INDISCRETIONS

La Quatrième Saison

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

 

Traduite par Fryda (2015)

 

Episode Douze : Que Je T’Aime (How do I love Thee)

J’ai déjà vu Kels heureuse mais ça fait seulement quatre fois que je la vois sourire comme ça. Les deux premières fois c’était à nos mariages. La troisième à la naissance des bébés et maintenant il y a aujourd’hui.

Je croise les bras et je m’appuie contre le van ; je regarde l’agent immobilier lui donner les clés du bâtiment. Elle est tellement mignonne. Kels, je veux dire, pas l’agent immobilier.

« Et voilà, Ms Stanton. C’est tout à vous ! »

« Prêt inclus », ajoute Kels, en lançant les clés en l’air avant de les rattraper.

Je regarde Collin qui gazouille. Le cliquetis des clés doit avoir attiré son attention. Il aime les choses bruyantes et brillantes. Il va indubitablement faire de la moto. Maintenant que Kels pilote aussi, je pense que je n’aurais pas de mal à la persuader de le laisser faire aussi. Ils font des Harleys miniatures pour les enfants, même de cinq ans. Encore quelques années, mon pote.

Je sors mon fils de la poussette et je lui montre l’entrepôt. « Alors qu’est-ce que tu penses des nouveaux locaux de ta Mama ? Ta sœur et toi allez avoir votre propre bureau. D’accord, techniquement, ce sera une nurserie mais on va l’appeler votre bureau.

Kels rit et prend Brennan. « Nous allons même mettre une petite plaque avec vos noms sur la porte », dit-elle à notre fille avec un clin d’œil dans ma direction. « Comment on va les nommer, Tabloïde, les Producteurs Juniors ? »

« Pourquoi pas ? » J’embrasse mon fils sur le haut de la tête. Ses cheveux finissent par s’apprivoiser ; ses fins cheveux de bébé sont remplacés par des cheveux Kingsley patentés. « Ils produisent un tas de choses. »

« Dont la plupart sont dégoûtantes », taquine Kels en pinçant le ventre de Brennan. Ce qui fait glousser notre fille qui tombe sur l’épaule de sa maman et la mâchouille. Nous avons oublié son nounours ce matin alors il faut qu’elle ait autre chose pour le remplacer.

L’agent immobilier finit les derniers papiers et tend un dossier à Kels. « Ceci rend le tout complètement officiel. Le bâtiment est tout à vous. Bonne chance. » Elle tend la main et serre celle de Kels avant de se tourner vers moi. « Félicitations à vous deux, Ms Kingsley. »

« Merci. » Je recule d’un pas pour évaluer les lieux. C’est un entrepôt de deux étages, qui sera bientôt connu comme le Building Kingsley et abritera les bureaux et studios de BCH Productions.

Oh bon sang, dans quoi on s’est fourrées ?

Tais-toi et saute.

 

* * *

 

Renée me tend un fax d’un ami producteur de la Chaine d’Apprentissage. Ce sont de bonnes nouvelles. On dirait bien qu’ils sont prêts à envisager d’utiliser des sujets et/ou à embaucher BCH Productions pour produire des reportages indépendants pour leur compte. Je prends une inspiration profonde et je m’enfonce dans mon fauteuil tout en attrapant mon thé.

« Ce sont de bonnes nouvelles, pas vrai ? » Renée croise les bras en levant un sourcil.

« Oh, ce sont des nouvelles géniales. Je suis juste vraiment fatiguée. »

« Oui, la journée a été longue. Où est Harper, à propos ? »

Je ne peux pas m’empêcher de rire. « Oh, Harper est allée acheter des caméras et diverses pièces d’équipement de studio aujourd’hui. Des nouveaux jouets. On ne la reverra pas avant des heures. Ensuite elle rentrera avec ce regard très embué. » Je me lève et me dirige vers la cuisine. « Tant qu’elle s’amuse, c’est tout ce qui compte. »

 

* * *

 

« Hé, Gourou Rou, tu es devenue une grande fille ! » Je suis allongée sur l’estomac sur le sol avec Brennan. Je fais de la paperasse pour qu’on nous livre notre nouvel équipement et Brennan me fait un doux sourire de l’autre côté des papiers. Il y a un jour ou deux elle a commencé à rouler elle aussi et elle est très fière d’elle-même. Elle se repousse vers le haut et rit tandis que je lui tapote le dos des mains de mon crayon. Sa capacité à se soulever ne dure pas encore très longtemps mais elle semble l’apprécier.

Kels et Collin sont en haut dans la nurserie, je présume qu’elle le prépare pour le coucher. Notre fils a été grognon il y a quelques temps et a commencé une crise. Il est trop fatigué et refuse de dormir. Il n’aime pas rater quelque chose. Il était si mignon à se frotter les yeux et à lutter pour rester éveillé, mais il devenait de plus en plus grognon. Kels a décidé qu’une chambre sympa et calme et du lait chaud l’endormiraient sans aucun doute.

Je l’ai regardée hier soir alors qu’elle était assise dans le rocking chair à nourrir Brennan avant de la coucher pour la nuit. Elle chantait pour elle et l’expression d’amour dans ses yeux ont amené des larmes dans les miens. C’est une maman géniale. J’espère qu’elle le sait.

Je regarde à nouveau ma liste et puis notre fille. Je jette les papiers sur le côté et je pose mon menton sur mes deux poings l’un sur l’autre ; je regarde Brennan qui est allongée sur son estomac, la tête relevée, et qui la tourne d’un côté et de l’autre.

« Hé, ma jolie. » Je tire sur sa main pour attirer son attention. Elle lève la tête et me sourit. C’est le sourire de Kels, mais en miniature.

Je roule sur le dos et je regarde le plafond de mon foyer. Pas ma maison, mon foyer.

Mon foyer. Où je vis heureuse et satisfaite avec ma famille. Je connais tellement de gens qui n’auraient jamais cru que ceci pourrait m’arriver. J’ai ce beau foyer et deux enfants magnifiques. J’ai une épouse qui m’aime et je suis entourée par ma famille, immédiate et étendue. La vie est belle.

Je soupire et je roule à nouveau pour regarder ma fille. « Sans mentionner le fait que personne en dehors de ta Maman n’a jamais pris le temps de cuisiner pour moi. » C’est vrai. Plus Kels le fait, mieux elle le fait. « Un de ces jours elle va avoir son propre restaurant et y régner en maîtresse. Ton frère et moi on sera dans le jardin avec ton Oncle Robie et tous tes cousins. Tous tes petits cousins garçons, cela dit. Toi et tes tantes et tes cousines, vous serez à l’intérieur à comploter pour nous garder tranquilles. C’est une tradition Kingsley dont nous sommes fiers. »

Je la regarde plisser le nez et mâchouiller mon doigt. « Et un jour, tu feras de même, pas vrai ? Bien sûr, ce sera quand tu prendras un weekend de libre de ta tâche de dirigeante du monde. C’est ton but ultime, pas vrai, Gourou Rou ? »

« C’est quoi ça ? »

Je lève les yeux et je vois Kels qui nous a rejointes. « Elle va diriger le monde un jour. »

« Ah oui ? » Kels rit et se laisse tomber sur le sol près de nous. « Je parie qu’on ferait mieux d’être de son côté alors, pour qu’elle ne devienne pas un de ces monarques diaboliques qui pratiquent le matricide. » Elle passe les doigts dans les cheveux de Brennan et lui chatouille l’oreille, ce qui provoque un couinement de notre fille.

« Je présume que ça veut dire qu’on doit augmenter son argent de poche, hein ? »

« Probablement. » Kels bâille et se blottit contre moi, allongée sur le dos ; elle trace mes sourcils et passe le doigt sur le côté de mon visage. « Je t’aime, Harper. »

« Je t’aime aussi. » Je me penche et je lui donne un doux baiser, que nous maintenons un petit peu plus longtemps que Brennan ne l’aurait pensé. Elle pousse un cri.

« Hmm. » Kels sourit. « Elle se mêle de nos affaires. Que penserais-tu si on la couchait et qu’on se mette au lit nous aussi ? La journée a été longue et je suis rincée. J’aimerais beaucoup me blottir contre toi et passer la soirée à cocooner. »

 

* * *

 

Kels et Renée ont préparé un merveilleux déjeuner pour Robie et moi mais ça a tourné en après-midi d’histoires et de souvenirs sur des choses qui semblent si lointaines maintenant.

Je ricane quand je repense à l’encouragement de Renée. C’est vraiment étonnant que Kels et moi ayons fini ensemble après tout, étant donné notre démarrage.

 

* * *

 

Je souris en descendant la béquille de mon bébé et que je la gare devant mon bar nocturne préféré. J’adore le Rio ; il me sert pour tout. Je traine avec beaucoup de mes amis et il y a toujours quelqu’un qui veut rentrer avec moi. Quelques nouvelles groupies sont réunies ici. La plupart espèrent que l’un de nous va pouvoir les aider à entrer dans ‘Le Milieu’. Je les laisse le penser. Je sais, je suis terrible. Je ris pour moi-même tandis que je suspends mon casque sur le guidon et que je descends de la moto.

Je jette un bon coup d’œil dans la vitre du bar avant d’entrer. Une chemise en soie noire ouverte jusqu’au troisième bouton, une petite veste en cuir noir pour accentuer le pantalon de cowboy sur mon jean noir et mes bottes. Je me passe les doigts dans les cheveux pour les lisser après avoir porté le casque. Oh oui, j’ai belle allure et je suis prête pour quoi que ce soit qu’apportera la soirée.

Lorsque j’ouvre la porte et entre, je suis immédiatement accueillie par un tonnerre d’applaudissements avec une variété de sifflements et de miaulements lâchés à volonté. J’écarte les bras et je fais une révérence. « Merci ! Merci ! Pas d’applaudissements s’il vous plait, envoyez juste le fric ! »

 

* * *

 

Gail a fini par me laisser tranquille et je peux siroter mon thé et regarder tous les écrans. Elle avait raison : Harper Kingsley orne chacun d’eux d’une certaine façon. Deux photos la montrent comme étant de la même taille que le présentateur de Channel 7, Bruce Adams. Et je sais d’expérience que cet homme aux cheveux bien coupés me surplombe aisément. Elle a des cheveux noirs corbeau tirés en arrière sur son visage anguleux et je n’arrive pas à me détacher de la couleur de ces yeux. Malgré moi, j’augmente le volume. Elle répond à des questions d’une voix basse et rauque. Elle ne montre aucune émotion ni de véritable intérêt dans ce qui se passe mais elle défend consciencieusement True TV et je ricane.

La télévision sensationnaliste me fait bouillir les sangs. Les scènes de caméra ‘de pointe’ et le manque certain de bienséance sont l’apanage des médias mais pas des infos. Je déteste que le business soit en réaction à l’audimat et pas aux événements du monde. Je déteste encore plus que ma propre chaine aille dans ce sens. Notre compétition est devenue une bataille de plateaux tapageurs et de costumes pastel onéreux. Les chiffres montrent que ces publics aiment ce genre et que nous perdons la compétition. Le changement est inévitable et je peux le sentir comme de la viande pourrie en camping en juin. Je plisse le nez de dégoût tout en finissant mon thé et je tourne mon attention vers les piles de dossiers que Gail m’a passés. Je baisse à nouveau le volume, trouvant cette femme distrayante.

 

* * *

 

Je regarde autour de moi et je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule à avoir le regard fixe. Le spectacle est presque stupéfiant ; je pense que la passagère a eu un orgasme vu que ses cercles ralentissent et que les baisers manquent de carburant. La grande femme murmure quelque chose, a un sourire débauché et elle regarde la foule qui grossit autour d’elle. C’est Harper Kingsley et je suis encore plus révulsée maintenant. Il y a quelque chose en moi, peut-être de la jalousie, qu’Harper puisse se montrer comme ça en public alors que moi non. Ce n’est certainement pas de la jalousie pour la Garce à  Moto qui se met difficilement debout maintenant, retenue par deux grandes mains.

Je suis à peine à quelques mètres d’elles quand, à ma stupéfaction, Harper appelle un taxi. Elle donne un long baiser trainant à la femme et la met à l’arrière du véhicule. Quand le taxi s’éloigne, elle fait signe au petit public sans même un soupçon de gêne, et elle se tourne brièvement vers moi.

 

* * *

 

Mon public est toujours là. Je reconnais immédiatement une des femmes, maintenant que ma concentration est revenue. Kelsey Stanton, la jeune journaliste sexy de la chaine me fixe avec un air de poisson salé. Visiblement, elle pense que je suis une mufle de première catégorie. Je reste sans bouger un long moment en la détaillant. Elle est plus petite que je le pensais mais, bon sang, les proportions sont bonnes. Ça ne m’ennuierait pas de lui proposer une balade en moto. Je pourrais même utiliser mes mains, juste pour le contact. Sachant que ça va la rendre furieuse, je souris et lui fait un clin d’œil. Je ne peux pas croire qu’elle est hétéro. Ça ne semble pas juste.

 

* * *

 

« Qu’est-ce que vous savez sur Kelsey Stanton ? » Demande le gamin aux cheveux orange, détestant les silences. Il parle pour s’écouter parler ; c’est la première chose que j’ai apprise de lui.

« Quoi sur elle ? » Je demande. Je n’en sais pas beaucoup mais j’ai mes soupçons.

« J’ai entendu dire que c’était une garce de première », dit Conrad. « Toute la rédaction déteste travailler avec elle. Ils se battent pour ne pas être celui qui travaille sur ses reportages et ses promos. La maquilleuse est effrayée à l’idée de cette partie de sa journée. »

« Oui », approuve Jimmy. « J’ai entendu la même chose. Pourquoi il faut qu’on ait cette garce, Harper ? Cette Samantha me parait être un meilleur choix. »

« Toutes les équipes ont besoin d’un enfant à problèmes. » Je hausse les épaules. « Et nous savons que ce n’est pas l’un de nous », je dis d’une voix trainante, contente de moi. Ce n’est qu’à ce moment-là que je me retourne pour faire face à la pièce.

Qui aurait dit que Kelsey Stanton se tenait dans l’encadrement ? Son expression est figée, ses yeux verts assombris. C’est une femme habituée à cacher ses émotions.

 

* * *

 

Elle se tient devant nous et la pièce est remplie d’un silence malaisé. Elle porte un pantalon couleur cuivre et un corsage légèrement coloré, pas de jupe aujourd’hui. Je suis contente parce que nous allons pas mal marcher. Elle semble nerveuse, mais déterminée à ne pas le montrer. Son corps irradie de la colère.

« La Reine des Garces au rapport », dit-elle lentement, en prenant un siège tout au bout de la table, et je me rends compte que notre première rencontre aurait pu mieux commencer.

 

* * *

 

Kelsey Stanton est assise dans le siège près de moi, fulminant toujours. Ses bras sont légèrement croisés sur sa poitrine, ses jambes sont croisées aussi et tout en elle hurle ‘ne déconne pas avec moi’. Si elle était un porc épic, je serais en train de retirer des épines de mon cul en ce moment.

 

* * *

 

Je me penche en avant en m’attachant à ignorer son parfum. « Et tu es jalouse. Tu le sais ça, oui ? Je te vois venir, Kelsey Stanton. Et, un jour, je ferai fondre la Garce des Glaces. Et tu me remercieras pour ça. » Je souris chaleureusement en lui tapotant les fesses, admirant leur forme et la sensation sous ma main. « Concluons. »

« Touche encore une fois mon cul, Harper, et tu es morte. Maintenant prends ta caméra. J’ai eu une foutument longue journée. » Elle m’écarte sans vraiment de véhémence et utilise des doigts fermes pour commencer à se peigner et se préparer pour notre prise finale.

Je souris d’un air supérieur. Et je sais qu’elle ne pourra pas se débarrasser de ce stress avec Erik. Moi, au contraire, je prévois de me soulager du plus de stress possible. Je mets à nouveau ma caméra sur l’épaule et je regarde Kelsey. Inconsciente de mon regard sur elle, elle mate l’air de rien Marion la bibliothécaire.

Hétéro, mon cul.

 

* * *

 

« Bien sûr que si, Kelsey Stanton. » Elle s’appuie sur ses deux bras sur la table. « Le petit jeu de ‘je suis hétéro’, c’est des conneries et on le sait toutes les deux. Tu n’as pas plus de relations avec Erik que je n’en ai avec ‘je sais plus qui’. La seule différence, c’est que je vais baiser ce soir et pas toi. Tu vas retourner à ton petit appartement en terrasse et entrer dans ton vieux grand lit et te blottir contre ton oreiller. Tu dois te sentir horriblement seule là-bas Kels. Je parie que ça fait un bon bout de temps que tu n’as pas été dans les bras chauds de quelqu’un. Et encore plus longtemps depuis que tu t’es endormie avec la tête sur l’épaule de quelqu’un qui te tient et te caresse, vénérant ton corps du bout de ses doigts.

J’espère que l’excitation que je ressens ne se voit pas sur mon visage tandis que je lui souris. « Comment je vis avec Erik n’est pas tes oignons. On a une relation parfaitement merveilleuse et je t’invite à foutre le camp de ma chambre à coucher. »

Harper se redresse en me produisant son sourire patenté tandis qu’elle porte son verre de vin à ses lèvres. « Oui, c’est bien ce que je pensais. La vérité fait mal, pas vrai, Kels ? »

Seigneur, je hais cette femme.

 

* * *

 

Robie hulule de rire tandis que Kels et moi nous lui racontons les jours juste avant et après notre première rencontre. Je lance ma serviette sur lui. « Ça n’est pas drôle. »

Il hoche vigoureusement la tête. « Si, ça l’est. » Il s’essuie les yeux avec sa propre serviette et me regarde, après avoir lancé un coup d’œil vers la cuisine où Renée et Kels sont allées. « Comment tu as fait pour qu’elle change d’avis, bon sang ? Elle pensait que tu étais la chose la plus dégoûtante sur deux pattes. »

Je me recule dans ma chaise et je sirote mon vin. « J’ai de nombreux talents. »

« Apparemment, approuve Robie.

« Oh, frérot. » Je peux presque entendre Kels rouler des yeux tandis qu’elle revient dans la pièce. « Tu lui as servi cette c……. du ‘j’ai de nombreux talents’, pas vrai ? » Elle me fait un clin d’œil.

« Et bien, je le faisais jusqu’à ce que tu te montres. » Je lui souris et j’entoure sa taille de mon bras.

« La chose que j’ai toujours voulu savoir », dit Renée en nous versant le café, « c’est d’où vient ce surnom de Petit Gourou. Je veux dire, Tabloïde, c’est plutôt évident, mais Petit Gourou, c’est un peu étrange. »

« Hmmm, et bien, c’est une histoire étrange. » Kels s’assied et ajoute du miel à son thé. « Tout a commencé avec un reportage auquel nous étions assignées… »

 

* * *

 

La femme nous regarde d’un air inquiet. « Il faut que je vois avec le Principal. Pouvez-vous vous asseoir par ici, s’il vous plait ? » L’officier d’état civil nous montre un banc en bois placé sous un tableau d’affichage.

Je fais un grand geste de mon bras. « Après vous, Mademoiselle… »

« La ferme, Harper. »

J’adore la vie. Parfois, je l’adore vraiment. « Hé, regarde Kels, il y a de la danse ce weekend. »

Tout ce que je reçois pour mon effort c’est un regard renfrogné.

« Allez, secoue-toi, Petit Gourou. »

Elle tourne ses yeux verts vers moi et je sens un bout de mon cœur qui fond. Bon sang, elle est bonne. Pas étonnant qu’ils en ont fait une journaliste de studio. « Pourquoi agent de probation ? » Elle demande.

 

* * *

 

Harper et moi nous regardons et sourions.

« Je ne comprends toujours pas », se plaint Robie. « D’où vient Petit Gourou ? »

Harper hausse les épaules. « Tu sais que Mama avait l’habitude de nous lire Winnie l’Ourson quand on était mômes. J’ai toujours aimé Gourou. Il était si mignon et doux et il avait une Mama qui l’aimait autant que la nôtre nous aimait. Alors, quand Kels a été assise là aussi triste, tout ce à quoi j’ai pu penser, c’était Gourou. Ça m’a juste échappé et c’est resté. »

« Nous venons de loin », dis-je, sans jamais détourner mon regard d’elle. Seigneur, que j’aime cette femme, de plus de façons que je ne pourrai jamais le compter. C’est dur à croire, si on considère le début que nous avons eu. Je pointe mon épouse aimante. « Elle vous a déjà parlé de la première fois qu’elle m’a embrassée ? »

Robie se mord la lèvre pour ne pas sourire. « Non, raconte, Kels. »

« Et bien, vous vous souvenez de ce bazar dans l’Oklahoma… »

 

* * *

 

Ce n’est pas vraiment une question ou une exigence, plutôt une attente. Que ni l’une ni l’autre ne voulons décevoir. Je lui ouvre mes bras. Elle vient entre eux si facilement et elle se blottit, la tête posée sur mon épaule. Je peux encore sentir la tension dans son corps tandis que je la serre entre mes bras. Elle est vraiment terrifiée. « Je t’ai, Petit Gourou. Détends-toi. »

Elle hoche la tête, son menton effleurant le tissu sur ma poitrine. Je lui gratte la nuque instinctivement. Elle lève les yeux et nos regards se croisent vraiment pour la première fois.

Ah, après tout bon sang. On pourrait aussi bien mourir ici, malgré l’assurance que j’ai donnée à Kelsey, alors je peux aussi bien tenter ma chance. Je la serre plus fort, mêlant nos corps, notant comme sa poitrine s’adapte sous la mienne, combien elle sent bon, combien ses yeux sont verts, et un millier d’autres petits détails. Je penche la tête près de la sienne. Nos lèvres s’effleurent à peine comme si c’était juste un accident.

Ça ne l’est pas.

 

* * *

 

« Oooh, c’est vraiment mignon. » Renée envoie un sourire à Harper qui la fait rougir.

« L’un dans l’autre, ça l’était vraiment », j’affirme en prenant la main d’Harper. « Elle s’est vraiment bien occupée de moi. » Puis je serre la main d’un air joyeux. « Jusqu’au moment où elle m’a aspergée de fleur de muscade. »

Harper grogne et laisse retomber sa tête en avant. « C’était un accident. »

« C’est son histoire et elle s’y tient. »

« Alors, Harper », Robie remue les sourcils, « c’est quoi ton histoire de première fois préférée ? »

« Ça doit être quand Kels et moi on a partagé un Twinkie pour la première fois. »

« Hé ! » Je proteste mais ça ne change rien. Je ne peux qu’enfouir ma tête dans mes bras et cacher mon visage. « Je ne peux pas croire que tu vas leur raconter cette histoire. »

 

* * *

 

Je prends les Twinkie en me souvenant de son commentaire sur le fait de lécher la crème. J’ouvre le paquet et j’attends d’être sûre que nous soyons seules. Ensuite son regard croise le mien.

Elle pense qu’elle peut me battre à ce jeu ? J’ai inventé la frustration sexuelle et je l’ai peaufinée à la perfection au cours des ans. Après avoir pris une petite bouchée, je me lèche les lèvres et ensuite j’insère lentement mon doigt dans le centre crémeux. Je le fais tourner, la laissant voir l’effet de mon doigt sur la texture spongieuse.

Quand je le retire, il est couvert du nectar sucré. Je le regarde un long moment. Ensuite, lentement, tout en la regardant, je le mets dans ma bouche. Elle grogne et je ne peux pas m’empêcher de sourire.

« Tu as tout ce qu’il te faut ? » Je demande en retirant le doigt de ma bouche. « Est-ce que c’est un léger tremblement que je vois ?

« Oh ne va pas par-là, Petit Gourou, surtout avec ce que nous devons faire », elle gronde vers moi tout en s’avançant.

Je lui offre un morceau du gâteau. « Je suis désolée, Tabloïde. » Elle prend mon poignet et scotche mon regard tandis qu’elle prend une longue bouchée lentement. Oh Seigneur, bon, il se peut qu’on soit à égalité. « Je… j’avais besoin de jouer un peu, pour casser la tension », je balbutie.

« Tu appelles ça casser la tension ? Seigneur, femme, tu tuerais une personne normale dans la chambre à coucher. » Elle laisse tomber son sac à dos sur le sol et commence à le dézipper. « C’est bien pour toi que je ne soies pas une personne normale. »

Je ris tout en enfournant le reste du gâteau dans ma bouche et que je me penche pour voir ce qu’elle a rapporté. Je reconnais l’émetteur-récepteur, le micro miniature et le récepteur. « C’est pour faire quoi ? »

Elle sourit. « Ah, merci d’avoir trouvé ces trucs, bébé. » Avant que je réalise ce qui se passe, elle se lève et laisse tomber son jean sur le sol. Je suis maintenant à genoux devant son sac à dos et je fixe un kilomètre au moins de jambes qui se terminent sur un string blanc.

« Je… je… » Je suis sur le point de m’évanouir. « Je t’ai toujours imaginée comme une fille à boxer », je finis enfin par dire.

Elle rit, un rire de gorge profond. « Je ne savais pas que tu pensais à moi en petite tenue, Kels. »

 

* * *

 

Je passe la main dans les cheveux de Kels, essayant de lui faire lever la tête pour me regarder. Ce qu’elle ne fait pas. « Ensuite, bien sûr, elle a pris un… »

« C’est pas vrai ! » Elle s’assied maintenant. « Tu l’as imaginé. »

« Oui oui. » Je roule les yeux. « Bien sûr. »

« Si, c’est vrai. J’étais une dame parfaite. »

« Vrai. Tu veux dire avant ou après la nuit où tu as été soûle et tu as arraché les boutons de ma chemise avec tes dents ? »

« Des détails ! Des détails ! » Renée remue sauvagement en entendant ça.

« Et bien, après avoir survécu à Omaha… »

 

* * *

 

« J’ai vraiment fait ça ? » Demande-t-elle à ma chemise comme si elle allait lui répondre.

« Oui oui, » je réponds à la place de ma chemise. C’est une des rares choses dont je me souviens d’hier soir. « Tu as mordu dans les deux premiers, ensuite tu as juste arraché les suivants pour l’ouvrir. » Tu m’as foutument surprise. Petite tigresse. Il se pourrait que je doive changer son surnom.

« Oh s’il te plait. De ma vie, je n’ai jamais arraché un bouton avec les dents, encore moins deux. » Le rougissement le plus précieux grimpe le long de son cou et de ses joues.

« Et bien, tu semblais trouver que les arracher était bien plus satisfaisant. » Allons, Kels, ce n’est pas si mal, non ?

« Harper. » Elle semble si fatiguée. « Je peux te poser une question ? »

« Hmm hmm. »

« Tu y répondras avec honnêteté ? »

« Hmmm hmm. »

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Je lui fais un sourire supérieur, un peu soulagée qu’elle ne sache pas non plus. Au moins, nous jouons au même niveau. « Tu veux dire que tu ne te souviens pas ? »

« Non », elle couine.

 

* * *

 

« Alors, vous l’avez fait ou pas ? » Renée a l’air confus.

Il est temps de dire la vérité, je présume. « Pour être honnête, Renée, je ne sais toujours pas si nous l’avons fait ou pas. Et toi, Kels ? »

Elle sourit et secoue la tête en haussant un peu les épaules. « Je n’ai aucune idée depuis ce jour-là. » Elle se penche vers moi. « Mais tu sais quoi ? »

Je me penche vers elle pour que nous puissions murmurer. « Quoi ? »

« Je suis contente de ne pas me souvenir parce que notre vraie première fois compte beaucoup pour moi. » Elle se penche et me donne un doux baiser, qui s’arrête bien trop vite à cause des bruits d’étouffement de mon frère.

« Prenez-vous une chambre ! »

Je tourne lentement la tête pour le regarder. « Tais-toi. C’est de ta faute de toutes les façons. »

« Ma faute. » Il se pointe lui-même du doigt. « Ma faute. Et comment c’est ma faute, bon sang ? »

 

* * *

 

Kelsey rit toujours quand nous rejoignons Robie et Renée. « Prêtes à partir ? » Demande-t-il. Il est près d’un chariot rouge tiré par un cheval blanc.

« Ça c’est sûr. » Je pousse Kels dans le chariot, résistant à mon envie de lui tapoter les fesses. Mais je me doute que ça serait moyennement apprécié. Je grimpe, je m’assieds près d’elle, et j’étends une couverture sur nos jambes. Ça peut se rafraîchir en cours de balade.

Je regarde Robie et Renée qui sont engagés dans un verrouillage de lèvres surchauffé.

« Ahem. »

Mon frère se désengage à contrecœur. « Je vais te dire, petite sœur, pourquoi vous ne partiriez pas dans celui-ci ? Je pense que ma magnifique fiancée et moi allons trouver notre propre chariot. »

« Mieux encore, trouvez-vous une chambre. »

Robie attrape Renée dans ses bras et tournoie. « Eh bé, c’est la meilleure idée que tu aies eue ce soir, Harper Lee ! A demain ! »

 

* * *

 

« Vous deux », je remue un doigt accusateur dans leur direction, « vous nous avez piégées. Le dîner et ensuite la balade dans le parc. »

« Vous deux étiez tellement entêtées. » Renée remue un peu de crème dans son café. « Vous étiez les seules à ne pas voir combien vous alliez bien ensemble. »

Je regarde Kels et ensuite je prends la main de Renée pour l’embrasser. « Merci de vous en être mêlés. »

« Nous sommes contents que ça ait bien marché. Vous auriez dû entendre ce que le reste de la CC avait planifié si ça n’avait pas été le cas. »

« Oui, en fait, on vous a sauvées. » Robie rit en se levant et emporte son assiette à la cuisine. « C’était horrible. Très horrible. »

« Alors, de la part de toute la section Harper Kingsley de la famille Kingsley, merci. » Kels rit un peu puis regarde sa montre. « Bon sang de bonsoir, si on veut être à la fête à temps, on ferait mieux de se préparer. Ça la ficherait mal que les hôtesses soient en retard à leur propre fête. »

« C’est très vrai. » Renée se lève et m’attrape par le bras. « Je peux emprunter Harper quelques minutes ? J’aimerais que Robie et elle sortent deux trois boites du grenier ? »

Kels me regarde et fait un petit signe confus de la tête. « Bien sûr. » Elle se lève et dépose un baiser sur mes lèvres. « A tout de suite. »

« Tu le sais bien. » Je me penche et je la regarde partir. Je regarde à nouveau Renée. « Tu es sûre de vouloir faire ça ? »

« J’en suis très sûre, Harper. »

Je déglutis. « D’accord, alors faisons-le. »

 

* * *

 

Je savais bien que j’allais devoir venir dans le bâtiment tôt. J’aurais juste souhaité qu’Harper soit là aussi. J’ai l’estomac sérieusement noué. Seigneur, pratiquement toutes les personnes que nous connaissons, à la fois personnellement et professionnellement, ont été invitées et tout le monde est venu. C’est une bonne chose que nous les recevions dans un ancien entrepôt.

Nous avons aussi réussi à attirer une bonne dose de l’attention des médias pour notre petite soirée formelle. On dirait que les gens de E ! et de ET (NdlT : Entertainment Tonight) pensent que deux journalistes multi-récompensées, qui démarrent leur propre production, valent la peine de faire le détour. Ils pourraient avoir assez de sujets pour faire une mention de trente secondes sur notre projet.

La liste des invités n’est pas mal non plus. A moins d’une réunion politique importante, on ne réunit généralement pas autant de visages en provenance de tellement d’industries différentes en un seul endroit. Il y a des acteurs, des politiciens, des gens des infos. Les cravates noires, les robes de soirée et les limousines n’arrêtent pas d’arriver. Et je suis dans ce qui sera mon bureau au deuxième étage à tous les regarder, essayant de ne pas avoir de nausées.

La porte de mon bureau s’ouvre et je me retourne pour voir mon père et mon beau-père. Seigneur, où est donc Harper ? Je commence en fait à trembler de nervosité. « Salut », je réussis à couiner.

« Kelsey. » Mon père s’approche les bras grands ouverts. « Ma chérie, tu es belle. Félicitations. »

Je lui retourne son étreinte et je le tapote sur la poitrine avant de tendre la main à Papa. « Merci. Merci à vous deux. Rien de tout ceci ne serait arrivé sans votre soutien. »

« Si quelqu’un peut faire fonctionner tout ça, Kels, c’est toi et Harper », m’assure Papa avec un clin d’œil.

« En parlant d’Harper, où est-elle bon sang ? Il faut qu’on soit en bas pour le démarrage dans environ cinq minutes. »

« Elle vient juste d’appeler, mon cœur. Elle est en route. » Mon père me masse le dos pour essayer de m’apaiser.

« Est-ce qu’on descend ? » Papa me tend son bras et nous nous dirigeons tous les trois vers la foule.

 

* * *

 

La bonne nouvelle c’est que j’ai fait face aux caméras. La mauvaise nouvelle est que je leur ai fait face toute seule parce qu’Harper a été coincée dans le trafic. Plutôt que de repousser tout ça, quand elle a appelé depuis la voiture, nous avons décidé que j’y allais et que je faisais les annonces pour lancer l’événement.

Dieu merci, c’est fini maintenant et je peux me détendre. Je suis habituée à ce genre de choses mais il y a toujours de la nervosité sous la peau dont on ne se débarrasse jamais. Tous les animateurs qui disent le contraire soit mentent, soit sont sous influence.

A voir les choses, tout le monde s’amuse bien. Il y a beaucoup d’interviews partout dans la pièce. Je suis reconnaissante à tous nos amis et à la famille d’être venus pour que nous démarrions bien et pour nous apporter leur soutien.

Absolument tout le monde est là. C’est stupéfiant. Beth, Foster, Kendra et Frankie. Même Bear et Jimmy Olsen sont venus de Los Angeles. Je ne peux m’empêcher de sourire. Harper ne va pas reconnaître le gamin. Ses cheveux ne sont plus orange. C’est plutôt blond avec des reflets violets maintenant.

Je regarde la pièce et je vois tellement de mes amis et collègues. George est venu. Je ris. Il faudra que je le présente à Brian plus tard juste pour le plaisir de voir Brian baver.

Mama et le reste de la CC sont venues et il y a un échange d’embrassades. C’est une soirée merveilleuse. J’ai hâte que ma meilleure moitié arrive. Nous allons bien nous amuser ce soir.

Ma conversation est interrompue par des bruits de hoquets, puis la pièce devient mortellement silencieuse et tout le monde se retourne. Je me demande si quelqu’un n’est pas tombé en entrant. Dieu merci, nous avons déjà souscrit notre assurance. Mais quand même, je ne veux pas de procès aussi tôt.

J’avance la tête pour voir ce qui, ou qui, tout le monde regarde. Quand j’y arrive enfin, mes genoux flanchent. C’est Harper. Mais c’est juste qu’on dirait qu’elle est sortie de ma fantaisie pour que tout le monde la voie. Je déglutis et j’espère que personne ne remarque que je bave. Oh, on s’en fiche.

Elle porte une robe moulante.

Oui, une robe.

Une robe sans manches qui montre des épaules larges et une peau sans défaut. Tout est parfait. Partout. Je réfrène un grognement. Le décolleté me fait descendre le regard vers ses seins, qui sont parfaitement mis en valeur. Le tissu doit être extensible. Soit c’est ça, soit c’est fait sur mesure.

La robe couvre ses hanches sans bouger quand elle marche et finit à mi-cuisses, produisant une très belle vue sur ses jambes qui n’en finissent pas. Pas seulement des jambes. Des jambes couvertes par un collant noir et transparent qui finit dans les chaussures à talons hauts les plus sexys que j’ai jamais vus. Je recommence à baver.

Je me force à lever le regard pour absorber chaque courbe sublime. Harper pense peut-être comme un homme mais son corps est totalement celui d’une femme. Je suis chanceuse. Ses cheveux sont relâchés et légèrement décoiffés, avec des boucles d’oreilles qui brillent entre ses mèches noires. Elle est fabuleuse. Et elle est toute à moi.

De l’air. On dirait que je me souviens que les humains ont besoin d’air pour vivre et du coup je dois me remettre à respirer ou bien je ne vais plus être en mesure d’apprécier ce spectacle. Oh, Seigneur. Elle est positivement magnifique.

Elle s’arrête quand la foule s’écarte et elle sait qu’elle a toute mon attention. Elle lève un sourcil parfaitement sculpté tout en haussant légèrement les épaules en produisant un sourire aguichant.

Tous les regards sont sur nous et je m’en fiche totalement. Je suis simplement attirée vers elle comme un papillon de nuit vers une flamme et personne ne m’arrêtera avant que j’atteigne mon but. Tout mon corps est en feu. De simplement la regarder fait monter le désir. J’ai des nerfs qui pulsent dans mon corps et qui menacent de sortir de ma peau si elle me touche au bon endroit.

Elle me regarde quand je suis à moins de dix centimètres d’elle. Ses yeux sont bleu foncé de désir et l’expression sur son visage est faite pour me faire hoqueter à la recherche d’air.

Et ça le fait.

« Tu es belle. » C’est tout ce que je peux murmurer presque par révérence avant de glisser mes bras autour de sa nuque et de l’embrasser de tout mon cœur. Je sens ses bras glisser autour de moi et nous sommes perdues dans ce baiser.

J’entends des applaudissements derrière nous.

Elle en a définitivement gagné le droit.

 

* * *

 

Nous avançons dans la foule sans effort ensemble. Ma main est perdue dans sa grande main et je jure que j’ai encore besoin qu’on me soutienne. L’odeur forte de son parfum, son décolleté plongeant encore plus entêtant, et je peux à peine voir correctement. Mais Harper bouge comme si c’était naturel. Elle avance avec une grâce aisée comme si des talons de dix centimètres étaient un choix normal et elle tourne les têtes partout où nous allons.

Beth s’approche et sourit. « Bon sang, Harper, si j’avais réalisé que tu avais aussi belle allure, j’aurais peut-être essayé de te piquer à la vieille Kels. »

Harper sourit, savourant le compliment. « Tu aurais pu essayer, mais je pense qu’à un certain moment, j’étais bien accro. »

« Et bien, Kels a été arrêté pour racolage », taquine Beth.

Je rougis et je suis soulagée qu’aucun des journalistes présents n'ait été assez près pour entendre cette petite annonce. « Sois gentille », je grogne.

« Un de mes meilleurs souvenirs », dit Harper d’une voix trainante, en massant le dessus de ma main de son pouce.

« Félicitations pour votre dernière entreprise ensemble. J’espère qu’elle sera aussi pleine de succès que les autres. »

Je serai toujours reconnaissante que Beth soit mon amie et ma conseillère. Je me penche et je l’embrasse sur la joue. « Merci. »

Nous nous approchons de Bear ensuite. Il détaille Harper avec le même regard scrutateur que Beth. « Houba houba. »

Elle rit et lui donne un coup du dos de la main dans l’estomac. « C’est bon de te voir aussi. » Ils s’étreignent et il m’embrasse sur la joue.

« J’ai eu un coup de fil intéressant l’autre jour », nous informe-t-il en sirotant son vin. « Il semble qu’un agence de protection extrêmement cotée et exclusive ait entendu que je pourrais être à la recherche d’un nouveau job. »

Harper rayonne. « Vraiment ? Je me demande qui a eu cette idée. »

« J’ai un entretien dans la semaine. Merci Harper. »

« J’aimerais que mes gamins aient une chance de te connaître, Bear. Ça n’arrivera pas si tu es tué pendant ton service. Je préfère que tu deviennes un consultant surpayé. »

« J’aime particulièrement la partie sur le surpayé », admet-il.

« Tu seras génial, Bear », je le rassure. « Et j’espère que nous n’aurons jamais besoin de tes services. »

« Amen », entonne-t-il et lui et Harper font le signe de croix.

Frankie vient vers nous à ce moment et a la mâchoire béante à la vue de son ancienne mentor. Pendant un instant, je crains qu’il ne s’évanouisse. Je devrais le savoir, j’ai déjà vu cette expression chez lui. Je tends la main et en utilisant mon index, je referme doucement sa bouche. « Attention, tu vas attraper des mouches. Et par ici, elles sont énormes. »

Il rougit, ses traits s’assombrissent. « Humm, salut Kelsey. »

« Je suis contente que tu te souviennes de mon nom Frankie », je le taquine. Pauvre garçon. Je parie qu’il n’a jamais imaginé qu’Harper puisse être aussi incroyable. « Comment vont les choses à Indiscrétions sans nous ? »

Il soupire d’un air dramatique. « Vous nous manquez toutes les deux. Tante Kendra dit qu’il n’y a plus de bons réalisateurs maintenant. Et Bruce pense qu’il devrait être le nouveau journaliste de studio. »

Harper secoue la tête. « Il ne le sera pas. Ne t’inquiète pas. »

« Vraiment ? »

« Je parie sur ta tante. Mais je le nierai si jamais tu le répètes. » Elle lui pince le bras pour mettre de l’emphase sur son sérieux, mais elle adoucit le moment avec un clin d’œil.

« Pourquoi vous êtes habillée comme ça ? » Demande Frankie sans prendre le temps de se censurer. Seigneur, j’adore les adolescents.

Harper rougit. Je regarde la trace voyager sur ses joues, le long de son cou et vers ses seins.

« Je pensais que ça pourrait rendre Kels heureuse. »

Je suis tellement pleine d’excitation que je manque presque sa déclaration. Quand je réalise ce qu’elle a dit, je lui souris et je suis rapidement perdue dans la douceur que je vois dans ses yeux. Bon sang, que j’ai de la chance. « Merci, ma chérie. »

« Et je pensais que ce serait amusant de choquer mes frères. »

Ça lui ressemble plus.

Kendra nous rejoint à ce moment et m’embrasse la joue, puis elle s’avance pour en faire autant avec Harper. Elle est toujours stupéfiante ; elle porte une robe en soie bleue qui va avec la couleur de ses yeux. « Vous vous êtes surpassées », annonce-t-elle. « Je suis sûre que BCH Productions va marcher du tonnerre. » Elle prononce volontairement le mot  ‘bitch’ et sourit au jeu de mots. (NdlT : bitch = garce, pétasse).

« Merci, dis-je sincèrement. « Ton opinion compte beaucoup pour moi. » C’est vrai aussi. Kendra est une des meilleures dans notre profession. « Nous aimerions te faire venir bientôt. »

« Ça va rendre Langston heureux », marmonne Harper.

Kendra rit. « Est-ce que quelque chose peut le faire ? »

« Autre qu’un scoop ? » Demande Harper rhétoriquemet. « Nan. Alors je ne vois pas le besoin de le protéger des mauvais coups de la vie. »

« C’est une dure vie pour nous ! » Chantonne Brian en entendant ce dernier commentaire. « Au lieu de friandises, on a été piégés. » (NdlT : extrait d’une chanson de la comédie musicale ‘It’s a hard knock life’). Il craque et se plie en deux de rire.

Je ne peux que secouer la tête et soupirer.

 Kendra roule les yeux et lui tapote le dos. « Tu nous as manqué au bureau, Brian. J’espère qu’elles te traitent toujours bien. »

« Oh oui. On me crache dessus, on me chie dessus tellement que ça ressemble à la chaine. »

Nous rions tous. C’est une bonne description de la vie de télé.

Dieu merci, c’est fini.

 

* * *

 

Harper s’approche de moi quand le dernier de nos invités est parti et elle me prend dans ses longs bras. « Tu t’es amusée, chér ? »

« Oh oui. Ça a été génial. Je pense que tout le monde a pris du bon temps et je suis sûre que nous avons fini avec de la bonne publicité aussi. »

« J’en suis sûre. »

Je mets le nez entre ses seins. « Je pense que ta robe est une des raisons à ça. Tu es », je lutte pour trouver le mot juste, « splendide, étonnante, stupéfiante, magnifique. » J’en énonce quelques-uns alors que je n’en trouve pas un qui fasse l’affaire.

Harper sourit d’un air indulgent. « C’est juste une robe. »

« Oh non, c’est là que tu as tort. C’est la femme dans la robe. » Je recule à contrecœur pour pouvoir apprécier la vue. Qui sait quand j’en aurais à nouveau l’occasion ? « Il faut que tu portes ce genre de choses plus souvent. »

« Tu n’aimes pas mon look habituel ? »

Je secoue la tête d’un air emphatique. « Pas du tout. Tu es magnifique quoi que tu portes. » Je souris d’un air concupiscent et je trace le bord de la robe près du décolleté. « C’est juste sympa de te voir comme ça de temps en temps. Mais plus que tout, j’aime que tu soies à l’aise et qui tu es. »

Ceci la fait sourire largement. « Merci, chér. » Elle prend ma main et l’embrasse affectueusement. « Rentrons à la maison, embrassons nos enfants et faisons l’amour toute la nuit. »

Ceci produit chez moi un sourire miroir du sien. Oooh, j’aime beaucoup cette idée. « C’est pour ça que je te garde, L’Etalon. Tu es l’homme aux idées dans cette opération. »

« Et bien, merci. » Elle m’emmène hors de nos studios, dit au contremaître chargé du nettoyage de s’assurer de bien verrouiller et mettre l’alarme après lui. Tandis que nous marchons vers la Mercédès, elle se penche et murmure, « j’ai hâte de descendre de ces talons. »

 

<Fondu au noir>

 

A suivre épisode 13 et fin