Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 2ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


La pluie avait diminué pour devenir un crachin agité tandis qu’elles traversaient l’enceinte venteuse, et Xena laissa sa compagne marcher un peu en avant avec Ephiny pour étudier son environnement. Il y avait une énergie perceptible dans le village, facilement ressentie et différente de l’atmosphère habituelle et elle décida que c’était probablement plus dû à la célébration de la Moisson qu’à autre chose. C’était un sentiment tendu et agité, augmenté par les voix qui montaient tout autour, tandis que les Amazones allaient de-ci de-là, apportant des provisions vers la salle centrale et roulant des barriques de bière et de vin vers la zone libérée autour du feu géant.

Tout semblait plus… coloré, songea Xena, et elle entendait plus de rires que de plaintes, une chose rare dans ses visites antérieures. D’un côté de l’enceinte, des Amazones installaient des plateformes basses qui seraient couvertes de fourrure pour que tout le monde puisse s’asseoir, tout en regardant les danses et les diverses démonstrations d’artisanat qui se dérouleraient au dîner du lendemain.

Xena posa son regard lorsqu’elle repéra plusieurs silhouettes familières et elle observa avec circonspection Cait qui arrivait au bout de l’enceinte, suivie par leur ennemie d’autrefois, Paladia. Le bras de la grande femme était toujours dans une attelle, mais elle portait une tenue de cuir complète sans fioritures, et des bottes abîmées et bien usées ; son corps avait aussi perdu beaucoup du moelleux qui le recouvrait la dernière fois que Xena l’avait vue. Elle vaquait dans le village sans contraintes, ce qui surprit légèrement la guerrière. La chef des renégats gardait les yeux baissés, concentrée sur sa destination et elle hocha la tête à une remarque de Cait.

Je présume que ça marche mieux que je ne l’avais prévu. La guerrière cligna des yeux, légèrement surprise. Je présume que Gabrielle avait raison après tout. Elle sourit pour elle-même et se fit une note mentale de complimenter sa compagne pour son intuition. Tandis qu’elles se rapprochaient de la salle à manger, de plus en plus de gens levèrent les yeux et les reconnurent, et des voix s’élevèrent dans des saluts amicaux et respectueux.

Gabrielle leur fit signe en retour, un sourire sur les lèvres et elle jeta un coup d’œil derrière elle, invitant Xena à la rattraper d’un battement de cils. « Hé… » Elle mit une main autour du bras de la guerrière lorsque celle-ci la rejoignit. « Tout le monde est de bonne humeur, hein ? » Dit-elle à voix basse.

« Mm », approuva Xena tandis qu’elles approchaient de la porte de la salle à manger. « Des Amazones, des fêtes… tu sais comment c’est. »

« J’ai entendu », dit Ephiny, mais elle sourit tout en tenant la porte ouverte pour qu’elles entrent. « On pourrait penser qu’on vit pour ça. »

« Ce n’est pas le cas ? » Gabrielle et Xena parlèrent en même temps.

« Trrrrèèèèèès drôle. » L’Amazone leur lança un regard tolérant. « Et bien, on verra bien comment vous vous sentirez après ça… peut-être que vous apprendrez à aimer ça vous aussi. » Elle secoua un doigt vers elles. « Vouées au travail et pas de jeu… vous savez ? »

Les regards bleu et vert se croisèrent et étincelèrent. « Hé… on aime les fêtes », protesta Gabrielle. « Vraiment… Xena est un animal de fêtes… elle connaît plein de trucs à montrer aux gens. »

« Un animal de fêtes ? » Marmonna Xena, presque entre ses dents. « Oh… oui… c’est vrai… c’est vrai… hum… jongler par exemple. »

Ephiny fit une pause et mit les mains sur ses hanches. « Jongler ? » Sa voix était emplie de doute. « Heu… bien. C’est sûr. »

La guerrière fit une pause tandis qu’elles traversaient la pièce occupée et elle prit trois noix de coco puis continua à suivre Ephiny et son âme sœur qui riait, jusqu’à la table principale où Eponine et Solari attendaient déjà. Les autres Amazones se levèrent à l’approche de Gabrielle et lui firent une petite courbette.

« Salut. » Gabrielle leur sourit puis elle cligna des yeux en voyant qu’on tirait son fauteuil pour elle. « Merci. » Son regard alla vers Xena, à demi dans l’ombre de la salle éclairée par les torches et elle rougit un peu à la vue du sourire de la guerrière. Xena avait posé ses noix de coco et elle s’assit à son tour à côté de Gabrielle, s’adossant au siège en posant ses avant-bras sur les accoudoirs du fauteuil, regardant la barde prendre une profonde inspiration et se réaccoutumer à l’examen des Amazones. Discrètement, elle gratta le dos de sa compagne, sentant la chaleur de la peau de Gabrielle à travers le tissu de sa tunique.

Elle recevait elle-même des regards furtifs, mais elle était plus qu'habituée à ça et ils n’étaient pas aussi hostiles que la dernière fois ; en fait, elle ne vit que peu de regards inamicaux, principalement de la part de Menelda et ses suiveuses, ainsi que quelques autres qui n’avaient aucune raison de se souvenir en bien de Xena.

Mais ça lui allait, décida-t-elle. Elle était ici, elle était la compagne choisie de leur Reine et si elles n’aimaient pas ça… c’était bien dommage pour elles. Elle tourna la tête quand Eponine la tapa dans les côtes. « Oui ? »

L’Amazone brune se rapprocha. « C’est pour quoi faire les noix de coco ? »

Xena la regarda solennellement. « Des armes. Juste au cas où. » Elle les prit et jongla un moment, attirant des regards incrédules de leurs voisines de table, incluant Solari, qui renversa un pichet entier d’eau en se penchant en avant pour regarder.

Eponine écarta les narines et plissa les yeux. « Arrêteavecça. »

« On n’est jamais assez prudente avec vous les Amazones », insista Xena en continuant à jongler. « Jolies noix de coco, pas vrai ? » Elle les laissa tomber sur la table et les arrangea en un triangle.

L’Amazone les fixa. « On dirait des culs de singes poilus », répondit-elle pince-sans-rire.

« Et tu saurais ça comment ? » Répondit Xena d’un ton neutre. Elle prit une des noix et la secoua doucement. « Elles font de bonnes armes… des munitions de catapulte, parce qu’elles explosent quand elles frappent et tranchent tout le monde. » Elle réussit à garder un visage impassible et sérieux, ayant inventé ça.

Eponine la regarda. « Vraiment ? » Sa voix était teintée de doute.

Xena hocha la tête. « Bien sûr… et le jus éclabousse partout et fait se coller les choses entre elles. »

La jeune femme fronça ses sourcils noirs tandis qu’elle réfléchissait à ces mots. « Heu… oui… peut-être… » Elle eut une moue. « Peut-être que je devrais envoyer un groupe de cueilleuses pour en rapporter… »

Les yeux de Xena brillèrent de pure espièglerie. « Tu sais, le lait… si tu le laisses fermenter… » Elle baissa la voix jusqu’à un simple grondement. « C’est un aphrodisiaque. »

Les yeux couleur caramel se fixèrent sur son visage. « Ah oui ? » La voix d’Eponine était soudainement pleine d’intérêt. « Sans rire ? »

Xena hocha la tête, faisant la moue judicieusement. « Mmmhmmmm… » Une pause tandis que les yeux bleus la regardaient pensivement. « Tu… euh… as des problèmes ? » Demanda-t-elle timidement.

Eponine ricana et eut un mouvement de sa tête sombre. « Non ! » Aboya-t-elle férocement, faisant s’agrandir les yeux de Xena. « Par Hadès, sûrement pas, pas même… n’y penses pas, madame. »

« D’accord… d’accord… » La guerrière leva la main, se mordant l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de rire. « Je demandais juste… calme-toi. »

Elle sentit une main s’enrouler autour de son poignet et elle tourna la tête pour voir les yeux vert brume de Gabrielle fixés sur elle. Un sourcil blond haussé, la barde avait une expression à la fois espiègle et sévère sur le visage. « Tu sèmes des ennuis ? » Demanda-t-elle soupçonneuse.

« Nooooooooon », répondit Xena, de sa voix basse grondante. « Nous… discutions juste d’armes… hum… de leur potentiel. » Elle entendit Eponine ricaner. « Et de… hum… stratégie non conventionnelle. »

« Oui oui », dit la barde d’un ton traînant, ne croyant visiblement pas un mot de ce qu’elle disait. « Je vois. »

« Hé, Majesté… » Lança Eponine. « Tu aimes les noix de coco ? »

Gabrielle plissa le front. « Hum… bien sûr… je les adore, pourquoi ? »

La maîtresse d’armes hocha sagement la tête. « Ça explique beaucoup de choses. »

« Quoi ? » La voix de Gabrielle montrait de la perplexité et elle regarda son âme sœur maintenant rougissante. « Tu vas les ouvrir ou bien jongler avec, à propos ? » Elle montra les noix de coco. « J’aimerais beaucoup avoir du lait si tu décides de les briser. » Ceci, pour une certaine raison, fit rougir encore plus la peau de la guerrière vers une nuance de bronze. « Tu vas bien ? » Murmura la barde en la regardant avec inquiétude.

Xena lâcha un souffle et secoua la tête. « Oh oui… ça va bien. » Elle tapota la main de la barde et lui fit un sourire engageant. « Parfait… génial… merveilleux… pas de problème. »

Gabrielle lui lança un regard étrange puis elle secoua la tête et retourna son attention vers Ephiny. « Alors… c’est quoi le plan ? »

La régente se versa une coupe de vin fruité et fit de même pour la barde. « Et bien… » Elle prit une gorgée et sourit. « Il est bon cette année. » Elle s’interrompit, attendant que Gabrielle essaye. « Vas-y… je pense que tout le mauvais temps de l’an dernier a aidé à bonifier le raisin. »

Gabrielle prit la coupe et la renifla puis elle lança un regard à son âme sœur. Xena leva une main de la table et écarta un peu son pouce et son index. Elle sourit de reconnaissance et prit une minuscule gorgée. « Ouaouh… c’est bon. » Elle avait pleinement l’intention de mettre Ephiny au courant de son petit secret, mais pas au milieu d’une salle de banquet pleine de gens, alors que des explications étaient nécessaires.

« D’accord… » Ephiny prit sa coupe et se pencha en arrière. « Voilà l’agenda proposé… ce soir, juste un repas ordinaire. » Elle porta un toast à la pièce remplie d’Amazones affamées et bruyantes. « Demain, journée entière de démonstrations, compétitions et de jeux… et demain soir, trois différents groupes entreront en compétition pour le titre de meilleures danseuses. » Elle s’interrompit. « Demain soir, c’est le grand puits pour rôtir, aussi, et quelques cérémonies seront tenues. »

« Ça semble génial… quel genre de compétitions ? » Gabrielle se pencha en avant sur ses avant-bras.

« Oooh… » Ephiny leva les yeux vers les serveuses qui arrivaient à leur table, déchargeant deux grandes mijoteuses et trois plateaux avec une sélection d’oiseaux rôtis, des morceaux de poissons et des légumes. « Et bien, des compétitions de cuisine… » Elle sourit à Gabrielle. « Tu veux être juge ? » Elle blagua doucement. « Du tissage, de la manufacture d’armes, de la sculpture sur bois, de la pêche, de la lutte, du tir à l’arc et une compétition de bâton. »

« Ouaouh… » Gabrielle se mit à rire. « Ça promet beaucoup d’amusement ! »

« Mm », acquiesça Ephiny, savourant l’expression de délice sur le visage de la barde. « Nous avons environ une douzaine de jeunes filles qui doivent être formellement confirmées dans la Nation et quelques unions à célébrer. » Ses yeux brillèrent doucement pour Gabrielle. « Nous avons aussi un paquet de jeu à planifier pour les enfants, des courses, cache-cache, ce genre de choses. »

Voyons voir… Ephiny a dit que Xena ne pouvait pas entrer dans la compétition, mais… « J’aimerais participer à la compétition de bâton », déclara fermement Gabrielle.

Ephiny cligna des yeux, visiblement surprise. « Heu… » Elle réfléchit à la requête. Que Gabrielle fût compétente ne posait pas de question. La barde l’était, très certainement, en fait, elle avait habilement battu une bonne partie des meilleures combattantes au bâton l’année précédente. « Bien sûr… je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas… » Décida la régente avec un sourire. Ça pourrait être bon pour tout le monde, songea-t-elle…  Peut-être que ça pourrait ouvrir des yeux à certaines… et tant que j’y suis… « En fait… tu peux dire à la… à Xena, qu’elle peut participer à tout ce qui n’est pas lié au combat, d’accord ? »

Un haussement de sourcil blond. « Très bien… marché conclu. » Elle sourit, songeant à au moins une compétition dans laquelle sa compagne aurait une bonne chance. Elle allait se servir de la bonne soupe aux légumes quand une louche apparut et en versa dans son bol, et elle leva les yeux pour voir le clin d'oeil tranquille de la guerrière. « Merci. » Sa voix était basse, mais elle savait que Xena l’avait entendue.

Elle prit plusieurs morceaux sur le grand plateau et servit la même chose à Xena, ignorant le roulement des yeux de la guerrière quand elle ajouta des haricots et des pois à son assiette, ainsi que des graines à la vapeur. Les habitudes de nourriture de son âme sœur la rendaient occasionnellement dingue ; Xena avait tendance à privilégier les douceurs et les viandes épicées, bien que, en tant que guérisseuse, elle savait bien qu’elles n’étaient pas ce qu’il y avait de mieux pour elle. Gabrielle menait une campagne obstinée pour lui faire manger plus de légumes et appréciait des dîners comme celui-ci où la guerrière parfois récalcitrante consommerait ce qu’on lui mettait devant elle et sans protester.

Pas assez, en tous cas, elle en rit en saisissant Xena qui remettait une carotte sur l’assiette de la barde. Elle réprimanda la guerrière du regard et reçut un sourire charmeur en retour qui fit venir une réponse similaire sur son propre visage. Ephiny s’éclaircit la voix après un moment de cet échange, et elle se tourna vers la régente à nouveau avec un sourire penaud. « Désolée, Eph… tu disais quelque chose ? »

« Je disais… » La blonde Amazone posa son menton sur une main et mordit une autre aile de pigeon. « Un bœuf  a donné naissance à deux lapins dans le foyer. »

« Vraiment ? » Répondit Gabrielle puis elle marqua un temps d’arrêt. « Quoi ? » Elle fronça immédiatement les sourcils. « Comment est-ce arrivé ? »

Ephiny se mit à rire et remua son aile de pigeon vers la barde. « Ça n’est pas arrivé… mais c’est comme ça que j’ai su que tu rêvassais… tu n’y as pas réagi. » Elle secoua la tête avec un peu d’incrédulité. « Alors comment vont les choses à la maison ? »

« Hmmm… et bien… est-ce que… ‘Tante Ephiny’ ça te parle ? » Répondit Gabrielle avec espièglerie.

Un haussement de sourcil. « Argo est enceinte ? »

Gabrielle éclata de rire. « Oh dieux… Eph… d’où est-ce que ça sort ? Non… non non… Xena pense que… »

Ephiny se redressa sur son fauteuil. « Xena est enceinte ? » Elle s’interrompit en baissant la voix. « Gabrielle… c’est fabuleux… je ne pensais pas… »

La barde mit brusquement la main sur la bouche de son amie. « Nooooon. » Elle soupira. « Xena pense que… Gran l’est. »

« Ofmn. » Ephiny hocha la tête puis elle se lécha un peu les lèvres quand Gabrielle la relâcha. « Sans blague ? » Ses yeux s’allumèrent de ravissement. « Ouaouh… c’est génial… bien que je me demande si elle le pense elle. »

Gabrielle se pencha un peu en avant. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Demanda-t-elle avec curiosité, lançant un regard vers son âme sœur. Xena était engagée dans une conversation aimable avec Solari et Eponine, dans laquelle les mots ‘unité de bataille’ et ‘sang’ figuraient abondamment. Elle se retourna vers Ephiny. « Tu ne penses pas qu’elle veut avoir des enfants ? »

« Oh… » La régente remua la main. « Oui… oui… je pense qu’elle le veut… ou qu’elle en aura… je veux dire une fois que tout se sera passé… je ne sais juste pas si elle… y a réfléchi. » Elle fit une pause et prit une fourchetée de son dîner qu’elle mâcha pensivement. « Je veux dire que… » Elle avala. « Tu n’as jamais pensé avoir des enfants, n’est-ce pas ? »

Gabrielle mordilla un morceau d’oiseau rôti et baissa les yeux. « Oui… en fait oui », répondit-elle honnêtement. « Nous en parlions avant de quitter la maison l’année dernière. »

Elle sentit une main sur son poignet et elle leva les yeux pour voir une expression d’excuse dans les yeux clairs d’Ephiny. « Gabrielle… je suis désolée… je ne voulais pas… »

Un haussement d’épaules. « Non… ça va… les choses… » Un tout petit sourire recourba ses lèvres. « Ont avancé. » Elle soupira. « Je pense que Gran et Toris voulaient vraiment des enfants, bien que… j’en ai parlé à Gran quand nous étions à la maison. » Elle prit une autre petite gorgée de son vin. Il était frais avec une touche de pomme et de poire par-dessus le goût léger et sucré du raisin. « Xena a dit que quand elle a mentionné la possibilité à Toris, il est devenu complètement dingo. »

« Et bien. » Ephiny sourit, visiblement soulagée. « C’est génial d’entendre ça… il faudra que je leur rende visite… elle adore recevoir des conseils de Grandmaman Eph. » Elles rirent ensemble puis Ephiny relâcha un souffle. « Parfois je pense à… » Elle se tut, puis se contenta de hausser légèrement les épaules. « Bref, on va avoir des répétitions des danseuses pour demain. » Elle leva la main et fit un petit signe et deux des Amazones plus jeunes firent un signe à leur tour et disparurent par la porte. « Je pensais que tu aimerais les voir. »

Gabrielle étudia son visage. « Oui… j’aimerais bien. » Elle s’adossa dans son fauteuil, mit ses doigts en pyramide et y pressa ses lèvres tandis qu’elle laissait son regard naviguer dans la pièce.

Un bruit de tambours dans un son profond et rythmé qui emplit la salle et fit taire le bourdonnement des conversations détendues. Xena sentit le changement d’atmosphère et posa sa tête contre le dossier du fauteuil, reconnaissante que les Amazones aient pris en compte son conseil et aient banni les bancs sans dossier pour les longs dîners. L’énergie dans la pièce devint presque sensuelle tandis que les danseuses entraient, en pleine tenue de cérémonie, et qu’elles commençaient à bouger dans des pas convenus. La guerrière leva son gobelet et sirota une gorgée, savourant paresseusement la vue des danseuses gracieuses et musclées tandis qu’elles bougeaient dans une danse issue des traditions Amazones depuis de nombreuses générations.

Une brise fraîche entourait les danseuses et les spectatrices, faisant vaciller les torches dans le périmètre de la pièce et soulevant les longs cheveux, entremêlant quelques mèches quand les femmes faisaient un cercle. Le sourd gémissement d’une flûte s’éleva et un doux chantonnement s’ensuivit pour s’y joindre, tournoyant vers le plafond, faisant émerger un rythme insistant. Les danseuses se mirent par deux et firent avec aisance des batailles chorégraphiques, des passes fantaisistes et des parades qui glissèrent en réactions exagérées tandis que la musique s’écoulait à travers les spectatrices aussi séduisantes que le vin qu’elles buvaient.

Gabrielle sentit que son imagination était saisie par la danse, son esprit de barde tordant et formant les vues et les sons dans une poésie qui la fit souhaiter avoir ses plumes et un parchemin pour les écrire. C’était très primal et avait une énergie riche et terrienne qui l’intrigua et elle fit une pause pour réfléchir, avant de tirer sur la manche de son âme sœur.

Xena se pencha, entourant la barde de sa senteur familière et repoussant ses pensées pendant un long moment sensuel. Puis elle entoura le haut du bras de sa compagne d’une main et se redressa sur son fauteuil, mettant ses lèvres près de l’oreille de la guerrière. « Tu peux te souvenir de quelque chose pour moi ? »

Les yeux clairs prirent une teinte violette dans la lumière de la torche et brillèrent, un sourire sur les lèvres de la guerrière. « Bien sûr. » La voix de Xena était plus basse et plus ferme que les tambours et cela provoqua un frisson le long du dos de la barde. « Vas-y. »

Doucement, elle répéta le poème, formant les mots avec une assurance tranquille.

Xena sourit quand elle eut fini. « Je pense que je peux m’en souvenir », dit-elle à la barde. « Tu aimes ? » Sa mâchoire montrait les danseuses.

Gabrielle bougea délibérément de place de façon à s’appuyer contre l’épaule de la grande femme et elle frotta sa joue contre le haut du bras de Xena. « Mm. » Elle soupira doucement. « J’aime bien. »

Xena haussa légèrement un sourcil, tandis qu’un sourire bref et sensuel passait sur ses lèvres. Autour d’elle, les autres Amazones regardaient avec des expressions masquées et une grande partie des spectatrices étaient maintenant installées par paire dans des coins tranquilles, tandis que les torches faiblissaient et que les tambours ralentissaient et devenaient plus rythmiques. Après tout, c’était le Festival de la Moisson, dédié à la fertilité de la Terre et à la fécondité de la population. Les Amazones le célébraient peut-être un peu différemment que disons, Amphipolis, mais…

L’intention y était très certainement. Xena pouvait sentir la respiration chaude de sa compagne contre la peau de son bras et elle sourit tranquillement tandis que l’intense attraction animale qu’elle avait toujours ressentie envers la barde grondait profondément et sortait dans la lumière vacillante, faisant jouer ses nerfs au rythme des tambours et au chantonnement bas et tonal.

Gabrielle cilla et elle leva les yeux. « Tu penses que je pourrais essayer de danser comme ça ? » Murmura-t-elle d’un ton taquin, regardant le mouvement de la lumière alors que les muscles de la mâchoire de Xena remuaient.

« Nan », répondit la guerrière. « Parce que si elles te regardaient comme elles regardent les autres danseuses… » Elle laissa sa voix tomber à son plus bas registre. « Il faudrait que j’y fasse quelque chose. »

Un léger sourire sensuel passa sur les lèvres de Gabrielle. « Vraiment ? »

« Oh oui », l’assura Xena, s’empêchant de peu de mettre le nez sur la peau douce de la barde. « Il y aurait des plumes partout, compris ? »

Gabrielle ressentit une vague chaude de satisfaction aux paroles de la guerrière. Elle avait toujours su que Xena défendrait sa vie, mais ceci était entièrement autre chose et c’était coupablement bon. Elle était consciente des regards jaloux dans sa direction et pendant un simple moment, elle s’autorisa à les savourer. « Compris. » Elle énonça le mot avec plaisir.

Xena s’adossa et rit doucement, posant sa tête contre celle de la barde. Elle leva les yeux quand Eponine lui donna un petit coup. « Oui ? »

L’Amazone montra du menton la barde blottie. « Je peux avoir vos noix de coco ? Par le téton gauche d’Héra, vous n’en avez pas besoin. » Les cheveux châtain de l’Amazone bougèrent quand elle secoua vigoureusement la tête.

La guerrière lui lança un regard puis rit ironiquement. « Bien sûr. »

Gabrielle regarda d’un air inquisiteur. « Quoi ? » Elle tira sur l’oreille de son âme sœur. « C’est quoi ce truc avec les noix de coco ? »

« Je te le dirai plus tard », murmura Xena avec un sourire.


Gabrielle leva les yeux tandis que la lune émergeait des nuages éparpillés suite à la tempête. Le vent s'était un peu levé et il faisait même un peu frais alors  elle était contente de porter une tunique longue plutôt que son haut court. Elle lança un regard vers la jeune femme blonde élancée qui marchait près d’elle et elle passa en revue des ouvertures de conversation possibles. « Sympa le dîner », se décida-t-elle finalement d’un ton neutre.

Ephiny prit une inspiration de l’air frais et hocha la tête. « Merci… j’ai toujours aimé cette période de l’année… les fruits de la moisson, tout ce truc… tu vois. »

Elles marchaient sur l’un des chemins étroits et argentés juste à l’extérieur du village, près du ruisseau qui fournissait de l’eau fraîche aux Amazones en plus de la rivière plus large à l’est et qui était la source de leurs autres besoins de liquide. La danse avait duré un moment jusqu’à ce qu’Ephiny en prononce à contrecœur la fin, disant à tout le monde d’aller au lit et de se reposer pour le lendemain. Des rires bas avaient répondu à ses paroles et elle leur avait juste fait un geste de la main pour les renvoyer, puis elle avait fait une pause et regardé Gabrielle avec incertitude.

C’était aussi bien d’en finir avec ça, avait décidé la barde, se penchant en avant pour dire à Xena qu’elle allait la retrouver dans ses… non, dans leurs quartiers. Puis elle avait souri à Ephiny et dit qu’elle était fatiguée… et est-ce que la régente aimerait l’accompagner pour une petite balade pour se rafraîchir la tête.

La régente était d’accord, bien sûr.

Et elles en étaient là. « Je… j’aime bien aussi cette période de l’année », répondit Gabrielle en repoussant ses cheveux clairs de ses yeux. « Ce n’est pas aussi collant… plutôt rafraîchissant. » Elle tourna ses pas vers un surplomb rocheux et s’y assit, tapotant la pierre près d’elle. « Ça devrait être une nuit agréable… merci de nous avoir invitées, à propos. »

Ephiny se détendit un peu tout en s’installant sur la surface fraîche. « T’inviter ? Gabrielle… réfléchis un peu… tu n’as pas besoin d’une invitation, tu te souviens ? Tu es chez toi. » Elle fit un sourire à son amie. « Tout le monde est content que tu sois là… tu aurais dû entendre ces gamines tout excitées à l’idée de danser devant toi… il y a eu une émeute. »

Gabrielle la fixa, ses yeux verts un peu noisette dans la lumière argentée de la lune. « Ah oui ? Et qu’est-ce qu’elles pensent de mon choix de consort ? »

Un moment de silence pensif puis Ephiny rit doucement. « Direct au but comme d’habitude, hein, Gabrielle ? » Elle mit la main sur l’épaule de la jeune femme. « Je me suis fait un point d’honneur de passer en revue nos lois aussitôt que je suis revenue ici, juste pour vérifier… et j’ai trouvé qu’il y a avait trois conditions pour une consorte royale. »

Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine et leva le menton. « Et ? »

Un léger sourire passa sur les lèvres d’Ephiny. « Premièrement, elle doit être en bonne santé. » Elles échangèrent des regards connaisseurs. « Deuxièmement, elle doit adopter et soutenir les normes guerrières de la Nation. » Un autre échange de regards et cette fois Gabrielle cligna un peu des yeux. « Troisièmement… » Ephiny se mordit la lèvre. « Elle doit publiquement te jurer fidélité… en tant que représentante de la Nation. »

Gabrielle se massa la mâchoire pensivement. « Et bien, je ne pense pas que les deux premiers posent problème. » Elle sourit et regarda l’eau en constant mouvement du ruisseau. « Elle est totalement en bonne santé et je ne pense pas qu’il y ait un doute sur ses talents de combattante. » Elle souffla. « Quant au dernier… et bien, je lui demanderai… on verra bien ce qu’elle en dit. » Elle se mâchouilla la lèvre. « Si ça ne dépendait que de moi, je ne… et bien, je ne pense pas qu’il y ait de problème, mais devant tout le monde… je ne sais pas. »

La régente pinça les lèvres et hocha lentement la tête. C’était plus ou moins ce à quoi elle s’était attendue. « Je me le disais aussi. » Elle fit une pause. « Quant à ce que tout le monde pense… par Hadès, Gabrielle… il n’y a pas une seule personne dans la Nation qui ne sait pas que vous êtes inséparables… je veux dire… » Elle soupira. « Oui, il y a des gens qui lui en veulent pour beaucoup de choses… pour de vieilles histoires, pour Vélasca… pour ce qui est arrivé l’an dernier… ce qui s’est passé cette année… mais quand je me tiens devant elles au conseil et que je leur dis… » Elle fit une pause, étudiant le sol. « L’attitude principale était que c’était mieux pour nous de l’avoir comme alliée… comme une citoyenne de la Nation… que de la forcer à rester en dehors de nous… de la forcer à rester à l’extérieur… surtout vu votre relation. »

La barde relâcha un long souffle. « Et bien. C’est mieux que ce que je pouvais espérer, je pense. »

Ephiny mit ses mains l’une contre l’autre. « Ecoute… Gabrielle… je sais que tu veux que tout le monde la voie comme tu la vois toi… mais ça n’est simplement pas possible et je pense que tu le sais. »

Un léger signe de tête. « Je sais ça », admit tranquillement la barde. « Mais ça ne veut pas dire que je vais un jour arrêter d’essayer. »

La régente la fixa avec un sourire nostalgique. « Après cette petite escapade au pain de noix, je ne pense pas vraiment avoir besoin de demander ça, mais est-ce que tout se passe bien entre vous deux ? » Son regard étudia le visage de la barde avec attention. « Vous avez l’air toutes deux plus détendues. »

Gabrielle laissa un sourire plus naturel plisser ses traits. « Il faut que j’admette, Eph… qu’il y a eu un moment où j’étais convaincue que ce ne serait plus jamais pareil. » Elle ferma les yeux et inspira profondément. « Mais j’avais tort et tu n’as aucune idée de combien c’est merveilleux de pouvoir dire ça. »

Ephiny la fixa. « Je pensais que c’était peut-être le cas… ces petites étincelles sont de retour dans tes yeux et elles me manquaient la dernière fois que je t’ai vue. » Elle pressa le bras de la barde. « Et ça, mon amie, c’est plutôt bon à voir. »

La barde hocha lentement la tête. « Merci. » Elle lança un regard de côté au visage tendu de la régente, encadré d’argent, et elle décida d’avoir une approche directe. Ça marchait habituellement avec Xena. « Ephiny, qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’Amazone sursauta puis la regarda à nouveau avec une expression peu assurée. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Elle plissa le front. « Qu’est-ce qui te fait penser que c’est le cas ? Tout va merveilleusement bien, Gabrielle… si on excepte les disputes mineures habituelles et les trucs de ce genre. » Elle lâcha un petit rire.

Un petit haussement d’épaules de la part de Gabrielle. « C’est juste mon intuition qui parle, je présume… tu as l’air un peu triste. »

« Nan. » Ephiny sourit et la secoua légèrement. « Ta fameuse imagination, hein ? »

« Mmm… oui… » La barde se tourna à demi pour lui lancer un regard direct. « Sauf que Xena le pense aussi, et… »

Un soupir. « Et elle n’a aucune imagination, pas vrai ? »

Gabrielle sentit le malaise de son amie et elle ressentit une difficulté à la pousser trop loin. « Et bien, ce n’est pas vrai… » Elle rit doucement. « Elle en a… elle est habituellement concentrée sur des plans et de la stratégie et des trucs comme ça, pas sur des choses personnelles. » Elle fit une pause. « Elle peut imaginer ce à quoi ses opposants pensent et travailler dessus, ou imaginer des solutions à des problèmes… mais habituellement elle ne voit pas des choses qui ne sont pas là. » Sur ces dernières paroles, elle regarda Ephiny droit dans les yeux. « Mais si tu ne veux pas en parler, c’est bon… je voulais juste que tu saches que je suis là pour toi si tu en as besoin. »

Ephiny garda le silence puis soupira. « Merci », finit-elle par répondre. « Je vais bien… je… j’ai vraiment eu une mauvaise période après… ce qui est arrivé et je pense que ça m’a… » Une pause. « C’est juste différent. »

Gabrielle tira sur une jambe et mit les bras autour, son menton posé sur un genou. « Tout va bien entre Pony et toi ? » Demanda-t-elle en gardant une voix neutre.

« Oh… oui… » La régente souriait maintenant. « Oui, ça a été… ça m’a vraiment aidée… je veux dire… ce n’est pas comme ce qu’il y a entre vous deux… nous sommes plutôt bonnes amies, avec un peu de … » Elle recourba ses lèvres. « Bref, pas comme vous… mais de l’avoir près de moi était génial… ça a pris du temps, mais… »

La barde hocha un peu la tête. « Eh bien, nous n’avons pas commencé non plus en étant aussi proches, Eph… ça a grandi au fil du temps… peut-être que… »

« Non… non… » Interjeta rapidement l’Amazone blonde. « Aucune de nous… nous… Gabrielle, ne le prends pas mal, d’accord ? Mais ce que Xena et toi avez… c’est tellement fichument intense… si… submergeant… c’en est presque effrayant. » Elle hésita. « Ça m’effraie… je ne suis pas sûre de pouvoir gérer quelque chose comme ça et je ne pense pas que Pony le puisse. »

Gabrielle se redressa, la fixant pensivement. « Ah. » Elle se mordilla la lèvre. « C’est… oui, quand ça va mal, c’est vraiment très mal, Ephiny… je ne te mentirai pas là-dessus. » Elle fit une pause. « Mais crois-moi quand je te dis que tous les mauvais moments importent peu quand je pense aux bons moments. » Elle tendit la main et massa doucement le bras de la régente. « Eph, ça vaut la peine de prendre le risque. »

Mais la jeune femme secoua la tête. « Non, mon amie… je suis contente de juste vous regarder toutes les deux… c’est le plus près que je puisse avoir dans ce truc de sens dessus dessous. » Elle rit tranquillement. « Ecoute… merci à toi… ça me fait vraiment du bien de savoir que tu penses à moi… je l’apprécie beaucoup. »

Le regard vert l’étudia avec une lueur de défi, mais Gabrielle se contenta de sourire. « A ton service. » Elle concéda le round avec grâce. « En parlant de ça… tu te souviens de quand nous parlions de Tante Ephiny ? »

La régente pencha sa tête bouclée en arrière et rit, visiblement très soulagée du changement de sujet. « Oh oui… j’ai trop hâte de blaguer Gran à ce sujet… c’est une bonne chose qu’elle ne se soit pas montrée par ici – elle serait dingue à l’idée de ne pas pouvoir concourir dans les jeux. »

« Non ? » Gabrielle mit sa nouvelle de côté pour quelques instants. « Pourquoi pas ? Elle n’est enceinte que d’un mois ou deux… »

Ephiny secoua la tête. « Oh non… oui oui… ce n’est pas juste – elle serait la première à en convenir. Il faut dire si on est handicapée d’une façon ou d’une autre et ça compte… ses adversaires se retiendraient et ça servirait à quoi ? La grossesse change un peu l’équilibre… parfois la perspective… j’ai été un peu aveugle aux couleurs pendant la mienne. »

« Oh. » La barde se frotta la mâchoire. « C’est vrai pour tout le monde ? »

La régente haussa les épaules. « La plupart… rien de bien méchant, mais tu sais combien le timing importe, surtout dans des trucs comme la lutte et le bâton… ses adversaires seraient nerveuses… ça n’en vaut pas la peine. En plus, nous nous amuserions plus à la pouponner et à la faire s’asseoir sur des coussins moelleux… elle nous aurait toutes tuées avant la fin du festival. »

Gabrielle pianota sur sa jambe. « Xena a dit qu’elle avait combattu jusqu’à la dernière minute. »

Ephiny leva les yeux au ciel. « Pourquoi je ne suis pas surprise ? » Marmonna-t-elle. « C’est un cas spécial, Gabrielle… elle a tellement de talents qu’elle peut compenser toute faiblesse ou erreur avant que quelqu’un n’en tire avantage », expliqua-t-elle. « Elle est aussi vraiment forte, alors elle peut se frayer un chemin puissant à travers des problèmes momentanés d’équilibre et aussi si son timing est un peu en baisse… ça n’a pas trop d’importance. » La régente fit une pause puis regarda son amie attentivement. « Tu me parlais directement là, hein ? Elle n’est pas enceinte, si ? »

« Euh… non… non… elle ne l’est pas », répondit Gabrielle honnêtement. « Je l’utilisais juste à titre d’exemple… pas un bon, je présume. » Elle sourit d’un air penaud. « Alors… vous auriez banni Gran de la compétition ? »

« Oui », l’assura Ephiny. « Et ça la rendrait dingue… elle adore concourir. » Elle fit une pause. « Tu voulais me dire quelque chose à son sujet ? Tu as commencé. »

Gabrielle prit une inspiration. « Euh… non je… réfléchissais… à quoi lui offrir pour le bébé… un cadeau… peut-être que tu aurais des idées. »

Ephiny eut un sourire détendu. « Moi ? Bien sûr. » Elle se leva et s’étira complètement. « Allons… je me gèle les fesses par ici… est-ce que je peux te tenter avec du cidre chaud et des gâteaux ? » Elle tira sur la manche de la barde et lui lança un regard sévère. « Je me rends compte que ce n’est pas ta chemise probablement, mais tu as l’air plutôt mince. »

La barde ajusta sa ceinture avec un petit rire. « Nous avons été plutôt actives ces derniers temps… ça demande de l’énergie. » Elle se leva. « Des gâteaux, c’est pas mal… et il fait un peu frais. » Elle fit signe à Ephiny de passer devant sur le chemin étroit et elle la suivit, ses yeux verts très pensifs.


Xena était allée aux écuries, calme maintenant dans les heures de la soirée tardive et elle avait passé du temps avec Argo, peignant sans qu’il en soit besoin, la robe brillante de la jument et elle avait vérifié son seau de nourriture de ses doigts curieux. Arès l’avait rejointe et il était blotti dans la paille, ses grandes oreilles bougeant d’avant en arrière pour capturer les sons légers qui s’élevaient autour d’eux. « Hé ma fille… tu es tendue. » Elle fit un claquement avec sa bouche et travailla sur l’entremêlement avec ses doigts, laissant la présence calme du cheval l’apaiser, tandis qu’elle s’appuyait contre le gros corps chaud et respirait la senteur de l’été remuée par les sabots d’Argo.

Un léger bruit de pas attira son attention et elle leva les yeux, les mains posées sur le large dos d’Argo tandis que la porte de l’écurie s’ouvrait et que Solari entrait.

« Je savais bien que je te trouverais ici. » L’Amazone sourit et se rapprocha, une expression de conspiration sur le visage. « Je suis chargée de la fête dans la fête, pour ainsi dire. »

Xena sourit en retour. « Est-ce que je veux connaître les détails ? » Elle haussa les sourcils.

Solari tapota la robe soyeuse d’Argo. « Mmm… tu pourrais… on a prévu une petite présentation… quelques gamines ont écrit une chanson… »

« Oh par les grands dieux de l’Olympe. » Xena tressaillit en se couvrant les yeux. « Elle va me tuer. » Elle regarda l’Amazone. « Elle m’a fait promettre de ne pas vous dire que c’était son anniversaire. »

Solari ricana. « Autant pour ça. »

La guerrière haussa les épaules. « Elle ne me l’a fait promettre qu’hier… c’est un peu tard, hein ? » Elle rit. « Merci d’avoir gardé les cadeaux que j’ai pris pour elle… elle les aurait trouvés autrement. »

« Pas de souci… je pense qu’Ephiny lui a pris un jeu de chobos… des jolis, tout sculptés tout ça… et j’ai vu pas mal de trucs pratiques emballés comme des herbes, des plumes et des machins. » Elle caressa le dos d’Argo. « Argo va nous détester, c’est sûr, parce qu’elle va devoir tout porter. »

Xena s’appuya contre la jument. « Peut-être qu’on pourra en laisser un peu ici », dit-elle d’un ton songeur. « C’est sa deuxième maison après tout. » Son regard alla vers la robe dorée sous sa brosse tandis qu’un silence embarrassé s’installait entre elles.

« Hum. » Solari finit par faire glisser ses pieds sur la paille. « Ce ne sont pas mes affaires, mais je pense personnellement que heu… elle est bien plus attachée à toi qu’à nous. » L’Amazone s’éclaircit la voix sans regarder Xena. « Et… elle ne considérerait aucun endroit où tu n’es pas la bienvenue comme son foyer du tout. »

Le regard bleu l’étudia dans un silence pensif.

« Alors… » Solari lutta bravement pour continuer.  « Je pense que si tu ne veux pas te coltiner une tonne de trucs, tu ferais mieux de t’habituer à aimer l'idée d’être ici, tu sais ? » Une pause. « Parce que nous on est d’accord pour que tu sois ici. » Une autre pause. « D’accord ? »

Xena posa son menton sur son avant-bras posé sur le dos d’Argo. « Je… pense que je saisis le point. » Elle réfréna un sourire circonspect.  « Merci. »

Solari lâcha un soupir de soulagement visible. « Bien. » Elle eut un brusque mouvement de la tête à l’intention de la guerrière. « Bon… c’est quoi sa couleur préférée ? »

La guerrière fronça les sourcils. « Hmm… il y en a plusieurs… le rouge… ce genre de pourpre profond… le vert océan… pourquoi ? »

« Le gâteau », répondit l’Amazone succinctement. « Elles en ont fait un grand, avec plusieurs couches et des fruits dedans… la cuisinière va le faire décorer avec un joli glaçage. » Elle recourba soudain les lèvres. « Hé… en parlant de ça… »

Xena leva la main. « Non… non… j’ai juré de garder le silence. »

Solari sourit diaboliquement. « Hé… alors c’est vrai… merci, Xena. » Elle rit. « Il faudra que je m’en souvienne. »

Une idée frappa l’esprit de la guerrière. « Mais tu ne l’as pas entendu de ma bouche. » Elle observa paresseusement la femme brune. « Vu comme les choses se passaient, je n’ai pas pu résister. »

Solari se détendit et joua avec la queue d’Argo. « Oh oui… je l’ai vu arriver, on l’a toutes vu arriver, vraiment… Pony lui tourne autour depuis des années… tout ce qu’il fallait c’était une poussée judicieuse, dont on te remercie toutes à propos. Ephiny a été seule tellement longtemps… elle a vraiment mal accepté la mort de Phantès. »

« Mmm… je me souviens », compatit la guerrière. « Ce court moment qu’on a passé avec elle en Thessalie. » Elle réfléchit un moment. « Elle pensait que tout était de sa faute… parce que Phantès était mort en la protégeant. »

Solari soupira. « Oui… je pense que… peut-être que c’est pour ça que… » Elle garda le silence un moment. « Elle était vraiment éprise de lui. »

Des pièces du puzzle se mirent bien en place derrière les yeux brillants de Xena. « Hmm… c’est dur quand on perd ça… on ne veut pas le risquer à nouveau. » Elle fit cette déclaration calmement, presque désinvolte, et elle attendit que Solari réponde.

L’Amazone la regarda avec quelque chose comme du soulagement. « Oui… c’est dommage, tu sais ? C’est comme si elles voulaient passer plus de temps ensemble et elles ont peur. » Elle fit une pause. « Tu es plutôt maligne sur ce sujet, Xena. »

La guerrière prit une expression indéchiffrable. « Déjà vu, déjà fait », commenta-t-elle d’un ton ironique.

Solari fronça les sourcils puis elle leva les yeux. « Oh oui. Je présume que oui, hein ? » Sa voix comportait de la surprise.

« Oui oui », acquiesça Xena, brièvement.

« Mm. » Un pianotage sur le dos de la jument. « Hé… écoute… quelques-unes d’entre nous vont se retrouver au feu des éclaireuses… on a mis du vin à chauffer… ça te dit ? »

Haussement brusque des deux sourcils, pratiquement jusque dans la frange de Xena. « Tu es sûre que tes amies vont apprécier ? »

Solari sourit et mit les mains sur ses hanches. « Tu ne connais pas bien les Amazones, pas vrai ? » Elle jaugea la grande femme d’un air appréciateur. « Avant que ce petit problème ne devienne la discussion numéro un autour du feu, notre conversation préférée c’était vous deux. »

Xena modifia son expression en une sévérité solide. « Je ne fais pas dans les ragots, Solari », l’avertit-elle.

Un mouvement de la tête brune de Solari. « Pas des ragots, de la stratégie », corrigea-t-elle fermement la guerrière. « Allez… si tu la brosses encore plus, son pelage va tomber. »

La guerrière l’observa un long moment puis elle mit le peigne dans le sac d’Argo et se leva, se frottant les mains. Oh bon… un peu de relations publiques ne peuvent pas nuire… Gabrielle sera contente… peut-être assez contente pour ne pas me tuer quand elle découvrira pour sa fête. « Un petit moment, d’accord. » Elle accepta à contrecœur puis s’agenouilla à nouveau, fouillant dans ses affaires. Elle en sortit un sac en peau qui bouillonna dans une invitation. « Je vais apporter ça. » Elle se leva et se passa la main dans ses cheveux, faisant signe à l’Amazone de passer la première, tandis qu’Arès se levait et s’étirait, puis se collait près de son genou.

Solari lui prit le sac et l’ouvrit, reniflant délicatement. Elle fit un bond en arrière de surprise. « Ouaouh ! » Elle prit une gorgée avec prudence. « Par la Grande Héra, Xena… c’est quoi ça ? »

La guerrière rit. « Un truc que j’ai pris en Britannie… ils le font à partir d’orge. » Elle prit une gorgée à son tour et sentit la brûlure tandis que le liquide glissait le long de sa gorge et dans son ventre, se faisant vivement connaître. « Tu aimes ? »

L’Amazone reprit le sac et prit une gorgée plus longue, se concentrant. « Mm… ça tape… ça descend rudement… mais après quelques secondes… » Elle fit une pause, réfléchissant. « C’est bon. »

Xena sourit, presque invisible dans l’obscurité quand elles sortirent des écuries et se dirigèrent sur le sol maintenant sec vers le feu de garde qui vacillait et qu’on pouvait voir entre les arbres. La visite devenait assurément intéressante.


Gabrielle étouffa un bâillement tandis qu’elle retournait dans le noir vers le bout du camp. Elle avait passé une bonne heure à discuter avec Ephiny au sujet d’affaires Amazones ; elles étaient restées loin toutes les deux de sujets personnels comme mues par un consentement mutuel. Eponine était venue les rejoindre à la fin, secouant sa cape et parsemant le sol de quelques aiguilles de pin  suite à ses rondes de garde de la soirée. Elle prenait la sécurité du village très sérieusement et elle avait, avec sérieux, informé du calme ambiant à la fois la régente et la reine qui lui avait souri béatement et lui avait tendu une coupe de vin.

Puis la barde avait ressenti la morsure de la longue journée sur ses réserves et elle s’était excusée, ne désirant rien d’autre qu’un lit chaud et la présence de son âme sœur absente, qui s’était faite rare depuis le dîner. Gabrielle se demandait dans quels ennuis la guerrière se fourrait, puis elle sourit quand elle ouvrit la porte de leurs quartiers et vit la forme à demi assombrie à demi éclairée étendue sur le banc bas capitonné près de la fenêtre. « Salut. »

« Salut », répondit Xena en clignant des yeux paresseusement.

Elle se blottit sur le banc près de la guerrière et elle s’appuya contre sa cuisse. « Alors… qu’est-ce que tu as fait ? »

La grande femme lui sourit. « J’ai soûlé tes Amazones. » Elle agita l’outre maintenant vide devant les yeux surpris de la barde. « J’ai été méchante. »

Gabrielle rit doucement. « Ah oui ? » Elle leva doucement la main et attrapa le menton de son âme sœur, lui tournant la tête vers la lumière pour la regarder dans les yeux. « Tu en as pris un peu toi aussi, pas vrai ? » Pas trop vitreux, vraiment, juste un peu inattentifs, un état dans lequel Xena pouvait fonctionner presque normalement. « Est-ce que je vais en entendre parler demain matin ? »

« Par moi ? » Demanda la guerrière. « Nan… j’ai pris quelques gorgées… et je me suis arrêtée parce que tout devenait vraiment brouillardeux », expliqua-t-elle. « Quand je suis partie, Solari mettait un œuf en équilibre sur son nez. »

« Ah oui ? » Gabrielle réfréna un rire.

« Et bien… » Xena se mit aussi à rire. « Elle essayait en tous cas. » Elle entoura la barde d’un bras et l’attira plus près. « J’ai appris quelques trucs. »

« Moi aussi », répondit la barde en s’enroulant volontairement autour de la forme détendue de Xena. « Eph a peur. » Elle se mordit la lèvre. « Elle veut prendre beaucoup de recul… elle a peur d’être blessée. »

La guerrière hocha solennellement la tête. « Pony a été très attirée pendant des années… maintenant elle ne sait plus quoi faire d’elle-même… elle est totalement confuse. »

Gabrielle reposa calmement dans les bras puissants de la guerrière. « Voyons… après tout ce que nous avons fait, je pense que nous pouvons gérer ce petit problème, n’est-ce pas ? » Elle sourit. « Des titans, des géants, des dieux, des seigneurs de guerre… deux Amazones folles amoureuses ne devraient pas poser de problème, non ? »

Xena la fixa. « Tout ce qu’il leur faut, c’est trouver le courage de saisir la chance », murmura-t-elle en levant la main pour caresser affectueusement le visage de son âme sœur. « Ça ne devrait pas être si difficile, pas vrai ? » Son regard étudia le visage de la barde éclairé par la chandelle avec une nostalgie désabusée. Ça ne nous a pris que deux fichues années, soupira-t-elle silencieusement.

« C’est vrai », répondit Gabrielle dans une compréhension paisible. « On peut faire ça… nous sommes des expertes. » Elle prit l’outre de la main de Xena et la renifla. « Beuh… c’est quoi ça ? » Elle mit le bout de sa langue contre le bord du goulot et tressaillit quand il s’ankylosa. « Xena, tu n’as pas vraiment bu de ce truc, si ? »

Le regard bleu se tourna vers elle avec un air penaud. « Ça n’avait pas si mauvais goût… tout le monde en a pris aussi. » Sa voix eut une note d’excuse, étrange aux oreilles de Gabrielle. « Ça… allait… pour elles. Nous nous sommes… bien amusées. »

La barde lui prit doucement le visage. « Hé… c’est génial… tu n’as pas idée de combien je me réjouis que ça aille bien avec elles, d’accord ? » Elle rit doucement. « Voilà que je m’inquiète de comment je peux les faire se détendre en ta présence et tu y vas et tu gères toute seule en les soûlant... c'est génial, Xena, non ? »

Un sourire détendu passa sur les lèvres de son âme sœur. « Génial, hein ? »

Par les dieux… elle est saoule. Gabrielle rit en silence. « Allez, tigresse… mettons-nous au lit… on a une longue journée demain, je pense. »

Complaisamment, Xena se leva, s’arrêtant un instant pour reprendre son équilibre avant de décider de traverser la pièce vers ses sacoches. Elle se laissa tomber près d’elles, tapotant la plus proche avec une expression intense sur le visage. « Attends… »

Gabrielle s’arrêta pour caresser Arès qui était blotti sur le lit, avant d’aller près de sa compagne pour s’agenouiller. « Qu’esse tu fais ? » Elle mit le menton sur l’épaule de la guerrière.

Xena bâilla puis mit les doigts d’une main dans ses cheveux noirs. « Cherche quelque chose. » Elle continua à farfouiller dans le sac, puis, impatiente, elle se contenta de vider le contenu entre ses jambes écartées. « Ah. » Elle prit un petit paquet, enveloppé dans un épais parchemin marron. « Tiens. » Elle le tendit à la barde.

Gabrielle le prit puis s’installa près d’elle, au milieu du contenu de la sacoche. Elle regarda le paquet un long moment, le retournant entre ses doigts puis elle leva les yeux vers Xena qui attendait patiemment. « C’est pour quoi ? » Demanda-t-elle doucement.

Un double clignement des yeux bleus. « C’est… ton anniversaire », répondit la guerrière. « Tu… n’as pas pensé que j’allais oublier, non ? »

Gabrielle lui prit la main qui était posée sur sa cuisse musclée et elle la pressa contre ses lèvres. « Xena, j’ai déjà ce que je voulais », dit-elle doucement. « Je nous ai nous à nouveau. »

Cela lui valut un sourire tranquille de la grande femme. « Oui… je sais… mais tu ne peux pas le porter, alors… » Elle haussa un peu les épaules. « Ce n’est pas grand-chose… on a été plutôt occupées ces derniers temps. »

La barde lui sourit et tira sur l’emballage. « C’est bon, je… je veux dire que cette surprise que j’ai reçue l’an dernier était vraiment gentille, mais un peu… » Sa voix traîna pour s’éteindre tandis qu’elle étudiait la rose minuscule et joliment gravée posée dans sa paume. Les pétales étaient un mélange de rose et de rouge profond, sanguin, et les petites feuilles parfaites étaient d’un vert brillant. Elle en toucha une du bout de son doigt. « Oh… comme c’est joli », dit-elle faiblement.

Xena se gratta la mâchoire. « Pas d’épines », dit-elle d’un ton solide. « Elle ne va pas se flétrir ni mourir… ça me semblait pratique. » Elle haussa les épaules, replongeant dans les profondeurs du contenu du sac. « J’ai un ou deux trucs encore… je vais juste attendre demain, je pense. » Elle finit sa tâche et se remit debout, puis elle s’arrêta, consciente des yeux vert pâle qui l’observaient avec une expression d’amour profond. « Tu aimes ? »

Gabrielle attrapa le bord de sa tunique puis se releva le long de la forme solide de Xena jusqu’à ce qu’elle termine avec les bras fermement attachés autour du cou de la guerrière. « Oui. » Elle attendit un moment, regardant les yeux bleus légèrement surpris. « Merci. » Une douce pression et Xena pencha la tête puis leurs lèvres se rejoignirent. Elle pouvait sentir l’alcool étrange, mais plus encore, les soupçons de miel et d’épice du dessert qu’elles avaient partagé plus tôt, et elle ferma les yeux de joie pure. « Mmm. »

Elles tombèrent sur le lit, délogeant un Arès surpris et Gabrielle se retrouva enveloppée dans des bras puissants qui la soulevèrent aussi facilement qu’une enfant et elle s’abandonna volontiers, faisant confiance à sa compagne, à son cœur et au lien de leurs âmes.


Un oiseau gazouilla. Gabrielle ouvrit un œil difficilement et à contrecœur et elle regarda à travers la faible lueur vers la fenêtre ; elle pouvait à peine voir les contours de l’intrus plumé sur la lumière presque grise au dehors. Elle était blottie sur un côté, le dos contre le corps de Xena, les bras de la guerrière endormie l’enveloppant et elle n’était pas d’humeur à bouger d’un pouce.

L’oiseau ébouriffa ses plumes et ouvrit le bec, gazouillant sans honte.

« Arès », marmonna Gabrielle en regardant la forme à peine éclairée du loup bouger tandis qu’il se tournait pour la regarder. « Regarde… petit déjeuner… » Murmura-t-elle en pointant un doigt vers la fenêtre.

« Aggrrr ? » Le regard d’Arès alla vers la fenêtre et il dressa les oreilles. Prudemment, il rampa sur le sol, gardant son corps au plus près jusqu’à ce qu’il soit accroupi devant le banc, sa queue remuante.

L’oiseau fit claquer son bec puis lâcha un son dur, bougeant ses minuscules pattes à trois doigts sur le rebord et picorant au bout de celui-ci.

Arès s’arrêta puis plongea, soulevant son corps sur le canapé et à moitié hors de la fenêtre, sa mâchoire largement ouverte capturant l’oiseau hurlant avec efficacité, puis il revint dans la hutte avec un reniflement.

« Brave garçon. » Gabrielle tressaillit à la vue des plumes qui dépassaient de la gueule du loup. Il trotta vers elle et se redressa, ses pattes sur le lit. Elle sentit Xena bouger derrière elle et la prise de la guerrière s’accentua. « Chh… rendors-toi, tigresse… il n’y a même pas de lumière encore. »

« Mmm », reçut-elle en réponse d’une voix endormie, mais Xena bougea un peu et cligna des yeux. « Hé Arès… qu’est-ce que t’a attrapé ? » La voix de la guerrière était rauque de sommeil et elle s’éclaircit un peu la gorge.

Le loup ouvrit la gueule et l’oiseau tomba, couvert de bave, atterrissant devant Gabrielle avec un cri. « Roo ? » Une grande langue rose balança d’un air joyeux.

« Beuh. » La barde fit une grimace tandis que l’oiseau mécontent se secouait, envoyant des bouts de plume et de salive sur elle. « Arès… »

« C’est son cadeau d’anniversaire », marmonna Xena en mettant le nez dans sa nuque. « C’est mignon. »

L’oiseau lâcha un cuicui et s’envola, battant des ailes au-dessus du lit. Les sourcils d’Arès se haussèrent brusquement et il plongea après lui, rampant sur le lit et se lançant en l’air, ce qui les fit s’écraser ensemble contre le mur avec un bang, puis ils retombèrent sur les occupantes du lit, la mâchoire du loup en mouvement et l’oiseau en pleine course pour sauver sa vie sur les couvertures.

« Hé ! » Cria Xena en attrapant l’oiseau. « Ouille ! Maudit truc… » Elle retira brusquement sa main lorsque l’oiseau la piqua puis elle l’attrapa mieux et balança son bras vers l’avant, l’envoyant dehors par la fenêtre. Arès s’assit avec un air déçu. « Gabrielle… il m’a piqué », marmonna la guerrière avec un ton de surprise contrariée.

La barde prit la main insultée dans les siennes et l’examina. « Ouille. » Elle tressaillit de sympathie en voyant que l’oiseau avait piqué son âme sœur juste dans l’endroit sensible où le pouce rejoint la main. « Désolée… j’essayais d’empêcher ce fichu truc de te réveiller. » Elle porta la main à ses lèvres et embrassa doucement le point, puis elle tira le bras de Xena sur elle et remonta les couvertures un peu plus haut. Une pensée lui vint et elle tourna un peu la tête. « Tu te sens bien ? »

Xena prit un temps pour répondre. « Oui… plus ou moins », finit-elle par grommeler, s’étirant avant de se blottir à nouveau contre la barde. Elle bougea ses mains et chatouilla le ventre de la barde. « Tu as parlé à Eph ? » Elle sentit Gabrielle prendre une inspiration tandis qu’elle modifiait son chatouillis en un doux massage.

« Mm. » La barde se contenta d’apprécier la sensation un moment avant de faire appel à son courage et de rouler sur le côté pour faire face à sa compagne. « Non… non, je ne l’ai pas fait », admit-elle. « Et… je… heu, je vais attendre ce soir… avant de le faire. » Elle était consciente des bras de Xena qui la retenaient légèrement tandis que la guerrière la regardait les yeux mi-clos.

« D’accord », lui parvint la réponse légèrement intriguée. « Il y a… je veux dire, y a-t-il un problème ? »

Gabrielle mit ses mains à plat sur la peau de son âme sœur. « Non… ce n’est pas exactement… il va y avoir un tas de compétitions demain. »

Xena plissa le front. « Oui…Solari m’en a parlé. »

La barde étudia la fine cicatrice à peine visible le long de la gorge de sa compagne et qui se faufilait le long de sa clavicule de la largeur d’une main. « Je vais faire le défi du bâton. »

Xena bougea et elle retira une main du dos de la barde pour lui attraper le menton et lui lever le visage pour que leurs regards se croisent. « Quoi ? »

Une main levée. « Attends… attends… ne t’énerve pas sur moi, d’accord ? » Gabrielle scruta le regard bleu clair et y vit s’amonceler des nuages de tempête. « Ecoute-moi… ce n’est pas grand-chose… je ne le fais pas pour battre tout le monde, je veux juste… »

« Gabrielle, tu ne vas pas te mettre dans cette situation », énonça Xena, d’une voix très sérieuse. « Tu es folle ? »

« Xena, calme-toi, d’accord ? « La barde déglutit. « Je veux vraiment le faire… ce n’est pas dangereux, c’est bien moins dangereux que de se battre pour de vrai et je l’ai fait dans cette cité, tu te souviens ? »

La guerrière ferma les yeux. « C’était différent… tu ne… tu devais le faire, Gabrielle… tu n’as pas à faire ça… les Amazones ne s’attendent pas à te voir le faire. »

Gabrielle ressentit un besoin irrationnel de se reculer, de ramper pour descendre du lit et de s’éloigner, mais par la force de sa volonté, elle résista. Au lieu de ça, elle se rapprocha, peaufinant ses arguments. « Ecoute… j’ai toujours ressenti… je sais qu’elles m’écoutent, Xena… elles font ce que je dis parce que j’ai accepté ce masque… mais j’ai toujours ressenti que j’étais… et bien, elle ne pense pas vraiment que je l’ai gagné. »

« Ce n’est pas vrai », protesta Xena. « Gabrielle, elles respectent ton autorité et tes talents… tu le sais… tu n’as pas besoin d’aller les battre… tu vaux mieux que ça. »

La barde soupira et posa doucement sa tête sur la poitrine de son âme sœur. « Xena… elles me respectent ici. » Elle se tapa le front. « Pas ici. » Elle toucha la peau au-dessus de son cœur. « Pas de la façon dont elles te respectent. » Elle leva les yeux. « Ne me dis pas que ce n’est pas vrai parce que je sais que ça l’est… j’ai juste besoin de les observer t’observer. »

« Et alors ? » La voix de Xena prit une teinte blessée. « Ce que je peux faire… ce fichu truc violent… ça ne vaut pas grand-chose, Gabrielle… rien comparé à ce que tu apportes aux Amazones… tu n’as rien à prouver. » Elle caressa le visage de la barde avec nostalgie. « Ça ne compte pas. »

« Ça compte pour elles », répondit doucement Gabrielle, en lançant un regard implorant à son âme sœur. « Je veux juste faire quelques combats… je peux gérer ça, Xena… tu as dit toi-même que je pouvais en donner à chacun pour son argent… »

Un long soupir. « Je sais que je l’ai dit… et je le pensais… c’est juste que… » Xena soupira et laissa sa tête retomber sur l’oreiller. « Gabrielle, ça pourrait être dangereux… si on te cogne dans le ventre… quel sens y a-t-il à risquer cela ? »

Les épaules de la barde s’affaissèrent dans une défaite tranquille. « Je… » Elle n’avait aucun argument pour ça, sachant au fond de son cœur que ses raisons pour vouloir entrer dans les jeux reposaient surtout sur sa propre fierté. Elle soupira, enfouissant sa tête dans le creux du bras de Xena. « Je voulais faire ça depuis un an… juste revenir ici et leur montrer, selon leurs propres termes, que j’étais réellement capable. « Elle ferma les yeux. « Je présume que j’arrive quelques semaines trop tard. »

Xena se sentait très mal. Pas seulement parce qu’une vague de nausée la traversait, mais parce qu’elle comprenait trop bien ce qui motivait sa jeune compagne à vouloir prouver ses talents, que c’était un désir brûlant avec lequel elle était très familière, et de voir Gabrielle si abattue, faisait de mauvaises choses à ses tripes dans ses symptômes partagés. Elle caressa affectueusement les cheveux doux de la barde et lutta avec sa conscience.

Est-ce que quelques échanges allaient vraiment poser problème ? Gabrielle était douée et prudente et si elle s’assurait que personne ne passait sa garde…. Est-ce que ce serait plus dangereux que leurs sessions d’entraînement ? La guerrière soupira. C’était vraiment une chance parfaite pour la barde de se mettre en valeur, dans un endroit sécurisé, et en s’amusant… et dieux, c’était son anniversaire… elle voulait juste s’amuser un peu. « Hé. » Elle prit sa décision avec certaines réserves. « Gabrielle ? »

Lentement, la barde ouvrit les yeux et la regarda. « Hmm ? »

Xena mit un doigt sur le bout de son nez. « A deux conditions. »

Les yeux verts brillèrent avec circonspection. « Oui ? »

« Un, tu sens un simple pincement, un simple claquement, ou le moindre essoufflement, tu t’arrêtes », lui dit la guerrière sévèrement.

Un doux sourire se fraya un chemin sur les lèvres de la barde. « Très bien. »

Xena leva la main. « Deux, tu parles à Ephiny avant que ça ne commence et tu obtiens son approbation. »

Gabrielle pâlit. « Xena, ça gâche tout. »

La guerrière se pencha et posa son front contre le sien, la regardant de très près. « Elle n’a pas besoin de le dire à tout le monde. Mais c’est leur tradition, Gabrielle et tu demandes à être acceptée dans leur société… je pense que tu peux la persuader de garder ça pour elle si tu veux vraiment le faire. » Elle fit une pause. « En plus, elle serait plutôt blessée si tu ne te confiais pas à elle… tu sais qu’elle t’aime bien. »

La barde pinça les lèvres et passa un moment à réfléchir aux paroles de son âme sœur. Xena avait raison, admit-elle à contrecœur. Non seulement la régente serait blessée, elle-même s’était sentie vraiment mal à l’aise de garder le silence sur sa condition après avoir entendu les commentaires des Amazones sur Granella. L’honnêteté était un meilleur choix, songea-t-elle. « D’accord », finit-elle par admettre, en regardant le visage peu éclairé en face d’elle. La lumière de l’avant-aube montrait clairement le profil de Xena et elle vit le mouvement soudain lorsque celle-ci serra la mâchoire, les muscles jouant sur sa peau tendue. « Attends… » Elle tapota l’épaule de la guerrière puis roula hors du lit pour traverser la pièce, trouver le kit de soins de Xena au toucher et en sortir les herbes dont elle avait besoin.

Un rapide arrêt au bassin d’eau et elle les tourna dans une tasse, puis elle revint au lit et s’y glissa à nouveau tandis que Xena s’asseyait en tressaillant. « Et voilà. » Elle tint la tasse tandis que Xena sirotait puis elle mit une main derrière la nuque de la guerrière et travailla sur la tension. Elle regarda sa compagne terminer la tasse puis elle appuya sa tête sur la surface fraîche. « Ça va ? »

Xena tendit la main et posa la tasse sur la table de chevet puis elle s’allongea de nouveau sur le lit, attirant la barde plus près. « Oui… je survivrai », marmonna-t-elle.

Gabrielle s’enroula autour d’elle, attirant sa tête sur son épaule à elle et caressant ses cheveux pour la réconforter. « Cette partie dure combien de temps ? Je déteste te voir comme ça. »

La guerrière soupira. « Ça varie. » Elle serra la barde contre elle. « Deux, trois mois je pense. » Son regard passa derrière la barde vers la fenêtre où l’aube faisait son apparition dans une trace de gris clair. « Tu penses que Pony va être là dehors à m’attendre ? »

Gabrielle ricana doucement. « Oui… probablement. »

Un clin d’œil bleu. « Bien », répondit Xena en lâchant un soupir d’aise tandis qu’elle installait les couvertures autour des épaules de la barde et se blottissait près d’elle. La literie Amazone n’était pas aussi confortable que celle de la maison, mais après avoir dormi une semaine sur le sol, c’était merveilleusement décadent et elle n’allait surtout pas bouger.

« Tu es vraiment méchante », dit Gabrielle en riant calmement tout en bâillant et en fermant les yeux. « Hé… Xena ? »

« Hmm ? »

« Merci. »

« Pour quoi ? » Murmura la guerrière, accueillant la douce léthargie qui s’abattait sur elle.

« Juste… merci », répondit doucement Gabrielle. « De me comprendre. »

Xena rouvrit lentement les yeux  et regarda la jeune femme enroulée autour d’elle avec une légère interrogation. La comprendre ? Il était temps, mon amie, je pensais n’avoir aucune chance au monde d’arriver aussi près que ça. « De rien », murmura-t-elle puis elle redressa son regard et passa la langue à l’aube naissante.


« Où vas-tu ? » Ephiny garda les yeux bien fermés et se contenta de saisir un bout de plume errant. « Il fait noir, il pleut et nous avons une journée sacrément longue devant nous. »

« Bah. » Eponine perdit l’équilibre et retomba sur le lit, emmêlée dans les bras et jambes de son amante. « Laisse-moi… je vais juste… je… »

« Tu vas sortir et courir dans la boue pour essayer de battre Xena », l’informa la régente d’un ton cocasse. « Tu n’y arrives jamais, tu finis juste par être frustrée et couverte de merde de Centaure. » Elle assura sa prise sur la jeune femme, ignorant ses trémoussements. « Allez… allez… lâche un peu le vieux cheval de guerre, d’accord ? »

Eponine fronça les sourcils et se détendit, avec un regard noir vers le toit en chaume à peine éclairé de leurs quartiers conjoints. « C’est pas juste, Eph… tu l’as bannie des jeux… qu’est-ce que je suis supposée faire ? »

La régente lui tapota la tête. « Ne t’inquiète pas… tu vas avoir de la compétition… Gabrielle va entrer dans le combat au bâton. »

La maîtresse d’armes roula et la fixa avec surprise. « Gabrielle ? »

Un œil clair émergea. « Oui… un peu plus petite que moi, des cheveux blond-roux, des yeux verts… joli corps… elle traîne avec la grande ténébreuse dangereuse, avec ces yeux bleus d’enfer. »

« Merci. » Pony leva les yeux au ciel. « Je savais de qui tu parlais… j’étais… juste un peu surprise, c’est tout. » Elle haussa les épaules. « Elle ne semblait pas… je veux dire, merde, Eph, je sais qu’elle est bonne avec ce bâton, mais… »

Ephiny roula à son tour de façon à ce qu’elles soient face l’une à l’autre. Dans la lueur de l’avant-aube, elle pouvait à peine deviner les traits et le nez retroussé de son amante, mais son imagination remplissait aisément les détails. « Mais quoi ? » Elle mit la tête sur une main. « Tu sais qu’elle botte des fesses… ça pourrait être bien pour quelques têtes à plumes de le voir. »

« Mm. » Les yeux couleur caramel d’Eponine étaient à peine des lueurs dans l’obscurité. « J’ai du mal à penser à elle comme ça… je veux dire… j’en sais plus que ça, pas vrai ? » Les derniers mots furent dits dans un murmure. « Elle a l’air d’aller plutôt bien. »

La régente soupira en jouant paresseusement avec la couverture qui la recouvrait. « Oui… c’est sûr… bien mieux que quand on l’a vue le mois dernier… et je suis tombée sur elles en train de jouer comme deux gamines… comme elles le faisaient autrefois. » Un léger sourire tira ses lèvres. « Est-ce que Solari t’a dit que Xena avait traîné autour du feu de camp des éclaireuses hier soir ? »

« Bon sang… j’ai raté ça ? » Pony grogna. « Et comment Solari a réussi à faire ça ? »

« Elle a juste demandé, je pense. » Ephiny haussa les épaules. « Elle a apporté une sorte de breuvage digne des Bacchantes et elle les a à moitié soûlées, elle n’a pas beaucoup parlé, mais… Soli a dit que ça s’était bien passé. » Elle fit une pause et rit doucement. « C’est-à-dire, après que Soli a abandonné l’idée d’essayer de mettre un œuf en équilibre ou de sucer le contenu, je ne peux pas être plus précise. » Elle vit l’éclair de blanc lorsqu’Eponine sourit en réponse et se dit à nouveau que c’était agréable d’avoir quelqu’un avec qui échanger sur ces sujets. Elle ne s’était pas rendu compte de combien ça lui avait manqué jusqu’à ce que sa relation avec la maîtresse d’armes coriace évolue d’une amitié turbulente à quelque chose de plus proche.

Qui était, elle soupira, le début d’un autre problème, parce qu’elle savait que les sentiments d’Eponine étaient plus profonds que les siens et elle avait volontairement laissé les choses à un niveau solide, mais superficiel entre elles. Elle se sentait mal parce que parfois, quand elle regardait dans les yeux désarmants et francs de Pony, elle y voyait un écho de quelque chose de calmement familier et elle avait envie de s’y laisser aller, mais quand elle était au bord… »

Quelque chose l’arrêtait. Peut-être que c’était la crainte, peut-être que… Artémis savait combien elle voyait encore l’horreur de la mort de Phantès dans ses bras, et si ce n’était pas suffisant… il y avait les souvenirs hantés de Gabrielle mise en pièces, pas une fois, mais deux.

Elle était la régente des Amazones. Sa vie était déjà trop compliquée et elle ne pouvait pas ajouter une charge personnelle et émotionnelle à tout ça.

Pas question. Pas même quand elle ressentait un sentiment submergeant de nostalgie en voyant la proximité amoureuse des deux couples qui allaient être unis par elle ce soir. Ou quand elle voyait Gabrielle et Xena ensemble, quand la grande guerrière baissait sa garde et que la force de leur connexion était si apparente qu’elle semblait les faire briller toutes les deux.

Elle soupira, mettant la pensée de côté. « Alors oui, tu as raté une occasion de t’amuser, je pense. » Elle ébouriffa les cheveux noirs en pagaille d’Eponine. « Hé… je vais te dire une chose… je vais faire une exception… elle pourra entrer dans la compétition de tir à l’arc… je sais que ça te chatouille d’avoir ta revanche. »

Eponine lui lança un regard grognon. « Et bien… au moins j’ai une chance de gagner celle-là », dit-elle en grommelant.

La régente rit et passa les doigts dans les longs cheveux noirs de son amante. « Qu’est-ce qui t’inquiète ? Tu vas probablement en gagner la plupart… j’ai hâte de poser la couronne sur ta tête ce soir. »

Un petit silence. « C’est pour ça que tu as écarté Xena des jeux ? »

Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Pas exactement, non », finit-elle par répliquer. « Ça s’est amélioré… l’attitude de tout le monde envers elle… mais autant de compétitions… les choses dérapent parfois et je ne veux aucun accident. » 

« Mmpf », grogna Eponine. « Ce n’est pas faux. »

« Tch… tu as vraiment pensé que j’avais arrangé tout ça juste pour que tu gagnes ? » La réprimanda Ephiny. « Lâche-moi un peu, Pon. »

Elles se regardèrent dans la lumière grise, deux guerrières Amazones futées. « Très bien… j’avais cette idée derrière ma tête blonde et frisée, alors fais-moi un procès », grogna Ephiny, un léger sourire coupable sur ses lèvres. « Tu es en colère ? »

Eponine plissa son nez retroussé dans un sourire timide. « Nan… mais merci d’avoir pensé à moi. » Elle réfréna un bâillement. « Bon sang… il faut que je me lève et que je bouge. » Elle lâcha un soupir agacé. « Cette réputation de dure à cuire, ça craint un maximum parfois, tu sais ? »

Ephiny lui tendit un piège en l’enserrant paresseusement dans les couvertures et dans ses bras et elle commença un léger mordillement sur son oreille. « Lâche un peu ta réputation… laisse Xena sortir et se faire tremper… j’ai mieux à faire avant que le soleil se lève. »

Pony capitula, désarmée, espérant que la guerrière jamais fatiguée présumerait qu’elle était juste en train de chercher un moyen de la surprendre. Ouais. Qu’elle s’inquiète.


Cait traversait le camp d’un pas volontaire, la lumière du soleil matinal tombant sur son corps tandis qu’elle tournait un coin. Elle portait l’équipement Amazone typique, bien qu’avec quelques excentricités qui lui valaient souvent les regards sévères des aînées qui étaient responsables de l’éducation des plus jeunes.

Comme les deux dagues qu’elle portait dans le creux de son dos, par exemple. Mais, n’étant pas née Amazone, on lui autorisait certaines libertés que n’avaient pas ses sœurs, et d’être une protégée de Xena  d’une certaine façon, ne nuisait en rien.

Elle était fière d’être d’Amphipolis et de son association avec la grande guerrière souvent taiseuse. Même dans les mauvais moments, après la mort de Solan et l’éloignement entre ses deux héroïnes, elle avait été contente de rester avec elles, ne parlant jamais contre Xena et défendant souvent la réputation de la guerrière avec ses poings.

Xena était venue pour elle, c’était ce qui s’était passé et maintenant tout le monde devait s’excuser en quelque sorte pour avoir été tellement mordant. C’était bon et souvent elle voulait simplement leur tirer la langue et leur dire « Je vous l’avais bien dit. »

Mais elle ne le faisait pas parce que ce n’était pas ce qu’elle était. Au lieu de ça, elle s’était lancée dans le projet actuel, qui était de garder leur ancienne captive et ennemie, Paladia. Ça avait pris plutôt pas mal de temps, mais elle avait fini par décider que la grande renégate avait des possibilités et que ça valait plus la peine de la sauver que de la tuer purement et simplement. Mais, il lui avait fallu longtemps pour se décider et parfois quand elle voyait Ephiny et se souvenait d’avoir bercé la tête battue de la régente sur ses cuisses, ça la démangeait de changer de décision.

Xena avait dit que… tout le monde mérite une chance. Et qu’elle-même serait morte si Gabrielle n’y avait pas cru. Cait ne mettait pas une seule seconde la grande guerrière et la renégate dans la même catégorie, mais elle comprenait que son héroïne avait fait des choses plutôt terribles et que la foi de Gabrielle en elle importait vraiment.

Elle avait aussi rendu visite à Gabrielle dans la hutte de transpiration et avait vu combien sa jeune reine était dévastée sans l’amour qui les avait liées elle et Xena. L’expression perdue et angoissée dans ces yeux verts avait brisé le cœur de Cait et elle avait pris ses affaires, s’était préparée à quitter les Amazones pour aller à la recherche de Xena, quand la guerrière avait fini par rentrer. Même à travers la colère et la peur, elle avait su que leur seule chance était d’être ensemble. Et elle avait eu raison, oh oui. Toutes les deux l’avaient rendue fière, pas seulement en survivant, mais en renouant leur lien encore plus puissant qu’avant.

Elle pouvait tirer la langue en effet. Et elle avait eu une embrassade de Xena la veille, ce qui était toujours une friandise, juste pour rendre les choses plus plaisantes. Bon, elle carra les épaules avant de mettre la main sur la porte de la petite hutte assignée à Paladia et elle la poussa.

Comme elle le soupçonnait, la grande femme dormait toujours, sur la paillasse étroite qui faisait partie des quelques meubles de la pièce. Il y avait aussi une table de travail vers la petite fenêtre, une commode basse pour ses quelques vêtements, un bassin et un fauteuil confortable contre le mur opposé. Tout comme les propres quartiers de Cait, en fait, puisque Paladia était traitée pratiquement comme n’importe qui d’autre qui aspirait à rejoindre la Nation.

Elle passa un moment à étudier son projet. Les cheveux courts de Paladia avaient un peu poussé, et il était temps de les couper, car l’avant avait tendance à lui tomber devant les yeux. Elle portait un bandage sur son bras, là où la cassure guérissait lentement et il ressortait fort sur sa peau brûlée par le soleil. Elle était plus grande que la plupart des autres et presque gauche maintenant qu’elle avait perdu une bonne partie du poids superflu qu’elle s’était laissé prendre quand elle vivait dans son repaire montagneux. Mais elle n’était pas laide et à la voir dormir ici, sans son froncement habituel, Cait la trouva plutôt jolie.

Puis le tableau fut ruiné quand l’ex-renégate sentit sa présence et ouvrit les yeux, reprenant son expression sévère habituelle en un clin d’œil pour relever sa garde. « C’est toi. »

Cait haussa les épaules. « Tu attendais qui ? Platon ? » Elle alla à la table de travail et y jeta un coup d’œil. « Oh… c’est pas mal ça. » Elle regarda par-dessus son épaule d’un air encourageant. « C’est un endroit réel ? » Le dessin, à demi fini avec du charbon de bois, montrait une cascade qui tombait sur des rochers avec un feuillage épais à l’arrière. La renégate avait un talent indéniable pour le dessin, bien qu’elle refusât avec perversité de le faire sur demande, disant qu’elle ne le faisait que pour son propre amusement.

Paladia se frotta les yeux et s’assit, tenant son bras avec maladresse. « Nan. » Elle passa ses longues jambes par-dessus le bord de la paillasse et les regarda tandis qu’elles s’écartaient sur le tapis de sol. « C’est la fête aujourd’hui, hein ? » Lentement, elle avait laissé tomber ses commentaires méchants, soit qu’elle n’avait reçu aucune réponse de la jeune fille élancée, soit une réponse qui la faisait frémir de peur, tandis qu’elle testait la patience de Cait et goûtait de sa lame d’acier pour ça. En son for intérieur, elle était persuadée que Cait était un peu cinglée et quand elle eut entendu d’où elle venait, et bien... cela l’avait clouée.

Mais… si on la forçait à l’admettre, elle devrait être d’accord avec le fait que les Amazones n’étaient pas si mal. Sa sentence pour une année de captivité avait été civilisée, plus organisée pour qu’elle soit productive plus que pour la punir, ce qui avait franchement surpris la renégate. Pragmatique, avait dit Solari. Elles n’avaient pas les ressources de la mettre sous bonne garde tout le temps et elles avaient besoin de bras supplémentaires.

D’un bras, en tous cas. Paladia ricana pour elle-même. Elle s’était habituée aux regards de glace de la part des Amazones, mais ces derniers temps… et bien, elles étaient plutôt directes et semblaient penser qu’elle pourrait apporter sa contribution si elle le voulait et elles étaient prêtes à mettre de côté leurs sentiments sur ce qu’elle avait fait à leur précieuse régente. Elle avait pensé, très brièvement, essayer de s’échapper, mais une petite discussion avec Eponine l’avait convaincue que, du moins pour l’instant, ce serait une mauvaise idée. L’Amazone bourrue l’avait informée, avec des mots clairement destinés à l’intimider, que si elle quittait le village, Eponine la poursuivrait et la mettrait en pièces. Elle avait regardé ces yeux froids et noirs et l’avait crue, surtout quand tout le monde lui avait bien dit combien la femme tarée nommée « Pony » était attachée à sa précieuse Ephiny.

Et pour l’agacer encore plus, elles lui avaient affecté la jeune Cait comme chienne de garde. Elle avait grogné intérieurement, préférant n’importe qui d’autre, qui au moins donnerait ses instructions en quelques syllabes courtes sans parler encore et encore et encore… par les dieux, la fille était persistante et agaçante et totalement incapable d’être intimidée ou ignorée.

Elle leva le regard à contrecœur pour regarder la jeune fille qui détaillait son travail, et dont la silhouette était dessinée par la lumière du soleil matinal qui faisait ressortir le rose de ses joues et la structure délicate des os de son visage. Comment une personne pouvait-elle avoir l’air si fragile et être si foutûment forte ? Songea Paladia, et pas pour la première fois ces temps-ci. Cait pouvait mettre une raclée à pratiquement n’importe qui et était supposée passer le test d’entrée dans la Nation ce soir à leur petite célébration.

Elle ne l’avait jamais admis, mais elle avait en fait hâte que ce jour arrive. Les jeux semblaient être amusants et elle aimait danser et quand elle était simplement assise de côté ici, elle pouvait presque ressentir ce que ce serait vraiment de faire partie des Amazones.

Et elle se rendait compte que… dans des circonstances différentes, cet endroit aurait vraiment pu devenir son foyer. Une Nation de gens forts et indépendants, qui se protégeaient les uns les autres, et essayaient d’avoir la vie la plus confortable possible. Elle avait regardé les danses la veille au soir et elle avait ressenti un regret intense de ne pas pouvoir revenir en arrière pour changer quelques choses. Comme ce qu’elle avait fait à Ephiny, par exemple. Pas les coups… elle croyait vraiment que les Amazones, étant des guerrières, pouvaient lui avoir pardonné ça.

Mais l’autre chose. Une chose qu’une société de femmes férocement indépendantes haïssait et vomissait par-dessus tout. Si elle avait battu Ephiny en combat, elles l’auraient probablement admirée. Idiotes. Comme elles admiraient Xena, qui avait, à ce qu’on dit, fait des choses bien plus nauséabondes à la fois à elles, et à d’autres gens, mais qui était acceptée ici de droit, selon leurs standards ridicules.

Paladia soupira. Quand elle aurait fini sa sentence, après la fin de la saison, elle serait probablement virée, et ensuite ?

Bon, elle s’en inquiéterait à ce moment-là. Cait commençait à parler et par Héra, elle ferait mieux de comprendre la première fois pour éviter de lui demander de répéter.

« Oui… une sacrée fête, en fait. » La fille élancée s’assit et mit ses coudes sur ses genoux dans une pose qui rappelait celle de son héroïne grande et sévère. « Il va y avoir beaucoup de choses. »

« Tu vas avoir des plumes ou quoi ? » Demanda Paladia, un peu intéressée.

Cait hocha la tête. « Oui… en général elles attendent une année de plus, mais je suppose qu’elles me considèrent comme une adulte maintenant. » Elle étudia ses mains jointes. « Mais je suis contente que ce soit à ce festival. »

Un sourire connaisseur et narquois apparut sur les lèvres de Paladia. « Parce que Xena est ici pour le voir ? » Elle avait déduit que sa jeune gardienne avait une certaine toquade pour la grande ex-seigneur de guerre et elle ne perdait pas une seule chance de la taquiner avec ça.

Cait lui lança un regard agacé. « Est-ce que tu dois penser que tout ce que je fais l’implique ? Non… je suis juste contente parce que cet hiver, je vais faire des trucs sympas et pas être coincée à l’intérieur à tisser des tapis de sol, c’est tout. » Mais intérieurement elle sourit, parce que le commentaire de Paladia avait bien atteint son but. Elle était contente que Xena soit là et la Reine aussi, parce qu’elles étaient en fait ses marraines chez les Amazones. « Est-ce que tu as besoin qu’on change ton bandage ? »

La grande femme tourna la tête et observa son bras. « C’est bon. » Elle bougea le bras et tressaillit. « C’est un peu mieux aujourd’hui… hier ça me tuait. » Elle prenait habituellement soin de ne pas l’admettre quand d’autres Amazones étaient tout près, parce qu’elles lui disaient généralement qu’elle avait vraiment de la chance qu’elle n’ait que ça, sachant que c’était Gabrielle qu’elle avait tenté d’étouffer. Elles étaient drôles avec ça. Un instant, elles grognaient que Xena était cette personne dangereuse et imprévisible, qui avançait comme une arbalète armée, un danger pour les Amazones qui était à peine toléré, puis l’instant d’après, elles racontaient ces histoires étranges et bizarres sur elle et comment elle avait combattu pour elles, et avait sauvé leur Reine, et bla bla bla… et comment elle était dévouée à Gabrielle.

Bizarre. Elle n’était pas sûre de savoir si elles haïssaient Xena ou si elles l’aimaient, ou quelque chose entre les deux. Peut-être un peu des deux. Mais ce sur quoi elles étaient toutes d’accord, c’était que Gabrielle était tellement complètement, aveuglément, incroyablement amoureuse de cette femme, que ça allait au-delà de tout ce qu’elles avaient vu. Et elles aimaient presque toutes la petite reine, la respectaient pour sa capacité à négocier et avaient un grand respect pour son courage à se dresser devant ses ennemis et les leurs. Elles pensaient aussi qu’elle était quelqu’un pour avoir capturé le cœur de la sévère ex-seigneur de guerre, mais c’était une autre histoire.

Des histoires. Elle en avait assez entendu pour lui durer toute une vie. La préférée de Cait était le conte sentimental où Xena plongeait pour se mettre devant une flèche à la toute dernière minute, sauvant Gabrielle de quelqu’un qui n’avait pas aimé le style de la jeune reine. Après que cette fichue femme avait été piégée par un groupe d’Amazones, rien de moins. Ça faisait partie de la bizarrerie. Amour, haine… la renégate se contenta de secouer la tête. C’était trop compliqué pour elle.

« Et bien, cela prend du temps pour guérir », commenta Cait. « Quand Xena fait quelque chose, elle est habituellement minutieuse. » La jeune fille se leva. « Allez viens, habille-toi. On a beaucoup de choses à faire aujourd’hui. »

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Elles émergèrent dans la lumière du soleil, Paladia portant ses vêtements en cuir qui se coordonnaient plus ou moins avec la tenue pratique de Cait. Tandis qu’elles se dirigeaient vers la salle à manger, Cait ralentit son pas volontaire puis elle sourit en voyant Xena et Gabrielle qui allaient aussi dans cette direction.

Paladia lança un regard rapide et s’arrêta, haussant les sourcils de surprise. Au lieu de ses habituels vêtements de cuir noir et son armure, l’ex-seigneur de guerre portait du cuir, pas comme le sien, mais d’un rouge sang profond qui exposait la plus grande partie de son corps musclé au soleil chaud. Elle ne portait pas d’arme, mais la confiance totale avec laquelle elle se mouvait le faisait oublier et se concentrer sur la présence féroce et vivace qui semblait couler d’elle sans effort. « Hou », marmonna-t-elle, impressionnée malgré elle.

« Bonté divine, je l’adore dans cette tenue », dit Cait en riant. « Je pense que tout le monde l’adore aussi… dieux… pauvre Solari… elle vient de se cogner contre le mur. »

« Mm. » Paladia, pour une fois, l’approuva, continuant à regarder Gabrielle qui, s’étant arrêtée pour parler à une Amazone qui passait, marchait plus vite pour rattraper Xena, tirant un peu sur sa propre tenue couleur rouille et regardant la guerrière alors qu’elle lui posait une question. La barde avait l’air… la renégate plissa le front. Un peu plus vieille, habillée comme ça, que quand elle était dans son domaine. Ainsi dévoilé, le corps compact de Gabrielle montrait une force sinueuse, et tandis qu’elle bougeait, ses muscles bien définis remuaient sous sa peau dorée avec une intensité souple.

Ephiny s’avança à ce moment-là et les appela, et les trois femmes restèrent brièvement au centre du camp, échangeant quelques mots. Xena poussa doucement Gabrielle dans la direction d’Ephiny et la petite barde lui lança un regard ironique puis obéit, emmenant la régente vers la salle à manger. Xena attendit un instant et secoua sa tête sombre, puis elle jeta un coup d’œil et vit qu’Eponine s’approchait, l'esprit visiblement occupé.

Paladia regardait avec une franche fascination la guerrière s’avancer vers l’Amazone bougonne, son corps semblant se mouvoir au rythme de la nature, avec le vent et les feuilles qui bougeaient constamment dans le village. Finalement, elle se trouva tout à côté d’Eponine, bien que l’Amazone n’ait aucune idée que quelqu’un la suivait. Xena tendit une main et tira sur une mèche errante, puis elle se glissa de l’autre côté d’Eponine tandis que l’Amazone se retournait, la guerrière toujours silencieuse et souriant avec espièglerie. Elle tira sur une autre mèche et finalement, avec un cri, Eponine la repéra, ce qui la fit trébucher contre une racine et manquer de s’affaler.

Un léger rire s’échappa de la poitrine de la renégate, ce qui attira l’attention de Cait. « Y a quelque chose de drôle ? » Demanda la jeune fille, d’un ton sec, ayant raté le petit jeu.

« Nan. » Paladia jeta un coup d’œil vers une Eponine maintenant furieuse, les mains sur les hanches et elle se mordit la lèvre. « Alors… c’est quoi la suite des trucs à porter, boucher, nettoyer ou réparer ? »

« D’abord le petit déjeuner », l’informa Cait. « Viens avec moi… je pense qu’elles font des biscuits aujourd’hui… on n’a plus de céréales depuis qu’on a appris que la reine les déteste. »

Un léger ricanement. « Hé…. Elle peut venir quand elle veut alors. »

« Ce n’est pas si mauvais », la reprit Cait. « C’est… »

« De la colle », proposa Paladia d’une voix sèche. « Ce truc durcit et on l’utilise pour faire tenir des murs, je les ai vus faire. » Elle bougea son bras dans son attelle.

Cait leva les yeux au ciel et poussa la porte de la salle à manger. « Viens, ou je vais leur demander de t’en faire. »

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« Alors, où est-ce que va la grande et sombre femme en cuir ? » Demanda Ephiny tandis qu’elles s’asseyaient à la table principale au milieu d’un bourdonnement de discussions amicales et excitées. « Elle a peur de provoquer une émeute ici ou quoi ? »

Gabrielle ricana doucement. « Elle est tellement frustrante parfois… c’est comme… OK, alors elle enfile ces trucs et elle a l’air… dieux, Eph. » La barde se couvrit les yeux. « Quoi qu’il en soit, et elle est comme…. ‘qu’est-ce que tu fixes comme ça ?’ »

Ephiny fit signe à une serveuse et la soulagea d’une assiette contenant des viandes grillées, des biscuits, des œufs et des tranches de fruits. Elle la posa devant Gabrielle avec un grand geste. « Tiens… elles savaient que tu venais. »

Inopinément, la barde rougit. « Hum… merci. » Elle avait très faim comme d’habitude et elle s’interrompit, tandis qu’elle se décidait par où commencer à dévorer les bonnes choses odorantes.

« Oui… je sais ce que tu veux dire pour Xena », continua Ephiny, en se servant. Elles étaient relativement isolées et le bruit de fond autour d’elle leur apportait un bon degré d’intimité. « Elle est vraiment inconsciente du fait qu’elle fait baver la moitié de la Nation quand elle passe. » Elle s’interrompit, étalant une épaisse confiture de fruit sur un biscuit. « Au milieu de ce groupe d’égoïstes déchaînées, c’est plutôt sympa. »

Gabrielle sourit. « Vous n’êtes pas des égoïstes déchaînées. » Elle mordit dans un pain couvert d’œuf. « Mm. » Elle avala. « Ecoute… Eph… je heu… tu te souviens de ce dont nous parlions hier ? »

La régente prit une chope et y versa une rasade de cidre odorant qu'elle passa ensuite à sa compagne de table. « Oui… et bien, je veux dire que nous avons parlé de beaucoup de choses. » Ayant rempli son gobelet, elle leva les yeux et prit une longue gorgée. « Quelque chose en particulier ? »

La barde finit son biscuit et s’en prépara un autre pendant qu’elle réfléchissait à la façon de procéder. « Hum… la compétition. » Son estomac grognant se calma un peu et elle commença à prendre le temps de mâcher sa nourriture avant de l’avaler.

Ephiny haussa les sourcils de soulagement. « Ah… oui, je me souviens… écoute, si tu as décidé de ne pas participer, c’est parfaitement OK, Gabrielle… personne ne s’attend à ce que tu le fasses. »

Un mordillement. « Non…non… je le veux… je le veux. » La barde prit une gorge. « Mais… tu te souviens de ce que tu disais sur les handicaps ? »

La régente pencha la tête, intriguée. « Euhhhhoui… » Puis elle eut une expression inquiète. « Tu vas bien, pas vrai ? » Elle scruta la jeune femme de la tête aux pieds. « Qu’y a-t-il ? »

« Détends-toi… c’est… » C’en est presque drôle, songea Gabrielle. « Je n’ai pas de souci, exactement je… »

Ephiny était maintenant vraiment alarmée. Mille choses lui vinrent à l’esprit, allant des effets de l’une des nombreuses blessures qu’avait endurées Gabrielle, jusqu’à un héritage de tout le truc avec Dahak. « Hé… » Sa voix s’adoucit, mais il y avait une touche distincte de tension sous-jacente. »Ecoute… si c’est une chose dont tu dois parler aux guérisseuses… je sais que Menelda a demandé à te voir dans tous les cas… quoi que ce soit, on peut s’en occuper… est-ce que… je veux dire, assurément, Xena… »

« Ephiny. » Gabrielle posa son biscuit et sa tasse et fit face à la régente, les deux mains sur ses épaules. « S’il te plaît, tais-toi. »

Les yeux ambre inquiets scrutèrent son visage. « Mais… »

« Je ne suis pas malade, je suis juste enceinte », finit la barde.

Le visage d’Ephiny était une palette d’expressions, changeant nettement de soulagement à intrigue, d’incrédulité à de la simple confusion. « Quoi ? » Son regard alla vers le ventre de la barde puis revint vers son visage, puis de chaque côté avant de cligner. « Quoi ? Tu veux dire enceinte comme dans… enceinte ? »

« Oui. » Gabrielle dut batailler ferme pour réfréner un sourire à la confusion évidente de son amie. « C’est ce truc d’avoir un bébé, tu sais… neuf mois et tout et tout. »

« Je me souviens. » Ephiny secoua la tête, choquée. « Heu… je… ga… euh… beuh… » Elle se lécha les lèvres. « Qu… » Son regard passa par-dessus l’épaule de Gabrielle puis alla vers la fenêtre. « Est-ce que… euh… je… »

« Bien sûr qu’elle sait. » La barde interpréta correctement la question. « Nous l’avons programmé. »

« Programmé. » La régente analysa le mot. « Toutes les deux ? »

Gabrielle hocha doucement la tête. « Oui. »

Avec hésitation, un sourire apparut sur les lèvres d’Ephiny. « Ouaouh. » Une pause. « Alors… c’est elle le père ? »

La barde éclata de rire. « Ephiny ! ! ! » Elle se couvrit le visage d’une main. « Allons donc… réfléchis un instant, d’accord ? ? ? »

L’Amazone haussa les épaules. « Je ne m’interdis rien avec elle », objecta-t-elle. « Hé… je veux dire… tu es sérieuse ? Tu es vraiment enceinte ? Depuis quand… pas longtemps vu ton allure. »

« Quelques semaines », confirma Gabrielle avec un sourire timide. « Je suis vraiment… je suis excitée, et… dieux. » Elle prit les mains de la régente dans les siennes. « Et elle aussi. »

Ephiny eut un vrai sourire cette fois. « C’est fantastique. » Elle serra les mains de Gabrielle. « Oh ouaouh… hé, écoute. Deux questions. La première… qui est…. heu… tu sais. Et la seconde, pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant ? »

Ah. Gabrielle prit une inspiration. « Et bien, pour la première, c’est Toris. »

Ephiny écarquilla les yeux. « Nom d’une merde de Centaure… » Elle réfléchit à ces mots un moment. « Par les dieux, Gabrielle… c’était malin… le plus près que tu puisses avoir, hein ? » Elle sourit. « Il doit se pavaner comme un coq vainqueur. »

« Il ne sait pas encore… » La barde sourit. « On s’en est juste rendu compte il y a une semaine ou deux… et… » Elle fixa son regard sur celui de la régente. « Je ne te l’ai pas dit hier à cause d’une chose que tu as dite. »

Un froncement d’intrigue des sourcils blonds. « Hein ? »

« Eph… je veux vraiment faire la compétition », dit Gabrielle, doucement. « Je ressens le besoin de prouver quelque chose ici et c’est très important pour moi. » Elle regarda l’expression changer dans les yeux de la régente. « Assez important pour que j’envisage de ne pas t’en parler. »

Un souffle. « Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? » Demanda tranquillement Ephiny. « Tu sais qu’il y a de fichues bonnes raisons pour que cette règle s’applique, Gabrielle… et que tu sois la reine ne te donne pas les mains libres pour l’ignorer. »

Un léger sourire passa sur les lèvres de la barde. « J’en ai parlé à Xena… il fallait que je la convainque elle d’abord et ensuite elle a mis deux conditions, que j’ai dû approuver. » Elle hésita. « La seconde était que je te le dise et que tu sois d’accord. »

Ephiny soupira et se pencha un peu en arrière. « Elle est d’accord avec ça ? »

Un hochement de tête.

« Il me faut du temps pour y réfléchir », dit sobrement la régente. « Je… Gabrielle, je comprends pourquoi tu veux le faire… crois-moi… et je soutiens cette idée, parce que je pense qu’il est temps que la Nation comprenne quel genre de personne elles ont à gérer en toi. » Elle secoua la tête. « Mais… te mettre délibérément en danger… à quel point est-ce responsable ? »

Gabrielle fixa pensivement le banc sur lequel elle était assise. « Je pourrais dire que… la vie est parfois irresponsable, ou te rappeler comment nous t’avons retrouvée en Thessalie, ou mentionner Xena qui a combattu jusqu’à ce qu’elle accouche, ou te dire que je me suis tenue, avec elle, face à environ deux cents soldats il y a juste une semaine ou deux. » Elle leva les yeux. « Ce ne sont que quelques entraînements, Eph… c’est aussi dangereux pour moi d’aller marcher dans les bois, et nous le savons toutes les deux. »

Un haussement de sourcil ironique. « Pour toi, ça peut être fichument dangereux », rappela-t-elle à la barde qui eut un bref sourire. « Je vais devoir garder ça secret jusqu’après la compétition, tu t’en rends bien compte. Est-ce que c’est juste ? » Elle soupira. « Et si quelque chose se produit ? »

Un mouvement de tête. « L’autre chose que j’ai dû promettre à Xena, c’est que si je ressens le moindre pincement, je dois m’arrêter tout de suite et déclarer forfait. » Elle eut un regard ironique pour Ephiny. « Un des effets collatéraux de tout ce truc, c’est que sa fibre surprotectrice a grimpé au plafond. » Elle leva la main et la mit le plus haut qu’elle pouvait. « Vraiment. »

Ephiny pianota sur la table. « Je vais me faire botter les fesses pour ça, si je te laisse faire, tu le sais, pas vrai ? »

Le regard vert se posa sur elle avec une douce prière et Ephiny eut soudain une bonne idée de comment sa jeune amie arrivait à enrouler un ex-seigneur de guerre coléreux si fermement autour de son petit doigt. « Ta principale compétition c'est le bâton avec Eponine. Et si tu la bats et qu’ensuite je dois lui dire la nouvelle, je n’ai pas fini d’en entendre parler », protesta-t-elle.

« Je vais la laisser gagner », lui dit Gabrielle d’un ton raisonnable. « Je ne cherche pas à battre tout le monde… juste à démontrer une petite compétence. »

La régente l’étudia pensivement. Ça semblait sans risque… mais, c’était de Gabrielle qu’il s’agissait, qui pouvait transformer une tartine en zone de guerre. Une moitié d’elle disait pas question… pas de passe-droit… tiens t’en aux règles. L’autre moitié…

Ephiny soupira. « Tu vas m’être sacrément redevable, mon amie. Infiniment. Je vais passer quelques marques de chandelles à trouver ce que ça va te coûter. »

Un doux et gentil sourire passa sur les lèvres de Gabrielle, éclairant son visage et dansant dans ses yeux vert clair avec un pur délice. « A ton service », promit-elle. « Merci, Eph. »

Un léger ricanement. « Les dieux savent que tu ne demandes jamais beaucoup, pas vrai ? » Elle leva la main et attrapa l’épaule solide de la barde. « Sois prudente, c’est ce que je te demande. Ne me fais pas le regretter et m’en vouloir, d’accord ? »

« Je te le promets », répondit la barde tout aussi sérieusement.

Lentement, Ephiny sourit. « Petite sournoise… tu m’écoutais parler de Gran hier soir… c’est vraiment ce que tu allais dire, n’est-ce pas ? » Elle tapota la joue de Gabrielle. « Des cadeaux, hein ? »

La barde rougit légèrement et sourit. « Oui… et bien… je devais penser à quelque chose… » Pfiou. Ça a été plus facile que je ne l’aurais cru. Elle étudia ses mains puis leva les yeux vers la régente. « Tout va bien se passer, Eph… je me sens très bien. »

Un sourire recourba légèrement les lèvres de l’Amazone. « Ça explique la brillance, alors… » Elle la taquina doucement.

Gabrielle leva les yeux au ciel. « Oh non… ne commence pas avec ça aussi… c’est assez que ça vienne de Xena. »

« Quelqu’un m’a appelée ? »

La voix basse et vibrante lui répondit et elle se tourna pour voir son âme sœur les rejoindre et s’installer près d’elle avec un sourire indulgent. « Salut. »

Xena l’étudia puis se pencha en avant et saisit le regard d’Ephiny. « Elle t’a parlé, hein ? »

La régente haussa les épaules d’un air désabusé. « Elle est douée pour ça. » Elle eut un sourire tranquille pour la guerrière. « Félicitations, à propos. »

« Oh oui, tu m’en diras tant », répliqua la guerrière, recevant un coup dans les côtes pour ça. « Hé… tu es vraiment douée. » Puis elle retourna le sourire à Ephiny. « Merci. » Pendant un instant, elle s’autorisa à montrer sa joie, puis elle baissa le regard et composa son expression.

Gabrielle se remit à son petit déjeuner, le partageant avec sa compagne. « Qu’est-ce qui arrive en premier sur la liste, Eph ? » Elle avala une bouchée d’œufs et tendit une tranche de melon à Xena qui attendait aimablement et qui le mangea aussi vite.

La régente les regarda avec un sourire indulgent, puis elle soupira. « La course… on a mis en place un parcours qui contourne la montagne à mi-chemin et retour. Les participantes doivent aller au point final, trouver un objet spécial et le rapporter pour prouver qu’elles étaient les premières arrivées. »

« Oh. » Gabrielle mordilla un biscuit. « Hé… ce n’est pas un truc où on se bat… tu peux y aller. » Elle donna un petit coup à sa compagne.

Xena battit des cils et rit, posant sa tête sur une main. « Pas après ce petit déjeuner, je ne peux pas », dit-elle à la jeune femme. « Que les gamines s’amusent. » Elle mordit proprement dans une autre tranche de melon, la coupant en deux. « En plus… Eponine m’a attirée dans la compétition de tir à l’arc. » Son regard trouva celui d’Ephiny avec un amusement ironique. Elle avait brièvement pensé à entrer dans quelques-unes des compétitions, mais… peut-être que c’était la chaleur du soleil… ou l’alcool de la veille au soir, ou quoi que ce soit… son corps rejetait sévèrement la pensée de mettre en avant tous ces efforts à cet instant et elle n’était pas d’humeur à en discuter avec lui.

Ce qu’elle avait vraiment envie de faire, c’était de s’échapper avec Gabrielle et de passer la journée à se blottir et à jouer avec elle, mais elle savait que ça n’allait pas se produire. Et ça ne la dérangeait pas vraiment de regarder les jeux des Amazones, mais elle n’avait aucun désir de les rejoindre, ce qui était un sentiment étrange pour elle, mais elle soupçonnait que ça allait être comme ça pour les prochains mois. C’était une sensation puissamment paisible et après un moment, elle décida qu’elle aimait ça.

Un doigt pointé vers elle. « C’est de ma faute », admit la régente, un peu surprise que la guerrière décline toute autre participation. « Tu veux aller voir ? » Demanda-t-elle. « Elles vont lutter au même moment, ici dans le village. » Un rire. « Les compétitions de bâton sont juste avant le déjeuner. »

La barde finit de manger et se frotta les mains. « Ça me va parfaitement… allons-y. »


A suivre – 3ème partie