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Chose promise… chose due

2ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Xena n’avait pas de problème pour se réveiller, avant même que l’aube ne se pointe. Mais la fraîcheur n’était pas usuelle… et l’absence de la forme familière de Gabrielle, blottie paisiblement dans son sommeil, apporta des souvenirs obsédants qui la réveillèrent brusquement, le cœur battant dans un rythme erratique avant qu’elle ne se concentre sur l’endroit où elle se trouvait.

Elle roula lentement sur le dos et se redressa sur un coude, massant doucement ses tempes de l’autre main tandis que la panique soudaine diminuait et qu’elle relâchait un long soupir fatigué. Très bien… très bien… calme-toi, chantonna-t-elle pour elle-même silencieusement. Ça n’était qu’un cauchemar. Rien d’inhabituel.

L’air humide de l’avant-aube faisait bouger ses cheveux dans un souffle agité et elle s’assit, se rapprochant du feu qui s’éteignait et qu’elle remua pour le réveiller. Les légers craquements envoyèrent une odeur sèche de noisette dans l’air tandis que les branches dont elle avait patiemment nourri le feu prenaient et brûlaient, et elle tendit les mains au-dessus des flammes pour les réchauffer.

Bon sang.  Elle ramena ses jambes pour les croiser sous elle et elle tira sur les bords de la couverture sur ses épaules tandis que les ombres noires accueillaient les prémisses de l’aube en chemin. Se réveiller et trouver tout ça… parti… encore une fois, était un rêve récurrent qu’elle gardait pour elle-même pour éviter d’inquiéter sa compagne.

Il était toujours accompagné des traces horribles d’un rire profond et narquois qui se moquait d’elle tandis qu’elle se retrouvait abandonnée à l’extérieur d’un temple en pierre qui lui était interdit. Seule. Ou avec des souvenirs acérés de Gabrielle qui la laissait, sans regarder en arrière.

Et savoir que tout était de sa faute.

Mais la présence de Gabrielle le gardait au loin et pour être honnête, les rêves commençaient à diminuer, devenant de brèves volutes d’anxiété s alors qu’elle s’ajustait mieux à la relation restaurée entre elles. Elle se frotta la nuque, travaillant sur la raideur, avant de regarder autour du campement, paisible dans la lumière émergente. « Bonjour, Argo. »

La jument dressa les oreilles et leva le museau, écartant ses naseaux soyeux vers sa cavalière.

Ensuite Xena tourna la tête pour regarder derrière elle et elle se retrouva face à face avec une tête à bec, blanche et noire, des yeux clignant. « Ouaouh ! » Elle sauta en arrière, surprise.

L’oiseau tomba en arrière et s’écrasa dans les feuilles, cacardant de détresse.

Xena ferma les yeux et marmonna un juron virulent puis elle se pencha en avant et mit les deux mains autour du corps potelé pour le relever. « Tu pourrais te retrouver avec la tête coupée pour avoir fait ça, mon pote », l’avertit-elle avec dégoût. « Tu as vraiment de la chance que le mois qui vient de s’écouler ait diminué mes réflexes. »

« Coin ! » Il lui lança un regard mauvais puis repartit en se dandinant dans les feuilles, en direction de l’eau.

De regarder son dandinement comique fit émerger chez Xena un rire doux qui éloigna les ombres restantes et la mit de bien meilleure humeur. Elle se leva et s’étira, puis roula avec soin les fourrures dans un paquet et le remit dans son équipement dont elle sortit une barre de fruits secs à mâcher tandis qu’elle s’affairait à ranger le campement.

Le goût piquant était plaisant, plein de fruits estivaux qu’elle avait sauvés des provisions de Cyrène et insérés dans les rations de voyage qui faisaient une grande partie de ses repas rapides quotidiens sur la route. Ils lui procuraient une poussée d’énergie rapide et maintenaient même Gabrielle contente jusqu’à ce qu’elles puissent s’arrêter pour un repas plus substantiel. Elle avait découvert que pourvoir sa compagne de ce genre de choses l’empêchait de développer une humeur moyenne et elle faisait attention de ne pas trop taquiner son âme-sœur au sujet de son besoin constant de mâcher.

Juste un peu. Xena rit doucement pour elle-même. Tout comme Gabrielle la taquinait au sujet de son besoin constant d’aiguiser ses armes et de vérifier son armure. Il y avait quelque chose de chaleureux et de très confortable dans leurs plaisanteries… c’était un appel fort de leur amitié qui allait bien au-delà de leur relation romantique.

Elle se lécha les doigts et sella Argo après un bain rapide dans les eaux froides dont elle avala plusieurs goulées. L’air frais sentait bon et elle en prit plusieurs inspirations, appuyée contre le flanc chaud d’Argo. « Et bien, ma fille… allons chercher ce message, d’accord ? »

« Coin. »

Xena fit bouger sa mâchoire et pianota sur le cou d’Argo un long moment avant de se retourner. L’oiseau se tenait au milieu de son campement bien rangé, avec ce qu’on pouvait décrire comme une expression désolée sur le visage. « Quoi ? » La guerrière mit les mains sur ses hanches et lui jeta un regard noir.

L’animal s’avança en dandinant, ouvrant et fermant son bec acéré jusqu’à ce qu’il cogne une de ses jambières en métal.

« Hé ! » Xena frappa du pied, lui faisant bouger ses ailes courtes. « Allez… va-t’en. »

« Coin. » L’oiseau pencha la tête et la regarda.

La guerrière roula les yeux et secoua la tête. « Je dois partir. » Elle se retourna et se hissa sur le dos d’Argo, laissant ses genoux s’installer dans les creux familiers derrière les épaules de la jument, prenant les rênes d’une main. « Allez, ma fille. »

La jument démarra, se frayant délicatement un chemin dans le sous-bois, ses oreilles pointées en arrière pour saisir des commentaires murmurés par sa cavalière.

« Coin ! »

Xena ignora le son, fixant fermement son regard entre les oreilles d’Argo. Un léger tambourinement brisa l’aube paisible.

« Coin ? » Le bruit cessa. « Coin. »

Xena serra les dents, mais regarda par-dessus son épaule, pour voir l’oiseau qui se tenait dans le chemin, avec un air très déprimé. « Ecoute. » Elle arrêta Argo et se tourna à demi. « Tu ne veux pas aller où je vais, d’accord ? Ils vont te transformer en ragoût, crois-moi. Ce n’est pas un bon endroit. » Rivas était une… la meilleure description était une ville de hors-la-loi, où les mercenaires s’assemblaient pour passer l’hiver et ce qu’on y trouvait surtout, c’était des ennuis. Beaucoup.

L’oiseau cligna tristement des yeux.

Xena soupira. C’était visiblement l’animal de quelqu’un, pas un animal sauvage, et qui sait ? Peut-être qu’un des salopards cinglés à Rivas était le propriétaire de cette fichue chose. C’était la seule ville entre ici et là-bas… « Je ne peux pas croire que je fais ça », grogna-t-elle à Argo qui tourna la tête et renifla. « Par les seins des Bacchantes », jura-t-elle vertement, puis elle sortit les pieds des étriers d’Argo et se glissa à bas du dos de la jument, marchant d’un bon pas vers l’oiseau qui la regardait tristement.

« Coin ! » Il avança en se dandinant comme vers une amie perdue depuis longtemps.

Xena l’étudia puis s’agenouilla et l’attrapa rudement par le milieu, l’écrasant un peu et elle se releva. « J’ai perdu la boule », murmura-t-elle en portant l’animal vers la jument qui attendait patiemment. « Ecoute… tu vas à Rivas et après c’est terminé, compris ? Pas plus loin… si tu ne trouves pas là-bas ce que tu cherches, alors c’est fichûment dommage. »

Les petits yeux noirs clignèrent et le bec acéré s’ouvrit, tandis que l’oiseau haletait.

Xena soupira et le mit sous son bras puis elle se remit en selle et installa l’oiseau sur la selle devant elle. « Tu ne bouges pas… tu ne fais pas de bruit… compris ? »

« Coin ! »

Argo sursauta, effarouchée, manquant désarçonner sa cavalière.

Xena s’accrocha de ses jambes puissantes et tint bon, passant en revue une volée de jurons. La matinée allait être longue.


Gabrielle se réveilla avec le léger ronflement d’Arès et elle resta tranquille quelques minutes, à caresser nonchalamment sa fourrure. « Ta maman avait raison, Arès… » Murmura-t-elle doucement. « Tu es vraiment de bonne compagnie… mais je suis vraiment contente qu’elle ne ronfle pas comme toi. »

Le loup ouvrit un œil jaune et le tourna vers elle. « Agrroo ? »

La barde sourit et roula sur le côté, laissant son regard se poser sur le poisson en verre qui avait capturé la lumière du soleil matinal et envoyait des rayons bleu clair et verts à travers la pièce. Cela changeait… tout cet endroit, vraiment… là… il y avait quelque chose de magique ici qui rendait cette place austère et maussade plus spéciale.

Elle avait tenté de le faire avec son propre poisson… et les autres jouets, mais ceci… c’était différent.

Ça, c’était quelqu’un d’autre qui lui tendait la main et disait… « Tiens… rêve un peu. » Et le fait que c’était son âme sœur impassible et sévère qui l’avait fait, le rendait encore plus spécial, parce que c’était Xena qui avait rendu ses rêves les plus fantaisistes…

Réels.

Alors s’il y avait des cauchemars qui venaient en même temps ? Est-ce que ce n’était pas mieux que rien du tout ? Vivre sa vie sans ressentir… quelque chose… ne pas être… quelque chose…

Comme Hécube. Elle n’avait jamais connu la joie d’avoir un poisson de verre.

Tout d’un coup, Gabrielle se sentit profondément désolée pour elle. Oui, sa mère n’avait jamais eu à traverser ce que la barde avait connu… mais… elle tendit la main pour toucher du doigt la surface en verre lisse et froide, tandis qu’elle mettait l’autre bras autour du corps chaud d’Arès. « Je n’échangerais pas ma place contre la sienne pour quoi que ce soit au monde, Arès », murmura-t-elle dans l’oreille du loup.

« Agorrrooo… » Gronda Arès en léchant ses pattes arrière et en soupirant.

Gabrielle soupira aussi et regarda la lumière qui venait de la fenêtre. « Qu’en penses-tu, Arès… un jour loin d’elle et je dors tard. C’est dégoûtant. » Elle donna une tape brusque au loup et roula hors du lit, pour aller vers la fenêtre et laisser la brise fraîche repousser ses cheveux. « Quelle belle journée. » Elle s’appuya contre le rebord et regarda un rouge-gorge sauter de branche en branche, pencher sa tête colorée et capturer une chenille.

« Et bien. » Une voix la fit se retourner pour voir sa mère dans l’encadrement. « Je vois que tu es levée. »

« Enfin » compléta Gabrielle avec un sourire ironique. « Désolée. » Elle se passa les doigts dans les cheveux et s’appuya contre le rebord. « Je ne le fais plus habituellement. »

Sa mère lui fit un petit sourire. « C’est bon. » Elle fit une pause, embarrassée. « Tu… as dû faire un mauvais rêve cette nuit… tu criais. »

Gabrielle plissa le front. « Je ne me sou… oh. » C’est vrai. « Est-ce que j’appelais Xena ? » Un vague souvenir d’un vieux, très vieux cauchemar… de Xena qui la laissait à Potadeia, lui revint en mémoire. Ça doit être l’environnement, soupira la barde intérieurement. Je n’en avais pas fait comme ça depuis longtemps.

Hécube hocha la tête en silence.

« Ah. » Gabrielle bougea ses épaules et croisa les bras sur sa poitrine. « Une imagination trop active, je pense… je ne me souviens même pas de quoi il s’agissait. » Bien. Pas de raison de lui en parler, c’est mon cauchemar, pas vrai ? »

Sa mère lui fit un sourire prudent. « Tu veux manger quelque chose ? J’ai du pain frais… »

« Bien sûr. » La barde alla à son sac et enleva sa chemise de nuit, sortant une tunique gris clair pour la remplacer. « Je vais juste… » Une main sur son épaule et elle se retourna, le vêtement serré dans une main, en regardant Hécube d’un air interrogateur.

Sa mère l’étudiait, une expression pensive sur son visage abîmé par le temps. « Tu… » Elle soupira. « Tu as l’air si différente. » Elle leva un doigt légèrement tremblant pour toucher la cicatrice sur le cou de Gabrielle. « Je… suis arrivée hier soir à l’endroit où ceci s’est produit. »

« Oh », murmura Gabrielle. « C’était… il y a un moment… ça ne fait plus mal. »

« Gabrielle, tu… tu as failli mourir », dit Hécube d’une voix très basse.

La barde hocha un peu la tête. « Je sais. » Elle tira lentement sur la tunique, serrant la ceinture d’un air absent. « Mais je ne suis pas morte… c’est ça l’important. »

Hécube soupira. « Tu as libéré les Titans ? »

Gabrielle tressaillit. « Eh… oui, malheureusement… » Elle eut un air penaud. « Mais je les ai ramenés sous contrôle… avec un peu d’aide. »

« Xena a dû être très contrariée », songea sa mère qui la prit par le coude et la mena hors de la chambre. « C’était très intéressant de voir tes descriptions de son changement. »

La barde sourit tranquillement. « Oui… je sais. »

« Certains des poèmes sont très adorables », commenta alors Hécube, tandis qu’elles atteignaient la petite cuisine. « Il y en a un sur une étoile filante et comme c’était rare… j’étais… très impressionnée par celui-là. »

« Ah. » Gabrielle alla vers des tiroirs familiers et prit deux tasses. « Oui… c’était… » Elle hésita puis prit une profonde inspiration. « C’était la nuit où… je… hum… j’ai réalisé que j’aimais Xena. » Elle ferma les yeux et imagina la douce senteur de pin et du feu qui craquait.

Un silence de mort derrière elle et elle relâcha lentement son souffle. « C’était une nuit plutôt intense pour moi. »

« Il y a si longtemps ? » La voix d’Hécube semblait un peu tendue.

Gabrielle se contenta de hocher la tête sans se retourner. Elle mesura avec soin les herbes qu’elle mit dans les tasses et, dessus, elle versa l’eau de la marmite gardée toute prête près du feu. Cette nuit étoilée avait semblé… si pleine de possibilités. Alors que j’étais allongée, sous une couverture d’étoiles, je me retrouvais dans des dessins tracés par des lumières dansantes… et tandis que je regardais, l’étoile qui marquait mon cœur vint se placer dans l’obscurité… se trouvant un nouveau foyer dans une constellation faite de force et de volonté d’acier, et des yeux qui égalaient chaque lumière que ma vue pouvait saisir. Elle se souvenait de la joie tremblante et elle offrit un sourire à son moi plus jeune.

« Gabrielle, alors pourquoi… »

La barde se mordit la lèvre. « Alors, pourquoi j’ai épousé Perdicas ? » Elle finit par se retourner, apporter les tasses à la table et en poser une devant sa mère. « C’est… une question que je vais me poser tout le reste de ma vie. » Elle s’assit et mit les mains autour du bois sculpté de la tasse, fixant ses profondeurs fumantes. « Peut-être… parce que je ne pensais pas que Xena et moi… » Elle s’interrompit. « Et… je l’aimais bien… il s’inquiétait pour moi. »

Un long silence.

« Parce qu’on le voulait ? » Finit par dire Hécube très doucement. « Parce que ton père le voulait ? »

Gabrielle cligna des yeux puis regarda la compassion sur le visage de sa mère. « En partie. »

Hécube soupira. « Est-ce que… si les choses avaient été différentes… aurais-tu été heureuse avec lui, Gabrielle ? Il tenait beaucoup à toi. »

La barde secoua lentement la tête. « Non », admit-elle tranquillement. « Xena m’aurait bien trop manqué… ça aurait été… à la fin… je ne sais pas ce qui me serait arrivé. »

« Et bien… » Sa mère prit une gorgée de thé. « Elle semblait te soutenir pas mal à l’époque. » C’était une pique, elle le savait, mais elle était trop curieuse de savoir ce qu’allait dire sa fille pour l’arrêter.

« Oh oui. » Gabrielle relâcha un soupir. « Elle était prête à faire tout ce qu’elle pensait qui pourrait me rendre heureuse. » Elle eut une pensée nostalgique pour sa compagne. « Si seulement elle avait su. » Elle posa la tête sur sa main. « Nous avions si peur toutes les deux. »

Elles se tournèrent quand la porte s’ouvrit et que Lila entra d’un pas nonchalant, portant Gabriel posé sur son bras et qui les regardait avec un intérêt puéril. « Et bien… » Lila eut un regard narquois pour sa sœur aînée. « Je vois que certaines choses n’ont pas changé. »

Gabrielle leva la main, contente de l’interruption. « Très bien… très bien… j’ai dormi tard, oui. Tue-moi. » Elle sourit au bébé et le chatouilla, gloussant avec lui quand il se tortillait. « Les dieux savent que ça ne m’arrive pas si souvent… si l’aube est passée, c’est tard selon Xena. »

« Oooh… » Fit Lila. « Allons, Bri. Tu la mènes par le bout du nez… tu ne peux pas la forcer à rester au lit ? » Elle s’assit et fit rebondir Gabriel sur un genou. « Je parie que oui. »

La barde remua une main. « Eeeeet bien… oui et non. » Elle rit. « Bien sûr, si je le souhaitais, un jour particulier, ce serait facile… mais en général nous… dormons et nous réveillons au même moment, alors je ne veux pas vraiment dormir quand je suis avec elle. »

Sa mère et sa sœur la regardèrent, intriguées.

« C’est bizarre, je sais. » La barde soupira. « C’est dur à expliquer. » Elle joua à nouveau avec sa tasse et prit une gorgée. « Je pense que nous sommes beaucoup ensemble en fait. » Elle haussa les épaules. « Vous savez comme c’est… on s’habitue aux choses. »

Lila l’étudia. « Non… je ne pense pas que ce soit tout », déclara-t-elle calmement. « Je me souviens… quand tu étais ici la fois d’avant… et que cette balle de foin est tombée sur Xena. » Elle fit une pause. « Tu savais. » Elle baissa la voix jusqu’à un murmure. « Tu savais quand c’est arrivé, Bri… tu l’as senti. Tu es devenue pâle comme un linge… »

Gabrielle la regarda. « Oui », finit-elle par admettre tranquillement. « Je savais. »

« Wow », dit Lila dans un souffle. « Ça fait quoi ? »

Un haussement d’épaules. « Je ne peux le comparer à rien », répondit la barde simplement. « C’est juste une chose qui fait partie de nous. »

Un bruit puissant interrompit la scène tendue et elles virent arriver un homme petit et rond qui respirait mal dans l’encadrement. « Cachez-vous… Fuyez… une bande de voyous a traversé le troupeau et se dirige par ici ! »

« Et bien. » Gabrielle posa sa tasse et se leva. « Il est temps de se mettre au travail, je pense. » Elle se dirigea vers sa vieille chambre pour prendre son bâton et enfiler ses bottes. « Il faut que je te dise, Arès… » Marmonna-t-elle au loup qui sautillait. « Je n’ai jamais été aussi contente de voir des brigands de ma vie. »

Les cris augmentèrent dehors et elle passa la porte de devant, dans la direction du danger.


La ville de Rivas se dressait devant elle, ses dépendances miteuses à moitié effondrées sur la route. Xena guida Argo pour les dépasser avec un sourire grimaçant, alors qu’un bourdonnement de conversations s’élevait tandis qu’elles s’aventuraient plus avant dans la ville délabrée. « Ce n’est pas beau, Argo », murmura-t-elle, alors que des voix s’élevaient avec colère devant elles. Elles contournèrent un petit grenier jusqu’à la zone centrale de la ville, pour voir une grande foule d’hommes amassée au centre, entourant un chariot et une silhouette petite et presque ramassée.

« Qu’on le lapide, ce salopard ! » Cria un homme. « C’est un imposteur ! » La foule s’avança d’un coup avec une intention visiblement mauvaise. « Il nous a trompés ! »

Xena s’arrêta un instant puis soupira et serra les genoux sur les flancs d’Argo, repoussant les hommes les plus proches hors de son chemin. Un homme grand et vêtu d’une armure protesta puis leva les yeux et vit le regard bleu glacé qui le clouait et il recula sans un seul mot.

Eh. Xena sourit pour elle-même. Ça marche toujours. Elle repoussa une autre rangée de canailles puis se leva un peu dans ses étriers pour regarder la victime débraillée. Elle ferma les yeux et se rassit puis elle secoua lentement la tête. « J’aurais dû m’en douter. » Elle s’arrêta un instant puis carra les épaules et lâcha un cri qui surprit les hommes qui la gênaient et les fit s’écarter de son chemin. Elle poussa Argo vers l’avant avec plus d’énergie cette fois et n’eut pas de remords à donner des coups de pied pour écarter les hommes de son chemin quand ils ne bougeaient pas assez vite. « Reculez ! »

Un grondement sourd de mécontentement lui répondit et elle sortit son épée avec un bruit distinct d’acier contre le cuir. « Bougez ou je vous embroche. » Elle frappa le crâne de l’homme le plus près. La foule bougea à contrecoeur et elle atteignit l’avant, où un homme vraiment très grand et corpulent se tenait, sa main enroulée dans l’avant de la chemise d’un homme barbu très pâle et très sale.

Qui rayonna d’un délice suprême et non masqué en la voyant. « Xena ! » Sa voix chantait littéralement son nom.

« Bonjour, Salmoneus. » La guerrière soupira en posant son épée sur son épaule pour regarder son gardien. « Dans quoi tu t’es mis cette fois-ci ? » Elle lança un regard au chariot qui était rempli de… Elle plissa les yeux. D’animaux. Dont certains ressemblaient à l’oiseau assis en silence sur le pommeau de sa selle. Soulagée, elle jeta l’oiseau à l’arrière de la structure où il se dandina pour rejoindre ses congénères, cacardant furieusement. « Je présume que c’est à toi. »

« C’est… » Salmoneus toussa quand l’homme serra sa prise. « Hum… » Il remua la main vers Xena.

La guerrière se rapprocha et croisa le regard de l’homme. « Tu vas le lâcher ? » Elle s’assit très détendue dans la selle d’Argo, passant un pouce de haut en bas sur la poignée de son épée… son regard capturant celui de l’homme, noir. « Ou bien faut-il que je devienne méchante ? »

Il écarta les narines. « Ça dépend. A quel point tu peux devenir méchante ? »

Xena sourit. « Très. » Elle plissa les yeux. « Et c’est quand je suis de bonne humeur. »

« Elle dit la vérité… » Bafouilla Salmoneus. « Vraiment… c’est affreux, du sang partout… c’est dégoûtant. » Sa voix s’éteignit en un couinement tandis que l’homme serrait plus fort.

La guerrière sortit les pieds des étriers et passa la jambe par-dessus le cou de la jument, glissant le long de son flanc pour atterrir dans un mouvement fluide. Elle s’avança vers les deux hommes sans même jeter un coup d’œil sur ses côtés tandis que la foule s’écartait sur son chemin. « Tu ferais mieux de le lâcher… ou il va te manquer une main quand j’arriverai », commenta-t-elle doucement. Son regard se cloua à nouveau sur celui de l’homme et elle sentit ses instincts de combat prendre vie, chargeant l’air autour d’elle et relevant les poils de sa nuque pour laisser une brise fraîche et chatouilleuse voyager sur elle. Elle écarta les narines et une certaine lueur entra dans son regard, d’un endroit en elle qui, pour dire vrai, appartenait fermement à Arès.

Le grand homme détendit lentement sa main et le tissu de la chemise sale de Salmoneus se desserra tandis que l’homme courtaud reculait de quelques pas, ajustant ses vêtements sales. « Oh… bon choix… ouais, tu ne veux pas avoir d’ennuis avec elle. »

« Bien sûr que si », dit l’homme en riant et il sortit son épée pour aller vers elle, à quelques pas de l’endroit où se tenait Salmoneus. « Je rêve de croiser le fer avec la fameuse Xena depuis des années. »

« Ah oui ? » Xena l’évita et le laissa la dépasser, le frappant sur les fesses tandis qu’il trébuchait. Un rire malsain parcourut la foule. « Viens par ici, rêveur. » Elle cala son coup suivant avec sa poignée et le repoussa, le déséquilibrant malgré l’avantage de sa taille. Mais il se reprit et réattaqua, balançant son épée avec rudesse et compétence.

Xena para son coup puis se mit à sa portée et frappa sa mâchoire du coude, envoyant un craquement résonner dans l’espace ouvert. « Je parie que ça a fait mal. »

Il grogna, crachant du sang, réussissant à l’agripper d’une main au-dessus de son coude pour envoyer tout son poids contre elle. « Espèce de garce. »

« Tu commences à y voir clair. » Xena libéra son bras et retourna son épée, renversant la lame pour envoyer un coup tournant de sa main droite qui le frappa sur le côté de la tête avec le poids de la lame derrière. « Qu’est-ce qui t’y a fait penser ? » Elle lui donna un coup de pied dans l’aine puis le frappa du genou quand il se plia, le faisant tomber sur le dos avant de s’agenouiller sur sa poitrine de tout son poids.

Elle lui chatouilla la gorge de sa lame tandis qu’il haletait, étendu sur le dos, ses paupières cillant d’incrédulité. « Heureusement pour toi… je suis de bonne humeur. » Elle lui fit un sourire et se leva, puis elle rengaina son épée et se frotta les mains. « Filez tous. » Sa voix était un grondement et elle tourna son regard glacial sur la foule jusqu’à ce qu’ils commencent à s’éparpiller en grognant.

Salmoneus et elle finirent par être seuls dans la clairière, avec son chariot de… créatures. L’homme se serra les mains et cligna des paupières dans sa direction. « Oh… Xena, tu n’as AUCUUUUUNE idée de combien je suis content de te voir… c’est… et bien, c’est comme un miracle envoyé par les dieux ! »

La guerrière mit les mains sur ses hanches. « Qu’est-ce que tu fabriques ? »

Il montra sa poitrine. « MOI ? Eh bien… rien… rien du tout… je… et bien, tu vois... un cousin à moi, tu vois… il rentre d’un long voyage en mer et il a réussi à rapporter des… et bien, des curiosités… alors on a pensé que… je veux dire que j’ai pensé que ce serait… euh… et bien, éducatifs que les Grecs de partout voient ces animaux inhabituels et remarquables. » Il hocha brusquement la tête. « Tu le penses aussi ? »

Xena posa ses avant-bras sur le chariot et regarda à l’intérieur. Avec son ami, il y en avait autour d’une demi-douzaine d’autres comme lui, tous haletant d’un air malheureux dans la paille. Il y avait aussi quatre cages qui retenaient un chat à l’air dépenaillé avec des moustaches énormes, trois grands oiseaux bigarrés avec des becs de couleur claire et recourbés et deux belettes. « Je pense que tu as là un chariot plein de bêtes malheureuses, Sal. » Elle tourna la tête et le regarda. « Est-ce que c’est bien ? »

La mâchoire de l’homme tomba et il s’avança, une main levée avec hésitation pour lui toucher le front. « C’est drôle… tu ressembles vraiment à Xena… tu te bats assurément comme elle… » Il fit une pause. « Tu es malade ? Xena, ce sont des animaux idiots. »

La guerrière pinça les lèvres. « Pas si stupides… celui-là a réussi à me trouver. » Elle tendit la main et son petit copain s’avança en se dandinant pour lui mordiller les doigts de son long bec. Elle lui gratta affectueusement la tête. « Tu devrais soit en prendre soin, soit les laisser partir, Salmoneus. »

L’homme d’âge mûr mit la main sur le côté du chariot et l’étudia. « Tu sais… J’ai entendu ces histoires dérangeantes sur toi, Xena… vraiment dérangeantes… juste… impossibles à croire… Maintenant je ne suis plus aussi sûr. » Il garda le silence un long moment. « Tu as vraiment changé… plus encore que la dernière fois que je t’ai vue. »

Le regard de Xena le traversa. « Va-t’en, Sal. Ce n’est pas un endroit pour quelqu’un comme toi. » Elle poussa le bord du chariot et commença à s’éloigner. « Pars ailleurs. »

L’homme corpulent se dépêcha de la rattraper. « Attends… attends… heu… où est Gabrielle ? »

La guerrière atteignit Argo et ajusta son harnais. « A la maison. » Elle attrapa les rênes de la jument et la fit avancer. « J’ai des choses à faire ici… ensuite je pars. Je veux que tu sois parti avant que j’aie fini. » Elle commença à avancer vers l’auberge à l’air honteux.

« Mais… qu… » Salmoneus trottina pour la rattraper. « Mais… je veux dire… et bien, Gabrielle va bien, n’est-ce pas ? »

Xena s’arrêta et se retourna pour le regarder en silence pendant un court instant. Puis elle laissa un sourire étirer ses lèvres. « Elle va bien. »

L’homme d’âge mûr eut l’air soulagé. « Vous deux vous n’avez pas… heu… » Il essayait de trouver un moyen subtil et neutre de poser la question.

La guerrière eut un regard ironique. « Non. » Elle regarda alentour puis soupira et se rapprocha de lui, la tête baissée. « Nous sommes toujours ensemble. » Les mots firent un écho bizarre dans sa tête tandis qu’elle les prononçait. « Elle rend juste visite à ses parents. »

« OH… génial… génial… » Répondit-il avec effusion. « Je suis tellement, tellement content de l’entendre, Xena, je ne peux pas te dire… mais… » Son sourire devint narquois. « J’ai entendu des rumeurs juteuses… » Il lui donna un petit coup de coude. « Hein ? Allez… tu peux tout dire à ton vieux pote Sal… »

Le regard bleu glacial le cloua. « Je veux que tu sois parti avant que je ne revienne, compris ? » Gronda Xena. « Je le pense. » Elle se retourna et pointa. « Toi et le reste de ton petit cirque. » Elle se tourna et partit à grands pas vers l’auberge.

« Xeeeeeeeennnnnnnnaaaaaa… » Gazouilla Salmoneus, un sourire commençant à s’étirer sur son visage expressif. « Hmm… tu sais, je pense que tu as raison… il faut que je parte… et… va savoir… la ville la plus proche d’ici c’est… hé… c’est Potadeia. »

Xena s’arrêta et soupira, jetant un coup d’œil par-dessus son épaule. « Fiche le camp », l’avertit-elle puis elle regarda à nouveau autour d’elle. « Ecoute, Sal. Je n’ai pas le temps de jouer aux devinettes avec toi… c’est un endroit dangereux et tu ne devrais pas être ici. »

Il tapa le sol du pied et croisa les bras. « Xeeeennnnaaa ??? »

« Quoi ? » Aboya-t-elle, à demi embarrassée et à demi frustrée.

Un sourire charmant apparut sur le visage barbu de Salmoneus et il leva la main et remua les doigts. « Jolie bague. » Puis il s’affaira avec son chariot et laissa la guerrière retrouver son calme et piétiner. « Tch… tch… » Dit-il pour lui-même tandis qu’il éparpillait la paille. « Bravo, Gabrielle. »

Xena attacha Argo près de l’abreuvoir et prit un moment pour ajuster son armure avant de tenter de pénétrer dans l’auberge sombre et puante. Elle prit aussi un moment pour sourire en elle-même pour Salmoneus et espéra qu’il s’en tiendrait à l’idée d’aller à Potadeia… Gabrielle adorerait voir les petits oiseaux et peut-être qu’à elles deux elles pourraient convaincre le vieux fripon de donner un meilleur asile aux animaux.

Mais elle avait maintenant un autre problème. Trouver son contact et obtenir cette fichue note. Avec un soupir, elle ajusta le chakram et poussa la porte, retenant sa respiration face à la puanteur de vin aigre, de vieille bière et de corps pas lavés. Je buvais dans ce genre d’endroit… se souvint-elle en ravalant une montée de bile soudaine. A quoi je pensais ? Elle s’arrêta juste à la porte pour laisser sa vision s’adapter à l’intérieur peu éclairé, ensuite elle continua, consciente de tous les regards tournés vers elle.

Ce n’était pas inhabituel, mais c’était rarement ce genre d’attention maintenant… les hommes, et c’était principalement des hommes, à part trois ou quatre servantes qui, au vu de leurs robes, avaient une autre occupation aussi, les hommes donc étaient un groupe hétéroclite de mercenaires, avec de vieilles armures rafistolées et des armes mal entretenues. Ils la regardaient par-dessous et la voyaient comme une rivale… ou un tas d’ennuis potentiels. L’hostilité la frappait comme de l’eau et elle sentit son dos se raidir par pur réflexe tandis qu’elle injectait un peu de balancement dans sa démarche et traversait vers une table sombre et vide près de l’arrière.

Et bien. Elle laissa son regard planer, évaluant les habitants. Il y a une chance qu’ils sachent qui je suis. Un petit sourire supérieur recourba ses lèvres. Les sales mercenaires sont monnaie courante ici, mais… il n’y a pas beaucoup de combattants qui répondent à ma description et qui font le tour de la Grèce. Elle espéra juste que qui que ce soit la trouve et lui délivre ce fichu message avant qu’elle ne s’évanouisse à cause de la puanteur.

Une servante s’avança, sans s’inquiéter de laisser son regard planer sur la haute silhouette de Xena avec une intrépidité relative. La femme, à peine une jeune fille, vraiment, avait des cheveux presque aussi noirs que la guerrière, mais était bien plus petite et était amplement dotée. Elle mit son plateau contre sa hanche et sourit. « Je peux vous apporter quelque chose ? »

Xena haussa ses sourcils noirs. « Qu’est-ce que vous avez qui ne soit ni pourri ni empoisonné ? »

Une légère étincelle apparut dans les yeux de la jeune fille. « Votre cheval le boit sûrement là dehors », dit-elle d’un ton traînant. « Mais le porto n’a tué personne cette semaine. »

La guerrière répondit avec une étincelle à son tour. « Très bien. » Elle attendit que la chope lui soit apportée et elle la sirota avec prudence, appuyée contre le mur, un pied contre la chaise proche. Il ne fallut pas longtemps… quelques instants plus tard, une silhouette sombre vint près d’elle et la regarda de haut. Elle rendit le regard, tout en se rendant compte qu’il était vaguement familier.

« Tiens, tiens », dit l’homme doucement. « Regardez qui est là. »

Son esprit passa rapidement en revue les gens et le temps passé jusqu’à ce qu’il s’arrête sur son visage, plus jeune, et sans la longue cicatrice qui lui barrait le visage d’une oreille à l’autre. « Belenius. »

Il ricana de surprise. « La grande guerrière connaît mon nom… voyez-vous ça. »

Xena lui lança un regard neutre. « Tu veux quelque chose ? » Elle prit une autre gorgée du porto, qui n’était pas le pire qu’elle ait bu, mais pas le meilleur, et de loin.

Lentement, il s’installa dans la chaise en face d’elle. « Marrant que tu te pointes ici. » Il regarda autour de lui. « C’est pas ton genre d’endroit, non ? »

La guerrière le fixa, impassible. « Ça l’était. En quoi ça te regarde ? »

Il haussa les épaules et sortit un parchemin sale de son armure pourrissante et le lança sur la table vers elle. « D’un de tes vieux amis… » Il sourit, montrant un sourire aux dents manquantes. « J’étais même pas sûr que t’étais encore dans le coin… mais on dirait que oui. J’ai entendu dire que tu avais pris ta retraite. »

Xena prit le parchemin avec deux doigts et le secoua pour l’ouvrir. « Peut-être bien que oui », répondit-elle en tournant le papier vers la lumière.

Il gloussa. « Oh… oui, tu as l’air d’une retraitée. » Il frappa la table. « Jasess peut maintenant dire qu’il a eu une raclée mémorable par un seigneur de guerre à la retraite… ça va faire une bonne histoire à raconter aux hommes. »

La guerrière lut deux fois la missive, son esprit déjà loin en pensant à l’homme qui l’avait signée. Garanimus… Un vieil… ami ? Non. Jamais… plutôt un partenaire obligé. Mais il lui avait sauvé la vie une fois il y a bien longtemps et elle lui devait une faveur depuis. Maintenant il la réclamait, disait-il… il avait besoin d’elle pour une tâche, disait le message, qui était de son niveau et que seule elle pouvait faire.

Garanimus, qui avait été son amant, pendant quelque temps. Qui lui rappelait les mauvais jours, quand elle avait sévi dans tout le pays en faisant couler le sang comme si c’était de l’eau. Maintenant il voulait une faveur… et son honneur lui dictait d’aller au moins voir ce que voulait le vieux salopard. Il avait apparemment pris d’assaut une petite cité fortifiée à l’ouest et était coincé là avec son armée de bandits et de voleurs honteux, ayant trouvé que s’installer lui allait bien.

Ce n’était pas si loin… une semaine de voyage au plus. Mais emmener Gabrielle là-bas… intérieurement elle tressaillit fortement. Est-ce que je veux la soumettre à plus de ce côté de moi ? Ça n’était pas suffisant la dernière fois ?

Et au fond de son esprit. Et si cette fois-ci… c’était trop ? Elle se raidit. Est-ce que ce ne serait pas mieux de… d’y aller seule et de s’en occuper… Gabrielle serait en sécurité à Potadeia… elle passerait un peu de temps tranquillement et paisiblement avec sa famille… ce serait bon pour elle.

Elle n’avait pas besoin de le savoir, pas vrai ?

Xena soupira et prit une gorgée du porto, ignorant le discours incohérent de Belenius. Pendant un très long et mélancolique moment, elle en fut tentée, puis la connaissance de sa douce compagne se réinstalla et elle se leva abruptement. Laisser Gabrielle sans un mot… à Potadeia ? Laisser ce vieux cauchemar devenir réalité en même temps que les autres ?

Pas de toute ta vie. « Merci, Belenius », marmonna-t-elle en laissant le porto. « Finis ça pour moi, d’accord ? »

Il l’attrapa sans hésitation. « Bien sûr… bien sûr… Xena… t’sais… je me rappelais juste le bon vieux temps… c’était plutôt sympa de faire partie de ton armée. » Il avala une gorgée en gargouillant. « Assurément, t’étais une sacrée garce et une sacrée combattante par Hadès, je t’en donne crédit. »

La pièce était trop petite. Xena se dirigea vers la porte, s’arrêtant quand elle repéra la serveuse et elle sortit une pièce de la bourse dans sa ceinture. « Tiens. » Elle la tendit à la fille. « Garde la monnaie. » Elle passa près d’elle et atteignit la porte, la poussant brusquement pour l’ouvrir et plongeant presque dans l’air doux et frais, avec un sentiment de profond soulagement.

Argo hennit dans sa direction.

Lentement, elle avança péniblement vers la jument et s’appuya contre son corps chaud. « On part d’ici, ma fille. » Elle lança un regard dégoûté par-dessus son épaule. « Je n’ai plus rien à voir avec cet endroit. »

Un léger ébrouement lui répondit tandis qu’elle rangeait le parchemin dans sa sacoche et attrapait la selle pour se hisser sur le dos du cheval. Les fenêtres vides de la ville triste semblaient rire d’elle tandis qu’elle guidait Argo loin du ramassis de bâtiments et prenait le chemin qui menait loin de Rivas.

Et bien. Elle voulait une aventure. Xena jura silencieusement. Sois prudente quand tu demandes quelque chose, Xena… la vie trouve toujours le moyen de te le donner.


Le chemin s’envolait sous ses pas tandis que Gabrielle fonçait vers les bruits, avec Arès sur ses talons. Elle prit le dernier virage et vit une demi-douzaine d’hommes à cheval, qui balançaient des masses vers les villageois apeurés pour s’amuser.

Elle sentit la colère monter et cela lui donna de l’énergie, alors qu’elle atteignait le premier et évitait son arme, balançant la sienne dans un arc court et féroce qui le cogna juste au-dessus de l’oreille et le déséquilibra. Puis elle mit les bras en arrière et les lança vers l’avant, le frappant avec une acuité sans faille dans la poitrine avec le bout de son bâton.

Il glissa du cheval, une expression de surprise sur le visage et elle sourit pour elle-même, avant de se retourner et de foncer vers le deuxième brigand qui chassait une des filles du village, dont les cris aigus se répercutaient dans la cour.

Se sentant d’humeur très combative, Gabrielle accéléra et tandis qu’elle s’approchait de l’homme, elle planta le bout de son bâton dans le sol et décolla, utilisant le bâton comme une perche et elle planta ses deux pieds dans sa poitrine de tout son poids et son élan.

Ils passèrent tous les deux par-dessus le cheval, mais elle parvint à garder son sens de la direction en place et atterrit sur ses pieds, trébuchant un peu, mais exhalant un souffle excité à son succès. Yow ! Le cavalier suivant se prit le bout de son bâton dans le dos et il plongea vers l’avant, faisant glisser son cheval qui l’envoya par-dessus sa tête dans l’abreuvoir. Oui ! La barde rebondit vers l’avant et fonça vers l’un des derniers brigands, qui chevaucha vers elle, une expression déterminée sur le visage.

« Mange ça ! » Cria Gabrielle en attrapant une pierre qu’elle lui lança. Cela le surprit et il l’évita puis le regretta quand le bâton de Gabrielle le frappa bien entre les omoplates et qu’il perdit le contrôle du cheval qui se mit à galoper en hennissant.

Les deux hommes restants virent son visage déterminé et firent tourner leurs chevaux, leur donnant de forts coups de pied avant de s’enfuir.

Gabrielle se tint au milieu de la route, posa son bâton sur le sol et s’y appuya avec un sentiment de fierté tranquille.

Puis un grondement attira son attention et elle baissa les yeux, intriguée, tandis que le sol commençait à trembler. Un tremblement de terre ? Un cri d’avertissement la fit se retourner et elle écarquilla les yeux en voyant un mur de laine arriver sur elle à une vitesse ahurissante.


« Doucement… doucement avec elle. »

Gabrielle sentait les sons aller et venir et elle était particulièrement consciente de la nausée dans son estomac.

Elle avait mal partout.

« Doucement… posez-la doucement. » Une voix inconnue et des mains qui la retournaient, la posant sur une surface douce et plate. Puis une voix qu’elle connaissait. Lila.

« Hé, ma sœur, l’héroïne… ne bouge pas, d’accord ? » La voix de la jeune femme était un mélange d’inquiétude et de fierté amusée. « Tu as été un peu sonnée… le guérisseur jette un œil. »

Gabrielle plissa le front tandis qu’elle essayait de se souvenir de ce qui s’était passé. Elle avait couru, les brigands avaient déboulé dans la ville… un groupe d’hommes et de femmes jeunes l’avait rejointe… elle se souvenait de s’être battue avec son bâton… de faire tomber le chef de son cheval.

Bon sang, il avait été surpris. Mais pas à moitié aussi surpris qu’elle d’y être arrivée. Ensuite…

Rien.

Elle cligna des yeux pour les ouvrir et voir le visage bon et inquiet du guérisseur tandis qu’il tâtait son crâne. « Salut », réussit-elle à sortir d’une voix rauque, voyant Lila dans sa vision périphérique. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle tourna son regard vers sa sœur. « Les brigands ? »

Lila leva la main et repoussa ses cheveux. « Tu les as tous battus, soeurette… » Son visage se plissa dans un sourire ironique. « Ils se sont enfuis. »

« C’est vrai ? » La barde entendit la surprise dans sa voix. « Et pourquoi j’ai l’impression que c’est moi qu’on a battue ? » Elle essaya de lever une main vers sa tête, mais sentit que le guérisseur la repoussait.

Lila échangea un regard avec Hécube. « Repose-toi… tu as été renversée, c’est tout. »

« Mm. » Gabrielle referma les yeux contre la douleur battante. « C’est ce que je ressens. »

« Tiens. » Elle sentit une surface fraîche et humide toucher ses lèvres et en réflexe, elle prit une gorgée, grimaçant un peu à l’amertume. « Beuh. »

« Allons, Gabrielle… » Tenta de la persuader le guérisseur. « Ça va aider pour ton mal de tête. »

« Qu’est-ce que c’est ? » Demanda la barde avec précautions.

« Ne t’inquiète pas de ça… ça va t’aider », la rassura l’homme. « Allez maintenant… c’est pour t’aider à te reposer… et diminuer un peu la douleur. »

« Bri, bois c’est bon. » Lila lui massa l’épaule. « Ne sois pas bornée. »

Gabrielle obéit, en faisant une grimace. « Beuh… c’est pire que celles de Xena. » Une légère pensée inquiète passa dans son esprit puis disparut avant qu’elle ne puisse se concentrer dessus. Elle laissa sa tête reposer sur la surface fraîche de l’oreiller tandis qu’elle sentait que les herbes oeuvraient rapidement sur son estomac vide. « Je les ai chassés, hein ? »

Sa mère s’agenouilla près d’elle et lissa ses cheveux en arrière, évitant un endroit sensible qu’elle pouvait sentir sur sa tempe. « C’était très courageux de ta part, Gabrielle. »

Un léger sourire étira les lèvres de la barde. « Xena va me chambrer… j’ai promis de rester loin des ennuis. » Elle ouvrit les yeux. « Où est Arès ? »

Une tête noire et poilue se redressa et mit le museau dans sa main. « Rghro ? »

« Il était avec toi… » Expliqua Lila, d’un ton apaisant. « Il mordait ces types de partout. »

Gabrielle sourit et passa les doigts dans le pelage soyeux. « Brave garçon. » Une vague de sommeil la submergea et elle s’y abandonna, fermant les yeux et laissant ses dernières pensées se concentrer sur son âme sœur, souhaitant avec mélancolie qu’elle soit là même si elle allait être taquinée pour ne pas avoir réussi à se sortir du chemin de… elle se concentra. Et bien, hors du chemin de quoi que ce soit qui l’avait frappée. Xena ne la ménagerait pas… mais il y aurait une étincelle dans ces yeux bleus… elle pouvait presque les voir… si clairement…

Hécuba soupira tandis qu’elle regardait la respiration de sa fille aînée devenir plus profonde et régulière. « Bonté divine. » Elle secoua la tête. « Est-ce qu’elle va aller bien ? »

Le guérisseur finit de ranger ses herbes et passa un peu de pommade sur une égratignure rougie sur le cou de la barde. « Elle va aller bien… mais… » Il examina l’égratignure. « Voilà… il faut mieux enlever ceci qui irrite cette blessure. »

Lila repoussa doucement les cheveux clairs de sa sœur et détacha le collier qu’il montrait, le retirant du cou de Gabrielle pour le mettre dans sa main à elle. « Je vais le garder pour elle… je sais que c’est important. »

« Tiens. » Le guérisseur soupira. « Ne vous inquiétez pas… après un peu de repos, elle ira très bien… il n’y a pas de commotion, juste un petit coup sur la tête et quelques égratignures. Ce n’est pas si mal si on considère ce qu’elle a fait… dieux, c’était quelque chose. » Il se leva et recula pour laisser Hécube se rapprocher de la barde endormie. « On ne va parler que de ça au village… dommage que ton mari n’était pas là pour le voir. »

La femme d’âge mûr soupira. « Oui. » Elle tira sur la couverture et la mit sur les épaules de sa fille. « Très bien, tout le monde dehors… qu’elle se repose. » Elle se leva et les poussa vers la sortie, fermant doucement le paravent qui fermait la chambre et laissant sa fille en paix.


Elle se réveilla dans l’obscurité, clignant fort des yeux contre la lueur qui menaçait de la recouvrir, ne sachant pas vraiment où elle était. A la maison ? Non… Elle sentit sa respiration s’arrêter. Pas ici… pas cet endroit, dieux… non…

Le rêve l’avait engouffrée, des images sombres et souriantes de sa famille, avec des regards de pitié alors qu’elle essayait d’insister sur le fait qu’elle n’avait pas passé les trois dernières années de sa vie à Potadeia.

Elle sentit sa respiration diminuer dans sa poitrine et ses yeux scrutèrent frénétiquement la pièce, suppliant son esprit de lui dire qu’elle était ailleurs.

Que le rêve qui l’avait réclamée, faisant de sa vie avec Xena à peine un fantasme, était lui-même un fantasme.

Mais plus elle regardait, plus il devenait réel. Non. « Non. » Sa voix était rauque tandis que ses yeux fixaient le poisson avec confusion. Voilà… ça c’était réel… c’était un cadeau de Xena.

N’est-ce pas ? Ou bien était-ce le poisson original ? Elle regarda autour d’elle. Pas d’Arès.

Elle leva la main pour toucher sa gorge.

Et elle ne trouva rien.

Son cœur faillit s’arrêter de terreur. Non… dieux… non… je ne peux pas perdre ça… je… non… Un gémissement lui échappa. Xena… non… s’il te plaît… ne me laisse pas ici… non… non… oh dieux… ne me prends pas ça, s’il te plaît…

La porte s’ouvrit et sa mère se précipita en entendant son cri. « Gabrielle ? » Lila vint derrière elle, et ensuite, la silhouette solide de son père.

La panique la submergeait maintenant et elle lutta pour se redresser, les fixant silencieusement.

« Doucement… » Lila s’assit sur le bord du lit et lui attrapa les épaules. « C’est bon… tu es ici… tu es à la maison… »

« Non. » Elle essaya de se lever, de fuir. « Non ! » Peut-être que si elle courait assez vite, elle pourrait s’enfuir.

Des mains l’attrapèrent et elle lutta, se battant fortement contre la prise qui l’obligeait à s’allonger. Elle arqua le dos, repoussant quelqu’un, et elle libéra une main, qui fut capturée par une autre prise, tandis que du poids venait sur elle et la forçait à s’allonger dans le lit, son cœur battant si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine.

« Nooon ! » C’était presque un hululement et il lui racla la gorge, et elle convulsa, réussissant en partie à se libérer et à sortir de la paillasse, sentant ses genoux impacter le sol alors qu’elle plongeait vers la porte.

Et elle entra en collision avec un objet très solide et sentit une forte prise sur elle, chaude, réelle et forte… des mains attrapaient son visage, la forçant à lever les yeux.

Lever les yeux.

Vers des yeux bleus clairs qui l’avalèrent toute entière et bannirent la frayeur vers les brumes.

« Tout va bien. » Une voix chaude et de velours passa à travers les effets de l’herbe, à travers la terreur. A travers la panique sauvage qui menaçait sa santé mentale. « Tout va bien… tu m’entends ? »

Gabrielle leva une main tremblante pour toucher la peau douce du visage qui la regardait, laissant son toucher lui prouver sa réalité. « S’il te plaît, ne me laisse pas là. » Elle sentit les mots sortir avec confusion. « Ne me laisse pas… s’il te plaît ? »

Xena regarda les yeux hantés et douloureux et sentit son cœur se briser. « Viens par ici. » Elle serra le corps tremblant de la barde contre le sien et la serra doucement. « Je ne te laisserai pas… je te tiens… calme-toi. » Elle leva les yeux et étudia les visages choqués de la famille de son âme sœur, qui étaient éparpillés là où ses mouvements erratiques les avaient laissés. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle sentit les genoux de Gabrielle commencer à se cogner et elle la souleva, lui lançant un regard inquiet tandis qu’elle enfouissait son visage dans l’épaule couverte de l’armure de la guerrière et s’accrochait à elle avec désespoir. Un son, à moitié entre un grognement et un cri, échappa à la barde. « Hé… hé… doucement. » Xena l’étreignit.

Hécube repoussa ses cheveux gris d’une main tremblante et lâcha un soupir secoué. « Je… je ne sais pas… vraiment… elle… elle dormait… on l’a entendue crier… on est venus ici… et… »

Xena étudia son âme sœur avec attention. « Elle est blessée. » Le regard bleu se tournait maintenant vers eux, porteur d’une question perçante, tandis que la posture de la guerrière changeait subtilement, son poids et celui de la barde bougeant sur son centre de gravité. « Qu’est-ce qui s’est passé ? ? » Sa voix avait pris une nuance plus sombre, plus basse.

Lila s’avança et posa une main apaisante sur le bras de la guerrière. « On a eu un petit incident cet après-midi… des brigands sont venus… Bri les a combattus avec son bâton. »

La guerrière fronça les sourcils, entendant les faibles murmures brisés qui venaient de sa compagne. « Ils l’ont blessée ? » Son regard leur indiquait les conséquences foudroyantes à leur égard si c’était le cas.

Lila fit la grimace et mâchouilla sa lèvre. « Hum… non… en fait, c’est elle qui les a blessés… ils se sont enfuis. »

Xena contracta son front et regarda Gabrielle, puis Lila et elle haussa son sourcil gauche.

La jeune femme haussa une épaule. « Ils ont fait paniquer le troupeau… Gabrielle était dans le chemin. »

L’autre sourcil rejoignit le premier. « Elle a été piétinée par des moutons ? »

« Hum. Oui », dit Lila en touchant le bras de sa sœur. « Bri ? »

Pas de réponse. Xena prit une inspiration et secoua la tête. « Le guérisseur lui a donné quelque chose ? Cette blessure à la tête ne me paraît pas assez sérieuse pour causer ce genre de réaction. »

Hécube leva un petit sac d’herbes puis se rapprocha et le tendit à Xena pour qu’elle le renifle.

Bon sang. La guerrière jura doucement. « Ce truc lui donne des cauchemars. » Elle soupira de dégoût. « Je ne l’utilise jamais sur elle. »

« Ne me laisse pas », murmura Gabrielle d’un ton brisé, ses mains se pliant contre l’armure. « S’il te plaît ? Je vais mourir ici… je… ce n’est plus ma place… Xena… s’il te plaît… tu dois m’emmener avec toi. »

« Chh. » Xena eut un regard d’excuse pour la famille de sa compagne, saisissant leurs visages blessés avec un tressaillement intérieur. « Je t’ai… et je ne vais nulle part sans toi, alors calme-toi. » Elle la posa sur la paillasse et relâcha un souffle. Le dernier kilomètre pour venir à Potadeia était à peine un souvenir, de branches sur son visage, et de la respiration laborieuse d’Argo, tandis qu’elle répondait à la terreur qui irradiait de sa connexion avec Gabrielle.

Lila s’agenouilla près d’elle et mit les doigts sur le bras de la guerrière, juste au-dessus du bracelet. « Xena… euh… il faut probablement que tu mettes un bandage là-dessus. » Elle leva les yeux. « Heu… je vais chercher de l’eau… » Elle se releva et quitta la pièce avec Hécube sur ses talons.

Ce qui laissait Hérodote qui les regardait tranquillement, son regard vert devenu noisette et énigmatique dans la lumière de la chandelle. Ensuite lui aussi partit tranquillement, les laissant en silence.

Un rayon de lumière de la lune erratique  entra par la fenêtre, mêlé à la lumière dorée des trois chandelles qui éclairaient la pièce. La brise nocturne faisait vaciller les flammes, envoyant danser des ombres et apportant un soupçon de fumée de bois qui se mêlait à l’odeur de cire.

Bon sang. Xena laissa sa tête reposer contre le mur. « Hé… » Murmura-t-elle doucement à la barde, qui bougeait légèrement contre elle.

Des yeux verts épuisés clignèrent vers elle, toujours flous de confusion. « Xena ? »

« Oui… c’est moi. » La guerrière soupira. « Ça va ? »

Gabrielle posa son front sur la dureté froide de la cuirasse de son âme sœur. « Je pense que oui maintenant. » Sa voix tremblait légèrement. « Dieux… je faisais ce cauchemar… et ça durait une éternité, Xena… c’était… je pouvais me souvenir de notre vie à deux, mais personne d’autre ne le faisait… j’étais de retour ici et ils me regardaient tous comme si j’étais folle… et ils riaient de moi… »

« C’est le truc que le guérisseur t’a donné », lui dit doucement sa compagne. « Ça te donne de mauvais rêves. »

La barde digéra ces paroles. « Ensuite je me suis réveillée… et j’étais ici… et toi pas… et je… » Elle leva les yeux, perplexe. « Je ne savais pas ce qui était réel… et ce qui était le rêve… Arès n’était pas là et mon collier… » Ses doigts touchèrent son cou. « Et ensuite ils sont tous entrés et m’ont clouée sur le lit… je pensais que… je… »

« Chh. » Xena lui caressa les cheveux. « C’est bon… je t’ai. »

« Mpf. » Un peu de son calme normal revenait. « Oui, c’est sûr. » Elle tressaillit. « Tiens… je te libère… » Elle commença à rouler hors du corps allongé de son âme sœur.

Xena la serra un peu plus entre ses bras. « Nan… j’aime bien que tu sois là. »

Gabrielle se laissa faire et mâchouilla sa lèvre, puis elle commença à lentement détacher les boucles de l’armure de Xena. « Ton bras saigne. » Elle regarda la coupure. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle réussit à enlever les pièces de l’épaule et elle les éloigna de la poitrine de sa compagne, pour les poser près du lit, ensuite elle se blottit un peu plus avec un petit hoquet de soulagement.

La guerrière baissa la tête et examina la blessure. « Je n’en ai aucune idée », confessa-t-elle. « Arès est venu me rejoindre à environ un kilomètre d’ici… ensuite je… » Elle hésita. « Je savais que quelque chose n’allait pas, alors… hum… je pense que j’ai traversé une barrière. » Elle se mordit l’intérieur de la lèvre pensivement. « Ou quelque chose comme ça. »

Lila revint, apportant une autre chandelle qu’elle posa. « Bonjour Xena », dit-elle en s’agenouillant. « J’ai oublié de te le dire tout à l’heure. » Elle jeta un coup d’œil à sa sœur. « Salut. »

Gabrielle la regarda à son tour. « Salut. » Elle fit un peu marcher sa mâchoire. « Je présume que je suis haut placée sur l’échelle de la panique, pas vrai ? »

Sa sœur lui lança un regard ironique. « Ooooooh oui. » Elle lava avec douceur le bras de Xena, rinçant le tissu ensanglanté dans l’eau qu’elle avait apportée. « D’abord, le journal, ensuite tu mets la raclée à une demi-douzaine de types et maintenant ceci…il fallait que tu fasses tout en même temps ? Tu aurais pu les espacer un peu. »

Gabrielle posa la tête contre l’épaule de Xena et soupira doucement. « Désolée… je… je ne voulais pas réagir comme ça… j’étais juste un peu confuse. » Elle tressaillit en se souvenant de ses mots. « Je ne voulais pas dire tout ça. »

Lila posa avec soin une bande de coton sur ce qui était, pour Xena, une coupure insignifiante. « Et bien…  je pense qu’ils ont essayé de se convaincre depuis un moment maintenant… d’accord, ils savent que tu es partie parce que tu le voulais… pas parce que tu étais… heu… » Son regard alla rapidement vers le visage de Xena.

« Kidnappée », proposa Xena d’un ton neutre.

Lila lui jeta un regard ironique. « Et bien, oui. » Elle se tourna à nouveau vers sa sœur. « Mais ils n’ont jamais admis… je pense… que c’était principalement de leur faute… ils préféraient juste plutôt croire que tu étais partie pour vivre des aventures, ou bien… peu importe. »

Un sourcil noir se courba. « C’est la première fois qu’on parle de moi comme d’un ‘peu importe’ », dit Xena avec un demi-sourire, tandis qu’elle grattait doucement le dos de Gabrielle.

« Mm. » Gabrielle réfléchit à la déclaration. « Je présume que j’ai anéanti leurs espoirs, hein ? » Elle enroula ses doigts autour du bras de son âme sœur, qui était posé sur elle. « Bien que… je ne pense pas que j’aurais suivi n’importe qui. »

Sa sœur posa un coude sur la cuisse de Xena. « Peut-être que tu devrais le leur dire. Ils se sentent plutôt horribles en ce moment. »

Xena les regarda à peine, amusée de la familiarité grandissante de Lila avec elle. En plus, elle essayait encore de baisser son rythme cardiaque et de ralentir le mal de crâne battant qu’elle avait développé en descendant le chemin de pierres pour venir à l’aide de son âme sœur blessée. Elle comprenait maintenant ce qui s’était passé, mais ça ne la faisait pas se sentir mieux.

Que les dieux de l’Olympe soient remerciés qu’elle ait décidé de revenir ici. Et si elle ne l’avait pas fait ? Elle regarda Gabrielle, laissant les mots hésitants de la barde à Lila la traverser. Qu’est-ce que ça lui aurait fait ? Pas que sa famille aurait nié leur relation, mais… dieux. Elle lissa d’un air absent les cheveux doux blond roux de la barde, se concentrant sur la texture soyeuse et comme la lumière de la chandelle la rehaussait.

« Xena ? » La voix de Gabrielle s’immisça dans ses pensées et elle leva les yeux.

« Oui ? » Gabrielle et Lila la regardaient avec curiosité. « Désolée… la journée a été longue. » Elle réajusta ses bras autour de la barde avec un sentiment de soulagement satisfait. « Tu as besoin de quelque chose ? »

Gabrielle eut un rire. « Non… je me demandais juste où tu étais partie. »

Un haussement d’épaule. « Très bien. » Puis elle se tut, espérant que Gabrielle se rendrait compte qu’elle en parlerait plus tard.

Une gentille tape sur son ventre lui dit que la barde comprenait en effet. « C’est bon… »

« Oh ! » Xena ouvrit les yeux brusquement. « Tu ne devineras jamais sur qui je suis tombée sur la route. »

La barde la regarda. « Autolycus ? »

« Non. » La guerrière secoua la tête.

« Hercule et Iolaus ? »

« Nan. »

« Cecrops ? »

« Non non. »

« Xena ? »

« Et bien… oui. » La guerrière traîna sur les mots, contente de l’humour revenu de son âme sœur. « Ça, c’est certain. »

Gabrielle roula les yeux. « Tu es une sacrée morveuse. »

Xena sourit. « Salmoneus. »

« Oh ! » La barde se mit à rire. « Je ne l’ai pas vu depuis une éternité… qu’est-ce qu’il fabrique ? »

« Ne le demande pas », lui conseilla sa compagne. « Il y a des animaux. »

Lila se leva. « Bien, Bri… tu as besoin de repos et je présume que tu es dans les meilleures mains maintenant. » Elle ébouriffa les cheveux de sa sœur avec affection. « Je vais parler aux parents… leur laisser la nuit pour se calmer. »

Gabrielle hocha un peu la tête. « Merci, Li… » Elle attrapa la main de sa sœur et la serra. « Où est Lennat ? »

La grande femme aux cheveux noirs rit. « Il s’occupe de ton filleul… il le fait monter sur son dos, et en général, il s’assure qu’il est complètement frénétique quand je rentre à la maison. » Elle sourit et s’approcha de la porte puis elle s’arrêta, la main tâtant sa poche. « Oh… attends. » Elle revint et s’agenouilla, sortit quelque chose et le tendit à sa sœur. « Tiens… on a enlevé ça à cause de l’éraflure… »

La barde prit le collier et le fixa, ensuite elle regarda Lila. « S’il te plaît, ne refais plus jamais ça », demanda-t-elle d’une petite voix avant de le remettre autour de son cou de ses mains tremblantes et elle prit le cristal pour l’étudier en silence.

« Je… » Lila ne trouvait pas les mots. « Bri, je suis désolée… je sais que tu l’aimes bien… mais… »

Les yeux toujours sur le cristal, la barde tendit sa main libre et tâta le cou de Xena, tirant sur le collier de la guerrière pour l’amener dans la lumière de la chandelle. Elle se rapprocha, la tête nichée sous le menton de Xena et elle ajusta les deux moitiés l’une contre l’autre avec un faible clic. Ensuite elle ferma les yeux et passa le pouce doucement sur les pièces jointes.

Xena la regarda dans un silence pensif, ses yeux bleus passant la chambre en revue avec une intensité féline. Elle s’éclaircit la voix et prit une inspiration. « C’est le peuple de Jessan qui nous les a donnés », dit-elle à Lila, qui regardait sa sœur avec une inquiétude profonde. « Ils… signifient notre relation, dans leur tradition. »

« Oh », répondit Lila d’une voix affligée. « Je ne savais pas. »

La barde ouvrit les yeux et soupira. « C’est bon… ça m’a effrayée quand je me suis réveillée. »

Sa sœur lui tapota le bras ensuite elle se leva et alla à la porte et l’ouvrit pour laisser passer la silhouette noire d’Arès. « Ououh… » Marmonna-t-elle, ensuite elle lança un regard aux deux femmes silencieuses emmêlées sur le lit, et elle partit.

Gabrielle évita la langue du loup. « Arès ! Arrête ça. » Elle attendit que le loup se calme puis regarda sa compagne. « Alors. Raconte. »

Xena l’examina en silence. « Chaque chose en son temps… tu vas bien ? »

Le regard vert doux mêlé à la lumière de la chandelle croisa le sien. « Je suis… vraiment fatiguée et j’ai un peu faim, et ma tête et mon cou me font mal, mais autrement, oui, je vais bien. » Une pause. « Alors… raconte. »

La guerrière installa ses épaules de manière plus confortable et soupira. « C’était une note d’un vieux… » Elle s’interrompit. « D’un ancien lieutenant. » Elle était inconfortablement consciente du regard intense de sa partenaire. « Il… et bien, il me demande un service que je lui dois… il veut que je vienne dans le nord, à un endroit où il s’est établi avec son armée. »

« Hmm », songea Gabrielle. « Il y a combien de temps ? »

Elle regarda la barde. « Cinq… dieux… six ans maintenant. »

Elles se regardèrent en silence. « Et bien ? » Finit par dire Gabrielle.

« Et bien quoi ? » Répondit Xena, intriguée.

« Finis-en… pour que je puisse te dire « tu es folle ! » et qu’on commence à planifier », répondit la barde avec un air de connaisseur.

Xena cligna des yeux, perplexe. « Hum… » Elle leva une main et traça affectueusement les pommettes de la barde. « Je ne te laisserai pas ici. » Elle regarda Gabrielle avec attention. « Pas après ce soir. »

La barde baissa les yeux. « Je ne resterais pas ici. » Elle releva les yeux. « Même avant ce soir. »

Elles hochèrent la tête en chœur dans une confirmation solennelle. « Alors. » Xena prit une inspiration profonde. « Ça… ne va pas être joli joli, Gabrielle… il cherche la Xena dont il se souvient… et… je ne suis plus cette personne. »

« Non », répondit doucement la barde.

« Je ne suis pas sûre de savoir ce qu’il veut… et je ne suis pas sûre de pouvoir le lui donner, quoi qu’il en soit… mais c’est un… une personne parfois cruelle et sans cœur. » Le regard de Xena s’assombrit. « Nous faisions une bonne équipe. » Elle débattit de si elle devait tout dire à Gabrielle, ensuite une résolution de ne plus jamais mentir, ou retenir des informations la saisit. « Nous étions amants. »

Elle sentit Gabrielle prendre une inspiration et le corps élancé entre ses bras se raidir. « Mais c’était plus une convenance qu’autre chose. Ça ne signifiait rien pour nous deux. »

La barde se détendit un peu. « Il est beau ? » Demanda-t-elle avec un sourire peu enthousiaste.

Un haussement d’épaules. « Il est mignon… du moins il l’était… il ressemblait un peu à Palemon. »

« Mmm. » Gabrielle soupira. « J’aimais bien Palemon. »

Xena bougea et posa la tête pour la mettre sous un menton chaud et elle se berça un peu. « Gabrielle… si ça risque de te gêner… laisse-moi te ramener à la maison », dit-elle doucement. « Je ne peux pas supporter l’idée que tu sois blessée. »

La barde se laissa aller dans l’amour qui l’environnait, le respirant comme la senteur d’une rose dans la brise nocturne. « Je ne peux pas supporter que tu ailles dans un endroit pourri sans quelqu’un pour garder tes arrières », répondit-elle paisiblement. « Je veux y être. » Elle joua avec l’anneau sur la combinaison de Xena. « Mais merci d’avoir pensé à moi. » Elle se reprit et tira sur le cuir. « Allez… enlève-moi ça. »

Xena la relâcha à contrecoeur et accepta de se relever. « Il faut que j’aille voir Argo. » Elle soupira. « Récupérer nos affaires. »

La barde hocha la tête. « Bonne idée. » Puis elle eut un sourire penaud pour son âme sœur. « Tu as des barres de voyage là-dedans ? Je meurs vraiment de faim. »

Xena sourit, reconnaissant un bon signe quand elle en voyait un. « Sinon, je te trouverai quelque chose », promit-elle en se glissant dehors.

Gabrielle alla à la fenêtre et s’appuya contre le rebord, pour regarder Xena s’en aller dans la clarté de la lune. « Alors. » Elle se retourna et croisa les bras, fixant son poisson avec une attention mélancolique. « Tu m’as rapporté ma vague, hein ? » Elle prit une inspiration tremblante, contente que les cauchemars soient passés.

Pour l’instant.


C’était à peine l’aube quand Xena se sentit sortir de son sommeil par un sentiment de malaise. Elle cligna un peu des yeux puis se concentra sur Gabrielle, enroulée comme une demi-balle, le dos pressé contre la guerrière. « Gabrielle ? »

« Oui », reçut-elle en réponse.

« Hum… tout va bien ? » Murmura Xena en mettant la main sur l’épaule de la barde.

Un silence. Puis… « Non… je veux dire… je ne me sens pas bien. » Gabrielle soupira. « Un après-coup d’hier, je présume. »

Xena se souleva sur un coude et regarda son âme sœur avec inquiétude. « Tu as mal à la tête ? »

Gabrielle secoua la partie mentionnée pour dire non. « Non… j’ai des nausées. » Elle déglutit. « Les herbes, je pense. »

La guerrière lui frotta le dos dans un léger massage. « Ou toutes ces barres de voyage que tu as mangées hier soir », la taquina-t-elle doucement. « Les points de pression ne marchent pas ? » Elle pressa un pouce contre l’intérieur du poignet  de Gabrielle et vit la barde tressaillir un peu en réaction. « J’ai quelque chose… ne bouge pas. »

Elle se leva de la paillasse où elles étaient toutes les deux allongées et traversa la pièce vers l’endroit où elle avait posé leurs sacs, s’agenouilla et farfouilla dans l’un d’eux. « Oui… » Une tasse émergea suivie de plusieurs paquets. « Attends juste un instant… » Elle fit un mélange, s’arrêta, puis ajouta un ingrédient final avant de se relever et d’apporter la tasse vers le lit. « Tiens… vois si tu peux avaler ça. »

Un œil vert se tourna d’un air grognon vers elle. « Ça a mauvais goût ? »

Xena prit elle-même une gorgée et sourit. « Nan. »

« Oh… comme si tu étais bonne juge. » Gabrielle se souleva néanmoins et prit la chope avec précautions, la reniflant. « Oh. » Elle prit une gorgée puis une plus longue. « Mm. » Son regard alla se poser sur le demi-sourire de Xena et elle soupira. « Pourquoi tu ne les fais pas toutes aussi bonnes ? »

La guerrière repoussa une mèche de ses cheveux clairs nonchalamment et eut un petit signe de tête. « Ça n’aurait pas de sens de verser quelque chose de dégoûtant dans l’estomac de quelqu’un qui a des nausées, pas vrai ? » Elle s’interrompit, regardant Gabrielle qui finissait la tasse. « Tu te sens mieux ? »

La barde cligna plusieurs fois des yeux tout en se léchant les lèvres. « Un peu. » Le sentiment nauséeux diminuait, à son grand soulagement, et elle se réinstalla contre l’oreiller, regardant Xena avec une expression reconnaissante. « Merci. »

La lumière matinale de l’aube brilla brièvement sur les dents blanches de Xena qui souriait en retour. « Il faut bien que je sois bonne à quelque chose, pas vrai ? »

« Tch. » Gabrielle posa la tasse puis emmêla ses doigts dans le tissu soyeux de la chemise de nuit que portait Xena et elle tira. « Viens par ici. » Elle fut récompensée par un lit tout plein de guerrière chaude, qui l’entoura de ses longs membres et la captura dans un panier vivant d’affection, la faisant soupirer de pur plaisir. « Dieux… que c’est bon. » Elle se tourna à demi et mit son visage dans la poitrine de Xena, respirant joyeusement son odeur. « Je suis contente que tu sois ici. »

La poitrine de Xena bougea quand elle prit une profonde inspiration. « Moi aussi », répondit-elle doucement. « J’ai trouvé le plus stupide des oiseaux sur le chemin de Rivas. »

Gabrielle digéra cette déclaration avec curiosité. « D’a… ccord », dit-elle en traînant et en mordillant le lacet contre lequel était posée sa joue. « Tu… as trouvé un oiseau. »

« Mmm… » Xena bâilla un peu. « Il se dandinait. » Elle s’interrompit. « Mais il ne volait pas.

La barde gloussa légèrement. « Xena, c’est un jeu ? »

« Non non. » Sa compagne secoua la tête. « Ils étaient à Salmoneus… petit… à hauteur de mes genoux environ… un truc volatile avec des palmes… un bec pointu… et il se dandinait. » Elle lâcha un souffle d’aise. « Un truc à l’air stupide. » Un moment de silence pensif. « Tu l’aurais adoré. »

Gabrielle lâcha un rire. « Oh…bien… un truc volatile stupide qui se dandine… et j’aurais adoré… eh bé, merci Xena. « Elle chatouilla la guerrière sur le côté et sourit quand elle se tortilla. « Je vais m’en souvenir. »

Elles restèrent tranquillement dans les bras l’une de l’autre pendant un moment, et Gabrielle sentit les restes de son malaise s’évaporer et elle resta simplement là, savourant la proximité et les mouvements caressants et rythmés de la main de sa compagne sur ses cheveux. « Xena ? »

« Hmm ? » Le murmure ensommeillé gronda profondément dans la poitrine de Xena.

« Tu aimais cet homme ? »

Xena ouvrit brusquement ses yeux bleus qui s’écarquillèrent tandis qu’elle laissait plusieurs inspirations emplir ses poumons alors qu’elle tentait de parler. « Hum… non », finit-elle par réussir à dire. « Pas du tout. »

« Oh. » La barde continua à jouer avec le lacet.

« Pourquoi tu me demandes ça ? » Dit Xena doucement.

Un silence. « Je me posais la question, c’est tout », répondit la barde d’un ton hésitant. « Parfois ton passé a une façon de s’immiscer et de me surprendre. »

Xena tressaillit intérieurement. « Pas de surprise ici. » Elle soupira. « Quand nous nous sommes séparés, je lui ai brisé les deux bras et je me suis assurée qu’il n’aurait pas d’enfant de sitôt. »

« Oh. » Cette syllabe portait un ton complètement différent du précédent. « Beurk. »

« Mm », approuva Xena. « C’est plus ou moins ce qu’il a dit à cette époque. » Elle s’interrompit. « Il… avait conclu un marché avec un de mes ennemis… il avait envoyé notre armée dans une embuscade. »

« Beuh. » La barde fit la grimace. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Il avait joué », dit Xena tranquillement. « Et perdu… nous étions piégés dans un petit ravin, assez étroit pour qu’une ou deux personnes le tiennent pendant que le reste de mon armée s’échappait. »

Gabrielle la fixa d’un air spéculateur. « Une ou deux personnes, hein ? »

Un doux sourire penaud la récompensa. « Et bien… oui… j’étais devant, alors… » Un haussement d’épaules modeste. « Je leur ai dit de filer… et j’ai retenu l’autre armée assez longtemps. »

Gabrielle cligna de ses yeux verts. « Alors… c’est pour quoi le service à rendre ? »

Un long silence. « Ils ont fini par me prendre… ça ne présageait rien de bon, mais il s’est glissé à l’endroit où ils me retenaient et m’a sortie de là… il m’a fait promettre de lui rendre service un jour. »

« Hmm. » Gabrielle fit tourner ces mots dans sa tête. « Sympa, ce gars. »

« Oh oui », grogna Xena. « Je ne sais pas ce qu’il veut… ou ce qu’il attend de moi… mais… »

« Mais il demande un service à quelqu’un qui n’existe plus depuis longtemps », déclara fermement la barde. « Tu penses qu’il va être surpris ? »

A sa propre surprise, Xena se mit à rire. « Oh… dieux… sûr qu’il va l’être. » Elle roula sur le dos, tirant la barde avec elle et elle installa la jeune femme dans une position confortable sur sa poitrine. « Il m’a dit un jour… qu’il n’y avait pas assez de feu dans le monde pour toucher la garce glacée que j’étais. »

La mâchoire de Gabrielle s’affaissa. « Et bien… » Elle renifla. « S’il le dit à nouveau, Je m’assurerai qu’il n’ait plus jamais d’enfants. » Elle croisa les bras et posa le menton dessus. « Il doit être plutôt stupide pour ne pas avoir vu à travers ce comportement. »

Xena soupira pensivement. « Je ne suis pas sûre que c’était un comportement à l’époque. »

Son âme sœur garda le silence, réfléchissant. « Je pense… Xena, je pense que tu avais si mal que… tu as simplement enfoui toutes les bonnes choses… là où personne ne pouvait les trouver », dit-elle, lentement. « Mais tu ne pouvais pas les garder enfouies pour toujours et elles sont finalement remontées comme des bulles. »

Un haussement de sourcil. « Tu me fais ressembler à une marmite de ragoût », blagua la guerrière d’un ton ironique, mais elle sourit. « Mais c’est une jolie image. »

« Oooh… » Gabrielle se mâchouilla la lèvre. « Tu n’aurais pas dû dire ça… maintenant j’ai faim. »

Cela lui valut un rire de sa compagne aux cheveux noirs. « J’aurais dû m’en douter… » Xena la chatouilla affectueusement, passant le bout de ses doigts de haut en bas de ses côtés et sentant les rires démarrer. « Maman a emballé des gâteaux… tu les prends et je prépare du thé bouillant, d’accord ? » Elle regarda le visage de Gabrielle se fendre d’un sourire et elle souffla un soupir silencieux de soulagement alors que la terreur de la nuit précédente semblait s’être complètement évaporée.

« Marché conclu, partenaire. » Gabrielle l’embrassa doucement, prenant son temps pour savourer le sursaut chaleureux de sensation que le contact envoyait à son ventre. « J’ai besoin de me renforcer avant de revoir mes parents… » Elle mordilla la clavicule de Xena, une partie particulièrement goûteuse de la guerrière. « Je souhaite vraiment n’avoir pas dit ces choses hier soir… c’est sorti comme ça. »

Xena lui prit le visage et explora ses lèvres avec une douce insistence. Elle continua jusqu’à ce que le corps de Gabrielle fonde contre le sien, ensuite elle mit les doigts derrière la nuque de la barde et la fixa dans les yeux avec une intention forte. « Je veux que tu saches quelque chose. »

Les cils clairs battirent lentement sur des yeux vert brume. « Quoi ? »

« Il y a eu beaucoup de gens dans ma vie, Gabrielle… » Xena parlait doucement, mais clairement. « Et… je pense que j’en ai probablement aimé… à part ma famille… peut-être une douzaine. »

« Je… je le sais… » répondit doucement Gabrielle. « Je ne voulais pas t’interroger, Xena… je… »

Un doigt sur ses lèvres pour la faire taire. « Il n’y a eu personne, Gabrielle, personne qui ait signifié pour moi ce que tu signifies. » Sa voix portait une note de sincérité. « Ni Marcus, ni Lao Ma, ni Hercule… personne… tu ne vas pas croiser un jour quelqu’un de mon passé qui voudra réclamer mon cœur… ou mon âme comme tu le fais. »

La barde se contenta de la regarder, sans voix.

« Tu n’as pas à avoir peur de ça, plus jamais », finit la guerrière d’une petite voix. « D’accord ? »

Elle reçut un baiser tremblant en réponse.


Il faisait noir quand Xena se dirigea silencieusement vers la petite cuisine, son pot d’eau dans une main. Elle contourna le meuble usé, essayant d’imaginer Gabrielle grandissant ici. C’était dur… mais son regard tomba sur la table poussée contre le mur elle se souvint d’une histoire décousue que sa compagne lui avait racontée un jour, au sujet d’un jeu auquel elle jouait souvent qui se passait sous la table… quelque chose comme de prétendre être dans un château, c’est ça ? Xena secoua un peu la tête et se baissa pour entrer dans la cuisine, se figeant quand elle vit la silhouette silencieuse et penchée sur la table.

Hécube leva les yeux, ses mains s’ouvrant et se refermant par réflexe sur le volume relié en cuir qu’elle tenait et elle cligna des yeux à la soudaine apparition de la grande femme dans sa cuisine. « Ah », souffla-t-elle doucement. « Xena. »

Oh bon sang. Xena prit une inspiration. D’accord… d’accord… ne panique pas… tu peux gérer ça. « Bonjour. » Elle garda sa voix neutre. « Je voulais juste chauffer de l’eau. »

La femme d’âge mûr hocha la tête d’un air las. « Vas-y. » Son pouce massait doucement le livre.

La guerrière mit l’eau à chauffer et regarda la mère de son âme sœur, triant ses essais possibles pour converser. Elle se décida pour la franchise. « Tu vas bien ? »

Hécuba leva les yeux et la fixa, sombrement. « Tu sais… je te haïssais autrefois. »

Et bien. Autant pour cette approche directe. « Je… »

Elle fut stoppée par une main levée. « Je restais allongée et réveillée la nuit et je maudissais ton nom pour m’avoir pris ma fille. » Elle prit une brusque inspiration. « Je me suis rendu compte hier soir que j’aurais dû remercier les dieux plutôt. »

Xena se mordilla la lèvre inférieure, se repoussa du mur contre lequel elle était appuyée et traversa la pièce, s’arrêtant pour s’accroupir près d’Hécube, un bras posé sur la table. « Ce n’est pas vrai. »

Des yeux noisette fatigués la fixaient. « Elle nous déteste. »

Xena secoua la tête avec véhémence. « Ce n’est pas vrai du tout. » Elle répondit de sa voix la plus basse. « Elle vous aime. »

Hécube secoua la tête. « Je ne me suis jamais rendu compte de combien elle souffrait », murmura-t-elle d’une voix brisée. « De ce que notre pression constante pour qu’elle se conforme à nos attentes lui faisait. »

Xena garda le silence, n’ayant rien à répondre à ça.

« Je me suis toujours consolée en pensant qu’elle était attirée par l’excitation… » Son regard trouva celui de Xena. « Je n’ai jamais cru qu’elle était partie à cause de ce que nous avions fait. »

La guerrière s’assit lentement sur le sol, les jambes croisées et les coudes sur ses genoux tandis qu’elle étudiait le plancher. « Quand j’ai rencontré votre fille… la première chose qui m’a frappée c’était à la fois son courage… et sa joie de vivre », dit Xena tranquillement. « Après que j’ai eu chassé ces brigands, elle a essayé de me convaincre de l’emmener. » Son regard bougea. « J’ai dit non. »

La femme soupira doucement.

« Je suis allée à la maison… espérant qu’on m’avait pardonnée et ce que j’ai trouvé, ce sont des gens qui n’étaient pas prêts à le faire si facilement », continua Xena. « Tout ce qu’ils voulaient, c’était mon sang et j’étais prête à les laisser me le prendre. » Elle sentit un toucher léger sur ses cheveux, mais garda les yeux baissés. « Et ils l’auraient fait… si une maudite gamine un peu folle de Potadeia ne s’était pas mise au milieu et les avait convaincus de ne rien faire. »

Elle finit par lever les yeux. « Haïr est aisé, Hécube. C’est beaucoup plus dur d’aimer… et ta fille n’a jamais été du genre à choisir le chemin le plus facile. Elle ne vous déteste pas », soupira Xena. « Elle vous aime… et c’est pour ça que ça fait si mal. »

Dans la semi-pénombre de la cuisine, leurs regards se croisèrent, dans un silence brisé par leur respiration. Xena bougea légèrement et posa son menton sur ses poings levés, ayant dit ce qu’elle avait prévu de dire. C’était vrai, sur plus de niveaux qu’Hécube pourrait probablement comprendre… et ça s’appliquait à elles deux, autant qu’à la relation de son âme sœur avec ses parents. Aimer était plus difficile. Ça faisait du mal et ça apportait parfois la souffrance et l’angoisse que la haine n’apporterait jamais.

Les lâches détestaient. Il fallait être un vrai héros pour aimer et selon cette définition… Xena savait et admettait que l’héroïsme de Gabrielle surpassait le sien et de loin.

Hécuba prit une inspiration. « C’est une chose remarquable à dire. »

Un léger haussement de sourcil. « Je ne suis pas douée pour parler. »

L’autre femme hocha légèrement la tête. « Elle… fait une image… fascinante de toi ici, tu le savais ? » Sa main toucha le parchemin relié.

Xena cligna des yeux. « Non… je ne savais pas… c’est un endroit très privé pour elle. »

« Elle me l’a donné pour que j’essaie de me faire une idée de qui elle est devenue… et je l’ai fait », répondit Hécube pensivement. « Ce n’est pas… ce à quoi je m’attendais. » Elle s’interrompit, choisissant ses mots. « Elle a traversé tellement de choses… »

La guerrière baissa les yeux vers le sol. « Je sais… j’ai une grande responsabilité là-dedans. »

Un bruissement de parchemin résonna fortement dans la pièce, suivi par un grattement de la peau sur le cuir. « Je peux te lire quelque chose ? » De manière inattendue, la voix d’Hécube prit une tonalité plus forte.

Xena leva les yeux. « Hum… Hécube, les choses qui sont là-dedans… sont à elle. »

Le regard noisette était tourné vers elle avec une connaissance lasse. « Je pense que ça va aller. » Elle baissa les yeux et déglutit, puis elle prit une inspiration.

Chaque jour je me réveille et je vois le soleil.

Et je sais qu’un autre jour est là, nouveau et étrange.

Ne sachant pas ce qui va advenir, ni les choses que je vais y trouver.

Puis je lève les yeux et je te vois…

Et j’accueille le futur.

« Tu sais ce que je trouve le plus remarquable ? » Dit Hécube d’un ton songeur. « Elle a traversé tellement de choses terribles… horribles… des choses dont j’aurais pensé qu’elles auraient… »

Xena sentit un frisson soudain la traverser. Elle s’agrippa à ses émotions et serra les dents, tandis que la responsabilité pour ces rêves perdus tombait sur ses larges épaules.

« Mais ces mots datent d’avant-hier. » La femme lâcha un soupir et secoua la tête. « Comment elle garde cet émerveillement en elle, je ne le sais pas. »

La guerrière sentit son souffle lui manquer, choquée. Avant-hier ? « Je… ne sais pas non plus, réussit-elle à répondre d’une voix presque normale. « Ce qui est arrivé est dans le passé, Hécube… tu ne peux pas changer ça. » Elle leva les yeux. « Accepte qui elle est maintenant et repars de là. »  Tout comme elle l’a fait pour toi, d’accord ? »

Lentement, Hécuba hocha la tête. « Je n’ai pas vraiment le choix, pas vrai ? » Répondit-elle simplement. « Je pense que c’est plus dur pour son père… mais d’une façon étrange, je pense qu’il est fier d’elle, de ce qu’elle est devenue malgré tout. »

Xena laissa un sourire ironique passer sur ses lèvres. « Je pense que ma mère pense plus ou moins la même chose de moi. »

La femme se frotta les tempes. « Tu as peut-être raison. » Elle posa les coudes sur ses genoux pour que leurs têtes soient presque à niveau. « Tu n’es pas si mauvaise, Xena. »

La guerrière lâcha à contrecoeur l’un de ses sourires pleins et détendus, qu’elle réservait habituellement à son âme sœur. « Toi non plus, Hécube. »

La femme sourit en retour. « Tu veux bien rendre ça à Gabrielle ? » Elle tendit le journal.

Les yeux bleus brillèrent dans le soleil matinal. « Non. » Xena se releva avec fluidité. « Ne recule pas maintenant, Hécube. » Elle alla chercher son eau chaude puis sortit de la pièce avec un soupir de soulagement. Bon sang… je ne m’attendais pas à cette petite confrontation. Elle revint tranquillement vers la chambre et se glissa dans la petite pièce où elle avait laissé son âme sœur.

Qui se tenait à la fenêtre, baignée dans la lumière de l’aube et la brise fraîche l’entourant. Elle se retourna à l’entrée de Xena et se rappuya contre l’encadrement, les bras croisés sur sa poitrine, un sourcil blond levé. « Qu’est-ce qui t’a retenue si longtemps ? »

« Roo ! » Approuva Arès, croisant ses pattes dans une imitation incroyable de la barde, le regard tourné vers Xena depuis l’endroit où il se trouvait près du lit. « Agrrrrrooo. »

Xena haussa un sourcil à son intention et alla vers la petite table où Gabrielle avait préparé deux tasses. « Je suis tombée sur ta mère. »

« Oooh… ouille. Désolée. » La barde tressaillit et trottina vers elle pour lui tapoter un bras. « Je ne pensais pas qu’elle serait levée aussi tôt. »

Un haussement d’épaules. « Ça s’est bien passé… » La guerrière versa l’eau puis posa le pot et renifla pensivement. « Je pense qu’elle m’aime plutôt bien. »

Gabrielle rit doucement. « Je pense que c’est un plaisir coupable… comme de savoir qu’on ne doit pas manger un seau de baies, mais qu’on le fait parce qu’elles sont si bonnes. »

Cela lui valut un haussement des deux sourcils. « Oh… joli… merci, Gabrielle. »

« Et bien… » Sa compagne mordilla la peau de son bras et posa sa joue dessus. « Métaphoriquement parlant, bien sûr. » Elle s’interrompit puis mordilla à nouveau. « Pour elle, en tous cas. »

Xena lâcha un léger reniflement de rire. « Et bien… elle a fini ton journal… nous avons parlé de tout… je pense qu’elle va bien. » Elle tendit sa tasse à la barde. « Est-ce que tu voulais… »

« Quand sommes-nous… » Elles parlèrent en même temps puis se regardèrent et se mirent à rire. « Des endroits où aller, des gens à voir, hein ? »

« A moins que tu... nous pouvons rester ici quelques jours… » Proposa Xena. « La note de Garanimus ne dit pas que c’est une urgence critique… »

Gabrielle sirota son thé. « Non. » Elle leva les yeux paisiblement. « Je pense que nous devons tous réfléchir à ce qui s’est passé ces deux derniers jours… ils ont besoin de temps pour… s’adapter », décida-t-elle. « En plus… ma curiosité est secouée et le plus tôt cette aventure démarre, le mieux ce sera. »

Xena accepta. « Très bien. » Elle fit une pause et fixa sa tasse avec grand intérêt, regardant la fumée monter en volutes. « Elle m’a lu le poème que tu as écrit l’autre jour. »

Gabrielle leva les yeux, surprise. « Oh. » Puis elle sourit un peu. « J’avais oublié que je l’avais fait… » Elle se frotta la mâchoire. « Je me demande pourquoi elle a choisi celui-là ? » Songea-t-elle puis elle leva les yeux. « Tu l’as aimé ? »

La guerrière absorba sa silhouette baignée de lumière avec une fierté mélancolique. « Je ne savais pas que tu voyais encore les choses comme ça. »

La barde y réfléchit un long moment avant de répondre. « Moi non plus… jusqu’à ce que je l’écrive. C’est venu… comme ça. » Elle leva la main et toucha sa poitrine. « De là… mais une fois que je l’ai eu écrit, je me suis rendu compte de combien c’était vrai. »

Xena sourit. « Oui, je l’ai aimé. » Elle toucha le front de son âme sœur. « Ça m’a parlé aussi. » Elle vit le petit sursaut de surprise de Gabrielle. « Allons… je pense que j’entends le futur nous appeler. »


A suivre 3ème partie.