MOVING TARGET par Melissa Good 

CIBLE MOUVANTE

Partie 15

Traductrice : Gaby

 

 

Chapitre 31

 

« Tu es d'accord pour finir à pied, matelot ? » Céci gara le camion dans le parking et observa attentivement à travers la vitre en direction du port. « Ou tu veux que je te dépose à l'intérieur ? »

« Nan. » Andy ramassa son casque et un petit sac posé sur le siège à côté de lui. « C'est parfait ici. Je ne veux pas que ces idiots se posent des questions. » Il s'arrêta pour observer la lignée des vieux navires qui s'étendait sur la jetée, et il tira sur un fil qui dépassait de la couture de ses jeans.

Céci l'observa en souriant. « Bon, alors va t'amuser. » Elle haussa une épaule. « Mon mari l'espion de grandes compagnies. »

Andy ricana, tournant la tête pour lui donner un léger baiser sur les lèvres. « Je rends juste un service à Dardar. » Il ouvrit la porte et sortit, tapant sur le côté du pick-up avant de se diriger vers le port.

« Hmm. » Céci s'appuya sur le volant, posant son menton au sommet. « Je ne sais pas qui fait une faveur à qui. » Se dit-elle. Son cher mari était à la retraite, mais Céci le connaissait assez bien pour savoir qu'un peu d'action était un véritable soulagement.

Le fait que ce soit vraiment intéressant, et que ce soit une tâche importante ne faisait qu'ajouter à ça. Dar le savait-elle avant de lui demander ?

Bon. Céci réfléchit. La pomme n'était pas tombée très loin de l'arbre, comme le disait le vieil adage, et très certainement sa fille avait une connaissance intime du comportement mentalement et nerveusement hyperactif, qu'elle-même n'avait heureusement pas.

Dans tous les cas, Andy était excité comme un gosse avec une nouvelle fronde,  et elle se retrouva étonnement reconnaissante que Dar lui ait donné cette distraction. Elle observa les alentours, apercevant Bayside juste à sa droite. Hmm.

Peut-être qu'elle pourrait trouver un cadeau pour Dar pour la remercier. Avec un vif hochement de tête, elle démarra le pick-up et fit un rapide virage à cent quatre-vingt degrés, traversant les six voies de circulation avec une calme nonchalance.

Andrew s'avança lentement le long de la jetée, hochant brièvement la tête vers les quelques hommes qui se dirigeaient eux aussi vers leur lieu de travail. « 'lut. » Il salua le contremaître, qui était posté près de la passerelle, à boire une tasse de café.

« Hé, le tout moche. » Répondit le contremaître avec un sourire qui enleva le piquant de sa remarque. « Écoute mon ami. Les gars ne m'ont dit que du bien de toi. »

Andrew s'arrêta au bord de la passerelle et s'appuya à la chaîne. « Ouaip ? » Répondit-il. « C'est vrai ? »

L'homme hocha la tête. « Ce Norskie à dit que c'était sympa d'avoir quelqu'un qui parle anglais mais qui sait garder sa bouche fermée pour changer. »

Andy ricana. « Ya quelques bavards là-dedans, c'est vrai. » Dit-il. « Et ils ne sont pas très organisés non plus. » Ajouta-t-il avec désinvolture. « Y'a du bordel partout. »

Le contremaître soupira et secoua la tête. « Ouais, je sais. J'en ai entendu parler. » Il fronça les sourcils. « Le problème, c'est que les personnes qui ont commandé tout ça pour les réparations n'ont rien mis sur palettes. »

« Ouaip. » Andy hocha la tête.

« Du coup on mélange la vaisselle et les fournitures de plomberie. Quel bordel. » Il montra son bloc-notes à Andrew, qui maintenait des reçus de facture. « Regardez ça. Vous allez avoir encore plus de bordel qui va arriver aujourd'hui. »

Vu que c'était gracieusement offert, Andrew prit la plaque et examina les papiers. « Bon. » Il s'appuya contre la chaîne et pointa une des lignes d'un doigt plein de cicatrices. « Vous voyez ça là ? »

« Ouais ? » L'homme regarda la ligne prudemment. « Et alors ? »

« Dans la Navy, on avait l'habitude d'appeler ça une case ressource. » Lui dit Andy. « J'ai pas la moindre idée de ce que font ces gars dans les bureaux, mais toutes les commandes avec le même numéro vont arriver ensembles. »

Le contremaître regarda rapidement autour de lui. « Ouais ? » Il étudia les numéros, puis feuilleta quelques pages avant de regarder une autre facture. « Bon Dieu de merde ! Regarde-ça ! Les tasses, les soucoupes, l'argenterie... tous dans la même ! » Sa voix monta d'excitation. « Si on pouvait avoir un ou deux marqueurs magiques pour mettre de l'ordre dans tout ce bordel... ça serait parfait... Je reviens dans un instant.. Tout-moche, t'es un génie ! »

Andrew le regarda se sauver. « Seigneur. » Il partit à la recherche d'un stand de café, et il en aperçut un sur le trottoir en face. « Je me demande bien à quoi sont payés ces gens. Ma gamine aurait mis ce bordel sans dessus dessous. »

Il y avait une petite foule devant le chariot et il s'y joignit, prenant sa place dans la file pour attendre son tour, puis il pointa silencieusement le café et leva une pomme qu'il avait prise sur le stand quand il était passé devant. Le vendeur lui tendit sa coupe et prit l'argent qu'il lui donnait, puis il se tourna vers la personne suivante dans la file alors qu'Andrew posait sa tasse pour y ajouter autant de choses que possible pour qu'il n'ait plus le goût de jus de chaussette.

Il faisait déjà chaud, et il transpirait sous son tee-shirt, mais alors qu'il s'avançait de nouveau vers la passerelle en prenant une gorgée de son café, il se sentit heureux d'être là malgré tout. Il s'appuya contre l'énorme serre-câble auquel le navire était amarré, et il croisa ses chevilles, ses bottes de style militaire contrastait sur le béton blanc.

Deux silhouettes s'approchèrent sur la jetée en contrebas, attirant son attention. Il resta tout de même à sa place, et mâcha paresseusement sa pomme pendant que les deux femmes s'avançaient. Elles discutaient en marchant, observant les alentours mais sans vraiment prêter vraiment attention aux hommes sur la jetée.

Alors qu'elles s'approchaient de lui cependant, Andrew baissa les yeux vers sa tasse en gardant les oreilles bien ouvertes.

« Je vais te dire, Shari. Ca va nous prendre trois semaines pour recevoir ce fichu équipement sans fil jusqu'ici, et même avec ça, le meilleur que je puisse espérer c'est un tuyau de 2 mégabits pour ce bureau qu'on a loué. »

« On ne va pas donner un seul dollar à ces salopes, Michelle. » Rétorqua la plus grande des deux femmes. « Je me fiche que nous devions bouger le bureau jusqu'ici. Tu n'as qu'à louer cette fichue roulotte Catholique. J'en ai vraiment rien à faire. J'ai des gens qui travaillent pour déboulonner ILS, alors je ne vais pas m'asseoir tranquillement en attendant de me faire torpiller par eux. »

« Bon sang. » Répondit l'autre femme. « Je propose juste que nous enterrions la hache de guerre assez longtemps pour obtenir une connexion, pour l'amour de Dieu. J'ai besoin d'un accès au système, Shari ! Je ne peux pas faire marcher le réseau avec une foutue boîte de conserve et un rouleau de ficelle ! »

« Bien. » La grande femme s'avança d'un pas décidé sur la passerelle, frôlant Andrew au passage. « Fais donc ce que tu veux. Va baiser cette petite blonde idiote que tu essayes de draguer. Peut-être que tu arriveras à tes fins. »

La plus petite des deux femmes s'arrêta au bord de la passerelle. Elle jeta un regard furieux à l'autre femme derrière elle avant de tourner la tête vers Andrew.

« Bonjour. » Andrew leva sa tasse vers elle.

Avec un regard dégouté, la femme se tourna et s'éloigna, ses talons cliquetant bruyamment sur le béton. Andrew détacha un pépin de pomme et le cracha derrière elle, l'observant rebondir sur la jetée, dans son sillage.

 

* * * * *

 

« Allez... allez... » Dar était très concentrée sur l'écran, son corps arqué vers l'avant et recroquevillé sur l'ordinateur portable. Elle avait trois fenêtres ouvertes et elle travaillait sur les trois en même temps, utilisant une quatrième pour s'occuper du hacker alors qu'il essayait de se frayer un passage dans le réseau.

C'était un équilibre compliqué, il fallait essayer de suivre le hacker dans le réseau sans pour autant révéler sa présence, et en même temps trouver toutes les traces possibles qui pourraient lui faire découvrir son identité.

D'instinct, elle avait installé une zone autour du routeur qu'il attaquait, et bloqué la sécurité de l'ouverture avec uniquement son login, restreignant toute la circulation interne pour le dévier vers son analyseur. Alors il n'y avait aucun danger dans le fait de lui permettre de farfouiller aux alentours, parce qu'il n'y avait littéralement aucun endroit pour lui où aller.

Et peut-être qu'elle pourrait en apprendre un peu plus sur ce qu'il cherchait si elle le laissait se balader. Mais ses explorations ne semblaient pas avoir un but particulier – le hacker cherchait quelque chose... n'importe quoi, comme s'il cherchait simplement une opportunité pour trouver une faille.

Ce qui, se dit-elle, rendait le défi encore plus intéressant pour elle au final.

Sans même regarder, Dar attrapa la bouteille de Yoohoo et en prit une gorgée, puis la déposa rapidement quand sa Némésis décida de renoncer et de se sortir par le portail qu'elle avait créé. « Ah ah ah... » Dar jeta un coup d'œil à la trace et gloussa d'un ton méchant. « Ah, je te tiens. »

Elle suivit sa retraite, loin de leur point d'entrée principale, à l'arrière du centre principal par lequel il était entré, juste derrière sa propre entrée.

Il s'évanouit, son adresse IP disparaissant derrière un pare-feu, mais avant qu'il ait fini, Dar réussit à récupérer un dernier bout d'information sur lui à laquelle elle ne s'attendait pas, un port inhabituel qu'elle tenta d'utiliser, et elle put le suivre.

Elle ne s'était pas attendue à ce que ça marche, mais la seconde suivante, elle était dans le routeur de passage du pirate, et elle se retrouva en face d'un simple et innocent écran avec un logo qui fit sonner des alarmes tellement fort dans sa tête qu'elle dut vérifier qu'elle ne les entendait pas réellement.

Pendant un moment, elle se contenta de rester là, le bout des doigts posés sur le clavier, laissant les battements de son cœur se calmer.

Okay. Dar prit une profonde inspiration. De là où elle était, elle pouvait faire à peu près n'importe quoi, bien plus en fait que tout ce que le hacker aurait pu faire à son réseau s'il était arrivé aussi loin qu'elle.

Ça semblait être une opportunité parfaite – elle pourrait découvrir d'où venait ce gars, et quelles étaient ses motivations... peut-être même inverser la vapeur ? Il avait été assez vaniteux pour penser qu'il pourrait la berner – maintenant elle pouvait aller jusqu'à retrouver son bureau et ...

Lui faire payer ? Dar fit tambouriner ses doigts sur le clavier, et elle sentit monter un instinct qu'elle savait par expérience devoir moduler pour son propre bien.

Avec soin, elle fit une capture d'écran de l'endroit où elle était, puis tout à fait délibérément elle cliqua sur l'onglet 'x' sur la barre d'état de la fenêtre et elle sortit du réseau étranger.

Si elle pouvait mettre un piège en route, alors lui aussi, et les enjeux étaient beaucoup plus importants pour elles si elle se faisait attraper à l'intérieur du réseau de quelqu'un d'autre. Si Mark l'avait fait, et bien.... il était le chef de la sécurité. Mais ça aurait été différent si la DSI d'ILS avait été prise la main dans le sac.

Non. Même si ses doigts la démangeaient, ce routeur ouvert avec un mot de passe pré-programmé... c'était trop facile. Et bien qu'il y ait toujours une chance que quelqu'un soit assez stupide pour ça, Dar se retrouva à se demander à quel point ça dépassait la limite. 

« Je présume que je ne suis plus la punk extrémiste d'avant. » Annonça Dar aux routeurs clignotants qui n'avaient pas changé la couleur de leurs placides LED pour elle. « Bon. » Elle soupira.

Puis elle se redressa pour attraper son sac en prenant une gorgée de sa boisson, et elle sortit une pomme. Elle la posa sur ses genoux et sortit son couteau suisse, coupant la pomme en deux. En gardant un œil sur les moniteurs, elle sortit un tube de beurre de cacahuètes, en étala un peu sur la pomme et en prit un morceau en tapant une commande de l'autre main.

Alors. Elle pouvait en apprendre plus sur le hacker. Elle avait l'IP factice qu'il avait utilisé, mais le routeur par lequel elle était entrée était réel, et trouver à qui il appartenait était relativement...

Dar cligna des yeux vers son écran. Une petite fenêtre clignotait au centre de son écran, avec un simple cœur rouge au milieu qui battait doucement.

Puis un message apparut. Okay, bon ce n'est pas un gopher Dar, mais ça exprime bien mes pensées, non ?

Dar cliqua dessus et répondit. Assurément. Où es-tu ?

A ma réunion. On revoit les tarifs.

Dar regarda son message partir, puis elle souffla doucement en plissant les yeux. Telegenics vient juste d'essayer de nous envoyer un hacker.

Quelle surprise. Elle put presque entendre les mots de Kerry.

Non, ça n'en était pas une, mais c'était définitivement une attaque sur deux fronts, réalisa Dar. Si elles venaient la chercher, comme elle le soupçonnait, en essayant de la piéger – qu'est-ce qui arriverait si elles se rendaient compte qu'elle les avait déjà piégées elle-même ?

Hé, Dar ?

Dar prit une autre bouchée de sa pomme, et elle tapa sa réponse d'une main. Ouais ?

Mark dit que son moniteur d'alerte est en train de devenir dingue, et que personne ne peut plus rentrer dans le routeur principal. Tu sais ce qui se passe ?

Oups. Dis-lui de se détendre. J'étais en train de faire un truc. Dar posa sa pomme et tapa rapidement sur les touches, elle re-régla la sécurité du routeur et rendit l'accès aux systèmes automatisés. C'est mieux ?

Quelques secondes de silence et puis... Il n'est plus en train d'hyperventiler. Ça doit être un oui. Tu peux faire une pause et venir ici pour écouter le récapitulatif ?

Dar finit son YooHoo en regardant pensivement la question. Oui. J'arrive.

Elle avait besoin de réfléchir à ce qu'elle venait de voir de toute façon.

* * * * *

« Qu'est-ce que tu en a pensé ? » Demanda Kerry tandis qu'elles marchaient toutes les deux dans le couloir jusqu'à son bureau.

Dar la regarda. « Sur tes talents de présentation, sur le plan ou sur combien tu es mignonne dans cet ensemble ? » Lui dit-elle avec un sourire coquin.

« Que... » Kerry soupira, faussement exaspérée. « Qu'est-ce que je vais pouvoir faire de toi ? » Elle secoua la tête en faisant signe à Mayté. « Rentre là-dedans. » Ajouta-t-elle en poussant la porte avant de se mettre sur le côté pour laisser passer Dar.

« Ou ? » Dar entra et attendit que Kerry la suive avant de fermer la porte. « Tu vas me donner une fessée ? Tu aurais dû le faire dans le couloir. Ça aurait donné du grain à moudre aux moulins des rumeurs pendant des semaines. » Elle avança jusqu'au petit canapé du bureau et s'assit en posant ses coudes sur ses genoux.

« Tu es vraiment un petit démon parfois. » Kerry la suivit et s'installa à côté d'elle, préférant la place restante sur le canapé plutôt que sa solitaire chaise de bureau. « Et non, je parlais du plan. Je sais déjà ce que tu penses des deux autres choses. » Elle donna à petit coup dans l'épaule de Dar.

Dar épousseta quelques morceaux de routeur du bout des doigts. « Je le trouve bien. »

Kerry attendit. Mais rien ne suivit. « Et ? »

« Et ? » Dar se baissa et rattacha le lacet de sa botte. « Je pense que tu vas te présenter avec une proposition solide – il va rester la question du prix. »

« C'est sûr. » Acquiesça Kerry. « Mais tu penses que de la façon dont c'est présenté, ça pourrait marcher ? »

Dar s'installa dans le canapé et croisa les bras, lançant un regard oblique. « Je peux te demander quelque chose ? »

Kerry s'installa elle aussi. « Bien sûr. »

« Tu as fait, et facilement, quatre douzaines de comptes sans mon aide. » Dit Dar. « Alors pourquoi est-ce que tu penses que tu en as besoin sur celui-là ? »

Hmm. Kerry croisa les bras à son tour et baissa les yeux d'un air pensif vers le tapis, en donnant à la question une vraie délibération. Puis elle finit par hausser les épaules. « Je ne sais pas. » L'admission la surprit elle-même, peut-être même plus que Dar. «Peut-être parce que je sais à quel point c'est important. »

« Ils sont tous importants. » Dar décroisa ses bras et étendit le droit sur les épaules de Kerry. « Laisse couler, Ker. Ne t'inquiète pas de ce que je pense. Fais simplement ce qui te semble juste. »

Kerry traça de son index un léger dessin sur le jeans qui couvrait la cuisse de Dar. « Facile à dire, difficile à accomplir. » Elle sourit brièvement. « Alors, quoi qu'il en soit... qu'est-ce que tu faisais dans le placard ? »

« Je n'ai jamais été dans le placard. » S'insurgea Dar en acceptant le changement de sujet. « Mais je suis contente que tu poses la question. Viens là. » Elle se leva et entraîna Kerry vers son bureau, se glissa dans le fauteil et fit rouler la trackball de Kerry. « Je suis peut-être cinglée. Mais je pense que j'ai sauvé mes fesses d'un gros piège. »

« Toi ? » Kerry s'appuya sur le bureau à côté d'elle. « Piégée par qui ? »

Dar leva les yeux vers elle et sourit d'un air sérieux. « Quelqu'un qui adorerait nous ridiculiser et étaler tout ça dans la presse. Regarde. » Elle appela l'écran de son écran portable, qu'elle avait enfermé dans le placard. Il avait encore les captures d'écran qu'elle y avait fait, et ses notes.

Kerry s'approcha, et posa ses coudes sur le bureau pendant qu'elle lisait, ses lèvres bougeant silencieusement. Elle était consciente de la présence proche de Dar, sa respiration chauffant la peau du bras de Kerry. « Attends, tu étais là-dedans ? » Dit-elle. « Dans ce routeur ? Par tous les saints ! »

« Hmm hmm. » Dar grogna doucement.

« Wow. Je parie que tu as eu envie de foncer et de leur botter les fesses. » Songea Kerry. « J'aurais pu le faire. Qu'est-ce qui t'a fait croire que c'était un piège ? Et si ce n'en était pas un ? Et s'il était vraiment stupide ? »

« Ker. »

Un soupir. « Ouais, je sais. Mais je ne peux rien y faire. » Kerry donna une chiquenaude au moniteur du bout de l'ongle. « Je n'arrive même pas à croire que j'ai pu suggérer ça. Je pense que mon éthique professionnelle tombe aux oubliettes quand il s'agit de ces deux garces. » Elle baissa les yeux vers son bureau. « C'est peut-être pour ça que je ne suis pas à l'aise avec ce truc, Dar. »

« Hmm. » Dar leva les yeux quand l'intercom de Kerry bourdonna.

« Kerry ? » La voix de Mayté s'éleva. « J'ai cette Michelle Graver sur la ligne un. » Bien que polie, la voix de Mayté contenait un ton définitif de désapprobation, vraiment semblable à celui que sa mère avait parfois.

« Est-ce que je suis là ? » Kerry se tourna et se coucha sur le dos, ses jambes dépassant du bureau. « Je dois réfléchir à ça une minute. Dis à Michelle de rester en ligne, hmm ? » Elle tourna la tête vers Dar.

« Bien sûr. » Mayté raccrocha.

« C'est vraiment pas professionnel de ma part de vouloir la faire attendre pendant des plombes ? »

« Non. » Dar posa ses coudes sur le bureau et s'avança, penchant la tête pour capturer les lèvres de Kerry avec les siennes. « D'un autre côté... » Elle l'embrassa de nouveau, cette fois plus longtemps. « La faire attendre pour ça n'est vraiment pas professionnel. »

« Oh. » Kerry croisa les mains sur son ventre et ferma brièvement les yeux alors que Dar continuait à agir de manière extrêmement contraire à l'éthique professionnelle. « Si quelqu'un rentre, je pense qu'on mériterait sérieusement de se faire virer. » Dit-elle finalement avec un petit soupir.

« Probablement. » Acquiesça Dar. « Mais je devrais faire venir Alastair jusqu'ici pour nous virer, et le temps qu'il arrive, un nouveau désastre aura surgi et il nous demandera juste de revenir. »

Les yeux de Kerry scintillèrent, mais elle grimaça avant d'appuyer sur le bouton de l'intercom. « Okay, passe-la-moi, Mayté. »

« Okay. » Répondit Mayté. « Mais vous êtes sure ? Je pense qu'elle apprécie la musique. »

Dar ricana doucement. « Mayté, tu ressembles de plus en plus à ta mère chaque jour. » Ajouta-t-elle en observant Kerry plisser les yeux en souriant.

« Merci. » Dit Mayté. « Mama aimera ce que vous dites, j'en suis sûre. »

« Allez, passe-la-moi, Mayté. » Dit Kerry. « Même Michelle ne mérite pas une aussi grosse dose de Muzak régurgitée en musique d'ambiance. »

Mayté raccrocha, et après une seconde, un léger bourdonnement la remplaça. Kerry tendit la main vers le bouton de réponse. « Opérations, Stuart. » Elle s'adressa au plafond.

« Bonjour Kerry. » La voix de Michelle était un mélange de cordialité et de frustration voilée. « Désolée de vous déranger. »

Dar s'avança et traça le bord de l'oreille de Kerry, l'observant virer au rose après quelques secondes.

« Ah, pas de problème. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? » Répondit courageusement Kerry. « Ou est-ce que vous appelez simplement pour m'insulter encore un peu ? Ça a été une matinée calme. » Elle ignora les légers miaulements tout près de son oreille.

Un soupir audible traversa le téléphone. « En fait, je vous appelle pour m'excuser et je sais que vous allez l'apprécier, et vous demander combien vous voulez pour louer une partie de votre circuit. »

Kerry s'agita un peu, couchée sur le dos, en faisant une petite danse de joie. « Pour être honnête Michelle... »

« Oh oui, je sais que vous le serez. »

Le miaulement avait changé, il était devenu plus profond jusqu'à devenir un grondement bas. Kerry tourna la tête vers sa compagne, pas du tout surprise de trouver les yeux bleus clairs réduits à deux fentes. Elle leva une main, et, juste pour vérifier, elle toucha la lèvre de Dar, la poussant légèrement pour inspecter une canine bien formée juste dessous.

Dar haussa un sourcil vers elle et cessa de grogner.

« Le prix de connexion plus cent. » Dit Kerry. « A prendre ou à laisser. » Elle traça une ligne jusqu'au centre du nez de Dar, observant ses yeux loucher pour essayer de le suivre, et elle sourit en imaginant qu'elle pouvait entendre Michelle grincer des dents de l'autre côté du fil.

« Parfait. » Répondit Michelle, en coupant court. « De quoi avez-vous besoin pour le faire marcher ? »

« Une vérification et un circuit de terminal. » Répondit Kerry. « Envoyez quelqu'un voir Mark Polenti à notre bureau sur la jetée à 10h demain, il s'en occupera. »

« Parfait. » Dit de nouveau Michelle. « Merci. Au revoir. »

Elle raccrocha. Kerry soupira. « Et bien, chef – on fait presque quatre pour cent de profit sur la police d'assurance... pas mal, non ? »

« Brillant. » Souffla Dar dans son oreille. « Très brillant, je vais laisser cet autre problème entre tes mains... parce que quand je suis sortie de ce routeur parce que je ne voulais pas que la DSI d'ILS se fasse attraper en train de pirater – je me suis rappelé que j'avais mis un espion de terrain chez Telegenics. Qu'est-ce qui arrivera si ça venait à se savoir ? »

Kerry se releva, son dos n’appréciant pas particulièrement la surface dure du bureau. Ça lui donna le temps de réfléchir à la question de Dar, et d'en considérer l'impact. « Et bien. » Elle sauta du bureau  et en fit le tour. « Comment ça se saurait ? Ce n'est pas comme si il ne faisait pas son boulot là-bas, pas vrai ? »

« Hmm. »

« Shari ne l'a jamais rencontré, je présume, ou elle serait réduite à l'état de mangue écrasée sur la route 95 en ce moment. » Continua Kerry. « Alors à moins que... »

« Qu'il les entende parler de nous. » Dar se leva et passa une main dans ses cheveux. « Et qu'il agisse comme d'habitude, on est en sécurité. C'est ça ? »

« Oh, mon Dieu. »

Dar se dirigea vers la porte qui conduisait au couloir reliant leurs bureaux. « On s'en inquiétera quand ça arrivera. » Elle fit un signe de la main à Kerry. « En attendant, je vais voir si je ne peux pas trouver un moyen de rendre la monnaie de sa pièce à notre petit copain. »

Kerry s'assit dans son fauteuil, le cuir gardant encore un léger parfum de Dar qui l'entoura quand elle s'installa. Qu'est-ce qui arriverait réellement, se demanda-t-elle, si Andy était repéré ? Est-ce que ça serait vu comme un acte criminel scandaleux, ou juste comme une partie du boulot ? Ce n'est pas comme si, comme elle l'avait dit à Dar, Andrew avait eu le travail sur de fausses recommandations.

Il était qualifié et bien plus que ça pour faire ce pour quoi ils le payaient. Si il faisait le boulot, alors qui aurait quoi que ce soit à dire au final ?

Kerry pouvait tout de même voir l'ironie de la situation. Elle savait que c'était quelque chose que son père aurait fait sans réfléchir, et en fait, il aurait vraiment approuvé ses méthodes.

Elle grimaça.

Ce n'était vraiment pas un sentiment plaisant. Et encore – Andrew n'avait pas sembler y voir d'objection lui non plus. Il avait tout de suite accepté, et il semblait même penser que c'était une bonne idée.

Alors où était le 'juste' dans tout ça ? Kerry ouvrit son tiroir et attrapa un abricot sec dans une poche, le mettant dans sa bouche avant de mâcher pensivement. Est-ce qu'il y avait une bonne réponse ?

Hmm.

 

* * * * *

 

Kerry s'approcha de la zone de construction au centre du navire et observa les alentours. Elle repéra l'entrepreneur en électricité d'ILS à l’extrémité de la pièce et elle s'avança rapidement jusqu'à l'endroit où il était, entouré par le personnel du navire. « Jack. »

L'homme se tourna et la vit. « Ah, Ms. Stuart. Ravi de vous voir. » Il attendit qu'elle le rejoigne. « Il semble qu'on ait un problème par ici. »

Seulement ici ? Kerry sentit sa cape de diplomatie lui tomber sur les épaules. « Qu'est-ce qui se passe les gars ? »

« Qui est responsable de tout ça ? » Demanda un des gars qui attendait tout près. « J'ai entendu cette personne dire qu'il avait besoin de couper le courant sur plusieurs ponts du navire. »

Kerry l'observa pensivement. « Oui, bien sûr. » Dit-elle. « C'est ce qu'il doit faire pour pouvoir avoir plus de puissance, et installer le  câblage dont nous allons avoir besoin pour les nouveaux systèmes des ordinateurs. Il ne peut pas faire ça avec le courant branché. »

« Qu'est-ce qu'on est supposé faire ? » Demanda l'homme. « On vit ici. Vous voulez vraiment qu'on reste dans cette foutue chaleur sans électricité ? »

« J'y étais moi-même, du moins pendant un petit moment en fait. » Dit Kerry « Non, ce n'est pas agréable. Mais c'est la seule façon pour que le travail soit fait, alors qu'est-ce que vous pensez que l'on doit faire ? Je suis sûre que Jack va pouvoir s'arranger avec vous et couper une section à la fois, pas tous les ponts d'un coup. » Elle se tourna. « Pas vrai ? »

Jack hésita, puis hocha la tête. « Oui. »

« Mais nous avons du travail à faire nous aussi. » Continua l'homme. « J'ai des personnes à diriger, des services à gérer... Et je ne peux pas faire ça sans électricité. »

« Nous pouvons vous déplacer vers une zone avec du courant. »

« Certainement pas ! J'ai beaucoup trop de choses importantes dans mon bureau ! » Répondit l'homme d'un ton catégorique.

Kerry croisa ses bras sur sa poitrine. « Okay. » Elle le regarda droit dans les yeux. « Je comprend. »

« Bien. » L'homme sourit.

« Donnez-moi simplement votre nom, que je puisse aller voir Mr Quest et lui dire pourquoi nous ne pouvons pas travailler sur son projet. » Kerry lui sourit en retour. « Je suis sûre que lui aussi va comprendre. »

L'homme cligna des yeux, choqué, puis il se raidit. « Je n'ai pas dit que vous ne pouviez pas travailler ! »

« Bien sûr que si. Vous avez dit que vous ne pouvez pas travailler sans courant. Nous avons besoin de tout éteindre pour pouvoir avancer. Alors si vous ne pouvez pas travailler sans courant et que vous ne voulez pas déménager vers une zone avec du courant, alors nous ne pouvons pas avancer. »

Le reste de l'équipe semblait se satisfaire d'observer l'échange, leurs yeux passant de l'homme à Kerry comme s'ils regardaient un match de ping pong incroyablement excitant. Ils donnaient tous l'impression de dépendre de l'homme, dont l'attitude indiquait qu'il était habitué à l'autorité et à l’obéissance.

Ce qui était une bonne chose. Et Kerry l'était aussi, mais d'une façon tout à fait différente. « Alors, je peux avoir votre nom ? » Demanda-t-elle gentiment. « Parce que Jack et moi avons d'autres choses à faire si nous ne pouvons commencer ici. »

« Tout à fait, m'dame. » Jack glissa ses pouces dans les poches de ses jeans, et il se balança sur les talons de ses bottes. « On a pas mal de projets à commencer. »

« A moins que peut-être nous puissions nous arranger avec vous – peut-être que notre équipe pourrait aider la votre à déménager leurs affaires quand ils en auront besoin. » Kerry put lire le langage corporel de l'homme et décida que lui donner une porte de sortie serait peut-être une bonne idée. « Nous serions heureux de faire ça. »

Jack grimaça.

L'homme ricana et leva une main. « Parfait. » Il céda. « Si vous devez le faire, faites-le. Mais vous devrez me prévenir si vous éteignez quoi que ce soit,  que je puisse m'assurer que rien ne soit perturbé. »

« Bien sûr. » Dit Kerry. « Jack, pouvez-vous assigner quelqu'un de votre bureau pour faire la liaison avec... » Elle lança un regard interrogateur à l'homme.

« Pieter Oshousen. » Dit l'homme. « Capitaine de l'équipage. » Il leur fit un signe de tête puis se tourna et s'éloigna, le dos raide.

« Bien. » Kerry observa le reste de l'équipe se disperser, leur attitude à la fois amusée et mécontente. « Oh, tout ceci va devenir vraiment amusant. » Ajouta-t-elle une fois qu'ils furent partis. « C'est comme d'être dans une zone de construction habitée. »

« Ça c'est sûr. » Jack soupira et se gratta la tête. « Par quoi on est censé commencé ? A chaque fois que j'essaye un truc, je me retrouve coincé. »

Kerry secoua la tête. « Oui, je sais. Allez, je pense que je nous ai trouvé quelque chose que l'on pourra utiliser pour le serveur central, vu que mon premier choix ne va pas marcher. » Elle se dirigea vers l'escalier et commença à descendre. « Ils n'aiment pas trop cette idée non plus, mais ça n'empiète pas sur l'espace réservé à l'équipage, alors au moins ils ne seront pas dans nos pattes et la direction du navire l'a approuvée. »

Jack ricana. « J'imagine. » Il suivit Kerry qui descendait les marches, passant une série de portes avant qu'elle ne s'arrête devant l'une d'elles. Elle l'ouvrit et se recula pour lui montrer l'intérieur. D'un air soupçonneux il lui passa devant et entra dans la pièce. « Ah. »

Kerry entra après lui. « Ouais. »

Jack tourna sur lui-même. « C'est une cabine. »

« Oui. Mais c'est une cabine intérieure, et ils m'en ont donné deux. » Acquiesça Kerry. « Celle-là et la suivante, et elles sont reliées par une porte intérieure. » Elle ouvrit la porte en question et laissa son regard errer à l'intérieur.

Les deux cabines avaient connu des jours bien plus glorieux. La moquette était d'une couleur indéterminée, peut-être bleue dans un lointain passé, et la tapisserie déchirée des murs étaient du même ton grisâtre. Il n'y avait pas de lit, mais sur un des murs un sommier branlant était chevillé.

L'odeur était horrible.

« On va devoir revoir ces deux pièces, mais je pense que ça pourrait marcher, et ce mur... » Kerry s'avança et tapota sur la cloison interne, près de la couchette. « Donne directement vers les ascenseurs et tous les conduits internes. »

Jack semblait maintenant bien plus satisfait. « Hé ? Vraiment ? Là ça pourrait marcher. » Il s'avança et inspecta le mur, puis il se dressa sur la pointe des pieds pour toucher le plafond. Il se désintégra sous ses doigts, la peinture s'effrita et les recouvrit tous les deux de débris indescriptibles. « Oh... Désolé. »

Kerry épousseta sa chemise pour faire disparaître les saletés et passa ses doigts dans ses cheveux pour enlever le reste. « Pas de problème. » Répondit-elle. « Il y a quelque chose d'intéressant là-haut ? »

Son collègue leva une petite lampe de poche et observa attentivement l'espace. « On a de la chance. » Ce n'est pas un mur pare-feu. Ça devrait être plus facile. » Il tourna la tête. « C'est un bon choix, madame. On va pouvoir travailler avec ça. »

« Merci. Maintenant. » Kerry posa les mains sur ses hanches. « Vous pouvez commencer à calculer le câblage pendant que je vais trouver un entrepreneur capable de rendre cet endroit vivable. Je ne peux pas installer une baie ici tant que nous n'avons pas un substrat et une clim supplémentaire. »

« Ouaip. » L'entrepreneur en électricité hocha la tête. « Je vais faire venir le responsable de la fibre optique et les gens du câblage. Vous choisissez où vous mettez les armoires sécurisées ou il va falloir se battre pour ça aussi ? »

Kerry soupira. « Qu'est-ce que vous en pensez ? »

« J'ai besoin de le savoir pour pouvoir commencer à calculer la fibre optique. » Dit Jack en sur un ton désolé. « J'ai fait le tour des bureaux avant que vous arriviez... Je pense que j'ai vu une sorte de local technique où vous pourriez mettre un ou deux commutateurs, et qu'ils n'utilisent apparemment pas pour le stockage. »

« Vraiment ? Montre-moi ça. » Kerry le suivit jusqu'à la porte ouverte et dans le couloir. Est-ce qu'elle avait de la chance ? Un local technique aurait déjà une ventilation, et bien sûr il y avait du courant – elle pourrait éviter d'avoir à se battre contre l'équipage déjà hostile pour un espace vraiment précieux ?

Ils remontèrent les escaliers, grimaçant légèrement quand leurs chaussures collèrent au sol. Des hommes vêtus de bleus de travail de l'équipage les croisèrent sans leur jeter un seul regard, mais de les voir fit soudain s'interroger Kerry.

Andrew était sur le bateau de Shari et Michelle. Et si elles avaient fait la même chose ici ? Pourrait-elle s'en rendre compte ? Elle se retourna pour observer les ouvriers, ils avaient à peu près tous la même allure, et la plupart lui renvoyèrent son regard. Et bien, elle pourrait leur demander à chacun leur identifiant et faire une vérification, mais...

« Voilà. » Jack l'amena jusqu'à un palier à l'entrée d'un couloir, avec des cabines de chaque côté. Il trouva une porte sans marquage et l'ouvrit pour révéler un  placard mal éclairé qui contenait une grande boîte et autres câbles électriques.

C'était petit et sale, mais Kerry sortit un mètre et trouva un endroit relativement propre sur un des murs du placard. « On peut faire passer une moitié de baie ici. » Dit-elle. « Il y en a combien d'autres comme ça ? »

« Deux sur chaque pont. »

Kerry referma son mètre. « Vendu. » Elle rangea le mètre. « Vous pouvez rajouter un pourcentage sur votre estimation, Jack. Vous avez résolu un gros problème. Ça m'aurait coûté un paquet de devoir trouver un autre endroit pour ranger tous ces trucs. »

Un immense sourire apparut sur le visage de l'entrepreneur. « Vous savez, c'est pour ça que j'aime travailler avec vous. Je n’ai jamais l'impression de devoir faire du donnant-donnant, ou de tourner autour du pot. » Il lui tendit une main. « Et ça me facilite la vie à moi-aussi – il y a déjà des conduits que je vais pouvoir utiliser. »

Kerry lui serra la main d'un air solennel. « Okay. Installez-moi une fibre optique de huit fils à chaque local, qui vont jusqu'à notre super cabine, et faites courir des câbles de cinq sur tous les plans. Quand est-ce que je peux avoir une estimation ? »

Jack gloussa tandis qu'ils descendaient le couloir. « Demain, peut-être. Hé, je pense  à un truc – la plupart du système électrique n'est pas codé. Ce ne sont pas vos affaires, mais le matériel que je vais installer le sera. Et pour le reste ? »

Bonne question. Elle se demanda si ça faisait partie du plan de Quest, vu que la construction devra passer l'étape de l'inspection à un moment donné. « Je ne sais pas... Je vais vous mettre en relation avec le personnel de l'administration. Peut-être qu'ils vous laisseront vous en occuper s'ils n'ont pas déjà un entrepreneur. »

« J'apprécie, merci. » Il lui sourit.

Ouais, je parie que oui. Kerry cacha un sourire. Elle aimait bien Jack mais elle savait qu'il savait vers où se penchait son intérêt principal. Cependant, ça ne pourrait pas lui faire de mal de lui obtenir un peu plus de boulot, et peut-être qu’il serait d'accord pour ajuster ses prix s'il pouvait avoir plus de commandes.

Le business était comme ça. Si vous donniez des faveurs, parfois vous pouviez avoir des faveurs. Parfois vous n'en aviez pas, mais elle avait appris qu'en dépit de ce que Dar disait souvent, et ce qu'elle faisait, vous pouviez attirer plus de monde avec du miel qu'avec du vinaigre. « Okay, je vais aller appeler Roberto. A bientôt, Jack. » Elle fit un signe de la main à l'entrepreneur alors qu'ils retournaient vers le bureau principal.

« Oh, Ms. Stuart. »

Kerry s'arrêta et se retourna quand elle vit la responsable de la jetée se diriger vers elle. Par rapport à son attitude hostile de la veille, la femme semblait maintenant anxieuse d'être polie avec elle. Kerry attendit qu'elle la rejoigne et se demanda si sa petite discussion avec le capitaine d'équipage avait quelque chose à voir avec ça. « Bonjour. »

« Bonjour. » La femme lui sourit. « Écoutez. Je voulais juste m'excuser à propos d'hier. Je sais que vous êtes juste là pour faire votre travail, et c'était totalement déplacé de ma part de réagir comme ça. »

Hmm hmm. « Pas de problème. » Répondit Kerry. « Je comprends que ça doit être bizarre pour vous de nous voir débarquer ici et commencer à faire tout ça – nous ne savons pas vraiment comment vous organisez tout ça. » Elle se détendit, prenant une posture plus décontractée. « Et maintenant que j'ai fait le tour du navire, je peux voir à quel point tout est à l'étroit. »

La femme se détendit et sourit un peu plus. « Wow, je suis contente que vous compreniez. J'ai entendu dire que vous aviez trouvé un autre endroit pour votre matériel ? Ça va aller ? » Elle se rapprocha « Écoutez, j'ai un peu de café au mess, je peux vous en proposer une tasse ? »

Et bien, à cheval donné, on ne regarde pas les dents. « Bien sûr. » Kerry acquiesça et suivit sa nouvelle amie. « Peut-être que vous pourriez m'expliquer un peu comment les choses fonctionnent ici ? Qu'on puisse repartir du bon pied. »

« Ah, j'en serais ravie. » Drucilla sembla bien plus confiante. « Vous allez être coincée avec moi. »

Hmm hmm. Kerry sourit. Voyons voir où ça va nous mener, on ne sait jamais.

 

* * * * *