Chapitre 11 :

 

 

En cherchant Lara qui ne se trouvait pas dans sa chambre, Lizzie tomba sur Len. En le voyant au bord de la piscine, les pieds dans l'eau et l'air maussade, elle hésita avant de finalement se décider. Elle s'assit à ses côtés après avoir retiré ses sandales et joua quelques secondes avec l'eau sans rien dire.

 

Le jeune homme finit par se tourner vers elle et elle sourit.

 

- Ca fait un moment qu'on ne s'est pas vu, fit-elle tranquillement, comment tu vas ?

 

Il la fixa quelques secondes avant de hausser les épaules.

 

- Tu ne sais pas hein ? Je connais ça.

 

Il souleva un sourcil et elle le trouva si semblable à Tia se faisant qu'elle en fut troublée quelques secondes.

 

- Waaaa, tu ressembles tellement à ta mère que par moment c'est déstabilisant... pendant une seconde j'ai cru que c'était à elle que je parlais. Vraiment perturbant.

 

La réflexion le prit au dépourvu et elle le vit. Ravie de lui voir cette expression, Lizzie sourit avant de reprendre.

 

- Je cherchais ta sœur. Linya m'a dit qu'elle s'était disputée avec son petit ami et que ça n'allait pas fort. Tu sais où elle est ?

 

Il secoua la tête et elle haussa une épaule, résignée.

 

- Je ne sais pas ce que vous avez vécu ces derniers temps et il est fort probable que tu ne veuilles pas en parler. Sûrement que tu penses que personne ne peut comprendre et tu dois te sentir seul. Peut-être que tu as raison, peut-être que personne ne peut comprendre.

 

Etonné d'être si bien lu, il la dévisagea et elle plongea son regard dans le sien.

 

- Pour beaucoup de choses j'ai été à ta place. Ces sentiments, par bien des côtés je les partage encore. Mais je travaille là-dessus. Il y a longtemps tes mères m'ont fait comprendre que rien ne devait être gardé pour soi. Bien sûr on ne peut pas tout dire à tout le monde, il faut savoir choisir. Et pour ça, parfois il faut prendre son temps pour trouver la bonne personne à qui se confier. Et même quand on pense l'avoir trouvée, parfois on se trompera et cela fera plus mal qu'avant encore...

 

Elle fit une pause, revivant ses propres déceptions.

 

- Je sais tout ça... mais ça ne veut pas dire que tu dois arrêter de chercher, arrêter d'essayer de trouver la bonne personne à qui te confier. Ne pas parler c'est tuer son âme, tuer ce qui fait que nous sommes nous... Tu n'as pas besoin de ta voix pour parler, tu peux écrire des mots ou bien utiliser la langue des signes ou même t'exprimer autrement, par l'art... mais tu dois parler à quelqu'un de ce qui te ronge ainsi. Même si tu penses qu'on ne peut pas comprendre, tu dois essayer. Parce que parler n'est que la première étape dans le chemin de guérison, pas la dernière... les gens se trompent souvent en pensant qu'une fois les choses dites, tout s'arrangera... comme si ça pouvait être si simple, soupira-t-elle.

 

Lizzie commença à balancer ses pieds dans l'eau, un mouvement qui l'aida à canaliser sa nervosité grandissante. C'était si difficile de parler de choses qui nous touchait... elle n'aimait pas ce sentiment mais savait aussi que si les confidences étaient bien accueillies, cela pouvait être source de lien profond qui se nouaient.

 

Elle inspira pour se donner un peu de courage et se lança :

 

- Par exemple... savais-tu que j'avais déjà tué quelqu'un ? Pas tué par accident mais de sang froid ? C'était quelque chose de très réfléchi, un plan que j'avais mis au point pendant de nombreuses semaines. Une vengeance auquel je tenais plus que tout...

 

Elle osa regarder son petit cousin en face et découvrit le choc sur son visage.

 

- J'étais plus jeune que toi. 17 ans. C'est jeune pour tuer. Jeune pour penser à le faire par vengeance. Comment fait-on pour se remettre d'un acte commis par haine ? Ca détruit une partie de nous-même... tuer le fait, mais le faire par vengeance, par haine... c'est comme alimenter le pire de soi, comme renoncer à son humanité, à son enfance... et le pire, c'est que quelque part, je ne regrette pas la mort de ce type. Il le méritait. Mais je regrette d'avoir perdu ça... même si je ne sais pas ce que c'était précisément, je sens son absence et ça pèse. Tous les jours.

 

Une larme lui échappa et elle l'essuya rageusement.

 

- Ça pèse tellement que de ne pas en parler te fait faire de mauvais choix... j'ai choisi Tamara car je voulais être punie. Etre amoureuse d'une personne inaccessible, qui ne te retourne pas tes attentions, est une façon de se punir. Pourquoi mériterais-je d'être heureuse alors que j'ai tué par haine ? Peu importe que celle-ci ait été justifiée...la haine reste la haine et la laisser grandir jusqu'à ce point fait de toi plus un animal qu'un être humain...

 

Elle se tourna vivement vers lui :

 

- Attention, il n'y a rien de mal à être un animal ! Mais si c'était mon destin, je serais née dans un autre corps n'est-ce pas ? Nier le cadeau que l'on m'a fait de réfléchir, de faire partie de l'espèce humaine et de n'y voir que le mal que l'on cause et que l'on vit, c'est triste non ? En tant qu'être humain, on peut changer les choses, on peut découvrir des endroits superbes, rencontrer des gens géniaux, s'amuser, construire, rire... c'est un peu plus limité pour les animaux et c'est avant tout une question de survie, l'existence pour eux. Nous, nous vivons. Mais lorsque l'on hait, lorsque l'on tue, lorsque l'on se prive d'une partie de nous-même, on ne vit pas. Je n'ai plus envie de gâcher mon temps ainsi... je veux vivre.

 

En prononçant ces mots, Lizzie eut la surprise de se sentir plus sereine. Ces mots, ils impliquaient qu'elle allait devoir se montrer plus honnête avec Anne-Lise et avec elle-même. Accepter le fait, que peut-être, cette fois encore, elle avait choisi quelqu'un incapable de lui rendre ce qu'elle donnait... elle ne savait pas si c'était vrai, elle avait l'impression qu'Anne-Lise était différente, mais peut-être était-ce juste le contraste avec Tamara comme l’avait fait remarquer Linya. Pourtant Tamara avait essayé de l'aimer correctement... et cela l'avait fait l'aimer encore plus.

 

Tamara lui manquait encore très souvent. Mais lorsqu'elle était avec Anne-Lise, elle parvenait à l'oublier et cela lui faisait un bien fou. Etait-ce pour cela qu'elle était tombée amoureuse ? Etait-elle même amoureuse ?

 

Cela faisait un an qu'elle et Tamara avaient rompu et 5 mois qu'elle sortait avec Anne-Lise. Elle se pensait amoureuse, mais c'était peut-être juste du soulagement ? Celui d'une liberté retrouvée, d'avoir le droit de rire sans se sentir coupable en voyant la peine dans les yeux de l’autre...

 

Elle ne savait pas actuellement mais elle comptait bien le découvrir. Elle voulait vivre, elle le pensait. Cela signifiait découvrir ce qu'elle ressentait et se donner une vraie chance de vivre une histoire d'amour sincère et surtout, saine.

 

- Et toi Len, est-ce que tu veux vivre ?

 

Le jeune homme la dévisagea, saisit par ses confidences et la justesse de ses conclusions. Il détourna le regard, fixant l'eau sans la voir, incapable de donner une réponse.

 

Voulait-il vivre ? Assurément il ne souhaitait pas mourir, mais si on s'en tenait à la définition de Lizzie, le contraire de mourir n'était pas forcément vivre. Alors voulait-il vivre selon ses termes ? Et quel serait l'autre chemin ? S'il vivait mais pas comme Lizzie l'entendait, que serait sa vie ?

 

Pour la première fois, il envisagea son futur sous la forme de son présent et la vision qu'il en eut fut si terne et sans relief que même pour lui, cela s'apparenta à la mort.

 

Quel intérêt de vivre dans ces conditions ?

 

Mais comment fait-on pour vivre quand on ne se voit aucun autre avenir que la grisaille présente ? La volonté de changer les choses suffit-elle ?

 

Il releva la tête pour regarder Lizzie. Ce qu'elle lui avait dit était loin de ce qu'il avait imaginé la première fois qu'il l'avait rencontrée. Il ne se serait jamais douté de rien en fait. Les gens renvoyaient vraiment une image très différente de ce qu'ils étaient en réalité. Ou plutôt les gens se faisaient une idée de ce que vous étiez à partir de quelques éléments que vous laissiez entrevoir. De qui était-ce la faute finalement si les autres ne nous connaissaient pas ?

 

Et quelle image les gens se faisaient-ils de lui ? Etait-ce différent selon la personne qui regardait ? Ou chacun tirait-il les mêmes conclusions des éléments donnés ?

 

C'était peut-être un peu trop philosophique pour une conversation de fin de journée... ou peut-être souhaitait-il juste détourner son attention de la question posée. Il soupira. Lizzie attendait sa réponse. Gentiment, sans pression, elle était juste là et attendait.

 

Il voulait lui en donner une mais il ne savait pas laquelle. Elle posa une main sur son épaule et déclara :

 

- C'est bon, rien ne t'oblige à répondre maintenant. Prends le temps d'y réfléchir.

 

Il la dévisagea, hésitant, avant d'ouvrir la bouche, éprouvant un besoin de lui répondre qu’il n’avait plus ressenti depuis un moment. Il voulait qu’elle le comprenne.

 

- C'est juste, fit-il la voix éraillée avant de tousser pour l'éclaircir, que je ne sais pas quoi te dire...

 

Lizzie contrôla soigneusement son expression pour ne pas réagir. Elle n'avait pas vécu cela pendant des semaines comme c'était le cas du reste de la famille, alors il lui fut facile de le faire.

 

- Tu veux vivre ?

 

- Je... je crois oui... mais...

 

- Tu ne sais pas comment.

 

Len secoua la tête.

 

- Un jour après l'autre, répondit-elle après un instant de réflexion. Ce que tu as envie ou besoin de sortir de toi, tu dois le faire. Tu vois tout en sombre parce qu'en toi c'est ainsi. Sortir la douleur de soi, c'est en sortir la grisaille. Ce qui te fait peur, honte, te met en colère ou te rend triste, ce sont des sentiments qui éteignent les autres par leur force. Ils sont intenses ces sentiments. Il ne faut pas les sous-estimer. Et si tu commençais par ce qui t'a coupé l'envie ou la force de parler ?

 

Un éclair de terreur traversa son regard bleu ciel, surprenant Lizzie qui pressa son épaule en le rassurant :

 

- Rien ne t'oblige à le faire maintenant ou avec moi. Juste, pense-y.

 

Il hésita, hocha la tête et soupira de soulagement. Il pouvait attendre encore un peu avant de parler. Il n'y avait rien qui pressait. Il commença à se détendre. Lorsqu'il comprit que bientôt, juste parce qu'il l'avait envisagé, il pourrait se libérer de ce qui lui pesait ainsi, un peu de joie colora ses émotions. La solitude recula légèrement et il se sentit un peu mieux. Lizzie avait raison, parler était peut-être bien salutaire.

 

- Je ne suis pas...

 

Il chercha ses mots, il voulait la réconforter comme elle l'avait fait.

 

- Je t'aime toujours...

 

Il se frotta le front, contrarié de ne pas parvenir à mettre ses émotions en mots alors qu'elle le fixait d'un air surpris.

 

- Ce que tu as fait, finit-il par dire, ne change rien pour moi. Tu es toujours la même. Peut-être moins demoiselle en détresse que je ne le pensais, mais je ne te vois pas... différemment, pas en mal en tout cas.

 

Un léger sourire fendit le visage de sa vis-à-vis et elle le remercia d'une pression sur l'épaule avant de reposer sa main sur le bord de la piscine.

 

- Une baignade ça te dit ? C'est idiot d'être là, de crever de chaud et de ne même pas profiter de la piscine, tu ne trouves pas ?

 

Il sourit en coin et acquiesça.

 

- Si tu vois ta sœur, fit-elle alors qu'il se levait pour aller se changer, dis-lui de nous rejoindre. Un bon défoulement en famille, y'a rien de mieux pour se sentir mieux.

 

Il hocha la tête et Lizzie le regarda partir avant de se dépêcher de rejoindre sa chambre pour se changer en songeant que Linya risquait d’attendre Len un moment. Elle avait complètement oublié de lui passer son message.

 

                                                                       ***

 

Malgré les visiteurs nombreux tout au long de l'année, l'accès au temple d'Aphrodite n'avait pas été facilité. Tia et Lex n'arrivèrent qu'au milieu de la nuit à destination. Essoufflées, elles contemplèrent le majestueux édifice.

 

- Rien à voir avec ce que ce crétin d'Arès a fait, remarqua Lex les poings sur les hanches. Aphrodite peut être fière, son Temple est aussi grandiose qu'elle !

 

- Kyaaaaaah, merciiiiii ! Fit une voix stridente avant que deux bras n'enserrent vigoureusement le cou de Lex.

 

Aphrodite, frotta son visage contre le sien puis se recula et frappa dans ses mains, toute excitée.

 

- Cela fait siiiii longtemps Gabrielle ! Pourquoi n'es-tu pas venue me rendre visite plus tôt ? Enfin, peu importe, tu es là maintenant !

 

Joignant le geste à la parole, Aphrodite sautilla sur place, incapable de refréner sa joie.

 

- Salut Xena ! Je t'avais vue tu sais, je ne t'ignorais pas !

 

Tia sourit à la déesse, sincèrement heureuse de la voir.

 

- Je sais, c'est juste que Gabrielle est ta petite chouchoute.

 

- Vous êtes toutes les deux mes amies ! Protesta la déesse en se vexant. J'ai toujours pensé à vous deux !

 

Lex rit et tapota le dos de son amie divine.

 

- Xena te taquine, ne l'écoute pas.

 

Tia sourit et ne corrigea pas Lex. Elle n'était même pas certaine, ici, au pied du Temple à converser avec la déesse qu'elle n'était pas en fait Xena et que Tia était une ancienne vie.

 

- Et si on entrait prendre le thé ? Proposa soudain la déesse. J'ai de nouveaux employés et ils sont à croquer !

 

Tia et Lex sourirent et suivirent leur amie à l'intérieur du Temple. La déesse les conduisit au fond de l'édifice, dans un endroit aménagé rien que pour ses apparitions. D'après la déesse, c'était là un morceau de l'Olympe qu'elle avait transféré pour ses petits plaisirs. Le temps y passe différemment précisa-t-elle en les y précédant. Plusieurs éphèbes étaient occupés à rafraîchir l'atmosphère à l'aide de gigantesques éventails. D'autres s'occupaient de disposer boissons et nourritures sur une petite table et enfin les derniers montaient la garde.

 

Lex désigna les éventails.

 

- Tu sais que la clim existe de nos jours...

 

- Je suis une déesse Gabrielle, je n'ai pas besoin que l'on m'évente. C'est pour le plaisir des yeux seulement.

 

Lex rit et secoua la tête. Les siècles s'étaient succédé mais la déesse de l'amour n'avait pas changé d'un poil. Une fois tout le monde installé, Tia entra directement dans le vif du sujet.

 

- Que fabrique Arès ces derniers temps ?

 

- Tu veux des nouvelles d'Arès ? S'étonna la déesse de l'amour. Voilà qui va le ravir !

 

- Ne dis pas n'importe quoi, contredit Lex avec une moue dégoûtée, qui voudrait des nouvelles d'un type pareil ? Non, on voudrait savoir ce qu'il manigance contre nous encore.

 

- Oh, vous avez remarqué alors..., fit la déesse penaude.

 

Tia prit sur elle de ne pas grincer des dents.

 

- Difficile de ne pas remarquer quand on perd l'esprit. Est-ce à dire que tu ne nous aurais rien dit si on n'avait pas soulevé le sujet ?

 

- Arès avait promis d'arrêter avant que cela ne dégénère vraiment ! C'est pour son jeu vous comprenez. Si vous êtes patientes, ça s'arrêtera bientôt.

 

Lex et Tia se regardèrent avant de dévisager la déesse, perplexe.

 

- Son jeu ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Une télé réalité ou quelque chose dans le genre. Vous en êtes les héroïnes !

 

Elle avait déclaré cela avec un air réjoui, comme s'il s'agissait d'un honneur.

 

- Tous les Dieux de l'Olympe et des autres pays en sont fans !

 

Tia toisa son amie avant de demander, toujours perplexe :

 

- Arès a fait une télé réalité sur Lex et moi ? Comment ça ?

 

- Il suit vos aventures bien sûr ! Il monte les images lui-même, y ajoute des musiques épiques et fait les commentaires d'introductions et de conclusions. C'est une très bonne émission, je vous assure, vous devriez la regarder !

 

Lex fixa sa femme en se demandant quoi répondre à ça. Tia se pinça l'arête du nez. Voilà une chose qu'elle avait oubliée avec la déesse de l'amour, les migraines.

 

- Aphrodite, sur quoi portent nos dernières « aventures » ? demanda la mercenaire en mettant des guillemets invisibles sur le dernier mot.

 

- Hmmm, eh bien j'ai raté les deux derniers lives donc je ne saurais dire avec précision mais il y a quelques jours, cela te suivait Xena, lorsque tu jouais les justicières un peu partout.

 

Satisfaite d'avoir répondu correctement à son amie, elle ignora le désarroi qu'elle venait pourtant manifestement de déclencher chez la grande guerrière. Celle-ci fixait sa femme avec un air peu assuré mais brave.

 

- Je peux tout t'expliquer mon amour.

 

Lex leva un sourcil, croisa les bras et lâcha :

 

- J'attends.

 

                                                                       ***

 

Len était occupé à changer ses petites sœurs et chassa la main de Jiyeon, qui tentait de le repousser avec ses petites mains, tout en empêchant Maki de s'enfuir du lit, lorsque Gipsy entra en trombe.

 

- Len ! S'exclama la jeune fille, tu ne vas jamais le croire !

 

Le jeune garçon leva la tête surpris. C'était le milieu de la nuit et il ne s'attendait pas à ce qui que ce soit hors lui et ses affreuses petites sœurs ne dorment pas. Il était en train de sérieusement songer à aller chercher Linya pour l'aider lorsque sa petite-amie était apparue.

 

- Ma mère parle chinois !

 

Len fronça les sourcils.

 

- Je sais c'est impossible ! Elle l'a jamais appris en plus ! Et tu sais pas le pire, elle comprend même plus l'anglais ! Elle avait même pas l'air de me reconnaître !

 

- Et elle est où maintenant ? S'inquiéta-t-il.

 

- Avec Enyalios et Linya. Andy est allé les chercher. Mais même quand ils sont arrivés, elle n'a pas eu l'air de les reconnaître. Enfin Enyalios si, mais pas comme on l'espérait. Elle arrêtait pas de dire Arès Arès. C'est vraiment flippant..., termina-t-elle en se laissant tomber sur le lit à côté de Maki qui avait fini par rouler loin de son encombrant frère.

 

La jeune fille l'attrapa et la serra contre elle, en quête de réconfort. Elle soupira quelques secondes plus tard, soulagée. Elle recula la petite fille pour mieux la regarder et déclara :

 

- Tes sœurs sont spéciales, quand je les prends quand je suis stressée, elles me calment aussitôt. Enfin c'est sûrement une idée que je me fais. Attends une minute Len MAIS TU PARLES !

 

Elle bondit sur ses pieds, serrant toujours la petite fille contre elle qui couina de contrariété et dévisagea son petit-ami.

 

- Depuis quand ?! Tu vas bien ?!

 

Len hocha la tête.

 

- Cet après-midi. Lizzie m'a... elle a dit des choses qui m'ont donné envie de répondre je crois. Je ne sais pas trop.

 

Gipsy resta la bouche ouverte, partagée entre la joie de voir son petit-ami aller mieux, et la jalousie de ne pas être celle à son origine.

 

- Quand je vais dire ça à David, marmonna-t-elle.

 

- Il est déjà au courant. Je suis allé le voir avant de me coucher, je... j'avais des choses à lui dire.

 

Il s'était excusé, chose qu'il avait eu envie de faire depuis longtemps mais ne s'était pas cherché d'excuses. La discussion avait été étonnamment facile. David n'était pas en colère. Plus perplexe et perdu, vis-à-vis de sa sœur notamment, qu'autre chose. Il avait répondu à toutes ses questions même lorsque celles-ci étaient devenues difficiles. Lizzie avait eu raison, parfois le bon moment arrivait sans qu’on le cherche et alors les mots sortaient sans avoir besoin d'y réfléchir ou de craindre la réaction des autres.

 

David avait été très compatissant lorsqu'il lui avait parlé de son expérience avec le démon. Cela lui avait fait du bien, mais là encore, Lizzie avait vu juste. S’il était soulagé d'en avoir parlé, cela n'avait pas effacé sa terreur à ce souvenir. Pas plus que l'horreur avec laquelle il se considérait désormais. Il n'aurait jamais pensé être capable d'infligé autant de souffrances à autrui aussi gratuitement et y prendre tant de plaisir. Composer avec ce qu'il avait appris de lui allait être long et difficile. Tout comme effacé la terreur d'avoir approché d'un peu trop près le Dévoreur.

 

Néanmoins ses émotions étaient redevenues plus stables et normales. Les couleurs s'invitaient dans sa vie et lui redonnaient espoir. D'après ce qu'il avait glané sans que sa famille ne s'en aperçoive, sa mère avait fait elle aussi d'horribles choses. Peut-être était-ce la personne la mieux placée pour l'aider à surmonter ce qu'il ressentait vis-à-vis de lui-même...

 

Pour une fois, il allait suivre les directives de sa sœur et parler à leurs mères. Elle allait mieux, elle le lui avait assuré. Rien n'était fini et avec ce qu'elle avait appris de Sahel, c'était un nouveau coup dur pour elle, mais les épreuves l'avaient endurcie et il savait qu'elle s'en sortirait. Elle était devenue forte sa petite sœur. Elle n'avait ni besoin de David, ni de Sahel pour s'en sortir. Pas plus que de lui, songea-il avec une pointe de tristesse.

 

- Et... pourquoi tu ne m'as rien dit ? Fit Gipsy vexée.

 

- Je ne t'ai pas trouvée... tu étais où d’ailleurs?

 

- Avec ma mère en ville. Elle voulait qu'on profite de notre présence ici pour visiter. Tu aurais quand même pu m'appeler, ajouta-t-elle en sortant son téléphone de sa poche.

 

- Désolé, j'ai perdu l'habitude de téléphoner avec celle de parler.

 

Gipsy se rassit sur le lit avec une grimace compréhensive.

 

- Et... ça va ? Tu... tu veux parler ?

 

Len secoua la tête.

 

- Pour l'instant ça va. Mais je sais que tu es là si j'en ai besoin. Tu as été là tout le temps où je ne parvenais pas à dire un mot. Je... je ne m'attendais pas à ça et ça m'a beaucoup aidé... merci.

 

Gipsy lui sourit et le cœur de Len rata un battement. Maintenant qu'il se sentait moins piégé, le sentiment que Gipsy lui inspirait lui faisait du bien. Avant l'effet était différent. Il avait besoin d'elle, ressentait le manque lorsqu'elle n'était pas à ses côtés mais ce n'était pas aussi fort. Et parfois sa présence lui avait fait mal. Il pensait alors qu'il ne serait jamais capable de vraiment profiter de l'amour qu'il ressentait et cela le blessait.

 

Plus maintenant. Maintenant il pouvait le ressentir et anticiper les moments qu'ils passeraient ensemble avec joie et une pointe d'excitation. Avant il vivait le présent. Maintenant il voulait un futur avec elle.

 

Il finit de remettre son pyjama à Jiyeon pendant que Gipsy berçait Maki. Ils les mirent ensuite dans leur lit et allumèrent leur veilleuse.

 

Ils les observèrent un moment puis sortirent. Len raccompagna sa petite-amie jusqu'à sa chambre et proposa :

 

- Va te reposer, je vais voir où en sont Enyalios et Linya avec ta mère.

 

- Je peux le faire moi-même. Tu ferais mieux de te reposer, la journée a été difficile pour toi.

 

- Je veux prendre soin de toi Gipsy. Je veux être un bon copain pour toi. Je... je t'aime.

 

L'aveu, lâché d'une voix timide, fit rougir la jeune fille.

 

- Je t'aime aussi, répondit-elle tout aussi timidement.

 

Il hocha la tête, lui prit la main et dit :

 

- Tu es là pour moi, je veux être là pour toi.

 

- Tu l'es...

 

- Pas jusqu'à présent. Mais je vais l'être maintenant. Va t'allonger, je vais voir où ça en est et si ton frère n'est pas encore couché, je l'enverrai le faire. Ça ne sert à rien qu'on soit tous présent. Enyalios et Linya savent gérer n'importe quoi. Je suis sûr que demain, ta mère sera de nouveau elle-même.

 

Gipsy hésita puis acquiesça. Il s'agissait de sa mère tout de même, mais elle décida de faire confiance à Len. Le jeune homme semblait très confiant dans les capacités des deux adultes, elle n'avait pas de raison de douter. Néanmoins, elle rejoignit son lit avec des milliers de questions, dont une qui ne cessait de revenir : qu'est-ce qui arrivait à sa mère ?

 

                                                                       ***

 

Les explications avaient été tendues mais Tia s’était vite rendu compte que Lex la faisait marcher. Quelque part, entre deux souvenirs de vies anciennes, Lex avait compris qui pouvait être derrière ces apparitions subites. Gabrielle avait toujours pensé qu’elle n’avait été qu’un levier pour Xena, que cet esprit de justice était le moteur même qui incitait la princesse guerrière à avancer. Après tout, c’était la raison pour laquelle elle avait commencé ses campagnes guerrières avant de se perdre en chemin.

 

Une fois la situation éclaircie, Tia revint à Aphrodite, qu’elle remercia en la fixant d’un regard noir puis reprit leur conversation interrompue :

 

- Donc Arès s’amuse à nous suivre et relater nos « aventures » c’est ça ?

 

Aphrodite hocha la tête.

 

- Et c’est tout ? Il n’a rien à voir dans ce qui nous arrive ? Tu semblais dire que les choses allaient s’arranger bientôt, j’en conclus qu’il nous a fait quelque chose.

 

- Non pas vraiment. Je l’ai cru au début aussi, mais en réalité il s’est contenté de remarquer ce qui aller se passer avec le temps et qui a été accéléré lors de votre combat contre Alti. Il en a tiré parti et c’est tout. Tu connais Arès.

 

- Tu peux préciser s’il te plaît ? Qu’est-ce qui a déclenché ce qui nous arrive ? Et comment l’arrêter ?

 

- Oh Xena, soupira la déesse désolée, j’aurais aimé t’aider mais je ne suis pas dans le secret des Dieux, je ne sais pas ce qui a déclenché tout ça, je suis navrée…

 

Une seconde, la guerrière resta bouche bée.

 

- Aphrodite, déclara-t-elle lentement, tu es une Déesse, tu es forcément dans le secret des Dieux… ou du moins tu peux l’être.

 

Aphrodite se figea un instant.

 

- Ah oui, c’est vrai. Ok, je vais me renseigner pour vous. Quoi que cela irait plus vite si on demandait à Arès.

 

Au regard consterné de sa femme, Lex, qui se demandait bien quel était son nom alors qu’elle la savait être sa femme, gloussa. Etait-ce Amina ? Ouria ? Mika ? Pourquoi ne se souvenait-elle plus de son nom ?

 

Contrariée, elle sentit soudain la présence de sa femme dans son esprit et se sentit rassurée. Ca n’avait pas d’importance. Tant qu’elles étaient ensemble, le reste n’était que détail. Et puis elles étaient ici pour régler ça justement.

 

- Ce serait pratique en effet, si Arès daignait se montrer.

 

- Je peux arranger ça, fit la déesse en claquant des doigts.

 

Aussitôt l’odeur caractéristique du Dieu qui avait pris un malin plaisir à lui pourrir l’existence apparut.

 

- Hey ! fit-il l’air outré, j’allais prendre mon bain !

 

En effet, le Dieu était vêtu en tout et pour tout d’une serviette de bain.

 

- Petite vicieuse va, reprit-il aussitôt plein d’aplomb, régalez-vous donc ! s’exclama-t-il en ouvrant grand les bras avec un sourire.

 

Un peu étonnée, Xena remarqua qu’il était identique au corps d’Enyalios et se sentit furieuse d’avoir un jour cédé au mercenaire qui pourtant était devenu son meilleur ami. Elle soupçonnait le Dieu de la guerre d’avoir prévu ce coup-là.

 

- Arès, j’ai des questions pour toi, fit-elle de mauvaise humeur. Et tu vas y répondre ou je t’émascule.

 

- Tout de suite les menaces, Xena ma chère tu n’as pas changé, répliqua-t-il dans un grand sourire joyeux. Je suis content de te revoir !

 

- Il est toujours aussi cinglé, marmonna la barde entre ses dents.

 

Le Dieu de la guerre prit place avec toute la grâce qui le caractérisait sur un des divans de la pièce et fit un geste les invitants à poser leurs questions.

 

- Allez-y, posez moi vos questions, pour une fois je n’ai rien fait de mal, je répondrai donc avec plaisir. En échange d’un petit service bien sûr.

 

- Quel genre de service ? fit la mercenaire en plissant des yeux, méfiante.

 

- Oh rien ne me vient à l’esprit pour l’instant, mais je saurai me rappeler à toi le moment voulu. Alors on a un deal ?

 

Tia échangea un regard avec Gabrielle et acquiesça.

 

                                                                       ***

Enyalios était épuisé. Garder un œil sur quatre adultes libres de leurs mouvements de façon constante le rendait angoissé et insomniaque, ce qui avait pour conséquence de créer une légère paranoïa chez lui.

 

Sur une intuition, créée il en était certain par cette paranoïa, il se mit en quête de Linya afin de s’assurer qu’elle allait bien. La nuit dernière ils avaient tous deux été surpris par la soudaine crise identitaire de Rhapsody. Le pire étant qu’elle ne parlait que Chinois, ce que ni l’un ni l’autre ne connaissait. La calmer et lui expliquer ce qui se passait et où elle se trouvait avait été sport. Et ce d’autant plus qu’elle les prenait pour des ennemis, elle n’aimait pas Arès apparemment, et qu’elle maîtrisait une forme de combat qui manipulait les énergies et qui l’avait envoyé plusieurs fois dans le mur.

 

Il n’avait dormi que trois heures avant que sa nouvelle parano ne le réveille et ne le pousse à la recherche de Linya. Ne la trouvant nulle part dans la maison, il fit le tour de la propriété extérieur. Bien qu’il fasse encore nuit, les premières lueurs de l’aube ne tarderaient plus à se montrer et il ne s’inquiéta pas de prendre une lampe-torche. Ne la découvrant pas plus, il commença à s’inquiéter sérieusement.

 

Suivant son intuition, il remonta le chemin jusqu’au portail et continua de marcher à pas rapides le long de la route. Alors qu’il arrivait à un carrefour il la découvrit un peu plus loin. Et ce qu’il vit envoya un pic d’adrénaline dans tout son corps.

 

- Linya ! cria-t-il en piquant un sprint. Ne bouge pas !

 

Mais la jeune femme ne parut pas l’entendre et poursuivit sa route, traversant la triple voie comme si elle se promenait dans un parc.

 

Parvenu presque à sa hauteur il réalisa qu’il n’arriverait pas à temps pour empêcher le bus qui arrivait de la percuter. Mu par la force du désespoir il bondit, poussant sur les muscles de ses cuisses au-delà de ses limites et percuta la jeune femme violemment. Poursuivant son mouvement il la plaqua contre lui, l’obligeant à suivre le mouvement de son corps qui se mettait en boule afin d’amortir le choc lorsqu’ils tomberaient au sol.

 

Avec Linya dans les bras, l’efficacité de celui-ci fut réduite et il percuta assez douloureusement l’asphalte. Sans perdre une seconde, il se releva et prenant Linya dans ses bras bondit sur le talus quelques pas plus loin.

 

Enfin en sécurité et hors d’haleine, Enyalios prit le temps d’inspecter le corps de la dirigeante. Heureusement, elle ne semblait pas avoir été touchée et il se laissa tomber sur le sol, la jeune femme toujours dans les bras.

 

Lorsqu’il eut repris son souffle, il dévisagea son amie et demanda :

 

- On peut savoir ce qui t’a pris ?

 

Mais Linya ne savait quoi répondre. Elle ne comprenait même pas ce qu’elle faisait là. Elle n’avait aucun souvenir de s’être déplacée.

 

- Pourquoi suis-je dans tes bras ? demanda-t-elle alors.

 

Enyalios ouvrit la bouche puis comprit que ce devait être une autre identité qui avait pris le dessus et remercia sa paranoïa.

 

- Je vais tous vous enfermer à double tour la nuit, marmonna-t-il pour lui-même, qu’au moins la nuit je puisse me reposer parce qu’à ce rythme-là, c’est moi qui ne vais pas tenir jusqu’au retour de Tia.

 

Puis plus haut :

 

- Tu as eu une soudaine envie de moi et bien que je sois particulièrement flatté de la chose, je dois te dire que je ne suis pas un homme facile. Ce sera le mariage ou rien, belle damoiselle. Car mon corps n’est pas à vendre !

 

Il avait terminé sa tirade d’un hochement de tête solennel et le contraste entre ces propos et la situation fut telle que Linya fut prise d’un fou rire qui dura tant qu’elle se mit à pleurer. Lorsqu’enfin elle réussit à se calmer elle dévisagea son ami et déclara :

 

- Merci, j’en avais besoin. J’ai l’impression que les choses deviennent de plus en plus chaotiques et dangereuses, je me trompe ?

 

Il secoua la tête et finit par se remettre sur son séant, entrainant Linya avec lui. Elle tendit la main pour repousser les mèches qui tombèrent soudain devant ses yeux et sourit. Enyalios était… aussi beau que courageux, charmant et drôle. D’un certain point de vue, il était le parti idéal. Il ressemblait étrangement à Tia en plus farfelu et un poil moins tacticien.

 

Il était peut-être bien fait pour elle mais il était encore beaucoup trop tôt. Elle avait encore le cœur douloureux à la seule pensée de la grande mercenaire et n’était pas capable d’offrir à son ami ce qu’il attendait d’elle.

 

Elle avait beaucoup réfléchi depuis sa déclaration des plus surprenantes. Au dire de Tia, Enyalios n’avait jamais été amoureux. De son propre aveu c’était une chose qu’il évitait de son mieux. Il n’était pas ravi de l’aimer, mais il avait fini par l’accepter et souhaitait essayer de vivre une relation normale. Elle craignait un peu de devoir l’éduquer sur ce plan. Elle se souvenait parfaitement des difficultés de Lex avec Tia. Décidemment, soupira-t-elle en pensée, Tia et lui avait beaucoup trop de points communs.

 

Prise au dépourvu, elle lui avait dit qu’elle y réfléchirait.

 

C’était chose faite.

 

- Je suis désolée En… je ne vais pas pouvoir donner suite à ta déclaration.

 

Il comprit tout de suite à quoi elle faisait allusion et il fut surpris par l’intensité de la peine qu’il ressentit.

 

- Pourquoi ? demanda-t-il en faisant de son mieux pour le dissimuler.

 

- Parce que Tia me hante encore. Elle n’est pas facile à oublier et le fait que ce soit toi qui me demande… ça… rend les choses plus difficiles. Tu ne t’en rends probablement pas compte, mais tu lui ressembles vraiment beaucoup et si un jour je devais accepter de me mettre avec quelqu’un, ne vaudrait-il pas mieux pour cette personne qu’elle soit certaine que ce n’est pas parce qu’elle m’en évoque une autre que j’ai accepté ?

 

Il serra les dents et réfléchit à la question. En effet, ça blesserait son égo, mais plus encore, comprit-il, il voulait être aimé pour lui et pas parce qu’il rappellerait quelque chose à quelqu’un.

 

Aussi, bien que cela lui fasse du mal, il accepta la décision de Linya. Que pouvait-il faire d’autre de toute façon ? Il ne s’agissait pas de séduction ici. Sur le plan physique, il avait bien vu qu’elle le trouvait attirant. Très attirant même. Mais cela ne faisait pas une relation.

 

Il dut serrer les poings alors qu’il lui répondait qu’il comprenait, tout en les remettant tous deux sur pieds.

 

- J’espère que je serai le premier que tu appelleras lorsque tu auras guéri d’elle… à moins que cela ne soit qu’une excuse pour me rejeter sans me blesser ? S’inquiéta-t-il soudain.

 

Linya sourit tristement en posant la main sur son bras.

 

- Si tu es célibataire et toujours déterminé à ce moment-là, je t’appellerai mais je doute que tu aies cette patience.

 

- Tu ne me connais pas si bien si tu le penses vraiment, répondit-il déterminé.

 

Il était d’un naturel patient, c’était lui qui avait inculqué cette qualité à Tia. Il espérait juste que ce serait de lui qu’elle s’éprendrait lorsqu’elle serait enfin capable de regarder autour d’elle. Il fronça les sourcils. Peut-être y avait-il un moyen de s’en assurer…

 

 

Chapitre 12 :

 

En rentrant à l’hôtel, Lex et Tia avaient enfin obtenu les réponses à leurs questions mais ne se trouvaient pas plus avancées quant à la solution. Ce qui avait déclenché tout cela était Tia elle-même. Ou plutôt l’apparition de la Louve dans son environnement immédiat. Une âme n’était pas faite pour être déchirée, mais elle n’était pas plus faite pour se côtoyer ainsi librement une fois la section effectuée. Si la Louve n’avait pas cherché à retrouver Tia, tout ceci aurait pu être évité. Mais si la Louve ne l’avait pas fait, alors Ashee aurait gagné.

 

Néanmoins le processus consistant à être submergé par les vies anciennes aurait été long si Ashee n’était pas intervenue sur les dimensions et l’espace-temps lui-même afin de maîtriser ses pouvoirs et ses propres vies passées au mieux. Rencontrer la chamane avait éveillé les vies anciennes qui ne l’avaient pas encore été et accéléré la propagation de leur influence sur leur identité actuelle.

 

Tia avait compris que son entourage proche n’était pas le seul touché ainsi. De par le monde, tous ceux qui possédaient une âme à plusieurs existences et qui avaient rencontré Ashee avaient vu leurs anciennes vies s’éveiller. Autrement dit, d’autres vies étaient actuellement en danger. Et ni Tia, ni Lex ni aucun des deux Dieux interrogés ne savaient comment contrer cela.

 

Pourtant Lex avait avancé un argument qui pouvait obliger les Dieux à en faire leur problème et réfléchir donc sérieusement à sa solution. L’éveil des vies anciennes pouvaient, à terme, mener à la fin des cycles de réincarnations. Et si le phénomène ne faisait que se propager, alors sous peu il n’y aurait plus assez de vivants pour faire tourner le monde. Et une fois morts, les âmes anciennes hanteraient pour l’éternité plusieurs dimensions car, quoi qu’on en dise, les domaines des morts gérés par les Dieux n’étaient pas capables de s’occuper d’autant d’esprits. C’était la raison même qui les avait poussés à concevoir les cycles de réincarnations après plusieurs siècles de création de vies humaines.

 

Cet argument avait amené Aphrodite à promettre d’en toucher un mot à Zeus. Cependant le Dieu des Dieux était plutôt mal luné concernant Xena et sachant que cette requête venait d’elle il pourrait bien, malgré son affection pour les mortels, rechigner à le résoudre.

 

Avant de repartir, Tia avait bien fait comprendre à Arès qu’il n’était pas dans son intérêt de poursuivre son émission sur elle et Lex et qu’il s’exposerait, le cas échéant, à de violentes et déplaisantes représailles.

 

Elles venaient à peine de s’assoupirent lorsque le téléphone sonna, les faisant sursauter. Lex attrapa son portable en grognant et maugréa un :

 

- Ca a intérêt à être important…

 

- Eh bien, fit la voix grave d’Enyalios, ça dépends si pour toi la vie de Linya en a.

 

Aussitôt, Lex se redressa, l’esprit en alerte.

 

- Linya ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Elle va bien ?

 

Elle sentit sa femme se redresser à ses mots et soupira en entendant les explications du mercenaire.

 

- C’est bon, j’ai entendu, fit sa femme alors qu’elle s’apprêtait à lui répéter l’échange.

 

Lex sourit, elle avait presque oublié l'ouïe légendaire de Xena.

 

- Et sinon tout va bien ?

 

Enyalios lui relata l’épisode avec Rhapsody et termina sur une bonne note en parlant du retour de Len au pays des parlants. Lex raccrocha et se blottit dans les bras de Tia qui s’était rallongée.

 

- Les choses vont de mal en pis malgré l’amélioration de l’état de Len… j’ai peur de ce qui risque d’arriver si on n’obtient pas rapidement un accord avec Zeus.

 

Tia ne répondit pas, inquiète également et remercia mentalement Enyalios de sa présence vigilante. Elle lui devrait une grosse faveur quand tout serait terminé.

 

Resserrant son étreinte autour de sa femme, elle finit par sombrer dans un sommeil agité.

 

                                                                       ***

 

- Alors qu’a dit père ? S’enquit Aphrodite.

 

Arès haussa les épaules.

 

- Il n’a pas daigné me prendre en audience. J’ai transmis le message à Héphaïstos, ton cher mari. Comme il a encore l’attention de père et qu’il doit une faveur à Xena, j’ai pensé que c’était une bonne idée.

 

- Ca m’étonne que tu y aies pensé.

 

La déesse s’approcha de son frère et lui tapota l’épaule.

 

- Bon travail.

 

- Ton opinion de moi me consterne chère sœur, mais je passerai outre cette insulte implicite, j’ai du travail qui m’attend.

 

- Je pensais que tu avais abandonné l’idée de ta télé-réalité. C’est ce que tu as dit à Xena en tout cas.

 

- Tu plaisantes ? Les audiences sont énormes et nos spectateurs me lyncheraient si j’arrêtais tout maintenant !

 

- Si elle s’en rend compte, Xena va te le faire regretter…

 

- Comme si les menaces de Xena m’avaient déjà arrêté, s’amusa-t-il. Et puis elle n’est plus Xena, bien que tu t’obstines à ne pas le voir.

 

- Oh je le vois et tu as raison, elle n’est plus Xena, elle est bien plus dangereuse qu’alors. Toi tu oublies qu’elle possède l’expérience de centaines de vies. Qu’elle a souffert bien plus que tu ne souffriras jamais. Ca augmente considérablement sa motivation, sa patience et son intelligence. Choses qui étaient déjà très élevées lorsqu’elle n’était que Xena.

 

Sur ces bons mots, la déesse de l’amour tourna les talons. Arès, déconcerté, songea que parfois, sa sœur n’était pas aussi sans cervelle qu’elle voulait bien le faire croire.

 

Arès haussa les épaules. Il était immortel. Tia pouvait bien le punir comme elle le voudrait, il ne craignait en définitive pas grand-chose. Après tout, le pouvoir de les tuer, sa chère princesse guerrière l’avait perdu il y avait bien longtemps.

 

Et puis quoi qu’elle en dise, Xena avait un faible pour lui. Souriant à cette pensée, il s’éclipsa pour se rendre dans son Royaume.

 

                                                                       ***

 

Depuis sa dispute avec Sahel, Lara évitait tout le monde. Elle avait bien conscience d’Enyalios lorsque celui-ci venait la voir pour s’assurer de son état mais il ne la dérangeait pas, aussi avait-elle eu tout le temps dont elle avait eu besoin pour réfléchir.

 

Elle aimait Sahel, elle lui devait la vie. Quoi qu’elle pense de son rôle dans le plan d’Ashee ou du mensonge qui en avait découlé. Elle ne pouvait nier qu’il l’aimait sincèrement et l’avait choisie plutôt que le chemin qu’on lui avait enseigné. Et cela pesait dans la balance. Néanmoins, comme avec David, elle ne parvenait plus à lui faire confiance.

 

Elle aimait deux garçons aussi fantastique l’un que l’autre, mais auquel elle ne pouvait faire confiance. Ou plutôt que la double peine qu’ils lui avaient infligée l’empêchait de prendre le risque d’être blessée à nouveau.

 

Au cours de ses réflexions, elle avait fini par comprendre qu’elle avait toujours dépendu de quelqu’un. David, Sahel ou Len. A chaque fois qu’elle avait vécu des choses difficiles, elle s’était accrochée à eux comme à une bouée. Elle savait que ce n’était fondamentalement pas mauvais mais elle aurait aimé être capable, comme ses mères ou Linya, d’être suffisamment forte pour tenir debout toute seule. Elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’ainsi que l’on était capable de faire les bonnes choses et de prendre les bonnes décisions. En somme de guider sa vie sur la bonne voie avec ou sans quelqu’un la partageant.

 

Mais cela signifiait se connaître à fond. Et Lara avait réalisé qu’elle ne se connaissait pas si bien que ça. Et comble de tout, elle se découvrait assez lâche…

 

Maintenant que son ancienne vie lui revenait sous forme de rêves plus violents et horribles les uns que les autres, elle découvrait une nouvelle facette d’elle-même. Lorsqu’elle vivait en tant qu’Eve, elle avait été impitoyable. Mais elle n’avait pas perdu son temps à s’apitoyer sur son sort et avait tenté, à l’image de Xena, sa mère, de trouver un moyen utile de se racheter. Se perdre dans la culpabilité ne menait à rien et ne servait personne.

 

Eve avait été une inspiration à son époque, un messie et Lara en était aussi impressionnée que fière. Elle ne prétendait pas devenir à nouveau cela, mais savoir que ce genre de possibilité existait, qu’elle était capable d’une telle chose, était extrêmement gratifiant. Du pire pouvait naître le meilleur. C’était ainsi que sa mère menait sa vie depuis toujours.

 

Et c’était ainsi qu’elle voulait mener la sienne.

 

Elle soupira. Comment l’annoncer aux deux concernés ? Et comment allaient-ils le prendre ? Mal assurément.

 

Eh bien, songea-t-elle déterminée, ce sera ma première épreuve.

 

Lara était soulagée, trouver un but la débarrassait de tous ses doutes et ses interrogations. Elle se découvrait une nouvelle force. En fait, ce qui minait la force intérieure des gens c’étaient les doutes ni plus ni moins, comprit-elle. A elle de ne pas l’oublier à l’avenir.

 

                                                                       ***

 

- Ah nous avons un appel ! s’exclama le Dieu de la guerre en faisant apparaître un ancien téléphone à cadran européen. Arès Dieu de la guerre et présentateur favori des Dieux à votre écoute ! Quel est votre nom cher téléspectateur et à quel sujet appelez-vous ?

 

- Cupidon. J’appelle à propos des surnoms.

 

- Ah très bien ! Quel est votre proposition ?

 

- Eh bien, étant donné que tout le monde prend Xena pour un homme, qu’il n’intervient que la nuit, qu’il est furtif, rapide et se fond dans les ténèbres, je gage que les mortels la surnommeront Batman d’ici peu !

 

- Oooh mais notre ami Cupidon se tient bien au courant des héros mortels dites-moi ! Très bien, je valide votre réponse cher téléspectateur et merci pour votre contribution !

 

- A-t-on le temps de prendre un autre appel ?

 

Héphaïstos arriva sur ces entrefaites et lui fit signe.

 

- Ah, on me fait signe que non ! Dieux de l’Olympe et du reste du monde, je vous prie de bien profiter de notre coupure sponsor, je reviens dans un instant !

 

Hermès apparut à la seconde où Arès claqua des doigts pour sortir du champ des caméras et commença son laïus, illustré par ses dons, concernant son service de messagerie rapide.

 

- Alors mon frère, ton entretien avec père s’est bien passé ?

 

- On peut dire ça. Il a été rapide et Héra s’est incrustée.

 

Arès gloussa.

 

- Ca a dû être intéressant.

 

Héphaïstos haussa les épaules.

 

- Alors, le résultat ?

 

- Zeus a écouté ce que j’avais à dire puis il a réfléchi un moment. Héra est arrivée et il a déclaré que ce n’était pas de son ressort seul. Ensuite il m’a congédié.

 

- Je vois…

 

- Ah oui ? Parce que moi pas trop.

 

Arès dédia à son frère un sourire cabotin.

 

- Si ça t’intéresse, après la coupure sponsor, tu n’auras qu’à suivre mon émission.

 

Héphaïstos sourit. Arès claqua des doigts et fit disparaître Eitri, Dieu mineur nordique qui avait, entre autre, fabriqué le marteau de Thor et promettait un service impeccable à qui savait y mettre le prix.

 

Arès prit place au centre de la pièce et Héphaïstos se laissa tomber sur le fauteuil au coin de la pièce, afin de suivre en direct l’émission qu’il ne ratait jamais, même s’il refusait de le reconnaître. Arès savait y faire pour rendre intéressant une émission banale. Mais ici, il avait choisi une icône parmi les Dieux et cela, associé à son sens du drame, rendait tout le monde accro.

 

- Cher spectateur, nous avons un invité spécial aujourd’hui ! Le mari de notre déesse de l’amour, j’ai nommé Héphaïstos en personne ! Avance mon frère, ne soit pas si timide !

 

Rougissant, le jeune Dieu rejoignit Arès en protestant :

 

- On n’est que fiancé…

 

- Oui, oui, fit son vis-à-vis avant de se tourner vers la caméra : Héphaïstos ici présent s’est entretenu avec l’élu parmi les élus, j’ai bien sûr nommé Zeus lui-même il y a à peine quelques minutes à ma demande ! Cela concerne bien entendu notre Tueuse de Dieux favorite : Xena !

 

Arès fit une pause pour maintenir le suspens puis déclara, plein d’emphase :

 

- Zeus a décidé que ce n’était pas à lui seul de choisir de ce qu’il adviendra, cher téléspectateur ! Eh oui, vous avez bien entendu ! Nous allons sous peu, si ce n’est d’ailleurs pas déjà lancé, assister à la toute première réunion des Dieux des Dieux depuis des millénaires !!

 

Héphaïstos ouvrit la bouche, stupéfait. Arès tirait une telle conclusion d’une simple phrase ? Bon, il possédait un esprit fin et connaissait mieux Zeus que n’importe qui, exception faite d’Héra, mais tout de même…

 

- Crois-tu ? Ne put-il s’empêcher de demander. Cela me paraît un peu excessif. Il ne s’agit que du devenir de quelques mortels après tout… Pour toute autre personne, Zeus ne se serait même pas abaissé à écouter ma demande. C’est seulement parce qu’il a un passif avec Xena, via notamment Hercule, son fils préféré, qu’il s’y intéresse.

 

- Tu penses cela, rétorqua Arès l’air carnassier en posant une main sur son épaule, parce que tu n’as pas réfléchi à l’implication réelle de ce qui se passe. Selon le choix qu’il sera fait, les conséquences peuvent signer notre renouveau ou notre complet déclin, cher petit frère.

 

Héphaïstos ouvrit des yeux ronds.

 

- A ce point ?

 

Arès hocha la tête.

 

- Demande à ta femme lorsque tu lui rendras visite, ce soir. Elle t’expliquera.

 

Héphaïstos leva un sourcil sceptique.

 

- Aphrodite ? On parle de la même ?

 

- Tu m’insultes mon frère ! s’exclama le Dieu de la guerre outré. Aphrodite est ma sœur, tu ne devrais pas la sous-estimer comme ça, ajouta-t-il avant de sourire, charmeur : Surtout qu’elle ne l’apprenne pas… tu passerais un mauvais quart d’heure… et tu as tendance à oublier, dans ton aveuglement amoureux, que notre chère Déesse de l’amour est actuellement la divinité la plus puissante sur l’Olympe, elle n’est pas qu’un corps splendide...

 

- Je sais ça ! protesta le jeune homme. C’est juste qu’en dehors d’elle-même et de quelques privilégiés, elle ne s’intéresse pas à grande chose.

 

- Il me semble que tu as occulté un fait important, cher beau-frère. Parmi ces privilégiés, deux mortelles possèdent son affection la plus profonde, et ce depuis des siècles, ce qui suffit à la motiver et à se sentir concernée.

 

Arès frappa soudain dans ses mains et sourit à la caméra :

 

- Cher ami, notre émission journalière arrive à son terme. Rendez-vous demain, à la même heure, pour un point sur les dernières aventures de nos mortelles favorites ! Discorde, je rends l’antenne ! A vous les studios !

 

- C’est ringard ça, marmonna Héphaïstos en s’éloignant, c’est une vieille formule qui ne se dit plus.

 

- Oh vraiment ? J’ai eu l’air ringard alors ? Releva-t-il contrarié. Discorde ! cria-t-il à l’attention de la déesse qui rédigeait ses fiches. Discorde viens ici une minute !

 

                                                                       ***

 

Le lendemain, reposées, Tia et Lex décidèrent de rentrer. Techniquement les Dieux n'avaient toujours pas le droit de descendre en terre mortel mais Aphrodite leur avait assuré que pour sa réponse, Zeus ferait une exception.

 

Partir pouvait être risqué si Aphrodite s'était avancée dans ses propos mais au pire, Tia savait qu'elle n'aurait qu'à utiliser Morphée pour communiquer avec elles. Et rester plus longtemps loin de leurs enfants mais également de Linya et Rhapsody pouvait être dangereux. Enyalios devait être épuisé.

 

A leur arrivée, elles furent surprises de découvrir Lizzie. La jeune fille était finalement revenue et cela réjouit Tia qui la serra dans ses bras avec un grand sourire.

 

- Vous ne deviez pas rester jusqu'à ce que heu Zeus vous donne sa réponse ? S'enquit Enyalios en se sentant un peu stupide.

 

Parler des Dieux comme s'il était commun de discuter avec eux ou comme si même ils existaient vraiment le mettait toujours mal à l'aise. Il ne remettait pas en cause les affirmations de ses amies, il avait vu trop de choses avec Ashee pour cela mais c'était quand même une chose surréaliste pour lui.

 

- C'était le plan mais d'après Aphrodite ça pourrait prendre un moment et elle nous a assuré nous contacter sans faute, où que l'on soit, pour nous tenir au courant.

 

- Je vois.

 

En retournant à l'intérieur de la maison Tia remarqua :

 

- Tu as l'air... abattu, quelque chose s'est passé ?

 

Enyalios lui jeta un regard de chien battu mélangé à une dose d'agacement. Le résultat était aussi saisissant que mignon.

 

- Qu'y a-t-il ? S'étonna-t-elle.

 

- C'est ta faute tout ça, marmonna-t-il en détournant le regard.

 

- Comment ça ?

 

Le mercenaire la fixa un instant puis tourna la tête d'un air hautain avant de s'éloigner à grand pas sous le regard déconcerté de son amie.

 

- J'ai raté un épisode ? Fit-elle un poing sur la hanche.

 

Linya lui jeta un regard d'excuse et répondit :

 

- Désolé, c'est ma faute. Ça passera ne t'en fait pas.

 

- Vous vous êtes disputés ? L'interrogea Lex.

 

Elle fronça les sourcils.

 

- Il s'est mal comporté ? Parce que si c'est le cas, je vais lui faire passer l'envie de...

 

- Non, ce n'est pas ça, l'interrompit son amie. Ne t'en fais pas, vraiment, ça va s'arranger.

 

Lex fit la moue, peu convaincue mais ne poussa pas plus loin.

 

- Comment était votre voyage sinon ?

 

Lex lança un regard en coin diabolique à sa femme.

 

- Intéressant je dirais.

 

Tia sentit l'appréhension la saisir.

 

- Comment ça ? Fit Linya.

 

- Tu as entendu parler des exploits du « justicier » ?

 

Tia sursauta et grimaça avant de se jeter sur sa femme pour la faire taire. Celle-ci esquiva en riant et lui tira la langue avant d'attraper sa meilleure amie par le poignet et de la tirer derrière elle en se mettant à courir.

 

En poursuivant les jeunes femmes, Tia aperçut sa fille au bord de la piscine et se souvint qu'elle s'était disputée avec Sahel. Curieuse de savoir où elle en était, elle laissa là sa course-poursuite, de toute façon Lex arriverait à ses fins quoi qu'elle fasse, et rejoignit sa fille.

 

Elle s'assit à ses côtés et balança ses pieds dans l'eau. Voyant que sa fille n'avait pas noté sa présence, elle sauta dans l'eau toute habillée, empoigna l'adolescente et la jeta au centre du bassin. Celle-ci remonta à la surface en crachant ses poumons, complètement abasourdie.

 

- Maman ! S'écria-t-elle. Pourquoi tu as fait ça ?!

 

Les mains sur les hanches, Tia considéra sa fille un instant avant de sourire de façon malicieuse et de se jeter sur elle. Mais comme sa mère plus tôt, celle-ci esquiva l'attaque d'un mouvement instinctif qui prit Tia au dépourvu. Voyant son avantage, Lara se jeta de tout son poids sur son dos.

 

Mais Tia n'était pas née de la dernière pluie et elle attrapa le pied de sa fille, tira dessus et entraîna la jeune fille avec elle. La mère et la fille jouèrent ainsi durant plusieurs minutes avant que Lara ne crie grâce et ne grimpe sur le rebord de la piscine en soufflant comme un bœuf, épuisée.

 

Tia se hissa à ses côtés sans avoir l'air de fournir le moindre effort ce qui acheva de convaincre sa fille qu'elle était plus proche du Dieu que du simple humain. Avec une moue dégoûtée, la jeune fille roula sur le côté et se mit péniblement sur pied. Une serviette lui tomba dessus, la recouvrant entièrement et elle sentit quelqu'un la frictionner avec efficacité.

 

Sachant qu'il s'agissait de sa mère, Lara se laissa faire, un profond sentiment de bien-être l'envahissant. Elle se retourna et, toujours couverte de la serviette, passa ses bras autour de la taille maternelle.

 

Elle la serra contre elle un long moment sans rien dire et Tia lui rendit son étreinte en silence, appréciant ce doux moment. Ceux-ci se faisaient de plus en plus rares à mesure que Lara grandissait et elle craignait le jour où son bébé serait trop grand et partirait de la maison. Emménager ici, comprit-elle, était un bon moyen de contrer cela.

 

Lara fit glisser la serviette de sa tête et dévisagea sa mère, avant de l’informer :

 

- J'ai décidé d'apprendre à me connaître.

 

Tia haussa les sourcils mais ne dit rien, attendant la suite.

 

- Je l'ai annoncé à David et Sahel... ça ne s'est pas très bien passé.

 

- Qu'avaient-ils à y redire ? Demanda-t-elle sans comprendre le rapport entre les deux.

 

- Ca nécessite que je sois seule...

 

- Oh, je vois.

 

Un silence.

 

- Tu... le vis bien ? Je veux dire, tu étais prête à épouser Sahel et je sais que David t'aime énormément.

 

Lara posa la tête sur la poitrine de sa mère et soupira.

 

- Je les aime tous les deux mais je ne suis pas en mesure de prendre soin de l'un d'entre eux ou de nos couples ou même de choisir entre eux parce que je ne suis même pas en mesure de prendre soin de moi. Je dois faire les choses par étape. Je sais qu’au fond, David comprend mais Sahel... la façon dont il a grandi et les mœurs de sa Tribu sont tellement loin de notre façon de vivre et de penser que je ne crois pas qu'il ait compris que cela n'avait rien à voir avec lui.

 

- Je pourrais essayer de lui parler si tu veux...

 

La jeune fille secoua la tête.

 

- Linya s'en est déjà occupé. Ils s'entendent bien tous les deux étonnamment. Sahel écoute ce que dit Linya... je ne l'ai pas revu depuis qu'elle lui a parlé alors je ne sais pas s'il a fini par comprendre… il m'évite je pense...

 

Lara s'écarta et lança, soudain plus joyeuse :

 

- Oncle Gin a décidé d'organiser une petite fête ce soir pour votre retour à toi et Lex ! Lizzie a dit qu'elle inviterait sa petite-amie pour l'occasion, on va enfin la rencontrer !

 

Tia sourit, même si Lara était affectée par ses affaires de cœur ou toutes les choses qui lui étaient arrivées ces derniers mois, elle semblait également plus calme et plus forte. Elle songea alors que Lex avait eu raison, une fois de plus, Lara, à l'image d'Eve, saurait se relever. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'aurait pas besoin d'elles, mais elle s'inquiéterait moins maintenant. Son bébé avait grandi...

 

Avec un sourire doux-amer, Tia passa la main sur la tête de sa fille, la caressant à plusieurs reprises et demanda :

 

- Et sinon, pas trop de cauchemars ?

 

Lara secoua la tête.

 

- Len en fait toujours autant, mais je crois que cela a plus à voir avec ce qui est arrivé dernièrement qu'avec les souvenirs de Solan... Je m'inquiète pour lui maman. Il va mieux et reparle mais je crois que ce qu'Ashee lui a fait est plus profond que ce qu'elle m'a fait.

 

- C'est possible, répondit Tia après réflexion, mais ton frère est quelqu'un de réfléchi et puisqu'il reparle, on finira par parvenir à lui faire dire ce qu'il a sur le cœur. Si ce n'est pas moi ou Lex, alors ce sera toi, Gipsy ou Linya.

 

Linya avait établi une connexion avec son fils. Ils avaient tous deux une relation faite de respect et d'admiration qui l'avait surprise par sa maturité. Elle avait alors compris que son fils avait grandi et apprit beaucoup de choses pendant qu'elle se laissait aller à tomber en morceaux. Si ce qu'il avait appris lui était utile aujourd’hui pour faire face à ce qu'il vivait, cela n'était peut-être pas une si mauvaise chose qu'elle ait été absente alors. Après tout sans son absence jamais Linya n'aurait noué de lien suffisant avec les jumeaux pour changer la donne de la Prophétie et sauver ses enfants avec Frédéric.

 

Il y avait toujours un mal pour un bien. Elle ne devait plus l'oublier. Même si pour certaines choses, elle mettait du temps à comprendre quel bien coulait de telle souffrance, elle attendrait avant de s'apitoyer, elle cherchait et s'efforcerait de vivre avec optimisme.

 

Et cela commençait maintenant. Les inquiétudes devaient cesser. Que Zeus leur donne une solution ou non, elle Tia, finirait par en trouver une. Et s'il n'y en avait pas, alors elle trouverait un moyen de rendre leurs souvenirs anciens utiles, une méthode pour les empêcher de submerger leur vie actuelle.

 

Ses idées plus claires Tia remercia sa fille et la serra une fois encore contre elle avant de l’enjoindre à aller se changer. Elle fit de même puis rejoignit Rhapsody. Elle devait avoir une discussion avec elle à propos de ce qui se passait. Si elle voulait trouver un moyen de contrôler la résurgence de leurs souvenirs, cela commençait par être conscient du phénomène.

 

Ensuite, elle irait voir son fils et parlerait avec lui pour voir où il en était. De ce qu'elle avait aperçu lorsqu'elle était arrivée, il allait mieux. Bien même. Il souriait à Gipsy d'une façon qu'elle ne lui avait jamais vue auparavant. S'il était amoureux d'elle alors il se laissait le droit d'aimer. Et si c'était le cas alors il prendrait soin de lui. Il était plus conscient encore que Lara de l'importance d'aller bien soi-même pour être capable de prendre soin des autres. Lex lui avait appris cela et il avait bien mieux retenu la leçon qu'elle ou Lara. Ou peut-être était-ce simplement qu'elle et sa fille ne comprenait pas ces choses-là aussi bien que Lex et Len.

 

En rejoignant Rhapsody dans le patio arrière, elle sourit en se demandant à qui Maki et Jiyeon ressembleraient le plus en grandissant et de qui elles apprendraient le plus. En pensant à cet avenir, qu'elle n'envisageait pas sans Lex, Tia eut une idée. Cet avenir elle entendait bien le rendre réel. Cela ne demandait qu'un petit miracle mais après tout, les Dieux étaient réputés pour cela non ?

 

                                                                       ***

 

Les débats entre les Dieux furent houleux. Zeus, qui avait souhaité maintenir ceux-ci secrets avait dû revoir sa copie lorsqu'Eli s'était invité au débat. Aphrodite, Arès et tous ceux qui pensaient avoir une bonne idée des choses à faire ou même simplement une opinion qu'il souhaitait faire entendre, avaient ensuite déboulé.

 

Zeus en avait été fort contrarié mais la chose était une première et surtout donnait quelque chose de nouveau aux Dieux à se mettre sous la dent. Xena avait toujours eu cet effet et ça n'avait apparemment pas changé. Néanmoins certains des arguments avancés aussi bien par sa fille Aphrodite, à son grand étonnement, ou par Eli, à son grand agacement, avaient touché un point sensible.

 

Ils avaient discuté longtemps, mené plusieurs réunions, cela avait pris des journées entières. Des journées Olympiques. Zeus sourit de son propre jeu de mot. Le temps de l'Olympe n'était pas celui des mortels. Lorsque les autres Cieux, à l'image de Midgar, avaient décidé de se joindre également à eux, Zeus avait dû établir un roulement très strict pour permettre à tous de s'exprimer sans que cela ne tourne à la bagarre générale. Ce qui bien sûr tombait à l'eau dès lors que Discorde ou différents Dieux de la guerre se retrouvaient dans la même pièce.

 

Pour finir, Zeus les avait laissés se débrouiller et entraîné Eli à l'écart. Débattre avec lui était certes particulièrement agaçant, ce prophète d'une nouvelle religion sur son propre terrain l'irritant particulièrement, mais cela avait l'avantage de rester dans le calme et d'avancer.

 

Pour finir, une décision avait été prise et Eli avait proposé de se rendre sur Terre pour mettre Xena au courant. Zeus avait accepté. Il refusait de descendre sur la terre des mortels depuis qu'il avait perdu son fils adoré Hercule. Bien que celui-ci se soit régulièrement réincarné, il n'était plus Hercule et ne savait même pas qui il avait été la plupart du temps. Cela le rendait particulièrement triste, même s'il comprenait sa décision de vivre comme un humain jusqu'au bout.

 

Zeus se pencha en avant, curieux de voir comment la princesse guerrière allait prendre la nouvelle. Assurément elle ne s'attendait pas à la petite surprise qu'il avait demandé à adjoindre à tout cela.

 

Zeus était rancunier, mais il savait également tous les bienfaits que la grande femme et sa petite-amie avaient rendu au monde, aussi bien qu'aux Dieux en son temps. Il avait la mémoire longue pour les rancœurs, mais il la possédait aussi pour les récompenses et après tout ce que ces deux guerrières avaient vécu, elles méritaient bien cela.

 

Il vit Eli apparaître soudain devant Xena, en plein milieu de la piscine dans laquelle elle s'amusait avec sa femme et les vit sursauter, comme prises en faute. Cela l'amusa. Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour parler, Eli la devança et lui apprit ce qu'elle attendait et ce qu'elle n'attendait pas. Il la vit se figer et se tourner vers Gabrielle sans y croire. La petite barde se mit à pleurer, le visage dans les mains et Xena l'attira à elle pour la consoler, pleurant avec elle.

 

Eli resta un peu, incertain, cherchant Eve des yeux mais une semonce en provenance de Zeus le rappela à l’ordre et il s'éclipsa.

 

Les Dieux ne devaient pas se mélanger aux mortels, eut-il été leur prophète dans une autre vie. Satisfait, Zeus se redressa et soupira en voyant qui approchait.

 

Héra. Furieuse. Allons bon qu'avait-il encore commis comme impardonnable faute ?

 

 

Epilogue :

 

 

Depuis le début de la journée les festivités organisées au Ranch battaient leur plein. Officiellement, c’était pour fêter leur anniversaire de mariage/premier baiser/et tout ce qui était passé par la tête de Lex. Elle voulait tout regrouper, grisée par les bonnes nouvelles apportées par Eli, ce qui avait obligé Tia à lui parler du renouvellement de leur vœux. Etrangement, la jeune femme avait avoué vouloir faire cela avec juste leurs enfants, Linya, Enyalios  et Frédéric et Anna comme témoins. Mais elle avait également précisé vouloir faire une fête à tout casser avant cela. Tia avait donc prit ses dispositions pour emmener sa petite famille à Hawaï la semaine suivante. Elle comptait y organiser là-bas leur renouvellement de vœux et leur lune de miel.

 

L'expression de Lex à la mention de leur destination avait été adorable. Des étoiles brillaient littéralement dans ses yeux. Elle avait soupiré intérieurement, ennuyée de devoir passer sa lune de miel avec tout ces gens, fusse sa famille alors que la seule idée qu'elle avait en tête avant cela tenait en un mot : luxure. Mais bon, peut-être parviendrait-elle à envoyer tout ce beau monde dans un autre pays une fois la cérémonie achevée ?

 

On pouvait toujours rêver...

 

Une autre lubie de sa charmante femme,l'avait obligé à revoir toute la logistique de cette fête à « tout cassser ». En effet Lex avait tenu à ce que cela se passe au Ranch, elle n’avait pas expliqué pourquoi mais la mercenaire avait compris qu’elle voulait mettre un point final au chapitre de cette histoire à l’endroit où tout avait vraiment commencé pour leur famille.

 

Lex avait ensuite annoncé à Tia que dès l’année prochaine, il faudrait rajouter une date d’anniversaire. Celui de leur libération.

 

Lex avait été très heureuse de revoir son vieil ami, Eli. Et dans ces circonstances encore plus. Elle regrettait de ne pas avoir plus profité de sa présence mais à présent, elle savait qu’elle aurait l’occasion de le revoir. Lui et Aphrodite. De toute façon lorsqu’il lui avait annoncé les deux bonnes nouvelles elle n’avait rien pu faire d’autre que de s’écrouler en larmes. Elle n’avait pensé à rien d’autre qu’au soulagement infini que la seconde nouvelle lui avait apporté.

 

Car comme une récompense, un bonus ou simplement une grâce, les Dieux avaient supprimé son gêne malade, comme Aphrodite l’avait fait chez ses jumelles. Ce faisant ils lui avaient rendu sa vie.

 

D’après Eli, les Dieux avaient pris conscience que les actions de Tia, à l’image de celles de Xena et Gabrielle en leur temps, avaient ravivé l’espoir chez les mortels. Et des Mortels chez qui l’espoir primait recommençaient à croire dans les Dieux. Surtout lorsque les héros en lesquels ils croyaient signaient leur actes de bravoure d’ancien noms légendaires liés aux Dieux.

 

En effet, Tia lors de certaines de ses sorties nocturnes n’avaient pu résister à laisser une carte de visite. Capeline, la justicière Française des années 1700 avait ainsi refait surface sur les lèvres des mortels, tout comme ceux de Xena et Gabrielle.

 

Ainsi grâce à elles, l’ère qui s’annonçait signait le renouveau des Dieux. Cela affectait le Dieu unique prôné par Eli mais d’un autre côté cela faisait à nouveau parler de lui également. Notamment à travers la réinsertion réussie d’Eve, son premier et prophète favori.

 

Ainsi, comme lors de leur première existence, Xena et Gabrielle faisaient naître de l’espoir et créaient leur légende. Une légende où rien n’était impossible.

 

Tia et Lex étaient si heureuses et soulagées, qu’elles avaient convié tout le monde, clients comme employés à une journée de fiesta gratuite et ininterrompue.

 

Sahel qui n’avait pas le cœur à la fête avait demandé à retourner dans sa Tribu. Lara en avait été plus affectée qu’elle ne l’avait pensé, néanmoins elle était restée déterminée. Sahel avait montré son téléphone avant de monter dans l’avion et l’avait assuré qu’il serait toujours joignable pour elle.

 

Tia avait payé un guide pour le raccompagner, même s’il avait affirmé pouvoir se débrouiller seul et avait ensuite prévenu la nouvelle chef de sa Tribu.

 

Gin et Trinity avaient pris des congés et les avaient accompagnées au Ranch. Trinity était arrivée avec un cavalier, à la surprise général. Et ce qui était encore plus surprenant était sa timidité à son égard. Tia avait ironisé qu'elle avait enfin trouvé son maitre ce qui lui avait valu un regard noir de l'intéressée. Apparemment, le jeune homme, répondant au nom de Vince, était perchiste de haut niveau et avait littéralement eu le coup de foudre pour Trinity lors d'une fête de charité quelques mois plus tôt. Depuis lors, il la poursuivait d'une cours assidue qui avait émoussé les barrières infranchissable de la demoiselle. Cela plus ses projets d'expansion pour leur compagnie familiale annonçait une année à venir riche et occupé.

 

En bon père, un brin accro à ses filles, Gin avait incité Lizzie à laisser Anne-Lise, aussi gentille, les deux mercenaires avaient pu constater, que l’avait prétendu Lizzie afin de prendre un peu son indépendance affective. C’était ces mots précis, prononcés par son modèle et héros personnel, Tia, qui avait convaincu la jeune femme. Ca et le fait qu’Anne-Lise n’avait toujours pas terminé ses examens. Malgré tout, Lizzie avait souhaité que cette séparation fortuite serve à quelque chose. Elle avait conscience que ce n’était pas sympa de faire cela à sa petite-amie pendant une période aussi délicate pour elle, mais elle avait peur de perdre courage si elle attendait plus.

 

Aussi avait-elle pris celui-ci à deux mains alors qu’elle l’a raccompagnée après la petite fête organisée par son père et avait-elle tout déballé de son passé. Avant sa rencontre avec Tia, son histoire avec Tamara et tout ce que cela avait eu de traumatisant dans sa vie. Les séquelles que cela avait laissées. Elle avait même évoqué son amour pour sa grande cousine.

 

Anne-Lise n’avait rien dit, un peu choquée par tout cela mais lui avait assuré qu’elle la recontacterait lorsqu’elle aurait pris le temps d’y réfléchir. Elle l’avait prévenue que cela prendrait un peu de temps, sa priorité restant ses examens. Et bien qu’elle soit pleine d’appréhension, Lizzie avait été impressionnée par sa force de caractère et sa capacité à sectoriser les choses dans son esprit.

 

Présentement la jeune fille se trouvait avec sa sœur, près du buffet qui faisait plusieurs mètres de long. Lex avait vu les choses en très grand et Tia n’avait pas vu de raison de la briguer, aussi la jeune femme avait-elle commandé un orchestre qui jouait près du lac où une piste dansante avait été montée pour l’occasion. Entouré de pilier et de colonnes recouvertes de lierre, le lieu était enchanteur.

 

Pour ceux préférant la nourriture chaude, un barbecue géant était tenu par les amis et employés qui se relayaient à tour de rôle. Deux maîtres-nageurs avaient également été requis pour les baigneurs. En effet alcool et chaleur allaient rarement de pair avec la nage.

 

Tia avait invité tous ceux qu’elle connaissait et cela incluait aussi bien Marcelius que Gabriel qui était quand même plus vivable, elle s’en souvenait, lorsqu’il était Iolas. Curieuse, la mercenaire les observait de loin. Elle avait fini par comprendre qu’ils ne s’étaient encore jamais rencontrés et elle se demandait si celle-ci n’allait pas réveiller quelque chose.

 

Lorsque le petit homme blond, toujours aussi excité, laissa la demoiselle qu’il était en train de draguer pour se rendre au barbecue que tenait Marcelius, Tia se tendit, dans l’expectative.

 

- On dirait presque que tu as parié, se gaussa sa femme en avalant une gorgée de son vin favori.

 

Celui-ci était un cadeau de Linya qui l’avait importé de France pour l’occasion. C’était un grand cru d’Alsace, de la cuvée schoenenbourg. La bouteille seule coûtait 70 euros. Mais les arômes de fruits de la passion ravissaient le palais de Lex qui en avait fait sa boisson alcoolisée préférée.

 

- C’est le cas.

 

Surprise Lex haussa les sourcils.

 

- Avec qui et quoi ?

 

- Enyalios bien sûr, qui d’autre ? Sourit-elle sans quitter des yeux ses cibles. Et ce qu’on a parié ne regarde que nous.

 

Suspicieuse, Lex dévisagea sa femme. Ces deux-là étaient capables des trucs les plus stupides et elle se doutait bien que si Tia ne voulait rien lui dire, c’était parce que le gage pour le perdant devait être particulièrement idiot.

 

Tia put dire l’exact moment où Marcelius découvrit Gabriel. Le grand homme se transforma littéralement en statue de sel. Tia aurait ri si Gabriel n’avait pas fait la même chose. Cela dura quelques secondes puis l’ancien surhomme reprit vie et s’approcha du petit homme. Il posa une main sur son épaule et sourit stupidement. Le même sourire déforma le visage de Gabriel et Tia gloussa.

 

- J’ai gagné mon pari.

 

Très fière, Tia posa les mains sur les hanches en se redressant et chercha Enyalios des yeux. Lorsqu’elle le trouva, elle le toisa en haussant deux sourcils particulièrement satisfaite et le mercenaire comprit. Il fit la grimace, désappointé et se détourna. Tia ricana et se mit à marmonner.

 

- Qu’est-ce que tu racontes ?

 

- Rien, rien, répondit la grande femme avec un sourire diabolique, j’anticipe juste le gage qu’En va devoir faire tout à l’heure.

 

Tia ricana encore ce qui finit par intriguer sa femme.

 

- J’aurais le droit d’y assister ?

 

La mercenaire gloussa.

 

- Oh ne t’en fait pas, tout le monde y assistera.

 

Sur ces entrefaites, Harry se présenta devant elles. Surprises Tia et Lex sursautèrent. La grande femme fronça les sourcils. Comment le vieil homme était-il apparu sans qu’elle ne s’en rende compte ? Une seconde, quand était-il arrivé d’ailleurs ?

 

- Je tenais à vous remercier en personne pour votre invitation, ainsi qu’à vous féliciter pour la réussite de votre dernière mission. Les Dieux se sont montrés conciliants, comme prévu.

 

« Comme prévu ? » songea Tia. Ça voulait-il dire que le vieil savait déjà lorsqu’elle était allée le voir que cela se terminerait ainsi ? Pourquoi ne pas le lui avoir dit alors ? Comme s’il lisait dans son esprit, Harry répondit :

 

- Parler de l’avenir, à moins qu’il ne provienne d’une prophétie, est strictement interdit. Il est bien trop facile de le changer d’un seul mot mal choisi ou mal compris.

 

- Mais les Prophéties c’est bon ? Releva la grande femme sceptique.

 

Harry acquiesça avant d’expliquer :

 

- Elles sont suffisamment floues pour que même nous, nous n’ayions pas une vision claire du futur. Elles agissent plus comme un warning et de toute façon leur but est de changer le futur car celui prévu de base est sombre et met en danger plus que le futur d’une personne.

 

- Donc c’est bon, résuma Lex.

 

Harry hocha la tête.

 

- J’ai cru comprendre, enchaîna-t-il aussitôt, que vous fêtiez ici votre anniversaire de mariage, aussi je me suis permis d’apporter un présent pour commémorer ce jour.

 

Et comme s’il était magicien, ce que Tia soupçonnait qu’il était, il sortit de nulle part un livre assez épais qu’aussitôt elles reconnurent. Il s’agissait du registre d’unions des âmes, qui notait magiquement les unions mystiques depuis le commencement du monde et qui, grâce à un code couleur, notifiaient la situation de chacune d’entre elles au moment de la mort des partenaires ou au temps présent pour celles en vie. Certaines, destinées à la rencontre bien avant leur naissance, voyaient leurs noms déjà inscrit dans le registre, attendant simplement la réalisation de celle-ci.

 

- C'est..., commença Lex.

 

Harry hocha la tête avant qu'elle ne termine sa phrase.

 

- Mais vous pouvez nous le donner ? Je veux dire, il n'y a pas que nos vies dedans...

 

- Que ce soit notre Tribu ou vous qui le conservez, l'essentiel est qu'il le soit et qu'il se transmette à travers le temps. Prenez-en soin, il y a un peu de l'âme de chacun de ces couples à l'intérieur. Le lire est assez intéressant, ajouta-t-il avec un petit sourire, parfois triste, parfois heureux. Il s'agit de morceaux de vie après tout, ce livre est donc comme elle. Je pense qu'il vous revient, ne me demandez pas pourquoi, c'est ainsi que je le ressens et on ne remet pas en cause les intuitions des Oracles, c'est malvenu et source potentielle de drame.

 

- Oh, je n'avais pas l'intention..., protesta Lex, mais le vieil homme avait déjà tourné les talons.

 

Lex se tourna vers sa femme, déconcertée et celle-ci lui ébouriffa les cheveux, amusée.

 

- Je te prends ça, fit-elle en joignant le geste à la parole, je vais le poser dans la chambre, j'ai bien l'intention d'entamer sa lecture ce soir. Toi tu as un visiteur, ajouta-t-elle avec une mine contrite, avant de m'en vouloir, profite plutôt de cette opportunité comme d'une chance pour combler le fossé.

 

Sur ces mots, Tia tourna les talons et Lex, perplexe se retourna pour découvrir… son père au milieu du chemin qui regardait autour de lui, un peu perdu. Stupéfaite, Lex songea à courir après Tia pour l'engueuler avant de prendre conscience de combien il lui avait manqué. Tout allait bien pour elle désormais. N'était-il pas temps de faire la paix ? Elle avait ce qu'elle avait toujours souhaité. Elle pouvait lâcher un peu de lest, faire preuve d'indulgence envers ce père célibataire qui l'avait aimée et élevée du mieux qu'il pouvait après avoir perdu l'amour de sa vie. Les Dieux seuls savaient si elle aurait été capable de faire aussi bien si elle avait perdu Tia. Il avait fait de son mieux. Il avait seulement souhaité son bien. Ce qu'il pensait être son bien divergeait de ce qu'elle pensait mais cela ne faisait finalement pas de lui un être mauvais. Et puis, le choc de la savoir gay était passé maintenant, il devait être plus enclin à l'accepter sinon il n'aurait pas accepté l'invitation de Tia.

 

Son esprit adoucie par une nouvelle compréhension, Lex s'avança vers son père.

 

                                                                       ***

 

Un peu plus tard dans la soirée, Lex rejoignit Linya sur la terrasse sous le porche du ranch.

 

- Marre de la foule ? S'enquit la petite blonde.

 

- Un peu. Ça n'a jamais été mon truc ces mondanités, tu le sais.

 

- Tu joues mieux la comédie d'habitude.

 

Linya rit.

 

- C'est pour le boulot ça, mon ange ! Ici c'est pour le plaisir.

 

- Du coup ça ne devrait pas être difficile.

 

- Tu me cherches, c'est ça ? Tu sais que je fais bien semblant, que j'y suis habituée à cause de notre milieu et de toi qui adore ça et qui m'a traînée à chacune d'elles, mais cela m'épuise. Et puis je ne prends qu'une pause, en quoi ça t'ennuie à ce point ?

 

- Ca ne m'ennuie pas, soupira Lex, c'est juste... je te cherchais, j'avais besoin de te parler...

 

- Quelque chose ne va pas ? Fit-elle soudain inquiète.

 

- Tia a invité mon père...

 

Linya réprima un sourire devant la mine pitoyable de son amie.

 

- J'ai vu oui. Ça avait l'air de bien se passer.

 

- C'était le cas mais... j'avais tellement peur de dire ou de faire quelque chose qui le remettrait dans en colère que j'ai été plus tendue qu'autre chose... c'était crevant...

 

- Et tu me cherchais juste pour me raconter ça ?

 

Lex lui jeta un regard mi-déçue mi-vexée.

 

- Fais pas ta méchante, j'ai besoin d'un câlin.

 

Linya rit et l'attira dans ses bras.

 

- Là, là, il va mieux mon gros bébé ? Rit-elle en lui caressant les cheveux.

 

Lex, parfaitement satisfaite, hocha la tête tout contre sa poitrine. Consciente que la position plaisait à son amie qui en profitait un peu trop, le sourire de Linya se fit torve. Elle la repoussa, faussement agacée :

 

- Je ne pense pas que ta femme apprécierait de te voir te frotter à la poitrine d'une autre femme comme ça.

 

- Bah ça dépend, rétorqua Lex avec un grand sourire, si la femme en question n’est pas contre le partage.

 

« Et c'est reparti... », Songea la dirigeante blasée. Un éclair passa dans son regard et son sourire remonta sur un coin.

 

- Dans ce cas, ça change tout...

 

Et elle se pencha sur Lex et l'embrassa. Stupéfaite, celle-ci se figea alors que son amie forçait le barrage de ses lèvres de la langue. Contre toute attente, Lex resta figée, la rougeur envahissant son visage. Linya finit par avoir pitié d'elle et se recula.

 

- Et voilà, déclara-t-elle les yeux plissés, contente d'elle, le baiser promis. Il n'y en aura plus maintenant, dommage que tu n'en es pas profité plus que ça.

 

Sur ces mots, elle se remit sur pied, repoussa ses cheveux en arrière et lui jeta un regard par-dessus l'épaule.

 

- Ce n’est pas tout ça mais Enyalios attends pour sa danse, figure-toi qu'il est amoureux fou de moi et que je peux faire de lui ce que je veux...

 

Sous le choc une seconde fois, Lex ne put que regarder son amie s'éloigner avant de reprendre brusquement ses esprits. Elle se leva d'un bond en lui courant après, geignarde :

 

- Attends une seconde, c'est pas juste ça ! Tu peux pas partir comme ça après un tel baiser et encore moins sans m'avoir donné tous les détails concernant Enyalios ! C'est pas cool Linya ! Eh, tu m'écoutes ! Linyaaaaaaaaaaaa !

 

Pour toute réponse, la Dirigeante gloussa et accéléra le pas, ravie de son petit effet. Elle aussi elle pouvait jouer !

 

                                                                       ***

 

Malgré ce qu’elle avait déclaré à Lex, Enyalios n’avait pas invité Linya à danser, aussi fut-elle surprise lorsqu’elle se retrouva sur la piste de danse en sa compagnie. Assuré comme à son habitude, il ne semblait pas affecté par son rejet. Il la faisait virevolter tout en la couvant d’un regard sombre et amusé.

 

Elle découvrit avec un peu de gêne que c’était elle qui était embarrassée. Elle était mal à l’aise sous son regard et ne comprenait pas pourquoi.

 

La musique joyeuse et entraînante laissa opportunément place à un slow et Linya soupçonna son partenaire d’y être pour quelque chose. Son sourire satisfait le lui confirma.

 

Alors qu’il l’attirait contre son torse et l’enfermait dans une étreinte solide, elle sentit son souffle contre son oreille et son cœur fit un bond.

 

- Tu vas bien ? demanda-t-il, tu n’es pas aussi silencieuse d’habitude…

 

- Non, non, tout va bien.

 

Elle se recula un peu et le dévisagea.

 

- Je suis juste un peu… étonnée que tu ne m’évites pas.

 

Enyalios eut un sourire en coin.

 

- Et pourquoi je ferais ça, je ne suis pas un gamin. Tu me sous-estime, beauté, si tu t’imagines que ton refus actuel signifie que j’ai abandonné. J’ai bien l’intention d’attendre que tu sois prête. Et ce temps je compte le mettre à profit.

 

- A… à profit ? Bafouilla-t-elle, surprise et embarrassée par sa déclaration.

 

Il hocha la tête.

 

- Je vais continuer d’apprendre à te connaître et te donner l’occasion de me rendre la pareille.

 

- Ah et… comment feras-tu ça ?

 

- Je vais devenir ton nouveau partenaire. Je t’aiderai avec Lyoko à chaque fois que tu en auras besoin. Je le ferai gratuitement, en échange simplement d’un peu de temps avec toi.

 

Linya ouvrit la bouche, en quête de quelque chose à rétorquer mais ne trouva rien.

 

- Ne t’en fais pas, les jours où tu ne feras pas appel à moi et où je n’aurai pas de mission, je viendrai te rendre des visites amicales.

 

Autrement dit, elle allait l’avoir sur le dos pratiquement 24h/24… étrangement cette idée fut loin de lui provoquer l’agacement supposé. Le sourire dont il ponctua sa déclaration final acheva de la déstabiliser et elle finit par rougir sous son regard scrutateur. Celui-ci s’agrandit alors puis il se pencha doucement, déposa un baiser léger comme les ailes d’un papillon sur ses lèvres et chuchota :

 

- Je t’aime. C’est une première pour moi mais je saurai me montrer digne d’une personne comme toi. J’ai appris beaucoup en observant Tia et Lex. Plus encore en t’observant et je ne compte pas m’arrêter là. Alors commence à t'y habituer car ça n’est pas près de changer.

 

La rougeur sur les joues de la jeune femme s’accentua et elle se surprit à attendre avec impatience ces moments de collaborations. L’avenir lui apparaissait finalement moins triste que prévu, avec lui dans les environs elle aurait très peu de temps à consacrer à son chagrin d'amour. Elle sourit, hocha la tête et répondit avec un air de défi :

 

- J’attends de voir ça.

 

Les yeux de son vis-à-vis se mirent à pétiller mais il n’eut pas le loisir de poursuivre la discussion car ce fut ce moment que Tia choisit pour lui tomber dessus, un immense sourire aux lèvres.

 

- Il est temps de payer ton dû mon petit Enyalios, ricana-t-elle en posant la main sur son épaule.

 

                                                                       ***

 

La nuit n'allant pas tarder à tomber, Lex et Tia avaient décrété que c'était le moment pour la découpe du gâteau. Il s'agissait d'une immense pièce-montée surmontée de deux guerrières, l'une vêtue de cuir rouge et l'autre d'une armure marron avec épée et chakram.

 

- Tout a commencé avec elles, chuchota Lex à sa femme qui fixait les deux figurines avec étonnement, il est normal qu'on les invite à notre happy end.

 

Avec un sourire entendu, Tia acquiesça. Elle leva ensuite la main pour réclamer le silence.

 

- Je sais que tout le monde attendait avec impatience le moment du découpage, commença-t-elle avec un brin de grandiloquence avant de poursuivre d'un air sadique, et pour être à la hauteur de ces attentes, je me devais de réfléchir à un moyen de le rendre... historique. C'est pourquoi j'ai fait appel à une personne en particulier pour accomplir cette tâche.

 

Tia s'arrêta pour ricaner avant de se tourner vers le ranch, les mains en porte-voix.

 

- Enyalios ! Cria-t-elle, on t’attend, on a faim !

 

Puis elle se tourna vers les invités et les incita de la voix et de la main à crier avec elle :

 

- On a faim, on a faim !!!

 

Tout le monde reprit le mantra en chœur docilement. Lizzie ne voyait pas où sa cousine voulait en venir mais à son air un peu trop contente d'elle-même, cela risquait d’être amusant. Comme les autres elle se tourna vers le ranch mais avant de pouvoir joindre sa voix à la leur, sa sœur lui tapota l'épaule et lui désigna quelque chose derrière elle.

 

- Je crois que ta réponse vient d'arriver, fit-elle avec un sourire.

 

Déconcertée, Lizzie se retourna et découvrit, quelques pas plus loin, Anne-Lise, l'air un peu gêné. Elle ouvrit la bouche et écarquilla les yeux avant de se mettre en mouvement sans en avoir conscience. Elle s'arrêta devant son amie, lui prit la main, hésitante et dit :

 

- S... Salut.

 

Anne-Lise lui répondit par un sourire et une pression de la main ce qui encouragea la jeune fille.

 

- Tes examens se sont bien passés ? Je ne pensais pas te voir si vite, ajouta-t-elle.

 

Anne-Lise hocha la tête.

 

- J'avais hâte d'en finir, je n'ai fait que penser à toi et ça m'a légèrement perturbée. Je ne pense pas avoir d'aussi bonnes notes que prévu, mais pour ce que je vise, cela suffira.

 

Devant l'air coupable de sa petite-amie, Anne-Lise fit un pas en avant et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Elle aimait ça, que sa copine, bien que plus jeune en âge, soit plus grande qu'elle. Ça lui donnait l'impression d'être une petite chose dont Lizzie saurait prendre soin.

 

- Ne soit pas désolée, c'est une bonne chose. C'est la première fois qu'une fille entre à ce point dans ma tête. Tu sais combien de temps j'ai attendu que quelque chose comme ça m'arrive ?

 

Lizzie se souvint qu'Anne-Lise avait l'air d'envier ses amies follement amoureuses de leurs copains respectifs lorsqu'elles n'étaient encore qu'amies toutes les deux. Les yeux pétillants, Lizzie comprit qu'Anne-Lise l'aimait peut-être déjà avant, mais que ce qui lui avait permis d'en prendre conscience et de s'en réjouir était le pas qu'elle-même avait fait vers elle. La confiance pouvait être dangereuse placée chez la mauvaise personne, mais donnée à la bonne, cela renforçait les liens.

 

Anne-Lise ici, cela signifiait qu'elle l'acceptait comme elle était. Cela aurait suffi à son bonheur mais entendre que la fille qu'elle aimait, l'aimait en retour et qu'elle était, en quelque sorte, ce qu'elle avait attendu tout ce temps, remplissait Lizzie d'un tel bonheur qu'elle crut qu'elle allait éclater.

 

Elle attrapa le visage de son amie et l'embrassa à son tour, mettant toute sa joie et son amour en celui-ci avant de la tirer derrière elle pour qu'elles rejoignent la liesse général.

 

Ravies, les deux jeunes filles crièrent en chœur avec la foule jusqu'à l'apparition d'Enyalios... qui fit taire toutes les voix d'un seul coup avant qu'un immense éclat de rire ne secoue l'ensemble du groupe.

 

L'air tout d'abord gêné au-delà du possible, Enyalios prit ensuite soin de se montrer hautain. Se redressant de toute sa stature, il bomba le torse et avança dignement, fendant la foule pour rejoindre Tia qui ricanait en le montrant du doigt, beaucoup trop fière d'elle.

 

Il lui retourna un regard noir et tenta de garder sa prestance naturelle malgré sa tenue des plus ridicules. Il était vêtu en tout et pour tout d'un pagne de paille, d'un os enroulé dans ses cheveux qui avaient été permanentés pour l'occasion. Sa peau toute entière était recouverte d'un maquillage marron foncé.

 

- Mais... d'où vient cette idée de gage ? Demanda Lex entre deux étranglements.

 

- Tu te souviens il y a trois mois, une famille avait oublié une partie de ses affaires ici. Avant de les renvoyer pour être sûr que tout ce qu'ils attendaient s'y trouvait, on a fait l'inventaire avec Frédéric. Enyalios était ici et il s'ennuyait alors il nous a aidé. Parmi les affaires il y avait une série de BD de Tintin. L'une d'elle, Tintin au Congo a attiré son attention et il l’a lu. Il a prétendu, en voyant Lara se marrer devant la tête des indigènes en demandant à Sahel si certains étaient vraiment comme ça, que lui, même ainsi serait viril et sexy. Tu penses bien que j'ai retenu son affirmation. Je savais que tôt ou tard je pourrais la lui faire ravaler...

 

- Il est peut-être ridicule, pouffa Linya à ses côtés, mais on ne peut pas nier qu'il garde un côté viril et sexy malgré tout.

 

- Il a pris bien soin de huiler son corps, rigola Lex, pour qu'on ne manque pas sa musculature avantageuse et...

 

- … ça fait son petit effet, concéda Tia avant de répliquer, mauvaise joueuse : il n'en reste pas moins ridicule et je m'en vais immortaliser ce moment épique.

 

Sur ces mots, elle sortit son téléphone et entreprit de prendre une série de clichés avant de le faire basculer en mode vidéo en ricanant qu'il s'en souviendrait toute sa vie. Aussi digne que possible, le mercenaire attrapa le couteau et entreprit de découper avec soin les parts de la pièce-montée.

 

- Au fait, songea soudain Lex, tu ne m’as pas dit ce qu’était la bonne question concernant le justicier.

 

Tia ricana.

 

- Je parie que tu n’y as pas vraiment réfléchi.

 

A l’expression de sa compagne, elle avait visé juste. Tia ricana encore, se pencha, l’embrassa et déclara tout contre sa bouche, à la plus grande frustration de Lex :

 

- Cherche encore petit scarabée, ta fainéantise me consterne.

 

Lex se recula, la fusilla du regard et soupira. Elle aurait peut-être dû songer à déposer une réclamation auprès des Dieux concernant l’arrogance de sa femme… si elle avait bien négocié, elle aurait peut-être même pu la rendre docile.

 

Jaugeant celle-ci du regard, elle songea à l’argumentaire à déposer auprès d’Aphrodite. Maintenant que les négociations avec les Dieux étaient rouvertes, nul doute qu’elle aurait l’occasion d’en parler avec elle dans le futur.

 

Tia ricana encore, et en l’entendant, Lex songea que ce qui aurait dû être un son agaçant lui donnait un coup au cœur. Dieu que Tia était sexy… tout la rendait sexy…

 

- Si tu veux préparer un coup d’état mon amour, il vaudrait mieux la prochaine fois penser à fermer notre lien un peu plus, chuchota-t-elle en faisant allusion à son plan de la rendre docile.

 

- C’était juste pour rire, s’excusa-t-elle en rougissant avant de lui tirer la langue. Tu peux être si agaçante par moment.

 

Là, Tia éclata de rire.

 

- Comme si tu n’étais pas folle de ce côté de moi !

 

Consciente qu’elle disait vrai, Lex l’ignora superbement avant de détailler la foule alentour. Elle était heureuse d'y voir tous ces visages amis. Son futur était serein, sa mort également puisque leur cycle de réincarnation à elle et Tia n'était pas terminée. Eli avait été catégorique là-dessus, Zeus tenait à ce qu’elles poursuivent leurs influences sur les mortels au-delà de cette vie.

 

Plus tard ce soir-là, Tia avait avoué qu’elle avait eu l’intention d’extorquer à Zeus la guérison de sa maladie s’il ne l’avait pas accordé de lui-même. Elle s’était rappelé une faveur qu’il lui devait depuis l’époque où elle avait été Xena et étant donné qu’il avait tardé à la lui rendre, sa guérison aurait été les intérêts qu’elle comptait réclamer.

 

Savoir que Tia n’avait ni oublié ni renoncé à la sauver coûte que coûte, redevenant par cette décision l’héroïne capable de repousser l’impossible, Lex avait senti son cœur se gonfler d’une joie si intense qu’elle avait éclaté en sanglots.

 

Lex était heureuse. Complètement et totalement. Tous ses amis étaient en vie et présents, sa famille, toute sa famille, était ici. Son père était d'ailleurs en train de montrer à Jiyeon et Maki leur tonton En qu'il ne fallait surtout pas imiter à l'avenir. Lex était heureuse de voir qu'en apercevant ses deux adorables jumelles, son père avait perdu toute son arrogance et ses certitudes idiotes pour redevenir le père qui l'avait élevée, tombant complètement sous le charme de ses petites-filles.

 

Le regard de Lex glissa sur son père et elle rendit son sourire à la mère de Linya. Sa famille était arrivée dans l'après-midi et Rhapsody et ses enfants une heure plus tôt. Gipsy s'était d'ailleurs empressée de rejoindre Len. Son fils avait eu l'air plus heureux et serein que jamais, ce qui l'avait beaucoup rassuré. Lara était célibataire mais n'avait pas semblé aussi affectée qu'elle et Tia l'avaient craint. Au contraire, on aurait dit qu'une assurance nouvelle la possédait. Il y avait bien du Eve en elle, avait songé Lex. Gabrielle avait toujours aimé Eve, même si celle-ci ne l'avait pas vraiment cru. Alors Lex était heureuse de voir un peu d'elle en sa fille.

 

Elle répondit au petit geste de Rhaspody, heureuse de sa présence. La jeune femme n'avait pas été mise au courant de toute cette histoire d'âme. Elle avait cru être tombé malade et avoir déliré à cause de la fièvre et personne ne l'avait détrompé. Néanmoins Lex était impressionnée par sa volonté de se cacher la vérité. Tia avait été plus indulgente, sa vie actuelle ne ressemblait en rien à celle qu'elle avait eu, et Lao-Ma avait toujours dit être capable d'échanger une vie royale contre une famille heureuse. Etre morte de la main de son fils avait dû la traumatisé plus que ce qu'elles avaient imaginée...

 

Pour l'heure les problèmes de la jeune femme était terminé. Elle avait perdu son mari et son frère mais elle avait ses deux enfants, heureux et en bonne santé. Ses dettes étaient réglées et son amitié avec Tia était indestructible, même si elle n'en avait pas conscience. Elle avait déclaré vouloir reprendre l'enseignement maintenant que ses dettes étaient payées. Lex espérait qu'elle rencontrerait vite quelqu'un qui lui ferait oublier ses quelques troubles avec sa femme. Elle le méritait et cela lui permettrait à elle, Lex, de vivre leur amitié plus sereinement. Elle aimait vraiment beaucoup la Rancheuse. Après tout, elle n'avait jamais pu être réellement en colère contre les dérapages que Rhapsody avait vécu avec Tia, et ce, dès le premier jour, néanmoins cela jetait quand même un petit voile sur leur relation et elle serait heureuse de le lever.

 

Lex finit son tour des yeux et découvrit que tout le monde la fixait. Elle se tourna vers sa femme et la vit en train de lui tendre une part de gâteau. Un sourcil levé de sa femme lui fit comprendre qu'elle n'était pas dupe de son moment de distraction et elle sourit. Elle ouvrit la bouche et Tia y déposa un morceau. La grande femme ne résista pas à sa pulsion et déposa un baiser appuyé sur ses lèvres alors qu'elle refermait la bouche. Elle la prit ensuite dans ses bras et sourit à Enyalios de toutes ses dents :

 

- Tu vas devoir rester comme ça jusqu'à la fin de la petite fête, déclara-t-elle doucereuse.

 

Son ami lui jeta un regard hautain avant de partir à grand pas, entraînant une Linya écroulée de rire, ce qui accentua sa mauvaise humeur. Tia se tourna vers la femme qui faisait battre son cœur depuis tant de siècle, déposa un baiser sur sa tempe et laissa sa tête reposer sur la sienne.

Elle était heureuse.

 

Après tous ces siècles d'attente, elle avait enfin pu épouser sa Gabrielle. Et elles étaient assurées de finir leur existence ensemble.

 

Elle était sa femme, pour toute leur vie et son âme-sœur pour d'autres vies.

 

Xena et Gabrielle, ensemble à jamais. C'est ce qu'elles avaient toujours voulu. Tia se redressa et Lex la regarda. Elles se perdirent dans les yeux de l'autre, leurs âmes chantant à l'unisson.

 

- Ca y est, chuchota Lex, on peut enfin être juste heureuse. Je t'avais dit que si on restait ensemble sans abandonner, on y arriverait. On l'aurait eu plus tôt si tu n'avais pas été aussi têtue. Stupide princesse guerrière qui veut toujours avoir raison.

 

- J'ai eu de la chance de croiser la route d'une barde naïvement optimiste et qui a décidé que m'aimer était la chance de sa vie. Alors merci pour ta foi en moi à travers tous ces siècles. Ce moment c'est à toi qu'on le doit.

 

Parfaitement d'accord avec ça, Lex hocha la tête et Tia lâcha un petit rire. Gabrielle était modeste, mais Lex non. Lex était Lex, même avec l'âme et les souvenirs de Gabrielle. Et c'était bien comme ça.

 

 

 

Fin.