle baissa la tête, capturant les yeux bleus hésitants. « J’ai confiance en toi pour me le dire… est-ce qu’elle peut changer ? » Elle prit une inspiration. « Je présume que je considère ça comme normal après avoir vécu avec toi. »

Une très petite étincelle très timide revint à contrecœur dans les yeux qu’elle fixait attentivement. « Je présume que je ne devrais pas, hein ? Tout le monde n’a pas ta force. »

Lentement, la guerrière laissa un sourire tirer le coin de sa bouche. « Non… tout le monde n’a pas quelqu’un comme toi, Gabrielle. » Elle leva la main de la barde et l’embrassa. « Je pense qu’avec la bonne influence, elle pourrait changer. »

Gabrielle la regarda sérieusement. « J’ai mis Ephiny en grand danger. »

Xena réfléchit. « Ephiny t’aime, Gabrielle, et elle a choisi de se mettre en danger plutôt que de te voir blessée. » Un petit sourire. « Je ne peux pas dire que je pourrais… moi-même… discuter ce sentiment. » Elle joua avec un lacet. « J’aurais fait la même chose. » Elle réfléchit plus avant. « Et… pour te dire la vérité… je pense que ce que faisait Paladia… lui causait plus de supplices que quand elle a été attaquée… peut-être que c’était aussi un moyen pour elle de sortir de ça. »

La barde s’assit sur ses talons et se passa la main dans ses cheveux clairs pour les ramener derrière les oreilles. « Je ne pensais pas à ça », admit-elle. « C’est une solution plutôt drastique. »

La guerrière bougea sa main d’un côté et de l’autre. « Elle a dû faire un choix… elle l’a fait. » Xena se prit le menton. « Je ne pense pas que ce que tu essayais de faire était mal, ma barde. »

Toujours sérieuse. « Vraiment ? Honnêtement, Xena ? »

« Honnêtement », confirma sa compagne. « Ne perds pas foi en toi, Gabrielle. » Elle mit la paume sur la joue chaude de la barde et elle sentit la pression lorsque Gabrielle s’appuya dans le contact. « N’arrête pas de chercher le meilleur dans les gens, s’il te plaît. Où serais-je si tu ne l’avais pas fait ? »

« Je suis sûre que ça irait pour toi », soupira Gabrielle.

Un haussement de sourcil. « Je suis sûre que je serais morte, de la main des gens qui vivent ici précisément », rappela-t-elle à sa compagne. « Gabrielle, ne doute jamais que tu as fait une grande différence dans ma vie… n’ose même pas repousser l’influence que tu as eue. » Elle s’interrompit et fit retomber sa main d’un air embarrassé. « Tellement de gens ont touché ma vie… mais tu es la seule qui se soit mise en avant et l’ait changée. » Elle examina sa déclaration puis leva de nouveau les yeux vers Gabrielle, surprise. « Merci… pour ça. »

La barde relâcha lentement une longue inspiration retenue et elle rampa pour glisser les bras autour de Xena et s’installer dans leur étreinte invitante. Le corps de la guerrière était chaud et incroyablement confortable et elle se laissa couler avec un sentiment de soulagement. « Merci à toi », Murmura-t-elle contre le tissu soyeux.

Elles restèrent ainsi pendant un bon moment puis Gabrielle se lécha les lèvres. « Quelles options ai-je pour la passer en jugement sous la loi amazone ? » Se demanda-t-elle. « J’ai étudié toutes leurs traditions territoriale et procédurale quand j’y étais, mais pas ça. »

« Ah. » Xena posa le menton sur la tête de la barde et réfléchit. « Tu pourrais la condamner à mort pour avoir tenté de tuer à la fois la régente amazone et toi-même. » Elle sentit le tremblement parcourir le corps de la barde et la serra plus fort. « Tu pourrais la condamner à du travail forcé ou bien à la prison, ou bien au fouet. » Elle relâcha une inspiration. « Je ne sais pas, Gabrielle… je pourrais laisser la justice civile prendre soin d’elle… je ne sais pas comment tu pourrais faire légalement les choses sans dévoiler tout ce qui est arrivé à Eph. »

Gabrielle se mâchouilla la lèvre. La pensée d’en faire le problème de quelqu’un d’autre était très tentant. « Que ferait la justice d’elle ? »

« La mettre en prison », répondit promptement Xena. « Probablement pour longtemps ou l’utiliser pour du travail forcé lourd. » Elle fit une pause. « Elle n’a tué personne… ils ne vont pas la pendre. »

Gabrielle la regarda attentivement.

Xena la regarda à son tour tranquillement. « Une douzaine de fois, Gabrielle », répondit Xena. « Et il y a des endroits en Grèce qui seraient plus que contents de me mettre aux fers et de me condamner. »

« Tu n’es pas… » Commença la barde d’un ton enflammé.

Un doigt couvrit ses lèvres. « Oh, je le suis plus que sûrement, Gabrielle, et nous le savons toutes les deux », répondit-elle doucement. « J’ai fait bien, bien pire que Paladia. »

Elles se regardèrent. « As-tu déjà fait à quelqu’un ce que Paladia a fait à Ephiny ? » Demanda Gabrielle carrément.

Xena cligna des yeux et réfléchit. « Non », répondit-elle tranquillement, notant un changement dans l’attitude de Gabrielle. « Tu le savais. »

Un doux sourire. « Je le savais. »

« Mais j’ai utilisé des gens et j’ai utilisé leur attirance pour moi pour arriver à mes fins, Gabrielle », admit la guerrière. « D’une certaine façon, j’ai fait pire que Paladia, parce que ses victimes pouvaient toujours considérer que ce n’était pas de leur faute… qu’elles n’avaient aucun contrôle sur ce qu’elles ressentaient. »

« Je ne pense pas que ce soit pire », contra Gabrielle.

« Ah bon ? » Contra à son tour Xena. « Et si tu découvrais, là maintenant, que je t’utilisais pour… disons… avoir de l’influence sur les Amazones ? » Elle épela les mots avec soin. « Et que je me suis toujours fichue de toi ? »

Un silence profond.

La barde déglutit plusieurs fois avant de parler. « Ça me tuerait », dit Gabrielle très doucement. « Est-ce que tu as vraiment fait ça à quelqu’un ? »

Xena cligna des yeux. « Oui. »

La barde se mordit la lèvre et se leva pour aller vers la fenêtre et agripper fermement l’encadrement. « Est-ce que tu étais aussi proche d’eux que tu l’es de moi ? » Finit-elle par demander d’une voix étranglée.

La guerrière la regarda avec une compassion attristée. « Gabrielle, jamais dans ma vie, je n’ai été même à moitié aussi proche de quelqu’un que je le suis de toi. », dit-elle. « Je ne pourrais jamais te faire ce que j’ai fait à cette personne… en fait… pour la première fois de ma vie, je me suis mise en position qu’on puisse me le faire à moi. » Elle se leva et alla à la fenêtre, pour se tenir près de la barde sans la toucher. « Parfois… je pense que peut-être je le mérite. » Elle baissa la voix. « Je sais que je n’ai jamais rien fait pour te mériter. »

Gabrielle sentit son monde se remettre lentement en place. Elle avait eu raison pour Xena, malgré toutes les preuves du contraire. Et pour Hope ? Avait-elle ressenti la même assurance ? Elle examina la vérité avec un soupir intérieur. Non. Elle avait… « Xena ? »

« Mm ? » La guerrière avait joint les mains devant elle et les étudiait.

« Comment as-tu su… pour Hope ? » Elle balbutia le nom. As-tu… était-ce évident… ou bien… »

Xena se laissa tomber contre le mur. « Je… » Un léger haussement d’épaules. « C’est… comme quand je peux ressentir la présence d’Arès… je présume que… c’est juste une mauvaise sensation… je ne peux pas vraiment l’expliquer. » Elle posa la tête contre le bois. « J’ai … essayé de ne pas le ressentir, Gabrielle… j’ai vu comme tu étais heureuse quand tu jouais avec elle… ça me faisait tellement mal de te regarder puis de la regarder elle… et j’avais ce sentiment. »

Gabrielle réfléchit à ces mots. Ça avait du sens, basé sur ce qu’elle savait de sa compagne et ce que, elle-même, avait ressenti. « Et pour Krafstar ? » Elle leva les yeux avec curiosité. « Comment a-t-il pu te tromper ? »

Le dernier vilain secret. Xena ferma les yeux, elle ne voulait pas voir l’expression sur le visage de son âme-sœur. « Il ne l’a pas fait. » Elle déglutit. « Je me suis juste convaincue qu’il y avait autre chose. »

Un silence total de la part de Gabrielle. Xena garda les yeux fermés et attendit simplement, sentant l’horreur et la honte qu’elle avait ressenties depuis qu’elle avait fait irruption dans ce maudit temple et vu Gabrielle à genoux de souffrance.

« Tu étais jalouse. » La voix de Gabrielle était teintée d’incrédulité.

La guerrière se contenta de hocher la tête.

« Xena, comment as-tu pu… » La barde s’arrêta brusquement de parler et après une longue pause, elle continua, bien plus doucement. « Comment as-tu pu… non… comment ai-jepuêtre aussi stupide. » Une scène lui vintà l’esprit, du bateau qui bougeait, et Xena qui l’appelait et sa réponse brusque. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Le visage de Xena aurait dû lui parler. Il y avait eu… ce long moment de souffrance tranquille qu’elle avait vu… avait vu, bon sang... « Est-ce qu’il y a besoin d’y avoir quelque chose ? » Xena lui avait donné tous les signaux avec cette question et sa conclusion tellement, tellement évidente. Est-ce qu’il y avait besoin que quelque chose n’aille pas pour qu’elle veuille parler… être avec… la personne qu’elle considérait être la plus proche d’elle que quiconque ? « Oh par les dieux. »

« Toi ? » Xena leva la main de confusion et la toucha. « Non… c’est moi qui ai été stupide… Gabrielle, tu ne comprends pas… c’est ma faute. Tout ce fichu bazar… était de ma faute. »

« Non », répondit lourdement la barde. « J’étais furieuse que tu partes après César et je le faisais volontairement. » Elle leva les yeux et saisit l’expression choquée de Xena. « Tu ne pensais pas que j’avais ça en moi, hein ? C’est bon, Xena. Moi non plus. » Sa voix était très amère.

Xena posa lentement les mains sur ses épaules et l’attira, et elle se laissa tomber contre elle qui gardait le silence. La guerrière l’entoura de ses bras et lâcha un long soupir profond. « Oh, Gabrielle. »

La barde renifla. « Savais-tu… après que tout fut terminé… et que tu me tenais dans ces ruines… que la seule chose que je ressentais c’était le bonheur d’être à nouveau proche de toi ? » Elle sanglota alors que sa compagne la serrait un peu plus. « J’ai tenté de repousser Dahak et Meridian de mon esprit… parce que c’était tout ce qui me restait. » Elle prit une inspiration tremblante. « Tu étais tout ce qui me restait… et je me souviens de toi qui t’excusais encore et encore. »

« J’ai laissé les choses t’arriver », murmura Xena d’une voix brisée.

« Non. » Gabrielle leva la main et prit la mâchoire de sa compagne, lui penchant la tête pour que leurs regards se croisent pleinement. « Tu ne te blâmeras pas pour ça, Xena, plus jamais. C’est autant ma faute que la tienne et il faut que tu l’acceptes. » Elle cligna des yeux et laissa les larmes couler sur son visage. « Parce que je l’ai accepté. » Elle hésita à nouveau. « Xena, tu es tout ce que j’ai. »

Elle sentit une main tremblante lui caresser le visage. « Très bien. » La voix de Xena était un bas ronronnement. « J’accepte que nous… soyons responsables de ce qui… nous… est arrivé. »

« Je t’ai blessée, Xena », dit la barde tranquillement. « J’y pense parfois… et peu importe le nombre de fois où je m’excuserai, ça ne semblera jamais être assez. Est-ce que c’est ce que tu ressens ? »

Xena hocha un peu la tête. « Oui. » Elle attira un peu plus la barde contre elle. « C’est exactement ce que je ressens. »

« Mais tu me pardonnes », déclara Gabrielle.

« Oui… et tu me pardonnes », répondit Xena.

« Oui. » La barde reposa la tête sur la poitrine de sa compagne. « Je présume que l’amour trouve son chemin. »

Xena soupira. « Je présume que oui. » Elle fit une pause. « Tu vas bien ? » Elle passait les doigts sur le dos de la barde, apaisant la tension.

« Oui. » Le souffle de Gabrielle repoussa le tissu relâché de la chemise de la guerrière. « Toute cette hystérie, mais d’une certaine façon ça m’a fait me sentir mieux. » Elle écouta le battement régulier du cœur sous son oreille. « Je présume que je voulais me débarrasser de ça. »

La guerrière ferma les yeux. « Je me sens mieux aussi. Désolée d’avoir été aussi grognonne avant. »

Un bref sourire. « Moi aussi. » Gabrielle fit une pause. « Je pense que tu as raison. On devrait laisser la loi civile s’occuper de Paladia », décida-t-elle. « Mais ça va leur prendre un moment pour venir ici et l’emmener en prison, et ça me donnera du temps pour travailler sur elle. »

La guerrière sourit. « Je pense que c’est une bonne décision. »

Gabrielle lui embrassa l’épaule. « Les blagues reviennent ? »

Xena la regarda d’un air précautionneux. « Hum… je pense que oui. »

La barde leva la tête. « Très bien, louveteau, alors montre-moi cette main. » Elle regarda sa compagne. « Ça doit faire un mal de chien. »

Avec un sourire silencieux et éblouissant, Xena se rendit.


Ephiny leva les yeux et vit la silhouette familière de Granella qui entrait dans l’auberge et elle croisa son regard de là où elle était prudemment installée à la table la plus éloignée, une petite tasse de cidre froid entre les mains. Cyrène les avait chassées de la cuisine après qu’Eponine eut obligeamment aidé à démarrer le feu, et elles avaient décidé de se détendre dans l’auberge pratiquement vide jusqu’à l’heure du dîner. « Tu m’as l’air troublée », dit Ephiny tandis que l’Amazone élancée aux cheveux noirs les rejoignait et se laissait tomber sur une chaise avec un bruit sourd. « Tu es nerveuse pour demain ? »

Granella mit le menton sur sa main. « Dem… oh, l’union… oh que non. » Elle fit un geste vers ses deux amies qui produisirent des sourires narquois et connaisseurs. « Oh, arrêtez ça. » Elle leva les yeux au ciel. « Mais… à propos, je suis contente que vous soyez là. »

Ephiny sourit. « On n’aurait raté ça pour rien au monde. » Elle prit une inspiration et une goulée de cidre, et elle attendit que le léger étourdissement s’éclaircisse. « Bien que j’avais espéré un voyage bien moins perturbé. » Elle observa son ancienne éclaireuse d’un air neutre. « Ça va être étrange de te voir unie. »

Granella soupira. « Etrange pour moi aussi… je n’avais jamais pensé… » Elle laissa les mots s’écouler puis elle secoua un peu la tête. « Et certainement pas dans cette famille-ci. » Elle regarda autour d’elle. « Mais… j’aime bien cet endroit… si c’était juste un autre village, je ne l’apprécierais probablement pas, mais ces gens sont tellement habitués à avoir Xena et Gabrielle dans le coin que les femmes fortes et indépendantes leur paraissent normales. »

« Hmph. » Eponine écarta son visage de sa chope de bière qu’elle attaquait avec soin. « Imagine ça… Xena un modèle. » Elle ricana doucement. « Il faudra que je l’embête avec ça. »

Ephiny prit une gorgée. « Mmm… il vaut mieux laisser ça tranquille un moment… d’après ce que tu m’as dit, elle n’est pas d’humeur à se laisser taquiner en ce moment. »

Granella rit. « Gab va régler ça. » Elle eut un sourire détendu pour ses amies. « Vous devriez la voir quelquefois… elle est enjôleuse… elle est vraiment bonne… elle joue Xena à la perfection, elle la persuade en quelque sorte de sortir de ces peurs dans lesquelles elle se perd parfois… et si parler ne suffit pas, elle pose la tête sur une épaule de Xena et fait une tête de chiot. Elle claqua des doigts. « Ça marche du feu d’Hadès. »

Eponine s’appuya sur une main. « Tu l’aimes bien ? » Demanda-t-elle d’un ton négligent. « Xena, je veux dire. »

La femme aux cheveux noirs réfléchit à la question. « Oui », finit-elle par répondre avec un léger hochement de tête. « Une fois qu’on a gratté la surface mauvaise, froide et rude, il y a une personne plutôt bonne en dessous. » Elle rit un peu. « Parfois elle peut être plus facile à gérer que Gabrielle… parce qu’elle est tellement directe. »

« Mm. » Ephiny hocha légèrement la tête. « Oui… je sais ce que tu veux dire…notre Reine a pour habitude de te tomber dessus depuis nulle part parfois. » Elle prit une lente gorgée de bière et jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de Granella, tandis que la porte s’ouvrait et que les sujets de leur conversation entraient. « On dirait qu’elle a bien fait fonctionner sa magie… regardez ce sourire. »

Eponine ricana doucement à la vue de l’expression réellement affectueuse sur le visage normalement stoïque de Xena tandis qu’elle suivait sa compagne pour traverser la pièce. « Je t’ai gardé une plume. » L’Amazone l’accueillit en faisant tourner l’objet entre ses doigts.

Xena se contenta d’un regard ironique et s’assit, se laissant tomber dans la chaise avant de poser les avant-bras sur la table. Elle avait une main proprement enveloppée dans un bandage de coton et elle plia un peu les doigts à cause du resserrement. « Merci. »

« Tu vas bien ? » Ephiny montra la main de la tête.

« Une foulure », l’informa Gabrielle en tapotant doucement la main en question. Puis elle mit ses mains sur la table avec soin et étudia les trois Amazones. « Ecoutez… j’ai décidé que le mieux pour Paladia c’est de la remettre à la justice. Il y a un juge itinérant qui devrait passer par ici dans deux semaines environ et ça laissera aux représentants de Potadeia et des autres villes, le temps d’arriver ici et de déposer leurs plaintes aussi. »

« Mais… » Le visage d’Eponine se contracta puis elle lança un regard en coin et fit retraite. « Ouais… je présume que tu as raison… ça nous assure qu’elle soit mise en prison pour un long moment. » Elle réfléchit. « Elle devrait payer pour les autres choses qu’elle a faites… pas juste ce qu’elle a fait à Ephiny. »

Gabrielle hocha la tête. « C’est exactement ce que je pense. » Elle était chaleureusement consciente de la douce pression de la main de Xena autour de son genou et de la sensation du pouce de la guerrière effleurant sa peau. « Ils ont aussi le droit à une compensation… peut-être qu’ils peuvent aller au repaire et réclamer certains de leurs biens. »

La pièce commençait à se remplir alors que le soleil baissait à l’horizon, envoyant une lumière orange pâle qui réussissait à peine à traverser les nuages qui se séparaient lentement. Quelques rayons entrèrent par la fenêtre contre laquelle elles étaient assises et la lumière dansa sur la table, peignant des lignes qui firent briller la peau déjà bronzée de Xena, et firent miroiter des rais flamboyants dans les cheveux de Gabrielle. La senteur envoûtante de la viande rôtie commença à filtrer de la cuisine et un bourdonnement de conversation monta autour d’elles. « Je présume que ça a été une bonne chose de sortir ces poulets de là-haut », commenta la guerrière en reniflant d’un air appréciateur. Elle regarda Gabrielle.

La barde la regarda à son tour et leurs regards se croisèrent pendant un long moment puis elle pencha la tête et fit un signe.

Xena se leva et sortit, bougeant avec grâce parmi les groupes de tables, faisant des signes brusques de la tête quand on l’accueillait.

Eponine se pencha en avant. « Vous lisez dans l’esprit de l’autre quelquefois ou quoi ? » Marmonna-t-elle d’un ton curieux. « Il faut que je sache… parce que ça y ressemble parfois. »

Gabrielle cligna des yeux. « Hum. » Elle plissa le front. « Non… bien sûr que non. » Elle regarda par-dessus son épaule puis vers les Amazones qui la regardaient avec curiosité. « Nous avons… parlé un peu plus tôt d’amener Paladia ici… pour la laisser voir en quelque sorte ce qu’est la vie normale… »

« Et… nous… » Ephiny remua un doigt dans sa direction puis vers les autres Amazones, puis vers Gabrielle. « Sommes supposées être des exemples de vie normale ? »

La barde rit. « Tu sais bien ce que je veux dire. » Elle soupira. « Je disais à Xena d’y aller… essayons au moins pour que nous puissions dire que nous l’avons fait. » Elle fit une pause. « Et elle disait ok… »

« Je pense que vous gâchez votre temps », l’informa Granella d’un ton sec. « J’ai parlé à Cait… c’est une cause perdue. »

« Peut-être », concéda Gabrielle. « Mais nous ne le saurons pas si nous n’essayons pas. »


L’obscurité tombait à nouveau. Paladia se rapprocha de la minuscule fenêtre où quelques rayons de lumière entraient, faisant une petite mare à ses pieds et faisant tournoyer les mouches de poussière qui scintillaient et tournaient dans les rais légers.

La journée avait été vraiment longue, rien d’autre à faire que d’être assise et souffrir. Elle avait même été presque contente quand la fille agaçante était revenue avec le déjeuner, pour raconter d’autres contes étranges d’une voix frustrante et irritante. Autrement tout avait été plutôt silencieux, avec le seul craquement du bois au-dessus de sa tête et sa propre respiration pour lui tenir compagnie.

Assise ici, avec plein de temps pour réfléchir, elle avait commencé à se rendre compte qu’elle ne s’en sortirait pas. Ses gars n’allaient pas la sauver et elle n’avait personne vers qui se tourner pour être sauvée.

Elle soupira et souhaita brièvement, que la fille agaçante revienne. Au moins, elle pouvait l’écouter et la regarder et, Paladia songea à contrecœur, elle était presque jolie. Dans le genre rachitique.

Elle leva la tête à l’approche de pas puis tressaillit lorsque leur poids lui dit que ce n’était pas l’irritante Cait. Un grattement de métal sur le bois puis le verrou fut levé et la porte s’ouvrit, laissant une silhouette grande aux épaules larges entrer et refermer la porte derrière elle.

Xena.  Paladia était trop fatiguée et avait trop mal pour parler alors elle se contenta de regarder la guerrière qui la scrutait sans expression de son côté. Même dans la semi-pénombre, Xena était impressionnante, elle l’admit enfin.

Ce n’est pas que cette garce ne fut pas belle. Elle l’était, d’une certaine façon. Bon, pas exactement… son visage était trop marqué… trop anguleux pour ce que Paladia estimait être joli, mais elle était intéressante, avec ses pommettes hautes et ses yeux assombris, qui s’avérèrent être d’un bleu étonnamment brillant.

C’était étrange, se dit la renégate. Ils devraient être foncés. Tous les gens aux cheveux noirs qu’elle connaissait avaient des yeux foncés. Bruns ou noisette, ou parfois presque noirs. Pas elle. Peut-être parce qu’elle était une déesse. Ou quoi que ce soit qu’elle fût. « Tu veux quelque chose ? » Finit-elle par demander, fatiguée de regarder la guerrière silencieuse et attentive. « Ou bien t’es juste venue regarder ? »

Xena tendit la main et alluma une chandelle, prenant un morceau de cire sur l’étagère derrière elle avant de l’allumer à la flamme vacillante. Puis elle s’assit sur le petit banc que Josclyn utilisait comme escabeau et mit ses mains jointes sur ses genoux. « Comment va ton bras. » Demanda-t-elle d’un ton neutre.

Paladia cligna des yeux. « Et qu’est-ce que ça peut te faire par Hadès ? » Elle faillit, faillit, rire. « Tu l’as cassé. »

Xena haussa les épaules. « Les idiots qui étranglent ma meilleure amie me mettent vraiment de mauvaise humeur en général », répondit-elle. « Généralement je ne m’arrête pas à leurs bras. »

La renégate la regarda. « Tu te crois si coriace que ça. »

La guerrière ne put s’en empêcher et elle se mit à rire. « Ecoute, gamine… quand j’avais ton âge, je pensais pouvoir aller conquérir le monde. »

Paladia ressentit une sensation inhabituelle. « Et qu’est-ce que tu as fait de ça ? »

Un sourcil noir s’incurva et les lèvres suivirent, exposant des dents joliment blanches. « Je suis partie conquérir le monde. » Xena laissa sa voix tomber d’un ton. « Et j’ai découvert combien ça compte peu. » Elle balança un peu en arrière et croisa les jambes. « J’ai mené des armées, j’ai dirigé des pays lointains, j’ai botté des fesses sur trois continents et tu sais quoi ? »

« Quoi ? » Paladia sentit le mot quitter sa bouche sans sa permission.

« Ça ne signifie rien de plus qu’un tas de crottin de Centaure sous le soleil », répondit Xena.

« Tu es tarée », déclara la renégate d’un ton neutre.

« Nan », répliqua la guerrière. « Je suis juste allée partout et j’ai tout fait… et maintenant je suis assise ici dans ce trou à rats avec une gamine bornée qui veut aller tout prouver à nouveau. » Elle se pencha en avant. « Sauf que tu n’es pas aussi bonne que moi et tu vas en mourir. » Elle fit une pause et étudia sa victime. « Tu as de gros ennuis, gamine. »

« Ferme-la », grogna Paladia. « Je ne suis pas une gamine. »

La guerrière ricana doucement. « On va te remettre à la justice pour que tous ces gentils villageois et marchands que tu as kidnappés puissent avoir un morceau de toi. » Elle se pencha un peu plus. « Si j’étais toi, je commencerais à apprendre à garder ma bouche fermée. Ces juges peuvent être mauvais. »

Paladia retint presque sa respiration d’anxiété. Dieux… elle allait passer le reste de sa vie dans une foutue prison commune. Son regard chercha le visage sombre en face d’elle et elle fut forcée d’admettre que, bon gré mal gré, Xena était quelqu’un. Elle diffusait une menace acérée et une énergie sombre et presque sexy qui était si épaisse qu’elle pourrait la découper si elle avait un couteau.

Et n’était pas attachée comme un chien. Ou qu’elle n’aurait pas son bras brisé et douloureux.

Tout d’un coup, tout ce que Paladia voulut, c’était s’allonger sur une couverture et dormir.

Et ne jamais se réveiller. Cette combattante élancée et assurée était tout ce qu’elle avait toujours voulu être… qui avait fait tout ce qu’elle avait rêvé… et maintenant cette garce était assise là à lui raconter que tout ça n’avait aucune valeur. Alors c’était quoi le point ? « Qu’est-ce que tu veux ? » Finit-elle par demander d’une voix dégoûtée et découragée. « Si tu as fini de me faire la leçon, j’aimerais faire des tas de boue ici… ça fuit dans ce coin. »

Les yeux bleus cristal l’étudièrent en silence. « Tu vas venir avec moi. La Reine veut que tu te joignes à nous pour le dîner. »

Le visage de la renégate se tendit dans une complète perplexité. « Vous êtes tous tarés. » Elle regarda Xena. « J’ai essayé de l’étrangler. »

La guerrière se leva et se frotta les mains avant d’avancer vers les menottes sur le mur du fond. « Oui… je sais. » Elle les ouvrit et les prit dans sa main bandée, tendant l’autre à la grande femme. « Et si tu essaies de recommencer, je briserai chaque os de ton corps », déclara-t-elle, puis elle fit une pause. « Lentement. » Une autre pause. « Allez, attrape. »

Paladia fixait la main comme si c’était une chose étrange. Elle hésita pendant ce qui lui sembla une longue période avant de finalement prendre, à contrecœur, de sa main valide les doigts chauds et forts. La poigne de Xena se resserra, la guerrière se pencha en arrière et elle se sentit soulevée de terre. « Attention à ta tête », dit Xena en la relâchant. « Allons-y doucement… ne fais rien de stupide, d’accord ? Je ne suis pas d’humeur pour ça. »

Paladia attendit en silence qu’elle ouvre la porte et monte les marches, se retournant et attendant que sa prisonnière la suive. « Qu’est-ce qui est arrivé à ta main ? » Demanda-t-elle d’un ton bougon.

Xena la regarda avant de se diriger vers l’auberge. « Suis tombée du toit en essayant de sauver des poulets. »

Un silence mortel. « C’est la chose la plus stupide que j’ai entendue », finit par dire Paladia.

La guerrière haussa les épaules d’un air négligent tandis que son regard allait sur la silhouette élancée et distincte qui les regardait depuis le porche. « Faire partie des gentils est une plaie ouverte, mais ça vient avec de grands profits. » Elle regarda le visage de la barde se plisser en un doux sourire et elle le lui rendit.

Paladia se contenta de la regarder. « Peu importe », marmonna la renégate. « Elle doit être géniale au lit. »

Xena s’arrêta et se retourna pour lui faire face, toutes traces de bonne humeur et une grande part de son humanité disparues de ses yeux devenus froids comme la mer de glace. « Tu peux dire ce que tu veux de moi, mais tu ne l’insultes pas, pas même d’un mot ou d’un regard, tu as compris ? »

Les muscles de la mâchoire de la renégate se serrèrent puis elle baissa les yeux.

« Bien », grogna doucement Xena. « Maintenant qu’on a vu ça. » Elle reprit sa marche tandis que les derniers rayons de lumière diminuaient et que l’air passait doucement d’un ambre doré au violet.


A suivre 7ème partie