Chapitre 5 :

 

 

Lorsqu'elle eut terminé, David garda le silence un long moment. L'expression sérieuse, légèrement soucieuse n'apprenait pas grand-chose de ce qu'il pensait et Tia se surprit à attendre avec impatience et crainte sa réaction.

 

Finalement, n'y tenant plus, elle brisa le silence.

 

- Tu n'as rien à dire ?

 

David releva les yeux et répondit :

 

- Ca fait beaucoup à digérer. Je ne sais pas quoi vous dire pour l'instant.

 

- Et tes sentiments concernant les jumeaux ? Ils ont évolué ?

 

David réfléchit quelques secondes puis poussa un profond soupir.

 

- Franchement j'en sais rien. Je... tout se mélange. Laissez-moi un peu de temps, d'accord ?

 

Voyant qu'elle s'apprêtait à protester il s'empressa de dire :

 

- Mais je garderai tout ça pour moi. Je n'impliquerai pas les jumeaux avec la police. Pas encore. Peut-être jamais, mais ça ne change pas le fait que je dois les voir. Mais pas maintenant. Je… j'ai besoin de réfléchir à tout ça.

 

Soulagée d'avoir quasiment obtenu ce qu'elle était venue chercher, Tia n'insista pas. Elle resta encore quelques minutes pour le cas où il aurait des questions mais il ne sembla même pas s'apercevoir de sa présence, aussi prit-elle congé en laissant sur sa table de chevet un papier avec son numéro personnel.

 

En sortant de la maison, ses épaules s'affaissèrent. Elle avait été bien plus tendue que ce qu'elle avait craint. Et l'entrevue s'était vraiment bien passée tout compte fait. Elle était encore étonnée de l'attachement farouche de David envers sa fille. Elle pensait sincèrement qu'entre eux il s'agissait ni plus ni moins d'un premier amour. Mais il s'agissait de bien plus que ça.

 

Elle songea alors que la présence de Sahel aux côtés de la jeune fille risquait de compliquer voir compromettre le statut quo qu'elle venait d'établir.

 

Décidant que pour l'heure s'inquiéter ne servait à rien, elle s'installa au volant de son véhicule, regrettant une fois encore que Lex ait catégoriquement refusé qu'elle demande à Rhapsody qu'elle lui prête Argo pour faire le chemin.

 

Elle se souvenait du temps béni où, sous les traits de Xena, elle et sa belle Argo voyageaient à travers toute la Grèce en parfaite harmonie. Avec un petit soupir de regret, elle s'arrêta devant un fleuriste. Depuis l'arrivée de Linya, Lex l'avait quelque peu délaissée. Entre les jumeaux, les jumelles et sa meilleure amie, sa femme n'avait plus trop de temps à lui consacrer, hors leurs nuits de folie, et elle songea qu'un petit rappel de son existence n'était pas superflu.

 

Elle choisit une rose blanche, une rouge, un œillet jaune et la fleuriste y ajouta quelques brins de verdure. L'ensemble était attractif. Elle paya et sortit, contente de son idée. Mais plutôt que de reprendre le volant, elle décida de pousser son exploration et entra dans la boutique d'antiquité que Lex aimait fréquenter.

 

A sa grande surprise, elle découvrit Harry derrière le comptoir. Toujours aussi irascible, le vieil homme répondit par un grommellement à son salut. Elle hésita un peu mais n'osa pas lui demander ce qu'il faisait ici. Le vieil homme était le Voyant le plus puissant de la Tribu des Oracles et sa famille avait été maudite des siècles plus tôt. Lui-même, d'après les rumeurs, avaient plus d'une centaine d'année mais personne n'avait encore osé lui demander si c'était vrai.

 

Elle détailla la boutique autour d'elle et la reconnut comme étant la copie conforme de celle où elle et Lex avaient acquis leur bague d'union des âmes. Elle se demanda par quel miracle c'était possible sans pour autant poser la question à voix haute.

 

Elle jeta un œil à sa bague. Les entrelacs en langue de feu avaient repris vie lorsque Lex et elle avaient retrouvé leur lien. La tête de loup, depuis quelques jours en revanche avait recommencé à se teinter tantôt de rouge, tantôt de noir. Parfois c'était les yeux d'un bleu aussi éclatant que ceux de sa porteuse qui semblaient faits de feu vivant.

 

Elle décida que c'était une chance de voir Harry ici. Ce ne pouvait être une coïncidence, il surgissait pile au moment où des choses étranges leurs arrivaient. Comme la dernière fois.

 

Elle avança jusqu'au comptoir et levant sa bague pour qu'il la voie, demanda :

 

- Qu'est-ce que ça signifie ?

 

Il jeta un bref coup d'œil, presque ennuyé et poursuivit la compulsion de ses papiers. Tia réfléchit en tapotant le comptoir de verre de ses doigts. De ce qu'elle s'en souvenait, Harry ne répondait qu'aux bonnes questions. C'était agaçant et faisait perdre un temps considérable mais s'il était aussi vieux que ce qu'elle pensait, alors il avait droit à ses petites manies.

 

Elle croisa son regard exaspéré et il désigna ses doigts. Aussitôt elle cessa son tapotement.

 

- Lex et les jumeaux font des rêves étranges, déclara-t-elle après réflexion, des rêves où ils semblent revivre leurs vies précédentes. Et pas les passages heureux. Moi-même... j'ai eu l'impression à quelques reprises de confondre ma réalité présente et celle passée....

 

- Pour votre bague, répondit le petit homme après l'avoir dévisagée par en dessous, n'oubliez pas qu'elles sont les reflets et dépositaires de vos âmes à vous et votre femme.

 

- Qu'est-ce que ça à avoir avec nos rêves ? fit Tia déconcertée.

 

Harry la fixa l'air agacé et répondit du bout des lèvres :

 

- Ce sont des indices de l'état de vos âmes.

 

- D'accord mais...

 

Un claquement de langue l'interrompit et elle ravala sa question, impatiente.

 

- Faites le tour de la boutique. Vous êtes ici pour un cadeau pour votre bien-aimée, n’est-ce pas ?

 

Tia ouvrit la bouche puis renonça et acquiesça simplement. Elle fit ce qui lui était demandé en réfléchissant à sa prochaine question. Elle savait qu'elle aurait le droit d'en poser une au moment du paiement. Ce serait probablement la dernière, alors autant ne pas la gaspiller.

 

En flânant, elle découvrit une parure, collier et bracelet qui faisait écho à la bague d'union qu'elle avait offert à Lex. Le collier était fait d'or blanc et une unique pierre, un diamant d'une eau aussi pure que ceux sertis dans la bague, faisait office de pendentif. En forme de S, il reprenait le motif présent entre les pierres sur la bague.

 

Le bracelet quant à lui était en platine, comme la bague. Le métal avait été divisé en trois chaînes distinctes, tressées ensemble et qui entourait une émeraude d'un vert éclatant.

 

Mais ce qui emporta son adhésion fut la broche à cheveux. Posé négligemment à côté des précieux bijoux, il semblait pourtant faire partie de l'ensemble. C'était une broche de métal travaillé à l'ancienne. En or blanc, de forme rectangulaire, elle possédait une multitude de petites pierres, des diamants, qui en faisaient le tour. Un s allongé trônait au centre du rectangle. Taillé dans le métal, celui-ci n'était pas complètement fait de diamant, une partie, légère, semblait avoir été comme fondue et recouvrait la lettre d'un voile semblable à du verre.

 

Elle promena le doigt dessus et songea que beaucoup penseraient à un bijou de pacotille en le voyant mais Lex ne s'y tromperait pas. C'était le parfait cadeau. A la fois utile et élégant. Un bijou fonctionnel, Lex allait adorer. D'autant que ses cheveux avaient suffisamment poussé pour qu'elle les attaches en queue de cheval afin qu'ils ne la gênent pas même si elle n'aimait pas l'allure que cela lui donnait. Tia pour sa part la trouvait adorable mais cette broche lui donnerait ce qu'elle recherchait, un air élégant de rancheuse qui prenait soin d'elle. Digne de son statut en somme.

 

Tia sourit et prit la broche avant de se rendre au comptoir.

 

Harry examina l'objet, la regarda par en dessous et sourit, satisfait. Surprise, Tia en resta sans voix. Elle ne savait pas qu'il pouvait sourire...

 

- Bon choix.

 

- Heu, merci.

 

Il emballa l'article, annonça le prix que la mercenaire paya sans broncher, du moins extérieurement, et récupéra son cadeau emballé dans une élégante boite en papier de soie. Quand l'avait-il préparé ? Se demanda-t-elle perplexe avant de le remercier.

 

- Aviez-vous quelque chose à me demander ?

 

Etait-ce un test son choix de cadeau ? Songea la mercenaire en plissant les yeux. La nouvelle patience du vieil homme et la question directe semblait le démontrer.

 

- J'aurais aimé savoir s'il y avait un moyen de faire cesser ces... rêves...

 

- Non, répondit-il du tac au tac.

 

- Non ? Répéta-t-elle estomaquée.

 

Ce n'était pas la réponse attendue.

 

- Non, confirma-t-il.

 

- Mais... de quoi s'agit-il exactement ? Est-ce une attaque ? Ashee est de retour ?

 

Harry secoua la tête.

 

- Non, il s'agit d'un contrecoup de ses manipulations en revanche. Elle a trop joué avec l'espace-temps et les dimensions et les esprits en ont été très perturbés. Cela a, en quelque sorte, réveillé les âmes anciennes impliquées dans ses plans.

 

- Et concrètement, ça veut dire quoi ?

 

- Que tous les possesseurs d'âmes anciennes qui ont côtoyés même brièvement la Chamane vont voir leur ancienne âme se réveiller si ce n'est pas déjà fait.

 

Devant l'incompréhension de sa vis-à-vis le vieil homme songea qu'il n'était pas aidé.

 

- Les rêves ne sont que le début. Bientôt vous allez confondre toutes ces existences et ne plus savoir laquelle vous vivez réellement.

 

La mâchoire de Tia se décrocha.

 

- Et vous dites qu'il n'y a pas de moyen pour l'arrêter ?

 

Harry haussa les épaules.

 

- Je dis que les Esprits n'en connaissent aucun. Mais les jeux de la Chamane liaient autant leur monde que celui des Dieux. Vous trouverez peut-être ce que vous cherchez chez eux.

 

C'est ce qu'elle avait pensé faire en premier lieu, se souvint-elle. Ok, elle avait un plan, quelque chose était possible. De toute façon elle était Xena, non Tia, bref, l'impossible elle ne connaissait pas. Elle hocha la tête et remercia le vieil homme pour son aide.

 

Elle sortit de la boutique et se retrouva en plein milieu d'une scène d'agression. Aussi vive que l'éclair, Tia mit le cadeau de Lex dans sa poche et tendit le bras pour attraper l'individu devant elle par le col. Sans manifester d'effort, elle le jeta derrière elle avant de lancer son pied en avant pour frapper le second agresseur dans le ventre. Celui-ci s'effondra en gémissant. Le troisième et le quatrième se jetèrent sur elle avec des cris de rage.

 

Sans lâcher son bouquet, Tia pivota sur elle-même avec une vitesse qui prit ses adversaires au dépourvu. Elle frappa le premier à la mâchoire et esquiva le coup du second avant de l'attraper par la tête et de pousser celle-ci à rencontrer son genou.

 

Elle regarda rapidement autour d'elle et vit que deux des quatre assaillants étaient K.O. Le premier, celui qu'elle avait jeté contre le mur la fixait bouche bée et s'enfuit en courant en s'apercevant de son attention. Celui à terre se releva en gémissant et après une insulte bien sentie, déguerpit avec son compère.

 

Alors Tia se retourna vers la victime et l'aida à se relever. Il s'agissait d'une jeune fille habillée comme si elle faisait partie d'un gang de motard. Elle rejeta sa main, l'air contrarié et se retourna vers la vieille dame qu'elle-même avait tenté de protéger avant d'être submergée par le nombre.

 

- Tout va bien madame, ces crétins sont partis, vous ne craignez plus rien.

 

- Ils voulaient mon sac, fit la veille dame, choquée.

 

- Eh ben ils ne l'ont pas eu, rétorqua la jeune fille pragmatique.

 

Plusieurs personnes applaudirent alors, félicitant les deux jeunes femmes pour leur courage. Des policiers arrivèrent alors et demandèrent à la jeune fille de se placer mains dans le dos. Manifestement ils avaient cru qu'elle était l'agresseur. Tia se permit de leur signaler leur erreur et la jeune loubarde cracha à leur pied pour bien leur faire comprendre où ils pouvaient se carrer leurs préjugés.

 

En sortant du poste de police après sa déposition, et après un énième remerciement, du petit-fils cette fois, Tia constata qu'elle se sentait bien. Étonnamment bien même. Il était rare qu'elle intervienne dans ce genre de situation. Elle considérait que les gens étaient tous assez grands pour s'occuper d'eux-mêmes et avait longtemps pensé, comme Enyalios, que toute bonne action se devait d'être rémunérée. De ce fait, si elle n'était pas expressément engagée pour celle-ci, n'intervenait-elle pas.

 

Evidemment avec l'arrivée de Lex dans sa vie, elle avait dû s'adapter, la jeune femme possédant un farouche sens de la justice. Mais cela avait été rare. Elles vivaient recluses dans leur ranch et en dehors des visites à Rhapsody, elles ne sortaient que pour les rendez-vous scolaires des jumeaux ou occasionnellement pour une sortie familiale ou amoureuse au restaurant.

 

C'était la première fois en fait qu'elle agissait de sa propre initiative. Et elle découvrit qu'elle aimait le sentiment gratifiant que cela lui procurait. Recevoir les louanges et les remerciements de tous ces gens lui avait semblé, pour une fois, justifié. Elle l'avait fait sans arrière-pensée, sans incitation d'aucune sorte. Juste parce que c'était là et qu'elle pouvait agir.

 

C'était un sentiment doux, qu'elle garda jusqu'au retour au ranch, jusqu'au moment où, en offrant son bouquet à sa bien-aimée, un autre prit le relais. L'amour, ce sentiment capable de vous détruire ou de vous faire pousser des ailes, était tout ce qu'elle voulait ressentir jusqu'à la fin de sa vie, se dit-elle en enlaçant la seule femme capable de faire battre son cœur à travers les âges. Et pour être sûre d'en profiter jusqu'au bout, elle se jura de faire plier les Dieux eux-mêmes à son désir.

 

                                                                       ***

- Hello tout le monde ! S'exclama une voix inattendue de la terrasse.

 

Tia fronça les sourcils et dévisagea sa femme mais celle-ci haussa les épaules, aussi perplexe qu'elle. Tout le monde était réuni dans le salon pour le déjeuner et à sa connaissance, personne n'était attendu.

 

- C'est moi qui l'ai appelé, fit Enyalios en levant la main comme s'il était en classe.

 

Tia ouvrit des yeux étonnés.

 

- Depuis quand tu le connais ?

 

- Et suffisamment bien pour l'inviter chez nous ? Renchérit Lex.

 

Un sourire suffisant étira ses lèvres et un sourcil hautain se leva.

 

- Un bon mercenaire ne révèle jamais tous ses secrets.

 

Tia ricana.

 

- Tu me l'as volé et tu ne veux pas l'avouer je parie.

 

- Voler ? S'indigna-t-il. Tu es ma protégée ! De ce fait, tout qui est à toi est à moi, termina-t-il doctement.

 

- Tout ? Fit Tia doucement, posant une main possessive sur sa femme, vraiment ?

 

Se sachant sur une pente savonneuse, Enyalios se racla la gorge.

 

- D'un point de vue professionnel.

 

- Bien sûr, se moqua Lex.

 

- Dans tous les cas, j'ai pris mon envol il y a bien longtemps...

 

Le mercenaire haussa les épaules, nonchalant.

 

- Détails que tout ceci, fit-il en balayant l'air de sa main.

 

Linya, assise à ses côtés, pouffa et croisant le regard de Tia, leva les yeux au ciel. Ses simagrées étaient sûrement pesantes pour qui en était la victime, mais pour sa part, Linya le trouvait amusant.

 

- Ne l'encourage pas ! La tança la grande femme en la pointant du doigt.

 

- Hé ho du bateauuuuuu ! Retentit de nouveau la voix du visiteur.

 

- Entre ! Cria Enyalios, on est dans le salon !

 

- Et si je n'avais pas envie qu'il entre ? Grommela Tia.

 

- Alors il est trop tard, oh belle et terrifiante dame ! S'exclama Enrick en pénétrant dans le salon.

 

Il avait ouvert grand ses bras en un accès de grandiloquence propre à sa personne et Tia roula des yeux. Entre lui et Enyalios les prochaines heures allaient s'avérer épuisantes.

 

- Mon frère ! S'exclama justement son sans gêne de mentor en se levant pour étreindre le nouveau venu comme s'ils s'étaient perdus de vue durant des décennies.

 

- Tu as l'air en forme et toujours aussi beau gosse ! Fit Enrick après l'accolade.

 

- On fait ce qu'on se peut, répondit modestement le grand homme. Un peu de muscu par ci, un peu d'endurance par là, tu sais ce que c'est.

 

Enrick hocha la tête d'un air concerné en passant une main dans ses cheveux décolorés. Ils avaient poussé et il ressemblait encore plus à un playboy des plages qu'avant. Ses yeux rieurs et chaleureux détaillèrent, avec une rapidité et une décontraction parfaite, les lieux et personnes présentes, trahissant aux yeux des autres professionnels, son niveau d'expertise. Enrick était un des meilleurs mercenaire sur le marché. Surnommé le Fantôme, il était aussi redoutable que Tia ou Enyalios.

 

- Viens donc t'asseoir et manger, tu as fait une longue route, c'est moi qui t'invite ! Fit Enyalios en poussant Enrick sur une chaise en bout de table.

 

- Toi qui l'invite ? Releva Linya en souriant à belles dents.

 

- Merci vieux, rétorqua Enrick entrant dans son jeu. Je savais pouvoir compter sur toi !

 

Tia grinça des dents et Lex lui prit la main, amusée par le duo improbable des deux mercenaires. Tia aurait dû se douter qu'Enyalios mettrait la main sur le Fantôme à la seconde où il avait appris son association avec elles. C'était une trop belle opportunité pour qu'il l'ignore.

 

- Bonjour vision enchanteresse, fit soudain Enrick d'une voix velouté en se penchant vers Linya. Enrick est mon nom, mais tu peux m'appeler meilleur amant du monde...

 

Linya éclata de rire avant de prendre la main qu'il lui tendait.

 

- Linya, une amie de Tia et Lex.

 

- Une amie très chère, fit Tia en plissant des yeux.

 

Loin de se formaliser, Enrick chuchota à l'attention de sa voisine :

 

- Je reste quelques jours, on aura le temps de faire connaissance loin de ces rabats joies, promis...

 

Un grognement mécontent d'Enyalios attira son attention. Il comprit aussitôt et un sourire carnassier étira le coin de sa bouche. Même ainsi les fossettes faisaient leur effet, il était sexy en diable et le savait. Défiant son partenaire du regard, il posa un bras sur le dossier de Linya qui ne faisait plus attention au jeune homme et se servait en riz.

 

Enyalios plissa les yeux puis sourit avant de s'adresser à Linya :

 

- Darling, j'ai bien envie de faire un tour en ville cet après-midi, tu m'y accompagnes ?

 

Linya lui jeta un regard surpris.

 

- C'est un peu soudain mais... ok.

 

Puis se tournant vers Enrick.

 

- Ça t'intéresse de visiter les environs ?

 

Un sourire éclatant répondit à sa question en même temps qu'une grimace de contrariété déformait le beau visage d'Enyalios. Stupéfaite, Tia prit conscience du béguin de son mentor pour son ex. Quand est-ce que c'était arrivé ?

 

Elle jeta un œil à Enrick et fit la moue. Si tous les deux se mettaient à draguer Linya cela allait vite devenir la surenchère au n'importe quoi, Enyalios n'ayant aucune limite et Enrick n'aimant pas perdre à quoi que ce soit. Elle détourna le regard et grimaça de plus belle. Si Linya ignorait superbement les deux hommes, sûrement parce qu'elle n'était pas consciente de l'effet qu'elle leur faisait, Lara en revanche bavait devant le nouveau venu.

 

Elle soupira en se pinçant le nez, fatiguée d'avance.

 

                                                                       ***

 

Peu après le déjeuner, alors que les deux mercenaires se préparaient pour la visite en ville, Linya fut conviée par Tia et Lex dans la cuisine. Elles la mirent au courant de l'entretien de Tia avec David et lui firent part de leur crainte.

 

Linya secoua la tête.

 

- Vous prenez ça dans le mauvais sens. Lara n'est pas aussi fragile qu'elle le paraît. C'est une guerrière comme ses mères. Mais également de nature à se culpabiliser. Comme toi Tia. Met-toi à sa place deux secondes. Dans une telle situation que ferais-tu ? Que voudrais-tu faire... mieux qu'aurais-tu besoin de faire ?

 

Tia réfléchit quelques secondes mais ce fut Lex qui répondit :

 

- Elle chercherait la confrontation. Elle a besoin de ça pour libérer ce qu'elle a besoin de dire. Pour libérer sa culpabilité. Après ça, pardonnée ou non, elle se sent mieux car elle a fait face et en le formulant à voix haute et devient donc capable d'accepter ce qu'elle a fait.

 

- Exactement, approuva la dirigeante. Donc ne vous inquiétez pas pour Lara. Même si David ne demande pas à la voir, vous devrez l'y emmener. Elle en a besoin. Mais ne la prévenez pas, elle pourrait s'effrayer avant d'arriver.

 

Tia hocha la tête, soulagée.

 

- Heureusement que tu es là, on est parfois si impliqué qu'on en devient trop prudente, fit-elle en prenant la main de Linya pour la presser gentiment.

 

Linya fixa leur main jointe, avala sa salive et la retira doucement, évitant son regard. Tia allait peut-être bien depuis qu'elle reformait un couple avec Lex mais pour sa part, elle avait toujours du mal à ne pas réagir à sa présence et se dire que tout était fini pour de bon restait douloureux.

 

Si ça n'avait pas été Lex, elle n'aurait pu être capable de la savoir avec une autre. L'embarras changea l'atmosphère. Lex fixa sa meilleure amie tristement. Si Linya partait après ça, la gêne allait s'installer entre elles trois et ça, il en était hors de question.

 

Alors Lex prit la main que Linya venait de dégager, noua ses doigts aux siens et la leva pour la passer sur sa joue. Lorsque son amie la regarda enfin, elle déposa un baiser sur le dos de celle-ci et reposa leurs mains jointes sur le plan de travail. Puis elle demanda, intriguée :

 

- Tu sais pourquoi Enyalios a appelé Enrick ?

 

- Il avait accepté un contrat avant l'assaut sur la Tribu du Désert et sa blessure l'empêche de l'honorer. Il veut qu'Enrick prenne le relais.

 

- Pourquoi ne m'a-t-il pas demandé de le remplacer ? Demanda Tia contrariée.

 

- Parce que ta famille a besoin de toi maintenant. T'absenter n'est pas une option.

 

Tia fit la grimace, convenant de la justesse du raisonnement.

 

- Il est très prévenant. Ses dehors d'enfant le font souvent oublier, hein ? Fit Linya en souriant doucement.

 

Lex la dévisagea, curieuse de l'expression de son amie. Elle ne lui avait jamais vu celle-ci et se demandait ce que cela signifiait. Suivant son intuition, elle lança un hameçon :

 

- En effet. Sans parler de son côté playboy qui peut aussi faire oublier son sérieux. Même moi je le trouve sexy parfois.

 

Linya rit et lâcha sans s'en rendre compte :

 

- Surtout quand il sourit, tu sais, un peu comme Tia, tu as dû le lui piquer d'ailleurs, fit-elle en se tournant vers la concernée avant de revenir à Lex, de cette façon totalement sûr de son charme. Ca le rend...

 

Lex approuva, enthousiaste et compléta sa phrase :

 

- Complètement sexy !

 

- Exactement !

 

Et le sourire de Linya se fit plus éclatant. Lex éclata de rire et Tia grogna. C'était une blague pas vrai ? Lex se tourna vers sa femme et l'embrassa sur la joue avant de lui chuchoter :

 

- Elle le trouve sexy depuis qu'elle l'a rencontré tu sais. C'est pas nouveau.

 

- Non, mais cette fois elle ne semble pas lutter contre, grinça Tia en retour.

 

- Jalouse, mon amour ? Fit Lex ironique. Mais de qui au final, là est toute la question... Après tout, les deux sont tes ex et les deux ont toujours beaucoup compté pour toi...

 

Tia la fusilla du regard et Lex se recula en ricanant. C'était quand même étrange d'être capable d'évoquer cela sans ressentir de jalousie. Les choses avaient bien changé. Elle était maintenant certaine des sentiments de Tia à son égard. Tellement que cela avait guéri son insécurité coutumière. Et ça, elle le devait à la situation rocambolesque qu'elles avaient vécue. Aussi peu plaisant que cela ait été à traverser, ça l'avait menée à ce moment, cette certitude. Comment le regretter dans ces conditions ? Elle devrait dire merci à Linya. En tout cas elle cessait de s'en vouloir d'être partie. Cela lui avait apporté bien trop de bonnes choses pour qu'elle puisse continuer à se culpabiliser.

 

- Au bruit que les garçons font, je devine qu'ils sont prêts, se moqua Linya en se redressant.

Elle déposa un baiser sur la main de Lex qui la tenait toujours et se dégagea en se levant.

 

- Vous vouliez discuter d'autre chose ?

 

- En fait oui, fit Tia. J'ai vu Harry après ma visite à David. Et ce qu'il m'a dit t'implique directement en tant que détentrice d'une vieille âme.

 

- D'accord, c'est urgent ou ça peut attendre ce soir ?

 

Tia consulta sa femme du regard et répondit :

 

- Ça peut attendre ce soir.

 

- Parfait, alors à ce soir !

 

Un petit salut de la main et elle était partie. Tia fixa sa femme et l'attira dans ses bras avec un sourire suggestif :

 

- Et nous on fait quoi en attendant ce soir, tu as une idée ? Parce que moi oui...

 

Lex rit, embrassa sa femme avec passion puis la repoussa en lâchant :

 

- Mon amour, nous avons quatre enfants qui réclament notre attention, alors ta libido, elle attendra aussi ce soir.

 

Sur ces bons mots elle laissa une Tia désappointée dans la cuisine et partit retrouver ses enfants dans le salon.

 

- Dépêche-toi, femme ! Cria-t-elle de l'autre pièce, ou on commence le pictionnary sans toi !

 

A ses mots Tia bondit de son siège et se précipita dans le salon. Avec le pictionnary, allait de pair le goûter aux tartines de Nutella et de miel. Du moins si elle gagnait. Mais elle gagnerait. Elle écrasait toujours tout le monde à ce jeu.

 

 

Chapitre 6 :

 

 

Après avoir été mise au courant des révélations d'Harry, Linya en parla à Enyalios qui approuva la décision de Tia de se rendre en Grèce. Linya acquiesça, elle aussi d'accord et fit part de celle-ci à ses amies. Dès lors les préparatifs du voyage s'enclenchèrent. Habituée à voyager avec efficacité, la petite famille fut prête en moins d'une journée.

 

Une fois mis au courant, Gin mis à leur disposition un des jets de la compagnie. Possédant des filiales dans chaque pays, ils possédaient un jet à disposition dans chacun d'entre eux. Avant de retrouver Tia, Gin ne voyait pas l'utilité d'en posséder plus d'un mais après avoir appris son travail et sa dangerosité il avait tenu à ce qu'en cas d'urgence, elle puisse compter sur une échappatoire où qu'elle soit.

 

Comme tout ce qui touchait à la compagnie que ses parents lui avait légué, Tia avait juste oublié ce détail.

 

- Bah ça a fait l'occasion de revoir Marcelius, releva Lex en haussant les épaules. D'ailleurs s'il se trouve dans le coin, ce serait bien de l'inviter à la maison pour le remercier.

 

- Il habite en Grèce Lex et pour affaire il ne reste que le strict minimum à l'étranger.

 

- Oui je sais, je parlais de lorsque l'on serait chez ton oncle.

 

- Oh...

 

La maison. Lex considérait la maison de son oncle comme la sienne, c'était... déstabilisant. Mais cela ferait très plaisir à Gin s'il l'apprenait. Et elles recevraient encore plus d'invitations à venir qu'elles n'en recevaient déjà, songea-t-elle avec une grimace. Oh et puis quelle importance ? Se dit-elle. Si cela faisait plaisir aux deux côtés de sa famille, autant y aller régulièrement. Rien ne s'y opposait dorénavant après tout. Sassem et Ashee étaient hors d'état de nuire, techniquement, sa famille n'avait plus rien à craindre.

 

- On pourrait peut-être y loger une partie de l'année si ça te plaît tant que ça, suggéra-t-elle alors.

 

- Lorsque les jumeaux auront terminé leurs études et qu'on aura trouvé des gens pour nous remplacer autre que Frédéric et Anna alors, fit-elle avec un sourire, les yeux brillants de cette perspective. Ils ont bien mérité leur retraite.

 

Tia hocha la tête.

 

- Et j'aimerais bien que Maki et Jiyeon parlent couramment notre langue maternelle, ajouta Lex presque timidement. A force de vivre ici on l'a un peu oubliée mais nous sommes Grecques avant tout Tia.

 

- C'est vrai... ça serait bien si on présentait un peu plus de leur héritage culturel aux enfants...

 

- Peut-être que les jumeaux pourraient choisir une université en Grèce ? S’enthousiasma soudain Lex.

 

- Il faudrait leur en parler oui. Ça pourrait leur faire du bien... un nouveau lieu pour un nouveau commencement...

 

Lex hocha la tête, ravie.

 

- On pourrait commencer avec ce voyage... leur présenter notre pays et les côtés positifs s'ils veulent y faire leurs études. Dans tous les cas, ça ne sera pas pour cette année, ils ont probablement encore raté leurs examens, déclara-t-elle avec une grimace.

 

- Je ne sais pas, l'année dernière ils les ont raté parce qu'ils ont manqué la date du passage de l'examen mais ils sont intelligents et possèdent une incroyable mémoire, il n'y a pas de raison de penser qu'ils échoueront cette fois, même s'ils n'avaient pas trop la tête à étudier.

 

Lex acquiesça.

 

- Je n'ai jamais compris pourquoi tu ne les avais pas simplement inscrits dans une école pour surdoués ou au moins demandé à ce qu'ils sautent des classes.

 

- Pour qu'ils aient une vie aussi normale que possible. On ne peut pas dire qu'elle ait commencé sous de bons auspices, j’espérais ainsi rétablir un semblant d'équilibre.

 

- Dans tous les cas, on n’a pas encore de remplaçant pour notre travail ici. Et même si on vivait une partie de l'année en Grèce il faudrait quand même que l'on revienne régulièrement. Ca nécessite une mise en place rigoureuse et le règlement de pas mal de détails.

 

- Pourquoi j'ai soudain l'impression que tu recules des quatre fers ? Souleva Tia intriguée.

 

- C'est juste une impression, chérie, répondit Lex en lui tapotant la main d'un air condescendant.

 

Linya entra dans le salon et le visage de Lex s'éclaira aussitôt. Tia ricana en comprenant son soudain changement d'attitude. Elle se pencha vers sa femme et lui chuchota :

 

- Ce n'est pas plutôt que tu ne sais pas encore comment convaincre ta seconde moitié de nous accompagner, aux dates qui te conviennent en plus ?

 

Lex la fusilla du regard.

 

- Je n'aurai aucun problème pour la convaincre, je n'ai qu'à lui dire que je veux qu'elle vienne et elle le fera.

 

Tia leva un sourcil, un peu agacée. Lex avait raison, elle possédait une influence sur Linya qui lui déplaisait fortement mais elle ne savait pas trop pourquoi. Même quand elles sortaient ensemble Linya ne pliait jamais devant elle si elle n'était pas d'accord. Ce passe-droit de Lex la rendait un peu jalouse, d'autant plus que ça l'excluait. Elle n'aimait pas que Lex possède une relation spéciale avec quelqu'un d'autre qu'elle.

 

A la suite de Linya, Enyalios apparut et alors qu'il lui faisait un petit signe, Tia sourit. Il pouvait parfois être exaspérant mais elle ne l'échangerait contre personne. Il était son meilleur ami depuis leur première rencontre. Il avait été son héros, son frère d'arme et il était toujours un appui même quand elle ne pensait pas avoir besoin de lui, comme lorsqu'il avait pris sur lui de retrouver Lex et de la remettre d'aplomb. Il avait des dehors d'enfant immature et boudeur mais en réalité il était profondément sérieux avec les gens qu'il aimait et elle apprenait de lui de nouvelles choses régulièrement. Il était toujours, quoi qu'elle dise à haute voix, son mentor. Et il le serait toujours, elle le savait.

 

Elle fronça soudain les sourcils. Elle aussi avait une relation spéciale avec quelqu'un autre que Lex finalement. Ça n'avait pas dû être facile à accepter mais sa femme ne s'était pas plainte une seule fois... et compte-tenu de son caractère ça n'était pas peu dire !

 

Elle jeta un œil à Lex qui lui retourna un regard entendu.

 

Elle devrait peut-être penser à refermer un peu ce lien... il ne laissait place à aucune intimité, songea-t-elle un peu gênée. Néanmoins elle se sentait soudain mieux vis-à-vis la relation de Lex et Linya. Moins menacée... Tia failli ricaner. C'était elle qui avait eu une liaison avec Linya et c'était pourtant elle qui se sentait menacée par la relation de sa maîtresse avec sa femme...

 

Un ricanement à ses côtés lui apprit que ses pensées n'avaient pas été plus personnelles que les précédentes. Elle adressa un sourire gênée à sa femme et rétrécit légèrement leur lien de manière à ce que chacune ressente les émotions de l'autre mais sans partager chaque pensée un peu trop forte.

 

Lex ne sembla pas apprécier puisqu'elle la fusilla du regard et lui envoya une vague de mécontentement mais comme elle lui envoya immédiatement après un sentiment de compréhension, elle sut que cela ne l'avait ennuyée que parce qu'elle l'avait décidé unilatéralement et mis en place un peu brutalement.

 

- Désolée, fit-elle en lui prenant la main.

 

- Ça ira pour cette fois Amina mais ne recommence pas, la communication est la clé de toute relation réussie, répondit Lex très sérieusement.

 

Amina hocha la tête et se pencha pour déposer un baiser sur les lèvres de sa femme. Mali était toujours si sérieuse. Elle adorait lorsque la jeune femme lui faisait la leçon comme un professeur à son élève. Ce qu'elles avaient été jusqu'à leur mariage d'ailleurs, rit-elle intérieurement, profondément satisfaite que ce soit elle que Mali ait choisi parmi toutes les propositions de mariage qu'elle avait reçues.

 

Puis Amina fronça les sourcils un peu perdue. A ses côtés Mali releva la tête, l'air tout aussi confus. Une seconde plus tard tout s’éclaircit et les deux femmes se dévisagèrent stupéfaites.

 

- Heu..., fit Lex, tu es Tia, pas Amina.

 

- Je l'ai été néanmoins, confirma la mercenaire. Et toi tu étais Mali en ce temps-là. C'est, si je me souviens bien, la seule autre vie ou toi et moi avions réussi à nous lier spirituellement comme maintenant... et la dernière avant que je ne déchire mon âme en deux...

 

Lex hocha la tête, un peu inquiète.

 

- C'est ce qu'Harry a prédit, non ?

 

Tia acquiesça et soupira.

 

- On aura bientôt nos réponses. Il faut juste que l'on tienne bon en attendant. On doit se surveiller et surveiller les jumeaux.

 

- Et Linya.

 

- Et Linya. Mince, fit-elle en fronçant les sourcils. Rhapsody.

 

Lex se mordilla la lèvre inférieure.

 

- Frédéric reste ici vu qu'il nous remplace dans nos tâches, d'ailleurs il va falloir que l'on trouve un moyen de le remercier, je trouve qu'on abuse un peu de sa gentillesse...

 

- Mais il est tellement compétent, releva Tia ennuyée, et les employés le respectent tous. Et il aime ce travail.

 

- Ça n'est pas une raison. Bref, tout ça pour dire que si on lui demande de surveiller Rhapsody...

 

- Non, ça n'ira pas, il a bien trop à faire.

 

L'expression de Tia s'éclaira.

 

- En revanche, si on engageait Enrick, lui pourrait veiller à ce que Rhapsody reste en bonne santé.

 

- Et tu lui diras quoi ? Je doute qu'il croit en notre histoire.

 

- Oh c'est inutile de lui donner nos raisons. C'est un contrat qu'on va lui proposer. Je vais lui demander de se faire engager comme employé chez Rhapsody et je lui dirai ce qu'il doit surveiller et comment agir, il n'a pas besoin d'en savoir plus. C'est l'avantage avec les mercenaires, sourit-elle en coin, ils ne posent pas de questions.

 

- Nous le faisons pourtant.

 

Un sourire ironique étira les lèvres de sa vis-à-vis.

 

- Une influence déplorable de ta part mon amour. Je me souviens encore de ce jour où tu m'as carrément fait du chantage pour m'obliger à réparer les torts causés par notre précédent contrat... vu la situation dans laquelle cela nous a mis par rapport à notre premier client, une mise au point a été nécessaire par la suite.

 

- Je ne t'ai jamais fait de chantage ! S'indigna sa femme.

 

Tia leva un sourcil et se contenta de sourire en lui envoyant les images du jour sus-cité via leur lien.

 

- C'était pas vraiment du chantage, marmonna la petite femme boudeuse. Bref, tant mieux si Enrick peut nous aider à ce sujet. Ce sera toujours ça en moins à se préoccuper.

 

- Tu n'aimes plus trop Rhapsody on dirait...

 

- Il est impossible de ne pas aimer Rhapsody. Ça m'aurait bien arrangé figure-toi mais non, impossible, elle est trop gentille et sincère.

 

- Et ça te réjouis dis donc ! Constata sa femme en riant.

 

- Elle a dragué ma femme pendant mon absence, n'importe qui à ma place serait ennuyé.

 

- Tu as pourtant dit que c'était ta faute plus que la sienne.

 

- Et c'est également la faute d’Ashee qui a joué avec le feu, oui, mais ça ne change rien. C'est ennuyeux.

 

Tia rit et attrapa sa femme. Elle déposa un baiser sur sa tempe et chuchota :

 

- Je connais un moyen de changer ton humeur radicalement... et on a pile le temps avant de devoir partir...

 

- Perverse, siffla Lex en lui jetant un regard en coin. Ça tombe bien, je suis moi aussi une perverse.

 

Le rire de Tia accompagna leur rapide retraite en direction de leur chambre.

 

                                                                       ***

 

- Bienvenue à la maison, fit son oncle en les accueillant à l'aéroport.

 

Un fin sourire étira les lèvres de la grande femme et elle rendit son regard à son oncle, heureuse de le revoir. Un instant ils se dévisagèrent attentivement, notant les détails qui avaient changé, le passage du temps et des épreuves sur le visage de chacun. Puis n'y tenant plus, Gin fit un pas en avant et prit sa nièce dans ses bras.

 

Son oncle était un des rares hommes de sa connaissance à être plus grand qu'elle et elle aimait la sensation qu'être dans ses bras lui procurait. C'était sécurisant. Elle avait découvert ce sentiment avec le temps, en laissant son oncle être plus proche d'elle. Elle ne regrettait pas d'avoir pris ce risque.

 

Elle croisa le regard de sa femme et la remercia silencieusement. C'était elle qui l'avait poussée à s'ouvrir à sa famille. Lex était la bénédiction de sa vie...

 

Elle quitta les bras de son oncle et accepta le baiser sur la joue avec un brin de timidité.

 

- Je suis contente d'être revenue, répondit-elle. Lizzie n'est pas venue ?

 

Pourtant Trinity était là. Sa cousine, avec qui les relations étaient soit tendues soit complices, semblait pour l'heure contente de la revoir. Elle déposa un baiser sur sa joue et répondit à la place de son père :

 

- Non, ma petite sœur craque complètement sur sa nouvelle petite amie et ne se résout que rarement à la laisser plus de quelques minutes seule.

 

- Tamara n'est plus dans le paysage ? S'étonna Lex en saluant sa cousine par alliance.

 

- Non, plus depuis que Lizzie a eu le coup de foudre pour Anne-Lise. Ça a été assez... radical, convient Trinity, et dur à avaler pour Tamara mais bon, elle-même était si paumée qu'elle a décidé que c'était mieux pour elles deux finalement. Après avoir fait une scène mémorable bien sûr.

 

- Leur relation était un peu trop intense pour Lizzie, fit Gin protecteur avec sa cadette, je suis heureux qu'elle ait trouvé quelqu'un de plus compatible avec elle. Anne-Lise est une gentille fille tu verras Tia.

 

- Elle vit avec vous ?

 

- Non mais elle passe beaucoup de temps chez nous quand même, releva Trinity un peu agacée. Je la trouve fainéante papa, désolée. Elle prétexte toujours qu'elle doit étudier mais vu qu'elle se retire avec Lizzie dans leur chambre, je doute que ce soit vraiment pour réviser. Elle est gentille oui et moins instable que Tamara mais ses études ne semblent qu'un prétexte pour ne pas chercher de petit boulot. Au moins Tamara se remettait souvent en question. Anne-Lise... se laisse vivre.

 

- Et comme tu as la fainéantise en horreur, tu ne la portes pas dans ton cœur, rit Tia. Je vois. Ok je me ferai ma propre opinion et vous dirai ce que j'en pense.

 

Gin et Trinity hochèrent la tête avant que sa cousine ne remarque :

 

- Où sont tes amis ? Je pensais que vous veniez plus nombreux ?

 

- Ils avaient du travail. Ils nous rejoindront plus tard.

 

- Je croyais que le beau gosse était blessé ? Contra Trinity désappointée.

 

- Il l'est mais il avait un contrat en cours. Comme il est blessé il ne s'occupe que de la partie « bureau ». Son partenaire, précisa Tia, devait faire tout le boulot au début, mais j'ai eu besoin de lui pour un autre travail. Alors Enyalios a proposé de scinder le travail en deux pour s'en débarrasser au plus vite. Il nous rejoindra bientôt ne t'en fait pas cousine, se moqua Tia.

 

- Parfait ! Rétorqua celle-ci satisfaite.

 

En sortant de l'aéroport pour rejoindre la limousine que son oncle avait amenée, Tia interrogea sa cousine sur l'état de sa vie amoureuse et plaisanta avec son oncle tout le long du trajet qui les conduisit chez lui.

 

Heureuse, Lex constata qu'une fois de plus, lorsque sa femme était dans ce pays, la légèreté envahissait son humeur. Elle aimait cet endroit. Ce pays était sa maison. Tia n'en avait pas conscience mais Lex si et elle était vraiment heureuse de voir que ce sentiment qu'elle ressentait vis-à-vis de la Grèce, était partagé. Même si à cause de ses relations avec son père, elle avait pendant plusieurs années considéré ce pays avec négativité, elle était prête désormais à les mettre de côté.

 

                                                                       ***

 

Les jours passèrent et Tia et Lex multiplièrent les visites avec leurs enfants, impatientes et ravies de leur faire découvrir les merveilles qui s'y cachaient. Elles n'oubliaient pas la raison principale de leur venue mais avaient décidé que pour une fois, et leur vie n'étant pas en jeu, elles prendraient le temps de vivre. Chose que les événements, qui n'avaient cessé de s'enchaîner, les avaient empêchées de faire. A quoi bon être ensemble si elles passaient leur vie entière à courir après le prochain feu à éteindre ? Elles ne savaient pas ce que l'avenir leur réservait, elles avaient donc bien l'intention de ne plus gâcher de temps. Et du reste, partir en laissant leurs enfants alors que rien ne semblait résolu pour eux ne leur plaisait pas.

 

Si les jumeaux ne parlaient toujours pas, ils semblaient moins stressés et ce, bien qu'ils fassent toujours de nombreux cauchemars. Sahel se remettait doucement et parlait plus souvent. Notamment de son futur mariage avec Lara. Tia et Lex n'avaient pas protesté, l'intéressée ayant l'âge de choisir et parce qu'elle en semblait très heureuse, même si elles trouvaient cela trop précipité.

 

Tia n'oubliait pas David et sa conviction que lui et Lara étaient des âmes sœurs et se demandait comment tout cela allait finir. Avant de partir, elle l'avait informé de leur voyage et l'avait invité à venir dès qu'il se sentirait prêt à parler à Lara et Len, s'il en avait envie. Elle lui promit qu'il ne craignait rien et pouvait même amener sa famille et/ou ses amis avec lui s'il le souhaitait.

 

Un matin, en discutant avec son oncle, elle prit conscience que cela ferait cinq ans dans quelques jours qu'elle avait rencontré Lex. Et le mois prochain ce serait son anniversaire de mariage ou de leur mise en couple, elle ne savait plus trop. Avec Lex il y avait tant d'anniversaire à célébrer qu'elle s'y perdait un peu, surtout depuis qu'elle y avait rajouté les anniversaires de leur réconciliation. Elles s'étaient presque séparées à deux reprises avant leur mariage. Et une fois après. Sa dernière lubie était donc de célébrer ces moments où leur amour avait été plus fort que leurs problèmes. Dans l'idée c'était romantique mais c'était un vrai casse-tête à retenir. Enfin, sauf le dernier. Cela l'avait presque anéantie, elle ne risquait pas d'oublier cette date. Néanmoins pour elle, le seul qui avait vraiment de l'importance était le jour de leur rencontre.

 

Il fallait qu'elle organise quelque chose. Cette dernière année avait été très dure et Lex le méritait bien. Elle prit conscience pour la première fois, que le jour où Lex l'avait quittée était arrivé deux jours après celui de leur rencontre... elle fit la grimace puis haussa les épaules. Ce qui était fait était fait, à quoi bon se laisser accabler de la sorte ? En tirer une leçon et avancer, c'est ce qu'elle avait appris avec sa femme, et Linya l'avait obligée à mettre ces acquis en pratique. Elle avait bien progressé grâce à elles et était capable de mettre tout cela en pratique seule maintenant.

 

Elle informa son oncle de son projet et la joie qu'elle lut sur son visage lui fit comprendre que Trinity ne tenait pas son enthousiasme des fêtes mondaines, de sa mère. Elle téléphona ensuite à Linya pour lui demander conseil. Elle était bien consciente que c'était cruel de sa part mais personne ne connaissait Lex mieux que Linya, et même si cela l'embêtait de le reconnaître, elle avait besoin d'elle pour donner à Lex la fête dont elle rêvait.

 

- Mais pas de fête d'une semaine cette fois, prévint-elle sa conseillère.

 

Au bout du fil, Linya eut un petit rire.

 

- Ne t'en fait pas, ça ne l'intéresserait plus de toute façon, elle a beaucoup évolué.

 

- Mais elle aime toujours les fêtes non ? S'inquiéta soudain Tia.

 

- Tout à fait.

 

- Tu pourrais t'en occuper ?

 

- Tu veux vraiment faire une fête ? S'étonna la dirigeante.

 

- Oui, pourquoi ?

 

- Eh bien, c'est votre rencontre, quelque chose d'intime me paraît plus approprié. Et je pense qu'elle aussi préférerait.

 

- Tu crois ?

 

- Oui. Essaie une soirée romantique, avec milles attentions. Je suis certaine qu'elle sera aux anges. Quant à la fête... et si à la place, le jour anniversaire de votre mariage, tu préparais une nouvelle cérémonie ?

 

- Comme... un renouvellement des vœux ?

 

- Exactement.

 

Les yeux de Tia s'illuminèrent soudain. Un renouvellement de vœux, Lex allait adorer ! De plus c'était complètement approprié étant donné ce qu'elles avaient traversé depuis. Ce serait comme un nouveau départ.

 

- Ce serait génial ! S'exclama-t-elle ravie. Et ici où nous sommes nées, Lex va adorer ! Elle t'a dit qu'elle voulait qu'on vive une partie de l'année ici ? C'est encore plus parfait du coup !

 

Linya rit de son enthousiasme enfantin et répondit :

 

- Oui elle m'a dit. Elle m'a aussi ordonné de venir avec vous ces mois là.

 

- Ah carrément... elle te prend pour son jouet c'est... je suis désolée Lin...

 

Linya haussa les épaules.

 

- Ordonné est peut-être un peu fort. Ça s'apparente à son dernier caprice. J'ai l'habitude d'être la cible de ses caprices et c'est un peu de ma faute si elle m'en fait. Après tout je la laisse bien faire, soupira-t-elle.

 

- Pourquoi d'ailleurs ? Je me le suis toujours demandé...

 

- Quand j'étais enfant, lorsque la mère de Lex est morte, mes parents m'ont appris de quoi exactement et ils avaient l'air si gêné d'en parler et si désolé que j'ai fait quelques recherches. Lorsque j'ai découvert que c'était héréditaire, que Lex avait 50% de chance d'en mourir et de mourir jeune qui plus est, j'ai eu énormément de peine. Pas pour elle mais pour moi. Ensuite j'ai été désolée pour elle, je ne trouvais ça pas juste qu'elle puisse perdre sa mère et risquer de mourir de la même façon sans avoir eu le temps de vraiment vivre. Et je me suis jurée deux choses ce jour là. La première que je profiterais de chaque seconde que la vie nous donnait ensemble. Ce qui impliquait pas de dispute, les disputes sont une perte de temps et je l'aimais trop pour vouloir en perdre. La seconde, que je ferais tout pour qu'elle parte aussi heureuse que possible. Ça nous a considérablement rapprochées mais ça n'a pas été pas sans sacrifice de ma part. Mais j'ai toujours pensé et je pense toujours, que ça en vaut la peine.

 

- Donc tu vas venir vivre en Grèce les mois où nous y seront, affirma Tia.

 

Linya acquiesça et ajouta :

 

- Mais tu sais même si elle ne l'avait pas demandé je serais venue. J'ai deux petites filles maintenant, je n'ai pas envie qu'elles se demandent où je suis passée encore une fois.

 

Tia sourit. Ses jumelles avaient complètement séduit leur troisième maman. Elles étaient aussi têtues et manipulatrices que Lex. Entre les caprices de Lex et des jumelles, l'avenir de Linya ne risquait pas d'être de tout repos, songea la mercenaire en gloussant. Elle adorait ça. Avoir une famille aussi fournie et liée. Certes elle était complètement disparate mais chacun des membres de cette famille avait choisi les autres avec son cœur et son âme. C'était idéal et plus solide que n'importe quoi. De plus la sienne était incomparablement chaleureuse. Elle soupira d'aise. Si on lui avait dit peu avant qu'elle ne rencontre Lex qu'un jour elle ferait partie d'une famille, qui plus est aussi spéciale, elle aurait traité la personne de folle.

 

Elle remercia Linya et lui posa ensuite diverses questions sur Lyoko et elle, puis raccrocha. Elle se leva, attrapa sa veste, prévint son oncle qu'elle sortait en ville afin qu'il lui trouve un alibi pour Lex et prit sa voiture favorite quand elle était chez lui, une PGO Speedster II. Inconnu de la plupart des gens, les PGO venaient de France, d'un petit constructeur automobile qui s'était fait une spécialité des voitures néo-rétro. Tout le design était rétro et la conception était moderne. Sa Speedster II bénéficiait d'un moteur 1600 turbo BMW. Elle adorait cette voiture. Il fallait qu'elle trouve un moyen de convaincre son oncle de la lui offrir, mais il y était aussi attaché qu'elle, si bien que ses tractations étaient restées lettres mortes jusque là.

 

En arrivant en ville, Tia gara sa voiture avec soin et commença à se promener, détaillant les devantures et les menus à la recherche du meilleur restaurant pour son dîner en tête à tête avec Lex.

 

Après une demi-heure, elle aperçut de l'autre côté de la rue une devanture style petite auberge Française des années 40, tout à fait dans le thème qu'elle recherchait. Bien trop de chichi pour elle mais elle était certaine que Lex tomberait sous le charme. Elle vérifia le menu, entra dans le restaurant et approuva le décor. Elle négocia ensuite avec la propriétaire pour la location de la salle entière pour elles seules puis ressortit, satisfaite du prix obtenu.

 

En sortant, ce fut comme si un déclic se produisit. L'aubergiste, dans un Français parfait lui dit :

 

- Au revoir et merci encore de votre visite.

 

Au même moment, un majordome lui ouvrit la porte en s'inclinant légèrement et en se retrouvant sur le trottoir, elle se souvint qu'elle s'appelait en réalité Cassandra. Elle était née et avait grandi en France, en tant que fille et seule héritière du Duc de Bavière. Sous Charlemagne, la Bavière avait été annexée à la France et son arrière arrière grand-père en avait hérité pour service rendu. Elle était la première femme qui en hériterait personnellement.

 

Son père avait bien compris que le mariage n'était pas une option et que même si elle finissait par céder à quelqu'un, elle entendait bien conserver la jouissance de ses biens, il avait donc pris ses dispositions.

 

A l'époque son père était bien le seul à accepter son tempérament fougueux et ses manières peu féminines. Elle était si constamment critiquée qu'elle avait fini par, du moins en apparence, rentrer dans le rang afin que son père ne subisse plus de blâme. Elle l'aimait profondément et le respectait encore plus. Il la laissait vivre comme elle le souhaitait, mais elle ne pouvait supporter d'apporter l'opprobre sur sa réputation par ailleurs sans tâche.

 

Aussi avait-elle pris l'habitude, pour se défouler, de se grimer en homme les soirs et de sortir en ville, où qu'elle se trouva. Une nuit, elle était tombée sur deux hommes qui agressaient une jeune fille. Elle avait rapidement mit fin à l'assaut. Comme il faisait nuit et qu'elle portait une cape noire dont le capuchon était relevé sur sa tête, elle avait été surnommé Capeline par la jeune fille qu'elle avait sauvée.

 

Dès lors elle était sortie chaque soir, en quête d'un ou deux malotrus à corriger. Elle était devenue l’héroïne du peuple sans jamais que celui-ci ne sache réellement qui elle était. Elle était Capeline et cela lui suffisait.

 

Aussi, lorsqu'elle passa près d'une ruelle où deux adolescents se faisaient malmener par une bande de petites frappes, l'héroïne en elle ressurgit.

 

Redressant les épaules, elle s'engouffra dans la ruelle et avec un cri de guerre, venu d'une autre existence, bondit sur les agresseurs.

 

Chapitre 7 :

 

 

Le lendemain Tia profitait du soleil, assise sur une des chaises longues installées près de la piscine en repensant à la veille.

 

Après avoir mis K.O les agresseurs des deux adolescents, elle avait retrouvé sa véritable personnalité et s'était enfuie, confuse et déstabilisée. Elle se souvenait de plus en plus souvent de ses autres vies mais la plupart du temps cela ressurgissait calmement. Ca n'était pas agréable et pire, cela ne partait pas, c'était de nouvelles connaissances à ajouter aux précédentes mais c'était calme.

 

Parfois le retour de ses souvenirs, comme pour Lex et les jumeaux d'ailleurs, prenaient la forme de rêve qui tournait aux cauchemars. Lorsque, comme la nuit passée, cela prenait complètement le pas sur son identité présente, cela devenait dangereux.

 

Jusque-là cela c'était limité à quelques secondes, avec Lex qui plus est, à revivre des conversations simples et sans danger. Hier soir... les choses commençaient à devenir sérieuses.

 

Pourtant en rentrant elle n'en avait pas parlé à sa femme. Lex semblait sereine et la décision qu'elles avaient prise de prendre le temps de vivre la rendait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été. Elle aussi ressentait un vrai plaisir à l'idée de savoir qu’elles ne passeraient plus à côté des petites choses qui faisaient les moments de bonheur d'une vie. On ne pouvait construire le bonheur qu'ainsi après tout. Et comme de toute façon elles devaient attendre l’arrivée de Linya et Enyalios pour se rendre aux Temples interroger les Dieux, il ne servait pas à grand-chose d’en parler.

 

Elle avait appris longtemps auparavant à mettre de côté les choses qui ne nécessitaient pas d'être traitées dans la seconde quelle que soit la pression ou l'urgence de la situation. Lex ne savait pas faire cela. Elle réagissait instinctivement, avec tout son cœur. L’excuse était bonne même si Lex ne verrait pas les choses ainsi.

 

Ce n'était à proprement parler pas un mensonge, c'était son rôle d'épouse que de la protéger des choses inutiles qu'elle pouvait gérer seule.

 

« Je me ferai pardonner, conclu-t-elle, lorsque je lui avouerai tout devant les Temples. Pour l'heure, j'ai un programme journalier à mettre au point. »

 

En effet, David avait appelé tôt le matin même. Il était prêt à voir Lara. Il avait beaucoup de questions. Il voulait voir Len aussi. Mais ses parents ne souhaitaient pas le laisser partir seul malgré son insistance, aussi avait-il requis la permission de les emmener. Tia avait naturellement accepté. Mais lorsqu'il avait expliqué qu'ils ne pourraient avoir de congés d'été avant un bon mois, Tia avait grimacé. Elle doutait que Lex et elle tiennent autant de temps et elle voulait à être présente pour la confrontation entre Lara et lui.

 

Puis elle avait eu une idée parfaite. Elle lui avait dit qu'elle s'occupait de tout et qu'elle rappellerait dans la journée.

 

Malheureusement le décalage horaire entre la Grèce et l'Ontario était de 7 heures et Tia devait attendre pour appeler la personne qu'elle avait en tête. David avait manifestement eu une insomnie mais elle doutait que ce soit le cas de tout le monde.

 

Une heure plus tard, son plan établi, elle s'étira comme un chat et bailla à s'en décrocher la mâchoire, prête à se mettre au boulot. Elle se redressait lorsque sa femme la rejoignit sur le siège à côté d'elle. Un sourire et Tia oublia ce qu'elle devait faire. Lex était si jolie lorsqu'elle souriait comme ça.

 

Lex rit et déclara :

 

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu cette expression niaise sur ton visage, mon amour.

 

- Ce n'est pas niais, rétorqua l'intéressée sans la quitter des yeux, sereine, c'est amoureux. Il n’y a que toi pour me faire ça.

 

Tia enroula ses bras autour de ses genoux et posa sa joue dessus pour regarder sa femme de côté.

 

- Je t'aime et parfois cela me submerge tellement que si je ne te le dis pas j'aurais l'impression de ne pas en profiter complètement. A d'autres moments cela me possède si totalement que je ne peux que te contempler sans rien dire. Tu me réduis au silence et plus rien d'autre n'existe que toi devant moi.

 

Émue, Lex sentit une boule resserrer sa gorge. Elle mit plusieurs secondes à l'avaler et lorsqu'elle put enfin parler, sa voix se cassa sur certains mots.

 

- Tu sais comment parler aux femmes toi, fit-elle en refoulant ses larmes derrière un petit rire ému.

 

Elle se laissa glisser au bas de sa chaise et se mit à genoux devant sa femme, poussant son visage du front pour glisser sa tête sur les genoux que Tia enserrait toujours. Ses bras avaient rejoint ceux de Tia, autour de ses jambes. La grande femme déposa un baiser sur son front puis posa sa joue contre son visage et ferma les yeux.

 

Cet instant était unique. Magique et merveilleux tout à la fois. Suspendu hors du temps, elle se fichait bien de savoir dans quelle vie elle était cette fois, quelle identité elle possédait ou bien son nom. Elle était avec son âme sœur et c'était une réalité qu'aucune vie n'avait jamais pu changer. Une réalité à laquelle, même si elle finissait par perdre pied, elle pourrait toujours se raccrocher.

 

- Tu es tout pour moi, chuchota-t-elle son souffle chatouillant l'oreille de Lex. Je n'ai besoin de rien d'autre.

 

Lex frissonna d'un bonheur absolu.

 

Elles recommençaient, songea la petite femme. A nouveau, elles ne vivaient plus que l'une pour l'autre, se moquant bien de qui était présent ou non, se moquant de perdre quiconque tant que ce n'était pas l'autre.

 

Mais c'était mal. Elles avaient quatre enfants, une famille et des amis qui les aimaient tant qu'ils retourneraient le monde pour elles. Gin, en fait, l'avait déjà fait pour Tia. C'était mal. Elles avaient voulu ces enfants, elles avaient voulu cette famille, farouchement, malgré leurs insécurités affectives, malgré le danger dans lequel elles les mettaient à les vouloir tant. C'était mal de les traiter avec si peu d'égard après tout ça.

 

C'était mal oui, mais c'était plus fort qu'elles. Jamais rien ne serait capable de remplacer ce que chacune était pour l'autre. Jamais.

 

- C'est mal, dit-elle doucement.

 

- Je m'en fiche, répondit Tia sur le même ton.

 

Lex sourit, le cœur empli de tant d'amour et de joie qu'elle savait que personne dans le monde ne pouvait être aussi heureuse qu'elle. Que personne ne le serait jamais. Que son futur avec cette femme serait éternel quoi qu'en disent les Dieux. Et elle fut désolée pour le reste du monde. Ne jamais connaître ce qu'elles vivaient étaient probablement ce qui pouvait arriver de pire aux gens.

 

Oui, elles avaient souffert, mais sans cette souffrance il n'y aurait pas cet amour. C'était toute ces situations impossibles, ces douleurs insupportables qu'elles avaient supportées, qu’elles s'étaient infligées l'une à l'autre, c'était tout cela qui avait forgé ce lien indestructible et source d'une joie sans commune mesure.

 

Elle ne regrettait rien. Elle ne regretterait plus jamais son passé, aussi noir soit-il, car il lui avait offert Tia et cet instant sans pareil, qu'elle n'échangerait pas même contre ses enfants, aussi égoïste que ce soit. Elle était une mauvaise mère probablement, mais elle avait une femme extraordinaire et ne voulait qu'elle. C'était ainsi et elle l'accepta.

 

Lex releva la tête et dévisagea sa mercenaire de femme, ayant l'impression tenace qu'elle ne méritait pas la chance qu'elle avait mais s'en fichant bien. Elle était si belle sa Tia, Xena, Amina, Sara, Luana, Mia, Anita... il y avait eu tant de noms, tant de vies et toujours cet impossible amour, si profond, si dément, si indestructible qu'il était forcément béni des Dieux.

 

- Si ce n'est pas les Dieux qui nous ont donné cet amour alors ils doivent en être jaloux, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser sur la bouche beaucoup trop tentatrice de sa femme.

 

Elle lâcha les jambes de Tia pour attirer son visage à elle et approfondir le baiser. Le calme devint passion et l'amour devint luxure. Tia étendit ses jambes et Lex s'assit à califourchon, la repoussant contre le dossier tout en faisant courir ses mains sur son corps parfait. Elle trouva rapidement les attaches du bikini qu'elle avait enfilé pour lui faire plaisir et tira dessus.

 

- Dites, vous deux, vous avez une chambre vous savez, soupira Trinity en se laissant tomber sur le siège que Lex venait de quitter.

 

Les deux femmes interrompirent leur baiser et essoufflées, fusillèrent du regard une Trinity superbement indifférente à leur mauvaise humeur. Elle les fixa et leva un sourcil avant de déclarer :

 

- Ces derniers jours, où que l'on se rende dans cette maison, on vous y trouve en train de faire des galipettes. Elle est grande pourtant cette maison. Mais quelqu'un doit s'amuser là-haut car papa et moi on ne fait que de tomber sur vous et ça va peut-être vous surprendre, mais ce n'est pas mon passe-temps favori que de zyeuter les ébats amoureux de ma cousine. Donc ou vous apprenez à vous retenir, ou vous le faites dans votre chambre.

 

Elle tourna la tête, déplia son journal et ajouta :

 

- Et puis vous avez des enfants. Je suis certaine qu'ils sont tombés sur vous une fois ou deux eux aussi. Bonjour le choc. Traumatisés à vie ces pauvres gosses.

 

Tia sentit sa mâchoire se décrocher avant de se redresser, embarrassée à l'idée que Len et Lara ait pu les voir en train de... Lex se racla la gorge, aussi gênée qu'elle et s'empressa de s'asseoir sur la chaise longue de l'autre côté de Tia. Trinity était douée pour casser l'ambiance. Le petit sourire en coin de sa cousine lui apprit que c'était voulu et Tia grimaça. Elle était redoutable quand elle le voulait. Puis elle sourit, fière d'être de la même famille qu'elle.

 

- Je sais que c'est la mode des super-héros en ce moment, fit soudain Trinity agacée, mais doit-on vraiment avoir des inconscients qui jouent à ça aussi dans la vie de tous les jours ?

 

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Fit Tia contente de changer de sujet.

 

- Y'a un mec qui s'est pris pour Thor ou un truc du genre hier soir, fit sa cousine en lui montrant la une du journal.

 

Tia tendit la main, saisie par une soudaine inquiétude et prit le journal.

 

- Bah ne te gêne pas surtout.

 

Tia ne répondit pas et lut l'article. Elle reconnut à la description faite par le journaliste, le lieu où elle avait sauvé les deux adolescents la veille et comprit que cet article était à ce propos. Apparemment il avait fait trop sombre pour qu'ils la voient correctement et la prenaient pour un homme ce qui la soulagea. En lisant l'interview donnée par les deux garçons, elle comprit pourquoi le journal local avait décidé de faire la une sur un fait, somme toute, banal.

 

Elle avait sauté par-dessus la tête des agresseurs comme si elle volait et assommé les malfrats dans une succession de mouvements si rapide qu'ils en avaient été flous. Sans parler du moment où elle avait jeté, purement et simplement, un des objets qui traînait, une canette si elle se souvenait bien, et l'avait fait rebondir sur les murs et les gens comme si c'était une balle de flipper.

 

Hum, si Lex lisait l'article elle allait vite comprendre qui avait agi. Peu de gens étaient capables d'utiliser une canette comme... eh bien un chakram.

 

- De toute évidence ils étaient drogués ces gosses ou bourrés mais peu importe, fit Trinity toujours irritée, ce qui est dangereux c'est que les journalistes en parlent comme si c'était un justicier et un super-héros. Les super-héros ça n'existe pas. La seule chose qui va arriver avec ce genre d'article c'est le nombre de jeunes qui voudront l'imiter et qui vont devenir de vulgaires victimes. 

 

- C'est sûr que vu comme ça..., acquiesça Tia en jetant un regard en coin à sa femme.

 

Heureusement, celle-ci semblait plus intéressée par l'application uniforme de sa crème solaire que par les propos de Trinity. Il faut dire que Lex détestait les coups de soleil, cela nuisait à l'uniformité de son bronzage et gâchait les heures passées à en prendre soin d'après elle. Soudain distraite par la crème que sa femme appliquait sur son ventre plat et le haut de sa poitrine, Tia avala sa salive et rendit le journal à sa cousine sans la regarder.

 

- Attends je vais t'aider.

 

Joignant le geste à la parole, elle attrapa la bouteille de crème solaire et lui fit signe de se mettre sur le ventre pour lui en appliquer sur le dos. Elle se mit à califourchon sur ses reins et entreprit d'étaler la crème avec beaucoup d'application. Lorsque les mains glissèrent jusqu'à la poitrine de l'intéressée, Lex rit en lâchant :

 

- Je pense que le tissu est à même de me protéger à cet endroit madame la perverse. La crème est donc inutile.

 

- Non, non, non, rétorqua doctement la grande femme, on ne sait jamais ce qui peut arriver, un bikini qui tombe peut si vite arriver.

 

Trinity les fixa quelques secondes, mécontente, avant de se mettre sur pied et de partir en grommelant qu'elles étaient toutes les deux des nymphomanes sans aucun égard pour les autres habitants de la maison.

 

Tia rit alors qu'elle se penchait pour mordiller le cou de sa femme en approfondissant le massage sur sa poitrine.

 

- Il faut bien qu'elle pénètre, chuchota-t-elle alors que Lex se retournait pour l'embrasser.

 

- Sûr, répondit la petite femme en attrapant les lèvres de sa bien-aimée, les coups de soleil peuvent être méchants.

 

- Je suggère d'en mettre là aussi, ajouta la mercenaire en glissant les doigts sous le tissu de la culotte.

 

Lex se mordit la lèvre inférieure pour retenir un gémissement sonore et se cambra.

 

- NYMPHOMANES PRES DE LA PISCINE ! Cria Trinity à l'attention des habitants de la maison. NE PAS APPROCHER !

 

Tia et Lex sursautèrent et la fixèrent alors qu'elle se retournait avec un sourire carnassier.

 

                                                                       ***

 

Satisfaite, Tia raccrocha le téléphone. Tout s'était passé comme sur des roulettes et dès le lendemain de nouveaux invités feraient leur apparition. Elle devait maintenant prévenir son oncle et mettre Lara et Len au courant. Une fois tout ce dur labeur effectué, il lui faudrait prévenir sa femme. Elle allait sauter de joie... Néanmoins elle savait qu'elle avait fait le bon choix.

 

Rhapsody n'était pas méchante et même si Lex ne l'appréciait pas trop en ce moment, elle l'aimait bien quand même. Sans compter que ce serait plus simple de la garder à l'œil ainsi. Relever Enrick de ses fonctions n'avait pas semblé enchanter le mercenaire et cela l'avait fait ricaner. Elle était sûre que cet idiot allait tomber sous son charme. Et qui ne l'aurait pas fait ? Rhapsody était jolie à croquer. Malgré son interdiction de la draguer, elle savait qu'il n'aurait pas hésité et était ravie de lui couper l'herbe sous le pied. Après tout ce qu'elle avait traversé, Rhapsody méritait mieux qu'un playboy venu lui briser le cœur.

 

Elle était heureuse de sa venue pour une autre raison également. Depuis le temps qu'elle parlait de son amie à son oncle, elle était presque excitée de pouvoir la lui présenter. Elle qui n'avait jamais eu d'amie à proprement parler, ni une famille à laquelle les présenter, appréhendait tout en attendant avec impatience de vivre une scène de vie normale. Enyalios et Linya étaient si liés à sa vie « anormale » qu'elle n'avait jamais ressenti ce sentiment en les présentant à son oncle. Rhapsody, avait beau être Lao Ma, elle n'avait aucun souvenir de cette vie et était complètement hors de son monde violent et mystique. Elle s'était attaché son amitié par elle-même, sans artifice, séduction ou quoi que ce soit. Cette relation lui en était donc d'autant plus précieuse.

 

Elle regrettait seulement de ne pas pouvoir faire venir Argo. Elle soupira tristement en songeant à la jument et au temps qui les séparait de leurs prochaines retrouvailles.

 

Se levant elle partit en quête de son oncle qu'elle trouva dans son bureau en train de compulser un rapport sur leur compagnie avec sa fille. Elle oubliait tout le temps que Trinty était une crack dans son domaine et qu'elle travaillait comme assistante, entre autre, pour son père. Donc techniquement elle bossait pour elle, songea Tia en ricanant intérieurement, fait intéressant à lui rappeler.

 

Elle les mit au courant de l'arrivée de Rhapsody, de ses enfants et de David. S'ensuivit une discussion sur ses projets de la journée et les leurs. Cela rappela à Tia la conversation qu'elle avait eue avec Linya et l'idée que cela lui avait donné.

 

- Dans un mois c'est notre anniversaire de mariage à moi et Lex et après tout ce qu'on a vécu dernièrement, j'avais envie de marquer le coup. Je voudrais qu'on renouvelle nos vœux. Et je voulais le faire ici... cela vous ennuierait ?

 

Le visage de son oncle s'éclaira et Trinity eut un gentil sourire en coin.

 

- Tu es chez toi ici, répondit sa cousine. Tu n'as pas besoin de demander la permission pour quoi que ce soit. Invite-nous plutôt, demande nous si nous sommes libres.

 

Tia se fendit d'un sourire joyeux, certaine maintenant que vivre ici une partie de l'année était la chose à faire. Elle profita de ce moment familial pour leur parler des projets qu'elle et Lex nourrissaient et ils en parurent enchantés. Ragaillardie, Tia repartit, en quête de Lara et  Len.

 

En passant de la porte fenêtre d'un des salons, elle aperçut Lara avec Lex et s'approcha. Lorsqu'elle entendit le nom de Kara Némaïos, Tia se figea. La conversation était privée et sérieuse mais Tia ne recula pas. Cette conversation à propos de cette ex qui avait perdu l'esprit et torturé sa femme, elle la souhaitait depuis longtemps. Mais Lex n'avait jamais semblé encline à aborder le sujet. Une des raisons probablement de leur éloignement. Tia aurait dû la forcer à s'ouvrir. Si elle le faisait maintenant, c'est qu'elle devait se sentir prête. Et elle, elle l'était à écouter son histoire.

 

                                                                       ***

 

- Parfois, j'ai l'impression que notre famille est maudite. Depuis aussi loin que je me souvienne, et crois-moi Lara, cela remonte à bien plus loin que tu ne l'imagines, notre vie à tous, à toi, ton frère, ta mère et moi, est jalonnée de souffrances. Tu penses sûrement que ce que tu as fait, ce que tu t'es découverte capable de faire, fait de toi une personne mauvaise. Mais je peux t'assurer du contraire. Le mal, je l'ai rencontré. Et plus d'une fois malheureusement.

 

Lex s'arrêta et baissa les yeux sur le sol, revivant probablement un des pires souvenirs de son existence.

 

- J'ai été touché par lui. Aujourd'hui on parlerait de viol j'imagine. Violée par le démon. C'est ce qui m'est arrivé.

 

Elle sentit le choc lorsque Lara se retourna vivement vers elle.

 

- Je suis tombée enceinte. Une petite fille. Adorable. Je le pensais vraiment. Mais c'était faux. Enfin peu importe, fit-elle en se tournant vers Lara. Si je te raconte cela c'est pour que tu comprennes bien que je sais ce qu'est le mal. Lorsque j'ai parlé de démon ce n'était pas une métaphore. Le tien et celui de Len se nommait Dévoreur, le mien Dahak. Il s'est servi de moi comme le dévoreur s'est servi de vous. Au final, par ma faute, un enfant innocent est mort.

 

Lara prit la main de sa mère et la serra doucement. Elle était loin d'imaginer qu'elle avait pu vivre des choses pareilles. D'abord sa maman leur apprenait dans quel monde et à côté de quel monstre elle avait grandi, leur père, ce démon à visage humain qui avait ravagé des pays entiers. Et maintenant Lex, sa douce Lex. Elle était tête en l'air, têtue, autoritaire parfois, mais innocente surtout. C'était un qualificatif qui venait spontanément aux lèvres lorsque l'on songeait à elle. Elle était empreinte de douceur. A chaque fois qu'elle lui parlait ou parlait à un autre de ses enfants, sa douceur est ce qui ressortait le plus. Lex avait tant d'amour à donner. Comment qui que ce soit pouvait avoir envie de salir ça ?

 

Sa seconde mère avait peut-être bien raison, leur famille était maudite.

 

- Depuis j'ai commis beaucoup d'autres erreurs, qui ont parfois amené à plus de mort ou de souffrance. Ta mère en a commis beaucoup également. 

 

Lex réfléchit un instant puis reprit :

 

- Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que la souffrance ta mère et moi on connaît bien. Intimement même. Les réactions, les pensées que cela engendre on les connaît par cœur. A ton frère et toi, nous avons caché beaucoup de choses pour votre bien. Mais ce que vous traversez aujourd'hui, nous l'avons fait également. Le garder pour soi, ça aussi nous l'avons fait et je peux t'assurer que ce n'est pas la solution, ça ne l'a jamais été.

 

Lex dévisagea sa fille et vit combien elle faisait d'efforts pour se montrer à la hauteur de ses confidences. L'espoir dans ses yeux était si ardent que c'était douloureux à regarder.

 

- Il y a quelques années, pas si loin en arrière que ça, lors d'une mission où j'essayais de sortir ta mère d'une situation délicate en Italie, j'ai été enlevée. Par une ex-collègue qui en plus d'avoir un sérieux grain, avait aussi une dent contre ta mère. Son plan était simple, tout est toujours simple pour Kara Némaïos... même lorsqu'elle s'appelait Callisto...

 

Elle ne l'avait pas réalisé avant, mais oui, Kara était Callisto. Vouée à haïr Xena quelles que soient les époques. Pourtant elle avait été réincarnée en Eve, comme une seconde chance pour les âmes de Callisto et Xena. Comment, dans cette vie pouvait-elle être deux ? Une autre chose frappa alors Lex. Lara possédait l'âme de Callisto et donc tous ses souvenirs. Ses actions s'éclairaient sous un nouveau jour... La jubilation devant la souffrance qu'elle infligeait provenait de cette époque en tant que Callisto. Lara n'avait été qu'un jouet dans les mains d’Ashee... mais comment lui expliquer cela ?

 

Lex se racla la gorge, incertaine de la façon dont la jeune fille allait prendre ses révélations.

 

- J'ai deux choses à te révéler sur Kara Némaïos. La première, elle m'a torturée pendant des jours entiers justes pour le plaisir. J'ai eu énormément de mal à m'en remettre. Et mon erreur est de ne pas en avoir parlé avec ta mère ou quelqu'un d'autre. Cela a même failli nous séparer...

 

Lex soupira.

 

- Ce qu'elle m'a fait, aussi douloureux que cela ait été, n'est pas le pire. Le pire lorsque quelqu'un te torture, c'est qu'il ne le fait pas que physiquement. Il attaque ton esprit, t’affaiblit, te fait croire que tu es seule, que c'est ainsi que ta vie prendra fin, dans la solitude et la douleur. Il te fait croire que tu es impuissante, que tu ne peux pas répliquer, rendre les coups que l'on te donne. Il te met en colère, te donne une rage si noire et si profonde qu'elle s'ancre dans ton âme avec aucun espoir d'en être libéré un jour. Cette rage et ta profonde solitude et tous ces cauchemars qui ne s'arrêtent jamais et te font croire, même lorsque tu as été sauvée, que tu es de retour là-bas, dans cet endroit où il n'y avait aucune lumière, aucun espoir, seule avec la douleur à contempler les quatre murs qui deviennent ton tombeau. Tout ceci Lara tu ne peux pas t'en libérer, pas si ne le formules pas à haute voix, pas si tu ne pleures pas sur ce qu'elle t'a pris. Sur cette innocence qu'elle t'a volée, forçant toutes les barrières de ton esprit et les brisant une à une. Lorsque tu sors d'une telle épreuve, tu crois être la seule affectée mais c'est faux.

 

Lara était comme hypnotisée par le feu qui brûlait au fond des yeux verts de sa mère. Un feu semblable à ce qui se cachait depuis leur retour dans ceux de son frère. Et elle comprit qu'elle et lui, chacun à leur façon avaient été les victimes de ce que sa mère était en train de lui conter.

 

- Cette rage, ces cauchemars et cette souffrance que tu ne peux pas oublier, te forcent à te renfermer. Et dès lors, chaque relation que tu as eue change. Rien n'est plus comme avant. Tu le sais, tu le sens et tu as l'impression qu'elle t'a volé cela aussi. Et tu as raison. Rien ne sera plus jamais comme avant. Mais différent ne veut pas forcément dire mal ou moins bien. Cela peut être meilleur. Mais tu ne pourras jamais le rendre ainsi si tu continues de tout garder pour toi.

 

Lex s'arrête une seconde et repensa à ce qu'elle avait failli perdre.

 

- J'ai presque tué ta mère...

 

Lara sursauta et écarquilla les yeux. Non, impossible, Lex l'aimait trop ! Lex sourit, comme si elle avait entendu ses pensées.

 

- Pas de mes mains ce qui, quelque part est pire, mais par ma négligence. A cette époque ta mère traversait aussi un moment difficile. Et parce que j'étais renfermée sur moi-même, je ne voyais ni ce qu'elle faisait pour moi, ni sa souffrance. Si Linya n'avait pas été présente je suis certaine que Tia aurait été capable de faire une bêtise...

 

Lara fronça les sourcils. Que voulait-elle dire par bêtise... ? Puis elle comprit et elle fut à nouveau choquée.

 

- Ne la juge pas, elle était au bout du rouleau. Ce qu'on vous a raconté sur ce qu'elle a vécu aux côtés de votre père...

 

Lara lui broya la main, soudain en colère.

 

- Pardon, Frédéric est votre père tu as raison. Je voulais dire au côté de Sassem. Ce qu'elle a vécu à ses côtés n'est qu'une petite partie de ce qu'elle a subi en réalité. A cela s'ajoute d'autres épreuves encore... Ta mère est la personne la plus forte que j'ai jamais rencontrée. Mais elle reste humaine, elle est capable de se briser si on la pousse trop... et elle avait simplement trop subi.

 

Lara hocha la tête, plus calme. Elle comprenait. Parfois elle pensait à ça elle aussi. Elle n'était pas vraiment prête à le faire mais elle y pensait. Et sa mère... elle ne voulait pas imaginer ce qui pouvait être pire que ce qu'elle et Len avaient appris, c'était déjà bien assez horrible. Oui, Tia sa maman, était la plus forte personne du monde. Elle voulait être aussi forte qu'elle, elle aussi. Elle voulait être digne de ce héros qui menait toujours des batailles épiques dans ses rêves.

 

- Si Linya n'avait pas été là, je ne m'en serais jamais rendu compte et je l'aurais juste perdue et je n'aurais pas pu le supporter...

 

Dire qu'elle avait été assez stupide pour commettre une seconde fois cette erreur en la quittant...

 

- Mais Linya était là... heureusement. Sais-tu pourquoi je suis partie, pourquoi je vous ai laissés Tia et vous ? demanda-t-elle brusquement.

 

Lara secoua la tête.

 

- J'ai commis une seconde fois cette erreur. J'ai laissé mes souffrances m'enfermer dans une boîte ou aucun d'entre vous ne pouvait entrer. Et comme aucun d'entre vous ne pouvait entrer, j'ai fini par croire que j'étais seule. Et j'ai cru étouffer entourée ainsi sans me sentir connectée à personne... alors je suis partie, pour pouvoir respirer à nouveau.

 

Lex avala sa salive.

 

- Je crois que tout cela a commencé avec Kara Némaïos... à l’époque quand j'ai compris que je risquais de perdre Tia, je me suis en quelque sorte réveillée. Mais je ne lui ai jamais complètement dit ce que j'avais ressenti et cela a été mon erreur. L'erreur qui a laissé une brèche en moi. Un endroit où la souffrance et ce sentiment de solitude ont pu grandir petit à petit, épreuve après épreuve. J'aurais dû lui parler de cela. Si je l'avais fait, les choses n'auraient pas dégénéré quatre ans plus tard en me faisant croire que j'étais seule alors que je ne l'étais pas. J'avais caché des choses et cru inconsciemment que par miracle elle s'en rendrait compte, lisant dans mon esprit. Mais tu sais même quelqu'un qui peut lire dans ton esprit ne peut pas savoir ce qui se passe dans ton cœur si tu ne lui ouvres pas...

 

Elle pressa la main de sa fille.

 

- Même si tu crois que ta douleur si tu la verbalises est capable de te briser en mille morceaux... parle. Laisse la te briser s'il le faut, on sera là pour ramasser les morceaux et les recoller. Tu dois juste... nous faire confiance. Parce que Lara quoi qu'il arrive, cette souffrance, cette haine, cette solitude auront raison de toi. Tu n'as donc rien à perdre à la verbaliser...

 

Elle se pencha vers sa fille qui fixait le sol et posa son front contre le sien. Lara lâcha sa main et l'entoura de ses bras. Lorsque Lex lui rendit son étreinte elle se sentit exactement comme la fois où sa mère l'avait tenue dans l'écurie quelques semaines plus tôt. En sécurité, aimée. Elle ne savait pas si elle serait acceptée une fois qu'elle aurait commencé à dire exactement ce qu'elle avait ressenti pendant tout le processus de corruption, mais elle voulait désespérément être à la hauteur de la confiance que ses mères mettaient en elle. Et si un jour elle voulait être la moitié de la personne qu'elle rêvait d'être, il fallait qu'elle accepte ce qu'elle avait fait et ce qu'elle était...

 

Elle se sépara de sa mère et la dévisagea. Elle semblait si fatiguée. Cela avait dû être difficile pour elle de faire ressurgir tous ces horribles souvenirs pour l'aider.

 

- Je te laisse réfléchir à tout ça. Mais ne rumine pas trop non plus. Amuse-toi, fit-elle en posant une main sur sa joue. La vie est parfois moche, très moche mais elle peut être belle si tu lui laisses une chance.

 

Lara hocha la tête et Lex se mit debout. Mais Lara la retint, sourcil froncés.

 

- Quel est la seconde chose ? Fit Lara la voix éraillée d'avoir si peu servi.

 

Stupéfaite, Lex mit quelques secondes à réagir. Elle se rassit, se racla la gorge profondément émue et demanda :

 

- La seconde chose ?

 

Lara hocha la tête.

 

- A propos de Kara Némaïos.

 

Lex hésita puis secoua la tête.

 

- C'est suffisant pour aujourd'hui. Je te le dirai une prochaine fois... si ça te va.

 

Sa fille acquiesça et Lex demanda :

 

- Si tu es prêtes à parler, je le suis à t'écouter.

 

Mais Lara secoua la tête.

 

- Je veux parler à David d'abord. Après... après...

 

Elle secoua la tête désemparée.

 

- J'ai peur de perdre courage si je le fais avant. Je... j'ai besoin qu'il me pardonne d'abord...

 

Une fois encore Lex hésita. Lara venait à peine de retrouver la parole. Elle était encore fragile et elle ne souhaitait pas la pousser mais elle craignait que si les choses ne se passaient pas comme Lara l'espérait, elle se referme aussitôt. Elle pourrait ne plus avoir d'autre chance...

 

Puis elle sentit la main de Tia sur son épaule et elle leva la tête, surprise. A son regard elle comprit qu'elle avait tout entendu. Son premier instinct fut de détourner le regard mais elle se reprit et accepta de partager sa douleur avec elle. Tia s'accroupit et l'embrassa sur la joue avant de se tourner vers sa fille. Elle lui prit la main, celle-là même que tenait déjà Lex.

 

- Tu es forte même si tu penses le contraire. J'ai confiance. Même si ce qu'il dit ne te plaît pas, tu ne nous laisseras pas derrière. Et si tu le fais quand même, sache que je te suivrai jusqu'au bout du monde pour te faire comprendre que tu ne seras jamais seule et que je t'aimerai quoi que tu aies fait... je l'ai déjà fait une fois, je le referai autant qu'il le faudra. Je suis ta mère Eve et je t'aime.

 

Lara hocha la tête avant de froncer les sourcils. Eve... pourquoi ne reprenait-elle pas sa mère ? Pourquoi aucune d’elles d’ailleurs ne remarquait l’erreur de Tia ? Et pourquoi cela lui semblait si familier et normal qu'elle l'appelle ainsi ? Elle plongea son regard, de la même couleur que celui de sa mère, dans le sien et se sentit... aimée. Juste aimée. Cela était ainsi depuis le jour où elle était née Eve, se souvint-elle avant de secouer la tête, confuse.

 

- Je me suis appelée Eve ? Demanda-t-elle perdue.

 

Lex et Tia échangèrent un regard et s'installèrent confortablement.

 

- C'est une longue histoire et peut-être que tu vas nous prendre pour des folles mais tout ce que l'on va te raconter maintenant est vrai.

 

Intriguée, Lara se redressa et hocha la tête.

 

 

Chapitre 8 :

 

 

- Je ne comprends pas, fit Lara, comment mon âme peut-être celle de cette Callisto si Kara Némaïos la possède dans cette vie ?

 

- Je me suis posée la même question, dit Lex. Je n'ai pas encore de réponse mais je suis certaine de moi. Kara possède aussi l'âme de Callisto. Son côté instable en tout cas.

 

Tia dévisagea tour à tour sa femme et sa fille et sourit.

 

- Je vois que tu prends plutôt bien nos révélations, releva-t-elle.

 

Lara haussa les épaules.

 

- Ca fait sens. Et ça me soulage... si je... ne suis pas complètement responsable de ce qui s'est passé... enfin... c'est toujours moi bien sûr, même si j'ai été influencée par Ashee et cette partie de mon âme que je ne connaissais pas..., ça reste moi je le sais.

 

- Ashee a joué avec la partie de toi qui était Callisto. Mais Callisto n'a été toi qu'une vie durant. Ca n'aurait pas eu autant d'impact sur ton existence ou la façon de la mener si Ashee ne l'avait pas rappelée et ramenée à la surface.

 

- Il y a toujours Eve...

 

- Eve a été manipulée par Arès. Ca n'était pas sa faute ou la tienne... Toi tu es Lara. Eve et Callisto ne sont que des vies passées. La seule vie qui compte est celle présente.

 

- Je ne peux pas faire comme si elles n'avaient pas existé maman, elles ont trop d'influence sur ma vie actuelle...

 

- En effet, mais ce n'est pas ce que je te demande. Ce que je souhaite c'est que tu n'oublies pas qui tu es aujourd'hui ni que c'est cette personne, cette vie, qui détermineront ton futur, pas ces vies passées.

 

- Un peu quand même..., murmura Lara pour elle-même.

 

- Pour en revenir à Callisto, intervint Lex qui voyait bien que le sujet la fragilisait, tu as une idée ? demanda-t-elle à sa femme.

 

- Oui, j'en ai une. Lorsque j'ai offert ma place aux Cieux à Callisto, cela a effacé le mal qui la rongeait et toute sa souffrance. Mais j'ai, en quelque sorte, triché. On ne peut pas effacer le mal. On ne peut pas soudain devenir un ange si on ne le mérite pas. C'est pour ça je pense que Callisto a décidé de renaître en Eve. Seulement si cela a fait l'affaire pour cette partie d'elle qui était bonne, le mal qui existait auparavant a simplement continué d'exister. N'étant plus encadré, appartenant au monde des esprits, il a juste, je pense, sauté de corps en corps à travers le temps. Kara n'a hérité que de la rage, de l'instabilité et de la souffrance de Callisto. L'essentiel de qui elle était devenue en somme. Lara, toi tu n'as pas hérité de l'âme de Callisto, seulement de son essence. De... je ne sais pas comment dire, de ce qu'elle était avant de devenir la Callisto que nous avons connue. Pour être honnête je ne pense pas qu'Ashee ait utilisé Callisto pour te pousser à la faute. Premièrement parce que tu n'avais pas son côté sombre et deuxièmement parce qu'Eve suffisait amplement.

 

Elle regarda sa fille et repoussa une mèche derrière son oreille, caressant sa joue au passage. Lara était si courageuse... et si désespérée de trouver une raison autre à ce qu'elle avait fait... Elle était désolée de ne pouvoir lui apporter le soulagement qu'elle demandait. Elle était passé par là et Lex également. Lara devrait juste accepter ce qu'elle avait fait si elle voulait être capable de se pardonner un jour.

 

- Je suis désolée mon ange, je ne peux pas te donner ce que tu attends vraiment. Tu as raison Eve était toi, une partie qui existe toujours et avec laquelle tu vas devoir vivre. Mais j'ai confiance, tu l'as déjà fait, dans des circonstances moins favorables, tu es parvenue à te pardonner et à trouver ta voie. Tu y arriveras ici aussi, j'en suis certaine.

 

Les larmes que Lara s'efforçait de contenir depuis sa conversation avec Lex débordèrent soudain et elle éclata en sanglots. Tia l'attira à elle et la berça doucement. Lara sentit Lex les entourer également et sa voix s'éleva soudain. Elle chantait une berceuse, stupide idiote mais qui lui fit du bien, lui rappelant qu'elle était une enfant également, leur enfant et qu'elle était aimée malgré ce qu'elle avait fait. Elle n'était pas, ne serait jamais, seule. Si ce que ses mères lui avaient dit étaient vrai, et elle n'en doutait pas une seconde, elle avait fait pire dans une autre vie et elles avaient continué de l'aimer, même si sa relation avec Lex/Gabrielle avait par moment été tendue, elle ne l'avait jamais laissée tomber.

 

La voix de sa maman rejoignit celle de Lex et Lara se laissa bercer, lâchant toute la douleur, la honte, la colère envers elle-même et l'horreur qu'elle s'inspirait depuis des mois en un torrent de larmes qui semblait ne pas avoir de fin.

 

Lorsque celles-ci se tarirent, elle se sentait si vide et si fatiguée qu'elle sut que sa crainte avait été justifiée... elle était tombée en morceaux. Mais aussi sûrement que le reste, elle savait que ses mères allaient recoller ces morceaux, et que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne se sente à nouveau complète.

 

Tia se leva et la portant, l'emmena dans sa chambre en lui murmurant combien elle était fière d'avoir une fille capable de faire face avec tant de courage à ce qu'elle avait fait. Elle la complimenta tout au long du trajet et Lara s'accrocha à ses mots comme elle le faisait à son cou. En la déposant dans son lit et en la bordant comme lorsqu'elle était plus jeune, Lara prit conscience de la présence de Lex à ses côtés. Celle-ci caressait ses cheveux en l'incitant à s'endormir, lui disant qu'elle avait besoin de reprendre des forces et qu'elles seraient là à son réveil. Qu’elles ne la quitteraient pas pendant son sommeil, qu'elles l'aimaient infiniment. Elles l'embrassèrent et Lex s'installa sur un fauteuil tout en lui tenant la main pendant que Tia s'allongeait à ses côtés et l'enveloppait de son étreinte solide.

 

Lara ne mit que quelques secondes à s'endormir, elle était épuisée et rassurée par leur présence et leurs mots, elle n'avait plus peur de l'avenir ni même de David. Elle ne serait pas seule. Jamais. Cette pensée, elle l'envoya avec toute l'énergie qui lui restait vers son frère. Il devait savoir qu'il serait pardonné aussi. Qu'il pouvait avoir confiance en leur famille.

 

Len la reçut, comme il avait reçu le torrent d'émotions qui avait commencé à dévaster l'esprit de sa sœur une heure plus tôt. Cela s'était terminé par un balayage si violent de ses sentiments qu'il avait eu l'impression d'être emporté par un ouragan durant de longues minutes.

 

Lorsque les émotions de sa sœur s'étaient enfin apaisées, il avait repris ses esprits et découvert avec soulagement que Lara allait bien, qu'elle irait bien à l'avenir également. C'était un poids en moins. Mais Lara avait tort, pour lui les choses étaient différentes. Elle ne pouvait pas le savoir, il le lui avait caché à elle aussi, mais il ne pouvait se confier comme elle l'avait fait.

 

Accablé et se sentant plus seul que jamais, il mit les sentiments et sensations en provenance de sa sœur en sourdine et retrouva avec soulagement le calme de son propre esprit, presque vide de tout sentiment. Il ne devrait pas cultiver ce manque d'émotion mais c'était plus fort que lui. Et depuis qu'il le faisait les cauchemars avaient diminué d'intensité.

 

Il se retourna dans son lit, se demandant comment les choses allaient tourner pour lui maintenant qu'il était réellement seul. Puis ses pensées dérivèrent vers David. Pourquoi venait-il ? Pourquoi voulait-il les voir ? Cela ne pouvait pas être bon. Pas après ce qu’ils lui avaient fait. Il soupira, fatigué et poussa la musique de son ipod à fond pour éteindre les pensées dans son esprit.

 

                                                                       ***

 

Tia attendait dans le hall de l'aéroport. Elle était venue avec Lara pour récupérer David, Rhapsody et ses enfants. Dans quelques jours, elle ferait le même chemin pour récupérer Linya et Enyalios. Elle avait hâte de voir tout le monde réuni et trépignait d'impatience malgré la situation étrange qu'ils vivaient tous.

 

Lara avait tenu à voir David dès son arrivée mais sa résolution, motivée par l'amour inconditionnelle de ses mères et qui l'avait poussée à rencontrer son ex petit ami sans tarder, s'émoussait à mesure que l'heure de la rencontre approchait.

 

Tia était plutôt fière de la façon qu'avait sa fille de gérer tout ce qu'elle avait appris dernièrement. Peu aurait accepté tout cela et en aurait fait une force. La réaction habituelle des gens, avait-elle observé avec le temps, était de se plaindre, de se mettre en position de victime et d'avoir ainsi l'excuse parfaite pour ne pas prendre ses responsabilités. Mais Lara n'était pas ainsi. Outre que ce n'était pas dans son caractère, elle avait été élevée par Frédéric, et Lex lui avait inculqué des valeurs solides.

 

Néanmoins elle restait incroyablement fière de sa fille. Elle s'approcha d'elle et lui tapota la tête en souriant.

 

- Tout ira bien. Il t'aime toujours follement tu sais.

 

Le regard stupéfait lui apprit qu'elle avait peut-être omis de l'en informer. Avec une grimace contrite elle précisa :

 

- Mais ça ne veut pas dire qu'il n'a aucune colère ou questions dérangeantes. Tu dois être prête à les recevoir et honnête dans tes réponses.

 

Lara hocha la tête et enroula ses bras autour de la taille de sa mère. Bien qu'elle ait retrouvé la parole, elle n’en usait que si c'était indispensable. Depuis la veille, elle ne cessait de réclamer des câlins également, ce qui n'était pas pour déplaire aux deux femmes qui regrettaient le temps, beaucoup trop court, où les jumeaux en réclamaient régulièrement.

 

Puis les portes coulissantes s'ouvrirent et les passagers du précédent vol, sortirent. Bien qu'elle ait proposé de leur envoyer le jet de sa compagnie, les parents de David avaient refusé, arguant que la prise en charge des billets, des frais de séjour et des soins à domicile étaient déjà très généreux.

 

Etant donné que David devait avoir du mal à se déplacer, ils devraient logiquement sortir en dernier, aussi ne les chercha-t-elle pas des yeux. Elle attendit patiemment et lorsque les portes se ré-ouvrirent, elle sentit Lara se raidir à ses côtés et la relâcher. Elle leva les yeux et découvrit Rhapsody, Andy, Gipsy et David. Le jeune homme avait le regard sombre et rivé à Lara qui, bien que très nerveuse, ne détournait pas le regard.

 

Sa fille attrapa sa main pour se donner du courage et toutes deux avancèrent à la rencontre des nouveaux arrivants. Puis, comme prenant son courage à deux mains, Lara inspira profondément et la laissa pour se diriger directement vers David. Elle salua du bout des lèvres Gipsy et Andy, qui furent stupéfaits de l'entendre à nouveau parler, et se planta devant son ex-petit ami. Lorsqu'il plongea son regard gris vert dans le sien, Lara se sentit vaciller. Pourquoi, mais pourquoi la faisait-il toujours chavirer dès qu'il la regardait ?

 

Déstabilisée, elle ne put que le saluer sans rien trouver d'autre à dire. Voyant que David n'avait pas de mauvaises intentions, Tia les laissa à leur tête à tête et indiqua à Andy et Gispy où se trouvait le van. Le vol devait avoir été trop long pour les deux adolescents, puisqu'ils se précipitèrent dans la direction donnée pour déposer aussi vite que possible leur sac et valise.

 

Souriant, Tia attrapa le sac de David et prit la valise des mains de Rhapsody.

 

- Tu as fait bon voyage malgré sa précipitation ? Fit-elle en se redressant.

 

Elle perdit aussitôt son sourire car en face d'elle ce n'était pas Rhapsody mais Lao Ma qui se tenait.

 

- Je suis contente de te revoir, fit celle-ci avec le même doux sourire qui hantait parfois ses rêves.

 

Elle ne sentit pas Lara qui passait à côté, aidant David à rejoindre leur véhicule. Elle n'était plus dans cet aéroport au milieu de la Grèce, elle était des siècles en arrière, dans un pays nommé Chine où elle avait rencontré pour la première fois celle qui allait changer sa vie. Elle avait voyagé des semaines durant pour la revoir après une rude bataille avec des ennemis de leurs deux groupes. Depuis quelques mois et l'alliance qu'elles avaient conclue, Xena passait beaucoup de temps auprès de Lao Ma. Elle y apprenait tant de choses intéressantes qu'elle ne se lassait pas de ces allers et retours.

 

Et, même si elle s'en défendait, c'était pour le plaisir de revoir cette splendide reine qu'elle parcourait tout ce chemin, chevauchant nuit et jour, apportant la paix dans son royaume, facilitant la transition de sa prise de pouvoir en échange de richesse et d'hommes. Mais elle, ce qu'elle préférait, c'était les nuits qu'elles passaient ensemble.

 

La campagne de pacification précédente avait été difficile, beaucoup de brigands venus de l'Est avaient tenté de renverser la nouvelle reine et Xena avait eu fort à faire.

 

La revoir enfin, après tout ce temps, faisait bondir son cœur. Sans prendre le temps de la saluer plus protocolairement, elle se jeta sur elle comme une affamée. Le baiser manquait de douceur mais Lao Ma y répondit avec la même ardeur que la sienne, puis, progressivement et comme elle avait appris à le faire dès le départ, elle calma l'appétit de Xena, ramenant la passion entre elles à un degré plus acceptable.

 

En grognant Xena laissa Lao Ma séparer leurs bouches sans pour autant relâcher son visage, qu'elle maintenait de ses mains contre le sien.

 

Elle cligna des yeux et se retrouva de nouveau dans l'aéroport d'Athène. Stupéfaite, elle se découvrit en train de retenir Rhapsody et comprit qu'elle venait de l'embrasser, et pas avec douceur.

 

Elle la relâcha brusquement et bafouilla des excuses. Son amie la dévisageait, hébétée.

 

- Qu'est-ce que... je ne comprends pas, on était pas... ici... non ? Je..., fit-elle en se frottant le front, ce n'était pas moi, pas toi non plus, je ne sais plus...

 

Elle soupira en se frottant les yeux et l'impression disparue. Ou plutôt Rhapsody la refoula, comme le baiser auquel il était lié.

 

- Je ne dors pas assez ces derniers temps, fit-elle, je suis désolée si j'ai fait quelque chose de bizarre. Ça m'arrive parfois. Vu ton air, je... j'ai l'impression que j'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas, ajouta-t-elle en la fixant anxieusement.

 

- Non ce n'est...

 

Les épaules de Tia s'affaissèrent et elle soupira à son tour, renonçant. Comment expliquer cela ? La première fois qu'elle l'avait tenté, Rhapsody avait balayé ses tentatives en riant. Elle ne croyait pas en la magie, dans les esprits et encore moins dans les réincarnations.

 

- Et dire qu'elle avait été la plus grande sage de son temps..., murmura Tia pour elle-même, toujours aussi étonnée de l'écart entre celle qu'elle avait été et celle qu'elle était aujourd'hui.

 

La seule chose qu'elles avaient en commun était le sentiment de sérénité incroyable qu'elles dégageaient et la détermination sans faille dont elle faisait preuve pour avancer, sans s'attarder sur ce qu'il n'était pas possible de changer.

 

- Ce n'est pas grave, reprit-elle tout haut, tu es fatiguée, les choses s'arrangeront dans ce décor idyllique, crois-moi, sourit-elle encourageante.

 

Rhapsody sourit en retour et Tia vérifia ou se trouvait leurs enfants, soulagée qu'aucun d'entre eux n'aient assisté à cette scène surréaliste. Puis elle songea qu'elle allait devoir le dire à Lex et ses épaules s'affaissèrent de nouveau. Sa femme n'était plus aussi jalouse qu'avant certes, mais elle n'en restait pas moins redoutable et Tia craignait d'avance ce qui allait suivre ses révélations.

 

                                                                       ***

 

A leur arrivée à la maison, Sahel attendait de pied ferme sa fiancée. Len était présent aussi et lorsqu'il aperçut Gipsy, ses traits habituellement fermés s'éclairèrent légèrement et ses yeux se mirent à briller. La jeune fille se jeta dans ses bras et l'embrassa passionnément. A tel point que Lex toussa dans sa main pour leur signifier qu'ils n'étaient pas seuls.

 

Gipsy appela son frère et demanda à Len de leur indiquer leur chambre, consciente que sa meilleure amie n'avait pas besoin d'un public vu la situation délicate qui était la sienne. Les trois adultes durent penser la même chose car ils s'empressèrent d'entrer dans la maison en leur demandant néanmoins de ne pas trop tarder et de crier si besoin était.

 

- Sahel, fit David en le fusillant du regard.

 

- David, répondit le jeune homme.

 

Tous deux étaient couverts de bandages mais Sahel avait meilleure mine. David avait même quelques difficultés à marcher et en profitait pour s'appuyer sur Lara qui ne savait plus où se mettre entre ses deux prétendants.

 

- Sahel, tu pourrais emmener les bagages de David dans sa chambre et nous laisser seuls ? Je sais que c'est beaucoup te demander mais on doit discuter... je te promets de tout te dire après.

 

Sahel resta silencieux, conscient de ne pas avoir vraiment le choix et finit par acquiescer. Sans quitter David des yeux il s'approcha de Lara et l'embrassa en lui disant qu'il serait dans les parages si elle avait besoin de lui. Elle le remercia et il la quitta sur un je t'aime qu'elle lui rendit, ce qui mit David dans une humeur encore plus massacrante.

 

Il ne dit cependant rien et laissa Lara le conduire jusqu'à sa chambre, situé près du patio pour qu'il n'ait pas trop de chemin à faire s'il souhaitait prendre l'air ou se rendre à la cuisine. Une salle de bain attenante privée lui était réservée et la salle à manger était de l'autre côté du patio.

 

Lara aida son ami à s'allonger sur le lit et s'assit sur le siège à côté. Elle n'évita pas son regard alors qu'il la dévisageait durement. Une partie de son visage avait été brûlée et se retrouvait cachée par un bandage important. Sa jambe semblait avoir du mal à guérir et son bras avait subi beaucoup de chirurgie et devrait en subir beaucoup d'autres encore. Il devait souffrir le martyr et pourtant il ne se plaignait pas.

 

Malgré la présence des pansements, Lara le trouvait toujours aussi beau. Son magnétisme n'avait pas été amoindri et elle se troublait à chaque fois qu'il la regardait de son œil gris-vert. Elle s'en voulait terriblement de ne toujours pas être capable, après tout ce qui s'était passé entre eux, de bien comme de mal, de ne plus être si violemment attirée physiquement.

 

Elle soupira et déclara d'une petite voix, incertaine de sa réaction :

 

- Je suis désolée...

 

David ne dit rien et continua de la fixer. Après quelques minutes pesantes il lui fit signe de s'approcher. Elle se leva donc et le rejoignit, se penchant à sa demande. Il l'attrapa par l'arrière de la tête et l'embrassa. D'abord surprise, Lara ne réagit pas. Puis elle tenta de le repousser mais sa main se posa sur le pansement de son épaule et elle eut peur de lui faire mal. Alors elle attendit simplement qu'il en eut fini.

 

Du moins c'était le plan. Mais c'était David, elle frissonnait alors qu'il ne faisait que la regarder, alors ses lèvres sur les siennes et sa langue dans sa bouche ne pouvaient que l'embraser instantanément. Elle essaya d'y résister, mais ne put finalement que se laisser porter, comme toujours, par la vague irrépressible qui la balaya. Elle lui rendit son baiser et l'approfondit même, incapable de se rassasier de sa bouche, de sa chaleur et de tout ce qu'il déclenchait dans son corps.

 

Il finit par l'attirer sur lui et elle s'allongea, inconsciente de ce que cela pouvait avoir de douloureux pour lui. Ils s'embrassèrent durant de longues minutes, faisant monter une tension qu'ils désespéraient de faire retomber. Impatient, assoiffé, David fit glisser ses mains sous le t-shirt de Lara jusqu'à sa poitrine et commença à la caresser comme elle l'aimait. Elle quitta sa bouche le temps de gémir et il la fit basculer sur le dos, reprenant possession de sa bouche par la même occasion.

 

En la voyant avec Sahel plus tôt, David avait pris sa décision. Il ne la laisserait à personne. Elle était à lui, son âme-soeur pour la vie et peu importe leur passé, il lui pardonnait tout. Il avait compris après que Tia l'ait laissé avec les réponses à beaucoup de ses questions, que rien n'était tout noir ou tout blanc. Et peut-être quelque part que ce que Lara lui avait fait était juste. Il l'avait beaucoup fait souffrir lui aussi, n'avait jamais tenu vraiment compte de ses sentiments, même lorsqu'il avait cru avoir changé, il voulait la reconquérir sans tenir compte de ce qu'elle souhaitait, sûr de son droit sur elle.

 

Il l'avait bouleversée, rendue confuse alors qu'elle vivait une histoire heureuse avec Sahel, Len le lui avait dit. Mais il avait poursuivi son plan, parce qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et qu'il voulait qu'elle le comprenne.

 

Avant tout chose il aurait dû s'excuser, s'excuser vraiment. Non pas qu'il n'avait pas pensé ce qu'il lui avait dit mais ce n'était pas aussi réfléchi qu'il avait voulu lui faire croire. Il n'avait pas pris soin de ce que la vie lui avait fait comme cadeau. Une âme-sœur, c'était si précieux et si rare. Il l'avait rencontrée jeune et alors ? C'était encore plus précieux ! Il n'avait rien comprit et elle en avait payé le prix.

 

Ce qui était arrivé à Lara par la suite, il sentait quelque part que c'était en partie sa faute.

 

Peut-être qu'elle aimait Sahel pour de bon. Peut-être que Sahel saurait prendre soin d'elle et la rendre heureuse et oui, peut-être était-il encore égoïste à vouloir la récupérer sans tenir compte de son histoire avec Sahel. Mais il ne commettrait pas l'erreur de ne plus tenir compte d'elle et de ce qu'elle ressentait.

 

Il l'aimait à un point tel qu'il se serait ouvert les veines si elle le lui avait demandé. Il n'envisageait pas la vie sans elle et s'il l'embrassait sans rien lui avoir encore dit, s'il prenait possession de son corps comme il le faisait actuellement, c'était pour qu'elle aussi comprenne qu'elle avait besoin de lui, qu'elle l'aimait, qu'elle n'aimerait jamais plus personne comme lui, pas même Sahel.

 

Il fit passer son t-shirt par-dessus sa tête et reprit sa bouche en défaisant l'attache de son soutien-gorge.

 

Il se fichait de la douleur, il se fichait de la gêne, il suivrait toutes les rééducations et chirurgies du monde sans se plaindre pour récupérer ce qu'il avait été afin que jamais Lara ne se sente un jour peiné pour lui. Il était hors de question qu'elle le choisisse par pitié ou par culpabilité et il était hors de question qu'elle se sente coupable à chaque fois qu'elle le regarderait. Il ferait tout ce qu'il fallait pour que pas même une cicatrice ne subsiste car s'il était hors de question qu'elle se rappelle ce qu'elle lui avait fait en le regardant, il n'était pas plus question que lui la quitte pour son propre bien. Son amour serait toujours un peu égoïste et il l'acceptait. Il ferait de son mieux, mais il ne la quitterait pas. Jamais.

 

Il glissa de ses lèvres à son cou et jusqu'à sa poitrine. Dieu que c'était bon de pouvoir à nouveau la toucher comme ça ! Il avait eu tellement peur que cela n'arrive plus jamais !

 

Il défit son short et glissa la main dans sa culotte sans cesser de lécher ses seins. Elle se cambra, incapable de réprimer les frissons qui explosaient partout en elle. Alors qu'il introduisait un doigt, elle gémit violemment et l'attrapa par la nuque pour l'embrasser passionnément. Elle voulait plus, songea-t-elle fébrile en tâtonnant à la recherche du bouton de son pantalon. Elle le défit et repoussa le vêtement. Il se tortilla, ignorant les éclairs de douleurs qui éclataient se faisant et se libéra de son pantalon.

 

Il l'aida ensuite à retirer son short et sa culotte et s'allongea entre ses jambes, impatient. Ils s'embrassèrent de nouveau alors qu'il frottait son bassin contre le sien. D'une main il sortit son sexe et le poussa vers la fente de celui de Lara.

 

Un coup soudain à la porte et la voix de Sahel qui demandait si tout allait bien, les figèrent. Après quelques secondes, Lara retrouva sa voix et répondit, calmement, donnant un change suffisant pour le rassurer. Ils entendirent ses pas s'éloigner et David voulu reprendre où ils en étaient mais Lara était refroidie. Que faisait-elle ? Elle était fiancée à Sahel !

 

Bien sûr aucun d'entre eux n'avait jamais été à cheval sur la fidélité mais les choses avaient changé. Même si rien n'avait été réellement dit à haute voix, tous deux s'attendaient à de la monogamie dans ce mariage. Elle fixa David et s'apprêtait à lui signifier son refus de poursuivre mais elle le sentit pousser. Sentant le vent tourner, il n'avait pas voulu lui laisser le temps de se dégonfler.

 

Elle aurait pu encore tout arrêter, elle le savait, mais il n'était pas le seul à avoir cru que jamais plus cela n’arriverait. Elle avait rêvé de lui tant de nuits qu'elle préféra oublier le reste et profiter de cet instant. Aussi avide de l'autre que des assoiffés, leur union fut brève mais violente. Le plaisir fut intense et brutal. Lorsqu'ils recouvrèrent leur esprit et leur souffle, David se redressa sur les coudes, réprimant une grimace et plongea son regard dans le sien.

 

- Tu peux te mentir tant que tu veux et utiliser Sahel autant que tu en auras besoin pour te cacher mais tu sais comme moi que nous sommes faits l'un pour l'autre. Personne ne te comprendra ni ne t'aimera comme je t'aime et je sais que personne ne m'aimera et me comprendra comme toi. Notre amour est explosif mais indestructible, ce ne sera jamais un amour reposant même si je ferai de mon mieux pour t'offrir ça. Je pense de toute façon sincèrement que le véritable amour ne peut pas être reposant. Regarde tes mères, il n'y a rien de reposant dans leur façon de s'aimer. Mais pour rien au monde elles ne souhaiteraient quelqu'un d'autre pas vrai ? Parce qu'elles savent qu'elles sont des âmes-sœurs. Tu es mon âme-sœur Lara et je te le prouverai tous les jours s'il le faut. On se mariera mais pas maintenant. Ce serait mettre un frein à ta carrière parce que lorsqu'on se marie on fait passer le couple en premier, je l'ai compris finalement. Et on est trop jeune pour ça et tu as une carrière de Jockey à construire, tu n'as pas le temps de te marier. Tu sais que j'ai raison, même si tu ne quittais pas Sahel pour moi, tu sais que te marier avec lui n'est pas la bonne chose à faire. Pas maintenant en tout cas.

 

Lara écouta son discours sans l'interrompre, de plus en plus confuse à mesure qu'il parlait. Elle le voyait faire des efforts pour ne pas montrer qu'il souffrait et elle prenait conscience de combien il avait dû avoir mal pendant leurs ébats. Elle prit alors la mesure de son amour, de ce qu'il cherchait à faire en lui faisant l'amour ainsi. Il avait souhaité lui faire passer un message. Elle ne comprenait pas encore lequel, mais y réfléchirait. Elle ne regrettait pas de lui avoir cédé, il avait raison, elle l'aimait. Beaucoup. Beaucoup trop.

 

Mais Sahel n'était pas rien pour elle. Il était bon avec elle, il l'aimait peut-être aussi férocement que David et il l'avait sauvée. Physiquement il la faisait autant réagir que David. Plus avec ses mains qu'avec ses yeux mais l'effet était le même. Et elle l'aimait. Vraiment. Elle avait confiance en lui alors qu'elle ne parvenait pas à avoir confiance en David. L'ironie aurait voulu que ce soit lui qui n'ait pas confiance en elle pourtant. Mais c'était plus fort qu'elle, elle avait tellement souffert avec lui qu'elle n'osait plus lui laisser son cœur. Et sans la confiance une histoire d'amour n'avait aucune chance.

 

Peut-être que se marier avec Sahel était trop tôt en effet, mais le quitter ? Pour David ? Elle ne pouvait pas. Son amour pour Sahel était différent. Parfois elle le trouvait même assez étrange, leur relation était étrange. Infidèle de façon presque chronique l’un envers l’autre, ils étaient jaloux mais se pardonnaient systématiquement. Quelque chose qu'elle était pourtant incapable de faire avec David. Pourquoi le pouvait-elle avec Sahel ? Pourquoi ce qui avait détruit son couple avec David était presque le ciment de celui qu'elle avait construit avec Sahel ?

 

- Je suis désolée, répondit-elle finalement. Je ne peux pas quitter Sahel... je l'aime... je suis désolée...

 

- Mais tu m'aimes aussi !

 

Lara hésita puis se souvient des mots de sa mère et elle acquiesça.

 

- Oui, je t'aime aussi.

 

- Plus que lui ! Affirma-t-il, du moins c'est ce qu'il souhaita, mais l'incertitude finit sa phrase et elle décela une fragilité qu'elle ne lui connaissait pas.

 

Touchée elle porta la main à sa joue et le fit basculer sur le dos pour qu'il repose ses muscles et cesse de malmener des blessures qui devaient guérir.

 

- Je ne sais pas. Ma relation avec Sahel est très étrange et je lui pardonne des choses que je suis incapable de te pardonner...

 

- Mais tu l'as trompé avec moi, ça signifie forcément quelque chose ! Fit-il en pinçant les lèvres.

 

- On passe notre temps à se tromper l'un l'autre et à se pardonner...

 

Stupéfait, il la fixa sans rien dire.

 

- Je te l'ai dit, notre relation est très étrange... mais David, j'ai confiance en lui.

 

- Et pas en moi, comprit-il en se refermant, en colère. Alors même qu'il te trompe ! Ça n'a absolument aucun sens !

 

- Je sais..., répondit-elle malheureuse. Je le sais bien. Mais ça ne change pourtant pas les faits.

 

Elle glissa au bas du lit et entreprit de se rhabiller. Elle l'aida ensuite à faire de même et se rassit dans le fauteuil à côté de lui.

 

- Pourquoi m'as-tu brûlé ? Demanda-t-il après plusieurs minutes de silence. Tu m'en voulais tant que ça ?

 

- Je... je ne sais...

 

Elle soupira et se mordit la lèvre. Elle inspira profondément et osa enfin se faire face.

 

- Oui. Je t'en voulais tant que je te haïssais. Je t'aimais en même temps sans espoir de pouvoir te pardonner un jour et cela me déchirait intérieurement. Et cela ne cessait d'alimenter ma haine envers toi. Je sais que ma mère t'a parlé d’Ashee et du sort qu'elle a lancé sur Len et moi pour nous inciter à n'écouter que nos mauvaises pensées...

 

Il hocha la tête et elle poursuivit :

 

- Mais ça n'enlève rien à ma faute. Ces pensées étaient les miennes. Tout ça était en moi avant même qu'Ashee apparaisse.

 

- Tu n'aurais jamais fait ça si elle n'avait pas été là.

 

Lara hésita mais convint qu'en effet, elle n'aurait probablement jamais été capable de passer à l'acte. Mais cela ne changeait rien et elle le lui dit.

 

- C'est arrivé. Spéculer sur ce qui aurait été ne changera rien au présent. Je suis coupable. J'ai voulu te faire du mal et j'ai été heureuse de te voir souffrir.

 

A ses mots David ferma les yeux, frissonnant alors que l'image qu'il refoulait surgissait soudain. Oui, elle avait aimé ça, il s'en souvenait et cela l'avait choqué au-delà de l'acceptable. Lara s'en aperçut et s'en voulut. Serrant les poings elle ne put retenir les larmes qui débordèrent.

 

- Je suis vraiment désolée...

 

- Moi aussi, dit-il, la surprenant après lui avoir pris la main. Je t'ai fait du mal et faire comme si ce que tu m'avais fait était pire ne serait pas correct. C'est parce que tu souffrais au-delà du supportable que tu as commis un acte que tu ne peux même pas te pardonner. Je suis aussi coupable que toi de cette situation et j'en suis vraiment désolé...

 

C'était la première fois qu'elle voyait David pleurer et cela la bouleversa. Elle ne savait pas comment, après tout cela, ils pourraient s'en sortir. Leur relation était forcément détruite à jamais. Comment se relever après avoir porté de tels coups, causant des conséquences si profondes qu’elle les avait tous deux traumatisés ? Comment cela pourrait-il même être sain de poursuivre une telle relation ?

 

Conscient tous deux de l'état précaire et incroyablement fragile de leur relation, ils ne dirent plus un mot, laissant leur tristesse se tarire lentement mais refusant de lâcher la main que chacun tenait avec un désespoir mêlé d'espoir.

 

Chapitre 9 :

 

 

Quelques jours plus tard, Tia avait comme prévu emmené Lex pour une soirée romantique afin de fêter leur rencontre. A leur plus grande surprise à toutes les deux, Lex avait complètement oublié celui-ci et fut donc particulièrement touchée que Tia ne l'ait pas fait, malgré tous les derniers événements survenus. Tia avait fait semblant d'être vexée et Lex avait passé la soirée à tenter de se faire pardonner avant de comprendre que sa chère et tendre épouse se moquait d'elle.

 

Elles étaient présentement en train de faire une promenade dans un quartier aussi charmant qu'ancien et Lex ignorait les regards surpris lorsqu'ils les croisaient, elle suspendue au bras de sa splendide amazone de femme. Elle avait presque oublié combien la Grèce était en retard concernant l'acceptation des couples homosexuels, ce qui était un comble étant donné leur histoire...

 

Cela ne la dérangeait plus comme au début, elle s'était fait une raison. Elle se sentait malgré tout chez elle dans ce pays et savait qu'il n'y avait aucune réelle méchanceté derrière ces regards. Juste de la surprise et une certaine incompréhension. Avec le temps, cela passerait.

 

Alors qu'elle entrait dans un parc, pour la énième fois de la soirée Lex entendit un sujet de conversation en passant à côté d'inconnus qui la contraria.

 

- Pourquoi tout le monde parle de ce justicier ? Fit-elle en se tournant vers sa femme. Et comment fait-il pour ne jamais se faire prendre ? Et d'ailleurs pourquoi fait-il tout ça ?

 

Surprise Tia haussa une épaule, un peu gênée. Elle était bien incapable de dire pourquoi soudain elle utilisait ses compétences de mercenaire dans le but de jouer les héroïnes locales. C'était plus fort qu'elle. Chaque nuit, elle sortait en douce et traquait les criminels en tout genre. Elle aimait la sensation que cela lui procurait et elle aimait savoir qu'aujourd'hui encore, même si c'était à sa petite échelle, elle avait contribué à rendre le monde meilleur.

 

Elle ne savait pas non plus pourquoi elle ne parvenait pas à en parler à Lex. Du moins jusque-là. Voyant sa réaction elle comprit que son instinct avait dû le sentir. Lex n'approuvait pas les actions de ce type apparemment. Partageait-elle l'avis de Trinity ?

 

- Pourquoi cela te contrarie-t-il autant ?

 

Lex fixa le sol du regard, irritée.

 

- Je ne sais pas. Peut-être que je trouve ça dangereux.

 

- Tu penses comme Trinity alors.

 

- Je ne sais pas. Linya pense un peu comme ça aussi. On en a discuté ce matin et... je crois que oui, mais je pense aussi que je suis un peu jalouse...

 

- Jalouse ? Comment ça ?

 

- Eh bien, il fut un temps ou toi et moi, en tant que Xena et Gabrielle on faisait ça aussi... aujourd'hui ça n'est plus possible et quelque part je le regrette je crois...

 

- Pourquoi ça ne serait plus possible ? Demanda Tia intriguée.

 

- Parce que Trinity a raison. Ce genre de justice, hors encadrement, c'est la porte ouverte aux débordements en tout genre. Du reste à l'époque les combats étaient à l'épée et les risques de dommages collatéraux étaient réduits. Avec les armes à feux et tout ce qui existe de nos jours, c'est juste impossible d'agir sans danger. Et puis si à l'époque ce genre de justice était nécessaire, c'est parce qu'il n'existait pas de police. Les gens étaient obligés de se défendre eux-mêmes. On était les bienvenues.

 

Lex releva la tête et plongea son regard dans celui de sa femme.

 

- Aujourd'hui, on serait certes accueillies avec bienveillance par certains, mais pour la plupart des gens, on serait des criminelles, des rebelles qui se croit meilleures que tout le monde.

 

- Tu ne te poses pas les bonnes questions, releva Tia en fixant l'horizon.

 

- Parce qu'il y a une bonne question ?

 

Tia eut un mince sourire en coin avant de répondre :

 

- Il y a toujours une bonne question. A toi de trouver laquelle.

 

- Et tu ne comptes pas me donner la réponse ?

 

La grande femme secoua la tête.

 

- Tu es une bonne mercenaire, une bonne épouse, une femme d'exception mais parfois tu manques de réflexion et cela affecte tous ces bons aspects de toi.

 

Lex fronça les sourcils.

 

- Autrement dit, tu veux que je trouve la réponse ou plutôt la question par moi-même.

 

Tia hocha la tête.

 

- Pour que je m'améliore.

 

Nouveau hochement de tête.

 

- C'est un peu vexant d'être traitée avec tant de condescendance, remarqua la petite femme un peu vexée. Si tu n'avais pas raison, je t'aurais sûrement engueulée.

 

- Si tu reconnais que j'ai raison, c'est que ce n'est pas de la condescendance. Tu es juste vexée parce que tu ne l'as pas remarqué toi-même et que tu détestes qu'on te montre tes défauts.

 

Lex fit la moue puis évacua la question et retrouva le sourire.

 

- Ce soir, c'est l'anniversaire de notre rencontre, oublions ces histoires et terminons cette soirée en beauté, suggéra-t-elle avant d'entraîner sa femme derrière un bosquet particulièrement touffu, j'ai quelques idées à ce sujet que j'aimerais t'exposer...

 

Tia éclata de rire et se laissa entraîner, ravie.

 

                                                                       ***

 

Le lendemain matin, Marie se réveilla en s'étirant avec un manque de grâce et de discrétion qui, à coup sûr allait lui attirer les moqueries de Maïssa. Elle se retourna sur le côté et posa les mains sous sa joue, souriant avec une joie non dissimulée. Cette nuit, cela avait été la première fois que Maïssa avait accepté de dormir avec elle.

 

Marie avait passé des mois à tenter de l'amadouer et la convaincre que ses parents n'y verraient aucun inconvénient. Très ouverts d'esprit, ils avaient compris très tôt que leur fille aînée était un esprit libre qui n'acceptait pas les carcans imposés par la société. Eux-mêmes étant des personnalités en vue, ils ne pouvaient se permettre de trancher trop violemment avec ce qu'on attendait d'eux. Cela leur était égal de devoir céder ainsi face à la société car ils possédaient une chose qui rendait leur vie magnifique. C'était l'amour. Ils s'aimaient d'un amour profond et solide et souhaitaient la même chose pour leurs quatre enfants.

 

Marie leur avait avoué l'année de ses 12 ans, qu'elle, c'était les filles qu'elle aimait et qu'elle était désolée si cela les décevait mais qu'elle ne se marierait donc jamais. Un peu déconcertés au premier abord, ils avaient vite décidé que pour le bien de leur fille, ils devaient l'accepter ainsi. Aussi lorsque le jour de ses 14 ans elle avait eu le coup de foudre pour la fille de leur nouvel employé, l'avait-elle aussitôt dit à ses parents.

 

Cela faisait trois ans maintenant.

 

Elle avait mis près d'un an à faire de Maïssa, la belle, gracieuse et intelligente Maïssa, son amie. Une autre année avait été nécessaire pour la faire succomber à son charme. Et cette année, l'année de ses quinze ans, avait été la plus belle de toute. Maïssa avait accepté de lui laisser une chance. Pourtant elle n'était pas portée sur les filles mais face à son harcèlement déterminé elle n’avait pu que céder et cela s'était, à leur plus grande surprise à toutes les deux, terminé par un baiser. Qui avait plu à Maïssa.

 

Depuis six mois maintenant, elles sortaient ensemble. Et après des mois à la travailler au corps, elle avait réussi à la convaincre de passer la nuit avec elle. Et quelle nuit !! Ça avait été magique, mieux encore que ce qu'elle avait imaginé !

 

Maïssa était géniale, la meilleure petite amie du monde et elle souhaitait plus que tout se marier avec elle ! Bien sûr c'était impossible mais elle espérait quand même quelque chose d'approchant.

 

Dans trois jours, en cette année 1755, elle, Marie De Magourdin, aurait 16 ans. Et ce jour-là, elle demanderait à Maïssa de devenir sa fiancée ou de se lier à elle de façon aussi sérieuse qu'une promesse de fiançailles. Elle se rapprocha de sa petite amie et l'embrassa sur la bouche. Un tout petit baiser qu'elle fit suivre d'un frottement de son nez contre le sien. Cela suffit à réveiller son amie, qui ouvrit un œil et mit une main devant sa bouche pour bailler. Cela fit sourire Marie. Maïssa était élégante en toute circonstance. A les regarder, si ce n'avait été la couleur de peau basanée de Maïssa, on aurait pu croire que c'était elle Marie, l'esclave et Maïssa la fille des Maîtres.

 

Ses parents n'aimaient pas le terme, comme elle, et payait leur esclave, bien qu'ils doivent prétendre le contraire. Leurs esclaves les aimaient et les croyaient lorsqu'ils disaient qu'ils n'y avaient pas de différences de statut entre eux, mais les choses étaient malgré tout différentes. Maïssa ne cessait de rappeler cette différence de statut à Marie. Elle allait donc probablement décliner sa proposition mais Marie s'y attendait et ferait comme à son habitude, elle la harcèlerait jusqu'à ce qu'elle cède. Si Maïssa refusait pour une autre raison, comme de ne pas assez l'aimer, alors elle accepterait son refus. Mais elle en doutait. Maïssa l'aimait autant qu'elle.

 

- Salut, marmonna sa petite-amie mal réveillée.

 

Marie se pencha et l'embrassa de nouveau, mettant un peu plus de conviction dans celui-ci. Maïssa la repoussa d'abord en la fusillant du regard avant d'accepter ses assauts tout sauf patients.

 

- Tu pourrais au moins me laisser le temps de me réveiller, fit celle-ci une fois libérée de ses lèvres, tu sais que je déteste qu'on me saute dessus le matin.

 

- Mais si c'est moi, c'est différent, rétorqua tranquillement sa petite amie.

 

Maïssa la dévisagea et soupira, résignée. Marie était si adorable dans ses certitudes. Et son amour pour elle la troublait tellement qu'elle ne pouvait rester longtemps en colère. Elle l'attira donc dans ses bras, résolue à profiter de ce premier matin avec sa belle petite amie et regarda les rayons du soleil jouer dans ses cheveux blonds comme les blés.

 

- Je t'aime, murmura Linya en passant une main dans sa chevelure.

 

Puis Linya fronça les sourcils. En face d'elle se trouvait Lex et non Marie et elle-même... n'était pas Maïssa. Du moins plus.

 

- Heu..., fit-elle confuse.

 

- Heu..., lui répondit sa meilleure amie, pourquoi je suis dans ton lit ?

 

- Heu..., fit une voix tendue depuis le pas de la porte, probablement pour la même raison que je me suis réveillée dans celui de Rhapsody.

 

Lex fit volte-face et découvrit sa femme, à peine couverte d'un t-shirt trop grand et qui les fixait d'un air mécontent.

 

- Nos vies passées on prit le dessus.

 

- Oh... c'est un peu... gênant, fit Lex en se laissant tomber sur le dos. J'étais... Marie dans cette vie-là. Marie... oui, je me souviens. J'étais la fille aînée d'une famille de planteur. On était très riche et on régnait sur une bonne partie de la région. On avait beaucoup d'esclaves, mais on les traitait bien et... oh, fit-elle en souriant, en se retournant vers Linya, j'étais folle amoureuse de Maïssa, ma première petite amie. Toi. Je pensais même à te demander en mariage malgré notre situation compliquée.

 

Elle se tourna vers sa femme actuelle.

 

- Elle était une esclave aussi mais je ne la considérais pas comme ça bien sûr. Mais elle n'arrêtait pas de me rappeler notre différence de statut, ce qui était énervant au possible. Heureusement j'arrivais toujours à mes fins avec elle, ajouta-t-elle d'un air suffisant, il me suffisait de la harceler.

 

Linya posa sa tête sur sa main, en appui sur son coude et la fixa en levant un sourcil.

 

- Ca n'a pas trop changé...

 

Lex gloussa, parfaitement d'accord. Puis elle fronça les sourcils.

 

- Attends une minute, tu as dormi avec Rhapsody ??? Répéta-t-elle en se levant d'un bond.

 

Tia grimaça avant de la fusiller du regard.

 

- Et toi avec Linya.

 

Lex s'apprêtait à lui dire de ne pas changer de sujet quand la question la frappa. Elle se tourna vers son amie, incertaine.

 

- On l'a fait ? Ca me contrarierait de voir un fantasme se réaliser sans m'en rappeler...

 

- C'est tout ce qui te contrarierait ? Relevèrent Tia et Linya en chœur et toutes deux fort agacées.

 

Lex réfléchit un moment.

 

- Oui, répondit-elle finalement en haussant les épaules. Je n'y suis pour rien si les choses se mélangent donc je ne me sens pas coupable. Et toi ? Fit-elle à l'attention de sa femme.

 

Tia ouvrit la bouche, réfléchit et admit qu'elle non plus. Soupirant, elle croisa les bras et s'appuya contre le chambranle.

 

- Mais ça n'empêche pas que je déteste t'imaginer avec Rhapsody, reprit Lex en plissant les yeux. Alors tu l'as fait ?

 

- Je crois oui. Et toi et Linya ?

 

Lex se retourna vers sa meilleure amie, énervée par la réponse de sa femme, et fixa Linya un moment. Elle revint ensuite à Tia et répondit :

 

- Oui.

 

- Tu en es sûre ?

 

- Certains signes ne trompent pas. Mon corps... je sais comment il est après une nuit d'amour et certaines choses sur Linya me font penser qu'elle aussi a passé une « bonne » nuit.

 

- Super, fit Tia d'un ton plat. Vraiment génial.

 

- J'aurais bien aimé m'en souvenir, marmonna Lex pour elle-même.

 

- Et moi j'aurais aimé que ça n'arrive pas, fit Linya en arrivant à sa hauteur. Je vais en entendre parler pendant des années maintenant.

 

Lex la fixa et hocha la tête, gravement. Il fallait absolument qu'elle s'en souvienne. Linya leva les yeux au ciel comprenant parfaitement à quoi elle pensait.

 

- Je ne suis pas sortie de l'auberge..., marmonna-t-elle pour elle-même.

 

- Et moi ? Fit Tia. Je m'en sors comment avec Rhapsody ? Comme tu dis, il y a certains signes qui ne trompent pas et elle paraissait assez perdue quand je suis partie.

 

- Bah, elle aurait peut-être refoulé comme d'habitude, releva Lex.

 

- Il ne s'agit pas d'un baiser cette fois mon amour. Et vu les marques que j'ai laissées sur son corps, il y a peu de chance qu'elle ne comprenne pas ou ne se pose pas de question.

 

- Je croyais que tu n'étais pas sûre ? Fit Lex soudain irritée. Mais si tu as laissé des marques si évidentes il y a peu de place pour le doute.

 

- Je voulais éviter ça, fit Tia en la fusillant des yeux devant son accès de mauvaise humeur. Mais vu que tu t'es bien amusée cette nuit avec ta meilleure amie, dont tu me rabâches combien elle t'a manqué et comment tu l'aimes depuis que tu es revenue, je ne vois pas pourquoi je prendrais des pincettes.

 

- Tu es jalouse ! S'exclama Linya stupéfaite. De moi ?!

 

L'absurdité de la situation la frappa et Linya éclata de rire.

 

- C'est complètement ridicule. Tout ceci est ridicule. Ok, mes amours, fit-elle après de longues minutes de fou rire, vous allez toutes les deux vous calmer et préparer vos bagages pour le voyage jusqu'au Temple d'Aphrodite. Parce qu'il est hors de question qu'un autre truc de ce genre arrive encore.

 

- Mes amours ? Murmura Lex en rougissant. Vraiment ?

 

- Oh Dieu Lex tu es encore sous le coup des émotions de Marie ? Ce n'est pas la première fois que je t'appelle ainsi, même si c'est plutôt l'apanage de Tia depuis quelques années.

 

Elle se tourna ensuite vers la grande femme.

 

- Désolée, ça m'a échappé, je sais bien que tu n'es plus mon amour. La force de l'habitude.

 

Puis elle revint à Lex.

 

- Ca n'arrivera plus, désolée. 

 

Lex lui prit la main.

 

- Ca n'est pas grave. J'aimerais bien parfois que les choses reviennent à l'époque où on était un trio. Les choses étaient simples et...

 

- On a jamais été un trio Lex, la coupa Linya blasée. C'était une idée de mes parents. Une idée erronée.

 

- Oui mais j'aimais bien quand même.

 

- Donc ce que tu essais de dire, de façon aussi tordue qu'à ton habitude, c'est que ça ne te gêne pas que j'appelle ta femme, mon amour ?

 

- Je n'aimerais pas que ça arrive tous les jours, mais tant que tu m'associes à elle, non.

 

Linya inspira profondément et expira.

 

- Parfois, ou même juste une fois, j'aimerais avoir une amie normale, qui piquerait une crise quand je fais quelque chose d'un peu limite. Ça m'aiderait beaucoup justement à ne pas dépasser les limites.

 

- Est-ce que c'est ta façon tordue de me dire que je ne suis pas une bonne amie ?

 

- Non, que tu es trop indulgente avec moi.

 

- Et toi avec moi. Faut-il que je te rappelle tous mes caprices, rétorqua Lex.

 

- Oh, surtout pas !

 

- On se vaut bien quoi.

 

Linya grimaça, bien obligée d'acquiescer.

 

- Et moi dans tout ça ? Fit Tia, vexée d'être laissée de côté.

 

- Toi, tu es la raison pour laquelle on est justement en train d'argumenter, alors fais-toi petite mon amour, répondit Lex avec un regard assassin.

 

La grande femme la fixa d'un air circonspect avant qu'un sourire ne se dessine sur son visage. L'air hautement satisfaite, Tia fit demi-tour en lâchant :

 

- Mais je le vaux bien, non ? Une perfection comme moi, il n'y en a pas à tous les coins de rue.

 

- On jurerait entendre Enyalios, marmonna Linya en se demandant, un peu gênée et inquiète, s'il avait été témoin de quelque chose la veille.

 

                                                                       ***

 

Lara soupira en fixant Sahel. Son fiancé faisait les cent pas depuis près de dix minutes, les mains dans le dos et le visage fermé. Elle ne savait pas ce qu'il avait ce matin mais cela le préoccupait beaucoup. Elle jeta un œil par la fenêtre, regrettant que ses mères soient parties quelques jours plus tôt. Certes, elle avait passé le plus difficile avec David et mit les choses au clair avec Sahel mais le réconfort de leur présence sur lequel elle avait commencé à s'appuyer ces derniers jours, étaient difficile à palier.

 

Habituellement elle se serait tournée vers Len, mais son frère n'avait pas fait le même chemin qu'elle et refusait de laisser entrer leurs mères dans son débat interne. Elle ressentait sa solitude mais était incapable de l'aider à en sortir. Elle ne comprenait même pas d'où elle provenait.

 

Au dehors, elle vit passer Lizzie avec une de ses petites sœurs dans les bras. Sa plus jeune cousine était arrivée la veille. Sa petite-amie avait des examens à préparer, Lara se demandait bien quels examens on préparait en été, et avait demandé à Lizzie de rentrer chez elle. Lizzie était plus vivante et joyeuse que lorsqu'elle sortait avec Tamara, mais un je ne sais quoi dans son attitude laissait entendre que les choses n'étaient peut-être pas aussi bonnes que l'on pouvait le croire.

 

Elle vit Lizzie rejoindre Linya, chacune jouant avec une des jumelles et se demanda si elle pourrait les rejoindre. Elle avait passé peu de temps avec ses petites sœurs depuis son retour et se sentait un peu coupable de les avoir délaissées ainsi. Mais pour pouvoir les rejoindre, il faudrait que Sahel se décide à parler.

 

Revenant à son fiancé elle décida qu'il était temps qu'il parle et se leva pour le rejoindre. Elle posa une main sur un de ses bras alors qu'il passait devant elle et attendit qu'il lève les yeux pour parler.

 

- Qu'est-ce qui t'arrive Sahel ? Si tu as quelque chose à dire, dis-le. S'il y a une chose que j'ai bien retenue ces derniers mois c'est que garder ce qui nous dérange pour nous n'est pas une solution. Je suis ta fiancée, alors parle-moi s'il te plaît...

 

Sahel la fixa quelques instants mais ne parvint pas à se résoudre à dire ce qu'il avait sur le cœur. Il détourna les yeux, ennuyé par sa lâcheté et Lara réessaya :

 

- Est-ce que c'est... David ? Je... je sais que ce que j'ai fait était mal...

 

Il lui retourna un regard farouche qui la cloua sur place.

 

- Ce n'est pas David, finit-il pas dire. Pas directement en tout cas.

 

- Qu'est-ce que tu veux dire par, pas directement ?

 

Sahel soupira et ses épaules tombèrent. Il lui jeta un regard en coin, presque timide.

 

- Tu as été honnête avec moi. Ca ne devait pas être facile étant donné... disons que les choses ont changé entre nous. C'est devenu plus sérieux et même si on n'a rien précisé tu devais bien te douter que si je te demandais de m'épouser, ça signifiait que tu ne pouvais pas retourner vers ton ex...

 

- Oui, je sais... je... je t'ai trompé et...

 

- Ce n'est pas ça... la monogamie ne fait pas vraiment partie des mœurs de ma Tribu, tromper c'est une notion vraiment occidentale. Je ne considère pas que tu m'ais trompé. Enfin pas si cela n'implique que le physique. Mais avec David...

 

- Alors pourquoi tu semblais si jaloux quand je le faisais ? S'étonna-t-elle en le coupant.

 

Sahel pinça les lèvres.

 

- Ce n'est pas parce que c'est dans les mœurs de ma Tribu que cela me plaît de savoir que tu as été aussi intime avec d'autres que moi.

 

- Oh... oui, bien sûr...

 

Sahel était vraiment différent de autres garçons. Aussi bizarre que cela soit, sa confession un peu tordue la toucha et renforça les sentiments qu'elle avait pour lui.

 

- Ce que j'essaie de te dire c'est que si le physique c'est toléré, la coucherie lorsqu'elle implique des sentiments, ça, c'est tromper. Dis-moi que tu ne l'aimes plus, exigea-t-il soudain. Non attends je m'égare... Ce n'est pas là où je voulais en venir même si j'aurais besoin qu'on revienne dessus plus tard.

 

Il inspira profondément pour se donner le temps d'organiser ses idées et se calmer un peu. Evoquer David et sa constante demande d'attention envers SA fiancée l'énervait au plus haut point.

 

- Tu savais qu'en retournant vers lui, tu faisais quelque chose qui risquait de mettre notre couple en danger, déclara-t-il finalement. Bon pas pour les bonnes raisons, apparemment on s'est mal compris sur certains points mais peu importe. Tu le savais et tu m'as quand même tout dit... j'ai trouvé ça très courageux de ta part. D'autant plus que j'ai moi-même quelque chose à t'avouer mais que je n'y arrive pas... je...

 

Il secoua la tête.

 

- Je ne suis pas aussi courageux que toi...

 

Lara lui prit la main et l'obligea à la regarder.

 

- Tu as failli mourir pour moi. Tu t'es levé contre Ashee pour moi. Tu es courageux, le plus courageux de tous les hommes que je connaisse. Tu es un héros... je pensais que tu le savais.

 

Sahel détourna les yeux, incapable de la regarder en face et lâcha tout d'un coup :

 

- C'est ça le problème. Je ne suis pas un héros. Oui, je me suis retourné contre Ashee pour toi mais à la base tu n'aurais pas été dans cette position sans moi ! Tu crois que j'ignorais ce qu'elle manigançait ?? C'était ma chef ! Pourquoi penses-tu que j'ai été amené en Amérique avec elle ?? Je devais m'infiltrer auprès de toi et Len et découvrir vos points faibles. Je l'ai aidée à jeter ce sort sur toi et ton frère, je t'ai manipulée du début à la fin pour que tu prennes les mauvaises décisions. Même quand j'avais des doutes, je n'ai pas hésité à te pousser dans le mauvais sens !

 

Sous le choc, Lara recula. Ca n'avait pas de sens ce qu'il disait... Elle le fixa et les larmes montèrent. Bien sûr que ça avait du sens. Elle aurait pu même arriver à cette conclusion par elle-même si elle avait un tant soit peu réfléchi. Mais elle avait préféré se voiler la face... elle avait eu trop besoin de lui et après la blessure que David avait ouverte, elle avait refusé d'en subir une autre.

 

Elle ferma les yeux et les larmes roulèrent en silence sur ses joues. Elle lâcha sa main et avala, tant bien que mal, la boule qui lui obstruait la gorge.

 

- Lara..., je suis désolée... lorsque j'ai compris que je t'aimais, il était déjà trop tard. Je pensais qu'on pourrait s'unir dans ma Tribu et que je changerais les choses petit à petit pour toi. Je pensais que j'aurais le temps... mais Ashee... je ne sais pas pourquoi, a changé d'avis. Et alors je n'ai plus eu le choix. En fait je n'ai même pas réfléchi, j'ai juste réagi. Je ne pouvais pas la laisser te tuer.

 

- Donc si elle n'avait pas brusquement changé d'avis, tu l'aurais laissée mettre cette chose... ce démon à ma place ??

 

- Ca ne devait pas se passer ainsi ! protesta-t-il. Et tu étais d'accord je te rappelle ! Ça aurait été toi pendant longtemps encore. Presque...

 

- Presque oui, répondit-elle hargneuse, et au final j'aurais disparu ! Et tu aurais laissé faire !

 

- Je ne sais pas, d'accord ! J'avais des doutes et j'étais perdu ! Je ne savais pas quoi faire ! Je te rappelle que j'ai grandi dans cette Tribu avec ces idées ! Mon père a donné sa vie comme si c'était normal, pour cet objectif ! Aller contre sa volonté c'était le perdre une nouvelle fois ! Et avant moi, personne n'avait eu l'honneur si jeune d'être choisi par Ashee comme Lieutenant ! Personne dans ma Tribu, aucun adulte, ne remettait en cause ce qui se passait. Comment je pouvais savoir que c'était si foncièrement mal ?! Pour moi c'était la norme et c'était le reste du monde qui se trompait !

 

- Et tu le penses toujours ? Demanda-t-elle en colère. Tu le penses toujours que ses idées étaient bonnes ?!

 

- J'en sais rien ! Je pense pas non, mais j'ai pas vraiment eu le temps de me pencher sur ce que je croyais vraiment ! Je ne me sens à ma place nulle part ! Tu es la seule personne à qui je pouvais me raccrocher, je... j'avais peur de te perdre en te disant tout. Je... je sais pas ce que je crois... je sais pas ce que je veux... je sais juste que je t'aime et que j'ai besoin de toi, termina-t-il en se mettant à pleurer.

 

Il était si perdu ! Il ne savait pas vers qui se tourner, à qui faire confiance, il n'avait pas vraiment de notion du bien et du mal de façon certaine. Les occidentaux disaient que tuer étaient mal quelles que soient les circonstances, pourtant ils étaient les premiers à partir en guerre. En quoi c'était différent de ce que sa Tribu et lui avait fait ?? Dans sa Tribu, c'était ne pas agir pour le bien de sa Tribu quand on en avait la possibilité qui était un crime. Et étendre leur pouvoir sur les autres Tribus du Désert allait forcément être bon pour la leur. Cela allait mettre fin aux guerres et leur donner suffisamment de poids face au reste du continent pour qu'on cesse de les obliger à vagabonder en les traquant. Les plans d’Ashee dans ce contexte étaient forcément bons. Alors peut-être qu'elle avait manipulé leurs esprits afin de leur faire accepter ses méthodes plus rapidement, mais cela ne changeait rien. Au final, même sans cela, ils l'auraient suivie.

 

- Je n'ai jamais pensé que je faisais quelque chose de mal... j'obéissais à mon chef et je travaillais pour le bien des miens, en quoi était-ce mal ? Mais te voir souffrir... et lutter contre cette nature qui ne t'étais pas familière... j'ai commencé à me poser des questions. Mais pas suffisamment, je ne voulais pas je crois, ou peut-être était-ce une manipulation d’Ashee, je n'en sais rien... tout ce que je sais c’est ce que j'ai fini par tomber amoureux de toi et envisager les choses différemment. Mais c'est arrivé trop tard et trop lentement. Je n'ai pas réellement pris partie et oui, je l'aurais sûrement laissée faire avec le Dévoreur jusqu'à ce que tu disparaisses si elle n'avait pas changé ses plans... mais elle l’a fait et j'ai compris là que les choses étaient mauvaises. Je suis désolé de ne pas l'avoir compris avant. Je suis désolé, de ne pas te l'avoir dit avant mais je ne suis pas désolé de t'avoir manipulée... sans ça, je ne serais jamais tombé amoureux de toi et sans Ashee je ne t'aurais jamais rencontrée. 

 

Il s'interrompit le temps de reprendre sa respiration et reprit :

 

- Au final, ça m'a permis d'apprendre ta notion du bien et du mal... je ne sais pas si elle est meilleure que celle de ma Tribu, mais j'aurais le reste de ma vie pour décider de ça. Sans toi, sans Ashee, sans tout ça, je ne me serais jamais posé de question... je suis désolé que tu aies dû souffrir pour me permettre d'apprendre quelque chose... et je suis vraiment vraiment désolé de ne pas avoir eu le cran de t'avouer mon implication avant. Mais je t'aime Lara. Je t'aime vraiment...

 

Il s'avança pour lui reprendre la main mais elle fit un pas en arrière et secoua la tête.

 

- Même si je comprends et accepte ce que tu viens de dire, ça change tout... tu deviens pour moi comme David... quelqu'un à qui je ne peux pas faire confiance.

 

Elle avait dit cela avec une rage sourde. En colère d'avoir une fois de plus fait confiance à la mauvaise personne. Quel intérêt leurs regrets pouvait-il avoir ?! Ne pouvaient-ils pas penser aux conséquences avant ?!

 

- Je veux que tu sortes d'ici. Je veux être seule, fit-elle en l'empêchant de reprendre la parole. J'ai besoin de réfléchir.

 

- Lara... je...

 

- Je m'en fiche ! Je me fiche que tu m'aimes à en mourir, je me fiche de savoir que tu es désolé ! Vous êtes tous les deux pareils ! Vous mentez, me faites du mal et regrettez après et après ?!! Qu'est-ce que ça m'apporte de le savoir ?! Vous ne pensez qu'à vous !! Tu aurais dû me le dire !! Je t'aurais pardonné si tu me l'avais dit !! Au lieu de ça tu m'as laissée te prendre pour un héros et m'accrocher à toi comme à une bouée !

 

Si ses mères n'avaient pas été là... elle refusa d'y penser.

 

- Sors ! Sors d'ici !!! hurla-t-elle en le poussant violemment.

 

Sahel essuya rageusement les larmes qui ne voulaient pas s'arrêter de couler et fit volte-face. Il sortit en trombe de la chambre et Lara attrapa la porte qu'elle claqua violemment. Le son sembla se répercuter comme un écho et Lara resta figée sur place, anéantie par cette nouvelle trahison.

 

 

Chapitre 10 :

 

 

- Enfin ! S'exclama Lex en se laissant tomber sur le lit, fourbue.

 

Cela faisait plusieurs jours qu'elles voyageaient. Tout d'abord, elles avaient pris l'avion pour se rendre plus rapidement dans la ville qui devait abriter le Temple d'Arès. Tia avait voulu commencer par le sien car elle le soupçonnait d'y être pour quelque chose dans ce qui leur arrivait depuis le début.

 

Malheureusement, le Temple d'Arès n'était plus accessible depuis plusieurs années et se rendre sur la montagne où il se trouvait avait pris plusieurs jours. Obtenir les réponses à leurs questions avait là encore nécessité plusieurs jours, Arès refusant de répondre à leurs appels. Sitôt revenues en ville, Tia avait insisté pour qu'elles reprennent l'avion sans attendre, afin de se rendre dans la ville de Midès, situé au pied de la montagne où se trouvait le temple d'Aphrodite. Elles venaient à peine d'arriver, c'était le milieu de la nuit et Lex était épuisée.

 

Les guerres allaient bon train, moins depuis que Tia avait mis un terme aux agissements de Sassem mais cela restait une des actions les plus prolifiques de cette époque. Les hommes avec le temps avaient oublié les Dieux, aussi Arès n'était plus une divinité en laquelle on croyait. Sa puissance il avait appris à la tirer d'autre chose.

 

- Tant que la guerre et l'envie de dominer l'autre existera, j'existerai. Mieux je serai le plus puissant des Dieux.

 

Tia, une nuit avait rêvé de lui, ou plutôt d'une vie où elle s'appelait Kimaro, vivait dans une Tribu d'Amazonie et avait eu une altercation avec un des Esprits régissant sa Tribu. Arès s'était alors montré à elle et lui avait appris quelques petites choses, dont celle d'où il tirait ses pouvoirs. 

 

Une autre divinité s'était montrée également, comme piquée à vif par ses propos.

 

- Les mortels, bien que dominés par leur volonté de détruire, sont avant tout en quête perpétuelle d'Amour. Ils vivent, respirent et recherchent l'Amour. Rien n'est plus puissant que ça, avait déclaré la grande femme blanche à peine vêtue d'un voile rose pâle les poings sur les hanches. L'Amour construit et construire demande plus d'efforts que détruire. Je suis et serai donc à jamais la plus puissante des divinités !

 

Un éclair violent avait éclaté aux côtés des deux Dieux qui avaient sursauté et eurent une expression désolée.

 

- Après vous père, bien sûr, avaient-ils déclaré en cœur avant de s'éclipser avec un petit signe de main et un clin d'œil pour Arès.

 

Tia se laissa tomber aux côtés de sa femme et l'attira dans ses bras avant de reprendre sa réflexion. Arès tirait désormais sa force de la croyance en ce qu'il représentait et non plus des prières et cadeaux qui lui étaient adressés directement. Les autres Dieux devaient forcément avoir appris à faire de même...

 

Néanmoins, Arès et Aphrodite avaient raison, la guerre et l'amour sont les deux choses qui nourrissent l'être humain et rendent donc les Dieux qui les représentent immuables et forcément très puissants.

 

Dès lors le fait que seuls leurs Temples aient réussi à subsister n'était pas une surprise. Néanmoins, celui d'Aphrodite était le seul encore en activité. Les gens venaient en pèlerinage du monde entier pour y déposer leurs prières et leurs cadeaux. Arès... quelques uns le faisaient encore pour lui mais c'était loin d'être suffisant pour en tirer une quelconque puissance. Pour peu que la déesse de l'amour ait appris à prendre des forces à la manière d'Arès en plus des prières, cela faisait d'elle la divinité la plus puissante du monde.

 

Tia sourit et frotta son nez contre l'oreille de Lex en chuchotant :

 

- Aphrodite doit être ravie... techniquement elle pourrait commander les Cieux.

 

Lex gloussa à la chatouille et se retourna dans les bras de sa femme. Elle planta un baiser sur ses lèvres et répondit :

 

- Si elle avait une telle ambition peut-être mais il ne faut pas oublier d'où Zeus tire sa force.

 

Tia hocha la tête.

 

- Des Cieux eux-mêmes. Mais il a renoncé à la Terre il y a longtemps maintenant.

 

- Donc tu penses vraiment qu'Aphrodite est le Dieu à convaincre...

 

Tia acquiesça.

 

- Mais comme tu l'as fait remarquer elle n'a pas l'ambition nécessaire pour s'imposer auprès des autres Dieux. C'est pourquoi je compte sur toi. Elle a toujours eu un faible pour toi. Elle a déjà intercédé en ta faveur contre les siens.

 

- Oui mais... cela fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé... et tout cela repose sur la certitude que ce qui nous arrive provient bien d'eux... et on n’en est pas encore sûr.

 

- On n'a peut-être pas pu voir Arès à son Temple, mais on a découvert suffisamment de choses grâce à certains de ses serviteurs...

 

- D'ailleurs j'aimerais bien savoir comment ce sale type a réussi à garder des humains pour s'occuper de son Temple, noter ses « exploits » et garder ses archives, l'interrompit la petite femme que la mention du Dieu de la guerre mettait sur les nerfs.

 

Tia sourit devant son agacement. Elle n'avait jamais porté Arès dans son cœur, avec raison, et n'éprouvait aucune indulgence envers lui. Elle le tolérait tout juste, ce qu'il lui rendait bien d'ailleurs, uniquement parce qu'à quelques reprises, il avait sincèrement aidé Xena sans arrière-pensée.

 

- Tant que les ambitions des hommes à conquérir existeront, Arès aura de quoi nourrir son pouvoir, expliqua Tia. Il s'en sert pour garder son Temple. Je ne sais pas trop à quoi il lui sert vu qu'il ne l'utilise plus pour les prières et offrandes... j'imagine, ajouta-t-elle en haussant une épaule, que c'est une question d'image.

 

Lex ricana.

 

- Son égo ne dégonfle pas avec les siècles...

 

Tia déposa un baiser sur le nez de sa bien-aimée. Lex était adorable lorsqu'elle était jalouse.

 

- Pour en revenir à ce que je disais, on a découvert suffisamment de choses au Temple d'Arès pour être sûr à 90% qu'il est derrière tout ça. Ce qui explique d'ailleurs son manque de répondant. Aphrodite devrait pouvoir nous donner des détails.

 

Lex resta silencieuse quelques minutes, profitant de ce moment de calme dans les bras de sa femme.

 

- Tu crois qu'elle nous répondra ? Demanda-t-elle en rompant le silence.

 

Tia qui était en train de s'assoupir, sursauta au son de sa voix et bailla avant de répondre :

 

- Tu penses au document qu'on a trouvé et qui disait que par arrêté de Zeus, aucun Dieu n'avait plus le droit de descendre sur Terre ?

 

Lex hocha la tête.

 

- Je crois que c'est pour ça en définitive qu'Arès a gardé son Temple. Techniquement, un Temple est le domaine des Dieux. Une extension de leur maison en quelque sorte. Donc oui, si on se rend à son Temple, je sais qu'Aphrodite nous répondra. Zeus ne pourra rien y redire car Aphrodite sera techniquement, toujours sur l'Olympe.

 

Lex soupira, soulagée et ravie. Elle allait bientôt revoir sa vieille amie !

 

- Et puis, je crois bien qu'elle a dans cette vie déjà intercédé en ta faveur, preuve qu'elle ne t'a pas oubliée, ajouta Tia en calant Lex entre ses bras avant de fermer les yeux.

 

- Tia tu devrais d'abord te déshabiller si tu veux dormir. Ça serait plus confortable.

 

Tia ricana sans rouvrir les yeux.

 

- Tu as oublié nos nuits en forêt on dirait... tout est plus confortable que ça...

 

- C'est sûr mais...

 

Tia l'embrassa soudain, occupant sa bouche à d'autres choses plus intéressantes puis elle se recula. Toujours les yeux fermés, elle chuchota.

 

- Chut femme, je dois dormir maintenant. Fatiguée.

 

Les joues rouges d'excitations, Lex dut prendre sur elle pour ne pas laisser ses mains parcourir le son corps. Elle laissa celle-ci la caler de façon plus confortable mais une question la taraudait qui l'empêcha de garder le silence plus longtemps.

 

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'Aphrodite ne m'a pas oubliée ?

 

Tia gémit comme un martyr et ouvrit un œil avant de répondre :

 

- D'où crois-tu que Maki et Jiyeon viennent ? Elles possèdent nos deux ADN, alors que techniquement elles ne devraient avoir que le mien ou le tien. Je les ai fait tester. Et sans trace de maladie en plus, ça te semble vraiment possible ?

 

Lex ouvrit la bouche. Fixa sa femme et répondit :

 

- Un miracle ?

 

Tia acquiesça.

 

- Un miracle nommé Aphrodite. Maintenant tais-toi et dors ou je te jette sous la douche. Froide.

 

Lex grimaça et se tint coite. Elle n'aimait pas les douches froides. Vraiment pas.

 

                                                                       ***

 

Linya éclata de rire alors que Maki attrapait et tirait sur une mèche de cheveux de sa sœur avec un air particulièrement adorable, la langue à moitié sortie et les yeux plissés. Elle riait tellement qu'elle se mit les mains sur le ventre en tentant tant bien que mal de dépêtrer Jiyeon des mains de sa sœur sans y parvenir.

 

Lizzie arriva à sa rescousse et attrapa Jiyeon avant de la lancer dans les airs à la plus grande joie de l'enfant.

 

Linya se laissa tomber sur le dos en riant de plus belle alors que Maki, dépitée de se voir retirer sa victime favorite, la poussait de toute la force de ses petits bras. Elle faucha ensuite la belle enfant et la serra contre elle sans tenir compte de ses protestations. Ses filles lui avaient manqué et bien que cela la mette un peu mal à l'aise, elle était heureuse de voir que Tia et Lex la considèrent réellement, pas juste dans les mots, comme une de leur mère.

 

- Et dire qu'il y a des enfants qui n'ont pas un seul parent, remarqua Lizzie en reposant Jiyeon sur le sol parce qu'elle réclamait sa maman Lin, et ces deux gamines, pourries gâtées ont trois mères.

 

Linya posa son regard sur la jeune fille. Lizzie avait pris sur elle depuis la veille de l’aider avec les jumelles dès qu’elle en avait l’occasion. Il était loin le temps où elle ne pensait qu’à sa petite personne. La cousine de Tia avait bien grandi, tant sur le plan mental que physique. C’était devenu une jeune fille splendide à l'air sûr d'elle et pleine de vie. Elle ne l'avait pas autant vue que Lex et Tia mais suffisamment pour se rendre compte que quitter Tamara avait été une bonne chose pour elle. Ces deux-là se faisaient trop de mal.

 

Lizzie fit la grimace et tira la langue pour s'excuser.

 

- Désolée, je ne cherchais pas à me faire plaindre ou quelque chose de ce genre. J'ai eu beaucoup de chance. Je ne voulais pas non plus insulter mes adorables petites cousines. Juste souligner la chance qu'elles possèdent. Trois mamans... j'aurais bien aimé en avoir une moi...

 

Un peu nostalgique, elle caressa la tête toute douce de sa cousine la plus proche et fut surprise lorsque Linya fit de même avec elle. La jeune femme avait l'air si jeune qu'elle oubliait qu'elle était plus proche de l'âge de Tia que du sien.

 

- Je parie qu'on ne t'a jamais dit combien tu fais maman...

 

Linya fronça les sourcils en se redressant et laissa Jiyeon rejoindre sa sœur qui avait attrapé un jouet et s'amusait à le faire couiner.

 

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

 

- A l'instant, ton air, quand tu m'as regardée... on aurait dit une mère.

 

- Tu veux dire que j'ai un air maternel ? Traduisit la jeune femme, amusée par sa description.

 

Lizzie hocha la tête.

 

- Air maternel ça fait vieux non ? Releva la dirigeante un peu vexée.

 

- Mais tu n'es pas vieille, protesta Lizzie. Je ne saurais pas dire quel âge tu as en fait. Mais tu es très sexy, ajouta-t-elle pour la convaincre de sa sincérité. Pas dans le genre de Tia, ajouta-t-elle avec un sourire doux-amer, plus dans le genre posé.

 

- Et c'est quoi le genre posé ?

 

Lizzie haussa une épaule en arrachant de l'herbe distraitement.

 

- Ca t'agresse pas comme la beauté de Tia le fait par exemple.

 

- Ca ne saute pas aux yeux.

 

- C'est ça.

 

Linya éclata de rire.

 

- C'est sensé me réconforter ?

 

- C'est juste qu'on doit te regarder vraiment pour voir ta beauté, mais elle est présente dès le début. C'est un peu comme la lune. Elle est magnifique, non ? Mais à côté du soleil on peut ne pas la remarquer si on ne la fixe pas directement.

 

- Je vois, fit sa vis-à-vis avec un sourire en coin, eh bien merci alors.

 

Elle se tourna ensuite vers ses filles et fronça les sourcils en découvrant Jiyeon assise sur la tête de sa sœur, brandissant la girafe en mousse que sa sœur tenait quelques minutes plus tôt, avec un air triomphant.

 

- Ces gamines m'inquiètent, marmonna-t-elle en se levant pour sortir Maki de la proposition précaire qui était la sienne.

 

- Moi je les trouve marrantes.

 

- Elles sont constamment en train de se marcher dessus, de s'asseoir sur la tête de l'autre ou de se piquer des trucs pour se les jeter à la figure, rétorqua Linya en se tournant vers elle.

 

- Oui, mais elles ne se blessent jamais l'une l'autre. Tu n'as pas remarqué ? Elles ne se font jamais pleurer.

 

Linya revint à ses filles. Elle avait raison. Pourtant elles n'avaient pas franchement l'air douces dans leurs mouvements... soit elles possédaient les gênes ultra résistants de Tia à la douleur, soit elles prenaient bien soin de ne pas taper trop fort. Un peu comme Lex faisait avec elle ou Tia lorsqu'elle voulait les taquiner. C'était ennuyeux, mais elle faisait attention à ne pas franchir la limite.

 

- Donc elles tiennent de leurs deux maman aussi bien mentalement que physiquement...

 

Linya soupira, épuisée d'avance. Le jour où elles accéderont à la parole et comprendront l'humour, elle allait le sentir passer entre elles et leurs mères...

 

- Comment vont Lara et Len ? Demanda soudain Lizzie. Papa m'a dit qu'ils avaient vécu des choses difficiles dernièrement et qu'ils en avaient perdu la parole.

 

Linya acquiesça.

 

- Lara va mieux depuis quelques jours. Elle reparle à nouveau, bien que je l’aie entendue se disputer avec Sahel tout à l’heure. Son fiancé, expliqua-t-elle en voyant son air interrogatif. Len... Len refuse de parler ou même de rester dans la même pièce que ses mères ou moi. C'est difficile de savoir où il en est...

 

- Il s'est passé quoi ?

 

- C'est... compliqué à expliquer... Et toi, comment vas-tu ? fit-elle pour changer de sujet.

 

- Bien. Anne-lise, ma petite amie est fantastique ! Elle arrivera ici après ses examens, tu verras elle est aussi belle que jolie et vraiment, vraiment accommodante comparée à Tamara.

 

- Ton père m'a semblé pourtant inquiet lorsqu'il a mentionné ton amie... et Trinity aussi.

 

Lizzie balaya l'inquiétude d'un revers de main.

 

- Il pense qu'elle ne m'accorde pas assez d'attention et Trinity s’imagine qu’elle est fainéante. Mais ils se trompent. Avec Tamara c'est le jour et la nuit.

 

- Le jour et la nuit... ça ne signifie pourtant pas qu'elle t'accorde l'attention que tu mérites ou qu’elle est effectivement travailleuse, seulement qu'elle en fait plus que Tamara.

 

Lizzie la fusilla du regard.

 

- Tu parles comme papa. Tu pourrais au moins attendre de la voir avant de la critiquer.

 

- Pardon, je ne voulais pas te blesser... Je ne la critiquais pas mais je m'excuse puisque c'est ainsi que tu l'as pris.

 

Lizzie soupira.

 

- C'est pour ça que je ne l'amène plus ici. Papa et Trinity passent leur temps à critiquer tout ce qu'elle fait. Ça n'est jamais assez pour eux. Mais qu'est-ce que ça peut faire si pour moi c'est suffisant ?

 

Linya considéra la question.

 

- Tu as raison. Si tu le vis bien, que ce qu'elle te donne te suffit alors il n'y a pas se poser de question.

 

Le sourire que la jeune fille lui retourna fut éclatant.

 

- Question peine de cœur, je m'y connais bien entre un premier amour impossible et un second pas très très sain, reprit la jeune fille quelques minutes plus tard. Je pourrais peut-être parler avec Lara vu qu’elle s’est disputée avec son fiancé... tu sais où elle est ?

 

- Dans sa chambre, elle refuse de la quitter.

 

- Tu vas t'en sortir avec les jumelles si je te laisse pour aller la retrouver ?

 

- Oui sans problème, sourit Linya. Si tu vois Len, peux-tu lui demander de me rejoindre ? Dis que ses sœurs veulent le voir, il viendra à coup sûr.

 

Lizzie hocha la tête et se remit sur pied. Elle épousseta son jean et rejoignit à grandes enjambées la maison, croisant au passage le mec le plus viril qu'elle avait jamais vu. Il lui dédia un sourire éclatant et elle se surprit à rougir. Ne regardant plus où elle marchait, elle trébucha. Confuse et mortifiée, elle se dépêcha de rentrer dans la maison, fuyant le rire de Linya, en se demandant comment diable elle avait fait pour ne pas reconnaître Enyalios. A sa décharge, la dernière fois qu'elle l'avait vu c'était trois ans auparavant et il était aussi bourré qu'une barrique. En superposant l'ancienne image à la nouvelle, le mercenaire perdit tout son charme à ses yeux et elle repartit en quête de Lara, l'oubliant aussitôt.

 

De son côté Linya tançant son ami qui arrivait avec l'air hautement satisfait.

 

- Que veux-tu, fit-il d'un air faussement désolé, je les fais toutes craquer quel que soit l'âge. 

 

- C'est parce que tu ressembles à Tia, se moqua-t-elle. Vous dégagez le même type d'assurance. Aucune chance qu'elle se retourne sur toi sinon.

 

- Ah, fit-il soudain sérieux et un peu triste. C'est ce que tu vois en moi ? Tia ? C'est pour ça que tu m'aimes bien ? A cause de notre ressemblance ?

 

Surprise par le changement de ton si peu courant chez Enyalios, Linya le dévisagea.

 

- Non. Je t'aime bien parce que tu es toi. Drôle, charmant, un peu idiot sur les bords mais plein de bonne volonté, attentionné et incroyablement loyal.

 

Etonné, Enyalios cligna des yeux sans rien dire. Alors c'était comme ça qu'elle le voyait... un sourire heureux transforma lentement son expression.

 

- Tu as oublié viril, physiquement irrésistible et sexy en diable.

 

Linya rit et secoua la tête.

 

- Oui, ça aussi.

 

- C'est vrai ? Tu le penses ? Demanda-t-il soudain en se penchant vers elle. Tu me trouves attractif et sexy ? Beau ?

 

Un peu déconcertée par la tournure de la discussion Linya acquiesça.

 

- Tu vas bien ? Tu sembles un peu... je ne sais pas... perdu ?

 

Frustré, Enyalios passa une main dans ses cheveux en hochant la tête.

 

- Je le suis. Pour tout te dire il m'est arrivé quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. Un truc que j'aurais pensé qui ne me tomberait jamais dessus. Après tout, j'ai tout fait pour l'éviter et puis ce n'est pas mon truc, poursuivit-il soudain énervé. Cela me fait me poser des questions stupides et tout à coup je perds mon assurance. Ca n'est vraiment pas plaisant tu peux me croire.

 

Ecarquillant les yeux, Linya se demanda ce qui pouvait bien le mettre dans cet état. Un peu inquiète, elle assit Maki à côté de sa sœur, lui donna un biscuit pour qu'elle ne vole pas le sien et se rapprocha du mercenaire, dont elle prit la main.

 

- Tout va bien, tu peux me parler, je ferai de mon mieux pour t'aider.

 

Enyalios fixa leur main et la fusilla du regard, un pli amer plissant ses lèvres.

 

- C'est bien ça le problème.

 

- Je ne comprends pas...

 

- Toi ! S'exclama-t-il à bout. C'est toi le problème.

 

Linya eut un mouvement de recul et se sentit blessée. Qu'est-ce qu'elle avait fait pour le mettre dans cet état ? Aussitôt Enyalios regretta son éclat puis ne le regretta pas. Elle était si jolie quand elle avait cette expression, songea-t-il. Et le soleil qui faisait ressortir ses tâches de rousseurs sur ses joues... il mourrait d'envie de passer les doigts dessus, comme un jeu de ligne qui formerait ensuite un dessin. Pour lui ce dessin mènerait forcément à ses lèvres... si jolies et attirantes lèvres...

 

- Désolé, je ne voulais pas te crier dessus, fit-il en se secouant.

 

Il soupira.

 

- Je suis tombé amoureux, déclara-t-il l'air lugubre. De toi.

 

Linya sentit sa mâchoire se décrocher.

 

                                                                       ***

 

Tia, les yeux à demi-fermés, profitait de l'air doux que la fenêtre de leur chambre faisait voler vers elles pendant que sa chère et tendre épouse passait d'une chaîne à l'autre. Elles avaient décidé, d'un commun accord à leur réveil, qu'aujourd'hui était une journée de repos. Au début, elles avaient eu l'idée de visiter la ville et ses environs mais au final, elles ne savaient comment, les choses avaient pris une autre tournure. Elles se retrouvaient donc en fin de soirée, encore au lit, après des ébats plus passionnés les uns que les autres.

 

- Tu ne crois pas qu'on devrait au moins prendre l'air ? Fit Lex en s'arrêtant sur une chaîne d'informations locales.

 

- On prend l'air, marmonna sa douce épouse en montrant la fenêtre.

 

Lex rit et tapota son flanc en la traitant de feignasse.

 

- C'est pas ce que tu disais tout à l'heure, rétorqua l'intéressée en dévoilant ses dents.

 

Lex rougit. Le moins que l'on puisse dire est que cette journée avait révélé combien toutes deux s'étaient manquées ces derniers mois. Leur créativité aurait pu être embarrassante si elles avaient eu des témoins.

 

Soudain une nouvelle attira son attention. Elle fronça les sourcils et commença à s'inquiéter. A la fin de la news, elle éteignit la télé et se tourna vers sa femme.

 

- C'est étrange, j'ai l'impression qu'on est suivi...

 

Aussitôt Tia se redressa et fouilla les environs des yeux.

 

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

 

- Les infos.

 

Déconcertée, la mercenaire la dévisagea.

 

- Tu te souviens de ce justicier, apparu chez ton oncle ?

 

Tia hocha la tête, soudain mal à l'aise.

 

- Il est réapparu. Partout où nous sommes allées.

 

Tia ouvrit les yeux.

 

- Vraiment ?

 

Lex acquiesça et Tia commença à s'inquiéter. Elle n'en avait pas eu conscience. C'était étrange, habituellement lorsqu'une vie passée prenait le pas, elle s'en souvenait après coup. Là, pas du tout.

 

Voyant son air soudain inquiet, Lex posa la main sur la sienne.

 

- Je ne pense pas vraiment qu'il nous suive ou nous veuille du mal le cas échéant, ne t'inquiète pas. Je suis juste intriguée par le fait qu'il apparaisse là où nous sommes. C'est peut-être un coup d'Arès ? Un de ses jeux malsains habituels ?

 

Tia acquiesça, oui, ça lui ressemblait bien ce genre de chose. Un peu soulagée elle se retourna vers sa femme.

 

- Tu n'as pas eu de trou noir par hasard ?

 

- Comment ça ?

 

- J'ai l'impression, commença Tia en faisant attention au choix de ses mots, que je ne me souviens pas toujours de ce que je fais...

 

Soudain inquiète, Lex demanda :

 

- Comment ça ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

 

- Je ne sais pas, une intuition... la plupart du temps, on se souvient de nos vies passées en se réveillant. Elles se manifestent sous forme de rêves ou de scènes anodines lorsque l'on est ensemble. Mais dernièrement, tu n'as pas eu l'impression que cela devenait plus... intense et vrai ? J'ai de plus en plus de mal en revenant de ces souvenirs à me rappeler lesquels sont les vrais. Je veux dire les actuels. Le fait qu'ils soient tous vrais et de plus en plus nombreux rend tout ça de plus en plus confus dans mon esprit...

 

- Oui, j'ai eu cette sensation aussi. Mais je suis loin d'avoir vécu ce que toi tu as vécu. Tes vies ont pour la plupart été tragiques, ça doit t'affecter plus profondément je pense... Tia, fit-elle après une inspiration, ça m'inquiète. Jusque-là c'était gentillet et plutôt sous contrôle, mais là... si soudain tu te mets à oublier des choses et à avoir du mal à te rappeler qui tu es... je ne veux plus que tu fasses un pas sans moi. Jusqu'à ce que les choses soient réglées, toi et moi on ne se quitte plus.

 

Elle se retourna et attrapa le téléphone lorsque Tia eut acquiescé.

 

- Qu'est-ce que tu fais ?

 

- Je téléphone à Linya. Si ça nous affecte ainsi, cela le fera également avec elle, Rhapsody et les jumeaux. Je veux qu'Enyalios les garde sous surveillance rapprochée.

 

- Je pense que tu t'inquiètes pour rien. Chacun d'entre eux n'a eu qu'une vie en dehors de celle-ci. Ca les affectera donc moins.

 

- Ou plus. S’ils finissent par avoir autant de souvenirs de leur première vie que de celle-ci, ils peuvent être encore plus perdus... Du reste Linya a eu plus qu'une vie. Elle m'a accompagnée dans chacune des miennes.

 

- Vraiment ? S'exclama Tia stupéfaite. Je ne savais pas...

 

Cela expliquait leur lien, sa force et son absolu. Elle jeta un coup d'œil à Lex, se demandant en définitive avec qui elle avait passé le plus de temps à travers toutes ces existences. Comme si elle avait suivi ses pensées, ce qui devait être le cas étant donné l'ouverture de leur lien, elle sourit en lui tapotant la jambe.

 

- Ne t'en fais pas mon amour, en dehors d'une vie, Linya n'a jamais été que ma meilleure amie et un support indéfectible à notre couple. Dès lors que je te rencontrais, elle était ta plus grande supporter.

 

Un sourire étira les lèvres de l'intéressée. Soudain elle se demanda comment Lex ne pouvait pas être courant de ses sorties nocturnes. Leur lien aurait dû l'en informer pourtant... Peut-être que lorsqu'elle revivait une autre existence, leur lien étant inexistant pendant celle-ci, celui-ci disparaissait-il momentanément ? Mais même ça, elle aurait dû s'en rendre compte... non ? A moins qu'elle aussi, à ce moment-là, revive autre chose... si c'était le cas, Lex n'en avait pas conscience. Ce qui rendait la situation d'autant plus inquiétante.

 

Tia se leva pendant que Lex passait son coup de téléphone. Elle ralluma la télévision en s'habillant et écouta ce que l'on disait du justicier. Les réactions étaient aussi admiratives et optimistes que semblables à celle de Trinity et Lex... Aucun doute, il s'agissait bien d'elle. Et le moins que l'on pouvait dire était que cela faisait parler. Elle soupira, inquiète et ressentant en entendant le récit de ses exploits, un sentiment ancien qui lui avait manqué. Celui du devoir accompli, de la justice rendue et des tords réparés. Gabrielle les lui avait enseignés et elle prenait conscience que cela lui manquait aujourd’hui.

 

Peut-être, une fois tout ceci terminé qu'elle pourrait enfin accéder à la demande de Lex qui voulait qu'elles mettent leurs talents de mercenaires au service des plus démunis. Gratuitement. Le concept de mercenaire devait lui échapper encore un peu pour qu'elle fasse une telle proposition. C'était ce qu'elle avait pensé alors. Mais si c'était elle qui avait eu tort ? Et si c'était ce qu'elle devait faire ? Son destin en quelque sorte, une façon d'expier pour toutes ses fautes à travers les siècles et une façon de ramener l'équilibre du bon côté de la balance.

 

Lorsqu'elle parcourait le monde en tant que Xena avec Gabrielle, elle l'avait fait pour elle, pour une rédemption qu'elle était désespérée de trouver. Malgré son passé et ce qu'elle avait fait en tant que Louve, elle n'éprouvait pas les même remords que Xena. Elle avait eu de bien meilleures excuses pour ses exactions, même si elle ne se les pardonnait pas forcément, elle avait appris à accepter le fait que c'était une conséquence de ce qu'elle avait vécu. Une façon de gérer sa souffrance.

 

Elle avait eu plus de noirceur en elle que Xena, mais elle lui avait beaucoup moins laissé la bride. Bien sûr, elle avait déchiré son âme, cela avait dû aider. Au final, si elle décidait d'accéder à la demande de Lex, cette fois, ce ne serait pas seulement pour expier ses fautes. Mais pour le plaisir de savoir qu'on avait aidé quelqu'un de plus faible que soit. De ne pas avoir fui ses responsabilités d'êtres humains et d'avoir rétabli l'équilibre en éloignant un peu plus le mal de ce monde.

 

Lex raccrocha et elle éteignit la télé.

 

- Habille-toi, fit Tia décidée, on va au Temple.