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Chose promise… chose due

9ème partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

L’écurie avait été transformée en dispensaire de fortune vu qu’il y avait plein de place là-bas et que c’était tranquille. Des paillasses avaient été installées en hâte pour les quelques blessés de leur armée et une zone séparée mise en place pour les blessés de l’armée ennemie qui étaient tombés à l’intérieur des portes.

Deux des guérisseurs de la cité travaillaient avec le grand homme maigre qui servait comme premier infirmier de l’armée et ils étaient agenouillés au-dessus d’une paillasse dans le coin, largement couverts de sang. Tandis que Xena et Gabrielle approchaient, le plus proche poussa son partenaire et ils bougèrent pour lui faire de la place.

Xena se laissa tomber sur sa genouillère près du seigneur blessé et elle mit une main couverte de sang sur le bord de la paillasse. Les yeux de Garanimus étaient à demi ouverts et il avait une main enroulée près de sa cage thoracique, où une énorme blessure envoyait du sang en abondance. Il se concentra lentement sur son visage et un tout petit sourire en coin apparut au bord de ses lèvres. « C… c… c’était b… bon… d’être… » Son autre main trouva avec peine les siennes. « Du côté… qui gagne… encore… une fois. »

« Espèce de fou. » La guerrière soupira lourdement. « Bon sang, Gar… qu’est-ce que tu croyais faire, par Hadès ? » Elle ne tenta pas de recouvrir la blessure, voyant instantanément que c’était sans espoir.

« L’his… toire de ma vie. » Il toussa. « Failli m’en sortir, Xe… » Son visage se plissa dans une grimace. « Failli…»

« Bon sang », jura doucement Xena, consciente de la douce main sur son épaule. « Depuis quand un seigneur de guerre sort sur le front, hein ? C’était quoi ça, Gar ? » Elle tendit la main sur un point de pression, soulageant un peu de sa douleur.

« J’… oublié… que tu… pouvais faire ça, Xe… » Il cligna des yeux vitreux. « Tu… tu veux que je… salue quelqu’un… au Tartare ? » Un sourire fantomatique.

Le visage de Xena se raidit. « Je te verrai là-bas un jour, Gar… on parlera. » Elle sentit les doigts de Gabrielle se serrer convulsivement, mais elle repoussa la sensation hors de sa conscience.

Il hocha faiblement la tête. « Ça sera comme au bon vieux temps. » Ses doigts se resserrèrent sur les siens. « Désolé de t’avoir trahie, Xe… merci… d’être venue. » Une longue pause. « J’tai… laissée… avec le bazar… désolé… » Son souffle tremblait. « Mais… j’ai… j’ai une histoire géniale… à leur raconter… quand j’y serai. »

La guerrière entoura ses épaules de son bras puissant et l’attira contre elle en réconfort, tandis que son corps s’arquait de douleur. Il lâcha un cri silencieux et enfouit son visage dans son armure, ses doigts fouillant son bras. « Doucement », murmura-t-elle. « C’est presque fini. »

Un dernier tressautement et son corps se détendit, s’affalant sur Xena sans vie. Elle le fit rouler et redressa ses membres maintenant immobiles, tendant la main pour lui fermer les yeux avec des doigts légèrement tremblants. « Au revoir, Gar », murmura-t-elle doucement. « Que ton passage soit bon. »

Les guérisseurs étaient silencieux et ne la regardaient pas et elle posa ses avant-bras sur son genou pendant un long moment avant de souffler. « Préparez son corps pour un bûcher. »

Le plus vieux des guérisseurs leva les yeux. « Tu vas prévenir ses proches ? »

Xena étudia ses mains tachées. « Il n’en a pas. » Elle fit une pause. « C’est un orphelin… ses parents ont été tués dans un raid en même temps que ses frères et sœurs, quand il avait dix ans. »

Un silence embarrassé s’installa. « D’où est-ce qu’il vient ? » Demanda Gabrielle pour le briser.

Xena leva le bord de la couverture et lui en couvrit le visage. « D’Amphipolis », répondit-elle tranquillement.

Sur ces mots, elle se leva et prit une inspiration, la tête tournée vers la porte. « Je dois aller parler à Framna. »

Gabrielle garda le silence tout en suivant sa grande compagne pour passer la grande porte de l’écurie et traverser la petite cour. A mi-chemin, Xena changea de route et alla au puits, tira le seau avec des gestes courts et brusques, et elle fit couler l’eau dans une légère éclaboussure. Elle but les yeux fermés, mais Gabrielle pouvait voir que ses mains tremblaient.

« Hé. » La barde posa affectueusement la tête sur une épaule raide et passa le bras autour d’elle. « Je suis désolée. »

Xena laissa la louche tomber dans le seau et se retourna pour s’asseoir sur le bord du puits et poser les coudes sur ses genoux. « Personne ne devait être blessé, Gabrielle », dit-elle doucement.

« Je sais. » Gabrielle lui massa le dos. « Je ne savais pas qu’il était de chez nous. »

Un léger hochement de la tête sombre. « Il n’était… qu’un gamin… quand il m’a suivie », murmura-t-elle. « Je pense qu’il l’a fait parce qu’il n’y avait plus rien pour lui… ou peut-être que… qu’il pensait que c’était excitant… » Une longue pause. « Il n’a jamais été un grand combattant… il était plutôt paresseux… il adorait faire un grand score et s’allonger après pendant un moment. »

« Vous avez dû vous battre comme des Amazones et des Centaures, alors », répondit Gabrielle avec prudence, repoussant les cheveux de ses yeux.

« Mmm », acquiesça Xena doucement. Puis elle soupira d’un air las et se leva. « Allons en terminer avec… » Elle baissa les yeux. « Il faut que je… » Son corps était couvert de sang et de morceaux de chair, et aussi de suie noire des feux. Elle ne finit pas ce qu’elle voulait dire, cependant, et se contenta de secouer la tête et de se mettre à marcher.

Gabrielle soupira puis attrapa son bâton et se dépêcha de la suivre.

Les deux gardes à l’extérieur des quartiers de Silvi se mirent au garde-à-vous tandis qu’elles se dirigeaient vers la porte, leurs regards posés avec avidité sur Xena tandis qu’elle approchait. « Sont dedans, général », dit le plus grand des deux, une note nerveuse dans la voix. « Sont surveillés par quatre gardes. »

« Merci », répondit Xena. « Ouvrez la porte. » Elle attendit qu’ils obéissent puis elle entra avec Gabrielle sur ses talons.

Dedans, Silvi était assise sur une banquette, son visage couvert de larmes, coléreux et inquiet, et les quatre soldats avaient coincé Framna et l’avaient attaché à une colonne. Son visage montrait que son traitement n’avait pas été très gentil. Les soldats se retournèrent quand elles entrèrent et sourirent.

« Tiens… toi et ton armée puante… z’étiez pas d’taille contre not’général », grogna le plus vieux des gardes. « Espèce de salopard sans os. »

Framna regarda la grande guerrière sombre qui lui faisait face, tout épuisement en elle évanoui, son regard froid et attentif cloué sur lui fermement. Elle était pratiquement couverte de la tête au pied de chair et de sang de la bataille, mais elle bougeait avec la grâce aisée d’un grand félin tandis qu’elle se concentrait sur lui et avançait.

Xena s’arrêta à quelques centimètres de lui et mit les mains sur ses hanches. Et elle se contenta de le fixer.

« Je n’ai pas ordonné ça », dit le grand seigneur de guerre d’une voix rauque. « Linnéus agissait pour son propre compte. »

Un clignement des yeux bleu clair. Les armées se retournent parfois contre leur commandant, tu te souviens, Xena ? « C’est ce qu’il a dit », répondit la guerrière.

« Amène-le ici… il te le dira », insista Framna. « Je ne savais pas. »

« Je ne peux pas », répondit calmement Xena. « Il est mort. »

Le silence.

« Je lui ai coupé la tête. » La voix douce et neutre continua. « En même temps qu’à deux cents autres… alors tu ferais mieux d’espérer que tu ne savais rien, parce que si c’était le cas… et que ce sang versé est sur tes mains… je vais les couper. » Cette dernière phrase fut dite avec un feulement.

Les narines de Framna s’écartèrent largement. « Deux cents morts ? »

« J’ai arrêté de compter après ça », répliqua Xena d’un ton neutre.

Ses yeux marron s’assombrirent. « Je vais sortir leur parler. Leur dire de se rendre », marmonna-t-il calmement.

« Oh oui tu vas le faire », répliqua la guerrière. « Ou bien je vais sortir m’occuper d’eux, compris ? »

Framna la regarda. « Je n’ai pas compris avant. Maintenant je comprends. »

Xena hocha la tête et tourna son attention vers la princesse qui détourna les yeux. « Ils ont détruit toute la place du marché… beaucoup de gens sont morts là-bas », dit-elle à la jeune fille d’un ton brusque. « Et le portail a été un peu endommagé par le feu, mais autrement… » Elle soupira. « Ta cité est en un seul morceau. »

Silvi la fixa. « Ils étaient supposés être nos amis. »

Gabrielle s’approcha d’elle et s’agenouilla. « Ça ne s’est pas passé comme ça, Majesté. »

La jeune fille plongea son regard dans les yeux vert brume avec un air abattu. « Tu avais raison », dit-elle tristement à Gabrielle. « Tout est dans la façon dont on regarde les choses, pas vrai ? » Son regard alla vers Framna puis se baissa. « Je pensais que tu étais folle… mais tu ne l’es pas. »

« Et bien… » La barde regarda son âme sœur s’approcher du seigneur de guerre captif et lui parler à voix basse. « J’ai vu beaucoup de choses… mais je ne crois pas qu’il savait que ça allait se produire. »

Les jolis yeux se clouèrent sur elle. « Vraiment ? »

Gabrielle lui fit un sourire. « Vraiment », répondit-elle. « Xena le pense aussi. »

Silvi observa la grande ex-seigneur de guerre. « Elle a tué tous ces gens, pas vrai ? »

La barde soupira. « Elle… a fait ce qu’il fallait, oui. »

La princesse la regardait pleinement maintenant. «Tu as combattu aussi ? » Elle toucha la tunique d’un doigt. «Tu es toute sale. »

« Je… je me suis battue, oui », admit Gabrielle. « Habituellement… je traîne près de Xena… je m’assure que personne ne la frappe par-derrière, ce genre de choses. »

Silvi la fixa pensivement. « Ce n’est pas dangereux ? Tu pourrais être tuée. »

Gabrielle se sentit épuisée. « C‘est dangereux… mais je fais vraiment attention, et Xena me surveille aussi en quelque sorte. » Elle leva les yeux en sentant une ombre passer sur elle et son regard fut capturé par des yeux bleus sérieux. « On a fini ici ? »

« Pour l’instant », répondit sa compagne, en s’accroupissant près d’elle. « Il est temps de faire le ménage. » Elle posa son poids sur un genou et croisa les yeux las de la princesse. « Garanimus est mort. »

Silvi hoqueta et se couvrit la bouche de ses petites mains. « Je le détestais », lâcha-t-elle dans un souffle. « Et maintenant il est parti… je suis contente. »

Xena baissa le regard vers le sol et secoua la tête, puis elle se mit debout et tendit une main à Gabrielle. La barde l’accepta et se laissa relever en s’équilibrant avec son bâton. « Ouille. » Elle tressaillit légèrement. « J’avais oublié ça. »

Elles descendirent les couloirs qui menaient à leurs quartiers et Gabrielle fut contente que sa compagne ralentisse volontairement son pas. « J’ai arrêté de penser à ce genou stupide pendant la bataille », commenta-t-elle en levant les yeux.

Xena cligna des yeux plusieurs fois. « Oui… » Elle soupira lourdement. « C’est comme ça… on… perd trace des blessures jusqu’à ce que ce soit fini. »

Les yeux verts étudièrent son visage avec attention. « Et… c’est fini maintenant, hein ? »

« Oh oui. » La guerrière soupira tandis qu’elles atteignaient la porte et elle l’ouvrit pour laisser Arès passer devant elles. « Mais il y a beaucoup à faire… encore… je veux juste me débarrasser de ce sang. »

Un sourcil blond s’arqua tandis que Gabrielle acceptait le défi non dit. « Oui oui. » Elle posa son bâton près du lit et mit affectueusement les mains sur le dos de sa compagne. « Ne t’arrête pas. » Elle la poussa vers la zone de bains et se pencha rapidement pour enlever le bouchon du bassin d’eau chaude. « Viens par ici. »

Xena ôta mécaniquement sa cuirasse et la laissa tomber en plusieurs morceaux sur le sol pour rester dans sa seule combinaison en cuir, tandis que sa compagne la regardait. « Je suis dans un sale état, hein ? » Fit-elle remarquer d’un ton las en se regardant.

La barde se contenta d’avancer et glissa les bras autour d’elle, la serrant très affectueusement. Elle entendit le léger bruit de déglutition de Xena ensuite la guerrière lui retourna son étreinte. « Merci », murmura-t-elle dans l’oreille de la barde.

« A ton service », répondit Gabrielle puis elle se recula et détacha les lanières de la combinaison, la lui enleva et siffla de sympathie en voyant les marques sur le corps bronzé de Xena. « Ouille. »

« Mm. » Xena entra dans l’eau qui devint immédiatement rose et cramoisie tandis que le sang se détachait d’elle. Elle prit tranquillement le savon et commença à se nettoyer, frottant l’objet à l’odeur de propre le long de ses bras pour enlever des couches de suie et de sang. Elle était vaguement consciente de Gabrielle qui se glissait derrière elle et elle sentit les mains de la barde sur ses cheveux, mais les efforts de la nuit la rattrapaient maintenant. Elle ferma les yeux et essaya de cligner pour éloigner la lourdeur, mais avec peu de succès, et elle finit par les garder fermés, continuant à se laver au toucher.

« Xena ? » La voix de Gabrielle résonna dans son oreille.

« Oui ? » Elle ouvrit les yeux à contrecœur et regarda par-dessus son épaule, pour voir une expression inquiète sur le visage de la barde.

« Tout va bien ? » Les mains de la barde étaient douces sur la bosse de l’arrière de son crâne et elle rinça ses cheveux avec précautions.

Qu’est-ce que je peux admettre… sans l’inquiéter ? « Je suis un peu fatiguée », confessa-t-elle. « La nuit a été rude. » Et ça, jugea-t-elle, était particulièrement le problème… elle avait surchauffé son corps au-delà même de ses limites, à combattre… dieux… elle avait vraiment fait ça ? « Gabrielle ? »

« Hmm ? » La barde s’appuya à l’arrière de la baignoire et lui embrassa l’oreille.

« J’ai vraiment stoppé une armée ce soir ? »

Gabrielle posa la tête contre les cheveux noirs mouillés devant elle et soupira. « Oui, tu l’as fait. »

« Toute une armée ? »

« Entièrement, tigresse », l’assura la barde.

Elle réfléchit un long moment. « Pas étonnant que je sois aussi fatiguée. »

Cela produisit un tout petit rire de la part de la jeune femme qui mit un bras chaud autour de son cou. « Xena… Xena… Xena… allons, sors de cette baignoire et laisse-moi poser quelque chose sur ces coupures… dieux… je vais devoir en recoudre une demi-douzaine. »

Xena obéit en repoussant le souvenir de ce qu’elle avait fait et elle se concentra sur la chaleur du feu et combien c’était bon, quand Gabrielle l’entoura d’un tissu doux. « Assieds-toi », demanda la barde, ce qu’elle fit, posant sa tête contre le haut dossier du fauteuil, sentant à peine la piqûre tandis que des doigts doux s’occupaient de ses blessures.

Gabrielle œuvra rapidement, regardant d’un œil amusé son âme sœur abandonner la lutte pour rester éveillée. Les coupures étaient plutôt superficielles et les bleus pas plus que ce que Xena rencontrait habituellement. Ils ne l’inquiétaient pas.

«Tu as besoin de faire quelque chose avant d’aller dormir ? » Demanda-t-elle en réfrénant un sourire.

Les yeux bleus s’ouvrirent brusquement. « Je ne dors pas. »

La barde lui lança un regard.

« J’ai eu de la fumée dans les yeux… je les reposais juste », protesta Xena en levant les mains pour se frotter le visage. « Ça pique énormément. »

Gabrielle écarta les mains et examina l’endroit en question. « Ouaouh… oui… ils sont tout rouges », s’exclama-t-elle d’un ton d’excuse. « Dieux, Xena… tu dois souffrir. »

Elle reçut le haussement d’épaules attendu en retour. « Nan… je vais bien… c’est pas grand chose », lui dit la guerrière puis elle devint silencieuse et pensive, étudiant les petites écorchures sur ses phalanges.

Gabrielle continua d’œuvrer quand elle vit l’expression sombre planer sur le visage de son âme sœur et elle attendit un long moment avant de briser le silence. « Tu veux en parler ? » Un très, très vieux signal entre elles, pratiquement depuis le début de leur relation.

La guerrière la regarda en silence comme si elle débattait avec elle-même puis elle finit par parler. « J’ai mal dedans », dit-elle tranquillement. « Autrefois je vivais pour ressentir ce sentiment de rage absolue, Gabrielle… sachant qu’on ne pouvait pas m’arrêter… c’était incroyable. » Elle soupira. « Et maintenant, ça me laisse simplement avec un grand vide. »

La barde lui caressa la joue. « Tu as changé », répondit-elle, simplement.

Xena prit une inspiration. « Tu sais… je débattais de ça avec moi-même… mais d’être assise ici, à ressentir ce que je ressens maintenant… je sais que j’ai changé. » Un léger mouvement de la tête. « L’ancienne Xena serait en train de descendre quelques bières avec la troupe, exultant d’avoir tué les dieux savent combien d’hommes. » Son regard semblait se concentrer sur quelque chose au loin. « Ils pensent tous que j’ai fait quelque chose de grand, de merveilleux, Gabrielle. »

« Et ce n’est pas le cas. »

Le regard bleu croisa le sien. « J’ai massacré d’autres êtres humains. »

« Xena… » La barde se retrouva dans la bizarre position de défendre la violence. « Ils essayaient de te tuer, tu te souviens ? » Rappela-t-elle à la grande femme. « Et tout le monde ici, par ailleurs. »

« Je le sais. » Xena soupira. « Mais quel gâchis sans nom. »

« Mmm. » Une légère approbation. « Mais combien d’autres personnes seraient mortes si tu n’avais pas été là ? » Elle caressa la joue soyeuse. « Ces soldats avaient le choix, Xena… pas les citoyens… ils seraient allés dans ces faubourgs habités… tous ces fermiers innocents… et les enfants… ils seraient morts ou auraient été battus… leurs maisons incendiées… leurs possessions volées… »

Xena la regarda. « C’est malheureux que je n’aie pas pensé à ça pendant ces dix ans où je l’ai fait. »

« Xena. » Les yeux verts la réprimandèrent.

« Je sais. » La guerrière soupira. « C’était stupide et sans intérêt de dire ça. » Elle se laissa aller dans le contact avec Gabrielle. « Gar avait tort… il n’était pas du côté gagnant… il était du bon côté, pour changer. » Elle s’interrompit. « Et c’est bon à vivre. »

Le regard bleu se leva abruptement et soutint celui de la barde. « Tu sais quoi ? »

« Quoi ? » La barde passa de l’antiseptique sur une mauvaise entaille sur son cou.

« J’aime vraiment beaucoup être une héroïne. »

Gabrielle se figea et se contenta de la regarder. « Tu es en train, là maintenant, de décider ÇA ? »

Un léger mouvement de la tête. « Non… je suis juste en train, là maintenant, de l’accepter. »

La barde lui sourit. « Les miracles ne cesseront jamais. » Elle toucha le bout du nez de la guerrière avec un doigt joueur. « Comment te sens-tu… un peu mieux ? »

Un clignement des cils. « Oui… c’est… bon d’en parler », murmura-t-elle.

Gabrielle lui tapota le ventre. « Après trois ans, tu le comprends enfin. »

Xena sourit un peu et regarda ses mains bleuies et éraflées. « Merci de m’avoir supportée tout ce temps. » Elle frotta un peu de suie sur le front de la barde. « Il est temps pour ton bain, Rouquine »

« Je vais te dire une chose », répliqua la barde. « Je vais juste me laver et me changer, ensuite je reviendrai ici, nous partagerons un thé et je te raconterai une histoire. Qu’en penses-tu ? »

La guerrière la regarda avec affection. « Tu feras une maman super, tu le sais ? » Un pincement de tristesse nostalgique passa entre elles, reconnu, mais non dit.

« J’ai eu beaucoup d’entraînement ces trois dernières années », la taquina gentiment Gabrielle. « Jeune pousse. »

« Ouille. » Xena sentit une rougeur lui colorer la peau. « Pas toi aussi. » Elle baissa les yeux puis leva les mains. « Gabrielle, je ne suis pas jeune. » Une pause. « Et certainement pas une pousse. »

La barde rit et se leva. « Je… » La pièce tournoya et elle s’agrippa au dossier du divan tandis que Xena la rattrapait. « Ouaouh… » Murmura-t-elle tandis que le monde allait et venait. « Ça tourne. »

« Hé. » La voix de Xena devint acérée et elle ramena la barde sur le divan, avant de lui prendre le visage à deux mains, tapotant légèrement sa joue. « Reste avec moi. »

Gabrielle battit des cils et elle se retint aux avant-bras bronzés qui la retenaient. « D’accord… je suis là… » La poigne de Xena disparut un instant, la laissant déçue, puis elle revint.

« Tiens. »

La barde sentit des doigts sur ses lèvres et elle les ouvrit par pur réflexe, goûtant quelque chose de frais et sucré sur sa langue. « Mm. » Elle mâcha la tranche de prune et avala, puis elle ouvrit la bouche pour en avoir plus. Un grand morceau apparut obligeamment et elle le suça, avalant le jus avec contentement. Sa tête s’éclaircit et elle prit une inspiration de soulagement tandis qu’elle concentrait son regard sur le visage de son âme sœur. « Désolée. »

Xena lui tendit un autre morceau de fruit, ses propres blessures oubliées. « Ça va mieux ? »

Gabrielle plissa le front, mais elle hocha la tête. « Oui… je présume que je suis aussi un peu fatiguée… » Wow… je suis contente d’avoir attendu pour ça… pas au milieu de la bataille. Son corps semblait s’être remis cependant et elle retourna son attention vers sa cible. Une idée fit surface. « Ça te dirait de me laver ? »

Elle reçut un charmant sourire en réponse. « Bien sûr. » Xena l’aida à se lever avec précaution et mit un bras de soutien autour d’elle tandis qu’elles revenaient dans la salle de bains. La guerrière remplit le bassin d’eau chaude et prit le savon, enlevant la tunique tachée de la barde pour l’envoyer sur une sculpture de cigogne tout près.

« Reste tranquille », ordonna doucement la guerrière tandis qu’elle soulevait la barde qui riait faiblement pour la poser dans la baignoire, puis la retenir tandis qu’elle s’asseyait dans l’eau chaude qui bouillonnait doucement. Xena s’assit sur un côté et commença à laver avec soin Gabrielle qui s’appuya contre la baignoire, les yeux fermés dans un bonheur immense.

« Tu as pris un coup de pied », grogna Xena, d’un ton de désapprobation tandis qu’elle traçait un bleu sombre sur les côtes de son âme sœur.

« Ça date d’hier », marmonna Gabrielle en étouffant un bâillement. « Ils étaient bien trop occupés à t’attaquer pour me remarquer ce soir. » Elle concentra un œil vert sur sa compagne. « J’en ai surpris un tas… ils étaient là, à balancer des coups, et tout d’un coup… » Elle frappa l’eau. « Bam ! »

« Balayés par l’attaque de la superbarde », approuva la guerrière d’un air drôle. « Baisse la tête. »

Ce que fit la barde, qui fit surface en bredouillant. « Beuh. » Elle finit de se rincer et sortit de la baignoire, souffrant un frottement brusque de sa compagne qui présentait une serviette. « Bon sang que je suis fatiguée. »

La guerrière lui ébouriffa ses cheveux mouillés. « Au lit, ma barde. » Elle prit une profonde inspiration et passa la main dans ses propres mèches qui séchaient. « Je vais vérifier les postes de garde… m’assurer que nous n’aurons pas d’autres surprises. »

« Mmmhmm. » Gabrielle revint dans la pièce principale et prit une chemise propre dans laquelle elle se glissa. « Je… pensais que tu avais assigné quelqu’un pour le faire, avant que nous ne venions ici. »

Un hochement de tête. « Je l’ai fait… mais ça ne fait pas de mal de s’assurer. »

La barde hocha la tête puis s’appuya contre la grande femme, sentant la chaleur alors que leurs corps se touchaient. Xena l’entoura de ses bras par réflexe et elle soupira tandis qu’elle respirait contre la peau de la guerrière. « D’accord… mais… » Elle fit une pause volontaire. « Est-ce que tu veux bien rester avec moi jusqu’à ce que je m’endorme ? S’il te plaît ? »

« Bien sûr », Approuva Xena rapidement, faisant le tour du lit, soulagée que Gabrielle ne proteste pas à son départ. « Tu t’allonges, ici… » Elle mit la barde au lit et se détendit près d’elle, souriant un peu lorsque sa compagne se blottit et mit un bras ferme autour de son estomac. Elle repoussa doucement les cheveux clairs mouillés du front de la barde et l’embrassa. « Il faut que tu te reposes, mon amour… tu dois garder des forces. »

Gabrielle hocha la tête contre elle, se nichant un peu plus et soupirant d’aise. « C’est bon de rester allongée », murmura-t-elle d’une voix endormie. « Détends-toi. » Elle sentit Arès sauter sur le lit et se blottir contre Xena, son museau posé sur sa hanche. « Même Arès le pense. »

« Oui. » Xena approuva d’un ton absent, regardant les flammes qui bougeaient au-dessus de l’épaule de Gabrielle. Les contours s’obscurcirent un instant et elle cligna des yeux, tressaillant à l’irritation de la fumée. La piqûre la força à simplement fermer les yeux, ce qui la laissa se concentrer sur la légère respiration qui réchauffait sa peau avec une régularité hypnotique.

Sa propre respiration ralentit pour s’y adapter et elle sentit une couverture chaude s’installer sur elle, la séparant des coupures qui piquaient et des bleus acquis pendant le combat. Sa conscience fit un faible effort pour la réveiller, mais son corps s’installa simplement plus dans l’étreinte de Gabrielle, réclamant plus de repos à la place.

Oh bon. Quelques minutes ne vont pas…

Un œil vert brume apparut et tourna pour observer la guerrière maintenant profondément assoupie, puis cligna. « Eh. » Gabrielle eut un sourire supérieur pour elle-même. « Entêtée. » Elle échangea un regard avec Arès qui bâilla et se lécha les pattes arrière, puis elle ferma fort les yeux et laissa le sommeil l’emporter aussi.


Le léger coup frappé à la porte faillit ne pas la réveiller. Gabrielle se força à ouvrir les yeux dans l’obscurité environnante et cligna, puis elle prit une inspiration en reconnaissant le bruit. Surprise, elle leva les yeux pour voir son âme sœur toujours endormie, se rendant alors exactement compte de combien Xena devait être fatiguée vu que le coup à la porte ne l’avait pas réveillée.

Ouaouh. Elle se désengagea lentement de la chaude étreinte de Xena et batailla pour sortir du lit, avant de tirer les couvertures autour de la forme endormie de la guerrière. Elle alla à la porte pieds nus et mit la main sur son bâton avant d’ouvrir. Dans la lueur vacillante des torches du couloir, elle reconnut la grande silhouette de Bennu.

En quelque sorte, parce que le guerrier musclé était trempé et de l’eau coulait même de ses cils. « Heu… salut. » Gabrielle parla à voix basse. « Tout va bien ? »

Bennu réfréna un éternuement. « Oui… oui… grande nouvelle. Ils sont partis. »

« Pardon ? » La barde le fixa. « Qui est parti ? »

« L’armée. » L’homme renifla. « Après qu’il a commencé à pleuvoir, ils se sont enfuis. Je pensais qu’ils se cachaient juste… alors je les ai poursuivis… ils se sont divisés… ils se disputaient sur qui allait diriger et tout ça… ils ont dit qu’ils allaient vers Thèbes. »

« Attends. » Gabrielle leva la main. « L’armée de Framna ? »

Il cligna des yeux. « Bien sûr, la foutue armée de Framna… tu pensais à quoi… la nôtre ? » Il fronça les sourcils.

« Alors… Xena peut dormir ce matin, c’est ça que tu me dis ? » Gabrielle se concentra sur les détails importants. « Parce que s’il n’y a plus d’armée là-bas, nous n’avons pas de problème pour lequel je devrais la réveiller, pas vrai ? »

« Ah… juste », acquiesça Bennu lentement.  « Autre que c’qui y a à faire au marché, et le foutu prisonnier, et cette fille qui hurle qu’on l’laisse partir et les provisions qui flottent à cause d’la pluie. »

« Après le petit déjeuner », édicta la barde. « D’accord ? »

Il soupira. « Oui. » Une pause. « T’sais qu’elle dirige, hein ? »

Un signe de tête. « Je le sais… mais je sais aussi qu’il est plus facile de prendre de bonnes décisions quand on est reposé. » Elle le regarda droit dans les yeux.

« Ah. » Il grogna. « Alors, j’vais aller faire une sieste. »

« Brave garçon. » Gabrielle lui sourit. Elle referma la porte et relâcha un soupir. Pfiou. Elle tourna le regard vers la fenêtre, à demi fermée et frappée par la pluie battante. Un coup de tonnerre bas et grondant éclata dehors et si on était proche de l’aube, il était difficile de le dire.

Avec un bâillement, elle repartit péniblement vers le lit et y grimpa, se retrouvant immédiatement entourée par un filet de guerrière chaude et musclée, en plus des yeux bleus brillants qui la fixaient dans la semi-pénombre. « Salut. » Elle se blottit dans l’étreinte de la guerrière.

« Salut », répondit Xena, sa voix toujours rauque de sommeil. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« Tu leur as fichu la trouille, tigresse », l’informa Gabrielle. « Toute l’armée a fui. »

Un haussement de sourcil. « Vraiment ? »

« Oui oui. » La barde se blottit un peu plus. « C’est la bonne nouvelle. »

Une pause momentanée. « Et la mauvaise ? »

« Je pense qu’ils t’ont élue Reine. » Une pause pendant laquelle quelques jurons fusèrent. « Oooh… je n’ai jamais entendu celui-là de ma vie… qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Quelque chose qu’il ne faudrait jamais faire avec un poisson mort », gronda Xena, puis elle soupira. « Je présume que je ferais mieux de… »

« Oh non. » Gabrielle resserra sa prise. « Les reines ne se promènent pas dans les châteaux venteux avant l’aube. C’est une règle. » Elle sentit l’hésitation et prit son avantage. « Allons, Xena… » Sa voix s’adoucit et prit un ton sérieux. « Tu t’es beaucoup donnée hier et je suis sûre qu’il y aura plein de bazar à résoudre aujourd’hui… donne-toi une pause et repose-toi un peu plus, d’accord ? »

Pas de réponse, ce qui signifiait qu’elle y réfléchissait au moins. Gabrielle lui effleura la joue de ses doigts.

« Gabrielle, je vais bien », finit par répondre la guerrière. « C’est juste que… je me considère comme responsable de ce qui se passe ici. »

La barde soupira intérieurement. « D’accord… mais… tu peux attendre le lever du soleil, Xena », insista-t-elle. « Si tu ne peux pas te reposer, laisse au moins les autres le faire un peu. »

« Hmpf. » Il y eut un léger bruit lorsque la tête de Xena toucha l’oreiller. « Oui… je présume que tu as raison », admit-elle.

Un petit silence tomba. « Comment te sens-tu ? » Demanda tranquillement Gabrielle.

Xena haussa les épaules. « Eh… je vais bien… » Elle leva une main pour toucher sa nuque. « Ma nuque est un peu raide… mais c’est tout. » Elle regarda la barde à son tour. « Et toi ? » Elle glissa une main pour tapoter doucement le ventre de la barde.

Gabrielle captura la main et entrelaça ses doigts avec ceux de Xena. « Tu serais vraiment surprise si je te disais que je me sens génialement bien, mais que j’ai faim ? » Admit-elle avec un sourire penaud.

« Choquée », la rassura Xena solennellement. « Tu veux que j’aille te chercher quelque chose ? »

« NON ! » La barde la poussa doucement dans les côtes. « Je veux que tu restes tranquillement allongée ici et que tu te reposes. »

Xena soupira lourdement, mais garda le silence, ses yeux se refermant. « Tu m’as bien eue à me laisser dormir tout à l’heure », accusa-t-elle dans un marmonnement.

« Je n’ai rien fait de tel », se défendit Gabrielle en réfrénant un bâillement. « Tout ce que j’ai fait, c’est m’allonger et te demander de me tenir compagnie jusqu’à ce que je m’endorme. » Elle se blottit un peu plus. « Ce n’est pas de ma faute si tu étais très fatiguée et que tu as succombé à ce doux et sympathique lit confortable. » Elle bâilla à nouveau. « On peut en avoir un comme ça à la maison ? »

Les yeux de Xena étaient maintenant fermement clos. « Ça pourrait être un problème… je n’arriverais jamais à te sortir du lit », murmura-t-elle.

« Eeeeeet…. Ce serait une mauvaise chose ? » La taquina Gabrielle. Une brise fraîche et humide souffla, lui apportant la senteur de la pluie et de la pierre mouillée. Elle s’enfouit un peu plus avec reconnaissance dans les couvertures soyeuses et la peau de son âme sœur avec plaisir. Un craquement de tonnerre la fit sursauter et Xena resserra les bras par réflexe. « Contente que nous ne soyons pas dehors. »

« Moi aussi », acquiesça la guerrière puis elle soupira. « Je me ramollis vraiment en vieillissant. »

Une longue pause. « Xena ? »

« Oui ? »

« Mets une chaussette par-dessus, espèce d’escroc aux yeux bleus tout en cuir. »

Une pause plus longue. « Gabrielle ? »

« Oui ? »

« C’est quoi une chaussette ? »


Ils pleuvaient toujours des cordes quand elles se réveillèrent un peu plus tard, la morne lumière grise entrait à contrecœur et s’étalait sur les couvertures claires. Gabrielle était levée et avait enfilé une tunique plus chaude, puis elle s’était assise devant son journal et avait écrit pendant une demi-marque de chandelle, essayant d’obtenir des détails de la veille avant qu’elle ne les oublie.

Xena avait préparé deux tasses de tisane chaude qui sentait la pomme et la cannelle et elle était appuyée contre la porte du balcon, à regarder la pluie tomber tout en sirotant sa boisson. « C’est un vrai bazar là dehors. »

Gabrielle la regarda. « Oui… il va y avoir pas mal de choses à faire après que tout sera terminé. »

La guerrière hocha la tête d’un air absent. « Et bien, nous avons beaucoup de soldats costauds… je vais les mettre à la tâche. » Elle s’étira et se massa la nuque. « Je vais descendre voir si je peux nous avoir du pain et du fromage. »

Un coup frappé à la porte empêcha Gabrielle de répondre. Elle échangea un regard avec sa compagne puis posa sa plume. « Entrez. »

La porte s’ouvrit en grand et un barrage de visages regarda à l’intérieur. Deux dames en robe de chambre entrèrent et firent signe à un groupe de servants de les suivre. Deux servantes, deux valets et une femme portant un plateau s’engouffrèrent, se positionnant pour ne pas gêner. La femme avec le plateau fit une révérence puis elle posa son fardeau sur la petite table près de la fenêtre.

Xena et Gabrielle échangèrent des regards perplexes. « Heu… bonjour. » La barde croisa les mains sur son livre. « A quoi rime tout cela ? »

Une des femmes s’avança. « Je suis Nancia », informa-t-elle la barde en jetant un coup d’œil à la dérobée vers Xena. « Sa Majesté nous a envoyées… pour nous occuper de vous comme il le faut. Elle a l’impression d’avoir été négligente… dans le soin porté à vos attentes. »

Xena réfréna un sourire et alla tranquillement jusqu’à la petite table, souleva le tissu sur le plateau et l’examina nonchalamment. La jeune fille qui l’avait apporté se tenait à côté, raide, essayant de ne pas la regarder. « Hé… regarde… je pense que ce sont des sandwiches au concombre », cria-t-elle par-dessus son épaule à la barde qui eut un son étranglé. « Du moins… c’est vert. » Elle en prit un et l’examina avec curiosité.

« Hum… Nancia… c’est… vraiment gentil de la part de la princesse… mais… heu… nous sommes… nous pouvons nous occuper de nous-mêmes… très bien. » Gabrielle se leva et s’appuya contre le bureau. « Je…euh… déteste penser que… nous prenons… de votre temps précieux… hum… pas vrai ? »

« Tch tch. » Nancia leva son menton proéminent et cligna de ses yeux marron foncé vers la barde. « Sa Majesté avait raison… on a besoin de moi ici. » Elle glissa vers l’endroit où se tenait la barde et tira sur sa manche. « Qu’est ceci ? »

Xena s’appuya contre l’encadrement de la porte et se contenta de regarder, mâchant paresseusement les petits sandwiches. « Ils ne sont pas si mauvais, Gabrielle », dit-elle. « Mais je ne pense pas que ce soit du concombre. »

Les yeux verts prirent une lueur noire. « Ceci… est une chemise. » Gabrielle croisa les mains. « Est-ce qu’il y a un problème ? »

Nancia renifla. « Peut-être qu’on peut vous en trouver une de votre taille. »

Xena vint à la rescousse en voyant la ligne rouge qui montait sur le cou clair de son âme sœur. « Oh… elle en a plein qui lui vont », informa-t-elle la femme. « Celle-ci est à moi. » Elle consomma un autre sandwich.

Nancia tourna son attention vers la grande femme qui lui rendit son regard. « A vous ? »

Xena s’écarta de l’encadrement et écarta les bras, indiquant son corps. « A moi. »

« Je vois. » La femme renifla à nouveau. « Et bien… vous n’avez pas quelque chose de plus… » Elle pinça le nez. « Convenable ? »

La guerrière s’avança en ondulant pour se mettre à distance de bras d’elle et mit les mains sur ses hanches. « Madame, je suis une combattante. Je ne fais pas dans la dentelle. » Sa voix était neutre. « Mais j’ai quelque chose de joli en cuir si vous êtes intéressée. »

Nancia la regarda, chagrinée. « Vous allez être difficile, je vois. » Elle tourna son attention vers le reste de la pièce, puis lâcha un petit cri. « Il y a un chien dans votre lit ! ! »

Arès écarquilla les yeux depuis sa position confortable et leva la tête. « Roo ? »

« Ce n’est pas un chien, c’est un loup », marmonnèrent Xena et Gabrielle simultanément.

Nancia se rapprocha. « Ouste ! » Elle remua son mouchoir en direction du loup somnolent, qui baissa la tête et grogna contre elle. « Arrête ça ! »

Gabrielle saisit l’opportunité pour s’échapper et se placer derrière elle pour étudier le plateau d’un œil aguerri. « Ce ne sont pas des concombres. » La barde lui jeta un coup d’œil. « Ce sont des raisins gélifiés. »

Xena se lécha les doigts. « Ils sont bons », murmura-t-elle à voix basse, en gardant un œil sur Nancia. « Et ces petits trucs en forme de coupe aussi. »

La barde en mordilla un puis lui lança un regard indulgent. « Toi et ta dent sucrée. » Mais elle mangea le reste puis regarda le reste du plateau.

« Laissez le loup tranquille », dit Xena en soupirant et en s’avançant. « Ecoutez… j’apprécie la pensée de la princesse, mais nous nous occupons vraiment très bien de nous-mêmes. » Elle mit la main sur la tête d’Arès et il lui lécha les doigts avec avidité.

Nancia la tapa sur l’épaule de son éventail plié. « J’ai des ordres. »

Xena haussa un sourcil. « Je vous ai dit que ça allait. » Inconsciemment, sa voix prit une tonalité plus dure et elle se redressa de toute sa hauteur, qui surplombait Nancia d’un bon vingt centimètres.

« Tch. » La femme agita son éventail. « Tu intimides peut-être les petits garçons avec leurs épées jouets, mais tu ne me fais pas peur. »

Soudain, la femme vaguement amusée, légèrement frustrée à laquelle elle faisait face disparut, et à sa place se tint l’Elue d’Arès. Les yeux bleus prirent une teinte glaciale et toute la posture de Xena changea dramatiquement, de la détente à une tension fine et armée qui remplit la pièce soudain silencieuse d’un frisson malaisée.

« A y repenser. » La femme produisit un sourire poli. « Peut-être que tu le fais. »

Un haussement de sourcil brun. « Tu es une femme intelligente », répondit Xena tranquillement.

« Néanmoins », continua bravement Nancia. « J’ai des instructions. » Elle tapa dans ses mains et les deux servants s’approchèrent. « Vous pouvez leur donner tout ce que vous voulez faire nettoyer. »

« Oh… » Gabrielle enfourna un petit pâté de viande dans sa bouche et se frotta les mains. « Ok… on peut faire ça. » Elle boita en traversant la pièce et entra dans la zone du bain, pour revenir avec sa tunique avant d’attraper d’autres vêtements. « Elles sont douées pour enlever le sang ? » Elle leva son vêtement qui était richement taché de rouge.

Nancia s’approcha, contente de s’éloigner de la silhouette menaçante de Xena et elle prit l’objet. « Nous ferons de notre mieux. » Elle le tendit ainsi que les autres choses à l’une des deux jeunes filles et elle les fit sortir. « Bon…. Pétres va prendre vos bottes, il peut les nettoyer et y apporter des soins. »

Gabrielle eut un regard interrogateur. Xena haussa une épaule. « Très bien. » Elle montra les bottes.

« Excellent. » Nancia retrouvait posément son sang-froid. « Bon… Séléné que voici va prendre vos sous-vêtements et s’en occuper. »

Guerrière et barde se regardèrent. Gabrielle mit une main sur sa hanche. « Ça prend une tournure sensible, non ? »

Les yeux de Xena brillèrent d’espièglerie.

La barde soupira et se gratta la tête. « Nous… heu… » Elle leva les yeux vers Nancia qui attendait patiemment, ses mains croisées sur sa taille de jupon, les yeux brillants. « Passons là-dessus, d’accord ? » Elle se mordilla la lèvre. « Nous… heu… nous préférons nous occuper nous-mêmes de ça. » Une pause et un regard incrédule de la part de Nancia. « C’est une chose… personnelle. »

Le silence perdura. « C’est… et bien, c’est comme les armes de Xena… elle n’aime pas vraiment que quelqu’un d’autre les touche, tu sais ce que ça veut dire ? » Gabrielle alla vers le tas d’armes près du foyer et en prit une. « Tu ne voudrais pas toucher à ses armes, pas vrai ? »

Xena croisa les mains sur sa poitrine et mit sa meilleure expression ennuyée d’ex-seigneur de guerre du style ‘je ne veux pas l’entendre, je ne veux rien savoir’ sur son visage.

« Vous… considérez que des sous-vêtements sont des armes ? » Demanda Nancia avec précaution. « Oh par les dieux. »

« Et bien… disons que… ça dépend d’à qui ils sont. » Gabrielle avait conscience qu’elle s’enfonçait de plus en plus. « Xena… et bien, elle peut faire une arme de pratiquement n’importe quoi. » Elle se tourna avec désespoir vers sa compagne. « Ce n’est pas vrai, Xena ? »

« Si. » La guerrière hocha la tête. « On peut s’en occuper nous-mêmes… mais merci de le demander. »

Nancia prit du recul. « Très bien. » Une brève pause et un reniflement. « Est-ce que vous êtes sœurs, mesdames ? »

Les regards bleu et vert se croisèrent. « Qu’est-ce qui te fait dire ça… la ressemblance familiale ? » Demanda Xena pince-sans-rire.

« Une similarité dans les traditions », répondit Nancia poliment.

Gabrielle se mordit la lèvre pour ne pas rire, mais elle prit un instant pour réfléchir au fait que, malgré leurs différences, elle et Xena étaient vraiment plus semblables qu’aucune d’elles ne le pensait. Elles étaient certainement plus semblables que la dame prétentieuse et vêtue d’atours. « On est démasquées, sœurette », fit-elle remarquer à la guerrière, qui s’était avancée vers le plateau et y puisait sauvagement.

Une lueur de bleu amusé. « Il faudra que tu en parles à maman quand on rentrera. »

Un autre coup à la porte, cette fois plus fort. « Entrez. » Xena s’appuya à nouveau sur son chambranle de porte favori.

La porte s’ouvrit en grinçant et Bennu passa sa tête boueuse. « Ah. »

« Bennu ! » Un sourire diabolique passa sur les lèvres de Xena. « Entre donc… et amène tes copains. »

Le grand soldat obéit, traversant la pièce avec un pas de marche et faisant tomber de la boue, des feuilles, de la pluie et de petites tiges à chaque pas. « B’jour, Génral. »

Xena observa l’expression d’horreur absolue sur le visage de Nancia et gloussa en silence. « Assieds-toi. » Elle invita cordialement la flaque de boue ambulante. « Tu veux du raisin ? »

Il se laissa tomber sur une chaise et en prit un avec précaution. Xena fit de même dans le fauteuil en face de lui et mit une jambe sur l’accoudoir, s’adossa et croisa les mains sur son ventre. « Alors… comment ça se passe dans l’entrepôt ? »

Une senteur passa dans la pièce, qui fit s’avancer les gens du palais vers la porte.

« Le bazar. » Bennu mordilla son raisin. « Ces foutus bestiaux ont mis de la boue partout… ils ont de la saleté jusqu’aux genoux, pour sûr. » Son regard tomba sur ses bottes largement recouvertes.

Nancia s’éventa. « Nous… nous allons revenir plus tard. » Elle poussa les autres filles et mit une main sur sa bouche. « Pour… pour nettoyer. »

La porte se referma brusquement derrière elles et Gabrielle éclata de rire.

Bennu l’observa. « J’ai interrompu quèque chose ? »

Xena leva ses yeux cachés dans sa main. « Oh oui. » Elle hocha la tête. « Bon boulot. »


La salle principale était remplie de gens frustrés, mouillés et couverts de sueur lorsque Xena et Gabrielle entrèrent, portant des tuniques propres et des bottes courtes. Xena avait décidé de délaisser sa combinaison en cuir au profit de quelque chose de moins abrasif sur son corps blessé et Gabrielle avait pris la décision de porter une des vieilles chemises confortables de son âme sœur, juste parce qu’elle le pouvait.

Les marchands qui avaient échappé à l’attaque de la veille étaient réunis dans un grand groupe, la plupart d’entre eux blessés à divers degrés et tous furieux de la perte de leurs étals et de leurs biens. Quelques personnes du château leur parlaient, mais il était évident que les hommes, et quelques femmes, artisans, étaient au-delà de toute consolation.

Les citoyens les plus importants étaient dans un autre groupe, tout aussi énervés, et ils envoyaient des regards mêlés de crainte et d’intrigue aux soldats qui étaient réunis autour, savourant paresseusement leur nouveau statut passé d’armée d’occupation à force défensive.

Silvi et ses dames de compagnie étaient autour de la table principale, avec ses cousins et quelques nobles plus âgés. Framna n’était pas visible.

Les discussions cessèrent aussitôt que Xena passa le seuil et tous les yeux se tournèrent vers elle quand elle traversa le sol pierreux, Gabrielle sur ses talons en boitant légèrement. La guerrière monta les marches du dais où la table principale se trouvait et alla directement derrière le fauteuil que Garanimus occupait auparavant, sa main posée légèrement sur le dossier finement sculpté.

Xena laissa son regard passer sur la pièce, étudiant les occupants silencieux et tendus, puis elle se tourna à demi et recula d’un pas, tirant sur un fauteuil avant de faire signe à sa compagne plus petite de s’y installer. « Assieds-toi », dit-elle à la barde, en lui donnant une petite tape sur l’épaule lorsque celle-ci obéit, posant un parchemin et sa boîte à plumes sur la table devant elle.

Puis Xena s’avança pour se positionner devant le siège que Garanimus avait utilisé, les mains sur ses hanches, avec une pose de défi. « Très bien. » Je présume qu’ils m’attendent, songea la guerrière. « Bennu, fais-le entrer. »

Le grand soldat la salua puis il sortir en emmenant deux hommes avec lui.

Xena évalua les différents groupes pendant qu’elle se tenait là, debout et attentive, notant les regards prudents des nobles, les regards soupçonneux des marchands et les sourires narquois de ses troupes.  Ses troupes, songea Xena en soupirant. Ça n’allait pas être simple.

Gabrielle était tranquillement assise, à observer les autres regarder sa compagne. Elle se sentait presque invisible, ce qui était bien, parce qu’il y avait tellement d’anxiété dans la pièce qu’elle pouvait presque la sentir. Elle était contente, pour l’instant, d’observer la façon dont Xena gérait la situation, ne voulant pas faire intervenir ses talents diplomatiques juste là.

En fait, songea-t-elle, elle était parfaitement contente de laisser Xena gérer tout ça, en quête de paix et de sécurité, dues à la présence de la grande femme, ce qui était presque déconcertant. La douce pression désinvolte de la main de la guerrière sur son épaule était la bienvenue et elle se rendit compte qu’elle s’appuyait inconsciemment contre cette pression, avide d’en avoir plus.

Comme si elle lisait dans son esprit, Xena se rapprocha, apportant à l’odorat sensible de la barde, une touche de l’odeur de leur savon et des herbes avec lesquelles sa tunique avait été empaquetée. Elle pouvait aussi détecter la légère senteur piquante de l'antiseptique qu’elle avait posé sur les entailles de son âme sœur et la chaude odeur épicée naturelle de Xena.

C’était une sensation étrange, presque comme d’être baignée dans une essence sensuelle qui dépassait ses sens normaux et coutumiers pour aller vers un endroit plus profond, auquel elle n’avait pas vraiment prêté attention auparavant. Elle secoua légèrement la tête et cligna des yeux, retournant son attention vers Bennu qui revenait avec un Framna attaché et l’amena précisément au centre de la pièce avant de le pousser en avant.

Le grand seigneur de guerre était en plutôt bonne condition cependant. Xena avait donné des ordres en ce sens et elle le regardait maintenant avec un air pensif. « Ton armée s’est enfuie. » Sa voix était neutre, mais il y avait un soupçon de sympathie que Gabrielle pouvait pleinement entendre.

Il l’avait probablement déjà appris et avait eu du temps pour y réfléchir. « Oui. »

Xena se pencha sur la table, son poids posé sur ses bouts de doigts. « Linnéus a admis avoir agi de son propre chef », déclara-t-elle. « Il a dit qu’il n’était pas question de rester à attendre sans rien faire alors qu’il y avait tellement à prendre. »

Framna tressaillit. « Nous en avions discuté », admit-il. « Je pensais l’avoir convaincu. »

La grande ex-seigneur de guerre hocha la tête et se redressa. « Et bien, il n’est plus là. Si je te laisse partir, tu pourrais les rattraper et les ramener. » Une pause. « Probablement plus avisés après l’erreur commise. » Elle attendit une réaction voyant la froideur figée sur son visage. « Est-ce que c’est ce que tu veux faire ? »

Il prit une inspiration et la relâcha. Il leva le regard pour croiser le sien. « Non. »

Xena haussa un sourcil et son regard parcourut la pièce, observant les rangées de regards posés sur le seigneur de guerre. « Non ? »

Son regard alla alors sur Silvi qui évitait avec soin de le regarder. « Non… je… je préférerais rester ici. »

Bien, bien. Le second sourcil de Xena rejoignit le premier. « Pourquoi ? »

Framna soupira. « Je le veux tout simplement. Je n’attends pas que tu comprennes. »

Le rire de Xena le surprit. Il tourna brusquement son regard vers elle et la regarda rire avec surprise.

« Framna, je suis probablement la seule personne dans cette pièce qui peut comprendre », l’informa la guerrière ironiquement. Du coin de l’œil elle pouvait voir Gabrielle sourire et elle secoua la tête. « Mais beaucoup de gens par ici pourraient avoir un problème avec ça. »

Il lui lança un regard intrigué, mais hocha la tête de compréhension. « Je le sais. » Ses épaules s’affaissèrent. « Ce n’était pas supposé se passer comme ça. »

Son humilité avait de l’effet, nota Gabrielle, les marchands, toujours en colère, murmuraient entre eux et les nobles bougeaient avec malaise. Le visage de Silvi avait pris une teinte à demi pleine d’espoir, à demi effrayée et elle avait maintenant le regard cloué sur Xena.

« Très bien. » La guerrière croisa les bras sur sa poitrine. « Voilà ce qui va se passer. Je te laisse partir, mais… » Elle poussa Gabrielle. « Ecris ça. » Elle attendit que la barde prépare studieusement une plume. « Tu peux quitter la cité sans la permission de la princesse. Tu peux aller former une armée. Tu peux aller retrouver l’ancienne. Tu peux rester ici et vivre. » Un minuscule sourire narquois releva un coin de sa bouche. « Marché conclu ? »

Framna la regardait avec une incrédulité totale. Puis ses propres lèvres se recourbèrent. « Conclu. »

Xena se tourna à demi. « Tu es d’accord avec ça, Majesté ? »

Silvi fut surprise en train de la regarder et elle rougit. Ses cousins avaient l’air furieux, les nobles mal à l’aise. Elle seule était radieuse. « Oui, je crois que oui. »

Xena cacha un sourire. « Bien. » Elle attendit que Gabrielle ait fini d’écrire puis elle prit la plume de la main de son âme sœur et gribouilla sa signature en bas. Elle fit signe à Framna de s’approcher. « Viens par ici. »

Il vint à la table en trébuchant.

« Mets tes mains ici. » Elle pointa du doigt. Il obéit.

Xena tendit la main derrière elle, là où l’épée de Garanimus était posée contre le fauteuil et elle la dégaina de son étui, puis elle la leva au-dessus de sa tête et l’aplatit contre les chaînes qui le tenaient prisonnier, avec un énorme bruit d’acier contre le bois, envoyant des morceaux de métal partout.

Tout le monde sursauta, même Gabrielle, qui avait su en voyant le langage corporel de son âme sœur, ce qu’elle avait l’intention de faire. « J’aurais pu te trouver les clés », murmura-t-elle.

« Où serait l’amusement alors ? » Murmura Xena à son tour puis elle poussa le parchemin sur la table. « Signe. »

Framna enleva des morceaux de la chaîne de sa peau et la regarda, puis il prit la plume qu’elle tenait et obéit. « Je… n’ai jamais soupçonné que tu avais une… » Il s’arrêta et jeta un coup d’œil spéculateur à Xena. « … fibre sentimentale. »

Les yeux bleus le fixèrent d’un air intimidant. « Qui a dit que j’en avais une ? »

Incertain, le seigneur de guerre regarda Gabrielle qui lui fit un clin d’œil puis il reprit le parchemin. « Euh… bien. »

Elle lui fit signe de partir. « Très bien… maintenant que c’est terminé avec ça. » Son regard se fixa sur les marchands. « Venez ici. »

Ils s’approchèrent d’elle avec prudence, certains moins que d’autres, qui la reconnaissaient comme une cliente amicale des jours passés. L’artisan du cuir s’avança, son bras dans une écharpe. « Nous avons tout perdu. »

Xena l’étudia. « Vous êtes vivants », pointa-t-elle simplement. « Parfois on ne peut pas prédire ce que la vie vous apporte… il faut juste s’adapter. » Elle tourna son regard vers les soldats qui traînaient au fond de la salle. « Vous allez avoir de l’aide pour rebâtir vos huttes… mais vous devrez mettre vos ressources en commun pour retrouver des provisions à vendre. »

Ils se regardèrent. Certains secouèrent la tête.

Xena tourna son regard redoutable vers les nobles. « Un marché florissant est vraiment important pour une cité de cette taille », dit-elle. « C’est tout à votre avantage… » Elle fit une pause avec un sourire de loup. « De les aider. »

« Nous… » Commença un vieil homme, puis il se ravisa en voyant le haussement de sourcil et il hocha la tête à contrecœur.

« Bien », Xena lui fit un sourire. Ensuite elle regarda sa compagne qui observait en silence. « Comment je suis ? » Murmura-t-elle.

« Mmm… tu n’as pas menacé de frapper quelqu’un… pas mal. » La barde la taquina. « Tu deviens meilleure à ce truc d’être gentille. »

Elle reçut un léger ricanement en retour.

« Pourquoi est-ce que vous… » Elle pointa les marchands. « Ne vous rapprocheriez pas de ces gars… » Elle pointa les nobles. « Pour définir ce que vous allez faire. » Elle fit signe à Bennu de s’approcher. « Tout va bien ? »

Le soldat hocha la tête d’un mouvement brusque. « Oui… les baraquements sont sécurisés… on a enterré ce qui restait d’hier soir… comme ça, ça ne commencera pas à puer et j’ai un tas d’entre nous qui veulent bien faire le rodéo pour remettre ces bêtes dans l’entrepôt. »

« Bien. » La guerrière eut l’air satisfaite. « Après que la pluie aura cessé, nous sortirons et nettoierons cet endroit… je vais avoir besoin de bûcherons pour aller chercher des rondins… on en aura besoin pour reconstruire le marché. »

Il la regarda et hocha la tête. « Très bien. »

Elle croisa son regard. « Ils vont avoir un problème avec ça ? »

Ses yeux clairs luirent doucement. « Nan… mais on aimerait avoir une chance de te parler. »

La guerrière hocha lentement la tête. « Très bien. »

Ils se mirent en file, des petits groupes qui produisaient un bourdonnement de conversation, les nobles approchant avec raideur le groupe de marchands et leur faisant signe d’aller vers une pièce plus petite et plus discrète. Xena s’assit dans le fauteuil et les regarda partir, un pied posé sur le support de table et un bras autour de son genou. « Ça a marché. »

Gabrielle s’adossa et regarda Silvi qui parlait à ses cousins et aux domestiques, avec Framna qui regardait tranquillement à quelques mètres. « Ils n’aiment pas du tout qu’il reste », dit-elle lentement.

La bouche de Xena se recourba. « Je sais. »

« Tu sèmes vraiment les ennuis », l’accusa la barde avec un sourire. « Et des ennuis romantiques. »

Xena ouvrit grand des yeux bleus innocents. « Moi ? » Elle pointa sa poitrine. « Oh non… je ne le pense pas… pas romantique. Nan nan… pas moi. »

Gabrielle la fixa. « Alors, tu admets la partie sur les ennuis, hein ? »

« Et bien », fit remarquer Xena d’un ton raisonnable. « Je suis une ex-seigneur de guerre. Ça vient avec le boulot, tu vois ? » Elle se frotta les ongles sur sa tunique. « Rude, coriace, méchant… mal élevé… grossier… c’est un peu une marque de fabrique. »

« Ah. » La barde entrelaça ses mains. « Je vais essayer de garder ça en tête la prochaine fois que tu laisseras une rose sur mon oreiller. »

Xena lui lança un regard. « Heu… bien… j’avais laissé les épines. »

« Non, tu ne l’as pas fait. » Gabrielle secoua un doigt vers elle. « Aussi douce que des fesses de bébé. »

Un autre regard. « Humpf. »

Elle fut sauvée par l’approche de Silvi, traînant un bon nombre de ses domestiques. La princesse s’arrêta devant elles en produisant un petit sourire prudent à Xena. « Salut. » La guerrière la regarda d’un air bienveillant. « Je peux faire quelque chose pour toi ? »

Gabrielle roula les yeux. « Silvi, merci d’avoir envoyé des gens pour voir si nous allions bien… je… nous… avons vraiment apprécié ça. »

Silvi rayonna. « Tout est pardonné alors ? Nous essayions vraiment de faire ce qui était le meilleur pour la cité. »

« Bien sûr. » La barde sourit. « Je ne te tiens aucune rigueur. »

Tous les yeux se tournèrent vers une Xena sombre, qui haussa un sourcil glacial.

« Elle non plus. » La barde tapota la cuisse de son âme sœur d’une façon amicale. « Vraiment. »

Tout le monde eut l’air d’en douter hautement.

« Non… vraiment », insista Gabrielle. « Elle est bien plus gentille qu’elle n’en a l’air. »

Xena haussa brusquement ses deux sourcils et lança un regard noir à sa compagne.

La barde lui rendit son regard. « Tu rends ça difficile, Xena. »

La guerrière fit retraite et croisa les bras. « Je vais bien, Silvi… désolée que ça ait pris cette tournure. » Elle hésita, consciente que la barde pianotait sur la table. « Pas de ressentiment. »

«Tu vois ? » Gabrielle lui sourit puis se tourna vers la princesse. «Alors… qu’as-tu en tête ? »

Silvi joignit ses mains. « Votre mère doit être tellement fière de vous deux. » Elle rayonnait. « Nancia m’a dit que vous étiez sœurs… je pense que c’est merveilleux que vous voyagiez ensemble… c’est tellement… tellement… orienté vers la famille. »

« Oh oui », marmonna Xena après un instant figé dans lequel elle et son âme sœur partagèrent plusieurs jurons silencieux du même tonneau. « Assurément orienté vers la famille, pas vrai sœurette ? »

Gabrielle se massa les tempes. « Absolument. »

« Oh oui… tout s’est parfaitement mis en place, vous savez. » Silvi leur sourit. « Je ne peux pas imaginer pourquoi ça ne m’est pas apparu plus tôt. » Elle mit la main sur le bras de Gabrielle. « Imagine ça, moi pensant que tu étais une esclave… comme j’ai été idiote… je n’ai ni frère ni sœur, vous voyez. » Elle fit une pause. « Mais c’est curieux que tu ne l’aies pas mentionné quand nous avons parlé de ton autre sœur. »

« Et bien, hum. » La barde se gratta la mâchoire. « J’allais le faire. »

« Peu importe. » La princesse haussa les épaules. « Ce que j’étais venue vous dire, c’est qu’un conseil royal a été appelé et Edgevar… c’est mon oncle… il a dit que je devais t’ordonner d’y venir. » Ceci dit à l’intention de Xena qui cligna des yeux. « Dans une marque de chandelle. »

« Edgevar. » Xena prononça le nom avec prudence. « Ce ne serait pas le père de Vasi et Elanora, par hasard ? »

Silvi mit la main sur sa bouche. « Tu es tellement intelligente », s’exclama-t-elle. « C’est tout à fait ça. »

« Oui oui… et à quoi sert ce conseil ? » Demanda la guerrière.

« Oh… et bien, tu vois, vu que mon père est mort, nous étions en train de décider qui allait prendre sa place… personne n’a été capable de se mettre d’accord sur quoi faire », expliqua Silvi. « Là, Edgevar semble penser qu’il a une idée que nous allons tous aimer. » Elle sourit à la guerrière. « Et il voulait que tu sois là. »

Oh bon sang. Xena souffla. « Pourquoi moi ? »

La princesse cligna des yeux. « Je n’en ai aucune idée. » Elle haussa les épaules. « Ce sera dans la petite salle… s’il te plaît, ne sois pas en retard. » Elle fit un petit signe à Gabrielle puis se retourna et sortit.

« C’est quoi tout ce truc ? » Marmonna Gabrielle.

« Je suis plus gentille que j’en ai l’air ? » Des yeux bleus outrés se clouèrent sur elle. « C’était quoi cette idiotie ? »

« Tch. » La barde lui tapota la main. « Je blaguais, c’est tout. » Elle hésita, se rendant compte que sa compagne était vraiment blessée par le commentaire. « Hé… hé… ça va maintenant… c’est moi, tu te souviens ? »

« Ouais… je présume que c’est pour ça que je ne m’y attendais pas », répliqua Xena d’un ton sec.

Gabrielle la fixa tranquillement. « Je suis désolée. » Elle enroula ses doigts autour du poignet de Xena. « J’ai oublié le seuil de taquinerie. »

« Ce n’est pas ça. » La guerrière voulait visiblement secouer sa main pour la libérer, mais elle s’obligeait à ne pas le faire. Elle s’arrêta un long moment puis elle soupira et baissa la tête. « Attends une minute… pourquoi je surréagis  là-dessus, par Hadès ? » Marmonna-t-elle en se massant la tempe.

Elles se regardèrent. Gabrielle grimaça. « Désolée », murmura-t-elle tandis qu’elles arrivaient à la même conclusion. « Je présume que nous partageons ça aussi. »

Les muscles du bras de Xena se détendirent et elle tourna sa main pour attraper et serrer les doigts de la barde. « Au moins, on s’en est rendu compte. »

Gabrielle sentit la chaleur de son étreinte remonter doucement son bras. « Oui… moi aussi. » Sans y penser, elle leva leurs mains jointes vers ses lèvres et en effleura le dos des phalanges de Xena puis elle tourna la tête en entendant une toux. « Oh salut. »

Grand-mère se tenait là, ses mains noueuses serrées dans son dos. « Je déteste interrompre une si jolie scène. »

Les deux femmes rougirent. Gabrielle commença à relâcher la main de sa compagne, mais sentit ses doigts serrés fermement. Elle regarda Xena, qui arborait une expression attentive sur son visage, puis elle resserra sa prise tout en regardant Grand-mère. « C’est bon. »

Xena roula la tête d’un côté. « Merci pour l’avertissement d’hier soir… tu as probablement sauvé la cité. »

La vieille femme ricana. « C’est pas c’que j’ai entendu dire, jeune pousse. » Elle fit signe derrière elle. « J’ai entendu qu’vous aviez eu du raisin pour vot’ p’tit déjeuner… j’ai pensé vous am’ner quelque chose qui tiendra mieux à vos côtes. »

Un plateau apparut par magie et la senteur du pain fraîchement cuit pénétra la chaleur humide. « Merci. » Gabrielle lui sourit. « Ces choses étaient… hum… elles avaient bon goût, mais il n’y avait pas grand-chose à manger. »

Grand-mère lui lança un regard affectueux. « Oui et tu as une bouche en plus à nourrir. » Elle rit en voyant la barde rougir. « Allez vous deux… mangez. » Elle partit les laissant dans une paix isolée sur le dais.

Gabrielle plissa le front. « Xena… comment elle le sait ? » Elle lança un regard déconcerté à son âme sœur. « Je sais que je n’ai pas l’air d’être enceinte. »

« J’en sais rien. » Xena prit une portion de pain frais et posa un peu de beurre et de miel dessus d’une seule main puis elle la tendit à la barde. « Tiens. »

Au lieu de le prendre, Gabrielle mordilla le pain dans les doigts de Xena, les yeux fermement posés sur le visage assombri de sa compagne. Elle se demanda brièvement si quelqu’un les regardait puis décida qu’elle s’en fichait. Tandis qu’elle finissait le bout de pain, elle lécha les doigts de Xena puis les embrassa.

Un lent sourire charmeur remplaça l’expression d’anxiété pensive sur le visage de la grande femme. « On pourrait penser que quelqu’un ici se serait rendu compte que nous ne sommes pas sœurs », commenta la guerrière avec un sourire.

« Ils peuvent me mordre les fesses », répondit Gabrielle d’un ton acerbe.

« Pas s’ils ne veulent pas passer le reste de leur vie sans dent », répliqua Xena d’un ton ironique. « J’espèce que ce truc du conseil n’est pas ce que je pense », ajouta-t-elle en réfrénant un bâillement, puis elle donna un autre morceau de pain à la barde. « Je ne veux pas rester là assise à les écouter me dire pourquoi je dois traîner dans le coin. »

Gabrielle y réfléchit. « Tu penses que c’est ce qu’ils vont faire ? »

Un haussement d’épaules. « Peut-être. »

Le regard vert se posa sur elle. « Tu veux traîner par ici ? »

Xena cligna des yeux, un peu surprise. « Non… pourquoi ? »

« Je demande juste… je pensais que tu t’amusais bien avec tous les combattants… je veux dire que ce n’est pas un mauvais endroit, si tu voulais rester ici un moment et peut-être… » Elle fit une pause puis reprit. « Peut-être retrouver un peu de ce que tu avais connu. »

Xena resta immobile et se contenta de la regarder un long moment. Puis elle soupira. « Non. » Un petit geste de la tête. « Je veux rendre visite aux Amazones… avoir un grand festival, puis… » Un souffle. « Et puis rentrer à la maison. »

« Xena… c’est bon… ça ne m’embête pas du tout de rester ici », dit doucement la barde. « Nous sommes près de la maison… tu pourrais rester ici et passer un peu de temps avec ces gars… je pense que tu aimerais ça. »

A sa surprise, la guerrière secoua la tête. « Non… je le pense vraiment, Gabrielle », répliqua-t-elle avec une fermeté tranquille. « Après hier soir… j’ai eu ma ration. » Elle prit une inspiration. « J’ai été trop près… du bord pour moi. »

Gabrielle comprit immédiatement. « D’accord… je te comprends », répondit-elle. « A la maison alors. » Elle arracha un morceau de pain et le tendit à la grande femme, attendant qu’elle commence à mâcher avant de continuer, suivant son chemin avec délicatesse. « Xena… je peux te demander quelque chose ? »

Les yeux bleus se remplirent d’une légère alarme. « Bien sûr. »

La barde regarda autour d’elle puis tourna son regard sur Xena. « Quand nous étions près de… hum… du lit de Garanimus… tu lui as dit que… tu le verrais au Tartare. »

La respiration de Xena augmenta visiblement. « Oui. »

« Tu le pensais vraiment ? »

Un long, très long silence. Finalement la guerrière ferma ses yeux clairs. « Oui », dit-elle d’une voix rauque.

« Xena… » La barde se retrouva à court de mots. « Je pensais que… »

« C’était avant que je fasse… à nouveau toutes ces erreurs », réussit à dire Xena d’une voix blanche. « Et… je ne pense pas pouvoir les rattraper… c’est tout. » Ses doigts étaient fermement serrés autour de ceux de la barde. « Alors… mais… ne t’inquiète pas pour ça, Gabrielle… je suis… j’essaie de ne pas y penser. »

« J’y pense parfois », murmura tranquillement la barde. « Je pense à… comment on peut s’attendre à aller aux Champs Elyséens si on fait quelque chose comme… tuer un enfant. »

Le visage de Xena fut totalement neutre pendant un instant, puis elle se pencha en avant et relâcha la main de la barde pour amener les siennes et prendre les joues de la jeune femme. « Tu vas… aller aux Champs. » Sa voix ne comportait aucun doute. « Ne pense pas un instant qu’il en sera autrement. »

Les yeux de la barde se remplirent de larmes. « Pas sans toi en tous cas. » Sa voix tremblait. « Je ne peux pas y arriver toute seule… j’ai besoin de ma championne près de moi. »

Je ne me suis jamais rendu compte qu’elle ressentait… oh dieux. Xena sentit une douleur très profondément. Ce n’est plus mon choix, pas vrai ? « Gabrielle, écoute-moi. »

Celle-ci cligna des yeux verts anxieux.

« Je serai toujours, toujours là pour toi, tu me comprends ? » Elle essuya les larmes sur le visage de la barde. « Même dans la mort, je ne te quitterai jamais. » Elle fit une pause. « Jamais, d’accord ? »

Un léger hochement de tête. « Tu le promets ? »

« Non », répliqua la guerrière. « Je ne le promets pas, je le jure. » Elle fixa attentivement la jeune femme. « Je te le jure, sur tout ce que je suis. »

Tout à coup, l’air humide et inconfortable de la pièce disparut et Gabrielle se sentit flotter confortablement sur un nuage frais. Son cœur accueillit les mots et se lova autour d’eux, forçant un sourire sur ses lèvres tandis que la sombre anxiété se dissipait.

Elle n’avait aucune idée de si des gens étaient encore là, ou si on les regardait et elle se devait d’admettre qu’elle se fichait complètement qu’il y en ait, et il y en avait. Ce n’était pas important... Seuls ces yeux bleus comptaient et la voix qui lui disait ce que son âme désirait entendre.

« Merci », répondit-elle finalement, très simplement.

Et Xena se contenta de hocher la tête.


Gabrielle avait trouvé un joli banc capitonné et doux derrière une fenêtre en retrait et elle était blottie dessus à regarder la pluie tomber. Elle avait laissé Xena aller faire le tour de ses troupes et échanger des histoires sordides de combattants pour lesquelles elle n’avait aucun goût. Par exemple comment on taille la jambe de quelqu’un… beuh. Les détails ne la gênaient pas, mais ils trouvaient tellement de bonheur là-dedans… et elle savait que son âme sœur avait tendance à être un petit peu enthousiaste sur ce sujet. Arès avait décidé de rester avec elle et il était blotti sous le banc, sa longue queue dépassant sur les dalles et ses yeux jaunes scrutant l’obscurité.

Beuh. Elle mit ses jambes sous elle et s’appuya contre le rebord pierreux, regardant la pluie tomber contre le bois noirci par l’eau et les toits des bâtiments de la cité. D’ici et aussi haut, elle pouvait voir au-delà des murailles, vers la ceinture de la riche forêt et les ruines du marché écroulées, brûlées et solitaires, juste au-dehors des portes.

La pluie avait une odeur intéressante, décida-t-elle. Quelque chose de riche et épicé… et ça donnait aussi à la pierre contre laquelle elle était assise une senteur subtile..

Elle se repassa la dernière conversation qu’elle avait eue avec Xena et décida que ce truc de la grossesse émotionnelle les tannait toutes les deux. Qu’est-ce qui lui avait pris d’amener tout ce sujet sur la mort ? Encore ? Pas qu’elle n’appréciait pas… non. Pas qu’elle n’avait pas besoin d’entendre ce que Xena avait dit… elle en avait besoin… mais juste là ? Au milieu d’une salle de banquet ? Gabrielle. Il faut que tu te reprennes.

Elle soupira et posa sa tête contre la pierre froide. Mais elle avait eu plus qu’une promesse, pas vrai ? Un léger sourire fit surface. Où qu’on aille, nous y allons ensemble, Xena… habitue-toi à cette idée, d’accord ? Et je me fiche de ce que tu penses… cet endroit ne sera pas le Tartare… et même si ça l’est, avec nous deux là-bas… on mettra le bazar.

Sa main tomba inconsciemment sur son estomac et elle soupira. Est-ce que le bébé change cela ? Elle regarda la pluie en silence tandis qu’une douce brume lui touchait le visage. La veille au soir, elle était entrée dans la bataille sans même y réfléchir et elle soupçonnait que Xena n’y avait pas pensé non plus. La guerrière avait semblé vraiment contente de la voir là et ne lui avait pas dit une seule fois de se retirer du combat.

Pas qu’elle l’aurait fait, bien sûr. Quelqu’un devait protéger les arrières de Xena et elle serait damnée si elle laissait quelqu’un d’autre le faire.

Du moins pour l’instant en tous cas. Elle savait qu’elle devrait s’arrêter à un certain moment, malgré les histoires sur Xena, parce que la réalité physique résulterait finalement en plus de mal que de bien. Mais pour l’instant… jusqu’à ce que ça devienne trop embarrassant, elle avait l’intention de maintenir ses talents de combattante.

Xena disait que plus vous étiez en bonne forme, plus c’était facile, pas vrai ? Et elle devrait bien savoir.

Mais le point physique nonobstant, quelle responsabilité avait-elle envers le bébé ? Est-ce qu’elle sortirait d’un combat pour le protéger, aux dépens de Xena ?

Non. La décision était plus facile qu’elle ne s’y attendait. Le bébé devrait saisir sa chance tout comme elle le faisait. Tout comme Xena le faisait.

Elle avait toujours dit que, quel que soit l’endroit où Xena allait, elle irait. Est-ce qu’elle reculerait maintenant ? Et si Xena mourait… est-ce qu’elle resterait, à cause du bébé ? Et si Xena avait été tuée la veille au soir ? Elle se força à réfléchir à cette possibilité parce qu’elle savait, et Xena avait admis que si elle, Gabrielle, n’était pas intervenue, cela se serait probablement produit.

Qu’aurait-elle fait ? Se tenir au-dessus du corps de Xena jusqu’à ce qu’ils la tuent aussi ?

Elle essaya d’imaginer ce que ça aurait été et elle ressentit l’horrible vide, se souvint de la douleur qui l’avait submergée quand elle avait dû passer une semaine à souffrir la réalité de la mort de la guerrière.

Est-ce qu’elle resterait volontairement vivante, juste pour l’amour du bébé, et aurait à le supporter ? Et si ça se passait après sa naissance ?

Elle posa sa joue contre la surface mouillée et rugueuse de la pierre et soupira à nouveau. Je suis d’humeur morbide aujourd’hui, non ? Pourquoi ne pas penser comme ça va être génial d’avoir un enfant au lieu de me demander ce que je ferais… Peut-être que c’est le mauvais temps. Son regard alla vers le paysage grisâtre et elle regarda les rafales de vent emporter du chaume par-dessus les rues étroites de la cité.

La chaude présence la prit par surprise et elle tourna la tête alors que Xena la rejoignait dans sa petite alcôve. La guerrière s’assit et la souleva, l’attirant dans une étreinte inattendue, mais bienvenue. Elle se blottit contre la tunique en coton imbibée d’eau et se laissa sentir la force rassurante des bras de sa compagne.

« Hé. » Xena détendit sa prise, mais ne la relâcha pas. « Qu’est-ce que tu fais ? »

« Je réfléchis », répondit Gabrielle en absorbant la vue de la belle allure sombre de la guerrière. Les cheveux de Xena étaient mouillés ainsi que sa tunique et elle avait une trace de boue sur sa pommette gauche. La barde leva la main et l’essuya. « Tu as fini avec tes histoires sanglantes ? »

La guerrière lui lança un regard penaud et rit un peu. « Oui… » Elle regarda par-dessus son épaule. « Je me prépare pour cette fichue conférence royale… tu veux venir ? » Ses yeux étincelaient. « Je pourrais avoir besoin d’une protection. » Un sourire. « Tu sais que les soldats t’idéalisent… ils disent que tu as fait plus de dommages avec ton petit bâton que dix d’entre eux avec leurs épées. »

Gabrielle cligna des yeux de surprise. « Heu… mais je ne… je n’essayais pas de faire ça, tout ce que je faisais c’était de… »

« Protéger mes fesses. » Xena hocha la tête. « Je sais… je leur ai dit… ça n’a pas empêché… ça a juste empiré les choses parce qu’ils pensaient que c’était tellement… hum. » Elle renifla et réfléchit pour trouver le bon mot pour ça.

« Romantique ? » La barde la taquina doucement.

« Ils n’ont pas utilisé ce mot », murmura Xena en se mâchouillant la lèvre. « Plus comme une maman loup qui protège ses petits. » Elle fit une pause. « Féroce… c’est comme ça qu’ils l’ont appelé. »

Gabrielle ébouriffa ses mèches. « Et bien… tu es plutôt mignonne… comme un louveteau. » Elle prit une des mains de Xena et l’examina. « Avec de belles grosses pattes aussi. » Elle chatouilla la paume et regarda les doigts bouger en réponse. « Féroce, hein ? » Son visage se plissa. « Je ne sais pas. »

Xena sourit. « Oui…je pense que c’est une bonne description. » Elle étudia la jeune femme. « Tu vas bien ? Tu as l’air un peu éteinte. »

Je ne peux pas croire qu’elle l’ait remarqué, s’émerveilla Gabrielle tout en se reprenant. A une époque je devais pratiquement fondre en larmes avant qu’elle ne se rende compte que quelque chose n’allait pas. « Le temps, je présume… ça me donne des pensées moroses. »

Xena plissa le front et regarda dehors, et Gabrielle s’amusa à imaginer paresseusement que son âme sœur essayait de trouver un moyen de changer le mauvais temps. Cela la fit rire et elle tapota la poitrine de Xena. « C’est juste le moral… ça va passer. » Elle mit les bras autour de la taille de la guerrière et s’appuya contre elle. « Alors, qu’est-ce que tu vas faire de ces gars ? »

« Oh. » Xena abandonna l’idée de trouver une solution pour changer le temps et elle se réinstalla en serrant la barde contre elle. « J’avais oublié ça… oui… apparemment, Gar s’était entouré de paresseux comme lui… ils aiment cet endroit. » Elle regarda la pluie paresseusement. « Ils avaient hâte de pouvoir s’installer. »

« Quoi ? » Gabrielle releva la tête de l’épaule de la guerrière et la regarda avec confusion. « Xena, c’est une armée… qu’est-ce que tu veux dire par s’installer ? »

Un haussement d’épaules. « Ça arrive… parfois. Tu sais, Gabrielle… les armées comme celle-là… sont faites de gamins pour la plupart… ou d’hommes âgés qui ont été forcés de quitter leur terre… mais pas de soldats professionnels. La plupart des gars viennent de… et bien, du même genre d’endroit que toi et moi. »

« Hmm. »

« Ces deux années ont été difficiles… Gar n’était pas stupide… il a discuté des plans avec ses chefs de bataillon avant de les amener ici. Ils étaient d’accord avec son plan. »

« Hmm », repéta Gabrielle. « Alors… et maintenant ? »

« J’sais pas. » Xena haussa les épaules. « J’ai été encerclée dans les baraquements… ils… heu… »

«Te suivraient n’importe où. » La barde finit la phrase d’un ton ironique.

« Plus ou moins. » Xena gloussa d’un air penaud. « Mais si on leur donne le choix… ils aimeraient plutôt s’installer. »

« Hmm », dit la barde pour la troisième fois. « Alors… il faut qu’on fasse en sorte que la cité veuille les garder, pas vrai ? » Elle pianota sur la chemise en coton qui couvrait l’estomac de Xena. « Il faut qu’on persuade ces idiots en chemises brodées qu’il y a de l’intérêt à avoir une force royale fidèle, qui, en plus, est composée de gars sympas et costauds qui peuvent bouger des rondins. »

« Vrai », approuva Xena aimablement.

« Alors… quel est le plan ? » Demanda la barde.

« J’espérais que tu me le dises », répliqua Xena avec un sourire. « C’est plutôt dans ta zone d’expertise que dans la mienne. »

Gabrielle la regarda. « Mes plans semblent bizarrement ne pas marcher ces derniers temps. »

Xena la fixa à son tour. « Je compte sur toi pour en trouver un. »

« Tu fais ça exprès », l‘accusa la barde incertaine.

Pas de réponse.

« Tu me rends vraiment dingue parfois, Xena. »

Toujours pas de réponse.

Un soupir. « Très bien… je vais voir ce que je peux trouver… mais je ne promets rien. »

Xena lui produisit un sourire éclatant. « Allons… tu peux y réfléchir pendant qu’on les écoute blablater. »  Elle se leva et tendit une main à la barde pour l’aider à se lever. « Honnêtement, Gabrielle… je suis à bout de patience avec ces gens… je suis d’humeur à en prendre un et à lui faire entrer ce que je veux dans la tête en cognant… ce n’est pas vraiment une bonne idée. »

Gabrielle ajusta la tunique de son âme sœur puis la ceinture et elle finit par se détendre et sourire. « Oui… je pouvais voir comment tu étais tendue avec Silvi… très bien… je vois ce que tu veux dire… laisse –moi secouer mes talents diplomatiques et les mettre au travail. » Elle fut récompensée par une étreinte, qui la chatouilla de haut en bas sur tout son corps tandis qu’elle se retrouvait encerclée par une guerrière légèrement mouillée, mais chaude. Xena lui massa le dos pour relâcher la tension et elle sentit sa mauvaise humeur se dissiper complètement, remplacée par son optimisme habituel.

« Allez Tigresse. » Elle finit par se libérer à contrecœur. « Ne laissons pas ces idiots attendre. »

Xena glissa un bras autour de ses épaules tandis qu’elles sortaient de l’alcôve ensemble. « Je me  demande s’ils réaliseraient si j’entrais là-bas avec toi dans mes bras… qu’est-ce que tu en penses ? »

Gabrielle ricana. « Non. » Elle leva les yeux. « Des sœurs ? Par la Grande Héra, Xena… je te ressemble autant que je ressemble à Arès. »

« Roo ? » Le loup leva les yeux en entendant son nom et remua la queue.

« Pas que ça ne soit pas un compliment », ajouta-t-elle rapidement, avec un sourire. « Mais je veux dire que… c’est quoi tout ce truc ? »

Xena haussa les épaules. « Les gens voient ce qu’ils veulent voir, Gabrielle. » Elle rit. « Je pourrais probablement te dire mon amour éternel au milieu de la salle de banquet et ils penseraient toujours tous que c’est une démonstration d’affection sororale profonde. »

« Idiots ». La barde roula les yeux.

« Oh oui », répondit Xena. « Tu as tout à fait raison. »


La voix de l’homme bourdonnait, encore et encore. Gabrielle avait posé son menton sur ses mains et l’écoutait, tandis qu’il exposait le montant exact et les conditions des prêts qu’ils allaient offrir aux marchands, à quel pourcentage et dans quels termes ils allaient être traités.

Mais elle gardait le regard devant elle, parce qu’elle savait que si elle jetait un coup d’œil de côté vers Xena pour voir la guerrière déchirer un morceau de son parchemin en tous petits morceaux, puis les pousser autour d’elle dans des dessins étranges, elle se mettrait à rire.

Ce n’était pas bon.

Xena s’ennuyait facilement, elle s’en était rendu compte il y a longtemps, à moins que ce dont on discutait ne l’intéressât. Ce que ne le faisait pas ce sujet, ni pour la barde d’ailleurs, mais Gabrielle avait développé une tolérance pour ce genre de choses pendant ses longs séjours avec les Amazones et à Amphipolis.

Alors… son âme sœur s’ennuyait et quand elle s’ennuyait, Xena avait tendance à s’agiter. La barde savait que si elle lui passait une plume et un plus grand morceau de parchemin, la guerrière se mettrait à dessiner, traçant des carrés remplis d’une croix et les remplissant au hasard. Les morceaux de parchemin avec lesquels elle jouait maintenant étaient un substitut, quelque chose pour occuper son esprit agité pendant que le noble lisait la liste des marchands.

A nouveau.

« Je ne… sais toujours pas si ceci est prudent », finit-il par résumer avec un soupir.

« En fait. » Gabrielle s’éclaircit la voix. « Vous allez recevoir pas mal en retour… je sais par expérience que les gens autour de la zone vont venir au marché aussitôt qu’il sera reconstruit, espérant faire des affaires avec des marchands désespérés et espérant récupérer leurs pertes. »

Ils se tournèrent tous pour la regarder, puis se regardèrent l’un l’autre. « Vraiment ? » Murmura le noble. « Des affaires, tu dis ? »

La barde hocha la tête. « Bien sûr. » Elle entrelaça ses doigts. « Vous allez aussi attirer de nouveaux marchands qui verront une opportunité de remplir les trous. »

« Tu as déjà vu… ça se produire ? » Un jeune homme parla en se penchant en avant. « Dans d’autres lieux ? »

Gabrielle haussa les épaules. « Oui… ce n’est pas une conséquence très jolie, mais c’est un peu dans la nature humaine, tu vois ? »

L’attention se tourna sur elle. « Dis-nous en plus », murmura le vieil homme nommé Edgevar.

Alors que Gabrielle s’éclaircissait la voix pour commencer à parler, Xena eut un sourire narquois et continua ses dessins obsessionnels, faisant des morceaux la tête d’un chat. Elle écoutait les descriptions de son âme sœur et était à demi-consciente du murmure d’approbation des nobles.

Elle a besoin de ça. Son regarda alla rapidement vers le profil de Gabrielle puis revint sur la table. Je suis inquiète pour elle. Ce n’était pas normal qu’elle doive pousser la barde à s’investir et elle s’était un peu sentie coupable de ça, mais à dire vrai, elle n’avait vraiment pas la patience pour ça et elle voulait vraiment que Gabrielle retrouve de la confiance sans son propre jugement.

Elle tourna légèrement la tête pour regarder le langage corporel de la barde, voyant les os et les muscles bouger sur ses épaules sous le tissu rugueux de sa tunique tandis qu’elle faisait des gestes et l’écartement de ses côtes quand elle reprenait son souffle pour continuer à discuter.

Xena poussa un bout de papier en forme d’oreille, puis mit une moustache en place. En plus, Gabrielle marquait de très bons points, certains auxquels elle-même n’avait pas pensé du tout, et les nobles semblaient de plus en plus enthousiaste dans la reconstruction du marché. La barde glissait quelques paroles au sujet des troupes qui faisaient le travail et elle sourit pour elle-même. Brave fille.

« Qu’en penses-tu, Xena ? » La voix de la barde qui s’adressait à elle, la saisit par surprise et elle leva les yeux, un peu coupable.

« Et bien. » Elle savait en voyant le sourire au coin des lèvres de Gabrielle qu’elle avait été surprise en train de rêver éveillée et elle fit venir un sourire d’excuse. « Toujours d’accord avec toi, Gabrielle. »

« Oh… il faudra que je me souvienne de ça. » Les yeux de la barde étincelèrent puis elle retourna son attention vers Edgevar. « Basiquement, si vous lancez le festival juste après la fin de la reconstruction, vous aurez un plus grand  nombre de réponses et ferez le plus de bénéfices. »

Le vieil homme hocha la tête respectueusement. « Bon conseil, madame. » Il se tourna vers Xena. « Et combien de temps pensez-vous qu’il faudra pour reconstruire, général ? »

Xena poussa une queue en place. « Oh… ça dépend du temps. » Elle réfléchit un instant. « Si nous pouvons avoir des chariots pour aller à la forêt et rapporter des rondins, ça ne devrait pas prendre trop de temps. »

« Excellent. » Il fit une pause puis échangea un regard avec trois des nobles plus anciens, qui hochèrent la tête. « Bien, nous pouvons passer au point suivant alors… la régence. » Il ajusta son manteau orné. « Silvi, vous savez que depuis la mort de votre père, j’ai été votre régent. »

« Je le sais. » La jeune fille lui sourit. « Je pense que vous avez été splendide. » Elle se leva et croisa les mains. « Et une fois mariée, je veux que vous sachiez que vous aurez toujours une place ici. »

Le vieil homme tressaillit puis se força à sourire. « Merci, votre Majesté. »

« Je savais que vous vous inquiétiez pour ça », continua Silvi. « Mais je veux que vous sachiez qu’une fois que mon chéri et moi serons mariés, et que je serai reine, je m’assurerai que vous aurez beaucoup de choses à faire. »

Gabrielle tourna son regard vers son âme sœur. Le chat était oublié et Xena écoutait maintenant, une expression d’alerte acérée sculptée sur ses traits anguleux.

« C’est… bon de votre part », répondit l’homme lentement. « Dois-je comprendre que vous croyez vous marier… bientôt ? »

« Oh oui. » Silvi soupira de bonheur. « Maintenant que les choses sont éclaircies, nous pouvons nous marier n’importe quand… bien sûr, ça devra attendre que ma robe soit prête, mais… » Un autre sourire. « Framna fera un magnifique consort… il est tellement beau dans un uniforme. »

« Silvi… » Edgevar croisa les bras. « Après ce qui s’est passé… pensez-vous qu’il est approprié de l’élever à ce statut ? »

Elle eut l’air confuse. « Mais… tout s’est bien terminé… nous sommes libérés de cet animal… et ce n’était pas de sa faute, vous voyez. Il ne pouvait pas empêcher cette armée d’attaquer… nous avons juste eu de la chance d’avoir ici quelqu’un qui le pouvait. » Elle lui lança un regard malheureux. « Il s’est senti très mal… c’est un homme bon, mon oncle. »

« Nous en parlerons plus tard, en privé. » Le vieil homme pinça les lèvres. « Je ne pense pas souhaiter transmettre une régence à un homme qui ne connaissait pas le tempérament de sa propre armée. »

« Il marque un point. » Xena se pencha en avant et murmura. « C’était vraiment aveugle de sa part. »

« Mm. » Gabrielle se pencha en arrière. « Je ne sais pas… mais je me souviens être tombée amoureuse et avoir fait des choses étranges à un certain ex-seigneur de guerre de ma connaissance. » Elle reçut un regard spécial. « Surtout dans le domaine de l’étourderie. »

« Je n’étais pas si mauvaise », murmura Xena. « Non ? »

« Je me souviens de la nuit où tu as nourri Argos avec des tomates bouillies », répondit Gabrielle, en gardant une oreille sur le dialogue à voix basse entre Edgevar et un autre homme. « Bon sang, comme elle était furieuse. »

Xena rit. « Oh dieux… je m’en souviens. » Elle regarda Silvi qui avait un air malheureux et soupira. « D’accord… d’accord… il reçoit une indemnité, mais il reste tranquille. »

« Il l’aime », dit la barde doucement.

« Oui… je sais », gronda la guerrière. « Je n’aime pas beaucoup l’oncle. »

« Moi non plus. » Gabrielle fit une grimace. « Laisse-moi voir ce que je peux faire. »

Xena se pencha en arrière et regarda son âme sœur se lever et aller vers l’endroit où les nobles étaient amassés, se passant la main dans ses cheveux clairs et s’éclaircissant la voix quand elle arriva à leur hauteur.

« Ecoutez, les gars… » Commença Gabrielle.

« Ah… madame la barde… nous parlions justement de vous », l’interrompit Edgevar avec douceur. « Vos contributions d’aujourd’hui ont été très utiles. »

« Hum… merci. » Gabrielle leur fit un sourire. « Ecoutez, au sujet de Framna… il n’est pas si mauvais. »

Ils échangèrent des regards. « Nous ne sommes pas… terriblement inquiets là-dessus en ce moment. » Le régent se frotta les mains. « En fait, nous pensions dépasser ce point et nommer un héritier différent… comme vous le savez, mon fils est de sang royal et il est bien mieux à même que sa petite cousine de monter sur le trône. »

« Ah bon ? » Gabrielle mit les mains dans son dos. « Et bien… hum… ce ne sont pas mes affaires… mais… n’est-ce pas une décision un peu hâtive ? »

« Non non. » Edgevar produisit son sourire froid. « On en a parlé auparavant… nous avions juste un problème pour trouver une femme convenable pour Vasi comme compagne… il y a une… pénurie… de dames aussi qualifiées chez nous. » Ses yeux se posèrent sur elle avec avidité. « Maintenant… je pense que nous avons trouvé cette… vous allez acquiescer, madame la barde, que vous feriez très certainement une splendide compagne. »

La barde le fixa. « Quoi ? » Elle secoua rapidement la tête et se frotta une oreille. « Je vous ai bien entendu… vous voulez que je… que j’épouse votre fils ? »

Il lui sourit. « Exactement… et, ne vous inquiétez pas… nous avons l’intention d’offrir un très bon travail à votre sœur… en tant que commandante des gardes de la cité. » Il lui tapota le bras. « Vous ne serez pas séparée de votre famille… je sais, moi-même, combien c’est important. »

Gabrielle se lécha les lèvres et cligna des yeux. « Excusez-moi un instant. » Elle exécuta une volte-face parfaite et s’empressa de rejoindre Xena qui regardait nonchalamment.

 

Suite et fin 10ème partie