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Chose promise… chose due

6ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

Xena fut vaguement consciente que quelque chose lui chatouillait l’oreille et elle se réveilla en sursaut, inspirant de surprise tandis qu’elle clignait des yeux pour éloigner un lourd sommeil. Il faisait très sombre dans l’écurie et une brise fraîche soufflait, faisant bruisser la paille. Argo recula d’un pas, ayant atteint son but de réveiller sa cavalière, cognant son museau contre un seau d’eau avec une intention évidente.

« Très bien… » Marmonna Xena, en libérant l’un de ses bras enroulé autour du corps endormi de Gabrielle avant de se frotter les yeux. « Attends… »

Arès leva la tête à son murmure et lécha ses pattes arrière, laissant dépasser sa langue rose. « Agrrrrrr. »

La guerrière cligna à nouveau puis elle sentit ses yeux se refermer contre sa volonté, tandis que le chaud confort de leur nid l’attirait à nouveau vers le sommeil. Avec un effort, elle résista, ouvrant péniblement les yeux et secouant un peu la tête pour l’éclaircir. « Ouaouh. » Elle massa doucement le dos de la barde. « Hé… l’endormie… »

Gabrielle remua puis ouvrit un œil vert, la regardant avec ressentiment. « Chut. »

Xena rit et lui caressa les cheveux, la tapotant affectueusement. « Allez… il fait presque nuit… je veux rentrer me débarrasser de cette crasse. »

La barde mit le nez dans son cou et le mordilla. « J’dois ? » Se plaignit-elle en se nichant un peu plus. « C’est très, très confortable ici, Xena. »

La guerrière lâcha un rire ironique. « Merci… mais oui, tu dois. » Elle tapota le dos chaud. « Allez… tu pourras retourner dormir dans le château, d’accord ? » Elle fit une pause. « A moins que tu ne sois intéressée par un dîner. »

L’œil vert roula et l’étudia. « Un dîner ? » dit-elle d’un ton songeur et spéculateur. « Hmm. »

Elles se levèrent et Xena remplit le seau d’eau d’Argo avant d’aller vers la porte et de regarder dehors. « La pluie a cessé », dit-elle en se passant une main dans ses cheveux noirs et décoiffés.

Gabrielle vint péniblement près de la guerrière et posa son menton sur son bras, qui entourait la poignée de porte. « C’est chouette. » Elle bâilla. « Est-ce que je peux admettre que je ne veux vraiment pas m’asseoir dans ce hall immense ce soir et écouter des gens babiller ? » Son regard alla vers le visage de son âme sœur. « Je dois un peu rattraper le temps dans mon journal… et j’aimerais passer un peu de temps à frotter une certaine princesse guerrière. »

Xena sourit puis haussa les épaules. « Bien sûr… je vais attraper quelque chose à la cuisine et dire à Garanimus qu’il joue avec lui-même ce soir. » Elle s’interrompit et tressaillit. « Hum… ça sonne bizarre. »

Gabrielle gloussa. « Oh oui. » Elle renifla doucement. « Mais tu es sûre ? Je peux me forcer à me réveiller si tu penses que nous devrions faire une apparition. »

La guerrière prit une profonde inspiration de l’air frais et humide. « Ils peuvent… » Elle réfréna les mots. « Oui, j’en suis sûre. » Elle plia les bras. « Pour te dire la vérité… je pense que j’en ai un peu trop fait… mon corps n’est plus habitué à faire ce truc toute une journée. »

La barde roula les yeux derrière le dos de sa compagne. Xena, Martyre Guerrière de l’apitoiement d’Amphipolis. « Et pourquoi pas un massage du dos sympathique, hein ? » Elle tapota la partie en question et poussa un peu plus la porte. « Pauvre chose… allons te rentrer avant que tu ne rouilles. »

Un sourcil noir et bien dessiné se haussa proprement. « Je pense qu’on est condescendante à mon égard », l’accusa Xena.

Gabrielle cligna des yeux innocents et brumeux. « Moi ? » Un pouce pointé sur sa poitrine. « Je ferais ça, à toi ? » Elle mit une main dans le coude de la grande femme. « On y va ? »

Xena bougea et ajusta sa cuirasse, puis elle les mena dans la cour. Elle laissa Gabrielle se diriger vers leurs quartiers tandis qu’elles atteignaient le couloir intérieur et elle se baissa pour passer la petite porte de côté dont elle se souvenait qu’elle menait à la cuisine. Elle pouvait entendre le faible cliquetis tandis que les serviteurs installaient le hall pour le dîner, et elle fut soudain inondée du sentiment reconnaissant que Garanimus allait se passer de leur compagnie. Ce qu’elle voulait vraiment, c’était passer du bon temps avec… Gabrielle et lui parler… tellement de choses étaient arrivées depuis ce matin, elle avait cruellement besoin d’espace pour simplement… l’absorber.

« Xena. »

Une voix basse et rocailleuse l’arrêta dans sa marche et elle tourna la tête. « Bonjour Grandma. » Elle pencha la tête, sentant l’agitation de la vieille femme. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La cuisinière prit son bras et tira. « Viens avec moi. »

La guerrière se laissa mener dans une petite zone étroite de rangement, dont la petitesse lui donna de l’inconfort. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Répéta-t-elle, en pressant son dos contre le mur tout en fixant la vieille femme avec impatience.

« R’garde ici. » Grandma se lécha les lèvres et regarda autour d’elle. « Faut pas qu’tu fasses confiance à cette petite pétasse blonde. »

Xena s’immobilisa et plissa le front. « Petite blonde… tu veux dire Gabrielle ? »

Un mouvement nerveux des yeux. « Si c’est ça son nom… oui… la fille qui voyage avec toi. » Elle se pencha un peu plus. « J’tassure, p’tite pousse… elle te veut qu’du mal… attention à toi. »

Xena prit plusieurs inspirations, repoussant un sentiment de peur profondément. « Tu as tort, Grandma. » Elle baissa la voix. « Elle n’est pas comme ça. »

Un léger ricanement. « Vous les jeunes… z’avez le sens d’un poulet, ah oui… j’te dis, elle est pas bonne pour toi… et elle attend un ptit, la petite putain, pour commencer. »

D’un seul coup, la pièce parut bien trop petite. Xena sentit qu’elle ne retenait plus sa colère et elle bondit en avant, attrapant Grandma par surprise et la clouant contre le mur opposé. « Ne dis plus jamais ça… sur elle. » Xena laissa sortir un grognement bas et coléreux.

La vieille femme écarquilla les yeux, mais elle ne dit rien.

« Je connais vos plans. » La guerrière détacha les mots. « Si c’est ce que tu veux dire au sujet de… Gabrielle… qui travaillerait contre moi. »

« Tu… tu sais ? » Couina Grandma. « Elle t’a dit ? »

La guerrière la relâcha et recula, luttant pour se contrôler. « Je sais », répéta-t-elle tranquillement. « Elle m’a tout dit. »

La vieille femme la fixa dans un silence pensif pendant un moment. « Ah. Tu vas nous arrêter alors ? »

Xena baissa les yeux. « Je vais attendre de rencontrer cet autre seigneur de guerre », dit-elle lentement. « Ensuite je déciderai quoi faire. » Un souffle. « Il se joue peut-être de vous. »

Grandma soupira et se pencha en arrière, levant une main tremblante à sa tête. « Je suis… désolée… je… je savais pas quoi faire… ma loyauté est ici, tu vois, mais… » Ses yeux délavés se posèrent sur elle. « Pour l’amour de ta mère… je… »

La guerrière ferma les yeux. « Grandma… merci d’avoir pensé à moi », dit-elle tranquillement. « Je suis un peu sensible quand il s’agit d’elle… elle compte beaucoup pour moi. »

« Oui. » La cuisinière la regarda. « N’importe quel idiot verrait ça. » Elle pinça les lèvres. « J’voulais pas que tu sois blessée. » Un soupir. « Elle est bien, alors ? Tu sais, alors…  qu’elle attend ? »

Un sourire las passa sur les lèvres de la guerrière. « Oh oui… je le sais. » Elle hocha deux fois la tête. « Mais… comment… » Elle eut un regard intrigué. « Ça ne fait qu’une semaine environ. »

Grandma rit doucement. « Ah… Dieux, ptite pousse… j’suis sur terre depuis assez longtemps pour savoir c’que j’vois… Mais j’pensais que ça faisait plus d’une semaine. » Elle eut un regard furtif vers Xena. « Euh… »

Et voilà. Xena soupira intérieurement, se réconciliant avec beaucoup de réponses à cette question particulière. « Le père c’est mon frère, Toris. »

Grandma toussa. « Oui… Ce p’tit lascar agaçant ? » Elle secoua la tête. « Par les dieux. »

« Il a bien grandi », l’assura Xena. « Ecoute… je peux avoir de quoi manger à emporter… la journée a été longue… je vais éviter le cirque en bas. »

Sans un mot, Grandma les conduisit hors de la réserve jusque dans la partie principale de la cuisine. Xena était consciente, avec ses sens périphériques, d’observateurs silencieux qui se fondirent dans l’obscurité du hall après qu’elles furent passées.


Gabrielle sentit la porte se refermer derrière elle avec un sentiment de soulagement. La pièce était fraîche et légèrement éclairée et elle envoya Arès trotter devant elle tandis qu’elle allait à la table et y allumait la chandelle. Quelques pas l’amenèrent à l’âtre et elle remua le feu, ajoutant du bois au centre pour faire monter la chaleur. « Elle va avoir un bain chaud cette fois, Arès », dit-elle solennellement au loup. « Avec beaucoup de bulles… juste comme elle l’aime. » La pensée de passer une soirée seule avec son âme sœur amena un sourire sur ses lèvres. « Je vais lui laver les cheveux… et lui faire ce massage du dos. Tu penses qu’elle va aimer ? »

Arès pencha la tête.

« Je pense aussi », décida la barde avec un sourire tandis qu’elle sortait une chemise fraîche, douce et propre pour sa compagne. Elle alluma d’autres chandelles et s’installa au bureau, prit sa plume et sortit son journal de la sacoche. « Voyons si je peux écrire quelque chose avant qu’elle ne débarque. »

Où est-ce que je commence ? La seule chose qui m’inquiète maintenant c’est le point le plus discutable que je puisse imaginer. Ça a commencé ce matin – quand elle s’est levée avec des nausées et je me suis rendu compte que toutes les choses idiotes qu’elle faisait et les trucs dont elle faisait l’expérience la semaine dernière n’étaient pas de son fait. C’était moi… et j’ai dû le lui dire parce qu’elle commençait vraiment à flipper.

Elle a même mentionné les Parques… alors je sais qu’elle commençait à perdre pied. La pensée de retraverser tout ça lui fait peur et pour être honnête, à moi aussi, parce que ça a été le début d’une très longue et très sombre partie de ma vie. Alors, il fallait que je lui donne assez d’indices de ce qui se passait.

Je ne savais pas comment ce serait reçu, mais bon sang, j’ai fini par le savoir. Je ne l’avais jamais vu aussi heureuse… c’était comme… je ne m’y attendais pas. Je… savais qu’elle serait contente pour moi… je présume que je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi heureuse pour elle-même.

Est-ce que ça a du sens ? Je l’espère. J’ai marqué cette page pour pouvoir y retourner et relire cette note, parce que ça marque un moment très important dans ma vie. Je sais que je me souviendrai de l’expression dans ses yeux ce matin… pour toujours, parce que je sais que c’est moi qui l’y ai mise.

Je l’ai fait. C’était génial. Tellement génial. Je me sentais merveilleusement bien.

Maintenant je peux être heureuse aussi… c’est fantastique… comme si je ne pesais pas plus qu’une fleur… je flotte partout. Je pense que je suis plus heureuse de la façon dont elle a réagi que je ne le suis de tout ça en premier lieu.

Bizarre.

Je peux le dire maintenant. Je vais avoir un enfant.

Je n’ai pas plus de preuves que je n’en avais hier soir, mais quelque part… je le sais. Je le sens… comme ce sentiment de chatouillis enfoui en moi… Xena a dit que mon corps est occupé à créer une nouvelle vie et que c’est pour ça que je suis autant fatiguée, et penser à ce qui se passe là-dedans c’est tellement bizarre.

Comme si… est-ce que ça commence comme une personne en miniature et qui grandit ? Est-ce que ça respire de l’eau ? Est-ce que ça nage là-dedans… comme je nage dans un lac ? Est-ce que c’est un garçon, ou bien une fille… à quoi va-t-il ressembler… je ne peux pas m’empêcher de rester assise là à me questionner.

Neuf mois c’est fichtrement long, vous savez ? Combien de temps va-t-il falloir avant que je le sente bouger ? Xena le sait probablement… je pense que je lui demanderai quand elle reviendra.

J’espère qu’il aura les traits de Toris… ces cheveux noirs et ces yeux… je ne veux pas qu’il me ressemble.

C’est horrible, n’est-ce pas ? Mais Hope me ressemblait. Même Xena l’a dit… au tout début. Elle a dit que le bébé me ressemblait.

Je ne veux pas que ce soit le cas cette fois. Je veux que celui-ci me rappelle Xena et Toris… pas moi. Ou bien Hope. Xena dit qu’il y a une bonne chance pour qu’elle ait les cheveux noirs au moins… elle m’a donné cette petite leçon sur les chevaux aux crinières noires, et des queues noires, et des poulains noirs… elle m’a perdue en chemin, mais le fond de ça c’est qu’elle pense qu’un enfant entre nous aurait plutôt les cheveux noirs que ma couleur. Entre nous… c’était drôle qu’elle dise ça… presque comme si elle voulait dire nous, comme dans moi et elle, et pas nous, comme dans moi et Toris.

Je le souhaite. Mais je pense que ça va aller… basé sur sa réaction ce matin, en tous cas. Je jure qu’elle est plus excitée que moi.

Xena dit qu’elle aimerait que le bébé ait mes yeux. Elle a dit qu’elle les aimait vraiment beaucoup… la couleur et tout. Je ne vois pas vraiment ça moi-même et je pense que les siens sont bien plus beaux, mais… je présume que ce n’est pas la peine de discuter.

C’est tellement excitant de parler des possibilités. Je peux sentir une attente intense… et je suis assise ici à me demander comment je vais passer les neuf mois… je vais être cinglée à attendre. Je réfléchis en permanence… je ne suis pas une personne patiente.

Xena est bien plus patiente que je ne le suis… même si elle ne s’en rend pas compte. Je rêvassais aujourd’hui tandis que nous étions dans ce bain tordu… l’imaginant en train de bercer un bébé… de chanter pour lui… malgré son côté coriace, ce n’était pas difficile de l’imaginer. Elle regarde ces petites choses sans défense et elle fond… elle ne s’en rend même pas compte, mais elle a ce petit sourire, juste au coin de la bouche et ses yeux étincellent un peu.

Sa voix… elle est si belle. Je ne peux pas croire qu’elle ait commencé à me chanter cette chanson de berger tout à l’heure… elle le fait si rarement… ça me surprend toujours de l’entendre. Je pourrais l’écouter chanter pendant des heures… mais je sais que je n’aurai que quelques minutes… c’est presque comme si elle n’avait que peu de temps pour ce talent… et elle n’aime pas l’utiliser trop souvent. Je lui ai posé la question là-dessus… elle dit que… qu’elle doit se sentir d’une certaine façon avant de chanter, parce que cela ouvre une partie de son âme avec laquelle elle n’est pas très à l’aise.

C’est dommage. Je souhaiterais que tout le monde puisse l’entendre. Ils seraient stupéfaits.

J’ai hâte de voir le visage d’Ephiny quand je lui dirai qu’elle va devenir tante. Deux fois… si Xena a raison pour Granella et elle l’a probablement. Je pense que ça va me plaire que quelqu’un à la maison traverse la même chose… je sais que Xena va me soutenir, mais c’est différent.

Soutenir… oui et maintenant il faut que je trouve un moyen de l’empêcher de traîner autour de moi comme une vieille poule avec un seul œuf.

C’est probablement une cause perdue, hein ?

Des bruits de pas familiers attirèrent son attention et elle leva les yeux quand la porte s’ouvrit sur son âme sœur, dont les bras étaient chargés. « Xena ! » Gabrielle se tortilla pour se relever et s’avança pour attraper un panier des doigts de la grande femme. « C’est quoi tout ça ? »

« Oh. » La guerrière posa le reste de son fardeau et rit un peu. « Heu… Grandma… a fait une sorte… de petite erreur et elle était… je présume qu’elle voulait se racheter. » Elle observa les friandises. « Ça devrait suffire pour nous. »

Gabrielle poussa les paquets. « Peut-être bien. » Elle eut un sourire espiègle pour son âme sœur et se tapota l’estomac. « Je suis plutôt affamée… ou bien devrais-je dire… nous sommes plutôt affamées. » Elle rit. « C’est plutôt sympathique… maintenant j’ai une bonne excuse pour faire le goret. »

Xena haussa les deux sourcils d’un air joyeux. « Est-ce que tu as déjà eu besoin d’une excuse ? » Elle se baissa quand un morceau de tissu tournoya vers elle puis elle contourna la chaise entre elles et saisit Gabrielle qui tentait de s’échapper, la soulevant avant de la faire tourner. « Ecoute bien, toi… » Elle embrassa affectueusement la barde. « Sois goret autant que tu veux, ma barde… je ne veux pas que nous ayons faim l’une ou l’autre. »

Gabrielle lui encercla la nuque de ses bras et tira sa tête vers le bas, goûtant ses lèvres avec un plaisir sensuel. « Je pense que je peux gérer ça. » Son corps se pressa contre celui de Xena, cherchant avidement le contact et elle sentit les bras qui la serraient se raidir par pur réflexe. « Quelle erreur ? » Elle s’interrompit et regarda Xena.

Celle-ci lui lança un regard ironique. « Elle était… euh… elle m’avertissait à ton sujet. »

Un froncement de sourcils. « Moi ? ? ? » La voix de Gabrielle prit une tonalité intriguée. « Qu’est-ce qui… » Puis elle se souvint. « Oh. » Elle laissa sa tête retomber en avant et la posa sur la clavicule de sa compagne pendant un long moment avant de relever les yeux. « Qu’est-ce que tu lui as dit ? »

Les yeux bleus paisibles la regardèrent en retour. « La vérité. »

Gabrielle eut le souffle court. « Est-ce que c’était malin ? »

Une longue pause. « Je n’y ai pas pensé », admit doucement Xena. « Je ne pouvais pas la laisser penser ça de toi. » Elle caressa les cheveux de la barde. « Je pense que c’est bon… elle a pris un énorme risque rien que pour essayer de m’avertir… je pense qu’elle va garder ça pour elle. » Elle recourba le bord de sa lèvre. « Elle m’aime plutôt bien. »

Tu ne pouvais pas la laisser penser ça de moi. Gabrielle soupira intérieurement, sentant un pincement de tristesse. Lui laisser penser que j’allais te trahir… ça fait bien trop mal, pas vrai ? 

Xena sentit le changement d’humeur et elle plissa le front. « Je… je pense vraiment que ça va aller, Gabrielle… je lui ai dit que j’allais attendre de rencontrer ce Framna avant de décider quoi faire… je… je pense qu’elle espère que je vais simplement m’allier à lui », expliqua-t-elle d’une voix hésitante. « Elle se souvient de moi quand j’étais une gamine… je… »

Gabrielle prit une profonde inspiration et leva la main pour mettre deux doigts sur les lèvres de sa compagne. « Xena… détends-toi… je suis sûre que tu as raison. » Une pause. « Je… n’ai pas réfléchi à ce que les gens allaient penser de moi… et maintenant que je le fais, ça me taraude. » Elle eut un regard triste pour la grande femme. « J’ai pris l’habitude de ne pas y penser, parce que je… savais… que tu saurais combien c’est impossible. » Elle serra la mâchoire. « Et… maintenant je ne peux pas… l’accepter comme ça. »

Xena la fixa. « Gabrielle… » La voix de la guerrière était calme et triste. « Je croirai toujours en toi… et je te ferai confiance… parce que c’est beaucoup trop douloureux de faire autrement. »

« Mais… » Cette fois, les doigts se posèrent sur ses lèvres à elle.

« Pas de mais. » Xena secoua la tête. « Non. Ne me demande pas d’abandonner cette foi. Je ne le peux pas. »

Gabrielle déglutit, se rendant compte peut-être pour la première fois combien leur relation était devenue dangereuse pour sa calme compagne. C’était une grave vulnérabilité que Xena semblait avoir acceptée, le prix que la guerrière payait pour leur proximité. Cela effrayait et rassurait la barde à la fois. « Je ne l’aurais jamais demandé », répondit-elle doucement. « Je ne le demanderai jamais. Elle reconnut la seconde déclaration comme un vœu solennel et il dissout une partie de la tension en elle.

Xena produisit un sourire et mit son front contre celui de la barde. « Merci. » Elle soupira. « Je vais aller prendre ce bain rapide… tu veux commencer avec ce truc ? »

« Nan. » Gabrielle secoua la tête et enroula ses doigts dans les attaches qui retenaient la combinaison en cuir de sa compagne. « Je dois m’assurer que tu ne te noies pas. » Elle guida une Xena volontaire jusque dans la salle de bains et elle déboucha la citerne, laissant le feu réchauffer l’eau qui s’écoulait vers la grande baignoire. Tandis qu’elle se remplissait, elle prit le temps de retirer l’armure et la combinaison de la guerrière silencieuse, notant les coupures et bleus mineurs dessous. « Tu as été occupée aujourd’hui, pas vrai ? »

Xena baissa les yeux puis haussa les épaules. « Oui… j’ai commencé par une sorte de buffet gratuit, je présume… qu’ils m’attaquent tous en même temps ensuite on a fait de l’entraînement en escouade… des groupes de six ou huit, puis un sur un… on a travaillé sur des compétences individuelles… des trucs à l’épée… ce genre de choses », répondit-elle avec désinvolture.

Gabrielle attendit un peu et la regarda. « Tu t’es amusée, hein ? »

La guerrière étouffa un sourire penaud et se gratta la mâchoire. « Ça faisait un moment », reconnut-elle. « Oui… en effet… c’était vraiment bon de relâcher toutes ces tensions… je n’ai pas vraiment eu d’entraînement de ce genre depuis longtemps. » Elle s’interrompit. « Je ne savais pas si j’en étais encore capable. »

La barde eut un sourire narquois. « Laisse-moi deviner… c’est le cas. »

Une expression légèrement jubilatoire mit une lueur dans les yeux bleus. « Oui. » Xena eut un rire diabolique. « Je leur ai botté les fesses. »

Gabrielle sourit, notant la posture familière des épaules de sa compagne. « Je ne peux pas croire que j’ai raté ça… j’ai été coincée à écouter la plainte romantique d’une adolescente. » Elle poussa Xena dans les côtes. « Dans la baignoire, Oh princesse guerrière du bottage de fesses. »

Les longs doigts s’avancèrent et dénouèrent sa ceinture, libérant le tissu soyeux de son corps. « Seulement si tu viens avec moi », lui dit Xena, traçant la clavicule maintenant dénudée du bout du doigt.

Gabrielle gloussa doucement. « Ça va faire trois bains aujourd’hui », protesta-t-elle, mais elle se rapprocha et frotta doucement son corps contre celui de la grande femme. « Mais je pense que ça va être mon préféré. » Sa peau semblait très sensible et le lent mouvement des mains de Xena sur ses côtés laissait des traînées de feu, surtout lorsque ses lèvres furent prises et qu’elle sentit le frottement des cheveux noirs sur ses épaules nues.

L’eau chaude était merveilleuse et glissait sur leurs corps joints, Gabrielle chercha l’éponge qu’elles utilisaient et commença un lent nettoyage excitant sur le corps de son âme sœur, passant l’éponge légèrement rugueuse sur la peau tandis que les muscles dessous ressortaient en réaction. Elle était vaguement consciente d’un désir insistant, d’un besoin prégnant du toucher de Xena, et elle eut presque un cri de soulagement lorsque les mains de la guerrière trouvèrent des endroits familiers et sensibles, et que l’eau tourbillonnante s’évaporait entre elles.


Il lui fallut plus de temps que d’habitude pour reprendre son souffle, songea la barde, ou du moins elle en eut l’impression ; Elle flottait doucement dans l’étreinte de Xena, regardant de minuscules îles de bulles luisantes lui passer devant le nez. Elle souffla doucement sur l’un des petits radeaux et le regarda cogner la poitrine de la guerrière.

Xena leva la tête du bord de la baignoire et ouvrit les yeux quand elle sentit le souffle chaud chatouiller sa peau. « Est-ce que tu t’es déjà transformée en prune séchée ? » Demanda-t-elle.

« En pruneau », la corrigea soigneusement la barde. « Et je vérifierais bien, mais ça voudrait dire que je bouge et je suis trop bien installée pour le faire. »

La guerrière roula la tête d’un côté et observa la jeune femme. Gabrielle était blottie contre elle un bras autour de sa taille, l’autre autour de son dos, avec la tête posée sur l’épaule de Xena, et ses jambes musclées  enroulées autour de celles de la guerrière. Elle leva une main et la passa sur la hanche de la barde, chatouillant joyeusement la peau douce. « Nan… pas encore. »

La barde l’éclaboussa. « Arrête ça. »

« Arrêter quoi ? » Xena continua son avancée, faisant glisser ses doigts à l’arrière de la cuisse de la barde, vers un point particulièrement chatouilleux.

« Xena. » Gabrielle réfréna un gloussement impuissant et l’éclaboussa encore plus fort.

« Oui ? » Le chatouillis continua tandis qu’elle passait légèrement le doigt le long de la jambe de la barde. « Quelque chose ne va pas ? »

« Arghh… » Gabrielle fit de même, enroulant son bras pour toucher Xena sur un endroit vulnérable juste sous les côtes, puis elle anticipa le mouvement de la guerrière, tendit la main vers le bas et captura l’arrière de son genou, qui était de loin l’endroit le plus sensible qu’elle avait trouvé pour une séance de torture par chatouillis sur le long corps. « Oooh… je t’ai eue… »

« Grph. » Xena se mordit la lèvre tandis que les doigts de la barde trouvaient un endroit faible puis elle céda et éclata de rire alors que la barde sentait la victoire et qu’elle ajouta une attaque soudaine sur son nombril. « Grâce… grâce… tu as gagné », cria-t-elle tandis que Gabrielle produisait un rire bas de triomphe.

« Hé… » La barde se fraya un chemin vers le haut en mordillant le cou de sa compagne avant de finir par l’embrasser. « Ne joue pas avec moi, espèce de chiot grandi trop vite. »

Xena lui mordilla l’oreille. « Grrrr. » Elle sourit et l’étreignit. « Allez… j’entends ton estomac qui gronde. »

La barde soupira d’un air désabusé et laissa tomber sa main sur l’endroit en question. « Je peux voir que je ne vais pas porter longtemps l’habit d’Amazone. » Elle traça les muscles tendus d’un doigt nonchalant. « Ils vont disparaître rapidement si mon appétit se développe. »

C’est la seconde fois qu’elle mentionne ça, analysa Xena. Oh oh. Je ferais mieux d’avoir cette conversation maintenant. La guerrière mit les bras autour de la barde et laissa ses mains venir reposer sur son ventre. « Est-ce que ça t’inquiète vraiment ? » Demanda-t-elle en observant le visage de Gabrielle tandis que la jeune femme réfléchissait.

« Ça ne devrait pas », finit par répondre la barde. « Je veux dire que… je sais que ça ne devrait pas. »

« Mais ? » Insista Xena qui savait trop bien.

Le silence, jusqu’à ce que Gabrielle plonge un doigt dans l’eau. « Je ne sais pas… est-ce que c’est orgueilleux et égoïste de dire que j’aime bien mon apparence actuelle ? » Finit-elle par admettre. « Je sens bien que je ne devrais pas penser cela… je veux dire, c’est stupide de s’inquiéter pour ça, pas vrai ? »

Les yeux bleus clairs l’étudièrent avec une compréhension ironique. « Peut-être… mais c’est aussi complètement naturel de ressentir cela, Gabrielle. » Elle rassura la barde troublée. « Je n’ai jamais connu de femme enceinte qui se pensait attirante pendant la grossesse. »

Les yeux verts se tournèrent vers elle avec incertitude. « Vraiment ? »

« Mmhmm », l’assura Xena. « Et… je n’ai jamais connu personne qui soit amoureux d’une femme enceinte et qui n’ait pas pensé qu’elle était absolument magnifique. »

Un ricanement. « Tu essaies de me remonter le moral », l’accusa Gabrielle.

Un sourire charmant croisa son regard. « Je n’ai aussi jamais connu personne qui croit cela. » Elle embrassa la barde sur le nez. « Mais c’est vrai… tu dois simplement me croire. »

Gabrielle plissa les yeux. « Xena, j’ai vu des femmes enceintes. » Elle s’interrompit pensivement.

Son âme sœur la regarda avec un œil brillant. « Et tu étais amoureuse d’elles? » Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

Gabrielle tambourina sur sa poitrine. « Eh bien, non… mais… »

Xena sourit. « Pas de mais… Ecoute, souviens-toi quand tu es venue à l’écurie aujourd’hui? »

La barde fut désarçonnée par ce soudain changement de sujet. « Euh… oui, mais que… »

Un doigt lui imposa de se taire. « Tu es entrée directement, tu as traversé l’écurie d’un pas militaire et tu m’as pratiquement noyée dans une étreinte. »

Gabrielle cligna des yeux, désorientée. « Oui… alors ? » Répondit-elle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Rien… sauf que j’ai combattu des gros types couverts de sueur et de boue toute la journée, j’étais enduite de poussière et de crottin et d’une dizaine de sortes de saletés, et que je sentais comme une pile de crotte de centaure vieille de trois jours », déclara Xena. « Je crois bien que j’étais aussi attirante à ce moment-là qu’une truie dans son auge. »

Un nouveau clignement des yeux verts. « Hum… » La barde plissa le visage. « Je n’avais pas remarqué. » Elle regarda Xena. « Je présume que c’était ta démonstration, hein ? » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je ne réfléchis habituellement pas à ton apparence… »

« Merci. » La guerrière se mit à rire. « C’est une bonne chose. »

La barde lui donna une légère tape. « Ce n’est pas ce que je voulais dire… je veux dire que parfois je… comme au mariage de Lila. Quand tu es entrée, tout habillée de fête et que tout le monde a toussé à en perdre un poumon  … alors je t’ai regardée et j’ai, en quelque sorte… ouaouh. »

Xena rougit légèrement. « Comme moi hier soir, quand je t’ai regardée », railla-t-elle avec un sourire narquois.

Ce fut le tour de Gabrielle de rougir. « Hum… merci », marmonna-t-elle. « Mais la plupart du temps, quand je te regarde, c’est pour saisir des petits indices sur ce que tu ressens ou à quoi tu penses… je ne… pense pas à… ton apparence. »

Xena attendit pour être sûre qu’elle avait terminé. « Alors… qu’est-ce qui te fait penser que c’est différent pour moi ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonné.

« Et bien. » Gabrielle prit tout son courage à deux mains, maintenant qu’elles parlaient, et d’un sujet auquel elle avait beaucoup réfléchi ces derniers temps. « D’abord, sortons de l’eau. » Elle se désengagea de la guerrière et se leva, souriant quand Xena se leva avec elle et lui prit doucement le coude pour l’aider à enjamber le bord de la baignoire. Elles se séchèrent et enfilèrent des chemises, puis elles s’installèrent avec le pique-nique impromptu.

« J’ai remarqué. » Gabrielle mordilla un morceau de fromage. « Que tu as tendance à t’impliquer avec des gens de belle allure. »

Xena s’arrêta au milieu de sa gorgée et la regarda, amusée. « C’est très vrai. » Ses yeux bleus étincelèrent. « Et j’aime à penser que mes goûts se sont améliorés avec le temps. »

La barde sourit et baissa les yeux avant de s’éclaircir la gorge. « Je ne… jamais… je veux dire que je ne savais pas combien c’était important pour toi. » Elle prit une inspiration et leva les yeux. « Le fait que tu… heu… » Une pause. « M’aies trouvé attirante m’a surprise en quelque sorte. » Une pause plus longue. « Ça le fait toujours… parfois… du moins pour une petite partie de moi. »

Xena s’interrompit au milieu d’une bouchée et se contenta de la fixer. « Tu blagues, pas vrai ? » Finit-elle par bafouiller, avalant vite. « Tu n’es pas sérieuse là, non ? Gabrielle, regarde-toi dans un miroir parfois… tu es une très belle partie de l’humanité. » Elle contourna la table devant laquelle elle se tenait et s’assit sur le divan bas capitonné près de la jeune femme. « Mais pour répondre à ta question, pas du tout. » Elle leva une main et traça la joue de la barde du dos de ses phalanges. « Pas avec toi. » Un léger sourire passa sur ses lèvres. « Je pense que… quand on dit que l’amour est aveugle…c’est de ça qu’on parle. »

Finalement, Gabrielle sourit en retour. « Je pense que tu as raison. » Elle soupira. « Merci… d’avoir écouté mes insécurités idiotes. » Elle se tut.

Xena mit un bras autour de ses épaules. « Tu as peur ? » Demanda-t-elle doucement.

La barde la regarda droit dans les yeux. « Oui… un peu. »

La guerrière l’étreignit. « J’avais peur aussi », confessa-t-elle. « Ça passe après un moment. »

Gabrielle s’appuya contre elle et soupira. « Merci. » Elle finit son fromage et commença un morceau d’agneau froid. « Tu veux entendre un nouveau poème ? »

Xena se pencha en arrière et tira la barde sur un endroit confortable contre elle. « Bien sûr. » Elle tendit une cerise à la jeune femme que celle-ci attrapa de ses dents blanches.


Elle ne se souvenait pas de s’être rendormie. Juste d’un crépuscule calme et brumeux qui descendait sur elle et sur une barde déjà endormie tandis qu’elles faisaient face à la fenêtre ouverte, et elle sentit la brise fraîche et humide pénétrer doucement.

Xena se sentait très détendue, à part une raideur lancinante dans ses épaules, produite par les travaux de la journée, soupçonna-t-elle. Les bruits de la pièce montaient et descendaient, les légers craquements du feu et le doux bruissement du vent qui tournait autour du parchemin de Gabrielle. Arès était enroulé autour de ses jambes étendues, son museau posé sur son pied et elle pouvait légèrement sentir la chaleur de sa respiration sur sa peau.

Un nouveau son aurait dû l’avertir, mais elle écoutait dans un brouillard tandis que les cliquetis qu’elle entendait se traduisaient dans son esprit endormi comme l’ouverture de la porte.

Des bruits de pas approchaient. Elle essaya d’être inquiète, mais la lassitude insidieuse semblait la submerger, la gardant paisiblement en place jusqu’à ce que le son d’un rire léger et de l’acier raclant le cuir amène un éclair d’avertissement même à travers le brouillard qui l’entourait.

Des drogues. Elle sentit son cœur battre plus fort et elle connut un moment de panique exacerbé tandis qu’elle réalisait que son corps ne répondait pas à son commandement, même si elle pouvait sentir le couteau levé et qu’elle sut qu’elle n’avait que quelques secondes pour l’empêcher.

Sa seule volonté la força à lever un bras pour intercepter la lame froide dirigée vers sa poitrine, et elle sentit le feu brûlant lorsque sa pointe perça son avant-bras, une douleur qui transperça proprement la brume et lui apporta des munitions pour combattre les chaînes des herbes.

Ses doigts se refermèrent sur du tissu et elle serra la main, se propulsant hors du lit, entendant le cri étouffé de surprise lorsque son assaillant se retrouva sur le sol, luttant avec une femme à demi paralysée, mais toujours dangereuse qui était de plus en plus furieuse et mobile.

Il se trémoussa et se sortit de sa prise et il se tortilla pour s’éloigner, évitant de justesse le bond vers lui, tandis qu’il se précipitait vers la porte à toute vitesse et la claquait derrière lui.

Xena sentit son cœur battre hors de contrôle tandis qu’elle se forçait à se lever, attrapant le divan pour se soutenir, tout en avalant avec panique des goulées d’air, sentant de plus en plus à court de souffle à chaque fois que sa poitrine pompait. Avec désespoir, elle trébucha vers ses sacoches, tombant à mi-chemin et sentant une douceur lancinante traverser sa cage thoracique, tandis qu’elle atteignait les sacs et les saisissait, renversant leur contenu devant sa vision brumeuse.

Son kit de soin… et deux bourses… elle réussit tant bien que mal à les ouvrir et versa les herbes, mélangeant une pincée de chacune et les enfournant dans sa bouche, ravalant toute l’humidité qu’elle pouvait pour les avaler.

C’était mauvais au goût et elle faillit vomir, mais elle tint bon en grimaçant, jusqu’à ce que la lumière battante dans sa vision commence à ralentir et que son cœur battant à tout rompre se calme.

L’odeur du sang vint à ses narines et elle ouvrit lentement les yeux, clignant jusqu’à ce que le brouillard recule et qu’elle puisse se concentrer sur la coulée rouge le long de son bras. Bon sang, pensa-t-elle faiblement. Alors. Dans la nourriture… un sentiment de déception nauséeux coula en elle alors qu’elle réalisait ce que cela signifiait. Je présume que Grandma ne m’a pas fait confiance après tout.

Pas le temps pour ça, décida-t-elle en testant ses bras et se repoussant du sol. Elle se mit à genoux puis regarda autour d’elle, pour voir les silhouettes endormies d’Arès et Gabrielle. Elle se mit lentement debout, balançant un peu et elle attrapa le dossier du fauteuil pour reprendre son équilibre.

Ce n’était pas passé loin. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux. Pas loin du tout. Ses genoux se mirent à trembler et elle s’appuya sur le meuble, déglutissant. Elle regarda autour d’elle, notant que le bassin d’eau pouvait être un suspect supplémentaire pour l’empoisonnement et elle attrapa une outre qu’elles avaient dans leur équipement, l’ouvrit et renifla avec soin. Après une gorgée d’essai, elle soupira de soulagement, reconnaissant l’odeur et le goût distinct de la maison. Elle vida la moitié du sac, puis se leva tranquillement, jusqu’à ce que son corps réponde mieux et que la brume autour d’elle diminue.

Une traînée de sang courait le long de son bras, tombant de ses doigts sur le sol carrelé et elle plia la main, envoyant des gouttelettes de sang autour d’elle. Une recherche rapide dans son kit lui fit trouver une bande dont elle enveloppa son bras avant de la nouer.

Elle ramassa les herbes et les mit dans sa main en coupe, étudiant son âme sœur d’un air interrogateur. Je ne peux pas lui donner ça… mais il faut qu’elle se débarrasse de la drogue alors… Elle posa une des herbes et plongea dans le sac pour en ressortir une sorte différente. Elle va me haïr pour ça.

Avec un soupir, elle les mélangea avec de l’eau de l’outre et alla au côté de sa compagne, s’agenouillant avec un équilibre instable avant de lui tourner le visage vers l’avant. Elle ouvrit la bouche de la barde et versa une bonne quantité du mélange, provoquant un réflexe de déglutition, qui fit presque tousser la jeune femme. En grimaçant, elle lui en donna une autre dose et fut récompensée par le battement des cils clairs.

Les yeux verts allèrent confusément vers elle. “Xe?” La voix de la barde était douce et légère.

« Chh… oui, c’est moi. Ecoute… on a des tas d’ennuis, mon amour… La nourriture était empoisonnée », lui dit doucement Xena. « Un type a tenté de me poignarder… mais il s’est enfui.

« Par les dieux… ah. » La barde se serra l’estomac. « Je… je ne me sens… pas bien.”

Xena soupira. « Je sais… c’est de ma faute… Il faut que je te débarrasse de ce truc. »

Un tressaillement. « Oh… par les dieux… tu n’as pas fait ça. »

« Si, je l’ai fait. » Xena la souleva en balançant un peu, puis elle alla vers la salle de bains, où elle avait vu un grand bassin. « Ça ne va pas être drôle… mais je ne pouvais pas te donner l’antidote. » Elle posa la barde et, sentant les convulsions soudaines, elle la tint tandis que celle-ci vidait le contenu de son estomac dans le bassin. « Brave fille. » Elle se laissa tomber sur un genou d’un air las et elle entoura la barde d’un bras, la soutenant et ignorant son propre inconfort. « Doucement… doucement… je t’ai. »

A la fin, Gabrielle reposa son front sur la pierre froide, enroulant ses doigts sur le bord tandis qu’elle aspirait de grandes goulées d’air. « Dieux », murmura-t-elle doucement.

Xena la serra affectueusement. « Je suis désolée… Je n’ai pas pu penser à un autre moyen. » Elle s’excusa, s’assit rudement sur le sol pierreux et posa la tête contre le mur.

La barde se redressa. « Et toi ? » Elle s’éclaircit la voix et tressaillit.

La guerrière ferma les yeux et secoua la tête. « J’ai pris un mélange de trucs… ça va aller. » Elle se massa la poitrine et toussa. « Mais c’est un peu dur pour le cœur… et on ne peut pas le prendre si on est enceinte. »

Une petite main réchauffa soudain la peau de sa poitrine et elle se força à ouvrir les yeux, pour voir le regard très inquiet de Gabrielle. « Tu es blanche comme un linge, Xena. » La main bougea et toucha son front. « Et tu as froid… mais tu transpires. »

Un léger mouvement de la tête. « Ce sont les herbes… ça va aller. » Elle se pencha vers l’arrière et compta les battements de son cœur, anxieusement. J’espère. A la fin, les battements ralentirent et elle relâcha un léger soupir. « Par les fesses des Amazones, ça craint ce truc. »

Gabrielle se blottit contre elle. « Je pensais que tu avais dit que Grandma t’aimait plutôt bien. » Elle regarda son âme sœur qui fixait le mur opposé avec une grimace. « Peut-être que ce n’était pas elle. » Elle prit la main de sa compagne qui se réchauffait lentement. Peut-être que quelqu’un d’autre l’a mis dans la nourriture… et qu’elle te l’a juste donnée… il n’était pas prévu que tu t’arrêtes là-bas. »

Xena hocha un peu la tête. « C’est à ça que je pensais. » Elle plia un peu la main. « Mais qui que ce soit, il s’attendait à ce que ce truc marche… je sais que je l’ai surpris. » Lentement une lueur sombre grandissait dans les yeux bleu clair. « Si je bouge vite, je pourrais même les attraper pendant qu’on lui arrange l’épaule. »

Un piaulement attira son attention et elle se tourna pour voir Arès qui avançait en trébuchant, l’air très malheureux. Il balançait en avançant et sa langue rose pendait de détresse.

« Viens ici, mon gars. » Xena tendit la main. « Heureusement que tu n’as pas pris grand-chose ce soir, pas vrai ? » Elle serra le loup qui s’approchait et elle l’étreignit. « Juste un peu de l’agneau… les épices ont dû masquer le goût. »

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

« On trouve qui c’était » répondit Xena tout aussi tranquillement, mais ses yeux brillaient.


« J’t’avais dit qu’c'était complètement idiot de… » La voix basse siffla puis s’interrompit, tandis qu’on entendait des bruits de pas étouffés approchants. « Va dormir, Grandma… Lâche-nous juste, tu veux ? »

La vieille femme fit le tour du coin en boitant et se redressa, les mains sur les hanches, surveillant la scène. « C’est quoi c’te folie ? » Elle leva une chandelle pour voir Jaras, le contremaître du château assis sur un tabouret bas qui se tenait le bras et grimaçait. « Qu’esse qui t’es arrivé ? »

Jaras ne répondit pas, il se contenta de serrer les dents tandis que l’homme plus âgé près de lui œuvrait pour arranger la fracture en haut de son bras. « J’ai eu un accident », finit-il par gronder, puis il hoqueta. « Bon sang… fais attention… »

Le regard de la cuisinière passa d’un homme à l’autre. « Très bien… espèce de petites ordures… quels ennuis vous avez causés ? » Elle repéra un petit sac dans la ceinture de l’homme plus âgé et elle fonça en avant, le surprenant et elle chipa la bourse. « C’t’à Delagos… il le cherchait… » Elle amena le sac à son visage fripé et le renifla. « Par les dieux… Qu’est-ce qu’on a là ? »

L’homme eut un regard noir. « Rends-moi ça… et va au lit, vieille chèvre. »

Elle recula d’un pas vers la porte ouverte. « Pas tant qu’tu me dis pas ce qui s’passe… et c’qui t’es arrivé… on est supposés être ensemble là-dedans, tu t'souviens? »

« Pas depuis qu’t’as décidé d’être avec cette garce », lâcha Jaras. « Alors ça t’regarde pas… fiche le camp, vieille peau. » Il se leva, ignorant son bras et plongea vers le sac, que Grandma tint hors de sa portée. « Sois maudite ! »

Une main se referma sur la sienne et prit le sac et elle se retourna avec un hoquet. « Oh… »

Le silence tomba sur eux tandis que les deux hommes regardaient par-dessus son épaule, vers la grande femme aux cheveux noirs qui se tenait là, le petit sac dans sa main, une lueur dangereuse dans les yeux. Les deux silex acérés et glaciaux se tournèrent dans la direction de Grandma. « Bouge. » La voix de Xena était basse et vibrante, mais un peu rauque.

Grandma se glissa hors de son chemin et se pressa contre le mur, désorientée. Son regard tomba sur le bandage qui entourait le bras de la guerrière puis sur le sac. « Dieux… » Dit-elle dans un souffle, regardant les deux hommes silencieux et craintifs. « Vous n’avez pas fait cette chose stupide. »

La guerrière s’avança jusqu’à ce qu’elle surplombe un Jaras assis. Elle leva le sac. « Tu es responsable pour ça ? » Son regard passa sur son bras et un sourire léger et moqueur recourba ses lèvres.

Il déglutit. « T’es pas… naturelle… ça aurait dû t’assommer plus fort… »

Elle lui donna un coup violent du dos de la main qui l’envoya contre le mur, puis elle s’avança et le souleva, le cognant à nouveau contre le mur si fort que les cloisons bougèrent et que la poterie s’écrasa en mille morceaux sur le sol. « Tu n’as aucune idée de ce que je suis. » La voix de Xena gronda vers lui. « Tu sais ce que je fais aux gens qui essaient de m’empoisonner ? »

Il tremblait si fort qu’on entendait le cliquetis de ses dents.

Elle se rapprocha, le poussant encore plus fort contre le mur. « Tu sais ce que je fais à ceux qui blessent mes amis ? » Une question grondante. « Supposons que tu me dises ce que tu pensais faire là-bas ce soir ? »

L’homme plus âgé répondit. « Nous débarrasser de toi. »

Xena regarda par-dessus son épaule. « Et tu penses que c’est une bonne chose ? »

Il se contenta de la regarder, confus.

« Garanimus n’est pas un de mes amis », déclara platement la guerrière. « Apprenez à connaître vos ennemis avant d’essayer de les tuer. » Elle se retourna vers Jaras et le laissa tomber, puis elle le mit sur le tabouret et planta un doigt expert sur un point de pression. Il hoqueta tandis que son bras s’effondrait. Elle arracha le reste de sa manche puis étudia la fracture. Avec un léger juron, elle attrapa son coude puis tira fort et elle fit tourner son poignet, remettant les os en place. « Bande ça », lâcha-t-elle à l’autre homme, le regardant le faire tout en jetant des coups d’œil prudents vers elle. Quand il eut fini, elle relâcha le point de pression puis fit un pas en arrière. « N’essayez plus jamais », les avertit-elle doucement. « Je sais quel est votre petit plan… et je n’ai aucune intention de me mettre au milieu si vous pensez que ce seigneur de guerre est ce que vous pensez qu’il est. »

Ils la regardèrent, les yeux arrondis. « C’est un homme bon… et il est juste avec notre princesse », marmonna le plus âgé.

« On verra bien », répliqua la guerrière. « Peut-être que je vais trouver un marché pour que personne ne soit blessé. » Elle leur lança un regard d’avertissement. « Si jamais j’attrape l’un de vous autour de moi comme ça, il y aura du sang partout dans ce fichu château. Compris ? »

Ils la fixèrent d’un air têtu.

Xena les observa à nouveau puis se baissa pour sortir et elle s’appuya brièvement contre le mur pour retrouver sa force avant de se redresser. Grandma l’avait suivie à l’extérieur et la regardait, inquiète. « Par Hadès, quelle nuit », fit remarquer la guerrière avec un soupir las, contente, d’une façon obscure, que Grandma n’ait pas été impliquée.

« Tout va bien, ptite pousse ? » Demanda doucement la vieille femme. « T’as l’air pâle. »

« Je vais bien », la rassura Xena. « Ça m’apprendra à baisser ma garde. » Sa voix contenait une note de dégoût contre elle-même. Au loin, elle entendait les sons de la musique en provenance de la salle principale. « Tu aurais de l’aubépine ? »

Un regard ancien et sage la fixa avec prudence. « Oui… un peu.. » Elle s’autorisa à mettre la main sur le poignet de la guerrière et elle tâta le pouls. « Par la Grande Artémis, qu’est-ce que tu t’es fait ? »

Un léger haussement d’épaules. « Je n’avais pas le temps de doser l’antidote », déclara calmement Xena. « Je pense que j’en ai trop mis. »

Grandma claqua de la langue avec inquiétude et elle se précipita vers un petit placard, ouvrant brusquement les portes avant de fouiller dans une série de petits sacs en cuir. « Non… non… non… où est… ah. » Elle tira un sac en tissu clair et l’ouvrit, puis elle renifla le contenu. « Oui… Voilà. » Elle le tendit à la guerrière. « T’as besoin d’une infusion, alors… »

Xena secoua la tête. « Je vais m’en occuper… merci. » Elle se repoussa du mur et se dirigea vers le couloir principal. A la porte, elle se retourna et croisa le regard de la vieille femme. « Je ne veux faire de mal à personne, Grandma. Dis-leur de ne pas réessayer, d’accord. »

Celle-ci fronça ses sourcils gris. « Je vais leur dire, ptite pousse… mais tu vas t’mettre au lit avant d’décorer le sol ici. »

La guerrière hocha brièvement la tête puis elle se retourna et traversa le couloir. Elle était sur le point de monter l’escalier quand une voix l’appela et elle jura doucement entre ses dents. Impatiente, elle se retourna et s’appuya contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine. « Qu’est-ce que tu veux, Gar ? »

Il traversa le sol dallé et s’arrêta devant elle. « Tu ne te joins pas à nous ? »

« Pas ce soir », répondit-elle brièvement. « Je suis sûre que tu peux te débrouiller tout seul pour t’amuser. »

Il pencha la tête d’un côté tout en l’étudiant. « J’ai dit quelque chose ? » Tenta-t-il. « Je pensais qu’on s’était accordés tout à l’heure. »

Xena soupira intérieurement. « Tu n’as rien dit… je ne suis juste pas d’humeur à être en compagnie ce soir. »

« Sauf avec ta jolie amie… je comprends. » Mais il sourit pour retirer la pointe de ses paroles. « Ecoute… Je voulais te dire qu’elle devenait pas mal amicale avec la princesse des glaces… elle devrait faire attention… ces sangs bleus peuvent être mauvais… je ne veux pas que ses sentiments soient blessés. »

Xena le regarda puis lâcha un léger rire. « Merci… mais Gabrielle peut prendre soin d’elle-même » l’assura-t-elle tranquillement. « C’est plutôt à eux de faire attention. » Elle sentit un soudain désir de lui dire ce qui se tramait, mais elle le ravala. « Bon dîner. » Elle se retourna et commença à monter les marches, très consciente de son regard sur elle.

Le tournant de l’escalier fut très bien accueilli et elle était contente de l’avoir passé, s’arrêtant pour reprendre un peu son souffle avant de continuer à monter. Alors qu’elle arrivait à leur chambre, elle entendit des voix à l’intérieur et ses sens luttèrent pour se mettre dans une alerte douloureuse tandis qu’elle se concentrait sur les mots.

Bon sang. Elle jura doucement. La princesse. Elle débattit brièvement avec elle-même pour savoir si elle laissait ou non le dialogue continuer, puis elle se rendit compte qu’il y avait une probabilité qu’elle s’évanouisse là dans le couloir et elle poussa la porte avec une détermination grimaçante.

Gabrielle était assise au petit bureau, son corps tendu, et elle s’arrêta de parler alors que la porte s’ouvrait à l’intérieur. Son regard alla immédiatement vers le visage de Xena et elle écarquilla les yeux avant de se lever par pur réflexe, ce qui fit réaliser à la guerrière qu’elle n’avait pas l’air d’aller si bien. La barde était un peu pâle, mais autrement semblait aller bien, et elle pouvait voir qu’Arès avait l’air grognon, mais surtout alerté, la tête haute, derrière le genou de Gabrielle.

« Silvi… je vais heu… je viens te voir dans un petit moment, d’accord ? » Gabrielle regarda la princesse qui observait Xena avec une aversion glaciale. « Après le dîner. »

La jeune fille leva le menton. « Très bien. » Elle attrapa le bord de sa robe et se glissa dehors, avec un œil vigilant sur la grande silhouette à peine éclairée qui se tenait devant la porte en bois.

Celle-ci se referma avec un bruit solide, puis Xena eut conscience d’un autre bruit plus léger quand la chaise sur laquelle Gabrielle était assise toucha le sol alors que cette dernière sautait par-dessus et fonçait sur le sol dallé. « Assieds-toi. » La voix de la barde contenait une note d’urgence nerveuse tandis qu’elle se laissait pousser en arrière et qu’elle sentait la surface douce du lit derrière ses cuisses.

Elle était sur le point de protester, mais ses genoux choisirent ce moment pour lâcher et elle s’effondra en arrière, tandis que les sons de la pièce commençaient à résonner bizarrement. Des mains très chaudes lui prirent le visage e elle lutta pour se concentrer sur les yeux verts plongés dans les siens, répondant à la panique qu’ils contenaient. « Hé… c’est bon… »

« Non ça n’est très certainement pas bon », répondit sèchement Gabrielle. « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, Xena… allons… il faut que tu me dises quoi faire. »

Il lui était difficile de se concentrer. Elle pouvait sentir sa poitrine oppressée qui l’empêchait de bien respirer et le battement erratique de son cœur qui lui donnait mal au crâne. Elle fronça les sourcils et força son bras à bouger pour tendre la petite bourse. « Du thé. »

La barde la fixa, visiblement déchirée entre attraper le sac et ne pas la relâcher. Après une demi-seconde, elle relâcha sa prise et prit le sac, se tourna et traversa la chambre vers le feu. « Tu as de la chance… je faisais déjà bouillir de l’eau », cria Gabrielle par-dessus son épaule. Ses mains tremblaient tandis qu’elle mettait des herbes dans une tasse. « Combien ? »

Pas de réponse.

« Xena… combien ! » Sa voix contenait de la panique et elle le savait, mais un regard au visage de son âme sœur au moment où la porte s’était ouverte avait failli arrêter son cœur de battre.

« Une poignée », finit par répondre la guerrière calmement.

Elle versa la dose puis la couvrit d’eau, jurant alors qu’elle coulait doucement. Une fumée piquante et amère s’éleva et elle attendit que cela infuse, tout son corps tremblant d’impatience. « Tiens bon, tigresse… c’est presque prêt. » Elle s’était un peu reposée après le départ de Xena puis elle était péniblement allée au bureau et s’était assise, ce qui était mieux que d’être allongée. Silvi était arrivée quelques instants plus tard.

Comptant silencieusement entre ses dents, elle se leva, tenant la tasse à deux mains et elle retourna au lit où Xena était allongée, ses yeux maintenant fermés et sa respiration légère et rapide. Gabrielle se força à rester calme et elle posa la tasse, puis elle attrapa son âme sœur par les épaules et la secoua. « Xena ! »

Pas de réponse. Elle secoua plus fort.

Rien. Prenant sur elle et serrant encore plus les dents, elle relâcha sa main droite et la tira en arrière puis elle la claqua sur la joue pâle de sa compagne, le coup résonnant dans la chambre et dans son cœur.

Elle eut un souvenir ironique d’un trône en Chine, et tandis que les yeux bleus s’ouvraient dans un choc nébuleux, elle vit une ombre du même cauchemar profondément en eux.

Pas le moment. « Allez… s’il te plaît… tu dois boire ça. » Gabrielle glissa doucement sur le lit et entoura les épaules de sa compagne de son bras, la soutenant tout en tenant la tasse en bois près de ses lèvres. Elle pouvait sentir le battement sauvage du cœur de Xena sous ses doigts et elle sentit sa propre panique remonter tandis que la guerrière prenait une gorgée hésitante de la tisane. « Encore… c’est ça. »

La moitié de la tasse disparut avant qu’elle ne sente le battement erratique commencer à se stabiliser et que les inspirations profondes de la guerrière commencent à ralentir. Xena mit les mains autour du contenant, serrant le bois de ses doigts tremblants.

Gabrielle sentit sa panique reculer et elle massa doucement le haut du bras de sa compagne. Après un long moment d’immobilité, Xena se détendit un peu et laissa sa tête reposer contre l’épaule de la barde. « Stupide », murmura-t-elle. « Vraiment stupide. »

La barde sentit une vague de soulagement la traverser et elle appuya sa tête contre celle de son âme sœur. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle d’une voix tremblante, sentant la peau sous sa joue bouger en un petit hochement. « Tu viens de me ficher une frousse bleue, Xena. »

Arès passa timidement la tête au-dessus du bord du lit et lécha le genou de la barde, puis il tourna le regard vers le visage pâle de sa maîtresse et piaula.

Xena lâcha la tasse, la laissant tomber sur le lit avant de se redresser un peu en prenant une inspiration profonde. « Désolée… » Marmonna-t-elle, en s’appuyant contre les oreillers, les doigts contre son pouls. « C’est mieux. » Son regard passa sur la pièce, reconnaissante que les couleurs battantes aient diminué, ne laissant que les ombres éclairées par les chandelles. Elle finit par tourner la tête et son regard passa sur le visage tendu et pâle près d’elle. « Merci. »

Gabrielle leva les doigts pour toucher sa joue avec hésitation. « Désolée de t’avoir frappée », dit-elle doucement. « J’étais… juste… j’avais si peur. »

Xena pinça les lèvres dans un léger sourire. « C’est bon », répondit-elle tranquillement, capturant la main de la barde pour l’embrasser, puis elle serra les doigts froids. « Tu as fait ce qu’il fallait. » Elle croisa le regard de Gabrielle et elle sut qu’elles se souvenaient toutes deux d’un moment différent. D’un endroit différent.

Une larme coula lentement sur le visage de la barde et sa mâchoire trembla tandis qu’elle refoulait une émotion intense. Xena pouvait le sentir, à la fois en elle-même et à travers la connexion qui les reliait. Délibérément, elle mit la main de la barde contre son cœur et elle s’appuya contre elle dans une confiance affectueuse.

Parce que dans ce long et sombre instant en Chine, derrière toute la douleur, l’angoisse et l’horreur, derrière la trahison… était ressortie l’unique et chatoyante connaissance que malgré toute la colère et l’éloignement… Gabrielle avait été là. Elle avait traversé un océan, frayé son chemin pour obtenir les grâces de Ming Tien et s’était opposée à lui. Elle avait posé sa demande d’un cœur dont elle n’avait aucune idée si elle en possédait encore une partie. Elle avait lutté contre les souvenirs d’un amour inconnu et s’était mise carrément dans son chemin, déclarant avec courage. « Tu fais partie de moi. Et je ne vais pas abandonner sans me battre. »

Personne dans sa vie ne l’avait fait auparavant. Et dans ce moment de profonde honte et de totale désolation de son âme… elle avait aimé Gabrielle bien plus que la barde ne l’avait jamais rêvé.

Cette dernière finit par prendre une inspiration tremblante. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Elle renifla un peu et prit la tasse vide de son autre main. « Qu’est-ce que c’est ? »

La guerrière soupira et bougea, mais elle ne relâcha pas sa prise. « Je n’ai pas… mesuré l’antidote avec soin. J’en ai trop pris », admit-elle. « J’aurais dû faire comme avec toi… mais j’étais… trop pressée, je pense… et je n’ai pas pensé que mon corps réagirait aussi mal. » Elle regarda la tasse dans les doigts de la barde. « Ce truc a réglé le problème. »

Un léger signe de tête. « Tu vas bien maintenant ? » Demanda Gabrielle avec hésitation. « Tu étais si pâle… et froide. » Elle posa la tasse et toucha le visage de sa compagne. « Tu es bien plus chaude maintenant. »

Xena s’appuya contre l’oreiller, se sentant très épuisée. « Oui… je vais bien », rassura-t-elle la jeune femme. « L’antidote… accélère ton corps pour qu’il puisse réagir contre les drogues… mais parfois il est hors contrôle, et… » Elle se massa la poitrine, un geste inquiétant pour la barde. « C’était comme si je manquais d’air. »

« Dieux. » Gabrielle sentit son cœur s’arrêter un instant. Elle fit une pause et réfléchit profondément. « C’est la même chose que tu as utilisée après que nous… je veux dire, dans la rivière ? Durant l’inondation ? » La guerrière avait failli se noyer et avait subi un choc brumeux et froid.

Cette dernière hocha faiblement la tête. « Oui. » Elle s’obligea à garder les yeux ouverts et regarda la barde. « Peut-être que c’était le mélange des deux drogues… je ne sais pas. » Elle s’interrompit. « Mais la journée avait été rude aussi. » Elle plissa le front au souvenir.

Gabrielle sourit. « Rude… et merveilleuse », rappela-t-elle doucement à son âme sœur, surprise de voir une expression de profonde tristesse sur le visage anguleux. « Quoi ? »

Un jour de terreur, et de possibilités, se souvint Xena. Elles avaient failli se noyer en sauvant une famille dans une rivière enragée, puis elles avaient été emportées par le courant. Gabrielle… s’en était sortie, mais elle… Elle s’était laissée tomber sous la barde pour que celle-ci soit au-dessus de l’eau pendant la descente, et…

La mort s’était vraiment rapprochée. Assez près pour qu’elle voie ce qui se trouvait de l’autre côté et qu'elle sache que l’autre côté n’était pas le Tartare.

Mais c’était passé. C’était avant qu’elle ne soit furieuse et qu’elle parte après César et ne tue Ming Tien… et perde un fils. Et qu’elle faille perdre l’autre moitié de son âme. Avant qu’elle ne voie Gabrielle perdre son innocence et que sa confiance ne soit brisée au-delà de tout espoir de réparation. Avant Hope.

Mais c’était passé. Et on était maintenant, et maintenant… elle savait, au plus profond d’elle-même que l’unique et brève chance qu’elle avait vue tendue vers elle, brillante et luisante… n’existait plus. Cette connaissance faisait mal… ça avait presque été mieux qu’elle ne voit jamais la possibilité du tout, parce que le Tartare et elle… elle s’était toujours attendue à ça.

« Xena ? » Gabrielle s’était penchée très fort sur elle et lui tenait le visage à deux mains, fixant ses yeux, de plus en plus alarmée. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Alors pourquoi est-ce que j’ai eu une seconde chance? Un caprice des dieux ? Ou bien juste une chose supplémentaire à me prendre ? Elle couvrit la main de Gabrielle de la sienne et laissa son corps se détendre un peu. Et bien, ils vont devoir lutter avec bec et ongles cette fois-ci. « Je vais bien… je me souvenais juste de quelque chose. » Elle réussit à sourire. « Tu sais, je ne me souviens toujours pas de comment nous sommes sorties de dessous cet arbre. »

Le regard vert brume captura le sien. « Moi non plus, mais je sais que tu nous en as sorties d’une façon ou d’une autre », répondit-elle tranquillement. « Comme tu le fais toujours. » Elle se mit à côté de Xena. « Comme tu le feras toujours. »

Toujours. C’était un mot qui ressemblait curieusement à ‘pour toujours’. « Je fais de mon mieux », admit Xena puis elle prit une profonde inspiration et réfléchit à des choses arrivées plus récemment. « Ce n’était pas Grandma. »

Cela lui valut un sourire de soulagement de Gabrielle. « Bien. » Celle-ci désengagea sa main et détacha l’armure de Xena de ses doigts expérimentés. « Baisse la tête. » Elle souleva les plaques et les laissa tomber près du lit, puis elle commença à délacer un des bracelets. « Tu vas… rester ici. » Elle finit un bracelet et tira sur l’autre bras de Xena, délaçant le second. « Et je ne veux pas de discussion. » Elle regarda les doux yeux bleus tout en retirant le bracelet, puis elle avança sur le lit et chercha les boucles qui retenaient les plaques de jambes. Elle sentit un sursaut et leva les yeux d’un air sévère. « Hé ! »

Xena réfréna un sourire las. « Ça chatouille », expliqua-t-elle penaude.

« Oh. » Gabrielle lui tapota le genou pour s’excuser. « Désolée. » Elle finit de retirer l’armure et délaça les bottes de la guerrière, les faisant glisser avant de les laisser tomber au petit bonheur. Elle caressa la peau douce dessous, sentant la chaleur revenir, puis elle se retourna et revint en haut du lit, s’installant à côté de Xena qui la regardait tranquillement, avant de lui prendre la main. « Tu as trouvé le type qui a fait ça ? »

La guerrière hocha lentement la tête. « Oui… mais je ne suis pas sûre de les avoir convaincus de ne pas recommencer. » Elle laissa rouler sa tête en arrière et regarda le plafond. « Je vais sortir demain… aller chercher des provisions. On ne mange plus rien de cette cuisine. » Elle posa la main sur son estomac et regarda la barde d’un air las. « C’est ma faute… j’aurais dû me rendre compte que quelque chose d’autre se tramait… je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi ces derniers temps. »

Gabrielle s’avança et posa une main sur son épaule. « Je … pense que j’ai probablement quelque chose à voir avec ça », admit-elle d’un ton désabusé. « Tu as eu beaucoup de choses à penser. »

Xena réfléchit pendant un moment en silence puis elle soupira. « Oui », finit-elle par confirmer. « Tu as peut-être raison. » Elle leva les yeux l’air pensif. « C’est dangereux, Gabrielle… ça a failli nous tuer ce soir. »

Elles se regardèrent calmement.

Xena plissa les traits puis elle haussa les épaules. « Je présume que je dois juste faire plus attention, » conclut-elle puis elle se mit assise. « Peut-être que je… »

Deux mains se positionnèrent fermement sur ses épaules et elle fut repoussée par le poids de la barde. « Non, tu ne feras rien », objecta Gabrielle, sérieusement. « Pas maintenant. » Elle attendit pour s’assurer que la guerrière n’allait pas bouger puis elle la relâcha et rampa dans le lit, se blottissant près d’elle. « Je ne sais pas pour toi, mais moi je tremble encore à l’intérieur. »

La guerrière hésita puis elle mit ses longs bras autour d’elle. « Que voulait la princesse ? » Demanda-t-elle calmement.

Gabrielle lui aurait cogné la tête si elle avait eu une main libre. « Dieux… elle attend que Framna se glisse ici demain tôt… avant que son armée ne le rejoigne. Elle voulait que je le rencontre. » Elle s’éclaircit la voix. « En fait… elle veut que j’écrive un poème sur lui… elle a aimé un de ceux que je lui ai lus l’autre jour. »

Une pause. « Lequel ? » Demanda Xena, un peu curieuse.

La barde toussa légèrement. « Celui sur l’huître », murmura-t-elle en se massant la tempe.

« Ahhhh… » Son âme sœur lui sourit. « Est-ce qu’elle sait de quoi il parle ? »

« Hum. » Gabrielle rougit légèrement. « J’en doute. » Une pause plus longue. « J’en doute vraiment. » Elle leva les yeux d’un air accusateur. « Et tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire quand je l’ai écrit. » Elle plissa le front. « Ça ne m’est même pas venu à l’esprit jusqu’à ce que tu… heu… » Elle bougea le regard. « Arrête de sourire comme ça. »

Xena obéit. « Je parie que tu as toujours ces perles dans un coin, pas vrai ? » La taquina-t-elle doucement.

Un rire léger. « Humm… oui… c’est vrai », admit-elle avec un demi-sourire. « Tu veux venir avec moi… on pourrait régler tout ce truc… quand je le rencontrerai. »

« Non… » Xena secoua la tête. « Si Garanimus a vent de tout ça, il risque de réagir… j’aimerais éviter un bain de sang si je peux. » Elle réfléchit. « Nous en restons au plan… je vais travailler avec l’armée demain… tu peux le rencontrer… voir un peu quel genre de type c’est. Ensuite nous laisserons la confrontation se dérouler comme prévu… je pense qu’il va essayer de gagner du temps… laisser son armée hors les murs et obtenir une invitation pour rester au château demain soir. Ensuite il fera donner l’assaut. »

« Et s’il est valable… est-ce que tu laisseras les choses se faire ? » Demanda Gabrielle en la regardant.

Elle hocha la tête. « Gar n’est pas … l’homme qu’il faut… pour gérer un endroit comme ça… la seule chose que je veux faire c’est que personne ne soit blessé. »

Un signe de tête. « Et s’il ne l’est pas ? Si tout ce qu’il veut c’est prendre la cité ? »

Xena eut un sourire crispé. « Alors il aura un combat sur les bras. »

Gabrielle étudia le visage bronzé et anguleux dans la faible lueur de la chandelle. « Je pensais que tu avais dit que tu ne voulais pas être impliquée ? » Commenta-t-elle puis elle tapota la poitrine de Xena tandis que la guerrière se tournait vers elle, surprise. « Ne te méprends pas… je suis d’accord avec toi. » Elle fit une pause. « Je ne t’ai jamais vue tourner le dos à un combat. »

Les yeux bleus devinrent introspectifs. « Je présume que je l’ai dit, non ? » Songea-t-elle. « Je ne sais pas… peut-être que c’est parce que j’ai commencé à en connaître… ce ne sont pas de mauvaises gens… juste des gens mal dirigés », dit-elle d’un ton pensif et sombre.

La barde traça une ligne le long de l’épaule musclée contre laquelle elle était appuyée. « Plus maintenant », déclara-t-elle tranquillement. « Et je pense qu’ils le savent. » Son regard scruta le profil silencieux. « Tu ne vas pas les abandonner. » Même après seulement deux jours, elle s’étonnait d’avoir marché au milieu des combattants qui partaient sur son chemin vers les écuries hier, d’avoir entendu leurs commentaires et les murmures excités qui tombaient en cascade autour d’elle. Xena leur avait fait quelque chose… avait touché quelque chose au fond d’eux qui avait déclenché une loyauté que la barde pouvait sentir monter.

La fierté de son âme sœur ne lui permettrait pas de simplement s’éloigner d’une bataille, pas sans une raison grave et impérieuse. Même avec les forces de Framna qui étaient plus nombreuses que les leurs… les leurs ? Gabrielle ne put s’empêcher de rire d’elle-même. Même avec ça, Xena trouverait un moyen de gagner. Mais heureusement, Framna serait ce que Silvi pensait qu’il était et tout se finirait.

Un poème d’amour. Gabrielle soupira. Il lui était difficile d’en écrire un pour quelqu’un d’autre. Peut-être que Framna l’aiderait en étant vraiment mignon. Ou du moins avec une allure héroïque.


Je regarde le ciel au-dessus de moi

Des nuages et de l’air, bleu et clair.

Loin au-dessus, un oiseau jaillit, les ailes déployées.

Soutenu par sa seule force,

Et la foi qu’il peut voler.

 

Et puis je regarde dans tes yeux

Un bleu plus clair que n’importe quel ciel ne l’a jamais été.

Et je jaillis, les ailes déployées,

Soutenue par le seul amour,

Et ta foi en moi.

Gabrielle soupira et mordilla sa plume, regardant les mots. Non. Quatre poèmes d’amour et pas un seul qui n’aille à quiconque d’autre qu’elle. Elle laissa son regard glisser vers sa droite, là où Xena était enfoncée sur le canapé bas, son manteau léger autour d’elle, à regarder les étoiles par la fenêtre.

Arès était allongé près d’elle, sa tête sur ses cuisses et elle caressait sa fourrure en rythme. La lumière des étoiles se reflétait dans ses yeux et tandis que la barde regardait, elle cligna deux fois des yeux, un mouvement léger des cils noirs face à l’obscurité.

Elle avait tenté de persuader la guerrière de se reposer un peu, mais Xena lui avait dit que d’aller se coucher avec tous ces… comment déjà… déchets… dans son système, n’était pas une bonne idée. Alors la guerrière était assise, lui offrant une compagnie silencieuse tandis qu’elle jouait avec sa poésie et composait les entrées dans son journal.

Gabrielle elle-même ne se sentait pas merveilleusement bien… sa gorge lui faisait mal d’avoir eu à vomir si violemment un peu plus tôt, et elle avait toujours des crampes d’estomac, des spasmes, plus à cause des herbes que Xena lui avait données que du poison original. Mais elle gardait le silence là-dessus… parce qu’elle ne voulait pas que Xena se sente mal… et elle savait que ce serait le cas. Même si elle n’avait pas vraiment eu le choix… et Gabrielle préférait avoir des nausées que de passer par ce qu’avait Xena.

Ou de faire quelque chose qui blesserait le bébé.

Cette pensée la taraudait aussi. Que Xena avait réfléchi rapidement et s’était rendu compte qu’il y avait un problème et quoi faire à ce sujet. Elle se demanda comment fonctionnait l’esprit de la guerrière… elle semblait garder trace des détails d’une façon stupéfiante… comme ça, par exemple. Elle avait cette liste d’herbes dans son cerveau, comme une bibliothèque… et elle savait toujours comment utiliser la bonne. Maintenant… c’est comme si elle avait passé en revue sa liste d’herbes puis avait ajouté la connaissance du fait qu’elle était enceinte, et cela l’avait fait passer en revue une autre liste. Incroyable. « Hé, Xena ? »

Celle-ci tourna la tête et elle put voir des éclairs de sa chandelle se refléter dans les yeux de sa compagne. « Hmm ? »

« Garçon ou fille… qu’est-ce que tu en penses ? » C’était une question calculée pour attiser l’intérêt de la guerrière et cela marchait. Xena passa sur l’autre côté du canapé et s’appuya sur l’accoudoir, la regardant. « Et bien ? »

« C’est une question difficile », dit Xena d’un ton traînant. « Il est un peu tôt pour deviner… mais après un moment, il y a quelques théories… » Elle s’interrompit. « Ça a de l’importance pour toi ? »

Un hochement positif de la tête. « Nan. » La barde se pencha un peu plus en avant, les coudes posés sur ses genoux et les doigts entrelacés. « Mais ce serait plus facile pour lui si c’était un garçon. »

Une expression intriguée passa sur le visage de son âme soeur. « Pourquoi tu dis ça ? » Demanda Xena, curieuse.

Gabrielle rit. « ALLONS, Xena… quelles seraient les attentes d’une fille qui grandirait avec NOUS comme parents ? » Elle fit un sourire. « Reine des Amazones et Princesse Guerrière ? »

Un éclair de dents blanches en réponse. « Je n’avais pas pensé à ça », admit Xena. « Je présume que ça pourrait finir par être un peu intimidant. »

La barde hocha la tête. « Et bien, si elle est un tant soit peu comme toi, ça ne va pas la déranger. »

Xena leva les yeux et fronça légèrement les sourcils. « Comme Toris, tu veux dire », la corrigea-t-elle.

Le regard vert croisa le sien. « Oui. C’est ce que je voulais dire », acquiesça aimablement Gabrielle, ensuite elle changea de sujet. « Comment te sens-tu ? »

La guerrière plissa un peu le front tandis qu’elle étudiait Gabrielle dans un silence intrigué pendant un long moment. « Mieux, merci… et toi ? »

Gabrielle remua la main. « Quelques crampes », lui dit-elle. « Et j’ai un peu mal à la gorge.

Xena se leva, délogeant Arès, qui grogna pour se plaindre et elle alla vers son kit. « Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? » Dit-elle d’un ton accusateur.

« Tu étais à moitié consciente », répliqua Gabrielle, ironiquement. « Ça ne me semblait pas si important. »

La guerrière jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et revint, lui jetant un petit paquet avant de continuer vers le feu. « Tiens… suce ça. »

Gabrielle attrapa le paquet avec soin et tira sur les lanières en cuir qui le tenaient fermé. « Que… » Elle ouvrit le sac et mit un doigt inquisiteur à l’intérieur. « Mmm… ça sent le miel. » Elle l’ouvrit totalement et versa une partie de son contenu dans sa paume. Des petits globes dorés scintillèrent dans la lumière de la chandelle, relâchant une merveilleuse odeur. Elle en prit un et le mit dans sa bouche, le faisant rouler avec plaisir. « Trs bn. »

« Contente que tu aimes », répondit Xena tout en mélangeant quelque chose dans deux tasses.

« Tuf pe mlger ac ? » Les sourcils de Gabrielle grimpèrent dans sa frange.

« Bien sûr », l’assura la guerrière. « Tu exprimes toujours plus de choses avec le ton de ta voix qu’avec tes mots en ce moment. » Une pause. « Gabrielle. » Les yeux bleus connaisseurs la regardèrent avec une étincelle.

« Amsnt. » La barde suçait sa friandise.

« Merci », répondit Xena en s’approchant pour lui tendre une tasse. « Ça va t’aider pour tes crampes. »

« Ouf mran » Les yeux verts la regardaient, attentifs.

« Je t’aime aussi. » Xena passa les doigts sur les cheveux clairs de la barde. « Qu’est-ce que tu écris ? »

La barde tourna son parchemin vers le cercle de lumière et écarta son bras pour révéler les mots. La main de Xena tomba légèrement pour venir sur son épaule tandis qu’elle lisait, puis elle se raidit brièvement. « C’est beau, mon amour », murmura-t-elle. « Mais je… je pense que ça n’est pas dans le bon sens. »

Gabrielle mit sa friandise d’un côté dans sa bouche. « Si tu veux que ça aille dans l’autre sens, il faut que tu écrives le poème. » Elle sourit pleinement à la guerrière. « C’est mon poème et tu es mon vent. »

Xena s’assit sur le banc près d’elle et mit la tête sur une main. « Ah oui ? »

« Oui. » Elles se laissèrent flotter dans le regard de l’autre pendant un instant.

« Tu veux aller t’asseoir dehors ? » Demanda doucement la guerrière. « C’est sympa sur le balcon. »

Gabrielle sentit une vague de joie passer sur elle. « Oui, je veux bien », répondit-elle en se levant tout en prenant la main de sa compagne tandis qu’elle sortait sous le ciel nocturne, qui étalait une couverture de lumières scintillantes à l’horizon. Xena étala son manteau sur les dalles et s’assit, un pied contre la rambarde en pierre. La barde s’installa près d’elle et s’appuya en arrière, tandis qu’un long bras protecteur l’entourait.

Elles levèrent les yeux. « Je pense que c’est un cygne. » Gabrielle pointa un dessin.

Xenia sourit vers une éternité d’étoiles. « Je pense que c’est un aigle. »


« La voilà », leur chuchota Bennu tandis qu’il repérait Xena qui traversait à grands pas la grande salle du dîner bruyante. C’était la salle commune dans laquelle mangeaient tous les soldats, et à cette heure du matin, elle était bien occupée. Un chuchotement traversa la pièce, cependant, quand la présence de Xena fut notée et son regard bleu glace passa sur eux tandis qu’elle se dirigeait vers la table du fond.

D’instinct, Bennu se leva à son approche, tressaillant un peu à ses muscles raidis de la session de la veille, et notant que sa commandante ne semblait pas avoir le même problème. Elle avait été… par les dieux, ils avaient parlé d’elle toute la nuit, tous ceux qui étaient là-bas, racontant à ceux qui n’y étaient pas, jusqu’à ce que les histoires deviennent tellement incroyables qu’ils en étaient aussi bons que la vérité l’était.

« Bonjour », Xena hocha brièvement la tête vers lui, puis elle se retourna et fit face à la pièce, dont l’attention était fixée sur elle avec une intensité vivace. « Ce soir nous nous attendons à une visite d’une autre armée. » Elle laissa ces mots les imprégner et vit les échanges de regards.

« Ce qui va se passer dépendra, pour une grande partie, de comment cette armée perçoit nos compétences et notre préparation. »

Notre. Nous. Xena s’imprégna de l’air entêtant du commandement et sentit l’impact que son propre charisme avait sur la salle. « Ils sont six fois plus nombreux que nous. » Son visage se plissa soudain dans un sourire. « Maintenant… personnellement… je n’ai aucun problème avec ça. »

Les hommes qui l’avaient combattue relâchèrent des rires bas d’approbation.

Elle s’autorisa à rire elle aussi. « Mais ce sera mieux pour tout le monde qu’ils décident de repartir. » Elle s’arrêta un instant. « C’est ce dont je vais essayer de les convaincre. »

Vers l’arrière, un soldat grand et mince se leva et mit les pouces dans sa ceinture, prenant une inspiration pour parler.

Xena attendit.

« Xena. » L’homme s’éclaircit la voix et regarda autour de lui ; c’était visiblement un porte-parole. « Quel est ton intérêt dans tout ça ? »

La guerrière mit son pied sur le banc devant elle et posa les mains dessus. « Je dois un service à Garanimus », répondit-elle. « Pourquoi ? » Elle le sentait venir, mais… une traction sur les vieilles cordes qui envoya un sursaut délicieux le long de son dos. Leurs yeux le lui donnaient… les lui donnaient. Ils étaient à elle si elle les voulait.

« Nous nous… je veux dire… je me… demandais juste… » Il prit une inspiration. « Combien de temps tu vas rester… dans le coin ? »

Les poils des bras de Xena se dressèrent en réponse. « Tu cherches à te débarrasser de moi ? » Elle sourit d’un air paresseux.

Un silence de mort. Puis. « Non », répondit bravement l’homme en regardant autour de lui, recevant des hochements d’approbation. Il leva les yeux vers Xena. « Non. »

Un frisson d’anticipation traversa la salle tandis que tous les yeux se tournaient vers elle. Ils n’étaient pas si mauvais… songea-t-elle.  Un talent brut pour certains d’entre eux… je pourrais en faire quelque chose en un mois… peut-être deux… les transformer. Pas un grand groupe, non… mais ce serait une agréable armée mobile… une bonne force de frappe.

Je pourrais. Les vrilles insidieuses du pouvoir s’enroulaient autour d’elle, lui rappelant comment c’était avant. Je pourrais le faire. Je pourrais les prendre.

Elle ferma brièvement les yeux. Et faire quoi d’eux, Xena ? Un cirque ? Recommencer à sillonner la moitié de la Grèce ? Reviens sur terre.

Elle laissa son regard passer sur eux et un léger sourire sexy passa sur ses lèvres. Elle sentit la réaction à ça, une vague d’énergie animale qui flotta autour d’elle comme de l’eau. « Chaque chose en son temps », dit-elle calmement, laissant sa voix passer au-dessus d’eux. « Passons cet obstacle. » Un bref hochement de tête. « La garde devra être particulièrement serrée aujourd’hui et j’ai besoin d’au moins deux patrouilles dans les bois hors de la cité. » Son regard alla vers un Bennu toujours silencieux.

« Je m’en occupe », gronda le grand soldat.

Xena regarda les tables dont les occupants la fixaient avec anticipation. « Ça vous ennuie que je me joigne à vous pour le petit déjeuner ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.

Une place fut libérée pour elle si vite que ce fut un miracle que des échardes ne volent de la table. Elle s’assit entre deux archers qui la regardaient avec de grands yeux ronds, comme des enfants au Solstice. « Vous me passez le cidre ? » Elle cacha un sourire quand trois mains se lancèrent vers le pichet comme un seul homme et faillirent arracher la poignée.

Un maximum de respect. La mystique du commandement. Elle avait presque oublié comme c’était bon.

Presque.


« Gabrielle ? »

La barde leva les yeux de sa chope de cidre et se concentra sur la princesse. « Dieux… je suis désolée… que disais-tu ? »

« Tu vas bien ? » Silvi la fixait avec inquiétude. « Tu sembles si distraite… tu n’as pas dormi cette nuit ? J’avais plutôt peur pour toi quand cette femme est revenue… tu avais l’air très bouleversée. »

« Hum… » Gabrielle se massa la tempe. « Je… heu… je ne pouvais pas dormir cette nuit, non… pas jusqu’à très tard. » Elle prit une gorgée de cidre avec précaution. « Je… ne me sentais pas bien. » Elle tapota son estomac.

En fait, elle se souvenait vaguement d’avoir été soulevée et portée à l’intérieur après une longue et merveilleuse soirée à regarder les étoiles et à se câliner, et elle s’était retrouvée mise au lit près d’une princesse guerrière affectueuse et câline.

Bien sûr, Xena avait quitté à l’aube, mais quand elle s’était réveillée un peu plus tard, elle avait trouvé une belle rose posée sur son oreiller et un petit sac de petits pains ronds de goûts différents. Et une note.

Je vais bien.

Va doucement et sois prudente.

Pense à une bonne histoire à raconter ce soir.

X

Mais la meilleure chose… la plus stupéfiante des choses était attachée à la note, la plus grosse, la plus fraîche et la plus sucrée des pommes qu’on pouvait imaginer.

Une coïncidence, pas vrai ?

Vrai.

« Et bien, j’espère que tu te sens mieux maintenant », déclara Silvi, passant poliment à la barde un plateau de fruits en tranches. « S’il te plaît, sers-toi. »

« Hum… non merci. » Gabrielle lui sourit. « J’ai eu une pomme au petit déjeuner. » Elle regarda autour d’elle, notant le silence boudeur de Vasi au bout de la table. « Alors… quel est le plan ? »

La princesse se glissa dans le siège près d’elle. « Elanora est allée au marché… elle va rentrer bientôt et il sera dans son escorte. Personne ne le remarquera… est-ce que ce n’est pas rusé ? » Elle leva les yeux à l’approche de pas. « Oh… les voilà. » Sa voix chantait presque d’anticipation.

La porte s’ouvrit brusquement et Elanora entra, suivie par deux femmes et un grand homme en livrée. Son regard scruta la pièce jusqu’à ce qu’il trouve Silvi, puis son visage s’éclaira. « Votre Altesse ! »

Gabrielle lâcha un soupir silencieux. Il était grand, plus grand que Xena, même, avec des cheveux roux flamboyant, qui allaient avec les taches de rousseur sur son visage bien proportionné, mais pas beau. Il avait les épaules larges et de longs bras, avec les poignets épais d’un épéiste et de grandes mains.

Il s’agenouilla devant Silvi et lui prit la main, l’embrassant légèrement. « Ça fait trop longtemps. »

Elle sourit avec délice. « Pas après ce soir, ce ne le sera plus. » Elle lui prit les mains et le fit se lever. « Framna, venez rencontrer la personne dont je vous ai parlé. » Elle l’amena à la table et Gabrielle se leva quand ils l’atteignirent. « Voici la barde Gabrielle. »

Celle-ci leva les yeux pour croiser le regard gris poli qui l’observait avec soin. Elle tendit le bras et lui fit un sourire. « Bonjour… ravie de vous rencontrer. »

Il prit son bras avec hésitation, puis avec plus d’assurance quand il sentit sa force. « Moi aussi, Gabrielle. » Sa voix était étonnamment douce pour un homme aussi grand. « Je connais votre nom. » Il fit une pause. « Mon cousin connaissait feu votre mari. »

La barde prit une inspiration. « Il est de Potadeia ? » Cela pourrait jeter un loup au milieu de cette histoire, s’il avait été chez lui récemment.

« Non. » Framna secoua la tête. « Il le connaissait de la campagne troyenne. » Il hésita. « Il a dit que c’était un homme bon… mes condoléances. »

Cela semblait si… ridicule. « Merci », répondit gracieusement Gabrielle.

« Alors. » L’homme fit un sourire à la princesse. « Sa Majesté me dit que vous allez être notre as dans le jeu, est-ce juste ? » Il la regarda respectueusement. « Vous avez beaucoup de cran pour faire ça… la réputation de Xena est connue dans tout le pays… c’est un grand risque pour vous. »

« Pas vraiment », répondit la barde d’un ton neutre. « Elle me fait confiance. »

Il l’étudia et une lueur d’admiration passa dans ses yeux. « Vous êtes une femme courageuse. » Il se tourna vers Silvi. « Je crois que vous nous avez sauvés… à ce que me dit mon homme, elle aurait fait la différence… même avec les autres soldats terrassés. »

Silvi écarquilla les yeux. « Vraiment… une seule personne ? Avec tous vos hommes grands et forts ? »

Framna secoua la tête. « Ce n’est pas juste une personne… c’est un démon, Silvi… La championne, l’Elue d’Arès… un de mes hommes l’a vue combattre une fois, à Cirron. »

La princesse couvrit sa bouche et fixa le loup noir qui était patiemment assis aux pieds de Gabrielle. « Il s’appelle Arès ! » Elle le montra.

« Roo ? » Le loup leva les yeux et haleta.

« Il nous espionne pour elle ! » Accusa Silvi en serrant le bras du seigneur de guerre. Il lui tapota la main pour la réconforter.

« Doucement, Votre Majesté. » Il regarda le loup. « Ce n’est qu’une bête. »

« Grrrrr… » Répondit Arès en soulevant son pelage. Gabrielle laissa nonchalamment tomber ses doigts sur sa tête et le caressa.

« Il faut que je retourne à mon armée », dit Framna, relâchant à contrecoeur le bras de Silvi. « A ce soir alors… après le dîner. » Il jeta un coup d’oeil à Gabrielle. « Vous savez de combien de doses vous avez besoin pour elle ? »

Gabrielle l’étudia. « Combien m’en faudrait-il pour vous? »

Il écarquilla les yeux. « Deux paquets. »

Elle acquiesça de la tête. « Mettez-en quatre. » Tant qu’on en est à peaufiner ta réputation, mon amour… pourquoi ne pas mettre le paquet ? « Il me faut un grand pichet de porto… elle ne le sentira pas là-dedans. »

« Bien vu », approuva Silvi essoufflée. « A ce soir alors ! » Elle escorta l’homme de haute taille à la porte et ils sortirent ensemble, laissant Gabrielle seule avec un Vasi silencieux et un Arès toujours grondeur. Elle s’assit et prit une gorgée de son cidre, regardant le grand garçon aux cheveux noirs d’un air interrogateur. « Tu ne l’aimes pas. »

Vasi sursauta et lui lança un regard noir. « Ce ne sont pas vos affaires. »

Elle mâchouilla un morceau de melon pensivement. « Il a l’air d’être un bon gars. »

Il leva les yeux. « Il n’a pas plus d’intérêt que de la poussière. »

« Ah. » Gabrielle prit un autre morceau de melon et mordit dedans. «Tu ne veux pas qu’il devienne roi, c’est ça ? »

Le garçon s’approcha. « Il n’a aucune éducation pour ça », lui dit-il en regardant autour de lui. « Il n’est pas né pour ça… comment pourrait-il gouverner la cité ? »

La barde se frotta les doigts et le regarda. « Je pensais que tu étais d’accord avec ce plan ? »

Vasi fixa la table d’un air dégoûté. « Et qu’est-ce que ça apporterait si je protestais ? » Demanda-t-il rhétoriquement. « Mais… non, la cité a besoin d’un vrai chef. »

Gabrielle prit deux chèvres et les ajouta à deux moutons, ce qui lui fit un centaure. « Laisse-moi… deviner. Si quelque chose arrivait à Silvi… tu ne serais pas son héritier, par hasard ? »

Il la regarda furtivement. « Si. »

« Ah. » Gabrielle hocha la tête pour elle-même. « Xena a raison. »

Il raidit le dos en entendant ce nom. « A quel sujet ? »

Elle soupira. « Rien de ce dans quoi je suis impliqué ne reste simple. »

Vasi lui lança un regard soupçonneux. « Qu’est-ce qu’elle entend par là ? »

Le retour de Silvi lui évita de répondre. Elle était rouge et ses cheveux étaient un peu décoiffés. « Est-ce qu’il n’est pas merveilleux ? » Lâcha-t-elle à la barde, s’avançant vers elle avant de s’asseoir. « N’est-ce pas ? »

Gabrielle entrelaça ses doigts. « Il est vraiment mignon », assura-t-elle la princesse. « Et il a de beaux yeux. »

Silvi pressa ses deux mains sur son coeur. « Et c’est dit par la Barde de l’Amour. »

La barde en question tressaillit. « Est-ce que… est-ce que tu vas le voir avant le dîner ? »

La princesse regarda des deux côtés avec une précaution excessive. « Chut… peut-être. » Elle gloussa légèrement. « Il a dit qu’il allait m’apporter une fleur pour que je la porte… est-ce que ce n’est pas romantique ? » Elle baissa les yeux. « Peut-être comme cette magnifique rose ? » Elle fixa la fleur. « C’est adorable. »

Gabrielle sourit. « Merci. » Peut-être que ton amour véritable et mon amour véritable pourraient comparer leurs choix floraux, songea-t-elle irrévérencieuse. Je parie que la mienne gagnerait. « Tu n’as pas dit que tu voulais aller au marché aujourd’hui ? »

Silvi sourit joyeusement. « Oui… » Elle gloussa. « Il a été si mignon… je voulais lui acheter quelque chose qu’il porterait ce soir. » Elle prit la main puissante de Gabrielle dans la sienne. « Gabrielle… tu connais les guerriers… peux-tu m’aider à choisir ? »

La barde sourit et lui tapota la main. « Bien sûr que je peux. »

Voilà, Xena, songea-t-elle tandis qu’ils se préparaient à être escortés dans la cour. Pas de danger… qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver pendant que je fais des achats.


A suivre 7ème partie