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Chose promise… chose due

10ème et dernière partie

Par Melissa Good (mai 1998)

(traduction Fryda – 2016)

« Il veut que tu QUOI ? »

Gabrielle n’avait aucune idée de comment Xena réussissait à mettre autant de volume dans une exclamation qui ne portait pas plus loin qu’elles deux. « Que j’épouse son fils », couina-t-elle, en serrant les dents. « Xena, j’en ai par-dessus la TÊTE de l’aveuglement de ces fichus gens dans cette ridicule demie cité au cul couvert de beurre. »

Les yeux bleus s’agrandirent puis clignèrent de surprise à cette série d’obscénités. « Hum. » Xena se leva et prit doucement le bras de son âme sœur pour l’emmener vers le siège qu’elle venait de libérer. « D’accord… tu… t’assois ici un instant… et je vais aller lui parler, d’accord ? » Elle tapota l’épaule remuante de la barde avec précautions. « Regarde… je t’ai fait un chaton. »

Gabrielle posa le regard sur le dessin. « Un chaton. » Elle commença à méthodiquement lui enlever ses moustaches.

La guerrière prit une inspiration puis se dirigea vers Edgevar. Il leva les yeux à son approche et lui fit un fin sourire. « Bonjour », souffla la guerrière et elle fit signe derrière elle. « Gabrielle a dit que tu… hum… lui as fait une offre ? »

Son sourire se réchauffa. « Oui… pardonne-moi de ne pas t’en avoir parlé d’abord… mais l’occasion s’est présentée, alors… » Il se frotta les mains. « Ils ont le même âge… elle semble intelligente, bien que peu civilisée… »

« Elle est déjà mariée. » Xena leva la main pour l’arrêter. « Alors… »

Il eut l’air surpris, mais pas consterné. « On peut trouver un arrangement, j’en suis sûr… un montant sur lequel se mettre d’accord. »

« Oh… oh… non non. » Xena remua la main. « Tout d’abord, il n’y a pas assez d’argent en Grèce pour ça. »

« Hm. » Il croisa les bras. « Je n’ai pas pensé que ça puisse être un problème… vu que ce garçon l’a laissée se promener avec toi dans tout le pays. »

« Gar… par la boule gauche d’Hadès », jura Xena. « Ecoute, oublie ça. »

« Ah… je vois le problème… » Il se détendit et leva une main. « Mes excuses… j’aurais dû t’approcher d’abord… tu es la plus ancienne dans la famille… je me suis trompé. Moi, parmi tous, étant le plus ancien dans la mienne, j’aurais dû m’en rendre compte. »

Xena cligna des yeux. « Quoi ? »

« Tu es aussi intéressée par mon garçon ? Je n’y avais pas pensé… tu es bien plus vieille que lui, mais pourtant… » L’homme se frotta la mâchoire, inconscient de la colère qui montait dans la grande guerrière. « J’avais pensé t’offrir un poste militaire… le plus élevé, bien sûr… ça semblait plus dans ta zone d’intérêt… Mais je suppose qu’on pourrait… »

Deux grandes mains lui agrippèrent les épaules et le secouèrent si fort que ses dents s’entrechoquèrent.  « Arrête ça ! » Grogna Xena, d’une voix profonde et basse. « Maintenant écoute –moi bien…. Je ne suis pas intéressée par ton maudit fils. Gabrielle n’est pas intéressée par ton maudit fils. Nous sommes toutes les deux mariées et ça nous va parfaitement. COMPRIS ? ? ? ? »

Il renifla. « Pas besoin de hurler. » Il se libéra de sa prise. « Je vois qu’il faut que nous négociions… peut-être que je peux envoyer quelqu’un chez vos maris ? »

L’absurdité de la situation atteignit Xena. Elle éclata de rire, incapable de s’arrêter, et elle finit par reculer en trébuchant pour s’appuyer sur la table de conférence. « Non. » Elle finit par soupirer et se redressa. « Tu ne peux pas. » Elle fit signe à Gabrielle de se lever. « Viens. » Elle regarda la barde rassembler avec soin ses morceaux de parchemins et les mettre dans sa poche, puis attraper sa boîte de plumes. « Ecoute…» Elle fit face à Edgevar. « Pense à ce que tu fais, d’accord ? Framna n’est pas un mauvais bougre. »

Edgevar les regarda partir puis, vexé, il produisit un claquement de la langue contre le palais vers ses aides. « C’était idiot de ma part… j’aurais bien dû savoir qu’il fallait l’approcher en premier… elle a une fierté encore plus grande que la mienne. »

L’aide renifla. « Il faut qu’on trouve un autre moyen, alors ? »

« Non non… laissons-lui du temps pour y réfléchir… nous allons trouver un arrangement. Je ne vais pas perdre cette occasion… elle va retrouver ses sens. » Il fit une pause. « Peut-être que je peux adoucir l’offre… tu penses qu’elle aimerait plus de serviteurs ? »

L’aide haussa les épaules. « Ça ne peut pas faire de mal. »

Edgevar hocha brusquement la tête. « Faisons comme ça. »


« T’sais, Xena, on aurait vraiment dû amener Salmoneus ici », dit Gabrielle d’un ton songeur tandis qu’elle suivait les foulées agacées de son âme sœur dans le couloir. « Il aurait fait un tabac pour leur vendre des villas de vacances à Pompéi. »

Xena s’arrêta et se retourna, les mains sur ses hanches. « Je peux t’emmener dans une villa de vacances quelque part ? Pour un mois?”

Gabrielle cligna des yeux, hautement surprise. « Euh… bien sûr ! » Elle eut un large sourire. « Et pourquoi pas un endroit à la plage quelque part… on pourrait avoir un de ces barbecues. » Elle se rapprocha et mit la main sur le côté de la guerrière, sentant la peau chaude sous ses doigts. « Juste toi… et moi… et une platrée de coquillages ? Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Mmmm. » Xena leva nonchalamment la main et passa ses doigts dans les cheveux clairs de la barde. Elle murmura. « C’est vendu… aussitôt qu’on fiche le camp d’ici. » Elle soupira. « Tu peux croire ces gens ? »

La barde étudia le mur un moment. « J’ai de la peine pour Silvi… ces types sont tellement visqueux. »

Xena pianota sur sa cuisse. « Oui… ça me donne envie de faire quelque chose. »

Un tout petit sourire recourba les lèvres de Gabrielle. « Moi aussi. » Elle s’appuya contre la guerrière. « Comment dire… des plans sournois, retors et rusés pour détrôner les mauvais régents… c’est ta partie, partenaire. »

Un clignement des yeux bleu clair. « Sournoise ? Moi ? » Xena laissa son faux air innocent se muer en un sourire narquois et mauvais. « Je vais voir ce que je peux faire. » Elle embrassa la barde sur la tête. « Allons… la pluie tombe toujours plutôt fort… on a un peu de temps pour se détendre avant l’arrivée du prochain round de désastres. »

La chambre avait été… nettoyée. Xena s’arrêta, pensive, près du canapé, fixant le sol pierreux qui brillait. Elle glissa le bout de sa botte pour le tester, ce qui produisit un couinement.

Arès se retourna, surpris, et il glapit vers elles.

Elle fit couiner sa botte de nouveau.

Il glapit et trottina vers elle en lui lançant un regard outré.

Un couinement.

Un glapissement.

« XENA ! » Gabrielle lui jeta un coussin brodé qu’elle évita. Il passa par la fenêtre et atterrit dans la pluie, le tissu clair s’obscurcissant rapidement. « Oups. » Elle lança un regard sévère à sa compagne et se dirigea vers le coussin.

« Non non… laisse-moi faire. » Xena leva la main puis sortit sur le balcon, laissant la pluie couler sur elle pendant un long moment. Elle sourit et souleva l’oreiller, puis elle revint dans la pièce où se tenait Gabrielle qui la regardait, les mains sur les hanches.

Avec un sourire narquois, elle se secoua rapidement, envoyant de l’eau partout puis elle laissa tomber l’oreiller sur le sol. « Voilà. » Elle se passa les doigts dans ses cheveux mouillés et observa le sol maintenant trempé. « C’est mieux. » Elle passa le bout de sa botte et ne produisit qu’un léger son étouffé.

Gabrielle ne put s’empêcher de rire. « Tu es vraiment une vaurienne. » Elle s’approcha de Xena et lui détacha sa tunique. « Voilà… je voulais vérifier ces coupures de toutes les façons. » Elle tira Xena vers le foyer où le kit de soins était posé sur une table, et elle sortit l’antiseptique, dont elle couvrit les endroits où elle avait suturé la peau bronzée de la guerrière. « Tu guéris tellement vite que je ne suis pas sûre d’avoir besoin de faire ça, mais… »

Xena la regarda avec indulgence. « Je pense que tu aimes ça. »

Gabrielle leva les yeux, le front plissé. « Quoi… te voir blessée ? »

La guerrière fit une grimace. « Non… prendre soin de moi. »

« Oh. » La barde se rapprocha et tendit la main pour atteindre une blessure sur le côté de son cou. « Et bien… c‘est un peu… je veux dire que, je déteste avoir à arranger ce genre de choses… parce que je déteste te voir blessée, mais… je… je présume que c’est… je suis contente que tu me laisses faire. » Un souffle. « Parce que pendant longtemps, tu ne l’as pas fait… je présume que j’ai toujours considéré ça comme… une marque de confiance. »

Xena mit les bras autour de la barde et la serra. « J’aimerais pouvoir m’excuser pour chaque fois où je t’ai repoussée. » Elle soupira. « J’avais tellement besoin de toi et j’avais tellement peur de m’y abandonner. »

C’était une admission étonnante et Gabrielle la mit de côté pour l’étudier plus tard tandis qu’elle frottait le dos chaud d’une main réconfortante. « C’est bon… je m’en suis finalement rendu compte quand tu as commencé à me laisser un peu faire… que tu n’allais pas m’abandonner quelque part. » Elle fit une pause et réfléchit. « C’était un sentiment agréable… j’avais l’impression d’avoir travaillé très fort et d’avoir gagné quelque chose. »

La nuit. Des lumières vacillantes et les sons apaisants de la nuit dans la forêt qui les entourait. Elle avait mis ses couvertures en place et posé sa jupe et son haut couleur rouille à laver après l’échange qu’elles avaient eu avec des bandits qui attaquaient un village voisin.

Xena était de l’autre côté du feu, assise sur une souche, ses longues jambes étendues n’importe comment, travaillant sur une déchirure dans sa combinaison en cuir. Mais la guerrière s’arrêta et finit par poser ses affaires pour regarder de l’autre côté des flammes. « Hé… Gabrielle ? »

Elle avait levé les yeux. « Oui ? »

Le regard bleu s’était perdu sur le campement avant de finalement se poser sur elle. « Tu pourrais me rendre un service ? »

Même maintenant, Gabrielle se souvenait du sentiment de surprise qu’elle avait eu en entendant ces mots. Un service ? « Bien sûr, bien sûr… c’est quoi ? » Elle s’était levée et avait regardé partout. « Tu as besoin de quelque chose… un outil ? »

« Heu… non… Je… » Xena avait pris une inspiration profonde. « Un de ces gars m’a piquée dans le dos… ça me gêne vraiment beaucoup… peux-tu y jeter un coup d’œil ? »

C’est comme s’il lui avait fallu une éternité pour faire le tour du feu et approcher la guerrière patiente, mais elle finit par y arriver, et l’avait contournée, repérant la trace rouge sur la chemise avant d’inspirer brusquement. « Tu saignes. »

Xena avait hoché la tête. « C’est ce que je pensais. »

Elle s’était agenouillée et avait doucement écarté le tissu, exposant les omoplates bronzées de la guerrière à la lumière vacillante. « Oh… c’est un tas de petites coupures. »

« Oui… c’était une masse… » Avait marmonné Xena. « Il y a du nettoyant et des tissus dans mon paquetage, là-bas. »

Gabrielle avait presque glissé en y allant, avant de chercher dans les provisions, puis elle était revenue en vitesse près de sa compagne de route. Elle avait nettoyé les blessures avec soin, essayant de ne pas blesser Xena plus qu’il n’était nécessaire. Bien entendu, la guerrière n’avait pas émis une seule plainte, mais elle pouvait sentir la peau se tendre sous son toucher et elle avait vu le tressaillement quand elle s’était mise à enlever les échardes de bois.

Elle n’avait jamais réalisé combien la peau de Xena était douce avant ça. C’était comme du velours sous ses doigts.

« Comment ça va ? » Avait finalement demandé Gabrielle d’un ton incertain tandis qu’elle finissait d’étaler un léger voile d'antiseptique à l’odeur piquante sur la zone.

Xena avait hésité puis elle avait tourné la tête, souriant par-dessus son épaule. « Bien mieux… merci. »

Gabrielle lui avait souri en retour. « A ton service. »

« Je sais vers qui me tourner la prochaine fois, hein ? » Il y avait un très léger soupçon de taquinerie dans la voix de Xena, étrange, chaleureux et nouveau.

« Oh… c’est sûr. » La barde avait ri, tapotant le large dos devant elle d’une main hésitante et amicale. « Mais pas trop souvent, d’accord ? »

« D’accord », avait acquiescé la guerrière. « Hé écoute… mon bras est un peu raide… ça t’ennuierait de tenir ça pendant que je termine ? »

Ça t’ennuierait. Gabrielle avait failli se mettre à rire tandis qu’elle s’asseyait sur la souche près de sa grande compagne, et qu’elle tendait le cuir pendant que Xena cousait. Elle s’était sentie en paix et avait laissé les flammes et le mouvement régulier des mains de la guerrière la bercer.

Elle ne s’était pas souvenue de quand elle s’était endormie, appuyée contre l’épaule de Xena. Mais elle s’était souvenue qu’on la déposait sur son couchage, et de la faible pression tandis que la guerrière lui effleurait le front de ses lèvres.

Ça avait été un sentiment tellement merveilleux.

Xena soupira et secoua la tête. « Contente que tu aies insisté. » Elle baissa la tête et effleura les lèvres de la barde des siennes, sentant son corps se rapprocher.

Un coup à la porte. Xena leva les yeux. « Où est mon chakram ? » Grogna-t-elle.

Gabrielle rit à nouveau contre la peau douce de son cou puis recula à contrecoeur, tirant pour refermer le tissu humide et rattacher sa ceinture. « Peut-être que ce sont tes bottes. »

Xena plissa les yeux. « Ça ferait mieux de ne pas être ce salaud sans cervelle. »

Un deuxième coup, un peu plus fort. « Très bien… entrez », dit la guerrière d’un ton brusque.

La porte s’ouvrit brusquement et Nancia entra, avec une suite. Elle se figea quand elle vit le sol et ses sourcils épilés s’arquèrent. Elle tourna rapidement la tête et s’arrêta quand elle vit les cheveux mouillés de Xena et que la guerrière lui souriait d’un air diabolique.

« Je déteste les sols qui couinent », ronronna Xena. « Qu’est-ce que vous voulez ? » Ajouta-t-elle en levant un sourcil.

Nancia lutta pour ôter l’expression outragée sur son visage et croisa les mains. « Lord Edgevar nous a assignés ici pour vous fournir… à toutes les deux… tous les services que vous estimez nécessaires. »

La guerrière et la barde échangèrent un regard. « Vous savez… Nancia… pas que nous n’apprécions pas cela… » Gabrielle vint vers elle. « Nous apprécions… nous apprécions… mais… vous voyez, nous ne sommes pas habituées à ce genre de service. »

« Visiblement », lâcha la femme.

« Et… et bien, tous ces gens… dans une petite pièce… ça nous rend un peu nerveuses. » Elle se pencha en avant. « Vous ne voulez vraiment pas rendre Xena nerveuse… elle commence à jouer avec ces trucs pointus… Ça pourrait être affreux. »

Nancia renifla. « Nous… sommes entraînés à être discrets. » Elle remua les mains vers sa suite, qui prit des positions discrètes autour des murs extérieurs. « Vous ne saurez jamais quand nous sommes là. S’il vous plaît… faites à votre guise… je ne vais pas vous interrompre. »

Gabrielle soupira puis prit une inspiration pour discuter quand des mains chaudes se posèrent sur ses épaules et l’arrêtèrent. Elle se retourna pour voir Xena avec un air étrange sur le visage.

« Elle a dit de faire à ma guise », déclara la guerrière en prenant doucement la nuque de la jeune femme entre ses doigts puissants. « On y va ? »

Oh bon sang… La barde laissaces yeux bleus devenir son monde et se pencha vers elle tandis que Xena lui penchait la tête et qu’elles s’embrassèrent. Ses mains se levèrent dans un pur réflexe pour caresser la guerrière et elle fut à peine consciente des sons étranglés derrière elle tandis que son cœur se mettait à battre plus vite.

Gabrielle entendit un couinement et un grognement de la part d’Arès. Un autre couinement et un bruit étouffé de pas, mais la guerrière laissait maintenant ses mains glisser lentement le long de son corps et elle perdait la capacité de se dire quels étaient ces sons.

Ou l’envie de s’en inquiéter.

Sauf qu’elle reconnut le bruit de la porte qui se fermait et elle hésita, puis elle cligna des yeux vers son âme sœur qui arborait un sourire des plus diaboliques.

Elles étaient seules.

« Eh. » Gabrielle se pencha en arrière et regarda la grande femme avec une fierté possessive. « Tu es teeellement douée. » Elle soupira. « Tu penses qu’elle va le dire à quelqu’un  ? »

Xena ricana doucement. « Quoi… que les péquenaudes du fin fond de la Grèce s’embrassent ? »

La barde lui lança un regard. « Je ne suis PAS une péquenaude, madame-je-cours-dans-les-flaques-de-boue-et-je-tape-du-pied-sur-le-sol. »

La guerrière gloussa. « Je ne donne pas deux pets de centaures qu’elle le fasse… viens par ici. » Elle rapprocha à nouveau la barde et continua sa douce exploration.

« Et s’ils reviennent ? » Murmura Gabrielle tandis que ses mains se glissaient sou la tunique en coton pour trouver la peau chaude. « Tu penses qu’ils vont finir par comprendre qu’on n’est pas sœurs ? »

Un rire bas et diabolique. « Soit c’est ça, soit ils vont tous vouloir déménager à Amphipolis. »


Les chandelles étaient terminées et Xena les laissa en l’état. Elle était affalée sur le canapé bas à regarder la pluie tomber, un bras autour du corps endormi de Gabrielle. La barde avait posé sa tête sur les genoux de la guerrière, un bras enroulé autour de la cuisse de Xena.

La grande femme laissait ses doigts jouer paresseusement dans les doux cheveux blond doré étalés sur sa jambe, souriant un peu quand elle sentit la chaleur de la respiration de Gabrielle sur sa peau. Elle soupira et retourna son attention vers le mauvais temps, qui avait empiré et fouettait maintenant la fenêtre avec une intention vicieuse.

Quoi faire ? Elle réfléchit au problème avec soin. Premièrement, Silvi était trop jeune. Il n’y avait pas de question sur le sujet et en plus, la jeune fille n’avait pas l’esprit que les dieux donnaient aux sabots arrière d’un centaure.

Mais… Edegvar n’était pas meilleur, bien qu’un peu plus sournois, et il laissait un mauvais goût dans la bouche de la guerrière. Pareil pour son fils obséquieux. Elle garda son jugement sur Elanora, parce qu’elle ne l’avait vue qu’une seule fois, mais le rapport incisif de Gabrielle montrait qu’elle ne valait pas mieux.

Xena soupira. Quelle bande de ratés.

Ce qui laissait Framna, qui avait, c’était vrai, été dupé par sa propre armée. Mais elle avait une certaine sympathie dans ce cas… ayant eu une armée entière qui lui avait tourné le dos. Framna s’en était mieux sorti qu’elle, songea-t-elle, se souvenant du Défi. Peut-être qu’il avait du potentiel… il jouait, en tous cas, bien de la harpe.

Framna et Silvi. Xena tressaillit. Bennu et Grand-mère seraient un meilleur choix, mais même elle ne pensait pas s’en sortir avec ça, à deux doigts de soit faire un kidnapping ou un meurtre. Elle devait mettre en place quelque chose qui n’allait pas être balayé dans quelques marques de chandelles, ce qui voulait dire que ça devait rendre heureux un grand pourcentage des gens impliqués.

Beuh. Je déteste la politique. Elle baissa les yeux alors que Gabrielle remuait et bougeait un peu, se nichant un peu plus avec un léger son. Bien entendu, Gabrielle ferait un choix excellent, mais elle n’allait pas l’abandonner, alors oubliez ça. Pas que la barde resterait, même quelques jours, en fait, elle tancerait la guerrière pour l’avoir même pensé.

Et je ne veux pas être tancée, songea Xena avec un sourire. Imaginez ça, cet idiot qui voulait acheter sa coopération… mon pote, tout l’or du monde… ne suffirait pas pour un fichu paiement. Elle regarda l’oreille rose affectueusement et en traça le bord du doigt.

« Dommage qu’on ait fait fuir cette femme à frou-frou avant qu’elle puisse apporter le déjeuner, pas vrai Arès ? » Murmura-t-elle au loup, qui était enroulé contre son autre côté, son museau posé sur son genou. Elle était plutôt sûre que la barde allait se réveiller affamée et il ne restait plus grand-chose de leur plateau de petit déjeuner dévasté.

Elle fit une note mentale pour se souvenir de faire un stock de fruits secs et de viandes avant qu’elles partent pour apaiser l’appétit de la jeune femme qui augmentait subtilement pendant qu’elles voyageaient, une pensée qui amena un sourire émerveillé sur ses lèvres tandis qu’elle en contemplait la cause.

Un léger coup à la porte attira son attention et elle haussa un sourcil. « Coïncidence étonnante », marmonna-t-elle puis elle éleva légèrement la voix. « Entrez. »

La porte s’ouvrit lentement et la faible lumière révéla la haute silhouette de Bennu. Il s’avança avec hésitation puis s’arrêta quand il la repéra dans la lueur. « Ah… »

« Entre… mais ne fais pas de bruit », lui dit Xena en le regardant faire le tour du canapé, s’arrêtant avec surprise quand il repéra la forme endormie de Gabrielle.

« Est-ce que… elle va bien ? » Demanda-t-il doucement.

La guerrière hocha la tête. « Oui… elle va bien… elle est juste un peu fatiguée, c’est tout. » Elle se pencha en arrière. « Que se passe-t-il ? »

« Ah… Bien, l’gars là dehors y veut t’parler », dit Bennu en plissant un peu le front. « J’vais lui dire de r’venir plus tard… si la petite dort, là. » Il commença à faire retraite, mais s’arrêta quand Xena leva la main. 

« Qui est-ce ? »

« Framna », dit le grand soldat d’une voix brève.

Xena soupira. « Non… je ferais mieux de le voir… pas besoin de retarder ça. Donne-moi juste quelques minutes pour réveiller ma partenaire et fais-le entrer. »

« Oui », grogna-t-il à contrecoeur. « C’est pas un mauvais bougre, j’pense. » Il se retourna et sortit à grands pas, refermant doucement la porte derrière lui. Xena pouvait entendre sa voix basse et grondante à l’extérieur et elle tourna son attention vers la barde endormie.

« Hé… l’endormie… » Elle traça une ligne sur le visage de la jeune femme blonde.

« Mm. » Gabrielle remua et se blottit un peu plus.

« Gabrielle… »

Lentement, un œil vert s’ouvrit et la regarda d’un air méchant. « Mon oreiller parle… ce n’est pas bon. »

La guerrière rit doucement. « Désolée, mon amour… mais Framna doit me parler et je pensais que tu préférerais être réveillée à cette occasion. »

« Ça dépend. » L’autre oeil s’ouvrit et la barde roula sur le dos, la tête posée sur la cuisse de son âme sœur et elle étouffa un bâillement lascif. « Est-ce que tu vas te débarrasser de lui comme tu l’as fait avec Nancia s’il devient ennuyeux ? » Elle croisa les chevilles et les mains sur son estomac. « J’aime bien ça. »

« C’est vrai ? » Le regard bleu se posa sur elle affectueusement. « Moi aussi. »

Elles se regardèrent paisiblement pendant un long moment puis Gabrielle soupira et réfréna un autre bâillement tout en roulant sur elle-même pour se redresser, et elle finit contre le dos du canapé près de Xena tout en fixant le mauvais temps. « Beuh. »

La porte s’ouvrit un peu et Bennu passa sa tête ébouriffée. « C’est bon, génr’l ? »

« Oui. » La guerrière se leva et étira des muscles raidis d’avoir fait le service d’oreiller. Elle se tourna quand la porte s’ouvrit plus grand et que Bennu introduisit Framna avant de lui faire signe d’avancer. « Assieds-toi. » Elle lui fit un froid signe de tête, l’observant tandis qu’il prenait nerveusement un siège. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? » Bennu se positionna près de la porte, ses mains dans le dos.

Gabrielle souleva ses pieds et s’assit, jambes croisées, tirant le manteau dont elle était couverte autour d’elle contre le vent humide et froid qui venait du balcon. Elle regarda Framna avec curiosité, alors qu’il se tordait les mains avec anxiété. Toute son attitude avait changé si radicalement depuis la veille, c’était presque comme si elle regardait un autre homme. Elle caressa paresseusement Arès et le loup rampa plus près d’elle avant de se blottir, abandonné par sa grande maîtresse.

« Je… » L’homme aux cheveux roux étudiait ses mains et il soupira. « Je sais à peine quoi dire. »

Xena était allée vers la fenêtre et elle se retourna alors et haussa les épaules. « Y a-t-il quelque chose à dire ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine et s’appuya contre la porte du balcon, une légère brume de pluie couvrant sa peau. « Je pensais avoir été claire ce matin… est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’as pas compris dans ce que j’ai dit ? »

Il fit une pause puis leva les yeux. « Seulement… pourquoi ? » Demanda-t-il en s’éclaircissant un peu la voix. « Pour ce que tu en sais, cette attaque aurait pu être mon plan… la cité aurait été détruite… Pourquoi ? Pourquoi me faire confiance ? »

Xena le regarda froidement. « Est-ce que ça importe ? »

Framna hocha la tête. « Oui… pour moi… parce que je dois connaître la raison des choses… tu avais raison, ce que j’ai fait hier soir dans le hall… c’était pour t’embarrasser. » Il hésita. « Je ne t’ai pas donné de raisons de ne pas me jeter dans le donjon avec des rations de pain et au lieu de ça… » Il leva ses bras et les laissa retomber. « Je ne comprends pas et je le veux. »

La guerrière se retourna et regarda le temps. « Vis assez longtemps, tu apprendras peut-être que ça ne paye pas de penser le pire des gens tout le temps », commenta-t-elle doucement. « Tu apprends aussi à dire quand les gens te disent la vérité. » Elle finit par se retourner et lui fit face. « Je sais ce qu’est une mauvaise personne, Framna. J’en suis une. »

Gabrielle inspira brusquement, puis eut la chair de poule alors qu’elle formulait sa réponse indignée à la description que faisait sa compagne d’elle-même.

Xena leva une main aux longs doigts et son regard bleu saisit le sien. « J’ai fait des choses tellement mauvaises que tes orteils se replieraient si je t’en parlais… alors, crois-moi, il n’y a rien ici qui atteigne ce niveau. »

Le regard noisette se posa sur elle avec incertitude. « Je ne… »

« Mais tu vois… ces deux dernières années, ce que j’ai compris c’est que si tu fais de bonnes choses aux gens, la plupart du temps… ils en prennent le meilleur », continua la guerrière. « Et plus tu fais de bonnes choses pour les gens, meilleur tu deviens. »

La barde souffla. « C’est bien que tu aies éclairci ce point », marmonna-t-elle, en jouant avec la queue d’Arès tout en lançant un regard grognon à son âme sœur.

Xena lui lança un regard tranquille et affectueux en retour. La défendre était devenu un maudit réflexe chez la barde… brièvement, ses pensées l’entraînèrent vers un échange désespéré et murmuré en Chine.

« Si tu penses un instant que je vais rester sans rien faire pendant qu’ils te t… te tuent… Xena… ne me le demande pas ! » Le visage couvert de larmes, sculpté par la fatigue et l’angoisse était tourné vers elle. « Pas après ceci… pas après… s’il te plaît… »

« Ecoute-moi ! » Xena l’avait fixée en retour, espérant qu’elle entendrait les mots et dépasserait son émotion. « Gabrielle… nous n’avons qu’une seule chance, tu m’entends ? Une seule chance… et je ne sais pas si je peux le faire… tout ce que je peux faire c’est essayer… mais… je ne peux pas le faire si je dois m’inquiéter pour toi… s’il te plaît… juste… » Sa voix s’était brisée. « Fais-moi confiance. »

L’indécision sur le visage de Gabrielle avait été douloureuse à voir. « Et si ça ne marche pas ? » Demanda-t-elle finalement. « Alors quoi ? Xena… je ne peux pas… je ne peux pas te regarder mourir à nouveau. »

« Gabrielle… je ne peux pas sortir de ce piège… nous n’avons aucun moyen de nous échapper… je vais faire de mon mieux, je te le promets… mais si ça ne marche pas, tu… si tu n’interfères pas, Ming Tien te laissera partir. » Elle avait regardé directement dans ces yeux verts ravagés. « Mes affaires sont près du quai, avec un marchand du nom de Ha Po… il connaît… ton nom. »

La barde avait commencé à secouer la tête violemment. « Gabrielle… s’il te plaît… prends-les… tu peux vendre le chakram… ça t’amènera à la maison. »

« Xena… il n’y a pas de maison pour moi », avait murmuré la barde et elle avait mis sa tête entre ses mains. « Pas sans toi… oh dieux… qu’ai-je fait ? »

« Gabrielle. » Ça avait fait mal, mais une partie d’elle, une partie glaciale, s’était réchauffée. « Ecoute-moi bien… écoute… c’est la seule chance que nous ayons. » Nous. Elle avait volontairement dit ça. « Mais… n’interfère pas, peu importe ce qui arrive… ne bouge pas, n’essaie pas de les arrêter… nous n’avons pas le temps d’en discuter. »

Et finalement, épuisée, Gabrielle l’avait regardée, là dans ce donjon puant, et elle avait hoché la tête tristement. « Mais je ne reviens pas si ça n’a pas marché. » Elle avait parlé d’une voix rauque, tellement tendue qu’elle en était presque méconnaissable. « Pas si je dois passer le reste de ma vie à savoir que je t’ai tuée. »

C’était vraiment… songea Xena, la meilleure et seule raison pour laquelle tout ce foutu truc marchait. Le fait de savoir qu’elle ne pouvait pas laisser Gabrielle ressentir cela. Et la barde avait fait… incroyablement bien. Un seul pincement, une poussée involontaire, presque animale, arrêtée presque aussi vite qu’elle avait commencé, quand ils étaient venus près d’elle avec le couteau.

Un réflexe.

Toujours.

Framna regardait avec soin d’une femme à l’autre. Puis il fixa son regard sur Xena. « Hum… vous n’êtes pas vraiment sœurs, pas vrai ? » Demanda-t-il avec hésitation.

« Oooh… » Gabrielle lui tapota le bras. « Tu gagnes des points pour le gâteau ! »

La guerrière gloussa. « Non, nous ne le sommes pas. » Elle s’avança et s’assit près de la barde et lui tapota la jambe. « Bien que… si je devais avoir une sœur, c’est elle que je voudrais. »

La barde rougit légèrement et baissa les yeux, puis elle regarda sa compagne. « Ce n’est pas contre Lila… mais… je ressens la même chose. » Elle mit sa main autour du bras de Xena et posa la tête contre l’épaule forte de la guerrière.

« Oh. » Il se massa la tempe. « C’est ce que tu voulais dire… dans la grande salle », marmonna-t-il. « Que tu étais la seule… par les dieux et les petits poissons… maintenant ça a du sens. »

Gabrielle roula les yeux vers Xena. « Tu entends la cloche qui sonne ? »

Xena se mit à rire puis elle redevint sérieuse et regarda Framna. « Ecoute… tu as un gros souci. » Elle avait pris une décision, quelque part entre ses commentaires et le toucher réconfortant et chaleureux de Gabrielle. « Edgevar ne veut aucun de vous et il veut remplacer Silvi comme héritière. »

Framna leva brusquement la tête. « Salaud », cracha-t-il. « Je pensais que c’était dans ses intentions… maudit paquet de… » Il s’arrêta lançant un regard d’excuse à Gabrielle. « Désolé. »

« Merde. » La barde finit sa phrase. « J’ai déjà entendu le terme. » Elle fit une pause. « Je suis même tombée dedans plusieurs fois. » Elle tourna la tête. « Xena, pourquoi tout le monde pense-t-il que je suis tellement innocente ? »

La guerrière la fixa, examinant son visage juvénile et ouvert avec sa frange de cheveux dorés et ses yeux verts éblouissants. « Je me demande aussi », répondit-elle d’un ton neutre. « Peut-être que si tu portais du cuir plus souvent, ils ne le feraient pas. »

Gabrielle ricana. « C’est juste que tu aimes ça. »

Xena sourit puis retourna son attention vers Framna.

« Ce n’est pas de sa faute… » La voix de Framna s’agita encore plus. « Je sais… elle est si jeune… elle n’a pratiquement pas d’expérience… elle va grandir en occupant la charge, je sais qu’elle le fera. » Il se leva et fit les cent pas. « Ils ne lui donnent même pas une chance… je sais comment… ce crétin… coincé… la traite… comme si c’était une gamine. » Il se retourna. « Elle ne l’est pas ! »

Xena avait entouré ses genoux de ses bras et elle avait le menton dans ses mains, le regardant en silence. Ses yeux clairs glissèrent vers sa compagne et elle vit le doux sourire, puis elle retourna vers le grand seigneur de guerre. « Mais elle est plutôt inexpérimentée… elle va avoir besoin de beaucoup d’aide », l’avertit-elle. « Et toi aussi… ce n’est pas un pique-nique et c’est différent de mener une armée. »

Il soupira. « Mais son oncle… » Il se laissa à nouveau tomber dans le fauteuil. « Je ne suis pas… bon sang… je suis un combattant, Xena… je ne sais pas comment œuvrer avec tout ce truc de politique. » Il mâchouilla sa lèvre. « Quel est son plan ? Il aurait déjà mis cet avorton sur le trône s’il avait pu, ce petit comploteur. »

« Oh. » Gabrielle avait écouté en silence et maintenant elle prenait la parole. « Doucement… il veut que j’épouse Vasi. » Elle prononça les mots avec beaucoup de soin. « Oh… oui… et il veut qu’elle mène les gardes de la cité. » Ceci dit avec un hochement de tête vers sa grande compagne.

Framna cligna des yeux. « Ah… et bien… hum… » Il réfléchit longuement pour trouver quelque chose à dire. « Il a bon goût ? »

Un sourcil noir remonta à ces mots. « Oh… tu as du potentiel dans ce truc de politique », l’assura Xena sèchement. « Non… nous devons trouver un moyen… » Elle laissa la pensée traîner.

« Et bien… tu pourrais juste distribuer quelques coups de pied », la taquina Gabrielle en s’appuyant contre elle.

Lentement, Xena sourit. « Oui… »

« Je blaguais », ajouta en hâte la barde.

«  Non non… c’est une idée géniale, Gabrielle. » La guerrière se frotta les mains. « Ecoute… écoute… tout le monde s’attend toujours… je veux dire, avec le cuir et tout… oui…. Ça pourrait le faire. » Elle hocha la tête. « Idée géniale, partenaire. »

« Quoi ? ? ? » Gabrielle se tourna et attrapa sa manche pour la tirer vers elle. « Qu’est-ce que tu vas faire ? »

Un lent sourire félin apparut. « Agir selon ma réputation. »


« Tu es sûre d’avoir besoin du fouet ? » Demanda Gabrielle en regardant la grande femme près du lit avec curiosité. « Je veux dire que… c’est un peu… »

Xena finit d’attacher la lanière en cuir autour de sa taille et laissa pendre les bords. « Vicieux ? »

« Euh… oui. » La barde regarda le cuir sombre qui brillait dans la légère lumière de la chandelle, qui vacillait sur les pièces d’armure. Son âme sœur avait ajouté quelques pièces de cuirasse maillée brillante, rendant l’effet global plus… et bien, elle détestait dire dangereux parce que Xena l’était toujours, mais… « Intimidant, oui. »

Un sourire supérieur. « Bien. » La guerrière ajusta la longue dague incurvée qui pendait à sa taille et elle remit un bracelet en place. Elle regarda sa compagne qui arborait un air de doute. « Quoi ? »

« Hum… rien. » Gabrielle leva les deux mains puis les laissa retomber. « Rien…je souhaite juste que tu me dises ce que tu vas faire… surtout que je viens avec toi. » Elle enfourna un reste de déjeuner dans sa bouche et le mâcha, en se léchant les doigts.

« Gabrielle… »

La barde haussa un sourcil blond et mit les mains sur ses hanches.

Xena soupira. « D’accord… d’accord… mais tu vas devoir jouer correctement. » Elle alla vers la barde et tira sur sa chemise. « Et ça tu l’enlèves. »

Gabrielle ouvrit grand ses yeux verts. « Tu veux que j’y aille nue ? » Balbutia-t-elle, incrédule.

« Mmm… » La guerrière y réfléchit. « Hum… non… non… mais… tu vois, Gabrielle, nous devons… euh… faire impression… sur Edgevar et lui montrer combien… la situation dans laquelle il s’est mis… est dangereuse. »

« Oui oui », répondit lentement Gabrielle. « Dangereuse… bien, d’accord, c’est ta spécialité… mais je… » Elle fit une pause. « Laisse-moi deviner… la tenue Amazone à nouveau, hein ? »

Un vigoureux hochement de tête d’acquiescement. « Oui… mais cette fois tu mets tous les trucs qui font du bruit, d’accord. Surtout ces longs colliers de dents recourbées.

« Col… Xena , pour quoi faire ? »

« Tu vas accepter sa proposition de mariage. » Xena sourit en mettant un bras autour d’elle. « Et je veux m’assurer qu’il sache exactement dans quoi il se fourre. »

Gabrielle se tourna et mit les deux mains à plat sur la poitrine de la guerrière. « Je vais quoi ? Xena, tu as perdu l’esprit ? » Elle mit une paume sur le front de la grande femme. « Tu n’as pas l’air d’avoir chaud… viens là… tu ferais mieux de t’allonger. »

« Non non… écoute… » Xena résista à la traction de ses mains. « Il ne sait rien des Amazones… tu peux lui raconter des histoires sur comment les Amazones traînent leurs hommes par les cheveux… et des trucs comme ça. »

« Xena. » La barde leva une main. « Les Amazones ne font pas ça. » Elle fixa la grande femme d’un air perplexe. « Elles ne permettent pas aux hommes d’entrer dans le village du tout… ce que tu sais parfaitement. »

Un haussement de sourcil noir. « Elles le feraient si elles le pouvaient et tu le sais bien, mais il ne sait pas qu’elles ne font pas ça… nous essayons de l’effrayer… allons, si tu fais ça avec moi, il faut que tu sois une guerrière amazone diabolique et assoiffée de sang. »

Gabrielle pencha la tête et lança un regard séduisant à Xena. « Moi ? »

Xena la regarda. « Et bien… peut-être que tu devrais rester ici. » Elle lui tapota l’épaule. « Ecoute… je peux m’occuper de ça… tu te contentes de te détendre… tu finis de manger… ça ne sera pas long. »

Un entêtement natif pointa sa tête échevelée. « Non… non… je peux être assoiffée de sang », protesta Gabrielle. « Vraiment… » Elle montra les dents et gronda, recevant un regard étrange de la part d’Arès. « Tu vois ? » Elle grogna vers le loup qui s’avança et lui lécha le genou. « Arès, tu es supposé avoir peur ! »

« Roo ? » Il s’assit et sortit la langue joyeusement en la regardant.

Xena observa la barde. « T’sais… chérie… » Commença-t-elle avec délicatesse.

« Oh. » Les mains sur les hanches. « Ne commence pas avec ça… je connais cette voix… c’est celle du ‘Oh, Gabrielle… pourquoi tu ne vas pas examiner ce joli lit de pierres que j’ai trouvé en bottant quelques fesses’. » Elle carra les épaules. « Je peux être féroce… tu verras. » Elle fit une pause et leva les yeux. « Alors… c’est quoi le plan ? »

La guerrière cligna des yeux. « Heu… en fait, j’improvise un peu », admit-elle. « J’allais juste aller là-bas et secouer un peu Edgevar… voir ce qui arrive. »

Gabrielle soupira et se gratta la mâchoire. « Je me disais aussi. » Elle se dirigea péniblement vers ses sacs et en sortit la tenue. « D’accord… d’accord… je vais te suivre tout simplement. » Elle lança un regard à sa compagne. « On les tient en laisse, hein ? »

Xena sourit. « Oui… je vais te donner une des lanières de bride d’Argo… tu peux… heu… » Elle fit signe de ses mains. « Tu sais. » Elle regarda la barde se glisser dans la tenue amazone, riant quand elle se battit avec les attaches. « Tiens… » Elle s’avança et les ajusta, glissant les doigts sur la peau soyeuse de la barde avec un sentiment de plaisir. « C’est dommage que tu n’aies pas de masque avec toi. »

Gabrielle ricana. « Oh s’il te plaît… tu as une idée de combien c’est dur de respirer là-dedans ? » Elle finit d’installer la ceinture sur sa jupe et soupira. « D’accord… allons-y. » Elle ébouriffa ses cheveux, mettant les mèches en place avec impatience.

Xena recula. « Souviens-toi… assoiffée de sang », l’avertit-elle en retenant un sourire devant la barde si jolie.

Celle-ci essaya de plisser son visage dans une réprimande. « Bien. » Un soupir. « Allez, Arès… tu peux avoir l’air féroce aussi. »

« Agrrrroo ? » Il haleta puis lui lécha à nouveau le genou. « Roo ? »


Edgevar faisait les cent pas devant son bureau, ignorant la forme agitée de son fils assis sur le divan pelucheux près de la fenêtre. « Je suis sûr qu’il y a un moyen. »

« Père… » Protesta Vasi exaspéré. « C’est une paysanne inculte… je ne peux pas l’épouser ! »

« Ne sois pas stupide », gronda Edgevar en se tournant vers lui. « Tu le feras un point c’est tout… elle n’est pas très policée, c’est vrai, mais on peut changer ça et tu dois regarder les bons points. » Il fit face à la fenêtre. « Elle est intelligente, forte… tu sais qu’elle pourra aussi porter des enfants… quel est le problème ? » Il plissa le front. « Je la trouvais attirante dans cette robe. »

Le garçon s’affala dans le fauteuil. « Une autre roturière… est-ce qu’on est condamnés à les supporter ? »

Edgevar ouvrit la bouche pour répondre, mais cela lui fut épargné quand la porte de sa chambre fut ouverte d’un coup de pied et qu’elle cogna le mur à grand fracas. Il sursauta. Vasi sursauta.

Xena entra, s’arrêtant dans l’encadrement pour l’effet et elle laissa Gabrielle contourner le chambranle contre lequel elle s’était appuyée pour lui éviter les échardes volantes. « Salut, les gars », ronronna la guerrière avec un sourire.

Le père et le fils se regardèrent et deux sons jumeaux sortirent d’eux. « Et bien… eh… bonjour », répondit Edgevar avec hésitation.

La guerrière avança en balançant, faisant tourner le bout de son fouet bien attaché à sa taille. « Nous réfléchissions… juste… à ton offre. » Un tour de fouet. « Pas vrai, Gabrielle ? »

La barde battit des cils. « Vrai. » Elle contourna sa compagne et s’avança vers Vasi, toujours assis, pour se percher sur l’accoudoir du divan. « Salut toi. » Elle remua une dent incurvée de son collier vers lui, joueuse.

Vasi leva les yeux, léchant sa lèvre nerveusement. Pour sûr, elle n’avait pas eu l’air aussi menaçante auparavant, non ? Il regarda la jeune femme aux cheveux clairs sortir une dague à l’air méchant et la passer légèrement sur sa peau. « Hum. »

Xena se mordit l’intérieur de la lèvre et les contourna pour avancer vers Edgevar qui recula d’un pas nerveux. « Tu sais… ton offre… nous l’avons trouvée… intéressante. » Xena détacha son fouet et le fit claquer d’une main experte, enserrant une petite statue avec le bout avant de la tirer brusquement vers elle. Elle l’attrapa et l’examina nonchalamment. « C’est Platon ? » Elle jeta la statuette sur le bureau.

« Eh… » Edgevar déglutit en regardant le fouet avec prudence. « Eh… et bien… oui… c’est… assurément… eh… »

Le fouet fit un cercle et lui chatouilla le cou. « Un chat a mangé ta langue ? » Xena se rapprocha, laissant un sourire méchant croiser sur ses lèvres tandis qu’elle s’approchait, le forçant à reculer. Elle retourna le fouet et toucha sa mâchoire du bout, lui faisant pencher la tête en arrière. « Marrant… tu pouvais parler avant. »

Vasi cria alors que son oreille était chatouillée par le bord de la dague de Gabrielle. Il détourna son attention de son père et la concentra sur la femme aux yeux verts qui était pratiquement enroulée sur lui. L’odeur du cuir était envahissante, mélangée avec le goût piquant de l’acier du couteau qui traçait sa mâchoire, ainsi que la vague odeur d’herbe qui provenait de la peau claire de la barde. « T’sais… au village amazone… on adore les petits garçons comme toi », souffla Gabrielle, en regardant ses yeux s’agrandir au-delà du possible. « Nous prenons notre tour… » Elle traça à nouveau son oreille. « Ensuite on laisse nos amis Centaures se joindre à la fête. »

« L… l… les… Cen… Centaures ? » Couina-t-il en s’éloignant d’elle. « Que.. que… qu’est-ce qu… qu’ils font… hum… heu… ? »

Gabrielle eut un sourire doucereux. « A quoi est-ce que tu penses ? » Elle se pencha un peu plus. « As-tu jamais entendu parler du terme, monté comme un Centaure ? Tu obtiens des points si tu cries fort. »

Il hurla d’une manière très feutrée.

Xena faillit se mordre la langue tout du long. Elle se retourna et sourit à Edgevar, qui fixait Gabrielle et tressaillait, ses jambes se croisant par réflexe. « Oh oui… ces Amazones savent comment mener une fête… si tu vois ce que je veux dire. » Elle rit doucement. « Elles aiment les barbes aussi. » Elle tira sur les moustaches du régent. « Je pense qu’on va se plaire par ici… qu’est-ce que tu en penses, Gabrielle ? »

La barde souffla joyeusement dans l’oreille de Vasi, le regardant tressaillir. « Je peux l’attacher et le regarder se tortiller ? » Elle lança un regard séducteur par-dessus son épaule nue.

Xena entoura le cou d’Edgevar du fouet et tira. « Oh oui… et ces pièces ont ces murs… sympas… épais… pas vrai ? » Elle tira le régent jusqu’à ce qu’ils soient nez à nez et il fut forcé de croiser le regard bleu hypnotique. « Tu vois… si Gabrielle a le chiot là-bas… je vais te prendre toi, d’accord ? »

Il couina.

« Je vais te dire… » Continua Xena dans un ronronnement bas. « Vous venez nous voir chez nous après le dîner, les gars… on vous montrera nos… jouets… » Elle remua les sourcils. « Hmm ? »

« Oui… » Gabrielle gloussa. « Vous serez surpris de ce qu’on peut faire avec un harnachement de cheval sympa. » Elle passa un doigt sur le cou de Vasi. « Toutes ces attaches et ces boucles… »

Sa mâchoire se raidit et il roula les yeux. Elle lui souffla un baiser. « On se voit ce soir ? »

Xena relâcha Edgevar et partit à grands pas, entourant le cou de la barde de son fouet. Gabrielle prit une boucle entre ses dents et mâcha d’un air appréciateur. « Mmm… j’adore ce truc. » Elle se leva et suivit la guerrière qui allait vers la porte, toujours en mâchant le fouet.

Elles se retournèrent à la porte et remuèrent une main pour leur dire au revoir, puis elles se glissèrent dehors, claquant la porte derrière elles.

Quelques échardes tombèrent, tintant sur le sol en pierre dans le grand silence.


Passée la porte, Xena tomba contre le mur, secouée de rires silencieux. La barde l’observa et retira le fouet de ses dents avant de le faire tourner. « J’étais bien ? »

La guerrière glissa lentement sur les pierres rugueuses en se tenant l’estomac.

« Je présume que oui. » Gabrielle eut un sourire supérieur tandis qu’elle s’approchait pour commencer à mordiller l’armure en cuir de Xena. « T’chais… che fraire pluche chouvnt. »

Xena se remit debout et attrapa la barde, la soulevant dans ses bras tandis qu’elles descendaient le couloir. « Je ne sous-estimerai jamais, jamais, ta capacité à être mauvaise, plus jamais, ma barde », promit-elle avec ferveur. « C’était parfait. »

Gabrielle mit les bras autour du cou de la guerrière, souriant avec un plaisir complaisant. « Merci… bon… qu’est-ce que c’était sensé accomplir, par Hadès ? A part beaucoup d’amusement et de te permettre de beaucoup rire ? »

La grande femme rit doucement. « C’est comme la pêche, Gabrielle… tu accroches ton appât au bout de la ligne et tu le jettes dans l’eau. » Elle monta quelques marches qui menaient du couloir à l’endroit où se trouvaient leurs quartiers. « Et tu vois ce que tu en retires. » Elle fit une pause et regarda son âme sœur aux cheveux clairs. « Des Centaures ? »

Elle reçut un léger gloussement en retour.

« L’harnachement d’Argo ? D’où est-ce que tu tires tout ça ? »

« Oh… » La barde cligna des yeux d’un air innocent. « Je ne t’avais pas raconté ces histoires d’Amazones ? » Elle eut un sourire doucereux. « J’ai entendu beaucoup de choses quand j’étais avec elles ce mois-là… » Une longue pause tandis que Xena ouvrait la porte de son coude et les faisait entrer. « Est-ce que tu as jamais… hum… » Elle leva le bout du fouet qui était enroulé autour du cou de la grande femme.

Xena haussa un sourcil. « Qu’est-ce que tu crois ? » Demanda-t-elle en se laissant tomber sur le lit, la barde toujours dans ses bras. « Etant donnée ma réputation mauvaise et diabolique, et toutes les années passées comme seigneur de guerre, une femme au milieu d’une armée d’hommes vigoureux ? »

Gabrielle étudia son visage avec attention. « Nan », finit-elle par dire en effleurant le fouet du bout de son nez joyeusement. « Ce n’est pas ton style. » C’était vrai, elle le sentait. Xena n’aurait aucun besoin de dominer qui que ce soit au lit… elle pouvait leur botter les fesses autrement. Non… sa compagne était une amante sexy et séductrice plus intéressée par le plaisir que la douleur.

La guerrière l’embrassa doucement. « Autant pour ma réputation », admit-elle avec un rire désabusé. « Drago avait un lot de chaînes qu’il utilisait sur ses amantes… j’ai passé des heures dans sa tente à deviner comment il faisait pour les utiliser la tête en bas. »

La barde se serra un peu plus. « La tête en bas ? »

« Oui. » Xena l’embrassa à nouveau avec une joie affectueuse.

« Etrange. »

« Il pouvait le faire sur un cheval au galop aussi. »

« Xena ! Pourquoi est-ce qu’il voudrait faire ça ? »

« Réfléchis une minute, Gabrielle. »

Une longue pause.

« Oh. » Une autre pause. « Ouille. »

« Oh oui… il avait des bleus dans des endroits qui feraient rougir Aphrodite. » Xena rit puis inspira brusquement tandis que les doigts inquisiteurs de Gabrielle trouvaient leur chemin sous son armure. « Hé, ça… »

« Chatouille ? » Demanda Gabrielle en explorant plus avant.

« Oui oui. » Xena retourna son attention. « Je parie qu’un Centaure ne pourrait pas faire ça… »

Un rire bas et facile sortit de la bouche de la barde. « Sauf s’il avait une queue très talentueuse. »


« Ça doit bien être quelque part, Arès », marmonna Gabrielle en regardant derrière une autre porte en bois. « Ils ont dit au bout du  hall, en bas de l’escalier,  dans le couloir, tourner à gauche et c’est quelque part par là. »

Le loup marchait près d’elle, dans son ombre, reniflant avec un intérêt animal les penderies régulières. Ils cherchaient depuis une demi-marque de chandelle maintenant et la barde commençait à perdre patience.

« Je sais qu’ils ne lisent pas trop », lâcha-t-elle, en continuant pour ouvrir une autre porte. « Ah. » Elle passa la tête à l’intérieur et reçut une forte bouffée de l’odeur familière des parchemins. « Ça doit être ici. » Elle entra et cligna des yeux, regardant une salle plutôt petite éclairée par la lumière rougeoyante du soleil qui avait, enfin, chassé les nuages. « Et bien… au moins il y a une fenêtre. » Elle soupira et alla au centre de la pièce.

C’était… poussiéreux. Elle se frotta le nez par pur réflexe et avança jusqu’au centre de la pièce approximativement ronde, qui était remplie d’étagères couvertes de rouleaux de parchemin très poussiéreux. Certains, sur les étagères basses, étaient reliés en volumes et tout avait un air négligé. « C’est ce que je pensais. »

« Roo… choo. » Arès éternua.

« Oui, je vois ce que tu veux dire », répondit Gabrielle tout en repérant un petit bureau près de la fenêtre ; elle s’avança vers lui, balayant de la main la poussière du dessus. « Bon… bien, c’est tranquille ici, il y a une table, une chaise et un coucher de soleil sympathique. » Une pause. « Je peux faire avec ça. » Elle posa sa boîte de rouleaux, son journal et un nouveau parchemin, puis elle alla vers la fenêtre et s’appuya contre l’encadrement.

La bibliothèque était nichée en haut d’une des tours de côté du château et elle pouvait voir le balcon de la chambre dans laquelle elles résidaient. Dehors, le temps s’était éclairci et le soleil peignait tout l’avant du château d’une lumière dorée, dont une vague pénétrait par la fenêtre où elle se trouvait et la réchauffait. « Mmm… c’est bon, Arès. » Elle ferma les yeux et absorba la chaleur, inspirant une bouffée d’un air frais et encore humide, rempli de la senteur de pierre mouillée ainsi que l’odeur forte de la chicorée en provenance des cuisines du château.

Xena avait échangé le cuir contre du coton et elle sortit à pas lents pour commencer la procédure de nettoyage, ayant promis de retrouver la barde plus tard pour le dîner. Gabrielle avait brièvement envisagé de la suivre, mais le besoin d’écrire quelques détails et de rattraper son journal la poussait à laisser la guerrière aller s’amuser et essayer de trouver un endroit tranquille pour s’asseoir et travailler. Elle avait dû demander à six personnes avant que quelqu’un admette qu’ils avaient une bibliothèque et encore deux autres pour trouver quelqu’un qui savait où elle se trouvait.

En quelque sorte. Ça avait finalement été Grand-mère, parmi tous, qui s’était gratté la tête et avait marmonné quelques minutes avant de fournir la bonne information à la barde.

Et voilà, elle y était… entourée de parchemins tellement poussiéreux qu’ils étaient probablement plus vieux qu’elle. « Oh bon… c’est plutôt sympa d’être ici. » Elle frotta du bout du pied le tapis délavé, mais pas trop usé posé sur le sol et elle alla au bureau, tirant sur la chaise avant de s’y asseoir.

Le soleil lui réchauffait le dos et éclairait son travail, envoyant des rayons de lumière qui capturaient les mouches de poussière dérangées et se déversaient sur le bois d’acajou du bureau. Elle ouvrit sa boîte de plumes et en retira sa préférée, aiguisant sa pointe sur la petite pierre ponce avant d’ouvrir son journal sur la dernière entrée non terminée la veille.

Ce dont je me suis rendu compte, c’était que…

D’accord, me voilà revenue. J’ai dû m’arrêter ici parce que tout a lâché par Hadès et quelque chose devait être fait  rapidement. Grand-mère est venue me prévenir de quelque chose et nous nous sommes rendu compte que la cité était attaquée. J’ai mis le plan de Xena en place…

Ça semble tellement étrange. C’est réel, mais ça sonne étrangement… comme si c’était quelque chose de planifié. Bien entendu, ça ne l’était pas, mais j’ai eu de la chance et j’étais au bon endroit, exactement au bon moment.

Exactement au bon endroit pour voir un type qui se dirigeait vers Xena et elle trop occupée avec une douzaine d’autres choses pour l’arrêter, et exactement au bon moment pour que je lui mette mon bâton dans la figure et que je l’écarte d’elle.

J’ai fait ça. Moi, la petite fille de Potadeia… j’ai empêché un grand type qui chargeait sur un cheval de blesser ma meilleure amie. Je rêvais souvent de trucs héroïques comme ça, mais je ne pensais pas vraiment que je le ferais, vous savez ?

Bien sûr, quand on parle d’héroïsme… et bien Xena a réussi à empêcher une armée entière d’envahir la cité, jusqu’à ce que je puisse arriver avec de l’aide. Est-ce qu’il y a plus héroïque que ça ? Pas qu’elle-même le pense, naturellement. Tout le monde le pense… mais pas elle… non, pour elle c’était juste un nouvel exemple de son côté obscur libéré.

Xena, Xena, Xena… qu’est-ce que je vais faire de toi ? Tu viens de risquer ta vie, sans même y penser, tu t’es jetée toi-même contre ces soldats pour protéger les citoyens de cette cité, certains d’entre eux ayant décidé de nous tuer la veille. Si je me décide jamais à écrire un dictionnaire de termes, près du mot ‘héros’ je vais mettre un dessin de toi. Bien entendu, ce sera un dessin bien utilisé, parce qu’il sera aussi à côté de beau, noble, courageux, magnifique… tu vois le tableau.

Je n’allais pas laisser quelque chose lui arriver. Sûrement pas. Pas maintenant… pas quand les choses sont… ouaouh. Je pensais ne jamais revenir à cet endroit où je la regarde et j’ai ce sentiment intense… mais quelque part je l’ai fait.

Quelque part… je pense que je dois une belle offrande à Aphrodite. Quand nous irons chez les Amazones, au festival. Je vais faire ça. Je sais que c’est Artémis la protectrice des Amazones, mais… Aphrodite doit être là-haut, à me protéger, il n'y a aucune autre explication. Aujourd’hui j’ai regardé Xena qui venait dans notre chambre et elle souriait… je souriais… et tout était parfait.

Je ne sais pas pourquoi nous avons fait ça et pour dire la vérité, je m’en fiche pas mal. Je sais juste que quelque chose que je pensais avoir perdu pour toujours, m’a été rendu, et rien, ni Hadès, ni le Tartare, ni aucun dieu de l’Olympe… ni Dahok… rien, ne va me l’enlever à nouveau.

La vie est risquée. Ce que j’allais dire, au sujet de ce que je réalisais… c’est qu’il n’y a aucun endroit sûr. Et je ne pense pas à mal, ce n’est pas comme si je ne me sentais pas en sécurité avec Xena, c’est le cas… plus que jamais, je pense. Ça signifie que je me suis rendu compte que tant que nous vivons, nous courons le risque de perdre quelqu’un. De nous deux, de notre famille, de cet enfant que je vais porter… mais nous ne pouvons pas laisser ça nous empêcher de faire ce que nos destins nous conduisent à faire.

Je n’aurais pas empêché Xena d’arrêter cette armée. Je ne pense pas qu’elle m’aurait empêchée d’arrêter ce type qui se dirigeait vers elle. Nous ne pouvons pas nous cacher à Amphipolis, pas tant qu’il y a autant de gens qui ont besoin d’aide, et pour être honnête, je ne le ferais pas… je ne la laisserai pas stagner là-bas et abandonner son potentiel juste pour l’illusion de la sécurité. Après tout, une tornade pourrait toucher Amphipolis. Ça a failli une fois. Ou un incendie, ou une guerre… dirait Xena, surtout tant que moi, je vis là-bas.

Elle est tellement taquine. Je l’aime pour ça. Elle risque tant à s’ouvrir à nouveau, mais ça la rend tellement heureuse que je pense qu’elle se dit que ça en vaut la peine. Bien sûr, je le pense aussi… je pense qu’elle s’est habituée à ressentir cette joie dans notre relation et de ne pas avoir ça… c’est tellement douloureux que je me mets encore à pleurer quand j’y pense.

Idiot, non? Je suis juste contente d’avoir une deuxième… non, c’est quoi maintenant… une troisième chance ? Oui, une troisième chance.

Alors… ça suffit avec ça… nous avons gagné la guerre, je présume, parce que l’autre armée s’est enfuie et on a mis Xena à la tête de la cité. Elle essaie de régler les choses pour eux et nous avons vécu une petite scène des plus idiotes avec le régent, Edgevar, et son fils. Imaginez, moi, une guerrière amazone féroce et sanguinaire… dans du cuir aguichant.

Oooh… c’était drôle. Xena faisait semblant de prendre le régent pour une proie et je me suis occupée de terroriser ce petit pleurnicheur de Vasi… je l’ai menacé avec les avances d’un Centaure et je ne pense pas avoir entendu un homme faire un tel bruit auparavant. C’était comme ce qu’avait produit Toris quand Xena l’avait attrapé par les parties pendant ce match de lutte entre eux avant qu’on parte. Je me demande si ça va changer les choses. Je présume qu’on va le découvrir. Mais je pense que Xena s’est bien amusée… elle riait tellement en revenant qu’elle a failli me laisser tomber.

Je présume que je n’aurais pas dû la laisser faire ça… me porter, je veux dire… mais… si je ferme les yeux, même maintenant, je peux ressentir la chaleur merveilleuse et la sécurité, et je peux sentir sa formidable odeur et combien sa voix me transperce et s’enroule autour de moi et…

D’accord… d’accord… je suis cinglée.

C’est bon… c’est plutôt agréable. Comme du miel sur des noix, je pense.

Elle cessa d’écrire et mordit le bout de sa plume puis elle la retira d’entre ses dents et la fixa. « Qu’est-ce que… » Prudemment, elle sortit la langue et goûta le bout de la plume, puis elle la suça tandis qu’un goût plaisant et mentholé lui emplissait la bouche. « Hé ! »

Arès, qui s’était blotti sur le tapis sous la table leva la tête et la regarda en entendant l’exclamation. « Agrroo ? »

« Ça a le goût de menthe, Arès ! » Gabrielle rit tout en examinant la plume. Puis elle sortit le reste de ses instruments de la boîte et les goûta, trouvant un assortiment de saveurs qui allait de la menthe sur la première à une cannelle riche et beurrée qui lui chatouilla les sens. « Comment ça a pu arriver ? » Tandis qu’elle reposait les plumes, elle trouva un petit parchemin enroulé tout au fond de la boîte. « Ah ah. »

Déroulé et posé sur le beau bois tendre du bureau, il s’avéra porter des écritures.

Salut…

Tu suces tellement le bout de ces trucs que j’ai pensé que tu voudrais qu’ils aient de la saveur.

Je t’aime, X.

Gabrielle rit doucement. « Quelle sentimentale. » Elle replia le bout de papier et le remit dans la boîte. Puis elle regarda sa plume pendant un moment avant de la sucer joyeusement.


Xena s’appuyait contre le puits, les chevilles croisées tout en regardant l’activité ambiante. Des hommes se démenaient partout, contents d’être sortis de leurs baraquements dans la lumière du soleil, faisant sauter des tas de boue laissés sur les pavés. Un groupe de soldats passa près d’elle, portant sur leurs épaules des poteaux épais enveloppés dans du tissu, et un autre groupe plaçait le corps de Garanimus enveloppé dans un linceul sur le haut d’un bûcher, ainsi que d’autres victimes du raid.

« Génial d’voir l’soleil, pas vrai ? » Bennu s’approcha, un paquet en tissu sous le bras. Il se posa près d’elle et fixa le bûcher. « Dommage, ça. »

La guerrière hocha la tête. « Oui. » Elle soupira.

« Il racontait des histoires sur vous, v’savez », dit le soldat avec hésitation. « Les longues nuits, autour du feu de camp… on l’priait et il racontait des trucs sur vous. »

Le regard bleu et neutre se tourna vers lui. « Je peux imaginer ça. » Elle fit une pause. « Nous ne nous sommes pas quittés en bons termes. »

Bennu baissa les yeux. « Nan… c’était pas ça. » Il déglutit. « Il… j’pense qu’il voulait qu’ce soit jamais arrivé. » Un souffle. « Je… m’souviens d’la nuit où il a découvert qu’vous viviez pas loin… il a eu ce… il a dit qu’il était content qu’vous ayez réussi à trouver vot’ foyer. »

Xena tourna le regard vers le bûcher, le visage impassible. « Si ça n’était pas arrivé, j’allais l’inviter à venir là-bas. » Elle soupira. « C’était aussi son foyer. »

« Ah. » L’homme cligna des yeux, embarrassé. « C’était pas… le meilleur des soldats. »

« Non », approuva la guerrière, tristement. « Mais il ne savait pas faire autre chose en fait. » Elle regarda les porteurs du corps finir leur tâche et descendre du bûcher. « Quand ce sera fini… j’emporterai quelques-unes de ses cendres là-bas… je connais un endroit où les déposer. »

« J’pense qu’il aim’rait ça », dit Bennu doucement. « Alors, vous z’allez pas rester. »

Xena tourna la tête et le regarda. « Non », répondit-elle. « Tu le savais… j’ai des choses dont je dois m’occuper. »

L’homme hocha la tête. « Oui… c’était trop espérer, j’pense… » Il fit un sourire timide à Xena. « Vous croyez qu’ils vont nous laisser rester ? Ils avaient l’air plus amicaux ce matin, non ? »

La guerrière croisa les bras. « J’y travaille, Bennu… j’y travaille… si ce n’est pas ici, dans tous les cas je vous trouverai un endroit, je le promets. »

Il garda le silence un bon moment. « Z’avez pas à faire ça. »

Xena retourna son regard vers le bûcher. « Si. »

« Bonjour ? » Une voix mâle et incertaine appela derrière eux. « Bonjour ? »

Ils se retournèrent ensemble et regardèrent un homme qui portait une tunique à fanfreluches se précipiter vers eux, évitant avec soin les mares de boue dans la cour. Il se rapprocha en fixant Xena avec un air de doute. « Voyons… êtes-vous… êtes-vous cette… Xena ? »

Les deux sourcils noirs se haussèrent en même temps et Xena se redressa, lui lançant un regard noir. « Oui. Qu’est-ce que tu veux ? »

Il fit un pas rapide en arrière et tendit un rouleau. « Tenez. Prenez ça. »

Bennu le surplomba, lui enlevant l’objet de la main. « Donne-moi ça, toi… » Il se retourna prudemment et fit les trois ou quatre petits pas en arrière pour lui tendre le parchemin. L’homme se dépêcha de disparaître par la petite porte qui menait au hall du château.

« Par Hadès… » Xena le regarda partir puis se contenta de secouer la tête. Elle déroula le parchemin et le lut, puis elle le relut. « Fils de Bacchantes », jura-t-elle proprement. « Espèce de tête de mule tordue… » Elle avala le reste du juron puis relut le parchemin.

« Des mauvaises nouvelles ? » Demanda Bennu précautionneusement.

« Ils viennent de désigner le nouveau régent », lui dit Xena, sombrement.

« Ah. » Il prit une inspiration nerveuse. « Et qui ils ont piégé dans c’te tâche ingrate ? »

Les yeux clairs et bleu glacier le dévisagèrent. « Moi. »


Gabrielle mordillait une barre de voyage tout en réécrivant une partie d’histoire pour la troisième fois. « Je ne sais pas, Arès… tu penses que je peux m’en tirer en nous blâmant d’être sur ce bateau vers les Parques ? »

Le loup haussa les sourcils.

« Je présume que non. » Elle rit et continua à écrire, ne s’arrêtant que lorsqu’elle détecta l’ouverture de la porte. « Bon sang. » Elle leva les yeux, agacée, et croisa les mains sur son parchemin tandis qu’une petite tête blonde pointait avec hésitation. « Oh… salut, Silvi. » Elle fit une pause. « Tu… cherches de la lecture facile ? »

La princesse poussa la porte et regarda autour d’elle avec un air dégoûté. « Bonté divine… c’est le bazar ici. » Mais elle entra et referma avec soin la porte derrière elle. « Je te dérange ? »

Gabrielle faillit dire oui puis son instinct gentil, aiguillonné par l’inconfort visible de la princesse, gagna la partie. « Non… non. Je travaillais sur une histoire… je peux prendre une pause. » Elle marqua le point en se penchant en arrière et étira ses bras. « Quelque chose ne va pas ? »

Il y avait une autre chaise dans la pièce, un tabouret sans dossier, visiblement utilisé pour manœuvrer entre les étagères. Silvi l’apporta à la table et s’y installa. « J’ai une chose terriblement personnelle à te demander. »

La barde passa en revue une liste des questions possibles et tressaillit intérieurement. « Hum… bien sûr », répondit-elle lentement. « Si je peux y répondre, je le ferai. »

Silvi s’appuya sur un bras. « J’ai besoin de ton aide, Gabrielle… je sais que… j’ai été désagréable avec toi… hier soir, et j’en suis désolée. »

Gabrielle lui tapota le bras. « Ne t’inquiète pas pour ça… il se passait beaucoup de choses, c’était difficile de savoir qui était gentil et qui ne l’était pas… ne sois pas désolée. »

La princesse soupira de soulagement. « Tu es tellement sage. Je suis contente… je me sentais très mal quand je pensais que tu travaillais contre nous… j’aurais dû mieux savoir. Tu es une bonne personne, Gabrielle… et tu es terriblement courageuse… j’ai entendu des histoires sur toi toute la journée. »

La barde lui fit un faible sourire. « Je… n’ai pas tant fait… hum… tu as dit que tu avais besoin d’aide pour quelque chose ? » Elle changea hâtivement de sujet.

« Oh… oui… et bien voici. Est-ce que tu es douée pour embrasser ? » Demanda Silvi sérieusement.

Quelque soit la question à laquelle elle s’était attendue, ce n’était pas celle-ci. « Euh. » Elle sentait sa mâchoire bouger et n’avait aucune idée de quoi répondre à ça. « Qu… est-ce qu’il y a une raison pour laquelle tu me demandes ça ? » Répondit-elle prudemment, inconfortablement consciente de la main de la jeune fille sur son bras.

« Bien entendu. » Silvi se rapprocha un peu plus, jetant des coups d’œil autour d’elle comme si elle avait peur qu’on ne l’entende. « Tu vois… je ne connais rien là-dessus… et… et bien… je veux dire, que dois-je faire si Framna essaie de m’embrasser ? » Sa voix monta jusqu’à un couinement. « J’ai peur de faire quelque chose de ridicule… rire ou le mordre ou… »

Fiou. Gabrielle se détendit. « Oh… non… c’est… tu ne feras pas ça, Silvi… ce n’est pas comme ça… tu fais seulement… hum… tu sais ce qu’il faut faire, c’est tout. »

« Tout le monde dit ça ! » Gémit la princesse. « Et je sais que je ne saurai pas… Elanora a dit ça au sujet de monter à cheval et je suis tombée et je continue à tomber, à chaque fois. »

La barde entrelaça ses doigts. « Hum… et bien, ce n’est pas la même chose… il m’a fallu un moment pour apprendre à monter à cheval, par exemple… mais embrasser… et bien… c’est comme si… » Elle se gratta la mâchoire. « Ça venait naturellement, je présume. » Je ne peux pas croire que j’ai cette discussion. « Tout ira bien… »

« Non non… ça n’ira pas », désapprouva Silvi. « Je vais me rendre ridicule… Gabrielle, tu dois m’aider. » Elle fixa fermement la barde. « Montre-moi comment on fait. »

La gorge de Gabrielle bougea plusieurs fois. « Euh… comment on fait… quoi ? »

Silvi lui lança un petit regard agacé. « On embrasse bien sûr… allons, Gabrielle… avec ta nature romantique, tu peux assurément faire ça. »

« Oh… hum… pour être honnête, je n’ai jamais vraiment pensé… hum… à comment… j’ai fait ça… j’ai juste… tu t’approches, et… et bien, c’est un truc de câlin, et ensuite… hum… tes yeux… et heu… » Elle leva les mains et les laissa retomber. « Ça arrive, c’est tout. »

La princesse plissa les yeux, poliment. « Est-ce que ça chatouille ? »

« Chatouiller ? ? ? Non. » Gabrielle secoua la tête. « Pourquoi ça le ferait ? »

« Et bien… il a ces petits poils hérissés… je pensais que ça pourrait chatouiller », dit Silvi d’un ton songeur.

« Oh… euh… » J’oubliais que je n’avais pas à me préoccuper de ça… « Et bien, oui… je présume que oui… mais tu ne le remarqueras probablement pas. »

« Et si nos dents se cognent ? Je ne peux pas le permettre… ça me fait frissonner. » La question déterminée revint. « On ouvre la bouche, ou pas ? »

Gabrielle sentit une rougeur monter et elle fut contente du soleil rougeoyant qui peignait sa peau. « Hum… » Pense à ça comme à un entraînement, Gabrielle… tu auras peut-être à le faire avec ta fille un jour.

« Est-ce qu’on garde la bouche ouverte ? » Les yeux de Silvi scrutaient son visage avec avidité.

« Et bien, oui. » Gabrielle sentit la rougeur chaude. « Moi oui… en fait… et heu… les dents… n’ont jamais été un problème. » Elle s’éclaircit la voix. « Tu… heu… je veux dire, avec ta langue… tu… euh… » Elle s’arrêta, presque étourdie par le sang qui lui montait à la tête.

Silvi la fixa. « Ta LANGUE ? » Elle regarda la sienne, perplexe. « Qu’est-ce que tu fais avec ÇA ? »

Je vais mourir d’embarras juste ici, juste maintenant. « Qu… je… quand on embrasse… on se… heu… touche… ou bien on… explore… la bouche… de l’autre… avec. »

« Oh… par les… dieux… » Silvi écarquilla les yeux. «Tu inventes, ce n’est pas possible. »

Gabrielle secoua la tête. « Non… non… c’est… Silvi, il faut que tu le fasses pour le comprendre… c’est vraiment difficile à expliquer. »

« Mais je ne sais pas comment ! ! ! ! » Gémit-elle, puis elle frappa la table. « Gabrielle, s’il te plaît… montre-moi, ici. »

Le bruit de la porte qui s’ouvrait, songea Gabrielle, était le son le plus doux, le plus accueillant qu’elle ait jamais entendu. Et la vue de la grande personne aux cheveux noirs qui l’ouvrait était encore plus douce. « Xena. »

La guerrière entra en faisant un signe de la tête à Silvi. « Gabrielle… tu ne vas pas croire ce qui vient d’arriver. »

Silvi lançait un regard inconfortable à la grande femme.

« Non non non… » Gabrielle se leva et tendit la main. « Garde ça pour plus tard… j’ai vraiment besoin de ton aide là maintenant, partenaire. »

Xena prit une inspiration puis regarda la barde puis la princesse et serra la mâchoire. Elle haussa un sourcil pour la barde en question. Qu’est-ce qu’il se passe ici, par Hadès ? Gabrielle est plus rouge qu’une grenade.

« Silvi est très inquiète au sujet du baiser. »

La guerrière plissa le front. Oh. Ceci explique cela.

« Bien… oui… et elle me demandait une démonstration », continua Gabrielle. « Comme ça… elle saura comment faire avec Framna. »

« Ah. » Xena contourna la table jusqu’à ce qu’elle soit près de son âme sœur. « Je vois. » Elle fit une pause. « Alors… tu vas faire la démonstration pour elle ? » Elle regarda la rougeur voyager le long de la peau claire de sa compagne. « Je suis partante », ajouta-t-elle pour l’aider.

Gabrielle se tourna pour lui faire face puis regarda par-dessus son épaule vers une Silvi qui attendait nerveusement. « Bien… maintenant… fais attention, d’accord ? »

Silvi hocha la tête.

« Bien… bon, d’abord il faut être près de la personne. » Elle s’approcha de la guerrière, laissant l’odeur chaude de Xena emplir ses narines. Son corps réagit à la proximité de son âme sœur et elle dut se forcer à garder ses mains tranquilles. « Ensuite… tu peux habituellement mettre les bras autour d’elle. » Ce qu’elle fit et elle sentit les bras de Xena se glisser confortablement autour de sa taille. « Comme ça. »

« Très bien… ça semble facile jusqu’ici », commenta Silvi. « Et ensuite ? »

Gabrielle leva les yeux pour regarder le visage de Xena peint par la lumière en provenance de la fenêtre, faisant scintiller ses sourcils et apportant des reflets légers d’acajou dans ses cheveux.

« Gabrielle ? » Avança la princesse. « Et ensuite ? »

« Hum. » Elle sentit que son regard voyageait et se connectait avec le regard bleu clair tâché de points presque violets. « Tu… la regardes. » Elle absorba le léger soupçon de sourire qui étirait les lèvres de Xena. « Et… tu te laisses ressentir combien tu l’aimes. » Le regard bleu acier s’adoucit et elle se sentit commencer à perdre la notion du temps et de l’espace.

« Et ? » Demanda Silvi.

Gabrielle resserra sa prise sur la nuque de Xena et la guerrière baissa volontiers la tête. « Ensuite tu… » Leurs lèvres se frôlèrent. « Tu fais juste… » Un contact plus long, plus intense et elle sentit son corps glisser soudainement hors de contrôle contre celui de Xena, une vague chaude et séduisante s’écrasant contre elle qui lui fit oublier Silvi pendant une longue et douce période de temps.

Elles se séparèrent à contrecoeur, maintenant le contact visuel. « Comme ça », finit par murmurer Gabrielle.

Un silence.

« Silvi ? » La barde tourna la tête pour voir un vide là où la princesse s’était trouvée et elle sursauta, surprise, puis elle leva les yeux vers sa compagne tout aussi étonnée. « Euh… »

Xena cligna des yeux puis se rapprocha de la table et s’appuya par-dessus, produisant un rire.

Gabrielle se retint à son épaule et regarda également. « Oh… merde de Centaure. » Elle mit la main sur sa bouche. « C’est nous qui avons fait ça ? »

La princesse était allongée sur le sol, les membres de travers, évanouie.


« Si quelqu’un me voit porter la princesse inconsciente dans les couloirs, il pourrait se faire une mauvaise idée, Gabrielle », marmonna Xena tout en regardant des deux côtés avant de sortir du petit escalier en colimaçon. « Si on considère les circonstances. »

Gabrielle, qui jonglait avec son parchemin et sa boîte de rouleaux, s’arrêta et la regarda. « Quelles circonstances ? »

Xena plissa le front. « Oh… bon… tu m’as dit de la fermer, alors… »

« Xena », dit la barde doucement. « Je n’ai rien dit de tel. »

La guerrière roula les yeux. « Tu veux l’entendre ou pas ? »

Gabrielle massa le haut de son bras. « Désolée, tigresse, bien sûr que je veux. » Elle jeta un coup d’oeil derrière un coin. « Alors… qu’est-ce qui se passe ? »

« Edgevar est parti. » Xena s’arrêta et écouta puis elle avança.

« Parti où ? » Gabrielle la regarda, intriguée. « Qu’est-ce que tu veux dire, parti ? »

« Parti comme dans ‘on ne le trouve nulle part’, comme dans ‘au revoir’, comme dans ‘il s’est sauvé’, comme dans… »

« D’accord… d’accord… j’ai saisi l’idée. » La barde remua la main. « Mais il va revenir, pas vrai ? »

Xena haussa une épaule puis fit signe à la barde de passer devant elle. « Il a pris son argenterie et ses chemises froufrouteuses avec lui… je ne pense à aucun endroit où il aurait pu aller avec ça temporairement sauf pour une compétition bardique à Athènes. Qu’est-ce que tu en penses ? ? »

« Attendsuneminute. » Gabrielle s’arrêta et lui fit face. « Est-ce que tu es en train de dire qu’il a abdiqué ? » Sa voix monta d’étonnement. « Comme dans… »

La guerrière soupira. « Ecoute… ouvre la porte, d’accord ? Quelqu’un pourrait arriver. »

Avec un regard méchant, Gabrielle ouvrit la porte de leurs quartiers et la tint tandis que la guerrière manoeuvrait son fardeau pour entrer, puis elle regarda Xena aller vers le divan pour y déposer la princesse inerte. « Elle a dû se cogner la tête », marmonna la guerrière en scrutant le crâne de la jeune fille. « Oui… elle a cogné le pied de ce bureau, je pense… elle a une bosse ici. »

Gabrielle s’avança et s’accroupit près de la guerrière, s’appuyant sur elle pour garder l’équilibre. « Alors… il est parti. »

« Oui oui… Gabrielle, tu veux bien aller chercher mon kit ? Je vais lui donner un truc pour la réveiller », répondit la guerrière d’un air absent tout en vérifiant le coup décoloré sur la tête de la princesse. « Oh… et le gamin aussi. »

A mi-chemin vers les sacoches, la barde s’arrêta et ouvrit des grands yeux vers elle. « On les a effrayés TOUS LES DEUX ? » S’exclama-t-elle, étonnée. « Par la merde de Centaure… vraiment ? »

Xena leva les yeux. « Oui… le kit ? »

Gabrielle l’attrapa et revint vers elle. « Ouaouh… tu t’attendais à ce que ça arrive ? Je veux dire… quel plan génial, Xena… ça a marché à la perfection ! »

La guerrière mélangea quelques herbes, laissant une bouffée acide monter et qui fit faire un mouvement de tête en arrière à Gabrielle de surprise. « Eh bé. »

« Heu… non… je… et bien, je ne savais pas ce qu’il allait faire… je ne m’attendais pas à ce qu’il se sauve comme ça… » Xena souleva la tête de Silvi et passa le mélange sous son nez. Il fallut trois passages, mais la jeune fille finit par sursauter puis elle ouvrit les yeux en cillant.

Des yeux qui s’agrandirent et s’arrondirent immédiatement alors qu’elle réalisait qui se tenait au-dessus d’elle.

« Détends-toi », dit Xena en soupirant. « Je ne vais pas te faire de mal. » Elle relâcha la jeune fille puis s’assit, sentant le flot soudain de chaleur tandis que la barde s’appuyait contre elle. Gabrielle mit les mains sur ses épaules et la respiration de la barde vint se poser doucement sur sa nuque. « Tu t’es évanouie. » Elle sentit des doigts se plier légèrement sur sa nuque tandis que Gabrielle lui détendait quelques muscles.

« J’… j’ai mal à la tête », dit Silvi, dans un murmure confus. « Je… vous étiez… j’ai été surpr… je ne comprends pas. » Son regard alla vers le visage de Gabrielle. « Ça semblait tellement réel. »

Gabrielle baissa les yeux sur la tête posée contre sa poitrine puis elle releva le regard. « C’est parce que c’est réel », répondit-elle tranquillement. « Je ne… pense pas pouvoir faire semblant avec ce genre de chose. »

L’expression de la princesse devint encore plus confuse. « Mais… »

Xena rassembla ses affaires et se releva, s’éloignant d’elles pour aller vers son équipement et les laisser en face à face. Elle garda le silence, laissant son âme sœur donner des explications.

Gabrielle s’avança et s’assit dans le fauteuil près du divan ; elle se pencha en avant et mit ses coudes sur ses genoux. « Je présume que nous n’aurions pas dû dire à Nancia que nous étions sœurs », admit-elle d’un ton désabusé. « Ça a un peu créé la confusion. »

Silvi cligna des yeux. « Tu veux dire que… vous ne l’êtes pas ? ? ? »

La barde se frotta le bord du nez. « Hum… non. » Un mouvement de la tête.

« Oh », murmura la princesse. « Je présume que je peux demander à mes dames d’arrêter les recherches sur les coutumes de votre village, alors. » Elle se mâchouilla la lèvre. « Nous étions plutôt enchantées de vos valeurs familiales. » Ensuite elle leva les yeux. « Alors, est-ce que tout ce que tu m’as raconté n’était que des histoires ? Tes paroles au sujet de l’amour… et au sujet de… tout. »

Gabrielle secoua à nouveau la tête. « Non… tout ce que je t’ai dit était vrai, Silvi… j’ai dit que je croyais en l’amour et en l’amour au premier regard… pour moi, c’est arrivé il y a trois ans. » Elle bougea légèrement et entrelaça ses doigts. « J’allais chercher de l’eau à la rivière avec un groupe de mon village et nous avons été pris par des esclavagistes. »

« Oh. » Silvi mit la main sur sa bouche.

« Je… j’étais un peu découragée à la maison… » Gabrielle regarda ses mains. « Ma journée était vraiment mauvaise et ça l’a rendu pire, tu vois ? »

« Bien sûr ! » S’exclama la princesse. « Qu’est-ce que tu as fait? »

« Et bien, c’était mal parti pour nous jusqu’à ce que Xena apparaisse, voilà, et qu’elle leur botte les fesses à tous… et quand je l’ai regardée… » Elle fit une pause, essayant de penser à un moyen de trouver les mots pour dire ce qu’elle avait ressenti. « C’était comme… » Son regard alla vers la guerrière agenouillée et elle étudia le dos puissant et les cuisses bien musclées à portée de sa vue. « C’était comme si je l’avais toujours connue. »

Le regard bleu se tourna brièvement vers elle puis retourna à sa tâche, tandis que Xena rangeait ses objets puis se relevait. Elle se retourna avec hésitation puis se passa les doigts dans les cheveux.

Gabrielle interpréta correctement ses actions et tendit la main. « Hé… viens par ici un instant. »

Xena obéit, s’avançant vers le fauteuil avant de la regarder tandis que la main tendue venait se poser contre sa jambe. « Je vais… »

« Aller voir Argo », compléta Gabrielle sans mal, pinçant légèrement la peau chaude sous ses doigts. « C’est ça ? »

Elle reçut un sourire rapide, mais radieux en échange. « Quelque chose comme ça, oui. » Xena fit un signe de tête à Silvi. « Si vous allez parler de tout ce sentimentalisme. » Elle haussa les épaules. « Vous n’avez pas besoin de moi. »

Le regard vert la cloua avec reproche. « Je préférerais que tu restes… il faut que tu expliques à Silvi ce qui se passe. »

Xena cligna des yeux. La barde défiait rarement ses actions. « Hum… très bien », répondit-elle faiblement puis elle alla vers l’autre fauteuil et s’y laissa tomber, s’affaissant dans son moelleux avant de poser la tête sur le dossier.

La barde lui lança un regard affectueux. « Merci… oh et merci pour les plumes. » Ses yeux brillèrent avec malice. « Jolie surprise. »

Xena trouva soudainement quelque chose de désespérément intéressant, ce qui incluait la boucle de sa ceinture.

Gabrielle lui lança un regard affectueux à nouveau puis se tourna vers Silvi. « Nous sommes ensemble depuis. »

Le regard de la jeune fille glissa vers la rude guerrière. « Ensemble comme dans… » Elle s’interrompit délicatement.

« Hum… pour une partie du temps, oui », répondit Gabrielle en rougissant un peu. « Nous avons commencé par être meilleures amies. »

« Mais… alors… tu… elle… vous êtes… » Balbutia Silvi. « Vous êtes… beuh… comme c’est immoral ! »

La barde et la guerrière échangèrent un regard insulté. « Quoi ? » Xena se pencha un peu en avant, un soupçon menaçant s’enroulant sur le ton bas et vibrant de sa voix. « Qu’est-ce que tu trouves immoral ? »

Les yeux de Silvi s’agrandirent. « Juste que… vivre ensemble comme ça… comme c’est horrible ! »

Gabrielle se gratta le nez. « En fait, nous sommes mariées », informa-t-elle la jeune fille d’un ton neutre, ensuite elle la vit sursauter d’horreur. « Euh… l’une à l’autre, je veux dire. » Elle montra Xena et elle-même avec hâte.

Silvi mâchouilla un doigt. « Oh… je suppose que c’est différent… » Elle prit un air pensif. « Mon oncle dit que mon devoir est de me marier et d’avoir des enfants… je pense que je le veux… tu aimes être mariée ? »

La barde hocha la tête. « Beaucoup. » Elle fit une pause. « Et… hum… en parlant de ton oncle… » Elle se tourna à demi et s’éclaircit la voix. « Je pense que Xena devrait te dire ce qu’elle vient de me dire. »

Silvi tourna un regard prudent vers la femme aux cheveux noirs. « Oui ? »

Oh génial. « Et bien… il semblerait… qu’il soit parti », admit Xena lentement.

La princesse la fixa avec étonnement. « Parti ? » Un froncement d’inquiétude se dessina sur sa jolie bouche. « Qu’est-ce que tu veux dire ? Il était ici… je lui ai parlé avant le déjeuner. »

Xena soupira. « Oui… je sais… je… nous lui avons parlé il y a un moment aussi… mais… hum… » Elle se pencha en avant et sortit un parchemin de sa ceinture puis le lut. « Lui et Vasi ont décidé de… partir. »

Gabrielle se leva et alla vers elle pour se percher sur le bras de son fauteuil et lire le document par-dessus l’épaule de sa compagne. « Xena ! » Elle lança un regard acéré à son âme sœur. « Tu n’as pas mentionné cette partie ! » Elle tapota le document du doigt.

« J’y arrivais », marmonna la guerrière. « Silvi… je ne peux pas vraiment donner les raisons, mais c’est vrai… ils sont partis. »

La jeune fille eut soudain l’air très perdue. « Mais… qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Qui va s’occuper de moi… de la cité ? » Elle s’assit lentement dans le divan et s’entoura de ses bras. « Je suis reine maintenant ? »

Un silence. Xena se lécha les lèvres et sentit une main amicale glisser le long de son dos. « Non… ton oncle a laissé un régent », finit-elle par dire très tranquillement. « Moi, en fait. »

Des yeux stupéfaits. « T… toi ? » De la peur maintenant, dans la voix de Silvi.

« Oui. » Xena se pencha en avant et lui tendit le parchemin. « Vas-y, prends-le. »

La princesse hésita un long moment avant de tendre le bras pour prendre le rouleau avec prudence, puis elle le lut. Elle le laissa tomber sur ses cuisses avec un air abattu. « C’est vrai », murmura-t-elle puis elle leva des yeux craintifs vers la guerrière.

Gabrielle avait un bras autour des épaules de sa compagne, son pouce massant doucement la peau du haut de son bras. Xena était calme et sans expression, mais la barde pouvait sentir la tension dans son corps et elle savait que son âme sœur était gênée par la terreur visible de la jeune fille à son égard. « Silvi… n’aie pas l’air si inquiète… tu es entre de bonnes mains. »

« Je ne prévois pas… de rester ici », déclara Xena, calmement. « Quelqu’un d’autre peut le faire… tu as une préférence ? »

Silvi se renferma et mâchouilla sa lèvre, un air de détresse sur le visage. Elle ne répondit pas.

Gabrielle leva la main et passa ses doigts dans les cheveux noirs de Xena, massant doucement sa nuque. « Attends… Silvi, le plan c’était… que quand tu serais mariée, tu prennes le trône, c’est ça. »

La jeune fille répondit à la voix douce de la barde. Elle leva les yeux vers elle et hocha la tête. « Oui… je suis désolée… je suppose que c’est juste le choc… je… je ne me suis jamais attendue à ce que mon oncle fasse cela. » Elle fit une pause. « Pourquoi l’a-t-il fait ? Je lui ai dit qu’il aurait toujours une place ici… je ne comprends pas. »

« Peut-être que ce n’était pas suffisant », dit Xena, brusquement. « Il avait prévu de… » Elle s’arrêta quand elle sentit la pression des doigts de Gabrielle sur sa nuque. « Hum… je veux dire que je pense qu’il appréciait de diriger… peut-être qu’il est allé quelque part où il pourrait le faire. » La pression se relâcha et elle sentit une petite tape à la place. « Un peu comme s’il… avait ouvert le chemin pour toi. »

Silvi rayonna. « Oh… et bien… oui, je suppose que ça peut être vrai. » Elle observa la guerrière avec un air légèrement plus calme. « Tu pourrais mettre mon Framna en charge ? Ce serait parfait… si je dois l’épouser de toutes les façons. »

Cela allait à l’encontre de ses convictions, se dit Xena. Que la jeune fille veuille autant que quelqu’un d’autre la prenne en charge… mais après tout, se rappela-t-elle, Silvi était jeune. Oui. Elle est plus âgée que toi quand tu as mené une armée contre Cortese, tu te souviens ? La guerrière soupira intérieurement. Mais elle n’est pas moi. Je ne peux pas la juger avec mes critères. Ce n’est qu’une gamine. « Je vais y réfléchir… laisse-moi lui parler… on verra ce qu’on fera. »

Un silence légèrement embarrassé tomba.

Silvi finit par s’éclaircir la gorge. « Est-ce que je peux demander… pourquoi… vous êtes mariées ? »

Gabrielle lui lança un regard intrigué. « Hein ? » Xena se contenta de rester silencieuse.

« Et bien… tout le truc d’être marié c’est pour avoir des enfants et donner un héritier, et… » Silvi s’arrêta, visiblement confuse.

La barde haussa les épaules. « Non, ce n’est pas ça. Je connais des tas de gens qui sont mariés et qui n’ont jamais eu d’enfants, et en plus, je suis enceinte. »

Silvi pâlit. Elle fixa la barde, puis Xena, puis de nouveau la barde. « Et bien. Je suppose que je peux maintenant dire à Elanora que sa petite théorie du ‘c’est comme ça que va la vie’ est erronée », déclara-t-elle d’un air supérieur. « Visiblement l’homme ne va pas à Athènes faire une offrande à Apollon, et c’est comme ça qu’arrivent les bébés. »

Franchement, Xena ne savait pas quoi faire. Une moitié d’elle voulait éclater de rire, l’autre moitié voulait glisser dans son fauteuil d’embarras. Elle sentait les doigts de Gabrielle se plier contre sa nuque, un coup d’œil lui dit que la barde luttait contre le même dilemme.

Finalement, Gabrielle se tourna et mit le doigt sur le nez de Xena. « Ceci n’est PAS, tu m’entends, n’est PAS une discussion sensible. »

« Bien sûr que si », répliqua Xena immédiatement.

« NON », lança la barde en retour.

« Si… ça l’est… et en plus c’est un bon entraînement », dit la guerrière, en désaccord.

« J’ai déjà vu ça, déjà fait ça. C’est ton tour. » Gabrielle lui tapota le nez.

Xena soupira et se tourna vers la princesse qui les regardait avec un air perplexe. « Apollon n’a rien à voir avec ça », déclara-t-elle platement.

« Et bien… visiblement », répondit Silvi. « Aphrodite, pas vrai ? » Elle avait l’air très fière d’elle-même d’avoir trouvé cela.

« Hum… Non. » Xena secoua la tête. « Il n’y a pas… vraiment de dieu concerné. »

La jeune fille eut l’air étonnée. « Ah bon ? »

« Non… hum… » Xena jeta un coup d’œil autour d’elle et commença à jouer avec la boucle sur sa ceinture. « Tu sais… tu demandais… hum… à Gabrielle de te parler du baiser ? »

« Bon début », approuva la barde d’une voix très basse.

Silvi rougit. « Et bien… oui… je veux dire… tous les poèmes en parlent… mais qu’est-ce que ça a à voir avec les bébés ? »

Xena se mordilla l’intérieur de la lèvre. « Ecoute… tu n’as jamais eu de chiots… ou un chaton… ou quelque chose ? »

La princesse secoua la tête. « Non… je n’avais pas le droit. »

« Oui oui… d’accord, est-ce que tu es déjà allée dans les écuries… au printemps ? » La guerrière essaya encore, consciente des gloussements qui traversaient le corps de sa compagne.

« Les écuries ! » Silvi eut l’air choqué. « Jamais… pourquoi j’y serais allée ? »

Xena soupira. « Tu ne t’es jamais demandé d’où venaient les bébés animaux ? »

La princesse réfléchit pendant un instant. « Non en fait, je ne me le suis jamais demandé. »

Bon sang, j’ai conquis la moitié de la Grèce, je devrais être capable de faire ça. « D’accord. » La voix de Xena prit un ton sérieux. « Ecoute, voilà comment ça marche. Deux personnes décident d’avoir un enfant, d’accord ? »

« D’accord. » Silvi hocha la tête, regardant le visage de la guerrière avec intérêt.

« Bien. Alors elles s’allongent ensemble. »

« Quoi ? » La princesse gloussa. « Elles s’allongent ? »

Xena s’arrêta. « Et bien, elles n’ont pas besoin d’être allongées, elles peuvent… » Gabrielle ricana légèrement et elle s’arrêta. « Oui ? Elles s’allongent, d’accord ? Elles s’allongent ensemble et elles ont un rapport sexuel. »

Un regard vide. « Elles ont quoi ? » Silvi regarda Gabrielle. « C’est quoi ça ? »

La barde et la guerrière échangèrent un regard. « Je pense qu’on ferait mieux de ne pas faire une démonstration, tigresse », déclara la barde impassible. « Après ce qui s’est passé la dernière fois. »

Xena pouvait sentir le rire lutter pour sortir et elle serra fortement la mâchoire, faisant ressortir ses muscles de chaque côté du visage dans la lumière finissante. « C’est vrai », réussit-elle à répliquer d’une voix étranglée. « Silvi… euh… le sexe c’est l’acte de faire l’amour. »

Le front de la princesse se contracta. « Comment est-ce qu’on ‘fait’ l’amour ? Est-ce que c’est comme de ‘faire’ un gâteau ? »

Gabrielle croisa les bras et fixa le plafond. « Et bien… voyons voir », murmura-t-elle, plus pour distraire Silvi de son âme sœur soudainement impuissante qu’autre chose. « On met les ingrédients ensemble… beaucoup de trucs doux, beaucoup de trucs sucrés… on mélange le tout… on cuit jusqu’à ce que ce soit parfaitement prêt… ensuite on apprécie… oui, Silvi… je présume qu’on peut dire que c’est un peu comme faire un gâteau. »

Xena se couvrit le visage d’une main et se mit à rire.

Gabrielle sentit sa compagne se lâcher et elle commença à son tour, perdant son équilibre pour atterrir en riant aux éclats sur les cuisses de Xena. La guerrière l’entoura de ses bras par réflexe tandis qu’elle tentait d’étouffer son rire.  « Ouaouh… doucement, Gabrielle. »

La barde s’essuya les yeux et regarda avec plaisir le sourire indulgent sur les lèvres de Xena. « Désolée », mentit-elle. « Je ne voulais pas atterrir ici. » Nouveau mensonge.

« Oh oui », ricana la guerrière ironiquement. « Je te crois. »

Gabrielle soupira d’aise et remua les pieds qui pendaient sur le pied de chaise. Puis elle tourna la tête un peu coupable et regarda Silvi qui les observait. « Hum… désolée… c’est juste que… je pense que ni l’une ni l’autre n’a eu à traiter de roses et de choux avant ça. »

Le regard de Silvi était cloué sur le visage de Xena dans une fascination intriguée. « Tu es différente quand tu souris », lâcha-t-elle.

La barde roula la tête sur sa gauche et regarda sa compagne qui avait été saisie avec l’air le plus doux et le plus gentil sur le visage. « Oui… je lui dis toujours qu’elle devrait le faire plus souvent », taquina-t-elle en regardant des émotions conflictuelles passer sur les traits expressifs de la guerrière. Elle croisa les mains sur son estomac et se laissa ressentir la chaleur et l’amour qui faisaient tant partie de leur lien.

C’était tellement merveilleux. Elle ferma les yeux de bonheur et sentit l’étreinte de Xena sur elle se resserrer légèrement, juste assez pour qu’elle sache que Xena savait exactement ce qu’elle ressentait. Elle savait que si elle ouvrait les yeux, elle verrait la guerrière la regarder avec cet air aimant que Xena réservait pour elle seule, et ça… ça c’était quelque chose qu’elle voulait que Silvi voit.

Elle ouvrit les yeux et croisa le regard bleu qui la regardait patiemment, encadré par un visage bronzé dont les traits étaient juste, mais pas complètement, plissés en un sourire. Tu veux savoir ce qu’est l’amour, petite fille ? Songea-t-elle en silence dans la direction de la princesse.Voici ce qu’est l’amour. C’est à ça qu’il ressemble. Elle leva la main et très doucement, elle repoussa les quelques mèches de cheveux noirs qui étaient tombés sur les yeux de Xena. « Il est temps de penser à les couper. »

Xena roula les yeux et produisit un faux grognement. « Encore ? »

La barde tira sur une boucle brune. « Ils poussent vite. » Elle se retourna vers Silvi qui les regardait avec une fascination ravie. « Elle est vraiment gentille, une fois qu’on la connaît… ouille ! » Gabrielle se trémoussa tandis que des doigts longs trouvaient leur chemin sous sa tunique et commençaient à la chatouiller. « Xena ! ! ! Arrête ça ! »

« Gentille, hein ? » Gronda la guerrière en trouvant un endroit sensible juste le long des côtes de la barde.

« Yaaaaaahh ! ! ! ! » Celle-ci couina. « Très bien… très bien… tu n’es pas gentille, d’accord ! ! ! ? ? ? » Le chatouillis cessa. « Je t’aurai pour ça », dit-elle pantelante en lançant un faux regard noir à son âme sœur.

« Promis ? » La taquina Xena.

« Faiseuse d’embrouilles », grommela Gabrielle, puis elle tourna la tête. « Comme je le disais… les guerriers sont géniaux. Tout le monde devrait en avoir un… ils sont propres, ils sont costauds, ils sont géniaux pour attraper des trucs sur l’étagère du haut… » Elle sentit Xena qui recommençait à rire. « Il faut bien les nourrir et ils demandent beaucoup de soins, mais… ce n’est pas une mauvaise affaire, l’un dans l’autre. »

Silvi se mit à rire. « Tu es plutôt drôle. »

Le visage de la barde se plissa en un sourire. « Merci. » Son regard se réchauffa. « J’essaie. » Elle voyait que la princesse était bien plus à l’aise maintenant et elle ne lançait plus ces regards inquiets vers sa grande compagne.Bien. Elle se blottit un peu plus dans l’étreinte de Xena. La main de la guerrière, toujours sous sa tunique, caressait doucement et dans des dessins paresseux, la peau de son ventre et elle se sentait comme un chiot gâté blotti sur ses cuisses préférées. « Ça va bien se passer, Silvi… tu as un Conseil qui écoute les avis au moins… et ton personnel est très loyal. »

La jeune fille plissa le front en y réfléchissant. « Souvent… je me suis demandé comment ce serait vraiment… Père m’a dit qu’il me trouverait un bon chef comme mari pour que je n’aie pas à faire ce qu’il a dû faire… mais… je me suis demandé si ce serait comme d’être assise à prendre des décisions qui affecteraient la vie des autres. »

Xena haussa les sourcils avec un peu de surprise. Je ne pensais pas qu’elle avait assez de cervelle pour même se poser des questions. « Il y a certains bons moments », dit-elle lentement. « Surtout quand tu prends la bonne décision et que tout le monde s’en trouve mieux. »

Silvi cligna des yeux. « Et bien… oui… je vois ce que tu veux dire. » Une pause. « Mais si tu prends la mauvaise décision ? »

La guerrière haussa les épaules. « C’est comme ça que tu apprends à prendre les bonnes. »

« Je vois. » La princesse serra les genoux et mordilla un ongle. « On peut encore parler de ce truc du sexe maintenant ? »

Gabrielle se cacha le visage dans le tissu doux de la tunique de Xena et gloussa.

Xena prit une brusque inspiration puis la relâcha. « Très bien. » Sa voix prit un ton abrupt. « Ecoute… laisse-moi t’exposer ça. »

« Est-ce que ça fait partie de ce truc de s’allonger ensemble ? » Demanda Silvi avec intérêt. Elle ne semblait plus intimidée par la guerrière, mais bon, si on considérait que Xena était assise en train de pouponner la barde aux cheveux clairs, ce n’était peut-être pas si surprenant.

« Non », répondit la guerrière. « Le sexe c’est… » Elle soupira. « C’est une action entre deux personnes où ils pressent différentes parties de leurs corps l’une contre l’autre et ça finit parfois par donner un enfant. »

Silvi la fixa. « Tu veux rire. » Elle couvrit sa bouche d’une main. « Allons… c’est la chose la plus ridicule que j’ai jamais entendue. » Elle rit. « C’est aussi idiot que de faire une offrande à Apollon… tu pourrais aussi bien me dire que les bébés ne poussent pas dans les choux. »

Gabrielle sentit que Xena soupirait et elle leva la tête pour regarder son âme sœur. La guerrière la regardait avec un air désespérément impuissant et elle finit par  craquer. « D’accord… d’accord… » Elle regarda Silvi. « Silvi… les bébés ne poussent pas dans les choux… ils grandissent dans les gens. » Elle tapota son ventre. « J’en ai un juste ici. »

La mâchoire de la princesse tomba. « Tu veux rire. » Elle fixa la taille mince de la barde. « C’est impossible. »

« Non ça ne l’est pas… ils commencent très petits… et ils poussent. En environ… » Elle regarda Xena avec incertitude. « Combien ? »

« Environ deux mois », répondit tranquillement la guerrière.

« Ouaouh… d’accord, en environ deux mois, ils commencent à être assez grands pour que ça se voie », continua Gabrielle.

Silvi se frotta le front. « Vous… vous êtes sérieuses sur tout ça », marmonna-t-elle. « Est-ce que tout le monde m’a menti toute ma vie ? Ou bien est-ce un autre mensonge ? »

« Silvi… » Gabrielle la fixa. « Les gens disent des choses aux autres gens… qui ne sont pas vraies… parce que parfois les vérités sont soit trop compliquées soit trop douloureuses à dire. » C’était une vérité qu’elle avait appris à connaître cette dernière année. « Et, quand les gens t’aiment vraiment, vraiment, il leur est impossible de te dire des choses qui te feraient du mal… alors ils doivent mentir parce qu’ils en arrivent à un point de choisir ce qui te fera le plus mal, te mentir ou bien que tu connaisses la vérité. »

Elle pouvait sentir le cœur de Xena battre contre sa joue et elle glissa une main vers le haut, couvrant celle de la guerrière, leurs doigts entrelacés.Est-ce que tu écoutes ? Je l’espère. « Et quandtu y penses comme ça, Silvi… tu comprends que quand les choses sont faites ainsi parce qu’on t’aime, alors les mensonges peuvent être pardonnés. »

La jeune fille fixa le sol puis très lentement, elle leva les yeux vers elle. « C’est… une très belle chose que tu dis, Gabrielle… mais… mon oncle ne m’a jamais aimée. » Elle mit ses mains sur ses cuisses. « Je me disais que je savais ce qu’était l’amour… mais d’être assise ici, et de vous regarder… j’ai fini par comprendre que je ne l’ai jamais su. » Elle se leva. « Est-ce qu’Elanora est déjà au courant ? »

Xena secoua la tête.

« Je vais aller l’informer. » La princesse tira sur sa robe. « Elle sera surprise, je n’en doute pas. » Elle se retourna et glissa vers la porte, se retournant en l’atteignant pour les regarder. La dernière lueur du soleil couchant éclairait le fauteuil, créant un halo cramoisi autour de la tête sombre de Xena et envoyait les traits acérés de la guerrière dans l’ombre. « Merci… pour toute… l’information. »

« Silvi. » La voix basse de Xena fit frissonner l’air entre elles et la lumière basse de la pièce envoya des étincelles de ses yeux bleus. « Il t’aime. »

La jeune fille se figea et la regarda. « Il te l’a dit ? »

Un sourire, visible tel un éclair blanc contre la peau bronzée. « Nous sommes assez semblables pour que je le sache. »

Silvi eut l’air plus heureuse tandis qu’elle relâchait un souffle puis elle se retourna et passa la porte.

Qui se referma derrière elle laissant deux paires d’yeux se regarder sérieusement. « Est-ce qu’on a fait ce qu’il fallait ? » Demanda doucement Gabrielle.

Xena pinça les lèvres et garda le silence quelques secondes ensuite elle hocha fermement la tête. « Oui. » Elle attira la barde plus près et posa son menton sur la tête blonde. « Tu avais raison… c’était mieux qu’il parte et lui laisse quelques illusions, plutôt que de rester et qu’elle découvre quel serpent il était vraiment. »

Gabrielle leva la main et regarda les derniers rayons de soleil la colorer de doré et de rouge, tandis qu’elle capturait la lumière dans sa paume. « J’ai mal pour elle », dit la barde d’un ton songeur, tranquillement. « Tout son monde est bouleversé. » Elle leva les yeux. « J’espère qu’elle aura autant de chance que moi. »

Un éclair de souvenir de l’année précédente traversa l’esprit de Xena et elle se demanda, brièvement, si ‘chance’ était le terme que la barde souhaitait vraiment employer. Puis elle regarda l’air content et paisible sur le visage de Gabrielle et accepta le fait que c’était bien ça. « Demain matin, j’organise une session avec toutes ces chemises à froufrous… je transmets la régence et nous filons d’ici. Qu’en penses-tu ? »

La barde hocha la tête. « Oui… je veux dire… » Son regard scruta la pièce. « Le lit est sympathique… et j’aime bien la baignoire… mais… il faut que je te dise, Xena… les sangliers dans la nature sont plus malins que la plupart de ces gens. »

Elles rirent ensemble. « Tu as hâte de voir les Amazones ? » Demanda Xena nonchalamment. « J’ai promis à Pony une revanche sur cette compétition d’archerie. »

« Oui… » Gabrielle sourit. « Je suis contente que tu sois d’accord avec ça… nous allons essayer d’aller chez Jessan après le festival ? Je veux vraiment voir ses enfants. » Elle joua avec le col de la tunique de Xena. « Et… je voulais poser à Wennid… quelque questions au sujet de… tu sais… ce que nous pouvons attendre… ce genre de choses. »

Xena y réfléchit. « Je ne vois pas pourquoi on n’irait pas… », répondit-elle. « Je ne pense pas que le temps sera moins mauvais que l’an dernier… on devrait bien voyager. » Elle haussa les épaules. « On y serait allées d’abord s’il n’y avait pas eu ce petit détail… si on y va maintenant on va rater le festival et je sais qu’on n’y survivra pas, alors… »

« Mm. » Gabrielle rit doucement. « C’est vrai… mais tu sais quoi ? Je vais vraiment m’amuser là-bas, mais j’ai aussi hâte de rentrer à la maison… j’ai rêvé de notre chalet hier soir. »

« Oui… moi aussi », murmura Xena, surprise. « J’étais… hum… assise dans ce fauteuil près de la fenêtre… il pleuvait… et je réparais un piège… tu étais… hum… »

« Assise devant le feu à lire un rouleau », murmura la barde, ses yeux s’agrandissant. « J’étais… » Sa main tomba sur son estomac. « C’était à des mois de maintenant… je pouvais sentir le bébé bouger. »

Les yeux de Xena étaient maintenant tout ronds. « Tu m’as appelée pour que je le sente. »

Elles se regardèrent. « Ouaouh », dit Gabrielle dans un souffle. « Xena, c’est très étrange… nous avons fait le même rêve. »

« Oui. » La voix de Xena était très douce. « Etrange… mais c’était agréable… je me souviens m’être sentie vraiment heureuse. » Elle baissa les yeux. « Hé… peut-être que c’est un présage, hein ? » Un sourire hésitant passa sur ses lèvres.

Gabrielle posa sa tête, se souvenant. Il y avait eu de la paix dans le rêve qui l’avait vraiment séduite. Elle se souvenait clairement d’avoir levé les yeux de sa lecture et d’avoir jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, et le sentiment bizarre et étrange d’un mouvement en elle. Etait-ce un présage ? Elle se souvint de l’air ouvert et ravi de son âme sœur quand elle l’avait appelée, et elle l’espérait avec ferveur. « Peut-être… ça paraissait tellement réel. »

« Ils ont allumé le bûcher de Gar cet après-midi », dit Xena tranquillement. « J’ai pris des cendres… je me dis que je pourrais au moins rapporter une partie de lui à la maison. »

Gabrielle la tapota doucement. « Je suis désolée… j’aurais aimé être là avec toi. » Elle devint silencieuse en réalisant quand elles s’étaient trouvées ensemble devant un bûcher. C’est peut-être mieux que je n’y sois pas allée, songea-t-elle. Par les dieux… ça fait encore mal, pas vrai ? Si elle fermait les yeux, elle pourrait encore sentir la chaleur de ce double feu contre son corps et entendre la voix d’Ephiny trembler au-dessus des flammes crépitantes.

Elle pouvait encore sentir le déchirement de son âme quand Xena s’éloigna.

Les larmes s’échappèrent de ses yeux tandis qu’elle était incapable de repousser le souvenir et elle sentit le battement de cœur de la guerrière doubler soudainement alors que Xena ressentait sa détresse.

« Hé… hé… » La guerrière lui prit la mâchoire et tourna son visage avec anxiété. « Gab ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » La panique monta dans la voix habituellement ferme. « Est-ce que je… je veux dire… tu voulais y être ? Je te connais… je veux dire que je sais que tu ne l’aimais pas… j’ai juste… je t’ai cherchée, mais… je… Gabrielle ? »

Calme-toi. La barde déglutit et captura la main de son âme sœur pour s’y raccrocher. Calme-toi et détends-toi… c’est fini. C’est du passé. « Désolée. » Elle prit une inspiration tremblante. « Juste de mauvais souvenirs. »

Le silence. Puis la sensation d’une main qui lui caressait doucement les cheveux. Elle renifla et passa la main derrière Xena, l’étreignant aussi fort que possible. La guerrière la serra à son tour. « Xena ? » Murmura-t-elle.

« Mm ? » Une réponse basse et grondante, sentie plus qu’entendue.

« Ne me laisse jamais. »

« Gabrielle, je te jure…»

« Non… pas ça… pas… ce genre de départ. » Gabrielle était consciente de frissonner.

Et ensuite, une chaleur solide et merveilleuse l’entoura, coupant jusqu’au cœur de la glace qu’elle ressentait en elle et la faisant fondre comme si elle n’avait jamais été là. « Jamais. » Le mot la rassura et elle le prit, le mettant de côté dans les endroits sombres qui la hantaient encore.

« C’était le bûcher ? » La voix de Xena à nouveau, très douce.

Elle hocha la tête contre sa compagne. « Oui… ça m’a touchée au mauvais endroit… c’était une de rares fois de ma vie où je pensais sérieusement à… simplement abandonner. »

« Oui. » La voix de Xena craqua. « Moi aussi. » Elle soupira. « Je… j’avais trouvé cette petite grotte… pas loin du village… cette première nuit… et… » Une longue pause. « Et j’étais… assise contre le mur, là dans l’obscurité… avec mon épée pressée contre mon ventre… mes mains tremblantes sur la poignée… je voulais tellement en finir. »

Gabrielle calma tout y compris sa respiration. Je n’ai jamais pu lui poser de questions sur cette nuit-là. « Mais tu ne l’as pas fait… tout comme je ne l’ai pas fait. »

« Ça faisait tellement mal », dit Xena dans un souffle, à peine audible. « Mais je ne pouvais pas le faire… je ne pouvais pas… je savais que si je le faisais, ça signifierait que… je ne te reverrais plus jamais… plus jamais… et… j’avais tellement perdu… tellement… »

La barde sentit ses larmes mouiller la tunique de Xena. « J’ai failli te suivre pour te ramener. »

« J’aurais pu te tuer. » La voix était faible.

Gabrielle hocha la tête d’un air las. « Je le sais. » Mais curieusement, elle ressentait une paix tranquille. « Mais c’est du passé maintenant… et je… c’est ici que je veux rester. » Les doigts de Xena essuyèrent les larmes sur son visage. « Désolée. »

« C’est bon », répondit Xena calmement. « C’est mieux de le laisser sortir… il nous est arrivé pas mal de désagréments. »

La barde hocha la tête. « Je sais… en plus, les bonnes choses pèsent plus que les mauvaises. »

« Ah oui ? » La guerrière lui caressa les cheveux.

« Mm… par exemple t’écouter essayer d’expliquer le sexe à Silvi. C’était un bon moment » se moqua la barde en repoussant les souvenirs obscurs à leur place. Elle tapota la poitrine de Xena, sentant l’humidité de ses propres larmes sous ses doigts. « C’était… très spécial. »

Xena se força à sourire. « Oui… et bien… je continue à penser qu’il s’agit de discussions sensibles. »

Gabrielle sourit. « D’accord », concéda-t-elle. « Je prendrai la suivante, d’accord ? »

« Conclu », répondit la guerrière. « Tu vas bien ? »

La barde hocha la tête. « Et toi ? »

Xena hocha aussi la tête. « Et si je nous trouvais quelque chose pour dîner et qu’on passe une nuit tranquille ici. »

Gabrielle se redressa. « Ce serait génial. » Elle se sortit à contrecoeur des genoux de la guerrière et se leva, étirant des muscles raidis avec un tressaillement. « Peut-être que je peux finir l’histoire que j’ai en cours… » Elle se laissa tomber sur le dos sur le lit, près d’un Arès endormi, qui leva la tête et lui lança un regard. Elle lui ébouriffa le pelage et il rampa pour venir mettre sa tête sur son côté et la lécher.

« D’accord… je reviens tout de suite », promit Xena. « Peut-être que je pourrai trouver des cerises. »

La barde sourit au dais. « Je préférerais une pomme. »


La lumière du matin se déversait par les portes avant ouvertes tandis que Xena arrivait à la chambre du Conseil, en direction de la cuisine du château. Elle entendit des voix s’élever dans la pièce et elle soupira, mais la lueur chaude qui était venue du réveil très affectueux de Gabrielle, lui faisait un bouclier de ce qui promettait d’être une session déplaisante.

La cuisine sentait le pain frais et les aromates et la guerrière s’autorisa un sourire nostalgique, en se souvenant de l’espace bien plus petit chez sa mère à Amphipolis. Elle repéra Grand-mère près du mur du foyer et elle changea de direction. La femme se retourna à demi pour attraper une jarre d’épices tandis qu’elle approchait et elle la vit arriver.

« Ah ! » La cuisinière lâcha sa cuillère et se frotta les mains sur son tablier. « Bonjour à toi, jeune pousse… j’ai entendu dire que tu avais remis l’endroit sur pieds, eh ? »

Xena haussa les deux épaules. « Quelque chose comme ça… oui… »

Grand-mère se rapprocha. « C’est vrai qu’ce salaud d’Edgecul a filé ? »

La guerrière hocha la tête. « Oui oui. »

« C’est vrai qui t’laisse en charge ? »

« Oui oui. »

« Ah… c’est vrai qu’t y a dit qu’tallais lui arracher les parties ? »

« Euh… non. » Xena se gratta la nuque. « Pas exactement. »

La vieille femme rit. « Mais tu diriges… là maintenant ? »

« Oui… pour un peu de temps… jusqu’à ce que j’entre là-dedans et que j’ajuste le tout », expliqua Xena. « Ensuite nous partons… je dois aller à un endroit. »

Grand-mère hocha la tête, son air blagueur parti. « Très bien alors… viens ici une minute. » Elle attrapa un bout de l’armure en cuir de Xena et tira, emmenant la guerrière derrière elle dans un petit local à provisions. Elle ouvrit avec soin une petite boîte plate et en sortit un parchemin et une plume. « Tu peux faire ça alors… c’est pas grand-chose et je pense pas que ça t’embête. » Elle tendit le rouleau.

Xena l’étudia le front plissé. « Grand-mère… le personnel ici est asservi ? ? ? » Elle leva un regard acéré. « C’est… par les dieux, tu aurais dû me le dire avant… j’aurais…»

Une main ridée se posa sur son bras. « Nan. » Grand-mère soupira. « La plupart d’entre nous… nous sommes vieux… c’est mieux qu’on reste où on est, eh ? Ils sont obligés de prendre soin de nous, jeune pousse… ils peuvent botter un homme libre, mais pas nous… et j’ai pas d’autre endroit où aller. »

La guerrière la regarda droit dans les yeux. « Ce n’est pas vrai. Tu as un endroit où aller si tu le veux. »

Un léger sourire plissa le visage de la cuisinière. « T’es toujours tout feu tout flamme, pas vrai. » Elle rit doucement. « T’as pas changé d’un poil, Xena… la dernière fois qu’j’t’ai vue c’est quand ces sauvages envoyaient des pierres sur tes cochons et que tu les poursuivais avec un bâton dans la porcherie. »

Xena s’autorisa un sourire radieux, brièvement. « C’était il y a bien longtemps », répondit-elle calmement. « Et j’ai parcouru un long chemin depuis. »

Grand-mère hocha légèrement la tête. « Oui… j’en ai entendu parler… mais c’qui est important, c’est qu’tu sois revenue à c’que t’étais. » Elle soupira et indiqua le parchemin. « Ces gamins… ils sont jeunes… ils peuvent encore faire quéque chose de leur vie… certains peuvent choisir d’rester ici… mais d’autres… »

La guerrière posa le rouleau et tendit la main. « Tu as une plume ? » Elle attendit que Grand-mère en sorte une de la boîte avec un petit pot d’encre. Xena plongea le bout de la plume dans l’encre et fit une pause, puis elle signa proprement au bas du document. « Je vois que le nom de Mestre se trouve ici. »

« Oui », dit Grand-mère, tranquillement.

« C’est une brave fille. » Le regard bleu se posa sur le visage de la cuisinière avec une grande intensité.

« Oui, c’est vrai », répondit celle-ci. « Elle a une bonne opinion de toi. »

Xena sourit. « Elle a décidé que je n’étais pas si mauvaise, hein ? » Elle souffla pour sécher sa signature et tendit le parchemin à Grand-mère.  « Voilà… est-ce que je peux échanger ça pour du pain que je sens en train de cuire ? J’ai promis à Gabrielle que je lui apporterai le petit déjeuner si nous devions être coincées dans cette pièce un moment. »

La cuisinière posa le rouleau avec soin, passa un doigt sur sa longueur avant de fermer le couvercle de la boîte. « Oui… bien sûr », finit-elle par répondre avec un trémolo dans la voix. « Viens avec moi, jeune pousse. »

Xena eut son panier de pains chauds, complétés avec un petit morceau de beurre de miel et quelques tranches épaisses et encore chaudes de jambon que Grand-mère avait réservées d’un rôti qu’ils avaient à l’instant retiré du feu. Elle repéra la barde qui se tenait près du mur du fond et qui parlait à une Silvi nerveuse, et elle se dirigea vers elles. Gabrielle portait ses vêtements de voyage et avait un bras enroulé autour de son bâton, mais c’était plus comme soutien pour son genou encore douloureux que pour un danger quelconque qui pourrait se trouver dans la chambre du Conseil.

Une discussion forte sortit de la pièce tandis qu’elle entrait et elle soupira. A y repenser, peut-être pas. Elle avait passé près d’une marque de chandelle à parler à Framna qui était un peu surpris de cette tournure prise par les événements et elle était satisfaite, à contrecoeur, de ses réponses, bien qu’elle eût souhaité un administrateur plus expérimenté pour la cité.

Et bien, c’est pour ça que le Conseil se réunit, je pense. Elle soupira intérieurement. Je ne suis pas vraiment heureuse avec Framna… mais bon, je n’étais pas heureuse du choix d’Edgevar non plus… le meilleur de deux maux, hein ? « Hé. » Elle se rapprocha de la barde et tendit le panier. « Comme promis. »

« Ooh. » Gabrielle regarda sous la couverture de tissu et lui lança un regard approbateur. « Génial… » Elle leva les yeux. « Tout se passe bien ? »

La guerrière remua sa main libre. « Oui… plus ou moins… J’ai obtenu de Framna qu’il accepte de reprendre le reste de l’armée de Gar… Lui et Bennu ont construit une sorte de relation de travail… je pense que ça va aller. » Elle ajusta son armure d’un haussement d’épaules et relâcha un souffle. « Allons… terminons-en. »

Les sons coléreux de la pièce se calmèrent quand elles entrèrent, la barde et la guerrière de chaque côté de la princesse menue, qui parvint tout de même à garder la tête haute tandis qu’elle était escortée à la table principale et s’asseyait.

Xena s’assit à sa droite, dans le siège d’Edgevar, et Gabrielle s’installa tranquillement près d’elle, le regard vert brume de la barde scrutant avec intérêt la pièce pleine de conseillers et de nobles. La guerrière trouva le regard de Framna à l’arrière de la pièce et elle le regarda tout droit, puis elle tourna la tête et regarda le fauteuil à la gauche de Silvi puis de nouveau vers lui. Un haussement de sourcil.

Il reçut le message et se fraya un chemin à travers la foule jusqu’à contourner la table d’un pas incertain et s’asseoir tranquillement près de Silvi. Xena lui adressa un regard approbateur puis elle se leva et mit les mains sur ses hanches, laissant ses yeux clairs scruter la salle. « Très bien. »

Ils la regardèrent à leur tour avec des degrés variables de crainte, d’intérêt, d’intrigue et d’outrage.

Xena fit un signe à la barde qui attendait. « Lis. »

Gabrielle se leva et déroula le parchemin, laissant son regard le parcourir un moment avant de prendre une profonde inspiration et de commencer à lire. Ses côtes ressortirent un moment et les muscles de son abdomen se tendirent, puis sa voix claire résonna sur la pièce silencieuse.

Que tous les présents sachent que, moi, Edgevar, régent d’Hélios, je suis arrivé au bout de mon long et noble service à la cité. En conséquence et pour marquer l’arrivée à l’âge requis de notre héritière royale, je me retire de la cité pour que les affaires puissent être traitées sans compromettre ma charge.

Par la présente, je renonce à toute réclamation relative au trône et je soumets gracieusement ma démission en tant que régent.

Parce que notre noble héritière n’est pas encore fiancée, je me sens honoré de fournir à la cité une main sûre et puissante jusqu’à ce qu’un tel arrangement puisse être trouvé. C’est ainsi que je proclame, sous mon dernier sceau, que le titre de régent, en mon absence, est transmis à la gracieuse et honorable Xena d’Amphipolis, jusqu’à ce que notre héritière puisse assumer sa charge.

Que Zeus vous protège tous.

Edgevar, Régent.

Gabrielle enroula le parchemin et le posa sur la table, puis elle lança un regard à Xena, s’assit et croisa les mains dessus. « C’est tout. »

Xena hocha la tête puis regarda la salle. « Des questions ? » Elle laissa sa voix tomber dans un grognement dangereux.

Il y eut moins de désapprobation dans la salle qu’elle ne s’y était attendue. Quelques visages étaient sombres, mais la plupart d’entre eux étaient soit pensifs soit franchement souriants. C’était une surprise. Un représentant des marchands réussit à croiser son regard et il cligna d’un œil. Xena laissa un sourire tirer ses lèvres d’un côté en réponse. « Hmm… ça ne s’est pas si mal passé », marmonna-t-elle à voix basse, ce qui lui valut un sourire de Gabrielle, rapidement masqué derrière une main.

« Et bien… c’était gentil de sa part, mais je pense que vous vous rendez tous compte que je ne suis pas du genre qui s’incruste très longtemps », finit par déclarer la guerrière, encore une fois surprise de la déception qui lui faisait face. « Votre princesse a accepté une offre de fiançailles de Framna ici présent, c’est donc un point à discuter quoi qu’il en soit. »

Un homme se leva, les mains dans sa ceinture et il leva le menton en s’adressant à elle. Il avait des cheveux aussi noirs que les siens et des yeux gris clair intéressants. « Et si l’armée revient ? Sans offense… » Il fit un signe de tête vers Framna. « Mais nous savons tous qui les a arrêtés. »

Ils se tournèrent tous vers Xena avec des signes de tête. Un marmonnement sourd d’approbation traversa la pièce. « Ecoute… » Continua l’homme. « Nous savons que… nous avons commis des erreurs, mais nous étions désespérés… la plupart d’entre nous… nous voulons juste un endroit où vivre en sécurité… et la paix dans nos vies… je n’ai pas dormi aussi bien depuis des années que la nuit dernière. »

Gabrielle regarda son âme sœur du coin de l’œil, la voyant dans la rare position d’être totalement déstabilisée. Xena s’était attendue à ce que toute la cité soit outragée de la défection d’Edgevar… elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’ils soient contents, ou qu’ils voudraient qu’elle reste. Mais hé… ce n’était pas des idiots, pas vrai, songea Gabrielle. Je la choisirais assurément plutôt qu’une gamine inexpérimentée et un type contre lequel son armée s’était mutinée.

Une partie d’elle souhaita que… brièvement, elles restent, juste un petit moment. Elle avait pu voir toute cette autre facette de son âme sœur et elle voulait l’explorer un peu. Xena avait accepté la vénération des troupes comme une éponge et elle sentait, tout au fond de son cœur, que c’était une chose qui manquait douloureusement à sa compagne.

C’était une chose qu’elle avait abandonnée en connaissance de cause et volontairement tandis qu’elles forgeaient leur vie dans une direction différente, et Gabrielle savait qu’elle faisait un choix en toute conscience ce faisant, mais…

Mais.

Xena prit une inspiration et se pencha en avant, posant son poids sur le bout de ses doigts. « Je suis… contente d’avoir apporté mon aide », commença-t-elle lentement. « Je sais que la plupart d’entre vous ne s’attendait à rien de bon quand Garanimus m’a fait venir… mais les choses ont bien tourné. » Elle fit une pause et se redressa, sentant leur attention se focaliser sur elle.

Ils lui faisaient confiance. A l’arrière de la pièce, se tenait Bennu, une expression de loyauté tranquille dans ses yeux chaleureux. Il était flanqué de deux de ses sergents, leur armure brillant doucement dans la lumière de la torche. Fiers.

Pendant un instant, elle hésita, voyant un endroit agréable et sécurisé, plein de réconfort, de compagnie pour Gabrielle, où la barde pouvait montrer ses talents et être entourée du genre de petits soins qu’elle pensait que sa compagne méritait. Elle jeta un coup d’œil sur sa droite et croisa le regard vert brume qui la regardait avec foi.

Le pouvoir lui était servi sur un plateau, l’opportunité d’exercer des talents qu’elle avait tranquillement laissés rouiller. Une armée à diriger, des conseils à présider. Le respect. L’honneur.

Non… c’est comme ça que ça commence, pas vrai ? Tu voulais juste protéger Amphipolis. Que va-t-il se passer si tu décides de ‘protéger’ cet endroit ? Quelques cités autour, pas bien défendues… des prises faciles. Elle se tourmenta elle-même sombrement. Trop de tentations. « Je suis contente d’avoir arrangé les choses ici, mais j’ai des affaires à régler… et une maison à retrouver. »

La déception. « Amphipolis n’est pas loin d’ici », leur rappela Xena. « Je garde trace de mes amis. »

Encore des grognements, mais ils semblaient prendre les choses un peu mieux. « Bennu, viens par ici. »

L’homme grand avança d’un pas nonchalant, un petit paquet sous le bras. « Oui ? » Il arriva devant elle, sa tête bien redressée.

« Avez-vous fini le vote ? » Demanda la guerrière tranquillement.

« Oui », répondit-il tout aussi tranquillement. « On aimerait rester. »

Un murmure parcourut à nouveau la salle.

Xena hocha la tête. « Vous allez garder cet endroit propre », l’avertit-elle. « Autrement… »

Il lui sourit. « Oui, Génr’l. »

Elle lui sourit puis leva les yeux. « Vous avez besoin d’une force de défense. Je sais que celle-ci n’est pas ce à quoi vous vous attendiez, mais ce sont de bons gars, la plupart d’entre eux ont des talents secondaires que vous trouverez utiles », informa-t-elle les conseillers. « Ce sont des fermiers et des menuisiers, des travailleurs du cuir… certains sont forgerons… ne les gâchez pas. »

« Et si… ils commencent à se comporter comme avant ? » Objecta l’homme aux cheveux noirs. « Harcelant les marchands et saccageant la cité… alors quoi ? »

Bennu se tourna et lui fit face avec dignité. « On jette pas de la merde dans son propr’lit », dit-il. « Mais ça se pourrait dans un endroit qu’on visite juste. » Il regarda par-dessus son épaule. « En plus… j’veux pas qu’le génr’l revienne me botter le cul. »

Xena lui lança un sourire franc. « Petit malin. »

Avec hésitation, des hochements de tête parcoururent la salle. « Nous… » Un petit homme trapu avec les mains tachées de terre d’un fermier se leva avec précautions. « Y a des terres en jachère à une lieue de la ville… on cherchait quelqu’un pour s’en occuper… la plupart d’entre nous ont peur d’aller là-bas parce que c’est à la frange… il y a eu des brigands. » Il regarda Bennu. « Si quelqu’un de chez vous est intéressé… envoyez-le-moi. »

La guerrière croisa les bras sur sa poitrine et eut un sourire chaleureux et approbateur pour le fermier. La plus grande partie de l’armée était constituée de cadets, avec aucune chance d’avoir une terre à la maison, elle savait que certains, au moins, sauteraient sur l’occasion.

Bennu hocha la tête. « Oui… je le f’rai. » Puis il se retourna et fit face à Xena. « Génr’l… j’peux vous d’mander une faveur ? »

Le silence tomba alors qu’ils écoutaient tous avec intérêt. Xena fit une pause puis hocha la tête avec prudence. « Bien sûr. »

Il s’avança et prit le paquet de sous son bras, le séparant en deux et déroula un des morceaux. L'étendard de Garanimus, une dague noire sur un champ rouge. « Je… sais que vous emportez un peu d’lui à la maison avec vous… je pensais… que vous pourriez prend’ça aussi. »

Xena contourna la table et se mit à son niveau puis elle tendit la main et prit l'étendard poussiéreux. « Très bien », répondit-elle tranquillement en posant le tissu sur son épaule. « Je vais le faire. »

Bennu hocha la tête et prit une inspiration nerveuse. « C’est pas… ah… si on doit rester ici, c’est pas un bon drapeau de toutes les façons, eh ? Sanglant et tout. » Il s’éclaircit la voix. « J’étais… j’veux dire… on… » Son regard alla vers les deux sergents, puis de nouveau vers elle. « On s’demandait… si ça vous embêtr’ait… beaucoup… si… on utilisait çui-là à la place. »

Il déroula le second paquet, un tissu sombre, noir comme l’encre, coupé en deux par une tête de faucon jaune.

Xena aspira de l’air, surprise. Son étendard. Elle le regarda, figée pendant un long moment. « Je n’ai pas vu ça depuis longtemps », murmura-t-elle.

Bennu le regarda, drapé sur ses grandes mains. « C’était à Gar… il le sortait quelquefois… il nous racontait des histoires. »

La guerrière toucha le tissu qui, à voir sa propreté, avait été bien conservé. Oh Gar. Elle se souvint du blondinet qu’il avait été et elle serra la mâchoire. « Il y a… beaucoup de gens par ici qui ne voient pas ceci comme un blason honorable, Bennu. »

« Oui… et ben… ils ne vous connaissent pas, je pense », répondit le soldat avec un sourire. « On peut ? »

Tout comme un petit garçon. Xena soupira. Une part d’elle était intensément flattée. Une part d’elle était circonspecte à l’idée que ce drapeau flotte à nouveau. Mais elle regarda Bennu dans les yeux et se rendit compte que peu importe quelle réponse elle allait donner, elle allait y laisser une partie d’elle-même. « Bien sûr », finit-elle par répondre. « Peut-être que vous allez lui donner une meilleure réputation. »

Il sourit. « Merci, génr’l. » Il se retourna et leva le pouce en direction des sergents. Puis il se tourna à nouveau et regarda par-dessus l’épaule de Xena tandis que Gabrielle s’avançait tranquillement pour regarder le drapeau.

« Prenez soin de ceci », dit la barde avec une douce étincelle dans les yeux. « Elle ne le donne pas à la légère. » Elle leva la main et tourna ses phalanges vers l’extérieur au niveau des yeux de Bennu et elle le regarda se concentrer sur la chevalière qu’elle portait.

Le visage de celui-ci se plissa dans un large sourire. « Alors, encore plus… » Il regarda Xena silencieuse. « Elle travaille sur vot’réputation aussi ? »

La guerrière mit le bras autour des épaules de sa compagne. « Elle l’a réhabilitée toute seule, en fait. » Elle tendit sa main libre. « Bonne chance, Bennu. »

Il lui attrapa le bras dans une prise ferme. « Vous aussi, génr’l… v’nez nous rendre visite des fois, eh ? »

« Bien sûr. » Xena le relâcha et son regard passa sur la pièce. « Très bien… la journée est belle et il est temps d’aller réparer cet endroit. Gabrielle et moi partons… le reste dépend de vous. »

Et lentement, ils se levèrent pour lui faire honneur.


La cour était grouillante d’activité, elles se tenaient à l’extérieur et Xena ajustait méticuleusement la selle d’Argo. La jumentattendait patiemment tandis que la guerrière tirait sur les attaches pour les resserrer et ajustait les boucles d’une main experte. Elle avait salué le personnel du palais et avait accepté, à contrecoeur, des petits cadeaux de départ de Framna et Silvi. Elles étaient maintenant relativement seules tandis que la cité tentait de revenir à la normale.

Gabrielle s’était assuré que tout était empaqueté et elle était appuyée sur son bâton, mâchant un des petits pains que Xena avait obtenu si utilement. La cour était remplie de soleil et elle prit une profonde inspiration de l’air frais, savourant la sensation de chaleur contre la peau de son dos et ses épaules pratiquement nues. « Prête ? » Demanda-t-elle tandis que la guerrière finissait de s’activer.

Xena lui sourit et leva les sacoches de selle pour les passer par-dessus l’arrière-train d’Argo et les installer. « Presque. » Elle lança un regard à la barde. « Tu es anxieuse de partir ? »

La barde avança d’un pas nonchalant, arrachant un morceau de son petit pain pour l’offrir à sa grande compagne. « Et bien… je ne suis jamais allée à un festival de moisson chez les Amazones… ça semble être joyeux. »

Xena accepta le morceau et le mâcha. « Joyeux… oui… ça devrait », admit-elle. « Tu sais, ils ont des gens plutôt intéressants qui tournent autour du festival et des unions pendant la fête. » Elle finit sa tâche et se hissa sur la jument, installant ses pieds dans les étriers, enroulant les rênes sur une main avant de tendre l’autre à Gabrielle. « Allez. »

A sa surprise, la barde secoua la tête. « Je vais marcher… je veux me débarrasser de ces nœuds à mon genou. » Elle fit face à la brise et la laissa repousser ses cheveux. « Mmm… quelle belle journée. »

La guerrière la regarda. « Tu es sûre ? » Elle libéra ses pieds des étriers tout en regardant la barde faire un signe de tête. « D’accord. » Argo hennit quand elle glissa de son dos pour rejoindre son âme sœur. « Je suis sûre que je peux aussi trouver un nœud à détendre », l’informa-t-elle tout en commençant à marcher le long des grandes allées qui menaient aux portes de la cité.

Gabrielle lui lança un regard affectueux et la rattrapa, cassant un autre morceau de pain en deux avant de lui en tendre une portion. Tandis qu’elles avançaient dans les rues, elles attirèrent l’attention et Xena retourna un nombre surprenant de saluts amicaux.

Elles arrivèrent enfin aux portes et Gabrielle leva les yeux vers le portail abîmé par le feu qu’elle avait vu la dernière fois à la lumière de la torche. Les portes étaient ouvertes maintenant, laissant entrer et sortir les flots de travailleurs qui rebâtissaient le marché, et les dommages sur les tours de guet étaient en cours de réparation.

D’un côté des portes, quelques travailleurs étaient agglutinés autour d’une surface en bois carrée, qui semblait porter des mots brûlés dessus. Ils la fixaient avec soin sur le mur intérieur et tandis que la guerrière et la barde s’approchaient, ils se retournèrent et les saluèrent.

Xena et Gabrielle échangèrent un regard et changèrent légèrement de direction jusqu’à être près du petit groupe. « C’est quoi ça ? » Demanda la barde en avançant à grands pas pour le voir. Les artisans qui travaillaient dur reculèrent et se frottèrent le front, se tenant fièrement tandis qu’elle lisait.

C’était une sorte de plaque, polie et recouverte de cuivre, avec des lettres brûlées dans le bois dur.

A cet endroit, deux nuits avant le Solstice d’automne, une armée belligérante fut stoppée par le talent et la férocité d’une seule guerrière qui sauva l’honneur de la cité et les vies de son peuple, sans même s’inquiéter de sa propre sécurité.

Ici, Xena d’Amphipolis a écrit une page dans notre histoire et nous a montré à tous le sens du mot courage. Nous l’honorons.

Gabrielle sourit et leva un pouce, puis elle se retourna et observa la rougeur visible sur le visage bronzé de son âme sœur. « J’adore ! » Elle retourna vers l’équipement d’Argo et en sortit une feuille de parchemin et une plume. « Attendez… je veux m’assurer que j’ai bien tout pris. »

Un petit grognement émana de Xena qui réussit à faire un faible sourire aux artisans. « Hum… merci. » Elle se frotta les yeux pour tenter d’éloigner la rougeur de sa peau. Génial. Tout simplement génial. « Gabrielle… il faut qu’on y aille.”

« Mmph ? » La barde prit la plume qu’elle serrait entre ses dents alors qu’elle étalait le parchemin sur une pierre. « Il me semble que tu as dit qu’on n’était pas pressées ? » Elle regarda la plaque et commença à recopier les mots. « Ça va faire une superbe fin pour l’histoire. »

La guerrière soupira et se détourna, les bras posés sur le dos d’Argo, regardant quelques oiseaux qui passaient au-dessus. Quelques instants plus tard, la barde lui tapota le dos.

« J’ai tout… d’accord… allons-y », dit-elle joyeusement. « Une fin parfaite… » Elle remua la main tandis qu’elles reprenaient la route vers le portail. « Et tandis qu’elles arrivaient aux portes… on élevait une plaque… »

« Gabrielle… »

« Honorant le courage de la grande guerrière… »

« GABRIELLE… »

« La cité est pour toujours redevable… ouille ! ! ! » Un trémoussement. « C’est pas juste… arrête ça… Xena ! » Un autre trémoussement. « Très bien… très bien… j’arrête ! »

Elles reprirent leur marche. « C’était quoi ce que tu disais sur les coutumes intéressantes des Amazones ? » Se souvint soudain Gabrielle.

Xena sourit, mais garda le silence.

« Xena ? » La barde marcha à l’envers tout en la fixant. « C’était quoi ? »

Haussement de sourcil noir. « Je présume que je pourrais être persuadée de me souvenir… pour un certain prix. »

« Un prix ! » La voix de Gabrielle était indignée. « Sûrement pas. »

Une pause. « C’est quoi le prix ? »

La guerrière montra le parchemin qu’elle avait rangé.

« Oh non. » Gabrielle secoua la tête. « Non non, Xena… je peux juste attendre d’arriver chez les Amazones et demander à Ephiny. »

Un haussement d’épaules. « D’accord », répondit aimablement Xena tandis que la poussière de la route commençait à monter sur ses bottes et que les bruits de la cité diminuaient derrière elles. C’était une belle journée, ensoleillée et avec une touche de fraîcheur dans l’air pour leur rappeler que l’été était presque fini. Les champs de chaque côté de la route envoyaient une odeur lourde de blé avant la moisson et la brise qui soulevait leurs cheveux était épaisse d’odeurs riches de verdure.

Dans le silence, seuls les sabots d’Argo semblaient très bruyants. Arès trottinait un peu à l’écart de la route, chassant les lapins, et leurs bottes légères ne faisaient qu’un bruit léger de frottement. Occasionnellement, le léger tintement de l’équipement d’Argo résonnait tandis que la jument jouait avec, sa tête montant et descendant en rythme avec leurs foulées.

Tout était calme et très paisible.

« Très bien », grogna Gabrielle en tendant le parchemin. « Mais ça ferait mieux d’être de bonnes choses. »

Xena sourit. Ça a pris un quart de marque de chandelle de plus que je ne le pensais… elle s’améliore. « Qu’est-ce que tu veux entendre en premier… celle où tout le village t’embrasse ou bien celle où tu es pendue par tes chevilles ? »

Un silence de mort. « QUOI ? ? ? ? »

Xena rit. La journée allait être géniale.


FIN