Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 3ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Elles trouvèrent un endroit sympathique où s’installer, sous le grand arbre qui s’étalait et fournissait de l’ombre d’un côté de l’enceinte Amazone. Devant elles, un carré de lutte avait été installé et des groupes de participantes étaient massés autour, attendant leur tour.

Xena croisa les bras sur sa poitrine et remua pour trouver une position plus confortable, s’appuyant contre l’arbre sur la petite plateforme qui surplombait l’ancien champ de bataille. Gabrielle se tenait debout tout près, discutant avec quelques-unes des anciennes, son langage corporel indiquant que la conversation n’était pas entièrement plaisante. La guerrière fronça les sourcils, mais détourna son regard de la barde lorsqu’une main toucha son bras. « Salut », murmura-t-elle.

Ephiny se tortilla pour se rapprocher sur les nattes tissées sur lesquelles elles étaient assises. « Ecoute… je le pensais vraiment pour ces félicitations tout à l’heure. »

Un sourire apparut sur le visage habituellement impassible de la guerrière. « Merci. »

« C’est une sacrée surprise », continua la régente en lui lançant un regard ironique.

Xena se frotta le menton. « Euhoui… désolée. » Elle jeta un coup d’œil pour chercher son âme sœur. « Je… heu… elle veut vraiment faire ce truc avec le bâton… j’ai essayé de la convaincre de ne pas y aller, mais… » Un haussement d’épaules.

La régente s’appuya sur un coude, la brise douce repoussant ses cheveux blonds frisés. « Quand elle veut quelque chose… elle l’obtient. » Les yeux noisette brillèrent doucement. « Tu devrais bien le savoir maintenant. » Elle étudia calmement la grande femme, réalisant que l’énergie sombre et tranchante qu’elle avait toujours ressentie en présence de Xena auparavant, semblait manquer, ce qui, si on pensait à ce qu’elle était, intriguait énormément Ephiny. « Comment vas-tu ? »

Un autre sourire peu habituel. « Bien. » Xena haussa les épaules et, comme si elle se rendait compte qu’elle agissait étrangement, elle se reprit et força son expression à être plus familière. Elle montra les lutteuses du menton. « Est-ce qu’il est permis d’attraper les seins ? »

Ephiny tourna brusquement la tête. « Non… et Esta le sait bien », grogna-t-elle. « Hé ! » Elle lâcha un cri féroce et reçut un geste de la main de l’arbitre, qui réprimandait la petite femme à ce sujet. Esta leva les deux mains puis les laissa retomber et quelques mots voletèrent.

« Pas ma faute si elle présentait une telle cible. »

Ephiny leva les yeux au ciel. L’adversaire de la jeune fille avait perdu une épingle de maintien dans son cuir et était, pour ainsi dire, en train de bouger dans la brise. « Dieux. »

Xena rit d'un son chaud et détendu et ceci attira de nouveau l’attention de la régente sur elle. « Tu n’as pas de problème avec tout ce truc, si je comprends bien ? » Demanda Ephiny, délicatement. « Tu sembles être exceptionnellement de bonne humeur. »

Des émotions conflictuelles passèrent très visiblement sur le visage de la guerrière avant qu’elles ne s’arrêtent sur un sourire désabusé. « Je pense que c’est génial… Gabrielle est vraiment heureuse et c’est ce qui compte, je présume. » Elle relâcha un souffle. « Mais oui… je n’ai pas de problème. »

Ephiny la dévisagea d’un air connaisseur. « Elle porte une broche vraiment jolie », dit-elle d’un ton traînant. « Un cadeau d’anniversaire de quelqu’un que je connais ? » La tourmente juste sous la surface qu’elle pouvait voir chez la femme brune l’intriguait au plus haut point.

Xena se contenta de grogner son assentiment et lui fit un bref signe de tête. Puis elle haussa les sourcils. « Ouille… c’est autorisé ? »

Ephiny regarda et tressaillit. « Ah… hé ! » Elle se leva et alla à pas lents vers le carré, les mains sur les hanches tandis qu’elle faisait la leçon aux combattantes.

La guerrière soupira et se détendit, ayant diverti avec succès la régente astucieuse. Elle laissa son regard se promener sur l’enceinte, observant la foule rieuse qui s’était réunie pour regarder les combats. Des bruits de pas attirèrent son attention et elle leva les yeux pour voir approcher Gabrielle. « Salut. »

La barde se mit près d’elle avec un bruit sourd et se pencha en arrière. « D’accord… d’accord… Xena, écoute… il y a des règles et des trucs pour ce machin de prendre une reine consort… je ne sais pas… »

« C’est quoi ? » L’interrompit Xena. « Est-ce qu’on doit me donner la fessée cul nu ou quoi ? » Elle croisa les bras dans l’attente d’une réponse, un sourcil dressé vers sa jeune compagne.

Gabrielle se figea, la mâchoire pendant comiquement tandis qu’elle fixait son âme sœur, les yeux écarquillés. « Euh… dieux… euh… NON ! Que… non non… ce n’est pas ça » finit-elle par balbutier.

Un haussement d’épaules.  « Alors… c’est quoi le problème ? » Demanda la guerrière puis elle fronça les sourcils quand une idée se fit jour. « Ecoute… si c’est à cause de ce que je suis… si elles te font des histoires, Gabrielle… juste… » Elle détourna le regard. « Ne t’inquiète pas pour ça, d’accord ? » Une partie de son humeur joyeuse s’évanouit alors que la réalité pointait son visage sévère. « Je sais qu’il y a beaucoup de gens ici qui ne m’aiment pas. »

« Non… » Répondit doucement la barde. « Ce n’est pas ça… c’est juste que… il y a certaines coutumes à ce sujet et je ne suis pas sûre de vouloir te les imposer. » Elle s’interrompit. « Je me fiche que ce soit la tradition… nous ne sommes pas exactement des personnes de traditions. »

Xena pencha la tête et l’observa. « Alors de quoi on est en train de parler ? Pourquoi tu ne me dis simplement pas ce que c’est… et me laisser décider ? »

La voix de Gabrielle était très sérieuse. « Parce que je ne veux pas que tu fasses quelque chose que tu n’aimes pas juste à cause de moi. »

Un doux sourire la surprit. « Gabrielle, c’est la seule raison à laquelle je pense qui me fasse faire à peu près n’importe quoi. » Elle posa sa main sur la cuisse musclée de la barde, massant la peau de son pouce. « Allez dis-moi… qu’est-ce que c’est ? »

Un silence pensif tomba entre elles. Finalement, la barde soupira et regarda ses mains. « Tu dois te soumettre à un examen médical par les guérisseuses. »

Xena haussa les épaules. « Et ? » Ça ne la troublait pas beaucoup. Il n’y avait rien qu’elles puissent trouver à part quelques cicatrices, après tout.

« Tu dois prouver que tu es digne d’être une Amazone en combattant leur meilleure guerrière », marmonna la barde.

Un ricanement rapidement réfréné. « C’est un peu redondant… je pense que je l’ai déjà fait… quoi… deux fois maintenant ? Mais… peu importe… » Xena avait l’air plus amusée que fâchée, ses talents de combattante tellement évidents que le défi s’en trouvait être une pure formalité.

« Oui… je pense que j’ai réussi à leur faire oublier ça… » Fit remarquer la barde tranquillement. « Je veux dire, à quoi ça servirait, pas vrai ? »

« Quoi d’autre ? » Murmura la guerrière en voyant la tension dans le corps de son âme sœur. Et voilà ce qu’elle n’aime pas.

Gabrielle hésita. « Tu dois me jurer fidélité. » Elle sortit la phrase avec un dégoût des mots sur sa langue. « J’ai essayé de les persuader… Eph me l’a dit hier soir… mais je… »

« D’accord », dit Xena très doucement. « C’est tout ? » Un sentiment de soulagement la traversa.

Un silence absolu tandis que le regard vert se levait avec une surprise totale et que Gabrielle la regardait. « Je… » Elle s’arrêta puis reprit. « Je ne pensais pas… »

La guerrière soupira. « Tu ne pensais pas que ma fierté permettrait cela. » Elle grimaça dans une connaissance ironique d’elle-même. « Pas vrai ? »

Pas de réponse.

« Et bien, habituellement tu aurais eu raison. » Xena regarda au loin, la mâchoire serrée. « Je… n’accepte pas facilement d’obéir à qui que ce soit à part moi… tu le sais. » Elle regarda la natte. « Mais j’ai confiance en toi… et ça ne me dérange pas de dire devant ces gens ce que nous savons toutes les deux être la vérité par ailleurs. »

Gabrielle se contenta de la regarder.

« Ecoute… je vais aller me débarrasser de la tâche avec Menelda… toi… tu restes ici. » Xena se mit debout, décidant de donner une chance à sa compagne de retrouver son calme. « Je vais revenir pour t’aider à t’échauffer, d’accord ? »

La barde hocha faiblement la tête, les yeux fixés sur le visage de Xena. « Très bien », murmura-t-elle en regardant la guerrière s’éloigner à grands pas lents vers les quartiers de la guérisseuse, le soleil brunissant sa peau en ombres mouvantes tandis qu’elle marchait.

« Gabrielle ? » Ephiny s’agenouilla près d’elle et passa une main devant ses yeux. « Qu’est-ce qui se passe ? On dirait que tu as pris un coup de sabot de Centaure dans la tête. » Elle jeta un coup d’œil autour d’elle. « Où va Xena ? »

Gabrielle cligna des yeux. « Elle a accepté. » Elle tourna un regard interrogateur vers Ephiny. « Tout ce que tu as dit. »

La régente haussa les épaules. « Et ça te surprend ? » Répliqua-t-elle avec un ricanement amusé. « Bon sang, Gabrielle… cette femme est revenue du Tartare pour toi… c’est quoi pour elle un petit examen médical et une promesse de fidélité ? » Elle rit. « Elle n’y a peut-être même pas réfléchi à deux fois. » Puis elle soupira. « J’étais plus inquiète pour Menelda en fait… par tradition elle peut tout arrêter si elle trouve un prétexte quelconque. »

L’expression de Gabrielle devint sérieuse. « Comme quoi ? » Son regard se fixa sur le visage d’Ephiny, froid et attentif. « Elle est en parfaite santé, Eph… elle ne tombe pratiquement jamais malade et tu sais comme elle guérit vite. »

La régente mordilla sa lèvre inférieure. « Je sais… c’est vrai. La seule question qui m’inquiète c’est si elle se mettait à … » Elle s’interrompit. « Les règles sont… les candidates doivent pouvoir apporter des enfants à la Nation. Je… »

Une tempête sombre et rageuse explosa dans les yeux verts en face d’elle. La colère de Gabrielle montait à une vitesse effrayante. « Alors, aide-moi, Ephiny… si elle le lui demande, je vais aller personnellement là-bas et lui faire traverser le mur de cette hutte », gronda la barde, sa voix tombant de manière inquiétante, tandis qu’elle se trémoussait pour se lever. « Je ne vais pas… »

« Oh… oh… du calme… » La régente lui prit le bras et la fit se rasseoir. « Hé… hé… calme-toi un moment, d’accord ? » Elle pouvait sentir la force d’acier sous la peau de la barde alors qu’elle résistait à sa prise et elle eut soudainement la conscience surprenante de combien la force de Gabrielle avait évolué au cours des années. « Doucement… »

La barde enrageait. « Elle en a après Xena depuis la dernière fois qu’on est venues ici, Ephiny… je ne vais pas accepter ça plus longtemps. »

Ephiny la retint. « Elle en a après elle depuis qu’elle l’a vue te mettre en pièces la fois précédente », dit la régente clairement et avec force. « Alors tu t’assieds. Xena est une grande fille et elle peut s’occuper d’elle-même, Gabrielle. »

Un silence tendu tomba. « Pas toujours », finit par répondre la barde. « Tout le monde le pense, tu sais ? Que rien ne la blesse et que personne ne l’embête, mais tu sais quoi, Ephiny ? C’est un ramassis de mensonges. » Elle dégagea fermement la main de la régente de son bras. « Excuse-moi. » La barde se leva et partit dans la direction où son âme sœur avait disparu.

Ephiny soupira et croisa les bras, appuyée contre l’arbre ; elle baissa les yeux quand Solari grimpa pour se rapprocher.

« C’était quoi ça ? » Murmura l’Amazone brune, en regardant la reine.

La régente leva les yeux au ciel. « Tout le monde pense que c’est Xena la partie dangereuse dans ce duo… bon sang… qu’ils ont tort. » Elle soupira. « J’espère que Menelda se tient bien sinon elle va enlever des échardes du bâton de Gabrielle de ses fesses. »

« Ouille. » Solari tressaillit. « Hé… est-ce que tu vas disqualifier Lista pour avoir mordu la jambe d’Erran ? »

Ephiny jeta un coup d’œil au carré de combat. « Par le fils de Bacchante… qu’est-ce qu’il se passe aujourd’hui avec tout le monde ? » Elle lâcha un souffle d’exaspération puis se remit debout et alla vers les combattantes. « Qu’est-ce qui se passe ? »

L’arbitre se retourna et lui lança un regard. « Elle lui a mordu la jambe. » Elle montra la marque sanglante sur la cheville de la grande femme élancée.

Ephiny mit les mains sur ses hanches. « Lista, c’est quoi ça ? »

La petite femme fronça les sourcils. « Elle m’a donné un coup de pied dans la bouche. »

La régente soupira. « Erran, va te faire soigner. »

Lista eut un rire narquois.

« Et toi… tu vas refaire un combat pour avoir mis le bazar », l’informa doucement Ephiny. « Avec moi. » Elle fit signe à tout le monde de s’écarter d’elles et à la petite femme d’aller au centre de la zone de lutte.

« Euh. » Lista sourit avec hésitation. « Je ne savais pas que tu allais combattre. »

Ephiny sourit d’un air diabolique. « Le privilège royal. » Elle tourna la tête et fit signe à l’arbitre.  « Inscris-moi. » Elle fit jouer ses épaules et craquer ses phalanges, son corps répondant avec avidité. Est-ce qu’elle avait compris Gabrielle ? Oh oui. « Allez gamine… prépare-toi. »

L’arbitre s’éclaircit la voix, marquant quelque chose sur la liste avec sa plume. « Des handicaps à déclarer, Altesse ? »

Les yeux noisette la regardèrent d’un air drôle. « Mental. Je me suis portée volontaire pour diriger cet endroit. »

Une clameur de rires passa dans la foule assemblée qui l’avait repérée au centre du carré.

Ephiny les ignora et regarda son adversaire qui prenait plusieurs inspirations, se concentrant visiblement sur le round à venir. Elle passa en revue la silhouette de la jeune femme avec un regard expérimenté, sachant que la jeune fille pesait plus qu’elle, mais elle décida qu’elle avait l’avantage en vitesse et en expérience.

Elles bougèrent en cercle et Ephiny sentit qu’elle se concentrait, repoussant les spectatrices pour ne voir que le torse de la jeune fille, qui lui donnerait un signal pour son mouvement suivant. Lista bougea vers la droite et feinta, ses mains allant dans la direction opposée tandis qu’elle cherchait une prise sur le corps de la régente.

Ephiny évita les mains tendues et se glissa dans sa garde plongeant pour attraper la jeune fille aux épaules ; celle-ci glissa et se dégagea de sa prise couverte de sueur. Ses doigts saisirent le haut des bras de Lista et la jeune fille s’agrippa à elle de la même façon, tandis qu’elles se jetaient l’une contre l’autre.

La régente laissa le plus grand poids de son adversaire la dépasser et elle plongea sous son bras ; elle tournoya en tirant le bras de la jeune fille vers le haut puis derrière son dos dans une prise assurée. Puis elle lui balaya les jambes et se laissa tomber en même temps qu’elle, bloquant un bras autour de son cou avec expérience.

Lista s’arqua et lutta, mais après une minute, elle haleta, puis elle tapa le sol de sa main libre. Ephiny sourit et la relâcha, se reculant pour qu’elle puisse se relever. J’ai encore le truc on dirait. La régente rit pour elle-même, regardant la jeune fille repousser ses cheveux de ses yeux. C’est bon de le rappeler à tout le monde de temps en temps. « On recommence ? »

Lista cracha sur ses mains et les frotta sur sa combinaison en cuir avant de hocher la tête.

Ephiny tressaillit et se fit une note mentale d’avoir une discussion avec l’instructrice de lutte au sujet du protocole avant de secouer ses bras et de revenir au centre. Cette fois, Lista ne perdit pas de temps, mais attaqua immédiatement, essayant de la supplanter avec de la force pure. Elles tombèrent au sol et Ephiny se tortilla sous elle, poussant sur son dos rapidement avant qu’elle puisse se tourner et la saisir. La jeune fille repoussa un bras pour attraper les côtes de la régente, mais celle-ci tint bon, mettant un bras sous celui de la petite jeune femme pour le forcer vers le haut et autour de sa nuque.

Avec un grognement, Lista se retourna pour atterrir sur Ephiny et elle frappa vers le bas de son autre coude. Mais la régente la vit arriver et se tourna, la laissant frapper le sol dur à la place. Elle garda sa prise, sentant maintenant que la jeune fille était déséquilibrée et elle les retourna toutes les deux, réussissant à mettre son second bras autour de celui de Lista, et dans cette position   fit  pression jusqu’à ce que le menton de la fille  touche presque sa poitrine.

Un silence alors que Lista, impuissante, se contorsionnait sans effet, s’acharnant dans une tentative de déloger une Ephiny persistante, puis elle s’arrêta, et l’Amazone blonde la sentit se détendre dans la défaite tandis qu’elle tapait à nouveau le sol.

Ephiny la relâcha et roula pour se dégager ; elle se mit debout dans un mouvement souple et se frotta les mains. Des applaudissements amicaux l’accueillirent et elle sourit, mettant les mains sur ses hanches d’un air de défi. Le gagnant était celui qui réussissait deux rounds sur trois, donc Ephiny avait gagné, et elle pianota sur un de ses os de la hanche, pensant à continuer. La lutte était l’un de ses passe-temps préférés et la plupart des Amazones le savaient. En fait, elle était l’une des rares Amazones qui pouvaient, et le faisaient, se frotter régulièrement sur la natte avec Eponine, leur maîtresse reconnue.

« On se cogne avec les enfants ? » Une voix ronchonne familière attira son attention et elle se retourna pour voir sa compagne se frayer un chemin dans la foule pour arriver près d’elle avec un bref sourire. « Quel défi y a-t-il là-dedans ? »

Ephiny laissa un sourire de pure compétition passer sur ses lèvres. « Es-tu en train de proposer mieux ? » Elle haussa un sourcil blond vers la maîtresse d’armes. « Je pensais que tu allais courir. »

Eponine s’éclaircit la voix. « Heu… et bien, j’y étais… mais il y avait ce… heu… » Elle leva une main et la laissa retomber. « Le chemin était détrempé et il y avait ce blaireau, et… et bien… j’ai sauté par-dessus… elles ne l'ont pas fait… alors je présume que j’ai gagné. »

« Oui oui. » Ephiny l’observa. « Où sont les autres ? »

« Oh… elles vont arriver », lui dit Pony d’un air innocent, en levant le petit sac en cuir rempli des pierres qui formaient le prix pour la course. « Mais il y avait ce trou de boue en dessous de la partie érodée par la pluie... ça pourrait prendre du temps. »

Ephiny hocha la tête puis regarda le ciel. « Ça commence… je le savais… l’effet Gabrielle. » Elle soupira puis montra le centre du carré. « Allez Pon… battons-nous… montrons à ces gamines comment on fait. »


Xena n’était pas particulièrement pressée tandis qu’elle traversait le plus petit des deux cercles qui formaient le village Amazone. La plupart des occupantes, soit regardaient les jeux, soit y participaient, aussi elle ne vit que peu de gens tandis qu’elle avançait sur la terre battue.

Son visage se plissa en un sourire quand elle se remémora le visage stupéfait de Gabrielle et elle regarda devant elle, observant les proches quartiers  des guérisseuses avec quelque chose de presque trépidant. Elle savait qu’elle y allait pour être mise sur le gril… Menelda la haïssait, mais d’une certaine façon… elle ne pouvait tout simplement pas ressentir soit de la réticence soit de la tension et elle se rendit compte qu’elle se fichait de la guérisseuse ou de ses opinions, ou encore de ce qui ressortirait de la réunion.

Elle s’arrêta devant les portes de l’hôpital puis prit une inspiration et poussa pour entrer, respirant les senteurs familières des herbes et du nettoyant tandis qu’elle hésitait à permettre à ses yeux de s’ajuster à la lumière basse.

La double rangée de paillasses était vide et c’était calme à l’intérieur. Seul le léger grattement d’un pilon et d’un mortier brisait le silence, ainsi qu’un bruissement de vent lorsqu’il passait au-dessus du toit de chaume et effleurait les arbres.

Menelda était appuyée contre sa table de travail, mélangeant quelque chose, et la regardait avec une expression fermée et voilée.

Xena lui rendit son regard. « Tu dois me parler ? » Elle traversa la pièce et se posa sur le bord d’une seconde table de travail, imitant la posture de la guérisseuse. La lumière en provenance de la fenêtre tombait directement sur elle et elle se pencha en arrière, les bras croisés sur sa poitrine.

La guérisseuse interrompit sa tâche et s’avança, exagérant son examen de la guerrière de la tête aux pieds. « Pourquoi est-ce que tu fais ça par Hadès ? » Dit la femme d’une voix rauque.

La guerrière l’observa en silence pendant un moment. « Parce qu’elle le veut », répliqua Xena, puis elle garda le silence.

Menelda souffla. « C’est la seule raison ? »

Xena hocha la tête. « Je n’ai pas besoin d’être une Amazone par les maudits dieux, Menelda. Je n’ai pas besoin que des gens comme toi qui me haïssent profondément portent un jugement sur moi, d’accord ? Je n’en ai pas besoin. » La guerrière se leva utilisant sa hauteur à son avantage. « Mais elle le veut. »

La guérisseuse eut la chair de poule. « Après ce que tu lui as fait, tu peux te tenir là et le dire ? »

La colère de Xena explosa à son tour. « Ecoute-moi bien, espèce de merde de Centaure moralisatrice… je n’ai pas besoin que tu me rappelles ce que j’ai fait, ou ce que je n’ai pas fait, compris ? » Sa voix devint un grognement sourd. « Je dois vivre avec ça chaque moment de ma vie et après pour une éternité au Tartare, alors je n’ai pas besoin de l’entendre de ta part. »

Menelda se contenta de la regarder, une expression choquée et prudente sur le visage.

« Chaque… » Xena se rapprocha. « Simple. » Encore plus près et sa voix prit une teinte de férocité mortelle. « Moment… chaque fois que je la regarde, chaque fois qu’elle me touche… j’y pense… alors sois maudite, je n’ai pas besoin de l’entendre de ta bouche puante. » Une pause mortelle. « Tu m’as comprise ? »

Très lentement, la guérisseuse alla à sa table de travail et se laissa tomber dans la chaise. Elle remua un tas de parchemins devant elle puis croisa les mains dessus, sans regarder Xena. « Est-ce que tu es en train de dire que tu le regrettes, alors ? » Demanda-t-elle finalement d’une voix calme, presque neutre.

« Regretter ? » Xena laissa passer un rire sans humour. « Je m’arracherais le cœur de la poitrine et je le jetterais sur cette table si ça pouvait changer ce que j’ai fait. » Elle fit une pause. « Mais la seule option que j’ai, c’est de vivre avec, alors si tu as fini de me réprimander, continuons ou oublie. »

Menelda fit tourner une plume entre ses doigts tachés d’herbes et regarda le parchemin devant elle. Finalement, elle leva les yeux. « Je dois te poser une série de questions. Certaines sont très personnelles. »

Xena haussa simplement un sourcil comme invitation à continuer.

La guérisseuse se contenta de hocher la tête et trempa la plume dans l’encrier devant elle. « Quel âge as-tu ? »

Xena lui dit.

Menelda la regarda avec une franche surprise. « Je ne pensais pas… »

« J’allais avoir quinze ans quand Cortese a attaqué Amphipolis », expliqua tranquillement Xena.

La guérisseuse se réinstalla sur sa chaise. « Alors… pendant cette guerre tu… » Elle plissa le front. « Tu n’étais encore qu’une enfant. »

Un haussement d’épaules. « J’ai grandi vite. » Neutre.

Menelda retourna à son parchemin, visiblement ébranlée. « Tu… es née à Amphipolis. »

« Oui. »

« Ta famille survivante consiste en ta mère et ton frère. »

« Oui. »

Un souffle. « As-tu eu des blessures vraiment sérieuses. »

Contre sa volonté, un sourire drolatique passa sur les lèvres de Xena. « Définis sérieuses », dit-elle puis elle fit un geste pour arrêter la guérisseuse quand celle-ci commença à parler. « Les deux jambes brisées, les deux épaules disloquées plusieurs fois, la plupart de mes côtes cassées, un poumon percé, deux fois. » Elle s’interrompit pour réfléchir. « J’ai eu une fracture du crâne plutôt sévère il y a un peu plus d’un an. » Son regard alla vers le visage de Menelda et elle faillit rire en voyant l’expression de surprise. « Les matins froids et humides me mettent en rogne. »

« Je peux l’imaginer », murmura la guérisseuse. « Tu as réussi à guérir de tout ça, si je comprends bien. »

« Le dernier a été une vraie plaie, mais oui », répondit Xena avec un ton légèrement moqueur. « Je ne mentionnerai pas les fois où on m’a poignardée, fouettée ou bien où l’on a cherché à me cribler de flèches… c’est pour ça que j’ai appris à attraper ces maudits trucs, j’en avais assez de les arracher de mes tripes. »

Menelda gardait la tête baissée, les yeux concentrés sur le parchemin. « Tu as eu un fils. »

Un silence de mort. « Oui. »

Un grattement tandis que la plume notait.

« Tu as l’intention d’avoir un autre enfant ? »

« Non. »

Une autre marque. « Nous demandons habituellement aux candidates d’avoir au moins l’intention de donner un enfant à la Nation », déclara la guérisseuse sans émotion.

Xena ne lui répondit pas pendant un long moment, elle se contenta de regarder par la fenêtre, son visage inexpressif. « Pas cette candidate-ci », finit-elle par dire, d’un ton distant, puis elle se tourna et fixa la guérisseuse, la défiant de commenter.

Menelda choisit de ne pas le faire. Elle étudia ses papiers pendant un moment en silence. « Qu’est-ce que ça fait de mourir ? » Finit par demander la guérisseuse. « Ce n’est pas dans le questionnaire, je m’interroge juste. »

Xena glissa à bas de la table et alla à la fenêtre, puis posa les mains de chaque côté de l’encadrement et regarda dehors. « C’est comme de s’endormir quand on est très, très fatiguée », murmura-t-elle puis elle soupira doucement. « Et je l’étais. »

« Alors pourquoi es-tu revenue par Hadès ? » Demanda Menelda, tranquillement.

Une voix lui répondit depuis la porte. « Parce que j’avais besoin d’elle. » Gabrielle entra, laissant le rideau de perles qui gardait les insectes dehors se refermer derrière elle. « Et c’est tout ce que tu as besoin de savoir. » La barde se tint bien au centre de la pièce, recevant la lumière du soleil éparpillée dans ses cheveux blond roux. Son visage était figé et sévère et elle fixa Menelda avec des yeux qui retenaient des étincelles de colère tout au fond.

Elle serra les poings tout en tournoyant pour regarder son âme sœur avec soin. « Qu’est-ce qui se passe ? » Elle avait vraiment l’air, à ce moment-là, de la Reine des Amazones.

Xena s’était retournée et s’appuyait contre la fenêtre, la regardant avec un sourire doux et fier. « C’est bon… Menelda et moi avons conclu un arrangement. » Elle tourna son regard vers la guérisseuse. « Pas vrai ? »

« Oui », murmura la guérisseuse. « Puis-je finir ? » Elle évita le regard intense de Gabrielle.

« Vas-y ». La barde alla vers sa compagne et s’installa contre elle. « Ne t’occupe pas de moi. »

Xena se mordit la lèvre pour ne pas sourire à la posture agressive et protectrice et elle passa le bras autour d’elle.

« Des maladies ? » Demanda Menelda d’un ton précis.

« Pas récemment », répondit Xena. « A part une légère fièvre ou deux. »

« Combien mesures-tu ? »

« Environ trois coudées et demie. »

« Trois coudées point quarante-sept », corrigea tranquillement Gabrielle. « Nicklios était très précis. »

Menelda la fixa puis retourna à son papier. « Peux-tu venir ici et te tenir dans la lumière, s’il te plaît ? »

Xena se dégagea de son âme sœur animée et traversa la pièce pour venir se tenir dans la lumière de l’autre fenêtre, juste devant le bureau de Menelda. Elle se tint à l’aise tandis que la guérisseuse l’étudiait attentivement.

« Et bien, c’est une question futile », marmonna la femme en grattant quelque chose. « Et ça aussi… et dieux… je ne vais pas aller dans … »

Les regards bleu et vert se croisèrent ironiquement.

« Très bien », finit par dire la guérisseuse. « C’est tout. Merci. »

Xena hocha la tête et se retourna pour se diriger vers la porte. Gabrielle se repoussa de l’encadrement de fenêtre et commença à la suivre, mais elle fut arrêtée par la voix de Menelda.

« Majesté, un instant s’il te plaît. »

Gabrielle s’arrêta. Xena haussa un peu les épaules. « On se retrouve dehors… je vais aller chercher ton bâton quand je prendrai le mien. »

« Très bien. » La barde lui sourit. « J’arrive tout de suite. » Elle regarda la grande silhouette sortir puis elle soupira et carra ses épaules avant de se retourner. « Oui ? »

Menelda se raidit sur son siège et croisa les mains. « Je pense que nous devons discuter de tes priorités. »

Gabrielle la regarda. « Je pense que tu dois me baiser les fesses. »

Un silence choqué. « Pardon ? »

« Tu m’as entendue », continua la barde tranquillement. « Je n’avais absolument aucune idée de ce dans quoi je me fichais quand je me suis jetée sur Térréis il y a deux ans, par Hadès, mais je l’ai fait et maintenant vous êtes coincées avec moi. Alors, ne me dis pas que nous devons discuter de ce que sont mes priorités. » Gabrielle mit les mains sur ses hanches. « Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je suis de vraiment mauvaise humeur là maintenant. Peut-être qu'on devrait se parler plus tard. »

« Peut-être », répondit Menelda d’un ton incertain.

Gabrielle se contenta de hocher la tête et se retourna pour partir, s’arrêtant dans l’encadrement de la porte. « Est-ce que tu as eu toutes tes réponses ? »

La guérisseuse leva les yeux avec une expression fatiguée. « La seule qui importait, c’était la première. » Elle bougea le parchemin d’un doigt paresseux. « Je ne ferai aucune objection, Majesté. »

La barde hocha à nouveau la tête. « Merci. » Et elle se retourna pour partir, s’arrêtant dehors pour prendre une inspiration profonde et arrêter de trembler. Son regard tomba immédiatement sur la grande silhouette tranquille appuyée contre le mur, un loup blotti à ses pieds. « Salut. »

« Viens par ici. » Xena ouvrit les bras, souriant quand la barde bondit vers elle et se nicha, la faisant reculer d’un pas. Elle enserra Gabrielle dans une étreinte animée et la souleva du sol, entendant le léger grognement quand l’air sortit brusquement des poumons de la jeune femme.

« Ouille. » Gabrielle prit une inspiration tandis que Xena la relâchait. « Je pensais que tu allais chercher ton bâton. »

Xena mit un bras autour de ses épaules et la dirigea vers leurs quartiers. « J’y allais quand je t’ai entendu lui dire de te baiser les fesses et j’ai pensé que c’était mieux que je reste dans le coin au cas où elle essaye. »

La barde rougit et rit. « Pour lui mettre une raclée ? »

« Noooon… » Ronronna Xena. « Je me suis dit qu’elle aurait bien besoin des services d’une guérisseuse. » Elle ébouriffa les cheveux de la barde. « Merci d’être venue à ma rescousse. » Elle eut un sourire affectueux pour son âme sœur.

« Hé ! » Elles levèrent les yeux ensemble au salut pour voir Solari qui s’avançait. « Salut ! »

Elles échangèrent un regard. « Qu’est-ce qui se passe ? » Cria Gabrielle en retour, masquant le soleil de ses yeux de sa main libre.

« Il faut que vous voyiez ça… Eph et Pony se battent pour le championnat de lutte… Ça devient vraiment… intéressant. » Solari sourit. « Venez ! » Elle commença à partir dans l’autre direction et avec un haussement d’épaules, elles se mirent à courir pour la suivre.


La foule était massée autour du carré maintenant et incluait un groupe de coureuses couvertes de boue, qui faisaient sauter des morceaux de boue séchée en regardant l’action devant elles. Gabrielle se fraya un chemin en poussant du coude les spectatrices en périphérie, cherchant un bon endroit pour regarder l’action, mais elle fut frustrée par la densité des Amazones dont la plupart étaient plus grandes qu’elle.

Mais tandis qu’elle dépassait un arbre, un toucher sur le haut de sa tête lui fit lever les yeux de surprise pour repérer son âme sœur confortablement installée dans les branches. Xena lui tendit la main et haussa un sourcil d’invitation.

Gabrielle regarda alentour puis sourit en prenant la main tendue, se laissant tirer dans l’arbre et sur les cuisses de Xena. Elle tenta de se dégager de la prise de la guerrière, mais Xena se contenta de faire des bruits avec sa langue et de l’installer dans un endroit confortable contre sa poitrine, les deux bras autour de son estomac. « Mmm », rit-elle doucement dans l’oreille de la barde.

Celle-ci soupira joyeusement et se détendit, savourant pleinement la chaude sensation de leurs corps connectés, surtout de la peau nue contre la peau de l’autre. « J’aime bien quand tu portes ça », dit-elle en posant ses mains sur celles de la guerrière. Les doigts de Xena faisaient des cercles absents et doux sur son ventre et après un moment, elle décida qu’elle aimait vraiment bien ce qu’elle ressentait. « Et j’aime bien quand tu fais ça. » Elle passa un moment à imaginer leur bébé minuscule, flottant à l’intérieur d’elle. Est-ce que le bébé pouvait sentir la chaleur du toucher de Xena ? Elle sourit un peu en y réfléchissant et décida que oui.

« Ah oui ? » Xena rit et posa son menton sur la tête de la barde tout en regardant l’action en bas. « Oh… ouaouh… ouille », murmura-t-elle tandis qu’Eponine prenait le dessus sur sa compagne et la faisait tomber au sol avec un bruit audible. « Elle va avoir mal après ça. »

« Beuh. » Gabrielle tressaillit tandis que la régente roulait et lançait une attaque sur la maîtresse d’armes, l’attrapant d’une main sous la cuisse et la soulevant, puis roulant à nouveau pour les faire atterrir sur le sol, avec une Ephiny qui œuvrait durement pour clouer Eponine au sol. Les deux femmes étaient plutôt de force égale, Eponine ayant peut-être un léger avantage en force et Ephiny un avantage égal en taille.

Mais Eponine se tortilla et se mit debout, respirant fort tout en tournant autour de la blonde Ephiny avec un sourire débauché sur les lèvres. « C’est pas juste de pincer, Eph. »

La régente laissa un sourire paresseux se former sur ses lèvres. « Ce n’est pas de ma faute si tu deviens assez molle pour qu’il y ait de quoi pincer, Pon. » Elle secoua un doigt. « Faut arrêter les gâteaux aux noix. »

« Ooh. » Gabrielle tressaillit. « C’était rude. »

Xena rit. « Elle essaye de la mettre en colère. »

« Tu vas regretter cette sortie, Blondie. » Eponine plongea vers elle, l’attrapa autour des genoux et la fit tomber avec enthousiasme.

Ephiny accompagna le mouvement et roula lorsqu’elle toucha le sol, surprenant sa compagne, puis elle libéra une jambe et cloua les deux membres inférieurs de l’Amazone brune dans une prise solide. Elle arqua son dos, les faisant rouler, puis elle mit son corps sur celui d’Eponine, la clouant. « Je ne pense pas, mollassonne. »

Les regards bleu et vert se croisèrent rapidement. « Mollassonne ? » Murmura Xena en se mordant la lèvre. « Oh bon sang… tu as complètement déteint sur Eph en ce qui concerne les sobriquets. »

Gabrielle rit. « Je ne vais pas être celle qui demande si c’est littéral. »

« Non non. » Xena secoua vigoureusement la tête. « Ne commence pas. »

Eponine grogna et bougea, raidissant des muscles puissants dans une tentative de reverser la jeune femme blonde, mais après un moment elle s’arrêta et soupira, un sourire désabusé sur les lèvres. A contrecœur, elle tapa le sol. « Comment je peux essayer de me sortir de là si tu m’appelles comme ça ? »

Ephiny la retint un moment puis elle se pencha volontairement et l’embrassa, provoquant une rougeur perceptible sur la peau de la maîtresse d’armes. « Je vais m’en occuper. » Elle rit en la relâchant puis se mit debout et tendit la main pour l’aider à se relever.

Toujours couleur rouge brique, Eponine bondit pour se mettre debout toute seule, provoquant un round d’applaudissements et de rires de la part des Amazones assemblées. « Vous n’avez pas autre chose à faire toutes ? » Se plaignit-elle en leur jetant un regard noir.

« Non », dirent-elles en chœur.

Ephiny lâcha un rire puis jeta un coup d’œil alentour. « Hé… je me demande où… Oh par les tétons d’Héra. » Elle ricana. « Regardez-moi ces deux-là ? » Elle planta ses poings sur ses hanches et secoua la tête.

Eponine se retourna et regarda dans la direction qu’elle pointait, ricanant en repérant les deux spectatrices confortablement enfoncées dans l’arbre tout proche. Tandis qu’elle les regardait, Xena bougea et sans prévenir, elle se laissa tomber de son perchoir avec aisance, Gabrielle toujours serrée contre elle. La guerrière rebondit une fois puis elle relâcha sa compagne, qui trotta vers elles avec un éclair de soleil sur ses cheveux blond-roux.

« C’était génial », les complimenta Gabrielle en s’approchant.

Ephiny se frotta les mains et attendit que la barde arrive près d’elle. « Tout va bien ? » Demanda-t-elle à voix basse.

« Très bien », répondit Gabrielle sur le même ton. « Nous… avons réglé le problème. » Son regard croisa celui d’Ephiny et elle leva un peu le menton. « On dirait bien que vous allez célébrer trois unions ce soir. »

Cela amena une expression de soulagement sur le visage de la régente. « Tu me diras plus tard comment tu as réussi ça, hein ? Je pourrais avoir besoin de quelques indices avec la vieille rouspéteuse. »

La barde sourit. « Entendu… et à propos, on dirait bien que tu donnes des indices à tout le monde… c’était plutôt impressionnant ! »

Ephiny se redressa un peu. « Pas mal… pas mal… est-ce que Xena t’a déjà appris à lutter ? » Ses yeux brillèrent d’espièglerie tandis qu’elle observait son amie avec une fausse inquiétude.

« Ooooouuuuuiii… » La barde traîna sur le mot en jouant. « On peut dire ça… nous avons pris l’habitude de lutter beaucoup pour faire sortir notre énergie l’hiver dernier… quand nous étions coincées à l’intérieur tout le temps. » Elle jeta un rapide coup d’œil derrière elle, repérant Xena qui bavardait avec Cait. « Tu vois ? »

Ephiny croisa les bras et haussa les sourcils. « Hmm… mais est-ce qu’elle t’a enseigné les bons mouvements ? »

Gabrielle se rendit soudain compte qu’un cercle se formait autour d’elles et elle fit de gros efforts pour s’empêcher de sourire. « Et bien… je ne sais pas vraiment… » Elle réussit à faire un haussement d’épaules innocent. « Je n’avais pas grand-chose pour comparer, hein ? Je veux dire… une partie de ce que vous avez fait semble un peu familier… mais… »

« Tch Tch. » Ephiny secoua la tête. « T’sais… toutes les Amazones devraient connaître les règles de base… je pense que je ferais mieux de m’assurer que c’est le cas pour toi. »

La barde recula. « Oh… non… allons, Eph… » Elle leva la main. « Tu viens juste de finir deux combats… et il faut que je me prépare pour la compétition de bâton… »

« Non non… » Protesta la régente. « Juste quelques gestes… je vais bien… et ça t’échauffera un peu, pas vrai ? » Ses yeux brillaient. « Je vais te dire une chose… je parie que je te cloue au sol en moins d’une minute. »

« Eph… » La barde hésitait. « Je ne sais pas. »

« Allons… allons… cinq dinars », l’amadoua Ephiny. Elle était consciente des rires amicaux et des paris murmurés qui passaient dans son dos. « Tu peux bien dépenser ça, hein ? »

Gabrielle soupira et leva les mains puis les laissa retomber. « Bon… très bien… je présume que… mais souviens-toi que c’est toi l’experte ici… d’accord ? ? » Elle recula un peu puis attendit qu’Ephiny la rejoigne, consciente dans sa vision périphérique de la forme haute de Xena qui se joignait aux spectatrices. Elle tourna un peu la tête et saisit le regard de son âme sœur, lui faisant un petit haussement d’épaules impuissant.

Xena haussa les épaules à son tour puis elle croisa les bras et prit une posture détendue, son expression neutre.

« D’accord. » Ephiny fit craquer ses phalanges et fit un cercle autour de sa victime, notant avec intérêt que Gabrielle tournait pour suivre son mouvement. La barde se tenait les jambes légèrement pliées et ses bras un peu écartés de son corps, respirant avec aisance dans la lumière du soleil. « Bon… la première chose que tu dois faire, c’est attraper l’autre personne. » Elle fonça en avant et attrapa les épaules de Gabrielle, sentant les muscles bouger brusquement sous ses doigts. « Ensuite tu… hé ! »

Gabrielle avait fait un pas en avant et glissé une main entre les jambes de la régente, puis elle attrapa son bras le plus proche et souleva la jeune et grande femme sur ses épaules. « Comme ça ? » Demanda-t-elle, innocemment, entendant un rire étouffé de la part de sa compagne. Eh… un rire silencieux agita son ventre.

Ephiny cligna des yeux, totalement stupéfaite. « Gabrielle, pose-moi », couina-t-elle, ses mains agrippant les bras tendus de la barde.

« Te poser ? » Répéta la barde. « Te… poser… c’est ça que tu veux que je fasse ? »

« Oui », grogna la régente. « Je ne suis pas sûre que tu… ouille ! »

La barde se mit sur un genou et la fit basculer et tomber sur le tapis avec un léger bruit sourd. « Ok… je t’ai posée », dit-elle joyeusement, tandis que la régente roulait et se mettait à genoux avec une expression outragée. « Et après ? » Gabrielle mit son coude sur son genou et son menton contre sa main, ses yeux brillant d’espièglerie.

En réponse, Ephiny se rua sur la barde et elles s’attrapèrent dans une roulade sur le tapis, dans un jaillissement de bras et de jambes. Ephiny agrippa le bras de Gabrielle, mais la barde se tourna, repoussant la régente, qui tomba au sol. Et bien… c’est bien plus facile avec elle qu’avec Xena, c’est sûr. Faire passer sa compagne par-dessus comme ça était impossible, étant données leurs différences respectives en taille et poids.

« A mon tour », murmura la barde tandis qu’elle bondissait  sur une Ephiny qui se relevait et elle la saisit par surprise, la mit sur le dos et se jeta sur elle. Elle saisit les deux poignets de la régente et les mit au sol, clouant son corps fermement pour finir nez à nez avec elle.

Ephiny lui lança un long regard noir puis se mit à rire ironiquement. « C’est toi l’experte ici… » Imita-t-elle la barde d’une voix haut-perchée et grinçante. « J’aurais dû y réfléchir à deux fois… petite… »

Un haussement de sourcil blond. « Oui ? » Prononça Gabrielle avec une imitation raisonnable de la voix basse de sa compagne. Elle entendit un autre rire étouffé derrière elle.

La régente rit puis tapa le sol de ses doigts, seule partie du haut de son corps qu’elle pouvait bouger. « Très bien… très bien… sois maudite, Gabrielle… qu’est-ce que tu as fait, tu as soulevé des pierres ? »

La barde roula d’elle et se mit à genoux, sentant des mains se poser sur ses épaules. « Pas vraiment… Xena m’a appris à utiliser toute la force que j’ai en moi… comment bien l’utiliser… et je dois te dire, Ephiny… c’est bien plus facile de te malmener qu’elle. » Elle regarda par-dessus son épaule et saisit le sourire indulgent sur les lèvres de sa compagne. « Tu vois ce que je veux dire ? »

Ephiny se mit sur ses coudes et regarda la grande ex-seigneur de guerre. « Oh oui… je vois très bien ce que c’est… je parie que tu n’as jamais essayé de la soulever comme moi. »

« Euh… » Le visage de Gabrielle se plissa. « Une fois. » Elle se massa la nuque au souvenir. « Elle m’a crié dessus. » Elle se mit debout et tendit la main à la régente.

Ephiny l’étudia. « Et si on luttait pour les deux meilleurs rounds sur trois ? » Proposa-t-elle avec un sourire puis elle regarda Xena. La guerrière haussa un sourcil significatif. « D’un autre côté… il y a cette compétition de bâton… » Elle remua la main vers le chœur de grognements déçus. « Allons… vous aurez l’occasion de voir votre Reine en action assez tôt… filez… » Elle s’étira les épaules. « Je vais me chercher un verre d’eau. »

Gabrielle soupira, légèrement soulagée, et elle se pencha un peu en arrière, s’appuyant contre le corps chaud de Xena avec un sentiment de plaisir simple. Les mains de la guerrière massaient sa nuque et ses épaules. « Mm. » Elle se retourna et leva les yeux. « C’était bien ? »

Xena effleura les cheveux blonds de ses lèvres. « Oh… c’était bien… c’était très bien… en fait… » Elle sortit une pièce de la bourse attachée à sa ceinture. « J’ai gagné dix dinars sur Eponine. Tiens. »

« Tch… Xena… ce n’était pas gentil… » Murmura la barde en lançant un regard autour d’elle tandis que les Amazones se dispersaient, se regroupant pour la compétition de bâton à côté.

La guerrière haussa les épaules innocemment. « Elle a insisté. » Elle tira sur une mèche de cheveux de sa compagne. « Allez… on va t’échauffer, la bagarreuse. »

Gabrielle gloussa. « Ch… tu t’amuses vraiment trop. »

« Hé, Xena ! » Une voix les fit s’arrêter. Elles se retournèrent pour voir Eponine bien au centre de la zone de lutte. « J’aimerais bien te voir démontrer ce petit mouvement sur moi. »

« Par la fesse gauche de Charon », marmonna Xena, puis elle dit quelque chose dans une langue que Gabrielle ne reconnut pas. « Pas maintenant, Pony… j’ai des choses à faire. » Bon sang… j’aurais dû savoir qu’elle voudrait sa revanche. « En plus, tu ne veux pas lutter avec moi. »

La maîtresse d’armes sourit. « Ah ah… allons Xena… » Elle étendit les bras vers les Amazones de nouveau désespérément intéressées, qui s’étaient immédiatement réunies autour d’elle. « TOUT LE MONDE veut lutter avec toi… alors… allez… allez… amène tes fesses en cuir par ici. »

Gabrielle se gratta le nez et débattit pour savoir si elle assistait ou pas à ça. La fierté de Xena était une chose susceptible et on ne savait jamais ce qui déclenchait une réaction instinctive. Elle regarda son âme sœur et fut soulagée de ne rien voir d’autre que de l’amusement ironique dans ses yeux et le langage de son corps.

« Eponine », dit Xena dans un soupir, puis elle s’avança lentement, sa foulée longue et athlétique l’amenant au centre du tapis avec une rapidité stupéfiante. Elle s’arrêta à courte distance de l’Amazone et mit les mains sur ses hanches. « Tu veux lutter. »

« Mmhmm. » Eponine hocha brusquement la tête en se frottant les mains. « Je me sens plutôt bien aujourd’hui et tu m’as l’air un peu molle… je pense que je peux te battre. »

Gabrielle tressaillit et se couvrit les yeux. Oh… ça c’était une mauvaise idée. Toris avait compris très vite… et il avait fini par arrêter d’utiliser ce genre de piqûre avec sa sœur, qui aurait immédiatement montré que ce n’était pas le cas, habituellement par des moyens douloureux.

Un sourcil finement sculpté finit par se hausser. « J’ai une meilleure idée », ronronna Xena et elle bougea.

Tellement vite qu’Eponine n’eut pas le temps de respirer, encore moins de se défendre. La guerrière n’était qu’un brouillard qui se glissa près d’elle et échappa aux mains paniquées pour arracher le vêtement du haut de son corps. « Eeeehhhhh !!!!! » Elle lâcha un hululement de choc.

Xena fit un pas de danse en arrière tout en gardant le haut d’Eponine. « Voilà le jeu. » Elle sourit à l’Amazone maintenant furieuse et à demi nue. « Attrape-moi. » Et elle partit en courant, avec une Eponine hululante sur ses talons. Elle atteignit la première rangée d’Amazones hilares et se lança simplement par-dessus elle dans un saut tandis qu’elles titubaient et se séparaient pour laisser passer sa poursuivante déterminée.

« Sois maudite, Xena… » Jura l’Amazone tandis qu’elle pourchassait la grande femme. « Je vais te botter le cul quand je t’attraperai. »

La guerrière sourit et revint en courant sur quelques pas, secouant le haut. « Il faudra d’abord m’attraper. » Elle contourna l’arbre dans lequel elles avaient été assises et repartit en courant, tandis que quelques Amazones se joignaient à la chasse. « Tu as besoin d’aide, Pony ? Tu traînailles. » Elle la taquina, les amenant vers le bord de l’espace vide.

Elles faillirent l’attraper, les mains tendues, mais elle valait mieux que ça. Xena s’accroupit puis elle se lança dans les airs, attrapant une branche au-dessus de sa tête, puis se balançant pour filer dans l’espace, se retournant deux fois avant d’atterrir et de repartir en courant, cette fois en traversant le campement. Elle mit de la vitesse tandis qu’elles formaient un cercle pour l’attraper, faisant bon usage de ses longues jambes puissantes. Tandis qu’elle dépassait son âme sœur, appuyée contre l’arbre, elle lui jeta le haut. « Attrape. »

Gabrielle leva les mains juste à temps pour attraper le haut qu’elle regarda. Elle écarquilla les yeux en levant le regard pour voir un groupe d’Amazones hurlantes qui se dirigeaient vers elle et elle jura puis partit en trombe, lâchant les premières poursuivantes d’un cheveu et passant sous le bras tendu d’Eponine. « Oups… il faudra mieux faire. »

Haletantes, elles se retournèrent à nouveau pour la poursuivre et se lancèrent dans des ruées sauvages, mais Gabrielle n’avait pas passé trois ans dans une activité constante pour rien. Elle serra le poing autour du vêtement et courut, sentant le vent fouetter ses cheveux vers l’arrière tandis qu’elle distançait aisément les femmes frustrées.

Elle oublia simplement de surveiller Arès. Le loup, bondissant d’excitation, avait tourné pour suivre Xena, qui avait croisé son chemin, et il finissait juste en face d’elle. Ils se cognèrent et elle tomba dans une boule en mouvement, entendant le cri sauvage et triomphant de la foule derrière elle. Instinctivement, elle se replia sur elle-même et retint son souffle tandis qu’elle sentait le grondement sur le sol causé par le troupeau en approche.

L’air siffla et elle grimaça, mais le corps atterrissant sur elle en premier étendit ses membres autour d’elle comme une cage vivante juste avant que le reste des Amazones n’arrive.

C’était comme de recevoir un chariot plein de sac de farine, mais Gabrielle ne le sentit pas, elle ressentit juste l’impact sur le corps qui la couvrait, qu’elle reconnut immédiatement comme celui de son âme sœur. Les muscles de Xena se raidirent et elle entendit la guerrière prendre une inspiration rapide. « Hé. » Elle mit la main sur le visage près du sien. « Tout va bien ? »

« Non », grogna sa compagne tandis que les autres s’empilaient, les mains creusant pour attraper le vêtement. « Demande à Ephiny avec quoi elle a nourri ces monstres. »

Gabrielle entendit la voix hurlante de la régente et réalisa qu’Ephiny tentait de faire descendre la foule. Elle saisit l’occasion pour lever la tête et embrasser doucement Xena sur les lèvres. « Je t’aime », dit-elle doucement, pour distraire sa compagne du chaos.

Xena oublia la douleur intense, oublia le stress qu’elle mettait sur son corps, oublia les Amazones et l’herbe mouillée, et les femmes échauffées, transpirantes, et qui grognaient  posées sur elles. « Hé… je t’aime aussi. » Elle embrassa la barde à son tour, laissant le contact durer jusqu’à ce qu’elle sente l’air frais sur son dos et la levée du poids. Elle sentit une main sur son épaule.

« Tu vas bien ? » La voix d’Ephiny se situait entre la colère et l’inquiétude.

Xena se souleva paisiblement de sa compagne et roula  sur l’herbe, fixant la régente avec un léger sourire. « Jamais sentie mieux. Et toi ? » Elle se lécha les lèvres et croisa les jambes, les mains derrière la tête et détendue.

Ephiny mit les mains sur les hanches, regardant tout à tour Xena et Gabrielle, allongée sur le dos, faisant tourner le haut d’Eponine par la bretelle d’une seule main, les jambes confortablement croisées. « Il y avait quoi dans ce pain aux noix ? » Demanda-t-elle. « C’était quoi ça ? » Elle se tourna pour voir sa compagne à demi nue et rageuse. « Qu’est-ce que vous faites ? Je pars cinq minutes pour boire de l’eau et quand je reviens, c’est le bazar ? ? ? »

« Elle m’a volé mon haut ! » Eponine montra Xena d’un doigt outragé.

Ephiny ne put s’en empêcher. Elle se mit à rire. « Ah oui, hein ?... et bien, ça explique pourquoi tu es… hum… » Elle arrangea artistiquement les longs cheveux noirs de la jeune femme pour lui couvrir la poitrine. « Hum… »

« Brochette de pets de Centaure », jura Eponine, puis elle se tourna vers Gabrielle, une requête dans les yeux. « Majesté… je pourrais… »

« Bien sûr. » Gabrielle fit une boule du vêtement et le lui lança, puis elle bondit pour se relever. « Vous savez, j’aime bien les festivals… tu as raison, Eph… on s’amuse bien. » Elle souleva son âme sœur et lui tapota le dos. « Xena n’était juste pas d’humeur à lutter. »

Ephiny regarda la guerrière remise puis sa compagne qui jurait, et revint sur Xena. « Ah. » La compréhension passa sur son visage. « Compris. » Elle soupira. « J’ai envoyé Cait chercher ton bâton… je pense que tu es plutôt bien échauffée. » Elle regarda Eponine qui s’éloignait en ajustant son vêtement et elle soupira.

La barde se passa les doigts dans les cheveux et soupira. « Oh oui. » Elle carra les épaules. « Allons-y. » Elle tourna le regard vers le groupe assemblé d’Amazones qui toutes portaient des bâtons et la plupart la regardaient avec ce qu’elle réalisa être de la fascination prudente.

Elle leva la tête et sentit une poussée de confiance. Vous voyez? Je suis une Amazone… est-ce que je vous ai surprises ? Elle saisit le respect tranquille dans les yeux d’Ephiny tandis que la régente l’entraînait vers la zone de compétition.  Je pense que je les ai toutes surprises… bien sûr je me suis aussi surprise moi-même, mais… La barde regarda par-dessus son épaule pour voir que Xena la regardait, une expression évidente de fierté sur le visage. Mais je ne l’ai pas surprise elle, non ? La guerrière cligna des yeux. Non… sûr que non. « Désolée pour Pony… » Murmura-t-elle à la régente.

Ephiny haussa les épaules. « Je lui ai dit de ne pas faire ça… elle se transforme en bête de compétition quand il s’agit de ton autre moitié… ne t’inquiète pas… elle va survivre. »

Gabrielle sourit. Mon autre moitié. « Désolée pour cette histoire de lutte. »

La régente la regarda simplement. « Non… c’était ma faute. J’essayais d’en mettre plein la vue et j’ai choisi la mauvaise personne pour ça. » Elle rit. « Quand est-ce que tu es devenue aussi forte ? »

Quand en effet. C’était un sentiment étrange et Gabrielle repoussa sa réponse tandis qu’elle examinait cette sensation. Ça la frappa comme un coup de tonnerre. Ce que Xena avait dit à son sujet, qu’elle était capable de se débrouiller seule dans un  défi, en tant que Reine, c’était vrai.

Quel sentiment bizarre.

Elle n’était pas entièrement sûre d’aimer ça.


Xena trouva un rocher chaud et agréable et s’y installa, se penchant en arrière pour laisser la chaleur du soleil capturée dans la pierre, pénétrer les muscles raidis de son dos. Elle était coriace et elle le savait, mais retenir la moitié de la nation amazone au-dessus du corps de sa compagne avait eu un impact même sur sa silhouette robuste.

Elle soupira, croisa les bras sur sa poitrine et se concentra pour laisser la douleur passer sa conscience, l’emmenant à l’arrière de son esprit avec une discipline tranquille. Après une minute, elle se détendit et cela l’aida aussi, tandis qu’elle étirait ses longues jambes et les croisait aux chevilles avec prudence.

Les Amazones passaient autour d’elle, la plupart ne lui lançant même pas un regard.

Et bien, un léger sourire passa sur sa bouche. Ne lui lançant pas ce genre de regard en tous cas… elle recevait assurément des regards voilés et même un geste amical ou deux. Elle tourna la tête alors qu’une rouquine grande et élancée s’approchait et se percha sur un rocher à côté. La femme se contenta de lui sourire puis se tourna pour regarder les échauffements. Xena soupira et hocha un peu la tête. Pas mal… pas mal… L’atmosphère était assurément plus chaleureuse par ici.

Elle n’avait pas vraiment eu l’intention de faire ça à Eponine… elle plissa le front. C’était vraiment un peu… puéril, se réprimanda-t-elle. Mais c’était mieux que de mettre l’Amazone par terre… ce que Xena savait être plus que capable de faire. Pourquoi Eponine avait-elle besoin de la pousser comme ça…

Xena soupira. Un défi, pas vrai ? Elle relâcha un souffle et étira lentement son dos, soulagée de ne ressentir qu’une douleur lancinante et pas la secousse acérée et atroce qui signifiait qu’elle s’était déplacé quelque chose. C’est tout ce dont j’ai besoin… Elle leva les yeux à l’approche de Cait, Paladia marchant à pas lents derrière elle et regardant autour d’elle avec un intérêt bien déguisé. « Salut Cait. » Elle eut un signe de tête neutre pour l’autre femme, qui lui répondit de la même façon.

« Salut. » Cait s’installa sur le surplomb rocheux près d’elle et fit signe à sa suiveuse de faire de même. « C’était plutôt méchant de ta part. » Ses yeux gris étudiaient la guerrière. « J’ai bien peur qu’Eponine ne soit très fâchée. »

La guerrière haussa les épaules. « Peut-être que la prochaine fois elle choisira quelqu’un d’autre. » Son regard se porta sur Paladia. « Comment va le bras ? »

L’ex-renégate cligna des yeux, se taisant comme si elle réfléchissait à la question. « Très bien. » Elle le bougea un peu, ayant laissé son attelle derrière elle pour la journée. « Ça me fait un mal d’Hadès là maintenant… je me suis cognée dans un arbre à rire de toutes ces fichues femmes qui te coursaient. »

Cait se tourna. « Ce n’était pas drôle, » la réprimanda-t-elle sévèrement.

Paladia recourba ses lèvres.

« Allons Cait… bien sûr que ça l’était. » Xena rit. « Même Ephiny riait… je me suis dit que c’était mieux que Pony et moi nous castagnant. »

La jeune fille plissa les yeux. « Je pense qu’elle s’est sentie merdique. »

Pendant un instant, Xena se sentit coupable. Puis elle rit doucement. « Tant pis. » Elle regarda Cait droit dans les yeux. « Peut-être que la prochaine fois elle n’essaiera pas de me forcer à réagir. »

Cait resta silencieuse puis elle se leva et s’éloigna. « Reste là », dit-elle brusquement par-dessus son épaule à Paladia, qui ne montrait aucun signe d’envie de bouger.

Xena échangea un regard avec la renégate puis elle haussa légèrement les épaules et retourna son attention vers le carré de combat. Un groupe d’Amazones étaient rassemblées à un bout, toutes armées, et le reste était disséminé autour de l’espace pour regarder. Gabrielle était appuyée sur son bâton dans une posture familière tandis qu’elle écoutait l’arbitre. Les pensées d’Eponine s’évanouirent tandis qu’elle se concentrait sur son âme sœur, notant la différence visible entre la silhouette élancée et mince de la barde et le reste du groupe, qui affichait une musculature parfois trop développée.

Dieux, elle a belle allure. La guerrière se mordit la lèvre pour empêcher un sourire niais sur ses lèvres. Le soleil faisait briller abondamment le corps de la barde, entre son bronzage et la légère couche d’humidité due à la chaleur éprouvante d’un presque midi ; et tandis qu’elle regardait, Gabrielle se passa les doigts dans ses cheveux, les soulevant de sa nuque pour les laisser libres dans la brise agitée, puis elle se tourna et hocha la tête quand la femme près d’elle fit un commentaire à voix basse.

Il y eut trois rounds avant le premier de la barde et l’œil exercé de Xena évalua rapidement que n’importe lequel n’aurait pas causé de souci à sa compagne. Elle bougea un peu, se penchant en avant tandis que Gabrielle allait au centre du carré, pour faire face à une femme grande et à la peau noire avec des cheveux noirs courts et des épaules très musclées.

Après un moment, l’arbitre recula et les deux femmes tournèrent l’une en face de l’autre. Xena nota la posture de la barde, son centre de gravité bien au-dessus de ses pieds et ses genoux à demi pliés en défense. Gabrielle attendit que son adversaire fasse le premier mouvement, comme à son  habitude et elle fut récompensée par une ruée solide, tandis que la femme à la peau noire cognait son bâton contre le sien et essayait de la pousser en arrière.

Gabrielle tendit les muscles de ses cuisses puis elle se détendit, poussant à son tour, et elle glissa sous les défenses de la femme avec un rapide craquement de bois contre la chair alors que son bâton cognait les côtes de l’Amazone. Elle poursuivit avec un revers cinglant qui fouetta l’arme de son adversaire et la fit tomber de ses mains pour l’envoyer rebondir sur le sol.

Un murmure s’éleva.

Xena sourit avec une intensité féline. La voix de Paladia flotta vers elle avec un intérêt franc. « Elle est plutôt bonne avec ce truc, hein ? »

« Ouaip », répondit la guerrière, entendant la note de fierté dans sa voix. « Elle l’est. » Elle regarda Gabrielle laisser l’autre femme reprendre son bâton, puis attendre l’attaque suivante. La femme fut plus prudente cette fois et elle décida une parade pour tester, tandis qu’elles s’engageaient l’une contre l’autre, le son de leurs bâtons qui se cognaient faisant écho par-dessus le campement. La femme à la peau sombre tenta d’utiliser sa taille à son avantage, mais c’était une cause perdue parce que Gabrielle était bien habituée à se défendre contre sa grande partenaire. Elle plongea et laissa un coup siffler au-dessus de sa tête, puis elle souleva le pied de la femme avec un balayage envers puissant.

L’Amazone tomba avec un bruit sourd. La barde se releva et attendit tandis qu’elle se remettait sur ses pieds et bougeait son bâton entre ses mains, maintenant visiblement déconcertée. Elle tenta un balayage de côté, que Gabrielle bloqua, puis la barde amena l’autre bout de son bâton et frappa les mains de la femme, lui enlevant à nouveau son arme.

L’Amazone la regarda et regarda le bâton, qui avait rebondi à plusieurs mètres, puis elle leva simplement les mains et fit une petite courbette pour accepter la victoire de Gabrielle. L’arbitre hocha la tête et fit une marque sur son parchemin. « Le round pour la Reine Gabrielle », cria-t-elle puis elle fit signe à la paire de combattantes suivante.

La barde pencha la tête comme si elle ne croyait pas que c’était fini puis elle se tourna et eut un petit regard pour sa compagne ainsi qu’un haussement d’épaules, alors qu’elle revenait dans les rangs d’attente. Xena leva la main et la porta à ses lèvres dans un geste de boire et sourit tandis que son âme sœur levait les yeux au ciel, mais hélait cependant une jeune fille qui se tenait là avec des outres d’eau sur l’épaule ; elle en prit une, l’ouvrit et but de longues gorgées de son contenu.

Xena sentit qu’un sourire indulgent se formait et elle le laissa, ignorant le regard qu’elle savait recevoir de Paladia.

« T’es collée à elle comme de la sève de sapin en hiver, hein ? » La renégate ricana, une note de dégoût amusé dans sa voix.

La guerrière tourna lentement la tête, une expression glaciale sur ses traits avant de fixer l’autre femme. Paladia tressaillit perceptiblement et Xena eut un sourire grimaçant en appelant autant de menace qu’elle le pouvait, baissant le ton de sa voix tout en plissant les yeux. « Tu veux que je te brise l’autre bras ? » Demanda-t-elle d’un ton ferme.

Paladia s’écarta d’elle sur le rocher et cligna des yeux. « Non. »

« Alors ferme-la », grogna la guerrière.

La renégate fronça les sourcils. « T’es susceptible, pas vrai ? » Dit-elle à voix basse puis elle secoua la tête et redressa les épaules.

Xena lui lança un regard puis refréna un sourire narquois tout en retournant son attention vers le tournoi. Il faut que je garde ma réputation un peu intacte, décida-t-elle ironiquement.  Je l’ai pas mal négligée ces temps-ci.

L’adversaire suivante de Gabrielle était une jeune fille avec du cran, à peu près de sa taille, et bouillonnante d’énergie. Xena se demanda si sa compagne voyait un peu d’elle-même dans la gamine qui bondissait avec nervosité, visiblement intimidée d’affronter sa Reine. La guerrière vit Gabrielle passer son bâton d’une main dans l’autre et s’appuyer dessus, l’autre main tendue dans un geste d’apaisement, tout en parlant à la jeune fille. La jeune Amazone prit une inspiration et hocha la tête, puis elle s’ajusta, une expression douloureusement intense sur le visage.

Quelques mots encore de la part de la barde et un mouvement interrogateur de sa main et l’Amazone hocha à nouveau la tête. Gabrielle secoua un peu la tête puis remit son arme en place et se cala sur le sol, dans l’attente. La jeune fille bondit en avant dans un joli mouvement, modérément habile, qui atteignit le bâton de la barde avec un son d’éraflure tandis que ceux-ci se croisaient en grattant. Elle fit bouger le bout et visa les jambes de Gabrielle, et elle fut totalement surprise lorsque la barde se contenta de sauter par-dessus le coup, lui faisant perdre son équilibre et plonger en avant.

Gabrielle fut gentille et ne suivit pas avec un coup sur son dos, ce qu’elle aurait sûrement fait si son adversaire l’avait sérieusement attaquée. Au lieu de ça, elle recula d’un pas et attendit que la jeune fille se reprenne puis fonce en tournoyant avec une combinaison très bien faite, destinée à entrer dans la garde de la barde et la désarmer. Ça faillit marcher, ou du moins aurait marché si la barde n’était pas habituée à un mouvement bien plus puissant. Elle attrapa le bâton de la jeune fille contre le bout du sien et tourna, puis elle fit tournoyer son corps et laissa l’Amazone passer près d’elle, trébucher, tomber et perdre son bâton avec un hoquet de surprise.

Paladia se rapprocha. « C’est leur enfant miracle. »

Xena la regarda. « Quoi ? »

« Cette gamine… elles arrêtent pas d’en parler… bâton comme-ci, bâton comme ça… une sorte de prodige. »

La guerrière se gratta la mâchoire. « Oui oui. » Elle observa la jeune fille d’un air spéculatif. Et bien… elle était plutôt bien bâtie, tout en muscles et des cheveux roux blond, avec des taches de rousseur sur le visage. Ses mouvements étaient rapides et talentueux, mais… « Elle est plutôt douée », admit-elle, en regardant la gamine essayer un revers rapide et sauvage qui faillit avoir sa compagne, parce qu’il était bas, là où Gabrielle n’avait pratiquement jamais besoin de se défendre. Elle affrontait surtout des adversaires qui étaient plus grands qu’elle. Mais la barde réussit à descendre son bâton à temps et détourna le coup, puis elle fit tourner le bout de son bâton par-dessus et frappa la gamine sur la pommette avec un craquement audible.

La gamine tomba et Gabrielle se figea, puis recula, quelques mots d’excuse portés par le vent flottèrent jusqu’aux oreilles affûtées de Xena. La jeune fille leva les yeux avec un sourire ironique et se massa la mâchoire, puis elle prit son bâton et reprit le combat. Il ne fallut pas longtemps, quelques échanges, et l’un d’eux passa, où l’Amazone avait vraiment œuvré fort et réussi à amener Gabrielle dans un coin, leurs bâtons croisés sur l’épaule gauche de la barde, la jeune fille portant férocement tout son poids.

« Plonge… plonge… » Murmura Xena, ses muscles se raidissant en sympathie. Comme si elle avait entendu, la barde laissa tomber le haut de son corps et le bâton de la jeune fille glissa sur ses épaules, lui donnant une ouverture sur les côtes de l’Amazone. Elle la prit et la fit tomber, et cette fois, la gamine resta au sol, remuant la main pour concéder le point.

Le grattement d’une plume. « Round pour la Reine Gabrielle », commenta l’arbitre puis elle leva les yeux. « Pause d’un quart de chandelle… buvez, vous toutes. »

Gabrielle s’avança et demanda son outre d’eau, sirotant en laissant son cœur diminuer ses battements. Elle pouvait entendre les murmures autour d’elle et elle repéra un petit groupe autour de son adversaire suivante, qui lui jetait des regards. Elle se sentit mal à l’aise et elle fut soudain consciente d’une distance entre elle et quelques-unes des Amazones et elle se rendit compte que peut-être elle était trop exigeante.

C’était un sentiment d’isolement et elle sentit ses épaules s’affaisser jusqu’à ce que des doigts chauds se referment sur elles et que la présence indéniable de son âme sœur flotte autour d’elle. Elle leva les yeux. « Hé. » Sa voix trahissait sa joie de voir ce visage amical.

« Tourne-toi », dit tranquillement la guerrière en posant ses avant-bras sur les épaules de la barde quand celle-ci obéit. « Elles te rendent nerveuses ? » Elle montra le petit groupe d’un coup de mâchoire.

« Pas… » Gabrielle hésita. « Pas nerveuse… c’est juste que je… c’est comme s’il y avait elles et moi, tu vois ? »

« Nous et elles », répondit Xena d’un ton neutre. « Tu penses qu’elles parlent de toi ? »

La barde hocha lentement la tête. « Oui… j’ai entendu quelques mots… à quoi faire attention… comment me coincer… je… » Elle leva des yeux plaintifs. « Je sais que c’est pour s’amuser… c’est juste une compétition, mais je n’aime pas ça, Xe. »

« Mm. » La guerrière regarda droit dans les yeux les conspiratrices  par-dessus l’épaule de son âme sœur et les étudia, puis elle murmura dans l’oreille de la barde. « Et bien… c’est exactement ce qu’elles pensent que je fais, d’accord ? » Elle mordilla le bord de la peau rose. « Tu penses que ça les effraye ? »

La barde rit légèrement. « Probablement. » Ses adversaires semblèrent soudain moins importantes tandis qu’elle se concentrait sur les chatouillis chaleureux que sa compagne causait dans ses tripes.

« Oh oui… je les regarde chacune et je murmure… et je regarde… oui, elles commencent à bien transpirer. » La voix basse de Xena ronronna contre l’oreille de Gabrielle et elle se laissa glisser en avant, s’appuyant contre la grande silhouette. « Elles pensent probablement que je te donne des techniques secrètes », continua la guerrière.

« Et… tu en as ? » Murmura doucement Gabrielle. « Ou bien est-ce que je dois arrêter… je pense que j’ai prouvé ce que je voulais… je ne veux pas secouer tout le monde, Xena. » Elle avait un air dégoûté d’elle-même.

Xena posa sa tête sur les cheveux blond roux posés contre son épaule. « Tu as rendu ta professeure très fière, mon amour… tu as tout bien fait et je ne pense pas qu’il y ait le moindre doute dans l’esprit de quiconque sur combien tu es douée. » Elle entendit le souffle coupé de la barde. « Tu peux arrêter quand tu veux… tu n’as plus rien à prouver… et tu n’as jamais eu à le faire pour moi, parce que tu fais partie des quelques personnes à qui je fais confiance pour surveiller mes arrières, tu le sais ça, pas vrai ? »

Les yeux vert brume plongèrent dans les siens en une gratitude toute simple. « D’accord », dit-elle dans un souffle, j’ai très faim. » Elle soupira dans un soupçon de plainte. « J’ai l’impression que je pourrais manger un mouton tout entier. »

La guerrière sourit et tendit la main pour fouiller dans sa bourse à la ceinture et en sortir une barre de voyage. « Je suis venue préparée. » Elle rit quand la barde l’attrapa et en mordit un morceau, mâchant joyeusement. « La suivante… fais attention parce que c’est l’une de leurs combattantes la plus âgée et expérimentée… elle était avec la faction de Vélasca pendant toute cette histoire. » La voix de la guerrière était basse et ferme. « Elle va essayer de redorer la réputation des Amazones… elle va t’attaquer rapidement et essayer de te désarmer vite… fonce vers la poitrine, frontalement. » Elle haussa les oreilles. « Elles discutent de ce qu’elles pensent être tes faiblesses… elle pense que tu hésites à attaquer parce que tu ne les connais pas, pas parce que je t’ai appris à laisser l’autre personne faire la première erreur. »

Gabrielle hocha fermement la tête. « Bien… compris. » Elle prit une autre bouchée.

Xena sourit tranquillement. « Elles pensent que tu as vraiment belle allure. »

La barde s’arrêta au milieu de sa bouchée et ouvrit des grands yeux. « Xena ! »

Un haussement d’épaules. « Je ne discuterai pas ce point avec elles. » Elle repoussa quelques-uns des cheveux de la barde. « Je le pense aussi. »

« Oui oui… et qu’est-ce qu’elles disent sur toi ? » Demanda Gabrielle en lui tapant légèrement le ventre.

« Désolée. » Xena eut un sourire narquois. « Il y a trop de vent… j’ai dû rater cette partie. » Elle était contente de voir que la bonne humeur de son âme sœur était revenue. « Pony est en colère contre moi… Cait aussi. Est-ce que j’ai été tellement méchante ? » Demanda-t-elle ironiquement.

« Mm. » Gabrielle réfléchit en se léchant les doigts pensivement. « Tu m’as plutôt surprise, mais… elle a commencé… tu as essayé de l’avertir… elle n’a pas écouté… elle a dit des grossièretés… nan. » Elle leva les yeux. « Mais tu devrais lui parler. » Elle leva une main et la posa à plat sur la peau nue de Xena. « Je pense qu’elle t’aime vraiment bien. »

Xena soupira. « Très bien… après ça… et après que tu auras eu un vrai repas. » Elle contracta les sourcils. « Tu te sens bien ? Pas de souffle coupé… ou autre ? » Elle mit le bout du doigt sur le pouls de la barde, soulagée du battement de cœur égal et régulier.

« Je me sens absolument bien… » Lui dit Gabrielle. « Aiguisée… mes réflexes sont là… je ne respirais même pas fort après le dernier round. » Elle se tourna quand l’arbitre appela son nom. « Souhaite-moi bonne chance. »

La guerrière l’enserra et l’attira près d’elle puis elle baissa la tête et l’embrassa, sentant le corps de la barde se fondre contre le sien pour un long moment virevoltant. Elle se recula un peu, très consciente des regards autour d’elles. « Bonne chance », lui dit-elle d’une voix rauque.

Le regard de la barde était cloué sur son visage, totalement absorbé. « Je ne peux pas croire que tu as fait ça. »

Un haussement de sourcil noir. « Elles l’ont déjà vu, tu te souviens ? »

Gabrielle leva la main et traça délicatement sa pommette. « Je me souviens. » Elle se laissa flotter dans le regard bleu de son âme sœur pendant un long moment puis sourit et se dégagea, attrapa son bâton et marcha vers les tapis qui marquaient la zone de combat. Tout était très tranquille et elle pouvait entendre le bruissement des feuilles dans le vent, et elle sentit les regards cloués sur elle.

Au centre du carré, elle s’arrêta et mit son bâton dans le creux de son bras, regardant les Amazones calmement. Les expressions qui lui faisaient face allaient de l’envie, à l’émerveillement et à l’incrédulité, et elle leur sourit gentiment, bien ancrée dans le sentiment que représentait l’amour qui l’environnait. Son adversaire vint lui faire face, passant son bâton de main en main. La femme était plus grande qu’elle et élancée, avec une grande force apparente dans ses mouvements. Elle avait des cheveux châtains légèrement blanchis, coupés à hauteur des épaules et écartés de son visage anguleux avec une lanière de cuir.

Gabrielle sentit une différence dans ce round et elle jeta un rapide coup d’œil derrière elle, repérant la silhouette tendue de Xena près d’Ephiny.  D’accord… d’accord… détends-toi… et vas-y. Elle est ici… elle ne laissera rien d’horrible t’arriver. Elle prit une profonde inspiration et attendit, tandis que l’arbitre baissait la main.

L’autre femme s’appelait Kenete, Gabrielle s’en souvint au moment de l’attaque. Xena avait raison, Kenete n’attendit pas pour foncer de manière sauvage, son bâton frappant celui de la barde avec bien plus de force que ses deux adversaires précédentes. Le blocage de Gabrielle tint bon et elle glissa d’un côté, détournant la sauvagerie de l’attaque.

Elle recula et attendit, arrêtant une combinaison de mouvements et rendant quelques rapides parades destinées plus à tester ses réactions qu’à l’attaquer sérieusement. Elle bougea son bâton et fit un pas de côté, puis elle frappa dans l’autre direction, dans son propre test des réflexes de la femme, peu surprise quand l’Amazone la bloqua avec efficacité.

« Je ne suis pas une gamine… Majesté… alors n’essaye pas un de tes tours sur moi. » La femme parla doucement tandis que leurs bâtons se croisaient à nouveau et elle repoussa la barde.

« Des tours ? » Gabrielle la contra, envoyant son arme bas pour intercepter un balayage visant ses genoux, puis elle inversa la direction et saisit le coup près de son oreille. « Je suis désolée… les animaux de cirque font des tours. » Elle partit d’un côté et attendit que Kenete s’impose, puis elle fouetta de son bâton de l’autre côté et cogna l’épaule de la femme avec un bruit mauvais. « Je n’en fais pas. »

Kenete s’arrêta, l’observant, puis elle contourna la barde par la gauche et fonça, et impacta la cuisse de Gabrielle ce faisant. La barde tressaillit, mais rendit coup pour coup en passant sous le bras de la grande Amazone pour toucher ses côtes.

« Tu penses qu’on a toutes peur de ton amie là-bas ? » Marmonna la femme, initiant un rapide échange, qui fit se frotter leurs deux bâtons.

« Vous devriez », contra Gabrielle, évitant un coup porté haut et se laissant tomber à genoux, frappant la femme dans les genoux et dans la poitrine avec le bout de son bâton. « Elle m’a tout appris. »

Kenete tituba en arrière et prit une inspiration tandis qu’elle regardait la barde se remettre debout, et elle la contourna. « Nous verrons. » Et alors elle attaqua pleinement, ne s’arrêtant à rien pour foncer vers la barde avec ce que Gabrielle se rendit compte être une intention presque mortelle.

Le bâton visait sa tête avec assez de force pour lui briser le crâne et elle plongea, entendant le sifflement quand il coupa l’air. Puis Kenete fit tourner le bout du bâton directement vers son ventre et elle bloqua dans un réflexe, tournoyant légèrement pour détourner le coup. Kenete grogna et redoubla son attaque.

Les mouvements de Gabrielle étaient un brouillard tandis qu’elle luttait contre les plongées, mettant chaque once d’énergie en elle pour s’écarter de la séquence rapide de coups, alors qu’elle évitait et parait, utilisant son bâton et ses pieds pour rester loin des coups féroces de l’Amazone.

L’un d’eux lui atteignit les côtes et elle inspira brusquement, voyant des étoiles, puis elle sentit la charge de Kenete et elle n’avait pas le temps de se remettre. La femme la renversa, mais elle suivit le mouvement comme elle l’avait appris, et elle le laissa se produire, faisant une roulade qui l’amena de nouveau debout et hors du chemin de l’Amazone surprise.

Kenete grogna et se retourna, et elle se mit en marche pour une autre ruée.

Sans même s’attendre à ce que la femme qui avait combattu strictement en défense puisse lancer sa propre attaque. Ne voyant pas les jambes puissantes mettre Gabrielle en mouvement, n’ayant aucune chance de se préparer tandis que le bâton de la barde cognait le tapis et offrait un point d’élan pour un corps compact et musclé qui fut soudain dans les airs et dans sa direction à une vitesse effrayante.

Les bottes de Gabrielle l’atteignirent directement dans la poitrine et la firent tomber, la barde atterrissant sur elle, redressant son bâton pour l’amener sur la gorge de l’Amazone.

Avec une forte poussée. Des yeux verts électrisés par la colère. Des traits juvéniles devenus des lignes dures d’intention féroce.

La Reine des Amazones.

Kenete la fixa et vit les étincelles de fureur, puis elle baissa les yeux et tapa le sol avec des doigts tremblants. « Majesté, tu es une combattante très douée », murmura-t-elle.

Gabrielle relâcha un souffle sifflant. « Tu peux le dire. »

Lentement, elle se releva et s’éloigna de Kenete, laissant son coeur ralentir son battement frénétique. Elle regarda par-dessus son épaule pour voir son âme sœur, toujours aussi immobile qu’un rocher de granite, les paupières mi-closes.

Un couteau dans une main, les doigts serrant tellement la poignée que Gabrielle pouvait voir la blancheur crue de ses phalanges même depuis l’endroit où elle était. Elle regarda l’arbitre qui était très pâle. « On a fini ? » Pour les spectateurs, ça n’avait été qu’un round bien combattu. Mais elle savait. Et Xena savait. Et Kenete avait de la chance d’être encore vivante, parce qu’à cette distance, sa compagne lui aurait transpercé le cœur.

L’arbitre la fixa un long moment puis se secoua. « Ou… oui. » Elle s’éclaircit la voix. « La compétition de bâton est terminée. La gagnante, avec trois rounds victorieux, est la Reine Gabrielle.

Des cris enthousiastes résonnèrent et des applaudissements furieux, mais la barde ne les entendit pas. Elle se retourna lentement et, utilisant son bâton pour s’aider à marcher, elle alla vers Xena pour, en silence, se lover dans une étreinte chaleureuse et attentive. Le corps de la guerrière tremblait et Gabrielle savait que le sien aussi. Elle sentit la main d’Ephiny sur son dos et elle leva la tête pour regarder la régente d’un air neutre.

« Tu vas bien ? » La voix d’Ephiny était très douce et très affectueuse. « C’était fantastique… tu étais incroyable. »

Gabrielle se contenta de la fixer puis elle pencha lentement la tête en arrière et regarda le visage de son âme sœur, se recomposant dans le regard bleu toujours furieux. Un léger hochement de tête. « Je comprends », murmura la barde d’une voix rauque.

Xena relâcha un souffle et secoua la tête, son visage tendu de désarroi.

Gabrielle sentit les larmes arriver. « Je peux retourner raconter des histoires maintenant ? » Sa voix se brisa et elle enfouit son visage dans la poitrine de Xena, sentant les bras puissants se refermer autour d’elle pour la protéger.

La guerrière posa la tête contre celle de sa compagne et fixa Ephiny calmement. « Assez de combats. » Elle caressa les cheveux de la barde pour la réconforter. « Celle-ci avait une vieille rancune ? » Elle indiqua Kenete tremblante.

Ephiny massa le dos de Gabrielle. « J’aurais dû vérifier les listes… je ne me suis pas rendu compte… et bien, je présume que je n’ai pas pensé qu’elle irait jusqu’au bout. » Elle regarda les Amazones toujours joyeuses. « Je suis désolée, Gabrielle. »

La barde leva la tête, son sang-froid quasiment restauré. « C’est bon… » Elle fit une pause et se passa la main dans les cheveux. « Je présume que je ne m’y attendais pas. » Elle trouva un sourire quelque part et se força à le garder, puis elle fit un geste à la foule qui applaudit de plus belle. « Je présume qu’elles pensent que je suis l’une d’elles, maintenant, hein ? » Sa voix était très calme.

Xena ferma momentanément les yeux puis elle soupira et les rouvrit. « Viens… allons nous asseoir et nous détendre un peu… regarder d’autres personnes transpirer. »

« Bonne idée. » Ephiny posa sa main sur le bras de la barde avec hésitation. « Ça va ? »

La barde prit une inspiration et se redressa. « Oui… je vais bien… j’ai juste faim. » Elle réussit à produire un sourire pour la régente. « Allons-y. » Elle sentit le bras de Xena s’installer sur son épaule et elle s’appuya contre la guerrière tandis qu’elles marchaient, laissant Ephiny un peu en avant. C’était tellement bon de faire ça, de sentir l’assurance solide de la présence de Xena qui lui donnait l’opportunité de prendre un peu de distance avec ce qui s’était passé. 

Ainsi elle avait eu un combat difficile. Kenete avait visiblement une rancœur contre elle et avait décidé de saisir l’opportunité de revisiter le passé.

Point final. Gabrielle s’en rendit compte calmement. Elle a perdu. J’ai gagné. J’aimerais me sentir bien avec ça.

« Gabrielle ? » Xena finit par parler, tandis qu’elles étaient à mi-chemin de la salle à manger, qui bourdonnait maintenant d’Amazones échauffées, transpirantes et sales.

« Oui ? »

« Tu ne seras jamais l’une d’elles. » La guerrière parla avec une certitude tranquille.

Gabrielle s’arrêta et leva les yeux vers elle. « Comment peux-tu le savoir ? »

Elle sentit une main lui lever le menton et elle se retrouva noyée dans ce regard bleu clair. « A cause de ce que tu ressens maintenant », répondit doucement Xena. « N’importe quelle Amazone célébrerait sa victoire. Pas toi. » Elle posa la main sur le cœur de la barde. « Tu as trop de choses ici. »

Peut-être. Songea-t-elle d’un air las. Je ne suis certainement pas d’humeur à célébrer. J’ai l’impression qu’un Centaure a fait ses besoins sur ma tête. « Merci. » Elle enroula ses doigts autour de ceux de la guerrière. « C’est une bonne chose que tout ce qu’il y a là-dedans soit à toi. » Elle fit une pause. « Est-ce qu’elle m’aurait tuée, Xena ? »

Un fantôme de sourire félin passa sur le visage anguleux. « Non. » Puis Xena la mena de nouveau vers la salle. « Et… je ne pense pas qu’elle le voulait, mon amour… elle était juste très frustrée, c’est tout. » Elle soupira. « Tu les touches dans leur fierté et tu sais comment c’est avec nous les combattants et notre fierté… »

Une tentative d’humour qui toucha Gabrielle malgré sa nature forcée. Elle lâcha un faible ricanement. « Tu essaies de me réconforter. »

« Et ça marche ? » Demanda la guerrière avec espoir. « Je pourrais jongler si tu préfères. »

Cela lui valut un sourire, finalement, et Gabrielle se détendit un peu. Elle garda le silence jusqu’à ce qu’elles soient presque à la porte puis elle soupira. « Je présume que tu avais raison. »

« A quel sujet ? » Demanda Xena.

« Que je suis capable de me battre dans mes propres batailles. » La barde se mâchouilla la lèvre. « Mais tu sais quoi ? »

« Quoi ? »

Les yeux verts la regardèrent chaleureusement. « Je suis vraiment contente de ne pas avoir à le faire. » Elle tapota le bras puissant qui l’entourait.

Xena sourit puis mit son front contre celui de la barde. « C’est bien mieux pour mes nerfs quand tu me laisses faire, tu sais ? » Confessa-t-elle ironiquement. « J’étais sur les nerfs tout le temps que tu étais là-bas. »

La barde sourit. « Je le sais… je t’ai vue tressaillir. » Elle massa le ventre nu de la guerrière. « Mais j’étais contente que tu sois là. »

Elles entrèrent dans la salle bras dessus – bras dessous.

Pour être accueillies par une avalanche de chaume épais, humide, coloré et à l’odeur de cannelle. Et par un village entier de voix qui hurlaient à tout rompre.


A suivre – 4ème partie