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Chose promise… chose due

3ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Le soleil couchant les trouva ce soir-là installées dans une clairière paisible, à l’intérieur d’un anneau de hauts arbres et d’une longue bande d’herbe pentue qui menait à un grand lac. Xena s’était arrêtée tôt même si aucune d’elles n’était fatiguée.

Surtout parce qu’elle était juste contente d’être en extérieur et libre, et seule avec la barde, sous un ciel clair, avec la seule compagnie des oiseaux et des petits animaux. Et Argo et Arès bien entendu. Argo les avait portées la plus grande partie de la journée et elles avaient bien avancé, alors quand elles passèrent près d’un endroit dont elle se souvenait comme particulièrement agréable, elle fit sortir la jument du chemin et se dirigea à travers les grands arbres, dont les feuilles soyeuses effleuraient leurs épaules comme une douce couverture.

« Joli coin », dit Gabrielle, assise sur une bûche. « On n’est pas restées ici quand on avait pris ce chemin une fois ? »

Xena hocha la tête et eut un sourire tranquille. « Oui. » Elle finit d’enlever la selle d’Argo et la posa sur le sol, puis elle déboucla la couverture de la jument. « C’était la fois où tu es revenue de l’Académie. »

La barde s’adossa et croisa les jambes aux chevilles. « Ohhh oui… je me souviens… j’ai pu te persuader d’écouter certains de mes poèmes ce soir-là. » Elle rit. « Tu n’avais aucune idée de quoi me dire. » Un souvenir affectueux d’yeux bleus, qui clignaient vers elle un peu alarmés à travers la lumière vacillante du feu de camp, la fit sourire.

La guerrière lui lança un regard. « Tu as raison… je ne savais pas. » Elle frotta la jument ensuite elle déboucla sa cuirasse et la fit passer par ses épaules. « Ça te dit du poisson frais ? »

« Comme si j’allais jamais refuser cette offre. » Gabrielle sourit d’un air suffisant. « Ce lac a l’air génial… mais je vais attendre que tu finisses d’attraper le dîner… comme ça je ne serai pas encore accusée d’effrayer les poissons. »

Xena, agenouillée pour déboucler ses protections de jambes, leva les yeux et eut un regard ironique envers sa compagne. « Tu peux venir tant que tu ne chantes pas. »

Gabrielle tira la langue puis elle croisa les bras sur sa poitrine, et elle regarda d’un air appréciateur Xena enlever sa combinaison en cuir et se relever nonchalamment, sa peau nue et bronzée accueillant les rayons rouges du soleil. Le travail difficile avec les chevaux avait ajouté pas mal de muscles au dos et aux épaules de son âme sœur, et elle regarda avec une fascination paresseuse les ondulations sous sa peau. Elle a l’air vraiment en forme, décida Gabrielle en regardant la guerrière venir dans sa direction et capturer la lumière d’une direction totalement différente. Oh oui… résolument… Ses pensées l’emmenèrent dans un endroit très plaisant.

« Gabrielle ? » Le ton curieux interrompit ses divagations.

« Hein ? » Elle leva les yeux pour croiser un regard bleu tourné vers elle. « Oh… désolée… » Elle eut un sourire penaud. « J’appréciais juste la vue. »

La guerrière leva les yeux au ciel. « Merci. » Elle lança une chemise à la barde et descendit la pente, allongeant ses dernières foulées pour plonger dans l’eau avec une entrée propre et presque sans éclaboussures.

Gabrielle attendit qu’elle fasse surface puis elle se leva et mit la chemise sur son épaule avant d’aller prendre la combinaison de sa compagne pour la secouer et la brosser affectueusement. Elle saisit le regard d’Arès et serra le vêtement contre elle. « A quoi tu penses, Arès ? »

Le loup éternua.

« Oooouuui. » Gabrielle  rit. « C’est aussi ce que j’ai dit… bon sang que j’avais l’air idiote là-dedans cette fois-là. » Elle plia la combinaison et la posa avec soin sur le tas de sacoches, ensuite elle alla vers ses affaires à elle et s’assit, enleva ses bottes et remua les orteils. « Mmm… » Elle soupira en se penchant en arrière et en s’étirant, sentant le mouvement plaisant contre les muscles de son estomac. Elle détendit ses bras et regarda le ciel tandis qu’il passait d’une lueur orangée de soleil couchant à un bleu profond, et montrait les premières lumières des étoiles au-dessus d’elle. Une profonde inspiration lui apporta la senteur de l’eau toute proche et de l’herbe sur laquelle elle était allongée, ainsi que la riche odeur des arbres. « Ça sent très bon ici, pas vrai, Arès ? »

Le loup, une pomme de pin coincée entre ses deux grandes pattes, leva les yeux tout en mâchouillant l’objet. « Agrrrooo », yodla-t-il doucement, se mettant debout pour trottiner vers elle, où il laissa tomber sa pomme de pin sur son ventre et s’assit avec un air d’attente.

« Ouille. » Gabrielle prit l’objet pointu et l’inspecta. « Je présume que ça veut dire que tu as faim, hein ? » Elle entendit un grondement distinct. « C’est toi ou c’est moi ? »

« Agrrroooo. » Le loup lui lécha la main, ensuite il leva ses yeux jaunes, fixant quelque chose qui lui fit remuer la queue.

Gabrielle roula la tête d’un côté et repéra son âme sœur qui émergeait de l’eau. « Ooohh… tu penses qu’elle a le dîner ? » Demanda-t-elle au loup, puis elle inspira brusquement quand la pleine lumière du soleil frappa le corps constellé de gouttes d’eau de Xena. « Oh… on s’en fiche. » Elle fit claquer sa langue. « Je vais te dire une chose… tu peux avoir le poisson, je prends ta maman, d’accord ? »

« Roo ? » Arès pencha la tête, renifla son ventre et le lécha.

« Aghh… c’est froid. » La barde prit la langue du loup entre deux doigts, qui la sortit encore plus avec un piaulement étouffé. Elle la relâcha et lui gratta la tête d’un air absent tandis qu’elle regardait Xena s’approcher. La guerrière secouait ses cheveux mouillés, eti projetait des gouttelettes d’eau teintées de feu dans la lumière du soleil, ce qui mettait en valeur son corps puissant en l’entourant d’un manteau de cramoisi chaleureux. Non… Gabrielle sentit un sourire se frayer un chemin sur ses lèvres. Le temps passé à Amphipolis n’avait pas du tout causé de tort à son âme sœur. Elle pencha la tête à l’approche de Xena qui s’arrêta tout près, dégoulinante. « Tu as fait vite. »

Xena haussa les épaules. « Il y a beaucoup de poissons par ici… et pas beaucoup de gens. » Elle s’agenouilla et posa les deux grands poissons sur les pierres qui entouraient le feu de camp pour qu’ils cuisent à petit feu, puis elle se releva et tendit la main à Gabrielle. « Tu veux aller nager ? »

La barde lui prit la main et se laissa relever. « Voilà une offre que je ne peux pas refuser. » Elle saisit la ceinture qui tenait sa jupe tandis que Xena l’aidait à détacher son haut, à enlever le vêtement tout en la chatouillant un peu sur les côtes. Sa peau était plus claire que celle de sa compagne, mais pas de beaucoup, et elle avait une teinte dorée, là où Xena avait une teinte de bronze. Elle leva les yeux vers le regard bleu dansant et sourit, puis elle la poussa doucement. « Cours ! »

Elle partit en courant, entendit le rire de Xena, puis elle sentit la chaleur quand la guerrière la rattrapa, passant un doigt le long de son dos tandis qu’elles se dirigeaient vers l’eau. Elle plongea dans le lac, savourant la poussée quand l’eau froide se referma sur sa tête et couvrit son corps. Elle refit surface en crachotant. « Beuh… tu ne m’as pas dit que c’était froid ! »

Xena avait aussi fait surface et marchait près d'elle dans l’eau. « Tu n’as pas demandé », déclara-t-elle joyeusement. « En plus, c’est un lac, et on est à l’automne, Gabrielle… à quoi t’attendais-tu ? »

« Je m’attendais à ce que tu trouves une source chaude, bien sûr », répondit la barde en l’éclaboussant. « Toi, la talentueuse. »

Xena ricana et l’éclaboussa en retour.

Ce qui tourna en une bataille d’eau, qui dura jusqu’à ce que les derniers rayons du soleil teintent l’eau et Xena finit par s’approcher du barde insaisissable, pour mettre une prise ferme sur son corps glissant et la rapprocher. « Je t’ai eue », grogna-t-elle, d’un air triomphant.

Gabrielle cessa de se battre et mit les bras autour du cou de sa compagne. « Ouaip », acquiesça-t-elle joyeusement, surprise que Xena n’hésite pas à baisser la tête pour prendre possession de ses lèvres. La chaleur comparée à la fraîcheur de l’eau était fantastique et elle se tortilla pour se rapprocher, se pressant plus contre le corps de la guerrière. Elle finit par se détacher avec un petit soupir. « Nous sommes au milieu d’un lac, au milieu d’une forêt, mon amour. »

« Hmm… » Xena eut un rire de fond de gorge. « Personne à des lieues à la ronde… à part Argo, Arès et un hibou dans cet arbre à ta gauche. »

Gabrielle scruta la pénombre. « Allons, Xena… même toi tu n’es pas aussi bonne. » Elle gloussa, cognant sa compagne de la tête.

La guerrière attrapa une pierre dégoulinante d’eau puis d’un mouvement de son poignet, elle l’envoya voler dans les arbres. Un vrombissement explosa dans le plus proche et un grand hibou marron s’envola en leur lançant un regard mauvais en passant.

Xena eut un sourire narquois et haussa un sourcil. « Oh que si », ronronna-t-elle d’un ton supérieur tout en soulevant la barde pour la bercer, puis elle sortit nonchalamment du lac pour revenir à leur campement.

Gabrielle ne protesta même pas. Elle se contenta de s’accrocher et lécha des gouttelettes d'eau froide sur la peau de sa compagne avant d’être déposée sur son couchage en fourrure et de sentir qu’on la séchait avec un morceau de tissu. Avec un sourire paresseux, elle retourna le service puis s’installa tandis que Xena faisait un détour vers le feu et rapportait leur dîner qu’elles firent alterner avec  des mordillements l’une de l’autre, jusqu’à ce que Gabrielle se sente repue des deux et merveilleusement stimulée.

Xena posa leurs assiettes vides et passa une main lente et excitante le long du corps de la barde, la sentant s’arquer au contact, et elle sourit en se glissant près de sa compagne qu’elle commença à mordiller régulièrement juste sous sa dernière côte, avec l’intention de prendre un chemin créatif.

Gabrielle inspira brusquement, laissant la vague intense de sensation la percuter. Les étoiles au-dessus de sa tête semblaient plus réelles que d’habitude et elle céda volontairement le contrôle de ses sens à un toucher qui la réclamait pleinement.

Elle était consciente, enfin, de n’être qu’une boule de contentement, flottant paisiblement dans une mer endormie de chaleur.

Xena écouta la respiration régulière de son âme sœur, qui envoya un flux de chaleur sur sa peau là où la joue de la barde reposait. Son regard était acéré et alerte, tandis qu’elle veillait, se rassurant sur le manque de danger ou d’observateurs dans les environs.

Elle avait vérifié et revérifié, bien entendu, avant de se risquer dans un élan de passion, mais on ne pouvait jamais être trop sûr. Même avec les sens en alerte d’Arès pour la prévenir, elle était totalement consciente de son rôle pour les mettre, Gabrielle et elle, en sécurité. Normalement, elles n’auraient pas pris le risque. Cependant elle n’avait aucune idée vers où elles s’engageaient et les deux derniers jours avaient été très stressants pour elles deux alors…

Elles s’en étaient tirées. Xena s’étira un peu et s’enroula un peu plus autour de Gabrielle. Elles ne pourraient pas le faire très souvent, mais… ça en avait valu la peine. Elle se sentait plutôt fichûment bien et par le sourire sur les lèvres de la barde… Elle soupira doucement et bâilla, laissant ses yeux se fermer, sachant que ses sens resteraient en alerte avec une grande habitude.

Gabrielle remua dans son sommeil et se tortilla pour se rapprocher, lâchant un marmonnement silencieux tandis que ses mains cherchaient une prise plus forte, s’enroulant de façon possessive autour des côtes de Xena. Cette vue apporta un sourire appréciateur sur les lèvres de la guerrière tandis qu’elle clignait pour ouvrir les yeux et regarder la jeune femme. Le vacillement atténué de la lumière du feu rehaussait les cils clairs qui effleuraient délicatement sa peau. Elle tira les fourrures sur elles deux et pencha la tête en arrière avec un soupir, regardant les étoiles amicales au-dessus d’elles.


Maintenant, la route faisait une pente qui menait à une petite bande de collines qui les entourait et était couverte d’une forêt épaisse. Deux jours de voyage plus tard, elles avaient dû faire un détour quand Xena découvrit qu’une petite guerre faisait rage entre deux cités et qu’elle avait décidé de ne pas s’en mêler. « Ça pourrait durer un moment… » Avait-elle dit à la barde tandis qu’elles faisaient route avec prudence pour contourner le périmètre. « Il faut d’abord qu’on se débarrasse de notre affaire… peut-être sur le chemin du retour. »

Gabrielle avait hoché la tête, lançant un regard derrière elles tandis qu’Argo les portait dans une direction calculée pour leur éviter le conflit. « Tant de guerres, si peu de temps », avait-elle murmuré avec un soupir, tandis qu’elle mâchait posément un morceau de pain et du fromage que sa compagne lui avait tendus après une petite plainte. « Autant marcher me donne faim. »

Xena éclata de rire. « Oh oui… et quelle est ton excuse habituelle ? » La taquina-t-elle, ce qui lui valut une langue rose impudente en retour.

Elles marchaient maintenant pour laisser Argo se reposer, et la route lâchait des bouffées de poussière autour de leurs bottes alors que Gabrielle répétait une de ses histoires les plus récentes. Xena, comme d’habitude, écoutait dans un silence aimable.

« Tu penses que je devrais garder le passage sur le cheval ici ? » Questionna la barde en s’arrêtant pour relire. « La morsure, je veux dire ? »

Xena réfléchit. « Je pensais que c’était drôle », finit-elle par dire avec précautions. « Surtout quand tu décris la grimace que le cheval a faite après qu’il a mordu ce type. »

Gabrielle gloussa. « Le genre d’expression qui dit ‘dieux qu’est-ce que j’ai dans la bouche’ ? »

La guerrière hocha la tête. « Oui… j’ai donné du gâteau aux herbes de maman à Argo une fois et elle a fait cette même grimace. » Elle se tourna vers la jument placide. « Pas vrai ? »

Argo remua son mors et renifla en donnant un coup de tête dans les côtes de Xena.

Un léger hurlement les fit s’arrêter et se regarder. « Tu as entendu ça ? » Dit Gabrielle, le front plissé. « On dirait que quelqu’un iodle. »

Elles se retournèrent pour voir un nuage de poussière qui semblait les pourchasser avec un cri ondulant.

« Ooohooo ! Les filles ! » Le son devint plus clair.

Xena soupira. « N’écoute pas. » Elle s’arrêta et posa un bras sur les épaules d’Argo et l’autre main sur sa hanche. Arès s’assit près de ses talons et éternua dans la poussière.

Gabrielle sourit. « Hé… sois gentille… je ne l’ai pas vu depuis longtemps. » Elle trottina sur la route pour saluer le chariot qui approchait. « Salmoneus ! »

« Salut ! » Soupira l’homme d’âge mûr et il l’étreignit avec enthousiasme. « Et bien, salut ! » Il lui tapota le dos puis la tint à distance de bras et claqua de la bouche. « Regarde-toi ! Gabrielle, tu es fabuleuse », dit-il enthousiaste. « Tu rayonnes absolument ! »

La barde rougit et le poussa un peu. « Contente de te voir aussi, Salmoneus… Xena a dit qu’elle était tombée sur toi. »

L’homme lança un regard à Xena qui attendait avec un air sévère et il lui souffla un baiser. « Oh oui… j’ai eu le plaisir de rencontrer la grande sombre et mortelle il y a quelques jours… et bon sang que j’ai eu de la chance… joli timing. » Il tira sur les rênes de sa mule qui tirait vigoureusement sur un chariot. « Elle m’a assurément sauvé le… hum… »

« J’ai compris l’idée », l’assura la barde en regardant dans le chariot. « Qu’est-ce que tu as là-dedans ? »

Il rayonna. « Mon exposition éducationnelle. J’augmente l’aptitude scolaire des gens partout en Grèce. »

Un regard vert brillant passa du chariot à son visage. « Un spectacle, hein ? »

« Tch… » Il claqua de la bouche. « Tu as passé bien trop de temps avec une certaine Princesse Guerrière, je pense. » Il ouvrit une cage et laissa son occupant en sortir en se dandinant. « Tu vois ? Je parie que tu n’as jamais rien vu de pareil auparavant ? »

Gabrielle regarda le petit oiseau qui se tenait droit avec délice. « Oh… il est tellement mignon ! » Elle tendit la main avec précautions et l’oiseau s’avança pour lui mordiller les doigts. « Xena… c’est ça la chose dont tu parlais ? » Cria-t-elle par-dessus son épaule à sa compagne.

Avec un soupir de souffrance, Xena les rejoignit et posa ses avant-bras cerclés de bracelets sur le bois. « Oui… » Admit-elle.

Quand l’oiseau entendit sa voix, il tourna la tête et cacarda, puis il traversa la carriole et s’écrasa contre son côté, remuant ses ailes tronquées avec enthousiasme. « Coin ! »

« Tu sais. Je pense qu’il t’aime bien », fit observer Salmoneus avec un large sourire. « Il a grandement boudé depuis que tu l’as laissé. »

Xena leur adressa à tous les trois un regard méchant puis elle se recula du chariot et revint à côté d’Argo. « Allez, Gabrielle… on a des choses à faire. »

Salmoneus lui adressa un regard affectueux. « Elle ne change pas, pas vrai ? » Il fit un clin d’œil à Gabrielle. « Alors… comment ça a été pour toi ? »

Gabrielle passa en revue un millier de réponses différentes à cette question et sourit. « Je vais très bien… et toi ? »

« Eh… » Il regarda sa marchandise. « En fait… Xena a dit un truc dans cet endroit horrible, qui me pèse… elle a raison… ces animaux n’ont rien à faire ici et ils ne sont pas très heureux… mais je ne sais pas quoi faire avec eux. »

La barde étudia les oiseaux et tendit la main pour gratter sur la tête celui qui s’était détaché. L’oiseau bondit de bas en haut avec un air déçu. « Xena reviens ici un instant, tu veux bien ? »

Un soupir audible, mais la guerrière obéit, contournant sa compagne pour se pencher à nouveau par-dessus le chariot. « Quoi ? » L’oiseau trottina immédiatement et joyeusement vers elle et elle se laissa faire, lui frottant la tête pendant qu’il roucoulait d’aise.

Gabrielle se mordit la lèvre pour ne pas rire. « Qu’est-ce que Sal peut faire d’eux ? » Elle regarda Xena. « Il ne peut pas les rapporter où il les a trouvés. »

Xena cligna des yeux en regardant les animaux, gardant le silence pendant un long moment pensif. Arès trottina vers elle et se mit sur ses pattes arrière, ses pattes avant sur le bord du chariot pour regarder en bas. « Roo ? »

L’oiseau cacarda.

La guerrière lâcha un soupir. « Et bien… ce sont des oiseaux d’eau », répondit-elle lentement. « Je présume que si tu trouves une cité portuaire… tu pourrais les relâcher dans l’océan. » Elle gratta l’oiseau sous le menton. « Ils mangent des poissons. »

« Oui oui », approuva Salmoneus. « Ils font ça… et une tonne. »

« Exact… » Xena tambourina sur le bois. « Les autres oiseaux… tu pourrais les laisser dans un endroit chaud… au sud… dans cet endroit près de la côte qui ressemble à une jungle… et ce chat… je ne sais pas, Salmoneus… il est amical ? »

L’homme ricana. « Avec moi, ou avec toi ? » Il montra l’oiseau. « Ce truc ne me tourne certainement pas autour de mon popotin à moi. »

« Ton quoi ? » La barde et la guerrière parlèrent en même temps.

Salmoneus passa d’un regard clair comme du cristal à l’autre et soupira. « Oubliez. »

Xena haussa les épaules et alla de l’autre côté du chariot, pour regarder le petit chat sauvage avec intérêt. « Il n’a pas l’air très amical », observa-t-elle en tendant la main avec précautions. Le chat siffla. « Bon… Athènes a un zoo plutôt bien pourvu… ils pourraient être intéressés… je détesterais que tu le relâches dans le coin… il y a trop de vraiment gros chats alentours. »

L’homme mit ses mains dans sa ceinture et se balança en arrière. « Hmm… je parie qu’ils… » Il eut un sourire sur son visage barbu. « Et bien ; c’est une idée géniale, Xena ! Merci ! » Il gloussa. « Je voulais visiter Athènes… améliorer ma culture. » Il regarda autour de lui. « Il n’y a pas grand-chose ici dans les bleds. »

Elles le regardèrent.

« Oh… désolé… j’ai oublié… vous vivez par ici. » Il leur fit un sourire volontaire. « Je ne pensais pas à votre cité, bien entendu. » Il se gratta la barbe. « Ça s’appelle comment déjà ? »

Xena renifla doucement et se repoussa de la carriole. « Amphipolis, mais tu ne veux pas y aller. »

« Ah… » L’homme rit à ces mots. « C’est trop tranquille pour moi, hein ? »

La guerrière lui sourit. « Trop intelligent », corrigea-t-elle avec un sourire narquois. « Tu finirais par passer l’hiver dans une cave à légumes, crois-moi. »

Il passa le doigt sur sa barbe. « Je pourrais prendre ça pour un défi », dit-il pensivement.

Xena lui lança un regard tout en tirant sur le bras de la barde. « Pas si tu veux te coltiner avec ma mère… allons, Gabrielle… il faut partir. »

« Mère ? » Salmoneus se redressa. « Tu as une mère ? Xena, tu ne m’as jamais parlé de cette mère… c’est stupéfiant ! » Il tira sur les rênes de la mule et les suivit tandis qu’elles retournaient vers Argo. « Où est-ce que vous allez ? Peut-être que vous auriez besoin d’une escorte, hein ? »

« Non », dirent-elles à l’unisson puis elles se regardèrent avec perplexité. « On va vers les ennuis, Sal… tu ne veux pas y aller », détailla Xena. « Se battre, des guerres… des seigneurs de guerre mauvais… de la mauvaise nourriture… »

« D’accord… d’accord… pas la peine d’insister. » Salmoneus leva la main. « Je sais quand je suis indésirable. »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « C’est ton département », marmonna la guerrière en jouant avec une des rênes d’Argo.

La barde lui adressa un regard amusé et la tapota dans les côtes. « Ma grande et courageuse guerrière », murmura-t-elle, sachant que sa compagne l’entendrait. « Ecoute, Sal… ce que Xena a dit est vrai. » Elle prit l’homme par le bras tout en marchant. « Quelqu’un qu’elle a connu il y a longtemps a envahi une cité… ce n’est pas un type bien… et nous y allons pour voir ce que nous pouvons y faire. »

Salmoneus s’éclaircit la voix. « Bon… je heu… bien sûr que j’adorerais vous aider… mais… je… je suis responsable de ces animaux… tu comprends. »

« Bien sûr », acquiesça Gabrielle joyeusement. « Mais nous serons de retour à Amphipolis dans un moment… tu pourrais t’y arrêter pour nous saluer… j’adorerais avoir une occasion de te parler. » Elle lui sourit et il lui répondit en souriant à son tour.

« Idée géniale, Gabrielle… je pense que c’est ce que je vais faire… je ne peux pas laisser passer une occasion de voir la mère de Xena, après tout. » Il lança un regard joyeux à la guerrière qu’elle ignora. « Soyez prudentes, d’accord ? »

« On le sera », l’assura la barde. « Fais attention à toi… deux armées se battent juste à l’est d’ici… nous faisons un détour pour les éviter. »

L’homme hocha la tête. « Je sais… j’y étais aussi… j’ai entendu le bruit et senti le cuir sale et trempé de sueur qu’ils semblent toujours porter. » Il lança un regard d’excuse à Xena. « Pas que tu transpires toi, bien sûr. »

Cela lui valut un rire ironique de la part de la guerrière. « Salmoneus… bien sûr que si. » Elle s’appuya contre Argo et lui jeta un regard. « Je prends juste le temps de nettoyer mon armure. » Elle fouilla dans une des sacoches de selle et en sortit un petit morceau de savon. « Du savon pour cuir… ce n’est pas si compliqué. »

« Vraiment ? » Salmoneus lui prit l’objet des mains et le renifla. « Oh… wow… c’est plutôt agréable… » Il examina le morceau. « Hé… tu sais quoi ? Je parie que je pourrais faire une vente d’enfer… » Il jeta un coup d’œil aux deux paires d’yeux qui le regardaient. « Ben, si j’avais le choix entre sentir mauvais et sentir bon… je pourrais leur dire que ce serait bien plus facile pour eux de se trouver des petites amies. »

Gabrielle se frotta le bord du nez. « Et bien… c’est vrai », marmonna-t-elle en lançant un regard à sa compagne. « Tu sens assurément meilleur que n’importe quel autre combattant que j’ai jamais rencontré. » Elle réfréna un rire au son d’étouffement que ses mots produisirent.

« Tu vois ? » Salmoneus rayonna. « C’est parfait ! Vous êtes toutes les deux un grand exemple de ma théorie, et qui pourrait résister ? » Il lança le savon et le rattrapa. « Merci Xena ! » Il tendit la main. « Tu peux être ma partenaire silencieuse en affaires ! »

La guerrière lui prit le bras et secoua la tête. « Sois juste prudent, d’accord ? » Elle soupira. « Je sais que c’est un gâchis d’air de te dire de ne pas essayer. »

« Prudent ?  Mon deuxième prénom c’est prudent, Xena… » L’assura-t-il. « Il faut que j’y aille… je connais ce type au nord qui fait plein de trucs de ce genre… et il vit dans une ville portuaire, aussi… »

Elles le regardèrent faire tourner son chariot et partir, des bouts de chanson salace flottant dans leur direction.

« Quel personnage. » Gabrielle soupira tandis qu’elles continuaient leur chemin. « Imagine ça… nous contribuant à l’amélioration sociale de seigneurs de guerre grognons. »

Xena fit quelques pas et eut un sourire narquois. « En fait… ce n’est pas une si mauvaise idée… la plupart des combattants que je connais aiment les bains à bulles. »

« Tch… bien sûr que non. » La barde la frappa dans le ventre. « Lâche-moi un peu, Xena. »

Sa compagne eut une expression blessée. « Je suis sérieuse… peux-tu imaginer à quoi ressemble et ce que sent une armée entière à la fin de la journée ? Je les faisais se laver. »

Un rire. « Ah oui, vraiment ? »

« Je te jure », ricana Xena. « Chaque maudit jour… j’étais connue pour ça. » Elle prit une profonde inspiration. « Je devais vivre avec eux, souviens-toi. En plus… ça éloignait les maladies du campement… j’avais plus de gens pour combattre comme ça. »

Gabrielle réfléchit un moment à ces mots tandis qu’elles marchaient. « Xena ? »

« Hmm ? » Sa grande âme sœur détourna son attention d’un endroit distant et pencha la tête vers la barde.

« Ça te manque de diriger une armée ? » Elle n’avait jamais posé cette question directement auparavant. « Je sais que tu étais douée pour ça. »

Xena regarda la route un long moment. « Parfois », admit-elle tranquillement. « L’excitation me manque… le défi que représente une guerre… un mélange de ruse et de force. » Elle soupira doucement et regarda la barde. « Mais la douleur ne me manque pas… et la mort non plus. » Une pause pensive. « Les décisions que j’ai prises qui ont menées des centaines de gens à la mort ne me manquent pas non plus. » Elle tapa dans un caillou. « Ça répond à ta question ? »

La barde se rapprocha et glissa un bras autour de sa taille. « Oui. »

Xena fit de même en posant un bras sur les épaules de la barde. « En plus, tu m’occupes beaucoup. » Elle ébouriffa affectueusement les cheveux de sa compagne. « Je… je pense que je me suis adaptée à la vie que je mène maintenant… je ne suis pas sûre de vouloir diriger à nouveau une armée… même si l’occasion se présentait. »

« Xena ? » Gabrielle leva les yeux. « Si tu le faisais quand même… je veux que tu saches que je veux venir avec toi. » Son regard scruta le visage de sa compagne. « Même si c’est ce que tu choisis de faire, je veux en faire partie. »

Les yeux bleus brillèrent. « C’est autant de raisons pour que je ne le fasse pas », répondit la guerrière. « Et oui, je le savais. »

Devant elles, le chemin sinuait dans les collines, pour descendre de l’autre côté et les conduire au repaire de Garanimus.


La cité s’élevait devant elles, haute, avec des murs de pierre qui s’étiraient de chaque côté et montaient dans la montagne adossée à la ville, fournissant une défense puissante. Le regard expérimenté de Xena scruta la structure, notant les points forts et faibles alors qu’elles s’approchaient.

« Ça n’a pas l’air si mal », dit-elle à la barde qui marchait à grands pas derrière elle.

« Tu as raison. » Gabrielle la rattrapa et regarda par-dessus l’épaule d’Argo.

Elles s’arrêtèrent et se regardèrent, puis Gabrielle mit une main sur le dos de son âme sœur et frotta brusquement. « Allez, inspire… il est temps de jouer à la Princesse Guerrière. »

Xena lâcha un petit rire. « Je ne suis pas sûre que c’est la façon dont on l’utilise en grec, Gabrielle. » Néanmoins, elle carra les épaules et fit bouger l’épée dans son dos pour s’assurer qu’elle était au bon endroit. « Allons-y. »

Des gardes sur les murs les repérèrent et un groupe d’hommes armés s’amassa à la porte, leur bloquant le passage avec une insolence débonnaire. Xena les jugea et alla vers celui qu’elle avait identifié comme le lieutenant. Elle sortit le parchemin envoyé par Garanimus et le lui tendit sans un mot. Puis elle relâcha sa posture, une main toujours sur la bride d’Argo et mit l’autre sur sa cuisse.

Le garde déroula le parchemin et le lut, puis il la regarda. « Tu es Xena ? »

« Ouais », répondit nonchalamment la guerrière.

« Attends ici. » L’homme la dévisagea avec une curiosité paresseuse puis partit en se glissant par la porte à demi fermée. Le reste des gardes la fixa avec un intérêt évident.

Gabrielle resta près d’Argo et sentit Arès se presser contre ses jambes dans une vigilance inconfortable. Elle regarda Xena avec soin pour deviner d’éventuels problèmes, notant ses épaules raidies et la tension des muscles de sa nuque juste sous son épée, ce qui signifiait que la guerrière était dans un état d’hyper alerte qui pouvait exploser à chaque seconde. Mais de l’extérieur, Xena apparaissait détendue, presque à demi assoupie tandis qu’elle fixait les environs, laissant son regard traîner sur un faucon qui vola au-dessus d’elle pendant un instant paisible.

La porte s’ouvrit et le lieutenant revint. « Juste toi. » Il s’adressa à Xena.

La guerrière tourna un regard paresseux vers lui. « C’est tout ou rien. Je peux partir », répliqua-t-elle. « Il me demande mon aide et pas l’inverse. »

Un bourdonnement s’éleva sur ses paroles. Bon… songea Gabrielle. Ils ne savaient pas que leur chef avait contacté Xena. Intéressant. Elle regarda Xena gratter le museau d’Argo, dirigeant son attention sur la jument comme si elles étaient seules sur la route. Elle cacha un sourire tandis que l’homme s’agitait puis disparaissait à nouveau. Tu ne fais jamais rien simplement, hein Xe ? 

Comme si elle avait entendu ses mots, la guerrière regarda par-dessus son épaule et fit un clin d’œil. Elle s’amuse complètement, se rendit compte la barde. Ce qu’elle peut être une sale gosse des fois.

Bien plus rapidement, le lieutenant des gardes fut de retour, cette fois il leur fit signe de le suivre avec un geste grognon. Xena prit les rênes d’Argo dans sa main et obéit aimablement, ralentissant pour laisser Gabrielle la rattraper tandis qu’elles passaient les portes. « Reste tout près », marmonna-t-elle, presque entre ses dents. « Mais reste loin de mon bras d’épée. »

Gabrielle hocha la tête d’assentiment et bougea légèrement sa position pour être en arrière et sur la gauche de la guerrière, et elle observa ce qui les entourait tandis qu’elles entraient dans une cour surmontée de murs, qui était entièrement remplie d’un marché affairé et bruyant. Hmm. Elle regarda plusieurs étals en passant. Ça commence à prendre forme… ça ne ressemble pas à une ville assiégée… peut-être que ce type a transformé la réalité.

Ils passèrent sous une arche faite de pierre épaisse pour arriver devant les marches de ce qui était visiblement un château. Xena s’y arrêta et tapota le museau d’Argo. « Tu restes ici, ma fille, d’accord ? » Elle baissa les yeux. « Arès… tu gardes un œil sur elle, compris ? »

Le lieutenant la regarda. « Quelqu’un va s’occuper de ces animaux. »

Xena s’avança en prenant l’avantage de sa taille. « Je vais m’occuper d’eux quand je reviendrai. Ne les touchez pas. La jument est entraînée pour le champ de bataille. » Elle sourit. « Et le loup ne porte pas le nom du Dieu de la Guerre sans raison. »

Ouh ouh… Gabrielle eut une sensation coupable de délices. Intimidation maximale aujourd’hui, hein, Xena ? Vas-y. Autant elle en était arrivée à apprécier le côté doux de sa compagne, autant il y avait quelque chose dans cette facette d’elle… quelque chose… de dangereux… et  la barde admettait à contrecoeur que cela l’excitait.

La mâchoire de l’homme s’affaissa légèrement. « Tr… très bien », marmonna-t-il désarmé. « Venez alors. » Il se retourna et monta l’escalier, Xena et Gabrielle sur ses talons.

Le couloir central du palais était large et surtout couvert de marbre et leurs bottes résonnaient en de subtils échos. Des portes menaient à diverses pièces de chaque côté et les murs étaient couverts de tapisseries qui décrivaient des scènes colorées de mythes et diverses histoires.

Au bout du hall central, il y avait une porte plus grande que les autres, un portail sculpté en bois avec des poignées en cuivre. Leur escorte s’avança en traînant des pieds  et les attrapa pour les tirer en arrière et faire bouger les portes avec un craquement audible et torturé.

Un flot de musique et d’encens en sortit et ils entrèrent pour voir une pièce pleine de danseurs et de courtisans colorés qui appréciaient les efforts de deux jeunes femmes au centre, qui ondulaient au son d’une flûte. Le public était en cercle autour du mur et la porte faisait face à une plateforme élevée, où se trouvaient deux trônes, dont l’un d’eux était occupé par un homme grand aux cheveux blonds vêtu d’une tunique vert brillant avec des broderies dorées. Il était concentré sur les danseuses jusqu’à ce qu’un ronronnement infernal le distrait et lui fasse tomber sa coupe avec un bruit audible.

Il secoua la main et jura, se leva et fit stopper la musique.

Xena attrapa son chakram et le remit à sa hanche, maintenant consciente des regards de toute la pièce sur elle. Les spectateurs portaient du coton et de la soie fine d’une multitude de couleurs. Ils avaient des cheveux parfaitement coiffés et des peintures délicates sur le visage.

La guerrière avança jusqu’au centre de la pièce et se tint là, sa combinaison en cuir de voyage noire tâchée avec juste le rehaut de son armure brillante. Ses cheveux étaient dans tous les sens, soufflés par le vent et elle était l’image même du combattant ordinaire et sauvage.

Mais, ô combien cette pièce lui appartenait, du sol au plafond et d’un mur à l’autre. Et elle le savait. La force de sa personnalité emplissait l’espace, rendant chacun conscient de la puissance pure et libérée qui se tenait au milieu d’eux.

Elle écarta les cheveux de ses yeux et mit les mains sur ses hanches, une jambe détendue dans une attitude d’insolence plus qu’autre chose. Des lueurs de bleu glacial scrutèrent la pièce tandis qu’elle les étudiait ; un mouvement de sourcil les répudia tous et elle se concentra sur le grand homme blond qui s’était lentement assis et la fixait. « Tu as demandé un service ? » Dit-elle d’une voix traînante dans un ton de velours qui fit écho sur les murs.

Gabrielle observait, fascinée comme toujours par ce côté de sa compagne aux multiples facettes. Pour autant qu’elle ait vu mille fois Xena faire ça, simplement entrer dans une pièce et y capturer tout le monde, ça continuait de la surprendre. Ceci n’était pas sa douce camarade… ni son amie entêtée.

Ceci, c’était la Princesse Guerrière. La chef des armées.

L’Elue d’Arès.

« Et bien. » L’homme blond reprit ses esprits. « Alors… tu t’es pointée, pas vrai, Xena ? »

La guerrière écarta les deux mains, se montrant elle-même et elle haussa un sourcil en réponse. « Tu as quelque chose à demander ? Tu ferais mieux de le cracher tout de suite ou je peux disparaître aussi vite. » Le ton bas ne changea pas d’une octave et il se réverbéra dans la pièce silencieuse. Il fut suivi d’un bourdonnement montant dans lequel Gabrielle reconnut le nom de son âme sœur.

Un autre sentiment montait maintenant et elle réalisa que c’était la crainte.

La crainte de Xena. Qui respirait ce sentiment comme si c’était son air natif. La barde vit le léger penchement de sa tête et le mouvement de son équilibre sur l’avant de ses pieds qui déploya un manteau d’alerte sur elle.

L’homme se leva et prit une profonde inspiration en faisant un signe pour montrer sur sa droite. « On va parler là-bas. »

Xena se tourna à demi et fit un signe de tête à sa compagne dans une invitation reconnaissable. Gabrielle prit aussi une profonde inspiration et alla tranquillement près de la grande femme, entrant dans le cercle des regards scrutateurs.

« Seule », objecta l’homme. « Je n’ai pas besoin de spectateurs.

Xena carra son dos et leva le menton en le clouant du regard. « Ce n’est pas une spectatrice. Où je vais, elle va », répliqua-t-elle, d’un ton sec et définitif.

Gabrielle eut un grand mal à ne pas sourire.

L’homme leva les mains puis les laissa retomber sur les côtés. « A ta guise. » Il secoua la tête et descendit bruyamment de l’estrade pour se diriger vers une petite porte juste derrière une arche.

Xena le fit attendre un long moment puis elle passa la main sur un bracelet pour enlever la poussière et marcha nonchalamment à grands pas lents pour le rejoindre, laissant son regard planer sur la pièce, observant tandis que tous les regards se détournaient d’elle.

« Tu t’amuses drôlement », dit la barde, prononçant à peine les mots.

« Moi ? » La réponse fut faite sur le même ton. « Tch… vraiment, Gabrielle. »

Elles entrèrent dans la pièce plus petite où l’homme de haute taille faisait déjà les cent pas. Il s’arrêta quand elles apparurent et il croisa les bras d’un air sévère. « Jolie entrée. » De plus près, l’impression de bel homme n’était pas exagérée ; ses cheveux blonds et raides entouraient un beau visage avec un creux bien dessiné sur le menton. Ses yeux étaient d’une couleur dorée brune intéressante et il était plaisamment musclé avec des épaules larges, bien que mince, jusqu’à sa paire de bottes bien faites.

Xena avança à grands pas lents et se mit sur le coin d’une table décorée, ses mains posées sur un genou. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle était consciente, à la périphérie de sa vision, de Gabrielle qui s’installait à son tour sur un banc près du mur et elle vit le regard de Garanimus se poser sur la barde brièvement, puis revenir vers elle.

« Je ne m’attendais pas vraiment à ce que tu te pointes. » L’homme temporisa, s’avança et prit une chope, dans laquelle il versa du vin et en but une grande gorgée. « J’ai entendu dire que tu avais pris ta retraite. »

La guerrière croisa les bras sur sa poitrine. « C’est vrai », répondit-elle calmement. « Si tu parles du métier de seigneur de guerre… je l’ai fait il y a trois ans. » Son regard alla brièvement vers Gabrielle puis revint sur lui. « J’ai trouvé mieux à faire. »

Il l’étudia. « Ouais…on dit que tu es devenue une sorte de vagabonde qui fait le bien autour d’elle. »

Le regard bleu perçant passa au-dessus de lui. « Je ne sais pas si je l’appellerais comme ça, mais voyager, aider les gens… oui. »

Garanimus secoua lentement la tête. « Je ne l’aurais pas cru… je ne l’ai pas cru pendant très longtemps… mais trop de mes anciens compagnons venaient par ici, disant que tu les avais rossés. Même Draco. »

Xena haussa les épaules. « C’est vrai. » Elle fit une pause. « Alors, qu’est-ce que tu veux ? »

Il lui versa un verre et le lui tendit. « Alors… c’est quoi le truc avec la gamine ? » Il fit un signe de tête dans la direction de Gabrielle. « Je ne savais pas que tu faisais dans les esclaves… bien que… » Il laissa la phrase en suspens, mais son regard scruta Gabrielle avec une appréciation languide.

La guerrière posa la chope avec soin et recroisa les bras. « Tu as dix secondes pour me dire ce que tu veux ou je m’en vais, Garanimus… Je n’ai pas le temps de jouer à tes petits jeux. »

Garanimus leva son menton carré et tendit la main. « Toujours la même vieille garce, hein ? » Il ricana doucement. « Très bien… très bien… on a pris cet endroit il y a environ six mois… les choses se passent très bien, tout est d’équerre… ça a même été un peu paisible, tu vois ? »

Xena se contenta d’attendre.

« Bien, arrive un message de ce seigneur de guerre… il fait une expédition dans le coin… il s’appelle Framna. Il dit qu’il va nettoyer l’endroit sauf si je lui verse tous les bénéfices de la ville. »

La guerrière plissa le front et haussa les épaules. « Et alors ? » Elle regarda autour d’elle. « Combats ou bien achète-le, ou bien dis-lui de déguerpir… pourquoi tu as besoin de moi ? »

Garanimus pinça ses lèvres bien dessinées. « Son armée fait cinq fois la mienne… et cet endroit n’a pas généré de bénéfices encore… bon, ça va le faire… ça va le faire… à la prochaine moisson, ça devrait faire une belle petite somme, mais pas maintenant. On n’a pas un seul dinar. »

Xena le fixa. « Et tu veux que je fasse… quoi ? »

L’homme prit une gorgée de vin. « Je veux que tu le convainques qu’attaquer cet endroit serait un suicide. » Il se rapprocha. « Je me dis que ton simple nom vaut cher… et s’il pense que tu mènes mon armée… et bien… peut-être qu’il fichera le camp. »

Xena se  mit à rire. « Tu veux rire. » Elle se leva et marcha dans la pièce, se retournant finalement pour lui faire face. « Tu l’as dit toi-même, Garanimus… je ne fais plus ce genre d’embrouille depuis des années… il ne sait probablement même plus qui je suis. »

Le seigneur de guerre rit à son tour. « Les gens ont une bien meilleure mémoire que ça, Xena… il te connaît bien, c’est sûr. »

La femme aux cheveux noirs s’appuya contre le mur et l’étudia. « Et s’il ne marche pas ? »

Garanimus haussa les épaules. « Alors il déboule ici et met le feu partout. » Il finit sa chope. « C’est malheureux pour tous ces gens… ils s’habituaient à peine à la situation… les incompétents inutiles à qui j’ai pris la ville l’avaient gâchée. »

Xena échangea un rapide regard avec Gabrielle et sut à la vue de son visage qu’elles pensaient la même chose. La ville… devait être sauvée de Framna. Que Garanimus aille chez Hadès. « Très bien », finit par dire Xena. « Je ne promets rien… on va essayer. Mais… si ça ne marche pas, on s’en va… je ne veux pas être prise dans un conflit entre vous deux. »

L’homme blond sourit. « Ça va marcher… et… écoute, sans rancune, Xena… tu vas t’y retrouver… tu pourras acheter une chemise entière à ta petite amie. » Il rit, plus en confiance. « Tu vas me présenter maintenant ? »

« Qu’est-ce que tu fais ici, Garanimus ? » Demanda doucement Xena. « Tu n’as jamais semblé être du genre à t’installer dans un seul endroit. »

Il haussa un sourcil blond arqué. « Toi non plus », contra-t-il. « J’ai un bon sentiment ici… je vais épouser la petite princesse du coin et faire de moi une royauté… qu’est-ce que tu dis de ça ! » Il se brossa la manche. « J’aime bien ne pas avoir à marauder pour avoir mon dîner… ou dormir dans la poussière… j’ai un type ici qui ne fait rien d’autre que nettoyer mes vêtements. » Son regard chercha sa silhouette poussiéreuse. « Mais tu ne comprends pas ça, pas vrai, Xena ? »

La guerrière refusa de mordre à l’hameçon. Elle croisa les bras. « J’ai conquis des royaumes dont les palais font ressembler cet endroit à des cabinets, Garanimus… ça ne m’impressionne pas. »

« Ah oui ? » Il ricana. « Alors comment tu as fait pour finir comme une vagabonde ? »

Un autre haussement d’épaules. « Ce que je ne suis pas… mais aussi, ce n’est pas moi qui ai fait le tour de la Grèce pour avoir de l’aide. » Elle lui sourit, mais sans humour. « Pas vrai ? »

Elle eut un sourire sans humour en retour. « Je vais demander qu’on te montre l’endroit où tu pourras rester… peut-être que tu peux prendre un bain », lâcha-t-il. « Comme ça tu n’effrayeras pas les gentils villageois. »

Xena plissa les yeux et lui lança un de ses regards mortels. « Je pensais que c’était précisément le but. » Les dents blanches brillèrent sur un sourire. « Après tout… tu me mets à la tête de ton armée, Garanimus… sois gentil… ou je pourrais peut-être en faire quelque chose. »

Un masque silencieux tomba sur son visage pendant un long moment, masquant ses beaux traits. « Tu sais, Xena… il y a encore des gens là dehors qui veulent ta tête… j’adorerais leur dire où la trouver. » Il laissa libre cours à sa colère. « Ils te mettront sur le bloc et couperont ton joli crâne. »

Un instant, Xena était là, calme, l’instant d’après elle avait attrapé Garanimus et le poussait contre le mur, le bout de sa dague posé sur son pouls, tandis qu’elle le soulevait du sol d’une main dans sa chemise. « Peut-être… mais je garantis que tu ne seras pas là pour le voir. » Le bout de son couteau fit couler un peu de sang sur sa peau maintenant blanche. « Peut-être que ma conversion à faire de bonnes choses implique que je débarrasse le monde de ta présence…hein ? »

Lentement, il écarta les bras et posa les mains sur le mur. « Très bien… très bien… doucement », dit-il dans un souffle. « Je vois que certaines choses n’ont pas changé. »

Xena le reposa et fit tourner son couteau d’une main avant de le remettre dans son étui. « Je paie mes dettes, Garanimus… et je te paierai celle-ci, mais ne me crée pas d’ennuis », l’avertit-elle doucement. « Compris ? »

Il hocha la tête. « Pour l’instant. » Puis son regard passa par-dessus son épaule. « Tu vas enfin me dire comment s’appelle ta petite amie ? »

La guerrière recula d’un pas puis se retourna et fit un signe à la barde qui attendait calmement, et qui se leva pour la rejoindre. « Salut. » Gabrielle tendit la main. « Je suis Gabrielle. »

Garanimus prit le bras et le serra très brièvement. « Qu’est-ce qu’une gentille fille comme toi fait avec une mauvaise ex-seigneur de guerre oubliée des dieux, Gabrielle ? »

La barde l’étudia pendant un long moment. « Je suis une barde… c’est un sujet génial », dit-elle. « Parmi d’autres raisons. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et regarda ses yeux se poser sur sa main et l’anneau qu’elle portait.

« Je vois. » Ce fut son seul commentaire avant qu’il n’appelle une domestique en livrée et qu’il leur dise au revoir.


Gabrielle regarda la domestique poser leurs affaires et lui faire une petite révérence avant de quitter la pièce, et le silence tomba. Elle soupira puis regarda autour d’elle, la grande chambre qu’on leur avait assignée et qui était décorée de chiffons pastel.

« Allons… même moi je ne suis pas du genre chiffons », marmonna Gabrielle pour elle-même, en regardant sa compagne rôder dans la pièce comme un chat mécontent pendant une tempête. « Et bien, c’est joli et c’est grand », dit-elle diplomatiquement. « Tu pourrais t’entraîner dans ce coin sans cogner quoi que ce soit. »

Xena s’arrêta puis lâcha un rire forcé. « Oui… tu as raison… c’est tellement… » Elle leva les yeux au ciel. « Moëlleux. »

« Hmm… » Acquiesça la barde puis elle passa la tête dans une pièce plus petite. « Oooh… je m’en fiche… Xena, regarde ça. »

Son âme sœur la rejoignit et elles regardèrent dans ce qui était visiblement une salle de bains, avec une baignoire encastrée en marbre. « Heu… pas mal, » admit Xena à contrecoeur. « Ça pourrait même faire passer le reste. »

Gabrielle la poussa doucement. « Très bien… très bien… tu m’as suffisamment prouvé que tu étais coriace, tigresse… calme-toi maintenant. »

Le visage de Xena resta figé un moment puis elle plissa les yeux et sortit le bout de sa langue vers la barde. « Alors… qu’est-ce que tu penses de Garanimus ? »

La barde s’appuya contre le mur en pierre froid et plissa le front pensivement. « Je pense que c’est un sale type. » Elle regarda sa compagne. « Tous les deux, vous commenciez vraiment à vous prendre la tête… j’étais un peu nerveuse. »

Xena se passa la main dans ses cheveux noirs et hocha la tête. « Oui… je sais…il commençait à appuyer sur des boutons que je pensais mieux gérer », admit-elle d’un ton désabusé. « Des vieux trucs. » Elle se retourna et revint dans la pièce principale puis s’agenouilla près de leurs affaires et commença à sortir son kit de réparation pour son armure. « Je ferais bien de m’assurer que cette charnière tient bon… je pourrais en avoir besoin. »

Des vieux trucs. Gabrielle se tourna à demi toujours appuyée contre le mur et elle la regarda avec nostalgie. Une autre trahison, Xena ? « Je pensais que tu t’en sortais bien, en fait… il y a eu une ou deux fois où j’ai failli m’avancer pour le cogner avec mon bâton. »

Un éclair de blancheur apparut quand la guerrière finit par sourire et se leva, attrapant son kit. « Et bien… on a un peu de temps avant d’aller dîner… je vais juste réparer ceci et… hum… »

Gabrielle s’était avancée et s’occupait tendrement des attaches sur son armure, la détachant pour la poser sur la chaise. « Tu vas porter ça pour le dîner ? » Elle tira sur le cuir noir et reçut un hochement de tête pour la réponse qu’elle attendait. « C’est bien ce que je pensais… pourquoi ne me laisserais-tu pas les nettoyer pour toi ? »

« Tu n’as pas à faire ça », répondit tranquillement Xena. « Je ne suis pas ici pour impressionner les gens avec mon allure ou bien ce que je porte. »

La barde lui sourit chaleureusement. « Xena… tu impressionnes les gens rien qu’en respirant. » Elle mit les deux mains sur la poitrine de la guerrière. « Allons… enlève ça… donne une chance à ton corps de se détendre un peu… tu es tellement tendue que tu me fais dresser les cheveux sur la tête . »

Xena grogna en protestation, mais laissa la barde lui retirer l’armure en cuir et elle enfila une chemise en coton tout en s’installant dans un coin relativement vide avec ses morceaux d’armure en cuivre tout autour d’elle. Arès s’approcha et se blottit immédiatement contre sa jambe, soupirant de contentement tandis que la guerrière sortait un outil et travaillait avec expertise sur une charnière collée.

Gabrielle enleva la poussière du vêtement lourd et, enfin satisfaite, posa le cuir mouillé sur une chaise près de la fenêtre pour le laisser sécher. Elle resta à le fixer un moment et fit pensivement passer ses doigts sur la surface, bâillant un peu. « Mmph. » Elle se sentit soudain fatiguée.

« Tu vas bien ? » La voix de Xena flotta, teintée d’un peu d’inquiétude.

« Hmm ? Oh… oui. » La barde se frotta les tempes et cligna des yeux. « Je suis juste bizarrement fatiguée… » Elle s’avança vers Xena et se laissa tomber sur le tapis près d’elle, se blottissant contre elle et utilisant la cuisse musclée de la guerrière comme un coussin. « Mm… c’est bien mieux », dit-elle en posant la main sur la peau douce, sentant les muscles bouger sous elle tandis que Xena remuait un peu. « Je t’embête ? »

Elle rata l’expression de dévotion tranquille à son intention. « Jamais », l’assura Xena, en libérant une main pour lui tapoter la tête. « Allez… fais une sieste… j’ai plein de choses à faire. » Fichue armure…soupira-t-elle intérieurement.  Je ne m’en suis pas occupée comme je devais… et je le paye maintenant, je présume.

« Ce n’est pas juste… tu travailles et je dors », protesta la barde, mais pas avec beaucoup de force. La chaleur réconfortante de sa compagne l’incitait au sommeil.

« Et bien, Gabrielle… je n’ai qu’un seul jeu d’outils… et je ne pense pas t’avoir enseigné ça… alors… » Elle haussa les épaules et frotta doucement l’oreille de la barde. « Tu as congé pour cette fois. »

« Mm. » Gabrielle sentit une douce vague de sommeil rouler sur elle. « Pas qu’on ait fait grand-chose aujourd’hui… je présume que je me suis habituée à tous ces après-midi de paresse, hein ? » Marmonna-t-elle.

Xena soupira d’un air désabusé. « Toi et moi pareil, partenaire. » Elle regarda la respiration de la barde qui devenait plus profonde et elle fit une pause dans sa tâche pour arranger paresseusement les boucles dorées qui s’étalaient sur sa jambe. La tension qui avait monté depuis leur arrivée dans le château semblait se dissiper un peu à chaque caresse et la colère qu’elle avait ressentie en présence de Garanimus se calmait, devenue une paix somnolente due à la présence de son âme sœur.

Bon. Xena se pencha en arrière et travailla sur une plaque de genou. Ce que demandait Garanimus… n’était pas si difficile si on le regardait objectivement. Beaucoup de choses dépendaient de si ce seigneur de guerre avait entendu parler d’elle… bien que, elle l’admit pour elle-même, il y avait de fortes chances que oui. Trois ans, ce n’était pas si long.

Et sa réputation était… ce qu’elle était. Même maintenant, même après des années à parcourir le pays, à aider quand elle pouvait… encore… elle avait vu la réaction des gens dans ce hall à l’annonce de son nom. Ça lui avait été facile de se glisser à nouveau dans ce rôle.

Trop facile. Xena soupira, étudiant la plaque d’armure dans ses mains. Ça avait été bon, pas besoin de se mentir… pas ici, pas à elle-même.

Et pourtant, être assise ici à regarder sa meilleure amie endormie, elle savait que les choses avaient changé et d’une certaine façon, la Xena qui avait joué si bien cet après-midi, n’existait plus.

Peut-être que… peut-être que Garanimus avait changé aussi… un peu ? Elle tourna cette pensée dans sa tête tout en replaçant une boucle et elle en verrouilla le bout. Peut-être. Mais elle en doutait, se repassant ses plans d’épouser une pauvre fille et d’en faire son ticket d’approvisionnement.

Bien. Xena rit doucement pour elle-même. Elle allait payer cette dette… mais peut-être qu’elle s’occuperait aussi d’une autre… pour les gens de la ville, qui méritaient une meilleure gouvernance que ce qu’il avait à offrir.

Une vagabonde, moi ?  Une lueur dure entra dans ses yeux bleus. Garanimus, espèce de porc sans cervelle… tu vas regretter cette petite sortie. Elle était très fière, elle admettait cela… et le salaud avait poussé le bon bouton… elle avait voulu lui coller une bonne rossée.

Oh bon. « Demain est un autre jour, pas vrai Arès ? » Murmura-t-elle au loup, qui pencha une oreille. « Peut-être que je te laisserai le mordre. » Elle finit son travail sur l’armure et la posa, puis elle ajusta ses épaules plus confortablement sur le mur et mit un bras protecteur sur la silhouette endormie de Gabrielle. Mais il ferait mieux de bien se conduire au dîner… et de ne pas faire une seule remarque méchante à Gabrielle. Garanimus avait un sens de l’humour cruel et elle serait damnée si elle le laissait en user sur sa compagne.

Elle regarda la barde, blottie avec tellement de confiance contre elle et elle joua affectueusement avec ses cheveux. Je vais lui arracher le foie s’il le fait, décida Xena et elle s’amusa un moment à imaginer un tas de choses douloureuses et créatives qu’elle pourrait faire à son ancien amant, jusqu’à ce que le soleil passe lourdement par la fenêtre en ombres dorées et cramoisies, et elle décida à contrecoeur de réveiller Gabrielle.

« Hé. » Elle passa un pouce sur la peau de l’épaule de Gabrielle. « Il est temps d’aller dîner, l’endormie. » Elle avait mis une douce note de taquinerie dans sa voix, mais elle dut admettre que ça avait été dur de s’empêcher de rejoindre son âme sœur dans le sommeil.

Gabrielle bougea puis bâilla un peu en faisant un petit bruit bizarre. « Ouaouh… » Elle roula sur le dos et regarda Xena. « Ça a été bon… » Elle cligna des yeux ensommeillés. « Tu fais un bon oreiller. » Elle tapota la jambe de la guerrière. » Mais un peu dur quand même. »

Elle reçut un léger ricanement en retour. « Merci… c’est bon de savoir que je suis bonne à quelque chose. » Mais le ton de Xena était léger et un sourire apparut sur son visage. « Il est temps de retourner là-bas et d’affronter cette gentille foule… tu es prête ? »

La barde se déroula puis se mit sur le dos et s’étira luxurieusement. « Je ne manquerais ça pour rien au monde. » Elle pianota sur son estomac plat. « Tu veux que je fasse mon truc de la barde ? »

Xena tendit la main et traça le centre du corps de la barde du bout du doigt, suivant la ligne à peine visible des poils fins et clairs, souriant tranquillement quand Gabrielle ferma les yeux sous son toucher et que la respiration de la barde s’accéléra immédiatement. « On improvise », répondit-elle. « On verra s’ils sont dignes que tu joues pour eux. »

Deux yeux verts la regardèrent avec surprise, les sourcils remontant sous la frange de la barde. « Hein ? Xena… arrête ça… je ne suis qu’une barde, pas la vedette du Palladium. »

« Mmhmm… d’accord », acquiesça volontiers Xena. « Et je ne suis qu’une petite combattante alors. On fait une belle équipe. »

Gabrielle ouvrit la bouche pour répondre puis la referma. Puis elle l’ouvrit à nouveau, hésita et la referma. Finalement elle roula sur son estomac et mit son poids sur ses coudes. « C’est pas juste. »

Xena se contenta de sourire.


« Voilà. » Gabrielle ajusta avec soin une boucle sur l’armure de bronze. « Très joli. »

Sa compagne lui lança un regard ironique. « Gabrielle, ce ne sont que du cuir et une armure. »

La barde fit un pas en arrière et la regarda d’un air appréciateur. « Hmmm… oui, mais… » Le cuir presque noir luisait après le brossage effectué par Gabrielle et l’armure brillait chaleureusement dans la lumière de la chandelle. « Ils te vont vraiment bien », dit-elle avec un sourire.

Xena plissa le nez en réaction, mais laissa un sourire narquois légèrement satisfait recourber ses lèvres. « Toi aussi. » Elle écarta doucement une boucle de cheveux clairs des yeux de la barde et tira sur sa manche. « Tu as décidé de ne pas porter la tenue amazone, hein ? »

Gabrielle baissa les yeux pour s’observer un peu gênée. « La plupart du temps, je m’en fiche, mais… tous ces gens qui me regardaient me donnaient la chair de poule », confessa-t-elle. « Comme si je m’exhibais. »

Elle fut baignée dans un doux sourire. « C’était le cas. » Xena l’embrassa sur le dessus de la tête. « Et une très jolie exhibition. »

« Mm. » Cela fit sortir un rire de la petite femme. « Si tu le dis. » Elle soupira et se redressa tandis qu’un coup brusque résonnait à la porte. « Ah… je présume que nous sommes attendues. »

« Hm. » Xena grogna, se secouant un peu pour ajuster son armure, puis elle alla à grands pas vers la porte qu’elle ouvrit.

Garanimus se tenait là, appuyé contre l’encadrement de la porte avec un sourire narquois et indolent. « Bien… bien… comment tu trouves les lieux ? » Il passa près d’elle et avança à grands pas dans la pièce pour finir les bras écartés en questionnement. « C’est mieux que ce dont tu as l’habitude, je parie. »

Xena leva les yeux au ciel. « Arrête ces conneries, Garanimus. » Elle prit son épée qui brillait sur la table et la glissa dans son fourreau bien attaché sur son dos. « Les frivolités c’est pas mon style et tu le sais. »

L’homme mit ses pouces dans sa ceinture et lui fit un demi-signe de tête pour l’admettre. « Ton truc c’est plus l’écurie, je me souviens. » Il lui fit un doux sourire. « Faudra t’y faire. » Il se tourna vers Gabrielle qui pliait un parchemin et le plaçait dans son journal. « Salut toi, mon chou. »

La barde s’arrêta, fit une pause puis leva les yeux vers lui en gardant un visage neutre.

« Eh bé, tu as de beaux yeux, pas vrai ? » Il s’avança un peu plus et fut stoppé par un grognement hideux. « Que… » Il baissa le regard pour voir des dents blanches brillantes sur la fourrure noire tandis qu’Arès se glissait devant Gabrielle et baissait la tête, le poil dressé, la queue droite. Garanimus se figea. « Joli chien, Xena. »

Il entendit un léger rire. « Ce n’est pas un chien, connard. Dis bonjour à Arès. »

Le grand homme recula avec précautions. « Tu as du culot de l’avoir appelé comme ça. » Il lui lança un regard nerveux. « Il ferait bien de ne mordre personne. »

Xena s’avança et mit les mains sur ses hanches. « Le premier était un cadeau, le second dépend de si tu es gentil avec mon amie. » Elle se pencha un peu plus. « Arès aime vraiment Gabrielle… et il devient vraiment, vraiment furieux quand les gens sont méchants avec elle… compris ? »

Arès plissa ses yeux jaunes et grogna à nouveau.

« Bon loup », dit la barde en s’agenouillant pour l’embrasser sur la tête. Il se retourna et la lécha, sa queue battant furieusement. « Tu es tellement mignon. » Elle mit les lèvres tout près de ses oreilles sensibles. « Et tu es comme ta maman », ajouta-t-elle dans un murmure. « Elle t’a donné des leçons ? »

« Grrooo. » Le loup battit des cils.

« Allons. » Garanimus eut un regard dégoûté pour le loup et la fille. « J’attends l’arrivée d’un émissaire de Framna pendant le dîner… je veux que tu sois là. » Il s’adressait à Xena qui croisa son regard. « Tu sais, tu as toujours l’air en pleine forme, Xena… je te dois ça. » Il laissa son regard voyager d’un air appréciateur sur sa silhouette musclée.

« Bouge. » La guerrière lui montra la porte. « Qu’on en finisse. »

Garanimus rit puis sortit et elles le suivirent. Xena avançait à sa hauteur et Gabrielle était un pas ou deux derrière, avec un Arès collé à ses genoux. Le château était fait de pierre, avec des couloirs étroits avec des appliques murales remplies de chandelles vacillantes. Le plafond était taché de suie et le sol parsemé de joncs qui auraient mérité d’être changés. Une odeur de moisi et de musc monta au nez de la barde tandis que ses bottes les remuaient et un rapide coup d’œil lui montra l’expression dégoûtée de sa compagne dans la même réaction. « Tu sais, Xena… » Sa voix fit écho sur les murs de pierre. « Je pense que je préfère une auberge simple et propre à un château sale. »

Garanimus se retourna et la fixa rudement. « Quoi ? »

Les yeux verts, presque de la couleur de la rouille dans la lumière des torches, clignèrent. « J’ai dit que je pensais que je préférerais être dans une auberge propre que dans un château sale. » Elle montra le sol. « C’est moche et ça pue ici. »

L’homme plissa le front et renifla. « Je ne sens rien. »

Xena le regarda. « Je ne suis pas surprise… avec toute cette huile à la rose que tu portes », répliqua-t-elle brusquement. « Si je devais sentir ça toute la journée… ça me manquerait d’avoir un oignon juste sous mon nez. » Elle se tourna vers sa compagne. « Nous allons laisser la fenêtre ouverte ce soir… ça sera mieux. »

La barde hocha solennellement la tête. « Bonne idée. »

Garanimus leur lança un regard noir à toutes les deux et renifla subrepticement sa manche. « Entrez là », grogna-t-il en passant le coin pour ouvrir une grande porte en bois. Elle donnait sur une salle de banquet où se trouvaient des tables sur les quatre murs avec un espace ouvert au milieu. Les dalles étaient couvertes de joncs également et les tables avaient des bancs avec des dossiers bas. Les murs étaient ornés de tapisseries colorées et la pièce était bien éclairée, bien que bondée de servants qui s’affairaient.

Gabrielle vit les muscles du dos de son âme sœur se raidir et elle s’avança, glissa la main sous son fourreau d’épée pour la gratter légèrement, puis elle laissa paresseusement sa main sur le cuir soyeux, frais sous son toucher, et elle sentit la chaleur de Xena dessous. Elle nota une contraction tandis que la guerrière prenait une profonde inspiration puis la détente quand elle la relâcha.

On les amena à la table principale et les fit s’asseoir à la gauche de Garanimus. A sa droite, dans l’autre grand fauteuil, une jeune fille était assise, ses mains serrées sur ses cuisses. Xena songea qu’elle avait à peine plus de quinze ans avec de beaux cheveux roux, avec des boucles qui tombaient en cascade le long de son dos. Son visage était joli et elle avait de longs cils clairs visibles dans la lumière quand elle tourna la tête pour les regarder approcher.

La jeune fille maintint une expression sombre, mais elle déglutit et même de là, la guerrière pouvait lire le langage du corps tendu. Quel endroit horrible pour une enfant… songea tranquillement la guerrière. Garanimus est plutôt bel homme… mais… Elle regarda le seigneur de guerre s’asseoir à son tour et tendre la main pour pincer la joue de la jeune fille, riant à un commentaire salace de l’un de ses lieutenants qui était assis de l’autre côté.

Gabrielle et Xena échangèrent un regard. Pas besoin de se parler, juste un haussement de sourcil et du menton de Gabrielle et Xena ajouta tranquillement un autre sujet à sa liste de problèmes à résoudre. « Tu nous présentes, Garanimus ? » La guerrière posa un coude sur la table, qui était couverte de porcelaine.

Le seigneur de guerre s’adossa et eut un sourire supérieur. « Oh oui… Silvi, ma chérie… je te présente Xena, la plus grande garce avec laquelle j’ai jamais couché. »

Xena sourit d’un air doux. « Garanimus… tu veux que je te brise les mains juste là devant toutes ces gentilles personnes ? » Elle ferma les doigts sur sa main droite avant qu’il ne puisse bouger et elle resserra sa prise.

« Tu ne peux pas faire ça, Xena mon chou… c’est moi qui commande ici », siffla-t-il en retour, sans voir le regard soudain intimidé de sa future fiancée.

Un rire bas et dangereux passa entre eux. « Oh non… pas avec moi, petit salopard. » Elle laissa sa voix tomber à son registre le plus bas. « Sois gentil. » Elle contracta sa main et il sursauta, sifflant de douleur.

« Très bien… très bien… » Répondit-il à travers ses dents serrées. « Lâche-moi. »

La guerrière relâcha sa prise, puis regarda la jeune fille. « Ravie de te rencontrer, Silvi. »

La fille baissa le regard puis le leva avec hésitation, les pupilles bougeant dans tous les sens avec effort pour ne pas la fixer. « Bonjour. » Sa voix était basse et très mélodieuse. « Ravie de te rencontrer aussi. »

Xena soutint son regard puis fit un geste derrière elle. « Voici mon amie Gabrielle. »

Le regard gris passa sur cette dernière. « Bonjour. » Ceci dit avec plus d’assurance à la posture plus amicale de la barde.

« Salut. » Gabrielle lui fit un sourire.

« Oui, oui… assez de toutes ces conneries. » Garanimus les interrompit avec irritation, mais il garda les mains loin de celles de Xena. « Quand ce type sera arrivé, je vais lui dire que tu diriges mon armée… ensuite tu peux te lever pour lui ficher une trouille bleue. »

Xena s’adossa et étira ses longues jambes sous la table pour les croiser aux chevilles. « Je connais la chanson », répliqua-t-elle dans un grognement sourd. « Ce que je me demande c’est… pourquoi ? »

« Quoi ? » Il la regarda brusquement, nerveusement.

« Pourquoi toi… pourquoi ici… ? » Le pressa Xena en tournant pleinement son regard vers lui. « C’est un endroit isolé… pas beaucoup de bénéfices… il devrait s’y installer  tout comme tu le fais… pourquoi ? »

Les serveurs entrèrent en portant des plateaux de viande rôtie et des légumes, et ils commencèrent à servir dans la pièce, donnant à Garanimus une excuse pour différer sa réponse. Il fit un geste vers un groupe de musiciens qui vinrent au centre de la pièce et commencèrent à jouer. « Nous avons un contentieux », finit-il par marmonner tandis qu’une serveuse posait adroitement une grande portion sur son assiette. « Au-delà de ça… ce ne sont pas tes affaires, Xena. »

La guerrière s’adossa dans son fauteuil et croisa les mains sur son estomac. « Et bien… voyons voir… lequel de vous a volé quelque chose à l’autre… » Elle vit la main de Garanimus bouger tandis qu’il attrapait une fourchette. « Et c’était de l’argent… ou de la chair ? »

« Je te l’ai dit… ce ne sont pas tes affaires. » Il serra les dents, frappant sa viande férocement avec son couteau.

« C’est lui alors qui t’a pris quelque chose… » Xena se mit à rire. « Il t’a piqué ta petite amie ? » Elle regarda les muscles de sa mâchoire ressortir. « Qu’est-ce que tu as fait en retour ? »

« Xena… » Il posa sa fourchette et se tourna vers elle, la colère visible dans chaque pouce de son corps.

« Tu es prêt à mettre fin à ce festin alors ? » Lâcha la guerrière en réponse, prononçant ses mots avec précision. « Parce que j’en ai assez de tes conneries. »

Ils se regardèrent méchamment tandis que la tension passait le long de la table. Xena sentit un toucher discret sur son dos, doux et assuré, et elle relâcha lentement sa respiration. Bon sang… il arrive encore à me mettre en rage.

« Très bien. » Il leva la main. « Trève. »

Xena bougea dans son fauteuil et sortit sa dague pour l’inspecter avec attention. « Bien », approuva-t-elle d’une voix inexpressive.

Gabrielle sentit son corps se détendre tandis que les bruits de conversation inconfortables montaient à nouveau autour d’elle. Elle pouvait presque sentir la tension de Xena… non… elle la sentait… c’était une sensation lourde dans sa poitrine, qui s’allégea un peu lorsque sa compagne et le seigneur de guerre s’ignorèrent l’un l’autre. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue comme ça, songea-t-elle, en regardant les mouvements nerveux qui se frayaient un chemin dans le corps de son âme sœur. Doucement, tigresse… doucement… Projeta-t-elle mentalement, ne voulant pas faire un geste apparent. La plupart des regards de la pièce étaient sur eux, avec des expressions qui allaient du soupçon à la crainte et à la haine pure et simple. De la part des habitants de la ville, se rendit-elle compte, y compris la jeune fille à la droite du seigneur.

Elle plissa le front. Elle semblait plutôt bien il y a quelques minutes… mais maintenant, sous ces cils clairs pudiques, la jeune fille regardait Xena avec une expression qui pouvait au mieux être décrite comme hostile. Pourquoi ? Elle remercia la serveuse qui emplissait son assiette et s’y affaira d’un air absent, observant sa compagne du coin de l’œil avant de lui donner un petit coup après qu’elle ait ignoré sa propre assiette pendant un quart d’heure.

« Mm ? » Xena ramena son attention au présent et la regarda. « Tu vas bien ? »

Gabrielle la regarda puis regarda l’assiette, baissant les sourcils.

La guerrière semblait sur le point de protester puis elle soupira et avança l’assiette, coupant un morceau de viande avec sa dague avant de la mordiller à contrecoeur.

La barde lui donna une rapide tape sur la jambe et fut récompensée en voyant la légère courbure des lèvres de Xena tandis qu’elle finissait un morceau et en prenait un autre.

Ils étaient à la moitié du repas quand les portes s’ouvrirent et qu’un groupe de soldats de Garanimus entra, escortant un homme très grand et très musclé, portant une armure impeccable et qui regarda autour de lui avec un air arrogant. Il avait des cheveux bouclés roux et une longue cicatrice sur un bras que Xena reconnut comme étant causée par une pique de conducteur de char.

« Je suis venu chercher ta réponse, bouseux », déclara l’homme, ses énormes doigts posés sur sa ceinture.

« Jt’emmerde », déclara Garanimus d’un ton neutre. « Fais de ton pire… voici mon nouveau général. » Il indiqua sa gauche. « Elle s’appelle Xena. » Un sursaut de reconnaissance flasha sur le visage de l’homme aux cheveux roux. « Maintenant tu tires tes fesses, par Hadès, avant qu’elle ne te les botte. »

Xena réussit tout juste à ne pas lever les yeux au ciel de dégoût. J’avais oublié qu’il avait le cerveau d’une pierre et les manières d’un cochon mort. Elle regarda la réaction de l’émissaire tandis qu’il tournait son regard vers elle et l’observait gravement. Elle lui sourit et vit qu’il écartait les narines, puis elle se dit qu’une réponse était requise de sa part.

Avec un soupir silencieux, elle piqua la dague dans le bois de la table et se catapulta par-dessus, faisant un saut parfait avant d’atterrir sur ses pieds, puis elle s’avança vers le grand homme. Il sursauta quand elle s’approcha, et chercha des armes dont on l’avait soulagé. Elle s’arrêta juste hors de sa portée. « Voyons voir. » Une petite dague se matérialisa dans sa main droite et d’un mouvement rapide, elle tailla la partie basse de son armure qui tomba au sol. « Fais attention à ça. » Elle fit tss, mettant son bras en arrière avant de couper la boucle de son manteau plus vite qu’il ne pouvait la bloquer. « Mauvais travail… faut qu’tu réclames tes dinars. »

Il la regarda, son visage écarlate, droit dans des yeux si froids qu’ils brillaient. « Rentre chez toi », lui conseilla Xena, dans un grognement.

Il ouvrit la bouche pour répondre puis la referma et s’agenouilla docilement pour prendre son armure, puis il se releva et recula.

Xena le regarda, notant la discipline froide de ses mouvements  qui faisait contraste avec l’allure négligée des gardes qui l’escortaient. Je pense que je suis du mauvais côté, évalua-t-elle. Il ressemble plus à un soldat que la plupart de ces galeux. Elle ressentit un moment de regret, le regarda dans les yeux, qui étaient, à sa surprise, d’un vert clair un peu comme ceux de son âme sœur. « Tu t’appelles comment ? » Lui demanda-t-elle d’un ton brusque.

« Linneus », répondit-il.

Elle hocha la tête. « Sors d’ici. » Cela sonna plus comme un conseil que comme un ordre et il lui fit un étrange petit hochement de tête, avant de se retourner et de sortir, la tête haute.

Xena balaya la pièce du regard et soupira, puis elle revint vers la table et sauta par-dessus avant de se réinstaller dans le fauteuil avec un bruit sourd. « C’est à ça que tu pensais ? » Demanda-t-elle froidement à Garanimus.

Le seigneur de guerre gloussa. « J’ai payé pas mal de dinars pour regarder ça… » Il enfourna un épais morceau de viande dans sa bouche et le mâcha avec joie, bien plus détendu maintenant. « Oui… » Il marmonna autour de sa bouchée, se frottant le visage de sa manche. « C’était bon. »

Xena grimaça puis se pencha en arrière, cherchant un courant d’air frais, son esprit passant en revue les faits et les options. Marrant… ces trucs commencent toujours facilement… et ils finissent par être fichument complexes. Comment ça peut se faire ?  Son regard saisit le regard noir non masqué de la jeune princesse et elle soupira intérieurement. Qu’est-ce qui se passe vraiment ici ? « Alors. » Elle mit plusieurs pièces de puzzle en place expérimentalement. « Je dirige l’armée, hein ? »

Garanimus prit une longue gorgée de bière et rota. « Ben… ouais… mais ne… les emmène pas pour conquérir la Grèce ou quoi, d’accord ? » Il rit pour lui-même. « Ils aiment bien être ici. »

« Mm. » Xena joignit les doigts. « Ils sont crasseux », l’informa-t-elle. « Avec ou sans moi à leur tête… personne ne va gober que c’est une bonne armée à les voir. »

Le seigneur de guerre grogna. « Oh dieux… pas encore le refrain sur la propreté. » Il lui lança un regard inamical. « Ils se battent bien. »

Xena haussa un sourcil. « Mais le point c’est… que nous ne voulons pas combattre, tu te souviens ? Alors ils feraient mieux d’avoir meilleure allure pour effrayer ces gars. »

Il macha un morceau de pain. « Oh. » Un haussement d’épaules. « Oui… oui… très bien… d’accord… vas-y, nettoie-les… par Hadès… je m’en fiche… j’ai des gens qui le font pour moi maintenant. » Il brossa les miettes de son pain sur le sol et lui sourit. « Marre-toi bien… mais ne les agace pas trop… ils deviennent méchants. »

Un sourire plein et brillant lui répondit. « Moi aussi, Garanimus… moi aussi. » Xena se réinstalla, légèrement satisfaite, tandis qu’un plan commençait à se frayer un chemin. Soudain, une sensation de froid toucha sa main et elle baissa les yeux pour voir un fruit placé soigneusement entre ses doigts. Elle saisit Gabrielle qui pianotait sur la table et lui faisait une bonne imitation de sa propre expression impatiente. Avec un rapide sourire tranquille, elle porta la pomme à ses lèvres et prit une grosse bouchée, écrasant la chair craquante avec peu d’enthousiasme.

Gabrielle s’adossa dans sa chaise et prit une bouchée de carotte, sachant que sa compagne avait quelque chose dans sa manche et contente de juste attendre.

Pour l’instant.


Elles retrouvèrent seules le chemin vers leur chambre assignée, laissant ‘la cour’ continuer à se souler et à écouter les musiciens. Gabrielle avait renoncé à raconter une histoire, surtout à cause du mal de crâne battant qu’elle avait développé. « Dieux. » Elle se massa les temps et fut récompensée par une main chaude entre ses épaules. « Ça doit être dû à la fumée là-dedans… j’avais la nausée sans arrêt… qu’est-ce qu’ils brûlaient dans ces torches ? »

Xena lui massa doucement le dos. « Mm… je ne sais pas… mais ça avait une odeur étrange… et je ne suis pas sûre de savoir ce qu’ils mettent dans ce rôti… mais ça me rendait malade aussi. » Elle remonta sa main et pétrit la nuque de sa compagne. « Tu vas mieux maintenant ? »

Gabrielle prit une profonde inspiration et fit rouler sa tête, relâchant la tension dans ses épaules. « Oui… un peu. » Elle réfréna un bâillement. « C’est moi ou bien est-ce que ce type assis près de moi était plus ennuyeux qu’un paysage désertique ? »

La guerrière laissa un sourire recourber ses lèvres et elle mit un bras sur les épaules de Gabrielle, l’attirant plus près. « Oh oui… il blablatait au sujet de traités marchands qu’ils avaient refusés il y a sept saisons… il m’a perdue bien avant de te perdre toi… je pense qu’il aimait simplement tes yeux. »

Gabrielle rit doucement tandis qu’elles atteignaient leur porte et Xena l’ouvrit, ses défenses en alerte tandis qu’elle laissait le portail s’ouvrir et elle étudia l’intérieur avec tous ses sens avant de laisser la barde entrer. « Je vérifie juste », murmura-t-elle. « Je n’aimais pas les regards que nous lançaient les locaux. »

« Hmm… oui », approuva Gabrielle. « Même la princesse… elle a commencé un peu amicalement… mais après que ce type est parti, elle te regardait comme si tu étais Hadès en sabots. » La barde bâilla à nouveau et se frotta l’oreille. « Dieux… pourquoi j’ai autant sommeil ? » Se plaignit-elle. « J’ai fait une sieste… »

Xena rit. « Ça doit être la compagnie. » Elle cligna des yeux. « Je m’assoupissais aussi. »

Gabrielle haussa les épaules pour acquiescer, puis se changea pour sa chemise de nuit et alla vers Xena qui arrangeait son armure pour le lendemain. Elle glissa les bras autour de la guerrière et posa la tête sur son épaule avec un soupir.

« Hé. » Xena arrêta ce qu’elle faisait et étreignit la barde en retour. « C’est pour quoi ça ? »

« Oh dieux, Xena… j’ai arrêté d’avoir une raison pour faire ça depuis longtemps », murmura la barde en se nichant un peu plus. « Ce type t’a vraiment mise hors de toi, pas vrai ? »

Xena garda le silence un instant puis elle soupira. « Oui », dit-elle en reniflant doucement. « On se faisait toujours ça… des trucs moches et blessants. »

La barde tressaillit. « Ouille. »

« Ouille », confirma doucement Xena. « Je présume que… on pensait juste que c’était… je ne sais pas… marrant… taquin… mais ça avait toujours un côté mauvais. »

Gabrielle réfléchit à cette déclaration. « Tu n’aimes pas qu’on te taquine. »

« Ça dépend de qui taquine », contra la guerrière. « Toi… Toris… maman… c’est bon. »

Un signe de tête. « Les gens dont tu sais qu’ils t’aiment. » Elle donna une petite tape à sa compagne.

« Quelque chose comme ça, oui. » Une admission tranquille. « Je présume que… ça fait longtemps depuis que je… pouvais faire confiance là-dessus. »

« Mm. » La barde se redressa et commença à œuvrer sur un des bracelets de Xena. « Si je t’embête un jour à te taquiner, tu me le dis, d’accord ? »

Un léger sourire réchauffa le visage de Xena. « Gabrielle… je n’ai pas besoin de te le dire… tu le sais toujours. »

« Ah oui ? » Dit la barde surprise.

« Oui », confirma Xena. « Tu vas jusqu’à un certain point… et ça me met mal à l’aise… et toujours tu… t’arrêtes en quelque sorte ou tu fais quelque chose de mignon… ou bien… »

Gabrielle lui embrassa l’épaule. « Ou bien ça ? »

« Hummm… oui », confirma la guerrière. « Alors c’est bon. »

La barde rit doucement. « Je ne le fais pas exprès… je fais juste… ça arrive comme ça. »

La guerrière finit d’enlever son armure et sa combinaison en cuir, les plia avec soin et les échangea contre une chemise soyeuse. « Il faut que je parte tôt demain… je vais probablement te laisser dormir », l’avertit-elle doucement. « Je vais essayer de laver un peu ces types. »

Gabrielle bâilla, sans s’inquiéter de se retenir cette fois. « D’accord », approuva-t-elle en se tortillant pour entrer dans le grand lit à baldaquin qui était si moelleux qu’elle faillit y disparaître. « Oh… dieux… » Elle gloussa.

Xena s’assit avec précautions et tapota la surface. « Par la botte gauche d’Artémis », lâcha-t-elle de surprise. « On pourrait s’y noyer. » Le lit était recouvert d’une couette de soixante centimètres d’épaisseur, remplie de duvet ou de plumes, Xena ne savait pas dire. Elle le fixa d’un air soupçonneux puis s’y allongea, sentant le moelleux l’aspirer comme si elle dormait sur un nuage. « Euh. »

Gabrielle attendit qu’elle s’installe puis elle se tortilla et tapota la poitrine de la guerrière. « Je préfère toujours mon oreiller plus ferme », dit-elle pince-sans-rire tandis qu’elle se blottissait joyeusement sur son endroit favori. « Mm… »

Arès sauta et tourna plusieurs fois, ses pattes embarrassées sur la surface moelleuse, avant de finir par choisir un endroit et de s’allonger, ses oreilles  noires sortant comiquement des montagnes soyeuses qui l’entouraient.

Xena s’assura que son épée était bien posée auprès du lit puis elle éteignit une chandelle posée sur la table. L’obscurité les recouvrit doucement et elle sentit Gabrielle qui se rapprochait, son corps bien enroulé contre elle avec une prise ferme sur l’estomac de la guerrière. « Hé… je ne vais nulle part… » La taquina-t-elle gentiment. Une douce chaleur traversa sa clavicule au soupir de la barde. « Gabrielle ? »

Son âme sœur se contenta de s’enfouir un peu plus. « Oui ? »

« Quelque chose ne va pas ? Tu vas bien ? » Xena lui caressa tendrement le côté. « Hé ? »

« Je vais bien… ça va… » Marmonna-t-elle. « J’ai juste eu un sentiment bizarre pendant un instant. » Pas d’autre moyen de définir la soudaine crise de panique qui l’avait fait s’accrocher désespérément au corps chaud autour duquel elle s’enroulait. « Je pense que ça vient de ces poires sucrées. » Elle rit un peu. « Trop sucrées. »

Xena se détendit et massa le dos de sa compagne en cercles lents, la main recourbée pour que ses doigts éloignent la tension toujours présente dans les muscles de Gabrielle. A chaque mouvement, la barde produisait un minuscule son de contentement qui semblait s’enrouler autour du cœur de Xena et produire un sourire idiot sur ses lèvres.

C’était tellement bon de retrouver ce genre de relation. La froideur tendue entre elles avait été … Xena soupira et ferma les yeux pour éloigner le souvenir. Ça avait fait mal. Elle pensait qu’aucune d’elles deux ne s’était rendu compte combien ça avait affecté leurs vies jusqu’après… que ce soit fini.

Et elles étaient de nouveau ensemble, mais pas…

Ça avait été une journée épuisante, à marcher dans la chaleur à travers des buissons secs, sur une route qui était plus faite de cailloux qu’autre chose. Xena avait trouvé un campement rudimentaire, avec un mince filet d’eau qui coulait sur les rochers jusqu’à un bassin qui alimentait le sol assoiffé et ne laissait que du sable mouillé dans son passage.

Elle avait été… fatiguée et découragée de la relation encore tendue entre elles et elle avait passé un plus long moment que d’habitude à s’occuper d’Argo, faisant passer le peigne sur son pelage pour enlever chaque trace de poussière de sa crinière et de sa queue. Toucher la jument la faisait se sentir mieux, quelque part, et les reniflements amicaux et les gentilles poussées du museau d’Argo étaient un réconfort auquel elle ne s’était pas attendue.

Elle avait fini par s’arrêter et avait rangé les outils avant de donner une dernière tape au cheval, passant ses doigts dans les boucles épaisses et claires qui tombaient dans les yeux d’Argo et de lui effleurer le dos avec un regard affectueux.

Et elle avait ressenti une certaine douleur dans la poitrine en se souvenant qu’elle faisait la même chose à la barde tranquillement en train d’écrire assise de l’autre côté du campement.Se tenant là, les mains serrées dans la crinière du cheval, elle sentit une larme silencieuse rouler sur sa joue et elle se pencha en avant, la tête posée contre celle d’Argo avec désespoir. Elle se sentait perdue et seule, et effrayée… à l’idée que les choses ne seraient plus jamais comme avant entre elles.

La jument hennit et elle se redressa et essuya les larmes dans un geste presque coléreux. « Désolée ma fille. » Elle s’était excusée auprès du cheval et s’était retournée, se figeant alors que son regard croisait un regard vert timide à peine à longueur de bras d’elle. « H… Hé. »

La barde avait croisé les bras fermement autour d’elle et regardé le sol avant de finalement lever les yeux. « Je… je peux te demander un service ? »

Par pur réflexe, Xena s’était avancée, refermant la distance entre elles. « Bien sûr », avait-elle répondu, inquiète. « Tu le sais bien. »

Pas de réponse et Xena avait su, au fond de son cœur, que non, Gabrielle ne le savait pas. « Qu’est-ce que c’est ? »

Gabrielle avait pris une inspiration tremblante et très visiblement, elle avait rassemblé son courage. « Je peux te prendre dans mes bras ? »

Cela avait frappé Xena si fort que ses genoux en avaient presque lâché et elle avait titubé sur place. « Eh… eh bien, oui… bien sûr… je… tu n’as pas à… me… le demander… je… » Elle s’était juste arrêtée de parler quand Gabrielle avait franchi les quelques pas restants et avec hésitation, avait gentiment mis ses bras autour d’elle.

Le sentiment qui lui avait tellement manqué l’avait submergée, déchirant les maigres défenses qui lui restaient et elle avait commencé à trembler, serrant la barde contre elle avec une intensité presque désespérée. Ses doigts s’étaient mêlés aux cheveux clairs tandis que Gabrielle posait sa tête sur la poitrine de la guerrière et elle avait juste fermé les yeux et respiré l’odeur distincte de la barde avant d’autoriser une part d’elle-même qu’elle avait laissée pour morte, relever sa tête faible et pitoyable à nouveau.

Des larmes chaudes avaient coulé le long de sa peau et elle avait senti la respiration de Gabrielle trembler tandis que la barde sanglotait doucement.

« Gabrielle… » Avait-elle fini par dire, d’une voix rauque.

La barde avait dégluti et prit une inspiration tremblante. « Je suis désolée. » Mais elle ne l’avait pas lâchée. « Je sais que tu détestes ça… je sais que… tellement de choses ont changé… je sais… tout ça… mais… je suis désolée… j’avais tellement froid… et je me sentais si seule… »

« Je ne déteste pas ça », avait dit Xena dans un souffle. « Ne dis pas ça. » Elle n’avait pas voulu la lâcher, mais à la fin elle le devait et elles allèrent dans leur coin séparé du campement.

Et elles s’étaient regardées faiblement à travers les flammes.

Gabrielle avait fait le premier pas. Xena avait su que le suivant lui revenait. « C’est… » Une inspiration. « Plus chaud de ce côté… tu pourrais euh… »

Un minuscule sourire avait éclairé le visage couvert de larmes de la barde, apportant une chaleur longtemps absente dans ses yeux et elle avait simplement pris son couchage et s’était approchée avant de s’installer au côté de la guerrière avec un soupir tranquille. « Merci. » Simple et sincère.

Xena s’était dit que c’était la chose la plus agréable qui lui était arrivée depuis des mois, même si c’était triste de le reconnaître. Elles s’étaient fait des sourires timides et s’étaient allongées côte à côte pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité.

Deux silhouettes dessinées par la lumière du feu regardèrent le ciel sombre et étoilé, dans un silence profond brisé par le bruissement de l’herbe sèche et des criquets noirs. Xena avait réussi à se détendre assez pour laisser le sommeil progresser en elle quand une voix calme envoya des frissons le long de son bras.

« Je… je pense que j’en ai trouvé un nouveau… regarde…. » La voix de la barde était toujours rauque. « Un ours. »

Les étoiles étaient tellement brouillées à ses yeux que Xena n’aurait pas pu dire ce que le dessin que montrait la barde était même si sa vie en dépendait. « Oui… un ours », avait-elle répondu doucement tandis qu’elle sentait les larmes couler sur le côté de son visage.

Un doigt, mais pas le sien, les avait saisies.

Xena soupira et se frotta la tempe de sa main libre tandis qu’elle regardait son âme sœur béate. C’était vraiment un miracle, conclut-elle, sentant le sourire idiot recourber à nouveau ses lèvres.

Oh bon. Ce n’est pas comme si on pouvait me voir, pas vrai ? Se raisonna-t-elle en mettant de côté son inquiétude face à la couverture séduisante de somnolence qui la réclamait. Gabrielle dormait déjà, effondrée contre elle un peu comme elle l’avait fait cet après-midi, sa respiration profonde et très régulière.

Xena sentit une vague soudaine et inattendue de protection la traverser, tandis qu’elle regardait les traits à peine éclairés. Pas qu’elle ne fut pas habituellement inquiète de la sécurité de Gabrielle… elle l’était. Mais ceci… était différent. C’était presque un sentiment de… défense féroce, comme une maman loup avec son petit aimé.

Etrange.


Le matin arriva trop tôt. Le sens du temps de Xena cogna juste avant l’aube et elle ouvrit les yeux à contrecoeur ; son corps grogna vraiment à son plan de se lever et de démarrer ses tâches. Mais le lit duveteux et la poigne tenace de Gabrielle collaboraient contre sa volonté et, elle en fut légèrement choquée, ils gagnaient avec une facilité dégoûtante.

Un mouvement calculé pour se désengager de son âme sœur tourna en quelque sorte en un chaleureux combat, qui finit avec ses yeux qui se refermaient tandis que Gabrielle murmurait dans son sommeil et blottissait son nez dans sa nuque. Dieux,  grogna-t-elle intérieurement. Allons, Xena… de la discipline, tu te souviens ? Bouge tes fesses de ce lit.

Plusieurs poussées mentales sévères plus tard, elle finit par se glisser hors de l’étreinte de Gabrielle et elle se leva, s’étirant et bâillant, tandis qu’elle lançait un regard noir à la fenêtre assombrie ; puis elle alla péniblement dans la grande salle de bains et plongea la tête dans l’eau froide du bassin d’un côté de la baignoire.

Ça la réveilla pour de bon et elle finit de se laver, puis elle retira sa chemise de nuit et enfila son gambison capitonné, bouclant les attaches de poitrine d’un mouvement rapide et expert. Elle resserra la ceinture qui maintenait le tissu autour de son corps. Le vêtement usé et bien assoupli était bon contre sa peau et elle tapota la surface, faisant remonter un peu de meilleure humeur.

En silence, elle revint à pieds nus dans la pièce principale et s’assit sur une chaise lourdement capitonnée pour enfiler ses bottes, les côtés en cuir grattant ses jambes avant qu’elle ne les ajuste et resserre les lacets. Arès renifla son genou, secouant la queue et elle lui tapota la tête. « Non non. Tu restes ici, d’accord ? »

« Arogrroo ! » Se plaignit le loup, ses grandes oreilles s’aplatissant.

« Hé… pas de ça, hein… » Xena le tapa sur le museau. « Ton boulot c’est de t’occuper de Gabrielle, tu te souviens ? » Expliqua-t-elle dans un murmure. « Je ne veux pas que des sales types l’embêtent… d’accord ? »

« Roo. » Arès soupira et trotta vers le lit, sauta dessus et se blottit en boule aux pieds de Gabrielle.

Xena sourit tranquillement et se leva, alla vers le lit et prit son épée, qu’elle boucla dans son dos d’un mouvement expert, puis elle s’agenouilla près du lit et se contenta de regarder son âme sœur dormir un long moment.

Dieux… Son regard voyagea sur les yeux fermés avec leurs cils clairs, et le long de la courbe de sa joue. La barde avait un poing fermé sous son menton et l’autre bras était sous sa tête. Tandis que Xena la regardait, la main fermée s’ouvrit et se tendit, puis Gabrielle cligna des yeux et les ouvrit dans une alarme surprise.

« Hé… » Xena la toucha, voyant le soulagement dans le regard de la jeune femme qui leva les yeux et vit le visage de sa compagne dans la faible lumière de l’aube. « Tout va bien… il faut juste que j’aille un peu nettoyer cet endroit. »

« Oh… bien. » Gabrielle rit d’un air ensommeillé. « Xena la Gardienne du Bain Guerrière. » Elle tapota affectueusement le menton de sa compagne. « Amuse-toi. »

Xena sourit de tout son cœur. « Tu vas peut-être vouloir voir la princesse… vois si tu peux connaître son histoire. »

Un hochement de tête. « Bonne idée. » La barde se blottit dans son oreiller. « Plus tard. » Son regard alla à la fenêtre. « Je pense que… je sais pourquoi vous les guerriers êtes toujours de si mauvaise humeur. » Elle fit claquer sa langue. « Vous vous levez fichument trop tôt. »

Sa compagne rit doucement. « Oui… tu as peut-être raison là-dessus… j’étais de très très mauvaise humeur quand j’ai dû quitter ce lit. » Elle captura la main de Gabrielle et embrassa les doigts, les pressant contre sa joue. « Je t’aime », dit-elle doucement d’une voix rauque.

Gabrielle cligna des yeux de plaisir surpris. Xena ne faisait habituellement pas ce genre de choses la première. « Je t’aime aussi », répondit-elle tranquillement, enroulant ses doigts très fort contre ceux de la guerrière. « Assure-toi de prendre un petit déjeuner. »

Un rire joyeux. « Oui maman. »

« Tch. » La barde lâcha un rire lent et léger. « Quelqu’un doit bien prendre soin de toi. »

Xena tira les couvertures sur elle et les passa autour des épaules de la barde, ensuite elle se releva. « Je te laisse Arès… envoie –le sur qui que ce soit que tu veuilles faire mordre jusqu’à ce que je revienne. »

« Mm… » Gabrielle la regarda. « Et tu prendras la suite des morsures ? » La taquina-t-elle affectueusement.

« Oui » fut la réponse confiante. « Je serai probablement de retour après le déjeuner… si tu as besoin de moi, je serai en train de pister ce qui sentait comme les écuries d’Augias en venant par ici. »

« Beuh. » La barde mit les couvertures au-dessus de sa tête. « Assure-toi de laisser tes bottes dehors alors. »

Xena ricana puis clippa son chakram à sa ceinture et se glissa dehors, refermant la porte en silence, puis elle descendit le couloir sombre. Seules quelques torches restaient allumées, mais c’était assez pour ses yeux sensibles et elle trouva son chemin vers le couloir bas sans incident.

Elle s’apprêtait à traverser l’espace ouvert quand ses sens furent mis en alerte, son audition détectant un léger bruissement de la peau contre la pierre. Elle s’arrêta, tournant la tête pour saisir la brise à peine perceptible qui bougeait dans la pièce et notant une touche de transpiration nerveuse dans l’air.

Ah. Elle carra les épaules et avança avec confiance, ses oreilles traçant les bruits qui la suivaient, se rapprochant de plus en plus tandis qu’elle s’approchait de la porte au fond, assez près pour lui faire dresser les poils et envoyer un frisson froid le long de son dos tandis que l’air frais la frappait.

Deux… un de chaque côté et très assurés qu’elle ne pouvait les voir. Ils s’accroupirent, cachés dans la noirceur presque complète du couloir et tandis qu’elle arrivait à leur hauteur, les masses sifflèrent dans sa direction.

Elle en évita une, ce qui fit chanceler son propriétaire et elle laissa l’autre rebondir sur son épaule capitonnée tandis qu’elle donnait un coup de pied de côté, sentant sa botte frapper la chair. Le second homme alla se cogner contre le mur sous la force de son coup et elle tournoya pour attraper l’autre homme et saisir la masse qu’il manoeuvrait pour un second coup.

Elle arracha la masse de sa main et lui donna un coup de coude sous le menton, le forçant à reculer vers le mur, sa respiration difficile. « Pourquoi vous m’attaquez ? »

Il ne répondit pas et se contenta de lutter. Elle s’envoya un vœu de patience et le frappa à la gorge de deux doigts. Il sursauta puis frissonna tandis que sa respiration devenait rauque. « Tu as trente secondes… parce que je suis de mauvaise humeur », lâcha-t-elle. « Pourquoi vous m’attaquez ? »

« Pas… le droit… d’interférer », haleta l’homme, puis le blanc de ses yeux devint étonnamment visible dans la faible lumière.

Xena réfléchit à ces paroles. « Un seigneur de guerre ou un autre… qu’est-ce que ça te fait ? Pourquoi vous ne voulez pas que l’autre type vous dirige ? »

Il lutta pour déglutir. « C’est le meilleur de deux malédictions », lâcha-t-il puis il hoqueta quand Xena le relâcha.

Elle le maintint contre le mur jusqu’à ce que sa respiration soit régulière puis elle soupira. « Tu ne vas pas le croire… mais tu pourrais bien être en train de regarder la meilleure des trois malédictions », l’informa-t-elle. « Alors, détends-toi et arrête d’essayer de me tuer, et reste hors de mon chemin. » Elle le repoussa et passa la porte, en se dirigeant vers la petite entrée de côté qu’elle avait vue par-dessus sa jambe étirée, et elle bloqua le bras de l’homme avec le sien puis le souleva par-dessus sa tête et l’envoya tomber sur le sol.

Cela demandait beaucoup de force et il s’en rendit compte, les yeux brillant avec précaution vers elle tandis qu’il luttait pour se relever.  C’est vrai, mon pote… Lui dit-elle silencieusement. Je suis plus que je n’en ai l’air. Elle prit l’offensive à son tour, fonçant vers l’avant et attaquant son épée avec des coups puissants qui le firent reculer face à leur force pure. Un sourire féroce vint sur ses lèvres et elle rit doucement, en voyant ses yeux être d’abord troublés puis alarmés quand il ne put stopper son attaque. Elle sentit le sang qui affluait et cette vieille joie sauvage lui donna le frisson le long de son dos, et elle lâcha un cri aigu tout en sautant en l’air, se retournant pour passer sa garde et balancer sa lame de côté au tout dernier moment, pour que le côté de son cou soit frappé par le plat, ce qui le fit s’effondrer avec un choc de surprise,au lieu que sa tête ne soit séparée de son corps.

Xena se tint au-dessus de lui, un sourire aux lèvres, tandis qu’elle faisait tourner son épée dans sa main, chaque nerf chatouillé dans le soleil matinal. Elle leva les yeux pour voir le reste des attaquants se dissoudre, tandis que les hommes lui lançaient des regards presque respectueux, en faisant retraite vers l’eau. Ça avait été… merveilleux. Elle n’allait pas se mentir. Son esprit de compétition était en pleine gloire tandis qu’elle aspirait l’air frais et regardait son opposant secouer lentement la tête et masser le méchant bleu sur le côté de son cou.

Il leva des yeux marron vers elle, clignant, puis il soupira. « Je pense que je ferais mieux de prendre un bain. »

Xena le cloua d’un regard bleu glacial puis rengaina son épée et lui tendit une main pour l’aider à se relever. Il attendit un long moment, soupçonneux, avant de la prendre et de se mettre debout, la toisant. « Tu… » Il mâchouilla sa lèvre. « Es vraiment quelque chose, madame. »

La guerrière lui fit son sourire plein et félin. Oh oui, et j’en adore chaque minute. « Tu n’es pas si mal non plus », répliqua-t-elle, puis elle se retourna et fit face aux hommes qui la regardaient l’air penaud. « Très bien… fini de s’amuser pour l’instant… allons nettoyer cet endroit. »


A suivre 4ème partie