Voir les avertissements en 1ère partie


Chose promise… chose due

8ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

« Ouille. »

« Reste tranquillement assise et tu n’auras pas mal. »

« Gabrielle ! »

« Tu es un vrai bébé », dit celle-ci en roulant les yeux. « Je te jure, Xena… tu pourrais recevoir une demi-douzaine de flèches et ne rien dire, mais quelque chose comme ça ? »

« Ça pince. »

« Et bien, reste tranquille pendant une fichue minute et ça ne pincera pas. » Gabrielle réussit à poser avec soin la boucle autour du lobe de l’oreille bronzée et elle s’assit. « Voilà… alors, est-ce que ça fait mal ? »

« Mpf. » Xena regarda pensivement dans le miroir tandis que la barde posait l’autre boucle puis Gabrielle se leva et regarda son œuvre.

« Et bien ? »

La guerrière fit bouger ses oreilles et elle lança un long regard souffrant à sa compagne.

Gabrielle lui sourit et lui releva légèrement le menton. « Elles sont vraiment jolies. »

Xena fit la moue. « Je ne peux pas croire que je t’ai laissée me convaincre » grommela-t-elle, mais elle lança un coup d’œil à contrecœur dans le miroir. Les deux boucles en argent étaient bien équilibrées sur chaque oreille, avec le bleu vivace des pierres qui saisissaient la lumière de la chandelle, parfaitement coordonnées à la couleur de ses yeux. Elle se rendit compte qu'elle était ingrate et elle réussit à faire un sourire désabusé à sa compagne attentive. « Ça m’apprendra si tu ne m’achètes plus jamais rien, hein ? » Elle passa un bras autour de la jambe de la barde et s’appuya contre elle. « Merci, Gabrielle… elles sont vraiment jolies. »

« Tch tch. » Gabrielle entoura les larges épaules devant elle. « Quelle rouspéteuse. » Elle tira doucement sur le bord de la combinaison en cuir de Xena. « Si tu dois porter tout ce qui cliquette, au moins tu dois aussi avoir quelque chose de joli. »

Le caractère illogique de la déclaration fit rire Xena. « Bien… bien… » Elle laissa son rire diminuer puis se leva et alla vers son armure qui brillait dans le mélange de coucher de soleil cramoisi et de lumière de chandelle. Elle s’assit et mit ses jambières d’abord, serrant les boucles usées derrière ses genoux, assurant les attaches en cuivre, puis elle souleva sa cuirasse au-dessus de sa tête et ajusta les pièces, souriant quand Gabrielle s’approcha et serra la boucle sous son bras droit. Elle avait ajouté des pièces à ses épaulières et elle appuya pour les mettre en place tandis que la barde la contournait pour serrer l’autre attache.

« Entre nous deux, on a assez de cuir pour rendre un taureau nerveux », commenta Xena en passant un doigt joueur sur le gant amazone de la barde. « Mais… tu lui rends bien justice, Gabrielle. »

Gabrielle arrêta ce qu’elle faisait et se regarda. « C’est vrai ? » Elle portait sa tenue complète d’Amazone avec une dague cérémoniale sur sa hanche gauche. « Je pense que je fais trop de bruit. » Elle sautilla puis tressaillit. « Ouh… dieux… »

Xena lui prit le bras. « Garde tes sauts de lapin pour quand ton genou sera guéri, d’accord ? » l’avertit la guerrière d’un ton blagueur puis elle la tint à distance de bras et sourit.

Inconsciemment, Gabrielle se redressa sous son regard, inspirant brusquement en carrant les épaules. Son costume d’Amazone remua tandis qu’elle bougeait, le cuir couleur rouille glissant doucement sur sa peau. Ses cheveux clairs étaient coiffés en deux nattes et tirés en arrière, exposant les boucles d’oreille bâton et plume scintillantes et le pendentif en cristal brillant posé au creux de sa gorge.

Elle serra les poings dans les gants coupés courts et plia les biceps, peu habituée aux bandes de cuir qui les entouraient. « Il faut du temps pour s’y habituer. » Elle lança un regard d’excuse à Xena.

Celle-ci hocha tranquillement la tête. « Je sais… mais détends-toi… tu es superbe. »

Gabrielle accepta le compliment avec un sourire. « Merci… toi aussi. » Elle regarda Xena ajouter une cape légère à ses épaules après avoir attaché son fourreau dans son dos et ajusté son chakram.

La guerrière ajusta un bracelet puis leva les yeux et étendit les deux bras tout en se redressant de toute sa hauteur, avec un regard interrogateur. « Est-ce que c’est acceptable ? »

Elle portait du cuir noir solide, et une armure chaudement brillante, qui contrastait avec sa peau bronzée qui ondulait sur les muscles élancés de ses bras et de ses jambes ; sa chevelure noire cascadait sur son épaule comme une extension de sa cape fluide. A part les boucles d’oreilles, le seul ornement qu’elle portait était le pendentif qui allait avec celui de Gabrielle et la bague sur sa main.

Gabrielle décida qu’elle était aussi intimidante qu’il lui était possible de l’être sans avoir à dégainer son épée. « Ouaouh », siffla la barde. « Mon cœur s’emballe. »

« Si je dois porter tout ça pour te faire cet effet, alors j’ai des problèmes », répondit Xena d’un ton ironique.

La barde sourit et s’avança, lui prit la main et la pressa contre sa poitrine. « Dis mon nom. »

La guerrière obéit et sentit l’arrêt du battement sous ses doigts. Elle rit. « Et ça suffit ? »

Le regard vert brume devint soudain sérieux dans la lumière baissante du jour et se leva vers elle. « Un regard… un toucher… » Elle s’avança et entoura le cou de Xena de son bras, attirant sa tête jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. « Un baiser », murmura-t-elle quand elles se séparèrent.

Xena la regarda dans une rêverie paisible pendant un long moment. Puis elle lui pinça doucement le nez. « Allez… allons commencer cette farce, d’accord ? »

« Oui », approuva Gabrielle en tirant une dernière fois sur sa tenue. « Prêt Arès ? »

Le loup, fraîchement brossé et portant belle allure, était blotti près des sacoches de Xena. A la question de la barde, il leva la tête et dressa les oreilles. « Roo ? »

« Je dirais bien qu’on est tous prêts… alors… » Xena vérifia qu’elle avait assez d’armes attachées sur elle et sautilla une fois ou deux, juste pour tout mettre en place. « Allons-y. »

Elles sortirent de leurs quartiers assignés et descendirent l’escalier ensemble, Xena ralentissant consciemment son pas pour épargner la jambe blessée de sa compagne. Alors qu’elles atteignaient le bas des marches, les deux gardes stationnés là se raidirent, saluant rapidement Xena. Elle leur fit un signe de tête et continua, traversant le grand hall d’entrée pour approcher des portes vers la salle de banquet.

Elles pouvaient entendre le faible son de la musique qui en émanait et elle lança un regard rapide avant de faire signe au garde d’ouvrir les grands panneaux. « Prête, ma Reine ? »

Gabrielle sentit un frisson de choc le long de son dos à ce titre. « Tu parles. » Elle prit une profonde inspiration et carra les épaules, assumant le manteau d’autorité que cette tenue lui conférait. « Allons-y. »

Xena rit légèrement. « Il va falloir travailler tes dialogues de Reine, mon amour », murmura-t-elle puis elle fit un signe de tête au portier. « Ouvre. »

Les portes s’ouvrirent et une vague d’odeur de nourriture, mêlée à l’encens et aux corps chauds, sortit de la salle. Xena attendit que l’ouverture soit assez large pour les admettre toutes les deux puis elle entra à grands pas, Gabrielle sur ses talons. Tandis qu’elle s’éloignait de l’entrée, tous les soldats présents restèrent immobiles avec une calme déférence à son égard. Cela envoya une vague choquée dans toute la pièce et un bourdonnement suivit, tandis que les habitants de la cité regardaient avec inconfort les visages figés et disciplinés.

Xena la sentit, elle sentit la bouffée animale d’excitation en réponse à sa présence qui fit couler son sang plus vite et elle sourit en traversant la salle et en regardant tous les regards de la pièce la suivre, ainsi que la Reine Amazone qui marchait avec fierté à son côté. Elle pouvait voir l’expression sérieuse sur le visage de Gabrielle tandis qu’elle scrutait la pièce et elle sentit la réaction de surprise leur revenir depuis les regards posés sur elles.

Tandis qu’elles atteignaient la table principale, elle saisit le regard de Garanimus sur elle, les yeux écarquillés, et elle lui lança un regard à son tour, ce qui le fit regarder vers le bas puis vers le haut à nouveau, avec un lent sourire appréciateur qui commençait à se poser sur son beau visage. Nonchalamment elle s’assit, consciente de la vague quand les soldats s’assirent après elle. « Salut. » Elle ajusta les plis de sa cape. « Quelque chose ne va pas ? »

Garanimus se frotta les yeux et se permit un long regard franc sur elle. « Par les orbes de Zeus, Xena… j’avais oublié à quoi tu ressemblais là-dedans. » Il lâcha un rire de délice puis s’étira le cou pour reluquer Gabrielle, qui lui lança un regard froid en retour. « Et euh… » Une main dans leur direction. « Où est-ce que heu… »

« Oh. » Xena prit une coupe sur la table et but une gorgée de son contenu. « Je n’ai pas mentionné que Gabrielle est Reine des Amazones ? » dit-elle d’un ton innocent. « Bon sang, j’avais prévu de le  faire. »

Il pointa Gabrielle du doigt. « Toi ? »

Gabrielle le regarda, lui lançant sa meilleure imitation du regard sévère de sa compagne. « Oui, et tu as vraiment de la chance que nous vénérons les petits pois parmi d’autres légumes », l’informa-t-elle. « Ou j’aurais pu me sentir vraiment offensée. »

Il la fixa puis tourna brusquement les yeux vers Xena, qui arborait un air solennel et impassible. « Euh… d’accord… désolé. » Il s’éclaircit la gorge. « Je viens d’apprendre que Framna est à la porte principale… je vais le faire escorter.

Xena se contenta de hocher la tête et elle s’adossa au fond de son fauteuil, les coudes posés sur les accoudoirs, les doigts en flèche de clocher. Elle était vaguement consciente de la présence de Silvi assise de l’autre côté de Gar, raide, et qui lui envoyait des regards mauvais. Ses soldats étaient dispersés dans la pièce, comme d’habitude, et ils se partageaient les plateaux et les pichets avec avidité. A son côté, Gabrielle piochait aussi des bonnes choses depuis les plateaux, et elle mangeait, offrant occasionnellement une sélection de nourriture à un Arès qui attendait patiemment.

Elle-même ne touchait rien, à l’exception de la lourde chope en bois qu’elle tenait à deux mains, remplie d’un simple cidre. Ses yeux clairs scrutaient sans cesse la salle, observant les soldats et les citoyens, les serveurs et les gardes. Elle pouvait sentir la tension dans la pièce qui allait de gestes trop frénétiques à des voix trop cassantes.

Elle pouvait sentir la peur aussi acérée et distincte que le thym et elle sentit ses instincts combatifs poindre, reconnaissant ceci comme un signal. Des regards étaient tournés vers elle et elle les ignora, attendant que la grande porte s’ouvre à nouveau et que le spectacle commence.

Ça lui sembla prendre une éternité, mais à la fin ils arrivèrent et les voix se turent, tandis que Framna entrait, le dos raide, flanqué de Bennu et de l’un de ses autres lieutenants. Ils l’amenèrent devant le dais où se trouvait la table principale et ils s’arrêtèrent, faisant un salut.

Un salut pour elle, se rendit-elle compte tandis qu’elle levait la main pour le reconnaître puis la laissait retomber. Elle décida de rester assise pendant que Garanimus se levait, ses longs doigts posés sur la table tandis qu’il étudiait son adversaire.

Framna portait la tenue complète de cuir et d’armure, y compris son épée qui lui avait été laissée par les gardes sur l’ordre explicite de Xena. Son équipement était en bonne condition et soigné et visiblement fonctionnel. Il leva alors la tête, confiant, et les fixa. « Je suis venu entendre vos termes. » Une pause. « De reddition. »

Garanimus rit, pas un de ses rires agréables. « J’espère que tu as apporté un sandwich. Tu vas attendre un bon moment. » Les soldats rirent avec lui, un cercle de sons bas qui firent écho sur le sol pierreux. « Nous ne nous rendons pas, espèce de meneur d’ânes. »

Framna plissa les yeux. « Tu es désavantagé et déclassé, espèce de face de chien. »

Gabrielle se pencha vers sa compagne qui écoutait, détendue. « On dirait qu’ils se connaissent », murmura-t-elle.

Xena leva paresseusement la main et réprima un sourire.

« Je ne suis pas désavantagé. » Garanimus haussa les épaules. « J’ai Xena. » Il lança un regard vers l’ex-seigneur de guerre qui les regardait. « Quant à déclassé, mon cul a plus de classe que toute ton armée pathétique. »

L’homme de haute stature aux cheveux roux carra les épaules. « Une personne ne fait pas une armée, connard. » Mais son regard scruta rapidement la pièce vers la posture disciplinée des soldats et la présence silencieuse et menaçante de Bennu près de lui avant qu’il ne retourne son attention vers la table principale.

« Bien sûr que si », répondit l’homme blond joyeusement, se faisant visiblement plaisir. « Il faut juste choisir la bonne personne… tu vois, il se trouve que je connais Xena ici présente… » Il se tourna à demi et lança un regard affectueux à la guerrière. « Elle pourrait tenir tête à toute ton armée à elle seule… le reste des gars est ici juste pour porter son épée et lui apporter de l’eau froide, et ce genre de choses… alors… » Une autre salve de rires de la part de l’armée et quelques cris sourds d’approbation.

Il lui était difficile de garder un visage figé, mais Xena y réussit, se faisant une note mentale de botter les fesses de Garanimus plus tard pour cette remarque. Elle maintint son expression légèrement ennuyée, légèrement amusée et entrelaça ses doigts sur son estomac, faisant paresseusement bouger ses pouces.

« Tu rougis », murmura Gabrielle en bougeant à peine les lèvres.

« Il fait trop sombre pour qu’ils le voient », marmonna Xena avec un tout petit rire.

« Ça ferait une histoire géniale… » dit la barde dans un souffle.

« Ne te fais pas d’idées. » La guerrière soupira attendant la salve suivante de Framna.

« Je trouve ça dur à croire », déclara catégoriquement le rouquin.

Garanimus étendit les bras. « Essaye. » Il posa ses cartes sur la table. « Je ne t’ai pas demandé de te montrer ici… retourne à ton armée et vois par toi-même. Tu ne prendras pas cette cité. »

Framna se tourna à demi et pour la première fois, il regarda directement Xena. « J’ai une meilleure idée. »

Oh oh. Xena soupira intérieurement. Il faut toujours qu’il y ait quelqu’un pour ne pas suivre le plan. Elle échangea un regard ironique avec son âme sœur puis haussa un sourcil à l’attention du dirigeant ennemi. « Et ce serait quoi ? »

« Un défi », répliqua l’homme. « Entre toi et moi. »

Xena croisa les bras sur sa poitrine. « Qu’est-ce que tu as en tête ? » Demanda-t-elle d’un ton nonchalant.

Il leva la main. « D’abord, tu dois accepter que peu importe le défi, tu y répondras… pas de retraite, pas de changement d’avis. » Il l’étudia. « A moins que cela ne te dérange… et si c’est le cas, nous ferons les choses de la manière conventionnelle et je rejoindrai mon armée. C’est une belle nuit pour se battre. »

Xena se leva et contourna la table, descendant d’une allure chaloupée les deux marches du dais avant de se frayer un chemin vers lui. Elle s’arrêta à longueur de bras et l’étudia. « Très bien. » Elle laissa un léger sourire passer sur ses lèvres. « Tu as ma parole. » Elle attendit, se demandant ce qu’il avait dans sa manche. Elle soupçonnait qu’elle savait mieux combattre que lui avec plus d’armes au nombre d’années en plus où elle l’avait fait, et même s’il choisissait de laisser tomber les armes pour tenter un combat à mains nues… et bien, elle avait aussi quelques tours à elle pour compenser sa taille et son poids.

Il eut un sourire hautain, une expression malsaine et se frotta les mains. « Nous les combattants nous pouvons être du genre à une seule dimension, pas vrai, Xena ? » Il tourna la tête et pointa le petit groupe de musiciens blottis dans un coin, attendant qu’il en ait fini pour continuer à jouer. « J’ai l’intention de changer ça. Mon défi c’est la musique… je vais charmer les braves gens ici présents et voir si tu peux en faire autant. »

Il ne la regarda pas et se contenta de faire signe au harpiste de s’avancer et quand l’homme s’approcha d’un pas hésitant, il lui prit l’instrument des mains.

Un murmure passa dans la pièce et chacun regarda Xena, qui s’était appuyée contre la table principale, les bras croisés, une expression indéfinissable sur le visage. Garanimus lui lança un regard nerveux puis jeta un rapide coup d’œil à Gabrielle, qui avait ce… Il cligna des yeux. Elle avait ce sourire complètement ravi sur les lèvres sans raison apparente.

Framna installa l’instrument et passa les doigts dessus, puis il commença à jouer une jolie mélodie, qu’il produisit avec un talent respectable, même s’il était un peu hors du rythme. Il fit le tour de la pièce en jouant, recevant des sourires des résidents et il finit devant Xena en terminant avec un grand geste.

« Et bien ? » lui demanda-t-il, une note de triomphe dans la voix.

« Je dirais que tu as fait cela dans le but que je fasse le spectacle et m’embarrasser devant tous ces gens », fit remarquer Xena. « Ce n’est pas gentil. »

Il sourit. « Tu as donné ta parole. »

Elle hocha la tête. « Je l’ai fait… alors… tu veux que je… » Elle passa la main sur sa harpe. « Fasse de la musique ou quelque chose comme ça, hein ? »

La pièce était silencieuse, tendue et dans l’expectative. « C’est bien ça », déclara Framna avec un sourire. « Un simple défi, vraiment… juste pour prouver que nous ne sommes pas tous des tueurs sales et sans cervelle. » Il la regarda droit dans les yeux. « C’est très certainement mieux que si j’amenais mon armée ici et que je débarrassais le pays de vos visages hideux… réfléchis… c’est un acte de merci de ma part. »

Des yeux très froids et très bleus le traversèrent. « De la musique ? »

« Relève le défi, Xena… ou admets que tu ne le peux pas, » répondit-il.

Elle haussa les épaules. « D’accord… tu l’auras voulu. » Elle se redressa et laissa ses mains retomber sur ses côtés, tandis qu’elle passait en revue une liste de possibilités et choisit l’une des préférées de Gabrielle. Ensuite elle ferma les yeux et prit une inspiration.

Et elle chanta.

Gabrielle reconnut la chanson dès la deuxième note et elle laissa un sourire chaleureux et satisfait passer sur son visage, regardant les mâchoires qui tombaient dans la pièce tandis que la belle et puissante voix de son âme sœur emplissait l’espace et les inondait, envoyant des frissons dans son dos comme à chaque fois.

Idiots. Elle se serait bien mise à rire sauf qu’elle était bien trop absorbée par la chanson, dont Xena savait qu’elle l’aimait, et elle savourait les expressions de total étonnement que la grande femme aux cheveux noirs recevait de la plupart des auditeurs. Elle posa le menton sur sa main et regarda la poitrine de Xena bouger alors qu’elle prenait une inspiration pour continuer, son ton fidèle et les résonnances chaleureuses s’insinuant dans mêmes les plus sceptiques.

Ils étaient sous le charme et quand elle eut fini et que le dernier écho quitta enfin la pierre, il y eut un silence stupéfait, qui fut finalement brisé par les cris des soldats qui se levèrent et acclamèrent leur général avec délice, et qui se transforma lentement en des applaudissements penauds des citoyens.

Xena se contenta de croiser les bras et elle rit, regardant Framna essayer de reprendre ses esprits. Elle se rapprocha de l’homme. « Je n’ai pas apprécié cette attitude. »

Il refusa de croiser son regard.

« Je n’aime pas trop quand on essaie de me ridiculiser », continua Xena, sa voix prenant une teinte glaciale. « Tu recommences et je brise chaque os de ton corps, compris ? »

A ces mots, Framna la regarda droit dans les yeux. Ce qu’il y vit l’effraya. « Je… j’ai compris. »

« Bien », gronda la guerrière. “Maintenant dis à Gar que tu veux traîner dans les environs cette nuit pour que les détails soient définis au matin et lorsqu’il acquiescera, tu t’assois et tu la fermes, compris ? »

Un bref signe de tête. Xena lui lança un dernier regard sombre avant de se retourner et de faire signe de la main aux soldats qui chantaient tout en retournant s’asseoir avec un petit soupir. Elle sentit immédiatement une main sur son poignet et elle tourna la tête pour voir un regard vert chaleureux qui brillait pour elle. « Surprise, hein ? »

« C’était parfait », répondit la barde avec un sourire. « Et merci d’avoir choisi celle-là… je l’aime vraiment beaucoup. »

Xena lui sourit. « Je le sais. » Elle détourna les yeux de Gabrielle à contrecœur et retourna son attention sur Framna.

« On dirait bien… qu’on pourrait arranger tout ça amicalement après tout », dit le seigneur de guerre, bien que visiblement les dents serrées. « Peut-être qu’on pourra définir les détails au matin ? »

Garanimus se balança d’avant en arrière avec un ravissement intense. « Bien sûr ! » Il fit signe aux soldats qui escortaient le chef ennemi. « Amenez-le par ici… hé… peut-être que tu pourras rejouer de la harpe pour nous, hein ? » Il rit tandis qu’ils allaient vers une table de côté plus petite puis il se tourna vers Xena et lui frappa l’épaule. « Tu ne m’as jamais dit que tu savais chanter ! »

Le regard bleu clair se tourna vers lui. « Tu n’as jamais rien fait pour m’inspirer et te montrer que je pouvais le faire », répondit-elle d’un ton sec.

« Ooooh… » Le seigneur de guerre lui lança un faux regard blessé. « Ça fait mal… » Il se pencha plus près. « Sérieusement, Xe… c’était génial… tu m’as inquiété un instant… mais j’aurais dû savoir. » Il sourit. « Hé… P’tit… je veux dire, heu… Reine Gabrielle… » Il cligna des yeux vers Xena qui roula des yeux puis il regarda à nouveau la barde. « Tu connais des bonnes histoires sur elle ? »

« Hé », dit Gabrielle en riant. « Tu te moques de moi, pas vrai ? »

Garanimus lui fit un sourire charmant. « Je me disais bien… pourquoi tu n’en racontes pas quelques-unes… juste pour terminer la soirée. » Il donna un petit coup à Xena. « Pour montrer à ces culs serrés qu’on n’est pas seulement des bouseux, hein ? »

« Excuse-moi ». Gabrielle lui tapota le bras. « Mes parents sont des fermiers et je n’apprécie pas ce terme. »

Il cligna des yeux.

Elle lui sourit en retour. « Jamais de fausses idées. » Elle tapota légèrement le bras de Xena et se leva, regardant la foule intéressée qui la suivait du regard tandis qu’elle partait de la haute table pour prendre sa place au centre de la pièce. Les serviteurs faisaient toujours le service, mais la pièce se calma tandis que tout le monde se concentrait sur elle.

« Je m’appelle Gabrielle », commença la barde. « Et ce soir je vais vous raconter une histoire sur les Amazones et les Centaures… » Elle prit une profonde inspiration. « Et comment la foi et l’amour peuvent changer le monde. »

Tout ce dont Xena se souvint plus tard, c’était des yeux verts et d'une voix qui semblait lui parler à elle, ramenant des souvenirs et les colorant d’une nouvelle touche de brillant. Elle pouvait sentir leur connexion, aussi solide et réelle que les accoudoirs du fauteuil sous ses mains, et elle se laissa perdre dans le talent de Gabrielle.

Tandis que la barde finissait et acceptait les applaudissements avec grâce, Garanimus se pencha à nouveau par-dessus son accoudoir. « Elle est vraiment top… »

Xena lui lança un regard. « Oui. »

Le grand seigneur de guerre la regarda. « Elle t’a piégée pour de bon, hein ? »

La guerrière se contenta de hocher la tête.

Il ricana doucement. « Je ne pensais pas vivre pour voir ça un jour. »

Xena finit par se tourner pour le regarder droit dans les yeux. « Moi non plus », répondit-elle calmement. « Ça me surprend chaque jour. » Elle prit sa coupe et sirota son cidre. « Très bien… assez de bavardages… » Sa voix reprit du mordant tandis qu’elle se levait, croisant Gabrielle tandis que la barde revenait à sa place. « A demain, Gar. »

Il leva les yeux vers elle. « Oui… va doucement, hein ? »

La guerrière posa sa coupe et hocha la tête. « Oui. » Elle scruta la pièce puis mit une main sur l’épaule chaude de la barde et la guida pour sortir.


Gabrielle garda le silence en montant l’escalier avec sa compagne taciturne, se concentrant pour rester à sa hauteur avec son genou blessé. Elle trébucha une fois et cela lui valut une réaction de Xena, qui s’arrêta et prit son bras, la maintenant tandis qu’elles continuaient leur montée.

« Tu es vraiment en colère, hein ? » Risqua la barde après une minute. « C’était vraiment moche de sa part de faire ça. »

Xena haussa les épaules. « Oui… c’est vrai… mais il a eu un retour de feu », répondit-elle tandis qu’elles atteignaient la porte de leur chambre qu’elle poussa pour ouvrir. « Ça montre qu’il a un esprit indépendant… et on ne l’intimide pas facilement. »

La barde eut un petit bruit d’approbation. « Tu aurais dû voir son visage quand tu as commencé à chanter… Xena, on aurait dit qu’un Centaure venait de faire ses besoins sur sa tête. »

Cela lui valut un rire de surprise de la part de l’ex-seigneur de guerre qui autrement était triste. « Oui… je présume que j’ai surpris tout le monde… sauf toi bien sûr », admit Xena, en débouclant sa cape pour la laisser tomber sur ses sacoches.

Gabrielle ôta ses propres gantelets et les laissa tomber sur le bureau, tandis qu’elle se dirigeait vers le foyer. « J’aurais bien besoin de thé… tu en veux aussi une tasse ? » Elle s’arrêta et attendit la réponse tout en mettant l’eau à chauffer, puis elle se retourna. « Xena ? »

La guerrière s’était assise sur le canapé bas, les bras entourant ses genoux cuirassés, et elle regardait fixement dans le vide, l'air pensif. A l’appel de la barde, elle leva les yeux. « Désolée… quoi ? Oh… du thé… oui… bien sûr. Ce serait génial. »

La barde hocha la tête et prit deux portions de feuilles. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » Demanda-t-elle après un long moment de silence.

Des yeux bleus coupables croisèrent son regard. « Hum… rien… je présume que je suis juste un peu… je ne sais pas. » Xena finit par simplement hausser les épaules.

Gabrielle regarda tranquillement son âme sœur étudier ses propres mains, les retournant puis les serrant, raidissant compulsivement sa poigne. Elle versa de l’eau bouillante sur les herbes, versant paresseusement du miel dans les tasses tandis que ça infusait. Après un instant, elle remua le tout et les souleva.

« Tu sais à quoi je pense ? » Dit-elle en tendant sa tasse à Xena avant de s’asseoir près de la guerrière. « Je pense que je connais quelqu’un qui n’aime pas perdre. »

Xena lui lança un regard. « De quoi tu parles ? J’ai tout arrangé, tu te souviens ? » Protesta-t-elle en prenant une gorge de son thé.

Gabrielle resta silencieuse, la regardant, une main posée contre le dos tendu, la massant juste… là… au bon endroit…

Ça marcha. Après un moment, Xena ferma les yeux d’un air las. « C’est aussi évident que ça, hein ? » Finit-elle par murmurer en soupirant. « Et bien, tu as déjà fait appel à mon ego, Gabrielle… tu peux recommencer à me faire la leçon, je pense. »

« Non non. » La barde se pencha en avant et posa sa joue sur l’épaule de la grande femme. « Pas de leçon. » Elle entoura le bras de Xena de sa main et pressa doucement. « J’ai été vraiment étonnée de la vitesse à laquelle tu as retourné cette armée… je pense que tout le monde l’était… c’est plus que simplement te voir prendre le commandement, Xena, ces hommes veulent te faire plaisir. » Elle regarda les yeux aux paupières baissées. « Ils ont mis leur confiance en toi. »

Un lent signe de tête. « Et maintenant je les vends », murmura la guerrière d’un ton morose. « Je peux toujours me dire que c’est pour la meilleure des raisons… mais… » Elle secoua la tête. « Ça fait mal. » Elle posa la tasse sur le sol et mit la tête entre ses mains, se frottant les tempes de ses doigts raidis. « Et je sais que je vais devoir les affronter et voir cette trahison dans leurs yeux demain. »

Gabrielle posa à son tour sa tasse et glissa sur le côté puis elle tira sur l’armure de Xena. « Viens par ici. » Elle tapota ses cuisses. « Allonge-toi et laisse-moi m’occuper de ces contractures. »

La guerrière hésita puis céda ; elle se pencha et laissa Gabrielle déboucler l’armure de ses épaules et la soulever, puis elle ferma les yeux lorsque les mains chaudes de la barde commencèrent à masser sa nuque pour aller vers l’extérieur. « Je sais… je sais que c’est stupide… » Marmonna-t-elle. « Personne ne sera blessé de cette façon… je… »

« Chut. » Gabrielle se concentra sur son travail, sentant la tension commencer à diminuer sous ses doigts. « Je sais… tu as ce gros cœur de compétition là-dedans… » Elle se pencha et effleura le front de la guerrière de ses lèvres. « Qui n’aime pas avoir à se rendre. »

Xena leva les yeux vers elle pendant une longue minute puis elle soupira. « Tu me fais me sentir comme une adolescente à sa première compétition de festival », grogna-t-elle faussement, sentant qu’elle commençait à se détendre.

« Oh non. » Gabrielle commença à s’occuper de sa nuque. « Je suis sûre que tu l’as gagnée. » Elle s’interrompit et mordilla le nez de Xena. « Pas vrai ? »

Très lentement, un sourire apparut, plissant la peau au coin des yeux et de la bouche de sa compagne. « Heu… en fait… » Elle s’interrompit au souvenir et rit. « Oui. » Oooh… et comme Toris lui en avait voulu. Il ne lui avait pas parlé pendant près d’un mois après ça. « Le prix c’était cette bride vraiment jolie… Toris travaillait avec ce poulain obtus qui ne valait pas un pet de lapin, mais il voulait ce fichu truc pour faire joli… il avait paradé toute la semaine en disant qu’il allait le gagner… »

«Et alors ? » Gabrielle sentit une vague de soulagement tandis qu’elle sentait sa compagne répondre à son toucher.

« Presque », lui dit Xena. « J’avais décidé qu’aucun cheval obtus qui ne pouvait distinguer sa jambe droite de sa jambe gauche allait porter ce joli truc. »

« Tu l’as battu. » Ce n’était pas une question.

« Ohhh…. Oui… tu peux le dire. » Maintenant Xena lui faisait un vrai sourire honnête. « Ensuite j’ai donné la bride à la femme de notre vieux tisserand… il avait ce poney, vraiment mignon, mais il détestait Toris… il lui mordait les fesses dès qu’il passait près… bref… je la lui ai donnée et ce poney l’a portée jusqu’à ce que… » Elle s’arrêta et soupira. « Il est mort pendant le raid. »

Gabrielle mit les bras autour du cou de son âme sœur et l’étreignit. « Je n’ai jamais été bonne à ce truc… et de toutes les façons, les filles ne luttaient pas et ne boxaient pas… on devait tisser et cuisiner… je n’ai jamais rien gagné. »

Xena se concentra sur elle. « Je parie que tu gagnerais maintenant. » Elle mit les mains autour de celles de la barde. « Je sais qu’au bâton, il n’y aurait aucune concurrence… Par Hadès, je ne pense pas que moi je voudrais m’en prendre à toi. »

La barde ricana. « Allons, Xena. »

« Je ne ris pas », protesta la guerrière honnêtement. « Nous sommes plutôt à égalité, Gabrielle… tu as une meilleure technique que moi et tu es compacte… alors tu as un meilleur angle d’attaque. »

Gabrielle écarquilla les yeux. « Tu es sérieuse ? »

Xena hocha la tête. « Oui… j’y pensais l’autre jour… je veux dire, bien sûr… je suis plus forte que toi, mais ça ne compte pas beaucoup dans le bâton. » Elle cligna des yeux vers sa compagne stupéfaite. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Gabrielle ferma les yeux. « Mon cerveau essaie de s’enrouler autour de l’idée que tu me dis que je suis meilleure que toi avec une arme. » Elle secoua la tête. « Et j’ai de grandes difficultés à le croire. »

Xena lui prit les mains.  « Gabrielle… si tu choisis l’arme, tu n’as plus besoin d’une championne », dit-elle doucement. « La Reine Amazone est parfaitement capable de défendre elle-même son titre. »

La barde ouvrit brusquement les yeux. « Non… non ce n’est pas vrai. » Elle éleva la voix. « Ne dis pas ça. » Sa respiration s’accéléra. « Est-ce que tu… es en train de dire que… tu ne… je… »

« Oh… oh… hé… » Xena écarquilla les yeux, alarmée, lorsqu’elle ressentit la violente réaction de la barde.

Gabrielle sursauta et se détacha du corps de sa compagne, puis elle se leva et fit les cent pas, les bras enroulés autour de son corps. Elle sentait une panique solide qui montait et elle ne pouvait pas l’arrêter, son esprit tournoyant avec les mots de Xena.  Est-ce qu’elle ne voulait pas… mais… je pensais que…

Qu’est-ce que j’ai fait, par Hadès ? Xena se leva à son tour et alla avec précautions vers la barde maintenant silencieuse, qui se tenait à la fenêtre à regarder dehors. « Gabrielle ? » dit-elle d’un ton hésitant. « Je ne voulais pas t’inquiéter avec ça… je pensais que c’était un compliment. »

« Quoi ? Que je n’ai plus besoin de toi ? » La barde sentit les mots quitter ses lèvres presque sans sa permission. « Merci. Ça me fait un bien fou. »

Xena manqua de mots pour répondre alors elle en essaya quelques-uns qui marchaient généralement. « Je suis désolée. » Pas de réponse. « Je ne voulais pas que tu penses que je ne voulais pas être ta championne… je suis vraiment fière de ça. »

Gabrielle relâcha lentement son souffle.

« Je… je pensais que si jamais ça arrivait… et que tu voulais… répondre au défi toi-même… et bien… tu le pourrais », finit Xena en laissant sa voix traîner un peu. « Ne sois pas en colère s’il te plaît. » Elle entendit la douleur inattendue dans sa voix et vit le dos de la barde se raidir.

Gabrielle se retourna et la regarda avec un air d’excuse. « Je… ne… suis pas sûre de savoir d’où c’est venu », admit-elle doucement, tout en boitant vers Xena pour s’installer dans l’étreinte qui l’attendait. « Je suis désolée… je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme ça. » Elle pouvait entendre le cœur de Xena battre de manière erratique contre sa poitrine et elle faillit se frapper elle-même. « C’était vraiment stupide… bien sûr que c’est un compliment. »

Xena la tint contre elle jusqu’à ce que son corps se calme, puis elle réfléchit à ce qui s’était passé. Elle finit par s’écarter de la barde avec un sourire désabusé. « Je pense que je sais d’où c’est venu. »

Gabrielle n’avait pas envie de quitter son coin de chaleur. « Où ? »

La guerrière lui tapota doucement le ventre. « De là. » Elle remit les bras autour de la barde. « On devient un peu plus… heu… »

« Emotive ? » Hasarda Gabrielle.

« Mal à l’aise… oui », confirma Xena. « Quand on est enceinte. »

« Oh génial… » La barde grogna doucement. « C’est juste ce que j’avais besoin d’entendre. » Elle mit la main sur la poitrine de Xena au-dessus de son cœur. « Est-ce que tu vas y survivre ? » Elle la regarda avec anxiété. « Je ne voulais pas… te secouer comme ça. »

Xena répondit avec un baiser. « Je survivrai », murmura-t-elle tandis que Gabrielle mettait les bras autour de son cou. « Après tout, tu acceptes mon comportement égotiste. » Elle prit une bouffée de l’odeur unique et habituelle de Gabrielle mélangée avec le cuir et elle décida qu’elle aimait bien ça. Ses mains passèrent sur le corps de la barde, touchant la peau douce qui bougeait sous ses doigts.

« Mmmm… » Murmura la barde. « Du cidre. » Elle laissa ses bras glisser le long des épaules nues et traça les contours de la combinaison en cuir, ses mains venant se poser sur les boucles qui la retenaient. « On a d’autres plans pour ce soir ? » Elle mordilla la clavicule de la guerrière, sentant la légère pointe de bois fumé qui restait de la salle à manger. « Ou bien je peux m’occuper de toi ? »

Xena ouvrit des gros yeux ronds et bleus. « Ouaouh », balbutia la guerrière. « Je ne sais pas… qu’est-ce que tu as l’intention de faire de moi ? »

« Oh. » La barde détacha une des boucles et lécha la peau dessous. « Je vais y réfléchir. » Elle poussa Xena vers l’arrière jusqu’à ce que ses jambes touchent le lit puis elle la fit tomber d’une poussée.

Xena la laissa faire, pliant tranquillement les mains pour voir ce que la barde avait en tête pour la suite. Elle regarda Gabrielle lui enlever les jambières et les bottes, savourant le mouvement de la lumière de la chandelle sur sa peau brunie, dont une grande partie était dénudée dans le cuir amazone.

Gabrielle termina sa tâche puis rampa le long du corps de sa compagne et glissa une main sur l’avant de sa combinaison à demi ouverte. « Bon… j’en étais où ? » Elle plongea son regard dans celui de la guerrière et laissa ses mains se balader, repoussant le cuir lourd impatiemment. Elle s’arrêta lorsque ses lèvres mordillèrent un point sensible. « Je pourrais juste te torturer. » Elle sentit la peau de Xena se tendre en réaction et sourit. « Mais je pense que je vais être gentille. »

Soudain une voix profonde et séductrice atteignit son oreille. « Gentille ? » Des dents qui capturaient son lobe. « Oh… je ne pense pas. »

« Hein… est-ce que j’ai dit gentille ? » Gabrielle se tortilla puis mordilla la peau douce sous ses lèvres. « Petite idiote. » Elle réussit à prendre les deux bras de la guerrière et les repoussa, puis elle commença une campagne qui rendit son âme sœur impuissante à cause des rires. Puis les mains qu’elles tenaient se soulevèrent du lit avec peu d’effort et brisèrent sa prise, pour venir se poser sur sa taille et la soulever. « Beuh », couina-t-elle en cherchant une meilleure prise.

Xena la posa sur son endroit préféré et l’embrassa. « A mon tour. » Elle enleva le haut de la barde et sentit Gabrielle glisser contre elle, ce qui amena un contact chaud entre leurs deux corps. Elle effleura doucement les côtés de la barde, sentant les muscles bouger et les côtes se détendre tandis que Gabrielle haletait. « Tu deviens de plus en plus chatouilleuse, toi aussi », blagua-t-elle la jeune femme tandis qu’elle explorait la peau douce de sa gorge.

« P… p… plus sensible… à … » Gabrielle prit une autre inspiration alors que les mains de sa compagne touchaient des endroits familiers. « Toi… je… je présume. » Elle sentit sa respiration hors de tout contrôle tandis que son corps répondait, avec le désir du contact, exigeant encore plus.

« Ah oui ? » Murmura Xena contre sa peau tandis que ses mains exploraient les contours de la barde. Elle pouvait sentir le battement de coeur de Gabrielle contre ses lèvres et tandis que la barde se pressait contre elle, son propre rythme accéléra jusqu’à ce qu’elles soient synchronisées.

Puis leur connexion fit surface, elles ne firent qu’une et le futur fut bloqué pour une longue période de temps.

Après cela, la barde se reposa avec contentement, affalée contre le corps détendu de son âme sœur, à écouter le vent cogner les clochettes juste devant la porte du balcon. « Je présume qu’on se contente d’attendre demain matin, hein ? » Marmonna-t-elle contre la peau de Xena, dessinant paresseusement d’un doigt.

La guerrière se força à ouvrir les yeux et vérifia son sens du temps. « En fait… je vais aller m’assurer que tout va bien au portail. » Elle passa les doigts le long du dos nu de Gabrielle, souriant lorsque la barde miaula comme un chaton et arqua le corps au toucher.

« Tu te sens mieux maintenant ? » Demanda Gabrielle en la tapotant sur le ventre. « Tu sembles beaucoup moins tendue. »

« Tendue ? » Xena se mit à rire. « Gabrielle, si j’étais plus détendue, je serais endormie. » Elle soupira. « Malheureusement… parce que maintenant il faut que je m’habille et que j’aille les épier. » Elle emmêla ses doigts dans les cheveux de Gabrielle et lui gratta la nuque.

« J’adore quand tu fais ça. » Gabrielle ferma les yeux de bonheur.

«Je sais », répondit doucement Xena en regardant le visage de son âme sœur éclairé par la chandelle. « Gabrielle ? »

« Mm ? » La barde garda les yeux fermés.

«Tu… tu te souviens de cette note… que tu m’as écrite avant que je prenne le bateau pour la Chine ? »

Gabrielle se raidit et elle leva la tête, clignant des yeux avant de les ouvrir. « Je… oui… je… bien sûr que je me souviens », répondit-elle, lançant un regard anxieux vers Xena. « Qu’est-ce qui… pourquoi tu parles de ça ? »

Xena traça la mâchoire de la barde d’un doigt. «Je l’ai lue aujourd’hui pour la première fois. »

Gabrielle fut vraiment surprise. « Qu… je… pensais que tu avais… je veux dire, c’était… tu trouves habituellement ce genre de chose… heu… »

« Je l’ai fait. » Elle eut un soupir. « Je l’ai fait… je l’ai trouvée… ensuite, et bien je n’ai pas eu le cran de l’ouvrir. » Une longue pause. « J’aurais dû… j’aurais dû parce que ça aurait… fait une différence. » Son regard malheureux croisa celui de la barde. « Je voulais juste que tu le saches. »

Gabrielle soupira. « Et bien… je… » Un sourire passa sur ses lèvres. « Merci… de me le dire… j’ai toujours pensé… que peut-être tu avais tout balancé par-dessus bord. »

La guerrière la fixa. « Sûrement pas… j’avais toutes tes petites notes avec moi, Gabrielle… et chaque jour, j’en prenais une et je la lisais. » Elle baissa le regard. « Je pense que c’est bien la seule chose qui m’a fait continuer. »

« Oh. » Ça ne faisait plus aussi mal, de penser à l’année d’avant, se dit Gabrielle. Ou peut-être que c’était parce qu’elle pouvait y penser en étant blottie avec Xena qui enlevait la douleur. « Je n’avais vraiment pas grand-chose de toi… juste mes souvenirs… vraiment. J’allais me coucher chaque soir en Chine en t’attendant, vêtue de ta chemise… ils pensaient que j’étais folle. » Elle s’interrompit, se souvenant. « Même après tout ça, tu me manquais vraiment. »

Xena sourit tristement. «Tu m’as aussi manquée. » Elle tira sur la couverture. « Je pensais à toi tout le temps. »

Gabrielle enfouit son visage dans l’épaule de son âme sœur. « Je pensais qu’ils allaient me tuer parce que je n’arrêtais pas de parler de toi… je pense que j’ai donné la migraine à Ming Tien… il allait avoir ce petit pincement bizarre après que je lui ai tourné autour pendant un moment. »

La guerrière garda le silence un moment. « Je n’allais pas le tuer », finit-elle par dire, presque pour elle-même. « Non… je ne le pensais pas, jusqu’à ce qu’il… il m’y a poussée, Gabrielle… c’était presque comme si… il m’avait donné cette épingle à cheveux exprès. »

« Tu veux dire que… il voulait que tu le tues ? »

Xena secoua la tête. « Je ne sais pas… mais je n’allais pas le faire jusqu’à ce qu’il me pousse cette dernière fois. » Elle eut un regard perdu. « Quelque chose a craqué. » Lentement, son regard se reconcentra sur le visage attentif de la barde. « J’aurais dû te le dire quand c’est arrivé. Je suis désolée. »

Une autre pièce du puzzle se mit lentement en place. Gabrielle mit le nez contre elle confortablement. « C’est bon », lui dit-elle, paisiblement. « Tu étais en sécurité… c’est tout ce qui comptait pour moi. » Elle soupira. « J’étais bien trop occupée à être profondément reconnaissante que tu m’aies assez pardonné pour me parler quand même. »

Elles n’en avaient pas discuté… pas le premier soir sur le navire de retour, quand les hautes marées avaient rendu Gabrielle malade, jusqu’à ce que des doigts tranquilles se referment sur son poignet et qu’elle lève les yeux vers le visage bleui et le regard perdu qui ne voulait rien de plus que…

La paix. Et elles l’avaient trouvée pendant une brève période, sur des eaux tumultueuses, dans les bras l’une de l’autre. Si elle fermait les yeux, elle pourrait encore sentir cette chaleur qui avait supporté son âme brisée pendant cette longue nuit.

La guerrière acceptait cela. « Mm. » Elle massa rapidement le dos de la barde. « Il faut qu’on se lève, mon amour. »

« Ah oui ? » La barde se prélassa contre elle, envoyant de la chaleur et du confort ce faisant.

Xena sentit son corps répondre à l’attaque insidieuse avec un abandon joyeux et elle avait des difficultés pour le convaincre de ne pas céder. « Allons… lâche-moi un peu… je veux m’assurer que tout va bien et paisible… comme ça nous pourrons filer d’ici demain, par Hadès. »

La barde fit semblant de soupirer et roula sur le côté la tête sur une main tandis qu’elle s’étirait. « Qu’est-ce que tu vas faire pour ton accord avec Vasi ? »

Xena se laissa distraire par le corps mince de sa compagne pendant un long moment avant de réfléchir à la question. « Le marché avec Framna passe avant… si Vasi pose la question, je dirai juste que Framna a fait une meilleure offre. »

Gabrielle absorba ces paroles pensivement. « Xena ? »

« Hmm ? » La guerrière avait roulé hors du lit et elle attrapait sa combinaison en cuir tombée au sol. Elle se tint dans la lumière dorée pendant un moment, sa silhouette élancée faisant jouer celle-ci quand elle bougeait.

« Qu’est-ce qui… se passerait… s’il n’y avait pas de marché ? Si toi… si l’armée devait vraiment défendre la cité ? »

Xena sourit et attacha les boucles sur sa combinaison. « Tu veux voir ? » Elle avança vers le bureau et attrapa un parchemin parmi plusieurs éparpillés sur la table. « Viens par ici… je vais te le montrer… j’avais tout planifié. »

Gabrielle avait posé la question de manière théorique et elle n’avait pas vraiment envie de quitter son nid chaud, mais l’enthousiasme de la guerrière était rare et prenant, alors elle se tortilla pour sortir du lit et la rejoignit, après avoir attrapé une simple chemise pour la passer par-dessus sa tête. « D’accord… je suis là. »

Xena étala une carte des environs sur le bureau et une autre des parties fortifiées de la cité. « Regarde… voilà où est son armée… » Son doigt toucha un endroit. « Et ce n’est pas une mauvaise position, mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est au pied d’une arrivée d’eau ici… et ici… » Le doigt bougea. « Alors d’abord, il va combattre sur les hauteurs. C’est plus difficile… et ensuite, tu peux faire plus de choses si tu as du temps et de l’élan. » Elle prit une autre feuille. « Si sa force principale est ici, alors il est dans un tunnel… j’ai des petites bandes de chasseurs le long de ces bords ici, et ici… et qui essaieront d’en toucher le plus possible… pour les emmener vers le haut ici. » Un doigt. « C’est le principal entrepôt de la cité et le marché… si on fait paniquer les troupeaux, ils ne peuvent que descendre par là. » Elle traça le chemin vers la position de l’armée ennemie. « Ça crée de la confusion partout. »

Gabrielle se leva tranquillement et la regarda, voyant la lueur d’intelligence et d’intérêt vivace dans ses yeux.

« Une fois qu’ils sont déstabilisés, c’est une question d’utilisation sage de tes ressources », continua Xena. « Tu mets tes meilleurs archers sur les murs ici. » Elle pointa. « Parce quand ils montent la côte ici, il n’y a pas de couverture possible. » Elle prit une inspiration. « Ensuite tu utilises les pièges et les puits ici, pour les décourager. D’ici à ce qu’ils arrivent en position de siège, tu peux démolir la moitié de leur force combattante et cela rend la prise de la cité problématique. »

Gabrielle cligna des yeux, secouant légèrement et silencieusement la tête. « Tu es stupéfiante. »

Xena leva les yeux des plans et plissa le front. « Non, ce n’est pas vrai… ce sont les bases, Gabrielle… il n’y a rien de stupéfiant là-dedans. »

« Tu n’avais pas besoin de bluffer Framna. Tu étais sérieuse… tu le battrais, pas vrai ? »

Une pause intriguée. « Oui… je veux dire que n’importe quoi peut arriver, mais… » Un haussement d’épaules. « Avec de la chance, c’est sûr… je gagnerais. » Elle regarda Gabrielle. « Tu es surprise ? »

« Que tu le battrais ? ? Non non non… » La barde remua frénétiquement la main. « C’est juste que je… je ne savais pas que tu avais réfléchi à tout ça… comme ça. » Elle relâcha un petit rire de surprise. « Je veux dire que… tu savais, d’une façon ou d’une autre que tu n’aurais pas besoin de le faire. »

Xena se frotta le menton et regarda les documents. « Je… » Elle semblait un peu confuse. « L’habitude mentale, je pense… je n’ai pas eu l’occasion de l’utiliser depuis un moment. » Sa voix traîna sur les mots.

Gabrielle sentit une calme compréhension passer sur elle. Elle s’avança et mit la main sur le bras de la grande femme. « Ça te manque, pas vrai ? » Une pause. « Non… pas les combats… on en a bien assez… mais l’armée… et le respect des soldats… et la planification… ça te manque. »

La guerrière regarda ses mains un long moment, un doigt traçant paresseusement le parchemin, avant de prendre une inspiration profonde et de croiser le regard patient de Gabrielle. Elle scruta le visage de la barde pendant quelques inspirations puis elle eut un petit signe de tête d’admission. « Oui. »

Mais Xena sentit qu’il y a avait un manque d’explications de sa part alors elle essaya de rassembler ses esprits. « C’est comme si… je sais que nous devons toutes les deux utiliser notre cerveau tout le temps, Gabrielle… pour résoudre des problèmes… nous sortir de situations difficiles… mais ceci est différent. C’est comme… d’accord, comment te sentirais-tu si les seules personnes à qui tu pouvais raconter tes histoires étaient des enfants ? »

Gabrielle contracta le front. « Des enfants ? »

« Oui. » Xena la regarda. « Comme public. »

La barde réfléchit. « Les enfants adorent les histoires… j’aime les raconter aux gamins… mais… »

« Mais », acquiesça Xena. « Il n’y a pas de vrai défi, pas vrai ? Tu sais qu’ils vont accepter ce que tu leur racontes. »

Le regard vert croisa brusquement le sien dans une soudaine compréhension. « Oui… avec les adultes c’est différent… je dois les persuader… utiliser des techniques différentes… c’est plus compliqué et je dois orienter mon histoire en fonction de la situation, de qui est là, de ce que j’essaie de… » Elle laissa sa voix traîner en regardant Xena, voyant une fenêtre de compréhension s’ouvrir. « C’est pour ça que tu aimes les jeux de mots. » Elle inspira. « Et les devinettes… pas vrai ? »

Xena lui fit un petit sourire tandis qu’elle prenait son armure et commençait à la passer. « N’utilise pas trop souvent ceci. » Elle se tapa la tête des doigts. « C’est bien d’être connue pour autre chose que la force brute… je présume que c’est là qu’arrive le respect. » Elle leva les yeux. « Mon armée savait… que je pouvais imaginer comment réfléchir à sortir d’un piège autant que d’en sortir par le combat… je présume que c’est ça qui me manque… tout le monde se souvient des combats, mais peu se souviennent de la réflexion. »

Gabrielle s’avança, pensive et silencieuse, et elle boucla les attaches qui pendaient de chaque côté de la poitrine de Xena. Elle savait que c’était vrai… même si elle l’oubliait parfois… mais si elle réfléchissait à leurs aventures passées, elle pouvait voir les moments où Xena montrait un délice bien caché, mais béat dans la résolution des problèmes les plus intriqués. Comme de se battre avec un géant et un seigneur de guerre le même jour. Ou défaire un dieu. Où quand elles avaient été prises dans ce cauchemar à répétition.

Un esprit agité, actif et intelligent, coincé à Amphipolis, relégué à trouver de combien d’orge il fallait nourrir les chevaux. Gabrielle souffla lentement. Ça, c’était un problème, peu importe combien Xena l’assurait qu’elle était heureuse à la maison. Troublée, elle leva les yeux au moment où Xena lui prenait le visage.

« Je ne veux pas retourner à ça, Gabrielle. » Sa voix était très douce. « C’est juste bien de pouvoir le pratiquer une fois de temps en temps. »

« Mais… » Un doigt sur ses lèvres la rendit silencieuse.

« Pas de mais. Pas de regret », insista Xena. « Tu me gardes suffisamment occupée, ma barde… trouve-moi quelques-uns de ces nouveaux puzzles en bois pour l’hiver… et ça ira très bien. »

Gabrielle la regarda attentivement. « Nous allons parler de ça plus tard », l’avertit-elle doucement. « Je ne veux pas que ton cerveau rouille. »

Xena rit tranquillement. « Très bien… nous parlerons plus tard. » Elle pencha la tête et embrassa la barde. « Je vais vérifier si tout va bien. » Elle ajusta ses armes et alla à grands pas vers le balcon pour regarder dehors avec intérêt. « Pas besoin d’alerter tout le monde, pas vrai ? » Elle appela toutes ses forces et s’assit sur la rambarde, planifiant sa descente.

« Fais attention », grommela Gabrielle en regardant par-dessus mal à l’aise. « D’accord ? »

La guerrière fit un clin d’œil. « Pas de souci. » Puis elle sauta du balcon pour atterrir sur un rebord juste dessous et elle marcha le long de sa faible largeur comme si elle était en route pour une balade à la rivière.

« Oui. Pas de souci », répéta Gabrielle en la regardant avec nervosité. « Est-ce que j’ai déjà dit combien je détestais que tu dises cela, Xena ? » Elle garda le regard sur la guerrière jusqu’à ce que celle-ci saute d’un rebord à l’autre, pour finalement balancer avec grâce sur le pavé avec un léger sautillement. Puis elle disparut dans les ombres.


La barde rentra péniblement et boita vers le bureau avant de s’y appuyer un moment avant de remuer ses parchemins. Elle était sur le point de s’asseoir quand elle changea d’avis et alla vers le tas de sacoches, s’agenouillant avec raideur près de la sienne avant d’y fouiller. « Ah. » Elle sortit deux barres de voyage et les emporta avec elle jusqu’au bureau, poussant un Arès endormi avant de s’installer dans le fauteuil.

« Oh, par Hadès », jura-t-elle doucement en se relevant pour aller vers le foyer, où elle prépara du thé avant de le remuer pour l’apporter fumant dans sa tasse au bureau. Elle la posa, puis prit son journal et s’installa confortablement, prenant une gorgée du liquide chaud, puis mordillant une barre. « T’sais, Arès… je pense que je suis contente qu’on rende visite aux Amazones… surtout pour le festival de Dionysos. »

« Agrrro ? » Le loup remua la queue.

« Mm hmm, je suis… peut-être qu’on te trouvera même une petite copine, hein ? » dit Gabrielle d’un air songeur tout en mâchouillant sa barre et elle lissa une page blanche de son journal. « Tu aimerais ça ? »

« Grrrrrr… »

« Tu ne t’engages pas vraiment, Arès… tu deviens trop comme ta maman. »

« Roo ? »

« Oui, et bien, ça va si tu montres que tu aimes quelque chose, d’accord ? »

Un mouvement de la queue.

« C’est mieux. » Gabrielle lui sourit puis elle trempa sa plume dans le pot d’encre.

Par où je commence.

J’ai dû commencer avec cette question depuis plusieurs jours maintenant… est-ce que c’est un mauvais signe ? Il arrive tellement de choses, il faut que je pense à ce que j’ai écrit avant d’en écrire plus.

Je suis toujours enceinte… je commence à … je ne sais pas, je me souviens de Lila qui disait qu’elle avait toujours faim… et moi aussi… mais comment dire si c’est parce que je suis enceinte ou mon appétit habituel ? Je présume que ça n’a pas d’importance… Xena pense que c’est ‘mignon’, bien sûr… bien que je ne sache pas combien de tout ça est réel et combien elle cherche à ce que je me détende et que je me sente bien avec ça.

Je présume que ça n’a pas non plus d’importance… soit qu’elle pense que c’est vraiment mignon ou qu’elle fait de son mieux pour que je me sente bien… ce sont toutes les deux de grandes choses, alors… pourquoi s’inquiéter ? J’en ris. Pauvre Xena… elle a pris ma part de nausées… mais elle supporte vraiment bien… ça et les grosses faims…de la voir quand elle mange quelque chose qu’elle déteste habituellement… c’est teeellement drôle. On dirait Arès la fois où Cyrène a mis une bulle de beurre de pomme dans sa gueule juste pour voir ce qu’il allait faire. Il a passé sa langue et eu cet air dégoûté… c’est ça que fait Xena, seulement elle garde la langue dans sa bouche.

Elle s’est… comportée bizarrement aussi. Plus calme, d’une certaine façon, plus ouverte… plusieurs fois ce soir les mots ont jailli … et c’est tellement inhabituel chez elle. Comme quand elle racontait ce truc au sujet de cette bride et aussi quand elle m’a montré ses plans de bataille. Je me demande si ça fait partie de ce que nous partageons aussi.

Je me retrouve à… rêvasser un peu plus, je présume… je me perds dans ces pensées, des pensées agréables, surtout sur elle, sur nous… c’est presque comme si je me concentrais plus sur notre vie commune. J’ai remarqué que je la touche plus qu’avant… je ne peux pas m’en empêcher, c’est comme si mon corps voulait toujours être en contact avec elle et j’espère que ça ne va pas commencer à la rendre dingue.

Cette petite colère que j’ai eue ce soir m’inquiète. J’ai totalement surréagi à une chose qu’elle a dite et je sais que je l’ai un peu effrayée. Son cœur battait si fort… j’espère que je pourrai me rendre compte de ce qui va advenir maintenant et que je pourrai l’arrêter. Je ne veux pas qu’elle passe neuf mois comme ça… ce n’est pas bon pour elle. Ou pour moi, non plus… mais j’ai une excuse au moins.

Elle se sent vraiment mal à l’idée de céder l’armée. Ça va contre tous ses instincts et le fait qu’elle traverse ça en ce moment me stupéfie un peu. Elle veut combattre, surtout après le dîner, après que cet abruti de Framna l’a défiée.

Bon sang, comme elle l’a bien eu. Je me suis presque levée pour l’acclamer quand elle a commencé à chanter, et tous ces gens guindés ont presque avalé leur gobelet de vin. Ça leur apprendra. J’ai beaucoup apprécié ça, un peu comme de passer la langue devant tout le monde avec des nia nia nia… c’est mal, mais… je ne peux pas m’en empêcher… je suis tellement fière d’elle, je pouvais à peiner rester tranquillement assise.

J’ai réalisé quelque chose ce soir. J’ai réalisé…

Un coup léger à la porte l’interrompit et elle leva les yeux avec un soupir. « Bon sang, Arès… je déteste quand ça arrive. » Elle localisa son bâton du regard puis s’éclaircit la voix. « Entrez. »

La porte s’ouvrit lentement et Mestre passa une tête sombre et soupçonneuse, son regard trouvant Gabrielle avant de se plisser.

La barde retint plusieurs remarques cinglantes. « Entre, Mestre. »

Ce que fit la jeune fille, suivie par la silhouette trapue de Grand-mère. Elles fixèrent toutes les deux Gabrielle avec attention.

« Elle est quelque part aux portes pour vérifier des trucs. » Gabrielle plia les mains sur son journal.

Grand-mère poussa doucement la jeune fille hors du chemin et s’avança. « J’l’ai pas vue partir », accusa la vieille femme.

« Par la porte ? » Gabrielle mit le menton sur une main. « C’est bien trop conventionnel pour Xena. Non… elle est descendue par le mur », la rassura-t-elle. « Elle voulait s’assurer que tout allait selon le plan… elle déteste s’en remettre à la chance. »

Mestre s’était avancée près du pichet qu’elle avait laissé et elle l’examina, puis elle lança un regard un peu plus amical à Gabrielle. « On a des trucs à voir avec elle. »

La barde s’enfonça dans son fauteuil et leva un genou qu’elle encercla de son bras. « Voyons voir… Est-ce que c’est Vasi qui trahit ? Un complot d’Elanora ? Framna qui dort dans la chambre de Silvi? Les soldats n’ont pas pris la drogue ? Ou bien quelque chose que nous ne savons pas encore ? »

Elles la regardèrent les yeux agrandis.

Gabrielle haussa modestement les épaules.

Grand-mère se laissa tomber sur le canapé. « C’est ton amante ? »

La barde cligna des yeux, pas habituée à ce que la question soit posée aussi carrément. « Heu… parmi d’autres choses, oui. »

La vieille femme soupira. « Il se dit que… son armée n’est pas satisfaite du marché… Janas, notre chasseur vient juste de rentrer, il dit qu’il les a trouvés en train de se rassembler… il est pas sûr de ce qui se passe. »

« Qui… l’armée de Garanimus ? » Demanda Gabrielle, désorientée. « Ils ne sont pas contents d’avoir à se rendre ? »

« Nan. » Grand-mère secoua la tête. « L’autre… j’pense qu’on a peut-être fait une boulette avec çui-là. »

Gabrielle se figea. « Grand-mère… ils sont sur le point d’ouvrir les portes. » Elle se levait déjà et attrapa ses bottes. « Tu es en train de me dire qu’ils pourraient attaquer au lieu d’entrer en paix ? »

Un haussement d’épaules. « J’sais pas, p’tite fille… c’est pour ça qu’j’suis v’nue parler à la ptite pousse. »

La barde s’arrêta de lacer sa botte. « La quoi? »

La vieille femme eut un sourire sans dents. « La ptite pousse… c’est comme ça qu’j’appelle la grande chose aux cheveux noirs avec qui tu traînes. » Elle soupira. « C’était une mignonne petite bougresse, toujours en train de bouger. »

Gabrielle se leva et serra une ceinture autour de sa tunique légère pour la mettre en place. « C’est toujours le cas », marmonna la barde en attrapant son bâton. « Elle est aux portes… s’ils attaquent, elle sera seule à essayer de les arrêter. »


Les pavés étaient frais sous ses pieds et Xena songea que l’automne était bien en chemin. Elle se glissa parmi les ombres, sentant l’humidité de la rosée commencer à se former sur les pierres sous ses doigts tandis qu’elle courait le long des rues désertées, des sons étouffés indiquant que les familles s’installaient pour dormir.

De l’autre côté, elle pouvait entendre des craquements et des mouvements, des gens qui fermaient leurs maisons et des animaux qui bougeaient sans cesse dans des étables confortables, ignorants de son passage. Dans le vent, elle sentait la fumée du bois qui brûle et différentes sortes de nourriture, ainsi qu’une légère touche de pluie dans l’air. Elle se lança dans un saut rapide pour relâcher son corps et elle atterrit avec un léger bruissement sur les pavés.

Jusqu’aux portes du château, puis à travers les maisons de la noblesse, un peu dans les rues étroites puis à travers les maisons de la classe moyenne, où se trouvaient des petits ateliers d’artisans et de femmes assis à côté de leurs quartiers. La route se rétrécissait maintenant et devenait plus sale, et elle passait près des maisons des pauvres, qui partageaient leurs huttes minuscules avec leurs bêtes et dont les maigres possessions étaient empilées dehors avec soin.

L’odeur provenait du pain, du blé bouilli et des légumes, pas celle de viande rôtie et la senteur délicate de boulangerie des maisons les plus influentes. Xena s’arrêta près du bord d’un chemin tordu et mit la main sur le mur de la hutte la plus proche, regardant après le coin vers les grandes portes principales de la cité, bien fermées dans l’obscurité.

Elle pouvait voir les torches; accrochées à l’intérieur des murs, qui envoyaient des ombres vacillantes sur les mendiants blottis contre l’abri qu’ils offraient et les gardes tranquilles qui se tenaient là dans leur livrée royale comme elle le soupçonnait.

Les gardes du palais allaient offrir de se charger de la garde de nuit pour que ses soldats puissent savourer les festivités, bien entendu. Xena les regarda s’appuyer contre les portes fermées, faisant des commentaires bas et libertins qui arrivaient jusqu’à ses oreilles aguerries. Elle saisit le son familier de son nom et grimaça au commentaire puis elle secoua la tête et se retourna pour regarder un petit groupe de nobles bien vêtus la dépasser.

Elle se fondit dans le mur, les regardant passer, leur marche volontaire en décalage avec leur conversation ordinaire. Ils approchaient des portes et les gardes royaux se mirent au garde-à-vous, saluant le chef qui regarda avec soin autour de lui, puis le garde lui fit un signe de tête pour le laisser passer.

Le vent soufflait légèrement sur le visage de Xena et elle se raidit, saisissant une odeur inattendue dans l’air.

De l’excitation. De la peur. De la transpiration. Un petit détachement était censé attendre de l’autre côté des portes, pour entrer et prendre possession de la cité, se dirigeant directement vers le château pour submerger toute opposition après le repas drogué.

Mais cette odeur ne venait pas du petit détachement. Xena desserra l’épée dans son fourreau  et se mit sur ses orteils, saisissant une autre odeur.

De la toile qui brûlait.

Au-delà des portes de la cité se trouvait le marché avec ses étals colorés.

Le garde détacha l’énorme verrou qui maintenait les portes fermées.

Xena commença à courir, dégainant son épée. « NON ! ! ! ! ! !”


Gabrielle bondit dans l’escalier, ignorant la douleur dans sa jambe, balançant son bâton dans une main. « Viens, Arès », appela-t-elle le loup qui bondissait à son côté. « Allons trouver maman, d’accord ? »

« Aagggrrrroooo ! » Le loup hurla en saisissant sa nervosité.

La barde déboula dans le hall et sortit par la petite porte de côté qui menait à la cour où les troupes étaient cantonnées. Tandis qu’elle dépassait le puits, elle sentit un sursaut fort et froid d’émotion qui faillit la faire tomber et elle se figea, serrant sa poitrine. « Xena. »

La panique la poussa et elle trébucha, tombant douloureusement à genoux. Elle jura et se mit péniblement debout, se dirigeant vers les premiers baraquements, se cognant à la porte, frappant le bois de son bâton. « Ouvrez ! »

Une longue pause, des voix masculines étonnées, puis la porte s’ouvrit brusquement et elle fut presque engouffrée dans la silhouette haute et musclée de Bennu. « Attends… »

« Jeune fille ? » Bennu la regarda, surpris, et bougea une torche pour bien voir son visage. « Qu’esse qui s’passe ? »

Gabrielle se recomposa pour ne pas paraître idiote. « Je pense que nous sommes attaqués. »

Il sursauta. « Quoi ? »

Elle pria pour être patiente alors que son cœur et son âme étaient attirés ailleurs. « Ils ont ouvert les portes… et je pense que l’armée de Framna envahit la cité. »

« Par les boules d’Arès ! » Jura Bennu en se tenant les oreilles avant de se tourner vers les portes. A l’instant, six ou sept autres soldats se tenaient derrière lui, criant pour savoir de quoi il retournait. « Restez tranquilles, maudits salopards ! » Il rougit brutalement. « Pardon, jeune fille. » Puis il écouta à nouveau. « Z’entendez ça ? »

Le silence tomba alors qu’ils écoutaient.

Des cris. De l’acier contre l’acier. Et soudain, résonnant dans l’air humide, un cri de bataille aigu qui fit sortir un gémissement de la gorge de Gabrielle.

« Venez ! » Cria Bennu de toutes ses forces. « Juste comme le gén’ral avait prévu ! Bougez vos fesses ! »

Les hommes commencèrent à courir, complètement vêtus, ce dont Gabrielle se rendit compte, et complètement armés. Les autres baraquements s’ouvrirent brusquement tandis que plus d’hommes se déversaient en entendant l’alarme. « Elle savait », dit la barde dans un souffle.

« Le gén’ral a dit… vaut mieux être prêts… un entraînement, elle a dit ! » Bennu bouclait son épée. « Allez les gars ! Aux portes… comme on s’est entraînés ! »

Gabrielle sentait la traction maintenant et elle se mit à courir, se dirigeant sur le long chemin solitaire, ses bottes et les griffes d’Arès résonnant de façon peu naturelle sur la surface pierreuse. « Allez… allez… Arès… elle est toute seule… toute seule… contre tous les autres », déclama-t-elle puis elle faillit tomber alors qu’une odeur d’animaux lui venait aux narines.

Elle glissa pour s’arrêter. « Attends… Arès… son plan… viens. » Elle fonça à gauche, vers les entrepôts.


Les portes s’ouvrirent brusquement sous la force de nombreuses mains qui poussaient, et Xena regarda avec horreur les nobles devant les portes être balayés sous les bottes de la première vague de l’armée ennemie. Ils furent piétinés et elle vit un lancier empaler l’un d’eux en riant, envoyant une éclaboussure de sang sur le vert riche de sa tunique.

Qu’est-ce qu’elle faisait ? Ses pieds la faisaient avancer, se dirigeant vers l’armée en approche, mais elle n’était pas assez stupide pour croire qu’elle pourrait les arrêter ou même les ralentir de manière appréciable. Ils étaient 600 et elle était seule.

Pas vrai ?

Les portes s’ouvrirent en grand et elle sut que s’ils avançaient plus, il n’y avait plus aucune chance… mais des deux côtés, deux équipes de chevaux de trait se tenaient, les yeux écarquillés, regardant l’armée en approche.

Un cri, juste au bon endroit, et des piqûres de son chakram, et les chevaux bondirent, traînant une lourde carriole derrière eux et vers les hommes qui se précipitaient. Ils s’écrasèrent sur la première ligne et se cognèrent contre les portes, les retenant dans une position semi-fermée. Xena s’avança et sauta pour croiser la route du premier homme avec un cri sauvage et désespéré.

Son épée virevolta, décapitant deux hommes d’un coup et elle sauta dans les premiers rangs, taillant et frappant. Elle sortit son chakram et l’utilisa comme une deuxième arme tranchante, taillant dans les armures, et plongeant ses bords dans des poitrines alors que les hommes hurlaient de peur et d’incrédulité.

Un autre cri et elle sauta en avant, entaillant et coupant un bras, une jambe, tout en faisant un cercle, éventrant trois hommes, laissant un tas de corps dans son passage.

Son sang était échauffé et la part d’elle-même qui était Arès surgissait bien éveillée, et elle se dirigea vers les lignes ennemies avec une furie mortelle et inarrêtable. Les portes à demi fermées limitaient le flot de soldats tandis qu’elle se frayait un chemin en tuant, laissant les corps tombés l’aider à bloquer le flot.

Les chefs de l’attaque se rendirent compte que cela faisait entonnoir et deux d’entre eux poussèrent des hommes de chaque côté, essayant d’ouvrir entièrement les portes et dirigeant le flot en avant pour la submerger par le nombre.

La ligne de front surgit, la faisant reculer puis elle trébucha sur un corps et une vague de soldats hurlants lui tombèrent dessus, frappant et cognant sa forme figée avec des masses.

Xena sentit les coups et une vague noire obscurcit sa vision tandis qu’elle sentait son épée poisseuse de sang lui glisser des doigts, et un coup de pied lui toucha le côté.

Non. Elle mit les mains sur le sol et se repoussa, renvoyant deux soldats sur le dos, taillant de son épée, en éventrant un troisième dont le sang l’éclaboussa d’une vague chaude et humide. Elle continua en grimaçant, regagnant du terrain pas à pas, forçant les rangées de l’avant de l’armée ennemie à s’arrêter, sautant sur les tas de corps de ses efforts précédents et gardant d'une défense déterminée les portes ouvertes de trois mètres. « Vous n’entrerez pas, les gars ! » Cria-t-elle, en repérant le chef qui se dirigeait vers elle en repoussant ses hommes.

Le grand Linnus. Il dégaina son épée lorsqu’il atteignit le nœud d’hommes autour d’elle et il l’attaqua, la repoussant de son simple poids. Il était aussi nouveau dans la bataille et elle avait tenu les portes pendant au moins une demi-chandelle maintenant, tirant sur ses réserves à un degré presque incroyable.

Sa technique était brillante et il était plus grand et pesait une fois et demie son poids, et il était déterminé à retirer cet obstacle de ses plans.

« Qu’est-ce qui est arrivé à notre accord ? » Cria-t-elle en se baissant sous un coup qui l’aurait décapitée.

« Un agrément avec lui, pas avec moi », gronda Linnus. « Je ne vais pas rester là à faire du babysitting pour ce salaud… et ne pas intervenir ? Va chez Hadès. » Il cogna la poignée de son épée sur sa poitrine, la repoussant. « Tu t’es bien battue, Xena… maintenant abandonne avant que je t’embroche ! »

« Tu m’offres un passage sécurisé ? » Répliqua Xena en croisant son coup plongeant avant de le parer.

« Par Hadès, sors de mon chemin ! » Cria-t-il.

« NON ! ! ! » Cria-t-elle en retour, sentant l’énergie sombre surgir tandis que ses réserves explosaient en elle. « Il faudra que tu me battes, espèce de salopard stupide ! » Elle relâcha sa colère et laissa la rage prendre le dessus. La colère et la volonté, ainsi que le pur pouvoir, le repoussèrent vers la vague d’hommes qui essayaient d’entrer.

Un grondement passa sur les cris et avant qu’ils puissent se retourner, des bruits assourdissants de sabots et de braiments outragés flottèrent dans l’ouverture. Xena l’entendit, mais continua à bouger, consciente dans la périphérie de sa vision qu’elle ne combattait plus seule, laissant la furie la porter en avant. Un cavalier réussit à passer et vint vers elle en grondant, hurlant de rage, tandis que son bras faisait un balayage et il fit faire un écart à sa monture au dernier moment, la cognant et faisant se cabrer le cheval tandis qu’il baissait sa masse dans un coup unique et sauvage.


Les étables sentaient comme… et bien, des étables, mais Gabrielle s’en fichait éperdument. Elle s’arrêta en trébuchant aux portes principales et les ouvrit brusquement, puis elle se glissa à l’intérieur, repoussant les grandes vaches et les moutons avec des mouvements impatients de sa hanche.

Avec beaucoup d’effort, elle atteignit l’avant et ouvrit le portail, puis elle se retourna et cria sur les animaux.

Ils la regardèrent, mâchant flegmatiquement leur nourriture.

Elle cria à nouveau.

Ils la fixèrent. « Meuh. » La vache principale lui lança un regard désapprobateur.

Gabrielle réfléchit frénétiquement. Ensuite, elle mit les mains en coupe devant sa bouche. « Arès ! ! ! »

« Arrrooo ! ! ! ! » Répondit-il à l’arrière de l’étable. Un mouvement malaisé accueillit son hurlement sauvage.

« Viens ici, mon gars ! »

« Rooo ! » Il se mit sur ses pattes arrière et yodla, et le vent changea.

Amenant l’odeur du loup au troupeau. Avec un beuglement féroce, ils s’éparpillèrent, s’éloignant en courant et manquant renverser la barde dans leur hâte à quitter l’étable soudainement puante.

Elle attendit qu’ils passent puis reprit sa course, fonçant à travers la cour couverte de foin et sortant de nouveau sur la rue. « Viens, Arès… » Haleta-t-elle en mettant son bâton sous un bras. « Allons-y… maman a besoin de nous. »

Elle descendit la rue en courant jusqu’à l’endroit où les portes s’ouvraient maintenant et des voix montaient de questionnement. « Restez dedans ! » Cria-t-elle tandis qu’elle fonçait, consciente maintenant que des soldats la rattrapaient et se dirigeaient dans la même direction. « Fermez vos portes ! »

Gabrielle rejoignit un petit groupe de soldats tandis qu’ils fonçaient dans la dernière fine allée et prenaient le tournant vers les portes de la cité.

Et pendant un long moment, ils restèrent figés.

Les portes étaient éclairées avec des torches, celles des murs et celles que tenaient les attaquants et une grande partie de la zone autour d’eux était en feu. Les portes elles-mêmes étaient partiellement ouvertes et une énorme foule se jetait contre elles, criant et balançant des armes.

Dans l’ouverture, au-dessus d’une pile de cadavres et de mourants, détachée dans les flammes, se tenait Xena, qui défendait les portes contre tous ceux qui arrivaient. A ce moment précis, elle était face à un très grand soldat musclé, qui titubait après un de ses coups.

« Par Arès… » Souffla Bennu. « En avant ! ! ! ! » Il bondit en avant, suivit par les soldats avides de combats. « Aidons le gén’ral ! ! »

Gabrielle sentit qu’elle était prise par l’excitation de la charge et elle accéléra pour rester derrière eux tout en essayant de garder son âme sœur dans son champ de vision. Elle évita plusieurs coups tandis que leurs soldats commençaient à se battre avec les attaquants, et elle se glissa derrière Xena, voyant un feu dans les yeux de sa compagne plus sauvage qu’elle ne l’avait jamais vécu. Elle doutait que Xena sache même où elle était, à en juger par les grognements animaux qu’elle émettait.

Un cheval apparut et elle vit soudain le danger, tandis que l’animal cognait le dos de Xena, faisant perdre l’équilibre à la grande femme. Le cavalier fit tournoyer sa masse et Gabrielle bondit en avant, sautant sur le bord du chariot pour bloquer le passage et cogner son bâton dans le visage du cavalier hurlant.

Il fut désarçonné, son cheval passa à grand fracas, et elle évita la pique du soldat suivant, sautant sur un tas près de Xena avec une grimace. « Je ne peux pas te laisser seule une minute, pas vrai ? » Cria-t-elle à son âme sœur, tout en faisant tourner son bâton dans un arc sauvage avant de clouer un soldat dans le ventre, doutant d’avoir une réponse.

Il fallut un moment pour que sa présence pénètre l’esprit de Xena, mais alors… « Hé… je gagnais ! » Répondit cette dernière en relâchant un grondement féroce, éventrant un attaquant et envoyant du sang partout. « Bon sang, tu es une belle vue pour des yeux fatigués, Gabrielle. »

« C’est toujours bon d’être appréciée », répondit la barde. «Ton armée arrive. »

« Je sais. » Xena évita un coup sauvage et écarta son attaquant d’un coup de pied. « J’ai vu Bennu…. C’est toi qui as envoyé ces animaux ? »

« Ouais. » Gabrielle s’accroupit puis plongea en avant, arrachant l’épée des mains de l’homme suivant qui passait les portes. « Je me suis souvenue de ton plan. » Elle cogna son bâton contre une pique. « Grand-mère a entendu des rumeurs que ceci pourrait arriver… alors… »

« Ils ne sont pas d’accord avec Framna. » Xena repoussa son opposant suivant, le regardant tomber le long du petit tas de cadavres sur lequel elle se tenait, et elle prit une courte pause, face au blizzard soudain de flèches envoyées sur l’armée ennemie depuis les murailles. Elle regarda de chaque côté et vit ses troupes en position.

Juste comme elle l’avait planifié. Les soldats tenaient leur position, se débarrassant avec talent des hommes coincés dans les portes et les attaquants hésitèrent puis repartirent de plus belle.

Xena prit une inspiration et repoussa ses cheveux mouillés de ses yeux avant de plonger à nouveau dans le tas avec un cri. « Fais attention ! » Cria-t-elle par-dessus son épaule à la barde.

Gabrielle perdit la notion du temps passé dans le combat, surveillant constamment le dos de sa compagne, frappant encore et encore et encore, jusqu’à ce qu’elle puisse à peine lever son bâton. Finalement, après ce qui sembla être une éternité et était en fait, plusieurs marques de chandelles, elle se rendit compte qu’elle était tout contre les portes et que le dos musclé devant elle était celui de Xena, ses mains pressées sur les bords du portail, poussant pour le fermer.

Les bras musclés de Bennu mirent le loquet en place et ensuite ce fut un bref silence. Seul le crépitement des torches et les bâtiments en feu autour d’eux le brisèrent, tandis que Xena se retournait et s’appuyait contre la surface couverte de sang, son épée toujours en main.

Des archers gardèrent les murailles et trois escadrons de la troupe s’appuyèrent sur leurs armes, épuisés, mais vainqueurs de l’ennemi, repoussé hors des portes.

Lentement un chant s’éleva. Le nom de Xena.

Il l’effleura comme une vague de l’océan, remuant ses cheveux courts et faisant piquer son sang de l’énergie sombre et séduisante de la guerre. Xena bloqua ses genoux pour qu’ils évitent de claquer et elle leva son épée, reconnaissant le chant. « Ramenez les blessés dans la cour du château. » Elle leva la voix, rauque de tension et d’effort. « Mettez un garde à la porte et apportez de l’eau pour éteindre ces feux. »

Les hommes coururent pour lui obéir tandis que Gabrielle approchait en boitant et elle mit la main sur le mur près de son âme sœur épuisée. « Tu vas bien ? » Elle scruta la grande femme, voyant la douleur et le stress écrits sur tout son corps. « Tu veux t’asseoir une minute ? »

Xena prit une profonde inspiration et plongea dans ses maigres réserves. « Non… je vais bien. » Elle se redressa et regarda autour d’elle. Des cadavres partout, entassés au hasard au milieu de mares de sang qui séchaient et elle se rendit compte que la grande majorité d’entre eux était tombée sous sa propre épée. « Personne ne devait être blessé. » Elle soupira d’un ton las.

Arès s’approcha en galopant, secouant violemment sa tête en secouant un grand carré de tissu. Il trotta vers elles et se dressa, plaçant ses pattes sur la poitrine de Xena avant de pousser le tissu vers elle. Elle le prit et l’examina. Le drapeau de Framna. « Merci, mon gars. » Elle tapota le loup et mit le drapeau sur ses épaules.

Gabrielle mit la main sur son dos couvert de sang. « Ce n’était pas de ta faute, Xena… si tu n’avais pas été là, ils seraient entrés tout droit dans la cité. »

La guerrière regarda autour d’elle puis baissa les yeux vers ses mains couvertes de sang. « Oui. Je suis une vraie héroïne », répliqua-t-elle d’un ton amer, puis elle releva les yeux en entendant Bennu arriver.

« Gén’ral ! » Il avait un regard laudatif. « On n’a perdu que six hommes… le dernier décompte pour eux c’est de vingt pour chaque. » Il regarda autour de lui. « Ils se dispersent dehors… je pense qu’ils font retraite. » Il prit une inspiration. « Au moins… pour cette nuit. »

Xena se repoussa du mur. « Je vais aller voir. » Elle cogna son épée sur les portes pour faire tomber les morceaux d’os et de sang puis elle alla jusqu’à l’échelle branlante qui menait au poste de garde et elle monta, son épée sous son bras.

Gabrielle la regarda avec soin, debout près de Bennu. « Merci d’être venu aussi vite, Bennu », dit la barde tranquillement. « Je suis contente que vous étiez tous prêts… et pas endormis ou quoi. »

« Ah. » Le soldat gardait les yeux collés sur sa cheffe. « L’gén’ral a dit qu’elle avait le sentiment que quelque chose n’allait pas… elle voulait qu’on soit réveillés et prêts, juste au cas où. » Il cligna des yeux quand Xena atteignit le sommet du poste de garde et saisit une flèche qui lui arrivait dessus. « Par le sang d’Hadès », s’exclama-t-il tandis que la guerrière laissait négligemment tomber la flèche à leurs pieds. « Elle est étonnante ! »

Gabrielle cloua son regard sur son âme sœur. « Oui. »

Xena resta là un bon moment puis elle passa sous la barre du poste de garde et descendit avec aisance à l’échelle, pour revenir près d’eux. « Ils s’installent pour la nuit », dit-elle. « Mais ils vont revenir. »

Bennu ricana doucement. « Qu’ils viennent… on va juste ouvrir un peu la porte et on vous laissera les avoir, gén’ral. » Il regarda autour de lui. « J’aurais jamais cru voir ça… j’oublierai jamais, aucun de nous. »

La guerrière se contenta de le regarder. « Mets des gardes sur les murailles et les deux endroits que je t’ai montrés », répondit-elle tranquillement. « Dis aux autres d’aller dormir… ils pourraient en avoir besoin. » Elle se retourna et prit une inspiration. « Il est temps pour moi d’avoir une discussion avec notre ami le seigneur de guerre. »

Gabrielle repoussa son propre épuisement tandis qu’elle suivait son âme sœur le long de la longue route ensanglantée, faisant un rapide détour pour attraper une outre d’eau qui pendait à un chariot abandonné. Elle prit une gorgée puis rattrapa Xena et la lui tendit. « Tiens… prends ça. »

« Non… c’est bon… » Marmonna Xena.

La barde la regarda se ressaisir en trébuchant puis elle soupira et attrapa fermement le bras de la guerrière, la tirant pour l’arrêter avec une détermination forte. « Xena. »

« Gabrielle… je dois le faire… » Une protestation.

« Tu dois t’asseoir un instant. » La barde la dépassa puis la poussa pour qu’elle s’asseye sur un tonneau près d’elles. « Allons… juste quelques secondes… j’ai besoin d’une pause. »

Xena s’assit et sembla y réfléchir, puis elle se tourna vers Gabrielle avec un air inquiet. « Tu vas bien ? » Elle mit la main sur le bras de la barde. « Tu n’en as pas trop fait, hein ? »

Gabrielle regarda sa compagne qui venait juste de tenir tête à une armée entière et était couverte de sang, de coupures, d’éraflures, de bleus et complètement épuisée, et elle lui tapota le bras. « Je vais bien… je suis juste un peu fatiguée. »

La guerrière hocha un peu la tête, rassemblant ses forces. « Tu m’as sauvé les fesses », dit-elle tranquillement. « Tu le sais, pas vrai ? » Le regard bleu était sur elle. « Ce type sur le cheval a failli m’avoir. »

La barde l’étudia tranquillement. Les mains de Xena s’agitaient et tout son corps tremblait de réaction. Doucement elle écarta les mains de la grande femme de la poignée de son épée. »Tu restes assise ici… je vais laver ça pour toi, d’accord ? »

Xena prit une inspiration pour protester puis elle se laissa faire et prit une gorgée de l’outre à la place.

Gabrielle prit l’arme incrustée de sang vers un petit abreuvoir qui collectait l’eau de pluie et elle la plongea dedans, lavant toute la lame et rinçant la poignée. Puis elle se leva et revint vers la guerrière silencieuse, glissant l’arme dans son fourreau avant de lui tapoter l’épaule. Xena avait les yeux fermés, mais elle les ouvrit tandis que la barde approchait. « Comment vas-tu ? »

Les yeux injectés de sang clignèrent plusieurs fois. « Pas vraiment bien », admit-elle. « Je n’ai pas laissé… les choses… se produire… comme ça depuis longtemps. »

Gabrielle le soupçonnait. Elle passa doucement les mains dans les cheveux trempés et elle s’arrêta en atteignant la nuque de Xena. « Tu as une grosse bosse ici… » Dit-elle à son âme sœur. « Tu te souviens de quand c’était ? »

Xena réfléchit puis secoua la tête. « Non. » Une pause. « Passé un certain point, je ne me rappelle plus grand-chose. » Elle déglutit. « Je me… souviens avoir été submergée… et je suis devenue vraiment furieuse… et ensuite… ensuite je me souviens que tu étais là. » Elle regarda ses mains agitées et les serra.

« D’accord. » Gabrielle soupira. « Et bien, tu as réussi à nous sauver la mise, mon amour. »

La guerrière secoua la tête, désapprouvant. « Non… c’est toi qui l’as fait… » Xena se redressa un peu et la regarda. « Si tu ne t’étais pas rendue compte de ce qui se passait, et n’avait pas apporté de l’aide… ce que je faisais était incroyablement stupide, Gabrielle… j’aurais dû revenir ici chercher l’armée. »

Gabrielle lui caressa affectueusement le visage. « Non… c’est toi et toi seule qui a fait quelque chose d’incroyable, Xena… si tu avais laissé entrer ces soldats, ils auraient massacré tout le monde à l’intérieur et ruiné la moitié de la cité… c’était tellement brave de ta part. » Elle mit un doigt sur son nez. « Tu savais que je saurais que quelque chose n’allait pas et je l’ai fait, même sans l’avertissement de Grand-mère. »

Xena la regarda. « Je ne voulais pas… » Elle baissa les yeux. « Que tu revois cette facette de moi. » Elle soupira avec regret.

La barde lui prit la tête et l’étreignit très doucement. « C’est bon… ça fait partie de ce que tu es, Xena… je… je sais ça depuis longtemps. » Une pause. « Je l’ai accepté il y a longtemps. » Elle effleura la tête couverte de sang de ses lèvres. « Viens… on va te nettoyer. »

La guerrière l’entoura de ses bras et la tint un long moment, puis elle se redressa et se leva, un bras toujours autour des épaules de Gabrielle. « Allons-y. »

Les rues étaient bouleversées tandis qu’elles les remontaient, des hommes et des femmes couraient dans tous les sens, un bourdonnement de voix emplissait l’air qui devint un chuchotement quand elles furent reconnues, puis elles marchèrent dans un cône de silence étrange, brisé par le vacillement humide des torches et le léger raclement de leurs bottes sur les pavés.

Finalement, un homme se mit bravement dans leur chemin. « C’est vrai qu’ils ont détruit le marché ? »

Xena s’arrêta et le regarda. « C’est vrai. »

Des murmures répondirent à ses paroles. « Salopards… nous pensions qu’ils… » Un silence embarrassé tomba tandis qu’ils regardaient Xena, mal à l’aise, mis dans une situation inconfortable par leur duplicité.

La guerrière soupira. « Vous comptiez sur l’intention d’un seul homme, dont les yeux sont assombris par l’amour. » Elle se remit à marcher. « Son armée en a pensé autrement. »

Un murmure choqué les traversa. « Tu savais ? »

Xena s’arrêta et le regarda. « Oui. » Elle fit une pause. « Mais je ne faisais confiance à personne. »

L’homme s’avança en levant une main. « Tu savais et tu as quand même défendu la cité ? »

La guerrière raidit son dos et elle le regarda dans un bref silence. « Les gens ne méritent pas de mourir parce qu’ils sont crédules », finit-elle par répondre.

L’homme sortit de son chemin et lui fit une courte révérence. « On avait raison sur toi. » Il regarda autour de lui, voyant des gens hocher la tête. « On disait que tu n’étais pas un simple autre seigneur de guerre. »

Xena lui fit un léger hochement de tête puis repartit, laissant un bourdonnement excité derrière elle.

La barde ne dit rien, mais elle pouvait sentir le léger balancement qui s’installait dans la démarche de son âme sœur et elle sourit pour elle-même. Elle garda un bras de support autour de Xena tandis qu’elles remontaient la côte vers le palais, où les soldats étaient rassemblés, marchant d’avant en arrière.

Jusqu’à ce qu’ils les repèrent. Puis on jeta des objets et un cri de salut monta, une acclamation qui tourna dans un chant vibrant du nom de Xena, tandis que les renforts sortaient des baraquements, criant sauvagement.

Xena prit une profonde inspiration et leva la main pour faire taire le bruit. « Gardez ça pour plus tard… plus tard… il y a toujours une armée là dehors. » Elle attendit qu’ils se rassemblent tous. « On dirait bien qu’ils ont fait retraite pour la nuit. »

« C’est foutument vrai ! » Cria un homme trapu.

La guerrière attendit que le bruit retombe à nouveau. « Je ne sais pas ce qui va se passer demain, mais il faut qu’on soit prêts à tout… gardes complètes pour le reste de la nuit et nous verrons ce que nous pouvons arranger demain matin… après ce soir, ils doivent être prêts à se rendre. »

Un autre cri sauvage puis son nom scandé à nouveau. Elle laissa faire un petit moment puis leva à nouveau la main. « Très bien… très bien… rompez. » Elle les regarda s’éparpiller puis elle leva les yeux quand un jeune homme se rapprocha. « Quoi ? »

« C’est Garanimus » Le garçon s’arrêta à quelques pas d’elle. « Il a été salement blessé dans le combat ici… il te demande. » Il hésita, déglutissant. « Le guérisseur a dit que… tu ferais mieux de te dépêcher. »


A suivre 9ème partie