Avertissement standard de l’auteure : Ces personnages, la plupart, appartiennent à Universal et Renaissance Pictures, et à quiconque a un intérêt dans Xena : Princesse Guerrière. Ceci est écrit pour s’amuser et aucune règle de copyright n’a été enfreinte volontairement.

Avertissements spécifiques (de l’auteure) à l’histoire :

Violence – Et bien… il y a plus ou moins de violence légère dans cette histoire. Bon… on y trouve Xena et les Amazones, et Gabrielle avec ce bâton… alors tout n’est pas douceur et légèreté, mais personne n’a la tête coupée (désolée MaryD).

Subtext : Est-ce que je dois vraiment faire un avertissement pour le subtext ? Quelqu’un m’a demandé si je pensais que Xena : Princesse Guerrière était une série romantique. Ma réponse fut, quand un personnage principal déclare dans des termes certains à l’autre personnage principal qu’elle mourrait à ses côtés plutôt que vivre sans elle, cette série ne peut pas être désignée autrement que comme un conte romantique. Oui, il y a du subtext… du maintext… du sous la table texte… ou tout comme vous voulez l’appeler.

Il y a de la censure en dessous de 13 ans (NdlT aux USA), pas plus. Ça ne change jamais… pour ceux qui s’attendent à ce que j’introduise de la franche hilarité, pas de limites pour des scènes d’orgie illustrées, assurez-vous que vous avez beaucoup de café et de doughnuts à portée de main. Et un fauteuil confortable.

Alors, après avoir lu cet agréable avertissement, si vous lisez l’histoire et que vous êtes choqué que Xena et Gabrielle s’embrassent, je ne peux pas vous aider. Si vous en êtes offensé, envoyez-moi votre adresse et je vous enverrai un buisson de citrons. On aime bien faire ça ici (Note de la Traductrice : Miami), il faut qu’on s’en débarrasse au maximum.

Tous les commentaires sont toujours les bienvenus à l’adresse :

mailto:merwolf@bellsouth.net

(NdlT : ou à fryda@orange.fr)

 


Le Festival – 1ère partie

Par Melissa Good (1999)

Traduction : Fryda (2017)


La cascade tombait sur des rochers usés et rendus lisses et glissants par des années passées sous le poids du flot qui les sculptait en formes bizarres et sinueuses. De la mousse épaisse poussait sur les rives et l’eau qui tombait dans la petite mare était froide et claire, et elle luisait dans le soleil de fin d’après-midi brisé uniquement par les ombres tachetées des feuilles des arbres qui la bordaient.

A la base de la cascade, sur un rocher réchauffé par le soleil, un grand loup était enroulé, sa queue bien installée sous son museau et ses yeux jaunes cloués sur le haut avec un air d’attente. Derrière lui, dans une petite clairière ouverte, une jument couleur du beurre paissait, tirant d’épaisses touffes d’herbe verte avec des reniflements d’aise.

On pouvait voir un petit campement juste derrière le cheval, un cercle de feu soigné avec une grande fourrure noire étalée d’un côté et un tas de sacoches posées contre un grand chêne. Ça ressemblait à un agencement confortable, mais pour l'instant il était complètement vide alors que ses occupantes étaient perchées bien au-dessus, au sommet de la cascade.

« Xena, je ne sais pas trop. » La voix était celle d’une jeune femme de taille moyenne et musclée, présentement nue et dégoulinante d’eau. Elle se tenait sur un rocher, ses bras pliés autour de sa poitrine, le soleil faisant briller les gouttelettes d’eau, éparpillées sur sa peau richement bronzée, comme des diamants. Elle soupira et repoussa les cheveux blonds dorés mouillés de son front d’une main et regarda l’objet de sa frustration avec un froncement de doute.

« Allons… Gabrielle… c’est drôle. Est-ce que je pourrais mal te conseiller ? » La grande femme aux muscles élancés qui répondait était assise sur un rocher plat dans l’eau courante, son poids posé sur ses deux mains et ses cheveux noir de jais collés sur son dos. Des yeux bleus vivaces, exactement assortis à l’eau bouillonnante du flot, brillaient vers la barde réticente.

« ‘Drôle’ pour toi n’est pas toujours ‘drôle’ pour moi, c’est à ça que je pense », répondit Gabrielle avec ironie. « On ne peut pas simplement passer au-dessus de la cascade, Xena… et s’il y a des rochers et d’autres trucs là-dessous… on va se blesser. »

La guerrière leva les yeux au ciel. « Gabrielle… j’ai fait ça un million de fois. Allez… je vais te tenir… rien ne va arriver », tenta-t-elle de la convaincre, tout en laissant un sourire plisser son visage et apporter une touche espiègle dans ses yeux. « Tu vas adorer ça… je te le dis. »

La barde pianota contre sa cuisse puis leva les deux mains et les laissa retomber. « Une fois. » Elle lança un regard d’avertissement à la grande femme. « Juste une fois. » Prudemment, elle se fraya un chemin vers l’endroit où Xena était allongée et elle plongea dans l’eau qui coulait rapidement, flottant un peu jusqu’à ce qu’une main chaude se referme fermement sur le bas de sa jambe et la stabilise. « Merci. » Elle tapota la tête de Xena tout en s’asseyant avec prudence en face de la guerrière, laissant l’eau froide et pétillante passer sur ses jambes. « Oooh… c’est bon. »

« Oui oui. » Xena se rapprocha d’elle par-derrière et mit ses longs bras autour de sa fine taille. « Qu’est-ce que tu en penses ? »

Gabrielle ferma les yeux et se laissa aller dans le contraste entre le froid de l’eau et la chaleur de son âme sœur. « C’était quoi la question déjà ? » Finit-elle par demander en posant sa tête contre la poitrine de Xena, levant les yeux pour la regarder.

Un léger rire lui répondit. « D’accord… non… je vais pousser… et on va glisser le long de cette chute jusque dans la mare. Tu es prête ? » Murmura Xena dans son oreille.

« Je ferme les yeux alors tu ferais bien de conduire », répondit la barde avec fermeté.

Xena relâcha un bras et le tendit derrière elle, poussant le rocher sur lequel elles étaient assises avec un mouvement puissant qui les fit tomber dans le courant rapide qui arrivait maintenant à hauteur de poitrine. L’eau les poussa tout du long jusqu’à une chute entre les rochers glissants et la guerrière reprit son emprise alors qu’elles atteignaient le bord de la cascade et plongeaient par-dessus.

« YAAAAAAAAAA ! ! ! ! »Gabrielle lâcha un cri de surprise tandis qu’elle se retrouvait soudainement dans les airs, retombant à travers un flot rapide d’eau avec la prise ferme de Xena qui la maintenait. L’eau rugissante bloqua son audition et battit doucement son corps, cependant, dans une sensation pas déplaisante.

Elle garda les yeux fermés juste au moment où elles atteignirent l’eau claire comme du cristal et elles plongèrent dans le rugissement de la cascade tout autour d’elle. Elle sentit que Xena touchait le fond et elle resta tranquille tandis que la guerrière les propulsait vers la surface, sentant la force de la guerrière se dérouler dans un élan impressionnant.

Elles émergèrent dans la lumière du soleil hors de l’eau qui se brisait et Xena la relâcha, flottant et secouant la tête pour écarter les cheveux de ses yeux. « C’était pas génial ? ? ? »

Il y eut un long moment tandis que les yeux vert brume la fixaient. Puis le visage de Gabrielle se détendit dans un grand sourire. « Oui… c’est vrai », admit-elle, se lançant en avant pour plonger sa tête, puis refaisant surface, l’eau coulant de ses cheveux. « On peut le refaire ? »

Xena rit joyeusement. « Je te l’avais dit. » Elle mit les mains derrière sa tête et nagea en marche arrière, poussant des pieds pour ne pas couler. Le soleil et les ombres tachetaient alternativement son corps bronzé dans des dessins fantaisistes, qui se brisèrent quand elle plongea sous l’eau et émergea brusquement, poussant son corps dans un saut sauvage qui la fit atterrir avec une énorme éclaboussure.

« Hé ! » Gabrielle passa sous le mur d’eau et sortit du chemin en riant. Elle attendit que Xena émerge puis elle l’éclaboussa. « Arrête ça ! »

La guerrière cligna des yeux et ricana puis elle l’éclaboussa à son tour. « Vaurienne ! »

« Moi ? » La barde mit ses mains en coupe et envoya une double ration de l’eau froide vers elle. « Oh… je ne pense pas, Xena… » Elle plongea tandis qu’une vague venait vers elle et elle nagea vigoureusement, se dirigeant vers l’eau plus bleue. Elle pouvait sentir la présence de Xena derrière elle et elle se poussa pour nager plus vite, plongeant sous une souche immergée, évitant une truite qui lui jeta un seul coup d’œil et bondit se mettre à l’abri, ses nageoires froufroutantes agitées.

Ah… Elle repéra un rocher qu’elle pouvait contourner et nagea dans sa direction, sentant la soudaine poussée d’eau derrière elle alors que Xena la rattrapait. Elle se dirigea vers la surface, émergea et prit une énorme goulée d’air tandis qu’elle atteignait le rocher, puis elle glissa autour et le mit entre elle et la guerrière. « Hah ! »

Xena s’arrêta, les mains sur la surface du rocher, un sourire sauvagement espiègle sur les lèvres. Elle feinta d’un côté et la barde partit immédiatement dans la direction opposée. Une feinte de l’autre côté, même résultat. « Malin… très malin… Gabrielle… » Ronronna-t-elle.

« Hé », gloussa la barde. « C’est un vieux tour que je faisais avec Lila… elle n’a jamais deviné que si elle voulait m’attraper, elle devait me garder loin des arbres. »

« Ah oui ? » Chantonna la guerrière. « T’sais… je parie que Lila ne pouvait pas faire… » Une poussée soudaine tandis que Xena surgissait de l’eau et que ses deux mains touchaient le dessus du rocher, la soulevant pour l’amener dans l’eau si près de la barde que l’impact la fit plonger. Puis Xena la saisit et elles trébuchèrent dans la mare, riant à demi, haletant à demi, jusqu’à ce qu’elles émergent près d’un vieux chêne dont les branches tombaient près de l’eau, et qui leur effleura la tête de ses feuilles odorantes. « Ça », finit-elle triomphalement, serrant la barde d’une main ferme.

Gabrielle reprit son souffle puis posa la tête sur la peau de Xena rafraîchie par l’eau et elle sourit. « Hum… non », dit-elle tranquillement dans un souffle. « Les bons jours, elle pouvait sauter à la corde. Les mauvais… ehhh… » Elle lécha une gouttelette froide sur la poitrine de Xena puis elle se blottit un peu plus, soupirant d’aise. « C’était drôle. » Cette part d’elle qui était toujours une enfant montrait le bout de son nez de délice et elle sourit joyeusement vers les yeux bleus de sa compagne de jeu. Dieux… qu’est-ce que ça m’a manqué.

Xena prit une profonde inspiration et la relâcha. « Oui », acquiesça-t-elle doucement, en prenant un moment pour savourer la brise bruissant qui remuait les feuilles et effleurait leur peau. Puis elle remua les sourcils vers la barde dans une invitation. « Tu veux le refaire ? »

La barde hocha la tête. « Oh oui. » Elle attendit que son âme sœur la relâche puis elle nagea vers les eaux moins profondes et le petit chemin rocailleux qui menait au sommet de la cascade.


Le campement était une oasis paisible, ombragée et calme avec le bruissement des feuilles et les reniflements d’Argo à l’arrière. Gabrielle réfréna un bâillement tout en tordant ses cheveux presque secs pour les écarter de son visage. Elles étaient sorties de la mare et avaient passé un peu de temps au soleil, se séchant dans la lumière tardive du soleil et la brise fraîche. Alors qu’elles atteignaient leur campement tout proche, elle trotta devant et examina le contenu bouillonnant de la marmite de ragoût qu’elle avait laissée. « Mmm… C’est presque prêt. »

« Ah oui ? » Xena vint derrière elle et renifla. « Ouaouh… ça sent super bon. » Elle complimenta la barde. « Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? » Elle regarda la soupe qui bouillonnait avec intérêt.

« Ah… c’est mon secret », l’informa Gabrielle, d’un air hautain. « Mais ne t’inquiète pas, tu vas aimer. » Elle se pencha en arrière et cogna la grande femme. « T’sais, ce truc de partager les symptômes, c’est génial… j’ai enfin réussi à te faire essayer des choses que tu m’aurais jetées à la tête auparavant », remarqua-t-elle d’un ton taquin.

« Ha Ha. » Xena leva les yeux au ciel. « Très drôle. » Elle tapa les fesses de la barde de son morceau de coton et reçut un cri de surprise en retour.

« Vaurienne. » Gabrielle se massa l’endroit en question et tira la langue. Elle regarda la grande femme rire puis elle alla vers leur paquetage, s’agenouilla près des sacoches et fouilla à l’intérieur. Elle prit un moment pour admirer le dos musclé de la guerrière et nota les cicatrices en cours de guérison de leur dernière rencontre, un ours devenu fou à cause de la faim et qui avait attaqué une famille juste un peu plus haut du cours d’eau où elles avaient décidé de s’arrêter.

Un petit garçon avait été blessé, mais Xena avait réussi à distraire l’ours pendant que Gabrielle mettait le reste de la famille hors de danger et puis elle s’était retournée pour voir l’animal renverser son âme sœur, sa mâchoire pleine d’écume blanche et ses yeux aussi rouges que le soleil couchant qu’elle regardait actuellement.

Elle s’était précipitée, cognant le bout de son bâton dans sa bouche et l’arme lui avait été enlevée des mains quand l’animal avait mordu et secoué son énorme tête. Mais cela donna à Xena l’opportunité de mettre ses deux pieds sur le poitrail de l’ours et de pousser, renvoyant la bête contre un tronc d’arbre qui lui coupa le souffle.

Xena avait bondi, le sang coulant le long du cuir noir qui couvrait son dos, et elle avait dégainé son épée, avançant sur l’ours avec une intention meurtrière. Ça avait été absurde, vraiment, l’ours faisait plus de deux mètres de haut une fois debout et probablement deux cent cinquante kilos, et il était menacé par cette humaine relativement chétive.

Il avait rugi.

Xena avait feulé et relâché son cri.

Et ce maudit ours s’était enfui en courant. Gabrielle avait failli rire de surprise et d’un profond soulagement, et elle avait vu à l’expression sur le visage de Xena qu’elle était tout aussi surprise de la retraite de l’ours. Elle avait fait passer son épée d’une main à l’autre puis regardé Gabrielle avec un léger haussement d’épaules étonné.

La barde était juste très contente qu’il soit parti et elle avait lutté pour que sa compagne accepte l’offre pathétique d’un repas chaud par la famille reconnaissante, tandis qu’elle nettoyait et protégeait les marques de griffes qui s’affichaient sur une omoplate, alors que Xena s’occupait des blessures du petit garçon.

Leur admiration avait été douce aussi quand elle avait révélé qui elles étaient et les yeux de l’enfant s’étaient illuminés comme de minuscules étoiles. Elle avait raconté quelques histoires et les enfants s’étaient approchés avec prudence de Xena, finissant pratiquement sur ses cuisses, demandant s’ils pouvaient toucher son chakram, son épée… son armure… la pauvre guerrière avait presque eu l’air alarmé devant le flot des requêtes.

Et à la fin, il ne restait plus que quelques égratignures pour le montrer, songea la barde. Elles avaient voyagé vers le territoire des Amazones depuis une semaine maintenant et elles se rapprochaient, tandis que le paysage commençait à grimper dans des collines qui se transformeraient finalement en montagnes qui abritaient la tribu. Une semaine de voyage quasiment paisible, avec du beau temps et quelques distractions, elles deux seules dans la nature, la paix, et la solitude qu’elle avait commencé à voir comme une amie chère.

Xena était toujours plus… ouverte. Plus joueuse quand elles étaient seules. Il n’y avait pas d’ennemis à intimider et pas de réputation à sauvegarder. Les chouettes se fichaient de qui elles étaient… et les criquets sautaient sur la main tendue de la guerrière sans savoir sur qui ils faisaient une telle transgression aventureuse.

Là, elle jeta un coup d'oeil vers la grande femme qui s’était laissé tomber sur leur couchage commun et s’interrogeait sur un petit objet en bois qu’elle tenait à peine dans sa main. « Tu y arrives ? » Elle gloussa en secouant la tête. Une petite caravane ambulante de marchands avait proposé un set de six casse-têtes joliment sculptés dans le bois et elle les avait achetés avec bonheur pour sa compagne. Xena en avait déjà résolu trois et était maintenant plongée dans le quatrième, une étoile à six branches avec des parties à verrouiller qui se détachaient quelque peu.

« Hmm ? » Xena leva les yeux, surprise. « Oh… hum… pas encore. » Elle eut un sourire penaud pour la barde puis retourna à son casse-tête sans en bouger une pièce, l’étudiant sous tous les angles de ses yeux attentifs et intéressés.

Gabrielle rit pour elle-même puis remua brusquement le ragoût, saupoudrant quelques épices séchées. Une fois satisfaite, elle sortit son journal et rejoignit sa compagne sur son couchage, se blottissant sur un côté avant de retirer une plume de sa boîte. Elle ouvrit le parchemin relié, datant son entrée d’une écriture soignée, avec une pause tandis qu’elle collectait ses pensées.

Aujourd’hui j’ai sauté d’une cascade pour la première fois. C’était plus drôle et moins effrayant que ce que je pensais, mais aussi, Xena me tenait, alors comment cela aurait-il pu être dangereux ?

Je pensais… il y a eu un moment où je pensais que je ne me sentirais plus jamais comme ça, mais… je ne peux pas rester là et le nier, je suis revenue au moment où il n’y a pas d’endroit plus sûr au monde pour moi que dans ses bras. Je sais… je sais que j’aurais dû m’en souvenir autrement, parce que j’ai déjà vécu ça. Je sais ce qu’elle est et de quoi elle est capable, et ce qu’elle m’a fait quand elle était si furieuse et blessée… mais… c’est comme si mon esprit forçait ce souvenir à s’en aller, parce que je ne peux pas me résoudre à y penser. Je sais que c’est mal.

Mais je ne peux pas l’empêcher et ce qui est encore plus important, je ne veux pas l’empêcher. Je désire tellement ce sentiment de sûreté, de sécurité, que je suis prête à… tout risquer. Encore une fois. Mon cœur n’acceptera rien de moins.

Alors je présume que c’est ce que je vais faire. Nous verrons bien ce qui arrive.

Nous sommes presque arrivées chez les Amazones, mais… je dois admettre que j’ai tellement apprécié ce voyage que je regrette peut-être d’être si près. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de voir quiconque, bien sûr que si – et le festival va être joyeux et tout ça, mais…

Mais.

Au moins, la pauvre Xena a eu moins de moments à gérer cette nausée prégnante… elle la supporte avec une meilleure humeur que je ne l’aurais fait moi-même, mais je sais que ça la tracasse. J’ai pris l’habitude de garder une bourse avec des herbes tout près pour que quand nous nous réveillons, je n’ai qu’à la regarder  pour savoir. Et préparer rapidement quelque chose.

En ce qui me concerne… et bien, pas grand-chose de neuf. J’ai toujours atrocement faim tout le temps et je suis plus facilement fatiguée que d’habitude. Xena dit que c’est parce que mon corps est vraiment occupé à faire des trucs, alors ça demande plus d’énergie. J’ai décidé de marcher la plupart du temps pour garder mes forces intactes même si j’ai l’impression de manger toute la journée ou presque, c’est comme si je gardais à peine la forme. Je pensais que j’allais avoir un problème de poids… et bien là maintenant, mon problème c’est que j’en perds… Xena dit qu’elle va commencer à me faire monter Argo quand nous voyageons si ça continue comme ça, elle dit que c’est dangereux de priver mon corps de ce dont il a besoin pendant qu’il fait toute cette mystérieuse comédie.

Pfiou. C’est compliqué. Mais intéressant et on n’a pas forcé jusqu’ici, avec beaucoup de repos et d’arrêts tôt l’après-midi, comme aujourd’hui, alors je ne me sens pas trop fatiguée, ce qui est bien.

« Hé, Xena ? » La barde suçotait nonchalamment le bout de sa plume. « Le voyage a été agréable jusqu’ici, pas vrai ? »

La guerrière leva les yeux en l’entendant et s’arrêta un moment. « Oui… ça a vraiment été… » Répondit-elle avec une note légèrement surprise dans la voix. « Pas trop de choses à s’inquiéter… le temps a été génial… oui. » Un léger signe de tête. « Pourquoi ? » Elle roula sur le dos et croisa paresseusement les chevilles, regardant la barde avec intérêt.

« Non… et bien, rien vraiment… j’ai juste apprécié, c’est tout », répondit Gabrielle avec un sourire. « Vraiment. »

La brise souleva une mèche de cheveux noirs et la fit effleurer le visage de Xena et elle la recoiffa nonchalamment avec ses doigts. « Ouuuuuiiii. » Elle traîna sur le mot. « Je présume que moi aussi. »

La barde rit et posa son journal. « Viens par ici… il est temps de te couper les cheveux », ordonna-t-elle en tapotant ses cuisses. « Allez… allez… ça t’a rendue folle aujourd’hui alors finissons-en avec ça et tu seras tranquille. » Elle se pencha en avant et tira sur une de leurs plus petites sacoches, fouillant à l’intérieur pour en retirer les petits ciseaux qu’elles utilisaient toutes les deux pour couper les cheveux désordonnés.

Loin de protester, Xena posa son casse-tête et se trémoussa pour se rapprocher et poser la tête sur les cuisses de la barde, les mains croisées sur son estomac avec un air complaisant. « Fais-les tout droit, s’il te plaît. »

« Tch tch tch… écoute toi. » Gabrielle passa les doigts dans les mèches noires et en souleva une bonne poignée. « Et si je coupais le dessus très court et que je laisse cette partie-là se dresser comme ça ? » Elle reposa les cheveux. « Comme… c‘est quoi cet oiseau ? »

« Un pivert », répondit Xena pince-sans-rire. « Xena pivert guerrière… oh oui ça sonne plutôt bien. »

Gabrielle gloussa. « Ooohhh… ce serait mignon. »

Un haussement de sourcil. « Eeeeet bien… je vais te dire ma barde… nous n’avons pas de miroir dans le coin, alors c’est toi qui va le regarder. » Les lèvres de Xena se courbèrent en un sourire. « En plus, je vais devoir me battre avec tout ce qui vit à cause des mauvaises blagues. »

« Hmm. » La barde lui ébouriffa les cheveux. « Peut-être pas. » Elle rit puis se mit au travail, coupant avec soin les brins noirs et brossant de la main les légères mèches sur la peau de sa compagne. Elle saisit l’opportunité pour détailler les traits anguleux avec amour, regardant le soleil tacheter son visage de notes de cramoisi et d’or.

Il avait fallu ce qui semblait être une éternité, mais les ombres noires avaient disparu de sous les yeux de son âme sœur et l’expression  tirée et tendue avait diminué, effaçant le pli toujours présent sur son front, diminuant l'air hanté qui avait pratiquement été gravé sur elle ces quelques mois passés. Elle semblait, du moins pour le moment, en paix et cela mettait du baume au cœur de Gabrielle parce qu’elle savait que beaucoup de ça avait à voir avec elles. Avec elle.

Elle finit son travail de coupe puis s’amusa à passer ses doigts dans les cheveux de Xena, dans une recherche attentive.

« Tu en as trouvé ? » Demanda paresseusement la guerrière, après quelques minutes de ce traitement.

La barde la fit attendre, grattant le crâne propre d’un air taquin, recevant un murmure d’aise en retour. « Nan », finit-elle par répondre, se penchant pour toucher le front de la guerrière de son nez. « Pas un seul. »

Xena ouvrit lentement les yeux et fixa le regard vert de la barde de tout près. « Un jour ou l’autre », grommela-t-elle. « J’en ai vu sur Toris avant qu’on parte. »

Gabrielle effleura doucement les lèvres de la guerrière des siennes puis revint pour un contact plus prolongé. « Je ne sais pas, Xena… maman a toujours les cheveux plutôt noirs… et il est plus vieux que toi… je pense. » Elle l’embrassa à nouveau. « Tu cherches juste un peu de sympathie de ma part. »

« Ah oui ? » Xena entrelaça ses doigts avec ceux de son âme sœur qui avait bougé pour venir se poser contre sa poitrine. « Ça a marché ? » Demanda-t-elle avec espoir.

« Oh… » La barde libéra une main et lui prit doucement la joue, la regardant avec une fausse inquiétude ironique. « Espèce… de… pauvre chose… » Elle laissa ses doigts glisser le long de la peau chaude, traçant la mâchoire de Xena. « On va devoir te trouver une canne bientôt. » Elle goûta le soupçon léger de métal laissé par la source tandis qu’elle continuait son exploration. « Ou bien Arès pourra te tirer dans une petite carriole… qu’en penses-tu ? »

Xena éclata de rire. « D’accord… d’accord… d’accord… » Elle leva les yeux au ciel puis s’assit et attira la barde dans une position plus confortable tandis qu’elle se détendait sur le côté et laissait ses mains voyager gentiment sous le tissu lâche de la chemise que Gabrielle avait enfilée. Ses doigts voyagèrent sur la taille musclée de la barde et tracèrent ses côtes, ce qui fit s’arrêter la guerrière qui produisit un regard intense et neutre sur sa jeune compagne. « Tu chevauches demain. » Elle mordilla le nez de la barde. « Pas de discussion, Gabrielle. »

Celle-ci soupesa les pour et les contre d’un débat puis elle hocha tranquillement la tête. « D’accord. » Elle caressa la joue de la guerrière puis rapprocha son visage et reprit son baiser jusqu’à ce qu’elles soient toutes les deux sans le souffle. Puis elle s’arrêta et soupira, la tête posée contre l’épaule de la grande femme. « Parfois, être dehors, ça craint un maximum, Xena. »

Xena laissa un léger rire évoluer proprement pour devenir un soupir d’approbation. « Oui… je sais… mais Arès est parti chasser et je ne connais pas assez cette zone… » A regret, elle passa une main chaude sur la cuisse de Gabrielle et massa de son pouce la peau de son genou. « Nous aurons tout le temps voulu une fois à la maison, ma barde. »

« Mm. » Gabrielle fit la moue puis roula sur le dos pour regarder la canopée de feuilles. « Tu sais comment je me sens ? »

« Comme une personne chaude et très sexy ? » Répondit la guerrière pour l’aider tandis qu’elle traçait un chemin en remontant le côté de la barde, laissant des traces de frissons derrière elle.

Gabrielle tourna la tête et la regarda affectueusement. « Merci… mais en fait, je pensais plus à… des figues. » Elle plissa le front. « On en a ? »

Un haussement de sourcil. « Hum. » Xena pianota sur leurs fourrures de couchage, réfléchissant furieusement. Elle finit par lever les yeux. « Ne va nulle part. »

« M… Xena… » Cria la barde tandis que la guerrière se mettait debout et récupérait ses bottes pour les enfiler et les lacer avec des gestes rapides. « Reviens ici… je ne voulais pas que tu…oh pour… Xena ! ! »

Trop tard. La guerrière sourit et cligna de l’œil puis elle serra une ceinture autour de la vieille chemise qu’elle portait et elle partit dans le sous-bois.

Gabrielle soupira et regarda les feuilles, pianotant sur son estomac. « Ne fais jamais ça, Gabrielle… tu sais bien… c’était très bête… c’était comme de crier ‘au feu’ au Palladium pendant un festival d’été. » Un bruissement dans l’herbe détourna son attention de sa compagne et elle roula sur son estomac, se repoussant d’une main pour attraper automatiquement son bâton de l’autre.

« Roo ? » Arès trottina en sortant du sous-bois, avec l’air très satisfait de lui-même. Quelques plumes errantes étaient collées à son museau et il éternua, les envoyant voler sur la fourrure sombre.

Gabrielle lâcha son bâton et se détendit, se laissant tomber sur les fourrures avec un grognement. « Arès… ne me fais pas ce coup-là, d’accord ? » Elle s’installa sur un côté et mit sa tête sur une main, l’autre main jouant paresseusement avec une des plumes. « Hé… on dirait des plumes de poulet. » Elle lança un regard direct au loup. « Où est-ce que tu as trouvé des poulets ? »

« Agrrroo ? » Arès pencha sa tête sombre d’un côté et la regarda, pointant sa langue tout en haletant.


Xena se glissait parmi les arbres, son regard passant automatiquement sur les branches. Elle ne savait vraiment pas si elle pouvait trouver un figuier à proximité, mais sortir de ces agréables et chaudes fourrures avait semblé être une bonne idée à ce moment-là. Autrement… elle soupira avec un air désabusé. Autrement elle aurait été en chemin pour briser leur Règle et ce n’était pas… malin. Ces derniers temps, cependant, elle avait laissé le bon sens quelque part derrière elle et elle avait permis à son côté plus impulsif de faire surface pratiquement sans contrôle.

Le jeu ravissait Gabrielle, elle s’en rendait compte, ayant vu la barde devenir presque étourdie par leur divertissement dans l’eau un peu plus tôt, et pour être honnête, elle ne pouvait pas prétendre qu’elle ne l’avait pas apprécié elle-même tout autant, mais ça, combiné avec le désir presque irrésistible de se blottir avec elle… Xena soupira. Elle se sentait maladroitement hors de contrôle et plus ouverte que ce avec quoi elle était vraiment confortable. Ce n’était pas un bon mélange en direction du territoire des Amazones.

Elle savait que la grossesse de Gabrielle avait beaucoup à voir avec ça, mais elle savait aussi qu’elle devait trouver un moyen de gérer ça avant de les mettre toutes les deux en danger. Ou bien avant qu’elles n’arrivent chez les Amazones, où elle serait sujette à tellement de taquineries…

Un soupir et une pause, tandis qu’elle regardait à travers les branches. Fausse alarme. Tout le monde s’attendait toujours à ce qu’elle se comporte d’une certaine façon et elle ne pouvait pas se retrouver à marcher partout toute la journée dans le brouillard. Tout d’abord, Pony saisirait l’occasion de lui tendre une embuscade, et bien qu’elle sache qu’elle n’était pas en danger avec l’Amazone fougueuse… la laisser avoir l’avantage comme ça…

Beuh. Xena s’arrêta à nouveau, cette fois laissant sa tête dans le vent. « Ah », marmonna-t-elle pour elle-même. « J’ai de la chance. » Elle se fraya un chemin dans le sous-bois, évitant avec soin le sumac vénéneux autour du tronc d’arbre et elle arriva au pied d’un figuier bas avec un sourire satisfait. « Parfait. » Elle jeta un coup d’œil rapide à ses mains puis à l’arbre et elle cogna doucement sa tête contre une branche basse. « C’est bien que tu aies réfléchi comme d’habitude et que tu aies pensé à emporter quelque chose pour les transporter, pas vrai ? »

Avec un soupir, elle mit ses mains sur ses hanches  et fit un tour sur elle-même, regardant le feuillage. Des toutes petites feuilles. Nan. Elle regarda les figues, les évalua. Elles étaient grandes et dodues et elle saliva juste à les regarder, ce qui élimina la possibilité qu’elles ne valaient pas l’effort déployé. « Parfait exemple, Xena… parfait exemple que ton cerveau est ailleurs… bon sang. »

Son regard alla vers sa chemise puis elle pencha la tête et rit. « Et bien… elle est vieille. » Elle attrapa fermement la demi-manche d’un côté et tira dessus, la déchirant au niveau de l’épaule. Puis elle fit un nœud dans la partie basse et évalua son panier.  « Je pense que ça va aller. »

Grimper dans l’arbre et en retirer les figues ne prit pas longtemps bien que ça aurait pris moins de temps si elle n’en avait pas mangé une à chaque fois qu’elle en mettait une dans la manche. La friandise goûteuse restaura sa bonne humeur tandis qu’elle imaginait le ravissement de Gabrielle et finalement, elle sauta joyeusement de la branche basse, atterrissant sur le sol couvert de feuilles, son butin en sécurité.

Elle se fraya un chemin pour retourner au campement, se forçant à s’empêcher de siffloter et elle s’arrêta juste au bord pour regarder sa compagne, momentanément inconsciente de sa présence. La barde était appuyée contre l’arbre sous lequel leurs couchages étaient étalés et elle avait son journal sur ses genoux. Elle regardait au loin le coucher de soleil, mâchouillant une plume avec une expression rêveuse sur le visage et un léger sourire sur les lèvres. Arès était blotti contre elle, ses yeux jaunes scrutant le campement.

Xena ne bougea pas, n’émit aucun son, mais tandis qu’elle l’observait, Gabrielle revint de l’endroit où ses pensées l’avaient emmenée et elle fit le tour des yeux, son regard se fixant instantanément sur la guerrière. Une expression à demi d’accueil, à demi de remontrance s’installa sur son visage expressif. « Xena ! »

La guerrière s’avança puis se laissa tomber à genoux sur la fourrure avant de tendre la manche. « Des figues ? » Elle sentit un sourire arriver sur ses lèvres sans permission. « Elles sont jolies. »

« Tu es… » La barde posa ses outils d’écriture et roula sur le dos pour prendre la bourse improvisée. « Tu n’avais PAS à faire ça », la réprimanda-t-elle en jetant un coup d’œil dans le sac. « Oooh… mais je suis contente que tu l’aies fait. » Elle choisit une figue et mordit dedans, ses yeux brillants pardonnant aisément à sa compagne. « Mm… elles sont géniales… hé… est-ce que tu as vu des poulets dans le coin ? » Marmonna-t-elle la bouche pleine, regardant la guerrière qui allait vers le feu pour examiner le ragoût.

Xena jeta un coup d’œil vers elle. « Des poulets ? Gabrielle, nous sommes au milieu de la forêt… où, par Hadès t’attends-tu à ce que je trouve des poulets ? » Elle plissa le front, se demandant si son âme sœur allait lui en demander ensuite.

La barde leva une plume. « Au même endroit qu’Arès. »

La guerrière avait rempli deux de leurs bols en bois de ragoût brûlant et elle les apporta pour en tendre un à la barde tout en gardant l’autre. Elle s’installa jambes croisées près de Gabrielle et choisit un morceau de viande dans son bol. « Des poulets », dit-elle d’un ton songeur en mâchant. « Des poulets sauvages ? » Elle regarda la barde avaler goulûment son ragoût et elle rit. « Hé… c’est permis de mâcher… ralentis, Gabrielle. »

Celle-ci s’arrêta et avala. « Décide-toi… je ne mange pas, tu cries, je mange, tu cries. » Elle montra la guerrière de sa fourchette.

Xena cligna des yeux, sentant un pincement irrationnel la blesser. « Je ne… criais pas… je… ne voulais juste pas que tu t’étouffes », protesta-t-elle.

La barde leva les yeux au ciel. « Xena, j’ai mangé toute ma vie et j’ai réussi à le faire sans m’étouffer jusqu’à maintenant… tu veux bien te calmer, s’il te plaît ? Tu me rends dingue. »

Elle se rendit compte que c’était la mauvaise chose à dire une seconde après que ça ait quitté ses lèvres. Elle vit le flot d’émotions passer sur le visage de sa compagne puis son expression fit place à une immobilité calme et pensive.

« D’accord. » Un haussement d’épaules et Xena tourna son attention sur son propre bol. « Désolée. » Bon sang. Il faut que j’arrête ça… c’est une adulte parfaitement compétente, tu te souviens ?

Gabrielle soupira intérieurement. « Hé… je n’ai pas eu l’intention de ressembler à une truie peu reconnaissante… c’est juste que tu ne devrais pas t’inquiéter autant… d’accord ? » Elle posa sa fourchette et tendit la main pour encercler le poignet de Xena de ses doigts chauds. « Tu vas t’épuiser. »

Xena hocha légèrement la tête. « Compris », répondit-elle en tapotant sa nourriture sans lever les yeux. Elle prit une inspiration et carra ses épaules, levant les yeux avec un effort visible. « Alors… qu’est-ce que tu écris ? » Demanda-t-elle d’un ton égal et intéressé.

Le regard vert captura le sien sans effort. « Tu es en colère contre moi ? » Demanda Gabrielle tranquillement. « Je suis désolée… c’est sorti bien plus vachard que je ne le voulais. » Elle passa son pouce sur le poignet de Xena, le pressant doucement dans une excuse muette.

Un soupir. « Non… je suis… je sais que j’ai agi comme une poule couveuse. C’est juste que je… » Xena soupira et se frotta les yeux. « Je ne vois pas comment l’empêcher. » Elle mit un coude sur son genou et posa son menton sur son poing, son autre main poussant sa nourriture sans but, prise dans la légère emprise de la barde.

« Et bien… » Gabrielle hésita. « Je veux dire… tout va bien se passer, pas vrai ? » Demanda-t-elle d’une petite voix, sentant que son âme sœur avançait sur un équilibre délicat.

Xena déglutit. « Peut-être que c’est ça le problème. Chaque fois que les choses se passent bien, je... » Une longue pause. « Je présume que je m’attends à ce que le pire arrive, parce qu’on dirait que c’est toujours le cas quand je suis impliquée. » Elle leva alors les yeux. « Et cette fois, je ne le veux pas. Je ne veux pas que quelque chose de mal t’arrive… je… »

La barde émit un léger son de surprise puis elle posa son bol et rampa plus près, passant les bras autour de la grande femme pour l’étreindre. « Tu ne peux pas penser comme ça. »

La guerrière soupira. « Oui, je sais bien… mais c’est comme si je n’osais pas être heureuse… parce que chaque fois que je me laisse aller, le désastre frappe. » Elle leva les yeux quand elle sentit la tension dans le corps de Gabrielle. « Hé… hé… je suis désolée… écoute-moi dire toutes ces bêtises. » Elle serra doucement la barde. « Je n’avais pas l’intention de décharger tout ça sur toi. » Bon sang, Xena… prends le contrôle… ça suffit maintenant.

Gabrielle soupira, la tête posée sur l’épaule de sa compagne. « Non… c’est bon… si tu couves quelque chose, je veux le savoir », objecta-t-elle tranquillement. « Je suis désolée… je ne voulais vraiment pas avoir l’air aussi hargneux… » Elle passa la langue et la mordit. « Méchante barde. »

Cela lui valut un sourire. « Tu vas me tuer d’être une telle truie inquiète ? » Le ton était léger, mais il y avait une note mélancolique dans la voix de la guerrière.

La barde lui massa le bras. « Non… sauf que tu vas me tuer si je te demande de le faire de temps en temps », répondit-elle ironique.

Un clignement de paupières. « Marché conclu. » Elles se touchèrent le front puis Gabrielle changea de position et vola un autre baiser, goûtant la riche saveur du ragoût. « Mm… » Elle poursuivit sa douce attaque. « C’est meilleur sur toi que dans le bol », dit-elle à la guerrière d’un ton taquin tandis qu’elle se reculait, une main caressant son visage. « Xena… » Son ton était devenu sérieux. « S’il te plaît, n’aie pas peur d’être heureuse… si quelque chose doit arriver, elle arrivera… savoure l’instant. »

Un silence puis un signe de tête hésitant. « Je vais essayer », promit la guerrière. « Maintenant… mange. »

Gabrielle fit une pause puis elle rit doucement et prit son bol, restant où elle se trouvait appuyée contre le corps chaud de son âme sœur, tandis qu’elle reprenait sa tâche.

Xena glissa un bras sur ses épaules et mangea le ragoût d’une main. « C’est génial », commenta-t-elle en s’arrêtant un instant. « Tu avais raison… j’aime beaucoup. » Elle fit le compliment avec un sourire.

« Merci », marmonna Gabrielle, occupée à avaler, mais elle leva le regard et eut une expression affectionnée envers son âme sœur. « Venant de toi, c’est vraiment agréable à entendre. » Elle saisit le léger rougissement de Xena avec un clin d’œil et changea de sujet par merci. « Alors… nous y sommes presque. » Elle mordit dans une carotte et la mâcha. « Maintenant que ça fait une semaine que tu me taquines, à quoi ressemble vraiment le festival ? »

Xena sourit et mordit sa fourchette. « Hum… En fait, Gabrielle, je n’en ai aucune idée. »

La barde la scruta.

« Non, vraiment », insista la guerrière. « Ma… » Une pause. « première implication avec les Amazones n’était pas… pas vraiment… disons que je n’étais invitée à aucun de leurs festivals, d’accord ? »

Gabrielle gratta le fond de son bol. « Première implication… c’était… pendant la guerre des Centaures ? »

Xena garda les yeux strictement sur ses mains. « Autour de cette période, oui. » Elle prononça les mots avec prudence, sa bonne humeur s’évanouissant.

La barde se leva et alla vers le feu pour remplir à nouveau son assiette et elle revint s’installer à côté de sa compagne. « D’accord. » Elle traîna sur les mots quand il devint évident que Xena n’allait pas continuer. « Si tu… » Elle se tut. « Si jamais tu veux… en parler, tu peux, avec moi… tu le sais ça, hein ? »

La guerrière posa sa tête contre celle de la barde. « Je sais… c’est juste que je… ne veux pas mettre ça sur le tapis là maintenant. » Ou jamais. Pas même pour elle. « Mais… quoi qu’il en soit, je ne sais pas vraiment quelles sont leurs traditions. »

Gabrielle accepta le changement de sujet avec grâce, écartant sa curiosité pour plus tard. « Et bien, si c’est idiot, je dirai à Ephiny d’oublier ça. Je ne vais pas laisser les Amazones te soumettre à des tours stupides. »

Xena la regarda avec un sourire. « Qui est surprotectrice maintenant ? » La taquina-t-elle gentiment. « Allons, Gabrielle… je suis une grande fille… je peux le supporter. » Elle haussa les épaules. « Et à quel point ça pourrait être méchant ? Je ne vais pas me plier en quatre à cause de certaines règles amazones idiotes. »

La barde fit la moue. « Et si c’est quelque chose comme tu as dit l’autre fois… que je dois embrasser tout le monde dans le village ? Franchement, Xena… Je préférerais que tu sois outrée, d’accord ? »

« Oh. » Le bras chaud autour de ses épaules resserra sa prise. « Et bien, Gabrielle… tu es la Reine, tu te souviens? Tu peux juste refuser. »

Inexplicablement, les épaules de Gabrielle s’affaissèrent. « Oui, je présume. »

Xena la regarda, intriguée.  Qu’est-ce que j’ai bien pu dire ? Puis elle réalisa et faillit se taper sur l’arrière de la tête. Par Hadès… je suis une idiote. « Euh… d’un autre côté, je pourrais leur proposer le même marché qu’à Toris à ta fête d’anniversaire », dit-elle en réfléchissant vite.

Gabrielle fronça les sourcils. « Je ne me souviens pas… qu’est-ce que c’était ? »

« Elles sont les bienvenues si elles veulent t’embrasser… mais elles doivent me battre en combat singulier avant. » La guerrière rit. « De cette façon… tu te plies à la tradition… mais… »

A contrecœur, un minuscule sourire tira le coin des lèvres de la barde. « Je présume que ça résoudrait le problème… personne n’oserait. »

« Quoi ? Tu veux rire ? Je me dis que je finirais par me battre avec toute la Nation. » La voix de Xena devint très sérieuse. « Gabrielle ? »

Le regard vert vint se poser sur elle. « Oui ? »

« Est-ce que tu pensais vraiment que j’allais me tenir à l’écart et laisser tout un village d’Amazones déchaînées t’embrasser ? » Elle leva la main et prit le menton de la barde. « Est-ce que tu penses que je resterais à l’écart et laisserais UNE SEULE Amazone t’embrasser ? »

Les sourcils clairs battirent tandis que la barde clignait de l’œil pour enlever quelque chose. « Non ? »

« Eph aura bien de la chance si elle peut ne serait-ce que te serrer la main. » Une pause. « Avec des gants. »

A la fin, un sourire fronça le visage de Gabrielle. « Je suis trop sensible, c’est ça ? » Demanda-t-elle ironiquement. « Nous le sommes toutes les deux. » Et d’où cette petite touche d’insécurité provient-elle ? Dieux… pauvre Xena.

Est-ce que c’est le cas ? Xena soupira intérieurement. Oui, je présume que oui. « Si tu veux la vraie vérité… » Admit la guerrière calmement. « Je pense que je préférerais rester ici, seule avec toi, plutôt que d’aller là-bas. » Elle soupira et regarda vers les arbres. « Je sais que les choses… sont différentes de la fois dernière, mais… peut-être que ça m’énerve un peu. »

« Moi aussi. » Une admission encore plus calme. « J’ai hâte de revoir tout le monde, mais… j’ai toujours l’impression que je suis en parade là-bas. » Elle s’interrompit et réfléchit. « Je ne sais pas si… pour une certaine raison, ça m’effraie cette fois-ci. » Elle se sentit immédiatement mieux, ayant déposé ce fardeau et elle put voir une lueur de soulagement dans les yeux de la grande femme également. « Est-ce que ça a du sens ? »

Xena hocha la tête. « Parfois… » Elle s’interrompit et réfléchit. « Je me sens comme un oignon dont on aurait enlevé une couche de trop quand je suis avec elles. »

Gabrielle cligna, surprise par le commentaire. « Xena, il y a beaucoup de personnes dans la tribu amazone qui ne t’aiment pas seulement, elles t’admirent… je pense que tu le sais, pas vrai ? » Elle mit la main sur le bras de son âme sœur, sentant les muscles se contracter un peu sous ses doigts. « Et tu n’as rien à prouver à quiconque là-bas, tu m’entends ? »

La guerrière garda le silence un instant, jouant avec le lacet de sa botte. « Ce n’est pas ça… c’est… » Xena soupira. « La plupart des endroits où nous allons… les gens considèrent qui je suis… ce que je suis… comme acquis. Je… avec les Amazones… c’est comme si elles me testaient toujours… me poussaient… comme si elles voulaient prouver que je ne suis pas aussi bonne que je pense l’être. »

La barde fut honnêtement choquée. « Tu ressens vraiment que… » Puis elle s’interrompit et réfléchit, se souvenant des défis constants de Pony, et des autres. « Chérie… je ne pense pas qu’elles te testent… je pense qu’elles se testent, elles », répondit-elle pensivement. « C’est un peu comme ces gens qui grimpent des montagnes pour s’amuser, juste parce qu’elles sont là. Je pense que tu es un peu ça pour elles. »

Xena plissa le front d’étonnement. « Hein ? »

Gabrielle mâchouilla sa lèvre. « Ce sont des guerrières. » Elle traça une ligne sur le sol près de la fourrure. « Elles sont nées pour ça… se sont entraînées pour ça… pas comme des soldats ordinaires du tout… et toi… Xena, tu es la meilleure guerrière qu’elles aient jamais connue, ou ne connaîtront… tu es leur sommet. » Elle s’interrompit. « Ce à quoi elles aspirent… alors bien sûr, elles doivent se mesurer à toi. » Elle haussa un peu les épaules. « Elles sont jalouses… et tu les défies de manière incroyable. »

Xena réfléchit calmement, son front plissé. « Tu te rends compte qu’une armée entière de mercenaires dépenaillés est plus facile à gérer que tes Amazones, pas vrai ? » Fit-elle remarquer ironiquement. « J’ai juste eu à leur botter les fesses une fois et j’en étais débarrassée. »

La barde eut un sourire en coin et s’appuya contre elle. « Je vais te dire une chose, partenaire… tu gardes les Amazones amoureuses loin de moi et je mettrai un frein aux embuscades d’Eponine, d’accord ? »

La guerrière relâcha un soupir. « Très bien… ça me va. »

Gabrielle l’étudia. « Ah oui… j’oubliais presque… veux-tu me promettre quelque chose ? »

Xena cligna des yeux. « Hum… d’accord. »

Elle sentit le contact d’un doigt fin sur son nez. « Tu ne leur diras PAS que c’est mon anniversaire après-demain. »

Une lueur dans les yeux bleus. « Très bien, Gabrielle, je te promets de ne pas leur dire que c’est ton anniversaire après-demain quand nous arriverons. » J’ai dit les bons mots… si on considère que je l’ai dit à Eph avant qu’on ne parte la dernière fois. « D’accord ? »

La barde plissa les yeux en étudiant l’air innocent de sa compagne. « Ou bien n’importe quand, QUAND nous serons là-bas », ajouta-t-elle d’un ton soupçonneux, voyant cette lueur jubilatoire imparfaitement masquée dans les yeux bleu clair.

« Ou n’importe quand, quand nous serons là-bas, compris. » Xena hocha brusquement la tête. « Je le promets. » Elle tapota sa poitrine au-dessus de son cœur.

Xena sentit le pianotement des doigts sur son genou. « Pourquoi j’ai le sentiment que tu prépares quelque chose ? »

« Moi ? » Un pouce pointé sur sa poitrine couverte. « Gabrielle… nous n’y sommes même pas encore… comment je pourrais préparer quelque chose ? » Protesta la guerrière avec un ton raisonnable. « Je n’ai pas vu ou parlé à Eph ou aux autres depuis que nous avons quitté Amphipolis et tu le sais bien. »

Calmée, la barde s’installa pour finir son ragoût, non sans jeter quelques regards méfiants vers son âme sœur. « Tu as promis, d’accord ? » Insista-t-elle. « Je veux dire… je ne veux pas qu’on en fasse tout un plat, Xena… tu sais comment elles sont. »

Xena hocha la tête solennellement. « Je promets. » Elle nettoya son assiette puis la posa et s’appuya contre l’arbre, tirant Gabrielle à nouveau contre elle, puis entourant la barde de ses bras tandis qu’elles regardaient le soleil se coucher. « Joli », dit-elle paresseusement, fixant le ciel peint de rayures colorées, qui les baignaient d’une douce lueur.

« Mm », approuva Gabrielle, les yeux fermés et ses doigts se pliant doucement contre la peau de la guerrière. « Très joli. »

Xena sourit d’aise.


Un léger bruissement fit brusquement sortir Xena de son sommeil, lever la tête et immédiatement la faire scruter de ses yeux clairs l’obscurité environnante. Elle pouvait distinguer les braises finissantes du feu et voir le faible reflet de la lumière sur la robe claire d’Argo, mais la jument semblait dormir et ne bougeait pas.

Lentement, elle concentra ses sens, entendant à nouveau le faible bruissement après une minuscule attente. Sa main alla à son chakram, placé près de sa hanche et elle enroula ses doigts autour de sa forme familière. Elle chercha Arès du regard, mais le loup était invisible et elle sentit son battement de cœur accélérer. Près d’elle, Gabrielle continuait à dormir, le corps de la barde emmêlé avec le sien et elle hésita et décida de ne pas la réveiller encore.

A la place, elle tourna la tête avec prudence, repérant le bruit suspect et amenant son regard sur le point, qui était une tache sombre dans la forêt environnante.

Le bruissement augmenta et Xena sentit son pouls accélérer, tandis qu’elle restait parfaitement immobile, seul son pouce bougeait, caressant doucement le métal tandis qu’elle attendait. Un bruit de pas étouffé et elle raidit les muscles de son épaule.

Un léger clic et les muscles de son avant-bras se contractèrent, son poignet se penchant légèrement.

Un autre bruissement. Les yeux de Xena s’étaient maintenant ajustés à l’obscurité et elle pouvait voir une ombre bouger.

Puis, dans un élan, quelque chose piqua vers elle et elle réagit, des réflexes acérés répondant sans hésitation tandis qu’elle lançait le chakram en avant d’un mouvement du poignet.

Il y eut un son étouffé puis un bruit sourd tout près et la guerrière cligna des yeux tandis qu’une plume s’élevait et atterrissait, avec une précision exquise, sur le nez de Gabrielle. La barde ouvrit brusquement les yeux et elle regarda sa compagne, puis vers le feu. « C’était quoi ? » Elle se baissa alors que le chakram revenait dans la main de la guerrière.

Xena se redressa sur un coude et examina leur attaquant. « Hum… » Un corps blanc chiffonné se tenait entre elle et le feu. « Le petit déjeuner », marmonna-t-elle en se grattant la tête. « C’est un poulet. »

Gabrielle la relâcha puis roula et l’examina. « Beuh… un poulet vraiment mort, Xena… est-ce que tu devais… hum… » Elle regarda par-dessus son épaule. « Le couper en deux ? » Elle vit la grimace sur le visage de son âme sœur. « Oups… mauvais timing ? »

Xena se roula en boule et lutta pour garder le contrôle sur son estomac. La nausée était telle qu’elle dut serrer la mâchoire tandis que son corps protestait violemment. Elle resta ainsi pour ce qui lui sembla être une éternité avant qu’un doux toucher sur sa mâchoire lui fasse cligner des yeux. Gabrielle était agenouillée près d’elle, une tasse de voyage dans la main. Avec gratitude, elle laissa la barde verser quelque chose dans sa bouche et elle avala rapidement, serrant à nouveau la mâchoire quand ça menaça de remonter directement.

Mais ça ne le fit pas, et après un moment, elle fut capable de boire le reste, tandis que les spasmes diminuaient et que son corps se détendait. « Bon sang. » Elle haleta faiblement. « Ça empire. »

La barde lui caressa les cheveux. « Je suis désolée. » Elle glissa et attira la guerrière à demi sur ses cuisses, la berçant doucement. « Je suis tellement désolée, Xe. » La voix de Gabrielle se brisa d’angoisse. « Tout est de ma faute. »

« Non… ne sois pas désolée », soupira Xena en se déroulant pour apaiser son âme sœur inquiète. « Ça ne durera pas une éternité… c’est juste un petit mal d’estomac… c’est tout. » Elle regarda par-dessus l’épaule de la barde. « D’où est-ce que vient ce poulet, par Hadès ? »

« Et plus précisément, pourquoi nous attaquait-il ? » Demanda Gabrielle, le front plissé. « Je n’ai jamais entendu parler de poulet violent, Xena. »

« Tu n’as jamais rencontré Sparky », l’informa la guerrière d’un ton blagueur. « Je ne pense pas qu’il nous attaquait… je pense que quelque chose l’a effrayé. » Elles regardèrent ensemble vers les bois. « Hum… »

Gabrielle la relâcha, sentant le mouvement tandis que les muscles de sa compagne se contractaient pour l’amener à genoux, une main autour du chakram, l’autre à la recherche de son épée.

Argo sursauta violemment et recula, hennissant de surprise. Ce qui fit se lever Xena et elle avança de trois pas vers la jument puis elle écarquilla les yeux. « Ouaouh ! »

Avec un rugissement tempétueux, un nuage de poulets roula vers elles comme une vague.

Par pur instinct, Xena se retourna et se jeta au-dessus de la barde, atterrissant sur ses coudes et genoux, faisant tomber Gabrielle au sol avec un hoquet de surprise. Des corps volants la frappèrent et des griffes acérées mordirent sa peau, tandis qu’une série bruyante de cris assaillirent ses oreilles sensibles.

Puis, comme une brume, ils furent partis.

Xena cracha une plume de sa bouche et s’assit, abasourdie. « Par les eaux troubles de la rivière Styx, c’était quoi ÇA ? » Elle examina son bras qui portait une longue et méchante éraflure, puis elle regarda Gabrielle, qui était allongée paisiblement immobile, ses chevilles croisées et ses mains sur son estomac.

« Je m’en fiche… ça peut revenir si ça signifie que je vais être entourée de beaucoup de guerrière chaude, à la respiration forte et au cœur battant », l’informa la barde avec un sourire. Elle chatouilla le ventre de Xena à travers le tissu doux de sa chemise. « Viens par ici, poulette… »

« Gabrielle, je… » Sans réfléchir, Xena se retrouva au côté de sa compagne, tandis que Gabrielle s’enroulait autour d’elle. « Je devrais… je… » Une chaleur paisible l’enveloppa. « Mais les… les poulets… » Ses bras s’enroulèrent autour de Gabrielle et elle oublia les poulets… tout ce qui importait, c’était la peau douce sous ses doigts, toute pensée de danger évaporée dans un brouillard chaud qui la submergea et la fit s’arrêter de s’inquiéter de tout sauf de ce qu’elle ressentait.

« Xena. » Une voix douce dans son oreille et une secousse sur son épaule. Sursautant, elle se réveilla et cligna des yeux avant de les ouvrir dans la lumière brumeuse de l’avant-aube, croisant des yeux verts légèrement inquiets.

« Heu », croassa-t-elle, très confuse.

« Tu vas bien ? » Demanda la barde doucement. « Tu parlais dans ton sommeil… quelque chose sur les poulets. » Elle hésita. « Je ne… je veux dire… tu ne fais pas ça habituellement. »

Xena se frotta les tempes d’une main. « Un rêve », marmonna-t-elle. « Vraiment étrange… que… » Elle s’assit à demi et repéra Arès bien enroulé à ses pieds, son regard posé sur elle. « Arès… je me suis réveillée… il… était parti… mais il y avait ces bruits… et… » Elle mit la main sur sa poitrine, désorientée. « C’était si réel… j’ai entendu un bruit… puis ce poulet nous a attaquées… et… »

« Oh… oh… tigresse… » Gabrielle la fit s’allonger, pressant ses épaules. Elle s’était réveillée pour trouver le corps de son âme sœur secoué et agité, et des légers murmures en émanaient, ce qui avait fichu une frousse bleue à la barde. « Doucement… » Elle se mit à côté d’elle, glissant un bras réconfortant sur l’estomac de la guerrière. « Ce n’était qu’un rêve. »

« C’était si réel », dit Xena doucement. « Je… j’avais des nausées et toi… » La confusion était douloureusement évidente dans ses yeux. « Je ne fais pas ce genre de rêve habituellement », songea-t-elle sobrement. « Je ne pense pas que j’aime ça. »

La barde pinça les lèvres. « Et bien… ce ragoût était plutôt épicé hier soir… peut-être que… » Elle tapota le ventre de son âme sœur. « Après tout, tu en as mangé deux assiettes… ça aurait pu être quelque chose là-dedans ? Je sais que j’avais mis des champignons… mais c’était les bons que tu m’avais montrés. »

Xena soupira en réfléchissant. « Peut-être bien », reconnut-elle désabusée, puis elle bâilla tout en regardant l’aube brumeuse. « Et bien, il est temps de se lever quoi qu’il en soit… nous devrions arriver chez les Amazones aujourd’hui. » Elle prit son chakram et l’examina avec curiosité. Pas de traces de sang dessus. « J’ai tué un poulet dans mon rêve. »

« Ecoute… tu as dû te souvenir que tu m’avais entendue t’en parler hier soir, c’est tout. » Gabrielle rit. « Je t’ai dit qu’Arès en avait attrapé un… et tu m’as demandé ce que des poulets pouvaient faire dans la forêt, tu te souviens ? »

La guerrière ricana doucement. « Oui. » Elle s’assit et vérifia son épaule, pour y trouver de la peau douce et sans marque, et elle se contenta de secouer la tête. « C’était tellement vivace… peut-être que tu as raison… je n’aurais pas dû reprendre du ragoût. » Elle soupira d’un air désabusé. « Mais il était vraiment bon. »

La barde s’étira puis pressa doucement sa cuisse. « Merci… mais je mettrai moins d’épices la prochaine fois, je pense… si ça doit te causer des problèmes. » Elle leva les yeux. « Je ne pense pas que tu auras ce problème au village. »

« Ah… non. » Xena eut un large sourire. « Pas avec tes cuisinières Amazones, ma barde. » Elle se leva puis tendit la main à sa compagne. « Viens… on y va. »


« Eponine, qu’est-ce que tu fais là ? » La garde Amazone aux cheveux châtains lança un regard à la sévère maîtresse d’armes. « Tu es en manque d’étudiantes à tabasser ou quoi ? »

Elles étaient accroupies sous une canopée serrée, qui couvrait le petit poste de guet. Une pluie lourde et épaisse frappait de toute part, secouant les feuilles avec enthousiasme. Le poste de guet était installé dans un arbre bas qui se trouvait sur un petit promontoire au-dessus de la vallée et était le point d’entrée principal du territoire des Amazones. Un chemin sinuait en s’éloignant d’elles en bas d’une colline et disparaissait dans le feuillage épais.

Eponine s’adossa au tronc, entourant ses genoux de ses bras forts tandis qu’elle était solidement assise à regarder dehors. « Je pensais juste passer dans le coin… tu as un problème avec ça ? » Dit-elle, une note de défi dans la voix. « Vous jouez aux cartes ou quoi là-dedans ? J’interromps quelque chose ? » Ses yeux couleur caramel allèrent d’abord vers la petite femme puis vers la grande brune élancée derrière elle.

« Sors d’ici », lâcha la petite femme, en lui donnant une tape sur le genou. « Mais tu es venue ici quatre fois ces trois derniers jours… qu’est-ce que tu attends, par Hadès ? »

Le regard acéré d’Eponine se concentra sur quelque chose et un petit soupir de soulagement releva le coin de ses lèvres. « Ça. » Elle montra le chemin du menton et elles se tournèrent pour regarder.

Un cheval jaune clair se frayait un chemin prudemment sur la piste boueuse, suivi par un loup mouillé et couvert de boue. « Ah ah. » La sentinelle gloussa. « Le mystère est résolu. »

Eponine sourit tout en étudiant Argo qui balançait sa tête dans la pluie. Xena était assise très en arrière sur la selle de la jument et Gabrielle était devant elle, blottie contre la cape de la grande femme, seule sa tête ressortant. Elle était appuyée contre la guerrière et tournait occasionnellement la tête pour la regarder, comme si elle expliquait quelque chose.

La maîtresse d’armes soupira dans un soulagement silencieux. Même de là, elle pouvait voir le sourire sur le visage de la barde et l’attitude détendue dans les épaules de Xena qui signifiait que tout allait très bien… Pas qu’elle s’attende à autre chose, mais… on ne savait jamais. Pas avec ces deux-là, en tous cas… et elle était vraiment contente de les revoir. Tandis qu’elle les observait, Gabrielle dit une chose qui fit éclater de rire la guerrière, à laquelle elle se joignit.

De toute évidence, Xena la tenait parce qu’elle l’attira plus près et la barde leva les yeux vers son visage avec une telle expression d’adoration totale que c’en était presque embarrassant à regarder. « Dieux », marmonna Eponine. « Elles forment une publicité ambulante pour Aphrodite, pas vrai ? »

Les sentinelles se mirent à rire et secouèrent la tête, tandis que la grande guerrière retournait le regard avec un sourire affectueux et effleurait de ses lèvres les cheveux décoiffés et mouillés de sa compagne. Puis son regard clair et acéré se leva et elle regarda directement Eponine bien que la maîtresse d’armes fût sûre qu’elle ne pouvait pas la voir. Mais ce regard continua jusqu’à ce qu’elle jure doucement et se penche en avant, remuant la main vers Xena qui arborait un sourire narquois évident. « Cette maudite femme voit à travers les rochers, je le jure », marmonna-t-elle en recevant un rire étouffé des sentinelles.

Gabrielle remuait maintenant un bras nu qui sortait de sous sa petite grotte de tissu, vu que les mains de Xena étaient apparemment occupées. Avec un soupir agacé, Eponine tira la capuche de sa cape et sortit de dessous la canopée feuillue, sautant dans les feuilles mouillées et courant à petits pas sur le chemin vers les arrivantes.

« Hé… regarde qui on a gagné comme escorte », commenta Gabrielle tout en regardant Eponine qui émergeait des arbres. « C’est un compliment. »

Xena garda ses pensées pour elle, mais elle se serra plus fort contre la barde, savourant la chaleur de leur contact et le mouvement souple de Gabrielle sous son bras couvert et protecteur. En fait, songea-t-elle, elle était contente que ce soit Eponine qui les attende, parce qu’elle avait développé une affection pour l’Amazone habituellement revêche et elle se sentait plus à l’aise avec elle qu’avec les autres. Elle laissa alors un demi-sourire pointer sur ses lèvres tandis que la femme musclée marchait sur le chemin pour s’arrêter en glissant un peu sur la boue près de l’épaule d’Argo. « Bien bien… regardez ce que la pluie a poussé en bas de la colline », dit-elle d’un ton traînant en échangeant des hochements de tête brefs et guerriers avec Eponine.

« Hé ! » Gabrielle repoussa la capuche de l’Amazone et lui ébouriffa les cheveux, souriant dans un salut honnêtement heureux. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Elle réfléchit brièvement à sauter à bas du dos de la grande Argo, mais elle était vraiment à l’aise où elle se trouvait et il ne semblait pas non plus que Xena allait la laisser aller où que ce soit pour l’instant, alors… Elle s’adossa contre la sécurité solide derrière elle et rit lorsqu’Eponine remit sa capuche.

« Ma reine. » Eponine sourit d’un air espiègle. « Eph m’a envoyée pour garder un œil dans les environs pour vous guetter. » Elle tapota l’épaule d’Argo. « Elle espérait que vous arriveriez à temps… mais  nous n’étions pas sûres de savoir quand vous aviez quitté Amphipolis, alors… » Elle leva la tête. « Salut, Xena… tu ressembles à une belette à moitié noyée. »

Un haussement de sourcil noir et mouillé. « Pareil ici », dit la guerrière en traînant, poussant Argo un pas plus près de la femme robuste. « Comment va Eph ? »

Eponine regarda au loin puis revint vers elle. « Elle va bien… elle a hâte de vous voir », répondit-elle tranquillement. « Tout le monde a hâte… on ne les a pas entendu parler d’autre chose depuis une quinzaine de jours à part le festival. »

Les doigts de Gabrielle trouvèrent la main de sa compagne et elle la pressa, recevant en réponse une flexion des muscles. « Génial… allons-y… nous avons chevauché une grande partie de la journée sous la pluie… je me sens comme un raisin sec. »

Plus loin sur le chemin, elles arrivèrent à une garde d’honneur, alertée par un signal du poste de guet, qui se reforma autour d’elles avec une efficacité détrempée tandis qu’Eponine les menait le long du chemin étroit et long qui menait au village. Gabrielle maintint un flot de discussion, échangeant des plaisanteries avec la garde et racontant une histoire ou deux tandis qu’elles avançaient.

Xena garda le silence, écoutant la voix claire de son âme sœur et observant la forêt autour d’elles. Ses défenses étaient au plus haut et solidement en place malgré le fait qu’elle allait dans un camp d’alliées. Trop d’histoire, songea-t-elle ironiquement. Je ne pense pas que je me sentirai jamais à l’aise ici, plus maintenant. Elle relâcha un petit soupir et posa sa joue sur les cheveux mouillés de la barde. Gabrielle le sentit et sa voix faiblit un moment, mais elle continua tandis que ses doigts se mêlaient à ceux de son âme sœur.

Finalement, elles passèrent l’arche à travers laquelle une scène active, bien que détrempée, se produisait tandis que le village se préparait pour dîner, des travailleuses courant sous la pluie avec des nattes tissées sur leur tête et des éclaireuses se précipitant partout vêtues de capes imperméables.

Le village des Amazones était artisanalement fait de deux grands cercles joints en leur centre par la salle à manger communale. Autour du centre des deux cercles se trouvaient les quartiers de vie et les huttes dédiées aux guérisseuses, aux artisanes, et à un bout, aux quartiers de la régente et de la reine.

Des cris de bienvenue s’élevèrent quand elles furent repérées et Xena, plus grande, eut l’avantage de voir la silhouette d’Ephiny qui courait sans cérémonie, quelques secondes avant son âme sœur. « Salut… » Elle poussa l’épaule de Gabrielle. « Tu veux descendre ? »

Gabrielle se tourna à demi et la regarda droit dans les yeux. « Non », dit-elle fermement. « J’aime bien être où je suis. »

Xena cligna des yeux, légèrement surprise.

« Mais je présume que je devrais, hein ? » Continua la barde avec un soupir, tandis qu’elle relâchait les bords de la cape de Xena et laissait la pluie la frapper. Elle passa une jambe par-dessus le cou d’Argo et prit le bras tendu de la guerrière, qui la fit descendre proprement sur le sol. « Hé Eph ! » Elle se hâta pour aller à la rencontre de la régente, passant les bras autour d’elle joyeusement. Ephiny rit en l’étreignant à son tour.

« Bien bien… tu es là alors. » La régente sourit en lui prenant les épaules pour la tenir à distance de bras. « Gabrielle, tu as l’air resplendissante. » Elle lança un regard d’approbation à la jeune femme. « Mouillée, mais resplendissante. »

Gabrielle lui sourit. « Toi aussi. » Elle retourna le compliment. « C’est une nouvelle tenue en cuir, hein ? J’aime bien… cette couleur te va parfaitement. »

Xena les regarda un moment puis sortit les pieds des étriers d’Argo et glissa à bas, atterrissant avec une légère éclaboussure sur le sol boueux tout en ajustant sa cape.

Ephiny écarta doucement la barde du chemin et se dirigea vers sa grande compagne, une main tendue. « Salut, Xena… bienvenue… c’est bon de te revoir. »

C’est définitivement différent de la dernière fois, songea la guerrière ironiquement en saisissant le bras de la régente, surprise quand la jeune femme l’attira dans une brève embrassade. Elle la rendit avec un léger embarras, puis elle relâcha un souffle retenu. « C’est bon aussi de te revoir, Ephiny. » Elle sourit et fit un signe de tête sur la gauche. « Merci d’avoir envoyé un groupe d’accueil. »

La régente rit. « Pas de problème… mais sortons de cette pluie avant d’être toutes malades. »

« Oui… bonne idée », dit Eponine d’un ton joyeux. « Tu n’avais pas une cape la dernière fois que je t’ai vue ? »

Ephiny prit un air innocent tout en prenant le bras de Gabrielle pour l’emmener au bout du cercle. « Alors… Gabrielle… quoi de neuf ? » Elle sourit à son amie.

Xena se mit derrière elles, menant Argo tandis qu’Eponine la rejoignait, secouant la tête en marmonnant. « Hé. » La guerrière lui donna un petit coup. « Tu parles toute seule. Ce n’est pas bon. » Elle tourna son regard en entendant des pas approcher. « Salut Cait. »

« Salut. » La jeune fille s’arrêta en lui faisant un grand sourire. « C’est génial de te revoir… je peux m’occuper d’Argo ? » Elle avait un peu grandi, remarqua Xena, et elle commençait à s’étoffer un peu sous le dur régime des Amazones. Ses cheveux blond clair étaient retenus par une tresse à l’arrière et ses yeux gris brillaient.

« Viens par ici. » La guerrière lui fit signe de s’avancer et quand elle les rejoignit avec joie, elle mit un bras autour d’elle et la serra. « Bien sûr… tu vas bien ? »

Cait rendit l’étreinte avec enthousiasme. « Dieux, tu es horriblement mouillée… tu as été sous la pluie toute la journée ? » Demanda-t-elle. « Tout va super bien, merci. » Elle sourit. « Je peux la prendre ? Je vais m’assurer qu’on la sèche et qu’on lui enlève les morceaux de boue des sabots.”

« Elle va aimer ça », répondit Xena en lui tendant les rênes avant de décrocher les sacoches que portait la jument. « Attends un peu… que je prenne ça. » La guerrière les passa par-dessus une épaule. « Et voilà… merci Cait. »

« Génial… je passerai plus tard pour vous saluer, d’accord ? » La jeune fille fit un bruit de langue à Argo qui la poussa familièrement du museau. « Allez, Argo… on a du bon foin sec pour toi. »

Xena les regarda partir dans la brume et se retourna vers Eponine qui attendait tranquillement. « Tout s’est bien passé ici ? » Demanda-t-elle d’un ton ordinaire, tandis qu’elles repartaient rejoindre la barde et la régente qui se trouvaient hors d’écoute.

Une légère hésitation. « Oui… tout va bien… et bien, je veux dire, tu nous connais, Xena… des chicaneries comme des foies de volaille en boîte, mais… » La maîtresse d’armes leva une main et la laissa retomber. « Ça a été tranquille… paisible pour changer, vraiment. » Elle regarda le visage anguleux tourné vers elle. « Nous avons toutes hâte que le festival commence… je suis contente que vous soyez venues pour ça. »

« Contente de le pouvoir aussi. » La guerrière tria mentalement plusieurs options puis modula son ton vers un calme intérêt. « Alors… comment va Ephiny ? » Tout en marchant, elle regarda un petit oiseau qui passait au-dessus de leur tête, avec les plumes remuées et la tête baissée face à la pluie. « Elle guérit bien… pas de maux de crâne ? » Elle regarda l’Amazone aux cheveux noirs du coin de l’œil, sachant qu’elle avait une raison légitime de poser la question, puisque c’est elle qui avait soigné la régente après son attaque vicieuse dans le camp des esclavagistes.

« Oh… oui… oui… elle va très bien », répondit Eponine. « Génial… pas de mal de crâne… en fait, elle n’a pas eu plus qu’un ongle cassé depuis qu’on est revenues… ça a été génial. »

Xena fit encore quelques pas, regardant un lézard passer vite près de ses bottes noires couvertes de boue. « Mais ? » Demanda-t-elle calmement.

Une pause. « Mais quoi ? » Répondit lentement Eponine.

Xena la regarda, un sourcil haussé. « Mais tu es nerveuse comme une jument en rut dans un troupeau d’étalons, alors… y a-t-il un problème ? » Répondit-elle carrément.

Eponine soupira bruyamment. « C’est pas juste, Xena… tu n’es pas supposée faire la conversation sensible… tu me fiches la trouille. »

Elles firent quelques pas silencieusement. « Tout va bien… honnêtement », ajouta finalement l’Amazone avec fermeté. « Je… je présume que j’ai suivi ton conseil… après que nous sommes rentrées, et les choses se sont arrangées… je… ça a été bien. Bien. Vraiment. »

Xena mit les mains dans son dos et hocha aimablement la tête. « C’est bon à entendre. »

« Alors… comment ça va ? » Demanda Ephiny en penchant la tête pour regarder son amie et reine.

Gabrielle sourit tranquillement. « Vraiment bien. » Elle fit une pause, rassemblant ses idées, ouvrant la bouche pour préciser sa pensée, puis elle la referma. Un léger haussement d’épaules. « Vraiment bien… nous… venons de quitter une cité à l’ouest… ils avaient plein de problèmes que nous avons dû régler et il y avait cette armée que Xena a dû arrêter, et ensuite… »

« Oooh. » Ephiny mit une main sur la bouche de la barde. « Une armée. Xena. Arrête. » Elle s’interrompit. « Des détails. »

La barde rit. « Plus tard… je te raconterai toute l’histoire… elle est longue », assura-t-elle à l’Amazone. « Je me sens très bien, Xena se sent très bien… que puis-je dire de plus ? » Elle regarda la régente pensivement. « Alors… toi, comment tu vas ? Tu te sens bien ? Tu as l’air d’aller mieux.”

Ephiny fit une pause puis hocha lentement la tête. « Je vais bien », déclara-t-elle sobrement. « Je heu… j’ai eu une mauvaise petite période quand nous sommes rentrées au début, mais Pony a vraiment été là pour moi, et… ça s’est arrangé… elle m’a vraiment sauvé la vie. » Elle jeta un coup d’œil derrière elle avec un sourire chaleureux et appréciateur, puis elle retourna son attention vers Gabrielle. « Tout va bien. »

Gabrielle mit le bras autour de ses épaules. « C’est bien de l’entendre, Eph… j’étais un peu inquiète à ton sujet… Xena aussi. » Elle sourit à la régente. « C’est bien que Pony ait été là pour toi… c’est si important », dit-elle tranquillement. « Je suis tellement contente que vous vous soyez rapprochées autant… je suis contente pour vous deux. »

La régente sourit avec nostalgie. « Oui. »

Le regard de la barde alla sur son visage, y lisant des émotions conflictuelles et elle plissa légèrement le front. « Ça va bien pour vous deux ? »

« Oh oui ! » L’expression d’Ephiny s’éclaira d’un coup. « Personne ne veut le croire, mais… oui, nous… ça a été génial. » Elle se retourna brusquement. « Hé… en parlant de ça, où sont-elles ? Ne me dis pas que Pony a déjà traîné Xena à l’armurerie… »

Puis elle repéra les deux guerrières brunes qui marchaient lentement derrière elles. « Hé vous deux ! » La voix d’Ephiny résonna et elles regardèrent toutes deux la régente et la barde qui se tenaient devant les quartiers assignés de Gabrielle avec les mains sur les hanches. Xena lâcha Eponine temporairement et allongea ses foulées pour les rattraper rapidement.

« D’accord… d’accord… » La guerrière leva ironiquement une main. « Je devais m’assurer qu’on s’occupait bien d’Argo. »

Arès les rejoignit et se secoua vigoureusement. « Hé ! » Cria Ephiny en évitant la boue volante.

Elles passèrent sous l’auvent devant la hutte de la reine et se tinrent là un moment, contentes d’être sorties de sous la pluie. « Ecoutez… pourquoi vous ne vous installeriez pas avant de nous rejoindre à la salle à manger… le dîner est presque prêt. On pourra discuter là-bas, d’accord ? » Ephiny se passa la main dans ses cheveux blonds bouclés et en secoua un peu d’eau. « Je pourrai vous expliquer les plans pour le festival. »

« Ça me paraît bien. » Gabrielle sourit en tapotant son estomac. « Surtout la partie sur le dîner. » Elle leur fit un petit signe de la main tandis qu’elles ressortaient sous la pluie et couraient côte à côte, puis elle se tourna vers sa compagne et pencha la tête. Les regards bleu et vert eurent une compréhension ironique.

« Il se passe quelque chose avec ces deux-là », dirent-elles simultanément, puis elles rirent doucement. Xena poussa la porte et fit signe à Gabrielle d’entrer. « Allez, Rouquine… je suis trempée. » Elle suivit la barde et referma la porte, contente d’être sortie de sous la pluie. La hutte n’avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois, un lit sommaire, mais confortable était poussé contre le mur du fond ; il y avait une petite zone où plusieurs personnes pouvaient s’asseoir et parler autour d’une table basse et un bureau avec une chaise solide se trouvait derrière elle. La guerrière lâcha leur équipement sur le sol près de la fenêtre et s’agenouilla, sortant son matériel pour allumer un feu.

Gabrielle la regarda allumer les chandelles de la hutte et l’intérieur prit une couleur dorée. « Alors… tu as réussi à sortir quelque chose d’Eponine ? » Demanda-t-elle, en se glissant derrière elle pour détacher sa cape qu’elle prit et mit dans la petite pièce connectée à leurs quartiers et qui contenait un bassin pour se laver et une zone pour se nettoyer. « Je ne pense pas que ce soit… et bien, je ne sais pas quoi penser, vraiment. Qu’est-ce que tu en penses, toi ? »

Xena sortit des vêtements secs pour elles deux et lança les siens à la barde. « Je pense que tu ferais mieux de sortir de ces habits mouillés, voilà ce que j’en pense. » Elle haussa un sourcil pensivement vers son âme sœur. « Et pour ce qui est de ce qui se passe… je ne sais pas… peut-être qu’elles ont un point à régler. » Elle prit un morceau de tissu bien usé et frotta avec énergie le pelage trempé d’Arès, le faisant se dresser dans toutes les directions. « Et voilà, mon gars. »

Gabrielle s’arrêta dans son geste d’enlever sa jupe et pencha la tête d’un côté. « Un point à régler ? » Elle étendit avec soin le tissu pour le mettre à sécher dans la petite antichambre et ajouta son top court. « Qu’est-ce que tu entends par là ? »

La guerrière leva les yeux, un sourire recourbant ses lèvres tandis qu’elle regardait le corps nu et éclairé par la chandelle de sa compagne. « Sais pas… mais ça semblait bien, non ? » Marmonna-t-elle, en se relevant pour enlever sa cuirasse. « Peut-être qu’elles travaillent encore sur ce qui est arrivé à Eph, ou un truc comme ça. » Elle haussa les épaules. « On finira bien par le savoir. »

La barde avança à grands pas vers elle et tira sur les attaches de sa combinaison en cuir trempée. « Tiens… laisse-moi faire ça. »

« Gabrielle… je suis parfaitement capable de me déshabiller moi-même », dit Xena, mais elle baissa les bras quand même.

« Oh… je sais bien », l’assura la jeune femme. « Mais tu n’as pas… » Elle baissa une des attaches et embrassa la peau nue qu’elle révélait. « Autant d’amusement. » L’autre attache et un autre baiser. « A le faire que moi. » Elle fit maintenant glisser la combinaison et se rapprocha. « Mmm. »

Xena regarda la chair de poule le long du bras de la barde. « Tu as froid ? » Dit-elle doucement d’un ton rauque, tandis qu’elle entourait Gabrielle et la rapprochait dans un contact solide.

« Non non », souffla la barde, réchauffant une partie de la peau de Xena autour de sa clavicule. « Pas du tout. » Elle laissa ses mains remonter lentement le long du dos de Xena, sentant l’ondulation du mouvement tandis que la guerrière prenait une inspiration irrégulière, à peine intriguée par le fait qu’après tout ce qui s’était passé, elles pouvaient encore se faire cela sans plus d’effort. Ce fut son tour de hoqueter tandis que Xena bougeait et qu’elle-même s’appuyait contre une cuisse musclée dont la chaleur envoya des frissons à travers son corps.

Et bien, elles avaient du temps avant le dîner, pas vrai ?

Avec un léger haussement d’épaules, Gabrielle relâcha ses défenses et libéra pleinement son corps qui répondit avidement au doux toucher de son âme sœur. Elle sentit une main sur sa nuque et elle pencha volontiers le visage pour rencontrer les lèvres de la guerrière qui captura les siennes, puis continua à explorer chaque pouce de sa mâchoire, mordillant légèrement son lobe d’oreille, ce qui fit sortir un doux son des profondeurs de sa gorge.

Xena recula un peu, l’observant, ses cils battant sur sa peau sensible. « Tout va bien ? » Le murmure était presque à l’intérieur de son oreille et les sons semblèrent la traverser tout entière.

« Ou… oui. » Elle réussit à balbutier, se pressant un peu plus. « Je… je… » Des doigts dansèrent sur sa peau et sa gorge se noua, arrêtant sa phrase.

« Tu aimes ça ? » La question de Xena réchauffa le côté de son cou tandis qu’elle la caressait doucement. Sa réponse fut un mot doux et incohérent. Il y avait un banc capitonné bas sous la fenêtre et elle y porta la barde puis elle s’allongea complètement dessus, sans jamais arrêter ses touchers. « Monte la garde, Arès… » Elle s’interrompit un instant, la respiration irrégulière. « Si une fichue Amazone s’approche, tu lui mords les fesses, compris ? »

Le loup éternua puis trotta vers la porte et s’allongea devant.


Encore quelques minutes, se promit Xena. Ensuite on se lève, on s’habille et on va faire le spectacle pour les Amazones. Elles auraient vraiment dû s’affairer il y a une demie marque de chandelle, mais c’était tellement confortable d’être allongée là, emmêlée avec le corps endormi de Gabrielle, qu’elle n’avait pas pu se pousser elle-même suffisamment pour bouger.

En plus, raisonna-t-elle, connaissant les Amazones, ça allait être une longue nuit. Il valait mieux que Gabrielle se repose un peu avant, pas vrai ? Elle était allongée sur le dos, à demi redressée contre le côté capitonné du canapé bas avec la barde étalée sur elle, ses cheveux blond-roux tombant ébouriffés sur sa poitrine et ses épaules.

Les quelques minutes passèrent paisiblement, tandis que la guerrière regardait nonchalamment la chandelle tout près vaciller. C’était risqué, Xena le savait, tandis qu’elle réfrénait un bâillement paresseux. Tôt ou tard, Ephiny ou Eponine ou bien les deux, ou l’une de leurs lieutenantes viendrait renifler à leur recherche. Personnellement la guerrière n’avait pas d’objection à être prise en train de se blottir nue avec leur jeune reine, mais elle savait que ça avait de l’importance pour Gabrielle.

Elle rougirait à mort, en fait, et elle se plaindrait à sa compagne pour l’avoir laissée dormir aussi longtemps. Alors… A contrecœur, Xena passa un doigt sur le dos de la barde. « Gabrielle ? » Elle garda sa voix basse pour éviter de surprendre la jeune femme.

Un bruit étouffé s’échappa de la barde qui resserra sa prise. « Gabrielle n’est pas là… vous pouvez lui laisser un message », marmonna-t-elle en mettant un nez ensommeillé sur la peau nue de Xena.

« Allons… il faut qu’on aille voir les gens. » La voix de Xena portait un léger rire.

« Ils peuvent voir mes fesses », répliqua Gabrielle, en gardant les yeux fermement clos.

« Bien. » Xena leva la tête avec une observation légèrement amusée. « Si elles entrent ici maintenant, elles le feront sûrement. » Elle tendit la main et chatouilla la partie en question. « Et elles sont mignonnes. »

Un œil vert apparut et se fixa sur elle. « Tu es méchante », grommela la barde.

Haussement des deux sourcils noirs. « Moi ? J’essaie juste de t’éviter les ennuis, mon amour… imagine Eponine qui entre à l’instant. »

Gabrielle soupira et ouvrit l’autre œil. « Tu t’évites les ennuis à toi aussi », rouspéta-t-elle. « Dis-moi que tu ne serais pas embarrassée. »

Xena rit et laissa avec emphase son regard se balader sur leurs corps emmêlés. « Nan », répliqua-t-elle joyeusement. « Tu es la plus belle chose de cet endroit… ça ne me gênerait pas du tout. » Elle eut un sourire pour la barde rougissante. « Et sans compter que ça rehausserait ma réputation. »

Gabrielle s’éclaircit la voix. « Alors. Qu’est-ce qu’on va faire d’Eph et Pony ? » Elle changea de sujet avec une intention énergique, tandis qu’elle attendait que sa rougeur diminue.

Sa compagne se mit à rire.

« Ce n’est pas une réponse. » La barde la poussa dans les côtes. « Nous devons avoir un plan. » Elle insista. « Et quoi qu’il en soit, peut-être que si on les maintient suffisamment occupées, elles oublieront qu’elles doivent prendre leur revanche sur ce truc de nappage bleu. »

Xena leva les yeux au ciel. « Vrai… j’avais oublié ça… mais… » Elle écarta les boucles errantes des yeux de Gabrielle. « Elles en avaient après moi pour ça… pas toi… tu te souviens ? »

Gabrielle la regarda sérieusement. « Xena, il n’y a pas de moi et de toi ici. Juste nous deux. » Elle caressa la mâchoire de la guerrière, la respiration coupée, puis elle reprit. « Et elles le savent bien. » Elle posa la tête sur la peau douce pendant un instant, se contentant de savourer la proximité.

Xena l’étreignit un long moment. « Allez », finit-elle par dire doucement. « Je pense que j’entends la voix d’Ephiny qui se rapproche. »

Pendant un instant, elle pensa que Gabrielle allait se rebeller. La barde restait immobile, seules ses mains étaient tendues, comme si elle ne voulait pas relâcher sa prise. Puis elle soupira doucement et se redressa avant de se lever et d’aller vers leurs sacs pour prendre un jeu de vêtements.

« Ordinaire ce soir, hein ? » La barde regarda par-dessus son épaule avec un air mélancolique. « Je ne suis pas d’humeur à mettre les trucs en cuir. »

« Tu es la Reine », lui rappela Xena avec un sourire, en tirant une tunique en coton de son propre sac avant de l’enfiler. Elle laissa les plis s’installer sur son corps puis elle serra la ceinture usée autour de sa taille. Les bouts du vêtement tombaient à mi-cuisses et elle ajusta un peu les manches tandis qu’elle regardait Gabrielle passer une de ses vieilles chemises, qui arrivait à hauteur des genoux sur la jeune femme, qui dut également rouler les manches. « Je vais juste devoir demander aux tisserandes de faire tes nouvelles chemises avec deux tailles supplémentaires, c’est tout. » Elle rit.

« Tch. » Gabrielle serra le tissu doux et large contre elle. « Ce n’est pas la même chose, Xena, et tu le sais bien. » Elle renifla sa manche puis sourit. « Elles sentent comme toi… et je sais que tu les as portées… c’est… je ne peux pas l’expliquer. »

Xena rit, se leva et alla derrière elle, puis elle l’entoura pour une brève étreinte. « Tu pars en avant… je pense que tu es mignonne là-dedans. » Puis elle secoua un paquet devant les yeux de la barde. « Hé… je me demande ce que ça peut être ? »

Le regard de Gabrielle s’éclaira et elle tendit la main, mais la guerrière recula l’objet et dansa loin de sa portée. « Où est-ce que tu as eu ça ? » Demanda la jeune femme en tournoyant pour lui faire face.

La guerrière sourit en faisant passer le paquet d’une main à l’autre. « Oh… je ne sais pas. »

Un œil noir. « Est-ce que c’est ce que je pense ? » La barde mit les mains sur ses hanches.

Xena battit innocemment de ses cils noirs. « Peut-être. »

« Xeeeeennnnnaaaaaaaa… » Gabrielle bondit en avant. « Ce n’est pas gentil de me taquiner avec ça… surtout quand j’ai faim. »

La guerrière glissa d’un pas en arrière, reniflant le paquet. « Hmmm… je pense que je sens… des noix… de la cannelle… »

La barde plongea en avant et tendit la main vers le paquet, grognant quand elle manqua la forme fuyante de sa compagne. « Reviens par ici, méchante. »

Les yeux jaunes d’Arès s’agrandirent et il fonça sous le lit, clignant des yeux depuis une place relativement sûre.

Avec détermination, Gabrielle suivit sa proie, plongeant d’avant en arrière avec une attaque calculée pour piéger son âme sœur dans un coin. Elle la repoussa au-delà du bureau et vers l’arrière de la pièce, puis elle sourit en entrant dans l’espace entre le lit et la zone de travail, bloquant toute échappatoire. « J’tai eue. »

Xena rebondit plusieurs fois et remua le paquet, ses yeux brillant de pure espièglerie et un sourire taquin sur les lèvres.

La barde avança de deux pas puis elle attaqua soudainement, visant non pas le paquet, mais sa grande compagne, la faisant tomber pour les faire atterrir sur le tapis du foyer tandis qu’elle chevauchait la forme riante de Xena avec triomphe, et elle plongea à nouveau vers sa récompense. « Ahhhh HAH ! ! ! »

« Gabrielle… c’est de la folie. » Xena rit impuissante, clouée au sol.

La barde attrapa le paquet. « Salut delafolie. Je m’appelle Gabrielle et nous allons être de grandes amies », la salua-t-elle joyeusement, en arrachant un bout de l’emballage. « Pendant une courte période, jusqu’à ce que je te mange. » Elle eut un sourire démoniaque. « Oooh… il y a des petits morceaux de fruits là-dedans, et des noix… et des épices… Xena, c’est mon préféré. »

La guerrière mit les mains derrière sa tête et la regarda affectueusement. « Non… vraiment ? » Demanda-t-elle ironiquement, l’ayant demandé spécifiquement au boulanger qui avait voyagé avec la caravane de marchands qu’elles avaient dépassée deux jours avant.

Gabrielle bondit faisant crier la guerrière. « Oh oui, vraiment. » Elle attrapa la dague de Xena, posée sur le bureau, et mit le pain aux noix sur la poitrine de la guerrière. « Reste tranquille, delafolie… ne remue pas partout », s’adressa-t-elle sérieusement au pain aux noix tandis qu’elle en coupait une tranche avec soin. « Mmmm… » Elle mordit dedans joyeusement, faisant tomber des petites miettes partout sur sa compagne.

« Tu pourrais me laisser me lever maintenant », dit Xena.

« Nf pquoi. » Gabrielle secoua la tête et rebondit. « Confrrtbl. » Elle brisa un morceau et le tendit. « Tnveu ? »

« Non… non… delafolie est tout à toi. » La guerrière rit, croissant les chevilles et se relaxant du mieux qu’elle pouvait. Une grande partie du poids de la barde reposait maintenant sur ses propres genoux, permettant ainsi à Xena de respirer et elle se contenta de regarder les miettes voler et se loger dans les plis de sa tunique. Elle prit avec soin un morceau et le mordit avant de hausser un sourcil.

Elles entendirent un raclement de gorge tout près et elles se tournèrent pour voir Ephiny qui se tenait dans l’encadrement de la porte, une expression d’intrigue mélangée à de l’incrédulité et un peu d’embarras pour faire bonne mesure. « Tout va bien ici ? » Elle les étudia, notant la posture détendue de Xena malgré le fait que Gabrielle soit accroupie au-dessus d’elle avec un couteau acéré dans la main. Cette scène menaçante était cependant amendée par la miche de pain brun aux noix posée méticuleusement au centre de la poitrine de la guerrière.

« Bien sûr, Eph », dit la guerrière d’un ton traînant. « Je joue la table tout le temps. Viens par ici et joins-toi à la fête. » Elle rit un peu en voyant la rougeur monter sur le cou de Gabrielle tandis que la régente traversait la pièce avec prudence et s’installait jambes croisées sur le tapis de fourrure.

Gabrielle couvrit sa gêne d’être prise en plein jeu, en coupant une autre tranche de pain. « Tiens… prends un morceau de mon amie delafolie. » Elle le tendit à Ephiny.

Celle-ci prit l’offrande avec précautions, les regardant tour à tour tandis qu’elle en mordillait un bout. « Tu as donné un nom à ton pain ? » Ses sourcils blonds grimpèrent d’un coup, puis elle décida de ne pas continuer avec ce concept. « Nous… sommes sur le point de… heu… dîner, tu le sais, hein… pas vrai ? »

La barde mordit joyeusement dans un autre morceau. « Et tu entends quoi exactement par là ? »

Ephiny haussa les épaules et sourit. « Je suis encore émoussée, apparemment. » Elle les regarda avec intérêt. L’expression de Xena, discrète comme toujours, ne montrait rien d’autre qu’une tolérance affectueuse, et les yeux bleus allaient sans cesse vers le visage de Gabrielle avec une petite étincelle. Cette dernière, pour sa part, était assise sur la guerrière dans une profonde insouciance, complètement à l’aise. Quelque chose a encore changé, songea la régente, en réfrénant un sourire tandis que Xena prenait opportunément avantage du manque d’attention de la barde pour lui chatouiller le côté.

Gabrielle cria. « Hé ! » Elle eut un faux froncement de sourcils pour sa compagne. « Tu es dans une position plutôt compromettante, mon amie… sans mentionner vulnérable. »

Un haussement de sourcil noir. « Tu crois ça, hein ? »

« Oh… oh… oh… » Ephiny se mit debout, reconnaissant la lueur dans ces yeux très bleus. « Je vais me mettre hors de portée si vous comptez commencer à vous chamailler », avertit-elle. « Mais faites vite parce qu’on nous attend dans la salle à manger. »

La barde et la guerrière échangèrent un regard puis Gabrielle retourna la dague et toucha le nez de Xena de sa poignée. « Tu t’en sors bien. » Elle prit le pain et le serra contre sa poitrine puis elle se leva, laissant la guerrière rouler pour se mettre debout dans un mouvement souple et aisé.

Xena se secoua et tira sur sa tunique dans un semblant d’ordre tandis que les miettes tombaient en cascade autour d’elle et rebondissaient joyeusement sur le sol. Arès saisit l’occasion pour ramper de dessous le lit et renifler à ses pieds, léchant les morceaux de pain aux noix avec enthousiasme. « Désolée, Ephiny… nous allions justement y aller. »

« Oui oui. » La régente rit en regardant Gabrielle ranger sa prise avec soin. « Nan…  c’est bon de vous voir vous amuser… les dernières fois que nous avons passées ensemble étaient un peu… euh… »

« Stressantes ? » Gabrielle la regarda tout en passant ses doigts dans ses cheveux clairs pour les redresser. « Oui… nous avons hâte de passer du temps agréable et détendu ici cette fois… pas vrai ? »

Ephiny hocha la tête. « Oui… demain j’aurai des affaires à traiter avec toi… des amendements et des traités, ce genre de choses… mais nous avons prévu une grande fête et pas mal de compétitions arrangées pour ton… mm… amusement. »

La barde sourit. « Ça me paraît génial. » Elle remua les oreilles. « Des compétitions ? » Inconsciemment, son regard passa au-dessus de l’épaule d’Ephiny vers la grande femme aux cheveux noirs. « Comme quoi ? »

La régente rit et lui prit le coude, la guidant vers la porte tandis que Xena les suivait en se balançant. « Tu verras… et toi… » Elle se retourna et lança un faux regard sévère à la guerrière. « Tu dois promettre de rester en dehors de ça pour donner leur chance à toutes les autres. »

Gabrielle sentit un léger sourire narquois sur ses lèvres. Avoir cette admission de la part des Amazones c’était… très bon. Le visage de son âme sœur resta plus ou moins sans expression, mais elle vit les légères rides au coin de ses yeux et la tension des muscles de sa mâchoire, qui signifiaient que Xena réfrénait aussi un sourire. Jusqu’ici, songea-t-elle, tout va bien. Cette visite ne présageait définitivement que des bonnes choses.


A suivre 2ème partie